La ville de Romeà l’époque des Julio-Claudiens : Caligula,             Claude et Néron,      d’après les Œuvres de Sénèque...
Université des Lettres, Langues et Sciences Humaines             d’ORLEANS-LA-SOURCE               Maîtrise d’Histoire anc...
Au terme de ce travail, je tiens à remercier Madame Cels Saint-Hilaire,professeur émérite d’Histoire ancienne à la faculté...
ABREVIATIONS DES REFERENCESCons. à Mar.   AD MARCIAM CONSOLATIONES         Consolation à MarciaCol.           DE IRA      ...
SOMMAIRE                                                                               Pages :Introduction                ...
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aurait eu d’un premier mariage : Néron. Claude est par la suite empoisonné, probablementvictime des intrigues d’Agrippine ...
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Lettres de Sénèque sont une correspondance pédagogique où il tente de conjuguer, peu à peu,enseignement doctrinal et appli...
qui cherchent à communiquer un sentiment plus qu’à décrire. L’imaginaire dont elles émanentnourrit le projet philosophique...
Elle considère les œuvres de Sénèque comme des diatribes : chaque oeuvre s’attache à un casparticulier qui en fait cache u...
I.- La perception personnelle de la ville de Rome             Nous abordons en première partie la vision de Sénèque de la ...
A.- Les lieux de contact et d’échange                            1) Les places publiques et leurs édifices : lieux d’activ...
Parmi les monuments du forum, Sénèque mentionne les Rostres dans Ep. 114, 6 :« Voilà celui qui, au tribunal, aux Rostres, ...
théoriquement l’entrée (du forum), à l’endroit où la voie obliquait vers l’ouest, pour se frayerun chemin entre la Regia e...
passages de Sénèque : « on rencontre la vertu au temple, au forum, au Sénat » (V.B. 7, 3).Sénèque est un sénateur mais il ...
« Les basiliques résonnent du bourdonnement des procès » (Col. III, 33, 2). « Ceux contre quiil faut finir par lâcher les ...
14) se situe derrière la basilique Aemilia. Il s’agit d’un édifice qui remonte à la royauté ; « lamaison où habite le roi ...
Plan tiré de P. Grimal, L’Ame Romaine, Perrin, Paris, 1997, en préface.                                  2) La voierie et ...
Parmi les grandes voies, Sénèque en évoque deux : La Via Appia et la Via Latina dansles Questions Naturelles et la Lettre ...
endroit aussi fréquenté même si elle représente une personne importante de l’Histoire deRome.           Les statues de tou...
seruilianum lacum (id enim proscriptionis sullanae spoliarium est) senatorum capita etpassim uagantes »42.             Enf...
publique, que Sénèque ne mentionne pas les statues des empereurs. Il apparaît ainsi, au termede cette première approche, u...
Autre lieu à caractère sacré : la Via Sacra, mentionnée dans Apoc. 12, 1 et Cons. àMar. 16, 2. Le vocable de via s’appliqu...
Autre lieu sacré, sur cette dernière colline, la Casa Romuli (Cons. à Hel. 9, 3 à 5). Ill’évoque en ces termes : « cette m...
droite du Tibre, étant donné que le fleuve constitue une limite naturelle pour le pomoerium.                              ...
immense de tous les dieux » c’est-à-dire le cosmos. Paul Veyne a traduit « municipalesacrum » par culte municipal mais il ...
3) Le Capitole et ses temples : un lieu emblématique          Enfin, il cite le lieu sacré par excellence : le Capitole (C...
Sénèque mentionne aussi le temple de Jupiter, qui dominait la ville où la colline duCapitole était son piédestal.Le Capito...
C’est le temple de Jupiter qui ressort des œuvres de Sénèque61: « le Jupiter adoré parnous au Capitole » (Q.N. II, 65, 1) ...
Un dernier temple, sur l’Arx cette fois-ci, est mentionné dans Q. N. I, préface 7 : c’estle temple de Junon Moneta « livré...
Le plan suivant65, nous permettra de mieux percevoir l’importance numérique destemples à Rome : En 1, on peut voir la basi...
C.- Les monuments et lieux de détente           Nous consacrerons désormais notre étude aux monuments et lieux pour les sp...
promenades (ambulatoires) et des bassins, était à elle seule plus de trois fois supérieure àl’aire libre de l’ancien Forum...
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Mémoire maîtrise

  1. 1. La ville de Romeà l’époque des Julio-Claudiens : Caligula, Claude et Néron, d’après les Œuvres de Sénèque Maîtrise d’Histoire ancienne à l’Université des Lettres, Langues et Sciences Humaines d’ORLEANS-LA-SOURCE Stéphane GIVKOVIC – Juin 2001 1
  2. 2. Université des Lettres, Langues et Sciences Humaines d’ORLEANS-LA-SOURCE Maîtrise d’Histoire ancienne Directeur de maîtrise : Jean-Pierre Guilhembet La ville de Rome à l’époque des Julio-Claudiens : Caligula, Claude et Néron, d’après les Œuvres de Sénèque Stéphane GIVKOVIC – Juin 2001 Illustration de la couverture, la tête pathétique dite « tête de Sénèque », Histoire de l’Art, La grande aventure des trésors du monde, volume 2, n°25, 1977. (Musée national, Naples ; cl. Pucciarelli). 2
  3. 3. Au terme de ce travail, je tiens à remercier Madame Cels Saint-Hilaire,professeur émérite d’Histoire ancienne à la faculté de Lettres, Langueset Sciences Humaines d’ORLEANS-LA-SOURCE, pour le soutienefficace dont elle m’a fait bénéficier pour la rédaction de mon mémoire.Je tiens à remercier plus particulièrement mon directeur de recherche,Monsieur Jean-Pierre Guilhembet, maître de conférence d’Histoireancienne à la faculté de Lettres, Langues et Sciences Humainesd’ORLEANS-LA-SOURCE, qui m’a consacré une partie de son temps,me permettant d’accéder à toutes les informations nécessaires au bondéroulement de ma maîtrise.Enfin, je remercie mes parents ainsi que Jean-Yves Chatel pour leurpatience et leurs précieux conseils. 3
  4. 4. ABREVIATIONS DES REFERENCESCons. à Mar. AD MARCIAM CONSOLATIONES Consolation à MarciaCol. DE IRA La ColèreCons. à Hel. AD HELVIAM CONSOLATIONES Consolation à HelviaCons. à Pol. AD POLYBIUM CONSOLATIONES Consolation à PolybeB.V. DE BREVITATE VITAE La Brièveté de la VieT.An. DE TRANQUILLITATE ANIMI La Tranquillité de l’AmeApoc. APOCOLOCYNTHOSIS L’ApocoloquintoseConst. du S. DE CONSTANTIA SAPIENTIS La Constance du SageClem. DE CLEMENTIA La ClémenceV.B. ou V.H. DE VITA BEATA La Vie HeureuseBfts DE BENEFICIIS Les BienfaitsDe Otio DE OTIO L’OisivetéProv. DE PROVIDENTIA La ProvidenceQ.N. QUAESTIONES NATURALES Les Questions NaturellesEp. AD LUCILIUM EPISTOLA MORALES Les Lettres à Lucilius 4
  5. 5. SOMMAIRE Pages :Introduction 1 à 9I.- La perception personnelle de la ville de Rome 10 A.- Les lieux de contact et d’échange 11 à 21 1) Les places publiques et leurs édifices : lieux d’activité 11 2) La voirie et les décors 17 B.- L’importance des monuments et lieux à caractère sacré 21 à 30 1) Le respect de lieux ancestraux et de leur symbolique 21 2) Les temples : le respect des Dieux 24 3) Le Capitole et ses temples : un lieu emblématique 26 C.- Les monuments et lieux de détente 31 à 41 1) Les trois théâtres du Champ de Mars 31 2) Le bruit du Grand Cirque 33 3) Venatio dans l’Amphithéâtre et Naumachia de Néron 36 4) Les Thermes et les promenades sur le Champ de Mars 38 D.- Le logement : le paradoxe de Rome 41 à 58 1) Les périls des insulae 42 2) La Domus imposante 45 3) Les Horti ou la « ceinture verte » de Rome 48 4) Les Palais impériaux et le Grand Incendie de 64 ap. J.-C. 50II.- La sociologie urbaine de Rome chez Sénèque 58 A.- Les couches populaires de la société romaine 60 à 83 1) La plebs urbana : sordida ou travailleuse ? 60 2) Les servi : une nouvelle perception de cette catégorie 66 3) Les gladiateurs : un modèle de courage 73 4) Les nouveaux citoyens : une catégorie détestée 79 B.- Les couches supérieures : les deux ordres 83 à 95 1) L’Ordo Equester : des négociants 84 2) L’Ordo Senatorius : l’ordre de Sénèque 87 3) La toute puissance du Princeps 91III.- Les comportements, les mœurs des Romains 95 A.- Les nouveaux comportements dans les lieux publics 96 à 112 1) Les loisirs : les lieux pour voir ou être vu 96 a) Les bains publics 96 b) L’évergétisme lors des spectacles : un leurre Les spectacles de suppliciés : une cruauté inhumaine 99 2) L’apparence : luxe et raffinements 104 3) La religion : dévotion ou superstition ? 108 5
  6. 6. B.- Les lieux privés ou le spectacle des vices 112 à 130 1) La chasse aux testaments 113 2) Le luxe ostentatoire à l’intérieur de la domus 114 3) Les bibliothèques personnelles ou la pseudo-culture 118 4) Les repas orgiaques 119 5) L’alimentation : les abus 123 6) La sexualité : dépravation ou modernité ? 128 C.- Le choix de la vie contemplative 130 à 133Conclusion 134 à 136Chronologies problématiques 137Annexe I - 1. Croissance urbaine et espaces verts 138 à 139 - 2. Demeures et jardins 140 - 3. Domus Aurea et son parc 141Annexe II - La Domus Transitoria 142 à 144Annexe III - La Domus Aurea 145 à 150Annexe IV - 1. Programmes publics 151 - 2. Travaux publics sous les Julio-Claudiens 152 à 153Annexe V - 1. Centre monumental de Rome à l’époque augustéenne 154 - 2. La maison d’Auguste au Palatin 154 à 155Annexe VI - Image de la Rome de Sénèque dans l’Apocoloquintose du divin Claude 156Annexe VII - Plan de la Rome de Sénèque 157Annexe VIII - Architecture et innovations 158 à 162Annexe IX - Monuments et lieux de Rome 163 à 172Annexe X - Tableau des références : Partie I 173 à 175 Partie II 175 à 177 Partie III 177 à 180Bibliographie 181 à 188 6
  7. 7. - Introduction - La ville de Rome, à l’époque des empereurs Julio-Claudiens, Caligula, Claude etNéron est celle de tous les superlatifs.Rome est la capitale d’un Empire gigantesque qui correspond au plus haut niveau d’expansionet de développement atteint par la civilisation romaine. C’est également une époquetransitoire. En effet, l’Empire pose des problèmes que les Romains se trouvent dansl’impossibilité de résoudre sur la seule base de leurs valeurs traditionnelles. Les immensesrichesses qui affluent dans la ville modifient radicalement la morale et les coutumes desRomains, bien décidés à vivre pleinement leur nouvelle condition de peuple-roi dans unmonde qui semble désormais pacifié pour toujours. Valeurs traditionnelles et nouvellesvaleurs cohabitent ainsi en un équilibre de plus en plus précaire et contradictoire. Le Haut-Empire (27 av. J.-C. / 192 ap. J.-C.) débute avec la prise du pouvoir parAuguste (Caius Julius Caesar Octavianus Augustus : 27 av. J.-C. / 14 ap. J.-C.) qui instauredésormais un nouveau régime, le Principat, et met fin définitivement à la République.L’Empire résulte de la concentration entre les mains d’Auguste de l’essentiel des pouvoirsrépublicains. La date de naissance de l’Empire, assez controversée, se situerait entre lavictoire décisive d’Octave (fils adoptif de Jules César) sur Marc Antoine à la batailled’Actium (en septembre 31 av. J.-C.) et l’obtention de la puissance tribunitienne et del’Imperium Majus que le Sénat lui accorda en 23 av. J.-C.Le mérite de l’Empereur est d’avoir su imposer cette concentration des pouvoirs quin’annihilait pas la tradition républicaine, mais lui permit d’assurer le retour à l’ordre après undemi-siècle de guerres civiles quasi ininterrompues entre les Imperatores.L’Empire succéda donc à la République et Octave, devenu Auguste, détenant le titre dePrinceps, met en œuvre de nombreuses réformes sociales pour restaurer les traditions moraleset l’intégrité du peuple romain, s’efforce de combattre la licence des mœurs et cherche àrétablir les cultes anciens ; il adapte ainsi Rome à sa nouvelle croissance, encadrant mieux lapopulation urbaine, en instaurant les 14 Régions et en préconisant une politique urbaineconsidérable1. Avec la mise en place du gouvernement impérial, l’histoire de Rome s’identifielargement avec le règne personnel des empereurs.Par lui s’installe la dynastie des Julio-Claudiens qui n’est pas une dynastie de père en fils2. Laquestion successorale fut l’un des points noirs du long règne d’Auguste (ainsi que les règnessuivants), qui perdit successivement tous les prétendants putatifs. La pratique de l’adoptionsystématique de ses dauphins permit cependant de trouver en la personne de Tiberius Julius1 Pour se donner une idée des principales réalisations urbanistiques et architecturales augustéennes, voir L. Richardson Jr., A new topographical dictionary of ancient Rome, John Hopkins University Press, Baltimore Londres, 1992, I-III.2 Comme on peut le voir sur l’arbre généalogique à la fin de l’introduction. 7
