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Diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’
Série ‘Mémoire et reconnaissance de crimes du passé’
12 – La mémoire des guerres
12 h - 1
La Première Guerre mondiale (1914-1918)
Historique
Étienne Godinot 23.04.2024
La mémoire
de la Première Guerre mondiale (1914-1918)
Sommaire
1 - Les causes de la Grande Guerre
Nationalisme et esprit de revanche
Une part d’imprévisibilité et de surprise
Des voix contre la guerre : Benoît XV, Jaurès
2 - Les grandes étapes de la guerre
La guerre de mouvement
La guerre de position
L’élargissement de la guerre à l’Europe
La guerre devient mondiale
3 - Les traités consécutifs à la Grande Guerre
Le traité de Versailles (1919)
Les autres traités
4 - Le bilan de la guerre
Les morts et blessés
Les "Gueules cassées"
Les soldats des colonies
Les armes inventées
../..
La mémoire de la Première Guerre mondiale (1914-1918)
Sommaire (suite)
5 - La Grande Guerre, terreau d’autres calamités
Le génocide arménien
La grippe espagnole
6 - La résistance à la folie guerrière
La fraternisation
Les mutineries et refus d’obéissance
Les objecteurs de conscience
7 - La mémoire de la Grande Guerre
Commémorations
La mémoire des "fusillés pour l’exemple"
La mémoire des animaux de guerre
Musées et lieux de mémoire
Monuments aux morts
Littérature
Chansons et spectacles
Peinture et dessin
Sculpture
Livres
Revues
Bandes dessinées
Jeux
Films
Documentaires
Vos corrections éventuelles et suggestions seront les bienvenues !
La mémoire de la Première Guerre mondiale
(1914-1918)
Sources
Internet, notamment Wikipédia
Revue d’histoire Hérodote
Revue de géopolitique Conflits
Lectures nombreuses de témoignages, par ex. Carnets de guerre 1914-
1918 du médecin major Jules Beyne
J’ai réalisé ce diaporama en pensant particulièrement à mon grand-père,
Jean Desoutter (1890-1989, photo ci-dessus), officier d’artillerie sur les fronts de la
1ère Guerre Mondiale, qui nous racontait ses terribles souvenirs de guerre quand
j’étais enfant à Bar-le-Duc,
et à ma mère, Yvonne Desoutter-Godinot (1916-2015), née en avril 1916 alors
que son père se battait dans les tranchées de Verdun. Viscéralement hostile aux
Allemands, elle est devenue par la suite une Européenne convaincue, et a demandé
que l’on chante à ses obsèques l’hymne européen, l’Ode à la joie de Ludwig van
Beethoven.
1- Les causes
de la Première
Guerre mondiale
L’impérialisme germanique, le nationalisme, le capitalisme ont tour à tour
été accusés d’avoir plongé le monde dans le chaos. Qu’en est-il ?
L’Allemagne s’est lancée depuis 1900 dans une course aux armements qui
réveille la crainte de ses adversaires et les pousse à préparer la guerre.
Amputée de l’Alsace-Moselle et contrainte à verser une lourde pénalité
financière après la guerre de 1870-71, la France nourrit un fort sentiment de
revanche envers l’Allemagne.
Dans les Balkans, les peuples soumis à l’empire d’Autriche-Hongrie mani-
festent un fort désir d’indépendance.
Des systèmes d’alliances se sont noué autour de ces rivalités et rendent la
situation explosive : La Triplice (empire allemand, empire austro-hongrois, royau-
me d’Italie) contre la Triple Entente (France, Royaume-Uni, empire russe).
Enfin, le 29 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand, héritier de la couronne
austro-hongroise, est assassiné à Sarajevo par un nationaliste serbe. L’Autriche-
Hongrie déclare la guerre à la Serbie, qui est soutenue par la Russie.
Images :
- L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l'Empire austro-hongrois, et de son épouse,
par l’étudiant nationaliste serbe Gavrilo Princip, à Sarajevo.
- Les deux alliances
Le nationalisme
Le nationalisme et la mobilisation de la religion sont présents
dans tous les camps : en Allemagne, la devise Gott mit uns ("Dieu
avec nous") ; en France, la dévotion au Sacré Cœur portée sur les
drapeaux.*
Mais le nationalisme n’a pas dans les causes de la guerre
une importance aussi grande qu’on a pu le dire : En Allemagne, le
SPD pacifiste emporte les élections législatives de 1912. En
France, l’opposition parlementaire à la loi sur le service militaire de
3 ans est vive, et le centre-gauche l’emporte en juin 1914.
Et l’on sait désormais qu’au moment du départ, l’angoisse
dominait les cœurs et les esprits, quoi qu’ait fait le thème de "la
fleur au fusil" diffusé par les autorités pour essayer de la surmon-
ter.
* Le 11 juin 1915, le cardinal Amette, archevêque de Paris, consacre solennel-
lement la France au Cœur Sacré de Jésus, en présence d’évêques, de prêtres et d’élus
catholiques. À partir de 1915, la dévotion se diffuse particulièrement sur le front, auprès
des soldats. L’Angleterre distribue à ses soldats catholiques des insignes du Sacré-
Cœur. L’armée italienne n’est pas en reste puisqu’elle se consacre entièrement et
officiellement au Christ.
Images :
- Une couverture du journal Daily Mirror annonçant la mobilisation en France
- L’inscription Gott mit uns sur les ceinturons des soldats allemands
- L’inscription « Cœur sacré de Jésus, espoir et salut de la France » sur le drapeau
Une part d’imprévisibilité et de surprise
Il y a dans les évènements une part d’imprévisibilité et de
surprise. Ceux qui désiraient la guerre n’avaient pas les moyens
de penser ce que serait la première Guerre mondiale : ils s’atten-
daient à une guerre violente, mais courte.
Tous pensaient la guerre juste, car défensive : la France
contre l’impérialisme allemand ; la Serbie contre la domination de
l’Autriche-Hongrie ; l’Autriche-Hongrie contre la menace des
nationalismes balkaniques ; l’empire allemand contre l’encercle-
ment par la Triple Entente.
En 1914, personne n’a voulu la guerre telle qu’elle devait
réellement se produire.
La guerre ne fut pas d’abord le fruit du capitalisme libéral :
à la veille de 1914, en France, seuls 2,5 % de l’acier et du fer
étaient destinés à la production d’armement.
Les efforts de Benoît XV pour la paix
Pendant la 1ère Guerre Mondiale*, le pape Benoît XV* proclame la
neutralité du Saint Siège.
En novembre 1914, il dénonce le « carnage affreux », « l’horrible
boucherie qui déshonore l’Europe ». Il déplore que les nations les plus
grandes et les plus riches « armées des plus terribles engins de mort (…),
cherchent, avec une barbarie raffinée, à s’anéantir mutuellement. (…) Si
des droits ont été violés, il est, pour les rétablir, d’autres moyens que les
armes. »
En juillet 1915, s’adressant aux dirigeants des pays en guerre dans
l’encyclique Ad beatissimi, il écrit : « Plus de limites aux ruines et au car-
nage : chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se
couvre de morts et de blessés. A voir ces peuples armés les uns contre les
autres, se douterait-on qu'ils descendent d'un même Père, qu'ils ont la
même nature et font partie de la même société humaine ? (….) Qu’on y
réfléchisse bien : les nations ne meurent pas. Humiliées et oppressées,
elles portent frémissantes le joug qui leur est imposé, préparant la revanche
et se transmettant de génération en génération un triste héritage de haine
et de vengeance. » ../..
* Giacomo della Chiesa (1854-1922), pape de l’Église romaine. En 1887, il participe à la
négociation entre l'Allemagne et l'Espagne au sujet des Îles Carolines et organise les secours durant
une épidémie de choléra. Archevêque de Bologne, il est élu pape en 1914. Il explique la guerre par la
société laïque et libérale issue, en France, de la Révolution française, et en Italie, du Risorgimento…
Les efforts de Benoît XV pour la paix
Il demande aux belligérants d'autoriser l'échange de prison-
niers blessés. En août 1917, en vue d'une paix « juste et durable », il
propose le désarmement des deux parties, l'arbitrage comme moyen
de résolution des conflits, l'abandon de toutes les demandes de
réparation, l'évacuation totale de la Belgique et du territoire français, la
liberté des mers, la restitution par l'Entente des colonies allemandes.
Georges Clemenceau le décrit comme un « pape boche »
tandis que les Allemands le prénomment le « pape français ».
Les prises de position courageuses de Benoît XV sont à comparer à celles d’autres
figures religieuses ou spirituelles à la même époque :
Yves de la Brière, jésuite : « La guerre est (…) l’application d’une loi divine qui exige, qui
féconde et qui glorifie l’expiation, la rédemption par le sang. »
Antonin de Sertillanges, dominicain : « Très Saint Père, nous ne pouvons pas, pour
l’instant, retenir vos appels à la paix. »
Charles de Foucauld : « Pour le salut de la civilisation chrétienne, de la morale chré-
tienne, de la liberté de l’Église et de la liberté des peuples, Dieu veut une guerre longue. » (…)
« Dieu a laissé se déchaîner cette guerre pour qu’elle soit la plus utile et la plus sanglante des
croisades. »
Pierre Teilhard de Chardin : L’expérience du front , « c’est celle d’une immense liberté.
(…) Tous les ressorts de l’être peuvent se tendre. Toutes les hardiesses sont de mise. Pour une
fois, la tâche humaine se découvre plus grande que nos désirs. »
Images du haut : Yves de la Brière, jésuite (1877-1941),
Antonin de Sertillanges, dominicain (1863-1948)
L’assassinat de Jean Jaurès
Commis trois jours avant l'entrée de la France dans la
Première G. M., l’assassinat du député socialiste français Jean
Jaurès met un terme aux efforts désespérés qu’il avait déployés
depuis l’attentat de Sarajevo pour empêcher la déflagration militaire en
Europe*. Il précipite le ralliement de la majorité de la gauche française à
l’Union sacrée, y compris beaucoup de socialistes et de syndicalistes qui
refusaient jusque-là de soutenir la guerre.
Cette Union sacrée n’existe plus en 1919 lorsque son assassin,
Raoul Villain**, est acquitté.
* Dans un discours prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914, Jaurès déclare : « Songez à
ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée
de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel
massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà
sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. »
** Bien que sa culpabilité ne fasse aucun doute, lui-même ayant avoué son acte, Raoul
Villain (1885-1936) est acquitté en 1919, dans un contexte de ferveur nationaliste. Le président
ordonne sa mise en liberté et l'honore d'être un bon patriote. La Cour accorde un franc de
dommages et intérêts à la partie civile, et condamne la partie civile aux dépens du procès envers
l'État. La veuve de Jaurès est donc condamnée à payer les frais de justice… Exilé en Espagne,
Raoul Villain sera assassiné par des anarchistes durant la guerre civile.
Images :
- Jean Jaurès (1959-1914)
- Reconstitution de l’assassinat de Jaurès au Café du Croissant, rue Montmartre, dans le
2e arrondissement de Paris, non loin du siège de son journal, L'Humanité.
2- Les grandes étapes
de la Première Guerre mondiale
1914-1916 :
de la guerre de mouvement à la guerre de position
Lorsque la guerre éclate, les gouvernants - et souvent les hommes
- sont résolus à se battre, mais pensent que la guerre sera de courte
durée. Cette idée conduit les états-majors à adopter des plans fondés
sur de grandes offensives qui doivent être décisives.
En août 1914, les Français attaquent en Lorraine, où ils échouent.
Les Allemands entrent en France par la Belgique neutre et se rappro-
chent de Paris, mais ils sont arrêtés lors de la bataille de la Marne
(septembre 1914) et reculent. Sur le front oriental, aidés des Autrichiens,
ils battent les Russes à Tannenberg.
Images :
- La bataille de la Marne. Les Français perdent près de 80 000 soldats. La bataille sauve
Paris, mais ne marque toutefois pas la déroute de l’armée allemande qui se replie en bon ordre.
- Les taxis parisiens réquisitionnés par le général Gallieni apportent des renforts de troupe
les 6 et 7 septembre 1914
- La bataille de Tannenberg, aujourd’hui Stębark en Pologne (26 au 30 août 1914). 30 000
Russes tué ou blessés, 92 000 prisonniers russes, 13 000 Allemands tués.
Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale
La guerre de position
Sur le front occidental, le front se stabilise entre Alsace et
Flandre dès le début de 1915. Les armées allemande et
française se font face et sont désormais enterrées dans des
tranchées.
L'armement s'adapte à la nouvelle situation et l'usage
des grenades et du gaz est introduit, ce qui rend les conditions
de combat encore plus épouvantables.
Les Allemands cherchent à épuiser l'armée française et
lancent à partir de février 1916 et jusqu'en décembre une
grande offensive contre Verdun. Les troupes allemandes
subissent presque autant de pertes que les troupes françaises.
Avec plus de 700 000 victimes, cette offensive apparaît
comme une véritable boucherie.
Images : La bataille et les tranchées de Verdun (février à déc. 1916) : 378 000
victimes française, 337 000 victimes allemandes. 53 millions d’obus dont ¼ n’ont pas
explosé, soit 6 obus par m².
Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale
L'élargissement du conflit en Europe
De leur côté, les Alliés, renforcés depuis 1915 par
l'engagement de l’Italie, déclenchent l'offensive de la Somme
(juillet à nov. 1916) afin de tenter de rompre le front allemand,
mais en vain.
En revanche, sur le front oriental, l'Autriche et l'Allema-
gne obtiennent des succès contre la Russie. Comme les
Alliés, ces deux nations ont reçu également un nouveau
renfort, celui de l'Empire ottoman qui défait les Alliés aux
Dardanelles.
Images :
- Images du haut : la bataille de la Somme. Un million de morts, blessés et
disparus au total, en à peine cinq mois (500 000 pour les Britanniques, même
chiffre pour les Allemands, 200 000 du côté français).
- En bas, pendant la bataille des Dardannelles (péninsule de Gallipoli dans
l'actuelle Turquie, de mars 1915 à janv. 2016), le cuirassé français Bouvet coule en
deux minutes avec plus de 600 marins après avoir touché une mine.
Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale
1917-1918 : la guerre devient mondiale
1917 : le tournant de la guerre
En menant une guerre sous-marine contre les Anglais, l'Allema-
gne menace la liberté de commerce des autres nations dont les États-
Unis. Fidèles à leur tradition isolationniste, ils sont restés jusque-là
neutres, mais la guerre sous-marine les pousse à s'engager dans le
conflit auprès des Alliés en avril 1917.
