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UNIVERSITÉ DE LYON
UNIVERSITÉ LUMIÈRE LYON 2

INSTITUT D'ÉTUDES POLITIQUES DE LYON
Enquête qualitative sur la réception des
émissions culinaires actuelles
Eve­Anaelle Blandin
Type de mémoire
Séminaire ou option

20XX - 20XX
Sous la direction de : Max Sanier
Membres du jury: 
Jean­Michel Rampon
(Soutenu le : XX mois 20XX )
Enquête qualitative sur la réception des
émissions culinaires actuelles
SOMMAIRE
Remerciements ...................................................................................................................................... 1
Construction de l’objet.......................................................................................................................... 3
I/ Les émissions culinaires semblent être un renouveau du genre qu’est la télé-réalité
et constituent donc un modèle hybride ........................................................................................ 38
1.1 Un modèle hybride : entre divertissement, apprentissage, et spectacle
39
1.1.1 La cuisine : la dimension phare de l’émission qui a su attirer des téléspectateurs et les
séduire en devenant une véritable source d’apprentissage.......................................................40
1.1.2 Un show culinaire : beauté des plats, talent des candidats, un show qui sait mettre l’eau à
la bouche des gourmands et gourmets devant leur poste de télévision.....................................43
1.1.3 Le divertissement en plus : des téléspectateurs qui recherchent avant tout un moment de
détente ....................................................................................................................................46
1.1.4 Un modèle hybride, un modèle à l’équilibre fragile .......................................................49
1.2 Continuité et dépassement des émissions de télé-réalité classiques
53
1.2.2 La TV-réalité ; un genre en renouvellement permanent, à la conquête d’un nouveau
public, ou à la reconquête d’un public lassé. ...........................................................................62
1.3 Le côté « cousu de fils blancs » d’une émission de télé-réalité
72
1.3.1 De prime abord, des téléspectateurs peu critiques, peu conscients de la construction
préalable de l’émission ...........................................................................................................72
1.3.2 Construction et montage ................................................................................................74
1.3.3 Un changement de discours : regard critique, du côté des producteurs, les téléspectateurs
ne s’intègrent soudainement plus dans le public de l’émission................................................78
................................................................................................................................................................... 81
II/ Des réceptions différenciées .................................................................................................... 82
2.1 Différentes réceptions en fonction de différents critères
83
2.1.1 L’activité professionnelle................................................................................................83
2.1.2 La situation familiale .....................................................................................................89
2.1.3 La pratique TV ...............................................................................................................96
2.2 Emissions culinaires – des téléspectateurs ayant un lien particulier à la cuisine
104
2.2.1 Une vision de la cuisine propre à chacun qu’il peut retrouver dans les différentes
émissions ..............................................................................................................................104
2.2.2 Le niveau de cuisine....................................................................................................110
2.2.3 Gourmand, gourmet, l’habitude des bonnes tables.......................................................121
2.2.4 Plaisir de recevoir ........................................................................................................123
III/ Les émissions ont un impact concret sur le quotidien des téléspectateurs ............128
3.1 La cuisine au quotidien : impact des émissions sur la pratique culinaire des
téléspectateurs
128
3.1.1 Réutiliser des recettes ou des idées de décoration
129
3.1.2 Transformer sa pratique culinaire ................................................................................131
3.1.3 Transformation dans l'univers professionnel de la cuisine, et de la perception de celui-ci
...............................................................................................................................................133
3.2 De l’organisation du quotidien au rituel, en passant par la création et le renforcement
de liens
134
3.2.1 De l’organisation du quotidien au rituel .......................................................................135
3.2.2 Nouveau liens, nouvelles habitudes : le forum .............................................................140
3.2.3 Partage, conversation et nouvelles pratiques – les émissions culinaires au cœur du
quotidien................................................................................................................................146
Conclusion ........................................................................................................................................... 165
Bibliographie ..................................................................................................................................... 174
Index...................................................................................................................................................... 177
Annexes................................................................................................................................................ 179
Remerciements
Par ces quelques lignes, je souhaite adresser mes plus chaleureux remerciements à ceux qui
ont contribué, de près ou de loin, à ce mémoire.
Mes premiers remerciements vont, bien évidemment, à M. Max Sanier, Maître de
Conférences en Communication à Sciences po Lyon, qui m’a accompagnée tout au long de
cette année. Il a su me guider et répondre à mes interrogations, toujours avec une grande
disponibilité et des conseils avisés. Je le remercie également de m’avoir soutenue alors que
je souhaitais réaliser un mémoire dans lequel la télévision, et les téléspectateurs, étaient au
cœur de la problématique, faisant ainsi preuve d’une ouverture d’esprit particulièrement
appréciable.
J’adresse ensuite mes remerciements à M. Jean-Michel Rampon, Maître de
Conférences en Communication à Sciences Po Lyon, qui a immédiatement accepté d’être
membre du jury de ma soutenance lorsque je le lui ai proposé.
Maryse, Véronique, Andréa, ou encore Marc, toutes les personnes interrogées au
cours de ces mois de recherche tiennent évidemment une place particulière dans ces
remerciements. Tous ces téléspectateurs ont su me faire confiance, partager leurs
expériences, et m’accorder un peu de leur temps, avec beaucoup de gentillesse, de
disponibilité et de sincérité. Je leur adresse toute ma reconnaissance. J’espère avoir su
utiliser au mieux leurs témoignages.
Enfin, c’est à ma famille et à mes amis que se destinent mes ultimes remerciements,
en particulier à ceux qui m’ont soutenue, tant dans les mois de recherche que dans les
semaines d’écriture, et de re-lecture.

1
Construction de l’objet

2
Construction de l’objet
Tantôt critiquée, tantôt plébiscitée ; tantôt instrument de démocratisation, tantôt
instrument purement commercial aux tendances manipulatrices, la télévision fait parler
d’elle depuis plus d’un demi-siècle. Rien d’étonnant à cela, puisqu’elle est intégrée au
quotidien des français, notamment depuis son large développement au cours des années
1950. En 2004, on comptait 25 millions de foyers disposant d’un téléviseur. Et ce chiffre
continue d’augmenter, malgré les doutes concernant la capacité de résistance de la
télévision face à un média comme Internet (Missika1).
Si l’on réfléchit sur la télévision et sur son utilisation, on constate qu’elle a une
place à part entière dans la vie des français : nombre de foyers ont installé leur poste de
télévision au cœur de la maison – dans le salon, parfois même dans la salle à manger,
quand ce n’est pas dans la cuisine. Elle accompagne le quotidien des femmes aux foyers,
jouant le rôle d’une présence dans la maison. Dans beaucoup de ménages, elle rythme le
déroulement des repas ; elle donne une raison de se retrouver autour, par exemple, du film
du dimanche soir. Mais elle peut également être un sujet de discorde qui révèle des
rapports de pouvoir particuliers à chaque famille : conflits pour le choix du programme,
autorité des parents sur le visionnage de tel ou tel programme, etc. Même en s’écartant du
contexte purement familial, on remarque que la télévision est une pratique collective, et la
réception des émissions télévisées ne peut se comprendre que dans le contexte collectif
dans lequel elles se déroulent. Regarder une émission de télévision, c’est aussi en discuter
auparavant, pendant, et après ; au téléphone, avec des amis ou au travail avec des
collègues. En effet, il peut être parfois bénéfique de parler d’un programme TV avec un
collègue, car cela permet de découvrir un peu la personne avec qui l’on discute sans pour
autant poser des questions touchant directement son intimité. Regarder une émission de
télévision, c’est aussi avoir un avis ce qu’elle propose et que l’on n’a peut-être même pas
regardé, mais que l’on connaît par réputation pour en avoir entendu les critiques et les
commentaires, ou pour avoir lu un article dessus dans la presse. C’est enfin accepter de
faire partie d’un collectif : le public de l’émission. Ces premiers programmes de télé-réalité
1

Missika Jean-Louis, La fin de la télévision, Paris, Seuil, 2006

3
possèdent tous les caractéristiques qui dont d’eux un genre hybride, à la croisée du
documentaire et du divertissement, de la réalité et de la fiction.
Si les téléspectateurs intègrent pleinement la télévision à leur quotidien, il semble
aujourd’hui que la télévision intègre de plus en plus son public à ses programmes. On parle
parfois d’un passage d’une paléo-télévision, c’est-à-dire une télévision d’Etat, à une néotélévision, télévision de société, puis post télévision (Missika 2). Un bref état des lieux des
émissions TV des dix dernières années suffit pour s’en apercevoir : la télévision inclut de
plus en plus une dimension de « réalité ». Les années 2000 en France voient naître des
émissions de pure TV réalité avec Loft Story (2001). Puis la TV réalité s’approprie le
domaine très fermé de la musique afin de donner un peu de rêve et d’espoir à des milliers
de candidats : c’est ainsi que naissent la Star Academy (2001), Popstars (2001), ou encore
Nouvelle Star (2003). Ces premiers programmes de télé-réalité possèdent tous les
caractéristiques qui dont d’eux un genre hybride, à la croisée du documentaire et du
divertissement, de la réalité et de la fiction. Ces émissions s’élaborent également autour
d’une dimension essentielle, celle du « rêve »: des «monsieur-tout-le-monde » peuvent
soudain passer de l’autre côté de l’écran et devenir des vedettes. Le monde fermé du showbiz devient accessible, et les téléspectateurs peuvent davantage s’identifier à ces nouvelles
stars, puisqu’ils les ont vues naître, puisque après tout elles étaient comme eux. Avec la fin
des années 2000, et notamment le développement de la Télévision Numérique Terrestre
(TNT), les dimensions star et rêve s’effacent pour laisser place à des programmes encore
plus proches de la réalité. Avec des émissions comme Vis ma vie (2006), ou Tellement vrai
2008), des personnes ordinaires ne sont plus soudainement projetées dans un monde de
strass et de paillettes mais racontent simplement leur quotidien, ou font partager une étape
importante de leur vie. Ces courtes émissions laissent une large part aux difficultés
rencontrées par ces personnes, comme pour montrer au téléspectateur que sa situation n’est
pas unique, afin de rendre possible un puissant processus d’identification. Le téléspectateur
ne suit plus seulement chaque jour les turpitudes d’individus qui lui ressemblent, il peut
aussi se reconnaître dans leurs épreuves ou leurs réussites, et y lire sa propre histoire, en
tirer un apprentissage et, au bout du compte, élaborer sa propre réalité sociale.
Mais il me semble qu’un tout autre concept d'émission ait émergé et marqué ces dernières
années : il s'agit des émissions culinaires, qui existent depuis le milieu des années 2000 et
qui se sont particulièrement développées au cours de ces trois dernières années. Un dîner

2

Missika Jean-Louis, Ibid.

4
presque parfait, Top Chef, Masterchef3, tout un chacun a entendu au moins une fois parler
de ces émissions. Et pour cause, elles sont devenues une véritable mode, donnant lieu non
seulement à des émissions TV mais également à des magazines, des forums, des jeux de
société, et même de nouvelles pratiques sociales (reproduction de l'émission au sein de son
cercle d'amis, habitudes culinaires transformées). Il est donc facile de constater le succès
de ces émissions par ces données objectives, quantitatives, commerciales et statistiques
(voire part d’audience, quelques paragraphes plus bas). Mais plutôt que de simplement
prendre acte de ce succès, j'ai eu envie de le comprendre, et pour cela de m'intéresser à la
réception de ces émissions par leurs spectateurs. Il existe des émissions de cuisine depuis
près d’un demi-siècle. En effet la première émission de cuisine nait en 1954 avec Art et
Magie de la cuisine, qui sera suivie de nombreuses autres, comme notamment La Cuisine
des Mousquetaires dès 1983, présentée par la célèbre Maïté. Dans toutes ces émissions de
cuisine traditionnelles, il s’agit d’un ou d’une cuisinière (pas nécessairement connu ni
diplômé), qui va expliquer au téléspectateur comment faire une recette en la reproduisant à
l’écran. Si l’on compare ces émissions du XXe siècle aux émissions culinaires du XXIe
siècle, la différence est grande. Top Chef, Masterchef, Un dîner presque parfait, ou encore
Un resto dans mon salon ; il ne s’agit plus d’un simple cuisinier expliquant une recette de
cuisine, mais là encore d’individus ordinaires qui vont vivre à travers une expérience
culinaire originale, une aventure humaine. Au long de ce mémoire nous nous appuierons
plus particulièrement sur les émissions Un dîner presque parfait, Masterchef, et Top Chef,
ces programmes font en effet partie de l'offre télévisuelle des chaînes généralistes
traditionnelles (M6 et TF1) et se sont révélées être les plus regardées parmi les
téléspectateurs que j'ai pu interroger.
Il est temps de présenter brièvement les émissions sur lesquelles j'ai centré mon
analyse : Un dîner presque parfait, Top chef, et Masterchef. La première est une
quotidienne longue d'environ une heure, diffusée du lundi au vendredi sur M6 à 17h40.
Chaque semaine, l'émission est tournée dans une ville différente de France ou de Belgique,
dont quelques habitants se reçoivent à manger chez eux chacun leur tour alors qu'ils ne se
connaissent pas. Au cours de chaque soirée, l'hôte doit réaliser un menu de choix, une
décoration, et une animation à partager avec ses convives. La soirée doit également être
organisée en fonction d'un thème choisi par l'hôte. A la fin de chaque réception, les
candidats amateurs se notent en fonction de trois critères – cuisine, décoration, et ambiance
3

Tout au long de ce mémoire, j’utiliserai les abréviations suivantes : TC pou Top Chef, MC pour Masterchef,
et UDPP pour Un dîner presque parfait

5
– afin que le gagnant puisse être révélé lors du dernier repas. L'émission est née en février
2008, c'est donc la plus ancienne des trois dont j'étudie la réception. Depuis 2008,
l'émission a évoluée : elle est devenue un peu plus longue, les séquences de préparation
culinaires se sont réduites, et certaines semaines 'spéciales' ont vu le jour (brunch – où les
candidats restent dormir les uns chez les autres, couple, séduction, etc). Grâce à cette
émission, M6 réalise environ 15% de part d’audience à chaque diffusion (Annexe 1).
Top Chef est également diffusée sur M6, le lundi soir d’environ février à mars, et
ce depuis trois ans. Le format de l’émission est de 180 minutes. Il s’agit d’une compétition
culinaire dans laquelle s’affrontent des participants ayant tous une formation culinaire,
souvent de haut niveau. Les épreuves ont généralement lieu dans un grand bâtiment
disposant de cuisines de professionnels, et les cuisiniers doivent redoubler d’inventivité et
de technique pour réaliser des plats selon un thème particulier : à partir d’un produit
spécifique, sans cuisson, pour des sportifs, etc. Les épreuves sont parfois organisées en
dehors de l’atelier : sur un bateau, dans un train, ou encore dans une abbaye. Un candidat
part chaque semaine, suite au verdict de grands chefs français étoilés : Ghislaine Arabian,
Christian Constant, Jean-François Piège, Thierry Marx. Le chef Cyril Lignac – mis en
lumière grâce à une émission précédemment diffusée sur M6, Oui, chef ! – intervient en
tant que conseiller et coach des candidats. A la fin du concours, le gagnant remporte 100
000 euros.
Enfin, Masterchef reprend le concept de TC : il s’agit d’une compétition culinaire,
diffusée en prime-time (c’est-à-dire au créneau de 21h00) sur TF1 le jeudi soir, avec des
épreuves du même type que celles proposées par TC. Quelques différences tout de même:
les candidats sont cette fois des amateurs (mais ayant cependant une bonne maîtrise de la
cuisine, plus que ceux de UDPP notamment), le jury est composé de deux chefs (Frederic
Anton et Yves Camdeborde) et d’un critique gastronomique, et le gagnant remporte en plus
des 100 000 euros, une formation dans une grande école de cuisine ainsi que l’édition d’un
livre de ses propres recettes.
Ces émissions culinaires sont une parfaite représentation du genre hybride qu’est la
télé-réalité. En ce qui concerne Un dîner presque parfait, les quotidiennes sont accessibles
à tous : il suffit d’appeler la chaîne pour présenter sa candidature à l’une d’elles. Les
émissions sont donc composées de « monsieur-tout-le-monde » à qui le téléspectateur peut
parfaitement s’identifier. Si le niveau culinaire des candidats de Masterchef et Top Chef est
généralement bien plus élevé que celui des candidats du DPP (il s'agit même, pour l'une
des émissions, de professionnels), les téléspectateurs peuvent voir les candidats exprimer
6
leurs doutes et leurs joies, mais aussi leurs moments de panique, bref ce sont des êtres
humains qu’ils perçoivent dans leur écran de télévision. Des êtres ordinaires certes, mais
pas seulement. En effet ces émissions impliquent ponctuellement (Un dîner presque
parfait) ou constamment (Masterchef) des célébrités, des chefs cuisiniers, etc. Enfin, ces
émissions jouent également pleinement sur le registre de la fiction par l’intermédiaire du
drame, des larmes, bref de l’émotion dans des moments clefs de l’émission, un travail sur
le pathos qu’il devient parfois difficile de faire la part des choses entre documentaire et
fiction dans ces émissions, et c’est bien là toute leur plus-value.
A partir de ces données, je chercherai donc, dans ce mémoire, à étudier la réception
de ces émissions culinaires d’un nouveau genre, à comprendre par qui, pourquoi, et
comment elles sont regardées. Nous enquêterons également sur les éventuelles pratiques
sociales dont ces émissions sont à l’origine, ainsi que sur les liens sociaux qu’elles peuvent
créer.
Entre divertissement et documentaire, réalité et fiction, les émissions culinaires actuelles
apparaissent comme le concept d'émission phare de ces dernières années. Mais
comment ceux qui font également leur succès et leur longévité, les téléspectateurs,
parlent-ils, perçoivent-ils, et intègrent-ils à leur quotidien ces programmes TV ?
Quelques définitions s’imposent afin de bien encadrer mon étude. Je vais travailler
sur la réception des émissions culinaires actuelles, et donc sur un public. Mais comment
définit-on le public lorsque l’on travaille sur le média qu’est la télévision ? Le « grand
public » est défini par Eric Mace4 comme le « public populaire grand consommateur de
télévision ». Il serait inenvisageable pour moi d'établir une typologie du public des
émissions culinaires auxquelles je m'intéresse. J’ai néanmoins cherché à voir si cette
origine sociale populaire se confirmait dans les entretiens que j'ai menés. Le public ne se
résume pas à une catégorie sociale définie, il n’a en fait pas d’existence concrète et ne se
constitue réellement que dans des pratiques, dans un groupe social se reconnaissant en tant
que tel. Il ne faut également pas confondre public et audience. En effet l’audience d’un
programme représente tous les individus ayant regardé à un moment donné ce programme,
alors que le public d’une émission est constitué en tant que tel : les téléspectateurs parlent
4

Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63,
1993, p.109-122

7
de l’émission avec leurs amis, peuvent la suivre sur internet ou en discuter sur des forums.
Le public a une image symbolique mais également réelle lorsque celui-ci s’identifie à un
autre imaginé. De plus, les forums, les fans clubs, les pages internet ou encore les réseaux
sociaux permettent au public de prendre part à une réalité plus concrète, et aux différents
individus d’avoir le sentiment de faire partie d’une communauté particulière. Bref, en
assumant regarder une émission le téléspectateur s’affirme et s’identifie dans l’espace
social. C’est pour cela que j'ai cherché à déterminer deux choses :
- Les téléspectateurs des émissions culinaires s’approprient-ils ces émissions en les
utilisant dans leur quotidien, et ces programmes sont-ils à l’origine de pratiques sociales
particulières ?
- Les téléspectateurs s'incluent-ils dans le public de l'émission ou parlent-ils de
l' « audience », les « téléspectateurs » sans pour autant s'inclure dedans ?
Venons-en maintenant à un second terme clef de mon étude : la réception. La
réception d’une émission télévisée est la manière dont cette émission est reçue par les
spectateurs, il s’agit donc d’un processus qui s’inscrit dans un contexte historique, culturel,
et collectif. Le contexte de la réception étant multiforme, la réception elle-même ne peut
être unique et universelle, il en existe différents types. Eric Mace établit par exemple une
distinction entre « réception dégagée » et « réception engagée 5». La première consiste à
utiliser l’émission comme un bruit de fond, en effectuant une autre activité en même
temps, ou en la regardant davantage par amusement – pour s’en moquer – et avec une
dimension critique pointue, plutôt que par pur et simple goût. Lors d’une
« réception engagée » en revanche il y a un véritable processus d’identification qui se met
en place chez le téléspectateur qui regarde l’émission. Il s’agissait donc tout au long de
mon étude de comprendre comment les téléspectateurs de Un dîner presque parfait,
Masterchef et Top Chef reçoivent cette émission, en prenant en compte le contexte de
réception, la manière dont ils regardent le programme, et bien sûr leur propre discours sur
les fondements de l’intérêt qu’ils portent à ces émissions.
En ce qui concerne les enquêtes sur la réception, il existe deux grands types de
travaux correspondant à deux écoles de pensée. On trouve tout d'abord l'école
fonctionnaliste des « usages et gratifications » qui se centre sur la façon dont la télévision
5

Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63,
1993

8
et les programmes télévisés sont utilisés pour satisfaire certains besoins, sans s'intéresser
spécifiquement aux contenus des programmes, à la façon dont ces programmes sont
perçus. Dans la tradition de Birmingham (1964), on s'interroge davantage sur la
signification qui ressort d'une interaction entre les téléspectateurs et le texte, c'est-à-dire la
télévision. A travers mon enquête je cherche à me situer entre ces deux écoles. En effet je
ne m'intéresse pas à la télévision en générale mais à des émissions particulières – les
émissions culinaires – qui ont donc un sens et un intérêt particulier pour les téléspectateurs.
Néanmoins je ne souhaite pas en rester au niveau de la signification de ces programmes, je
souhaite également voir quels usages les téléspectateurs en font : si ces émissions
deviennent un rituel, si elles sont une source d'apprentissage réutilisée au quotidien, si elles
structurent leur quotidien etc.
Il existe différents types de travaux sur les téléspectateurs : approches sociologique,
sémiologique, ou encore psychosociale. J'ai choisi d'opter pour une approche sociologique,
que C. Segur décrit comme une approche s'intéressant à la « composition des publics, la
consommation de la télévision et les usages qui y sont liés 6». Il s'agit d'enquêtes sur
l'activité téléspectatorielle en termes d'équipement et de consommation, puis de l'étude des
actes de réception mesurés au moment même de leur pratique ou tels qu'ils sont exprimés
dans le discours des individus.
La base de mon travail s’appuie sur la sociologie de la télévision et de ses
téléspectateurs qui existe en France depuis les années 1950 et dont il est maintenant temps
de faire un rapide état des lieux.
Les téléspectateurs deviennent un objet scientifique dans les années 1950, 1960.
Cet intérêt scientifique s'explique notamment par la manifestation des téléspectateurs dans
ces mêmes années. En effet, ces derniers s'organisent au sein d'associations, de diffusions
collectives ou de courrier des lecteurs. En 1965, 59% des français affirment que la
télévision a changé leur vie7. Les premières préoccupations vis-à-vis des téléspectateurs
viennent de l'Etat et notamment des politiques. En effet sous l'ORTF, la télévision est
utilisée par les politiques pour influencer les citoyens, elle devient un support privilégié des
campagnes de communication. Ces préoccupations vont intégrer le secteur intellectuel, et
6

Ségur Céline, Les recherches sur les téléspectateurs – trajectoires académiques, Hermès Science
Publications, 2010, p.116
7
Ségur Céline, Ibid.