  8. 8. Caesar, un successeur déjà expérimenté. Tibère (14-37 ap. J.-C.) transforme la magistrature deson beau-père en institution permanente. Les historiens anciens, interprètes de la haine dessénateurs, l’ont dépeint comme un monstre de débauche et de cruauté mais il semble qu’il aitcontinué à gouverner l’Empire avec fermeté.Suivent les règnes de Caligula (37-41 ap. J.-C.), Claude (41-54 ap. J.-C.) et Néron, le dernierJulio-Claudien (54-68 ap. J.-C.) ; trois empereurs marquant Rome par leurs personnalitésinstables. Le troisième empereur romain3, Caius César Germanicus Caligula (12-41 ap. J.-C.),est le plus jeune fils du général romain Germanicus et le petit-neveu de l’empereur romainTibère. Il est né à Antium et est élevé parmi les soldats, dans un camp de Germanie et doit sonsurnom aux petites chaussures militaires qu’il portait, les « caligae » (petites bottines). Ilsuccède à Tibère en 37 à l’âge de 25 ans. Clément durant les six premiers mois de son règne,il devient un tyran brutal (changement attribué à la maladie). Il dilapide sa fortune enfinançant de coûteux divertissements et des projets de construction audacieux. Il se livre enoutre à toutes sortes d’excès et exactions. Il veut être adoré comme une divinité, entretenantcomme certains dieux des relations incestueuses avec ses sœurs. Il fait tuer de riches citoyenspour confisquer leur fortune et assassine la plupart de ses parents4. En 41, les soldats de lagarde prétorienne complotent contre lui et l’assassinent. Sous son règne, peu de travaux sontentrepris. La résidence impériale du Palatin (Domus Augusta) est agrandie, de nombreusesmaisons sont construites sur les domaines impériaux, récemment annexés. Tibérius Claudius César Augustus Germanicus (10 av. J.-C. / 54 ap. J.-C.) est né àLugdunum. Son père est le frère cadet de Tibère. Claude5 n’occupe aucune charge publiquemajeure jusqu’à 47 ans, âge auquel il devient consul pendant le règne de son neveu, Caligula.Après l’assassinat de ce dernier, Claude est proclamé Empereur par la garde prétorienne quil’impose au Sénat à l’âge de 51 ans. Son règne est marqué par une centralisation accrue dupouvoir. Il affranchit l’administration, renforçant par là son pouvoir au détriment desmagistrats républicains. Il facilite l’accès au Sénat et accorde plus largement le droit de citéaux élites locales. Il renforce les frontières de l’Empire par la conquête des provinces de Judéeet de Thrace, puis de la Bretagne. Toutefois, il se laisse gouverner par sa femme Messaline(Valeria Messalina) et ses affranchis Pallas et Narcisse. En 48, il ordonne l’exécution deMessaline qui l’avait bafoué. Il encourt ensuite la désapprobation publique en épousant en 49,sa nièce, Agrippine la jeune. Celle-ci use de son influence pour l’obliger à déshériter TiberiusClaudius Britannicus, né de son union avec Messaline, afin qu’il adoptât l’enfant qu’elle3 A. Ferril, Caligula, emperor of Rome, Thames and Hudson, London, 1991.4 Cette perception de Caligula est accentuée par le discours sénatorial et les écrits qui nous sont parvenus. Lire R. F. Martin, Les Douze Césars, du mythe à la réalité, Les Belles Lettres, Paris, 1991.5 R. F. Martin, Les paradoxes de l’Empereur Claude, REL, 67, 1989, p.149-162. 8
  9. 9. aurait eu d’un premier mariage : Néron. Claude est par la suite empoisonné, probablementvictime des intrigues d’Agrippine la jeune et de son amant Pallas. Les historiens del’Antiquité le décrivent comme un être négligé et épileptique, ridicule avant même d’accéderau pouvoir, mais oblitèrent volontairement son côté lettré et cultivé.Il a régné plus longtemps que Caligula et, de ce fait, plus de constructions ont été réalisées.L’aménagement des greniers et du port d’Ostie, la consécration de l’Ara Pietatis Augustae (en43), l’Arc, le long de la via Flaminia (en 51), l’Aqua Claudia (achevée en 52). Lucius Domitius Claudius Nero (37-68 ap. J.-C.) est né à Antium. Néron6 est le fils deDomitius Ahenobarbus, aristocrate, et d’Agrippine la jeune. Cette dernière réussit à fairemonter Néron sur le trône, à l’âge de 17 ans ; aidé de Sextus Afranius Burrus, Préfet dePrétoire, il est acclamé par la garde prétorienne puis par le Sénat et devient le dernierEmpereur Julio-Claudien. Sous légide de Burrus et de Sénèque le philosophe, son tuteur,deux personnalités de premier plan qui l’aident à gouverner, les cinq premières années durègne de Néron sont marquées par la modération et la clémence7.Il signe pourtant le début de son règne d’un premier crime, l’assassinat en 55 de Britannicus,qui peut se révéler un dangereux rival. Son programme permet tous les espoirs. Il veut rompreavec la politique centralisatrice de ses prédécesseurs et collaborer avec le Sénat. Il veut mettrefin au régime des femmes et des affranchis. Mais pour réaliser ce programme, il lui fautvaincre deux obstacles de taille : sa mère qui entend gouverner sous son nom et sa proprepersonnalité si trouble. Il réussit à écarter le premier de ces obstacles, en 59, en l’assassinant(trop envahissante), mais succombe devant le second lorsqu’en 62, il renvoie Sénèque (quimanifestait le désir de s’écarter de la vie de cour et de lui), et que Burrus meurt d’un cancer àla gorge. Désormais seul aux commandes, il laisse libre champ à ses envies. Longtempspourtant, il reste populaire car ses crimes ne frappent qu’un cercle restreint et, dansl’ensemble, l’Empire ne souffre guère de la démence croissante de son Empereur. Cependantil va rencontrer progressivement des oppositions. La nature profondément pathologique ducomportement de Néron ne fait aucun doute : débauches variées, sadisme, folie meurtrière(par peur maladive que lui inspirent sa famille, son entourage ou ses opposants). Néronabandonne peu à peu le système du principat pour imposer un despotisme de type oriental, cequi lui vaut l’opposition de plus en plus marquée du Sénat. De plus, ayant besoin d’argentpour financer, outre les besoins habituels pour diriger l’Empire, ses jeux, ses constructions,ses libéralités, il propose une réforme fiscale et rencontre une opposition du Sénat et descitoyens d’Italie. Enfin, lEmpire entre dans la tourmente. La prodigalité néronienne a abouti àla rupture de la Pax Romana. Néron fait de lArménie un État tampon contre les Parthes, mais6 P. Grimal, Le procès de Néron, De Fallois, Paris, 1995.7 G. Achard, Néron, Que sais-je ?, PUF, Paris, 1995. 9
  10. 10. au prix dune guerre coûteuse et sans succès. Des révoltes éclatent en Bretagne (60-61) et enJudée (66-70). En 65, il réussit à déjouer une conjuration fomentée par Caius CalpurniusPison (parmi les victimes : Sénèque et son neveu, l’écrivain Lucain). Le règne tourne alors àla délation et la terreur dans les hautes sphères de Rome sous la férule de l’affranchi Tigellin.En 68, les légions de Gaule et dEspagne, avec lappui de la garde prétorienne, se rebellentcontre Néron ; Vindex, Rufus, puis Galba prétendent au trône. Le Sénat retrouve alors lecourage nécessaire pour déclarer Néron ennemi public, décréter sa mise à mort et reconnaîtreGalba, Empereur. Tigellin fini par quitter Néron, ainsi que ses gardes prétoriens qui passentdans le camp de Galba. Néron, sur le point d’être pris, se donne la mort le 11 juin 68, dans samaison de campagne8. Son règne marque profondément Rome, nous le verrons d’un point de vueurbanistique. Voici ses principales réalisations : le Macellum Magnum sur la colline duCaelius (en 59), l’Arc de Néron sur le Capitole dédicacé en 62, la Domus Transitoria (60-64),les Bains et Gymnasium de Néron (62-64), et enfin la Domus Aurea (64-68), dont Sénèque nevit que le début puisqu’il meurt en 65. Les trois derniers règnes de cette dynastie s’étendent sur trois décennies. Lesmentalités et les mœurs évoluent donc durant cette période mais la ville également.En effet, Rome a connu sous Auguste de nombreux bouleversements. Son règne est doncmarqué par une politique urbaine et des travaux considérables. Il a donné en héritage à sessuccesseurs des bases solides : un monopole impérial, sur le triomphe et l’évergétisme, et unencadrement par une administration nouvelle de la ville et des habitants notamment. LesJulio-Claudiens ont hérité de la cura urbis (charge de la ville). On aperçoit ainsi des signes decontinuité de l’œuvre d’Auguste mais également de nouveaux projets urbanistiques qui s’endétachent. C’est donc cette ville sous ces trois règnes que nous étudierons à travers un regard :celui de Sénèque (le corpus qui nous est parvenu s’étendant sur ces trois règnes). Lucius Annaeus Seneca (4 av. J.-C. / 65 ap. J.-C.) est né à Corduba, en Espagne, auxenvirons de l’ère chrétienne, fils d’Annaeus Seneca, dit Sénèque le père, écrivain latin(Cordoue 55 av. J.-C. / 39 ap. J.-C.). Sénèque9 vient de bonne heure à Rome et il est d’aborddestiné aux études de rhétorique par son père qui veut le pousser vers une carrière publique.Mais le jeune homme est vite attiré par la philosophie et cela de façon passionnée. Laphilosophie, en effet, était sortie des groupuscules de quelques adeptes et avait envahi lesécoles de rhétorique. Elle s’était transformée en prédication morale adressée à un grandnombre d’auditeurs. Sénèque écoute donc les leçons du pythagoricien Sotion, du stoïcienAttale ou du cynique Demetrius. Il mène une vie ascétique mais il tombe malade (il souffre de8 E. Cizek, Néron, Arthème, Fayard, Paris, 1982.9 P. Grimal, Sénèque ou la conscience de l’Empire, Fayard, Paris, 1991. 10
