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LOST MEMORIE2
de
François Ferracci
François Ferracci fferracci@gmail.com
1 EXT. JOUR - PARIS
Une cabine téléphonique isolée. Le téléphone sonne.
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2 EXT. JOUR - PARIS
Des toits d’immeubles défilent de jour, puis de nuit, puis
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3 INT. JOUR - RUES DE PARIS
Des passants dans les rues. Des interfaces holographiques
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4 EXT. JOUR - PARIS
Une cabine téléphonique isolée. le téléphone sonne.
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5 INT. JOUR - METRO
Des voyageurs dans leurs pensées dans le métro. Sur les
quais, dans les rames. Interfaces holographiques partout,
sur chaque individu, vitres des rames, panneaux
d’affichages...
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6 FLASHBACK
MARC
(off)
Quand le Cloud est tombé il y a 5
ans, mon monde s’est écroulé. Je
savais pas quoi faire. T’es partie
comme ça, en quelques secondes, et
je t’ai perdue.
(un temps)
on a mis 4 ans à s’en remettre. À
tout reconstruire.
Des images de Lost Memories. Flash back du cataclysme. Karen
quitte Marc au ralenti. Les larmes de Marc. Le Polaroïd
laissé par Karen. le visage de Marc sur le Polaroïd.
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7 INT. JOUR - SALON
Marc parle face caméra.
MARC
L’administration, l’internet, les
smart phones, les banques, les
cartes géographiques, les
communications téléphoniques. On
n’avait plus moyen de communiquer,
parler, échanger, payer, se
déplacer. Le chaos.
Succession de plans flash qui illustrent le cataclysme.
MARC
(un temps)
Et au bout de 4 ans, ils ont
réussis à réactiver le Cloud. Ils
ont tout amélioré, securisé. On
était tous méfiants au début,
mais... En fait ça a repris comme
avant. En plus fou, même.
L’addiction est revenue. Trop
forte. Partout.
La foule, les gens. Rues, transports, bars, restos, boîtes
de nuit. Des interfaces holographiques partout. Des
hologrammes sur tous les bâtiments. Une frénésie virtuelle,
tout le monde dans sa bulle. des millions de posts, visio
conférences. On suit Marc dans la rue, dans le métro, perdu
dans son monde virtuel.
3.
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8 EXT. JOUR - PARIS
Une cabine téléphonique isolée. le téléphone sonne.
CUT
9 INT. JOUR - SALON
Marc parle à quelqu’un hors champ.
MARC
(Désabusé)
J’ai remonté mon business de
galeries d’art. Ça a cartonné
direct, mille fois mieux qu’avant.
De l’art numérique encore. Futile,
nase, mal foutu... mais une mine
d’or.
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10 INT. JOUR - BUREAU
Marc est assis dans un bureau. Interfaces personnelles
sur-déployées. Interfaces additionnelles sur le bureau, murs
et baie vitrée. Il achète des œuvres d’art numériques, signe
des artistes, organise des évènements. Transactions
financières pharaoniques. Acheteurs étrangers,
visio-conférences avec des acheteurs potentiels.
MARC
(off)
Mais y a toujours eu des cons pour
acheter les œuvres de ces connards
qu’ont rien à dire. L’économie
s’était complètement rétablie. Des
plus riches encore. Des plus
pauvres toujours...
Un SDF allongé dans la rue sous un hologramme gigantesque
qui vante les bienfaits des nouvelles actions boursières
Apple.
CUT
4.
11 EXT. JOUR - PARIS
Marc recherche Karen dans les rues. Frappe à des portes,
sonne chez des gens, montre un portrait robot de Karen à
chaque fois. Signe de tête négatif à chaque tentative. Il
regarde le Polaroïd que lui a laissé Karen. plan sur le
Polaroïd: Le portrait de Marc que Karen a pris de lui au
moment où elle l’a quitté.
