SlideShare une entreprise Scribd logo
02 LE FAIT DU JOUR Aujourd’hui en France
Lundi 7 mars 2016
daire « peut mieux faire ». Et les dé-
fenseurs de toutes les victimes s’affo-
lent de voir combien aujourd’hui en-
core le puissant lobby de l’industrie
pharmaceutique reste protégé par les
experts et le système juridique. Liens
d’intérêts obligent : « En 2013, le
Conseil économique et social euro-
péen se déclarait inquiet de voir que
85 % du budget de pharmacovigilan-
ce de l’Agence européenne est… fi-
nancée par les labos », relève Jean-
Christophe Brisard.
Si le marché français du médica-
ment pèse 30 Mds€ par an, « il ne
s’agit pas d’un bien marchand com-
me un autre. On parle de vie, de mort
et l’on devrait penser êtres humains
plutôt que statistiques », insistent les
auteurs. L’arsenal de solutions est à
portée de main, plaident-ils : à condi-
tion que l’on prenne les patients pour
des adultes plutôt que
des clients aveugles.
CLAUDINE PROUST
«Effets secondaires :
le Scandale fran-
çais», d’A.Béguin,
J.-Ch. Brisard et
I.Frachon, Ed. First,
400 pages, 21,95 €.
(ANSM) ne veulent pas mais que
l’Agence sanitaire européenne auto-
rise, que se dessine la réponse. Elle se
résumerait sur une copie d’un lapi-
mais toujours top des ventes en
France, ou du dernier coupe-faim
(Mysimba) américain, dont les gen-
darmes du médicament français
I
l y a six ans éclatait
l’affaire du Mediator.
Des centaines de
victimes, un laboratoire
français — Servier —
accusé et une enquête
tentaculaire qui a mis
au jour les liens malsains
unissant l’industrie
pharmaceutique, les
médecins et les autorités
sanitaires. Une crise dont
on pensait naïvement
qu’elle conduirait à
une prise de conscience
collective. Raté, montrent
les auteurs du livre
« Effets secondaires :
le Scandale français ».
Comme si tous les acteurs
de la chaîne du
médicament souffraient
de troubles de la
mémoire persistants.
FRÉDÉRIC VÉZARD
@FVEZARD
n L’ÉDITO
Troublesde
lamémoire
PLUS JAMAIS ÇA ? Cinq ans après
la retentissante affaire du Mediator,
coupe-faim aux effets cardiaques dé-
vastateurs, où en est-on ? La vibrante
promesse lancée en 2011 par Xavier
Bertrand, alors ministre de la Santé,
qu’aucun après lui ne devrait plus
« pouvoir dire qu’il ne savait pas
qu’un médicament était suspecté de
poser problème » est-elle tenue ?
Quels freins l’empêchent encore ?
Ces questions dressent la trame de la
vaste enquête menée par Me
Antoine
Béguin et Jean-Christophe Brisard
avec le docteur Irène Frachon, à para-
ître jeudi, dans un livre* que nous
avons pu découvrir en exclusivité.
Prendre les patients
pour des adultes
Thalidomide, Distilbène, Vioxx, Dé-
pakine… La liste des médicaments et
des scandales associés qui s’égrènent
depuis l’après-guerre semble une si-
nistre ordonnance, au vu des victi-
mes qui s’additionnent. Mais c’est en
décortiquant les ressorts de chaque
affaire, en analysant les cas d’autres
molécules, comme la paroxetine (De-
roxat), antidépresseur suspecté de
risques suicidaires aux Etats-Unis
Assezdescandales!MÉDICAMENTS DANGEREUX. L’affaire du Mediator, qui se poursuit en justice,
a-t-elle permis de faire des progrès ? Hélas, pas vraiment, à en croire un livre réquisitoire.
nLe Thalidomide
Somnifère mis en point en 1954 et
testé sur des animaux par une
entreprise allemande d’excellente
réputation, le Thalidomide se révèle
avoir accessoirement un effet
antinausée. Commercialisé
avec succès en Allemagne en 1956,
il est lancé au niveau mondial,
sauf en France, dont la lenteur
administrative — une fois n’est pas
coutume — pour l’autoriser épargnera
des milliers de victimes. Prescrit
massivement aux femmes
enceintes en début de
grossesse, le Thaldomide
donne naissance à près
de 20 000 fœtus atteints de
malformations monstrueuses,
mains et pieds directement
accrochés au tronc, absence
d’oreille, surdité, paralysie
faciale. Une grande partie
meurt, mais on compterait
5 000 survivants.
nLe Distilbène
Hormone de synthèse mise au point
par un médecin anglais en 1938, elle
était prescrite aux femmes enceintes
présentant un risque de fausse
couche. Le Distilbène (DES),
commercialisé par de nombreuses
firmes, et à partir de 1948 en France,
rencontre un grand succès aux
Etats-Unis, jusqu’en 1953 ou une
étude conclut qu’il est… inefficace.
Il s’en prescrit moins. En France au
contraire, de plus en plus. Un premier
gynécologue américain décèle des
cancers gynécologiques chez de très
jeunes filles dont les mères ont pris
du DES. Les études alarmantes se
multipliant, il sera interdit en France
en 1977. Aujourd’hui, on sait que
les effets sur la deuxième génération
(exposée in utero) de filles sont
des anomalies génitales, infertilités,
cancers. L’étude de la troisième
génération montre que les petits
enfants du DES (108 000 personnes
en France) ont aussi des risques
décuplés d’obstruction
de l’œsophage.
nLe Mediator
Retiré du marché en 2009 grâce aux
révélations de la pneumologue Irène
Frachon, au terme de trente-trois
ans de commercialisation et une
crise sanitaire majeure qui est loin
d’avoir fini son parcours en justice,
n SIX DÉCENNIES DE DRAMES
de l’inquiétude plus générale vis-à-vis
de l’emprise de la finance sur de
nombreux pans de notre société.
Peut-on en finir
avec les scandales et la défiance ?
C’est un très gros défi. Je suis extrê-
mement frappée de voir à quel point
une partie du corps médical et des
experts résistent à ce que le système,
au fondement très paternaliste, soit
ébranlé. Or la réponse majeure pour
en sortir, c’est de traiter les citoyens
en grandes personnes responsables.
A l’ère d’Internet et des réseaux so-
ciaux, on ne peut pas continuer à sou-
tenir, comme y pousse l’industrie
pharmaceutique, que si les patients
sont informés des risques, ils auront
peur, cesseront leur traitement. Au
contraire. Pour avoir confiance, il faut
pouvoir s’accrocher à une informa-
tion loyale. Si on ne la leur donne pas,
la méfiance des patients, qui iront la
chercher ailleurs, risque de les pous-
ser dans les bras d’obscurantistes de
tout poil au discours délirant, comme
on le voit actuellement pour la vacci-
nation. Propos recueillis par C.P.
se développait une industrie où le
médicament est progressivement de-
venu un bien de consommation
obéissant aux lois du marché. Le tout
a abouti à un système bien rôdé, cen-
sé nous permettre de guérir, d’aller
mieux… les yeux fermés et qu’on ne
questionnait pas suffisamment.
