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LESYSTEME
CONCENTRATIONNAIRE
NAZI
ENEUROPE
1933-1945
Les limites du ghetto à Varsovie en 1943.
Le ghetto concentrait dans 73 des 1800 rues de la ville les quelques 370
000 Juifs résidant dans la capitale polonaise en 1939, soit 30 % de la
population, auxquels se sont progressivement ajoutés les Juifs des villes
et villages alentour. Entouré d’un mur haut de 3 mètres et long de 18
km, ce quartier fermé sera réduit en 1941, atteignant une densité de
146 000 habitants au km².
L’entrée du ghetto de Varsovie, cliché
anonyme, sans date.
Carte des principaux ghettos en
Europe. Frontières de 1939.
Superficie du ghetto : 300 hectares
128 000 habitants au km² (contre 14
000 habitants au km² pour la Varsovie non-juive)
121 265 travailleurs forcés
10 à 15 % d'orphelins
(En février 1942, 10 à 15 % de la population sont
constitués d’enfants auxquels manquent l’un ou
leurs deux parents.)
400 000 habitants en mai 1942.
184 calories
La ration quotidienne est de 2 613 calories pour un
Allemand de Varsovie, 699 calories pour un Polonais,
et 184 calories pour un Juif (15 % du minimum vital).
43 000 décès 10 % de la population
succombent au cours de la seule année 1941.
1/45 Au début de 1942, le ghetto enregistre
1 naissance pour 45 décès.Brassard blanc avec étoile de David brodée en
bleu, porté par Dina Offman de 1939 à 1941
pendant qu'elle habitait le ghetto de Stopnica,
en Pologne.
US Holocaust Memorial Museum.
Le mot "ghetto" provient du nom du quartier juif de Venise, créé en 1516, dans lequel les autorités vénitiennes avaient
obligé les Juifs de la ville à vivre. Aux XVIe et XVIIe siècles, de nombreux dirigeants ordonnèrent la création de ghettos
pour les Juifs, à Frankfort, Rome, Prague et dans d'autres villes.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les ghettos étaient des quartiers isolés du reste de la ville, souvent clôturés,
dans lesquels les Allemands concentraient la population juive de la ville, parfois de la région, et l'obligeaient à vivre
dans des conditions misérables. Au moins 1000 ghettos furent crées dans les seules Pologne et Union soviétique. Le
premier ghetto fut établi par les autorités d'occupation allemande en Pologne, à Piotrków Trybunalski, en octobre
1939.Le plus grand ghetto de Pologne fut celui de Varsovie.
VIE QUOTIDIENNE
Les Juifs des ghettos étaient contraints de porter des insignes ou des brassards afin de s'identifier et beaucoup furent
soumis au travail forcé au profit du Reich allemand. La vie quotidienne était gérée par des Conseils juifs (Judenraete)
nommés par les nazis. Les ordonnances des conseils juifs et les ordres des autorités allemandes étaient appliqués par
la police du ghetto, y compris la facilitation des déportations vers les centres de mise à mort. Les responsables de la
police juive comme les membres des conseils juifs étaient à la merci des Allemands. Ces derniers n'hésitaient pas à
tuer les policiers juifs accusés de ne pas obéir aux ordres.
Dans certains ghettos, les membres de la résistance juive organisèrent des soulèvements armés. Le plus important fut
le soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. Il y eut aussi des révoltes violentes à Vilno, Bialystok, Czestochowa, et
dans plusieurs autres ghettos plus petits. En août 1944, les nazis achevèrent la destruction du dernier grand ghetto,
celui de Lodz.
Source : Encyclopédie multimédia de la shoah, http://www.ushmm.org/
La Shoah, à l'Est : les Einsatzgruppen.
L’extermination des Juifs et des Tziganes commence en 1941, avec l’invasion de l’URSS. Elle est pratiquée par les « Einsatzgruppen »
(groupes d’intervention), qui suivent la progression de la Werhmacht (l’armée allemande) en territoire soviértique.
Quatre groupes principaux de 600 à 1000 hommes chacun sont chargés des exécutions, du nord au sud : les Einsatzgruppen A, B, C et D.
Témoignage d’Otto Ohlendorf a dirigé l’Einsatzgruppe D,
responsable du massacre de 90000 Juifs au sud de l’Ukraine.
L’Unité pénétrait dans un village ou dans
une ville et donnait l’ordre aux citoyens juifs de
marque de rassembler tous les juifs afin de les
« réinstaller ».
On les invitait à remettre tous leurs objets
de valeur et, peu avant leur exécution, on leur
ordonnait de retirer leurs vêtements de dessus.
On les transportait en camions jusqu’au lieu
d’exécution; en général un fossé antichar. Puis les
pelotons d’exécution les fusillaient à genoux ou
debout et on jetait les cadavres dans le fossé.
J’ai toujours ordonné que plusieurs hommes
tirent en même temps, ceci afin d’éviter toute
responsabilité personnelle directe.
Interrogatoire d’Otto Ohlendorf dans le cadre du procès
de Nuremberg, 1946.
Lettre d’un tueur.
Walter Mattner est un fonctionnaire de police, originaire de Vienne. Basé à Moguilev, en
Biélorussie, il décrit à sa femme son rôle sur le terrain, sa participation à des exécutions, sa
vision de l'Allemagne... Documents exceptionnels, ayant échappé à la censure (source:
Bundesarchiv Ludwigsburg, BAL Verschiedenes 301v48).