MARC
(un temps)
Et moi pareil... Mais... T’étais
plus là, ça n’avait plus de goût,
plus de sens. Je t’ai cherchée
partout. Ton ancien appart’, ton
quartier, toute la ville. Mais
rien. T’avais complètement
disparue. Petit à petit, j’ai fini
par perdre espoir.
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12 EXT. NUIT - PARIS
Marc erre dans les rues. Mate des couples perdus dans leurs
interfaces, s’embrassent entre 2 posts sur les réseaux
sociaux de leurs interfaces individuelles.
Sur les façades d’immeubles, des centaines de pubs.
MARC
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J’ai zoné. Des heures, des jours,
des mois. La nuit souvent. Perdu et
largué. Assez malheureux, en fait.
CUT
13 EXT. NUIT - PARIS - HÔTEL DE PASSES
Une Façade d’un hôtel de passes. Pubs "Girls XXX" sur toute
la façade. Obscène, sexy, sale, vulgaire. On se croirait à
Bangkok. Une prostituée a l’entrée. Mélissa. Perruque
blonde. Ultra Sexy. Sapée de manière vulgaire, indécente.
Devant elle, une interface personnelle qui énumère ses
prestations et services. Interface ultra fouillée, avec
photos, videos, pictogrammes, etc... Elle l’alpague.
[.../...]
[SUITE] 5.
MÉLISSA
(Allumeuse)
Tu montes, grand loup ?
Marc consulte, hésite, puis cède. Marc choisit les options
via leurs interfaces qui se connectent et fusionnent. Il
paye virtuellement via son interface et valide une option
totale. Elle l’entraîne à l’intérieur.
MARC
(off)
J’ai fini par faire n’importe quoi
pendant cette période. J’ai fait la
connaissance de Mélissa. Une pute
de luxe du 6e. Pas franchement le
genre de rencontre dont on se
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14 INT. JOUR - SALON
Contre-champ de Marc sur Karen, belle rousse.
KAREN
(Le coupe)
Ta gueule Marc, j’ai pas envie
d’entendre ça, tu me dégoutes, t’as
toujours rien compris à la vie,
bordel, mais c’est pas possible !!!
MARC
(Tape du poing sur la table)
Écoute moi, putain !!!
(un temps, plus doux)
Écoute moi...
CUT
15 INT. NUIT - HALL DE L’HOTEL
Le hall est dépouillé. Des interfaces avec services de
call-girl à l’entrée, au comptoir, tenu par un mec habillé
très chic, genre pimp hipster. Mélissa prend une clé pour
une chambre. Ils montent les escaliers. Chambre 101. Ils
entrent.
CUT
6.
16 INT. NUIT - CHAMBRE 101
Une chambre aux murs rouges. Glauque. Les murs sont tapissés
d’hologrammes sexy, messages salaces, témoignages de
clients, notes données aux filles, listes de services
offerts, et options supplémentaires payantes. Les interfaces
de Mélissa et Marc sont connectées à celles des murs de la
pièce.
Marc semble déstabilisé. Mélissa se déshabille. Lingerie
hyper sexy, vulgaire. Elle s’approche de lui et le
déshabille lentement, l’embrasse.
Scènes de sexe entre Mélissa et Marc. Assistance sexuelle
via les interfaces holographiques. Celle de Mélissa propose
des options en direct pour améliorer la prestation en plein
acte sexuel. Celle de Marc lui permet de valider et payer en
direct, lui affiche des conseils en pictogrammes pour
améliorer son plaisir. Baise connectée.
MARC
(off)
C’était du cul, oui, de la merde.
Je suis devenu un régulier. Et
c’était pas beau. Mais... Elle me
faisait oublier.
Multiples orgasmes de Marc. Mélissa qui se comporte comme
une parfaite amante, se met en "mode petite amie" ou
"vicieuse"... Au fil des parties de jambes en l’air, Marc se
décompose. L’image ralentit. Il est de plus en plus mal.
