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Note d’analyse
Etat des lieux de la filière LAIT
1. LA FILIERE LAIT EN TUNISIE1
1.1. Importance la filière dans l’économie tunisienne
La filièrelaitoccupeune place importante dans le développement du secteur agricoleet agro-alimentaire de la
Tunisie. Depuis 1994 et la mise en œuvre de sa stratégie laitière visant une substitution aux importations, la
production nationale de lait a considérablement progresser jusqu‘à atteindre l’autosuffisance à la fin des
années 1990. La filièrelaitcontribueainsi à hauteur de 11 % de la valeur de la production agricole totale, 25 %
de la valeur de la production animale et 7 % de la valeur de l’industrie agro-alimentaire (OEP 2012).
La filière lait en Tunisie est également très importante en termes d’emplois puisqu’on dénombre en 2015
112 100 éleveurs, soit plus de 30 % des emplois agricoles, auxquels il convient d’ajouter les emplois de
l’industrie laitière et les emplois générés tout au long de la filière. Il s’agit d’une filière à fort effet
d’entraînement considérée comme un moteur de l’intensification de l’agriculture et du développement du
secteur agro-alimentaire.
En matière d’échanges, la Tunisiea exporté en 2015pour 58,3 millionsdedinars et importé pour 51,46 milliards
de dinars de produits laitiers, soit environ 1,3% de ses échanges totaux.
La filièreconsidéréecomme prioritairepar l’Etattunisien contribuepar ailleurs à assurer la sécuritéalimentaire
du pays et a un rôle important en matière d’aménagement de l’espace et de gestion des ressources naturelles.
1.2. La production
Le cheptel et les régions de production
Le cheptel tunisien est relativement stable depuis 10 ans, il comprend 438 000 vaches laitières en 2014, dont
240 000 de races pures (Holstein (55% du cheptel) et 198 000 de races locales et croisées.
1Nous ne traitons ici que la filière lait de vache.
2
L’élevage laitier estconcentré dans leNord (70% du cheptel) qui recèle les plus grandes ressources fourragères
du pays et dans le Centre. Les principaux bassins de production sont situés dans les gouvernorats de Bizerte,
Jendouba, Béja, Sidi Bouzid et Mahdia (au total 60 % de la production nationale).
Les exploitations
Il existe de fortes disparités dans les élevages, mais globalement on constate qu’une très grande majorité des
éleveurs ont moins de 5 vaches et sont sur des petites exploitations.
Ainsi,la distribution des éleveurs selon la superficie de l'exploitation indique que plus de 73 % d’entre eux ont
une exploitation de moins de 10 hectares, et pour plus de la moitié la superficie est inférieure à 5 hectares.
3
Source :LACTIMED2 d’après les enquêtes sur lesstructuresagricolesde2004-2005
De plus,la répartition des éleveurs de bovins selon lenombre de vaches possédées montre que 83 % d’entre
eux ont moins de 5 vaches et 1,5 % seulement plus de 20 vaches.
2LACTIMED, Valorisationdes produits laitiers typiquesde Bizerte et Béja, Diagnostic et stratégie locale, novembre 2013
4
Les races et la productivité
Les vaches de race pure, dont la part dans l’effectif total n’a cessé de croitre depuis 10 ans , sont à95% de race
Frisonne-Holstein,adoptée par les tunisiens du faitde sa bonne adaptation aux conditions climatiques etde ses
performances laitières.
En 2014,la productivité moyenne des vaches tunisienne serait de l’ordre de 6197 kg (toutes races confondues)
par lactation (données OEP), contre 6865 kg en moyenne pour l’ensemble de l’UE28 (7541 kg en Allemagne et
6972kg pour la France avec des niveaux de plus de 9000 kg pour les PimHolstein).
Si ces chiffres sont confirmés ce sont des niveaux de productivité élevés, mais l’étude LACTIMED indique une
productivité moyenne par vache beaucoup plus faible:
 vache de race pure : 4 200 litres ;
 vache de race croisée : 1 100 litres ;
 vache de race locale : 600 litres.
L’étude LACTIMED indique que « la faible productivité relative des vaches par rapport au potentiel de
production s’explique notamment par la qualité de la ration alimentaire, qui baisse avec l’aridité de certaines
régions du pays.Dans le Nord, où se concentrent les grandes exploitations laitières,la verdureet l’ensilagesont
disponibles tout au long de l’année. La complémentation en aliments concentrés est totalement destinée à
couvrir les besoins de production des vaches. Dans les régions du Centre et du Sud, les élevages hors-sol sont
prépondérants et les aliments concentrés complémentent en partie la ration de base (foin, paille, cactus, etc.)
pour couvrir les besoins d’entretien, de croissance et de gestation des vaches. »
5
Les systèmes de production
D’après l’étude Lactimed reprenant les travaux de Kayouli de 1995, trois grands types de systèmes
d’exploitation coexistent en Tunisie :
Les élevages traditionnels ou extensifs
Ils sont répandus dans le Nord du pays (qui abrite les trois quarts du cheptel), mais aussi dans les zones
intérieures et marginales. Ils sont caractérisés essentiellement par des superficies limitées, en sec, se basant
sur une main d’œuvre familiale. Les troupeaux sont généralement mixtes : bovins de 1 à 4 vaches, de races
locales ou améliorées. L’alimentation basée sur les parcours est complétée par des ressources fourragères
durant les périodes difficiles. La productivité, très limitée, est en général inférieure à 2 000 litres par vache.
« Le problème principal résidedans la faiblefertilitédes animaux,due à leur mauvaisealimentation saisonnière
et à leur forte mortalité. Ces problèmes sontsouvent liés à la surchargeanimale et à l’insuffisance saisonnière
des ressources fourragères. Ces systèmes sont peu rentables sur le plan économique mais ils sont très bien
adaptés à l’environnement et sont très efficaces sur le plan écologique » (Kayouli, C., 1995).
Les élevages intensifs intégrés et organisés
Ils concernentles grandes exploitations du Nord du pays et sont fréquents dans les régions de grandes cultures,
notamment à Bizerte, Béja, Jendouba, le Kef, Zaghouan et Nabeul dans le Nord-Est (Jaouad, 2004). Ils
concernent 20% des éleveurs laitiers.
Jusqu’au début des années 1980, le cheptel était de race locale ou croisée mais il a progressivement été
remplacé par du cheptel de races pures.Ce système est orienté principalementvers la production laitière.Il est
caractérisé par : une alimentation basée sur le fourrage vert et l’ensilage ; un taux d’intégration de l’élevage à
l’agriculture élevé.
Malgré la production locale de fourrage, les élevages intégrés emploient de grandes quantités d’aliments
concentrés. Ceci est dû en partie à la mauvaise qualité du fourrage produit localement (Kayouli , C., 1995).
Les élevages semi-intégrés et les élevages intensifs "sans terre"
Ils concernent essentiellement les producteurs laitiers familiaux concentrés dans les zones irriguées et
périurbaines. La superficie cultivable est souvent limitée au regard du nombre d’animaux, de l’ordre de 0
à0,3 ha / vache (Kayouli,C.). La plupart de l’alimentation (fourrage et concentrés) est achetée. La main d’œuvre
est familiale et les éleveurs ont souvent une autre source de revenu. Les investissements sont réduits au
minimum, avec des financements externes limités. Le nombre d’animaux est très variable, mais va
généralement de 1 à 20 vaches. Ce système s’est développé de manière spectaculaire dans le Sahel (Sfax,
Mahdia, Monastir, Sousse) et se rencontre fréquemment dans d’autres régions, notamment dans la zone
périurbaine de Tunis et dans les régions horticoles : Bizerte et Cap Bon (Kayouli, C.).
Les élevages "hors sol", pratiqués en dehors des surfaces agricoles, sont développés surtout dans le centre du
pays ; ils concernent 22 % de tout l’élevage bovin et 50 % des élevages laitiers (GIVLait).Les élevages semi-
intensifs ou non intégrés, développés dans le Nord-Ouest, sont pratiqués pour l’engraissement des taurillons
(GIVLait). Le tableau suivant, établi par Chedly Kayouli, résume bien les principales caractéristiques des
différents systèmes de production laitière.
6
La production de lait
La mise en place de la stratégie laitière engagée en 19943, qui visait la réalisation de l’autosuffisance d’ici
l’année 2000, a engendré une forte croissance de la production de lait en Tunisie. Entre 1994 et 2000 elle a
augmenté de 70 % permettant d’atteindre cet objectif. Depuis, la progression est plus faible mais est quand
même estimée à 3 % en moyenne par an sur la période 2004/15.Depuis 2016, la Tunisie fait même face à une
crise de surproduction que les débouchés locaux et à l’exportation n’arrivent pas à absorber.
3Cette stratégie était basée notamment sur l’importationde génisses, l’introduction de l’insémination artificielle et la mise
en place des centres de collecte
58% 58% 58%
61%
61%
63% 64%
64%
62%
0
500
1000
1500
50%
55%
60%
65%
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Evolution annuelle de la production et de la collecte
de lait frais
Production de lait frais
Source : Givlait
7
1.3. La collecte de lait
Depuis la mise en place de la stratégie laitière en 1994 la collecte de lait s’est considérablement développée.
Les taux de collecte, qui étaient inférieurs à 30 % au cours des années 1980, ont dépassé 50 % en 2000 pour
atteindre 62 % en 2015, soit une quantité annuelle collectée de 848 millions de litres. Notons que la collecte
dépendant de la production connaitde fortes variationssaisonnières.Aujourd’hui, il existe près de 235 centres
de collecte d’une capacité totale de 2,6 millions de litres de lait par jour.
La collecte est répartie sur 5 bassins :
 Le bassin Nord-Ouest (gouvernorat de Béja et Jendouba) : 21 % de la collecte en 2014,
 Le bassin Nord-Est (Bizerte, Ariana et la Manouba) : 22 % de la collecte,
 Le bassin du Centre Ouest (gouvernorats de Sidi Bouzid, Gafsa et Kasserine) : 24 % de la collecte,
 Le bassin de Centre-Est (Mahdia, Sfax et Monastir) : 30 % de la collecte,
 Le bassin du Sud (Gabès) : 2% de la collecte ;
Les centrales laitières s'approvisionnentà hauteur de 85 % en laitfrais auprès des centres de collecte et le reste
de l’approvisionnement se fait directement auprès des grands élevages.
Comme le souligne l’étude Lactimed : « les centres de collectes ont un rôle très important au sein de la filière :
par leur position charnière entre les éleveurs et les transformateurs, ils permettent, d’un côté, la valorisation
de la production laitière en assurant aux producteurs l’écoulement de leur produit d’une manière permanente
et, de l’autre côté, la régularité des approvisionnements des centrales laitières. En outre, la qualité du lait
réceptionné par les centrales laitières est également conditionnée en grande partie par le contrôle et la
compétence du personnel des centres de collecte. Les centres de collecte sont gérés par plusieurs types
d’organismes : Office de l’Elevage et des Pâturages(OEP), Coopératives Agricoles de Service (CAS), opérateurs
privés, industriels (centrales laitières, fromageries, etc.). »
Le lait est acheminé vers les centres de collecte par trois canaux principaux :
 les éleveurs qui amènent leur production, une à deux fois par jour, au centre de collecte et parfois
directement à la centrale laitière ;
 le centre de collecte qui ramasse le lait à l’exploitation ;
 des colporteurs qui ramassent le lait et le livrent aux centres de collecte, aux industriels ou directement
aux utilisateurs (crémiers, cafetiers, consommateurs).
Les colporteurs assurent aussi la collecte de lait à destination de la vente directe. La faiblesse des contrôles
effectués sur ce lait qui est vendu à des revendeurs et des utilisateurs finaux, pose des problèmes de risques
sanitaires.
Depuis décembre 2008, les centres de collecte sont tenus de se soumettre à un agrément sanitaire qui les
contraints à se conformer aux normes d’hygiène et de qualité en matière d’équipements et de techniques de
production. La mise en place de cet agrément est un élément majeur pour l’amélioration de la qualité du lait
collecté et la préservation de la santé des consommateurs.
8
1.4. La transformation
Le tissu industriel
La Tunisie a développé un outil industriel important permettant de transformer en 2016, 975 millions de litres
(équivalentlait),contre 507 millions en 2000.Avant la mise en place de la stratégie laitière cette industrie était
en grande partie (plus de 80 %) basée sur la reconstitution de la poudre de lait importée. Depuis, grâce à la
taxation de la poudre de laitimportée, à la subvention de la transformation du lait frais et au renforcement du
réseau de collectede laitfrais,la transformation de lait local a fortement progressé. Ces mesures ont incité les
éleveurs à augmenter leur production et à l’écouler sur le marché. Ainsi, plus 70 % du lait frais produit est
aujourd’hui transformé.
Source : Lourichi, R (2013)
Le secteur de la transformation du lait comprend 43 unités industrielles pour une capacité de transformation
de 4,2 millions delitres de lait par jours, ainsi qu’un réseau de transformateurs artisanaux répartis sur tout le
territoire.
L’étude Lactimed indique ainsi l’existence de :
 9 centrales laitières produisant le lait de boisson et dérivés frais (yoghourts…), dont 4 détiennent
environ 90 % du marché du lait de boisson, le leader détenant à lui seul environ 60 % du marché. Ces
centrales disposent d’une capacité de transformation journalière en lait et dérivés frais d’environ 2,5
millions de litres ;
 Une centrale laitière produisant exclusivement les dérivés du lait qui détient environ 65 % du marché
des yoghourts (les 4 premières centrales laitières détiennent 91% de ce marché) avec une capacité de
450 000 litres/jour ;
 1 unité de séchagedu laitd’une capacitéde150 000 litres/jour ;
9
 50 unités de production de fromages à partir du laitfrais(unités industrielles etartisanales) avec une
capacitéde transformation de l’ordrede 500 000 litres/jour ;
 5 unités de production de fromages fondus ;
 3 unités de production de crèmes glacées.
Les entreprises leaders de la branche ont su développer des partenariats permettant l’introduction de grandes
marques internationales et d’offrir une gamme diversifiée de produits. Ainsi, une seconde étude Lactimed
consacrée aux débouchés internationaux4, indique « qu’en Tunisie, le marché du lait et des produits laitiers
témoigne d’une domination des filiales de firmes multinationales dont une grande majorité est originaire de
France. Les fromages fondus composent près des trois quart du marché des fromages, avec la présence
dominante de la marque Président de la firme Industries Alimentaires de Tunisie, co-entreprise de la firme
française Lactalis et l’un des plus grands groupes congloméraux tunisien, le groupe Mabrouk, qui détient 30%
des parts de marché du fromage national. Le groupe Mabrouk, également partenaire de Casino Guichard-
Perrachon et qui gère les enseignes Géant et Monoprix en Tunisie, apporte un avantage i ndéniable à la
commercialisation des produits de l’entreprise Industries Alimentaires de Tunisie. Les deuxième et troisième
places sont détenues par des entreprises tunisiennes, respectivement Land’Or (15% des parts de marché) (ex
SOVIA, Société Tunisienne des Dérivés du Lait) et Sotudel (5,3% des parts de marché). La préférence des
consommateurs tunisiens s’oriente davantage vers les fromages fondus : les parts de marché des fromages à
pâte dure (de type emmental ou cheddar) ou à pâte molle ne représentent respectivement que 24% et 4% des
parts du marché des produits laitiers et ont tendance à voir leurs parts de marché se rétrécir.
Centrale Laitière de Cap Bon, filiale du groupe Délice-Danone est le leader du marché du lait à boire avec 39%
des parts de marché suivie par la Centrale Laitière de Mahdia (Vitalait) avec 19 % des parts de marché et de
TunisieLait,partenaire de Candia, filiale de l’union des coopératives laitières françaises, Sodiaal. Fin 2012, la
Centrale Laitière de Mahdia, à l’instar des autres grandes entreprises laitières du pays, a opté pour une
ouverture de son capital aux investisseurs étrangers en vendant 45 % de ses actions à l’entreprise laitière
ibérique Kaiku.
Délice Danone, avec deux marques bien assises sur le marché tunisien, est leader du marché des yoghourts et
autres laits fermentés avec près d’un tiers des parts de marché. Cependant, les parts de marché de Délice
Danone diminuent quelque peu face à de nouveaux arrivants qui accentuent la concurrence. Vitalait (Centrale
Laitière de Mahdia) détient 26 % des parts de marché alors que Industries Alimentaires de Tunisie
(Lactalis+groupe Mabrouk) se contentent de moins de 11 % des parts de marché.
D’autres firmes multinationales commeFromagerie Bel, originairedeFrance ou le groupe Emmi originairede la
Suisse(avec la marque Mamie Nova et Yogo) sont présents sur lemarché tunisien du laitet des produits laitiers
bien que leurs parts de marché respectives demeurent aux alentours de 5 % dans les segments où ils opèrent. »
Ces éléments sont importants à connaître dans le cadre des négociations commerciales entre la Tunisie et
l’Europe qui visent à une ouverture accrue des marchés. Dans ce cadre, on peut se demander quelle sera la
stratégie de ces firmes multinationales présentes des deux côtés de la Méditerranée : relancer les exportations
4LACTIMED, Le marché des produits laitiers,Etude sur les débouchés des marchés internationaux,février 2015
10
de poudre de laitvers la Tunisie ? Ou au contraire, soutenir l’industrie laitière tunisienne pour exporter sur les
marchés en forte croissance (Algérie, Afrique, Moyen Orient…) et à terme vers l‘Europe ?…
La gamme des produits proposés
L'industrie laitière propose une large gamme de produits notamment :
 le lait de boisson, pasteurisé, stérilisé ou UHT avec ses 3 degrés d’écrémage (écrémé, demi -écrémé et
entier) qui représente 63 % du lait transformé. Depuis 1998 la production de lait stérilisé se fait
uniquement à partir de laitfraislocal.La production de laitde boisson dépasseles besoins internes, le
surplus est absorbé par les stocks de régulation, par l’unité de séchage et par l’exportati on.
 le yoghourt et les produits frais, tels que les laits fermentés (raieb, leben), les desserts lactés, etc., qui
représentent 16 % du lait transformé. Le yoghourt est produit quasiment exclusivement avec du lait
local (5 % maximum de poudre de lait importée ajoutée).
 le beurre, produit de l’écrémage du lait frais ou à partir de matière grasse de lait anhydre (MGLA)
importée ;
 les fromages, frais, pressés, fondus, qui représentent aujourd’hui 15 % du lait transformé;
 la poudre et autres concentrés de lait ;
 les crèmes glacées.
Les produits de la transformation du lait (millions de litre)
Années 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2015%
Lait UHT 378 419 400 456 447 510 509 546 610 63%
Yaourt 140 144 155 140 145 145 160 155 160 16%
Fromage 110 116 130 120 123 125 135 140 145 15%
Autres dérivés 40 46 55 44 45 40 46 50 55 6%
Lait en poudre 12 - - - 10 - - 9.5 5 1%
Total industrie 680 725 740 760 770 820 850 890 975 975
Source : GIVLait
1.5. Les réseaux de commercialisation et la distribution des produits laitiers
La commercialisation du lait
Il existe deux réseaux de commercialisation du lait :
 Le circuit informel qui couvre essentiellement la vente de proximité du lait cru et le colportage.