5.10.1941
Je dois encore te raconter quelque chose. Avant-hier, je participai donc aussi
à la grande mort en masse. Lors des premiers convois, mes mains
tremblaient un peu lorsque je tirai, mais on s’y habitue. A la dixième voiture
je visai déjà tranquillement et tirai de manière sûre sur nombre de femmes,
d’enfants et de nourrissons. Je songeai que j’avais aussi deux nourrissons à la
maison, avec lesquels ces hordes agiraient de la même manière, si ce n’est
dix fois pire. La mort que nous leur donnions était une mort plus belle, plus
brève par rapport aux supplices infernaux des milliers de milliers de
personnes dans les cachots du Guépéou. Des nourrissons volaient en l’air en
arc de cercle et nous les flinguions en vol, avant qu’ils ne tombent dans la
fosse et dans l’eau. Qu’on en finisse avec cette engeance qui a précipité
l’Europe dans la guerre et qui attise l’Amérique encore aujourd’hui, jusqu’à
ce qu’elle l’ait entraîné dans la guerre. Le mot qu’Hitler a prononcé une fois
avant le début de la guerre devient vrai : Si la juiverie croit pouvoir
provoquer à nouveau une guerre, alors la juiverie ne vaincra pas, mais cela
sera la fin de la juiverie en Europe. Là aussi je saisis pour la première fois les
mots du poème de Theodor Mörner : « Mon enfant dans le ventre de la mère
sera épargné » ! Diable ! Je n’avais encore jamais vu tant de sang, de crasse,
de corne et de chair. A présent je peux aussi comprendre le mot « ivresse de
sang » [Blutrausch]. Moguilev est à présent moins peuplée d’un nombre à
trois zéros, ça ne joue aucun rôle ici. Vraiment, je m’en réjouis déjà, et
beaucoup disent ici que nous rentrerons au pays et que ce sera alors le tour
de nos Juifs. Enfin, je ne dois pas trop t’en raconter. C’est suffisant, jusqu’à ce
que je rentre à la maison.
Parmi les rapports émanant des responsables de ces massacres,
l'un des plus impressionnants est le « Rapport Jäger » qui donne
le détail des meurtres commis par les Einsatzkommandos 8 et 3,
rattachés à l'Einsatzgruppe A dans la région de Vilna-Kausnas en
Lituanie du 4 Juillet 1941 au 25 novembre 1941. Ce long rapport
décrit l'assassinat de plus de 130 000 personnes dans ce court
laps de temps. Il contient, sur six pages, les listes des personnes
assassinées par les Einsatzkommandos 8 et 3 et conclut : «
Aujourd'hui, je peux confirmer que notre objectif de résoudre le
problème juif en Lituanie, a été accompli par EK 3. En Lituanie, il
n'y a plus de Juifs, à part les travailleurs juifs et leurs familles. »
Presque tout le rapport comprend des listes qui se présentent
comme suit :
• 29.10.41 Kauen-F.IX 2007 Juifs, 2 290 Juives, 4 273 enfants juifs
(nettoyage du ghetto de Juifs superflus)
• 3.11.41 Lazdjai 485 Juifs, 511 Juives, 539 enfants juifs
• 15.11.41 Wilkomski 36 Juifs, 48 Juives, 31 enfants juifs.
• 25.11.41 Kauen-F.IX 1 159 Juifs, 1 600 Juives, 175 enfants juifs (déportés
de Berlin, Munich, et de Francfort sur le Main)
Plus de mille Juifs de la ville ukrainienne de Lubny reçoivent
l’ordre de se rassembler pour être « réinstallés » dans un
champ ouvert avant d’être massacrés par des Einsatzgruppen.
Lubny, Union soviétique, 16 octobre 1941.
Le massacre de Mizocs, Ukraine, 13 octobre 1942.
Conduits dans un ravin, les femmes et enfants juifs ont dû se
déshabiller avant d’être abattus. Un SS donne le coup de grâce
à une femme.
Les principaux camps de concentration et d’extermination.
L’entrée du camp d’Auschwitz II en Pologne.
La « solution finale ».
Avec l’approbation du Führer,
l’évacuation des Juifs vers l’est a
remplacé l’émigration comme
règlement définitif à la question
juive. Ce règlement concerne environ
11 millions de Juifs. Dans le cadre de
la solution finale, tous les Juifs seront
envoyés sous bonne escorte à l’Est
pour y servir de main d’œuvre. Dans
ces régions ils seront employés à la
construction de routes ; une grande
partie d’entre eux s’éliminera tout
naturellement par son état de
déficience physique. Le résidu qui
subsistera et qu’il faudra considérer
comme la partie la plus résistante
devra être traité en conséquence.
R. Heydich, Conférence de Wannsee, 20
janvier 1942.
Le 27 mai 1942, Reinhard Heydrich (38 ans) est
mortellement blessé dans un attentat commis à Prague
par des résistants tchèques parachutés de Londres.
Homme de confiance de Hitler, il était «Protecteur du
Reich» en Bohême-Moravie et par ailleurs chef des
services de sécurité nazis (RSHA) et grand ordonnateur de
la « solution finale », à ce titre l’homme le plus puissant
d’Europe après Hitler. Son assassinat est le premier coup
porté à la toute puissance nazie.
La déportation à Treblinka.
Martin Gray est déporté avec sa famille dans le camp de Treblinka.
