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Problemes
d'Amérique
latine
N° 4
jan -mars 1992
)~rou :crise miniére
el réinsertion
intemationale
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Ce travail préliminaire part des hypothcses suivantes :
- La crise économique du Pérou s'inscrit dans le cadre
de la crise des pays minicrs, liée á la «troisieme révolution industrielle»
qui a entraíné la chute du rythme de consommation et des prix des
métaux. Mais elle est surtout la conséquence du maintien d'une
spécialisation périphérique, traditionnelle et de plus en plus défavorable
dans le contexte de la division internationale du travail (DIT). Au Pérou,
comme dans d'autres pays miniers, le maintien de cette spécialisation s'est
accompagné d'une stratégie d'industrialisation génératrice de déséquili­
bres, de la détérioration de l'agriculture et d'un endettement extérieur
croissant qui, la plupart du temps, n'a pas été utilisé de maniere a
favoriser la production.
- A' un niveau plus spécifique, / la gravité de la crise
péruvienne est due au role néfaste joué par l'Etat dans la conception
et 1'application de politiques acourt et a long terme et dans la gestion
de la rente miniere. L'Etat controle directement (par ses entreprises)
ou indirectement (par les impots, les politiques appliquées, etc.) la
perception et l'utilisation de la rente miniere. De plus, l'endettement
extérieur (dont le secteur public est le principal responsable) a été
obtenu grace a la garantie des revenus de l'exportation de produits
mlOlers..
Enfin, la question fondamentale qui oriente notre travail
est celle-ci : étant donné la continuation de la crise des métaux et les
tendances défavorables des prix, sous quelles conditions la poursuite
d'une spécialisation primaire est-elle viable, a une· époque ou les
ressources naturelles ne peuvent plus etre automatiquement considérées
comme des richesses et ou exporter des matieres premieres en valorisant
un avantage naturel comparatif ne constitue plus une source assurée de
transferts. nets de ressources de l'extérieur vers le pays hote?
De la crise structurelle
a I'ajustement
La dimension de la crlse
Depuis de nombreuses années, la situation économique,
socialc et politique duOPérou ne cesse de se détériorer. La crise
économique, qui a commencé en 1975, n'a pu etre surmontée malgré
l'application de recettes orthodoxes (parmi celles qui sont recommandées
par le FMI) ou hétérodoxes, comme celles que le gouverncment d'Alán
García a mises en pratique pendant la période 1985-199U. En 1990,
l'économie péruvienne a connu un taux d'inflation de 7658 % (voir
tableau 1) : c'était le plus élevé de la région apres le Nicaragua (8500 %)
et l'un des plus élevés du monde. En 1986, l'inflation péruvienne n'était
« que» de 62,9 %. L'actívité économique connait depuis de nombreuses
annécs une détérioration considérable, quí s'est accentuée apres l'expé­
rience populiste des premieres années du gouver;;ement García. La
chute de la production jointe a un taux de croissance
population ont entrainé une baisse cumulée du produit
30,2 % entre 1981 et 1990(1).
élevé de la
par tete de
Tableau 1. Pérou : évolution économique récente
1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991
PIS réel croissance en % J7 -.2 -12.0 48 22 8.7 8.0 -8.4 -11.4 -4.9 20
Inllalion (IPC) en % 727 72.9 1251 1115 158.3 62.9 1145 1723 2777 7658 185 4
Exportations F08 (millions dollars) 3249 3293 3015 3147 2978 2531 2661 2694 3542 3276 3320
Importations F08 (millioos dollars) 3802 3721 2722 2140 1806 2596 3182 2750 2140 2885 3265
Balance commerciale (millioos de dollars) . -553 -428 293 1007 1172 -65 -521 -56 1402 391 55
Compte courant (millioos de dollars) -1733-1612 -875 -223 135 -1077 -1481 -1138 -254· -1630 -2375
Detle extérieure totate (millions de dollars) n.d. 13021 15153 15340 16651 17840 19286 18919 18910 19890 n.d.
RéselVes totales sans {"or (millioos dollars) n,d. n.d. 1366 1630 1842 1407 546 511 808 1090 la) n.d.
Taux de dmge e!ledif réel resexp (1985 = 100) 122 135 118 119 100 119 135 119 192 263 333
Déficit du secteur pUblic en % du PtB 6.7 7.3 9.8 7.6 JO 5.1 6.7 91 n.d. .n.d. n.d.
(a) Les montants sont donnés pour la fin de chaque année. En juillet 1990, c'est-a-dire vers la fin du gouvernement 

García, les réserves étaient de 458 millions de dollars. 

Sources' CEPAL, FMI-IFS, Banque Sudameris. 

En juillet 1990, un nouveau gouvernement a pris ses
fonctions et les politiques d'ajustement sont poursuivies, mais, en dépit
de l'obtention de quelques résultats, notamment d'une forte réduction
de l'inflation, on ne peut pas affinner que l'économie ait atteint une
stabiEté lui pennettant de trouver, dorénavant, de nouvelles sources de
croissance durable.
Les facteurs structurels de la cnse
Comme dans d'autres pays de la région, l'industrialisation
a été favorisée pendant des déccnnies par d'importantes mesures
protectionnistes au détriment d'autres secteurs. La politique de promotion
de l'industrie a fortement pénalisé l'agriculture et en particulier la
production d'aliments a laquelle se consacraient pres d'un million de
petits propriétaires.
La stratégie d'industrialisation par substitution des impor­
tations (1SI), inaugurée dans les années 1950, a manifesté une forte
dépendance a l'égard d'importations croissantes de biens intermédiaires
et de biens d'équipement. En príncipe cela devait etre financé par les
exportations de minerais, qui constituent depuis les années 1950 la
nouvelle spécialisation de l'économie péruvienne dans l'économie interna­
tionale. A partir des années 1960, et en particulier dans les années 1970,
I'endettement extérieur a contribué a financer une balance cornmerciale
qui, sous la pression de l'industrialisation et avec la crise du marché
international des matíeres premieres des années 1970, a commencé a
manifester des tendances au déficit structurel. En 1975, la valcur des
importations destinées a l'industríe a été supérieure a la valeur de
I'ensemble des exportations péruviennes. Depuis la fin des années 1970
et, surtout pendant la premiere moitié des années 1980, des mesures de
stabilisation de type orthodoxe ont. été appliquées. Elles vísaient a
(1) CEPA L. Balance prfliminar de la economía de América lalÍlla y el Caribe, 1990.
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el réinsertlon
inlemalionale
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engendrer un excédent en dollars destiné au paiement de la dette mais
elles ne s'attaquaient pas aux facteurs structurels que nous avons
mentionnés. La situation s'est aggravée depuis 1982, année qui a vu
l'apparition du probleme de la dette extérieure latino-américaine,
l'interruption du flux de capitaux en provenance de l'extérieur et
I'inversion du mouvement des capitaux. Depuis 1984, le Pérou a eu
partiellement recours a des moratoires. Les politiques d'ajustement ont
été de type orthodoxe ou traditionnel et Ol1t été centrées sur la limitation
de la demande intérieure et sur la réduction brutale des importations.
En 1985, les importations étaient plus de deux fois inférieures a celles
de 1981. Cela a permis d'avoir une balance comnierciale excédentaire
de 1172 millions de dollars, en dépit du fait qu'en 1985 les exportations
étaient inférieures de 8.4 % a celles de 1981. Quant aux salaires réels
moyens des ouvriers de 1'aire métropoli taine de Lima (les seuls chiffres
disponibles) ils avaient perdu, en 1985, 22,4 % de leur pouvoir d'achat
de 1980, Ce chiffre masque l'importance du probleme car, en 1980, ces
salaires avaient déja perdu 27,4 % de leur pouvoir d'achat de 1973.
Le gouvernement de García a essayé de faire du popu­
lisme, mais sans disposer de moyens financiers comparables, par exemple,
a ceux des militaires réformistes des années 1970. Le discours du
gouvernement et certaines de ses actions ont fini par marginaliser le
Pérou dans le contexte financier international. Le gouvernement a essayé
de relancer l'économie par l'augmentation de la consommation. Un des
mécanismes principaux a été l'augmentation des salaires. L'expérience
a duré deux ans et a entrainé la disparition des réserves en devises, une
surévaluation record du taux de change ainsi qu'une forte augmentation
du déficit budgétaire (voir tableau 1). Apres les résultats artificiels de
1986 et 1987, l'économie a continué a se dégrader et a sombré dans une
terrible récession et dans l'hyperinflation. A la fin du gouvernement de
García (juillet 1990) les 'salaires réels dans le secteur privé et public
correspondaient, respectivement, a.46,1 % et 37 % du niveau atteint au
début de ce gouvernement (juillet 1985).
Le long processus d'application de la stratégie de I'ISI a
entraíné la constitution d'une industrie légere fortement dépendante
de I'extérieur. Cette pseudo-industrialisation s'est accompagnée d'une
urbanisation accélérée. Des millions de paysans expulsés par la crise
agraire et la misere de la campagne sont allés s'installer dans la capitalc
et dans les principales villes du pays. En 1940, avant que 1'ISI ne soit
mise en pratique, 35,3 % seulement de la population habitaient dans les
villes. Actuellement, 70 o/e d'une population totale de 22 mi/lions
d'habitants sont des citadins et un tiers d'entre eux habitent Lima. Les
travailleurs salariés ne constituent que 30 % de la main-d'reuvre occupée
et seule une pe tite partie d'entre eux travaille dans l'industric crée par
I'ISI. Entre 1980 et 1990, le pouvoir d'achat des salaires réels moyens
a diminué de 56,1 %. Du fait de ce processus, la majorité des travailleurs
péru'iens fait partie du «secteur informel », c'est-a-díre de ceux quí, a
la ville comme a la campagne, mettent au point des stratégies de survie.
En 1986, le gouvernement estimait que 10 % de la population recevaient
52 % du revenu national (c). Depuis, cette situation s'est aggravée et la
répartition du revenu est, sans doute, une des plus inégales du monde.
,
Economie tournée vers I'extérieur
et dépendance alimentaire
Nous devons reconna'itre que l'analyse est surtout effec­
tuée dans le contexte du« secteur extérieur» de l'économie pén'!vienne.
Mais cela ne correspond pas a une séparation métaphysique d'avec les
questions internes. Le régime·d'accumulation de }'économie péruvienne
a deux axes : d'une part, la stratégie d'industrialisation substitutive, avec
ses effets sur la structure interne de la production, et, d'autre parto
l'insertion traditionnelle (a la fois par les exportations et par les
importations) dans l'économie internationale. C'est l'importance de ces
liens avec l'extérieur que nous avons voulu souligner.
Il ne s'agit done absolument pas de sous-estimer la
priorité qui doit etre accordée a l'effort interne de transformation d'un
appareil productif .dont la dynamique est toujours celle des échanges
avec l'extérieur. Pour citer un exempIe, la dépendance en ce qui
concerne les importations de produits alimentaires augmente de fa~on
considérable: en 1989, 22 % des importations péruviennes ont été
constituées par des aliments (17% en 1965). De 1979 a 1989, les
importations de céréales sont passées de 637 a 1065 milliers de tonnes.
Sans prétendre défendre des schémas messianiques, millénaristes ou du
type «empire socialiste des Incas », il faut signaler qu'avant i'arrivée des
Espagnols, les Péruviens ne connaissaient pas le «probleme de Malthus» ())
et, comme dit René Dumont (~ «Le Pérou montagneux des Incas
nourrissait mieux un plus grand nombre d'hommes dans la sierra andine
qu'aujourd'hui: il ne disposait pourtant que ~'un outillage dérisoire.
dérivé du baton a fouir; mais iI était encadré par une organisation
sociale rigoureusement planifiée ». En somme un pays autosuffisant, ou
on connaissait depuis des milliers d'années la pomme de terre (9000
ans), le ma·is. la tomate, le yucca, la patate douce, la calebasse et
beaucoup d'autres produits(51, s'est transformé, apres des siecles de
conquete, de colonisation et de néocolonisation, en un pays de 22
millions d~habitants dont la majorité est aux prises avec la pauvreté.
Dans les départements de Ayacucho, Huancavelica, Apurimac, Cuzco
et Puno. certaines provinces ont une population comparable a celle de
pays comme le Bouthan ou le Lesotho et leur PNB par habitant est de
200 dollars par an, ce qui est tres éloigné de la moyenne nationale
péruvienne de 1010 dol;us en 1989. Qui plus est, ces départements
subissent les catastlophcs ilaturcllcs, comme la sécheresse de 1983 qui
(2) Présidcnce de la Républiquc du Pérou. Plan nacional de desarrollo a mediano plazo 1986­
191.)(J. janier 19~6.
(J) Vüi r José CJ.rl.)~  LHI~Ílcsu i. .'l/ele CIIScnU.I efe illla/}f('lación dc' la rcalidad pcruulla. édi l ion
de J<)75. r. 13. . '
(~) La ('foissullcc.. de fu [cJ/llillt' l, EJitions Ju Seuil. !lJXJ.
(5) Fernando CJ.bl('~l'~ . .-griculfllra .1" lIutrlciáll ('11 t'/ j>NIÍ. l3anco Agrario. Lima. [lJX¿{.
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d'Amérique
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et réinsertion
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a détruit entre 60 et 90 % des récoltes (6) . Par ailleurs, cette population
est prise entre deux dangers : Sentier lumineux et les Forces armées.
Fin 1990, douze départements setrouvaient sous le controle des Forces
armées. Cela représentait 60 % du territoire national et la moitié de la
population.
Le probleme de la dette extérieure
Le poids de la deUe extérieure
Au cours des dernieres années, la dette extérieure du
Pérou a augmenté, non pas acause de l'obtention de nouveaux crédits
ou de l'afflux de capitaux extérieurs, mais a cause des conséguences
financieres des retards dans le remboursement de eette dette.
La charge de la dette extérieure péruvienne est une des
plus élevées de la région. En 1965, le total de la dette extérieure
remboursée représentait 208 % des exportations de biens et services. En
1989, ce pourcentage est passé a432 %. Les intérets versés ont représenté
aeux seuls 31,7 % des exportations en 1990. En 1980, la dette extérieure
totale du Pérou était de 9638 millions de dollars; en 1990, elle était de
19890 millions de dollars, ce gui signifie gu'elle avait augmenté de
106 %. Mais, pendant la meme période, les exportations de biens et
services - celles gui, en principe, permettent d'obtenir les dollars
nécessaires au paiement de la dette - ont baissé de 16,2 %.
Dans un tel contexte, l'énorme dette extérieure du Pérou
est devenue impossible arembourser, tout au moins dans les conditions
dans lesguelles elle avait été contractée. Pour avoir une chance de
succes, toute solution envisagée doit prendre en considération la co­
responsabilité des débiteurs et des créanciers et les véritables capacités
de remboursement du pays. .
Le destin improductif de la deUe :
« éléphants blancs» et arrnements
Le Pérou a été un des premiers pays du tiers monde a
obtenir. a partir du milieu des années 1960, les crédits de l'euromarché
européen. Puis, dans les années 1970, il a rec;:u de nouveaux crédits dans
le cadre de l'économie d'endettement international et du recyclage des
pétrodollars. Au cours de la période 1969-1984, une grande partie du
crédit a été utilisée pour acheter des armements et pour régler
les dépenses plus élevées liées aux refinancements successifs. Ainsi,
3591 millions de dollars ont été consacrés a I'achat d'armements (voir
tableau 2). Une part importante des dépenses consacrées a des projets
productifs, a des travaux d'infrastructure et a des programrnes sociaux
est allée a des projets démesurés et anti-économiques. Les cas les plus
marguants sont I'oléoduc du nord-est et I'irrigation de Majes, qui
constituent deux véritablcs « éléphants blancs» dont le cout total est
(6) Voir Sylvic Uallay , «L·agricultun: péruvlcnne il I'éprcuve Ju libéralismc". !'rohlélllcs
(f'Alllériquc {arillc, n° 73, 3' trimestre 1<j~..t .
d'environ 3,3 milliards de dollars; ces projets OIlt été réalisés sous le
gouvernement militaire, entre 1968 et 1975.
Tableau 2. Pérou : dette publique extérieure
Les déboursements et S8 destination par secteurs
1969-1975
Gouvern. Velasco
1975-1980
Gouvern. Morales
1981-1984
Gouvem. Belaunde
Se<:teurs
millions
US dollars
%
du total
m"lions
US dollars
%
du total
millions
US dollars
%
du total
a) Seeteurs produetils 769 21.0 881 17.6
Agrieulture 265 7.2 391 7.8
Industrie 235 6.4 308 7.4
Mines 215 5.9 157 3.1
Peche 51 1.4 14 .3
Tourisme 3 .1 11 2
b) Infrastrueture 693 189 868 17.3
Energie 158 4.3 427 8.5
Transports 504 13.7 372 7.4
Commeree 5 .1
Communieations 25 .7 69 1.4
e) Seeleurs soeiaux 474 12.9 741 148
4451 (a) 49.5 	 Problemes
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Pérou : crise miniérc¿.
et réinsertion
d) Défense 566 15.4 1756 28.6 1269 14.1 inlernalionale
e) Refinaneemenl de la detle 821 22.4 1614 26.3 2270 30.8 77
f) Aulres 	 340 9.3 281 5.6 502 5.6
Total 	 3664 100.0 6141 100.0 8992 100.0
(a) 1I n'y a pas des données désagrégées, seIon la Banque cenlrale il s'agit de déboursements destinés a
.. pro¡ets d'investissernent •
Source' élaboration a partir des données fournies par la Direction du crédil pubtic du ministére de l'Economie
el des Finances.
L'oléoduc de la 	selva
L'oléoduc transandin, construit dans les années 1970,
avait été prévu pour transporter l'équivalent de 200000 barils de pétrole
par jour et, éventuellement, jusqu'3 350000 barils. «Quand on a envisagé
pour la premiere fois de construire un oléoduc - au début des années
1970 - son cout était estimé 3 350 millions de dollars. mais des
augmentations successives ont porté le eout réd 3 pres de 800 millions
de dollars »(]l. Le projet et son exéeution se sont aeeompagnés d'une
importante propagande officielle. Au début de l'année 1972, les manehet­
tes des journaux affirmaient que les réserves pér~viennes étaient
immenses et qu'elles équivalaient 3 la produetion des Etats-Unis ou de
I'Union soviétique. On citait des affirmations de responsables du seeteur
public sclon lesque!!es la selva «flottait sur une mer de pétrole». Un
géologue étranger engagé par l'entreprise publique Petroperu est alié
jusqu'3 prévoir une production de 10 millions de barils par jour en
(7) Roben Dn·lin . Lvs f¡,muJS lransnacionalt's y el fil/lll1 ciamiel1/U eXlernu Je América Illlilla :
La experiencia de PalÍ 1965-1976, CEPAL. Nations unies. !Y¡{O. .
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1980(~). En 1980, la production n'atteignait que 195000 barils par jour(~).
En 1989, le total de la production péruvienne a été de 130000 barils,
sur lesquels seuls 82000 barils ont été produits dans la selva amazonienne.
De sorte que le transport de la totalité du pétrole de la selva par
I'oléoduc ne représente que 41 % de sa capacité. A partir de 19R7, le
Pérou est devenu importateur net de pétrolc et sa production intéricure
ne cesse de décroitre depuis 1985. L'investissement et, par conséquent,
les réserves ont diminué fortement au cours des dernieres années. Les
erreurs de la poli tique pétroliere et les conflíts avec les entreprises
étrangeres sont responsables de la situation actuelle. Par ailleurs, en
dépit de l'impórtance du total des réserves prouvées, probables et
potentielles (20 a 40 millíards de barils) les réserves prouvées ne sont
que de 415 millions de barils (37 % de moins qu'en 1985), ce qui
correspond a une dizaine d'années de production. La situation actuelle
est loín d'etre prometteuse étant donné que « d'une fac;on générale, le
pétrole péruvien est lourd et de médiocre qualité, eu égard aux besoins
du marché »(ll1).
L'irrigation de Majes
L'autre projet démesuré est celui de I'irrigation de Majes,
également réalisé au cours des années 1970 par le gouvernement
réformiste du général Velasco_ En résumé, il s'agit d'amener les eaux
des rivieres de la sierra de Arequipa jusqu'a la cote désertique. La
réalisation du projet n'est pas encore achevée. Selon l'étude initiale,
l'investissement total nécessaire était de 170 millions de dollars, mais en
1984 le cout total atteignait 2500 millions de dollars (11). Le projet de
Majes, conc;u dans les années 1950, a été réalisé par le général Velasco,
dans le but de se concilier la population de Arequipa qui jusque-la
(1970) ne manifestait pas beaucoup d'enthousiasme envers la « révolu­
tion ». L'impact économique et social est tres faible, -mais la charge
financiere que cela fait peser sur le pays est tres importante. En décembre
1985. un rapport de la Banque mondiale affirmait que « Majes est encore
loin d'etre terminé et, comme son achevement serait anti-économique,
la meilleure solution est d'en interrompre la réalisation ». Cependant, le
projet a suivi son cours sous le gouvernement García (1985-1990) et il
a constitué un des principaux postes de l'investissement public. Certains
analystes signalent que le rapport investissement brut/PIB reste « para­
_doxalement élevé », bien qu'¡¡ soít tombé de 33,9 % en 1980 a 22,5 %
en 1989. U ne grande partie de cet investissement a servi a financer,
avec de l"argent emprunté a l'extérieur, de nombreux contrats relatifs a
des projets mal étudiés et a rachat d'armements. La période 1970-1978
a connu un véritable boom de ce type de contrats. Le taux de rendement
net de nombre de ces projets est négatif. Le projet t1ajes en est un
(8) R Dcin . op_ cit.. voir pp 36-38 el 158-161. 