  11. 11. crises de catarrhes opiniâtres, accompagnées de fièvres et d’amaigrissements) et doit bientôtabandonner ce genre de vie. Pour se soigner, il part en Egypte, à Alexandrie, centre d’une vieintellectuelle et religieuse intense. Revenu à Rome en 31 pour y suivre le cursus honorum,sans laisser de côté la philosophie, il lit les maîtres du stoïcisme (Zénon de Cittium, Chrysippede Soles et Posidonius) mais aussi ceux des sectes adverses (Epicure, Aristote,…) et desmodèles littéraires (Horace ou encore Papirius Fabianus). Sénèque devient donc questeurmais, victime d’une intrigue politique, il se fait exiler par Claude (il est accusé d’adultère avecJulia Civilla, la nièce de Claude). Il reste en Corse 8 ans avant qu’Agrippine la jeune lerappelle pour le charger de l’éducation de Néron. Pendant 13 ans, il va mener une vie luxueuse (devenant l’une des plus grosses fortunesde l’époque, estimée à 300 millions de sesterces, selon Tacite)10, cumuler les fonctions d’unhomme bien en cour et celles d’un philosophe stoïcien, concilier la complaisance qu’on exiged’un homme d’Etat et le franc-parler que l’on attend d’un philosophe. Mais après cinq annéesde règne, Sénèque lutte en vain contre l’influence des affranchis et les passions du Prince. Ilse retire de la cour en 62 pour se consacrer entièrement à la philosophie. Néron l’impliquedans la conjuration de Pison et lui envoie l’ordre de mourir. Il s’ouvre les veines dans samaison de campagne le 19 ou 20 avril 65 ap. J.-C. En considérant, dans ses œuvres, ces différentes expériences et influences, nouscomprendrons mieux sa perception d’une ville fascinante pour un être qui n’en est pasoriginaire. Nous suivrons donc ce regard particulier à travers un corpus assez dense et divers,de ce qui nous est parvenu tout du moins.Sénèque a écrit des tragédies, des œuvres philosophiques, des traités scientifiques et unesatire. Nous ne considérerons pas les Tragédies dans leur ensemble pour notre travail. Elles secomposent ainsi : Hercules Furens, Troades, Medea, Phaedra, Phoenissae, Œdipius,Agamemnon, Thyestes, Hercules Oetaeus et Octavia (de Pseudo-Sénèque)11.Sachant qu’il est difficile de déterminer quels sont les rapports et les ressemblances (siassimilation il y a) entre les personnages des tragédies et les protagonistes qui ponctuent la viepolitique à Rome, ainsi que les lieux cités, difficilement assimilables avec ceux qui sontcommuns à tous les Romains. De ce fait nous nous limiterons à un passage de la Phèdre quifait l’éloge de la vie champêtre.Nous étudierons donc plus particulièrement ses œuvres en prose qui comportent : - Trois consolations qui sont des missives publiques : Consolationes adressées adMarciam (fille du sénateur Crémutius Cordus, laquelle a perdu son fils), ad Helviam (sa10 Annales, XIII, 42.11 Cette œuvre n’est peut être pas de Sénèque. C’est une œuvre qui doit dater des premiers Flaviens. Se référer aux Tragédies de Sénèque, tome II, Les Belles Lettres, Paris, 1967. 11
  12. 12. propre mère attristée de le savoir en exil) et ad Polybium (un des ministres affranchis deClaude), pour la mort de son frère.Les consolations sont destinées au public plus qu’à son destinataire nominal afin d’énoncerses affirmations philosophiques mais également pour des intérêts personnels (afin d’êtrerappelé d’exil). Dans les consolations à Helvia et Polybe on ressent que Sénèque a besoin deRome, qu’il n’aime pas la solitude ; il lui fallait agir en haut lieu, diriger des consciences. - Sept dialogues : le De Ira, le De Vita Beata, le De Brevitate Vitae, le De Providentia,le De Constantia Sapientis, le De Tranquillitate Animi et le De Otio.Ce sont des entretiens familiers destinés à un interlocuteur, ils ont la liberté d’allure de laconversation. Sénèque va, au fil de ses dialogues, diffuser sa morale en même temps que sapensée va évoluer et s’affirmer.. La Colère : écrite en exil et destinée certainement à Claude afin d’apaiser sa sentence.. La Vie heureuse : réagissant contre ceux qui l’accusent de bafouer ses principes, c’est-à-direde vanter la pauvreté tout en vivant dans le luxe, de ne pas se conduire comme il le prescrit.. La Brièveté de la vie : un protreptique pour se détourner de la vie intéressée ouinintéressante afin de se convertir, se tourner vers une entreprise spirituelle.. La Providence : sur la façon de supporter les maux qui tombent même sur le juste.. La Constance du Sage : sur la façon de prendre ce qui arrive dans la vie.. La Tranquillité de l’Ame : sur la façon de prendre la bonne résolution pour atteindre unestabilité, une tranquillité de vie.. L’Oisiveté : sur le choix d’une vie. Sénèque distingue ainsi trois genres de vie : active, oisiveet contemplative, la dernière étant celle préconisée pour atteindre la sagesse. - Deux traités : Le De Clementia et le De Beneficiis.. La Clémence : destinée à Néron lors de son avènement sur la bonne façon de régner parrapport aux précédents règnes.. Les Bienfaits : Sénèque veut enseigner à ses contemporains à élever leurs sentiments et àraffiner leurs manières. Sénèque souligne ici le problème des rapports entre l’aristocratie et saclientèle. - Une correspondance : Ad Lucilium Epistulae Morales : 124 lettres nous sontparvenues, les dernières étant perdues. C’est l’œuvre la plus dense et la plus aboutie sur sondiscours philosophique.Dans les lettres à Lucilius, Sénèque joue le rôle d’un véritable directeur de conscience en lesadressant à Lucilius (procurateur de Sicile) qui semble être un épicurien.A l’inverse des Lettres à Atticus de Cicéron qui n’étaient pas destinées à la publication etn’avaient pas un thème assigné, philosophique (Cicéron y parle des nouvelles du jour), les 12
  13. 13. Lettres de Sénèque sont une correspondance pédagogique où il tente de conjuguer, peu à peu,enseignement doctrinal et application quasi immédiate. - Un traité scientifique : Naturales Quaestiones. Les Questions Naturelles sont destraités des problèmes posés à l’esprit humain par la nature, c’est-à-dire par les phénomènesdont il reconnaît l’action sur et sous la surface de la terre, dans l’atmosphère, dans la vie. - Une satire enfin, en marge des autres, est à considérer : l’Apocolocynthosis.Cette « satire ménippée » a longtemps inspiré des doutes au sujet de son auteur mais il semblecependant qu’elle soit de Sénèque12. L’Apocoloquintose du divin Claude ou l’Apokolokyntos,c’est-à-dire « la métamorphose en citrouille » est dirigée contre Claude. En se référant àJ.Cels Saint-Hilaire13 on retrouve les mots « Apothéose » et « coloquinte » si l’on découpe lemot « Apocolocyntose ». C’est la mort violente, obtenue par la coloquinte, d’un prince à quisera bientôt déniée l’apothéose dont Néron et les sénateurs l’avaient d’abord gratifiée. C’estune « désintronisation » de Claude, qui est pour une part bien réelle ; mais c’est tout autantune mort dans « un monde à l’envers ». Sénèque ridiculise sa mort. La virulence haineuse decet ouvrage laisse supposer qu’il a été composé peu de temps après sa mort, c’est-à-dire dansun temps où l’amertume de Sénèque est encore vive. Toutes les œuvres de Sénèque, mise à part la satire tout à fait marginale, sontconsacrées à la direction spirituelle et tournent, en partant de différents points de vues, autourdu même thème fondamental : « le souverain bien » de l’homme, c’est-à-dire dans laperspective stoïcienne, la conduite morale de la vie, donc soulager la souffrance d’autrui parl’application de la médication stoïcienne. Les œuvres se complètent mutuellement et peuventoffrir une image assez riche des idées morales de Sénèque. Plus que l’instruction théorique,c’est en effet le modèle vivant et l’autorité du directeur spirituel qui ont à ses yeux la plusgrande efficacité.Sénèque est profondément stoïcien. M. Armisen-Marchetti14 a noté, en étudiant les images deses œuvres, le soin qu’il met à adapter, repenser et créer une terminologie stoïciennerigoureuse. Sénèque intègre les concepts stoïciens à son monde intérieur, soit que lesconstructions rationnelles prennent appui sur des représentations issues de sa propreimagination, soit au contraire, que son imagination se coule dans les concepts élaborésantérieurement par les fondateurs de la doctrine. Il recourt donc aux images, comme auxprocédés de la rhétorique, pour persuader en vue d’induire une action. Les images tirent leurpersonnalité de la vision d’ensemble que Sénèque se donne du monde, à travers le prisme deson imagination et de sa sensibilité. Ce sont des images « affectives », c’est à dire des images12 Pour en savoir plus sur la satire ménippée, lire M. Bakhtine, La poétique de Dostoïevski, Seuil, Paris, 1970, p. 158-165.13 Histoire d’un Saturnalicius Princeps, Dieux et dépendants dans l’Apocolocyntose du divin Claude, dans Religion et anthropologie de l’esclavage et des formes de dépendance, (p. 179-208), Actes du 20ème colloque du GIREA, Edit. Jacques Annequin et Marguerite Garrido-Hory, 1993.14 Sapientiae facies, étude sur les images de Sénèque, Les Belles Lettres, Paris, 1989, p. 376. 13
  14. 14. qui cherchent à communiquer un sentiment plus qu’à décrire. L’imaginaire dont elles émanentnourrit le projet philosophique et accompagne ou suscite la conversion au stoïcisme. Ce sontdonc les intentions parénétiques de Sénèque, illustrées par des images « affectives », quiseront le support de notre étude sur ses perceptions de Rome. Il puise ses images dans lasociété et les lieux qu’il côtoie au quotidien. Il se révèle cependant avare en précisionstopographiques sur Rome dans son œuvre, faisant, la plupart du temps, des allusions éparsesdans les dialogues. Cette ville est pourtant en mutation, que ce soit avant ou après le grand incendie de 64,sous le règne de Néron. Rome est un éternel chantier selon les témoignages des écrivainsanciens. Malgré l’ampleur des travaux d’Auguste, les règnes de Claude et Néron15 surtout,marquent Rome par d’autres travaux, même s’il y a beaucoup moins de nécessitésd’intervention impériale. Les constructions de Rome ne sont pas forcément toutes desinitiatives du Prince mais sont approuvées par lui. Le règne de Caligula était fait de projetsimportants mais le temps lui a sûrement manqué. Les travaux de Claude sont considérables etnécessaires plutôt que nombreux. Le règne de Néron se divise en deux périodes16 :- avant l’incendie de 64 avec des constructions comme les Thermes, sur le Champ de Mars,ou la Domus Transitoria.- après 64 et ses projets urbanistiques qui se révèlent être des constructions sur une échelleinégalée depuis Auguste, du moins pour le centre de Rome.Manquant de données suffisantes sur l’urbanisme proprement dit, nous serons, par la force deschoses, amenés à plus mentionner la sociologie de la vie urbaine sur laquelle il est plusvolubile. Le travail nous est rendu difficile par le fait que Sénèque ne fait que très peu decommentaires ouverts sur sa vie, sa famille, ses amis ou encore sur les scènes contemporaines,s’attachant ainsi plus en détail au comportement général de ses contemporains. Myriam T. Griffin17 divise le travail de Sénèque en deux parties :- ses œuvres peuvent incorporer la politique de Sénèque comme homme d’Etat, ses penséessur sa propre vie.- ses travaux peuvent, entièrement ou en partie, servir à une fin, au-delà de leur usagedidactique. Certains passages peuvent sous-entendre des commentaires sur les contemporains.Tout son travail doit servir des personnes ou des usages politiques.15 A. Pelletier, L’urbanisme romain sous l’Empire, Picard, Paris, 1982.16 A. Balland, Nova urbs et « neapolis », remarques sur les projets urbanistiques de Néron, MEFR, 77, 1965, p. 349-393.17 Seneca, a Philosopher in Politics, Clarendon, Oxford, 1976, p. 10. 14
