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Rotary Paris

         Conférence de Monsieur Henri LAGARDE du 5 septembre 2012

      « France-Allemagne : du chômage endémique à la prospérité retrouvée »


Bonjour. C’est un honneur d’être parmi vous. Je signale tout de suite que ceux qui le
désirent peuvent recevoir un résumé de ce que je vais dire, et surtout la totalité de
ma présentation, soit 39 slides + 8 pour les annexes par mail, bien que nous n'en
présentions aujourd'hui que le tiers, pour respecter le temps qui m'est imparti.
Ce que vous verrez ici est donc un résumé de résumé; Mais je pense qu'en n'ayant
même que cela, vous verrez ce dont il s’agit.
La désindustrialisation de la France est un problème qui m’obsède depuis huit ans
au moins. J’ai donc écrit un livre pour en parler, analyser les causes et proposer des
remèdes (Cf. titre ci dessus, chez un libraire ou chez FNAC.com, Amazon...).

J’avais choisi le titre de ce livre, parce qu’à l’École de Paris – c’est-à-dire les Mines –
ils me l'avaient fait retenir pour ne pas être trop alarmiste, alors qu'en fait j'aurais dû
en rester à mon souhait initial: "France Allemagne, (ou mieux encore, "France
Europe du nord, Chronique et autopsie d'une désindustrialisation programmée".



Comme vous le verrez, notre vrai problème est celui des charges pesant sur
l'industrie en France, par rapport à l'Europe du nord, et plus particulièrement par
rapport à notre grand voisin et ami, l'Allemagne. Je vous donnerai d'abord quelques
chiffres, et vous verrez:
       A - le poids des charges qui pèsent sur l'industrie française en France, et nous
        verrons que nous avons là un problème vraiment gravissime;
       B - les raisons de ce déséquilibre, et la façon dont les pays du nord de
       l'Europe, et certains autres pays lointains, (Nouvelle-Zélande, Australie...), ont
       su rebondir tels des "pays Phoenix" senior;
       C - et ensuite les voies que nous pouvons prendre, nous aussi, pour en sortir.



Je voudrais simplement vous indiquer au préalable que j’ai retenu une méthodologie
peu utilisée en France, celle de la "micro-économie", c'est à dire la comparaison des
chiffres de deux "petites" entreprises de 18.125 K€ de chiffre d'affaires (CA)
chacune, l'une française, dont je suis l’actionnaire de référence, et son cousin
2


allemand lui aussi essentiellement fournisseur de l'industrie pharmaceutique, dont le
chiffre d'affaires est presque comparable au nôtre, et qui fait le même métier dans les
acides aminés, c'est à dire les 22 constituants de base de la protéine, source de vie
pour tout être vivant: végétal, animal ou être humain; J'ai simplement légèrement
corrigé d'un petit multiple les chiffres de l'une, pour que toutes deux aient exactement
le même chiffre d’affaires; puis en appliquant ce même multiple, j'ai comparé leurs
charges, coûts et résultat.
Et vous voyez déjà que, même à productivité égale, nous parvenons à un résultat
tout à fait différent. Celui des Allemands (Basse Saxe) est au moins 2,4 fois
supérieur, et leur prix de revient final est inférieur d'au moins 16 % à celui de chez
nous (dans le Morbihan, où pourtant chacun travaille toujours beaucoup).
C’est tout un ensemble de choses qui conduit à ce résultat tout à fait différent. Celui-
ci est au total 2,4 fois supérieur chez eux, et leur prix de revient final est inférieur d'au
moins 16 % à ceux de chez nous (Cf. tableau de la page 5).



A - Considérons tout d'abord les prélèvements obligatoires et la fiscalité. Vous
voyez tout de suite qu'en France, ils sont de 4 niveaux au moins: les cotisations
sociales,   les   taxes   locales   /   régionales,   l'impôt   sur   les   bénéfices   (IS):
1 - les cotisations sociales part employeur tout d'abord: pour un taux de base de
48 à 50 % des salaires bruts, elles sont au final en France de 38,1 % (1.406 K€) soit
7,9 % du chiffre d'affaires et 77,8 % du RCAI;
Contre, en Allemagne, un taux de base employeur de 20,9 % (Cf. détail en annexe),
un plafonnement de ces cotisations employeurs, et un réel de 16,6 % (576 K€) soit
3,1 % de CA et 13,9 % du RCAI Allemand;
2 - Viennent ensuite les taxes/impôts locaux/régionaux: en France, ceux-ci sont
payés avant même le calcul du RCAI (Résultat Courant Avant Impôts) et ce sont
donc des taxes, payables même si l'entreprise est en pertes.
Il y en a au moins une douzaine:
       a - d'abord les Taxes, avec d'abord celles de base: la CFE (Cotisation
       Foncière Entreprise) et la CVAE (Cotisation sur la Valeur Ajoutée Entreprise),
       qui ont remplacé en 2010 la mémorable taxe professionnelle, la "taxe la
plus   bête du monde" selon M Chirac, son créateur; beaucoup de politiciens et
       journalistes tendent aujourd'hui à répéter avec une constance désarmante,
       que cette taxe a été supprimée !...        Elle a été en fait remplacée, en 2010
       seulement, par 2 autres (CFE et CVAE), dont le seul mérite est d'être
3


           plafonnées à 3 % de la valeur ajoutée, contre 3,5 % auparavant, ce qui fait
           que vous aurez "toujours" à les payer; ici en 2010, au niveau de 1,5 % du CA
           (268 K€ soit 1,8 du CA et 14,6 % du RCAI), et bien davantage plus tard (Cf.
           tableau 11), même si l'entreprise est en pertes, comme en 2008, avant que
           nous ne la rachetions.
           Puis vous trouvez une dizaines d'autres taxes (Cf. Annexe) dont le
           montant est de 322 K€ (soit 1,8 % du CA et 17,6 % du RCAI);
           Soit un total de 32,2 % du RCAI 2010 pour ces seules taxes locales ou
           régionales payables même en cas d'entreprise en pertes.
           En Allemagne, toutes ces taxes sont regroupés dans un impôt local, la
           "Gewerbesteuer" de 7 à 17,25 % du RCAI, (14 % en moyenne nationale), et
           donc à payer que s'il y a RCAI positif, donc profit;

Il existe en outre dans ce pays que 4 petites taxes 1 écologiques, pesant au maximum
que 1,2 % du RCAI.

Il y a ensuite le prix des intrants et de la matière première qui sont autrement
plus bas en Allemagne. Nous n’avons en effet par exemple plus de fabriques de
soude à l'ouest de la France et nous ne produisons que 7 % environ de la soude
européenne, ce qui fait que l’acide chlorhydrique ou la soude, nos deux intrants de
base, sont par exemple deux fois plus chers que chez les Allemands qui produisent
45,5 % de la soude européenne; nous avons de plus et bien sûr un coût de transport
exorbitant: en moyenne 50 % du prix de la soude car celle-ci ne peut voyager qu'en
cuves spéciales époxy (1,91 € du Km pour le seul transport, soit plus 50 % de son
prix !).

Enfin, nous ne produisons quasiment plus ces équipements industriels très
spécialisés en France, et devons les acheter en Allemagne ou au Danemark, ce qui,
de l'avis même des fournisseurs, les renchérit d'au moins 5 à 15 % + SAV à distance
!.

3 - il y a ensuite l'IS, impôt sur le bénéfice, dont le taux de base est, en France, de
33,3 % (30,6 % payés en 2010), contre 15 % de base en Allemagne, et 14 %
effectivement payés en moyenne dans le pays et 14 % de leur RCAI en 2010;

4 - les Allemands ont ensuite un impôt très spécifique à payer, l'impôt de
solidarité, de 5,5 % des revenus, créé lors de la réunification du pays en 1992, qui
concerne:
1
  Taxe sur les voitures de cadres dirigeants, taxe sur leur carburant, sur la consommation
électrique et sur les acquisitions immobilières.
4


          - autrement plus les particuliers, puisque tous leurs salaires et revenus sont
          frappés à ce taux de 5,5 %;
          - que les entreprises, puisqu'elles ne le paient qu'au niveau de 5,5 % de leur
          impôt local, la Gewerbesteuer, soit ici 5,5 % de 11,2 % = 0,62 % de leur RCAI
          2010;

On voit très bien là à travers cet impôt de solidarité une confirmation du choix des
Allemands d'avoir une fiscalité frappant surtout les particuliers et en faveur des
entreprises;

Au total, l'entreprise française a payé en prélèvements et impôts:
       a - 77,8 + 32,2 + 30,6 = 140,6 % 2 de son RCAI 2010 en prélèvements divers
       (ou 113;9 % si nous avions les normes allemandes où les impôts locaux, la
       Gewerbesteuer, n'est payée qu'après le RCAI et à proportion de celui-ci); !.
       Et encore il s'agit d'une entreprise française en profit !
       Sinon le taux des prélèvements serait ...infini !

          b - alors que l'entreprise allemande n'aura payé que 40,9 %, soit 3,4 fois en
normes françaises (et 2,8 fois en normes allemandes) moins de prélèvements
obligatoires (Cf. mes slides 9 et 10 du diaporama)

C’est tout un ensemble de choses conduisant bien sûr à un résultat tout à fait
différent. Ce résultat est au total 2,4 fois supérieur chez eux, et leur prix de revient
final est inférieur d'au moins 16 % inférieur au notre.

En revanche, nous verrons que toutes les grandes entreprises française (GEF type
CAC 40 et très internationales) ne payent quasiment pas d’impôts en France.