MARC
(Off)
Et un soir comme les autres, bourré
dans cette chambre miteuse de
merde... En pleine baise... Je me
suis mis à chialer comme un môme.
Marc s’arrête en plein acte et fond en larmes. Mélissa
s’arrête, décontenancée, s’approche de lui. Ils restent
assis au bord du lit face à la fenêtre de la chambre.
Silence. elle lui caresse les cheveux.
MÉLISSA
Ça va pas grand Loup ? C’était pas
bien ? Je pensais que tu t’écla...
MARC
(la coupe)
Mais non, c’est pas ça, c’est...
[.../...]
[SUITE] 7.
Plan aérien de la rue de l’hôtel de passes. Au ralenti.
Hologrammes, interfaces. La fenêtre où se trouve la chambre
de Mélissa et Marc.
MARC [suite]
(Off)
On a parlé de toi. De quand t’es
partie. Le Cloud emporté par la
tempête électro-magnétique. Ma vie
virtuelle. La frénésie du réseau et
du Cloud. Nos vies connectées. Les
rapports humains et amoureux qui
ont disparus. Le réel...
Mélissa effleure son cou et désactive son interface. Elle
approche sa main tendrement du cou de Marc et désactive son
interface aussi, puis caresse tendrement son visage.
Un temps.
MÉLISSA
Je sais pas ce qui vous anime, vous
tous. Je ne comprends pas très
bien, encore. Ça a l’air triste,
cette vie...
Mélissa fixe droit devant elle, le regard dans le vide.
MÉLISSA [suite]
Vous avez l’air heureux, mais pas
tant que ça, finalement. Vous êtes
devenus un peu comme nous,
finalement...
MARC
Je... Comment ça ?
MÉLISSA
Comme nous ...
MARC
Mais, tu veux dire...
Mélissa tourne son visage vers lui, le regarde un temps,
puis fixe à nouveau la fenêtre.
MÉLISSA
Avant la chute du Cloud, j’étais
assistante en chirurgie. On m’avait
programmée pour assister les
chirurgiens en bloc opératoire 24h
sur 24. Je faisais partie de la
4ème génération d’androïdes
[...]
[.../...]
[SUITE] 8.
MÉLISSA [suite]
humanoïdes. Ça rassurait les
patients de voir des robots à forme
humaine. À la chute du Cloud, on
s’est retrouvés inopérants. Et
quand le Cloud a été réactivé, j’ai
été racheté par un Mac sur le
marché de l’occasion.
Re-programmation pour faire
call-girl.
(Un temps)
Ils ont oubliés d’effacer mes
activités précédentes. Et ils ont
implantés une intelligence
artificielle.
Marc regarde Mélissa, figé.
MÉLISSA [suite]
Je ne comprend pas ce qui vous
anime. Pourquoi les humains
fonctionnent comme ça. Ça me
questionne. J’aimerai tellement
pouvoir vivre votre vie. Sortir de
cette carcasse, sortir de ces
interfaces... Pouvoir vivre,
aimer... Ressentir sans être
prisonnière...
Une larme sort et coule sur la joue de Mélissa. Elle
effleure son cou, réactive son interface et fait défiler des
fenêtres virtuelles. Elle fait apparaître un menu avec une
option "désactiver".
MÉLISSA [suite]
Notre intelligence artificielle
nous fait réfléchir sur notre
condition. J’en ai marre. J’ai pas
d’échappatoire, moi. J’ai pas le
choix de pouvoir changer ma vie.
(Elle tourne son visage vers
lui)
Désactive moi. Que j’oublie tout.
MARC
Mais... Tu...
MÉLISSA
(Lui sourit)
Retrouve la. Tu peux tout changer.
(Tourne sa tête vers la
fenêtre)
Désactive moi.
[.../...]
[SUITE] 9.
Marc approche lentement le doigt de la fenêtre "désactiver".
