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Jean de la Croix et Jonathan le Goéland

  1. 1. 1 Jonathan Livingston, le Goéland et Jean de la Croix, ce frère carme castillan de l’âge d’or de l’Espagne du 16e siècle, habité par l’Absolu, qu’ont-ils en commun? Est-ce folie de les rapprocher, voire de les identifier... par le dedans? Uniquement par le dedans. Jonathan Livingston, le Goéland créé par Richard BACH, ancien pilote de l’U.S. Air Force, arrière-petit-fils du compositeur, est amené en 1962 en Europe par une des crises internationales cycliques, d’une Amérique désemparée par le matérialisme, l’inquiétude et le sexe. Ce petit livre écrit en 1970 par un aviateur (comme ce fut le cas pour Le Petit Prince), est cédé à un éditeur américain qui le publia à quelques exemplaires. Sans publicité, les tirages s’accélèrent et atteignent aujourd’hui deux millions d’exemplaires vendus. Jonathan le Goéland est devenu universel. Qu’importe l’âge, la race, la religion, le lecteur se sent éveillé dans le meilleur de lui-même. Chacun est apte à le comprendre et à l’aimer. Ce texte lu avec les « yeux du cœur », comme on lit les paraboles de l’Évangile, nous fait découvrir dans le champ de notre être le trésor que nous sommes pour nous-mêmes. Il peut nous faire entrer aussi dans l’âme de saint Jean de la Croix. Jonathan Livingston n’était certes pas un oiseau ordinaire. La plupart des goélands ne se soucient d’apprendre, en fait de technique de vol, que les rudiments, c’est-à-dire le moyen de quitter le rivage pour quêter leur pâture, puis de revenir s’y poser. Pour la majorité des goélands, ce n’est pas voler mais manger qui importe. Pour Jonathan, l’important n’était pas de manger mais de voler. Voler était devenu sa passion. Sa seule passion. « La saveur d’un bien qui doit finir À quoi donc peut-elle atteindre? À lasser tout au plus le désir Et à gâter le palais. Et ainsi, pour toute la douceur Jamais je ne me perdrai Mais pour un je ne sais quoi Que l’on vient d’aventure à trouver » (Jean de la Croix, A lo Divino).
  2. 2. 2 Cette façon d’envisager le but de sa vie et les moyens pour y atteindre, n’est pas la bonne pour être populaire parmi les oiseaux ou parmi les hommes, ses frères de race. L’un et l’autre, Jonathan et frère Jean, à leurs dépens et au prix de leur sang, ne tarderont pas à l’expérimenter très concrètement. Jean de la Croix s’exclame: « Jamais pour un cœur de bonne race Il n’est souci d’arrêter Quand il peut encore passer outre, Si ce n’est au plus ardu. Rien ne lui peut apaiser sa faim Et sa foi monte si haut Qu’il goûte un je-ne-sais-quoi Que l’on vient d’aventure à trouver » (A lo Divino) Un goéland comme tous les autres veut apprendre à voler mieux et plus vite que les autres. Voler pour voler brise la philosophie terre-à-terre qui s’énonce ainsi: voler pour manger. Il est hanté par la passion du vol et de la vitesse, par la passion de l’espace et de la liberté, par la passion de l’effort qui lui découvre la richesse des dons qui habitent son être. Irrésistible dépassement de ses limites que l’entourage a du mal à admettre: ses parents l’incitent à devenir raisonnable en se contentant de voler pour manger. Le clan des goélands le chasse et le condamne à la solitude, à l’exclusion, à la mort, pensaient-ils. Mais une mystérieuse voix intérieure le persuade dans son désir le plus profond. « À la mort » pensaient-ils, eux aussi, ses frères carmes du couvent de Tolède qui tenaient Jean de la Croix emprisonné durant neuf mois, dans un cachot sans lumière et sans air. Il vit là le paradoxe de la vie par la mort, le paradoxe de l’union avec Dieu sans faille et sans limite à travers l’anéantissement jusqu’au bout. « Son unique chagrin, il ne le devait pas à la solitude, mais au fait que les autres goélands ne voulaient pas croire la gloire du vol, au fait qu’ils se refusaient à ouvrir les yeux et à voir. Lui, il en savait chaque jour davantage.» « Dans une profonde solitude Le droit chemin vu bien clair Pourtant c’était chose tant secrète Que je demeurai balbutiant Transcendant toute science.» « C’est un soir qu’ils arrivèrent, rencontrant Jonathan qui planait, serein et solitaire dans son ciel bien-aimé. Les deux goélands qui apparurent à toucher ses ailes étaient purs comme la lumière des étoiles et l’aura qui émanait d’eux, dans l’air de