Mais dans le même intervalle, la Russie se retire du conflit en
raison des deux révolutions (février et octobre 1917), qui viennent de
la secouer. Elle signe un armistice le 15 décembre 1917, puis la paix
de Brest-Litovsk en mars 1918.
Images :
- Le 7 mai 1915, le paquebot britannique Lusitania, en provenance de New York, est coulé
par un sous-marin allemand. 1 200 morts sur 2 000 passagers, dont 128 personnes de natio-
nalité états-unienne. Ce drame, considéré par le gouvernement des États-Unis comme un
crime de guerre, va devenir un argument majeur dans la mobilisation états-unienne contre
l'Allemagne.
- U-Boot (abréviation d'Unterseeboot qui signifie sous-marin en allemand, au pluriel U-
Boote). Sur les 345 U-Boote opérant durant la Première Guerre mondiale, 274 U-Boote ont
coulé 6 394 navires marchands représentant 12 800 733 tonneaux et une centaine de navires
de guerre représentant 366 490 tonnes.
- Traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918, entre le commandement allemand et la
délégation bolchevique russe.
Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale
1918 : la fin de la guerre
Libérés sur le front oriental grâce à la paix avec les Russes,
les Allemands lancent de grandes offensives sur le front Ouest.
De nouvelles armes telles que les chars, l'aviation et une
présence effective des soldats états-uniens, permettent au général
en chef des armées alliées, le général Foch, de contrer ces offen-
sives. Les troupes alliées repoussent les Allemands jusqu'aux
frontières.
Le 9 novembre 1918, l'empereur allemand Guillaume II est
renversé : la République est proclamée. Les nouveaux dirigeants
allemands demandent l'armistice dont la signature intervient le
11 novembre 1918.
Images :
- Débarquement des troupes étatsuniennes à Saint-Nazaire en 1917. Au 1er janvier
1918 , il y a 150 000 soldats étatsuniens en France. Le 11 novembre 1918 , on dénombre
environ 2 millions d'hommes venus des États-Unis en Europe pour aider la France et ses
alliés, essentiellement dans les rangs de l'United States Army.
- L’empereur Guillaume II (1859-1941), alors qu'il réside au château de la Fraineuse,
dans la ville thermale de Spa (Belgique), abdique à la demande du maréchal Paul von
Hindenburg (1847-1934) pour arrêter la contagion révolutionnaire et sauver le pays.
- Signature de l’armistice le 11 novembre 1918 dans le wagon-salon du maréchal
Foch à Rethondes, dans la forêt de Compiègne.
3 - Les traités consécutifs
à la Première Guerre
mondiale
1- 1919 : Le traité de Versailles
Le traité signé le 29 juin 1919 à Versailles et les traités annexes déterminent les
sanctions prises à l'encontre de l'Allemagne et de ses alliés (Autriche-Hongrie, Empire
ottoman).
L’Allemagne, qui n'est même pas représentée au cours de la conférence, est
amputée de 15 % de son territoire et de 10 % de sa population au profit de la France, de
la Belgique, du Danemark, et surtout de la Pologne, recréée.
Elle est privée de ses colonies et astreinte à de lourdes réparations économiques*
et à d'importantes restrictions de sa capacité militaire**.
* 132 milliards de marks-or, ou 47 312 tonnes d'or, ou environ 1 500 milliards d'euros… L'Allemagne a payé au total
20,6 milliards de marks-or de réparations. La France a touché au total un peu plus de 9,5 milliards de marks-or, au lieu
des 68 prévus.
** l'Allemagne doit livrer 5 000 canons, 25 000 avions, ses quelques blindés et toute sa flotte (qui se sabordera
dans la baie écossaise de Scapa Flow). Elle n'a plus droit aux blindés, à l'artillerie et à ses forces
aériennes. Son armée est limitée à 100 000 hommes, le service militaire est aboli.
Photos :
- La signature du traité à Versailles le 28 juin 1919. La Galerie des Glaces a été retenue
pour laver l’humiliation de la proclamation de l’empire allemand dans cette même Galerie
après la défaite française de 1871.
- Face aux retards de livraison allemands, la France et la Belgique envahissent la Ruhr
en 1923, ce qui favorise l’ascension de Hitler. Photo : Un soldat français sur un train de
charbon réquisitionné.
Le traité de Versailles
Les germes d’une seconde guerre
« Paix » pour les uns, « Diktat » pour les autres, le traité
contient en germe les causes d'un second conflit, vingt ans plus
tard.
Il sera dénoncé comme tel par des personnalités telles que
le pape Benoît XV (1854-1922), l’économiste anglais John
Maynard Keynes (1883-1946) ou en France par le courant
socialiste mené par Jean Longuet (1876-1938).
Photos :
- Le traité vu par la presse allemande comme une condamnation à mort.
- Jean Longuet (1876-1938), socialiste français, petit-fils de Karl Marx, membre
important de la SFIO. Le 18 septembre 1919 devant la Chambre des Députés, il exprime
l'opposition des socialistes à la ratification du traité de Versailles. Il souligne les défauts
de ce « traité imposé par les vainqueurs aux vaincus » qui, en soumettant l’Allemagne à
des conditions trop lourdes, en procédant à des redécoupages territoriaux litigieux, en
mobilisant les armées occidentales contre la Russie soviétique, prépare l’éclatement de
nouveaux conflits sur le continent. Il défend une réorganisation de l’Europe sur des
bases à la fois démocratiques, libérales et socialistes.
- Le chancelier allemand Philipp Scheidemann (1865-1939) exprime l’amer-
tume des Allemands par sa célèbre déclaration : « Quelle main ne se dessécherait pas
qui (en signant ce traité) se mettrait et nous mettrait dans de telles chaines ? ». Ne
pouvant accepter l’humiliation, il démissionne avec l’ensemble de son gouvernement.
Le traité de Versailles
Les mises en garde
contre l’humiliation de l’Allemagne
Dans son encyclique Pacem, Dei munus pulcherrimum de mai
1920, le pape Benoît XV désapprouve le traitement jugé trop humiliant
réservé à l'Allemagne et condamne le découpage opéré par le traité
de Versailles (juin 1919) qui n'a pas « extirpé les germes des ancien-
nes discordes ».
L’économiste John Maynard Keynes, membre de la délégation
britannique qui a négocié le traité, défend une position conciliante à
l'égard de l'Allemagne. N'ayant pas été écouté, il publie le texte The
Economic Consequences of the Peace qui deviendra un best-seller
quand Adolf Hitler vilipendera le Diktat de Versailles.
Images :
- Caricature du traité de Versailles favorisant l’ascension d’Adolf Hitler.
- Georges Clemenceau (1841-1929), dit "le Tigre" ou "le Père la Victoire", impose au
vaincu le paiement de lourdes indemnités pour réduire sa puissance économique et politique
et pour financer la reconstruction de la France. Il envisageait aussi annexer d'autres territoires,
comme la Sarre.
Le traité de Versailles
La création de la ‘Société des Nations’ (SDN).
La première partie du traité établit une charte pour la création de
la ‘Société des Nations’ (SDN). Elle reprend l'idéal wilsonien d'une diplo-
matie ouverte, organisée par un droit international.
La treizième partie pose les principes du Bureau international du
travail.
Le reste du traité est essentiellement consacré aux conditions de la
paix en Europe. Un principe, énoncé à l'article 231, structure l'ensem-
ble : l'Allemagne et ses alliés sont déclarés seuls responsables des
dommages de la guerre. Ce principe justifie les exigences très lourdes
des vainqueurs à l'égard de l'Allemagne.
Images :
- Les "quatorze points de Wilson" est le nom donné au programme du traité de paix
proposé par Woodrow Wilson (1856-1924), président des États-Unis, pour mettre fin à la Pre-
mière Guerre mondiale et reconstruire l'Europe : libre-échange (abolition des droits de douane,
ouverture des marchés de capitaux et de marchandises), libre accès à la mer, démocratie,
abolition de la diplomatie secrète, désarmement, restitution des souverainetés sur les terres
occupées à la suite de victoires militaires, comme l'Alsace-Lorraine pour la France, droit à
l'autodétermination des peuples, etc. L’Europe d'après-guerre n'adoptera que 4 points sur les 14.
- La SDN, créée « pour promouvoir la coopération internationale et obtenir la paix et la
sécurité », sera totalement incapable de prévenir les agressions des pays de l’Axe dans les
années 1930 (Éthiopie par l’Italie de Mussolini en 1935, Sudètes tchécoslovaques par
l’Allemagne de Hitler en 1938).
Le traité de Versailles
L’humiliation de la Chine
En automne 1914, le Japon, qui a choisi le camp des Alliés, chasse
les Allemands de leur base comptoir de Kiao-Tchou au Shantung, acquise
par le procédé de la canonnière en 1898. Contre toute attente, au lieu de
rétablir immédiatement la pleine souveraineté de la Chine sur sa province,
les décideurs du traité de Versailles transfèrent au Japon les droits ex-
allemands au Shantung. La Chine s’estime trahie par l’Occident.
Des centaines de groupes, depuis les villes de Chine et les communautés
chinoises d'outre-mer, envoient à Paris des télégrammes de protestation. Le 4 mai
1919, 3 000 étudiants se réunissent pour manifester à Pékin, devant la porte
Tian'anmen, et diffusent un manifeste « Le territoire de la Chine peut être conquis,
mais il ne peut être donné ! ». Outre le traité de Versailles, les nationalistes chinois
dénoncent l'ensemble des prétentions du Japon, symbolisées par les "Vingt et une
demandes", qui visent à accroître et à pérenniser la domination japonaise sur la
Chine. Les étudiants dénoncent également le poids des traditions, le pouvoir des
mandarins et l’oppression des femmes.
Le ‘mouvement du 4 Mai’ pousse le gouvernement chinois à refuser de signer,
en juin, le traité de Versailles. Le mouvement marque l’émergence en Chine d'une
conscience patriotique.
Photo du haut : Manifestation du 4 mai 1919 à Pékin contre la clause du traité de Versailles
concernant le comptoir de Kiao-Tchou.
2 - Les autres traités
Le "Traité concernant la reconnaissance de l'indépendance de la Pologne et
de la protection des minorités", ou "petit traité de Versailles", reconnaît l'indépen-
dance de la Pologne et protège ses nouvelles minorités.
Le traité de Saint-Germain-en-Laye établit la paix entre les Alliés et l'Autriche,
et consacre la dislocation de la Cisleithanie*, remplacée par 7 États successeurs.
Le traité du Trianon disloque l'Autriche-Hongrie qui perd les 2/3 de son
territoire de 1918 au profit de tous ses voisins.
* territoires héréditaires des Habsbourg et les pays de la couronne de Bohême, royaume de Galicie et
de Lodomérie, la Bucovine et royaume de Dalmatie.
Images :
- Carte de la Hongrie avant et après le traité du Trianon. La Hongrie perd l’accès à la mer en Croatie, le
port de Rijeka/Fiume, la totalité de ses mines d’or, d’argent, de mercure, de cuivre et de sel, la moitié de ses
forêts. Elle conteste la légalité des proclamations slovaques, roumaines et slaves du sud. Le pays n’est plus
économiquement viable et s’effondre. La demande de révision du traité est un point de sa politique étrangère
durant l'entre-deux-guerres et concourra au rapprochement du pays avec l'Allemagne nazie.
- Les délégués hongrois arrivant au Trianon accompagnés par trois officiers (français, britannique et
italien) passent devant un piquet d'honneur français : en tête, en haut-de-forme, Ágost Benárd, chef de la
délégation, suivi par Pál Teleki.
4) Le bilan de la
Première Guerre mondiale
Les morts
Les pertes humaines de cette guerre s'élèvent à
environ 18,6 millions de morts : 9,7 millions de militaires
(52 %) et 8,9 millions de civils (48 %).
Les Alliés comme les Empires centraux perdent
approximativement plus de 9 millions de vies chacun.
Durant les 4 ans du conflit, près de 60 millions
d'hommes ont pris les armes. En France, 10 % de la
population masculine active est morte ou a disparu.
Ces chiffres n’incluent pas le génocide subi par les
Arméniens (1,2 à 1,5 million de morts), ni la grippe espagnole
(20 à 50 millions de morts), ni le décès et la maltraitance des
animaux (8 millions de chevaux tués), conséquences
indirectes de la guerre.
Le bilan de la Première Guerre mondiale
Les "Gueules cassées"
Durant et après la guerre, en plus des morts sur le front, laissant
en France 600 000 veuves et un million d’orphelins, de nombreux
soldats de retour de la guerre ou des hôpitaux sont gravement handi-
capés par les séquelles des blessures reçues au front : amputés,
mutilés du visage, aveugles, gazés, défigurés, etc. Parmi ces hommes
handicapés, 388 000 sont mutilés dont 15 000 touchés au visage.
L'expression "Gueules cassées" inventée par le colonel Picot,
premier président de ‘l’Union des blessés de la face et de la tête’,
désigne les survivants de la Première Guerre mondiale ayant subi une
ou plusieurs blessures au combat et affectés par des séquelles physi-
ques graves, notamment au niveau du visage.
Elle fait référence également à des hommes profondément mar-
qués psychologiquement par le conflit, qui ne purent regagner complè-
tement une vie civile ou qui durent, pour les cas les plus graves, être
internés à vie.
Par ailleurs, la violence des combats aggravée par l'usage
intense d'armes nouvelles telles que les gaz de combat provoque chez
nombre de survivants des séquelles psychologiques parfois irréversibles
et impressionnantes.
Le bilan de la Première Guerre mondiale
Les colonisés
morts dans les guerres des colonisateurs
Le lieutenant-colonel Charles Mangin, qui a participé à l'expédition
de Fachoda, publie en 1910 La Force noire. Il y présente l'Empire
comme une réserve inépuisable d’hommes susceptible de compenser la
faiblesse de la population métropolitaine en cas de conflit avec l'Alle-
magne. Sur ses recommandations, les troupes coloniales sont enga-
gées dans la Grande Guerre, mais avec parcimonie car l'état-major
n'est pas aussi convaincu que Mangin de leur utilité.
L'effort de guerre se traduit par l'apport de 600 000 soldats et
200 000 travailleurs « indigènes ». 190 000 combattants sont des
Maghrébins,134 000 sont des « tirailleurs sénégalais » (c’est-à-dire
d’Afrique noire), les autres venant de toutes les parties de l'Empire, de
Madagascar, de l'Indochine, de l'Océanie et de la Côte des Somalies.
