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140
JANVIER
2020
30 ANS DE FRENCH
TOUCH
1
SL 1200 MK7
Direct drive turntable system
2
SOMMAIRE
#140
04	 LES ALBUMS EMBLÉMATIQUES QUI ONT FAIT 	
	 BASCULER LA FRENCH TOUCH DANS LE
	SUCCÈS
06	 D.KO RECORDS, Un label de gars sûrs
08	 CRYDAMOURE, La face B de Daft Punk
10	 POUR SES 20 ANS, STARDUST RÉÉDITE
	 ‘’MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU’’
3
LES ALBUMS EMBLÉMATIQUES QUI ONT FAIT
BASCULER LA FRENCH TOUCH DANS LE SUCCÈS
Stéphane Jourdain est journaliste, chef adjoint du web
et mobile en charge des Live-report à l’AFP. Passionné
de musique électro, il a longtemps animé les pages
« Nuits » de l’hebdomadaire Zurban. Il est également
l’auteur de Génération Chirac, génération volée
(Denoël).
10 ans après sa sortie, le journaliste Stéphane Jourdain a publié fin 2015 une nouvelle édition
augmentée de son ouvrage de référence French touch. L’histoire d’une épopée electro qui
démarre au milieu des années 90 et qui mènent une poi gnée de DJs producteurs français
au sommet des charts et de la reconnaissance internationale.
La French touch, pour celles et ceux qui ne
le sauraient pas encore, c’est quoi ?
La French touch c’est le nom donné à un
mouvement musical qui apparaît au milieu des
années 90 autour d’une dizaine de producteurs
français de house avec des accents funky, très
orientée dancefloor. Tous ces DJs/producteurs
se connaissaient : Étienne de Crécy est un
copain de Philippe Zdar, lui-même a beaucoup
fréquenté les Daft Punk, Air sont des copains
d’Alex Gopher, lui-même ami d’Etienne de
Crécy… Ils ont cartonné à l’étranger, notamment
en Angleterre, ce qui n’est pas courant pour des
productions hexagonales.
D’où vient le nom French touch ?
La presse anglaise, totalement conquise par
cette house frenchy, a commencé à parler de
« nouvelle vague », de « french hype » puis de
« french touch ». Si les journalistes anglais ont
consacré le nom, ils ne l’ont pas inventé. En
94, F Communications, un des premiers labels
français de musique éléctronique, fondé par
Laurent Granier et Éric Morand édite pour sa
promo un blouson avec inscrit au dos « we give
a french touch to house music ». L’appellation
était apparue pour la première fois à Paris
en juin 1987, lorsque le photographe des
nuits parisiennes Jean-Claude Lagrèze crée
des soirées French touch au Palace, faisant
découvrir la musique house et les DJ Laurent
Garnier, Guillaume la Tortue et David Guetta.
Quelles sont les conditions d’émergence de
ce mouvement ? Il y a une tradition de DJs
de qualité en France au début des années 90,
mais la techno a très mauvaise réputation…
La techno était mal vue au début des années
90, et pas qu’en France… Les raves ont été
assez rapidement interdites en Angleterre. Les
Djs producteurs de la French touch ont tous
démarré dans la mouvance des raves, mais
assez vite, ils ont souhaité se produire dans des
clubs. Ils se sont écarté de la techno pour aller
vers la house. Un mouvement moins radical,
plus ouvert et beaucoup plus commercial,
musicalement parlant, a alors émergé.
Il y a également des facteurs externes qui ont
permis cette émergence : l’arrivée et le début
de la démocratisation des homes studios, qui
ne rendaient plus nécessaire de passer par une
maison de disques pour produire un titre ou un
album.
4
Je pense aussi que la French touch n’aurait pas
eu le même retentissement sans l’ouverture de
l’Eurostar, qui a permis aux journalistes anglais
de venir vite et facilement à Paris pour un
week end ou une journée. Il y a ensuite eu une
reconnaissance institutionnelle. En 98, Laurent
Garnier remporte la première Victoire de la
musique de la catégorie musique électronique/
Dance, il se produit à l’Olympia et la Techno
parade est créée.
Quels sont les albums emblématiques qui
font basculer la French touch dans le suc-
cès ?
Le gros déclic, c’est le premier album des Daft
Punk, Homework, énorme succès commercial
et critique, et une oeuvre importante de l’histoire
des musiques électroniques. Il y a aussi Super
discount d’Étienne de Crécy, qui sort en 96 et
marche fort en Angleterre. Dimitri from Paris car-
tonne aussi, dans un autre genre, avec une mu-
sique volontairement un peu surannée et kitsch,
avec force clichés sur Paris, les parisiennes et
l’amour à la française. Tous ces albums sortent
à peu près en même temps, sans parler du
premier album d’Air, des premiers titres d’Alex
Gopher, de DJ Cam, de Mr Oizo ou de Saint
Germain. Tout ça se passe entre 94 et 97. C’est
dans cette période charnière que les choses
basculent vers un mouvement qui connaîtra de
gros succès commerciaux.