Je me suis amusé à reprendre les chiffres de l’affaire allemande. Je prends une ETI 3
française et je prends la GEF 4 (Grande Entreprise Française). Nous savons qu'on ne
parle pratiquement que de ces GEF en France, et que par exemple les 12 personnes
que M. François Hollande à reçu la semaine dernière n'étaient que des dirigeants ou
anciens dirigeants de ces GEF. Je rappelle que ces grandes entreprises françaises,
notamment celles du CAC 40, ont 4 millions de salariés à l’étranger, et 2 millions
seulement en France. Je rappelle aussi qu’elles ne payent que 8 % d’IS en moyenne
en France et très peu à l'étranger. Avec cela, notre président a l’impression d’avoir
reçu l’économie française; c’est irréaliste !
Total – je l’explique dans mon livre – qui est la première entreprise du CAC 40 en

2
  Ou autour de 122,5 % pour une micro-entreprise, fabricant des produits, de moins 20 salariés et réalisant moins 777.000 € de
CA et 75.000 € de RCAI, (et moitié moins si elle ne vend que des services), et qui ne paient que 15 % de base en IS au lieu de
33,5 %) donc 122,5 % de prélèvements divers de son RCAI (ou 114 % si nous avions les normes allemandes);
3
  Entreprises de Taille Intermédiaire française de 250 à 4.999 salariés et moins de 1,5 milliard de CA.
4
    GEF: Grandes Entreprises Françaises, type CAC 40...
5


termes de profits (12 à 14 milliards d'€ après impôts), ne paye quasiment aucun
impôt sur le bénéfice en France. Là, (Cf. slides 9 à 11 de ma présentation) vou s avez
les cotisations sociales pour lesquelles ces GEF sont très favorisées par le fait
d'avoir au moins 70 % de leurs salariés à l’étranger; je n'ai pris pour taux de
cotisations sociales employeur à l'étranger, que celui de l'Allemagne (20,9 % des
salaires bruts), et leurs taxes locales qui sont également fortes.
Donc, en résumé, là encore, vous voyez au final un écart fabuleux:
       - 140,6 % d'un RCAI de 10,1 % pour les Petites et Moyennes Entreprises
       (PME) comme la notre, et ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire), c’est-à-
       dire entre 250 et 4.999 salariés et de moins de 1,5 milliard de chiffre
       d’affaires);
       - 62 % pour les GEF (Grandes Entreprises Françaises);
       et autour de 41% pour les entreprises allemandes qui sont pourtant loin d'être
       les mieux positionnées en matière de prélèvements obligatoires en Europe
       (Ex: Danemark: 0 % de cotisations sociales employeur et 28 % (centraux +
       régions) pour les impôts sur le RCAI.

Ces pays comme le Danemark ont en effet, des charges sociales (employeur) de
zéro pour cent, et désormais il y a de plus en plus de pays qui suivent cette stratégie
du 0 %. En France, on appelle encore ces prélèvements "charges patronales »
comme au XIXeme siècle !. En Nouvelle-Zélande, en Australie...etc. elles sont de 0
%. Pourquoi ? Parce que ces pays ont estimé que faire payer toutes ces cotisations
par l’entreprise, c’était vraiment pénaliser l’emploi et qu’il valait mieux les faire payer
par le budget général et favoriser des emplois. Nous y viendrons un jour, m ais quand
? Tous nos savoir-faire, toutes nos traditions industrielles auront alors disparu.
Travaillant cette année dans les Commissions sur la Compétitivité française de
Bercy, j’ai eu des énarques avec moi qui ont découvert cela en commission; ils ont
été très surpris, puis m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas proposer de faire comme en
Allemagne, c'est à dire d'indexer les taxes locales sur le RCAI, parce qu’il y aurait
des années où les communautés locales auraient zéro, puisque dans ce pays, si
l’entreprise perd de l’argent, elle ne paye rien. Je leur ai demandé s’ils voulaient
sauver les emplois ou non. Or une entreprise qui perd de l’argent a beaucoup plus
de mal qu’une entité locale administrative à emprunter ou à trouver de l’argent.
Nous avons vraiment tout faux et à l’envers en France.

Je passe sur toutes les remarques, sur les plafonds allemands en matière de
cotisation sociale (maladie, retraite...etc.), vous pourrez regarder cela à tête reposée
6


dans les annexes de mon diaporama. Toutes ces cotisations sont plafonnées en
Allemagne; A partir d’un certain taux de salaire, l'entreprise n'a plus à cotiser, ni pour
les retraites ni pour les charges sociales...etc. Aux salariés de cotiser eux-mêmes au
delà de ces plafonds s'ils le souhaitent.
Par ailleurs, du fait qu’il y a en Allemagne beaucoup de Roumains ou de Polonais qui
sont à 4 à 7 francs de l’heure + charges sociales (entreprises sous-traitantes tout à
fait légalisées par Bruxelles !), ce pays renforce d'autant plus sa compétitivité.



A l'inverse, en cas de crise, si toutes les entreprises européennes font un CA de
moins - 30 %, l’Allemand, comme vous le voyez (slide 6) aura encore un résultat
positif. J’avais travaillé avec un Allemand qui possède des entreprises en France et
en Allemagne; il est très frappant de voir comment il a pu régler ses problèmes
pendant la crise.
En Allemagne, en 36 heures seulement, et par un seul fax, il a eu l’accord pour
pouvoir diminuer ses effectifs allemands en 2009. Tout ce personnel mis au
chômage, il continuait à le payer et trois semaines plus tard il était remboursé, non
seulement pour le corps du salaire, mais aussi pour les taxes sociales, et pouvait
plus tard les rembaucher, à tout moment, selon ses besoins, dans le cadre d'un CDD
provisoire.

En France, il a essayé d’obtenir quelque chose – quoi que ce soit – et il a arrêté ses
démarches au bout de trois mois, car c’était trop bureaucratique, trop long, trop
compliqué, et pourtant son bureau d'inspection du travail en charge de donner un
accord pour mettre ces personnes en chômage technique de crise (indemnisations
qui auraient été beaucoup plus faibles qu'en Allemagne) étaient dans la même ville!.
Bien sûr, les très grandes entreprises françaises s’en tirent beaucoup mieux, parce
qu’elles ont des avocats spécialisés qui ont épaulé leurs DRH, + le chantage à la
délocalisation...etc.

Dans le tableau macro-économique qui suit, vous pouvez voir quelque chose
d’essentiel, qui est l’importance de l’industrie dans la vie économique d'un pays.
Aujourd’hui, l’industrie doit faire 11 % à 12 % du PIB français, c’est affreux (et non
pas 16 ou 18 % comme l'affirment certains). Il faut savoir que la balance
commerciale de tout pays est essentiellement faite par les produits industriels.
Si nous comparons les grandes masses, nous verrons que les produits agricoles et
le luxe sont quasi marginaux.
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Ni le tourisme, ni les services (financiers et autres) ne peuvent ensuite compenser
dans la balance des paiements un déficit de balance commerciale; Pas même
l'Angleterre et sa City, l'Espagne ou la Grèce et leur tourisme, et bien sûr les USA et
leur puissance mondiale...etc. Et dans tous ces pays déficitaires commercialement,
le taux de chômage est bien sûr le plus élevé. J’ai noté pour la France 9,8 % de la
population active au chômage, et nous sommes maintenant à plus de 10 %, mais en
fait, nous avons beaucoup plus de chômeurs que cela. Nous avons ici les chômeurs
de classe A, B et C, mais si je compte les chômeurs de A, B, C, D et E, c’est-à-dire
ceux qui sont au RSA et autres formules trompeuses (pseudo auto-entrepreneurs...),
toutes parfaitement recensées par Pôle Emploi, nous arrivons à plus de 16/18 %,.
0n nous ment donc complètement sur les taux de chômage en France, et l'image de
Fourastié d'une économie où les emplois du futur reposeraient sur le tertiaire et
notamment les services s'avère fausse, car c'est en fait le secondaire, c'est à dire
l'industrie, qui alimente une grande part du tertiaire en services multiples.

Vous voyez que les pays qui sont négatifs en balance commerciale sont aussi
négatifs en balance des paiements. L’Italie pourtant plus industrielle que la France, la
Pologne, l'Espagne, le Royaume-Uni, ou les USA qui sont très négatifs en balance
commerciale, ont une balance des paiements tout aussi négative, avec, bien sûr,
beaucoup de chômeurs. Nous voyons que l’industrie est vraiment le socle
économique et d'emplois de chacun des pays.

Si nous continuons, nous voyons qu’en ce qui concerne notre balance commerciale,
l’introduction des 35 heures a été un formidable accélérateur de notre déclin. En
2002 et 2003 notre balance commerciale et donc notre balance des paiements
étaient encore positifs. L’an passé, nous avons été à - 69,7 milliards (dont - 40
milliards pour.nos seuls échanges avec l'Allemagne !); et je pense que cette année,
nous serons à 80/ 90 milliards de déficit commercial. Nous sommes dans une
situation vraiment effroyable. Vous avez ici l’export et l’import, vous voyez où nous
en sommes. Il y a un écart de 275 milliards d’euros avec l’Allemagne (- 70 pour nous
et + 205 pour les Allemands, qui sont pourtant dans l’euro et ont quasiment le même
système de protection sociale et d'éducation que les nôtres.
Et cessons de nous plaindre de la Chine: 60 % de notre commerce extérieur se fait
dans la zone euro, et près de 80 % en Europe, ce qui veut dire que les
antimondialisation sont dans l'erreur la plus complète.
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Je donne ici (slides 23 à 27), deux exemples de ce que j’appellerai les "pays Phoenix
senior", pays qui ont réussi à renaître en compétitivité industrielle. Ils ont connu dans
les années 80 / 90 déficits, inflation pour certains et chômage...etc.

Je parle des Danois tout d’abord. Poul Schlüter, en 1982-1992, qui était d'ailleurs,
chose étonnante pour ce pays "social démocrate", un Premier ministre de centre
droit, le premier depuis 81 ans; Il disait que « Capitalisme et économie de marché
sont semblables à un tigre : une puissance dont nous allons utiliser la force, mais
aussi nous assurer qu’il ne blesse pas le peuple ».
Ses mesures furent spectaculaires:

   •   suppressions de l'échelle mobile des salaires (indexation des salaires sur au
       moins l'inflation), ce fut la première mesure qu’il a prise... Et d'ailleurs cela fut
       supprimé également en France, mais.... par la gauche, en 1983 (sauf le
       SMIG).

   •   réduction massive des emplois publics, et kartoffelkur – c'est à dire le dialogue
       avec les syndicats mais avec un objectif majeur: "ne plus manger que de la
       pomme de terre bouillie" tant que l'économie ne serait pas rétablie...

   •   charges sociales ramenées à 0 %. Deux ans plus tard, ils en ont tout de
       même recréé une, mais à la charge seulement du salarié: 8 % pour les
       retraites complémentaires.

   •   impôts (taxes locales +IS) ramenés à 28 % (et 14 % pour les coopératives);

   •   réduction drastique du train de vie de l’État en central et en régions;

   •   taux normal de TVA fixé à 25 %,... même pour les produits alimentaires !.
       Seuls sont à 8 % les médicaments, médecine, livres, transports en commun et
       évènements sportifs; Pour eux, ne pas avoir l'alimentation à 25 % est quelque
       chose "crazy and démagogic"! m'ont ils répété.