Images :
- Le cimetière chinois de Nolette à Noyelles-sur-Mer rend hommage aux 1900 travailleurs
civils chinois employés par l'armée britannique pendant la Première Guerre mondiale. Avec 849
tombes, il s'agit du plus grand cimetière chinois de France et d'Europe.
- Le livre La force noire du lieutenant-colonel Charles Mangin (1910)
Le bilan de la Première Guerre mondiale
Les soldats des colonies
Les troupes coloniales, notamment nord-africaines, sont
présentes à Verdun mais c'est surtout en 1917, pendant l'offensive du
Chemin des Dames, qu'elles seront engagées en masse. Des
bataillons de tirailleurs sénégalais sous les ordres du général Mangin
sont lancés à l'assaut d'un plateau escarpé. Les mitrailleuses
allemandes font des ravages. C'est un désastre. Près de la moitié des
16 000 hommes engagés sont mis hors de combat. Au total, le nombre
de tués est estimé à plus de 70 000 dont environ 36 000 Maghrébins
et 30 000 "Sénégalais".
L'Empire britannique mobilise environ 1 300 000 hommes
dans les Dominions, qui serviront en priorité sur le front français, et un
peu plus de 1 400 000 aux Indes (dont environ 870 000 soldats). Les
pertes indiennes sont estimées à 64 000 tués.
La perte de prestige des Européens dans le monde et dans
les colonies est importante : le retour en Afrique des anciens combat-
tants sème le ferment des velléités d'autonomie ou d'indépendance
des colonies, ainsi que l'exprimera le premier Congrès panafricain
organisé à Paris en 1919 par le leader Noir étatsunien W. Du Bois.
Image du haut :
- Monument aux soldats sikhs enrôlés par l’armée britannique, à Bristol (GB)
Le bilan de la Première Guerre mondiale
Les nouvelles armes inventées
La guerre a donné l’occasion à l’humanité d’inventer de
nouveaux moyens de destruction : grenades, mines, mitrailleuses,
gaz asphyxiants, chars d’assaut, avions, sous-marins, etc.
Images : Zeppelin militaire Z1, char d’assaut, pistolet mitrailleur (Bergmann
Maschinenpistole 18), mitrailleuse, sous-marin (U-Boot), mines sous-marines, avions,
grenades à main défensives, lance-grenades,
Les nouvelles armes inventées
Deux canons allemands restés célèbres
Deux pièces d’artillerie allemande sont restées célèbres :
- La Dicke Bertha (‘grosse Bertha’) est destinée à venir à bout des ouvrages
défensifs les plus modernes de son époque.
- Les Pariser Kanonen (‘canons parisiens’) sont 7 pièces d’artillerie à très longue
portée, acheminées par voie ferrée, utilisées pour bombarder Paris, envoyant des
obus jusqu’à 128 km.
Images :
- Dicke Bertha (en l'honneur de Bertha Krupp, la fille unique et héritière du sidérurgiste Friedrich Alfred
Krupp) et obusier de 420 mm type ‘Gamma’ en batterie. La ‘Grosse Bertha’ pouvait envoyer des obus de 800
kilos à plus de 9 kilomètres. Les forts de Liège, Namur, d’Anvers, de Maubeuge ou encore de Manonviller ont
subi les effets dévastateurs de ces grosses pièces d’artillerie.
- Pariser Kanonen ou Ferngeschütz ou Wilhelmsrohr. Armes de la guerre psychologique destinées à
terroriser la population, ces canons ont envoyé un total de 367 obus de plus de 100 kg sur Paris et les com-
munes environnantes, entre le 23 mars et le 9 août 1918, causant la mort de 256 personnes.
Les nouvelles armes inventées
Les armes chimiques et les gaz
On estime qu'environ 4 % des morts ont été causées par les gaz.
En août 1914, les Français sont les premiers à utiliser le gaz
lacrymogène dans des grenades.
Les suffocants sont des armes chimiques généralement sous
forme de gaz. Le dichlore se présente sous la forme d’un gaz jaune-vert
qui sent très mauvais. Il a pour effet de réagir avec l’eau présente dans
les muqueuses et par réaction chimique de créer des acides qui vont
attaquer les tissus.
Les sternutatoires sont des gaz généralement utilisés en
complément avec d’autres gaz, ils forcent les soldats à enlever leurs
masques à gaz et ainsi à respirer les autres gaz auxquels ils sont
mélangés.
Les nouvelles armes inventées
Les armes chimiques et les gaz
Le phosgène est un puissant agent, plus mortel que le
chlore. Ses effets n'apparaissent qu'après 24 h.
Les vésicants sont utilisées afin de provoquer de graves
blessures au contact de la peau, le gaz moutarde* (ou ypérite)
par exemple provoque des brûlures chimiques après un contact
avec la peau, les yeux ou les bronches.
* Le gaz moutarde, ou ypérite (dérivé du nom de la ville d'Ypres en
Belgique, où il est utilisé massivement au combat en septembre 1917), est
utilisé pour harceler et handicaper l'ennemi tout en polluant le champ de
bataille. Plus lourd que l'air, il stagne au niveau du sol comme un liquide
huileux de couleur jaunâtre. Une fois dans le sol, il reste actif pendant des
jours, des semaines voire des mois selon les conditions météorologiques.
Les victimes du gaz moutarde se couvrent de cloques, leurs yeux
s'irritent, elles vomissent et deviennent aveugles. Le gaz cause des
hémorragies externes et internes, détruit les tissus pulmonaires, causant
des douleurs abominables aux soldats qui se noient par les liquides
secrétés dans les bronches. Les patients mettent généralement quatre à
cinq semaines pour mourir.
5 - La Grande Guerre,
terreau d’autres calamités
1) Le génocide des Arméniens
Même si l'Empire ottoman est essentiellement musulman, il comporte
une importante population chrétienne. Dans les provinces de l'est, les Chré-
tiens arméniens représentent 45 % de la population.
Les chefs militaires ottomans déportent les Arméniens hors des zones
de guerre, car ils représentent une cinquième colonne susceptible de défen-
dre les intérêts de l'ennemi, la Russie. Lorsque la Triple-Entente et les
États-Unis, encore neutres, contestent cette mesure, les autorités ottoma-
nes justifient les déportations comme étant une mesure de précaution.
En janvier 1915, les Russes mettent en déroute les troupes ottoma-
nes lors de la bataille de Sarikamis. La 3ème armée ottomane y perd près de
la moitié de ses soldats. Bien que les soldats arméniens aient généralement
combattu avec loyauté et bravoure aux côtés de l'armée ottomane, les
dirigeants du ‘Comité Union et Progrès’, dictature des Jeunes Turcs, attri-
buent cette défaite aux supposés traîtres arméniens.
Images :
- Un charnier de victimes arméniennes du génocide dans le village de Sheyxalan (Turquie), en 1915.
- Film turc sur la bataille de Sarikamis. Elle oppose les troupes russes et ottomanes du 22 déc. 1914
au 17 janvier 1915 : les Ottomans, désireux de reprendre Kars, russe depuis 1877, y subissent une
lourde défaite
La Grande Guerre, terreau d’autres calamités
Le génocide des Arméniens
De février à mars 1915, les autorités ottomanes aban-
donnent leurs positions dans le Caucase et en Perse et
massacrent les populations jugées potentiellement infidèles,
conduisant certains Arméniens à prendre les armes pour se
défendre.
Lorsque les troupes russes envahissent l'Empire en avril,
certaines de ces bandes armées arméniennes s'allient aux
Russes. Ceci conforte les commandants ottomans dans l'idée que
tous les Arméniens sont des traîtres potentiels : ils désarment
leurs propres soldats arméniens déployés sur le front et les
emprisonnent dans des camps de travaux forcés.
Le génocide* perpétré par le régime des Jeunes Turcs
coûte la vie à environ 1 200 000 Arméniens d'Anatolie et d'Armé-
nie occidentale.
Images :
- Cadavres dans la neige après la bataille de Karikarmis
- Déportation d’Arméniens
- Cadavres d'Arméniens en 1915, près d'Angora (Ankara).
* Voir le diaporama ‘La mémoire du génocide des Arméniens’
La Grande Guerre, terreau d’autres calamités
2) La grippe espagnole
La grippe espagnole*, également appelée "pandémie grippale de
l'année 1918", est une pandémie de grippe A (H1N1), due à une souche
très virulente et contagieuse qui se répand de mars 1918 à mi 1919.
On pense aujourd’hui qu’elle est apparue au Kansas où elle a conta-
miné de jeunes soldats étatsuniens réunis durant 3 mois dans des camps
de formation militaire, à raison de 50 000 à 70 000 individus, avant de
prendre la mer pour l'Europe afin de renforcer les armées alliées.
La mortalité importante est due à une surinfection bronchique bacté-
rienne, mais aussi à une pneumonie due au virus. Le malade, prostré, se
plaint de douleurs dans la poitrine, son visage devient violacé, une mousse
sanguinolente s'échappe de ses lèvres. En quelques heures, beaucoup de
ces malades meurent.
* Bien que les premiers cas dûment répertoriés soient apparus en France et aux États-Unis,
on lui a attribué le nom de « grippe espagnole » car l'Espagne (non impliquée dans la Première
Guerre mondiale) fut le seul pays à publier librement les informations relatives à cette épidémie.
Images :
- Photographie électronique du virus H1N1 de 1918 rétrospectivement reconstitué par génie
génétique à partir d'échantillons de restes humains de 1918.
- Cérémonie d'enterrement de membres de l'armée étatsunienne victimes de la grippe
espagnole au cimetière de Kerfautras à Brest. 2000 soldats malades de la grippe espagnole (sur
9000 au total) avaient débarqué à Brest.
La Grande Guerre,
terreau d’autres calamités
La grippe espagnole
Alors que l’épidémie, à son apogée de puissance aux États-Unis, y sème le
chaos, le désarroi et surtout la mort, l'Europe compte ses premiers morts dans les
rangs des militaires alliés. Avec son arrivée en Europe, ce virus devint international.
Suivant la même évolution qu'aux États-Unis, la maladie, partant du Nord-Est
de la France, conquiert vite l'ensemble des tranchées alliées ainsi que le territoire
français et, du fait des mouvements de troupes britanniques, gagne la Grande-
Bretagne.
Les populations européennes, affaiblies par 4 ans de guerre et de pénuries,
subissent des pertes, pires encore que celles des États-Unis proportionnellement à
leur population.
Cette pandémie a fait de 20 à 50 millions de morts selon l'Institut Pasteur, et
peut-être jusqu'à 100 millions selon certaines réévaluations de 2020, soit 2,5 à 5 %
de l'humanité et environ 4 à 20 % des malades (on estime le taux de létalité aux
alentours de 10 %).
Images
- Des centaines de malades soignés à l'hôpital de Camp Funston, au Kansas, en 1918.
- Cimetière des soldats étatsuniens morts de la grippe espagnole à leur arrivée à Brest.
6 - La résistance
à la folie guerrière
Les bilans, tous aussi macabres les uns que les autres, prouvent la
violence du premier conflit mondial. Jamais les offensives n’ont fait autant
de victimes. Jamais l’industrie de guerre n’a été aussi performante. Jamais
des hommes n’ont été aussi près de l’anéantissement total et de la folie. En
France, pas une famille n’a été, de près ou de loin, épargnée par cette
tragédie.
La résistance à la folie de la Deuxième Guerre mondiale a pris
plusieurs formes : la fraternisation, les mutineries et refus d’obéissance et
l’objection de conscience.
Images :
- Un lit anti-rats dans une tranchée. Les soldats ne se reposent pas, ne se déshabillent pas,
s’alimentent mal et boivent peu. Insalubres à cause de la boue, des rats, des poux, des mouches, des
excréments, de la proximité des cadavres, etc. les tranchées sont le foyer de nombreuses maladies.
Cette situation cause des pathologies comme la dysenterie, le typhus, le choléra, les néphrites, le
pied des tranchées (lésion due au froid qui s'installe lorsque le pied est maintenu à macérer plusieurs
jours dans des chaussettes et chaussures humides et froides).
- C’est vêtus de leur tristement célèbre pantalon couleur garance et de leur képi rouge que
des centaines de milliers de fantassins s’élancent dès le mois d’août 1914 sur les champs de bataille
et sont des cibles idéales des Allemands. D’autre part, du fait que l’état-major minore l’importance du
rôle de l’artillerie, le casque ne fait pas partie du paquetage des soldats…
La résistance à la folie guerrière
1 - La fraternisation
À Noël 1914, après quelques mois de combat acharné Stille Nacht, Heilige Nacht,
Jingle Bells ou Minuit chrétien s’élèvent depuis les tranchées.
Les soldats lassés par le froid, la faim, la peur d’une guerre qu’on leur avait
promise courte posent les armes et entonnent ces chants de leur enfance à ce moment
particulier de l’année qui rassemble tous les Chrétiens. En plusieurs endroits des
Flandres, du Nord-Pas-de-Calais, de la Somme et de la Champagne, des soldats en
majorité allemands et britanniques font la trêve de Noël. Pour les Français, qui se
battent à quelques kilomètres de leurs foyers et défendent leur territoire, l’heure n’est
donc pas à la fête ni à la réconciliation pour eux. Malgré tout, il y a des exemples,
comme le raconte le film de Christian Carion, Joyeux Noël.
Images :
- Soldats allemand et britannique fraternisant à Noël 1914
- Un officier allemand portant un sapin de Noël et sortant des tranchées en direction
des positions britanniques (Noël 1914)
- L’affiche du film Joyeux Noël de Christian Carion, sorti en 2005.
La résistance à la folie guerrière
La fraternisation
Ces mouvements spontanés, réprimés par les commandements des armées,
sont peu documentés. Seule la presse anglaise de l’époque, plus libre, s’en est fait
l’écho. Des régiments sont ensuite déplacés pour éviter que ne se reproduisent de
tels moments d’entente avec l’ennemi. L’accumulation des rancœurs vis-à-vis de
l’adversaire a empêché probablement que ces rapprochements se poursuivent et se
développent. Il y a peu d’exemples de telles trêves en 1915 et 1916*, et plus du tout
ensuite.
* En juillet 1916, ainsi, le soldat français Louis Barthas note : « Quelquefois, il y avait des échanges de
politesse, c’étaient des paquets de tabac de troupe de la Régie française qui allaient alimenter les grosses pipes
allemandes ou bien des délicieuses cigarettes Made in Germany qui tombaient dans le poste français. On se
faisait passer également chargeurs, boutons, journaux, pain. »
Images :
- Soldats anglais, écossais et allemands jouant unepartie de football près d'Ypres (Belgique, déc. 1914)
- Les témoignages recueillis dans les différents Journaux des marches et opérations (JMO) des armées
engagées situent le principal épisode des fraternisations sur le front belge, prêt de la ville d’Ypres. C’est celui-ci qui
est raconté dans le film Joyeux Noël. Il est le plus fameux car le seul à avoir été raconté par des journaux, dans les
jours qui ont suivi, et le seul à avoir été immortalisé par des photographies. Image : Une du quotidien The Daily
Mirror en date du 5 janvier 1915, à propos de la Trêve de Noël 1914.