Dans cette effervescence apparaissent aussi
de nombreux labels…
C’est un peu le cheminement à cette époque :
une fois que l’on a fait 2 maxis, la suite logique,
c’est de créer son label. Beaucoup apparaissent
à la suite des premiers labels techno du début
des années 90 : Bob Sinclar, Air créent les leurs.
Mais les maisons de disques ne ratent pas le
coche. Il faut d’ailleurs souligner le rôle primor-
dial joué par les labels comme Virgin, qui signe-
ra assez vite Daft Punk. La French touch doit
beaucoup à des gens comme Emmanuel de Bu-
retel, qui ont senti qu’il se passait des choses,
qu’il fallait miser sur ce mouvement et l’accom-
pagner. C’était complémentaire. Les petits labels
permettaient de faire découvrir de nouveaux ar-
tistes avec des maxis qui fonctionnaient bien. Et
les maisons de disques apportaient les moyens
pour les développer et les accompagner.
Les maisons de disques avaient aussi plus de
moyens d’investissement. On était encore en
plein âge d’or du disque. De gros contrats sont
signés à ce moment-là, qui ne seront pas tou-
jours faciles à honorer. Certains seront dénon-
cés, comme ce fut le cas pour Demon. La réus-
site commerciale n’a pas été au rendez-vous,
alors que le début des années 2000 commen-
çait à montrer les premiers signes de la crise du
support physique.
Et maintenant : rendez-vous dans 10 ans
pour tirer le bilan de la french touch 2.0 et
parler de la « nouvelle nouvelle relève » ?
Ce serait bien ! La période actuelle m’intéresse
un peu moins que la deuxième moitié des an-
nées 90, que j’ai d’abord vécu en tant que spec-
tateur. Il y avait l’attrait de la nouveauté. Les an-
glais ne comprenaient pas ce qui se passait, ils
étaient fous ! Pour une fois que ce n’était pas
l’inverse ! Aujourd’hui, il n’y a plus cet effet de
surprise. Les nouveaux DJs et producteurs ont
des modèles dont ils peuvent s’inspirer, mais
les attentes et les exigences sont d’emblée très
élevées. Quand Cassius ou Daft Punk ont com-
mencé, ils se moquaient de savoir où cela les
mènerait. Ils voulaient juste faire la musique
qu’ils aimaient, et faire danser les gens. Un
des meilleurs albums de la French touch, Pan-
soul de Motorbass, a été tiré à quelques cen-
taines d’exemplaires. Philippe Zdar les livrait
lui-même à Londres, Amsterdam ou Bruxelles,
en chargeant les disques dans le coffre de sa
voiture. Un album magnifique, qui aurait pu se
vendre beaucoup, beaucoup plus. C’était une
autre époque. Il y avait encore la spontanéité
de l’amateurat. Les Daft Punk ont fait leur al-
bum dans la chambre de Thomas Bangalter.
Ils n’avaient pas d’arrière-pensées. Mais si de
nouveaux Djs font danser la planète avec des
hits, je raconterai leur histoire avec plaisir dans
quelques années !
5
D.KO Records, un label de gars sûrs
Organisateurs des soirées Keep D.KO Alive à La Karambole, les membres du collectif sont
ensuite vite partis à la conquête de la nuit parisienne. Le collectif s’est finalement mué
en label qui annonce bientôt un sub-label résolument plus techno… Fondé en 2013 par 4
fêlés parisiens, D.KO Records est avant tout l’expression d’une renaissance de la scène
électronique française. La preuve avec 6 de ses meilleurs représentants.
FLABAIRE
À la fois sèche et mélodieuse, la musique de
Flabaire a tout pour plaire. C’est également
l’un des fondateurs du projet D.KO. Parisien
après avoir vécu une partie de son adolescence
à Bruxelles, Flabaire a tout d’abord été bercé
par le rock avant de découvrir la house et toute
la vague french touch qui allait avec. Ralph
Maruani, de son vrai nom, est insatiable. Non
satisfait de sortir de beaux EP comme tout le
monde, le bougre balance en mars 2016 « It’s
JustASilly Phase I’m Going Through », un album
de 12 titres house. Flabaire est intenable. Non
rassasié de son projet solo, il s’est récemment
lancé avec Paul Cut, Larry Houl, Mézigue et Mub
Deep, dans une incroyable house instrumentale.