Jusqu’à ce qu’on découvre
des scandales à répétition ?
Je pense que nous nous trou-
vons au tournant d’une lente
prise de conscience, dans l’évo-
lution d’une histoire née avec les
innovations de l’après-guerre.
Les affaires successives se
trouvent toutes mar-
quées soit par l’absen-
ce de précaution et/ou
le sceau du profit. La
défiance croît d’au-
tant que depuis une
quinzaine d’an-
nées, on a vu ex-
ploser des super-
multinationales du
médicament. Elle se
trouve du coup teintée
ques. Et quand il y en a, mieux ac-
compagner les victimes.
L’erreur est-elle d’avoir cru
à la magie du médicament ?
Le médicament qui ciblerait de façon
spécifique la pathologie, sans risquer
de perturber le reste de l’orga-
nisme est une utopie. Si l’on
a pu croire au côté potion
magique, avec une vision
extrêmement positive du
médicament, de l’ordon-
nance et de celui qui la pres-
crit, c’est qu’après-guerre, on
a découvert qu’ils permet-
taient des miracles sur
des maladies, comme
la tuberculose, jus-
que-là considérées
comme des fatali-
tés. Les effets
étaient si specta-
culaires qu’on
ne s’est pas
trop attardé
sur les effets
secondaires.
Parallèlement
PNEUMOLOGUE au CHU de Brest
(Finistère), Irène Frachon plaide pour
que l’on cesse de considérer les ci-
toyens comme des enfants en leur ca-
chant la vérité des effets secondaires.
Faut-il avoir peur
de tous les médicaments ?
IRÈNE FRACHON. Notre but n’est
pas d’encourager une défiance géné-
ralisée, aveugle et confuse vis-à-vis
du médicament. Au contraire, de
plaider pour qu’on entre, collective-
ment, dans une ère de réalisme et de
lucidité. Non, les médicaments d’au-
jourd’hui ne sont pas plus dangereux
que ceux d’hier. Mais en se relevant
avec la gueule de bois du scandale du
Mediator, suivi depuis d’autres coups
durs, on « découvre » qu’ils sont des
substances chimiques actives qui ont
des effets secondaires. Cela ébranle la
confiance. Pour que nous puissions
continuer à bénéficier des médica-
ments, qui rendent de grands servi-
ces, il faut tenir compte de ces effets
et des accidents, dont certains sont
plus difficiles que d’autres : dans tous
les cas, ne jamais minimiser les ris-
«Ilnefautjamaisminimiserlesrisques»
Irène Frachon, médecin qui a lancé l’alerte sur le Mediator il y a cinq ans
Les experts
de l'Agence
donnent ou pas
l'autorisation de mise
surle marché en fonction de l'état
des connaissances,de la littérature
scientiique internationale…
Une fois sur le marché,
les médecins
doivent signaler les
efets secondaires des médicaments
au département pharmaco-vigilance
de l'Agence nationale de sécurité
du médicament (ANSM).Une
grande part de ces efets ne sont
pas signalés.
En cas
de problème
grave,l'Agence peut retirer
un médicament du marché
(en suspendant l'AMM) ou décider
qu’il ne doit plus être prescrit
pour certaines maladies.
Le laboratoire
quiveut lancer
un médicament
présente le résultat
de ses recherches et de ses essais
cliniques à la Commission d'autori-
sation de mise surle marché (AMM).
**
* *
de ces efets ne sont
RETIRÉ
APPROUVÉ
LP/Infographie.
1
2
3
4
L’AMM, COMMENT
ÇA MARCHE?
(DR.)
(AFP/MiguelMedina.)
(LP/PhilippeLavieille.)
(AFP/FredTanneau.)
Aujourd’hui en France
Lundi 7 mars 2016
LE FAIT DU JOUR 03
le Mediator, dérivé d’amphétamine
produit par le laboratoire français
Servier, appartenait à la famille
des dérivés fenfluraminiques, contre
lesquels une interdiction mondiale
a été prononcée en 1997. Coupe-faim
aux supposées vertus amaigrissantes,
il a été prescrit à partir de 1977.
Très vite jugé inefficace, il se révèle
surtout meurtrier. On lui impute
500 à 2 000 victimes, sans parler de
tous ceux chez qui il a provoqué de
graves atteintes cardiaques.
nLe Vioxx
Présenté comme traitement
miraculeux contre l’arthrose par
le laboratoire Merck, le Vioxx obtient
son autorisation aux Etats-Unis
en mai 1999 en six mois, contre
quinze habituellement. Son
autorisation européenne en poche
en avril 2000, le laboratoire américain
est si pressé de faire bénéficier les
Français de son produit miracle
qu’il n’attend même pas l’autorisation
de remboursement. En cinq ans
de commercialisation mondiale,
avant que Merck (qui savait dès
décembre 1999 qu’existaient des
risques d’accidents cardiovasculaires)
ne le retire lui-même du marché,
le Vioxx sera surtout accusé d’avoir
tué des milliers de personnes
de crises cardiaques. En France,
officiellement aucune victime n’est
recensée, mais l’association d’aide
aux victimes des médicaments
a identifié 250 cas de décès.
nLe Requip
Une addiction sévère au sexe ou
au jeu chez 15 % des patients :
le laboratoire britannique GSK avait
largement minimisé ce risque lourd
dans sa liste des effets secondaires
du Requip, un antiparkinsonien
appartenant à
une nouvelle
forme de
traitements
apparue dans
les années
1980-1990.
L’effet indésirable a pudiquement fait
son apparition dans la notice en 2004
sous le terme « augmentation de
la libido ». En 2009, une centaine
de victimes étaient recensées
par l’Agence du médicament. Un
quinquagénaire Nantais, qui a vécu
l’enfer dès sa mise sous traitement
en 2003, a gagné son procès contre
le labo et a obtenu 197 000 € en
réparation de son préjudice. En 2014,
l’association France
Parkinson alerte :
45 % des patients
qui abandonnent leur
traitement le font à
cause des lourds
effets secondaires.
SIX DÉCENNIES DE DRAMES 
UN PICTOGRAMME SUR LES BOÎTES indi-
quant le risque pour les femmes enceintes. Ce
n’est qu’un échantillon des demandes que Ma-
rine Martin déposera ce midi sur le bureau de
la ministre de la Santé. Mère de deux enfants
victimes de l’antiépileptique qu’elle prenait en
toute confiance lorsqu’elle était enceinte, la
présidente et fondatrice de l’Apesac (Associa-
tion de défense des familles victimes du val-
proate de sodium, molécule du médicament
Dépakine) ne se contentera pas du rapport de
l’inspection générale des affaires sociales (Igas),
réclamé en juillet par Marisol Touraine, et dé-
voilé fin février. Le document pointe claire-
ment que les autorités sanitaires ont tardé à
réagir. Alors que les risques de mettre au mon-
de un enfant atteint de malformation ou de
séquelles neurologiques (retard psychomoteur,
autisme) étaient démontrés dès 1982, les Fran-
çaises n’en ont pas été informées jusqu’en 2015.
Le droit de choisir
« Je ne remets pas en cause le traitement, très
efficace, contre l’épilepsie. Il y aura sans doute
encore demain des enfants qui naissent sous
