UNIVESITE DES SCIENCES SOCIALES
DE TOULOUSE
LE SECTEUR INFORMELET LAFORMATION :
UNE APPLICATION EN CENTRAFRIQUE
T H E S E P O U R L E D O C T O R A T E N S C I E N C E S E C O N O M I Q U E S
Présenté et soutenue le 19 février 1996
Par Prosper Didier GUEDOKO
MEMBRES DU JURY
Président : - Monsieur G. MOLINS-YSAL
Professeur à l’Université des Sciences Sociales de Toulouse.
Suffragants : - Monsieur M. CATIN
Professeur à l’Université de Toulon et du Var.
- Madame M.-P. BRUGNES
Maître de conférences à l’Université de Toulouse
- Monsieur J. BOUOIYOUR
Maître de conférences à l’Université de Pau
PRESIDENT DE LA THESE :
Suffragants
L’Université n’entend pas approuver, ni désapprouver les opinions particulières du candidat.
DEDICACE
A Bétou et Amos
REMERCIEMENTS
Nous tenons à exprimer tout particulièrement notre gratitude à Madame Marie-Paule
BRUGNES d'avoir accepté de diriger cette thèse, de nous encadrer et de suivre l'évolution
jusqu'à sa réalisation. Malgré les multiples difficultés rencontrées au cours de cette recherche,
ses conseils d'ordres conceptuel, méthodologique nous ont été d'une grande utilité.
A Catherine BARON et Jamal BOUOIYOUR dont la lecture critique a été source
d'encouragement, qui ont su nous consacrer le temps et le soutien dont nous avions besoin ;
Nous exprimons également nos remerciements à Messieurs Marc PENOUIL et
Jean-Pierre LACHAUD de l'Université de Bordeaux I qui ont bien voulu nous recevoir pour
des entretiens qui nous ont apporté des éléments importants du sujet.
Nous sommes redevables à l'égard de Fred FLUITMAN, et V. SETHURAMAN du
B.I.T. qui nous ont aidés à élaborer et préciser nos idées lors des entretiens qu'ils nous ont
accordé.
Nousnemanqueronspasde remercierl'équipeduC.E.P.E.D. réunieautourde Monsieur
Georges MOLINS-YSAL, de qui nous avons reçu la collaboration et l'encouragement qui font
du C.E.P.E.D. un endroit stimulant et propice au travail.
A nos parents et amis qui ont joué un rôle capital tant moral que matériel : Emmanuel
OUAÏMON, Darhyo YAMANDJAN, Fidèle KABRAL, Alphonse AMODA, Paul
OUAÏMON, Siméon NGOUMAPE, Jean-Didier KABRAL, Eric DONDON, Jean-Luc
DONDON, Louis RIEU, Firmin KOYESSE, Ignace BANDASSA, Stéphane MAILLARD,
Narcise KEMBY, Dany DIRAND, Bernard DEMARCHI.
A la mémoire de mon oncle David YAMBERE et de mon père Joseph GUEDOKO.
A ma mère Rébecca GUEDOKO...
INTRODUCTION GÉNÉRALE
L'Afrique Sub Sahérienne (ASS) est la région du monde la plus frappée par la récession
économique mondiale actuelle. La détérioration des conditions économiques, d'une part,
l'augmentationdelapopulationactive,d'autrepart,ont conduitàunepression croissantesurle
marché du travail urbain.Mais les possibilités d'emploi décroissent rapidement dans le secteur
moderne.Parallèlement,elleconnaîtunecriseprofondedel'enseignement,àl'heureoùprèsde
50 %1
de sa population totale est encore illettrée. La plupart des bâtiments scolaires sont
délabrés et nécessitent des travaux de remise en état. Étant donné qu'aucune nouvelle école
n'est construite, la situation ne peut qu'empirer au fil des années. La demande de places dans
l'enseignement augmente beaucoup plus rapidement que la capacité. Lorsqu'un enfant a la
chanced'avoiruneplaceàl'école,ilsetrouveconfrontéàunepénuriedematérieldidactiqueet
demanuelsscolaires,àunéquipementinsuffisantetàunpersonnelenseignantmalrémunéréet
profondément démotivé.
Un pays qui n'a pas les moyens de s'assurer une éducation descente et adaptée à ses
besoins, voit ses perspectives de croissance réduites. L'Afrique est un continent riche dont les
populations sont pauvres. Elle détient un certain nombre de records que nul ne lui envie : le
taux le plus élevé de fécondité et de mortalité du monde, et le continent le plus touché par
l'épidémie du SIDA;(sur 100 000 habitants, on compte 15 600 cas de SIDA).2
De façon notoire, la qualité des données macro-économiques est peu satisfaisante en
Afrique au sud du Sahara, mais tous les indicateurs disponibles vont dans le même sens et
permettentdedégagerdestendances:déclindes revenuspartête,baissedesproductionsetdes
exportations...Pourtant,ungrandnombredepersonnestrouventleurs moyensd'existencedans
le S.I. Il s'en suit l'abaissement du niveau de vie (devenu largement inférieur à ce qu'il était
avant l'indépendance) et une augmentation du nombre de gens vivant dans la misère.
L'environnement économique interne :
- La substitution d'une production nationale aux importations présente des limites : les
entreprises étaient subventionnées à partir de prélèvements sur lesecteur exportateur primaire,
bénéficiaient des barrières douanières protectrices et de maintien de taux de changes forts.
Même si leur production manufacturière a augmenté de 8 % par an pendant les années 60, le
développement des industries manufacturières rencontre rapidement une série de limites :
coûts de production élevés etstagnation delaproductivitédu fait des protectionsdouanières et
de la présence fréquentedes monopoles, concurrence desimportations frauduleuses, étroitesse
des marchés nationaux (sauf au Nigeria) et dépendance accrue des biens intermédiaires et des
biens d'équipement sont à l'origine des goulots d'étranglement ;
1
NATIONS UNIES : "Rapport mondial sur le développement humain", Whashington, 1995.
2
NATIONS UNIES : Op.cit.
- les infrastructures insuffisantes : le développement des infrastructures et le degré
d'intégration interne des pays fournissent aussi une indication sur la plus ou moins grande
flexibilité de ces économies. Cette insuffisance des infrastructures se combine souvent avec
leur détérioration. La précarité des infrastructures ne doit pas, toutefois, être généralisée à tous
les pays.
En réalité, comme en témoigne le développement concentré dans les grandes villes,
celui-ci tout en suscitant une croissance urbaine non maîtrisée a augmenté l'écart déjà existant
entre les villes et le monde rural, mais encore a aggravé la baisse du niveau de vie de ces
populations. En somme les politiques économiques se sont révélées peu efficaces et
inappropriées. "L'échec des politiques économiques sera attribué à l'ignorance par les
gouvernements des effets sur l'action de certaines variables qu'ils ne maîtrisent pas".3
La récession des années 80 et la phase d'ajustement structurel qui s'en est suivie ont
contribué à la prolifération des activités informelles. Le secteur informel, durant cette période,
est contraint d'absorber plus de main-d'œuvre que par le passé : partage des emplois, offre de
toutes sortes de biens et de services, développement de la pluriactivité, etc. La restructuration
du secteur public a engendré une mobilité de l'emploi salarial vers le mode d'emploi à propre
compte4
. Il est clair que l'emploi dans le secteur moderne n'a pas connu une expansion
suffisante pour absorber l'excédent de la main-d'œuvre urbaine dans les pays d'Afrique au sud
du Sahara. Par conséquent on peut déduire que c'est le Si. qui absorbe l'essentiel de la
main-d'œuvre. "L'expansion du S.I. ainsi que la contraction des salaires réels dans ce secteur
constituent les principaux moyens qui ont permis au marché du travail de s'adapter à la crise
quifrappe ces pays depuis 1980" 5
. L'emploi dans le S.I. a connu une croissance exponentielle
(6,7%parandurantladernièredécennie)etreprésente60%desemploisdanslesvillesd'ASS,
selon les estimations du PNUD6
. Le problème n'est plus celui du nombre d'emplois mais
devient comment promouvoir la productivité dans le S.I. en améliorant les politiques
d'éducation et de formation.
Désormais, dans les villes d'ASS, ce sont les activités informelles qui du point de vue de
l'emploi sont dominantes. Du fait de cette évolution non prévue, le système d'éducation et de
formation se trouve de plus en plus déconnecté des besoins des sociétés.
3
KOULIBALY (M.) : "Libéralisme..Nouveau départ pour l'Afrique Noire", L'Harmattan, Paris, 1992.
4
LACHAUD (J. P) : "L'ajustement structurel et le marché du travail en Afrique francophone", OIT,Genève,
Discussion Papers n°56,1993.
5
TROTIGNON (J.) : "Pourquoi les politiques d'ajustement ont-elles généralement mieux réussi en Asie du
Sud-Est qu'en Afrique", Economie et statistique, n°264,1993-94.
6
NATIONS UNIES: op. cit. page 5.
Le rapport pourtant ancien de la mission BIT sur le programme d'emploi au
Kenya7
contient la plus grande partie des connaissances sur le secteur informel. Toutefois on a
beaucoup appris depuis lors dans diverses parties du monde en développement8
. Durant les
années 80, dans un contexte de crise économique, les États du Tiers Monde, africain en
particulier, les organisations internationales, les chercheurs d'horizons différents ont focalisé
leurs interrogations sur le secteur informel. Un grand nombre d'auteurs ont utilisé ce concept
ces dernières années en essayant de le définir, mais ils n'ont pu aboutir à une unanimité.
Les caractéristiques du fonctionnement du S.I. telles qu'elles ressortent des définitions
reflètent-elles la réalité de ces activités urbaines et la place qu'elles occupent véritablement
dans ces économies ? Les caractéristiques mises en évidence dans les diverses études
conviennent particulièrement à certains cas mais sont difficiles à généraliser en raison de
l'hétérogénéitédecesactivités.Lapléthoredes définitionssonttoutes calquéessurlecaractère
dual de l'économie urbaine. On substitue à la division ancienne (secteur moderne/secteur
traditionnel)mettantl'accentsurlatechnologie,l'oppositionsecteurmoderne/secteurinformel.
Pour ôter au SI. son image négative, on insiste sur la forme de l'emploi (salarié opposé à
l'auto-emploi).
Quellesquesoientlesvariantesterminologiques(secteurinformel,secteurnonstructuré,
petite production marchande, secteur non réglementé,..), il s'est dégagé au cours des années le
rôle essentiel que peuvent jouer les activités informelles dans le processus de développement.
Durantcettepériode,ledéséquilibreglobals'est accentué dans lamesureoù,comptetenudela
situationéconomique,laprogressiondel'emploipublicaétéquasinulle. Dans cettesituation,
il est souhaitable en vue d'accélérer le développement économique d'utiliser pleinement
toutes les possibilités d'emploi, de production, de formation... que recèle le SX Si
l'importancedes activitésinformelles est reconnueà l'unanimité, lapositionde ce secteur dans
les politiques économiques reste liée aux différents objectifs qui peuvent lui être assignés
(augmenter l'emploi, augmenter la production, jouer un rôle accru et efficace dans le domaine
de la formation, etc....). En effet, le secteur informel se trouve projeté dans l'enjeu du
développement économique et social.Dès lors la question qui se pose est comment le
dynamiser ?
Toutefois, concernant sa dynamisation deux questions peuvent être soulevées.
7
BIT : "Employment,Incomes and Equality. A.Strategy for Increasing Productive Employment in Kenya",
Genève, 1972.
8
TURNHAM (D.), SALOME (B.), SCHWARZ (A.) : " Les nouvelles approches du secteur informel",
OCDE, Paris, 1990.
- comment peut-on mettre en place un système qui permette un apport efficace aux
activités concernées ?
- l'impact ou le rôle potentiel du secteur informel peut-il effectivement modifier, la
nature, l'efficacité et les fonctions du système productif dans les domaines économiques ?
De ces deuxinterrogations, il ressortquepour êtreviable les politiques doivent éviterde
s'intéresser uniquement à ce secteur. Elles doivent intégrer une stratégie de développement
ayant pour objectif l'amélioration des conditions économiques et sociales des pays concernés.
Cette amélioration passe très largement par la formation dont doivent bénéficier les personnes
travaillantdanssecteurinformel.Lespolitiquesd'incitation àlacréation despetites entreprises
devientunmoyenessentieldelagestiondel'emploi.LesentreprisesduS.I.peuventcontribuer
à atténuer la dégradation de l'emploi dans le secteur moderne à condition que des moyens
institutionnelsadaptéssoientmiseenplace(simplificationdelalégislation,allégementdutaux
d'impositionetcontrôleadministratif).Acela,ajoutonsquel'unedes conditionsessentielleàla
création des petites entreprises serait que les pouvoirs publics facilitent vigoureusement la
formation des futurs entrepreneurs des petites firmes9
. Cet argument se justifie à condition que
l'objectif fixé entre autres soit de faire passer une partie des actifs "informels" vers des
entreprises productives.
Les entrepreneurs du S.I. citent souvent comme problèmes : la faiblesse et l'irrégularité
de la demande et le manque de crédit, mais l'analyse économique révèle aussi d'autres
difficultés : niveau d'instruction et de formation peu élevé, absence de méthode de gestion
rigoureuse, concurrence entre les unités. La plupart des politiques de soutien au S.I. ont pris la
forme de programmes d'aide aux entreprises, souvent complétés par une assistance technique
en gestion, de conseil technique et de production ainsi que des aides en formation. Nous
envisageons dans le cadre de cette étude d'analyser la formation dans et pour le secteur
informel.
En effet, poser le problème de la formation dans et pour le secteur informel revient à
s'intéresser d'une part aux échanges d'informations existant dans le S.I. lui-même, donc à
mettre en relief la dynamique de la formation en son sein ; et d'autre part, aux interrelations
avec le système d'éducation et formation professionnelle. Par conséquent, cela revient à nous
demander:quelsystèmedeformationpeutrentrerensymbioseavecletissusocio-économique
de nombreux Etats d'ASS ?
Comme la majorité des États d'ASS, la Centrafrique a vu s'éroder le capital humain
durant ces dernières années, ce qui compromet ses chances de reprise et les perspectives de
développement à long terme. L'enseignement et la formation ont généralement beaucoup
souffert.Lecoûtdumatérieldidactiqueagrimpéenvaleurréelle,lessalairesdesenseignantset
des formateurs ont diminué. La qualité de l'enseignement et de la formation
9
VERNIERES (M.) : "Formation, Emploi, enjeu économique et social", Cujas, Paris, 1993.
s'en est durement ressentie. Les organismes de formation, en particulier, ont eu beaucoup de
mal à entretenir et renouveler le matériel qui leur est indispensable pour l'apprentissage des
différents métiers.
Les organismes de formation sont souvent entièrement tournés vers le secteur moderne
qui constitue pour eux un marché captif, et ont été incapables d'adapter leurs objectifs, leurs
programmes aux besoins du S.I. en pleine expansion.
Pour pouvoir s'imposer sur des marchés où la concurrence est désormais deplus en plus
vive, une entreprise doit être capable de s'adapter. Or sa capacité d'adaptation dépend de la
qualité, c'est-à-dire du degré d'instruction et de formation de ses dirigeants et de son personnel
en général. La mutation technique a fait ressortir que la formation d'une bonne partie de la
main-d'œuvre devient une priorité essentielle. L'enseignement et la formation doivent ajuster
leurs objectifs, programmes et méthodes afin de répondre aux besoins de la main-d'œuvre des
entreprises du S.I. et d'établir des liens accrus avec celle-ci.
Un secteur informel dynamique favorisera le développement et une distribution plus
équitable, plus large des avantages de la croissance parmi la population. Dans le passé, les
politiqueséconomiquesenASSnemettaientl'accentquesurlesecteurmodernedel'économie,
seul capable d'entraînerle développement de ces pays. Plus récemment,l'ajustement structurel
vise à établir un contexte macro-économique favorable au secteur privé et donc au S.I.
Toutefois, des obstacles d'ordre institutionnel et légal subsistent et empêchent souvent une
réaction positive d'offre additionnelle de produits et de services de la part des entreprises du
S.I. Les efforts doivent être axés sur la mise en place d'incitation à la concurrence et à
l'amélioration du contexte juridique et réglementaire.
Nous pouvons probablement affirmer que les capacités sont au cœur même des débats
sur le S.I. La capacité de succès d'une entreprise ou d'un entrepreneur est déterminée par une
multitude d'éléments: l'état des infrastructures, l'accès à des facteurs de production, les
compétences de ceux qui participent au processus (à tous les niveaux). Nous nous tournons
vers l'éducation et la formation en tant que sources probablement majeures de l'acquisition des
capacités. Les relations entre l'éducation et la croissance sont importantes. Dans les domaines
de la formation professionnelle et de l'effort technologique, l'expérience africaine s'est avérée
là aussi décevante.
Confrontés à de multiples problèmes à court terme, la plupart des pays Africains au sud
du Sahara ont tendance à accorder moins de priorité à l'éducation depuis le début des années
80.Maisonconstatequelesrestrictionsbudgétairesontsurtoutfrappél'enseignementprimaire
et relativement peu le supérieur10
. Le contexte de crise amène à s'interroger sur la finalité du
système éducatif. On se demande s'il vaut la peine de consentir
10
BANQUE MONDIALE : "Congrès mondial sur l'éducation pour tous", Thaïlande, 1990.
— Page 10 —
ces sacrifices pour former des chômeurs ou des jeunes gens qui n'auront d'autres issues qu'un
emploi dans le S.I. ne correspondant en rien à la formation qu'ils ont reçue.
A la base des sociétés modernes, l'accroissement de l'efficacité des individus, et pas
seulement de quelques hommes, mais de la grande masse de la population occupe une place
essentielle. Cette réflexion conduit, à donner une priorité à la formation pour le S.I. D'où la
question centrale : quel système de formation, compte tenu de l'organisation
socio-économique en ASS, ou encore, comment utiliser le S.I. et ses potentialités pour
assurer la formation du plus grand nombre si l'on considère que la formation est un
facteur clé du développement ?
Il est une nécessité que la capacité du système de formation dans son ensemble réponde
également aux besoins du S.I. Le système de formation ne doit pas être conçu qu'en fonction
des seuls besoins du secteur moderne. Parallèlement à la crise des structures productives
modernes, a été soulevé le problème de l'inadaptabilité entre les politiques économiques et les
politiques de formationdans les paysd'Afrique auSud du Sahara11
. Les exigences du travail et
de l'emploi mettent encausela visiondualistedela formation (oùl'éducation scolaires'oppose
aux autres types de formation traditionnelle ou extra-scolaire). Ce constat soulève dès lors la
question de revalorisation des potentiels de formation inhérents aux structures
socio-économiques telles que le S.I. L'incapacité des systèmes de formation classique à se
généraliser ou encore leur inefficacité ne posent-elles pas la question de la revalorisation
de la formation sur le tas dans le S.I. ?
Il sera indispensable d'analyser le processus d'acquisition de formation dans le S.I.
Les études12
montrent l'existence au sein du S.I. d'un processus d'apprentissage lié à la
structure de production (donc au niveau technique des entreprises considérées). Face à
l'incapacité de la formation professionnelle, l'apprentissage sur le tas s'est révélé un mode
d'acquisition de compétence, de savoir-faire efficace et très développé dans les pays d'Afrique
subsaharienne."Entoutétatdecause,ilnoussemblecertainquelaconcurrencepouruneplace
d'apprentissagedisponiblenepourraques'accroîtreavecletemps comptetenudunombredes
laissés-pour-compte du système scolaire et des profonds déséquilibres dans l'allocation
globaledelamain-d'œuvre".13
Prèsde88%desentrepreneurs ayantdesapprentisdéclarentles
former et disent que, dans l'ensemble, la formation dispensée est d'un niveau satisfaisant. En
dispensant une formation dans le S.I., les petits entrepreneurs apportent une solution à ce
problème capital et contribuent ainsi à l'effort du développement
11Cf.CONFERENCE DES MINISTRES DE L'EDUCATION: : "Rapport final",Harare, UNESCO, 1982.
12
STACE(B.), FLUITMAN (F.), OUDIN (X.), CLIVE (S.), sousla directionde SALOME (B.) : "Acquisitionde
compétence dans les micro-entreprises: Leçons tirées de l'afrique de l'Ouest", OCDE, Paris, 1994.
13
MALDONADO (C), LE BOTERF (G.) : "Urbanisation, secteur informel et emploi: L'apprentissage et les
apprentis dans les petits méties urbains, le cas de l'afrique francophone", BIT, Genève, 1985.
économique. Pour un nombre croissant des jeunes, les activités informelles représentent une
alternativevalableauproblèmeduchômage,d'autant plusquelaformationassuréepermetune
insertionàunniveauproductif.Endehorsdesactivitéscommerciales,lerôleessentielquejoue
le S.I. en matière de formation est admis par la plupart des études14
. Dans certains cas,
l'apprentissage sur le tas dans le S.I. peut s'analyser comme un investissement en capital
humain.Certainsapprentissevoientobligésdepayerauxpatronsunecertainesomme.Dansla
plupartdesvillesafricainesl'apprentissageconstituelaphaseinitialeettemporairedel'emploi,
et joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de ces petites activités informelles. Pour bon
nombre d'entrepreneurs africains, c'est la route qui conduit au succès. Et nous montrerons que
la formation dispensée dans le S.I. répond aux besoins socio-économiques d'une grande partie
des populations.
Parmi les formes d'acquisition de qualification proposées à la main-d'œuvre,
l'apprentissage sur le tas ou la formation donnée sur le heu de travail est celle qui concerne le
plus grand nombre de travailleurs..., dans les ateliers urbains, il constitue évidemment la
modalitélaplusimportantedetransmissiondetechniquesconduisantàuneéventuellemaîtrise
de métier. Cette formation acquise dans le S.I. débouche sur des résultats socio-économiques
satisfaisants à court tenue. Ce qui nous amène à poser la question suivante L'apprentissage
sur le tas ou le mode d'acquisition des qualifications dans le S.I. peut-il être un élément
transformateur ou catalyseur de la formation en Centrafrique ?
La formation dispensée dans le S.I. touche un grand nombre de jeunes. Cette formation
qui présente des aspects extrêmement positifs doit être consolidée par des actions appropriées.
Eneffet,lesrapportsentreleS.I.etlesystèmedeformationpeuventsesituerenamont et
en aval des entreprises considérées. Les travailleurs du S.I. viennent d'horizons différents, soit
des entreprises, soit des centres d'enseignement, etc. Nous nous attacherons à montrer l'intérêt
pour les politiques éducatives et de formation à prendre en compte l'apprentissage sur le tas
dansleursorientationsnouvelles. LesrésultatsdesexpériencesduBIT15
relativesauxvillesde
Bamako, Lomé, etc., mettent en relief les possibilités de formation que recèle le S.I.; il
contribueàladiffusiond'anciennesetdenouvellescompétences.Ilyauralieudepréciserdans
quelle mesure l'apprentissage et la formation générale peuvent conditionner les résultats
obtenusdans laproduction. Les études16
montrentqu'unepartiedestravailleursdu S.I.sont des
analphabètes, cependant on note que
14
MALDONADO (C.) : Op.cit. page 10, STACE (B.), FLUITMAN (F.), OUDIN (X.), CLIVE (S.), sous la
direction de SALOME (B.) : Op.cit. page 10.
15urr: "Les petits producteurs urbains d'Afrique francophone", Genève, 1987.
16
BIT : Op.cit. page 11.
l'expansion courante des activités informelles dans les villes d'ASS s'accompagne d'un
paradoxe : l'arrivée croissante d'un grand nombre de jeunes issus des structures éducatives.
QueltypedeformationpeutstimulerledynamismeduS.I.ouencore,lacirculationentre
les deux secteurs n'est-elle pas favorisée par l'alphabétisation et la montée du niveau
d'éducation ?
Nous nous baserons sur le fait que l'accumulation du capital physique reste insuffisante
pour atteindre une croissance du S.I. et insisterons sur le rôle du capital humain qui s'est avéré
un facteur fondamental de la croissance de la productivité. Il s'agira de mettre en évidence la
contribution qualitative du travail à la croissance du S.I. On a remarqué que ce sont des
combinaisons de formations traditionnelles et modernes qui sont observées dans le S.I.. Des
enquêtes17
montrent que ceux dont le niveau d'instruction est élevé se trouvent généralement
dans les métiers les mieux rémunérés, faisant appel à des connaissances techniques, tandis que
les moins instruits se retrouvent dans les activités marginales.