Ça s’appelle Secret Value Orchestra et on en
parle plus bas dans l’article.
MÉZIGUE
DJ masqué, pile électrique, jeune chien fou,
Mézigue est l’un des piliers du collectif et label
D.KO Records. Pour la petite histoire, « Mézigue
» vient tout simplement de l’argot parisien
signifiant « Moi ». Très attaché à un univers
kaléidoscopique, il le mélange avec un esprit
DIY mais néanmoins très propre et vraiment
réjouissant. Entre acid house et techno, le
Parisien joue avec les codes musicaux établis
par ses aînés pour en sortir un revival d’une
french touch perdue. À son actif, 2 EPs, Mangez
Moi et Kestuf Daronne ? et un album, Le meilleur
tirte pour un album. Attention, on nous glisse
dans l’oreillette que notre Mézigue national a
plus d’un tour dans son sac et qu’il n’en a pas
fini de faire des siennes.
6
MAD REY
Quentin Leroy pour les intimes, Mad Rey pour le
reste du monde. Véritable espoir et fer de lance
de la nouvelle scène house bleu-blanc-rouge, ce
producteur du cosmos a 3 EPs à son actif chez
D.Ko Records : Quartier Sex (2014), Salon de
Thé (2015) et Balabushka (2017). Il a également
publié en 2016 un EP sur Vertv Records, le label
de son ami Neue Grafik, ainsi qu’un autre sur Red
Lebanese,sonproprelabel.Àl’origine,MadReyest
un énième enfant du hip hop, plus particulièrement
du graffiti. Les débouchés de ce milieu finissant
plus généralement sur les rails de métro que vers
un avenir lumineux, le petit Rey se dirigea vers la
musique et la batterie. Doté d’un gros background
en disco/funk/hip hop, le producteur sait s’en servir
à merveille pour construire des tracks résolument
house. Les preuves ne sont plus à faire, à quelle
heure un album Quentin ?
SECRET VALUE ORCHESTRA
De la house jouée en live. C’est le projet génial de
Secret Value Orchestra. Composé de Larry Houl
au chant, Flabaire à la basse, Paul Cut au clavier,
Mézigue et Mud Deep aux machines, ce quintet
débarque dans le game en 2016 avec 3 morceaux
sortis sur l’EP Serious Intention. Faisant sensation
auprès de la communauté house française, Secret
Value Orchestra restait néanmoins un projet qui
devait confirmer tous les espoirs tournoyant au-
dessus d’eux. En avril dernier, un album de 8
morceaux débarque, Unidentified Flying Object,
effaçanttouslesdoutesquel’onpouvaitavoirsurla
maturité et le sérieux du groupe. Mention spéciale
pour le morceau Porta (I Can’t Do Anything) à
écouter ci-dessous.
BRAQUE
Secret weapon de la famille D.Ko Records,
brAque n’en est pas le moins fatal. Au contraire.
Petit dernier du crew, on lui doit la publication
d’un EP tout droit sorti des enfers, Maraude. Le
track éponyme vous donnera un bel aperçu de
ce que propose le bougre. Une house distordue,
allant et venant entre les samples, les influences
et les rythmes. Un style rappelant Crydamoure,
des synthés en guise de matraques, de grosses
basses qui claquent, un BPM de gazelle, des
voix douces et sensuelles. Voilà la recette de
brAque.
7
CRYDAMOURE,
La face B de Daft Punk
Si on connaît le label « Roulé » fondé en 1995 par la moitié de Daft Punk, Thomas Bangalter
et son corollaire Scratché, le label Crydamoure fondé en 1997 par l’autre moitié des Dafts,
Guy-Emmanuel de Homem Cristo, est moins célèbre.
Roulé a accueilli des grosses sorties comme le
fameux hymne de la FrenchTouch Music Sounds
Better With You de Stardust. Y figurent aussi
les sorties personnelles de Thomas Bangalter
: on retrouve dans ces morceaux les sonorités
plus « brutes » qu’on peut entendre sur l’album
Homework des Daft.
Il est intéressant de considérer Crydamoure
comme le versant de Roulé, et plus
particulièrement les sorties faites par le Knight
Club (duo formé par Guy-Emmanuel de Homem
Cristo et son partenaire Eric Chédeville) sur
celui-ci. Vincent Brunner disait en 2001 à propos
de Waves, une des compilations du label, que
c’était de la « house érotomane de Homem
Cristo ». Et en effet, cri d’amour se caractérise
par une house érotique, « filtrée », un véritable
hymne au dancefloor qui trouverait sa force
dans la qualité des samples utilisés.