Dépakine. Mais les femmes doivent avoir le
choix, savoir qu’il y a 10 % de risques de mal-
formation, et 40 % de risques de troubles neu-
rologiques pour leur enfant. Nous, ce choix, on
nous l’a volé en décidant pour nous et en nous
trompant », insiste Marine, qui la première a
porté plainte au civil et obtenu une expertise
reconnaissant le lien entre la prise de valproate
de sodium pendant ses grossesses et le spina
bifida occulta (malformation liée à un défaut
de fermeture du système nerveux) dont souf-
frent ses deux enfants. Ce lien, elle l’a décou-
vert en 2009, sur Internet : « Seule devant mon
écran, sur le site du centre de référence des
agents tératogènes de l’hôpital Trousseau ».
Aujourd’hui, son association rassemble
1 090 enfants. « On n’est qu’au début d’un très
gros scandale, qui touche plus que les 425 vic-
times estimées par l’Igas », pressent Marine.
C’est aussi devant son ordinateur dans leur
maison près de Beauvais (Oise) que Nora, sous
traitement depuis l’âge de 17 ans, a reconnu
comme une grande gifle le mal dont souffre
Louis, 6 ans aujourd’hui. Cinq ans sans savoir.
Lorsqu’il a eu 6 mois, pourtant, elle a perçu
qu’il « était comme enfermé dans sa bulle. Il ne
s’est assis que vers 10 mois ». A force de kiné et
d’exercices, suivis depuis l’âge de 17 mois, Louis
a fini par marcher à 28 mois. « Récemment,
seulement, une psychomotricienne m’a dit
qu’elle s’était demandé — pour avoir vu d’au-
tres cas — si ce n’était pas lié à mon traitement !
Pourquoi mon premier neurologue ne m’a-t-il
rien dit ? » Comme conseillé à l’adolescence,
elle était allée le voir « le jour ou [elle a] eu un
projet de grossesse ». Pas question d’arrêter le
médicament. D’ailleurs la rassure-t-il, il existe
un risque de 10 % de malformation que contre-
balance la prise d’acide folique. Et Nora subira
plus d’échographies que les autres futures mè-
res. Louis naît sans malformations. « Mais si
j’avais su les 40 % de risques neurologiques ?
J’aurais hésité, tenté un autre traitement. Ou
l’aurais arrêté, comme lorsque je me suis re-
trouvée enceinte de sa sœur, un peu arrivée par
accident. » Née à l’automne 2014, elle, va bien.
« Pour l’instant, je croise les doigts », souffle la
jeune maman pas rassurée.
CLAUDINE PROUST
«Pourquoi
leneurologue
nem’a-t-il
riendit?»Nora, traitée par Dépakine
et mère de 2 enfants
Région de
Beauvais (Oise),
jeudi. Nora, son fils
Louis qui souffre
de troubles
neurologiques,
et sa fille.
CHAQUE PATIENT français
consomme 48 boîtes de médicaments
par an. Pour qu’il les prenne sans
trembler, voici les 4 solutions « liées
les unes aux autres », prônées par le
livre «Effets secondaires : le Scandale
français», soutenues par les avocats
et les associations de victimes.
1 Des essais plus transparents.
L’autorisation donnée à un médi-
cament ne signifie pas qu’il soit à
100 % sans risque grave. « L’Agence
du médicament n’a pas les moyens de
mener ses propres investigations sur
la validité des essais cliniques présen-
tés [et menés] par le laboratoire, pro-
priétaire de la molécule. Ce dernier
est ainsi à la fois juge et partie de son
produit », explique Me
Béguin. Si les
mensonges éhontés sont rares, « les
études cliniques peuvent présenter
des biais. On peut avoir écarté des
résultats des patients, âgés par exem-
ple, chez qui les effets secondaires
étaient plus importants. » De plus, les
essais s’effectuent pour moitié à
l’étranger (la France n’accueille que
10 % des essais internationaux). « Dif-
ficile de vérifier ce qui se passe en
Inde, en Chine, en Europe de l’Est où
le cobaye humain coûte moitié moins
cher », soulignent les auteurs.
2 Des experts vraiment indé-
pendants. Après le Mediator, le
ménage a été fait au sein de l’Agence
du médicament pour en finir avec des
experts liés aux laboratoires. Aboutis-
sement de la loi des produits de santé
dite Sunshine Act, adoptée dans la
foulée du scandale en 2011, la base de
données publique, où l’on peut véri-
fier les liens d’un médecin avec l’in-
dustrie, a été lancée en juin 2014
(www.transparence.santé.gouv.fr).
En justice, le combat des victimes
« relève toujours du pot de terre contre
le pot de fer », dit l’avocat. Difficile de
résister à la puissance de lobbying de
l’industrie pharmaceutique, comme
en témoigne Marine Martin, présiden-
te de l’Apesac, une association des vic-
times de la Dépakine, qui réclame
l’ouverture d’un centre de référence
pour les diagnostiquer : « Aucun spé-
cialiste d’un hôpital parisien ne veut
aujourd’hui se mouiller, par peur de
voir son nom sur un document qui
serait ensuite versé aux plaintes
contre un laboratoire qui finance par-
fois leurs recherches cliniques. »
3 Des risques clairs et compré-
hensibles pour tous. A quand
des pictogrammes d’alerte sur les
boîtes de médicaments, quand ils
sont susceptibles de graves effets in-
désirables ? S’agissant des femmes
enceintes, ce devrait être chose faite
pour les médicaments contre l’épi-
lepsie contenant du valproate de so-
dium comme la Dépakine à partir de
ce mois. Quid de tous les autres ? « On
ne peut pas demander au médecin
traitant de tout savoir, ni reprocher
au patient de ne pas tout comprendre
à la seule lecture d’une notice », souli-
gne Me
Béguin. Des notices de plus en
plus volumineuses où le labo égrène
une litanie croissante d’effets, pour se
couvrir, mais où le patient ne peut
même pas savoir si l’un des effets
plus graves est apparu récemment…
« Il suffirait tout bêtement de le faire
apparaître en plus gros, d’une autre
couleur », propose l’avocat.
4 Des victimes mieux traitées.
Les actions en justice sont un
chemin de croix. Et c’est à la victime
de prouver que son mal est bien dû
au médicament qu’elle prenait. Pour
en finir avec cette situation, les au-
teurs et associations plaident pour la
création d’un vrai fonds d’indemnisa-
tion. « On l’avait soutenu avant la loi
de santé, mais ça n’a pas été retenu »,
déplore Marine Martin, présidente de
l’Apesac. « Financé par l’industrie
pharmaceutique, au lieu de l’être par
la solidarité nationale comme l’est
l’Oniam (NDLR : Office national
d’indemnisation des accidents médi-
caux) aujourd’hui, il rendrait ainsi les
laboratoires solidairement responsa-
bles des effets indésirables graves,
qu’ils aient été mentionnés sur une
notice ou non », dit Me
Béguin. C.P.
Quatreremèdespourassainirlesystème
(LP/PhilippeLavieille.)
(LP/OlivierCorsan.)
(Andia.fr/Delpey.)