La vente de proximité de lait cru concerne les petits éleveurs qui choisissent de vendre directement
leur lait (ou une partie) aux consommateurs, notamment pour ceux qui accèdent difficilement aux
11
centres de collectes. C’est ainsi la garantie d’écouler quotidiennement leur production tout en ayant
un meilleur prix d’achat. Pour le consommateur le prix est aussi souvent plus abordable, le lait est
« frais » et livré à domicile. Outre que ce mode de commercialisation ne respecte pas les prix
homologués par l’Etat, il échappe à toute fiscalité et pose des problèmes de qualité (mouillage,
respect des règles d’hygiène, qualité sanitaire du produit). Il existe pourtant une loi de 1964
interdisant la vente de lait cru pour réduire le colportage et une loi d’octobre 2005 qui fixe les
conditions sanitaires et techniques qui devraient être respectées lors du transport du lait cru.
Cependant ces deux lois sont peu appliquées.
 Le circuit organisé
Il est composé des centres de collecte, des entreprises de production industrielles et des canaux de
distribution qui acheminentlelaitet les produits laitiers vers les points de vente aux consommateurs.
D’une manière générale, les grands producteurs sont liés par des contrats aux industrielsqui collectent le lait à
la ferme ou les réceptionnent à l’usine si les producteurs sont équipés de moyens de transport réfrigérés. Les
petits et moyens producteurs livrent soit aux centres de collecte soit aux colporteurs.
Source : Lactimed, novembre 2013
Les canaux de distribution du lait et des produits laitiers aux consommateurs sont multiples (cf. graphe
suivant). L’étude Lactimed identifie3 types de canaux de distribution selon le nombre d’intermédiaires entre le
producteur et le consommateur final :
 des canaux ultra-courts qui concernent les ventes directes du producteur au consommateur ;
 des canaux courts qui comportent un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur ;
 des canaux longs caractérisés par un nombre d’intermédiaires égal ou supérieur à 2.
12
Ce circuit de commercialisation fait intervenir plusieurs types d’acteurs :
- des grossistes dépositaires répartis à travers le pays et parfois liés par contrats avec les grandes
centrales laitières, qui jouent un rôle très important en approvisionnant quotidiennement les
petites épiceries de quartier ;
- des détaillants fournis par les grossistes ou directement par les centrales, qui revendent aux
consommateurs ;
- la grande distribution qui intègre les fonctions de grossiste et de détaillant ;
- des collectivités publiques, le plus souvent livrées directement.
Le réseau tunisien des grandes et moyennes surfaces (GMS) est constitué de 2 grandes surfaces
(hypermarchés) situées dans le Grand Tunis : Carrefour et Géant et de plus de 140 moyennes surfaces
(supermarchés) réparties sur l’ensemble du territoire tunisien. Elles offrent une gamme de produits laitiers
assez diversifiée, composée de produits industriels et de produits artisanaux.
Les épiceries de quartier représentent un lieu d’achat journalier et de proximité. Elles proposent une gamme
de produits moins larges queles GMS composée de produits industrielset de produits artisanaux livrés par des
petits transformateurs locaux. Les épiceries de quartier représentent une part importante des ventes
alimentaires, particulièrement en zone rurale. Cette part est estimée à 80 % (MAC SA, 2010).
Les crémeries sont plutôt intégrées au circuit informel et s’approvisionnent auprès des petits transformateurs
locaux.
1.6. La consommation tunisienne de produits laitiers
D’après les données disponibles sur le site de l’ONAGRI, la demande intérieure en produits laitiers a progressé
de 36 % sur 10 ans pour atteindre 1,215 millions de tonnes en 2014.
Source ONAGRI
13
Depuis la fin des années 1990 la consommation tunisienne de lait n’a cessé d’augmenter pour atteindre près de
110 kg par habitant et par an en 2015, contre 38,8 kg/hbt/an en 1990. Par ailleurs, on constate que la
consommation de laitet de produitlaitiers est beaucoup plus importante en ville qu’en milieu rura l et est plus
élevée chez les cadres et les professions libérales supérieures.
D’après les données de l’INS :
 La consommation nationale de yoghourts a été multipliée par 3 entre 1985 et 2015 pour atteindre les
102kg équivalent lait frais ;
 La consommation de fromages est passée de 0,2 kg/a/hbt en 1985, à 1,4 kg en 2015 ;
 La consommation moyenne de beurre stagne à 1kg par an depuis l’année 2000, après une progression
continue (0,4 kg en 1985).
Pour écouler les stocks excédentaires, l’Etat tunisien a décidé en 2016de mener une campagne pour
encourager la consommation de lait.De plus,les autorités ont acquis 16,5 millions de litres pour les distribuer
aux institutions de l’Etat, comme l’armée par exemple.
1.7. Les échanges
Les importations
Depuis que la Tunisie a atteint l’autosuffisance en lait à la fin des années 1990, ses importations ont
considérablement diminué. Toutefois, elle continue à se fournir sur le marché mondial pour répondre
notamment à certains besoins de l’industrie agro-alimentaire, mais aussi pour combler des situations
conjoncturelles de pénuries car la production est irrégulière.
Depuis 2012, les importations décroissent régulièrement et atteignent 12 800 tonnes en 2016, pour une valeur
de 52 millions de dinars, soit 1,13% des importations totales. Les produits laitiers importés proviennent
principalement d’Europe (69 % des volumes importés), notamment de France (29 %), des Pays-Bas (15 %) et
d’Irlande (11 %) et depuis 2014 de Norvège (14 %).
14
0
5000
10000
15000
20000
25000
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Importations tunisiennes de produits laitiers par fournisseurs
(tonnes)
Autre
Nouvelle Zélande
Brésil
Norvège
Union Européenne
Source :INS
15
La Tunisie importe essentiellement :
 Du lactosérum (42 % des volumes importés en 2016pour une valeur de 13,36 millions de dinars ) ;
 De la poudre de laitet du laitconcentré(37% des volumes importés pour une valeur de 18,94 millions
de dinars) ;
 Des fromages (21% des volumes importés pour une valeur de 19,2 millions de dinars) utilisés
principalement pour fabriquer du fromage fondu très consommé en Tunisie.
Il s’agit donc en grande partie de produits servant d’intrants au secteur de l’agro-alimentaire et dans
l’alimentation animale. Cet élément est important à prendre en compte dans le cadre d’une ouverture aux
produits européens qui peut être différente suivant les produits. Il pose la question de la disponibilité,
existante et potentielle, en Tunisie des différents produits laitiers importés et donc du niveau réel de
concurrence de ces produits importés pour la production nationale.
16
La politique tunisienne à l’importation
Afin de promouvoir sa propre production et la substituer aux importations de poudre de lait européenne, la
Tunisie a fait le choix d’une protection élevée de sa filière laitière. Ainsi, jusqu’en2005 le droit de douane
moyen appliqué aux produits laitiers était de 95,3 %(le droit de douane moyen pour l’ensemble des produits
agricoles était de 65,7%). Aujourd’hui, le droit de douane moyen pour l’ensemble des produits agricole est de
33,8 % et il est de 33,3 %pour les produits laitiers. Le droit de douane maximum appliqué sur les produits
agricoles est de 36 % depuis 2009, donc aussi pour les produits laitiers (même si les droits plafond notifiés à
l’OMC, c’est-à-dire pouvant être appliqués sans plainte d’un fournisseur atteignent 180 %). Une taxe
professionnelle de 1 à 2% de la valeur CAF est aussi perçue au profit du fonds de développement de la
compétitivité dans les secteurs de l'agriculture, de la pêche et des industries agroalimentaires (FODECAP).
Par ailleurs, le décret n° 2014-4512 du 30 décembre 2014, portant suspension ou réduction des droits de
douane et de la taxe sur la valeur ajoutée et du prélèvement dus sur certains produits agricoles et agro-
alimentaires a fixé les niveaux de droit de douane pour le lactosérum à 10 % (040410) et 27 % (040490 ) età
15 % pour certains laits et crème de lait, concentrés ou additionnés de sucre ou d'autres édulcorants (040291
et 040299),ce qui est confirmé dans la loi de finances 2016.Le coût des importations de produits alimentaires,
notamment pour les industries les utilisantcomme intrants (industrieagroalimentaire,y compris d'exportation,
hôtellerie, restauration), s'en trouve donc réduit.
Cependant, en janvier 2016, face à la crise de surproduction, la Ministre du commerce a recommandé la
suspension des avantages fiscaux dont bénéficiaient les poudres de lait importées et l’arrêt de ces
importations.
Source : OMC, Examen des politiques commerciales,octobre2016
17
Par ailleurs, pour un certain nombre de produits, la Tunisie offre aux pays fournisseurs un accès à des
contingents tarifaires à droits réduits, c’est le cas en particulier des produits laitiers :
 Poudre de lait : 20 000 tonnes à un droit de douane de 17% (mais seulement 4 700 tonnes
d’importation en 2016) ;
 Beurre : 4 000 tonnes à un droit de douane de 35 % (48 tonnes importées en 2016) ;
 Fromages : 1 500 tonnes à un droit de douane de 27 % (2696 tonnes importées en 2016).
OMC, Examen des politiques commerciales, octobre 2016
Le protocole 3 de l’Accord d’association avec l’UE
Dans cadre du Protocole de l’accord d’association entre la Tunisie et l’Europe, cette dernière bénéficie d’un
accès préférentiel (faisantparti des quotas OMC) pour le lait en poudre (9 700 tonnes avec un droit de douane
de 17 %), le beurre (250 tonnes avec un droit de douane de 35 %) et les fromages (450 tonnes avec un droit de
douane de 27 %).
18
Par ailleurs,l’Article 25 de l’accord indique que « lorsque l'augmentation des importations d'un produit se fait
dans des quantités et dans des conditions telles qu'elle provoque ou risque de provoquer : un préjudice grave
aux producteurs nationaux de produits similaires ou directement concurrentiels sur le territoire d'une des
parties ou des perturbations sérieuses dans un secteur de l'activité économique ou des difficultés pouvant se
traduire par l'altération grave d'une situation économique régionale, la Communauté ou la Tunisie peuvent
prendre les mesures appropriées dans les conditions et selon les procédures prévues à l'article 27 ». Cette
mesure de sauvegarde est compatible avec l’accord agricole de l’OMC signé aussi par la Tunisie.
Les exportations
La forte progression de la production a permis de satisfaire la demande nationale et a même généré un
excédent dont une partie est destinée à l’exportation. D’importateur net, la Tunisie est ainsi devenue
exportateur net de produits laitiers. Le taux de couverture des importations par les exportations est de 108%
en 2016.
19
Les exportations sont très variables, elles ont culminé à près de 50 000 tonnes en 2012. En 2016, la Tunisie a
exporté23 000 tonnes de lait et produits laitiers pour une valeur de 56 millions de dinars, soit 1,45 % des
exportations tunisiennes.
La Tunisie écoule essentiellement ses produits laitiers sur le marché Lybien qui représente en 2016, 54 % des
volumes échangés.Outre la situation deguerre en Lybie, elledoit fairefacesur ce marché et sur les marchés du
Maroc ou encore de l’Algérie et de la Turquie à une forte concurrence des produits européens.
0
5000
10000
15000
20000
25000
30000
35000
40000
45000
50000
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Exportations tunisiennes de produits laitiers
par pays (tonnes)
Autres
Maroc
Pays non-déterminés
Libye
Source :INS
20
Les produits écoulés sont :
 Du lait et de la crème de lait (040110 à 040150), pour 57 % des volumes exportés en 2016 et une
valeur de 17 millions de dinars ;
 Des crèmes et yoghourts, pour 23 % des volumes exportés et une valeur de 12,1 millions de dinars ;
 Des fromages fondus, pour 20 % des volumes exportés et une valeur de 24,5 millions de dinars.
Les soutiens à l’exportation
Afin de réguler le marché en situation de surproduction, les exportations de lait bénéficient depuis 2016 de
subventions aux exportations. Le montant de la subvention, prolongée en 2017, est de 115 millimes le litre de
lait demi-écrémé et de 200 millimes le litre de lait entier exporté. Les exportations de lait peuvent par ailleurs
bénéficier du Fonds de Promotion des Exportations (FOPRODEX).
(1000 dinars) 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2016%
Lait et crème de lait 040110 à 040150 4134 10670 4330 2669 6675 2668 17030 30%
Babeurre,lait et crème cailles,yoghourt,kephir 040310 et
040390
11154 20607 19966 24995 21168 20332 12136 22%
Fromages fondus,autres que râpes ou en poudre 04630 25310 48243 44838 55929 28858 33433 24486 44%
Autres fromages 162 1106 1652 655 663 1492 2459 4%
Autres produits laitiers 119 9083 1005 3478 934 372 43 0%
TOTAL 40878 89708 71791 87726 58298 58298 56154
21
1.8. Les politiques publiques d’appui
La stratégie laitière
La stratégie laitière mise en œuvre à partir de 1994, est basée sur une série de mesures incitatives articulées
principalement autour des axes suivants :
 la croissance régulière de la production ;
 la promotion de la productivité ;
 l’organisation de la filière ;
 l’amélioration de la qualité.
Les principales mesures de la stratégielaitièresont:
 l’encouragement de la production locale de génisses de race pure pour réduire les importations
d’animaux vivants ;
 l’orientation des éleveurs vers les races à production mixte (lait et viande) ;
 l’instauration des mécanismes d’organisation de la filière (approche contractuelle, loi sur l’élevage,
organisation des colporteurs, etc.) ;
 l’extension du réseau de collecte du lait ;
 l’instauration de mécanismes de valorisation de la haute lactation par la constitution d’un stock
régulateur de lait de boisson et la création d’une unité de séchage du lait ;
 l’intensification de l’encadrement des éleveurs et élargissement de la couverture sanitaire des
troupeaux ;
 le développement des ressources fourragères et mise en place d’un programme spécifique de
sauvegarde du cheptel en période difficile ;
 l’orientation des efforts vers l’amélioration de la productivité et de la qualité ;
 la mise à jour du prix du lait à la production ;
 l’octroi d’une subvention à la consommation du laitindustrialisé;
 la miseen placede mesures de protection de la production nationalede laitet dérivés
.
En Tunisie, le mécanisme de régulation du marché du lait peut être comparé à celui qui existait avant dans
l’Union européenne, il s’appuie sur :
 un mécanisme de prix :
o un prix garanti à la production (0,736 dinars le litre en janvier 2015 augmenté de 30 millimes
depuis avril 2017). Malgré qu’il soit régulièrement revu ce prix n’arrive pas toujours à suivre
les variations du prix des facteurs de production et en particuli er des aliments ;
o un prix fixé à la consommation (1,120 dinar/litre de lait demi-écrémé uht et 1,070 dinar/litre
de lait demi-écrémé en bouteille en janvier 2015). Le prix des autres produits (yoghourts,
beurre, fromages…) sont libres ;
o une subvention de 60 millimes/litre pour les centres de collecte sur la base des quantités
collectées et réceptionnées par les usines de transformation. Depuis 2017, une prime de 10
millimes/litre de lait réfrigéré et industrialisé est accordée aux centres de collecte qui
22
adhèrent au projet de mise à niveau des fermes productrices de lait (mise en place de la
réfrigération);
o une subvention de 120 millimes le litre (augmenté de 30 millimes en avril 2017) accordées
aux industriels ;
 un mécanisme de stockagebasé sur une prime de stockage de 50 millimes par litre de lait UHT stocké.
Ce mécanisme servait initialement à réguler les excédents saisonniers de lait ;
 des subventions aux exportations (115 millimes le litre de lait demi -écrémé exporté et 200 millimes le
litre de lait entier) ;
 la mise en place d’une structure de séchage du lait dont le coût est également subventionnée.
Ce mécanisme a très bien fonctionné puisque qu’il a permis d’atteindre l’autosuffisance dès 1999 et de générer
un excédant qui a alimenté l’unité de séchage et les exportations à partir de 2000. Cependant en période de
surproduction, comme actuellement et comme en Europe il y a quelques années , ce mécanisme peut
s’emballer, générer des stocks croissants difficiles à écouler et devenir très coûteux.
Ainsi, les stocks de lait étaient de 64 000 tonnes (niveau le plus élevé) en 2016, malgré une augmentation du
séchage et une reprise des exportations.
Ces mesures ont un coût important et croissant. Si l’on analyse les charges de la caisse générale de
compensation, les dépenses pour le lait (qui ne comprennent pas les coûts de stockage, ni les subventions aux
exportations),ont progresséde 23,1 millions dedinars en 2011 à 68,6 millionsdedinars en 2014. En 2015, avec
61,2 millions de dinars, le secteur lait représente 3,7% des dépenses totales de la caisse générale de
compensation. Rapporté à la production totale de lait cela représente 44,47 millimes/litre, soit 6% du prix au
producteur en 2015.
23
Source :OMC, Examen des politiques commerciales, 2016
La stratégie de développement de l’industrie agro-alimentaire
La stratégie de développement de l’industrie agroalimentaire, mise en place en 1999, vi sait la croissance du
secteur, en incitant les entreprises à :
 être plus compétitives sur le marché local et international ;
 élaborer des produits de qualité, à plus forte valeur ajoutée ;
 offrir des produits spécifiques avec des labels tunisiens ;
 développer les exportations.
Cette stratégie repose sur les axes suivants (APII/CEPI, 2011) :
 la libéralisation progressive du commerce des intrants et produits finis ;
 l’augmentation et la diversification de la production agroalimentaire pour accroître l’utilisation de la
capacité industrielle installée, augmenter la valeur ajoutée du secteur et satisfaire les besoins du
marché, aussi bien local qu’international ;
 la modernisation et la restructuration du secteur par la mise à niveau des entreprises
agroalimentaires, l’introduction denouvelles technologies,la promotion de la qualité,la traçabilité, la
certification et l’adaptation de la démarche HACCP (création d’un fonds de restructuration du secteur,
intégré dans le Fonds de Développement de la Compétitivité - FODEC) ;
 le développement du partenariat technique et commercial ;
 le développement des moyens de stockageadéquats de la matière première agricolepour la préserver
contre toute détérioration et tout effondrement de prix.
Compte tenu des potentialités que présente l’industrie agroalimentaire en matière de production,
d’exportation, de compétitivité et de valeur ajoutée, une nouvelle stratégie de promotion du secteur a été mise
en place en septembre 2006.
Elle s’articule autour de 4 grands axes :
24
 le renforcement de la qualité et de la sécurité des aliments ;
 la maîtrise de l'organisation des campagnes de transformation ;
 l’encouragement de la production et de l'exportation ;
 la promotion du partenariat, du développement technologique et de l a mise en réseau.
7 produits ont été concernés par des mesures spécifiques : l'huile d'olive, les produits de la mer, les dattes, les
vins, les conserves de tomates, les semi-conserves, le lait et ses dérivés.
