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N37

  1. 1. » P. 15 » P. 21 »   P. 5 SPORT SOCIÉTÉ » lire page 3 » suite page 7 Matcon : une foire pour stimuler la concurrence dans le secteur Par Évens RÉGIS « Sou pay » : la cité des « pèpè » par Ritzamarum Zétrenne Les Grenadiers contraints de gagner ! par Gérald Bordes L'OEA comme arbitrePar Lionel Édouard HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES LUNDI 13 JUILLET 2015 NUMÉRO 37 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Début de campagne timide à Port-au-Prince HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION A près l’offensive du min- istre haïtien des Affaires étrangères, Lener Renaud, auprès de l’Organisation des États américains (OEA), une mission a été déployée sur l’Île d’Haïti, le jeudi 9 juillet. Objectif, s’informer de la situ- ation des migrants haïtiens, en vue de produire un rapport pour le secrétaire général de l’institution continentale, Luis Almagro. Cette mission, sollicitée par les gouvernements haïtien et dominicain, est dirigée par le secrétaire aux questions juridiques de l’OEA, le Mexicain Francisco Guerrero. Les missionnaires ont bouclé leur investigation en République dominicaine, le samedi 11 juillet. Ils se sont, durant cet intervalle, rapporte la presse dominicaine, entretenus avec les secteurs concernés par la situation qui se développe entre les deux pays, notamment des organisations de la société civile ayant participé à l’enregistrement des migrants, les migrants eux-mêmes, les entrepreneurs dominicains ainsi que l’ambassadeur d’Haïti en République dominicaine, Daniel Supplice.
  2. 2. 2 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 TRIBUNE La danse de la destruction Ce lever de rideau des journalistes Marino Zapete et Edith Febles a autant de force que les révélations de la journaliste dominicaine Nuria Piera en date du 31 mars 2012 concernant les paiements de 2.5 millions de dollars effectués par l’entrepreneur dominicain Felix Bautista au président haïtien Michel Joseph Martelly. Malgré les preuves irréfutables des relevés de compte bancaire de la BanReser- vas et des transferts effectués en Haïti à la Unibank, la corruption tente de blanchir les protago- nistes. Mais le procureur général dominicain Francisco Domínguez Brito reste sur ses gardes et con- tinue le combat pour que la vérité l’emporte, convaincu que le bon droit finit toujours par triompher. Dans le cas du sénateur Felix Bau- tista, qui a bénéficié d’un non- lieu du juge d’instruction spécial Alejandro Moscoso Seguerra, le procureur Francisco Domínguez Brito a déclaré : « Nous allons poursuivre notre lutte jusqu’à l’épuisement de toutes les res- sources prévues par la loi, afin d’obtenir la sanction [4]. » Un vrai parcours du combattant, à la lumière des révélations faites par l’organisation Participación Ciudadana au sujet des 227 cas de corruption avérée de 1983 à 2003 qui sont restés impunis [5]. Une ignominie suffocante avec 94 cas de corruption mis en exergue pour les années 2000-2013 par Participación Ciudadana [6]. En Haïti, il n’y a même pas eu un simulacre d’enquête. La zom- bification du système judiciaire bloque encore les poursuites et explique l’apathie observée devant les inepties et vulgarités dont le président Martelly accouchait hier encore à la face du monde. Ce concert du vendredi 26 Juin au Champ-de-Mars restera gravé dans les mémoires comme la plus brutale des gifles infligées à l’orgueil national. Il est à souhaiter que le peuple haïtien retrouvera sa capacité de s’indigner devant son propre néant et pourra ainsi mettre fin une fois pour toutes aux mascarades qui utilisent la Consti- tution pour perdurer. Le reportage des deux journali- stes dominicains Marino Zapete et Edith Febles a l’avantage, au moment de la conjoncture déstabi- lisante de la politique de vendetta contre les Haïtiens et Dominicains d’origine haïtienne, de revenir sur la plaie profonde qui ravage les deux pays. En indiquant comment dans l’ombre se trafique le champ du déshonneur, puisse ce report- age, au-delà de toute espérance, aider à voir la nécessité de réaliser une révolution éthique person- nelle et collective. Pour mettre fin au programme consistant à faire la fête. À s’abandonner à la fantaisie de la danse, de la destruction et de la danse de la destruction. La lutte pour le triomphe de la justice ne fait que commencer. Comme l’affirme le procureur dominicain Francisco Domínguez Brito [7], tous les mécanismes doivent être mis en marche pour trouver une solution allant dans le sens d’une intégration réelle des Dominicains d’origine haïtienne en République Dominicaine à la vie nationale. (à suivre) « Nous payions moins les Haï- tiens et nous les utilisions pour couper la canne. Souvenez-vous que pendant plusieurs années les principaux produits d’exportation étaient la canne-à-sucre, le cacao, le café. La canne à sucre repose sur la main d’œuvre haïtienne, jusqu’à présent. Pendant des années, les Haïtiens ont construit l’économie dominicaine sans déte- nir aucun papier. Le gouverne- ment dominicain donnait un sac d’argent au gouvernement haïtien et lui disait : “mettez un nombre « X » d’Haïtiens dans un camion” et il les faisait traverser la frontière. Et le gouvernement dominicain a laissé ces Haïtiens en République Dominicaine pendant plus d’un demi-siècle. Après un certain temps, l’économie dominicaine a commencé à se diversifier. Les Dominicains ont commencé à faire d’autres petits boulots : taxi, banques de loterie, petits commerces et autres. Les Dominicains ont délaissé l’activité agricole complètement et laissé la place aux Haïtiens. Ils ont égale- ment abandonné la construction à ces derniers, cherchant un tra- vail plus léger parce qu’en plus, les constructeurs et autres grands dons de l’agriculture ont besoin d’exploiter ces gens en leur payant très peu, en leur refusant la sécu- rité sociale, en leur enlevant le droit à l’indemnité fin de carrière. » La profondeur d’un désarroi « Durant les décennies 1970, 1960, 1950, 1940, les Haïtiens ont vécu ici sans documents. Le gouvernement dominicain les a laissés rentrer sans documents, les a laissés vivre ici sans documents, se contentant de les exploiter. Et il déclare aujourd’hui, : “Nous allons régulariser “. Est-ce quelque chose de légitime pour un pays ? Un pays a ce droit. Quoique ce ne soit pas légitime, c’est légal. Ce n’est peut-être pas juste, mais c’est légal. Donc, la République Dominicaine a légale- ment le droit d’engager cette procédure. Maintenant, est-ce qu’un pays peut faire cela de n’importe quelle façon, et comme le prési- dent Danilo l’a proposé ? Est-ce qu’il peut prendre un problème que ce gouvernement a créé, non pas celui-ci précisément, mais ceux des décennies 1970, 1960, 1950, 1940 ans et dire d’un moment à l’autre : “Non je ne veux pas d’Haïtiens ici” ? Est-ce qu’il peut diffuser une consigne de patriotisme, de souveraineté de la patrie, et dire qu’il faut retirer un demi-million d’Haïtiens d’ici du jour au lendemain ? Est-ce qu’il peut dire : “J’émets un décret, il n’y aura pas de prorogation” et tous nous applaudissons et nous oublions que les Haïtiens ont 40, 50, 60 ans et n’ont pas un papier, que leurs enfants, leurs petits- enfants, les uns avec des papiers d’ici, les autres non ? En projet- tant de chasser tous ces gens d’ici, vous déclenchez un drame. » L’énergie du désespoir « Regardez cette femme qui était à Jimani où était notre reporter Manuel Méndez. Elle avait 22 ans ici, elle a 5 enfants nés ici. Elle a essayé de remplir les papiers, ces papiers sont faits pour qu’elle ne puisse remplir les conditions demandées. Les papiers que le gouvernement exige, ce sont des papiers pour faire de la démagogie afin de dire aux organisations internationales, “Oui on va le faire, regardez ce que nous faisons”, mais ceci pour que personne ne soit qualifiée. Il fallait voir ce qu’a expliqué l’avocate dominicaine Noémie Méndez. La procédure mise en application par le gouvernement ne marche pas. On peut le voir dans le cas de cette femme de 40 ans, dont 22 ans ici, et qui a 5 enfants. Elle déclare : “Je vais en Haïti avec ce que je possède ; je ne peux pas emmener les 5 enfants parce que je ne sais pas où je vais. Je vais les laisser ici, j’emmène 1 seul enfant et je laisse les 4 autres ici avec une amie pour voir comment je vais faire avancer les choses et je vais revenir prendre mes 4 enfants.” Ainsi, il y a des milliers et des milliers de familles dans cette situation parce que ce n’est pas seulement hier qu’ils sont venus. Pensez-y peuple dominicain. C’est comme si le gouvernement dominicain nous disait que d’ici demain, vous devez laisser les quartiers de la Zurza, Gualey, Guachupita, la Cienaga, los Guandules, tous les quartiers situés le long de la rivière et qui ont été contruits il y a des dizaines d’années. Les gens se sont installés dans ces quartiers et le gouvernement a fermé les yeux (se ha hecho de la vista gorda). Cela est pareil à ce qui arriverait si le gouvernement disait que dorénavant personne n’a le droit de vivre dans ces quartiers. Cela ne peut pas être une bonne chose. Et c’est précisément ce qui se passe ici avec les Haïtiens. » (à suivre) Entre survie et usure jusqu'à la corde : les rapports Haïtiano-dominicains (2 de 3) Suite de l'édition du 10 au 12 juillet, # 36 Par Leslie Péan / AlterPresse
  3. 3. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 3 ACTUALITÉ Le temps des incertitudes Lescampagness’annoncentternes.Nousparlionsdevidedesidéesdansnotre précédentéditorial.Lescampagnesserontaussisanspassion.Peut-êtredonc desélectionssansviolence,cequiesttoujoursunebonnechose. Mais la passion est absente à cause de la grande désillusion de l’électorat haïtien qui s’estime avoir été trahi à répétition par tous ces politiciens qui lui avaientaumoinspromisunechose:lechangement.Ondisaitquelachance passait.Celaaétéunemalchancebienorchestréequinousaemmenéaubord del’effondrementsocialavecladégringoladedelagourdequinesemblepas vouloirs’arrêter. Alors que les autorités ne réagissent pas, le marché anticipe. On se rue sur la monnaieétrangère.Lesbanquesdonnentlebilletvertavecparcimonie.Pour avoirlesmoyensd’importer,certainsachètentlevertauprixfort,cequinefait qu’affaiblirlagourdedavantage.Commeentempsdecriseonn’estpasdansla récitationdemanueletqu’ilfautdel’intelligence,del’audace,ducourage,dela créativité,lepeuplehaïtiendevraitencoreserendrecomptedelavaleurréelle deceuxquiledirigent.Ceconstatpeut-ilserefléterdanslesurnes?Mêmesi lavolontéétaitlàdemettreàmortcesystèmeavecunbulletindevote,ya-t-il uncandidatcapabledeporterenfinlesouffledurenouveauetdelamodernité surlaterred’Haïti? Pendantcetemps,lesgrandstraditionnelsoccupentdéjàleterrain.Lesélections rapportentunpeud’agentàdes«leaders»monnayantleursservicesàplusieurs candidats,desrara,desmotocyclistes,desimprimeurs,lesmédiasquichargent pour la publicité. Le citoyen ne sera pas trop informé ni sur le montant exact dépensépourlacampagnedecertainsgroupespolitiquesquiaffichentdéjàde grandsmoyensnisurlaprovenancedeleursfonds.Mêmesilalégislationen vigueurfaitobligationdedéposerunrapportsursesdépenses,onfaittoujours ensortedel’ignoreroudelabiaiserd’unemanièreoud’uneautre. Entre les énormes défis qui se posent à nous et les hommes sur l’échiquier politiqueactuel,ilsembleyavoirungrandfossé,pournepasdireunabîme. Uneéquationdifficilemaisquelepeuplehaïtiendoitrésoudres’ilneveutpas prendrelaportedesortiedel’Histoire. Le National Édito Début de campagne timide à Port-au-PrincePar Stephen Ralph Henri HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES L ’ambiance de campagne s’installe très timidement dans la capitale haïtienne et dans les communes avoisin- antes, après l’ouverture officielle de la campagne pour les législatives, le jeudi 9 juillet, par les conseillers électoraux. Quelques rares publicités imprimées, des photos de candidats en campagne sont remarquées dans certaines zones, celles-ci sont pour la plupart accrochées à des poteaux électriques. Elles sont également observées sur des pare-brise d’automobiles et sur les clôtures de quelques édifices. Des graffitis sont aussi vus sur des murs, invitant les citoyennes et les citoyens à choisir tel ou tel candidat, pratique pourtant condamnée par le décret électoral, en son article 115. Si les démonstrations d’entrée en campagne des candidats aux législatives sont rares dans la capitale haïtienne, les partis et plateformes se disent toutefois en campagne et affirment avancer vers les élections. La Fusion des sociaux-démocrates reconnaît que les grandes démonstrations tardent à venir, mais annonce qu’elles sont pour bientôt et promet d’adapter sa stratégie à ses moyens. Le parti souligne aussi que ses candidats avaient déjà commencé à motiver l’électorat bien avant le coup d’envoi de la campagne. « Notre stratégie est adaptée à nos moyens, nous avons opté pour le porte-à-porte », explique le vice-président du parti, Alix Richard, dans une interview accordée au National. moyens financiers