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La coliecrion l'Aubepoche essai
est dirigée par Jean Viard
@Éditions de l'Aube, 1991
er 2005 pour l'édition de poche
www.aube.lu
ISBN: 2-7526-0085-2
Philippe Lacoue-Labarthe
Jean-Luc Nancy
Le mythe nazi
éditions de l'aube
'7) 20 .
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PRÉFACE
La première version de ce ·texte date
d'il y a onze ans. Urie. seconde version a
été rédigée il y a trois ans, pour une
publication aux Etats-Unis. Le texte a été
quelque peu revu et modifié pour la pré­
sente publication aux Éditions de l'Aube.
En 1991 plus encore qu'en . 1980, une
étude intitulée « le mythe nazi » pourrait
sembler présenter avanttout l'intérêt d'une
étude historique. Bien entendu, il n'en est
rien dans notre esprit. Du reste, nous
avions souligné dès l'�ion première
de ce texte que nous ne· faisions pas un
travail d'historiens, mais de philosophes.
Ce qui signifie, entre autres choses, que
les e*ux de .ce travail sont dans le pré­
sent, non dans le passé (mais c'est par
souci de clarté que nous simplifions ainsi
la vocation de l'histoire...). Comment ces
7
enjeux sont-ils dans notre présent? c'est
ce que nous essaierons de dire brièvement
• •
tCl.
Oc manière �némle, notre présent est
loin d'être quitte avec son pioclte passé
nazi' ct lasciste, tout autant qu'avec son
�ncore plÙs proèhe passé stalinien ou
maoïste (et peut-être, à y regarder de près,
trouverait-on même qu'il nous reste plus
à éclaircir au sujet ·du premier que du
second ; à tout le moh1s, celui-cl ne se
s'est pas produit dans «notre> Europe
de J'Ouest).
Que nous ayons ainsi, toujours, certains
comptes à rendre, ct à nous rendre, que
nous soyo� toujours en dette ou en de­
voir de mémoire, de conscience et d'ana­
lyse, voilà ce dont convient w1e majorité
de nos contemporains. Cependant, les rai­
sons et les fins n'en sont pas toujours
très claires, ni très satisfaisantes. On en
appelle à la vigilance devant les retours
possibles - c'est le motif du « plus jamais
ça! •· Et de fait, l'activité ou l'agitation
des extrêmes droites depuis quelques an­
nées, le phénomène du « révisionnisme •
au sujet de la Shoah, la facilité avec
laquelle des groupes néo-nazis surgissent
8
.. �..___...........-
dans l'ex-Allem�nc de J'lo�t, les « fonda­
ment:ùismes •, nationalismes ct purismes
de toute espèce, de Tokyo à Washington
et de Téhéran à Moscou tout cela est
hien fait pour commander cette vigilance.
Néanmoins, la prudence voudrait que
cette rigilance se double d'une autre, qui
semit vigilance envers cc qui ne relève
pas du c retour,., ou cc qui ne se laisse
pas aussi facilement penser comme c réac­
tion •. Les retours ou les répétitions simples
sont bien rares, sinon inexistants, dans
l'histoire. l<�t si le port ou l'inscription d'une
croi,x g:unméc sont infâmes, ils ne sont
pas nécessairement (soyons précis: ile; peu-
. .
vent être, mais ne sont pas nccessaU"C-
ment) les signes d'une véritable, vivace
et dangereuse rést1rgence mtzie. Ils peu­
vent relever seulement de ln débilité, ou
de l'irnpuissttnee.
.
Mais il y a d'autres sortes de répétition.
qui du reste peuvent s'ignorer comme
telles dont l'évidence est beaucoup plus
dissil�tul6c, dont la démstrche même est
beaucoup plus oomple.xe �t· discrète - Cl
dont les dnn&�rs n'en sont plls moins récls.
Ce poumùt bien être le CAS de ces déji
nombreux discours oontcmpontlns qtù en
appcll<:nl au mylhc, : la ul:c<.'1UI•té d'un
nouveau my the ou d'une n ouvelle
conscience mylhiJjue, ou hien enCf'1r<: à
la réactlvflli(m de myth<:H ancicnH. CcH
discourH n'emploientJ)M t.otJjourH Je terme
de �mythe •, cl ils ne mettent même ptJH
touj<�urH en place une ar�urncntaû<m ex­
plicite ct pr6ciH<: en faveur de la fonction
mythique . MaiH il existe � dans J'air du
tempH • une demande <1U une attente
1 J)'un oJ&t�J: polititJUênlt:fol :tmb�. ou amhlva­
lenl, du mythe, uu pourrait fAiré remonter la tra.dlti•m
au.r prcmiet'll lltxruontittu� allcrntnds, maU. de m"­
nll.."f" ploJII nHx!i:rne et ph111 déterminée à (,l(!flrtc:��
RmeJ. (bulot à u<Jfl ornou.-mr.w>ralruJ, on JX."Ut donner
dt:a eu:mpll:fl d':tppcûs au mythe IOWI des sil;laWn!ft
dnnt il t:llt, pu ailleurs, e.u;.Ju de ll()Up<;Onner la
•utcut•oruo polltlqu(:s. Al1111l, �r Mor-in écrivant.
• de ml:mc que l'hnrrune nt< 8C oourrlt pu que de
pain, Ullè HIX:I(-t,é ne 11<: nourrit pa11 que de b:stion.
Y.lle 8C nrnJtrflt�u1mi d'f:fttw•lt, dt< mythe, de rêve. (...)
Le plein 6p.nouill8(>rm:nt de l'ln.divldu a bt:HI•In de
cummun.authl et de 10l�rlt.él (...) La aol.idarlté vérl·
table, O(>Jl pu im�, mais lnthieuremt:nt '"*"
IMmt.il: et vécue OtJfllme fra.tvrnft.é. • (c Lc yand dcft..
��ein •, LA: Mtmd.e du 22 �-m.b.'e 1988, p. 1-2). f'.u
un ��ena, I)JI nc: peut qu'aoqulelloé( ; mais Ica c..��
ne. du mythe et d'une idenUJi.catlon airuJi • vOOuc: •
tt� uruo riacp.ea? On pourrait aUMi u=rrvoyer
à l'e.u:mpl.t r6cent de Bertt: IAclall'e propoant dé
donner 1 • l'entro-deu.Jr: de La renoootre (...) place et
foncüon daM l'ordre �·litlque .. grloo à • la
JO
�·-----
Hourde ck: qudque ch(� (;(.lfflme urw: r�
pr(-m:nt.atitm, unc fi�urati,m, Yt1ire uoo in­
carnatitm de l'étrc c,u du <f.egtin de la
CfJrnmuna.uté (cc m1m méme à. lui seul• •
Rcrnblc déja éveiller ce di:8ir). Or c'est
l>icn ck: œtte identificatkm gymholique (ou
• ima�nairc •, Helon le lexique qu'on
c.hûisit : en tout cax, pari�, gymh<Jlea,
récits, figur<;S, ct aussi par dcts pr�nCC8
qui k'-8 portent ou 1eR exhibent) que le
fascixme en �néraJ s'est surabondamment
nourri � : le na.ziRme représente à cet égard,
comme nous j)Cfl8()n8 l'avoir montré, la
miRe au jour dcs caractères fondamentaw:
de cette fonction identilicatoire.'
Autant que pœsibte, nous voulons éviter
de simplifier. JI ne s'agit pas d'opposer
3tnJCt.Ute du mythe • tenue pour c u.ne architecture
qui COIJViendralt au.Jr: ma.i8oo8 freudiennes • (I.e paya
de l'fAil:re, Paris, SeuiJ, 1991 - 4• de oouvertun:).
On poumlit aussi prendre des exemples en AD.e­
rnagpc, en particulier chez Manfred Frank.
2.Cl. cette seule citation : • La calamité de La db­
mocratle estd'avoirprivé La nation d'Îf�U(ea, cFunat;ea
à aimCf', d'im.,.. à reepecter-, d'� à .dorer -la
Révolutioo du � riède lea • redoo.nb:a à la
naUon .. (Robert B,..W•cb, • La leQona d'uu amù­
vetaaire ... Je INW pat1DW. du 29janvier 1943).
1 1
----:
'
;.
- comme on l'a sans doute trop fait,
sous l'impulsion, eo elle-même irrépro­
chable, de l'anti-totalitarisme, un certain
style de pensée démocratique - la figura­
tion mythique propre aux: régimes fascistes
d'une part, et de l'autre l'imprésentabilité
en tant que trait d'essence de la démo­
cratie. (Pas plus, sans doute, qu'il n'est
juste de vitupérer la « civilisation de
fimage :. pour l'opposer à la �e d_y
_4ïsoou�.) Nous pensOns au contraire que
la démocratie pose, ou doit poser désor­
mais la question de sa « figure:. - ce qui
ne veut pas dire que cette question se
confonde avec celle d'un recours a u
3
. .
mythe . Nous pensons en effet qu'il ne
J. La question de la 6gurabllité de la démocratie
et d?oc de l'imi�bilité de �n < modèle �. n'est �auss1 nouvelle qu on pourra1t le ·
penser. Ce n'est pas
un hasard si un écrivain, Maupassant, pouvait in­
venter (ou recueillir...) en 1880 l'histoire de cet
employé de Ministère qui s'UJténie à ressembler à
Napoléon III, mais pour qui < quand la République
��a,. ce fut_ un d� (...LLui aussi changea
d op1ruon ; maJS la République n étant pas un person­
nage palpable et vivant à qui l'on peut ressembler
et les présidents se suivant avec rapidité, U se trouv�plongé dam le plus cruel embarras, dans une détresse
é_pouvantab� arrêté dans tous ses besoins d'imita­
tion,_après 1�uocès d'une tentative vers. son idéal
denuer: M. Th1ers.. • (c Les dimanches d'un hour-
12
'
�·�
.
suffit pas d'affirmer comme vertus ultimes
de la Républlque (que pour le moment
nous ne distinguerons pas de la démo­
cratie) le renoncement à toute iden­
tification, une exposition permanente à
la remise en cause, et pour finir, comme
il arrive assez souvent aujourd'hui, une
sorte de fragilité intime, à la fois avouée
et revendiquée, dont ne manquent pas
de tirer parti les adversaires de la démo­
cratie, et bientôt de tout l'héritage de 1789
et des Lumières.
Cela suffit d'autant moins lorsque la plus
importante des « démocraties :. du monde
se propose comme le garant (identifié dans
un chef d'Etat, un drapeau, une armée,
et une imaterie) d'un « nouvel ordre mon­
dial :. cependant que ne cessent de se
press�r, contre cet <ordre:. ou à l'abri
de lui (ou les deux à la fois), toutes sortes
de revendications ou de prétentions identi­
taires et figilratives : chefs, nationalités,
peuples, communautés.
Que ces revendications relèvent. en fin
geais de Paris •. Contes el �· Paris, Alb�
Michel, 1956, t.l, p.·285). Tout est là: la démocratie
sans modèle, ou l modèle dérisoire - et pourtant,
le grotesque de la singerie des modèles.
13
d tc d'wte J�ilhnité ou d'une lé-
e comp ,
A
i • 1
.s.. d cc n'est pcut-etre ulCIIIC pas e
��n c,
d t
point essentiel. Car une Jégcu c �u
.
�n-
gendrcr une légiti111ité, et
_
u�c l�timtt�
peut être légendaire: qut dtm en quot
consiste c au fond » le droit fondateur d'un
.: peup�c » ? �ais � poin
_
t est
,_
de S:'l�<�ir
en quoi cons1ste l opération d Jd�ntJit�a­
tion et si c'est bien à la confection d un
mythe qu'elle doit aujourd'hui, à nouveau,
s'employer - ou si au contraire la fonc­
tion mythique, avec ses effets nationaux,
popuJaires, éthiques et esthétiques, n'est
pas ce contre quoi la politique est désor­
mais à réinventer (y compris pour ce qu'eUe
exige peut-être dans l'ordre du «figurai,.).
Le nazisme a sans doute encore à nous
montrer comment le monde moderne n'est
pas arrivé à s'identifier dans la « démo­
cratie ' - ou bien, à identifier ladite dé­
mocratie ; la même chose vaut aussi
quoiq�e d'une autre manière, à propo�d; la�1te «technique». Depuis déjà plus
d un Siècle, ce monde subit l'une et l'autre
�mme les nécessités d'une histoire qui
n
,
est plus son œuvre (une histoire qui
n
_
est plus le mythe du Progrès de I'Huma­mté ou de Ja Fondation de la Société Rai�
14
sonnable), qui. n'est donc plus une his­
toire, c'est-à-dire qui ne fait plus événe­
ment, ni avènement : qui ne fait plus inau­
guration, ouverture, naissance ou re­
naissance.
Or le mythe a toujours été le mythe
d'un événement et d'un avènement, le
mythe de l'Evéncment absolu, fondateur.
Les socié�s qui ont vécu du mythe et
dans le mythe ont vécu dans la dimension
d'une événementialité constitutive (on de­
vrait dire c structurelle ,., si ce n'était pa­
radoxal). Là où le mythe est cherché, c'est
l'événement qui est désiré. Mais ce que
Je nazisme, peut-être, nous apprend, c'est
qu'on ne fabrique pas l'événement. Les
sociétés à mythe n'avaient jamais fabriqué,
calculé ni construit leur fondation: l'im­
mémorial était une propriété intrinsèque
des mythes. On ne fabrique pas l'immé­
morial: il est aussi bien à venir.
Ce qui nous manque (car il nous manque
quelque chose, il nous manque le poli­
tique, nous n'en disconvenons pas), ce
n'est donc ni la matière, ni les formes
pour fabriquer du mythe. Pour cela, il y
a toujours assez de brio-à-brac, assez de
kitsch idéologique disponible, aussi pauvre
que dangereux. Mais il nous manque de
15
1
•IIH<•c•1111,1 l'f1•1u•·uwul kr• ()v(·uc•ttwutu
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l'wiAhw N<mll c•llltllllull .lnuN le· lnullf, clnuN
l'liJill H t'fHIJI JalNICil liJIU' ( :.· IJCII Il'c•xc•Juf
JiliN •rue· I'••Xhtîmltc elu lnullf tcull fiiiHNI l11
1..,,,,.,.. .lu uuttV<'llll ( :'c·HI ml'me clltnc·lc·
uu·ul �·c•l11 qu'li IIOIIN c·11l clc·muuclt- clc-
I��'IIIWI LI•: MYTIŒ NAZI
l'la 1.. L. � .1 L N Julllcl 1 CJC) 1
1(1
SihUitimt
1) Le lc.xtc tttai suit fui, À l'orWnc, un
cxpt� rcLativcmcnl bref, pnmonoé le 7 mai
1C)HO nu collc)(tuc (l�Jtnisé par le Cmnité
tl'it!fi,ntult'ilm. su.r l'lwlocnu.'.tc, lt Schilti­
�hcim, sur c I.e:-� Ult'<.;luaismcs d1 fascisme •.
Dmas tic ondrc fixé pnr cc tl1èmc, no�as
u'11vlnut1 pm� cherché à présenter autre
<lho:-�c qu'un Hoh6mn, pour des 1tnalyscs
qui dcnumdcut cl'nutrc.q développements'.
1 l'h. l.n�•uo l.uh..rtho " tl�nlé do rul• d6ve!­
"'l'l"'mrnl�< clRn8 l.tcftc,Y.na elu Jlt,JIIiquc. Parts, Uoui'­
A<•Ilt. l'lml d ,,,.,.,. Mautt..vafo.,'fn �If tk Wtl,tnt'T).
na4anc• �lllmu, t•)t)l; .1.- 1.. Nlllk')' Cil a Jllt>JX* ela"''
lA• t�mut111111n•h' tlc'IOCn�m-.c.· .,, ••••111 141 l'l>mJl<lnU'ÎOtt
(avoo .kan Chrllttopho llallly). ohtta le nl6me «flœur
en t•m<• (2' 6tllllon, l'�) of en IQQI 1.. Yllralon
17
Si, dans cette nouvelle prétlcntatiou, now-1
avons quelque p<:u modifié notre texte, il
n'en reste pas moins schématique.
2) Nom� ne sommes pas des historicuH
- ct encore moinli des hi.Rtorieus spécia­
lisés dans l'étude du nazisme. Qu'ou u'al­
tcndc pas de nous, par comJéqucnt, uue
descriptiou factuelle des · mythes ou des
élémenl'i mythiqu� du uazisme ; ni UJH.:
description de l'exhumation ct de l'utilisa­
tion, par le nazisme, de tc1ut un matériel
mythol�ique ancien, considéré en parti­
culier comme spécifiquement �ermain.
Qu'ou l'attende d'autant moins que, la
part étant faite de J'ignorance (nous avonfi
peu lu de l'abondante ct monotone littéra­
ture de l'époque), nous croyons cc phéno­
mène relativement superficiel ct secon-
' dairc : comme tout nationalitmlc, le na­
zisme a puisé dans la tradition qu'il faisait
sienne, la tradition allemande, un certain
nombre d'éléments bymboliqucR, parmi les­
quels les éléments proprement mytholo­
giques oc sont pas les seuls, ni, c'est pro­
bable, les plus importants. Comme tout
nationalisme, autrement dit, le
am6ricaJne de ce texte a éti publi6e par Or-itkal
/nqt.dry, Uolvenlty ol Chicago Prea, Wlnt.er 19�J.
18
nazisme a exalté Hur un mode passéiBt.c
la tradition hiRtorico-culturelle allemande
ou plus largement germanique (voire, que
l'ou pouvait tenter d'amJCxcr dans un genna­
nisme). Mais <lans cette exaltation - qui
ravive aussi hien le folklore ct le Volkslied,
l'im:t�crie paysanne du post-romantisme
ct les villes de la Hanse, les « ligues :.
(/Ji.iruk) étudiautes anti-napoléoniennes,
les corporationN médiévalct�, les Ordres che­
valeresques, Je Saint-J<�mpirc, etc. -, une
mythologjc (mettons, celle d'Erda, d'Odin
ct de Wotan) depuis longtemps hors
d'usage, malgré WaW'ter et quelques autres,
ne pouvait guère compter que pour
quelques intellootucls et artistes, à la ri,.
gucur pour certaim; professeurs ou éduca­
tcuro. nref, ce genre d'exaltation n'a rien
de spécifique (pas plus que J'exaltation
de .Jeanne d'Arc par J'li�t.at Français de
l'étain). Or ce qui doit nous intéresser
ici, c'est la spécificité du nazisme. Et eUe
doit nous O<..'Cuper de telle façon que la
mise en cause d'une mythologie, de ses
prestiges suspects et de ses « brumes •,
ne serve pas, comme il arrive parlois, d'ex­
pédient facile, et au fond de procédé dila­
toire (et quelque peu raciste, ou du moins,
platement, aoti-allemand) pour se dérober
19
··----'
à ranaJyse.
C'est pourquoi nous ne parierons pas
ici des O'JYthes au pluriel, du nazisme.
�� unl��t du mytb� �u nazisme,
ou du �e naùona1-soc•ali�- com�
JeLC'est-à�e de la m.ao.ière dont le na­
ùona.l-soci.alisme, qu'il use ou n'use pas
de mvtbes se constitue dans la dimen-
. '
da l'siQn, dans la fonction et ns assurance
proprement mythiques.
C'est pourquoi encore nous nous garde­
rons bien de dévaloriser les mythes du
nazisme, au sens où une analyse critique
enrémemeot fine (ceDe de Roland Barthes)
a pu, en utimant conjointement les ins­
truments de la sociologie, du marxisme
(�echtien) et de la sémiologie, démonter
les mytbologèmes qui structuraient, na­
tuère, l'inconscient socio-culturel de la
petite-bourgeoisie française. Devant un phé­
nomène d'une ampleur et d'une massivité
tdles que celles du nazisme, une analyse
de ce genre n'aurait strictement aucun
intérêt - nj même, on peut en faire le
pari, aucune pertinence 2•
2.l'lu. euoore : le démon� des • mythologies »au �ena de � a pu devenir, de ooe jours, partielnti:traat.e d'une culture ordinaire vélùculée par les
mt.- • ���Nia • qui ll6crèteot ces �. Eo
20
3) Ce qui nous intéresse et ce qui nous
retiendra dans le nazisme, c'est essentiel­
lement l'idéologie, au sens où Hannah
Arendt a défini ce cenne dans son essai
surLesystèmetotalitaire. C'est-à4re,_fidéo­
!9gie co!W.!!..e la logique. s'accomplissant
totalement (et rèlevaot d'une volonté de
l'accomplissement total), d'une idée, qui
c permet d'expliquer le mouvement de l'his­
toire comme un processus unique et cohé­
rent>. 3 c Le mouvement de l'histoire et
le procès logique de cette notion, dit en­
core Hannah Arendt, sont censés se cor­
respondre point par point, de telle sorte
que tout ce qui arrive, arrive conformé­
ment à la logique d'une idée. ,.
général. la déoonciation des� mythes >, des • images •,
des � media • et du • semblant > fait partie désormais
du système mythologique des media, de leurs images
et de leur semblant. Ce qui revient à dire que le
mythe véritable, s'U y en a un, celui auquel U y a
adhésion et identification, se tient dans un retrait
plus subtil, d'où U agence, peut-être, toute la scène
(au besoin, en tant que mythe de la déooociation ,
des .l]lythes...}. De même, on vura que le mythe
oui se tieot en retrait des fitures mythologiques
détennlnées, de œlles des mythologies germaniques
comme des autres.
3. Traducdoo (par J.-L. Bourget, R. Davreu, P.
Lévy) de 7'fae origiM of totDiit.arism, Paris, Seuil.
1972, p. 217.
21
Ce qui nous intéresse et nous retiendra,
en d'autres termes, c'est l'idéologie en tant,
d'une part, qu'elle se propose toujours
comme une explication politique du
monde, c'est-à-dire comme une explica­
tion de l'histoire (ou, si l'on veut, de la
wjg��fri<:h.J� entendue moins comme
c histoire mondiale :. que comme c monde-------- ---- -
hi�tojJ:.�..!. monde qui n'est fait que d'un
procès, et de sa nécessité auto-légitimante)
à partir d'un concept unique : le concept
de race, par exemple, ou le concept de
classe, voire celui d'« humanité totale :. ;
et en tant, d'autre part, que cette_ explica­
tion ou cette conception du monde (Welt­
anschauung : vision, intuition, saisie com­
préhensive du monde - terme philoso­
phique dont le national-socialisme, on le
verra plus loin, a fait grand usage) se veut
une explication ou une conception totale.
Cette totalité signifie, pour le moins, que
l'explication est indiscutable, sans reste
et sans faille, contrairement aux pensées
de la philosophie où elle puise. pqurtant
sans vergogne la plupart de ses ressources-,
mais que caractérisent le style risqué et
problématique, l'c.insécurité :., comme dit
Hannah Arendt, de leur questionnement.
(Il en résulte, d'ailleurs, que la philosophie
22
est aussi bien rejetée par- les idéologues
qui la sollicitent, et renvoyée à l'incerti­
tude et aux hésitations timorées de l'c in­
tellectualité » : l'histoire de.<J philosophes
et/ou idéologues du et dans Je nazisme est
assez claire à cet égard •.)
n faudrait, ici, montrer rigoureusement
quels rapports l'idéologie, ainsi conçue
comme Weltanschauung totale, entretient
avec ce que Hannah Arendt appelle la
«��in�-��», c'est-à-dire avant tout
aveè œ· que Carl Schmidt, s'autorisant à
la fois du discours proprement fasciste
(celui de Mussolini et de Gentile) et du
concept jüngerien de c
·�� »
(chargé de donner une première déltiniltio'n
de la technique comme puissance totale
et mondiale), appelait l'Etat. totaL.