(1) ES:' _ Instituto de dcsarrolk) cconómlco. Sifllilciál/ pe/ro/cra ¡)cmUI/U : Diugl/()Sl/co )' Sil 

IIhú-¡Jciúl/ ('1/ el CUI//cx/() i/l/crt/ociU/lal. Lima. kTÍl'r 1<)8."_

(10) [3;lrh_jUe Sud;l/lléris. Si/l/a/iUII pé'/ruliúc en AlllérÚ/llt' /li//I/C ('1/ J<)<)U. [tudes éconollli­

que~ . kTil'r 99l. 

(1) Perú Económico, Miljes. Al-al/ces. (I({'SIIPUCS/(lS r A rC(luif!nlus , llo'clllbrc <)¡';-l_
exemple, puisque le cout total par hectare, une fois la réalisation
termlOee, a été évalué en 1985 a 22500 dollars, soi t quatre a six fois
plus que pour les autres projets d'irrigation de la cóte. En 1985, on
estimait, en outre, que cent millions de dollars étaient nécessaires pour
achever la premiere étape et mettre en service 20000 hectares. Mais,
avec le meme investissement, on aurait pu mettre en valeur 100000
hectares sur la cote du Pérou. Le fait que, depuis 1981, la Banque
mondiale ait recommandé sans succes de «procéder ades réductions des
dépenses consacrées a un projet comme celui de Majes, qui ne feraient
certainement pas diminuer le taux de croissance ... »(12) montre bien a
quel point les gouvernements successifs ont usé de leur «autonomie
relative» de la maniere la plus improductive qui soit et ont tellement
augmenté le poids de la detre qu'actuellement elle ne peut plus etre
remboursée. En 1990, 8000 hectares seulement sont irrigués et cette
superficie n'est pas totalement exploitée. Selon un calcul optimiste, on
pourrait y ajouter 7000 hectares qui sont en cours d'installation.
Toutefois, on est loin des 60000 hectares prévus. Selon des calculs
récents, 850 millions de doIlars avaient été investis dans le projet en
1990, ce qui correspond a 106000 dollars par hectare si l'on considere
que 8000 hectares seulement sont effectivement irrigués. L'impact négatif
du projet est également perceptible a d'autres niveaux comme, par
exemple, l'économie paysanne : «Hélas, du fait du barrage ou des autres
installations, les systemes traditionnels d'irrigation, eux, manquent
parfois d'eau »(L'l.
En 1990, du fait de la politique de restriction budgétaire
et surtout de rabsence de financement international (BIRD, BID, Club
de Paris) tous les grands projets, sauf un (Chavimochic), ont été
bloqués(I~).
Le «Fujichoc» et ses effets
économiq ues et sociaux (15)
Le nouveau gouvernement du président Fujimori décida
d'appliquer un plan de stabilisation dans la plus pure orthodoxie des
meilleurs temps du F~1I. La libération des prix, la suppression des
subventions. le gel des salaires dans le secteur public, runification et la
libération du taux de change, la forte réduction des droits de douane
comptent parmí les plus importantes mesures adoptées en aout 1990.
Cela eut une répercussion brutale sur les prix - quí, ce mois-El.
augmentcrent de 397 CJc: . (un record dans l'histoíre péru'iennc) -: ccb
provoqua également une réduction considérable des salaircs réels, une
() 2) B:l~cO :r1!l!1oial. PerlÍ Prillcipales COllcl'LSioIlCS y recomelldaciollCS ell ma¡erill lit' ¡Jt'.iIrro//Ci.
Etude de la Banque inondiak, 27 avril 1981.
(13) Pierre Gaillard. "Pour toule I'cau du P~rou " , Céo n" 132. kTicr 1990.
(14) Réct'mmcnt. 101'$ de la d~couverte d'un giscment de gaz J Camisea (au nord du Cuzco)
corresrondallt ;1 1.9 milliard de harils de pétrole. le gou"crnemcnt a oulu n~gocÍer 1,1 créatÍon
d·ullc joint-vcnturc. mai5 k projet cs tirn~ 3 deu lllilliards de dollars n'a illl':r": ~ 'l; jll'yll';¡
présellt aucun a;;.sucil; étr~ln!.!.cr. .
(15) Pour un d¿..:IL)p~l1lc~t plus approfondi d..: edte parti..:. oir O. SU~ÜCl. !'t"/(/II .. /('
prohlhllcs écol/o/lliC¡lIt's. !e plal/ FlIjil1lori d la (!iles/ioll de lu rt;i/lscrt/o/l ill/Cfllllt/Ol/u/(', FSLAC.
Paris . juin lt)l)I . d~).:urnent pr~lirnillair..:.
Problemes
d'Amérique
latine
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Pérou: crise miniére
el réinsertion
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et réinse rtion
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chute de la demande interne et l'aggravation de la récession. Le
gouvernemeht décida alors d'effcctuer l'ajustement qui était devenu
inévitable étant donné l'importance des déséquilibres hérités. Un plan
fut établi a cette fin en coordination avec le FMI - bien qu'il n'y ait
pas d'accord en vigueur - et les mesures furent appliquées dans le
cadre d'un «programme d'accumulation de droits» qui devait, au vu de ses
résultats. permettre une normalisation des relations avee cet organisme et
la réinsertion du Pérou dans le systeme financier international (SFI). TI
deviendrait alors possible, entre autres choses, d'envisager la renégocia­
tion de la dette. extérieure.
Par la suite, l'inflation a pu etre rédLiite grace a une
politique monétaire stricte et a un controle indirect du taux de change
qui, malgré sa dévaluation nominale, est resté surévalué. Le taux
d'inflation. qui était de 7658 % en 1990, est tombé a 185,4 % en 1991
et, selon certaines prévisions, il pourrait descendre jusqu'a 80 % en 1992.
Mais la récession continue : la production n'a augmenté que de 2 % en
1991 (O % en termes de PIB par téte) (voir tableau 1) et ne s'accroitra
que de 1 % en 1992(16). Fin 1990,5,3 o/a seulement de la population active
étaient employés dans des conditions satisfaisantes, c'est-a-dire qu'ils
percevaient au moins le minimum légal (30 dollars par mois). 86,3 % de
la population étaient sous-employés. c'est-a-dire qu'ils n'avaient pas un
emploi, a plein temps ou qu'ils ne percevaient meme pas le minimum
légal. Etant donné que la récession se poursuit, la situation de l'emploi
s'est, en fait, dégradée en 1991. De meme, on peut constater une
contraction des revenus réels des travailleurs - un des axes de la
politique d'ajustement - puisque, au milieu de l'année 1991, les salaires
réels ne représentent plus que 36 % de leur valeur de 1986.
Bien qu'apparemment le taux de change flotte librement
la monnaie péruvienne continue a etre surévaluée. Cela est dli a l'afflux
de dollars lié au trafic de drogue, qui est devenu, en outre, la principale
source de l'amélioration du niveau des réserves en devises internationales
de la Banque centrale. Ce mécanisme· permet de ralentir le rythme de
la dévaluation et contribue done a limiter l'augmentation des prix sur
le marché intérieur. Rappelons qu'aux importations de biens d'équipe­
ment et de biens intermédiaires s'ajoutent les importations de produits
alimentaires qui représentent 22 a 25 % des importations totales,
contrairement a ce qui se produit dans la plupart des pays de la région.
e'est pourquoi la suppression des subventions ainsi que la dévaluation
du taux de change se répercutent automatiquement sur les prix et, par
conséquent. sur le niveau de vie de la plus grande partie de la population.
A partir de mars 1991, avec un nouveau ministre de
I'Économie plus monétariste que le précédent, le gouvernement a
poursui'i son plan de stabilisation et a esquissé un plan d'ajustement
structurel. Ce plan comporte une réduction importante du role de l'État
dans l"économie, la libéralisation du commerce extérieur et la promotion
des exportations, en particulier dans les secteurs minier et agro­
alimentaire. Ainsi, les droits de douane ont été fortement réduits, les
obstacles 3 l"investissement el a I'afflux de capitaux étrangers ont été
(16) Lc~ dnnn~cs statistiqucs prOicnnen! ue Tlle E/U, Pem, Coulllry Profí/e lIJCJ/-1W2 e!
PCfI/-Bcl!il·iCl. CO/lllln' RC!Jorl. numéros 1. 2 et J. 1991.
supprimés et la vente totale ou partielle d'une grande partie des 250
entreprises publiques ainsi' ,que la réduction de pres d'un million du
nombre des agents de l'Etat ont été annoncées. Par ailleurs, le
gouvernement a annoncé la privatisation des ports péruviens dans le but
d'augmenter leur compétitivité. Le gouvernement a décidé également
d'assouplir le marché du travail en introduisant, par exemple, des
modifications a la loi de stabilité de l'emploi qui permettront d'augmenter
le nombre des motifs de licenciement.
La renégociation de la dette extérieure
Grace aux mesures appliquées et au soutien apporté par
le FMI aun programme économique qui va jusqu'a la fin de l'année
1992, le gouvernement a pu signer, le 18 septembre 1991, un accord de
rééchelonnement de la dette extérieure du Pérou avec les gouvernements
et institutions des pays membres du Club de Paris. Ainsi, de nouveaux
délais de remboursement, compris entre 10 et 15 ans a partir de 1992,
ont été établis; cette mesure conceme une partie importante (7,8
milliards de dollars) du total de la dette extérieure (20 milliards de
dollars). L'autre partie importante de la dette - la dette envers les
banques commerciales - devra, en principe, etre renégociée a New York
en mars 1992, dans des conditions similaires acelles du Club de Paris(17
l.
La renégociation de la dette extérieure représente un
soulagement financier important pour le gouvemement actuel, dans la
mesure ou une grande partie du service de la dette qui devrait etre payé
a court et amoyen terme sera reportée dans le moyen et le long terme.
Mais, le fait d'ajoumer le paiement d'une importante charge financiere
(pratique dont tous les gouvernements ont usé depuis le milieu des
années 1970) doit s'accompagner, des maintenant, de la constitution
d'une capacité de paiement adaptée aux besoins. Et cela ne sera possible
(sans avoir recours a la réduction des importations) que par une
augmentation soutenue des exportations. C'est pourquoi il faut signaler
l'insuffisance de la stratégie du gouvernement en ce qui concerne le
développement des exportations, qui risgue de nous faire assister dans
quelques années a de nouveaux ajustements récessifs.
La troisieme révolution
industrielle, .la crise miniere et le
role de l'État
La cnse des pays mlnlers
La crise de l'économie péruvienne s'inscrit dans le
contexte de la crise des pays minien; et, en particulier, de celle des
(17) Voir, banque Sudamáis. Le probleme de la delle eXlérieure de /'Amérique lalÍne de 1982
a 1991, Etudes économiques, novembre 1991.
Problem••
d'Amérlque
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et réinsertion
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exportateurs de cuivre. Le Pérou fait partie des quelques économies
minieres de la région  (avec la Bolivie, le Chili, la Jamalque et le
Surinam) et du tiers monde(18). Comme le montre le tableau 3, les
exportations de produits miniers représentent, depuis les années soixante,
pres de 50 % des exportations péruviennes et le cuivre est le plus
important de ces produits.
Tableau 3. Pérou : structure des exportations de marchandises 1947/48-1990
(en pourcentages)
1947-48 1967-68 19n-7~ 1985 1990
Produits miniers 240 49.4 52.2 42.9 46.5
dont cuivre 6.6 26.9 22.7 16.0 22.3
Pétrole el dérivés 14.2 1.2 3.0 21.7 8.0
Prod. agricoles 52.1 19.1 19.6 7.5 5.4
Prod. de la peche 26.5 10.4 4.0 10.4
Prod. non traditionnels 9.1 3.8 14.8 24.0 29.7
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0
Source : Oniz de Zevallos. Sintesis y estadisticas del desarrollo económico del Perú 1948-1978, IPAE. The "
Economist Inte/ligence Unit, Peru Country Profile 1991-1992. Banco Central de Reserva del Perú, Nota semanal
nO 40. 23 octobre 1990.
Tableau 4", Évolution de la spécialisation des exportations dans les PED
Participation des produits primaires
dans les exportatlons des marchandlses (en %)
1960 1979 1988 1989
NPI:
Corée du Sud 86 11 7 7
Singapour 74 49 26 27
Mexique 84 61 45 55 .
8résil 97 61 52 48
PED DU CIPEC
Pérou 96 89 78 81
Chili 96 80 85 90
Zaüe 99 93 91 91
Zambie 94 99 98 95
Source : Ba:1Que mondiale, Rapport sur fe développemenl dans le monde 1982. 1990 et 1991.
Au premier abord, la crise péruvienne se présente comme
la conséquence de la crise du marché international des matieres premieres
(qui représentent 81 % des exportations du Pérou en 1989) (voir tableau
4); cette cose se ttaduit par la chute des prix de presque tous les
principaux produits d'exportatíon du Pérou. En 1990, le cuivre, le zinc,
le plomb, le fer et l'argent ont représenté 46 % des exportations du
Pérou, le cuivre représentant a lui seul 22.3 % (voir tableau 3). Si I'on
(18) Si ron classe parmi les «pays mtnlers» eeux dont les exportations de minerais et de
métaux r~pr¿s~ntent au moins 40 c:é de kurs exportations totales, on peut eompter 17 éeonomies
mini~rt"s : Bolivi~, Bostwana, Chili ..Guyana, Jama'iquc. Guinée, Libéria, Maroe, Mauritanie,
Nig~r. Páou. Papouasie-Nouvelk Guinée, Sierra L~onc, Surinam, Toga, Za"ire et Zambie. Il
s'agit d~ pays ayant connu des dynamiques éeonomiques basées sur les r~ntes d'un seeteur
minia ~xportateur. Voir Olivier Bomsel, L 'im'e5tis5ement minia el métallurgique dan5 le rier5
monde. La fin de5 gramls projel5?, OCDE, Centre de Développément, 1990.
prend pour base 1979-1981=100, l'indice des prix (en dollars constants)
des métaux et minerais établi par la Bangue mondiale était de 143 en
1970, 80 en 1985 et, sefOn les prévisions de cet organisme, il tombera
a 66 en l'an 2000.
Au milieu de l'année 1991, le prix de tous les principaux
produits d'exportation péruviens (minerais, farine de poisson, café) était
inférieur a celui de 1990. Le zinc, gui était le seul produit gui échappait
a cette tendance, avait. en aoút 1991, un prix inférieur de 30 % a celui
de 1990.
La révolution industrielle
et la crise 'miniere
On peut parler d'une crise structurelle de l'insertion
traditionnelle des économies minieres, gui se traduit par une réduction
de l'utilisation relative des métaux pour la fabrication des produits
manufacturés. On retrouve le meme mécanisme pour tous les métaux
non ferreux. e'est ainsi que la consommation unitaire de plomb et
d'étain n'a cessé de baisser depuis 1950; pour le cuivre et le zinc, le
mouvement de baisse était déja ancien, mais iI s'est accéléré dans la
derniere période (depuis 1964 et 1973 respectivement); enfin, ce
mouvement succede a une phase antérieure de hausse pour l'argent
(depuis 1966) et l'aluminium (depuis 1973). En somme, tous les produits
les plus importants des pays miniers d'Amérique latine sont touchés(19).
La consommation de cuivre, qui a augmenté d'environ 3 % par an entre
le début des années 1960 et la fin des années 1970, augmente actuellement
de 1,8 %; quant aux prix réels, qui ont diminué de 2,4 % par an en
moyenne entre 1962 et 1980, ils ont diminué de 5,1 % entre 1980 et
1989. Selon les prévisions de la Banque mondiale, au début du siec1e
prochain, le prix du cuivre sera inférieur de 28 % en termes réels a celui
de 1990(20) • '
Depuis le début des années 1980 jusgu'a la mi-1987
l'industrie miniere mondiale a connu la plus grave crise de son histoire(2l).
L'impact de la «troisieme révolution industrieÍle» se manifeste par la
dématérialisation et la miniaturisation de la production, auxguels s'ajou­
tent l'apparition de produits de substitution et le progres du recyclage
des métaux.