La résistance à la folie guerrière
2 - Les mutineries dans les troupes
8 410 000 hommes sont mobilisés en France de 1914 à 1918.
Face à la guerre qui s'éternise et aux pertes énormes subies,
le mécontentement et la révolte grandissent dans les troupes démora-
lisées et épuisées par le froid, la boue et le déluge d'obus.
De nombreux facteurs expliquent cette rébellion française, notam-
ment l'échec humiliant de la bataille du Chemin des Dames au printemps
1917, offensive dirigée par le général Nivelle qui entraîne environ
200 000 victimes (morts, disparus et blessés) côté français.
Les "poilus" se livrent à des mutineries et des mouvements collec-
tifs de désobéissance en avril 1917. La moitié des divisions françaises
engagées ont connu des mutineries pendant la Grande Guerre.
Images :
- Nombre de soldats fusillés : 316 dans l’armée britannique, 600 à 650 en France, 750 en Italie
- Le général Robert Nivelle (1856-1924), commandant en chef des armées françaises sur le
front de l'Ouest de déc. 1916 à mai 1917. En déc. 1920, il est élevé à la dignité de Grand-croix de
la Légion d'honneur. Dans sa ville natale de Tulle, la place qui porte son nom à compter de 1916
est rebaptisée en 1944 au nom du résistant Albert Faucher.
Il est aujourd'hui démontré que la prise de commandement par le général Pétain a conduit à
autant de pertes que celles dues à Nivelle dans le secteur du chemin des Dames
- Le Crapouillot, périodique satirique français fondé en août 1915, est au départ un journal de
tranchées.
La résistance à la folie guerrière
Les "fusillés pour l’exemple"
Dans l'ensemble des pays en guerre, les gouvernements réagissent avec beaucoup
d'énergie et mettent fin à ces mouvements. En France, Clémenceau envoie le général
Pétain rétablir l'ordre dans les tranchées : les "meneurs" sont exécutés et davantage de
permissions sont accordées, mais c’est par l'arrêt des offensives inutiles que Pétain met fin
à la crise.
2 400 "poilus" sont condamnés à mort et environ 650 fusillés pour l’exemple, les
autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ces condamnations sont prononcées
pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, abandon de poste devant
l’ennemi, délit de lâcheté ou mutinerie.
En revanche, les exécutions sommaires liées à des refus d'ordres (par exemple, refus
d'aller au combat, ou même prostration, peur, ce qui était assimilé à un retrait face à
l'ennemi) sont bien plus nombreuses. Quand les détails sont connus, les historiens doivent
attendre souvent plus de 100 ans après la fin du conflit pour consulter les rares archives,
car souvent, ces exécutés sont marqués « morts au combat », ou « morts au champ
d’honneur. »
Image 1 : Conseil de guerre dans une église désaffectée de la Meuse (1917). 2 - Une rare photographie montrant
l'exécution d'un militaire français, probablement au début de la guerre.
La résistance à la folie guerrière
Mutineries et révolution en Russie
Les défaites successives de la Russie* lors de la 1ère Guerre
mondiale sont l’une des causes de la révolution de février 1917.
Les 3 et 4 juillet, après l’annonce de la catastrophe militaire de
l’offensive Kérenski en Galicie**, les soldats stationnés dans la capitale
Petrograd refusent de repartir au front. Rejoints par les ouvriers et les
marins de Kronstadt, ils manifestent dans le but de confier le pouvoir au
Soviet de Petrograd. Les protestations des travailleurs se transforment en
de violentes émeutes. Des combats de rues entre manifestants armés et
cosaques restés fidèles au gouvernement provisoire font de nombreux
morts.
* Les usines s’avèrent insuffisamment productives, le réseau ferroviaire imparfait, le ravi-
taillement en armes et denrées de l’armée, boiteux. Au sein de la troupe, les pertes battent tous les
records (1 700 000 morts et 5 950 000 blessés) et des mutineries éclatent, le moral des soldats se
trouvant au plus bas. Ils supportent de moins en moins l’incapacité de leurs officiers (des unités
montent au combat avec des balles ne correspondant pas au calibre de leur fusil), les brimades et
les punitions corporelles en usage dans l’armée.
** Cette offensive est décidée par Alexandre Kerenski, ministre de la Guerre du Gouverne-
ment provisoire russe, et menée par le général Broussilov. Loin de renforcer le moral de l’armée
russe, elle prouve que les troupes ne sont plus en état de combattre.
Images :
- Marins révolutionnaires du cuirassé Petropavlovsk de la flotte impériale durant l’été 1917
- Bataille de Riga le 1er septembre 1917 : les Sturmtruppen écrasent l’armée russe
La résistance à la folie guerrière
Les mutineries en Allemagne
Les deux situations dans lesquelles les mutineries militaires par-
viennnent à dépasser le stade d’une protestation isolée, éphémère et
réprimée par les autorités sont celles de la Russie et de l’Allemagne en
révolution.
Dans les deux pays, l’indiscipline peut se généraliser parce
qu’elle trouve le relais des forces politiques et sociales participant au
renversement des régimes autoritaires du tsar et du Kaiser, dans
l’espoir également de hâter la fin de la guerre.
Déjà vérifiée pour le cas russe en 1917, cette dynamique se
reproduit à la fin de l’année 1918 en Allemagne, où éclatent de nouvel-
les mutineries navales, d’intensité considérable.
Image du haut :
- Désobéissance de marins allemands à Kiel. Alors que la guerre est visiblement perdue
et que des pourparlers sont engagés, l’ordre donné par l’amirauté impériale allemande d’appa-
reiller pour une dernière bataille contre la flotte britannique, sans espoir de victoire, provoque la
désobéissance des marins stationnés à Kiel et Wilhelmshaven, eux-mêmes fortement politisés.
Leur mouvement trouve le relais des dockers, des ouvriers et des socialistes pacifistes de
l’USPD (Parti social-démocrate indépendant) pour se généraliser et s’étendre à l’ensemble du
pays dans les premiers jours de novembre 1918. Les mutins de la marine allemande ont donc
contribué de façon décisive à l’issue de la guerre et au changement de régime qui découle de
l’abdication du Kaiser le 9 novembre 1918.
La résistance à la folie guerrière
Autres mutineries en 1919
La fin du conflit sur le front ouest ne fait cependant pas
cesser toute désobéissance collective : exaspérés par la lenteur
de la démobilisation, des soldats canadiens se révoltent en mars
1919 dans un camp du pays de Galles où ils sont parqués avant
leur embarquement.
Et, en avril 1919, des marins français qui croisent en mer
Noire dans le cadre d’un effort d’endiguement des bolcheviks se
révoltent à leur tour contre ce prolongement de la guerre, menés
notamment par les futurs dirigeants communistes Charles Tillon
et André Marty.
La résistance à la folie guerrière
3 - Les objecteurs de conscience
En Allemagne
Les Allemands ont quatre façons d’échapper à l’armée :
- La demande d’exemption : elle permet de mettre fin à son service
militaire pour raisons personnelles (proche malade, enfants dont il faut
s’occuper, manque d’effectifs à la ferme, etc.) ;
- La maladie : en plus de ceux qui sont vraiment malades, certains
le deviennent de leur plein gré, par ex. en contractant des maladies
sexuellement transmissibles afin d’être jugés inaptes ;
- La mutilation : les soldats s’infligent eux-mêmes des blessures, par ex.
en se tirant une balle dans la main ;
- La désertion : Les déserteurs risquent jusqu’à 10 ans de prison, voire la
peine de mort dans certains cas (exécution par balle ou pendaison), selon
leurs intentions.
Image :
- De Dodendraad (« le fil de la mort ») est une clôture électrique de 2 000 volts construite au
début de 1915 par autorités allemandes à la frontière belgo-néerlandaise pour empêcher de
rejoindre les Pays-Bas à pied. Environ 2 000 personnes (dont des déserteurs allemands, des
espions, des contrebandiers, etc.) mourront le long de cette clôture en essayant de quitter le pays.
La résistance à la folie guerrière
Les objecteurs de conscience
Le Royaume Uni, par le Military Service Act, est l'une des toutes
premières nations dotées d'une armée conséquente à reconnaître l’objec-
tion de conscience à la participation à la guerre. Le chercheur Cyril Pearce
dénombre 18 000 objecteurs qui doivent passer devant des tribunaux
spéciaux d’exemption. Sur le front, ils peuvent choisir d’intégrer une unité
non-combattante. 6 000 sont envoyés en prison.
Aux États-Unis, 65 000 hommes demandent à être classés comme
non-combattants, et on comptabilise 4 000 réfractaires pour raison de
conscience
Au Canada, il y a 10 000 objecteurs, la plupart envoyés dans des
camps de travail.
Images :
- Objecteurs de conscience mennonites canadiens travaillant sur une route au Parc national
Jasper, en Alberta dans le cadre d’un camp de travail
- Instructions au Royaume Uni pour obtenir un certificat d’exemption
La résistance à la folie guerrière
Les objecteurs de conscience
En France, des objecteurs refusent la guerre : Eugène Bévent,
Gaston Rolland, Maurice Loutreuil, Émile Guitton, Marcel Guezennec,
Pierre Ruff, etc. Plusieurs sont fusillés.
Le plus connu, Louis Lecoin refuse en nov. 1916 son ordre de
mobilisation et adresse au gouvernement militaire de Paris une lettre
indiquant son refus d’être incorporé. Avec Pierre Ruff et Claude Content,
il rédige un tract intitulé "Imposons la paix". Tous trois comparaissent le 5
mars 1917 devant le Tribunal correctionnel pour« propos alarmistes » et
sont condamnés. En outre, Lecoin est condamné 18 mois supplémen-
taires pour trouble à l'ordre public, sans même pouvoir s'exprimer. Il sera
libéré en 1920, bénéficiant d'une grâce.
Images :
- Louis Lecoin (1888-1971), anarchiste et pacifiste, est accusé de préparer le sabotage de la
mobilisation en cas de guerre, de « provocation au meurtre, à l’incendie et au pillage » et
condamné à 5 ans de réclusion. À sa sortie de prison, la guerre n’étant pas finie, il refuse à deux
reprises de rejoindre son corps. Il passera 12 années de sa vie dans les prisons françaises. Après
une grève de la faim de 22 jours, il obtiendra en 1963 un statut des objecteurs de conscience en
France.
- Pierre Ruff (1877-1944), correcteur, syndicaliste et militant anarchiste. En octobre 1917, il
est condamné à 15 mois de prison pour la publication d’un numéro clandestin du journal Le
Libertaire intitulé « Exigeons la paix ! ». Il mourra en déportation au camp de Neuengamme en
mars 1944.
La résistance à la folie guerrière
Les fondateurs du MIR
L'International Fellowship of Reconciliation, IFOR ‘Mouvement
international de la réconciliation’, MIR) est un mouvement non-violent et
interreligieux. Il est issu de la promesse que se sont faite le 3 août 1914,
sur un quai de la gare de Cologne, deux pacifistes protestants, le quaker
anglais Henry Hodgkin (1877-1933) et le théologien luthérien allemand
Friedrich Siegmund-Schultze (1885-1969), de ne pas participer à la
Première Guerre mondiale qui vient d'éclater.
Cet adieu solennel est en quelque sorte le moment fondateur du
MIR. Sur sa lancée, les deux hommes se mettent à travailler sans relâche
pour rétablir la paix entre leurs deux nations et au-delà, envers et contre
les politiques de leurs gouvernements respectifs.
Images :
- Henry Hodgkin (1877-1933), médecin et missionnaire quaker anglais. Le 1er août 1914, il est
présent à Constance à la conférence de ‘l’Alliance mondiale pour le travail des Églises en faveur de
l’amitié’ et se lie d’amitié avec Friedrich Siegmund-Schultze.
- Friedrich Siegmund-Schultze (1885-1969), théologien protestant allemand travaillant dans le
domaine de la pédagogie sociale. En août 1914, il est secrétaire de l’association Weltbund für
Freundschaftsarbeit der Kirchen ('Alliance mondiale pour le travail des Églises en faveur de
l’amitié’). Au printemps 1933, il participera à la fondation d’un comité international d’aide aux
réfugiés juifs allemands. Il sera interpellé par les autorités nazies et expulsé vers la Suisse avec sa
femme et ses 4 enfants.
Les objecteurs de conscience
Romain Rolland
Au-dessus de la mêlée est le plus célèbre manifeste pacifiste de la
Grande Guerre. Comparable au "J'accuse" de Zola, il est publié par Romain
Rolland le 24 septembre 1914 dans le Journal de Genève. Ce texte excep-
tionnel, qui exhorte les belligérants à prendre de la hauteur pour saisir
l'ampleur du désastre, provoque aussitôt de nombreuses réactions violentes
et haineuses envers son auteur, dont la lucidité, l'idéal de non-violence et de
communion entre les peuples seront néanmoins récompensés, dès l'année
suivante, par le prix Nobel de littérature.
Images :
- Romain Rolland rencontre Gandhi en 1931 dans sa maison au bord du lac Léman
- Romain Rolland (1866-1944), professeur d’histoire de l’art, agrégé d’histoire, écrivain. Il fonde
la revue Europe en 1923. Tenaillé par son idéal humaniste et sa quête d’un monde non-violent, il
admire Léon Tolstoï. Pendant 30 ans, il cultive une relation privilégiée avec l’Inde. En 1924, son livre
sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître le Mahatama, qui qualifie R. Rolland en 1928
"d’homme le plus sage de l’Europe"
Les objecteurs de conscience
Pierre Ceresole
Le Suisse Pierre Ceresole (1879-1945), libéré de l'obligation
militaire pour raisons de santé, refuse de payer la "taxe militaire",
impôt remplaçant la participation à l'armée. Il est condamné à un
jour de prison. En novembre 1917, il appelle à refuser les "idoles
nationales : « Nous avons une loi sur l'abattage des bœufs à la
mode juive ; nous pourrions en avoir une contre celui des hommes
à la mode chrétienne. »
En 1919, invité par Leonhard Ragaz à la première des
rencontres de Bilthoven (Pays-Bas), il est cofondateur aux Pays-
Bas du Mouvement international de la Réconciliation (MIR), et
devient le premier secrétaire général de cette nouvelle internatio-
nale de Chrétiens refusant la guerre.
