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TRIBUNE
La façon dont les architectes s’inspirent de la nature m’a
toujours fasciné. J’ai commencé mes études en architecture
avec un diplôme de biologie en poche, pensant qu’aucun lien
n’avait encore été tissé entre les deux disciplines, mais le
jargon biologique commençait déjà à fleurir dans la presse
pour décrire tous types de projets architecturaux. À l’époque,
le mot « organique » était en vogue, on s’en servait partout  :
« organique » le biberon en forme de sein signé Vladimir
Tatlin, « organique » le Biozentrum de Eisenman, campus
universitaire inspiré par la forme moléculaire de l’ADN. Mais de
Gaudí à Gehry, de Horta à Hundertwasser, on ne trouvait nulle
part de définition commune du mot. Pour les scientifiques, le
monde était très clairement divisé en deux : « organique » ou
« inorganique », en fonction de la présence, ou non, de molécules
à base de carbone. Mais chez les architectes, rares étaient ceux
qui choisissaient ce terme pour défendre leurs projets, leur
mandat étant d’inventer plutôt que de reproduire un monde
existant. Souvent, l’approche organique n’était qu’un trait de
crayon pour habiller l’édifice, un geste facile pour camoufler
l’objet. Ils s’inspiraient des formes de la nature et on pouvait
s’émerveiller de la plasticité du résultat, mais ils ne faisaient
qu’un pas superficiel vers l’esthétique, un pas vers la nature
observée à notre échelle, sans entrer dans son fonctionnement.
Aujourd’hui, alors même que notre créativité est plus que
jamais poussée par le pragmatisme, l’économie et l’urgence, le
« biomimétisme » tend à s'imposer comme un passage obligé.
Est-ce un mouvement, une mode, un style ? Depuis sa définition
par Janine Benyus, le terme a attiré architectes et designers qui
voient le monde naturel comme une ressource intellectuelle,
une bibliothèque vivante de techniques physiques, inventées
et testées par la nature, que nous pourrions intégrer dans nos
projets. De la nouvelle étiquette biosourcé lancée par Certivéa
au calcul Bbio préalable aux permis de construire, nous
vivons aujourd’hui une sorte de bio-vague qui suscite autant
d’enthousiasme que de malaise, car il faut se mettre en garde :
bio n’est pas toujours synonyme de bon, et l’univers biologique
peut être aussi violent que la technosphère que nous avons
créée – la crise d’Ebola en est la preuve. Et, je peux comprendre
que certains architectes, à juste titre, se sentent mal à l’aise
devant l’invitation à la bio-table. Après tout, la bio-logie ne fait
pas partie de notre éducation formelle et nous ne sommes pas
toujours équipés pour comprendre et bénéficier de ce nouveau
rapprochement entre architecture et biologie.
TRIBUNESTEVEN WARE
ARCHITECTE
DIRECTEUR ART & BUILD PARIS
L’INSPIRATION NATURELLE
Et ne pratiquons-nous pas déjà, sans le savoir, une sorte de
biomimétisme. Notre compréhension du monde naturel a bien
évolué, nous sommes conscients de sa complexité à tous les
niveaux, et, pour chaque projet, un premier arsenal de bio-data
est proposé aux architectes – analyse de l’exposition du soleil,
de l’hydrologie du site, de la biodiversité – nous rappelant
que la nature est le contexte dans lequel nous intervenons.
Nos objets architecturaux sont de plus en plus complexes,
manifestations d’un univers composé de systèmes aussi
différents en échelle et en fonctionnement que la molécule,
la cellule, le tissu, l’organe et le corps, termes issus de la
biologie qui nous aident réellement aujourd’hui pour décrire
nos propres créations. Les études techniques – telles que la
performance de la façade – s’inscrivent dans une démarche
biomimétique et l’analyse du cycle de vie des composants
– empreinte carbone induite par la production, mise en œuvre,
remplacement programmé et démontage du bâtiment – est
l’extension d’une analogie biologique évidente.