9
les premières craintes sur des éventuels effets néfastes de la télévision vont naître, ainsi
que les premières relativisations. Harold Laswell (1948) théorise le concept de seringue
hypodermique : les appareils médiatiques pourraient injecter des messages en ceux qui les
consomment, et seraient donc en mesure de les influencer très fortement.
Lazarsfeld P., Merton RK, et enfin Kate Elihu introduisent les effets limités qui
permettent de relativiser les propos de Laswell (1948) et donc notamment l'influence
directe de la télévision sur les téléspectateurs 8. Ils démontrent une influence plus
personnelle, soumise à interprétation et ré-interprétation, et soulignent le rôle important des
leaders d'opinion. De la même façon, l'Ecole de Francfort conteste également le modèle
fonctionnaliste de la communication influencé par les théories de Lasswell (1948). En effet
l'Ecole de Francfort note que la signification des messages est souvent celle de l'opinion,
qu'on a une standardisation des messages qui détermine la réception de manière
schématique, et enfin une stéréotypie car les émissions viennent renforcer les clichés des
individus.
A partir des années 1960, la télévision se démocratise et « on parle alors d'un grand
public 9» . En 1963, Bourdieu P. et Passeron JC. soulignent une diversité des réceptions
plutôt qu'un public de masse : « Ces publics éphémères et fluctuants dont les
chevauchements infinis découragent l'analyse, coïncident-ils, en tout ou en partie, avec
des groupes sociaux réels ? 10».
Néanmoins, si les recherches sur les téléspectateurs émergent dans les années 195060, elles restent assez discrètes et deviennent une véritable problématique du champ
académique uniquement dans les années 1980. C'est en effet à cette période que naissent
les premières revues scientifiques pouvant être amenées à s'intéresser au sujet
(Médiaspouvoirs, Quaderni, Hermès). On commence également à représenter le
téléspectateur : du téléspectateur passif à la réhabilitation d'un téléspectateur actif avec
Missika et Wolton (1983). J'ai donc cherché au cours de ce mémoire à analyser la réception
des téléspectateurs des émissions culinaires actuelles en termes de réception active et
réception passive.
Dans les ouvrages consacrés à la télévision, une étude des programmes ou d'un
programme en particulier est souvent un préalable à la recherche sur la réception. La
réception ne fait d'ailleurs souvent l'objet que de quelques chapitres au sein de l'ouvrage.
8

Ségur Céline, Ibid., p.39
Ségur Céline, op. cit., p.41
10
Bourdieu Pierre, 1963, p.1002, cité dans Segur Céline, op. cit.,p.41
9

10
En ce qui me concerne, ne souhaitant pas faire une analyse des émissions culinaires en tant
que produit audiovisuel, je me suis principalement intéressée à la façon dont ces
programmes étaient reçus, à la façon dont les téléspectateurs en parlaient. Mon travail
repose donc essentiellement sur des entretiens et il consiste nécessairement en une certaine
interprétation des propos tenus. En effet « la réception n'a d'existence sociale que sous
forme de discours et la recherche sur la réception elle-même ne procède pas autrement 11».
L'analyse de discours portés par des téléspectateurs n'étant pas une tâche évidente, je me
suis donc aidée de l'ouvrage de Dominique Boullier (2004). Il m'a permis de souligner
certains aspects récurrents dans les discours concernant la télévision. Ainsi, ce média
souffre clairement d'un manque de légitimité, notamment causé par une diffusion de masse,
si bien que les individus peuvent avoir tendance à prendre leur distance avec ce médium
afin de se distinguer de la masse. Les personnes interrogées peuvent donc parfois ne pas
franchement assumer leur lien avec la télévision et donc ne pas s'exprimer pleinement sur
leur activité de téléspectateur. De même, Boullier (2004) explique qu'il existe parmi les
téléspectateurs une crainte d'apparaître captif, et on peut voir apparaître dans les discours
des expressions comme « je regarde distraitement, je fais autre chose », ou « c'est parce
que les autres regardent ». J'ai donc cherché à voir si cette distanciation avec la télévision
apparaissait dans les discours des téléspectateurs des émissions culinaires. Boullier (2004)
note également que les discours sont souvent marqués par le « thème de la prise, de la
capture, de la dépendance12 » et peuvent alors se traduire par des remarques telles que « ça
m'accroche ». En effet « l'activité télévision est à la fois sérieuse et suspecte : on y
réintroduit en permanence une relativisation, une dévaluation ou une distance qui la laisse
à sa place13 ». J'ai donc regardé dans mes entretiens si ce type d'expression et ce rapport
assez distancié – au moins dans les mots – ressortaient dans les discours des téléspectateurs
des émissions culinaires. Boullier (2004) explique que les téléspectateurs peuvent justifier
leur activité télévision sans pour autant utiliser l'univers de la télévision dans leur
argumentaire. Il note alors trois types d'arguments hors TV que je pouvais éventuellement
retrouver dans les discours des téléspectateurs de UDPP, TC ou MC :
- « les pratiques sont expliquées par des contraintes provoquées 14» : dans ce cas le
téléspectateur interviewé explique qu'il ne regarde Top Chef que parce que sa femme
regarde tous les lundi soirs par exemple.
11

Boullier Dominique, La télévision telle qu'on la parle, Paris, L’Harmattan, 2004, p.14
Boullier Dominique, Ibid., p.101
13
Boullier Dominique, Ibid., p.118
14
Boullier Dominique, Ibid., p.158
12

11
- « les goûts sont expliqués par des univers d'appartenance15 » : un téléspectateur affirme
par exemple regarder UDPP principalement quand l'émission a lieu dans une région qui a
une résonnance personnelle pour lui.
- « les jugements sont expliqués en référence à des principes supérieurs communs 16» : le
téléspectateur de MC exprime alors son goût pour l'émission par l'intermédiaire d'une
valeur commune et reconnue, en disant par exemple que « c'est instructif ».
Ainsi mon enquête s'inscrit dans la lignée du travail qu'a réalisé D. Boullier (2004), elle est
donc nécessairement un travail d'interprétation de discours, si bien qu'il est nécessaire de
rappeler qu' « il faut en prendre son parti : nous n'embrasserons jamais la totalité du social,
nous n'atteindrons pas un point de vue indépendant des points de vue 17».
Du Côté du public, de Brigitte Le Grignou (2003) a été une lecture particulièrement
utile. Elle m'a en effet donné des éléments d’analyse sur les question de public, de
réception active, des pratiques télévisuelles, des difficultés pour analyser la réception, et de
réception de la TV comme révélateur de comportements d’individus dans le monde social.
Le Grignou met en avant la réception active des individus. Elle montre notamment
que la réception n’est pas une donnée unique qui s’étudie sans prendre acte des éléments
extérieurs, au contraire la réception s’insère dans un ensemble de discours qui vont
l’influencer et la construire (les autres programmes, les critiques ou les articles dans les
journaux, programmes télévisés). De plus, cette réception n’est pas parfaitement
personnelle puisqu’elle a, au contraire, une très forte dimension collective : la discussion
qui va suivre ou accompagner l’émission avec un ami ou un membre de la famille par
exemple, les commentaires faits en même temps que la diffusion. Elle montre également
que la réception est active dans sa dimension critique, en effet les téléspectateurs sont tout
à fait capables de juger une émission TV, que ce soit sur le sens du message ou sur ses
caractéristiques techniques.
Le Grignou souligne les usages sociaux de la télévision, ce qui m'a été utile pour
construire ma grille d'entretiens. Par exemple, elle met en avant l’usage qui peut en être fait
en société ; c’est ainsi un sujet de conversation idéal au travail car il permet d’aller vers
l’intime de quelqu’un sans pour autant lui poser des questions indiscrètes. Elle dresse une
typologie des usages sociaux que j'ai essayé d'inclure dans ma grille d'entretien, notamment
en ce qui concerne les trois premiers :
15

Boullier Dominique, Ibid., p.158
Boullier Dominique, Ibid., p.158
17
Boullier Dominique, Ibid., p.11
16

12
- usage structurel (TV utilisée comme bruit de fond, marqueur du quotidien).
- usage relationnel (sujet de discussion).
- usage apprentissage (diffusions de valeurs, d’informations, de comportements imitables).
- usage « compétence et domination 18» (p108) qui permet de percevoir une forme de
pouvoir dans la famille.
Enfin, cet intéressant ouvrage m'a permis de détecter des difficultés qui risquaient de se
présenter lors de la réalisation des entretiens. En effet, le chapitre neuf montre que la
télévision manque de légitimité, et que de ce fait, les individus ne vont pas forcément en
parler librement. De plus, parler de la télévision peut également entraîner un mécanisme de
présentation de soi, notamment chez les adolescents. De fait, un adolescent spectateur peut
être influencé par le contexte familial : par exemple, regarder une série télévisée dans une
famille d’intellectuels aisés est assez mal vu, il ne pourra là encore certainement pas en
parler librement. Cela souligne également l’importance de s’affirmer en tant que
téléspectateur d’une certaine émission. En effet, selon Le Grignou, « en parler c’est aussi
affirmer qui l’on est et quelle place l’on occupe dans l’espace social 19 ». Il me semblait
donc dès lors intéressant de rechercher si les téléspectateurs des émissions culinaires
actuelles assumaient le fait de regarder ces émissions et s'ils s'incluaient pleinement dans le
public.
Dans La programmation de la réception, Eric Macé (1994) explique que les
programmes télévisés représentent notamment et principalement l’expérience des dominés
(dans les journaux TV ou dans les divertissements, il est souvent question de drame,
sexualité, violence, famille) et ce parce que le public de la télévision est principalement
populaire. Il parle alors de programmation de la réception puisque selon lui la
programmation intègre la réception : « ce sont moins les gens qui regardent la télévision
que la télévision qui les regarde 20». Mace note alors deux aspects dans la relation
télévision-public :
- la subjectivation de l’expérience sociale des dominés au sein d’un nouvel espace public
par l’utilisation de toutes les questions sociales des téléspectateurs.

18

Le Grignou Brigitte, Du côté du public : usages et réception de la télévision, Paris, Economica, 2003,
p.108
19
Le Grignou Brigitte, Ibid., p.118
20
Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63,
1993, p.111

13
- Une logique marchande de la télévision : « elle impose à cette subjectivation sociale la
‘sujétion’ culturelle à des dispositifs de manipulation des signes 21».
De plus, il souligne trois niveaux de la programmation de la réception et d’analyse des
contenus, qui m'ont également été utiles lors de la réalisation et de l’analyse des entretiens :
- le message, c’est-à-dire le message émis puis son acceptation (et donc le renforcement de
l’opinion préalable), ou le rejet. Ce premier niveau est celui de l’opinion.
- les codes : « densité dramatique, comique, ou de proximité formelle 22», c’est ce qui va
déterminer si le téléspectateur continue à regarder le programme ou change de chaîne.
- projectif, c’est-à-dire la subjectivation de l’expérience des individus, une réception donc
plus engagée. Ces deux niveaux représentent les rapports sociaux de domination.
Eric Mace met également en avant un autre type de réception qui pouvait tout à fait
s’inscrire dans le cadre d’une émission comme Un dîner presque parfait ou même
Masterchef, la « réception dégagée 23». Il s’agit là d’utiliser la télévision en arrière-plan, ou
de regarder l’émission avec un œil critique ou amusé.
Enfin, l’auteur montre que la télévision se nourrit de la pratique familiale qu’elle
représente, car on constate l’utilisation fréquente d’enfants dans les émissions. En effet,
cette utilisation renvoie alors au cercle le plus étroit de la sphère privée du public
populaire, or la programmation de la réception est fondée sur l’identification. Cette
remarque est intéressante car il a été diffusé très récemment une émission spéciale de
Masterchef, non plus avec des adultes amateurs mais avec des enfants amateurs de cuisine.
Qu’il s’agisse de la réception dégagée ou de l’utilisation d’une sphère intime dans
les programmes, Eric Mace (1993) montre que finalement les téléspectateurs ne regardent
pas forcément la télévision par goût pur et simple ou de façon rationnelle, les
téléspectateurs peuvent regarder toutes les émissions parce qu’ils sont dominés socialement
et parce que les émissions sont fabriquées afin de créer un mécanisme d’identification, et à
partir de là ils « peuvent se gaver de n’importe quoi » (p120).
Dominique Pasquier (1999) dans son article intitulé La télévision – mauvais objet de la
sociologie de la culture, reprend la notion de « footing » de Goffman (1981) afin de
différencier le public de l’audience. Un téléspectateur peut ne pas assumer de regarder une
certaine émission dans un contexte donné, il fait alors partie de l’audience plutôt que du
public. Cette remarque m'a fait prendre conscience de la difficulté que représente une étude
21

Mace Eric, op. cit., p.111
Mace Eric, op. cit., p.112
23
Mace Eric, op. cit., p.119
22

14
sur un média aussi peu légitimé dans notre société que la télévision, mais c’est également
ce qui fait tout l’intérêt de mon enquête. Au cours des entretiens, il m’a fallu gagner la
confiance des personnes interrogées, afin qu’elles se sentent libres de s’exprimer et ne
craignent pas d’être jugées. Une connaissance approfondie des programmes a alors été
nécessaire, afin de pouvoir amorcer une réelle conversation avec l’interviewé et afin que
celui-ci ne se sente pas examiné comme une créature étrange.
L’article de Daniel Dayan (1992), intitulé Les mystères de la réception a
également largement contribué à ma première réflexion.
Dans cet article, Dayan (1992) précise tout d’abord la notion de réception, notamment avec
le modèle « texte-lecteur ». Il explique que la réception est active et qu’elle correspond à
une production de sens, on ne peut alors pas prédire l’interprétation que le lecteur fera du
texte. Le récepteur étant actif il peut rejeter le message, ou le décoder d’une façon
différente qu’il a été initialement encodé. Enfin le récepteur est socialisé, de ce fait le
contexte de la réception et son bagage culturel vont donc beaucoup jouer.
Le récepteur que décrit Dayan (1992) est donc clairement actif.
Il fait en ensuite état d’une « attention partagée 24» afin de souligner que les
spectateurs regardent rarement un programme du début à la fin sans rien faire d’autre. Ils
vont par exemple répondre au téléphone et discuter tout en regardant le programme. Cette
notion n’est pas sans rappeler la notion de réception dégagée expliquée précédemment, et
elle s'est avérée très utile lors de l'analyse des entretiens puisque plusieurs téléspectateurs,
notamment de UDPP, m'ont expliqué qu'ils ne regardaient que rarement la quotidienne en
entier, mais choisissaient les parties de l'émission qu'ils préféraient et quittaient l'émission
lorsque leurs obligations familiales prenaient le dessus (devoirs des enfants etc). Puis
Daniel Dayan (1992) revient sur la notion de public. Il explique que, de manière générale,
le public n’a pas de réalité concrète, c’est une notion « construite de toutes pièces par les
discours portés sur lui25 », c’est pourquoi il est nécessaire de s’intéresser aux discours que
portent les téléspectateurs plutôt qu’à leur pratique en elle-même, et c'est donc pourquoi
j'ai décidé de privilégier le travail d'analyse du discours des téléspectateurs. Il met
également en avant la dimension collective de la réception : les spectateurs vont se référer
à des spectateurs qui ont déjà reçu ce programme et ils vont se positionner par rapport à
cette réception. Il associe alors la notion de « réception secondaire » de Ien Ang :
« Rencontrer un texte, c’est s’aventurer dans un espace déjà structuré, se joindre à un
24
25

Dayan Daniel, « Les mystères de la réception », Le Débat, n°71, 1992, p.13
Dayan Daniel, Ibid., p.15

15
public déjà désigné, c’est faire jouer sa propre lecture dans un contexte préalablement
balisé 26». Ainsi, en regardant un programme, on accepte de faire partie d’une communauté
imaginée (concept de Benedict Anderson). Cette dimension de communauté m'a été utile et
c'est en en prenant connaissance que j'ai pensé à proposer des entretiens sur un forum
consacré aux trois émissions culinaires sur lesquelles je m'appuie, afin d'étudier le discours
de téléspectateurs faisant la démarche d'aller discuter de ces émissions au sein d'un groupe,
d'une communauté virtuelle.
Sur le même thème, la lecture de Michel Gheude m'a également intéressée. En
effet il reprend également et questionne la notion de public, de communauté, et de son
importance lors de la réception. Il explique ainsi que regarder la télévision c'est aussi
« participer au groupe dont nous savons qu'il la regarde. Non plus comme un voyeur
observe une réunion à laquelle il ne prend pas part, mais comme un participant à part
entière. En ce sens, la télévision est un outil d'intégration. Par elle, je m'insère dans une
communauté, j'en fais partie, j'y participe27 ». L'existence de forum non officiels de ces
émissions culinaires s'intègre donc très bien à cette dimension intégratrice de la télévision
et créatrice d'une communauté, puisqu'en effet les personnes de ce forum ne se
connaissaient pas préalablement et ce sont réunis sous forme d'une communauté virtuelle
devenue réelle grâce à ces émissions télévisées et aux discussions que celles-ci engendrent.
Le livre de Vincent Goulet (2010), Médias et classes populaires m'a permis d’en
savoir un peu plus sur les classes populaires, c’est-à-dire les individus qui composent
essentiellement le public de la télévision. J'ai tout d’abord retenu la définition des classes
populaires donnée par Olivier Schwartz et reprise par Goulet dans son ouvrage : « Les
classes populaires sont l’ensemble des groupes sociaux caractérisés par leur position
dominée – économiquement, culturellement et symboliquement –, par leurs faibles chances
d’améliorer leur destin social, ainsi que par des traits communs en termes de mode de vie,
de ‘formes de séparation culturelle’ 28».
Dans le quartier populaire où Goulet (2010) réside le temps de son enquête, il
constate qu’il n’y a pas d’identité de quartier ou d’importantes relations de voisinages. En
effet, les liens faibles ne sont pas favorisés chez les classes populaires, ils préfèrent les
liens forts mais peu nombreux, se restreignant généralement aux liens familiaux. L’auteur
montre alors que la télévision s’insère pleinement dans cette dimension familiale propre
26

Dayan Daniel, Ibid., p.21
Gheude Michel, Chapitre 7 dans Proulx Serge, Accusé de réception : le téléspectateur construit par les
sciences sociales, Paris, L’Harmattan, 1998, p.165
28
Shwartz, 1998, cité dans Goulet Vincent, Médias et classes populaires, Paris, I.N.A, 2010, p.18-19
27

16
aux classes populaires. Ainsi, les pratiques télévisuelles peuvent être le symbole de
données ou habitudes au sein du foyer ; par exemple Goulet constate que chez les retraités
la vie est parfois planifiée en fonction des programmes télévisés, alors que pour les autres
la télévision ne surpasse pas les autres activités sociales (la vie quotidienne est avant tout
structurée par le temps de travail). Il s'avérait donc être intéressant de voir dans mon
enquête la façon dont la télévision et plus particulièrement les programmes culinaires, sont
intégrés dans le quotidien des individus interviewés, en fonction de leur âge, de leur
activité professionnelle, et de leur entourage et situation familiale.
Il insiste également sur cette pratique collective et familiale qu’est la pratique de la
télévision ; regarder la télévision en famille est une sorte de vie familiale à part entière, et
de plus « la réception des programmes dépend principalement des membres de la famille
avec lesquels ils sont visionnés 29». J'ai donc cherché à voir comment les téléspectateurs
interrogés regardaient la télévision, si leur réception était collective, et si cette dimension
familiale leur était commune.
Enfin, l’auteur montre que la télévision se sert de la propre consommation qu’elle
entraîne, en reprenant des valeurs familiales dans ses programmes. Et j’ai justement
remarqué qu’il avait déjà été produit une émission d’Un dîner presque parfait spéciale
famille, chaque membre de la famille recevant à son tour, les rivalités, les préférences, et
les histoires de famille ne venant que faciliter le processus par lequel les téléspectateurs
vont s’identifier à ce qu’ils voient sur leur écran de télévision.
On peut alors se demander comment, concrètement, en France, a-t-on et continue-ton à se faire une idée de la réception des programmes télévisés. Les mesures d’audience
ont rapidement pris une importance prépondérante dans les chaînes de télévision française.
Elles sont un témoin de l’intérêt que les téléspectateurs portent aux différents programmes
et sont aujourd’hui l’indicateur unique de la relation entre la chaîne et son public. Elles
sont également importantes pour les publicitaires qui vont choisir les chaînes et les heures
de diffusion de leurs spots publicitaires en fonction de cette audience.
De 1967 à 1984 ont été mises en place des mesures d’intérêt ou de satisfaction,
réalisées par l’intermédiaire de questionnaires remplis par des foyers panels. En 1976 est
mis en place le système CRO Dimensions qualité, composé de questionnaires, le but étant
de se rapprocher d’une étude qualitative par l’intermédiaire de plusieurs critères : culture
vivante, valeur distractive, originalité du sujet, culture traditionnelle, qualité de réalisation,
29