Pour cette analyse, il convient de souligner que l'idée selon laquelle l'éducation est la clé
de la croissance, celle qui générerait l1
accroissement de la productivité, la modernisation de
l'industrie et l'agriculture, etc. remonte au début des années 60, où plusieurs économistes
(BECKER, SCHULTZ,.. .)18
avaient mis en évidence la contribution qualitative du travail à la
croissance économique. L'éducation augmente la part des gens instruits dans la société et
exerce un effet multiplicateur sur la demande des biens et services ; elle génère ainsi la
croissance économique toujours plus élevée, autrement dit, il existerait un lien direct de
causalitéentrelascolaritéetledéveloppementéconomique.Ildécoulede lathéorieducapital
humainlaconceptionselonlaquellel'éducationetlaformationgénèrent,chezlesbénéficiaires
de ces services, une augmentation de leurs compétences et leurs connaissances entraînant une
amélioration de leur productivité (elle-même source de revenus pour les bénéficiaires). En ce
sens, l'éducation et la formation des acteurs du S.I. doit alors être entendue comme stratégiede
dynamisationdecesecteur.L'accumulationducapitalhumainaincontestablementinfluencéle
renouveau des théories de la croissance endogène, ROMER(1986)19
, LUCAS (1988)20
.
L'accumulation du capital physique reste insuffisante pour atteindre une croissance de long
terme, dans la mesure où la production est selon les néoclassiques soumise à des rendements
marginaux décroissants. Les auteurs insistent sur le
17
STACE (B.), FLUITMAN (F.), OUDIN (X.), CLIVE (S.), sous la direction de SALOME (B.): Op.cit.
18
BECKER (G. S):"Human capital: A theorical and empirical analysis with Special reference to education"
New-York, 2° Edition 1975. SCHULTZ (T.W.):"Investment in human capital", The Free Press, 1971.
19
ROMER (P.M.):"Increasing Returns and Long-Run Growth", Journal of Political Economy, vol.94, n°5,1986.
20
LUCAS, (R.):"On the Mechanics of Economic Development", Journal of Monetary Economics, 22, 1988.
rôle du capital humain sur la croissance de la productivité. L'accumulation du capital humain
implique des effets externes importants et des rendements d'échelle croissants.
En posant comme hypothèse que la scolarité est généralement associée à un meilleur
coefficient de productivité dans la mesure où elle influe sur les attitudes, les motivations, nous
allons montrer que l'éducation favoriserait l'esprit d'entreprise et l'autonomie des artisans en
vue d'une gestion courante de leurs activités. Si les expériences d'appui en formation du BIT
sont globalement satisfaisantes, ne soulèvent-elles pas des limites ? "L'intervention par les
projets et programmes ne créera-t-elle pas les défauts du secteur moderne à la petite
entreprise ?" 21
. Compte tenu de l'hétérogénéité des activités informelles quels types d'actions
peuvent contribuer efficacement à dynamiser le S.I.
La nature de la recherche nous a conduit à une méthode empirique qui passe par les
étapes suivantes:
- Collecte de l'information : globalement, les données que nous utilisons proviennent du
Ministère de l'Économie, du Plan, des Statistiques et de la coopération internationale
Centrafricain, du Centre d'études Africaines (Bordeaux I), des organismes internationaux tels
que le BIT, l'OCDE, et la BANQUE MONDIALE.
- Questionnaire:UneenquêteaétéentreprisedanslavilledeBanguienvuedemettreen
lumière le phénomène de l'apprentissage sur le tas dans le S.I.
- Étude documentaire : celle-ci a permis d'établir une comparaison entre les différentes
notions et perceptionsdusujet. Elle aide à mieux comprendre et bien cernerle concept du S.I.,
afin de mieux orienter notre analyse.
Enfin, l'analyse de l'ensemble de ces données permet de préciser la place qu'occupe le
S.I. dans les stratégies de développement et de proposer des solutions de sa promotion. C'est
dans cette direction que s'inscrit notre recherche.
Ils'agira,danslecasdelavilledeBangui,demontrerquel'apprentissagedoitêtreprisen
comptedansunsystèmedeformationencrise(carencedelaformationtechnique)etdemonter
que les interventions en formation destinées au S.I. doivent tenir compte des facteurs tant
endogènesqu'exogènes.S'ilestprobablequ'unemeilleureconnaissancetechniqueetdegestion
accroîtra l'efficacité des entreprises les plus dynamiques, la question reste difficile à résoudre
en ce qui concerne la totalité du S.I. La Centrafrique n'échappe pas à cette problématique. La
connaissance du S.I. demeure extrêmement floue et a nécessité la
21
ELSENHANS (H.) : "Promotion du secteur informel ou promotion de son environnement en amont ou
en aval ? SFAX, nov.1990.
réalisation d'une investigation empirique (recensement des unités économiques de Bangui,
DSEE, 1990).
La mise en évidence du rôle du S.I. dans les économies d'ASS et de la formation pour ce
secteur renvoie à deux niveaux d'analyse distincts, chacun faisant l'objet d'une partie
spécifique. Étant donné les différentes interprétations théoriques des activités informelles,,
l'évaluation des apports et des limites de celles-ci constituera la première étape. Par la suite,
après avoir situé le contexte économique dans lequel évolue le S.I., nous analyserons le rôle
essentiel que jouent les activités informelles en Afrique subsaharienne, et en particulier son
importance dans la ville de Bangui (première partie).
Dans un premier chapitre, il nous est apparu nécessaire d'évaluer l'approche théorique
du S.I. dans l'analyse du sous-développement. La difficulté que présentent les différentes
approches du S.I. est prouvée par la multiplicité des termes utilisés pour désigner ce secteur
(secteur informel, secteur non structuré, petite production marchande, secteur non
réglementé...) (section I). Il existe plusieurs types de définitions du S.I. (les définitions
multicritères, les définitions fonctionnelles et les définitions statistiques) qui sont rattachées à
des thèses ou écoles de pensée22
(section II).
La mise en évidence du rôle du S.I. dans le processus de développement en ASS
constitueralechapitreII.Uneprofondemisèrerègneaujourd'huienAfriqueausudduSahara,
elle revêt toute les formes: reculde laproduction, famine.... Dans les années 70,l'ASS a mené
un combat pour le développement ; dans les années 80, elle lutte pour sa survie (section I). La
contributionduS.I.àl'économieseraabordéeentermesd'emploi,derevenusetd'accumulation
du capital, cependant la question de la capacité technologique du S.I. a toujours été négligée
(section II).
Le S.I. à Bangui sera abordé dans le chapitre III. Le recensement des unités
économiques de Bangui (1990) a révélé, si besoin était, l'importance du S.I. Seulement 249
établissements sur 19 820 ont déclaré tenir une comptabilité conformément aux conventions
communément admises, en conséquence98 % des unités recensées relèventdu S.I. (section I).
Le recensement a permis de repérer près de 19 570 entreprises employant 30 442 personnes
dans le S.I. à Bangui (section II). Comme nous l'avons souligné dans le chapitre précédent,
l'accumulation du capital dans le S.I. soulève des difficultés dans l'interprétation des résultats.
Onretrouveicil'oppositionentrelesactivitésinformelles évolutives etles activitésinformelles
involutives (section III). On relève plusieurs niveaux d'actifs immobilisés dans le S.I.
L'examen des résultats de l'enquête nous donnera des informations sur l'importance, la
croissance et le financement du capital fixe (section IV).
22
Cf. annexe n° 6 : Les différentes approches du secteur informel en France.
En se situantdans une optique detransition23
, nous montrerons quela dynamique duprocessus
de transition des unités informelles ne dépend pas uniquement du comportement des
entreprises (faiblesse du capital humain), mais qu'elle est étroitementliée àson environnement
socio-économique et politique (sectionV).
Nous concentrerons notre attention dans la seconde partie sur les potentialités de
formation que cettemodalité d'apprentissage recèleen examinantsa contribution àladiffusion
dusavoir-faire.Comptetenudel'importancedesstructuresscolairesetdel'apprentissagesurle
tas comme instruments de qualification, il s' est avéré nécessaire au préalable de dégager les
caractéristiques de leur fonctionnement dans la mesure ou leurs interrelations permettront de
comprendre les déterminants qui ont motivé l'entrée en apprentissage.
La conception selon laquelle l'éducation et la formation peuvent jouer un rôle moteur*
dans le développement trouve son explication dans la théorie du capital humain traitée au
chapitreIV.Lecapitalhumainpeutêtredéfinicommel'ensembledesqualifications,aptitudes
et des connaissances dont bénéficie l'homme et qui améliorent ses revenus monétaires et
psychiques"24
. Le renouveau des théories de la croissance endogène vers les années 80
témoigne de l'intérêt qu'on accorde aux investissements en éducation et formation dans le
processus de développement (section I). Dans les années 70, le taux de scolarisation global a
fait un bon remarquable (2là 38%), tandis que dans la décennie 90, on note une légère
régression (36%). Les efforts entrepris dans les décennies passées ont du mal à suivre la
demande induite par l'accroissement démographique. Le diagnostic du système d'éducation et
de formation en ASS fait apparaître un faible taux de scolarisation technique 6,7%25
. la
situation est d'autant plus dramatique que la crise économique a conduit tous les
gouvernements à adopter des budgets d'austérité (section II). Les efforts massifs en vue de
doter les jeunes centrafricains d'un bagage scolaire minimum sont loin d'atteindre leurs
objectifscarlamoitiédesjeunesdelagénérationresteàl'écartdel'école.Toutefoisces mêmes
effortsontcrééunefortedemandequi,fautedestructuresd'accueilalternatives,atendanceàse
répercuter à tous les niveaux de l'enseignement général (section III).
23
Le processus de transition peut être appréhendé à deux niveaux :
- au niveau micro-économique, la transition est considérée comme le passage d'une entreprise informelle au
secteur moderne. Ces passages sont souvent exceptionnels ; toutefois ces entreprises sont difficilement
discernables des autres entreprises modernes, rien ne permet d'infirmer qu'un nombre d'entreprises modernes
n'aient débuté dans le SI.
- au niveau macro-économique, la transition est considérée comme un changement progressif de la structure des
économies en voie de développement. Cette approche insiste sur le caractère structurel de la transition, en
limitant l'importance des caractères d'accumulation de capital et de gestion pour mieux souligner le poids des
mutations culturelles et sociales dans ce processus.
24
BECKER (G. S): "Human capital: A theorical and empirical analysis with Spécial référence to éducation",
New-York, 2° Edition 1975.
25
NATIONS UNIES : "Rapport mondial sur le développement humain", Whashington, 1995.
Une étude de la dynamique de la formation au sein des unités informelles peut nous
éclairer sur le rôle formateur du S.I. traité au chapitre V. Quoiqu'il en soit, toutes activités
confondues, la tendance est à l'accroissement de la demande de formation ; celle-ci est
nettement plus faible dans les activités de commerce et de l'artisanat traditionnel (section I).
Unautrepointquerévèlel'analyseduS.I.estquelesdemandesd'apprentissagesedirigentvers
les métiers nouveaux. Pour ce faire nous nous proposons de dégager les éléments significatifs
du processus d'acquisition des qualifications pratiques au sein des unités du S.I. (section II).
Lerapportentrelacapacitédes'informeretl'accroissementdelaproductiondansleS.I.a
été établi de façon irréfutable. Seule une action soutenue visant la transmission et le
développement du savoir adapté aux réalités locales nous permettra de mobiliser les
analphabètes du S.I., et pourra développer leur aptitude à affronter l'avenir, cet aspect est
abordé dans le chapitreVI. C'est pourquoi l'apport bénéfique de l'alphabétisation et de
l'éducation de base des acteurs du S.I. peut être des moyen de les munir d'un code de bonne
conduite et de les tourner vers un avenir que seul un apprentissage innovateur peut aider à
maîtriser. L'éducation de base est celle qui fait acquérir à l'individu, dans un contexte
historique, social et linguistique déterminé, un minimum de connaissances, d'aptitudes et
d'attitudeslui permettantde comprendreson environnement,d'interagir avec lui,depoursuivre
son éducation et sa formation au sein de la société et de participer plus efficacement au
développement économique social et culturel de celle-ci (section I). La formation
professionnelle pour le S.I. constitue un volet important de l'aide au S.I. Elle passe par une
organisation des métiers et un regroupement des artisans. Vu les différentes situations, nous
pouvons avancer comme hypothèse que les actions de formation en faveur du S.I. doivent
prendre en compte les intérêts des parties en présence. Il s'agira donc d'une participation
négociée avec les différents acteurs. Les relations entre le système de formation scolaire et la
formation extra-scolaire doivent être prises en compte (section II).
Cette thèse qui s'articule donc en deux parties, l'une conduisant à évaluer le rôle du S.I
dans le développement, et l'autre mettant l'accent sur la nécessité de la formation pour le S.I,
montre le rôle que peuvent jouer les politiques d'éducation et de formation dans l'amélioration
de la productivité du S.I
SOMMAIRE
PARTIE I : LE SECTEUR INFORMEL DANS LE PROCESSUS DE
DEVELOPPEMENT
Chapitre I : Emergence et approfondissement de la notion du secteur
informel dans l'analyse du sous-développement
Section I : Approche théorique de la notion de secteur informel (S.L)
Section II : Contours et définitions du secteur informel
Chapitre II : Rôle du secteur informel en Afrique Subsaharienne (ASS)
Section I : Le contexte économique de TAS S
Section : Contribution du secteur informel au développement de 1ASS
Chapitre LTI : Le secteur informel à Bangui
Section I :Présentation des établissements du secteur informel à Bangui
Section II :La contribution à l'emploi
Section HI :La contribution au revenu
Section IV :La contribution à l'accumulation du capital
Section V :Les obstacles au développement du secteur informel
PARTIE II : LA FORMATION DANS ET POUR LE SECTEUR
INFORMEL
Chapitre IV : Le rôle de l'éducation et de la formation dans le
développement
Section I : Approche théorique du problème éducation-développement
Section II : Les politiques éducatives et de formation en ASS
Section ni : Analyse du système d'éducation et de formation en Centrafrique
Chapitre V : La formation dans le secteur informel
Section I : L'apprentissage sur le tas dans le secteur informel
Section II :Présentation des résultats de l1 enquête personnelle
Chapitre VI : La formation pour le secteur informel
Section I : La formation générale pour le secteur informel
Section II : La formation professionnelle pour le secteur informel
PREMIERE PARTIE : LE SECTEUR
INFORMEL DANS LE PROCESSUS DE
DÉVELOPPEMENT
Chapitre I : Emergence et approfondissement de la notion du secteur informel dans
l'analyse du sous-développement
Chapitre II : Rôle du secteur informel en Afrique Subsaharienne (ASS)
Chapitre III : Le secteur informel à Bangui
INTRODUCTION DE LA PREMIÈRE PARTIE
Telles qu'elles ont été conçues après la deuxième guerre mondiale en ASS, les stratégies
axéessurlacroissancedirigeaientdepréférencelesinvestissementsverslesecteurmodernede
l'économie selon les modèles dualistes (se développer consistait à substituer les activités dites
"modernes" aux activités dites "traditionnelles"). "L'opposition entre ces deux réalités a servi
de fondements aux schémas dualistes, mais même les plus virulents critiques du dualisme ont
été amenés à décrire le développement à partir de la substitution de structures capitalistiques,
techniciennes, organisées, tournées vers le marché et l'accumulation à des structures
caractérisées par la. prédominance du travail, par la lente évolution des technologies de
l'outil,par la prédominance de l'organisationfamiliale etpar autoconsommation"26
. L'opinion
qui prévalait était qu'une croissance rapide et durable réglerait les problèmes de la répartition
des revenus, de la pauvreté... Les pouvoirs publics ne se souciaient pas de redistribuer les
richesses et minimisaient également le rôle de la consommation courante pour encourager le
développement ; cela résulte de l'idée qu'une redistribution du pouvoir d'achat en faveur des
plus défavorisés risque de compromettre la croissance en réduisant l'épargne et
l'investissement.
LeS.I.asansdoutetoujoursexistéenASS.,maiscen'estquedans les années 70qu'ilest
apparu dans la littérature économique , et a été particulièrement vulgarisé par les travaux du
BIT et de la Banque mondiale. Le point de départ est le constat selon lequel le chômage
apparent ne progressait pas en proportion de l'écart croissant entre augmentation de la
population en âge de travailler et les créations d'emplois dans le secteur moderne. Une
multitude de petites activités occupent une place prépondérante dans ces économies en raison
desespotentialités en matièred'emplois,dedistribution de revenus, desatisfaction des besoins
élémentaire, et pourtant elles sont évacuées des statistiques officielles et très peu intégrées aux
politiques de développement économique et social. La diversité des activités a eu comme
corollaire la variété des termes utilisés pour les qualifier (secteur non structuré, secteur non
organisé,petiteproductionmarchande...).Au-delàdesincertitudesconceptuellesquiontabouti
à diverses interprétations, nous tenterons de souligner l'importance tant quantitative que
qualitative du phénomène. D'autres événements plus récents ont accéléré le développement du
secteur informel : la récession des années 80 et les politiques d'ajustement structurel qui s'en
sont suivies en ASS y ont contribué. Les entreprises du secteur moderne, surtout celles du
secteur public furent contraintes de réduire leurs effectifs et salaires.
L'objectif de cette première partie vise à analyser le rôle que joue le S.I. dans le
développement des économies d'Afrique subsaharienne, et plus
26
PENOUIL (M.) : "Les activités informelles : réalités méconnues..., espérances illusoires ?", Problèmes
Economiques, n°2196,1990.
particulièrement dans le cas de la ville de Bangui. Cette analyse est incontournable dans le
cadre de notre travail, car elle nous permettra d'aborder les efforts de recherche et de poser un
diagnostic quant aux résultats des diverses investigations (BIT, CEAN, DSEE 27
). La
dynamisation du S.I. rencontre de nombreux obstacles, à la fois politiques, sociaux et
économiques.
Nous avons choisi d'étudier les activités les plus représentatives du secteur informel
urbain de production et de services c'est à dire celles du secteur informel dit "moderne"28
. Pour
atteindre notre objectif nous allons essayer d'analyser les entreprises, à travers leurs rôles de
création d'emplois, d'accumulation de capital et de distribution de revenu ; ainsi que les
relations qu'elles entretiennent avec le reste de l'économie. Comment les entrepreneurs du
S.I. combinent-ils les facteurs de production ? Quelle est la structure de production de la
main-d'œuvreemployée?Etquellessontl'importanceetl'originedesmoyensfinanciersmisen
œuvre ? La compréhension des activités informelles urbaines ne nécessite-t-elle pas l'examen
approfondi des relations en amont (achats d'équipement...) et en aval (structure de la clientèle)
qu'elles entretiennent avec leur environnement ?
D'autres événements plus récents ont accéléré le développement du secteur informel. La
récession des années 80 et les politiques d'ajustement structurel qui s'en sont suivis en ASS y
ontcontribué.Lesentreprisesdusecteurmoderne,surtoutcellesdupublicfurentcontraintesde
réduire leur effectif et réduire les salaires. En ASS, selon les estimations l'emploi dans le S.I. a
progressé de 6,7% par an de 1980 à 1985 ; durant cette période le secteur moderne n'a absorbé
que 6% des nouveaux venus sur le marché du travail contre 75% pour le S.I.29
Etant donné le vif débat opposant plusieurs auteurs sur l'interprétation des activités
informelles, il serait utile d'exposer ce débat pour dégager les analyses nous semblant
pertinentesàmêmedecomprendrelasituationactuelle.Nous aborderonsdonc,dans chapitreI,
l'émergence et l'approfondissement de la notion du S.I. dans l'analyse du sous-développement.
Danslechapitre H,serontétudiés lesdifférents apportsdu S.I.dans les économies aux niveaux
de l'emploi, de la distribution de revenus, de l'accumulation et de la maîtrise de la technologie,
le chapitre IIIsera consacré à l'analyse du S.I. dans la ville de Bangui à partir des données dont
nous disposons.
27
BIT : "Recensement du secteur informel dans les villes d'Afrique francophone", Genève, 1987. CEAN :
"Recensement du secteur informel à Bangui", 1982.
DSEE : "Recensement des unités et communes de Bangui", 1990.
28
Comme nous l'avions signalé dans l'introduction générale, il existe aussi un S.I. en milieu rural.
29OIT-PECTA: "Rappoit sur l'emploi en Afrique", Adis Abeba, 1989.
CHAPITRE I : EMERGENCE ET APPROFONDISSEMENT DE LA NOTION DE
SECTEUR INFORMEL (S.I.) DANS L'ANALYSE DU SOUS-DÉVELOPPEMENT
INTRODUCTION
Dès son origine, la notion du S.I. s'était prêtée à deux interprétations différentes : au
départ. HART30 situait l'analyse au niveau des ménages et posait le problème du revenu
informel comme un revenu complémentaire devenu nécessaire devant les limites de la
solidarité familiale. En considérant la combinaison des revenus formels et informels, l'auteur
examinait les stratégies des ménages en matière d'emploi et de revenu. Le BIT, quant à lui,
mène l'analyse en terme d'unités de production et tente de mesurer la contribution du S.I. dans
une perspective de réévaluation du PIB, en préconisant des politiques visant à drainer la
composante la plus dynamique vers le stade des petites entreprises.
Trente ans après, c'est l'optique des organismes internationaux (BIT, BIRD) qui est
retenueparlaplupartdesanalysesdu secteurinformel."Iln'apas étérarequedesuniversitaires
ou des chercheurs très opposés politiquement aux institutions internationales adoptent leur
vision (sectorialiste)"31. Il s'agira de cerner la portée économique du S.I., relativement aux
interrogations qui se posent, ainsi que les différentes façons de les aborder. Afin d'atteindre cet
objectif le chapitre sera divisé en deux sections.
Dans la première section, en abordant l'approche théorique, nous retracerons l'évolution
de la notion du S.I., afin de permettre de situer l'intérêt qu'elle suscite; nous analyserons par la
suite les différentes approches (dualiste et de la petite production marchande) du S.I.. La
seconde section donnera un aperçu des principaux problèmes soulevés par la définition du S.I..
En somme la description analytique que nous mènerons vise à vérifier la validité de la
distinction secteur moderne/secteur informel dans les PVD.
30
HART (K) :"Informal incomes oportunities and urban employment in Ghana", présenté à la conférence sur
l'emploi urbain en Afrique, Institute of development Studies, University of Sussex, publié dans le Journal of
Modern African Studies, II, 1, 1973, p.61-89.
31
LAUTIER (B.) : "L'économie informelle dans le tiers monde", La Découverte, Paris, 1994.
SECTION I : APPROCHE THÉORIQUE DE LA NOTION DE SECTEUR
INFORMEL
La difficulté que présentent les différentes approches du S.I. est prouvée par la
multiplicitédestermesutiliséspourdésignercesecteur(secteurinformel,secteurnonstructuré,
petite production marchande, secteur non réglementé...).
Le processus de développement engagé dans les pays d'ASS revêt deux formes :
le "développement transfert" résultant de l'imitation des structures et pratiques des pays
développés dans le domaine économique, ceci en raison de la place du capital étranger et de
l'utilisation de latechnologie. Le "développementtransfert" se retrouve dansd'autres domaines
: structures éducatives, politiques, administratives et juridiques qui sont souvent des mutations
directes d'un modèle occidental.
le "développement spontané" est l'autre forme du processus de développement. Il est le
fait du dynamisme empirique de la base humaine de la société cherchant à s'adapter à ce qui la
séduit dans l'autre forme de civilisation. Les populations ne restent pas figées dans leurs
pratiques ancestrales. Elles évoluent à un rythme différent et selon des modalités différentes.
Cette évolution n'est pas coupée des influences extérieures et ne se fait pas par substitution
d'une structure à une autre, mais par une lente évolution, résultant de multiples adaptations
réalisées.
Tout en acceptant l'essentiel de cette thèse, nous pouvons faire les remarques suivantes :
elle privilégie les problèmes du sous-emploi urbain alors qu'il existe aussi un S.I. rural.
la thèse de développement "spontané" pose comme finalité l'élimination des
déséquilibres concernés, avec l'intégration des activités informelles dans l'économie moderne.