(19) Voir «Matieres premieres : les gagnants et les perdants», La lettre du CEPIl n° 53, février
1986. Voir aussi Gérard Lafay et al., Commerce international : la fin des avamages acquis ,
Economica, 1989.
(20) Voir Price prospecLS for major primar)' commodities 1990-2005, vol. 1, Banque mondiale,
1990. Voir aussi Bernard Fischer, « Produits de b.ase : de la dépendance au développement »,
L'Observafeur de rOCDE. avril-mai 1991­
(21) Voir O. Bomsel. op. cit., 1990, pour une analyse récente de la crise du mode de croissance
de I'industrie miniere et métallurgique, c'est-a-dire de la dynamique de I'investisscment des
entreprises et de la régulation des marchés considérées comme indissociables..
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d'Amérique
latine
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et réinsertion
intemationale
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La crise miniére au Pérou
et le role de l'État
A un niveau plus spécifique, la crise péruvienne (et par
extension celle des pays miniers) est en relation avec le role joué par
l'État dans la conception et l'application des politiques acourt et a long
terme et, surtout, dans la gestion de la rente miniere(22). L'État a controlé
directement par ses entreprises ou indirectement (par les impots et les
politiques appliquées) la perception et I'utilisation de la rente miniere.
Une grande partie de la dette extérieure a meme été contractée avec la
garantie des revenus tirés des futures exportations de 'produits miniers.
Quatre compagnies d'État, Centromín, MineroPerú, Tin­
taya et HierroPerú,' et une c0lT!pagnie privée étrangere la Southern
(dans laquelle ASARCO, des Etats-Unis, détient 52 % du capital),
représentent 70 % de la production et 40 % des exportations minieres.
Il existe, en outre, quarante mines de taille moyenne et cinq cents
petites entreprises minieres. Ces dernieres années, la production miniere
a baissé pour deux raisons principales: les greves (par exemple, trois
mois en 1988, année au cours de laquelle la production a baissé de
23,8 %) et la surévaluation record du taux de change (voir tableau 1).
De plus, ce secteur est devenu une cible de prédilection pour les attentats
terroristes. Les dommages causés par ces attaques aux installations et a
la production miníeres, entre 1980 et 1990, sont évalué.s a500 millions
de dollars. En 1989, l'entreprise Centromín a subí cent cinquante
attaques terroristes et des pertes correspondant a34 millions de dollars.
En 1991, le nouveau gouvernement a décrété le secteur minier en état
d'urgence. pour tenter de stopper le processus de pertes des quinze plus
grandes entreprises et la banqueroute des petites et moyennes entreprises.
Le secteur minier est soumis aux tendances défavorables
du marché international, mais aussi a des conditions internes adverses
qui, par exemple, ne lui ont pas permis de bénéficier de la remontée
des prix entre 1987 et 1990. Le Pérou possede d'importantes réserves
minérales et de nombreux projets dont l'étude est avancée sont dans
l'attente d'un financement ou d'un partenaire étranger. Ces dernieres
années (en particulier sous le gt>uvernement García), l'investissement
étranger dans le secteur minier (comme dans tous les secteurs) a stagné,
acause de l'incohérence de la poli tique gouvernementale et des conditions
économiques, sociales et politiques difficiles.
Le programme de privatisation du gouvernef!1ent actuel
inclut une série d'entreprises minieres dans lesquelles rEtat a une
participation. mais il ne touche pas, pour le moment, les entreprises
les plus importantes, que nous avons mentionnées. Cependant, la
restructuration du secteur minier devra nécessairement passer par les
grandes entreprises de rEtat, dont la situation financiere difficile n'est
pas seulement due a la baisse des prix internationaux.
(22) Le concept de rente mlOiác corrcspond au excédcnts réalisés par les factcurs de
proJuction (tare. main-d·Q:unc. capital) par rapport ;, ce qui serilit nécessaire et suffisant
pour inciter les propriétaires de ces facteurs á proposer leurs services. Voir Gobind Nilnkani.
« Probkmils (.le desarrollo de I()s países exportadores de minerales no comhustibles". Fillallzas
y Desarrollo. mars 19HO.
L'entreprise d'État Centromín, qui résulte d'une nationali­
sation en 1973, fourni~ un bon exemple de l'inefficacité de la gestion
des entreprises par rEtat. Il s'agit d'une entreprise qui exploite un
complexe polymétallique, qui représente 33 % de la production miniere
du Pérou et qui, au dernier trimestre 1991, perdait quatre millions de
dollars par mois. Actuellement, l'entreprise emploie 17120 personnes
(15420 en 1974); sa productivité (tonnes produites par travailleur) a
diminué de 27 % entre 1985 et 1989, c'est-a-dire dans une période de
hausse des prix internationaux. Les pertes cumulées de l'entreprise de
1975 a 1990 se sont élevées a 301 millions de dollars (98 millions en
1990). Cependant, cette entreprise a versé au fisc l'équivalent'de 1030
millions de dollars entre 1975 et 1989(2.3). A titre comparatif, en 1982,
l'entreprise chilienne Codelco employait 26000 personnes (53 % de plus
queCentromín), mais son chiffre d'affaires a été de 1,5 milliard de
dollars (275 % de plus que Centromín avec 400 millions de dollars). La
meme année, l'entreprise privée la plus importante du secteur minier
péruvien, SQuthern Peru Copper Corporation, employait 6400 personnes
et le montant de ses ventes s'élevait a 350 millions de dollars, ce qui
revient a dire qu'elle obtenait un chiffre d'affaires voisin de celui de
Centromín tout en ayant un personnel presque trois fois moins impor­
tant (1~l. En 1990,' alors que Centromín perdait 98 millions de dollars,
Codelco gagnait 1,53 miUiard de dollars. Centromín représente un cas
type d'entreprise publique qui a considérablement accru son endettement
extérieur (324 millions de dollars en 1991) mais n'a pas utilisé ces crédits
pour augmenter la jJroductivité et pour maintenir le niveau de la rente
différentielle(::5l. L'Etat, face a la crise des matieres premieres minérales,
a préféré relancer l'expansion de Centromín par des investissements a
hauts risques en aval, mais pennettant le maintien des emplois,
plutót que de consolider l'entreprise en modernisant les mines. Les
investissements réalisés entre 1975 et 1985 s'élevent a 644 miHions de
dollars.
Ce choix, aggravé par le mairltien de ponctions fiscales
importantes, a accéléré la décapitalisation de Centromín. O. Bomsel
concluait en 1986 : «Il semble done, dans cette entreprise, que l'État,
dont on peut souligner qu'il n'a pas d'interIocuteurs externes partie
prenante dans la gestion de la compagnie, risque de laisser se poursuivre
la marginalisation de maniere irréversible jusqu'a ce qu'il soit trop tard
pour bloquer le processus» (26). Les analyses faites en 1991, quí annoncent
l'éventllalité de sa privatisation, signalent que l'entreprise a poursuivi
un plan d'augmentation de la capacité de la mine erroné, sans se soucier
(23) Manuel Cisneros et César Aliaga, Estudio económico-laboral sobre la empresa Cenrromín­
Perú S. A. IPEMIN. Lima. 1991.
(24) O. Bomsel. Dynamiques économiques des pays minien, et ills/abilité des marchés de
matieres premieres minhales. these de docteur en économie, Ecole nationaie supérieurc dcs
Mines de Paris. 1986.
(25) Voir O. Boms<:1. op. cit., 1986 : « JI semble qu'au Pérou, les conditions ne soient pas
réunies pour que Centromín échappe ala marginalisation . En effet, les investissements réalisés
par l'entreprise dcpuis la fin des années 1970.ont principakmcnt concerné la métallurgic ül!
la compétitivit¿ de b firme ¿tait la müins menacée. Par contre, les gains de prüductivilé
indispensables pour le mainti¿n des rentes différenticlles et facilement réalisables par la
mécanisation progressive des exploitatiüns minieres. n'ont pu ctre obtenus. ».
(26) O. Bomsel. ibid., p.60.
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et réinsertion
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"r~rise miniére
el réinsertion
inlemalionale
86
de renouveler les équipements, de moderniser et d'augmenter la
productivité. De meme, le processus de diversification a été interrompu
et la possibilité d'intervenir dans le traitement semi-industriel et industriel
des produits miniers a été abandonnée (27) . Le cas péruvien démontre
l'échec de la nationalisation de mines qui, pour la plupart, sont exploitées
depuis fort longtemps (plus de cent ans pour certaines), sont souterraines,
ont des couts d'exploitation élevés, et une faible productivité et, par
conséquent, une faible rentabilité. Etant donné la tendance des prix a
la baisse, si Centromín ne parvient pas ase restructurer, cette entreprise
risque de devenir completement marginale et de subir le meme sort que
Comibol en Bolivie. On peut se faire une idée d'ensernble des résultats
d~ la gestion peu avisée des entreprises publiques du secteur minier par
l'Etat, si l'on considere que, entre 1985 et 1989, ces entreprises ont eu
456 millions de dollars de pertes, tandis que la Southern réalisait 251
millions de dollars de profits.
L'expérience internationale démontre que les avantages
comparatifs et la compétitivité en général peuvent etre maintenus
(comme dans le cas isolé du Chili), grace a une augmentation de la
productivité, une meilleure gestion de l'entreprise el une politique de
commercialisation agressive, qui auraient pour effet des couts relatifs
plus faibles au niveau international. Bien que, dans le cas péruvien, il
n'est pas douteux qu'a court terme une dépréciation du taux de change
réel s!impose, on ne peut pas évaluer les conséquences sur la compétitivité
et les prix découlant d'une dépréciation réelle permanente du taux de
change. Le Chili s'est différencié des autres pays miniers par la
modernisation technologique et la stabilité politique (malgré ou a cause
de Pinochet). Le Chili a pu conquérir la plus grande partie du marché
international du cuivre tout en se trouvant dans un marché en déc1in;
mais cela s'est effectué grace a l'application d'une stratégie et d'un
ensemble de mesures dans un contexte politique particulier. 11 faut tenir
compte du fait que la rationalité capitaliste de Codelco, imposée par la
dictature de Pinochet, a permis a cette entreprise de mettre fin a un
rapport salarial quí nt; reposait pas sur les variations de laproductivité.
La profonde restructuration et la modernisation effectuées dans la
Codelco ont permis d'améliorer sa compétitivité. Actuellement, c'est
une des entreprises minieres les plus productives et les plus rentables
du monde. Le complexe Codelco-Chile a progressé dans ~lusieurs
domaines, particulierement dans celui de la commercialisation (28 et il est
un des rares a avoir des accords d'intégration verticale dans les pays
industrialisés avec des entreprises étrangeres associées.
La crise duosecteur minier qui, dans l~ cas péruvien, ne
dépend pas seulement, comme nous l'avons vu, de la crise internationale
mais aussi du blocage structurel de l'économie dans son ensemble, est
a l'origine des politiques d'ajustement. La plupart des vertus du secteur
minier sont menacées, dont la principale: celle d'etrc une sourcc
croissante de devises et de ressources fiscales.
(27) Voir SUel'll Minería n" J4, Lima, 19<)1.
(28) Jorge Bande, «La experiencia de comercialización del cobre de Codelco n, in H . Campodó­
nico, Siwación y perspectivas de la minería del cobre . DESCO, Lima, 1988.
L'économie péruvienne et la
question de la réinsertion
internationale
L'analyse que nous avons effectuée nous conduit a
conclure que les gouvernements des pays miniers sont confrontés a un
triple problel11e : 1) comment optimiser et retenir la rente miniere pour
I'affecter J l'épargne et a la consommation domestique (probleme de
1'« imposition ») ? 2) comment diriger I'activité économique a long terme,
face aux risques et aux incertitudes concernant I'importance des revenus
miniers que ron peut attendre (probleme «macroéconomique »)? 3)
comment «ventiler}) !es revenus miniers et échelonner dans le temps
leur attribution (probleme de 1'« investissement ») ?(~<}). II est évident que
le secteur minier péruvien continuera a etre important, mais son role
ne peut pas se limiter au financement d'un budget public improductif
et déficitaire, dont, jusqu'a maintenant, pres de 50 % sont consacrés au
rem boursement de la dette extérieure et a la défense nationale. Il ne
faut pas non plus que les devises provenant des exportations de
matieres premieres continuent afinancer les importations d'une industrie
surprotégée et ineffi-cace.
L'ajustement structurel qui se profile a partir de mars
1991 semble s'inscrire dans la ligne traditionnelle du FMI, d'inspiration
néo-c1assique, qui prend pour objectif une croissance basée sur les
exportations - considérant que les avantages comparatifs reposent
sur rabondance relative des facteurs de production (main-d'cruvre et
ressources naturelles) - et qui propose essentiellement la poursuite
d'une spécialisation dans l'exportation de matieres premieres minieres
et agricoles. L'histoire économique du Pérou ne manque pas d'ouvertures
fondées sur des ressources non renouvelables (par exemple, le guano
au XIX' siecle), qui ont créé une certaine richesse, mais qui ont eu
I'inconvénient de faire naitre des habitudes et des 'structures économiques
et sociales qui, une fois les ressources épuisées, ont conduit le pays a
un état de pauvreté pire que celui qui avait précédé la bonanza. La
société péruvienne a payé tres cher robtention de revenus faciles paree
que le pays n'a pas pensé a développer d'autres sources de commerce
rentables 1'(1) .
L'expérience chilienne semble avoir enthousiasmé les
JéciJeurs péru"iens. Ainsi signale-tcon I'existence d'importantes réserves
de divers minéraux et affirme-t-on que «si 1'0n considere le dé'eloppe­
ment récent de ¡-agro-industrie au Chili, pays 1110ins riche en cunJitions
naturelles, les possibilités de I'agro-industrie sont énormes »(.111, et que le
secteur textile «résume mieux que tout autre les magnifiques possibilités
de l'industrie, reposant sur Jeux ressources qu'elle a en abond::mcc : des
matieres premieres de qualité et une main-d'cruvre quaiifiée».
J
(2CJ) 'llir Pil . J);.IIliel. E((lnollllc poli,y in I/¡inaol d.porllng ((llll/trlt's . W//(/t //(/1 '(' t' l('omt'li •
Vorkillg Parcr Sl)-Ih. Cl)llH;.¡Ju School uf 1ines. 19S9.
C~(l) Vuir l·illtL'ress;.¡nlL' rdkxion sur ce rrobkme Je Carl()~ F Dí:¡z-¡kpI1Jru. ,. ECllnolllía
ahicrt;.¡ y rolític¡ cérr;.¡J;.¡) n . El Trimestre ('cunálllicu 11" 1()7. ~1éXiCll. ]lJ¡)l
(11) .'i/tlllicúín de 1<1 t'C(l//(JIIlI,/ ! )('r!WI/(/, lLlllcl) regiollal JL'I ~llrlL·. I'J()I. P IIJ .
Problémes
d'Amérique
latine
N° 4
jan .-mars 1992
Pérou : crise miniére
et rélnsertion
internationale
87
Problemes
d'Amérique
latine
N° 4
,an.-mars 1992
¿rl v, . . ,
cnse mrnrere
el réinsertion
intemationale
88 