Contenu connexe

Similaire à scandales medocs fdj

Nouveaux traitements contre la dépression
Nouveaux traitements contre la dépressionNouveaux traitements contre la dépression
Nouveaux traitements contre la dépression
Centre De la Dépression
 
Jacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanes
Jacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanesJacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanes
Jacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanes
Fondation Chirac
 
ppt mediator louis et marie
ppt mediator louis et marie ppt mediator louis et marie
ppt mediator louis et marie
marieraby
 
Lettre ouverte a monsieur le premier ministre
Lettre ouverte a monsieur le premier ministreLettre ouverte a monsieur le premier ministre
Lettre ouverte a monsieur le premier ministre
Société Tripalio
 
Mission « flash » sur le Levothyrox
Mission « flash » sur le Levothyrox Mission « flash » sur le Levothyrox
Mission « flash » sur le Levothyrox
Market iT
 
COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3
COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3
COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3
SaatchiFrance
 
Lettre collective à l'OMS sur le COVID
Lettre collective à l'OMS sur le COVIDLettre collective à l'OMS sur le COVID
Lettre collective à l'OMS sur le COVID
Société Tripalio
 
Le bulletin du Bip31
Le bulletin du Bip31Le bulletin du Bip31
Le bulletin du Bip31
vero2bourg
 
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdfDP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
pbcom1998
 
Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...
Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...
Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...
Pelouze Guy-André
 
Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...
Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...
Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...
Festival de la Communication Santé
 
Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011
Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011
Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011
Association LIR
 
Dossier de presse
Dossier de presseDossier de presse
Dossier de presse
MichelTumelin
 
1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...
1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...
1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...
Vigipharm
 
Les carnets de nocom - numero 4
Les carnets de nocom - numero 4Les carnets de nocom - numero 4
Les carnets de nocom - numero 4
CabinetNoCom
 
Problematique de l'assurance sante par M. Doua Blé Siméon
Problematique de l'assurance sante par M. Doua Blé SiméonProblematique de l'assurance sante par M. Doua Blé Siméon
Problematique de l'assurance sante par M. Doua Blé Siméon
Ovillage
 
Un monde sans cancer
Un monde sans cancerUn monde sans cancer
Un monde sans cancer
Berni Fernandez
 
COVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi France
COVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi FranceCOVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi France
COVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi France
SaatchiFrance
 
Manif des internes en biologie.
Manif des internes en biologie.Manif des internes en biologie.
Manif des internes en biologie.
Réseau Pro Santé
 

Similaire à scandales medocs fdj (20)

Nouveaux traitements contre la dépression
Nouveaux traitements contre la dépressionNouveaux traitements contre la dépression
Nouveaux traitements contre la dépression
 
Jacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanes
Jacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanesJacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanes
Jacques Chirac s'adresse au Conseil de l'organisation mondiale des douanes
 
ppt mediator louis et marie
ppt mediator louis et marie ppt mediator louis et marie
ppt mediator louis et marie
 
Lettre ouverte a monsieur le premier ministre
Lettre ouverte a monsieur le premier ministreLettre ouverte a monsieur le premier ministre
Lettre ouverte a monsieur le premier ministre
 
Mission « flash » sur le Levothyrox
Mission « flash » sur le Levothyrox Mission « flash » sur le Levothyrox
Mission « flash » sur le Levothyrox
 
COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3
COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3
COVID 19 - reconfinement insights #SEMAINE 3
 
Lettre collective à l'OMS sur le COVID
Lettre collective à l'OMS sur le COVIDLettre collective à l'OMS sur le COVID
Lettre collective à l'OMS sur le COVID
 
Le bulletin du Bip31
Le bulletin du Bip31Le bulletin du Bip31
Le bulletin du Bip31
 
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdfDP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
 
Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...
Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...
Medicaments dangereux et scandales sanitaires: la France victime de la sous-e...
 
Interieur032014
Interieur032014Interieur032014
Interieur032014
 
Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...
Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...
Article paru dans Pharmaceutiques : Les patients mis à l'honneur au Festival ...
 
Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011
Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011
Discours n sarkosy_rir3-9_juin_2011
 
Dossier de presse
Dossier de presseDossier de presse
Dossier de presse
 
1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...
1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...
1ères Rencontres sur les vigilances sanitaires : CRISE MÉDIATIQUE EN SANTÉ PU...
 
Les carnets de nocom - numero 4
Les carnets de nocom - numero 4Les carnets de nocom - numero 4
Les carnets de nocom - numero 4
 
Problematique de l'assurance sante par M. Doua Blé Siméon
Problematique de l'assurance sante par M. Doua Blé SiméonProblematique de l'assurance sante par M. Doua Blé Siméon
Problematique de l'assurance sante par M. Doua Blé Siméon
 
Un monde sans cancer
Un monde sans cancerUn monde sans cancer
Un monde sans cancer
 
COVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi France
COVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi FranceCOVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi France
COVID-19 - Cahier d’insights 3 - Saatchi & Saatchi France
 
Manif des internes en biologie.
Manif des internes en biologie.Manif des internes en biologie.
Manif des internes en biologie.
 

Plus de Claudine Proust

Fait du jour opération cerveau
Fait du jour opération cerveauFait du jour opération cerveau
Fait du jour opération cerveau
Claudine Proust
 

Plus de Claudine Proust (6)

scoop megnien HEGP
scoop megnien HEGPscoop megnien HEGP
scoop megnien HEGP
 
Fait du jour opération cerveau
Fait du jour opération cerveauFait du jour opération cerveau
Fait du jour opération cerveau
 
temoin aidant alzheimer
temoin aidant alzheimertemoin aidant alzheimer
temoin aidant alzheimer
 