AceproposlesétudesduBITsurleS.I."moderne"sontrévélatrices,danslamesureoùellesne
s'intéressent qu'à des activités pour lesquelles les interventions sont convenables pour faciliter
leur évolution vers des structures modernes.
I.1 - ÉMERGENCE DU CONCEPT DE S.I.
L'utilisationdutermeS.I.danslesPVDrésultedel'appréhensiondecertainsphénomènes
dont la coexistence est à priori paradoxale.
La croissance urbaine s'est réalisée à un rythme accéléré aux cours des trois dernières
décennies:alorsquelacroissancedémographiquedanslaplupartdespaysaétéenmoyennede
2,4%. La population urbaine a augmenté de plus de 6%, tandis que la population des quartiers
populairesacruenmoyennedeplusde12%paran.32 Lacroissanceéconomiquequiaentraîné
une augmentation de revenu par tête a été inférieure à 3%, et s'était réalisée par l'utilisation de
techniques à forte intensité capitalistique. Elle a exercée des effets d'accroissement l'offre de la
capacité de travail plus élevés que les effets d'augmentation de la demande.
32
BANQUE MONDIALE : "Rapport sur le développement dans le monde", Washington, DC, 1978.
En effet, malgré le décalage entre l'offre et la demande du travail, le chômage33
n'a pas
augmenté aussi rapidement que le laisserait supposer le rythme de l'exode rural et les taux de
croissancenaturelenmilieu urbain.Ilfallaitdèslors expliquercommentces"chômeurs"ontpu
subsister en ville ; la mission globale de stratégie de l'emploi (le rapport BIT sur l'emploi au
Kenya)mettaitl'accentsurleS.I.entantquesecteurdestinéàcouvrirles groupesd'activitésoù
"une importante proportion d'adultes qui n'occupent pas des emplois recensés sont occupés à
d'autresactivitésquifournissentdefaçonrentabledesbiensetservicesàlapopulationurbaine
: il s'agit des membres du S.I. "34
La contribution du BIT en cette matière était ainsi de mettre l'accent sur les aspects
positifs de ce secteur qui s'avère "le plus souvent du point de vue économique rentable,
productif et créatif et qui, sur le plan des politiques d'emploi, est loin d'être un piège à
chômeurs’’35
H faut noter que l'analyse théorique du concept s'inscrit dans le cadre d'un débat riche,
certes, mais qui n'échappe pas à des incertitudes et comporte certaines divergences du fait que
les recherches engagées ne procèdent pas des mêmes motivations ni des mêmes objectifs.
Nous analyserons les différentes interprétations du S.I. de l'économie urbaine tout en
mettant l'accent sur les approches dualistes ainsi que sur celle de la petite production
marchande.Nous poserons ensuite, le problème du S.I. sous l'angle de ses relations avec les
autres secteurs. Par la suite, nous présenterons les nouvelles orientations de recherche
concernant le S.I..
33
Dans ces économies le concept de chômage au sens où l'on entend habituellement est peu adéquat.
34
BIT : "Emploi, revenus et égalité. Stratégie pour accroître l'emploi productif au Kenya", Genève 1972, p.61.
35
Ibid
— Page 25 —
I.2 - D'UN DUALISME À UN "AUTRE"
L'approche dualiste est souvent utilisée dans l'explication des disparités caractérisant les
économies en voie de développement. La notion du dualisme signifie absence d'homogénéité.
L'économie des pays en voie de développement est conçue comme une économie au sein de
laquelle se trouvent juxtaposés deux secteurs économiques : secteur moderne et secteur
traditionnel.
Le principal modèled'interprétationest celui de LEWIS36
quiprésentel'avantaged'avoir
fourniuneexplicationdestransformationsintervenantdansces économies.L'approchedualiste
ne peut être comprise que par référence à ces modèles et travaux concernant le problème du
développementdutiers-monde. L'idéecentraledu modèledeLEWIS estque ledéveloppement
induit se caractérise par un processus continu de réaffectation des travailleurs en surnombre de
l'agriculture (secteur traditionnel) vers l'industrie (secteur moderne) créateur d'emplois
productifs. Le surplus croissant réalisé grâce à ce processus est supposé entraîner un processus
de croissance auto-entretenu. Cette analyse suppose tout à la fois un fonctionnement
concurrentiel du marché du travail et la volonté des industriels qui réinvestissent leurs profits.
Les réalités sociales et politiques montrent que de telles conditions ne sont généralement pas
remplies. Les pouvoirs publics doivent aider l'industrie par des moyens d'incitation (politique
fiscale, douanière...).
Les travailleurs du secteur traditionnel sont définis comme des irrationnels, qui n'ont
aucune notion de maximisation de profit et qui ne peuvent évoluer sur le plan technologique
puisque, par définition, les inputs du secteur traditionnel sont la terre et le travail ; le capital
reproductible n'existe pas puisque non monétarisé de par sa nature. Selon les néoclassiques les
travailleurs de ce secteur ont de bas revenus, une faible productivité (très inférieure à celle des
travailleurs du secteur moderne). Il y adoncd'une part un secteur moderne dérivantdes formes
de production capitaliste et, d'autre part, un secteur traditionnel dérivant des formes de
production paysanne.
L'inégalité dans la répartition de revenu, consécutive à l'accumulation du capital, serait
donc en mesure d'entraîner une épargne favorisant l'investissement, qui entraînerait des
créations d'emplois dans le secteur moderne.
La division del'économiedansles PVDen secteurmoderne etsecteurtraditionnel relève
d'une approche qui est sans doute peu réaliste. "Quoique ce schéma soit très attrayant à maints
égards, il semble pastoutà fait rigoureux. L'aspect résiduelduS.I. et lerôled'autosubsistance
que lui prête la thèse dualiste sont sujet à caution""37
. L'analyse de ces
36
LEWIS (W.A.) : "La théorie de la croissance économique", Payot, Paris, 1971.
37 PLASSARD (JM), CHOKRI(A.):‘’Segmentationdumarché dutravail et différentiels de salaires:une analyse
trisectorielle d’une économie en déveoppement’’, CEJE, Université de Toulouse I, 1994.
économies montre, en effet, une diversité de comportements économiques dont les
modèles construits jusqu'à présent ne peuvent que difficilement rendre compte.
En tout état de cause, nous considérons qu'en dépit des différentes descriptions de
l'économie dualiste, ladichotomie est fondée sur la technologie ; cependant les étiquettes telles
que économie du "type bazar" désignant le secteur traditionnel urbain ne font que signaler les
différences dans l'organisation des activités productives.
Toutefois, il s'est avéré que les effets d'entraînement du secteur moderne sur le secteur
traditionnel urbain ou rural se sont montrés illusoires dans la plupart des pays. Le
développement économique ne peut se cantonner dans un secteur moderne urbain et faire fi de
la quasi-totalité de la population. C'est certes devant l'impasse des premiers modèles dualistes
qu'onparlera,dèslors, d'un"nouveau" dualisme:secteur moderne/secteurinformelou encore
secteur structuré / secteur non structuré... Le développement du secteur informel est donc une
réponse aux échecs des politiques d'industrialisation fondées sur ces premiers modèles
dualistes. Comment spécifier de manière adéquate la situation observée dans les PVD où une
partie importante des activités économiques est menée par des petites unités qui ne relèvent ni
du secteur moderne ni de la sous-traitance "stricto sensu".
A - Le "nouveau" dualisme : secteur moderne /secteur informel
Dès 1971, H ART38 a introduit l'idée d'une possibilité de revenus "formels" et
"informels " ; il faisait ainsi la distinction entre les activités formelles impliquant l'emploi
salariéetlesactivitésinformellesrelevantdel'auto-emploi.L'auteurmetenrelieflaquestionde
l'impact des activités informelles sur l'économie. Devant les réalités marquant la nature de la
croissance économique des PVD, il concluait que les activités informelles sont source de
revenusetcontribuentpourunelargepart,àcôtédel'emploisalarié,àencouragerl'exoderural.
Nousretiendronsqu'audépartlanotiondeS.I.aétéadoptéenonseulementpourdésigner
legroupeendirectionduqueldesmesuresdesoutienetd'encouragementdoiventêtreprises, en
vue de promouvoir l'emploi et de lutter contre le chômage et la pauvreté, mais aussi pour
reconnaître la spécificité de cette nouvelle dimension de la réalité dans les PVD. Le dualisme
S.M./S.I. est une" nouvelle" manière de penser l'hétérogénéité des structures des économies en
développement. Le "nouveau" dualisme enrichit le débat théorique sur le caractère dual des
économies en voie de développement, dans la mesure où on reconnaîtra désormais l'originalité
duS.I..Parailleursce"nouveau"dualismesusciteundébatquantàsondegrédepertinence.Au
lieu de considérer que le secteur traditionnel a un rôle passif de fournisseur de main-d'œuvre à
38
HART (K.) :"Informal income oportunilies and urban employment"in Ghana journal of modern Africa
studies, vol. 11, n°l, mars 1973.
A la dichotomie ancienne, certains auteurs substituent :
- secteur formel / secteur informel (HART),
- secteur structuré / secteur non structuré (WEEKS, SETHURAMAN),
- secteur moderne / secteur traditionnel (LACHAUD, PENOUIL, HUGON).
untauxdesalairedéterminéparlerevenudesubsistance,ildevraitêtreanalysédanssonpropre
dynamisme39
.Lesnouveauxmodèlesdualistesprennentcommehypothèsequelesinégalitésde
revenusnesontpasunfacteurdedégagementd'épargne,maisaucontraire,limitentlademande
effective. La question posée au niveau de l'emploi concerne alors le revenu et non le temps de
travail, et le problème économique s'est déplacé de la production vers la demande. Au lieu de
parler de chômage en termes de surplus de main-d'œuvre, on l'appréhende en tenue d'activité
sous-rémunérée.
BERTHOMIEUC.40 regroupelestraitscaractéristiquesdesdeuxsecteursgénéralement
soulignés par les auteurs dans le tableau suivant :
39 HUGON (P.) : ‘’Dualisme sectoriel ou soumission des formes de production. Peut-on dépasser le débat ?’’,
Revue Tiers-Monde, T.XXI, n°82, avril-juin 1986
40
BERTHOMIEU (C.) : "Le système économique de la Médina de Sfax (aspects fonctionnels et structurels)",
Université de Nice, novembre 1986.
"Le dualisme des modes de production, de l'organisation de l'échelle de l'activité semble
être la thèse où se rallient la plupart des travaux, toutefois, il en subsiste deux problèmes : à
savoir le choix de l'unité d'observation, (individu, ménage, établissement) et les mécanismes
qui relient secteur moderne et secteur informel" 41. Le S.I. échappe à l'analyse néoclassique
car son développement n'est pas lié aux opportunités d'investissement, mais à la nécessité de
créer des emplois dans un contexte d'urbanisation et d'industrialisation plus ou moins
accélérées. La diversité des situations observées ne permet
41
SETHURAMAN (S. V.): "The urban sector in developping countries: employment, poverty and environment",
1981.
Variables
caractéristiques Secteur moderne Secteur informel
Forme juridique des
entreprises
Société Entreprise individuelle
Technique utilisée Capitaliste "Labor intensive"
Type d'organisation Bureaucratique Familiale, domestique
Niveau de production Grande échelle Petite échelle
Prix Fixes Négociables
Marché Protégé Ouvert
Capital financier Abondant Rare
Procès du travail Organisation scientifique du travail Artisanat, ateliers autonomes
Division du u-avail Très développée Faible
Durée du travail Régulière Irrégulière
Salaires Mensuels versés régulièrement A la pièce, versements
irréguliers
Crédit Bancaire Personnel
Relations sociales Impersonnelles Personnelles
Coûts fixes Importants Négligeables
Matières premières Importées de l'extérieur Produits localement
Instruction scolaire Élevée Très faible
Modalités d'acquisition des
qualifications
professionnelles
Système éducatif Apprentissage sur le tas
Niveau de qualification Élevé Bas
requis
Caractéristiques des secteurs moderne et informel (tableau n°l)
Source : BERTHOMIEU, 1986.
pas d'apporter une réponse unique. Certaines activités sont complémentaires, d'autres
subordonnées.
LesmotivationsthéoriquesdéterminantlesétudessurleS.I.sontelles-mêmesdifférentes
selon qu'on se trouve du côté de la recherche théorique ou des organismes internationaux : les
premières sont dictées par un souci de connaissance abstraite, alors que les secondes
s'intéressent au S.I.au rôle que l'on veut faire jouer au SI. dans le processus de développement.
On peut citer comme exemple d'analyse dualiste l'approche du BIT(1972)42. Toutefois,
il est à remarquer que le BIT s'écarte des modèles dualistes classiques. Dans les modèles
dualistes "classiques" la dichotomie (traditionnel / moderne) est une phase transitoire qui
s'achève par le développement du secteur moderne (une modernisation de l'économie toute
entière). Cette approche reste cependant assez marquée par l'absence de rapports significatifs
entrelesdeuxsecteurs. C'estpourquoinous pouvons latraiterde"dualiste"pourladifférencier
des approches qui tendent à donner à la fois une explication du fonctionnement spécifique de
chaque secteur et une logique de fonctionnement qui permet de comprendre leur articulation.
SelonlestermesduBIT,le S.I.est ledomaineoùune importanteproportionde gens, qui
n'occupent pas des emplois recensés, sont occupés à d'autres activités qui fournissent de façon
rentable des biens et services à la population urbaine, ou bien, du point de vue opérationnel, le
S.I. comprend les métiers dans lesquels ils trouvent une utilisation de leur travail ; la plupart
sont des travailleurs à leur propre compte, les travailleurs (patrons et personnel) des petites
unités, etc. Comme il n'est pas possible de définir le S.I. seulement par la nature des activités,
on ajoute comme caractéristiques principales la faible intensité capitalistique des unités,
l'existence de marchés concurrentiels, la facilité d'entrée, etc.
La contributionde l'approche dualistedu BIT pourexpliquer les disparités dans les PVD
n'est pas négligeable :
L'introduction de l'hétérogénéité des emplois dans l'économie permet de saisir la
contribution économique des travailleurs qui ne rentrent pas dans les cadres structuraux
préétablis, et qui ont été souvent considérés comme des "chômeurs déguisés" dans les
statistiques.
en rompant avec la vision du dualisme classique, cette approche BIT va permettre
d'étudier les conditions de promotion des autres formes de production.43 Le découpage en
secteur formel et secteur informel est tellement simple qu'il ne permet pas de saisir la richesse
42
BIT :"Employment, incomes and Equality. A strategy for Increasing Productive Employment in Kenya", OIT,
Genève, 1972.
43
MALDONADO (C.) : "Les petits producteurs urbains d'Afrique francophone", BIT, Genève, 1987.
de l'hétérogénéité des statuts socioprofessionnels des individus à l'intérieur du SX. Il ne
permet pas de classer les fractions spécifiques de la main-d'œuvre qui se trouve dans le SX, ou
de connaître de façon concrète leur dynamisme. On a certes tenté de mieux expliciter
l'hétérogénéité des processus productifs au niveau du S.L, mais ces essais ont abouti à de
nouveaux découpages.
B - L'analyse en trois secteurs
STEEL (W. F.)44 scinde l'économie des PVD en trois secteurs : un secteur moderne, un
secteur traditionnel et un secteur intermédiaire ou de transition.
Le secteurmoderneutilise unecombinaison de facteurs deproduction plus capïtalistique
que les deux autres secteurs et produit à grande échelle. La technologie est avancée et souvent
importée. Il existe dans ce secteur des barrières à l'entrée.
Lesecteurintermédiaireestcomposédesunitésdeproductiondepetiteetmoyennetaille.
Ce secteur utilise une technologie moyenne, des équipements fabriqués localement, et il a des
équipements petitsplusfaiblesque ceux du secteur moderne. Sur leplandela rémunérationdu
travail, les salariés du secteur moderne font l'objet de contrat de travail et leur salaires ne
peuvent se fixer en deçà d'un seuil déterminé institutionnellement. A l'inverse, ceux du secteur
intermédiaire se définissent par rapport à la productivité marginale du travail. Les barrières à
l'entrée sont moyennes (barrières à l'entrée liées à l'investissement en capital physique ou
humain).
Enfin, le secteur traditionnel a les caractéristiques suivantes : faible capital fixe, absence
de barrières à l'entrée, financements essentiellement familiaux ; le produit marginal du travail
estnul.Ilyapartageduproduit,celui-cipouvantêtreéventuellementégalautauxdesalairedu
secteur de transition.
L'hétérogénéité des activités du SI., a conduit au développement des modèles trialistes
qui sont une reprise du modèle dualiste de LEWIS.Les analyses en trois secteurs reposent sur
l'existence d'un seuil technologique, conduisant à une rentabilité financière du capital
décroissante.Dans ce schéma, c'est le secteur intermédiaire qui est capable de jouer le rôle que
jouait le secteur traditionnel dans les analyses dualistes. "Le secteur intermédiaire, sous
certaines conditions, pourrait produire autant que le fait le secteur moderne. Ce secteur, en
élargissant le marché intérieur, favorisera la création et le maintien d'une économie
intermédiaire, située entre les activités traditionnelles et le grand secteur moderne. En
définitive, le développement du secteur intermédiaire réconciliera les objectifs d'emploi et de
44
STEEL (W. F.) :"Small-case employment and production in developing countries evidence from Ghana",
New-York, 1977.
LRHOULA (Y.) : "Secteur informel et développement : contribution à l'élude de l'économie urbaine dans les
PVD", Thèse 3e cycle, Aix Marseille 3,1986.
production". 45 L'analyse en trois secteurs présente un intérêt dans la mesure où l'adoption de
l'hypothèse d'hétérogénéité permet de situer le champ des investigations statistiques.
1.3 - L'APPROCHE DE LA PETITE PRODUCTION MARCHANDE
Bienquel'appellationdelapetiteproductionmarchandeaitétéutiliséeparcertainsparla
suite pour désigner les activités informelles, cette seconde approche du S.I est d'inspiration
"marxiste". Elle part de l'idée que la petite production marchande ou les activités informelles
sont un ensemble d'activités qui participent à la reproduction du mode de production
capitaliste46. La participation de celles-ci à la reproduction du système capitaliste dans les
PVD résulte du fait de la soumission du travail au capital. Cette approche considère
l'émergence du S.I. comme une modalité de surexploitation du prolétariat que le capitalisme
périphérique et international ne peut, ou ne veut, salarier. Les analyses se placent dans une
perspective globale, afin d'essayer de comprendre les mécanismes de fonctionnement, de
régulation du système, autant que les logiques des sous-systèmes de production. La petite
production marchande est alors considérée comme une réserve de main-d'œuvre dans laquelle
lesecteurmodernepuiselaforcedetravaildontilabesoinetrejettecelledontiln'apasl'utilité.
Selon les tenants47 de cette approche, la petite production marchande dominée par le
système capitaliste répond à ses lois de fonctionnement par une complémentarité structurelle.
Cette complémentarité relève des modalités essentielles du fonctionnement du secteur
moderne, et est renduepossiblepar d'autres caractéristiques spécifiques du fonctionnement des
secteurs arriérés.
La vision totalisante de cette approche est diamétralement opposée à l'approche dualiste,
au niveau de la signification des rapports entre les secteurs, et du rôle accordé au SX. Les
principaux travaux font ressortir cette opposition autour de l'aspect fonctionnel du rapport
S.M./S.L.
Les analyses retiennent comme activités informelles celles qui correspondent à un mode
de production artisanale et au petit commerce, et acceptent l'existence de flux réels et
monétaires entre les deux secteurs au sein d'une économie.
45
STEEL (W.) : "Intensité du capital, dimension de la firme et choix entre emploi et production. L'importance de
l'analyse multisectorielle", Revue Tiers Monde, tome XXI, n°82, avril-juin 1982.
46
ABADIE (N.), HUGON (Ph.), MORICE (A.): "La petite production marchande et l'emploi dans le "secteur
informel" - Le cas Africain", Édition de L'IEDES, Paris, 1977.
47
LAUTIER B., DE MIRAS Cl. et MORICE A. : "L'Etat et l'informel", L'Harmattan, Paris, 1991.
L'articulation des formes d'activités est envisagée du point de vue des avantages que le
secteur formel tire des activités informelles. Pour certains, les activités du S.I. contribuent à
l'accroissement du taux de profit du S.M. par l'échange inégal. On souligne que le capital a
intérêtàmaintenirleS.I..Lerôledesactivitésinformellesseraitdereleverletauxdeprofit,soit
parlasous-traitancecommerciale,soitparlasous-traitancedirecteaveclesunitésduS.M..Les
flux entre les deux secteurs jouent un rôle dans le cycle de valorisation du capital.
Pour d'autres, le S.I. produit des inputs à bon marché pour l'industrie, ces inputs entrent
dans le cycle de valorisation constant, et en font monter le taux de profit.
Les analyses considèrent que les petits producteurs jouent un rôle d'armée de réserve
permettant au capital d'avoir un taux de rotation élevé de main-d'œuvre, sans qu'il ait à
supporter le coût de l'entretien de la main-d'œuvre rejetée hors de la sphère de la production.
En dépit de cette constatation d'un rôle positif des activités dans la
valorisation-accumulationducapital,lesanalysess'opposententreellesquantàl'avenirdecette
articulation au sein de l'économie des PVD.
Pour certains, le rôle accompli par les activités informelles dans la hausse du taux de
profit est d'une importance fondamentale pour l'accumulation du capital, l'existence des deux
secteursestunélémentpermanentdel'économie.Dans cecadre,ilexiste toujoursunprocessus
de conservation-dissolution : le blocage du développement, dû à l'étroitesse des marchés, rend
le capital incapable de dissoudre le mode de production artisanale, ce qui fait que la stratégie
rentable serait de subordonner les petits producteurs.
D'autres travaux considèrent que les formes de production non capitalistes sont des
survivances du système antérieur et ne jouent qu'un rôle marginal par rapport à l'accumulation
du capital. Les activités informelles doivent disparaître à la suite d'un double processus :
par la transformation progressive des rapports antérieurs en rapports marchands, à
l'intérieur des petites unités ;
du fait d'une plus forte concurrence du développement de l'économie en général.
Pour les auteurs qui soutiennent la thèse de la disparition du SX, et qui négligent leur
importance dans le processus d'accumulation, l'existence des petits métiers dans l'économie ne
peut s'interpréter que comme une survivance. Les petits métiers se trouvent directement
menacés par le courant de la modernisation.
Plus nombreux sont les auteurs qui partent de la permanence de l'articulation des
secteurs, et considèrent que le développement du S.I. ne peut pas se faire dans un modèle
économique dominé par les intérêts d'une minorité locale ou étrangère, par conséquent le
problème du petit producteur fait partie du développement.
Danscetteapprocheonaccordeunrôlepositifàlapetiteproduction,maisétantdonnéesa
dépendance vis-à-vis du S.M., son développement doit être conçu dans le cadre d'une profonde
modification de l'organisation économique et sociale des PVD. Autrement dit, dans la mesure
où les petits entrepreneurs ne peuvent participer à l'économie que de façon dépendante et
subordonnée, toute politique d'aide en leur faveur conduirait à une aggravation de la pauvreté,
sans pour autant bénéficier réellement à ceux qui passeraient sous le contrôle de la grande
industrie.
Les approches dualistes ont le principal mérite d'avoir inauguré la recherche pour
l'appréhension de la complexité du rapport production/emploi dans les PVD. Cette approche
présenteunecertaineoriginalitéquiconfèreàcetypededéveloppementuncaractèrespécifique
et unique.48
L'approche de la petite production marchande part du même univers hétérogène des
activitésurbaines, ettententunearticulationentrelesdeuxsecteurs. Leurs limitesdépendentde
la façon dont ils établissent la complémentarité. Les analyses qui soutiennent la thèse de la
disparition des activités du S.I. par le développement, commettent les mêmes erreurs que les
tenants dudualisme classique (destruction dusecteur traditionnel). "Le secteur informel est fait
pour durer"49
. L'approche de la complémentarité des formes de production dans le cadre de
l'accumulation du capital présente comme limite le fait de privilégier le transfert des valeurs
d'un secteur vers l'autre, et refuse d'étudier d'autres phénomènes tels que la dévalorisation du
travail, le rôle des unités du S.I. dans l'absorption de la main-d'œuvre.
