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WEBDOCMAGAZINE
NUMÉRO 1 - SEPTEMBRE 2010




                            Mémoire de
                            premier cycle
                            universitaire

                            DUT
                            Information-
                            Communication

                            Spécialité
                            Communication
                            des
                            Organisations




                     Écriture et réalisation : Emma POUPEL

                                                                     LE MAGAZINE DU
                                                             NOUVEL OUTIL MULTIMÉDIA
                                                                       AU SERVICE DE

                                                                      L’INFORMATION

                                                             ET DE LA COMMUNICATION
                                                                              Sous la direction
                                                                          d’Alain BOULDOIRES
                                                                        et de Vincent BENGOLD
Photographies d’illustration de la couverture tirées des web-documentaires suivants :
(de gauche à droite de haut en bas)
1ère ligne : Thanatorama / Piraterie en Somalie / Le Challenge : le procès du pétrole en Amazonie
2ème ligne : Un Somalien à Paris / L’Obésité est-elle une fatalité ? / Le Challenge : le procès du pétrole en
Amazonie / Les Communes de Paris
3ème ligne : Les Bras de la France / Le Corps handicapé, vivre après l’accident / Brèves de Trottoirs / Prison
Valley / La Vie rêvée des pavillons
PAGE 1
 Avant-propos
 Pourquoi avoir choisi la forme magazine ?




                                                                                        AVANT-PROPOS
        L’idée est venue d’elle-même au fur et à mesure des investigations menées
sur le sujet du mémoire. En effet, plus l’étude du format web-documentaire avançait
et plus la linéarité dans le traitement d’un sujet, et en particulier celui du web-
documentaire, semblait obsolète.


       Car la forme du mémoire «  traditionnel  » est très linéaire  : le cheminement
présenté au lecteur ne permet généralement pas d’aller-retour entre les parties. Le
lecteur est censé partir du début « point A » pour atteindre la fin, « point B ».
Et cette forme semblait aux antipodes de notre sujet : un nouvel objet multimédia et
délinéarisé.
Dans le web-documentaire, le lecteur peut à tout moment accéder au menu (ici il
s’agit du sommaire) et accéder directement au contenu qui l’intéresse spécialement.
Les sujets sont présentés comme des domaines à explorer, s’appuyant sur une
narration sémantique. Il en découle un rapport privilégié avec le lecteur. C’est ce
rapport que j’ai voulu retrouver dans cette forme magazine.


       Cette idée, qui est le fondement du web-documentaire, est appliquée au papier
via le format magazine de ce mémoire. Utiliser le format magazine est donc un apport
de cohérence avec le sujet interactif, c’est la mise en pratique du sujet étudié. La
possibilité de lire les éléments de réponses au sujet de façon indépendante est
proposée au lecteur. Comme dans le web-documentaire la linéarité est rompue. Le
format magazine permet donc de s’exercer à cette pratique délicate avec le défi de
ne pas s’éloigner du sujet, tout en s’approchant au plus près de la forme étudiée.


       Cette forme magazine est ainsi une alternative au format web-documentaire
qui lui est tout numérique. Car si l’idée de traiter le sujet du web-documentaire à
travers justement un web-documentaire est apparue, cette idée s’est très rapidement
révélée techniquement irréalisable au regard des compétences pluridisciplinaires
nécessaires à sa réalisation Et surtout, la perte de tout support papier semblait
incompatible avec un mémoire.
C’est ainsi qu’est née la forme magazine de ce mémoire.
SOMMAIRE




                                                                                             SOMMAIRE PAGE 2
Avant-propos	                 	        	    1

Sommaire	 	                   	        	    2

Éditorial
 
                  
        
    3

                                                 Acteurs		             	     	      	   52
Éléments
             
       
        
    4    réalisateurs / artisans /plateformes
photographie / hyperlien / réseaux               / organes de presse / agences de
sociaux / vidéo / carte...                       production / figures / internaute


Interactivité 
               
        
    15   Précurseurs 
               
      
   59
navigation / degrés d’interactivité              Oulipo / hyperfictions / livres-jeu
                                                 / cinéma photographié / audiorama

Questionnements	                       	    21
                                                 Naissance	            	     	      	   64
définition ? / documentaire ?
/ loi ? / médias ? / évolution ?                 terminaux Internet / web journalism


Sujets	        	      	       	        	    29   Solution	             	     	      	   71
sujets récurrents / sujets d’actualité           surabondance informationnelle
                                                 /eldorado du photojournalisme

Audience et
consommation	 	                        	    31
pratiques / fréquentation                        Marketing 	 	               	      	   72
                                                 professional branding / storytelling

Techniques		                  	        	    33
                                                 Économie 
            
     
      
   73
compétences / contraintes / logiciels
                                                 économie d’Internet / business model
                                                 / financements / subventions
Formes		              	       	        	    37
formes identifiées / séries                      Entreprises et marques	 80
                                                 SFR / Lacoste / Powerade
Écritures
            
       
        
    43
écriture du récit / usage de l’écrit             Institutions 		             	      	   83
                                                 Ministère de la Défense
Narrations	           	       	        	    45
Structure narrative /
différentes narrations
                                                 Communication		                    	   84
                                                 agences / festivals

Jeu		          	      	       	        	    49
réel -virtuel / jeu en réalité alternée          Table des matières
 
 87
Linéarité 
           
       
        
    51   Sources et Ressources 	 90
délinéarisation /                                bibliographie / webographie
convictions contradictoires
EDITORIAL PAGE 3
         Éditorial
         Pourquoi s’intéresser au web-documentaire ?
                 Le web-documentaire est un nouvel outil multimédia en pleine définition dont les
        premières grandes productions sont apparues cette année. Certaines se sont même
        vues primées lors du dernier festival Visa pour l’image de Perpignan1.


                 En plein essor sur Internet, son lieu de naissance et d’existence, et exploré tant
        par les journalistes, les chaînes de médias (Arte, Canal + et France Télévisions
        notamment) que par les agences de communication, cet «  ovni  » multimédia, encore
        méconnu du grand public pose de grandes questions tant au niveau de sa forme que
        de ses usages.
                                
   De l’écriture aux financements, le web-documentaire est en
                                pleine définition, mais semble très en avance car il présente déjà
                                tous les critères des nouveaux médias. Considérés jusqu’il y a
                                peu comme des gadgets, certains voient en ce nouvel objet
            Un «ovni multi-     multimédia l’outil qui sauvera la presse de la crise actuelle. Et ce
            média encore
                                sans compter les premières applications faites de ce nouvel outil
            méconnu du
                                trans-média par les entreprises et dans les institutions (le format a
            grand public».
                                déjà du succès auprès des ONG2).


        
        Encore méconnu du grand public le web-documentaire présente cependant
         toutes les qualités d’un nouvel outil performant et efficace au service de l’information,
         pour le traitement de sujets journalistiques, mais aussi de la communication, dans le
         cadre de campagnes de communication internes ou externes.




1   Édition 2009 du festival
2   Comme c’est le cas de la Croix-Rouge avec son web-documentaire sur le Tsunami ou du Samusocial avec la
plateforme Danslapeaudunsansabri.com
Le web-documentaire : une oeuvre




                                                                                                       ELEMENTS PAGE 4
complète
Une œuvre pluri média
                                                            Plus loin encore, on peut également
          Le web-documentaire utilise tout ou
                                                     trouver des diaporamas commentés, des
une partie des médias disponibles sur
                                                     animations en trois dimensions, des croquis
Internet pour traiter un sujet. C’est une
                                                     ou encore des émissions de radio.
véritable expérience interactive qui est
                                                            Encore une fois, il convient de
offerte à l’internaute.
                                                     souligner le format indéfini de notre sujet.
          Le web-documentaire intègre ainsi
                                                            Enfin, avant de détailler tous ces
plusieurs formats en son sein :
                                                     éléments constituant le web-documentaire,
photographies, textes, illustrations, vidéos,
                                                     il est important de préciser qu’il n’y a pas de
bande sonore, cartes, hyperliens. Il peut
                                                     présentation type, que ces éléments ne sont
aussi offrir la possibilité à l’internaute de
                                                     pas reliés entre eux de façon déterminée.
laisser des commentaires, ou bien être relié
                                                     Chaque web-documentaire est « aménagé »
aux réseaux sociaux.
                                                     selon son sujet et le choix de ses auteurs.
          Cette liste de formats intégrés dans le
                                                            En ce sens, si on observe
web-documentaire n’est pas exhaustive. En
                                                     généralement la présence d’un menu
effet, tout ce qui peut illustrer ou expliciter le
                                                     principal, ce n’est pas systématique.
sujet peut figurer dans le web-
documentaire.
          Hervé Chabalier3 explique à ce sujet :
«  Ce qui est intéressant dans le web-
documentaire, ce n'est pas que
l'interactivité mais le fait de pouvoir raconter                             « Les nouvelles
                                                                             technologies (...)
une histoire en se servant à la fois de l'écrit,
                                                                             enclenchent une
de l'image, du son, de la photo". Et il insiste
                                                                             nouvelle manière
sur la dynamique apportée par l’utilisation                                  de créer».
de ces nouveaux médias  : "C'est pour ça
que les nouvelles technologies ne sont pas                                    Hervé Chabalier
porteuses que de progrès techniques, elles
enclenchent une nouvelle manière de créer".




3   Hervé Chabalier dirige l'agence Capa
La photographie                                       documentaire lorsqu’elle est associée au son.
ELEMENTS PAGE 5


                                                              C’est d’ailleurs une des principales forces du
                        La présence de la photographie dans web-documentaire  : la mise en avant de
                  le web-documentaire semble, dans la plupart clichés photographiques grâce à des effets
                  d e s w e b - d o c u m e n t a i r e s v i s i o n n é s , sonores percutants.
                  primordiale.                                                      Enfin, la photographie peut aussi se
                        Alternées avec la vidéo ou enchaînées présenter sous la forme d’une galerie
                  en diaporama, les photographies sont d’images accessible depuis le menu principal
                  généralement présentées dans un rythme du web-documentaire. Elle illustre alors
                  lent. Le spectateur a le temps de les observer. souvent davantage que les lieux et les
                  Et il y a souvent un effet de focus léger sur les personnages, et complète le sujet en
                  photographies.                                    présentant de nouveaux éléments.
                         Elles sont souvent de très bonne
                  qualité (qualité «reflex numérique») ce qui
                  n’entrave pas la diffusion en Haute Définition
                  du web-documentaire.
                         Cependant, si l’image est souvent
                  qualifiable de «  propre  » (les plans sont
                  souvent originaux, les portraits très soignés, Photographie d’accueil du web-
                  les couleurs vives, le flou maîtrisé) ce n’est documentaire «Un somalien à Paris»
                  pas une généralité. Dans le web-
                  documentaire «  Prison Valley  » (Arte) par
                  exemple l’image sert vraiment le récit et joue
                  en grande partie sur l’ambiance du web-
                  documentaire. Mais dans le web-
                  documentaire Concubines (France 5), les
                  images de nuit sont quasiment toutes ratées.
                                                                                          Photographie de la série de web-
                  La série de clichés semble disséminée dans
                                                                                        documentaires «Brèves de Trottoirs»
                  le récit sans grande logique pour justifier
                  l’étiquette web-documentaire au projet.
                         On peut expliquer ces différences de
                  qualités dans la photographie par la
                  provenance des auteurs de web-
                  documentaires  : certains sont originellement
                  photoreporters, d’autres journalistes de
                  presse écrite. La qualité peut alors s’en
                  ressentir.
                                                                               Photographie extraite de «Voyage au
                         La photographie intégrée au récit                     bout du Charbon»
                  p re n d t o u t e s a f o rc e d a n s l e w e b -
ELEMENTS PAGE 6
  Capture d’écran du web-documentaire «HomoNuméricus»,
  photographie introduisant le portrait de la femme représentée.




                                   Capture d’écran du web-documentaire «Le Corps Incarcéré»,
                                   photographie accompagnant le témoignage (voix) de l’homme représenté.




Capture d’écran du web-documentaire «Les Communes de Paris»,
Photographie extraite de la séquence de présentation de «Chatelêt»,
une des sections du web-documentaire.
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                  Le 360°
                         Le concept du «  360°  » permet de
                  plonger le spectateur au cœur d’une pièce
                  ou d’un paysage comme s’il y était. Le web-
                  documentaire frôle d’encore plus près la
                  réalité avec cet outil.
                         En effet, il s’agit de juxtaposer à l’aide
                  d’un logiciel spécialisé plusieurs clichés
                  bords à bords pour atteindre un
                  panoramique complet. Le lecteur sera alors
                  projeté au centre de ce 360° lorsqu’il
                  visionnera le web-documentaire.
                         Il y a d’ailleurs un web-documentaire,
                  qui concerne encore le milieu carcéral, dont
                  le 360° est un outil central utilisé par les
                  concepteurs.
                         Il s’agit «360degrees Perspectives on
                  the U.S. Criminal Justice System  » où le
                  lecteur est plongé dans l’univers des
                  détenus (visite des cellules ou de leur foyer,
                  entretiens avec leur psychiatre, leurs
                  proches ou eux mêmes).
                         Cette technologie, réalisée avec le
                  logiciel QuickTime VR, donne une étrange
                  impression de 3D.




                                                                      Illustration du 360° avec des captures d’écran du web-
                                                                      documentaire «360degrees»
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L’hyperlien
                                                            ILLUSTRATION D’UN CAS D’HYPERLIEN DANS LE WEB-
        Le web-documentaire peut                            DOCUMENTAIRE «BRÈVES DE TROTTOIRS»

également présenter de l’hyperlien. L’atout                 1

principal est de justifier le traitement du
sujet en renvoyant le lecteur vers des
réalisations extérieures renforçant ou                      Capture d’écran du menu du web-documentaire
complétant son propos. Il peut aussi s’agir                 «Brèves de Trottoirs»

de réalisations sur lesquelles s’est appuyé
l ’ a u t e u r p o u r c o n s t r u i re s o n w e b -     2
documentaire. Mais encore, il peut s’agir
de documents évoqués dans le récit. En ce
sens, les références utilisées sont
directement proposées au lecteur.
        Dans le web-documentaire, les
hyperliens sont des éclairages
complémentaires sur le sujet que le visiteur
peut, selon ses envies, explorer ou non.                    Capture d’écran de la rubrique «Infos»


                                                                              3




 Capture d’écran d’un article sur l’hiver des sans abris à Paris
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                  Le son                                               l’espace, au delà d’une découverte de la
                                                                       géographie des lieux.
                         Comme évoqué plus haut avec la
                                                                                Dans le web-documentaire La Cité des
                  photographie, le son a une réelle force dans le
                                                                       Mortes par exemple, vous pourrez accéder à
                  web-documentaire.
                                                                       une carte de Ciudad Juarez (la ville « sujet » du
                         Tout type de son peut prendre un rôle
                                                                       web-documentaire) où sont localisés tous les
                  crucial  : le claquement d’une porte, une
                                                                       meurtres de femmes par quartier. Mais il s’agit
                  alarme, un reniflement, ou encore un rire.
                                                                       là d’une carte « à la demande », car pour voir
                  Associé à la photographie, l’effet produit sur le
                                                                       apparaître ces points sur la carte, il vous fait
                  spectateur peut être à couper le souffle. En
                                                                       choisir le type de meurtre que vous souhaitez
                  effet les sons prennent toute leur dimension
                                                                       visualiser. Pour les meurtres à l’arme blanche
                  dans le web-documentaire  : on y entend des
                                                                       les points sont de couleur, et pour ceux non
                  voix, des extraits radiophoniques ou
                                                                       élucidés de couleur, et ainsi de suite. Vous
                  télévisuels, de la musique, des sons
                                                                       pouvez les faire apparaître les uns à la suite
                  d’ambiance, des citations et dans certains cas
                                                                       des autres, ce qui vous donne, une fois tous
                  la voix du ou des auteurs.
                                                                       les types de meurtres sélectionnés, un aperçu
                         Il y a un véritable travail sur l’ouïe, les
                                                                       du nombre total de femmes assassinées dans
                  sons retiennent parfois davantage l’attention
                                                                       cette ville.
                  que les images. Dans la plupart des web-
                                                                                Autre exemple, dans «Brèves de
                  documentaires il n’y a jamais de «blanc», les
                                                                       Trottoirs» le menu principal même est une
                  voix s’enchaînent sur les musiques de fond, le
                                                                       carte.
                  bruit du véhicule qui sert de trame principale
                                                                                Pour accéder aux portraits réalisés par
                  au récit.
                                                                       les auteurs, vous devez déplacer la souris sur
                                                                       le plan de Paris. Il y a un portrait d’une
                                                                       personnalité iconoclaste parisienne par
                  La carte interactive
                                                                       quartier, ils sont localisés sur la carte par un
                       La carte est un élément très intéressant petit drapeau de couleur. Lorsque vous
                  du web-documentaire. Dans la plupart des cas survolez l’emplacement de cette personne,
                  elle est interactive et sert à repérer vous pouvez cliquer et accéder au reportage
                  spatialement des faits mais aussi à se repérer ( de 4 à 10 minutes selon les cas).
                  dans le web-documentaire, ce qui est un                       Vous choisissez donc grâce à la carte
                  véritable double atout.                              d’une part de visualiser l’information qui vous
                        Concrètement, l’internaute peut afficher intéresse, et d’autre part vous vous repérez
                  grâce à cette carte des informations qui vont dans le récit.
                  lui permettre de restituer les événements dans
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                                                                               Exemple d’apparition d’un portrait
                                                                               lors du survol de la carte interactive