La tour Swiss Re, récemment livrée par Foster and Partners
à Londres, fut inspirée par l’éponge de mer Euplectella
aspergillum tant par la forme de l’organisme que par le
fonctionnement de sa coque extérieure, permettant ainsi
d’optimiser considérablement les performances énergétiques
de l'immeuble. Comportement, camouflage, la richesse de la
nature est dans sa diversité mais toutes les idées qu’on y trouve
nesontpasforcémentutilesnisystématiquementréutilisables.
Une chose demeure sûre et rassurante  : rien n’existe dans la
nature qui n’ait une bonne raison d’exister. Dans le monde
vivant, ce sont des années d’évolution qui prouvent l’utilité
d’un trait. La nature s’est façonnée à travers un nombre infini
de répétitions, d’accidents et de prototypes. L’apparence et le
comportement d’un organisme ne sont qu’une manifestation
de sa biologie, le fruit de son ADN, sa biochimie. Parfois,
l’organisation naturelle d’un groupe végétal ou animal peut
même nous guider. Un comportement collectif tel que celui
des termites qui construisent leurs impressionnants châteaux
de terre, parfois un cas particulier comme celui du scarabée
Stenocara, capable de condenser l’eau de l’air sur sa carapace
afin de survivre dans le désert de Namibie.
1- Portrait Steven Ware © Katrin Vierkant
2- Altai, Incrustations photo-catalytiques dans la
façade du siège d’Air France/KLM © Daniel Beres
3- Groupe Chèque Déjeuner, Douves autour du siège
du Groupe Chèque Déjeuner - biodiversité, sécurité, rétention
des eaux, refroidissement de l’îlot © Frédéric Joly
4- Cristal 2, Jardins au sein du campus Cristal
© Katrin Vierkant
1
3
2
4
ARCHI9
BIONé à Londres, élevé en Jamaïque, Angleterre et Canada,
Steven Ware travaille à Paris depuis 1998. Diplômé de l’Ar-
chitectural Association à Londres et en biologie de l'Uni-
versité de Western Ontario, il dirige avec Bruno Caballé
l’agence parisienne d’Art & Build depuis 2007. Une série
de projets majeurs tels que le siège du Groupe Chèque
Déjeuner (lauréat du MIPIM Award en 2011) et celui de Thales
Communications and Security (nominé aux Awards SIMI en
2012) ont permis à l’agence de s'imposer en matière de déve-
loppement durable, intégrant des principes bio-adaptatives
innovants. Récemment lauréat d’un concours Porte d’Ivry, le
cabinet réalisera un des premiers immeubles multi-étages en
bois massif à Paris.
Steven a publié plusieurs ouvrages ayant trait à l'archi-
tecture et à la gastronomie, il travaille actuellement sur
le thème de l’architecture bio-adaptative.
Publications/contributions
Montréal, a guide to contemporary architecture
© Ellipsis (auteur textes et photos)
Médinas du Maroc
© Arthaud (auteur textes)
Cinematic architecture
© Architectural Association (co-auteur textes et photos)
Empreintes
© Chèque Déjeuner (direction d'ouvrage)
Work in progress
© Thalès (direction d'ouvrage)
Recettes inavouables
© Hachette (co-auteur, plus de 400 000 exemplaires vendus)
Au sein du cabinet Art & Build, nous avons mis en œuvre le
biomimétisme –  avec différents degrés de succès  – depuis
plusieurs années. Souvent appliqué à des petits projets, le
biomimétisme peut relever des enjeux industriels de très
grande échelle permettant notamment de rendre notre tissu
urbain bio-adaptatif. Le vaste siège du Groupe Chèque Déjeuner
s'est inspiré de la façon dont le corail interagit avec son
environnement. Le site retenu étant inondable, l’eau présentait
une menace, et nous nous sommes inspirés du fonctionnement
des récifs, lieux riches en biodiversité, afin de transformer la
menace en source d’inspiration. Tout est passé par l’application
de cette dynamique (les façades furent perforées à l'aide
d’algorithmes graphiques permettant d'optimiser les échanges
gazeux et l’absorption acoustique), parfois exprimée de façon
métaphorique (le mobilier devait privilégier l’interaction
sociale tout en permettant l’isolement). Sans devenir esclave
de notre métaphore, le biomimétisme fut déployé avec
enthousiasme, la notion de perméabilité est devenue intuitive
et l’architecture qui en résulte respire la vie.