Pour le lait et ses dérivés, la stratégie recommande :
 l’augmentation des volumes transformés et la promotion de la qualité ;
 l’utilisation des primes octroyées aux centrales laitières pour les inciter à participer activement à la
concrétisation de la politique de promotion de la qualité du lait ;
 l’adoption du principe de libre exportation et de libéralisation des prix de vente sur le marché local
dans les années qui suivent ;
 la mise en place d’une norme qualité spécifique au lait et à ses dérivés et conforme aux standards
internationaux.
Concernant les mesures verticales qui touchent l'ensemble des 7 produits, on retiendra :
 la miseà niveau de la collectedu laitconformément aux exigences de cahiers des charges spécifiques ;
 l'élaboration et la diffusion de contrats de production types et l'organisation du transport et de
l'approvisionnement des unités de transformation des produits agricoles.
1.9. La compétitivité et la rentabilité du lait tunisien
Les notions de rentabilité et de compétitivité sont essentielles lorsque l’on parle d’échanges internationaux
puisqu’il s’agit finalement, soit de conserver soit de gagner des parts de marché face aux concurrents, mais
celles-ci ne se limitent pas à la compétitivité prix et doivent être élargies à la compétitivité non-prix.
La compétitivité prix
Le prix à la production et les coûts de transaction
En dehors des prix sur les marchés internationaux (cf. point suivant), il est indispensable pour comparer la
compétitivité du laitet des produits laitierstunisiens, avec celle des produits de ses concurrents sur le marché
national ou à l’exportation, de disposer des éléments de coûts de production et de commercialisation, de la
vache jusqu’au marché de destination.
Les prix à la production du laitcompilés par la FAO montrent d’une part, une forte variabilitédes cours, d’autre
part, que la Tunisie a des prix à la production comparables voire inférieurs aux producteurs concurrents.
L’année 2015 est une année de crise mondiale dans le secteur laitier qui a impacté fortement les grands pays
exportateurs, que sont les pays européens et la Nouvelle Zélande, d’où un décrochage par rapport au prix de
production de la Tunisie moins lié au marché mondial.
25
2011 2012 2013 2014 2015
Algeria 521,0 477,2 491,4 488,1 407,2
France 480,0 429,2 474,4 503,5 370,6
Germany 483,8 411,2 500,6 493,5 323,8
New Zealand 511,9 426,2 413,3 577,4 266,4
Tunisia 412,0 448,2 430,9 412,3 382,3
Source :FAO
Au-delà de cette comparaison, pour avoir une vision complète de la compétitivité prix du lait et des produits
laitiers tunisiens, il est nécessaire de disposer des éléments de coûts et de prix aux différents maillons de la
filière :
 Coût de production par système de production (hors sol, semi -intégré, intégré par exemple)
 Marge Producteur
 Coût de transport vers les stations de collecte
 Prix d’achat des collecteurs
 Coût collecteur
 Marge collecteur
 Prix d’achat transformateur
 Coût de transformation des différents produits
 Marge transformateur
 Prix de vente des produits
En tenant compte à chaque maillon des subventions versées (collecte, transformation).
Sur le marché local, comparaison avec :
 les coûts de production des principaux concurrents européens
 les prix CAF des produits importés (poudre de lait, yoghourt, fromages)
26
Pour l’exportation il faut aussi tenir compte :
 Des frais de transport à l’exportation
 Des marges des exportateurs
 Des prix sur le marché d’exportation
 Des subventions
Comparaison sur les marchés dedestination (Algérie, Lybie, Moyen Orient, Afrique subsaharienne) avec :
 les coûts de production des principauxconcurrents
 les prix CAF
 la qualitédes produits
Dans les documents collectés il existe malheureusement peu d’éléments récents et complets tant en matière
de coûts de production par système d’élevage, que d’éléments constitutifs des prix des différents produits
laitiers jusqu’à la consommation ou l’exportation. Voici cependant quelques éléments qui peuvent inspirer nos
futurs travaux et qu’il serait nécessaire d’actualiser et de compléter.
Coûts de production et rentabilitééconomique
En 2007, une étude présentée dans la revue BASE a analysé la rentabilité de 3 types d’élevage laitier (hors sol,
semi-intégré, intégré) dans les gouvernorats de l’Ariana et de Mahdia5 sur la base d’une enquête auprès de 162
éleveurs. L’étude évalue ensuite l’impact d’une hausse du prix de l’eau et du concentré sur les coûts de
production des 3 types d’élevage.
OMC, Examen des politiques commerciales,octobre2016
5FatenRejebGharbi(1), Ridha Lahsoumi(2), Fathi Gouhis(2), ZouhairRached, Rentabilité économique de l’élevage laitier en
Tunisie :cas des Gouvernorats de lʼAriana et de Mahdia, BASE, 2007
27
L’étude a évalué ensuite la rentabilité économique, ou plutôt la compétitivité de la production laitière
tunisienne face aux produits concurrents importés. Pour se faire, « l’étude s’est intéressé au calcul du prix
économique (de référence) du litre delait au niveau de l’exploitation qui a été comparé parla suite aux prix de
revient du litre de lait dans les différents systèmes d’élevage. Le prix de référence du lait a été calculé au
niveau de l’exploitation sur la base du prix de la poudre importée avec deux variantes (avec ou sans droits de
douane en Tunisie). Le prix de référence s’établit ainsi entre 0,240 et 0,320 DT, niveau exploitation. »
L’étude conclue qu’avec les droits de douane de 2002, la production laitière est à peine compétitive quel que
soit le système de production, et serait évidemment très fortement concurrencée dans le cas d’une ouverture
complète. Quid des effets de la baisse des droits de douane depuis 2009 sur la rentabilité des différents
systèmes de production ?
Dans le cadre des négociations ALECA, c’est donc ce type de données et d’analyse qu’il serait nécessaire
d’actualiser.Dans l’analyseil faudraitprendreen compte les soutiens à la production accordés par l’UEqui sont
inclus dans le prix de référence basé sur le prix CAF et le soutien dont bénéficie la production locale (soutien
des prix notamment).
Décomposition du prix du lait UHT au consommateur
Dans une présentation de la filière lait au niveau de l’industrie (2014), F. KHAMASSI donne quelques éléments
relatifs aux prix du lait UHT et demi-écrémé produits et vendus en Tunisie. Ces éléments sont également
intéressants pour une comparaison avec les prix des produits importés. Outre leur actualisation il serait
nécessaire d’obtenir les mêmes données pour les yoghourts, la poudre de lait et certains fromages.
Source :KHAMASSI F., La filière lait auniveau de l’industrie, Alexandrie, 18 septembre 2014.
Le coût en ressources internes
Pour évaluer la compétitivité des produits laitiers à l’échelon international, l‘étude DGEDA a calc ulé des coûts
en ressources interne. Rappelons que « le ratio des coûts en ressources intérieures (CRI) compare le coût
d’opportunité de la production intérieure à la valeur ajoutée que celle-ci génère (Gorton et al., 2001).
28
Autrement dit, il compare la valeur des ressources intérieures non exportables utilisées pour produire une
unité d’un produit considéré à ce que ce produit rapporterait s’il était exporté (Liefert, 2002).
Lorsque le ratio CRI est strictement positif mais inférieur à 1, il indique que l a production intérieure du produit
considéré est compétitive à l’échelon international : les coûts d’opportunité de la production intérieure
(numérateur) sont inférieurs à la valeur ajoutée du produit aux prix mondiaux (dénominateur). Il indique
également que le pays devrait augmenter ses exportations du produit considéré. Un ratio CRI supérieur à 1 ou
inférieur à 0 (lorsque le dénominateur est négatif) traduit un déficit de compétitivité pour le produit considéré
et, partant, une production intérieure moins souhaitable qu’un recours au marché international. 6»
Evolution du CRI (1996-2003)
1996 1999 2000 2001 2002 2003
Lait
-Elevage intégré
-Elevage non intégré
2,2
2,17
0,97
1,03
0,87
1,12
1,10
1,40
1,05
1,37
1,15
1,23
Source : Ministère de l’Agriculture et des Ressources Hydrauliques (1998 et 2002) pour les années 1996 et 1999
et nos résultats pour les années 2000, 2001, 2002 et 2003.
Il ressortde ce tableau un gain de compétitivité tant en élevage intégré que non intégré depuis la mise en place
de la stratégielaitière.L’élevage intégré apparaitpluscompétitif que l’élevage non-intégré. D’après ces chiffres
la production laitière apparait non compétitive sauf en 1999 et 2000 pour la filière intégrée.
Cependant, ces chiffres ne sont pas récents et la filièrelaitières’estconsidérablement développée depuis 2003.
De plus,dans l’analysedu CRI il seraitnécessairede tenir compte des soutiens dont bénéficient les producteurs
nationaux et internationaux, en particulier européens (aides directes notamment).
La compétitivité non-prix
La qualité des produits
Pour valoriser ses produits sur le marché local, et plus encore à l’exportation, la qualité du produit est un
élément primordial.
 Si la filière laitière en Tunisie est de plus en plus organisée et industrialisée, la faible qualité du lait
frais,surtoutsur leplan bactériologique, estun des points faibles qui empêche une diversification plus
large de la transformation, notamment pour la production de fromages . Or, pour mieux valoriser la
production tunisienne sur le marché local et à l’exportation, il est indispensable de promouvoir cette
qualité tout au long de la filière : à la production (amélioration des techniques de production et de
l’alimentation), lors de la collecte (meilleur contrôle, prime à la qualité, lutte contre les circuits
parallèles…) et lors de la transformation. Notons que les critères de qualité appliqués par l’Union
européenne (taux de matière grasse, taux de protéines, charge microbienne) sont plus élevés que les
critères tunisiens.
6 : Laure Lattruffe, Compétitivité, productivité et efficacité dans les secteurs agricole et agroalimentaire, OCDE, 2010
29
Source :KHAMASSI F., La filière lait auniveau de l’industrie, Alexandrie, 18 septembre 2014.
 La multiplication des normes,notamment lorsqu’il s’agitdeproduits très sensibles comme le lait et les
produits laitiers, impliquent le respect de celles-ci tant au niveau local, notamment avec la place
croissante des GMS dans la distribution des produits laitiers , que pour accéder à la majorité des
marchés d’exportation. Il s’agit en particulier des normes sanitaires et des normes techniques
(emballages, étiquetage…) officiellement encadrées par les accords internationaux et des obligations
de la traçabilité pour l’exportation vers le marché européen. Des normes privées du type Global Gap
ou Eurep Gap élaborée notamment par la grande distribution se développement également. Toutes
ces normes ont un coût pour les respecter mais sont devenues indispensables pour pouvoir exporter
sur les marchés concernés.
 La régularité de l’offre est un autre élément de la compétitivité non-prix notamment lorsque l’on parle
de marché d’exportation. Pour assurer la confiance de l’importateur une régularité de l’offre en
quantité et qualité est indispensable. Or, la production de lait est saisonnière d’où l’importance du
mécanisme de stockage et de l’activité de séchage.
 L’organisation de la filière est un élément transversal de la filière pour assurer une bonne qualité au
produitécoulé, or l’existence de circuit parallèles et la faiblesse des contrôles sont des points faibles
de la filièrelaitière tunisienne. L’absence de traçabilité est également problématique notamment pour
l’exportation.
 Si la Tunisie veut valoriser son lait et ses produits laitiers à l’exportation notamment sur les marchés
porteurs proches (Algérie, Lybie, Moyen Orient, Afrique subsaharienne…), une bonne connaissance et
un suivi efficace de ces marchés à l’exportation permettant un meilleur positionnement et des
campagnes de promotion adaptées sont aussi un élément de la qualité des produits écoulés. Ici la
coordination entre les différentes structures (GIVLait, CEPEX, UTAP, Ministères, exportateurs…) est un
élément central.
30
Evaluation d’une ouverture aux produits européens
La situation actuelle
Comme nous l’avons évoqué précédemment, le droit de douane moyen pour les produits laitiers est
maintenant de 33,8 %, contre 95,3 % en 2005 et ledroit de douane maximum appliquéaux produits laitiersest
aujourd’hui de 36%. Il serait déjà dans un premier temps intéressant de savoir si cette ouverture importante a
eu des effets sur la filière laitière en termes de concurrence des produits importé.
Scénarios possibles
Le scénario de référence est le statut quo avec les tarifs actuels sur les produits laitiers importés.
Le scénario « haut » pouvant être testé serait une ouverture totale du marché tunisien aux produits laitiers de
l’UE, c’est à dire des tarifs à taux nul.
Un scénario alternatif pourraitêtre testé, consistantà identifier les produits laitiers peu sensibles pour la filière
laitière tunisienne (cf. le lactosérum par exemple) et de proposer des diminutions différenciées en fonction de
la sensibilité du produit.
La question du taux de change est également un élément important à prendre en compte dans l’analyse, ainsi
que les stratégies des grands groupes internationaux implantés dans le pays.
Il faut noter ici que dans ces négociations, outre le degré d’ouverture, se négocient aussi :
 Le calendrier d’ouverture (plus l’ouverture est étalée dans letemps, plus les filières impactées peuvent
s’adapter) ;
 Les mécanismes de sauvegarde dans le cas d’une hausse très importante des importations ou d’une
forte baisse des prix des produits importés ;
 D’éventuels mesures d’appui notamment pour la mise à niveau des filières.
31
2. LA SECTEUR DU LAIT EN EUROPE
2.1. La production
En 2016, avec plus de 156 millions de tonnes l’Union européenne est le premier producteur mondial de lait
devant l’Inde. Elle représente 26,2% de la production mondiale.
.
Source : Commission européenne
32
Les principaux pays producteurs européens de lait sont :
 L’Allemagne qui représente 21 % des volumes collectés en 2016
 La France, 16 % des volumes collectés
 Le Royaume-Uni, 10 % des volumes collectés
 Les Pays-Bas,9 % des volumes collectés
Ce sont les pays qui disposent aussi des cheptels les plus importants. Les niveaux de productivité moyens par
vache en 20157,sont :
 Europe à 28 : 6910 kg/an
 Allemagne : 7573 kg/an
 France : 7018 kg/an
 Royaume Uni : 8089 kg/an
 Pays-Bas : 8131 kg/an
A partir du lait collecté l’Europe produit du lait de consommation, de la poudre de lait, du beurre et du
fromage.
7 : GEB – Institut de l’Elevage, Chiffresclés 2016, Productions bovineslait et viande
33
D’après les statistiques de l’USDA8, l’Europe est ainsi :
 Le second producteur de beurre derrière l’Inde avec 2,37 millions de tonnes produites en 2016.
 Le premier producteur de fromages avec 9,85 millions de tonnes produites en 2016.
 Le troisième producteur de poudre entière avec 710 000 tonnes produites en 2016.
8 : USDA, Milkmarketobservatory, mars 2017
34
Le premier producteur de poudre écrémée avec1,784 million detonnes en 2016
2.2. Les exportations
D’après la FAO, en 2015, l’Union Européenne, avec 18,4 millions de tonnes d’équivalent lait est également le
second fournisseur mondial de lait et produits laitiers derrière la Nouvelle Zélande 19,3 millions t. equ. lait,
devant les Etats-Unis (9,4 millions t.equ. lait),la Biélorussie(4,8 millionst.equ. lait et l’Australie(3,6 millions t.
equ. lait)9.
Source :FAO
Ainsi, en 2016, les pays de l’Union européenne ont exporté :
 162 246 tonnes de beurre
 574 213 tonnes de poudre entière
 380 429 tonnes de poudre grasse
 800 104 tonnes de fromages
 585 641 tonnes de lait
9 : FAO, Milk andmilkproducts, Price andtrade update, july2013
35
Poudre de lait entière
D’après les données de la FAO, l’Europe est le premier exportateur de poudre de lait entière (31 % des
échanges mondiaux en 2015).
Source :FAO
L’Europe exporte essentiellement vers l’Algérie, la Chine, l’Indonésie, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les
Philippines qui représentent plus de 50 % des volumes échangés en 2016.
Source :COMEXT
36
Poudre de lait grasse
D’après les données de la FAO, l’Europe est le second exportateur de poudre de lait grasse (15 % des échanges
mondiaux en 2015) derrière la Nouvelle-Zélande.
Source :FAO
L’Europe exporte essentiellement vers Oman, l’Algérie, la Chine, le Liban, le Nigeria, Cuba et le Koweït qui
représentent plus de 44 % des volumes échangés en 2016.
Source :COMEXT
37
Fromage
D’après les données de la FAO, l’Europe est le premier exportateur de fromage (30 % des échanges mondiaux
en 2015) devant les Etats-Unis.
Source :FAO
L’Europe exporte essentiellement vers les Etats-Unis, le Japon, la Suisse, l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud,
l’Algérie, l’Australie et l’Egypte qui représentent plus de 54 % des volumes échangés en 2016.
Source :COMEXT
38
Beurre
D’après les données de la FAO, l’Europe est le second exportateur de beurre (20% des échanges mondiaux en
2015) derrière la Nouvelle-Zélande.
Source :FAO
L’Europe exporte essentiellement vers les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, Singapour, le Maroc et la
Chine, qui représentent plus de 52 % des volumes échangés en 2016.
Source :COMEXT
Lactosérum
L’Union Européenne est également le premier fournisseur mondial delactosérum(près de 60 % des échanges
mondiaux en 2016),devant les Etats-Unis,la Biélorussieetla Nouvelle-Zélande.
39
2.3. La PAC dans le secteur laitier
En Europe, jusqu’en 1984, lesecteur laitier bénéficiait, à l’instar des céréales, d’une organisation commune de
marché (OCM) complète, basée sur un prix garanti au producteur, grâce à une protection élevée par rapport au
marché mondial, un mécanisme de stockage public et des subventions aux exportations (restitutions). Cette
« politiquehistorique » a conduit très vite à une autosuffisance en lait puis à des surplus croissants devenant
de plus en plus coûteux, tant en termes de gestion des stocks que de restitution.
En 1984, pour rééquilibrer le marché, l’UE met en place des quotas de production gérés par chaque Etat-
membre. La filière laitière bénéficie toujours des dispositifs de protection aux frontières et d’écoulement via
des prixgarantis : aides à l’exportation, systèmes de stockage privé et public, aides à l’écoulement…
L’application des décisions de l’Agenda 2000 et la réforme de la PAC à partir de 2003, modifient
considérablementl’OCM lait. On assiste à la suppression des outils de gestion des marchés et à la création de
l'Aide Directe Laitière (ADL) en compensation des baisses de prix à la production. Avec le démantèlement des
outils de gestion des marchés, les prix directeurs baissent et se rapprochent des niveaux mondiaux. Les stocks
européens sont écoulés progressivement.
