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COLLINE HOARAU
Peut-on tout réparer ? (extrait)
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Comment grandit-on quand on a un passé aussi douloureux ?
Peut-on tout réparer ? Les blessures, l’histoire, le passé ?
Personnages :
• Reine-May, Réunionnaise, une vingtaine d’années, adoptée
par un couple de Bretons, Mamm-Gozh et Tad-Kozh – Grand-
mère et Grand-père en breton.
• Léna, du même âge
• Mémé et Pépé, grands-parents réunionnais décédés que
Reine-May évoque régulièrement.
i
À peine rentrée de la Réunion, encore secouée par ce séjour,
Mamm-Gozh me propose de faire la saison des cocos de Paimpol.
Je serais hébergée par une amie. Pourquoi pas ? C’est drôle d’avoir
des champs avec vue sur mer. Aller travailler dans les prés, dans
les Côtes-du-Nord, comme disaient encore les grands-parents,
c’était comme des vacances. Les gens de la terre ne vont pas
souvent à la mer.
Dans le Kreiz Breizh1, on préfère le Finistère pour la mer.
Pourtant, au milieu de la Bretagne, on met autant de temps pour
aller vers le Sud que vers le Nord. Ce sont sans doute les habitudes
anciennes. Mamm-Gozh était travailleuse depuis toujours. Elle
ne changeait pas. « L’oisiveté est mère de tous les vices. » me disait-
elle. C’est drôle, parfois qu’elle sorte ces maximes à la moindre
occasion, fière de ce qu’elle a appris, à l’école ou avec ses parents.
J’aimais ce bon sens, ces phrases construites sur l’expérience.
Je suis toujours partante pour la nature. Et la mer, la mer…
je l’aime tant ! Retrouver l’odeur, ces couleurs changeantes, les
rochers, le mouvement des vagues. Je n’avais jamais vu d’autres «
mers » à part mon Océan Indien. La Méditerranée ne me tentait
pas. Elle me semble plate, sans aucun relief, sans vague. J’aime
travailler avec ce besoin de faire quelque chose d’utile. Surtout,
je déteste rester sans rien faire. Parfois, je m’ennuie à la maison.
Je ne sais pas m’occuper. Je manque, paraît-il, d’esprit d’initiative
1
Centre Bretagne
ii
ou d’idées, tout simplement. Voilà une belle occasion de passer
quelques semaines avec un objectif.
iii
Quand on travaille,
On n’a ni le temps, ni l’occasion
de mûrir des pensées noires ou malsaines.
Mémé récitait souvent Le laboureur et ses enfants.
C’était comme ça, il fallait travailler.
Je l’avais appris et vu.
Je le savais.
Quand vous travaillez, vous êtes quelqu’un de bien pour les
autres.
iv
1
L’autre
H
eureuse de m’accueillir, Lucette, avec ses pommettes
hautes et rosées de Bretonne, me présente comme
une jeune fille courageuse et travailleuse à ses amis
agriculteurs.
– Le ramassage des cocos n’est pas facile, tu sais. Ici, on aime
les plumeurs rapides.
– Les quoi ? Ceux qui ramassent les piz-ram2, répondit-elle
d’un air dédaigneux. Qui ne sait pas ce que c’est qu’un plumeur ?
pensait-elle.
– Je vais faire de mon mieux.
– De toute façon, vous êtes payés au poids, l’air de dire que je
ne gagnerai pas beaucoup.
Elle me prenait sûrement pour une petite frêle et pas très
courageuse avec ma peau brunie. J’avais déjà entendu que les gens
des îles étaient nonchalants et paresseux. Lorsque j’étais arrivée
en Bretagne voilà des années, j’avais entendu un professeur dire
que j’étais lente, mais lente ! Elle avait conclu : « C’est normal.
Elle est des îles. » J’avais été vexée, mais vexée ! Normal, chez
vous, dans les îles, il fait chaud. Vous n’avez pas l’habitude. Toutes
2
En breton, nom donné aux cocos, haricots blancs
1
PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT)
les îles ne se ressemblent pas, et encore moins, les habitants ! Je
vais leur montrer mon énergie et ma volonté.
Comme la fois où le professeur de géographie m’avait demandé
si les terrains étaient grands à la Réunion. J’avais fait une réponse
que je trouvais ridicule avec le recul :
– Ici, il y a la Beauce. À la Réunion, les terrains sont petits.