La première sortie du label « Santa Claus/
Holydays on Ice » du Knight Club annonçait la
couleur : ultra samplé, ultra loopé… On a trouvé
la face B de Daft Punk et l’on comprend tout de
suite comment l’énergie et parfois violence de
Bangalter se fond dans l’érotisme et le travail
des samples de Homem Cristo.
Les autres sorties suivront cette ligne directrice,
et outre les sorties du Knight Club (véritables
mines d’or de samples) on retrouve le duo
énergique Buffalo Bunch (qui a également sorti
un EP sur Roulé), le remix de Paul Johnson,
l’unique EP des petits protégés The Eternals ou
encore certaines sorties de DJ Sneak.
Ce mouvement esthétique et de cette house «
filtrée»avantl’heure,partiedelaFrenchTouchqui
rappelle les sonorités de groupes House comme
Trouble Men, se conclut en 2003 par la sortie des
compilations Waves I et II qui regroupent une
grande majorité des sorties du label.
8
Après avoir écouté le label ainsi que Roulé et
Homework, on peut jeter un oeil du côté des
samplesutilisés.Etlalisteestlongue:deChange
à Cerronne en passant par Quincy Jones,
toutes les grandes hymnes discos retrouvent
une seconde vie en accéléré. Impossible de
résister à cette recette simple mais efficace, le
pied s’emballe tout seul.
Adam Wright disait à propos d’une des sorties
du Buffalo Bunch sur Crydamoure que c’était «
un banger à jouer en peak-time. Parfois un bon
kick stable et des petits samples discos bien
placés sont tout ce dont on a besoin ».
Et rien que pour vous, Shelter a concocté avec amour une petite track list spéciale Cryda-
moure à retrouver sur notre site internet !
9
POUR SES 20 ANS, STARDUST RÉÉDITE ‘’MUSIC
SOUNDS BETTER WITH YOU’’
Le 20 juillet 1998, la French touch tirait ses dernières munitions grâce à un tube sorti de
nulle part et composé par Thomas Bangalter, Alan Braxe et Benjamin Diamond. Vingt ans
plus tard, le hit accidentel fait peau neuve et sera bientôt dispo pour la première fois sur les
plateformes streaming.
1998, année électronique.
Enregistré à la hâte (« un lundi matin », dixit
Diamond) au studio des Daft Punk, la démo
devient alors rapidement le symbole d’une
France à qui tout réussit : l’équipe de Foot vient
de gagner la Coupe du Monde, la croissance est
enfin revenue sous le gouvernement Jospin et
pour la première fois de l’histoire, la musique «
made in France » s’exporte partout. Le clip de
Music sounds better with you, réalisé par Michel
Gondry, fait lui aussi le tour du monde et les
trois musiciens décident d’apparaître déguisés
comme des robots, en hommage aux Rockets,
un groupe méconnu de la disco française.
Carton plein.
Un tube à 2 millions de copies.
C’est là qu’intervient, deux décennies plus
tard, le double effet Kiss Cool. Pour fêter cet
anniversaire, Bangalter, Braxe et Diamond
viennent d’annoncer que le morceau allait
Le fruit d’un hasard. C’est l’histoire d’un morceau
qui n’aurait jamais dû sortir. On l’oublie, mais
Music sounds better with you est le fruit d’un
pur hasard : en 1995, Thomas Bangalter,
l’homme avec toujours un coup d’avance, crée
son propre label, Roulé, où il publie au compte
gouttes des maxis de House, et sample même
pour rigoler Claude François. Trois ans plus
tard, début 1998, Alan Braxe vient d’y publier un
titre nommé Vertigo.
Des répétitions s’organisent au Rex Club avec
Bangalter (aux claviers et à la basse) et Benjamin
Diamond (au chant). C’est là, au détour d’un
jam, que nait ce morceau après que le trio est
tombé sur un sample du Fate de Chaka Khan. A
single is born. Et les trois garçons ne le savent
même pas.
connaître un gros lifting. En mai dernier, les
trois papes de l’électronique se sont retrouvés
en studio à Paris, comme à l’époque, afin de
donner une seconde jeunesse à ce morceau
qui, finalement, n’a pas beaucoup vieilli : « En
réécoutant le titre, on a eu l’impression qu’il
avait pris un petit coup de vieux, témoigne Alan
Braxe pour Billboard, donc on a simplement
tenté de faire une petite mise à jour avec des
compressions discrètes ça et là. »
Stardust, projet ô combien éphémère,
disposerait de cinq ou six démos enregistrées
à l’époque, dans l’optique d’un album… qui ne
verra finalement pas le jour. « La raison d’être
du label Roulé de Bangalter, c’était de publier
des morceaux underground », explique Braxe.
