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1
Mémoire pour l’obtention du diplôme de licence en sciences
économiques et gestion
sous le thème :
Préparé par :
AGHBAL Sabrine 1311956208
BERRADA Nouhaila 1311359911
MOUMMOU Sanae 1311965405
RACHED Nirmine 1311949331
Encadré par Moulay Ali Rachidi
Année Universitaire 2015-2016
Le Développement humain au
Maroc :
Cas de la région Fès-Meknès
2
REMERCIEMENTS
Au terme de ce travail, nous tenons à exprimer notre gratitude et nos
remerciements à toutes les personnes qui ont contribué, d’une manière
ou d’une autre, à sa réalisation.
Nous tenons d’abord à exprimer nos sincères remerciements à notre
encadreur Monsieur Moulay Ali RACHIDI, professeur à la Faculté des
Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Meknès, pour son aide,
ses précieux conseils, son encouragement, et sa disponibilité.
Nous voulons aussi remercier Monsieur le doyen de la Faculté des
Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Meknès ainsi que tous
les professeurs ayant contribué à notre formation à travers les cours
qu’ils nous ont dispensés.
Nos remerciements sont également dédiés au Laboratoire d’Etudes
et Recherches Economiques et Sociales, pour les différents colloques,
conférences et journées d’étude qu’il a organisé. Nous remercions par la
même occasion toute l’Equipe de Recherches en Economie et
Management du Territoire, et tous les intervenants ayant participé à la
journée d’étude portant sur le climat des affaires dans la région Fès-
Meknès, qui nous a particulièrement aidées dans notre travail.
Nous tenons également à remercier chaleureusement nos proches et
aussi nos amis pour leur écoute, leur soutien et leur motivation, choses
qui nous ont permis de mener à bien ce travail.
3
SOMMAIRE
INTRODUCTION...................................................................................................................4
CHAPITRE 1: Revue de littérature et définition des concepts.............................5
Section 1: Fondements théoriques du capital humain et du développement
humain ........................................................................................................7
Section 2: Le développement territorial et le conceptde régionalisation
avancée......................................................................................................20
CHAPITRE 2: Relation entre le capital humain et la croissance économique...30
Section 1: Les fondements théoriques de la relation entre capital humain et
croissance Economique ..............................................................................31
Section 2: Etude empirique de la relation entre le capital humain et la
croissanceéconom……………………………………………………………36
CHAPITRE 3: Capital humain et développement de la région Fès-Meknès......60
Section 1: Aperçu sur la région Fès-Meknès...............................................61
Section 2: Analyse sociodémographique du positionnement de la région Fès-
Meknès......................................................................................................68
CONCLUSION.............................................................................................79
4
INTRODUCTION GENERALE
Les comptes régionaux publiés par Le Haut-commissariat au Plan (HCP)
pour l’année 2013 révèlent des tendances d’évolution contrastées du PIB en
valeur entre les différentes régions du Royaume. Sept régions ont enregistré des
taux d’accroissement du PIB en valeur supérieur à la moyenne nationale, qui est
de l’ordre de 6,3 %. Dans les sept régions qui se placent en tête du classement,
le taux de croissance du PIB varie entre 8,4% et 18,8% enregistrés
successivement dans les régions Du Grand Casablanca et Doukala–Abda. La
région de Marrakech-Tensift-Al Haouz a réalisé un accroissement égal à la
moyenne nationale. Les deux régions Fès–Boulemane et Meknès–Tafilalet ont
enregistré des taux d’accroissement positifs, mais inférieurs à la moyenne
nationale (4,2% et 3,5% successivement). Tandis que les régions restantes
(Chaouia-Ouardigha, Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, Taza-Al Hoceima–Taounate et
les trois régions du Sud) ont affiché des rythmes de croissance négatifs allant de
-0,2 à -3,8.
Un tel constat renforce le besoin d’évaluer le rôle effectif des facteurs de
croissance mis en évidence dans la théorie économique. Or, les nouveaux
courants de la pensée économique, représentés notamment par les théories de la
croissance endogène, qui se sont développées à partir des années 80 du XXème
siècle, accordent une importance cruciale au capital humain et à son
accumulation dans les processus de croissance à long terme. Ces nouveaux
courants de pensée, représentés par Schultz, Becker, Lucas et Romer, entre
autres, mettent l’accent sur le rôle joué par l’amélioration de la qualité du facteur
travail dans le processus de développement. Plus récemment encore, Barro,
5
Mankiw et Sala-I-Martin placent le capital humain comme la variable centrale
expliquant l’évolution macroéconomique.
Partant de ces considérations théoriques, du constat dressé par le HCP, et
des suggestions précieuses que notre professeur nous a prodiguées, nous
proposons d’étudier certains des déterminants de la croissance économique au
niveau régional. Il s’agit plus précisément d’examiner les relations entre les
facteurs démographiques, le développement humain et la croissance économique
dans une perspective comparative entre la nouvelle région Fès-Meknès et les
autres espaces régionaux du Maroc. L’objectif est de déterminer, à partir d’un
certain nombre de critères, la place qu’occupe la région Fès-Meknès à l’échelle
nationale sur le plan du développement social et économique.
Pour mener à bien cette étude, nous avons utilisé les données régionales
issues du recensement général de la population et de l’habitat de l’année 2004 et
des comptes régionaux publiés par le haut-commissariat au Plan.
Malheureusement, les données démographiques régionales détaillées du dernier
recensement (2014) ne sont pas encore publiées. Afin d’évaluer les facteurs en
jeu dans le processus de développement régional, nous avons utilisé les
indicateurs construits par les experts du Haut-commissariat au Plan, tels que
l’indice de développement humain (IDH), les indicateurs de la pauvreté et de la
vulnérabilité. Comme le HCP ne fournit aucun indicateur opérationnel global
permettant d’apprécier le développement du capital humain, nous avons décidé
de mettre au point un indicateur composite du capital humain à partir des
données disponibles. Nous avons également construit d’autres indicateurs
mesurant l’intensité des problèmes sociaux liés au manque de formation.
Nous avons procédé à la description de chacun des facteurs en question et
leurs mesures empiriques, et nous avons analysé leurs liens avec la croissance et
les canaux à travers lesquels ils agissent à l’aide des logiciel SPSS et PROCESS.
Nous avons présenté, par la suite, les performances de la région Fès-Meknès en
6
termes des indicateurs et nous avons comparé ces performances à un échantillon
de régions dont l’expérience de croissance est significative à plusieurs égards.
CHAPITRE 1
REVUE DE LITTERATURE ET
DEFINITIO N DES CONCEPTS
7
1. Fondements théoriques du capital humain et du
développement humain
Dans la présentation du premier rapport mondial sur le développement
humain (1990) élaboré sous la direction de Mahbub ul Haq et avec la
collaboration d’Amartya Sen, créateurs, tous les deux, de l’indice de
développement humain, on lit ceci : «Le présent rapport s'intéresse aux gens et
à la manière dont le développement élargit la gamme des choix qui s'offrent à
eux. Il ne traite donc pas seulement du revenu et de la richesse, de la
production de biens et de l'accumulation de capital ou de la croissance du
PNB»1. D’emblée, ce passage indique la position théorique et l'orientation
méthodologique adoptées par les auteurs. La thèse soutenue dans ce passage est
que les individus sont la vraie richesse des nations, et que le véritable
développement est le développement durable centré sur l’homme en tant
qu’acteur et bénéficiaire, dans le but d’améliorer le niveau de bien-être des
populations et de préserver les intérêts des générations futures. Il nous parait
donc nécessaire, pour bien cerner les contours de la question du développement
humain, de présenter une vue d’ensemble des principaux concepts liés à cette
question notamment ceux du capital humain et de l’économie de
développement élaborée par les initiateurs du rapport mondial sur le
développement humain. Cette section poursuit, en fait, les objectifs suivants :
 Présentation de la théorie du capital humain.
1 PNUD. Rapport mondial surle développement humain 1990. Paris: Economica, p. 1.
8
 Présentation de l’approche par les capabilités proposée par Amartya
Sen.
1.1. Définition et mesure du capital humain
L’Organisation de Coopération et de Développement Economique
(OCDE) est une organisation internationale qui publie des rapports d’études
économiques, d’analyses, de prévisions et de recommandations de politique
économique ayant pour but d’aider les gouvernements à relever les défis
économiques, sociaux et environnementaux naît sous l’empire de la
mondialisation. C’est dans cette perspective que l’OCDE a accordé une
importance majeure à la problématique du capital humain. Dans un ouvrage
publié par cette organisation, on lit ceci :
«Dans l’économie mondiale du savoir, le capital humain- les
compétences, les apprentissages et les talents– détermine la
capacité des individus à gagner leur vie et à stimuler la
croissance. Mais les individus ont besoin de systèmes éducatifs
efficaces pour réaliser leur potentiel. Sans quoi ils s’exposent à
des problèmes économiques tout au long de leur vie ».2
Ce passage résume clairement les éléments conceptuels du cadre
théorique auquel nous allons nous intéresser dans cette section. L’idée
soutenue dans ce passage est que le capital humain revêt une grande
importance dans la mesure où il permet à l’individu d’améliorer son
niveau de vie et par la même occasion stimuler la croissance. Le capital
humain se définit alors comme étant « l’ensemble des connaissances,
qualifications, compétences et caractéristiques individuelles qui facilitent la
création du bien-être personnel, social et économique »3. On comprend
d’emblée, par cette définition, que les individus constituent à la fois leur
propre richesse et la richesse des nations. Il est donc primordial pour les
individus de développer des habiletés, des compétences et des savoirs qui
2Brian Keeley. Le capital humain : comment le savoir détermine notre vie. p. 21. OCDE, 2007.
3 Brian Keeley. Le capital humain, op. Cité. p. 27.
9
auront un effet positif non seulement sur leur bien-être personnel et social,
mais aussi sur la croissance économique des pays auxquels ils
appartiennent. Dès lors, il est fondamental d’offrir aux individus les outils
et les moyens pour atteindre ces objectifs, notamment en mettant à leur
disposition un système éducatif efficace. En effet, l’éducation et la santé
doivent constituer la préoccupation centrale de chaque pays, pour que les
individus puissent disposer des moyens susceptibles d’améliorer la qualité
de leur capital humain.
1.1.1. Les Fondements théoriques du capitalhumain
Les économistes avaient à l’origine une vision très étroite des travailleurs,
qu’ils traitaient comme une masse indifférenciée: « pourvu qu’ils soient
capables et désireux d’accomplir un travail physique, leurs savoirs et leurs
compétences importaient peu » 4 . Mais Adam Smith, conteste l’idée selon
laquelle les travailleurs forment une force de travail indistincte, et concède que
les individus ont des compétences et des talents qui les différencient les uns des
autres. Il reconnaît, comme d’autres économistes, l'importance de l'Homme dans
la richesse des nations. Selon lui, les talents acquis par les habitants ou membres
de la société sont le moteur de l'activité économique, et ce sont ces talents qu’il
considère comme capital5. Cependant les économistes n’ont commencé à parler
de capital humain que dans les années 60. Ce sont notamment Theodore
Schultz, puis Gary Becker qui ont proposé leurs analyses théoriques et
empiriques, dans lesquelles ils démontrent la relation entre l'investissement en
capital humain et la rémunération. Les deux économistes admettent que toute
dépense susceptible d’améliorer le niveau de formation des individus constitue
un investissement qui leur donnera la possibilité de développer leur productivité
et par conséquentleurs revenus futurs.
4 Brian Keeley. Le capital humain, op.cité. p. 27.
5 Adam Smith. Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations.1776.
10
La théorie du capital humain suppose donc, que les individus peuvent
améliorer leur productivité volontairement par des investissements dans
l'éducation ou la formation6. En effet, l’économiste américain Schultz défend,
dans son article paru en 19607, l’idée selon laquelle l’investissement que les
individus consacrent à leur personne, le plus souvent en améliorant leur niveau
d’éducation, leur procure des bénéfices réels en matière de revenus et de bien-
être personnels. Il constate que les différences de revenus résultent en réalité des
différences d’investissement en capital humain. En outre, Schultz affirme qu’il
existe une corrélation entre la qualité du capital humain – niveaux d’éducation et
de santé –et la croissance économique. Donc selon lui, la croissance économique
peut s’expliquer par l’amélioration du capital humain.
Gary Becker, prix Nobel d’économie en 1992, soutient les même idées
développées par son prédécesseur, et dit à ce proposque:
«Les activités qui influencent les revenus monétaires futurs, qu'ils
soient de type monétaire ou de type non monétaire sont désignées
par l'expression d'investissement en capital humain. Les
nombreuses formes que peuvent revêtir ces investissements
incluent : l'éducation scolaire, la formation professionnelle sur le
tas, les soins médicaux, les migrations, la recherche
d'informations sur les prix et les revenus»8.
Cette citation tirée de son ouvrage ‘’ human capital ‘’, met en exergue les liens
entre l’investissement en capital humain et la rémunération. Elle met aussi
l’accent sur les différentes formes d’investissement en capital humain. G.
Becker s’est particulièrement intéressé à l’étude des formations sur le tas ou ce
qu’il appelle ‘’on-the-job training’’. Il distingue à cet effet, entre les formations
générales et les formations spécifiques. La formation générale acquise dans le
cadre d’un système éducatif, peut augmenter la productivité du travailleur dans
6 Stéphanie Fraisse-D'Olimpio, Les fondements de la théorie du capital humain, Le site des sciences
économiques et sociales.
7 Théodore.W.SCHULTZ, Investment in Human Capital, The American Economic Revue, 1960.
8 G. S. Becker, HUMAN CAPITAL, A THEORETICAL AND EMPIRICAL ANALYSIS, Columbia
University Press for the National Bureau of Economic Research, New York, 1964.
11
toutes les entreprises. A l’inverse, la formation spécifique favorise
l’amélioration de la productivité du travailleur dans l'entreprise qui l'a forme,
mais ne lui permet quasiment pas de faire valoir le fruit de cette formation
dans une autre entreprise. Les entreprises vont donc, privilégier de financer des
formations professionnelles à leurs employés plutôt que des formations
générales. De surcroît, G. Becker affirme que les inégalités de revenus
proviennent de la différence de stock de capital que détiennent les individus
puisqu’ils ne font pas les mêmes investissements, par exemple lorsqu’un
individu choisi de poursuivre ses études au lieu de travailler. Les
investissements que font les individus, au même titre que les investissements en
capital physiques, peuvent faire l'objet d'un calcul d'un taux de rendement
marginal, lié à une dépense ou une année d'études supplémentaire. Ce
rendement peut être évalué comme le rapport entre, d'un côté, le gain différé que
cet investissement permettra d'obtenir sur le restant de la vie active et, de l'autre
côté, l'ensemble des coûts supportés par cet investissement. Ces coûts
proviennent de dépenses d'éducation, frais de scolarité, matériel, etc. mais aussi
du coût de renoncement à ce qu’aurait pu procurer le choix inverse ; c’est ce
qu’on appelle les «coûts d'opportunités », ce sont en d’autres termes, les
salaires que l’individu aurait touché s’il avait choisi de rentrer dans le
marché du travail au lieu de poursuivre une formation. Les individus
effectuent donc un arbitrage entre travailler et poursuivre une formation qui les
aidera à percevoir des revenus futurs plus élevés qu'aujourd'hui.
La théorie du capital humain s’inscrit dans la ligne de pensée
néoclassique, dans la mesure où elle se base sur l’hypothèse que les individus
sont rationnels et font des choix d’investissement, dans des conditions
d’information parfaite. Dans ces conditions, les individus auront la possibilité
d’améliorer au maximum leur productivité et par conséquent, leur revenu grâce
aux choix d’investissement qu’ils ont effectués. Ce raisonnement a fait l’objet de
12
plusieurs critiques qui ont donné lieu à des prolongements de la théorie du
capital humain que nous allons présenter brièvement. La théorie du signal
proposée par l’économiste américain Michael Spence9 conteste l’hypothèse
selon laquelle les individus font leurs choix dans des situations d’information
parfaite. En réalité, les employeurs ne sont pas bien informés sur les
compétences réelles et sur la productivité des offreurs de travail, mais Spence
estime que le diplôme obtenu par ces derniers permet aux employeurs potentiels
d’être mieux informés sur les compétences et les qualités productives qu’ils
s’attendent d’eux. Ainsi les offreurs de travail envoient un signal aux employés
potentiels qui peuvent sélectionner les personnes disposant des meilleures
compétences. Par ailleurs, Spence affirme que la formation dont joui un
individu, ne constitue pas un investissement pour augmenter la productivité et
obtenir un meilleur salaire mais c’est un critère pour se distinguer des autres
offreurs d’emploi, autrement c’est un moyen de sélection. Dans ce cas, les
individus doivent choisir la formation qui va les habiliter à envoyer aux
employeurs le meilleur signal. Les "signaux" représentant des caractéristiques
modifiables comme l’expérience professionnelle, le niveau de prestige de
l’établissement fréquenté et la culture générale, sont envoyés par les offreurs de
travail aux employeurs potentiels, ce qui constitue donc un moyen de réduire les
asymétries d'informations et de favoriser l'équilibre entre vendeurs et acheteurs
sur un marché et en particulier celui du travail. Une autre théorie présentée par
Kenneth Arrow10, suppose que la formation ne sert qu’à indiquer les aptitudes
dont les individus jouissent. Par conséquent, elle n’est pas un moyen pour
améliorer la productivité des individus. L’éducation ne sert en fait qu’à identifier
les aptitudes des individus afin de les filtrer. De cette manière, les individus sont
filtrés et sélectionnés en fonction des capacités recherchées par les employeurs.
9 Michel Spence, Job market signalling, The Quarterly journal of Economics, Vol. 87, No. 3. (Aug., 1973), pp.
355-374.
10 Arrow, K. J, "HIGHER EDUCATION AS A FILTER", Journal of public economics, 1973.
13
En définitive, ces deux théories ont proposé une conception qui rend compte des
mêmes aspects présentés par la théorie du capital humain mais avec des
explications différentes.
1.1.2. Mesure du capital humain
Dans un monde où la quasi-totalité des aspects de notre vie sont jaugés et
mesurés comme par exemple le poids des bébés à la naissance, la taille, la
température…etc. Pour obtenir une vue d’ensemble sur l’état de santé
économique et sociale des pays, il convient de mesurer des indicateurs comme le
PIB et d’autres indicateurs parmi lesquels le capital humain constitue un élément
tout aussi important de cette évaluation. Cependant, Il s’avère difficile de
mesurer directement le capital humain en raison de son intangibilité. En effet, le
capital humain qui est le fruit du travail intellectuel de l’homme, est trop
complexe dans ses effets et ses manifestations pour être quantifié et réduit à
l’examen d’une série statistique. Pour faciliter son évaluation, l’OCDE suggère
de recourir à des variables de substitution. Une des variables de remplacement
qui peut être utilisée pour mesurer le capital humain est le temps que les
individus ont passé à l’école ou le type de formation qu’ils ont reçue. Cependant
cette variable ne met pas en exergue l’apprentissage effectif des individus, elle
ne rend compte que de ce qu’on leur enseigne. En outre, elle ne tient pas compte
de ce que les individus apprennent en dehors de l’école, comme par exemple les
activités productives que les individus réalisent pendant leur temps libre et qui
contribuent elles aussi à l’amélioration de leurs compétences. Une autre variable
de substitution développée par le Programme international pour le suivi des
acquis des élèves (PISA) 11 sous l’égide de l’OCDE, consiste à tester les
individus sur ce qu’ils savent notamment dans les domaines de langues, de
mathématiques et de sciences. Cette évaluation a pour objectif de tester
régulièrement et systématiquement l’apprentissage des élèves. Cependant, ces
11 Programme international pour le suivi des acquis des élèves est un projet mené par l'OCDE et visant à la
mesure des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres.
14
tests ne sont applicables qu’aux élèves de 15 ans et ne font pas apparaître les
acquis des adultes en formation par exemple. Le capital humain peut également
être appréhendé par sa valeur économique à travers l’évaluation des dépenses
d’investissement par rapport aux revenus futurs que cet investissement pourrait
générer. Arrow et al. (2008) ont fournis des estimations pour la Chine et les
États-Unis du capital humain, qu’on peut mesurer comme le produit de sa
quantité totale (une composante du taux moyen de niveau scolaire atteint dans
chaque pays et de sa population adulte) et de son prix du loyer (la somme
actualisée de la masse salariale de chaque pays par unité de capital humain
employée, cumulée sur le nombre moyen d’années de travail restantes). Sur la
base de ces estimations, pour la Chine et les États-Unis, l’augmentation en
capital humain et reproductible (fixe et financier) dépasse largement la perte
issue de la réduction du capital naturel. Pour finir, il existe une méthode plus
fiable et plus complète pour mesurer le capital humain qui consiste à établir des
comptes pour le capital humain à l’aide du même cadre comptable que celui
utilisé pour les statistiques économiques classiques. Ces comptes retracent un
grand nombre d’activités non marchandes qui comportent les aspects formels et
qui pourraient s’étendre aux aspects informels de l’éducation. D’une part,
l’aspect formel de l’éducation englobe l’utilisation conjointe d’intrants par les
ménages et les établissements éducatifs dans le but de produire des services
éducatifs, par opposition à la définition plus limitée du secteur de l’éducation
dans le cadre des comptes nationaux, qui ignore largement le rôle des ménages
privés dans la production de ces services. D’autre part, l’aspect informel de
l’éducation comporte les investissements destinés à préparer les enfants à la
scolarisation formelle, et ceux destinés à maintenir et à développer les
compétences des personnes en âge de travailler via la formation en entreprise et
l’éducation des adultes. Dans le cadre de la partie empirique de notre étude,
nous nous sommes référés à une autre méthode de mesure du capital humain
plus complète et récente, proposée par un rapport de la fondation World
15
Economic Forum créée en 1971. Ce rapport présente la méthodologie détaillée
dans la construction d’un indice complexe du capital humain. Cet indice
composite comprend 4 piliers à savoir l’accès à l’éducation, la santé et le bien-
être, les infrastructures communicationnelles, force de travail et emploi12.
1.2. Les fondements théoriques du développement humain
Les apports de la théorie du capital humain sont très intéressants dans la
mesure où elle a trouvé des applications dans de nombreux champs aussi bien
dans les champs de l’analyse économique, à savoir le commerce international,
que dans d’autres sciences sociales. Cependant, on reproche à cette théorie de ne
retenir que la dimension productive et de négliger d’autres dimensions tout
aussi importantes à savoir les dimensions éthiques et sociales. En effet,
l’éducation ne doit pas être appréhendée comme un simple moyen pour atteindre
d’autres objectifs comme le laisse penser la théorie du capital humain. Mais elle
doit être considérée comme une fin en soi. Par ailleurs, il est nécessaire de
prendre en compte le rôle de l'éducation, sans se limiter à une approche sur le
marché du travail. C’est pour cette raison que les recherches sont de plus en plus
nombreuses et que les institutions internationales accordent désormais une
importance majeure à l'éducation qui représente l’un des leviers de stimulation
de la croissance et d'amélioration du bien-être. Dans la section suivante, nous
tenterons de présenter les fondements théoriques du développement humain à
travers l’approche par les capabilités d’Amartya Sen, qu’il propose de voir
comme un prolongement de la théorie du capital humain.
