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Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité"
Penseurs et acteurs
d’un changement sociétal
1 - de 1200 à 1849
Étienne Godinot .01.09.2022
Rappel
Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité"
Parmi les diaporamas en ligne sur ce site Internet figurent 7 familles
(et quelques sous-familles) de "trombinoscopes" ou galeries de portraits :
1 - Eco* - Penseurs et acteurs d’alternatives économiques
2 - Sté* - Penseurs et acteurs d’un changement sociétal (éducation, droits humains,
urbanisme, santé, politique, etc.)
3 - NV* - Penseurs et acteurs de la non-violence et de la résolution
non-violente des conflits
3 - Jus* - "Justes" ayant protégé des personnes persécutées
4 - Alter* - Penseurs et acteurs de l’écologie et de l’altercroissance
5 - Sci* - Chercheurs de connaissance, science et technique
6 - San* - Chercheurs de connaissance, science et pratique que dans
le domaine de la santé physique et psychique
7 - Sens* - Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité).
*Abréviation dans le répertoire alphabétique
Voir le diaporama « Présentation générale et mode d’emploi »
../..
Soundiata Keïta
(ou Soundjata Keita, Sogolon Diata Keita) aussi appelé, selon la
tradition orale, Mari Diata Konaté, couronné sous le nom de Mari Diata Ier,
(1190-1255), souverain mandingue* de l'Afrique de l'Ouest. Présenté par la
tradition comme le fondateur de l’empire du Mali au 13ème siècle. Son
histoire est essentiellement connue à travers une épopée aux tonalités
légendaires racontée de génération en génération jusqu’à nos jours par les
griots.
Selon les historiens, Soumaoro Kanté, roi de Sosso, est le véritable fonda-
teur de l’empire du Mali. Le Manden est alors divisé en une multitude de royaumes qui
mènent entre eux des raids esclavagistes pour vendre les captifs aux Markas et aux
Maures du Sahel. Soumaoro Kanté se dresse contre cette situation. Soundiata Keïta,
initié à la confrérie des chasseurs malinkés, est vainqueur de Soumaoro Kanté à la
bataille de Kirina (1235). Il est proclamé ‘Mansa’ et fixe la capitale de son empire à
Niani (actuelle Guinée). Il continue l'œuvre politique de S. Kanté pour former un
empire puissant aux dépens de petits royaumes insignifiants.
Lors de l’intronisation de Soundiata Keïta, la ‘Confrérie des chas-
seurs du Mandé’ aurait proclamé en 1236 la ‘charte du Manden’, considé-
rée par certains historiens comme l'une des premières déclarations des
droits humains. .../…
* Les Mandingues, ou Malinkés, Mandinka, Mandingo ou Maninka, habitants du Manden ou
Mandé, sont un peuple d’Afrique de l'Ouest présent principalement au Mali, en Guinée, au Sénégal,
en Gambie en Côte d'Ivoire et en Guinée Bissau.
Soundiata Keïta et la ‘Charte du Manden’
Soundiata installe les chefs de ses armées comme gou-
verneurs de province. Outre ses exploits guerriers, il est connu
pour sa sagesse. Sa tolérance permet la coexistence
pacifique de l’islam et de l’animisme dans son empire.
La ‘Charte du Manden’ ou ‘Charte du Mandé’, ou ‘Serment des
chasseurs’, ou ‘Charte de Kouroukan Fouga’, ou encore, en langue
malinké, Manden Kalikan, datant de 1222 et proclamée en 1236,
comporte 44 articles et 7 axes :
1 - « Une vie est une vie; une vie n'est pas plus respectable qu'une autre
vie. »
2 - « Tout tort causé à une vie demande réparation ; que nul ne s'en
prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause du tort à son
prochain, que nul ne martyrise son semblable. » ;
3 - « Que chacun veille sur son prochain; que chacun vénère ses
géniteurs; que chacun éduque comme il se doit ses enfants » ;
4 - « Que chacun veille sur la terre de ses pères. » ;
5 - « La faim n'est pas une bonne chose; l'esclavage n'est pas non plus
une bonne chose. »
Image du haut : le village de Kangaba, contigu à la vaste clairière Kouroukan Fouga (de
nos jours au Mali, près de la frontière de la Guinée) où a été proclamée la ‘Charte des chasseurs
du Mandé’
La ‘Charte des chasseurs du Manden’
6 - « La guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des
esclaves ; nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son
semblable pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu au
Mandé, à plus forte raison mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave » ;
7 - « Chacun dispose de sa personne; chacun est libre de ses actes ».
La ‘Charte du Manden’ a été inscrite en 2009 par l’UNESCO sur la
liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Les
paroles de la Charte et les rites associés continuent d’être transmis
oralement, de père en fils, et de manière codifiée au sein du clan des
Malinkés.
L'authenticité de cette charte est contestée par des universitaires, comme
Jean-Loup Amselle (anthropologue et ethnologue, né en 1942) ou Francis Simonis
(historien de l’Afrique). Ils estiment qu'il s'agit d'une reconstruction contemporaine
inspirée par l'idéologie afrocentriste.
Éric Jolly, anthropologue, directeur de l’Institut des Mondes africains (IMAF) et
spécialiste du pays dogon (Mali), estime « Il n’y a pas d’invention, il y a plutôt
transformation. Comme dans tout récit de la littérature orale, il ne faut pas voir dans
ces textes la traduction d’une réalité historique objective, mais plutôt celle de points
de vue politiques, voire d’une philosophie politique complexe. »
Comenius
né Jan Amos Komenský (1592-1670), philosophe, grammairien et
pédagogue tchèque. Né en Moravie, orphelin à 12 ans, études à Herborn et
Heidelberg. Directeur d’école puis pasteur protestant. En 1621, au début de
la Guerre de Trente Ans, perd en quelques mois son pays, sa paroisse, ses
travaux et sa famille.
Condamné à l’éternel exil, voyage dans une grande partie de l'Europe
: c’est pourquoi on a vu en lui un précurseur de l’unité européenne. À partir
de 1628, s'intéresse à la pédagogie, intervient en Pologne, Hongrie, Angle-
terre, Suède. Termine sa vie à Amsterdam. Membre du mouvement protes-
tant des ‘Frères tchèques’, s'occupe toute sa vie de perfectionner les
méthodes d'instruction.
La dimension universaliste de sa pensée est contenue dans le
concept de pansophia, ou sagesse universelle. Il s’agit d’apprendre à bien
penser : les élèves doivent mémoriser le moins possible. Insiste sur le travail
manuel, l’éducation artistique, l’enseignement des langues, les jeux de
groupe, considère que l’éducation est un processus qui doit durer toute la
vie et que le monde entier est une école. Préconise une démocratisation de
l’éducation, affirme que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que
les garçons, plaide pour une meilleure prise en charge des élèves en
difficulté
« Tout doit être enseigné à tout le monde, sans distinction de
richesse, de religion ou de sexe ».
John Locke
(1632-1704), philosophe anglais libéral précurseur des Lumières.
Lors de ses études à Oxford, s’intéresse à la pensée de Descartes. Il
voyage en France et rencontre les esprits les plus brillants de l’époque.
Lors de la réaction tory, est exilé d’Angleterre et se réfugie en Hollande.
Dans ses Deux traités sur le gouvernement (1689), réfléchit au
fondement de la notion d’État de droit. Base son argumentaire sur la
déconstruction de la thèse de Thomas Hobbes (1588-1679) qui affirme
l'impossibilité de justifier la désobéissance des citoyens. Accepte la
sanction si le citoyen "s'écarte de l'obéissance à droite raison", ce qui
soulève alors le problème de la capacité de l'homme à juger objective-
ment de ses propres actes.
Énonce avant Montesquieu le principe de séparation des
pouvoirs. Consent à un gouvernement civil et à un législateur, mais
déclare son illégitimité s'ils s'écartent de la volonté publique. En cas
d'abus de pouvoir nait le droit de résistance et de désobéissance, avec la
limite suivante : "la résistance est-elle légitime chaque fois qu'un individu
se trouve lésé ou simplement s'imagine qu'on ne lui rend pas justice ?"
Non, ce sont les hommes ensemble qui doivent juger de l'injustice et de
l'illégitimité d'une force avant de décider de lui résister. Et ce jugement
doit être fait en conscience.
Montesquieu
Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu
(1689-1755), penseur politique français, précurseur de la sociologie,
philosophe et écrivain des Lumières. Voyage en Europe, séjourne plus
d'un an en Angleterre où il observe la monarchie constitutionnelle et
parlementaire qui a remplacé la monarchie autocratique.
De retour dans son château de La Brède (sud de Bordeaux), se
consacre à ses grands ouvrages qui associent histoire et philosophie
politique : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et
de leur décadence (1734) et De l'esprit des lois (1748)*, où il développe
sa réflexion sur la répartition des fonctions de l'État entre ses différentes
composantes, appelée postérieurement « principe de séparation des
pouvoirs » (législatif, exécutif et judiciaire).
Bien intégré à la société de son temps, nullement en révolte contre
son monde, a une position ambigüe sur l’esclavage.
« Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit
être loi parce qu’elle est juste. »
« ll n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à
l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. »
* L'Église catholique romaine interdit le livre - de même que de nombreux autres ouvrages
de Montesquieu - en 1751 et l'inscrit à l'Index tout comme l'avaient été Machiavel, Montaigne et
Descartes. On lui reproche notamment d'avoir fait primer des facteurs physiques et sociaux sur la
religion.
Guillaume-Thomas Raynal
(1713-1796), prêtre, historien, écrivain et penseur français. Prêtre jésuite,
professeur, puis nommé à l’église Saint-Sulpice à Paris et précepteur dans de
grandes familles. Vend des sermons à des confrères moins inspirés que lui,
accepte d’inhumer des Protestants en les faisant passer pour Catholiques.
Abandonne le sacerdoce, fréquente les salons, s'y fait connaître comme
apôtre de la liberté. Imprime ses œuvres dont il assure la diffusion. Rédige
des ouvrages de commande, devient directeur du Mercure de France et
membre de ‘l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin’.
En 1770 est publiée la première édition anonyme de son Histoire
philosophique et politique des établissements et du commerce des Euro-
péens dans les deux Indes, véritable encyclopédie de l’anticolonialisme. Y
dénonce le despotisme, le cléricalisme, l'esclavage des Noirs et le colonialis-
me. Interdite en 1772, l’Histoire des deux Indes est à nouveau publiée dans
une nouvelle édition en 1774, immédiatement mise à l’Index par le clergé.
Condamnée par le ‘Parlement de Paris’, l’édition de 1780 est brûlée en place
publique, ce qui lui assure un succès considérable. Se réfugie en Suisse, puis
en Prusse auprès de Frédéric II, puis en Russie auprès de Catherine II.
Dénonce les violences de la Révolution : « J’ai parlé aux rois de leurs
devoirs, souffrez qu’aujourd’hui je parle au peuple de ses erreurs ». Accusé
de sénilité sous la Terreur par ceux qui renoncent à le guillotiner.
Chrétien-Guillaume de Malesherbes
Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721-
1794), magistrat, botaniste et homme politique français. Substitut du
procureur général, Conseiller d’État au Parlement de Paris.
Président de la Cour des Aides, s’insurge contre les hausses
d’impôts voulues par le pouvoir royal. Louis XV condamne cet affront
en supprimant cette juridiction fiscale.
Directeur de la Librairie, autorité de la censure royale, apporte en
vain son soutien à la publication de l'Encyclopédie de Diderot et
d'Alembert. Orateur remarquable, partisan de la liberté de pensée et
des idées de justice et d'humanité. Exilé dans son château du Loiret.
Membre du Conseil du Roi, fait adopter par Louis XVI l’édit de
Versailles (nov. 1787) qui organise l’état-civil des Protestants. En
désaccord avec certaines pratiques (les lettres de cachet) ou
personnalités, démissionne un an seulement après avoir été nommé.
Quitte la France quand éclate la Révolution. Quand il apprend
que la Convention va juger le Roi, rentre en juin 1792, et avec une
grande simplicité dans son courage, demande à être le défenseur de
son ancien maître. Décapité en avril 1794 sous la Terreur avec
l’ensemble de sa famille.
Pascal Paoli
(1725-1807), général et homme politique corse. Contraint à l'âge de
15 ans de suivre son père condamné à l’exil, part avec lui à Naples.
De retour en Corse en 1755, élu général en chef, dirige une Corse
indépendante. Dote l'État corse d'une constitution républicaine, d'une
administration, d'une Justice, d'une monnaie, encourage le développement
de l'agriculture, assèche des marais, stimule le commerce, organise l'école
primaire et fonde une université, institue le droit de vote des femmes.
Après la vente de la Corse à la France par les Génois, est battu par
les troupes du roi Louis XV (bataille de Ponte Novu, mai 1769). Reprend le
chemin de l'exil, trouve l'hospitalité en Angleterre et voyage en Europe.
Accepte le décret de l'Assemblée constitu-ante de mars 1790 faisant de la
Corse un département français. Les relations avec la France se dégradant,
prend en 1793 le contrôle de la majorité de l'île, est déclaré traître à la
République et décrété d'arrestation. Le vice-roi Gilbert Elliot nommé par les
Anglais à la tête de la Corse s'inquiète de l'ombre que pourrait lui faire Paoli
et le fait rappeler à Londres.
Fort attaché à son île natale et à sa culture, homme des Lumières,
tisse des relations d'amitié ou épistolaires à travers toute l'Europe. Apporte
son aide à l'élaboration de la constitution des États-Unis.
« Ma vie entière, j’ose le dire, a été un serment ininterrompu à la
liberté. »
Claude-Nicolas Ledoux
(1736-1806), architecte, ingénieur, urbaniste et utopiste
français. Fils de commerçants, boursier éduqué dans des établissements
catholiques. Sous l’Ancien Régime, architecte fécond à succès. Symbole
malgré lui de l’oppression fiscale (il a conçu de nombreux pavillons
d’octroi où étaient perçues les taxes aux portes de Paris), il est arrêté à la
Révolution. Les 4/5 de ses travaux ont été détruits, notamment au
moment de la Révolution.
En prison, cet adepte des Lumières et disciple de Rousseau
trouve le temps de formaliser dans un traité, L’architecture considérée
sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation (1804), ses
conceptions innovantes d’un urbanisme et d’une architecture destinés à
rendre la société meilleure, et notamment un projet de Cité idéale, en
forme de cercle.
Ne se contente pas de travailler l’architecture et le bâtiment, mais
approche également l’art, la philosophie et cela à des fins humanistes et
pédagogiques. La Saline royale d’Arc-et-Senans, près de Besançon (image
du haut), en est la partie industrielle. Chaque ouvrier dispose d’un petit
jardin potager. Teintée de socialisme utopique, sa "ville de Chaux" (du
nom de la forêt avoisinante) devait abriter une « communauté pacifiée et
en harmonie avec la nature… ».
Cesare Beccaria
(1738-1794), juriste italien, criminaliste, philosophe, économiste et
homme de lettres, marqué par Montesquieu.
Dans son ouvrage Des délits et des peines, fonde le droit pénal
moderne, établit les bases et les limites du droit de punir, recommande de
proportionner la peine au délit. L’objectif est d’éviter la récidive, non de
faire souffrir inutilement. Développe la toute première argumentation
contre la peine de mort qui n'est « ni utile, ni nécessaire ».
Juge aussi « barbare » la pratique de la torture : les violences
physiques, même infligées par l’autorité reconnue, ont des effets
contraires aux objectifs recherchés : on risquerait de s’habiter à la
violence, voire de la légitimer. Recommande de prévenir le crime plutôt
que de le réprimer. Pose aussi en principe la séparation des pouvoirs
religieux et judiciaire.
« Il me paraît absurde que les lois, qui sont l’expression de la
volonté publique, qui détestent et punissent l’homicide, en commettent un
elles-mêmes, et que pour éloigner les citoyens de l’assassinat, elles
ordonnent un assassinat public. »
« Le moyen le plus sûr mais le plus difficile de prévenir les délits
est de perfectionner l’éducation ».
Louis Dufourny de Villiers
(1739-1796), architecte, ingénieur en chef de la ville de Paris,
homme politique français de la Révolution. Président du district des
Mathurins et membre du directoire du département de Paris.
Publie en avril 1789, au moment des États généraux de la
France, les « Cahiers du quatrième Ordre, c'est-à-dire « des infortunés,
des infirmes, des indigents », « des journaliers », « des salariés
abandonnés de la société », « contraints par la misère à donner tout
leur temps, toutes leurs forces, leur santé même pour un salaire qui
représente à peine le pain nécessaire pour leur nourriture ».
Invite « les curés, les sociétés philanthropiques, les
administrateurs des hôpitaux » à lui faire parvenir des mémoires sur la
nature et les causes de la misère dans leur district, qu'il se chargerait de
publier. Ainsi alertés, les députés pourraient prendre des mesures pour
« la protection, la conservation des faibles de la dernière classe »,
véritable devoir moral de toute société.
Les constitutionnels du tiers-état au contraire proscrivent aux confins de la
cité ces citoyens qui n’en possèdent que le nom, estimés incompétents pour
participer aux assemblées nationales.
Nicolas de Condorcet
Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet,
(1743-1794), philosophe, économiste, mathématicien et homme politique
français, représentant des Lumières. Effectue des travaux pionniers sur
la statistique et les probabilités, le calcul intégral, une analyse des
modes de scrutin possibles ("paradoxe de Condorcet"). Rédige pour
l’Encyclopédie des articles d'économie politique
Mène une action politique, tant avant la Révolution que sous
celle-ci. Combat la peine de mort et l’esclavage, lutte en faveur de
l’égalité des droits. Siégeant parmi les Girondins, propose des réformes
du système éducatif (gratuité, obligation, laïcité et universalité) ainsi que
du droit pénal (dénonciation des lettres de cachet, jury pénal). Ne vote
pas la mort de Louis XVI.
La Convention nationale ordonne son arrestation en 1793. Écrit
dans la clandestinité son Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit
humain, où, convaincu du développement indéfini des sciences, il affirme
que le progrès intellectuel et moral de l’humanité peut être assuré grâce
à une éducation bien orientée. Emprisonné en 1794, trouvé mort dans sa
cellule deux jours plus tard, probablement suicidé par empoisonnement.
« Nous ne désirons pas que les hommes pensent comme nous
mais qu'ils apprennent à penser d'après eux-mêmes. »
François Dominique Toussaint-Louverture
F. D. Toussaint Bréda (1743-1803), général et homme politique
haïtien. Fils d’un esclave originaire du Bénin, nait dans une plantation
coloniale en Haïti, alors colonie française appelée Saint-Domingue.
Devient cocher puis palefrenier, se fait affranchir à 33 ans.
Lorsqu'arrive la Révolution française, se rallie aux révolutionnai-
res. En 1791, les esclaves noirs se révoltent contre les planteurs et
colons français. Devient un des chefs de la révolte, combat avec ses
4 000 hommes du côté des Espagnols, ennemis de la France et
installés à l’Est de l’île.