Capture d’écran de la carte qui sert d’écran principal au web-
documentaire «Brèves de Trottoirs»


                                                                                                  Agrandissement
                                                                                                  des fonctions
                                                                                                  proposées par la
                                                                                                  carte interactive




Capture d’écran de la carte interactive de «Cuidad Juarez»




 Capture d’écran de la carte de «PIB»

                                                             Capture d’écran de la carte de «Prison Valley»
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                   Les réseaux sociaux                                  d’accès  » au web-documentaire et un
                                                                        véritable moyen de promotion instantané.
                           L’intérêt pour le web-documentaire
                                                                        Le réseau social Twitter est par exemple le
                   d’être « relié » aux réseaux sociaux (Facebook
                                                                        5ème4 «  apporteur de trafic  » pour le web-
                   le plus souvent, ou Twitter) réside dans le
                                                                        documentaire Prison Valley.
                   développement de son audience d’une part,
                                                                                                       Logo Twitter
                   en étendant sa visibilité, mais aussi dans le
                   renforcement de son critère multimédia ou                                         Dans la plupart des
                   « pluri média ».                                                                cas, les réseaux sociaux
                                          Logo Facebook                 se limitent cependant à la simple fonction de

                                           En effet, la participation recommandation, avec par exemple l’option
                                          des internautes est, selon « J’aime » proposée aux membres du réseau
                   les web-documentaires, plus ou moins mise Facebook.
                   en avant, mais souvent perçue comme
                   valorisante par ses auteurs. Car certaines
                   interfaces facilitent plus que d’autres le
                   partage de contenu entre internautes.
                                                                                 Exemple de proposition de recommandation
                   En donnant la parole aux internautes sur le                 d’une page sur le réseau Facebook (ici pour le

                   sujet étudié dans le web-documentaire, les                journal Libération). Il suffit que l’utilisateur clique
                                                                            sur le bouton «J’aime» et tout son réseau en sera
                   auteurs ont différentes intentions  : voir les                                                    informé.
                   internautes contribuer au sujet et apporter de
                   nouvelles informations d’une part, mais
                   espèrent d’autre part voir naître le débat.
                   Le débat se fait soit en interne, c’est à dire
                   dans le web-documentaire lui même (exemple
                   dans «  Prison Valley  ») ou en prolongement
                   sur les réseaux sociaux.
                   La connexion à un ou plusieurs réseaux
                   sociaux valorise l’aspect participatif et «  web
                   2.0 » du web-documentaire.
                           Plus loin encore, certains web-
                   documentaires permettent même leur
                   visionnage intégral ou partiel sur les réseaux
                   sociaux, qui deviennent alors une «  porte

                   4   Chiffre avancé par Joël Ronez, responsable du pôle web sur Arte France lors de «  La journée du
                   webdocumentaire de la Communauté française »
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Capture d’écran du web-documentaire «India in Motion», exemple d’intégration des options de
recommandation des réseaux sociaux dans la barre d’outils inférieure. Les logos Facebook et Twitter sont
précédés de la mention «Share this vidéo on social network» («partagez cette vidéo sur un réseau social»).




La présence sur le réseau social n’est pas gage de
participation de qualité ?
        En effet, les web-documentaires sont nombreux et le réseau social est un outil
incontestable dans la course à l’audience pour ces « ovnis » Internet.
Mais la force du réseau social (il s’agit de Facebook ou de Twitter la plupart du temps)
ne réside pas dans la quantité d’internautes abonnés : la force du réseau social vient
de sa qualité.
Cette idée, à laquelle sont confrontées toutes les marques présentes sur les réseaux
sociaux, est absolument centrale dans le succès d’un web-documentaire à caractère
participatif.
Ainsi la crédibilité de la communauté est le pilier central du web-documentaire : la
pertinence des éléments complémentaires publiés et la qualité des commentaires. Ce
sont ces éléments mêmes qui feront la différence entre deux web-documentaires à
l’interface similaire.
Le nombre de membres et de billets postés ne reflète donc en rien la qualité de
participation du web-documentaire. Il s’agit de fédérer une communauté dynamique
autour du web-documentaire.
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                   Le commentaire
                          Les réseaux sociaux ne sont pas seuls,
                                                                              Le web-documentaire permet, grâce à
                   un autre outil participatif du web-
                                                                       cette possibilité, de renvoyer vers des
                   documentaire existe. Dans certains cas, le
                                                                       pétitions ou des votes. Alors que les auteurs
                   commentaire est proposé, en complément ou
                                                                       du web-documentaire n’auraient peut-être
                   en alternative aux réseaux sociaux.
                                                                       pas prévu d’associer ces contenus à leur
                          Ce commentaire peut être directement
                                                                       web-documentaire. Le rôle que peut prendre
                   intégré au web-documentaire (la possibilité
                                                                       l’internaute peut ainsi être bien réel.
                   de laisser un commentaire est donnée à
                                                                              Le web-documentaire peut alors
                   certains moments clés du récit), ou bien
                                                                       devenir une arme de militant avec l’apport de
                   souvent à la fin du visionnage dans une
                                                                       ces réactions à chaud, en pouvant dépasser
                   rubrique spécialement créée. Le commentaire
                                                                       l’intention initiale des auteurs.
                   donne une dimension collaborative ou
                                                                              La question de la modération se pose
                   collective au web-documentaire. Les
                                                                       donc, et amène avec elle la question de la
                   spectateurs peuvent grâce à cet outil donner
                                                                       censure.
                   directement leur sentiment sur le document
                                                                              Car n’oublions pas que les sujets
                   visionné ou sur le thème abordé, sur
                                                                       abordés dans les web-documentaires sont
                   d’éventuelles incompréhensions ou
                                                                       sujets à de fortes polémiques (prostitution,
                   désaccords avec le traitement du sujet.
                                                                       immigration, milieu carcéral, mort..) et donc
                          Cette possibilité est parfois proposée
                                                                       sujets à d’éventuels débordements sur ces
                   sous d’autres termes. «  Condoléances  » est
                                                                       forums.
                   ainsi le terme employé dans « Thanatorama ».




                   Capture d’écran des «condoléances» proposées dans le web-documentaire «Thanatorama».
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La vidéo                                            L’illustration
         La présence de la vidéo est, avec la             Bien que la photographie et la vidéo
photographie, prépondérante dans le web- soient deux médias très utilisés dans les web-
documentaire.                                       documentaires, cet usage n’est pas exclusif.
         Il est en effet très rare de rencontrer un En effet,des illustrations sont parfois
web-documentaire qui n’en fait pas usage.           présentes et revêtent différents atouts.
         Les équipes de réalisation de web-               Dans «La Crise Du Lait» par exemple,
documentaire sont souvent restreintes, l e s i l l u s t r a t i o n s , i n t é g r é e s à d e s
comparativement aux équipes engagées pour photographies en noir et blanc, servent à
son homologue télévisuel.                           accéder aux contenus du web-documentaire.
         Il en découle pour la vidéo des
pratiques spécifiques :
         un cadrage plus intime, des plans
serrés et souvent la pratique du regard-
caméra lors d’interviews.
         La vidéo est d’ailleurs presque toujours
la trame conductrice du récit. C’est un pilier
central, souvent accompagné de la voix de
l’auteur. Elle fait le lien entre les photos les
                                                               Capture d’écran du menu principal de
cartes et autres outils médias intégrés au                                        «La Crise du Lait»

récit.




Capture d’écran de «La cité des Mortes».
Les vidéos de web-documentaire sont
ancrées dans ce graphisme à la manière
d’une télévision. Pour changer de vidéo il
faut changer de chaine de télévision sur ce
poste.
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                             L’interactivité au coeur du web-
                             documentaire
                                     Si la particularité du web-documentaire est de croiser plusieurs médias au sein
                             d’une même production, un élément central les connecte entre eux  : l’interactivité.       Ce
                             critère donne la force même au web-documentaire, mais n’est pas sans risques.
                                     Aussi, bien que l’interactivité ne se résume pas aux choix de parcours dans le web-
                             documentaire, nous verrons que certains auteurs choisissent pourtant cette forme
                             d’interactivité.
                                     Concrètement, l’interactivité dans le web-documentaire consiste à offrir des choix
                             de navigation à partir d’un menu ou sous forme de liens au sein du récit. Ces choix,
                             matérialisés par des liens cliquables par l’internaute, permettent d’accéder aux contenus
                             périphériques du web-documentaire, et sont généralement présentés sous forme
                             hypertextuelle (parfois ils sont accompagnés d’une image ou d’un symbole).



                             Différents degrés d’interactivité
                                     L’interaction entre l’usager et le web-documentaire est très aléatoire dans les web-
                             documentaires. Ainsi, les internautes ont parfois la possibilité de contrôler uniquement leur
                             cheminement au sein du web-documentaire (qui s’apparente à une exploration). Cécile
                             Cros5 n’envisage pas de laisser intervenir l’internaute plus que dans les choix à faire avec
                             l’interface. Elle insiste même sur «  le choix de ne rien faire  » qui doit être laissé aux
                             internautes face au web-documentaire.
                                     Mais ils ont parfois la possibilité d’ouvrir des portes vers des éléments multimédias
                             complémentaires (photos, vidéos, sons…). L’interaction est alors plus poussée car
                             l’internaute, en plus de décider de son cheminement, va décider d’accéder à des contenus
                             supplémentaires. Tout va dépendre ensuite de la «  maturité Internet  » de l’internaute.
                             Rappelons que ces contenus sont des notes, des photos, des interviews dont les auteurs
                             se sont servis ou ont réalisé durant leur enquête. C’est alors une visite « à la carte », dont
                             l’internaute devient le maître.




                        5   Fondatrice de l’agence de production Narrative
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EXEMPLE DE L’INTERACTIVITÉ PAR
DEGRÉS DANS «360DEGREES»

L’interactivité est présentée dans ce web-
documentaire sous cette forme schématique.
Au centre les récits de détenus (stories), puis des
données relatives au sujet comme le nombre de
détenus par exemple (dynamic data), vient ensuite
une chronologie (timeline), des liens vers des
documents connexes (ressources), un forum de
discussion (dialogue), et enfin une rubrique de
présentation du projet (about).
INTERACTIVITÉ PAGE 17
                        L’exemple de « Prison Valley » : une interactivité à tiroirs

                                 Dans le web-documentaire «  Prison Valley  », l’interactivité est poussée car elle se
                        présente via les différents médias au sein même du web-documentaire mais surtout, elle
                        s’étale sur différents niveaux. C’est une interactivité « en profondeur ».
                                 On peut qualifier ces niveaux de «  tiroirs  » car ils s’imbriquent les uns dans les
                        autres  ; pour accéder aux niveaux d’interactivité les plus élaborés, il faut passer par les
                        premiers stades du récit. Plus vous avancez dans l’exploration du web-documentaire et
                        plus nombreuses sont les possibilités d’interactions qui s’offrent à vous.
                                 On peut classifier l’interactivité du web-documentaire de cette façon :


                          1er stade : Le document se regarde d’une traite,
                         avec de rares interactions indispensables à la
                         poursuite du récit. Cela consiste pour
                                                                                      2 è m e s t a d e  : L a p o s s i b i l i t é
                         l’internaute à cliquer sur «  retour au film  » (le
                                                                                      d’approfondir certains sujets avec
                         terme « film » surprend).
                                                                                      des interviews complémentaires, la
                                  La compréhension de la navigation à ce
                                                                                      consultation de statistiques, la
                         stade du récit est aisée. Tout internaute ayant
                                                                                      géolocalisation des faits rapportés
                         déjà utilisé un CD-Rom peut arriver à suivre la
                                                                                      dans le récit. Puis l’internaute revient
                         trame du récit.
                                                                                      au récit. Ce deuxième niveau est
                                                                                      relativement accessible, surtout par
                                 3ème stade : L’offre d’un système interne
                                                                                      ce que dans Prison Valley les
                         de discussion en temps réel. Les internautes sont
                                                                                      graphismes sont très soignés et
                         invités à échanger avec d’autres internautes qui
                                                                                      l’internaute est visuellement guidé
                         visualisent eux aussi le web-documentaire. Ce
                                                                                      pour retourner au récit.
                         procédé fait appel à la technologie Facebook
                         Connect6, car les discussions transitent via le
                         serveur du site Facebook.

                        4ème stade  : L’accès au forum du web-documentaire et la prise de position dans les
                        débats lancés. L’internaute est y invité une fois tout le web-documentaire visionné. Ce
                        niveau d’interactivité est aisé à gérer pour tout internaute ayant déjà participé à un forum
                        quelconque sur Internet. En effet, la présentation et le fonctionnement du forum sont
                        classiques et seule sa présence au sein d’un documentaire est une nouveauté.



                        6 « Facebook   Connect » permet aux développeurs de pages Internet et de contenus web d’intégrer Facebook
                        sur différents sites ou plateformes.
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           5ème stade  : L’entrée en contact
    direct avec les personnes présentées dans
    le récit. Cette fonctionnalité n’est pas
    disponible en continu. Les internautes
    avaient cette possibilité seulement au
    lancement du web-documentaire. Ils
    consistaient à des rendez-vous en direct via
    le tchat interne et sur le forum. Ce niveau
    d’interactivité est, au regard des autres
    web-documentaires étudié, une exclusivité                6ème stade  : Ce stade est la suite

    de «  Prison Valley  ». On peut en effet logique du précèdent, une fois les acteurs
    deviner que cette fonctionnalité est assez du récit interrogés par les internautes, le
    lourde à mettre en place pour les web-documentaire présente des rendez
    réalisateurs.                                     vous hebdomadaires avec des
                                                      spécialistes du sujet. Cette continuité
                                                      dans l’interactivité proposée à l’internaute
                                                      est un véritable atout dans le sens où le
                                                      sujet n’est pas uniquement approfondi via
                                                      la participation des internautes mais via
                                                      l’apport de données spécialisées.
                                                             Le fonctionnement est le même que
                                                      pour le stade précédent, et est de la
                                                      même façon relativement accessible.