De quoi faire encore monter la cote de Stardust
auprès des fans. Et c’est vrai que même 20 ans
plus tard, la musique sonne toujours mieux avec
eux.
10
11
LE BON GROOVE
ALAN BRAXE
SEBASTIEN TELLIER
CLUB DISCO
MYD
ETIENNE DE CRECY
21 JUIN 2020
12

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  • 3. SOMMAIRE #140 04 LES ALBUMS EMBLÉMATIQUES QUI ONT FAIT BASCULER LA FRENCH TOUCH DANS LE SUCCÈS 06 D.KO RECORDS, Un label de gars sûrs 08 CRYDAMOURE, La face B de Daft Punk 10 POUR SES 20 ANS, STARDUST RÉÉDITE ‘’MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU’’ 3
  • 4. LES ALBUMS EMBLÉMATIQUES QUI ONT FAIT BASCULER LA FRENCH TOUCH DANS LE SUCCÈS Stéphane Jourdain est journaliste, chef adjoint du web et mobile en charge des Live-report à l’AFP. Passionné de musique électro, il a longtemps animé les pages « Nuits » de l’hebdomadaire Zurban. Il est également l’auteur de Génération Chirac, génération volée (Denoël). 10 ans après sa sortie, le journaliste Stéphane Jourdain a publié fin 2015 une nouvelle édition augmentée de son ouvrage de référence French touch. L’histoire d’une épopée electro qui démarre au milieu des années 90 et qui mènent une poi gnée de DJs producteurs français au sommet des charts et de la reconnaissance internationale. La French touch, pour celles et ceux qui ne le sauraient pas encore, c’est quoi ? La French touch c’est le nom donné à un mouvement musical qui apparaît au milieu des années 90 autour d’une dizaine de producteurs français de house avec des accents funky, très orientée dancefloor. Tous ces DJs/producteurs se connaissaient : Étienne de Crécy est un copain de Philippe Zdar, lui-même a beaucoup fréquenté les Daft Punk, Air sont des copains d’Alex Gopher, lui-même ami d’Etienne de Crécy… Ils ont cartonné à l’étranger, notamment en Angleterre, ce qui n’est pas courant pour des productions hexagonales. D’où vient le nom French touch ? La presse anglaise, totalement conquise par cette house frenchy, a commencé à parler de « nouvelle vague », de « french hype » puis de « french touch ». Si les journalistes anglais ont consacré le nom, ils ne l’ont pas inventé. En 94, F Communications, un des premiers labels français de musique éléctronique, fondé par Laurent Granier et Éric Morand édite pour sa promo un blouson avec inscrit au dos « we give a french touch to house music ». L’appellation était apparue pour la première fois à Paris en juin 1987, lorsque le photographe des nuits parisiennes Jean-Claude Lagrèze crée des soirées French touch au Palace, faisant découvrir la musique house et les DJ Laurent Garnier, Guillaume la Tortue et David Guetta. Quelles sont les conditions d’émergence de ce mouvement ? Il y a une tradition de DJs de qualité en France au début des années 90, mais la techno a très mauvaise réputation… La techno était mal vue au début des années 90, et pas qu’en France… Les raves ont été assez rapidement interdites en Angleterre. Les Djs producteurs de la French touch ont tous démarré dans la mouvance des raves, mais assez vite, ils ont souhaité se produire dans des clubs. Ils se sont écarté de la techno pour aller vers la house. Un mouvement moins radical, plus ouvert et beaucoup plus commercial, musicalement parlant, a alors émergé. Il y a également des facteurs externes qui ont permis cette émergence : l’arrivée et le début de la démocratisation des homes studios, qui ne rendaient plus nécessaire de passer par une maison de disques pour produire un titre ou un album. 4
  • 5. Je pense aussi que la French touch n’aurait pas eu le même retentissement sans l’ouverture de l’Eurostar, qui a permis aux journalistes anglais de venir vite et facilement à Paris pour un week end ou une journée. Il y a ensuite eu une reconnaissance institutionnelle. En 98, Laurent Garnier remporte la première Victoire de la musique de la catégorie musique électronique/ Dance, il se produit à l’Olympia et la Techno parade est créée. Quels sont les albums emblématiques qui font basculer la French touch dans le suc- cès ? Le gros déclic, c’est le premier album des Daft Punk, Homework, énorme succès commercial et critique, et une oeuvre importante de l’histoire des musiques électroniques. Il y a aussi Super discount d’Étienne de Crécy, qui sort en 96 et marche fort en Angleterre. Dimitri from Paris car- tonne aussi, dans un autre genre, avec