Malgré leurs limites, ces approches fournissent un soubassement analytique qui permet
de saisir les économies en voie de développement (voir Annexe 6). Les deux approches du S.I.
ne s'excluent pas absolument, il semble possible de les combiner dans le cadre de notre
problématique.
1.4 - LES NOUVELLES ORIENTATIONS DE RECHERCHE
Lors d'un séminaire de l'OCDE sur le S.I., les participants, après avoir fait le tour des
définitions opposées, des conflits et des méthode ont proposé des nouvelles orientations de
recherche sur le S.I. en Afrique.50
48
BARON (C.) : "Autonomie-intégration des espaces urbains Africains", thèse de doctorat d'université, Sciences
Economiques, Bordeaux 1,1994.
49
LUBELL (H.) :"Le secteur informel dans les années 80 et 90", O.C.D.E., Paris, 1991.
50
KING (K.) : "L'émergence des tendances récentes en Afrique. Un schéma pour les nouvelles tendances",
Nouvelles approches du secteur informel, OCDE, Paris, 1990.
— Page 34 —
Au niveau de chaque pays, c'est la prise de conscience par les dirigeants africains du S.I.
et des liens qu'il y a entre lui, l'éducation et la formation. II s'agit de l'attitude des organismes
d'aidevis-à-visdesgouvernementsafricains quiposentcommeuneconditiond'aide,lapriseen
compte dans les décisions politiques des liens entre l'éducation, la formation et le S.I. Les
diplômésdesécolesprofessionnellesutilisentles connaissancesacquisespréalablementdans la
création d'emplois informels, lorsque le secteur formel se trouve dans l'impossibilité de les
intégrer.Deplusenplus,leS.I.devientl'apanagedesscolaires,etladuréedelascolarisationest
ce qui amène des différences quant à la stratification au sein des unités du S.I. En d'autres
tenues, le fait d'être diplômé d'une école professionnelle, ou d'avoir poursuivi des études
primaires, secondaires ou supérieures impliquait des différences de performances, tant au
niveau de l'organisation des entreprises informelles, qu'au niveau du développement et de la
multiplicationdesdites entreprises. Désormais, il s'agit d'analyser quels types d'éducation etde
formation ont aidé les jeunes à accéder à l'activité qu'ils exercent.
L'examen de la littérature récente sur le S.I. montre que les pouvoirs publics, les
institutions internationales s'intéressent de plus en plus au S.I. dans les stratégies
d'augmentation de l'emploi et de revenus. Parmi les tentatives de sortie de la crise structurelle
que traverse l'ASS, les partisans de la déréglementation de l'activité économique et de la
flexibilité de la législation du travail prônent également une intervention dans le S.I. D'un côté,
on estime qu'un contrôle plus strict des conditions d'exercice des activités informelles est
nécessaire afin de garantir les investissements dans le secteur moderne ; de l'autre côté, on
préconise une réforme du secteur institutionnel pour libérer les initiatives et le potentiel que
recèle le S.I. L'impact du cadre institutionnel ouvre une voie de recherche qui doit déboucher
sur d'autres orientations. "Pourquoi ne pas puiser dans "la richesse des alternatives
institutionnelles pour imaginer une réglementation différente pour les secteurs formel et
informel, appropriée à la branche, à la taille et à la logique de gestion des entreprises, en fait
une réglementation qui, tout en maintenant certains avantages du S.I., contribuerait à atténuer
les coûts ?"51 Les pays sous ajustement structurel sont aussi concernés par le renouveau de
l'approche institutionnelle. Par conséquent les approches empiriques sur le cadre institutionnel
dans lequel évolue le S.I. peuvent ouvrir des voies de recherche intéressantes.
Ces approchespartentdel'idée que lespolitiques d'ajustementstructurel rendent difficile
toutepolitiquesociale,parconséquentleS.I.pourraits'ysubstituer,d'oùlathèsederajustement
à visage humain.
Les orientations de recherche concernent le marché du travail urbain dans le contexte
macro-économique d'ajustement structurel. L'idée de base est que l'analyse du marché du
51
FREEMAN (J.R ):"Labor markets and institutions in economic development", The American Review, Mai
1993.(également dans Les problèmes Économiques n°2361, fév.1994).
travail est déterminante pour comprendre le problème de la pauvreté. Il paraît opportun
d'axer prioritairement la recherche sur les thèmes adaptés au développement de politiques en
direction des plus vulnérables52. Les thèmes de recherche concernent :
l'exploration de la liaison entre les mécanismes du marché de travail et la pauvreté ;
la liaison entre l'ajustement structurel et les effets sur le marché du travail.
Les recherche prennent trois directions essentielles : une première nécessité concerne la
disponibilité de l'information statistique sur le marché du travail ; le développement de la
formationpourpermettreauxlocauxd'interpréterlesdonnées ; etledéveloppementde réseaux
de recherche sur la marché du travail en Afrique subsaharienne et au Maghreb.
Des résultats préliminaires obtenus lors d'une enquête pilote sur les ménages en Côte
d'Ivoire53 montrent que les ménages pauvres englobent surtout les travailleurs indépendants ;
l'observationdelastratification dumarchédetravails'écartedesschémasdualistes. Lamiseen
évidenced'uneclassificationhiérarchiquedes chefs deménagesmontreplusieurs catégoriesde
travail homogènes : le salariat protégé, le salariat concurrentiel, le salariat non protégé, le
travailàpropre compte évolutif,letravail à proprecompteinvolutif. Les trois dernières formes
sont la plupart du temps situées chez les ménages pauvres.
SECTION II : CONTOURS ET DÉFINITIONS DU S.I.
Dans les pays sous-développés, l'intention de chercher un emploi ne s'exprime
généralement pas sous une forme institutionnelle. La limite entre "chômeurs" et ceux qui ne
participentpasàlapopulationactiven'estpasnette.LeS.I.permetuneinterprétationvalablede
l'existence et la coexistence des systèmes d'emplois et d'activités. Aucune réflexion sur
l'économie des PVD ne peut se passer de la reconnaissance de certaines catégories de
travailleurs qui appartiennent au S.I.. Les travailleurs de ce secteur sont en majorité des
indépendantsoudesnon-salariés,quiontgénéralementdesniveauxdeproductivitéfaibles.Les
revenus gagnés dans le cadre de ce secteur sont peu élevés et peuvent être assimilés à des
revenus de subsistance D'autres analyses empiriques reconnaissent que certaines activités
informelles dégagent des revenus supérieurs à ceux des ouvriers du secteur moderne (cf.
52
LACHAUD (J.-P.) : "Le secteur informel urbain et le marché du travail en Afrique au sud du Saliara",
séminaire "The informai sector revisited", Centre de développement de l'OCDE, Paris, 1988.
53
LACHAUD (J.-P.).: "L'analyse du marché de travail urbain en Afrique", Institut International d'Études
Sociales Genève, Discussion Papers, DP/2/1987.
— Page 36 —
CHARMES,1987).LesmembresdelafamillequiintègrentleS.I.,sontsouventacceptés
au sein de cette famille parce qu'on espère d'eux une contribution au budget familial.
Toutefois les divergences théoriques que nous avons abordées dans la première section
débouchent sur plusieurs définitions.
II.1 - LES CRITÈRES DE DISTINCTION DU S.I.
IlexisteplusieurstypesdedéfinitionsduS.I.:lesdéfinitionsmulticritères,lesdéfinitions
fonctionnelles et les définitions statistiques. Les définitions multicritères et fonctionnelles sont
plus nettement rattachées à des thèses ou écoles de pensée.54
Les définitions multicritères découlent généralement de la théorie classique de la
concurrence (atomicité et fluidité du marché des produits et des facteurs de production, les
auteurs voient dans le S.I. une illustration de l'économie de marché "pure et parfaite" mais
segmentée c'est-à-dire non directement reliée au marché moderne).
Les définitions fonctionnelles sont inspirées des auteurs de la petite production
marchande. Elles mettentau centredeleurs préoccupationsles relations entre les deux secteurs
(moderne et informel) que l'analyse ne doit pas dissocier. L'aspect principalde l'analyse repose
sur le rôle que joue la petite production marchande dans le développement du capitalisme.
Les définitions empiriques et statistiques partent du fait que pour réaliser les enquêtes, il
faut choisir certains critères.Généralement quatre critères sont retenus (la situation dans la
profession, la situation de non enregistrement, la taille de l'entreprise, le niveau des revenus)
La définition du S.I. semble nécessaire, bien que les critères proposéssoient différents et
renseignent sur des divergences théoriques. La manière la plus simple de définir le S.I. est d'en
énumérer les principales activités et d'en mentionner un certain nombre de caractéristiques. Le
S.I. se caractérise par des activités à faible productivité et dotation en capital et sans structures
définies. Les entreprises ont essentiellement recours aux ressources locales et sont de caractère
familialavecuneorganisationrudimentaireouinexistante.Lesunitésdeproductionopèrentsur
une petite échelle et ont une capacité d'adaptation plus grande. Le marché échappe à tout
règlement et est ouvert à la concurrence. Les qualifications s'acquièrent en dehors du système
éducatif officiel et les sources de revenus sont essentiellement informelles. Telles sont les
principales caractéristiques qui ressortent à travers les études.
54
Cf. annexe 6 : Les différentes approches du S.I. en France.
Le rapport Kenya55 qui anotammentdonnéla notoriété auterme, analysele rôledu S.I.
dans le processus de développement et suggère une politique de promotion de ces activités.
Toutefois le rapport se refuse à définir le S.I. et l'appelle tout simplement "a way of doing
things" caractérisé comme suit : /
- facilité d'accès pour l'utilisateur ;
- utilisation de ressources locales ;
- propriété familiale ;
- échelle très réduite de la production ;
- technique à forte intensité de main-d'œuvre ;
- qualification acquise en dehors du système scolaire ;
- marchés échappant à toute réglementation et ouverts à la concurrence totale.
Par rapport à l'opposition moderne/traditionnel, les différences se situant au niveau de
l'organisation des activités et non de la technologie sur laquelle est fondée la division entre le
"moderne" et le "traditionnel".
On peut reprocher à cette définition du S.I. d'avoir des caractéristiques peu
opérationnelles.Les caractéristiques citées sontdifficilementutilisables pour les investigateurs
qui doivent pouvoir identifier les activités du dit secteur en tant que telles. De plus, des
difficultés d'analyse surgissent dans la mesure où certaines caractéristiques sont valables et
d'autres non. Pourtant la définition des caractéristiques utilisables sur le terrain s'avère
nécessaire. Empiriquement, la détermination des activités informelles implique une
observationdirecte,notammentunrecensementaucoursduqueluncritèresignificatifpeutêtre
utilisé.
C'est ainsi que la plupart des travaux en ASS utilisent le critère de mode de gestion, en
particulier la tenue d'une comptabilité. Là aussi il y a problème car le critère de distinction
purement administratif permet de confondre les entreprises fonctionnant dans des structures
quasi-modernes et ne tenant pas de comptabilité avec des entreprises du S.I.
Decefait,procéderpardéductionetdirequeleS.I.estcomposédel'ensembledes unités
deproductionetservicesquinetiennentpascomptedelacomptabilité,c'estmasquerlaréalité.
Les caractéristiques du S.I. mises en évidence dans les diverses études réalisées
conviennent particulièrement à certains cas mais sont difficiles à généraliser en raison de la
spécificité de ces activités, aboutissant à une multitude de définitions calquées sur la dualité de
l'économie. La multiplicité des définitions du S.I. s'explique par l'insistance mise surtelle ou
telle caractéristique de son fonctionnement. Mais ces caractéristiques mises en avant dans
toutes les études reflètent-elles la réalité ?
Au terme de cette analyse, il n'est pas facile de trouver une définition universelle du S.I..
Sur le plan statistique, une définition universelle a été adoptée, mais le S.I. est un secteur
55
BIT : "Emploi, revenus et égalité. Stratégie pour accroître l'emploi productif au Kenya", Genève 1972, p.61.
dynamique, non figé et lié au développement des pays concernés. Par conséquent la définition
donnée doit être modifiée à chaque étape de développement. La nature hétérogène des
activités fait qu'il n'est pas possible d'établir des frontières précises, ou de définir ces activités
à partir des critères universels. L'utilisation de vocabulaires différents (secteur informel ou
secteur non structuré,..) pour parler des mêmes réalités relève tout simplement d'une
différence d'interprétation.
P. HUGON56
présente un éventail de critères proposés pour définir le S.I.. Ces critères
peuvent se placer à plusieurs niveaux :
repérage statistique : le S.I. échappe aux moyens d'investigations habituels (producteurs
travaillant sans emplacement fixe, ne payant pas de patente ou d'impôt, n'ayant pas de
comptabilité, etc..) ;
caractères de l'unité de production : depuis le rapport KENYA, on retient les critères de la
facilité d'accès aux activités, l'échelle restreinte des opérations, la propriété familiale des
entreprises, les qualifications qui s'acquièrent en dehors du système scolaire officiel, des
marchés échappant à toute réglementation et ouverts à la concurrence ;
revenus : à ce niveau on distingue les possibilités de revenus "structurés" et "non structurés"
selon le critère de salaire et l'auto-emploi.
En effet certains auteurs utilisent le critère de l'intensité capitalistique, qui est en
corrélation avec la dimension de la firme. Le critère de l'intensité capitalistique permet de lier
la question des barrières à l'entrée, pour les producteurs, avec celle de l'accès aux marchés
financiers. Le critère de l'organisation sociale et juridique est utilisé pour définir un marché du
travail non protégé, sans système d'assurance sociale et non réglementé, qui délimite le champ
d'activités informelles.57
Par ailleurs, la dichotomie S.I./S.M. est fondée sur les caractéristiques des rapports
d'échange et la position économique par rapport à l'État. D'autres travaux ont essayé de
subdiviser le S.I. pour délimiter son champ et aboutir ainsi à une meilleure appréhension de
son degré de pertinence. Tout en prenant en compte l'hétérogénéité du secteur, ces travaux
56
HUGON (P.) :"SNS ou hétérogénéité des formes de production urbaine. Dualisme sectoriel ou soumission des
formes de production au capital. Peut-on dépasser le débat ?", in Revue Tiers Monde, T.XXI, n°82, avril-juin
1980.
57
MAZUMDAR (D.) : "Microeconomic Issues of Labor Market in development countries: Analysis and Policy
Implications", The World Bank, Washington D.C., 1989.
distinguent un S.I. traditionnel et un S.I. moderne. En effet, pour NIHAN58
, les activités du
bois, du métal, de la réparation électrique et mécanique et de la construction sont des activités
produisant des biens et services parallèles à ceux du secteur moderne et s'inscrivent par
conséquent dans le cadre d'un S.I. "moderne". Cependant ces subdivisions si simples
soient-elles ne sont pas négligeables, dans la mesure où le débat sur le degré de pertinence
portera désormais sur les activités du S.I. "moderne".
Les critères proposés sont descriptifs et, nous renseignent peu sur le caractère
dynamique du S.I.. Ce dynamisme ne peut être décelé que dans une perspective de recherche
globale qui tient compte des rapports qui pourraient exister entre le Si. et les autres secteurs de
l'économie.
Le rapport à la loi est le plus souvent utilisé comme critère pour repérer les activités
informelles. Toutefois il convient de distinguer dans le S.I. les activités illicites, telles que la
drogue, la criminalité... de celles qui sont licites. Dans le cas de l'ASS, on cite le critère de
l'inexistence de la comptabilité pour définir le S.I., sans pour autant se demander ce qui
poussent la plupart des entreprises à agir dans l'illégalité. Le prix de la légalité est inaccessible
pour la plupart des actifs évoluant dans le S.I. "Ce sont les régulations institutionnelles
perverses qui entravent la croissance de l'économie, inhibent l'esprit d'entreprise, interdisent
l'émergence d'une économie de marché réelle, postulée comme optimum"59
. "L'illégalité" dont
traite les auteurs n'a rien à voir avoir les activités répréhensibles. Si en effet ce secteur présente
des aspects "illégaux", c'est parce que les activités qui s'y déroulent ne peuvent observer la
réglementation en vigueur. De plus certaines dispositions législatives et réglementaires sont
totalement étrangères à la situation de ceux qui vivent exclusivement du S.I. "Autrement dit,
on se trouve dans de nombreux pays en voie de développent, dans une phase où
l'administration est en train d'asseoir son emprise, avec des faibles moyens et l'on ne saurait
donc considérer comme illégales les activités économiques qui, en elles-mêmes, n'ont rien de
répréhensible"60
.
Les critères purement quantitatifs tels que le nombre d'emplois, le niveau du chiffre
d'affaires, ne suffisent pas pour qualifier une activité de formelle ou d'informelle, nous
souligne FERCHIOU 61
. D'autres critères d'ordre qualitatif, parmi lesquels le degré
d'observation des législations fiscale, sociale du pays vient en premier lieu. Le degré
58
NIHAN (G.) : "Le secteur non structuré, signification, aire d'extension du concept et applications
expérimentales", in Revue Tiers Monde, T.XXII, n°82, avril-juin 1980.
59
DO SOTO (H.): "L'autre Sentier. La révolution informelle", La Découverte, Paris, 1994.
60
CHARMES (J.) : "Approche comptable, statistique et économique du secteur informel". Brochure AMIRA
n°61, 1991.
61
FERCHIOU (R.): "Micro-entreprises du secteur informel à Tunis, obstacles de caractère légal et institutionnel", BIT, Genève, 1990.
d'observation des différentes réglementations dépend du degré de contrôle que les entreprises
du S.I. escomptent subir de la part des différentes administrations. Quand l'activité informelle
n'est pas localisée, son contrôle devient difficile, par conséquent son degré d'observation
devient faible. Par contre le degré d'observation des textes réglementaires s'accroît quand
l'entreprise informelle est localisée. Dans la plupart des cas les entreprises essayent de
régulariser leur situation, dans la mesure où elles ne peuvent pas échapper au contrôle
municipal quand elles sont localisées.
II.2 - LA TYPOLOGIE DES ACTIVITÉS
L'importance des petits métiers et notamment de l'artisanat en ASS est une réalité qui a
marqué et ne cesse de marquer, jusqu'à nos jours, la vie économique.
En effet, pendant les années 60, le planificateur a négligé le secteur informel, considéré
comme un secteur à disparaître. Toutefois, il va connaître un essor avec les nouvelles
politiques de libéralisation économique : l'intérêt nouveau accordé au S.I. est l'envers de la
déception occasionnée par l'incapacité du secteur industriel à absorber les nouvelles
générations de travailleurs de plus en plus nombreux à se présenter sur le marché du travail62
.
Depuis quelques années, des expériences pilotes tendent à lever le voile sur l'importance
réelle jouée par le S.I. dans le fonctionnement des économies en voie de développement. La
démarche a été ainsi empirique, visant à situer le S.I. dans l'ensemble des branches
économiques.
Dans le cadre de cette démarche, ledit secteur est défini comme suit : "Le S.I. est constitué par
l'ensemble des activités monétaires non prises en compte par les statistiques classiques et la
comptabilité nationale"63
.
Notons que J. CHARMES considère cette définition comme étant une simple
constatation d'une démarche empirique, mais elle est d'une importance non négligeable dans la
mesure où elle permet de procéder à une analyse typologique et descriptive du S.I. (voir
tableau ci-dessous).
62
CHARMES (J.) : "Méthodes et résultats d'une meilleure évaluation des ressources humaines dans le SNS d'une
économie en voie de développement" in "Tunisie, quelles technologies, quel développement ?", G.R.E.D.E.T.,
éditions Salammbô, Tunis, 1983, page 163.
63
CHARMES (J.) : "Le secteur non structuré et l'économie du développement. Nécessité de sa prise en compte et
d'une reconsidération subséquente des théories et politiques de développement", in Séminaire sur l'économie du
développement, analyse en termes réels et monétaires, F.S.E.G., 27/28 avril 1983, page 118.
X : Existence de la catégorie.
O : Non existence de la catégorie.
: Correspondance entre deux catégories.
Source : "L'évaluation du SNS : méthodes, résultats, analyses, l'exemple de la
Tunisie", J. CHARMES, AMIRA brochure n°37, Paris, sept. 1982.
On distingue sept formes d'activités informelles en milieu urbain et rural non agricole,
réparties en deux secteurs selon leurs modalités d'exercice. Selon qu'elles s'exercent dans un
local, le S.I. "localisé", ou dans des locaux multiples, dans la rue ou à domicile, c'est le S.I.
"non-localisé".
Cette typologie, bien qu'elle soit descriptive, nous renseigne sur une difficulté
d'investigation qui prend une dimension différente du haut en bas de l'échelle des 7 catégories.
En effet, au fur et à mesure que s'accroît le degré de non structuration, et que baisse le niveau de
revenu retiré des activités concernées (passage de la catégorie 1 à la catégorie 7), s'accroît
parallèlement la difficulté d'appréhension des phénomènes d'où la nécessité de passer à des
techniques d'enquêtes quantitatives classiques portant sur les
SECTEURS D'ACTIVITÉ
Modalités FORMES Production Services Commerce
d'exercice D'ACTIVITE
Bois, métal,
cuir, textile,
habillement,
pain,
Mécanique,
électricité,
plomberie,
cordonnerie,
De détail, des
produits
alimentaires et
non
pâtisserie, services alimentaires
BTP personnels,
transport
1) Petites entreprises X X X
Secteur 2) Artisanat ou
non commerces
traditionnels
X X X
structuré 3) "Lustres",
localisé "amateurs", "casseurs"
et concurrents X X o
clandestins de toutes
sortes
4) Tâcherons et
Secteur travailleurs à façon
hors domicile
x
o
X
o
non
structuré
5) Marchands
ambulants X
X
non 6) Tâcherons et
localisé travailleurs à façon à
domicile (travail au
noir)
X X O
7) Travail à domicile X X O
Champ d'investigation pour les enquêtes sur le SNS au sens large (tableau n°2)
t
Secteur
Secteur
non
non
Structuré
Structuré
au sens au sens
strict
Large
entreprises ou les établissements, à des enquêtes spécifiques de plus en plus qualitatives
portant sur les ménages. Ce passage des entreprises aux ménages est dû à la difficulté de
localisation de plus en plus grande de l'activité exercée64
.
II.3 - ARTICULATION SECTEUR MODERNE / SECTEUR INFORMEL
Après avoir précisé la typologie des activités informelles, il nous faut mettre en évidence
les relations multiples qu'entretiennent le S.L avec le reste de l'économie. Cette articulation
peut s'étudier en particulier à travers les transferts de main-d'œuvre d'un secteur à l'autre, mais
aussi au niveau de la dépendance en amont et en aval sur le plan de la production. La
quasiment inexistante de la sous-traitance industrielle en AS S"65
, nous à mettre l'accent sur la
mobilité des actifs.
A - Une faible mobilité S.L / S.M. :
A partir d'une enquête effectuée à Yaoundé sur le S.L, LAVAL (B.)66
montre que "dès
la fin de la scolarité ou de l'apprentissage (quel que soit le lieu où ce dernier a été effectué),
les choix entre le moderne et l'informel sont affirmés et la coupure entre les deux activités
quasiment définitive". L'auteur indique que 29% des salariés du S.M. ont effectué un premier
apprentissage dans le S.L (ce pourcentage est plus élevé pour la menuiserie de bois).
NIHAN (G.)67
, de son côté, a remarqué que 24,6% des apprentis déjà formés sont
devenus des travailleurs qualifiés dans le secteur moderne privé ou public. Cette quasi
constance du pourcentage d'apprentis quittant le S.L pour le S.M. appelle deux interprétations
complémentaires.
D'une part, nous sommes amenés à penser que les structures de formation moderne
(Centre de formation professionnelle ou enseignement secondaire technique) ont une capacité
insuffisante pour répondre aux besoins du S.M.,et que la formation dispensée dans le S.L, dans
certaines catégories d'activités, est appréciée par le S.M. qui pourrait attirer à lui les apprentis
du Si.
64
CHARMES (J.) : "L'évaluation du SNS : méthodes, résultats, analyse, l'exemple de la Tunisie", AMIRA,
Brochure n°37, Paris, 1982.