Images :
- Pierre Ceresole (1879-1945) fait des études à Zürich, voyage aux États-Unis, est
ingénieur au Japon. En 1915, il est profondément impressionné par le "refus de servir" de
l'instituteur vaudois John Baudraz, et par l'absence de prise de position des Églises à son
sujet. Il publie Religion et Patriotisme où il explique les raisons de son refus. En 1920, il
crée le ‘Service civil international’ (SCI), et ouvre près de Verdun, avec des amis
allemands, autrichiens et anglais, le premier chantier (5 mois) de reconstruction.
- Le logo du MIR.
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Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12 h-1. Mémoire des guerres : La Première Guerre mondiale. Historique

  • 1. Diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’ Série ‘Mémoire et reconnaissance de crimes du passé’ 12 – La mémoire des guerres 12 h - 1 La Première Guerre mondiale (1914-1918) Historique Étienne Godinot 23.04.2024
  • 2. La mémoire de la Première Guerre mondiale (1914-1918) Sommaire 1 - Les causes de la Grande Guerre Nationalisme et esprit de revanche Une part d’imprévisibilité et de surprise Des voix contre la guerre : Benoît XV, Jaurès 2 - Les grandes étapes de la guerre La guerre de mouvement La guerre de position L’élargissement de la guerre à l’Europe La guerre devient mondiale 3 - Les traités consécutifs à la Grande Guerre Le traité de Versailles (1919) Les autres traités 4 - Le bilan de la guerre Les morts et blessés Les "Gueules cassées" Les soldats des colonies Les armes inventées ../..
  • 3. La mémoire de la Première Guerre mondiale (1914-1918) Sommaire (suite) 5 - La Grande Guerre, terreau d’autres calamités Le génocide arménien La grippe espagnole 6 - La résistance à la folie guerrière La fraternisation Les mutineries et refus d’obéissance Les objecteurs de conscience 7 - La mémoire de la Grande Guerre Commémorations La mémoire des "fusillés pour l’exemple" La mémoire des animaux de guerre Musées et lieux de mémoire Monuments aux morts Littérature Chansons et spectacles Peinture et dessin Sculpture Livres Revues Bandes dessinées Jeux Films Documentaires Vos corrections éventuelles et suggestions seront les bienvenues !
  • 4. La mémoire de la Première Guerre mondiale (1914-1918) Sources Internet, notamment Wikipédia Revue d’histoire Hérodote Revue de géopolitique Conflits Lectures nombreuses de témoignages, par ex. Carnets de guerre 1914- 1918 du médecin major Jules Beyne J’ai réalisé ce diaporama en pensant particulièrement à mon grand-père, Jean Desoutter (1890-1989, photo ci-dessus), officier d’artillerie sur les fronts de la 1ère Guerre Mondiale, qui nous racontait ses terribles souvenirs de guerre quand j’étais enfant à Bar-le-Duc, et à ma mère, Yvonne Desoutter-Godinot (1916-2015), née en avril 1916 alors que son père se battait dans les tranchées de Verdun. Viscéralement hostile aux Allemands, elle est devenue par la suite une Européenne convaincue, et a demandé que l’on chante à ses obsèques l’hymne européen, l’Ode à la joie de Ludwig van Beethoven.
  • 5. 1- Les causes de la Première Guerre mondiale L’impérialisme germanique, le nationalisme, le capitalisme ont tour à tour été accusés d’avoir plongé le monde dans le chaos. Qu’en est-il ? L’Allemagne s’est lancée depuis 1900 dans une course aux armements qui réveille la crainte de ses adversaires et les pousse à préparer la guerre. Amputée de l’Alsace-Moselle et contrainte à verser une lourde pénalité financière après la guerre de 1870-71, la France nourrit un fort sentiment de revanche envers l’Allemagne. Dans les Balkans, les peuples soumis à l’empire d’Autriche-Hongrie mani- festent un fort désir d’indépendance. Des systèmes d’alliances se sont noué autour de ces rivalités et rendent la situation explosive : La Triplice (empire allemand, empire austro-hongrois, royau- me d’Italie) contre la Triple Entente (France, Royaume-Uni, empire russe). Enfin, le 29 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand, héritier de la couronne austro-hongroise, est assassiné à Sarajevo par un nationaliste serbe. L’Autriche- Hongrie déclare la guerre à la Serbie, qui est soutenue par la Russie. Images : - L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l'Empire austro-hongrois, et de son épouse, par l’étudiant nationaliste serbe Gavrilo Princip, à Sarajevo. - Les deux alliances
  • 6. Le nationalisme Le nationalisme et la mobilisation de la religion sont présents dans tous les camps : en Allemagne, la devise Gott mit uns ("Dieu avec nous") ; en France, la dévotion au Sacré Cœur portée sur les drapeaux.* Mais le nationalisme n’a pas dans les causes de la guerre une importance aussi grande qu’on a pu le dire : En Allemagne, le SPD pacifiste emporte les élections législatives de 1912. En France, l’opposition parlementaire à la loi sur le service militaire de 3 ans est vive, et le centre-gauche l’emporte en juin 1914. Et l’on sait désormais qu’au moment du départ, l’angoisse dominait les cœurs et les esprits, quoi qu’ait fait le thème de "la fleur au fusil" diffusé par les autorités pour essayer de la surmon- ter. * Le 11 juin 1915, le cardinal Amette, archevêque de Paris, consacre solennel- lement la France au Cœur Sacré de Jésus, en présence d’évêques, de prêtres et d’élus catholiques. À partir de 1915, la dévotion se diffuse particulièrement sur le front, auprès des soldats. L’Angleterre distribue à ses soldats catholiques des insignes du Sacré- Cœur. L’armée italienne n’est pas en reste puisqu’elle se consacre entièrement et officiellement au Christ. Images : - Une couverture du journal Daily Mirror annonçant la mobilisation en France - L’inscription Gott mit uns sur les ceinturons des soldats allemands - L’inscription « Cœur sacré de Jésus, espoir et salut de la France » sur le drapeau
  • 7. Une part d’imprévisibilité et de surprise Il y a dans les évènements une part d’imprévisibilité et de surprise. Ceux qui désiraient la guerre n’avaient pas les moyens de penser ce que serait la première Guerre mondiale : ils s’atten- daient à une guerre violente, mais courte. Tous pensaient la guerre juste, car défensive : la France contre l’impérialisme allemand ; la Serbie contre la domination de l’Autriche-Hongrie ; l’Autriche-Hongrie contre la menace des nationalismes balkaniques ; l’empire allemand contre l’encercle- ment par la Triple Entente. En 1914, personne n’a voulu la guerre telle qu’elle devait réellement se produire. La guerre ne fut pas d’abord le fruit du capitalisme libéral : à la veille de 1914, en France, seuls 2,5 % de l’acier et du fer étaient destinés à la production d’armement.
  • 8. Les efforts de Benoît XV pour la paix Pendant la 1ère Guerre Mondiale*, le pape Benoît XV* proclame la neutralité du Saint Siège. En novembre 1914, il dénonce le « carnage affreux », « l’horrible boucherie qui déshonore l’Europe ». Il déplore que les nations les plus grandes et les plus riches « armées des plus terribles engins de mort (…), cherchent, avec une barbarie raffinée, à s’anéantir mutuellement. (…) Si des droits ont été violés, il est, pour les rétablir, d’autres moyens que les armes. » En juillet 1915, s’adressant aux dirigeants des pays en guerre dans l’encyclique Ad beatissimi, il écrit : « Plus de limites aux ruines et au car- nage : chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se couvre de morts et de blessés. A voir ces peuples armés les uns contre les autres, se douterait-on qu'ils descendent d'un même Père, qu'ils ont la même nature et font partie de la même société humaine ? (….) Qu’on y réfléchisse bien : les nations ne meurent pas. Humiliées et oppressées, elles portent frémissantes le joug qui leur est imposé, préparant la revanche et se transmettant de génération en génération un triste héritage de haine et de vengeance. » ../.. * Giacomo della Chiesa (1854-1922), pape de l’Église romaine. En 1887, il participe à la négociation entre l'Allemagne et l'Espagne au sujet des Îles Carolines et organise les secours durant une épidémie de choléra. Archevêque de Bologne, il est élu pape en 1914. Il explique la guerre par la société laïque et libérale issue, en France, de la Révolution française, et en Italie, du Risorgimento…
  • 9. Les efforts de Benoît XV pour la paix Il demande aux belligérants d'autoriser l'échange de prison- niers blessés. En août 1917, en vue d'une paix « juste et durable », il propose le désarmement des deux parties, l'arbitrage comme moyen de résolution des conflits, l'abandon de toutes les demandes de réparation, l'évacuation totale de la Belgique et du territoire français, la liberté des mers, la restitution par l'Entente des colonies allemandes. Georges Clemenceau le décrit comme un « pape boche » tandis que les Allemands le prénomment le « pape français ». Les prises de position courageuses de Benoît XV sont à comparer à celles d’autres figures religieuses ou spirituelles à la même époque : Yves de la Brière, jésuite : « La guerre est (…) l’application d’une loi divine qui exige, qui féconde et qui glorifie l’expiation, la rédemption par le sang. » Antonin de Sertillanges, dominicain : « Très Saint Père, nous ne pouvons pas, pour l’instant, retenir vos appels à la paix. » Charles de Foucauld : « Pour le salut de la civilisation chrétienne, de la morale chré- tienne, de la liberté de l’Église et de la liberté des peuples, Dieu veut une guerre longue. » (…) « Dieu a laissé se déchaîner cette guerre pour qu’elle soit la plus utile et la plus sanglante des croisades. » Pierre Teilhard de Chardin : L’expérience du front , « c’est celle d’une immense liberté. (…) Tous les ressorts de l’être peuvent se tendre. Toutes les hardiesses sont de mise. Pour une fois, la tâche humaine se découvre plus grande que nos désirs. » Images du haut : Yves de la Brière, jésuite (1877-1941), Antonin de Sertillanges, dominicain (1863-1948)
  • 10. L’assassinat de Jean Jaurès Commis trois jours avant l'entrée de la France dans la Première G. M., l’assassinat du député socialiste français Jean Jaurès met un terme aux efforts désespérés qu’il avait déployés depuis l’attentat de Sarajevo pour empêcher la déflagration militaire en Europe*. Il précipite le ralliement de la majorité de la gauche française à l’Union sacrée, y compris beaucoup de socialistes et de syndicalistes qui refusaient jusque-là de soutenir la guerre. Cette Union sacrée n’existe plus en 1919 lorsque son assassin, Raoul Villain**, est acquitté. * Dans un discours prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914, Jaurès déclare : « Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. » ** Bien que sa culpabilité ne fasse aucun doute, lui-même ayant avoué son acte, Raoul Villain (1885-1936) est acquitté en 1919, dans un contexte de ferveur nationaliste. Le président ordonne sa mise en liberté et l'honore d'être un bon patriote. La Cour accorde un franc de dommages et intérêts à la partie civile, et condamne la partie civile aux dépens du procès envers l'État. La veuve de Jaurès est donc condamnée à payer les frais de justice… Exilé en Espagne, Raoul Villain sera assassiné par des anarchistes durant la guerre civile. Images : - Jean Jaurès (1959-1914) - Reconstitution de l’assassinat de Jaurès au Café du Croissant, rue Montmartre, dans le 2e arrondissement de Paris, non loin du siège de son journal, L'Humanité.
  • 11. 2- Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale 1914-1916 : de la guerre de mouvement à la guerre de position Lorsque la guerre éclate, les gouvernants - et souvent les hommes - sont résolus à se battre, mais pensent que la guerre sera de courte durée. Cette idée conduit les états-majors à adopter des plans fondés sur de grandes offensives qui doivent être décisives. En août 1914, les Français attaquent en Lorraine, où ils échouent. Les Allemands entrent en France par la Belgique neutre et se rappro- chent de Paris, mais ils sont arrêtés lors de la bataille de la Marne (septembre 1914) et reculent. Sur le front oriental, aidés des Autrichiens, ils battent les Russes à Tannenberg. Images : - La bataille de la Marne. Les Français perdent près de 80 000 soldats. La bataille sauve Paris, mais ne marque toutefois pas la déroute de l’armée allemande qui se replie en bon ordre. - Les taxis parisiens réquisitionnés par le général Gallieni apportent des renforts de troupe les 6 et 7 septembre 1914 - La bataille de Tannenberg, aujourd’hui Stębark en Pologne (26 au 30 août 1914). 30 000 Russes tué ou blessés, 92 000 prisonniers russes, 13 000 Allemands tués.
  • 12. Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale La guerre de position Sur le front occidental, le front se stabilise entre Alsace et Flandre dès le début de 1915. Les armées allemande et française se font face et sont désormais enterrées dans des tranchées. L'armement s'adapte à la nouvelle situation et l'usage des grenades et du gaz est introduit, ce qui rend les conditions de combat encore plus épouvantables. Les Allemands cherchent à épuiser l'armée française et lancent à partir de février 1916 et jusqu'en décembre une grande offensive contre Verdun. Les troupes allemandes subissent presque autant de pertes que les troupes françaises. Avec plus de 700 000 victimes, cette offensive apparaît comme une véritable boucherie. Images : La bataille et les tranchées de Verdun (février à déc. 1916) : 378 000 victimes française, 337 000 victimes allemandes. 53 millions d’obus dont ¼ n’ont pas explosé, soit 6 obus par m².
  • 13. Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale L'élargissement du conflit en Europe De leur côté, les Alliés, renforcés depuis 1915 par l'engagement de l’Italie, déclenchent l'offensive de la Somme (juillet à nov. 1916) afin de tenter de rompre le front allemand, mais en vain. En revanche, sur le front oriental, l'Autriche et l'Allema- gne obtiennent des succès contre la Russie. Comme les Alliés, ces deux nations ont reçu également un nouveau renfort, celui de l'Empire ottoman qui défait les Alliés aux Dardanelles. Images : - Images du haut : la bataille de la Somme. Un million de morts, blessés et disparus au total, en à peine cinq mois (500 000 pour les Britanniques, même chiffre pour les Allemands, 200 000 du côté français). - En bas, pendant la bataille des Dardannelles (péninsule de Gallipoli dans l'actuelle Turquie, de mars 1915 à janv. 2016), le cuirassé français Bouvet coule en deux minutes avec plus de 600 marins après avoir touché une mine.