dialyse à dom
dialyse à domdialyse à dom
dialyse à dom
 
ASCO 2015
ASCO 2015ASCO 2015
ASCO 2015
 
Prema nreportage
Prema nreportagePrema nreportage
Prema nreportage
 

scandales medocs fdj

  • 1. 02 LE FAIT DU JOUR Aujourd’hui en France Lundi 7 mars 2016 daire « peut mieux faire ». Et les dé- fenseurs de toutes les victimes s’affo- lent de voir combien aujourd’hui en- core le puissant lobby de l’industrie pharmaceutique reste protégé par les experts et le système juridique. Liens d’intérêts obligent : « En 2013, le Conseil économique et social euro- péen se déclarait inquiet de voir que 85 % du budget de pharmacovigilan- ce de l’Agence européenne est… fi- nancée par les labos », relève Jean- Christophe Brisard. Si le marché français du médica- ment pèse 30 Mds€ par an, « il ne s’agit pas d’un bien marchand com- me un autre. On parle de vie, de mort et l’on devrait penser êtres humains plutôt que statistiques », insistent les auteurs. L’arsenal de solutions est à portée de main, plaident-ils : à condi- tion que l’on prenne les patients pour des adultes plutôt que des clients aveugles. CLAUDINE PROUST «Effets secondaires : le Scandale fran- çais», d’A.Béguin, J.-Ch. Brisard et I.Frachon, Ed. First, 400 pages, 21,95 €. (ANSM) ne veulent pas mais que l’Agence sanitaire européenne auto- rise, que se dessine la réponse. Elle se résumerait sur une copie d’un lapi- mais toujours top des ventes en France, ou du dernier coupe-faim (Mysimba) américain, dont les gen- darmes du médicament français I l y a six ans éclatait l’affaire du Mediator. Des centaines de victimes, un laboratoire français — Servier — accusé et une enquête tentaculaire qui a mis au jour les liens malsains unissant l’industrie pharmaceutique, les médecins et les autorités sanitaires. Une crise dont on pensait naïvement qu’elle conduirait à une prise de conscience collective. Raté, montrent les auteurs du livre « Effets secondaires : le Scandale français ». Comme si tous les acteurs de la chaîne du médicament souffraient de troubles de la mémoire persistants. FRÉDÉRIC VÉZARD @FVEZARD n L’ÉDITO Troublesde lamémoire PLUS JAMAIS ÇA ? Cinq ans après la retentissante affaire du Mediator, coupe-faim aux effets cardiaques dé- vastateurs, où en est-on ? La vibrante promesse lancée en 2011 par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé, qu’aucun après lui ne devrait plus « pouvoir dire qu’il ne savait pas qu’un médicament était suspecté de poser problème » est-elle tenue ? Quels freins l’empêchent encore ? Ces questions dressent la trame de la vaste enquête menée par Me Antoine Béguin et Jean-Christophe Brisard avec le docteur Irène Frachon, à para- ître jeudi, dans un livre* que nous avons pu découvrir en exclusivité. Prendre les patients pour des adultes Thalidomide, Distilbène, Vioxx, Dé- pakine… La liste des médicaments et des scandales associés qui s’égrènent depuis l’après-guerre semble une si- nistre ordonnance, au vu des victi- mes qui s’additionnent. Mais c’est en décortiquant les ressorts de chaque affaire, en analysant les cas d’autres molécules, comme la paroxetine (De- roxat), antidépresseur suspecté de risques suicidaires aux Etats-Unis Assezdescandales!MÉDICAMENTS DANGEREUX. L’affaire du Mediator, qui se poursuit en justice, a-t-elle permis de faire des progrès ? Hélas, pas vraiment, à en croire un livre réquisitoire. nLe Thalidomide Somnifère mis en point en 1954 et testé sur des animaux par une entreprise allemande d’excellente réputation, le Thalidomide se révèle avoir accessoirement un effet antinausée. Commercialisé avec succès en Allemagne en 1956, il est lancé au niveau mondial, sauf en France, dont la lenteur administrative — une fois n’est pas coutume — pour l’autoriser épargnera des milliers de victimes. Prescrit massivement aux femmes enceintes en début de grossesse, le Thaldomide donne naissance à près de 20 000 fœtus atteints de malformations monstrueuses, mains et pieds directement accrochés au tronc, absence d’oreille, surdité, paralysie faciale. Une grande partie meurt, mais on compterait 5 000 survivants. nLe Distilbène Hormone de synthèse mise au point par un médecin anglais en 1938, elle était prescrite aux femmes enceintes présentant un risque de fausse couche. Le Distilbène (DES), commercialisé par de nombreuses firmes, et à partir de 1948 en France, rencontre un grand succès aux Etats-Unis, jusqu’en 1953 ou une étude conclut qu’il est… inefficace. Il s’en prescrit moins. En France au contraire, de plus en plus. Un premier gynécologue américain décèle des cancers gynécologiques chez de très jeunes filles dont les mères ont pris du DES. Les études alarmantes se multipliant, il sera interdit en France en 1977. Aujourd’hui, on sait que les effets sur la deuxième génération (exposée in utero) de filles sont des anomalies génitales, infertilités, cancers. L’étude de la troisième génération montre que les petits enfants du DES (108 000 personnes en France) ont aussi des risques décuplés d’obstruction de l’œsophage. nLe Mediator Retiré du marché en 2009 grâce aux révélations de la pneumologue Irène Frachon, au terme de trente-trois ans de commercialisation et une crise sanitaire majeure qui est loin d’avoir fini son parcours en justice, n SIX DÉCENNIES DE DRAMES de l’inquiétude plus générale vis-à-vis de l’emprise de la finance sur de nombreux pans de notre société. Peut-on en finir avec les scandales et la défiance ? C’est un très gros défi. Je suis extrê- mement frappée de voir à quel point une partie du corps médical et des experts résistent à ce que le système, au fondement très paternaliste, soit ébranlé. Or la réponse majeure pour en sortir, c’est de traiter les citoyens en grandes personnes responsables. A l’ère d’Internet et des réseaux so- ciaux, on ne peut pas continuer à sou- tenir, comme y pousse l’industrie pharmaceutique, que si les patients sont informés des risques, ils auront peur, cesseront leur traitement. Au contraire. Pour avoir confiance, il faut pouvoir s’accrocher à une informa- tion loyale. Si on ne la leur donne pas, la méfiance des patients, qui iront la chercher ailleurs, risque de les pous- ser dans les bras d’obscurantistes de tout poil au discours délirant, comme on le voit actuellement pour la vacci- nation. Propos recueillis par C.P. se développait une industrie où le médicament est progressivement de- venu un bien de consommation obéissant aux lois du marché. Le tout a abouti à un système bien rôdé, cen- sé