Pour l'immeuble Altaï de l'aéroport Charles-de-Gaulle, nous
avons traité la façade du bâtiment comme un composant
capable de nettoyer l'air ambiant. Des additifs photo-
catalytiques ont été incrustés dans la façade avec des bandes
de largeur sélective selon leur degré d'exposition au soleil de
façon à ce que le bâtiment supprime passivement des molécules
nocives et les particules de l'air. Ces bandes ont été exploitées
d’autre part pour refroidir le bâtiment à la manière de certains
camouflages où les bandes chromatiques induisent un effet de
« microrefroidissement » par convection.
Lanatureestbienfaite…Àl’exceptiondel’Homme,touteespèce
sur terre sait maintenir l’équilibre entre ce qu’elle ingère ou
utilise et l'énergie nécessaire pour se le procurer. La loi est
d’une simplicité aussi cruelle que radicale : on ne devrait jamais
dépenser plus d'énergie qu'on ne peut s’en procurer. Plus
l’accès à l'énergie et aux matériaux devient difficile, plus nous
devrions examiner les alternatives. Au cœur du biomimétisme
est une prise de conscience de la localité, un retour à l’analyse
du contexte nié par l’avènement de la mondialisation. À nous
de retrouver cette stabilité, cette durabilité, ce savant équilibre
atteint dans la nature entre matière et énergie. À nous de partir
dans nos esquisses avec une palette de matériaux privilégiés en
fonction de leur pertinence, adaptabilité, empreinte carbone.
À nous de nous méfier de l’ancienne pratique qui consiste
à figer une image architecturale sans savoir de quoi elle sera
construite, et quelle source d’énergie l’animera.
Jusqu’où pourrait-on déployer ce biomimétisme pour
répondre aux plus grands enjeux auxquels nous devons faire
face ? Selon les experts du changement climatique des Nations
Unies, la priorité de toute démarche de développement
durable est la réduction des gaz à effet de serre. Le bâtiment
est un secteur parmis des plus énergivores et la façon dont
notre environnement bâti est conçu et géré se trouve de
facto en première ligne. Nos habitudes, les habitudes d’une
industrie entière, sont difficiles à changer. En France, la
construction s’appuie fortement sur l’utilisation du béton,
ingrédient bâtisseur dont la production est dopée par l’accès à
l’énergie nucléaire. Sans éradiquer le béton qui aura toujours
sa place dans la construction, il s’agirait simplement de faire
de ce matériau une ressource plus proche de son site, avec des
agrégats dénichés localement, plus facilement recyclables.
Il s’agirait de penser le béton, comme le reste, de façon
biomimétique.
Depuis peu, le label « bioressourcé » s’aligne aux côtés des
multiples enseignes déjà en concurrence. Pourquoi ce
nouveau label ? Car nous avons besoin d’une nouvelle prise
de conscience et d’une prise de position par rapport aux
matériaux, besoin d’aller au-delà du green pour impacter
sérieusement à l’échelle des changements climatiques.
6
Alors, où allons-nous ? Jusqu’où serions-nous capables
d’adopter ces attitudes biomimétiques que la réalité
économique même nous impose à coups de labels de mieux
en mieux informés ? Quelle définition du champ « organique »
pourrions-nous donner aujourd’hui en tant qu’architectes ?
Si le biologique désigne bien ce qui vit, il désigne tout
autant ce qui meurt. La création architecturale pourrait-elle
intégrer dans le même temps la naissance, la vie et la mort
de chaque projet comme condition préalable indissociable et
indispensable ? L’architecte peut-il renoncer à son obsession
d’éternité, à ses pyramides, à voir dans la pérennité de l’œuvre
son seul gage de gloire ? Peut-on accepter des cycles de vie à
court terme afin de créer une stabilité dans le long terme ?
Accepter la dégradation, accepter de ne laisser aucune trace ou
de laisser autre chose à la place, accepter de vivre pour mourir
ou se transformer. Source d’inspiration, vivier de solutions,
l’univers biologique est bâti sur l’éphémère, la redondance
parfois, avec une symétrie parfaite entre construction et
dégradation qui privilégie ce qui est adapté au contexte et à
l’époque, tout simplement.