  15. 15. Elle considère les œuvres de Sénèque comme des diatribes : chaque oeuvre s’attache à un casparticulier qui en fait cache un cas plus important. En tant que directeur de conscience, ils’attache donc plus aux comportements humains et à leurs dérives. Cela nous amène à nous interroger, dans un premier temps, sur le choix de Sénèqued’évoquer certains aspects architecturaux et monumentaux de cette ville et d’en passer soussilence bien d’autres. Dans un deuxième temps, nous évoquerons d’une part, la manière dont Sénèqueperçoit la société romaine et les rapports hiérarchiques qui la régissent et d’autre part, lejugement résolument critique qu’il porte sur la perversion des mœurs tant sur le plan de la vieprivée que dans le contexte collectif des lieux publics. Enfin cette triple vision (urbanistique, sociologique, comportementale) de Sénèque surla vie à Rome sous les Julio-Claudiens, permettra de comprendre et de donner du sens auxpropositions philosophiques permettant d’atteindre l’idéal humain auquel il aspire. Arbre généalogique extrait de G. Achard, Néron, Que sais-je ?, PUF, Paris, 1995, p. 1. 15
  16. 16. I.- La perception personnelle de la ville de Rome Nous abordons en première partie la vision de Sénèque de la ville de Rome dans ledomaine de l’urbanisme. Ce dernier peut se définir ainsi18 : le souci de l’aménagement del’espace (le plan, le tracé des rues, la place des bâtiments), l’art de bâtir (techniquesarchitecturales) et l’art d’embellir (art architectural et beaux-arts). Ces trois caractéristiques del’urbanisme seront traitées à travers le témoignage du philosophe, en choisissant d’évoquerparticulièrement certains aspects de l’urbanisme.Avant de commencer l’étude proprement dite, il est nécessaire de préciser qu’il s’agit de laperception du philosophe. Cela nécessite un décryptage et une analyse. Chaque passage nepourrait être extirpé du texte sans prendre en compte le contexte, l’époque où il l’écrit, ouencore le sens qu’il veut donner à son œuvre. Cette perception spatiale particulière doit-êtreprise en compte car la géographie mentale de Sénèque ne sera pas révélatrice globalement dela Rome du premier siècle de notre ère. Elle le sera sous certains aspects et c’est cela que nousessaierons de comprendre : le choix de Sénèque d’évoquer ou non certains lieux de Rome,sera le centre de notre étude.Prenons l’exemple d’une étude déjà réalisée. Le décryptage des œuvres de Sénèque est unproblème qui s’est déjà manifesté lors de l’étude de l’Apocoloquintose. En effet J. Cels Saint-Hilaire19 a tenté de saisir, dans cette satire, les différentes allusions de Sénèque aux diverslieux de Rome empruntés par Claude lors de son parcours « infernal ». Seul un lecteur avertipeut saisir toutes les allusions du philosophe de ce « monde à l’envers », ou plutôt de l’imaged’une ville inversée. Nous savons que l’empereur emprunte le parcours triomphal dans le sensinverse et finit son trajet en enfer. Dans cet ouvrage très structuré, chaque mot, chaqueinformation ne prend de sens que dans l’explication globale de la satire. Il en résulte queSénèque nous laisse le choix sur le parcours emprunté par Claude et sur les monumentsdécrits. Toutefois, l’Apocoloquintose, nous l’avons dit en introduction, est à part dans lecorpus de Sénèque. Nous utiliserons cette œuvre comme complément de notre étude, encomparant, lorsque cela sera nécessaire, les monuments ou les lieux. Nous présenterons, de façon énumérative, tout d’abord les places publiques, les voieset leurs décors, puis les monuments à caractère sacré, ensuite les monuments liés auxspectacles et loisirs, et enfin l’habitat.18 Selon J. P. Néraudau et L. Duret, Urbanisme et métamorphoses de la Rome Antique, Les Belles Lettres, Paris, 1983, p. 17.19 Histoire d’un saturnalicius Princeps, Dieux et dépendants dans l’Apocolocynthosis du divin Claude, dans Religion et anthropologie de l‘esclavage et des formes de dépendances, Actes du colloque du GIREA, Edition J. Annequin et M. Garrido-Hory, Besançon, 1993 p. 179-208. 16
  17. 17. A.- Les lieux de contact et d’échange 1) Les places publiques et leurs édifices : lieux d’activités En premier lieu donc nous nous attacherons aux places publiques. Sénèque citefréquemment le Forum dans ses œuvres, un des lieux les plus fréquentés de Rome et où affluela « foule ». En effet, le Forum est la place où s’exercent les activités politiques, judiciaires,économiques et, pour une part, religieuses de la cité. Il est donc un lieu de rencontres, derelations et d’échanges20. On y va pour « servir de caution » (Bfts IV, 39, 3), si l’on a de« gros capitaux » à prêter « à intérêt » (T.An. 8, 5). C’est le lieu où se font de nombreuxprocès (Cons. à Mar. 26, 4). Pour Sénèque le Forum est un « bruyant pêle-mêle » (Ep. 28,6)21. Les Romains s’y rendent pour leurs activités et le « Forum comble » est un vacarmeassourdissant du matin au soir (Cons. à Mar. 26, 4)22. A l’époque du philosophe il existe trois forums23 : le Forum Romanum, le ForumIulium et le Forum Augusti (Col. II, 9, 4 : « tous ces délits auxquels trois forums ne suffisentpas »). Ainsi lorsque Sénèque mentionne le Forum, il est évidemment difficile de déterminerlequel est-ce. Et lorsqu’il parle des « places publiques » ( T.An. 12, 2 : « fora » / Bfts VII, 20,5 : « in quolibet foro ») doit-on comprendre qu’il s’agit de ces trois Fora ? Parfois, cependant,Sénèque distingue l’un d’eux dans certains passages. Il est fait tout d’abord mention duForum de César lorsqu’il parle de Venus Genitrix, dans Questions Naturelles. Evoquant lacomète de 60 ap. J.-C. et faisant référence aux jeux institués par Jules César en l’honneur deVenus Genitrix « diui Iulii ludis Veneris Genetricis circa undecimam horam dici emersit »24.Cette déesse est vénérée dans le temple qui domine toute la place du Forum. Plan d’après G. Fiorani, Studi di Topografia romana, fig 16, p. 97, tiré du Lexicon Topographicum Urbis Romae, tome 2, de Steinby E.M, PL. XXII.20 Voir Annexe IX, monuments et lieux de Rome, p. 163-172, détaillant le forum et les divers lieux mentionnés dans la première partie.21 « Num quid tam turbidum fieri potest quam forum ».22 Cons. à Mar. 26, 4 « nec fora litibus strepere dies perpetuos, nihil in obscuro ».23 Voir Annexe X, occurrences sur le forum, p. 173-180, et les divers lieux mentionnés dans la première partie.24 Q.N. VII, 17, 2 : « émergea vers la onzième heure, le jour des jeux célébrés en l’honneur de Venus Génitrice ». 17
  18. 18. Parmi les monuments du forum, Sénèque mentionne les Rostres dans Ep. 114, 6 :« Voilà celui qui, au tribunal, aux Rostres, en toute réunion officielle ». Les rostresapparaissent également dans Bfts VI, 32, 1 et dans Const. du S. 2, 1. Il semble que Sénèque neparle pas des mêmes rostres dans ces deux dernières références. En effet, il évoque, dans lesBienfaits, l’Empereur Auguste faisant « passer sa loi sur l’adultère » du haut des rostres etdans la Constance du Sage, il fait référence à Caton d’Utique (95-46 av. J.-C.) se faisant hueret rejeter « A Rostris usque ad Arcum Fabianum »25 pour l’empêcher de s’opposer à un projetde loi.Dans la Constance du Sage, l’édifice des rostres date de la république sur le Forum romain.Cependant Sénèque pose ici un problème d’identification. Il peut s’agir des anciens rostres oubien de ceux de César qui sont les mêmes mais déplacés au nord-ouest de l’ancien Forum lorsdes modifications apportées à celui-ci : notamment le Temple de César divinisé devant lequelil avait construit ses propres rostres, distincts des anciens. Une indication cependant nouspermet de déterminer de quels rostres il parle. L’événement narré par Sénèque sur Caton sesitue durant la lutte entre Pompée et César. Les rostres « déplacés » sont inaugurés en 44 av.J.-C., et Caton ainsi que Pompée meurent avant cette date. De ce fait, il doit bien s’agir desanciens rostres républicains. Il est évident que Sénèque n’a pas connu l’ancien emplacementdes Rostres. Il ne faut donc pas s’arrêter sur l’image «géographique » de l’événement maisplutôt sur sa valeur symbolique. Pour lui, plus que la localisation exacte des monuments, ils’agit d’exprimer l’outrage d’un homme illustre jeté des tribunes vers la prison.Sénèque reprend le même événement dans Ep. 14, 13 où Marcus Porcius Cato se fait bafouerdu Forum sous les crachats «le jour où il est mené du Sénat à la prison ». Cela renforce notreidée sur le message de Sénèque : Sénat et Rostres sont un symbole républicain, et Caton parun acte courageux perd ses droits. Sénèque est admirateur de Caton, stoïcien convaincu quis’était fait le champion du Sénat contre Crassus, César et Pompée. Dans le passage de la Constance du Sage, il évoque, nous l’avons vu, l’Arc desFabius26 (Arcum Fabianum). Il délimitait ainsi sur sa longueur le forum romain des rostres àcet Arc. Le monument s’élevait sur la Via Sacra, au nord-est du temple de César et marquait,de ce côté, la limite du Forum proprement dit. Il avait été érigé par Quintus Fabius Maximus,à la suite des victoires remportées en Gaule en 121 av. J.-C. Il ne comportait pas de colonneset tout nous laisse à penser que Sénèque nous induit en erreur quant à l’étymologie de ceterme, il ne devait s’agir que d’un fornix. C’est ce que semble admettre P. Gros27 : « pour quicheminait par la Via Sacra, seule la petite arche du Fornix Fabianus en indiquait25 « Des Rostres jusqu’à l’Arc des Fabius ».26 Représenté à la page 14 à la lettre G sur le plan de M. J. Kardos.27 Aurea Templa, Ecole Française de Rome, Palais Farnèse, Rome, 1976, p. 85. 18