manquent Toutefois, il y voit une opportunité pour ces aspirants législateurs à « descendre rencontrer les électeurs », avec l’actuelle stratégie de proximité. La stratégie de grande ampleur avec « les affiches » et les autres outils de propagande « apparaîtront bientôt, en même temps, sur toute l’étendue du territoire », toujours selon lui. Par ailleurs, Alix Richard déplore le retard mis par l’État pour appuyer financièrement les partis et groupements politiques. Le gouvernement entend disposer de 500 millions de gourdes pour financer la campagne des structures politiques. Rien n’est encore clair quant à l’octroi de cette subvention. Le conseiller Ricardo Augustin, qui est en même temps le trésorier du CEP, explique qu’il a « déjà fait une proposition au Conseil électoral provisoire sur le mécanisme de répartition de la subvention de l’État ». Le Conseil ne pourra pas évaluer cette proposition du conseiller Augustin avant le mercredi 15 juillet 2015, au cours d’une séance plénière. « C’est mercredi que le Conseil doit statuer là-dessus avant de l’entériner et l’acheminer à l’État et les partis politiques », déclare Ricardo Augustin dans son échange avec Le National. En attendant cette subvention publique, des partis et groupements politiques se disent déjà au travail avec la préparation de leur matériel de communication. C’est le cas de la plateforme Pitit Dessalines, qui affirme que de grandes affiches des candidats et de la plateforme sont en cours de préparation. Assad Volcy, secrétaire général adjoint de la plateforme, déclare que les grandes activités de visibilité commenceront au cours de la semaine du 12 au 18 juillet. Sans vouloir donner trop de détails, André Victor, coordonnateur du Mouvement patriotique populaire dessalinien (Mopod), affirme que les prétendants aux législatives de la plateforme « sont en campagne » et avancent vers les élections. Environ une semaine avant le lancement officiel de la campagne, la plateforme Vérité avait commencé à accrocher des affiches qui présentent son symbole, ses couleurs ainsi que son numéro. Des maillots de cette structure politique sont déjà remarqués sur des sympathisants. D’autres responsables de partis et groupements politiques, telles Fanmi lavalas et l’organisation du peuple en lutte (OPL), contactés restent injoignables. Entre-temps, le Conseil électoral a publié sur son site internet les listes des centres de vote par département géographique. Un total de 1558 centres de vote est établi pour les prochaines élections. Les prétendants au pouvoir législatif sont au nombre de 2039, soit 262 au Sénat et 1777 à la députation. L’on compte 162 femmes décidées à devenir législatrices contre 1877 hommes. » suite de la première page
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ: SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ACTUALITÉ Un code de déontologie pour régir le métier notarial en Haïti Par Évens RÉGIS HAÏTI/SYNDICATSDESNOTAIRES L es notaires du SNJH ont été en session, et ils en sont sortis avec la décision d’adopter un code regroupant les valeurs déontologiques du métier. Selon Lesly Alphonse, vice-président de l’Association, ce code représente le premier pas vers le chemin le moins fréquenté, celui de la droiture et du respect des normes établies. Ils ont voulu prendre à témoin le Dieu Très-Haut, c’est pourquoi le prêtre Francky Désir, de l’église Altagrace de Delmas, a été invité pour chanter une messe d’action de grâce en leur faveur. À titre de conseils, le prêtre leur a suggéré de ressembler à Jésus dans leurs actions, de faire de ce code de déontologie leur boussole et d’être courageux face aux situations difficiles rencontrées dans l’exercice de leur fonction. SelonMarieAliceBélisaire,présidente de l’organisation, une loi notariale a précédé ce code de déontologie, mais n’a jamais été appliquée, car elle ne tenait pas compte des réalités immédiates du métier notarial. Cette loi notariale, ajoute-t-elle, stipule que c’est le commissaire du gouvernement qui exerce cette fonction, alors que c’est tout autre chose qui est observée dans la pratique de tous les jours. Elle a de plus précisé qu’Haïti est membre fondateur de l’Union mondiale des notaires depuis 1948 et que cette structure internationale a publié depuis l’année dernière un code de déontologie pour règlementer le fonctionnement des notaires de tous les pays membres. Compte tenu de la situation précaire d’Haïti, ce code a été révisé et adapté à la réalité. Le code est imposable à tous les 184 notairesmembresduSNJH,àencroire Mme Bélisaire. Il est principalement pour la protection, la gestion de la clientèle, et accessoirement pour la protection du notaire. Il traite, entre autres, des principes et de l’organisation du notariat, des relations du notaire avec l’État, le SNJH, les collègues notaires, les employés, et avec tous les usagers du service. Des sanctions allant du blâme jusqu’à la radiation du Syndicat sont aussi prévues au cas où les règles ne seraient pas respectées à la lettre par un notaire. Une fois la sanction prononcée, l’autorité publique compétente sera avisée que tel notaire a été radié du syndicat pour telle raison, a fait savoir le numéro 1 du SNJH. Maxime D. Charles, représentant du secteur bancaire, a de son côté souligné l’importance du sérieux et de l’engagement des notaires dans l’exercice de ce métier. « Vous êtes là pourassurerlavéracité,l’authenticité, la qualité des transactions. Par conséquent, le secteur bancaire compte beaucoup sur vous, pour l’aider à créer, à bien transmettre et à conserver la richesse », a-t-il indiqué. L’international s’était aussi mêlé de la partie : le Syndicat des notaires de la Colombie et le Syndicat des notaires du Québec s’étaient fait représenter respectivement par M. Alvaro Horace Chari et M. Gérard Gay. Ils ont tous deux salué cette initiative qui va aider les notaires haïtiens à servir au mieux ce public demandeur d’authenticité et qui attend d’eux une culture de l’excellence. La 3e université notariale et le 4e congrès national des notaires ont pris fin. À l’occasion, un code de déontologie est adopté, signé par les membres du Syndicat des notaires des juridictions d’Haïti (SNJH). Samedi 11 juillet, à la salle Olivia de l’hôtel Montana, ils étaient 187 à prêter le serment de suivre à la lettre les prescrits dudit code. Les notaires prêtent serment de suivre à la lettre les prescrits du code de déontologie. Photo : Ruben Chery
  5. 5. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 5 ACTUALITÉ ÉCHO CEP, promouvoir la participation des femmes dans le processus électoral Le Conseil électoral provisoire (CEP) annonce pour ce lundi 13 juillet à l’hôtel Marriott (Port-au- Prince), de 9 h à 16 h, l’organisation d’un atelier de restitution sur la Stratégie nationale genre et élec- tions en Haïti. Dans un communi- qué rendu public, le CEP indique que cet atelier vise à promouvoir la participation des femmes dans le processus électoral. En partenariat avec le ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF) et avec l’appui de la Fon- dation internationale pour les sys- tèmes électoraux (IFES), cette ren- contre offre l’occasion de présenter la stratégie aux partis politiques et aux institutions concernées, ainsi que les sept axes d’interventions qui doivent contribuer à mettre fin à la faible participation politique des femmes en Haïti, lit-on dans le communiqué. Une farine en provenance de la République dominicaine interdite sur le marché haïtien Les ministères respectifs du Com- merce et de l’Industrie, de la Santé publique et de la Population, de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, dans un communiqué con- joint, avisent le public en général, les producteurs et importateurs de farine de blé en particulier, qu’un lot de farine importée contient des ingrédients nocifs à la santé humaine et est interdit de vente sur le territoire national. Dans le cadre des mesures visant à proté- ger la santé des consommateurs, et en accord avec les mesures sanitaires et phytosanitaires de l’OMC, ces ministères décident d’enlever du marché tout stock de farine de blé jugé non conforme à la consommation et que toute nouvelle importation dudit produit soit mise en quarantaine aux fins de vérification de conformité, en accord avec les normes générale- ment admises. IDEA aide les journalistes à mieux faire leur travail L’Institut pour la démocratie et l’assistance électoral (IDEA), de concert avec l’Université d’État d’Haïti (UEH), a organisé, samedi, une séance de formation à l’intention des journalistes, pour leur permettre de mieux saisir le concept « reddition des comptes en démocratie dans la distribu- tion de services ». Cette formation s’inscrit dans le cadre d’un projet pilote mis en œuvre depuis plus d’un an, intitulé « Je nan je », dirigé par IDEA qui a pour mission d’appuyer la démocratie à travers le monde. Wyclef Jean au festival Juste pour rire de Montréal L’artiste Wyclef Jean, invité d’honneur au grand festival Juste pour rire de Montréal, se produira le dimanche 19 juillet 2015. C’est ce qu’a rappelé le consul général d’Haïti à Montréal dans un com- muniqué indiquant que pour la troisième fois des artistes haïtiens, à savoir Jacques Junior Bourjolly, dit Kako, Christina Guérin, Ralph Alfred Valéry, Garihanna Jean-Lou- is et Johnny Moussignac, partici- peront également au dit festival. La Jilap préoccupée par le taux des victimes par balles pour le 2e trimestre de 2015 La Commission épiscopale natio- nale Justice et Paix (Jilap) a rendu public son 54e rapport dressant un triste constat des violences dans la zone métropolitaine. Selon ce rapport, 233 morts par balles ont été enregistrés durant le second trimestre de l’année 2015. Le nombre de personnes tombées sous les balles des bandits s’élève respectivement à 92 morts en avril, 62 morts en mai et 59 morts en juin. Plan international lance son 4e concours de photographie « Les filles et les adolescentes », c’estsurcethèmequel’organisation non gouvernementale Plan inter- national a lancé récemment son 4e concours de photographie qui a pour objectif de promouvoir et de protéger les droits et la dignité des filles et des jeunes filles. Ce con- cours de photographie est organisé simultanément dans 13 pays de la Caraïbe où Plan international est représenté. Le ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes supporte cette activité qui s’inscrit dans le cadre de la campagne mondiale : « Parce que je suis une fille ». La date limite pour la soumission des photos est fixée au 28 août. Le gagnant représentera Haïti à un concours régional au Panama, en novembre prochain. Matcon : une foire pour stimuler la concurrence dans le secteur Par Évens RÉGIS HAÏTI/CONSTRUCTION Un salon exclusivement réservé à l’industrie de la construction vient d’entrer dans la tradition haïtienne. Au parc industriel Sonapi, pendant trois jours, les 10, 11 et 12 juillet 2015, 87 entreprises évoluant dans le domaine de la construction ont répondu à l’appel de la Chambre haïtiano-américaine de commerce (Amcham), à l’occasion de la première édition de la foire Matcon, pour présenter au grand public des matériaux, outils et autres intrants et services de la construction. Trois cent mille dollars américains sont investis à la réalisation de cet événement. C ’estunefoireréaliséeenquatre volets. Il y avait des salons d’expositions à l’intérieur comme à l’extérieur, une zone de formation, une partie de jumelage d’entreprises et de réseautage (B2B et B2C), et enfin des ateliers de com- pétitions de capacités entre étudiants et ouvriers, dénommés olympiades des métiers. Certaines entreprises ont fait plus qu’être présentes à cette première édition de la foire Matcon, elles l’ont également financée. Il s’agit entre autres de Ceramex, maison Charles Féquière, François Murat Excellent, Boucard Pest Control, et sans oubli- er la division Leve de l’USAID qui a fourni une plus large contribution, celle du démarrage du projet. Philippe Armand, président de l’Amcham, a souligné qu’à travers ce projet baptisé « Foire Matcon », son institution tend à sensibiliser les Haïtiens au besoin en qualité des produits de construction, aux normes antisismiques et, du même coup, profiter de l’occasion pour créer une compétition pouvant favoriser la baisse des prix de la construction. Comme il a été question, c’est une foire qui vise à présenter les res- sources disponibles en Haïti et à promouvoir des projets de construc- tion. L’Amcham, poursuit Phillipe Armand, veut créer une plateforme de discussion entre les entreprises commerciales et les professionnels de la construction pour le partage des meilleures pratiques et inno- vations du domaine. C’est aussi l’occasion, ajoute-t-il, de développer le marché de l’immobilier en Haïti, afin de combler le déficit de plus de 400 000 logements laissé par le désastre du 12 janvier 2010.Daniel Jadotte, président du comité organis- ateur de la Foire Matcon, dit souhaiter réunir chaque année tous ceux qui sont intéressés par la construction, depuis les entrepreneurs jusqu’aux consommateurs finals. Selon M. Jadotte, l’important c’est d’attirer les projecteurs sur le secteur de la construction en Haïti et prouver la capacité des entreprises à bénéficier des contrats, qui généralement sont confiés à des compagnies étrangères. Le gouvernement n’a pas raté l’occasion de se faire représenter. Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Jude Hervé Day, a pour sa part soulevé les trois niveaux de sa participation à la Foire Matcon. En plus d’être présent en tant que ministre du Commerce et de l’Industrie, et en tant qu’ingénieur professionnel de formation, il a fait mention de sa lourde tâche de parler au nom du premier ministre Évans Paul, qui n’a pas pu être présent à la cérémonie.Le titulaire du MCI a toutefois encouragé la vulgarisation et la commercialisation de cette activité. Il a par ailleurs plaidé pour la multiplication des industries pouvant favoriser la création d’emplois en Haïti. Selon ses souhaits, au prochain gouvernement, il devrait être ques- tion d’un ministère de l’Industrie et du Commerce (MIC), en lieu et place du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), dans l’idée d’orienter la pensée vers la produc- tion avant même de se focaliser sur le commerce. Daniel Jadotte dans son discours d’ouverture de la foire Matcon. Photo: Ruben Chery