Un grincement, des hurlements, la lumière crève les yeux, le wagon qui se déverse sous les coups et les rugissements. C’est
Treblinka. ici commence un autre temps. Ici, il me faudrait une autre voix, d’autres mots.
Des hurlements : des SS, des Ukrainiens, le fouet à la main, une matraque haute qui tombe sur les têtes et sur les dos. Un haut-
parleur, d’une voix tranquille, répète : « hommes à droites, femmes à gauche ». Adieu les miens, je les ai déjà perdus dans la foule
courbée, les cheveux gris, les cheveux blonds, ma mère, Rikva, mes frères.
J’avance sur une place où des hommes sont déjà nus. Le fouet à la main, en noir, les SS marchent parmi eux, en tirant quelques uns
par les bras qu’ils font rhabiller. J’ai toujours mes vêtements, je me glisse près d’eux.
Alors, j’ai commencé à courir sous les coups et les cris, suivant les autres, portant des paquets de vêtements sur la place de tri. Les
Ukrainiens, le fouet à la main, frappaient et parfois un SS tirait ou tuait d’un coup de crosse. Puis la brise s’est levée, rendant plus
proche le bruit du moteur : là-bas, on raclait le sable. Là-bas, on creusait sans fin (…). On nous a ensuite rassemblés sur une place. Les
SS passaient désignant des hommes qui sortaient du rang et s’en allaient, entourés d’Ukrainiens. Puis éclataient des coups de feu. Enfin,
on nous a poussés dans des baraques. J’étais en vie. Je me suis accroupi auprès d’un homme qui, les yeux fixes, tremblait, les poings et
les mâchoires serrés.
- « Où vont-ils ? » Ai-je dit.
Il m’a regardé sans comprendre.
- « Où vont-ils les autres, ceux du train, les femmes, les enfants ? »
- « Le gaz ».
- « Où ? »
- « Au camp d’en bas ».
Je me suis recroquevillé contre le mur de bois. Les miens, des milliers, tout Varsovie.
Martin Gray, Au nom de tous les miens, Robert Laffont, Paris, 1971.
Le règlement définitif de la question juive signifiait
l’extermination totale de tous les Juifs d’Europe. En juin
1941, je reçus l’ordre d’organiser l'extermination à
Auschwitz. Je me rendis à Treblinka pour voir comment
s’effectuaient les opérations d’extermination. Le
commandant du camp de Treblinka me dit qu’il avait fait
disparaître 80 000 détenus en six mois il s’occupait plus
particulièrement des Juifs du ghetto de Varsovie. Il utilisait
l’oxyde de carbone. Cependant, ses méthodes ne me
parurent pas très efficaces. Aussi, quand j'installai le
bâtiment d’extermination d’Auschwitz, mon choix se porte
sur le Zyklon B, acide prussique cristallisé, que nous
laissions tomber dans la chambre par une petite ouverture.
Selon les conditions atmosphériques, il fallait compter de
trois à quinze minutes pour que le gaz fit son effet. Nous
savions que les gens étaient morts lorsqu’ils cessaient de
crier. Ensuite nous attendions environ une demi-heure
avant d'ouvrir les portes et d’enlever les corps. Une fois les
corps sortis, nos commandos spéciaux leur retiraient
bagues et alliances ainsi que l’or des dents. Nous
apportâmes également une autre amélioration par rapport
à Treblinka en construisant des chambres à gaz pouvant
contenir 2 000 personnes à la fois, alors qu’à Treblinka leurs
dix chambres à gaz n’en contenaient chacune que 200.
Arrêté à la fin de la guerre, R. Höss est interrogé plusieurs fois par les Anglais, puis à Nuremberg puis en Pologne. Il est jugé et condamné à être
pendu sur le lieu de ses crimes. Il a rédigé avant de mourir une effarante autobiographie où il avoue ses crimes sans renier ses convictions nazies.
Ses aveux sont d’autant plus intéressants que c’est lui qui a expérimenté le Zyklon B et fait construire les quatre grands blocs crématoires -
chambres à gaz d’Auschwitz II - Birkenau. Son récit a été suspecté d’avoir été écrit sous la torture. Il comporte quelques erreurs et contradictions
mais il est conforme aux témoignages des survivants et de plusieurs de ses subordonnés.
Extraits de R. Hoess, Le commandant d’Auschwitz parle, Paris, Julliard 1959.
Auschwitz : l’intérieur d’une chambre à gaz.
A Auschwitz, nous avions deux médecins SS qui étaient chargés
d’examiner chaque nouvel arrivage de prisonniers. On les faisait
défiler devant l’un des docteurs, qui prenait une décision au fur et à
mesure qu’ils passaient devant lui. Ceux qui étaient jugés bons pour
ce travail étaient envoyés à l’intérieur du camp. Les autres étaient
aussitôt dirigés sur les installations d’extermination. Les enfants en
bas âge étaient invariablement exterminés, puisque, en raison de
leur jeunesse, ils étaient inaptes au travail.