Selon Alexandre Bertin13 , l’approche par les capabilités développée par
Amartya Sen s’inscrit dans la ligne de pensée sociale-libérale qui puise ses
12 Cette méthode de mesure du capital humain sera plus détaillée dans le deuxième chapitre.
13 Alexandre Bertin. L’approche par les capabilités d’Amartya Sen. Une voie nouvelle pour le socialisme libéral.
Cahiers du GRETHA. Université Montesquieu Bordeaux IV, 2008 - 09.
16
origines dans la philosophie politique anglaise du XIXème siècle. Cette filiation
se manifeste dans la tentative de réconciliation des libertés individuelles avec
l’exigence d’égalité entre citoyen, à travers l’élaboration du concept de
capabilité. On a toujours cru que la liberté et l’égalité constituent deux idéaux
antinomiques, d’où la tentative de les concilier dans une même approche,
constitue une tâche délicate voire complexe. Mais il parait qu’Amartya Sen a
trouvé la solution adéquate au problème en intégrant dans une même
dynamique, l’idéal de liberté et l’exigence d’égalité. Ces deux idéaux sont donc
internes au concept de capabilité, en ce sens qu’ils fonctionnent comme étant les
dimensions, positivement corrélées, d’un même concept. Il convient donc de
commencer par l’analyse des éléments constitutifs de l’approche par les
capabilités, de mettre en évidence les liens qui les rattachent aux concepts de
liberté et d’égalité, et de montrer l’utilité et l’intérêt de cette approche en matière
de développement humain.
Selon Amartya Sen, l’approche par les capabilités est constituée de deux
éléments majeurs qui sont le fonctionnement et la capabilité.
1.2.1. Les fonctionnements
Il entend par fonctionnements, l’ensemble des états (beings) et des actions
(doings) d’un individu. Plus concrètement, le concept de fonctionnement
renvoie à ce qu’un individu parvient d’être ou de faire. En ce sens, il dit :
«Certain de ces fonctionnements, sont très élémentaires, comme le fait
d’être adéquatement nourri, être en bonne santé, etc. Ceux-ci peuvent
être fortement valorisés par tous, pour des raisons évidentes. D’autres
peuvent être plus complexe, mais encore largement valorisés, comme la
réalisation du respectde soiou être socialement intégré»14.
Ces fonctionnements ou activités se présentent d’abord sous forme d’un
large éventail de potentialités offertes que l’individu peut réaliser, comme par
14 NussbaumMartha & Amartya Sen. The quality of life. Oxford: Clarendon Press, 1993, p. 42.
17
exemple les activités telles que manger, lire, exercer une activité sportive, et les
états d’être comme le fait d’être bien nourri, d’être en bonne santé, de ne pas
avoir honte devant les autres, d’éviter la survenue de décès prématuré, etc. Sen
appelle les actions et les états qu’un individu peut effectivement réaliser le
vecteur de fonctionnement de cet individu. Il utilise également l’expression ‘’n-
tuple’’ pour désigner des actions et des états qu’un individu classe par ordre de
préférence et selon leur degré d’urgence. L’expression est utilisée dans
l’intention de rendre compte de ce qu’un individu évalue et de ce qu’il croit qu’il
est capable d’accomplir. Cela se traduit par une variation considérable du
vecteur de fonctionnement d’un individu à l’autre, selon les caractéristiques
personnelles et contextuelles. Ainsi, deux personnes qui disposent des mêmes
ressources ou de la même quantité de biens peuvent adopter des
fonctionnements différents, chacun selon sa capacité de réaliser telle ou telle
action et d’atteindre tel ou tel état d’être.
1.2.2. Les capabilités
La réalisation par une personne, des fonctionnements qu’elle a raison de
valoriser, lui procure un sentiment de bien-être. Selon Sen «La principale
caractéristique du bien être d’une personne réside dans le vecteur de
fonctionnement qu’elle réalise»15. D’où l’importance de la notion de capabilité
dans le système conceptuel qui sous-tend l’approche qu’il propose pour le
développement humain. Il en donne la définition suivante :
« [La notion] étroitement liée à celle de fonctionnements
(functionings) est celle de capabilité de fonctionner. Elle représente
les diverses combinaisons des fonctionnements (états et actions) que
la personne peut accomplir. La capabilité est, par conséquent, un
15 Sen A.K. Well-being, Agency and freedom: The Dewey Lectures 1984. The journal of philosophy,Vol.82,n°4,
(April 1985), p. 198.
18
ensemble de vecteurs de fonctionnements, qui indique qu’un
individu est libre de mener tel ou tel type de vie»16
En d’autres termes, la capabilité est l’habilité dont dispose un individu
pour accomplir un acte ou atteindre un état d’être qu’il a raison de valoriser. Elle
désigne l’ensemble des activités et fonctionnements qui englobent les états
(beings) et les actions (doings) qui permettent de juger de la qualité de vie ou du
bien être d’une personne. L’évaluation du bien-être humain doit donc porter sur
les opportunités d’être et de faire ce que les individus ont raison de valoriser, et
non sur les ressources ou les moyens dont ils disposent comme le revenu la
richesse ou encore les droits, les liberté et toutes les possibilités offertes qui
rentrent dans la catégorie de ce que Jean Rawls appelle les biens premiers.
Ainsi, le concept de capabilité se définie concrètement par sa mise en
relation avec les fonctionnements. Comme il a été déjà dit, les fonctionnements
se présentent d’abord sous forme de simples potentialités, lesquelles ne peuvent
être pleinement réalisées qu’à partir de l’ensemble des capabilités d’une
personne. Pour illustrer son idée, A. Sen donne l’exemple de deux personnes
disposant chacun d’une bicyclette. L’utilisation de ce moyen de transport
requiert un certain nombre de conditions liées aux caractéristiques individuelles
et aux facteurs de l’environnement physique et social. L’usage du vélo exige de
la part de l’individu une aptitude physique et des habiletés techniques. Si l’un
des deux personnes est handicapé, il ne peut certainement pas utiliser ce moyen
de transport pour se déplacer. Par ailleurs, les performances du cycliste
dépendent de son régime alimentaire, du fait qu’il est bien ou mal nourri, infecté
ou non de parasites qui empêche la bonne assimilation des nutriments. Les
facteurs de l’environnement physique (état des routes, topographie accidentée,
climat..) peuvent influencer l’utilisation de ce moyen de transport. De même, les
facteurs de l’environnement social et culturel, peuvent favoriser, ou au contraire
16 A. K. Sen, Inequality re-examined. New York: Oxford University Press Inc., 1992, p. 40.
19
défavoriser l’utilisation du vélo, surtout quand il s’agit des femmes. Par rapport
à cette assertion, un pays théocratique comme l’Arabie Saoudite nous fournit un
argument de taille, puisqu’elle représente le cas de figure extrême où la loi
interdit aux femmes de conduire un véhicule.
Cet exemple permet de démontrer de manière claire la différence entre les
biens et les fonctionnements. La différence consiste en ce que la possession d’un
bien par une personne ne nous renseigne pas sur ce que cette personne peut ou
ne peut pas faire avec le bien qu’elle possède. La possession d’un bien
n’entraine donc pas nécessairement l’amélioration de la qualité de vie lorsque
les fonctionnements font défaut. Peu importe les biens ou les commodités qu’un
individu possède, le plus important est de connaître les fonctionnements qu’il
peut accomplir. Cela ne veut pas dire que le bien ou commodité n’est d’aucune
utilité pour l’individu. Il survient dans la série des événements comme étant une
condition de possibilité des fonctionnements, sans en être la cause. De ce fait, la
possession des biens ne peut avoir, dans la plupart des cas, qu’un effet indirect
sur le bien-être, c’est-à-dire un effet médiatisé par le vecteur de fonctionnement
de l’individu. D’où l’importance de l’approche par les capabilités comme moyen
d’évaluation du bien-être des individus et de la population en général.
En effet, l’approche par les capabilités a pour objectif principale d’évaluer
les modes de vie et le bien-être des individus en termes de fonctionnements et de
capabilités. L’évaluation porte précisément sur les activités et les états d’être
potentiels et actuels des individus. Mais il convient de préciser que le mode de
vie d’un individu ne s’exprime qu’à travers les variables qui rentrent dans la
composition de son vecteur de fonctionnement qui est le produit de la
combinaison des fonctionnements actuels. Autrement dit, le mode de vie d’un
individu est la synthèse des activités (doings) et des états d’être (beings) qu’il a
choisi d’adopter. Mais il a toute latitude de réaliser d’autres synthèses à partir
des fonctionnements qui sont à sa portée et de changer son style de vie. Mais
20
cela dépend du niveau de développement de ses capabilités, d’où le lien, que
Sen établit, entre la notion de capabilité et celle de liberté. «Les capabilités, dit-
il, reflètent la liberté pour une personne de choisir entre les différentes
alternatives de vie»17. La notion de liberté est employée ici comme synonyme de
capabilité, qui exprime la possibilité pour une personne de choisir entre les
différentes combinaisons possibles des fonctionnements qu’elle peut accomplir.
Ainsi, le concept de capabilité exprime à la fois les fonctionnements
potentiellement réalisables et la liberté de choisir entre les styles de vie
possibles, celui qui lui procure un surplus de jouissance et de bien-être. Autant
d’élément à prendre en compte dans l’évaluation du développement humain.
2. Le développement territorial et le concept de
régionalisation avancée
La nouvelle réforme territoriale annoncée depuis le début du
nouveau millénaire sous le titre de «régionalisation avancée»
marque, selon ses initiateurs, un tournant majeur dans les modes de
gouvernance territoriale appliqués jusqu’alors. Elle est considérée
comme l’un des moyens les plus efficaces qui permettent de
«consolider l’édifice démocratique» dans la mesure où elle constitue
«l’épine dorsale de l’État moderne» 18 . Ceci est d’autant plus
important que la région a été réputée par la nouvelle constitution
comme collectivité territoriale chargée de développement
économique et social.
17 Sen A. K. Justice: Means versus Freedoms. Philosophy and Public Affairs, Vol. 19, No. 2, (Spring,1990),
p.118.
Published by: Blackwell Publishing. Retreaved from :
https://sustainability.water.ca.gov/documents/18/3407876/Justice+Meansvs+freedoms+Sen.pdf
18 Discours prononcé par le Roi Mohammed VI le 6 novembre 2006 à l’occasion du 31e anniversaire de la
Marche verte.
21
Dans cette section nous allons essayer de d éfinir les principaux
concepts liés à la nouvelle réforme territoriale et de mettre en
évidence les objectifs de cette réforme ainsi que les critères de
découpage adoptés par la commission consultative de
régionalisation pour la création de nouvelles régions à caractère
institutionnel et fonctionnel.
2.1. Le conceptde régionalisationavancé
Afin de bien cerner les contours de la question de la
régionalisation avancée et de son processus , il convient d’abord de
définir certains concepts liés à l’organisation territoriale du Maroc
comportant un certain nombre d’entités territoriales hiérarchisées,
telles que les communes urbaines et rurales, les provinces ou
préfecture, et les régions administratives.
2.1.1. Définition des concepts
Au Maroc, la commune est une collectivité territoriale de droit
public, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière.
Dans le cadre de la décentralisation du pays, les communes sont
regroupées au sein de préfectures ou de provinces qui sont elles -
mêmes regroupées au sein de régions. Cette décentralisation désigne
que les collectivités territoriales sont chargées de leur
développement économique, social, et culturel, et ce à travers la
réalisation de projets de développement financés par des ressources
propres, des partenariats entre elles, des partenariats avec l’Etat,
avec des entités publiques ou même avec le secteur privé.
Selon Gérard-François Dumont, la région a un sens ancien et
pluriel. Il s’applique à un découpage territorial qui n’est pas
22
nécessairement fixé dans des limites géographiques précises. Mais
avec l’essor de l’organisation administrative d’un pays, le concept
de région s’applique à des espaces précisément délimités par des
ministres ou des services publiques 19. Cette conception de la région
en tant qu’entité territoriale administrative produite par la puissance
publique est très proche de la conception adoptée par les autorités
marocaines lors de l’élaboration du nouveau projet de réforme
territoriale.
2.1.2. Critères du nouveau découpage régional
Au Maroc, la nouvelle configuration territoriale, comme enjeu
d’action publique, provient de l’application combinée d’un certain
nombre de critères. Dans cette configuration, les régions se
présentent comme des entités fonctionnelles dirigées par des pôles
urbains. Les critères utilisés par la commission consultative de la
régionalisation (CCR) pour identifier les nouvelles identités
territoriales sont présentés de la manière suivante :
«Du fait même de l’unicité et de la continuité historique plus que
millénaire du Royaume et du fait du haut degré de brassage et
d’intégration de ses populations, la délimitation des nouvelles
régions n’a été, et ne pouvait être opérée que sur la base de critères
objectifs : fonctionnalité économique ; pôles de développement
intégré ; relations et interactions dynamiques, actuelles et
prévisibles entre les populations concernées. Cette configuration n’a
eu à souffrir ni de pesanteurs historiques incontournables, ni de
contraintes particularistes préjudiciables à la rationalité et à la
fonctionnalité sciemment recherchées »20.
Au regard des critères énoncés ci-dessus, le projet
d’organisation territorial proposé se veut de nature pratique et
19 Dumond G. F. (2004). Les régions et la régionalisat ion en France. Paris, Ellipses, 2004.
20 Commission consultative de la régionalisation (2011). Rapport sur la régionalisation avancée. Livre I :
Conception
générale, p. 7.
23
pragmatique, libéré de toutes contraintes historiques, ethniques ou
particularistes qui pourraient être préjudiciables à la rationalité
économique et aux principes de la gouvernance démocratique. Selon
les initiateurs du projet, le concept de régionalisation avancée
«s’inscrit dans la continuité d’un processus graduel de
décentralisation et de démocratie locale» 21 . Compte tenu, bien
entendu, des impératifs de la rationalité économique. Ainsi, le
modèle de régionalisation proposé se veut d’essence démocratique
comme le stipule le rapport de la CCR :
«Les propositions incluses dans cet axe [Une
régionalisation d’essence démocratique] visent à renforcer
la représentativité et la légitimité démocratiques des
conseils régionaux, à promouvoir l’équité genre en matière
d’accès des femmes aux fonctions électives et de gestion en
région et à organiser la participation des citoyens, de la
société civile et du secteur privé au débat public sur les
affaires régionales et à la bonne conduite de ces
affaires»22.
Le découpage du territoire national en régions institutionnelles
et fonctionnelles s’est fait selon «une démarche p ragmatique» qui
repose sur les principes objectifs de «l’efficience, l’accumulation
sur l’existant, l’homogénéité, la fonctionnalité, l’accessibilité et la
proximité, la proportionnalité et l’équilibre» 23 . La région
fonctionnelle résulte de l’application de ces principes au découpage
du territoire national compte tenu du poids démographique, du
dynamisme économique et du degré d’urbanisation des différentes
entités spatiales. Le nouveau découpage régional prend également
en considération la division administrative du territoire national en
21 CCR (2011). Ibid.
22 CCR (2011), op. cit., p. 11.
23 CCR (2011), op. cit., p. 32.
24
province afin de préserver, dans la mesure du possible, les entités
administrative existantes.
Par ailleurs, la nouvelle régionalisation, dite avancée, est
«vouée au développement intégré et durable sur les plans
économique, social, culturel et environnemental» 24 . Dans cette
perspective, la région est entendue comme étant un espace de débat,
de concertation, de planification de proximité, dans un cadre
partenarial entre le conseil régional, l’Etat, et ses représentants à
l’échelle de la région, les différentes collectivités territoriales, les
chambres professionnelles, les universités, et les organisations de
la société civile.
On parle désormais de «collectivité territoriale», terme qui
vient remplacer celui de «collectivité locale». L’accent est mis sur
la vocation démocratique de la région, ce qui devrait s’accompagner
par la mobilisation de fonds de mise à niveau sociale des régions
défavorisées afin de réduire les disparités régionales en matière de
développement humain et social. Cela se traduit par la
généralisation de l’accès à l’eau potable et à l’électricité,
l’éradication des bidonvilles et de l’habitat insalubre ; la
généralisation de l’accès à l’éducation et l’amélioration de l’état
sanitaire de la population. Le rapport de la CCR tient à préciser que
l’effort financier consacré à la mise à niveau régionale ne s’inscrit
pas dans la logique d’un «assistanat permanent», mais il s’agit
seulement d’un appui momentané qui permettra aux collectivités
territoriales de «remédier elles -mêmes à leurs déficits, la mise à
niveau sera entreprise dans un horizon de deux mandatures» 25. D’où
24 CCR (2011), op. cit. p. 5.
25 CCR (2011), op. cit., p. 17.
25
la notion de «régions viables» évoquée par Sa Majesté Le Roi
Mohammed VI dans son discours du 3 janvier 2010.
2.2. La nouvelle configuration régionale
L’application des principes opérationnels mentionnés ci-
dessus, a conduit à la création de douze entités régionales distinctes.
Aussi, le nombre de régions délimité par l’ancien découpage se
trouve réduit de 25%, puisqu’il est passé de 16 à 12. Les régions
ainsi délimitées couvrent des territoires plus étendus disposant
chacun d’un poids démographique plus grand.
Selon les concepteurs du projet de réforme territoriale, la
régionalisation institutionnelle doit correspondre le plus possible à
la régionalisation réelle. On sous-entend par la régionalisation
institutionnelle, le processus intentionnel de construction de la
réalité sociale. Ainsi, les régions qui prennent forme à travers ce
processus sont des faits institutionnels. Elles sont construites à
partir de fait sociaux (c’est-à-dire de structures sociales et
économiques) et de faits bruts (réalités physique et géographiques)
auxquelles la volonté collective attribue une fonction et les
transforme en régions institutionnelles. Elles sont définies
officiellement par le rapport de la CCR comme «des bassins de
déploiement de l’option démocratique et des espaces idoines pour la
conduite des politiques de développement, avec la participation
effective des populations et de leurs élus à l’élaboration et à la mise
en œuvre de ces politiques» 26 . En d’autres termes, les régions
institutionnelles sont créées dans l’intention d’assurer une fonction
d’encadrement politico-administrative de la population. Selon le
philosophe John Searle, l’assignation des fonctions institutionnelles
26 CCR (2011), op. cit., p. 31.
26
aux «faits bruts» ne suffit pas à les transformer en fait
institutionnels. Il faut en plus que les différents acteurs co ncernés
par cette transformation reconnaissent et acceptent l’existence de
tels faits 27 . La définition présentée ci-dessus fait allusion à cet
élément constitutif des faits institutionnels en parlant de
«participation effective des population».
Par opposition aux régions institutionnelles, il y a les régions
fonctionnelles ou réelles définies par l’activité économique et les
cadres de vie naturels. Il s’agit de régions géographiques
constituées, selon Daniel Montello, de faits bruts, de faits sociaux et
de faits institutionnels. L’une des propriétés fondamentales de la
région géographique est la similitude entre les milieux qu’elle
englobe; similitude liée à leur proximité spatiale. «L'aspect le plus
fondamental de similitude partagée dans une région est "la
similitude spatiale" -proximité. Mais les régions partagent aussi,
presque toujours, un contenu ou une activité thématique commune.
Autrement dit, les régions sont définies non seulement spatialement,
mais elles se définissent également par les entités ou les processus
humains et naturels qui s'y produisent» 28 . On retrouve dans le
rapport de la CCR la même idée. A ce propos, il est dit dans ce
dernier, que la distinction établie entre les deux grands types de
nouvelles régions traduit «les formes réelles d’organisation et de
fonctionnement de l’espace national, telles que façonnées par la
longue évolution de l’économie, de l’équipement territorial, de
l’encadrement administratif, des conditions naturelles et des
relations de vie qui en découlent». Et il ajoute ensuite «Cette
27 Searle John R. The construction of social reality. New York : Free Press, 1995.
28 Mentello D. R. «Geographic regions as brut facts, social facts and institutional facts». In
Smith B., Mark D. M. & Ehrlich I (eds). The mastery of capital and the construction of social
reality. Illinois : Carus Publishing Company, p. 305.
27
distinction corrobore une orientation consistant à ajuster la
régionalisation institutionnelle recherchée aux réalités régionales
dessinées par l’économie et la société»29.
En effet, le rapport de la CCR établit une distinction
parfaitement claire entre deux grands types de régions : «Les
régions définies à partir de grands pôles ou même de bi‐pôles
urbains rayonnant sur des espaces de croissance économique» et
«les régions non‐polarisées, qui couvrent les montagnes atlasiques
ainsi que les zones des steppes et déserts» 30 . Le premier type
représente les régions les plus avancées sur le plan économique;
tandis que le deuxième type comprend les régions caractérisées par
un rythme d’évolution socio-économique plus lent. Ces régions
périphériques souffrent de graves déficits structurels et d’un
désavantage social considérable, et nécessitent de ce fait «un appui
fort en terme de solidarité nationale» 31 selon l’estimation de la
commission consultative de la régionalisation.
Un examen attentif de la carte représentant le découpage en
douze régions institutionnelles proposé par la CCR, montre, en
effet, qu’il existe une certaine correspondance entre les régions
géographiques réelles et les régions institutionnelles, comme l’a
bien remarqué le chercheur Mohammed Berriane en disant: «Il y a
donc, de plus en plus de concordance entre les deux types de
territoires»32. Certains écarts par rapport aux frontières des régions
29 CCR (2011), op. cit., p. 35.
30 CCR (2011). Op. cit., p. 35.
31 CCR (2011). Ibid.
32 Berriane M. «Dynamique territorial et politique publique : territoires fonctionnels et
territoires officiels». In
Dupret B., Rhani Z., Boutaleb A. & Ferrié J-N. (eds). Le Maroc au présent : d’une époque à
l’autre, une société en Mutation. Casablanca, Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud, Centre
Jaques Berque, 2015, p. 57.
28
géographiques réelles identifiées par les spécialistes, ont été tolérés
en vertu du principe de concertation publique qui permet d’obtenir
la reconnaissance du nouveau fait institutionnel de la part des
représentants des collectivités territoriales . De ce fait, l’avant-projet
suggéré par la CCR et adopté par le ministère de l’intérieur en
septembre 2014, a subi quelques modifications relatives au
découpage des régions. Ces modifications sont dues au fait que le
ministère de l’intérieur a voulu tenir compte des recommandations
et des suggestions des différentes formations politiques, afin de
trouver des compromis qui satisfassent les différentes composantes
des régions.