Il n’y avait pourtant rien de ridicule. C’était vrai. J’étais comme
ça. Peur de dire des bêtises. J’en disais forcément. Cela prenait
pour moi une importance qui ne le méritait pas.
Le ramassage des cocos m’occuperait. C’est drôle ce nom,
sûrement un diminutif de « haricots ». Pour moi, créole, le coco
désignait la noix de coco ou la tête.
Il fait gris pour cette première journée. Le terrain est organisé
par lignes. J’entends des langues étrangères. Des Polonais, me
précise-t-on. Je ne regarde pas autour de moi. Avec son siège
pliable, une jeune fille se met près de moi assez naturellement. Elle
sourit. Elle me semble harmonisée de la tête aux pieds, vous savez,
comme ces personnes que vous trouvez bien faites de partout… !
Ainsi commence une nouvelle relation. Nouvelle parce que je
n’ai jamais construit un tel lien avec une personne. C’est elle qui
est venue à moi. Je n’aurais eu ni envie ni souhait de ce genre de
rapport humain.
C’est un moment que je me rappelle tellement il est surprenant.
Oui, bien étrange que, pour une fois, j’attire quelqu’un qui a envie
de me parler, d’être mon amie, de partager des moments avec
moi.
J’allais enfin expérimenter une relation avec quelqu’un de mon
âge que je ne connaissais pas jusque-là. J’avais bien eu des
camarades de classe, mais personne avec qui partager mes rêves,
mes souvenirs, mes pensées. Et surtout, personne qui eût partagé
cela avec moi. Car c’est cela un ami, n’est-ce pas ?
2
L’AUTRE
Il faut des années – y suis-je arrivée ? – pour comprendre
comment communiquer dans un autre pays. Plus que la langue,
c’est le mode de fonctionnement qui est bizarre. J’étais plus
mutique que bavarde, observant plutôt que parlant pour ne rien
dire d’intéressant. On me trouvait polie, j’étais silencieuse et
discrète, ne voulant pas me faire remarquer.
Je n’ai jamais su quoi dire.
Comment faire la conversation.
Parler pour dire quoi ?
Parfois, je remâchais les paroles échappées de ma tête
et je me trouvais bête.
J’aurais dû dire ci ou ça.
Cela me perturbait longtemps.
J’étais troublée.
Cela ne changeait rien au passé.
Parce qu’on ne peut pas recommencer, revenir au moment
d’avant,
à celui qu’on a raté, pour réparer lorsque la phrase est sortie.
Je me souviens du nom de mes copines lorsque j’étais petite :
Mimose, Rose-May, Rosine, Juliane, Yolène. Je ne les ai entendus
qu’à la Réunion. Certaines avaient un surnom. Pas moi.
Je jouais dans les chemins, à l‘école, aux élastiques de toutes les
couleurs. On fabriquait des cordes à sauter en les assemblant. Je
n’étais pas encore une petite sauvage. C’était mon monde, celui
que je connaissais, dans lequel j’étais l’aise. Je ne savais pas encore
qu’on se sent mieux là où on est né.
Depuis que je vis ici, je ne veux pas échanger ce qui ne s’échange
pas. Qui a envie de ne pas faire envie mais pitié ? Je savais me taire
3
PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT)
mais pas mentir, omettre mais pas dire. Au collège de Gouarec, les
sœurs étaient avenantes, veillant à me sentir entourée. Je pouvais
rester renfermée sur moi-même sans en être gênée. Je me sentais
protégée. Mais nouer une ou des amitiés, j’en étais bien incapable.
Il faut être prêt, s’aimer un peu ou du moins se supporter pour
ouvrir son cœur à d’autres.
Je regardais rarement dans les yeux, pensant qu’on pouvait lire
dans les miens, parfois. On croyait que je gardais de ma vie
réunionnaise ce respect des aînés. Rien à voir. J’évitais. Je ne
savais pas.
Dans un premier temps, c’est moins engageant de parler avec
une inconnue. On peut rentrer chez soi, ne pas la revoir.
Immédiatement, la relation avec la jeune fille se présente bien. Je
l’intrigue, je l’intéresse. Cela tient à peu de choses.