   •   impôt sur les personnes de 36,8 à 62,5 %; Je rappelle que nous sommes
       aujourd’hui autour de 55 %, et bientôt 60 % en France, c’est-à-dire 40% +
       CSG, ISF et divers; Nous ne sommes pas trop loin, donc de leur 62,5
       %;...pour ne pas parler du 75 % ... !!!

   •   création d'un impôt écologique le punktafgifter, frappant les voitures
       particulières, à 100 % au moins (+ la TVA), les herbicides, chewing gum...etc.
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•   Je suis allé voir un de mes cousins de cousin danois établi là-bas, qui produit
    des porcelets, cette fiscalité m'a-t-il dit ne les pénalise absolument pas

    Puis ce fut en 1993, un gouvernement de gauche qui créa la flexisécurité,
    c’est-à-dire le licenciement quasiment sans aucune formalité (dans un pays
    qui a un taux de syndicalisation au moins 10 fois supérieur au notre ! (plus de
    65 % contre 5 à 6 % au global en France).
    L’homme licencié reçoit durant 12 mois 90 % du salaire s’il a un bas salaire –
    les hauts salaires sont beaucoup plus pénalisés – mais il a une formation
    d’activation obligatoire, si besoin trois écoles successives. Je peux vous dire
    que cela incite très fortement les gens à reprendre très vite le travail.
    Retourner à l’école et ne plus être payé en cas d'absence motive chacun
    d'entre eux, et surtout les cadres supérieurs parait-il. Ils ont droit à deux refus
    de poste puis accepter le troisième, même si le salaire n’est pas au même
    niveau de leur salaire antérieur.

•   Suppression en 1997 de l’ISF par un gouvernement de gauche. (là encore
    j'entendis plusieurs fois les mots "archaïc and crazy"

•       90 %      des     impôts    sont     à     la    charge     des     ménages.
    Il est très important d’expliquer à chacun, me dirent-ils, la "théorie des
    impôts" : ceux-ci peuvent être payés soit par les entreprises, soit par les
    ménages. En fait, "cela ne revient pas au même", m'expliquèrent-ils.
    Car toute entreprise qui reçoit un impôt supplémentaire, si elle est en position
    de force, peut faire comme je l’ai fait moi-même dans ma vie professionnelle à
    certains moments: encore augmenter ses prix.
    Si par contre, cette entreprise perd structurellement de l’argent, elle arrêtera
    son activité; Je délocalisais mes appareils de radio à Singapour par exemple
    (j'étais patron de la radio chez Philips en 1971) et je fermais mon usine
    française de Rambouillet le jour où j'ai compris que nous ne pourrions pas
    nous battre contre le Japon, puis Hong-Kong, Taiwan, Singapour, puis contre
    aussi la Thaïlande....et il ne reste aujourd'hui aucun fabricant de radio ou
    télévision, dans aucun pays d'occident, ce qui montre bien l'aveuglement de
    ceux qui, extérieurs à la profession, portaient des jugements péremptoires à
    l'encontre des grandes marques occidentales de ces produits: "manque de R
    et D", "timorés"...etc.
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La suppression des charges sociales entreprise est un moyen de mieux payer le
salarié, tout en devenant plus compétitif. J’ai rencontré deux Ukrainiens dans cette
entreprise danoise de porcelets et on m'a remis copie de leur feuille de salaire:
chacun d'eux gagnait encore 1.250 euros nets, une fois ses impôts et charges
sociales payés (8 % pour la retraite complémentaire). Et j'appris ensuite que 3 mois
plus tard, ils quittaient cette ferme pour un meilleur salaire encore ailleurs !!

Donc, la révolution danoise, c’est une pression fiscale via l'IR, la TVA et les Taxes
"Punktafgifters" sur tous les ménages, et un renforcement de la compétitivité des
entreprises, notamment sur la base d'impôts nettement diminués. Plus de 90 % des
impôts et charges sont donc directement payés par les ménages, quasiment tous
perçus à la source, donc psychologiquement moins douloureux, et sauf pour la
médecine, me dirent-ils, et pourtant "l'Etat providence y est même plus fort qu'en
France" !.
Leur feuille de salaire est ultra simple: six lignes, prélèvements (impôts) inclus...

Ils ont aussi une spécialité, le Punktafgifter, c’est le fameux impôt écologique pour
tout ce qui est incivique, par exemple le chewing-gum, les voitures qui payent au
minimum 100 % de taxes supplémentaires, les tabacs, les alcools, les chocolats, les
désherbants également ... Ces contributions ne concernent bien sûr que très
marginalement les entreprises.

Les taxes locales et l'IS ne sont qu'à 14 % pour les coopératives, ce qui me parait
injuste pour les autres entreprises privées....mais je ne suis pas Danois... Il y a aussi,
au Danemark, de fortes entreprises familiales qui continuent à se renforcer, souvent
via des trusts tel par exemple Heineken..
Nous sommes dans le Morbihan en train d’acheter pour 5,5 millions un système de
séchage, 2 Danois ont de loin les meilleurs appareils, en prix et en performances.
Même les produits allemands sont en dessous.



En Allemagne, c’est une adaptation qui a été plus graduelle. Ils ont depuis longtemps
la "Tarifautonomie", ce sont les alliés qui avaient imposé de revenir à cette idée de
Bismarck. Ils ne voulaient plus que les politiciens interviennent dans les négociations
salariales: nombre d’heures de travail ou salaires, transformant toute négociation en
guerre de religion...etc. Les politiques peuvent certes parfois se faire entendre, mais
ils ne vont entrer dans aucune négociation, alors qu’en France, dans toute
négociation, vous avez l’État. Automatiquement, nous créons de nouveaux cas, une
11


nouvelle jurisprudence, et ont s'éloigne de la réalité du marché et de la compétitivité.
C’est très important. Syndicats et entreprises ont donc un rôle fondamental dans ce
pays pour tout problème de salaire ou de compétitivité.



Je rappelle par exemple qu’en 1971, le Hudson Institute nous expliquait comment la
France dépasserait en 15 ou 20 ans l’Allemagne de l'ouest en richesse par habitant.
Cela ne me faisait pas plaisir, car personnellement j’aurais préféré les dépasser dans
un délai de 5 ans. Nous en sommes désormais très loin ! Pendant quelques années,
ils ont eu Willy Brandt qui était un beau politicien, mais qui était très mauvais en
économie. Ensuite, ils ont eu Helmut Schmidt, lui aussi de gauche/SPD mais très
réaliste, qui a mis en place des plans de rigueur drastiques : réduction des coûts des
Länders, réduction des salaires des fonctionnaires, mesures imposées aux
entreprises. La phrase qu’il répétait au moins une fois par semaine est la suivante :
« Les profits d’aujourd’hui de nos entreprises, sont leurs investissements de demain
et les emplois d’après-demain ».      Ce qui est intéressant, c’est que les sociaux-
démocrates, c’est-à-dire Gehrard Schröder, ont continué cette stratégie, nous en
parlerons tout à l’heure.



Il y a encore bien d’autres pays que je n'ai pas le temps de citer ici, qui eux aussi ont
repris en main leur stratégie.

Pour ce qui est des sociétés allemandes, les charges sociales employeur ont été
baissées en 25 ans nous l'avons vu, à 20,9 %, 16/17 % en compte réel . La part
salarié est restée à 22,5 %.       Il faut savoir que l’État prend en charge 30 % du
budget de la Sécurité sociale en Allemagne, justement pour soulager les entreprises.
L’IS, Impôt sur les Résultats des sociétés a progressivement baissé de 56 % à 15 %.
La Gewerbesteuer, dont j'ai déjà parlé, impôt local perçu par les Landers, a été mise
sous contrôle par le législateur allemand: de 7 à 17,25 % du RCAI.
La taxe de solidarité, nous savons qu’elle ne coûte pratiquement rien aux entreprises
(0,77 % du RCAI en moyenne).
Si donc mon entreprise ne gagne plus d’argent, je paye zéro impôt , et n'aurais à
subir que les cotisations sociales (20,9 % de base, mais avec un plafonnement des
cotisations à 45.900 et 67.200 € annuels (et encore moins dans les anciens Landers
de l'est, Cf. Annexe 41), ce qui ramène le taux réel final autour de 16 / 17 % des
salaires...
12


J’oublie quelque chose qui est très important en Allemagne: ce sont les sociétés en
nom personnel, qu’elles aient pour actionnaire une ou plusieurs personnes qui
possèdent cette société: ils ne payent que l’impôt sur les personnes physiques, si
telle est leur option..

Depuis Schröder, lui aussi de gauche (SPD), il y a eu les accord Hartz et de
Pforzheim et le fameux "Agenda de compétitivité 2010". Ils ont copié la
flexisécurité du Danemark, réduit de 24 à 12 mois la durée de prise en charge du
chômeur, et ils autorisent désormais les entreprises à négocier directement
d’entreprise à salariés au lieu de devoir obligatoirement passer par les syndicats de
branches. Toutes les discussions se déroulent donc autour de la même chose : "la
compétitivité de l’entreprise".
Ils ont tout de même bénéficié énormément – et ils ont su l’exploiter – du réservoir de
l’Est, pour produire des composants Et chose dont ils ne parlent jamais, ils sous-
traitent beaucoup dans les pays de l'est (salaires dans ces pays), ou en Allemagne
auprès de sociétés de ces pays, à 4 à 6 euros de l'heure + charges à payer à due
proportion des tarifs sociaux de ces pays !...).. Par exemple, tous les composants de
Porsche sont quasiment tous fabriqués à l’Est de l’Europe et ensuite montés à
l’Ouest pour pouvoir dire que c’est made in Germany. Certains abattoirs que j’ai vus
emploient des personnes à 4 euros de l’heure, des Roumains. Vous avez 70
personnes dans un local, dont un avec un casque de couleur différente, c’est celui
qui parle allemand et transmet ordres et consignes. La salle suivante emploie des
personnes à 7 euros de l’heure, ce sont des Polonais. Vous voyez la différence. Et
bien sûr, les charges sociales sont à proportion, donc très faibles.

Ici, je voulais vous montrer quelque chose pour tuer une idée qui court toujours.
Vous pourrez le lire chez vous beaucoup plus tranquillement. Il s’agit simplement de
prendre l’évolution du taux de TVA et l’évolution de l’inflation, sur 4 pays européens
Allemagne, Grande-Bretagne, France et Danemark, et année après années, sur 30
ans (Cf. slides 28 et 29 ou pages 94 et 115 du livre); En résumé vous verrez, et ce
sont là des faits contrôlables qu’il n’y a jamais eu aucune inflation créée par la TVA,
et que cela se comprend très bien sur le plan théorique (Cf. pages 115/116).