       7ème stade : Enfin, le web-documentaire invite les internautes à poursuivre le débat
sur d’autres sites reliés (Yahoo, France Inter, Télérama, YouTube) à celui du web-
documentaire. 
       A ce stade, l’interaction est plus aisée pour un internaute sans grande maîtrise des
fonctionnalités qu’offre Internet. La participation est facilitée car elle ne se fait pas au sein
même du web-documentaire et la présence des vidéos est là pour cadrer l’internaute qui
serait égaré dans toute cette sphère tournant autour du web-documentaire. Mais il
semble tout de même préférable que l’internaute ait visionné le web-documentaire en
intégralité pour prendre part aux débats.
       Aussi, on peut imaginer que ce dernier stade d’interactivité attire une nouvelle
audience, celle des sites sur lesquels le web-documentaire est partiellement retransmis.
Les défis de l’interactivité
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                               L’interactivité, véritable apport de
                        dynamiques au sein du web-documentaire
                        doit cependant se confronter à quelques
                        défis. D’une part pour l’auteur, et d’autre part,
                        pour le visiteur.                                      Pour l’auteur
                               Et ce sans oublier que l’interactivité ne
                                                                                      P o u r l ’ a u t e u r, l e s
                        peut être une fin en soi, elle doit servir le
                                                                               questions liées à l’interactivité du
                        sujet. Et ce point est peut être le défi central
                                                                               web-documentaire sont
                        du web-documentaire  : ne jamais laisser le
                                                                               multiples. Ces problèmes
                        contenant dépasser le contenu.
                                                                               d’écriture adaptée au format
                                                                               sont détaillés plus haut dans
                                                                               l’écriture du web-documentaire
                                                                               car elles se posent à l’auteur
                                                                               précisément au moment de la
                                                                               rédaction.


                        Pour le visiteur
                               Pour l’internaute, les problèmes d’interactivité sont rencontrés dès l’ouverture du
                        web-documentaire. Il est en effet très rapidement précipité au cœur d’un document
                        interactif dont il ne maîtrise pas toujours le fonctionnement. Confronté à une multitude
                        d’éléments narratifs, à une histoire éclatée en fragments et disséminés tout au long de
                        l’histoire, l’interactivité doit participer à l’enrichissement de l’histoire sans risquer de
                        brouiller cette dernière. Et il est très délicat pour les auteurs de mesurer la capacité des
                        internautes à gérer l’interactivité au sein du web-documentaire. Le risque pour le lecteur
                        est que le déroulement du récit soit affecté par ses multiples possibilités d’interactivité.
                               L’internaute est en effet habitué à offrir une audience passive (lors du visionnage
                        d’un documentaire télévisuel).
INTERACTIVITÉ PAGE 20
Le risque de l’interactivité                          L’interactivité limitée aux
forcée                                                choix de navigation

         Nous avons expliqué que                              Dans certains web-documentaires,
l’interactivité n’est pas une chose aisément pour éviter de rencontrer les problèmes que
maîtrisée.                                            nous venons de citer ou par souci de
Mais un internaute qui maîtrise l’interactivité simplicité dans le montage du web-
ne fait pas forcément un internaute satisfait.        documentaire, on constate que les auteurs
Andrew DeVigal7 dit: « Si elle est forcée, ont limité l’interactivité aux choix dans la
l’interactivité peut très bien détruire un récit navigation.
».                                                            Et c’est peut être l’interactivité la plus
         P o u r t a n t l ’ i n t e r a c t i v i t é e s t créatrice dans le web-documentaire. En
fondamentale au web-documentaire.                     effet, si on connaît le concept des jeux de
Dans «  Voyage au bout du Charbon  » par rôles, des blogs, des réseaux sociaux, le
exemple, on sent parfois que l’interactivité web-documentaire est le premier outil
est forcée. Elle est assez lourde, présente à multimédia qui permet un tel choix de
chaque tournant du récit. À force de choix navigation dans le traitement d’un sujet réel.
dans la navigation, elle fait perdre le fil des               Dans ces web-documentaires, le
événements. Le rythme en est cassé, pouvoir de l’internaute réside dans l’ordre
l’expérience du web-documentaire devient qu’il donne au récit. Il choisit quelles
anxiogène pour le lecteur et le risque qu’il informations visualiser ou non.
décroche est bien réel.                                       Ce choix peut donner au web-
                                                      documentaire une ambiance « reporter ». Le
                                                      w e b - d o c u m e n t a i re d e v i e n t a l o r s l e
                                                      documentaire dont vous êtes le héros.
                                                              Cet effet a pour conséquence de
                                                      renforcer le caractère immersif du web-
                                                      documentaire mais ceci n’est pas anodin : le
                                                      web-documentaire, bien qu’il traite de faits
                                                      réels et souvent graves, n’est alors pas sans
           Illustrations de choix de navigation       rappeler le jeu de rôle.
           dans le web-documentaire «Voyage au
           bout du Charbon»



7   Andrew De Vigal est le responsable multimédia du New-York Times.
L’introuvable définition du web-
QUESTIONNEMENTS PAGE 21


                          documentaire
                          Un concept aux                                                          Une définition
                          contours flous                                                          proche de celle
                                 Le web-documentaire                                              d’Internet
                          est un concept multimédia
                                                                                                          Mais s’il y a une
                          aux     formes         encore
                                                                                                  définition dont le web-
                          indéterminées.
                                                              L’absence de                        documentaire               peut
                                 Ce nouveau concept
                                                                                                  s’approcher, c’est la définition
                          associe du texte, des photos,       définition propre
                                                                                                  d’Inter net. En effet, les
                          des cartes, des vidéos, du                     E n e f f e t , l e w e b - caractéristiques mêmes du
                          son, des animations, et les documentaire se cherche
                                                                                                     web-documentaire
                          réseaux sociaux, de façon encore, il n’y a donc pas de
                                                                                                     s’approchent fortement de
                          interactive et didactique. On définition précise. C’est une
                                                                                                     celles d’Internet. A savoir : un
                          p e u t p a r l e r d e c o n c e p t nouvelle pratique observée
                                                                                                     produit disponible sur
                          «  h y p e r m é d i a  »  : c ’ e s t s u r I n t e r n e t d o n t l e s
                                                                                                     Internet, associant de
                          l’agencement et l’exploitation principaux acteurs (la presse,
                                                                                                     multiples médias (vidéos,
                          des différents outils qu’offre les photo reporters, les
                                                                                                     sons, cartes…), dont
                          I n t e r n e t e n u n e u n i q u e maisons de productions, les
                                                                                                     l’agencement est l’œuvre
                          production autour d’un sujet. d o c u m e n t a l i s t e s , l e s
                                                                                                     d’un d’auteur. Tous ces
                          Et chaque nouveau sujet est journalistes, les agences de
                                                                                                     éléments sont en interaction
                          l ’ o c c a s i o n d ’ u n n o u v e l communication entre autres)
                                                                                                     avec le spectateur. Le web-
                          agencement. Il n’y a pas de cherchent encore la forme
                                                                                                     documentaire est donc le
                          genre unique, de modèle, de exacte et les limites.
                                                                                                     «  produit Inter net  » par
                          format prédéfini ou identifié.                 E n c o n s é q u e n c e , excellence, ou du moins une
                                                                  plusieurs terminologies sont f o r m e t r è s a b o u t i e d e
                                                              d o n c e m p l o y é e s p o u r l’association des différents
                                                              désigner          le     w e b - outils Internet. Plus qu’une
                                                              documentaire  : le journal en expérimentation multimédia,
                                                              ligne LeMonde.fr le qualifie c ’ e s t u n e d é m a rc h e d e
                                                              par exemple de «  visuel « médium total ».
                                                              i n t e r a c t i f  » o u d e
                                                              « documentaire multimédia ».
QUESTIONNEMENTS PAGE 22
Une nouvelle                                                                  Une discipline en
méthode de                                                                    évolution
traitement d’un                                                               constante
sujet                                                                                 En effet, le web-
                                                                              d o c u m e n t a i re n ’ e s t p a s
         Le web-documentaire
                                     Une nouvelle                             encore totalement défini et il
est une nouvelle forme de
                                                                              semble qu’il continuera à se
réponse à un sujet  : c’est un       architecture au
                                                                              chercher encore. Car il ne
traitement croisé de                 documentaire                             pourra trouver sa forme
l'information au service d’un
                                           Le web-documentaire propre tant qu’Internet sera
sujet. C’est une nouvelle
                                     apporte en effet une nouvelle en constante évolution (son
façon de traiter un thème,
                                     architecture8, ou structure au caractère principal étant
mais surtout de raconter une
                                     récit documentaire.            l’exploitation des outils
histoire.
                                           L e d o c u m e n t a i r e Internet).
         Ce nouveau traitement
                                     classique, visionné à la                 Ainsi                le      web-
implique une nouvelle forme
                                     télévision, est défini comme documentaire semble être,
d'écriture multimédia. Il s’agit
                                     «  u n f i l m d i d a c t i q u e pour une durée impossible à
en fait d’une histoire que l’on
                                     p r é s e n t a n t d e s f a i t s évaluer aujourd’hui, voué a
raconte grâce à l’assemblage
                                     réels  n’intervenant pas sur le être un outil protéiforme.
des outils exploitables sur
                                     déroulement des faits
Internet. Il en résulte
                                     relatés ».
l’aménagement d’une
                                             Cette définition peut
interface autour d’un récit.
                                     s’appliquer au web-
                                     documentaire à condition de
                                     préciser son caractère pluri
                                     média, apporté par son canal
                                     de transmission, Internet.
                                             E n c l a i r, i l s ’ a g i t
                                     généralement d’une enquête
                                     jour nalistique interactive
                                     conçue pour Internet.




   8   Terme employé par Monique Simard, directrice générale du Programme français de l’Office National du Film
   (ONF) dans une interview de Charles Gervais pour alternatives.ca.
QUESTIONNEMENTS PAGE 23
                           Une discipline
                           méconnue du
                           grand public
                                   Enfin, il est important
                           de signaler que le web-
                           documentaire est un outil si
                           récent qu’il est encore
                           méconnu du grand public.                 Quelle est la différence
                                   Comme le dit Aurélie             avec un documentaire
                           Hamelin9 «dans les milieux               diffusé sur Internet ?
                           de l’audiovisuel, on en parle
                           beaucoup, mais le grand              
      La différence entre un documentaire diffusé sur

                           public n’identifie pas encore        Internet et un web-documentaire réside dans les caractères

                           bien ce genre ».                     mêmes du web-documentaire. C’est-à-dire la non linéarité

                                   Ce qui n’est pas             et le caractère pluri média de ce dernier, que ne possède

                           étonnant compte tenu de la           pas le « simple » documentaire.

                           difficulté des milieux               En effet, un documentaire diffusé sur Internet n’est autre

                           spécialisés (web, médias,            que l’utilisation du médium Internet comme un canal de

                           communication…) à définir            diffusion, sans agir sur la forme propre du documentaire et

                           le genre.                            sur son contenu.
                                                                
      Sur Dailymotion10 ou Youtube11, par exemple, il est
                                                                possible de trouver des documentaires précédemment
                                                                diffusés à la télévision qui trouvent sur Internet un second
                                                                public.
                                                                Mais le web-documentaire est plus que cela : il détient ses
                                                                critères multimédias spécifiques qui le rendent impossible à
                                                                qualifier de «  simple  » documentaire. C’est un nouvel outil
                                                                multimédia construit pour Internet et exclusivement diffusé
                                                                sous cette forme sur Internet.
                                                                En ce sens, un web-documentaire est donc en aucun cas la
                                                                rediffusion d’un documentaire sur Internet.



                  9 Aurélie     Hamelin est responsable du pôle contenu média global de France Télévisions
                  10      Dailymotion est une une plateforme d'hébergement, de partage et de visionnage de vidéo en ligne.
                  11      YouTube est une plateforme d’hébergement, de vidéos sur lequel les utilisateurs peuvent envoyer, visualiser et
                  partager des séquences vidéos.
QUESTIONNEMENTS PAGE 24
Quelles lois pour le web-                                                    À savoir, aux Etats-
documentaire ?                                                               Unis les règles sont
                                                                             différentes : le

     Le web-documentaire n’a pas de définition légale propre. C’est         producteur du web-
                                                                             documentaire
une œuvre multimédia et légalement les œuvres multimédias sont très          détient tous les
difficiles à encadrer. En effet, chaque création ne repose pas               droits. Les artisans
                                                                             du projet sont alors
forcément sur les mêmes lois.                                                considérés comme
Le web-documentaire peut ainsi s’appuyer sur les lois du logiciel, les       des techniciens.
lois des bases de données ou encore les lois de l’œuvre audiovisuelle.
Car il peut correspondre à ces trois catégories d’outils numériques.
On constate ainsi l’existence d’un vide juridique.
Le web-documentaire est une création collective. Il s’agit d’un travail
réalisé par des professionnels spécialisés dans des domaines
différents qui ne sont pas protégés par les mêmes lois.

     Et cela amène la question du droit d’auteur pour ces différentes
personnes concourant à la réalisation d’un même projet.
Pour cela, il est possible de qualifier le web-documentaire d’œuvre
collective ou d’œuvre de collaboration, ou encore d’œuvre composite.
Il s’agit de qualifications légales. Celles-ci permettent aux différents
artisans ayant contribué au web-documentaire de protéger une partie
de leur travail. Ainsi, bien qu’il soit impossible de qualifier légalement
le web-documentaire dans son intégralité d’œuvre audiovisuelle, il est
possible de considérer les différents éléments le composant comme
des œuvres audiovisuelles indépendantes.

     Le web-documentaire est alors considéré légalement comme
une œuvre multimédia collective ou comme un assemblage d’œuvres
audiovisuelles.
Le web-documentaire au cœur des
QUESTIONNEMENTS PAGE 25



                          évolutions des médias
                              
     On emploie alternativement les termes «  multimédia  », «  pluri-média  »,   «  trans-
                          média », « cross-média » et enfin « rich-média ». Bien que ces termes se rejoignent (et
                          soient pour certains presque des synonymes) ils peuvent tous plus ou moins
                          correspondre au web-documentaire.
                              Il convient donc de les définir plus précisément afin de situer le web-documentaire qui
                          navigue entre ces différents concepts.



                          Le multimédia                                      pour un même sujet mais ces derniers
                                                                             peuvent être utilisés de façon dissociée. La
                          
        Le multimédia est la combinaison de       stratégie pluri-média consiste par exemple
                          médias (textes, images, graphiques, sons,          pour une entreprise à penser ses supports
                          vidéo) au sein d’un objet numérique                de communication interne (newsletter,
                          commun. Le multimédia correspond ainsi             jour nal d’entreprise, événements,
                          au traitement simultané de ces médias              intranet…) comme un tout et non plus
                          grâce à une programmation informatique.            comme des supports de communication
                          Cette programmation rend la lecture de             pris individuellement. L’idée du pluri-média
                          l’objet numérique possible depuis un               est de faire que ces outils se complétent
                          ordinateur.                                        dans une même logique. Ce dispositif peut
                          Le web-documentaire correspond bien à              s’apparenter à celui d’un plan de
                          cette définition, dans le sens où la               communication mais, plus que ça, il s’agit
                          particularité du web-documentaire est ici          de porter une réflexion globale sur un sujet,
                          mise en évidence  : l’usage de plusieurs           en utilisant différents médias. Le pluri-
                          médias.                                            média implique, dans ce cas d’une
                          Cependant, cette définition n’est pas              communication interne, une cohérence
                          complète, il manque le caractère interactif        éditoriale totale de toutes les productions
                          du web-documentaire.                               de l’entreprise, quelques soient les
                                                                             supports.
                          Le pluri-média                                           De même pour le cas du web-
                                   La définition du pluri-média              documentaire  : il s’agit d’une réflexion
                          s’approche de celle du multimédia : il s’agit      d’auteur sur un sujet, mis en forme dans le
                          de la combinaison de plusieurs médias.             web-documentaire en combinant différents
                          
        Cependant, le traitement de ces           médias de façon à répondre avec le plus
                          médias n’est pas simultané. Ainsi le pluri-        de cohérence possible à ce sujet.
                          média désigne l’usage de plusieurs médias
Le cross-média                                      spécificités de chaque média sont en effet




                                                                                                       QUESTIONNEMENTS PAGE 26
                                                    prises en compte, ce qui n’est pas le cas du

      Le cross-média est le principe de la         cross-média.
mise en réseau des médias. Ce terme                 Ainsi le même contenu n’est pas décliné sur
désigne l’usage rationnel de plusieurs              chaque média, chaque média présentant le
médias, mais il se distingue du multimédia          même sujet mais d’une façon qui lui est
car il ne sollicite pas l’attention de l’individu   propre. L’utilisateur a alors la possibilité
depuis un même lieu et à un même moment.            d’entrer dans le sujet par différentes