MARC
(Ému)
Merci Mélissa.
Marc effleure le bouton virtuel. Les yeux de Mélissa
s’éteignent. Sa tête bascule en avant sur sa poitrine,
inerte.
Un temps.
Marc allonge délicatement le corps inerte de Mélissa et se
met en position fœtale contre elle et l’enlace.
CUT
17 INT. JOUR - SALON
Marc et Karen se font face, assis à une table.
Silence.
MARC
Et j’ai continué à te chercher. En
vain. Jusqu’à ce jour où j’ai signé
un artiste qui faisait ces photos
holographiques. Il avait vu ton
boulot analogique. Tes Polaroïds.
Karen esquisse un sourire, tendre et doux.
MARC [suite]
Il m’a dit que tu ne laissais tes
infos à personne. Et que tu ne
communiquais pas via le Cloud.
Mais...
(Un temps)
Il t’as transmis mon message.
KAREN
(Lui sourit)
Oui...
MARC
Je lui ai laissé le numéro de la
dernière cabine téléphonique de la
ville et... Tous les jours, de 18 à
19h, j’ai attendu. J’ai attendu que
t’appelles. Tous les jours.
CUT
10.
18 EXT. JOUR - PARIS
Marc attend à une station de métro aérien. Au pied de la
station, les passants défilent perdus dans leurs interfaces.
La cabine téléphonique est là, à la station de métro.
KAREN
(Off)
je pensais pas que tu pouvais
changer. Je pensais pas que qui ce
soit puisse changer. C’était comme
si personne n’avait appris du
premier cataclysme. j’étais déjà
tellement réfractaire à toutes ces
merdes virtuelles avant la première
catastrophe. Je comprenais pas que
les gens aient repris leurs sales
habitudes, et toi avec.
CUT
19 INT. JOUR - SALON
Marc et Karen se font face.
KAREN
Je t’ai quitté parce que j’en
pouvais plus de ces merdes. Tu
passais plus de temps sur le réseau
qu’à me regarder, me parler, même.
On n’était pas ensembles, Marc.
T’était déjà tout seul. J’en
voulais pas de cette vie. Je
voulais du réel, des choses vraies.
Je photographiais des Polaroïds, tu
shootais du virtuel en rafales...
On se parlais plus. T’étais plus
avec moi, tu étais ailleurs...
(elle sourit)
Quand tu shootes en argentique, y a
du grain. Ce grésillement bizarre
sur l’image, que tu rajoutes sur
instagram... Tu sais même pas ce
que c’est. Dans ton monde virtuel,
c’est lisse. Le texte, les images,
la vie...
(un temps)
Le grain... C’est les sels d’argent
qui se déposent sur la pellicule,
le tirage. Ils se déposent de
manière aléatoire. Et quand c’est
[...]
[.../...]
[SUITE] 11.
KAREN [suite]
du film, et que ça bouge... les
sels d’argent créent ce
grésillement granuleux de la
pellicule et des images qui
défilent sur le projecteur...
(un temps)
L’image numérique... c’est une
image morte. L’image analogique,
avec ses réactions chimiques...
c’est une image vivante, fixée sur
le papier. C’est la vie. La vie,
l’amour, c’est quelque chose qui
grésille, qui bouge, sursautte.
C’est la vie.
(un temps)
Tu comprends ?
Marc est bouleversé. Muet.
KAREN [suite]
C’est ça qui m’a ému chez toi,
quand je t’ai rencontré. Et c’est
ça qui me manque, et qui m’a
tellement manqué.
Un temps.
Marc, ému aux larmes, avance sa main vers celle de Karen.
Elle avance la sienne lentement, puis serre fort celle de
Marc. Tendrement.
Ils se regardent, les yeux chargés d’amour.