nous permettre de guérir, d’aller mieux… les yeux fermés et qu’on ne questionnait pas suffisamment. Jusqu’à ce qu’on découvre des scandales à répétition ? Je pense que nous nous trou- vons au tournant d’une lente prise de conscience, dans l’évo- lution d’une histoire née avec les innovations de l’après-guerre. Les affaires successives se trouvent toutes mar- quées soit par l’absen- ce de précaution et/ou le sceau du profit. La défiance croît d’au- tant que depuis une quinzaine d’an- nées, on a vu ex- ploser des super- multinationales du médicament. Elle se trouve du coup teintée ques. Et quand il y en a, mieux ac- compagner les victimes. L’erreur est-elle d’avoir cru à la magie du médicament ? Le médicament qui ciblerait de façon spécifique la pathologie, sans risquer de perturber le reste de l’orga- nisme est une utopie. Si l’on a pu croire au côté potion magique, avec une vision extrêmement positive du médicament, de l’ordon- nance et de celui qui la pres- crit, c’est qu’après-guerre, on a découvert qu’ils permet- taient des miracles sur des maladies, comme la tuberculose, jus- que-là considérées comme des fatali- tés. Les effets étaient si specta- culaires qu’on ne s’est pas trop attardé sur les effets secondaires. Parallèlement PNEUMOLOGUE au CHU de Brest (Finistère), Irène Frachon plaide pour que l’on cesse de considérer les ci- toyens comme des enfants en leur ca- chant la vérité des effets secondaires. Faut-il avoir peur de tous les médicaments ? IRÈNE FRACHON. Notre but n’est pas d’encourager une défiance géné- ralisée, aveugle et confuse vis-à-vis du médicament. Au contraire, de plaider pour qu’on entre, collective- ment, dans une ère de réalisme et de lucidité. Non, les médicaments d’au- jourd’hui ne sont pas plus dangereux que ceux d’hier. Mais en se relevant avec la gueule de bois du scandale du Mediator, suivi depuis d’autres coups durs, on « découvre » qu’ils sont des substances chimiques actives qui ont des effets secondaires. Cela ébranle la confiance. Pour que nous puissions continuer à bénéficier des médica- ments, qui rendent de grands servi- ces, il faut tenir compte de ces effets et des accidents, dont certains sont plus difficiles que d’autres : dans tous les cas, ne jamais minimiser les ris- «Ilnefautjamaisminimiserlesrisques» Irène Frachon, médecin qui a lancé l’alerte sur le Mediator il y a cinq ans Les experts de l'Agence donnent ou pas l'autorisation de mise surle marché en fonction de l'état des connaissances,de la littérature scientiique internationale… Une fois sur le marché, les médecins doivent signaler les efets secondaires des médicaments au département pharmaco-vigilance de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).Une grande part de ces efets ne sont pas signalés. En cas de problème grave,l'Agence peut retirer un médicament du marché (en suspendant l'AMM) ou décider qu’il ne doit plus être prescrit pour certaines maladies. Le laboratoire quiveut lancer un médicament présente le résultat de ses recherches et de ses essais cliniques à la Commission d'autori- sation de mise surle marché (AMM). ** * * de ces efets ne sont RETIRÉ APPROUVÉ LP/Infographie. 1 2 3 4 L’AMM, COMMENT ÇA MARCHE? (DR.) (AFP/MiguelMedina.) (LP/PhilippeLavieille.) (AFP/FredTanneau.) Aujourd’hui en France Lundi 7 mars 2016 LE FAIT DU JOUR 03 le Mediator, dérivé d’amphétamine produit par le laboratoire français Servier, appartenait à la famille des dérivés fenfluraminiques, contre lesquels une interdiction mondiale a été prononcée en 1997. Coupe-faim aux supposées vertus amaigrissantes, il a été prescrit à partir de 1977. Très vite jugé inefficace, il se révèle surtout meurtrier. On lui impute 500 à 2 000 victimes, sans parler de tous ceux chez qui il a provoqué de graves atteintes cardiaques. nLe Vioxx Présenté comme traitement miraculeux contre l’arthrose par le laboratoire Merck, le Vioxx obtient son autorisation aux Etats-Unis en mai 1999 en six mois, contre quinze habituellement. Son autorisation européenne en poche en avril 2000, le laboratoire américain est si pressé de faire bénéficier les Français de son produit miracle qu’il n’attend même pas l’autorisation de remboursement. En cinq ans de commercialisation mondiale, avant que Merck (qui savait dès décembre 1999 qu’existaient des risques d’accidents cardiovasculaires) ne le retire lui-même du marché, le Vioxx sera surtout accusé d’avoir tué des milliers de personnes de crises cardiaques. En France, officiellement aucune victime n’est recensée, mais l’association d’aide aux victimes des médicaments a identifié 250 cas de décès. nLe Requip Une addiction sévère au sexe ou au jeu chez 15 % des patients : le laboratoire britannique GSK avait largement minimisé ce risque lourd dans sa liste des effets secondaires du Requip, un antiparkinsonien appartenant à une nouvelle forme de traitements apparue dans les années 1980-1990. L’effet indésirable a pudiquement fait son apparition dans la notice en 2004 sous le terme « augmentation de la libido ». En 2009, une centaine de victimes étaient recensées par l’Agence du médicament. Un quinquagénaire Nantais, qui a vécu l’enfer dès sa mise sous traitement en 2003, a gagné son procès contre le labo et a obtenu 197 000 € en réparation de son préjudice. En 2014, l’association France Parkinson alerte : 45 % des patients qui abandonnent leur traitement le font à cause des lourds effets secondaires. SIX DÉCENNIES DE DRAMES  UN PICTOGRAMME SUR LES BOÎTES indi- quant le risque pour les femmes enceintes. Ce n’est qu’un échantillon des demandes que Ma- rine Martin déposera ce midi sur le bureau de la ministre de la Santé. Mère de deux enfants victimes de l’antiépileptique qu’elle prenait en toute confiance lorsqu’elle était enceinte, la présidente et fondatrice de l’Apesac (Associa- tion de défense des familles victimes du val- proate de sodium, molécule du médicament Dépakine) ne se contentera pas du rapport de l’inspection générale des affaires sociales (Igas), réclamé en juillet par Marisol Touraine, et dé- voilé fin février. Le document pointe claire- ment que les autorités sanitaires ont tardé à réagir. Alors que les risques de mettre au mon- de un enfant atteint de malformation ou de séquelles neurologiques (retard psychomoteur, autisme) étaient démontrés dès 1982, les Fran- çaises n’en ont pas été informées jusqu’en 2015. Le droit de choisir « Je ne remets pas en cause le traitement, très efficace, contre l’épilepsie. Il