      En effet, le cross-média n’a pas le          «  portes  », c’est-à-dire par différents médias
critère synchronisé du multimédia qui               portant le sujet.
mélange le son, le texte et la vidéo sur un         À grande échelle le trans-média peut
seul support numérique. Dans le cross-              correspondre à un jeu à taille humaine où les
média, les médias utilisés sont utilisés les uns    événements du jeu arrivent au spectateur via
après les autres.                                   son mobile Internet ou la radio (comme nous
À la différence du pluri-média, le cross média      l’avons expliqué avec les ARG).
ne véhicule pas forcément un même                   À l’échelle du web-documentaire il s’agit
message sur les différents médias utilisés.         d’utiliser les différents médias qui le
Par exemple, pour une agence publicitaire, le       composent en fonction de l’intérêt que revêt
cross-média consiste à décliner une                 chaque média  : le témoignage d’un individu
campagne sur différents médias (radio,              se transmet avec une plus grande réalité via
télévision, presse..). C’est la combinaison et      le son ou la vidéo que via le texte, le portrait
l’utilisation coordonnée de différents médias       via la photographie ect..
au service d’une même stratégie.                    A savoir, la société de téléphonie Orange a
L’intérêt du cross média est de créer des           lancé un laboratoire du trans-média. Il est
interactions entre les médias utilisés.             explorable à l’adresse :
Ainsi on peut qualifier le web-documentaire         http://www.transmedialab.org .
de cross-média uniquement lorsque celui-là
connaît une version déclinée à la télévision.       Le rich-media
En effet, le web-documentaire n’est pas                    Enfin, le rich-média désigne un format
intrinsèquement cross-média  : il fait appel à      numérique composé d’animations utilisant du
différents médias, mais ceux-ci sont                son, de la vidéo ou encore des photographies
regroupés en un même support.                       basés sur la technologie Flash avec la
                                                    particularité de proposer des interactions
Le trans-media                                      avec l’internaute. Le rich média est beaucoup
                                                    utilisé dans la publicité car il permet de

      Le trans-média consiste, comme le
                                                    proposer sur Internet des publicités très
cross-média, à développer un contenu
                                                    dynamiques à l’internaute. Le rich-média a
narratif sur plusieurs médias. Cependant, le
                                                    cette particularité qui fait aussi la force du
contenu développé sur chaque média est
                                                    web-documentaire  : l’interaction avec
différent.  Les capacités d’interaction et les
                                                    l’internaute.
Parle-t-on de web-documentaire ou de
QUESTIONNEMENTS PAGE 27


                          web-reportage ?
                                Les deux terminologies sont utilisées mais la plus fréquente est «  web-
                          documentaire ».
                          Il est possible d’utiliser les deux termes, mais le terme web-documentaire semble plus
                          approprié, c’est pourquoi nous l’utiliserons.
                          Les différences entre le web-documentaire et le web-reportage sont celles existant déjà
                          entre le documentaire et le reportage.
                          Le documentaire relève du champ artistique et cinématographique alors que le reportage
                          relève quant à lui du champ journalistique.
                          Ainsi le documentaire se distingue du reportage par l’angle utilisé d’une part, le point de
                          vue présenté et la pérennité.
                          
     L’angle utilisé n’est pas le même  : dans le documentaire l'auteur ramène les faits
                          réels à lui même («  je pars à la rencontre d’ouvriers de la mine  ») alors que pour le
                          reportage c’est l’inverse (« les ouvriers vont à la mine »), la réalité présentée est ramenée
                          au spectateur. Le point de vue est en ce sens plus affirmé dans un documentaire que
                          dans un reportage.
                          Un même sujet n’est donc pas traité de la même façon dans un documentaire et dans un
                          reportage. Dans ce dernier est présenté un fonctionnement et ses conséquences, alors
                          que dans le documentaire sont présentées les causes de cette situation, les mécanismes
                          qui amènent cette situation. Les enjeux ne sont donc pas les mêmes.
                          Le documentaire présente donc un questionnement plus complexe, il porte une
                          dimension d’analyse.
                          
     Aussi, les sujets du documentaire sont des sujets qui s’inscrivent dans le temps,
                          les documentaires sont voués à durer. Ils témoignent de leur époque : c’est une mise en
                          perspective.
                          Ce n’est pas le cas des reportages qui, eux, sont plus dans l’actualité, ils sont liés au
                          présent. Ils ne sont pas conçus pour durer, ils sont dans l’instant.
                          Ainsi la notion de temps est aussi très importante pour différencier ces deux genres.
                          
     Cependant, il n’y a aucune hiérarchie entre ces deux genres, le documentaire n’est
                          en aucun cas d’une meilleure qualité que le reportage. Il existe de mauvais documentaires
                          et de bons reportages, et vice versa.
QUESTIONNEMENTS PAGE 28
Le web-documentaire est donc en
constante évolution ?

      Depuis l’apparition des premiers véritables web-documentaires en 2007 (qui
n’étaient pas de simples diaporamas accompagné d’une bande son), on observe une nette
progression du genre.
En effet, si comme nous l’avons annoncé plus haut le genre ne sera pas arrêté tant
qu’internet continuera d’évoluer, le web-documentaire a malgré tout significativement
grandi.
Guillaume Blanchot12, décrit bien cette évolution  en parlant des projets en demande de
subventions «On ne reçoit plus comme au début des web-docu conçus comme des
compléments, un peu comme des bonus de DVD».

      Désormais loin de la présentation de clichés photographiques sur fond de musique
d’ambiance montée sur PowerPoint, le web-documentaire est un genre évolutif à part.En
témoigne Alexandre Brachet, de l’agence de création de web-documentaires Upian, qui
reconnaît aussi cette évolution dans ses propres productions : «En 2002, avec “La Cité des
mortes”, on essayait d'utiliser les contenus différents, vidéos, photos, cartographie. Puis
dans “Thanatorama”, on a vraiment introduit l'interactivité, puisque l'internaute en est le
héros… mort ! Enfin, avec “Gaza/Sderot”, on a intégré graphisme et technologies à
l'histoire, puisqu'il s'agissait de décrire les vies parallèles dans ces deux villes, avec par
exemple une frontière entre deux écrans sur le site».

      Le genre web-documentaire est donc un genre expérimental qui se cherche
continuellement une place à la croisée des médias.




                                                       Capture d’écran de la page d'accueil du web-
                                                       documentaire «Thanatorama», «une aventure
                                                       dont vous êtes le héros mort» précise le site
                                                       avant de commencer le récit.




12 Guillaume Blanchot est Directeur des nouveaux médias du Centre National du Cinéma et de l’image
animée (CNC)
SUJETS PAGE 29

                 Quels sujets pour le
                 web-documentaire ?
                            Les sujets traités par les web-
                 documentaires sont très variés. Mais on peut
                 leur reconnaître un dénominateur commun  :
                 les sujets abordés sont audacieux.
                            On pourrait supposer, au regard de la
                 charge de travail que demande la réalisation
                 d’un web-documentaire, que les sujets
                 abordés seraient légers et divertissants. Bien
                 au contraire, il s’agit dans tous les web-
                 documentaires rencontrés de sujets lourds et
                 complexes. Comme si le web-documentaire
                 venait répondre aux sujets les plus délicats à
                 traiter.
                            La prison, la mort et les grands conflits   Quels sont les
                 politiques actuels sont les trois thèmes               risques dans cette
                 dominants les web-documentaires français,
                                                                        nouvelle façon de
                 dont la réalisation est la plus aboutie et
                 surtout les plus vus.
                                                                        traiter un sujet ?
                            Avec «  Le corps incarcéré  », «  Prison           Les risques que présente ce nouveau

                 Valley  », «  Thanatorama  », «  La Cité des traitement concernent principalement la
                 Mortes  » ou encore, «  Gaza/Sderot  » et navigation à laquelle l’internaute n’est pas
                 Havana/Miami  » , le web-documentaire se habitué. Si celle ci est trop complexe le risque
                 présente comme une nouvelle forme de est de «  perdre  » l’internaute qui, lassé de
                 réponse aux thèmes les plus dérangeants de chercher comment se déplacer, quittera le
                 notre société actuelle.                    web-documentaire.
                                                                               Mais ce n’est pas tout, ce traitement
                                                                        innovant peut aussi « tuer « le sujet si la forme
                                                                        prend l’ascendant sur le fond. En effet la
                                                                        forme très interactive peut « polluer » le récit,
                                                                        le destructurer. Ainsi le contenu, qui est la
                                                                        substance même du web-documentaire et sa
                                                                        raison d’être, doit rester maître sur le
                                                                        contenant, comme dans tout autre projet,
SUJETS PAGE 30
Le web-documentaire est-il adapté au
traitement de sujets d’actualités dits
« chauds » ?
       Sur Internet, l’information est souvent brute, les billets d’actualité ressemblent
énormément à la dépêche AFP et ne sont pas très différents entre les différents journaux
en ligne.
On appelle cela du « flash journalism » : les articles sont courts sans réelle profondeur et
rarement accompagnés d’illustrations multimédias. Pourtant le web-documentaire
pourrait être un réel apport de profondeur en élargissant le traitement de l’actualité au
multimédia.
       Mais le web-documentaire coûte cher, c’est un format lourd à mettre en place
(professionnels, matériel, temps de réalisation, investigations..) et il est souvent réservé
aux sujets magazines. Pourtant on peut imaginer que certaines formes de web-
documentaires « allégés » s’adaptent à l’actualité chaude et soient réalisés en un temps
beaucoup plus court. Il s’agirait de
diaporamas sonores avec une
interactivité un peu plus légère.             Vers une industrialisation du
                                              processus de création ?
Lemonde.fr a par exemple couvert le
                                                     Selon la rédactrice de la chaîne
sommet de Copenhague en direct sur
                                              France24.com Karine Broyer : «Le but est
son site Internet via le multimédia. Ce
                                              d'industrialiser le processus». La chaîne
procédé est du «  live journalism  » qui      d’informations internationales France 24
vient de la radio et de la télévision. Il     réfléchit en effet à une organisation
consiste à faire vivre en direct un           spécifique de son équipe web pour
événement au public (procès, émission         réaliser des web-documentaires en 24 ou
de télévision, débat politique, match         48 heures sur des sujets d’actualité
                                              chaude.
sportif).


       Ainsi la forme du web-documentaire, bien qu’elle soit plus contraignante qu’un
article « classique », semble adaptée aux « news » dans le sens où elle est un véritable
apport de profondeur dans le traitement du sujet. La forme du web-documentaire doit
cependant être un peu allégée pour permettre de raccourcir le délai de création et
permettre aux internautes d’y accéder le plus tôt possible. Il reste aux journalistes à
maîtriser ce nouvel outil et d’en faire un atout, ce qui permettrait aux journaux en ligne
de faire une véritable différence avec les éditions papier.
Quelle est l’audience des web-
AUDIENCE ET CONSOMMATION PAGE 31



                                   documentaires ?

                                   
        L’audience des web-documentaires est, tout comme l’outil en lui-même, encore floue.
                                   En effet, si l’on connaît le nombre de visites uniques et le temps moyen de visite de certains
                                   web-documentaires, on ne sait pas vraiment qui « accroche » à ce nouveau format.
                                   
        D’une façon générale, il semble que les jeunes générations, habituées à chercher
                                   l’information sur le médium Internet, sont demandeuses de nouveaux formats et de nouvelles
                                   approches de l’information. Le boom des blogs et des réseaux sociaux en témoigne, le « do it
                                   myself  » est devenu une banalité, les jeunes générations connaissent le processus de
                                   publication d’une information, aussi futile soit elle, sur Internet.
                                   Elles ont en effet vu naître les nouveaux médias numériques et ont bouleversé les usages des
                                   médias.
                                   La presse traditionnelle n’est plus le seul médium des nouvelles générations qui choisissent
                                   ce qu’elles regardent et veulent participer.
                                   Le web-documentaire semble en ce sens un nouvel outil pour la « digital native generation ».
                                   
        A cela il faut ajouter les internautes dans leur globalité (la France comptait en 2007 plus
                                   de 30 millions d’internautes)  : selon Médiamétrie ce sont 5, 9 millions de français qui
                                                                                regardent une vidéo par jour. «Voyage au bout du
                                                                                Charbon» a ainsi reçu la visite de 70 000 internautes,
                                                                                mais ce chiffre est a prendre avec précaution car ce
                                                                                web-documentaire a bénéficié d’une large publicité
                                                                                sur Internet. Il n’est donc pas représentatif de
                                                                                l’ensemble des web-documentaires qui forment un
                                                                                ensemble hétérogène.


                                                                                	




                                       Affiche du web-documentaire «Voyage au
                                       bout du Charbon»
Quelles sont les pratiques de




                                                                                                            AUDIENCE ET CONSOMMATION PAGE 32
consommation et de fréquentation des
web-documentaires ?
          On observe de grands changements dans les attitudes de consommation des
internautes. En effet, la consommation de contenus audiovisuels s’est individualisé
avec la généralisation des ordinateurs et des terminaux Internet personnels. Les
internautes ont aussi changé leur temps de consommation, désormais leur attention
est sollicitée de toutes parts  :ils sont devenus moins attentifs au contenu multimédia
qu’ils visionnent. À cette baisse de l’attention en ligne il faut ajouter le phénomène de
« multi-tasking » : les internautes font plusieurs choses à la fois, ils ne s’attardent pas
sur un sujet mais en « consomment » plusieurs simultanément. C’est dans ce contexte
délicat que le web-documentaire tente de se faire un public.
          Pour ce qui est de la fréquentation des web-documentaires, elle est modérée.
En effet, la fréquentation est moindre que certaines vidéos au contenu beaucoup
moins travaillé qui ont fait le buzz13 sur YouTube (extrait d’émissions de télé réalité
entre autres).
          Les chiffres sont rares, on sait que la durée moyenne de visite du web-
documentaire «  Gaza/Sderot  » est de 6,30 minutes14 en moyenne. Cette durée est
comparable à celle observée à la télévision pour un documentaire. Pour « Voyage au
bout du Charbon », plus de la moitié des internautes l’ayant visionné sont restés plus
de 10 minutes15 ce qui est considérable pour Internet.




13   Le buzz (anglicisme de bourdonnement) est un concept marketing traduisant ce que l'on pourrait
décrire en français comme un écho. Il s’agit d’un engouement soudain des internautes pour une vidéo,
un article, ou un site internet. Celui-ci est repris sur des blogs, des sites spécialisés, des réseaux
sociaux et devient notoire en quelques jours voir parfois quelques heures.
14   Durée avancée par Alexandre Brachet de la société Upian ayant produit ce web-documentaire lors
d’un débat diffusé sur le site de la SCAM, intitulé « Doc on Web ».
15   Durée avancée par Samuel Bollendorff lors d’une interview de Canon SA disponible sur le site owni.fr
Quelles
TECHNIQUES PAGE 33
                                                                        Le web-documentaire est très long et très
                     compétences sont                                   complexe à réaliser. Il est nouveau et il n’y a

                     nécessaires à la                                   pas de modèle de création défini. Chaque

                     réalisation d’un web-                              documentaire disponible aujourd’hui a été

                     documentaire ?                                     conçu a sa façon.
                                                                        A cela il faut ajouter le caractère précaire de
                     
          Les compétences nécessaires à la la plupart des corps de métiers auquel il fait
                     réalisation d’un web-documentaire sont aussi appel (journalisme, montage, développement
                     vastes que le panel d’outils que ce dernier Internet).
                     utilise.                                           En résulte des mutations importantes dans
                     L’écriture du sujet, les recherches sur le sujet, les conditions de travail  pour les différents
                     les photographies, les interviews à réaliser, acteurs du web-documentaire : dégradation
                     les outils interactifs à définir, le paramétrage, du salaire (car bénéfices incertains), réduction
                     l’intégration, l’exploitation, le design du site des moyens généralement disponibles (car
                     l ’ h é b e r g e a n t , l a m o d é r a t i o n d e s pas de modèle économique), standards de
                     c o m m e n t a i r e s … To u t e s c e s t â c h e s qualité ambigus (car pas ou peu d’historique),
                     concernent énormément de corps de métiers délais imprécis, incompréhensions dans la
                     différents (que nous verrons plus loin). On répartition des tâches et tâches non
                     peut cependant déjà citer le journaliste, le maîtrisées attribuées (pluralité d’auteurs sur
                     photographe, le technicien du son, et le web un même projet), format «  type  » inexistant,
                     designer.                                          flou sur les financements, absence de
                     Les compétences requises sont très générique de fin, préoccupations juridiques
                     nombreuses et transforment les réalisateurs sur les notions d’auteurs et sur les droits.
                     de web-documentaires en de véritables Mais surtout, comme il n’y a pas «  une  »
                     hommes-orchestres.                                 profession spécialisée en web-documentaire,
                     
          Mais, si les compétences techniques les auteurs viennent de différents univers
                     que demande un tel format sont complexes, il p a r f o i s i n c o m p a t i b l e s . A i n s i l e s
                     n’est pas possible de s’improviser expert.         professionnels d’Internet sont habitués aux
                     Le web-documentaire est donc très lourd à cadences des projets de communication (car
                     mettre en place. C’est un outil qui offre de le modèle économique impose une grande
                     nombreux agencements possibles, mais qui réactivité). Alors que les professionnels issus
                     est délicat à organiser, tant les possibilités du l’univers de l’audiovisuel sont eux habitués
                     sont nombreuses.                                   à rythmer leurs projets par des commissions

                     Quels changements                                  d’écriture puis par des commissions du CNC,
                                                                        du SCAM, des régions… Au final, les deux
                     le web-                                            univers ne vont pas à la même vitesse et
                     documentaire amène                                 lorsqu’il s’agit de créer un web-documentaire
                     -t-il dans les                                     l’enjeu est de trouver un rythme et des

                     conditions de                                      méthodes de création communes.

                     travail ?
Quelles sont les contraintes techniques




                                                                                                 TECHNIQUES PAGE 34
rencontrées lors de la réalisation d’un
web-documentaire ?