CUT
20 INT. NUIT - CHAMBRE 101
Le visage de Mélissa de profil dans la chambre de l’hôtel de
passes. Sur son interface, le bouton "désactiver". Le doigt
de Marc entre dans le champ et appuie sur le bonton
"désactiver".
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MÉLISSA
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C’est ici que tout commence.
FIN

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  • 1. LOST MEMORIE2 de François Ferracci François Ferracci fferracci@gmail.com
  • 2. 1 EXT. JOUR - PARIS Une cabine téléphonique isolée. Le téléphone sonne. CUT 2 EXT. JOUR - PARIS Des toits d’immeubles défilent de jour, puis de nuit, puis de jour encore. Des centaines d’hologrammes et affiches virtuelles sur les façade d’immeubles. Pubs, messages vidéos. En incrustation, PARIS, 2024. CUT 3 INT. JOUR - RUES DE PARIS Des passants dans les rues. Des interfaces holographiques avec un réseau social globalisé devant chaque individu. Des hologrammes partout dans la rue, sur les voitures, devantures de magasins, façades. CUT 4 EXT. JOUR - PARIS Une cabine téléphonique isolée. le téléphone sonne. CUT 5 INT. JOUR - METRO Des voyageurs dans leurs pensées dans le métro. Sur les quais, dans les rames. Interfaces holographiques partout, sur chaque individu, vitres des rames, panneaux d’affichages... CUT
  • 3. 2. 6 FLASHBACK MARC (off) Quand le Cloud est tombé il y a 5 ans, mon monde s’est écroulé. Je savais pas quoi faire. T’es partie comme ça, en quelques secondes, et je t’ai perdue. (un temps) on a mis 4 ans à s’en remettre. À tout reconstruire. Des images de Lost Memories. Flash back du cataclysme. Karen quitte Marc au ralenti. Les larmes de Marc. Le Polaroïd laissé par Karen. le visage de Marc sur le Polaroïd. CUT 7 INT. JOUR - SALON Marc parle face caméra. MARC L’administration, l’internet, les smart phones, les banques, les cartes géographiques, les communications téléphoniques. On n’avait plus moyen de communiquer, parler, échanger, payer, se déplacer. Le chaos. Succession de plans flash qui illustrent le cataclysme. MARC (un temps) Et au bout de 4 ans, ils ont réussis à réactiver le Cloud. Ils ont tout amélioré, securisé. On était tous méfiants au début, mais... En fait ça a repris comme avant. En plus fou, même. L’addiction est revenue. Trop forte. Partout. La foule, les gens. Rues, transports, bars, restos, boîtes de nuit. Des interfaces holographiques partout. Des hologrammes sur tous les bâtiments. Une frénésie virtuelle, tout le monde dans sa bulle. des millions de posts, visio conférences. On suit Marc dans la rue, dans le métro, perdu dans son monde virtuel.