Nous apportâmes encore une autre amélioration par rapport à
Treblinka : les victimes savaient presque toujours qu’elles allaient
être exterminées ; à Auschwitz nous nous efforçâmes de leur taire
croire qu’elles allaient subir un épouillage. Bien entendu, elles ont
fréquemment deviné nos intentions et nous avons connu des
incidents et des difficultés. Très souvent, les femmes dissimulaient
leurs enfants sous leurs vêtements, mais, dès que nous les
découvrions, nous envoyions ces enfants dans les chambres à gaz. Ce
qui importait avant tout, c’était de maintenir un calme aussi complet
que possible pendant toute l’opération de l’arrivée et du
déshabillage. Surtout pas de cris, pas d’agitation ! Dans cette
ambiance inhabituelle, les enfants en bas âge se mettaient en
général à pleurnicher. Mais, après avoir été consolés par leur mère
ou par les hommes du commando, ils se calmaient et s’en allaient
vers les chambres à gaz, en jouant ou en se taquinant, un joujou
dans les bras. J’ai parfois observé des femmes déjà conscientes de
leur destin qui, avec une peur mortelle dans le regard, retrouvaient
encore la force de plaisanter avec leurs enfants et de les rassurer.
L’une d’elle s’approcha de moi en passant et chuchota, en me
montrant les quatre enfants qui se tenaient gentiment par la main :
« Comment pouvez-vous prendre la décision de tuer ces beaux petits
enfants ? Vous n’avez donc pas de cœur ? ».
On nous avait ordonné de procéder à ces exterminations dans le
secret, mais, inévitablement, l’odeur nauséabonde provenant des
corps que l'on brûlait d’une manière continue envahissait les
alentours, et tous les habitants des communes avoisinantes savaient
que des exterminations se poursuivaient à Auschwitz.
Auschwitz : fours crématoires en 1943.
Rudolf Höss photographié à Auschwitz
Vue actuelle
Vue aérienne du camp d'extermination
d'Auschwitz-Birkenau à son extension
maximale
Arrivée d'un convoi de déportés hongrois (Auschwitz
Birkenau, 26 mai 1944).
Le complexe concentrationnaire d’Auschwitz
Les tziganes d’Auschwitz sont exterminés dans
la nuit du 31 juillet au 1er Août 1944.
De nombreux SS en armes rassemblèrent tout
le monde. Depuis le temps que les Tziganes
voyaient les exterminations journalières des
juifs qui arrivaient sur la rampe, ils eurent vite
fait de comprendre que leur tour était arrivé.
Les enfants pleuraient, les femmes avaient des
crises de nerf, les SS vociféraient comme ils
savaient le faire en frappant avec leurs
matraques, les chiens hurlaient. Au petit
matin, le camp était vide et les Tziganes
avaient tous été exterminés. Aux yeux des
nazis, ils avaient commis le crime
impardonnable d’être tziganes.
André Rogerie, jeune résistant français déporté, Auschwitz
Birkenau, leçon des ténèbres, FNDIR, 1995.
Les victimes du génocide en Europe.
Nombre
% de la population
totale
Les Juifs
Morts dans les
ghettos et par
privations
Plus de 800 000 16%
Morts par l’action
des Einsatzgruppen
Plus de 1 300 000 24%
Morts dans les
camps
d’extermination
Jusqu’à 3 millions 54%
Morts dans les
camps de
concentration
Jusqu’à 300 000 6%
TOTAL : 5 100 000
Plus de 60% de la
population juive
européenne.
Les Tziganes Plus de 200 000
34% de la
population tziganes
de 1939
Le procès de Nuremberg se tient du 20 novembre au 1er octobre
1946 dans l’ancienne ville des congrès nazis et des lois de 1935.
C’est la première fois que se tient un tribunal international et
c’est la première fois qu’est lancée l’accusation de crime contre
l’humanité. Cette déclaration est prononcée le 21 novembre
1945 par le procureur américain Robert H. Jackson.
Le privilège d'inaugurer dans l'Histoire le premier procès pour
ces crimes contre la paix du monde impose de graves
responsabilités. Les crimes que nous cherchons à condamner et
à punir ont été si prémédités, si néfastes et si dévastateurs,
que la Civilisation ne peut tolérer qu'on les ignore, car elle ne
pourrait survivre à leur répétition. Il faut que la loi atteigne
également les hommes qui possèdent de grands pouvoirs et qui
en font un usage délibéré et concerté afin de mettre en
mouvement une série de maux. La civilisation n’espère pas qui
vous puissiez rendre la guerre impossible, mais elle espère que
votre décision placera la force du droit international au service
de la paix.
D’après la citation dans Annette Wievorka, Le procès de Nuremberg, Paris,
Liana Levi, 2006.
R. Hess au procès de Nuremberg (au premier
rang, deuxième depuis la gauche, entre Göring
et Ribbentrop).
Tourisme de masse et mémoire des
génocides
Aujourd’hui, pour apercevoir le
portique Arbeit macht frei (« Le travail rend
libre ») d’Auschwitz et les ruines des
chambres à gaz d’Auschwitz II Birkenau, on
vient de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Israël,
mais aussi de Corée du Sud, du Japon, de
Chine... En 2014, le nombre de visiteurs,
scolaires compris, a atteint 1,5 million. […]
Mieux vaut l’afflux de visiteurs que l’oubli.
L’historien Henry Rousso [analyse] : « À partir
du moment où Auschwitz a été transformé en
musée, où les gouvernements et les
associations ont favorisé les voyages
pédagogiques, où il y a eu volonté de
sensibiliser le plus grand nombre à la charge
symbolique du camp, on ne pouvait échapper
à la mémoire de masse, donc au tourisme de
masse. Difficile, dans ces conditions, de
conserver à un tel lieu une dimension
sacrée. »
■ Nathalie Funès, « Tourisme mémoriel :
“Auschwitz-Birkenau Tour, prix
imbattables” », L’Obs, 27 janvier 2015.