Pour suivre l'exel11ple du Chili, le Pérou a la tentation
de prol11ouvoir ses exportations de maticres premicres, mais 011 pcut se
uemanuer si cette solutiol1 est viable a moyen et ~l long terme? AillSi,
par exemple, c'est en s'aplmyant sur UIlC améhoration de la productivité
et aidé par ulle importante dépréciation réelle du taux de change que
le Chili a mis au point une stratégie de forte agressivité commerciale,
qui lui a permis de prendre une part importante du marché aux dépens
d'autres pays. Le Pérou, qui a mené une politique tres différente, en a
subi les conséquences en ce qui conccrne le cuivre et la farine de
pOlsson.
Le cas du Chili de Pinochet, qui fait r~ver les secteurs
proches du gouvernement, doit conduire a tenir compte de certains
aspects concrets. Par exemple, les limites qu'impose a la poursuite
de la croissance économique le processus de «tertiarisation» et de
« désindustrialisation »(32) de l'économie au cours des deux dernieres
décennies. La part de l'industrie manufacturiere dans le PIB est tombée
de 24 % a20 % entre 1965 et 1989. Cela a rendu précaires les perspectives
de l'économie chilienne, qui réalise 38 % de son PIB a l'extérieur cn) et
dans laquelle les matieres premieres (dont 50 % de produits miniers)
consti tuent 90 % des exportations (voir tableau 4). Sous le régime de
Pinochet. rnalgré l'importance des capitaux venus de l'extérieur sous
forme de rente miniere ou de dette extérieure, l'appareil industriel n'a
pas été développé. Le maintien du rythme de croissance du PIB (le
Chili est l'économie la plus ouverte de la région) dépend done en grande
partie des exportations de produits tels que le cuivre, les fruits, le bois
et la farine de poisson. La baisse récente du prix du cuivre et les
prévisions de baisse pour le moyen terme, ainsi que les difficultés pour
continuer a stimuler (par le taux de change, par exemple) les autres
exportations montrent qu'il ne sera pas aisé de maintenir ce rythme de
croissance. Cependant, apres un long processus de désind ustrialisation
relative et de stagnation de l'investissement. l'industrie manufacturiere
connalt depuis peu une reprise sensible. En tout état de cause, au Chili
les choses ne se présentent pas de la meme maniere qu 'au Pérou : le ·
gouvernement démocratique quí a pris ses fonctions en mars 1990 jouít
d'une relative stabilité politique et le pays est considéré comme a
faible risque, ce qui permet l'acces al! crédit intern3tíol1al et I'cntrée
d'importants investissements étrangers. Le Chili a égalcment la possibilité
de continuer a exporter d'énormes volumes de cuivre malgré la chute
des prix, étant donné que ses couts de production sont les plus faíbles
du monde~). Aucune de ces conditions n'est présente dans le Pérou
actuel.
L'expérience bolivienne d'apres 1985 prouve que l'ajuste­
ment peut venir a bout de l'hyperinflation, mais que la reprise de la
(32) Voir Gónzalo Martncr, "Chili : la réponse néo-libérale". in C. Ominami (sous la dircction 

de). Amérique lorifle : les riposres ¿¡ la crise, Cetral-L'Harmattan, Paris. 1988. 

(.1.1) 'lli r Banq uc mondialc, Rap[lorr sur II! dh'do[l[lolleflr dafls le mOl/de. 1491. 

(.14) ,,~131!.!ré Sil spécialisation dans des activités en régrcssion au nivcau internalional. le Chill 

a r¿u~~i jU~4u 'á rrésellt ,¡ augmt:ntér st:s volumés ü'cxrortation au d¿trimcnt d'autrt:~ 

rroJuctL'ur~ moins compétitifs ". C. Olllinallli et R. L1Jrid. "Le J¿t:!oppemcllt Ju ~t:ctéur 

L' I~(lr{;ll('ur : ékments ü'évalu3.tion ". Pruhlél1ll's J'l1mú/(!IIC !uli,¡c n 94, ] " trimcstre ]lJSl!. 

!~ . lll)
croissance éconornique pcut difficilcment continuer aetre basée sur ulle
économic traditioIlnelle exportatrice dc Illaticrcs premicres 11111l1Crcs.
Jusqu'ü maintcnant, en dépit du traiternent pri'ilégié qll'clle re<;oit de
la part du SFL la Solivie ne parvient pas a augmenter son PN13 par
habitant qui est le plus faible d'Amériquc du Sud,
En centrant les possibilités de croissancc sur les exporta­
tions de rninéraux et de produits agro-alimentaires, le gouvernement
maintient une spécialisation traditionnelle et en régressioll dans la
divisioll internationale du travail. Or : a) On ne pcut faire face á unc
plus forte concurrence qu'en créant et en rnaintenant des avantages
comparatifs dynamiques, par I'innovation et l'amélioration constante de
la productivité. Cependant, dans la mesure ou l'augmentation de la
production et de la productivité se généralise dans les principaux pays
producteurs, elle peut entraLner la chute des prix internationaux et
annuler les efforts nationaux. b) La compétitivité internationale des
produits péruviens ne peut pas continuer aetre basée exclusivement sur
l'abondance en ressources naturelles et en main-d'ceuvre bon marché.
Pour que le Pérou puisse placer ses produits sur le marché internationaL
il doit se spécialiser dans des activités en progression et a faible cout
relatif au niveau international. c) La croissance basée sur les exportations
implique l'éliminatio.n du contexte actuel de surévaluatioll du taux de
change; mais cela comporte de sérieux risques d'inflation que le
gouvernement doit prévoir. d) Si les exportations doivent etre stimulées
de maniere sélective par tout un ensemble de dispositifs, il faut néanmoins
tenir compte des difficultés qui seront rencontrées a court et a moyen
term~ pour augmenter la production exportable : la grave crise financiere
de l'Etat; l'insuffisance des investissements publics (et aussi privés)L"'I,
due en grande partie a la profonde instabilité poli tique et au climat de
violence; et le manque d'infrastructures de toute sorte, une partie de
celles-ci ayant été détruite par le terrorisme Lló1
. Au Pérou, 10 % seulement
des routes sont pa'¿es et 70 % des 2500 kilometres de voies fern~es sont
dans un état déplorable, Le cout des ports péru~'iens est trois fois plus
élevé que celui des ports chiliens. e) La détermination des scctcurs et
des produits d'exportation apromouvoir devra résulter d'étudcs détaillécs
sur la production. la consommation, les couts. et tcnir compte dc ]'offre,
de la demande. des prix intcrn<ltionau et de:, possibilités concretes des
producteurs p¿rUiens,
En SOl1ll11e, la réinsertion du Pérou dans l'~conomic
internationac passc par la rcstructuration de l"appareil productif. la
création et le d¿'cloppcment d'a'antages comparatifs. par définition
dynamiques, et par l'obtention d'une compétiti'it¿ intcrnationalc. fondéc
sur des augmentations de la productivité par une réduction des couts
par rapport au pays concurrents. Aucune économie solide ne peut etre
(35) L'in'estisseml.'nt inl0rieur hruL qui ;I'ait stagné entre 1%.:' et 19~(), a haiss0 entrl: 19H5
I.'t (}fN ¡ un nthml.' nll'WI1 :mnul: de -l,.:' '(,
(,,(,) fU c¿lUr, 'dL'~ Ji J~'rnl¿'re~ ;tIl1l0l:s , k~ penes l11at0r¡elk, Juo ;t des del:, <le ,ahotage
'(lllt l'';l!UI.'L'S :1 ~,' mi¡;trj, tk do;¡rs, el.' ljlli e(Jrre~p(lIlJ ;1 pi u, JL' ,ix années d'expvrtations
Illt;¡!t:S ¡Ju ]'0rllu . L:t  ILkIlL'L' I.'~t UIl dc, rrillL'q)dUX faC:::ur, LjUI empce!1l:nt I;t rL'prisl: des
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Problemes
d'Amérique
latine
N° 4
jan ,mars 1992
Pérou: crise minlere
el réinsertion
inlernalionale
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Problemes
d'Amérique
latine
;¡ -rnars 1992
.¿ CQ J
crise miniere
e: réinsertion
internationale
90 

cOllstrllitc sur la base d'un protectionnisme sans distinction, de subven­
tions et de controles arbitraires des prix, de sllréval11ations démagogiques
du taux de change. Le Pérou doit perdre l'illllSioll qll'il peut al1léliorer
son inscrtion internationale par ['octroi de sllbventions ~l la production
et ~l l'eportatiol1 de produits manllfacturéso L'cxpériel1ce latino-améri­
caine a démontré que cela fi[lit toujours par aggraver les tendances
déficitaires du secteur public(ol7)o
Un nouvcau discours commencc ü se faire entendre dans
la régioll, comme par exemple : «La politique économique de l'Amérique
latine doit accorder la priorité aux exportationso oo Dans cette optique,
la réduction des obstacles au complerce est une étape initi.ale indispensa­
ble mais insuffisante »( 0
1
:;). Ce probleme se pose aussi au Pérou, mais la
question essentielle POu( ce pays est de trou'er la voie d'une spécialisation
internationale efficace, dans le but d'atteindre des objectifs de croissance
économique soutenue.
11 est tres dangereux, en pleine troisieme révolution
industrielle, de vouloir faire reposer la croissance économique sur
I'exportation de produits de base qui sont en difficulté dans le commerce
international. Dans le cas des produits miniers, il faut tenir un tres
grand compte des tendances défavorables de la consommation et des
prix et de la désorganisation des marchéso Ainsi. O. Bomsel affirme-t­
il que les gránds projets miniers d'exportation dans le tiers monde ont
peu d'a'enir et que: «on voit nH~me de grands exportateurs (Zambie
et Chili pour le cuivre) rechercher dans les pays consommateurs des
participations dans des unités de transformation. Finalement, les nouvel­
les formes d'investissement associent les producteurs et les c1ients
consommateurs en développant de nouvelles modalités de financement
et en établissant de nou'eaux liens d'intégration verticale. L'industrie
miniere est une industrie tres lourde en capitaL qui fournit un produit
standard. qui ne bénéficie d'aucun avantage qualitatif, dont la demande
internationale est devenue imprévisible et qui est devenue une activité
:1hallt risque »(;~). •
La définitioll des sccteurs exportateurs cst importante
pour la détermination des bases de la nou'elle croissance péruvienne
~linsi que pOllr le financement de la rccoT1'ersion de l'appareil productif
interne et pour le paicment de la dettc cxtéricure . Mais. ce qui est le
plus important c'est la néccssité de réoricnter l"appareil de production
cssentielkment en fonction des bcsoins internes. De 1951 a 19~9. la
production nationa1e de blé cst passée de 157000 tonncs ~l 14<JO()() tonnes
et res Péru'iens importent <lctLIelkmcnt <JO Clc du blé lJu'ils consomment.
Ccpcndant. au cours de celte llleIllC période, la production dc cui'rc
est passée de 32000 tonnes ;'1 364000 tonnes et le Pérou exporte 90 %
du cuiTe qu'¡¡ produit. Une tel,le logiquc de production ne peut etre
mainlcnue, Dans ce domainc, l'Etat a. COTllTlle le Jémontrc I'expéricnce
·(-'7 )  O,)ir blti~¡ Uarh~r;¡. «l.:1 in ,~' r(i)fI n)ll1~r(i;iI J~' :llléril:1 1:¡tiIU o·o N,'I"/S[II d(' /tI ("('{)(//
11' .¡ l. :I)út 1}~Oo
(3S ) C), ;t1J,) R,):tlc~. «C0ll1I1Ctili Id:ld . prpdllcliíd:IJ ~o 1I1, ..:rci()fl l't l' IILI ,k :I11L'ril';¡ LI(III:I 00 0
( o"/I /,ore,,' ,' [,or/or o 01 0 .¡() . 11" :-; 0 kil') o ;<lllt I<)'JII . [' 71 lo
( .~l)) ' < ,~; () ll<IIli , ~ol, "í' <'11 .. !"'I( I
illternatiollalc réecntc, unc importancc capitalc . La stabilisatioll, c'cst­
¡-dire le contróc dc I'illflatioll et la réduction du déficit budgétairc, cst
importantc mais insuffisantc. Une stratégic spécifiquc d'illdustrialisatioll
par substitution dcs importations a échoué, l11ais lc Pérou cst Cll mesurc
dc pratiquer la substitutioI1 dcs importatiolls agrienlcs et industriclles.
Un dcs moyens de reI1vcrser la tcndancc ú la détérioratioI1 dcs tcrmcs
de I'échange est d'augmenter la productivité dans le secteur agricole,
qui produit pour la consommation internc, et de réduire aiI1si l'énorme
dépcndance alimentaire. La solution de rechange pour le Pérou pourrait
ctre une combinaison efficace du maintien de certaines exportations et
dc la substitution d'importations, .
Pour le moment, les décisions du gouvernement Fujimori ­
comme l'ajustement brutal d'aput 1990 et les mesures qui ront suivi ­
ont un cout social élevé et peuvent donc cOllduire a une aggravation
des conf1its sociaux si eIles ne donnellt pas les résultats attendus. Par
son origine populaire, quí le libere des engagements avec les groupes
traditíonnels de pouvoír, le gouvernement actuel a la possíbilité historique
de mettre en route la reconstruction de I'appareil de productíon. En
mcme temps, l'ajustement a entrainé, sur le front interne, un rnouvement
de revendication sociale croissante qui peut se radicaliser et aller jusqu'a
<lnéantir tous les efforts réalisés jusqu'a maintenant. N'ayant ni rnajorité
dans les chambres do Congres, ni un parti organisé (il commenee mcme
a se fissurer), ni une influence dans les différentes organisations de
travailleurs ou d'employeurs, le gouvernement peut voir s'éloigner les
possibilités d'ímposer la négociation et la concertatíon en vue d'établir
un pacte social capable d'apporter au pays la stabilité politique nécessaire
et suffisante pour appliquer les mesures que la gravité de la situation
exige. L'expérience internationale des deux dernü~res décennies montre
que les pays en développement qui Ollt atteintles taux de croissance et
de développement économiques les plus élevés sont ceux quí ont appliqué
unc stratégie er des politiques économiques cohérentes et souplcs,
adaptées au changement de I'économie mondia)e. f'1ais ce sont aussi
ccux qui se sont dotés d'une stabilité politique relative et durable.
~lSSUraI1t. en dé pir des changemcnts de gou'ernel11cllt. la COlllilluité ct
le sens de la srr3régie et des politiques fondamentalcs.
Problemes
d'Amérique
latine
Jan -mars 1992
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el réinsertion
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Pérou, ajustement, crise minière et réinsertion internationale. octavio suarez