Planche 1 : Cartes montra nt le découpa ge e n douze régions proposé par la
CCR et le déc oupa ge adopté après concertation avec les représentants des
collectivités locales.
Après les différentes concertations qui ont eu lieu, quelques
provinces se sont vues déplacées d’une région à l’autre comme le
montre la planche 1 ci-dessus. Ainsi la région Tanger-Tétouan a été
29
élargie pour inclure la province d'Al Hoceima, et s’appellera,
désormais, région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima dans le découpage
définitif adopté par l'Intérieur. La région Rif et Oriental, qui
incluait la province d'Al Hoceima dans l' avant-projet de découpage,
a vu son nom changer: la région est, désormais, celle de l'Oriental,
et inclut la province de Figuig, qui figurait dans l'avant -projet de
découpage dans la région de Drâa‐Tafilalet. Cette dernière, suite au
transfert de la province de Figuig à la région de l'Oriental, a été
enrichie de la province de Midelt, initialement inclue dans la région
de Béni Mellal-Khénifra.33
La planche 2 quant à elle, montre la carte du Maroc selon
l’ancien découpage régional en 16 régions de 1997, dans lequel la
région est considérée par la constitution comme étant une
collectivité locale qui joue un rôle de locomotive dans la politique
officielle de décentralisation.
33 AL HUFFINTON POST, Reda Zaireg, www.huffpostmaghreb.com/2015/07/24/entree-
vigueur-nouveau-decoupage-territorial_n_7862664.html
30
Planche 2 : Cartes montrant l’ancien découpage régional en seize régions
En définitive on peut dire que, les modifications effectuées par l’Intérieur
sur l’avant-projet de la CCR, montrent l’importance accordée à la démocratie
dans notre pays et à la nécessité des concertations publiques dans l’obtention de
la reconnaissance des représentants des collectivités territoriales du nouveau fait
institutionnel.
31
CHAPITRE 2
RELATIO N ENTRE LE CAPITAL
HUMAIN ET LE DEVELO PPEMENT
ECO NO MIQ UE
32
1. Fondements théoriques de la relation entre le capital
humain et la croissance économique
Le capital humain est resté pendant longtemps la grande inconnue dans le
domaine de la recherche sur les déterminants de la croissance économique. Ce
n’est qu’à partir des années soixante du siècle dernier que le concept de capital
humain commence à gagner en popularité grâce aux travaux de Schultz34, de
Becker35 et d’autres. Ces chercheurs ont proposé d’incorporer les décisions des
individus et des sociétés en matière d’éducation au noyau de la théorie
microéconomique. Cela a donné lieu à ce qu’on appelle désormais «La
révolution du capital humain» qui consiste à traiter l'éducation comme un
investissement et non plus comme une forme de consommation. Avec les
travaux d’Edward Denison cette révolution du capital humain touche de manière
aussi profonde la théorie macroéconomique. C’est ce que nous allons essayer de
montrer dans la section suivante.
1.1. Capital humain déterminant de la croissanceéconomique
Pourquoi certain pays affichent-ils des taux de croissance élevés et se
développent rapidement alors que d’autres restent à la traine ? En d’autres
termes, pourquoi certains pays sont riches et d’autres sont pauvres ? C’est à ce
genre de questions qu’un groupe de chercheurs pionniers du capital humain ont
essayé de répondre. Ils se sont fixés comme objectif d’expliquer l’évolution
macroéconomique en introduisant le capital humain comme variable explicative
centrale dans leurs modèles.
34 Schultz Theodore W. (1961). Investment in Human Capital. The American Economic Review Vol. 51, No. 1
(Mar., 1961), pp. 1-17
35 Becker Gary S. (1964). Human Capital: A Theoretical and Empirical Analysis, with Special Reference to
Education. Chicago, University of Chicago Press.
33
C’est ainsi que de nombreuse recherche se sont focalisées sur l’étude de la
chaine causale alliant l’accumulation du capital humain à la croissance du
produit intérieur brut. Ces études reposent sur l’hypothèse que l’accumulation
du capital humain est susceptible d’être une clé importante pour la croissance
économique soutenue à long terme. En effet, il a été établi que la croissance
durable à long terme n'a pas été atteinte dans les économies dont le
développement est basé sur l'expansion du capital physique et de la terre, en
raison des rendements décroissants des investissements supplémentaires. D’où
l’idée d’introduire le capital humain dans les modèle de croissance
économiques. On suppose que l’expansion de l’influence du savoir contribue à
l’augmentation de la productivité du travail et d’autres facteurs de production.
Edward Denison est l’un des premiers à mettre l’accent sur les relations
entre les ressources humaines et la croissance économique36 . Denison s’est
penché sur l’étude des déterminants de la croissance économique aux Etats-Unis
entre 1909 et 1959. Il a montré que 54% de la croissance économique s’explique
par le développement du capital humain. Parmi ces 54%, 23% proviennent
directement de l’amélioration du niveau d’éducation de la main-d’œuvre et 21%
environ sont attribués à l’accumulation des savoirs. A la même époque, Schultz
avait abouti à des résultats similaires.
Par la suite, de nombreux chercheurs ont élaboré des modèles théoriques
et empiriques de croissance économique qui rendent compte de l’effet du capital
humain sur la croissance économique. Ljungberg, par exemple, a élaboré un
modèle dans lequel il a utilisé le taux de scolarisation et les dépenses en
éducation pour mettre en évidence la relation causale entre le développement de
l’éducation et la croissance économique en Suède au cours de la période allant
de 1867 à 199537. En France, Marchand et Thélot ont utilisé une approche
36 Denison Edward F. (1962). The sources of economic growth in the United States and the alternatives before
us. New York : Committee for economic development.
37 Ljungberg, Jonas (2002). About the role of education in Swedish economic growth, 1867-1995. In: Historical
34
similaire basée sur l’analyse des relations entre le capital humain mesuré par le
taux de la population active instruite et la croissance économique tout au long de
la période 1800-200038. Si ces travaux sont considérés comme une avancée en
matière d’estimation du capital humain et de son impact sur la croissance
économique, ils restent, cependant, faiblement rattachés à la théorie
économique.
En 1992, Gregory Mankiw, David Romer et David Weil ont proposé un
modèle empirique en accord avec la théorie économique néoclassique. Le
modèle proposé est une extension du modèle de croissance économique
développé en 1956 par Robert Solow et Trevor Swan. Romer et ses collègues
estiment, en s’appuyant sur des études empiriques récentes, que les prédictions
du modèle de Solow sont en accord avec les faits empiriques. Ces études ont
effectivement montré que le taux d’épargne et le taux de croissance de la
population influent sur le revenu avec le signe prédit par le modèle de Solow. Et
même si ces deux facteurs expliquent, à eux seuls, plus de la moitié des
variations des niveaux de revenu par tête et qu’ils permettent de prédire
correctement le signe de leurs effets, Romer et son équipe estiment que le
modèle de Solow ne permet pas pour autant de prédire correctement l’ampleur
des effets39. Afin d’améliorer le pouvoir explicatif du modèle de Solow, ils ont
proposé d’y inclure à la fois le capital physique et l'accumulation du capital
humain. L’application du modèle augmenté à l’analyse de données économiques
à l’échelle internationale a abouti aux résultats suivants :
 L'accumulation de capital humain est corrélée avec l'épargne et la
croissancedémographique.
Social Research 27 (2002), 4, pp. 125-139. URN: http://nbn-resolving.de/urn:nbn:de:0168-ssoar-33979
38 Marchand Olivier & Thélot Claude (1997). Le travail en France. 1800-2000. coll. Essais et recherches,éd.
Nathan.
39 Gregory Mankiw, David Romer et David Weil (1992). A contribution to the empirics of economic growth.
The Quarterly Journal of Economics, May 1992:
http://eml.berkeley.edu/~dromer/papers/MRW_QJE1992.pdf
35
 L'accumulation du capital physique et la croissance démographiques
ont des impacts plus grands quand l'accumulation du capital humain
est prise en considération.
 Le modèle augmenté explique 80% de variation du revenu par tête
dans l’échantillon des pays non producteurs de pétrole et dans
l’échantillon des pays intermédiaires ou émergents.
Ces résultats corroborent d’ailleurs les conclusions de l’étude réalisée en
1988 par Lucas40, malgré les différences de méthodes utilisées pour construire
l’indice de capital humain : Dans le modèle de Romer, la croissance du PIB est
régressée sur le niveau du capital humain, alors que dans le modèle de Lucas,
c’est plutôt la croissance du PIB qui est régressée sur la croissance du capital
humain. Par ailleurs, les résultats de l’analyse peuvent varier selon que le capital
physique est introduit dans l’équation de régression ou non. Les études
comparatives ont montré que le coefficient de régression relatif au capital
humain diminue sensiblement lorsque le capital physique est introduit dans
l’équation. Dans le modèle de Lucas le capital humain est introduit
conjointement avec le capital physique. Ainsi construit, ce modèle permet de
prédire efficacement la croissanceéconomique.
1.2. Capital humain, résultat de la croissance
Le capital humain peut être traité, non seulement, comme facteur de
croissance économique, mais également comme conséquence de la croissance.
Si l’on envisage l’existence d’une causalité entre les deux variables (capital
humaincroissance économique), quelle est la cause et quel est l’effet ? On peut
penser que plus le taux de la population éduquée est élevé dans un pays donné,
plus les salariés seront qualifiés et efficaces, et plus ce pays sera riche. Mais la
réciproque est également envisageable: plus le pays est riche, et plus il peut
consacrer de ressources à l’éducation de sa population. Il y a alors une double
40 Lucas, Robert E. (1988): “On the Mechanics of Economic Development,” Journal of Monetary
Economics, 22, pp.3–42.
36
causalité. Le capital humain peut alors être considéré à la fois comme cause et
comme effet.
De nombreux chercheurs se sont intéressés à l’autre aspect du processus
de causalité réciproque entre le capital humain et la croissance économique. Se
fondant sur des données empiriques, ils ont constaté que tous les pays, qui ont
réussi la croissance persistante des revenus, ont également enregistré des progrès
considérables dans les domaines de l'éducation et la formation de la main-
d'œuvre. Dans leur étude sur les liens entre le capital humain, la fertilité et la
croissance économique, Gary Becker et ses collègues ont abouti à la conclusion
suivante:
«Notre analyse implique que les taux de rendement de l'éducation et
d'autres éléments du capital humain sont plus élevés dans les pays
développés que dans les pays sous-développés que ce soit en valeur
absolue ou par rapport aux taux du capital physique. Les taux de
rendement du capital physique peuvent être supérieurs ou inférieurs
dans les pays développés, en fonction de la fertilité et des taux de
croissancede la consommation»41.
Le développement du capital humain ne peut donc être envisagé qu’en
étroite avec la croissance économique. C’est ce qui explique, selon les auteurs
de l’étude mentionnée ci-dessus, pourquoi la «fuite des cerveaux», c’est-à-dire,
l’émigration des personnes hautement instruites et qualifiées se produit presque
invariablement des pays pauvres vers les pays riches.
Partant du modèle de Gary Backer, des chercheurs de l’université de
Monténégro ont effectué une analyse de la base de données de l’OCEDE afin
d’examiner l’effet du développement du capital humain sur la croissance du PIB
41 Gary S. Becker, Kevin M. Murphy, and Robert Tamura (1993). «Human capital, fertility, and
economic growth». In Gary S. Backer. Human capital : A theoretical and empirical analysis,
with special reference to education. Chicago and London : The University of Chicago Press.
3ed edition, p. 346.
37
par habitant42. L’échantillon étudié est composé de 29 pays européens en plus
des Etats-Unis et du Japon. Ils ont régressé le PIB par habitant sur les différentes
composantes du capital humain mesurées par les dépense dans les domaines de
la technologie de l'information et de la communication (TIC) de la recherche et
développement (R&D) et de l’enseignement supérieur.
Les résultats ont montré que l'investissement dans les savoirs scientifiques
et technologiques mesuré par les dépenses susmentionnées exerce une influence
positive sur la croissance du PIB par habitant dans les pays couvert par
l’échantillon ; les coefficients de la pente de régression étant hautement
signifiants. Plus précisément, la TIC est fortement associé au PIB par habitant.
L’analyse effectuée au niveau de chaque pays révèle une forte association entre
la recherche en développement et le PIB par habitant. Plus encore, l’analyse des
séries temporelles montre que le PIB par habitant augmente avec le temps en
raison de l’augmentation du stock de capital humain. Dans l’ensemble, les
variables du capital humain expliquent 59% environ de variabilité de la
croissancedu PIB par habitant entre les pays étudiés.
Des analyses semblables ont été réalisées par d'autres chercheurs qui ont
travaillé sur un échantillon de 77 pays ayant des niveaux de développement
économiques variés. Leur étude s’est focalisée sur l’étude des relations entre le
capital humain, la croissance économique et la fuite des cerveaux43. Cette étude
a abouti à des résultats similaires à ceux que nous venons de présenter. En
définitive cette étude montre que plus le taux de croissance économique est
42 Bacovic Maja & Lipovina-Bozovic Milena (2010). Knowledge accumulation and
economic growth. University of Montenegro and ASECU.
http://www.ekonomija.ac.me/sites/ekonomija.bildstudio.me/files/multimedia/fajlovi/vijesti/2013/02/bacovic_m
aja_-_lipovina_milena_ _knowledge_accumulation_and_economic_growth.pdf
43 Bildirici M., Orcan M., Sunal S. & Aycaç E. (2005). Determinants of human
capital theory , growth and brain-drain : An economic analysis for 77
countries. Applied Econometrics and International Development, Vol. 5-2.
http://www.usc.es/economet/journals1/aeid/aeid526.pdf
38
élevé dans un pays, plus les gens y investissent dans l’éducation ; ce qui entraine
une augmentation des taux de scolarisation et d’alphabétisation, et donc une
élévation du niveau du capital humain.
2. Etude empirique de la relation entre le capital humain et
la croissance économique
Après avoir défini le cadre théorique exprimant le lien existant entre le
capital humain et la croissance économique, il est intéressant de procéder à
l’étude empirique de cette relation afin de démontrer concrètement la nature de
la relation entre eux dans le cas du Maroc. Pour ce faire, nous avons exploité la
base de données du recensement général de la population et de l’habitat RPGH
pour l’année 200444 comportant les caractéristiques démographiques générales
(régions-provinces-communes, municipalités), les caractéristiques économiques,
sociales mais aussi les caractéristiques liées aux conditions d’habitat des
ménages. En outre, nous avons utilisé les données concernant la contribution des
régions au PIB tirées des comptes régionaux publiés par le HCP45. Cependant,
nous avons procédé à la réorganisation de cette base de données selon le
nouveau découpage régional, c’est-à-dire que nous avons déplacé les communes
qui faisaient partie de l’ancien découpage régional (en 16 régions) dans les
régions qui correspondentau nouveau découpagerégional (en 12 régions).
Par ailleurs, nous avons essayé de construire l’indice du capital humain
en nous référons à une méthodologie proposée par les experts du World
Economic Forum46. Cet indice se décline en 4 piliers essentiels dont trois sont
des déterminants fondamentaux du capital humain (éducation, santé et emploi)
44 Haut- Commissariat au Plan, Recensement général de la population et de l’habitat 2004,
retreaved from : http://www.hcp.ma/Recensement-general-de-la-population-et-de-l-
habitat-2004_a633.html
45 Haut Commissariat au Plan, Comptes régionaux, Produit intérieur brut et dépenses de
consommation finale des ménages 2004-2014, édition avril 2010.
46 World Economic Forum, The human capital report 2015
39
et le dernier permet à ces trois déterminants de base de réaliser de meilleurs
rendements. Les piliers se présentent comme suit :
 Pilier de l'éducation qui contient des indicateurs relatifs aux aspects
quantitatifs et qualitatifs de l'éducation à travers les niveaux primaire,
secondaire et tertiaire et contient des informations tant sur la main-d'œuvre
actuelle et future.
 Pilier de santé et de bien-être qui contient des indicateurs relatifs au bien-
être physique et mentale d'une population, depuis l'enfance jusqu’ à l'âge
adulte.
 Pilier de la main-d'œuvre et de l'emploi conçu pour quantifier l'expérience,
le talent, les connaissances et la formation dans la population en âge de
travailler d'un pays.
 Pilier de l’environnement favorable qui tient compte du cadre juridique,
des infrastructures et d'autres facteurs qui permettent de meilleurs
rendements sur le capital humain.
Ces quatre piliers fondamentaux qui constituent l’indice du capital
humain se composent d’uncertain nombre de variables (voir tableau) :
Pilier 1: Accès à
l'éducation
1. Indice de parité entre les sexes
2. Population scolarisée: Niveau primaire (Pourcentage par
rapport à la population scolarisée)
3. Population scolarisée: Niveau secondaire collégial
(Pourcentage par rapport à la population scolarisée)
4. Population scolarisée: Niveau secondaire qualifiant
(Pourcentage par rapport à la population scolarisée)
5. Population scolarisée: Niveau universitaire (pourcentage par
rapport à la population scolarisée)
6. Performances des élèves en mathématiques
(TIMSS_Maths_2011)47
7. Performances des élèves en sciences (TIMSS_SCI_2011)
8. Niveau d'instruction: Primaire (Par rapport à la population
âgée de 25 ans et plus)
9. Niveau d'instruction: Secondaire collégial (population âgée de
25 ans et plus)
10. Niveau d'instruction: Secondaire qualifiant (population âgée de
25 ans et plus)
11. Niveau d'instruction: Universitaire (population âgée de 25 ans
et plus)
Pilier 2: Santé et bien-être
1. Taux de mortalité infantile (pour mille)
2. % des ménages ralliés au réseau d'eau potable
3. % des ménages ralliés au réseau d'assainissement
47 Trends in International Mathematics and Science Study (TIMSS) est une série d’évaluation
internationale des connaissances des élèves en mathématiques et en sciences.
40
Pilier 3: Force de travail
et emploi
1. Parité hommes/femmes en ce qui concerne la participation
économique
2. Taux d'activité chez la population âgée de 7 ans et plus
(Rapport de la population active à la population totale)
3. Taux de chômage
4. Diplômés des Ecoles et des instituts supérieurs (pourcentage
par rapport à la population âgée de 25 ans et plus)
5. Qualification, spécialisation, initiation professionnelle
(pourcentage par rapport à la population âgée de 25 ans et
plus)
Pilier 4: Infrastructure
communicationnelle
1. % des ménages disposant d'un téléphone fixe
2. % des ménages disposant d'un téléphone mobile
Dans chaque pilier on retrouve des sous-indices qu’on a construits,
comme par exemple l’indice de parité entre les sexes qui mesure la proportion
des femmes scolarisées par rapport aux hommes.
Après avoir calculé les variables et les sous-indices, il est primordial de passer
par l’étape de la standardisation de ces variables puisque les indicateurs utilisés
dans la construction de l’indice du capital humain sont mesurés à différentes
échelles. Il est donc nécessaire pour préserver la distribution des données et
faciliter leur analyse, de procéder à la standardisation en exprimant les
différentes variables dans une mesure commune à partir de la statistique z-score
c’est-à-dire une variable centrée réduite dont l’espérance est nulle et l’écart type
égale à 1. L'approche z-score est un moyen très utilisé pour convertir des
données brutes exprimées dans différents formats dans une mesure commune
(standardisation). Le z-score d'un point de données indique le nombre d'écarts
types au-dessus ou au-dessous de la moyenne. Ainsi un écart-type de plus (ou
moins) 1 représente la zone au-dessus de 34,13% (au-dessous) de la moyenne
(zéro) et un écart-type de plus (ou moins) 2 représente la zone au-dessus de
47,72% (au-dessous)de la moyenne.
Une fois que toutes les données ont été standardisées, l’étape suivante consiste à
calculer la moyenne pondérée des indicateurs au sein de chaque sous-indice
pour créer les scores de sous-indices. Nous avons donc d'abord normalisé les
indicateurs en égalisant leurs écarts-types. Par exemple, dans le sous-indice
41
Niveau d’instruction, les écarts-types pour chacun des quatre indicateurs sont
calculés. Ensuite, nous déterminons ce qu’un changement de 1% traduirait en
termes d'écarts-types en divisant 0,01 par l'écart type pour chaque indicateur.
Ces quatre valeurs sont ensuite utilisées comme poids pour calculer la moyenne
pondérée des quatre indicateurs.
Après avoir collecté toutes les données utiles à notre étude, l’étape suivante
consiste à analyser ces données. Pour ce faire, nous avons utilisé le logiciel
SPSS (Statistical Package for Social Sciences) ainsi que le logiciel associé à
SPSS, ’PROCESS’’48 qui est un outil créée par Andrew Hayes permettant
d’estimer les effets directs et indirects dans les modèles de la médiation
statistique, de la modération et l'analyse des processus conditionnels.
2.1. Etude de l’effet médiateur du capital humain dans la relation
entre l’IDH et la croissanceéconomique
L’objectif de cette partie de la recherche consiste à examiner le
mécanisme par lequel le développement humain exerce une influence sur le
développement économique mesuré par la contribution des régions au PIB
national. Nous utilisons pour cela le modèle de médiation simple (modèle 4 de
PROCESS) dans lequel la variable IDH est introduite comme variable
indépendante et la contribution des régions au PIB national comme variable
dépendante. L’indice du capital humain est ajouté au modèle comme une
variable à effet modérateur entre la variable dépendante et la variable
indépendante, alors que l’indice d’inégalité de GINI est introduit comme
covariable ou variable de contrôle, c’est-à-dire, comme un éventuel facteur à
l'origine de la variation des variables principales sujet de l'investigation.
On suppose que, toutes choses égales par ailleurs, le développement
humain est associé à la contribution des régions au PIB national via le niveau du
48 Andrew Hayes, Introduction to Mediation, Moderation, and Conditional Process Analysis: A
Regression-Based Approach, www.processmacro.org/download.html
42
capital humain. Dans ce processus causal, l’effet de la variable indépendante X
(indice de développement humain) sur la variable dépendante Y (contribution
des régions au PIB national) est médiatisé par le capital humain (M). La figure 1
donne une représentation graphique du modèle de médiation utilisé pour tester
cette hypothèse.