En mai 1794, rallie les Français qui ont décrété l'abolition de
l'esclavage dans leurs colonies antillaises. Aide les troupes
françaises à chasser de l'île les Espagnols et leurs alliés
anglais. Nommé général de brigade (premier général noir de
l’armée française) et en 1801 gouverneur de l'île de Saint-
Domingue. Proclame l’autonomie de l’île dans le cadre de la
République française, se nomme gouverneur à vie.
../..
François Dominique Toussaint-Louverture
En 1801, Napoléon Bonaparte envoie 17 000 hommes, et 6 000
autres en 1802, pour reconquérir l'île, considérée comme la "perle des
Antilles" et rétablir l’esclavage après 8 années d’abolition.
Vaincu, trahi, déporté en France au fort de Joux, près de Pontarlier.
Meurt en prison, de froid et de maladie non soignée, en avril 1803. À
travers le face à face Napoléon/Toussaint se jouent déjà des éléments
essentiels du rapport Nord/Sud.
En janvier 1804, son lieutenant Jacques Dessalines proclame
l'indépendance de l'île après en avoir chassé les Français. Haïti devint la
première république noire indépendante du monde.
La France n’abolit définitivement l’esclavage qu’en 1848.
« En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc
de l'arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes
et nombreuses. » F. D. T-L
« Toussaint n’est pas seulement un héros haïtien, il est avant tout
le héros des masses noires, celui qui nous a libérés de nos chaînes et qui a
ouvert la porte de l’émancipation du peuple noir. Toussaint est universel, il
est même le premier Noir universel. »
Pierre Buteau, historien haïtien
Gustavus Vassa
Olaudah Equiano (1745-1797), connu sous le nom de Gustavus
Vassa, écrivain et abolitionniste africain. Né dans la région d' Eboe
(Royaume du Bénin, aujourd'hui sud du Nigeria). À 11 ans, est enlevé par
des chasseurs d'esclaves. Un navire de traite l'embarque vers la Barbade
où, après un voyage épuisant, il est vendu à une plantation. On le
rebaptise en lui donnant par dérision le nom du roi de Suède Gustav
Vasa. Passe en Guadeloupe, puis à la Martinique, avant d'être revendu à
un planteur de Virginie, aux États-Unis. Là, il est racheté par un
commandant de vaisseau. Reste esclave, mais devient marin pendant la
Guerre de Sept ans et fait le tour du monde. Apprend à lire et à écrire, se
convertit au christianisme.
Achète sa liberté en 1766 pour 40 livres (équivalent à 5 500 £ en
2019). S'installe à Londres comme barbier, s'implique dans le mouvement
abolitionniste. Les abolitionnistes lui enjoignent d'écrire le récit de sa vie.
Y raconte le déchirement qu'a été la séparation d'avec sa famille, sa peur
d'enfant, les conditions de sa vie d'esclave. Le livre est célèbre aux États-
Unis et en Angleterre, est largement diffusé, devient un classique étudié
dans les universités.
Johann Heinrich Pestalozzi
(1746-1827), pédagogue, éducateur et penseur suisse. Influencé par les
idées de Jean-Jacques Rousseau, voue sa vie à l'éducation des enfants
pauvres, sourds-muets, etc. Les diverses écoles qu'il fonde avec sa femme
Anna - notamment à Stans, Berthoud et Yverdon-les-Bains - servent de
modèles dans toute l'Europe.
Ses méthodes d'éducation, concrètes et directes, fondées sur le
développement progressif de toutes les facultés, sont exposées dans ses
ouvrages. Pionnier de la pédagogie moderne.
Ses principes éducatifs sont :
• présenter l'aspect concret avant d'introduire les concepts abstraits ;
• commencer par l'environnement proche avant de s'occuper de ce qui
est distant ;
• faire précéder d'exercices simples les exercices compliqués ;
• procéder graduellement et lentement.
Sa pédagogie reste ancrée dans les domaines agricole et professionnel
et elle préconise l'enseignement mutuel.
« Celui qui ne veut pas s'aider ne peut être aidé par personne. »
« L'homme doit rechercher ce qui est juste, et laisser le bonheur
venir de lui-même. »
Photo du bas : statue en bronze de Pestalozzi à Yverdon
Olympe de Gouges
Marie Gouze (1748-1793), née à Montauban dans une famille
modeste. Suite à la mort de son époux, part avec son fils s'installer à
Paris, ne voulant pas tenir son rôle de bourgeoise provinciale. Rêvant
de célébrité, prend le pseudonyme d'Olympe de Gouges, créé à partir
du prénom de sa mère et de son patronyme. Devient une femme de
lettres, publie à partir de 1780 des romans et des pièces de théâtre.
Dans ses pièces et autres écrits, dénonce l'esclavage et la peine de
mort.
Face à l'Assemblée Constituante qui ne donne pas droit de cité
aux femmes, publie la "Déclaration des droits de la femme et de la
citoyenne". Y prône l'émancipation de la femme et l'égalité totale et
inconditionnelle entre les deux sexes. Demande le droit de divorce et le
remplacement du mariage religieux par un contrat civil.
Soutient le roi Louis XVI, lors de son procès. Après la chute des
Girondins, est accusée d’être l’auteur d’une affiche girondine. Arrêtée,
condamnée à mort et guillotinée en novembre 1793. Pionnière du
féminisme.
« Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est
en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir. »
Jeremy Bentham
(1748-1832), philosophe, juriste et réformateur britannique.
Renonce à devenir avocat : estime les contradictions, les incertitudes du
droit et la confusion de la jurisprudence incompatibles avec son souci de
rigueur. La justice ne doit plus se rendre au nom du roi ou au nom de Dieu,
mais par référence explicite aux nécessités objectives des rapports
humains. Théoricien majeur de la philosophie du droit, homme de gauche
dont les idées ont grandement influencé le développement du conséquen-
tialisme*, père de l'utilitarisme** avec John Stuart Mill.
Précurseur du libéralisme, s'exprime en faveur de la liberté indivi-
duelle, de la liberté d'expression, de la liberté économique, de l'abolition de
l'usure, de la séparation de l’Église et de l'État, du droit des animaux, de
l'égalité des sexes, du droit au divorce, de la décriminalisation des
rapports homosexuels, de l'abolition de l'esclavage, de l’abolition de la
peine de mort, et de l’interdiction des peines physiques, y compris celle
des enfants
* conséquentialisme : ensemble des théories morales qui soutiennent que ce sont les
conséquences d'une action donnée qui doivent constituer la base de tout jugement moral de ladite
action.
** Utilitarisme : doctrine éthique qui prescrit d'agir (ou de ne pas agir) de manière à
maximiser le bien-être collectif : « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». Ce n'est ni
l'égoïsme (le plus grand bonheur pour un seul individu, aux dépens des autres), ni l'égalitarisme
(même bonheur pour tous, dût-il être globalement faible)
Andrew Bell
(1753-1832), pasteur écossais de l’Eglise anglicane et quaker.
Ayant trouvé dans l'Inde la pratique de l'enseignement mutuel, en
fait l'application avec succès de 1790 à 1795 dans une école de
Madras, la Madrasa Homme Orphan Asylum, institution fondée par
la Compagnie des Indes orientales pour les fils de ses soldats.
Choisit un garçon dégourdi (moniteur) à qui il apprend à
enseigner l'alphabet à ses camarades en écrivant sur le sable, puis
à d'autres garçons comment enseigner d'autres matières.
De retour à Londres, y fait connaître les résultats qu'il avait
obtenus dans un ouvrage intitulé : Expériences sur l'éducation faite
à l'école des garçons à Madras. Joseph Lancaster, maître d'école à
Londres, a un peu modifié la méthode. À son décès, la Société pour
la promotion de l'éducation des pauvres avait créé 12.000 écoles en
Grande-Bretagne.
Fondateur en Europe de l'enseignement mutuel, pédagogie
active et coopérative (méthode Bell-Lancaster, ou système des
moniteurs).
Manon Roland
Jeanne-Marie Philippon (1754-1793), femme de lettres française. Très
cultivée, courtisée, fidèle à son vieux mari Jean-Marie de la Platière, quoique
très éprise d’un autre, s’installe à Paris en 1791. Fidèle esprit des Lumières,
révolutionnaire passionnée de la première heure, devient la muse du club
des Girondins, modérés qui veulent sauver le Roi de l’échafaud et s'élèvent
contre la mise en place du Tribunal Révolutionnaire.
Calomniés par les Montagnards qui affirment "Pas de liberté pour les
ennemis de la liberté !" et par la Commune, ils sont arrêtés en juin 1793 sur
ordre de la Convention, notamment sous l'impulsion de Danton, Robespierre
et Saint Just, et guillotinés entre le 31 octobre et le 8 novembre 1793.
« Les tyrans peuvent me persécuter : mais m’avilir ? Jamais,
jamais ! »
« Vous connaissez mon enthousiasme pour la Révolution. Eh bien !
j’en ai honte. Elle est ternie par des scélérats, elle est devenue hideuse. »
Avant de monter sur l’échafaud sur la place de la Révolution, le 8
novembre 1793, se serait écriée, s’inclinant devant la statue de la Liberté :
« Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Adrien Duport
(1759-1798), homme politique français. Avocat puis conseiller au
Parlement de Paris. Lecteur de Rousseau, Voltaire et Beccaria, devient le
centre de la résistance parlementaire parisienne contre l'absolutisme.
S'enthousiasme pour la révolution états-unienne et se lie avec La Fayette.
Fin juillet 1987, demande la réunion des États généraux pour doter
la France « d'une solide constitution ». Fonde le ‘Parti des nationaux’. Sur
sa proposition, le Parlement rend un arrêt qui condamne les actes arbitrai-
res du gouvernement, l'emprisonnement sur lettres de cachet et l'exil des
opposants à la politique royale. Élu député de la noblesse de Paris aux
États généraux en mai1789. Un des principaux auteurs de la réforme judi-
ciaire, à travers son rapport de mars 1790 sur l’organisation de la magis-
trature. Prononce en mai 1791 un discours très remarqué pour l'abolition
de la peine de mort.
Est le principal artisan du décret du 27 septembre 1791 (confirmé
par la loi du 13 novembre - image du bas) qui accorde une émancipation
complète des Juifs de France.
En 1792, lance aux députés ce mot prophétique : « Vous êtes sur la
route qui conduit à la destruction ». Arrêté puis libéré, s’exile en Angleterre
puis en Suisse, revient en France après le décès de Robespierre, doit la
quitter à nouveau et meurt en Suisse de tuberculose dans la solitude et
l’oubli.
Charles de Bonchamps
Charles Melchior Artus de Bonchamps (1760-1793), militaire français.
Participe à la campagne des Indes et à la guerre d'indépendance des États-
Unis. Général commandant des armées vendéennes pendant la guerre de
Vendée, empêche les pillages, les incendies et les exécutions, relâche les
prisonniers sur la promesse qu’ils ne reprendront pas les armes.
Le 17 septembre 1793, l'Armée catholique et royale (24 000 hommes, découra-
gés, mal armés, peu disciplinés) commandée par François de Charette et Charles de
Bonchamps, rangée en ordre de bataille sur le bord de la grande route de Tiffauges à
Cholet, est attaquée par les Républicains sous les ordres du général Jean-Baptiste
Kléber (40 000 hommes).
Bonchamps, mortellement blessé, est conduit à St Florent-le-Vieil. Sur
son brancard, il entend « À mort !, à mort les Bleus ! Tuons-les ! ». Il apprend
que dans leur déroute, les Vendéens ont capturé 5 000 Républicains qu’ils
ont enfermés dans un couvent. Il demande au comte d’Autichamp, son
cousin, d’obtenir la grâce des Bleus : « Mon ami, c'est sûrement le dernier
ordre que je vous donnerai, laissez-moi l'assurance qu'il sera exécuté ! ».
Autichamp galope jusqu’au couvent où les Vendéens s’apprêtent à la
vengeance, fait battre le tambour pour obtenir le silence et proclame : « Grâce aux
prisonniers ! Bonchamps le veut, Bonchamps l’ordonne ! ». Les soldats hésitent, se
regardent. Ils n’ont pas la charité de leur général, mais ils le respectent profondément.
Ils libèrent les prisonniers. Quelques heures après, ils s’agenouillent devant la dépouille
de leur chef.
François-René de Chateaubriand
(1768-1848), écrivain et homme politique français. Ses parents
le destinaient à l'Église, mais il s'engage à 17 ans comme sous-
lieutenant au régiment de Navarre. Obtient une mission pour les États-
Unis, séjourne à Londres.
Opposé à la Révolution, ministre de Napoléon puis opposant à
celui-ci, Ministre des Affaires étrangères sous la Restauration, ambas-
sadeur à Rome sous Charles X. Un des précurseurs du romantisme
français.
Confronte le destin de l’homme et l’histoire du monde.
Bien avant Gandhi, John Maynard Keynes, Simone Weil, Ivan Illich,
Jacques Ellul, Albert Jacquard, Paul Jorion, etc., s’interroge sur les
conséquences pour l’humanité de la disparition du travail manuel par
le machinisme, la robotique, l’automatisation, l’informatisation, l’intelli-
gence artificielle :
« Supposez des bras condamnés au repos en raison de la
multiplication et de la variété des machines : que ferez-vous du genre
humain désoccupé ? »
Friedrich Hölderlin
(1770-1843), poète et philosophe allemand de la période
classico-romantique. Précepteur, notamment à Bordeaux, et surtout à
Tübingen pendant 36 ans chez le menuisier Zimmer. Ami de Hegel et
Schelling.
Ses vers, sa prose sont des tentatives de s'envoler là-bas, de
vouloir faire revenir dans son Allemagne les anciens dieux et les
communautés d'hommes libres. La seule porte permettant d'accéder
aux secrets enfouis est pour lui la nature. Propose d’habiter poétique-
ment le monde.
« Et pourquoi des poètes en temps de détresse? (…) Plein de
mérites, mais en poète l'homme habite sur cette terre ».
« Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. »
Cette formule correspond à une vision hégélienne du changement où toute
action provoque sa réaction contraire. Elle est souvent utilisée par Edgar Morin
pour montrer que les contradictions d’un système sécrètent les bases de leur
propre dépassement. Ainsi les catastrophes entrainent des élans de solidarité, les
crises économiques peuvent provoquer des réactions salutaires des États, des
citoyens, créant ainsi les bases d’une nouvelle société.
Mais, peut-on objecter, alors que la cordée est faite pour protéger des chutes
individuelles, si plusieurs décrochent, la cordée toute entière sera entrainée dans
le vide. Il faudrait ajouter : « Là où croît ce qui sauve, croît un nouveau danger… »
Charles Fourier
(1772-1837), philosophe et économiste français de l’école utopiste.
Commis-voyageur et caissier, fonde en 1832 l’hebdomadaire Le Phalan-
stère.
Transpose la loi d’attraction dans les rapports humains et élabore une
organisation sociale constituée d’individus aux caractères différents et
complémentaires, regroupés par combinaison des 13 passions humaines
fondamentales, et qui mène à l’harmonie universelle.
Les phalanstères sont des groupements de production et de
consommation dans lesquels chaque phalanstérien pratique plusieurs
métiers par alternance, ce qui lui permet de développer toutes ses
facultés. Les revenus sont répartis entre le capital, le travail et le talent.
Promeut ainsi plusieurs idées très innovantes dont la création de crèches.
N’attend rien de l’action politique, ni de l’intervention du peuple, ni du
recours à la violence. Le passage de la société actuelle à la société
nouvelle doit se faire par contagion.
Participe lui-même en 1833 avec Victor Considerant au premier essai de
réalisation : la "Colonie sociétaire" de Condé-sur-Vesgre, près de Rambouillet, sera
un échec mais abrite aujourd’hui une douzaine de familles et reste un lieu de
rencontres.
Barthélemy Thimonnier
(1793-1857), inventeur français. Tailleur journalier. En tirant
l'aiguille pour habiller ses clients, est hanté par l'idée de coudre
mécaniquement et d'utiliser un crochet analogue à celui utilisé par les
ouvrières qui font des broderies au crochet dans les monts du Lyonnais.
En 1829, met au point le premier métier à coudre, "la couseuse".
En janvier 1831, environ 200 ouvriers tailleurs saccagent l'atelier de la
rue de Sèvres qu’il a ouvert à Paris avec Auguste Ferrand*.
De retour à Amplepuis (Rhône), dépose des brevets en 1845
("métier à coudre à point de chaînette") et 1847 ("couso-brodeur", image
du bas) pour des nouveaux modèles de machines à coudre. Remporte un
prix l’Exposition universelle de Paris en 1855, reçoit des éloges dans la
presse, mais l'utilisation de la machine ne se répand pas. De nombreux
voyages dans la capitale ne lui apportent pas la fortune. Termine sa vie
comme tailleur d'habits, dans la misère, réduit à vendre ses outils pour
subvenir à ses besoins.
* de même que les canuts avaient menacé Joseph Jacquard (1752-1834)
de le jeter dans le Rhône et avaient détruit son premier métier à tisser.
Nikolai Grundtvig
(1783-1872), pasteur luthérien, écrivain, poète, linguiste,
historien, et pédagogue danois. Initiateur des écoles populaires,
considéré comme le père de la formation tout au long de la vie ou
formation continue.
Plutôt que de former des érudits, affirme que l’école et l'univer-
sité doivent éduquer les élèves à une participation active dans la
société. S’efforce particulièrement d’associer l’instruction en commun
à l’éducation dans la famille, et d’imprimer à l’enseignement une
direction locale en vue de rendre essor à la vie populaire.
Ainsi, les compétences pratiques ainsi que la poésie et l'histoire
nationale doivent constituer une partie essentielle de l'instruction.
Promeut dans toutes les branches de la vie éducative l’esprit de
liberté, la poésie et la créativité disciplinée, les valeurs telles que la
sagesse, la compassion, l'égalité, la coopération et la découverte.
Sojourner Truth
Isabella Baumfree, ou Isabella Van Wagener (v. 1797-1883), militante
états-unienne pour l’abolition de l’esclavage et les droits des femmes.
Née dans l'ancienne colonie hollandaise du comté d'Ulster au sein d'une
famille de 13 enfants, ne parle que le néerlandais lorsqu'elle est vendue
à l'âge de 11 ans. En 1827, s'enfuit avec sa plus jeune fille de la ferme
de son 3ème maître qui refuse de la libérer après l'abolition de l'esclavage
dans l'État de New-York.
En 1843, inspirée par une révélation spirituelle, change son nom
pour Sojourner Truth, devient une fervente défenseuse de la cause
abolitionniste et du mouvement des droits des femmes.