  19. 19. théoriquement l’entrée (du forum), à l’endroit où la voie obliquait vers l’ouest, pour se frayerun chemin entre la Regia et l’Atrium Vestae ». De plus Cicéron28 considère cet arc bienmodeste lorsqu’il évoque Memmius devant se baisser pour passer dessous. P. Gros29 nousdonne un schéma hypothétique de ce fornix : comme on peut le voir, il ne présente aucunedécoration ni ornement que l’on peut rencontrer sur un Arc d’envergure (cf. l’Arc de Titus parexemple).Il est important de préciser pourquoi Sénèque change volontairement le fornix en arcus. SousAuguste on nomme le fornix, arcus, car le premier terme a une connotation péjorative. Lefornix est lié à la prostitution (d’où fornication), car c’était le lieu des rencontres amoureuses.Donc ce « glissement » de vocabulaire n’est pas propre à Sénèque. Pour en revenir aux rostres et finir sur ce sujet, Les Bienfaits (VI, 32, 1) mentionnentpeut-être les rostres inaugurés par Auguste en 29 av. J.-C., dont le nom utilisé sous l’Empireétait Rostra Vetera afin de les distinguer (nous l’avons vu) des Rostra ad Divi Juli : « LeForum et même des Rostres, d’où son père avait fait passer sa loi sur les adultères ». Cepassage des Bienfaits nous reporte à un événement plus récent et les Rostres Vetera dont ilparle sont ceux qu’il voit lorsqu’il se rend sur le Forum, évoquant la fille d’Augustes’adonnant à des mœurs très libres, « en plein centre de Rome ». Sénèque s’offusque de voirque ces lieux républicains, réaménagés par Auguste (donc son père), soient choisis pour lesdébauches qu’il condamne.Reconstitution hypothétique tirée de P. Gros, L’Architecture A titre de comparaison, L’Arc de Titus, (70 ap. J.-C.).Romaine, Les Monuments Publics, Tome I, Picard, Paris, 1996, p. 57. L’Art et l’Homme, Larousse, Paris, 1957, p. 344. A deux pas des Rostres, Sénèque évoque ensuite le Comitium. Dans Ep.104, 33 il parlede la place des Comices : « Le jour de l’échec de sa préture, il (Caton) joue à la paume sur laplace des comices ». On peut rapprocher ce dernier de la Curie, lieu de réunion du Sénat, queSénèque cite régulièrement. Ces deux monuments, deux lieux à forte tradition républicaine, sesituent sur l’ancien Forum. Il est à noter que le Sénat est souvent associé au Forum dans les28 De Oratio. II, 267. C’est une image sur la démesure du personnage.29 L’architecture Romaine, les monuments publics, tome I, Picard, Paris, 1996, p. 57. 19
  20. 20. passages de Sénèque : « on rencontre la vertu au temple, au forum, au Sénat » (V.B. 7, 3).Sénèque est un sénateur mais il ne relate pas la réalité des faits, c’est-à-dire que, sousl’Empire, le Comitium et la Curie ont moins d’importance architecturale et politique. Pièce de 45 av. J.-C., montrant Les Rostres, décorés d’éperons.Reconstitution de la Curie sous Dioclétien, tirée de M. Grant, Issu de The Urban Image of Augustan Rome, p. 72.le Forum Romain, Hachette, Paris, 1971, p 118. Il apparaît enfin que Sénèque mentionne à diverses reprises la vie judiciaire quiremplissait les Forums et les basiliques qui les bordaient (B.V. 12, 1 / Col. III, 33, 2). Il y avaitune multitude de tribunaux dont on peut voir les emplacements hypothétiques sur la cartereprésentés par des points noirs30 :30 Plan de M. J. Kardos, Lieux et lumières de Rome chez Cicéron, L’Harmattan, Paris, 1997. 20
  21. 21. « Les basiliques résonnent du bourdonnement des procès » (Col. III, 33, 2). « Ceux contre quiil faut finir par lâcher les chiens pour les jeter hors de la basilique » (B.V. 12, 1). Il critiqueceux qui abusent des basiliques pour « l’appât du gain ».Les basiliques servaient généralement de tribunal, mais également de bourse aux affaires oude salle de ventes. Si l’on se base sur le Catalogue des Régionnaires, deux basiliques existentà l’époque du philosophe : la Basilique Aemilia (basilique Paulli sur le plan de M. J. Kardos,page précédente), sur le Forum romain et la Basilique Julia à proximité. Ces deux édificesrépublicains sont cités de façon allusive par Sénèque.Dans les Bfts VI, 32, 3 il évoque les rénovations d’Auguste après divers incendies. Lorsqu’ilparle « des reconstructions plus belles que les précédentes », il parle des deux basiliques, en14 av. J.-C., de la Regia sur le Forum et du Temple de la Grande Mère sur le Palatin, en 3 ap.J.-C. On peut voir dans ce passage des Bienfaits, une allusion autobiographique. En effet, sousles noms d’Agrippa et de Mécène doit-on entendre ceux de Burrus et de Sénèque lui-même31.Le philosophe avoue avec amertume que le métier d’ami du prince est impossible. Sénèquedésespère maintenant de Néron et devant les vérités qu’il n’a pu lui dire. En parlant d’Augusteet de ses reconstructions, peut-être peut-on voir une allusion critique aux constructions deNéron.La basilique est représentée ci-dessous à gauche, sur un denier d’argent frappé peu de temps après la restauration de Lépide en 78 av. J.-C.et à droite, sous forme de reconstitution avant le Vème siècle ap. J.-C. (Grant. M, Le Forum Romain, Hachette, Paris, 1971, p. 138). Nous verrons le Temple de Magna Mater (qui se trouve sur le Palatin) ultérieurementet nous finirons notre tour d’horizon de la topographie du Forum par la Regia32, autrebâtiment restauré sous Auguste. La Regia (comme nous pouvons le voir sur le plan à la page31 Bfts. VI, 32, 4 : « Hélas, il n’y a pas lieu de croire qu’Agrippa et Mécène aient souvent pu dire la vérité ; et s’ils avaient vécu plus longtemps, ils auraient été de ceux qui la lui déguisaient. C’est simplement un trait de caractère des rois que de louer le passé pour faire insulte au présent et d’attribuer le mérite de la sincérité à des hommes dont le franc-parler n’est plus à craindre ».32 F. Coarelli, Guide Archéologique de Rome, Hachette, Paris, 1994, p. 63-64. 21
  22. 22. 14) se situe derrière la basilique Aemilia. Il s’agit d’un édifice qui remonte à la royauté ; « lamaison où habite le roi » a gardé une importance sous la République. Pour être tout à fait complet sur les références de Sénèque sur les Fora et afind’introduire la voirie et ses décors, il nous faut nous attarder sur le pavement que lephilosophe évoque dans la Lettre 14, § 18 : ses contemporains usent « le pavé du Forum » à larecherche de l’argent33. Nous savons que dès la république, le Forum est dallé. Il y eutplusieurs réfections de ce dallage, sous César puis sous Auguste, après les incendies (évoquésà la page précédente). Les autres forums étaient également dallés. Rome, ainsi pourvue de trois forums, se trouve dotée d’un centre monumental formépar les deux « places » impériales ajoutées au vieux Forum républicain. Les nouvelles placespubliques où afflue la « foule » qui se bouscule, au grand désarroi de Sénèque, se sontdéveloppées comme des annexes du premier Forum ; en même temps elles ont diminué sonimportance et ont fini par l’éclipser. Sénèque, en citant les monuments précédents qui sont,pour la plupart, symboliques de la République, nous révèle une forme de passéisme qui seconfirmera par la suite. Il est important ici de préciser que les Julio-Claudiens n’ont pasconstruit de Forum et n’ont pas marqué de leur présence le centre de Rome comme l’ont faitleurs prédécesseurs ; le cas de Néron est différent, nous le verrons ultérieurement. Cela peutse comprendre justement par le fait que l’œuvre monumentale de César et surtout d’Augustetraduit l’évidence de leur dessein : la justification et l’affirmation d’une dynastie, à laquelleles Julio-Claudiens s’identifient.Afin d’illustrer nos propos précédents, voici des plans (extraits de J. C. Golvin, L’amphithéâtre Romain, De Boccard, Paris, 1988) du Forumromain (Planche VI) et des forums impériaux (Planche V), ainsi qu’une carte nous permettant de mieux situer les forums étudiés (voir pagesuivante).33 « Dum de incremento cogitat, oblitus est usus ; Rationes accipit, Forum contrerit ». 22
  23. 23. Plan tiré de P. Grimal, L’Ame Romaine, Perrin, Paris, 1997, en préface. 2) La voierie et les décors Lorsque Sénèque évoque les places publiques c’est, pour la plupart du temps, montrercet entassement de personnes qui affluent au centre de Rome. Les rues, qui mènent au centreet donc aux places, sont également un lieu très fréquenté34. Que ce soit comme dans Col. III,35, 5 il parle des « venelles étroites et boueuses » (scabras lutosasque semitas) ou dans Clém.I, 6, 1. Dans « les rues les plus spacieuses », la « foule » s’entasse et se bouscule. En général,les rues sont étroites, tortueuses, souvent en montées et descentes, parfois sales, sans trottoirset sans pavages surtout dans les quartiers pauvres. C’est un lieu de vie. Pendant la journée, lacirculation est complètement chaotique : piétons, cavaliers, litières, chaises à porteurs,chariots avec des matériaux de construction (les seuls autorisés à circuler le jour) se croisent.La nuit, les Romains se barricadent chez eux ; la ville est complètement dans l’obscurité etl’insécurité y règne. De très nombreux chariots approvisionnent Rome de nuit de tout ce quilui est nécessaire, car Jules César leur a interdit de circuler en ville de l’aube jusqu’au coucherdu soleil, afin d’éviter la saturation complète35. De ce fait, si Rome est une ville bruyante lajournée avec ses chantiers incessants, ses ateliers, ses boutiques (Ep. 56, 4), ses rues toujoursenvahies par la foule, cela ne s’améliore pas la nuit et l’insomnie est l’un des plus importantsproblèmes de ses habitants.34 Nous laisserons provisoirement de côté la Via Sacra car nous la traiterons dans la partie sur les lieux sacrés.35 Vivre à Rome,le témoignage de mosaïques, la mosaïque des témoignages, Intoduction, Musée d’Istres, 1994. 23
  24. 24. Parmi les grandes voies, Sénèque en évoque deux : La Via Appia et la Via Latina dansles Questions Naturelles et la Lettre 77. Q.N. I, 2, 1 : « Memoriae proditum est, quo dieUrbem dirrus Augustus Apollonia renersus intranit ». En revenant d’Apollonie, ville dansl’actuelle Albanie, il revenait par la voie Appia. Le deuxième passage évoque un événementsous le règne de Caligula. Ep. 77, 18 : « Caligula passait un jour par la Voie Latine quand ilrencontra un convoi de détenus ». Deux Empereurs empruntant deux des plus grandes voiesromaines.Il est intéressant de mentionner, à titre de comparaison, les deux voies que Sénèque cite dansl’Apocoloquintose dans le chapitre I, § 2 il mentionne la « Voie Appienne, par où l’on sait quele divin Auguste et Tibère César ont passé pour aller chez les dieux ». Lors de la mortd’Auguste à Nola, on procéda à une transuectio. Le cortège funèbre passa par la porte Capènepar la Via Appia. La deuxième voie se trouve au chapitre 13, § 1, lorsqu’il dit « puis, entre leTibre et la voie couverte, il descend aux enfers », il parle de la Via Tecta (Viam Tectam). Ellese situait à l’extrémité nord du Champ de Mars, mais on ne sait pas exactement l’emplace-ment de la « via Tecta »36. On observe que Sénèque n’est pas marqué uniquement par cette houle quotidiennedans les rues de Rome. Certains décors, qui ornent la voie publique, le frappent. Nous savonsque le souci du décor pour la voie publique apparaît avec le pouvoir personnel. Les élémentsnaturels (la verdure et l’eau) et artificiels (l’architecture et la sculpture) ont simultanément,dans la Rome impériale, contribué à créer le décor de la voie publique. Cependant, encore unefois, les décors qu’il retient ne datent pas de l’époque julio-claudienne. Trois types de décorssont à retenir : le fornix, les statues et les fontaines. Le Fornix Fabii tout d’abord que nous avons vu précédemment. C’est un passagevoûté très simple, de dimensions restreintes et de style très sobre, mais selon L. Homo37, il estorné de statues, de bas-reliefs, représentant des boucliers et des trophées, d’armes etd’inscriptions honorifiques, les elogia des Fabii. La statue de Clélie ensuite, située sur la Voie Sacrée. « Dans une ville où l’on apresque fait de Clélie un homme, pour son insigne audace à braver l’ennemi et les flots. Duhaut de sa statue équestre, qui se dresse sur la voie sacrée, l’un des lieux les plus fréquentés deRome, Clélie fait honte aux freluquets qui passent vautrés dans leurs litières d’oser entrer enpareil équipage dans une ville où des femmes même se voient honorer d’un cheval » (Cons. àMar. XVI, 2). Cette description somme toute rare chez Sénèque de l’édifice et de l’endroit oùil se trouve est à noter. Il est évident qu’une statue équestre représentant une femme étaitexceptionnel et cela marque Sénèque. Peut-être cela le choque-t-il qu’elle soit située dans un36 Selon Coarelli, Guide archéologique de Rome, Hachette, Paris, 1994, p. 188 et 250, dénommée Porticus Maximae, à une époque tardive, on doit la reconnaître à travers la parallèle constituée par la via dei giubbonari / Campo dei Fiori / via del Pellegrino actuelle.37 Rome impériale et l’urbanisme dans l’antiquité, Albin Michel, Paris, 1971, p. 453. 24