  6. 6. 6 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ACTUALITÉ C e thème vise à mettre en lumière les besoins particuliers des femmes et des adolescentes durant les conflits et les catastrophes humanitaires, a fait savoir la représentante du FNUAP en Haïti, Marielle Sander. Selon ce qu’elle a expliqué, le Fonds appelle ainsi à une attention particulière en ce qui concerne les besoins des femmes, des jeunes et des enfants dont les besoins spécifiques sont souvent ignorés dans les situations d’urgence. Marielle Sander a affirmé que l’une des priorités du FNUAP consiste à autonomiser ces deux catégories, préserver leur bien-être, répondre à leurs besoins et préoccupations spécifiques. C’est dans cette optique que le Fonds travaille en étroite collaboration avec les gouvernements, le système des Nations unies, les partenaires locaux et d’autres institutions. Cette démarche, dit-elle, s’inscrit dans la perspective de mettre en place des mécanismes permettant de garantir la santé sexuelle et productive de ces deux catégories sociales en prévention aux catastrophes. De l’avis de Mme Sander, l’idée- force de cette rencontre est de capitaliser sur les bienfaits d’une cohésion et d’une logique d’ensemble entre les différents acteurs dans le cadre de la préparation aux urgences. Il s’agira aussi pour les acteurs de réexaminer le plan de gestion des différents désastres passés, les peurs et craintes suscitées par ces catastrophes pour en tirer des leçons positives et affiner les stratégies de réponse aux situations d’urgence. Il convient de souligner que ce thème, rappelle la représentante, est d’actualité pour Haïti compte tenu que le pays se trouve en pleine saison cyclonique (du 1er juin au 30 novembre). Elle indique que le pays doit s’apprêter à gérer prochainement des déportations d’Haïtiens de la République dominicaine. La célébration de cette journée, poursuit-elle, est l’occasion d’alerter sur ces aléas et de promouvoir des interventions appropriées en faveur des populations vulnérables et, particulièrement, des femmes et des filles ayant des besoins spécifiques qui sont souvent ignorés dans les situations d’urgence. Les femmes, les jeunes et les enfants représentent plus des trois quarts des 50 millions de personnes qui ont été contraintes d’abandonner leurs habitations, à cause d’un conflit ou d’une catastrophe, dans la plupart des régions du monde. Dans les situations de crise, les filles et les femmes s’exposent à un plus grand risque de maltraitance, d’exploitation sexuelle, de violence, de mariage forcé, de maladies, de décès à cause d’un manque de protection, rappelant qu’en Haïti, le séisme du 12 janvier 2010 avait affecté d’une façon directe près de 15 % de la population nationale. Le FNUAP, précise Mme Sander, achemine des trousses d’hygiène féminines, des fournitures d’obstétrique et de contraception, un personnel qualifié et d’autres formes de soutien à l’intention des populations vulnérables. Aussi œuvre-t-il à faire en sorte que les besoins des femmes, des adolescentes et des jeunes soient couverts durant la phase d’urgence aussi bien que de reconstruction. « Notre but est de garantir que le droit des femmes et des adolescentes à la santé sexuelle et procréative soit protégé et que leur sécurité soit assurée. » En cette journée mondiale de la Population, indique Mme Sander, le FNUAP invite la communauté internationale à redoubler d’efforts afin de protéger la santé et les droits des femmes et des filles. Ainsi, on doit mettre les femmes, les adolescentes et les jeunes en mesure de jouer pleinement leur rôle dans les négociations de paix, la consolidation de la paix et le relèvement du niveau social. Cette initiative, explique- t-elle, contribuera à veiller à ce que les gouvernements agissent conformément au droit international et traduise en justice les auteurs de violences sexuelles. Elle rappelle aux gouvernements du monde entier de donner priorité à la santé et aux droits des femmes, des adolescentes et des jeunes en ce qui concerne leur participation à la vie publique. Cela, conclut Mme Sander, permettra d’accroître les chances de voir naître un monde plus juste, plus stable et plus pacifique. Une attention particulière aux femmes, aux enfants et aux jeunespar Reynold Aris HAÏTI/JOURNÉEMONDIALEDELAPOPULATION Marielle Sander, représentante du Fnuap en Haïti. Photo : Ruben Chery C’est autour du thème « les populations vulnérables dans les situations d’urgence » que le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) a célébré la journée mondiale de la Population, le vendredi 10 juillet 2015 à l’hôtel Montana. En cette occasion, le FNUAP a plaidé pour une attention particulière aux femmes, aux adolescentes et aux jeunes.
  7. 7. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 7 ACTUALITÉ L'OEA comme arbitrePar Lionel Édouard HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Au cours de la journée du samedi, la mission s’est rendue à la ville frontalière de Jimani, où elle s’est entretenue avec les responsables du Centre pour la sécurité des frontières (Cesfront) et la Direction nationale de l’immigration. Ensuite, elle s’est rendue en Haïti où elle devra investiguer jusqu’au mardi 14 juillet 2015. Le rapport qui sera remis au secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, selon le chef de mission, Francisco Guerrero, sera neutre, technique et objectif. Il prendra en compte également tous les points de vue des acteurs qui ont été contactés durant le séjour de cette commission en République dominicaine. Ce rapport, insiste M. Guerrero, sera à la fois utile à la République dominicaine et à Haïti en vue d’établir un dialogue constructif entre les deux pays. Les hommes d’affaires dominicains, qui ne figuraient pas dans l’agenda de la commission de l’OEA, avaient été invités à s’entretenir avec les agents par les autorités dominicaines. Rafael Paz, vice-président exécutif du Conseil national des entreprises privées (Conep), Antonio Taveras, président de l’Association des entreprises industrielles d’Herrera et la province de Santo Domingo (AEIH), Jaime González du Conep et la Confédération des employeurs dominicains (Copardom) figurent parmi les entrepreneurs qui ont discuté avec la mission. Selon les responsables du Conep, devant la mission de l’OEA, ils ont réitéré le soutien du secteur des affaires au gouvernement dans la mise en œuvre de cette politique migratoire. Des données réelles sur le Plan national de régularisation des étrangers ainsi que les actions menées par les autorités pour garantir les droits des migrants auraient été fournies aux missionnaires. Les hommes d’affaires dominicains, dans leur exposé devant la commission de l’OEA, ont également mis en exergue la nécessité pour que les relations entre les deux pays soient fondées sur la coopération, le respect mutuel et la compréhension que chacun des États est souverain. Le président de la AEIH, Antonio Taveras, a, pour sa part, déclaré que la communauté internationale doit « clarifier » sa position sur la situation, parce que la crise humanitaire en Haïti a environ cinquante ans et n’a pas commencé en République dominicaine, selon la presse de l’autre côté de la frontière. Entre-temps, les déportations ont continué durant la semaine écoulée. Deux cent quatre-vingt- dix-neuf migrants haïtiens, dont 178 enfants, 65 hommes et 56 femmes, rapporte le GARR, ont été rapatriés le 7 juillet 2015 à Fond- Jeannette, une localité frontalière de la 2e section communale d’Anse-à-Pitre, voisine de Don Juan, République dominicaine. Ces migrants qui vivaient dans les localités dominicaines de Pedernales et de La Manigua, ont vécu entre trois à dix ans en territoire dominicain. Ils/elles travaillaient pour la plupart dans le secteur agricole. Plusieurs d’entre eux, explique le GARR, travaillaient sur une même plantation agricole. Selon leurs témoignages, ils gagnaient mensuellement 3 000 pesos dominicains. Ils ont raconté que le patron dominicain leur a demandé de laisser la ferme parce qu’il l’a vendue à un autre propriétaire. » suite de la première page
  8. 8. 8 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 MONDE L e baron mexicain de la drogue Joaquin « El Chapo » Guzman est parvenu à s’échapper d’une prison de haute sécurité pour la deuxième fois en 14 ans, en pas- sant par un tunnel, ont annoncé les autorités dimanche, un coup dur pour le président Pena Nieto. Guzman a été vu pour la dernière fois samedi soir dans sa cellule de la prison d’Altiplano, à 90 kilo- mètres à l’ouest de la capitale, a indiqué la Commission nationale de sécurité dans un communiqué. « Après avoir constaté grâce à la vidéo surveillance qu’il ne réap- paraissait pas », les gardiens se sont rendus dans sa cellule et ont constaté sa disparition. Ils ont alors découvert un tunnel « d’une largeur d’environ 50 cm » et « d’une longueur de plus de 1.500 mètres » débouchant sur un immeuble en construction, a indiqué lors d’une conférence de presse le responsable national de la sécurité, Alejandro Rubido. Le tunnel était équipé d’un système de ventilation et une moto instal- lée sur des rails servait à extraire la terre et acheminer du matériel. « Dix-huit gardiens vont être inter- rogés » a indiqué M. Rubido. Une vaste chasse à l’homme a été déclenchée dans tout le secteur et sur les routes des Etats voisins. Les vols depuis l’aéroport voisin de Toluca ont été suspendus. Environ 250 policiers fédéraux et militaires ont été déployés au cours de la nuit autour du centre pénitencier, a constaté un journaliste de l’AFP, tandis qu’un hélicoptère survolait la zone. Sur l’autoroute entre Mexico City et Toluca, des soldats fouillaient les voitures au péage et vérifiaient l’identité des passagers. « El Chapo », diminutif de « chap- arro » (« courtaud »), allusion à sa petite taille (1,64 mètre), s’était déjà évadé d’une prison de haute sécurité en 2001, caché dans un panier de linge sale. Après 13 ans de traque, des mili- taires étaient parvenus à le capturer en février 2014 lors d’un raid noc- turne dans la station balnéaire de Mazatlan, dans l’Etat de Sinaola. Guzman, 58 ans, était considéré comme le baron de la drogue le plus recherché au monde, à la tête du puissant cartel de Sinaola. Sa tête avait été mise à prix pour 5 millions de dollars par les Etats- Unis et pour plus de 2,2 millions par le Mexique. Coup dur pour le président Cette deuxième évasion est un coup dur pour le président Pena Nieto, parti pour la France où il doit effectuer une visite d’Etat de quatre jours à partir de lundi. Son gouvernement s’était engagé à arrêter ce baron de la drogue puissant et craint, qui était devenu l’un des symboles du trafic de drogue contre lequel l’ancien président Felipe Calderon (2006- 2012) avait déployé l’armée. Après son arrestation l’an dernier, les autorités avaient exhibé devant les caméras ce petit homme moustachu, en chemise blanche, entouré de deux soldats de la Marine mexicaine. Il apparaissait régulièrement sur la liste des hommes les plus riches de la planète publié par le magazine Forbes, jusqu’à ce que la publication ne reconnaisse qu’il lui était impossible d’estimer les biens du narcotrafiquant. Après sa première évasion de la prison de Puente Grande, à Jalisco (ouest), il était parvenu en quelques années à imposer de nouveau son cartel et à contrôler le trafic de cocaïne vers les Etats- Unis. Sa clandestinité avait donné lieu à de nombreuses rumeurs, d’une opération de chirurgie esthétique faciale à des promenades incognito dans les foires aux bestiaux du Sinaloa. On raconte également qu’il lui arrivait de se rendre dans des restaurants à la mode, de confisquer les téléphones portables des clients avant de dîner, puis de prendre congé en payant l’ensemble des additions. Joaquin Guzman aurait eu trois ou quatre épouses. La dernière d’entre elles est une jeune reine de beauté épousée lors de son 18e anniversaire, en 2007, et qui se trouvait avec lui au moment de son arrestation. On lui prête la paternité de 10 enfants. Le cartel de Sinaloa a mené une guerre sanglante contre les forces armées et contre les cartels rivaux, dont le cartel des Zetas. Plus de 80 000 personnes ont été tuées dans les violences liées au trafic de drogue depuis 2006 au Mexique. Nouvelle évasion du baron de la drogue Joaquin « El Chapo » GuzmanSources : AFP Joaquin « El Chapo » Guzman, lors de son arrestation en 2014. / Photo : © Ronaldo Schemidt / AFP MEXIQUE