Est-ce la couleur de mes yeux, mes cheveux cognés3, mon
air d’innocente qui l’ont attirée ? Ou peut-être qu’elle avait
simplement envie de parler à quelqu’un.
Je l’aperçois qui me voit. Elle a un regard rieur et franc. Je lui
envie déjà son air positif et chaleureux. Elle inspire confiance. En
fait, je n’y réfléchis même pas. On dit que la première impression
est la plus importante.
– Bonjour, Léna !
Pas de phrases inutiles. Clair et net. J’apprécie.
– Moi, c’est Reine-May en deux mots, avec un tiret entre les
deux.
Je me trouve ridicule en disant cela. J’ai dû tant de fois épeler
mon prénom.
– C’est joli, dit Léna en souriant.
Je me sens mal à l’aise. A-t-on idée de trouver un prénom joli ?
3
Crépus
4
L’AUTRE
Quelle importance ! On n’a pas choisi. C’est le nôtre, qui nous
suit toute notre vie, qu’on traîne avec notre lot de malheurs et
d’espoirs.
– Tu viens d’où ?
Je n’ai jamais su répondre à cette question. Que signifie-t-elle
? Où je suis née ? Où j’habite ? Qui suis-je ? C’est une question
courante en Bretagne, souvent la première :
– Je suis Réunionnaise. J’habite près de Rostrenen, au Centre
Bretagne, dans un petit village, Sainte-Tréphine.
– Ah bon ? Que fais-tu ici ? C’est loin de Paimpol, non ?
Encore une qui ne sait pas où se trouve Rostrenen !
– Je ramasse des cocos ! Évidemment ! dis-je dans un éclat de
rire. Ma vie est toujours compliquée. Comment expliquer que
suite au décès de mon beau-père, les services sociaux m’avaient
envoyée en Bretagne chez Mamm-Gozh et Tad-Kozh pour y vivre
? Avec le temps, habitués à ma présence certainement, ils m’ont
gardée à Sainte-Tréphine. Ils m’ont même adoptée. Je me dis
Réunionnaise de naissance ou Créole et Bretonne d’adoption.
Suis-je prête à répondre aux questions ? Prendre le temps. Je
dois réfléchir avant de dire. Règle Numéro 1.En général, on me
demande :
– Ce n’est pas trop difficile de vivre ici ? Est-ce une question
que je me pose ?
Comme si de vivre dans un lieu paradisiaque, c’était forcément
le paradis. Pour beaucoup de gens, la mer, le soleil et le sable = le
paradis. Ils disent même : « Un endroit paradisiaque. »
Je vivais au présent, en fonction de là où j’étais.
Je n’aime pas la nostalgie.
Même si parfois des odeurs, des fleurs, des sons me ramenaient
à de doux moments de mon enfance.
5
PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT)
J’ai oublié plein de choses qui me faisaient du mal.
Passer son temps à se dire que l’ailleurs est mieux que l’ici,
que ce soit l’époque ou l’endroit, à quoi bon ?
Il y a tellement de raisons d’être mal, inutile d’en chercher.
Avec Léna, la journée est passée sans même que je me rende
compte de la difficulté de la tâche. Une vraie pipelette joyeuse.
Nos repas sont partagés avec générosité et simplicité. Je voyais
bien qu’elle vivait simplement avec une gaieté naturelle.
C’est ainsi que tout commence. Dans un champ de cocos de
Paimpol. À partager la tâche difficile. Arracher les plants. Retirer
les gousses et les mettre dans des bacs. À deux, c’était plus facile
de s’organiser. Léna avait déjà fait une saison. Elle était du coin
et avait la technique. Moi, je n’étais, par nature, pas très rapide
mais davantage concentrée parce que je voulais faire bien, plus
que vite.
Le soir, même exténuée, bizarrement je ne pensais qu’au
lendemain. Ce n’était pas désagréable, cette complicité joyeuse
avec Léna. Je n’ai pas l’habitude de la gaieté. C’est un peu de la
légèreté mêlée à de l’insouciance. Des trucs que je ne connais pas
vraiment. La gravité entoure ma vie depuis si longtemps. Je ne
dois pas souvent sourire. On ne fait pas attention à cela.