Il faudrait encore montrer rigoureuse­
ment comment l'Etat total est à concevoir )
en fait comme Etat-Sujet (ce sujet, qu'il
s'� de la nàtionÔu de l'humanité, de
la classe, de la race ou du parti, étant ou
se voulant être sujet absolu), de telle sorte
que c'est, en dernière instance, dans la
4. Sur œtte histoire, cf. Hans Sluga, " Heidetger,
suite sam fin •, Le mes�européen, Paris, P.O.L.,
0°J, 1989.
23
----�
philosophie modeme ou dnns la métaphy­
sique ne<.'Omplie du Sujet que l'idéologie
trouve 1t1algré tout sa c:tution véritable :
c'est-à-dire, dans cette pensée de l'être
{ct/ou du devenir, de l'histoire) en tant
que subjectivité présente à soi, support,
source ct fin de la (epréscntation, de la
ocrtitttde ct de la volonté. (Mais il faudrait
aussi rnppelcr avec précision comment la
philosophie qui devient idéologie engage
aussi, ct en même temps, cettefin de la
philosophie dont Heidegger, Benjamin, Witt­
genstein ct Bataille ont donné Je témoi­
g.nage multiple mais simultané.)
Il faudrait enfin montrer rigoureusement
que la logique, s'accomplissant ainsi, de
l'idée ou du sujet, c'est tout d'abord, comme
on peut le voir par Hegel, la logique de
la Terreur (qui cependant, en elle-même,
n'est pas proprement fasciste, ni totali­
taire) , et c'est ensuite, dans son dernier
S. La Terreur ne relève pas - pas du moins de
manière complète, évidente, ni... modeme - de l'im­
manentisme général que supposent les toUiita.rismes,
ct au premier chef le nazisme, .o� l'inunanence de
la race - du sol et du sang - absorbe toute trans­
cendance. n reste dans la Thrreur l'élément d'une
lr&IIIIOCDdaooe classique {de la • nation •, de la • vertu •
ct de la • �iqu� •). Mais oett.e différenciation,
o«lessaïre � uoe description juste, ne conduit ni à
24
développement, le fascisme. V�lo�du.
sujet (ce qui, peut-être, n'est qu'un p
léo-·
nasme), c'est cela le fascisme, la définition
valant, bien entendu, pour aujourd'hui.
�ous évoquerons encore ce point : mais
il va de soi que la démonstration qu'il
appelle excède les limites de cet exposé.
Si nous tenons,. néanmoins, à insister
un peu sur ce motif, c'est en réalité pour
marquer notre méfiance et notre scepti­
cisme, s'agissant du nazisme, à l'égard de
l'accusation hâtive, brutale et la plupart
du temps aveugle, d'irrationalisme. n y a
au contraire une �ique du/� Ce
qui veut dire aussi qu]!_�_certainelogique..
:.. estfasciste, et que cette logique n'est pas'
siinptéolënt étrangère à la logique géné­
rale de la rationalité dans la métaphysique
du Sujet. Nous ne disons pas cela seule­
ment pour souligner à quel point une cer­
taine opposition reçue, parfois dans l'idéo­
logie nazie, parfois à propos d'elle, du mu.­
tlws et du logos, opposition en apparence
réhabiliter la 'lèrreur, ni à revendiquer une tran90en­
daoce contre l'immaoence: oe geste très répandu
aujourd'hui nous parait tout aussi mythique ou my­
thifiantque legeste inverse. En vérité, c'est de penser
hors de l'opposition ou de ladialectiquedeœs tenues
que nous avons besoin.
zs
élcmcntaire çst en f:ùt très complexe (il
,
.....,..,
fnudmit relin! à cc sujet, en� au....,., ,
plu�ienrs tc.xteil de HcideMer) ; nous ne
le diilons p:ts seulement non p�us _pour
rnppelcr que, comme tout to
�
alttans
,
nte,
le narisme se récL'llll:ùt d'une sc1eoœ, ces�­
i-dire, moyennant la totalisation et �a poli­
ti�ttion du Thur, de la science ; m:us nous
le. disons avant tout parce que, s'il ne
faut certes pas oublier qu'une des compo­
s.wtes essentielles du fascisme est l'émo­
tion, de masse, collective et ce�e ém<:
tioo n'est pas seulement l émotion poh­
tique : elle est, jusqu'à un certain point
du moins cLms l'émotion politique l'émo­
tion révol�tionnaire elle-même), il ne faut
pas non plus oublier que ladite émotion
se conjugue toujours avec des concepts (et
ces concepts peuvent bien être, dans le
cas du nazisme, des c coocey_�.réa?�.n­
naires >, ils n'en qemeureot pas moins
descOncepts).
6. Ceneréiérenœappeileraitdeuxdéveloppemcnts
distincts : d'une part, sur la oomple.xité du couple
mythOS'logos te"lle que He� permet de la dé­
gager, mais aussi, d'autre part, sur le rapport que
�-eodique Heid<'g&er à une dimension mythique de
la pensée, rapport quioe futéidnnmentpas étranger
à son narismoe (nous y faisons allusion plus loin).
26
•
Nous venons là, simplement, de rap­
peler t�e définition de Reicb, dans la_P8;Y:
�lol,'>i!!_ de masse du fascisme : c Des
concepts ëéactioonairesS'âjoutarÏt à ïme
. égt..Q_ti�� ��olutionnaire ont�ur réSûltat
la me�.!_<i}��e fascist� ., Ce qui ne signifie
pas, nt a ra lettre de ce texte, oi pour
nous, que toute émotion révolutionnaire
s�it immédiatement vouée au fascisme,
"
.
' que d� concepts réputés .. progres­
SIStes .. sotent toujours, par eux-mêmes
à l'abri d'une contagion fascisante. Il s'agi�
sans doute, chaque fois, d'une manière
de « faire mythe -., ou de ne pas le faire.
4) A l'intérieur du phénomène général
des idéologies totalitaires, nous nous atta­
chons ici à la différence spécifique, ou à
la nature propre du national-socialisme.
Sur le plan où nous entendons nous
situer, cette spécificité peut être visée,
de manière d'ailleurs toute classique, à
partir de deux énoncés :
1. - le nazisme��t un.pb_éqo�ne spécj­
fiqt!_emen_t �ll�ap4_;
2_. - l'idéol<>giè du ���!��tJidé9log�e
ramste.
Dë la conjonction de ces deux énoncés,
on oe doit évidemment pas tirer que le
racisme est l'apanage exclusif des AIJe..
'
l
.b 0 sait assez la place tenue, dans
manus. n . .
t d
les origines de l'idéologte racts c, par
,
es
t L--l'<li� et --"•aiS. Là encore, qu onnu eurs um•r- - <u'&' .
n'attende pas de nous une ou
�
e en cause
.
lificatn·ce et commode de 1:Allemagne,sunp 1
,
de l'âme allemande, de 1 essene� du peuple
allemand, de la germanitc, etc. Au
contraire.
Il y a eu incontestablement, et il y a
peut-
être encore un pr
�
blèm� allemand.
A ce problème, l'idéologte nazte a été un
cype de réponse tout à fait déterminé,
politiquement déterminé. Et à cette idéo­
logie elle-même, il ne fait aucun doute
que la tradition allemande, et en particu­
lier la tradi.tion de la pensée allemande,
n'est absolument pas étrangère. Mais cela
ne veut pas dire qu'elle en est responsable,
et, de ce fait, condamnable en bloc. Entre
une tradition de pensée·et l'idéologie qui
vient, toujours abusivement, s'y inscrire,
U y a un abûne. .!:-e nazisme n'est pas plus
dans Kant, dans riëiïte;-ruïns Hôfdeilfîi
o
� _da�s-Ni��e (foùs peii_sé�_�;Ju-cttes � le nazisme) - il n'est même. à
la limite, pas plus dans le musicien-
w;.­goer - que le Goùl.ag n'�� Hegelou dans Maq.. Ou la Terreur, tout uni­ment, daôs Rousseau. De la même ma-
28
nière, et qu'eUe qu'ait été sa médiocrité
(à la mesure de laquelle ü faut pourtant
peser toute son ignominie), le pétainisme
n'est pas une raison suffisante pour inva­
lider, par exemple, Barrès ou Claudel. Seule
est à condamner la pensée qui se met
délibérément (ou confusément, émotion­
nellement) au service d'une idéologie, et
qui s'abrite derrière eUe, ou cherche à
profiter de sa puissance : Heidegger pen­
dant les dix premiers mois du nazisme,
Céline sous l'Occupation, et un bon
nombre d'autres, à cette époque-là ou de­
puis (et ailleurs).
Ainsi, nous sommes conduits à ajouter
encore cette précision : autant ü nous in­
combe, ici, de dégager les traits spéci­
fiques d'une figure que l'histoire nous a
livrée comme «allemande :t, autant ce­
pendant notre intention est éloignée de
vouloir présenter cette histoire comme le
fait d'un déterminisme, que celui-ci soit
conçu sur le modèle d'un destin ou sur
celui d'une causalité mécanique. Une telle
vision des choses appartiendrait plutôt,
et précisément, au « mythe :t tel que nous
voulons l'analyser. Nous ne proposons pas
ici une interprétation de l'histoire comme
telle. Notre temps est sans doute encore
29
clc"pcuuvu clc·M euoycul'l d'IIVtltiiWI' cftull'l <:c·
clolllaltll', clc·M illlt'rpr(:talioiiN qui tiC' HOteul
plu:� c•ollhuuit�t-c·x par l:e petlsét· t��ylltlquc·
�
011 111yll11{11111�t· ( :'csl :111-dd:l de cd
,
lc-cJ
CfiH' l'hiHioirt·, cotlttlll' lcllc:, :tllcucl cl �Ire..:
i IIUIIVt'llll pc·us(·t·
1,11 tfi(·lec· c·NI doue.: ici cft: coruprc��elrc,
toul cl'nhonl, eotJtiiJ<.'III :t pu sc for111cr
l'icMolo�c nm�ic (cc <fliC JJOIIH nllous CN·
:wyc·r dt· dC:C.:rin..: cotJJUIC le 1r�ytlu.: rLlli':i)
cl, pluN pr�clsémcul, pourquoi l:t fi�urc
nllcm:wdc du IOI:tlitarltmu; est le mcismc.
JI existe tl celte qucsliou une première
répou�<c, fmuléc Ilur l:t uotiou d'cfficncité
politique (c'<:st-!1-dirc uuAAi lcclualqu<:), dont
llannnh Arcudt propoHc en f!mmnc la for­
ntulnllou auoycuuc, p<�r exemple dnnH des
phrliNCN comme cellcN-ci :
� IA!H WchmliiChJtullll�CII ct l.<�s uléolo­
�in� du XfX• Rièclc rte sont pas C..'Tt elf��H­
m.brws toudiwircs, ct lri<!n ((U{! k rt.t<.:ismc
ct le <.:ommunisme soient li(."'('1't1.t.� l<:s idéo­
loJ,.JicH 1ûk·iHiœH du XX �"iècle ihl n'éw.ù:mt
JHJ.H, tlurm û: ]lri.tu..'ipe, TJlus « totalitaires »
lfU.C û·H tttLirCH ; ccci rulmnt JHXrce que les
pri?u:iJ>eR Rur lesquels n..>posaum.L tl l'ori­
J!iru· û-ur e«J>éri<.'?lCe - la lutte des nJCes
pau.r "' domirllllion dtt numde, u.& lutte
30
dn� cûumcs T:HYU.T ÛJ. rrril>e du TH.IUJ'CJfftT polir
titttu: tl.a:ra.c; L<�n difj(:n"YYl.X pays s'wvérèr
n'l'tl T)lux impm·tt.t.nt.s poliliquement par­
û.trtl tflLC <X� des autre.'> it16JÛJ�ies. » 7
M:tis cette première réponse n'explique
p:11� pourquoi le raciRrnc est l'idéologie du
l()ffllitarisrnc allemand - tandis que la
lutte den classes (ou du moins l'une de
ses versions) est, ou a été, celle du totali­
tnrisrnc soviétique.
D'oit la nécessité où nous sommes de
proposer une deuxième réponse, cette fois
spécifique au national-socialisme, ct dans
laquelle nous allons tenter de faire inter­
venir, le plus rigoureusement possible, le
concept de mythe. Cette réponse, dans
sa structure élémentaire, peut s'articuler
en deux propositions :
1 . c'est parce que le problème allemand
est foudamcntalement un problème
cl'idenlité que la figure allemande du totalita- ,
rhune est le racisme ;
2. c'est parce que le mythe peut se dé- 1
finir comme un appareil d'identification
que l'id<:'OI<>gie raciste s'est confondue avec
la C.."'nSlntetù:m. d'un mythe (et nous enten­
dons par là le mythe de l'Aryen, en tant
7. Op. olt., p. 218.
•
3 1
'
qu'il a été délibérément, volootaüemeot
et techniquement élaboré comme tel).
Tel est, sèchement dit, ce que nous
voudrions essayer de démontrer.
L'identificat-ion mythique
JI est sans doute nécessaire d'avancer
tout d'abord ceci : depuis la fin du
XVIII" siècle c'est dans la tradition alle-,
'
mande, et nulle part ailleurs, que s est
élaborée la réflexion la plus rigoureuse
sur le rapport qu'entretient le mythe avec
la question de l'identification.
La raison en est tout d'abord que les
Allemands - nous verrons pourquoi -
lisent particulièrement bien le grec, et que
ce problème, ou cette interrogation sur
le mythe, est un très vieux problème hé­
rité de la philosophie grecque. Et surtout,
de Platon.
On sait que Platon a construit le poli­
tique (et, du même geste, délimité le phi­
losophique comme tel) en excluant de la
pédagogie
,
du citoyen, et plus générale­
�ent de 1 espace symbolique de la cité
Jes
.
mythes,
.
et les formes majeures de l'artqut leur étaient attachées. C'est de Platon
32
que date l'opposition tranchée. cntique.
entre deux usages de la parole ou deux
iormes (ou modes) du discours : le mu­
thos et le logos.
Ladécision platonicienne concernam ies
mythes s'appuie sur une analyse théologico­
morale de la mythologie : les mythes sont
des fictions, et ces fictions racontenL sur
le divin, des mensonges sacriJèges. n est
par conséquent nécessaire de corriger les
mythes, de les expurger, d'en bannir toutes
ces histoires de parricides et de marri­
cides, de meurtres en tout genre, de ;ols,
d'incestes, de haine et de tromperie. Et
l'on sait encore que Platon met à ce re­
dressement, à cette tâche orthopédique
- qui n'est donc pas une pure et simple
exclusion -, un certain acharnemenL
Pourquoi ? Pour cette raison essentielle
que les mythes, par le rôle qu'ils jouent
dans l'éducation traditionnelle, par leur
caractère de référent général dans la pra­
tique habituelle des Grecs, induisent de
mauvaises attitudes ou de mauvais com­
�rtements éthiques et politiques. Les
mythes sont socialement néfastes.
C'est ainsi que nous touchons à notre
question. Gar cette condamnation du rôle
des mythes suppose qu'on leur reconnaît
33
t'li lnll um· fmwllou Np('tdfiCJIII' d'c·.:nuplu
1 1(c1 ,,.. cllyllu- e·sl 1111' fkllou 1111 St'IIN furl,
•
'"' NntN nd If elu lu,·muu·nl'111, 011, c·wunu·
k clll l'lnloll, de· lu • plnsllqm· • . il cHI
''"'"' 1111 fwttmuw�tu·ut, doul k .flle- 'NI
de· ptupu.'U' I , tlilloll el'lmpwwr, cks moch.ks
uu cks lypc·s k't·NI '11'0H' k vcwnhulaiu:
dl' l'Ill'""· d l'ou "�''na hkull1 Cll'a ct com
IIIC'III tl H'nppnr Hlllll), lyJWH 1 l'imltutiOII
dc•sqm•IN 1111 lmllvldu ou une cité, uu
1111 pn1pk toul culkr JIC'III sc· Ha ir:;ir
lui n11'nw d s'ulculiOc•t .
iuiH'III.'111 cltl, ln quc·selclll qm· po.'<C le
mytltc· l'SI �·dit• du mmu<tisuu·, t'tl lnnl
c1m· lt• mlm(•lisuu: sl'ul c•st ù ml'mc• d'us­
stttt't tntt• llknlil" (Il k fmt, il t'SI vnal,
sut un mc�ek pnnuloxnl . nuds on ne• pt:nl
I'IIIH•t ki clnns 1: lc' cnll.) • L'urtlwp{"Ciie
plnlulll,lt·nm· r'·vlcul dmw i n"Cin.·sscr lt�
mhut'IISIII' '"' profil d'mu• ··ondnilc rn
tlonudk, c··NI ù dire .. lo,�iqtttl )> ((."Cutformc
un IHI!•'-'�) On cumpn·ntl punnauul, tin
ml'mt• nwtwt'lll'111, l'lutou doit ma.�.,.i �pnror
l'nrt. t'.'Nt�'Hiirt• hmmir cl rllucllcmt•nt u.'­
pulsc·r de· ln c•ité l'urt t�n t1tnt cttt'il oom-
H l:( l'h. t...."'"'' l.ahartl"', • nltlt•m(, lt> I"'Otc.lcu.u
ur l• mi1111'0IIIo • lu t.Yrmto&tlctrt clc•to ,..,.k,..,.,ac-11, l'atl"
<lallllic-, IWH.
'
.·1
pmtc, d:ws NOn mode cie production ou
cl'énouei:tliou, la mirnc.m : ce qui vaut
essenticllcrneut, mais non exclusivement,
pour le théàtre cl la tra�édic. Par là s'in­
dique d'ailleurs que le prohlème du mythe
<·st toujours iudissoci:thlc de celui de l'art•
moins parce que le mythe serait une créa-
I iou ou une œuvre d'art collective, que
p:trcc que le mythe, comme l'œuvre d'art
qui l'exploite, est un instrument de l'iden­
fificltion. Il est même l'instntment mimé­
tiqaw par excellence.
A celle analyse, la tradition allemande
(clans la philologie classique, l'esthétique,
l'ethnologie historique, etc.) réservera un
accueil parüculier, tout en lui ajoutant,
comme nous le verrous, un élément dé­
oisif. C'est pourquoi on ne doit pas
s'étonner, pnr exemple, de voir quelqu'un
comme Thomas Mann, dans son éloge de
tc'reud qui signa sa <...'oodruunation par les
nazis (et donc un certain temps après sa
rupture avec l'idéologie de la c. révolution
conservatrice ..), rassembler cette tradition
en analysant la c. vic dans le mythe ..
comme une c. vie en citation ..�. Ainsi, le
9. ln Nc>blé:Sifo• ck l't:spril, tnd. F. Dclm&.'l, Paris,
Albin Mluhe,l, 1960.
suicide de Cléopâtre cite - c'est-à-dire
imite - tel épisode du mythe d'Ishtar­
Astarté. De même, on ne s'étonnera pas
que le Docteur Faustus, sans doute un
des meilleurs livres qui aient été écrits
sur le nazisme, ait pour thème dominant
- sans faire entrer en ligne de compte
son dispositif, qui est ouvertement mimé­
tique et agonistique - la question de l'art
et du mythe, considérés précisément sous
cet angle.
Cela dit, pourquoi toute une strate de
la pensée aUemande, depuis au moins le
romantisme, s'est-elle attachée de manière
privilégiée à ce genre de problématique
- au point de la constituer, comme c'est
le cas chez Nietzsche, en problématique
centrale ? Et pourquoi, tout au long de
ce travail, cette pensée s'est-elle acharnée
- selon, enco,e, une expression· de
Nietzsche - à t: renverser le platonisme :. ?
Pourquoi le recteur Krieck, idéologue très
officiel du régime nazi, s'est-il proposé de
lutter contre le t: refoulement du mythe
par le logos (...) depuis Parménide jusqu'à
nos jours � ? Et pourquoi Heidegger, qui
cessa pourtant assez vite d'être au service
du national-socialisme (et à qui Je même
Krieck était hostile), a-t-il pu dire que d a
36
...
--"""""'---­
·---·-··
raison, tant m$ifiée depuis des siècles,
est l'ennemi le plus acharné de la
pensée � ? Ou eooore, que l'Histoire à son
origine oe relève pa.<; d'une science, mais
d'une mythologie.
Nous ne pouvons, ici que décomposer
très schématiquement une analyse diffi­
cile et complexe, qui devrait porter sur
une couche historique tout à fait précise
- entre l'histoire des mentaJjtés, l'histoire
de J'art et de la pensée, et l'histoire poli­
tique : on poumtit-J'appeler, faute de mieux,
l'histoire des fictionnements.
Au départ, et pour le dire de manière
abrupte, ü y a ceci : depuis l'effondrement
de la chrétienté, un spectre a hanté l'Eu­
rope, le spectre de l'imitation. Ce qui si­
gnifie tout d'abord : l'imitation des An­
ciens. On sait quel rôle le modèle antique
(Sparte, Athènes ou Rome) a joué dans
la fondation des Etats-nation modernes,
et dans la construction de leur culture.
Du classicisme de l'âge de Louis XIV à la
pose à l'antique de 89 ou au néo­
classicisme de l'Empire se déploie tout
un travaü de structuration politique, où
se réalisent à la fois une identification
nationale et une organisation techÜigue
(!e gouvernement, d'administration, de hié-
37
•
oo
C'r.trchisation de dominatton, etc. est
'en cc sens qu'il {;tudcait faire entrer 1'imi-
catio1l Jti.storiqtle, comme Marx y a d'ail­
leurs songé, au nombre des concepts poli­
tiques.
Dans l'histoire de cette Europe en proie
à l'imitation, le drame de l'Allemague n'est
pas simplement d'être morcelée, au point,
la chose est connue, que c'est à peine·s'il
existe une langue allemande, et que nulle
œuvre d'art « représentative » (même la
Bible de Luther peut difficilement être
considérée comme telle) n'a encore vu le
jour, en 1750, dans cette langue.
Le drame de l'Allemagne est aussi de
subir cette imitation au second degré, et
de se trouver obligée d'imiter cette imita­
tion de l'Antique que la France ou l'Italie
necessentpasd'exporter pendant au moins
deux siècles. L'Allemagne, en d'autres
10.,Pendant toute cette périod.e, l'Allemagne n
'
a
pas dEtat, �me on le sait. Elle correspond plutôt
à ce que Dürrenmatt a pu décrire ainsi : c Les AIJè-
m.ands n'ont · · · ·
myth d'
�rus eu un Etat, ma.LS uniquement le
é� e un
.
emprre sacré. Leur patriotisme a toujours
.
romantique, en tout cas antisémite, et aussi bien
J>1CU% et �ux de l'autorité. • (c Suc le senti­ment patriotique• ,.��- 19 vril
ductioo d'un texte' �-:.......,.,
a · 1990 -tra-
hen Bo
. paru m Dokumente und Ausspra--c ' no, Bouvier. 1989.)
38
tenncs, n'est pas seulement privée d'iden­
tité, mais il lui manque aussi la propriété
de son moyen d'identification. De ce point
de vue, il n'est en rien surprenant que la
Querelle des Anciens et des Modernes se
soit prolongée si tard en Allemagne, c'est­
à-dire au moins jusqu'aux premières an­
nées du XlX' siècle. Et l'on pourrait parfai­
tement décrire l'émergence du nationa­
lisme allemand comme la longue histoire
de l'appropriation des moyens d'identifi­
cation. (C'est peut-être d'ailleurs ce qui
définit en partie le contenu des c révolu­
�ons conservatri�», dont il ne faut pas
oublier leur baine du « cosmopolitisme ».)