  9. 9. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 9 MONDE L e pape François, en tournée en Amérique du sud, a appelé samedi à Asuncion à se méfier des idéologies menant aux dictatures,àenfiniraveclacorruption et à remédier aux inégalités. « Les idéologies se terminent mal. Elles ne tiennent pas compte du peuple, regardez ce qu’il est advenu des idéologies au siècle dernier, (elles ont fini) en dictatures, toujours », a déclaré le souverain pontife dans un discours devant des représentants de la société civile dans lequel il prônait le dialogue. Il faut se méfier des idéologies « qui pensent pour le peuple, sans laisser penser le peuple », a-t-il ajouté. Aux entrepreneurs, hommes politiques, économistes, il a demandé « de ne pas céder au modèle économique idolâtre qui a besoin de sacrifier des vies humaines à l’autel de l’argent et de la rentabilité », car « le développement économique doit avoir un visage humain ». Déjà en Equateur et en Bolivie, le pape avait prôné un changement pour réduire la pauvreté et corriger les inégalités. « Certainement, pour un pays, la croissance économique et la création de richesse sont très nécessaires, et il faut que celles- ci arrivent à tous les citoyens sans que personne ne soit exclu », « et non au profit d’une minorité », a-t-il martelé, sous les applaudissements de 5 000 personnes, dont des syndicalistes, des leaders paysans et communautaires. « L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage », a regretté l’ancien archevêque de Buenos Aires. Il a enfin dénoncé la corruption, « la gangrène d’un peuple », un mal dont souffre le Paraguay, pays de sept millions d’habitants, parmi les plus pauvres du continent. Un million de pèlerins Dans la matinée, un million de fidèles se sont réunis pour prier avec le pape à la basilique de Caacupé, principal lieu de pèlerinage du Paraguay. « Avec vous ici, je me sens chez moi, aux pieds de notre mère, la Vierge miraculeuse de Caacupé », a déclaré le pape à la foule, dont seulement la moitié avait pu prendre place sur l’esplanade devant la basilique. Une clameur s’est élevée lorsqu’il a prononcé le « Notre Père » en guarani, la langue des indiens du Paraguay, parlée par 80% de la population. Dans le sanctuaire, le souverain pontife de 78 ans a dit son admiration pour le rôle historique des femmes au Paraguay, nation quasiment privée il y a 150 ans de sa population active masculine, après une guerre contre ses voisins brésilien et argentin. « Vous les femmes et les mères paraguayennes, qui avec grand courage et abnégation avez su relever un pays détruit, effondré, submergé par la guerre. Vous avez la mémoire, le patrimoine génétique de celles qui ont reconstruit la vie, la foi, la dignité de votre peuple », a-t-il lancé lors de son homélie à Caacupé. Des milliers d’Argentins et de Brésiliens étaient venu en voisins, parfois après 50 heures de voyage en autocar. « Le pape a une force d’attraction inexplicable, comme un aimant », confie Graciela Sosa, qui n’a pratiquement pas dormi de la nuit pour être aux premières loges. « Je me considère comme privilégié. Je peux dire à mes enfants que j’ai vu deux papes », témoigne, hilare, Ernesto Domínguez, un avocat de 50 ans, membre d’un choeur qui avait chanté lors de la visite en 1988 de Jean Paul II. Avant la messe à Caacupé, le pape s’était rendu auprès d’enfants atteints de cancer à l’hôpital pédiatrique Niños de Acosta Ñu, à Asuncion. « Nous devons apprendre de vous », a-t-il dit, ajoutant « Vous êtes de vrais lutteurs! Et quand on a de pareils « guerriers » devant soi, on se sent orgueilleux ». Corruption, trafic de drogue, émigration économique, inégalités, racisme, difficultés de réinsertion des ex-détenus, le pape a relevé depuis dimanche les fléaux qui affectent l’Amérique latine. Il a également demandé pardon pour les « crimes contre les peuples autochtones » et n’a pas hésité à sermonner le clergé qui peut parfois se transformer en « caste », une élite déconnectée du peuple. Il a rappelé la « dette » de l’Amérique latine, région la plus inégalitaire de la planète, envers « les plus fragiles et les plus vulnérables ». Le premier pape jésuite et latino- américain de l’histoire doit achever dimanche son voyage sud- américain. Il effectuera cette année un troisième voyage en Amérique latine, à Cuba. Le pape : les idéologies finissent « toujours en dictature »sources : AFP PARAGUAY Le pape François lors de son discours devant des représentants de la société civile le 11 juillet 2015 à Asuncion. / Photo : AFP/AFP
  10. 10. 10 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ÉCONOMIE Le SMCRS : à la limite de l'insolvabilité ? Par Therno N. A. Sénélus Le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS) n’a pas les moyens de la mission qui lui est confiée dans la zone métropolitaine. Il accumule les arriérés de paiement. Son personnel est en rogne. Et il trouve encore moyen de vouloir étendre son rayon d’action. S ous couvert de l’anonymat, un membre de l’Unité technique (UTC) de coordination du Ser- vice métropolitain de collecte des résidus solides (SMCS) révèle le coût de fonctionnement annuel pour le ramassage et le transport des détri- tus dans la zone métropolitaine : 240 millions de gourdes. À date, Haïti semble toujours ne pas avoir un véritable décharge publique, un centre de gestion et de traitement des immondices que l’on voudrait digne de ce nom, s’il faut se fier aux confidences du responsable de l’UTC au National ce jeudi 9 juillet écoulé. Selon ce dernier, le SMCRS fait un travail de collecte et d’amoncellement. Après la collecte, les déchets sont transportés à la décharge de Truitier (une zone située au nord de la commune de Cité Soleil) pour entreposage. Le SMCRS pourrait difficilement, dans les conditions actuelles, argumenter dans le sens d’une dotation efficiente en ressources financières, bien adaptée à sa mission. Suffisamment, en tout cas, pour lui permettre de desservir toute la zone métropolitaine. Un territoire assez vaste, il faut en convenir, et qui regroupe les cinq communes les plus peuplées du pays. Les 240 millions de gourdes allouées par le Trésor public ne permettent en aucune façon d’assainir les rues de la zone métropolitaine, encore moins de traiter les résidus solides collectés. En ce qui a trait aux équipements et matériels, le SMCRS ne peut compter que sur une flotte de 40 camions à benne compressive et basculante. Plus de 376 poubelles sont déployées le long des principaux axes de la région métropolitaine. La mauvaise utilisation des poubelles justice la raison de leur déplacement prochain. «Toutes les poubelles seront bientôt enlevées, car la population a tendance à transformer l’espace où se trouve la boite à ordures en décharge urbaine», explique le membre de l’UTC. Environ 85% des déchets produits dans l’aire métropolitaine auraient dû être transportés vers la décharge de Truitier. Le SMCRS en est incapable, malgré la disponibilité d’environ 800 manœuvres disséminés à travers les rues de la capitale. Des arriérés de paiement Le SMCRS a été incapable d’honorer ses engagements salariaux auprès de son personnel. Il en résulta deux semaines de grève et de manifestation. Les arriérés de paiement, affectant les cadres, les travailleurs et les contractuels, sont à l’origine du récent débrayage. Selon les informations recueillies, cet arrêt de travail a été observé pendant 4 mois. Un membre de l’administration du SMCRS s’explique : « On manquait de fonds.. Ce qui explique pourquoi on ne pouvait honorer nos engagements envers nos employés pendant ces quatre derniers mois. Finalement, on a pu trouver les ressources qui nous ont permis de payer trois mois d’arriérés de salaire. Maintenant, il s’agit pour le SMCRS de se mettre à jour avec le personnel ». Les activités ayant repris timidement au SMCRS,mais tous ne sont pas satisfais. Julsaint Emond, un contractuel, s’est retrouvé dans une situation encore plus corsée. Le SMCRS lui doit 6 mois de travail. Il besognait comme opérateur au Champ de Mars. « Je travaille depuis 6 mois comme opérateur pour le SMCRS. 6 mois sans salaires. Je veux mon argent». Des responsables du SMCRS affirment qu’il n’y a pas un horaire spécifique pour la collecte des déchets. Le ramassage, informent- ils, se fait en « temps utile », prioritairement dans « les zones où les détritus ne peuvent pas rester trop longtemps ». Une approche improductive Et pourtant, sans désemparer, comme pour conjurer le mauvais sort, le SMCRS accumule les initiatives, les unes aussi stériles que les autres. La première sera baptisée « Opération coup-de- poing ». Elle visera le centre-ville de Port-au-Prince. « Opération ville propre » suivra, pour une meilleure collecte des détritus dans l’aire métropolitaine. L’objectif préalablement défini ne sera pas atteint. Imperturbable, comme pour exorciser le malin, une autre initiative voit le jour qui se contentera de l’« enlèvement porte- à-porte ». La méthode consiste, selon les responsables du SMCRS, à passer dans chaque zone à des points fixes « pour simplifier le travail des travailleurs ». Peine perdue. Des détritus sont enlevés, tant bien que mal, mais ils sont vite remplacés. Le pro- blème reste entier. Alors cette structure spécifiquement métro- politaine se cherche une exten- sion de territoire dans le départe- ment du Nord sous le nom de « Branche du nord du “SMCRS », une entité « strictement autonome » placée sous la tutelle de la direc- tion générale du SMCRS. Dans les autres communes, ses services de voirie assurent la collecte des rési- dus solides. Hormis ces incursions dans les rues de certaines mairies, le SMCRS prend l’initiative de la constitution du … « syndicat » des municipalités de l’Ouest. Les ser- vices de voirie de huit communes du pays sont désormais sous son contrôle. C’était prévisible « (…) Il nous faut anticiper sur la dégradation accélérée des autres zones du pays et de les doter dès aujourd’hui d’un mécanisme performant de gestion des déchets afin que les nouveaux pôles de développement en construction dans le Nord du pays et le long de la frontière ne se retrouvent pas confrontés aux mêmes aléas que la région métropolitaine de Port- au-Prince » avait en effet déclaré l’ingénieur Jean Donald Paraison, directeur général du SMCRS, lors de la cérémonie d’ouverture d’un Colloque national sur les résidus solides le 3 mai 2012 à Port-au- Prince. Chose dite, chose faite. Parait- il. Quoiqu’il en soit, le directeur général du SMCRS état à l’époque convaincu de l’importance de la création d’un organisme regroupant notamment les mairies, le Service métropolitain de collecte des résidus solides, le Ministère de la santé publique et de la population pour la gestion des résidus en Haïti. « Ces institutions, avait-il plaidé, auraient pour mission d’édicter des règles de dispositions des déchets pour les ménages, le collecteur et le traiteur dans le pays ». Et il suggère l’élaboration d’un code national de gestion des déchets garantissant « une bonne manutention des résidus en accord avec les règles d’hygiènes et le respect de l’environnement ». Evidemment, il faudrait l’adoption d’une loi spécifiant le regroupe- ment des communes en vue d’atténuer la rivalité existant entre certaines mairies et certains dirige- ants du SMCRS relative à la défini- tion des champs de compétences de chaque entité (AlterPresse 2012). Mais le plus important reste la question de solvabilité de l’institution. Diverses contraintes majeures sont liées à la gestion des déchets, notamment un budget nettement insuffisant. COLLECTEETTRAITEMENTDESDÉCHETS