      Les contraintes techniques sont nombreuses  : organisation du travail entre les
différents acteurs (photographes, auteurs, développeurs web, web designers) d’une part,
mais plus concrètement ce sont les questions matérielles qui semblent poser les plus
grands problèmes.
En effet le web-documentaire est une œuvre complexe qui implique une très bonne
organisation de la matière collectée sur le terrain. De plus, il est nécessaire d’anticiper la
forme qu’aura le web-documentaire et de réaliser un très bon travail préparatoire en
amont. Les réalisateurs de «  Brèves de Trottoirs  » expliquent que pour leurs premiers
portraits, la matière rapportée des rencontres s’est révélée insuffisante une fois le
montage lancé. Ils ont dû retourner plusieurs fois sur le terrain pour reprendre des
photographies et des voix.
La forme du web-documentaire ne peut pas être improvisée.

      Ensuite, il faut ajouter les contraintes purement matérielles engendrée par
l’absence de modèle économique. Car, si les financements se font rares, et les bénéfices
engendrés par le web-documentaire encore plus, une des conséquences est la limite
matérielle à laquelle doivent se confronter les auteurs.
Il n’est pas toujours possible d’acheter tout le matériel nécessaire au web-
documentaire : une caméra professionnelle, une perche pour prendre le son, un appareil
photo reflex, un numérique haute qualité, des logiciels de montage et de développement
web, un ordinateur et une connexion Internet puissante ect..

      Bien souvent, les auteurs disposent de leur matériel personnel (les photographes
par exemple) mais ce n’est pas toujours le cas et c’est une solution partielle.
Bien heureusement, il est possible de réaliser des web-documentaires avec du matériel
amateur ou semi professionnel (comme en témoigne toutes les nouvelles gammes de
caméras digitales et de reflex numériques) et on trouve d’ailleurs de très belles
réalisations.
On pourra de nouveau citer le très abouti «  Brèves de Trottoirs  », réalisé avec un
enregistreur numérique et un appareil photo réflex numérique (ses auteurs évaluent ce
matériel à 5000 euros environ).
Mais à long terme, dans une optique de professionnalisation de la discipline du web-
documentaire, ces questions techniques deviendront inévitables. Pour le moment ces
oeuvres ne « rapportent pas », on ne leur demande donc pas une propreté irréprochable,
mais si cela devenait le cas, alors il deviendrait nécessaire d’investir dans le matériel.
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WEBDOC MAGAZINE (mémoire E.Poupel)