  25. 25. endroit aussi fréquenté même si elle représente une personne importante de l’Histoire deRome. Les statues de tous ordres, un des éléments décoratifs essentiels de la capitale38, sontextrêmement nombreuses dans la Rome Impériale. L. Homo39, mentionne la statue de Cléliecomme une statue « normale » comparativement aux autres statues des empereurs, desdivinités. Sénèque évoque par ailleurs ces statues de divinité dans Q.N. II, 62, 1. Dans sonchapitre sur la foudre, il parle de celle-ci tombant sur les statues de Jupiter : « la foudretombant sur ses propres statues ». Selon L. Homo toujours40, s’appuyant sur le catalogue desRégionnaires, sur la pente du Capitole, le long du clivus Capitolinus, les Dii Consentes sontau nombre de douze : six Dieux, six Déesses, dont Jupiter41. Sur le Capitole, on dénombretrois statues de Jupiter. Les statues étaient dorées (dei aurei) ou d’ivoire (dei eburnei). Il fait aussi allusion à une autre divinité, Marsyas : il l’évoque dans Bfts VI, 32, 1 ennarrant les débauches de la fille d’Auguste, Julia. Lorsque Sénèque dit, « en plein centre deRome » (in stupra placuisse, ad cottidianum ad Marsyam concursum), il faut comprendrelittéralement « autour de la statue de Marsyas », un lieu cher et familier au citadin. En effet,son nom représentait la liberté des communautés de citoyens, ainsi que la juridiction quigarantissait cette liberté. Mais Sénèque parle d’un incident qui fit scandale. Une nuit, Julia,après une soirée un peu trop animée, alla en joyeuse compagnie, couronner de guirlandes lastatue de Marsyas. Pour finir nous abordons les fontaines. Sénèque précise parfois leur nom : la MetaSudans dans Ep. 56, 4 et la fontaine de Servilius dans Prov. 3, 7 ou bien les évoque de façongénérale, dans Q.N. 3, 13, 2. Les Romains ont toujours eu un goût très vif pour l’eau courante.L’eau ne figure guère, au point de vue décoratif sur la voirie, que sous la forme de fontaines etsurtout de châteaux d’eau ou nymphées. Dans Q.N. III, 13, 2 on peut comprendre queSénèque pense aux fontaines les plus simples, que sont les lacus et salientes.La fontaine de Servilius selon M. J. Kardos se situerait sur le Forum (voir page 14, le plan deM. J. Kardos, lettre E). C’est une des fontaines qui alimentaient Rome en eau vive. Noussavons cependant ce qu’elle représente pour Sénèque : il qualifie de Spolarium (morgue del’amphithéâtre) le Lacus Servilianus, où le dictateur Sylla entreposait les têtes des sénateursassassinés lors de la proscription. Prov. 3, 7 «Videant largum in foro sanguinem et supra38 Par exemple dans Ep. 65, 5, un peu partout dans Rome se trouvaient des statues doryphores (hommes nus portant une lance) et diadumènes (athlètes) copiés de la statuaire grecque de Polyclète.39 Op. Cit., p. 466.40 Op. Cit., p. 464.41 Guide archéologique de Rome, Hachette, Paris, 1994, p.52, ce sont peut-être une version romaine des 12 dieux grecs (dodekatheon) ou bien un groupe de divinités d’origine étrusque. 25
  26. 26. seruilianum lacum (id enim proscriptionis sullanae spoliarium est) senatorum capita etpassim uagantes »42. Enfin et surtout, dans Ep. 56, 4 Sénèque évoque la Meta Sudans, nommée la « bornequi sue » car le mot Meta désigne en latin la borne plus ou moins élevée, souvent de formepyramidale, qui marque le centre d’un carrefour ou l’extrémité de la spina d’un cirque.Quand elle est sudans, c’est-à-dire que l’eau vives’échappe de sa base ou ruisselle sur ses flancs, lameta désigne une fontaine. Il existait beaucoup deces bornes fontaines à Rome.Sénèque cite l’une d’elles dont l’aspect devait res-ter relativement modeste, du moins avant sa réno-vation flavienne. A l’opposé de ces décors, il nousmontre un autre côté de la voirie : le pont Sublicius.Dans Ep.120, 7 il parle de « l’étroit passage dupont » et il relate un événement passé. HoratiusCoclès, qui avait entrepris de barrer à l’ennemiétrusque, l’accès de Rome par l’unique pont sur leTibre de l’époque, se jeta dans ce dernier pour offriraux Dieux sa vie en échange du salut de Rome ; ils’en tira cependant sain et sauf. Dans la Vie Heu-reuse 25, 1 il demande « Transportez-moi au pontSublicius et jetez-moi aux indigents ». Ce plus On peut situer la statue de Marsyas sur le Forumvieux pont de Rome, était le rendez-vous des men- romain, d’après P. Zanker, extrait de P. Gros,diants. Il faut préciser que ce pont à l’origine était L’Architecture Romaine, les Monuments Publics,en bois. Il fut emporté par les eaux et rétabli en Picard, Paris, 1996, Tome I, p. 214.pierre. Ce pont débouchait immédiatement en avaldu pont Aemilius, plus tardif.Donc Sénèque nous apporte sa vision de la voie publique. Ce qu’il retient est une nouvellefois passéiste. Il n’évoque en aucun cas le décor provenant des Julio-Claudiens. Or on sait queles statues sont extrêmement nombreuses dans la Rome impériale. Il faut souligner qu’enraison de leur surabondance même, il y a eu de temps en temps des opérations de déblayage.Il en était de même pour les fontaines très certainement. Un témoignage de Sénèque plusprécis sur le décor de la voierie à son époque et surtout sur sa topographie nous aurait ainsipermis de mieux nous le représenter. Il est à noter, pour conclure sur le décor de la voie42 « Qu’ils voient le forum noyé de sang, la fontaine de Servilius (puisque le proscripteur en a fait son charnier) couronnée des têtes des sénateurs … ». 26
  27. 27. publique, que Sénèque ne mentionne pas les statues des empereurs. Il apparaît ainsi, au termede cette première approche, une importance donnée aux monuments ou lieux républicainsmais aussi au passé fondateur de l’époque archaïque de Rome. Ce constat se confirmera par lasuite. Il semble que ces références dénotent une volonté de la part de Sénèque de manifesterson désaccord avec le régime impérial et sa propagande qui se ressent dans l’urbanisme (parexemple à travers les statues). B.- L’importance des monuments et des lieux à caractère sacréNous avons relevé ce que retient Sénèque des places et des voies publiques ainsi que leursdécors. Il s’agit maintenant d’élargir la vue de Rome et de s’attarder sur les monuments etlieux sacrés. Le sacré a une place importante dans la ville, du fait de ce qu’il représente dansl’imaginaire des Romains, et Sénèque y est très attaché. 1) Le respect des lieux ancestraux et de leur symbolique Sénèque évoque les bois sacrés (Luci) dans Ep. 41, 3 : « Si tu arrives devant une futaieantique d’une hauteur extraordinaire, bois sacré où la multiplication et l’entrelacement desbranches dérobent la vue du ciel, la grandeur des arbres, la solitude du lieu »43. Selon P.Grimal44 les bois sacrés étaient des parcs publics, mais pas comme nous l’entendons, telles lesgrandes promenades qui furent aménagées successivement dans la ville d’après les modèleshellénistiques. Sous l’Empire il ne reste plus beaucoup de ces enclos consacrés aux divinitésd’autrefois. La présence des arbres sacrés rappelait à chaque instant le mythe de la vieilleRome « arcadienne ». C’est autour des bois sacrés de Rome, ou tout du moins des arbresisolés qui en perpétraient le souvenir, que se déroulaient les rites les plus obscurs et les plusarchaïques de la religion. Sous sa forme vraiment « romaine », le bois sacré est un coin deterre intouchable, où les herbes folles sont maîtresses. Un terrain vague qui serait tabou.L’aspect était celui d’un fouillis inextricable. Nous savons que sous l’Empire, ces Lucidisparaissaient progressivement et c’est le Nemus qui se développe. On perçoit la nostalgie deSénèque car il respecte ce côté naturel du bois sacré à l’opposé du Nemus « artificiel » carconçu par l’homme. « Le spectacle impressionnant de cette ombre si épaisse et si continue aumilieu de la libre campagne te feront croire à une divine présence » (Ep. 41, 3).43 « Si tibi occurrerit uetustis arboribus et solitam altitudinem egressis frequens lucus et conspectum caeli ramorum aliorum alios protegentium prouentu summouens, illa proceritas siluae et secretum loci ».44 Les Jardins Romains, Fayard, Paris, 1984, p. 167-175. 27
  28. 28. Autre lieu à caractère sacré : la Via Sacra, mentionnée dans Apoc. 12, 1 et Cons. àMar. 16, 2. Le vocable de via s’appliquait essentiellement aux grandes voies du dehors desenceintes. D’une manière générale, il n’était pas un terme de nomenclature urbaine.On en trouve pourtant par exception dans Rome :La Via Sacra c’est la rue la plus importante et laplus antique du Forum, vieille artère de jonc-tion entre les membres du Septimonium et re-vêtue comme telle d’un caractère religieux. Leparcours de la Via Sacra reste encore un problè-me45. Ce parcours, au début de l’Empire selonF. Coarelli46 (c’est-à-dire avant les bouleverse-ments provoqués par l’incendie de Néron en 64)nous est très précisément décrit par Varron etpar Festus. Ces deux auteurs distinguent un courttronçon (représenté sur le plan), connu commu-nément sous le nom de Via Sacra, et un autreplus long qui allait de l’Arx jusqu’au Sacellumde Strenia, sur les Carinae, zone de passage entrela Velia et l’Esquilin. Le deuxième tronçon n’estpas évoqué ici par Sénèque.Dans l’Apocoloquintose, il cite le parcours triom-phal de Claude « à l’envers », selon J. Cels Saint-Hilaire47. Celui-ci passe par le premier tronçon de la Via Sacra, c’est-à-dire entre la Regia etla Maison du rex sacrorum contigu à l’Atrium Vestae (entre le Forum et le début de lamontée, le clivus, en face du temple de Romulus). Une deuxième fois il évoque la VoieSacrée, dans Cons. à Mar. 16, 2 comme « l’un des lieux les plus fréquentés de Rome »,lorsqu’il parle de la statue équestre de Clélie. Sénèque semble situer la statue de Clélie sur laVia Sacra ; or si l’on observe le plan de J. P. Néraudau et L. Duret48, on remarque qu’elle estsituée sur le Clivus sacer ou clivus palatinus (Equus Cloeliae) qui semble être le tronçon quiprolongeait la Via Sacra, c’est-à-dire la montée sur le Palatin.45 Plan de M. J. Kardos, Lieux et lumières de Rome chez Cicéron, L’Harmattan, Paris, 1997.46 Guide Archéologique de Rome, Hachette, Paris, 1994, p. 62-63.47 Histoire d’un Saturnalicus Princeps, Dieux et dépendants dans l’Apocolocyntose du divin Claude, dans Religion et anthropologie de l’esclavage et des formes de dépendance, Actes du 20ème colloque du GIREA, Edit. Jacques Annequin et Marguerite Garrido-Hory, 1993, p. 187-191.48 Urbanisme et Métamorphoses de la Rome Antique, Les Belles Lettres, Paris, 1983, p. 86. 28