Goulet Vincent, Ibid., p.54

17
accessibilité, culture vivante, apport de contenu, originalité de la forme. Cela permettrait
ainsi de donner une note de satisfaction/qualité aux chaînes. Puis Médiamétrie remplacera
ce panel postal par une enquête téléphonique.
Aujourd’hui trois établissements traitent ces mesures d’audience :
- l’Institut Konso, qui effectue des études téléphoniques
- la Sofres, qui dispose d’un panel de 320 foyers et qui réalise des enquêtes par
l’intermédiaire de la télématique.
- l’IPSOS, qui dispose d’un panel de 1000 personnes30.
On constate in fine que la recherche en France dans le domaine de la télévision reste assez
en retard comparée à celle des pays anglo-saxons. Et surtout les différentes études et
mesures d’audience citées précédemment restent très quantitatives et la place donnée au
qualitatif est bien trop faible. En effet si une émission bénéficie d’une large part d’audience
lors de certaines diffusions mais qu’on ne sait pas que la majorité des téléspectateurs ne
regarde que d’un œil distrait le programme, simplement dans le but d’avoir un fond sonore,
est-ce là vraiment un gage de longévité quant au succès d’audience de cette émission
télévisée ? Comment savoir quelles dimensions d’un programme plaisent ou déplaisent aux
téléspectateurs afin de mieux répondre à leurs attentes lors de la conception des prochains
« épisodes » ? Comment savoir ce que représente la télévision pour ceux qui la font vivre ?
De ce fait, à travers mon étude de la réception des émissions culinaires actuelles, je
souhaite effectuer une enquête qualitative plutôt que quantitative.
Mes recherches théoriques m'ont donc permis de mieux appréhender les
problématiques liées à la réception, qu’ils me seraient alors utiles de questionner lors de
mes entretiens. J'ai de plus accompagné ces recherches théoriques d’un visionnage régulier
des émissions culinaires sur lesquelles je souhaitais m'appuyer, afin de réfléchir à des
éléments qui pourraient être susceptibles d'intéresser particulièrement les téléspectateurs, et
qui pourraient donc être une hypothèse à vérifier : telle dimension de l’émission était-elle
bien l’un des éléments permettant de mieux comprendre la réception des programmes
culinaires actuels, l’engouement des téléspectateurs ? J'ai ainsi remarqué que ces émissions
semblaient être une juxtaposition de genres différents. En effet, elles revêtent toute une
forte dimension documentaire, explicative et même pédagogique. Dans MC et TC, les
candidats expliquent les techniques culinaires qu'ils utilisent, et l'on voit les chefs réaliser
30

Durand Jacques, « Le jugement des téléspectateurs. L’analyse des programmes de télévision », Hermès,
n°11-12, 1992, p.311-318

18
les recettes. De même UDPP – émission dans laquelle l'amateurisme des candidats est
pourtant nettement plus prononcé – met en avant les recettes réalisées par les candidats, en
reprenant point par point les étapes de la recette et en faisant apparaître la liste des
ingrédients à l'écran. D'un autre côté, il ne s'agit pas seulement de la parole de l'expert
(comme des émissions de cuisine plus traditionnelles où l'on voit simplement un chef
derrière ses fourneaux expliquer la recette qu'il réalise) mais de candidats dont le niveau
culinaire est parfois très proche de celui du téléspectateur lambda (UDPP), ou qui ont
certes de bonnes techniques de cuisine mais qui ne sont pas pour autant célèbres (MC), et
surtout que les téléspectateurs peuvent suivre toutes les semaines, voir dans des moments
de stress, de doute, de joie. Le téléspectateur peut alors s'attacher à ces personnes qui vont
révéler leurs traits de caractère au fil des émissions, peut-être même s'identifier à certains
candidats, ou en soutenir un en particulier. Il semble alors que ces émissions s'intègrent
parfaitement au modèle hybride qu'est celui de la télé-réalité. De prime abord cela peut
surprendre. En effet, lorsque l'on parle de télé-réalité, on pense rapidement à des émissions
telles que Loft Story, Secret Story, ou encore Star academy et Nouvelle star ; des émissions
qui ont largement été décriées par la critique, si bien que le terme « télé-réalité » a pris une
connotation péjorative dans la société française, notamment à cause des critique de tous
bords qui sont apparues dès la première saison de Loft Story 31. Les émissions culinaires
semblent bien loin de ces critiques, elles ne créent pas de véritable débat, de crainte et de
méfiance au sein de l'espace public, ne reposant par exemple pas sur un voyeurisme avéré.
Pourtant lorsque l'on reprend les études théoriques sur la télé-réalité (Hill : 2005, Turner :
2001, Kilborn : 1994), on peut noter que ces émissions remplissent pleinement les
caractéristiques de ce genre. En effet trois modèles ont développé et caractérisent ce genre
hybride : le journalisme « tabloïd » (la presse à scandales), le documentaire TV, et le
divertissement populaire. Ces trois modèles ont donné des caractéristiques particulières au
genre qu'est la télé-réalité :
- journalisme tabloïd : interactions entre célébrités et personnes ordinaires, sphère privée et
sphère publique, information et divertissement.
- documentaire TV : a pour but de reproduire la réalité plutôt que de la créer (ce qu'a plutôt
tendance à faire la fiction), peut intégrer une dimension explicative à tendance
pédagogique.
- divertissement populaire : conflits interpersonnels, commérages, rumeurs, émotions.
31

Sergé Gabriel, Loft Story ou la télévision de la honte : la télé-réalité exposée aux rejets, Paris,
L’Harmattan, 2008

19
Or, on constate que les émissions culinaires étudiées incluent bien souvent ces différentes
caractéristiques. L'interaction entre des célébrités et des personnes ordinaires est de mise
dans Masterchef et Top chef (candidats et chefs, candidats et célébrités invitées pour goûter
les plats), ainsi que dans UDPP avec les semaines spéciales (les candidats reçoivent une
personne célèbre parmi les autres invités). Dans toutes les émissions, on est à la frontière
entre sphère privée et sphère publique puisqu'on découvre l'habitat des candidats (UDPP),
leur personnalité, leur parcours et leur famille (TC et MC), alors même que tout cela est
diffusé à des millions de téléspectateurs et se retrouve de facto dans l'espace public. Ces
programmes mélangent également information, explications, par l'intermédiaire de la
dimension culinaire qui est très forte (surtout dans TC et MC), et divertissement puisque
les candidats ne sont pas sélectionnés par hasard : ils ont généralement des personnalités
bien affirmées. On va de plus pouvoir suivre des candidats qui vont s'apprécier les uns les
autres ou au contraire se chamailler ; bref, ces émissions relèvent également du
divertissement puisqu'on nous montre également la partie plus « humaine », festive ou
dramatique de l'expérience que ces candidats sont en train de vivre. On peut donc dire que
la télé réalité est une juxtaposition de documentaire et de divertissement.
De cette réflexion nait ma première hypothèse, et donc le premier mouvement de
mon analyse première grande partie que je détaille ensuite :
* Les émissions culinaires actuelles semblent être un renouveau du genre qu'est la
télé-réalité, et constituent un modèle hybride qui séduit particulièrement les
téléspectateurs.
- Les émissions de cuisine sont à la fois regardées en tant que divertissement, en tant que
source d'apprentissage, le mélange des deux permettant de soutenir l'attention et l'intérêt du
téléspectateur.
- L'amateurisme plus marqué des candidats d’UDPP permet une identification plus facile,
néanmoins les téléspectateurs réussissent à s'attacher aux candidats de MC et TC, et ainsi à
soutenir spécialement l'un d'entre eux.
- Les émissions culinaires actuelles sont caractéristiques du genre qu'est la télé-réalité en
tant que genre en renouvellement constant : elles pallient au déficit de légitimité des
émissions de TV réalité plus classiques (Loft Story, Star Academy), tant et si bien que les
téléspectateurs assument leur intérêt prononcé pour ces émissions et osent en parler autour
d'eux.

20
- Le côté parfois « cousu de fils blancs » et donc construit de la réalité ressort plus
spécifiquement dans MC, si bien que les téléspectateurs s'incluent moins aisément dans le
public de l'émission et détectent plus facilement les rouages de cette production
audiovisuelle.
Comme j'ai pu l'expliquer précédemment à travers les recherches purement
théoriques que j'ai faites, il semble exister différents types de réception : une réception
active, une réception passive. Je suis donc partie de * l'hypothèse que les téléspectateurs
interrogés n'avaient pas la même façon de regarder les émissions (en intégralité ou
non, en faisant quelque chose en même temps ou non, en faisant des commentaires ou en
étant au contraire seuls et concentrés), qu'ils ne les regardaient pas pour les mêmes
raisons (un genre hybride, un véritable cours de cuisine, un pur divertissement venant ainsi
satisfaire un moment de détente), qu'ils ne les regardaient pas forcément à la même
fréquence (suivi régulier, création d'un certain suspense, ou alors « en tombant dessus »),
etc.
J'ai alors établi quelques critères afin de dresser des corrélations entre ces critères et
certains types de réception :
- l'émission concernée (différence entre la façon dont TC est reçue par rapport à MC ou
UDPP par exemple)
- l'âge et la situation familiale des personnes interrogées
- le niveau, la pratique culinaire des téléspectateurs
- l'activité principale des téléspectateurs (étudiant, actif, inactif)
Le lien entre le type de réception des téléspectateurs et les critères précédemment présentés
feront ainsi l'objet de ma seconde partie.
Il s'agira donc d'expliquer l'origine de ces critères que je n'avais pas préalablement choisis
de façon précise. Je souhaitais avant tout interroger des personnes assez variées en âge (et
donc en situation familiale, et en activité professionnelle). Mais rapidement, au bout
d'environ quatre entretiens, ces critères sont devenus assez redondants, j'ai pu remarquer
des similitudes et établir des corrélations en fonction de ces critères et des types de
réception, c'est pourquoi j'ai décidé d'en faire l'une de mes hypothèses de recherche, afin de
voir si elle se confirmerait au cours des entretiens suivants.
On peut de plus se demander pourquoi je n’ai pas fait du milieu social un critère
d’explication. N’ayant pu réaliser que douze entretiens, d’environ 1h30 chacun, il ne me
semblait pas raisonnable d’en tirer des conclusions relatives au milieu d’appartenance des
21
personnes étudiées. Dans les études traitant ce critère, notamment celle de Vincent Goulet,
le sociologue vit véritablement dans le milieu afin d’en saisir toutes les dimensions, il ne se
contente pas d’une conversation d’un peu plus d’une heure. Afin d’établir une comparaison
entre différents milieux il m’aurait également fallu disposer d’un panel plus large afin de
m’appuyer sur davantage de représentants de chaque catégorie sociale. En un mot, une
telle ambition aurait certes été particulièrement intéressante, mais dans le cadre temporel et
matériel d’un mémoire de 4ème année, il ne me semblait pas crédible, scientifiquement
fondé, d’en faire un critère d’explication.
Je dois également préciser ce que j'entends par « niveau, pratique culinaire des
téléspectateurs », car ce critère peut sembler particulièrement subjectif. Autant j’étais
capable de définir précisément ce que j'entendais par « télé-réalité », autant la pratique
culinaire est un critère pleinement subjectif car résultant de l'auto-appréciation des
téléspectateurs sur leur niveau culinaire. En effet, toujours au cours des tous premiers
entretiens, il ressortait à plusieurs moments certains éléments me permettant de me faire
une idée des habitudes culinaires de téléspectateurs. Par exemple lorsqu'ils parlaient de
cuisine véritablement, ils citaient certains plats qu'ils avaient réalisés, certaines techniques
culinaires qu'ils avaient déjà pu utiliser, ou la façon dont ils s'impliquaient lorsqu'ils
recevaient des amis. Lorsque je leur demandais clairement de définir leur niveau culinaire,
ils faisaient certes tous preuve de modestie mais laissaient paraître un degré d'implication
plus ou moins grand, faisant par exemple référence à des réussites culinaires qu'ils avaient
fait, à une bibliothèque plus ou moins pleine de livres de cuisine, ou encore à une habitude
de recevoir plutôt « à la bonne franquette », et à ne guère faire d'efforts de cuisine au
quotidien. Il est évident que ce critère est largement soumis à une interprétation de ma part,
néanmoins les entretiens ayant été généralement assez longs et assez riches, je pense avoir
su me faire une idée assez précise des habitudes culinaires des téléspectateurs pour pouvoir
en faire un critère au sein de cette seconde hypothèse.
Niveau 1
Niveau 2
Niveau 3

Cuisine très peu et ne porte pas d'intérêt particulier à la cuisine
Cuisine très peu mais apprécie la gastronomie
Cuisine très peu au quotidien mais aime faire un repas un peu travaillé de

Niveau 4

temps en temps et apprécie la gastronomie
Cuisine des choses simples au quotidien mais aime faire quelques efforts de
temps en temps (pour recevoir par exemple) sans pour autant passer des

Niveau 5

heures sur des livres de cuisine
Cuisine régulièrement, mais toujours de façon très simple et rapide
22
Niveau 6

Cuisine régulièrement, habitude des sites/livres de cuisine, aime recevoir

Niveau 7
Niveau 8

avec des plats travaillés
Professionnel
Cuisine peu mais très gourmet et gourmand, cadre de vie (entourage
familial) très marqué par la cuisine

Ces critères ont également été choisis car certains pouvaient se croiser. Ainsi, il me
semblait probable qu'une personne ayant une expérience culinaire assez poussée soit
davantage attirée par une émission comme TC, alors même que cette dernière ne serait sans
doute pas aussi intéressante pour quelqu'un dont la cuisine n'était pas foncièrement une
passion. De même, la situation professionnelle me semblait pouvoir expliquer la façon de
regarder l'émission (ne pas regarder TC jusqu'au bout par exemple car l'émission dure près
de trois heures et certains téléspectateurs privilégient une bonne nuit de sommeil, ayant des
obligations professionnels le lendemain).
Enfin ces critères ont été utiles pour ensuite orienter mon choix de personnes à
interroger, puisque je devais utiliser un panel le plus représentatif possible – compte tenu
de mes moyens - me permettant de répondre à cette hypothèse.
Enfin, je me suis questionnée sur l'impact concret de ces émissions dans le
quotidien des téléspectateurs et j'ai émis l'hypothèse suivante, devenant l'objet du dernier
moment de mon analyse:
* Les émissions culinaires actuelles (TC, MC et UDPP) ont impact concret sur le
quotidien des téléspectateurs et sont à l'origine de nouvelles pratiques sociales.
En effet partant du postulat que les émissions culinaires actuelles sont un nouveau
format de télé-réalité, plus légitime que les premiers (voir première hypothèse), j'en suis
venue à penser que les téléspectateurs pouvaient plus facilement en parler à leurs amis, à
des collègues, et donc à s'intégrer à cette communauté évoquée par Dayan (1992). Cette
communauté pouvant tout à fait être virtuelle, par l'intermédiaire de forums.
J'avais ensuite lu et vu certains reportages concernant le succès de ces émissions, et
montrant que ces dernières avaient véritablement permis l’avènement d’une nouvelle
cuisine (car les conditions objectives de sa réalisation ont chanté, redonné envie aux gens
de cuisiner, et qu'on avait par exemple constaté une recrudescence des demandes de jeunes
étudiants pour intégrer des formations de cuisiniers. J'en suis donc venue à penser que ces
23
émissions pouvaient avoir un impact direct dans le quotidien des téléspectateurs, donnant
notamment envie à ces derniers de cuisiner, de recevoir des amis en s'impliquant davantage
(que ce soit dans la cuisine ou dans la décoration), et de réutiliser des recettes et des
techniques culinaires vues dans les émissions.
Enfin, en visitant quelques forums, réseaux sociaux, et tout simplement en en
entendant parler autour de moi, il m'est apparu que les gens créaient parfois de réelles
pratiques sociales autour de ces émissions : reproduire UDPP chez soi avec des amis ou de
la famille, organiser des soirées MC pour regarder l'émission avec des amis autour d'un
repas, créant ainsi une sorte de rituel.
C'est donc cet impact sur le quotidien des personnes interrogées, hors de l'univers
de la télévision que j'ai également voulu étudier au cours de mon enquête, et dont j'ai fait
ma troisième hypothèse et dernière partie.
Afin de confirmer ou d'infirmer ces hypothèses, j'ai donc réalisé des entretiens avec
des personnes regardant ces émissions.
Pourquoi choisir les entretiens au centre de ma méthodologie d'enquête ?
Souhaitant mener une enquête qualitative, comme je l'ai expliqué précédemment, il
plusieurs techniques s’offraient à moi : l'entretien certes, mais également l'observation,
l'observation participante, ou encore les focus groupes. L'observation, et plus
particulièrement l'observation participante m'ont rapidement semblées irréalisables compte
tenu du temps imparti pour réaliser mon enquête. Pour réaliser son ouvrage, Goulet a par
exemple dû vivre dans un immeuble particulier pendant plusieurs années, afin de pouvoir
tisser des liens avec ses voisins et ainsi pénétrer leur intimité. Il aurait certes été intéressant
d'écouter des conversations des personnes interrogées avec leurs collègues de travail, mais
les conversations autour des émissions culinaires étant souvent impromptues et
imprévisibles, il m'était difficile de choisir un moment spécifique pour essayer de les
écouter. De plus, il me semblait que les observations, directement chez les personnes,
n'auraient pas été les plus optimales pour répondre à mon sujet puisqu'il ne s'agissait pas de
voir comment la télévision était utilisée de manière générale au quotidien, mais plutôt de
comprendre comment les émissions de cuisine actuelles (et elles seulement), étaient
perçues ; et si les téléspectateurs considéraient qu'elles avaient un impact sur leur quotidien
et leurs habitudes de vie.
Un dialogue avec les téléspectateurs me semblait donc être un bon moyen de
répondre aux interrogations que je me posais. Analyser le discours me permettrait
d'analyser des perceptions, des représentations. Ainsi, de la même manière que pour
24
Morley, les entretiens approfondis étaient plus intéressants que les observations car ils lui
paraissaient « à même de révéler des indices essentiels dans la compréhension de ce que
représente la télévision pour une famille 32», les entretiens me semblaient en mesure de
m'apporter beaucoup d'éléments pour comprendre ce que les émissions culinaires actuelles
représentaient pour ces téléspectateurs, en termes de divertissement, d'apprentissage,
d'usages, de pratiques, voire de rituels.
Puisque l'on a souvent reproché aux travaux sur la réception de considérer le public
comme une catégorie sociale objective, l'analyse de discours me semblait alors intéressante
pour comprendre comment les téléspectateurs se situaient par rapport aux autres
spectateurs de l'émission, par rapport à cette « communauté imaginée 33», plutôt que
d'essayer de dresser un panorama du public de ces émissions. Enfin, les entretiens me
semblaient utiles pour orienter les personnes interrogées vers des questions, des réflexions
particulières, tout en les laissant libres de s'égarer sur un sujet qui leur tenait à cœur et qui
pourrait s'avérer intéressant alors même que je n'y avais pas nécessairement pensé au
préalable. De plus, ils me permettaient d'entretenir une discussion, mettant ainsi en
confiance le téléspectateur interrogé, et me permettant de ne pas lui donner le sentiment
d'être analysé, ou pire, jugé.
Mes toutes premières hypothèses n'étaient pas exactement les mêmes que celles que
je viens d'énoncer, ces dernières sont le résultat d'un bilan que j'ai fait après avoir réalisé
quatre premiers entretiens qu'on pourrait qualifier d'exploratoires. J'ai donc commencé mes
entretiens avec les hypothèses suivantes :
- Un modèle hybride qui plait car permet simultanément l'évasion et l'identification, à une
heure de diffusion séduisante.
- Ces émissions reflètent une réception particulière à la TV : collective, pouvant s'effectuer
dans un cadre familial ou amical
- A l'origine de nouvelles pratiques sociales.
J'ai ensuite réalisé une grille d'entretien particulièrement détaillée, afin de ne laisser
aucun élément de côté. Mes questions étaient organisées en suivant assez régulièrement
mes hypothèses de recherche, et j'avais également préparé des questions plus spécifiques à
chaque émission. Initialement, cette séparation des émissions était surtout faite pour ne pas
32

Maillet Delphine et Proulx Serge, dans Proulx Serge, op. cit., p.140
Anderson Benedict, Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, 1983,
traduit en français en 1996, Paris, La Découverte
33

25
me retrouver à court de questions si l'une des personnes interrogées ne regardait ni UDPP
ni MC, mais seulement TC. Cela a certes été utile en ce sens, mais cela m'a également
permis de discerner des différences de réception en fonction des émissions regardées, ce
qui explique l'un des critères de ma seconde hypothèse.
La première étape a été le choix des personnes à interroger. Je souhaitais
initialement ne pas partir sur des critères fixés d'avance – si ce n'est de prendre des
personnes ayant des âges assez variés, puisqu'elles auraient alors de facto des situations
professionnelles et familiales également variées –, mais plutôt faire quelques entretiens
qu'on pourrait qualifier d'exploratoires, pour voir si des critères ressortaient, ce qui est
arrivé. J'ai donc commencé par quatre entretiens, avant de faire un point sur ces fameux
critères. Mes deux premiers entretiens ont été faits avec deux membres d'une même
famille, Andréa et Arthur (les prénoms utilisés tout au long de mon enquête sont des
prénoms inventés, par souci d'anonymat), car ils avaient organisé , à l'occasion des
vacances de Noël, avec les quatre autres membres qui composent leur famille, « Un dîner
presque parfait » entre eux. Andréa a 22 ans, est étudiante en droit. Son petit frère, Arthur,
a 17 ans et est étudiant en commerce. La mère est mère au foyer et le père militaire. Le
reste de la famille se compose d'une jeune femme de 21 ans et d'un jeune garçon de 14 ans.
Si leur vision du DPP organisé en famille était assez proche, ils avaient cependant des
réceptions assez différentes des émissions culinaires actuelles, ainsi qu'un rapport aux
émissions assez différent. Néanmoins, dans les deux cas j'ai pu constater que leur situation
d'étudiant et leur niveau culinaire disons moyen entraînaient certaines similitudes en
matière de réception. J'ai ensuite réalisé un entretien avec un hôtelier restaurateur de 46
ans, qui s'est avéré être un fervent téléspectateur de Top Chef. Cet entretien a été
particulièrement instructif, car Marc avait une réception complètement différente d'Andréa
et Arthur, causée notamment par sa profession et son niveau culinaire. Je pressentais donc
déjà les critères de la seconde l'hypothèse se former, mais j'ai préféré faire un quatrième
entretien avant de véritablement dresser un bilan me permettant de choisir les prochaines
personnes que j'interrogerai de façon plus méthodique. J'ai alors interrogé Maryse, agent
territorial spécialisé des écoles maternelles, qui regardait de façon particulièrement assidue
UDPP, et plus inhabituellement TC ou MC. Là également, ses horaires de travail, son
statut de femme d'un foyer composé d'un homme et de deux petits garçons, son plaisir de
recevoir « à la bonne franquette » étaient des sources d'explication de la façon dont elle
regardait les émissions culinaires, et pourquoi elle préférait UDPP à TC ou MC.