65
HUGON (P.) : "Approches pour l'étude du secteur informel dans le contexte Africain", in "Les nouvelles
approches du SI", OCDE, Paris, 1990.
66
LAVAL (B.) : "Les relations entre les marchés du travail moderne et informel. Le cas de Yaoundé", in Le
développement spontané : les activités informelles en Afrique, 1987.
67
NIHAN (G.), DEMOL (E.) : "Le secteur non structuré moderne de Yaoundé", BIT, Genève, 1982.
La mobilité S.L / S.M. a lieu essentiellement pour les raisons suivantes :
- la stabilité de l'emploi dans le S.M.(de moins en moins vrai ) ;
- l'acquisition d'une formation supplémentaire dans le S.M. ;
- une rémunération supérieure dans le S.M. (ce qui n'est pas systématique).
Ces trois raisons sont aujourd'hui très relativées ; nous proposons de les montrer
ultérieurement.
B - La croissance de la mobilité du S.M. / S.L :
Cette mobilité S.M../S.I. devrait être croissante compte tenue de la récession qui perdure
dans le S.M., entraînant des licenciements nombreux.22% des individus ayant perdu leur
emploi à la suite de la restructuration des entreprises publiques Sénégalaises exercent une
activité informelle68
Les nouveaux chômeurs pourraient alors chercher un emploi dans le S.L,
ou décider de créer leur propre entreprise. Mais il y a un cas plus grave. Celui du nombre
croissant de jeunes diplômés issus de formation officielle, qui se trouvent sur le marché du
travail sans aucune possibilité d'emploi ( la création d'emploi tant dans le secteur public que
dans le secteur moderne privé étant très faible), et aucune expérience professionnelle.
Nombreux sont ceux qui ne disposent pas d'un capital nécessaire pour créer une entreprise, et
cherchant un emploi dans le S.L
La mobilité S.M. / S.L concerne surtout les ouvriers et très peu les apprentis. Seulement
5,3% des entrepreneurs du S.L ont été apprentis dans le S.M. et sont entrés immédiatement
après cette période de formation dans le S.L.
52,6% des entrepreneurs du S.L ont été des salariés dans le S.M.. Les entrepreneurs du
S.L viennent fortement du S.M., leurs parcours professionnels ont pris deux formes :
- 26,3 % de ces entrepreneurs ont effectué leur apprentissage dans le S.M., avant de
rejoindre le S.L pour créer leur entreprise ;
- 26,3 % de ces entrepreneurs ont effectué leur apprentissage dans le S.M., puis ont
travaillé dans ce même secteur, avant de rejoindre le S.L pour créer leur entreprise.
Pour 80 % de ces anciens salariés du S.M., leur emploi dans ce secteur leur a permis
d'accumuler une somme nécessaire à la création d'une activité informelle. D'autre part, on peut
penser que cette mobilité moderne / informel va être croissante, compte tenu des politiques
d'ajustement structurel entraînant de nombreux licenciements. Les nouveaux chômeurs
pourraient alors chercher un emploi dans le S.L, ou décider de créer une entreprise
68
LACHAUD (J.-P) : "L'ajustement structurel et le marché du travail en Afrique francophone", OIT,Genève,
Discussion Papers n° 56, 1993.
dans le S.L ou dans le S.M. ; les indemnités de licenciement permettant de constituer
rapidement un capital de départ.
Une partie de la main-d'œuvre du S.L provient de l'exode rural, et l'autre partie est
composée essentiellement de jeunes quittant le système scolaire sans diplômes. Le transfert
d'individus, provoqué par la volonté de s'établir à son compte ou par la recherche d'un emploi
après licenciement, est facilité par les connaissances techniques et l'expérience des salariés du
S.M., deux qualités essentielles pour diriger une entreprise dans le S.L. Mais il n'est pas
évident que, ces nouveaux chefs d'entreprise puissent mettre en œuvre des méthodes de
gestion adaptées aux contraintes et à la culture locale, permettant de favoriser le dynamisme de
leurs unités.
A propos des relations du S.L avec le reste de l'économie, nous retiendrons que les flux
d'échanges concernent essentiellement les capitaux, les revenus des inputs et des outputs.
Les relations avec le S.M. concernent par exemple à Yaoundé 80% des volumes des
matières premières utilisées par les artisans. 67,8% des petits entrepreneurs achètent leur
machine dans le S.M. Les ventes réalisées avec eux représentent 33% du C.A. annuel.
Les travailleurs du S.M. et les fonctionnaires constituent une bonne part de la clientèle
des petits entrepreneurs.82% de la production des unités informelles leur sont destinés.69
Avec le monde rural, les échanges restent limités. Outre les flux d'hommes (alimentés
par l'exode rural), de capitaux, de formation-apprentissage et de revenus, on note un faible
volume des ventes au secteur rural (environ 10% du C.A. annuel).
Les relations avec l'Etat concernent les hommes-fonctionnaires propriétaires des petites
activités, les capitaux, la formation dans les établissements publics ou privés, les inputs et les
outputs. Toutefois, le volume de vente réalisé avec l'État demeure très limité, les petits
entrepreneurs n'ayant que très peu accès aux marchés officiels.
C - Les liaisons sur le marché des biens et services
La sous-traitance intersectorielle devrait jouer un rôle majeur dans le processus de
transition en permettant aux entreprises de montrer leur capacité à respecter les contraintes de
temps et donc de productivité, de qualité de produit. La carence d'études sur ce point nous
engage à la prudence quant à nos conclusions.
Le rôle fournisseur du S.M.: à défaut de représenter un débouché pour le S.L (par des
opérations de sous-traitance), le S.M. reste le fournisseur privilégié du S.L:
69
BACK AN Y (P.), KDSfGNE (A.), ROUBAUD (F.) : "Le secteur informel à Yaoundé- Principaux résultats".
DIAL-Paris et DSCN-Yaoundé, 1993.
- achat de machines et outils (combinées, les scies... pour la menuiserie, des machines à
coudre pour l'habillement, des pièces de rechange pour les mécaniciens) ;
- biens intermédiaires comme la colle, le vernis...
Les achats importants dans le S.M. permettent aux entreprises du S.L de moderniser
leurs équipements. Les relations intersectorielles tant au niveau de la main-d'œuvre, de la
sous-traitance, qu'au niveau de l'achat de machines et outils, de biens intermédiaires doivent en
s'intensifiant limiter les écarts de productivité, de formation, de qualité de produits ; par
conséquent l'intensification de ces relations serait un facteur dynamisant le S.L.
H.4 - LE CARACTÈRE DYNAMIQUE DU S.L
La vitalité de ce secteur se manifeste dans les villes par une multitude de petits emplois.
Le dynamisme du S.L est perçu à partir des relations existant entre les activités informelles et
leur environnement. BERNARD70
a mis en relief l'aspect évolutif et involutif de la petite
production marchande71
. Disposant d'un capital faible et se trouvant néanmoins placé en
concurrence avec les entreprises du S.M., le S.L ne peut résister et survivre que grâce à une
organisation de la production adaptée. Le dynamisme du S.L ne peut être décelé qu'en fonction
d'une série de relations qui permettent de mettre en relief l'aspect évolutif ou involutif du S.L
Selon HUGON72
les petites activités urbaines trouvent leur signification dans quatre types de
relations :
a) Les relations avec le secteur capitaliste qui fournit les inputs aux petites activités,
ainsi que les débouchés. La plupart des inputs viennent non pas du monde rural, mais du
secteur moderne. Quant aux débouchés, on constate généralement que très peu d'outputs sont
vendus au secteur moderne.
b) La relation de la petite production avec le monde rural est une relation caractérisée
par un échange qui demeure très spécifique.
c) Les rapports avec les cellules familiales nous mettent sur la voie d'une stratégie
adoptée par les familles urbaines afin d'acquérir des revenus, d'effectuer des dépenses,
d'effectuer le travail familial entre les activités domestiques et marchandes, entre le salariat
temporaire et permanent. Notons que, dans ce cadre, l'accent est mis sur l'apprentissage qui
70
BERNARD (C.) : "Les activités dites non exploiteuses. Recherche sur la signification du concept de PPM en
milieu urbain à partir du cas algérien", in Revue Tiers-Monde, T.XXI, n°82, avril-juin 1980.
71
Notons que la petite production marchande désigne les activités informelles.
72
HUGON (Pli.) : "Lespetites activités marchandes dans les espaces urbains africains", Revue Tiers-Monde,
T.XXI, n°82, avril-juin 1982.
ne peut être compris en dehors de ces stratégies, le lien familial marque souvent les rapports
patron/apprenti.
d ) Les activités informelles sont considérées comme échappant à la législation en
vigueur, aux réglementations, ainsi qu'aux recensements statistiques. Il importe de signaler que
la relation avec l'Etat à changer avec la prise de conscience du degré d'importance du S.L dans
le processus de développement. Le S.L est une réalité socio-économique qui s'impose dans une
nouvelle approche d'analyse du développement dans les pays du tiers-monde, certes, mais qui
doit être envisagée au niveau des liens de dépendance à l'égard du système moderne et de ses
articulations avec l'ensemble de l'économie dans sa position vis-à-vis des économies
développées.
Par ailleurs, les spécialistes n'hésitent pas à affirmer que, "permettre l'émergence des
petites unités de production moderne, revaloriser les revenus distribués à l'intérieur de
celles-ci risquent d'entraîner, à l'intérieur du S.L, une différenciation entre les unités qui
deviennent rentables, par soutien et aide de l'État, et celles qui sont éliminées par le jeu de la
concurrence" 73
.
Contrairement aux auteurs de la thèse de soumission au capital qui prévoient la
disparition des activités informelles, la thèse de transition fait la distinction entre les
entreprises qui dégagent un surplus à des fins d'accumulation et celles qui n'en dégagent pas.
PRÉSENTATION DU MODELE DE LACHAUD74
L'auteur montre dans un modèle trisectoriel en quoi "les lois de fonctionnement du
secteur informel traditionnel diffèrent de celles du secteur informel évolutif et doivent
conduire à des politiques spécifiques.
La thèse centrale est que pour certaines activités du S.L "traditionnelles"
(quantitativement importantes), il existe une forte probabilité qu'elle soient soumises à un
changement dynamique du type involutif.
Soit une économie urbaine composée de trois secteurs :
- Un secteur moderne (1) composé d'unités de production comparables à celles des pays
développés avec l'existence de barrières à l'entrée élevées : les investissements sont importants,
avec des économies d'échelle ; la principale source de financement est l'emprunt ; le rapport
capital /travail est associé à une productivité marginale du travail forte...
73
HUGON (P.) : "Dualisme sectoriel ou soumission des formes de production au capital : peut-on dépasser le
débat ?", Revue Tiers Monde, Tome 21, n°82, avril-juin 1982.
74
LACHAUD (J.-P.) : "Les lois du fonctionnement du secteur informel 'traditionnel'", présentation d'un modèle,
Revue Tiers Monde, t.XXI, n°82, 1980.
- Un secteur intermédiaire ou de transition (2) où les barrières a l'entrée sont liées à des
investissements en capital physique ou humain moyens ; le financement se fait de façon
interne (famille) ou externe (intervention des agents extérieurs) ; le produit marginal du travail
est positif et égal au taux de salaire du marché ; l'apprentissage y est assez faible.
- Un secteur informel "traditionnel" (S.I.T.) (3) dans lequel le capital fixe est faible ;
absence de barrières à l'entrée ; financement essentiellement familial ; le produit marginal du
travail est nul ; l'apprentissage constime l'essentiel de la main-d'œuvre.
Le processus productif de ces 3 secteurs :
Pl = 𝛼1(Kl) (1)
P2 = 𝛼2 (K2) (2)
P3 = 𝛼3 (K3) (3)
où P et K représentent respectivement la valeur de la production et du capital fixe.
L'analyse de la nature de la dynamique du S.L "traditionnel" implique que soit mis en
évidence son équilibre (diagramme 1).
Au temps ti une main-d'œuvre N1
3est associée à un capital fixe K (diag le) Ce dernier
détermine la capacité de production et compte tenu de la courbe d'offre globale O A la
production potentielle OP3
IP(diag lb).
Et la courbe d'offre globale peut être déterminée de la façon suivante :
P 3 le prix de la S.I.T. est déterminé en ajoutant une marge K 3 sur le coût moyen total
unitaire C3/Q3 donc P3 = k3(C3/Q3) où k3> 1 (4)
Ce coût est composé de 2 éléments :
- un coût moyen fixe CF3/Q3 que l'on peut exprimer par aK3/Q3 ceci représente la part du
capital K3 amorti.
- un coût moyen variable proportionnel à la production bÇ>3 mais qui compte tenu de la
productivité moyenne du capital Q3/K3 = c bQ3 = bcCb
Il vient que :
P3 = k3 K3 (a+bc) /Q3
Donc la fonction d'offre peut s'écrire : P3 = P3Q3 = kK3 (a+bc) (5)
La production effective P3
ledu SIT dépend de la demande Di qui s'adresse à ce secteur.
Ainsi l'intersection B de la courbe d'offre globale OA et la demande globale Di
détermine le niveau de production effective OP3
eet la capacité excédentaire K3K3
Graphique n° 1 : Equilibre et dynamique du secteur informel "traditionnel"
Source : LACHAUD,1980.
Le S.L "traditionnel" est caractérisé par un sous emploi en terme de revenu . En outre il
est probable que le niveau de production détermine un revenu de subsistance.
La pente ox dans le diagramme la représente le produit moyen issu de l'activité
productrice du SIT. Il est supérieur au revenu rural moyen représenté pai- la pente OR.
Le problème est de savoir si la croissance du S.L "traditionnel" peut se traduire par une
progression du produit moyen ?
Plusieurs facteurs impliquent une faible probabilité :
• en premier lieu : que la demande joue un rôle fondamental dans l'évolution du revenu.
Si r traduit le rapport entre la production potentielle P1
3P
et la production effective P1
3l
on peut
écrire :
Pour que le produit moyen reste constant il faut que la production potentielle, la
production effective et la demande croissent au même rythme, soit :
d P3
1P/P3
1P = d P3
1P/ P3
1P = dD1/D1 (6)
L'auteur montre l'offre potentielle dépend de la prise en considération des éléments
suivants :
- (i) - Le flux migratoire rural-urbain alimente en permanence le S.L La migration est ici
considérée comme un investissement. La demande de migration (Dm) est une fonction
décroissante du rapport des taux de rendement de l'investissement en capital humain
respectivement dans le secteur rural (u) et le secteur urbain (i) ( diag le).
L'écart de revenus sectoriels est un élément du différentiel des taux de rendements (diag
la).
- (ii) - Ce processus est d'autant plus aisé qu'il n'existe pas de barrières à l'entrée tant du
point de vue du capital technique qu'humain.
Du point de vue de l'investissement en capital humain, les barrières à l'entrée sont très
réduites : le phénomène de l'apprentissage est très développé.
On peut montrer que l'ensemble de ces facteurs induit théoriquement une offre
potentielle de type exponentiel.
Supposons qu'au début d'une période t^ la population active N3
:
du SIT se compose
de :
On admet qu'au début de t2 - la période s'écoulant entre le début de tl et le début de t2
correspondant à la durée moyenne de l'apprentissage, tous les apprentis ont acquis la
connaissance technique du métier et changent de catégorie socioprofessionnelle (deviennent
soit patrons, soit ouvriers). De même les ouvriers deviennent patrons ou restent ouvriers.
Soit :
D'autre part en ti il existe une relation entre les diverses catégories de main-d'œuvre. En
supposant que cette relation soit constante dans le temps.
Les relations (7) à (12) impliquent :
- (i) qu'il n'y a pas de transfert enfre les catégories de patrons et celles des ouvriers.
- (ii) que le système ne subit aucune perte. Cette seconde hypothèse revient à admettre
que le flux migratoire résorbe les départs éventuels des différentes catégories. Ce n'est pas
difficile à admettre (diag la).
Donc (16) peut s'écrire :
Compte tenu des conditions de fonctionnement du SX, le capital fixe et la production
potentielle croissent au même taux y.
Par contre la croissance de la productivité effective dépend de l'évolution de la
demande. Si celle-ci croît au même taux y, le produit moyen reste constant, ceteris paribus on
peut montrer que la probabilité est assez faible. Ceci implique une analyse de la répartition des
revenus dans l'économie urbaine.
Dans chacun des secteurs précédemment définis la répartition de revenus s'effectue
entre salaires (S) et profits (P).
Selon les estimations de l'auteur : 20% de la valeur des ventes du SIT sont réalisés avec
le secteur avancé. La demande finale s'adressant au secteur informel, pour l'habillement, est
peu dépendante de l'activité économique moderne. Elle est avant tout liée au SX lui-même
donc c’est assez faible.
En supposant qu'une partie du revenu issu de la production est transformé vers le secteur
rural et que le revenu disponible de 3 pour la consommation des biens de ce secteur est
inférieur au revenu distribué, pour des raisons démographiques et économiques, on peut
admettre que cette fraction transférée est croissante avec le revenus Y3
Il s'agit de comparer le taux de croissance de la demande (d) et le taux de croissance de
la production (y) pour le secteur 3.
Dans ce contexte les relations intersectorielles de revenus et de la consommation vont
jouer un rôle fondamental.
Trois cas peuvent se présenter :
Dans le cas général la croissance de la production et du revenu des secteurs 1 et 2 est
plus rapide que celle du secteur 3.
Mais étant donné la faible propension à consommer des biens du secteur 3 (c2 et C1),
elle devrait être comprise entre 1 et 1,5 ; compte tenu de la valeur de le cas le plus probable est
celui où
Ainsi la divergence des taux de croissance de la production et des revenus intersectoriels
conduit à penser que le taux de croissance de la demande des biens de secteur 3 est inférieur ou
égal au taux de croissance de la production. Par conséquent le revenu moyen diminue ou reste
constant (diag lb)
La forte utilisation des inputs des autres secteurs par le S.L "traditionnel" est facteur
d'augmentation de coût de production. Cela peut induire un déplacement de la courbe d'offre
vers le haut et une diminution du revenu moyen.
Exemple : En supposant une augmentation du coût de production, la courbe d'offre est
Oz La production effective est 0P32e et le produit moyen est représenté par la pente Ox' (diag
lb et la). Pour maintenir le revenu moyen à son niveau éventuel antérieur (sous réserve de
l'évolution de la demande) Ox, il peut être nécessaire de réduire la marque k3. Mais le résultat
est fonction de la valeur de l'élasticité-prix de la demande pour les biens de secteur 3.
Cette modélisation permet de formuler les observations suivantes : la classification en
trois catégories permet de montrer, qu'à côté du secteur moderne, il existe un secteur informel
traditionnel, involutif où la production et l'accumulation évoluent lentement et un secteur
intermédiaire, de transition, marqué par une dynamique évolutive, vers lequel les
interventions de pouvoirs publics doivent être prise en compte. S'il existe un secteur moderne
ou de transition pour lequel on peut concevoir une action sur la formation du capital technique
et humain et/ou sur la demande, il existe aussi un secteur traditionnel où il faut mettre l'accent
sur le secteur rural de façon à accroître son revenu donc limiter l'offre du S.L "traditionnel".
L'intérêts du modèle est qu'il permet d'accorder une attention particulière au secteur rural.
L'appréhension de la dynamique du S.I relève une dualité :
Un premier groupe d'activités est caractérisé par un processus de développement de type
évolutif. "L'accumulation de capital et les revenus moyens évoluent sensiblement" 75
.
L'importance de leur niveau d'équipement et la compétence de leur main-d'œuvre, etc., les
rapprochent du secteur moderne. Ces activités sont moins importantes, c'est le cas dans la
menuiserie, la ferronnerie, la réparation de véhicules, la pêche. Toutefois, ces entreprises
rencontrent des difficultés liées aux problèmes de productivité de capital et du travail, laquelle
ne va pas toujours de pair avec la croissance de l'accumulation du capital. Les entreprises
n'arrivent pas à se transformer parce que les bénéfices dégagés ne sont pas utilisés pour
l'expansion de l'entreprise. Ils sont plutôt redistribués au sein de la famille.
Le second groupe d'activités répond à un processus de développement du type involutif.
"Accumulation et revenus moyens progressent faiblement ou stagnent"76
. Ces activités sont les
plus répandues et répondent à la satisfaction des besoins assez peu liés au développement.
C'est le cas de l'habillement, du petit commerce. Ces activités connaissent une faible
productivité.
L'existence d'un secteur involutif et d'un secteur évolutif permet d'expliquer le processus
incessant de création et de disparition des entreprises du S.L Pour mesurer le dynamisme du
S.L, on peut se demander si les entreprises qui se créent présentent de meilleures performances
que celles qui disparaissent. Si l'on répond positivement, cela signifie que le S.L connaît une
dynamique interne, cela dépend des critères. Pour les auteurs de la thèse de transition, la
dynamique du S.L est faible. Par conséquent il faudra une politique adaptée et une
modification de leur environnement pour améliorer leur performance.
CONCLUSION
L'apparition du S.L est due à l'incapacité du secteur moderne à fournir du travail et un
revenu à une population active en pleine explosion. Le S.L n'est pas une "réserve de
main-d'œuvre" qui serait dotée d'une capacité illimitée d'absorber en permanence les
travailleurs évincés du secteur moderne. Certaines activités de production et de services ne
sont pas faciles d'accès car elles exigent un certain capital de départ, et un certain niveau de
formation. Tandis que ceux qui manquent de ressources financières se rabattent sur les
activités les moins rémunératrices (activités commerciales ambulantes...), "toutes choses étant
égales par ailleurs", plus leur nombre s'accroît plus les revenus issus de ces activités
diminuent.
75
LANCHAUD (J.-P) : ‘’Les activits informelles à Bangui : analyse et stratégie de développement’’,
C.E.A.E.N., Bordeaux I, 1982.
76
LACHAUD (J.-P) : Op.cit.
De nos jours, le S.L diffère du secteur traditionnel à deux égards : l'ampleur du
phénomène de la croissance de la main-d'œuvre et le fait que celle-ci se produit dans une
période où les perspectives d'emploi dans le secteur moderne s'amenuisent.
La thèse de transition suppose que les activités sont hétérogènes ; elles présentent des
traits caractéristiques mixtes qui relèvent, à la fois, de la tradition et de la modernité. Compte
tenu de leur potentialité, elles peuvent être intégrées à la politique de développement
économique et social, si des mesures appropriées sont prises. C'est pourquoi nous pouvons
retenir comme fondement théorique la thèse de la transition.
A propos de sa définition, nous retiendrons que le S.Iest constitué de l'ensemble des
activités exercées dans les unités de production non enregistrées ou bien des unités
enregistrées présentant des caractéristiques similaires (niveau d'organisation, échelle de
l'opération et niveau de la technologie) aux unités non enregistrées de la branche
d'activité correspondante77
. En somme, nous pouvons affirmer qu'il n'est pas facile de
trouver une définition universelle du S.L. Ces unités, ayant un faible niveau d'organisation,
opèrent à petite échelle et de manière spécifique, avec ou peu de division entre le travail et le
capital en tant que facteurs de production. Ainsi au niveau opérationnel, peuvent être incluses
toutes les entreprises informelles de personnes travaillant pour leur propre compte, les
entreprises d'employeurs informels définies en fonction de la taille de l'entreprise ou du non
enregistrement de l'entreprise ou de ses salariés.
77
BIT : Report to Fourteenth International Conference of Labour Statisticians, Geneve 1987.
CHAPITRE II : RÔLE DU S.L EN AFRIQUE
SUBSAHARIENNE78
(ASS)
INTRODUCTION
Le second chapitre analysera un point fondamental de notre recherche sur le S.L, à
savoir le rôle que jouent ces activités "spontanées" dans les économies d'ASS. "Le S.L
témoigne du dualisme des mécanismes en marche vers la mise en œuvre d'une forme de
société technicienne dans les structures sociales radicalement différentes de celles qui
existaient au départ de l'évolution des pays aujourd'hui développés" 79. L'expansion du S.L
soulève des questions relatives à ses différents apports dans le développement
socio-économique. La croissance des années 60 s'est progressivement ralentie, essoufflée lors
de la crise des années 70. Devant l'impuissance du secteur moderne (frappé par différents
déséquilibres économiques), on découvre que le S.L, par son ampleur, est en mesure de
contribuer au développement. Au vu de ces considérations, il nous semble nécessaire de
mettre l'accent sur les différents apports de sa participation au développement.