Entrée du camp d’Auschwitz, 2014.
Liens Internet :
Documents sur la déportation
Les différents camps
Encyclopédie de l'holocauste

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Système concentrationnaire

  • 2. Les limites du ghetto à Varsovie en 1943. Le ghetto concentrait dans 73 des 1800 rues de la ville les quelques 370 000 Juifs résidant dans la capitale polonaise en 1939, soit 30 % de la population, auxquels se sont progressivement ajoutés les Juifs des villes et villages alentour. Entouré d’un mur haut de 3 mètres et long de 18 km, ce quartier fermé sera réduit en 1941, atteignant une densité de 146 000 habitants au km². L’entrée du ghetto de Varsovie, cliché anonyme, sans date.
  • 3. Carte des principaux ghettos en Europe. Frontières de 1939. Superficie du ghetto : 300 hectares 128 000 habitants au km² (contre 14 000 habitants au km² pour la Varsovie non-juive) 121 265 travailleurs forcés 10 à 15 % d'orphelins (En février 1942, 10 à 15 % de la population sont constitués d’enfants auxquels manquent l’un ou leurs deux parents.) 400 000 habitants en mai 1942. 184 calories La ration quotidienne est de 2 613 calories pour un Allemand de Varsovie, 699 calories pour un Polonais, et 184 calories pour un Juif (15 % du minimum vital). 43 000 décès 10 % de la population succombent au cours de la seule année 1941. 1/45 Au début de 1942, le ghetto enregistre 1 naissance pour 45 décès.Brassard blanc avec étoile de David brodée en bleu, porté par Dina Offman de 1939 à 1941 pendant qu'elle habitait le ghetto de Stopnica, en Pologne. US Holocaust Memorial Museum.
  • 4. Le mot "ghetto" provient du nom du quartier juif de Venise, créé en 1516, dans lequel les autorités vénitiennes avaient obligé les Juifs de la ville à vivre. Aux XVIe et XVIIe siècles, de nombreux dirigeants ordonnèrent la création de ghettos pour les Juifs, à Frankfort, Rome, Prague et dans d'autres villes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les ghettos étaient des quartiers isolés du reste de la ville, souvent clôturés, dans lesquels les Allemands concentraient la population juive de la ville, parfois de la région, et l'obligeaient à vivre dans des conditions misérables. Au moins 1000 ghettos furent crées dans les seules Pologne et Union soviétique. Le premier ghetto fut établi par les autorités d'occupation allemande en Pologne, à Piotrków Trybunalski, en octobre 1939.Le plus grand ghetto de Pologne fut celui de Varsovie. VIE QUOTIDIENNE Les Juifs des ghettos étaient contraints de porter des insignes ou des brassards afin de s'identifier et beaucoup furent soumis au travail forcé au profit du Reich allemand. La vie quotidienne était gérée par des Conseils juifs (Judenraete) nommés par les nazis. Les ordonnances des conseils juifs et les ordres des autorités allemandes étaient appliqués par la police du ghetto, y compris la facilitation des déportations vers les centres de mise à mort. Les responsables de la police juive comme les membres des conseils juifs étaient à la merci des Allemands. Ces derniers n'hésitaient pas à tuer les policiers juifs accusés de ne pas obéir aux ordres. Dans certains ghettos, les membres de la résistance juive organisèrent des soulèvements armés. Le plus important fut le soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. Il y eut aussi des révoltes violentes à Vilno, Bialystok, Czestochowa, et dans plusieurs autres ghettos plus petits. En août 1944, les nazis achevèrent la destruction du dernier grand ghetto, celui de Lodz. Source : Encyclopédie multimédia de la shoah, http://www.ushmm.org/
  • 5. La Shoah, à l'Est : les Einsatzgruppen. L’extermination des Juifs et des Tziganes commence en 1941, avec l’invasion de l’URSS. Elle est pratiquée par les « Einsatzgruppen » (groupes d’intervention), qui suivent la progression de la Werhmacht (l’armée allemande) en territoire soviértique. Quatre groupes principaux de 600 à 1000 hommes chacun sont chargés des exécutions, du nord au sud : les Einsatzgruppen A, B, C et D. Témoignage d’Otto Ohlendorf a dirigé l’Einsatzgruppe D, responsable du massacre de 90000 Juifs au sud de l’Ukraine. L’Unité pénétrait dans un village ou dans une ville et donnait l’ordre aux citoyens juifs de marque de rassembler tous les juifs afin de les « réinstaller ». On les invitait à remettre tous leurs objets de valeur et, peu avant leur exécution, on leur ordonnait de retirer leurs vêtements de dessus. On les transportait en camions jusqu’au lieu d’exécution; en général un fossé antichar. Puis les pelotons d’exécution les fusillaient à genoux ou debout et on jetait les cadavres dans le fossé. J’ai toujours ordonné que plusieurs hommes tirent en même temps, ceci afin d’éviter toute responsabilité personnelle directe. Interrogatoire d’Otto Ohlendorf dans le cadre du procès de Nuremberg, 1946.