  • 14. Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale 1917-1918 : la guerre devient mondiale 1917 : le tournant de la guerre En menant une guerre sous-marine contre les Anglais, l'Allema- gne menace la liberté de commerce des autres nations dont les États- Unis. Fidèles à leur tradition isolationniste, ils sont restés jusque-là neutres, mais la guerre sous-marine les pousse à s'engager dans le conflit auprès des Alliés en avril 1917. Mais dans le même intervalle, la Russie se retire du conflit en raison des deux révolutions (février et octobre 1917), qui viennent de la secouer. Elle signe un armistice le 15 décembre 1917, puis la paix de Brest-Litovsk en mars 1918. Images : - Le 7 mai 1915, le paquebot britannique Lusitania, en provenance de New York, est coulé par un sous-marin allemand. 1 200 morts sur 2 000 passagers, dont 128 personnes de natio- nalité états-unienne. Ce drame, considéré par le gouvernement des États-Unis comme un crime de guerre, va devenir un argument majeur dans la mobilisation états-unienne contre l'Allemagne. - U-Boot (abréviation d'Unterseeboot qui signifie sous-marin en allemand, au pluriel U- Boote). Sur les 345 U-Boote opérant durant la Première Guerre mondiale, 274 U-Boote ont coulé 6 394 navires marchands représentant 12 800 733 tonneaux et une centaine de navires de guerre représentant 366 490 tonnes. - Traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918, entre le commandement allemand et la délégation bolchevique russe.
  • 15. Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale 1918 : la fin de la guerre Libérés sur le front oriental grâce à la paix avec les Russes, les Allemands lancent de grandes offensives sur le front Ouest. De nouvelles armes telles que les chars, l'aviation et une présence effective des soldats états-uniens, permettent au général en chef des armées alliées, le général Foch, de contrer ces offen- sives. Les troupes alliées repoussent les Allemands jusqu'aux frontières. Le 9 novembre 1918, l'empereur allemand Guillaume II est renversé : la République est proclamée. Les nouveaux dirigeants allemands demandent l'armistice dont la signature intervient le 11 novembre 1918. Images : - Débarquement des troupes étatsuniennes à Saint-Nazaire en 1917. Au 1er janvier 1918 , il y a 150 000 soldats étatsuniens en France. Le 11 novembre 1918 , on dénombre environ 2 millions d'hommes venus des États-Unis en Europe pour aider la France et ses alliés, essentiellement dans les rangs de l'United States Army. - L’empereur Guillaume II (1859-1941), alors qu'il réside au château de la Fraineuse, dans la ville thermale de Spa (Belgique), abdique à la demande du maréchal Paul von Hindenburg (1847-1934) pour arrêter la contagion révolutionnaire et sauver le pays. - Signature de l’armistice le 11 novembre 1918 dans le wagon-salon du maréchal Foch à Rethondes, dans la forêt de Compiègne.
  • 16. 3 - Les traités consécutifs à la Première Guerre mondiale 1- 1919 : Le traité de Versailles Le traité signé le 29 juin 1919 à Versailles et les traités annexes déterminent les sanctions prises à l'encontre de l'Allemagne et de ses alliés (Autriche-Hongrie, Empire ottoman). L’Allemagne, qui n'est même pas représentée au cours de la conférence, est amputée de 15 % de son territoire et de 10 % de sa population au profit de la France, de la Belgique, du Danemark, et surtout de la Pologne, recréée. Elle est privée de ses colonies et astreinte à de lourdes réparations économiques* et à d'importantes restrictions de sa capacité militaire**. * 132 milliards de marks-or, ou 47 312 tonnes d'or, ou environ 1 500 milliards d'euros… L'Allemagne a payé au total 20,6 milliards de marks-or de réparations. La France a touché au total un peu plus de 9,5 milliards de marks-or, au lieu des 68 prévus. ** l'Allemagne doit livrer 5 000 canons, 25 000 avions, ses quelques blindés et toute sa flotte (qui se sabordera dans la baie écossaise de Scapa Flow). Elle n'a plus droit aux blindés, à l'artillerie et à ses forces aériennes. Son armée est limitée à 100 000 hommes, le service militaire est aboli. Photos : - La signature du traité à Versailles le 28 juin 1919. La Galerie des Glaces a été retenue pour laver l’humiliation de la proclamation de l’empire allemand dans cette même Galerie après la défaite française de 1871. - Face aux retards de livraison allemands, la France et la Belgique envahissent la Ruhr en 1923, ce qui favorise l’ascension de Hitler. Photo : Un soldat français sur un train de charbon réquisitionné.
  • 17. Le traité de Versailles Les germes d’une seconde guerre « Paix » pour les uns, « Diktat » pour les autres, le traité contient en germe les causes d'un second conflit, vingt ans plus tard. Il sera dénoncé comme tel par des personnalités telles que le pape Benoît XV (1854-1922), l’économiste anglais John Maynard Keynes (1883-1946) ou en France par le courant socialiste mené par Jean Longuet (1876-1938). Photos : - Le traité vu par la presse allemande comme une condamnation à mort. - Jean Longuet (1876-1938), socialiste français, petit-fils de Karl Marx, membre important de la SFIO. Le 18 septembre 1919 devant la Chambre des Députés, il exprime l'opposition des socialistes à la ratification du traité de Versailles. Il souligne les défauts de ce « traité imposé par les vainqueurs aux vaincus » qui, en soumettant l’Allemagne à des conditions trop lourdes, en procédant à des redécoupages territoriaux litigieux, en mobilisant les armées occidentales contre la Russie soviétique, prépare l’éclatement de nouveaux conflits sur le continent. Il défend une réorganisation de l’Europe sur des bases à la fois démocratiques, libérales et socialistes. - Le chancelier allemand Philipp Scheidemann (1865-1939) exprime l’amer- tume des Allemands par sa célèbre déclaration : « Quelle main ne se dessécherait pas qui (en signant ce traité) se mettrait et nous mettrait dans de telles chaines ? ». Ne pouvant accepter l’humiliation, il démissionne avec l’ensemble de son gouvernement.
  • 18. Le traité de Versailles Les mises en garde contre l’humiliation de l’Allemagne Dans son encyclique Pacem, Dei munus pulcherrimum de mai 1920, le pape Benoît XV désapprouve le traitement jugé trop humiliant réservé à l'Allemagne et condamne le découpage opéré par le traité de Versailles (juin 1919) qui n'a pas « extirpé les germes des ancien- nes discordes ». L’économiste John Maynard Keynes, membre de la délégation britannique qui a négocié le traité, défend une position conciliante à l'égard de l'Allemagne. N'ayant pas été écouté, il publie le texte The Economic Consequences of the Peace qui deviendra un best-seller quand Adolf Hitler vilipendera le Diktat de Versailles. Images : - Caricature du traité de Versailles favorisant l’ascension d’Adolf Hitler. - Georges Clemenceau (1841-1929), dit "le Tigre" ou "le Père la Victoire", impose au vaincu le paiement de lourdes indemnités pour réduire sa puissance économique et politique et pour financer la reconstruction de la France. Il envisageait aussi annexer d'autres territoires, comme la Sarre.
  • 19. Le traité de Versailles La création de la ‘Société des Nations’ (SDN). La première partie du traité établit une charte pour la création de la ‘Société des Nations’ (SDN). Elle reprend l'idéal wilsonien d'une diplo- matie ouverte, organisée par un droit international. La treizième partie pose les principes du Bureau international du travail. Le reste du traité est essentiellement consacré aux conditions de la paix en Europe. Un principe, énoncé à l'article 231, structure l'ensem- ble : l'Allemagne et ses alliés sont déclarés seuls responsables des dommages de la guerre. Ce principe justifie les exigences très lourdes des vainqueurs à l'égard de l'Allemagne. Images : - Les "quatorze points de Wilson" est le nom donné au programme du traité de paix proposé par Woodrow Wilson (1856-1924), président des États-Unis, pour mettre fin à la Pre- mière Guerre mondiale et reconstruire l'Europe : libre-échange (abolition des droits de douane, ouverture des marchés de capitaux et de marchandises), libre accès à la mer, démocratie, abolition de la diplomatie secrète, désarmement, restitution des souverainetés sur les terres occupées à la suite de victoires militaires, comme l'Alsace-Lorraine pour la France, droit à l'autodétermination des peuples, etc. L’Europe d'après-guerre n'adoptera que 4 points sur les 14. - La SDN, créée « pour promouvoir la coopération internationale et obtenir la paix et la sécurité », sera totalement incapable de prévenir les agressions des pays de l’Axe dans les années 1930 (Éthiopie par l’Italie de Mussolini en 1935, Sudètes tchécoslovaques par l’Allemagne de Hitler en 1938).
  • 20. Le traité de Versailles L’humiliation de la Chine En automne 1914, le Japon, qui a choisi le camp des Alliés, chasse les Allemands de leur base comptoir de Kiao-Tchou au Shantung, acquise par le procédé de la canonnière en 1898. Contre toute attente, au lieu de rétablir immédiatement la pleine souveraineté de la Chine sur sa province, les décideurs du traité de Versailles transfèrent au Japon les droits ex- allemands au Shantung. La Chine s’estime trahie par l’Occident. Des centaines de groupes, depuis les villes de Chine et les communautés chinoises d'outre-mer, envoient à Paris des télégrammes de protestation. Le 4 mai 1919, 3 000 étudiants se réunissent pour manifester à Pékin, devant la porte Tian'anmen, et diffusent un manifeste « Le territoire de la Chine peut être conquis, mais il ne peut être donné ! ». Outre le traité de Versailles, les nationalistes chinois dénoncent l'ensemble des prétentions du Japon, symbolisées par les "Vingt et une demandes", qui visent à accroître et à pérenniser la domination japonaise sur la Chine. Les étudiants dénoncent également le poids des traditions, le pouvoir des mandarins et l’oppression des femmes. Le ‘mouvement du 4 Mai’ pousse le gouvernement chinois à refuser de signer, en juin, le traité de Versailles. Le mouvement marque l’émergence en Chine d'une conscience patriotique. Photo du haut : Manifestation du 4 mai 1919 à Pékin contre la clause du traité de Versailles concernant le comptoir de Kiao-Tchou.
  • 21. 2 - Les autres traités Le "Traité concernant la reconnaissance de l'indépendance de la Pologne et de la protection des minorités", ou "petit traité de Versailles", reconnaît l'indépen- dance de la Pologne et protège ses nouvelles minorités. Le traité de Saint-Germain-en-Laye établit la paix entre les Alliés et l'Autriche, et consacre la dislocation de la Cisleithanie*, remplacée par 7 États successeurs. Le traité du Trianon disloque l'Autriche-Hongrie qui perd les 2/3 de son territoire de 1918 au profit de tous ses voisins. * territoires héréditaires des Habsbourg et les pays de la couronne de Bohême, royaume de Galicie et de Lodomérie, la Bucovine et royaume de Dalmatie. Images : - Carte de la Hongrie avant et après le traité du Trianon. La Hongrie perd l’accès à la mer en Croatie, le port de Rijeka/Fiume, la totalité de ses mines d’or, d’argent, de mercure, de cuivre et de sel, la moitié de ses forêts. Elle conteste la légalité des proclamations slovaques, roumaines et slaves du sud. Le pays n’est plus économiquement viable et s’effondre. La demande de révision du traité est un point de sa politique étrangère durant l'entre-deux-guerres et concourra au rapprochement du pays avec l'Allemagne nazie. - Les délégués hongrois arrivant au Trianon accompagnés par trois officiers (français, britannique et italien) passent devant un piquet d'honneur français : en tête, en haut-de-forme, Ágost Benárd, chef de la délégation, suivi par Pál Teleki.
  • 22. 4) Le bilan de la Première Guerre mondiale Les morts Les pertes humaines de cette guerre s'élèvent à environ 18,6 millions de morts : 9,7 millions de militaires (52 %) et 8,9 millions de civils (48 %). Les Alliés comme les Empires centraux perdent approximativement plus de 9 millions de vies chacun. Durant les 4 ans du conflit, près de 60 millions d'hommes ont pris les armes. En France, 10 % de la population masculine active est morte ou a disparu. Ces chiffres n’incluent pas le génocide subi par les Arméniens (1,2 à 1,5 million de morts), ni la grippe espagnole (20 à 50 millions de morts), ni le décès et la maltraitance des animaux (8 millions de chevaux tués), conséquences indirectes de la guerre.
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  • 25. Le bilan de la Première Guerre mondiale Les "Gueules cassées" Durant et après la guerre, en plus des morts sur le front, laissant en France 600 000 veuves et un million d’orphelins, de nombreux soldats de retour de la guerre ou des hôpitaux sont gravement handi- capés par les séquelles des blessures reçues au front : amputés, mutilés du visage, aveugles, gazés, défigurés, etc. Parmi ces hommes handicapés, 388 000 sont mutilés dont 15 000 touchés au visage. L'expression "Gueules cassées" inventée par le colonel Picot, premier président de ‘l’Union des blessés de la face et de la tête’, désigne les survivants de la Première Guerre mondiale ayant subi une ou plusieurs blessures au combat et affectés par des séquelles physi- ques graves, notamment au niveau du visage. Elle fait référence également à des hommes profondément mar- qués psychologiquement par le conflit, qui ne purent regagner complè- tement une vie civile ou qui durent, pour les cas les plus graves, être internés à vie. Par ailleurs, la violence des combats aggravée par l'usage intense d'armes nouvelles telles que les gaz de combat provoque chez nombre de survivants des séquelles psychologiques parfois irréversibles et impressionnantes.