26
Suite à ces quatre premiers entretiens j'ai décidé de faire un point afin de voir si mes
hypothèses et ma grille d'entretien étaient toujours pertinentes.
Après les avoir annoté, j’ai choisi quatre catégories d'analyse me permettant de reprendre
les éléments clefs des entretiens, et donc de pouvoir retoucher mes hypothèses de départ et
ma grille d’entretien en fonction. Ces quatre catégories d’analyse étaient donc les suivantes
:
- Réceptions et différences entre MC, UDPP et TC
- Rapport avec la TV réalité
- Façon dont la personne interrogée parle de son expérience de téléspectatrice
- Impact sur le quotidien
La première hypothèse ( « Un modèle hybride qui plait car permet l'évasion et
l'identification dans un même temps, à une heure de diffusion appropriée ») était
pertinente, même si je remarquais que la discussion s'éloignait ensuite rapidement de la
télé- réalité ; et que, finalement, le modèle hybride qu'est la télé-réalité (cette juxtaposition
permanente entre réalité et fiction, information et divertissement) permettait grandement de
comprendre le plaisir et la raison pour laquelle les téléspectateurs apprécient ces émissions.
C'est pourquoi j'ai un peu modifié ma première hypothèse qui est devenue :
* Les émissions culinaires actuelles semblent être un renouveau du genre qu'est la TV
réalité et constituent donc un modèle hybride qui séduit particulièrement les
téléspectateurs
J'avais ensuite fait le postulat suivant : « Ces émissions reflètent une réception particulière
à la TV : collective, pouvant s'effectuer dans un cadre familial ou amical ». Cette
hypothèse s'est révélée être un peu trop limitée ; tout d'abord parce que, sur les quatre
premières personnes interrogées, trois d'entre elles regardaient ces émissions seules.
Ensuite, elle ne me permettait pas de balayer tous les types de réceptions que je pouvais
percevoir au cours de mon analyse. Enfin, j'avais repéré certains critères qui pouvaient
influencer et surtout me permettre de comprendre certains types de réceptions, c'est
pourquoi j’ai ainsi transformé cette hypothèse:
* Compte tenu de l'émission concernée (différence entre la façon dont TC est reçue
par rapport à MC ou UDPP par exemple), de l'âge et de la situation familiale des
personnes interrogées, de leurs pratiques culinaires, et de leur activité principale
(étudiant, actif, inactif), les téléspectateurs des émissions culinaires actuelles n'ont pas
le même type de réception.

27
J'avais d’abord émis l'hypothèse suivante : La réception des émissions culinaires
actuelles est à l'origine de nouvelles pratiques sociale. Cette hypothèse s'est confirmée
grâce aux entretiens d’Arthur et Andréa, mais elle s'est également avérée être un peu trop
restreinte. En effet je me suis rendue compte, grâce à l'analyse de ces quatre entretiens, que
les impacts sur l'univers des téléspectateurs hors télévision était plus vaste que la seule
reproduction de l'émission dans un cadre familial ou amical. Maryse m'a par exemple
expliqué comment elle reprenait certaines idées de décoration, de recettes ou même
d'animation d’UDPP lorsqu'elle recevait des amis ; Marc a insisté sur le fait que TC lui
permettait de se remettre chaque semaine en question et de faire évoluer sa cuisine, et in
fine, la carte de son restaurant se transformait au fil des émissions. J'ai donc là encore
modifié ma dernière hypothèse afin que celle-ci me permette de faire plus facilement face à
la diversité des personnes et donc des réceptions que j’observais.
Enfin, j'avais utilisé une quatrième catégorie d'analyse : la façon dont la personne
interrogée parle de son expérience de téléspectateur. S’incluait-elle dans le public des
émissions ? Je ne souhaitais pas en faire une hypothèse en elle-même, mais il me semblait
intéressant de l'intégrer au sein des différentes hypothèses. Par exemple, dans les
différences de réception en fonction de l'émission (les téléspectateurs s'intégraient
généralement plus facilement dans le public de UDPP que dans celui de MC), ou dans le
lien avec la télé-réalité (Maryse m'a par exemple expliqué qu'elle assumait pleinement être
une fervente téléspectatrice de UDPP, elle pouvait donc en parler autour d'elle sans aucune
gêne, ce qui n'était absolument pas le cas avec Secret Story, alors qu'elle regardait cette
émission avec la même fréquence).
J'ai alors revu ma grille d'entretien, sans pour autant la modifier largement. En
effet, si j'en étais venue à modifier mes hypothèses de recherches compte tenu de l'analyse
des quatre premiers entretiens, c'est que la grille qui m'avait servi à les faire me permettait
en partie de répondre à ces hypothèses. J'ai simplement détaillé un peu des questions sur la
télé-réalité et sur les goûts télévisuels généraux des personnes interrogées.
Voici la grille d'entretien, retouchée suite au bilan effectué au bout des quatre
premiers entretiens, et utilisée pour les entretiens suivants (Annexe 5):

Quelles émissions culinaires regardez-vous ?
- Pourquoi celle(s) ci plutôt qu’une autre ?
28
- Une préférée ?
- Quelles sont les origines de votre désir de regarder ces émissions ? (publicité TV, par
hasard en zappant, bouche-à-oreille, choix réfléchi en étudiant le programme TV …)
- A quelle fréquence les regardez-vous ?
- Que pensez-vous des heures de diffusion de ces émissions ?
- Les heures de diffusion s’intègrent elles bien à votre quotidien/emploi du temps ? (en
rentrant du travail, avant/après le repas …)
- Avez-vous organisé votre emploi du temps en fonction de l'émission ?
- L’heure de diffusion de ces émissions constitue-t-elle un attrait supplémentaire, selon
vous ?
- Que pensez-vous de la durée de ces émissions ?
- Selon vous, quels sont les attraits de ces émissions ? Comment expliqueriez-vous le plaisir
qu’elles vous donnent ?
- Etes-vous vous-même amateur de cuisine ?
- Vous est-il arrivé de réutiliser une technique culinaire ou une recette vue dans l’émission ?
- Dans ce cas allez vous la chercher sur le site, sur des magazines de l’émission, ou vous en
inspirez vous seulement ?
- Pour vous, la cuisine est-elle une pratique familiale ?
Modèle hybride :
- Regardez-vous des émissions de cuisine pédagogique (Maïté…) ?
- Qu’appréciez-vous dans ces émissions ?
- Regardez-vous des émissions de TV réalité (musicales, Secret Story) ?
- Lesquelles ?
- Qu’appréciez-vous dans ces émissions ? Que n’aimez vous pas ?
- Parleriez vous aussi facilement de ces émissions que vous le faites pour DPP/MC ?
- Assumez vous de regarder ces émissions ?
- On constate qu’il y a de moins en moins de ces émissions, pensez vous que c’est passé de
mode ?
- Considérez-vous ces émissions comme un cours de cuisine ? Les regardez vous afin d'en
retirer un apprentissage ou comme un simple divertissement ?
- Rapprocheriez-vous ces émissions davantage d'un télé-crochet type star academy ou d'une
émission de cuisine traditionnelle comme le programme présenté par Maïté ?
- Selon vous, quels points reprennent les émissions culinaires actuelles de ces deux genres
télévisés ? Sont-ce là des éléments que vous appréciez ?
- Pensez-vous que les émissions culinaires actuelles viennent palier à un déficit de crédibilité
et des émissions de tv réalité ? Les émissions traditionnelles de télé-réalité ne surprenant
plus, ne présentant plus d’intérêt ?
- Comment décririez-vous la façon dont vous regardez ces émissions ?
- Êtes-vous seul en regardant ?
Oui =>
29
- Faites vous quelque chose d’autre en regardant (manger, repasser, utilisation de l’émission
en bruit de fond) ?
- En discutez-vous avec des amis/collègues par la suite ?
- Assumez vous de regarder ces émissions ?
- Regardez vous l’émission au moment de sa première diffusion ou autrement (replay etc) ?
Non =>
- En famille ? Entre amis ? En couple ?
- Est-ce toujours avec les mêmes personnes ?
- Quelles relations entretenez-vous avec ces personnes en dehors de ce moment télévisé ?
- Commentez-vous l’émission en même temps que sa diffusion ?
- Pensez vous que vous apprécieriez autant cette émission si vous regardiez seul ?
- Avez-vous eu l’impression que ce moment avait solidifié votre relation ? Voire
transformé ?
- Qui est à l’origine du choix du programme ?
Un dîner presque parfait :
- Appréciez-vous l’amateurisme des candidats ?
- Aimez-vous les voir cuisiner chez eux, découvrir leur intérieur ?
- Vous sentez vous proche des candidats ?
- Avez-vous un ou des favoris au cours des semaines ?
- Attendez-vous l’émission du lendemain avec impatience ? Si oui, qu’attendez-vous de voir
exactement : le repas, l’évolution de la relation entre les candidats … ?
- Vous souvenez vous d’une semaine ou d’un candidat en particulier qui vous avait bien plu ?
- Avez-vous vous-même pensez à candidater à l’émission ?
- Quelle partie de l’émission préférez-vous : la préparation en cuisine ? Le repas avec les
autres candidats ? L’animation ?
- Appréciez vous les semaines « spéciales » : en couples, sosies, dormir chez les candidats,
en famille. Si oui pourquoi ? Qu’est ce que ces éditions spéciales apportent de plus ? Quelle a
été votre préférée ?
- Comparé à MC ou TC, qu’est ce que DPP vous apporte de plus ou de moins ?
- Comment pensez vous que les candidats sont choisis ?
Masterchef :
- Appréciez-vous l’amateurisme des candidats ?
- Parvenez-vous à différencier TC et MC ?
- Comparé à DPP, qu’est-ce que MC vous apporte de plus ?
- Est-ce que cette émission vous détend, vous fait oublier vos soucis quotidiens, et vous
divertit autant que DPP ?
- Que pensez-vous du jury et de son autorité ? Les membres du jury vous semblent-ils
légitimes pour évaluer le niveau culinaire des candidats ?
- Vous sentez vous proche des candidats ?
- Pensez-vous que cette émission soit vraiment une promesse de changement de vie ?
- Soutenez-vous un candidat particulier tout au long de l’émission ?
- Si vous avez regardé les deux saisons, avez-vous perçu une différence ? (mise en scène de
30
la famille etc)
- Que pensez vous des portraits des candidats, de la présentation de leur famille, bref de la
séquence « émotion » ?
- Que pensez-vous des épreuves hors de l’atelier (autres pays, Mont Saint Michel, pour des
joueurs de foot …) ?
- Appréciez-vous la présentatrice de l’émission ?
- Auriez-vous envie de participer ?
Top Chef :
- Appréciez-vous le côté professionnel des candidats ?
- Que pensez-vous du niveau des candidats ?
- Appréciez-vous le jury ? Le trouvez vous crédible ? Pensez-vous qu'il donne une légitimité
supplémentaire à l'émission ?
- Qu'appréciez-vous particulièrement dans cette émission : les techniques culinaires
expliquées ? L’esthétique des plats réalisés ? Le jury ? Les candidats, leur personnalité, leurs
rapports les uns avec les autres ?
- Vous sentez vous proche des candidats ?
- Vous attachez vous aux candidats ? Soutenez-vous un candidat en particulier ?
- Que pensez-vous des portraits des candidats, de la présentation de leur famille, bref de la
séquence « émotion » ?
- Que pensez-vous des épreuves hors de l’atelier (autres pays, mont st michel, pour des
joueurs de foot …) ?
- Appréciez-vous le présentateur de l’émission ?
- Auriez-vous envie de participer ?
- Comparée à MC et UDPP, qu'est-ce que TC vous apporte de plus ?
- Est-ce que TC vous divertit autant que UDPP ?

Je questionnais donc les téléspectateurs sur cette grille dans un premier temps, puis
j'ajoutais des micro-grilles, en fonction de leur particularité. Par exemple, pour les
personnes ayant fait UDPP entre amis ou en famille, et les personnes ayant fait des soirées
MC, j'ajoutais la mini grille suivante :

Un dîner presque parfait entre amis :
- comment vous est venue l’idée de faire cela ?
- pourquoi en avez-vous eu envie ?
- était-ce une idée personnelle ou collective ?.
- avez-vous facilement convaincu votre entourage de jouer le jeu ?
- comment s’est déroulé la « semaine » ?
- êtes-vous un spectateur fidèle de l’émission ? Et vos amis ?
31
- qu’avez-vous retiré de cette expérience ?
- aimeriez-vous participer à l’émission ?
- quel est votre rapport à la cuisine ?
- avez-vous réalisé cette expérience pour la cuisine ou davantage pour passer un bon moment
entre amis ?
- referiez-vous cela, avec les mêmes personnes ou d'autres personnes ?
Soirée master chef :
- comment vous est venue l’idée de faire cela ?
- pourquoi en avez-vous eu envie ?
- était-ce une idée personnelle ou collective ?
- avez-vous facilement convaincu votre entourage de jouer le jeu ?
- mangez-vous en même temps que vous regardez l’émission ?
- d’autres personnes vous ont-elles rejoins au fur et à mesure des semaines ?
- qu’appréciez-vous dans cette vision collective de l’émission ?
- regardez-vous l’émission de façon critique ? ironique ?
- y-a-t-il des débats entre vous sur les meilleurs candidats ?
- quel est votre rapport à la cuisine ?
- aimeriez-vous participer à ce genre d’émission ?
J'ai également préparé des questions supplémentaires pour 2 entretiens particuliers – un
cuisinier et une téléspectatrice ayant eux-mêmes participés à UDPP en 2009 – afin de voir
si cette situation pouvait avoir un impact sur leur réception des émissions de cuisine.
Cette grille est plutôt détaillée, mais elle me servait ainsi de « roue de secours » au
cas où la personne interrogée ne serait pas très bavarde et ne répondrait pas d'elle-même à
mes interrogations. J'ai ainsi, souvent, réussi petit à petit à instaurer une conversation, à
rebondir lorsque le téléspectateur citait un moment particulier d'une émission, afin de bien
lui montrer que je ne l'interrogeais pas sur quelque chose qui ne m'était absolument pas
familier, ou pire, que je regardais avec dédain. Evidemment, cela n’a pas toujours été
facile. Certains enquêtés se sont montrés fort timides, si bien que je n’ai pas réussi à
véritablement instaurer une conversation (avec Arthur ou Lara par exemple).
Heureusement, ce ne fut pas la majorité d’entre eux, et il est incontestable que mes
entretiens devenaient plus fluides et naturels alors que je gagnais en expérience.
Mon statut d'étudiante à Sciences Po a été un avantage autant qu’un inconvénient.
Un avantage, car il donnait une certaine crédibilité à mon sujet de recherche, qui manquait
de prime abord de légitimité puisqu'il touchait à un média très critiqué. Ainsi, lorsque je
postais un message sur un forum consacré à ces émissions culinaires, recherchant des
32
téléspectateurs avec lesquels réaliser des entretiens, je pense que les gens considéraient ma
requête avec sérieux compte tenu du cadre institutionnel (Sciences Po) dans lequel
j'effectuais mon mémoire, et les personnes étaient donc plus enclines à me donner un peu
de leur temps. Néanmoins ce statut a pu parfois mettre mal à l'aise les personnes
interrogées. Ainsi lorsque j'interrogeais les téléspectateurs sur leurs goûts en matière de
télévision de manière plus générale, et notamment sur les émissions de télé-réalité qu'ils
avaient ou pouvaient regarder, je sentais parfois un frein. Véronique par exemple, la 5 ème
personne avec laquelle j'ai effectué un entretien, m'a dit qu'elle regardait également des
émissions un peu plus « sérieuses », comme CAPITAL et non pas seulement des émissions
de télé-réalité, révélant ainsi une crainte de jugement de ma part : « tu vas me prendre pour
une midinette! ». Là encore, afin de mettre les gens en confiance, et qu'ils ne se sentent pas
en situation d'infériorité, il était nécessaire de mettre en place une véritable discussion, et je
n’ai pas hésité à donner mon avis sur certaines séquences d'émissions ou certains
candidats.
Avec ces hypothèses finalisées, et surtout avec les critères que j'avais pu déduire et
qui faisaient partie de mon second postulat, j'ai dû affiner ma recherche et réfléchir plus
précisément aux personnes que je souhaitais interroger.
J'avais à cet instant quatre personnes, remplissant les critères suivants (Annexe 3):

Andréa

Arthur

Marc

Maryse

Age – situation
familiale

22 ans –
Célibataire,
vivant en
colocation

17 ans –
vivant chez
ses parents

46 ans – en
couple

37 ans – en couple,
mère de deux
enfants de moins
de 15 ans

Situation
professionnelle

Etudiante

Etudiant

Hôtelier
restaurateur

ATSEM

Niveau culinaire

Niveau 4

Niveau 3

Niveau 7

Niveau 4

33
Suite à ces quatre premiers entretiens, j'ai recherché des personnes à interroger pour
diversifier mon panel. Je ne pouvais évidemment pas choisir celui-ci en fonction du niveau
culinaire des téléspectateurs, puisque je ne le connaissais pas préalablement, j'ai donc
choisi en fonction des deux autres critères. J'ai finalement réussi à trouver plusieurs
téléspectateurs acceptant de contribuer à mon enquête, et remplissant les critères que je
m'étais fixés.

Fabrice

Age -

30 ans – vit en

SF

concubinage

SP

Niveau
C

Professeur de
français

Charlotte

Véronique

23 ans – célibataire,

47 ans – en couple,
mère de deux jeunes
hommes de plus de
16 ans
Femme au foyer /
Gérante de chambres
d'hôtes en période
estivale

vivant chez ses
parents
Kinésithérapeute

Niveau 6

Niveau 3

Niveau 6

Pierrot

+ de 60 ans –
en couple
Retraité,
ancien
conseiller
financier
Niveau 8

Daniel

Age –
SF

Lara

Leila

Philippe

55 ans – en couple,
enfants étudiants
rentrant régulièrement
au foyer

54 ans – vit seule

53 ans – vit avec sa
fille adolescente

32 ans – vit
seul

34
SP

Professeur des écoles

En arrêt maladie
– Educatrice
jeunes enfants

Niveau
C

Niveau 6

Niveau 2

Informaticienne

Gardien
concierge

Niveau 6

Niveau 4

En suivant ce choix de téléspectateurs, j'avais alors au moins un téléspectateur dans les
catégories d'âge suivantes :
- Moins de 20 ans
- Entre 20 et 30 ans
- Entre 30 et 40 ans
- Entre 40 et 50 ans
- Entre 50 et 60 ans
- Plus de 60 ans
J'avais également des situations familiales diverses :
- vivant en couple
- vivant en couple avec des enfants à la maison à plein temps
- vivant en couple avec des enfants rentrant à la maison régulièrement
- célibataire
- vivant chez ses parents
Trouver ces nouveaux téléspectateurs s’est encore une fois révélé être assez aisé.
J’ai tout d’abord recherché par l’intermédiaire d’un forum consacré à Un dîner presque
parfait. En postant une annonce, que j’avais pris le temps d’écrire avec beaucoup de soin
afin que le sérieux de ma requête puisse transparaître, plusieurs membres se sont proposés
pour participer : Fabrice (l’administrateur du forum), Véronique et Lara. Tous ces
entretiens se sont déroulés par téléphone, compte tenu de la distance géographique qui
nous séparait. Pour autant, la conversation s’est parfois enrichie très naturellement,
permettant au téléspectateur interrogé de ne pas hésiter à développer ses réponses, donner
des exemples plus personnels etc. L’entretien avec Véronique a par exemple duré plus de
deux heures ! Par la suite, mes méthodes ont été diverses. Le bouche à oreille a très bien
35
marché : certains proches me donnant le contact d’une personne amatrice de ces émissions,
d’un collègue ayant réalisé Un dîner presque parfait entre amis, etc. Enfin, pour mes deux
derniers entretiens, j’ai décidé de mettre une annonce dans le bas de mon immeuble, en
reprenant le texte que j’avais écrit sur le forum. Deux voisins sont alors venus sonner à ma
porte, et les entretiens se sont alors déroulés à domicile.
Je prenais le temps après chaque entretien de les retranscrire intégralement. Avec
l’habitude, je me suis en effet rendue compte que je retranscrivais bien plus vite les paroles
de mes enquêtés alors que je venais de réaliser l’entretien. De plus je songeais à certaines
remarques d’analyse pendant l’entretien en lui-même, si bien que les retranscrire
directement me permettait de ne pas oublier ces remarques et de les noter immédiatement.
Une fois tous mes entretiens retranscris, je les ai repris un à un afin de pouvoir les
étudier, analyser chaque réponse et les découper en fonction de l’hypothèse à laquelle elle
correspondait. Suite à cela, j’ai décidé de réaliser un tableau d’analyse des entretiens. J’ai
alors divisé chaque hypothèse en sous hypothèse, chacune correspondant à une partie du
tableau. Pour chaque partie, j’ai ensuite copié les réponses des téléspectateurs ainsi que le
commentaire que j’avais ajouté, correspondant à la sous hypothèse en question. Après
avoir tout numéroté, j’ai pu réaliser mon plan (très) détaillé, mes hypothèses et sous
hypothèses devant des parties et sous parties, et il ne me restait alors plus qu’à suivre mes
numérotations pour retrouver l’entretien qui me permettrait d’illustrer une idée. J’ai
procédé de la même façon avec mes références théoriques, réalisant un tableau d’analyse
des lectures, me permettant ainsi d’insérer des références lorsque cela me semblait
pertinent, mais surtout de considérer leur portée compte tenu des entretiens que j’avais pu
réaliser, de les critiquer ou au contraire de constater leur force. Je pouvais encore une fois
les retrouver aisément en suivant la numérotation spécifique indiquée sur mon plan.
Mais la meilleure façon de mesurer l’ampleur et l’intérêt de cette enquête est sans aucun
doute d’en lire l’analyse finale, que je vous propose maintenant.