Le « paquet lait », en vigueur depuis le 3 octobre 2012 et prévu jusqu'à la mi -2020,définit les relations
contractuelles dans le secteur laitier. Il prévoit la conclusion de contrats écrits entre producteurs et
transformateurs, ainsi que la possibilité pour les agriculteurs de négocier collectivement les clauses des
contrats (y compris les prix) par l'intermédiaire d'organisations de producteurs. Il fixe en outre des règles
européennes spécifiques pour les organisations interprofessionnelles, afin de faciliter le dialogue entre les
acteurs de la chaîne d'approvisionnement et de permettre à ces derniers de mener certaines activités. Le
paquet prévoit également des mesures pour améliorer la transparence du marché et, dans certaines
conditions, réguler l'offre des fromages portant une appellation d'origine protégée (AOP) ou une indication
géographique protégée (IGP). »
Depuis le 31 mars 2015, les quotas de production ont été supprimés. Par contre il existe encore des
d’intervention, en particulier :
 L’intervention publiquepour lebeurre et la poudre de lait écrémé (LEP):
Chaque année, entre le 1er mars et le 30 septembre, les États membres achètent à un prix établi des
quantités proposées par des opérateurs privés et conformes à des exigences de qualité spécifiques
(jusqu'à 109 000 tonnes de LEP et 50 000 tonnes de beurre).
Fin mars 2017, les stocks publicsdepoudre de laitécrémé atteignaient les 350 159 tonnes (acquisition
à 169,8 euros/tonne).
 Le stockage privé
Il s’agit d’octroyer octroyer une aide au stockage privé pour le beurre, la LEP et les fromages
bénéficiant d’une appellation d’origine protégée (AOP)/indication géographique protégée (IGP). Cette
mesure aide les opérateurs étant donné que les produits sont temporairement retirés du marché,
mais elle se distingue de l'intervention publique car ils demeurent la propriété d’un opérateur privé.
L’octroi de l’aide au stockage privé par la Commission est facultatif.
Fin mars 2017, il y avait dans les stocks privés européens : 58 512 tonnes de poudre de lait écrémé,
4 250 tonnes de beurre, 12 348 tonnes de fromage.
40
Source : Commission européenne
 Les mesures exceptionnelles
Des mesures ad hoc incluses dans le règlement (UE) n° 1308/2013 peuvent être utilisées en cas
de perturbations graves du marché :
o mesures de prévention des perturbations du marché (art. 219 du règlement OCM);
o mesures concernant les maladies animales et la perte de confiance des consommateurs (art.
220 du règlement OCM);
o mesures destinées à résoudre des problèmes spécifiques (art. 221 du règlement OCM);
o mesures concernant les accords, décisions et pratiques concertées durant les périodes de
déséquilibres graves sur les marchés (art. 222 du règlement OCM).10
 Les aides directes aux producteurs laitiers (aides découplées) et les programmes de développement
rural ;
 Il existe par ailleurs :
o Un régime d’aide pour fournir certains produits laitiers dans les établissements scolaires
(Programme « Lait aux écoles») ;
o Des programmes de promotion du secteur lait de l’UE ciblant le marché intérieur ou les
marchés à l’exportation. Notons que depuis 2009, l’Europe exporte sans subvention aux
exportations.
10 Source : Commission européenne, https://ec.europa.eu/agriculture/milk/policy-instruments_fr
41
2.4. La compétitivité des produits laitiers européens
En 2016, le prix moyen payé au producteur européen est de 279,4 euros/tonne. Il a fortement chuté du fait
d’une haussede la production européenne liéeaux cours croissants depuis 2009 età une baisse de la demande
mondiale (effet de l’embargo russe). Il est compris entre 260,7 euros/tonne en Allemagne et 308,9 euros la
tonne en France.
Depuis 2017, on assiste à une reprise du marché tirée notamment par une forte hausse du prix du beurre.
Prix moyen du lait au producteur en Europe (euro par tonne)
(Moyenne annuellepondérée par les collectes mensuelles)
2013 2014 2015 2016 (11 mois)
Allemagne 374,5 373,6 291,2 260,7
France 348,1 384,3 332,8 308,9
Irlande 380,4 373,3 293,4 264,8
Pays bas 364,7 375,9 298,0 274,0
UE28 364,6 371,9 308,1 279,4
Source :FranceAgrimer, La filière lait de vache, Bilan2016, Janvier 2017
Comparés, à la Nouvelle Zélande autre grand producteur et exportateur mondial les prix européens sont
comparables, voir un peu inférieurs, sauf en pleine crise en 2015, où le prix payé au producteur néozélandais
est descendu à 200 euros/tonne (il n’y a pas de mécanisme de stockage).
42
Si l’on s’intéressemaintenant aux principaux produits échangés on obtient les cotations suivantes (cf.tableau).
On peut noter ici aussi quel’Europeest très compétitive à l’exportation face à ses principaux concurrents.
Source : Commission européenne, Milk market situation, 18 mai 2017
Au-delà d’une comparaison des coûts de production et des prix sur le marché international, l’analyse de la
compétitivité du lait et des produits laitiers européens, dans la cadre d’une ouverture accrue du marché
tunisien négociée dans l’ALECA, devrait aussi tenir compte des soutiens directs et indirects dont bénéficient les
producteurs et les exportateurs européens et tunisiens.
Si aujourd’hui les aides à l’exportation côté européen, sont nulles, les soutiens suivant devraient être prises en
compte, notamment :
 Les aides directes découplées aux producteurs de lait qui, si elles sont découplées, ont un impact en
termes de revenus des producteurs ;
 Les aides liées aux mécanismes de stockages publics et privés des produits laitiers, même si elles sont
aujourd’hui limitées ;
 Les aides à l’exportation (restitutions, déstockage à prix subventionnés aujourd’hui nuls) ;
 Les soutiens (notamment aides directes) au secteur des grandes cultures qui ont un effet sur les coûts
de production et donc le prix des aliments des aliments du bétail.
Ainsi, les aides totales dont bénéficiaient les producteurs laitiers européens, représentaient 40 % de leur
revenu en 2013.
43
Source :Sophie Hélaine, La politique laitière européenne, SFER, 9 juin 2016
De leur côté les producteurs laitiers tunisien bénéficientd’un prix garanti et il existe de nombreux soutiens tout
au long de la filière(primeà la collecte,subvention aux transformateurs,prime de stockage…), dont il fautaussi
tenir compte.
44
3. ANALYSE SWOT
Cette analyse SWOT reprend les éléments contenus dans l’étude LACTIMED ainsi que dans les présentations de
R. LOUICHI sur la filière laitière tunisienne (2011)11 et de A. SAKLY, R. OUHICHI et F. KHAMASSI sur la stratégie
de développement de la filière laitière en Tunisie (2014)12.
3.1. Les atouts
De manière générale, la mise en place d’un mécanisme complet de régulation du marché très incitatif
(protection, soutien des prix, stockage, aides à l’exportation).
La production
 La mise en place d’une stratégie nationale pour la promotion du secteur depuis 1994
 L’amélioration du potentiel génétique du cheptel par l’importation de vaches de races pures
hautement productives,
 Le passaged’un état de déficitstructurel à un état d’excédent structurel aboutissantà l’autosuffisance
principalement en matière de lait de boisson,
 L’existence d’un cadre législatif et normatif adéquat (Loi sur l’élevage Oct. 2005),
 La révision continue des coûts de production et des prix de vente à différents niveaux de la filière.
Collecte
 Le réseau national des centres de collecte qui couvre toutes les zones de production laitière,
 La sécurisation des éleveurs en matière d’écoulement de la production laitière,
 La sécurisation des industriels en matière d’approvisionnement en lait frais (85 % du lait industrialisé
provient du réseau national de collecte),
 La croissance continue du taux de collecte,
 Une capacité de collecte installée qui permet un accroissement des quantités collectées ,
 La prime de collecte qui encourage les investissements.
Transformation
 Le développement du tissu industriel qui permet que des quantités croissantes de lait soient
transformées (industrialisation de plus de 74 % de la production nationale),
 Le développement de stratégies de partenariat avec des firmes étrangères pour bénéficier de la
puissance,del’expertise et de la notoriété promotionnelles d’entreprises de dimension internationale
(partage du risque, gestion du système marketing, management de la qualité HACCP,…),
 L’adhésion des industriels dans les programmes de mise à niveau: investissement d’extensions, de
renouvellement du matériel et de la mise en place des systèmes de management de la qualité,
 Une nouvelle orientation vers la diversification de la transformation surtout les produits de haute
valeur ajoutée.
11 : LOUHICHI R., La filière laitière tunisienne, ESIAT, 13 octobre 2011
12 : SAKLY A., OUHICHI R., KHAMASSI F., la stratégie de développement de la filière laitière enTunisie, Alexandrie, 18
septembre 2014.
45
Distribution/ consommation
 La croissance continue de la consommation,
 L’existence des sociétés de distribution et de commercialisation organisées ,
 La mise en placed’un programme de mise à niveau des circuits de distribution des produits agricoles .
3.2. Les faiblesses
Production
La faible productivité des vaches s’explique largement par :
 La petite taille des troupeaux, considérée comme la principale contrainte de la filière laitière,
 L’importance des effectifs de races locales, certes mieux adaptées au milieu mais peu productives,
 Le faible impact des programmes d’amélioration génétique et de reproduction animale : couverture
insuffisante de l’insémination artificielle, programme de contrôle des performances très limité et
insuffisamment valorisé, manque de programmes d’amélioration génétique pour les races
autochtones,
 Les moyens financiers limités des éleveurs, qui ne leur permettent pas d’améliorer leur niveau
technique et de développer leur activité,
 La faible maîtrise des techniques de production par rapport aux technologies modernes de
valorisation des ressources alimentaires et de conduite des élevages,
 Le faible taux d’encadrement, particulièrement pour les petits et moyens éleveurs,
 La faibleorganisation professionnelledes petits éleveurs : le taux d’adhésion des éleveurs aux sociétés
mutuelles de services agricoles (SMSA) et groupements de développement agricole (GDA) est de 8%,
 Les retards de paiement des éleveurs, en raison des difficultés financières de certains centres de
collecte et/ou centrales laitières,
 Le faible impact de la vulgarisation des techniques rationnelles de conduite et d’hygiène de l’élevage,
 L’insuffisance des disponibilités fourragères en qualité et quantités(couverture : 76% des besoins
(étude LACTIMED)).
Collecte
 Un réseau de collecte encore insuffisant et l’existence de circuits de collecte parallèles,
 La quasi-absence, ou la fragilité quand elles existent, de relations contractuelles entre les centres de
collecte et les producteurs,
 La faible maîtrise technique et hygiénique de la collecte, qui ne respecte pas les exigences du cahier
des charges ni de l’agrément sanitaire,
 Une subvention de la collecte sur la base du volume de lait refroidi et usiné, ne tenant pas compte de
la qualité,
 L’absence d’un système uniforme pour le paiement du lait à la qualité,
 La sous-exploitation de la capacité de collecte installée (taux d’utilisation de l’ordre de 70 %).
46
Transformation
 Le manque de traçabilité de l’approvisionnement en lait, qui provient à 85 % des centres de collecte,
La sous-exploitation de la capacité des centrales laitières (taux d’utilisation de l’ordre de 65-70%),
 Une capacité de refroidissement installée insuffisante par rapport aux volumes transformés,
 Une certification en matière de systèmes qualité pas assurée (agrément sanitaire, ISO, HACCP, etc.),
 Le plafonnement du prix de vente du lait UHT demi écrémé (faible valeur ajoutée),
 La part élevée de l’emballage (de type tetra-pack) dans le prix de revient (25% contre 10% en Europe),
 L’absence de signe distinctif de qualité pour les produits laitiers,
 La mauvaisequalité du lait frais, surtout sur le plan bactériologique, qui empêche une diversification
plu slarge de la transformation, notamment pour la production de fromages,
 L’existence de circuits parallèles de transformation peu exigeants en matière de qualité et
l’insuffisance et l’irrégularité du système de contrôle des fraudes,
 Une grande disparité du maillon transformation qui comprend des entreprises leaders et les petites
entreprises.
Les petites unités présentent encore de nombreux points faibles: absence de business plan, de
stratégies industrielleet commerciale, de rigueur de gestion, de responsabilisation du personnel et de
cahier des charges, faible niveau d’encadrement, ignorance des bonnes pratiques de fabrication, etc.
Distribution/Consommation
 L’existence de circuitsparallèles de distribution désorganisés et incontrôlables (29 % du lait produit),
 Le faible niveau d’exigences des circuits parallèles en matière de qualité,
 La part encore relativement faible des GMS dans la commercialisation du lait et des dérivés,
 La déconnexion entre les cycles de consommation et de lactation, génératrice de pénuries (de
septembreà février) ou d’excédents de production (de mars à août),
 Le pic de consommation lors du Ramadan, qui entraine d’importantes pénuries lorsqu’il tombe
pendant labasse lactation.
3.3. Les opportunités
 Une nouvelle stratégie de développement du secteur pour la période 2015-2020,
 La croissance continue de la demande sur le marché national pour les produits laitiers,
 Une demande mondiale en constante progression pour le lait et les produits laitiers ,
 L’existence de marchés d’exportation proches et en forte croissance (Libye, Algérie, pays du Moyen
Orient, pays d’Afrique subsaharienne, …) des produits laitiers,
 La création de nouvelles centrales laitières (Sidi Bouzid et Bizerte) et l’attribution de licences pour de
nouvelles créations à Kairouan, Siliana, Beja …,
 Les bonnes dispositions des partenaires techniques financiers pour appuyer les programmes de
promotion du secteur au niveau de tous les maillons de la filière,
47
3.4. Les menaces
 Les effets du changement climatique sur le secteur de l'élevage,
 La hausse continue du coût de production en raison des fluctuations des prix des intrants sur le
marché international,
 Les réticences des banques à financer des projets d'élevage,
 La contrebande et de l'abattage clandestin des femelles,
 L’impact de la saisonnalitéde la production sur l’écoulement du lait frais et la spéculation sur les prix
et la qualité,
 La concurrence du secteur non organisé (colporteurs, fromageries artisanales, crèmeries …),
 Les effets d’une hausse potentielle des cours du pétrole en termes de coûts de production et de
commercialisation,
 La concurrence accrue sur les marchés d’exportation du fait de l’ouverture des marchés (accord de
l’OMC et accords commerciaux bilatéraux),
 L’ouverture du marché national aux produits laitiers importés suite à la mise en œuvre des accords
commerciaux internationaux (OMC) et dans le cadre de l’ALECA.
48
4. LES THEMATIQUES A DEVELOPPER
Ces thématiques sontcelles que l’on choisira collectivement de creuser dans la poursuitede ce travail.C’estsur
ces thématiques qu’une expertise externe pourra être mobilisée. Il s’agit pour l’instant d’une première
proposition pour ouvrir la discussion. La liste n’est pas exhaustive et peut tout à fait être modifiée.
Le but de l’exercice ici est de préciser les éléments qu’il nous semble important à développer dans la ou les
thématiques choisies, afin de pouvoir élaborer des termes de références pour les expertises complémentaires.
4.1. Structure des coûts de production et de commercialisation / compétitivité des produits laitiers tunisiens
Il s’agira ici sur la base d’enquête auprès de producteurs représentatifs, de collecteur, de transformateurs et
d’exportateurs de :
 Déterminer la structure des coûts de production du lait par principaux systèmes de production
 Déterminer la structuredes coûts de production et de commercialisation pour les principaux produits
laitiers (yoghourts, lait UHT, poudre de lait, fromage)
 De quantifier les aides aux différents maillonsdela filièreet la partde ces aides dans leprix du produit
final.
 De comparer la compétitivité des produits laitiers tunisiens avec les principaux produits concurrents
importés d’Europe : prix (production, FOB, CAF), coûts de transaction, offre, qualité, produits choisis,
gamme proposée, organisation dela filière,CRI… en tenant compte des soutiens à la filière laitière en
Tunisie et en Europe.
4.2. Evaluation de l’impact d’une ouverture accrue du marché tunisien aux produits laitiers européens
Cette seconde partie de l’étude, la plus importante sans doute visera, grâce aux éléments contenus dans le
point précédent
 D’analyser dans un premier temps les effets de la baisse des droits de douane depuis 2009 en termes
de concurrence sur le marché national,
 D’évaluer les effets d’une ouverture accrue du marché aux produits laitiers européens, à partir de
deux scénarios :
o Une ouverture totale du marché tunisien aux produits laitiers européens
o Une ouverture différenciée qui reste à définir, en fonction du degré de sensibilité des
produits importés (ouverture totale sur les produits les moins sensibles comme le
lactosérumet moins forte pour d’autres comme le fromage par exemple) ;
 De préciser les mesures d’accompagnement aux différents maillons de la filière (production, collecte,
transformation, distribution), pour améliorer la compétitivité des produits laitiers tunisiens.
La question du taux de change est également un élément important à prendre en compte dans l’analyse,ainsi
que les stratégies des grands groupes internationaux implantés dans lepays.
49
4.3. Les autres opportunités pour les produits laitiers tunisiens et les contraintes à dépasser
Il s’agit ici de réfléchir à une meilleure valorisation et un meilleur positionnement de produits laitiers, en
travaillant dans deux directions :
 Les marchés à l’exportation (notamment l’Algérie, les pays du Moyen-Orient, les pays d’Afrique
subsaharienne)
Comparaison de la compétitivité des produits laitiers exportés par la Tunisie avec les produits
concurrents sur les marchés potentiels à l’exportation (Algérie, Libye, Moyen Orient, pays d’Afrique
subsaharienne) : prix (production, FOB, CAF), coûts de transaction, offre, qualité, produits choisis,
gamme proposée, organisation de la filière, politique de promotion…
 Le marché intérieur, face à une hausse croissante de la demande (organisation de la filière,
organisation du marché, amélioration de la qualité, gamme de produits proposés, contractualisation,
promotion des produits locaux)
Etant donné letemps disponiblepour l’étude il faudra déterminer s’il ne vaut pas mieux se concentrer dans un
premier temps les marchés d’exportation, ce qui complèterait les analyses en termes de compétitivité.
50
5. BIBLIOGRAPHIE
COMEXT : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/newxtweb/
Commission européenne, https://ec.europa.eu/agriculture/milk/policy-instruments_fr
Commission européenne, Milk market situation,18 mai 2017
Compass,Fromagerie, 2016
DGEDA, Revue du secteur agricole,Filières,2005
FAO, Foodn Outlook, Milk and milk products,october 2016
FAO, Milk and milk products,Priceand trade update, july 2013
FranceAgrimer, La filièrelaitdevache, Bilan 2016,Janvier 2017
GEB – Institutde l’Elevage, Chiffres clés 2016,Productions bovines laitet viande
GIVLait : http://www.givlait.com.tn/presentation-de-la-filiere-lait.html
GIZ, Etude de la filièreLaitdans leGouvernorat de Kairouan,décembre 2014
HELAINE S., La politiquelaitièreeuropéenne, SFER, 9 juin 2016
INS : http://www.ins.tn/
KHAMASSI F., La filièrelaitau niveau de l’industrie,Alexandrie,18 septembre 2014.