  • 1.
  • 2.
  • 3.
  • 4. Problemes d'Amérique latine N° 4 jan -mars 1992 )~rou :crise miniére el réinsertion intemationale 72 Ce travail préliminaire part des hypothcses suivantes : - La crise économique du Pérou s'inscrit dans le cadre de la crise des pays minicrs, liée á la «troisieme révolution industrielle» qui a entraíné la chute du rythme de consommation et des prix des métaux. Mais elle est surtout la conséquence du maintien d'une spécialisation périphérique, traditionnelle et de plus en plus défavorable dans le contexte de la division internationale du travail (DIT). Au Pérou, comme dans d'autres pays miniers, le maintien de cette spécialisation s'est accompagné d'une stratégie d'industrialisation génératrice de déséquili­ bres, de la détérioration de l'agriculture et d'un endettement extérieur croissant qui, la plupart du temps, n'a pas été utilisé de maniere a favoriser la production. - A' un niveau plus spécifique, / la gravité de la crise péruvienne est due au role néfaste joué par l'Etat dans la conception et 1'application de politiques acourt et a long terme et dans la gestion de la rente miniere. L'Etat controle directement (par ses entreprises) ou indirectement (par les impots, les politiques appliquées, etc.) la perception et l'utilisation de la rente miniere. De plus, l'endettement extérieur (dont le secteur public est le principal responsable) a été obtenu grace a la garantie des revenus de l'exportation de produits mlOlers.. Enfin, la question fondamentale qui oriente notre travail est celle-ci : étant donné la continuation de la crise des métaux et les tendances défavorables des prix, sous quelles conditions la poursuite d'une spécialisation primaire est-elle viable, a une· époque ou les ressources naturelles ne peuvent plus etre automatiquement considérées comme des richesses et ou exporter des matieres premieres en valorisant un avantage naturel comparatif ne constitue plus une source assurée de transferts. nets de ressources de l'extérieur vers le pays hote? De la crise structurelle a I'ajustement La dimension de la crlse Depuis de nombreuses années, la situation économique, socialc et politique duOPérou ne cesse de se détériorer. La crise économique, qui a commencé en 1975, n'a pu etre surmontée malgré l'application de recettes orthodoxes (parmi celles qui sont recommandées par le FMI) ou hétérodoxes, comme celles que le gouverncment d'Alán García a mises en pratique pendant la période 1985-199U. En 1990, l'économie péruvienne a connu un taux d'inflation de 7658 % (voir tableau 1) : c'était le plus élevé de la région apres le Nicaragua (8500 %) et l'un des plus élevés du monde. En 1986, l'inflation péruvienne n'était « que» de 62,9 %. L'actívité économique connait depuis de nombreuses annécs une détérioration considérable, quí s'est accentuée apres l'expé­ rience populiste des premieres années du gouver;;ement García. La
  • 5. chute de la production jointe a un taux de croissance population ont entrainé une baisse cumulée du produit 30,2 % entre 1981 et 1990(1). élevé de la par tete de Tableau 1. Pérou : évolution économique récente 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 PIS réel croissance en % J7 -.2 -12.0 48 22 8.7 8.0 -8.4 -11.4 -4.9 20 Inllalion (IPC) en % 727 72.9 1251 1115 158.3 62.9 1145 1723 2777 7658 185 4 Exportations F08 (millions dollars) 3249 3293 3015 3147 2978 2531 2661 2694 3542 3276 3320 Importations F08 (millioos dollars) 3802 3721 2722 2140 1806 2596 3182 2750 2140 2885 3265 Balance commerciale (millioos de dollars) . -553 -428 293 1007 1172 -65 -521 -56 1402 391 55 Compte courant (millioos de dollars) -1733-1612 -875 -223 135 -1077 -1481 -1138 -254· -1630 -2375 Detle extérieure totate (millions de dollars) n.d. 13021 15153 15340 16651 17840 19286 18919 18910 19890 n.d. RéselVes totales sans {"or (millioos dollars) n,d. n.d. 1366 1630 1842 1407 546 511 808 1090 la) n.d. Taux de dmge e!ledif réel resexp (1985 = 100) 122 135 118 119 100 119 135 119 192 263 333 Déficit du secteur pUblic en % du PtB 6.7 7.3 9.8 7.6 JO 5.1 6.7 91 n.d. .n.d. n.d. (a) Les montants sont donnés pour la fin de chaque année. En juillet 1990, c'est-a-dire vers la fin du gouvernement García, les réserves étaient de 458 millions de dollars. Sources' CEPAL, FMI-IFS, Banque Sudameris. En juillet 1990, un nouveau gouvernement a pris ses fonctions et les politiques d'ajustement sont poursuivies, mais, en dépit de l'obtention de quelques résultats, notamment d'une forte réduction de l'inflation, on ne peut pas affinner que l'économie ait atteint une stabiEté lui pennettant de trouver, dorénavant, de nouvelles sources de croissance durable. Les facteurs structurels de la cnse Comme dans d'autres pays de la région, l'industrialisation a été favorisée pendant des déccnnies par d'importantes mesures protectionnistes au détriment d'autres secteurs. La politique de promotion de l'industrie a fortement pénalisé l'agriculture et en particulier la production d'aliments a laquelle se consacraient pres d'un million de petits propriétaires. La stratégie d'industrialisation par substitution des impor­ tations (1SI), inaugurée dans les années 1950, a manifesté une forte dépendance a l'égard d'importations croissantes de biens intermédiaires et de biens d'équipement. En príncipe cela devait etre financé par les exportations de minerais, qui constituent depuis les années 1950 la nouvelle spécialisation de l'économie péruvienne dans l'économie interna­ tionale. A partir des années 1960, et en particulier dans les années 1970, I'endettement extérieur a contribué a financer une balance cornmerciale qui, sous la pression de l'industrialisation et avec la crise du marché international des matíeres premieres des années 1970, a commencé a manifester des tendances au déficit structurel. En 1975, la valcur des importations destinées a l'industríe a été supérieure a la valeur de I'ensemble des exportations péruviennes. Depuis la fin des années 1970 et, surtout pendant la premiere moitié des années 1980, des mesures de stabilisation de type orthodoxe ont. été appliquées. Elles vísaient a (1) CEPA L. Balance prfliminar de la economía de América lalÍlla y el Caribe, 1990. Problemes d'Amérique latine N° 4 jan.-mars 1992 Pérou: crise miniéroe. et réinsertion internationale 73
  • 6. Problemes d'Amérique latine N° 4 jan.-mars 1992 Pérou: crise miniére el réinsertlon inlemalionale 74 engendrer un excédent en dollars destiné au paiement de la dette mais elles ne s'attaquaient pas aux facteurs structurels que nous avons mentionnés. La situation s'est aggravée depuis 1982, année qui a vu l'apparition du probleme de la dette extérieure latino-américaine, l'interruption du flux de capitaux en provenance de l'extérieur et I'inversion du mouvement des capitaux. Depuis 1984, le Pérou a eu partiellement recours a des moratoires. Les politiques d'ajustement ont été de type orthodoxe ou traditionnel et Ol1t été centrées sur la limitation de la demande intérieure et sur la réduction brutale des importations. En 1985, les importations étaient plus de deux fois inférieures a celles de 1981. Cela a permis d'avoir une balance comnierciale excédentaire de 1172 millions de dollars, en dépit du fait qu'en 1985 les exportations étaient inférieures de 8.4 % a celles de 1981. Quant aux salaires réels moyens des ouvriers de 1'aire métropoli taine de Lima (les seuls chiffres disponibles) ils avaient perdu, en 1985, 22,4 % de leur pouvoir d'achat de 1980, Ce chiffre masque l'importance du probleme car, en 1980, ces salaires avaient déja perdu 27,4 % de leur pouvoir d'achat de 1973. Le gouvernement de García a essayé de faire du popu­ lisme, mais sans disposer de moyens financiers comparables, par exemple, a ceux des militaires réformistes des années 1970. Le discours du gouvernement et certaines de ses actions ont fini par marginaliser le Pérou dans le contexte financier international. Le gouvernement a essayé de relancer l'économie par l'augmentation de la consommation. Un des mécanismes principaux a été l'augmentation des salaires. L'expérience a duré deux ans et a entrainé la disparition des réserves en devises, une surévaluation record du taux de change ainsi qu'une forte augmentation du déficit budgétaire (voir tableau 1). Apres les résultats artificiels de 1986 et 1987, l'économie a continué a se dégrader et a sombré dans une terrible récession et dans l'hyperinflation. A la fin du gouvernement de García (juillet 1990) les 'salaires réels dans le secteur privé et public correspondaient, respectivement, a.46,1 % et 37 % du niveau atteint au début de ce gouvernement (juillet 1985). Le long processus d'application de la stratégie de I'ISI a entraíné la constitution d'une industrie légere fortement dépendante de I'extérieur. Cette pseudo-industrialisation s'est accompagnée d'une urbanisation accélérée. Des millions de paysans expulsés par la crise agraire et la misere de la campagne sont allés s'installer dans la capitalc et dans les principales villes du pays. En 1940, avant que 1'ISI ne soit mise en pratique, 35,3 % seulement de la population habitaient dans les villes. Actuellement, 70 o/e d'une population totale de 22 mi/lions d'habitants sont des citadins et un tiers d'entre eux habitent Lima. Les travailleurs salariés ne constituent que 30 % de la main-d'reuvre occupée et seule une pe tite partie d'entre eux travaille dans l'industric crée par I'ISI. Entre 1980 et 1990, le pouvoir d'achat des salaires réels moyens a diminué de 56,1 %. Du fait de ce processus, la majorité des travailleurs péru'iens fait partie du «secteur informel », c'est-a-díre de ceux quí, a
  • 7. la ville comme a la campagne, mettent au point des stratégies de survie. En 1986, le gouvernement estimait que 10 % de la population recevaient 52 % du revenu national (c). Depuis, cette situation s'est aggravée et la répartition du revenu est, sans doute, une des plus inégales du monde. , Economie tournée vers I'extérieur et dépendance alimentaire Nous devons reconna'itre que l'analyse est surtout effec­ tuée dans le contexte du« secteur extérieur» de l'économie pén'!vienne. Mais cela ne correspond pas a une séparation métaphysique d'avec les questions internes. Le régime·d'accumulation de }'économie péruvienne a deux axes : d'une part, la stratégie d'industrialisation substitutive, avec ses effets sur la structure interne de la production, et, d'autre parto l'insertion traditionnelle (a la fois par les exportations et par les importations) dans l'économie internationale. C'est l'importance de ces liens avec l'extérieur que nous avons voulu souligner. Il ne s'agit done absolument pas de sous-estimer la priorité qui doit etre accordée a l'effort interne de transformation d'un appareil productif .dont la dynamique est toujours celle des échanges avec l'extérieur. Pour citer un exempIe, la dépendance en ce qui concerne les importations de produits alimentaires augmente de fa~on considérable: en 1989, 22 % des importations péruviennes ont été constituées par des aliments (17% en 1965). De 1979 a 1989, les importations de céréales sont passées de 637 a 1065 milliers de tonnes. Sans prétendre défendre des schémas messianiques, millénaristes ou du type «empire socialiste des Incas », il faut signaler qu'avant i'arrivée des Espagnols, les Péruviens ne connaissaient pas le «probleme de Malthus» ()) et, comme dit René Dumont (~ «Le Pérou montagneux des Incas nourrissait mieux un plus grand nombre d'hommes dans la sierra andine qu'aujourd'hui: il ne disposait pourtant que ~'un outillage dérisoire. dérivé du baton a fouir; mais iI était encadré par une organisation sociale rigoureusement planifiée ». En somme un pays autosuffisant, ou on connaissait depuis des milliers d'années la pomme de terre (9000 ans), le ma·is. la tomate, le yucca, la patate douce, la calebasse et beaucoup d'autres produits(51, s'est transformé, apres des siecles de conquete, de colonisation et de néocolonisation, en un pays de 22 millions d~habitants dont la majorité est aux prises avec la pauvreté. Dans les départements de Ayacucho, Huancavelica, Apurimac, Cuzco et Puno. certaines provinces ont une population comparable a celle de pays comme le Bouthan ou le Lesotho et leur PNB par habitant est de 200 dollars par an, ce qui est tres éloigné de la moyenne nationale péruvienne de 1010 dol;us en 1989. Qui plus est, ces départements subissent les catastlophcs ilaturcllcs, comme la sécheresse de 1983 qui (2) Présidcnce de la Républiquc du Pérou. Plan nacional de desarrollo a mediano plazo 1986­ 191.)(J. janier 19~6. (J) Vüi r José CJ.rl.)~ LHI~Ílcsu i. .'l/ele CIIScnU.I efe illla/}f('lación dc' la rcalidad pcruulla. édi l ion de J<)75. r. 13. . ' (~) La ('foissullcc.. de fu [cJ/llillt' l, EJitions Ju Seuil. !lJXJ. (5) Fernando CJ.bl('~l'~ . .-griculfllra .1" lIutrlciáll ('11 t'/ j>NIÍ. l3anco Agrario. Lima. [lJX¿{. Problemes d'Amérique latine N° 4 jan.-mars 1992 Pérou: crise miniére et réinsertion intemationale 75
  • 8. Problemes d'Amérique latine N° .4 jan.,mars 1992 :Jérou: crise miniére et réinsertion intemationale 76 a détruit entre 60 et 90 % des récoltes (6) . Par ailleurs, cette population est prise entre deux dangers : Sentier lumineux et les Forces armées. Fin 1990, douze départements setrouvaient sous le controle des Forces armées. Cela représentait 60 % du territoire national et la moitié de la population. Le probleme de la dette extérieure Le poids de la deUe extérieure Au cours des dernieres années, la dette extérieure du Pérou a augmenté, non pas acause de l'obtention de nouveaux crédits ou de l'afflux de capitaux extérieurs, mais a cause des conséguences financieres des retards dans le remboursement de eette dette. La charge de la dette extérieure péruvienne est une des plus élevées de la région. En 1965, le total de la dette extérieure remboursée représentait 208 % des exportations de biens et services. En 1989, ce pourcentage est passé a432 %. Les intérets versés ont représenté aeux seuls 31,7 % des exportations en 1990. En 1980, la dette extérieure totale du Pérou était de 9638 millions de dollars; en 1990, elle était de 19890 millions de dollars, ce gui signifie gu'elle avait augmenté de 106 %. Mais, pendant la meme période, les exportations de biens et services - celles gui, en principe, permettent d'obtenir les dollars nécessaires au paiement de la dette - ont baissé de 16,2 %. Dans un tel contexte, l'énorme dette extérieure du Pérou est devenue impossible arembourser, tout au moins dans les conditions dans lesguelles elle avait été contractée. Pour avoir une chance de succes, toute solution envisagée doit prendre en considération la co­ responsabilité des débiteurs et des créanciers et les véritables capacités de remboursement du pays. . Le destin improductif de la deUe : « éléphants blancs» et arrnements Le Pérou a été un des premiers pays du tiers monde a obtenir. a partir du milieu des années 1960, les crédits de l'euromarché européen. Puis, dans les années 1970, il a rec;:u de nouveaux crédits dans le cadre de l'économie d'endettement international et du recyclage des pétrodollars. Au cours de la période 1969-1984, une grande partie du crédit a été utilisée pour acheter des armements et pour régler les dépenses plus élevées liées aux refinancements successifs. Ainsi, 3591 millions de dollars ont été consacrés a I'achat d'armements (voir tableau 2). Une part importante des dépenses consacrées a des projets productifs, a des travaux d'infrastructure et a des programrnes sociaux est allée a des projets démesurés et anti-économiques. Les cas les plus marguants sont I'oléoduc du nord-est et I'irrigation de Majes, qui constituent deux véritablcs « éléphants blancs» dont le cout total est (6) Voir Sylvic Uallay , «L·agricultun: péruvlcnne il I'éprcuve Ju libéralismc". !'rohlélllcs (f'Alllériquc {arillc, n° 73, 3' trimestre 1<j~..t .