Durant la Guerre de Sécession, organise des collectes de vivres
pour les régiments noirs combattant pour l'Union, puis s'installe à
Washington, après la promulgation de la Proclamation d'émancipation,
afin de travailler avec d'anciens esclaves. Après la guerre civile, travaille
à faciliter la recherche d'emplois des réfugiés noirs. En 1851, dans
l’Ohio, prend la parole à la Womens Convention de Akron (Ohio), après
qu’un homme ait contesté l’égalité femmes-hommes, soulignant la
moindre force physique des femmes : son le plus célèbre discours est
"Ain’t a woman ?" ("Ne suis-je pas une femme ?").
Samuel Sharpe
(1801-1832), esclave jamaïcain. Bénéficie d'une éducation poussée,
devient diacre et prédicateur de l'église baptiste, et leader pour les esclaves.
Son supérieur ecclésiastique est le missionnaire abolitionniste anglais
Thomas Burchell (1799–1846, photo du bas)
Alors que le Parlement britannique discute d'abolir l'esclavage, et
croyant l'abolition actée, initie une grève générale pacifique pour protester
contre les conditions de travail, à la fin d'année 1831, au moment de la
récolte de la canne à sucre. Le soulèvement dure 10 jours, se propage sur
toute l'île, mobilisant jusqu'à 60 000 personnes, mais dégénère rapidement
en une rébellion armée : 14 morts parmi les Blancs et plus de 200 parmi les
esclaves, dont le mouvement est écrasé en 2 semaines. Jugé, condamné et
pendu avec de nombreux autres chefs de file.
Les sévères représailles du gouvernement jamaïcain contribuent à
l'adoption par le Parlement de la loi de 1833 sur l'abolition de l'esclavage en
Jamaïque et à l'abolition définitive de l'esclavage dans l'Empire britannique
en 1838. Proclamé héros national de la Jamaïque. Son visage est repré-
senté sur les billets de 50 dollars jamaïcains.
« Je préférerais mourir sur la potence que vivre en esclave. »
Victor Schoelcher
(1804-1893), homme politique français. Famille aisée, courtes
études au lycée Condorcet, côtoie les milieux littéraires et artistiques
parisiens. Son père, industriel dans la porcelaine, l’envoie en Amérique
latine entre 1828 et 1830 pour faire du commerce. Profondément révolté
par l'esclavage qu’il découvre à Cuba.
De retour en France, devient journaliste et adhère à la ‘Société
pour la libération des esclaves’. Dénonce l'esclavage par des articles
dans des journaux et des livres. Dans le gouvernement provisoire de
1848 (IIème République), nommé sous-secrétaire d'État à la marine et
aux colonies. Contribue à faire signer un décret d’abolition définitive de
l'esclavage dans les colonies le 27 avril 1848.
Député de Martinique et de Guadeloupe (1848-1851), puis
sénateur de Martinique (1871-1893). En 1877, dépose une proposition
de loi pour interdire la bastonnade dans les bagnes. Milite aussi contre la
peine de mort et défend les droits civils des femmes.
« Le seul, l'unique remède aux maux incalculables de la servitude,
c'est la liberté. Il est impossible d'introduire l'humanité dans l'esclavage. Il
n'existe qu'un moyen d'améliorer réellement le sort des Nègres, c'est de
prononcer l'émancipation complète et immédiate. »
Jeanne Deroin
(1805-1894), féministe et socialiste française. Ouvrière lingère
autodidacte, obtient le brevet d'institutrice. Rédige dès 1831 un plaidoyer
contre "l'assujettissement de la femme". Épouse en 1832 le saint-
simonien Antoine Desroches, tout en refusant de prendre son nom et en
insistant lors de la cérémonie civile sur son statut d'égalité. Malgré son
adhésion - critique - aux idées des socialistes utopiques, reste peu active
jusque 1848, car elle élève leurs trois enfants.
En juin 1848, fonde avec Désirée Gay (1810-1891) et Eugénie
Niboyet (1796-1883) La Politique des Femmes, "journal publié pour les
intérêts des femmes et par une société d’ouvrières". Lors de la Révolu-
tion de 1848, se présente comme candidate aux élections législatives du
13 mai. Pierre-Joseph Proudhon, comme la plupart des socialistes, juge
cette candidature "excentrique", et même des femmes comme George
Sand l'estiment déplacée. Les caricatures d’Honoré Daumier (image du bas)
tournent en ridicule les aspirations de ses contemporaines au vote ou au
travail et présentent leur émancipation comme une catastrophe pour
l'ordre domestique.
Après le coup d'État du 2 déc. 1851, doit s'exiler en Angleterre où
elle meurt dans la pauvreté.
Alexis de Tocqueville
Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville (1805-1859),
philosophe politique français, historien, précurseur de la sociologie et
homme politique.
Suit des études de droit et devient magistrat. En 1830, obtient une
mission du ministère pour aller étudier le système pénitentiaire états-
unien, ce qui constitue son passeport pour aller découvrir les États-Unis
et comprendre ce qu'il tient pour le meilleur exemple disponible de
démocratie. De ce séjour de près d'un an, tire De la démocratie en
Amérique, une analyse du système démocratique en général, de ses
vertus, de ses risques et de sa dynamique, et de son illustration particu-
lière américaine. Complète son information par un court séjour en
Angleterre.
Montre que l'État de droit et les libertés individuelles sont les
moteurs indispensables du progrès économique et social. Craint toute-
fois que le mouvement démocratique et l'individualisme ne conduisent à
terme à une atomisation de la société et ne débouchent sur l'avènement
d'un État despotique.
Dans L'Ancien Régime et la Révolution, montre que les révolu-
tionnaires ont achevé la centralisation commencée sous Louis XIII et
Louis XIV.
Guiseppe Mazzini
Giuseppe Mazzini (1805-1872), révolutionnaire et patriote
italien, fervent républicain et combattant pour la réalisation de l'unité
italienne. Organise en 1831 un mouvement politique appelé Giovine
Italia inspiré par le socialisme et qui s'appuie sur la jeunesse.
En avril 1834, avec 6 autres Italiens, 5 Allemands et 5 Polonais,
fonde, près de Berne où il est alors exilé, l'association Giovine
Europa (‘Jeune Europe’), mouvement à la fois politique et culturel.
C’est la plus grande réalisation de ses idées de la liberté des nations.
Son objectif est de fédérer les nations européennes sur des bases
fraternelles et républicaines. Le mouvement a également un rôle
important dans la promotion des droits des femmes. Ce mouvement
révolutionnaire fédère les différents mouvements nationalistes
européens (irlandais, grecs, polonais, italiens...) qui aboutissent en
1848 au "Printemps des peuples". L'association politique s'est
dissoute en 1836, deux ans après sa fondation et Mazzini est banni
de la Suisse.
« L’humanité ne sera vraiment constituée que lorsque tous les
peuples qui la composent, ayant acquis leur souveraineté naturelle,
seront associés en une fédération républicaine. »
Victor Considerant
(1808-1893), philosophe et économiste français. Polytechnicien,
ingénieur militaire, abandonne la carrière pour se consacrer à la diffusion
des idées de son maître et ami Charles Fourier. Fonde le journal La
Phalange, qui devient en 1843 Démocratie pacifique.
Élu député, siège à l'extrême-gauche, affirme le droit au travail qui
devient une des idées fortes des socialistes français de 1848. En droit
constitutionnel, inventeur, en 1846, de la représentation proportionnelle.
En juin 1848, seul député à proposer le droit de vote pour les femmes.
Exilé suite à une manifestation avec Ledru-Rollin contre Louis-
Napoléon Bonaparte, se réfugie en Belgique puis crée au Texas, avec
l’appui de Jean-Baptiste Godin et du fouriériste états-unien Albert
Brisbane, la colonie de Réunion, près de Dallas (1854-1858)
Critique les évolutions économiques et technologiques de son
époque considérées comme trop rapides, prend la défense de la petite
entreprise contre la grande, soutient la révolte des Canuts à Lyon.
Partisan déclaré d’une fédération européenne, comme Victor Hugo.
Adhère un temps à la Première Internationale, puis se retire définitive-
ment de la vie politique.
Abd el-Kader
(1808-1883), homme politique et chef militaire algérien, écrivain
et poète, philosophe et théologien soufi, humaniste et exégète.
Combat la colonisation française en Algérie de 1832 à 1847, est
mis hors la loi en Algérie et au Maroc. En 1843, 21 ans avant la
convention de Genève, promulgue une charte des droits des
prisonniers. Emprisonné à Toulon, à Pau puis à Ambroise, exilé en
Turquie puis en Syrie.
En juillet 1860, des fanatiques sunnites attaquent les quartiers
chrétiens, grecs et maronites, tuant plus de 5 000 habitants.
Intervient pour arrêter le massacre et protège au péril de sa vie la
communauté des chrétiens de Damas. Consacre le reste de sa vie à
des œuvres de bienfaisances, à l'étude des textes scientifiques et
sacrés et à la méditation.
"Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme ; interrogez
plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez ce qu’il est. Si
l’eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce, c’est
qu’elle vient d’une source pure."
Wilhelm Weitling
(1808-1871), Allemand, enfant illégitime d’une domestique et d'un
officier de l'armée française d'occupation de Napoléon. Compagnon
tailleur, théoricien, écrivain et réformateur social.
Premier théoricien du communisme, représentant du socialisme
utopique aux convictions chrétiennes. Quitte la Ligue des bannis
(association constituée d’Allemands exilés en France, parce que persé-
cutés dans leur pays d’origine à cause de leurs idées démocratiques et
révolutionnaires), et crée la ‘Ligue des justes’ (Bund der Gerechten).
Celle-ci, précurseur des futurs partis socialistes et communistes en
Europe et dans le monde, prône la lutte sociale au détriment de la
pratique conspirative.
S’établit en Suisse en 1841. Incarcéré 10 mois à Zürich, émigre en
Angleterre puis aux États-Unis. En 1846, s’oppose à Karl Marx car les
deux hommes ont des conceptions différentes de la révolution. Dans le
film Le jeune Marx de Raoul Peck (2017), Weitling dit à Marx : « Tu as
gagné, mais tout ça finira dans des camps. » Édite entre 1850 et 1855 à
New-York la revue Republik der Arbeiter (République des travailleurs).
« Il y aura toujours des révolutions, mais elles ne seront pas toujours
sanglantes. »
Pierre-Joseph Proudhon
(1809-1865), socialiste français. Ouvrier typographe, puis
correcteur, imprimeur, conseil juridique dans une entreprise de transports
fluviaux, journaliste, député. Polémiste, économiste, philosophe et
sociologue.
Écrit dans Philosophie de la misère en 1846 que la propriété
manifeste l’inégalité, mais est l'objet même de la liberté; le machinisme
accroît la productivité, mais détruit l’artisanat et aliène le salarié; la liberté
elle-même est indispensable, mais cause l'inégalité.
Élabore la théorie du crédit à taux zéro qui anticipe le fonctionne-
ment des mutuelles d’aujourd'hui. Imagine la création d’une banque
d’échange ou "banque du peuple", dont le but est l’abolition de la monnaie,
du salariat, la suppression de toute prise d’intérêt et de toute réalisation de
profit dans le cadre des structures d’échange entre les individus.
Condamné à la prison (1849-1852) pour son opposition à Louis-
Napoléon Bonaparte. À nouveau condamné en 1857 pour sa critique
contre la religion chrétienne, s’exile en Belgique, est amnistié
Père du syndicalisme ouvrier, précurseur de l'anarchisme. Un des
premiers théoriciens du fédéralisme, entendu non pas seulement comme
libre association des communes, mais comme point de jonction entre
l’industrie et la campagne, l’ouvrier et le paysan.
../..
Pierre-Joseph Proudhon
Considère la guerre comme une conséquence des maux écono-
miques et du paupérisme, et en prévoit l'élimination dans la société
future fondée sur le travail. Réfute l'hypothèse d'une révolution violente.
Auteur de plus de 60 livres, seul théoricien révolutionnaire du
19ème siècle à être issu du milieu ouvrier. Ses partisans s’opposeront aux
représentants du socialisme marxiste lors de la 1ère Internationale à
Londres en sept. 1864. Par ailleurs très conservateur au sujet du rôle
des femmes, antisémite, défend l’esclavage.
« La propriété, c’est le vol » (1840)
« Ne nous posons pas en apôtres d’une nouvelle religion ; cette
religion fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueil-
lons, encourageons toutes les protestations ; flétrissons toutes les
exclusions, tous les mysticismes ; ne regardons jamais une question
comme épuisée, et quand nous aurons usé jusqu’à notre dernier
argument, recommençons s’il faut, avec l’éloquence et l’ironie. À cette
condition, j’entrerai avec plaisir dans votre association, sinon, non ! »
Lettre à Karl Marx qui lui propose d'être son
correspondant attitré pour la France, mai 1846
« L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir. » (1849)
Louis Braille
(1809-1852), Français, fils d’un bourrelier. Âgé de 3 ans,
alors qu’il fait des trous dans un morceau de cuir avec une alêne, se
blesse l’œil droit. L'infection s'étend à l'œil gauche, et provoque la
cécité. Admis à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles, école
fondée en 1784 par Valentin Haüy. Enseigne la grammaire, l'histoire,
la géographie, l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, le piano, le
violoncelle, l’orgue.
À l'école, les enfants apprennent à lire sur des lettres en
relief mais ne peuvent pas écrire, car l'impression est faite avec des
lettres cousues sur du papier. En 1821, le capitaine Barbier de la
Serre présente son système phonétique en relief, l’ "écriture
nocturne", destiné à être utilisé dans l'obscurité par l'armée. Braille
invente alors un système d’écriture tactile à 6 points saillants : le
braille. Invente aussi une méthode nouvelle (décapoint) "pour
représenter par des points la forme même des lettres, les cartes de
géographie, les figures de géométrie, les caractères de musique,
etc." Crée en 1847 la première machine à écrire le braille.
Meurt de la tuberculose.
Harriet Beecher Stowe
(1811-1896), femme de lettres états-unienne. Épouse un pasteur
avec qui elle partage un engagement contre l'esclavagisme.
Son roman d'inspiration chrétienne, humaniste et féministe La
case de l'oncle Tom (1852) dénonce l'institution et le commerce de
l'esclavage. Vendu à des millions d'exemplaires, il est reçu comme un
électrochoc pour la conscience publique américaine, au moment où les
tensions légales et sociales entre esclavagistes et abolitionnistes
deviennent de plus en plus tendues.
« Osez me dire qu'un homme doit travailler toute sa vie, depuis
l'aube jusqu'au soir, sous l’œil vigilant d'un maître, sans pouvoir
manifester une fois sa volonté, courbé sous la même tâche monotone
et terrible, avec tout juste assez de nourriture pour être en état de
continuer sa tâche ! »
« Les convulsions qui bouleversent aujourd'hui les peuples ne
sont, je l'espère, que l'enfantement douloureux de la paix et de la
fraternité universelles. »
Mikhaïl Bakounine
(1814-1876), écrivain et militant russe. D'origine noble, d'abord
officier d'artillerie, quitte l'armée, apprend la philosophie à l'Université de
Moscou. Se rend en Allemagne pour étudier Hegel, découvre la politique.
Contraint de s'exiler à Paris en 1842, rencontre Marx, Engels,
Proudhon et Herzen, participe avec enthousiasme à la Révolution de 1848.
Condamné à mort par les Allemands, gracié, 6 ans de cachot, livré à la
police politique russe, s'évade d'un camp de déportation de Sibérie en
1861. Après un périple via Japon et États-Unis, s'installe en Angleterre, se
rallie à la ‘Première Internationale’.
Séduit par les idées de Proudhon, élabore une nouvelle théorie
politique, l'anarchisme. Fonde l‘’Alliance Internationale de la démocratie
socialiste’. S'oppose à Karl Marx qu'il juge trop autoritaire, s'installe en
Suisse en 1867, se retire progressivement de la vie politique. En désaccord
avec l'étatisme prôné par Marx, rompt définitivement avec lui en 1872 lors
du congrès de La Haye.
Pour lui, à travers Dieu, c'est l'autorité, la hiérarchie et, au bout du
compte, l'État qui sont sacralisés, permettant ainsi de justifier toutes formes
d'oppression.
Jean Macé
(1815-1894), pédagogue, enseignant, journaliste et homme
politique français. Issu d'un milieu ouvrier, études au collège Stanislas à
Paris. Contraint à quitter Paris après le coup d'État de décembre 1851
de Louis-Napoléon Bonaparte, trouve refuge à Beblenheim, en Alsace.
Y applique sa conception de la pédagogie dans une école de jeunes
filles. Écrit pour les enfants des ouvrages de vulgarisation scientifique
comme L’Histoire d’une bouchée de pain, lettres à une petite fille sur
nos organes et nos fonctions, publié en 1861.
Écrit des articles dans L'Économiste français, hebdomadaire
économique fondé en 1862 par le fouriériste Jules Duval (1813-1870).
Œuvre pour l’instruction des masses en fondant le Magasin
d'éducation et de récréation en 1864 avec l'éditeur Pierre-Jules Hetzel,
puis en 1866 de la ‘Ligue de l'enseignement’ qui se bat pour
l’instauration d’une école gratuite, obligatoire et laïque.
Initié en franc-maçonnerie au sein de la ‘loge la Parfaite
harmonie’. À la suite de la défaite de 1870, influence le ‘Grand Orient de
France’ dans un sens patriote et chauvin.
Elizabeth Cady Stanton
et Susan Anthony
Militantes anti-esclavagistes et féministes états-uniennes.
E. Cady (1815-1902). Alors qu'elle étudie le droit dans le bureau
de son père, apprend l'existence des lois discriminatoires qui régissent
la vie des femmes, décide de se battre pour obtenir des droits égaux
pour le sexe féminin. En 1840, épouse Henry Stanton, avocat partisan
de l'abolition de l’esclavage, après avoir insisté pour que le mot "obéir"
soit supprimé de la cérémonie de mariage. Formule en 1848 la
première demande organisée en faveur du suffrage féminin aux États-
Unis.
S. Antony ( 1820-1906). Son père, Daniel, Quaker abolitionniste
et pacifiste, ouvre une école chez lui pour que les filles puissent
apprendre les mathématiques, ce qui leur est refusé dans l’école
locale. À l'âge de 16 ans, organise une pétition contre l'esclavage. En
1849, secrétaire des Daughters of Temperance contre l'abus d'alcool.
En 1856, tente d'unifier les mouvements de défense afro-américains et
féministes et devient un agent de l'American anti-slavery society.
Fondent en mai 1869 à New-York la National Woman Suffrage
Association (NWSA - Association nationale pour le vote des femmes).
Les femmes obtiennent le droit de vote aux États-Unis en août 1920.
Karl Marx
(1818-1883), philosophe allemand, historien, journaliste, écono-
miste, sociologue, essayiste, militant politique. Grands-parents de
tradition juive, baptisé dans le luthérianisme. Études de droit, d’histoire
et de philosophie à Trèves, Bonn et Berlin. Marqué par Hegel et
Feuerbach.