Ce qui a donc manqué à l'Allemagne,
pratiquement, c'est son sujet, ou c'estd'être
le sujet de son propre devenir (et la méta­
physique moderne, en tant qu� métaphy­
sique du Sujet, ne s'y est pas accomplie
par hasard). Par voie de conséquence, ce)que l'Allemagne a voulu constnûre, c'est ·
un tel sujet, son propre sujet. D'où son
volontarisme intellectuel et esthétique, et
ce que Benjamin, un peu avant 1930, re­
pérait comme une « volonté d'art » dans
cet écho de l'âge baroque que représentait
à ses yeux l'expressionnisme. Si la hantise
ou la peur des Allemands aura toujours
39
- ·-·--
été de ne pas parvenir à être des artistes,
de ne pas pouvoir accéder au « gran�Art �·
si dans leur art ou dans leur pratique Il
y a souvent une telle application, ct tant
d'attendus théoriques, c'est parce que
l'enjeu n'était rien d'autre que leur
.
�den­
lité (ou Je vertige d'une absence d Iden-
tité).
.
Mais il y a plus : on peut d1re, sans
doute, que cc qui a dominé, �e ce p�in�
de vue, l'histoire allemande, c est une nn­
pitoyable logique du double birul (de cette
double injonction contradictoire, par où
Bateson suivant en cela Freud, explique'
la psychose). Au sens précis du terme, la
maladie qui aura toujours menacé l'Alle­
magne, c'est la schizophrénie, à quoi tant
de ses artistes auront succombé.
Pourquoi une logique du double bind ?
Parce que l'appropriation du moyen d'iden'-
' tification, simultanément, doit et ne doit
pas passer par l'imitation des Anciens, c'est­
à-dire avant tout des Grecs. Elle le doit
parce qu'il n'y a pas d'autre modèle que
celui des Grecs (une fois effondrée la trans­
cendance religieuse, avec les structures
politiqu� qui y correspondaient : on sc
souviendra que c'est la pensée allemande
qui a proclamé la « mort de Dieu ,. et)
40
•
que le romantisme moyen s'est fondé sur
la nostalgie de la chrétienté médiévaJe). EUe
ne Je doit pas, parce que ce modèle grec
a déjà servi à d'autres. Comment répondre
à cc double impératif contradictoire ?
Il y aura eu, probablement, dans l'en­
semble de la cukure allemande, deux
issues : une issue théorique tout d'abord,
c'est-à-dire, pour être précis, spéculatiue.
C'est l'issue fournie par la dialectique, par
la logique du maintien et de la suppres­
sion, de l'élévation à une identité supé­
rieure, et de la résolution, en général, de
la contradiction. Hegel en est le représen­
tant le plus visible et (peut-être) le plus
rigoureux, mais il n'a pas, dans l'âge même
de l'c: idéalisme spéculatif :o, le monopole
du schème général de cette solution. Celle­
ci, par ailleurs, fraye en particulier la voie
à Marx. Cette issue dialectique représente
sans doute, contrairement à ce que pen­
sait Nietzsche (dont on sait pourtant
jusqu'où le mena la hantise de l'identité),
l'espoir d'une « santé :o. Mais nous ne pou­
vons pas nous attarder ici sur cette pre-
mière voie.
,. , ,
D'autre part, il y aura eu l tssue �the­
tique, ou l'espoir d'une issue esthétique ; J
et c'est à elle que nous voulons nous atta-
41
cher, parce qu'elle n'est pas �o�r rien
dans la « maladie .,. nationaJ-soetaüste.
. . ?
Quel en est le pnnctpe ·
C'est celui du recours à d'autres Grecs
que ceux qui avaient é�é utilis�jusque-là
(c'est-à-dire, dans le neo-classt�ts�e fran-
' çais). Déjà, Winckelmann
_
avrut dit : « Il
nous faut imiter les Anctens pour nous
rendre, si possible, inimita�les. .,. 11 M�s
il restait à savoir ce qui, au JUSte, pouvrut
être imité des Anciens de façon à différen­
cier radicalement les AJlemands.
On sait que ce que les Allemands ont
découvert, à l'aube de l'idéalisme spécu­
latif et de la philologie romantiq�e (dans
. la dernière décennie du xvur siècle, à
Iéna; entre ScWegel, Holderlin, Hegel et
Schelling), c'est qu'il a existé, en réalité,
deux Grèce : une Grèce de la mesure et
de la cJarté, de la théorie et de l'art (aux
sens propres de ces termes), de la «· belle
forme », de •la rigueur virile et héroïque,
de "la loi, de la Cité, du jour ; et une Grèce
enfouie, nocturne, sombre (ou trop éblouis­
sante), qui est la Grèce archaïque et sau­
vage des rituels unanimistes, des sacrifices
11. • Sur l'imitation de la peinture et de la sculp- .ture des Gt-ecs. •
42
_.......,......,__··-· ·-·-
J
sanglants et des ivresses collectives, du
culte des morts et de la Terre-Mère -bref
une Grèce mystique, sur laquelle la pre�
mière s'est difficilement édifiée (en la « re­
foulant »), mais qui est toujours restée
sourdement présente jusqu'à l'effondrement
final, en particulier dans la tragédie et
dans les religions à mystères. C'est d'!Jn
tel dédoublement de la « Grèce , qu'on
peut suivre la trace dans toute la pensée
allemande depuis, par exemple, l'analyse
holderlinienne de Sophocle ou la Phéno­
ménologie de l'esprit jusqu'à Heidegger,
en passant par leMutterrecht de llachofen,
la Psyché de Rohde, ou l'opposition de
l'apollinien et du dionysiaque qui struc­
ture la Naissance de la tragédie.
Bien entendu, nous simplifions un peu :
toutes les descriptions de cette double )
Grèce . ne concordent pas entre elles -
loin de là -, et d'un auteur à l'autre les
principes d'évaluation divergent la plupart
du temp.'i de manière très sensible. Mais
si l'on fait (abusivement) une sorte de
moyenne - et l'idéologie ne procédera
pas autrement -, on peut avancer que
cette découverte implique en général un
certain nombrede conséquences décisives.
Nous en retiendrons quatre :
43
. -
•
'
'
1
... .t'
1• '( '
'
1) Cette découverte permet évidemment
de promouvoir un modèle historique nou­
veau inédit, ct de se débarrasser de la
Grèc� néoclassique (la Grèce française,
voire, plus anciennement, la Grèce ro­
maine et renaissante). Ce qui autorise,
du même coup, une identification de l'Al­
lemagne à la Grèce. Il faut noter que cette
identification sera tout d'abord fondée sur
une identification de la langue allemande
à la langue grecque (au départ, tout est
bien entendu philologique).
Cela signifie qu'il serait erroné de peqser
trop simplement que l'identification s'est
faite, sans plus, à l'autre Grèce, à la Grèce
oubliée et mystique : il y a toujours eu
un peu de cela, mais, pour un certain
nombre de raisons dont nous allons parler,
il n'y ajamais eu exclusivement cela. L'iden­
tification à la Grèce n'a jamais eu la forme
privilégiée de la bacchanale.
Cela signifie aussi, d'autre part, que ce
1 type d'identification, spécifiquement lin­
guistique à J'origine, s'est précisément
conjugué avec le mot d'ordre d'une c: nou­
velle mythologie » (Hôlderlin, Hegel et Schel­
lingen 1795), ou avec celui de,la construc-
, tion nécessaire d'un « mythe de J'avenir ,.'
(Nietzsche, ma Wagner, dans les années
44
•
1
1
l:
'
1
1
1
•
8�).
_
En effet• l'essence de la lan�ue �rccquc
orïgmellc, du nuahos est d'c'tre c
1
• · , omn1c
la �nguc allemande, capable de symboli-
satton, et par là C.1pablc de la production
ou de la formation de « mythes cooduc­
t�urs
_
»,
_
pour un peuple lui-même défîni
hngUtsttqucmcnt. L'idcntific.-.tion doit donc
passer par la construction d'un mythe ct
non
_
par un simple retour à des mrtÎ1es
anctens. De Schcllin� à Nietzsche, les
exemples de tentatives de cc genre ne
manquent pas.
En conséquence, la construction du
myth� sera forcéme�1t théorique et philo- '
sophtque, ou si 1 on veut ciie sera
'
.
consciente, même si elle se fait dans l'élé-
ment de la poésie. Elle devra donc em­
prunter le1modede l'allégorie, comme dans
le Ring de.Wagner, ou d:ms le Zarathoustra
de Nietzsche. Ainsi sera surmontée dialec­
tiquement l'opposition entee la richesse
de la production mythique primitive (qui
est inconspicote),.et l'universalité abstraite
de la pensée rationnelle, du I....ogos, des
Lumières,. etc. Selon un schéma mis en
place par Schiller dans son essai sur Poé:.'ie
taaiœ et poésie sentimentale, la (..'Onstruc- '
tion du mythe modeme (ou, cela revient 1
au même,, de l'œuvre d'urt modeme) sera '
45
toujours pensée comme le résultat d'un
procès dialectique. Et c'est bien pourquoi
ce que nous appelions « l'issue esthétique �
est inséparable de l'issue théorique ou phi­
losophique.
2) La même logique (dialectique) est à
l'œuvre dans ce qu'on pourrait appeler le
mécanisme de l'identification. Sous ce rap­
port, il faut très rigoureusement distinguer
entre l'utilisation qui est faite de l'une
ou de l'autre Grèce.
·
La Grèce, disons toujours pour faire Vite,
« mystique �, fournit en général, non pas
directement un modèle, mais plutôt une
ressource, c'est-à-dire l'idée d'une énergie
à même d'assurer et de faire fonctionner
l'identification. Elle est chargée, en somme,
de fQ_umir la force identif;.cat.oire. C'est
pourquoi la tradition allemande a·oute à
la théorie grecque et classique de l'imita­
tion mythique, de la mimesis - ou déve-·
loppe avec beaucoup d'insistance - �qui, dans Platon pat exemple n'était fina-
l
, 'ement qu en germe, à savoir une théorie
de la fusion ou de la participation mys­
tique (de la met:hexis, comme dira, dans
un autre contexte, Lévy-Brühl) 12, dont l'ex-
12. Cf. Les carnets, Paris, PUF, 1949.
46
�rience dionysiaque, telle que la décrit
Nietzsche, donne au food Je meilleur
exemple.
Mais cela ne veut pas dire que le modèle
à imiter provienne immédiatement,'ou soit
pensé comme devant provenir immédiate.
ment de l'indifférenciation mystique. Au
contraire : dans l'eHusion dionysiaque -
pour rester encore sur Je terrain nietzs­
chéen -, et issue de cette eHusion, ce
qui tl)>paraît, c'est une imagesymbo�ue,
semblable1 dit Nietzsche, à c une illlage
de rêve �.. Cette image est en fait l'ùnage
scénique (le personnage, ou mieux, la fi­
gure, la Gestalt) de la tragédie grecque.
Elle émerge de c l'esprit de � musique •
(la musique étant, comme le savait at�i
Diderot, l'�ément même de l'eifusioo), mais
elle s'engendre dialectiquement de la lutte
amoureuse dece principedionysiaque avec
la résistance figura1e apollinienne. Le mo­
dèle ou le type est donc cette formation
de compromis entre dionysiaque et apolli­
nien. Ainsi s'explique d'ailleurs l'héroïsme
tragique des Grecs, dû pour une grande
part selon Nietzsche (et ce motif ne sera
pàs '
oublié) au peuplement nordique des
Doriens ies seuls qui se soient montrés
capabl� de se redresser face à la dissolu-
47
ot
-
.. ·- - --
fioll pl'l t1H'II'II1'l' (JIU: jliIVCitpl.lif f.ttllklll('llf
k lltyshds•th' 01 u·ul:ll.
1 l 'l ' J) 'lhol cl'1.1 n·utl '·cu11pl" < 11 p• v1 c 1-�c
.t,·vonlc', d:tns ln prohkuutliquc nll"nuuuk
de 1
'
:11 1 , lill clwiIH' ct lill dtallll' IIIIINiclll,
t''est n din· i ln rC:p(•( i(ioll de la (rn;�éclk
ct du ft-sliv11l t r nglqut•, les 111ic..:u x :) mÛIll<;,
panui toutes les formes d'nrt, d'l:uclc;u
chc· r k pmc..:essus de l'idcutificatiou. C'est
JXHirquoi Wagucr , hieu plus que ( :oct lac,
St' pensera conuue Il: l >anlc, le �halw­
spc:trc ou le ( :c,·vanti;s dc..: I'AIIcmaguc..:. J•:t
c..:'cst 1xn•rquoi il visera délihérémeut, av1;c
' la foud�ttion de Hayrcut h, uu lmt poli··
tique : celui de l'uuificat ion, par la célé­
brai iou ct par le cérôuouial thé:ît r:1l, du
peuple allcnlllud (uuific:•tion comparable
à celle de la cité Jau:> le rilucl tragique).
Et c'est cu cc scus fon<.lamcut;ll IJII'il f<mt
cowprcmlre l'exi�euce d'une « u;uvre d'art
loulle ». La lot.Hiisat.ion n'est p:ts seule­
ment esthétique : elle f:tit :-�i�uc cu (lircc­
tion du politique.
4) On comprend peut.-êtrc mieux, dès
lors, pourquoi le nat ional-soci:tlisme n':•
vas simplement représenté, cornrne le di­
sait Benjamin, une « esthétisai ion de l11
politique • {à laquelle il eOt été suffiHnnt
de répondre, à la manière de Brecht, pstr
4H
'•
'
.
'
r une· • polaf l1111t Hill tic· l'url • ,.111 fi,. 1.,. J11
Hlllllll 1111 tt< ltiiJlltu iHIIIC' c•ttf purfsull'lll'llll 1;;1
pnhl<· d,· IH: duuf.<:r), 11111i11 , .,,.. funicm de:
l:• politlqtw 1"1 dt: l'li f t , ltt JrYwlw·timt 1lu
l'oliiÙfiiA' c·onuru- rt:u:vtl' tl'ttff l't1111 l f•·r.•·l .
.1/-jsl, le motuk 1�•<:(• (:tnlt c:dui de· • la <'aff.
col iJIIU: u:uvn· <l'art • Mam ·�: qui, <.;111;r.
IJq�d. n:Nt�: pris d:mH 1(· premwr dt·11 tlc;ux
types <k r(if(·n;u(:(:H si la ( !r<:<:<·, c·l 11c dwuw
lieu, par ailleurs, fi auc•ut(: pu,positicm
d'imitafiOII, (.;.Hl <J(;HI)riiiUiH JHIHHé par le HI;.­
COII<I t ype cie réf(:rcJH;I:, ct dcvicut wH;
iuvilatiou, ou 1111t: irH;it:JIIou, {a l:t pnwluc­
tlou. L<: mytlu; unzi, :aiuHi que l'a admar:t­
blcmcnt mout.r(: Nyhcrher� (HafiH k 1/itl<:r,
un film d'Alk·nu.tt�ne, l';uutlyKc qu(: ri<>IIH
teutons ici u'aumit paH été f>OHHihlc) ' ' ,
csl la eouNtntctlon, lu formntion ct la prt,...
ducliou du peuple allcrnnnd dans, p:tr d
couune uue œuvre d'art. Cc qui le di11
tin�uc peut-être rudlcalcmcnt, �IllUtni que
de la référt:nce hé�élicrlflc rappelée à l'inl'l­
t.ant, de la simple c citntlou • esthétiquc
t:. Mnb:t ooln ne rcl�.nlflc p1111 que """"" '"lvi(mll
/lyhcrbcrg dnn11 IICII rf!ccn� <iéc :larRtlomc philo
(lCUIIIIICnliCII fiQIIIAI/tictUtlll (11oion Jo pl1111 OOIIV(.'tiiJ dt:ll
nét•-romaniiHmCII) ct, mnlltcurcuecrnenl une folll de
ph111, antbtérnltOII.
tl9
l�..
.
.
propre à la Révolution française et à l'Em­
pire (mais ce phénomène de masse com­
mençait pourtant à poindre), ou même
encore du fascisme italien.
La constn.lCtion du mythe 'TUlZi
n est temps d'en venir au contenu même
du mythe nazi. Conformément à ce qui
précède, il ne doit pas tant s'agir (ou si
peu) des mythes disponibles utilisés par
le nazisme, que de la construction d'un
mythe nouveau, une construction dans la­
queUe l'histoire que nous venons de rap­
peler se met en œuvre, ou bien, plus exac­
tement, en vient à se proposer eUe-même
comme œuvre accomplie.
La construction de ce mythe a été pré�
cédée, depuis la fm du x.or siècle, et pas
seulement en Allemagne, par une construc-
. tion, plus que largement ébauchée, du
mythe aryen. Mais nous ne pouvons pas
Y revenir ici. Ce qui doit nous retenir est
la
,
co�tr�JCtion spécifique du mythe nazi.
C est�a�lfe de ce qui ne représente pas
le �ythe des nazis, mais le nazisme le
natiOnal-socialisme
_
Iu
_
i�même en tant �ue
mythe. La caracténstique du nazisme (et
50
-- ·•"=tltf#MtitS'M·.u....__
•
l
1
•
•
à beaucoup d'égards, celle du fascisme
italien) est d'avoir �roposé son propre mou­
vement, sa propre Idéologie, et son propre
Etat, comme la réalisation effective d'un
mythe, <?u comme un mythe vivant. Ainsi
que le dit Rosenberg : Odin est mort
.
d
,
t
, mats
une au�e açon, en tant qu'essence de
l'âme germanique, Odin ressuscite sous
·nos yeux:
.
Nous allons essayerde reconstituer cette
cons�ruction à travers Le mythe du
.XX �cie .de Rosenberg, et· Mein Kampf
de H1tler. Nous les plaçons dans cet ordre
bien que le premier ait été publié en 1930
,
et le second en 1927, car le second repré�
sente, bien entendu, dans sa portée la
plus directe, le programme qui fut effecti­
vement 'mis en œuvre. Le livre de Rosen� 
bèrg, en revanche, constitue un des plus
célèbres acçompagnements théoriques de
ce programme. Il ne fut pas le seul, et
du reste, il ne.fut pas accepté sans partage
par tous les .nazis (nqtamment dans sa
virulence anti-chrétienne). Mais sa lecture
fut pratiquement obligatoire, et l'édition
que nous utilisons, de 1934, est la quaran�
·
deuxième, conespondant à 203.000exem­
plaires... (Il �t vrai que l'édition de Mein
Kampjdont nous nous sommes servis est,
51
•
i1
1
en 1936, la cent quatre-vingt-quatrième,
pour 2.290.000 exemplaires...).
, •
Il faudrait avoir le temps de s arreter
sur le style (si on peut dire) de ces üvres,
qui à bien des égards se ressemblent. Par
leur composition comme par la langue
qu'ils pratiquent, ils procèdent toujours
de l'accumulation affinnative, jamais, ou
à peine, de l'argumentation. C'est un en­
tassement, souvent brouillon, d'évidences
(du moins données comme telles) et de
certitudes inlassablement répétées. On mar­
tèle une idée, on la soutient de tout ce
qui peut sembler lui convenir, sans faire
d'analyses, sans discuter d'objections, sans
donner de références. n n'y a ni savoir à
établir, ni pensée à conquérir. Il y a seule­
ment à déclarer une vérité déjà acquise,
toute disponible. Déjà sur ce plan, en
somme, on se réclame implicitement non
pas d'un lcgos, mais d'une espèce de pro­
fération mythique, qui n'est pas pour au­
tant poétique, mais qui cherche toute sa
ressource dans la puissance nue et impé­
rieuse de sa propre affirmation.
, ' Ce c style :. répond à la' c pensée � du
mytl:te que propose Rosenberg. Pour lui,
en effet, le mythe n'est pa,s d'abord la
fonnation spécifique que nous désignons
52
sous c� mot, c'est-à-dire celle d'un récit
symbohsant une origine. Les récits my­
thiques appartiennent à l'âge mythologique
c'est�
à-di_re, pour Rosenberg, à un âge dé�
passe qu1 était celui d'une c symboüsation
insouciante de la nature • (p. 219). Comme
tout bon �sitiviste, scientiste ou Aufklarer
- et d'une manière, à cet égard, assez
peu romantique -, Rosenberg juge cet
âge primitif et natf. Aussi critique-t-il ceux
qui veulent revenir aux sources germaines
�
de la mythologie (on perd son temps à
vouloir revenir à l'Edda, dit la même page).
La religion de Wotan est morte, eUe devait
mourir (cf. pp. 6, 14; 219). Le mythe n'est 1
donc pas le mythologique. Le mythe, à
proprement parler, est une puissance plus
qu'une cqose, un objet ou une représenta- 1
tion.
Le mythe est ainsi la puissance du ras­
semblement des forces et des directions
fondamentales d'un individu ou d'un
peuple, la puissance d'une identité sauter- 1 .
raine, invisible, non empirique. Ce qui
doit se comprendre avant tout par opposi- 1
tion à l'identité générale, désincarnée, de
ce que Rosenberg appelle lèS c absolus 1
sans limites » (p. 22), et qui sont tous les 1
Dieux ou .tous les Sujets de la philosophie,
53
- ·-'------
q::lui de Dc�cartcs comme celui de Hous­
st:Hu, ou comme celui de Marx. Contre
ces identités dissoutes dans l'abstraction,
le mythe désigne l'identité comme diffé­
rence propre, ct son affirmation.
Mais aussi, ct d'abord, il désigne cette
' identité comme l'identité de quelque chose
qui n'est pas donné, ni comme un fait,
ni comme un discours, mais qui est rêvé.
La puissance mythique est proprement
ceUe du rêve, de la projection d'une image
à laquelle on s'identifie. L'absolu, en effet,
ne peut pas être quelque· chose qui se
' pose hors de moi, il est le rêve auquel je
peux m'identifier. Et s'il y a aujourd'hui,
dît Rosenberg, un « réveil mythique », c'est
que « nous recommençons à rêver nos
rêves originaires :.. (p. 446). Dans Je rêve
originaire, il ne s'agit pas de Wotan ni du
Waballa, formes mythologiques et frustes
du rêve, mais de J'essence même de ce
rêve. Nous allons voir bientôt ce qu'il en
est de cette essence, mais elle s'annonce
déjà par ceci : « Les Wilùngs n'étaient pas
seulement des guerriers conquérants
commebeaucoupd'autres, ilsrêvaientdbon­
�cur et d'Etat, de régner et de créer. ,.
1 (1d.) Or, préc!se Rosenberg, l'Allemagne
comme telle q a pa.� encore rêvé, eUe n'a
54
. . ·- .
f pas encore rêvé son rêve. Il cite Lagarde :
..: Il n'y a jamais eu d'Etat allemand. :. Il
n
'y a pas encore eu d'identité mythique,
c'est-à-dire de véritable - et puissante
- identité de l'Allemagne.
Ainsi, la vérité du mythe tient à deux
choses :
1) à la croyance : ce qui fait le mythe
vrai, c'est l'adhésion du rêveur à son rêve.
(( l}_gJ����est vrai gue lorsqu'il_a_saisi
l'homm�.
.�tJ.!w.tieo (p. 521). Il faut une l
croyance totale, une adhésion immédiate
et sans réserves à la ·figure rêvée, pour 1
que le mythe soit ce qu'il est, ou encore, 1
et si l'on peut dire, pour que cette figure 1
prenne figure. De là, cette conséquence
importan�e que, pour les < croyants -. en
ce sens, l'assujettissement du peuple à la
croyance, le matraquage symbolico­
mythique n'est pas seulement une tech­
nique d'efficacité, mais aussi bien une me­
sure d� vérité. (Et l'on connaît, par ail­
leurs, les pages où Hitler expose la néces- ' ..
sité de la propagande de masse.)