Figure 1: Le modèle conceptuel de la médiation simple avec variable de
contrôle
Figure 2: Le modèle statistique de la médiation simple avec variable de contrôle
Les équations de régression utilisées pour estimer les effets direct et
indirect sont les suivantes:
M = i1 + aX + fC + eM
Y = i2 + c′X + bM + gC + eY
43
Pour l’estimation des paramètres du modèle, nous avons utilisé le module
PROCESS pour SPSS crée par Andrew Hayes 49 . La figure 3 présente les
résultats de l’analyse du modèle de médiation simple avec variable de contrôle:
Figure 3 : Résultats de l’analyse de médiation causale générés par SPSS-
PROCESS
Model= 4
Y = Contribution des régions au PIB national
X = IDH
M = CH
Statistical Controls:
CONTROL= GINI
Sample size 1451
*****************************************************************************
Outcome: Capital humain
ModelSummary
R R-sq MSE F df1 df2 p
,7461 ,5567 ,1380 909,0801 2,0000 1448,0000 ,0000
Model
coeff se t p LLCI ULCI
constant -2,5981 ,0778 -33,3943 ,0000 -2,7507 -2,4455
IDH 4,7717 ,1125 42,4310 ,0000 4,5511 4,9923
GINI -,0014 ,0017 -,8063 ,4202 -,0048 ,0020
******************************************************************************
Outcome: Contribution des régions au PIB national
ModelSummary
R R-sq MSE F df1 df2 p
,1844 ,0340 10,9549 16,9796 3,0000 1447,0000 ,0000
Model
coeff se t p LLCI ULCI
constant 8,7064 ,9221 9,4415 ,0000 6,8975 10,5153
Capital humain 1,2561 ,2341 5,3654 ,0000 ,7969 1,7154
IDH -1,7232 1,5005 -1,1484 ,2510 -4,6667 1,2203
GINI -,0366 ,0154 -2,3685 ,0180 -,0669 -,0063
************************** TOTALEFFECT MODEL********************************
Outcome: Contribution des régions au PIB national
ModelSummary
R R-sq MSE F df1 df2 p
,1216 ,0148 11,1651 10,8670 2,0000 1448,0000 ,0000
Model
coeff se t p LLCI ULCI
constant 5,4429 ,6997 7,7787 ,0000 4,0703 6,8154
IDH 4,2706 1,0114 4,2224 ,0000 2,2866 6,2545
GINI -,0383 ,0156 -2,4592 ,0140 -,0689 -,0078
***************** TOTAL, DIRECT, AND INDIRECT EFFECTS ************************
Totaleffect of X on Y
Effect SE t p LLCI ULCI
4,2706 1,0114 4,2224 ,0000 2,2866 6,2545
Direct effect of X on Y
Effect SE t p LLCI ULCI
-1,7232 1,5005 -1,1484 ,2510 -4,6667 1,2203
Indirect effect of X on Y
Effect Boot SE BootLLCI BootULCI
49 Le module PROCESS est gratuitement téléchargeable sur le site d’Andrew Hayes à l’adresse :
http://processmacro.org/download.html
44
Capital humain 5,9938 1,6966 2,7717 9,4309
Normal theory tests for indirect effect
Effect se Z p
5,9938 1,1263 5,3216 ,0000
******************** ANALYSIS NOTES AND WARNINGS *****************************
Number of bootstrap samples for bias corrected bootstrap confidence intervals: 10000
Level of confidence for all confidence intervals in output: 95,00
------ END MATRIX -----
Le tableau 1 récapitule les résultats de l’analyse du modèle de médiation.
Deux modèles y sont présentés:
Tableau1: Estimation des paramètres du modèle de la médiation causale
Conséquence
M (Capital humain) Y (Contribution au
PIB)
Antécédent Coeff. SE P Coeff. SE p
X (IDH) a 4,772 0,123 0,001 c’ -1,723 1,501 0,251
M (Capital humain) — — — b 1,256 0,234 0,001
C (GINI) f1 -0,001 0,002 0,420 g 0,037 0,015 0,018
Constante i1 -2,598 0,078 0,001 i2 8,706 0,922 0,001
R2 = 0,557
F(2, 1448)= 909,08, p <
0,001
R2 = 0,034,
F(3,1447)= 16,979, p <
0,001
On observe tout d’abord que l’effet total de l’IDH (X) sur la contribution
des régions au PIB national (Y), lorsque l’indice d’inégalité de GINI est
maintenu constant, est égal à 4,271 (p < 0,001). Cet effet est donc positif et
significatif. Il convient de rappeler ici que l’effet total (c) est la somme des
effets direct et indirect de X: c = c’ + ab = -1,723 + (4,772 x 1,256) = 4,271 (p <
0,001). Par contre, l’effet direct de l’IDH sur la contribution au PIB est négatif,
mais il n’est pas statistiquement significatif (c’ = -1,723, p = 0,251). Cela veut
dire que l’effet de l’IDH sur la contribution des régions au PIB national est
complètement médiatisé par la variable capital humain.
Si l’effet direct est insignifiant, l’effet indirect, quant à lui, est positif et
significatif puisque 0 n’est pas à l’intérieur des limites de l’intervalle de
45
confiance à 95% obtenu par bootstrapping (ab = 5,994, BootLLCI = 2,772;
BootULCI = 9,431). On peut alors affirmer, toutes choses égales par ailleurs,
que lorsque la valeur de l’IDH augmente d’une unité, la contribution des régions
au PIB national augmente de 6 points; cette augmentation résulte, bien entendu,
de l’influence du développement humain sur le capital humain qui influence à
son tour la capacité des régions à contribuer au PIB national.
Ainsi, l’effet de X (IDH) sur Y (contribution au PIB) est totalement
transmis à travers le mécanisme causal X → M → Y dans lequel M représente le
capital humain. Pour s’assurer de la validité de cet enchainement causal des
événements, les experts en matière d’analyse de données recommandent de
refaire l’analyse et de tester le modèle alternatif dans lequel la variable
médiatrice prend la place de la variable indépendante et vice versa50. Il s’agit de
tester l’hypothèse de l’effet indirect de X (capital humain) sur Y (contribution au
PIB) via M (IDH). Si l’effet indirect du capital humain sur la contribution au
PIB est insignifiant, alors le modèle du processus causal décrit auparavant est
valide. Les résultats de l’analyse du modèle alternatif montrent que l’effet
indirect du capital humain sur la contribution des régions au PIB est insignifiant
puisque 0 est situé à l’intérieur des limites de l’intervalle de confiance bootstrap
à 95%, avec correction de biais, basé sur 10000 échantillons bootstrap (voir le
tableau 2).
Tableau 2: effet Indirecte du capital humain sur la contribution au PIB
Effet BootSE BootLLCI BootULCI
IDH -,2002 ,1836 -,5597 ,1619
Ces résultats établissent avec un haut degré de certitude l’existence de la
séquence causale explicative du développement économique décrite par le
modèle proposé.
50 Andrew F. Hayes. Introduction to mediation, moderation and conditional process analysis. A
regression-based approach. New York : The Guilforg Press, 2013, p. 183.
46
2.1.1. L’effet modérateur de l’inégalité de revenu sur le lien
indirect entre le développement humain et la croissanceéconomique
Dans le modèle précédent, l’indice d’inégalité de GINI a été introduit
comme variable de contrôle. On propose maintenant de changer le statut de cette
variable, dans le cadre de ce qu’on appelle le modèle du processus conditionnel,
en la transformant en variable modératrice de l’effet indirect observé
auparavant. L’objectif est de tester l’hypothèse selon laquelle l’effet indirect du
développement humain (X), via le capital humain (M), sur la contribution des
régions au PIB national (Y) dépend du niveau des inégalités de revenus (V). Les
deux diagrammes ci-dessous représentent le modèle d’analyse du processus
conditionnel adopté(modèle 14 de PROCESS):
Figure 4 : Le modèle conceptuelde la médiation modérée.
(L’effet indirect de X sur Y dépend du niveau du modérateur V)
Figure 5 : Le modèle statistique de la médiation modérée.
(L’effet indirect de X sur Y dépend du niveau du modérateur V)
47
Le modèle du processus conditionnel (médiation modérée) est constitué
d’un processus de médiation (X → M → Y) combiné avec le processus de
modération de l’effet M → Y par V. Ce modèle se présente sous la forme d'un
système à deux équations51 :
M = i1 + aX + eM (1)
Y = i2 + c′X + b1M+ b2V + b3MV + eY (2)
La figure 6 présente les résultats de l’analyse générés par SPSS-
PROCESS
Figure 6 : Résultats de l’analyse du modèle du processus conditionnel
51 Andrew F. Hayes (2013). Op. cit. p. 340.
Model = 14
Y = PIB (Contribution des régions à la création de la richesse)
X = IDH
M = Capital humain
V = GINI
Sample size
1451
***********************************************************************************
Outcome: Capital humain
Model Summary
R R-sq MSE F df1 df2 p
,7460 ,5565 ,1380 648,5836 1,0000 1449,0000 ,0000
Model
coeff se t p LLCI ULCI
constant -2,5938 ,0996 -26,0317 ,0000 -2,7893 -2,3984
IDH 4,7610 ,1869 25,4673 ,0000 4,3943 5,1277
***********************************************************************************
Outcome: PIB (Contribution des régions à la création de la richesse)
Model Summary
R R-sq MSE F df1 df2 p
,2135 ,0456 10,8309 7,7361 4,0000 1446,0000 ,0000
Model
coeff se t p LLCI ULCI
constant 7,5620 ,8326 9,0829 ,0000 5,9288 9,1951
Capital humain 1,3065 ,3359 3,8892 ,0001 ,6475 1,9654
IDH -1,7858 1,5563 -1,1475 ,2514 -4,8385 1,2670
GINI -,0399 ,0144 -2,7687 ,0057 -,0681 -,0116
int_1 -,1269 ,0342 -3,7143 ,0002 -,1939 -,0599
Interactions:
int_1 Capital humain X GINI
******************** DIRECT AND INDIRECT EFFECTS **********************************
Direct effect of X on Y
Effect SE t p LLCI ULCI
-1,7858 1,5563 -1,1475 ,2514 -4,8385 1,2670
Conditional indirect effect(s) of X on Y at values of the moderator(s):
48
Le tableau 3 récapitule les résultats de l’analyse du processus
conditionnel :
Tableau3 : Estimation des paramètres du modèle du processus conditionnel
Les relations entre les variables du modèle du processus conditionnel
peuvent être formalisées à l’aide des équations suivantes :
M̂ = -2,594 + 4,761X
Ŷ = 7,562 – 1,786X + 1,307M – 0,04V – 0,127MV
La première équation estime l’effet de la variable indépendante X (IDH)
sur le capital humain qui représente la variable médiatrice (M) dans le modèle
du processus conditionnel. Le coefficient lié à la variable indépendante montre
qu’à chaque unité d’augmentation de l’indice de développement humain
correspond une augmentation de 4,76 points de l’indice du capital humain. Par
ailleurs, le capital humain exerce une influence négative et statistiquement
significative sur la contribution des régions au PIB, mais cette influence est
Mediator
GINI Effect Boot SE BootLLCI BootULCI
Capital humain -5,6668 9,6432 1,9893 5,9253 13,7051
Capital humain ,0000 6,2200 1,6855 3,0741 9,6742
Capital humain 5,6668 2,7968 1,8504 -,6009 6,6625
Values for quantitative moderators are the mean and plus/minus one SD from mean.
Values for dichotomous moderators are the two values of the moderator.
******************** INDEX OF MODERATED MEDIATION *********************************
Mediator
Index SE(Boot) BootLLCI BootULCI
Capital humain -,6041 ,1627 -,9269 -,2875
******************** ANALYSIS NOTES AND WARNINGS **********************************
Number of bootstrap samples for bias corrected bootstrap confidence intervals:10000
Level of confidence for all confidence intervals in output:95,00
NOTE: The following variables were mean centred prior to analysis: Capital humain GINI
49
contingente au sens qu’elle est conditionnée par le niveau d’inégalité
(coefficient GINI), comme en témoigne le coefficient de régression associé à
l’interaction entre le capital humain et l’indice de l’inégalité de GINI dans le
modèle Y (b3 = -0,127, p = 0,001). Autrement dit, l’effet indirect du
développement humain sur la contribution des régions au PIB national diminue
à mesure que les inégalités de revenu augmentent. Il est à noter que l’effet direct
du niveau de développement humain sur la contribution des régions à la
croissance économique n’est pas significatif (c’ = -1,786, p = 0,251). Cela
signifie que l’effet du développement humain sur la contribution des régions au
PIB national est complètement médiatisé par la variable ‘capital humain’.
Les coefficients de régression pour les deux variables M et V représentent
les effets conditionnels dans le modèle ‘Y’. Dans ce modèle, b1 représente l’effet
du capital humain (M) sur la croissance économique (Y) lorsque la valeur de
l’indice de GINI est égale à zéro (ce qui correspond à la moyenne, puisque les
variables sont standardisées) et lorsque que les valeurs de l’IDH sont identiques.
Ainsi, dans les milieux ayant des niveaux comparables de développement
humain et qui se caractérisent par un niveau d’inégalité de revenu modéré (la
valeur de l’IDH étant égale à 0 qui correspond à la moyenne), le capital humain
exerce une influence positive et significative sur la capacité des régions à
contribuer à la croissanceéconomique nationale (b1 = 1,307, p < 0,001).
Le coefficient de régression b2 associé à l’indice d’inégalité de GINI (V)
permet d’estimer l’effet de l’inégalité de revenu sur la contribution des régions à
la création de la richesse. Il s’agit, bien entendu, d’un effet conditionnel. Cet
effet n’apparait généralement que dans les régions dont la valeur de l’IDH est
identique et qui se caractérise par un niveau moyen du capital humain. C’est
dans ce contexte que l’inégalité de revenu exerce une influence négative sur la
croissance économique (b2 = -0,04, p = 0,006). Cela veut dire que, toute chose
50
égale par ailleurs, la contribution de l’économie régionale au PIB national
diminue à mesure que l’inégalité de revenu augmente.
Pour avoir une meilleure idée de ce que signifie l’interaction entre l’indice
de capital humain et l’indice d’inégalité de GINI, nous pouvons procéder à
l’estimation de l’effet conditionnel du capital humain (M) sur la contribution de
l’économie régionale à la richesse nationale (Y) en fonction de l’indice de GINI
(V).
L’équation qui permet d’estimer l’effet conditionnel de M (capital
humain) sur la contribution des régions au PIB national (Y) en fonction de
l’indice de GINI (V) est une reformulation de l’équation (2) sous une forme
équivalente. La reformulation de cette équation se fait en regroupant les
éléments impliquant M et en mettant M en facteur. Cela se fait de la manière
suivante :
Ŷ = 7,562 – 1,786X + (1,307 – 0,127V) M – 0,04V
Ainsi, l’effet de M sur Y conditionné par V prend la forme :
θM→Y = b1 + b3V = 1,307 − 0.127V (3)
C’est l’équation utilisée par PROCESS pour générer les effets de M sur Y
en fonction des niveaux faible, moyen et élevé de V (indice de GINI). Ces effets
peuvent être calculés en remplaçant V dans l’équation (3) par les valeurs
correspondant aux différents niveaux de l’indice de GINI. Andrew Hayes nous
propose, pour nous faciliter la tâche, d’utiliser tout simplement le modèle 1 de
PROCESS dans lequel la variable capital humain est introduite comme variable
indépendante, la variable d’inégalité du revenu comme variable modératrice, et
la variable indépendante (IDH) comme variable de contrôle ; alors que la
variable ‘contribution des régions au PIB national’ garde son statut de variable
dépendante qu’elle avait dans le modèle 14 de PROCESS (modèle du processus
conditionnel). Cela nous permet également de définir la région de signification
51
de l’effet conditionnel du capital humain sur la contribution des régions au PIB
national en fonction des valeurs de l’indice d’inégalité de GINI.
Les diagrammes 7 et 8 représentent respectivement le modèle conceptuel
et le modèle statistique de modération appelée aussi interaction ou «effet
conditionnel» :
Figue 7 : Modèle conceptuelde la modération
Figure 8 : modèle statistique de la modération
Nous nous contenterons de focaliser notre attention sur les résultats du
modèle 1 de PROCESS concernant l’effet conditionnel de X (capital humain)
sur Y (contribution des régions au PIB national) en fonction des valeurs de la
variable modératrice (indice de GINI). Il s’agit donc de tester l’interaction à des
points spécifiques de la variable modératrice M (Indice d’inégalité de GINI) en
utilisant la technique pick-a-point et la méthode Johnson-Neyman qui permet de
savoir à quels niveaux du modérateur l’interaction est significative et de définir
ainsi la région de signification. La figure 9 présente les résultats générés par
SPSS-PROCESS :
52
Ces résultats montrent que l’effet indirect du capital humain sur la
contribution des régions au PIB national est significativement positif, mais
seulement quand l’inégalité de revenu est faible à moyenne. Les coefficients de
régression qui correspondent à ces niveaux sont respectivement de l’ordre de
2,03 avec un intervalle de confiance bootstrap à 95% de [1,26 ; 2,79] et 1,31
avec un intervalle de confiance de [0,64 : 1,97], 0 étant à l’extérieur de
l’intervalle de confiance dans les deux cas, ce qui signifie que l’effet indirect du
capital humain sur la contribution des régions au PIB national est
statistiquement significatif. Par contre, lorsque la valeur de l’indice d’inégalité
de GINI est élevée, cet effet devient insignifiant, puisque 0 est à l’intérieur de
l’intervalle de confiance [-0,17 ; 1,34].
Figure 9 : Résultats générés par SPSS-PROCESS pour tester l’interaction entre
l’indice du capital humain et l’indice de GINI
Model= 1
Y = Contribution des régions au PIB national
X = Capital humain
M = GINI
Statistical Controls:
CONTROL= IDH
Sample size 1451
********************************************************************************
Outcome: Contribution des régions au PIB nationale
ModelSummary
R R-sq MSE F df1 df2 p
,2135 ,0456 10,8309 7,7361 4,0000 1446,0000 ,0000
Model
Coeff(b) se t p LLCI ULCI
constant 7,5620 ,8326 9,0829 ,0000 5,9288 9,1951
GINI -,0399 ,0144 -2,7687 ,0057 -,0681 -,0116
Capital humain 1,3065 ,3359 3,8892 ,0001 ,6475 1,9654
int_1 -,1269 ,0342 -3,7143 ,0002 -,1939 -,0599
IDH -1,7858 1,5563 -1,1475 ,2514 -4,8385 1,2670
Interactions:
int_1 Capitalhumain X GINI
********************************************************************************
Conditional effect of X on Y at values of themoderator(s):
GINI Effect se t p LLCI ULCI
-5,6668 2,0255 ,3897 5,1973 ,0000 1,2610 2,7899
0,0000 1,3065 ,3359 3,8892 ,0001 ,6475 1,9654
5,6668 ,5874 ,3857 1,5231 ,1279 -,1691 1,3440
Values for quantitative moderators are themean and plus/minus one SD from mean.
Values for dichotomous moderators are the two values of the moderator.
********************* JOHNSON-NEYMAN TECHNIQUE*********************************
Moderator value(s) defining Johnson-Neyman significance region(s):
Value % below % above
4,5915 80,9097 19,0903
23,8758 99,9311 ,0689
53
Conditional effect of X on Y at values of themoderator (M)
GINI Effect se t p LLCI ULCI
-14,9530 3,2037 ,6147 5,2117 ,0000 1,9979 4,4095
-12,9780 2,9531 ,5594 5,2788 ,0000 1,8557 4,0505
-11,0030 2,7025 ,5071 5,3294 ,0000 1,7078 3,6973
-9,0280 2,4519 ,4587 5,3450 ,0000 1,5521 3,3518
-7,0530 2,2013 ,4157 5,2951 ,0000 1,3858 3,0168
-5,0780 1,9508 ,3799 5,1348 ,0000 1,2055 2,6960
-3,1030 1,7002 ,3535 4,8101 ,0000 1,0068 2,3935
-1,1280 1,4496 ,3386 4,2813 ,0000 ,7854 2,1137
,8470 1,1990 ,3368 3,5598 ,0004 ,5383 1,8597
2,8220 ,9484 ,3484 2,7224 ,0066 ,2650 1,6317
4,5915 ,7239 ,3690 1,9616 ,0500 ,0000 1,4477
4,7970 ,6978 ,3720 1,8759 ,0609 -,0319 1,4275
6,7720 ,4472 ,4056 1,1027 ,2704 -,3484 1,2428
8,7470 ,1966 ,4469 ,4400 ,6600 -,6800 1,0732
10,7220 -,0540 ,4940 -,1093 ,9130 -1,0230 ,9151
12,6970 -,3046 ,5454 -,5584 ,5766 -1,3744 ,7653
14,6720 -,5552 ,6000 -,9253 ,3550 -1,7321 ,6218
16,6470 -,8057 ,6570 -1,2264 ,2202 -2,0945 ,4830
18,6220 -1,0563 ,7158 -1,4757 ,1402 -2,4604 ,3478
20,5970 -1,3069 ,7760 -1,6841 ,0924 -2,8292 ,2153
22,5720 -1,5575 ,8374 -1,8600 ,0631 -3,2001 ,0850
23,8758 -1,7229 ,8783 -1,9616 ,0500 -3,4459 ,0000
24,5470 -1,8081 ,8996 -2,0100 ,0446 -3,5727 -,0435
La figure 10 donne une représentation graphique des pentes de
l’association entre le capital humain et la contribution des régions au PIB à
différent niveaux de la variable modératrice (indice de GINI) : la moyenne ; la
moyenne+1 écart-type ; la moyenne-1 écart type.
Figure 10 : L’effet conditionnel du capital humain sur la contribution des
régions au PIB
54
La pente de la droite de régression de Y (contribution au PIB) en X
(capital humain) lorsque la valeur de l’indice de GINI se situe à un écart-type
au-dessus de la moyenne se définit de la manière suivante : b = 0,59, t(1446) =
1,52, p = 0,13. Cette pente n’est pas significativement différente de 0, montrant
que le capital humain et la contribution des régions au PIB national sont
indépendants l’un de l’autre lorsque l’IDH est maintenu constant.
Par contre, lorsque l’indice de GINI prend comme valeur 0, qui
correspond à la moyenne, et que l’IDH reste constant, la pente de régression de
Y en X prend la valeur de 1,31, t(1446) = 3,89, p < 0,001, montrant qu’il existe
une association statistiquement significative entre la contribution des régions au
PIB national et le capital humain. Cela signifie que la contribution des régions
au PIB national augmente de 1,31 unités pour chaque augmentation d’une unité
de l’indice du capital humain lorsque l’IDH est gardé constant. La pente devient
plus abrupte lorsque la valeur de l’indice de GINI se situe à un écart-type en-
dessous de la moyenne : b = 2,03, t(1446) = 5,20, p < 0,001. Ainsi, lorsque
l’indice du capital humain augmente d’une unité, la contribution au PIB national
des régions ayant un niveau moyen de développement humain augmente de
deux unités.