  • 6. Lettre d’un tueur. Walter Mattner est un fonctionnaire de police, originaire de Vienne. Basé à Moguilev, en Biélorussie, il décrit à sa femme son rôle sur le terrain, sa participation à des exécutions, sa vision de l'Allemagne... Documents exceptionnels, ayant échappé à la censure (source: Bundesarchiv Ludwigsburg, BAL Verschiedenes 301v48). 5.10.1941 Je dois encore te raconter quelque chose. Avant-hier, je participai donc aussi à la grande mort en masse. Lors des premiers convois, mes mains tremblaient un peu lorsque je tirai, mais on s’y habitue. A la dixième voiture je visai déjà tranquillement et tirai de manière sûre sur nombre de femmes, d’enfants et de nourrissons. Je songeai que j’avais aussi deux nourrissons à la maison, avec lesquels ces hordes agiraient de la même manière, si ce n’est dix fois pire. La mort que nous leur donnions était une mort plus belle, plus brève par rapport aux supplices infernaux des milliers de milliers de personnes dans les cachots du Guépéou. Des nourrissons volaient en l’air en arc de cercle et nous les flinguions en vol, avant qu’ils ne tombent dans la fosse et dans l’eau. Qu’on en finisse avec cette engeance qui a précipité l’Europe dans la guerre et qui attise l’Amérique encore aujourd’hui, jusqu’à ce qu’elle l’ait entraîné dans la guerre. Le mot qu’Hitler a prononcé une fois avant le début de la guerre devient vrai : Si la juiverie croit pouvoir provoquer à nouveau une guerre, alors la juiverie ne vaincra pas, mais cela sera la fin de la juiverie en Europe. Là aussi je saisis pour la première fois les mots du poème de Theodor Mörner : « Mon enfant dans le ventre de la mère sera épargné » ! Diable ! Je n’avais encore jamais vu tant de sang, de crasse, de corne et de chair. A présent je peux aussi comprendre le mot « ivresse de sang » [Blutrausch]. Moguilev est à présent moins peuplée d’un nombre à trois zéros, ça ne joue aucun rôle ici. Vraiment, je m’en réjouis déjà, et beaucoup disent ici que nous rentrerons au pays et que ce sera alors le tour de nos Juifs. Enfin, je ne dois pas trop t’en raconter. C’est suffisant, jusqu’à ce que je rentre à la maison.
  • 7. Parmi les rapports émanant des responsables de ces massacres, l'un des plus impressionnants est le « Rapport Jäger » qui donne le détail des meurtres commis par les Einsatzkommandos 8 et 3, rattachés à l'Einsatzgruppe A dans la région de Vilna-Kausnas en Lituanie du 4 Juillet 1941 au 25 novembre 1941. Ce long rapport décrit l'assassinat de plus de 130 000 personnes dans ce court laps de temps. Il contient, sur six pages, les listes des personnes assassinées par les Einsatzkommandos 8 et 3 et conclut : « Aujourd'hui, je peux confirmer que notre objectif de résoudre le problème juif en Lituanie, a été accompli par EK 3. En Lituanie, il n'y a plus de Juifs, à part les travailleurs juifs et leurs familles. » Presque tout le rapport comprend des listes qui se présentent comme suit : • 29.10.41 Kauen-F.IX 2007 Juifs, 2 290 Juives, 4 273 enfants juifs (nettoyage du ghetto de Juifs superflus) • 3.11.41 Lazdjai 485 Juifs, 511 Juives, 539 enfants juifs • 15.11.41 Wilkomski 36 Juifs, 48 Juives, 31 enfants juifs. • 25.11.41 Kauen-F.IX 1 159 Juifs, 1 600 Juives, 175 enfants juifs (déportés de Berlin, Munich, et de Francfort sur le Main)
  • 8. Plus de mille Juifs de la ville ukrainienne de Lubny reçoivent l’ordre de se rassembler pour être « réinstallés » dans un champ ouvert avant d’être massacrés par des Einsatzgruppen. Lubny, Union soviétique, 16 octobre 1941. Le massacre de Mizocs, Ukraine, 13 octobre 1942. Conduits dans un ravin, les femmes et enfants juifs ont dû se déshabiller avant d’être abattus. Un SS donne le coup de grâce à une femme.
  • 9. Les principaux camps de concentration et d’extermination. L’entrée du camp d’Auschwitz II en Pologne.
  • 10. La « solution finale ». Avec l’approbation du Führer, l’évacuation des Juifs vers l’est a remplacé l’émigration comme règlement définitif à la question juive. Ce règlement concerne environ 11 millions de Juifs. Dans le cadre de la solution finale, tous les Juifs seront envoyés sous bonne escorte à l’Est pour y servir de main d’œuvre. Dans ces régions ils seront employés à la construction de routes ; une grande partie d’entre eux s’éliminera tout naturellement par son état de déficience physique. Le résidu qui subsistera et qu’il faudra considérer comme la partie la plus résistante devra être traité en conséquence. R. Heydich, Conférence de Wannsee, 20 janvier 1942. Le 27 mai 1942, Reinhard Heydrich (38 ans) est mortellement blessé dans un attentat commis à Prague par des résistants tchèques parachutés de Londres. Homme de confiance de Hitler, il était «Protecteur du Reich» en Bohême-Moravie et par ailleurs chef des services de sécurité nazis (RSHA) et grand ordonnateur de la « solution finale », à ce titre l’homme le plus puissant d’Europe après Hitler. Son assassinat est le premier coup porté à la toute puissance nazie.