  11. 11. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 11 ÉCONOMIE les créanciers veulent (encore) plus de réformesSources : latribune.fr avec Reuters GRÈCE L'ONU promet près de 3,4 milliards de dollars pour combattre Ebola Sources : lesechos.fr L es ministres des Finances de la zone euro ont donné à la Grèce jusqu’à mercredi pour faire voter des lois et des réformes, condition préalable à l’ouverture de négociations sur un nouveau plan d’aide, a annoncé dimanche le min- istre finlandais Alexander Stubb. Le plan d’aide a été estimé entre 82 et 86 milliards d’euros. Les partenaires européens de la Grèce ont demandé dimanche 12 juillet au gouvernement grec d’améliorer ses propositions de réformes et de prouver sa bonne foi en adoptant vite de premières mesures, lors de la reprise des négociations sur un troisième plan d’aide. La France ainsi que les experts des « institutions » -Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international- ont donné un premier avis favorable vendredi. « Il y a une très bonne proposition sur la table (...) mais qui a une conditionnalité élevée, sur trois points », a déclaré le ministre fin- landais Alexander Stubb. Et de détailler : « Un, l’adoption de lois d’ici le 15 juillet. Deux, des conditions dures sur par exemple les réformes du marché du travail ou des retraites, la TVA ou les impôts. Trois, des mesures sévères aussi sur par exemple les privatisations ». Les ministres des Finances de la zone euro ont donné à la Grèce jusqu’à mercredi pour faire voter des lois et des réformes, condition préalable à l’ouverture de négocia- tions sur un nouveau plan d’aide. Plus de 80 milliards d’euros d’aide Un éventuel nouveau programme d’aide à la Grèce est évalué entre 82 et 86 milliards d’euros, selon le document final de l’Eurogroupe, dont l’AFP a obtenu copie, et qui va maintenant être examiné par les chefs d’État et de gouverne- ment, également réunis à Brux- elles. « L’Eurogroupe prend note du fait qu’un eventuel programme aurait besoin de financements compris entre 82 et 86 milliards d’euros (...). L’Eurogroupe invite les institutions (Commission euro- péenne, FMI, BCE, ndlr) à explor- er les possibilités de réduire cette enveloppe » par la fiscalité ou les privatisations, selon ce document. Plus tôt dans la journée, le sommet des chefs d’État et de gouverne- ment de l’Union européenne a été annulé afin de dégager l’agenda des 19 dirigeants de la monnaie unique. Incertitude totale et manque de confiance De nombreux pays estiment que le gouvernement du Premier minis- tre Alexis Tsipras ne dispose pas de la crédibilité nécessaire pour enclencher le processus formel d’un nouveau plan de sauvetage, même si le parlement grec a approuvé samedi un programme de réforme proche de celui pro- posé par les créanciers et rejeté par référendum en Grèce. « Le principal obstacle pour aller de l’avant est le manque de confi- ance », a déclaré à son arrivée à l’Eurogroupe le ministre italien des Finances, Pier Carlo Padoan. Même au sein de la Commission européenne, des avis divergents s’expriment, entre optimisme et pessimisme. Dans ces conditions, les dirigeants de la zone euro pourraient report- er encore d’une semaine leur prise de décision sur un nouveau plan d’aide, laissant la Grèce, au bord de l’effondrement économique et financier, dans l’expectative. De nombreuses questions restent par ailleurs en suspens, comme le montant de l’aide dont la Grèce aura besoin pour faire la jonc- tion entre ses besoins financiers immédiats et l’adoption du nou- veau plan, qui prendra au moins quelques semaines . Les dernières propositions du gouvernement grec sont pour l’heure loin d’être Photo: REUTERS/Stringer/Pool E nviron 3,4 milliards de dol- lars (trois milliards d’euros) de promesses de dons ont été faites vendredi aux Nations unies pour aider le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée à se débarrasser du virus Ebola et à reconstruire leurs systèmes de santé. Les Nations unies avaient chiffré à 3,2 milliards de dollars les besoins des trois pays pour leurs plans de reconstruction sur les deux années à venir. Helen Clark, responsable du Programme de développe- ment des Nations unies (PNUD), a précisé que les promesses de vendredi portaient à plus de cinq milliards de dollars le total des sommes allouées pour l’instant, ce qu’elle a décrit comme « un grand départ». Les premiers cas d’Ebola sont apparus en Guinée en décembre 2013. L’épidémie de fièvre hémorragique a fait plus de 11.200 morts en Afrique de l’Ouest. Le virus est réapparu au Liberia la semaine dernière. Le pays avait été déclaré libéré du virus il y a près de deux mois. La Guinée et la Sierra Leone sont toujours aux prises avec le virus. Les principales promesses de dons viennent du Royaume-Uni (381 millions de dollars), des Etats-Unis (266 millions) et de l’Allemagne (220 millions). La Banque mondiale a promis 650 millions, l’Union européenne 500 millions d’euros, la Banque africaine de développement 745 millions et la Banque islamique de développement 360 millions.
  12. 12. 12 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ÉCONOMIE TRANSPORTINTERNATIONAL Panama / Nicaragua : bientôt un conflit de canaux ? Sources : opinion-internationale.com En juin dernier, des manifestations ont eu lieu à Juigalpa, dans le centre du Nicaragua, pour exiger l’arrêt du chantier du canal du Nicaragua, qui a débuté le 22 décembre dernier. Ce projet de canal interocéanique suscite de vifs désaccords et mécontentements au sein de la société nicaraguayenne. C ette réalisation, portée par le groupe chinois HKND (Hong- Kong Nicaragua Develop- ment), viendrait porter directement concurrence à celui du Panama, achevé en 1914 mais qui fait l’objet aujourd’hui de travaux d’agrandissement, qui devraient s’achever en 2016. Le projet d’un canal au Nicaragua, suscite à l’heure actuelle de vives protestations dans la société civile nicaraguayenne. Ce débat ne date pas d’hier puisqu’au début du 19ème siècle, la question de la construction d’un canal en Amérique centrale se posait entre les Américains et les Français. Petit éclairage historique C’est Napoléon III qui, le premier, a l’idée de construire un canal en Amérique centrale. En 1879, un Congrès a lieu pour savoir où ce dernier allait être construit. Deux options s’offraient alors : le Nicaragua et le Panama. Les Américains le souhaitent au Nicaragua tandis que les Français, par l’intermédiaire de Ferdinand de Lesseps, diplomate et entrepreneur, ayant participé à la construction du canal de Suez, le veulent au Panama, pour avoir un canal au niveau de la mer. En 1880, les travaux du canal commencent à Panama. Dès lors, quelques problèmes techniques et sanitaires se posent : difficultés pour creuser la montagne, rivière présentant des crues dont le niveau peut varier de dix mètres lors d’une averse, maladies qui commencent à apparaître : fièvre jaune, malaria, etc. Le projet de Lesseps s’avère être un échec et les Américains, qui défendaient le canal au Nicaragua, se réjouissent de cet insuccès. De 1890 à 1900, ils n’ont eu de cesse d’élaborer des plans pour ériger le canal au Nicaragua. En 1902, ces derniers présentent leur projet : le canal traverserait le lac Nicaragua. Mais Philippe Bunau-Varilla, ingénieur français, met la pression sur les Etats-Unis pour les convaincre de ne pas construire le canal au Nicaragua. Ses arguments? Le Nicaragua est un pays sismique avec la présence de la plaque tectonique caraïbe à proximité. Pour lui, les travaux du canal de Panama doivent être poursuivis mais pas selon les plans de Lesseps d’un canal au niveau de la mer. Il défend la construction d’un canal à écluses. En 1903, il négocie le traité de Hay-Bunau- Varilla, qui donne aux États-Unis la concession du canal de Panama. En 1914, la construction des deux écluses du canal est achevée. Chaque écluse peut laisser passer des bateaux de 30 mètres de large sur 300 mètres de long (format Panamax). En 1999, les Etats- Unis concèdent la propriété du canal au Panama. Mais les écluses de 1914 sont vieilles et limitent le passage des bateaux, au seul format Panamax, qui devient au fil des ans un peu trop réducteur, compte tenu de l’augmentation du flux commercial international. Alors que le canal du Panama s’agrandit, un autre se construit au Nicaragua En 2006, la décision d’agran- dissement du canal de Panama est approuvée par référendum. L’objectif est de modifier le système d’écluses côté Pacifique et Atlantique en créant une troisième voie d’écluse, de 50 mètres sur 450, qui viendrait en renfort des deux déjà existantes et qui permettrait de laisser circuler des bateaux chargés de 12.000 conteneurs chacun, contre 4.400 conteneurs par bateau actuellement. Ces écluses plus grandes seront aussi plus économiques en eau puisqu’elles compteront des réservoirs d’eau. Les travaux d’agrandissement, qui devaient être terminés cette année (2015), s’éternisent, notamment à cause de plusieurs grèves d’ouvriers qui exigent des augmentations de salaires, en avril et mai 2014, et qui ont freiné la bonne avancée de l’ouvrage. Parallèlement, le gouvernement nicaraguayen, dirigé par Daniel Ortega, annonce le 14 juin 2013 la construction d’un canal au Nicaragua, suite à l’approbation, par le Parlement nicaraguayen, de la proposition portée par le consortium chinois HKND (Hong- Kong Nicaragua Development). La concession, d’une durée renouvelable de cinquante ans, est accordée au groupe chinois pour la construction, le développement et la gestion du canal, d’une longueur prévue de 280 km pour un coût total estimé à 50 milliards de dollars. Son dirigeant, M. Wang Jing, aurait fait fortune dans les télécommunications et sa fortune personnelle s’établirait, selon Forbes, à 9 millions de dollars. Le projet du canal au Nicaragua fait-il un flop ? A la signature du contrat en juin 2013, cependant, le trajet du canal n’est même pas défini, parmi cinq ou six possibles. Puis entre 2013 et 2014, les plans ne cessent de changer : d’abord le gouvernement nicaraguayen et HKND retiennent un tracé qui part de Brito, au sud- ouest du pays, pour prendre fin à Venado Island (sud-est du pays, route 3 sur la carte ci-dessus). Mais cet itinéraire présente un problème majeur : le lac du Nicaragua se situe dans une vallée encaissée et les écluses prévues se trouveraient trop en amont par rapport au lac, ce seraient donc elles qui alimenteraient le lac en eau au lieu d’être fournies en eau par ce dernier ! Non viable, ce plan est abandonné, et le 8 juillet 2014, c’est finalement la route 4 (carte ci-dessus) qui est sélectionnée : le point de départ reste inchangé : ce sera Brito. De là, il est prévu de traverser le lac, de creuser la montagne et de sortir par un système d’écluses à Punta Gorda, en créant un lac artificiel. Un peu plus d’un an plus tard, le 22 décembre 2014, les travaux de ce nouveau canal d’Amérique centrale débutent. Mais les difficultés rencontrées sont nombreuses et de différente nature : le lac du Nicaragua ne fait que dix mètres de profondeur, ce qui est très juste pour y faire naviguer, dans le futur, de gros bateaux chargés de conteneurs. Ensuite, les volumes d’excavation sont énormes : il faudrait creuser de 200 mètres sur 80 ou 100 kilomètres (l’ensemble des excavations du canal de Panama est de 550 millions de mètres cube. Or, pour le canal du Nicaragua, elles seraient égales à cinq milliards cinq-cent millions, soit dix fois plus qu’au Panama). S’ajoutent aussi des considérations écologiques : la qualité de l’eau des réserves hydrauliques pourrait se dégrader sérieusement et les terrains agricoles pâtir d’un manque d’eau (celle-ci étant utilisée, dans sa plus grande partie, pour le fonctionnement du canal). La sismicité du pays et d’éventuels dysfonctionnements d’exploitation sont aussi pointés du doigt. De sérieuses menaces d’expropriation Depuis le début des travaux, HKND a mené plusieurs prospections de terrain dans les lieux affectés par la construction du canal, menaçant d’expropriation plusieurs habitants et notamment des paysans. Une loi relative au canal, connue comme la loi 840, a même été votée et établit dans son article 12 : « l’expropriation de toute propriété que le concessionnaire Wang Jing juge utile pour le développement du projet ». Genaro Bustos García habite à Río Grande, un petit village près de Brito, et se trouve directement sous menace d’expropriation. « Les Chinois sont venus il y a quelques mois pour prendre des mesures de ma maison. J’avais entendu parler du canal depuis plusieurs années mais il ne s’était jamais passé cela, que ce soient des Chinois qui veulent s’approprier le Nicaragua. Chacun est habitué à vivre où il est né, comment va-t-il aller dans un autre endroit ? Personne n’est d’accord sur le tracé de ce projet et je serais une des nombreuses personnes affectées directement par ce canal, ici à Río Grande ». Comme lui, la majorité de la population nicaraguayenne est opposée à cette réalisation, ainsi que le montrent les récentes manifestations à Juigalpa, dans le centre du pays, où des milliers de Nicaraguayens sont descendus dans les rues pour dire stop à la construction de ce canal interocéanique. D’autant plus que le projet s’avère être de plus grande ampleur que la construction d’un canal, puisque HKND prévoit aussi d’autres sous- projets associés : deux ports, une zone de libre-échange commercial, des stations de vacances, un aéroport, plusieurs routes, une centrale électrique, une usine de ciment, une autre de sidérurgie ainsi que d’autres infrastructures connexes pour « assurer la finition réussie du canal d’ici cinq ans ».