  • 9. d'environ 3,3 milliards de dollars; ces projets OIlt été réalisés sous le gouvernement militaire, entre 1968 et 1975. Tableau 2. Pérou : dette publique extérieure Les déboursements et S8 destination par secteurs 1969-1975 Gouvern. Velasco 1975-1980 Gouvern. Morales 1981-1984 Gouvem. Belaunde Se<:teurs millions US dollars % du total m"lions US dollars % du total millions US dollars % du total a) Seeteurs produetils 769 21.0 881 17.6 Agrieulture 265 7.2 391 7.8 Industrie 235 6.4 308 7.4 Mines 215 5.9 157 3.1 Peche 51 1.4 14 .3 Tourisme 3 .1 11 2 b) Infrastrueture 693 189 868 17.3 Energie 158 4.3 427 8.5 Transports 504 13.7 372 7.4 Commeree 5 .1 Communieations 25 .7 69 1.4 e) Seeleurs soeiaux 474 12.9 741 148 4451 (a) 49.5 Problemes d'Amérique latine N° 4 jan.-mars 1992 Pérou : crise miniérc¿. et réinsertion d) Défense 566 15.4 1756 28.6 1269 14.1 inlernalionale e) Refinaneemenl de la detle 821 22.4 1614 26.3 2270 30.8 77 f) Aulres 340 9.3 281 5.6 502 5.6 Total 3664 100.0 6141 100.0 8992 100.0 (a) 1I n'y a pas des données désagrégées, seIon la Banque cenlrale il s'agit de déboursements destinés a .. pro¡ets d'investissernent • Source' élaboration a partir des données fournies par la Direction du crédil pubtic du ministére de l'Economie el des Finances. L'oléoduc de la selva L'oléoduc transandin, construit dans les années 1970, avait été prévu pour transporter l'équivalent de 200000 barils de pétrole par jour et, éventuellement, jusqu'3 350000 barils. «Quand on a envisagé pour la premiere fois de construire un oléoduc - au début des années 1970 - son cout était estimé 3 350 millions de dollars. mais des augmentations successives ont porté le eout réd 3 pres de 800 millions de dollars »(]l. Le projet et son exéeution se sont aeeompagnés d'une importante propagande officielle. Au début de l'année 1972, les manehet­ tes des journaux affirmaient que les réserves pér~viennes étaient immenses et qu'elles équivalaient 3 la produetion des Etats-Unis ou de I'Union soviétique. On citait des affirmations de responsables du seeteur public sclon lesque!!es la selva «flottait sur une mer de pétrole». Un géologue étranger engagé par l'entreprise publique Petroperu est alié jusqu'3 prévoir une production de 10 millions de barils par jour en (7) Roben Dn·lin . Lvs f¡,muJS lransnacionalt's y el fil/lll1 ciamiel1/U eXlernu Je América Illlilla : La experiencia de PalÍ 1965-1976, CEPAL. Nations unies. !Y¡{O. .
  • 10. Problemes d'Amérique latine N° 4 jan-mars 1992 bu: crise miniére el réinsertion internationale 78 1980(~). En 1980, la production n'atteignait que 195000 barils par jour(~). En 1989, le total de la production péruvienne a été de 130000 barils, sur lesquels seuls 82000 barils ont été produits dans la selva amazonienne. De sorte que le transport de la totalité du pétrole de la selva par I'oléoduc ne représente que 41 % de sa capacité. A partir de 19R7, le Pérou est devenu importateur net de pétrolc et sa production intéricure ne cesse de décroitre depuis 1985. L'investissement et, par conséquent, les réserves ont diminué fortement au cours des dernieres années. Les erreurs de la poli tique pétroliere et les conflíts avec les entreprises étrangeres sont responsables de la situation actuelle. Par ailleurs, en dépit de l'impórtance du total des réserves prouvées, probables et potentielles (20 a 40 millíards de barils) les réserves prouvées ne sont que de 415 millions de barils (37 % de moins qu'en 1985), ce qui correspond a une dizaine d'années de production. La situation actuelle est loín d'etre prometteuse étant donné que « d'une fac;on générale, le pétrole péruvien est lourd et de médiocre qualité, eu égard aux besoins du marché »(ll1). L'irrigation de Majes L'autre projet démesuré est celui de I'irrigation de Majes, également réalisé au cours des années 1970 par le gouvernement réformiste du général Velasco_ En résumé, il s'agit d'amener les eaux des rivieres de la sierra de Arequipa jusqu'a la cote désertique. La réalisation du projet n'est pas encore achevée. Selon l'étude initiale, l'investissement total nécessaire était de 170 millions de dollars, mais en 1984 le cout total atteignait 2500 millions de dollars (11). Le projet de Majes, conc;u dans les années 1950, a été réalisé par le général Velasco, dans le but de se concilier la population de Arequipa qui jusque-la (1970) ne manifestait pas beaucoup d'enthousiasme envers la « révolu­ tion ». L'impact économique et social est tres faible, -mais la charge financiere que cela fait peser sur le pays est tres importante. En décembre 1985. un rapport de la Banque mondiale affirmait que « Majes est encore loin d'etre terminé et, comme son achevement serait anti-économique, la meilleure solution est d'en interrompre la réalisation ». Cependant, le projet a suivi son cours sous le gouvernement García (1985-1990) et il a constitué un des principaux postes de l'investissement public. Certains analystes signalent que le rapport investissement brut/PIB reste « para­ _doxalement élevé », bien qu'¡¡ soít tombé de 33,9 % en 1980 a 22,5 % en 1989. U ne grande partie de cet investissement a servi a financer, avec de l"argent emprunté a l'extérieur, de nombreux contrats relatifs a des projets mal étudiés et a rachat d'armements. La période 1970-1978 a connu un véritable boom de ce type de contrats. Le taux de rendement net de nombre de ces projets est négatif. Le projet t1ajes en est un (8) R Dcin . op_ cit.. voir pp 36-38 el 158-161. (1) ES:' _ Instituto de dcsarrolk) cconómlco. Sifllilciál/ pe/ro/cra ¡)cmUI/U : Diugl/()Sl/co )' Sil IIhú-¡Jciúl/ ('1/ el CUI//cx/() i/l/crt/ociU/lal. Lima. kTÍl'r 1<)8."_ (10) [3;lrh_jUe Sud;l/lléris. Si/l/a/iUII pé'/ruliúc en AlllérÚ/llt' /li//I/C ('1/ J<)<)U. [tudes éconollli­ que~ . kTil'r 99l. (1) Perú Económico, Miljes. Al-al/ces. (I({'SIIPUCS/(lS r A rC(luif!nlus , llo'clllbrc <)¡';-l_
  • 11. exemple, puisque le cout total par hectare, une fois la réalisation termlOee, a été évalué en 1985 a 22500 dollars, soi t quatre a six fois plus que pour les autres projets d'irrigation de la cóte. En 1985, on estimait, en outre, que cent millions de dollars étaient nécessaires pour achever la premiere étape et mettre en service 20000 hectares. Mais, avec le meme investissement, on aurait pu mettre en valeur 100000 hectares sur la cote du Pérou. Le fait que, depuis 1981, la Banque mondiale ait recommandé sans succes de «procéder ades réductions des dépenses consacrées a un projet comme celui de Majes, qui ne feraient certainement pas diminuer le taux de croissance ... »(12) montre bien a quel point les gouvernements successifs ont usé de leur «autonomie relative» de la maniere la plus improductive qui soit et ont tellement augmenté le poids de la detre qu'actuellement elle ne peut plus etre remboursée. En 1990, 8000 hectares seulement sont irrigués et cette superficie n'est pas totalement exploitée. Selon un calcul optimiste, on pourrait y ajouter 7000 hectares qui sont en cours d'installation. Toutefois, on est loin des 60000 hectares prévus. Selon des calculs récents, 850 millions de doIlars avaient été investis dans le projet en 1990, ce qui correspond a 106000 dollars par hectare si l'on considere que 8000 hectares seulement sont effectivement irrigués. L'impact négatif du projet est également perceptible a d'autres niveaux comme, par exemple, l'économie paysanne : «Hélas, du fait du barrage ou des autres installations, les systemes traditionnels d'irrigation, eux, manquent parfois d'eau »(L'l. En 1990, du fait de la politique de restriction budgétaire et surtout de rabsence de financement international (BIRD, BID, Club de Paris) tous les grands projets, sauf un (Chavimochic), ont été bloqués(I~). Le «Fujichoc» et ses effets économiq ues et sociaux (15) Le nouveau gouvernement du président Fujimori décida d'appliquer un plan de stabilisation dans la plus pure orthodoxie des meilleurs temps du F~1I. La libération des prix, la suppression des subventions. le gel des salaires dans le secteur public, runification et la libération du taux de change, la forte réduction des droits de douane comptent parmí les plus importantes mesures adoptées en aout 1990. Cela eut une répercussion brutale sur les prix - quí, ce mois-El. augmentcrent de 397 CJc: . (un record dans l'histoíre péru'iennc) -: ccb provoqua également une réduction considérable des salaircs réels, une () 2) B:l~cO :r1!l!1oial. PerlÍ Prillcipales COllcl'LSioIlCS y recomelldaciollCS ell ma¡erill lit' ¡Jt'.iIrro//Ci. Etude de la Banque inondiak, 27 avril 1981. (13) Pierre Gaillard. "Pour toule I'cau du P~rou " , Céo n" 132. kTicr 1990. (14) Réct'mmcnt. 101'$ de la d~couverte d'un giscment de gaz J Camisea (au nord du Cuzco) corresrondallt ;1 1.9 milliard de harils de pétrole. le gou"crnemcnt a oulu n~gocÍer 1,1 créatÍon d·ullc joint-vcnturc. mai5 k projet cs tirn~ 3 deu lllilliards de dollars n'a illl':r": ~ 'l; jll'yll';¡ présellt aucun a;;.sucil; étr~ln!.!.cr. . (15) Pour un d¿..:IL)p~l1lc~t plus approfondi d..: edte parti..:. oir O. SU~ÜCl. !'t"/(/II .. /(' prohlhllcs écol/o/lliC¡lIt's. !e plal/ FlIjil1lori d la (!iles/ioll de lu rt;i/lscrt/o/l ill/Cfllllt/Ol/u/(', FSLAC. Paris . juin lt)l)I . d~).:urnent pr~lirnillair..:. Problemes d'Amérique latine N° 4 Jan -mars 1992 Pérou: crise miniére el réinsertion internalionale 79
  • 12. Problemes d'Amérique latine N° 4 jan.-mars 1992 ~r<>v.crise miniére et réinse rtion intemationale 80 chute de la demande interne et l'aggravation de la récession. Le gouvernemeht décida alors d'effcctuer l'ajustement qui était devenu inévitable étant donné l'importance des déséquilibres hérités. Un plan fut établi a cette fin en coordination avec le FMI - bien qu'il n'y ait pas d'accord en vigueur - et les mesures furent appliquées dans le cadre d'un «programme d'accumulation de droits» qui devait, au vu de ses résultats. permettre une normalisation des relations avee cet organisme et la réinsertion du Pérou dans le systeme financier international (SFI). TI deviendrait alors possible, entre autres choses, d'envisager la renégocia­ tion de la dette. extérieure. Par la suite, l'inflation a pu etre rédLiite grace a une politique monétaire stricte et a un controle indirect du taux de change qui, malgré sa dévaluation nominale, est resté surévalué. Le taux d'inflation. qui était de 7658 % en 1990, est tombé a 185,4 % en 1991 et, selon certaines prévisions, il pourrait descendre jusqu'a 80 % en 1992. Mais la récession continue : la production n'a augmenté que de 2 % en 1991 (O % en termes de PIB par téte) (voir tableau 1) et ne s'accroitra que de 1 % en 1992(16). Fin 1990,5,3 o/a seulement de la population active étaient employés dans des conditions satisfaisantes, c'est-a-dire qu'ils percevaient au moins le minimum légal (30 dollars par mois). 86,3 % de la population étaient sous-employés. c'est-a-dire qu'ils n'avaient pas un emploi, a plein temps ou qu'ils ne percevaient meme pas le minimum légal. Etant donné que la récession se poursuit, la situation de l'emploi s'est, en fait, dégradée en 1991. De meme, on peut constater une contraction des revenus réels des travailleurs - un des axes de la politique d'ajustement - puisque, au milieu de l'année 1991, les salaires réels ne représentent plus que 36 % de leur valeur de 1986. Bien qu'apparemment le taux de change flotte librement la monnaie péruvienne continue a etre surévaluée. Cela est dli a l'afflux de dollars lié au trafic de drogue, qui est devenu, en outre, la principale source de l'amélioration du niveau des réserves en devises internationales de la Banque centrale. Ce mécanisme· permet de ralentir le rythme de la dévaluation et contribue done a limiter l'augmentation des prix sur le marché intérieur. Rappelons qu'aux importations de biens d'équipe­ ment et de biens intermédiaires s'ajoutent les importations de produits alimentaires qui représentent 22 a 25 % des importations totales, contrairement a ce qui se produit dans la plupart des pays de la région. e'est pourquoi la suppression des subventions ainsi que la dévaluation du taux de change se répercutent automatiquement sur les prix et, par conséquent. sur le niveau de vie de la plus grande partie de la population. A partir de mars 1991, avec un nouveau ministre de I'Économie plus monétariste que le précédent, le gouvernement a poursui'i son plan de stabilisation et a esquissé un plan d'ajustement structurel. Ce plan comporte une réduction importante du role de l'État dans l"économie, la libéralisation du commerce extérieur et la promotion des exportations, en particulier dans les secteurs minier et agro­ alimentaire. Ainsi, les droits de douane ont été fortement réduits, les obstacles 3 l"investissement el a I'afflux de capitaux étrangers ont été (16) Lc~ dnnn~cs statistiqucs prOicnnen! ue Tlle E/U, Pem, Coulllry Profí/e lIJCJ/-1W2 e! PCfI/-Bcl!il·iCl. CO/lllln' RC!Jorl. numéros 1. 2 et J. 1991.
  • 13. supprimés et la vente totale ou partielle d'une grande partie des 250 entreprises publiques ainsi' ,que la réduction de pres d'un million du nombre des agents de l'Etat ont été annoncées. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé la privatisation des ports péruviens dans le but d'augmenter leur compétitivité. Le gouvernement a décidé également d'assouplir le marché du travail en introduisant, par exemple, des modifications a la loi de stabilité de l'emploi qui permettront d'augmenter le nombre des motifs de licenciement. La renégociation de la dette extérieure Grace aux mesures appliquées et au soutien apporté par le FMI aun programme économique qui va jusqu'a la fin de l'année 1992, le gouvernement a pu signer, le 18 septembre 1991, un accord de rééchelonnement de la dette extérieure du Pérou avec les gouvernements et institutions des pays membres du Club de Paris. Ainsi, de nouveaux délais de remboursement, compris entre 10 et 15 ans a partir de 1992, ont été établis; cette mesure conceme une partie importante (7,8 milliards de dollars) du total de la dette extérieure (20 milliards de dollars). L'autre partie importante de la dette - la dette envers les banques commerciales - devra, en principe, etre renégociée a New York en mars 1992, dans des conditions similaires acelles du Club de Paris(17 l. La renégociation de la dette extérieure représente un soulagement financier important pour le gouvemement actuel, dans la mesure ou une grande partie du service de la dette qui devrait etre payé a court et amoyen terme sera reportée dans le moyen et le long terme. Mais, le fait d'ajoumer le paiement d'une importante charge financiere (pratique dont tous les gouvernements ont usé depuis le milieu des années 1970) doit s'accompagner, des maintenant, de la constitution d'une capacité de paiement adaptée aux besoins. Et cela ne sera possible (sans avoir recours a la réduction des importations) que par une augmentation soutenue des exportations. C'est pourquoi il faut signaler l'insuffisance de la stratégie du gouvernement en ce qui concerne le développement des exportations, qui risgue de nous faire assister dans quelques années a de nouveaux ajustements récessifs. La troisieme révolution industrielle, .la crise miniere et le role de l'État La cnse des pays mlnlers La crise de l'économie péruvienne s'inscrit dans le contexte de la crise des pays minien; et, en particulier, de celle des (17) Voir, banque Sudamáis. Le probleme de la delle eXlérieure de /'Amérique lalÍne de 1982 a 1991, Etudes économiques, novembre 1991. Problem•• d'Amérlque latine N° 4 jan.-mars 1992 Pérou : cnse miniére et réinsertion intemationale 81