7
5
5- Vélobar, Triporteur à base de structure bois © Art&Build / Léo Lescop
6, 7- Campus Biot, Cycles de vie - Analyse des cycles de vie d’un campus
de logements et bureaux, et vue en perspective © Art&Build / QuickiT
TRIBUNE
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  • 1. TRIBUNE La façon dont les architectes s’inspirent de la nature m’a toujours fasciné. J’ai commencé mes études en architecture avec un diplôme de biologie en poche, pensant qu’aucun lien n’avait encore été tissé entre les deux disciplines, mais le jargon biologique commençait déjà à fleurir dans la presse pour décrire tous types de projets architecturaux. À l’époque, le mot « organique » était en vogue, on s’en servait partout  : « organique » le biberon en forme de sein signé Vladimir Tatlin, « organique » le Biozentrum de Eisenman, campus universitaire inspiré par la forme moléculaire de l’ADN. Mais de Gaudí à Gehry, de Horta à Hundertwasser, on ne trouvait nulle part de définition commune du mot. Pour les scientifiques, le monde était très clairement divisé en deux : « organique » ou « inorganique », en fonction de la présence, ou non, de molécules à base de carbone. Mais chez les architectes, rares étaient ceux qui choisissaient ce terme pour défendre leurs projets, leur mandat étant d’inventer plutôt que de reproduire un monde existant. Souvent, l’approche organique n’était qu’un trait de crayon pour habiller l’édifice, un geste facile pour camoufler l’objet. Ils s’inspiraient des formes de la nature et on pouvait s’émerveiller de la plasticité du résultat, mais ils ne faisaient qu’un pas superficiel vers l’esthétique, un pas vers la nature observée à notre échelle, sans entrer dans son fonctionnement. Aujourd’hui, alors même que notre créativité est plus que jamais poussée par le pragmatisme, l’économie et l’urgence, le « biomimétisme » tend à s'imposer comme un passage obligé. Est-ce un mouvement, une mode, un style ? Depuis sa définition par Janine Benyus, le terme a attiré architectes et designers qui voient le monde naturel comme une ressource intellectuelle, une bibliothèque vivante de techniques physiques, inventées et testées par la nature, que nous pourrions intégrer dans nos projets. De la nouvelle étiquette biosourcé lancée par Certivéa au calcul Bbio préalable aux permis de construire, nous vivons aujourd’hui une sorte de bio-vague qui suscite autant d’enthousiasme que de malaise, car il faut se mettre en garde : bio n’est pas toujours synonyme de bon, et l’univers biologique peut être aussi violent que la technosphère que nous avons créée – la crise d’Ebola en est la preuve. Et, je peux comprendre que certains architectes, à juste titre, se sentent mal à l’aise devant l’invitation à la bio-table. Après tout, la bio-logie ne fait pas partie de notre éducation formelle et nous ne sommes pas toujours équipés pour comprendre et bénéficier de ce nouveau rapprochement entre architecture et biologie. TRIBUNESTEVEN WARE ARCHITECTE DIRECTEUR ART & BUILD PARIS L’INSPIRATION NATURELLE Et ne pratiquons-nous pas déjà, sans le savoir, une sorte de biomimétisme. Notre compréhension du monde naturel a bien évolué, nous sommes conscients de sa complexité à tous les niveaux, et, pour chaque projet, un premier arsenal de bio-data est proposé aux architectes – analyse de l’exposition du soleil, de l’hydrologie du site, de la biodiversité – nous rappelant que la nature est le contexte dans lequel nous intervenons. Nos objets architecturaux sont de plus en plus complexes, manifestations d’un univers composé de systèmes aussi différents en échelle et en fonctionnement que la molécule, la cellule, le tissu, l’organe et le corps, termes issus de la biologie qui nous aident réellement aujourd’hui pour décrire nos propres créations. Les études techniques – telles que la performance de la façade – s’inscrivent dans une démarche biomimétique et l’analyse du cycle de vie des composants – empreinte carbone induite par la production, mise en œuvre, remplacement programmé et démontage du bâtiment – est l’extension d’une analogie biologique évidente. La tour Swiss Re, récemment livrée par Foster and Partners à