LACTIMED, Le marché des produits laitiers,Etude sur les débouchés des marchés internationaux,février 2015
LACTIMED, Valorisation des produits laitiers typiques deBizerte et Béja, Diagnostic etstratégie locale,
novembre 2013
LOUHICHI R., La filièrelaitièretunisienne,ESIAT, 13 octobre 2011
OCDE/FAO, Perspectives agricoles del’OCDE et de la FAO, 2016
OEP : http://www.oep.nat.tn/index.php/fr/donnees-sectorielles
OMC, Examen des politiques commerciales,Rapportdu Secrétariat,WT/TPR/S/341/Rev.1, 10 octobre 2016
ONAGRI : http://www.onagri.nat.tn/articles?id=8
SAKLY A., LOUHICHI R., KHAMASSI F., la stratégie de développement de la filièrelaitièreen Tunisie,
Alexandrie,18 septembre 2014.
Tradmap : http://www.trademap.org/Index.aspx
USDA, Milk market observatory, mars 2017
YOU G., Situation et devenir des marchésdes produits laitiers,Forces et faiblesses dela Francelaitière,GEB –
Institutde l’Elevage, novembre2016

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  • 1. 1 Note d’analyse Etat des lieux de la filière LAIT 1. LA FILIERE LAIT EN TUNISIE1 1.1. Importance la filière dans l’économie tunisienne La filièrelaitoccupeune place importante dans le développement du secteur agricoleet agro-alimentaire de la Tunisie. Depuis 1994 et la mise en œuvre de sa stratégie laitière visant une substitution aux importations, la production nationale de lait a considérablement progresser jusqu‘à atteindre l’autosuffisance à la fin des années 1990. La filièrelaitcontribueainsi à hauteur de 11 % de la valeur de la production agricole totale, 25 % de la valeur de la production animale et 7 % de la valeur de l’industrie agro-alimentaire (OEP 2012). La filière lait en Tunisie est également très importante en termes d’emplois puisqu’on dénombre en 2015 112 100 éleveurs, soit plus de 30 % des emplois agricoles, auxquels il convient d’ajouter les emplois de l’industrie laitière et les emplois générés tout au long de la filière. Il s’agit d’une filière à fort effet d’entraînement considérée comme un moteur de l’intensification de l’agriculture et du développement du secteur agro-alimentaire. En matière d’échanges, la Tunisiea exporté en 2015pour 58,3 millionsdedinars et importé pour 51,46 milliards de dinars de produits laitiers, soit environ 1,3% de ses échanges totaux. La filièreconsidéréecomme prioritairepar l’Etattunisien contribuepar ailleurs à assurer la sécuritéalimentaire du pays et a un rôle important en matière d’aménagement de l’espace et de gestion des ressources naturelles. 1.2. La production Le cheptel et les régions de production Le cheptel tunisien est relativement stable depuis 10 ans, il comprend 438 000 vaches laitières en 2014, dont 240 000 de races pures (Holstein (55% du cheptel) et 198 000 de races locales et croisées. 1Nous ne traitons ici que la filière lait de vache.
  • 2. 2 L’élevage laitier estconcentré dans leNord (70% du cheptel) qui recèle les plus grandes ressources fourragères du pays et dans le Centre. Les principaux bassins de production sont situés dans les gouvernorats de Bizerte, Jendouba, Béja, Sidi Bouzid et Mahdia (au total 60 % de la production nationale). Les exploitations Il existe de fortes disparités dans les élevages, mais globalement on constate qu’une très grande majorité des éleveurs ont moins de 5 vaches et sont sur des petites exploitations. Ainsi,la distribution des éleveurs selon la superficie de l'exploitation indique que plus de 73 % d’entre eux ont une exploitation de moins de 10 hectares, et pour plus de la moitié la superficie est inférieure à 5 hectares.
  • 3. 3 Source :LACTIMED2 d’après les enquêtes sur lesstructuresagricolesde2004-2005 De plus,la répartition des éleveurs de bovins selon lenombre de vaches possédées montre que 83 % d’entre eux ont moins de 5 vaches et 1,5 % seulement plus de 20 vaches. 2LACTIMED, Valorisationdes produits laitiers typiquesde Bizerte et Béja, Diagnostic et stratégie locale, novembre 2013
  • 4. 4 Les races et la productivité Les vaches de race pure, dont la part dans l’effectif total n’a cessé de croitre depuis 10 ans , sont à95% de race Frisonne-Holstein,adoptée par les tunisiens du faitde sa bonne adaptation aux conditions climatiques etde ses performances laitières. En 2014,la productivité moyenne des vaches tunisienne serait de l’ordre de 6197 kg (toutes races confondues) par lactation (données OEP), contre 6865 kg en moyenne pour l’ensemble de l’UE28 (7541 kg en Allemagne et 6972kg pour la France avec des niveaux de plus de 9000 kg pour les PimHolstein). Si ces chiffres sont confirmés ce sont des niveaux de productivité élevés, mais l’étude LACTIMED indique une productivité moyenne par vache beaucoup plus faible:  vache de race pure : 4 200 litres ;  vache de race croisée : 1 100 litres ;  vache de race locale : 600 litres. L’étude LACTIMED indique que « la faible productivité relative des vaches par rapport au potentiel de production s’explique notamment par la qualité de la ration alimentaire, qui baisse avec l’aridité de certaines régions du pays.Dans le Nord, où se concentrent les grandes exploitations laitières,la verdureet l’ensilagesont disponibles tout au long de l’année. La complémentation en aliments concentrés est totalement destinée à couvrir les besoins de production des vaches. Dans les régions du Centre et du Sud, les élevages hors-sol sont prépondérants et les aliments concentrés complémentent en partie la ration de base (foin, paille, cactus, etc.) pour couvrir les besoins d’entretien, de croissance et de gestation des vaches. »
  • 5. 5 Les systèmes de production D’après l’étude Lactimed reprenant les travaux de Kayouli de 1995, trois grands types de systèmes d’exploitation coexistent en Tunisie : Les élevages traditionnels ou extensifs Ils sont répandus dans le Nord du pays (qui abrite les trois quarts du cheptel), mais aussi dans les zones intérieures et marginales. Ils sont caractérisés essentiellement par des superficies limitées, en sec, se basant sur une main d’œuvre familiale. Les troupeaux sont généralement mixtes : bovins de 1 à 4 vaches, de races locales ou améliorées. L’alimentation basée sur les parcours est complétée par des ressources fourragères durant les périodes difficiles. La productivité, très limitée, est en général inférieure à 2 000 litres par vache. « Le problème principal résidedans la faiblefertilitédes animaux,due à leur mauvaisealimentation saisonnière et à leur forte mortalité. Ces problèmes sontsouvent liés à la surchargeanimale et à l’insuffisance saisonnière des ressources fourragères. Ces systèmes sont peu rentables sur le plan économique mais ils sont très bien adaptés à l’environnement et sont très efficaces sur le plan écologique » (Kayouli, C., 1995). Les élevages intensifs intégrés et organisés Ils concernentles grandes exploitations du Nord du pays et sont fréquents dans les régions de grandes cultures, notamment à Bizerte, Béja, Jendouba, le Kef, Zaghouan et Nabeul dans le Nord-Est (Jaouad, 2004). Ils concernent 20% des éleveurs laitiers. Jusqu’au début des années 1980, le cheptel était de race locale ou croisée mais il a progressivement été remplacé par du cheptel de races pures.Ce système est orienté principalementvers la production laitière.Il est caractérisé par : une alimentation basée sur le fourrage vert et l’ensilage ; un taux d’intégration de l’élevage à l’agriculture élevé. Malgré la production locale de fourrage, les élevages intégrés emploient de grandes quantités d’aliments concentrés. Ceci est dû en partie à la mauvaise qualité du fourrage produit localement (Kayouli , C., 1995). Les élevages semi-intégrés et les élevages intensifs "sans terre" Ils concernent essentiellement les producteurs laitiers familiaux concentrés dans les zones irriguées et périurbaines. La superficie cultivable est souvent limitée au regard du nombre d’animaux, de l’ordre de 0 à0,3 ha / vache (Kayouli,C.). La plupart de l’alimentation (fourrage et concentrés) est achetée. La main d’œuvre est familiale et les éleveurs ont souvent une autre source de revenu. Les investissements sont réduits au minimum, avec des financements externes limités. Le nombre d’animaux est très variable, mais va généralement de 1 à 20 vaches. Ce système s’est développé de manière spectaculaire dans le Sahel (Sfax, Mahdia, Monastir, Sousse) et se rencontre fréquemment dans d’autres régions, notamment dans la zone périurbaine de Tunis et dans les régions horticoles : Bizerte et Cap Bon (Kayouli, C.). Les élevages "hors sol", pratiqués en dehors des surfaces agricoles, sont développés surtout dans le centre du pays ; ils concernent 22 % de tout l’élevage bovin et 50 % des élevages laitiers (GIVLait).Les élevages semi- intensifs ou non intégrés, développés dans le Nord-Ouest, sont pratiqués pour l’engraissement des taurillons (GIVLait). Le tableau suivant, établi par Chedly Kayouli, résume bien les principales caractéristiques des différents systèmes de production laitière.
  • 6. 6 La production de lait La mise en place de la stratégie laitière engagée en 19943, qui visait la réalisation de l’autosuffisance d’ici l’année 2000, a engendré une forte croissance de la production de lait en Tunisie. Entre 1994 et 2000 elle a augmenté de 70 % permettant d’atteindre cet objectif. Depuis, la progression est plus faible mais est quand même estimée à 3 % en moyenne par an sur la période 2004/15.Depuis 2016, la Tunisie fait même face à une crise de surproduction que les débouchés locaux et à l’exportation n’arrivent pas à absorber. 3Cette stratégie était basée notamment sur l’importationde génisses, l’introduction de l’insémination artificielle et la mise en place des centres de collecte 58% 58% 58% 61% 61% 63% 64% 64% 62% 0 500 1000 1500 50% 55% 60% 65% 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 Evolution annuelle de la production et de la collecte de lait frais Production de lait frais Source : Givlait
  • 7. 7 1.3. La collecte de lait Depuis la mise en place de la stratégie laitière en 1994 la collecte de lait s’est considérablement développée. Les taux de collecte, qui étaient inférieurs à 30 % au cours des années 1980, ont dépassé 50 % en 2000 pour atteindre 62 % en 2015, soit une quantité annuelle collectée de 848 millions de litres. Notons que la collecte dépendant de la production connaitde fortes variationssaisonnières.Aujourd’hui, il existe près de 235 centres de collecte d’une capacité totale de 2,6 millions de litres de lait par jour. La collecte est répartie sur 5 bassins :  Le bassin Nord-Ouest (gouvernorat de Béja et Jendouba) : 21 % de la collecte en 2014,  Le bassin Nord-Est (Bizerte, Ariana et la Manouba) : 22 % de la collecte,  Le bassin du Centre Ouest (gouvernorats de Sidi Bouzid, Gafsa et Kasserine) : 24 % de la collecte,  Le bassin de Centre-Est (Mahdia, Sfax et Monastir) : 30 % de la collecte,  Le bassin du Sud (Gabès) : 2% de la collecte ; Les centrales laitières s'approvisionnentà hauteur de 85 % en laitfrais auprès des centres de collecte et le reste de l’approvisionnement se fait directement auprès des grands élevages. Comme le souligne l’étude Lactimed : « les centres de collectes ont un rôle très important au sein de la filière : par leur position charnière entre les éleveurs et les transformateurs, ils permettent, d’un côté, la valorisation de la production laitière en assurant aux producteurs l’écoulement de leur produit d’une manière permanente et, de l’autre côté, la régularité des approvisionnements des centrales laitières. En outre, la qualité du lait réceptionné par les centrales laitières est également conditionnée en grande partie par le contrôle et la compétence du personnel des centres de collecte. Les centres de collecte sont gérés par plusieurs types d’organismes : Office de l’Elevage et des Pâturages(OEP), Coopératives Agricoles de Service (CAS), opérateurs privés, industriels (centrales laitières, fromageries, etc.). » Le lait est acheminé vers les centres de collecte par trois canaux principaux :  les éleveurs qui amènent leur production, une à deux fois par jour, au centre de collecte et parfois directement à la centrale laitière ;  le centre de collecte qui ramasse le lait à l’exploitation ;  des colporteurs qui ramassent le lait et le livrent aux centres de collecte, aux industriels ou directement aux utilisateurs (crémiers, cafetiers, consommateurs). Les colporteurs assurent aussi la collecte de lait à destination de la vente directe. La faiblesse des contrôles effectués sur ce lait qui est vendu à des revendeurs et des utilisateurs finaux, pose des problèmes de risques sanitaires. Depuis décembre 2008, les centres de collecte sont tenus de se soumettre à un agrément sanitaire qui les contraints à se conformer aux normes d’hygiène et de qualité en matière d’équipements et de techniques de production. La mise en place de cet agrément est un élément majeur pour l’amélioration de la qualité du lait collecté et la préservation de la santé des consommateurs.
  • 8. 8 1.4. La transformation Le tissu industriel La Tunisie a développé un outil industriel important permettant de transformer en 2016, 975 millions de litres (équivalentlait),contre 507 millions en 2000.Avant la mise en place de la stratégie laitière cette industrie était en grande partie (plus de 80 %) basée sur la reconstitution de la poudre de lait importée. Depuis, grâce à la taxation de la poudre de laitimportée, à la subvention de la transformation du lait frais et au renforcement du réseau de collectede laitfrais,la transformation de lait local a fortement progressé. Ces mesures ont incité les éleveurs à augmenter leur production et à l’écouler sur le marché. Ainsi, plus 70 % du lait frais produit est aujourd’hui transformé. Source : Lourichi, R (2013) Le secteur de la transformation du lait comprend 43 unités industrielles pour une capacité de transformation de 4,2 millions delitres de lait par jours, ainsi qu’un réseau de transformateurs artisanaux répartis sur tout le territoire. L’étude Lactimed indique ainsi l’existence de :  9 centrales laitières produisant le lait de boisson et dérivés frais (yoghourts…), dont 4 détiennent environ 90 % du marché du lait de boisson, le leader détenant à lui seul environ 60 % du marché. Ces centrales disposent d’une capacité de transformation journalière en lait et dérivés frais d’environ 2,5 millions de litres ;  Une centrale laitière produisant exclusivement les dérivés du lait qui détient environ 65 % du marché des yoghourts (les 4 premières centrales laitières détiennent 91% de ce marché) avec une capacité de 450 000 litres/jour ;  1 unité de séchagedu laitd’une capacitéde150 000 litres/jour ;
  • 9. 9  50 unités de production de fromages à partir du laitfrais(unités industrielles etartisanales) avec une capacitéde transformation de l’ordrede 500 000 litres/jour ;  5 unités de production de fromages fondus ;  3 unités de production de crèmes glacées. Les entreprises leaders de la branche ont su développer des partenariats permettant l’introduction de grandes marques internationales et d’offrir une gamme diversifiée de produits. Ainsi, une seconde étude Lactimed consacrée aux débouchés internationaux4, indique « qu’en Tunisie, le marché du lait et des produits laitiers témoigne d’une domination des filiales de firmes multinationales dont une grande majorité est originaire de France. Les fromages fondus composent près des trois quart du marché des fromages, avec la présence dominante de la marque Président de la firme Industries Alimentaires de Tunisie, co-entreprise de la firme française Lactalis et l’un des plus grands groupes congloméraux tunisien, le groupe Mabrouk, qui détient 30% des parts de marché du fromage national. Le groupe Mabrouk, également partenaire de Casino Guichard- Perrachon et qui gère les enseignes Géant et Monoprix en Tunisie, apporte un avantage i ndéniable à la commercialisation des produits de l’entreprise Industries Alimentaires de Tunisie. Les deuxième et troisième places sont détenues par des entreprises tunisiennes, respectivement Land’Or (15% des parts de marché) (ex SOVIA, Société Tunisienne des Dérivés du Lait) et Sotudel (5,3% des parts de marché). La préférence des consommateurs tunisiens s’oriente davantage vers les fromages fondus : les parts de marché des fromages à pâte dure (de type emmental ou cheddar) ou à pâte molle ne représentent respectivement que 24% et 4% des parts du marché des produits laitiers et ont tendance à voir leurs parts de marché se rétrécir. Centrale Laitière de Cap Bon, filiale du groupe Délice-Danone est le leader du marché du lait à boire avec 39% des parts de marché suivie par la Centrale Laitière de Mahdia (Vitalait) avec 19 % des parts de marché et de TunisieLait,partenaire de Candia, filiale de l’union des coopératives laitières françaises, Sodiaal. Fin 2012, la Centrale Laitière de Mahdia, à l’instar des autres grandes entreprises laitières du pays, a opté pour une ouverture de son capital aux investisseurs étrangers en vendant 45 % de ses actions à l’entreprise laitière ibérique Kaiku. Délice Danone, avec deux marques bien assises sur le marché tunisien, est leader du marché des yoghourts et autres laits fermentés avec près d’un tiers des parts de marché. Cependant, les parts de marché de Délice Danone diminuent quelque peu face à de nouveaux arrivants qui accentuent la concurrence. Vitalait (Centrale Laitière de Mahdia) détient 26 % des parts de marché alors que Industries Alimentaires de Tunisie (Lactalis+groupe Mabrouk) se contentent de moins de 11 % des parts de marché. D’autres firmes multinationales commeFromagerie Bel, originairedeFrance ou le groupe Emmi originairede la Suisse(avec la marque Mamie Nova et Yogo) sont présents sur lemarché tunisien du laitet des produits laitiers bien que leurs parts de marché respectives demeurent aux alentours de 5 % dans les segments où ils opèrent. » Ces éléments sont importants à connaître dans le cadre des négociations commerciales entre la Tunisie et l’Europe qui visent à une ouverture accrue des marchés. Dans ce cadre, on peut se demander quelle sera la stratégie de ces firmes multinationales présentes des deux côtés de la Méditerranée : relancer les exportations 4LACTIMED, Le marché des produits laitiers,Etude sur les débouchés des marchés internationaux,février 2015
  • 10. 10 de poudre de laitvers la Tunisie ? Ou au contraire, soutenir l’industrie laitière tunisienne pour exporter sur les marchés en forte croissance (Algérie, Afrique, Moyen Orient…) et à terme vers l‘Europe ?… La gamme des produits proposés L'industrie laitière propose une large gamme de produits notamment :  le lait de boisson, pasteurisé, stérilisé ou UHT avec ses 3 degrés d’écrémage (écrémé, demi -écrémé et entier) qui représente 63 % du lait transformé. Depuis 1998 la production de lait stérilisé se fait uniquement à partir de laitfraislocal.La production de laitde boisson dépasseles besoins internes, le surplus est absorbé par les stocks de régulation, par l’unité de séchage et par l’exportati on.  le yoghourt et les produits frais, tels que les laits fermentés (raieb, leben), les desserts lactés, etc., qui représentent 16 % du lait transformé. Le yoghourt est produit quasiment exclusivement avec du lait local (5 % maximum de poudre de lait importée ajoutée).  le beurre, produit de l’écrémage du lait frais ou à partir de matière grasse de lait anhydre (MGLA) importée ;  les fromages, frais, pressés, fondus, qui représentent aujourd’hui 15 % du lait transformé;  la poudre et autres concentrés de lait ;  les crèmes glacées. Les produits de la transformation du lait (millions de litre) Années 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2015% Lait UHT 378 419 400 456 447 510 509 546 610 63% Yaourt 140 144 155 140 145 145 160 155 160 16% Fromage 110 116 130 120 123 125 135 140 145 15% Autres dérivés 40 46 55 44 45 40 46 50 55 6% Lait en poudre 12 - - - 10 - - 9.5 5 1% Total industrie 680 725 740 760 770 820 850 890 975 975 Source : GIVLait 1.5. Les réseaux de commercialisation et la distribution des produits laitiers La commercialisation du lait Il existe deux réseaux de commercialisation du lait :  Le circuit informel qui couvre essentiellement la vente de proximité du lait cru et le colportage. La vente de proximité de lait cru concerne les petits éleveurs qui choisissent de vendre directement leur lait (ou une partie) aux consommateurs, notamment pour ceux qui accèdent difficilement aux
  • 11. 11 centres de collectes. C’est ainsi la garantie d’écouler quotidiennement leur production tout en ayant un meilleur prix d’achat. Pour le consommateur le prix est aussi souvent plus abordable, le lait est « frais » et livré à domicile. Outre que ce mode de commercialisation ne respecte pas les prix homologués par l’Etat, il échappe à toute fiscalité et pose des problèmes de qualité (mouillage, respect des règles d’hygiène, qualité sanitaire du produit). Il existe pourtant une loi de 1964 interdisant la vente de lait cru pour réduire le colportage et une loi d’octobre 2005 qui fixe les conditions sanitaires et techniques qui devraient être respectées lors du transport du lait cru. Cependant ces deux lois sont peu appliquées.  Le circuit organisé Il est composé des centres de collecte, des entreprises de production industrielles et des canaux de distribution qui acheminentlelaitet les produits laitiers vers les points de vente aux consommateurs. D’une manière générale, les grands producteurs sont liés par des contrats aux industrielsqui collectent le lait à la ferme ou les réceptionnent à l’usine si les producteurs sont équipés de moyens de transport réfrigérés. Les petits et moyens producteurs livrent soit aux centres de collecte soit aux colporteurs. Source : Lactimed, novembre 2013 Les canaux de distribution du lait et des produits laitiers aux consommateurs sont multiples (cf. graphe suivant). L’étude Lactimed identifie3 types de canaux de distribution selon le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur final :  des canaux ultra-courts qui concernent les ventes directes du producteur au consommateur ;  des canaux courts qui comportent un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur ;  des canaux longs caractérisés par un nombre d’intermédiaires égal ou supérieur à 2.