  13. 13. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 13
  14. 14. 14 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ « Aujourd’hui, en Haïti, il y a plus de putes dans les rues que d’élèves dans les écoles », lâche froidement un homme frisant la quarantaine. On les rencontre partout, ces jeunes femmes qui se voient obligées de se prostituer pour gagner leur vie. Elles offrent leur corps, leur sexe à un homme. En retour, elles reçoivent de l’argent. La majeure partie d’entre elles peuvent avoir entre 18 à 28 ans. On ne les rencontre pas sur les trottoirs. Elles sont dans les boîtes de nuit, les restaurants dansant. Elles sont des serveuses. Dans ces espaces qui, parfois, se prolongent sur les trottoirs, elles sont présentes. Leur mission est d’attirer des clients, les inviter à fréquenter le bar, boire de la bière, danser et finir la nuit dans un motel. Cependant, ces femmes ne pensent pas qu’elles se prostituent. Elle s’appelle Katia (nom d’emprunt). Cette jeune femme belle, élégante a un corps de rêve. Elle habite à Delmas 65 à l’intérieur. Les après- midi, elle doit se faire belle et désirable avant de se rendre au petit resto-dansant qui se trouve à proximité de Delmas 43. C’est dans cette boite que travaille cette jeune femme de 23 ans depuis le mois de novembre 2014. Elle n’a pas d’enfant. Sa mère fait le commerce du charbon de bois. Son père est mort quant elle a eu quinze ans. Un jour, une amie lui a proposé de travailler dans un resto-dansant. Elle a accepté. Depuis, Katia est serveuse dans cette boite. Sa principale mission est d’inviter les clients à consommer davantage. Le sourire et l’accueil qu’elle réserve à ceux qui fréquentent le bar est une invitation à consommer plus que de raison. « La bière se vend ici à 50 gourdes. Sur chaque bouteille vendue, je gagne cinq gourdes. À la fin du mois, le patron les comptabilise. En fin de compte, mon salaire peut varier entre 1000 et 2500 gourdes. C’est peu ! Mais, je me débrouille avec », raconte la jeune femme avec une facilité d’expression. Certaines fois, Katia rencontre des clientsmasculinsquil’invitentàleur table, question de siroter quelques bières ensemble, faciliter l’accès à une danse en toute intimité dans un coin du bar aménagé à cet effet. Un coin où l’on ne peut même pas voir les yeux de la cavalière, où le corps à corps devient un hymne à la jouissance. Une entrée en matière. Les prémices ! Fort souvent, c’est au cours de cette danse qu’ils arrivent à bâtir de petits projets pour la nuit. Mais, une fois que le client devient un habitué de la boîte, ce n’est plus la peine de suivre toutes ces étapes. Un coup de téléphone suffit et la jeune femme peut retrouver son complice à un autre point de rencontre. Katia, quant à elle, semble avoir un seul discours pour tous les jeunes hommes qui mordent à l’hameçon et qui n’ont pas peur de dire les choses comme elles sont. « Je ne suis pas une marchandise », se contente-t-elle de dire gentiment sans les envoyer promener pour autant. C’est peut-être pour elle une technique pour changer ou modifier la perception que les gars pouvaient avoir d’elle à première vue. Pourtant, elle est prête à tout. Il revient à ses clients, des gentlemen, de savoir quoi faire d’elle pour la nuit. « Tous les hommes, qui fréquentent cette boîte, ont tendance à me considérer comme une pute. Je ne le suis pas. Je n’aime pas les hommes qui me considèrent comme un objet de plaisir. Cela peut arriver qu’un homme me plaise et m’invite à me plier à ses caprices. Dépendamment de sa générosité, il peut me donner 250 ou 500 gourdes le lendemain. Il m’arrive de recevoir un « Hyppolite » aussi. Ainsi, je vois claire ma journée », confie Katia ouvertement. Le temps d’un échange de 30 minutes, cette serveuse a déjà grillé une dizaine de cigarettes et bu six bières. Alors que, d’après Katia, les autres filles du bar font du va-et- vient, accueillent d’autres clients qui arrivent, font le contrôle avec leur patron. À environ deux minutes de marche, un autre espace, en plein air, est ouvert. Une paire de speakers « low vega » propulse des centaines de décibels. Dans cet espace, se trouvent, en grande partie, des femmes qui portent des uniformes. Des fois, elles portent du jaune et blanc et/ou du rouge et blanc. Cela dépendra du jour de la semaine. C’est là que travaille Sandra depuis trois mois. Elle n’a pas froid aux yeux. « Je sais pourquoi je suis venue ici. C’est mon travail. Plus il y a d’hommes, plus c’est avantageux pour moi. Je reçois des pourboires et d’intéressantes propositions. Je dois vivre et prendre soin de mes deux filles », martèle cette jeune femme frisant la vingtaine dans un éclat de rire complice. Ils sont majoritairement des hommes, de tout âge, à fréquenter ces types d’endroit. Bon nombre d’entre eux sont mariés, divorcés, pères de famille qui fuient la monotonie de la vie de couple. Certains viennent pour se défouler, vider les frustrations de la journée. D’ordinaire, fidèles à ce rendez- vous, ils viennent vers dix heures du soir. « Dans ces boîtes, on ne vient pas avec sa nana. Se denye le a mwen vin fè la, bwè yon ti gwog epi pran yon ti plezi san pesonn pa deranje m. Si je ne fréquentais pas ces espaces, j’aurais déjà perdu les pédales », raconte un homme à qui on a demandé les nouvelles de sa femme. Le propriétaire du premier restaurant, quant à lui, avoue qu’il recrute des serveuses. Mais, précise- t-il, il faut qu’elles soient jeunes et belles. « Sinon nous n’aurons pas de clients », explique-t-il sous couvert de l’anonymat. Il a, par ailleurs, fait savoir que les hommes fréquentent l’espace parce que les filles sont très courtoises et accueillantes. « Nous leur faisons cette exigence », explique-t-il. « Cependant, nous n’avons pas le droit de leur dire quoi faire de leur vie et leurs corps. Il suffit qu’elles respectent notre entente », arguant le propriétaire du resto-dansant. Ces types d’espace pullulent à travers toutes les rues de la capitale. On les trouve à Carrefour, à Pétion- ville, à Canapé-vert à Clercine et à la Grand-Rue. Sur la route de Delmas, ils sont légion. Du haut au bas Delmas, sur les bords des trottoirs, on les retrouve. Les serveuses, dans ces boîtes, outre leur beauté, leur charme et leur élégance, ont la misère en commun ; le quotidien à assurer ; un parent qui ne peut pas répondre à leurs besoins primaires ; un enfant qu’elles élèvent seules et à qui elles doivent donner quelque chose à manger à son réveil. En outre, elles pratiquent le mysticisme pour s’attirer plus de clients. Une tendance qui, selon Katia, les porte à la violence entre elles. Quand cela arrive, explique le propriétaire du premier resto- dansant rencontré, je les renvoie. « Ca ternie l’image de ma boîte », déclare-t-il. Serveuses, boîtes de nuit et prostitution !par Joe Antoine Jn-Baptiste HAÏTISOCIÉTÉ/PROSTITUTION/BOITESDENUIT Les boîtes de nuit poussent comme des champignons dans le pays. Avec elles, une autre forme de prostitution s’installe. Des jeunes femmes, belles et élégantes y travaillent comme serveuses. À la tombée de la nuit, elles deviennent la proie des mâles en flamme. Elles peuvent passer la nuit ou vivre un « moment » avec eux. C’est pour elle une façon d’assurer leur quotidien et de ne pas crever de faim. Une pratique qui, de jour en jour, prend de l’ampleur dans le pays.