  • 14. Problemes d'Amérlque latine N° 4 jan.-mars 1992 árou: crise miniére el réinsertion inlemalionale 82 exportateurs de cuivre. Le Pérou fait partie des quelques économies minieres de la région (avec la Bolivie, le Chili, la Jamalque et le Surinam) et du tiers monde(18). Comme le montre le tableau 3, les exportations de produits miniers représentent, depuis les années soixante, pres de 50 % des exportations péruviennes et le cuivre est le plus important de ces produits. Tableau 3. Pérou : structure des exportations de marchandises 1947/48-1990 (en pourcentages) 1947-48 1967-68 19n-7~ 1985 1990 Produits miniers 240 49.4 52.2 42.9 46.5 dont cuivre 6.6 26.9 22.7 16.0 22.3 Pétrole el dérivés 14.2 1.2 3.0 21.7 8.0 Prod. agricoles 52.1 19.1 19.6 7.5 5.4 Prod. de la peche 26.5 10.4 4.0 10.4 Prod. non traditionnels 9.1 3.8 14.8 24.0 29.7 Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 Source : Oniz de Zevallos. Sintesis y estadisticas del desarrollo económico del Perú 1948-1978, IPAE. The " Economist Inte/ligence Unit, Peru Country Profile 1991-1992. Banco Central de Reserva del Perú, Nota semanal nO 40. 23 octobre 1990. Tableau 4", Évolution de la spécialisation des exportations dans les PED Participation des produits primaires dans les exportatlons des marchandlses (en %) 1960 1979 1988 1989 NPI: Corée du Sud 86 11 7 7 Singapour 74 49 26 27 Mexique 84 61 45 55 . 8résil 97 61 52 48 PED DU CIPEC Pérou 96 89 78 81 Chili 96 80 85 90 Zaüe 99 93 91 91 Zambie 94 99 98 95 Source : Ba:1Que mondiale, Rapport sur fe développemenl dans le monde 1982. 1990 et 1991. Au premier abord, la crise péruvienne se présente comme la conséquence de la crise du marché international des matieres premieres (qui représentent 81 % des exportations du Pérou en 1989) (voir tableau 4); cette cose se ttaduit par la chute des prix de presque tous les principaux produits d'exportatíon du Pérou. En 1990, le cuivre, le zinc, le plomb, le fer et l'argent ont représenté 46 % des exportations du Pérou, le cuivre représentant a lui seul 22.3 % (voir tableau 3). Si I'on (18) Si ron classe parmi les «pays mtnlers» eeux dont les exportations de minerais et de métaux r~pr¿s~ntent au moins 40 c:é de kurs exportations totales, on peut eompter 17 éeonomies mini~rt"s : Bolivi~, Bostwana, Chili ..Guyana, Jama'iquc. Guinée, Libéria, Maroe, Mauritanie, Nig~r. Páou. Papouasie-Nouvelk Guinée, Sierra L~onc, Surinam, Toga, Za"ire et Zambie. Il s'agit d~ pays ayant connu des dynamiques éeonomiques basées sur les r~ntes d'un seeteur minia ~xportateur. Voir Olivier Bomsel, L 'im'e5tis5ement minia el métallurgique dan5 le rier5 monde. La fin de5 gramls projel5?, OCDE, Centre de Développément, 1990.
  • 15. prend pour base 1979-1981=100, l'indice des prix (en dollars constants) des métaux et minerais établi par la Bangue mondiale était de 143 en 1970, 80 en 1985 et, sefOn les prévisions de cet organisme, il tombera a 66 en l'an 2000. Au milieu de l'année 1991, le prix de tous les principaux produits d'exportation péruviens (minerais, farine de poisson, café) était inférieur a celui de 1990. Le zinc, gui était le seul produit gui échappait a cette tendance, avait. en aoút 1991, un prix inférieur de 30 % a celui de 1990. La révolution industrielle et la crise 'miniere On peut parler d'une crise structurelle de l'insertion traditionnelle des économies minieres, gui se traduit par une réduction de l'utilisation relative des métaux pour la fabrication des produits manufacturés. On retrouve le meme mécanisme pour tous les métaux non ferreux. e'est ainsi que la consommation unitaire de plomb et d'étain n'a cessé de baisser depuis 1950; pour le cuivre et le zinc, le mouvement de baisse était déja ancien, mais iI s'est accéléré dans la derniere période (depuis 1964 et 1973 respectivement); enfin, ce mouvement succede a une phase antérieure de hausse pour l'argent (depuis 1966) et l'aluminium (depuis 1973). En somme, tous les produits les plus importants des pays miniers d'Amérique latine sont touchés(19). La consommation de cuivre, qui a augmenté d'environ 3 % par an entre le début des années 1960 et la fin des années 1970, augmente actuellement de 1,8 %; quant aux prix réels, qui ont diminué de 2,4 % par an en moyenne entre 1962 et 1980, ils ont diminué de 5,1 % entre 1980 et 1989. Selon les prévisions de la Banque mondiale, au début du siec1e prochain, le prix du cuivre sera inférieur de 28 % en termes réels a celui de 1990(20) • ' Depuis le début des années 1980 jusgu'a la mi-1987 l'industrie miniere mondiale a connu la plus grave crise de son histoire(2l). L'impact de la «troisieme révolution industrieÍle» se manifeste par la dématérialisation et la miniaturisation de la production, auxguels s'ajou­ tent l'apparition de produits de substitution et le progres du recyclage des métaux. (19) Voir «Matieres premieres : les gagnants et les perdants», La lettre du CEPIl n° 53, février 1986. Voir aussi Gérard Lafay et al., Commerce international : la fin des avamages acquis , Economica, 1989. (20) Voir Price prospecLS for major primar)' commodities 1990-2005, vol. 1, Banque mondiale, 1990. Voir aussi Bernard Fischer, « Produits de b.ase : de la dépendance au développement », L'Observafeur de rOCDE. avril-mai 1991­ (21) Voir O. Bomsel. op. cit., 1990, pour une analyse récente de la crise du mode de croissance de I'industrie miniere et métallurgique, c'est-a-dire de la dynamique de I'investisscment des entreprises et de la régulation des marchés considérées comme indissociables.. Problemes d'Amérique latine N° 4 jan.-mars 1992 Pérou: crise miniére el réinsertion intemationale 83
  • 16. Problltmes d'Amérique latine N° 4 jan.-mars 1992 ~rovcrise miniere et réinsertion intemationale 84 La crise miniére au Pérou et le role de l'État A un niveau plus spécifique, la crise péruvienne (et par extension celle des pays miniers) est en relation avec le role joué par l'État dans la conception et l'application des politiques acourt et a long terme et, surtout, dans la gestion de la rente miniere(22). L'État a controlé directement par ses entreprises ou indirectement (par les impots et les politiques appliquées) la perception et I'utilisation de la rente miniere. Une grande partie de la dette extérieure a meme été contractée avec la garantie des revenus tirés des futures exportations de 'produits miniers. Quatre compagnies d'État, Centromín, MineroPerú, Tin­ taya et HierroPerú,' et une c0lT!pagnie privée étrangere la Southern (dans laquelle ASARCO, des Etats-Unis, détient 52 % du capital), représentent 70 % de la production et 40 % des exportations minieres. Il existe, en outre, quarante mines de taille moyenne et cinq cents petites entreprises minieres. Ces dernieres années, la production miniere a baissé pour deux raisons principales: les greves (par exemple, trois mois en 1988, année au cours de laquelle la production a baissé de 23,8 %) et la surévaluation record du taux de change (voir tableau 1). De plus, ce secteur est devenu une cible de prédilection pour les attentats terroristes. Les dommages causés par ces attaques aux installations et a la production miníeres, entre 1980 et 1990, sont évalué.s a500 millions de dollars. En 1989, l'entreprise Centromín a subí cent cinquante attaques terroristes et des pertes correspondant a34 millions de dollars. En 1991, le nouveau gouvernement a décrété le secteur minier en état d'urgence. pour tenter de stopper le processus de pertes des quinze plus grandes entreprises et la banqueroute des petites et moyennes entreprises. Le secteur minier est soumis aux tendances défavorables du marché international, mais aussi a des conditions internes adverses qui, par exemple, ne lui ont pas permis de bénéficier de la remontée des prix entre 1987 et 1990. Le Pérou possede d'importantes réserves minérales et de nombreux projets dont l'étude est avancée sont dans l'attente d'un financement ou d'un partenaire étranger. Ces dernieres années (en particulier sous le gt>uvernement García), l'investissement étranger dans le secteur minier (comme dans tous les secteurs) a stagné, acause de l'incohérence de la poli tique gouvernementale et des conditions économiques, sociales et politiques difficiles. Le programme de privatisation du gouvernef!1ent actuel inclut une série d'entreprises minieres dans lesquelles rEtat a une participation. mais il ne touche pas, pour le moment, les entreprises les plus importantes, que nous avons mentionnées. Cependant, la restructuration du secteur minier devra nécessairement passer par les grandes entreprises de rEtat, dont la situation financiere difficile n'est pas seulement due a la baisse des prix internationaux. (22) Le concept de rente mlOiác corrcspond au excédcnts réalisés par les factcurs de proJuction (tare. main-d·Q:unc. capital) par rapport ;, ce qui serilit nécessaire et suffisant pour inciter les propriétaires de ces facteurs á proposer leurs services. Voir Gobind Nilnkani. « Probkmils (.le desarrollo de I()s países exportadores de minerales no comhustibles". Fillallzas y Desarrollo. mars 19HO.
  • 17. L'entreprise d'État Centromín, qui résulte d'une nationali­ sation en 1973, fourni~ un bon exemple de l'inefficacité de la gestion des entreprises par rEtat. Il s'agit d'une entreprise qui exploite un complexe polymétallique, qui représente 33 % de la production miniere du Pérou et qui, au dernier trimestre 1991, perdait quatre millions de dollars par mois. Actuellement, l'entreprise emploie 17120 personnes (15420 en 1974); sa productivité (tonnes produites par travailleur) a diminué de 27 % entre 1985 et 1989, c'est-a-dire dans une période de hausse des prix internationaux. Les pertes cumulées de l'entreprise de 1975 a 1990 se sont élevées a 301 millions de dollars (98 millions en 1990). Cependant, cette entreprise a versé au fisc l'équivalent'de 1030 millions de dollars entre 1975 et 1989(2.3). A titre comparatif, en 1982, l'entreprise chilienne Codelco employait 26000 personnes (53 % de plus queCentromín), mais son chiffre d'affaires a été de 1,5 milliard de dollars (275 % de plus que Centromín avec 400 millions de dollars). La meme année, l'entreprise privée la plus importante du secteur minier péruvien, SQuthern Peru Copper Corporation, employait 6400 personnes et le montant de ses ventes s'élevait a 350 millions de dollars, ce qui revient a dire qu'elle obtenait un chiffre d'affaires voisin de celui de Centromín tout en ayant un personnel presque trois fois moins impor­ tant (1~l. En 1990,' alors que Centromín perdait 98 millions de dollars, Codelco gagnait 1,53 miUiard de dollars. Centromín représente un cas type d'entreprise publique qui a considérablement accru son endettement extérieur (324 millions de dollars en 1991) mais n'a pas utilisé ces crédits pour augmenter la jJroductivité et pour maintenir le niveau de la rente différentielle(::5l. L'Etat, face a la crise des matieres premieres minérales, a préféré relancer l'expansion de Centromín par des investissements a hauts risques en aval, mais pennettant le maintien des emplois, plutót que de consolider l'entreprise en modernisant les mines. Les investissements réalisés entre 1975 et 1985 s'élevent a 644 miHions de dollars. Ce choix, aggravé par le mairltien de ponctions fiscales importantes, a accéléré la décapitalisation de Centromín. O. Bomsel concluait en 1986 : «Il semble done, dans cette entreprise, que l'État, dont on peut souligner qu'il n'a pas d'interIocuteurs externes partie prenante dans la gestion de la compagnie, risque de laisser se poursuivre la marginalisation de maniere irréversible jusqu'a ce qu'il soit trop tard pour bloquer le processus» (26). Les analyses faites en 1991, quí annoncent l'éventllalité de sa privatisation, signalent que l'entreprise a poursuivi un plan d'augmentation de la capacité de la mine erroné, sans se soucier (23) Manuel Cisneros et César Aliaga, Estudio económico-laboral sobre la empresa Cenrromín­ Perú S. A. IPEMIN. Lima. 1991. (24) O. Bomsel. Dynamiques économiques des pays minien, et ills/abilité des marchés de matieres premieres minhales. these de docteur en économie, Ecole nationaie supérieurc dcs Mines de Paris. 1986. (25) Voir O. Boms<:1. op. cit., 1986 : « JI semble qu'au Pérou, les conditions ne soient pas réunies pour que Centromín échappe ala marginalisation . En effet, les investissements réalisés par l'entreprise dcpuis la fin des années 1970.ont principakmcnt concerné la métallurgic ül! la compétitivit¿ de b firme ¿tait la müins menacée. Par contre, les gains de prüductivilé indispensables pour le mainti¿n des rentes différenticlles et facilement réalisables par la mécanisation progressive des exploitatiüns minieres. n'ont pu ctre obtenus. ». (26) O. Bomsel. ibid., p.60. Problemes d'Amérlque latine N° 4 jan.-mars , 992 Pérou: crise minier, et réinsertion internationale 85
  • 18. , . Probleme. d'Amérique latine N° 4 jan,-mars 1992 "r~rise miniére el réinsertion inlemalionale 86 de renouveler les équipements, de moderniser et d'augmenter la productivité. De meme, le processus de diversification a été interrompu et la possibilité d'intervenir dans le traitement semi-industriel et industriel des produits miniers a été abandonnée (27) . Le cas péruvien démontre l'échec de la nationalisation de mines qui, pour la plupart, sont exploitées depuis fort longtemps (plus de cent ans pour certaines), sont souterraines, ont des couts d'exploitation élevés, et une faible productivité et, par conséquent, une faible rentabilité. Etant donné la tendance des prix a la baisse, si Centromín ne parvient pas ase restructurer, cette entreprise risque de devenir completement marginale et de subir le meme sort que Comibol en Bolivie. On peut se faire une idée d'ensernble des résultats d~ la gestion peu avisée des entreprises publiques du secteur minier par l'Etat, si l'on considere que, entre 1985 et 1989, ces entreprises ont eu 456 millions de dollars de pertes, tandis que la Southern réalisait 251 millions de dollars de profits. L'expérience internationale démontre que les avantages comparatifs et la compétitivité en général peuvent etre maintenus (comme dans le cas isolé du Chili), grace a une augmentation de la productivité, une meilleure gestion de l'entreprise el une politique de commercialisation agressive, qui auraient pour effet des couts relatifs plus faibles au niveau international. Bien que, dans le cas péruvien, il n'est pas douteux qu'a court terme une dépréciation du taux de change réel s!impose, on ne peut pas évaluer les conséquences sur la compétitivité et les prix découlant d'une dépréciation réelle permanente du taux de change. Le Chili s'est différencié des autres pays miniers par la modernisation technologique et la stabilité politique (malgré ou a cause de Pinochet). Le Chili a pu conquérir la plus grande partie du marché international du cuivre tout en se trouvant dans un marché en déc1in; mais cela s'est effectué grace a l'application d'une stratégie et d'un ensemble de mesures dans un contexte politique particulier. 11 faut tenir compte du fait que la rationalité capitaliste de Codelco, imposée par la dictature de Pinochet, a permis a cette entreprise de mettre fin a un rapport salarial quí nt; reposait pas sur les variations de laproductivité. La profonde restructuration et la modernisation effectuées dans la Codelco ont permis d'améliorer sa compétitivité. Actuellement, c'est une des entreprises minieres les plus productives et les plus rentables du monde. Le complexe Codelco-Chile a progressé dans ~lusieurs domaines, particulierement dans celui de la commercialisation (28 et il est un des rares a avoir des accords d'intégration verticale dans les pays industrialisés avec des entreprises étrangeres associées. La crise duosecteur minier qui, dans l~ cas péruvien, ne dépend pas seulement, comme nous l'avons vu, de la crise internationale mais aussi du blocage structurel de l'économie dans son ensemble, est a l'origine des politiques d'ajustement. La plupart des vertus du secteur minier sont menacées, dont la principale: celle d'etrc une sourcc croissante de devises et de ressources fiscales. (27) Voir SUel'll Minería n" J4, Lima, 19<)1. (28) Jorge Bande, «La experiencia de comercialización del cobre de Codelco n, in H . Campodó­ nico, Siwación y perspectivas de la minería del cobre . DESCO, Lima, 1988.