On peut affiner l’analyse en ayant recours à la technique de Johnson-
Neyman qui nous permettra de savoir à quel niveau du modérateur (indice de
GINI) l’interaction entre la contribution des régions au PIB et le capital humain
devient significative. La figure 11 donne une représentation graphique des
résultats du test de Johnson-Neyman :
55
Figure 11 : Effet conditionnel du capital humain sur la contribution au PIB en
fonction des valeurs de l’indice de GINI
Les résultats du test de Johnson-Neyman montrent que l’interaction entre
le capital humain et l’inégalité de revenus devient significative lorsque la valeur
de l’indice de GINI est égale à 4,59 (b = 0,72, t(1446) = 1,96, p = 0,05). A partir
de ce point, l’association entre la contribution des régions au PIB national et le
capital humain est positivement significative, et la pente de la droite de
régression représentant cette association devient de plus en plus abrupte au fur et
à mesure que le coefficient d’inégalité de Gini baisse. De plus, il semble y avoir
aussi une association négative entre le capital humain et la contribution des
régions au PIB national. Mais cette association négative n’apparait que lorsque
les inégalités de revenus sont extrêmement exacerbées, précisément, lorsque la
valeur du coefficient de GINI s’élève pour atteindre un seuil de 23,88 (b = -1,72,
t(1446) = -1,96, p = 0,05). On peut alors conclure que l’exacerbation des
inégalités de revenus n’est pas du tout favorable à la croissance économique.
2.2. Etude de l’effet de la croissanceéconomique sur l’IDH
Après avoir examiné le mécanisme par lequel le développement humain
exerce une influence sur le développement économique, nous allons nous
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Le développement humain au Maroc : cas de la région Fès-Meknès

  • 1. 1 Mémoire pour l’obtention du diplôme de licence en sciences économiques et gestion sous le thème : Préparé par : AGHBAL Sabrine 1311956208 BERRADA Nouhaila 1311359911 MOUMMOU Sanae 1311965405 RACHED Nirmine 1311949331 Encadré par Moulay Ali Rachidi Année Universitaire 2015-2016 Le Développement humain au Maroc : Cas de la région Fès-Meknès
  • 2. 2 REMERCIEMENTS Au terme de ce travail, nous tenons à exprimer notre gratitude et nos remerciements à toutes les personnes qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à sa réalisation. Nous tenons d’abord à exprimer nos sincères remerciements à notre encadreur Monsieur Moulay Ali RACHIDI, professeur à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Meknès, pour son aide, ses précieux conseils, son encouragement, et sa disponibilité. Nous voulons aussi remercier Monsieur le doyen de la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Meknès ainsi que tous les professeurs ayant contribué à notre formation à travers les cours qu’ils nous ont dispensés. Nos remerciements sont également dédiés au Laboratoire d’Etudes et Recherches Economiques et Sociales, pour les différents colloques, conférences et journées d’étude qu’il a organisé. Nous remercions par la même occasion toute l’Equipe de Recherches en Economie et Management du Territoire, et tous les intervenants ayant participé à la journée d’étude portant sur le climat des affaires dans la région Fès- Meknès, qui nous a particulièrement aidées dans notre travail. Nous tenons également à remercier chaleureusement nos proches et aussi nos amis pour leur écoute, leur soutien et leur motivation, choses qui nous ont permis de mener à bien ce travail.
  • 3. 3 SOMMAIRE INTRODUCTION...................................................................................................................4 CHAPITRE 1: Revue de littérature et définition des concepts.............................5 Section 1: Fondements théoriques du capital humain et du développement humain ........................................................................................................7 Section 2: Le développement territorial et le conceptde régionalisation avancée......................................................................................................20 CHAPITRE 2: Relation entre le capital humain et la croissance économique...30 Section 1: Les fondements théoriques de la relation entre capital humain et croissance Economique ..............................................................................31 Section 2: Etude empirique de la relation entre le capital humain et la croissanceéconom……………………………………………………………36 CHAPITRE 3: Capital humain et développement de la région Fès-Meknès......60 Section 1: Aperçu sur la région Fès-Meknès...............................................61 Section 2: Analyse sociodémographique du positionnement de la région Fès- Meknès......................................................................................................68 CONCLUSION.............................................................................................79
  • 4. 4 INTRODUCTION GENERALE Les comptes régionaux publiés par Le Haut-commissariat au Plan (HCP) pour l’année 2013 révèlent des tendances d’évolution contrastées du PIB en valeur entre les différentes régions du Royaume. Sept régions ont enregistré des taux d’accroissement du PIB en valeur supérieur à la moyenne nationale, qui est de l’ordre de 6,3 %. Dans les sept régions qui se placent en tête du classement, le taux de croissance du PIB varie entre 8,4% et 18,8% enregistrés successivement dans les régions Du Grand Casablanca et Doukala–Abda. La région de Marrakech-Tensift-Al Haouz a réalisé un accroissement égal à la moyenne nationale. Les deux régions Fès–Boulemane et Meknès–Tafilalet ont enregistré des taux d’accroissement positifs, mais inférieurs à la moyenne nationale (4,2% et 3,5% successivement). Tandis que les régions restantes (Chaouia-Ouardigha, Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, Taza-Al Hoceima–Taounate et les trois régions du Sud) ont affiché des rythmes de croissance négatifs allant de -0,2 à -3,8. Un tel constat renforce le besoin d’évaluer le rôle effectif des facteurs de croissance mis en évidence dans la théorie économique. Or, les nouveaux courants de la pensée économique, représentés notamment par les théories de la croissance endogène, qui se sont développées à partir des années 80 du XXème siècle, accordent une importance cruciale au capital humain et à son accumulation dans les processus de croissance à long terme. Ces nouveaux courants de pensée, représentés par Schultz, Becker, Lucas et Romer, entre autres, mettent l’accent sur le rôle joué par l’amélioration de la qualité du facteur travail dans le processus de développement. Plus récemment encore, Barro,
  • 5. 5 Mankiw et Sala-I-Martin placent le capital humain comme la variable centrale expliquant l’évolution macroéconomique. Partant de ces considérations théoriques, du constat dressé par le HCP, et des suggestions précieuses que notre professeur nous a prodiguées, nous proposons d’étudier certains des déterminants de la croissance économique au niveau régional. Il s’agit plus précisément d’examiner les relations entre les facteurs démographiques, le développement humain et la croissance économique dans une perspective comparative entre la nouvelle région Fès-Meknès et les autres espaces régionaux du Maroc. L’objectif est de déterminer, à partir d’un certain nombre de critères, la place qu’occupe la région Fès-Meknès à l’échelle nationale sur le plan du développement social et économique. Pour mener à bien cette étude, nous avons utilisé les données régionales issues du recensement général de la population et de l’habitat de l’année 2004 et des comptes régionaux publiés par le haut-commissariat au Plan. Malheureusement, les données démographiques régionales détaillées du dernier recensement (2014) ne sont pas encore publiées. Afin d’évaluer les facteurs en jeu dans le processus de développement régional, nous avons utilisé les indicateurs construits par les experts du Haut-commissariat au Plan, tels que l’indice de développement humain (IDH), les indicateurs de la pauvreté et de la vulnérabilité. Comme le HCP ne fournit aucun indicateur opérationnel global permettant d’apprécier le développement du capital humain, nous avons décidé de mettre au point un indicateur composite du capital humain à partir des données disponibles. Nous avons également construit d’autres indicateurs mesurant l’intensité des problèmes sociaux liés au manque de formation. Nous avons procédé à la description de chacun des facteurs en question et leurs mesures empiriques, et nous avons analysé leurs liens avec la croissance et les canaux à travers lesquels ils agissent à l’aide des logiciel SPSS et PROCESS. Nous avons présenté, par la suite, les performances de la région Fès-Meknès en
  • 6. 6 termes des indicateurs et nous avons comparé ces performances à un échantillon de régions dont l’expérience de croissance est significative à plusieurs égards. CHAPITRE 1 REVUE DE LITTERATURE ET DEFINITIO N DES CONCEPTS
  • 7. 7 1. Fondements théoriques du capital humain et du développement humain Dans la présentation du premier rapport mondial sur le développement humain (1990) élaboré sous la direction de Mahbub ul Haq et avec la collaboration d’Amartya Sen, créateurs, tous les deux, de l’indice de développement humain, on lit ceci : «Le présent rapport s'intéresse aux gens et à la manière dont le développement élargit la gamme des choix qui s'offrent à eux. Il ne traite donc pas seulement du revenu et de la richesse, de la production de biens et de l'accumulation de capital ou de la croissance du PNB»1. D’emblée, ce passage indique la position théorique et l'orientation méthodologique adoptées par les auteurs. La thèse soutenue dans ce passage est que les individus sont la vraie richesse des nations, et que le véritable développement est le développement durable centré sur l’homme en tant qu’acteur et bénéficiaire, dans le but d’améliorer le niveau de bien-être des populations et de préserver les intérêts des générations futures. Il nous parait donc nécessaire, pour bien cerner les contours de la question du développement humain, de présenter une vue d’ensemble des principaux concepts liés à cette question notamment ceux du capital humain et de l’économie de développement élaborée par les initiateurs du rapport mondial sur le développement humain. Cette section poursuit, en fait, les objectifs suivants :  Présentation de la théorie du capital humain. 1 PNUD. Rapport mondial surle développement humain 1990. Paris: Economica, p. 1.
  • 8. 8  Présentation de l’approche par les capabilités proposée par Amartya Sen. 1.1. Définition et mesure du capital humain L’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) est une organisation internationale qui publie des rapports d’études économiques, d’analyses, de prévisions et de recommandations de politique économique ayant pour but d’aider les gouvernements à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux naît sous l’empire de la mondialisation. C’est dans cette perspective que l’OCDE a accordé une importance majeure à la problématique du capital humain. Dans un ouvrage publié par cette organisation, on lit ceci : «Dans l’économie mondiale du savoir, le capital humain- les compétences, les apprentissages et les talents– détermine la capacité des individus à gagner leur vie et à stimuler la croissance. Mais les individus ont besoin de systèmes éducatifs efficaces pour réaliser leur potentiel. Sans quoi ils s’exposent à des problèmes économiques tout au long de leur vie ».2 Ce passage résume clairement les éléments conceptuels du cadre théorique auquel nous allons nous intéresser dans cette section. L’idée soutenue dans ce passage est que le capital humain revêt une grande importance dans la mesure où il permet à l’individu d’améliorer son niveau de vie et par la même occasion stimuler la croissance. Le capital humain se définit alors comme étant « l’ensemble des connaissances, qualifications, compétences et caractéristiques individuelles qui facilitent la création du bien-être personnel, social et économique »3. On comprend d’emblée, par cette définition, que les individus constituent à la fois leur propre richesse et la richesse des nations. Il est donc primordial pour les individus de développer des habiletés, des compétences et des savoirs qui 2Brian Keeley. Le capital humain : comment le savoir détermine notre vie. p. 21. OCDE, 2007. 3 Brian Keeley. Le capital humain, op. Cité. p. 27.
  • 9. 9 auront un effet positif non seulement sur leur bien-être personnel et social, mais aussi sur la croissance économique des pays auxquels ils appartiennent. Dès lors, il est fondamental d’offrir aux individus les outils et les moyens pour atteindre ces objectifs, notamment en mettant à leur disposition un système éducatif efficace. En effet, l’éducation et la santé doivent constituer la préoccupation centrale de chaque pays, pour que les individus puissent disposer des moyens susceptibles d’améliorer la qualité de leur capital humain. 1.1.1. Les Fondements théoriques du capitalhumain Les économistes avaient à l’origine une vision très étroite des travailleurs, qu’ils traitaient comme une masse indifférenciée: « pourvu qu’ils soient capables et désireux d’accomplir un travail physique, leurs savoirs et leurs compétences importaient peu » 4 . Mais Adam Smith, conteste l’idée selon laquelle les travailleurs forment une force de travail indistincte, et concède que les individus ont des compétences et des talents qui les différencient les uns des autres. Il reconnaît, comme d’autres économistes, l'importance de l'Homme dans la richesse des nations. Selon lui, les talents acquis par les habitants ou membres de la société sont le moteur de l'activité économique, et ce sont ces talents qu’il considère comme capital5. Cependant les économistes n’ont commencé à parler de capital humain que dans les années 60. Ce sont notamment Theodore Schultz, puis Gary Becker qui ont proposé leurs analyses théoriques et empiriques, dans lesquelles ils démontrent la relation entre l'investissement en capital humain et la rémunération. Les deux économistes admettent que toute dépense susceptible d’améliorer le niveau de formation des individus constitue un investissement qui leur donnera la possibilité de développer leur productivité et par conséquentleurs revenus futurs. 4 Brian Keeley. Le capital humain, op.cité. p. 27. 5 Adam Smith. Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations.1776.
  • 10. 10 La théorie du capital humain suppose donc, que les individus peuvent améliorer leur productivité volontairement par des investissements dans l'éducation ou la formation6. En effet, l’économiste américain Schultz défend, dans son article paru en 19607, l’idée selon laquelle l’investissement que les individus consacrent à leur personne, le plus souvent en améliorant leur niveau d’éducation, leur procure des bénéfices réels en matière de revenus et de bien- être personnels. Il constate que les différences de revenus résultent en réalité des différences d’investissement en capital humain. En outre, Schultz affirme qu’il existe une corrélation entre la qualité du capital humain – niveaux d’éducation et de santé –et la croissance économique. Donc selon lui, la croissance économique peut s’expliquer par l’amélioration du capital humain. Gary Becker, prix Nobel d’économie en 1992, soutient les même idées développées par son prédécesseur, et dit à ce proposque: «Les activités qui influencent les revenus monétaires futurs, qu'ils soient de type monétaire ou de type non monétaire sont désignées par l'expression d'investissement en capital humain. Les nombreuses formes que peuvent revêtir ces investissements incluent : l'éducation scolaire, la formation professionnelle sur le tas, les soins médicaux, les migrations, la recherche d'informations sur les prix et les revenus»8. Cette citation tirée de son ouvrage ‘’ human capital ‘’, met en exergue les liens entre l’investissement en capital humain et la rémunération. Elle met aussi l’accent sur les différentes formes d’investissement en capital humain. G. Becker s’est particulièrement intéressé à l’étude des formations sur le tas ou ce qu’il appelle ‘’on-the-job training’’. Il distingue à cet effet, entre les formations générales et les formations spécifiques. La formation générale acquise dans le cadre d’un système éducatif, peut augmenter la productivité du travailleur dans 6 Stéphanie Fraisse-D'Olimpio, Les fondements de la théorie du capital humain, Le site des sciences économiques et sociales. 7 Théodore.W.SCHULTZ, Investment in Human Capital, The American Economic Revue, 1960. 8 G. S. Becker, HUMAN CAPITAL, A THEORETICAL AND EMPIRICAL ANALYSIS, Columbia University Press for the National Bureau of Economic Research, New York, 1964.
  • 11. 11 toutes les entreprises. A l’inverse, la formation spécifique favorise l’amélioration de la productivité du travailleur dans l'entreprise qui l'a forme, mais ne lui permet quasiment pas de faire valoir le fruit de cette formation dans une autre entreprise. Les entreprises vont donc, privilégier de financer des formations professionnelles à leurs employés plutôt que des formations générales. De surcroît, G. Becker affirme que les inégalités de revenus proviennent de la différence de stock de capital que détiennent les individus puisqu’ils ne font pas les mêmes investissements, par exemple lorsqu’un individu choisi de poursuivre ses études au lieu de travailler. Les investissements que font les individus, au même titre que les investissements en capital physiques, peuvent faire l'objet d'un calcul d'un taux de rendement marginal, lié à une dépense ou une année d'études supplémentaire. Ce rendement peut être évalué comme le rapport entre, d'un côté, le gain différé que cet investissement permettra d'obtenir sur le restant de la vie active et, de l'autre côté, l'ensemble des coûts supportés par cet investissement. Ces coûts proviennent de dépenses d'éducation, frais de scolarité, matériel, etc. mais aussi du coût de renoncement à ce qu’aurait pu procurer le choix inverse ; c’est ce qu’on appelle les «coûts d'opportunités », ce sont en d’autres termes, les salaires que l’individu aurait touché s’il avait choisi de rentrer dans le marché du travail au lieu de poursuivre une formation. Les individus effectuent donc un arbitrage entre travailler et poursuivre une formation qui les aidera à percevoir des revenus futurs plus élevés qu'aujourd'hui. La théorie du capital humain s’inscrit dans la ligne de pensée néoclassique, dans la mesure où elle se base sur l’hypothèse que les individus sont rationnels et font des choix d’investissement, dans des conditions d’information parfaite. Dans ces conditions, les individus auront la possibilité d’améliorer au maximum leur productivité et par conséquent, leur revenu grâce aux choix d’investissement qu’ils ont effectués. Ce raisonnement a fait l’objet de
  • 12. 12 plusieurs critiques qui ont donné lieu à des prolongements de la théorie du capital humain que nous allons présenter brièvement. La théorie du signal proposée par l’économiste américain Michael Spence9 conteste l’hypothèse selon laquelle les individus font leurs choix dans des situations d’information parfaite. En réalité, les employeurs ne sont pas bien informés sur les compétences réelles et sur la productivité des offreurs de travail, mais Spence estime que le diplôme obtenu par ces derniers permet aux employeurs potentiels d’être mieux informés sur les compétences et les qualités productives qu’ils s’attendent d’eux. Ainsi les offreurs de travail envoient un signal aux employés potentiels qui peuvent sélectionner les personnes disposant des meilleures compétences. Par ailleurs, Spence affirme que la formation dont joui un individu, ne constitue pas un investissement pour augmenter la productivité et obtenir un meilleur salaire mais c’est un critère pour se distinguer des autres offreurs d’emploi, autrement c’est un moyen de sélection. Dans ce cas, les individus doivent choisir la formation qui va les habiliter à envoyer aux employeurs le meilleur signal. Les "signaux" représentant des caractéristiques modifiables comme l’expérience professionnelle, le niveau de prestige de l’établissement fréquenté et la culture générale, sont envoyés par les offreurs de travail aux employeurs potentiels, ce qui constitue donc un moyen de réduire les asymétries d'informations et de favoriser l'équilibre entre vendeurs et acheteurs sur un marché et en particulier celui du travail. Une autre théorie présentée par Kenneth Arrow10, suppose que la formation ne sert qu’à indiquer les aptitudes dont les individus jouissent. Par conséquent, elle n’est pas un moyen pour améliorer la productivité des individus. L’éducation ne sert en fait qu’à identifier les aptitudes des individus afin de les filtrer. De cette manière, les individus sont filtrés et sélectionnés en fonction des capacités recherchées par les employeurs. 9 Michel Spence, Job market signalling, The Quarterly journal of Economics, Vol. 87, No. 3. (Aug., 1973), pp. 355-374. 10 Arrow, K. J, "HIGHER EDUCATION AS A FILTER", Journal of public economics, 1973.
  • 13. 13 En définitive, ces deux théories ont proposé une conception qui rend compte des mêmes aspects présentés par la théorie du capital humain mais avec des explications différentes. 1.1.2. Mesure du capital humain Dans un monde où la quasi-totalité des aspects de notre vie sont jaugés et mesurés comme par exemple le poids des bébés à la naissance, la taille, la température…etc. Pour obtenir une vue d’ensemble sur l’état de santé économique et sociale des pays, il convient de mesurer des indicateurs comme le PIB et d’autres indicateurs parmi lesquels le capital humain constitue un élément tout aussi important de cette évaluation. Cependant, Il s’avère difficile de mesurer directement le capital humain en raison de son intangibilité. En effet, le capital humain qui est le fruit du travail intellectuel de l’homme, est trop complexe dans ses effets et ses manifestations pour être quantifié et réduit à l’examen d’une série statistique. Pour faciliter son évaluation, l’OCDE suggère de recourir à des variables de substitution. Une des variables de remplacement qui peut être utilisée pour mesurer le capital humain est le temps que les individus ont passé à l’école ou le type de formation qu’ils ont reçue. Cependant cette variable ne met pas en exergue l’apprentissage effectif des individus, elle ne rend compte que de ce qu’on leur enseigne. En outre, elle ne tient pas compte de ce que les individus apprennent en dehors de l’école, comme par exemple les activités productives que les individus réalisent pendant leur temps libre et qui contribuent elles aussi à l’amélioration de leurs compétences. Une autre variable de substitution développée par le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) 11 sous l’égide de l’OCDE, consiste à tester les individus sur ce qu’ils savent notamment dans les domaines de langues, de mathématiques et de sciences. Cette évaluation a pour objectif de tester régulièrement et systématiquement l’apprentissage des élèves. Cependant, ces 11 Programme international pour le suivi des acquis des élèves est un projet mené par l'OCDE et visant à la mesure des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres.
  • 14. 14 tests ne sont applicables qu’aux élèves de 15 ans et ne font pas apparaître les acquis des adultes en formation par exemple. Le capital humain peut également être appréhendé par sa valeur économique à travers l’évaluation des dépenses d’investissement par rapport aux revenus futurs que cet investissement pourrait générer. Arrow et al. (2008) ont fournis des estimations pour la Chine et les États-Unis du capital humain, qu’on peut mesurer comme le produit de sa quantité totale (une composante du taux moyen de niveau scolaire atteint dans chaque pays et de sa population adulte) et de son prix du loyer (la somme actualisée de la masse salariale de chaque pays par unité de capital humain employée, cumulée sur le nombre moyen d’années de travail restantes). Sur la base de ces estimations, pour la Chine et les États-Unis, l’augmentation en capital humain et reproductible (fixe et financier) dépasse largement la perte issue de la réduction du capital naturel. Pour finir, il existe une méthode plus fiable et plus complète pour mesurer le capital humain qui consiste à établir des comptes pour le capital humain à l’aide du même cadre comptable que celui utilisé pour les statistiques économiques classiques. Ces comptes retracent un grand nombre d’activités non marchandes qui comportent les aspects formels et qui pourraient s’étendre aux aspects informels de l’éducation. D’une part, l’aspect formel de l’éducation englobe l’utilisation conjointe d’intrants par les ménages et les établissements éducatifs dans le but de produire des services éducatifs, par opposition à la définition plus limitée du secteur de l’éducation dans le cadre des comptes nationaux, qui ignore largement le rôle des ménages privés dans la production de ces services. D’autre part, l’aspect informel de l’éducation comporte les investissements destinés à préparer les enfants à la scolarisation formelle, et ceux destinés à maintenir et à développer les compétences des personnes en âge de travailler via la formation en entreprise et l’éducation des adultes. Dans le cadre de la partie empirique de notre étude, nous nous sommes référés à une autre méthode de mesure du capital humain plus complète et récente, proposée par un rapport de la fondation World
  • 15. 15 Economic Forum créée en 1971. Ce rapport présente la méthodologie détaillée dans la construction d’un indice complexe du capital humain. Cet indice composite comprend 4 piliers à savoir l’accès à l’éducation, la santé et le bien- être, les infrastructures communicationnelles, force de travail et emploi12. 1.2. Les fondements théoriques du développement humain Les apports de la théorie du capital humain sont très intéressants dans la mesure où elle a trouvé des applications dans de nombreux champs aussi bien dans les champs de l’analyse économique, à savoir le commerce international, que dans d’autres sciences sociales. Cependant, on reproche à cette théorie de ne retenir que la dimension productive et de négliger d’autres dimensions tout aussi importantes à savoir les dimensions éthiques et sociales. En effet, l’éducation ne doit pas être appréhendée comme un simple moyen pour atteindre d’autres objectifs comme le laisse penser la théorie du capital humain. Mais elle doit être considérée comme une fin en soi. Par ailleurs, il est nécessaire de prendre en compte le rôle de l'éducation, sans se limiter à une approche sur le marché du travail. C’est pour cette raison que les recherches sont de plus en plus nombreuses et que les institutions internationales accordent désormais une importance majeure à l'éducation qui représente l’un des leviers de stimulation de la croissance et d'amélioration du bien-être. Dans la section suivante, nous tenterons de présenter les fondements théoriques du développement humain à travers l’approche par les capabilités d’Amartya Sen, qu’il propose de voir comme un prolongement de la théorie du capital humain. Selon Alexandre Bertin13 , l’approche par les capabilités développée par Amartya Sen s’inscrit dans la ligne de pensée sociale-libérale qui puise ses 12 Cette méthode de mesure du capital humain sera plus détaillée dans le deuxième chapitre. 13 Alexandre Bertin. L’approche par les capabilités d’Amartya Sen. Une voie nouvelle pour le socialisme libéral. Cahiers du GRETHA. Université Montesquieu Bordeaux IV, 2008 - 09.