  15. 15. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 15 SOCIÉTÉ « Quel est le plus grand supermarché de la capitale ? ». Certains ont dû, au moins pour une fois, entendre cette question. Selon les gens, la réponse est bien « Croix des Bossales ». « C’est le seul endroit à Port-au-Prince où l’on peut trouver tout ce que l’on veut ». Des produits cosmétiques. Des produits alimentaires. Et aussi des vêtements. Toutes sortes de vêtements. Pour toutes les occasions. Une visite à « sou pay » en convaincra quiconque. Cette partie de « Croix des Bossales » est faite exclusivement pour le commerce des fripes. Sous des prélarts ou des toiles étendues attachées à des pieux pour contrecarrer le soleil, sous des galeries de dépôts…les marchands (hommes et femmes) étalent leurs commerces, attendant que le bon Dieu ou les « Ginen » fassent le miracle du jour : leur offrir une bonne vente. Leurs piles de « pèpè » bien étalées devant eux, ils attendent les acheteurs. Ces derniers ne peuvent même pas circuler avec aisance au marché. La très grande quantité de gens qui côtoient ces lieux, rend difficile toute circulation. Comme le nom du marché le précise, beaucoup de commerçants déposent leurs marchandises sur d’immenses montagnes de déchets existant de part et d’autre. Devant chaque marchand(e), les « pèpè » s’arrangent suivant leurs prix. Les plus chers sont étendus de sorte que tout le monde les aperçoive. Les moins chers sont empilés par terre sur un morceau de toile. D’autres, encore moins chers, sont liquidés par les marchands. « 25 goud ou mete, 25 goud ou mete », entend-t’on. Ou bien : « triye pou 10 goud ». Ou encore : « ak cinq goud ou abiye, vin bese triye ». Ou mieux, avec un peu d’humour : « se tisina m ye m pa konn fè komès, m bay yo a cinq goud ». Une marchande explique pourquoi les gens fréquentent tant ce marché : « peyi a pa gen kòb, kòm isi a nou pa nan kenbe pri, tout moun vin la a ». Et pourtant, cette zone serait très dangereuse. « Depi yon moun frape avè m, mwen panse m pèdi kòb mwen, epi se lèm kite mache a m anpè », proteste un jeune garçon qui vient s’acheter ses « swag » à « sou pay ». Des revendeurs viennent également acheter à « sou pay ». Ils achètent les vêtements pour ensuite les refermer avant d’aller les distribuer dans tous les « marchés-trottoirs » de la capitale. Ils ne paient pas beaucoup pour cela. « Kòm mwen achte an gwo, mwen ka achte kèk mayo oubyen chemiz deux pou cinq goud aprè sam bay fèmen yo a 10 oubyen 15 goud », raconte un revendeur. Il vend ses vêtements près du stade Silvio Cator. Black est l’un des couturiers de la cité des fripes de « Sou pay ». Il est dans ce métier depuis plusieurs années. « Moun yo renmen travay nan menm paske m koul », explique-il. Il connait le gout de tous les jeunes, surtout en matière de skinny. « Depi tijèn lan parèt m gentan konn kijan l’ap renmen poum fèmen rad la pou li », ajoute- il. Il pourrait travailler chez lui, mais il préfère se rendre à « sou pay ». Bien qu’il y ait plusieurs dizaines d’autres tailleurs en ce lieu. « Chak moun gen kliyan pa yo », explique- t-il. À regarder le flot de personnes qui viennent acheter des vêtements à « sou pay » chaque jour, l’on peut s’inquiéter : comment considérer un peuple qui s’oublie à se vêtir de restes à ce niveau ? Pourquoi utilise-t-on à ce point les vêtements importés en Haïti ? Quelle est, in fine, la valeur d’un peuple qui se vêtit dans la poubelle des étrangers ? « Sou pay » : la cité des « pèpè »par Ritzamarum Zétrenne HAÏTI/COMMERCEINFORMEL « Sou pay » représente le lieu de la région métropolitaine où le commerce des fripes est le plus actif. C’est un lieu très fréquenté par les acheteurs qui y trouvent des vêtements à des prix dérisoires et mieux qu’ailleurs. Toutefois, cette affluence de gens vers cet endroit, trahirait, entre autres, un état pathétique et misérable du peuple haïtien qui vit de restes. Des marchands qui exposent leurs produits à la Saline. « Jereçoisaumoinsunecentaine de « j’aime » pour chaque « pic » que je poste sur mon mur. Je ne suis pas Rihana, mais je sens que je suis belle grâce à cela », avoue Katia (nom d’emprunt). Elle est âgée de 16 ans. Elle s’est inscrite sur Facebook sous le conseil de ses amies. Elle en est ravie, car grâce à ce « réseau social », elle peut dissiper ses moments de chagrin. À questionner le psychologue Abraham Maslow, sur les raisons portant les jeunes à affluer vers les réseaux sociaux, il nous répond- rait assurément comme suit : les besoins humains sont divisés en cinq catégories hiérarchisées : les besoins physiologiques comme besoin de base ; le besoin de sécu- rité ; et les besoins sociaux répartis en besoin d’appartenance, besoin d’estime de soi et enfin besoin d’accomplissement de soi. Maslow définit le besoin d’estime de soi comme celui de sentir que l’on est une personne compétente et utile qui mérite le respect des autres. Cela dit, tout en se basant sur la pyramide des besoins de Maslow, l’on comprend que l’insatisfaction de ce besoin (le besoin d’estime de soi), empêchera l’individu d’atteindre son accomplissement personnel. Aussi y a-t-il ce vide ressenti par l’individu, lorsqu’un besoin n’est pas satisfait, qu’il cherche, à tout prix, à combler. L’affluence sur les réseaux sociaux serait donc une quête de satisfaction à ce besoin. Un autre jeune raconte : « quand je poste une photo, je n’attends qu’une chose : des « j’aime ». Je reste connecté jusqu’à ce que je commence à trouver ces « j’aime »». C’est un jeune adolescent. S’il reçoit les « j’aime » qu’il cherche, il est en paix. Mais quand il n’y a pas de « j’aime » : « je me sens toujours mal quand on n’aime pas l’un de mes pics. C’est comme dire que je suis moche », ajoute-t-il d’un sérieux indubitable. Les « like » « facebookiens », ou d’Instagram, n’ont pas toujours le même poids pour la personne « likée ». Katia nous en dit plus : « s’il n’y a que mes proches à aimer ma photo. Cela me parait insignifi- ant ». Mais si ce sont des ami(e) s qui ne sont que virtuels, le geste compte beaucoup. Par ailleurs, le poids de ces « likes » dépend égale- ment, apparemment, du sexe. Notre jeune adolescent nous a expliqué : « ça ne me sert à rien que l’un de mes potes aiment ma photo. J’aime les « like » provenant des filles ». Katia ne voit pas les choses autrement. « Je préfère que des garçons aiment mes pics », exprime la fillette. Donc, un « like » a plus de force quand il vient d’un ami du sexe opposé. Ils visitent Facebook chaque jour. Ils postent des photos, des statuts… ils cherchent, ainsi, des « j’aime ». Car, selon Aaron Bleiberg et Harry Leubling, on est ce qu’on pense que les autres pensent de nous : « je ne suis pas ce que je pense être. Je ne suis pas ce que vous pensez que je suis. Je suis ce que je pense que vous pensez de moi ». « Likez-moi et je m'estimerai »par Ritzamarum ZETRENNE HAÏTISOCIÉTÉ/RÉSEAUSOCIAUX De nos jours, les jeunes sont très présents sur les réseaux sociaux. Ils partagent chaque moment de leur vie avec des amis virtuels de qui ils attendent un « j’aime » ou un « commentaire ». La montée du web social ou web 2.0, apparemment, crée un carrefour où tout le monde cherche de l’estime personnelle. Et on en trouve, on dirait.
  16. 16. 16 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ D epuis le mois de novem- bre 2014, dans une cor- respondance, les étudiants finissants de la faculté d’Ethnologie ont formulé une requête au décanat en vue de placer leur demande de stage. Ils ont également exigé la publication des dispositions normatives ayant créé cette faculté en 1942. Dispositions qui prévoyaient un stage obligatoire à la fin du cycle d’études. Une pétition a été écrite et signée par environ 500 étudiants et soumise au rectorat de l’université d’État d’Haïti, à la Primature. Objectif de cette pétition : forcer le décanat à agréer leur demande. « Toutes les démarches n’ont eu aucune suite favorable », ont expliqué les protesta- taires. Fort de cela, ils ont dû, dans un premier temps, organiser un sit-in en mars 2015. Après le sit-in et au cours d’une rencontre entre les protesta- taires et les responsables de la faculté, en mars 2015, il a été convenu que les étudiants pouvaient « immatriculer » pour le cours de stage. Une autre ren- contre devrait suivre pour finaliser le processus. Les responsables ne se sont pas présentés. Après deux mois d’attente, les étudiants ont repris leur mouvement de protestation, ce lundi 6 juillet 2015. Leur mouvement suit un rythme progressif. Certains étudiants ont siégé dans les locaux de la faculté. Du lundi à jeudi, ils ont procédé successivement à la fermeture du bâtiment logeant la bibliothèque, du bureau du doyen, de la barrière donnant accès à la cour de la faculté et aussi, à le fermeture de l’immeuble logeant l’administration de le faculté. Selon l’un des initiateurs, ce mouvement ne prendra fin que si les revendications seront satisfaites. Suite à cette phase de radicalisation qui semble provoquer l’inquiétude du personnel administratif, un responsable a été nommé en vue de permettre à deux cents étudiants finissants de réaliser leur stage. Et la mise en place d’un processus de dialogue a été annoncée afin de faciliter la reprise des cours et le fonctionnement de la faculté. Selon les déclarations de certains étudiants, leur revendication est légitime. Ils ont par ailleurs fait savoir que les ressources humaines formées dans les différentes entités de l’UEH ne sont jamais mises au service de la population qui finance leurs études. Ils croient que, face à la violence scolaire, la prostitution scolaire, l’alcoolisme et les autres formes de déviance scolaire, les étudiants finissants pourraient mieux remplir la fonction de l’édupol. D’autres qui ne cachaient pas leurs inquiétudes et leur colère croient que les autorités auraient du mettre sur pied un plan de stage opérationnel et permanent pour les étudiants finissants de toutes les entités de l’UEH. Ce qui aurait pu rendre effective la fonction sociale de cette institution d’enseignement universitaire. « L’admission à l’UEH doit nécessaire s’achever à la fin du cycle d’étude par l’insertion des étudiants sur le marché de l’emploi », affirmait un étudiant qui pensent que ses camarades universitaires sont des potentielles victimes de la marginalisation et de l’exclusion de la société pour laquelle ils sont formés. S’ils n’arrivent pas à respecter leur de devoir de redevance, ont-ils laissé entendre, c’est parce qu’aucune politique d’intégration n’a jamais été pensée par les autorités étatiques. Les protestataires prévoient de médiatiser, sous peu, leur mouvement pour inviter toutes les couches de la population à sympathiser à leur sort, si les responsables tardent à satisfaire leurs revendications. « Si l’on ne peut pas prévoir l’issue de ce mouvement revendicatif, nous devons quand même espérer qu’une suite favorable à tous, sera envisagé dans le plus bref délai », ont-ils fait savoir. Nouveau vent de revendication à la faculté d'Ethnologiepar CHERISCLER Evens HAÏTISOCIÉTÉ/REVENDICATION/UEH Après la grève du 20 mai du personnel administratif qui a paralysé les différentes entités de l’université d’État d’Haïti et qui a pris fin sans que les revendications n’aient été satisfaites, des étudiants de la faculté d’Ethnologie ont repris, le lundi 16 juillet 2015, un mouvement de protestation qu’ils ont entamé depuis novembre 2014 et dont l’issue reste imprévisible.