C’est un plaisir d’échanger en toute tranquillité. Parler sans
retenue à quelqu’un et surtout sans réfléchir à la façon de le dire
sans peser mots et phrases en permanence. Facile quand le sujet
le permet. Un bonheur nouveau et inexplicable de parler sans
dévoiler ses pensées secrètes mais sans peur d’être jugée.
Je découvre ce que c’est de découvrir quelqu’un, cette curiosité
qui m’anime avec les questions qu’on peut se poser sur l’autre.
Rencontrer quelqu’un qu’on ne connaissait pas avant et se dire
qu’on a envie de le connaître. C’est un début. Je ne pense pas
6
L’AUTRE
encore que c’est une amie. Je suis étonnée et presque contente de
susciter de l’intérêt de la part de cette fille.
Ces jours sont passés à une vitesse incroyable. J’arrivais presque
à un bon rythme pour préparer les caisses de cocos.
Léna habitait à Guingamp. Ce n’était pas si loin de Rostrenen.
Elle était inscrite à l’IFSI pour préparer le concours d’accès à
l’école d’infirmiers.
– Mais, toi aussi, tu pourrais le préparer comme moi. Entre
aide-soignante et infirmière, il n’y a qu’un pas. C’est quand même
plus intéressant, tu ne crois pas ?
Je manquais de confiance en moi. J’essaie d’accéder à ce qui
me paraît facile plutôt qu’au niveau au-dessus. Je sais aussi que
l’infirmière a sans doute plus de soins à faire et surtout plus de
responsabilités. Avoir accès aux médicaments, cela me tentait
bien ; devoir assumer, cela ne me plaisait pas du tout.
– Vas-y ! Appelle-les. Il leur reste des places, j’en suis sûre.
Ces premiers instants, je me les rappelle comme si c’était hier.
Pourquoi est-on en confiance avec certaines personnes ? Léna
avait une assurance que j’enviais. Elle venait d’une famille «
normale », sans drame, avec deux frères et deux sœurs, un père,
une mère, dans une maison néo-bretonne, et la même depuis sa
naissance. Cela faisait du bien d’être avec quelqu’un d’équilibré.
Comment conçoit-on l’avenir quand on a vécu une vie tranquille
? Pour moi, cela semblait reposant, presque réconfortant.
Elle traînait un détachement déconcertant. Quand je comptais
le moindre euro, par habitude, elle, dépensait, pour boire un
verre, acheter des mini-saucissons, une carte pour une amie. Je
regardais, restant à l’écart. Bien sûr que j’avais envie de plein de
choses. Je me les refusais, avec ce souci de manquer. Ceux qui
m’entouraient avaient cette préoccupation permanente de ne pas
7
PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT)
dépenser pour des fantaisies. Je ne savais pas si c’était bien ou
mal. Je respectais ce principe. J’adorais regarder les vitrines, dire
que j’aimais ci ou ça. Cela me suffisait.
Je devenais gênée dès qu’on m’invitait. Je préférais me priver
plutôt que de céder à mes envies. Mon sens du devoir. Léna
préférait le plaisir, immédiat ou programmé.
– Allez, viens, on va manger une glace. Elles sont excellentes,
ici. C’était une bijouterie y’a pas longtemps. C’est marrant. T’as
vu le décor avec de la mosaïque ?
Nous étions au centre de Paimpol. Comme j’hésitais :
– T’inquiète, c’est moi qui invite.
Léna disait :
– Quand je n’ai plus d’argent, je ne dépense plus. C’est fait pour
cela, l’argent, se faire plaisir et faire plaisir aux autres.
C’était sans doute ainsi de vivre une existence normale. Le
soir, au téléphone avec Mamm-Gozh, j’ai évoqué la formation de
préparation pour devenir infirmière.
– C’est une bonne idée. Mais tu dormiras où ?
– Il y a un internat. On verra.
Curieuse de cette future aventure. Certes, je serais éloignée de
Sainte-Tréphine, mais pas si loin. Je rentrerai chaque vendredi.
Je vais manquer aux parents. Il vaut mieux le faire maintenant
qu’ils sont encore en bonne santé. Et puis, un jour, je partirai.
Prévoir, imaginer ce que sera demain. Construire mon avenir.
Avoir envie et pouvoir me projeter. Est-ce plus facile lorsqu’on a
un passé ?