2) à ceci que le mythe, ou le rêve, a
pour nature et pour fin de s'incarner dans
une figure, ou dans un type. Mythe et 1type sont indissociables. Car le type est "
la réalisation de l'identité singulière portée
55
par Je rêve. n est à la fois le modèle de
l'identité et sa réalité présentée, effective,
.{armée.
C'est ainsi que l'on parvient à une sé­
quence essentielle dans la construction
du mythe :
Rosenberg déclare : < La liberté de l'âme
est Gestal.l... :t (p. 529) (forme, figure, confi­
guration, c'est-à-dire qu'eUe n'est rien d'abs­
traiL de général, elle est capacité à mettre
en figure, à incarner). < La Gestalt est
toujours plastiquement limitée. .. ,. (son es­
sence est d'avoir une forme, de se diffé­
rencier ; la < limite ,., ici, c'est la limite
qui détache une figure sur un food, qui
isole er qui distingue un type). < Cette
limitation est conditionn� par la race... ,.
(c'est ainsi que l'on atteint Je contenu du
mythe : la race est l'identité d'une puis­
sance de formation, d'un type singulier ;
une race, c'est Je porteur d'un mythe).
( �iais cette race est la figure extérieure
d'une âme détermio� "·
Ce dernier trait est un leitmot.io de Ro­
senberg, e{ se retrouve plus ou moins ex­
�tem� partoct chez HjtJer : une race,
c est une ame, et dans cert.ains cas une
âme géniale (M](, p. 321), à l'intérie:u de
laqu.ene iJ Y a du reste aussi des diffé-
r�nces in�ividu�llcs, ct des individun r-,é­
nJaUX, qUl expnment mieux f>U qui for­
ment mieux le type. Ce qui veut donc
bien dire qu'une: <� raœ • eKt avant t(Jut
le principe et le lieu d'une puissance my­
thique. Si le mythe nazi �e dét�:rminc
d'abord en tant que mythe de la " raœ ,.,
c'est qu'il est le mythe du Mythe, c'est-à­
dire le mythe de la pui88ance créatriœ
du mythe en général. Comme si le�S races
étaient eUes-mêmes, tl)ut d'aburd, )e!j types
rêvés par une puissance supérieure. Rrr
senberg cite encore Vdgatde : � les nationts
sont des pensées de Dieu �-
Ce principe du type comme identité sin­
gulière absolue et concrète, oomme effec­
tuation du mythE:, c'est ce que Hitler jus­
tifie laborieusement - et du reste tri'=.'!
rapidement, car au fond iJ se moque d'une
véritable justification positive - pu
l'exemple desespèces animales qui ne s'a.o­
couplent qu'à l'iotérit.'Ur du même type,
tandis que les bât.ardb sont « dégénérés ).
A cet égard, il est essentiel de relever
que le Juif n'est pas simplement une race
mauvaise, un type défec:t.ut::tu : il est fanti­
type, le bâtard par excellence. n n'a pas
de culture propre, dit Hitler, et même pas
de religion propre, car I.e m�
57
est antérieur à lui. Le Juif n'a pa:; de
Seelen,gestalt (de forme ou de figure de
l'âme), et donc pas de Rassen�estall (de
forme ou de figure de la race) : sa forme
est informe. Il est l'homme de l'universel
abstrait, opposé à l'homme de l'identité
s�uli�re ct concrète. Aussi Rosenberg pr(....
CJSe-l-1
1
quc le .1uif n'est pas l'" antipode ,.
du Germain, mais sa « contradiction r. ce
qui veut sans doute dire que ce n'est
1
pas
un type opposé, mais l'absence rnêm<; de
type,
_
com
_
me
_
danger présent dans toutes
l�s batardJsatwns, qui sont a ussi des para­
SJtagcs.
� met ainsi en place un rnéeanisme
QUI peut être décrit de Ja manière sui­
vante :
.
l)
,
il faut r��cilltr �a puissanee du mythe,
en face de I mccmsJ�;tancc des univcr ·1
ab t
.
(d 1
sc s
s raJts e a S<.:ien<.:" dc la d/. .
d
.
...., cmocrat1c
e. la �hdosop�Ji<:), <:l devant l'effondre�
rnent (a<.:compJJ avec la guerre d<: 14-Jk)
de..,
_
d�ux
_
<:nJyance:s de l'â�c moderne . le
<:hnstJaOJSrnr�, et la crc,y;,ne'· da J'h
.
l.é ( ·
.... nil UJna-
n' qu, sont drmc sans dc)ulc 1 .
l<J)�nber� n<: le di&: pas, des r;JY��::
c��c
�éner�, et peut-ttre " enJ·uivfs
-
<.:a.'i cxs- 6
• ", en tout
an_,u<..."'! proprts à J'é
·
perdu le sens dela
. . .
1
• Pf>quc qui a
racc, c senn du mythc).
2) il faut donc réveiller la puissance de
la r.toe, ou du peuple, la puissanceviilkisch,
qui se caractérisera précisément comme
la force produetricc, ou formatrice, du
mythe, ct comme sa miRe en œuvre, c'est­
à-dire comme l'adhésion active du peuple
à son mythe. Cette adhésion prend dès
lors le nom de • mystique r., par lequel
Rosenberg veut désigner, au-<lclà d'une
simple croyance, la participation totale au
type. C'est ainsi, par exemple, qu'il écrit :
i: la vie d'une race, d'un peuple, n'est pas
une philosophieau déveJoppcmentlo�quc,
ni· un processus sc développant selon des
lois naturelles, mais c'CHt la fom1ation d'une
syhthèse mystique ,. (p. 1 L7).
De ce fait, au-delà de la philosophie et
du savoir en général, la reconnaissance
mystique est moins une l�rkenntnis qu'une
.Bek(:'11:nl:nis, c'est-à-dire moins une connam­
s.ancequ'une• rcconnais.�ce ..,uneconfes­
sion au sens d'une confession de foi. De
la même manière, et selon une oppositiou
semblable à la philosophie, Hitler déclare
qu'il s'agit de produire une Glaulx'nSbe­
k.enntnis, une profession ou un acte de ,
foi (MK, p. 508).
3) cet acte de foi pmte, pour chaque
peuple, sur son mythe propre, c'est-à-dire
')9
•
. ...
sur la projection et sur le proje� ongi-
·res de son identité. (Par consequent,
nru
les Germains, sur l'identité germa-pour
d r .
t b"
nique.) Mais cet acte e 101 cs ten un
acte. Il ne consiste pas seule
_
ment dans
une attitude spirituelle, du moms au sens
, ordinaire de ce mot. Le rapport (( mys­
tique ,. au mythe est de l'ordre de rexpé:
d_�nc_e_véÇJJe�_E!_l
_
concc_et m�jeur
de ��12�u5-). Il y a une « experienc� iny­
tfiTque » 1Rosenberg, p. 146), ce qm veut
dire que le mythe n'est véritable que <oécu.
De même qu'il doit former un type effectif,
l'acte de foi doit être immédiatement le
vécu de ce type. (De là que les symboles
de l'ordre mythique, uniformes, gestes,·pa­
rades, enthousiasme cérémonial, de même
que les mouvements de jeunesse ou les
associations de tous genres, ne sont pas
seulement des techniques mais des fins
en soi : ils incarnent la finalité d'un Er­
lebnis total du type. La symbolique n'est
pas seulement un repère, mais une réali­
sation du rêve.)
Cependant, pour que ce schéma soit
com�Iet, il faut en arriver à la spécificité
- v�ue au privilège, et au privilège absolu
- dune race et d'un type. Ce qui exige
deux déterminations supplémentaires :
60
1
'1
1) la race, le peuple, tient au sa�, et
non à la langue. Cette affirmation est sans
cesse reprise par Rosenberg et par Hitler :
le sang et le sol, Blut und &den. (Hitler
l'illustre en expliquant qu'on ne fera pas
un Allemand d'un Nègre en lui apprenant
l'allemand.) A beaucoup d'égards, cette af­
firma�ion. tranche avec la tradition (ro­
mantique en particulier) d'une recherche
ou d'une reconnaissance d'identité par la
langue. Le mythe revendiqué dans la tradi­
tion s'identifie souvent au mutlws comme
langue otiginelle, opposée au lo�os. Ici, 1
au contraire, le mythe devient en quelque
sorte le sang, et le sol d'où, en somme, U
'
jaillit. Ce déplacement a sans doute plu­
sieurs raisons :
- l'All�magne, en tant que mythe non
encore réalisé du xx· siècle, n'est plus le
problème de langue qu'elle fut jusqu'au
XVIII" siècle, mais un problème d'unité ma­
térielle, territoriale et étatique. C'est le
sol (la nature immédiate de l'Allemagne)
qui doit être « typé », et .avec lui le sang
des Allemands ;
- si le mythe aryen se reconnaît, comme
nous allons le voir, dans d'autres terri­
toires linguistiques (et d'abord grec, mais
aussi latin, et nordique), c'est une autre
61
- -·...·----
identité que celle de la langue qu'il faut
saisir en lui :
- malgré sa spécificité, la langue appar­
tient d'emblée à J'élément de l'universel.
1 Du moins, elle risque, si elle n'est nourrie
de sang, de toujours apparaître du côté
de ce qui reste formel et sans substance.
Le sang, au contraire, c'est la nature, c'est
j la sélection naturelle (avec un darwinisme
en toile de fond), et c'est ainsi le motif
d'une « volonté de nature » (MK, p. 311,
422) qui est volonté de différence, de dis­
tinction, d'individuation. {Ainsi, c'est la
nature elle-même qui engendre le pro­
cessus des identités mythiques : c'est la
nature qui rêve et qui se rêve dans ses
types.)
C'est ainsi, en particulier, qu'il y a un
sang aryen, que Rosenberg fait remonter
à l'Atlantide.
. { 2) Pourquoi les Aryens ? Parce qu'ils sont
porteurs du mythe solaire. Ils' sont por­
teurs de ce mythe parce que, pour les
�uples
_
du Nord, le spectacle du soleil est
tmpress1onnant à la mesure de sa rareté.
Le mythe aryen est le mythe solaire, op­
posé �ux myth
� de la Nuit, aux divinités
chtomennes. Doù les symboles solaires
et la svastika. '
62
1l.i
[
l•
..•
Pourquoi le mythe solaire ? On pourrait
dire sans aucune gratuité que, pour Ro­
senberg, ce mythe de la clarté présente
la clarté du mythe en généraL Il écrit, par
exemple : � L'expérience mythique est
claire comme la blanche lumière du so-
leil. » (p. 146). Le mythe du soleil n'est 
rien de moins que le mythe de ce qui fait } <
surgir les formes comme telles, dans leur
visibilité, dans la découpe de leur Gestalt,
en même temps qu'il est le mythe de la
force ou 'de la chaleur qui permet la for­
mation même de ces formes. Autrement
dit - et sans revenir sur ce qui a été dit
du culte de la lumière et du Midi - le
mythe solaire est le· mythe de la· force
formatrice elle-même, de la puissance ori­
ginelle dit type. Le soleil, c'est la source
de la distinction typique. Ou encore, le ) .
soleil est J'arché-type. L'Aryen n'est pas
seulement un type parmi d'autres, il est
le . type dans lequel se présente (se rêve
et s'incarne) la puissance mythique elle­
même la nature mère· de tous les types.
Ce pri�ilège se développe selon trois axes
principaux :
·
. . .
1) L'ArYen est le fondateur de ct�sa­
tion par ' excellence, le !_(ultur-Qegrü_nder
(fondateur d�ivilisation) ou le Kul-
63
.. ...
.
... -···-·-·...
rursch.Opjer (créateur de civilisation) op­
posé au simple � porteur de civilisation :.
(Kulturtriiger). « En peu de millénaires
souvent, et même en peu de siècles, les
Aryens ont créé des civilisations qui por­
taient dès l'origine au complet les traits
intérieurs de leurs essences. � (MK, p. 319).
Ce peuple est le peuple, ou le sang, de la
création immédiate (et en somme, géniale)
des formes accomplies.
2) Les grands Aryens de l'Antiquité sont
les Grecs, c'est-à-dire le peuple qui a pro­
duit le mythe comme art. Les Grecs ont
mis en fonne leur âme (leur sang), ils en
ont produit la Darstellung {présentation)
ou la Gestalrung {mise en forme, ou en
figure), précisément dans la distinction
absolue de la fonrte, dans l'art. Devant
(l'artdcs Grecs, on a l'expérienceduFormwil­
len, du vouloir de la forme, ou du vouloir­
former. Aussi l'art est-il à partir des Grecs
et pour l'Europe une fin en soi, une reli­
gion en soi. Ce qui ne veut surtout pas
dire, ici, « l'art pour l'art », mais ce que
Rosenberg appeUe « un art organique, en­
gendrant la vie ,. (p. 448). Wagner compte
beaucoup dans cette considération, mais
plus encore la compréhension de la trie
comme art, et ainsi du corps, du peuple,
64
de l'Etat comme œuvres d'art, c'est-à-dire
c..'Omme formes accomplies de la volonté,
comme identifiCations achevées de l'image
rêvée.
3) Les grands Aryens du monde moderne,
ce sont les mystiques allemands, et sur­
tout Maître Eckhardt (passons sur l'in­
croyable sollicitation de son. histoire et
de ses œuvres à laquelle se livre Rosen­
�rg). Car Eckhardt a ouvert la possibilité
résolument moderne du mythe en produi­
sant le mythe de l'âme libre. La pure
intériorité de l'âme (dont la race est l'exté­
riorité) s'éprouve, dans l'expérience mys­
tique, plùs grande que l'univers même,
et libre de tout, de Dieu avant tout. Le
mythe s'énonce alors dans toute sa pu­
reté : il s'agit de se former, de se typer, ·
et de se typer comme libre créateur absolu
(et par conséquent, aut�-créateur). _Ro­
senberg écrit : « Odin était mort, et il le
reste · mais le mystique allemand décou-
'
vrit le c Puissant d'en-haut » dans sa propre
âme. » (p. 219).
L'âme, ou la c personnalité �. ou le
« génie •. se trouvant en elle-même comme
son c mythe ,. le plus propre, ou encore :
l'âme s'engendrant ·de son propre rêve,
ce n'est au fond pas autre chose que le
65
Sujet absolu, auto-créateur,
_
un sujet
_
�ui
n'a pas seulement une position ��mtive
(comme celui de Descartes), ou spmtuel�e
(Eckha.rdt), ou spéculative (Hegel), mats
qui rassemblerait et transcenderait toutes
ces déterminations dans une position im­
médiatement et absolument « naturelle ,. :
1 dans le sang et dans la race. La race
Aryenne est, à ce compte, le Sujet. En
elle, l'auto-formation s'effectue et s'incarne
dans « cet égoïsme collectif et sacré qui
est la Nation ,. (Hitler, dans une interview
de 1933).
Aussi le motif central de cette « âme ,.
et de sa Gestaltu� se résume-t-il pour
finir à ceci : premièrement, la création
et la domination civilisatrice par le sang ;
deuxièmement, la préservati�n du sang,
c'est-à-dire l'honneur. Il n'y a finalement
qu'un seul choix mythique possible, qui
est le choix entre l'amour et l'honneur
(cf. Rosenberg, p. 146). Le choix origi­
naire de l'Aryen, ou qui fait l'Aryen, c'est
le choix de l'honneur de la race.
La plupart des traits fondamentaux dè
cette construction se retrouvent chez
Hitler, comme on· a déjà pù le voir. Mais
ils s'y retrouvent dans ce qu'on pourrait
désigner comme la version cette fois inté-
66
...J
.
!
1
gra.lement moderne, politisée et techni­
cisée de la construction du mythe.
Ce qui revient aussi à dire que Mein
Kampfprésente la version résolument « pra­
tique ,. de la construction du mythe. Mais
�ous comprenons désormais que la « pra­
taque ,. ne succède pas ici à la « théorie ,. :
elle lui est, si on peut dire, inhérente, ou
immane�Jte, si la logique du mythe n'est
pas autre cht>se que la logique de son
auto-effectuation, c'est-à-dire de l'auto­
effectuation de la race aryenne comme
auto-effectuation de la civilisation en gé­
néral. Le,mythe s'effectue, très rigoureuse­
ment, comme c national-socialisme ». Ge
qui implique quelques déterminations sup­
plémentaires, que nous énumérerons ·pour
finir :.
'
1) Le combat désormais nécessaire est
avant tout un combat d'idées, ou un combat
« philosophique ,. (Hitler ne parle pas de
mythe : il parle le langage de la rationalité
moderne). La c force brutale ,. ne peut
rien si elle ne s'appuie sur une grande
idée. Or .le malheur et le mal du monde
moderne, c'est la double idée, abstraite
et désincarnée, impuissante, de l'individu
et de l'humanité. Autrement dit, la social­
démocratie et le marxisme. Par consé-
67
- ....-...·-----
quent : .. La poutre maîtresse du �ro­
�rammc national-socialiste est d'abolir le
concept libéral de l'individu comme le
concept marxiste de l'humanité, et de leur
substituer celui de la communauté du Volk,
enracinée dans son sol et unie par les
chaînes d'un même sang. ,. (Hitler au
Reichstag, 1937). Le combat doit être un
combat pour la réalisation effective de ce
concept, qui n'est autre que le concept
du mythe.
2) Le combat est donc combat pour ce
dont Hiùer reprend le nom à la tradition
philosophique, et qui occupe dans son dis­
cours la position du mythe : la Weltans­
c�, la « vision du monde , (il y a
eu un service officiel de la Weltans­
chauung). Le nazisme est avant tout c for­
mation et accomplissement de son image
weltanschaulich ,. (M.K, p. 680), c'est-à­
dire construction et conformation du
monde selon la vision, l'image du créateur
de formes, de l'Aryen. Le c combat wel­
tanschaulich ,. (id.) n'est pas n'importe
queUe entreprise de domination : il est
une entreprise de conformation du monde
(comme ccUes d'Alexandre et de Napo­
léon). Le monde aryen devra être beau­
coup plus qu'un monde soumis et exploité
68
par les Aryens . il devra être un monde
devenu aryen (et c'est J>fJurquoi tl faut
en éliminer le non-type par excellence,
le Juif, ainSi que quelques autres types
dégénérés). La Weltanschauung doit être
absolument incarnée, et c'est pourquoi elle
exige c un bouleversement complet de la
vie publique tout entière selon ses vues,
ses Anschauungen ,. (MK, p. 506). L'Ans­
chauert, Je < voir ,. comme intuition allant
au cœur des choses et.formant l'être même,
ce c voir ,. d'un c rêve ,. actif, pratique,
opératoire, fait le cœur du processus c my­
tbjco-typique ,., qui devient ainsi le rêve
effectif du c Reich de mille ans ,..
3) C'est pourquoi la Wel� est
absolument intolérante, et ne peut figurer
comme c un parti à côté des autres ,. (_{K.
p. 506). Ce n'est pas une s��le �n
philosophique, ni un choix polinque, c est
la nécessité même de la création, du sang
créateur. Aussi doit-eUe être l'objet d"une
croyance, et fonctionner
_
comme une reli­
gion. La croyance ne surgit pas ��te seule.
elle doit être éveillée et mobilisée daru
les masses. c La plus beDe coooepôoo t;bé(r
rique reste sans but et sans valeur, si le
Führer ne peut mettre les masses en mou-
•
vement vers elle. ,. (MK, P· 269), d'autant
que les masses so�t avant tout accessibles
aux mobiles affectifs.
(Ce maniement de la croyance " wcl­
tanschaulich ,. demanderait une étude sup­
plémentaire, pour montrer comment il est
sans doute difficile de séparer, chez Hitler,
la conviction et la manœuvre. A la fois,
il développe dans toutes ses conséquences
la logique d'une croyance qui est la sienne,
et à laqueDe il se subordonne, et il exploite
brutalement les ressources de cette
croyance aux fins de son propre pouvoir.
Mais cette exploitation eUe-même reste
dans la logique de la croyance : il faut
bien éveŒer, ou réveiller le rêve aryen
chez les Allemands. On pourrait peut-être
dé�nir l'hitlérisme comme l'exploitation
lucide - n:aispas nécessairement cynique,car elle-meme convaincue - de la dispo­nib�té .des masses modernes au mythe.La manipulation des masses n'est pas seu­l�me?t une technique : elle est atissi unef�, SI! en dernière instance c'est le mythelu1-meme q · ·
'
éal. UI manipule les masses et ser 1se en eUes.) '
70
Nous avons seulement cherché a dépHcr
une logique spécifique, et nous n'ayons
donc pas autrement à conclure. Nous te­
nons seulement à souligner combien cette
logique, dans le double trait de la volonté
m.iJnétique d'identité, et de l'auto-effectua­
tion de la forme, appartient profondément
aux dispositions de l'Occident en général,
et plus précisément, à la disposition fon­
damentale du sujet, au sens métaphysique
du mot. Le nazisme ne résume pas l'Occi­
dent, et il n'en est pas non plus l'aboutis­
sement nécessaire. Mais il n'est pas non
plus possible de simplement l'écarter
comme une aberration, ni comme une
aberration simplement passée. L'assurance
confortable dans les certitudes de la mo­
rale et de la démocratie, non seulement
ne garantit rien, mais expose
.
au risque
de ne pas voir venir, ou re
:vemr, ce do�t
la possibilité n'a pas tenu a un pur �CCI­
dent de l'histoire. Une analyse du naziSme
ne doit jamais �tre co�çue COJ!lme u
A
n
simple dossier d accusation, rruus plutot
comme une pièce dans une déconstruc­
tion générale de l'histoire d'où nous prove­
nons.
71
- --
•
ANNEXE
Depuis la première parution de ce texte
en France, il nous a souvent été demandé
pourquoi nous n'avions pas accordé plus
de place à la spécificité antisémite du ra­
cisme nazi. En fait. dans les conditions qui
furent celles de la premièreversion du texte
- un colloque organisé par un comité juif.
sous la direction du rabbtn Lederer (cf. le
début du texte), et qui comprenait d'autres
contrtbutions que la nôtre -, on attendait
de nous une analyse de certaines des
conditions de possibilité de cet antisémi­
tisme, plutôt que du phénomène lw-même.
On pourrait prolonger notre texte en di­
rection d'une évaluation de ce qui constitlle
la judéité, pour le nazisme, en antithèse
absolue de l'identité mythique et du mythe
identificatoire. En tant que con�reuve
pu que c anti-type • du mythe aryen. le Juif
est identifié à une vermine ou à un virus
porteur d 'infection. On peut suivre très
clairement. dans Mein Kampj. cette assi-
73
.---
. . n descendante. tout d'abord au
milatio .
. l'animal enfin à l'in-
sous-homme. pws a .
.
t': ti De manière analogue. on srut com-
1ec on. .
tant . .
t l Juif tout en represen a peme
men e .
.
.
un type pour le culte �an de la beaute,
'en est pas moins continuellement trans­
�rmé en ca.ri.cature. La déformation et l'al­
tération répondent ainSi à la claire forma­
tiDn de 1a vision mythique, telle que nous
l'avons analysée chez Rosenberg. Au fond.
le Juifétait pour le nazisme le misérable in­
capable de seulement accéder à la puis­
sance figurale du mythe.
En fait, il y a beaucoup à dire sur le rap­
port négatif de la judéité au mythe et à la
figuration. Nous avons abordé cette ques­
tion dans • Le peuplejuif ne reve-pas • (in :
La.psycharw.Jyseest-elle une histoirejuive ?