  • 1. WEBDOCMAGAZINE NUMÉRO 1 - SEPTEMBRE 2010 Mémoire de premier cycle universitaire DUT Information- Communication Spécialité Communication des Organisations Écriture et réalisation : Emma POUPEL LE MAGAZINE DU NOUVEL OUTIL MULTIMÉDIA AU SERVICE DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION Sous la direction d’Alain BOULDOIRES et de Vincent BENGOLD
  • 2. Photographies d’illustration de la couverture tirées des web-documentaires suivants : (de gauche à droite de haut en bas) 1ère ligne : Thanatorama / Piraterie en Somalie / Le Challenge : le procès du pétrole en Amazonie 2ème ligne : Un Somalien à Paris / L’Obésité est-elle une fatalité ? / Le Challenge : le procès du pétrole en Amazonie / Les Communes de Paris 3ème ligne : Les Bras de la France / Le Corps handicapé, vivre après l’accident / Brèves de Trottoirs / Prison Valley / La Vie rêvée des pavillons
  • 3. PAGE 1 Avant-propos Pourquoi avoir choisi la forme magazine ? AVANT-PROPOS L’idée est venue d’elle-même au fur et à mesure des investigations menées sur le sujet du mémoire. En effet, plus l’étude du format web-documentaire avançait et plus la linéarité dans le traitement d’un sujet, et en particulier celui du web- documentaire, semblait obsolète. Car la forme du mémoire «  traditionnel  » est très linéaire  : le cheminement présenté au lecteur ne permet généralement pas d’aller-retour entre les parties. Le lecteur est censé partir du début « point A » pour atteindre la fin, « point B ». Et cette forme semblait aux antipodes de notre sujet : un nouvel objet multimédia et délinéarisé. Dans le web-documentaire, le lecteur peut à tout moment accéder au menu (ici il s’agit du sommaire) et accéder directement au contenu qui l’intéresse spécialement. Les sujets sont présentés comme des domaines à explorer, s’appuyant sur une narration sémantique. Il en découle un rapport privilégié avec le lecteur. C’est ce rapport que j’ai voulu retrouver dans cette forme magazine. Cette idée, qui est le fondement du web-documentaire, est appliquée au papier via le format magazine de ce mémoire. Utiliser le format magazine est donc un apport de cohérence avec le sujet interactif, c’est la mise en pratique du sujet étudié. La possibilité de lire les éléments de réponses au sujet de façon indépendante est proposée au lecteur. Comme dans le web-documentaire la linéarité est rompue. Le format magazine permet donc de s’exercer à cette pratique délicate avec le défi de ne pas s’éloigner du sujet, tout en s’approchant au plus près de la forme étudiée. Cette forme magazine est ainsi une alternative au format web-documentaire qui lui est tout numérique. Car si l’idée de traiter le sujet du web-documentaire à travers justement un web-documentaire est apparue, cette idée s’est très rapidement révélée techniquement irréalisable au regard des compétences pluridisciplinaires nécessaires à sa réalisation Et surtout, la perte de tout support papier semblait incompatible avec un mémoire. C’est ainsi qu’est née la forme magazine de ce mémoire.
  • 4.
  • 5. SOMMAIRE SOMMAIRE PAGE 2 Avant-propos 1 Sommaire 2 Éditorial 3 Acteurs 52 Éléments 4 réalisateurs / artisans /plateformes photographie / hyperlien / réseaux / organes de presse / agences de sociaux / vidéo / carte... production / figures / internaute Interactivité 15 Précurseurs 59 navigation / degrés d’interactivité Oulipo / hyperfictions / livres-jeu / cinéma photographié / audiorama Questionnements 21 Naissance 64 définition ? / documentaire ? / loi ? / médias ? / évolution ? terminaux Internet / web journalism Sujets 29 Solution 71 sujets récurrents / sujets d’actualité surabondance informationnelle /eldorado du photojournalisme Audience et consommation 31 pratiques / fréquentation Marketing 72 professional branding / storytelling Techniques 33 Économie 73 compétences / contraintes / logiciels économie d’Internet / business model / financements / subventions Formes 37 formes identifiées / séries Entreprises et marques 80 SFR / Lacoste / Powerade Écritures 43 écriture du récit / usage de l’écrit Institutions 83 Ministère de la Défense Narrations 45 Structure narrative / différentes narrations Communication 84 agences / festivals Jeu 49 réel -virtuel / jeu en réalité alternée Table des matières 87 Linéarité 51 Sources et Ressources 90 délinéarisation / bibliographie / webographie convictions contradictoires
  • 6.
  • 7. EDITORIAL PAGE 3 Éditorial Pourquoi s’intéresser au web-documentaire ? Le web-documentaire est un nouvel outil multimédia en pleine définition dont les premières grandes productions sont apparues cette année. Certaines se sont même vues primées lors du dernier festival Visa pour l’image de Perpignan1. En plein essor sur Internet, son lieu de naissance et d’existence, et exploré tant par les journalistes, les chaînes de médias (Arte, Canal + et France Télévisions notamment) que par les agences de communication, cet «  ovni  » multimédia, encore méconnu du grand public pose de grandes questions tant au niveau de sa forme que de ses usages. De l’écriture aux financements, le web-documentaire est en pleine définition, mais semble très en avance car il présente déjà tous les critères des nouveaux médias. Considérés jusqu’il y a peu comme des gadgets, certains voient en ce nouvel objet Un «ovni multi- multimédia l’outil qui sauvera la presse de la crise actuelle. Et ce média encore sans compter les premières applications faites de ce nouvel outil méconnu du trans-média par les entreprises et dans les institutions (le format a grand public». déjà du succès auprès des ONG2). Encore méconnu du grand public le web-documentaire présente cependant toutes les qualités d’un nouvel outil performant et efficace au service de l’information, pour le traitement de sujets journalistiques, mais aussi de la communication, dans le cadre de campagnes de communication internes ou externes. 1 Édition 2009 du festival 2 Comme c’est le cas de la Croix-Rouge avec son web-documentaire sur le Tsunami ou du Samusocial avec la plateforme Danslapeaudunsansabri.com
  • 8.
  • 9. Le web-documentaire : une oeuvre ELEMENTS PAGE 4 complète Une œuvre pluri média Plus loin encore, on peut également Le web-documentaire utilise tout ou trouver des diaporamas commentés, des une partie des médias disponibles sur animations en trois dimensions, des croquis Internet pour traiter un sujet. C’est une ou encore des émissions de radio. véritable expérience interactive qui est Encore une fois, il convient de offerte à l’internaute. souligner le format indéfini de notre sujet. Le web-documentaire intègre ainsi Enfin, avant de détailler tous ces plusieurs formats en son sein : éléments constituant le web-documentaire, photographies, textes, illustrations, vidéos, il est important de préciser qu’il n’y a pas de bande sonore, cartes, hyperliens. Il peut présentation type, que ces éléments ne sont aussi offrir la possibilité à l’internaute de pas reliés entre eux de façon déterminée. laisser des commentaires, ou bien être relié Chaque web-documentaire est « aménagé » aux réseaux sociaux. selon son sujet et le choix de ses auteurs. Cette liste de formats intégrés dans le En ce sens, si on observe web-documentaire n’est pas exhaustive. En généralement la présence d’un menu effet, tout ce qui peut illustrer ou expliciter le principal, ce n’est pas systématique. sujet peut figurer dans le web- documentaire. Hervé Chabalier3 explique à ce sujet : «  Ce qui est intéressant dans le web- documentaire, ce n'est pas que l'interactivité mais le fait de pouvoir raconter « Les nouvelles technologies (...) une histoire en se servant à la fois de l'écrit, enclenchent une de l'image, du son, de la photo". Et il insiste nouvelle manière sur la dynamique apportée par l’utilisation de créer». de ces nouveaux médias  : "C'est pour ça que les nouvelles technologies ne sont pas Hervé Chabalier porteuses que de progrès techniques, elles enclenchent une nouvelle manière de créer". 3 Hervé Chabalier dirige l'agence Capa
  • 10. La photographie documentaire lorsqu’elle est associée au son. ELEMENTS PAGE 5 C’est d’ailleurs une des principales forces du La présence de la photographie dans web-documentaire  : la mise en avant de le web-documentaire semble, dans la plupart clichés photographiques grâce à des effets d e s w e b - d o c u m e n t a i r e s v i s i o n n é s , sonores percutants. primordiale. Enfin, la photographie peut aussi se Alternées avec la vidéo ou enchaînées présenter sous la forme d’une galerie en diaporama, les photographies sont d’images accessible depuis le menu principal généralement présentées dans un rythme du web-documentaire. Elle illustre alors lent. Le spectateur a le temps de les observer. souvent davantage que les lieux et les Et il y a souvent un effet de focus léger sur les personnages, et complète le sujet en photographies. présentant de nouveaux éléments. Elles sont souvent de très bonne qualité (qualité «reflex numérique») ce qui n’entrave pas la diffusion en Haute Définition du web-documentaire. Cependant, si l’image est souvent qualifiable de «  propre  » (les plans sont souvent originaux, les portraits très soignés, Photographie d’accueil du web- les couleurs vives, le flou maîtrisé) ce n’est documentaire «Un somalien à Paris» pas une généralité. Dans le web- documentaire «  Prison Valley  » (Arte) par exemple l’image sert vraiment le récit et joue en grande partie sur l’ambiance du web- documentaire. Mais dans le web- documentaire Concubines (France 5), les images de nuit sont quasiment toutes ratées. Photographie de la série de web- La série de clichés semble disséminée dans documentaires «Brèves de Trottoirs» le récit sans grande logique pour justifier l’étiquette web-documentaire au projet. On peut expliquer ces différences de qualités dans la photographie par la provenance des auteurs de web- documentaires  : certains sont originellement photoreporters, d’autres journalistes de presse écrite. La qualité peut alors s’en ressentir. Photographie extraite de «Voyage au La photographie intégrée au récit bout du Charbon» p re n d t o u t e s a f o rc e d a n s l e w e b -
  • 11. ELEMENTS PAGE 6 Capture d’écran du web-documentaire «HomoNuméricus», photographie introduisant le portrait de la femme représentée. Capture d’écran du web-documentaire «Le Corps Incarcéré», photographie accompagnant le témoignage (voix) de l’homme représenté. Capture d’écran du web-documentaire «Les Communes de Paris», Photographie extraite de la séquence de présentation de «Chatelêt», une des sections du web-documentaire.
  • 12. ELEMENTS PAGE 7 Le 360° Le concept du «  360°  » permet de plonger le spectateur au cœur d’une pièce ou d’un paysage comme s’il y était. Le web- documentaire frôle d’encore plus près la réalité avec cet outil. En effet, il s’agit de juxtaposer à l’aide d’un logiciel spécialisé plusieurs clichés bords à bords pour atteindre un panoramique complet. Le lecteur sera alors projeté au centre de ce 360° lorsqu’il visionnera le web-documentaire. Il y a d’ailleurs un web-documentaire, qui concerne encore le milieu carcéral, dont le 360° est un outil central utilisé par les concepteurs. Il s’agit «360degrees Perspectives on the U.S. Criminal Justice System  » où le lecteur est plongé dans l’univers des détenus (visite des cellules ou de leur foyer, entretiens avec leur psychiatre, leurs proches ou eux mêmes). Cette technologie, réalisée avec le logiciel QuickTime VR, donne une étrange impression de 3D. Illustration du 360° avec des captures d’écran du web- documentaire «360degrees»
  • 13. ELEMENTS PAGE 8 L’hyperlien ILLUSTRATION D’UN CAS D’HYPERLIEN DANS LE WEB- Le web-documentaire peut DOCUMENTAIRE «BRÈVES DE TROTTOIRS» également présenter de l’hyperlien. L’atout 1 principal est de justifier le traitement du sujet en renvoyant le lecteur vers des réalisations extérieures renforçant ou Capture d’écran du menu du web-documentaire complétant son propos. Il peut aussi s’agir «Brèves de Trottoirs» de réalisations sur lesquelles s’est appuyé l ’ a u t e u r p o u r c o n s t r u i re s o n w e b - 2 documentaire. Mais encore, il peut s’agir de documents évoqués dans le récit. En ce sens, les références utilisées sont directement proposées au lecteur. Dans le web-documentaire, les hyperliens sont des éclairages complémentaires sur le sujet que le visiteur peut, selon ses envies, explorer ou non. Capture d’écran de la rubrique «Infos» 3 Capture d’écran d’un article sur l’hiver des sans abris à Paris
  • 14. ELEMENTS PAGE 9 Le son l’espace, au delà d’une découverte de la géographie des lieux. Comme évoqué plus haut avec la Dans le web-documentaire La Cité des photographie, le son a une réelle force dans le Mortes par exemple, vous pourrez accéder à web-documentaire. une carte de Ciudad Juarez (la ville « sujet » du Tout type de son peut prendre un rôle web-documentaire) où sont localisés tous les crucial  : le claquement d’une porte, une meurtres de femmes par quartier. Mais il s’agit alarme, un reniflement, ou encore un rire. là d’une carte « à la demande », car pour voir Associé à la photographie, l’effet produit sur le apparaître ces points sur la carte, il vous fait spectateur peut être à couper le souffle. En choisir le type de meurtre que vous souhaitez effet les sons prennent toute leur dimension visualiser. Pour les meurtres à l’arme blanche dans le web-documentaire  : on y entend des les points sont de couleur, et pour ceux non voix, des extraits radiophoniques ou élucidés de couleur, et ainsi de suite. Vous télévisuels, de la musique, des sons pouvez les faire apparaître les uns à la suite d’ambiance, des citations et dans certains cas des autres, ce qui vous donne, une fois tous la voix du ou des auteurs. les types de meurtres sélectionnés, un aperçu Il y a un véritable travail sur l’ouïe, les du nombre total de femmes assassinées dans sons retiennent parfois davantage l’attention cette ville. que les images. Dans la plupart des web- Autre exemple, dans «Brèves de documentaires il n’y a jamais de «blanc», les Trottoirs» le menu principal même est une voix s’enchaînent sur les musiques de fond, le carte. bruit du véhicule qui sert de trame principale Pour accéder aux portraits réalisés par au récit. les auteurs, vous devez déplacer la souris sur le plan de Paris. Il y a un portrait d’une personnalité iconoclaste parisienne par La carte interactive quartier, ils sont localisés sur la carte par un La carte est un élément très intéressant petit drapeau de couleur. Lorsque vous du web-documentaire. Dans la plupart des cas survolez l’emplacement de cette personne, elle est interactive et sert à repérer vous pouvez cliquer et accéder au reportage spatialement des faits mais aussi à se repérer ( de 4 à 10 minutes selon les cas). dans le web-documentaire, ce qui est un Vous choisissez donc grâce à la carte véritable double atout. d’une part de visualiser l’information qui vous Concrètement, l’internaute peut afficher intéresse, et d’autre part vous vous repérez grâce à cette carte des informations qui vont dans le récit. lui permettre de restituer les événements dans
  • 15. ELEMENTS PAGE 10 Exemple d’apparition d’un portrait lors du survol de la carte interactive Capture d’écran de la carte qui sert d’écran principal au web- documentaire «Brèves de Trottoirs» Agrandissement des fonctions proposées par la carte interactive Capture d’écran de la carte interactive de «Cuidad Juarez» Capture d’écran de la carte de «PIB» Capture d’écran de la carte de «Prison Valley»
  • 16. ELEMENTS PAGE 11 Les réseaux sociaux d’accès  » au web-documentaire et un véritable moyen de promotion instantané. L’intérêt pour le web-documentaire Le réseau social Twitter est par exemple le d’être « relié » aux réseaux sociaux (Facebook 5ème4 «  apporteur de trafic  » pour le web- le plus souvent, ou Twitter) réside dans le documentaire Prison Valley. développement de son audience d’une part, Logo Twitter en étendant sa visibilité, mais aussi dans le renforcement de son critère multimédia ou Dans la plupart des « pluri média ». cas, les réseaux sociaux Logo Facebook se limitent cependant à la simple fonction de En effet, la participation recommandation, avec par exemple l’option des internautes est, selon « J’aime » proposée aux membres du réseau les web-documentaires, plus ou moins mise Facebook. en avant, mais souvent perçue comme valorisante par ses auteurs. Car certaines interfaces facilitent plus que d’autres le partage de contenu entre internautes. Exemple de proposition de recommandation En donnant la parole aux internautes sur le d’une page sur le réseau Facebook (ici pour le sujet étudié dans le web-documentaire, les journal Libération). Il suffit que l’utilisateur clique sur le bouton «J’aime» et tout son réseau en sera auteurs ont différentes intentions  : voir les informé. internautes contribuer au sujet et apporter de nouvelles informations d’une part, mais espèrent d’autre part voir naître le débat. Le débat se fait soit en interne, c’est à dire dans le web-documentaire lui même (exemple dans «  Prison Valley  ») ou en prolongement sur les réseaux sociaux. La connexion à un ou plusieurs réseaux sociaux valorise l’aspect participatif et «  web 2.0 » du web-documentaire. Plus loin encore, certains web- documentaires permettent même leur visionnage intégral ou partiel sur les réseaux sociaux, qui deviennent alors une «  porte 4 Chiffre avancé par Joël Ronez, responsable du pôle web sur Arte France lors de «  La journée du webdocumentaire de la Communauté française »
  • 17. ELEMENTS PAGE 12 Capture d’écran du web-documentaire «India in Motion», exemple d’intégration des options de recommandation des réseaux sociaux dans la barre d’outils inférieure. Les logos Facebook et Twitter sont précédés de la mention «Share this vidéo on social network» («partagez cette vidéo sur un réseau social»). La présence sur le réseau social n’est pas gage de participation de qualité ? En effet, les web-documentaires sont nombreux et le réseau social est un outil incontestable dans la course à l’audience pour ces « ovnis » Internet. Mais la force du réseau social (il s’agit de Facebook ou de Twitter la plupart du temps) ne réside pas dans la quantité d’internautes abonnés : la force du réseau social vient de sa qualité. Cette idée, à laquelle sont confrontées toutes les marques présentes sur les réseaux sociaux, est absolument centrale dans le succès d’un web-documentaire à caractère participatif. Ainsi la crédibilité de la communauté est le pilier central du web-documentaire : la pertinence des éléments complémentaires publiés et la qualité des commentaires. Ce sont ces éléments mêmes qui feront la différence entre deux web-documentaires à l’interface similaire. Le nombre de membres et de billets postés ne reflète donc en rien la qualité de participation du web-documentaire. Il s’agit de fédérer une communauté dynamique autour du web-documentaire.
  • 18. ELEMENTS PAGE 13 Le commentaire Les réseaux sociaux ne sont pas seuls, Le web-documentaire permet, grâce à un autre outil participatif du web- cette possibilité, de renvoyer vers des documentaire existe. Dans certains cas, le pétitions ou des votes. Alors que les auteurs commentaire est proposé, en complément ou du web-documentaire n’auraient peut-être en alternative aux réseaux sociaux. pas prévu d’associer ces contenus à leur Ce commentaire peut être directement web-documentaire. Le rôle que peut prendre intégré au web-documentaire (la possibilité l’internaute peut ainsi être bien réel. de laisser un commentaire est donnée à Le web-documentaire peut alors certains moments clés du récit), ou bien devenir une arme de militant avec l’apport de souvent à la fin du visionnage dans une ces réactions à chaud, en pouvant dépasser rubrique spécialement créée. Le commentaire l’intention initiale des auteurs. donne une dimension collaborative ou La question de la modération se pose collective au web-documentaire. Les donc, et amène avec elle la question de la spectateurs peuvent grâce à cet outil donner censure. directement leur sentiment sur le document Car n’oublions pas que les sujets visionné ou sur le thème abordé, sur abordés dans les web-documentaires sont d’éventuelles incompréhensions ou sujets à de fortes polémiques (prostitution, désaccords avec le traitement du sujet. immigration, milieu carcéral, mort..) et donc Cette possibilité est parfois proposée sujets à d’éventuels débordements sur ces sous d’autres termes. «  Condoléances  » est forums. ainsi le terme employé dans « Thanatorama ». Capture d’écran des «condoléances» proposées dans le web-documentaire «Thanatorama».