8

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Peut-on tout réparer ? (extrait)

  • 1. COLLINE HOARAU Peut-on tout réparer ? (extrait)
  • 2. First published by Editions Dedicaces in 2018 Copyright © Colline Hoarau, 2018 Tous les droits sont réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, stockée ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électronique, mécanique, photocopie, enregistrement, numérisation ou autre sans l’autorisation écrite de l’éditeur. Il est illégal de copier ce livre, de l’afficher sur un site Web ou de le distribuer par tout autre moyen sans permission. Ce livre fut professionnellement composé sur Reedsy. En savoir plus sur reedsy.com. First edition ISBN: 978-1-77076-708-9 This book was professionally typeset on Reedsy. Find out more at reedsy.com
  • 3. Comment grandit-on quand on a un passé aussi douloureux ? Peut-on tout réparer ? Les blessures, l’histoire, le passé ?
  • 4.
  • 5. Personnages : • Reine-May, Réunionnaise, une vingtaine d’années, adoptée par un couple de Bretons, Mamm-Gozh et Tad-Kozh – Grand- mère et Grand-père en breton. • Léna, du même âge • Mémé et Pépé, grands-parents réunionnais décédés que Reine-May évoque régulièrement. i
  • 6. À peine rentrée de la Réunion, encore secouée par ce séjour, Mamm-Gozh me propose de faire la saison des cocos de Paimpol. Je serais hébergée par une amie. Pourquoi pas ? C’est drôle d’avoir des champs avec vue sur mer. Aller travailler dans les prés, dans les Côtes-du-Nord, comme disaient encore les grands-parents, c’était comme des vacances. Les gens de la terre ne vont pas souvent à la mer. Dans le Kreiz Breizh1, on préfère le Finistère pour la mer. Pourtant, au milieu de la Bretagne, on met autant de temps pour aller vers le Sud que vers le Nord. Ce sont sans doute les habitudes anciennes. Mamm-Gozh était travailleuse depuis toujours. Elle ne changeait pas. « L’oisiveté est mère de tous les vices. » me disait- elle. C’est drôle, parfois qu’elle sorte ces maximes à la moindre occasion, fière de ce qu’elle a appris, à l’école ou avec ses parents. J’aimais ce bon sens, ces phrases construites sur l’expérience. Je suis toujours partante pour la nature. Et la mer, la mer… je l’aime tant ! Retrouver l’odeur, ces couleurs changeantes, les rochers, le mouvement des vagues. Je n’avais jamais vu d’autres « mers » à part mon Océan Indien. La Méditerranée ne me tentait pas. Elle me semble plate, sans aucun relief, sans vague. J’aime travailler avec ce besoin de faire quelque chose d’utile. Surtout, je déteste rester sans rien faire. Parfois, je m’ennuie à la maison. Je ne sais pas m’occuper. Je manque, paraît-il, d’esprit d’initiative 1 Centre Bretagne ii
  • 7. ou d’idées, tout simplement. Voilà une belle occasion de passer quelques semaines avec un objectif. iii
  • 8. Quand on travaille, On n’a ni le temps, ni l’occasion de mûrir des pensées noires ou malsaines. Mémé récitait souvent Le laboureur et ses enfants. C’était comme ça, il fallait travailler. Je l’avais appris et vu. Je le savais. Quand vous travaillez, vous êtes quelqu’un de bien pour les autres. iv
  • 9. 1 L’autre H eureuse de m’accueillir, Lucette, avec ses pommettes hautes et rosées de Bretonne, me présente comme une jeune fille courageuse et travailleuse à ses amis agriculteurs. – Le ramassage des cocos n’est pas facile, tu sais. Ici, on aime les plumeurs rapides. – Les quoi ? Ceux qui ramassent les piz-ram2, répondit-elle d’un air dédaigneux. Qui ne sait pas ce que c’est qu’un plumeur ? pensait-elle. – Je vais faire de mon mieux. – De toute façon, vous êtes payés au poids, l’air de dire que je ne gagnerai pas beaucoup. Elle me prenait sûrement pour une petite frêle et pas très courageuse avec ma peau brunie. J’avais déjà entendu que les gens des îles étaient nonchalants et paresseux. Lorsque j’étais arrivée en Bretagne voilà des années, j’avais entendu un professeur dire que j’étais lente, mais lente ! Elle avait conclu : « C’est normal. Elle est des îles. » J’avais été vexée, mais vexée ! Normal, chez vous, dans les îles, il fait chaud. Vous n’avez pas l’habitude. Toutes 2 En breton, nom donné aux cocos, haricots blancs 1