Entre divertissement et documentaire, réalité et fiction, les émissions culinaires actuelles
semblent s’imposer comme le concept d'émission phare de ces dernières années. Mais
comment ceux qui font également leur succès et leur longévité, les téléspectateurs,
parlent-ils, perçoivent-ils, et intègrent-ils à leur quotidien ces programmes télévisés ?

36
Partie I

37
Les émissions culinaires semblent être
un renouveau du genre qu’est la téléréalité, et constituent donc un modèle
hybride

I/ Les émissions culinaires semblent être un renouveau du genre
qu’est la télé-réalité et constituent donc un modèle hybride
Comme je l'ai noté en introduction, la « télé-réalité » peut être caractérisée par trois
éléments34 : la presse à sensation, le documentaire télévisé, et le divertissement populaire,
ce qui en fait un genre hybride permettant, en quelque sorte, à chaque téléspectateur d'y
trouver une source de plaisir. Le genre qu'est la télé-réalité est finalement assez proche de
34

Hill Anette, Reality TV : Audiences and Popular Factual Telvision, London and New York, Routledge,
2005

38
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
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Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"

  • 1. UNIVERSITÉ DE LYON UNIVERSITÉ LUMIÈRE LYON 2 INSTITUT D'ÉTUDES POLITIQUES DE LYON Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles Eve­Anaelle Blandin Type de mémoire Séminaire ou option 20XX - 20XX Sous la direction de : Max Sanier Membres du jury:  Jean­Michel Rampon (Soutenu le : XX mois 20XX )
  • 2.
  • 3. Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles
  • 4. SOMMAIRE Remerciements ...................................................................................................................................... 1 Construction de l’objet.......................................................................................................................... 3 I/ Les émissions culinaires semblent être un renouveau du genre qu’est la télé-réalité et constituent donc un modèle hybride ........................................................................................ 38 1.1 Un modèle hybride : entre divertissement, apprentissage, et spectacle 39 1.1.1 La cuisine : la dimension phare de l’émission qui a su attirer des téléspectateurs et les séduire en devenant une véritable source d’apprentissage.......................................................40 1.1.2 Un show culinaire : beauté des plats, talent des candidats, un show qui sait mettre l’eau à la bouche des gourmands et gourmets devant leur poste de télévision.....................................43 1.1.3 Le divertissement en plus : des téléspectateurs qui recherchent avant tout un moment de détente ....................................................................................................................................46 1.1.4 Un modèle hybride, un modèle à l’équilibre fragile .......................................................49 1.2 Continuité et dépassement des émissions de télé-réalité classiques 53 1.2.2 La TV-réalité ; un genre en renouvellement permanent, à la conquête d’un nouveau public, ou à la reconquête d’un public lassé. ...........................................................................62 1.3 Le côté « cousu de fils blancs » d’une émission de télé-réalité 72 1.3.1 De prime abord, des téléspectateurs peu critiques, peu conscients de la construction préalable de l’émission ...........................................................................................................72 1.3.2 Construction et montage ................................................................................................74 1.3.3 Un changement de discours : regard critique, du côté des producteurs, les téléspectateurs ne s’intègrent soudainement plus dans le public de l’émission................................................78 ................................................................................................................................................................... 81 II/ Des réceptions différenciées .................................................................................................... 82 2.1 Différentes réceptions en fonction de différents critères 83 2.1.1 L’activité professionnelle................................................................................................83 2.1.2 La situation familiale .....................................................................................................89 2.1.3 La pratique TV ...............................................................................................................96 2.2 Emissions culinaires – des téléspectateurs ayant un lien particulier à la cuisine 104 2.2.1 Une vision de la cuisine propre à chacun qu’il peut retrouver dans les différentes émissions ..............................................................................................................................104 2.2.2 Le niveau de cuisine....................................................................................................110 2.2.3 Gourmand, gourmet, l’habitude des bonnes tables.......................................................121 2.2.4 Plaisir de recevoir ........................................................................................................123 III/ Les émissions ont un impact concret sur le quotidien des téléspectateurs ............128 3.1 La cuisine au quotidien : impact des émissions sur la pratique culinaire des téléspectateurs 128 3.1.1 Réutiliser des recettes ou des idées de décoration 129 3.1.2 Transformer sa pratique culinaire ................................................................................131 3.1.3 Transformation dans l'univers professionnel de la cuisine, et de la perception de celui-ci ...............................................................................................................................................133 3.2 De l’organisation du quotidien au rituel, en passant par la création et le renforcement de liens 134 3.2.1 De l’organisation du quotidien au rituel .......................................................................135 3.2.2 Nouveau liens, nouvelles habitudes : le forum .............................................................140 3.2.3 Partage, conversation et nouvelles pratiques – les émissions culinaires au cœur du quotidien................................................................................................................................146 Conclusion ........................................................................................................................................... 165
  • 6. Remerciements Par ces quelques lignes, je souhaite adresser mes plus chaleureux remerciements à ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à ce mémoire. Mes premiers remerciements vont, bien évidemment, à M. Max Sanier, Maître de Conférences en Communication à Sciences po Lyon, qui m’a accompagnée tout au long de cette année. Il a su me guider et répondre à mes interrogations, toujours avec une grande disponibilité et des conseils avisés. Je le remercie également de m’avoir soutenue alors que je souhaitais réaliser un mémoire dans lequel la télévision, et les téléspectateurs, étaient au cœur de la problématique, faisant ainsi preuve d’une ouverture d’esprit particulièrement appréciable. J’adresse ensuite mes remerciements à M. Jean-Michel Rampon, Maître de Conférences en Communication à Sciences Po Lyon, qui a immédiatement accepté d’être membre du jury de ma soutenance lorsque je le lui ai proposé. Maryse, Véronique, Andréa, ou encore Marc, toutes les personnes interrogées au cours de ces mois de recherche tiennent évidemment une place particulière dans ces remerciements. Tous ces téléspectateurs ont su me faire confiance, partager leurs expériences, et m’accorder un peu de leur temps, avec beaucoup de gentillesse, de disponibilité et de sincérité. Je leur adresse toute ma reconnaissance. J’espère avoir su utiliser au mieux leurs témoignages. Enfin, c’est à ma famille et à mes amis que se destinent mes ultimes remerciements, en particulier à ceux qui m’ont soutenue, tant dans les mois de recherche que dans les semaines d’écriture, et de re-lecture. 1
  • 8. Construction de l’objet Tantôt critiquée, tantôt plébiscitée ; tantôt instrument de démocratisation, tantôt instrument purement commercial aux tendances manipulatrices, la télévision fait parler d’elle depuis plus d’un demi-siècle. Rien d’étonnant à cela, puisqu’elle est intégrée au quotidien des français, notamment depuis son large développement au cours des années 1950. En 2004, on comptait 25 millions de foyers disposant d’un téléviseur. Et ce chiffre continue d’augmenter, malgré les doutes concernant la capacité de résistance de la télévision face à un média comme Internet (Missika1). Si l’on réfléchit sur la télévision et sur son utilisation, on constate qu’elle a une place à part entière dans la vie des français : nombre de foyers ont installé leur poste de télévision au cœur de la maison – dans le salon, parfois même dans la salle à manger, quand ce n’est pas dans la cuisine. Elle accompagne le quotidien des femmes aux foyers, jouant le rôle d’une présence dans la maison. Dans beaucoup de ménages, elle rythme le déroulement des repas ; elle donne une raison de se retrouver autour, par exemple, du film du dimanche soir. Mais elle peut également être un sujet de discorde qui révèle des rapports de pouvoir particuliers à chaque famille : conflits pour le choix du programme, autorité des parents sur le visionnage de tel ou tel programme, etc. Même en s’écartant du contexte purement familial, on remarque que la télévision est une pratique collective, et la réception des émissions télévisées ne peut se comprendre que dans le contexte collectif dans lequel elles se déroulent. Regarder une émission de télévision, c’est aussi en discuter auparavant, pendant, et après ; au téléphone, avec des amis ou au travail avec des collègues. En effet, il peut être parfois bénéfique de parler d’un programme TV avec un collègue, car cela permet de découvrir un peu la personne avec qui l’on discute sans pour autant poser des questions touchant directement son intimité. Regarder une émission de télévision, c’est aussi avoir un avis ce qu’elle propose et que l’on n’a peut-être même pas regardé, mais que l’on connaît par réputation pour en avoir entendu les critiques et les commentaires, ou pour avoir lu un article dessus dans la presse. C’est enfin accepter de faire partie d’un collectif : le public de l’émission. Ces premiers programmes de télé-réalité 1 Missika Jean-Louis, La fin de la télévision, Paris, Seuil, 2006 3
  • 9. possèdent tous les caractéristiques qui dont d’eux un genre hybride, à la croisée du documentaire et du divertissement, de la réalité et de la fiction. Si les téléspectateurs intègrent pleinement la télévision à leur quotidien, il semble aujourd’hui que la télévision intègre de plus en plus son public à ses programmes. On parle parfois d’un passage d’une paléo-télévision, c’est-à-dire une télévision d’Etat, à une néotélévision, télévision de société, puis post télévision (Missika 2). Un bref état des lieux des émissions TV des dix dernières années suffit pour s’en apercevoir : la télévision inclut de plus en plus une dimension de « réalité ». Les années 2000 en France voient naître des émissions de pure TV réalité avec Loft Story (2001). Puis la TV réalité s’approprie le domaine très fermé de la musique afin de donner un peu de rêve et d’espoir à des milliers de candidats : c’est ainsi que naissent la Star Academy (2001), Popstars (2001), ou encore Nouvelle Star (2003). Ces premiers programmes de télé-réalité possèdent tous les caractéristiques qui dont d’eux un genre hybride, à la croisée du documentaire et du divertissement, de la réalité et de la fiction. Ces émissions s’élaborent également autour d’une dimension essentielle, celle du « rêve »: des «monsieur-tout-le-monde » peuvent soudain passer de l’autre côté de l’écran et devenir des vedettes. Le monde fermé du showbiz devient accessible, et les téléspectateurs peuvent davantage s’identifier à ces nouvelles stars, puisqu’ils les ont vues naître, puisque après tout elles étaient comme eux. Avec la fin des années 2000, et notamment le développement de la Télévision Numérique Terrestre (TNT), les dimensions star et rêve s’effacent pour laisser place à des programmes encore plus proches de la réalité. Avec des émissions comme Vis ma vie (2006), ou Tellement vrai 2008), des personnes ordinaires ne sont plus soudainement projetées dans un monde de strass et de paillettes mais racontent simplement leur quotidien, ou font partager une étape importante de leur vie. Ces courtes émissions laissent une large part aux difficultés rencontrées par ces personnes, comme pour montrer au téléspectateur que sa situation n’est pas unique, afin de rendre possible un puissant processus d’identification. Le téléspectateur ne suit plus seulement chaque jour les turpitudes d’individus qui lui ressemblent, il peut aussi se reconnaître dans leurs épreuves ou leurs réussites, et y lire sa propre histoire, en tirer un apprentissage et, au bout du compte, élaborer sa propre réalité sociale. Mais il me semble qu’un tout autre concept d'émission ait émergé et marqué ces dernières années : il s'agit des émissions culinaires, qui existent depuis le milieu des années 2000 et qui se sont particulièrement développées au cours de ces trois dernières années. Un dîner 2 Missika Jean-Louis, Ibid. 4
  • 10. presque parfait, Top Chef, Masterchef3, tout un chacun a entendu au moins une fois parler de ces émissions. Et pour cause, elles sont devenues une véritable mode, donnant lieu non seulement à des émissions TV mais également à des magazines, des forums, des jeux de société, et même de nouvelles pratiques sociales (reproduction de l'émission au sein de son cercle d'amis, habitudes culinaires transformées). Il est donc facile de constater le succès de ces émissions par ces données objectives, quantitatives, commerciales et statistiques (voire part d’audience, quelques paragraphes plus bas). Mais plutôt que de simplement prendre acte de ce succès, j'ai eu envie de le comprendre, et pour cela de m'intéresser à la réception de ces émissions par leurs spectateurs. Il existe des émissions de cuisine depuis près d’un demi-siècle. En effet la première émission de cuisine nait en 1954 avec Art et Magie de la cuisine, qui sera suivie de nombreuses autres, comme notamment La Cuisine des Mousquetaires dès 1983, présentée par la célèbre Maïté. Dans toutes ces émissions de cuisine traditionnelles, il s’agit d’un ou d’une cuisinière (pas nécessairement connu ni diplômé), qui va expliquer au téléspectateur comment faire une recette en la reproduisant à l’écran. Si l’on compare ces émissions du XXe siècle aux émissions culinaires du XXIe siècle, la différence est grande. Top Chef, Masterchef, Un dîner presque parfait, ou encore Un resto dans mon salon ; il ne s’agit plus d’un simple cuisinier expliquant une recette de cuisine, mais là encore d’individus ordinaires qui vont vivre à travers une expérience culinaire originale, une aventure humaine. Au long de ce mémoire nous nous appuierons plus particulièrement sur les émissions Un dîner presque parfait, Masterchef, et Top Chef, ces programmes font en effet partie de l'offre télévisuelle des chaînes généralistes traditionnelles (M6 et TF1) et se sont révélées être les plus regardées parmi les téléspectateurs que j'ai pu interroger. Il est temps de présenter brièvement les émissions sur lesquelles j'ai centré mon analyse : Un dîner presque parfait, Top chef, et Masterchef. La première est une quotidienne longue d'environ une heure, diffusée du lundi au vendredi sur M6 à 17h40. Chaque semaine, l'émission est tournée dans une ville différente de France ou de Belgique, dont quelques habitants se reçoivent à manger chez eux chacun leur tour alors qu'ils ne se connaissent pas. Au cours de chaque soirée, l'hôte doit réaliser un menu de choix, une décoration, et une animation à partager avec ses convives. La soirée doit également être organisée en fonction d'un thème choisi par l'hôte. A la fin de chaque réception, les candidats amateurs se notent en fonction de trois critères – cuisine, décoration, et ambiance 3 Tout au long de ce mémoire, j’utiliserai les abréviations suivantes : TC pou Top Chef, MC pour Masterchef, et UDPP pour Un dîner presque parfait 5
  • 11. – afin que le gagnant puisse être révélé lors du dernier repas. L'émission est née en février 2008, c'est donc la plus ancienne des trois dont j'étudie la réception. Depuis 2008, l'émission a évoluée : elle est devenue un peu plus longue, les séquences de préparation culinaires se sont réduites, et certaines semaines 'spéciales' ont vu le jour (brunch – où les candidats restent dormir les uns chez les autres, couple, séduction, etc). Grâce à cette émission, M6 réalise environ 15% de part d’audience à chaque diffusion (Annexe 1). Top Chef est également diffusée sur M6, le lundi soir d’environ février à mars, et ce depuis trois ans. Le format de l’émission est de 180 minutes. Il s’agit d’une compétition culinaire dans laquelle s’affrontent des participants ayant tous une formation culinaire, souvent de haut niveau. Les épreuves ont généralement lieu dans un grand bâtiment disposant de cuisines de professionnels, et les cuisiniers doivent redoubler d’inventivité et de technique pour réaliser des plats selon un thème particulier : à partir d’un produit spécifique, sans cuisson, pour des sportifs, etc. Les épreuves sont parfois organisées en dehors de l’atelier : sur un bateau, dans un train, ou encore dans une abbaye. Un candidat part chaque semaine, suite au verdict de grands chefs français étoilés : Ghislaine Arabian, Christian Constant, Jean-François Piège, Thierry Marx. Le chef Cyril Lignac – mis en lumière grâce à une émission précédemment diffusée sur M6, Oui, chef ! – intervient en tant que conseiller et coach des candidats. A la fin du concours, le gagnant remporte 100 000 euros. Enfin, Masterchef reprend le concept de TC : il s’agit d’une compétition culinaire, diffusée en prime-time (c’est-à-dire au créneau de 21h00) sur TF1 le jeudi soir, avec des épreuves du même type que celles proposées par TC. Quelques différences tout de même: les candidats sont cette fois des amateurs (mais ayant cependant une bonne maîtrise de la cuisine, plus que ceux de UDPP notamment), le jury est composé de deux chefs (Frederic Anton et Yves Camdeborde) et d’un critique gastronomique, et le gagnant remporte en plus des 100 000 euros, une formation dans une grande école de cuisine ainsi que l’édition d’un livre de ses propres recettes. Ces émissions culinaires sont une parfaite représentation du genre hybride qu’est la télé-réalité. En ce qui concerne Un dîner presque parfait, les quotidiennes sont accessibles à tous : il suffit d’appeler la chaîne pour présenter sa candidature à l’une d’elles. Les émissions sont donc composées de « monsieur-tout-le-monde » à qui le téléspectateur peut parfaitement s’identifier. Si le niveau culinaire des candidats de Masterchef et Top Chef est généralement bien plus élevé que celui des candidats du DPP (il s'agit même, pour l'une des émissions, de professionnels), les téléspectateurs peuvent voir les candidats exprimer 6
  • 12. leurs doutes et leurs joies, mais aussi leurs moments de panique, bref ce sont des êtres humains qu’ils perçoivent dans leur écran de télévision. Des êtres ordinaires certes, mais pas seulement. En effet ces émissions impliquent ponctuellement (Un dîner presque parfait) ou constamment (Masterchef) des célébrités, des chefs cuisiniers, etc. Enfin, ces émissions jouent également pleinement sur le registre de la fiction par l’intermédiaire du drame, des larmes, bref de l’émotion dans des moments clefs de l’émission, un travail sur le pathos qu’il devient parfois difficile de faire la part des choses entre documentaire et fiction dans ces émissions, et c’est bien là toute leur plus-value. A partir de ces données, je chercherai donc, dans ce mémoire, à étudier la réception de ces émissions culinaires d’un nouveau genre, à comprendre par qui, pourquoi, et comment elles sont regardées. Nous enquêterons également sur les éventuelles pratiques sociales dont ces émissions sont à l’origine, ainsi que sur les liens sociaux qu’elles peuvent créer. Entre divertissement et documentaire, réalité et fiction, les émissions culinaires actuelles apparaissent comme le concept d'émission phare de ces dernières années. Mais comment ceux qui font également leur succès et leur longévité, les téléspectateurs, parlent-ils, perçoivent-ils, et intègrent-ils à leur quotidien ces programmes TV ? Quelques définitions s’imposent afin de bien encadrer mon étude. Je vais travailler sur la réception des émissions culinaires actuelles, et donc sur un public. Mais comment définit-on le public lorsque l’on travaille sur le média qu’est la télévision ? Le « grand public » est défini par Eric Mace4 comme le « public populaire grand consommateur de télévision ». Il serait inenvisageable pour moi d'établir une typologie du public des émissions culinaires auxquelles je m'intéresse. J’ai néanmoins cherché à voir si cette origine sociale populaire se confirmait dans les entretiens que j'ai menés. Le public ne se résume pas à une catégorie sociale définie, il n’a en fait pas d’existence concrète et ne se constitue réellement que dans des pratiques, dans un groupe social se reconnaissant en tant que tel. Il ne faut également pas confondre public et audience. En effet l’audience d’un programme représente tous les individus ayant regardé à un moment donné ce programme, alors que le public d’une émission est constitué en tant que tel : les téléspectateurs parlent 4 Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63, 1993, p.109-122 7
  • 13. de l’émission avec leurs amis, peuvent la suivre sur internet ou en discuter sur des forums. Le public a une image symbolique mais également réelle lorsque celui-ci s’identifie à un autre imaginé. De plus, les forums, les fans clubs, les pages internet ou encore les réseaux sociaux permettent au public de prendre part à une réalité plus concrète, et aux différents individus d’avoir le sentiment de faire partie d’une communauté particulière. Bref, en assumant regarder une émission le téléspectateur s’affirme et s’identifie dans l’espace social. C’est pour cela que j'ai cherché à déterminer deux choses : - Les téléspectateurs des émissions culinaires s’approprient-ils ces émissions en les utilisant dans leur quotidien, et ces programmes sont-ils à l’origine de pratiques sociales particulières ? - Les téléspectateurs s'incluent-ils dans le public de l'émission ou parlent-ils de l' « audience », les « téléspectateurs » sans pour autant s'inclure dedans ? Venons-en maintenant à un second terme clef de mon étude : la réception. La réception d’une émission télévisée est la manière dont cette émission est reçue par les spectateurs, il s’agit donc d’un processus qui s’inscrit dans un contexte historique, culturel, et collectif. Le contexte de la réception étant multiforme, la réception elle-même ne peut être unique et universelle, il en existe différents types. Eric Mace établit par exemple une distinction entre « réception dégagée » et « réception engagée 5». La première consiste à utiliser l’émission comme un bruit de fond, en effectuant une autre activité en même temps, ou en la regardant davantage par amusement – pour s’en moquer – et avec une dimension critique pointue, plutôt que par pur et simple goût. Lors d’une « réception engagée » en revanche il y a un véritable processus d’identification qui se met en place chez le téléspectateur qui regarde l’émission. Il s’agissait donc tout au long de mon étude de comprendre comment les téléspectateurs de Un dîner presque parfait, Masterchef et Top Chef reçoivent cette émission, en prenant en compte le contexte de réception, la manière dont ils regardent le programme, et bien sûr leur propre discours sur les fondements de l’intérêt qu’ils portent à ces émissions. En ce qui concerne les enquêtes sur la réception, il existe deux grands types de travaux correspondant à deux écoles de pensée. On trouve tout d'abord l'école fonctionnaliste des « usages et gratifications » qui se centre sur la façon dont la télévision 5 Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63, 1993 8