  29. 29. Autre lieu sacré, sur cette dernière colline, la Casa Romuli (Cons. à Hel. 9, 3 à 5). Ill’évoque en ces termes : « cette misérable hutte abrite-t-elle ou non des vertus ? Elle sera plusbelle que tous les temples du monde dès l’instant qu’on verra briller la justice, latempérance… ».Il fait appel à la mémoire des Romains en prenant l’exemple de la « cabane de Romulus ».Peu importe le logis, même sans l’opulence, la vertu de l’homme l’emporte. La Casa Romulipassait pour avoir servi d’habitation à Romulus et les Romains l’entretenaient pieusement.Nous en parlerons dans le sujet sur l’habitat en décrivant l’installation des Empereurs sur lePalatin. Ce dernier est porteur d’une charge religieuse et imaginaire profonde. Là se situe,selon la tradition, la fondation de la ville de Rome. Dernière évocation sacrée, elle aussi ancestrale, le Pomoerium. Il n’a, sous l’Empire,plus guère de signification que religieuse et funéraire ; quelques modifications de son tracéeurent lieu pour l’adapter à la ville. En effet, son extension coïncidait avec l’agrandissementde l’Empire. Sénèque fait référence à l’une de ces extensions dans B.V. 13, 8 : « Montrer dansla même matière, l’inutilité de certains travaux (…) ; que Sylla, le dernier parmi les Romains,agrandit le pomoerium, qui, dans l’ancienne coutume, n’était agrandi qu’après des conquêtesfaites en Italie et jamais sur les provinces. Est-ce plus utile à savoir que la raison pour laquellel’Aventin est en dehors du pomoerium (c’est, affirmait ce docte personnage, ou parce que laplèbe s’y était retirée, ou parce que les auspices, quand Remus les prit, n’avaient pas étéfavorables) et une série de balivernes de ce genre qui sont bourrées de mensonges ou en onttout l’air ? ». Il fait allusion à l’agrandissement de celui-ci sous le règne de Claude, incluantl’Aventin en 49. Nous avons daté49 cette œuvre au printemps 49, si l’on se réfère à P. Grimalou du moins entre 49 et 55, si l’on suit M.T. Griffin. Le témoignage de Sénèque est encoresujet au doute. Cependant, le dédicataire de cette œuvre est Pompeius Paulinus alors préfet del’Annone. Or, celui-ci n’exerçait pas cette fonction en 4850 et ne l’exerçait plus en 5551. Deplus, dans la Brièveté de la Vie il narre ce qu’il a entendu d’un conférencier s’exprimant surl’extension du Pomoerium à l’Aventin. Sénèque n’est plus en exil à ce moment là, et doncl’élément qu’il rapporte se rapproche bien de l’événement en question. Selon L. Homo52 à laseule exception de l’Aventin, resté au dehors, la ligne pomériale coïncidait avec le tracé del’enceinte servienne53. Ainsi l’extension sous Claude a lieu à la suite de la conquête de laBretagne, à l’occasion de la censure de Claude.L’Aventin, désormais inclus dans le pomoerium, tient compte de la réalité urbaine de Rome etde son étendue. L’Empereur ainsi prend en compte les 14 régions d’Auguste hormis la rive49 Voir chronologies problématiques, p. 137.50 Tacite, Annales XI, 31.51 Tacite, Annales XIII, 22.52 Rome impériale et l’urbanisme dans l’antiquité, Albin Michel, Paris, 1971, p. 95. 29
  30. 30. droite du Tibre, étant donné que le fleuve constitue une limite naturelle pour le pomoerium. 2) les temples : le respect des Dieux Après avoir étudié ces différents lieux ou limites sacrés particuliers du fait de leurcaractère fondateur, passons maintenant à ce que les Romains ont édifié, manifestant ainsileur dévotion pour les dieux : les temples. En premier lieu, le Temple de Bellone, que nous trouvons cité dans Clem. I, 12, 2.Sénèque évoque un événement sanglant sous la République où Sylla du « Temple de Bellone(écoutait) la clameur distincte de tous ces milliers de victimes » qu’il faisait massacrer. A côtéde ce temple, se trouvait un Senaculum (comme celui situé immédiatement après la PorteCapena), pour les réunions du Sénat. Peut-être est-ce ce lieu que Sénèque cite par l’épisode deSylla et des sénateurs ? Ensuite le Temple de Castor, sur le Forum Romain, dans la Const. du S. 13, 4 : « Vais-je m’indigner si mon salut ne m’est pas rendu par l’un de ces trafiquants du temple de Castorqui achètent et revendent une ignoble marchandise humaine et dont les boutiques sontbondées d’esclaves de la plus basse espèce ? ».Ce passage nous permet de savoir de quel temple Sénèque parle : il s’agit de celui sur leForum et non celui du Champ de Mars. En effet, dans le temple se trouvait le siège du bureaudes poids et mesures et des comptoirs de banquiers. Il évoque ce siège en s’offusquant devant« ces trafiquants qui achètent et revendent une ignoble marchandise humaine ». Il estimportant de souligner qu’il s’agit du Temple de Castor et Pollux. Sénèque le nomme templede Castor comme la plupart des Romains qui privilégiaient un des deux jumeaux divins.Ainsi, en évoquant ce temple des dieux patrons de la noblesse, les Romains le nommaientTemple des Dioscures ou encore Temple des Castores.Reconstitution tirée de M. Grant,Le Forum Romain, Hachette, Paris,1971, p. 82. Sénèque parle ensuite dans Ep. 90, 28 de « culte municipal ». « Voilà pour quellesinitiations elle nous ouvre non la chapelle de quelque culte municipal, mais le temple53 Reconstruite au IVème siècle sous Camille. 30
  31. 31. immense de tous les dieux » c’est-à-dire le cosmos. Paul Veyne a traduit « municipalesacrum » par culte municipal mais il paraît plus juste de parler de culte vicinal ou encore dequartier de la ville de Rome. Une autre version54 a traduit par « culte provincial ». Ce quipourrait nous faire adopter la traduction de Paul Veyne, c’est la suite du paragraphe.En effet, Sénèque parle du culte des Lares et des Génies (divinités mineures) en ces termes« la nature entière (…) révèle ce que sont les dieux (…), ce que sont les esprits souterrains, ceque sont les Lares et les Génies ». Elles étaient « mineures » par rapport aux grandes divinitésmais avaient une importance pour les habitants des quartiers. C’est Auguste qui rétablit leculte des Lares des carrefours55. Le culte des Lares est contemporain de la création des 14régions urbaines. Auguste avait associé les Lares à son propre génie afin d’assimiler le cultedu peuple au sien. Mais ici, Sénèque ne fait pas référence aux Lares et au Génius Augusti caril emploie le pluriel : « quid lares et genii »56. Il fait donc certainement référence au culteprivé de chaque famille romaine qui avait son génie et ses Lares.Pour toute indication, on trouve deux catégories de chapelles : celles consacrées aux Lares etcelles qui le sont aux autres divinités. Les chapelles consacrées aux Lares étaient désignéessous le nom d’Aedes ou Aediculae Larum. Ces chapelles font partie du décor de la voiepublique. Pour comprendre l’importance et le nombre de ces chapelles ou autels, on peut seréférer au catalogue des Régionnaires du IVème siècle ap. J.-C., qui donne une répartitionsuivant les régions57. Un autre temple ressort du corpus deSénèque. Celui de Magna Mater auquel ilfait allusion au temple dans Bfts. VI, 32, 3.Nous l’avons mentionné précédemment,parmi les « monuments reconstruits en plusbeau » par Auguste. Dans ce temple, le culteétait dédié à la déesse Grande Mère Cybèle,détruit en 3 ap. J.-C., par un incendie et doncreconstruit par Auguste. Ci-dessus, le relief d’un autel julio-claudien décrivant un sacrifice devant la façade du Temple de Magna Mater). Extrait de The Urban Image of Augustan Rome, p. 188.54 Lettres à Lucilius, Tome IV, Les Belles Lettres, Paris, 1971.55 Voir A. Fraschetti, Rome et le Prince, Belin, trad. Fr., Paris, 1994 (1ère éd. 1990).56 Les deux versions traduisent par « les Lares et les Génies ».57 Léon Homo, Rome impériale et l’urbanisme dans l’Antiquité,Albin Michel, Paris, 1971, p. 459-462. 31
  32. 32. 3) Le Capitole et ses temples : un lieu emblématique Enfin, il cite le lieu sacré par excellence : le Capitole (Capitolinus) qui est la pluspetite des collines de Rome, orienté dans le sens nord-est / sud-ouest, formé de deux sommets,le Capitole (Capitolium) et l’Arx, séparés par une dépression, l’Asylum58. Sénèque évoque d’abord la roche tarpéienne. Le Mont Tarpeius est probablement lenom le plus ancien du Capitole et a toujours été attribué à un versant abrupt de la collined’après F. Coarelli59. On situait généralement la roche tarpéienne vers le sud, à la hauteur duthéâtre de Marcellus. Toutefois, les dernières recherches tendent à la situer sur l’Arx, sachantqu’elle était visible du Forum, donc il se peut qu’elle se soit trouvée près du Carcer et desScalae Gemoniae60. Sénèque semble donner raison à cette deuxième théorie évoquant cetteroche à plusieurs reprises. Dans les Bfts VII, 7, 1 il relate un fait passé, parlant de Bion, lephilosophe grec cynique : « Lorsqu’il veut précipiter le monde du haut de la Roche ». DansEp. 14, 5 lorsqu’il écrit : « Représente-toi (…) le croc des gémonies », Sénèque évoque ainsiles escaliers (scalae Gemoniae) qui montaient à l’Arx. Ils correspondent probablement àl’actuel escalier entre le Carcer (prison) et le temple de la Concorde. Ils menaient à la RocheTarpéienne du haut de laquelle on jetait les corps de certains suppliciés particulièrement haïs,pour les abandonner à la foule qui insultait et déchirait leurs restes. Sénèque établit une listedes différents supplices (dont la tunique inflammable qu’on revêtait au corps des condamnésau feu), qu’il condamne comme des inventions de la férocité. Nous le verrons, Sénèque estcontre la mise à mort des suppliciés, notamment lors des spectacles. Plan tiré de Lieux et lumières chez Cicéron, L’Harmattan, Paris, 1997, de M. J. Kardos.58 Selon F. Coarelli, Guide archéologique de Rome, Hachette, Paris, 1994, p. 30.59 Op. Cit., p. 29.60 Op. Cit., p. 30. 32