  • 11. La déportation à Treblinka. Martin Gray est déporté avec sa famille dans le camp de Treblinka. Un grincement, des hurlements, la lumière crève les yeux, le wagon qui se déverse sous les coups et les rugissements. C’est Treblinka. ici commence un autre temps. Ici, il me faudrait une autre voix, d’autres mots. Des hurlements : des SS, des Ukrainiens, le fouet à la main, une matraque haute qui tombe sur les têtes et sur les dos. Un haut- parleur, d’une voix tranquille, répète : « hommes à droites, femmes à gauche ». Adieu les miens, je les ai déjà perdus dans la foule courbée, les cheveux gris, les cheveux blonds, ma mère, Rikva, mes frères. J’avance sur une place où des hommes sont déjà nus. Le fouet à la main, en noir, les SS marchent parmi eux, en tirant quelques uns par les bras qu’ils font rhabiller. J’ai toujours mes vêtements, je me glisse près d’eux. Alors, j’ai commencé à courir sous les coups et les cris, suivant les autres, portant des paquets de vêtements sur la place de tri. Les Ukrainiens, le fouet à la main, frappaient et parfois un SS tirait ou tuait d’un coup de crosse. Puis la brise s’est levée, rendant plus proche le bruit du moteur : là-bas, on raclait le sable. Là-bas, on creusait sans fin (…). On nous a ensuite rassemblés sur une place. Les SS passaient désignant des hommes qui sortaient du rang et s’en allaient, entourés d’Ukrainiens. Puis éclataient des coups de feu. Enfin, on nous a poussés dans des baraques. J’étais en vie. Je me suis accroupi auprès d’un homme qui, les yeux fixes, tremblait, les poings et les mâchoires serrés. - « Où vont-ils ? » Ai-je dit. Il m’a regardé sans comprendre. - « Où vont-ils les autres, ceux du train, les femmes, les enfants ? » - « Le gaz ». - « Où ? » - « Au camp d’en bas ». Je me suis recroquevillé contre le mur de bois. Les miens, des milliers, tout Varsovie. Martin Gray, Au nom de tous les miens, Robert Laffont, Paris, 1971.
  • 12. Le règlement définitif de la question juive signifiait l’extermination totale de tous les Juifs d’Europe. En juin 1941, je reçus l’ordre d’organiser l'extermination à Auschwitz. Je me rendis à Treblinka pour voir comment s’effectuaient les opérations d’extermination. Le commandant du camp de Treblinka me dit qu’il avait fait disparaître 80 000 détenus en six mois il s’occupait plus particulièrement des Juifs du ghetto de Varsovie. Il utilisait l’oxyde de carbone. Cependant, ses méthodes ne me parurent pas très efficaces. Aussi, quand j'installai le bâtiment d’extermination d’Auschwitz, mon choix se porte sur le Zyklon B, acide prussique cristallisé, que nous laissions tomber dans la chambre par une petite ouverture. Selon les conditions atmosphériques, il fallait compter de trois à quinze minutes pour que le gaz fit son effet. Nous savions que les gens étaient morts lorsqu’ils cessaient de crier. Ensuite nous attendions environ une demi-heure avant d'ouvrir les portes et d’enlever les corps. Une fois les corps sortis, nos commandos spéciaux leur retiraient bagues et alliances ainsi que l’or des dents. Nous apportâmes également une autre amélioration par rapport à Treblinka en construisant des chambres à gaz pouvant contenir 2 000 personnes à la fois, alors qu’à Treblinka leurs dix chambres à gaz n’en contenaient chacune que 200. Arrêté à la fin de la guerre, R. Höss est interrogé plusieurs fois par les Anglais, puis à Nuremberg puis en Pologne. Il est jugé et condamné à être pendu sur le lieu de ses crimes. Il a rédigé avant de mourir une effarante autobiographie où il avoue ses crimes sans renier ses convictions nazies. Ses aveux sont d’autant plus intéressants que c’est lui qui a expérimenté le Zyklon B et fait construire les quatre grands blocs crématoires - chambres à gaz d’Auschwitz II - Birkenau. Son récit a été suspecté d’avoir été écrit sous la torture. Il comporte quelques erreurs et contradictions mais il est conforme aux témoignages des survivants et de plusieurs de ses subordonnés. Extraits de R. Hoess, Le commandant d’Auschwitz parle, Paris, Julliard 1959. Auschwitz : l’intérieur d’une chambre à gaz.