Journaliste à Cologne, puis à Paris (1843) à cause de la censure
prussienne. En 1843, épouse Jenny de Westphalen, une aristocrate à
laquelle il écrira toute sa vie des lettres d’amour. Se lie d’amitié avec
Friedrich Engels (1820-1893), se brouille avec Proudhon. Expulsé de
Paris (1845), s’installe à Bruxelles, revient à Paris lors de la révolution
de 1848, puis à Cologne, Paris et Londres (1849). Rédige des articles
"alimentaires" pour des journaux tout en se livrant à des recherches
approfondies en économie, histoire, politique. Développe une
conception matérialiste de l'histoire. Ses revenus très précaires
permettent à peine d’entretenir sa femme Jenny von Westphalen et
leurs enfants.
En 1859, se rapproche du journal Das Volk alors que Ferdinand
Lassale et Wilhelm Liebknecht fondent un parti ouvrier, l’Association
générale des travailleurs allemands (Allgemeiner Deutscher Arbeiter
verein - ADAV). ../..
Karl Marx
En 1864, tente d’unifier le mouvement ouvrier et socialiste en
participant à l’ "Association internationale des travailleurs" (1ère Internatio-
nale). Son ouvrage Le capital (1867) décrit les rouages du capitalisme.
Consacre la fin de sa vie à l’organisation de l’Internationale, à l’écriture de
la suite du Capital et, en plus des langues vivantes qu'il maîtrisait déjà
(allemand, français, anglais, italien), apprend le russe.
Affirme que la lutte des classes (exploiteurs et exploités) est le
moteur de l'histoire. Le prolétariat doit s'organiser à l'échelle internatio-
nale afin de s'emparer du pouvoir et, après une période de transition
("dictature du prolétariat"), conduire à l'abolition des classes et la
disparition de l'État (communisme).
Les critiques du marxisme (y compris les socialistes sociaux-
démocrates) voient dans le concept de "dictature du prolétariat" un
danger fatal pour la démocratie, et arguent qu'en son nom, dirigeants
politiques (Lénine, Staline, Mao, etc.), bureaucratie et nomenklatura ont
accaparé le pouvoir de manière dictatoriale et sanglante dans les régimes
politiques se réclamant du marxisme. ../..
Karl Marx
« Un homme qui ne dispose d'aucun loisir dont la vie tout
entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour
le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le
capitaliste, est moins qu'une bête de somme. C'est une simple
machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et
abrutie intellectuellement. »
« La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés
qu’un objet n’est nôtre que lorsque nous le possédons. »
« La religion est le soupir de la créature opprimée (…) Elle est
l'opium du peuple. »
« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le
monde, il s'agit maintenant de le transformer. »
« De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses
besoins. »
Image de bas : Affiche du film de Raoul Peck avec l'aide de Pascal Bonitzer Le jeune Karl
Marx (2017)
Frederick Douglass
(1818-1895), orateur, militant abolitionniste, éditeur et fonction-
naire états-unien. Né esclave, réussit à s'instruire et s'enfuir.
Communicateur éloquent, devient agent de la Massachusetts Anti-
Slavery Society, et écrit son autobiographie.
En danger dans son pays à cause de ses idées, se réfugie en
Europe, où ses nouveaux amis obtiennent son affranchissement et
un financement pour qu'il fonde le journal The North Star à son retour.
Avocat précoce de la déségrégation dans les écoles.
Désigné par l’Equal Rights Party sans s'être porté candidat, est
le premier Noir candidat à la vice-présidence lors de l'élection
présidentielle.
Croit fermement à l'égalité de tous, y compris les descendants
d'Africains, les femmes, les Amérindiens, les immigrés, et évidemment
tous les autres Américains d'ascendance européenne.
« Ceux qui professent vouloir la liberté et déplorent le
militantisme sont comme le paysan qui voudrait récolter sans avoir
labouré. »
Frédéric Passy
(1822-1912), économiste et homme politique français, membre de
l'Institut. Consacre sa vie à l'idéal pacifiste et diffuse des idées
féministes, abolitionnistes, sociales et libérales.
À l'issue d'une campagne qu'il mène dans le journal Le Temps
contre une guerre entre la France et la Prusse, fonde à Genève la
‘Ligue de la paix et de la liberté’ en mai 1867.
La Ligue ne parvient pas à empêcher la guerre franco-prussienne
de 1870, ce qui conduit à sa dissolution. Mais, loin de se décourager,
Passy crée la ‘Société française des amis de la paix’, qui devint en 1889
la ‘Société française pour l’arbitrage entre nations’, à vocation plus
spécifique, ancêtre de la Société des Nations (SDN) puis de l'ONU.
La Ligue fait paraître en 1867 sa revue États-Unis
d’Europe.
En décembre1901, reçoit conjointement avec le Suisse
Henri Dunant, fondateur de la ‘Croix-Rouge’, le premier prix
Nobel de la paix.
Passy publie en 1909 son ouvrage Pour la Paix qui
retrace son action en faveur de l’harmonie mondiale.
Henri Dunant
(1828-1910), homme d'affaire humaniste suisse, Chrétien
Protestant.
Pendant un voyage d'affaires en juin 1859, se trouve à proximité
de la ville italienne de Solferino et découvre les dégâts humains de la
bataille qui vient de s’y dérouler (38 000 morts et blessés).
Obtient des Français que les médecins autrichiens faits prisonniers
aident à la prise en charge des blessés. Met en place d'autres hôpitaux
et fait venir du matériel à ses frais.
L’année suivante, participe à Genève à la fondation du "Comité
international de secours aux militaires blessés", désigné dès 1876 sous
le nom de "Comité international de la Croix-Rouge"".
Avec Frédéric Passy, premier prix Nobel de la paix en 1901.
« Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le
monde y parviennent ! »
Louise Michel
(1830-1905), institutrice, militante féministe, révolutionnaire et
libertaire française.
À Paris, aide les femmes à vivre par le travail et mène une activité
politique. Très active pendant la ‘Commune de Paris’, déportée en
Nouvelle-Calédonie. Accueillie par la foule à son retour à Paris, reprend
son activité militante, donne des conférences, intervient dans des
meetings, défend l'abolition de la peine de mort, les ouvriers et les
chômeurs. En 1888, un extrémiste attente à sa vie et la blesse à la tête,
mais elle témoigne à son procès pour qu’il n’aille pas en prison.
Lassée par les calomnies et le manque de liberté d’expression,
s’installe à Londres en 1890 et y gère une école libertaire. Revient en
France en 1895.
Arrêtée à plusieurs reprises lors de manifestations, emprisonnée
pendant trois ans, libérée sur l'intervention de Clémenceau. Une foule de
120 000 personnes l’accompagne lors de ses funérailles jusqu’au
cimetière de Levallois.
"La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation,
est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter."
Élisée Reclus
(1830-1905), géographe libertaire français. Communard, militant et
théoricien anarchiste, pédagogue et écrivain prolifique, citoyen du
monde avant l’heure, précurseur de la géographie sociale, de la
géopolitique et de l'écologie. Cofondateur d’une banque et de sociétés
coopératives.
Ses ouvrages majeurs sont Histoire d’un ruisseau, sa Géographie
universelle en 19 volumes et L'Homme et la Terre en 6 volumes.
Sa vision embrasse l’écologie, le social, l’économique, le
psychologique, l’impact des migrations et des masses sur
l’environnement. Termine sa vie en Belgique.
« C’est dans la famille surtout, c’est dans ses relations journalières
avec les siens que l’on peut le mieux juger l’homme : s’il respecte
absolument la liberté de sa femme, si les droits, la dignité de ses fils et
de ses filles lui sont aussi précieux que les siens, alors la preuve est
faite ; il est digne d’entrer dans une assemblée de citoyens libres ;
sinon, il est encore esclave, puisqu’il est tyran. »
../..
Élisée Reclus
« Notre destinée, c'est d'arriver à cet état de perfection idéale
où les nations n'auront plus besoin d'être sous la tutelle d'un
gouvernement ou d'une autre nation; c'est l'absence de
gouvernement, c'est l'anarchie, la plus haute expression de l'ordre. »
« Prendre définitivement conscience de notre humanité
solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du
regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal
lointain, c’est en cela que consiste le progrès. »
« Devenu la conscience de la Terre, l’homme assume par cela
même une responsabilité dans l’harmonie et la beauté de la nature
environnante. »
« M. Reclus est un homme fort instruit, laborieux et d’habitudes régulières,
mais très rêveur, bizarre, obstiné dans ses idées et croyant à la réalisation de
la fraternité universelle »
Rapport du 9 janvier 1874, Archives de la Préfecture de Police
Tatanka Yotanka
(1831-1890), "bison mâle qui se roule dans la poussière" (mal
traduit par Sitting Bull, "taureau assis"), chef de tribu et médecin des
Lakotas Hunkpapas (Sioux).
A une intense spiritualité qui a alimente une constante recherche
de compréhension de l'univers et de la manière dont, personnellement,
il pourrait apporter ses pouvoirs au profit de son peuple.
Un des principaux Peaux Rouges résistants face à l'armée
américaine lors de la conquête du far-west. Assassiné par la police
indienne sous prétexte de résistance alors qu’on venait l’arrêter pour sa
participation présumée à un mouvement de protestation.
« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le
dernier poisson capturé, alors le Visage pâle réalisera que l'argent ne se
mange pas »*.
* Cette citation est parfois attribuée à Géromino, guerrier apache (1829-1909)
Jules Ferry
(1832-1893) homme politique français. Opposant à l'Empire, est
après la chute de celui-ci en 1870, membre du gouvernement
provisoire, et maire de Paris pour quelques mois. Franc-maçon et
anticlérical, mais pas antireligieux. Sous la IIIe République, ministre de
l’Instruction publique, auteur des lois restaurant l'instruction obligatoire
et gratuite qui avait été instituée en 1793, sous l'impulsion de Louis-
Joseph Charlier.
Promoteur de « l'école publique laïque, gratuite et obligatoire »,
considéré, plusieurs décennies après sa mort, comme l'un des pères
fondateurs de l'identité républicaine. Incite les enseignants à respecter
scrupuleusement l'autorité des parents, condition nécessaire pour
« communiquer la sagesse du genre humain, […] une de ces idées
d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans
le patrimoine de l'humanité ».
Favorise le développement des libertés publiques en France :
liberté de réunion, de la presse, autorisation des syndicats de salariés.
Montre au cours de sa carrière politique un fort engagement
pour l'expansion coloniale française : « Les races supérieures (…) ont
le devoir de civiliser les races inférieures. » Cette affirmation indigne
l’anticolonialiste Georges Clémenceau.
Alfred Nobel
(1833-1896), chimiste, industriel et fabricant d'armes suédois.
Études à St Pétersbourg puis aux États-Unis. Inventeur de la dynamite à
partir de la nitroglycérine. Possède l'entreprise d'armement Bofors.
Réside à Paris à partir de 1875, puis en Italie en 1890.
Écrit en 1892 à son amie Bertha von Suttner que la dynamite, par
sa puissance destructrice, mettra peut être fin à la guerre avant tous les
parlements.
Dans son testament, lègue son immense fortune pour la création
du prix Nobel. 20 ans plus tard, la dynamite explose sur les champs de
bataille de la 1ère guerre mondiale.
« Le jour où deux armées auront la possibilité de s’anéantir
mutuellement en l’espace d’une seconde, toutes les nations civilisées du
monde reculeront devant cette horreur et démobiliseront leur troupes. »
(Ce raisonnement est repris par les théoriciens de la dissuasion nucléaire,
qui croient encore au père Nobel et préconisent le renforcement de l’arsenal de leur
pays…)
Photo : Remise du prix Nobel de la paix 2014 à Malala Yousafzai et à Kailash Satyarthi pour
leur lutte en faveur des droits des enfants.
Mark Twain
Samuel Langhorne Clemens (1835-1910), écrivain, essayiste et humo-
riste étatsunien. Apprenti typographe puis imprimeur, militaire, pilote de bateau
à vapeur sur le Mississippi, chercheur d’or dans le Nevada, journaliste à San
Francisco. Se déplace en Europe en tant que correspondant de presse. Se fait
connaître par son roman Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et sa suite, Les
Aventures de Huckleberry Finn (1884).
Ses textes plus graves dénoncent avec pessimisme les excès de la
"civilisation" et l’immoralité érigée en morale. Pamphlétaire virulent et irrévé-
rencieux, notamment lorsqu’il s’en prend à la religion, souligne des points qui
lui semblent incohérents dans la Bible et dénonce les crimes commis au nom
de Dieu et du Christ, défend la cause des Juifs.
Farouche pourfendeur de l’impérialisme étatsunien, dénonce la guerre
hispano-américaine (prétendument entreprise pour "libérer" Cuba des Espa-
gnols, en fait pour la soumettre aux intérêts des Etats-Unis), la conquête de
Porto Rico, de Guam, des Îles de la Vierge et tout particulièrement la conquête
des Philippines(1899-1913) : « Dieu a créé la guerre pour que les Américains
apprennent la géographie », ironise-t-il.
« La peur de mourir résulte de la peur de vivre. Une personne qui vit
pleinement est prête à mourir à tout moment. (…) « Le secret pour avancer,
c'est de commencer. C'est de découper les tâches complexes et trop impor-
tantes en petites actions facilement réalisables. Puis d'entreprendre la
première. »
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »
Pauline Kergomard
(1838-1925), née Reclus, institutrice, directrice d’une école privée
puis directrice de L'Ami de l'enfance, revue pour les salles d'asile, lieux de
protection des enfants d’ouvrières.
Transforme les salles d'asile, établissements à vocation essentiel-
lement sociale, en écoles maternelles, formant la base du système sco-
laire. Introduit le jeu, qu'elle considère comme pédagogique, et les activi-
tés artistiques et sportives.
Prône une initiation à la lecture, à l'écriture et au calcul, avant 5
ans. S'oppose toutefois à la tendance qui veut faire de ces écoles des
lieux d'instruction à part entière, voulant plutôt favoriser le ‟développe-
ment naturel” de l'enfant. Nommée en 1881 Inspectrice générale des
écoles maternelles.
« Laisser faire aux enfants leur métier d'enfants, pour que, devenus
hommes, ils puissent faire leur métier d'hommes. (…) Que l'on respecte
leur curiosité, qu'ils n'apprennent qu'après avoir observé, déduit, raison-
né, exprimé. Il faut leur donner le goût de la beauté, il faut faire éclore
dans leur coeur les germes de bonté, de générosité, d'enthousiasme
qu'ils renferment. »
Émile Zola
(1840- 1902), écrivain et journaliste français. Auteur de Les Rougon-
Macquart, fresque romanesque en 20 volumes dépeignant la société
française et mettant en scène la trajectoire d’une famille à travers ses
différentes générations.
Engagé dans la défense du capitaine Alfred Dreyfus, injustement
accusé à cause de ses origines juives. Publie en janvier 1898, dans le
quotidien L'Aurore, l'article intitulé "J'accuse" (titre choisi par Georges
Clémenceau) qui lui vaut un procès pour diffamation et un exil à Londres.
À l'issue du procès a lieu en février 1898 la première réunion jetant
les bases de la future ‘Ligue des droits de l'homme’.
« J'accuse enfin le premier Conseil de Guerre d'avoir violé le droit,
en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le
second Conseil de Guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en
commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un
coupable. »
Chef Joseph
de son vrai nom Hinmaton-Yalaktit (1840-1904), chef des Nez-
Percés. Chef de la tribu à partir de 1871 à la suite de la mort de son
père, se trouve rapidement impliqué dans le combat de résistance contre
l’accaparement des terres de son peuple par les colons états-uniens, la
situation étant encore aggravée par la découverte d’or.
Signe avec le général Nelson Miles (1839-1925) la reddition de
son peuple. Les siens sont ensuite déportés dans une réserve de
l’Oklahoma où bon nombre meurent de maladie. Accomplit 2 voyages à
Washington afin d’obtenir le retour vers la vallée de la Wallowa, mais ne
rencontre qu’indifférence de la part du gouvernement.
Finalement autorisé à retourner à Colville dans l’État de Was-
hington où il meurt en septembre 1904. Le médecin de la réserve
diagnostique qu'il est mort de tristesse.
« Exiger d’un homme libre qu’il soit content d'être enfermé, c’est
comme attendre des rivières qu'elles coulent à l'envers. Si vous attachez
un cheval à un piquet, vous attendez-vous à ce qu'il grossisse ? Si vous
parquez un Indien dans un coin de terre et que vous l'obligez à rester, il
n'y sera pas heureux et il ne croîtra ni ne prospèrera. »
Pierre Kropotkine
Piotr Alexeïevitch Kropotkine (1842-1921), géographe, explora-
teur, zoologiste, anthropologue, géologue et théoricien du communisme
libertaire*. Issu d’une famille princière, officier dans un régiment de Cosa-
ques, explore le bassin du fleuve Amour et la Sibérie orientale. L'insur-
rection polonaise de 1863 et la terrible répression qui s'en suit provoquent
sa démission de l'armée impériale russe. Études de mathématiques et de
géographie à Saint-Pétersbourg.
Prend sa part dans la vague de l’ "aller au peuple", par lequel les
jeunes intellectuels russes s’efforcent d’influencer les masses travailleuses
dans le sens de la révolution sociale. Arrêté en 1874 pour ses menées
subversives, simule la folie, interné en hôpital, s’en évade en 1876.
Commence alors une vie d’exil à travers l’Europe. Arrêté à la suite des
grèves des soieries lyonnaises de 1882, accusé d’être affilié à l’’Associa-
tion internationale des travailleurs’ (AIT) alors interdite. Condamné et
incarcéré en 1883 à la prison de Clairvaux, y passe 3 ans, amnistié en
1886**. S'exile à Londres, y vit jusqu'en 1917, s'adonnant aux sciences, à
la politique et à la littérature.
De retour à Moscou près la révolution d'Octobre, critique ouverte-
ment le nouveau gouvernement bolchévique, la personnalité de Lénine et
la dérive dictatoriale du pouvoir.
* Abolition de toute forme de gouvernement, libre fédération des groupes de producteurs et
de consommateurs organisée sur les principes d'entraide, de libre-entente et de coopération.
** grâce à l'intervention de plusieurs personnalités dont celle de Victor Hugo.
Bertha von Suttner
Bertha Sophie Felicitas Kinsky, baronne von Suttner (1843-1914),
journaliste, écrivaine et militante autrichienne. Issue de la haute
aristocratie austro-hongroise, apprend dès son plus jeune âge à parler
plusieurs langues.
Lutte contre l’anti-slavisme et l’antisémitisme. Grande amie de
Theodor Herzl, fonde avec son mari Arthur Gudaccar von Suttner en
1891 une ‘Association de Défense contre l’Antisémitisme’ : conférences,
brochure, journal, réactions immédiates aux actes anti-Juifs.
Pacifiste affirmant que la guerre ne doit plus être employée,
fondatrice de plusieurs associations pacifistes dont l’Österreichische
Gesellschaft der Friedensfreunde et la Deutsche Friedensgesellschaft.