Vous avez schématiquement deux façons d’avoir de l'inflation : soit mettre trop
d’argent sur le marché, ce qui crée automatiquement de l’inflation, soit pas assez de
marchandise sur ce marché. Je résume, mais j’en parle longuement dans mon livre..
Pour tous les syndicats, et pour beaucoup de personnes éduquées, de droite ou de
gauche, la TVA c’est l’inflation. Les faits montrent clairement le contraire, surtout si
13


cette hausse de TVA s'accompagne d'une baisse des charges sociales, qui
mécaniquement et de façon plus forte encore va permettre de baisser les prix export
qui sont toujours en Hors Taxes. D’autant plus que la TVA est une dévaluation, sans
aucun des aspects négatifs de la dévaluation qui sont la répercutions sur toute
importation de cette dévaluation, puis sur les salaires d'où création d'un cycle
inflationniste pluriannuel. Vous avez au contraire automatiquement les produits
étrangers qui vont payer une TVA plus chère, donc devoir baisser leurs prix d'entrée
HT, ou baisser leur prix d'entrée en France et en tout état de cause davantage
remplir nos caisses fiscales et devenir un peu moins compétitifs; nos produits seront
par contre moins chers à fabriquer (baisse des charges et séries plus longues), et
vous n’avez pas, comme pour l’échelle mobile de renouvellement d’année en année
d’une nouvelle hausse de TVA, de cycles d'inflation pluriannuelle.
Mais, selon l'adage de Gresham ("La mauvaise monnaie chasse la bonne") le
citoyen préfèrera toujours les raisonnements les plus simples aux analyses plus
subtiles....alors qu'il suffit d'examiner tous les pays qui ont opté pour la TVA et la
baisse des charges (Danemark, et désormais bien d'autres pays...). Et pourtant, la
TVA fut une invention française (Maurice Lauré en 1954...qui fut aussi l'inventeur
du ...PMU !).

Il nous faut donc savoir mettre fin à ce mythe dont parlent tant de gens, à gauche
comme à droite, de hausse TVA = hausse de prix = injustice sociale. Pour moi, que
nous soyons de gauche comme de droite, on ne peut que reconnaitre que avons
créer nos problèmes depuis 1974, avec M. Chirac et son fameux plan de relance de
la consommation. Seul M. Barre a essayé de redresser, et il était en train de le faire,
en 1981 ou 1982 nous aurions été positif en budget, mais depuis, cela a été pire, et
nous avons bien sûr toujours eu un budget négatif. M. Sarkozy n’a été guère plus fort
que les autres, et avec la crise mondiale, cela a été horrible. Et je me refuse à parler
ici de Messieurs Mitterrand ou Chirac...



Y a-t-il une fatalité culturelle ? Je ne le crois pas. Quand j’en parle, on me dit que
c’est normal parce les Allemands sont un peuple "très nationaliste et très civique".
Mais il s’agit en fait de tous les pays d’Europe du Nord, le plus souvent encore plus
exportateurs par tête d'habitant que l'Allemagne, même en faisant abstraction de
leurs exportations de gaz ou pétrole, de même que de la Nouvelle-Zélande ou du
Canada; et déjà les balances commerciales de l’Italie, l'Espagne ou le Portugal
tendent à se redresser....
14


Il ne faut pas oublier que Montesquieu a certes dit « Comment les lois suivent les
mœurs », et l'on va répétant cet adage, mais personne ne lit trois chapitres plus loin
quand il dit : « Comment les lois peuvent contribuer à façonner les mœurs, les
manières et le caractère d’une nation »; Nous changeons nous aussi:
        - que ce soit pour fumer – on ne fume plus maintenant en France;
        - pour avoir des enfants: nous avons, depuis 1932 l'une des meilleures
        natalités d'Europe;
        - et sur nos routes, on roule désormais à une vitesse totalement différente...
On peut aussi, par la loi, changer des choses et les mœurs, c’est très important à
dire.



Je ne vais pas vous raconter mes autres histoires ici, cela prendrait un peu de
temps, mais au GIFAM (Groupement des Industries Françaises des Arts Ménagers,
c'est dire, essentiellement de l'électroménager), en 1983 déjà, plutôt que de
demander à l'administration de baisser la TVA, comme le voulaient tous mes
collègues, je proposai une hausse de la TVA de 3 points soit 450 millions de F,
contre la suppression de la taxe professionnelle: 300 millions de F. Le gouvernement
aurait gagné beaucoup plus d’argent (50 % en plus), et c'était très clair, les prix
publics auraient baissé. Cela a été un dialogue de sourds, bien entendu...
                   De même, en matière de force d'un cheval de trait, tout provient du
bon harnachement : tant que l’on a mis au cheval une sangle, il ne pouvait tirer que
150 kg sans s'étrangler. Quand on lui a mis un collier, il a pu tirer 500 kg. Donc, en
quelque sorte, on a changé le harnachement du cheval, mais lui est resté le même,
et notre gain fut de 3,3 fois. Je l’explique aussi dans mon livre, car il en va de même
en matière de fiscalité.

Je ferai quelques réflexions, pour ce que j’appelle rentrer par la fenêtre, c’est-à-dire
rentrer par la fiscalité et changer les choses. Vous verrez aussi, mais je ne veux pas
m’en mêler, car je ne suis pas compétent dans ce domaine, dans l’annexe du
rapport, l'extraordinaire potentiel d'économies que l'on a sur les charges de l’État et
des régions.



Au préalable je propose de changer radicalement les règles du jeu fiscal
français:
15


      •    d'abord d'avoir une réflexion sur le système fiscal global des ménages et des
          entreprises;

      •   ensuite de remettre syndicats et entreprises au centre du jeu, et de sortir l'Etat
          dont le rôle doit se limiter, comme dans les pays du nord, à fixer les grandes
          règles du jeu; et nul ne peut prétendre que ces pays soient moins sociaux
          ou moins démocratiques que nous. Je me suis toujours merveilleusement
          entendu avec les syndicats. Ils avaient confiance, et j’avais leur confiance. Je
          leur disais la vérité et je vous assure, vous avez des gens très raisonnables,
          qui comprennent aussi bien que nous les vraies voies à suivre. Pas la
          première fois, certes, mais au terme de 3 rencontres où nous sommes
          toujours dit, non pas tout, mais la vérité seulement. Je parle des syndicats
          du privé, que je connais.

          A titre d’exemple, je demande 6 choses en matière de fiscalité:

          1 - à court terme une hausse de l’IR (IRPP) pour les gens nantis comme
          nous, tant que nous n’avons pas redressé nos comptes.

          2 - La suppression de l’ISF ensuite: nous sommes le seul pays au monde 5 à
          avoir cet impôt électoraliste, archaïque, très contre-productif pour les ETI.
          Ceux qui ne gèrent pas l’entreprise partent en Belgique, c’est simple. J’ai moi-
          même passé six ans en Belgique, je le précise. Pourquoi ? Parce que j’avais
          tellement de stocks options, avec des affaires qui ont très bien marché, que je
          ne me voyais pas payer 65 %. (Pour lever mes stock options, et faire toutes
          donations que j'entendais faire). C’était le prix des stocks options, plus les
          donations à mes enfants et à deux fondations (je ne parle pas des petites
          donations). Alors que j'aurai pu rester en France, dépenser et créer des
          richesses si nous avions eu une fiscalité "normale et intelligente". Je le dis
          clairement pour que pour les gens ne mentent pas et se disent vraiment les
          choses.
          Mentir est complètement stupide car la vérité vous rattrape tôt ou tard.



          3 - suppression de la grande majorité des régimes spéciaux et des
          centaines de niches spéciales. Je suis par exemple contre le CIR. Je ne vois
          pas ce qui peut justifier que l’État aille se mêler de la recherche d'entreprise.
          D’ailleurs, depuis que le CIR a été créé, la recherche des entreprises a
5
    avec le Luxembourg où existe un tout petit "ISF de recensement" de 0,25 % par an;
16


baissé! Nous étions à 1,79 % du CA, et nous sommes maintenant à 1,31. Le
CIR est une bêtise qui fait plaisir au Medef, aux patrons qui n'ont pas réfléchi
et .aux fonctionnaires qui voient leur rôle élargi.
            Avec un IS à 15 %, au moins les grandes PMI et les ETI se
rapprocheront pour leur IS des 8 à 10 % payés par les GEF (Grandes
Entreprises Françaises type CAC 40 et internationales à 70 à 80 %).



4 - suppression, comme au Danemark, en Nouvelle-Zélande, en
Australie, de tout ou partie des charges sociales. Si j'étais en Allemagne,
je serais à 20,9%, mais en fait beaucoup moins avec les plafonnements de la
cotisation part employeur, les apprentis et surtout les pays de l'est. Dans
beaucoup d'autres pays, je suis à zéro, et je crois que c’est intelligent, puisque
les charges sociales payent en quelque sorte la maladie, la retraite, la
vieillesse, le transport, la construction, la formation ou l'incapacité....des
choses qui sont à faire prendre en charge par le budget général de la
nation.



5 - remplacement de toutes les taxes locales et régionales diverses par un
impôt d’un montant égal, mais très clairement indexé sur le résultat de
l’entreprise. Au moins les élus vivraient au diapason des entreprises qui
sont les vrais créateurs de richesses et d'emplois de leur zone.



6 - dernière chose : ajustement de l’impôt sur les bénéfices à 15 %.
Cela ne peut pas être accepté psychologiquement du jour au lendemain ; les
grandes entreprises françaises ne payent que 8 %, il n’y a que les petites ou
les ETI qui payent l’impôt autour de 30 % au moins. Donc, nous passons à
15 %, mais nous sauvons la face de chacun en faisant comme pour la
participation : pendant cinq ans, on ne touche pas à l’impôt de 33,3 % actuel,
mais tout ce qui est au-dessus de 15 %, cela reste dans l’entreprise pendant
sans impôt, et ne peut être versé ni en dividende, ni en rachat d'actions ou
autre action, et reviendra dans 5 ans à l'entreprise ce qui permettrait:
17


   •   de renforcer le bilan de des entreprises françaises. Il ne faut pas oublier que
       nous investissons beaucoup moins en recherche parce que nous ne gagnons
       pas d’argent.