  • 4. 3. CUT 8 EXT. JOUR - PARIS Une cabine téléphonique isolée. le téléphone sonne. CUT 9 INT. JOUR - SALON Marc parle à quelqu’un hors champ. MARC (Désabusé) J’ai remonté mon business de galeries d’art. Ça a cartonné direct, mille fois mieux qu’avant. De l’art numérique encore. Futile, nase, mal foutu... mais une mine d’or. CUT 10 INT. JOUR - BUREAU Marc est assis dans un bureau. Interfaces personnelles sur-déployées. Interfaces additionnelles sur le bureau, murs et baie vitrée. Il achète des œuvres d’art numériques, signe des artistes, organise des évènements. Transactions financières pharaoniques. Acheteurs étrangers, visio-conférences avec des acheteurs potentiels. MARC (off) Mais y a toujours eu des cons pour acheter les œuvres de ces connards qu’ont rien à dire. L’économie s’était complètement rétablie. Des plus riches encore. Des plus pauvres toujours... Un SDF allongé dans la rue sous un hologramme gigantesque qui vante les bienfaits des nouvelles actions boursières Apple. CUT
  • 5. 4. 11 EXT. JOUR - PARIS Marc recherche Karen dans les rues. Frappe à des portes, sonne chez des gens, montre un portrait robot de Karen à chaque fois. Signe de tête négatif à chaque tentative. Il regarde le Polaroïd que lui a laissé Karen. plan sur le Polaroïd: Le portrait de Marc que Karen a pris de lui au moment où elle l’a quitté. MARC (un temps) Et moi pareil... Mais... T’étais plus là, ça n’avait plus de goût, plus de sens. Je t’ai cherchée partout. Ton ancien appart’, ton quartier, toute la ville. Mais rien. T’avais complètement disparue. Petit à petit, j’ai fini par perdre espoir. CUT 12 EXT. NUIT - PARIS Marc erre dans les rues. Mate des couples perdus dans leurs interfaces, s’embrassent entre 2 posts sur les réseaux sociaux de leurs interfaces individuelles. Sur les façades d’immeubles, des centaines de pubs. MARC (off) J’ai zoné. Des heures, des jours, des mois. La nuit souvent. Perdu et largué. Assez malheureux, en fait. CUT 13 EXT. NUIT - PARIS - HÔTEL DE PASSES Une Façade d’un hôtel de passes. Pubs "Girls XXX" sur toute la façade. Obscène, sexy, sale, vulgaire. On se croirait à Bangkok. Une prostituée a l’entrée. Mélissa. Perruque blonde. Ultra Sexy. Sapée de manière vulgaire, indécente. Devant elle, une interface personnelle qui énumère ses prestations et services. Interface ultra fouillée, avec photos, videos, pictogrammes, etc... Elle l’alpague. [.../...]
  • 6. [SUITE] 5. MÉLISSA (Allumeuse) Tu montes, grand loup ? Marc consulte, hésite, puis cède. Marc choisit les options via leurs interfaces qui se connectent et fusionnent. Il paye virtuellement via son interface et valide une option totale. Elle l’entraîne à l’intérieur. MARC (off) J’ai fini par faire n’importe quoi pendant cette période. J’ai fait la connaissance de Mélissa. Une pute de luxe du 6e. Pas franchement le genre de rencontre dont on se vante, tu vois... CUT 14 INT. JOUR - SALON Contre-champ de Marc sur Karen, belle rousse. KAREN (Le coupe) Ta gueule Marc, j’ai pas envie d’entendre ça, tu me dégoutes, t’as toujours rien compris à la vie, bordel, mais c’est pas possible !!! MARC (Tape du poing sur la table) Écoute moi, putain !!! (un temps, plus doux) Écoute moi... CUT 15 INT. NUIT - HALL DE L’HOTEL Le hall est dépouillé. Des interfaces avec services de call-girl à l’entrée, au comptoir, tenu par un mec habillé très chic, genre pimp hipster. Mélissa prend une clé pour une chambre. Ils montent les escaliers. Chambre 101. Ils entrent. CUT
  • 7. 6. 16 INT. NUIT - CHAMBRE 101 Une chambre aux murs rouges. Glauque. Les murs sont tapissés d’hologrammes sexy, messages salaces, témoignages de clients, notes données aux filles, listes de services offerts, et options supplémentaires payantes. Les interfaces de Mélissa et Marc sont connectées à celles des murs de la pièce. Marc semble déstabilisé. Mélissa se déshabille. Lingerie hyper sexy, vulgaire. Elle s’approche de lui et le déshabille lentement, l’embrasse. Scènes de sexe entre Mélissa et Marc. Assistance sexuelle via les interfaces holographiques. Celle de Mélissa propose des options en direct pour améliorer la prestation en plein acte sexuel. Celle de Marc lui permet de valider et payer en direct, lui affiche des conseils en pictogrammes pour améliorer son plaisir. Baise connectée. MARC (off) C’était du cul, oui, de la merde. Je suis devenu un régulier. Et c’était pas beau. Mais... Elle me faisait oublier. Multiples orgasmes de Marc. Mélissa qui se comporte comme une parfaite amante, se met en "mode petite amie" ou "vicieuse"... Au fil des parties de jambes en l’air, Marc se décompose. L’image ralentit. Il est de plus en plus mal. MARC (Off) Et un soir comme les autres, bourré dans cette chambre miteuse de merde... En pleine baise... Je me suis mis à chialer comme un môme. Marc s’arrête en plein acte et fond en larmes. Mélissa s’arrête, décontenancée, s’approche de lui. Ils restent assis au bord du lit face à la fenêtre de la chambre. Silence. elle lui caresse les cheveux. MÉLISSA Ça va pas grand Loup ? C’était pas bien ? Je pensais que tu t’écla... MARC (la coupe) Mais non, c’est pas ça, c’est... [.../...]