Secrétaire d'Alfred Nobel en 1876 quand celui-ci réside à Paris. Élue à
Rome vice-présidente du ‘Bureau international de la paix’ en 1892.. En
juin 1904, une des participantes les plus importantes de la ‘Conférence
internationale des femmes’ à Berlin.
Lauréate en 1905 du prix Nobel de la paix.
Hubertine Auclert
(1848-1914), militante féministe française. Jugée trop indépendante
par les religieuses, est écartée à deux reprises de la vie monacale. Choisit
l’engagement républicain et la conquête de la liberté pour les femmes par
la révision des lois du code Napoléon.
À Paris, rejoint l‘’Association pour le droit des femmes’, dissoute en
1977 et reconstituée sous le nom de ‘Ligue française pour le droit des
femmes’. En 1876, fonde la société ‘Le droit des femmes’ qui soutient le
droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 la société ‘Le suffrage
des femmes’.
Entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée
que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être
imposables. En 1881, lance La Citoyenne, journal qui plaide avec force
pour la libération féminine. En 1888, s’établit pour 4 ans avec son mari en
Algérie et elle y fait une enquête de terrain sur les femmes de ce pays.
En avril 1910, de concert avec Marguerite Durand, se présente
comme candidate aux élections législatives, imitée par deux autres
femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas
retenue.
« La femme doit participer à la vie publique, coopérer à la transfor-
mation de la société, afin de s’assurer de n’être point sacrifiée dans l’orga-
nisation sociale future. » ■

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Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 01. De 1200 à 1849

  • 1. Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité" Penseurs et acteurs d’un changement sociétal 1 - de 1200 à 1849 Étienne Godinot .01.09.2022
  • 2. Rappel Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité" Parmi les diaporamas en ligne sur ce site Internet figurent 7 familles (et quelques sous-familles) de "trombinoscopes" ou galeries de portraits : 1 - Eco* - Penseurs et acteurs d’alternatives économiques 2 - Sté* - Penseurs et acteurs d’un changement sociétal (éducation, droits humains, urbanisme, santé, politique, etc.) 3 - NV* - Penseurs et acteurs de la non-violence et de la résolution non-violente des conflits 3 - Jus* - "Justes" ayant protégé des personnes persécutées 4 - Alter* - Penseurs et acteurs de l’écologie et de l’altercroissance 5 - Sci* - Chercheurs de connaissance, science et technique 6 - San* - Chercheurs de connaissance, science et pratique que dans le domaine de la santé physique et psychique 7 - Sens* - Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité). *Abréviation dans le répertoire alphabétique Voir le diaporama « Présentation générale et mode d’emploi » ../..
  • 3. Soundiata Keïta (ou Soundjata Keita, Sogolon Diata Keita) aussi appelé, selon la tradition orale, Mari Diata Konaté, couronné sous le nom de Mari Diata Ier, (1190-1255), souverain mandingue* de l'Afrique de l'Ouest. Présenté par la tradition comme le fondateur de l’empire du Mali au 13ème siècle. Son histoire est essentiellement connue à travers une épopée aux tonalités légendaires racontée de génération en génération jusqu’à nos jours par les griots. Selon les historiens, Soumaoro Kanté, roi de Sosso, est le véritable fonda- teur de l’empire du Mali. Le Manden est alors divisé en une multitude de royaumes qui mènent entre eux des raids esclavagistes pour vendre les captifs aux Markas et aux Maures du Sahel. Soumaoro Kanté se dresse contre cette situation. Soundiata Keïta, initié à la confrérie des chasseurs malinkés, est vainqueur de Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina (1235). Il est proclamé ‘Mansa’ et fixe la capitale de son empire à Niani (actuelle Guinée). Il continue l'œuvre politique de S. Kanté pour former un empire puissant aux dépens de petits royaumes insignifiants. Lors de l’intronisation de Soundiata Keïta, la ‘Confrérie des chas- seurs du Mandé’ aurait proclamé en 1236 la ‘charte du Manden’, considé- rée par certains historiens comme l'une des premières déclarations des droits humains. .../… * Les Mandingues, ou Malinkés, Mandinka, Mandingo ou Maninka, habitants du Manden ou Mandé, sont un peuple d’Afrique de l'Ouest présent principalement au Mali, en Guinée, au Sénégal, en Gambie en Côte d'Ivoire et en Guinée Bissau.
  • 4. Soundiata Keïta et la ‘Charte du Manden’ Soundiata installe les chefs de ses armées comme gou- verneurs de province. Outre ses exploits guerriers, il est connu pour sa sagesse. Sa tolérance permet la coexistence pacifique de l’islam et de l’animisme dans son empire. La ‘Charte du Manden’ ou ‘Charte du Mandé’, ou ‘Serment des chasseurs’, ou ‘Charte de Kouroukan Fouga’, ou encore, en langue malinké, Manden Kalikan, datant de 1222 et proclamée en 1236, comporte 44 articles et 7 axes : 1 - « Une vie est une vie; une vie n'est pas plus respectable qu'une autre vie. » 2 - « Tout tort causé à une vie demande réparation ; que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause du tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable. » ; 3 - « Que chacun veille sur son prochain; que chacun vénère ses géniteurs; que chacun éduque comme il se doit ses enfants » ; 4 - « Que chacun veille sur la terre de ses pères. » ; 5 - « La faim n'est pas une bonne chose; l'esclavage n'est pas non plus une bonne chose. » Image du haut : le village de Kangaba, contigu à la vaste clairière Kouroukan Fouga (de nos jours au Mali, près de la frontière de la Guinée) où a été proclamée la ‘Charte des chasseurs du Mandé’
  • 5. La ‘Charte des chasseurs du Manden’ 6 - « La guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves ; nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu au Mandé, à plus forte raison mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave » ; 7 - « Chacun dispose de sa personne; chacun est libre de ses actes ». La ‘Charte du Manden’ a été inscrite en 2009 par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Les paroles de la Charte et les rites associés continuent d’être transmis oralement, de père en fils, et de manière codifiée au sein du clan des Malinkés. L'authenticité de cette charte est contestée par des universitaires, comme Jean-Loup Amselle (anthropologue et ethnologue, né en 1942) ou Francis Simonis (historien de l’Afrique). Ils estiment qu'il s'agit d'une reconstruction contemporaine inspirée par l'idéologie afrocentriste. Éric Jolly, anthropologue, directeur de l’Institut des Mondes africains (IMAF) et spécialiste du pays dogon (Mali), estime « Il n’y a pas d’invention, il y a plutôt transformation. Comme dans tout récit de la littérature orale, il ne faut pas voir dans ces textes la traduction d’une réalité historique objective, mais plutôt celle de points de vue politiques, voire d’une philosophie politique complexe. »
  • 6. Comenius né Jan Amos Komenský (1592-1670), philosophe, grammairien et pédagogue tchèque. Né en Moravie, orphelin à 12 ans, études à Herborn et Heidelberg. Directeur d’école puis pasteur protestant. En 1621, au début de la Guerre de Trente Ans, perd en quelques mois son pays, sa paroisse, ses travaux et sa famille. Condamné à l’éternel exil, voyage dans une grande partie de l'Europe : c’est pourquoi on a vu en lui un précurseur de l’unité européenne. À partir de 1628, s'intéresse à la pédagogie, intervient en Pologne, Hongrie, Angle- terre, Suède. Termine sa vie à Amsterdam. Membre du mouvement protes- tant des ‘Frères tchèques’, s'occupe toute sa vie de perfectionner les méthodes d'instruction. La dimension universaliste de sa pensée est contenue dans le concept de pansophia, ou sagesse universelle. Il s’agit d’apprendre à bien penser : les élèves doivent mémoriser le moins possible. Insiste sur le travail manuel, l’éducation artistique, l’enseignement des langues, les jeux de groupe, considère que l’éducation est un processus qui doit durer toute la vie et que le monde entier est une école. Préconise une démocratisation de l’éducation, affirme que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garçons, plaide pour une meilleure prise en charge des élèves en difficulté « Tout doit être enseigné à tout le monde, sans distinction de richesse, de religion ou de sexe ».
  • 7. John Locke (1632-1704), philosophe anglais libéral précurseur des Lumières. Lors de ses études à Oxford, s’intéresse à la pensée de Descartes. Il voyage en France et rencontre les esprits les plus brillants de l’époque. Lors de la réaction tory, est exilé d’Angleterre et se réfugie en Hollande. Dans ses Deux traités sur le gouvernement (1689), réfléchit au fondement de la notion d’État de droit. Base son argumentaire sur la déconstruction de la thèse de Thomas Hobbes (1588-1679) qui affirme l'impossibilité de justifier la désobéissance des citoyens. Accepte la sanction si le citoyen "s'écarte de l'obéissance à droite raison", ce qui soulève alors le problème de la capacité de l'homme à juger objective- ment de ses propres actes. Énonce avant Montesquieu le principe de séparation des pouvoirs. Consent à un gouvernement civil et à un législateur, mais déclare son illégitimité s'ils s'écartent de la volonté publique. En cas d'abus de pouvoir nait le droit de résistance et de désobéissance, avec la limite suivante : "la résistance est-elle légitime chaque fois qu'un individu se trouve lésé ou simplement s'imagine qu'on ne lui rend pas justice ?" Non, ce sont les hommes ensemble qui doivent juger de l'injustice et de l'illégitimité d'une force avant de décider de lui résister. Et ce jugement doit être fait en conscience.
  • 8. Montesquieu Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755), penseur politique français, précurseur de la sociologie, philosophe et écrivain des Lumières. Voyage en Europe, séjourne plus d'un an en Angleterre où il observe la monarchie constitutionnelle et parlementaire qui a remplacé la monarchie autocratique. De retour dans son château de La Brède (sud de Bordeaux), se consacre à ses grands ouvrages qui associent histoire et philosophie politique : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734) et De l'esprit des lois (1748)*, où il développe sa réflexion sur la répartition des fonctions de l'État entre ses différentes composantes, appelée postérieurement « principe de séparation des pouvoirs » (législatif, exécutif et judiciaire). Bien intégré à la société de son temps, nullement en révolte contre son monde, a une position ambigüe sur l’esclavage. « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. » « ll n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. » * L'Église catholique romaine interdit le livre - de même que de nombreux autres ouvrages de Montesquieu - en 1751 et l'inscrit à l'Index tout comme l'avaient été Machiavel, Montaigne et Descartes. On lui reproche notamment d'avoir fait primer des facteurs physiques et sociaux sur la religion.
  • 9. Guillaume-Thomas Raynal (1713-1796), prêtre, historien, écrivain et penseur français. Prêtre jésuite, professeur, puis nommé à l’église Saint-Sulpice à Paris et précepteur dans de grandes familles. Vend des sermons à des confrères moins inspirés que lui, accepte d’inhumer des Protestants en les faisant passer pour Catholiques. Abandonne le sacerdoce, fréquente les salons, s'y fait connaître comme apôtre de la liberté. Imprime ses œuvres dont il assure la diffusion. Rédige des ouvrages de commande, devient directeur du Mercure de France et membre de ‘l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin’. En 1770 est publiée la première édition anonyme de son Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Euro- péens dans les deux Indes, véritable encyclopédie de l’anticolonialisme. Y dénonce le despotisme, le cléricalisme, l'esclavage des Noirs et le colonialis- me. Interdite en 1772, l’Histoire des deux Indes est à nouveau publiée dans une nouvelle édition en 1774, immédiatement mise à l’Index par le clergé. Condamnée par le ‘Parlement de Paris’, l’édition de 1780 est brûlée en place publique, ce qui lui assure un succès considérable. Se réfugie en Suisse, puis en Prusse auprès de Frédéric II, puis en Russie auprès de Catherine II. Dénonce les violences de la Révolution : « J’ai parlé aux rois de leurs devoirs, souffrez qu’aujourd’hui je parle au peuple de ses erreurs ». Accusé de sénilité sous la Terreur par ceux qui renoncent à le guillotiner.
  • 10. Chrétien-Guillaume de Malesherbes Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721- 1794), magistrat, botaniste et homme politique français. Substitut du procureur général, Conseiller d’État au Parlement de Paris. Président de la Cour des Aides, s’insurge contre les hausses d’impôts voulues par le pouvoir royal. Louis XV condamne cet affront en supprimant cette juridiction fiscale. Directeur de la Librairie, autorité de la censure royale, apporte en vain son soutien à la publication de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Orateur remarquable, partisan de la liberté de pensée et des idées de justice et d'humanité. Exilé dans son château du Loiret. Membre du Conseil du Roi, fait adopter par Louis XVI l’édit de Versailles (nov. 1787) qui organise l’état-civil des Protestants. En désaccord avec certaines pratiques (les lettres de cachet) ou personnalités, démissionne un an seulement après avoir été nommé. Quitte la France quand éclate la Révolution. Quand il apprend que la Convention va juger le Roi, rentre en juin 1792, et avec une grande simplicité dans son courage, demande à être le défenseur de son ancien maître. Décapité en avril 1794 sous la Terreur avec l’ensemble de sa famille.
  • 11. Pascal Paoli (1725-1807), général et homme politique corse. Contraint à l'âge de 15 ans de suivre son père condamné à l’exil, part avec lui à Naples. De retour en Corse en 1755, élu général en chef, dirige une Corse indépendante. Dote l'État corse d'une constitution républicaine, d'une administration, d'une Justice, d'une monnaie, encourage le développement de l'agriculture, assèche des marais, stimule le commerce, organise l'école primaire et fonde une université, institue le droit de vote des femmes. Après la vente de la Corse à la France par les Génois, est battu par les troupes du roi Louis XV (bataille de Ponte Novu, mai 1769). Reprend le chemin de l'exil, trouve l'hospitalité en Angleterre et voyage en Europe. Accepte le décret de l'Assemblée constitu-ante de mars 1790 faisant de la Corse un département français. Les relations avec la France se dégradant, prend en 1793 le contrôle de la majorité de l'île, est déclaré traître à la République et décrété d'arrestation. Le vice-roi Gilbert Elliot nommé par les Anglais à la tête de la Corse s'inquiète de l'ombre que pourrait lui faire Paoli et le fait rappeler à Londres. Fort attaché à son île natale et à sa culture, homme des Lumières, tisse des relations d'amitié ou épistolaires à travers toute l'Europe. Apporte son aide à l'élaboration de la constitution des États-Unis. « Ma vie entière, j’ose le dire, a été un serment ininterrompu à la liberté. »
  • 12. Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), architecte, ingénieur, urbaniste et utopiste français. Fils de commerçants, boursier éduqué dans des établissements catholiques. Sous l’Ancien Régime, architecte fécond à succès. Symbole malgré lui de l’oppression fiscale (il a conçu de nombreux pavillons d’octroi où étaient perçues les taxes aux portes de Paris), il est arrêté à la Révolution. Les 4/5 de ses travaux ont été détruits, notamment au moment de la Révolution. En prison, cet adepte des Lumières et disciple de Rousseau trouve le temps de formaliser dans un traité, L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation (1804), ses conceptions innovantes d’un urbanisme et d’une architecture destinés à rendre la société meilleure, et notamment un projet de Cité idéale, en forme de cercle. Ne se contente pas de travailler l’architecture et le bâtiment, mais approche également l’art, la philosophie et cela à des fins humanistes et pédagogiques. La Saline royale d’Arc-et-Senans, près de Besançon (image du haut), en est la partie industrielle. Chaque ouvrier dispose d’un petit jardin potager. Teintée de socialisme utopique, sa "ville de Chaux" (du nom de la forêt avoisinante) devait abriter une « communauté pacifiée et en harmonie avec la nature… ».
  • 13. Cesare Beccaria (1738-1794), juriste italien, criminaliste, philosophe, économiste et homme de lettres, marqué par Montesquieu. Dans son ouvrage Des délits et des peines, fonde le droit pénal moderne, établit les bases et les limites du droit de punir, recommande de proportionner la peine au délit. L’objectif est d’éviter la récidive, non de faire souffrir inutilement. Développe la toute première argumentation contre la peine de mort qui n'est « ni utile, ni nécessaire ». Juge aussi « barbare » la pratique de la torture : les violences physiques, même infligées par l’autorité reconnue, ont des effets contraires aux objectifs recherchés : on risquerait de s’habiter à la violence, voire de la légitimer. Recommande de prévenir le crime plutôt que de le réprimer. Pose aussi en principe la séparation des pouvoirs religieux et judiciaire. « Il me paraît absurde que les lois, qui sont l’expression de la volonté publique, qui détestent et punissent l’homicide, en commettent un elles-mêmes, et que pour éloigner les citoyens de l’assassinat, elles ordonnent un assassinat public. » « Le moyen le plus sûr mais le plus difficile de prévenir les délits est de perfectionner l’éducation ».
  • 14. Louis Dufourny de Villiers (1739-1796), architecte, ingénieur en chef de la ville de Paris, homme politique français de la Révolution. Président du district des Mathurins et membre du directoire du département de Paris. Publie en avril 1789, au moment des États généraux de la France, les « Cahiers du quatrième Ordre, c'est-à-dire « des infortunés, des infirmes, des indigents », « des journaliers », « des salariés abandonnés de la société », « contraints par la misère à donner tout leur temps, toutes leurs forces, leur santé même pour un salaire qui représente à peine le pain nécessaire pour leur nourriture ». Invite « les curés, les sociétés philanthropiques, les administrateurs des hôpitaux » à lui faire parvenir des mémoires sur la nature et les causes de la misère dans leur district, qu'il se chargerait de publier. Ainsi alertés, les députés pourraient prendre des mesures pour « la protection, la conservation des faibles de la dernière classe », véritable devoir moral de toute société. Les constitutionnels du tiers-état au contraire proscrivent aux confins de la cité ces citoyens qui n’en possèdent que le nom, estimés incompétents pour participer aux assemblées nationales.