   •   de lutter contre la financiarisation de notre industrie. Pour expliquer pourquoi
       je suis contre le LBO, c’est surtout pour une raison fort simple: à la fin d’un
       beau LBO, on vend souvent l'affaire brillante à celui qui paiera le plus cher,
       souvent un étranger si l'entreprise est belle, et on ne peut le reprocher à
       personne. En Allemagne, ils ont une chose très intelligente. Les LBO créent
       beaucoup de frais financiers. Donc dès que vous êtes au-dessus de
       30 millions d’euros de frais financiers, ceux-ci sont ajoutés au RCAI et
       paieront donc IS et Taxes locales (équivalant à la "Gewerbesteuer").



       7- TVA à 25 % sauf pour la médecine, les médicaments, les transports en
       communs; Comme au Danemark en fait.

       ...et soutien maintenu ou même accru pour ceux qui sont dans le vrai
       besoin, bourses plus accessibles...etc.



Voilà ce que j’avais à dire pour les entreprises françaises.

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Rotary 2 octobre hl

  • 1. 1 Rotary Paris Conférence de Monsieur Henri LAGARDE du 5 septembre 2012 « France-Allemagne : du chômage endémique à la prospérité retrouvée » Bonjour. C’est un honneur d’être parmi vous. Je signale tout de suite que ceux qui le désirent peuvent recevoir un résumé de ce que je vais dire, et surtout la totalité de ma présentation, soit 39 slides + 8 pour les annexes par mail, bien que nous n'en présentions aujourd'hui que le tiers, pour respecter le temps qui m'est imparti. Ce que vous verrez ici est donc un résumé de résumé; Mais je pense qu'en n'ayant même que cela, vous verrez ce dont il s’agit. La désindustrialisation de la France est un problème qui m’obsède depuis huit ans au moins. J’ai donc écrit un livre pour en parler, analyser les causes et proposer des remèdes (Cf. titre ci dessus, chez un libraire ou chez FNAC.com, Amazon...). J’avais choisi le titre de ce livre, parce qu’à l’École de Paris – c’est-à-dire les Mines – ils me l'avaient fait retenir pour ne pas être trop alarmiste, alors qu'en fait j'aurais dû en rester à mon souhait initial: "France Allemagne, (ou mieux encore, "France Europe du nord, Chronique et autopsie d'une désindustrialisation programmée". Comme vous le verrez, notre vrai problème est celui des charges pesant sur l'industrie en France, par rapport à l'Europe du nord, et plus particulièrement par rapport à notre grand voisin et ami, l'Allemagne. Je vous donnerai d'abord quelques chiffres, et vous verrez: A - le poids des charges qui pèsent sur l'industrie française en France, et nous verrons que nous avons là un problème vraiment gravissime; B - les raisons de ce déséquilibre, et la façon dont les pays du nord de l'Europe, et certains autres pays lointains, (Nouvelle-Zélande, Australie...), ont su rebondir tels des "pays Phoenix" senior; C - et ensuite les voies que nous pouvons prendre, nous aussi, pour en sortir. Je voudrais simplement vous indiquer au préalable que j’ai retenu une méthodologie peu utilisée en France, celle de la "micro-économie", c'est à dire la comparaison des chiffres de deux "petites" entreprises de 18.125 K€ de chiffre d'affaires (CA) chacune, l'une française, dont je suis l’actionnaire de référence, et son cousin
  • 2. 2 allemand lui aussi essentiellement fournisseur de l'industrie pharmaceutique, dont le chiffre d'affaires est presque comparable au nôtre, et qui fait le même métier dans les acides aminés, c'est à dire les 22 constituants de base de la protéine, source de vie pour tout être vivant: végétal, animal ou être humain; J'ai simplement légèrement corrigé d'un petit multiple les chiffres de l'une, pour que toutes deux aient exactement le même chiffre d’affaires; puis en appliquant ce même multiple, j'ai comparé leurs charges, coûts et résultat. Et vous voyez déjà que, même à productivité égale, nous parvenons à un résultat tout à fait différent. Celui des Allemands (Basse Saxe) est au moins 2,4 fois supérieur, et leur prix de revient final est inférieur d'au moins 16 % à celui de chez nous (dans le Morbihan, où pourtant chacun travaille toujours beaucoup). C’est tout un ensemble de choses qui conduit à ce résultat tout à fait différent. Celui- ci est au total 2,4 fois supérieur chez eux, et leur prix de revient final est inférieur d'au moins 16 % à ceux de chez nous (Cf. tableau de la page 5). A - Considérons tout d'abord les prélèvements obligatoires et la fiscalité. Vous voyez tout de suite qu'en France, ils sont de 4 niveaux au moins: les cotisations sociales, les taxes locales / régionales, l'impôt sur les bénéfices (IS): 1 - les cotisations sociales part employeur tout d'abord: pour un taux de base de 48 à 50 % des salaires bruts, elles sont au final en France de 38,1 % (1.406 K€) soit 7,9 % du chiffre d'affaires et 77,8 % du RCAI; Contre, en Allemagne, un taux de base employeur de 20,9 % (Cf. détail en annexe), un plafonnement de ces cotisations employeurs, et un réel de 16,6 % (576 K€) soit 3,1 % de CA et 13,9 % du RCAI Allemand; 2 - Viennent ensuite les taxes/impôts locaux/régionaux: en France, ceux-ci sont payés avant même le calcul du RCAI (Résultat Courant Avant Impôts) et ce sont donc des taxes, payables même si l'entreprise est en pertes. Il y en a au moins une douzaine: a - d'abord les Taxes, avec d'abord celles de base: la CFE (Cotisation Foncière Entreprise) et la CVAE (Cotisation sur la Valeur Ajoutée Entreprise), qui ont remplacé en 2010 la mémorable taxe professionnelle, la "taxe la plus bête du monde" selon M Chirac, son créateur; beaucoup de politiciens et journalistes tendent aujourd'hui à répéter avec une constance désarmante, que cette taxe a été supprimée !... Elle a été en fait remplacée, en 2010 seulement, par 2 autres (CFE et CVAE), dont le seul mérite est d'être
  • 3. 3 plafonnées à 3 % de la valeur ajoutée, contre 3,5 % auparavant, ce qui fait que vous aurez "toujours" à les payer; ici en 2010, au niveau de 1,5 % du CA (268 K€ soit 1,8 du CA et 14,6 % du RCAI), et bien davantage plus tard (Cf. tableau 11), même si l'entreprise est en pertes, comme en 2008, avant que nous ne la rachetions. Puis vous trouvez une dizaines d'autres taxes (Cf. Annexe) dont le montant est de 322 K€ (soit 1,8 % du CA et 17,6 % du RCAI); Soit un total de 32,2 % du RCAI 2010 pour ces seules taxes locales ou régionales payables même en cas d'entreprise en pertes. En Allemagne, toutes ces taxes sont regroupés dans un impôt local, la "Gewerbesteuer" de 7 à 17,25 % du RCAI, (14 % en moyenne nationale), et donc à payer que s'il y a RCAI positif, donc profit; Il existe en outre dans ce pays que 4 petites taxes 1 écologiques, pesant au maximum que 1,2 % du RCAI. Il y a ensuite le prix des intrants et de la matière première qui sont autrement plus bas en Allemagne. Nous n’avons en effet par exemple plus de fabriques de soude à l'ouest de la France et nous ne produisons que 7 % environ de la soude européenne, ce qui fait que l’acide chlorhydrique ou la soude, nos deux intrants de base, sont par exemple deux fois plus chers que chez les Allemands qui produisent 45,5 % de la soude européenne; nous avons de plus et bien sûr un coût de transport exorbitant: en moyenne 50 % du prix de la soude car celle-ci ne peut voyager qu'en cuves spéciales époxy (1,91 € du Km pour le seul transport, soit plus 50 % de son prix !). Enfin, nous ne produisons quasiment plus ces équipements industriels très spécialisés en France, et devons les acheter en Allemagne ou au Danemark, ce qui, de l'avis même des fournisseurs, les renchérit d'au moins 5 à 15 % + SAV à distance !. 3 - il y a ensuite l'IS, impôt sur le bénéfice, dont le taux de base est, en France, de 33,3 % (30,6 % payés en 2010), contre 15 % de base en Allemagne, et 14 % effectivement payés en moyenne dans le pays et 14 % de leur RCAI en 2010; 4 - les Allemands ont ensuite un impôt très spécifique à payer, l'impôt de solidarité, de 5,5 % des revenus, créé lors de la réunification du pays en 1992, qui concerne: 1 Taxe sur les voitures de cadres dirigeants, taxe sur leur carburant, sur la consommation électrique et sur les acquisitions immobilières.
  • 4. 4 - autrement plus les particuliers, puisque tous leurs salaires et revenus sont frappés à ce taux de 5,5 %; - que les entreprises, puisqu'elles ne le paient qu'au niveau de 5,5 % de leur impôt local, la Gewerbesteuer, soit ici 5,5 % de 11,2 % = 0,62 % de leur RCAI 2010; On voit très bien là à travers cet impôt de solidarité une confirmation du choix des Allemands d'avoir une fiscalité frappant surtout les particuliers et en faveur des entreprises; Au total, l'entreprise française a payé en prélèvements et impôts: a - 77,8 + 32,2 + 30,6 = 140,6 % 2 de son RCAI 2010 en prélèvements divers (ou 113;9 % si nous avions les normes allemandes où les impôts locaux, la Gewerbesteuer, n'est payée qu'après le RCAI et à proportion de celui-ci); !. Et encore il s'agit d'une entreprise française en profit ! Sinon le taux des prélèvements serait ...infini ! b - alors que l'entreprise allemande n'aura payé que 40,9 %, soit 3,4 fois en normes françaises (et 2,8 fois en normes allemandes) moins de prélèvements obligatoires (Cf. mes slides 9 et 10 du diaporama) C’est tout un ensemble de choses conduisant bien sûr à un résultat tout à fait différent. Ce résultat est au total 2,4 fois supérieur chez eux, et leur prix de revient final est inférieur d'au moins 16 % inférieur au notre. En revanche, nous verrons que toutes les grandes entreprises française (GEF type CAC 40 et très internationales) ne payent quasiment pas d’impôts en France. Je me suis amusé à reprendre les chiffres de l’affaire allemande. Je prends une ETI 3 française et je prends la GEF 4 (Grande Entreprise Française). Nous savons qu'on ne parle pratiquement que de ces GEF en France, et que par exemple les 12 personnes que M. François Hollande à reçu la semaine dernière n'étaient que des dirigeants ou anciens dirigeants de ces GEF. Je rappelle que ces grandes entreprises françaises, notamment celles du CAC 40, ont 4 millions de salariés à l’étranger, et 2 millions seulement en France. Je rappelle aussi qu’elles ne payent que 8 % d’IS en moyenne en France et très peu à l'étranger. Avec cela, notre président a l’impression d’avoir reçu l’économie française; c’est irréaliste ! Total – je l’explique dans mon livre – qui est la première entreprise du CAC 40 en 2 Ou autour de 122,5 % pour une micro-entreprise, fabricant des produits, de moins 20 salariés et réalisant moins 777.000 € de CA et 75.000 € de RCAI, (et moitié moins si elle ne vend que des services), et qui ne paient que 15 % de base en IS au lieu de 33,5 %) donc 122,5 % de prélèvements divers de son RCAI (ou 114 % si nous avions les normes allemandes); 3 Entreprises de Taille Intermédiaire française de 250 à 4.999 salariés et moins de 1,5 milliard de CA. 4 GEF: Grandes Entreprises Françaises, type CAC 40...