  • 8. [SUITE] 7. Plan aérien de la rue de l’hôtel de passes. Au ralenti. Hologrammes, interfaces. La fenêtre où se trouve la chambre de Mélissa et Marc. MARC [suite] (Off) On a parlé de toi. De quand t’es partie. Le Cloud emporté par la tempête électro-magnétique. Ma vie virtuelle. La frénésie du réseau et du Cloud. Nos vies connectées. Les rapports humains et amoureux qui ont disparus. Le réel... Mélissa effleure son cou et désactive son interface. Elle approche sa main tendrement du cou de Marc et désactive son interface aussi, puis caresse tendrement son visage. Un temps. MÉLISSA Je sais pas ce qui vous anime, vous tous. Je ne comprends pas très bien, encore. Ça a l’air triste, cette vie... Mélissa fixe droit devant elle, le regard dans le vide. MÉLISSA [suite] Vous avez l’air heureux, mais pas tant que ça, finalement. Vous êtes devenus un peu comme nous, finalement... MARC Je... Comment ça ? MÉLISSA Comme nous ... MARC Mais, tu veux dire... Mélissa tourne son visage vers lui, le regarde un temps, puis fixe à nouveau la fenêtre. MÉLISSA Avant la chute du Cloud, j’étais assistante en chirurgie. On m’avait programmée pour assister les chirurgiens en bloc opératoire 24h sur 24. Je faisais partie de la 4ème génération d’androïdes [...] [.../...]
  • 9. [SUITE] 8. MÉLISSA [suite] humanoïdes. Ça rassurait les patients de voir des robots à forme humaine. À la chute du Cloud, on s’est retrouvés inopérants. Et quand le Cloud a été réactivé, j’ai été racheté par un Mac sur le marché de l’occasion. Re-programmation pour faire call-girl. (Un temps) Ils ont oubliés d’effacer mes activités précédentes. Et ils ont implantés une intelligence artificielle. Marc regarde Mélissa, figé. MÉLISSA [suite] Je ne comprend pas ce qui vous anime. Pourquoi les humains fonctionnent comme ça. Ça me questionne. J’aimerai tellement pouvoir vivre votre vie. Sortir de cette carcasse, sortir de ces interfaces... Pouvoir vivre, aimer... Ressentir sans être prisonnière... Une larme sort et coule sur la joue de Mélissa. Elle effleure son cou, réactive son interface et fait défiler des fenêtres virtuelles. Elle fait apparaître un menu avec une option "désactiver". MÉLISSA [suite] Notre intelligence artificielle nous fait réfléchir sur notre condition. J’en ai marre. J’ai pas d’échappatoire, moi. J’ai pas le choix de pouvoir changer ma vie. (Elle tourne son visage vers lui) Désactive moi. Que j’oublie tout. MARC Mais... Tu... MÉLISSA (Lui sourit) Retrouve la. Tu peux tout changer. (Tourne sa tête vers la fenêtre) Désactive moi. [.../...]