  3. 3. 3 la nuit profonde, était douce et amicale. Mais plus merveilleuse que tout au monde était la grâce avec laquelle ils volaient.» Deux frères goélands dans l’exil de Jonathan pour le mener plus haut, plus loin. Deux guides vers la patrie où il connaîtra « le sens de la Bonté et de l’Amour.» Durant toute sa vie, Jean de la Croix s‘est laissé conduire par « les deux mains du Père » (St Irénée). Il s‘est laissé mener au-delà de lui-même par l’appel de Jésus et tout en lui n’est que réponse à cet amour premier. Brûlé par la « flamme d’amour qui est l’Esprit de son Époux » (I Vive Flamme d’Amour 1, 3), il se laisse consumer et transformer. Il s’exclame dans un de ses poèmes : « Celui qui pour de bon parvient là Se voit défaillir à soi. Tout ce qu’il connaissait autrefois Lui paraît chose si basse Et tant s’accroît en lui la science Qu’il demeure sans plus rien savoir Transcendant toute science.» « Plus Jonathan apprenait à pratiquer la bonté, plus il s’appliquait à comprendre la nature de l’amour, plus profond était son besoin de retourner sur la terre. Car en dépit de son passé solitaire, Jonathan le Goéland était un apôtre-né. Pour lui démontrer l‘amour, c‘était transmettre à un goéland trébuchant dans la solitude, à la recherche de la vérité, un peu de cette vérité que lui, Jonathan avait découverte.» Un apôtre-né, Jean de la Croix l‘est resté toute sa vie. D‘abord parce qu‘il a vécu personnellement et en plénitude ce qu‘il voulait transmettre. Il se laisse embraser totalement par ce feu qui brûle son âme et son corps, il désire en éclairer beaucoup d‘autres dans leur quête de vérité. L‘expérience, la doctrine et le message du premier frère carme déchaux appellent une grande succession: «… les âmes de ceux dont la vertu et l‘esprit se devaient répandre en la succession de leurs enfants, sont arrivés aussi avant que ceci – Dieu donnant la richesse et l‘excellence, en ce qui est des prémices de l‘esprit, aux têtes selon la plus grande ou la plus petite succession que leur doctrine et leur esprit devaient avoir… » (II Vive Flamme d’Amour 2, 12). Jean de la Croix accompagne tout homme qui lui demande d‘être premier de cordée en cette ascension vertigineuse vers l‘union divine. Jonathan le Goéland, lui aussi, se consacre à ses élèves. Il ne se lasse pas de démontrer, de suggérer, d‘insister, d‘expliquer, de guider chacun dans ses difficultés et ses aspirations personnelles. Il les accompagne de près, dans la nuit, dans la tempête et cela uniquement pour l‘amour du vol et de la liberté. D‘un côté comme de l‘autre, la même exigence et la même patience du maître pour le disciple. « Souplesse ! Fermeté mais souplesse ! » « Essayons maintenant ensemble, en formation. Accompagne bien ma ressource. Vois comment nous amorçons la manœuvre en douceur ! »
  4. 4. 4 « Tout ce qui nous limite, nous devons l‘éliminer. C‘est le pourquoi de tout cet entraînement… » « Jonathan parla de choses fort simples, disant qu‘il appartient à un goéland de voler, que la liberté est dans la nature même de son être, que tout ce qui entrave cette liberté doit être rejeté.» Faire comprendre ce à quoi l‘âme est vraiment appelée par son Créateur, tel est le besoin irrésistible de Jean de la Croix. Il veut répandre autour de lui ce qu‘il a lui-même reçu et ce qu‘il ne peut plus garder pour soi. Fascinés et encouragés, beaucoup ont prononcé le « mot du génie qui s‘éveille » et qui dit: « ed anch‘io! » Pour atteindre le sommet entrevu, ils suivent le guide épris de la beauté de Dieu. « Pour tout ce que le sens ici-bas Peut en ses prises saisir Et pour tout ce qui se peut entendre Si sublime que ce soit Pour nulle grâce, nulle beauté Jamais je ne me perdrais Mais pour un je ne sais quoi Que l‘on vient d‘aventure à trouver.» Jonathan et Jean de la Croix, chacun selon sa mission propre, se pose la question incontournable : « Comment se fait-il que la chose la plus difficile du monde est de convaincre un oiseau de ce qu‘il est libre ? » « Ô âmes crées pour ces grandeurs et qui y êtes conviées, que faites-vous? À quoi vous amusez-vous? Vos prétentions sont des bassesses, vos possessions des misères. Ô déplorable aveuglement des yeux de votre âme, puisqu‘ils ne voient goutte, entourés d‘une si grande lumière et que vous êtes sourds à ces hauts cris, ne voyant pas que, tant que vous cherchez les grandeurs et la gloire du monde, vous demeurez misérables et abjects, ignorants de si grands biens et indignes d‘eux ! » (Cantique Spirituel, strophe 39, vers 1) « Regarde avec ton esprit, découvre ce dont, d‘ores et déjà, tu as la conviction et tu trouveras la joie de l‘envol ! » dit Jonathan le Goéland. (cm)

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