une mu- sique volontairement un peu surannée et kitsch, avec force clichés sur Paris, les parisiennes et l’amour à la française. Tous ces albums sortent à peu près en même temps, sans parler du premier album d’Air, des premiers titres d’Alex Gopher, de DJ Cam, de Mr Oizo ou de Saint Germain. Tout ça se passe entre 94 et 97. C’est dans cette période charnière que les choses basculent vers un mouvement qui connaîtra de gros succès commerciaux. Dans cette effervescence apparaissent aussi de nombreux labels… C’est un peu le cheminement à cette époque : une fois que l’on a fait 2 maxis, la suite logique, c’est de créer son label. Beaucoup apparaissent à la suite des premiers labels techno du début des années 90 : Bob Sinclar, Air créent les leurs. Mais les maisons de disques ne ratent pas le coche. Il faut d’ailleurs souligner le rôle primor- dial joué par les labels comme Virgin, qui signe- ra assez vite Daft Punk. La French touch doit beaucoup à des gens comme Emmanuel de Bu- retel, qui ont senti qu’il se passait des choses, qu’il fallait miser sur ce mouvement et l’accom- pagner. C’était complémentaire. Les petits labels permettaient de faire découvrir de nouveaux ar- tistes avec des maxis qui fonctionnaient bien. Et les maisons de disques apportaient les moyens pour les développer et les accompagner. Les maisons de disques avaient aussi plus de moyens d’investissement. On était encore en plein âge d’or du disque. De gros contrats sont signés à ce moment-là, qui ne seront pas tou- jours faciles à honorer. Certains seront dénon- cés, comme ce fut le cas pour Demon. La réus- site commerciale n’a pas été au rendez-vous, alors que le début des années 2000 commen- çait à montrer les premiers signes de la crise du support physique. Et maintenant : rendez-vous dans 10 ans pour tirer le bilan de la french touch 2.0 et parler de la « nouvelle nouvelle relève » ? Ce serait bien ! La période actuelle m’intéresse un peu moins que la deuxième moitié des an- nées 90, que j’ai d’abord vécu en tant que spec- tateur. Il y avait l’attrait de la nouveauté. Les an- glais ne comprenaient pas ce qui se passait, ils étaient fous ! Pour une fois que ce n’était pas l’inverse ! Aujourd’hui, il n’y a plus cet effet de surprise. Les nouveaux DJs et producteurs ont des modèles dont ils peuvent s’inspirer, mais les attentes et les exigences sont d’emblée très élevées. Quand Cassius ou Daft Punk ont com- mencé, ils se moquaient de savoir où cela les mènerait. Ils voulaient juste faire la musique qu’ils aimaient, et faire danser les gens. Un des meilleurs albums de la French touch, Pan- soul de Motorbass, a été tiré à quelques cen- taines d’exemplaires. Philippe Zdar les livrait lui-même à Londres, Amsterdam ou Bruxelles, en chargeant les disques dans le coffre de sa voiture. Un album magnifique, qui aurait pu se vendre beaucoup, beaucoup plus. C’était une autre époque. Il y avait encore la spontanéité de l’amateurat. Les Daft Punk ont fait leur al- bum dans la chambre de Thomas Bangalter. Ils n’avaient pas d’arrière-pensées. Mais si de nouveaux Djs font danser la planète avec des hits, je raconterai leur histoire avec plaisir dans quelques années ! 5
  • 6. D.KO Records, un label de gars sûrs Organisateurs des soirées Keep D.KO Alive à La Karambole, les membres du collectif sont ensuite vite partis à la conquête de la nuit parisienne. Le collectif s’est finalement mué en label qui annonce bientôt un sub-label résolument plus techno… Fondé en 2013 par 4 fêlés parisiens, D.KO Records est avant tout l’expression d’une renaissance de la scène électronique française. La preuve avec 6 de ses meilleurs représentants. FLABAIRE À la fois sèche et mélodieuse, la musique de Flabaire a tout pour plaire. C’est également l’un des fondateurs du projet D.KO. Parisien après avoir vécu une partie de son adolescence à Bruxelles, Flabaire a tout d’abord été bercé par le rock avant de découvrir la house et toute la vague french touch qui allait avec. Ralph Maruani, de son vrai nom, est insatiable. Non satisfait de sortir de beaux EP comme tout le monde, le bougre balance en mars 2016 « It’s JustASilly Phase I’m Going Through », un album de 12 titres house. Flabaire est intenable. Non rassasié de son projet solo, il s’est récemment lancé avec Paul Cut, Larry Houl, Mézigue et Mub Deep, dans une incroyable house