  • 10. [SUITE] 9. Marc approche lentement le doigt de la fenêtre "désactiver". MARC (Ému) Merci Mélissa. Marc effleure le bouton virtuel. Les yeux de Mélissa s’éteignent. Sa tête bascule en avant sur sa poitrine, inerte. Un temps. Marc allonge délicatement le corps inerte de Mélissa et se met en position fœtale contre elle et l’enlace. CUT 17 INT. JOUR - SALON Marc et Karen se font face, assis à une table. Silence. MARC Et j’ai continué à te chercher. En vain. Jusqu’à ce jour où j’ai signé un artiste qui faisait ces photos holographiques. Il avait vu ton boulot analogique. Tes Polaroïds. Karen esquisse un sourire, tendre et doux. MARC [suite] Il m’a dit que tu ne laissais tes infos à personne. Et que tu ne communiquais pas via le Cloud. Mais... (Un temps) Il t’as transmis mon message. KAREN (Lui sourit) Oui... MARC Je lui ai laissé le numéro de la dernière cabine téléphonique de la ville et... Tous les jours, de 18 à 19h, j’ai attendu. J’ai attendu que t’appelles. Tous les jours. CUT
  • 11. 10. 18 EXT. JOUR - PARIS Marc attend à une station de métro aérien. Au pied de la station, les passants défilent perdus dans leurs interfaces. La cabine téléphonique est là, à la station de métro. KAREN (Off) je pensais pas que tu pouvais changer. Je pensais pas que qui ce soit puisse changer. C’était comme si personne n’avait appris du premier cataclysme. j’étais déjà tellement réfractaire à toutes ces merdes virtuelles avant la première catastrophe. Je comprenais pas que les gens aient repris leurs sales habitudes, et toi avec. CUT 19 INT. JOUR - SALON Marc et Karen se font face. KAREN Je t’ai quitté parce que j’en pouvais plus de ces merdes. Tu passais plus de temps sur le réseau qu’à me regarder, me parler, même. On n’était pas ensembles, Marc. T’était déjà tout seul. J’en voulais pas de cette vie. Je voulais du réel, des choses vraies. Je photographiais des Polaroïds, tu shootais du virtuel en rafales... On se parlais plus. T’étais plus avec moi, tu étais ailleurs... (elle sourit) Quand tu shootes en argentique, y a du grain. Ce grésillement bizarre sur l’image, que tu rajoutes sur instagram... Tu sais même pas ce que c’est. Dans ton monde virtuel, c’est lisse. Le texte, les images, la vie... (un temps) Le grain... C’est les sels d’argent qui se déposent sur la pellicule, le tirage. Ils se déposent de manière aléatoire. Et quand c’est [...] [.../...]
  • 12. [SUITE] 11. KAREN [suite] du film, et que ça bouge... les sels d’argent créent ce grésillement granuleux de la pellicule et des images qui défilent sur le projecteur... (un temps) L’image numérique... c’est une image morte. L’image analogique, avec ses réactions chimiques... c’est une image vivante, fixée sur le papier. C’est la vie. La vie, l’amour, c’est quelque chose qui grésille, qui bouge, sursautte. C’est la vie. (un temps) Tu comprends ? Marc est bouleversé. Muet. KAREN [suite] C’est ça qui m’a ému chez toi, quand je t’ai rencontré. Et c’est ça qui me manque, et qui m’a tellement manqué. Un temps. Marc, ému aux larmes, avance sa main vers celle de Karen. Elle avance la sienne lentement, puis serre fort celle de Marc. Tendrement. Ils se regardent, les yeux chargés d’amour. CUT 20 INT. NUIT - CHAMBRE 101 Le visage de Mélissa de profil dans la chambre de l’hôtel de passes. Sur son interface, le bouton "désactiver". Le doigt de Marc entre dans le champ et appuie sur le bonton "désactiver". NOIR ÉCRAN. MÉLISSA (off) C’est ici que tout commence. FIN