  • 26. Le bilan de la Première Guerre mondiale Les colonisés morts dans les guerres des colonisateurs Le lieutenant-colonel Charles Mangin, qui a participé à l'expédition de Fachoda, publie en 1910 La Force noire. Il y présente l'Empire comme une réserve inépuisable d’hommes susceptible de compenser la faiblesse de la population métropolitaine en cas de conflit avec l'Alle- magne. Sur ses recommandations, les troupes coloniales sont enga- gées dans la Grande Guerre, mais avec parcimonie car l'état-major n'est pas aussi convaincu que Mangin de leur utilité. L'effort de guerre se traduit par l'apport de 600 000 soldats et 200 000 travailleurs « indigènes ». 190 000 combattants sont des Maghrébins,134 000 sont des « tirailleurs sénégalais » (c’est-à-dire d’Afrique noire), les autres venant de toutes les parties de l'Empire, de Madagascar, de l'Indochine, de l'Océanie et de la Côte des Somalies. Images : - Le cimetière chinois de Nolette à Noyelles-sur-Mer rend hommage aux 1900 travailleurs civils chinois employés par l'armée britannique pendant la Première Guerre mondiale. Avec 849 tombes, il s'agit du plus grand cimetière chinois de France et d'Europe. - Le livre La force noire du lieutenant-colonel Charles Mangin (1910)
  • 27. Le bilan de la Première Guerre mondiale Les soldats des colonies Les troupes coloniales, notamment nord-africaines, sont présentes à Verdun mais c'est surtout en 1917, pendant l'offensive du Chemin des Dames, qu'elles seront engagées en masse. Des bataillons de tirailleurs sénégalais sous les ordres du général Mangin sont lancés à l'assaut d'un plateau escarpé. Les mitrailleuses allemandes font des ravages. C'est un désastre. Près de la moitié des 16 000 hommes engagés sont mis hors de combat. Au total, le nombre de tués est estimé à plus de 70 000 dont environ 36 000 Maghrébins et 30 000 "Sénégalais". L'Empire britannique mobilise environ 1 300 000 hommes dans les Dominions, qui serviront en priorité sur le front français, et un peu plus de 1 400 000 aux Indes (dont environ 870 000 soldats). Les pertes indiennes sont estimées à 64 000 tués. La perte de prestige des Européens dans le monde et dans les colonies est importante : le retour en Afrique des anciens combat- tants sème le ferment des velléités d'autonomie ou d'indépendance des colonies, ainsi que l'exprimera le premier Congrès panafricain organisé à Paris en 1919 par le leader Noir étatsunien W. Du Bois. Image du haut : - Monument aux soldats sikhs enrôlés par l’armée britannique, à Bristol (GB)
  • 28. Le bilan de la Première Guerre mondiale Les nouvelles armes inventées La guerre a donné l’occasion à l’humanité d’inventer de nouveaux moyens de destruction : grenades, mines, mitrailleuses, gaz asphyxiants, chars d’assaut, avions, sous-marins, etc. Images : Zeppelin militaire Z1, char d’assaut, pistolet mitrailleur (Bergmann Maschinenpistole 18), mitrailleuse, sous-marin (U-Boot), mines sous-marines, avions, grenades à main défensives, lance-grenades,
  • 29. Les nouvelles armes inventées Deux canons allemands restés célèbres Deux pièces d’artillerie allemande sont restées célèbres : - La Dicke Bertha (‘grosse Bertha’) est destinée à venir à bout des ouvrages défensifs les plus modernes de son époque. - Les Pariser Kanonen (‘canons parisiens’) sont 7 pièces d’artillerie à très longue portée, acheminées par voie ferrée, utilisées pour bombarder Paris, envoyant des obus jusqu’à 128 km. Images : - Dicke Bertha (en l'honneur de Bertha Krupp, la fille unique et héritière du sidérurgiste Friedrich Alfred Krupp) et obusier de 420 mm type ‘Gamma’ en batterie. La ‘Grosse Bertha’ pouvait envoyer des obus de 800 kilos à plus de 9 kilomètres. Les forts de Liège, Namur, d’Anvers, de Maubeuge ou encore de Manonviller ont subi les effets dévastateurs de ces grosses pièces d’artillerie. - Pariser Kanonen ou Ferngeschütz ou Wilhelmsrohr. Armes de la guerre psychologique destinées à terroriser la population, ces canons ont envoyé un total de 367 obus de plus de 100 kg sur Paris et les com- munes environnantes, entre le 23 mars et le 9 août 1918, causant la mort de 256 personnes.
  • 30. Les nouvelles armes inventées Les armes chimiques et les gaz On estime qu'environ 4 % des morts ont été causées par les gaz. En août 1914, les Français sont les premiers à utiliser le gaz lacrymogène dans des grenades. Les suffocants sont des armes chimiques généralement sous forme de gaz. Le dichlore se présente sous la forme d’un gaz jaune-vert qui sent très mauvais. Il a pour effet de réagir avec l’eau présente dans les muqueuses et par réaction chimique de créer des acides qui vont attaquer les tissus. Les sternutatoires sont des gaz généralement utilisés en complément avec d’autres gaz, ils forcent les soldats à enlever leurs masques à gaz et ainsi à respirer les autres gaz auxquels ils sont mélangés.
  • 31. Les nouvelles armes inventées Les armes chimiques et les gaz Le phosgène est un puissant agent, plus mortel que le chlore. Ses effets n'apparaissent qu'après 24 h. Les vésicants sont utilisées afin de provoquer de graves blessures au contact de la peau, le gaz moutarde* (ou ypérite) par exemple provoque des brûlures chimiques après un contact avec la peau, les yeux ou les bronches. * Le gaz moutarde, ou ypérite (dérivé du nom de la ville d'Ypres en Belgique, où il est utilisé massivement au combat en septembre 1917), est utilisé pour harceler et handicaper l'ennemi tout en polluant le champ de bataille. Plus lourd que l'air, il stagne au niveau du sol comme un liquide huileux de couleur jaunâtre. Une fois dans le sol, il reste actif pendant des jours, des semaines voire des mois selon les conditions météorologiques. Les victimes du gaz moutarde se couvrent de cloques, leurs yeux s'irritent, elles vomissent et deviennent aveugles. Le gaz cause des hémorragies externes et internes, détruit les tissus pulmonaires, causant des douleurs abominables aux soldats qui se noient par les liquides secrétés dans les bronches. Les patients mettent généralement quatre à cinq semaines pour mourir.
  • 32. 5 - La Grande Guerre, terreau d’autres calamités 1) Le génocide des Arméniens Même si l'Empire ottoman est essentiellement musulman, il comporte une importante population chrétienne. Dans les provinces de l'est, les Chré- tiens arméniens représentent 45 % de la population. Les chefs militaires ottomans déportent les Arméniens hors des zones de guerre, car ils représentent une cinquième colonne susceptible de défen- dre les intérêts de l'ennemi, la Russie. Lorsque la Triple-Entente et les États-Unis, encore neutres, contestent cette mesure, les autorités ottoma- nes justifient les déportations comme étant une mesure de précaution. En janvier 1915, les Russes mettent en déroute les troupes ottoma- nes lors de la bataille de Sarikamis. La 3ème armée ottomane y perd près de la moitié de ses soldats. Bien que les soldats arméniens aient généralement combattu avec loyauté et bravoure aux côtés de l'armée ottomane, les dirigeants du ‘Comité Union et Progrès’, dictature des Jeunes Turcs, attri- buent cette défaite aux supposés traîtres arméniens. Images : - Un charnier de victimes arméniennes du génocide dans le village de Sheyxalan (Turquie), en 1915. - Film turc sur la bataille de Sarikamis. Elle oppose les troupes russes et ottomanes du 22 déc. 1914 au 17 janvier 1915 : les Ottomans, désireux de reprendre Kars, russe depuis 1877, y subissent une lourde défaite
  • 33. La Grande Guerre, terreau d’autres calamités Le génocide des Arméniens De février à mars 1915, les autorités ottomanes aban- donnent leurs positions dans le Caucase et en Perse et massacrent les populations jugées potentiellement infidèles, conduisant certains Arméniens à prendre les armes pour se défendre. Lorsque les troupes russes envahissent l'Empire en avril, certaines de ces bandes armées arméniennes s'allient aux Russes. Ceci conforte les commandants ottomans dans l'idée que tous les Arméniens sont des traîtres potentiels : ils désarment leurs propres soldats arméniens déployés sur le front et les emprisonnent dans des camps de travaux forcés. Le génocide* perpétré par le régime des Jeunes Turcs coûte la vie à environ 1 200 000 Arméniens d'Anatolie et d'Armé- nie occidentale. Images : - Cadavres dans la neige après la bataille de Karikarmis - Déportation d’Arméniens - Cadavres d'Arméniens en 1915, près d'Angora (Ankara). * Voir le diaporama ‘La mémoire du génocide des Arméniens’
  • 34. La Grande Guerre, terreau d’autres calamités 2) La grippe espagnole La grippe espagnole*, également appelée "pandémie grippale de l'année 1918", est une pandémie de grippe A (H1N1), due à une souche très virulente et contagieuse qui se répand de mars 1918 à mi 1919. On pense aujourd’hui qu’elle est apparue au Kansas où elle a conta- miné de jeunes soldats étatsuniens réunis durant 3 mois dans des camps de formation militaire, à raison de 50 000 à 70 000 individus, avant de prendre la mer pour l'Europe afin de renforcer les armées alliées. La mortalité importante est due à une surinfection bronchique bacté- rienne, mais aussi à une pneumonie due au virus. Le malade, prostré, se plaint de douleurs dans la poitrine, son visage devient violacé, une mousse sanguinolente s'échappe de ses lèvres. En quelques heures, beaucoup de ces malades meurent. * Bien que les premiers cas dûment répertoriés soient apparus en France et aux États-Unis, on lui a attribué le nom de « grippe espagnole » car l'Espagne (non impliquée dans la Première Guerre mondiale) fut le seul pays à publier librement les informations relatives à cette épidémie. Images : - Photographie électronique du virus H1N1 de 1918 rétrospectivement reconstitué par génie génétique à partir d'échantillons de restes humains de 1918. - Cérémonie d'enterrement de membres de l'armée étatsunienne victimes de la grippe espagnole au cimetière de Kerfautras à Brest. 2000 soldats malades de la grippe espagnole (sur 9000 au total) avaient débarqué à Brest.
  • 35. La Grande Guerre, terreau d’autres calamités La grippe espagnole Alors que l’épidémie, à son apogée de puissance aux États-Unis, y sème le chaos, le désarroi et surtout la mort, l'Europe compte ses premiers morts dans les rangs des militaires alliés. Avec son arrivée en Europe, ce virus devint international. Suivant la même évolution qu'aux États-Unis, la maladie, partant du Nord-Est de la France, conquiert vite l'ensemble des tranchées alliées ainsi que le territoire français et, du fait des mouvements de troupes britanniques, gagne la Grande- Bretagne. Les populations européennes, affaiblies par 4 ans de guerre et de pénuries, subissent des pertes, pires encore que celles des États-Unis proportionnellement à leur population. Cette pandémie a fait de 20 à 50 millions de morts selon l'Institut Pasteur, et peut-être jusqu'à 100 millions selon certaines réévaluations de 2020, soit 2,5 à 5 % de l'humanité et environ 4 à 20 % des malades (on estime le taux de létalité aux alentours de 10 %). Images - Des centaines de malades soignés à l'hôpital de Camp Funston, au Kansas, en 1918. - Cimetière des soldats étatsuniens morts de la grippe espagnole à leur arrivée à Brest.
  • 36. 6 - La résistance à la folie guerrière Les bilans, tous aussi macabres les uns que les autres, prouvent la violence du premier conflit mondial. Jamais les offensives n’ont fait autant de victimes. Jamais l’industrie de guerre n’a été aussi performante. Jamais des hommes n’ont été aussi près de l’anéantissement total et de la folie. En France, pas une famille n’a été, de près ou de loin, épargnée par cette tragédie. La résistance à la folie de la Deuxième Guerre mondiale a pris plusieurs formes : la fraternisation, les mutineries et refus d’obéissance et l’objection de conscience. Images : - Un lit anti-rats dans une tranchée. Les soldats ne se reposent pas, ne se déshabillent pas, s’alimentent mal et boivent peu. Insalubres à cause de la boue, des rats, des poux, des mouches, des excréments, de la proximité des cadavres, etc. les tranchées sont le foyer de nombreuses maladies. Cette situation cause des pathologies comme la dysenterie, le typhus, le choléra, les néphrites, le pied des tranchées (lésion due au froid qui s'installe lorsque le pied est maintenu à macérer plusieurs jours dans des chaussettes et chaussures humides et froides). - C’est vêtus de leur tristement célèbre pantalon couleur garance et de leur képi rouge que des centaines de milliers de fantassins s’élancent dès le mois d’août 1914 sur les champs de bataille et sont des cibles idéales des Allemands. D’autre part, du fait que l’état-major minore l’importance du rôle de l’artillerie, le casque ne fait pas partie du paquetage des soldats…
  • 37. La résistance à la folie guerrière 1 - La fraternisation À Noël 1914, après quelques mois de combat acharné Stille Nacht, Heilige Nacht, Jingle Bells ou Minuit chrétien s’élèvent depuis les tranchées. Les soldats lassés par le froid, la faim, la peur d’une guerre qu’on leur avait promise courte posent les armes et entonnent ces chants de leur enfance à ce moment particulier de l’année qui rassemble tous les Chrétiens. En plusieurs endroits des Flandres, du Nord-Pas-de-Calais, de la Somme et de la Champagne, des soldats en majorité allemands et britanniques font la trêve de Noël. Pour les Français, qui se battent à quelques kilomètres de leurs foyers et défendent leur territoire, l’heure n’est donc pas à la fête ni à la réconciliation pour eux. Malgré tout, il y a des exemples, comme le raconte le film de Christian Carion, Joyeux Noël. Images : - Soldats allemand et britannique fraternisant à Noël 1914 - Un officier allemand portant un sapin de Noël et sortant des tranchées en direction des positions britanniques (Noël 1914) - L’affiche du film Joyeux Noël de Christian Carion, sorti en 2005.
  • 38. La résistance à la folie guerrière La fraternisation Ces mouvements spontanés, réprimés par les commandements des armées, sont peu documentés. Seule la presse anglaise de l’époque, plus libre, s’en est fait l’écho. Des régiments sont ensuite déplacés pour éviter que ne se reproduisent de tels moments d’entente avec l’ennemi. L’accumulation des rancœurs vis-à-vis de l’adversaire a empêché probablement que ces rapprochements se poursuivent et se développent. Il y a peu d’exemples de telles trêves en 1915 et 1916*, et plus du tout ensuite. * En juillet 1916, ainsi, le soldat français Louis Barthas note : « Quelquefois, il y avait des échanges de politesse, c’étaient des paquets de tabac de troupe de la Régie française qui allaient alimenter les grosses pipes allemandes ou bien des délicieuses cigarettes Made in Germany qui tombaient dans le poste français. On se faisait passer également chargeurs, boutons, journaux, pain. » Images : - Soldats anglais, écossais et allemands jouant unepartie de football près d'Ypres (Belgique, déc. 1914) - Les témoignages recueillis dans les différents Journaux des marches et opérations (JMO) des armées engagées situent le principal épisode des fraternisations sur le front belge, prêt de la ville d’Ypres. C’est celui-ci qui est raconté dans le film Joyeux Noël. Il est le plus fameux car le seul à avoir été raconté par des journaux, dans les jours qui ont suivi, et le seul à avoir été immortalisé par des photographies. Image : Une du quotidien The Daily Mirror en date du 5 janvier 1915, à propos de la Trêve de Noël 1914.