  • 10. PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT) les îles ne se ressemblent pas, et encore moins, les habitants ! Je vais leur montrer mon énergie et ma volonté. Comme la fois où le professeur de géographie m’avait demandé si les terrains étaient grands à la Réunion. J’avais fait une réponse que je trouvais ridicule avec le recul : – Ici, il y a la Beauce. À la Réunion, les terrains sont petits. Il n’y avait pourtant rien de ridicule. C’était vrai. J’étais comme ça. Peur de dire des bêtises. J’en disais forcément. Cela prenait pour moi une importance qui ne le méritait pas. Le ramassage des cocos m’occuperait. C’est drôle ce nom, sûrement un diminutif de « haricots ». Pour moi, créole, le coco désignait la noix de coco ou la tête. Il fait gris pour cette première journée. Le terrain est organisé par lignes. J’entends des langues étrangères. Des Polonais, me précise-t-on. Je ne regarde pas autour de moi. Avec son siège pliable, une jeune fille se met près de moi assez naturellement. Elle sourit. Elle me semble harmonisée de la tête aux pieds, vous savez, comme ces personnes que vous trouvez bien faites de partout… ! Ainsi commence une nouvelle relation. Nouvelle parce que je n’ai jamais construit un tel lien avec une personne. C’est elle qui est venue à moi. Je n’aurais eu ni envie ni souhait de ce genre de rapport humain. C’est un moment que je me rappelle tellement il est surprenant. Oui, bien étrange que, pour une fois, j’attire quelqu’un qui a envie de me parler, d’être mon amie, de partager des moments avec moi. J’allais enfin expérimenter une relation avec quelqu’un de mon âge que je ne connaissais pas jusque-là. J’avais bien eu des camarades de classe, mais personne avec qui partager mes rêves, mes souvenirs, mes pensées. Et surtout, personne qui eût partagé cela avec moi. Car c’est cela un ami, n’est-ce pas ? 2
  • 11. L’AUTRE Il faut des années – y suis-je arrivée ? – pour comprendre comment communiquer dans un autre pays. Plus que la langue, c’est le mode de fonctionnement qui est bizarre. J’étais plus mutique que bavarde, observant plutôt que parlant pour ne rien dire d’intéressant. On me trouvait polie, j’étais silencieuse et discrète, ne voulant pas me faire remarquer. Je n’ai jamais su quoi dire. Comment faire la conversation. Parler pour dire quoi ? Parfois, je remâchais les paroles échappées de ma tête et je me trouvais bête. J’aurais dû dire ci ou ça. Cela me perturbait longtemps. J’étais troublée. Cela ne changeait rien au passé. Parce qu’on ne peut pas recommencer, revenir au moment d’avant, à celui qu’on a raté, pour réparer lorsque la phrase est sortie. Je me souviens du nom de mes copines lorsque j’étais petite : Mimose, Rose-May, Rosine, Juliane, Yolène. Je ne les ai entendus qu’à la Réunion. Certaines avaient un surnom. Pas moi. Je jouais dans les chemins, à l‘école, aux élastiques de toutes les couleurs. On fabriquait des cordes à sauter en les assemblant. Je n’étais pas encore une petite sauvage. C’était mon monde, celui que je connaissais, dans lequel j’étais l’aise. Je ne savais pas encore qu’on se sent mieux là où on est né. Depuis que je vis ici, je ne veux pas échanger ce qui ne s’échange pas. Qui a envie de ne pas faire envie mais pitié ? Je savais me taire 3