  • 12. 12 Ce circuit de commercialisation fait intervenir plusieurs types d’acteurs : - des grossistes dépositaires répartis à travers le pays et parfois liés par contrats avec les grandes centrales laitières, qui jouent un rôle très important en approvisionnant quotidiennement les petites épiceries de quartier ; - des détaillants fournis par les grossistes ou directement par les centrales, qui revendent aux consommateurs ; - la grande distribution qui intègre les fonctions de grossiste et de détaillant ; - des collectivités publiques, le plus souvent livrées directement. Le réseau tunisien des grandes et moyennes surfaces (GMS) est constitué de 2 grandes surfaces (hypermarchés) situées dans le Grand Tunis : Carrefour et Géant et de plus de 140 moyennes surfaces (supermarchés) réparties sur l’ensemble du territoire tunisien. Elles offrent une gamme de produits laitiers assez diversifiée, composée de produits industriels et de produits artisanaux. Les épiceries de quartier représentent un lieu d’achat journalier et de proximité. Elles proposent une gamme de produits moins larges queles GMS composée de produits industrielset de produits artisanaux livrés par des petits transformateurs locaux. Les épiceries de quartier représentent une part importante des ventes alimentaires, particulièrement en zone rurale. Cette part est estimée à 80 % (MAC SA, 2010). Les crémeries sont plutôt intégrées au circuit informel et s’approvisionnent auprès des petits transformateurs locaux. 1.6. La consommation tunisienne de produits laitiers D’après les données disponibles sur le site de l’ONAGRI, la demande intérieure en produits laitiers a progressé de 36 % sur 10 ans pour atteindre 1,215 millions de tonnes en 2014. Source ONAGRI
  • 13. 13 Depuis la fin des années 1990 la consommation tunisienne de lait n’a cessé d’augmenter pour atteindre près de 110 kg par habitant et par an en 2015, contre 38,8 kg/hbt/an en 1990. Par ailleurs, on constate que la consommation de laitet de produitlaitiers est beaucoup plus importante en ville qu’en milieu rura l et est plus élevée chez les cadres et les professions libérales supérieures. D’après les données de l’INS :  La consommation nationale de yoghourts a été multipliée par 3 entre 1985 et 2015 pour atteindre les 102kg équivalent lait frais ;  La consommation de fromages est passée de 0,2 kg/a/hbt en 1985, à 1,4 kg en 2015 ;  La consommation moyenne de beurre stagne à 1kg par an depuis l’année 2000, après une progression continue (0,4 kg en 1985). Pour écouler les stocks excédentaires, l’Etat tunisien a décidé en 2016de mener une campagne pour encourager la consommation de lait.De plus,les autorités ont acquis 16,5 millions de litres pour les distribuer aux institutions de l’Etat, comme l’armée par exemple. 1.7. Les échanges Les importations Depuis que la Tunisie a atteint l’autosuffisance en lait à la fin des années 1990, ses importations ont considérablement diminué. Toutefois, elle continue à se fournir sur le marché mondial pour répondre notamment à certains besoins de l’industrie agro-alimentaire, mais aussi pour combler des situations conjoncturelles de pénuries car la production est irrégulière. Depuis 2012, les importations décroissent régulièrement et atteignent 12 800 tonnes en 2016, pour une valeur de 52 millions de dinars, soit 1,13% des importations totales. Les produits laitiers importés proviennent principalement d’Europe (69 % des volumes importés), notamment de France (29 %), des Pays-Bas (15 %) et d’Irlande (11 %) et depuis 2014 de Norvège (14 %).
  • 14. 14 0 5000 10000 15000 20000 25000 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 Importations tunisiennes de produits laitiers par fournisseurs (tonnes) Autre Nouvelle Zélande Brésil Norvège Union Européenne Source :INS
  • 15. 15 La Tunisie importe essentiellement :  Du lactosérum (42 % des volumes importés en 2016pour une valeur de 13,36 millions de dinars ) ;  De la poudre de laitet du laitconcentré(37% des volumes importés pour une valeur de 18,94 millions de dinars) ;  Des fromages (21% des volumes importés pour une valeur de 19,2 millions de dinars) utilisés principalement pour fabriquer du fromage fondu très consommé en Tunisie. Il s’agit donc en grande partie de produits servant d’intrants au secteur de l’agro-alimentaire et dans l’alimentation animale. Cet élément est important à prendre en compte dans le cadre d’une ouverture aux produits européens qui peut être différente suivant les produits. Il pose la question de la disponibilité, existante et potentielle, en Tunisie des différents produits laitiers importés et donc du niveau réel de concurrence de ces produits importés pour la production nationale.
  • 16. 16 La politique tunisienne à l’importation Afin de promouvoir sa propre production et la substituer aux importations de poudre de lait européenne, la Tunisie a fait le choix d’une protection élevée de sa filière laitière. Ainsi, jusqu’en2005 le droit de douane moyen appliqué aux produits laitiers était de 95,3 %(le droit de douane moyen pour l’ensemble des produits agricoles était de 65,7%). Aujourd’hui, le droit de douane moyen pour l’ensemble des produits agricole est de 33,8 % et il est de 33,3 %pour les produits laitiers. Le droit de douane maximum appliqué sur les produits agricoles est de 36 % depuis 2009, donc aussi pour les produits laitiers (même si les droits plafond notifiés à l’OMC, c’est-à-dire pouvant être appliqués sans plainte d’un fournisseur atteignent 180 %). Une taxe professionnelle de 1 à 2% de la valeur CAF est aussi perçue au profit du fonds de développement de la compétitivité dans les secteurs de l'agriculture, de la pêche et des industries agroalimentaires (FODECAP). Par ailleurs, le décret n° 2014-4512 du 30 décembre 2014, portant suspension ou réduction des droits de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée et du prélèvement dus sur certains produits agricoles et agro- alimentaires a fixé les niveaux de droit de douane pour le lactosérum à 10 % (040410) et 27 % (040490 ) età 15 % pour certains laits et crème de lait, concentrés ou additionnés de sucre ou d'autres édulcorants (040291 et 040299),ce qui est confirmé dans la loi de finances 2016.Le coût des importations de produits alimentaires, notamment pour les industries les utilisantcomme intrants (industrieagroalimentaire,y compris d'exportation, hôtellerie, restauration), s'en trouve donc réduit. Cependant, en janvier 2016, face à la crise de surproduction, la Ministre du commerce a recommandé la suspension des avantages fiscaux dont bénéficiaient les poudres de lait importées et l’arrêt de ces importations. Source : OMC, Examen des politiques commerciales,octobre2016
  • 17. 17 Par ailleurs, pour un certain nombre de produits, la Tunisie offre aux pays fournisseurs un accès à des contingents tarifaires à droits réduits, c’est le cas en particulier des produits laitiers :  Poudre de lait : 20 000 tonnes à un droit de douane de 17% (mais seulement 4 700 tonnes d’importation en 2016) ;  Beurre : 4 000 tonnes à un droit de douane de 35 % (48 tonnes importées en 2016) ;  Fromages : 1 500 tonnes à un droit de douane de 27 % (2696 tonnes importées en 2016). OMC, Examen des politiques commerciales, octobre 2016 Le protocole 3 de l’Accord d’association avec l’UE Dans cadre du Protocole de l’accord d’association entre la Tunisie et l’Europe, cette dernière bénéficie d’un accès préférentiel (faisantparti des quotas OMC) pour le lait en poudre (9 700 tonnes avec un droit de douane de 17 %), le beurre (250 tonnes avec un droit de douane de 35 %) et les fromages (450 tonnes avec un droit de douane de 27 %).
  • 18. 18 Par ailleurs,l’Article 25 de l’accord indique que « lorsque l'augmentation des importations d'un produit se fait dans des quantités et dans des conditions telles qu'elle provoque ou risque de provoquer : un préjudice grave aux producteurs nationaux de produits similaires ou directement concurrentiels sur le territoire d'une des parties ou des perturbations sérieuses dans un secteur de l'activité économique ou des difficultés pouvant se traduire par l'altération grave d'une situation économique régionale, la Communauté ou la Tunisie peuvent prendre les mesures appropriées dans les conditions et selon les procédures prévues à l'article 27 ». Cette mesure de sauvegarde est compatible avec l’accord agricole de l’OMC signé aussi par la Tunisie. Les exportations La forte progression de la production a permis de satisfaire la demande nationale et a même généré un excédent dont une partie est destinée à l’exportation. D’importateur net, la Tunisie est ainsi devenue exportateur net de produits laitiers. Le taux de couverture des importations par les exportations est de 108% en 2016.
  • 19. 19 Les exportations sont très variables, elles ont culminé à près de 50 000 tonnes en 2012. En 2016, la Tunisie a exporté23 000 tonnes de lait et produits laitiers pour une valeur de 56 millions de dinars, soit 1,45 % des exportations tunisiennes. La Tunisie écoule essentiellement ses produits laitiers sur le marché Lybien qui représente en 2016, 54 % des volumes échangés.Outre la situation deguerre en Lybie, elledoit fairefacesur ce marché et sur les marchés du Maroc ou encore de l’Algérie et de la Turquie à une forte concurrence des produits européens. 0 5000 10000 15000 20000 25000 30000 35000 40000 45000 50000 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 Exportations tunisiennes de produits laitiers par pays (tonnes) Autres Maroc Pays non-déterminés Libye Source :INS
  • 20. 20 Les produits écoulés sont :  Du lait et de la crème de lait (040110 à 040150), pour 57 % des volumes exportés en 2016 et une valeur de 17 millions de dinars ;  Des crèmes et yoghourts, pour 23 % des volumes exportés et une valeur de 12,1 millions de dinars ;  Des fromages fondus, pour 20 % des volumes exportés et une valeur de 24,5 millions de dinars. Les soutiens à l’exportation Afin de réguler le marché en situation de surproduction, les exportations de lait bénéficient depuis 2016 de subventions aux exportations. Le montant de la subvention, prolongée en 2017, est de 115 millimes le litre de lait demi-écrémé et de 200 millimes le litre de lait entier exporté. Les exportations de lait peuvent par ailleurs bénéficier du Fonds de Promotion des Exportations (FOPRODEX). (1000 dinars) 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2016% Lait et crème de lait 040110 à 040150 4134 10670 4330 2669 6675 2668 17030 30% Babeurre,lait et crème cailles,yoghourt,kephir 040310 et 040390 11154 20607 19966 24995 21168 20332 12136 22% Fromages fondus,autres que râpes ou en poudre 04630 25310 48243 44838 55929 28858 33433 24486 44% Autres fromages 162 1106 1652 655 663 1492 2459 4% Autres produits laitiers 119 9083 1005 3478 934 372 43 0% TOTAL 40878 89708 71791 87726 58298 58298 56154
  • 21. 21 1.8. Les politiques publiques d’appui La stratégie laitière La stratégie laitière mise en œuvre à partir de 1994, est basée sur une série de mesures incitatives articulées principalement autour des axes suivants :  la croissance régulière de la production ;  la promotion de la productivité ;  l’organisation de la filière ;  l’amélioration de la qualité. Les principales mesures de la stratégielaitièresont:  l’encouragement de la production locale de génisses de race pure pour réduire les importations d’animaux vivants ;  l’orientation des éleveurs vers les races à production mixte (lait et viande) ;  l’instauration des mécanismes d’organisation de la filière (approche contractuelle, loi sur l’élevage, organisation des colporteurs, etc.) ;  l’extension du réseau de collecte du lait ;  l’instauration de mécanismes de valorisation de la haute lactation par la constitution d’un stock régulateur de lait de boisson et la création d’une unité de séchage du lait ;  l’intensification de l’encadrement des éleveurs et élargissement de la couverture sanitaire des troupeaux ;  le développement des ressources fourragères et mise en place d’un programme spécifique de sauvegarde du cheptel en période difficile ;  l’orientation des efforts vers l’amélioration de la productivité et de la qualité ;  la mise à jour du prix du lait à la production ;  l’octroi d’une subvention à la consommation du laitindustrialisé;  la miseen placede mesures de protection de la production nationalede laitet dérivés . En Tunisie, le mécanisme de régulation du marché du lait peut être comparé à celui qui existait avant dans l’Union européenne, il s’appuie sur :  un mécanisme de prix : o un prix garanti à la production (0,736 dinars le litre en janvier 2015 augmenté de 30 millimes depuis avril 2017). Malgré qu’il soit régulièrement revu ce prix n’arrive pas toujours à suivre les variations du prix des facteurs de production et en particuli er des aliments ; o un prix fixé à la consommation (1,120 dinar/litre de lait demi-écrémé uht et 1,070 dinar/litre de lait demi-écrémé en bouteille en janvier 2015). Le prix des autres produits (yoghourts, beurre, fromages…) sont libres ; o une subvention de 60 millimes/litre pour les centres de collecte sur la base des quantités collectées et réceptionnées par les usines de transformation. Depuis 2017, une prime de 10 millimes/litre de lait réfrigéré et industrialisé est accordée aux centres de collecte qui
  • 22. 22 adhèrent au projet de mise à niveau des fermes productrices de lait (mise en place de la réfrigération); o une subvention de 120 millimes le litre (augmenté de 30 millimes en avril 2017) accordées aux industriels ;  un mécanisme de stockagebasé sur une prime de stockage de 50 millimes par litre de lait UHT stocké. Ce mécanisme servait initialement à réguler les excédents saisonniers de lait ;  des subventions aux exportations (115 millimes le litre de lait demi -écrémé exporté et 200 millimes le litre de lait entier) ;  la mise en place d’une structure de séchage du lait dont le coût est également subventionnée. Ce mécanisme a très bien fonctionné puisque qu’il a permis d’atteindre l’autosuffisance dès 1999 et de générer un excédant qui a alimenté l’unité de séchage et les exportations à partir de 2000. Cependant en période de surproduction, comme actuellement et comme en Europe il y a quelques années , ce mécanisme peut s’emballer, générer des stocks croissants difficiles à écouler et devenir très coûteux. Ainsi, les stocks de lait étaient de 64 000 tonnes (niveau le plus élevé) en 2016, malgré une augmentation du séchage et une reprise des exportations. Ces mesures ont un coût important et croissant. Si l’on analyse les charges de la caisse générale de compensation, les dépenses pour le lait (qui ne comprennent pas les coûts de stockage, ni les subventions aux exportations),ont progresséde 23,1 millions dedinars en 2011 à 68,6 millionsdedinars en 2014. En 2015, avec 61,2 millions de dinars, le secteur lait représente 3,7% des dépenses totales de la caisse générale de compensation. Rapporté à la production totale de lait cela représente 44,47 millimes/litre, soit 6% du prix au producteur en 2015.
  • 23. 23 Source :OMC, Examen des politiques commerciales, 2016 La stratégie de développement de l’industrie agro-alimentaire La stratégie de développement de l’industrie agroalimentaire, mise en place en 1999, vi sait la croissance du secteur, en incitant les entreprises à :  être plus compétitives sur le marché local et international ;  élaborer des produits de qualité, à plus forte valeur ajoutée ;  offrir des produits spécifiques avec des labels tunisiens ;  développer les exportations. Cette stratégie repose sur les axes suivants (APII/CEPI, 2011) :  la libéralisation progressive du commerce des intrants et produits finis ;  l’augmentation et la diversification de la production agroalimentaire pour accroître l’utilisation de la capacité industrielle installée, augmenter la valeur ajoutée du secteur et satisfaire les besoins du marché, aussi bien local qu’international ;  la modernisation et la restructuration du secteur par la mise à niveau des entreprises agroalimentaires, l’introduction denouvelles technologies,la promotion de la qualité,la traçabilité, la certification et l’adaptation de la démarche HACCP (création d’un fonds de restructuration du secteur, intégré dans le Fonds de Développement de la Compétitivité - FODEC) ;  le développement du partenariat technique et commercial ;  le développement des moyens de stockageadéquats de la matière première agricolepour la préserver contre toute détérioration et tout effondrement de prix. Compte tenu des potentialités que présente l’industrie agroalimentaire en matière de production, d’exportation, de compétitivité et de valeur ajoutée, une nouvelle stratégie de promotion du secteur a été mise en place en septembre 2006. Elle s’articule autour de 4 grands axes :
  • 24. 24  le renforcement de la qualité et de la sécurité des aliments ;  la maîtrise de l'organisation des campagnes de transformation ;  l’encouragement de la production et de l'exportation ;  la promotion du partenariat, du développement technologique et de l a mise en réseau. 7 produits ont été concernés par des mesures spécifiques : l'huile d'olive, les produits de la mer, les dattes, les vins, les conserves de tomates, les semi-conserves, le lait et ses dérivés. Pour le lait et ses dérivés, la stratégie recommande :  l’augmentation des volumes transformés et la promotion de la qualité ;  l’utilisation des primes octroyées aux centrales laitières pour les inciter à participer activement à la concrétisation de la politique de promotion de la qualité du lait ;  l’adoption du principe de libre exportation et de libéralisation des prix de vente sur le marché local dans les années qui suivent ;  la mise en place d’une norme qualité spécifique au lait et à ses dérivés et conforme aux standards internationaux. Concernant les mesures verticales qui touchent l'ensemble des 7 produits, on retiendra :  la miseà niveau de la collectedu laitconformément aux exigences de cahiers des charges spécifiques ;  l'élaboration et la diffusion de contrats de production types et l'organisation du transport et de l'approvisionnement des unités de transformation des produits agricoles. 1.9. La compétitivité et la rentabilité du lait tunisien Les notions de rentabilité et de compétitivité sont essentielles lorsque l’on parle d’échanges internationaux puisqu’il s’agit finalement, soit de conserver soit de gagner des parts de marché face aux concurrents, mais celles-ci ne se limitent pas à la compétitivité prix et doivent être élargies à la compétitivité non-prix. La compétitivité prix Le prix à la production et les coûts de transaction En dehors des prix sur les marchés internationaux (cf. point suivant), il est indispensable pour comparer la compétitivité du laitet des produits laitierstunisiens, avec celle des produits de ses concurrents sur le marché national ou à l’exportation, de disposer des éléments de coûts de production et de commercialisation, de la vache jusqu’au marché de destination. Les prix à la production du laitcompilés par la FAO montrent d’une part, une forte variabilitédes cours, d’autre part, que la Tunisie a des prix à la production comparables voire inférieurs aux producteurs concurrents. L’année 2015 est une année de crise mondiale dans le secteur laitier qui a impacté fortement les grands pays exportateurs, que sont les pays européens et la Nouvelle Zélande, d’où un décrochage par rapport au prix de production de la Tunisie moins lié au marché mondial.