y aura sans doute encore demain des enfants qui naissent sous Dépakine. Mais les femmes doivent avoir le choix, savoir qu’il y a 10 % de risques de mal- formation, et 40 % de risques de troubles neu- rologiques pour leur enfant. Nous, ce choix, on nous l’a volé en décidant pour nous et en nous trompant », insiste Marine, qui la première a porté plainte au civil et obtenu une expertise reconnaissant le lien entre la prise de valproate de sodium pendant ses grossesses et le spina bifida occulta (malformation liée à un défaut de fermeture du système nerveux) dont souf- frent ses deux enfants. Ce lien, elle l’a décou- vert en 2009, sur Internet : « Seule devant mon écran, sur le site du centre de référence des agents tératogènes de l’hôpital Trousseau ». Aujourd’hui, son association rassemble 1 090 enfants. « On n’est qu’au début d’un très gros scandale, qui touche plus que les 425 vic- times estimées par l’Igas », pressent Marine. C’est aussi devant son ordinateur dans leur maison près de Beauvais (Oise) que Nora, sous traitement depuis l’âge de 17 ans, a reconnu comme une grande gifle le mal dont souffre Louis, 6 ans aujourd’hui. Cinq ans sans savoir. Lorsqu’il a eu 6 mois, pourtant, elle a perçu qu’il « était comme enfermé dans sa bulle. Il ne s’est assis que vers 10 mois ». A force de kiné et d’exercices, suivis depuis l’âge de 17 mois, Louis a fini par marcher à 28 mois. « Récemment, seulement, une psychomotricienne m’a dit qu’elle s’était demandé — pour avoir vu d’au- tres cas — si ce n’était pas lié à mon traitement ! Pourquoi mon premier neurologue ne m’a-t-il rien dit ? » Comme conseillé à l’adolescence, elle était allée le voir « le jour ou [elle a] eu un projet de grossesse ». Pas question d’arrêter le médicament. D’ailleurs la rassure-t-il, il existe un risque de 10 % de malformation que contre- balance la prise d’acide folique. Et Nora subira plus d’échographies que les autres futures mè- res. Louis naît sans malformations. « Mais si j’avais su les 40 % de risques neurologiques ? J’aurais hésité, tenté un autre traitement. Ou l’aurais arrêté, comme lorsque je me suis re- trouvée enceinte de sa sœur, un peu arrivée par accident. » Née à l’automne 2014, elle, va bien. « Pour l’instant, je croise les doigts », souffle la jeune maman pas rassurée. CLAUDINE PROUST «Pourquoi leneurologue nem’a-t-il riendit?»Nora, traitée par Dépakine et mère de 2 enfants Région de Beauvais (Oise), jeudi. Nora, son fils Louis qui souffre de troubles neurologiques, et sa fille. CHAQUE PATIENT français consomme 48 boîtes de médicaments par an. Pour qu’il les prenne sans trembler, voici les 4 solutions « liées les unes aux autres », prônées par le livre «Effets secondaires : le Scandale français», soutenues par les avocats et les associations de victimes. 1 Des essais plus transparents. L’autorisation donnée à un médi- cament ne signifie pas qu’il soit à 100 % sans risque grave. « L’Agence du médicament n’a pas les moyens de mener ses propres investigations sur la validité des essais cliniques présen- tés [et menés] par le laboratoire, pro- priétaire de la molécule. Ce dernier est ainsi à la fois juge et partie de son produit », explique Me Béguin. Si les mensonges éhontés sont rares, « les études cliniques peuvent présenter des biais. On peut avoir écarté des résultats des patients, âgés par exem- ple, chez qui les effets secondaires étaient plus importants. » De plus, les essais s’effectuent pour moitié à l’étranger (la France n’accueille que 10 % des essais internationaux). « Dif- ficile de vérifier ce qui se passe en Inde, en Chine, en Europe de l’Est où le cobaye humain coûte moitié moins cher », soulignent les auteurs. 2 Des experts vraiment indé- pendants. Après le Mediator, le ménage a été fait au sein de l’Agence du médicament pour en finir avec des experts liés aux laboratoires. Aboutis- sement de la loi des produits de santé dite Sunshine Act, adoptée dans la foulée du scandale en 2011, la base de données publique, où l’on peut véri- fier les liens d’un médecin avec l’in- dustrie, a été lancée en juin 2014 (www.transparence.santé.gouv.fr). En justice, le combat des victimes « relève toujours du pot de terre contre le pot de fer », dit l’avocat. Difficile de résister à la puissance de lobbying de l’industrie pharmaceutique, comme en témoigne Marine Martin, présiden- te de l’Apesac, une association des vic- times de la Dépakine, qui réclame l’ouverture d’un centre de référence pour les diagnostiquer : « Aucun spé- cialiste d’un hôpital parisien ne veut aujourd’hui se mouiller, par peur de voir son nom sur un document qui serait ensuite versé aux plaintes contre un laboratoire qui finance par- fois leurs recherches cliniques. » 3 Des risques clairs et compré- hensibles pour tous. A quand des pictogrammes d’alerte sur les boîtes de médicaments, quand ils sont susceptibles de graves effets in- désirables ? S’agissant des femmes enceintes, ce devrait être chose faite pour les médicaments contre l’épi- lepsie contenant du valproate de so- dium comme la Dépakine à partir de ce mois. Quid de tous les autres ? « On ne peut pas demander au médecin traitant de tout savoir, ni reprocher au patient de ne pas tout comprendre à la seule lecture d’une notice », souli- gne Me Béguin. Des notices de plus en plus volumineuses où le labo égrène une litanie croissante d’effets, pour se couvrir, mais où le patient ne peut même pas savoir si l’un des effets plus graves est apparu récemment… « Il suffirait tout bêtement de le faire apparaître en plus gros, d’une autre couleur », propose l’avocat. 4 Des victimes mieux traitées. Les actions en justice sont un chemin de croix. Et c’est à la victime de prouver que son mal est bien dû au médicament qu’elle prenait. Pour en finir avec cette situation, les au- teurs et associations plaident pour la création d’un vrai fonds d’indemnisa- tion. « On l’avait soutenu avant la loi de santé, mais ça n’a pas été retenu », déplore Marine Martin, présidente de l’Apesac. « Financé par l’industrie pharmaceutique, au lieu de l’être par la solidarité nationale comme l’est l’Oniam (NDLR : Office national d’indemnisation des accidents médi- caux) aujourd’hui, il rendrait ainsi les laboratoires solidairement responsa- bles des effets indésirables graves, qu’ils aient été mentionnés sur une notice ou non », dit Me Béguin. C.P. Quatreremèdespourassainirlesystème (LP/PhilippeLavieille.) (LP/OlivierCorsan.) (Andia.fr/Delpey.)