  • 12. PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT) mais pas mentir, omettre mais pas dire. Au collège de Gouarec, les sœurs étaient avenantes, veillant à me sentir entourée. Je pouvais rester renfermée sur moi-même sans en être gênée. Je me sentais protégée. Mais nouer une ou des amitiés, j’en étais bien incapable. Il faut être prêt, s’aimer un peu ou du moins se supporter pour ouvrir son cœur à d’autres. Je regardais rarement dans les yeux, pensant qu’on pouvait lire dans les miens, parfois. On croyait que je gardais de ma vie réunionnaise ce respect des aînés. Rien à voir. J’évitais. Je ne savais pas. Dans un premier temps, c’est moins engageant de parler avec une inconnue. On peut rentrer chez soi, ne pas la revoir. Immédiatement, la relation avec la jeune fille se présente bien. Je l’intrigue, je l’intéresse. Cela tient à peu de choses. Est-ce la couleur de mes yeux, mes cheveux cognés3, mon air d’innocente qui l’ont attirée ? Ou peut-être qu’elle avait simplement envie de parler à quelqu’un. Je l’aperçois qui me voit. Elle a un regard rieur et franc. Je lui envie déjà son air positif et chaleureux. Elle inspire confiance. En fait, je n’y réfléchis même pas. On dit que la première impression est la plus importante. – Bonjour, Léna ! Pas de phrases inutiles. Clair et net. J’apprécie. – Moi, c’est Reine-May en deux mots, avec un tiret entre les deux. Je me trouve ridicule en disant cela. J’ai dû tant de fois épeler mon prénom. – C’est joli, dit Léna en souriant. Je me sens mal à l’aise. A-t-on idée de trouver un prénom joli ? 3 Crépus 4
  • 13. L’AUTRE Quelle importance ! On n’a pas choisi. C’est le nôtre, qui nous suit toute notre vie, qu’on traîne avec notre lot de malheurs et d’espoirs. – Tu viens d’où ? Je n’ai jamais su répondre à cette question. Que signifie-t-elle ? Où je suis née ? Où j’habite ? Qui suis-je ? C’est une question courante en Bretagne, souvent la première : – Je suis Réunionnaise. J’habite près de Rostrenen, au Centre Bretagne, dans un petit village, Sainte-Tréphine. – Ah bon ? Que fais-tu ici ? C’est loin de Paimpol, non ? Encore une qui ne sait pas où se trouve Rostrenen ! – Je ramasse des cocos ! Évidemment ! dis-je dans un éclat de rire. Ma vie est toujours compliquée. Comment expliquer que suite au décès de mon beau-père, les services sociaux m’avaient envoyée en Bretagne chez Mamm-Gozh et Tad-Kozh pour y vivre ? Avec le temps, habitués à ma présence certainement, ils m’ont gardée à Sainte-Tréphine. Ils m’ont même adoptée. Je me dis Réunionnaise de naissance ou Créole et Bretonne d’adoption. Suis-je prête à répondre aux questions ? Prendre le temps. Je dois réfléchir avant de dire. Règle Numéro 1.En général, on me demande : – Ce n’est pas trop difficile de vivre ici ? Est-ce une question que je me pose ? Comme si de vivre dans un lieu paradisiaque, c’était forcément le paradis. Pour beaucoup de gens, la mer, le soleil et le sable = le paradis. Ils disent même : « Un endroit paradisiaque. » Je vivais au présent, en fonction de là où j’étais. Je n’aime pas la nostalgie. Même si parfois des odeurs, des fleurs, des sons me ramenaient à de doux moments de mon enfance. 5
  • 14. PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT) J’ai oublié plein de choses qui me faisaient du mal. Passer son temps à se dire que l’ailleurs est mieux que l’ici, que ce soit l’époque ou l’endroit, à quoi bon ? Il y a tellement de raisons d’être mal, inutile d’en chercher. Avec Léna, la journée est passée sans même que je me rende compte de la difficulté de la tâche. Une vraie pipelette joyeuse. Nos repas sont partagés avec générosité et simplicité. Je voyais bien qu’elle vivait simplement avec une gaieté naturelle. C’est ainsi que tout commence. Dans un champ de cocos de Paimpol. À partager la tâche difficile. Arracher les plants. Retirer les gousses et les mettre dans des bacs. À deux, c’était plus facile de s’organiser. Léna avait déjà fait une saison. Elle était du coin et avait la technique. Moi, je n’étais, par nature, pas très rapide mais davantage concentrée parce que je voulais faire bien, plus que vite. Le soir, même exténuée, bizarrement je ne pensais qu’au lendemain. Ce n’était pas désagréable, cette complicité joyeuse avec Léna. Je n’ai pas l’habitude de la gaieté. C’est un peu de la légèreté mêlée à de l’insouciance. Des trucs que je ne connais pas vraiment. La