  • 14. et les programmes télévisés sont utilisés pour satisfaire certains besoins, sans s'intéresser spécifiquement aux contenus des programmes, à la façon dont ces programmes sont perçus. Dans la tradition de Birmingham (1964), on s'interroge davantage sur la signification qui ressort d'une interaction entre les téléspectateurs et le texte, c'est-à-dire la télévision. A travers mon enquête je cherche à me situer entre ces deux écoles. En effet je ne m'intéresse pas à la télévision en générale mais à des émissions particulières – les émissions culinaires – qui ont donc un sens et un intérêt particulier pour les téléspectateurs. Néanmoins je ne souhaite pas en rester au niveau de la signification de ces programmes, je souhaite également voir quels usages les téléspectateurs en font : si ces émissions deviennent un rituel, si elles sont une source d'apprentissage réutilisée au quotidien, si elles structurent leur quotidien etc. Il existe différents types de travaux sur les téléspectateurs : approches sociologique, sémiologique, ou encore psychosociale. J'ai choisi d'opter pour une approche sociologique, que C. Segur décrit comme une approche s'intéressant à la « composition des publics, la consommation de la télévision et les usages qui y sont liés 6». Il s'agit d'enquêtes sur l'activité téléspectatorielle en termes d'équipement et de consommation, puis de l'étude des actes de réception mesurés au moment même de leur pratique ou tels qu'ils sont exprimés dans le discours des individus. La base de mon travail s’appuie sur la sociologie de la télévision et de ses téléspectateurs qui existe en France depuis les années 1950 et dont il est maintenant temps de faire un rapide état des lieux. Les téléspectateurs deviennent un objet scientifique dans les années 1950, 1960. Cet intérêt scientifique s'explique notamment par la manifestation des téléspectateurs dans ces mêmes années. En effet, ces derniers s'organisent au sein d'associations, de diffusions collectives ou de courrier des lecteurs. En 1965, 59% des français affirment que la télévision a changé leur vie7. Les premières préoccupations vis-à-vis des téléspectateurs viennent de l'Etat et notamment des politiques. En effet sous l'ORTF, la télévision est utilisée par les politiques pour influencer les citoyens, elle devient un support privilégié des campagnes de communication. Ces préoccupations vont intégrer le secteur intellectuel, et 6 Ségur Céline, Les recherches sur les téléspectateurs – trajectoires académiques, Hermès Science Publications, 2010, p.116 7 Ségur Céline, Ibid. 9
  • 15. les premières craintes sur des éventuels effets néfastes de la télévision vont naître, ainsi que les premières relativisations. Harold Laswell (1948) théorise le concept de seringue hypodermique : les appareils médiatiques pourraient injecter des messages en ceux qui les consomment, et seraient donc en mesure de les influencer très fortement. Lazarsfeld P., Merton RK, et enfin Kate Elihu introduisent les effets limités qui permettent de relativiser les propos de Laswell (1948) et donc notamment l'influence directe de la télévision sur les téléspectateurs 8. Ils démontrent une influence plus personnelle, soumise à interprétation et ré-interprétation, et soulignent le rôle important des leaders d'opinion. De la même façon, l'Ecole de Francfort conteste également le modèle fonctionnaliste de la communication influencé par les théories de Lasswell (1948). En effet l'Ecole de Francfort note que la signification des messages est souvent celle de l'opinion, qu'on a une standardisation des messages qui détermine la réception de manière schématique, et enfin une stéréotypie car les émissions viennent renforcer les clichés des individus. A partir des années 1960, la télévision se démocratise et « on parle alors d'un grand public 9» . En 1963, Bourdieu P. et Passeron JC. soulignent une diversité des réceptions plutôt qu'un public de masse : « Ces publics éphémères et fluctuants dont les chevauchements infinis découragent l'analyse, coïncident-ils, en tout ou en partie, avec des groupes sociaux réels ? 10». Néanmoins, si les recherches sur les téléspectateurs émergent dans les années 195060, elles restent assez discrètes et deviennent une véritable problématique du champ académique uniquement dans les années 1980. C'est en effet à cette période que naissent les premières revues scientifiques pouvant être amenées à s'intéresser au sujet (Médiaspouvoirs, Quaderni, Hermès). On commence également à représenter le téléspectateur : du téléspectateur passif à la réhabilitation d'un téléspectateur actif avec Missika et Wolton (1983). J'ai donc cherché au cours de ce mémoire à analyser la réception des téléspectateurs des émissions culinaires actuelles en termes de réception active et réception passive. Dans les ouvrages consacrés à la télévision, une étude des programmes ou d'un programme en particulier est souvent un préalable à la recherche sur la réception. La réception ne fait d'ailleurs souvent l'objet que de quelques chapitres au sein de l'ouvrage. 8 Ségur Céline, Ibid., p.39 Ségur Céline, op. cit., p.41 10 Bourdieu Pierre, 1963, p.1002, cité dans Segur Céline, op. cit.,p.41 9 10
  • 16. En ce qui me concerne, ne souhaitant pas faire une analyse des émissions culinaires en tant que produit audiovisuel, je me suis principalement intéressée à la façon dont ces programmes étaient reçus, à la façon dont les téléspectateurs en parlaient. Mon travail repose donc essentiellement sur des entretiens et il consiste nécessairement en une certaine interprétation des propos tenus. En effet « la réception n'a d'existence sociale que sous forme de discours et la recherche sur la réception elle-même ne procède pas autrement 11». L'analyse de discours portés par des téléspectateurs n'étant pas une tâche évidente, je me suis donc aidée de l'ouvrage de Dominique Boullier (2004). Il m'a permis de souligner certains aspects récurrents dans les discours concernant la télévision. Ainsi, ce média souffre clairement d'un manque de légitimité, notamment causé par une diffusion de masse, si bien que les individus peuvent avoir tendance à prendre leur distance avec ce médium afin de se distinguer de la masse. Les personnes interrogées peuvent donc parfois ne pas franchement assumer leur lien avec la télévision et donc ne pas s'exprimer pleinement sur leur activité de téléspectateur. De même, Boullier (2004) explique qu'il existe parmi les téléspectateurs une crainte d'apparaître captif, et on peut voir apparaître dans les discours des expressions comme « je regarde distraitement, je fais autre chose », ou « c'est parce que les autres regardent ». J'ai donc cherché à voir si cette distanciation avec la télévision apparaissait dans les discours des téléspectateurs des émissions culinaires. Boullier (2004) note également que les discours sont souvent marqués par le « thème de la prise, de la capture, de la dépendance12 » et peuvent alors se traduire par des remarques telles que « ça m'accroche ». En effet « l'activité télévision est à la fois sérieuse et suspecte : on y réintroduit en permanence une relativisation, une dévaluation ou une distance qui la laisse à sa place13 ». J'ai donc regardé dans mes entretiens si ce type d'expression et ce rapport assez distancié – au moins dans les mots – ressortaient dans les discours des téléspectateurs des émissions culinaires. Boullier (2004) explique que les téléspectateurs peuvent justifier leur activité télévision sans pour autant utiliser l'univers de la télévision dans leur argumentaire. Il note alors trois types d'arguments hors TV que je pouvais éventuellement retrouver dans les discours des téléspectateurs de UDPP, TC ou MC : - « les pratiques sont expliquées par des contraintes provoquées 14» : dans ce cas le téléspectateur interviewé explique qu'il ne regarde Top Chef que parce que sa femme regarde tous les lundi soirs par exemple. 11 Boullier Dominique, La télévision telle qu'on la parle, Paris, L’Harmattan, 2004, p.14 Boullier Dominique, Ibid., p.101 13 Boullier Dominique, Ibid., p.118 14 Boullier Dominique, Ibid., p.158 12 11
  • 17. - « les goûts sont expliqués par des univers d'appartenance15 » : un téléspectateur affirme par exemple regarder UDPP principalement quand l'émission a lieu dans une région qui a une résonnance personnelle pour lui. - « les jugements sont expliqués en référence à des principes supérieurs communs 16» : le téléspectateur de MC exprime alors son goût pour l'émission par l'intermédiaire d'une valeur commune et reconnue, en disant par exemple que « c'est instructif ». Ainsi mon enquête s'inscrit dans la lignée du travail qu'a réalisé D. Boullier (2004), elle est donc nécessairement un travail d'interprétation de discours, si bien qu'il est nécessaire de rappeler qu' « il faut en prendre son parti : nous n'embrasserons jamais la totalité du social, nous n'atteindrons pas un point de vue indépendant des points de vue 17». Du Côté du public, de Brigitte Le Grignou (2003) a été une lecture particulièrement utile. Elle m'a en effet donné des éléments d’analyse sur les question de public, de réception active, des pratiques télévisuelles, des difficultés pour analyser la réception, et de réception de la TV comme révélateur de comportements d’individus dans le monde social. Le Grignou met en avant la réception active des individus. Elle montre notamment que la réception n’est pas une donnée unique qui s’étudie sans prendre acte des éléments extérieurs, au contraire la réception s’insère dans un ensemble de discours qui vont l’influencer et la construire (les autres programmes, les critiques ou les articles dans les journaux, programmes télévisés). De plus, cette réception n’est pas parfaitement personnelle puisqu’elle a, au contraire, une très forte dimension collective : la discussion qui va suivre ou accompagner l’émission avec un ami ou un membre de la famille par exemple, les commentaires faits en même temps que la diffusion. Elle montre également que la réception est active dans sa dimension critique, en effet les téléspectateurs sont tout à fait capables de juger une émission TV, que ce soit sur le sens du message ou sur ses caractéristiques techniques. Le Grignou souligne les usages sociaux de la télévision, ce qui m'a été utile pour construire ma grille d'entretiens. Par exemple, elle met en avant l’usage qui peut en être fait en société ; c’est ainsi un sujet de conversation idéal au travail car il permet d’aller vers l’intime de quelqu’un sans pour autant lui poser des questions indiscrètes. Elle dresse une typologie des usages sociaux que j'ai essayé d'inclure dans ma grille d'entretien, notamment en ce qui concerne les trois premiers : 15 Boullier Dominique, Ibid., p.158 Boullier Dominique, Ibid., p.158 17 Boullier Dominique, Ibid., p.11 16 12
  • 18. - usage structurel (TV utilisée comme bruit de fond, marqueur du quotidien). - usage relationnel (sujet de discussion). - usage apprentissage (diffusions de valeurs, d’informations, de comportements imitables). - usage « compétence et domination 18» (p108) qui permet de percevoir une forme de pouvoir dans la famille. Enfin, cet intéressant ouvrage m'a permis de détecter des difficultés qui risquaient de se présenter lors de la réalisation des entretiens. En effet, le chapitre neuf montre que la télévision manque de légitimité, et que de ce fait, les individus ne vont pas forcément en parler librement. De plus, parler de la télévision peut également entraîner un mécanisme de présentation de soi, notamment chez les adolescents. De fait, un adolescent spectateur peut être influencé par le contexte familial : par exemple, regarder une série télévisée dans une famille d’intellectuels aisés est assez mal vu, il ne pourra là encore certainement pas en parler librement. Cela souligne également l’importance de s’affirmer en tant que téléspectateur d’une certaine émission. En effet, selon Le Grignou, « en parler c’est aussi affirmer qui l’on est et quelle place l’on occupe dans l’espace social 19 ». Il me semblait donc dès lors intéressant de rechercher si les téléspectateurs des émissions culinaires actuelles assumaient le fait de regarder ces émissions et s'ils s'incluaient pleinement dans le public. Dans La programmation de la réception, Eric Macé (1994) explique que les programmes télévisés représentent notamment et principalement l’expérience des dominés (dans les journaux TV ou dans les divertissements, il est souvent question de drame, sexualité, violence, famille) et ce parce que le public de la télévision est principalement populaire. Il parle alors de programmation de la réception puisque selon lui la programmation intègre la réception : « ce sont moins les gens qui regardent la télévision que la télévision qui les regarde 20». Mace note alors deux aspects dans la relation télévision-public : - la subjectivation de l’expérience sociale des dominés au sein d’un nouvel espace public par l’utilisation de toutes les questions sociales des téléspectateurs. 18 Le Grignou Brigitte, Du côté du public : usages et réception de la télévision, Paris, Economica, 2003, p.108 19 Le Grignou Brigitte, Ibid., p.118 20 Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63, 1993, p.111 13
  • 19. - Une logique marchande de la télévision : « elle impose à cette subjectivation sociale la ‘sujétion’ culturelle à des dispositifs de manipulation des signes 21». De plus, il souligne trois niveaux de la programmation de la réception et d’analyse des contenus, qui m'ont également été utiles lors de la réalisation et de l’analyse des entretiens : - le message, c’est-à-dire le message émis puis son acceptation (et donc le renforcement de l’opinion préalable), ou le rejet. Ce premier niveau est celui de l’opinion. - les codes : « densité dramatique, comique, ou de proximité formelle 22», c’est ce qui va déterminer si le téléspectateur continue à regarder le programme ou change de chaîne. - projectif, c’est-à-dire la subjectivation de l’expérience des individus, une réception donc plus engagée. Ces deux niveaux représentent les rapports sociaux de domination. Eric Mace met également en avant un autre type de réception qui pouvait tout à fait s’inscrire dans le cadre d’une émission comme Un dîner presque parfait ou même Masterchef, la « réception dégagée 23». Il s’agit là d’utiliser la télévision en arrière-plan, ou de regarder l’émission avec un œil critique ou amusé. Enfin, l’auteur montre que la télévision se nourrit de la pratique familiale qu’elle représente, car on constate l’utilisation fréquente d’enfants dans les émissions. En effet, cette utilisation renvoie alors au cercle le plus étroit de la sphère privée du public populaire, or la programmation de la réception est fondée sur l’identification. Cette remarque est intéressante car il a été diffusé très récemment une émission spéciale de Masterchef, non plus avec des adultes amateurs mais avec des enfants amateurs de cuisine. Qu’il s’agisse de la réception dégagée ou de l’utilisation d’une sphère intime dans les programmes, Eric Mace (1993) montre que finalement les téléspectateurs ne regardent pas forcément la télévision par goût pur et simple ou de façon rationnelle, les téléspectateurs peuvent regarder toutes les émissions parce qu’ils sont dominés socialement et parce que les émissions sont fabriquées afin de créer un mécanisme d’identification, et à partir de là ils « peuvent se gaver de n’importe quoi » (p120). Dominique Pasquier (1999) dans son article intitulé La télévision – mauvais objet de la sociologie de la culture, reprend la notion de « footing » de Goffman (1981) afin de différencier le public de l’audience. Un téléspectateur peut ne pas assumer de regarder une certaine émission dans un contexte donné, il fait alors partie de l’audience plutôt que du public. Cette remarque m'a fait prendre conscience de la difficulté que représente une étude 21 Mace Eric, op. cit., p.111 Mace Eric, op. cit., p.112 23 Mace Eric, op. cit., p.119 22 14
  • 20. sur un média aussi peu légitimé dans notre société que la télévision, mais c’est également ce qui fait tout l’intérêt de mon enquête. Au cours des entretiens, il m’a fallu gagner la confiance des personnes interrogées, afin qu’elles se sentent libres de s’exprimer et ne craignent pas d’être jugées. Une connaissance approfondie des programmes a alors été nécessaire, afin de pouvoir amorcer une réelle conversation avec l’interviewé et afin que celui-ci ne se sente pas examiné comme une créature étrange. L’article de Daniel Dayan (1992), intitulé Les mystères de la réception a également largement contribué à ma première réflexion. Dans cet article, Dayan (1992) précise tout d’abord la notion de réception, notamment avec le modèle « texte-lecteur ». Il explique que la réception est active et qu’elle correspond à une production de sens, on ne peut alors pas prédire l’interprétation que le lecteur fera du texte. Le récepteur étant actif il peut rejeter le message, ou le décoder d’une façon différente qu’il a été initialement encodé. Enfin le récepteur est socialisé, de ce fait le contexte de la réception et son bagage culturel vont donc beaucoup jouer. Le récepteur que décrit Dayan (1992) est donc clairement actif. Il fait en ensuite état d’une « attention partagée 24» afin de souligner que les spectateurs regardent rarement un programme du début à la fin sans rien faire d’autre. Ils vont par exemple répondre au téléphone et discuter tout en regardant le programme. Cette notion n’est pas sans rappeler la notion de réception dégagée expliquée précédemment, et elle s'est avérée très utile lors de l'analyse des entretiens puisque plusieurs téléspectateurs, notamment de UDPP, m'ont expliqué qu'ils ne regardaient que rarement la quotidienne en entier, mais choisissaient les parties de l'émission qu'ils préféraient et quittaient l'émission lorsque leurs obligations familiales prenaient le dessus (devoirs des enfants etc). Puis Daniel Dayan (1992) revient sur la notion de public. Il explique que, de manière générale, le public n’a pas de réalité concrète, c’est une notion « construite de toutes pièces par les discours portés sur lui25 », c’est pourquoi il est nécessaire de s’intéresser aux discours que portent les téléspectateurs plutôt qu’à leur pratique en elle-même, et c'est donc pourquoi j'ai décidé de privilégier le travail d'analyse du discours des téléspectateurs. Il met également en avant la dimension collective de la réception : les spectateurs vont se référer à des spectateurs qui ont déjà reçu ce programme et ils vont se positionner par rapport à cette réception. Il associe alors la notion de « réception secondaire » de Ien Ang : « Rencontrer un texte, c’est s’aventurer dans un espace déjà structuré, se joindre à un 24 25 Dayan Daniel, « Les mystères de la réception », Le Débat, n°71, 1992, p.13 Dayan Daniel, Ibid., p.15 15
  • 21. public déjà désigné, c’est faire jouer sa propre lecture dans un contexte préalablement balisé 26». Ainsi, en regardant un programme, on accepte de faire partie d’une communauté imaginée (concept de Benedict Anderson). Cette dimension de communauté m'a été utile et c'est en en prenant connaissance que j'ai pensé à proposer des entretiens sur un forum consacré aux trois émissions culinaires sur lesquelles je m'appuie, afin d'étudier le discours de téléspectateurs faisant la démarche d'aller discuter de ces émissions au sein d'un groupe, d'une communauté virtuelle. Sur le même thème, la lecture de Michel Gheude m'a également intéressée. En effet il reprend également et questionne la notion de public, de communauté, et de son importance lors de la réception. Il explique ainsi que regarder la télévision c'est aussi « participer au groupe dont nous savons qu'il la regarde. Non plus comme un voyeur observe une réunion à laquelle il ne prend pas part, mais comme un participant à part entière. En ce sens, la télévision est un outil d'intégration. Par elle, je m'insère dans une communauté, j'en fais partie, j'y participe27 ». L'existence de forum non officiels de ces émissions culinaires s'intègre donc très bien à cette dimension intégratrice de la télévision et créatrice d'une communauté, puisqu'en effet les personnes de ce forum ne se connaissaient pas préalablement et ce sont réunis sous forme d'une communauté virtuelle devenue réelle grâce à ces émissions télévisées et aux discussions que celles-ci engendrent. Le livre de Vincent Goulet (2010), Médias et classes populaires m'a permis d’en savoir un peu plus sur les classes populaires, c’est-à-dire les individus qui composent essentiellement le public de la télévision. J'ai tout d’abord retenu la définition des classes populaires donnée par Olivier Schwartz et reprise par Goulet dans son ouvrage : « Les classes populaires sont l’ensemble des groupes sociaux caractérisés par leur position dominée – économiquement, culturellement et symboliquement –, par leurs faibles chances d’améliorer leur destin social, ainsi que par des traits communs en termes de mode de vie, de ‘formes de séparation culturelle’ 28». Dans le quartier populaire où Goulet (2010) réside le temps de son enquête, il constate qu’il n’y a pas d’identité de quartier ou d’importantes relations de voisinages. En effet, les liens faibles ne sont pas favorisés chez les classes populaires, ils préfèrent les liens forts mais peu nombreux, se restreignant généralement aux liens familiaux. L’auteur montre alors que la télévision s’insère pleinement dans cette dimension familiale propre 26 Dayan Daniel, Ibid., p.21 Gheude Michel, Chapitre 7 dans Proulx Serge, Accusé de réception : le téléspectateur construit par les sciences sociales, Paris, L’Harmattan, 1998, p.165 28 Shwartz, 1998, cité dans Goulet Vincent, Médias et classes populaires, Paris, I.N.A, 2010, p.18-19 27 16