instrumentale. Ça s’appelle Secret Value Orchestra et on en parle plus bas dans l’article. MÉZIGUE DJ masqué, pile électrique, jeune chien fou, Mézigue est l’un des piliers du collectif et label D.KO Records. Pour la petite histoire, « Mézigue » vient tout simplement de l’argot parisien signifiant « Moi ». Très attaché à un univers kaléidoscopique, il le mélange avec un esprit DIY mais néanmoins très propre et vraiment réjouissant. Entre acid house et techno, le Parisien joue avec les codes musicaux établis par ses aînés pour en sortir un revival d’une french touch perdue. À son actif, 2 EPs, Mangez Moi et Kestuf Daronne ? et un album, Le meilleur tirte pour un album. Attention, on nous glisse dans l’oreillette que notre Mézigue national a plus d’un tour dans son sac et qu’il n’en a pas fini de faire des siennes. 6
  • 7. MAD REY Quentin Leroy pour les intimes, Mad Rey pour le reste du monde. Véritable espoir et fer de lance de la nouvelle scène house bleu-blanc-rouge, ce producteur du cosmos a 3 EPs à son actif chez D.Ko Records : Quartier Sex (2014), Salon de Thé (2015) et Balabushka (2017). Il a également publié en 2016 un EP sur Vertv Records, le label de son ami Neue Grafik, ainsi qu’un autre sur Red Lebanese,sonproprelabel.Àl’origine,MadReyest un énième enfant du hip hop, plus particulièrement du graffiti. Les débouchés de ce milieu finissant plus généralement sur les rails de métro que vers un avenir lumineux, le petit Rey se dirigea vers la musique et la batterie. Doté d’un gros background en disco/funk/hip hop, le producteur sait s’en servir à merveille pour construire des tracks résolument house. Les preuves ne sont plus à faire, à quelle heure un album Quentin ? SECRET VALUE ORCHESTRA De la house jouée en live. C’est le projet génial de Secret Value Orchestra. Composé de Larry Houl au chant, Flabaire à la basse, Paul Cut au clavier, Mézigue et Mud Deep aux machines, ce quintet débarque dans le game en 2016 avec 3 morceaux sortis sur l’EP Serious Intention. Faisant sensation auprès de la communauté house française, Secret Value Orchestra restait néanmoins un projet qui devait confirmer tous les espoirs tournoyant au- dessus d’eux. En avril dernier, un album de 8 morceaux débarque, Unidentified Flying Object, effaçanttouslesdoutesquel’onpouvaitavoirsurla maturité et le sérieux du groupe. Mention spéciale pour le morceau Porta (I Can’t Do Anything) à écouter ci-dessous. BRAQUE Secret weapon de la famille D.Ko Records, brAque n’en est pas le moins fatal. Au contraire. Petit dernier du crew, on lui doit la publication d’un EP tout droit sorti des enfers, Maraude. Le track éponyme vous donnera un bel aperçu de ce que propose le bougre. Une house distordue, allant et venant entre les samples, les influences et les rythmes. Un style rappelant Crydamoure, des synthés en guise de matraques, de grosses basses qui claquent, un BPM de gazelle, des voix douces et sensuelles. Voilà la recette de brAque. 7
  • 8. CRYDAMOURE, La face B de Daft Punk Si on connaît le label « Roulé » fondé en 1995 par la moitié de Daft Punk, Thomas Bangalter et son corollaire Scratché, le label Crydamoure fondé en 1997 par l’autre moitié des Dafts, Guy-Emmanuel de Homem Cristo, est moins célèbre. Roulé a accueilli des grosses sorties comme le fameux hymne de la FrenchTouch Music Sounds Better With You de Stardust. Y figurent aussi les sorties personnelles de Thomas Bangalter : on retrouve dans ces morceaux les sonorités plus « brutes » qu’on peut entendre sur l’album Homework des Daft. Il est intéressant de considérer Crydamoure comme le versant de Roulé, et plus particulièrement les sorties faites par le Knight Club (duo formé par Guy-Emmanuel de Homem Cristo et son partenaire Eric Chédeville) sur celui-ci. Vincent Brunner disait en 2001 à propos de Waves, une des compilations du label, que c’était de la « house érotomane de Homem Cristo ». Et en effet, cri d’amour se caractérise par une house érotique, « filtrée », un véritable hymne au dancefloor qui trouverait sa force dans la qualité des samples utilisés. La première sortie du label « Santa Claus/ Holydays on Ice » du Knight Club annonçait la couleur : ultra samplé, ultra loopé… On a trouvé la face B de Daft Punk et l’on comprend tout de suite comment l’énergie et parfois violence de Bangalter se fond dans l’érotisme et le travail des samples de Homem Cristo. Les autres sorties suivront cette ligne directrice, et outre les sorties du Knight Club (véritables mines d’or de samples) on retrouve le duo énergique Buffalo Bunch (qui a également sorti un EP sur Roulé), le remix de Paul Johnson, l’unique EP des petits protégés The Eternals ou encore certaines sorties de DJ Sneak. Ce mouvement esthétique et de cette house « filtrée»avantl’heure,partiedelaFrenchTouchqui rappelle les sonorités de groupes House comme Trouble Men, se conclut en 2003 par la sortie des compilations Waves I et II qui regroupent une grande majorité des sorties du label. 8