  • 13. A Auschwitz, nous avions deux médecins SS qui étaient chargés d’examiner chaque nouvel arrivage de prisonniers. On les faisait défiler devant l’un des docteurs, qui prenait une décision au fur et à mesure qu’ils passaient devant lui. Ceux qui étaient jugés bons pour ce travail étaient envoyés à l’intérieur du camp. Les autres étaient aussitôt dirigés sur les installations d’extermination. Les enfants en bas âge étaient invariablement exterminés, puisque, en raison de leur jeunesse, ils étaient inaptes au travail. Nous apportâmes encore une autre amélioration par rapport à Treblinka : les victimes savaient presque toujours qu’elles allaient être exterminées ; à Auschwitz nous nous efforçâmes de leur taire croire qu’elles allaient subir un épouillage. Bien entendu, elles ont fréquemment deviné nos intentions et nous avons connu des incidents et des difficultés. Très souvent, les femmes dissimulaient leurs enfants sous leurs vêtements, mais, dès que nous les découvrions, nous envoyions ces enfants dans les chambres à gaz. Ce qui importait avant tout, c’était de maintenir un calme aussi complet que possible pendant toute l’opération de l’arrivée et du déshabillage. Surtout pas de cris, pas d’agitation ! Dans cette ambiance inhabituelle, les enfants en bas âge se mettaient en général à pleurnicher. Mais, après avoir été consolés par leur mère ou par les hommes du commando, ils se calmaient et s’en allaient vers les chambres à gaz, en jouant ou en se taquinant, un joujou dans les bras. J’ai parfois observé des femmes déjà conscientes de leur destin qui, avec une peur mortelle dans le regard, retrouvaient encore la force de plaisanter avec leurs enfants et de les rassurer. L’une d’elle s’approcha de moi en passant et chuchota, en me montrant les quatre enfants qui se tenaient gentiment par la main : « Comment pouvez-vous prendre la décision de tuer ces beaux petits enfants ? Vous n’avez donc pas de cœur ? ». On nous avait ordonné de procéder à ces exterminations dans le secret, mais, inévitablement, l’odeur nauséabonde provenant des corps que l'on brûlait d’une manière continue envahissait les alentours, et tous les habitants des communes avoisinantes savaient que des exterminations se poursuivaient à Auschwitz. Auschwitz : fours crématoires en 1943. Rudolf Höss photographié à Auschwitz
  • 14. Vue actuelle Vue aérienne du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau à son extension maximale
  • 15. Arrivée d'un convoi de déportés hongrois (Auschwitz Birkenau, 26 mai 1944). Le complexe concentrationnaire d’Auschwitz
  • 16. Les tziganes d’Auschwitz sont exterminés dans la nuit du 31 juillet au 1er Août 1944. De nombreux SS en armes rassemblèrent tout le monde. Depuis le temps que les Tziganes voyaient les exterminations journalières des juifs qui arrivaient sur la rampe, ils eurent vite fait de comprendre que leur tour était arrivé. Les enfants pleuraient, les femmes avaient des crises de nerf, les SS vociféraient comme ils savaient le faire en frappant avec leurs matraques, les chiens hurlaient. Au petit matin, le camp était vide et les Tziganes avaient tous été exterminés. Aux yeux des nazis, ils avaient commis le crime impardonnable d’être tziganes. André Rogerie, jeune résistant français déporté, Auschwitz Birkenau, leçon des ténèbres, FNDIR, 1995. Les victimes du génocide en Europe. Nombre % de la population totale Les Juifs Morts dans les ghettos et par privations Plus de 800 000 16% Morts par l’action des Einsatzgruppen Plus de 1 300 000 24% Morts dans les camps d’extermination Jusqu’à 3 millions 54% Morts dans les camps de concentration Jusqu’à 300 000 6% TOTAL : 5 100 000 Plus de 60% de la population juive européenne. Les Tziganes Plus de 200 000 34% de la population tziganes de 1939
  • 17. Le procès de Nuremberg se tient du 20 novembre au 1er octobre 1946 dans l’ancienne ville des congrès nazis et des lois de 1935. C’est la première fois que se tient un tribunal international et c’est la première fois qu’est lancée l’accusation de crime contre l’humanité. Cette déclaration est prononcée le 21 novembre 1945 par le procureur américain Robert H. Jackson. Le privilège d'inaugurer dans l'Histoire le premier procès pour ces crimes contre la paix du monde impose de graves responsabilités. Les crimes que nous cherchons à condamner et à punir ont été si prémédités, si néfastes et si dévastateurs, que la Civilisation ne peut tolérer qu'on les ignore, car elle ne pourrait survivre à leur répétition. Il faut que la loi atteigne également les hommes qui possèdent de grands pouvoirs et qui en font un usage délibéré et concerté afin de mettre en mouvement une série de maux. La civilisation n’espère pas qui vous puissiez rendre la guerre impossible, mais elle espère que votre décision placera la force du droit international au service de la paix. D’après la citation dans Annette Wievorka, Le procès de Nuremberg, Paris, Liana Levi, 2006. R. Hess au procès de Nuremberg (au premier rang, deuxième depuis la gauche, entre Göring et Ribbentrop).
  • 18. Tourisme de masse et mémoire des génocides Aujourd’hui, pour apercevoir le portique Arbeit macht frei (« Le travail rend libre ») d’Auschwitz et les ruines des chambres à gaz d’Auschwitz II Birkenau, on vient de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Israël, mais aussi de Corée du Sud, du Japon, de Chine... En 2014, le nombre de visiteurs, scolaires compris, a atteint 1,5 million. […] Mieux vaut l’afflux de visiteurs que l’oubli. L’historien Henry Rousso [analyse] : « À partir du moment où Auschwitz a été transformé en musée, où les gouvernements et les associations ont favorisé les voyages pédagogiques, où il y a eu volonté de sensibiliser le plus grand nombre à la charge symbolique du camp, on ne pouvait échapper à la mémoire de masse, donc au tourisme de masse. Difficile, dans ces conditions, de conserver à un tel lieu une dimension sacrée. » ■ Nathalie Funès, « Tourisme mémoriel : “Auschwitz-Birkenau Tour, prix imbattables” », L’Obs, 27 janvier 2015. Entrée du camp d’Auschwitz, 2014.
  • 19. Liens Internet : Documents sur la déportation Les différents camps Encyclopédie de l'holocauste