Colloque deMontpellier, 1980, ed. Adélie et
Jean-Jacques Rassial, Paris, Seuil. 1981.
p. 57-92). Nous nous contenterons ici de
remarquer, qu'il s'agit sans doute moins
d'affirmer que • le Juif est sans mythe •
- affirmation qui demanderait en tout cas
un examen plus précis - que d'être attentif
à un retournement secret qui peut faire du
• sans mythe • - et donc du • Juif • - à son
tour un nouveau mythe. (Juillet 1992)
74
Extrait du catalogue
l'Aubepoche essai
François Ascher, Les noutJtau:r:principesdt l'urflamsme
Robert Sarrat, Unjoumaliskau CŒUrdelagunn âAlgirù
Fethi Benslama et �adia Tazi (dir.), La uirili�m Islam
Pierre Bourdieu, Si lemoncksocialm'esrsupponabk,
c'mparce quejepeux m'indigntr
Cornelius Casroriadis, Posr-scriptum surfinsignifianasuivi
de Dialogue
Gérard Chaliand, Miroirs âun désastre
Pierre Clasues, ArchEologiede la violmce
Daniel Cohen, ClzroniqutS âun Jraclr annonci
Boris Cyrulnik et Edgar Morin, Dialoguesurla natun
humaine
Ernst-Robert Currius, Essaisur laFrance
Pascal Dibie, Le village retroutJi
François Dubet, Lesinigalilfsmultipliks
Jean-Paul Firoussi, L'idéologie du monde. Clzron�utS
d'économiepolitique
* , • • ..
Xavier Gizard (dir.), La Midzmran« �uute
Bernard Kayser, Ils ontchoisila campagne
Jean Kéhayan, Aiespapiers d'Armlnie
75

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Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy - Le mythe nazi

  • 1. La coliecrion l'Aubepoche essai est dirigée par Jean Viard @Éditions de l'Aube, 1991 er 2005 pour l'édition de poche www.aube.lu ISBN: 2-7526-0085-2 Philippe Lacoue-Labarthe Jean-Luc Nancy Le mythe nazi éditions de l'aube '7) 20 . LtC. . ) '"' """_-. '-' v �"' ( ;,, '...../'::: ..........�!, · -. '�: ' - ; � ... ·,•. ' • • • {• • -. �. .. ,. . .- . ·. ....... / ........___
  • 2. . --- --�--- . " PRÉFACE La première version de ce ·texte date d'il y a onze ans. Urie. seconde version a été rédigée il y a trois ans, pour une publication aux Etats-Unis. Le texte a été quelque peu revu et modifié pour la pré­ sente publication aux Éditions de l'Aube. En 1991 plus encore qu'en . 1980, une étude intitulée « le mythe nazi » pourrait sembler présenter avanttout l'intérêt d'une étude historique. Bien entendu, il n'en est rien dans notre esprit. Du reste, nous avions souligné dès l'�ion première de ce texte que nous ne· faisions pas un travail d'historiens, mais de philosophes. Ce qui signifie, entre autres choses, que les e*ux de .ce travail sont dans le pré­ sent, non dans le passé (mais c'est par souci de clarté que nous simplifions ainsi la vocation de l'histoire...). Comment ces 7
  • 3. enjeux sont-ils dans notre présent? c'est ce que nous essaierons de dire brièvement • • tCl. Oc manière �némle, notre présent est loin d'être quitte avec son pioclte passé nazi' ct lasciste, tout autant qu'avec son �ncore plÙs proèhe passé stalinien ou maoïste (et peut-être, à y regarder de près, trouverait-on même qu'il nous reste plus à éclaircir au sujet ·du premier que du second ; à tout le moh1s, celui-cl ne se s'est pas produit dans «notre> Europe de J'Ouest). Que nous ayons ainsi, toujours, certains comptes à rendre, ct à nous rendre, que nous soyo� toujours en dette ou en de­ voir de mémoire, de conscience et d'ana­ lyse, voilà ce dont convient w1e majorité de nos contemporains. Cependant, les rai­ sons et les fins n'en sont pas toujours très claires, ni très satisfaisantes. On en appelle à la vigilance devant les retours possibles - c'est le motif du « plus jamais ça! •· Et de fait, l'activité ou l'agitation des extrêmes droites depuis quelques an­ nées, le phénomène du « révisionnisme • au sujet de la Shoah, la facilité avec laquelle des groupes néo-nazis surgissent 8 .. �..___...........- dans l'ex-Allem�nc de J'lo�t, les « fonda­ ment:ùismes •, nationalismes ct purismes de toute espèce, de Tokyo à Washington et de Téhéran à Moscou tout cela est hien fait pour commander cette vigilance. Néanmoins, la prudence voudrait que cette rigilance se double d'une autre, qui semit vigilance envers cc qui ne relève pas du c retour,., ou cc qui ne se laisse pas aussi facilement penser comme c réac­ tion •. Les retours ou les répétitions simples sont bien rares, sinon inexistants, dans l'histoire. l<�t si le port ou l'inscription d'une croi,x g:unméc sont infâmes, ils ne sont pas nécessairement (soyons précis: ile; peu- . . vent être, mais ne sont pas nccessaU"C- ment) les signes d'une véritable, vivace et dangereuse rést1rgence mtzie. Ils peu­ vent relever seulement de ln débilité, ou de l'irnpuissttnee. . Mais il y a d'autres sortes de répétition. qui du reste peuvent s'ignorer comme telles dont l'évidence est beaucoup plus dissil�tul6c, dont la démstrche même est beaucoup plus oomple.xe �t· discrète - Cl dont les dnn&�rs n'en sont plls moins récls. Ce poumùt bien être le CAS de ces déji nombreux discours oontcmpontlns qtù en
  • 4. appcll<:nl au mylhc, : la ul:c<.'1UI•té d'un nouveau my the ou d'une n ouvelle conscience mylhiJjue, ou hien enCf'1r<: à la réactlvflli(m de myth<:H ancicnH. CcH discourH n'emploientJ)M t.otJjourH Je terme de �mythe •, cl ils ne mettent même ptJH touj<�urH en place une ar�urncntaû<m ex­ plicite ct pr6ciH<: en faveur de la fonction mythique . MaiH il existe � dans J'air du tempH • une demande <1U une attente 1 J)'un oJ&t�J: polititJUênlt:fol :tmb�. ou amhlva­ lenl, du mythe, uu pourrait fAiré remonter la tra.dlti•m au.r prcmiet'll lltxruontittu� allcrntnds, maU. de m"­ nll.."f" ploJII nHx!i:rne et ph111 déterminée à (,l(!flrtc:�� RmeJ. (bulot à u<Jfl ornou.-mr.w>ralruJ, on JX."Ut donner dt:a eu:mpll:fl d':tppcûs au mythe IOWI des sil;laWn!ft dnnt il t:llt, pu ailleurs, e.u;.Ju de ll()Up<;Onner la •utcut•oruo polltlqu(:s. Al1111l, �r Mor-in écrivant. • de ml:mc que l'hnrrune nt< 8C oourrlt pu que de pain, Ullè HIX:I(-t,é ne 11<: nourrit pa11 que de b:stion. Y.lle 8C nrnJtrflt�u1mi d'f:fttw•lt, dt< mythe, de rêve. (...) Le plein 6p.nouill8(>rm:nt de l'ln.divldu a bt:HI•In de cummun.authl et de 10l�rlt.él (...) La aol.idarlté vérl· table, O(>Jl pu im�, mais lnthieuremt:nt '"*" IMmt.il: et vécue OtJfllme fra.tvrnft.é. • (c Lc yand dcft.. ��ein •, LA: Mtmd.e du 22 �-m.b.'e 1988, p. 1-2). f'.u un ��ena, I)JI nc: peut qu'aoqulelloé( ; mais Ica c..�� ne. du mythe et d'une idenUJi.catlon airuJi • vOOuc: • tt� uruo riacp.ea? On pourrait aUMi u=rrvoyer à l'e.u:mpl.t r6cent de Bertt: IAclall'e propoant dé donner 1 • l'entro-deu.Jr: de La renoootre (...) place et foncüon daM l'ordre �·litlque .. grloo à • la JO �·----- Hourde ck: qudque ch(� (;(.lfflme urw: r� pr(-m:nt.atitm, unc fi�urati,m, Yt1ire uoo in­ carnatitm de l'étrc c,u du <f.egtin de la CfJrnmuna.uté (cc m1m méme à. lui seul• • Rcrnblc déja éveiller ce di:8ir). Or c'est l>icn ck: œtte identificatkm gymholique (ou • ima�nairc •, Helon le lexique qu'on c.hûisit : en tout cax, pari�, gymh<Jlea, récits, figur<;S, ct aussi par dcts pr�nCC8 qui k'-8 portent ou 1eR exhibent) que le fascixme en �néraJ s'est surabondamment nourri � : le na.ziRme représente à cet égard, comme nous j)Cfl8()n8 l'avoir montré, la miRe au jour dcs caractères fondamentaw: de cette fonction identilicatoire.' Autant que pœsibte, nous voulons éviter de simplifier. JI ne s'agit pas d'opposer 3tnJCt.Ute du mythe • tenue pour c u.ne architecture qui COIJViendralt au.Jr: ma.i8oo8 freudiennes • (I.e paya de l'fAil:re, Paris, SeuiJ, 1991 - 4• de oouvertun:). On poumlit aussi prendre des exemples en AD.e­ rnagpc, en particulier chez Manfred Frank. 2.Cl. cette seule citation : • La calamité de La db­ mocratle estd'avoirprivé La nation d'Îf�U(ea, cFunat;ea à aimCf', d'im.,.. à reepecter-, d'� à .dorer -la Révolutioo du � riède lea • redoo.nb:a à la naUon .. (Robert B,..W•cb, • La leQona d'uu amù­ vetaaire ... Je INW pat1DW. du 29janvier 1943). 1 1 ----:
  • 5. ' ;. - comme on l'a sans doute trop fait, sous l'impulsion, eo elle-même irrépro­ chable, de l'anti-totalitarisme, un certain style de pensée démocratique - la figura­ tion mythique propre aux: régimes fascistes d'une part, et de l'autre l'imprésentabilité en tant que trait d'essence de la démo­ cratie. (Pas plus, sans doute, qu'il n'est juste de vitupérer la « civilisation de fimage :. pour l'opposer à la �e d_y _4ïsoou�.) Nous pensOns au contraire que la démocratie pose, ou doit poser désor­ mais la question de sa « figure:. - ce qui ne veut pas dire que cette question se confonde avec celle d'un recours a u 3 . . mythe . Nous pensons en effet qu'il ne J. La question de la 6gurabllité de la démocratie et d?oc de l'imi�bilité de �n < modèle �. n'est �auss1 nouvelle qu on pourra1t le · penser. Ce n'est pas un hasard si un écrivain, Maupassant, pouvait in­ venter (ou recueillir...) en 1880 l'histoire de cet employé de Ministère qui s'UJténie à ressembler à Napoléon III, mais pour qui < quand la République ��a,. ce fut_ un d� (...LLui aussi changea d op1ruon ; maJS la République n étant pas un person­ nage palpable et vivant à qui l'on peut ressembler et les présidents se suivant avec rapidité, U se trouv�plongé dam le plus cruel embarras, dans une détresse é_pouvantab� arrêté dans tous ses besoins d'imita­ tion,_après 1�uocès d'une tentative vers. son idéal denuer: M. Th1ers.. • (c Les dimanches d'un hour- 12 ' �·� . suffit pas d'affirmer comme vertus ultimes de la Républlque (que pour le moment nous ne distinguerons pas de la démo­ cratie) le renoncement à toute iden­ tification, une exposition permanente à la remise en cause, et pour finir, comme il arrive assez souvent aujourd'hui, une sorte de fragilité intime, à la fois avouée et revendiquée, dont ne manquent pas de tirer parti les adversaires de la démo­ cratie, et bientôt de tout l'héritage de 1789 et des Lumières. Cela suffit d'autant moins lorsque la plus importante des « démocraties :. du monde se propose comme le garant (identifié dans un chef d'Etat, un drapeau, une armée, et une imaterie) d'un « nouvel ordre mon­ dial :. cependant que ne cessent de se press�r, contre cet <ordre:. ou à l'abri de lui (ou les deux à la fois), toutes sortes de revendications ou de prétentions identi­ taires et figilratives : chefs, nationalités, peuples, communautés. Que ces revendications relèvent. en fin geais de Paris •. Contes el �· Paris, Alb� Michel, 1956, t.l, p.·285). Tout est là: la démocratie sans modèle, ou l modèle dérisoire - et pourtant, le grotesque de la singerie des modèles. 13
  • 6. d tc d'wte J�ilhnité ou d'une lé- e comp , A i • 1 .s.. d cc n'est pcut-etre ulCIIIC pas e ��n c, d t point essentiel. Car une Jégcu c �u . �n- gendrcr une légiti111ité, et _ u�c l�timtt� peut être légendaire: qut dtm en quot consiste c au fond » le droit fondateur d'un .: peup�c » ? �ais � poin _ t est ,_ de S:'l�<�ir en quoi cons1ste l opération d Jd�ntJit�a­ tion et si c'est bien à la confection d un mythe qu'elle doit aujourd'hui, à nouveau, s'employer - ou si au contraire la fonc­ tion mythique, avec ses effets nationaux, popuJaires, éthiques et esthétiques, n'est pas ce contre quoi la politique est désor­ mais à réinventer (y compris pour ce qu'eUe exige peut-être dans l'ordre du «figurai,.). Le nazisme a sans doute encore à nous montrer comment le monde moderne n'est pas arrivé à s'identifier dans la « démo­ cratie ' - ou bien, à identifier ladite dé­ mocratie ; la même chose vaut aussi quoiq�e d'une autre manière, à propo�d; la�1te «technique». Depuis déjà plus d un Siècle, ce monde subit l'une et l'autre �mme les nécessités d'une histoire qui n , est plus son œuvre (une histoire qui n _ est plus le mythe du Progrès de I'Huma­mté ou de Ja Fondation de la Société Rai� 14 sonnable), qui. n'est donc plus une his­ toire, c'est-à-dire qui ne fait plus événe­ ment, ni avènement : qui ne fait plus inau­ guration, ouverture, naissance ou re­ naissance. Or le mythe a toujours été le mythe d'un événement et d'un avènement, le mythe de l'Evéncment absolu, fondateur. Les socié�s qui ont vécu du mythe et dans le mythe ont vécu dans la dimension d'une événementialité constitutive (on de­ vrait dire c structurelle ,., si ce n'était pa­ radoxal). Là où le mythe est cherché, c'est l'événement qui est désiré. Mais ce que Je nazisme, peut-être, nous apprend, c'est qu'on ne fabrique pas l'événement. Les sociétés à mythe n'avaient jamais fabriqué, calculé ni construit leur fondation: l'im­ mémorial était une propriété intrinsèque des mythes. On ne fabrique pas l'immé­ morial: il est aussi bien à venir. Ce qui nous manque (car il nous manque quelque chose, il nous manque le poli­ tique, nous n'en disconvenons pas), ce n'est donc ni la matière, ni les formes pour fabriquer du mythe. Pour cela, il y a toujours assez de brio-à-brac, assez de kitsch idéologique disponible, aussi pauvre que dangereux. Mais il nous manque de 15
  • 7. 1 •IIH<•c•1111,1 l'f1•1u•·uwul kr• ()v(·uc•ttwutu ut rt'lttiiii�IIICI t'tt '"'lift' llftfttl UV<'IIJr lft< Ill' Ill' pi'KIIIhH'ttl 111l'"lltllll JUIN tlllllll 1111 tdttlll .lc•rt 111ytlwrt NottH "'' vlvouN plttN .1111111 lu .lhu•·nlllnu ul dnull ln lo1�lqtw tlt· l'wiAhw N<mll c•llltllllull .lnuN le· lnullf, clnuN l'liJill H t'fHIJI JalNICil liJIU' ( :.· IJCII Il'c•xc•Juf JiliN •rue· I'••Xhtîmltc elu lnullf tcull fiiiHNI l11 1..,,,,.,.. .lu uuttV<'llll ( :'c·HI ml'me clltnc·lc· uu·ul �·c•l11 qu'li IIOIIN c·11l clc·muuclt- clc- I��'IIIWI LI•: MYTIŒ NAZI l'la 1.. L. � .1 L N Julllcl 1 CJC) 1 1(1 SihUitimt 1) Le lc.xtc tttai suit fui, À l'orWnc, un cxpt� rcLativcmcnl bref, pnmonoé le 7 mai 1C)HO nu collc)(tuc (l�Jtnisé par le Cmnité tl'it!fi,ntult'ilm. su.r l'lwlocnu.'.tc, lt Schilti­ �hcim, sur c I.e:-� Ult'<.;luaismcs d1 fascisme •. Dmas tic ondrc fixé pnr cc tl1èmc, no�as u'11vlnut1 pm� cherché à présenter autre <lho:-�c qu'un Hoh6mn, pour des 1tnalyscs qui dcnumdcut cl'nutrc.q développements'. 1 l'h. l.n�•uo l.uh..rtho " tl�nlé do rul• d6ve!­ "'l'l"'mrnl�< clRn8 l.tcftc,Y.na elu Jlt,JIIiquc. Parts, Uoui'­ A<•Ilt. l'lml d ,,,.,.,. Mautt..vafo.,'fn �If tk Wtl,tnt'T). na4anc• �lllmu, t•)t)l; .1.- 1.. Nlllk')' Cil a Jllt>JX* ela"'' lA• t�mut111111n•h' tlc'IOCn�m-.c.· .,, ••••111 141 l'l>mJl<lnU'ÎOtt (avoo .kan Chrllttopho llallly). ohtta le nl6me «flœur en t•m<• (2' 6tllllon, l'�) of en IQQI 1.. Yllralon 17
  • 8. Si, dans cette nouvelle prétlcntatiou, now-1 avons quelque p<:u modifié notre texte, il n'en reste pas moins schématique. 2) Nom� ne sommes pas des historicuH - ct encore moinli des hi.Rtorieus spécia­ lisés dans l'étude du nazisme. Qu'ou u'al­ tcndc pas de nous, par comJéqucnt, uue descriptiou factuelle des · mythes ou des élémenl'i mythiqu� du uazisme ; ni UJH.: description de l'exhumation ct de l'utilisa­ tion, par le nazisme, de tc1ut un matériel mythol�ique ancien, considéré en parti­ culier comme spécifiquement �ermain. Qu'ou l'attende d'autant moins que, la part étant faite de J'ignorance (nous avonfi peu lu de l'abondante ct monotone littéra­ ture de l'époque), nous croyons cc phéno­ mène relativement superficiel ct secon- ' dairc : comme tout nationalitmlc, le na­ zisme a puisé dans la tradition qu'il faisait sienne, la tradition allemande, un certain nombre d'éléments bymboliqucR, parmi les­ quels les éléments proprement mytholo­ giques oc sont pas les seuls, ni, c'est pro­ bable, les plus importants. Comme tout nationalisme, autrement dit, le am6ricaJne de ce texte a éti publi6e par Or-itkal /nqt.dry, Uolvenlty ol Chicago Prea, Wlnt.er 19�J. 18 nazisme a exalté Hur un mode passéiBt.c la tradition hiRtorico-culturelle allemande ou plus largement germanique (voire, que l'ou pouvait tenter d'amJCxcr dans un genna­ nisme). Mais <lans cette exaltation - qui ravive aussi hien le folklore ct le Volkslied, l'im:t�crie paysanne du post-romantisme ct les villes de la Hanse, les « ligues :. (/Ji.iruk) étudiautes anti-napoléoniennes, les corporationN médiévalct�, les Ordres che­ valeresques, Je Saint-J<�mpirc, etc. -, une mythologjc (mettons, celle d'Erda, d'Odin ct de Wotan) depuis longtemps hors d'usage, malgré WaW'ter et quelques autres, ne pouvait guère compter que pour quelques intellootucls et artistes, à la ri,. gucur pour certaim; professeurs ou éduca­ tcuro. nref, ce genre d'exaltation n'a rien de spécifique (pas plus que J'exaltation de .Jeanne d'Arc par J'li�t.at Français de l'étain). Or ce qui doit nous intéresser ici, c'est la spécificité du nazisme. Et eUe doit nous O<..'Cuper de telle façon que la mise en cause d'une mythologie, de ses prestiges suspects et de ses « brumes •, ne serve pas, comme il arrive parlois, d'ex­ pédient facile, et au fond de procédé dila­ toire (et quelque peu raciste, ou du moins, platement, aoti-allemand) pour se dérober 19 ··----'
  • 9. à ranaJyse. C'est pourquoi nous ne parierons pas ici des O'JYthes au pluriel, du nazisme. �� unl��t du mytb� �u nazisme, ou du �e naùona1-soc•ali�- com� JeLC'est-à�e de la m.ao.ière dont le na­ ùona.l-soci.alisme, qu'il use ou n'use pas de mvtbes se constitue dans la dimen- . ' da l'siQn, dans la fonction et ns assurance proprement mythiques. C'est pourquoi encore nous nous garde­ rons bien de dévaloriser les mythes du nazisme, au sens où une analyse critique enrémemeot fine (ceDe de Roland Barthes) a pu, en utimant conjointement les ins­ truments de la sociologie, du marxisme (�echtien) et de la sémiologie, démonter les mytbologèmes qui structuraient, na­ tuère, l'inconscient socio-culturel de la petite-bourgeoisie française. Devant un phé­ nomène d'une ampleur et d'une massivité tdles que celles du nazisme, une analyse de ce genre n'aurait strictement aucun intérêt - nj même, on peut en faire le pari, aucune pertinence 2• 2.l'lu. euoore : le démon� des • mythologies »au �ena de � a pu devenir, de ooe jours, partielnti:traat.e d'une culture ordinaire vélùculée par les mt.- • ���Nia • qui ll6crèteot ces �. Eo 20 3) Ce qui nous intéresse et ce qui nous retiendra dans le nazisme, c'est essentiel­ lement l'idéologie, au sens où Hannah Arendt a défini ce cenne dans son essai surLesystèmetotalitaire. C'est-à4re,_fidéo­ !9gie co!W.!!..e la logique. s'accomplissant totalement (et rèlevaot d'une volonté de l'accomplissement total), d'une idée, qui c permet d'expliquer le mouvement de l'his­ toire comme un processus unique et cohé­ rent>. 3 c Le mouvement de l'histoire et le procès logique de cette notion, dit en­ core Hannah Arendt, sont censés se cor­ respondre point par point, de telle sorte que tout ce qui arrive, arrive conformé­ ment à la logique d'une idée. ,. général. la déoonciation des� mythes >, des • images •, des � media • et du • semblant > fait partie désormais du système mythologique des media, de leurs images et de leur semblant. Ce qui revient à dire que le mythe véritable, s'U y en a un, celui auquel U y a adhésion et identification, se tient dans un retrait plus subtil, d'où U agence, peut-être, toute la scène (au besoin, en tant que mythe de la déooociation , des .l]lythes...}. De même, on vura que le mythe oui se tieot en retrait des fitures mythologiques détennlnées, de œlles des mythologies germaniques comme des autres. 3. Traducdoo (par J.-L. Bourget, R. Davreu, P. Lévy) de 7'fae origiM of totDiit.arism, Paris, Seuil. 1972, p. 217. 21