  • 22. aux classes populaires. Ainsi, les pratiques télévisuelles peuvent être le symbole de données ou habitudes au sein du foyer ; par exemple Goulet constate que chez les retraités la vie est parfois planifiée en fonction des programmes télévisés, alors que pour les autres la télévision ne surpasse pas les autres activités sociales (la vie quotidienne est avant tout structurée par le temps de travail). Il s'avérait donc être intéressant de voir dans mon enquête la façon dont la télévision et plus particulièrement les programmes culinaires, sont intégrés dans le quotidien des individus interviewés, en fonction de leur âge, de leur activité professionnelle, et de leur entourage et situation familiale. Il insiste également sur cette pratique collective et familiale qu’est la pratique de la télévision ; regarder la télévision en famille est une sorte de vie familiale à part entière, et de plus « la réception des programmes dépend principalement des membres de la famille avec lesquels ils sont visionnés 29». J'ai donc cherché à voir comment les téléspectateurs interrogés regardaient la télévision, si leur réception était collective, et si cette dimension familiale leur était commune. Enfin, l’auteur montre que la télévision se sert de la propre consommation qu’elle entraîne, en reprenant des valeurs familiales dans ses programmes. Et j’ai justement remarqué qu’il avait déjà été produit une émission d’Un dîner presque parfait spéciale famille, chaque membre de la famille recevant à son tour, les rivalités, les préférences, et les histoires de famille ne venant que faciliter le processus par lequel les téléspectateurs vont s’identifier à ce qu’ils voient sur leur écran de télévision. On peut alors se demander comment, concrètement, en France, a-t-on et continue-ton à se faire une idée de la réception des programmes télévisés. Les mesures d’audience ont rapidement pris une importance prépondérante dans les chaînes de télévision française. Elles sont un témoin de l’intérêt que les téléspectateurs portent aux différents programmes et sont aujourd’hui l’indicateur unique de la relation entre la chaîne et son public. Elles sont également importantes pour les publicitaires qui vont choisir les chaînes et les heures de diffusion de leurs spots publicitaires en fonction de cette audience. De 1967 à 1984 ont été mises en place des mesures d’intérêt ou de satisfaction, réalisées par l’intermédiaire de questionnaires remplis par des foyers panels. En 1976 est mis en place le système CRO Dimensions qualité, composé de questionnaires, le but étant de se rapprocher d’une étude qualitative par l’intermédiaire de plusieurs critères : culture vivante, valeur distractive, originalité du sujet, culture traditionnelle, qualité de réalisation, 29 Goulet Vincent, Ibid., p.54 17
  • 23. accessibilité, culture vivante, apport de contenu, originalité de la forme. Cela permettrait ainsi de donner une note de satisfaction/qualité aux chaînes. Puis Médiamétrie remplacera ce panel postal par une enquête téléphonique. Aujourd’hui trois établissements traitent ces mesures d’audience : - l’Institut Konso, qui effectue des études téléphoniques - la Sofres, qui dispose d’un panel de 320 foyers et qui réalise des enquêtes par l’intermédiaire de la télématique. - l’IPSOS, qui dispose d’un panel de 1000 personnes30. On constate in fine que la recherche en France dans le domaine de la télévision reste assez en retard comparée à celle des pays anglo-saxons. Et surtout les différentes études et mesures d’audience citées précédemment restent très quantitatives et la place donnée au qualitatif est bien trop faible. En effet si une émission bénéficie d’une large part d’audience lors de certaines diffusions mais qu’on ne sait pas que la majorité des téléspectateurs ne regarde que d’un œil distrait le programme, simplement dans le but d’avoir un fond sonore, est-ce là vraiment un gage de longévité quant au succès d’audience de cette émission télévisée ? Comment savoir quelles dimensions d’un programme plaisent ou déplaisent aux téléspectateurs afin de mieux répondre à leurs attentes lors de la conception des prochains « épisodes » ? Comment savoir ce que représente la télévision pour ceux qui la font vivre ? De ce fait, à travers mon étude de la réception des émissions culinaires actuelles, je souhaite effectuer une enquête qualitative plutôt que quantitative. Mes recherches théoriques m'ont donc permis de mieux appréhender les problématiques liées à la réception, qu’ils me seraient alors utiles de questionner lors de mes entretiens. J'ai de plus accompagné ces recherches théoriques d’un visionnage régulier des émissions culinaires sur lesquelles je souhaitais m'appuyer, afin de réfléchir à des éléments qui pourraient être susceptibles d'intéresser particulièrement les téléspectateurs, et qui pourraient donc être une hypothèse à vérifier : telle dimension de l’émission était-elle bien l’un des éléments permettant de mieux comprendre la réception des programmes culinaires actuels, l’engouement des téléspectateurs ? J'ai ainsi remarqué que ces émissions semblaient être une juxtaposition de genres différents. En effet, elles revêtent toute une forte dimension documentaire, explicative et même pédagogique. Dans MC et TC, les candidats expliquent les techniques culinaires qu'ils utilisent, et l'on voit les chefs réaliser 30 Durand Jacques, « Le jugement des téléspectateurs. L’analyse des programmes de télévision », Hermès, n°11-12, 1992, p.311-318 18
  • 24. les recettes. De même UDPP – émission dans laquelle l'amateurisme des candidats est pourtant nettement plus prononcé – met en avant les recettes réalisées par les candidats, en reprenant point par point les étapes de la recette et en faisant apparaître la liste des ingrédients à l'écran. D'un autre côté, il ne s'agit pas seulement de la parole de l'expert (comme des émissions de cuisine plus traditionnelles où l'on voit simplement un chef derrière ses fourneaux expliquer la recette qu'il réalise) mais de candidats dont le niveau culinaire est parfois très proche de celui du téléspectateur lambda (UDPP), ou qui ont certes de bonnes techniques de cuisine mais qui ne sont pas pour autant célèbres (MC), et surtout que les téléspectateurs peuvent suivre toutes les semaines, voir dans des moments de stress, de doute, de joie. Le téléspectateur peut alors s'attacher à ces personnes qui vont révéler leurs traits de caractère au fil des émissions, peut-être même s'identifier à certains candidats, ou en soutenir un en particulier. Il semble alors que ces émissions s'intègrent parfaitement au modèle hybride qu'est celui de la télé-réalité. De prime abord cela peut surprendre. En effet, lorsque l'on parle de télé-réalité, on pense rapidement à des émissions telles que Loft Story, Secret Story, ou encore Star academy et Nouvelle star ; des émissions qui ont largement été décriées par la critique, si bien que le terme « télé-réalité » a pris une connotation péjorative dans la société française, notamment à cause des critique de tous bords qui sont apparues dès la première saison de Loft Story 31. Les émissions culinaires semblent bien loin de ces critiques, elles ne créent pas de véritable débat, de crainte et de méfiance au sein de l'espace public, ne reposant par exemple pas sur un voyeurisme avéré. Pourtant lorsque l'on reprend les études théoriques sur la télé-réalité (Hill : 2005, Turner : 2001, Kilborn : 1994), on peut noter que ces émissions remplissent pleinement les caractéristiques de ce genre. En effet trois modèles ont développé et caractérisent ce genre hybride : le journalisme « tabloïd » (la presse à scandales), le documentaire TV, et le divertissement populaire. Ces trois modèles ont donné des caractéristiques particulières au genre qu'est la télé-réalité : - journalisme tabloïd : interactions entre célébrités et personnes ordinaires, sphère privée et sphère publique, information et divertissement. - documentaire TV : a pour but de reproduire la réalité plutôt que de la créer (ce qu'a plutôt tendance à faire la fiction), peut intégrer une dimension explicative à tendance pédagogique. - divertissement populaire : conflits interpersonnels, commérages, rumeurs, émotions. 31 Sergé Gabriel, Loft Story ou la télévision de la honte : la télé-réalité exposée aux rejets, Paris, L’Harmattan, 2008 19
  • 25. Or, on constate que les émissions culinaires étudiées incluent bien souvent ces différentes caractéristiques. L'interaction entre des célébrités et des personnes ordinaires est de mise dans Masterchef et Top chef (candidats et chefs, candidats et célébrités invitées pour goûter les plats), ainsi que dans UDPP avec les semaines spéciales (les candidats reçoivent une personne célèbre parmi les autres invités). Dans toutes les émissions, on est à la frontière entre sphère privée et sphère publique puisqu'on découvre l'habitat des candidats (UDPP), leur personnalité, leur parcours et leur famille (TC et MC), alors même que tout cela est diffusé à des millions de téléspectateurs et se retrouve de facto dans l'espace public. Ces programmes mélangent également information, explications, par l'intermédiaire de la dimension culinaire qui est très forte (surtout dans TC et MC), et divertissement puisque les candidats ne sont pas sélectionnés par hasard : ils ont généralement des personnalités bien affirmées. On va de plus pouvoir suivre des candidats qui vont s'apprécier les uns les autres ou au contraire se chamailler ; bref, ces émissions relèvent également du divertissement puisqu'on nous montre également la partie plus « humaine », festive ou dramatique de l'expérience que ces candidats sont en train de vivre. On peut donc dire que la télé réalité est une juxtaposition de documentaire et de divertissement. De cette réflexion nait ma première hypothèse, et donc le premier mouvement de mon analyse première grande partie que je détaille ensuite : * Les émissions culinaires actuelles semblent être un renouveau du genre qu'est la télé-réalité, et constituent un modèle hybride qui séduit particulièrement les téléspectateurs. - Les émissions de cuisine sont à la fois regardées en tant que divertissement, en tant que source d'apprentissage, le mélange des deux permettant de soutenir l'attention et l'intérêt du téléspectateur. - L'amateurisme plus marqué des candidats d’UDPP permet une identification plus facile, néanmoins les téléspectateurs réussissent à s'attacher aux candidats de MC et TC, et ainsi à soutenir spécialement l'un d'entre eux. - Les émissions culinaires actuelles sont caractéristiques du genre qu'est la télé-réalité en tant que genre en renouvellement constant : elles pallient au déficit de légitimité des émissions de TV réalité plus classiques (Loft Story, Star Academy), tant et si bien que les téléspectateurs assument leur intérêt prononcé pour ces émissions et osent en parler autour d'eux. 20
  • 26. - Le côté parfois « cousu de fils blancs » et donc construit de la réalité ressort plus spécifiquement dans MC, si bien que les téléspectateurs s'incluent moins aisément dans le public de l'émission et détectent plus facilement les rouages de cette production audiovisuelle. Comme j'ai pu l'expliquer précédemment à travers les recherches purement théoriques que j'ai faites, il semble exister différents types de réception : une réception active, une réception passive. Je suis donc partie de * l'hypothèse que les téléspectateurs interrogés n'avaient pas la même façon de regarder les émissions (en intégralité ou non, en faisant quelque chose en même temps ou non, en faisant des commentaires ou en étant au contraire seuls et concentrés), qu'ils ne les regardaient pas pour les mêmes raisons (un genre hybride, un véritable cours de cuisine, un pur divertissement venant ainsi satisfaire un moment de détente), qu'ils ne les regardaient pas forcément à la même fréquence (suivi régulier, création d'un certain suspense, ou alors « en tombant dessus »), etc. J'ai alors établi quelques critères afin de dresser des corrélations entre ces critères et certains types de réception : - l'émission concernée (différence entre la façon dont TC est reçue par rapport à MC ou UDPP par exemple) - l'âge et la situation familiale des personnes interrogées - le niveau, la pratique culinaire des téléspectateurs - l'activité principale des téléspectateurs (étudiant, actif, inactif) Le lien entre le type de réception des téléspectateurs et les critères précédemment présentés feront ainsi l'objet de ma seconde partie. Il s'agira donc d'expliquer l'origine de ces critères que je n'avais pas préalablement choisis de façon précise. Je souhaitais avant tout interroger des personnes assez variées en âge (et donc en situation familiale, et en activité professionnelle). Mais rapidement, au bout d'environ quatre entretiens, ces critères sont devenus assez redondants, j'ai pu remarquer des similitudes et établir des corrélations en fonction de ces critères et des types de réception, c'est pourquoi j'ai décidé d'en faire l'une de mes hypothèses de recherche, afin de voir si elle se confirmerait au cours des entretiens suivants. On peut de plus se demander pourquoi je n’ai pas fait du milieu social un critère d’explication. N’ayant pu réaliser que douze entretiens, d’environ 1h30 chacun, il ne me semblait pas raisonnable d’en tirer des conclusions relatives au milieu d’appartenance des 21
  • 27. personnes étudiées. Dans les études traitant ce critère, notamment celle de Vincent Goulet, le sociologue vit véritablement dans le milieu afin d’en saisir toutes les dimensions, il ne se contente pas d’une conversation d’un peu plus d’une heure. Afin d’établir une comparaison entre différents milieux il m’aurait également fallu disposer d’un panel plus large afin de m’appuyer sur davantage de représentants de chaque catégorie sociale. En un mot, une telle ambition aurait certes été particulièrement intéressante, mais dans le cadre temporel et matériel d’un mémoire de 4ème année, il ne me semblait pas crédible, scientifiquement fondé, d’en faire un critère d’explication. Je dois également préciser ce que j'entends par « niveau, pratique culinaire des téléspectateurs », car ce critère peut sembler particulièrement subjectif. Autant j’étais capable de définir précisément ce que j'entendais par « télé-réalité », autant la pratique culinaire est un critère pleinement subjectif car résultant de l'auto-appréciation des téléspectateurs sur leur niveau culinaire. En effet, toujours au cours des tous premiers entretiens, il ressortait à plusieurs moments certains éléments me permettant de me faire une idée des habitudes culinaires de téléspectateurs. Par exemple lorsqu'ils parlaient de cuisine véritablement, ils citaient certains plats qu'ils avaient réalisés, certaines techniques culinaires qu'ils avaient déjà pu utiliser, ou la façon dont ils s'impliquaient lorsqu'ils recevaient des amis. Lorsque je leur demandais clairement de définir leur niveau culinaire, ils faisaient certes tous preuve de modestie mais laissaient paraître un degré d'implication plus ou moins grand, faisant par exemple référence à des réussites culinaires qu'ils avaient fait, à une bibliothèque plus ou moins pleine de livres de cuisine, ou encore à une habitude de recevoir plutôt « à la bonne franquette », et à ne guère faire d'efforts de cuisine au quotidien. Il est évident que ce critère est largement soumis à une interprétation de ma part, néanmoins les entretiens ayant été généralement assez longs et assez riches, je pense avoir su me faire une idée assez précise des habitudes culinaires des téléspectateurs pour pouvoir en faire un critère au sein de cette seconde hypothèse. Niveau 1 Niveau 2 Niveau 3 Cuisine très peu et ne porte pas d'intérêt particulier à la cuisine Cuisine très peu mais apprécie la gastronomie Cuisine très peu au quotidien mais aime faire un repas un peu travaillé de Niveau 4 temps en temps et apprécie la gastronomie Cuisine des choses simples au quotidien mais aime faire quelques efforts de temps en temps (pour recevoir par exemple) sans pour autant passer des Niveau 5 heures sur des livres de cuisine Cuisine régulièrement, mais toujours de façon très simple et rapide 22
  • 28. Niveau 6 Cuisine régulièrement, habitude des sites/livres de cuisine, aime recevoir Niveau 7 Niveau 8 avec des plats travaillés Professionnel Cuisine peu mais très gourmet et gourmand, cadre de vie (entourage familial) très marqué par la cuisine Ces critères ont également été choisis car certains pouvaient se croiser. Ainsi, il me semblait probable qu'une personne ayant une expérience culinaire assez poussée soit davantage attirée par une émission comme TC, alors même que cette dernière ne serait sans doute pas aussi intéressante pour quelqu'un dont la cuisine n'était pas foncièrement une passion. De même, la situation professionnelle me semblait pouvoir expliquer la façon de regarder l'émission (ne pas regarder TC jusqu'au bout par exemple car l'émission dure près de trois heures et certains téléspectateurs privilégient une bonne nuit de sommeil, ayant des obligations professionnels le lendemain). Enfin ces critères ont été utiles pour ensuite orienter mon choix de personnes à interroger, puisque je devais utiliser un panel le plus représentatif possible – compte tenu de mes moyens - me permettant de répondre à cette hypothèse. Enfin, je me suis questionnée sur l'impact concret de ces émissions dans le quotidien des téléspectateurs et j'ai émis l'hypothèse suivante, devenant l'objet du dernier moment de mon analyse: * Les émissions culinaires actuelles (TC, MC et UDPP) ont impact concret sur le quotidien des téléspectateurs et sont à l'origine de nouvelles pratiques sociales. En effet partant du postulat que les émissions culinaires actuelles sont un nouveau format de télé-réalité, plus légitime que les premiers (voir première hypothèse), j'en suis venue à penser que les téléspectateurs pouvaient plus facilement en parler à leurs amis, à des collègues, et donc à s'intégrer à cette communauté évoquée par Dayan (1992). Cette communauté pouvant tout à fait être virtuelle, par l'intermédiaire de forums. J'avais ensuite lu et vu certains reportages concernant le succès de ces émissions, et montrant que ces dernières avaient véritablement permis l’avènement d’une nouvelle cuisine (car les conditions objectives de sa réalisation ont chanté, redonné envie aux gens de cuisiner, et qu'on avait par exemple constaté une recrudescence des demandes de jeunes étudiants pour intégrer des formations de cuisiniers. J'en suis donc venue à penser que ces 23
  • 29. émissions pouvaient avoir un impact direct dans le quotidien des téléspectateurs, donnant notamment envie à ces derniers de cuisiner, de recevoir des amis en s'impliquant davantage (que ce soit dans la cuisine ou dans la décoration), et de réutiliser des recettes et des techniques culinaires vues dans les émissions. Enfin, en visitant quelques forums, réseaux sociaux, et tout simplement en en entendant parler autour de moi, il m'est apparu que les gens créaient parfois de réelles pratiques sociales autour de ces émissions : reproduire UDPP chez soi avec des amis ou de la famille, organiser des soirées MC pour regarder l'émission avec des amis autour d'un repas, créant ainsi une sorte de rituel. C'est donc cet impact sur le quotidien des personnes interrogées, hors de l'univers de la télévision que j'ai également voulu étudier au cours de mon enquête, et dont j'ai fait ma troisième hypothèse et dernière partie. Afin de confirmer ou d'infirmer ces hypothèses, j'ai donc réalisé des entretiens avec des personnes regardant ces émissions. Pourquoi choisir les entretiens au centre de ma méthodologie d'enquête ? Souhaitant mener une enquête qualitative, comme je l'ai expliqué précédemment, il plusieurs techniques s’offraient à moi : l'entretien certes, mais également l'observation, l'observation participante, ou encore les focus groupes. L'observation, et plus particulièrement l'observation participante m'ont rapidement semblées irréalisables compte tenu du temps imparti pour réaliser mon enquête. Pour réaliser son ouvrage, Goulet a par exemple dû vivre dans un immeuble particulier pendant plusieurs années, afin de pouvoir tisser des liens avec ses voisins et ainsi pénétrer leur intimité. Il aurait certes été intéressant d'écouter des conversations des personnes interrogées avec leurs collègues de travail, mais les conversations autour des émissions culinaires étant souvent impromptues et imprévisibles, il m'était difficile de choisir un moment spécifique pour essayer de les écouter. De plus, il me semblait que les observations, directement chez les personnes, n'auraient pas été les plus optimales pour répondre à mon sujet puisqu'il ne s'agissait pas de voir comment la télévision était utilisée de manière générale au quotidien, mais plutôt de comprendre comment les émissions de cuisine actuelles (et elles seulement), étaient perçues ; et si les téléspectateurs considéraient qu'elles avaient un impact sur leur quotidien et leurs habitudes de vie. Un dialogue avec les téléspectateurs me semblait donc être un bon moyen de répondre aux interrogations que je me posais. Analyser le discours me permettrait d'analyser des perceptions, des représentations. Ainsi, de la même manière que pour 24
  • 30. Morley, les entretiens approfondis étaient plus intéressants que les observations car ils lui paraissaient « à même de révéler des indices essentiels dans la compréhension de ce que représente la télévision pour une famille 32», les entretiens me semblaient en mesure de m'apporter beaucoup d'éléments pour comprendre ce que les émissions culinaires actuelles représentaient pour ces téléspectateurs, en termes de divertissement, d'apprentissage, d'usages, de pratiques, voire de rituels. Puisque l'on a souvent reproché aux travaux sur la réception de considérer le public comme une catégorie sociale objective, l'analyse de discours me semblait alors intéressante pour comprendre comment les téléspectateurs se situaient par rapport aux autres spectateurs de l'émission, par rapport à cette « communauté imaginée 33», plutôt que d'essayer de dresser un panorama du public de ces émissions. Enfin, les entretiens me semblaient utiles pour orienter les personnes interrogées vers des questions, des réflexions particulières, tout en les laissant libres de s'égarer sur un sujet qui leur tenait à cœur et qui pourrait s'avérer intéressant alors même que je n'y avais pas nécessairement pensé au préalable. De plus, ils me permettaient d'entretenir une discussion, mettant ainsi en confiance le téléspectateur interrogé, et me permettant de ne pas lui donner le sentiment d'être analysé, ou pire, jugé. Mes toutes premières hypothèses n'étaient pas exactement les mêmes que celles que je viens d'énoncer, ces dernières sont le résultat d'un bilan que j'ai fait après avoir réalisé quatre premiers entretiens qu'on pourrait qualifier d'exploratoires. J'ai donc commencé mes entretiens avec les hypothèses suivantes : - Un modèle hybride qui plait car permet simultanément l'évasion et l'identification, à une heure de diffusion séduisante. - Ces émissions reflètent une réception particulière à la TV : collective, pouvant s'effectuer dans un cadre familial ou amical - A l'origine de nouvelles pratiques sociales. J'ai ensuite réalisé une grille d'entretien particulièrement détaillée, afin de ne laisser aucun élément de côté. Mes questions étaient organisées en suivant assez régulièrement mes hypothèses de recherche, et j'avais également préparé des questions plus spécifiques à chaque émission. Initialement, cette séparation des émissions était surtout faite pour ne pas 32 Maillet Delphine et Proulx Serge, dans Proulx Serge, op. cit., p.140 Anderson Benedict, Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, 1983, traduit en français en 1996, Paris, La Découverte 33 25