  • 9. Après avoir écouté le label ainsi que Roulé et Homework, on peut jeter un oeil du côté des samplesutilisés.Etlalisteestlongue:deChange à Cerronne en passant par Quincy Jones, toutes les grandes hymnes discos retrouvent une seconde vie en accéléré. Impossible de résister à cette recette simple mais efficace, le pied s’emballe tout seul. Adam Wright disait à propos d’une des sorties du Buffalo Bunch sur Crydamoure que c’était « un banger à jouer en peak-time. Parfois un bon kick stable et des petits samples discos bien placés sont tout ce dont on a besoin ». Et rien que pour vous, Shelter a concocté avec amour une petite track list spéciale Cryda- moure à retrouver sur notre site internet ! 9
  • 10. POUR SES 20 ANS, STARDUST RÉÉDITE ‘’MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU’’ Le 20 juillet 1998, la French touch tirait ses dernières munitions grâce à un tube sorti de nulle part et composé par Thomas Bangalter, Alan Braxe et Benjamin Diamond. Vingt ans plus tard, le hit accidentel fait peau neuve et sera bientôt dispo pour la première fois sur les plateformes streaming. 1998, année électronique. Enregistré à la hâte (« un lundi matin », dixit Diamond) au studio des Daft Punk, la démo devient alors rapidement le symbole d’une France à qui tout réussit : l’équipe de Foot vient de gagner la Coupe du Monde, la croissance est enfin revenue sous le gouvernement Jospin et pour la première fois de l’histoire, la musique « made in France » s’exporte partout. Le clip de Music sounds better with you, réalisé par Michel Gondry, fait lui aussi le tour du monde et les trois musiciens décident d’apparaître déguisés comme des robots, en hommage aux Rockets, un groupe méconnu de la disco française. Carton plein. Un tube à 2 millions de copies. C’est là qu’intervient, deux décennies plus tard, le double effet Kiss Cool. Pour fêter cet anniversaire, Bangalter, Braxe et Diamond viennent d’annoncer que le morceau allait Le fruit d’un hasard. C’est l’histoire d’un morceau qui n’aurait jamais dû sortir. On l’oublie, mais Music sounds better with you est le fruit d’un pur hasard : en 1995, Thomas Bangalter, l’homme avec toujours un coup d’avance, crée son propre label, Roulé, où il publie au compte gouttes des maxis de House, et sample même pour rigoler Claude François. Trois ans plus tard, début 1998, Alan Braxe vient d’y publier un titre nommé Vertigo. Des répétitions s’organisent au Rex Club avec Bangalter (aux claviers et à la basse) et Benjamin Diamond (au chant). C’est là, au détour d’un jam, que nait ce morceau après que le trio est tombé sur un sample du Fate de Chaka Khan. A single is born. Et les trois garçons ne le savent même pas. connaître un gros lifting. En mai dernier, les trois papes de l’électronique se sont retrouvés en studio à Paris, comme à l’époque, afin de donner une seconde jeunesse à ce morceau qui, finalement, n’a pas beaucoup vieilli : « En réécoutant le titre, on a eu l’impression qu’il avait pris un petit coup de vieux, témoigne Alan Braxe pour Billboard, donc on a simplement tenté de faire une petite mise à jour avec des compressions discrètes ça et là. » Stardust, projet ô combien éphémère, disposerait de cinq ou six démos enregistrées à l’époque, dans l’optique d’un album… qui ne verra finalement pas le jour. « La raison d’être du label Roulé de Bangalter, c’était de publier des morceaux underground », explique Braxe. De quoi faire encore monter la cote de Stardust auprès des fans. Et c’est vrai que même 20 ans plus tard, la musique sonne toujours mieux avec eux. 10
  • 11. 11 LE BON GROOVE ALAN BRAXE SEBASTIEN TELLIER CLUB DISCO MYD ETIENNE DE CRECY 21 JUIN 2020
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