  • 10. Ce qui nous intéresse et nous retiendra, en d'autres termes, c'est l'idéologie en tant, d'une part, qu'elle se propose toujours comme une explication politique du monde, c'est-à-dire comme une explica­ tion de l'histoire (ou, si l'on veut, de la wjg��fri<:h.J� entendue moins comme c histoire mondiale :. que comme c monde-------- ---- - hi�tojJ:.�..!. monde qui n'est fait que d'un procès, et de sa nécessité auto-légitimante) à partir d'un concept unique : le concept de race, par exemple, ou le concept de classe, voire celui d'« humanité totale :. ; et en tant, d'autre part, que cette_ explica­ tion ou cette conception du monde (Welt­ anschauung : vision, intuition, saisie com­ préhensive du monde - terme philoso­ phique dont le national-socialisme, on le verra plus loin, a fait grand usage) se veut une explication ou une conception totale. Cette totalité signifie, pour le moins, que l'explication est indiscutable, sans reste et sans faille, contrairement aux pensées de la philosophie où elle puise. pqurtant sans vergogne la plupart de ses ressources-, mais que caractérisent le style risqué et problématique, l'c.insécurité :., comme dit Hannah Arendt, de leur questionnement. (Il en résulte, d'ailleurs, que la philosophie 22 est aussi bien rejetée par- les idéologues qui la sollicitent, et renvoyée à l'incerti­ tude et aux hésitations timorées de l'c in­ tellectualité » : l'histoire de.<J philosophes et/ou idéologues du et dans Je nazisme est assez claire à cet égard •.) n faudrait, ici, montrer rigoureusement quels rapports l'idéologie, ainsi conçue comme Weltanschauung totale, entretient avec ce que Hannah Arendt appelle la «��in�-��», c'est-à-dire avant tout aveè œ· que Carl Schmidt, s'autorisant à la fois du discours proprement fasciste (celui de Mussolini et de Gentile) et du concept jüngerien de c ·�� » (chargé de donner une première déltiniltio'n de la technique comme puissance totale et mondiale), appelait l'Etat. totaL. Il faudrait encore montrer rigoureuse­ ment comment l'Etat total est à concevoir ) en fait comme Etat-Sujet (ce sujet, qu'il s'� de la nàtionÔu de l'humanité, de la classe, de la race ou du parti, étant ou se voulant être sujet absolu), de telle sorte que c'est, en dernière instance, dans la 4. Sur œtte histoire, cf. Hans Sluga, " Heidetger, suite sam fin •, Le mes�européen, Paris, P.O.L., 0°J, 1989. 23 ----�
  • 11. philosophie modeme ou dnns la métaphy­ sique ne<.'Omplie du Sujet que l'idéologie trouve 1t1algré tout sa c:tution véritable : c'est-à-dire, dans cette pensée de l'être {ct/ou du devenir, de l'histoire) en tant que subjectivité présente à soi, support, source ct fin de la (epréscntation, de la ocrtitttde ct de la volonté. (Mais il faudrait aussi rnppelcr avec précision comment la philosophie qui devient idéologie engage aussi, ct en même temps, cettefin de la philosophie dont Heidegger, Benjamin, Witt­ genstein ct Bataille ont donné Je témoi­ g.nage multiple mais simultané.) Il faudrait enfin montrer rigoureusement que la logique, s'accomplissant ainsi, de l'idée ou du sujet, c'est tout d'abord, comme on peut le voir par Hegel, la logique de la Terreur (qui cependant, en elle-même, n'est pas proprement fasciste, ni totali­ taire) , et c'est ensuite, dans son dernier S. La Terreur ne relève pas - pas du moins de manière complète, évidente, ni... modeme - de l'im­ manentisme général que supposent les toUiita.rismes, ct au premier chef le nazisme, .o� l'inunanence de la race - du sol et du sang - absorbe toute trans­ cendance. n reste dans la Thrreur l'élément d'une lr&IIIIOCDdaooe classique {de la • nation •, de la • vertu • ct de la • �iqu� •). Mais oett.e différenciation, o«lessaïre � uoe description juste, ne conduit ni à 24 développement, le fascisme. V�lo�du. sujet (ce qui, peut-être, n'est qu'un p léo-· nasme), c'est cela le fascisme, la définition valant, bien entendu, pour aujourd'hui. �ous évoquerons encore ce point : mais il va de soi que la démonstration qu'il appelle excède les limites de cet exposé. Si nous tenons,. néanmoins, à insister un peu sur ce motif, c'est en réalité pour marquer notre méfiance et notre scepti­ cisme, s'agissant du nazisme, à l'égard de l'accusation hâtive, brutale et la plupart du temps aveugle, d'irrationalisme. n y a au contraire une �ique du/� Ce qui veut dire aussi qu]!_�_certainelogique.. :.. estfasciste, et que cette logique n'est pas' siinptéolënt étrangère à la logique géné­ rale de la rationalité dans la métaphysique du Sujet. Nous ne disons pas cela seule­ ment pour souligner à quel point une cer­ taine opposition reçue, parfois dans l'idéo­ logie nazie, parfois à propos d'elle, du mu.­ tlws et du logos, opposition en apparence réhabiliter la 'lèrreur, ni à revendiquer une tran90en­ daoce contre l'immaoence: oe geste très répandu aujourd'hui nous parait tout aussi mythique ou my­ thifiantque legeste inverse. En vérité, c'est de penser hors de l'opposition ou de ladialectiquedeœs tenues que nous avons besoin. zs
  • 12. élcmcntaire çst en f:ùt très complexe (il , .....,.., fnudmit relin! à cc sujet, en� au....,., , plu�ienrs tc.xteil de HcideMer) ; nous ne le diilons p:ts seulement non p�us _pour rnppelcr que, comme tout to � alttans , nte, le narisme se récL'llll:ùt d'une sc1eoœ, ces�­ i-dire, moyennant la totalisation et �a poli­ ti�ttion du Thur, de la science ; m:us nous le. disons avant tout parce que, s'il ne faut certes pas oublier qu'une des compo­ s.wtes essentielles du fascisme est l'émo­ tion, de masse, collective et ce�e ém<: tioo n'est pas seulement l émotion poh­ tique : elle est, jusqu'à un certain point du moins cLms l'émotion politique l'émo­ tion révol�tionnaire elle-même), il ne faut pas non plus oublier que ladite émotion se conjugue toujours avec des concepts (et ces concepts peuvent bien être, dans le cas du nazisme, des c coocey_�.réa?�.n­ naires >, ils n'en qemeureot pas moins descOncepts). 6. Ceneréiérenœappeileraitdeuxdéveloppemcnts distincts : d'une part, sur la oomple.xité du couple mythOS'logos te"lle que He� permet de la dé­ gager, mais aussi, d'autre part, sur le rapport que �-eodique Heid<'g&er à une dimension mythique de la pensée, rapport quioe futéidnnmentpas étranger à son narismoe (nous y faisons allusion plus loin). 26 • Nous venons là, simplement, de rap­ peler t�e définition de Reicb, dans la_P8;Y: �lol,'>i!!_ de masse du fascisme : c Des concepts ëéactioonairesS'âjoutarÏt à ïme . égt..Q_ti�� ��olutionnaire ont�ur réSûltat la me�.!_<i}��e fascist� ., Ce qui ne signifie pas, nt a ra lettre de ce texte, oi pour nous, que toute émotion révolutionnaire s�it immédiatement vouée au fascisme, " . ' que d� concepts réputés .. progres­ SIStes .. sotent toujours, par eux-mêmes à l'abri d'une contagion fascisante. Il s'agi� sans doute, chaque fois, d'une manière de « faire mythe -., ou de ne pas le faire. 4) A l'intérieur du phénomène général des idéologies totalitaires, nous nous atta­ chons ici à la différence spécifique, ou à la nature propre du national-socialisme. Sur le plan où nous entendons nous situer, cette spécificité peut être visée, de manière d'ailleurs toute classique, à partir de deux énoncés : 1. - le nazisme��t un.pb_éqo�ne spécj­ fiqt!_emen_t �ll�ap4_; 2_. - l'idéol<>giè du ���!��tJidé9log�e ramste. Dë la conjonction de ces deux énoncés, on oe doit évidemment pas tirer que le racisme est l'apanage exclusif des AIJe..
  • 13. ' l .b 0 sait assez la place tenue, dans manus. n . . t d les origines de l'idéologte racts c, par , es t L--l'<li� et --"•aiS. Là encore, qu onnu eurs um•r- - <u'&' . n'attende pas de nous une ou � e en cause . lificatn·ce et commode de 1:Allemagne,sunp 1 , de l'âme allemande, de 1 essene� du peuple allemand, de la germanitc, etc. Au contraire. Il y a eu incontestablement, et il y a peut- être encore un pr � blèm� allemand. A ce problème, l'idéologte nazte a été un cype de réponse tout à fait déterminé, politiquement déterminé. Et à cette idéo­ logie elle-même, il ne fait aucun doute que la tradition allemande, et en particu­ lier la tradi.tion de la pensée allemande, n'est absolument pas étrangère. Mais cela ne veut pas dire qu'elle en est responsable, et, de ce fait, condamnable en bloc. Entre une tradition de pensée·et l'idéologie qui vient, toujours abusivement, s'y inscrire, U y a un abûne. .!:-e nazisme n'est pas plus dans Kant, dans riëiïte;-ruïns Hôfdeilfîi o � _da�s-Ni��e (foùs peii_sé�_�;Ju-cttes � le nazisme) - il n'est même. à la limite, pas plus dans le musicien- w;.­goer - que le Goùl.ag n'�� Hegelou dans Maq.. Ou la Terreur, tout uni­ment, daôs Rousseau. De la même ma- 28 nière, et qu'eUe qu'ait été sa médiocrité (à la mesure de laquelle ü faut pourtant peser toute son ignominie), le pétainisme n'est pas une raison suffisante pour inva­ lider, par exemple, Barrès ou Claudel. Seule est à condamner la pensée qui se met délibérément (ou confusément, émotion­ nellement) au service d'une idéologie, et qui s'abrite derrière eUe, ou cherche à profiter de sa puissance : Heidegger pen­ dant les dix premiers mois du nazisme, Céline sous l'Occupation, et un bon nombre d'autres, à cette époque-là ou de­ puis (et ailleurs). Ainsi, nous sommes conduits à ajouter encore cette précision : autant ü nous in­ combe, ici, de dégager les traits spéci­ fiques d'une figure que l'histoire nous a livrée comme «allemande :t, autant ce­ pendant notre intention est éloignée de vouloir présenter cette histoire comme le fait d'un déterminisme, que celui-ci soit conçu sur le modèle d'un destin ou sur celui d'une causalité mécanique. Une telle vision des choses appartiendrait plutôt, et précisément, au « mythe :t tel que nous voulons l'analyser. Nous ne proposons pas ici une interprétation de l'histoire comme telle. Notre temps est sans doute encore 29
  • 14. clc"pcuuvu clc·M euoycul'l d'IIVtltiiWI' cftull'l <:c· clolllaltll', clc·M illlt'rpr(:talioiiN qui tiC' HOteul plu:� c•ollhuuit�t-c·x par l:e petlsét· t��ylltlquc· � 011 111yll11{11111�t· ( :'csl :111-dd:l de cd , lc-cJ CfiH' l'hiHioirt·, cotlttlll' lcllc:, :tllcucl cl �Ire..: i IIUIIVt'llll pc·us(·t· 1,11 tfi(·lec· c·NI doue.: ici cft: coruprc��elrc, toul cl'nhonl, eotJtiiJ<.'III :t pu sc for111cr l'icMolo�c nm�ic (cc <fliC JJOIIH nllous CN· :wyc·r dt· dC:C.:rin..: cotJJUIC le 1r�ytlu.: rLlli':i) cl, pluN pr�clsémcul, pourquoi l:t fi�urc nllcm:wdc du IOI:tlitarltmu; est le mcismc. JI existe tl celte qucsliou une première répou�<c, fmuléc Ilur l:t uotiou d'cfficncité politique (c'<:st-!1-dirc uuAAi lcclualqu<:), dont llannnh Arcudt propoHc en f!mmnc la for­ ntulnllou auoycuuc, p<�r exemple dnnH des phrliNCN comme cellcN-ci : � IA!H WchmliiChJtullll�CII ct l.<�s uléolo­ �in� du XfX• Rièclc rte sont pas C..'Tt elf��H­ m.brws toudiwircs, ct lri<!n ((U{! k rt.t<.:ismc ct le <.:ommunisme soient li(."'('1't1.t.� l<:s idéo­ loJ,.JicH 1ûk·iHiœH du XX �"iècle ihl n'éw.ù:mt JHJ.H, tlurm û: ]lri.tu..'ipe, TJlus « totalitaires » lfU.C û·H tttLirCH ; ccci rulmnt JHXrce que les pri?u:iJ>eR Rur lesquels n..>posaum.L tl l'ori­ J!iru· û-ur e«J>éri<.'?lCe - la lutte des nJCes pau.r "' domirllllion dtt numde, u.& lutte 30 dn� cûumcs T:HYU.T ÛJ. rrril>e du TH.IUJ'CJfftT polir titttu: tl.a:ra.c; L<�n difj(:n"YYl.X pays s'wvérèr n'l'tl T)lux impm·tt.t.nt.s poliliquement par­ û.trtl tflLC <X� des autre.'> it16JÛJ�ies. » 7 M:tis cette première réponse n'explique p:11� pourquoi le raciRrnc est l'idéologie du l()ffllitarisrnc allemand - tandis que la lutte den classes (ou du moins l'une de ses versions) est, ou a été, celle du totali­ tnrisrnc soviétique. D'oit la nécessité où nous sommes de proposer une deuxième réponse, cette fois spécifique au national-socialisme, ct dans laquelle nous allons tenter de faire inter­ venir, le plus rigoureusement possible, le concept de mythe. Cette réponse, dans sa structure élémentaire, peut s'articuler en deux propositions : 1 . c'est parce que le problème allemand est foudamcntalement un problème cl'idenlité que la figure allemande du totalita- , rhune est le racisme ; 2. c'est parce que le mythe peut se dé- 1 finir comme un appareil d'identification que l'id<:'OI<>gie raciste s'est confondue avec la C.."'nSlntetù:m. d'un mythe (et nous enten­ dons par là le mythe de l'Aryen, en tant 7. Op. olt., p. 218. • 3 1 '
  • 15. qu'il a été délibérément, volootaüemeot et techniquement élaboré comme tel). Tel est, sèchement dit, ce que nous voudrions essayer de démontrer. L'identificat-ion mythique JI est sans doute nécessaire d'avancer tout d'abord ceci : depuis la fin du XVIII" siècle c'est dans la tradition alle-, ' mande, et nulle part ailleurs, que s est élaborée la réflexion la plus rigoureuse sur le rapport qu'entretient le mythe avec la question de l'identification. La raison en est tout d'abord que les Allemands - nous verrons pourquoi - lisent particulièrement bien le grec, et que ce problème, ou cette interrogation sur le mythe, est un très vieux problème hé­ rité de la philosophie grecque. Et surtout, de Platon. On sait que Platon a construit le poli­ tique (et, du même geste, délimité le phi­ losophique comme tel) en excluant de la pédagogie , du citoyen, et plus générale­ �ent de 1 espace symbolique de la cité Jes . mythes, . et les formes majeures de l'artqut leur étaient attachées. C'est de Platon 32 que date l'opposition tranchée. cntique. entre deux usages de la parole ou deux iormes (ou modes) du discours : le mu­ thos et le logos. Ladécision platonicienne concernam ies mythes s'appuie sur une analyse théologico­ morale de la mythologie : les mythes sont des fictions, et ces fictions racontenL sur le divin, des mensonges sacriJèges. n est par conséquent nécessaire de corriger les mythes, de les expurger, d'en bannir toutes ces histoires de parricides et de marri­ cides, de meurtres en tout genre, de ;ols, d'incestes, de haine et de tromperie. Et l'on sait encore que Platon met à ce re­ dressement, à cette tâche orthopédique - qui n'est donc pas une pure et simple exclusion -, un certain acharnemenL Pourquoi ? Pour cette raison essentielle que les mythes, par le rôle qu'ils jouent dans l'éducation traditionnelle, par leur caractère de référent général dans la pra­ tique habituelle des Grecs, induisent de mauvaises attitudes ou de mauvais com­ �rtements éthiques et politiques. Les mythes sont socialement néfastes. C'est ainsi que nous touchons à notre question. Gar cette condamnation du rôle des mythes suppose qu'on leur reconnaît 33
  • 16. t'li lnll um· fmwllou Np('tdfiCJIII' d'c·.:nuplu 1 1(c1 ,,.. cllyllu- e·sl 1111' fkllou 1111 St'IIN furl, • '"' NntN nd If elu lu,·muu·nl'111, 011, c·wunu· k clll l'lnloll, de· lu • plnsllqm· • . il cHI ''"'"' 1111 fwttmuw�tu·ut, doul k .flle- 'NI de· ptupu.'U' I , tlilloll el'lmpwwr, cks moch.ks uu cks lypc·s k't·NI '11'0H' k vcwnhulaiu: dl' l'Ill'""· d l'ou "�''na hkull1 Cll'a ct com IIIC'III tl H'nppnr Hlllll), lyJWH 1 l'imltutiOII dc•sqm•IN 1111 lmllvldu ou une cité, uu 1111 pn1pk toul culkr JIC'III sc· Ha ir:;ir lui n11'nw d s'ulculiOc•t . iuiH'III.'111 cltl, ln quc·selclll qm· po.'<C le mytltc· l'SI �·dit• du mmu<tisuu·, t'tl lnnl c1m· lt• mlm(•lisuu: sl'ul c•st ù ml'mc• d'us­ stttt't tntt• llknlil" (Il k fmt, il t'SI vnal, sut un mc�ek pnnuloxnl . nuds on ne• pt:nl I'IIIH•t ki clnns 1: lc' cnll.) • L'urtlwp{"Ciie plnlulll,lt·nm· r'·vlcul dmw i n"Cin.·sscr lt� mhut'IISIII' '"' profil d'mu• ··ondnilc rn tlonudk, c··NI ù dire .. lo,�iqtttl )> ((."Cutformc un IHI!•'-'�) On cumpn·ntl punnauul, tin ml'mt• nwtwt'lll'111, l'lutou doit ma.�.,.i �pnror l'nrt. t'.'Nt�'Hiirt• hmmir cl rllucllcmt•nt u.'­ pulsc·r de· ln c•ité l'urt t�n t1tnt cttt'il oom- H l:( l'h. t...."'"'' l.ahartl"', • nltlt•m(, lt> I"'Otc.lcu.u ur l• mi1111'0IIIo • lu t.Yrmto&tlctrt clc•to ,..,.k,..,.,ac-11, l'atl" <lallllic-, IWH. ' .·1 pmtc, d:ws NOn mode cie production ou cl'énouei:tliou, la mirnc.m : ce qui vaut essenticllcrneut, mais non exclusivement, pour le théàtre cl la tra�édic. Par là s'in­ dique d'ailleurs que le prohlème du mythe <·st toujours iudissoci:thlc de celui de l'art• moins parce que le mythe serait une créa- I iou ou une œuvre d'art collective, que p:trcc que le mythe, comme l'œuvre d'art qui l'exploite, est un instrument de l'iden­ fificltion. Il est même l'instntment mimé­ tiqaw par excellence. A celle analyse, la tradition allemande (clans la philologie classique, l'esthétique, l'ethnologie historique, etc.) réservera un accueil parüculier, tout en lui ajoutant, comme nous le verrous, un élément dé­ oisif. C'est pourquoi on ne doit pas s'étonner, pnr exemple, de voir quelqu'un comme Thomas Mann, dans son éloge de tc'reud qui signa sa <...'oodruunation par les nazis (et donc un certain temps après sa rupture avec l'idéologie de la c. révolution conservatrice ..), rassembler cette tradition en analysant la c. vic dans le mythe .. comme une c. vie en citation ..�. Ainsi, le 9. ln Nc>blé:Sifo• ck l't:spril, tnd. F. Dclm&.'l, Paris, Albin Mluhe,l, 1960.