Londres, fut inspirée par l’éponge de mer Euplectella aspergillum tant par la forme de l’organisme que par le fonctionnement de sa coque extérieure, permettant ainsi d’optimiser considérablement les performances énergétiques de l'immeuble. Comportement, camouflage, la richesse de la nature est dans sa diversité mais toutes les idées qu’on y trouve nesontpasforcémentutilesnisystématiquementréutilisables. Une chose demeure sûre et rassurante  : rien n’existe dans la nature qui n’ait une bonne raison d’exister. Dans le monde vivant, ce sont des années d’évolution qui prouvent l’utilité d’un trait. La nature s’est façonnée à travers un nombre infini de répétitions, d’accidents et de prototypes. L’apparence et le comportement d’un organisme ne sont qu’une manifestation de sa biologie, le fruit de son ADN, sa biochimie. Parfois, l’organisation naturelle d’un groupe végétal ou animal peut même nous guider. Un comportement collectif tel que celui des termites qui construisent leurs impressionnants châteaux de terre, parfois un cas particulier comme celui du scarabée Stenocara, capable de condenser l’eau de l’air sur sa carapace afin de survivre dans le désert de Namibie. 1- Portrait Steven Ware © Katrin Vierkant 2- Altai, Incrustations photo-catalytiques dans la façade du siège d’Air France/KLM © Daniel Beres 3- Groupe Chèque Déjeuner, Douves autour du siège du Groupe Chèque Déjeuner - biodiversité, sécurité, rétention des eaux, refroidissement de l’îlot © Frédéric Joly 4- Cristal 2, Jardins au sein du campus Cristal © Katrin Vierkant 1 3 2 4 ARCHI9 BIONé à Londres, élevé en Jamaïque, Angleterre et Canada, Steven Ware travaille à Paris depuis 1998. Diplômé de l’Ar- chitectural Association à Londres et en biologie de l'Uni- versité de Western Ontario, il dirige avec Bruno Caballé l’agence parisienne d’Art & Build depuis 2007. Une série de projets majeurs tels que le siège du Groupe Chèque Déjeuner (lauréat du MIPIM Award en 2011) et celui de Thales Communications and Security (nominé aux Awards SIMI en 2012) ont permis à l’agence de s'imposer en matière de déve- loppement durable, intégrant des principes bio-adaptatives innovants. Récemment lauréat d’un concours Porte d’Ivry, le cabinet réalisera un des premiers immeubles multi-étages en bois massif à Paris. Steven a publié plusieurs ouvrages ayant trait à l'archi- tecture et à la gastronomie, il travaille actuellement sur le thème de l’architecture bio-adaptative.
  • 2. Publications/contributions Montréal, a guide to contemporary architecture © Ellipsis (auteur textes et photos) Médinas du Maroc © Arthaud (auteur textes) Cinematic architecture © Architectural Association (co-auteur textes et photos) Empreintes © Chèque Déjeuner (direction d'ouvrage) Work in progress © Thalès (direction d'ouvrage) Recettes inavouables © Hachette (co-auteur, plus de 400 000 exemplaires vendus) Au sein du cabinet Art & Build, nous avons mis en œuvre le biomimétisme –  avec différents degrés de succès  – depuis plusieurs années. Souvent appliqué à des petits projets, le biomimétisme peut relever des enjeux industriels de très grande échelle permettant notamment de rendre notre tissu urbain bio-adaptatif. Le vaste siège du Groupe Chèque Déjeuner s'est inspiré de la façon dont le corail interagit avec son environnement. Le site retenu étant inondable, l’eau présentait une menace, et nous nous sommes inspirés du fonctionnement des récifs, lieux riches en biodiversité, afin de transformer la menace en source d’inspiration. Tout est passé par l’application de cette dynamique (les façades furent perforées à l'aide d’algorithmes graphiques permettant d'optimiser les échanges gazeux et l’absorption acoustique), parfois exprimée de façon métaphorique (le mobilier devait privilégier l’interaction sociale tout en permettant l’isolement). Sans devenir esclave de notre métaphore, le biomimétisme fut déployé avec enthousiasme, la notion de perméabilité est devenue intuitive et l’architecture qui en résulte respire la vie. Pour l'immeuble Altaï de l'aéroport Charles-de-Gaulle, nous avons traité la façade du bâtiment comme un composant capable de nettoyer l'air ambiant. Des