  • 19. ELEMENTS PAGE 14 La vidéo L’illustration La présence de la vidéo est, avec la Bien que la photographie et la vidéo photographie, prépondérante dans le web- soient deux médias très utilisés dans les web- documentaire. documentaires, cet usage n’est pas exclusif. Il est en effet très rare de rencontrer un En effet,des illustrations sont parfois web-documentaire qui n’en fait pas usage. présentes et revêtent différents atouts. Les équipes de réalisation de web- Dans «La Crise Du Lait» par exemple, documentaire sont souvent restreintes, l e s i l l u s t r a t i o n s , i n t é g r é e s à d e s comparativement aux équipes engagées pour photographies en noir et blanc, servent à son homologue télévisuel. accéder aux contenus du web-documentaire. Il en découle pour la vidéo des pratiques spécifiques : un cadrage plus intime, des plans serrés et souvent la pratique du regard- caméra lors d’interviews. La vidéo est d’ailleurs presque toujours la trame conductrice du récit. C’est un pilier central, souvent accompagné de la voix de l’auteur. Elle fait le lien entre les photos les Capture d’écran du menu principal de cartes et autres outils médias intégrés au «La Crise du Lait» récit. Capture d’écran de «La cité des Mortes». Les vidéos de web-documentaire sont ancrées dans ce graphisme à la manière d’une télévision. Pour changer de vidéo il faut changer de chaine de télévision sur ce poste.
  • 20. INTERACTIVITÉ PAGE 15 L’interactivité au coeur du web- documentaire Si la particularité du web-documentaire est de croiser plusieurs médias au sein d’une même production, un élément central les connecte entre eux  : l’interactivité. Ce critère donne la force même au web-documentaire, mais n’est pas sans risques. Aussi, bien que l’interactivité ne se résume pas aux choix de parcours dans le web- documentaire, nous verrons que certains auteurs choisissent pourtant cette forme d’interactivité. Concrètement, l’interactivité dans le web-documentaire consiste à offrir des choix de navigation à partir d’un menu ou sous forme de liens au sein du récit. Ces choix, matérialisés par des liens cliquables par l’internaute, permettent d’accéder aux contenus périphériques du web-documentaire, et sont généralement présentés sous forme hypertextuelle (parfois ils sont accompagnés d’une image ou d’un symbole). Différents degrés d’interactivité L’interaction entre l’usager et le web-documentaire est très aléatoire dans les web- documentaires. Ainsi, les internautes ont parfois la possibilité de contrôler uniquement leur cheminement au sein du web-documentaire (qui s’apparente à une exploration). Cécile Cros5 n’envisage pas de laisser intervenir l’internaute plus que dans les choix à faire avec l’interface. Elle insiste même sur «  le choix de ne rien faire  » qui doit être laissé aux internautes face au web-documentaire. Mais ils ont parfois la possibilité d’ouvrir des portes vers des éléments multimédias complémentaires (photos, vidéos, sons…). L’interaction est alors plus poussée car l’internaute, en plus de décider de son cheminement, va décider d’accéder à des contenus supplémentaires. Tout va dépendre ensuite de la «  maturité Internet  » de l’internaute. Rappelons que ces contenus sont des notes, des photos, des interviews dont les auteurs se sont servis ou ont réalisé durant leur enquête. C’est alors une visite « à la carte », dont l’internaute devient le maître. 5 Fondatrice de l’agence de production Narrative
  • 21. INTERACTIVITÉ PAGE 16 EXEMPLE DE L’INTERACTIVITÉ PAR DEGRÉS DANS «360DEGREES» L’interactivité est présentée dans ce web- documentaire sous cette forme schématique. Au centre les récits de détenus (stories), puis des données relatives au sujet comme le nombre de détenus par exemple (dynamic data), vient ensuite une chronologie (timeline), des liens vers des documents connexes (ressources), un forum de discussion (dialogue), et enfin une rubrique de présentation du projet (about).
  • 22. INTERACTIVITÉ PAGE 17 L’exemple de « Prison Valley » : une interactivité à tiroirs Dans le web-documentaire «  Prison Valley  », l’interactivité est poussée car elle se présente via les différents médias au sein même du web-documentaire mais surtout, elle s’étale sur différents niveaux. C’est une interactivité « en profondeur ». On peut qualifier ces niveaux de «  tiroirs  » car ils s’imbriquent les uns dans les autres  ; pour accéder aux niveaux d’interactivité les plus élaborés, il faut passer par les premiers stades du récit. Plus vous avancez dans l’exploration du web-documentaire et plus nombreuses sont les possibilités d’interactions qui s’offrent à vous. On peut classifier l’interactivité du web-documentaire de cette façon : 1er stade : Le document se regarde d’une traite, avec de rares interactions indispensables à la poursuite du récit. Cela consiste pour 2 è m e s t a d e  : L a p o s s i b i l i t é l’internaute à cliquer sur «  retour au film  » (le d’approfondir certains sujets avec terme « film » surprend). des interviews complémentaires, la La compréhension de la navigation à ce consultation de statistiques, la stade du récit est aisée. Tout internaute ayant géolocalisation des faits rapportés déjà utilisé un CD-Rom peut arriver à suivre la dans le récit. Puis l’internaute revient trame du récit. au récit. Ce deuxième niveau est relativement accessible, surtout par 3ème stade : L’offre d’un système interne ce que dans Prison Valley les de discussion en temps réel. Les internautes sont graphismes sont très soignés et invités à échanger avec d’autres internautes qui l’internaute est visuellement guidé visualisent eux aussi le web-documentaire. Ce pour retourner au récit. procédé fait appel à la technologie Facebook Connect6, car les discussions transitent via le serveur du site Facebook. 4ème stade  : L’accès au forum du web-documentaire et la prise de position dans les débats lancés. L’internaute est y invité une fois tout le web-documentaire visionné. Ce niveau d’interactivité est aisé à gérer pour tout internaute ayant déjà participé à un forum quelconque sur Internet. En effet, la présentation et le fonctionnement du forum sont classiques et seule sa présence au sein d’un documentaire est une nouveauté. 6 « Facebook Connect » permet aux développeurs de pages Internet et de contenus web d’intégrer Facebook sur différents sites ou plateformes.
  • 23. INTERACTIVITÉ PAGE 18 5ème stade  : L’entrée en contact direct avec les personnes présentées dans le récit. Cette fonctionnalité n’est pas disponible en continu. Les internautes avaient cette possibilité seulement au lancement du web-documentaire. Ils consistaient à des rendez-vous en direct via le tchat interne et sur le forum. Ce niveau d’interactivité est, au regard des autres web-documentaires étudié, une exclusivité 6ème stade  : Ce stade est la suite de «  Prison Valley  ». On peut en effet logique du précèdent, une fois les acteurs deviner que cette fonctionnalité est assez du récit interrogés par les internautes, le lourde à mettre en place pour les web-documentaire présente des rendez réalisateurs. vous hebdomadaires avec des spécialistes du sujet. Cette continuité dans l’interactivité proposée à l’internaute est un véritable atout dans le sens où le sujet n’est pas uniquement approfondi via la participation des internautes mais via l’apport de données spécialisées. Le fonctionnement est le même que pour le stade précédent, et est de la même façon relativement accessible. 7ème stade : Enfin, le web-documentaire invite les internautes à poursuivre le débat sur d’autres sites reliés (Yahoo, France Inter, Télérama, YouTube) à celui du web- documentaire.  A ce stade, l’interaction est plus aisée pour un internaute sans grande maîtrise des fonctionnalités qu’offre Internet. La participation est facilitée car elle ne se fait pas au sein même du web-documentaire et la présence des vidéos est là pour cadrer l’internaute qui serait égaré dans toute cette sphère tournant autour du web-documentaire. Mais il semble tout de même préférable que l’internaute ait visionné le web-documentaire en intégralité pour prendre part aux débats. Aussi, on peut imaginer que ce dernier stade d’interactivité attire une nouvelle audience, celle des sites sur lesquels le web-documentaire est partiellement retransmis.
  • 24. Les défis de l’interactivité INTERACTIVITÉ PAGE 19 L’interactivité, véritable apport de dynamiques au sein du web-documentaire doit cependant se confronter à quelques défis. D’une part pour l’auteur, et d’autre part, pour le visiteur. Pour l’auteur Et ce sans oublier que l’interactivité ne P o u r l ’ a u t e u r, l e s peut être une fin en soi, elle doit servir le questions liées à l’interactivité du sujet. Et ce point est peut être le défi central web-documentaire sont du web-documentaire  : ne jamais laisser le multiples. Ces problèmes contenant dépasser le contenu. d’écriture adaptée au format sont détaillés plus haut dans l’écriture du web-documentaire car elles se posent à l’auteur précisément au moment de la rédaction. Pour le visiteur Pour l’internaute, les problèmes d’interactivité sont rencontrés dès l’ouverture du web-documentaire. Il est en effet très rapidement précipité au cœur d’un document interactif dont il ne maîtrise pas toujours le fonctionnement. Confronté à une multitude d’éléments narratifs, à une histoire éclatée en fragments et disséminés tout au long de l’histoire, l’interactivité doit participer à l’enrichissement de l’histoire sans risquer de brouiller cette dernière. Et il est très délicat pour les auteurs de mesurer la capacité des internautes à gérer l’interactivité au sein du web-documentaire. Le risque pour le lecteur est que le déroulement du récit soit affecté par ses multiples possibilités d’interactivité. L’internaute est en effet habitué à offrir une audience passive (lors du visionnage d’un documentaire télévisuel).
  • 25. INTERACTIVITÉ PAGE 20 Le risque de l’interactivité L’interactivité limitée aux forcée choix de navigation Nous avons expliqué que Dans certains web-documentaires, l’interactivité n’est pas une chose aisément pour éviter de rencontrer les problèmes que maîtrisée. nous venons de citer ou par souci de Mais un internaute qui maîtrise l’interactivité simplicité dans le montage du web- ne fait pas forcément un internaute satisfait. documentaire, on constate que les auteurs Andrew DeVigal7 dit: « Si elle est forcée, ont limité l’interactivité aux choix dans la l’interactivité peut très bien détruire un récit navigation. ». Et c’est peut être l’interactivité la plus P o u r t a n t l ’ i n t e r a c t i v i t é e s t créatrice dans le web-documentaire. En fondamentale au web-documentaire. effet, si on connaît le concept des jeux de Dans «  Voyage au bout du Charbon  » par rôles, des blogs, des réseaux sociaux, le exemple, on sent parfois que l’interactivité web-documentaire est le premier outil est forcée. Elle est assez lourde, présente à multimédia qui permet un tel choix de chaque tournant du récit. À force de choix navigation dans le traitement d’un sujet réel. dans la navigation, elle fait perdre le fil des Dans ces web-documentaires, le événements. Le rythme en est cassé, pouvoir de l’internaute réside dans l’ordre l’expérience du web-documentaire devient qu’il donne au récit. Il choisit quelles anxiogène pour le lecteur et le risque qu’il informations visualiser ou non. décroche est bien réel. Ce choix peut donner au web- documentaire une ambiance « reporter ». Le w e b - d o c u m e n t a i re d e v i e n t a l o r s l e documentaire dont vous êtes le héros. Cet effet a pour conséquence de renforcer le caractère immersif du web- documentaire mais ceci n’est pas anodin : le web-documentaire, bien qu’il traite de faits réels et souvent graves, n’est alors pas sans Illustrations de choix de navigation rappeler le jeu de rôle. dans le web-documentaire «Voyage au bout du Charbon» 7 Andrew De Vigal est le responsable multimédia du New-York Times.
  • 26. L’introuvable définition du web- QUESTIONNEMENTS PAGE 21 documentaire Un concept aux Une définition contours flous proche de celle Le web-documentaire d’Internet est un concept multimédia Mais s’il y a une aux formes encore définition dont le web- indéterminées. L’absence de documentaire peut Ce nouveau concept s’approcher, c’est la définition associe du texte, des photos, définition propre d’Inter net. En effet, les des cartes, des vidéos, du E n e f f e t , l e w e b - caractéristiques mêmes du son, des animations, et les documentaire se cherche web-documentaire réseaux sociaux, de façon encore, il n’y a donc pas de s’approchent fortement de interactive et didactique. On définition précise. C’est une celles d’Internet. A savoir : un p e u t p a r l e r d e c o n c e p t nouvelle pratique observée produit disponible sur «  h y p e r m é d i a  »  : c ’ e s t s u r I n t e r n e t d o n t l e s Internet, associant de l’agencement et l’exploitation principaux acteurs (la presse, multiples médias (vidéos, des différents outils qu’offre les photo reporters, les sons, cartes…), dont I n t e r n e t e n u n e u n i q u e maisons de productions, les l’agencement est l’œuvre production autour d’un sujet. d o c u m e n t a l i s t e s , l e s d’un d’auteur. Tous ces Et chaque nouveau sujet est journalistes, les agences de éléments sont en interaction l ’ o c c a s i o n d ’ u n n o u v e l communication entre autres) avec le spectateur. Le web- agencement. Il n’y a pas de cherchent encore la forme documentaire est donc le genre unique, de modèle, de exacte et les limites. «  produit Inter net  » par format prédéfini ou identifié. E n c o n s é q u e n c e , excellence, ou du moins une plusieurs terminologies sont f o r m e t r è s a b o u t i e d e d o n c e m p l o y é e s p o u r l’association des différents désigner le w e b - outils Internet. Plus qu’une documentaire  : le journal en expérimentation multimédia, ligne LeMonde.fr le qualifie c ’ e s t u n e d é m a rc h e d e par exemple de «  visuel « médium total ». i n t e r a c t i f  » o u d e « documentaire multimédia ».
  • 27. QUESTIONNEMENTS PAGE 22 Une nouvelle Une discipline en méthode de évolution traitement d’un constante sujet En effet, le web- d o c u m e n t a i re n ’ e s t p a s Le web-documentaire Une nouvelle encore totalement défini et il est une nouvelle forme de semble qu’il continuera à se réponse à un sujet  : c’est un architecture au chercher encore. Car il ne traitement croisé de documentaire pourra trouver sa forme l'information au service d’un Le web-documentaire propre tant qu’Internet sera sujet. C’est une nouvelle apporte en effet une nouvelle en constante évolution (son façon de traiter un thème, architecture8, ou structure au caractère principal étant mais surtout de raconter une récit documentaire. l’exploitation des outils histoire. L e d o c u m e n t a i r e Internet). Ce nouveau traitement classique, visionné à la Ainsi le web- implique une nouvelle forme télévision, est défini comme documentaire semble être, d'écriture multimédia. Il s’agit «  u n f i l m d i d a c t i q u e pour une durée impossible à en fait d’une histoire que l’on p r é s e n t a n t d e s f a i t s évaluer aujourd’hui, voué a raconte grâce à l’assemblage réels  n’intervenant pas sur le être un outil protéiforme. des outils exploitables sur déroulement des faits Internet. Il en résulte relatés ». l’aménagement d’une Cette définition peut interface autour d’un récit. s’appliquer au web- documentaire à condition de préciser son caractère pluri média, apporté par son canal de transmission, Internet. E n c l a i r, i l s ’ a g i t généralement d’une enquête jour nalistique interactive conçue pour Internet. 8 Terme employé par Monique Simard, directrice générale du Programme français de l’Office National du Film (ONF) dans une interview de Charles Gervais pour alternatives.ca.
  • 28. QUESTIONNEMENTS PAGE 23 Une discipline méconnue du grand public Enfin, il est important de signaler que le web- documentaire est un outil si récent qu’il est encore méconnu du grand public. Quelle est la différence Comme le dit Aurélie avec un documentaire Hamelin9 «dans les milieux diffusé sur Internet ? de l’audiovisuel, on en parle beaucoup, mais le grand La différence entre un documentaire diffusé sur public n’identifie pas encore Internet et un web-documentaire réside dans les caractères bien ce genre ». mêmes du web-documentaire. C’est-à-dire la non linéarité Ce qui n’est pas et le caractère pluri média de ce dernier, que ne possède étonnant compte tenu de la pas le « simple » documentaire. difficulté des milieux En effet, un documentaire diffusé sur Internet n’est autre spécialisés (web, médias, que l’utilisation du médium Internet comme un canal de communication…) à définir diffusion, sans agir sur la forme propre du documentaire et le genre. sur son contenu. Sur Dailymotion10 ou Youtube11, par exemple, il est possible de trouver des documentaires précédemment diffusés à la télévision qui trouvent sur Internet un second public. Mais le web-documentaire est plus que cela : il détient ses critères multimédias spécifiques qui le rendent impossible à qualifier de «  simple  » documentaire. C’est un nouvel outil multimédia construit pour Internet et exclusivement diffusé sous cette forme sur Internet. En ce sens, un web-documentaire est donc en aucun cas la rediffusion d’un documentaire sur Internet. 9 Aurélie Hamelin est responsable du pôle contenu média global de France Télévisions 10 Dailymotion est une une plateforme d'hébergement, de partage et de visionnage de vidéo en ligne. 11 YouTube est une plateforme d’hébergement, de vidéos sur lequel les utilisateurs peuvent envoyer, visualiser et partager des séquences vidéos.
  • 29. QUESTIONNEMENTS PAGE 24 Quelles lois pour le web- À savoir, aux Etats- documentaire ? Unis les règles sont différentes : le Le web-documentaire n’a pas de définition légale propre. C’est producteur du web- documentaire une œuvre multimédia et légalement les œuvres multimédias sont très détient tous les difficiles à encadrer. En effet, chaque création ne repose pas droits. Les artisans du projet sont alors forcément sur les mêmes lois. considérés comme Le web-documentaire peut ainsi s’appuyer sur les lois du logiciel, les des techniciens. lois des bases de données ou encore les lois de l’œuvre audiovisuelle. Car il peut correspondre à ces trois catégories d’outils numériques. On constate ainsi l’existence d’un vide juridique. Le web-documentaire est une création collective. Il s’agit d’un travail réalisé par des professionnels spécialisés dans des domaines différents qui ne sont pas protégés par les mêmes lois. Et cela amène la question du droit d’auteur pour ces différentes personnes concourant à la réalisation d’un même projet. Pour cela, il est possible de qualifier le web-documentaire d’œuvre collective ou d’œuvre de collaboration, ou encore d’œuvre composite. Il s’agit de qualifications légales. Celles-ci permettent aux différents artisans ayant contribué au web-documentaire de protéger une partie de leur travail. Ainsi, bien qu’il soit impossible de qualifier légalement le web-documentaire dans son intégralité d’œuvre audiovisuelle, il est possible de considérer les différents éléments le composant comme des œuvres audiovisuelles indépendantes. Le web-documentaire est alors considéré légalement comme une œuvre multimédia collective ou comme un assemblage d’œuvres audiovisuelles.
  • 30. Le web-documentaire au cœur des QUESTIONNEMENTS PAGE 25 évolutions des médias On emploie alternativement les termes «  multimédia  », «  pluri-média  », «  trans- média », « cross-média » et enfin « rich-média ». Bien que ces termes se rejoignent (et soient pour certains presque des synonymes) ils peuvent tous plus ou moins correspondre au web-documentaire. Il convient donc de les définir plus précisément afin de situer le web-documentaire qui navigue entre ces différents concepts. Le multimédia pour un même sujet mais ces derniers peuvent être utilisés de façon dissociée. La Le multimédia est la combinaison de stratégie pluri-média consiste par exemple médias (textes, images, graphiques, sons, pour une entreprise à penser ses supports vidéo) au sein d’un objet numérique de communication interne (newsletter, commun. Le multimédia correspond ainsi jour nal d’entreprise, événements, au traitement simultané de ces médias intranet…) comme un tout et non plus grâce à une programmation informatique. comme des supports de communication Cette programmation rend la lecture de pris individuellement. L’idée du pluri-média l’objet numérique possible depuis un est de faire que ces outils se complétent ordinateur. dans une même logique. Ce dispositif peut Le web-documentaire correspond bien à s’apparenter à celui d’un plan de cette définition, dans le sens où la communication mais, plus que ça, il s’agit particularité du web-documentaire est ici de porter une réflexion globale sur un sujet, mise en évidence  : l’usage de plusieurs en utilisant différents médias. Le pluri- médias. média implique, dans ce cas d’une Cependant, cette définition n’est pas communication interne, une cohérence complète, il manque le caractère interactif éditoriale totale de toutes les productions du web-documentaire. de l’entreprise, quelques soient les supports. Le pluri-média De même pour le cas du web- La définition du pluri-média documentaire  : il s’agit d’une réflexion s’approche de celle du multimédia : il s’agit d’auteur sur un sujet, mis en forme dans le de la combinaison de plusieurs médias. web-documentaire en combinant différents Cependant, le traitement de ces médias de façon à répondre avec le plus médias n’est pas simultané. Ainsi le pluri- de cohérence possible à ce sujet. média désigne l’usage de plusieurs médias