  • 31. me retrouver à court de questions si l'une des personnes interrogées ne regardait ni UDPP ni MC, mais seulement TC. Cela a certes été utile en ce sens, mais cela m'a également permis de discerner des différences de réception en fonction des émissions regardées, ce qui explique l'un des critères de ma seconde hypothèse. La première étape a été le choix des personnes à interroger. Je souhaitais initialement ne pas partir sur des critères fixés d'avance – si ce n'est de prendre des personnes ayant des âges assez variés, puisqu'elles auraient alors de facto des situations professionnelles et familiales également variées –, mais plutôt faire quelques entretiens qu'on pourrait qualifier d'exploratoires, pour voir si des critères ressortaient, ce qui est arrivé. J'ai donc commencé par quatre entretiens, avant de faire un point sur ces fameux critères. Mes deux premiers entretiens ont été faits avec deux membres d'une même famille, Andréa et Arthur (les prénoms utilisés tout au long de mon enquête sont des prénoms inventés, par souci d'anonymat), car ils avaient organisé , à l'occasion des vacances de Noël, avec les quatre autres membres qui composent leur famille, « Un dîner presque parfait » entre eux. Andréa a 22 ans, est étudiante en droit. Son petit frère, Arthur, a 17 ans et est étudiant en commerce. La mère est mère au foyer et le père militaire. Le reste de la famille se compose d'une jeune femme de 21 ans et d'un jeune garçon de 14 ans. Si leur vision du DPP organisé en famille était assez proche, ils avaient cependant des réceptions assez différentes des émissions culinaires actuelles, ainsi qu'un rapport aux émissions assez différent. Néanmoins, dans les deux cas j'ai pu constater que leur situation d'étudiant et leur niveau culinaire disons moyen entraînaient certaines similitudes en matière de réception. J'ai ensuite réalisé un entretien avec un hôtelier restaurateur de 46 ans, qui s'est avéré être un fervent téléspectateur de Top Chef. Cet entretien a été particulièrement instructif, car Marc avait une réception complètement différente d'Andréa et Arthur, causée notamment par sa profession et son niveau culinaire. Je pressentais donc déjà les critères de la seconde l'hypothèse se former, mais j'ai préféré faire un quatrième entretien avant de véritablement dresser un bilan me permettant de choisir les prochaines personnes que j'interrogerai de façon plus méthodique. J'ai alors interrogé Maryse, agent territorial spécialisé des écoles maternelles, qui regardait de façon particulièrement assidue UDPP, et plus inhabituellement TC ou MC. Là également, ses horaires de travail, son statut de femme d'un foyer composé d'un homme et de deux petits garçons, son plaisir de recevoir « à la bonne franquette » étaient des sources d'explication de la façon dont elle regardait les émissions culinaires, et pourquoi elle préférait UDPP à TC ou MC. 26
  • 32. Suite à ces quatre premiers entretiens j'ai décidé de faire un point afin de voir si mes hypothèses et ma grille d'entretien étaient toujours pertinentes. Après les avoir annoté, j’ai choisi quatre catégories d'analyse me permettant de reprendre les éléments clefs des entretiens, et donc de pouvoir retoucher mes hypothèses de départ et ma grille d’entretien en fonction. Ces quatre catégories d’analyse étaient donc les suivantes : - Réceptions et différences entre MC, UDPP et TC - Rapport avec la TV réalité - Façon dont la personne interrogée parle de son expérience de téléspectatrice - Impact sur le quotidien La première hypothèse ( « Un modèle hybride qui plait car permet l'évasion et l'identification dans un même temps, à une heure de diffusion appropriée ») était pertinente, même si je remarquais que la discussion s'éloignait ensuite rapidement de la télé- réalité ; et que, finalement, le modèle hybride qu'est la télé-réalité (cette juxtaposition permanente entre réalité et fiction, information et divertissement) permettait grandement de comprendre le plaisir et la raison pour laquelle les téléspectateurs apprécient ces émissions. C'est pourquoi j'ai un peu modifié ma première hypothèse qui est devenue : * Les émissions culinaires actuelles semblent être un renouveau du genre qu'est la TV réalité et constituent donc un modèle hybride qui séduit particulièrement les téléspectateurs J'avais ensuite fait le postulat suivant : « Ces émissions reflètent une réception particulière à la TV : collective, pouvant s'effectuer dans un cadre familial ou amical ». Cette hypothèse s'est révélée être un peu trop limitée ; tout d'abord parce que, sur les quatre premières personnes interrogées, trois d'entre elles regardaient ces émissions seules. Ensuite, elle ne me permettait pas de balayer tous les types de réceptions que je pouvais percevoir au cours de mon analyse. Enfin, j'avais repéré certains critères qui pouvaient influencer et surtout me permettre de comprendre certains types de réceptions, c'est pourquoi j’ai ainsi transformé cette hypothèse: * Compte tenu de l'émission concernée (différence entre la façon dont TC est reçue par rapport à MC ou UDPP par exemple), de l'âge et de la situation familiale des personnes interrogées, de leurs pratiques culinaires, et de leur activité principale (étudiant, actif, inactif), les téléspectateurs des émissions culinaires actuelles n'ont pas le même type de réception. 27
  • 33. J'avais d’abord émis l'hypothèse suivante : La réception des émissions culinaires actuelles est à l'origine de nouvelles pratiques sociale. Cette hypothèse s'est confirmée grâce aux entretiens d’Arthur et Andréa, mais elle s'est également avérée être un peu trop restreinte. En effet je me suis rendue compte, grâce à l'analyse de ces quatre entretiens, que les impacts sur l'univers des téléspectateurs hors télévision était plus vaste que la seule reproduction de l'émission dans un cadre familial ou amical. Maryse m'a par exemple expliqué comment elle reprenait certaines idées de décoration, de recettes ou même d'animation d’UDPP lorsqu'elle recevait des amis ; Marc a insisté sur le fait que TC lui permettait de se remettre chaque semaine en question et de faire évoluer sa cuisine, et in fine, la carte de son restaurant se transformait au fil des émissions. J'ai donc là encore modifié ma dernière hypothèse afin que celle-ci me permette de faire plus facilement face à la diversité des personnes et donc des réceptions que j’observais. Enfin, j'avais utilisé une quatrième catégorie d'analyse : la façon dont la personne interrogée parle de son expérience de téléspectateur. S’incluait-elle dans le public des émissions ? Je ne souhaitais pas en faire une hypothèse en elle-même, mais il me semblait intéressant de l'intégrer au sein des différentes hypothèses. Par exemple, dans les différences de réception en fonction de l'émission (les téléspectateurs s'intégraient généralement plus facilement dans le public de UDPP que dans celui de MC), ou dans le lien avec la télé-réalité (Maryse m'a par exemple expliqué qu'elle assumait pleinement être une fervente téléspectatrice de UDPP, elle pouvait donc en parler autour d'elle sans aucune gêne, ce qui n'était absolument pas le cas avec Secret Story, alors qu'elle regardait cette émission avec la même fréquence). J'ai alors revu ma grille d'entretien, sans pour autant la modifier largement. En effet, si j'en étais venue à modifier mes hypothèses de recherches compte tenu de l'analyse des quatre premiers entretiens, c'est que la grille qui m'avait servi à les faire me permettait en partie de répondre à ces hypothèses. J'ai simplement détaillé un peu des questions sur la télé-réalité et sur les goûts télévisuels généraux des personnes interrogées. Voici la grille d'entretien, retouchée suite au bilan effectué au bout des quatre premiers entretiens, et utilisée pour les entretiens suivants (Annexe 5): Quelles émissions culinaires regardez-vous ? - Pourquoi celle(s) ci plutôt qu’une autre ? 28
  • 34. - Une préférée ? - Quelles sont les origines de votre désir de regarder ces émissions ? (publicité TV, par hasard en zappant, bouche-à-oreille, choix réfléchi en étudiant le programme TV …) - A quelle fréquence les regardez-vous ? - Que pensez-vous des heures de diffusion de ces émissions ? - Les heures de diffusion s’intègrent elles bien à votre quotidien/emploi du temps ? (en rentrant du travail, avant/après le repas …) - Avez-vous organisé votre emploi du temps en fonction de l'émission ? - L’heure de diffusion de ces émissions constitue-t-elle un attrait supplémentaire, selon vous ? - Que pensez-vous de la durée de ces émissions ? - Selon vous, quels sont les attraits de ces émissions ? Comment expliqueriez-vous le plaisir qu’elles vous donnent ? - Etes-vous vous-même amateur de cuisine ? - Vous est-il arrivé de réutiliser une technique culinaire ou une recette vue dans l’émission ? - Dans ce cas allez vous la chercher sur le site, sur des magazines de l’émission, ou vous en inspirez vous seulement ? - Pour vous, la cuisine est-elle une pratique familiale ? Modèle hybride : - Regardez-vous des émissions de cuisine pédagogique (Maïté…) ? - Qu’appréciez-vous dans ces émissions ? - Regardez-vous des émissions de TV réalité (musicales, Secret Story) ? - Lesquelles ? - Qu’appréciez-vous dans ces émissions ? Que n’aimez vous pas ? - Parleriez vous aussi facilement de ces émissions que vous le faites pour DPP/MC ? - Assumez vous de regarder ces émissions ? - On constate qu’il y a de moins en moins de ces émissions, pensez vous que c’est passé de mode ? - Considérez-vous ces émissions comme un cours de cuisine ? Les regardez vous afin d'en retirer un apprentissage ou comme un simple divertissement ? - Rapprocheriez-vous ces émissions davantage d'un télé-crochet type star academy ou d'une émission de cuisine traditionnelle comme le programme présenté par Maïté ? - Selon vous, quels points reprennent les émissions culinaires actuelles de ces deux genres télévisés ? Sont-ce là des éléments que vous appréciez ? - Pensez-vous que les émissions culinaires actuelles viennent palier à un déficit de crédibilité et des émissions de tv réalité ? Les émissions traditionnelles de télé-réalité ne surprenant plus, ne présentant plus d’intérêt ? - Comment décririez-vous la façon dont vous regardez ces émissions ? - Êtes-vous seul en regardant ? Oui => 29
  • 35. - Faites vous quelque chose d’autre en regardant (manger, repasser, utilisation de l’émission en bruit de fond) ? - En discutez-vous avec des amis/collègues par la suite ? - Assumez vous de regarder ces émissions ? - Regardez vous l’émission au moment de sa première diffusion ou autrement (replay etc) ? Non => - En famille ? Entre amis ? En couple ? - Est-ce toujours avec les mêmes personnes ? - Quelles relations entretenez-vous avec ces personnes en dehors de ce moment télévisé ? - Commentez-vous l’émission en même temps que sa diffusion ? - Pensez vous que vous apprécieriez autant cette émission si vous regardiez seul ? - Avez-vous eu l’impression que ce moment avait solidifié votre relation ? Voire transformé ? - Qui est à l’origine du choix du programme ? Un dîner presque parfait : - Appréciez-vous l’amateurisme des candidats ? - Aimez-vous les voir cuisiner chez eux, découvrir leur intérieur ? - Vous sentez vous proche des candidats ? - Avez-vous un ou des favoris au cours des semaines ? - Attendez-vous l’émission du lendemain avec impatience ? Si oui, qu’attendez-vous de voir exactement : le repas, l’évolution de la relation entre les candidats … ? - Vous souvenez vous d’une semaine ou d’un candidat en particulier qui vous avait bien plu ? - Avez-vous vous-même pensez à candidater à l’émission ? - Quelle partie de l’émission préférez-vous : la préparation en cuisine ? Le repas avec les autres candidats ? L’animation ? - Appréciez vous les semaines « spéciales » : en couples, sosies, dormir chez les candidats, en famille. Si oui pourquoi ? Qu’est ce que ces éditions spéciales apportent de plus ? Quelle a été votre préférée ? - Comparé à MC ou TC, qu’est ce que DPP vous apporte de plus ou de moins ? - Comment pensez vous que les candidats sont choisis ? Masterchef : - Appréciez-vous l’amateurisme des candidats ? - Parvenez-vous à différencier TC et MC ? - Comparé à DPP, qu’est-ce que MC vous apporte de plus ? - Est-ce que cette émission vous détend, vous fait oublier vos soucis quotidiens, et vous divertit autant que DPP ? - Que pensez-vous du jury et de son autorité ? Les membres du jury vous semblent-ils légitimes pour évaluer le niveau culinaire des candidats ? - Vous sentez vous proche des candidats ? - Pensez-vous que cette émission soit vraiment une promesse de changement de vie ? - Soutenez-vous un candidat particulier tout au long de l’émission ? - Si vous avez regardé les deux saisons, avez-vous perçu une différence ? (mise en scène de 30
  • 36. la famille etc) - Que pensez vous des portraits des candidats, de la présentation de leur famille, bref de la séquence « émotion » ? - Que pensez-vous des épreuves hors de l’atelier (autres pays, Mont Saint Michel, pour des joueurs de foot …) ? - Appréciez-vous la présentatrice de l’émission ? - Auriez-vous envie de participer ? Top Chef : - Appréciez-vous le côté professionnel des candidats ? - Que pensez-vous du niveau des candidats ? - Appréciez-vous le jury ? Le trouvez vous crédible ? Pensez-vous qu'il donne une légitimité supplémentaire à l'émission ? - Qu'appréciez-vous particulièrement dans cette émission : les techniques culinaires expliquées ? L’esthétique des plats réalisés ? Le jury ? Les candidats, leur personnalité, leurs rapports les uns avec les autres ? - Vous sentez vous proche des candidats ? - Vous attachez vous aux candidats ? Soutenez-vous un candidat en particulier ? - Que pensez-vous des portraits des candidats, de la présentation de leur famille, bref de la séquence « émotion » ? - Que pensez-vous des épreuves hors de l’atelier (autres pays, mont st michel, pour des joueurs de foot …) ? - Appréciez-vous le présentateur de l’émission ? - Auriez-vous envie de participer ? - Comparée à MC et UDPP, qu'est-ce que TC vous apporte de plus ? - Est-ce que TC vous divertit autant que UDPP ? Je questionnais donc les téléspectateurs sur cette grille dans un premier temps, puis j'ajoutais des micro-grilles, en fonction de leur particularité. Par exemple, pour les personnes ayant fait UDPP entre amis ou en famille, et les personnes ayant fait des soirées MC, j'ajoutais la mini grille suivante : Un dîner presque parfait entre amis : - comment vous est venue l’idée de faire cela ? - pourquoi en avez-vous eu envie ? - était-ce une idée personnelle ou collective ?. - avez-vous facilement convaincu votre entourage de jouer le jeu ? - comment s’est déroulé la « semaine » ? - êtes-vous un spectateur fidèle de l’émission ? Et vos amis ? 31
  • 37. - qu’avez-vous retiré de cette expérience ? - aimeriez-vous participer à l’émission ? - quel est votre rapport à la cuisine ? - avez-vous réalisé cette expérience pour la cuisine ou davantage pour passer un bon moment entre amis ? - referiez-vous cela, avec les mêmes personnes ou d'autres personnes ? Soirée master chef : - comment vous est venue l’idée de faire cela ? - pourquoi en avez-vous eu envie ? - était-ce une idée personnelle ou collective ? - avez-vous facilement convaincu votre entourage de jouer le jeu ? - mangez-vous en même temps que vous regardez l’émission ? - d’autres personnes vous ont-elles rejoins au fur et à mesure des semaines ? - qu’appréciez-vous dans cette vision collective de l’émission ? - regardez-vous l’émission de façon critique ? ironique ? - y-a-t-il des débats entre vous sur les meilleurs candidats ? - quel est votre rapport à la cuisine ? - aimeriez-vous participer à ce genre d’émission ? J'ai également préparé des questions supplémentaires pour 2 entretiens particuliers – un cuisinier et une téléspectatrice ayant eux-mêmes participés à UDPP en 2009 – afin de voir si cette situation pouvait avoir un impact sur leur réception des émissions de cuisine. Cette grille est plutôt détaillée, mais elle me servait ainsi de « roue de secours » au cas où la personne interrogée ne serait pas très bavarde et ne répondrait pas d'elle-même à mes interrogations. J'ai ainsi, souvent, réussi petit à petit à instaurer une conversation, à rebondir lorsque le téléspectateur citait un moment particulier d'une émission, afin de bien lui montrer que je ne l'interrogeais pas sur quelque chose qui ne m'était absolument pas familier, ou pire, que je regardais avec dédain. Evidemment, cela n’a pas toujours été facile. Certains enquêtés se sont montrés fort timides, si bien que je n’ai pas réussi à véritablement instaurer une conversation (avec Arthur ou Lara par exemple). Heureusement, ce ne fut pas la majorité d’entre eux, et il est incontestable que mes entretiens devenaient plus fluides et naturels alors que je gagnais en expérience. Mon statut d'étudiante à Sciences Po a été un avantage autant qu’un inconvénient. Un avantage, car il donnait une certaine crédibilité à mon sujet de recherche, qui manquait de prime abord de légitimité puisqu'il touchait à un média très critiqué. Ainsi, lorsque je postais un message sur un forum consacré à ces émissions culinaires, recherchant des 32
  • 38. téléspectateurs avec lesquels réaliser des entretiens, je pense que les gens considéraient ma requête avec sérieux compte tenu du cadre institutionnel (Sciences Po) dans lequel j'effectuais mon mémoire, et les personnes étaient donc plus enclines à me donner un peu de leur temps. Néanmoins ce statut a pu parfois mettre mal à l'aise les personnes interrogées. Ainsi lorsque j'interrogeais les téléspectateurs sur leurs goûts en matière de télévision de manière plus générale, et notamment sur les émissions de télé-réalité qu'ils avaient ou pouvaient regarder, je sentais parfois un frein. Véronique par exemple, la 5 ème personne avec laquelle j'ai effectué un entretien, m'a dit qu'elle regardait également des émissions un peu plus « sérieuses », comme CAPITAL et non pas seulement des émissions de télé-réalité, révélant ainsi une crainte de jugement de ma part : « tu vas me prendre pour une midinette! ». Là encore, afin de mettre les gens en confiance, et qu'ils ne se sentent pas en situation d'infériorité, il était nécessaire de mettre en place une véritable discussion, et je n’ai pas hésité à donner mon avis sur certaines séquences d'émissions ou certains candidats. Avec ces hypothèses finalisées, et surtout avec les critères que j'avais pu déduire et qui faisaient partie de mon second postulat, j'ai dû affiner ma recherche et réfléchir plus précisément aux personnes que je souhaitais interroger. J'avais à cet instant quatre personnes, remplissant les critères suivants (Annexe 3): Andréa Arthur Marc Maryse Age – situation familiale 22 ans – Célibataire, vivant en colocation 17 ans – vivant chez ses parents 46 ans – en couple 37 ans – en couple, mère de deux enfants de moins de 15 ans Situation professionnelle Etudiante Etudiant Hôtelier restaurateur ATSEM Niveau culinaire Niveau 4 Niveau 3 Niveau 7 Niveau 4 33
  • 39. Suite à ces quatre premiers entretiens, j'ai recherché des personnes à interroger pour diversifier mon panel. Je ne pouvais évidemment pas choisir celui-ci en fonction du niveau culinaire des téléspectateurs, puisque je ne le connaissais pas préalablement, j'ai donc choisi en fonction des deux autres critères. J'ai finalement réussi à trouver plusieurs téléspectateurs acceptant de contribuer à mon enquête, et remplissant les critères que je m'étais fixés. Fabrice Age - 30 ans – vit en SF concubinage SP Niveau C Professeur de français Charlotte Véronique 23 ans – célibataire, 47 ans – en couple, mère de deux jeunes hommes de plus de 16 ans Femme au foyer / Gérante de chambres d'hôtes en période estivale vivant chez ses parents Kinésithérapeute Niveau 6 Niveau 3 Niveau 6 Pierrot + de 60 ans – en couple Retraité, ancien conseiller financier Niveau 8 Daniel Age – SF Lara Leila Philippe 55 ans – en couple, enfants étudiants rentrant régulièrement au foyer 54 ans – vit seule 53 ans – vit avec sa fille adolescente 32 ans – vit seul 34
  • 40. SP Professeur des écoles En arrêt maladie – Educatrice jeunes enfants Niveau C Niveau 6 Niveau 2 Informaticienne Gardien concierge Niveau 6 Niveau 4 En suivant ce choix de téléspectateurs, j'avais alors au moins un téléspectateur dans les catégories d'âge suivantes : - Moins de 20 ans - Entre 20 et 30 ans - Entre 30 et 40 ans - Entre 40 et 50 ans - Entre 50 et 60 ans - Plus de 60 ans J'avais également des situations familiales diverses : - vivant en couple - vivant en couple avec des enfants à la maison à plein temps - vivant en couple avec des enfants rentrant à la maison régulièrement - célibataire - vivant chez ses parents Trouver ces nouveaux téléspectateurs s’est encore une fois révélé être assez aisé. J’ai tout d’abord recherché par l’intermédiaire d’un forum consacré à Un dîner presque parfait. En postant une annonce, que j’avais pris le temps d’écrire avec beaucoup de soin afin que le sérieux de ma requête puisse transparaître, plusieurs membres se sont proposés pour participer : Fabrice (l’administrateur du forum), Véronique et Lara. Tous ces entretiens se sont déroulés par téléphone, compte tenu de la distance géographique qui nous séparait. Pour autant, la conversation s’est parfois enrichie très naturellement, permettant au téléspectateur interrogé de ne pas hésiter à développer ses réponses, donner des exemples plus personnels etc. L’entretien avec Véronique a par exemple duré plus de deux heures ! Par la suite, mes méthodes ont été diverses. Le bouche à oreille a très bien 35
  • 41. marché : certains proches me donnant le contact d’une personne amatrice de ces émissions, d’un collègue ayant réalisé Un dîner presque parfait entre amis, etc. Enfin, pour mes deux derniers entretiens, j’ai décidé de mettre une annonce dans le bas de mon immeuble, en reprenant le texte que j’avais écrit sur le forum. Deux voisins sont alors venus sonner à ma porte, et les entretiens se sont alors déroulés à domicile. Je prenais le temps après chaque entretien de les retranscrire intégralement. Avec l’habitude, je me suis en effet rendue compte que je retranscrivais bien plus vite les paroles de mes enquêtés alors que je venais de réaliser l’entretien. De plus je songeais à certaines remarques d’analyse pendant l’entretien en lui-même, si bien que les retranscrire directement me permettait de ne pas oublier ces remarques et de les noter immédiatement. Une fois tous mes entretiens retranscris, je les ai repris un à un afin de pouvoir les étudier, analyser chaque réponse et les découper en fonction de l’hypothèse à laquelle elle correspondait. Suite à cela, j’ai décidé de réaliser un tableau d’analyse des entretiens. J’ai alors divisé chaque hypothèse en sous hypothèse, chacune correspondant à une partie du tableau. Pour chaque partie, j’ai ensuite copié les réponses des téléspectateurs ainsi que le commentaire que j’avais ajouté, correspondant à la sous hypothèse en question. Après avoir tout numéroté, j’ai pu réaliser mon plan (très) détaillé, mes hypothèses et sous hypothèses devant des parties et sous parties, et il ne me restait alors plus qu’à suivre mes numérotations pour retrouver l’entretien qui me permettrait d’illustrer une idée. J’ai procédé de la même façon avec mes références théoriques, réalisant un tableau d’analyse des lectures, me permettant ainsi d’insérer des références lorsque cela me semblait pertinent, mais surtout de considérer leur portée compte tenu des entretiens que j’avais pu réaliser, de les critiquer ou au contraire de constater leur force. Je pouvais encore une fois les retrouver aisément en suivant la numérotation spécifique indiquée sur mon plan. Mais la meilleure façon de mesurer l’ampleur et l’intérêt de cette enquête est sans aucun doute d’en lire l’analyse finale, que je vous propose maintenant. Entre divertissement et documentaire, réalité et fiction, les émissions culinaires actuelles semblent s’imposer comme le concept d'émission phare de ces dernières années. Mais comment ceux qui font également leur succès et leur longévité, les téléspectateurs, parlent-ils, perçoivent-ils, et intègrent-ils à leur quotidien ces programmes télévisés ? 36
  • 43. Les émissions culinaires semblent être un renouveau du genre qu’est la téléréalité, et constituent donc un modèle hybride I/ Les émissions culinaires semblent être un renouveau du genre qu’est la télé-réalité et constituent donc un modèle hybride Comme je l'ai noté en introduction, la « télé-réalité » peut être caractérisée par trois éléments34 : la presse à sensation, le documentaire télévisé, et le divertissement populaire, ce qui en fait un genre hybride permettant, en quelque sorte, à chaque téléspectateur d'y trouver une source de plaisir. Le genre qu'est la télé-réalité est finalement assez proche de 34 Hill Anette, Reality TV : Audiences and Popular Factual Telvision, London and New York, Routledge, 2005 38