  • 16. 16 origines dans la philosophie politique anglaise du XIXème siècle. Cette filiation se manifeste dans la tentative de réconciliation des libertés individuelles avec l’exigence d’égalité entre citoyen, à travers l’élaboration du concept de capabilité. On a toujours cru que la liberté et l’égalité constituent deux idéaux antinomiques, d’où la tentative de les concilier dans une même approche, constitue une tâche délicate voire complexe. Mais il parait qu’Amartya Sen a trouvé la solution adéquate au problème en intégrant dans une même dynamique, l’idéal de liberté et l’exigence d’égalité. Ces deux idéaux sont donc internes au concept de capabilité, en ce sens qu’ils fonctionnent comme étant les dimensions, positivement corrélées, d’un même concept. Il convient donc de commencer par l’analyse des éléments constitutifs de l’approche par les capabilités, de mettre en évidence les liens qui les rattachent aux concepts de liberté et d’égalité, et de montrer l’utilité et l’intérêt de cette approche en matière de développement humain. Selon Amartya Sen, l’approche par les capabilités est constituée de deux éléments majeurs qui sont le fonctionnement et la capabilité. 1.2.1. Les fonctionnements Il entend par fonctionnements, l’ensemble des états (beings) et des actions (doings) d’un individu. Plus concrètement, le concept de fonctionnement renvoie à ce qu’un individu parvient d’être ou de faire. En ce sens, il dit : «Certain de ces fonctionnements, sont très élémentaires, comme le fait d’être adéquatement nourri, être en bonne santé, etc. Ceux-ci peuvent être fortement valorisés par tous, pour des raisons évidentes. D’autres peuvent être plus complexe, mais encore largement valorisés, comme la réalisation du respectde soiou être socialement intégré»14. Ces fonctionnements ou activités se présentent d’abord sous forme d’un large éventail de potentialités offertes que l’individu peut réaliser, comme par 14 NussbaumMartha & Amartya Sen. The quality of life. Oxford: Clarendon Press, 1993, p. 42.
  • 17. 17 exemple les activités telles que manger, lire, exercer une activité sportive, et les états d’être comme le fait d’être bien nourri, d’être en bonne santé, de ne pas avoir honte devant les autres, d’éviter la survenue de décès prématuré, etc. Sen appelle les actions et les états qu’un individu peut effectivement réaliser le vecteur de fonctionnement de cet individu. Il utilise également l’expression ‘’n- tuple’’ pour désigner des actions et des états qu’un individu classe par ordre de préférence et selon leur degré d’urgence. L’expression est utilisée dans l’intention de rendre compte de ce qu’un individu évalue et de ce qu’il croit qu’il est capable d’accomplir. Cela se traduit par une variation considérable du vecteur de fonctionnement d’un individu à l’autre, selon les caractéristiques personnelles et contextuelles. Ainsi, deux personnes qui disposent des mêmes ressources ou de la même quantité de biens peuvent adopter des fonctionnements différents, chacun selon sa capacité de réaliser telle ou telle action et d’atteindre tel ou tel état d’être. 1.2.2. Les capabilités La réalisation par une personne, des fonctionnements qu’elle a raison de valoriser, lui procure un sentiment de bien-être. Selon Sen «La principale caractéristique du bien être d’une personne réside dans le vecteur de fonctionnement qu’elle réalise»15. D’où l’importance de la notion de capabilité dans le système conceptuel qui sous-tend l’approche qu’il propose pour le développement humain. Il en donne la définition suivante : « [La notion] étroitement liée à celle de fonctionnements (functionings) est celle de capabilité de fonctionner. Elle représente les diverses combinaisons des fonctionnements (états et actions) que la personne peut accomplir. La capabilité est, par conséquent, un 15 Sen A.K. Well-being, Agency and freedom: The Dewey Lectures 1984. The journal of philosophy,Vol.82,n°4, (April 1985), p. 198.
  • 18. 18 ensemble de vecteurs de fonctionnements, qui indique qu’un individu est libre de mener tel ou tel type de vie»16 En d’autres termes, la capabilité est l’habilité dont dispose un individu pour accomplir un acte ou atteindre un état d’être qu’il a raison de valoriser. Elle désigne l’ensemble des activités et fonctionnements qui englobent les états (beings) et les actions (doings) qui permettent de juger de la qualité de vie ou du bien être d’une personne. L’évaluation du bien-être humain doit donc porter sur les opportunités d’être et de faire ce que les individus ont raison de valoriser, et non sur les ressources ou les moyens dont ils disposent comme le revenu la richesse ou encore les droits, les liberté et toutes les possibilités offertes qui rentrent dans la catégorie de ce que Jean Rawls appelle les biens premiers. Ainsi, le concept de capabilité se définie concrètement par sa mise en relation avec les fonctionnements. Comme il a été déjà dit, les fonctionnements se présentent d’abord sous forme de simples potentialités, lesquelles ne peuvent être pleinement réalisées qu’à partir de l’ensemble des capabilités d’une personne. Pour illustrer son idée, A. Sen donne l’exemple de deux personnes disposant chacun d’une bicyclette. L’utilisation de ce moyen de transport requiert un certain nombre de conditions liées aux caractéristiques individuelles et aux facteurs de l’environnement physique et social. L’usage du vélo exige de la part de l’individu une aptitude physique et des habiletés techniques. Si l’un des deux personnes est handicapé, il ne peut certainement pas utiliser ce moyen de transport pour se déplacer. Par ailleurs, les performances du cycliste dépendent de son régime alimentaire, du fait qu’il est bien ou mal nourri, infecté ou non de parasites qui empêche la bonne assimilation des nutriments. Les facteurs de l’environnement physique (état des routes, topographie accidentée, climat..) peuvent influencer l’utilisation de ce moyen de transport. De même, les facteurs de l’environnement social et culturel, peuvent favoriser, ou au contraire 16 A. K. Sen, Inequality re-examined. New York: Oxford University Press Inc., 1992, p. 40.
  • 19. 19 défavoriser l’utilisation du vélo, surtout quand il s’agit des femmes. Par rapport à cette assertion, un pays théocratique comme l’Arabie Saoudite nous fournit un argument de taille, puisqu’elle représente le cas de figure extrême où la loi interdit aux femmes de conduire un véhicule. Cet exemple permet de démontrer de manière claire la différence entre les biens et les fonctionnements. La différence consiste en ce que la possession d’un bien par une personne ne nous renseigne pas sur ce que cette personne peut ou ne peut pas faire avec le bien qu’elle possède. La possession d’un bien n’entraine donc pas nécessairement l’amélioration de la qualité de vie lorsque les fonctionnements font défaut. Peu importe les biens ou les commodités qu’un individu possède, le plus important est de connaître les fonctionnements qu’il peut accomplir. Cela ne veut pas dire que le bien ou commodité n’est d’aucune utilité pour l’individu. Il survient dans la série des événements comme étant une condition de possibilité des fonctionnements, sans en être la cause. De ce fait, la possession des biens ne peut avoir, dans la plupart des cas, qu’un effet indirect sur le bien-être, c’est-à-dire un effet médiatisé par le vecteur de fonctionnement de l’individu. D’où l’importance de l’approche par les capabilités comme moyen d’évaluation du bien-être des individus et de la population en général. En effet, l’approche par les capabilités a pour objectif principale d’évaluer les modes de vie et le bien-être des individus en termes de fonctionnements et de capabilités. L’évaluation porte précisément sur les activités et les états d’être potentiels et actuels des individus. Mais il convient de préciser que le mode de vie d’un individu ne s’exprime qu’à travers les variables qui rentrent dans la composition de son vecteur de fonctionnement qui est le produit de la combinaison des fonctionnements actuels. Autrement dit, le mode de vie d’un individu est la synthèse des activités (doings) et des états d’être (beings) qu’il a choisi d’adopter. Mais il a toute latitude de réaliser d’autres synthèses à partir des fonctionnements qui sont à sa portée et de changer son style de vie. Mais
  • 20. 20 cela dépend du niveau de développement de ses capabilités, d’où le lien, que Sen établit, entre la notion de capabilité et celle de liberté. «Les capabilités, dit- il, reflètent la liberté pour une personne de choisir entre les différentes alternatives de vie»17. La notion de liberté est employée ici comme synonyme de capabilité, qui exprime la possibilité pour une personne de choisir entre les différentes combinaisons possibles des fonctionnements qu’elle peut accomplir. Ainsi, le concept de capabilité exprime à la fois les fonctionnements potentiellement réalisables et la liberté de choisir entre les styles de vie possibles, celui qui lui procure un surplus de jouissance et de bien-être. Autant d’élément à prendre en compte dans l’évaluation du développement humain. 2. Le développement territorial et le concept de régionalisation avancée La nouvelle réforme territoriale annoncée depuis le début du nouveau millénaire sous le titre de «régionalisation avancée» marque, selon ses initiateurs, un tournant majeur dans les modes de gouvernance territoriale appliqués jusqu’alors. Elle est considérée comme l’un des moyens les plus efficaces qui permettent de «consolider l’édifice démocratique» dans la mesure où elle constitue «l’épine dorsale de l’État moderne» 18 . Ceci est d’autant plus important que la région a été réputée par la nouvelle constitution comme collectivité territoriale chargée de développement économique et social. 17 Sen A. K. Justice: Means versus Freedoms. Philosophy and Public Affairs, Vol. 19, No. 2, (Spring,1990), p.118. Published by: Blackwell Publishing. Retreaved from : https://sustainability.water.ca.gov/documents/18/3407876/Justice+Meansvs+freedoms+Sen.pdf 18 Discours prononcé par le Roi Mohammed VI le 6 novembre 2006 à l’occasion du 31e anniversaire de la Marche verte.
  • 21. 21 Dans cette section nous allons essayer de d éfinir les principaux concepts liés à la nouvelle réforme territoriale et de mettre en évidence les objectifs de cette réforme ainsi que les critères de découpage adoptés par la commission consultative de régionalisation pour la création de nouvelles régions à caractère institutionnel et fonctionnel. 2.1. Le conceptde régionalisationavancé Afin de bien cerner les contours de la question de la régionalisation avancée et de son processus , il convient d’abord de définir certains concepts liés à l’organisation territoriale du Maroc comportant un certain nombre d’entités territoriales hiérarchisées, telles que les communes urbaines et rurales, les provinces ou préfecture, et les régions administratives. 2.1.1. Définition des concepts Au Maroc, la commune est une collectivité territoriale de droit public, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Dans le cadre de la décentralisation du pays, les communes sont regroupées au sein de préfectures ou de provinces qui sont elles - mêmes regroupées au sein de régions. Cette décentralisation désigne que les collectivités territoriales sont chargées de leur développement économique, social, et culturel, et ce à travers la réalisation de projets de développement financés par des ressources propres, des partenariats entre elles, des partenariats avec l’Etat, avec des entités publiques ou même avec le secteur privé. Selon Gérard-François Dumont, la région a un sens ancien et pluriel. Il s’applique à un découpage territorial qui n’est pas
  • 22. 22 nécessairement fixé dans des limites géographiques précises. Mais avec l’essor de l’organisation administrative d’un pays, le concept de région s’applique à des espaces précisément délimités par des ministres ou des services publiques 19. Cette conception de la région en tant qu’entité territoriale administrative produite par la puissance publique est très proche de la conception adoptée par les autorités marocaines lors de l’élaboration du nouveau projet de réforme territoriale. 2.1.2. Critères du nouveau découpage régional Au Maroc, la nouvelle configuration territoriale, comme enjeu d’action publique, provient de l’application combinée d’un certain nombre de critères. Dans cette configuration, les régions se présentent comme des entités fonctionnelles dirigées par des pôles urbains. Les critères utilisés par la commission consultative de la régionalisation (CCR) pour identifier les nouvelles identités territoriales sont présentés de la manière suivante : «Du fait même de l’unicité et de la continuité historique plus que millénaire du Royaume et du fait du haut degré de brassage et d’intégration de ses populations, la délimitation des nouvelles régions n’a été, et ne pouvait être opérée que sur la base de critères objectifs : fonctionnalité économique ; pôles de développement intégré ; relations et interactions dynamiques, actuelles et prévisibles entre les populations concernées. Cette configuration n’a eu à souffrir ni de pesanteurs historiques incontournables, ni de contraintes particularistes préjudiciables à la rationalité et à la fonctionnalité sciemment recherchées »20. Au regard des critères énoncés ci-dessus, le projet d’organisation territorial proposé se veut de nature pratique et 19 Dumond G. F. (2004). Les régions et la régionalisat ion en France. Paris, Ellipses, 2004. 20 Commission consultative de la régionalisation (2011). Rapport sur la régionalisation avancée. Livre I : Conception générale, p. 7.
  • 23. 23 pragmatique, libéré de toutes contraintes historiques, ethniques ou particularistes qui pourraient être préjudiciables à la rationalité économique et aux principes de la gouvernance démocratique. Selon les initiateurs du projet, le concept de régionalisation avancée «s’inscrit dans la continuité d’un processus graduel de décentralisation et de démocratie locale» 21 . Compte tenu, bien entendu, des impératifs de la rationalité économique. Ainsi, le modèle de régionalisation proposé se veut d’essence démocratique comme le stipule le rapport de la CCR : «Les propositions incluses dans cet axe [Une régionalisation d’essence démocratique] visent à renforcer la représentativité et la légitimité démocratiques des conseils régionaux, à promouvoir l’équité genre en matière d’accès des femmes aux fonctions électives et de gestion en région et à organiser la participation des citoyens, de la société civile et du secteur privé au débat public sur les affaires régionales et à la bonne conduite de ces affaires»22. Le découpage du territoire national en régions institutionnelles et fonctionnelles s’est fait selon «une démarche p ragmatique» qui repose sur les principes objectifs de «l’efficience, l’accumulation sur l’existant, l’homogénéité, la fonctionnalité, l’accessibilité et la proximité, la proportionnalité et l’équilibre» 23 . La région fonctionnelle résulte de l’application de ces principes au découpage du territoire national compte tenu du poids démographique, du dynamisme économique et du degré d’urbanisation des différentes entités spatiales. Le nouveau découpage régional prend également en considération la division administrative du territoire national en 21 CCR (2011). Ibid. 22 CCR (2011), op. cit., p. 11. 23 CCR (2011), op. cit., p. 32.
  • 24. 24 province afin de préserver, dans la mesure du possible, les entités administrative existantes. Par ailleurs, la nouvelle régionalisation, dite avancée, est «vouée au développement intégré et durable sur les plans économique, social, culturel et environnemental» 24 . Dans cette perspective, la région est entendue comme étant un espace de débat, de concertation, de planification de proximité, dans un cadre partenarial entre le conseil régional, l’Etat, et ses représentants à l’échelle de la région, les différentes collectivités territoriales, les chambres professionnelles, les universités, et les organisations de la société civile. On parle désormais de «collectivité territoriale», terme qui vient remplacer celui de «collectivité locale». L’accent est mis sur la vocation démocratique de la région, ce qui devrait s’accompagner par la mobilisation de fonds de mise à niveau sociale des régions défavorisées afin de réduire les disparités régionales en matière de développement humain et social. Cela se traduit par la généralisation de l’accès à l’eau potable et à l’électricité, l’éradication des bidonvilles et de l’habitat insalubre ; la généralisation de l’accès à l’éducation et l’amélioration de l’état sanitaire de la population. Le rapport de la CCR tient à préciser que l’effort financier consacré à la mise à niveau régionale ne s’inscrit pas dans la logique d’un «assistanat permanent», mais il s’agit seulement d’un appui momentané qui permettra aux collectivités territoriales de «remédier elles -mêmes à leurs déficits, la mise à niveau sera entreprise dans un horizon de deux mandatures» 25. D’où 24 CCR (2011), op. cit. p. 5. 25 CCR (2011), op. cit., p. 17.
  • 25. 25 la notion de «régions viables» évoquée par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI dans son discours du 3 janvier 2010. 2.2. La nouvelle configuration régionale L’application des principes opérationnels mentionnés ci- dessus, a conduit à la création de douze entités régionales distinctes. Aussi, le nombre de régions délimité par l’ancien découpage se trouve réduit de 25%, puisqu’il est passé de 16 à 12. Les régions ainsi délimitées couvrent des territoires plus étendus disposant chacun d’un poids démographique plus grand. Selon les concepteurs du projet de réforme territoriale, la régionalisation institutionnelle doit correspondre le plus possible à la régionalisation réelle. On sous-entend par la régionalisation institutionnelle, le processus intentionnel de construction de la réalité sociale. Ainsi, les régions qui prennent forme à travers ce processus sont des faits institutionnels. Elles sont construites à partir de fait sociaux (c’est-à-dire de structures sociales et économiques) et de faits bruts (réalités physique et géographiques) auxquelles la volonté collective attribue une fonction et les transforme en régions institutionnelles. Elles sont définies officiellement par le rapport de la CCR comme «des bassins de déploiement de l’option démocratique et des espaces idoines pour la conduite des politiques de développement, avec la participation effective des populations et de leurs élus à l’élaboration et à la mise en œuvre de ces politiques» 26 . En d’autres termes, les régions institutionnelles sont créées dans l’intention d’assurer une fonction d’encadrement politico-administrative de la population. Selon le philosophe John Searle, l’assignation des fonctions institutionnelles 26 CCR (2011), op. cit., p. 31.
  • 26. 26 aux «faits bruts» ne suffit pas à les transformer en fait institutionnels. Il faut en plus que les différents acteurs co ncernés par cette transformation reconnaissent et acceptent l’existence de tels faits 27 . La définition présentée ci-dessus fait allusion à cet élément constitutif des faits institutionnels en parlant de «participation effective des population». Par opposition aux régions institutionnelles, il y a les régions fonctionnelles ou réelles définies par l’activité économique et les cadres de vie naturels. Il s’agit de régions géographiques constituées, selon Daniel Montello, de faits bruts, de faits sociaux et de faits institutionnels. L’une des propriétés fondamentales de la région géographique est la similitude entre les milieux qu’elle englobe; similitude liée à leur proximité spatiale. «L'aspect le plus fondamental de similitude partagée dans une région est "la similitude spatiale" -proximité. Mais les régions partagent aussi, presque toujours, un contenu ou une activité thématique commune. Autrement dit, les régions sont définies non seulement spatialement, mais elles se définissent également par les entités ou les processus humains et naturels qui s'y produisent» 28 . On retrouve dans le rapport de la CCR la même idée. A ce propos, il est dit dans ce dernier, que la distinction établie entre les deux grands types de nouvelles régions traduit «les formes réelles d’organisation et de fonctionnement de l’espace national, telles que façonnées par la longue évolution de l’économie, de l’équipement territorial, de l’encadrement administratif, des conditions naturelles et des relations de vie qui en découlent». Et il ajoute ensuite «Cette 27 Searle John R. The construction of social reality. New York : Free Press, 1995. 28 Mentello D. R. «Geographic regions as brut facts, social facts and institutional facts». In Smith B., Mark D. M. & Ehrlich I (eds). The mastery of capital and the construction of social reality. Illinois : Carus Publishing Company, p. 305.
  • 27. 27 distinction corrobore une orientation consistant à ajuster la régionalisation institutionnelle recherchée aux réalités régionales dessinées par l’économie et la société»29. En effet, le rapport de la CCR établit une distinction parfaitement claire entre deux grands types de régions : «Les régions définies à partir de grands pôles ou même de bi‐pôles urbains rayonnant sur des espaces de croissance économique» et «les régions non‐polarisées, qui couvrent les montagnes atlasiques ainsi que les zones des steppes et déserts» 30 . Le premier type représente les régions les plus avancées sur le plan économique; tandis que le deuxième type comprend les régions caractérisées par un rythme d’évolution socio-économique plus lent. Ces régions périphériques souffrent de graves déficits structurels et d’un désavantage social considérable, et nécessitent de ce fait «un appui fort en terme de solidarité nationale» 31 selon l’estimation de la commission consultative de la régionalisation. Un examen attentif de la carte représentant le découpage en douze régions institutionnelles proposé par la CCR, montre, en effet, qu’il existe une certaine correspondance entre les régions géographiques réelles et les régions institutionnelles, comme l’a bien remarqué le chercheur Mohammed Berriane en disant: «Il y a donc, de plus en plus de concordance entre les deux types de territoires»32. Certains écarts par rapport aux frontières des régions 29 CCR (2011), op. cit., p. 35. 30 CCR (2011). Op. cit., p. 35. 31 CCR (2011). Ibid. 32 Berriane M. «Dynamique territorial et politique publique : territoires fonctionnels et territoires officiels». In Dupret B., Rhani Z., Boutaleb A. & Ferrié J-N. (eds). Le Maroc au présent : d’une époque à l’autre, une société en Mutation. Casablanca, Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud, Centre Jaques Berque, 2015, p. 57.