additifs photo- catalytiques ont été incrustés dans la façade avec des bandes de largeur sélective selon leur degré d'exposition au soleil de façon à ce que le bâtiment supprime passivement des molécules nocives et les particules de l'air. Ces bandes ont été exploitées d’autre part pour refroidir le bâtiment à la manière de certains camouflages où les bandes chromatiques induisent un effet de « microrefroidissement » par convection. Lanatureestbienfaite…Àl’exceptiondel’Homme,touteespèce sur terre sait maintenir l’équilibre entre ce qu’elle ingère ou utilise et l'énergie nécessaire pour se le procurer. La loi est d’une simplicité aussi cruelle que radicale : on ne devrait jamais dépenser plus d'énergie qu'on ne peut s’en procurer. Plus l’accès à l'énergie et aux matériaux devient difficile, plus nous devrions examiner les alternatives. Au cœur du biomimétisme est une prise de conscience de la localité, un retour à l’analyse du contexte nié par l’avènement de la mondialisation. À nous de retrouver cette stabilité, cette durabilité, ce savant équilibre atteint dans la nature entre matière et énergie. À nous de partir dans nos esquisses avec une palette de matériaux privilégiés en fonction de leur pertinence, adaptabilité, empreinte carbone. À nous de nous méfier de l’ancienne pratique qui consiste à figer une image architecturale sans savoir de quoi elle sera construite, et quelle source d’énergie l’animera. Jusqu’où pourrait-on déployer ce biomimétisme pour répondre aux plus grands enjeux auxquels nous devons faire face ? Selon les experts du changement climatique des Nations Unies, la priorité de toute démarche de développement durable est la réduction des gaz à effet de serre. Le bâtiment est un secteur parmis des plus énergivores et la façon dont notre environnement bâti est conçu et géré se trouve de facto en première ligne. Nos habitudes, les habitudes d’une industrie entière, sont difficiles à changer. En France, la construction s’appuie fortement sur l’utilisation du béton, ingrédient bâtisseur dont la production est dopée par l’accès à l’énergie nucléaire. Sans éradiquer le béton qui aura toujours sa place dans la construction, il s’agirait simplement de faire de ce matériau une ressource plus proche de son site, avec des agrégats dénichés localement, plus facilement recyclables. Il s’agirait de penser le béton, comme le reste, de façon biomimétique. Depuis peu, le label « bioressourcé » s’aligne aux côtés des multiples enseignes déjà en concurrence. Pourquoi ce nouveau label ? Car nous avons besoin d’une nouvelle prise de conscience et d’une prise de position par rapport aux matériaux, besoin d’aller au-delà du green pour impacter sérieusement à l’échelle des changements climatiques. 6 Alors, où allons-nous ? Jusqu’où serions-nous capables d’adopter ces attitudes biomimétiques que la réalité économique même nous impose à coups de labels de mieux en mieux informés ? Quelle définition du champ « organique » pourrions-nous donner aujourd’hui en tant qu’architectes ? Si le biologique désigne bien ce qui vit, il désigne tout autant ce qui meurt. La création architecturale pourrait-elle intégrer dans le même temps la naissance, la vie et la mort de chaque projet comme condition préalable indissociable et indispensable ? L’architecte peut-il renoncer à son obsession d’éternité, à ses pyramides, à voir dans la pérennité de l’œuvre son seul gage de gloire ? Peut-on accepter des cycles de vie à court terme afin de créer une stabilité dans le long terme ? Accepter la dégradation, accepter de ne laisser aucune trace ou de laisser autre chose à la place, accepter de vivre pour mourir ou se transformer. Source d’inspiration, vivier de solutions, l’univers biologique est bâti sur l’éphémère, la redondance parfois, avec une symétrie parfaite entre construction et dégradation qui privilégie ce qui est adapté au contexte et à l’époque, tout simplement. 7 5 5- Vélobar, Triporteur à base de structure bois © Art&Build / Léo Lescop 6, 7- Campus Biot, Cycles de vie - Analyse des cycles de vie d’un campus de logements et bureaux, et vue en perspective © Art&Build / QuickiT TRIBUNE ARCHI11