L'articulation du chapitre sera la suivante : la première section tentera de situer le
contexte économique de l'ASS sous la période des ajustements structurels. Ensuite, nous
analyserons dans la section II les différents apports du S.L dans ces économies. Plusieurs
niveaux seront examinés : l'emploi, les revenus, l'accumulation du capital, la contribution des
facteurs de production à la création de la valeur ajoutée, ainsi que la question relative à la
technologie.
78
L’ASS comprend 45 pays : Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda, Angola, Bostwana, Lesotho, Malawi,
Mozambique, Swaziland, Tanzani, Zambi, Zimbabwé, Rthiopie, Somalie, Soudan, Burkina Faso, Capt.-Vert,
Gambie, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tschad, Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles, Cameroun,
Congo, Gabon, Guinnée Equatoriale, Centrafrique, Zaïre, Benin, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinee, Guinee Bissau,
Libéria, Sao Tomé-Principe, Sierra Léone, Togo, Nigeria.
79
FENOUIL (M.) : 'Le développement spontané, réflexions sur le processus de transition", in Le
développement spontané, Pedone, 1985.
SECTION I : LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE DE
L'AFRIQUE SUBSAHARIENNE (ASS)
Une profonde misère règne aujourd'hui en Afrique au sud du Sahara, elle revêt toute les
formes : recul de la production, famine... Dans les années 70, l'ASS a mené un combat pour le
développement ; dans les années 80, elle lutte pour sa survie. Par sa dimension et son urgence,
la crise actuelle appelle des interrogations sur le sort des millions d'habitants. En effet, les
difficultés d'une politique de développement exclusivement orientée vers une croissance du
type quantitatif, montrent que l'accroissement de la production, lorsqu'il avait lieu,
s'accompagnait d'une montée de la pauvreté et de l'inégalité dans la distribution des revenus.
Ces difficultés se sont aggravées dans la dernière décennie, dans un contexte de stagnation
provoquée par les politiques d'ajustement structurel successives ; plus encore, pour les pays de
la zone Franc80
, la dévaluation du Franc CFA, montrent que ces pays d'ASS sont "à bout de
souffle".
1.1 - LA CROISSANCE DU PNB DURANT LES TROIS DERNIÈRES
DÉCENNIES
Les indicateurs classiques de ces économies traduisent un recul par rapport aux
décennies précédentes (1960-1970). La relative prospérité des lendemains des indépendances
fait place à une période de récession dans la plupart des pays.
Bien que les disparités en terme de richesse restent fortes, d'un point de vue global, les
pays d'ASS demeurent extrêmement pauvres. En 1989, le PNB moyen par habitant en ASS
était de 490 dollars contre 2 180 en Amérique Latine (voir tableau ci-dessous).
80
Les 15 pays de la zone Franc sont : pour l'TJMAD ; la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger,
le Sénégal et le Togo, pour la BEAC ; le Gabon, le Congo, le Cameroun, la RCA, la Guinée equatoriale et le
Tchad, les deux derniers pays étant les Comores et la France.
On constate un fort ralentissement de la croissance du PIB sur la dernière décennie en
comparaison avec la croissance des années 60 et 70. De 4,2% de 1960-1970, elle tombe à
2,1% dans la décennie 1980-199081
. Si l'on tient compte du fort taux d'accroissement de
la population, on peut voir que globalement le PNB par habitant a régressé durant la dernière
décennie.
81
NATIONS UNIES : ‘’Rapport sur le développement humain’’, Washington, 1994
1.2 - CROISSANCE SECTORIELLE ET STRUCTURE DE LA PRODUCTION
Croissance de la production (tableau n°4)
TAUX ANNUEL MOYEN DE CROISSANCE DE :
Agriculture Industrie Services
1965-1980 1980-1990 * =
1980-87
1965-1980 1980-1990 * =
1980-87
1965-1980 1980-1990
* = 1980-87
Angola - - - _ _
Bénin - 3,6 - 4,6 _ 1,8
Botswana 9,7 -4,0 24,0 13,0 11,5 11,9
Burkina Faso - 3,3 - 4,4 4,9
Burundi 6,7 3,1 17,4 4,5 1,4 5,4
Cameroun 4,2 1,6 7,8 3,1 4,8 2,1
Cap-Vert - - - _ _
Comores - - _ _ _
Congo 3,1 3,6 9,9 4,9 4,7 2,3
Côte-dTvoire 3,3 1,0 10,4 0,3 8,6 0,1
Djibouti - - - _
Ethiopie 1,2 -0,1 3,5 2,9 5,2 3,7
Gabon - - _ _ .
Gambie 2,7 7,1* 1,0 5,8* 4,3 3,7*
Ghana 1,6 1,0 1,4 3,3 1,1 5,7
Guinée - - _ _ _ _
Guinée-Bissau - 5,7* - 3,6* _ 1,0*
Guinée Équatoriale - - - -
Kenya 5,0 3,3 9,7 3,9 6,6 4,9
Lesotho - -0,7 - 2,9 _ 5,6
Liberia 5,5 - 10,0 _ 2,4
Madagascar - 2,4 - 1,2 _ 0,3
Malawi 4,1 2,0 6,4 3,0 6,7 3,5
Mali 2,8 2,3 1,8 6,8 7,6 5,6
Maurice - 2,6 - 9,2 _ 5,1
Mauritanie -2,0 0,7 2,2 4,9 6,5 0,8
Mozambique - 1,3 - -4,1 - -3,2
Niger -3,4 1,8 11,4 -3,3 3,4 -6,5
Nigeria 1,7 3,3 13,1 -1,2 7,6 2,7
Ouganda 1,2 2,5 -4,3 5,5 1,1 3,3
République 2,1 2,7 5,3 3,0 2,0 0,0
Centrafric. _ -1,5 _ 1,2 3,9
Rwanda _ -7,3* 1,8* 4,1
Sao Tomé e Principe 1,4 3,1 4,6 3,5 1,4 2,9
Sénégal - -2,9* _ 1,5* 2,6*
Seychelles 3,9 2,6 -0,8 -1,5 4,3 1,40,9
Sierra Leone _ 3,3 1,0
Somalie 2,9 _ 3,1 4,9 4,0*
Soudan 5,8 3,9* 3,3 1,9* 8,0 1,3
Swaziland 1,6 4,1 4,2 0,0 6,7 8,6
Tanzanie -0,3 2,7 -0,6 7,9 0,2 -0,2
Tchad 1,9 5,4 6,8 0,3 4,8 1,6
Togo . 2,5 _ 2,3 0,2
Zaïre 2,2 3,7 2,1 0,7 1,5 3,4
Zambie . 2,4 _ 2,4
Zimbabwe
Total Afrique
subsaharienne
2,0 2,1 7,5 2,0 4,5 2,5
Amérique Latine et
Caraïbes
Pays de l'OCDE (à
revenu élevé)
3,1 1,9 1,7 6,7 2,8 1,2 6,8 4,5 1,7
Source : "Rapport sur le développement dans le monde", Banque Mondiale, 1992. Industrie : comprend
l'industrie minière.
Services : toutes les activités non comprises dans les deux premières catégories. Compte tenu des arrondis, la
somme des termes d'une ligne peut différer de 100.
Les indicateurs82
montrent que la croissance du secteur agricole a été en général faible.
A noter qu'il s'agit là du secteur le plus important de ces économies d'ASS, de par la proportion
de la population active qu'il occupe. La contribution de l'agriculture au PIB demeure forte en
moyenne, même si elle marque un recul certain depuis la période des indépendances, de 40% à
32% du PIB A noter qu'en moyenne l'agriculture a connu une légère croissance dans la
décennie 80 (au taux annuel moyen de croissance de 2%) ; la production agricole n'a pas
régressé, toutefois elle a progressé moins vite que celle des deux autres secteurs.
La part des services dans le PIB a peu évolué : elle est de l'ordre de 38%, niveau
relativement élevé compte tenu du niveau de production des deux autres secteurs. Le taux
annuel moyen de croissance est de 4,5% durant la période 1965-1980, puis tombe à 2,5%
durant la décennie 1980-90.
L'industrie, quant à elle, a sensiblement progressé depuis les indépendances. De 20% en
1965, elle est passée à 30% du PIB en 1980. Son taux annuel moyen de croissance est de
l'ordre de 7,5% de 1965 à 1980, et de 2% de 1980 à 1990. Cependant, ce résultat acquis sur la
période 1960-1980, a vu une quasi-stagnation durant la dernière décennie. L'expansion du
secteur industriel africain (gros consommateur de devises) s'est considérablement ralentie.
L'industrie en ASS demeure embryonnaire et sporadique. Plus significative est l'absence de
tissu industriel. Dans tous les pays apparaissent les mêmes secteurs : produits alimentaires,
boissons, textiles. Dans les dernières années, l'environnement économique général s'est
dégradé, entraînant, d'une part, une chute de la demande intérieure, et d'autre part, des
difficultés d'approvisionnement dues au tarissement des ressources en devises. La dimension
d'un marché intérieur dépend de la demande, et est donc indirectement liée au volume du PIB.
Le montant de celui-ci étant faible dans les pays d'ASS, ces derniers constituent des marchés
fréquemment insuffisants pour rentabiliser une industrie. Ajoutés à cela, des mesures
administratives, officielles ou officieuses (péages illicites) et le mauvais état des
infrastructures, contribuent encore à la segmentation des marchés intérieurs. La perméabilité
des frontières étatiques rend problématique toute politique protectionniste qui cherche à isoler
le marché intérieur.
1.3 - LA CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE
Les 45 pays d'ASS représentaient en 1985, 380 millions d'habitants dont 30% d'urbains.
Parallèlement à la crise de croissance économique, on assiste à une forte poussée de la
croissance démographique. C'est en ASS que l'on observe aujourd'hui les plus fortstaux
d'accroissement démographiques(3,4% en 1994), alors que dans toutes les autres régions du
monde le taux d'accroissement diminue, ce n'est pas encore le cas pour F ASS (voir graphique
n°l, page suivante). Le niveau de fécondité est resté élevé et ne présente guère de tendance à la
baisse. Les incertitudes sont grandes concernant l'évolution des migrations internationales,
mais tout laisse penser que celles-ci resteront importantes.
82
NATIONS UNIES : ‘’Rapport sur le développement humain’’, Washington, 1994
1950-55 1955-60 1960-65 1965-70 1970-75 1975-80 1980-85 1985-90 1990-95 95-2000 2000-05 2005-10 2010-15 2015-20 2020-25
Graphique n°2
Evolution du taux d'accroissement de la population pour quelques
grandes régions du monde
Taux
D’accroissement
Plus spectaculaire encore est la croissance de l'urbanisation : en trente ans le taux
d'urbanisation a triplé, passant de 10% à 30% en 199183
. Longtemps continent
83
HUGON (Ph.), COUSSY (J.), SUDRIE (O.) : "Urbanisation et dépendance alimentaire en Afrique
Subsaherienne ", SEDES, Paris, 1991.
essentiellement rural, l'Afrique, depuis quelques années, connaît à cet égard une
véritable explosion urbaine. L'ASS reste une région relativement peu urbanisée, elle connaît
cependant une croissance urbaine extrêmement rapide. Ce phénomène pose des problèmes
aigus en matière d'infrastractures, d'emplois, de logements, d'hygiène dans les villes.
L'accroissement de la mobilité des hommes est l'un des phénomènes sociaux majeurs qui
explique la prolifération des activités informelles. A la "dé-ruralisation" il faut ajouter les
mouvements migratoires entre les pays voisins, mais aussi avec les pays développés.
1.4 - LA DÉGRADATION DU NIVEAU DE VIE
Les conséquences de l'accroissement démographique se font sentir à plusieurs niveaux
socioculturels (santé, l'éducation...) ; l'accroissement démographique appelle une expansion
des équipements sanitaires et scolaires à laquelle les budgets nationaux, trop sollicités, ne sont
pas en mesure de répondre. Les deux phénomènes énumérés ci-dessus (forte croissance
démographique, explosion urbaine ) entraînent du point de vue économique et social, une
augmentation constante du nombre d'enfants et du nombre de personnes à charge et par
conséquent, une forte demande alimentaire. "Le phénomène de la perte de l'auto suffisance
alimentaire se retrouve avec acuité particulière en ASS. Le taux d'autosuffisance alimentaire
de 108% en 1970, était tombé à 99% en 1985.84
L'explosion urbaine en ASS s'accompagne
des déficits alimentaires.
La Banque Mondiale a constaté que dans 50 et 75% des cas les populations d'Afrique
subsistent à un "niveau de pauvreté absolue", défini comme la situation dans laquelle les gens
sont trop pauvres pour avoir un régime alimentaire comportant une "quantité de calories
adéquate". La F.A.O. estime que 34 pays africains sont en danger d'insuffisance alimentaire
(c'est-à-dire où le rythme de la croissance de la population dépassera vraisemblablement celui
de la production alimentaire). Des pays sont contraints d'importer des vivres pour satisfaire les
besoins alimentaires, réduisant ainsi les rares ressources de devises pouvant être affectées aux
investissements.
L'accroissement démographique, quand il atteint l'ampleur que connaît F ASS, pose de
redoutables problèmes tels que l'insuffisance des infrastructures (scolaires, médicales, de
logement...), accroissement de la production alimentaire dont nous avons souligné les
insuffisances en ASS.
Le problème aigu des sans-emplois rend le taux de dépendance économique
extrêmement élevé. Cette situation a été l'un des facteurs déterminant de l'urbanisation rapide
que connaît le continent. Elle se présente donc globalement avec une population
essentiellement jeune, pauvre et mal répartie. Une population jeune n'est pas un mal en soi :
84
HUGON (Ph.), COUSSY (J.), SUDRIE (O.) : Op cit.page 62.
elle constitue en effet, à moyen tenue, un atout considérable à condition d'être en bonne santé
et bien formée.
Nous avons déjà évoqué la misère généralisée et le faible niveau de revenu par habitant
en ASS : une situation qui ne manque pas d'avoir des répercussions considérables sur la santé
de ce continent. Les conséquences de la misère se manifestent par la sous-alimentation, un
taux élevé de mortalité infantile et maternelle, de très nombreux cas d'anémies et des
épidémies de maladies courantes. On observe, affirme la Banque Mondiale, une augmentation
du nombre d'enfants sauvés et une diminution des taux de mortalité, en ce qui concerne les
femmes particulièrement, dans les pays qui enregistrent une nette croissance des revenus par
habitant. Cette constatation souligne l'importance des dépenses publiques dans le domaine de
la santé. Or celles-ci sont encore insuffisantes et inefficaces. Avec 10% de la population
mondiale, l'ASS dépense 12 milliards de $ en matière de santé, soit 1% des dépenses
mondiales totales. Son budget de la santé représente 4,5% du PIB, soit une dépense de 24 $
seulement par habitant.
Le bilan net s'est traduit par l'abaissement du niveau de vie (devenu largement inférieur à
ce qu'il était avant l'indépendance) et une augmentation du nombre de gens vivant dans une
misère. Entre 1980 et 1990, la population de l'Afrique au Sud du Sahara a augmenté de 3,1%,
pour une progression de 2,1% seulement du PIB. Rappelons-le, le revenu annuel par habitant
était de 350 $ au cours de la même période, et semblerait avoir encore diminué en 1992 et
1993.
Une personne en mauvaise santé et sans formation adéquate ne peut œuvrer pour la
transformation socio-économique. Une charge démographique trop lourde par rapport à des
ressources financières limitées, empêche actuellement l'ASS d'assurer une qualité de vie
décente à la grande majorité de sa population. Des facteurs tels que les sécheresses et les
troubles civils, la dette et le faible prix des denrées de base expliquent en parie le drame
économique de l'Afrique.
Le problème réside davantage dans l'écart entre le taux de croissance démographique et
celui de la production alimentaire, comme en témoignent le déficit alimentaire et la famine. On
se retrouve en présence de l'explication malthusienne qui oppose la prolifération des espèces et
l'avarice de la nature. La production alimentaire par habitant est actuellement évaluée à un
niveau inférieur de 20% à celui enregistré au cours des années 60. Si la situation ne s'améliore
pas d'ici à 2020 "plus d'un quart de l'ensemble des habitants de l'ASS connaîtront encore
l'insécurité alimentaire" affirme un document de la Banque Mondiale (1993).
1.5 - L'AJUSTEMENT STRUCTUREL
Le début des années 80 est une page sombre de l'histoire économique mondiale ; en
effet, la montée vertigineuse des prix de pétrole, des taux d'intérêts inégalés jusqu'ici, et
l'effondrement des cours de matières premières, ont frappé de plein fouet les économies des
PVD, plus gravement celles des pays d'ASS qui se sont révélées les plus vulnérables.
Cette hostilité du climat économique a entraîné de graves difficultés pour les États
d'ASS : déséquilibres budgétaires, endettement, etc. La dette (de 77 milliards de $ en 1982,
elle passe à 164 milliards de $ en 1990) saigne et stérilise leurs économies. En 1990, la dette
extérieure représente 109% du PNB pour l'ASS. La faiblesse administrative et institutionnelle
de ces États à gérer la crise entraîne la mise en œuvre des politiques d'ajustement structurel par
les organismes internationaux.
Le déclin de l'économie des matières premières (coton, café, etc.) qui n'a pas été
compensé par d'autres dynamismes ; entraîne une distribution de revenus déconnectées de la
sphère de production, ce qui a pour coséquence la croissance de la consommation de façon
relativement indépendante de l'évolution des ressources. Les conséquences sont : le
ralentissement de la croissance de l'agriculture, les blocages de l'industrie et un endettement
croissant. "La stagnation et la régression économique ont été avant tout dues à l'adoption de
politiques macro-économiques et sectorielles mal aisées, fondées sur un modèle de
développement qui donnait à l'État un rôle prépondérant dans la production et dans la
réglementation de l'activité économique" 85
.
Selon l'analyse de la BIRD l'inefficacité du secteur public et des politiques inadaptées
ont pour conséquence une mauvaise allocation de ressources et, en particulier, un biais en
défaveur de l'agriculture et des exportations non traditionnelles ; une surprotection de la
production intérieure dans de nombreux secteurs qui rend celle-ci non compétitive à
l'exportation ; une faible efficacité de l'investissement et une épargne publique et privée
insuffisantes. L'argument avancé est que le déficit extérieur provient d'un excédent de la
demande finale par rapport au PIB, excédent qui s'est creusé depuis 1978, du fait que la
consommation finale ne s'est pas ajustée à la rupture de tendance de la croissance du PIB
consécutive à la sécheresse et à la détérioration des termes de l'échange. Le déficit des finances
publiques s'est trouvé renforcé par les gestions défectueuses du secteur parapublic et des
filières agricoles. Il faut ajouter à cette politique budgétaire une politique de crédit
expansionniste pas seulement due aux demandes de crédits de l'État. Face à la dégradation
sévère des finances publiques et des finances extérieures, les pays ont été contraints de signer
des accords avec le F.M.I. et la BIRD.
85
BOURGUIGNON (F.),.MORRISON (C.) : "Ajustement et équité dans les PVD", OCDE, Paris, 1992.
A - Le contenu des PAS
Le principal objectif du F.M.I. et de la BIRD, lorsqu'ils fixent les conditions dont sont
assortis les accords, est la réduction à court tenue des déséquilibres de la balance de paiement
et du besoin de financement extérieur de ces États. Les PAS présentent plusieurs aspects
diversifiés dans le but d'accroître l'efficacité de l'économie. Les mesures visent à rétablir la
vérité des prix dans l'agriculture, à supprimer les monopoles parapublics. La libéralisation des
échanges extérieurs constitue le deuxième volet.
Il convient d'énumérer l'éventail des mesures prises dans le cadre des PAS, celles-ci
s'orientent dans diverses directions parmi lesquelles on peut retenir86
:
Pour la BIRD :
- réduction des déséquilibres macro-économiques à court terme (restriction de la
demande et réduction des déficits publics) sur ce point la banque adopte le programme du
F.M.I. ;
- soutien à la croissance ;
- réduction des distorsions des prix, pour les prix agricoles mener des études sur le
système de prix, aides, subventions et taxes afin de l'améliorer.
De nombreux spécialistes du développement considèrent que les politiques d'ajustement
structurel sont favorables au SX, point de vue qu'il est utile de confronter à la réalité de l'ASS.
Elles peuvent avoir à la fois des effets positifs et négatifs sur la production, l'emploi et les
revenus. La question de l'ajustement structurel est depuis le début de l'actuel décennie au coeur
des débats sur le développement des économies. "Aucun pays au monde ne peut vivre de
manière durable au-dessus de ses moyens. Les pays d’ASS ont aggravé leur situation en
retardant les corrections économiques nécessaires par le retournement extérieur"87
.
86
Pour le FMI :
- le relèvement des prix des produits de base (sucre, riz, farine, etc.) ;
- le relèvement des taux et taxes indirects, l'abaissement du prix d'achat des produits exportables au producteur et
le relèvement du prix des engrais ;
- l'amélioration des filières agricoles et la diminution de leur coût ;
- la réduction des dépenses de l'administration (blocage des salaires, réduction des dépenses de fonctionnement et
d'équipement) ;
- la diminution des effectifs de la fonction publique ;
- la réduction des arriérés de paiement de l'Etal, la limitation de la croissance de la masse monétaire et du crédit.
87
RAMAHATRA (0.) :"Madagascar, une économie en phase d'ajustement", Editions L'Harmattan,
Paris, 1989.
Le secteur informel, durant cette période, est contraint d'absorber plus de
main-d'œuvre que par le passé : partage des emplois, offre de toutes sortes de biens et de
services, développement de la pluriactivité, etc. La restructuration du secteur public a
engendré une mobilité de l'emploi salarial vers l'emploi à propre compte88.
Les politiques d'ajustement structurel touchent directement le secteur public et le
secteur moderne privé89
; concernant le SX, on peut se poser la question suivante :
Quelles sont donc les répercussions directes et indirectes des PAS sur les activités
informelles ?
En l'absence de données pouvant permettre une analyse fiable, seules des
hypothèses peuvent être avancées.
B - Les répercussions indirectes
La baisse de l'activité constatée dans le secteur moderne entraîne-t-elle une baisse
de l'activité dans le S.I ?
La diminution du pouvoir d'achat : la baisse de la demande globale et par
conséquent la baisse du pouvoir d'achat affectent-elles le SX de la même manière ?
Personne ne connaît véritablement la réponse tant la demande qui s'adresse au S.I. et les
revenus dégagés par ce secteur sont difficilement mesurables.
Les chiffres montrent une baisse de la croissance du revenu en ASS. Lorsque l'on
sait que la population connaît un fort taux de croissance, il devient presque indiscutable
d'affirmer que les revenus ont diminué.
- la baisse des salaires réels dans les PAS s'observe en général vers le milieu des
années 70, avec une accentuation dans les dernières décennies. Pour l'ensemble de
l'ASS, le salaire minimum tombait de l'indice 100 en 1974-75 à 72 en 1979-80, soit
28%90. Sur la décennie 80, le salaire minimum réel a baissé dans tous les pays où l'on
dispose d'information, à l'exception du Burkina Faso. Cette baisse brutale du salaire
minimum réel a eu pour effet la compression de l'écart entre les revenus urbains et
ruraux que l'on peut mesurer par exemple à l'aide du rapport entre le salaire minimum et
la valeur ajoutée par actif agricole, voir Annexe 5.
88
LACHAUD (J.-P.) : "Le secteur informel urbain et le marché du travail en Afrique au sud
du Sahara", Séminaire "Informai sector revisited", OCDE, Paris, 1988.
89
BOURGUIGNON (F.), MORISSON (C.) : "Ajustement et équité dans les PVD: une
approche nouvelle", OCDE, Paris, 1992.
90
SALOME (B.), SCHWARZ (A.) et TURNHAM (D.) : "Les nouvelles approches du secteur
informel", Coll. Séminaires du Centre de développement, OCDE, Paris, 1990.
-uneredistributionenchute:Lesdépensespubliquesjouentunrôlemajeurdans
l'activité économique et la chute de ces dépenses entraîne inéluctablement une
diminution de la demande. Comment se manifeste cette diminution ? On peut examiner
la chute des dépenses à plusieurs niveaux.