  • 15. Nicolas de Condorcet Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, (1743-1794), philosophe, économiste, mathématicien et homme politique français, représentant des Lumières. Effectue des travaux pionniers sur la statistique et les probabilités, le calcul intégral, une analyse des modes de scrutin possibles ("paradoxe de Condorcet"). Rédige pour l’Encyclopédie des articles d'économie politique Mène une action politique, tant avant la Révolution que sous celle-ci. Combat la peine de mort et l’esclavage, lutte en faveur de l’égalité des droits. Siégeant parmi les Girondins, propose des réformes du système éducatif (gratuité, obligation, laïcité et universalité) ainsi que du droit pénal (dénonciation des lettres de cachet, jury pénal). Ne vote pas la mort de Louis XVI. La Convention nationale ordonne son arrestation en 1793. Écrit dans la clandestinité son Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit humain, où, convaincu du développement indéfini des sciences, il affirme que le progrès intellectuel et moral de l’humanité peut être assuré grâce à une éducation bien orientée. Emprisonné en 1794, trouvé mort dans sa cellule deux jours plus tard, probablement suicidé par empoisonnement. « Nous ne désirons pas que les hommes pensent comme nous mais qu'ils apprennent à penser d'après eux-mêmes. »
  • 16. François Dominique Toussaint-Louverture F. D. Toussaint Bréda (1743-1803), général et homme politique haïtien. Fils d’un esclave originaire du Bénin, nait dans une plantation coloniale en Haïti, alors colonie française appelée Saint-Domingue. Devient cocher puis palefrenier, se fait affranchir à 33 ans. Lorsqu'arrive la Révolution française, se rallie aux révolutionnai- res. En 1791, les esclaves noirs se révoltent contre les planteurs et colons français. Devient un des chefs de la révolte, combat avec ses 4 000 hommes du côté des Espagnols, ennemis de la France et installés à l’Est de l’île. En mai 1794, rallie les Français qui ont décrété l'abolition de l'esclavage dans leurs colonies antillaises. Aide les troupes françaises à chasser de l'île les Espagnols et leurs alliés anglais. Nommé général de brigade (premier général noir de l’armée française) et en 1801 gouverneur de l'île de Saint- Domingue. Proclame l’autonomie de l’île dans le cadre de la République française, se nomme gouverneur à vie. ../..
  • 17. François Dominique Toussaint-Louverture En 1801, Napoléon Bonaparte envoie 17 000 hommes, et 6 000 autres en 1802, pour reconquérir l'île, considérée comme la "perle des Antilles" et rétablir l’esclavage après 8 années d’abolition. Vaincu, trahi, déporté en France au fort de Joux, près de Pontarlier. Meurt en prison, de froid et de maladie non soignée, en avril 1803. À travers le face à face Napoléon/Toussaint se jouent déjà des éléments essentiels du rapport Nord/Sud. En janvier 1804, son lieutenant Jacques Dessalines proclame l'indépendance de l'île après en avoir chassé les Français. Haïti devint la première république noire indépendante du monde. La France n’abolit définitivement l’esclavage qu’en 1848. « En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses. » F. D. T-L « Toussaint n’est pas seulement un héros haïtien, il est avant tout le héros des masses noires, celui qui nous a libérés de nos chaînes et qui a ouvert la porte de l’émancipation du peuple noir. Toussaint est universel, il est même le premier Noir universel. » Pierre Buteau, historien haïtien
  • 18. Gustavus Vassa Olaudah Equiano (1745-1797), connu sous le nom de Gustavus Vassa, écrivain et abolitionniste africain. Né dans la région d' Eboe (Royaume du Bénin, aujourd'hui sud du Nigeria). À 11 ans, est enlevé par des chasseurs d'esclaves. Un navire de traite l'embarque vers la Barbade où, après un voyage épuisant, il est vendu à une plantation. On le rebaptise en lui donnant par dérision le nom du roi de Suède Gustav Vasa. Passe en Guadeloupe, puis à la Martinique, avant d'être revendu à un planteur de Virginie, aux États-Unis. Là, il est racheté par un commandant de vaisseau. Reste esclave, mais devient marin pendant la Guerre de Sept ans et fait le tour du monde. Apprend à lire et à écrire, se convertit au christianisme. Achète sa liberté en 1766 pour 40 livres (équivalent à 5 500 £ en 2019). S'installe à Londres comme barbier, s'implique dans le mouvement abolitionniste. Les abolitionnistes lui enjoignent d'écrire le récit de sa vie. Y raconte le déchirement qu'a été la séparation d'avec sa famille, sa peur d'enfant, les conditions de sa vie d'esclave. Le livre est célèbre aux États- Unis et en Angleterre, est largement diffusé, devient un classique étudié dans les universités.
  • 19. Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827), pédagogue, éducateur et penseur suisse. Influencé par les idées de Jean-Jacques Rousseau, voue sa vie à l'éducation des enfants pauvres, sourds-muets, etc. Les diverses écoles qu'il fonde avec sa femme Anna - notamment à Stans, Berthoud et Yverdon-les-Bains - servent de modèles dans toute l'Europe. Ses méthodes d'éducation, concrètes et directes, fondées sur le développement progressif de toutes les facultés, sont exposées dans ses ouvrages. Pionnier de la pédagogie moderne. Ses principes éducatifs sont : • présenter l'aspect concret avant d'introduire les concepts abstraits ; • commencer par l'environnement proche avant de s'occuper de ce qui est distant ; • faire précéder d'exercices simples les exercices compliqués ; • procéder graduellement et lentement. Sa pédagogie reste ancrée dans les domaines agricole et professionnel et elle préconise l'enseignement mutuel. « Celui qui ne veut pas s'aider ne peut être aidé par personne. » « L'homme doit rechercher ce qui est juste, et laisser le bonheur venir de lui-même. » Photo du bas : statue en bronze de Pestalozzi à Yverdon
  • 20. Olympe de Gouges Marie Gouze (1748-1793), née à Montauban dans une famille modeste. Suite à la mort de son époux, part avec son fils s'installer à Paris, ne voulant pas tenir son rôle de bourgeoise provinciale. Rêvant de célébrité, prend le pseudonyme d'Olympe de Gouges, créé à partir du prénom de sa mère et de son patronyme. Devient une femme de lettres, publie à partir de 1780 des romans et des pièces de théâtre. Dans ses pièces et autres écrits, dénonce l'esclavage et la peine de mort. Face à l'Assemblée Constituante qui ne donne pas droit de cité aux femmes, publie la "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne". Y prône l'émancipation de la femme et l'égalité totale et inconditionnelle entre les deux sexes. Demande le droit de divorce et le remplacement du mariage religieux par un contrat civil. Soutient le roi Louis XVI, lors de son procès. Après la chute des Girondins, est accusée d’être l’auteur d’une affiche girondine. Arrêtée, condamnée à mort et guillotinée en novembre 1793. Pionnière du féminisme. « Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir. »
  • 21. Jeremy Bentham (1748-1832), philosophe, juriste et réformateur britannique. Renonce à devenir avocat : estime les contradictions, les incertitudes du droit et la confusion de la jurisprudence incompatibles avec son souci de rigueur. La justice ne doit plus se rendre au nom du roi ou au nom de Dieu, mais par référence explicite aux nécessités objectives des rapports humains. Théoricien majeur de la philosophie du droit, homme de gauche dont les idées ont grandement influencé le développement du conséquen- tialisme*, père de l'utilitarisme** avec John Stuart Mill. Précurseur du libéralisme, s'exprime en faveur de la liberté indivi- duelle, de la liberté d'expression, de la liberté économique, de l'abolition de l'usure, de la séparation de l’Église et de l'État, du droit des animaux, de l'égalité des sexes, du droit au divorce, de la décriminalisation des rapports homosexuels, de l'abolition de l'esclavage, de l’abolition de la peine de mort, et de l’interdiction des peines physiques, y compris celle des enfants * conséquentialisme : ensemble des théories morales qui soutiennent que ce sont les conséquences d'une action donnée qui doivent constituer la base de tout jugement moral de ladite action. ** Utilitarisme : doctrine éthique qui prescrit d'agir (ou de ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être collectif : « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». Ce n'est ni l'égoïsme (le plus grand bonheur pour un seul individu, aux dépens des autres), ni l'égalitarisme (même bonheur pour tous, dût-il être globalement faible)
  • 22. Andrew Bell (1753-1832), pasteur écossais de l’Eglise anglicane et quaker. Ayant trouvé dans l'Inde la pratique de l'enseignement mutuel, en fait l'application avec succès de 1790 à 1795 dans une école de Madras, la Madrasa Homme Orphan Asylum, institution fondée par la Compagnie des Indes orientales pour les fils de ses soldats. Choisit un garçon dégourdi (moniteur) à qui il apprend à enseigner l'alphabet à ses camarades en écrivant sur le sable, puis à d'autres garçons comment enseigner d'autres matières. De retour à Londres, y fait connaître les résultats qu'il avait obtenus dans un ouvrage intitulé : Expériences sur l'éducation faite à l'école des garçons à Madras. Joseph Lancaster, maître d'école à Londres, a un peu modifié la méthode. À son décès, la Société pour la promotion de l'éducation des pauvres avait créé 12.000 écoles en Grande-Bretagne. Fondateur en Europe de l'enseignement mutuel, pédagogie active et coopérative (méthode Bell-Lancaster, ou système des moniteurs).
  • 23. Manon Roland Jeanne-Marie Philippon (1754-1793), femme de lettres française. Très cultivée, courtisée, fidèle à son vieux mari Jean-Marie de la Platière, quoique très éprise d’un autre, s’installe à Paris en 1791. Fidèle esprit des Lumières, révolutionnaire passionnée de la première heure, devient la muse du club des Girondins, modérés qui veulent sauver le Roi de l’échafaud et s'élèvent contre la mise en place du Tribunal Révolutionnaire. Calomniés par les Montagnards qui affirment "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !" et par la Commune, ils sont arrêtés en juin 1793 sur ordre de la Convention, notamment sous l'impulsion de Danton, Robespierre et Saint Just, et guillotinés entre le 31 octobre et le 8 novembre 1793. « Les tyrans peuvent me persécuter : mais m’avilir ? Jamais, jamais ! » « Vous connaissez mon enthousiasme pour la Révolution. Eh bien ! j’en ai honte. Elle est ternie par des scélérats, elle est devenue hideuse. » Avant de monter sur l’échafaud sur la place de la Révolution, le 8 novembre 1793, se serait écriée, s’inclinant devant la statue de la Liberté : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
  • 24. Adrien Duport (1759-1798), homme politique français. Avocat puis conseiller au Parlement de Paris. Lecteur de Rousseau, Voltaire et Beccaria, devient le centre de la résistance parlementaire parisienne contre l'absolutisme. S'enthousiasme pour la révolution états-unienne et se lie avec La Fayette. Fin juillet 1987, demande la réunion des États généraux pour doter la France « d'une solide constitution ». Fonde le ‘Parti des nationaux’. Sur sa proposition, le Parlement rend un arrêt qui condamne les actes arbitrai- res du gouvernement, l'emprisonnement sur lettres de cachet et l'exil des opposants à la politique royale. Élu député de la noblesse de Paris aux États généraux en mai1789. Un des principaux auteurs de la réforme judi- ciaire, à travers son rapport de mars 1790 sur l’organisation de la magis- trature. Prononce en mai 1791 un discours très remarqué pour l'abolition de la peine de mort. Est le principal artisan du décret du 27 septembre 1791 (confirmé par la loi du 13 novembre - image du bas) qui accorde une émancipation complète des Juifs de France. En 1792, lance aux députés ce mot prophétique : « Vous êtes sur la route qui conduit à la destruction ». Arrêté puis libéré, s’exile en Angleterre puis en Suisse, revient en France après le décès de Robespierre, doit la quitter à nouveau et meurt en Suisse de tuberculose dans la solitude et l’oubli.
  • 25. Charles de Bonchamps Charles Melchior Artus de Bonchamps (1760-1793), militaire français. Participe à la campagne des Indes et à la guerre d'indépendance des États- Unis. Général commandant des armées vendéennes pendant la guerre de Vendée, empêche les pillages, les incendies et les exécutions, relâche les prisonniers sur la promesse qu’ils ne reprendront pas les armes. Le 17 septembre 1793, l'Armée catholique et royale (24 000 hommes, découra- gés, mal armés, peu disciplinés) commandée par François de Charette et Charles de Bonchamps, rangée en ordre de bataille sur le bord de la grande route de Tiffauges à Cholet, est attaquée par les Républicains sous les ordres du général Jean-Baptiste Kléber (40 000 hommes). Bonchamps, mortellement blessé, est conduit à St Florent-le-Vieil. Sur son brancard, il entend « À mort !, à mort les Bleus ! Tuons-les ! ». Il apprend que dans leur déroute, les Vendéens ont capturé 5 000 Républicains qu’ils ont enfermés dans un couvent. Il demande au comte d’Autichamp, son cousin, d’obtenir la grâce des Bleus : « Mon ami, c'est sûrement le dernier ordre que je vous donnerai, laissez-moi l'assurance qu'il sera exécuté ! ». Autichamp galope jusqu’au couvent où les Vendéens s’apprêtent à la vengeance, fait battre le tambour pour obtenir le silence et proclame : « Grâce aux prisonniers ! Bonchamps le veut, Bonchamps l’ordonne ! ». Les soldats hésitent, se regardent. Ils n’ont pas la charité de leur général, mais ils le respectent profondément. Ils libèrent les prisonniers. Quelques heures après, ils s’agenouillent devant la dépouille de leur chef.
  • 26. François-René de Chateaubriand (1768-1848), écrivain et homme politique français. Ses parents le destinaient à l'Église, mais il s'engage à 17 ans comme sous- lieutenant au régiment de Navarre. Obtient une mission pour les États- Unis, séjourne à Londres. Opposé à la Révolution, ministre de Napoléon puis opposant à celui-ci, Ministre des Affaires étrangères sous la Restauration, ambas- sadeur à Rome sous Charles X. Un des précurseurs du romantisme français. Confronte le destin de l’homme et l’histoire du monde. Bien avant Gandhi, John Maynard Keynes, Simone Weil, Ivan Illich, Jacques Ellul, Albert Jacquard, Paul Jorion, etc., s’interroge sur les conséquences pour l’humanité de la disparition du travail manuel par le machinisme, la robotique, l’automatisation, l’informatisation, l’intelli- gence artificielle : « Supposez des bras condamnés au repos en raison de la multiplication et de la variété des machines : que ferez-vous du genre humain désoccupé ? »
  • 27. Friedrich Hölderlin (1770-1843), poète et philosophe allemand de la période classico-romantique. Précepteur, notamment à Bordeaux, et surtout à Tübingen pendant 36 ans chez le menuisier Zimmer. Ami de Hegel et Schelling. Ses vers, sa prose sont des tentatives de s'envoler là-bas, de vouloir faire revenir dans son Allemagne les anciens dieux et les communautés d'hommes libres. La seule porte permettant d'accéder aux secrets enfouis est pour lui la nature. Propose d’habiter poétique- ment le monde. « Et pourquoi des poètes en temps de détresse? (…) Plein de mérites, mais en poète l'homme habite sur cette terre ». « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. » Cette formule correspond à une vision hégélienne du changement où toute action provoque sa réaction contraire. Elle est souvent utilisée par Edgar Morin pour montrer que les contradictions d’un système sécrètent les bases de leur propre dépassement. Ainsi les catastrophes entrainent des élans de solidarité, les crises économiques peuvent provoquer des réactions salutaires des États, des citoyens, créant ainsi les bases d’une nouvelle société. Mais, peut-on objecter, alors que la cordée est faite pour protéger des chutes individuelles, si plusieurs décrochent, la cordée toute entière sera entrainée dans le vide. Il faudrait ajouter : « Là où croît ce qui sauve, croît un nouveau danger… »
  • 28. Charles Fourier (1772-1837), philosophe et économiste français de l’école utopiste. Commis-voyageur et caissier, fonde en 1832 l’hebdomadaire Le Phalan- stère. Transpose la loi d’attraction dans les rapports humains et élabore une organisation sociale constituée d’individus aux caractères différents et complémentaires, regroupés par combinaison des 13 passions humaines fondamentales, et qui mène à l’harmonie universelle. Les phalanstères sont des groupements de production et de consommation dans lesquels chaque phalanstérien pratique plusieurs métiers par alternance, ce qui lui permet de développer toutes ses facultés. Les revenus sont répartis entre le capital, le travail et le talent. Promeut ainsi plusieurs idées très innovantes dont la création de crèches. N’attend rien de l’action politique, ni de l’intervention du peuple, ni du recours à la violence. Le passage de la société actuelle à la société nouvelle doit se faire par contagion. Participe lui-même en 1833 avec Victor Considerant au premier essai de réalisation : la "Colonie sociétaire" de Condé-sur-Vesgre, près de Rambouillet, sera un échec mais abrite aujourd’hui une douzaine de familles et reste un lieu de rencontres.
  • 29. Barthélemy Thimonnier (1793-1857), inventeur français. Tailleur journalier. En tirant l'aiguille pour habiller ses clients, est hanté par l'idée de coudre mécaniquement et d'utiliser un crochet analogue à celui utilisé par les ouvrières qui font des broderies au crochet dans les monts du Lyonnais. En 1829, met au point le premier métier à coudre, "la couseuse". En janvier 1831, environ 200 ouvriers tailleurs saccagent l'atelier de la rue de Sèvres qu’il a ouvert à Paris avec Auguste Ferrand*. De retour à Amplepuis (Rhône), dépose des brevets en 1845 ("métier à coudre à point de chaînette") et 1847 ("couso-brodeur", image du bas) pour des nouveaux modèles de machines à coudre. Remporte un prix l’Exposition universelle de Paris en 1855, reçoit des éloges dans la presse, mais l'utilisation de la machine ne se répand pas. De nombreux voyages dans la capitale ne lui apportent pas la fortune. Termine sa vie comme tailleur d'habits, dans la misère, réduit à vendre ses outils pour subvenir à ses besoins. * de même que les canuts avaient menacé Joseph Jacquard (1752-1834) de le jeter dans le Rhône et avaient détruit son premier métier à tisser.
  • 30. Nikolai Grundtvig (1783-1872), pasteur luthérien, écrivain, poète, linguiste, historien, et pédagogue danois. Initiateur des écoles populaires, considéré comme le père de la formation tout au long de la vie ou formation continue. Plutôt que de former des érudits, affirme que l’école et l'univer- sité doivent éduquer les élèves à une participation active dans la société. S’efforce particulièrement d’associer l’instruction en commun à l’éducation dans la famille, et d’imprimer à l’enseignement une direction locale en vue de rendre essor à la vie populaire. Ainsi, les compétences pratiques ainsi que la poésie et l'histoire nationale doivent constituer une partie essentielle de l'instruction. Promeut dans toutes les branches de la vie éducative l’esprit de liberté, la poésie et la créativité disciplinée, les valeurs telles que la sagesse, la compassion, l'égalité, la coopération et la découverte.
  • 31. Sojourner Truth Isabella Baumfree, ou Isabella Van Wagener (v. 1797-1883), militante états-unienne pour l’abolition de l’esclavage et les droits des femmes. Née dans l'ancienne colonie hollandaise du comté d'Ulster au sein d'une famille de 13 enfants, ne parle que le néerlandais lorsqu'elle est vendue à l'âge de 11 ans. En 1827, s'enfuit avec sa plus jeune fille de la ferme de son 3ème maître qui refuse de la libérer après l'abolition de l'esclavage dans l'État de New-York. En 1843, inspirée par une révélation spirituelle, change son nom pour Sojourner Truth, devient une fervente défenseuse de la cause abolitionniste et du mouvement des droits des femmes. Durant la Guerre de Sécession, organise des collectes de vivres pour les régiments noirs combattant pour l'Union, puis s'installe à Washington, après la promulgation de la Proclamation d'émancipation, afin de travailler avec d'anciens esclaves. Après la guerre civile, travaille à faciliter la recherche d'emplois des réfugiés noirs. En 1851, dans l’Ohio, prend la parole à la Womens Convention de Akron (Ohio), après qu’un homme ait contesté l’égalité femmes-hommes, soulignant la moindre force physique des femmes : son le plus célèbre discours est "Ain’t a woman ?" ("Ne suis-je pas une femme ?").