  • 39. La résistance à la folie guerrière 2 - Les mutineries dans les troupes 8 410 000 hommes sont mobilisés en France de 1914 à 1918. Face à la guerre qui s'éternise et aux pertes énormes subies, le mécontentement et la révolte grandissent dans les troupes démora- lisées et épuisées par le froid, la boue et le déluge d'obus. De nombreux facteurs expliquent cette rébellion française, notam- ment l'échec humiliant de la bataille du Chemin des Dames au printemps 1917, offensive dirigée par le général Nivelle qui entraîne environ 200 000 victimes (morts, disparus et blessés) côté français. Les "poilus" se livrent à des mutineries et des mouvements collec- tifs de désobéissance en avril 1917. La moitié des divisions françaises engagées ont connu des mutineries pendant la Grande Guerre. Images : - Nombre de soldats fusillés : 316 dans l’armée britannique, 600 à 650 en France, 750 en Italie - Le général Robert Nivelle (1856-1924), commandant en chef des armées françaises sur le front de l'Ouest de déc. 1916 à mai 1917. En déc. 1920, il est élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d'honneur. Dans sa ville natale de Tulle, la place qui porte son nom à compter de 1916 est rebaptisée en 1944 au nom du résistant Albert Faucher. Il est aujourd'hui démontré que la prise de commandement par le général Pétain a conduit à autant de pertes que celles dues à Nivelle dans le secteur du chemin des Dames - Le Crapouillot, périodique satirique français fondé en août 1915, est au départ un journal de tranchées.
  • 40. La résistance à la folie guerrière Les "fusillés pour l’exemple" Dans l'ensemble des pays en guerre, les gouvernements réagissent avec beaucoup d'énergie et mettent fin à ces mouvements. En France, Clémenceau envoie le général Pétain rétablir l'ordre dans les tranchées : les "meneurs" sont exécutés et davantage de permissions sont accordées, mais c’est par l'arrêt des offensives inutiles que Pétain met fin à la crise. 2 400 "poilus" sont condamnés à mort et environ 650 fusillés pour l’exemple, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ces condamnations sont prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, abandon de poste devant l’ennemi, délit de lâcheté ou mutinerie. En revanche, les exécutions sommaires liées à des refus d'ordres (par exemple, refus d'aller au combat, ou même prostration, peur, ce qui était assimilé à un retrait face à l'ennemi) sont bien plus nombreuses. Quand les détails sont connus, les historiens doivent attendre souvent plus de 100 ans après la fin du conflit pour consulter les rares archives, car souvent, ces exécutés sont marqués « morts au combat », ou « morts au champ d’honneur. » Image 1 : Conseil de guerre dans une église désaffectée de la Meuse (1917). 2 - Une rare photographie montrant l'exécution d'un militaire français, probablement au début de la guerre.
  • 41. La résistance à la folie guerrière Mutineries et révolution en Russie Les défaites successives de la Russie* lors de la 1ère Guerre mondiale sont l’une des causes de la révolution de février 1917. Les 3 et 4 juillet, après l’annonce de la catastrophe militaire de l’offensive Kérenski en Galicie**, les soldats stationnés dans la capitale Petrograd refusent de repartir au front. Rejoints par les ouvriers et les marins de Kronstadt, ils manifestent dans le but de confier le pouvoir au Soviet de Petrograd. Les protestations des travailleurs se transforment en de violentes émeutes. Des combats de rues entre manifestants armés et cosaques restés fidèles au gouvernement provisoire font de nombreux morts. * Les usines s’avèrent insuffisamment productives, le réseau ferroviaire imparfait, le ravi- taillement en armes et denrées de l’armée, boiteux. Au sein de la troupe, les pertes battent tous les records (1 700 000 morts et 5 950 000 blessés) et des mutineries éclatent, le moral des soldats se trouvant au plus bas. Ils supportent de moins en moins l’incapacité de leurs officiers (des unités montent au combat avec des balles ne correspondant pas au calibre de leur fusil), les brimades et les punitions corporelles en usage dans l’armée. ** Cette offensive est décidée par Alexandre Kerenski, ministre de la Guerre du Gouverne- ment provisoire russe, et menée par le général Broussilov. Loin de renforcer le moral de l’armée russe, elle prouve que les troupes ne sont plus en état de combattre. Images : - Marins révolutionnaires du cuirassé Petropavlovsk de la flotte impériale durant l’été 1917 - Bataille de Riga le 1er septembre 1917 : les Sturmtruppen écrasent l’armée russe
  • 42. La résistance à la folie guerrière Les mutineries en Allemagne Les deux situations dans lesquelles les mutineries militaires par- viennnent à dépasser le stade d’une protestation isolée, éphémère et réprimée par les autorités sont celles de la Russie et de l’Allemagne en révolution. Dans les deux pays, l’indiscipline peut se généraliser parce qu’elle trouve le relais des forces politiques et sociales participant au renversement des régimes autoritaires du tsar et du Kaiser, dans l’espoir également de hâter la fin de la guerre. Déjà vérifiée pour le cas russe en 1917, cette dynamique se reproduit à la fin de l’année 1918 en Allemagne, où éclatent de nouvel- les mutineries navales, d’intensité considérable. Image du haut : - Désobéissance de marins allemands à Kiel. Alors que la guerre est visiblement perdue et que des pourparlers sont engagés, l’ordre donné par l’amirauté impériale allemande d’appa- reiller pour une dernière bataille contre la flotte britannique, sans espoir de victoire, provoque la désobéissance des marins stationnés à Kiel et Wilhelmshaven, eux-mêmes fortement politisés. Leur mouvement trouve le relais des dockers, des ouvriers et des socialistes pacifistes de l’USPD (Parti social-démocrate indépendant) pour se généraliser et s’étendre à l’ensemble du pays dans les premiers jours de novembre 1918. Les mutins de la marine allemande ont donc contribué de façon décisive à l’issue de la guerre et au changement de régime qui découle de l’abdication du Kaiser le 9 novembre 1918.
  • 43. La résistance à la folie guerrière Autres mutineries en 1919 La fin du conflit sur le front ouest ne fait cependant pas cesser toute désobéissance collective : exaspérés par la lenteur de la démobilisation, des soldats canadiens se révoltent en mars 1919 dans un camp du pays de Galles où ils sont parqués avant leur embarquement. Et, en avril 1919, des marins français qui croisent en mer Noire dans le cadre d’un effort d’endiguement des bolcheviks se révoltent à leur tour contre ce prolongement de la guerre, menés notamment par les futurs dirigeants communistes Charles Tillon et André Marty.
  • 44. La résistance à la folie guerrière 3 - Les objecteurs de conscience En Allemagne Les Allemands ont quatre façons d’échapper à l’armée : - La demande d’exemption : elle permet de mettre fin à son service militaire pour raisons personnelles (proche malade, enfants dont il faut s’occuper, manque d’effectifs à la ferme, etc.) ; - La maladie : en plus de ceux qui sont vraiment malades, certains le deviennent de leur plein gré, par ex. en contractant des maladies sexuellement transmissibles afin d’être jugés inaptes ; - La mutilation : les soldats s’infligent eux-mêmes des blessures, par ex. en se tirant une balle dans la main ; - La désertion : Les déserteurs risquent jusqu’à 10 ans de prison, voire la peine de mort dans certains cas (exécution par balle ou pendaison), selon leurs intentions. Image : - De Dodendraad (« le fil de la mort ») est une clôture électrique de 2 000 volts construite au début de 1915 par autorités allemandes à la frontière belgo-néerlandaise pour empêcher de rejoindre les Pays-Bas à pied. Environ 2 000 personnes (dont des déserteurs allemands, des espions, des contrebandiers, etc.) mourront le long de cette clôture en essayant de quitter le pays.
  • 45. La résistance à la folie guerrière Les objecteurs de conscience Le Royaume Uni, par le Military Service Act, est l'une des toutes premières nations dotées d'une armée conséquente à reconnaître l’objec- tion de conscience à la participation à la guerre. Le chercheur Cyril Pearce dénombre 18 000 objecteurs qui doivent passer devant des tribunaux spéciaux d’exemption. Sur le front, ils peuvent choisir d’intégrer une unité non-combattante. 6 000 sont envoyés en prison. Aux États-Unis, 65 000 hommes demandent à être classés comme non-combattants, et on comptabilise 4 000 réfractaires pour raison de conscience Au Canada, il y a 10 000 objecteurs, la plupart envoyés dans des camps de travail. Images : - Objecteurs de conscience mennonites canadiens travaillant sur une route au Parc national Jasper, en Alberta dans le cadre d’un camp de travail - Instructions au Royaume Uni pour obtenir un certificat d’exemption
  • 46. La résistance à la folie guerrière Les objecteurs de conscience En France, des objecteurs refusent la guerre : Eugène Bévent, Gaston Rolland, Maurice Loutreuil, Émile Guitton, Marcel Guezennec, Pierre Ruff, etc. Plusieurs sont fusillés. Le plus connu, Louis Lecoin refuse en nov. 1916 son ordre de mobilisation et adresse au gouvernement militaire de Paris une lettre indiquant son refus d’être incorporé. Avec Pierre Ruff et Claude Content, il rédige un tract intitulé "Imposons la paix". Tous trois comparaissent le 5 mars 1917 devant le Tribunal correctionnel pour« propos alarmistes » et sont condamnés. En outre, Lecoin est condamné 18 mois supplémen- taires pour trouble à l'ordre public, sans même pouvoir s'exprimer. Il sera libéré en 1920, bénéficiant d'une grâce. Images : - Louis Lecoin (1888-1971), anarchiste et pacifiste, est accusé de préparer le sabotage de la mobilisation en cas de guerre, de « provocation au meurtre, à l’incendie et au pillage » et condamné à 5 ans de réclusion. À sa sortie de prison, la guerre n’étant pas finie, il refuse à deux reprises de rejoindre son corps. Il passera 12 années de sa vie dans les prisons françaises. Après une grève de la faim de 22 jours, il obtiendra en 1963 un statut des objecteurs de conscience en France. - Pierre Ruff (1877-1944), correcteur, syndicaliste et militant anarchiste. En octobre 1917, il est condamné à 15 mois de prison pour la publication d’un numéro clandestin du journal Le Libertaire intitulé « Exigeons la paix ! ». Il mourra en déportation au camp de Neuengamme en mars 1944.
  • 47. La résistance à la folie guerrière Les fondateurs du MIR L'International Fellowship of Reconciliation, IFOR ‘Mouvement international de la réconciliation’, MIR) est un mouvement non-violent et interreligieux. Il est issu de la promesse que se sont faite le 3 août 1914, sur un quai de la gare de Cologne, deux pacifistes protestants, le quaker anglais Henry Hodgkin (1877-1933) et le théologien luthérien allemand Friedrich Siegmund-Schultze (1885-1969), de ne pas participer à la Première Guerre mondiale qui vient d'éclater. Cet adieu solennel est en quelque sorte le moment fondateur du MIR. Sur sa lancée, les deux hommes se mettent à travailler sans relâche pour rétablir la paix entre leurs deux nations et au-delà, envers et contre les politiques de leurs gouvernements respectifs. Images : - Henry Hodgkin (1877-1933), médecin et missionnaire quaker anglais. Le 1er août 1914, il est présent à Constance à la conférence de ‘l’Alliance mondiale pour le travail des Églises en faveur de l’amitié’ et se lie d’amitié avec Friedrich Siegmund-Schultze. - Friedrich Siegmund-Schultze (1885-1969), théologien protestant allemand travaillant dans le domaine de la pédagogie sociale. En août 1914, il est secrétaire de l’association Weltbund für Freundschaftsarbeit der Kirchen ('Alliance mondiale pour le travail des Églises en faveur de l’amitié’). Au printemps 1933, il participera à la fondation d’un comité international d’aide aux réfugiés juifs allemands. Il sera interpellé par les autorités nazies et expulsé vers la Suisse avec sa femme et ses 4 enfants.
  • 48. Les objecteurs de conscience Romain Rolland Au-dessus de la mêlée est le plus célèbre manifeste pacifiste de la Grande Guerre. Comparable au "J'accuse" de Zola, il est publié par Romain Rolland le 24 septembre 1914 dans le Journal de Genève. Ce texte excep- tionnel, qui exhorte les belligérants à prendre de la hauteur pour saisir l'ampleur du désastre, provoque aussitôt de nombreuses réactions violentes et haineuses envers son auteur, dont la lucidité, l'idéal de non-violence et de communion entre les peuples seront néanmoins récompensés, dès l'année suivante, par le prix Nobel de littérature. Images : - Romain Rolland rencontre Gandhi en 1931 dans sa maison au bord du lac Léman - Romain Rolland (1866-1944), professeur d’histoire de l’art, agrégé d’histoire, écrivain. Il fonde la revue Europe en 1923. Tenaillé par son idéal humaniste et sa quête d’un monde non-violent, il admire Léon Tolstoï. Pendant 30 ans, il cultive une relation privilégiée avec l’Inde. En 1924, son livre sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître le Mahatama, qui qualifie R. Rolland en 1928 "d’homme le plus sage de l’Europe"
  • 49. Les objecteurs de conscience Pierre Ceresole Le Suisse Pierre Ceresole (1879-1945), libéré de l'obligation militaire pour raisons de santé, refuse de payer la "taxe militaire", impôt remplaçant la participation à l'armée. Il est condamné à un jour de prison. En novembre 1917, il appelle à refuser les "idoles nationales : « Nous avons une loi sur l'abattage des bœufs à la mode juive ; nous pourrions en avoir une contre celui des hommes à la mode chrétienne. » En 1919, invité par Leonhard Ragaz à la première des rencontres de Bilthoven (Pays-Bas), il est cofondateur aux Pays- Bas du Mouvement international de la Réconciliation (MIR), et devient le premier secrétaire général de cette nouvelle internatio- nale de Chrétiens refusant la guerre. Images : - Pierre Ceresole (1879-1945) fait des études à Zürich, voyage aux États-Unis, est ingénieur au Japon. En 1915, il est profondément impressionné par le "refus de servir" de l'instituteur vaudois John Baudraz, et par l'absence de prise de position des Églises à son sujet. Il publie Religion et Patriotisme où il explique les raisons de son refus. En 1920, il crée le ‘Service civil international’ (SCI), et ouvre près de Verdun, avec des amis allemands, autrichiens et anglais, le premier chantier (5 mois) de reconstruction. - Le logo du MIR. ■