  • 17. suicide de Cléopâtre cite - c'est-à-dire imite - tel épisode du mythe d'Ishtar­ Astarté. De même, on ne s'étonnera pas que le Docteur Faustus, sans doute un des meilleurs livres qui aient été écrits sur le nazisme, ait pour thème dominant - sans faire entrer en ligne de compte son dispositif, qui est ouvertement mimé­ tique et agonistique - la question de l'art et du mythe, considérés précisément sous cet angle. Cela dit, pourquoi toute une strate de la pensée aUemande, depuis au moins le romantisme, s'est-elle attachée de manière privilégiée à ce genre de problématique - au point de la constituer, comme c'est le cas chez Nietzsche, en problématique centrale ? Et pourquoi, tout au long de ce travail, cette pensée s'est-elle acharnée - selon, enco,e, une expression· de Nietzsche - à t: renverser le platonisme :. ? Pourquoi le recteur Krieck, idéologue très officiel du régime nazi, s'est-il proposé de lutter contre le t: refoulement du mythe par le logos (...) depuis Parménide jusqu'à nos jours � ? Et pourquoi Heidegger, qui cessa pourtant assez vite d'être au service du national-socialisme (et à qui Je même Krieck était hostile), a-t-il pu dire que d a 36 ... --"""""'---­ ·---·-·· raison, tant m$ifiée depuis des siècles, est l'ennemi le plus acharné de la pensée � ? Ou eooore, que l'Histoire à son origine oe relève pa.<; d'une science, mais d'une mythologie. Nous ne pouvons, ici que décomposer très schématiquement une analyse diffi­ cile et complexe, qui devrait porter sur une couche historique tout à fait précise - entre l'histoire des mentaJjtés, l'histoire de J'art et de la pensée, et l'histoire poli­ tique : on poumtit-J'appeler, faute de mieux, l'histoire des fictionnements. Au départ, et pour le dire de manière abrupte, ü y a ceci : depuis l'effondrement de la chrétienté, un spectre a hanté l'Eu­ rope, le spectre de l'imitation. Ce qui si­ gnifie tout d'abord : l'imitation des An­ ciens. On sait quel rôle le modèle antique (Sparte, Athènes ou Rome) a joué dans la fondation des Etats-nation modernes, et dans la construction de leur culture. Du classicisme de l'âge de Louis XIV à la pose à l'antique de 89 ou au néo­ classicisme de l'Empire se déploie tout un travaü de structuration politique, où se réalisent à la fois une identification nationale et une organisation techÜigue (!e gouvernement, d'administration, de hié- 37
  • 18. • oo C'r.trchisation de dominatton, etc. est 'en cc sens qu'il {;tudcait faire entrer 1'imi- catio1l Jti.storiqtle, comme Marx y a d'ail­ leurs songé, au nombre des concepts poli­ tiques. Dans l'histoire de cette Europe en proie à l'imitation, le drame de l'Allemague n'est pas simplement d'être morcelée, au point, la chose est connue, que c'est à peine·s'il existe une langue allemande, et que nulle œuvre d'art « représentative » (même la Bible de Luther peut difficilement être considérée comme telle) n'a encore vu le jour, en 1750, dans cette langue. Le drame de l'Allemagne est aussi de subir cette imitation au second degré, et de se trouver obligée d'imiter cette imita­ tion de l'Antique que la France ou l'Italie necessentpasd'exporter pendant au moins deux siècles. L'Allemagne, en d'autres 10.,Pendant toute cette périod.e, l'Allemagne n ' a pas dEtat, �me on le sait. Elle correspond plutôt à ce que Dürrenmatt a pu décrire ainsi : c Les AIJè- m.ands n'ont · · · · myth d' �rus eu un Etat, ma.LS uniquement le é� e un . emprre sacré. Leur patriotisme a toujours . romantique, en tout cas antisémite, et aussi bien J>1CU% et �ux de l'autorité. • (c Suc le senti­ment patriotique• ,.��- 19 vril ductioo d'un texte' �-:.......,., a · 1990 -tra- hen Bo . paru m Dokumente und Ausspra--c ' no, Bouvier. 1989.) 38 tenncs, n'est pas seulement privée d'iden­ tité, mais il lui manque aussi la propriété de son moyen d'identification. De ce point de vue, il n'est en rien surprenant que la Querelle des Anciens et des Modernes se soit prolongée si tard en Allemagne, c'est­ à-dire au moins jusqu'aux premières an­ nées du XlX' siècle. Et l'on pourrait parfai­ tement décrire l'émergence du nationa­ lisme allemand comme la longue histoire de l'appropriation des moyens d'identifi­ cation. (C'est peut-être d'ailleurs ce qui définit en partie le contenu des c révolu­ �ons conservatri�», dont il ne faut pas oublier leur baine du « cosmopolitisme ».) Ce qui a donc manqué à l'Allemagne, pratiquement, c'est son sujet, ou c'estd'être le sujet de son propre devenir (et la méta­ physique moderne, en tant qu� métaphy­ sique du Sujet, ne s'y est pas accomplie par hasard). Par voie de conséquence, ce)que l'Allemagne a voulu constnûre, c'est · un tel sujet, son propre sujet. D'où son volontarisme intellectuel et esthétique, et ce que Benjamin, un peu avant 1930, re­ pérait comme une « volonté d'art » dans cet écho de l'âge baroque que représentait à ses yeux l'expressionnisme. Si la hantise ou la peur des Allemands aura toujours 39 - ·-·--
  • 19. été de ne pas parvenir à être des artistes, de ne pas pouvoir accéder au « gran�Art �· si dans leur art ou dans leur pratique Il y a souvent une telle application, ct tant d'attendus théoriques, c'est parce que l'enjeu n'était rien d'autre que leur . �den­ lité (ou Je vertige d'une absence d Iden- tité). . Mais il y a plus : on peut d1re, sans doute, que cc qui a dominé, �e ce p�in� de vue, l'histoire allemande, c est une nn­ pitoyable logique du double birul (de cette double injonction contradictoire, par où Bateson suivant en cela Freud, explique' la psychose). Au sens précis du terme, la maladie qui aura toujours menacé l'Alle­ magne, c'est la schizophrénie, à quoi tant de ses artistes auront succombé. Pourquoi une logique du double bind ? Parce que l'appropriation du moyen d'iden'- ' tification, simultanément, doit et ne doit pas passer par l'imitation des Anciens, c'est­ à-dire avant tout des Grecs. Elle le doit parce qu'il n'y a pas d'autre modèle que celui des Grecs (une fois effondrée la trans­ cendance religieuse, avec les structures politiqu� qui y correspondaient : on sc souviendra que c'est la pensée allemande qui a proclamé la « mort de Dieu ,. et) 40 • que le romantisme moyen s'est fondé sur la nostalgie de la chrétienté médiévaJe). EUe ne Je doit pas, parce que ce modèle grec a déjà servi à d'autres. Comment répondre à cc double impératif contradictoire ? Il y aura eu, probablement, dans l'en­ semble de la cukure allemande, deux issues : une issue théorique tout d'abord, c'est-à-dire, pour être précis, spéculatiue. C'est l'issue fournie par la dialectique, par la logique du maintien et de la suppres­ sion, de l'élévation à une identité supé­ rieure, et de la résolution, en général, de la contradiction. Hegel en est le représen­ tant le plus visible et (peut-être) le plus rigoureux, mais il n'a pas, dans l'âge même de l'c: idéalisme spéculatif :o, le monopole du schème général de cette solution. Celle­ ci, par ailleurs, fraye en particulier la voie à Marx. Cette issue dialectique représente sans doute, contrairement à ce que pen­ sait Nietzsche (dont on sait pourtant jusqu'où le mena la hantise de l'identité), l'espoir d'une « santé :o. Mais nous ne pou­ vons pas nous attarder ici sur cette pre- mière voie. ,. , , D'autre part, il y aura eu l tssue �the­ tique, ou l'espoir d'une issue esthétique ; J et c'est à elle que nous voulons nous atta- 41
  • 20. cher, parce qu'elle n'est pas �o�r rien dans la « maladie .,. nationaJ-soetaüste. . . ? Quel en est le pnnctpe · C'est celui du recours à d'autres Grecs que ceux qui avaient é�é utilis�jusque-là (c'est-à-dire, dans le neo-classt�ts�e fran- ' çais). Déjà, Winckelmann _ avrut dit : « Il nous faut imiter les Anctens pour nous rendre, si possible, inimita�les. .,. 11 M�s il restait à savoir ce qui, au JUSte, pouvrut être imité des Anciens de façon à différen­ cier radicalement les AJlemands. On sait que ce que les Allemands ont découvert, à l'aube de l'idéalisme spécu­ latif et de la philologie romantiq�e (dans . la dernière décennie du xvur siècle, à Iéna; entre ScWegel, Holderlin, Hegel et Schelling), c'est qu'il a existé, en réalité, deux Grèce : une Grèce de la mesure et de la cJarté, de la théorie et de l'art (aux sens propres de ces termes), de la «· belle forme », de •la rigueur virile et héroïque, de "la loi, de la Cité, du jour ; et une Grèce enfouie, nocturne, sombre (ou trop éblouis­ sante), qui est la Grèce archaïque et sau­ vage des rituels unanimistes, des sacrifices 11. • Sur l'imitation de la peinture et de la sculp- .ture des Gt-ecs. • 42 _.......,......,__··-· ·-·- J sanglants et des ivresses collectives, du culte des morts et de la Terre-Mère -bref une Grèce mystique, sur laquelle la pre� mière s'est difficilement édifiée (en la « re­ foulant »), mais qui est toujours restée sourdement présente jusqu'à l'effondrement final, en particulier dans la tragédie et dans les religions à mystères. C'est d'!Jn tel dédoublement de la « Grèce , qu'on peut suivre la trace dans toute la pensée allemande depuis, par exemple, l'analyse holderlinienne de Sophocle ou la Phéno­ ménologie de l'esprit jusqu'à Heidegger, en passant par leMutterrecht de llachofen, la Psyché de Rohde, ou l'opposition de l'apollinien et du dionysiaque qui struc­ ture la Naissance de la tragédie. Bien entendu, nous simplifions un peu : toutes les descriptions de cette double ) Grèce . ne concordent pas entre elles - loin de là -, et d'un auteur à l'autre les principes d'évaluation divergent la plupart du temp.'i de manière très sensible. Mais si l'on fait (abusivement) une sorte de moyenne - et l'idéologie ne procédera pas autrement -, on peut avancer que cette découverte implique en général un certain nombrede conséquences décisives. Nous en retiendrons quatre : 43 . -
  • 21. • ' ' 1 ... .t' 1• '( ' ' 1) Cette découverte permet évidemment de promouvoir un modèle historique nou­ veau inédit, ct de se débarrasser de la Grèc� néoclassique (la Grèce française, voire, plus anciennement, la Grèce ro­ maine et renaissante). Ce qui autorise, du même coup, une identification de l'Al­ lemagne à la Grèce. Il faut noter que cette identification sera tout d'abord fondée sur une identification de la langue allemande à la langue grecque (au départ, tout est bien entendu philologique). Cela signifie qu'il serait erroné de peqser trop simplement que l'identification s'est faite, sans plus, à l'autre Grèce, à la Grèce oubliée et mystique : il y a toujours eu un peu de cela, mais, pour un certain nombre de raisons dont nous allons parler, il n'y ajamais eu exclusivement cela. L'iden­ tification à la Grèce n'a jamais eu la forme privilégiée de la bacchanale. Cela signifie aussi, d'autre part, que ce 1 type d'identification, spécifiquement lin­ guistique à J'origine, s'est précisément conjugué avec le mot d'ordre d'une c: nou­ velle mythologie » (Hôlderlin, Hegel et Schel­ lingen 1795), ou avec celui de,la construc- , tion nécessaire d'un « mythe de J'avenir ,.' (Nietzsche, ma Wagner, dans les années 44 • 1 1 l: ' 1 1 1 • 8�). _ En effet• l'essence de la lan�ue �rccquc orïgmellc, du nuahos est d'c'tre c 1 • · , omn1c la �nguc allemande, capable de symboli- satton, et par là C.1pablc de la production ou de la formation de « mythes cooduc­ t�urs _ », _ pour un peuple lui-même défîni hngUtsttqucmcnt. L'idcntific.-.tion doit donc passer par la construction d'un mythe ct non _ par un simple retour à des mrtÎ1es anctens. De Schcllin� à Nietzsche, les exemples de tentatives de cc genre ne manquent pas. En conséquence, la construction du myth� sera forcéme�1t théorique et philo- ' sophtque, ou si 1 on veut ciie sera ' . consciente, même si elle se fait dans l'élé- ment de la poésie. Elle devra donc em­ prunter le1modede l'allégorie, comme dans le Ring de.Wagner, ou d:ms le Zarathoustra de Nietzsche. Ainsi sera surmontée dialec­ tiquement l'opposition entee la richesse de la production mythique primitive (qui est inconspicote),.et l'universalité abstraite de la pensée rationnelle, du I....ogos, des Lumières,. etc. Selon un schéma mis en place par Schiller dans son essai sur Poé:.'ie taaiœ et poésie sentimentale, la (..'Onstruc- ' tion du mythe modeme (ou, cela revient 1 au même,, de l'œuvre d'urt modeme) sera ' 45
  • 22. toujours pensée comme le résultat d'un procès dialectique. Et c'est bien pourquoi ce que nous appelions « l'issue esthétique � est inséparable de l'issue théorique ou phi­ losophique. 2) La même logique (dialectique) est à l'œuvre dans ce qu'on pourrait appeler le mécanisme de l'identification. Sous ce rap­ port, il faut très rigoureusement distinguer entre l'utilisation qui est faite de l'une ou de l'autre Grèce. · La Grèce, disons toujours pour faire Vite, « mystique �, fournit en général, non pas directement un modèle, mais plutôt une ressource, c'est-à-dire l'idée d'une énergie à même d'assurer et de faire fonctionner l'identification. Elle est chargée, en somme, de fQ_umir la force identif;.cat.oire. C'est pourquoi la tradition allemande a·oute à la théorie grecque et classique de l'imita­ tion mythique, de la mimesis - ou déve-· loppe avec beaucoup d'insistance - �qui, dans Platon pat exemple n'était fina- l , 'ement qu en germe, à savoir une théorie de la fusion ou de la participation mys­ tique (de la met:hexis, comme dira, dans un autre contexte, Lévy-Brühl) 12, dont l'ex- 12. Cf. Les carnets, Paris, PUF, 1949. 46 �rience dionysiaque, telle que la décrit Nietzsche, donne au food Je meilleur exemple. Mais cela ne veut pas dire que le modèle à imiter provienne immédiatement,'ou soit pensé comme devant provenir immédiate. ment de l'indifférenciation mystique. Au contraire : dans l'eHusion dionysiaque - pour rester encore sur Je terrain nietzs­ chéen -, et issue de cette eHusion, ce qui tl)>paraît, c'est une imagesymbo�ue, semblable1 dit Nietzsche, à c une illlage de rêve �.. Cette image est en fait l'ùnage scénique (le personnage, ou mieux, la fi­ gure, la Gestalt) de la tragédie grecque. Elle émerge de c l'esprit de � musique • (la musique étant, comme le savait at�i Diderot, l'�ément même de l'eifusioo), mais elle s'engendre dialectiquement de la lutte amoureuse dece principedionysiaque avec la résistance figura1e apollinienne. Le mo­ dèle ou le type est donc cette formation de compromis entre dionysiaque et apolli­ nien. Ainsi s'explique d'ailleurs l'héroïsme tragique des Grecs, dû pour une grande part selon Nietzsche (et ce motif ne sera pàs ' oublié) au peuplement nordique des Doriens ies seuls qui se soient montrés capabl� de se redresser face à la dissolu- 47 ot - .. ·- - --
  • 23. fioll pl'l t1H'II'II1'l' (JIU: jliIVCitpl.lif f.ttllklll('llf k lltyshds•th' 01 u·ul:ll. 1 l 'l ' J) 'lhol cl'1.1 n·utl '·cu11pl" < 11 p• v1 c 1-�c .t,·vonlc', d:tns ln prohkuutliquc nll"nuuuk de 1 ' :11 1 , lill clwiIH' ct lill dtallll' IIIIINiclll, t''est n din· i ln rC:p(•( i(ioll de la (rn;�éclk ct du ft-sliv11l t r nglqut•, les 111ic..:u x :) mÛIll<;, panui toutes les formes d'nrt, d'l:uclc;u chc· r k pmc..:essus de l'idcutificatiou. C'est JXHirquoi Wagucr , hieu plus que ( :oct lac, St' pensera conuue Il: l >anlc, le �halw­ spc:trc ou le ( :c,·vanti;s dc..: I'AIIcmaguc..:. J•:t c..:'cst 1xn•rquoi il visera délihérémeut, av1;c ' la foud�ttion de Hayrcut h, uu lmt poli·· tique : celui de l'uuificat ion, par la célé­ brai iou ct par le cérôuouial thé:ît r:1l, du peuple allcnlllud (uuific:•tion comparable à celle de la cité Jau:> le rilucl tragique). Et c'est cu cc scus fon<.lamcut;ll IJII'il f<mt cowprcmlre l'exi�euce d'une « u;uvre d'art loulle ». La lot.Hiisat.ion n'est p:ts seule­ ment esthétique : elle f:tit :-�i�uc cu (lircc­ tion du politique. 4) On comprend peut.-êtrc mieux, dès lors, pourquoi le nat ional-soci:tlisme n':• vas simplement représenté, cornrne le di­ sait Benjamin, une « esthétisai ion de l11 politique • {à laquelle il eOt été suffiHnnt de répondre, à la manière de Brecht, pstr 4H '• ' . ' r une· • polaf l1111t Hill tic· l'url • ,.111 fi,. 1.,. J11 Hlllllll 1111 tt< ltiiJlltu iHIIIC' c•ttf purfsull'lll'llll 1;;1 pnhl<· d,· IH: duuf.<:r), 11111i11 , .,,.. funicm de: l:• politlqtw 1"1 dt: l'li f t , ltt JrYwlw·timt 1lu l'oliiÙfiiA' c·onuru- rt:u:vtl' tl'ttff l't1111 l f•·r.•·l . .1/-jsl, le motuk 1�•<:(• (:tnlt c:dui de· • la <'aff. col iJIIU: u:uvn· <l'art • Mam ·�: qui, <.;111;r. IJq�d. n:Nt�: pris d:mH 1(· premwr dt·11 tlc;ux types <k r(if(·n;u(:(:H si la ( !r<:<:<·, c·l 11c dwuw lieu, par ailleurs, fi auc•ut(: pu,positicm d'imitafiOII, (.;.Hl <J(;HI)riiiUiH JHIHHé par le HI;.­ COII<I t ype cie réf(:rcJH;I:, ct dcvicut wH; iuvilatiou, ou 1111t: irH;it:JIIou, {a l:t pnwluc­ tlou. L<: mytlu; unzi, :aiuHi que l'a admar:t­ blcmcnt mout.r(: Nyhcrher� (HafiH k 1/itl<:r, un film d'Alk·nu.tt�ne, l';uutlyKc qu(: ri<>IIH teutons ici u'aumit paH été f>OHHihlc) ' ' , csl la eouNtntctlon, lu formntion ct la prt,... ducliou du peuple allcrnnnd dans, p:tr d couune uue œuvre d'art. Cc qui le di11 tin�uc peut-être rudlcalcmcnt, �IllUtni que de la référt:nce hé�élicrlflc rappelée à l'inl'l­ t.ant, de la simple c citntlou • esthétiquc t:. Mnb:t ooln ne rcl�.nlflc p1111 que """"" '"lvi(mll /lyhcrbcrg dnn11 IICII rf!ccn� <iéc :larRtlomc philo (lCUIIIIICnliCII fiQIIIAI/tictUtlll (11oion Jo pl1111 OOIIV(.'tiiJ dt:ll nét•-romaniiHmCII) ct, mnlltcurcuecrnenl une folll de ph111, antbtérnltOII. tl9
  • 24. l�.. . . propre à la Révolution française et à l'Em­ pire (mais ce phénomène de masse com­ mençait pourtant à poindre), ou même encore du fascisme italien. La constn.lCtion du mythe 'TUlZi n est temps d'en venir au contenu même du mythe nazi. Conformément à ce qui précède, il ne doit pas tant s'agir (ou si peu) des mythes disponibles utilisés par le nazisme, que de la construction d'un mythe nouveau, une construction dans la­ queUe l'histoire que nous venons de rap­ peler se met en œuvre, ou bien, plus exac­ tement, en vient à se proposer eUe-même comme œuvre accomplie. La construction de ce mythe a été pré� cédée, depuis la fm du x.or siècle, et pas seulement en Allemagne, par une construc- . tion, plus que largement ébauchée, du mythe aryen. Mais nous ne pouvons pas Y revenir ici. Ce qui doit nous retenir est la , co�tr�JCtion spécifique du mythe nazi. C est�a�lfe de ce qui ne représente pas le �ythe des nazis, mais le nazisme le natiOnal-socialisme _ Iu _ i�même en tant �ue mythe. La caracténstique du nazisme (et 50 -- ·•"=tltf#MtitS'M·.u....__ • l 1 • • à beaucoup d'égards, celle du fascisme italien) est d'avoir �roposé son propre mou­ vement, sa propre Idéologie, et son propre Etat, comme la réalisation effective d'un mythe, <?u comme un mythe vivant. Ainsi que le dit Rosenberg : Odin est mort . d , t , mats une au�e açon, en tant qu'essence de l'âme germanique, Odin ressuscite sous ·nos yeux: . Nous allons essayerde reconstituer cette cons�ruction à travers Le mythe du .XX �cie .de Rosenberg, et· Mein Kampf de H1tler. Nous les plaçons dans cet ordre bien que le premier ait été publié en 1930 , et le second en 1927, car le second repré� sente, bien entendu, dans sa portée la plus directe, le programme qui fut effecti­ vement 'mis en œuvre. Le livre de Rosen� bèrg, en revanche, constitue un des plus célèbres acçompagnements théoriques de ce programme. Il ne fut pas le seul, et du reste, il ne.fut pas accepté sans partage par tous les .nazis (nqtamment dans sa virulence anti-chrétienne). Mais sa lecture fut pratiquement obligatoire, et l'édition que nous utilisons, de 1934, est la quaran� · deuxième, conespondant à 203.000exem­ plaires... (Il �t vrai que l'édition de Mein Kampjdont nous nous sommes servis est, 51 •
  • 25. i1 1 en 1936, la cent quatre-vingt-quatrième, pour 2.290.000 exemplaires...). , • Il faudrait avoir le temps de s arreter sur le style (si on peut dire) de ces üvres, qui à bien des égards se ressemblent. Par leur composition comme par la langue qu'ils pratiquent, ils procèdent toujours de l'accumulation affinnative, jamais, ou à peine, de l'argumentation. C'est un en­ tassement, souvent brouillon, d'évidences (du moins données comme telles) et de certitudes inlassablement répétées. On mar­ tèle une idée, on la soutient de tout ce qui peut sembler lui convenir, sans faire d'analyses, sans discuter d'objections, sans donner de références. n n'y a ni savoir à établir, ni pensée à conquérir. Il y a seule­ ment à déclarer une vérité déjà acquise, toute disponible. Déjà sur ce plan, en somme, on se réclame implicitement non pas d'un lcgos, mais d'une espèce de pro­ fération mythique, qui n'est pas pour au­ tant poétique, mais qui cherche toute sa ressource dans la puissance nue et impé­ rieuse de sa propre affirmation. , ' Ce c style :. répond à la' c pensée � du mytl:te que propose Rosenberg. Pour lui, en effet, le mythe n'est pa,s d'abord la fonnation spécifique que nous désignons 52 sous c� mot, c'est-à-dire celle d'un récit symbohsant une origine. Les récits my­ thiques appartiennent à l'âge mythologique c'est� à-di_re, pour Rosenberg, à un âge dé� passe qu1 était celui d'une c symboüsation insouciante de la nature • (p. 219). Comme tout bon �sitiviste, scientiste ou Aufklarer - et d'une manière, à cet égard, assez peu romantique -, Rosenberg juge cet âge primitif et natf. Aussi critique-t-il ceux qui veulent revenir aux sources germaines � de la mythologie (on perd son temps à vouloir revenir à l'Edda, dit la même page). La religion de Wotan est morte, eUe devait mourir (cf. pp. 6, 14; 219). Le mythe n'est 1 donc pas le mythologique. Le mythe, à proprement parler, est une puissance plus qu'une cqose, un objet ou une représenta- 1 tion. Le mythe est ainsi la puissance du ras­ semblement des forces et des directions fondamentales d'un individu ou d'un peuple, la puissance d'une identité sauter- 1 . raine, invisible, non empirique. Ce qui doit se comprendre avant tout par opposi- 1 tion à l'identité générale, désincarnée, de ce que Rosenberg appelle lèS c absolus 1 sans limites » (p. 22), et qui sont tous les 1 Dieux ou .tous les Sujets de la philosophie, 53 - ·-'------
  • 26. q::lui de Dc�cartcs comme celui de Hous­ st:Hu, ou comme celui de Marx. Contre ces identités dissoutes dans l'abstraction, le mythe désigne l'identité comme diffé­ rence propre, ct son affirmation. Mais aussi, ct d'abord, il désigne cette ' identité comme l'identité de quelque chose qui n'est pas donné, ni comme un fait, ni comme un discours, mais qui est rêvé. La puissance mythique est proprement ceUe du rêve, de la projection d'une image à laquelle on s'identifie. L'absolu, en effet, ne peut pas être quelque· chose qui se ' pose hors de moi, il est le rêve auquel je peux m'identifier. Et s'il y a aujourd'hui, dît Rosenberg, un « réveil mythique », c'est que « nous recommençons à rêver nos rêves originaires :.. (p. 446). Dans Je rêve originaire, il ne s'agit pas de Wotan ni du Waballa, formes mythologiques et frustes du rêve, mais de J'essence même de ce rêve. Nous allons voir bientôt ce qu'il en est de cette essence, mais elle s'annonce déjà par ceci : « Les Wilùngs n'étaient pas seulement des guerriers conquérants commebeaucoupd'autres, ilsrêvaientdbon­ �cur et d'Etat, de régner et de créer. ,. 1 (1d.) Or, préc!se Rosenberg, l'Allemagne comme telle q a pa.� encore rêvé, eUe n'a 54 . . ·- . f pas encore rêvé son rêve. Il cite Lagarde : ..: Il n'y a jamais eu d'Etat allemand. :. Il n 'y a pas encore eu d'identité mythique, c'est-à-dire de véritable - et puissante - identité de l'Allemagne. Ainsi, la vérité du mythe tient à deux choses : 1) à la croyance : ce qui fait le mythe vrai, c'est l'adhésion du rêveur à son rêve. (( l}_gJ����est vrai gue lorsqu'il_a_saisi l'homm�. .�tJ.!w.tieo (p. 521). Il faut une l croyance totale, une adhésion immédiate et sans réserves à la ·figure rêvée, pour 1 que le mythe soit ce qu'il est, ou encore, 1 et si l'on peut dire, pour que cette figure 1 prenne figure. De là, cette conséquence importan�e que, pour les < croyants -. en ce sens, l'assujettissement du peuple à la croyance, le matraquage symbolico­ mythique n'est pas seulement une tech­ nique d'efficacité, mais aussi bien une me­ sure d� vérité. (Et l'on connaît, par ail­ leurs, les pages où Hitler expose la néces- ' .. sité de la propagande de masse.) 2) à ceci que le mythe, ou le rêve, a pour nature et pour fin de s'incarner dans une figure, ou dans un type. Mythe et 1type sont indissociables. Car le type est " la réalisation de l'identité singulière portée 55
  • 27. par Je rêve. n est à la fois le modèle de l'identité et sa réalité présentée, effective, .{armée. C'est ainsi que l'on parvient à une sé­ quence essentielle dans la construction du mythe : Rosenberg déclare : < La liberté de l'âme est Gestal.l... :t (p. 529) (forme, figure, confi­ guration, c'est-à-dire qu'eUe n'est rien d'abs­ traiL de général, elle est capacité à mettre en figure, à incarner). < La Gestalt est toujours plastiquement limitée. .. ,. (son es­ sence est d'avoir une forme, de se diffé­ rencier ; la < limite ,., ici, c'est la limite qui détache une figure sur un food, qui isole er qui distingue un type). < Cette limitation est conditionn� par la race... ,. (c'est ainsi que l'on atteint Je contenu du mythe : la race est l'identité d'une puis­ sance de formation, d'un type singulier ; une race, c'est Je porteur d'un mythe). ( �iais cette race est la figure extérieure d'une âme détermio� "· Ce dernier trait est un leitmot.io de Ro­ senberg, e{ se retrouve plus ou moins ex­ �tem� partoct chez HjtJer : une race, c est une ame, et dans cert.ains cas une âme géniale (M](, p. 321), à l'intérie:u de laqu.ene iJ Y a du reste aussi des diffé- r�nces in�ividu�llcs, ct des individun r-,é­ nJaUX, qUl expnment mieux f>U qui for­ ment mieux le type. Ce qui veut donc bien dire qu'une: <� raœ • eKt avant t(Jut le principe et le lieu d'une puissance my­ thique. Si le mythe nazi �e dét�:rminc d'abord en tant que mythe de la " raœ ,., c'est qu'il est le mythe du Mythe, c'est-à­ dire le mythe de la pui88ance créatriœ du mythe en général. Comme si le�S races étaient eUes-mêmes, tl)ut d'aburd, )e!j types rêvés par une puissance supérieure. Rrr senberg cite encore Vdgatde : � les nationts sont des pensées de Dieu �- Ce principe du type comme identité sin­ gulière absolue et concrète, oomme effec­ tuation du mythE:, c'est ce que Hitler jus­ tifie laborieusement - et du reste tri'=.'! rapidement, car au fond iJ se moque d'une véritable justification positive - pu l'exemple desespèces animales qui ne s'a.o­ couplent qu'à l'iotérit.'Ur du même type, tandis que les bât.ardb sont « dégénérés ). A cet égard, il est essentiel de relever que le Juif n'est pas simplement une race mauvaise, un type défec:t.ut::tu : il est fanti­ type, le bâtard par excellence. n n'a pas de culture propre, dit Hitler, et même pas de religion propre, car I.e m� 57
  • 28. est antérieur à lui. Le Juif n'a pa:; de Seelen,gestalt (de forme ou de figure de l'âme), et donc pas de Rassen�estall (de forme ou de figure de la race) : sa forme est informe. Il est l'homme de l'universel abstrait, opposé à l'homme de l'identité s�uli�re ct concrète. Aussi Rosenberg pr(.... CJSe-l-1 1 quc le .1uif n'est pas l'" antipode ,. du Germain, mais sa « contradiction r. ce qui veut sans doute dire que ce n'est 1 pas un type opposé, mais l'absence rnêm<; de type, _ com _ me _ danger présent dans toutes l�s batardJsatwns, qui sont a ussi des para­ SJtagcs. � met ainsi en place un rnéeanisme QUI peut être décrit de Ja manière sui­ vante : . l) , il faut r��cilltr �a puissanee du mythe, en face de I mccmsJ�;tancc des univcr ·1 ab t . (d 1 sc s s raJts e a S<.:ien<.:" dc la d/. . d . ...., cmocrat1c e. la �hdosop�Ji<:), <:l devant l'effondre� rnent (a<.:compJJ avec la guerre d<: 14-Jk) de.., _ d�ux _ <:nJyance:s de l'â�c moderne . le <:hnstJaOJSrnr�, et la crc,y;,ne'· da J'h . l.é ( · .... nil UJna- n' qu, sont drmc sans dc)ulc 1 . l<J)�nber� n<: le di&: pas, des r;JY��:: c��c �éner�, et peut-ttre " enJ·uivfs - <.:a.'i cxs- 6 • ", en tout an_,u<..."'! proprts à J'é · perdu le sens dela . . . 1 • Pf>quc qui a racc, c senn du mythc). 2) il faut donc réveiller la puissance de la r.toe, ou du peuple, la puissanceviilkisch, qui se caractérisera précisément comme la force produetricc, ou formatrice, du mythe, ct comme sa miRe en œuvre, c'est­ à-dire comme l'adhésion active du peuple à son mythe. Cette adhésion prend dès lors le nom de • mystique r., par lequel Rosenberg veut désigner, au-<lclà d'une simple croyance, la participation totale au type. C'est ainsi, par exemple, qu'il écrit : i: la vie d'une race, d'un peuple, n'est pas une philosophieau déveJoppcmentlo�quc, ni· un processus sc développant selon des lois naturelles, mais c'CHt la fom1ation d'une syhthèse mystique ,. (p. 1 L7). De ce fait, au-delà de la philosophie et du savoir en général, la reconnaissance mystique est moins une l�rkenntnis qu'une .Bek(:'11:nl:nis, c'est-à-dire moins une connam­ s.ancequ'une• rcconnais.�ce ..,uneconfes­ sion au sens d'une confession de foi. De la même manière, et selon une oppositiou semblable à la philosophie, Hitler déclare qu'il s'agit de produire une Glaulx'nSbe­ k.enntnis, une profession ou un acte de , foi (MK, p. 508). 3) cet acte de foi pmte, pour chaque peuple, sur son mythe propre, c'est-à-dire ')9 • . ...