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  18. 18. 18 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 CULTURE Festival Libérez la parolePar Carl-Henry PIERRE 6 h 45 p. m., 11 juillet 2015. On est au centre PEN- Haïti ou la maison des Écrivains. La quatrième Edition du Fes- tival « Libérez la parole », en hom- mage au journaliste Jean Dominique, s’apprête à débuter. À Thomassin, rue souvenir, il fait froid. Au lieu du festival, tout est éclats de rire, petits câlins, poignées de main et embras- sades. Tout est partage de parole. La familiarité est patente et le tête-à-tête ne dit pas encore son nom. Les gens parlent entre eux comme si parler leur était le dernier des actes face à la mort. L’atmosphère est d’une spéciale commodité. Les musiques qu’on passe : racine, rap français, jazz, etc, ne dépassent pas le décibel. J’ai vu des récupérations, des fleurs de toutes les couleurs, des peintures dont je constate une en face de moi qui, apparemment, est de type Basquiat. Les trempées : rouges passions, randonnées, nuit blanche, che- mins acides et filles d’Anjouan, vous disent : « Buvez-moi sans modération aucune. » Les lumières au creux des fleurs font penser à un certain clair-obscur, et là où on est, après avoir escaladé les neuf marches de l’escalier, on n’a l’impression que le ciel n’est pas loin. L’écrivain Jean-Euphèle Milcé, responsable du centre PEN-Haïti, est le premier à toucher le micro. Il fait brièvement l’inventaire du festival, parle d’une vingtaine d’écrivains d’ici ou d’ailleurs qui gagneront le kiosque de cette activité de liberté de parole. Le quota des livres de publication en créole. Le côté assez spécial et protocolaire de l’activité. Il cite certaines villes de province, telles que les Cayes, Jacmel, Gonaïves et Petit-Goâve, qui auront à libérer les mots. On est le 11 juillet 2015 et, un jour avant, c’était la décennie du kidnapping du journaliste Jacques Roche, le 10 juillet 2005, qui allait occasionner sa mort le 15 juillet de la même année. Milcé invite le slameur Tondreau dans un slam qui s’intitule « Bienvenue ». Dans cette parole slameuse, il dit être celui qui invoquera les quatre saisons pour en avoir de la raison. Le slam pour lui est l’art des sentiments qui brillent dans notre pensée. Et l’écrivain René Philoctète, mort depuis deux décennies, était aussi au rendez-vous avec la voix du poète Coutechève Lavoie Aupont, déclamant son poème titré « Térophagie ». Quand Jean Dominique se fait témoignage Jean Dominique était une per- sonne connue, a dit Jean-Euphèle. Sur ces bouts de mots, il invite monsieur Roody ÉDMÉ à témoign- er. Ce dernier a été au bureau du journaliste, pas longtemps avant sa mort. Jean n’avait jamais peur de la mort, a-t-il déclaré. Mais il avait plutôt peur de la mort des siens. Il refusait qu’on lui dise comment se comporter, car il n’était plus un petit garçon. Monsieur Roody ÉDMÉE termine pour dire que Jean Dominique était générosité jusqu’à la mort. « J’ai aimé Jean Léopold Domi- nique. Je l’ai rencontré en 1991, après le retour d’Aristide », a témoigné l’écrivaine Emmelie Prophète. Il était rentré en Haïti pour mettre sur pied la Radio Haïti-Inter. J’avais émission deux fois par semaine, samedi et dimanche. Il aimait ma voix et m’appelait après chaque émission. On échangeait des idées. C’est ainsi que j’ai remarqué qu’on aimait les mêmes choses : la litté- rature, l’opéra… Notre amour pour Marcel Proust, Daniel Pennac, Maria Callas. J’ai fait référence à tout ça dans mon Roman intitulé « Le reste du temps » J’ai aimé de bout en bout son éditorial. J’aime les gens qui dérangent, et jean Dominique était une per- sonne qui dérangeait. Une per- sonne emblématique. C’était un travailleur de la plume. Le festival est d’un super menu De ce samedi 11 juillet au diman- che 19, tout le festival « Libérez la parole » est d’un super menu. Il sera question de spectacles, de projections comme « Le règne de l’impunité, Jacques Roumain ou la passion d’un pays », des con- férences sur des thèmes variés, par exemple, « la dictature et ses mémoires, la banalité du mal, le pouvoir de la censure ». Le paradis, c’est avec les autres « Le bonheur, c’est ici où l’on est, l’enfer c’est ailleurs, et le paradis c’est avec les autres. » « Perdre son chemin, c’est l’occasion d’emprunter un autre. » Autant de phrases qui sonnent comme un grelot d’or et qui vous frap- pent le tympan dans le spectacle de slam animé par l’exemplaire slameur de Béo Montaeu et Chebi, qui gratte la guitare avec efferves- cence. Leurs voix s’accordent pour donner un spectacle où la parole habite tout un espace. Il était au moins six slameurs, pour tuer le temps de silence, à poser leur grain de paroles. Et le public, joyeux comme il n’est pas possible de l’être, était en ébullition. Onze heures sonnent déjà, ça dansait encore dans le lieu. Dans le salon du centre, j’aperçois un petit spectacle de troubadour. Tout un cocktail de plaisir. Pour Béo Monteau, le slam permet un meilleur rapport de l’homme à l’homme et au monde, par où on sort notre malaise d’être... C’était une belle manière de dé- buter ce festival qui fait vœu de libérer la parole et la danse de la censure. La quatrième Edition du Festival « Libérez la parole », en hommage au journaliste Jean Dominique Il faut savoir le direPar Marie-Bénédicte Loze C haque jour, le même défilé reprend. Chaque jour, chaussées de sandales qui leur tiennent à peine aux pieds, elles y vont. Chaque jour, sous le soleil déjà ou encore brûlant, elles s’y rendent. Armées de « bokits », elles parcourent parfois plusieurs kilo- mètres. Puis il faut pomper. Pomper jusqu’à obtenir la quantité limite. La quantité limitée par le volume des contenants qu’il va falloir porter. Porter car il n’y aucune autre possibilité. Et c’est dans la douleur qu’il va falloir le faire. Dans la douleur, car le précieux liquide pèse lourd. Très lourd. Mais il n’y a pour elles aucune autre option. Il faut y aller. Depuis qu’elles sont enfants, les tâches sont ainsi instituées. Et puis, après tout, c’est normal. Tout les prédestinait à cela. Oui, tout ! Leur morphologie surtout. Dotées de muscles et de forces, pleines de puissance, ce rôle ne pouvait que leur incomber. Une telle répartition ne pouvait être que juste. Oui, il est juste que ce soient les femmes qui, chaque jour, se rendent au puits. Et qu’à bout de bras ou sur leur tête, elles portent des litres et des litres. Des litres d’eau même pas potable. Oui, tout cela est normal. D’autant plus que les hommes les aident dans cette tâche en… atten- dant à la maison. Parfois, toutefois, mais assez rarement, avec grandeur d’âme, certains leur viennent en aide et portent des « bokits » qu’un enfant de dix ans pourrait soulever. Mais après tout, c’est normal. Les hommes ne font que respecter l’équilibre des forces que la nature a institué.
  19. 19. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 19 CULTURE J'ai comme un gland dans la têtePar Dangelo Neard (notre envoyé spécial en Europe) Il faut six acteurs sur scène pour que 250 personnes aient la tête changée en gland, en fou rire et en lieu de crimes. Nous sommes à Paris au théâtre des Mathurins et tout ce qu’il y a comme possibilité scénique passe par des stratagèmes et des jeux d’acteurs qui invitent le public à tenir rôle dans un théâtre d’enquête policière. 2 1 h, au 9e arrondissement de Paris, sous un temps dégagé et clair, le soleil cède tranquille- ment le pas aux tentacules de la nuit. À un jet de pierre des grands magasins galeries Lafayette et Le Printemps, dans le hall d’entrée du théâtre des Mathurins ça grouille de monde, ça bavarde, ça s’embrasse et ça appelle des amis pour leur dire que ça commence bientôt et qu’il faut se hâter d’arriver. Et qu’est-ce qui com- mence bientôt ? Dernier coup de cis- eaux. Écrite en 1963 par l’auteur allemand Paul Pörtner, la pièce est au fait une comédie policière interactive. Depuis trente ans qu’on joue cette pièce, quelque neuf millions de spectateurs se sont prêtés à son jeu. Et là, il faut bien le dire comme ça, il y a du jeu. Sur scène, il y a un crime qui est commis. La concertiste Isabelle Zerzni est assassinée. Il s’agit de trouver parmi les comédiens sur scène qui a usé de ses ciseaux pour prendre la vie de la vieille femme. Et comment l’inspecteur de police procède pour reconstituer les faits ? Il interroge le public. Mais il faut bien parler et faire montre d’un esprit logique. Pour la moindre bourde dans son intervention, on peut être rembarré par notre inspecteur qui vit mal ses frustrations personnelles. Et tout le monde y passe. Les enfants, les vieux, tout le monde devient comédien. L’inspecteur, dans son élan, peut carrément vous mettre des gouttes de sa bouteille d’eau au visage. On dira que c’est par inadvertance. Et c’est charmant. Ça nous sort de notre confort de spectateurs. Et tout ceci fait de Dernier coup de ciseaux une pièce originale. La démarche dramaturgique change carrément notre idée du théâtre et qu’est-ce qu’on rit ! On rit de tout son corps. La pièce tourne en dérision les politiques français, mobilise de beaux tours d’esprit, des binettes et joue sur les clichés de la culture française. Le personnage homosexuel aura appuyé fort sur la pédale. Il a mis un bisou droit sur la bouche de l’inspecteur. Oupsss ! Il s’est quand même excusé. Il ne pouvait pas se retenir. Policier ou pas, l’inspecteur a ses zones de charmes. À un moment, quand il s’agit de sortir du grand raisonnement les personnages se regardent et ce qu’on entend c’est : « J’ai comme un gland dans la tête. » Dans la foulée, une vieille dame assise au premier rang s’est carrément vue traiter de « cochonne » par l’inspecteur qui mène l’enquête criminelle. C’était chaud. Il ne faut pas regarder la braguette d’un comédien. Et cette pièce, on ne peut pas arrêter de la regarder, à chaque spectacle, la perspective de culpabilité change et c’est le public, comme grand comédien, qui vote pour désigner le coupable. Si vous passez à Paris pendant l’été, offrez vous « Dernier coup de ciseaux ». Ça mettra une belle atmosphère sur vos maxillaires. Murielle Créations : courage et persévérance !Par Walcam M urielle Leconte est ingé- nieure et styliste de pro- fession. Bien que souf- frant d’un cancer qui la ronge depuis quelques années, elle continue avec la même énergie de faire ce qu’elle fait depuis vingt-cinq ans. Murielle est une femme de cour- age et de persévérance. Avec sa détermination et sa volonté, et avec l’aide de quelques personnes dans le métier, Murielle Créations fait son chemin et se souvient de la première star qu’elle avait habillée pour une présentation à la télévision. C’était Bélo ! Murielle Créations prépare une exposition pour le samedi 18 juillet prochain à l’hôtel Royal Oasis. Seront présents les collègues designer Harry Lafond, David André, Mikaelle Baussan, Daphnée Floréal, Marjorie Alexis, Ruth Michelle Dupoux, Rose Adèle Joachin, Kay Atizan, Francener Badette, etc. Une première étape consiste en une exposition vente, précédée d’un défilé, qui commencera à une heure de l’après-midi et prendra fin à six heures du soir. « Les visiteurs auront la possibilité d’acheter au cours de l’exposition, car les prix seront abordables », confie Murielle. Et la deuxième étape consiste en une soirée avec des artistes de chez nous. Malgré sa maladie, Murielle continue de travailler. « Lorsque vous souffrez d’un cancer, faites semblant qu’il n’existe pas », a-t-elle expliqué tout en confiant qu’elle ne se sent jamais fatiguée et qu’elle continuera de travailler dans la mode et la peinture aussi longtemps que son état de santé le lui permettra. Pendant deux ans, elle avait laissé tomber. Mais elle a décidé de revenir à sa passion parce qu’elle se sentait trop seule. Pas de famille, pas d’amis. Seule, entourée de malades, elle a retrouvé la vraie thérapie. À présent, Murielle Leconte prépare la célébration des vingt- cinq ans d’existence de Murielle Créations avec des mannequins venus de la République dominicaine qui offrent leur support. Un grand show sera offert par des artistes de renom que Murielle avait habillés dans le passé et qui veulent rendre la réciprocité à cette grande dame de la mode. Les artistes Bélo, BIC, Rutchelle Guillaume, Jean Jean Roosevelt, Harry Juste, Fabrice Rouzier, Anie Alerte, Miu, les écoles de danse de Vivianne Gauthier, d’Harry Polycard seront là pour donner un gros cadeau à Murielle Créations. Compliments, Murielle, tu le mérites pour ton courage et ta persévérance. Dieu sera à tes côtés pour t’aider à t’en sortir. Une scène de la pièce « Dernier coup de ciseaux ». Murielle Leconte

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