  • 5. 5 termes de profits (12 à 14 milliards d'€ après impôts), ne paye quasiment aucun impôt sur le bénéfice en France. Là, (Cf. slides 9 à 11 de ma présentation) vou s avez les cotisations sociales pour lesquelles ces GEF sont très favorisées par le fait d'avoir au moins 70 % de leurs salariés à l’étranger; je n'ai pris pour taux de cotisations sociales employeur à l'étranger, que celui de l'Allemagne (20,9 % des salaires bruts), et leurs taxes locales qui sont également fortes. Donc, en résumé, là encore, vous voyez au final un écart fabuleux: - 140,6 % d'un RCAI de 10,1 % pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME) comme la notre, et ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire), c’est-à- dire entre 250 et 4.999 salariés et de moins de 1,5 milliard de chiffre d’affaires); - 62 % pour les GEF (Grandes Entreprises Françaises); et autour de 41% pour les entreprises allemandes qui sont pourtant loin d'être les mieux positionnées en matière de prélèvements obligatoires en Europe (Ex: Danemark: 0 % de cotisations sociales employeur et 28 % (centraux + régions) pour les impôts sur le RCAI. Ces pays comme le Danemark ont en effet, des charges sociales (employeur) de zéro pour cent, et désormais il y a de plus en plus de pays qui suivent cette stratégie du 0 %. En France, on appelle encore ces prélèvements "charges patronales » comme au XIXeme siècle !. En Nouvelle-Zélande, en Australie...etc. elles sont de 0 %. Pourquoi ? Parce que ces pays ont estimé que faire payer toutes ces cotisations par l’entreprise, c’était vraiment pénaliser l’emploi et qu’il valait mieux les faire payer par le budget général et favoriser des emplois. Nous y viendrons un jour, m ais quand ? Tous nos savoir-faire, toutes nos traditions industrielles auront alors disparu. Travaillant cette année dans les Commissions sur la Compétitivité française de Bercy, j’ai eu des énarques avec moi qui ont découvert cela en commission; ils ont été très surpris, puis m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas proposer de faire comme en Allemagne, c'est à dire d'indexer les taxes locales sur le RCAI, parce qu’il y aurait des années où les communautés locales auraient zéro, puisque dans ce pays, si l’entreprise perd de l’argent, elle ne paye rien. Je leur ai demandé s’ils voulaient sauver les emplois ou non. Or une entreprise qui perd de l’argent a beaucoup plus de mal qu’une entité locale administrative à emprunter ou à trouver de l’argent. Nous avons vraiment tout faux et à l’envers en France. Je passe sur toutes les remarques, sur les plafonds allemands en matière de cotisation sociale (maladie, retraite...etc.), vous pourrez regarder cela à tête reposée
  • 6. 6 dans les annexes de mon diaporama. Toutes ces cotisations sont plafonnées en Allemagne; A partir d’un certain taux de salaire, l'entreprise n'a plus à cotiser, ni pour les retraites ni pour les charges sociales...etc. Aux salariés de cotiser eux-mêmes au delà de ces plafonds s'ils le souhaitent. Par ailleurs, du fait qu’il y a en Allemagne beaucoup de Roumains ou de Polonais qui sont à 4 à 7 francs de l’heure + charges sociales (entreprises sous-traitantes tout à fait légalisées par Bruxelles !), ce pays renforce d'autant plus sa compétitivité. A l'inverse, en cas de crise, si toutes les entreprises européennes font un CA de moins - 30 %, l’Allemand, comme vous le voyez (slide 6) aura encore un résultat positif. J’avais travaillé avec un Allemand qui possède des entreprises en France et en Allemagne; il est très frappant de voir comment il a pu régler ses problèmes pendant la crise. En Allemagne, en 36 heures seulement, et par un seul fax, il a eu l’accord pour pouvoir diminuer ses effectifs allemands en 2009. Tout ce personnel mis au chômage, il continuait à le payer et trois semaines plus tard il était remboursé, non seulement pour le corps du salaire, mais aussi pour les taxes sociales, et pouvait plus tard les rembaucher, à tout moment, selon ses besoins, dans le cadre d'un CDD provisoire. En France, il a essayé d’obtenir quelque chose – quoi que ce soit – et il a arrêté ses démarches au bout de trois mois, car c’était trop bureaucratique, trop long, trop compliqué, et pourtant son bureau d'inspection du travail en charge de donner un accord pour mettre ces personnes en chômage technique de crise (indemnisations qui auraient été beaucoup plus faibles qu'en Allemagne) étaient dans la même ville!. Bien sûr, les très grandes entreprises françaises s’en tirent beaucoup mieux, parce qu’elles ont des avocats spécialisés qui ont épaulé leurs DRH, + le chantage à la délocalisation...etc. Dans le tableau macro-économique qui suit, vous pouvez voir quelque chose d’essentiel, qui est l’importance de l’industrie dans la vie économique d'un pays. Aujourd’hui, l’industrie doit faire 11 % à 12 % du PIB français, c’est affreux (et non pas 16 ou 18 % comme l'affirment certains). Il faut savoir que la balance commerciale de tout pays est essentiellement faite par les produits industriels. Si nous comparons les grandes masses, nous verrons que les produits agricoles et le luxe sont quasi marginaux.
  • 7. 7 Ni le tourisme, ni les services (financiers et autres) ne peuvent ensuite compenser dans la balance des paiements un déficit de balance commerciale; Pas même l'Angleterre et sa City, l'Espagne ou la Grèce et leur tourisme, et bien sûr les USA et leur puissance mondiale...etc. Et dans tous ces pays déficitaires commercialement, le taux de chômage est bien sûr le plus élevé. J’ai noté pour la France 9,8 % de la population active au chômage, et nous sommes maintenant à plus de 10 %, mais en fait, nous avons beaucoup plus de chômeurs que cela. Nous avons ici les chômeurs de classe A, B et C, mais si je compte les chômeurs de A, B, C, D et E, c’est-à-dire ceux qui sont au RSA et autres formules trompeuses (pseudo auto-entrepreneurs...), toutes parfaitement recensées par Pôle Emploi, nous arrivons à plus de 16/18 %,. 0n nous ment donc complètement sur les taux de chômage en France, et l'image de Fourastié d'une économie où les emplois du futur reposeraient sur le tertiaire et notamment les services s'avère fausse, car c'est en fait le secondaire, c'est à dire l'industrie, qui alimente une grande part du tertiaire en services multiples. Vous voyez que les pays qui sont négatifs en balance commerciale sont aussi négatifs en balance des paiements. L’Italie pourtant plus industrielle que la France, la Pologne, l'Espagne, le Royaume-Uni, ou les USA qui sont très négatifs en balance commerciale, ont une balance des paiements tout aussi négative, avec, bien sûr, beaucoup de chômeurs. Nous voyons que l’industrie est vraiment le socle économique et d'emplois de chacun des pays. Si nous continuons, nous voyons qu’en ce qui concerne notre balance commerciale, l’introduction des 35 heures a été un formidable accélérateur de notre déclin. En 2002 et 2003 notre balance commerciale et donc notre balance des paiements étaient encore positifs. L’an passé, nous avons été à - 69,7 milliards (dont - 40 milliards pour.nos seuls échanges avec l'Allemagne !); et je pense que cette année, nous serons à 80/ 90 milliards de déficit commercial. Nous sommes dans une situation vraiment effroyable. Vous avez ici l’export et l’import, vous voyez où nous en sommes. Il y a un écart de 275 milliards d’euros avec l’Allemagne (- 70 pour nous et + 205 pour les Allemands, qui sont pourtant dans l’euro et ont quasiment le même système de protection sociale et d'éducation que les nôtres. Et cessons de nous plaindre de la Chine: 60 % de notre commerce extérieur se fait dans la zone euro, et près de 80 % en Europe, ce qui veut dire que les antimondialisation sont dans l'erreur la plus complète.
  • 8. 8 Je donne ici (slides 23 à 27), deux exemples de ce que j’appellerai les "pays Phoenix senior", pays qui ont réussi à renaître en compétitivité industrielle. Ils ont connu dans les années 80 / 90 déficits, inflation pour certains et chômage...etc. Je parle des Danois tout d’abord. Poul Schlüter, en 1982-1992, qui était d'ailleurs, chose étonnante pour ce pays "social démocrate", un Premier ministre de centre droit, le premier depuis 81 ans; Il disait que « Capitalisme et économie de marché sont semblables à un tigre : une puissance dont nous allons utiliser la force, mais aussi nous assurer qu’il ne blesse pas le peuple ». Ses mesures furent spectaculaires: • suppressions de l'échelle mobile des salaires (indexation des salaires sur au moins l'inflation), ce fut la première mesure qu’il a prise... Et d'ailleurs cela fut supprimé également en France, mais.... par la gauche, en 1983 (sauf le SMIG). • réduction massive des emplois publics, et kartoffelkur – c'est à dire le dialogue avec les syndicats mais avec un objectif majeur: "ne plus manger que de la pomme de terre bouillie" tant que l'économie ne serait pas rétablie... • charges sociales ramenées à 0 %. Deux ans plus tard, ils en ont tout de même recréé une, mais à la charge seulement du salarié: 8 % pour les retraites complémentaires. • impôts (taxes locales +IS) ramenés à 28 % (et 14 % pour les coopératives); • réduction drastique du train de vie de l’État en central et en régions; • taux normal de TVA fixé à 25 %,... même pour les produits alimentaires !. Seuls sont à 8 % les médicaments, médecine, livres, transports en commun et évènements sportifs; Pour eux, ne pas avoir l'alimentation à 25 % est quelque chose "crazy and démagogic"! m'ont ils répété. • impôt sur les personnes de 36,8 à 62,5 %; Je rappelle que nous sommes aujourd’hui autour de 55 %, et bientôt 60 % en France, c’est-à-dire 40% + CSG, ISF et divers; Nous ne sommes pas trop loin, donc de leur 62,5 %;...pour ne pas parler du 75 % ... !!! • création d'un impôt écologique le punktafgifter, frappant les voitures particulières, à 100 % au moins (+ la TVA), les herbicides, chewing gum...etc.