  • 32. Samuel Sharpe (1801-1832), esclave jamaïcain. Bénéficie d'une éducation poussée, devient diacre et prédicateur de l'église baptiste, et leader pour les esclaves. Son supérieur ecclésiastique est le missionnaire abolitionniste anglais Thomas Burchell (1799–1846, photo du bas) Alors que le Parlement britannique discute d'abolir l'esclavage, et croyant l'abolition actée, initie une grève générale pacifique pour protester contre les conditions de travail, à la fin d'année 1831, au moment de la récolte de la canne à sucre. Le soulèvement dure 10 jours, se propage sur toute l'île, mobilisant jusqu'à 60 000 personnes, mais dégénère rapidement en une rébellion armée : 14 morts parmi les Blancs et plus de 200 parmi les esclaves, dont le mouvement est écrasé en 2 semaines. Jugé, condamné et pendu avec de nombreux autres chefs de file. Les sévères représailles du gouvernement jamaïcain contribuent à l'adoption par le Parlement de la loi de 1833 sur l'abolition de l'esclavage en Jamaïque et à l'abolition définitive de l'esclavage dans l'Empire britannique en 1838. Proclamé héros national de la Jamaïque. Son visage est repré- senté sur les billets de 50 dollars jamaïcains. « Je préférerais mourir sur la potence que vivre en esclave. »
  • 33. Victor Schoelcher (1804-1893), homme politique français. Famille aisée, courtes études au lycée Condorcet, côtoie les milieux littéraires et artistiques parisiens. Son père, industriel dans la porcelaine, l’envoie en Amérique latine entre 1828 et 1830 pour faire du commerce. Profondément révolté par l'esclavage qu’il découvre à Cuba. De retour en France, devient journaliste et adhère à la ‘Société pour la libération des esclaves’. Dénonce l'esclavage par des articles dans des journaux et des livres. Dans le gouvernement provisoire de 1848 (IIème République), nommé sous-secrétaire d'État à la marine et aux colonies. Contribue à faire signer un décret d’abolition définitive de l'esclavage dans les colonies le 27 avril 1848. Député de Martinique et de Guadeloupe (1848-1851), puis sénateur de Martinique (1871-1893). En 1877, dépose une proposition de loi pour interdire la bastonnade dans les bagnes. Milite aussi contre la peine de mort et défend les droits civils des femmes. « Le seul, l'unique remède aux maux incalculables de la servitude, c'est la liberté. Il est impossible d'introduire l'humanité dans l'esclavage. Il n'existe qu'un moyen d'améliorer réellement le sort des Nègres, c'est de prononcer l'émancipation complète et immédiate. »
  • 34. Jeanne Deroin (1805-1894), féministe et socialiste française. Ouvrière lingère autodidacte, obtient le brevet d'institutrice. Rédige dès 1831 un plaidoyer contre "l'assujettissement de la femme". Épouse en 1832 le saint- simonien Antoine Desroches, tout en refusant de prendre son nom et en insistant lors de la cérémonie civile sur son statut d'égalité. Malgré son adhésion - critique - aux idées des socialistes utopiques, reste peu active jusque 1848, car elle élève leurs trois enfants. En juin 1848, fonde avec Désirée Gay (1810-1891) et Eugénie Niboyet (1796-1883) La Politique des Femmes, "journal publié pour les intérêts des femmes et par une société d’ouvrières". Lors de la Révolu- tion de 1848, se présente comme candidate aux élections législatives du 13 mai. Pierre-Joseph Proudhon, comme la plupart des socialistes, juge cette candidature "excentrique", et même des femmes comme George Sand l'estiment déplacée. Les caricatures d’Honoré Daumier (image du bas) tournent en ridicule les aspirations de ses contemporaines au vote ou au travail et présentent leur émancipation comme une catastrophe pour l'ordre domestique. Après le coup d'État du 2 déc. 1851, doit s'exiler en Angleterre où elle meurt dans la pauvreté.
  • 35. Alexis de Tocqueville Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville (1805-1859), philosophe politique français, historien, précurseur de la sociologie et homme politique. Suit des études de droit et devient magistrat. En 1830, obtient une mission du ministère pour aller étudier le système pénitentiaire états- unien, ce qui constitue son passeport pour aller découvrir les États-Unis et comprendre ce qu'il tient pour le meilleur exemple disponible de démocratie. De ce séjour de près d'un an, tire De la démocratie en Amérique, une analyse du système démocratique en général, de ses vertus, de ses risques et de sa dynamique, et de son illustration particu- lière américaine. Complète son information par un court séjour en Angleterre. Montre que l'État de droit et les libertés individuelles sont les moteurs indispensables du progrès économique et social. Craint toute- fois que le mouvement démocratique et l'individualisme ne conduisent à terme à une atomisation de la société et ne débouchent sur l'avènement d'un État despotique. Dans L'Ancien Régime et la Révolution, montre que les révolu- tionnaires ont achevé la centralisation commencée sous Louis XIII et Louis XIV.
  • 36. Guiseppe Mazzini Giuseppe Mazzini (1805-1872), révolutionnaire et patriote italien, fervent républicain et combattant pour la réalisation de l'unité italienne. Organise en 1831 un mouvement politique appelé Giovine Italia inspiré par le socialisme et qui s'appuie sur la jeunesse. En avril 1834, avec 6 autres Italiens, 5 Allemands et 5 Polonais, fonde, près de Berne où il est alors exilé, l'association Giovine Europa (‘Jeune Europe’), mouvement à la fois politique et culturel. C’est la plus grande réalisation de ses idées de la liberté des nations. Son objectif est de fédérer les nations européennes sur des bases fraternelles et républicaines. Le mouvement a également un rôle important dans la promotion des droits des femmes. Ce mouvement révolutionnaire fédère les différents mouvements nationalistes européens (irlandais, grecs, polonais, italiens...) qui aboutissent en 1848 au "Printemps des peuples". L'association politique s'est dissoute en 1836, deux ans après sa fondation et Mazzini est banni de la Suisse. « L’humanité ne sera vraiment constituée que lorsque tous les peuples qui la composent, ayant acquis leur souveraineté naturelle, seront associés en une fédération républicaine. »
  • 37. Victor Considerant (1808-1893), philosophe et économiste français. Polytechnicien, ingénieur militaire, abandonne la carrière pour se consacrer à la diffusion des idées de son maître et ami Charles Fourier. Fonde le journal La Phalange, qui devient en 1843 Démocratie pacifique. Élu député, siège à l'extrême-gauche, affirme le droit au travail qui devient une des idées fortes des socialistes français de 1848. En droit constitutionnel, inventeur, en 1846, de la représentation proportionnelle. En juin 1848, seul député à proposer le droit de vote pour les femmes. Exilé suite à une manifestation avec Ledru-Rollin contre Louis- Napoléon Bonaparte, se réfugie en Belgique puis crée au Texas, avec l’appui de Jean-Baptiste Godin et du fouriériste états-unien Albert Brisbane, la colonie de Réunion, près de Dallas (1854-1858) Critique les évolutions économiques et technologiques de son époque considérées comme trop rapides, prend la défense de la petite entreprise contre la grande, soutient la révolte des Canuts à Lyon. Partisan déclaré d’une fédération européenne, comme Victor Hugo. Adhère un temps à la Première Internationale, puis se retire définitive- ment de la vie politique.
  • 38. Abd el-Kader (1808-1883), homme politique et chef militaire algérien, écrivain et poète, philosophe et théologien soufi, humaniste et exégète. Combat la colonisation française en Algérie de 1832 à 1847, est mis hors la loi en Algérie et au Maroc. En 1843, 21 ans avant la convention de Genève, promulgue une charte des droits des prisonniers. Emprisonné à Toulon, à Pau puis à Ambroise, exilé en Turquie puis en Syrie. En juillet 1860, des fanatiques sunnites attaquent les quartiers chrétiens, grecs et maronites, tuant plus de 5 000 habitants. Intervient pour arrêter le massacre et protège au péril de sa vie la communauté des chrétiens de Damas. Consacre le reste de sa vie à des œuvres de bienfaisances, à l'étude des textes scientifiques et sacrés et à la méditation. "Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme ; interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez ce qu’il est. Si l’eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce, c’est qu’elle vient d’une source pure."
  • 39. Wilhelm Weitling (1808-1871), Allemand, enfant illégitime d’une domestique et d'un officier de l'armée française d'occupation de Napoléon. Compagnon tailleur, théoricien, écrivain et réformateur social. Premier théoricien du communisme, représentant du socialisme utopique aux convictions chrétiennes. Quitte la Ligue des bannis (association constituée d’Allemands exilés en France, parce que persé- cutés dans leur pays d’origine à cause de leurs idées démocratiques et révolutionnaires), et crée la ‘Ligue des justes’ (Bund der Gerechten). Celle-ci, précurseur des futurs partis socialistes et communistes en Europe et dans le monde, prône la lutte sociale au détriment de la pratique conspirative. S’établit en Suisse en 1841. Incarcéré 10 mois à Zürich, émigre en Angleterre puis aux États-Unis. En 1846, s’oppose à Karl Marx car les deux hommes ont des conceptions différentes de la révolution. Dans le film Le jeune Marx de Raoul Peck (2017), Weitling dit à Marx : « Tu as gagné, mais tout ça finira dans des camps. » Édite entre 1850 et 1855 à New-York la revue Republik der Arbeiter (République des travailleurs). « Il y aura toujours des révolutions, mais elles ne seront pas toujours sanglantes. »
  • 40. Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), socialiste français. Ouvrier typographe, puis correcteur, imprimeur, conseil juridique dans une entreprise de transports fluviaux, journaliste, député. Polémiste, économiste, philosophe et sociologue. Écrit dans Philosophie de la misère en 1846 que la propriété manifeste l’inégalité, mais est l'objet même de la liberté; le machinisme accroît la productivité, mais détruit l’artisanat et aliène le salarié; la liberté elle-même est indispensable, mais cause l'inégalité. Élabore la théorie du crédit à taux zéro qui anticipe le fonctionne- ment des mutuelles d’aujourd'hui. Imagine la création d’une banque d’échange ou "banque du peuple", dont le but est l’abolition de la monnaie, du salariat, la suppression de toute prise d’intérêt et de toute réalisation de profit dans le cadre des structures d’échange entre les individus. Condamné à la prison (1849-1852) pour son opposition à Louis- Napoléon Bonaparte. À nouveau condamné en 1857 pour sa critique contre la religion chrétienne, s’exile en Belgique, est amnistié Père du syndicalisme ouvrier, précurseur de l'anarchisme. Un des premiers théoriciens du fédéralisme, entendu non pas seulement comme libre association des communes, mais comme point de jonction entre l’industrie et la campagne, l’ouvrier et le paysan. ../..
  • 41. Pierre-Joseph Proudhon Considère la guerre comme une conséquence des maux écono- miques et du paupérisme, et en prévoit l'élimination dans la société future fondée sur le travail. Réfute l'hypothèse d'une révolution violente. Auteur de plus de 60 livres, seul théoricien révolutionnaire du 19ème siècle à être issu du milieu ouvrier. Ses partisans s’opposeront aux représentants du socialisme marxiste lors de la 1ère Internationale à Londres en sept. 1864. Par ailleurs très conservateur au sujet du rôle des femmes, antisémite, défend l’esclavage. « La propriété, c’est le vol » (1840) « Ne nous posons pas en apôtres d’une nouvelle religion ; cette religion fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueil- lons, encourageons toutes les protestations ; flétrissons toutes les exclusions, tous les mysticismes ; ne regardons jamais une question comme épuisée, et quand nous aurons usé jusqu’à notre dernier argument, recommençons s’il faut, avec l’éloquence et l’ironie. À cette condition, j’entrerai avec plaisir dans votre association, sinon, non ! » Lettre à Karl Marx qui lui propose d'être son correspondant attitré pour la France, mai 1846 « L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir. » (1849)
  • 42. Louis Braille (1809-1852), Français, fils d’un bourrelier. Âgé de 3 ans, alors qu’il fait des trous dans un morceau de cuir avec une alêne, se blesse l’œil droit. L'infection s'étend à l'œil gauche, et provoque la cécité. Admis à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles, école fondée en 1784 par Valentin Haüy. Enseigne la grammaire, l'histoire, la géographie, l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, le piano, le violoncelle, l’orgue. À l'école, les enfants apprennent à lire sur des lettres en relief mais ne peuvent pas écrire, car l'impression est faite avec des lettres cousues sur du papier. En 1821, le capitaine Barbier de la Serre présente son système phonétique en relief, l’ "écriture nocturne", destiné à être utilisé dans l'obscurité par l'armée. Braille invente alors un système d’écriture tactile à 6 points saillants : le braille. Invente aussi une méthode nouvelle (décapoint) "pour représenter par des points la forme même des lettres, les cartes de géographie, les figures de géométrie, les caractères de musique, etc." Crée en 1847 la première machine à écrire le braille. Meurt de la tuberculose.
  • 43. Harriet Beecher Stowe (1811-1896), femme de lettres états-unienne. Épouse un pasteur avec qui elle partage un engagement contre l'esclavagisme. Son roman d'inspiration chrétienne, humaniste et féministe La case de l'oncle Tom (1852) dénonce l'institution et le commerce de l'esclavage. Vendu à des millions d'exemplaires, il est reçu comme un électrochoc pour la conscience publique américaine, au moment où les tensions légales et sociales entre esclavagistes et abolitionnistes deviennent de plus en plus tendues. « Osez me dire qu'un homme doit travailler toute sa vie, depuis l'aube jusqu'au soir, sous l’œil vigilant d'un maître, sans pouvoir manifester une fois sa volonté, courbé sous la même tâche monotone et terrible, avec tout juste assez de nourriture pour être en état de continuer sa tâche ! » « Les convulsions qui bouleversent aujourd'hui les peuples ne sont, je l'espère, que l'enfantement douloureux de la paix et de la fraternité universelles. »
  • 44. Mikhaïl Bakounine (1814-1876), écrivain et militant russe. D'origine noble, d'abord officier d'artillerie, quitte l'armée, apprend la philosophie à l'Université de Moscou. Se rend en Allemagne pour étudier Hegel, découvre la politique. Contraint de s'exiler à Paris en 1842, rencontre Marx, Engels, Proudhon et Herzen, participe avec enthousiasme à la Révolution de 1848. Condamné à mort par les Allemands, gracié, 6 ans de cachot, livré à la police politique russe, s'évade d'un camp de déportation de Sibérie en 1861. Après un périple via Japon et États-Unis, s'installe en Angleterre, se rallie à la ‘Première Internationale’. Séduit par les idées de Proudhon, élabore une nouvelle théorie politique, l'anarchisme. Fonde l‘’Alliance Internationale de la démocratie socialiste’. S'oppose à Karl Marx qu'il juge trop autoritaire, s'installe en Suisse en 1867, se retire progressivement de la vie politique. En désaccord avec l'étatisme prôné par Marx, rompt définitivement avec lui en 1872 lors du congrès de La Haye. Pour lui, à travers Dieu, c'est l'autorité, la hiérarchie et, au bout du compte, l'État qui sont sacralisés, permettant ainsi de justifier toutes formes d'oppression.
  • 45. Jean Macé (1815-1894), pédagogue, enseignant, journaliste et homme politique français. Issu d'un milieu ouvrier, études au collège Stanislas à Paris. Contraint à quitter Paris après le coup d'État de décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, trouve refuge à Beblenheim, en Alsace. Y applique sa conception de la pédagogie dans une école de jeunes filles. Écrit pour les enfants des ouvrages de vulgarisation scientifique comme L’Histoire d’une bouchée de pain, lettres à une petite fille sur nos organes et nos fonctions, publié en 1861. Écrit des articles dans L'Économiste français, hebdomadaire économique fondé en 1862 par le fouriériste Jules Duval (1813-1870). Œuvre pour l’instruction des masses en fondant le Magasin d'éducation et de récréation en 1864 avec l'éditeur Pierre-Jules Hetzel, puis en 1866 de la ‘Ligue de l'enseignement’ qui se bat pour l’instauration d’une école gratuite, obligatoire et laïque. Initié en franc-maçonnerie au sein de la ‘loge la Parfaite harmonie’. À la suite de la défaite de 1870, influence le ‘Grand Orient de France’ dans un sens patriote et chauvin.
  • 46. Elizabeth Cady Stanton et Susan Anthony Militantes anti-esclavagistes et féministes états-uniennes. E. Cady (1815-1902). Alors qu'elle étudie le droit dans le bureau de son père, apprend l'existence des lois discriminatoires qui régissent la vie des femmes, décide de se battre pour obtenir des droits égaux pour le sexe féminin. En 1840, épouse Henry Stanton, avocat partisan de l'abolition de l’esclavage, après avoir insisté pour que le mot "obéir" soit supprimé de la cérémonie de mariage. Formule en 1848 la première demande organisée en faveur du suffrage féminin aux États- Unis. S. Antony ( 1820-1906). Son père, Daniel, Quaker abolitionniste et pacifiste, ouvre une école chez lui pour que les filles puissent apprendre les mathématiques, ce qui leur est refusé dans l’école locale. À l'âge de 16 ans, organise une pétition contre l'esclavage. En 1849, secrétaire des Daughters of Temperance contre l'abus d'alcool. En 1856, tente d'unifier les mouvements de défense afro-américains et féministes et devient un agent de l'American anti-slavery society. Fondent en mai 1869 à New-York la National Woman Suffrage Association (NWSA - Association nationale pour le vote des femmes). Les femmes obtiennent le droit de vote aux États-Unis en août 1920.
  • 47. Karl Marx (1818-1883), philosophe allemand, historien, journaliste, écono- miste, sociologue, essayiste, militant politique. Grands-parents de tradition juive, baptisé dans le luthérianisme. Études de droit, d’histoire et de philosophie à Trèves, Bonn et Berlin. Marqué par Hegel et Feuerbach. Journaliste à Cologne, puis à Paris (1843) à cause de la censure prussienne. En 1843, épouse Jenny de Westphalen, une aristocrate à laquelle il écrira toute sa vie des lettres d’amour. Se lie d’amitié avec Friedrich Engels (1820-1893), se brouille avec Proudhon. Expulsé de Paris (1845), s’installe à Bruxelles, revient à Paris lors de la révolution de 1848, puis à Cologne, Paris et Londres (1849). Rédige des articles "alimentaires" pour des journaux tout en se livrant à des recherches approfondies en économie, histoire, politique. Développe une conception matérialiste de l'histoire. Ses revenus très précaires permettent à peine d’entretenir sa femme Jenny von Westphalen et leurs enfants. En 1859, se rapproche du journal Das Volk alors que Ferdinand Lassale et Wilhelm Liebknecht fondent un parti ouvrier, l’Association générale des travailleurs allemands (Allgemeiner Deutscher Arbeiter verein - ADAV). ../..