  • 31. Le cross-média spécificités de chaque média sont en effet QUESTIONNEMENTS PAGE 26 prises en compte, ce qui n’est pas le cas du Le cross-média est le principe de la cross-média. mise en réseau des médias. Ce terme Ainsi le même contenu n’est pas décliné sur désigne l’usage rationnel de plusieurs chaque média, chaque média présentant le médias, mais il se distingue du multimédia même sujet mais d’une façon qui lui est car il ne sollicite pas l’attention de l’individu propre. L’utilisateur a alors la possibilité depuis un même lieu et à un même moment. d’entrer dans le sujet par différentes En effet, le cross-média n’a pas le «  portes  », c’est-à-dire par différents médias critère synchronisé du multimédia qui portant le sujet. mélange le son, le texte et la vidéo sur un À grande échelle le trans-média peut seul support numérique. Dans le cross- correspondre à un jeu à taille humaine où les média, les médias utilisés sont utilisés les uns événements du jeu arrivent au spectateur via après les autres. son mobile Internet ou la radio (comme nous À la différence du pluri-média, le cross média l’avons expliqué avec les ARG). ne véhicule pas forcément un même À l’échelle du web-documentaire il s’agit message sur les différents médias utilisés. d’utiliser les différents médias qui le Par exemple, pour une agence publicitaire, le composent en fonction de l’intérêt que revêt cross-média consiste à décliner une chaque média  : le témoignage d’un individu campagne sur différents médias (radio, se transmet avec une plus grande réalité via télévision, presse..). C’est la combinaison et le son ou la vidéo que via le texte, le portrait l’utilisation coordonnée de différents médias via la photographie ect.. au service d’une même stratégie. A savoir, la société de téléphonie Orange a L’intérêt du cross média est de créer des lancé un laboratoire du trans-média. Il est interactions entre les médias utilisés. explorable à l’adresse : Ainsi on peut qualifier le web-documentaire http://www.transmedialab.org . de cross-média uniquement lorsque celui-là connaît une version déclinée à la télévision. Le rich-media En effet, le web-documentaire n’est pas Enfin, le rich-média désigne un format intrinsèquement cross-média  : il fait appel à numérique composé d’animations utilisant du différents médias, mais ceux-ci sont son, de la vidéo ou encore des photographies regroupés en un même support. basés sur la technologie Flash avec la particularité de proposer des interactions Le trans-media avec l’internaute. Le rich média est beaucoup utilisé dans la publicité car il permet de Le trans-média consiste, comme le proposer sur Internet des publicités très cross-média, à développer un contenu dynamiques à l’internaute. Le rich-média a narratif sur plusieurs médias. Cependant, le cette particularité qui fait aussi la force du contenu développé sur chaque média est web-documentaire  : l’interaction avec différent.  Les capacités d’interaction et les l’internaute.
  • 32. Parle-t-on de web-documentaire ou de QUESTIONNEMENTS PAGE 27 web-reportage ? Les deux terminologies sont utilisées mais la plus fréquente est «  web- documentaire ». Il est possible d’utiliser les deux termes, mais le terme web-documentaire semble plus approprié, c’est pourquoi nous l’utiliserons. Les différences entre le web-documentaire et le web-reportage sont celles existant déjà entre le documentaire et le reportage. Le documentaire relève du champ artistique et cinématographique alors que le reportage relève quant à lui du champ journalistique. Ainsi le documentaire se distingue du reportage par l’angle utilisé d’une part, le point de vue présenté et la pérennité. L’angle utilisé n’est pas le même  : dans le documentaire l'auteur ramène les faits réels à lui même («  je pars à la rencontre d’ouvriers de la mine  ») alors que pour le reportage c’est l’inverse (« les ouvriers vont à la mine »), la réalité présentée est ramenée au spectateur. Le point de vue est en ce sens plus affirmé dans un documentaire que dans un reportage. Un même sujet n’est donc pas traité de la même façon dans un documentaire et dans un reportage. Dans ce dernier est présenté un fonctionnement et ses conséquences, alors que dans le documentaire sont présentées les causes de cette situation, les mécanismes qui amènent cette situation. Les enjeux ne sont donc pas les mêmes. Le documentaire présente donc un questionnement plus complexe, il porte une dimension d’analyse. Aussi, les sujets du documentaire sont des sujets qui s’inscrivent dans le temps, les documentaires sont voués à durer. Ils témoignent de leur époque : c’est une mise en perspective. Ce n’est pas le cas des reportages qui, eux, sont plus dans l’actualité, ils sont liés au présent. Ils ne sont pas conçus pour durer, ils sont dans l’instant. Ainsi la notion de temps est aussi très importante pour différencier ces deux genres. Cependant, il n’y a aucune hiérarchie entre ces deux genres, le documentaire n’est en aucun cas d’une meilleure qualité que le reportage. Il existe de mauvais documentaires et de bons reportages, et vice versa.
  • 33. QUESTIONNEMENTS PAGE 28 Le web-documentaire est donc en constante évolution ? Depuis l’apparition des premiers véritables web-documentaires en 2007 (qui n’étaient pas de simples diaporamas accompagné d’une bande son), on observe une nette progression du genre. En effet, si comme nous l’avons annoncé plus haut le genre ne sera pas arrêté tant qu’internet continuera d’évoluer, le web-documentaire a malgré tout significativement grandi. Guillaume Blanchot12, décrit bien cette évolution  en parlant des projets en demande de subventions «On ne reçoit plus comme au début des web-docu conçus comme des compléments, un peu comme des bonus de DVD». Désormais loin de la présentation de clichés photographiques sur fond de musique d’ambiance montée sur PowerPoint, le web-documentaire est un genre évolutif à part.En témoigne Alexandre Brachet, de l’agence de création de web-documentaires Upian, qui reconnaît aussi cette évolution dans ses propres productions : «En 2002, avec “La Cité des mortes”, on essayait d'utiliser les contenus différents, vidéos, photos, cartographie. Puis dans “Thanatorama”, on a vraiment introduit l'interactivité, puisque l'internaute en est le héros… mort ! Enfin, avec “Gaza/Sderot”, on a intégré graphisme et technologies à l'histoire, puisqu'il s'agissait de décrire les vies parallèles dans ces deux villes, avec par exemple une frontière entre deux écrans sur le site». Le genre web-documentaire est donc un genre expérimental qui se cherche continuellement une place à la croisée des médias. Capture d’écran de la page d'accueil du web- documentaire «Thanatorama», «une aventure dont vous êtes le héros mort» précise le site avant de commencer le récit. 12 Guillaume Blanchot est Directeur des nouveaux médias du Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC)
  • 34. SUJETS PAGE 29 Quels sujets pour le web-documentaire ? Les sujets traités par les web- documentaires sont très variés. Mais on peut leur reconnaître un dénominateur commun  : les sujets abordés sont audacieux. On pourrait supposer, au regard de la charge de travail que demande la réalisation d’un web-documentaire, que les sujets abordés seraient légers et divertissants. Bien au contraire, il s’agit dans tous les web- documentaires rencontrés de sujets lourds et complexes. Comme si le web-documentaire venait répondre aux sujets les plus délicats à traiter. La prison, la mort et les grands conflits Quels sont les politiques actuels sont les trois thèmes risques dans cette dominants les web-documentaires français, nouvelle façon de dont la réalisation est la plus aboutie et surtout les plus vus. traiter un sujet ? Avec «  Le corps incarcéré  », «  Prison Les risques que présente ce nouveau Valley  », «  Thanatorama  », «  La Cité des traitement concernent principalement la Mortes  » ou encore, «  Gaza/Sderot  » et navigation à laquelle l’internaute n’est pas Havana/Miami  » , le web-documentaire se habitué. Si celle ci est trop complexe le risque présente comme une nouvelle forme de est de «  perdre  » l’internaute qui, lassé de réponse aux thèmes les plus dérangeants de chercher comment se déplacer, quittera le notre société actuelle. web-documentaire. Mais ce n’est pas tout, ce traitement innovant peut aussi « tuer « le sujet si la forme prend l’ascendant sur le fond. En effet la forme très interactive peut « polluer » le récit, le destructurer. Ainsi le contenu, qui est la substance même du web-documentaire et sa raison d’être, doit rester maître sur le contenant, comme dans tout autre projet,
  • 35. SUJETS PAGE 30 Le web-documentaire est-il adapté au traitement de sujets d’actualités dits « chauds » ? Sur Internet, l’information est souvent brute, les billets d’actualité ressemblent énormément à la dépêche AFP et ne sont pas très différents entre les différents journaux en ligne. On appelle cela du « flash journalism » : les articles sont courts sans réelle profondeur et rarement accompagnés d’illustrations multimédias. Pourtant le web-documentaire pourrait être un réel apport de profondeur en élargissant le traitement de l’actualité au multimédia. Mais le web-documentaire coûte cher, c’est un format lourd à mettre en place (professionnels, matériel, temps de réalisation, investigations..) et il est souvent réservé aux sujets magazines. Pourtant on peut imaginer que certaines formes de web- documentaires « allégés » s’adaptent à l’actualité chaude et soient réalisés en un temps beaucoup plus court. Il s’agirait de diaporamas sonores avec une interactivité un peu plus légère. Vers une industrialisation du processus de création ? Lemonde.fr a par exemple couvert le Selon la rédactrice de la chaîne sommet de Copenhague en direct sur France24.com Karine Broyer : «Le but est son site Internet via le multimédia. Ce d'industrialiser le processus». La chaîne procédé est du «  live journalism  » qui d’informations internationales France 24 vient de la radio et de la télévision. Il réfléchit en effet à une organisation consiste à faire vivre en direct un spécifique de son équipe web pour événement au public (procès, émission réaliser des web-documentaires en 24 ou de télévision, débat politique, match 48 heures sur des sujets d’actualité chaude. sportif). Ainsi la forme du web-documentaire, bien qu’elle soit plus contraignante qu’un article « classique », semble adaptée aux « news » dans le sens où elle est un véritable apport de profondeur dans le traitement du sujet. La forme du web-documentaire doit cependant être un peu allégée pour permettre de raccourcir le délai de création et permettre aux internautes d’y accéder le plus tôt possible. Il reste aux journalistes à maîtriser ce nouvel outil et d’en faire un atout, ce qui permettrait aux journaux en ligne de faire une véritable différence avec les éditions papier.
  • 36. Quelle est l’audience des web- AUDIENCE ET CONSOMMATION PAGE 31 documentaires ? L’audience des web-documentaires est, tout comme l’outil en lui-même, encore floue. En effet, si l’on connaît le nombre de visites uniques et le temps moyen de visite de certains web-documentaires, on ne sait pas vraiment qui « accroche » à ce nouveau format. D’une façon générale, il semble que les jeunes générations, habituées à chercher l’information sur le médium Internet, sont demandeuses de nouveaux formats et de nouvelles approches de l’information. Le boom des blogs et des réseaux sociaux en témoigne, le « do it myself  » est devenu une banalité, les jeunes générations connaissent le processus de publication d’une information, aussi futile soit elle, sur Internet. Elles ont en effet vu naître les nouveaux médias numériques et ont bouleversé les usages des médias. La presse traditionnelle n’est plus le seul médium des nouvelles générations qui choisissent ce qu’elles regardent et veulent participer. Le web-documentaire semble en ce sens un nouvel outil pour la « digital native generation ». A cela il faut ajouter les internautes dans leur globalité (la France comptait en 2007 plus de 30 millions d’internautes)  : selon Médiamétrie ce sont 5, 9 millions de français qui regardent une vidéo par jour. «Voyage au bout du Charbon» a ainsi reçu la visite de 70 000 internautes, mais ce chiffre est a prendre avec précaution car ce web-documentaire a bénéficié d’une large publicité sur Internet. Il n’est donc pas représentatif de l’ensemble des web-documentaires qui forment un ensemble hétérogène. Affiche du web-documentaire «Voyage au bout du Charbon»
  • 37. Quelles sont les pratiques de AUDIENCE ET CONSOMMATION PAGE 32 consommation et de fréquentation des web-documentaires ? On observe de grands changements dans les attitudes de consommation des internautes. En effet, la consommation de contenus audiovisuels s’est individualisé avec la généralisation des ordinateurs et des terminaux Internet personnels. Les internautes ont aussi changé leur temps de consommation, désormais leur attention est sollicitée de toutes parts  :ils sont devenus moins attentifs au contenu multimédia qu’ils visionnent. À cette baisse de l’attention en ligne il faut ajouter le phénomène de « multi-tasking » : les internautes font plusieurs choses à la fois, ils ne s’attardent pas sur un sujet mais en « consomment » plusieurs simultanément. C’est dans ce contexte délicat que le web-documentaire tente de se faire un public. Pour ce qui est de la fréquentation des web-documentaires, elle est modérée. En effet, la fréquentation est moindre que certaines vidéos au contenu beaucoup moins travaillé qui ont fait le buzz13 sur YouTube (extrait d’émissions de télé réalité entre autres). Les chiffres sont rares, on sait que la durée moyenne de visite du web- documentaire «  Gaza/Sderot  » est de 6,30 minutes14 en moyenne. Cette durée est comparable à celle observée à la télévision pour un documentaire. Pour « Voyage au bout du Charbon », plus de la moitié des internautes l’ayant visionné sont restés plus de 10 minutes15 ce qui est considérable pour Internet. 13 Le buzz (anglicisme de bourdonnement) est un concept marketing traduisant ce que l'on pourrait décrire en français comme un écho. Il s’agit d’un engouement soudain des internautes pour une vidéo, un article, ou un site internet. Celui-ci est repris sur des blogs, des sites spécialisés, des réseaux sociaux et devient notoire en quelques jours voir parfois quelques heures. 14 Durée avancée par Alexandre Brachet de la société Upian ayant produit ce web-documentaire lors d’un débat diffusé sur le site de la SCAM, intitulé « Doc on Web ». 15 Durée avancée par Samuel Bollendorff lors d’une interview de Canon SA disponible sur le site owni.fr
  • 38. Quelles TECHNIQUES PAGE 33 Le web-documentaire est très long et très compétences sont complexe à réaliser. Il est nouveau et il n’y a nécessaires à la pas de modèle de création défini. Chaque réalisation d’un web- documentaire disponible aujourd’hui a été documentaire ? conçu a sa façon. A cela il faut ajouter le caractère précaire de Les compétences nécessaires à la la plupart des corps de métiers auquel il fait réalisation d’un web-documentaire sont aussi appel (journalisme, montage, développement vastes que le panel d’outils que ce dernier Internet). utilise. En résulte des mutations importantes dans L’écriture du sujet, les recherches sur le sujet, les conditions de travail  pour les différents les photographies, les interviews à réaliser, acteurs du web-documentaire : dégradation les outils interactifs à définir, le paramétrage, du salaire (car bénéfices incertains), réduction l’intégration, l’exploitation, le design du site des moyens généralement disponibles (car l ’ h é b e r g e a n t , l a m o d é r a t i o n d e s pas de modèle économique), standards de c o m m e n t a i r e s … To u t e s c e s t â c h e s qualité ambigus (car pas ou peu d’historique), concernent énormément de corps de métiers délais imprécis, incompréhensions dans la différents (que nous verrons plus loin). On répartition des tâches et tâches non peut cependant déjà citer le journaliste, le maîtrisées attribuées (pluralité d’auteurs sur photographe, le technicien du son, et le web un même projet), format «  type  » inexistant, designer. flou sur les financements, absence de Les compétences requises sont très générique de fin, préoccupations juridiques nombreuses et transforment les réalisateurs sur les notions d’auteurs et sur les droits. de web-documentaires en de véritables Mais surtout, comme il n’y a pas «  une  » hommes-orchestres. profession spécialisée en web-documentaire, Mais, si les compétences techniques les auteurs viennent de différents univers que demande un tel format sont complexes, il p a r f o i s i n c o m p a t i b l e s . A i n s i l e s n’est pas possible de s’improviser expert. professionnels d’Internet sont habitués aux Le web-documentaire est donc très lourd à cadences des projets de communication (car mettre en place. C’est un outil qui offre de le modèle économique impose une grande nombreux agencements possibles, mais qui réactivité). Alors que les professionnels issus est délicat à organiser, tant les possibilités du l’univers de l’audiovisuel sont eux habitués sont nombreuses. à rythmer leurs projets par des commissions Quels changements d’écriture puis par des commissions du CNC, du SCAM, des régions… Au final, les deux le web- univers ne vont pas à la même vitesse et documentaire amène lorsqu’il s’agit de créer un web-documentaire -t-il dans les l’enjeu est de trouver un rythme et des conditions de méthodes de création communes. travail ?
  • 39. Quelles sont les contraintes techniques TECHNIQUES PAGE 34 rencontrées lors de la réalisation d’un web-documentaire ? Les contraintes techniques sont nombreuses  : organisation du travail entre les différents acteurs (photographes, auteurs, développeurs web, web designers) d’une part, mais plus concrètement ce sont les questions matérielles qui semblent poser les plus grands problèmes. En effet le web-documentaire est une œuvre complexe qui implique une très bonne organisation de la matière collectée sur le terrain. De plus, il est nécessaire d’anticiper la forme qu’aura le web-documentaire et de réaliser un très bon travail préparatoire en amont. Les réalisateurs de «  Brèves de Trottoirs  » expliquent que pour leurs premiers portraits, la matière rapportée des rencontres s’est révélée insuffisante une fois le montage lancé. Ils ont dû retourner plusieurs fois sur le terrain pour reprendre des photographies et des voix. La forme du web-documentaire ne peut pas être improvisée. Ensuite, il faut ajouter les contraintes purement matérielles engendrée par l’absence de modèle économique. Car, si les financements se font rares, et les bénéfices engendrés par le web-documentaire encore plus, une des conséquences est la limite matérielle à laquelle doivent se confronter les auteurs. Il n’est pas toujours possible d’acheter tout le matériel nécessaire au web- documentaire : une caméra professionnelle, une perche pour prendre le son, un appareil photo reflex, un numérique haute qualité, des logiciels de montage et de développement web, un ordinateur et une connexion Internet puissante ect.. Bien souvent, les auteurs disposent de leur matériel personnel (les photographes par exemple) mais ce n’est pas toujours le cas et c’est une solution partielle. Bien heureusement, il est possible de réaliser des web-documentaires avec du matériel amateur ou semi professionnel (comme en témoigne toutes les nouvelles gammes de caméras digitales et de reflex numériques) et on trouve d’ailleurs de très belles réalisations. On pourra de nouveau citer le très abouti «  Brèves de Trottoirs  », réalisé avec un enregistreur numérique et un appareil photo réflex numérique (ses auteurs évaluent ce matériel à 5000 euros environ). Mais à long terme, dans une optique de professionnalisation de la discipline du web- documentaire, ces questions techniques deviendront inévitables. Pour le moment ces oeuvres ne « rapportent pas », on ne leur demande donc pas une propreté irréprochable, mais si cela devenait le cas, alors il deviendrait nécessaire d’investir dans le matériel.