  • 25. 25 2011 2012 2013 2014 2015 Algeria 521,0 477,2 491,4 488,1 407,2 France 480,0 429,2 474,4 503,5 370,6 Germany 483,8 411,2 500,6 493,5 323,8 New Zealand 511,9 426,2 413,3 577,4 266,4 Tunisia 412,0 448,2 430,9 412,3 382,3 Source :FAO Au-delà de cette comparaison, pour avoir une vision complète de la compétitivité prix du lait et des produits laitiers tunisiens, il est nécessaire de disposer des éléments de coûts et de prix aux différents maillons de la filière :  Coût de production par système de production (hors sol, semi -intégré, intégré par exemple)  Marge Producteur  Coût de transport vers les stations de collecte  Prix d’achat des collecteurs  Coût collecteur  Marge collecteur  Prix d’achat transformateur  Coût de transformation des différents produits  Marge transformateur  Prix de vente des produits En tenant compte à chaque maillon des subventions versées (collecte, transformation). Sur le marché local, comparaison avec :  les coûts de production des principaux concurrents européens  les prix CAF des produits importés (poudre de lait, yoghourt, fromages)
  • 26. 26 Pour l’exportation il faut aussi tenir compte :  Des frais de transport à l’exportation  Des marges des exportateurs  Des prix sur le marché d’exportation  Des subventions Comparaison sur les marchés dedestination (Algérie, Lybie, Moyen Orient, Afrique subsaharienne) avec :  les coûts de production des principauxconcurrents  les prix CAF  la qualitédes produits Dans les documents collectés il existe malheureusement peu d’éléments récents et complets tant en matière de coûts de production par système d’élevage, que d’éléments constitutifs des prix des différents produits laitiers jusqu’à la consommation ou l’exportation. Voici cependant quelques éléments qui peuvent inspirer nos futurs travaux et qu’il serait nécessaire d’actualiser et de compléter. Coûts de production et rentabilitééconomique En 2007, une étude présentée dans la revue BASE a analysé la rentabilité de 3 types d’élevage laitier (hors sol, semi-intégré, intégré) dans les gouvernorats de l’Ariana et de Mahdia5 sur la base d’une enquête auprès de 162 éleveurs. L’étude évalue ensuite l’impact d’une hausse du prix de l’eau et du concentré sur les coûts de production des 3 types d’élevage. OMC, Examen des politiques commerciales,octobre2016 5FatenRejebGharbi(1), Ridha Lahsoumi(2), Fathi Gouhis(2), ZouhairRached, Rentabilité économique de l’élevage laitier en Tunisie :cas des Gouvernorats de lʼAriana et de Mahdia, BASE, 2007
  • 27. 27 L’étude a évalué ensuite la rentabilité économique, ou plutôt la compétitivité de la production laitière tunisienne face aux produits concurrents importés. Pour se faire, « l’étude s’est intéressé au calcul du prix économique (de référence) du litre delait au niveau de l’exploitation qui a été comparé parla suite aux prix de revient du litre de lait dans les différents systèmes d’élevage. Le prix de référence du lait a été calculé au niveau de l’exploitation sur la base du prix de la poudre importée avec deux variantes (avec ou sans droits de douane en Tunisie). Le prix de référence s’établit ainsi entre 0,240 et 0,320 DT, niveau exploitation. » L’étude conclue qu’avec les droits de douane de 2002, la production laitière est à peine compétitive quel que soit le système de production, et serait évidemment très fortement concurrencée dans le cas d’une ouverture complète. Quid des effets de la baisse des droits de douane depuis 2009 sur la rentabilité des différents systèmes de production ? Dans le cadre des négociations ALECA, c’est donc ce type de données et d’analyse qu’il serait nécessaire d’actualiser.Dans l’analyseil faudraitprendreen compte les soutiens à la production accordés par l’UEqui sont inclus dans le prix de référence basé sur le prix CAF et le soutien dont bénéficie la production locale (soutien des prix notamment). Décomposition du prix du lait UHT au consommateur Dans une présentation de la filière lait au niveau de l’industrie (2014), F. KHAMASSI donne quelques éléments relatifs aux prix du lait UHT et demi-écrémé produits et vendus en Tunisie. Ces éléments sont également intéressants pour une comparaison avec les prix des produits importés. Outre leur actualisation il serait nécessaire d’obtenir les mêmes données pour les yoghourts, la poudre de lait et certains fromages. Source :KHAMASSI F., La filière lait auniveau de l’industrie, Alexandrie, 18 septembre 2014. Le coût en ressources internes Pour évaluer la compétitivité des produits laitiers à l’échelon international, l‘étude DGEDA a calc ulé des coûts en ressources interne. Rappelons que « le ratio des coûts en ressources intérieures (CRI) compare le coût d’opportunité de la production intérieure à la valeur ajoutée que celle-ci génère (Gorton et al., 2001).
  • 28. 28 Autrement dit, il compare la valeur des ressources intérieures non exportables utilisées pour produire une unité d’un produit considéré à ce que ce produit rapporterait s’il était exporté (Liefert, 2002). Lorsque le ratio CRI est strictement positif mais inférieur à 1, il indique que l a production intérieure du produit considéré est compétitive à l’échelon international : les coûts d’opportunité de la production intérieure (numérateur) sont inférieurs à la valeur ajoutée du produit aux prix mondiaux (dénominateur). Il indique également que le pays devrait augmenter ses exportations du produit considéré. Un ratio CRI supérieur à 1 ou inférieur à 0 (lorsque le dénominateur est négatif) traduit un déficit de compétitivité pour le produit considéré et, partant, une production intérieure moins souhaitable qu’un recours au marché international. 6» Evolution du CRI (1996-2003) 1996 1999 2000 2001 2002 2003 Lait -Elevage intégré -Elevage non intégré 2,2 2,17 0,97 1,03 0,87 1,12 1,10 1,40 1,05 1,37 1,15 1,23 Source : Ministère de l’Agriculture et des Ressources Hydrauliques (1998 et 2002) pour les années 1996 et 1999 et nos résultats pour les années 2000, 2001, 2002 et 2003. Il ressortde ce tableau un gain de compétitivité tant en élevage intégré que non intégré depuis la mise en place de la stratégielaitière.L’élevage intégré apparaitpluscompétitif que l’élevage non-intégré. D’après ces chiffres la production laitière apparait non compétitive sauf en 1999 et 2000 pour la filière intégrée. Cependant, ces chiffres ne sont pas récents et la filièrelaitières’estconsidérablement développée depuis 2003. De plus,dans l’analysedu CRI il seraitnécessairede tenir compte des soutiens dont bénéficient les producteurs nationaux et internationaux, en particulier européens (aides directes notamment). La compétitivité non-prix La qualité des produits Pour valoriser ses produits sur le marché local, et plus encore à l’exportation, la qualité du produit est un élément primordial.  Si la filière laitière en Tunisie est de plus en plus organisée et industrialisée, la faible qualité du lait frais,surtoutsur leplan bactériologique, estun des points faibles qui empêche une diversification plus large de la transformation, notamment pour la production de fromages . Or, pour mieux valoriser la production tunisienne sur le marché local et à l’exportation, il est indispensable de promouvoir cette qualité tout au long de la filière : à la production (amélioration des techniques de production et de l’alimentation), lors de la collecte (meilleur contrôle, prime à la qualité, lutte contre les circuits parallèles…) et lors de la transformation. Notons que les critères de qualité appliqués par l’Union européenne (taux de matière grasse, taux de protéines, charge microbienne) sont plus élevés que les critères tunisiens. 6 : Laure Lattruffe, Compétitivité, productivité et efficacité dans les secteurs agricole et agroalimentaire, OCDE, 2010
  • 29. 29 Source :KHAMASSI F., La filière lait auniveau de l’industrie, Alexandrie, 18 septembre 2014.  La multiplication des normes,notamment lorsqu’il s’agitdeproduits très sensibles comme le lait et les produits laitiers, impliquent le respect de celles-ci tant au niveau local, notamment avec la place croissante des GMS dans la distribution des produits laitiers , que pour accéder à la majorité des marchés d’exportation. Il s’agit en particulier des normes sanitaires et des normes techniques (emballages, étiquetage…) officiellement encadrées par les accords internationaux et des obligations de la traçabilité pour l’exportation vers le marché européen. Des normes privées du type Global Gap ou Eurep Gap élaborée notamment par la grande distribution se développement également. Toutes ces normes ont un coût pour les respecter mais sont devenues indispensables pour pouvoir exporter sur les marchés concernés.  La régularité de l’offre est un autre élément de la compétitivité non-prix notamment lorsque l’on parle de marché d’exportation. Pour assurer la confiance de l’importateur une régularité de l’offre en quantité et qualité est indispensable. Or, la production de lait est saisonnière d’où l’importance du mécanisme de stockage et de l’activité de séchage.  L’organisation de la filière est un élément transversal de la filière pour assurer une bonne qualité au produitécoulé, or l’existence de circuit parallèles et la faiblesse des contrôles sont des points faibles de la filièrelaitière tunisienne. L’absence de traçabilité est également problématique notamment pour l’exportation.  Si la Tunisie veut valoriser son lait et ses produits laitiers à l’exportation notamment sur les marchés porteurs proches (Algérie, Lybie, Moyen Orient, Afrique subsaharienne…), une bonne connaissance et un suivi efficace de ces marchés à l’exportation permettant un meilleur positionnement et des campagnes de promotion adaptées sont aussi un élément de la qualité des produits écoulés. Ici la coordination entre les différentes structures (GIVLait, CEPEX, UTAP, Ministères, exportateurs…) est un élément central.
  • 30. 30 Evaluation d’une ouverture aux produits européens La situation actuelle Comme nous l’avons évoqué précédemment, le droit de douane moyen pour les produits laitiers est maintenant de 33,8 %, contre 95,3 % en 2005 et ledroit de douane maximum appliquéaux produits laitiersest aujourd’hui de 36%. Il serait déjà dans un premier temps intéressant de savoir si cette ouverture importante a eu des effets sur la filière laitière en termes de concurrence des produits importé. Scénarios possibles Le scénario de référence est le statut quo avec les tarifs actuels sur les produits laitiers importés. Le scénario « haut » pouvant être testé serait une ouverture totale du marché tunisien aux produits laitiers de l’UE, c’est à dire des tarifs à taux nul. Un scénario alternatif pourraitêtre testé, consistantà identifier les produits laitiers peu sensibles pour la filière laitière tunisienne (cf. le lactosérum par exemple) et de proposer des diminutions différenciées en fonction de la sensibilité du produit. La question du taux de change est également un élément important à prendre en compte dans l’analyse, ainsi que les stratégies des grands groupes internationaux implantés dans le pays. Il faut noter ici que dans ces négociations, outre le degré d’ouverture, se négocient aussi :  Le calendrier d’ouverture (plus l’ouverture est étalée dans letemps, plus les filières impactées peuvent s’adapter) ;  Les mécanismes de sauvegarde dans le cas d’une hausse très importante des importations ou d’une forte baisse des prix des produits importés ;  D’éventuels mesures d’appui notamment pour la mise à niveau des filières.
  • 31. 31 2. LA SECTEUR DU LAIT EN EUROPE 2.1. La production En 2016, avec plus de 156 millions de tonnes l’Union européenne est le premier producteur mondial de lait devant l’Inde. Elle représente 26,2% de la production mondiale. . Source : Commission européenne
  • 32. 32 Les principaux pays producteurs européens de lait sont :  L’Allemagne qui représente 21 % des volumes collectés en 2016  La France, 16 % des volumes collectés  Le Royaume-Uni, 10 % des volumes collectés  Les Pays-Bas,9 % des volumes collectés Ce sont les pays qui disposent aussi des cheptels les plus importants. Les niveaux de productivité moyens par vache en 20157,sont :  Europe à 28 : 6910 kg/an  Allemagne : 7573 kg/an  France : 7018 kg/an  Royaume Uni : 8089 kg/an  Pays-Bas : 8131 kg/an A partir du lait collecté l’Europe produit du lait de consommation, de la poudre de lait, du beurre et du fromage. 7 : GEB – Institut de l’Elevage, Chiffresclés 2016, Productions bovineslait et viande
  • 33. 33 D’après les statistiques de l’USDA8, l’Europe est ainsi :  Le second producteur de beurre derrière l’Inde avec 2,37 millions de tonnes produites en 2016.  Le premier producteur de fromages avec 9,85 millions de tonnes produites en 2016.  Le troisième producteur de poudre entière avec 710 000 tonnes produites en 2016. 8 : USDA, Milkmarketobservatory, mars 2017
  • 34. 34 Le premier producteur de poudre écrémée avec1,784 million detonnes en 2016 2.2. Les exportations D’après la FAO, en 2015, l’Union Européenne, avec 18,4 millions de tonnes d’équivalent lait est également le second fournisseur mondial de lait et produits laitiers derrière la Nouvelle Zélande 19,3 millions t. equ. lait, devant les Etats-Unis (9,4 millions t.equ. lait),la Biélorussie(4,8 millionst.equ. lait et l’Australie(3,6 millions t. equ. lait)9. Source :FAO Ainsi, en 2016, les pays de l’Union européenne ont exporté :  162 246 tonnes de beurre  574 213 tonnes de poudre entière  380 429 tonnes de poudre grasse  800 104 tonnes de fromages  585 641 tonnes de lait 9 : FAO, Milk andmilkproducts, Price andtrade update, july2013
  • 35. 35 Poudre de lait entière D’après les données de la FAO, l’Europe est le premier exportateur de poudre de lait entière (31 % des échanges mondiaux en 2015). Source :FAO L’Europe exporte essentiellement vers l’Algérie, la Chine, l’Indonésie, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les Philippines qui représentent plus de 50 % des volumes échangés en 2016. Source :COMEXT
  • 36. 36 Poudre de lait grasse D’après les données de la FAO, l’Europe est le second exportateur de poudre de lait grasse (15 % des échanges mondiaux en 2015) derrière la Nouvelle-Zélande. Source :FAO L’Europe exporte essentiellement vers Oman, l’Algérie, la Chine, le Liban, le Nigeria, Cuba et le Koweït qui représentent plus de 44 % des volumes échangés en 2016. Source :COMEXT
  • 37. 37 Fromage D’après les données de la FAO, l’Europe est le premier exportateur de fromage (30 % des échanges mondiaux en 2015) devant les Etats-Unis. Source :FAO L’Europe exporte essentiellement vers les Etats-Unis, le Japon, la Suisse, l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud, l’Algérie, l’Australie et l’Egypte qui représentent plus de 54 % des volumes échangés en 2016. Source :COMEXT
  • 38. 38 Beurre D’après les données de la FAO, l’Europe est le second exportateur de beurre (20% des échanges mondiaux en 2015) derrière la Nouvelle-Zélande. Source :FAO L’Europe exporte essentiellement vers les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, Singapour, le Maroc et la Chine, qui représentent plus de 52 % des volumes échangés en 2016. Source :COMEXT Lactosérum L’Union Européenne est également le premier fournisseur mondial delactosérum(près de 60 % des échanges mondiaux en 2016),devant les Etats-Unis,la Biélorussieetla Nouvelle-Zélande.
  • 39. 39 2.3. La PAC dans le secteur laitier En Europe, jusqu’en 1984, lesecteur laitier bénéficiait, à l’instar des céréales, d’une organisation commune de marché (OCM) complète, basée sur un prix garanti au producteur, grâce à une protection élevée par rapport au marché mondial, un mécanisme de stockage public et des subventions aux exportations (restitutions). Cette « politiquehistorique » a conduit très vite à une autosuffisance en lait puis à des surplus croissants devenant de plus en plus coûteux, tant en termes de gestion des stocks que de restitution. En 1984, pour rééquilibrer le marché, l’UE met en place des quotas de production gérés par chaque Etat- membre. La filière laitière bénéficie toujours des dispositifs de protection aux frontières et d’écoulement via des prixgarantis : aides à l’exportation, systèmes de stockage privé et public, aides à l’écoulement… L’application des décisions de l’Agenda 2000 et la réforme de la PAC à partir de 2003, modifient considérablementl’OCM lait. On assiste à la suppression des outils de gestion des marchés et à la création de l'Aide Directe Laitière (ADL) en compensation des baisses de prix à la production. Avec le démantèlement des outils de gestion des marchés, les prix directeurs baissent et se rapprochent des niveaux mondiaux. Les stocks européens sont écoulés progressivement. Le « paquet lait », en vigueur depuis le 3 octobre 2012 et prévu jusqu'à la mi -2020,définit les relations contractuelles dans le secteur laitier. Il prévoit la conclusion de contrats écrits entre producteurs et transformateurs, ainsi que la possibilité pour les agriculteurs de négocier collectivement les clauses des contrats (y compris les prix) par l'intermédiaire d'organisations de producteurs. Il fixe en outre des règles européennes spécifiques pour les organisations interprofessionnelles, afin de faciliter le dialogue entre les acteurs de la chaîne d'approvisionnement et de permettre à ces derniers de mener certaines activités. Le paquet prévoit également des mesures pour améliorer la transparence du marché et, dans certaines conditions, réguler l'offre des fromages portant une appellation d'origine protégée (AOP) ou une indication géographique protégée (IGP). » Depuis le 31 mars 2015, les quotas de production ont été supprimés. Par contre il existe encore des d’intervention, en particulier :  L’intervention publiquepour lebeurre et la poudre de lait écrémé (LEP): Chaque année, entre le 1er mars et le 30 septembre, les États membres achètent à un prix établi des quantités proposées par des opérateurs privés et conformes à des exigences de qualité spécifiques (jusqu'à 109 000 tonnes de LEP et 50 000 tonnes de beurre). Fin mars 2017, les stocks publicsdepoudre de laitécrémé atteignaient les 350 159 tonnes (acquisition à 169,8 euros/tonne).  Le stockage privé Il s’agit d’octroyer octroyer une aide au stockage privé pour le beurre, la LEP et les fromages bénéficiant d’une appellation d’origine protégée (AOP)/indication géographique protégée (IGP). Cette mesure aide les opérateurs étant donné que les produits sont temporairement retirés du marché, mais elle se distingue de l'intervention publique car ils demeurent la propriété d’un opérateur privé. L’octroi de l’aide au stockage privé par la Commission est facultatif. Fin mars 2017, il y avait dans les stocks privés européens : 58 512 tonnes de poudre de lait écrémé, 4 250 tonnes de beurre, 12 348 tonnes de fromage.