  • 48. Karl Marx En 1864, tente d’unifier le mouvement ouvrier et socialiste en participant à l’ "Association internationale des travailleurs" (1ère Internatio- nale). Son ouvrage Le capital (1867) décrit les rouages du capitalisme. Consacre la fin de sa vie à l’organisation de l’Internationale, à l’écriture de la suite du Capital et, en plus des langues vivantes qu'il maîtrisait déjà (allemand, français, anglais, italien), apprend le russe. Affirme que la lutte des classes (exploiteurs et exploités) est le moteur de l'histoire. Le prolétariat doit s'organiser à l'échelle internatio- nale afin de s'emparer du pouvoir et, après une période de transition ("dictature du prolétariat"), conduire à l'abolition des classes et la disparition de l'État (communisme). Les critiques du marxisme (y compris les socialistes sociaux- démocrates) voient dans le concept de "dictature du prolétariat" un danger fatal pour la démocratie, et arguent qu'en son nom, dirigeants politiques (Lénine, Staline, Mao, etc.), bureaucratie et nomenklatura ont accaparé le pouvoir de manière dictatoriale et sanglante dans les régimes politiques se réclamant du marxisme. ../..
  • 49. Karl Marx « Un homme qui ne dispose d'aucun loisir dont la vie tout entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le capitaliste, est moins qu'une bête de somme. C'est une simple machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement. » « La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés qu’un objet n’est nôtre que lorsque nous le possédons. » « La religion est le soupir de la créature opprimée (…) Elle est l'opium du peuple. » « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer. » « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. » Image de bas : Affiche du film de Raoul Peck avec l'aide de Pascal Bonitzer Le jeune Karl Marx (2017)
  • 50. Frederick Douglass (1818-1895), orateur, militant abolitionniste, éditeur et fonction- naire états-unien. Né esclave, réussit à s'instruire et s'enfuir. Communicateur éloquent, devient agent de la Massachusetts Anti- Slavery Society, et écrit son autobiographie. En danger dans son pays à cause de ses idées, se réfugie en Europe, où ses nouveaux amis obtiennent son affranchissement et un financement pour qu'il fonde le journal The North Star à son retour. Avocat précoce de la déségrégation dans les écoles. Désigné par l’Equal Rights Party sans s'être porté candidat, est le premier Noir candidat à la vice-présidence lors de l'élection présidentielle. Croit fermement à l'égalité de tous, y compris les descendants d'Africains, les femmes, les Amérindiens, les immigrés, et évidemment tous les autres Américains d'ascendance européenne. « Ceux qui professent vouloir la liberté et déplorent le militantisme sont comme le paysan qui voudrait récolter sans avoir labouré. »
  • 51. Frédéric Passy (1822-1912), économiste et homme politique français, membre de l'Institut. Consacre sa vie à l'idéal pacifiste et diffuse des idées féministes, abolitionnistes, sociales et libérales. À l'issue d'une campagne qu'il mène dans le journal Le Temps contre une guerre entre la France et la Prusse, fonde à Genève la ‘Ligue de la paix et de la liberté’ en mai 1867. La Ligue ne parvient pas à empêcher la guerre franco-prussienne de 1870, ce qui conduit à sa dissolution. Mais, loin de se décourager, Passy crée la ‘Société française des amis de la paix’, qui devint en 1889 la ‘Société française pour l’arbitrage entre nations’, à vocation plus spécifique, ancêtre de la Société des Nations (SDN) puis de l'ONU. La Ligue fait paraître en 1867 sa revue États-Unis d’Europe. En décembre1901, reçoit conjointement avec le Suisse Henri Dunant, fondateur de la ‘Croix-Rouge’, le premier prix Nobel de la paix. Passy publie en 1909 son ouvrage Pour la Paix qui retrace son action en faveur de l’harmonie mondiale.
  • 52. Henri Dunant (1828-1910), homme d'affaire humaniste suisse, Chrétien Protestant. Pendant un voyage d'affaires en juin 1859, se trouve à proximité de la ville italienne de Solferino et découvre les dégâts humains de la bataille qui vient de s’y dérouler (38 000 morts et blessés). Obtient des Français que les médecins autrichiens faits prisonniers aident à la prise en charge des blessés. Met en place d'autres hôpitaux et fait venir du matériel à ses frais. L’année suivante, participe à Genève à la fondation du "Comité international de secours aux militaires blessés", désigné dès 1876 sous le nom de "Comité international de la Croix-Rouge"". Avec Frédéric Passy, premier prix Nobel de la paix en 1901. « Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent ! »
  • 53. Louise Michel (1830-1905), institutrice, militante féministe, révolutionnaire et libertaire française. À Paris, aide les femmes à vivre par le travail et mène une activité politique. Très active pendant la ‘Commune de Paris’, déportée en Nouvelle-Calédonie. Accueillie par la foule à son retour à Paris, reprend son activité militante, donne des conférences, intervient dans des meetings, défend l'abolition de la peine de mort, les ouvriers et les chômeurs. En 1888, un extrémiste attente à sa vie et la blesse à la tête, mais elle témoigne à son procès pour qu’il n’aille pas en prison. Lassée par les calomnies et le manque de liberté d’expression, s’installe à Londres en 1890 et y gère une école libertaire. Revient en France en 1895. Arrêtée à plusieurs reprises lors de manifestations, emprisonnée pendant trois ans, libérée sur l'intervention de Clémenceau. Une foule de 120 000 personnes l’accompagne lors de ses funérailles jusqu’au cimetière de Levallois. "La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter."
  • 54. Élisée Reclus (1830-1905), géographe libertaire français. Communard, militant et théoricien anarchiste, pédagogue et écrivain prolifique, citoyen du monde avant l’heure, précurseur de la géographie sociale, de la géopolitique et de l'écologie. Cofondateur d’une banque et de sociétés coopératives. Ses ouvrages majeurs sont Histoire d’un ruisseau, sa Géographie universelle en 19 volumes et L'Homme et la Terre en 6 volumes. Sa vision embrasse l’écologie, le social, l’économique, le psychologique, l’impact des migrations et des masses sur l’environnement. Termine sa vie en Belgique. « C’est dans la famille surtout, c’est dans ses relations journalières avec les siens que l’on peut le mieux juger l’homme : s’il respecte absolument la liberté de sa femme, si les droits, la dignité de ses fils et de ses filles lui sont aussi précieux que les siens, alors la preuve est faite ; il est digne d’entrer dans une assemblée de citoyens libres ; sinon, il est encore esclave, puisqu’il est tyran. » ../..
  • 55. Élisée Reclus « Notre destinée, c'est d'arriver à cet état de perfection idéale où les nations n'auront plus besoin d'être sous la tutelle d'un gouvernement ou d'une autre nation; c'est l'absence de gouvernement, c'est l'anarchie, la plus haute expression de l'ordre. » « Prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès. » « Devenu la conscience de la Terre, l’homme assume par cela même une responsabilité dans l’harmonie et la beauté de la nature environnante. » « M. Reclus est un homme fort instruit, laborieux et d’habitudes régulières, mais très rêveur, bizarre, obstiné dans ses idées et croyant à la réalisation de la fraternité universelle » Rapport du 9 janvier 1874, Archives de la Préfecture de Police
  • 56. Tatanka Yotanka (1831-1890), "bison mâle qui se roule dans la poussière" (mal traduit par Sitting Bull, "taureau assis"), chef de tribu et médecin des Lakotas Hunkpapas (Sioux). A une intense spiritualité qui a alimente une constante recherche de compréhension de l'univers et de la manière dont, personnellement, il pourrait apporter ses pouvoirs au profit de son peuple. Un des principaux Peaux Rouges résistants face à l'armée américaine lors de la conquête du far-west. Assassiné par la police indienne sous prétexte de résistance alors qu’on venait l’arrêter pour sa participation présumée à un mouvement de protestation. « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le Visage pâle réalisera que l'argent ne se mange pas »*. * Cette citation est parfois attribuée à Géromino, guerrier apache (1829-1909)
  • 57. Jules Ferry (1832-1893) homme politique français. Opposant à l'Empire, est après la chute de celui-ci en 1870, membre du gouvernement provisoire, et maire de Paris pour quelques mois. Franc-maçon et anticlérical, mais pas antireligieux. Sous la IIIe République, ministre de l’Instruction publique, auteur des lois restaurant l'instruction obligatoire et gratuite qui avait été instituée en 1793, sous l'impulsion de Louis- Joseph Charlier. Promoteur de « l'école publique laïque, gratuite et obligatoire », considéré, plusieurs décennies après sa mort, comme l'un des pères fondateurs de l'identité républicaine. Incite les enseignants à respecter scrupuleusement l'autorité des parents, condition nécessaire pour « communiquer la sagesse du genre humain, […] une de ces idées d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité ». Favorise le développement des libertés publiques en France : liberté de réunion, de la presse, autorisation des syndicats de salariés. Montre au cours de sa carrière politique un fort engagement pour l'expansion coloniale française : « Les races supérieures (…) ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Cette affirmation indigne l’anticolonialiste Georges Clémenceau.
  • 58. Alfred Nobel (1833-1896), chimiste, industriel et fabricant d'armes suédois. Études à St Pétersbourg puis aux États-Unis. Inventeur de la dynamite à partir de la nitroglycérine. Possède l'entreprise d'armement Bofors. Réside à Paris à partir de 1875, puis en Italie en 1890. Écrit en 1892 à son amie Bertha von Suttner que la dynamite, par sa puissance destructrice, mettra peut être fin à la guerre avant tous les parlements. Dans son testament, lègue son immense fortune pour la création du prix Nobel. 20 ans plus tard, la dynamite explose sur les champs de bataille de la 1ère guerre mondiale. « Le jour où deux armées auront la possibilité de s’anéantir mutuellement en l’espace d’une seconde, toutes les nations civilisées du monde reculeront devant cette horreur et démobiliseront leur troupes. » (Ce raisonnement est repris par les théoriciens de la dissuasion nucléaire, qui croient encore au père Nobel et préconisent le renforcement de l’arsenal de leur pays…) Photo : Remise du prix Nobel de la paix 2014 à Malala Yousafzai et à Kailash Satyarthi pour leur lutte en faveur des droits des enfants.
  • 59. Mark Twain Samuel Langhorne Clemens (1835-1910), écrivain, essayiste et humo- riste étatsunien. Apprenti typographe puis imprimeur, militaire, pilote de bateau à vapeur sur le Mississippi, chercheur d’or dans le Nevada, journaliste à San Francisco. Se déplace en Europe en tant que correspondant de presse. Se fait connaître par son roman Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et sa suite, Les Aventures de Huckleberry Finn (1884). Ses textes plus graves dénoncent avec pessimisme les excès de la "civilisation" et l’immoralité érigée en morale. Pamphlétaire virulent et irrévé- rencieux, notamment lorsqu’il s’en prend à la religion, souligne des points qui lui semblent incohérents dans la Bible et dénonce les crimes commis au nom de Dieu et du Christ, défend la cause des Juifs. Farouche pourfendeur de l’impérialisme étatsunien, dénonce la guerre hispano-américaine (prétendument entreprise pour "libérer" Cuba des Espa- gnols, en fait pour la soumettre aux intérêts des Etats-Unis), la conquête de Porto Rico, de Guam, des Îles de la Vierge et tout particulièrement la conquête des Philippines(1899-1913) : « Dieu a créé la guerre pour que les Américains apprennent la géographie », ironise-t-il. « La peur de mourir résulte de la peur de vivre. Une personne qui vit pleinement est prête à mourir à tout moment. (…) « Le secret pour avancer, c'est de commencer. C'est de découper les tâches complexes et trop impor- tantes en petites actions facilement réalisables. Puis d'entreprendre la première. » « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »
  • 60. Pauline Kergomard (1838-1925), née Reclus, institutrice, directrice d’une école privée puis directrice de L'Ami de l'enfance, revue pour les salles d'asile, lieux de protection des enfants d’ouvrières. Transforme les salles d'asile, établissements à vocation essentiel- lement sociale, en écoles maternelles, formant la base du système sco- laire. Introduit le jeu, qu'elle considère comme pédagogique, et les activi- tés artistiques et sportives. Prône une initiation à la lecture, à l'écriture et au calcul, avant 5 ans. S'oppose toutefois à la tendance qui veut faire de ces écoles des lieux d'instruction à part entière, voulant plutôt favoriser le ‟développe- ment naturel” de l'enfant. Nommée en 1881 Inspectrice générale des écoles maternelles. « Laisser faire aux enfants leur métier d'enfants, pour que, devenus hommes, ils puissent faire leur métier d'hommes. (…) Que l'on respecte leur curiosité, qu'ils n'apprennent qu'après avoir observé, déduit, raison- né, exprimé. Il faut leur donner le goût de la beauté, il faut faire éclore dans leur coeur les germes de bonté, de générosité, d'enthousiasme qu'ils renferment. »
  • 61. Émile Zola (1840- 1902), écrivain et journaliste français. Auteur de Les Rougon- Macquart, fresque romanesque en 20 volumes dépeignant la société française et mettant en scène la trajectoire d’une famille à travers ses différentes générations. Engagé dans la défense du capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusé à cause de ses origines juives. Publie en janvier 1898, dans le quotidien L'Aurore, l'article intitulé "J'accuse" (titre choisi par Georges Clémenceau) qui lui vaut un procès pour diffamation et un exil à Londres. À l'issue du procès a lieu en février 1898 la première réunion jetant les bases de la future ‘Ligue des droits de l'homme’. « J'accuse enfin le premier Conseil de Guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second Conseil de Guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable. »
  • 62. Chef Joseph de son vrai nom Hinmaton-Yalaktit (1840-1904), chef des Nez- Percés. Chef de la tribu à partir de 1871 à la suite de la mort de son père, se trouve rapidement impliqué dans le combat de résistance contre l’accaparement des terres de son peuple par les colons états-uniens, la situation étant encore aggravée par la découverte d’or. Signe avec le général Nelson Miles (1839-1925) la reddition de son peuple. Les siens sont ensuite déportés dans une réserve de l’Oklahoma où bon nombre meurent de maladie. Accomplit 2 voyages à Washington afin d’obtenir le retour vers la vallée de la Wallowa, mais ne rencontre qu’indifférence de la part du gouvernement. Finalement autorisé à retourner à Colville dans l’État de Was- hington où il meurt en septembre 1904. Le médecin de la réserve diagnostique qu'il est mort de tristesse. « Exiger d’un homme libre qu’il soit content d'être enfermé, c’est comme attendre des rivières qu'elles coulent à l'envers. Si vous attachez un cheval à un piquet, vous attendez-vous à ce qu'il grossisse ? Si vous parquez un Indien dans un coin de terre et que vous l'obligez à rester, il n'y sera pas heureux et il ne croîtra ni ne prospèrera. »
  • 63. Pierre Kropotkine Piotr Alexeïevitch Kropotkine (1842-1921), géographe, explora- teur, zoologiste, anthropologue, géologue et théoricien du communisme libertaire*. Issu d’une famille princière, officier dans un régiment de Cosa- ques, explore le bassin du fleuve Amour et la Sibérie orientale. L'insur- rection polonaise de 1863 et la terrible répression qui s'en suit provoquent sa démission de l'armée impériale russe. Études de mathématiques et de géographie à Saint-Pétersbourg. Prend sa part dans la vague de l’ "aller au peuple", par lequel les jeunes intellectuels russes s’efforcent d’influencer les masses travailleuses dans le sens de la révolution sociale. Arrêté en 1874 pour ses menées subversives, simule la folie, interné en hôpital, s’en évade en 1876. Commence alors une vie d’exil à travers l’Europe. Arrêté à la suite des grèves des soieries lyonnaises de 1882, accusé d’être affilié à l’’Associa- tion internationale des travailleurs’ (AIT) alors interdite. Condamné et incarcéré en 1883 à la prison de Clairvaux, y passe 3 ans, amnistié en 1886**. S'exile à Londres, y vit jusqu'en 1917, s'adonnant aux sciences, à la politique et à la littérature. De retour à Moscou près la révolution d'Octobre, critique ouverte- ment le nouveau gouvernement bolchévique, la personnalité de Lénine et la dérive dictatoriale du pouvoir. * Abolition de toute forme de gouvernement, libre fédération des groupes de producteurs et de consommateurs organisée sur les principes d'entraide, de libre-entente et de coopération. ** grâce à l'intervention de plusieurs personnalités dont celle de Victor Hugo.
  • 64. Bertha von Suttner Bertha Sophie Felicitas Kinsky, baronne von Suttner (1843-1914), journaliste, écrivaine et militante autrichienne. Issue de la haute aristocratie austro-hongroise, apprend dès son plus jeune âge à parler plusieurs langues. Lutte contre l’anti-slavisme et l’antisémitisme. Grande amie de Theodor Herzl, fonde avec son mari Arthur Gudaccar von Suttner en 1891 une ‘Association de Défense contre l’Antisémitisme’ : conférences, brochure, journal, réactions immédiates aux actes anti-Juifs. Pacifiste affirmant que la guerre ne doit plus être employée, fondatrice de plusieurs associations pacifistes dont l’Österreichische Gesellschaft der Friedensfreunde et la Deutsche Friedensgesellschaft. Secrétaire d'Alfred Nobel en 1876 quand celui-ci réside à Paris. Élue à Rome vice-présidente du ‘Bureau international de la paix’ en 1892.. En juin 1904, une des participantes les plus importantes de la ‘Conférence internationale des femmes’ à Berlin. Lauréate en 1905 du prix Nobel de la paix.
  • 65. Hubertine Auclert (1848-1914), militante féministe française. Jugée trop indépendante par les religieuses, est écartée à deux reprises de la vie monacale. Choisit l’engagement républicain et la conquête de la liberté pour les femmes par la révision des lois du code Napoléon. À Paris, rejoint l‘’Association pour le droit des femmes’, dissoute en 1977 et reconstituée sous le nom de ‘Ligue française pour le droit des femmes’. En 1876, fonde la société ‘Le droit des femmes’ qui soutient le droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 la société ‘Le suffrage des femmes’. Entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être imposables. En 1881, lance La Citoyenne, journal qui plaide avec force pour la libération féminine. En 1888, s’établit pour 4 ans avec son mari en Algérie et elle y fait une enquête de terrain sur les femmes de ce pays. En avril 1910, de concert avec Marguerite Durand, se présente comme candidate aux élections législatives, imitée par deux autres femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas retenue. « La femme doit participer à la vie publique, coopérer à la transfor- mation de la société, afin de s’assurer de n’être point sacrifiée dans l’orga- nisation sociale future. » ■