  • 28. 28 géographiques réelles identifiées par les spécialistes, ont été tolérés en vertu du principe de concertation publique qui permet d’obtenir la reconnaissance du nouveau fait institutionnel de la part des représentants des collectivités territoriales . De ce fait, l’avant-projet suggéré par la CCR et adopté par le ministère de l’intérieur en septembre 2014, a subi quelques modifications relatives au découpage des régions. Ces modifications sont dues au fait que le ministère de l’intérieur a voulu tenir compte des recommandations et des suggestions des différentes formations politiques, afin de trouver des compromis qui satisfassent les différentes composantes des régions. Planche 1 : Cartes montra nt le découpa ge e n douze régions proposé par la CCR et le déc oupa ge adopté après concertation avec les représentants des collectivités locales. Après les différentes concertations qui ont eu lieu, quelques provinces se sont vues déplacées d’une région à l’autre comme le montre la planche 1 ci-dessus. Ainsi la région Tanger-Tétouan a été
  • 29. 29 élargie pour inclure la province d'Al Hoceima, et s’appellera, désormais, région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima dans le découpage définitif adopté par l'Intérieur. La région Rif et Oriental, qui incluait la province d'Al Hoceima dans l' avant-projet de découpage, a vu son nom changer: la région est, désormais, celle de l'Oriental, et inclut la province de Figuig, qui figurait dans l'avant -projet de découpage dans la région de Drâa‐Tafilalet. Cette dernière, suite au transfert de la province de Figuig à la région de l'Oriental, a été enrichie de la province de Midelt, initialement inclue dans la région de Béni Mellal-Khénifra.33 La planche 2 quant à elle, montre la carte du Maroc selon l’ancien découpage régional en 16 régions de 1997, dans lequel la région est considérée par la constitution comme étant une collectivité locale qui joue un rôle de locomotive dans la politique officielle de décentralisation. 33 AL HUFFINTON POST, Reda Zaireg, www.huffpostmaghreb.com/2015/07/24/entree- vigueur-nouveau-decoupage-territorial_n_7862664.html
  • 30. 30 Planche 2 : Cartes montrant l’ancien découpage régional en seize régions En définitive on peut dire que, les modifications effectuées par l’Intérieur sur l’avant-projet de la CCR, montrent l’importance accordée à la démocratie dans notre pays et à la nécessité des concertations publiques dans l’obtention de la reconnaissance des représentants des collectivités territoriales du nouveau fait institutionnel.
  • 31. 31 CHAPITRE 2 RELATIO N ENTRE LE CAPITAL HUMAIN ET LE DEVELO PPEMENT ECO NO MIQ UE
  • 32. 32 1. Fondements théoriques de la relation entre le capital humain et la croissance économique Le capital humain est resté pendant longtemps la grande inconnue dans le domaine de la recherche sur les déterminants de la croissance économique. Ce n’est qu’à partir des années soixante du siècle dernier que le concept de capital humain commence à gagner en popularité grâce aux travaux de Schultz34, de Becker35 et d’autres. Ces chercheurs ont proposé d’incorporer les décisions des individus et des sociétés en matière d’éducation au noyau de la théorie microéconomique. Cela a donné lieu à ce qu’on appelle désormais «La révolution du capital humain» qui consiste à traiter l'éducation comme un investissement et non plus comme une forme de consommation. Avec les travaux d’Edward Denison cette révolution du capital humain touche de manière aussi profonde la théorie macroéconomique. C’est ce que nous allons essayer de montrer dans la section suivante. 1.1. Capital humain déterminant de la croissanceéconomique Pourquoi certain pays affichent-ils des taux de croissance élevés et se développent rapidement alors que d’autres restent à la traine ? En d’autres termes, pourquoi certains pays sont riches et d’autres sont pauvres ? C’est à ce genre de questions qu’un groupe de chercheurs pionniers du capital humain ont essayé de répondre. Ils se sont fixés comme objectif d’expliquer l’évolution macroéconomique en introduisant le capital humain comme variable explicative centrale dans leurs modèles. 34 Schultz Theodore W. (1961). Investment in Human Capital. The American Economic Review Vol. 51, No. 1 (Mar., 1961), pp. 1-17 35 Becker Gary S. (1964). Human Capital: A Theoretical and Empirical Analysis, with Special Reference to Education. Chicago, University of Chicago Press.
  • 33. 33 C’est ainsi que de nombreuse recherche se sont focalisées sur l’étude de la chaine causale alliant l’accumulation du capital humain à la croissance du produit intérieur brut. Ces études reposent sur l’hypothèse que l’accumulation du capital humain est susceptible d’être une clé importante pour la croissance économique soutenue à long terme. En effet, il a été établi que la croissance durable à long terme n'a pas été atteinte dans les économies dont le développement est basé sur l'expansion du capital physique et de la terre, en raison des rendements décroissants des investissements supplémentaires. D’où l’idée d’introduire le capital humain dans les modèle de croissance économiques. On suppose que l’expansion de l’influence du savoir contribue à l’augmentation de la productivité du travail et d’autres facteurs de production. Edward Denison est l’un des premiers à mettre l’accent sur les relations entre les ressources humaines et la croissance économique36 . Denison s’est penché sur l’étude des déterminants de la croissance économique aux Etats-Unis entre 1909 et 1959. Il a montré que 54% de la croissance économique s’explique par le développement du capital humain. Parmi ces 54%, 23% proviennent directement de l’amélioration du niveau d’éducation de la main-d’œuvre et 21% environ sont attribués à l’accumulation des savoirs. A la même époque, Schultz avait abouti à des résultats similaires. Par la suite, de nombreux chercheurs ont élaboré des modèles théoriques et empiriques de croissance économique qui rendent compte de l’effet du capital humain sur la croissance économique. Ljungberg, par exemple, a élaboré un modèle dans lequel il a utilisé le taux de scolarisation et les dépenses en éducation pour mettre en évidence la relation causale entre le développement de l’éducation et la croissance économique en Suède au cours de la période allant de 1867 à 199537. En France, Marchand et Thélot ont utilisé une approche 36 Denison Edward F. (1962). The sources of economic growth in the United States and the alternatives before us. New York : Committee for economic development. 37 Ljungberg, Jonas (2002). About the role of education in Swedish economic growth, 1867-1995. In: Historical
  • 34. 34 similaire basée sur l’analyse des relations entre le capital humain mesuré par le taux de la population active instruite et la croissance économique tout au long de la période 1800-200038. Si ces travaux sont considérés comme une avancée en matière d’estimation du capital humain et de son impact sur la croissance économique, ils restent, cependant, faiblement rattachés à la théorie économique. En 1992, Gregory Mankiw, David Romer et David Weil ont proposé un modèle empirique en accord avec la théorie économique néoclassique. Le modèle proposé est une extension du modèle de croissance économique développé en 1956 par Robert Solow et Trevor Swan. Romer et ses collègues estiment, en s’appuyant sur des études empiriques récentes, que les prédictions du modèle de Solow sont en accord avec les faits empiriques. Ces études ont effectivement montré que le taux d’épargne et le taux de croissance de la population influent sur le revenu avec le signe prédit par le modèle de Solow. Et même si ces deux facteurs expliquent, à eux seuls, plus de la moitié des variations des niveaux de revenu par tête et qu’ils permettent de prédire correctement le signe de leurs effets, Romer et son équipe estiment que le modèle de Solow ne permet pas pour autant de prédire correctement l’ampleur des effets39. Afin d’améliorer le pouvoir explicatif du modèle de Solow, ils ont proposé d’y inclure à la fois le capital physique et l'accumulation du capital humain. L’application du modèle augmenté à l’analyse de données économiques à l’échelle internationale a abouti aux résultats suivants :  L'accumulation de capital humain est corrélée avec l'épargne et la croissancedémographique. Social Research 27 (2002), 4, pp. 125-139. URN: http://nbn-resolving.de/urn:nbn:de:0168-ssoar-33979 38 Marchand Olivier & Thélot Claude (1997). Le travail en France. 1800-2000. coll. Essais et recherches,éd. Nathan. 39 Gregory Mankiw, David Romer et David Weil (1992). A contribution to the empirics of economic growth. The Quarterly Journal of Economics, May 1992: http://eml.berkeley.edu/~dromer/papers/MRW_QJE1992.pdf
  • 35. 35  L'accumulation du capital physique et la croissance démographiques ont des impacts plus grands quand l'accumulation du capital humain est prise en considération.  Le modèle augmenté explique 80% de variation du revenu par tête dans l’échantillon des pays non producteurs de pétrole et dans l’échantillon des pays intermédiaires ou émergents. Ces résultats corroborent d’ailleurs les conclusions de l’étude réalisée en 1988 par Lucas40, malgré les différences de méthodes utilisées pour construire l’indice de capital humain : Dans le modèle de Romer, la croissance du PIB est régressée sur le niveau du capital humain, alors que dans le modèle de Lucas, c’est plutôt la croissance du PIB qui est régressée sur la croissance du capital humain. Par ailleurs, les résultats de l’analyse peuvent varier selon que le capital physique est introduit dans l’équation de régression ou non. Les études comparatives ont montré que le coefficient de régression relatif au capital humain diminue sensiblement lorsque le capital physique est introduit dans l’équation. Dans le modèle de Lucas le capital humain est introduit conjointement avec le capital physique. Ainsi construit, ce modèle permet de prédire efficacement la croissanceéconomique. 1.2. Capital humain, résultat de la croissance Le capital humain peut être traité, non seulement, comme facteur de croissance économique, mais également comme conséquence de la croissance. Si l’on envisage l’existence d’une causalité entre les deux variables (capital humaincroissance économique), quelle est la cause et quel est l’effet ? On peut penser que plus le taux de la population éduquée est élevé dans un pays donné, plus les salariés seront qualifiés et efficaces, et plus ce pays sera riche. Mais la réciproque est également envisageable: plus le pays est riche, et plus il peut consacrer de ressources à l’éducation de sa population. Il y a alors une double 40 Lucas, Robert E. (1988): “On the Mechanics of Economic Development,” Journal of Monetary Economics, 22, pp.3–42.
  • 36. 36 causalité. Le capital humain peut alors être considéré à la fois comme cause et comme effet. De nombreux chercheurs se sont intéressés à l’autre aspect du processus de causalité réciproque entre le capital humain et la croissance économique. Se fondant sur des données empiriques, ils ont constaté que tous les pays, qui ont réussi la croissance persistante des revenus, ont également enregistré des progrès considérables dans les domaines de l'éducation et la formation de la main- d'œuvre. Dans leur étude sur les liens entre le capital humain, la fertilité et la croissance économique, Gary Becker et ses collègues ont abouti à la conclusion suivante: «Notre analyse implique que les taux de rendement de l'éducation et d'autres éléments du capital humain sont plus élevés dans les pays développés que dans les pays sous-développés que ce soit en valeur absolue ou par rapport aux taux du capital physique. Les taux de rendement du capital physique peuvent être supérieurs ou inférieurs dans les pays développés, en fonction de la fertilité et des taux de croissancede la consommation»41. Le développement du capital humain ne peut donc être envisagé qu’en étroite avec la croissance économique. C’est ce qui explique, selon les auteurs de l’étude mentionnée ci-dessus, pourquoi la «fuite des cerveaux», c’est-à-dire, l’émigration des personnes hautement instruites et qualifiées se produit presque invariablement des pays pauvres vers les pays riches. Partant du modèle de Gary Backer, des chercheurs de l’université de Monténégro ont effectué une analyse de la base de données de l’OCEDE afin d’examiner l’effet du développement du capital humain sur la croissance du PIB 41 Gary S. Becker, Kevin M. Murphy, and Robert Tamura (1993). «Human capital, fertility, and economic growth». In Gary S. Backer. Human capital : A theoretical and empirical analysis, with special reference to education. Chicago and London : The University of Chicago Press. 3ed edition, p. 346.
  • 37. 37 par habitant42. L’échantillon étudié est composé de 29 pays européens en plus des Etats-Unis et du Japon. Ils ont régressé le PIB par habitant sur les différentes composantes du capital humain mesurées par les dépense dans les domaines de la technologie de l'information et de la communication (TIC) de la recherche et développement (R&D) et de l’enseignement supérieur. Les résultats ont montré que l'investissement dans les savoirs scientifiques et technologiques mesuré par les dépenses susmentionnées exerce une influence positive sur la croissance du PIB par habitant dans les pays couvert par l’échantillon ; les coefficients de la pente de régression étant hautement signifiants. Plus précisément, la TIC est fortement associé au PIB par habitant. L’analyse effectuée au niveau de chaque pays révèle une forte association entre la recherche en développement et le PIB par habitant. Plus encore, l’analyse des séries temporelles montre que le PIB par habitant augmente avec le temps en raison de l’augmentation du stock de capital humain. Dans l’ensemble, les variables du capital humain expliquent 59% environ de variabilité de la croissancedu PIB par habitant entre les pays étudiés. Des analyses semblables ont été réalisées par d'autres chercheurs qui ont travaillé sur un échantillon de 77 pays ayant des niveaux de développement économiques variés. Leur étude s’est focalisée sur l’étude des relations entre le capital humain, la croissance économique et la fuite des cerveaux43. Cette étude a abouti à des résultats similaires à ceux que nous venons de présenter. En définitive cette étude montre que plus le taux de croissance économique est 42 Bacovic Maja & Lipovina-Bozovic Milena (2010). Knowledge accumulation and economic growth. University of Montenegro and ASECU. http://www.ekonomija.ac.me/sites/ekonomija.bildstudio.me/files/multimedia/fajlovi/vijesti/2013/02/bacovic_m aja_-_lipovina_milena_ _knowledge_accumulation_and_economic_growth.pdf 43 Bildirici M., Orcan M., Sunal S. & Aycaç E. (2005). Determinants of human capital theory , growth and brain-drain : An economic analysis for 77 countries. Applied Econometrics and International Development, Vol. 5-2. http://www.usc.es/economet/journals1/aeid/aeid526.pdf
  • 38. 38 élevé dans un pays, plus les gens y investissent dans l’éducation ; ce qui entraine une augmentation des taux de scolarisation et d’alphabétisation, et donc une élévation du niveau du capital humain. 2. Etude empirique de la relation entre le capital humain et la croissance économique Après avoir défini le cadre théorique exprimant le lien existant entre le capital humain et la croissance économique, il est intéressant de procéder à l’étude empirique de cette relation afin de démontrer concrètement la nature de la relation entre eux dans le cas du Maroc. Pour ce faire, nous avons exploité la base de données du recensement général de la population et de l’habitat RPGH pour l’année 200444 comportant les caractéristiques démographiques générales (régions-provinces-communes, municipalités), les caractéristiques économiques, sociales mais aussi les caractéristiques liées aux conditions d’habitat des ménages. En outre, nous avons utilisé les données concernant la contribution des régions au PIB tirées des comptes régionaux publiés par le HCP45. Cependant, nous avons procédé à la réorganisation de cette base de données selon le nouveau découpage régional, c’est-à-dire que nous avons déplacé les communes qui faisaient partie de l’ancien découpage régional (en 16 régions) dans les régions qui correspondentau nouveau découpagerégional (en 12 régions). Par ailleurs, nous avons essayé de construire l’indice du capital humain en nous référons à une méthodologie proposée par les experts du World Economic Forum46. Cet indice se décline en 4 piliers essentiels dont trois sont des déterminants fondamentaux du capital humain (éducation, santé et emploi) 44 Haut- Commissariat au Plan, Recensement général de la population et de l’habitat 2004, retreaved from : http://www.hcp.ma/Recensement-general-de-la-population-et-de-l- habitat-2004_a633.html 45 Haut Commissariat au Plan, Comptes régionaux, Produit intérieur brut et dépenses de consommation finale des ménages 2004-2014, édition avril 2010. 46 World Economic Forum, The human capital report 2015
  • 39. 39 et le dernier permet à ces trois déterminants de base de réaliser de meilleurs rendements. Les piliers se présentent comme suit :  Pilier de l'éducation qui contient des indicateurs relatifs aux aspects quantitatifs et qualitatifs de l'éducation à travers les niveaux primaire, secondaire et tertiaire et contient des informations tant sur la main-d'œuvre actuelle et future.  Pilier de santé et de bien-être qui contient des indicateurs relatifs au bien- être physique et mentale d'une population, depuis l'enfance jusqu’ à l'âge adulte.  Pilier de la main-d'œuvre et de l'emploi conçu pour quantifier l'expérience, le talent, les connaissances et la formation dans la population en âge de travailler d'un pays.  Pilier de l’environnement favorable qui tient compte du cadre juridique, des infrastructures et d'autres facteurs qui permettent de meilleurs rendements sur le capital humain. Ces quatre piliers fondamentaux qui constituent l’indice du capital humain se composent d’uncertain nombre de variables (voir tableau) : Pilier 1: Accès à l'éducation 1. Indice de parité entre les sexes 2. Population scolarisée: Niveau primaire (Pourcentage par rapport à la population scolarisée) 3. Population scolarisée: Niveau secondaire collégial (Pourcentage par rapport à la population scolarisée) 4. Population scolarisée: Niveau secondaire qualifiant (Pourcentage par rapport à la population scolarisée) 5. Population scolarisée: Niveau universitaire (pourcentage par rapport à la population scolarisée) 6. Performances des élèves en mathématiques (TIMSS_Maths_2011)47 7. Performances des élèves en sciences (TIMSS_SCI_2011) 8. Niveau d'instruction: Primaire (Par rapport à la population âgée de 25 ans et plus) 9. Niveau d'instruction: Secondaire collégial (population âgée de 25 ans et plus) 10. Niveau d'instruction: Secondaire qualifiant (population âgée de 25 ans et plus) 11. Niveau d'instruction: Universitaire (population âgée de 25 ans et plus) Pilier 2: Santé et bien-être 1. Taux de mortalité infantile (pour mille) 2. % des ménages ralliés au réseau d'eau potable 3. % des ménages ralliés au réseau d'assainissement 47 Trends in International Mathematics and Science Study (TIMSS) est une série d’évaluation internationale des connaissances des élèves en mathématiques et en sciences.
  • 40. 40 Pilier 3: Force de travail et emploi 1. Parité hommes/femmes en ce qui concerne la participation économique 2. Taux d'activité chez la population âgée de 7 ans et plus (Rapport de la population active à la population totale) 3. Taux de chômage 4. Diplômés des Ecoles et des instituts supérieurs (pourcentage par rapport à la population âgée de 25 ans et plus) 5. Qualification, spécialisation, initiation professionnelle (pourcentage par rapport à la population âgée de 25 ans et plus) Pilier 4: Infrastructure communicationnelle 1. % des ménages disposant d'un téléphone fixe 2. % des ménages disposant d'un téléphone mobile Dans chaque pilier on retrouve des sous-indices qu’on a construits, comme par exemple l’indice de parité entre les sexes qui mesure la proportion des femmes scolarisées par rapport aux hommes. Après avoir calculé les variables et les sous-indices, il est primordial de passer par l’étape de la standardisation de ces variables puisque les indicateurs utilisés dans la construction de l’indice du capital humain sont mesurés à différentes échelles. Il est donc nécessaire pour préserver la distribution des données et faciliter leur analyse, de procéder à la standardisation en exprimant les différentes variables dans une mesure commune à partir de la statistique z-score c’est-à-dire une variable centrée réduite dont l’espérance est nulle et l’écart type égale à 1. L'approche z-score est un moyen très utilisé pour convertir des données brutes exprimées dans différents formats dans une mesure commune (standardisation). Le z-score d'un point de données indique le nombre d'écarts types au-dessus ou au-dessous de la moyenne. Ainsi un écart-type de plus (ou moins) 1 représente la zone au-dessus de 34,13% (au-dessous) de la moyenne (zéro) et un écart-type de plus (ou moins) 2 représente la zone au-dessus de 47,72% (au-dessous)de la moyenne. Une fois que toutes les données ont été standardisées, l’étape suivante consiste à calculer la moyenne pondérée des indicateurs au sein de chaque sous-indice pour créer les scores de sous-indices. Nous avons donc d'abord normalisé les indicateurs en égalisant leurs écarts-types. Par exemple, dans le sous-indice
  • 41. 41 Niveau d’instruction, les écarts-types pour chacun des quatre indicateurs sont calculés. Ensuite, nous déterminons ce qu’un changement de 1% traduirait en termes d'écarts-types en divisant 0,01 par l'écart type pour chaque indicateur. Ces quatre valeurs sont ensuite utilisées comme poids pour calculer la moyenne pondérée des quatre indicateurs. Après avoir collecté toutes les données utiles à notre étude, l’étape suivante consiste à analyser ces données. Pour ce faire, nous avons utilisé le logiciel SPSS (Statistical Package for Social Sciences) ainsi que le logiciel associé à SPSS, ’PROCESS’’48 qui est un outil créée par Andrew Hayes permettant d’estimer les effets directs et indirects dans les modèles de la médiation statistique, de la modération et l'analyse des processus conditionnels. 2.1. Etude de l’effet médiateur du capital humain dans la relation entre l’IDH et la croissanceéconomique L’objectif de cette partie de la recherche consiste à examiner le mécanisme par lequel le développement humain exerce une influence sur le développement économique mesuré par la contribution des régions au PIB national. Nous utilisons pour cela le modèle de médiation simple (modèle 4 de PROCESS) dans lequel la variable IDH est introduite comme variable indépendante et la contribution des régions au PIB national comme variable dépendante. L’indice du capital humain est ajouté au modèle comme une variable à effet modérateur entre la variable dépendante et la variable indépendante, alors que l’indice d’inégalité de GINI est introduit comme covariable ou variable de contrôle, c’est-à-dire, comme un éventuel facteur à l'origine de la variation des variables principales sujet de l'investigation. On suppose que, toutes choses égales par ailleurs, le développement humain est associé à la contribution des régions au PIB national via le niveau du 48 Andrew Hayes, Introduction to Mediation, Moderation, and Conditional Process Analysis: A Regression-Based Approach, www.processmacro.org/download.html
  • 42. 42 capital humain. Dans ce processus causal, l’effet de la variable indépendante X (indice de développement humain) sur la variable dépendante Y (contribution des régions au PIB national) est médiatisé par le capital humain (M). La figure 1 donne une représentation graphique du modèle de médiation utilisé pour tester cette hypothèse. Figure 1: Le modèle conceptuel de la médiation simple avec variable de contrôle Figure 2: Le modèle statistique de la médiation simple avec variable de contrôle Les équations de régression utilisées pour estimer les effets direct et indirect sont les suivantes: M = i1 + aX + fC + eM Y = i2 + c′X + bM + gC + eY
  • 43. 43 Pour l’estimation des paramètres du modèle, nous avons utilisé le module PROCESS pour SPSS crée par Andrew Hayes 49 . La figure 3 présente les résultats de l’analyse du modèle de médiation simple avec variable de contrôle: Figure 3 : Résultats de l’analyse de médiation causale générés par SPSS- PROCESS Model= 4 Y = Contribution des régions au PIB national X = IDH M = CH Statistical Controls: CONTROL= GINI Sample size 1451 ***************************************************************************** Outcome: Capital humain ModelSummary R R-sq MSE F df1 df2 p ,7461 ,5567 ,1380 909,0801 2,0000 1448,0000 ,0000 Model coeff se t p LLCI ULCI constant -2,5981 ,0778 -33,3943 ,0000 -2,7507 -2,4455 IDH 4,7717 ,1125 42,4310 ,0000 4,5511 4,9923 GINI -,0014 ,0017 -,8063 ,4202 -,0048 ,0020 ****************************************************************************** Outcome: Contribution des régions au PIB national ModelSummary R R-sq MSE F df1 df2 p ,1844 ,0340 10,9549 16,9796 3,0000 1447,0000 ,0000 Model coeff se t p LLCI ULCI constant 8,7064 ,9221 9,4415 ,0000 6,8975 10,5153 Capital humain 1,2561 ,2341 5,3654 ,0000 ,7969 1,7154 IDH -1,7232 1,5005 -1,1484 ,2510 -4,6667 1,2203 GINI -,0366 ,0154 -2,3685 ,0180 -,0669 -,0063 ************************** TOTALEFFECT MODEL******************************** Outcome: Contribution des régions au PIB national ModelSummary R R-sq MSE F df1 df2 p ,1216 ,0148 11,1651 10,8670 2,0000 1448,0000 ,0000 Model coeff se t p LLCI ULCI constant 5,4429 ,6997 7,7787 ,0000 4,0703 6,8154 IDH 4,2706 1,0114 4,2224 ,0000 2,2866 6,2545 GINI -,0383 ,0156 -2,4592 ,0140 -,0689 -,0078 ***************** TOTAL, DIRECT, AND INDIRECT EFFECTS ************************ Totaleffect of X on Y Effect SE t p LLCI ULCI 4,2706 1,0114 4,2224 ,0000 2,2866 6,2545 Direct effect of X on Y Effect SE t p LLCI ULCI -1,7232 1,5005 -1,1484 ,2510 -4,6667 1,2203 Indirect effect of X on Y Effect Boot SE BootLLCI BootULCI 49 Le module PROCESS est gratuitement téléchargeable sur le site d’Andrew Hayes à l’adresse : http://processmacro.org/download.html
  • 44. 44 Capital humain 5,9938 1,6966 2,7717 9,4309 Normal theory tests for indirect effect Effect se Z p 5,9938 1,1263 5,3216 ,0000 ******************** ANALYSIS NOTES AND WARNINGS ***************************** Number of bootstrap samples for bias corrected bootstrap confidence intervals: 10000 Level of confidence for all confidence intervals in output: 95,00 ------ END MATRIX ----- Le tableau 1 récapitule les résultats de l’analyse du modèle de médiation. Deux modèles y sont présentés: Tableau1: Estimation des paramètres du modèle de la médiation causale Conséquence M (Capital humain) Y (Contribution au PIB) Antécédent Coeff. SE P Coeff. SE p X (IDH) a 4,772 0,123 0,001 c’ -1,723 1,501 0,251 M (Capital humain) — — — b 1,256 0,234 0,001 C (GINI) f1 -0,001 0,002 0,420 g 0,037 0,015 0,018 Constante i1 -2,598 0,078 0,001 i2 8,706 0,922 0,001 R2 = 0,557 F(2, 1448)= 909,08, p < 0,001 R2 = 0,034, F(3,1447)= 16,979, p < 0,001 On observe tout d’abord que l’effet total de l’IDH (X) sur la contribution des régions au PIB national (Y), lorsque l’indice d’inégalité de GINI est maintenu constant, est égal à 4,271 (p < 0,001). Cet effet est donc positif et significatif. Il convient de rappeler ici que l’effet total (c) est la somme des effets direct et indirect de X: c = c’ + ab = -1,723 + (4,772 x 1,256) = 4,271 (p < 0,001). Par contre, l’effet direct de l’IDH sur la contribution au PIB est négatif, mais il n’est pas statistiquement significatif (c’ = -1,723, p = 0,251). Cela veut dire que l’effet de l’IDH sur la contribution des régions au PIB national est complètement médiatisé par la variable capital humain. Si l’effet direct est insignifiant, l’effet indirect, quant à lui, est positif et significatif puisque 0 n’est pas à l’intérieur des limites de l’intervalle de
  • 45. 45 confiance à 95% obtenu par bootstrapping (ab = 5,994, BootLLCI = 2,772; BootULCI = 9,431). On peut alors affirmer, toutes choses égales par ailleurs, que lorsque la valeur de l’IDH augmente d’une unité, la contribution des régions au PIB national augmente de 6 points; cette augmentation résulte, bien entendu, de l’influence du développement humain sur le capital humain qui influence à son tour la capacité des régions à contribuer au PIB national. Ainsi, l’effet de X (IDH) sur Y (contribution au PIB) est totalement transmis à travers le mécanisme causal X → M → Y dans lequel M représente le capital humain. Pour s’assurer de la validité de cet enchainement causal des événements, les experts en matière d’analyse de données recommandent de refaire l’analyse et de tester le modèle alternatif dans lequel la variable médiatrice prend la place de la variable indépendante et vice versa50. Il s’agit de tester l’hypothèse de l’effet indirect de X (capital humain) sur Y (contribution au PIB) via M (IDH). Si l’effet indirect du capital humain sur la contribution au PIB est insignifiant, alors le modèle du processus causal décrit auparavant est valide. Les résultats de l’analyse du modèle alternatif montrent que l’effet indirect du capital humain sur la contribution des régions au PIB est insignifiant puisque 0 est situé à l’intérieur des limites de l’intervalle de confiance bootstrap à 95%, avec correction de biais, basé sur 10000 échantillons bootstrap (voir le tableau 2). Tableau 2: effet Indirecte du capital humain sur la contribution au PIB Effet BootSE BootLLCI BootULCI IDH -,2002 ,1836 -,5597 ,1619 Ces résultats établissent avec un haut degré de certitude l’existence de la séquence causale explicative du développement économique décrite par le modèle proposé. 50 Andrew F. Hayes. Introduction to mediation, moderation and conditional process analysis. A regression-based approach. New York : The Guilforg Press, 2013, p. 183.