  • 29. sur la projection et sur le proje� ongi- ·res de son identité. (Par consequent, nru les Germains, sur l'identité germa-pour d r . t b" nique.) Mais cet acte e 101 cs ten un acte. Il ne consiste pas seule _ ment dans une attitude spirituelle, du moms au sens , ordinaire de ce mot. Le rapport (( mys­ tique ,. au mythe est de l'ordre de rexpé: d_�nc_e_véÇJJe�_E!_l _ concc_et m�jeur de ��12�u5-). Il y a une « experienc� iny­ tfiTque » 1Rosenberg, p. 146), ce qm veut dire que le mythe n'est véritable que <oécu. De même qu'il doit former un type effectif, l'acte de foi doit être immédiatement le vécu de ce type. (De là que les symboles de l'ordre mythique, uniformes, gestes,·pa­ rades, enthousiasme cérémonial, de même que les mouvements de jeunesse ou les associations de tous genres, ne sont pas seulement des techniques mais des fins en soi : ils incarnent la finalité d'un Er­ lebnis total du type. La symbolique n'est pas seulement un repère, mais une réali­ sation du rêve.) Cependant, pour que ce schéma soit com�Iet, il faut en arriver à la spécificité - v�ue au privilège, et au privilège absolu - dune race et d'un type. Ce qui exige deux déterminations supplémentaires : 60 1 '1 1) la race, le peuple, tient au sa�, et non à la langue. Cette affirmation est sans cesse reprise par Rosenberg et par Hitler : le sang et le sol, Blut und &den. (Hitler l'illustre en expliquant qu'on ne fera pas un Allemand d'un Nègre en lui apprenant l'allemand.) A beaucoup d'égards, cette af­ firma�ion. tranche avec la tradition (ro­ mantique en particulier) d'une recherche ou d'une reconnaissance d'identité par la langue. Le mythe revendiqué dans la tradi­ tion s'identifie souvent au mutlws comme langue otiginelle, opposée au lo�os. Ici, 1 au contraire, le mythe devient en quelque sorte le sang, et le sol d'où, en somme, U ' jaillit. Ce déplacement a sans doute plu­ sieurs raisons : - l'All�magne, en tant que mythe non encore réalisé du xx· siècle, n'est plus le problème de langue qu'elle fut jusqu'au XVIII" siècle, mais un problème d'unité ma­ térielle, territoriale et étatique. C'est le sol (la nature immédiate de l'Allemagne) qui doit être « typé », et .avec lui le sang des Allemands ; - si le mythe aryen se reconnaît, comme nous allons le voir, dans d'autres terri­ toires linguistiques (et d'abord grec, mais aussi latin, et nordique), c'est une autre 61 - -·...·----
  • 30. identité que celle de la langue qu'il faut saisir en lui : - malgré sa spécificité, la langue appar­ tient d'emblée à J'élément de l'universel. 1 Du moins, elle risque, si elle n'est nourrie de sang, de toujours apparaître du côté de ce qui reste formel et sans substance. Le sang, au contraire, c'est la nature, c'est j la sélection naturelle (avec un darwinisme en toile de fond), et c'est ainsi le motif d'une « volonté de nature » (MK, p. 311, 422) qui est volonté de différence, de dis­ tinction, d'individuation. {Ainsi, c'est la nature elle-même qui engendre le pro­ cessus des identités mythiques : c'est la nature qui rêve et qui se rêve dans ses types.) C'est ainsi, en particulier, qu'il y a un sang aryen, que Rosenberg fait remonter à l'Atlantide. . { 2) Pourquoi les Aryens ? Parce qu'ils sont porteurs du mythe solaire. Ils' sont por­ teurs de ce mythe parce que, pour les �uples _ du Nord, le spectacle du soleil est tmpress1onnant à la mesure de sa rareté. Le mythe aryen est le mythe solaire, op­ posé �ux myth � de la Nuit, aux divinités chtomennes. Doù les symboles solaires et la svastika. ' 62 1l.i [ l• ..• Pourquoi le mythe solaire ? On pourrait dire sans aucune gratuité que, pour Ro­ senberg, ce mythe de la clarté présente la clarté du mythe en généraL Il écrit, par exemple : � L'expérience mythique est claire comme la blanche lumière du so- leil. » (p. 146). Le mythe du soleil n'est rien de moins que le mythe de ce qui fait } < surgir les formes comme telles, dans leur visibilité, dans la découpe de leur Gestalt, en même temps qu'il est le mythe de la force ou 'de la chaleur qui permet la for­ mation même de ces formes. Autrement dit - et sans revenir sur ce qui a été dit du culte de la lumière et du Midi - le mythe solaire est le· mythe de la· force formatrice elle-même, de la puissance ori­ ginelle dit type. Le soleil, c'est la source de la distinction typique. Ou encore, le ) . soleil est J'arché-type. L'Aryen n'est pas seulement un type parmi d'autres, il est le . type dans lequel se présente (se rêve et s'incarne) la puissance mythique elle­ même la nature mère· de tous les types. Ce pri�ilège se développe selon trois axes principaux : · . . . 1) L'ArYen est le fondateur de ct�sa­ tion par ' excellence, le !_(ultur-Qegrü_nder (fondateur d�ivilisation) ou le Kul- 63 .. ... . ... -···-·-·...
  • 31. rursch.Opjer (créateur de civilisation) op­ posé au simple � porteur de civilisation :. (Kulturtriiger). « En peu de millénaires souvent, et même en peu de siècles, les Aryens ont créé des civilisations qui por­ taient dès l'origine au complet les traits intérieurs de leurs essences. � (MK, p. 319). Ce peuple est le peuple, ou le sang, de la création immédiate (et en somme, géniale) des formes accomplies. 2) Les grands Aryens de l'Antiquité sont les Grecs, c'est-à-dire le peuple qui a pro­ duit le mythe comme art. Les Grecs ont mis en fonne leur âme (leur sang), ils en ont produit la Darstellung {présentation) ou la Gestalrung {mise en forme, ou en figure), précisément dans la distinction absolue de la fonrte, dans l'art. Devant (l'artdcs Grecs, on a l'expérienceduFormwil­ len, du vouloir de la forme, ou du vouloir­ former. Aussi l'art est-il à partir des Grecs et pour l'Europe une fin en soi, une reli­ gion en soi. Ce qui ne veut surtout pas dire, ici, « l'art pour l'art », mais ce que Rosenberg appeUe « un art organique, en­ gendrant la vie ,. (p. 448). Wagner compte beaucoup dans cette considération, mais plus encore la compréhension de la trie comme art, et ainsi du corps, du peuple, 64 de l'Etat comme œuvres d'art, c'est-à-dire c..'Omme formes accomplies de la volonté, comme identifiCations achevées de l'image rêvée. 3) Les grands Aryens du monde moderne, ce sont les mystiques allemands, et sur­ tout Maître Eckhardt (passons sur l'in­ croyable sollicitation de son. histoire et de ses œuvres à laquelle se livre Rosen­ �rg). Car Eckhardt a ouvert la possibilité résolument moderne du mythe en produi­ sant le mythe de l'âme libre. La pure intériorité de l'âme (dont la race est l'exté­ riorité) s'éprouve, dans l'expérience mys­ tique, plùs grande que l'univers même, et libre de tout, de Dieu avant tout. Le mythe s'énonce alors dans toute sa pu­ reté : il s'agit de se former, de se typer, · et de se typer comme libre créateur absolu (et par conséquent, aut�-créateur). _Ro­ senberg écrit : « Odin était mort, et il le reste · mais le mystique allemand décou- ' vrit le c Puissant d'en-haut » dans sa propre âme. » (p. 219). L'âme, ou la c personnalité �. ou le « génie •. se trouvant en elle-même comme son c mythe ,. le plus propre, ou encore : l'âme s'engendrant ·de son propre rêve, ce n'est au fond pas autre chose que le 65
  • 32. Sujet absolu, auto-créateur, _ un sujet _ �ui n'a pas seulement une position ��mtive (comme celui de Descartes), ou spmtuel�e (Eckha.rdt), ou spéculative (Hegel), mats qui rassemblerait et transcenderait toutes ces déterminations dans une position im­ médiatement et absolument « naturelle ,. : 1 dans le sang et dans la race. La race Aryenne est, à ce compte, le Sujet. En elle, l'auto-formation s'effectue et s'incarne dans « cet égoïsme collectif et sacré qui est la Nation ,. (Hitler, dans une interview de 1933). Aussi le motif central de cette « âme ,. et de sa Gestaltu� se résume-t-il pour finir à ceci : premièrement, la création et la domination civilisatrice par le sang ; deuxièmement, la préservati�n du sang, c'est-à-dire l'honneur. Il n'y a finalement qu'un seul choix mythique possible, qui est le choix entre l'amour et l'honneur (cf. Rosenberg, p. 146). Le choix origi­ naire de l'Aryen, ou qui fait l'Aryen, c'est le choix de l'honneur de la race. La plupart des traits fondamentaux dè cette construction se retrouvent chez Hitler, comme on· a déjà pù le voir. Mais ils s'y retrouvent dans ce qu'on pourrait désigner comme la version cette fois inté- 66 ...J . ! 1 gra.lement moderne, politisée et techni­ cisée de la construction du mythe. Ce qui revient aussi à dire que Mein Kampfprésente la version résolument « pra­ tique ,. de la construction du mythe. Mais �ous comprenons désormais que la « pra­ taque ,. ne succède pas ici à la « théorie ,. : elle lui est, si on peut dire, inhérente, ou immane�Jte, si la logique du mythe n'est pas autre cht>se que la logique de son auto-effectuation, c'est-à-dire de l'auto­ effectuation de la race aryenne comme auto-effectuation de la civilisation en gé­ néral. Le,mythe s'effectue, très rigoureuse­ ment, comme c national-socialisme ». Ge qui implique quelques déterminations sup­ plémentaires, que nous énumérerons ·pour finir :. ' 1) Le combat désormais nécessaire est avant tout un combat d'idées, ou un combat « philosophique ,. (Hitler ne parle pas de mythe : il parle le langage de la rationalité moderne). La c force brutale ,. ne peut rien si elle ne s'appuie sur une grande idée. Or .le malheur et le mal du monde moderne, c'est la double idée, abstraite et désincarnée, impuissante, de l'individu et de l'humanité. Autrement dit, la social­ démocratie et le marxisme. Par consé- 67 - ....-...·-----
  • 33. quent : .. La poutre maîtresse du �ro­ �rammc national-socialiste est d'abolir le concept libéral de l'individu comme le concept marxiste de l'humanité, et de leur substituer celui de la communauté du Volk, enracinée dans son sol et unie par les chaînes d'un même sang. ,. (Hitler au Reichstag, 1937). Le combat doit être un combat pour la réalisation effective de ce concept, qui n'est autre que le concept du mythe. 2) Le combat est donc combat pour ce dont Hiùer reprend le nom à la tradition philosophique, et qui occupe dans son dis­ cours la position du mythe : la Weltans­ c�, la « vision du monde , (il y a eu un service officiel de la Weltans­ chauung). Le nazisme est avant tout c for­ mation et accomplissement de son image weltanschaulich ,. (M.K, p. 680), c'est-à­ dire construction et conformation du monde selon la vision, l'image du créateur de formes, de l'Aryen. Le c combat wel­ tanschaulich ,. (id.) n'est pas n'importe queUe entreprise de domination : il est une entreprise de conformation du monde (comme ccUes d'Alexandre et de Napo­ léon). Le monde aryen devra être beau­ coup plus qu'un monde soumis et exploité 68 par les Aryens . il devra être un monde devenu aryen (et c'est J>fJurquoi tl faut en éliminer le non-type par excellence, le Juif, ainSi que quelques autres types dégénérés). La Weltanschauung doit être absolument incarnée, et c'est pourquoi elle exige c un bouleversement complet de la vie publique tout entière selon ses vues, ses Anschauungen ,. (MK, p. 506). L'Ans­ chauert, Je < voir ,. comme intuition allant au cœur des choses et.formant l'être même, ce c voir ,. d'un c rêve ,. actif, pratique, opératoire, fait le cœur du processus c my­ tbjco-typique ,., qui devient ainsi le rêve effectif du c Reich de mille ans ,.. 3) C'est pourquoi la Wel� est absolument intolérante, et ne peut figurer comme c un parti à côté des autres ,. (_{K. p. 506). Ce n'est pas une s��le �n philosophique, ni un choix polinque, c est la nécessité même de la création, du sang créateur. Aussi doit-eUe être l'objet d"une croyance, et fonctionner _ comme une reli­ gion. La croyance ne surgit pas ��te seule. elle doit être éveillée et mobilisée daru les masses. c La plus beDe coooepôoo t;bé(r rique reste sans but et sans valeur, si le Führer ne peut mettre les masses en mou-
  • 34. • vement vers elle. ,. (MK, P· 269), d'autant que les masses so�t avant tout accessibles aux mobiles affectifs. (Ce maniement de la croyance " wcl­ tanschaulich ,. demanderait une étude sup­ plémentaire, pour montrer comment il est sans doute difficile de séparer, chez Hitler, la conviction et la manœuvre. A la fois, il développe dans toutes ses conséquences la logique d'une croyance qui est la sienne, et à laqueDe il se subordonne, et il exploite brutalement les ressources de cette croyance aux fins de son propre pouvoir. Mais cette exploitation eUe-même reste dans la logique de la croyance : il faut bien éveŒer, ou réveiller le rêve aryen chez les Allemands. On pourrait peut-être dé�nir l'hitlérisme comme l'exploitation lucide - n:aispas nécessairement cynique,car elle-meme convaincue - de la dispo­nib�té .des masses modernes au mythe.La manipulation des masses n'est pas seu­l�me?t une technique : elle est atissi unef�, SI! en dernière instance c'est le mythelu1-meme q · · ' éal. UI manipule les masses et ser 1se en eUes.) ' 70 Nous avons seulement cherché a dépHcr une logique spécifique, et nous n'ayons donc pas autrement à conclure. Nous te­ nons seulement à souligner combien cette logique, dans le double trait de la volonté m.iJnétique d'identité, et de l'auto-effectua­ tion de la forme, appartient profondément aux dispositions de l'Occident en général, et plus précisément, à la disposition fon­ damentale du sujet, au sens métaphysique du mot. Le nazisme ne résume pas l'Occi­ dent, et il n'en est pas non plus l'aboutis­ sement nécessaire. Mais il n'est pas non plus possible de simplement l'écarter comme une aberration, ni comme une aberration simplement passée. L'assurance confortable dans les certitudes de la mo­ rale et de la démocratie, non seulement ne garantit rien, mais expose . au risque de ne pas voir venir, ou re :vemr, ce do�t la possibilité n'a pas tenu a un pur �CCI­ dent de l'histoire. Une analyse du naziSme ne doit jamais �tre co�çue COJ!lme u A n simple dossier d accusation, rruus plutot comme une pièce dans une déconstruc­ tion générale de l'histoire d'où nous prove­ nons. 71 - --
  • 35. • ANNEXE Depuis la première parution de ce texte en France, il nous a souvent été demandé pourquoi nous n'avions pas accordé plus de place à la spécificité antisémite du ra­ cisme nazi. En fait. dans les conditions qui furent celles de la premièreversion du texte - un colloque organisé par un comité juif. sous la direction du rabbtn Lederer (cf. le début du texte), et qui comprenait d'autres contrtbutions que la nôtre -, on attendait de nous une analyse de certaines des conditions de possibilité de cet antisémi­ tisme, plutôt que du phénomène lw-même. On pourrait prolonger notre texte en di­ rection d'une évaluation de ce qui constitlle la judéité, pour le nazisme, en antithèse absolue de l'identité mythique et du mythe identificatoire. En tant que con�reuve pu que c anti-type • du mythe aryen. le Juif est identifié à une vermine ou à un virus porteur d 'infection. On peut suivre très clairement. dans Mein Kampj. cette assi- 73 .---
  • 36. . . n descendante. tout d'abord au milatio . . l'animal enfin à l'in- sous-homme. pws a . . t': ti De manière analogue. on srut com- 1ec on. . tant . . t l Juif tout en represen a peme men e . . . un type pour le culte �an de la beaute, 'en est pas moins continuellement trans­ �rmé en ca.ri.cature. La déformation et l'al­ tération répondent ainSi à la claire forma­ tiDn de 1a vision mythique, telle que nous l'avons analysée chez Rosenberg. Au fond. le Juifétait pour le nazisme le misérable in­ capable de seulement accéder à la puis­ sance figurale du mythe. En fait, il y a beaucoup à dire sur le rap­ port négatif de la judéité au mythe et à la figuration. Nous avons abordé cette ques­ tion dans • Le peuplejuif ne reve-pas • (in : La.psycharw.Jyseest-elle une histoirejuive ? Colloque deMontpellier, 1980, ed. Adélie et Jean-Jacques Rassial, Paris, Seuil. 1981. p. 57-92). Nous nous contenterons ici de remarquer, qu'il s'agit sans doute moins d'affirmer que • le Juif est sans mythe • - affirmation qui demanderait en tout cas un examen plus précis - que d'être attentif à un retournement secret qui peut faire du • sans mythe • - et donc du • Juif • - à son tour un nouveau mythe. (Juillet 1992) 74 Extrait du catalogue l'Aubepoche essai François Ascher, Les noutJtau:r:principesdt l'urflamsme Robert Sarrat, Unjoumaliskau CŒUrdelagunn âAlgirù Fethi Benslama et �adia Tazi (dir.), La uirili�m Islam Pierre Bourdieu, Si lemoncksocialm'esrsupponabk, c'mparce quejepeux m'indigntr Cornelius Casroriadis, Posr-scriptum surfinsignifianasuivi de Dialogue Gérard Chaliand, Miroirs âun désastre Pierre Clasues, ArchEologiede la violmce Daniel Cohen, ClzroniqutS âun Jraclr annonci Boris Cyrulnik et Edgar Morin, Dialoguesurla natun humaine Ernst-Robert Currius, Essaisur laFrance Pascal Dibie, Le village retroutJi François Dubet, Lesinigalilfsmultipliks Jean-Paul Firoussi, L'idéologie du monde. Clzron�utS d'économiepolitique * , • • .. Xavier Gizard (dir.), La Midzmran« �uute Bernard Kayser, Ils ontchoisila campagne Jean Kéhayan, Aiespapiers d'Armlnie 75