Cette chute de la demande touche également le S.I. d'une manière indirecte. Les
entreprises informelles étaient sollicitées par les entreprises modernes pour des
opérations de sous-traitance. La baisse de l'activité dans le secteur moderne peut ralentir
cette coopération. Les quelques entreprises du S.I. qui travaillent avec les
administrations connaissent les mêmes problèmes d'impayés que dans le secteur
moderne. La crise financière que traversent ces États atteint donc le S.I., non pas dans sa
totalité, mais dans la partie la plus moderne de celui-ci (les entreprises capables de
proposerdesproduitsdequalitésimilaire auxproduitsfabriquésparlesecteurmoderne).
Ce sont alors les entreprises les plus concernées par le processus de transition qui sont
atteintes, mais beaucoup moins durement que dans le secteur moderne (sauf lorsque
l'activité dépend uniquement de la sous-traitance).
LadévaluationduFrancCFA:
Le sommet de Dakar, 10 et 11 janvier 1994, a aboutit à la dévaluation de 50% du
Franc CFA qui ne vaut plus maintenant que 1 centime du Franc français. Depuis cette
date les États de la zone Franc91
doivent remplir les conditions imposées par le F.M.I. et
la BIRD pour espérer voir le portefeuille de la France régler leurs fins de mois difficiles.
A priori les effets redistribuais de cette dévaluation pénalisent les consommateurs des
produits importés, malheureusement l'indice des produits alimentaires - le panier de la
ménagère africaine -s'est envolé. Contrairement aux attentes des experts, le marché ne
joue pas encore en tout cas, son rôle de régulation.
C-Lesrepercussionsdirectes
Nousconstatonsquelaproliférationdes activités informelles,lors decettepériode
d'ajustement structurel est le plus souvent du type involutif. L'argument avancé doit être
nuancéselonlespays, carsi certainspaysontprisconsciencedudevenirduS.I.,d'autres
comme la Centrafrique sont encore à l'entrée du tunnel. Là où l'agriculture reste
traditionnelle, où l'industrie reste embryonnaire, en un mot là où le processus de
transitionéconomiquen'apasétéamorcé"lelaisserfaire"doitêtrenuancé.Pourlespays
africains contraints de s'ajuster sous la tutelle des organismes internationaux, l'avenir
paraît sombre..., tout cela implique toujours plus d'ajustement pendant une période dont
91
Les 15 pays de la zone Franc sont : pour l'UMAD ; la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali,
le Niger, le Sénégal et le Togo, pour la BEAC ; le Gabon, le Congo, le Cameroun, la RCA, la Guinée
equatoriale et le Tchad, les deux derniers pays étant les Comores et la France.
onnevoitpasletenue,desnouvellesdétériorationsdesconditionsdeviepourunepartie
de la population, une dégradation des services de base (éducation, santé) et si les taux
d'investissement restent aussi bas qu'actuellement pendant une longue période, une
dégradation du capital (capital productif, infrastructure)"92
. La multiplication des
activités informelles permet d'assurer la survie. La gravité de la situation varie selon les
pays.«Même si enthéoriel'économiedans sonensembledoitenprofiter,ilest clairqu'il
conviendrait alors de prendre un certain nombre de mesures conservatoires pour éviter
que la dimension sociale de l’ajustement ne devienne un problème insoluble susceptible
de remettre en question les aspects positifs"93
.
Les petites entreprisesréussissentmieuxlàoù il existeuntissuviablepourentraînerleur
croissance. Il n'est pas étonnant de voir que ce ne sont pas des activités informelles du
type évolutive qui prolifèrent en ville, mais plutôt celles à caractère involutif. "Les
mesures d'ajustement structurel ont ralenti la croissance du S.M. (industriel et
commercial) alors que dans les villes les producteurs de biens et services du S.I.
"moderne" ont fait preuve d'une capacité d'adaptation, tandis que le S.I. "traditionnel"
abordait bon nombre de travailleurs qui n'avaient pas trouvé à se placer ailleurs" 94
.
La baisse des revenus qu'ont entraînés les mesures d'austérité a poussé les gens à la
débrouillardise, à des activités de survie. Dans tous les ménages, les enfants se livrent à
la vente de certains produits pour essayer d'arrondir les revenus familiaux. Que peut-on
dire de la vente des produits pharmaceutiques à tous les coins décrue par des enfants, de
la - prostitution des jeunes garçons et filles ?
On note un développement des activités aux marges de la légalité comme le
confirme les travaux du CERDI au Niger : "L'ajustement a surtout bénéficié au circuit
informel parallèle et on note une forte informalisation de l'économie" 95
. Cet argument
confirme bien l'hypothèse que nous avons énoncée ci-dessus. Le dynamisme du S.I. est
un phénomène qui est indissociable du développement global du pays considéré, a
fortiori lorsque les politiques économiques de ces pays d'Afrique au sud du Sahara sont
régies par les contraintes d'ajustement structurel prescrites par les organismes
internationaux.
Tout plan d'ajustement structurel est destiné à rétablir les grands équilibres
macroéconomiques. Son action sur l'offre vise essentiellement à restaurer la vérité des
prix (suppression des subventions, réajustement des taux de change...). L'activité
économique
92
DUREFLE : "L'ajustement structurel en Afrique", OCDE, Paris, 1992.
93
CHARMES (J.) : "Quelle politique face au secteur informel", Service de la coopération, Notes et
Études n°23, Paris, 1989.
94
LUBELL (H.) et ZAROUR (C.) : "Le secteur non-structuré de Dakar résiste à la crise", RIT, volume
129, n°3,1990.
95
HUGON (Ph.) : "L'impact des politiques d'ajustement sur les circuits financiers", Revue Tiers Monde,
T.31, n°122, avril 1990.
dans son ensemble est donc touchée. Selon BANDT (J.)96
"Les programmes d'ajustement
sont essentiellement conçus sur la base de mécanismes d'ajustement macro-économique,
mais ignorent et donc, n'intègrent pas les exigences, conditions et capacité d'adaptation
des entreprises". Un certain nombre d'entreprises modernes subissant le renchérissement
des importations peuvent s'arrêter de produire ou décider de "s'informaliser", compensant
ainsi le surcroît de leurs inputs par l'arrêt du paiement des taxes et impôts divers relatifs à
l'activité.
Une enquête97
dans le cas de la Côte d'Ivoire permet de mettre en évidence l'impact
des PAS sur les ménages appartenant au S.I..
Présentation de l'enquête
A partir de l'activité principale du chef de ménage et de la taille de l'entreprise dans
laquelle il travaille, a été constitué un groupe de ménages du S.I. non agricole. En fon:
partie :
- les chefs de ménages dans le domaine artisanal, commercial ou certaines autres activités
(choisis dans une liste de 72 patrons), et ;
- leschefsdeménagesdansuneentrepriseoùtravaillentmoinsdecinqpersonnes
:
- sont inclus également dans cette catégorie, les chefs de ménages qui n'ont pas déclaré
d'occupation. Les autres catégories de ménages par secteur ont été établies exclusivement
sur la base de l'activité déclarée.
-
96
BANDT (J.) : "Les problèmes et perspectives de développement industriel en Afrique. Réflexion sut
modèle industriel", C.C.C.E., Notes et études n°20,1989.
97
HARTMUT SCHNEIDER et collaborateurs : "Ajustement et équité en Côte d'Ivoire", OCDE, Par 1992.
La répartition des ménages urbains selon leur niveau économique et l'occupation du
chef
(tableau n°5)
Niveau économique et financier Abidjan Autres Villes
N % N %
Pauvres
- Fonctionnaires et assimilés98
- Secteur privé informel
- Secteur informel
- Autres 99
Total
2
24
85
2
113
1,8
21,2
75,2
1,8
100
14
19
132
1
166
8,4
11,5
79,5
0,6
100
Moyens
- Fonctionnaires et assimilés
- Secteur privé informel
- Secteur informel
Total
17
32
38
87
19,5
36,8
43,7
100
14
15
14
81
17
18,5
17
100
Riches
- Fonctionnaires et assimilés
- Secteur privé informel
- Secteur informel
Total
18
72
44
134
13,4
53,7
32,9
100
29
33
33
95
30,6
34,7
34,7
100
Répartition générale
- Fonctionnaires et assimilés
- Secteur privé informel
- Secteur informel
Total général
37
128
167
332
11,1
38,6
50,3
100
57
67
217
341
16,7
19,7
63,6
100
Source : HARMUT SCHNEIDER t collaborateurs, 1992.
ressort du tableau une grande diversité du SX:
Parmi les ménages pauvres,ceux qui dépendent duS.I. sont les plus nombreux entermes
absolus et relatifs (entre 75% et 80%, bien au-delà de leur part dans l'échantillon qui est de 50 à
64% respectivement. En revanche, parmi les "riches" ce sont les ménages du secteur
privé formel qui sont les plus nombreux et sur-représentés. Mais la place des "riches"
parmi les ménages du S.I. à Abidjan est loin d'eue négligeable (33%). A noter que
parmi les "moyens" dans les "autres villes" on trouve trois catégories de ménages
(selon leur appartenance sectorielle) à peu près dans des proportions qui correspondent
à leur part dans l'échantillon. L'inégalité est donc plus forte à Abidjan que dans les
villes les plus petites.
98
Comprend les militaires et employés des sociétés d'Etat.
99
Comprend les ménages exclus de l'analyse par la suite, à cause de l'absence de leurs membres pendant
plus de trois mois.
En essayant de tracer l’impact de certaines mesures d’ajustement sur les
catégories ménages identifiées dans le tableau, l’enquête permet d’examiner les
dépenses moyennes des biens dont les prix à la consommation ont été augmentés dans
le cadre du programme d’ajustement : pain, riz, cigarettes, essence. Il ressort de
l’analyse pour le pain et le riz, que le ménage urbain moyen dans toutes les catégories
consomme les deux produits à la fois, dans des propositions qui varient.
En regroupant les catégories selon leur niveau d’activités économiques (voir
tableaux dessus), les tendances nettes appariassent.
A Abidjan, la part des dépenses du pain s’accroît en passant des ‘’pauvres’’ aux
riches, tandis qu’une tendance inverse peut être observée pour le riz, dans les autres
villes la tendance est moins nette pour le pain si l’on considère les dépenses en
pourcentage des dépenses monétaires totales. Mais, sauf pour les ‘’riches’’ d’Abidjan,
le pain n’atteint pas l’importancedu riz. Ce derniers se montre donc lourd dans les
‘’autres villes’’ ou la part des dépenses consacrée au riz s’élève environ au double (et
parfois plus) de celle d’Abidjan à tous les niveaux économiques.
— Page 73 —
Pauvres Moyens Riches
Abidjan
Pain 2,6 2,8 4,2
(4,7) * (5,2) * (7,8) *
Riz 7,1 5,3 3,4
(12,8) * (10,7) * (6,8) *
École 9 6,7 11,4
Électricité 15,1 8,8 11
Eau 6,1 5,4 3,3
Cigarettes -1 -1 -1
Essence -1 -1 -1
Autres villes
Pain 2,1 2,6 2,4
(3,6) * (5,2) * (6)*
Riz 14,1 9,6 7,4
(24,4) * (18,7) * (16,8) *
École 6,2 5,7 6,9
Électricité 9,9 7,5 5,8
Eau 8 5,7 2,7
Cigarettes 1 1 1
Essence -1 -1 -1
Par équivalent nombre en % des dépenses monétaires totales
1 : ces pourcentages s'élèvent à moins 0,05.
* : Les chiffres entre parenthèses sont en pourcentage des dépenses
monétaires alimentaires. Source : HARTMUT, SCHNEIDER et collaborateurs,
1992.
Dépenses pour certains postes affectés par des mesures d'ajustement (tableau n°6)
En comparant riches et pauvres, les dépenses totales alimentaires varient moins entre
riches et pauvres que les pourcentages dépensés pour le riz. Par conséquent les pauvres sont
plus affectés que les riches en tenues absolus.
Un exemple schématique proche des proportions prévalent dans les "autres villes" : on
constate qu'en dépensant 90 000 FCFA pour les aliments (30% de son revenu total) dont 1/6
pour le riz, soit 15 000 FCFA, un riche dépense moins que le pauvre pour lequel les montants
correspondants sont 80 000 (50% de son revenu) et 20 000 soit un quart des dépenses
alimentaires pour le riz. En revanche, en appliquant le même schéma aux dépenses de pain, le
riche dépense environ le double (54 000 FCFA) du pauvre (2 600 FCFA).
Pauvres Moyens Riches
Abidjan
Pain 2,6 2,8 4,2
(4,7) * (5,2)
*
(7,8) *
Riz 7,1 5,3 3,4
(12,8) * (10,7) * (6,8) *
Ecole 9 6,7 11,4
Électricité 15,1 8,8 11
Eau 6,1 5,4 3,3
Cigarettes -1 -1 -1
Essence -1 -1 -1
Autres villes
Pain 2,1 2,6 2,4
(3,6) * (5,2) * (6)*
Riz 14,1 9,6 7,4
(24,4) * (18,7) * (16,8) *
École 6,2 5,7 6,9
Électricité 9,9 7,5 5,8
Eau 8 5,7 2,7
Cigarettes 1 1 1
Essence -1 -1 -1
Par équivalent nombre en % des dépenses monétaires totales
Dépenses pour certains postes affectés par des mesures d'ajustement (tableau n°6)
1 : ces pourcentages s’élèvent à moins 0,05.
* :Leschiffresentreparenthèsessontenpourcentagedesdépensesmonétairesalimentaires
Source : HARMUT, SCHNEIDER et collaborateurs, 1992.
Encomparantrichesetpauvres, lesdépensestotales alimentaires varientmoinsentre
richesetpauvresquelespourcentagesdépenséspourleriz.Parconséquentlespauvressont
plus affectés que les riches en termes absolus.
•A
Un exemple schématique proche des proportions prévalent dans les "autres villes" :
onconstatequ'endépensant90000FCFApourlesaliments(30%deson revenutotal)dont
1/6 pour le riz, soit 15 000 FCFA, un riche dépense moins que le pauvre pour lequel les
montants correspondants sont 80 000 (50% de son revenu) et 20 000 soit un quart des
dépenses alimentaires pour le riz. En revanche, en appliquant le même schéma aux
dépenses de pain, le riche dépense environ le double (54 000 FCFA) du pauvre (2 600
FCFA).
Abidjan Autres villes
H F H F
Pauvres 56 90 36* 56
Moyens 42 72 38 * 47
Riches 25 29 32 54
Pourcentage des hommes et des femmes dans le secteur informel selon le niveau
économique (tableau n°7)
* : Non compris des agriculteurs qui comptent 43 % et 28% respectivement de "pauvres" et de
"moyens". Source : HARTMUT, SCHNEIDER et collaborateurs, 1992.
L'explication est simple : le prix officiel du riz à la consommation a été augmenté
trois fois pendant la période 1981-1984, soit une augmentation cumulée d'environ 60%.
Il est donc évident que quasiment tous les consommateurs ont été affectés par ces
augmentationsdesprix,toutefoiscesontlespluspauvresparmilesurbainsquiontétéles
plus touchés :
- concernant l'ajustement fiscal qui a touché les cigarettes et l'essence : la
proportion de ces dépenses dans les dépenses monétaires totales est très faible. Pour- les
cigarettes, il s'agit la plupart du temps des pourcentages inférieurs à 0,05. Pour l'essence
le pourcentage est de l'ordre de 0,1 ;
- les augmentations de tarifs pour l'électricité (+ 7,5%) et pour l'eau (+ 14%)
ont eu lieu. L'enquête montre qu'au niveau des ménages urbains l'impact direct des
mesures est beaucoup plus fort. La part de ces dépenses ensemble dépasse celle des
dépensesd'éducation,lepoidsrelatifestplusélevépourlespauvresquepourles"riches"
;
- pour l'électricité les dépenses relatives sont en moyenne plus élevées à
Abidjan que dans les "autres villes"qui sont moins équipées. Pour l'eau l'inverse est vrai
(sauf pour les "riches").
La plupart des ménages urbains appartiennent au S.I. et cette proportion dépasse
les 75% quand on se limite à la catégorie des pauvres. La littérature sur le S.I. affirme
souvent la prépondérance des femmes. Cette affirmation est confirmée par les données
de l'enquête mais elle révèle un élément nouveau pour Abidjan. Plus on va vers les
ménages "riches" plus la part des hommes augmente. Cela signifie que les occupations
les plus rémunératrices dans le S.I. sont en pratique plus difficilement accessibles aux
femmes,quecesoitpourdesraisonsdeformation,dedisponibilitésoudesimplepouvoir
d'appropriation.Lesfemmessetrouventsouventauniveauleplusbasdel'échelleetdans
des situations potentiellement vulnérables (voir tableau ci-après).
En somme les mesures des PAS tendent à accroître la pauvreté absolue100
.
L’enquêtealeméritedemontrerquelaréductiondesdépensespubliques,notammentde
l’investissement, a reduit la demande globale, toutes choses étant égales par ailleurs,
entrainantunebaisselademandedesbiensetservices fourniparleS.I.cetteréductionde
la demande une baisse de revenu dans le S.I., baisse qui s’ajoute à celle causée par les
mesures ayant comme effet une réduction des revenus réels et donc de la demande de
consommation. Le S.I. durant cette période de récession jour un rôle régulateur de la
crise, mais subit également les effets de la détérioration de son environnement101
. Les
ménages à faibles revenus constituent la principale clientèle du secteur informel en
termes quantitatifs, il nous est impossible de vérifier en termes monétaires. Cette
faiblesse de revenus entraîne souvent des ventes à pertes ; la concurrence entre les
entreprises du S.I. étant forte.
SECTION II : LA CONTRIBUTION DU S.I. AU
DEVELOPPEMENT DE L’ASS
L’aggravation du chômage pendant la période des ajustements structurels dans les
pays d’Afrique au Sud du Sahara constitue, à l’heure actuelle, un problème
socio-économique majeur. Il en résulte des difficultés, parmi lesquelles : l’abaissement
des revenus et du niveau de vie, le freinage des efforts de développement et de lutte
contre la pauvreté, par conséquent l’accentuation de l’instabilité économique. L’Etat
n’est plus le principal acteur de la lutte contre le chômage, la pauvreté et le
sous-développement, car il apparaît parfois, au contraire, comme la cause même de ces
maux, en raison des distorsions que ses interventions introduisent dans le marché.
Les activités informelles offrent aux hommes et aux femmes, dans les pays
d’Afrique subsaharienne, la possibilité de satisfaire, à moindre coût, leur envie
d’entreprendre. Les femmes, par exemple dans ce type d’activité ont une stimulation
intéressante pour leur promotion sociale. Dans le S.I. l’habillement, les services
d’activité. Cesecteur contribuedonc, àsa manière, à la promotionde lafemme africaine
et va dans le sens des aspirations contemporaines.
Laproductiondesbiensetservicesetleurcirculationjusquedansleszoneslesplus
défavorisées, permettent aux déshérités d’acquérir, à moindre coût, des produits de
première nécessité et d’accéder ainsi à la satisfaction des besoins essentiels. La mise à la
disposition
100
ADDISON (T.), DEMERY (L.) : ‘’The social dimension of structural adjustement in Sub Saharan
Africa ‘’, 3 volumes, World Bank, Washington DC 1990
101
Hugon (Ph.) : ‘’ Ajustement struucturel, effets sociaux et regulation démo-économique’’, Paris
X-Nanterre/CERED, Séminaire d’Université d’Eté du GDR, ‘’Emploi-Developpement’’, CERDI, 1994.
des individus de moyens de transport appropriés (taxi-brousse...) facilite les
déplacementsdespopulations,ils'agitlàd'unecontributionessentiellecomptetenudela
pénurie des infrastructures modernes.
NousdévelopperonssuccessivementlacontributionauS.I.enmatièred'emploi,de
distribution de revenus, de dégagement de valeur ajoutée, d'accumulation du capital et
d'avancée technologique.
L'analyse qui va suivre mérite que quelques précautions soient prises: les données
dont nous disposons sont fragmentaires et ne correspondent qu'à une partie du S.I. (les
résultats de F enquête auprès des petits établissements). Il convient de garder à l'esprit
que ces données ne sont pas homogènes et les dates nécessaires aux approches
comparatives ne sont pas identiques.
IL1 - LE SECTEUR INFORMEL ET L'EMPLOI
L'échec des modèles de développement en vigueur dans les pays d'Afrique au sud
du Sahara, échec que nous avons tenté d'analyser, conduit les "déshérités" et les exclus
dusystèmescolaire,àcréer leurpropre emploi (quand ils ont un minimumde capital)ou
à prendreune activitédans leS.I.Cespaysconnaissent uneoffredetravail excédentaire,
conséquence à la fois de l'explosion démographique, de l'urbanisation accélérée et des
répercussions multiples du désengagement de l'État dans l'économie. L'O.I.T. estime en
1987 que, sur dix millions de chômeurs recensés en Afrique, 30% se trouvaient en zone
urbaine et que 13 à 53% de sous-employés vivaient dans les villes. Comme le souligne
HUGON102
, pour que cette main-d'œuvre excédentaire soit insérée dans le secteur
moderne, il faudrait que les emplois salariés représentent la moitié de la population
active, alors que dans beaucoup de pays d'Afrique subsaharienne, le pourcentage n'est
que de l'ordre de 10 à 20%.
Les investigations du BIT103
montrent que le S.I. représente de 20 à 60% des
emploisdans les villes d'Afrique ausud du Sahara(20% à Lomé, 50% à Bamako,50% à
Lagos).Dans la majorité des pays, on note que l'emploi dans le S.I. croît quand l'emploi
informelbaisse.SelonlePNUD,l'emploidansleS.I.acruautauxde6,7%parandurant
la décennie 1980-1990., soit une création annuelle de 1,2 millions d'emploi, contre 1
million pour le S.M.104
102
HUGON (Ph.) : Op cit page 62.
103
BIT, 1987.
104
PNUD : "Rapport mondial sur le développement humain", Economica, Paris, 1993.
Il convient de noter que l'utilisation du concept de l'emploi dans le S.I. reste floue et
délicate. L'emploi constitue tout d'abord un phénomène économique qui se traduit par une
contribution de l'individu à la production (au sens large, englobant les services et. le
commerce). La contrepartie de cette contribution est le revenu qu'en tire l'individu. Enfin,
celui-ci en retire une considération "sociale" qui lui permet de se voir reconnaître un
certain rôle dans la société. L'activité étant reconnue comme constituant un emploi. Cette
référenceaurevenu,doncausalariat,poseleproblèmede lacatégoriedesformesd'emploi
quine donnent aucun revenu : cas des aides familiaux qui reçoivent des revenus en nature,
ou des apprentis qui reçoivent une formation en contre partie du travail. Par conséquent,
nous donnerons àla notion del'emploi une acceptationla plus largepossible,de manièreà
rendre compte des différents aspects des activités informelles.
PourCHARMES 105
,etceciestcapital,entre40et60%desemploissupplémentaires
offerts ces dernières années sur le marché du travail découlent directement de la demande
du S.I. Les exemples abondent qui mettent en relief le rôle essentiel du S.I. en matière
d'emploi dans les villes africaines.
Estimation de l’emploi informel dans quelques villes d’ASS (Tableau n°8)
Source : BIT, informal secteurin Africa, Addis Abeba, 1985.
A-Larépartitionsectorielle
Dans la plupart des études, la répartition des activités informelles par secteur montre
une gamme d'activités hétérogènes, avec une prédominance du secteur du commerce. La
prépondérance des activités commerciales résulte de l'existence de petites entreprises
individuelles souvent temporaires ou intermittentes (vendeurs de beignets, de cigarettes,
cireurs...) et de la prise en compte des activités localisées sur les marchés des villes.
105
CHARMES (J.) : Op cit page 69.
Zones Pourcentage
Burkina Faso (zones urbaines) 73
Congo (zones urbaines) 35
Niger (zones urbaines) 65
Sénégal (zones urbaines) 50
Abidjan 44
Lagos 50
Lomé 50
Banjul 42
Kumasi 62
Selon le BIT les activités de production totalisent entre 1/10 et 1/4 des activités du secteur. Le
secteur des services hors commerce représente en général moins de 10% des cas observés.