  • 40. 40 Source : Commission européenne  Les mesures exceptionnelles Des mesures ad hoc incluses dans le règlement (UE) n° 1308/2013 peuvent être utilisées en cas de perturbations graves du marché : o mesures de prévention des perturbations du marché (art. 219 du règlement OCM); o mesures concernant les maladies animales et la perte de confiance des consommateurs (art. 220 du règlement OCM); o mesures destinées à résoudre des problèmes spécifiques (art. 221 du règlement OCM); o mesures concernant les accords, décisions et pratiques concertées durant les périodes de déséquilibres graves sur les marchés (art. 222 du règlement OCM).10  Les aides directes aux producteurs laitiers (aides découplées) et les programmes de développement rural ;  Il existe par ailleurs : o Un régime d’aide pour fournir certains produits laitiers dans les établissements scolaires (Programme « Lait aux écoles») ; o Des programmes de promotion du secteur lait de l’UE ciblant le marché intérieur ou les marchés à l’exportation. Notons que depuis 2009, l’Europe exporte sans subvention aux exportations. 10 Source : Commission européenne, https://ec.europa.eu/agriculture/milk/policy-instruments_fr
  • 41. 41 2.4. La compétitivité des produits laitiers européens En 2016, le prix moyen payé au producteur européen est de 279,4 euros/tonne. Il a fortement chuté du fait d’une haussede la production européenne liéeaux cours croissants depuis 2009 età une baisse de la demande mondiale (effet de l’embargo russe). Il est compris entre 260,7 euros/tonne en Allemagne et 308,9 euros la tonne en France. Depuis 2017, on assiste à une reprise du marché tirée notamment par une forte hausse du prix du beurre. Prix moyen du lait au producteur en Europe (euro par tonne) (Moyenne annuellepondérée par les collectes mensuelles) 2013 2014 2015 2016 (11 mois) Allemagne 374,5 373,6 291,2 260,7 France 348,1 384,3 332,8 308,9 Irlande 380,4 373,3 293,4 264,8 Pays bas 364,7 375,9 298,0 274,0 UE28 364,6 371,9 308,1 279,4 Source :FranceAgrimer, La filière lait de vache, Bilan2016, Janvier 2017 Comparés, à la Nouvelle Zélande autre grand producteur et exportateur mondial les prix européens sont comparables, voir un peu inférieurs, sauf en pleine crise en 2015, où le prix payé au producteur néozélandais est descendu à 200 euros/tonne (il n’y a pas de mécanisme de stockage).
  • 42. 42 Si l’on s’intéressemaintenant aux principaux produits échangés on obtient les cotations suivantes (cf.tableau). On peut noter ici aussi quel’Europeest très compétitive à l’exportation face à ses principaux concurrents. Source : Commission européenne, Milk market situation, 18 mai 2017 Au-delà d’une comparaison des coûts de production et des prix sur le marché international, l’analyse de la compétitivité du lait et des produits laitiers européens, dans la cadre d’une ouverture accrue du marché tunisien négociée dans l’ALECA, devrait aussi tenir compte des soutiens directs et indirects dont bénéficient les producteurs et les exportateurs européens et tunisiens. Si aujourd’hui les aides à l’exportation côté européen, sont nulles, les soutiens suivant devraient être prises en compte, notamment :  Les aides directes découplées aux producteurs de lait qui, si elles sont découplées, ont un impact en termes de revenus des producteurs ;  Les aides liées aux mécanismes de stockages publics et privés des produits laitiers, même si elles sont aujourd’hui limitées ;  Les aides à l’exportation (restitutions, déstockage à prix subventionnés aujourd’hui nuls) ;  Les soutiens (notamment aides directes) au secteur des grandes cultures qui ont un effet sur les coûts de production et donc le prix des aliments des aliments du bétail. Ainsi, les aides totales dont bénéficiaient les producteurs laitiers européens, représentaient 40 % de leur revenu en 2013.
  • 43. 43 Source :Sophie Hélaine, La politique laitière européenne, SFER, 9 juin 2016 De leur côté les producteurs laitiers tunisien bénéficientd’un prix garanti et il existe de nombreux soutiens tout au long de la filière(primeà la collecte,subvention aux transformateurs,prime de stockage…), dont il fautaussi tenir compte.
  • 44. 44 3. ANALYSE SWOT Cette analyse SWOT reprend les éléments contenus dans l’étude LACTIMED ainsi que dans les présentations de R. LOUICHI sur la filière laitière tunisienne (2011)11 et de A. SAKLY, R. OUHICHI et F. KHAMASSI sur la stratégie de développement de la filière laitière en Tunisie (2014)12. 3.1. Les atouts De manière générale, la mise en place d’un mécanisme complet de régulation du marché très incitatif (protection, soutien des prix, stockage, aides à l’exportation). La production  La mise en place d’une stratégie nationale pour la promotion du secteur depuis 1994  L’amélioration du potentiel génétique du cheptel par l’importation de vaches de races pures hautement productives,  Le passaged’un état de déficitstructurel à un état d’excédent structurel aboutissantà l’autosuffisance principalement en matière de lait de boisson,  L’existence d’un cadre législatif et normatif adéquat (Loi sur l’élevage Oct. 2005),  La révision continue des coûts de production et des prix de vente à différents niveaux de la filière. Collecte  Le réseau national des centres de collecte qui couvre toutes les zones de production laitière,  La sécurisation des éleveurs en matière d’écoulement de la production laitière,  La sécurisation des industriels en matière d’approvisionnement en lait frais (85 % du lait industrialisé provient du réseau national de collecte),  La croissance continue du taux de collecte,  Une capacité de collecte installée qui permet un accroissement des quantités collectées ,  La prime de collecte qui encourage les investissements. Transformation  Le développement du tissu industriel qui permet que des quantités croissantes de lait soient transformées (industrialisation de plus de 74 % de la production nationale),  Le développement de stratégies de partenariat avec des firmes étrangères pour bénéficier de la puissance,del’expertise et de la notoriété promotionnelles d’entreprises de dimension internationale (partage du risque, gestion du système marketing, management de la qualité HACCP,…),  L’adhésion des industriels dans les programmes de mise à niveau: investissement d’extensions, de renouvellement du matériel et de la mise en place des systèmes de management de la qualité,  Une nouvelle orientation vers la diversification de la transformation surtout les produits de haute valeur ajoutée. 11 : LOUHICHI R., La filière laitière tunisienne, ESIAT, 13 octobre 2011 12 : SAKLY A., OUHICHI R., KHAMASSI F., la stratégie de développement de la filière laitière enTunisie, Alexandrie, 18 septembre 2014.
  • 45. 45 Distribution/ consommation  La croissance continue de la consommation,  L’existence des sociétés de distribution et de commercialisation organisées ,  La mise en placed’un programme de mise à niveau des circuits de distribution des produits agricoles . 3.2. Les faiblesses Production La faible productivité des vaches s’explique largement par :  La petite taille des troupeaux, considérée comme la principale contrainte de la filière laitière,  L’importance des effectifs de races locales, certes mieux adaptées au milieu mais peu productives,  Le faible impact des programmes d’amélioration génétique et de reproduction animale : couverture insuffisante de l’insémination artificielle, programme de contrôle des performances très limité et insuffisamment valorisé, manque de programmes d’amélioration génétique pour les races autochtones,  Les moyens financiers limités des éleveurs, qui ne leur permettent pas d’améliorer leur niveau technique et de développer leur activité,  La faible maîtrise des techniques de production par rapport aux technologies modernes de valorisation des ressources alimentaires et de conduite des élevages,  Le faible taux d’encadrement, particulièrement pour les petits et moyens éleveurs,  La faibleorganisation professionnelledes petits éleveurs : le taux d’adhésion des éleveurs aux sociétés mutuelles de services agricoles (SMSA) et groupements de développement agricole (GDA) est de 8%,  Les retards de paiement des éleveurs, en raison des difficultés financières de certains centres de collecte et/ou centrales laitières,  Le faible impact de la vulgarisation des techniques rationnelles de conduite et d’hygiène de l’élevage,  L’insuffisance des disponibilités fourragères en qualité et quantités(couverture : 76% des besoins (étude LACTIMED)). Collecte  Un réseau de collecte encore insuffisant et l’existence de circuits de collecte parallèles,  La quasi-absence, ou la fragilité quand elles existent, de relations contractuelles entre les centres de collecte et les producteurs,  La faible maîtrise technique et hygiénique de la collecte, qui ne respecte pas les exigences du cahier des charges ni de l’agrément sanitaire,  Une subvention de la collecte sur la base du volume de lait refroidi et usiné, ne tenant pas compte de la qualité,  L’absence d’un système uniforme pour le paiement du lait à la qualité,  La sous-exploitation de la capacité de collecte installée (taux d’utilisation de l’ordre de 70 %).
  • 46. 46 Transformation  Le manque de traçabilité de l’approvisionnement en lait, qui provient à 85 % des centres de collecte, La sous-exploitation de la capacité des centrales laitières (taux d’utilisation de l’ordre de 65-70%),  Une capacité de refroidissement installée insuffisante par rapport aux volumes transformés,  Une certification en matière de systèmes qualité pas assurée (agrément sanitaire, ISO, HACCP, etc.),  Le plafonnement du prix de vente du lait UHT demi écrémé (faible valeur ajoutée),  La part élevée de l’emballage (de type tetra-pack) dans le prix de revient (25% contre 10% en Europe),  L’absence de signe distinctif de qualité pour les produits laitiers,  La mauvaisequalité du lait frais, surtout sur le plan bactériologique, qui empêche une diversification plu slarge de la transformation, notamment pour la production de fromages,  L’existence de circuits parallèles de transformation peu exigeants en matière de qualité et l’insuffisance et l’irrégularité du système de contrôle des fraudes,  Une grande disparité du maillon transformation qui comprend des entreprises leaders et les petites entreprises. Les petites unités présentent encore de nombreux points faibles: absence de business plan, de stratégies industrielleet commerciale, de rigueur de gestion, de responsabilisation du personnel et de cahier des charges, faible niveau d’encadrement, ignorance des bonnes pratiques de fabrication, etc. Distribution/Consommation  L’existence de circuitsparallèles de distribution désorganisés et incontrôlables (29 % du lait produit),  Le faible niveau d’exigences des circuits parallèles en matière de qualité,  La part encore relativement faible des GMS dans la commercialisation du lait et des dérivés,  La déconnexion entre les cycles de consommation et de lactation, génératrice de pénuries (de septembreà février) ou d’excédents de production (de mars à août),  Le pic de consommation lors du Ramadan, qui entraine d’importantes pénuries lorsqu’il tombe pendant labasse lactation. 3.3. Les opportunités  Une nouvelle stratégie de développement du secteur pour la période 2015-2020,  La croissance continue de la demande sur le marché national pour les produits laitiers,  Une demande mondiale en constante progression pour le lait et les produits laitiers ,  L’existence de marchés d’exportation proches et en forte croissance (Libye, Algérie, pays du Moyen Orient, pays d’Afrique subsaharienne, …) des produits laitiers,  La création de nouvelles centrales laitières (Sidi Bouzid et Bizerte) et l’attribution de licences pour de nouvelles créations à Kairouan, Siliana, Beja …,  Les bonnes dispositions des partenaires techniques financiers pour appuyer les programmes de promotion du secteur au niveau de tous les maillons de la filière,
  • 47. 47 3.4. Les menaces  Les effets du changement climatique sur le secteur de l'élevage,  La hausse continue du coût de production en raison des fluctuations des prix des intrants sur le marché international,  Les réticences des banques à financer des projets d'élevage,  La contrebande et de l'abattage clandestin des femelles,  L’impact de la saisonnalitéde la production sur l’écoulement du lait frais et la spéculation sur les prix et la qualité,  La concurrence du secteur non organisé (colporteurs, fromageries artisanales, crèmeries …),  Les effets d’une hausse potentielle des cours du pétrole en termes de coûts de production et de commercialisation,  La concurrence accrue sur les marchés d’exportation du fait de l’ouverture des marchés (accord de l’OMC et accords commerciaux bilatéraux),  L’ouverture du marché national aux produits laitiers importés suite à la mise en œuvre des accords commerciaux internationaux (OMC) et dans le cadre de l’ALECA.
  • 48. 48 4. LES THEMATIQUES A DEVELOPPER Ces thématiques sontcelles que l’on choisira collectivement de creuser dans la poursuitede ce travail.C’estsur ces thématiques qu’une expertise externe pourra être mobilisée. Il s’agit pour l’instant d’une première proposition pour ouvrir la discussion. La liste n’est pas exhaustive et peut tout à fait être modifiée. Le but de l’exercice ici est de préciser les éléments qu’il nous semble important à développer dans la ou les thématiques choisies, afin de pouvoir élaborer des termes de références pour les expertises complémentaires. 4.1. Structure des coûts de production et de commercialisation / compétitivité des produits laitiers tunisiens Il s’agira ici sur la base d’enquête auprès de producteurs représentatifs, de collecteur, de transformateurs et d’exportateurs de :  Déterminer la structure des coûts de production du lait par principaux systèmes de production  Déterminer la structuredes coûts de production et de commercialisation pour les principaux produits laitiers (yoghourts, lait UHT, poudre de lait, fromage)  De quantifier les aides aux différents maillonsdela filièreet la partde ces aides dans leprix du produit final.  De comparer la compétitivité des produits laitiers tunisiens avec les principaux produits concurrents importés d’Europe : prix (production, FOB, CAF), coûts de transaction, offre, qualité, produits choisis, gamme proposée, organisation dela filière,CRI… en tenant compte des soutiens à la filière laitière en Tunisie et en Europe. 4.2. Evaluation de l’impact d’une ouverture accrue du marché tunisien aux produits laitiers européens Cette seconde partie de l’étude, la plus importante sans doute visera, grâce aux éléments contenus dans le point précédent  D’analyser dans un premier temps les effets de la baisse des droits de douane depuis 2009 en termes de concurrence sur le marché national,  D’évaluer les effets d’une ouverture accrue du marché aux produits laitiers européens, à partir de deux scénarios : o Une ouverture totale du marché tunisien aux produits laitiers européens o Une ouverture différenciée qui reste à définir, en fonction du degré de sensibilité des produits importés (ouverture totale sur les produits les moins sensibles comme le lactosérumet moins forte pour d’autres comme le fromage par exemple) ;  De préciser les mesures d’accompagnement aux différents maillons de la filière (production, collecte, transformation, distribution), pour améliorer la compétitivité des produits laitiers tunisiens. La question du taux de change est également un élément important à prendre en compte dans l’analyse,ainsi que les stratégies des grands groupes internationaux implantés dans lepays.
  • 49. 49 4.3. Les autres opportunités pour les produits laitiers tunisiens et les contraintes à dépasser Il s’agit ici de réfléchir à une meilleure valorisation et un meilleur positionnement de produits laitiers, en travaillant dans deux directions :  Les marchés à l’exportation (notamment l’Algérie, les pays du Moyen-Orient, les pays d’Afrique subsaharienne) Comparaison de la compétitivité des produits laitiers exportés par la Tunisie avec les produits concurrents sur les marchés potentiels à l’exportation (Algérie, Libye, Moyen Orient, pays d’Afrique subsaharienne) : prix (production, FOB, CAF), coûts de transaction, offre, qualité, produits choisis, gamme proposée, organisation de la filière, politique de promotion…  Le marché intérieur, face à une hausse croissante de la demande (organisation de la filière, organisation du marché, amélioration de la qualité, gamme de produits proposés, contractualisation, promotion des produits locaux) Etant donné letemps disponiblepour l’étude il faudra déterminer s’il ne vaut pas mieux se concentrer dans un premier temps les marchés d’exportation, ce qui complèterait les analyses en termes de compétitivité.
  • 50. 50 5. BIBLIOGRAPHIE COMEXT : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/newxtweb/ Commission européenne, https://ec.europa.eu/agriculture/milk/policy-instruments_fr Commission européenne, Milk market situation,18 mai 2017 Compass,Fromagerie, 2016 DGEDA, Revue du secteur agricole,Filières,2005 FAO, Foodn Outlook, Milk and milk products,october 2016 FAO, Milk and milk products,Priceand trade update, july 2013 FranceAgrimer, La filièrelaitdevache, Bilan 2016,Janvier 2017 GEB – Institutde l’Elevage, Chiffres clés 2016,Productions bovines laitet viande GIVLait : http://www.givlait.com.tn/presentation-de-la-filiere-lait.html GIZ, Etude de la filièreLaitdans leGouvernorat de Kairouan,décembre 2014 HELAINE S., La politiquelaitièreeuropéenne, SFER, 9 juin 2016 INS : http://www.ins.tn/ KHAMASSI F., La filièrelaitau niveau de l’industrie,Alexandrie,18 septembre 2014. LACTIMED, Le marché des produits laitiers,Etude sur les débouchés des marchés internationaux,février 2015 LACTIMED, Valorisation des produits laitiers typiques deBizerte et Béja, Diagnostic etstratégie locale, novembre 2013 LOUHICHI R., La filièrelaitièretunisienne,ESIAT, 13 octobre 2011 OCDE/FAO, Perspectives agricoles del’OCDE et de la FAO, 2016 OEP : http://www.oep.nat.tn/index.php/fr/donnees-sectorielles OMC, Examen des politiques commerciales,Rapportdu Secrétariat,WT/TPR/S/341/Rev.1, 10 octobre 2016 ONAGRI : http://www.onagri.nat.tn/articles?id=8 SAKLY A., LOUHICHI R., KHAMASSI F., la stratégie de développement de la filièrelaitièreen Tunisie, Alexandrie,18 septembre 2014. Tradmap : http://www.trademap.org/Index.aspx USDA, Milk market observatory, mars 2017 YOU G., Situation et devenir des marchésdes produits laitiers,Forces et faiblesses dela Francelaitière,GEB – Institutde l’Elevage, novembre2016