  • 9. 9 • Je suis allé voir un de mes cousins de cousin danois établi là-bas, qui produit des porcelets, cette fiscalité m'a-t-il dit ne les pénalise absolument pas Puis ce fut en 1993, un gouvernement de gauche qui créa la flexisécurité, c’est-à-dire le licenciement quasiment sans aucune formalité (dans un pays qui a un taux de syndicalisation au moins 10 fois supérieur au notre ! (plus de 65 % contre 5 à 6 % au global en France). L’homme licencié reçoit durant 12 mois 90 % du salaire s’il a un bas salaire – les hauts salaires sont beaucoup plus pénalisés – mais il a une formation d’activation obligatoire, si besoin trois écoles successives. Je peux vous dire que cela incite très fortement les gens à reprendre très vite le travail. Retourner à l’école et ne plus être payé en cas d'absence motive chacun d'entre eux, et surtout les cadres supérieurs parait-il. Ils ont droit à deux refus de poste puis accepter le troisième, même si le salaire n’est pas au même niveau de leur salaire antérieur. • Suppression en 1997 de l’ISF par un gouvernement de gauche. (là encore j'entendis plusieurs fois les mots "archaïc and crazy" • 90 % des impôts sont à la charge des ménages. Il est très important d’expliquer à chacun, me dirent-ils, la "théorie des impôts" : ceux-ci peuvent être payés soit par les entreprises, soit par les ménages. En fait, "cela ne revient pas au même", m'expliquèrent-ils. Car toute entreprise qui reçoit un impôt supplémentaire, si elle est en position de force, peut faire comme je l’ai fait moi-même dans ma vie professionnelle à certains moments: encore augmenter ses prix. Si par contre, cette entreprise perd structurellement de l’argent, elle arrêtera son activité; Je délocalisais mes appareils de radio à Singapour par exemple (j'étais patron de la radio chez Philips en 1971) et je fermais mon usine française de Rambouillet le jour où j'ai compris que nous ne pourrions pas nous battre contre le Japon, puis Hong-Kong, Taiwan, Singapour, puis contre aussi la Thaïlande....et il ne reste aujourd'hui aucun fabricant de radio ou télévision, dans aucun pays d'occident, ce qui montre bien l'aveuglement de ceux qui, extérieurs à la profession, portaient des jugements péremptoires à l'encontre des grandes marques occidentales de ces produits: "manque de R et D", "timorés"...etc.
  • 10. 10 La suppression des charges sociales entreprise est un moyen de mieux payer le salarié, tout en devenant plus compétitif. J’ai rencontré deux Ukrainiens dans cette entreprise danoise de porcelets et on m'a remis copie de leur feuille de salaire: chacun d'eux gagnait encore 1.250 euros nets, une fois ses impôts et charges sociales payés (8 % pour la retraite complémentaire). Et j'appris ensuite que 3 mois plus tard, ils quittaient cette ferme pour un meilleur salaire encore ailleurs !! Donc, la révolution danoise, c’est une pression fiscale via l'IR, la TVA et les Taxes "Punktafgifters" sur tous les ménages, et un renforcement de la compétitivité des entreprises, notamment sur la base d'impôts nettement diminués. Plus de 90 % des impôts et charges sont donc directement payés par les ménages, quasiment tous perçus à la source, donc psychologiquement moins douloureux, et sauf pour la médecine, me dirent-ils, et pourtant "l'Etat providence y est même plus fort qu'en France" !. Leur feuille de salaire est ultra simple: six lignes, prélèvements (impôts) inclus... Ils ont aussi une spécialité, le Punktafgifter, c’est le fameux impôt écologique pour tout ce qui est incivique, par exemple le chewing-gum, les voitures qui payent au minimum 100 % de taxes supplémentaires, les tabacs, les alcools, les chocolats, les désherbants également ... Ces contributions ne concernent bien sûr que très marginalement les entreprises. Les taxes locales et l'IS ne sont qu'à 14 % pour les coopératives, ce qui me parait injuste pour les autres entreprises privées....mais je ne suis pas Danois... Il y a aussi, au Danemark, de fortes entreprises familiales qui continuent à se renforcer, souvent via des trusts tel par exemple Heineken.. Nous sommes dans le Morbihan en train d’acheter pour 5,5 millions un système de séchage, 2 Danois ont de loin les meilleurs appareils, en prix et en performances. Même les produits allemands sont en dessous. En Allemagne, c’est une adaptation qui a été plus graduelle. Ils ont depuis longtemps la "Tarifautonomie", ce sont les alliés qui avaient imposé de revenir à cette idée de Bismarck. Ils ne voulaient plus que les politiciens interviennent dans les négociations salariales: nombre d’heures de travail ou salaires, transformant toute négociation en guerre de religion...etc. Les politiques peuvent certes parfois se faire entendre, mais ils ne vont entrer dans aucune négociation, alors qu’en France, dans toute négociation, vous avez l’État. Automatiquement, nous créons de nouveaux cas, une
  • 11. 11 nouvelle jurisprudence, et ont s'éloigne de la réalité du marché et de la compétitivité. C’est très important. Syndicats et entreprises ont donc un rôle fondamental dans ce pays pour tout problème de salaire ou de compétitivité. Je rappelle par exemple qu’en 1971, le Hudson Institute nous expliquait comment la France dépasserait en 15 ou 20 ans l’Allemagne de l'ouest en richesse par habitant. Cela ne me faisait pas plaisir, car personnellement j’aurais préféré les dépasser dans un délai de 5 ans. Nous en sommes désormais très loin ! Pendant quelques années, ils ont eu Willy Brandt qui était un beau politicien, mais qui était très mauvais en économie. Ensuite, ils ont eu Helmut Schmidt, lui aussi de gauche/SPD mais très réaliste, qui a mis en place des plans de rigueur drastiques : réduction des coûts des Länders, réduction des salaires des fonctionnaires, mesures imposées aux entreprises. La phrase qu’il répétait au moins une fois par semaine est la suivante : « Les profits d’aujourd’hui de nos entreprises, sont leurs investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Ce qui est intéressant, c’est que les sociaux- démocrates, c’est-à-dire Gehrard Schröder, ont continué cette stratégie, nous en parlerons tout à l’heure. Il y a encore bien d’autres pays que je n'ai pas le temps de citer ici, qui eux aussi ont repris en main leur stratégie. Pour ce qui est des sociétés allemandes, les charges sociales employeur ont été baissées en 25 ans nous l'avons vu, à 20,9 %, 16/17 % en compte réel . La part salarié est restée à 22,5 %. Il faut savoir que l’État prend en charge 30 % du budget de la Sécurité sociale en Allemagne, justement pour soulager les entreprises. L’IS, Impôt sur les Résultats des sociétés a progressivement baissé de 56 % à 15 %. La Gewerbesteuer, dont j'ai déjà parlé, impôt local perçu par les Landers, a été mise sous contrôle par le législateur allemand: de 7 à 17,25 % du RCAI. La taxe de solidarité, nous savons qu’elle ne coûte pratiquement rien aux entreprises (0,77 % du RCAI en moyenne). Si donc mon entreprise ne gagne plus d’argent, je paye zéro impôt , et n'aurais à subir que les cotisations sociales (20,9 % de base, mais avec un plafonnement des cotisations à 45.900 et 67.200 € annuels (et encore moins dans les anciens Landers de l'est, Cf. Annexe 41), ce qui ramène le taux réel final autour de 16 / 17 % des salaires...
  • 12. 12 J’oublie quelque chose qui est très important en Allemagne: ce sont les sociétés en nom personnel, qu’elles aient pour actionnaire une ou plusieurs personnes qui possèdent cette société: ils ne payent que l’impôt sur les personnes physiques, si telle est leur option.. Depuis Schröder, lui aussi de gauche (SPD), il y a eu les accord Hartz et de Pforzheim et le fameux "Agenda de compétitivité 2010". Ils ont copié la flexisécurité du Danemark, réduit de 24 à 12 mois la durée de prise en charge du chômeur, et ils autorisent désormais les entreprises à négocier directement d’entreprise à salariés au lieu de devoir obligatoirement passer par les syndicats de branches. Toutes les discussions se déroulent donc autour de la même chose : "la compétitivité de l’entreprise". Ils ont tout de même bénéficié énormément – et ils ont su l’exploiter – du réservoir de l’Est, pour produire des composants Et chose dont ils ne parlent jamais, ils sous- traitent beaucoup dans les pays de l'est (salaires dans ces pays), ou en Allemagne auprès de sociétés de ces pays, à 4 à 6 euros de l'heure + charges à payer à due proportion des tarifs sociaux de ces pays !...).. Par exemple, tous les composants de Porsche sont quasiment tous fabriqués à l’Est de l’Europe et ensuite montés à l’Ouest pour pouvoir dire que c’est made in Germany. Certains abattoirs que j’ai vus emploient des personnes à 4 euros de l’heure, des Roumains. Vous avez 70 personnes dans un local, dont un avec un casque de couleur différente, c’est celui qui parle allemand et transmet ordres et consignes. La salle suivante emploie des personnes à 7 euros de l’heure, ce sont des Polonais. Vous voyez la différence. Et bien sûr, les charges sociales sont à proportion, donc très faibles. Ici, je voulais vous montrer quelque chose pour tuer une idée qui court toujours. Vous pourrez le lire chez vous beaucoup plus tranquillement. Il s’agit simplement de prendre l’évolution du taux de TVA et l’évolution de l’inflation, sur 4 pays européens Allemagne, Grande-Bretagne, France et Danemark, et année après années, sur 30 ans (Cf. slides 28 et 29 ou pages 94 et 115 du livre); En résumé vous verrez, et ce sont là des faits contrôlables qu’il n’y a jamais eu aucune inflation créée par la TVA, et que cela se comprend très bien sur le plan théorique (Cf. pages 115/116). Vous avez schématiquement deux façons d’avoir de l'inflation : soit mettre trop d’argent sur le marché, ce qui crée automatiquement de l’inflation, soit pas assez de marchandise sur ce marché. Je résume, mais j’en parle longuement dans mon livre.. Pour tous les syndicats, et pour beaucoup de personnes éduquées, de droite ou de gauche, la TVA c’est l’inflation. Les faits montrent clairement le contraire, surtout si