gravité entoure ma vie depuis si longtemps. Je ne dois pas souvent sourire. On ne fait pas attention à cela. C’est un plaisir d’échanger en toute tranquillité. Parler sans retenue à quelqu’un et surtout sans réfléchir à la façon de le dire sans peser mots et phrases en permanence. Facile quand le sujet le permet. Un bonheur nouveau et inexplicable de parler sans dévoiler ses pensées secrètes mais sans peur d’être jugée. Je découvre ce que c’est de découvrir quelqu’un, cette curiosité qui m’anime avec les questions qu’on peut se poser sur l’autre. Rencontrer quelqu’un qu’on ne connaissait pas avant et se dire qu’on a envie de le connaître. C’est un début. Je ne pense pas 6
  • 15. L’AUTRE encore que c’est une amie. Je suis étonnée et presque contente de susciter de l’intérêt de la part de cette fille. Ces jours sont passés à une vitesse incroyable. J’arrivais presque à un bon rythme pour préparer les caisses de cocos. Léna habitait à Guingamp. Ce n’était pas si loin de Rostrenen. Elle était inscrite à l’IFSI pour préparer le concours d’accès à l’école d’infirmiers. – Mais, toi aussi, tu pourrais le préparer comme moi. Entre aide-soignante et infirmière, il n’y a qu’un pas. C’est quand même plus intéressant, tu ne crois pas ? Je manquais de confiance en moi. J’essaie d’accéder à ce qui me paraît facile plutôt qu’au niveau au-dessus. Je sais aussi que l’infirmière a sans doute plus de soins à faire et surtout plus de responsabilités. Avoir accès aux médicaments, cela me tentait bien ; devoir assumer, cela ne me plaisait pas du tout. – Vas-y ! Appelle-les. Il leur reste des places, j’en suis sûre. Ces premiers instants, je me les rappelle comme si c’était hier. Pourquoi est-on en confiance avec certaines personnes ? Léna avait une assurance que j’enviais. Elle venait d’une famille « normale », sans drame, avec deux frères et deux sœurs, un père, une mère, dans une maison néo-bretonne, et la même depuis sa naissance. Cela faisait du bien d’être avec quelqu’un d’équilibré. Comment conçoit-on l’avenir quand on a vécu une vie tranquille ? Pour moi, cela semblait reposant, presque réconfortant. Elle traînait un détachement déconcertant. Quand je comptais le moindre euro, par habitude, elle, dépensait, pour boire un verre, acheter des mini-saucissons, une carte pour une amie. Je regardais, restant à l’écart. Bien sûr que j’avais envie de plein de choses. Je me les refusais, avec ce souci de manquer. Ceux qui m’entouraient avaient cette préoccupation permanente de ne pas 7
  • 16. PEUT-ON TOUT RÉPARER ? (EXTRAIT) dépenser pour des fantaisies. Je ne savais pas si c’était bien ou mal. Je respectais ce principe. J’adorais regarder les vitrines, dire que j’aimais ci ou ça. Cela me suffisait. Je devenais gênée dès qu’on m’invitait. Je préférais me priver plutôt que de céder à mes envies. Mon sens du devoir. Léna préférait le plaisir, immédiat ou programmé. – Allez, viens, on va manger une glace. Elles sont excellentes, ici. C’était une bijouterie y’a pas longtemps. C’est marrant. T’as vu le décor avec de la mosaïque ? Nous étions au centre de Paimpol. Comme j’hésitais : – T’inquiète, c’est moi qui invite. Léna disait : – Quand je n’ai plus d’argent, je ne dépense plus. C’est fait pour cela, l’argent, se faire plaisir et faire plaisir aux autres. C’était sans doute ainsi de vivre une existence normale. Le soir, au téléphone avec Mamm-Gozh, j’ai évoqué la formation de préparation pour devenir infirmière. – C’est une bonne idée. Mais tu dormiras où ? – Il y a un internat. On verra. Curieuse de cette future aventure. Certes, je serais éloignée de Sainte-Tréphine, mais pas si loin. Je rentrerai chaque vendredi. Je vais manquer aux parents. Il vaut mieux le faire maintenant qu’ils sont encore en bonne santé. Et puis, un jour, je partirai. Prévoir, imaginer ce que sera demain. Construire mon avenir. Avoir envie et pouvoir me projeter. Est-ce plus facile lorsqu’on a un passé ? 8