  33. 33. Sénèque mentionne aussi le temple de Jupiter, qui dominait la ville où la colline duCapitole était son piédestal.Le Capitole est mentionné dans la Constance du Sage et la Consolation à Marcia. Const. duS. 6, 8 : « Sois-en donc convaincu, Serenus, l’homme parfait (…) ne perd rien. Ses trésorssont préservés par une ceinture de remparts robustes et insurmontables. N’y compare pas lesmurs de Babylone (…) ; ni le Capitole et sa citadelle, ils portent les traces de l’ennemi. Lesmurailles qui protègent le sage sont à l’épreuve du feu et des assauts, elles n’ont point debrèches, elles sont immenses, inexpugnables, aussi hautes que les dieux ». Dans Cons. à Mar 13, 1 évoquant l’acte courageux du Pontife Pulvillus : « quiprocédait, la main sur le montant de la porte, à la dédicace du Capitole, quand on lui annonçaque son fils n’était plus ». Décrivant le courage du Pontife qui continue le rôle dû à sa charge,« il récita les formules du rituel », n’interrompit pas ses prières et « continua à invoquer laprotection de Jupiter ». Les Pontifes sont les gardiens de la morale divine et humaine. Ilsveillent sur la pureté de la ville et ont mission de veiller sur l’accomplissement des promessesindividuelles qui ont établi Rome en posture de débitrice envers les puissances divines dontelle a reçu l’assistance : vœux prononcés par des généraux en difficulté, entraînant laconstruction de temples ou l’organisation de jeux. Ainsi ils s’attachent à la rédaction exactedu contrat passé avec le divin et qu’il faut bien légaliser. Ensuite ils veillent à l’exécution.Dans le cas d’un temple, sa consécration réclame des précautions et un cérémonial minutieux.Il procède à la dédicace. Devant tout le collège rassemblé, le Pontife se voile la tête et doitréciter d’un seul trait sans erreur le texte (solemnia uerba) de la dédicace tout en saisissant dela main (manus) le montant de la porte du temple, geste qui symbolise l’entrée en propriété duDieu concerné. Sénèque nous rapporte ici un événement important de Rome. En effet, letemple de Jupiter fut solennellement consacré en 509 av. J.-C. par le consul M. HoratiusPulvillus. L’Etat patricien qui, à cette période, avait remplacé la Royauté, poursuivit l’œuvrede transformation entreprise par les Tarquins au Capitole. A partir de cette dédicace, la viepolitique et religieuse du Capitole prit un nouvel essor.Sur le Capitole se déroulaient certaines manifestations et cérémonies les plus importantes del’Etat romain : sur l’esplanade capitoline, aboutissaient les cortèges triomphaux, se faisaientles cérémonies d’investiture des consuls le 1er janvier et se trouvait l’Aerarium militaire(trésor à partir d’Auguste) à côté du temple d’Ops Opifera. L’Aerarium civil se trouvait dansle temple de Saturne. Le Capitole est un site hautement symbolique et sacré. Cependant, cequi symbolisait le plus le Capitole, était surtout le temple de Jupiter au milieu des autrestemples qui l’environnaient. Dans Ep. 21, 5 Sénèque écrit, à travers une citation de Virgile,« l’inébranlable rocher du Capitole ». 33
  34. 34. C’est le temple de Jupiter qui ressort des œuvres de Sénèque61: « le Jupiter adoré parnous au Capitole » (Q.N. II, 65, 1) ; « le monde entier est le temple des dieux immortels laseule vérité qui convienne à leur grandeur et à leur magnificence ». Cependant le « profane »se distingue du « sacré » : « sur un bout de terrain qui a reçu le titre de sanctuaire, où touteaction n’est pas permise » (Bfts VII, 7, 3). Dans Clem. 19, 9 Sénèque cite les épiclèses du dieude l’Etat romain, le Jupiter du Capitole, « le plus grand », « le meilleur ». Dans Ep. 95, 47Sénèque évoque une pratique superstitieuse. Un fragment d’un traité de Sénèque contre lasuperstition nous apprend que certains dévots exagérés, pour manifester envers les divinitésune soumission d’esclaves, venaient faire devant le temple les gestes d’un esclave, valet dechambre, ou d’une esclave coiffeuse : « défendons de porter les linges et les strigiles à Jupiter,de présenter le miroir à Junon ». Les strigiles sont des racloirs qui permettent de sedébarrasser de l’huile parfumée dont on s’enduisait en guise de savon.Lorsqu’il parle des dévotions envers Jupiter et Junon, il s’agit certainement du même temple :Jupiter, Junon, Minerve, inauguré en 509 av. J.-C., détruit en 83 av. J.-C. par l’incendie etreconstruit en 69 av. J.-C.Dans Ep. 95, 72 et 73 Sénèque fait référence à Tubéron62 qui fit banqueter devant le Capitole(sous la République), selon la coutume, ses collègues sénateurs lors de son festin d’entrée encharge : c’est le repas d’investiture du 1er janvier que nous avons évoqué précédemment (Ep.95, 41).Dans Ep. 110, 14 il dit : « mais un jour de cérémonie, je vis tous les trésors de Rome »décrivant tout ce qu’il a vu finissant par « et tout ce qu’étalait dans une revue générale de sesrichesses, la fortune du peuple-roi ». Or, les biens que la piété des fidèles ou de la citéconsacrent à un dieu dans un sanctuaire public, appartiennent à la cité elle-même. « Lestrésors de Rome » sont ceux qui étaient entassés dans les caves du temple de Jupiter, Junon,Minerve sur le Capitole. Sénèque dit « trésors » de Rome, en ce sens qu’ils sont ce qu’il y ade plus sacré : le trésor de ses dieux. Le temple de Jupiter sur le Capitole était le sanctuaire« national » de la cité-empire qu’était Rome. Ces trésors sont exhibés dans une processiond’actions de grâces (supplications) pour quelques victoires militaires ou pour une naissancedans la famille impériale.Dans Q. N. II, 65, 1 on peut lire « temple de Jupiter adoré par nous sur le Capitole et dans lesautres temples ». Ces autres temples à Rome sont ceux dédiés à Jupiter Liber, Jupiter Stator,Jupiter Victor à l’époque de Sénèque.61 Mentions sur Jupiter dans les dialogues : Bfts VII, 7, 23 / Ep. 110, 14 / Ep. 95, 47 / Ep. 95, 72 et 73 / Q.N. II, 65, 1 / Clem. 19, 9.62 Aelius Quintus Tubero, jurisconsulte romain au Ier siècle av. J.-C. Accusateur de Ligarius, il fur battu par Cicéron (pro Ligario). 34
  35. 35. Un dernier temple, sur l’Arx cette fois-ci, est mentionné dans Q. N. I, préface 7 : c’estle temple de Junon Moneta « livré à la monnaie pour être frappé ». La frappe de la monnaie sefaisait dans un local dépendant de ce temple.Le temple de Junon Moneta (c’est-à-dire « celle qui avertit ») est, selon F. Coarelli63, le plusimportant de ceux qui s’élevaient sur l’Arx, il semble avoir été fondé en 343 av. J.-C. Il estattribué par la tradition à Camille qui l’aurait construit après une victoire sur les Aurunques. Acôté se trouvait l’atelier monétaire d’où le nom de Moneta (monnaie) que nous donnonsaujourd’hui à l’argent. Nous n’en savons pas beaucoup plus car cet atelier fut transféré dans lavallée du Colisée sous Domitien.Ces maquettes, extraites du site www.unicaen.fr, nous permettentde mieux nous représenter le temple de Jupiter dominant le Capitole(ci-dessus à gauche) et le temple de Junon Moneta (à droite).Sénèque nous apparaît une nouvelle fois passéiste, lorsque nous analysons ce qui ressort deses œuvres. Le philosophe masque un aspect de son époque. En effet, bien que les empereursClaude, Caligula et Néron aient pratiqué le culte traditionnel, ils ont utilisé le culte de lapersonnalité, ce qui s’était déjà entrevu avec Auguste. Avec l’Empire, l’image de l’Empereurest accompagnée de celle du divin. Ainsi, chaque empereur a voulu imprégner Rome de cenouveau « culte ». Par exemple, Sénèque ne fait aucune allusion au temple du divin Claude.Ce temple, commencé par son épouse, Agrippine, tout de suite après la mort de l’empereur en54, fut partiellement démoli par Néron lors de la construction de la Domus Aurea. Selon F.Coarelli64, la démolition se limita au temple même, tandis qu’au soubassement fut adossé, surle côté est, un grand nymphée, qui servit de décor de fond monumental à la domus.En conclusion de cette partie, on remarque une nouvelle fois que les divers monuments oulieux cités sont archaïques ou républicains. Sénèque se révèle conservateur dans ses écrits parl’inportance qu’il porte au passé fondateur de la ville de Rome et les références républicainesqui ressortent. Son silence sur son époque pourrait dénoter une désapprobation du pouvoirimpérial et de sa propagande, manifeste à travers le temple du divin Claude.63 Guide archéologique de Rome, Hachette, Paris, 1994, p. 35.64 Op. Cit., p. 118. 35
  36. 36. Le plan suivant65, nous permettra de mieux percevoir l’importance numérique destemples à Rome : En 1, on peut voir la basilique souterraine de la Porta Maggiore ; en 2, letemple de Mars Ultor ; en 3, L’Ara pacis Augustae ; en 4, le temple de Castor et Pollux ; en5, le temple de Cybèle et en 6, peut-être le temple de l’espérance.65 Issu de S. Pressouyre, Rome, Au Fil du Temps, Joel Cuénot, Boulogne 92, 1973, Chapitre VI. 36
  37. 37. C.- Les monuments et lieux de détente Nous consacrerons désormais notre étude aux monuments et lieux pour les spectacles etles loisirs qui, pour la plupart, se situent au Champ de Mars où une importante phase deconstruction a été commencée sous Auguste au centre de la plaine. Nous remarquerons quecet endroit est un lieu où se trouvent une majorité de monuments pour la détente et ledivertissement. 1) Les trois théâtres du Champ de Mars En premier lieu, Sénèque dans V.H. 28, à travers « théâtre et cirque » évoque le plusimportant des divertissements des Romains : les spectacles. Ceux-ci sont variés et sontdiffusés dans divers lieux suivant la forme qu’ils revêtent : cirques, théâtres, amphithéâtres ouencore naumachies. Sous l’Empire, une politique des spectacles s’affirme et se poursuit cons-ciemment. Les spectacles occupent le peuple, ils canalisent les passions des Romains66,dépouillés de leur ancien pouvoir de distribuer « l’imperium, les faisceaux, les légions toutenfin »67. L’Empereur, par là, renforce la fidélité des masses populaires, lors des jeux qu’ilpréside, il communie ainsi avec le public dans les émotions nées du spectacle. Sénèque parle tout d’abord des théâtres : il s’étonne que « dans trois théâtres simul-tanément trois publics attendent » dans Clém. I, 6, 1 (« inqua tribus eodem tempore Theatristres cauiae praestolantur »). Il fait allusion aux théâtres de Pompée, de Balbus et deMarcellus sur le Champ de Mars. Nous remarquerons que le philosophe cite ces monuments,ainsi que les suivants, sans toujours préciser leur nom car les lecteurs de l’époquecomprenaient parfaitement ce à quoi il faisait référence. Sénèque présente comme un signe del’immensité de la ville, l’existence de ces trois théâtres. En indiquant que « dans les troisthéâtres à la fois attendent trois publics au complet », il nous montre l’importance de la placedonnée au divertissement à Rome mais ses propos semblent toutefois exagérés. En effet, lethéatre de Pompée pouvait contenir environ 17.580 places, celui de Balbus, 11.150spectateurs et celui de Marcellus, 20.500 personnes selon le Catalogue des Régionnaires. Cequi fait 49230 spectateurs potentiellement au même moment. Commençons par le plus ancien, Le Theatrum Pompei. Il avait un diamètre de 150 m.Derrière la scène se trouvait un portique de dimensions énormes, environ 180 m sur 135 m :c’était un quadriportique. La surface de la Porticus Pompeiana, occupée par des jardins, des66 J. P. Neraudau et L. Duret, Urbanisme et métamorphoses de la Rome Antique, Les Belles Lettres, Paris, 1983, p. 187.67 Juvénal, Satires X, 9. 37
  38. 38. promenades (ambulatoires) et des bassins, était à elle seule plus de trois fois supérieure àl’aire libre de l’ancien Forum républicain. Maquette de Paul Bigot du Théâtre de Pompée, extraite du site www.unicaen.fr. Le Theatrum Balbi, ensuite, le plus petit des trois théâtres. Le diamètre de l’édificeétait d’environ 90 m. Derrière la scène du théâtre se trouvait un grand portique qui estmentionné seulement dans le catalogue des Régionnaires sous le nom de Crypta Balbi, c’est-à-dire un quadriportique peut être placé sous un portique d’après F. Coarelli68 qui estreprésenté dans les fragments du plan de marbre sévérien comme un espaceapproximativement carré entouré d’un portique.68 Guide Archéologique de Rome, Hachette, Paris, 1994, p. 200. 38

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