  • 46. 46 2.1.1. L’effet modérateur de l’inégalité de revenu sur le lien indirect entre le développement humain et la croissanceéconomique Dans le modèle précédent, l’indice d’inégalité de GINI a été introduit comme variable de contrôle. On propose maintenant de changer le statut de cette variable, dans le cadre de ce qu’on appelle le modèle du processus conditionnel, en la transformant en variable modératrice de l’effet indirect observé auparavant. L’objectif est de tester l’hypothèse selon laquelle l’effet indirect du développement humain (X), via le capital humain (M), sur la contribution des régions au PIB national (Y) dépend du niveau des inégalités de revenus (V). Les deux diagrammes ci-dessous représentent le modèle d’analyse du processus conditionnel adopté(modèle 14 de PROCESS): Figure 4 : Le modèle conceptuelde la médiation modérée. (L’effet indirect de X sur Y dépend du niveau du modérateur V) Figure 5 : Le modèle statistique de la médiation modérée. (L’effet indirect de X sur Y dépend du niveau du modérateur V)
  • 47. 47 Le modèle du processus conditionnel (médiation modérée) est constitué d’un processus de médiation (X → M → Y) combiné avec le processus de modération de l’effet M → Y par V. Ce modèle se présente sous la forme d'un système à deux équations51 : M = i1 + aX + eM (1) Y = i2 + c′X + b1M+ b2V + b3MV + eY (2) La figure 6 présente les résultats de l’analyse générés par SPSS- PROCESS Figure 6 : Résultats de l’analyse du modèle du processus conditionnel 51 Andrew F. Hayes (2013). Op. cit. p. 340. Model = 14 Y = PIB (Contribution des régions à la création de la richesse) X = IDH M = Capital humain V = GINI Sample size 1451 *********************************************************************************** Outcome: Capital humain Model Summary R R-sq MSE F df1 df2 p ,7460 ,5565 ,1380 648,5836 1,0000 1449,0000 ,0000 Model coeff se t p LLCI ULCI constant -2,5938 ,0996 -26,0317 ,0000 -2,7893 -2,3984 IDH 4,7610 ,1869 25,4673 ,0000 4,3943 5,1277 *********************************************************************************** Outcome: PIB (Contribution des régions à la création de la richesse) Model Summary R R-sq MSE F df1 df2 p ,2135 ,0456 10,8309 7,7361 4,0000 1446,0000 ,0000 Model coeff se t p LLCI ULCI constant 7,5620 ,8326 9,0829 ,0000 5,9288 9,1951 Capital humain 1,3065 ,3359 3,8892 ,0001 ,6475 1,9654 IDH -1,7858 1,5563 -1,1475 ,2514 -4,8385 1,2670 GINI -,0399 ,0144 -2,7687 ,0057 -,0681 -,0116 int_1 -,1269 ,0342 -3,7143 ,0002 -,1939 -,0599 Interactions: int_1 Capital humain X GINI ******************** DIRECT AND INDIRECT EFFECTS ********************************** Direct effect of X on Y Effect SE t p LLCI ULCI -1,7858 1,5563 -1,1475 ,2514 -4,8385 1,2670 Conditional indirect effect(s) of X on Y at values of the moderator(s):
  • 48. 48 Le tableau 3 récapitule les résultats de l’analyse du processus conditionnel : Tableau3 : Estimation des paramètres du modèle du processus conditionnel Les relations entre les variables du modèle du processus conditionnel peuvent être formalisées à l’aide des équations suivantes : M̂ = -2,594 + 4,761X Ŷ = 7,562 – 1,786X + 1,307M – 0,04V – 0,127MV La première équation estime l’effet de la variable indépendante X (IDH) sur le capital humain qui représente la variable médiatrice (M) dans le modèle du processus conditionnel. Le coefficient lié à la variable indépendante montre qu’à chaque unité d’augmentation de l’indice de développement humain correspond une augmentation de 4,76 points de l’indice du capital humain. Par ailleurs, le capital humain exerce une influence négative et statistiquement significative sur la contribution des régions au PIB, mais cette influence est Mediator GINI Effect Boot SE BootLLCI BootULCI Capital humain -5,6668 9,6432 1,9893 5,9253 13,7051 Capital humain ,0000 6,2200 1,6855 3,0741 9,6742 Capital humain 5,6668 2,7968 1,8504 -,6009 6,6625 Values for quantitative moderators are the mean and plus/minus one SD from mean. Values for dichotomous moderators are the two values of the moderator. ******************** INDEX OF MODERATED MEDIATION ********************************* Mediator Index SE(Boot) BootLLCI BootULCI Capital humain -,6041 ,1627 -,9269 -,2875 ******************** ANALYSIS NOTES AND WARNINGS ********************************** Number of bootstrap samples for bias corrected bootstrap confidence intervals:10000 Level of confidence for all confidence intervals in output:95,00 NOTE: The following variables were mean centred prior to analysis: Capital humain GINI
  • 49. 49 contingente au sens qu’elle est conditionnée par le niveau d’inégalité (coefficient GINI), comme en témoigne le coefficient de régression associé à l’interaction entre le capital humain et l’indice de l’inégalité de GINI dans le modèle Y (b3 = -0,127, p = 0,001). Autrement dit, l’effet indirect du développement humain sur la contribution des régions au PIB national diminue à mesure que les inégalités de revenu augmentent. Il est à noter que l’effet direct du niveau de développement humain sur la contribution des régions à la croissance économique n’est pas significatif (c’ = -1,786, p = 0,251). Cela signifie que l’effet du développement humain sur la contribution des régions au PIB national est complètement médiatisé par la variable ‘capital humain’. Les coefficients de régression pour les deux variables M et V représentent les effets conditionnels dans le modèle ‘Y’. Dans ce modèle, b1 représente l’effet du capital humain (M) sur la croissance économique (Y) lorsque la valeur de l’indice de GINI est égale à zéro (ce qui correspond à la moyenne, puisque les variables sont standardisées) et lorsque que les valeurs de l’IDH sont identiques. Ainsi, dans les milieux ayant des niveaux comparables de développement humain et qui se caractérisent par un niveau d’inégalité de revenu modéré (la valeur de l’IDH étant égale à 0 qui correspond à la moyenne), le capital humain exerce une influence positive et significative sur la capacité des régions à contribuer à la croissanceéconomique nationale (b1 = 1,307, p < 0,001). Le coefficient de régression b2 associé à l’indice d’inégalité de GINI (V) permet d’estimer l’effet de l’inégalité de revenu sur la contribution des régions à la création de la richesse. Il s’agit, bien entendu, d’un effet conditionnel. Cet effet n’apparait généralement que dans les régions dont la valeur de l’IDH est identique et qui se caractérise par un niveau moyen du capital humain. C’est dans ce contexte que l’inégalité de revenu exerce une influence négative sur la croissance économique (b2 = -0,04, p = 0,006). Cela veut dire que, toute chose
  • 50. 50 égale par ailleurs, la contribution de l’économie régionale au PIB national diminue à mesure que l’inégalité de revenu augmente. Pour avoir une meilleure idée de ce que signifie l’interaction entre l’indice de capital humain et l’indice d’inégalité de GINI, nous pouvons procéder à l’estimation de l’effet conditionnel du capital humain (M) sur la contribution de l’économie régionale à la richesse nationale (Y) en fonction de l’indice de GINI (V). L’équation qui permet d’estimer l’effet conditionnel de M (capital humain) sur la contribution des régions au PIB national (Y) en fonction de l’indice de GINI (V) est une reformulation de l’équation (2) sous une forme équivalente. La reformulation de cette équation se fait en regroupant les éléments impliquant M et en mettant M en facteur. Cela se fait de la manière suivante : Ŷ = 7,562 – 1,786X + (1,307 – 0,127V) M – 0,04V Ainsi, l’effet de M sur Y conditionné par V prend la forme : θM→Y = b1 + b3V = 1,307 − 0.127V (3) C’est l’équation utilisée par PROCESS pour générer les effets de M sur Y en fonction des niveaux faible, moyen et élevé de V (indice de GINI). Ces effets peuvent être calculés en remplaçant V dans l’équation (3) par les valeurs correspondant aux différents niveaux de l’indice de GINI. Andrew Hayes nous propose, pour nous faciliter la tâche, d’utiliser tout simplement le modèle 1 de PROCESS dans lequel la variable capital humain est introduite comme variable indépendante, la variable d’inégalité du revenu comme variable modératrice, et la variable indépendante (IDH) comme variable de contrôle ; alors que la variable ‘contribution des régions au PIB national’ garde son statut de variable dépendante qu’elle avait dans le modèle 14 de PROCESS (modèle du processus conditionnel). Cela nous permet également de définir la région de signification
  • 51. 51 de l’effet conditionnel du capital humain sur la contribution des régions au PIB national en fonction des valeurs de l’indice d’inégalité de GINI. Les diagrammes 7 et 8 représentent respectivement le modèle conceptuel et le modèle statistique de modération appelée aussi interaction ou «effet conditionnel» : Figue 7 : Modèle conceptuelde la modération Figure 8 : modèle statistique de la modération Nous nous contenterons de focaliser notre attention sur les résultats du modèle 1 de PROCESS concernant l’effet conditionnel de X (capital humain) sur Y (contribution des régions au PIB national) en fonction des valeurs de la variable modératrice (indice de GINI). Il s’agit donc de tester l’interaction à des points spécifiques de la variable modératrice M (Indice d’inégalité de GINI) en utilisant la technique pick-a-point et la méthode Johnson-Neyman qui permet de savoir à quels niveaux du modérateur l’interaction est significative et de définir ainsi la région de signification. La figure 9 présente les résultats générés par SPSS-PROCESS :
  • 52. 52 Ces résultats montrent que l’effet indirect du capital humain sur la contribution des régions au PIB national est significativement positif, mais seulement quand l’inégalité de revenu est faible à moyenne. Les coefficients de régression qui correspondent à ces niveaux sont respectivement de l’ordre de 2,03 avec un intervalle de confiance bootstrap à 95% de [1,26 ; 2,79] et 1,31 avec un intervalle de confiance de [0,64 : 1,97], 0 étant à l’extérieur de l’intervalle de confiance dans les deux cas, ce qui signifie que l’effet indirect du capital humain sur la contribution des régions au PIB national est statistiquement significatif. Par contre, lorsque la valeur de l’indice d’inégalité de GINI est élevée, cet effet devient insignifiant, puisque 0 est à l’intérieur de l’intervalle de confiance [-0,17 ; 1,34]. Figure 9 : Résultats générés par SPSS-PROCESS pour tester l’interaction entre l’indice du capital humain et l’indice de GINI Model= 1 Y = Contribution des régions au PIB national X = Capital humain M = GINI Statistical Controls: CONTROL= IDH Sample size 1451 ******************************************************************************** Outcome: Contribution des régions au PIB nationale ModelSummary R R-sq MSE F df1 df2 p ,2135 ,0456 10,8309 7,7361 4,0000 1446,0000 ,0000 Model Coeff(b) se t p LLCI ULCI constant 7,5620 ,8326 9,0829 ,0000 5,9288 9,1951 GINI -,0399 ,0144 -2,7687 ,0057 -,0681 -,0116 Capital humain 1,3065 ,3359 3,8892 ,0001 ,6475 1,9654 int_1 -,1269 ,0342 -3,7143 ,0002 -,1939 -,0599 IDH -1,7858 1,5563 -1,1475 ,2514 -4,8385 1,2670 Interactions: int_1 Capitalhumain X GINI ******************************************************************************** Conditional effect of X on Y at values of themoderator(s): GINI Effect se t p LLCI ULCI -5,6668 2,0255 ,3897 5,1973 ,0000 1,2610 2,7899 0,0000 1,3065 ,3359 3,8892 ,0001 ,6475 1,9654 5,6668 ,5874 ,3857 1,5231 ,1279 -,1691 1,3440 Values for quantitative moderators are themean and plus/minus one SD from mean. Values for dichotomous moderators are the two values of the moderator. ********************* JOHNSON-NEYMAN TECHNIQUE********************************* Moderator value(s) defining Johnson-Neyman significance region(s): Value % below % above 4,5915 80,9097 19,0903 23,8758 99,9311 ,0689
  • 53. 53 Conditional effect of X on Y at values of themoderator (M) GINI Effect se t p LLCI ULCI -14,9530 3,2037 ,6147 5,2117 ,0000 1,9979 4,4095 -12,9780 2,9531 ,5594 5,2788 ,0000 1,8557 4,0505 -11,0030 2,7025 ,5071 5,3294 ,0000 1,7078 3,6973 -9,0280 2,4519 ,4587 5,3450 ,0000 1,5521 3,3518 -7,0530 2,2013 ,4157 5,2951 ,0000 1,3858 3,0168 -5,0780 1,9508 ,3799 5,1348 ,0000 1,2055 2,6960 -3,1030 1,7002 ,3535 4,8101 ,0000 1,0068 2,3935 -1,1280 1,4496 ,3386 4,2813 ,0000 ,7854 2,1137 ,8470 1,1990 ,3368 3,5598 ,0004 ,5383 1,8597 2,8220 ,9484 ,3484 2,7224 ,0066 ,2650 1,6317 4,5915 ,7239 ,3690 1,9616 ,0500 ,0000 1,4477 4,7970 ,6978 ,3720 1,8759 ,0609 -,0319 1,4275 6,7720 ,4472 ,4056 1,1027 ,2704 -,3484 1,2428 8,7470 ,1966 ,4469 ,4400 ,6600 -,6800 1,0732 10,7220 -,0540 ,4940 -,1093 ,9130 -1,0230 ,9151 12,6970 -,3046 ,5454 -,5584 ,5766 -1,3744 ,7653 14,6720 -,5552 ,6000 -,9253 ,3550 -1,7321 ,6218 16,6470 -,8057 ,6570 -1,2264 ,2202 -2,0945 ,4830 18,6220 -1,0563 ,7158 -1,4757 ,1402 -2,4604 ,3478 20,5970 -1,3069 ,7760 -1,6841 ,0924 -2,8292 ,2153 22,5720 -1,5575 ,8374 -1,8600 ,0631 -3,2001 ,0850 23,8758 -1,7229 ,8783 -1,9616 ,0500 -3,4459 ,0000 24,5470 -1,8081 ,8996 -2,0100 ,0446 -3,5727 -,0435 La figure 10 donne une représentation graphique des pentes de l’association entre le capital humain et la contribution des régions au PIB à différent niveaux de la variable modératrice (indice de GINI) : la moyenne ; la moyenne+1 écart-type ; la moyenne-1 écart type. Figure 10 : L’effet conditionnel du capital humain sur la contribution des régions au PIB
  • 54. 54 La pente de la droite de régression de Y (contribution au PIB) en X (capital humain) lorsque la valeur de l’indice de GINI se situe à un écart-type au-dessus de la moyenne se définit de la manière suivante : b = 0,59, t(1446) = 1,52, p = 0,13. Cette pente n’est pas significativement différente de 0, montrant que le capital humain et la contribution des régions au PIB national sont indépendants l’un de l’autre lorsque l’IDH est maintenu constant. Par contre, lorsque l’indice de GINI prend comme valeur 0, qui correspond à la moyenne, et que l’IDH reste constant, la pente de régression de Y en X prend la valeur de 1,31, t(1446) = 3,89, p < 0,001, montrant qu’il existe une association statistiquement significative entre la contribution des régions au PIB national et le capital humain. Cela signifie que la contribution des régions au PIB national augmente de 1,31 unités pour chaque augmentation d’une unité de l’indice du capital humain lorsque l’IDH est gardé constant. La pente devient plus abrupte lorsque la valeur de l’indice de GINI se situe à un écart-type en- dessous de la moyenne : b = 2,03, t(1446) = 5,20, p < 0,001. Ainsi, lorsque l’indice du capital humain augmente d’une unité, la contribution au PIB national des régions ayant un niveau moyen de développement humain augmente de deux unités. On peut affiner l’analyse en ayant recours à la technique de Johnson- Neyman qui nous permettra de savoir à quel niveau du modérateur (indice de GINI) l’interaction entre la contribution des régions au PIB et le capital humain devient significative. La figure 11 donne une représentation graphique des résultats du test de Johnson-Neyman :
  • 55. 55 Figure 11 : Effet conditionnel du capital humain sur la contribution au PIB en fonction des valeurs de l’indice de GINI Les résultats du test de Johnson-Neyman montrent que l’interaction entre le capital humain et l’inégalité de revenus devient significative lorsque la valeur de l’indice de GINI est égale à 4,59 (b = 0,72, t(1446) = 1,96, p = 0,05). A partir de ce point, l’association entre la contribution des régions au PIB national et le capital humain est positivement significative, et la pente de la droite de régression représentant cette association devient de plus en plus abrupte au fur et à mesure que le coefficient d’inégalité de Gini baisse. De plus, il semble y avoir aussi une association négative entre le capital humain et la contribution des régions au PIB national. Mais cette association négative n’apparait que lorsque les inégalités de revenus sont extrêmement exacerbées, précisément, lorsque la valeur du coefficient de GINI s’élève pour atteindre un seuil de 23,88 (b = -1,72, t(1446) = -1,96, p = 0,05). On peut alors conclure que l’exacerbation des inégalités de revenus n’est pas du tout favorable à la croissance économique. 2.2. Etude de l’effet de la croissanceéconomique sur l’IDH Après avoir examiné le mécanisme par lequel le développement humain exerce une influence sur le développement économique, nous allons nous