  • 19. L'économie péruvienne et la question de la réinsertion internationale L'analyse que nous avons effectuée nous conduit a conclure que les gouvernements des pays miniers sont confrontés a un triple problel11e : 1) comment optimiser et retenir la rente miniere pour I'affecter J l'épargne et a la consommation domestique (probleme de 1'« imposition ») ? 2) comment diriger I'activité économique a long terme, face aux risques et aux incertitudes concernant I'importance des revenus miniers que ron peut attendre (probleme «macroéconomique »)? 3) comment «ventiler}) !es revenus miniers et échelonner dans le temps leur attribution (probleme de 1'« investissement ») ?(~<}). II est évident que le secteur minier péruvien continuera a etre important, mais son role ne peut pas se limiter au financement d'un budget public improductif et déficitaire, dont, jusqu'a maintenant, pres de 50 % sont consacrés au rem boursement de la dette extérieure et a la défense nationale. Il ne faut pas non plus que les devises provenant des exportations de matieres premieres continuent afinancer les importations d'une industrie surprotégée et ineffi-cace. L'ajustement structurel qui se profile a partir de mars 1991 semble s'inscrire dans la ligne traditionnelle du FMI, d'inspiration néo-c1assique, qui prend pour objectif une croissance basée sur les exportations - considérant que les avantages comparatifs reposent sur rabondance relative des facteurs de production (main-d'cruvre et ressources naturelles) - et qui propose essentiellement la poursuite d'une spécialisation dans l'exportation de matieres premieres minieres et agricoles. L'histoire économique du Pérou ne manque pas d'ouvertures fondées sur des ressources non renouvelables (par exemple, le guano au XIX' siecle), qui ont créé une certaine richesse, mais qui ont eu I'inconvénient de faire naitre des habitudes et des 'structures économiques et sociales qui, une fois les ressources épuisées, ont conduit le pays a un état de pauvreté pire que celui qui avait précédé la bonanza. La société péruvienne a payé tres cher robtention de revenus faciles paree que le pays n'a pas pensé a développer d'autres sources de commerce rentables 1'(1) . L'expérience chilienne semble avoir enthousiasmé les JéciJeurs péru"iens. Ainsi signale-tcon I'existence d'importantes réserves de divers minéraux et affirme-t-on que «si 1'0n considere le dé'eloppe­ ment récent de ¡-agro-industrie au Chili, pays 1110ins riche en cunJitions naturelles, les possibilités de I'agro-industrie sont énormes »(.111, et que le secteur textile «résume mieux que tout autre les magnifiques possibilités de l'industrie, reposant sur Jeux ressources qu'elle a en abond::mcc : des matieres premieres de qualité et une main-d'cruvre quaiifiée». J (2CJ) 'llir Pil . J);.IIliel. E((lnollllc poli,y in I/¡inaol d.porllng ((llll/trlt's . W//(/t //(/1 '(' t' l('omt'li • Vorkillg Parcr Sl)-Ih. Cl)llH;.¡Ju School uf 1ines. 19S9. C~(l) Vuir l·illtL'ress;.¡nlL' rdkxion sur ce rrobkme Je Carl()~ F Dí:¡z-¡kpI1Jru. ,. ECllnolllía ahicrt;.¡ y rolític¡ cérr;.¡J;.¡) n . El Trimestre ('cunálllicu 11" 1()7. ~1éXiCll. ]lJ¡)l (11) .'i/tlllicúín de 1<1 t'C(l//(JIIlI,/ ! )('r!WI/(/, lLlllcl) regiollal JL'I ~llrlL·. I'J()I. P IIJ . Problémes d'Amérique latine N° 4 jan .-mars 1992 Pérou : crise miniére et rélnsertion internationale 87
  • 20. Problemes d'Amérique latine N° 4 ,an.-mars 1992 ¿rl v, . . , cnse mrnrere el réinsertion intemationale 88 Pour suivre l'exel11ple du Chili, le Pérou a la tentation de prol11ouvoir ses exportations de maticres premicres, mais 011 pcut se uemanuer si cette solutiol1 est viable a moyen et ~l long terme? AillSi, par exemple, c'est en s'aplmyant sur UIlC améhoration de la productivité et aidé par ulle importante dépréciation réelle du taux de change que le Chili a mis au point une stratégie de forte agressivité commerciale, qui lui a permis de prendre une part importante du marché aux dépens d'autres pays. Le Pérou, qui a mené une politique tres différente, en a subi les conséquences en ce qui conccrne le cuivre et la farine de pOlsson. Le cas du Chili de Pinochet, qui fait r~ver les secteurs proches du gouvernement, doit conduire a tenir compte de certains aspects concrets. Par exemple, les limites qu'impose a la poursuite de la croissance économique le processus de «tertiarisation» et de « désindustrialisation »(32) de l'économie au cours des deux dernieres décennies. La part de l'industrie manufacturiere dans le PIB est tombée de 24 % a20 % entre 1965 et 1989. Cela a rendu précaires les perspectives de l'économie chilienne, qui réalise 38 % de son PIB a l'extérieur cn) et dans laquelle les matieres premieres (dont 50 % de produits miniers) consti tuent 90 % des exportations (voir tableau 4). Sous le régime de Pinochet. rnalgré l'importance des capitaux venus de l'extérieur sous forme de rente miniere ou de dette extérieure, l'appareil industriel n'a pas été développé. Le maintien du rythme de croissance du PIB (le Chili est l'économie la plus ouverte de la région) dépend done en grande partie des exportations de produits tels que le cuivre, les fruits, le bois et la farine de poisson. La baisse récente du prix du cuivre et les prévisions de baisse pour le moyen terme, ainsi que les difficultés pour continuer a stimuler (par le taux de change, par exemple) les autres exportations montrent qu'il ne sera pas aisé de maintenir ce rythme de croissance. Cependant, apres un long processus de désind ustrialisation relative et de stagnation de l'investissement. l'industrie manufacturiere connalt depuis peu une reprise sensible. En tout état de cause, au Chili les choses ne se présentent pas de la meme maniere qu 'au Pérou : le · gouvernement démocratique quí a pris ses fonctions en mars 1990 jouít d'une relative stabilité politique et le pays est considéré comme a faible risque, ce qui permet l'acces al! crédit intern3tíol1al et I'cntrée d'importants investissements étrangers. Le Chili a égalcment la possibilité de continuer a exporter d'énormes volumes de cuivre malgré la chute des prix, étant donné que ses couts de production sont les plus faíbles du monde~). Aucune de ces conditions n'est présente dans le Pérou actuel. L'expérience bolivienne d'apres 1985 prouve que l'ajuste­ ment peut venir a bout de l'hyperinflation, mais que la reprise de la (32) Voir Gónzalo Martncr, "Chili : la réponse néo-libérale". in C. Ominami (sous la dircction de). Amérique lorifle : les riposres ¿¡ la crise, Cetral-L'Harmattan, Paris. 1988. (.1.1) 'lli r Banq uc mondialc, Rap[lorr sur II! dh'do[l[lolleflr dafls le mOl/de. 1491. (.14) ,,~131!.!ré Sil spécialisation dans des activités en régrcssion au nivcau internalional. le Chill a r¿u~~i jU~4u 'á rrésellt ,¡ augmt:ntér st:s volumés ü'cxrortation au d¿trimcnt d'autrt:~ rroJuctL'ur~ moins compétitifs ". C. Olllinallli et R. L1Jrid. "Le J¿t:!oppemcllt Ju ~t:ctéur L' I~(lr{;ll('ur : ékments ü'évalu3.tion ". Pruhlél1ll's J'l1mú/(!IIC !uli,¡c n 94, ] " trimcstre ]lJSl!. !~ . lll)
  • 21. croissance éconornique pcut difficilcment continuer aetre basée sur ulle économic traditioIlnelle exportatrice dc Illaticrcs premicres 11111l1Crcs. Jusqu'ü maintcnant, en dépit du traiternent pri'ilégié qll'clle re<;oit de la part du SFL la Solivie ne parvient pas a augmenter son PN13 par habitant qui est le plus faible d'Amériquc du Sud, En centrant les possibilités de croissancc sur les exporta­ tions de rninéraux et de produits agro-alimentaires, le gouvernement maintient une spécialisation traditionnelle et en régressioll dans la divisioll internationale du travail. Or : a) On ne pcut faire face á unc plus forte concurrence qu'en créant et en rnaintenant des avantages comparatifs dynamiques, par I'innovation et l'amélioration constante de la productivité. Cependant, dans la mesure ou l'augmentation de la production et de la productivité se généralise dans les principaux pays producteurs, elle peut entraLner la chute des prix internationaux et annuler les efforts nationaux. b) La compétitivité internationale des produits péruviens ne peut pas continuer aetre basée exclusivement sur l'abondance en ressources naturelles et en main-d'ceuvre bon marché. Pour que le Pérou puisse placer ses produits sur le marché internationaL il doit se spécialiser dans des activités en progression et a faible cout relatif au niveau international. c) La croissance basée sur les exportations implique l'éliminatio.n du contexte actuel de surévaluatioll du taux de change; mais cela comporte de sérieux risques d'inflation que le gouvernement doit prévoir. d) Si les exportations doivent etre stimulées de maniere sélective par tout un ensemble de dispositifs, il faut néanmoins tenir compte des difficultés qui seront rencontrées a court et a moyen term~ pour augmenter la production exportable : la grave crise financiere de l'Etat; l'insuffisance des investissements publics (et aussi privés)L"'I, due en grande partie a la profonde instabilité poli tique et au climat de violence; et le manque d'infrastructures de toute sorte, une partie de celles-ci ayant été détruite par le terrorisme Lló1 . Au Pérou, 10 % seulement des routes sont pa'¿es et 70 % des 2500 kilometres de voies fern~es sont dans un état déplorable, Le cout des ports péru~'iens est trois fois plus élevé que celui des ports chiliens. e) La détermination des scctcurs et des produits d'exportation apromouvoir devra résulter d'étudcs détaillécs sur la production. la consommation, les couts. et tcnir compte dc ]'offre, de la demande. des prix intcrn<ltionau et de:, possibilités concretes des producteurs p¿rUiens, En SOl1ll11e, la réinsertion du Pérou dans l'~conomic internationac passc par la rcstructuration de l"appareil productif. la création et le d¿'cloppcment d'a'antages comparatifs. par définition dynamiques, et par l'obtention d'une compétiti'it¿ intcrnationalc. fondéc sur des augmentations de la productivité par une réduction des couts par rapport au pays concurrents. Aucune économie solide ne peut etre (35) L'in'estisseml.'nt inl0rieur hruL qui ;I'ait stagné entre 1%.:' et 19~(), a haiss0 entrl: 19H5 I.'t (}fN ¡ un nthml.' nll'WI1 :mnul: de -l,.:' '(, (,,(,) fU c¿lUr, 'dL'~ Ji J~'rnl¿'re~ ;tIl1l0l:s , k~ penes l11at0r¡elk, Juo ;t des del:, <le ,ahotage '(lllt l'';l!UI.'L'S :1 ~,' mi¡;trj, tk do;¡rs, el.' ljlli e(Jrre~p(lIlJ ;1 pi u, JL' ,ix années d'expvrtations Illt;¡!t:S ¡Ju ]'0rllu . L:t ILkIlL'L' I.'~t UIl dc, rrillL'q)dUX faC:::ur, LjUI empce!1l:nt I;t rL'prisl: des 111l:StISSL'I11Cllb, L':lr 1,1,'11 IlL; 11111li.:rI.' 01 rrL'ei<:r.1ent U111.' J ::~ (Ibk., prlikgil.'l:s ¡JI.', ;¡ttcntat, !c' rHlrIQL" Problemes d'Amérique latine N° 4 jan ,mars 1992 Pérou: crise minlere el réinsertion inlernalionale 89
  • 22. Problemes d'Amérique latine ;¡ -rnars 1992 .¿ CQ J crise miniere e: réinsertion internationale 90 cOllstrllitc sur la base d'un protectionnisme sans distinction, de subven­ tions et de controles arbitraires des prix, de sllréval11ations démagogiques du taux de change. Le Pérou doit perdre l'illllSioll qll'il peut al1léliorer son inscrtion internationale par ['octroi de sllbventions ~l la production et ~l l'eportatiol1 de produits manllfacturéso L'cxpériel1ce latino-améri­ caine a démontré que cela fi[lit toujours par aggraver les tendances déficitaires du secteur public(ol7)o Un nouvcau discours commencc ü se faire entendre dans la régioll, comme par exemple : «La politique économique de l'Amérique latine doit accorder la priorité aux exportationso oo Dans cette optique, la réduction des obstacles au complerce est une étape initi.ale indispensa­ ble mais insuffisante »( 0 1 :;). Ce probleme se pose aussi au Pérou, mais la question essentielle POu( ce pays est de trou'er la voie d'une spécialisation internationale efficace, dans le but d'atteindre des objectifs de croissance économique soutenue. 11 est tres dangereux, en pleine troisieme révolution industrielle, de vouloir faire reposer la croissance économique sur I'exportation de produits de base qui sont en difficulté dans le commerce international. Dans le cas des produits miniers, il faut tenir un tres grand compte des tendances défavorables de la consommation et des prix et de la désorganisation des marchéso Ainsi. O. Bomsel affirme-t­ il que les gránds projets miniers d'exportation dans le tiers monde ont peu d'a'enir et que: «on voit nH~me de grands exportateurs (Zambie et Chili pour le cuivre) rechercher dans les pays consommateurs des participations dans des unités de transformation. Finalement, les nouvel­ les formes d'investissement associent les producteurs et les c1ients consommateurs en développant de nouvelles modalités de financement et en établissant de nou'eaux liens d'intégration verticale. L'industrie miniere est une industrie tres lourde en capitaL qui fournit un produit standard. qui ne bénéficie d'aucun avantage qualitatif, dont la demande internationale est devenue imprévisible et qui est devenue une activité :1hallt risque »(;~). • La définitioll des sccteurs exportateurs cst importante pour la détermination des bases de la nou'elle croissance péruvienne ~linsi que pOllr le financement de la rccoT1'ersion de l'appareil productif interne et pour le paicment de la dettc cxtéricure . Mais. ce qui est le plus important c'est la néccssité de réoricnter l"appareil de production cssentielkment en fonction des bcsoins internes. De 1951 a 19~9. la production nationa1e de blé cst passée de 157000 tonncs ~l 14<JO()() tonnes et res Péru'iens importent <lctLIelkmcnt <JO Clc du blé lJu'ils consomment. Ccpcndant. au cours de celte llleIllC période, la production dc cui'rc est passée de 32000 tonnes ;'1 364000 tonnes et le Pérou exporte 90 % du cuiTe qu'¡¡ produit. Une tel,le logiquc de production ne peut etre mainlcnue, Dans ce domainc, l'Etat a. COTllTlle le Jémontrc I'expéricnce ·(-'7 ) O,)ir blti~¡ Uarh~r;¡. «l.:1 in ,~' r(i)fI n)ll1~r(i;iI J~' :llléril:1 1:¡tiIU o·o N,'I"/S[II d(' /tI ("('{)(// 11' .¡ l. :I)út 1}~Oo (3S ) C), ;t1J,) R,):tlc~. «C0ll1I1Ctili Id:ld . prpdllcliíd:IJ ~o 1I1, ..:rci()fl l't l' IILI ,k :I11L'ril';¡ LI(III:I 00 0 ( o"/I /,ore,,' ,' [,or/or o 01 0 .¡() . 11" :-; 0 kil') o ;<lllt I<)'JII . [' 71 lo ( .~l)) ' < ,~; () ll<IIli , ~ol, "í' <'11 .. !"'I( I
  • 23. illternatiollalc réecntc, unc importancc capitalc . La stabilisatioll, c'cst­ ¡-dire le contróc dc I'illflatioll et la réduction du déficit budgétairc, cst importantc mais insuffisantc. Une stratégic spécifiquc d'illdustrialisatioll par substitution dcs importations a échoué, l11ais lc Pérou cst Cll mesurc dc pratiquer la substitutioI1 dcs importatiolls agrienlcs et industriclles. Un dcs moyens de reI1vcrser la tcndancc ú la détérioratioI1 dcs tcrmcs de I'échange est d'augmenter la productivité dans le secteur agricole, qui produit pour la consommation internc, et de réduire aiI1si l'énorme dépcndance alimentaire. La solution de rechange pour le Pérou pourrait ctre une combinaison efficace du maintien de certaines exportations et dc la substitution d'importations, . Pour le moment, les décisions du gouvernement Fujimori ­ comme l'ajustement brutal d'aput 1990 et les mesures qui ront suivi ­ ont un cout social élevé et peuvent donc cOllduire a une aggravation des conf1its sociaux si eIles ne donnellt pas les résultats attendus. Par son origine populaire, quí le libere des engagements avec les groupes traditíonnels de pouvoír, le gouvernement actuel a la possíbilité historique de mettre en route la reconstruction de I'appareil de productíon. En mcme temps, l'ajustement a entrainé, sur le front interne, un rnouvement de revendication sociale croissante qui peut se radicaliser et aller jusqu'a <lnéantir tous les efforts réalisés jusqu'a maintenant. N'ayant ni rnajorité dans les chambres do Congres, ni un parti organisé (il commenee mcme a se fissurer), ni une influence dans les différentes organisations de travailleurs ou d'employeurs, le gouvernement peut voir s'éloigner les possibilités d'ímposer la négociation et la concertatíon en vue d'établir un pacte social capable d'apporter au pays la stabilité politique nécessaire et suffisante pour appliquer les mesures que la gravité de la situation exige. L'expérience internationale des deux dernü~res décennies montre que les pays en développement qui Ollt atteintles taux de croissance et de développement économiques les plus élevés sont ceux quí ont appliqué unc stratégie er des politiques économiques cohérentes et souplcs, adaptées au changement de I'économie mondia)e. f'1ais ce sont aussi ccux qui se sont dotés d'une stabilité politique relative et durable. ~lSSUraI1t. en dé pir des changemcnts de gou'ernel11cllt. la COlllilluité ct le sens de la srr3régie et des politiques fondamentalcs. Problemes d'Amérique latine Jan -mars 1992 Pérou crise mlniére el réinsertion Interna!lonaie 91