  • 13. 13 cette hausse de TVA s'accompagne d'une baisse des charges sociales, qui mécaniquement et de façon plus forte encore va permettre de baisser les prix export qui sont toujours en Hors Taxes. D’autant plus que la TVA est une dévaluation, sans aucun des aspects négatifs de la dévaluation qui sont la répercutions sur toute importation de cette dévaluation, puis sur les salaires d'où création d'un cycle inflationniste pluriannuel. Vous avez au contraire automatiquement les produits étrangers qui vont payer une TVA plus chère, donc devoir baisser leurs prix d'entrée HT, ou baisser leur prix d'entrée en France et en tout état de cause davantage remplir nos caisses fiscales et devenir un peu moins compétitifs; nos produits seront par contre moins chers à fabriquer (baisse des charges et séries plus longues), et vous n’avez pas, comme pour l’échelle mobile de renouvellement d’année en année d’une nouvelle hausse de TVA, de cycles d'inflation pluriannuelle. Mais, selon l'adage de Gresham ("La mauvaise monnaie chasse la bonne") le citoyen préfèrera toujours les raisonnements les plus simples aux analyses plus subtiles....alors qu'il suffit d'examiner tous les pays qui ont opté pour la TVA et la baisse des charges (Danemark, et désormais bien d'autres pays...). Et pourtant, la TVA fut une invention française (Maurice Lauré en 1954...qui fut aussi l'inventeur du ...PMU !). Il nous faut donc savoir mettre fin à ce mythe dont parlent tant de gens, à gauche comme à droite, de hausse TVA = hausse de prix = injustice sociale. Pour moi, que nous soyons de gauche comme de droite, on ne peut que reconnaitre que avons créer nos problèmes depuis 1974, avec M. Chirac et son fameux plan de relance de la consommation. Seul M. Barre a essayé de redresser, et il était en train de le faire, en 1981 ou 1982 nous aurions été positif en budget, mais depuis, cela a été pire, et nous avons bien sûr toujours eu un budget négatif. M. Sarkozy n’a été guère plus fort que les autres, et avec la crise mondiale, cela a été horrible. Et je me refuse à parler ici de Messieurs Mitterrand ou Chirac... Y a-t-il une fatalité culturelle ? Je ne le crois pas. Quand j’en parle, on me dit que c’est normal parce les Allemands sont un peuple "très nationaliste et très civique". Mais il s’agit en fait de tous les pays d’Europe du Nord, le plus souvent encore plus exportateurs par tête d'habitant que l'Allemagne, même en faisant abstraction de leurs exportations de gaz ou pétrole, de même que de la Nouvelle-Zélande ou du Canada; et déjà les balances commerciales de l’Italie, l'Espagne ou le Portugal tendent à se redresser....
  • 14. 14 Il ne faut pas oublier que Montesquieu a certes dit « Comment les lois suivent les mœurs », et l'on va répétant cet adage, mais personne ne lit trois chapitres plus loin quand il dit : « Comment les lois peuvent contribuer à façonner les mœurs, les manières et le caractère d’une nation »; Nous changeons nous aussi: - que ce soit pour fumer – on ne fume plus maintenant en France; - pour avoir des enfants: nous avons, depuis 1932 l'une des meilleures natalités d'Europe; - et sur nos routes, on roule désormais à une vitesse totalement différente... On peut aussi, par la loi, changer des choses et les mœurs, c’est très important à dire. Je ne vais pas vous raconter mes autres histoires ici, cela prendrait un peu de temps, mais au GIFAM (Groupement des Industries Françaises des Arts Ménagers, c'est dire, essentiellement de l'électroménager), en 1983 déjà, plutôt que de demander à l'administration de baisser la TVA, comme le voulaient tous mes collègues, je proposai une hausse de la TVA de 3 points soit 450 millions de F, contre la suppression de la taxe professionnelle: 300 millions de F. Le gouvernement aurait gagné beaucoup plus d’argent (50 % en plus), et c'était très clair, les prix publics auraient baissé. Cela a été un dialogue de sourds, bien entendu... De même, en matière de force d'un cheval de trait, tout provient du bon harnachement : tant que l’on a mis au cheval une sangle, il ne pouvait tirer que 150 kg sans s'étrangler. Quand on lui a mis un collier, il a pu tirer 500 kg. Donc, en quelque sorte, on a changé le harnachement du cheval, mais lui est resté le même, et notre gain fut de 3,3 fois. Je l’explique aussi dans mon livre, car il en va de même en matière de fiscalité. Je ferai quelques réflexions, pour ce que j’appelle rentrer par la fenêtre, c’est-à-dire rentrer par la fiscalité et changer les choses. Vous verrez aussi, mais je ne veux pas m’en mêler, car je ne suis pas compétent dans ce domaine, dans l’annexe du rapport, l'extraordinaire potentiel d'économies que l'on a sur les charges de l’État et des régions. Au préalable je propose de changer radicalement les règles du jeu fiscal français:
  • 15. 15 • d'abord d'avoir une réflexion sur le système fiscal global des ménages et des entreprises; • ensuite de remettre syndicats et entreprises au centre du jeu, et de sortir l'Etat dont le rôle doit se limiter, comme dans les pays du nord, à fixer les grandes règles du jeu; et nul ne peut prétendre que ces pays soient moins sociaux ou moins démocratiques que nous. Je me suis toujours merveilleusement entendu avec les syndicats. Ils avaient confiance, et j’avais leur confiance. Je leur disais la vérité et je vous assure, vous avez des gens très raisonnables, qui comprennent aussi bien que nous les vraies voies à suivre. Pas la première fois, certes, mais au terme de 3 rencontres où nous sommes toujours dit, non pas tout, mais la vérité seulement. Je parle des syndicats du privé, que je connais. A titre d’exemple, je demande 6 choses en matière de fiscalité: 1 - à court terme une hausse de l’IR (IRPP) pour les gens nantis comme nous, tant que nous n’avons pas redressé nos comptes. 2 - La suppression de l’ISF ensuite: nous sommes le seul pays au monde 5 à avoir cet impôt électoraliste, archaïque, très contre-productif pour les ETI. Ceux qui ne gèrent pas l’entreprise partent en Belgique, c’est simple. J’ai moi- même passé six ans en Belgique, je le précise. Pourquoi ? Parce que j’avais tellement de stocks options, avec des affaires qui ont très bien marché, que je ne me voyais pas payer 65 %. (Pour lever mes stock options, et faire toutes donations que j'entendais faire). C’était le prix des stocks options, plus les donations à mes enfants et à deux fondations (je ne parle pas des petites donations). Alors que j'aurai pu rester en France, dépenser et créer des richesses si nous avions eu une fiscalité "normale et intelligente". Je le dis clairement pour que pour les gens ne mentent pas et se disent vraiment les choses. Mentir est complètement stupide car la vérité vous rattrape tôt ou tard. 3 - suppression de la grande majorité des régimes spéciaux et des centaines de niches spéciales. Je suis par exemple contre le CIR. Je ne vois pas ce qui peut justifier que l’État aille se mêler de la recherche d'entreprise. D’ailleurs, depuis que le CIR a été créé, la recherche des entreprises a 5 avec le Luxembourg où existe un tout petit "ISF de recensement" de 0,25 % par an;
  • 16. 16 baissé! Nous étions à 1,79 % du CA, et nous sommes maintenant à 1,31. Le CIR est une bêtise qui fait plaisir au Medef, aux patrons qui n'ont pas réfléchi et .aux fonctionnaires qui voient leur rôle élargi. Avec un IS à 15 %, au moins les grandes PMI et les ETI se rapprocheront pour leur IS des 8 à 10 % payés par les GEF (Grandes Entreprises Françaises type CAC 40 et internationales à 70 à 80 %). 4 - suppression, comme au Danemark, en Nouvelle-Zélande, en Australie, de tout ou partie des charges sociales. Si j'étais en Allemagne, je serais à 20,9%, mais en fait beaucoup moins avec les plafonnements de la cotisation part employeur, les apprentis et surtout les pays de l'est. Dans beaucoup d'autres pays, je suis à zéro, et je crois que c’est intelligent, puisque les charges sociales payent en quelque sorte la maladie, la retraite, la vieillesse, le transport, la construction, la formation ou l'incapacité....des choses qui sont à faire prendre en charge par le budget général de la nation. 5 - remplacement de toutes les taxes locales et régionales diverses par un impôt d’un montant égal, mais très clairement indexé sur le résultat de l’entreprise. Au moins les élus vivraient au diapason des entreprises qui sont les vrais créateurs de richesses et d'emplois de leur zone. 6 - dernière chose : ajustement de l’impôt sur les bénéfices à 15 %. Cela ne peut pas être accepté psychologiquement du jour au lendemain ; les grandes entreprises françaises ne payent que 8 %, il n’y a que les petites ou les ETI qui payent l’impôt autour de 30 % au moins. Donc, nous passons à 15 %, mais nous sauvons la face de chacun en faisant comme pour la participation : pendant cinq ans, on ne touche pas à l’impôt de 33,3 % actuel, mais tout ce qui est au-dessus de 15 %, cela reste dans l’entreprise pendant sans impôt, et ne peut être versé ni en dividende, ni en rachat d'actions ou autre action, et reviendra dans 5 ans à l'entreprise ce qui permettrait:
  • 17. 17 • de renforcer le bilan de des entreprises françaises. Il ne faut pas oublier que nous investissons beaucoup moins en recherche parce que nous ne gagnons pas d’argent. • de lutter contre la financiarisation de notre industrie. Pour expliquer pourquoi je suis contre le LBO, c’est surtout pour une raison fort simple: à la fin d’un beau LBO, on vend souvent l'affaire brillante à celui qui paiera le plus cher, souvent un étranger si l'entreprise est belle, et on ne peut le reprocher à personne. En Allemagne, ils ont une chose très intelligente. Les LBO créent beaucoup de frais financiers. Donc dès que vous êtes au-dessus de 30 millions d’euros de frais financiers, ceux-ci sont ajoutés au RCAI et paieront donc IS et Taxes locales (équivalant à la "Gewerbesteuer"). 7- TVA à 25 % sauf pour la médecine, les médicaments, les transports en communs; Comme au Danemark en fait. ...et soutien maintenu ou même accru pour ceux qui sont dans le vrai besoin, bourses plus accessibles...etc. Voilà ce que j’avais à dire pour les entreprises françaises.