LACHAUD souligne "qu'il est intéressant de remarquer que l’importance des activités de
productionetdesservicesestliéeauniveaudedéveloppement"106
.L'auteuravancequel'explicationdu
phénomène tient au fait qu'une gamme d'activités informelles doit son développement à celui de la
société moderne. Le S.I. est donc le reflet d'une certaine transition (les activités informelles sont
considérées comme un moyen desatisfaire des besoins nouveaux en empruntant des moyens à la foisà
la société traditionnelle et à la société moderne). La faiblesse relative des activités de services, et dans
unemoindre mesuredeproduction,signifiequelatransitionéconomiquen'estpasréellementamorcée.
Répartition des activités informelles dans quelques villes d'Afrique subsaharienne (fréquence relative)
(tableau n°9) :
Secteur
d’activités
Abidjan107
Abengourou108
Yaoundé109
Lomé110
Bamako111
Production
Services hors
commerce
Construction
9,8
7,4
-
15,5
14,4
0,5
13,6
6,7
-
11,7
7,6
1,1
23,7
8,4
1,1
Sous-total 17,2 30,1 20,3 20,4 33,4
Commerce 82,8 69,9 79,7 79,7 66,8
Source : BIT, 1987
B - La structure de l'emploi
Une main-d'œuvre constituée essentiellement d'indépendants, d'apprentis et d'aides familiaux.
Les statuts de la main-d'œuvre se différencient en :
- patrons (travailleurs indépendants ou non) ;
- travailleurs salariés (qualifiés ou non) ;
- apprentis (rémunérés ou non) ;
- aides familiaux
106
LACHAUD (J.-P.) : "Les activités informelles et l'emploi au Bénin : analyse et stratégie de
développement", WEP.2.15AVP 39,1987.
107
Ministère du Plan de la Côte d'Ivoire, recensement général des activités en milieu urbain, 1977.
108
BELLOT (J. M.) et LACHAUD (J.-P), "Analyse des résultats du recensement des activités urbaines de la
ville d'Abengourou (Côte d'Ivoire)", C.E.D., Bordeaux 1,1980.
109
DEMOL (E.), "Analyse des résultats du recensement du SNS de la ville de Yaoundé (Cameroun)", BIT,
1978.
110
DEMOL (E.), "Analyse des résultats du recensement du SNS de Lomé (Togo)", BIT, 1978.
111
JOURDAIN (R.), "Analyse des résultats du recensement du SNS de la ville de Bamako (Mali)", BIT,
1978.
L’analyse de la composition de la main-d’œuvre met en évidence la prépondérance de la
main-d’œuvre non salarié (apprentis et aides familiaux). Les apprentis constituent la catégorie la plus
nombreuse dans toutes les activités, sauf dans le commerce.
D’une manière générale, la main-d’œuvre non salariée représente70 à 80% de l’emploi
total (non compris les patrons).112
A noter que la différenciation des statuts est plus nette dans les secteurs de production et
des services que dans le commerce.
Selon le BIT113
(voir tableau n°10) la moitié des entreprises du S.I fonctionnent avec une
seule personne, l’autre moitié s’assurant la collaboration d’un effectif réduit, généralement moins de
10 personnes. 75% des unités employant de la main-d’œuvre comptent moins de 5 personnes. La
moyenne générale du personnel employé se situe autour de 2,4 personnes (avec écart type = 2,9).
Répartition des unités économiques par secteur et catégorie d’activités et par taille (fréquence relative)
(tableau n°10) :
Secteur et catégorie
d’activités
Effectif en plus du patron (en %)
0 1 2 3 4 5 à 9 10 ou
plus
Total
Production
Bois
Métal
Services
Réparation véhicules
4 tpurd
Réparations 2 roues
Autres services *
30,1
16,2
7,4
33,6
38,8
22,3
16,2
15,7
25,9
22,4
15,8
17,7
13,3
17,1
15,2
14,3
13,9
7,9
4,2
9,8
8
8,9
12,2
6,1
10,1
8,4
15,9
33,3
3,1
3,8
1,2
3,5
10,3
0
0
100
100
100
100
100
Source : BIT, 1987
*On notera que sous cette rubrique sont groupées les réparations concernant la petit mécanique, l’électricité, m’horlogerie,
les lampes, les machines à écrire et à coudre.
Bien que les entreprises du S.I. recouvrent différemment à la main-d’œuvre, nous pouvons retenir
que le travail à son propre compte demeure la règle
112
LACHAUD (J.-P) : ‘’Le S.I. Urbain et le marché du travail en A.S. Séminaire : The informel
113
BIT : ‘’Résultats du recensement du SNS dans les villes de Bamako, Nouakchott, Lomé, Yaoundé’’, in Petits
producteurs urbains d’Afrique francophone, Genève, 1987.
C-LeS.I. etlapluri-activité
Les enquêtes auprès des entreprises ne permettent pas de saisir la pluri-activité. Il s'agit d'une
limitation essentielle à l'analyse de l'activité. "Qu'il s'agisse des fonctionnaires arrondissant leurs fins
de mois (ce qui peut être une question en période d'ajustement structurel) en faisant le taxi le soir
(éventuellementavecunevoituredeservice),enrevendantdesfournituresdétournées...;ouencoredes
travailleurs de l'industrie tenant une boutique le soir, ou retournant sur l'exploitation paysanne
familiale enfin de semaine" 114
. La pluri-activité est un phénomène qui s'est développée fortement ces
dernières années sous l'effet de la crise, de l'ajustement structurel et de la baisse des revenus.
Notons que la pluri-activité n'est pas que le fait du secteur informel ; elle prend en effet des
aspectsmultiplesetcomplexes,notammentaveclesactivitésnonagricolesqu'exercentlesagriculteurs,
les activités non structurées des salariés du secteur moderne, ou encore les activités informelles
entreprises par les "patrons" fonctionnaires, etc. La pluri-activité est une expression des stratégies
d'adaptation à la crise de la part des ménages.
DansuneétudesurleSi.auBurkinaFaso,CHARMESmontrel'importanceduphénomène115
:le
recensementde la population (1985) révèle des effectifs travaillant àtitre principal et à titre secondaire
dans les diverses branches d'activités ; les observations suivantes ont été mis en exergue :
- 25% des actifs recensés exercent une activité secondaire, celle-ci bouleverse complètement
la structure de la population active par branche d'activité.
La prise en compte des activités secondaires modifie de façon significative la structure de
l'emploi informel puisque, par exemple, la branche textile habillement-cuir vient à atteindre le niveau
du commerce.
Le tableau n°l 1 (voirpage suivante)précise les caractéristiques essentielles de l'emploiinformel
au Burkina Faso en 1985. Il se définit comme l'ensemble des activités non agricoles, non enregistrées
dans le recensement des activités industrielles et commerciales (hors administration), et présente les
caractéristiques suivantes.
114
LAUTIER (B.) : "L'économie informelle dans le tiers monde", La Découverte, Paris, 1994.
115
CHARMES (J.) : "Pluri-activités des salariés et pluri-activités des agriculteurs : deux exemples de mesure et
d'estimation, Itché et Burkina Faso", 1985.
Branche Activités
àtitre
principal
Activités
àtitre
secondaire
Ensembledes
activités
informelles
Urbain Rural Hommes Femmes
% % % % % % %
Industries 57
316
12,4 406
604
87,6 463
920
52,3 24
742
5,3 439
178
94,7 88
094
19,0 375
826
81,0
Bâtiment 7 773 47,4 8 629 52,6 16
402
1,
8
6 388 38,9 10
014
61,1 16
402
100,
0
-
Commerc
e
107
496
31,5 233
871
68,5 341
367
38,5 60
897
17,8 280
470
82,2 111
596
32,7 229
771
67,3
Services 49
218
75,1 16
357
24,9 65
575
7,
4
39
503
60,2 26
072
39,8 57
901
88,3 7 674 11,7
Ensemble 221
803
25,0 665
461
75,0 887
264
100,
0
131
530
14,8 755
734
85,2 273
993
30,9 613
271
69,1
Source ; CHARMES (J.) (1989).
Principales caractéristiques de remploi informel au Burkina Faso en 1985 (tableau n° 11)
Le tableau concerne, dans sa double composante principale et secondaire, 887 264
personnes, soit 22% de la population active totale et 17,6% des positions dénombrées ;
- il est constitué pour les 3/4 d'activités exercées à titre secondaire, essentiellement par les
agriculteurs en milieu rural (on notera en outre que 8,3% des actifs exercent une activité
secondaire dans l'agriculture) ;
- l'emploi informel urbain ne représente que 14,8% de l'ensemble de l'emploi informel. Il s'agit
essentiellement d'emplois dans le commerce (46,3%) et dans les services (30%) ;
- les femmes occupent plus de 2/3 (69,1%) des emplois informels ;
- les activités manufacturières, qui procurent plus de la moitié des emplois informels (52,3%),
sont exercées à titre secondaire en milieu rural pour 94,7%, et par des femmes à 81% ;
- le commerce ne représente que 38,5% de l'emploi informel : il est exercé à 68,5% à titre
secondaire, et à 67,3% par les femmes. L'aspect rural, qui ressort du tableau, cache sans doute
des phénomènes migratoires temporaires, non saisis par le recensement de la population ;
- enfin, les activités de services ne comptent que pour 7,4% dans l'emploi informel : elles sont
surtout exercées à titre principal (75,1%), en milieu urbain et par des hommes 88,3%.
L'inclusion des activités secondaires est ainsi très différente de celle que donnent les
études classiques. En particulier, une telle inclusion donne une place prépondérante à l'activité
fémininedontonsaitqu'elleesttraditionnellementmalsaisieparlesstatistiquesdelapopulation
active, et aux activités rurales non agricoles, dont le rôle est essentiel pour la définition de
politiquesdedéveloppementsoucieusesdemodérerl'exoderuraletderevaloriserlesproduitsde
l'agriculture.
Cette étude a le mérite de mettre en lumière le phénomène de la pluri-activité en ASS,
phénomène très répandu et souvent négligé par les statistiques, et suscite une recherche des
concepts et méthodes pour mieux dégager les caractéristiques du S.I.
D-Laproliférationdesactivitésinformelles
La récession des années 80 et la phase d'ajustement structurel qui s'en est suivie ont
contribué à la prolifération des activités du S.I. Selon certaines estimations116
, l'emploi dans le
Si. en Afrique subsaharienne a progressé de 6,7% pour la période 1980-1985, alors que durant
cettemêmepériodelesecteurmodernen'aabsorbéque6%desnouveauxvenussurlemarchédu
travail,contre75%pourleS.I.Ilestclairquel'emploidanslesecteurmodernen'apasconnuune
expansion suffisante pour absorber l'excédent de la main-d'œuvre urbaine dans les pays
116
OIT.PECTA : "Rapport sur l'emploi en Afrique en 1988", Addis Abeba, O.I.T., 1989.
d'Afrique au sud du Sahara. H est donc normal d'en conclure que c'est le SI. qui absorbe
l'essentiel de la main-d'œuvre. "L'expansion du S.I. ainsi que la contraction des salaires réels
dans ce secteur constituent les principaux moyens qui ont permis au marché du travail de
s'adapter à la crise qui frappe ces pays depuis 1980" 117
Selon le BIT, la production du S.I. progressait de 10% à Kumasi durant les années 80, de
25%àFreetown,de5%àBamako,14%àNouakchottetde10%àYaoundé.EnTanzanie,leS.I.
progresse de 7,8% durant les années 80. Au Soudan, la part de la population active employée
dans le S.I. passe d'un quart au début des années 70 à environ la moitié durant les années 80.
D'une manière générale, la restructuration du secteur moderne présente deux avantages
pour le S.I. :
- tout d'abord, celle-ci donne du travail aux unités informelles ;
- ensuite elle permet à ces unités de bénéficier des progrès techniques du secteur
moderne.
A noter toutefois que le degré de flexibilité et de la diversification des économies existant
avant l'ajustement déterminent l'ampleur des répercussions.
L'impact des PAS sur le S.I. est variable selon les pays. Au Sénégal par exemple : le
nombre d'emplois dans le S.I. augmente en milieu urbain en partie en raison de la réduction
d'emplois disponibles dans le secteur moderne, et en raison de la croissance continue de la
population active urbaine. De plus, la fermeture de quelques usines (par exemple l'usine de
chaussures BATA) a créé un créneau dans le marché pour la production de biens de
consommation du S.I.
Au Nigeria, la sévère pénurie de devises et les dévaluations successives du Naira pendant
la période d'ajustement structurel ont limité l'accès du secteur moderne aux matières premières
importées et par conséquent réduit sa production. Le résultat est une forte croissance de la
production dans le S.I., comme le témoigne la production artisanale du savon.
Les États sont confrontés à deux contraintes : les départs en retraite qui ne sont pas
nombreuxpourpermettreuneéconomiebudgétaire, inversementle recrutementdes enseignants
devient difficile. "Dans tous les pays d'Afrique au Sud du Sahara, les signes de ce déséquilibre
117
TROTIGNON (J.) : "Pourquoi les politiques d'ajustement ont-elles généralement mieux réussi en Asie du
Sud-Est qu'en Afrique", Economie et statistique, n°264,1993-94.
sont évidents : blocage de recrutement dans la fonction publique, instauration de concours d'entrée
dans les universités et dans la fonction publique..." 118
Par exemple dans le cas de la Côte d'Ivoire, HARMUT SCHNEIDER119
montre que la
demande satisfaite d'emploi des candidats diplômés de l'enseignement technique ne cesse de baisser,
de 22% en 1978, à 7% entre 1980-81.
Au Mali, en 1986, seuls 746 diplômés ont pu trouvé un emploi sur un effectif de 5 800
personnes.
Le fait le plus inquiétant est surtout le chômage des jeunes comme le montre LACHAUD120
dans le cas de ce pays. En 1978, 15,5% des hommes âgés de 15 à 19 ans étaient au chômage, cette
proportion est poussée à 38,6% en 1986.
Dans la tranche d'âge de 15-20 ans le taux de chômage a été multiplié par 10, alors que par
rapport à 1978 les individus de 40-49 ans étaient les plus touchés par le chômage.
L'enquêtemenéeau Sénégal concernantla réinsertionde lamain-d'œuvrelicenciéeà la suite de
la restructuration ou liquidation met en évidence les faits suivants :
- la réinsertion sur le marché du travail a été plus facile pour les cadres. 70% des cadres
moyens et agents de maîtrise ont trouvé un emploi ;
- le caractère précaire de la réinsertion des employés temporaires. 42,9% sont sans emploi,
22% de licenciés ont trouvé un emploi dans le S.I. ;
- la restructuration du secteur public a engendré une mobilité de l'emploi salarial vers le
mode d'emploi à son propre compte ;
- concernantleniveaudeformationdecapitalhumaindesindividusayanttrouvéunemploi,
l'enquête montre que ceux qui se sont dirigés vers le S.I. ont rarement dépassé le premier cycle
secondaire, et près de la moitié d'entre eux ont acquis leur qualification dans le S.I..
Toutes les études mettent en relief le rôle essentiel que joue le S.I. dans l'absorption de la
main-d'œuvre. L'une des raisons expliquant cette absorption est que l'entrée dans le S.I. ne se heurte
pas à des restrictions, que ce soit sous forme réglementaire, de qualification, de capitaux ou
d'expériencesantérieures. LesnouveauxarrivantsexclusparlesPASduS.M.public et privé trouvent
en général un "créneau" dans le S.I., comme apprenti ou travailleurs indépendants. La production de
118
LACHAUD(J.-P.):"LesecteurinformelurbainetlemarchédetravailenAfriqueauSudduSahara", Centrede
développement de l'OCDE, sept. 1988.
119
HARMUT, SCHNEIDER et ali : "Ajustement et équité en Côte-d'Ivoire", OCDE, Paris, 1992.
120
LACHAUD (J.-P.) : "Le secteur informel à Abengourou (Côte-d'Ivoire) : analyse et programme d'action ",
Université de Bordeaux, 1981.
ce secteur contribue à satisfaire les besoins essentiels qui ne sont plus couverts par l'importation ou la
production du S.M.. Une demande additionnelle s'adresse donc au S.I..
IT.2 - LE SECTEUR INFORMEL ET LADISTRIBUTION DE REVENUS
Les migrants et les exclus du secteur moderne sont souvent attirés par le revenumoyen dans le
S.L. La facilité d'entrée dans le secteur crée une situation de saturation qui pousse à la baisse les
revenus.L'analysedesrevenusdansleS.L,toutcommelacomparaisondesrevenusduS.M.etduS.L
sont rendues difficiles de par les diverses définitions, les différences de sources et des méthodes.
Si l'évaluation du revenu du S.L s'avère difficile, on peut toutefois s'apercevoir, par contre, que
les revenus forment une pyramide à trois niveaux : les entrepreneurs qui perçoivent des revenus les
plus élevés, suivis des ouvriers, puis les apprentis formant la base de la "pyramide".
*~
A - Le revenu des entrepreneurs
"7/ apparaît que le revenu de l’entrepreneur du S.L. supporte la comparaison avec le salaire
minimum" 121
. Ce revenu dépend du niveau de capital immobilisé et de la catégorie d'activité. Le
tableau ci-dessous nous donne une estimation des revenus des entrepreneurs du S.L "moderne" en
comparaison avec le SMIG(Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) dans quelques pays
africains.
En l'absence d'évaluation précise, on peut tenir compte des dépenses mensuelles de
l'entrepreneurpoursafamille,afind'avoiruneidéedesrevenusquecederniertiredesonactivitéd'une
part, mais il faudra considérer que le revenu du chef d'entreprise peut se composer du salaire, de
profits et d'autres revenus provenant d'autres sources.
121
CHARMES(J.):"Unerevuecritiquedesconcepts,définitionsetrecherchessurleS.L", inNouvellesapproches
du S.L, OCDE, Paris, 1990.
RevenusdesentrepreneursduS.Ldansquelquespaysafricains(enmultiple duSMIG) (tableau n°12)
:
SMIG : salaire minimum imposé garanti.
Source : Tableau élaboré à partirdes sources suivantes :Niamey :OITPECTA, 1982. Bamako, Lomé, Nouakchott,
Yaounde : MALDONADO, 1987. Bangui : LACHAUD, 1982. Autres villes : ILO JASPA, 1985.
Dans la production et les services on peut établir une relation entre le capital investi et le
revenu. A Yaoundé122
, un capital situé entre 25 000 FCFA et 100 000 FCFA permet une
espérance de revenu de l'ordre de 9 000 FCFA par semaine ; 6 000 FCFA dans l'habillement.
Lorsque le niveau du capital technique atteint 300 000 FCFA, on a un revenu moyen de 16 000
FCFA par semaine ; 75 000 FCFA par semaine dans l'habillement. Néanmoins, 8% des chefs
d'entreprises dans la production et services et 16% dans l'habillement gagne moins du salaire
minimum légal : "Les gens des villes que l'on qualifie de 'pauvres' ne le sont pas parce qu'ils
sont des gagne-petit : certains d'entre eux gagnent plus que les hauts fonctionnaires et les
salariés les mieux rémunérés" 123
. A noter toutefois que ces données datent de 1982, on peut
estimer que les répercutions des PAS doivent entraîner des évaluations différentes.
La réparation des véhicules est l'activité qui vient en première place avec une espérance
de revenu moyenne, de l'ordre de 21 000 FCFA par semaine, suivent de près la menuiserie de
bois avec 16 400 FCFA et le métal 16 000 FCFA par semaine. C'est d'ailleurs, en partie, ce qui
explique que ces activités sont préférées à d'autres.
122
cf : "Le SNS moderne de Yaoundé", Erick DEMOL et G. NIHAN, R.I.T vol.121, n°l, janvier-février 1982.
123
Seth OPTJNI ASSIAMA : "Les riches des bidonvilles : pourquoi ce paradoxe", CIT., vol. 124, n°3, mai-juin
1985.
Pays Villes Année Production Commerce Services Ensemble
activités
sédentaires
Commerce
non
sédentaire
Cameroun Yaounde 1978 5,5 5 5,3 2
Centrafrique Bangui 1982 4,3 1,3 2,7 1,7
Djibouti 1982 8,1 2
Ghana Kumasi 1976/77 6,5
Mali Bamako 1978 5,8 5,1 5,4 2
Niger Niamey 1982 8,8 6,2 8.7 7,7 4,2
Nigeria Lagos
Kano
1978
1978
2,6 1,8
Togo Lomé 1977 3,6 2,9 3,2 2
Pour l'Afrique francophone124
, l'évaluation de la distribution du revenu au sein de
l'échantillon met en évidence les faits suivants :
- le niveau de revenu dépend du niveau de capitalisation de l'unité économique, ce qui
signifie que le revenu de l'entrepreneur augmente en valeur absolue à mesure que le capital
s'accroît ; le phénomène étant observé dans toutes les villes étudiées ;
- une forte concentration de revenus dans le groupe le plus "capitalisé" : le lOème
décile retient, à lui seul, entre 17% à Yaoundé et 24% à Bamako du volume global des revenus
alors que le 1er décile reçoit à peine 2,6% à Bamako et 5% à Yaoundé. Des écarts de revenus
allant de 3,5 à 9 fois entre les moyennes correspondantes au 1er et dernier décile ;
- d'autre part, l'enquête montre que la rémunération des patrons les plus nantis est
relativement importante, en dehors de toute considération de rendement de capital investi, leur
gain hebdomadaire oscille entre 70 et 290 dollars suivant les villes ;
- une faible proportion des patrons ne parvient pas à s'assurer un revenu hebdomadaire
égal au salaire minimum dans les pays concernés.
124 BIT :"Lespetitsproducteursurbainsd'Afriquefrancophone.Analyseetpolitiquesd'appui.Etudecomparative
à Bamako, Lomé, Nouakchott et Yaoundé", Genève, 1987.
Villes et
déciles
Montant total % Moyenne Ecart-type Nombre de cas
SMIG
hebdomadair
e
Bamako 34 806 100,0 36,5 42,9 954 6,76
1er décile 902 2,6 9,3 8,5 97
2e à 5e décile 8 073 23,2 21,4 14,9 378
6e à 9e décile 17 545 50,4 45,9 38,8 383
10e décile 8 284 23,8 85,5 83,2 97
Lomé 52 268 100,0 32,9 32,3 1 587 10,28
1er décile 1 876 3,5 11,7 8,1 160
2e à 5e décile 15 980 30,6 25,2 26,4 633
6e à 9e décile 23 446 44,9 37,0 32,0 633
10e décile 10 964 21,0 68,5 38,2 160
Nouakchott 21 147 100,0 104,4 139,4 202 17,68
1er décile 638 3,0 32,3 11,8 20
2e à 5e décile 7 222 34,2 86,0 78,5 84
6e à 9e décile 8 267 39,1 101,5 95,0 81
10e décile 5 019 23,7 290,4 345,8 17
Yaoundé 82 139 100,0 68,9 65,9 1 193 12,94
1er décile 4 112 5,0 34,3 31,5 120
2e à 5e décile 17 799 21,7 37,6 26,3 473
6e r; 9e décile 46 396 56,5 96,7 78,8 480
lCê déçue 13 830 16,8 115,3 66,7 120
Source : BIT, 1987
Rémunération des patrons par décile d'actif immobilisé et par ville (montant en
dollars/semaine)(tableau n°13) :
L'examen des données par classes de capitalisation montre aussi que les petits patrons qui
appartiennent aux déciles inférieurs (les moins capitalisés), ont un revenu inférieur au salaire
minimum.
Nous avons évoqué plus haut que les revenus des chefs d'entreprise peuvent aussi provenir des
activitéssecondairesde cesderniers,cequiconfirmele développementde lapluri-activité desacteurs
du Si-Comme le souligne certains spécialistes, l'analyse des revenus des chefs d'entreprise n'est pas
chose facile, à cause des difficultés que présentent l'obtention et l'interprétation des données
correspondantes.Toutefois,onpeutretenirquelesrevenusdesentrepreneursnesontpasnégligeables
et sont largement comparables aux salaires pratiqués dans le secteur formel. A l'exception d'un faible
pourcentagerelatifdespatrons12%àYaoundé,21%àBamako,29%àLomé,lerevenudespatronset
du maître artisan est supérieur au salaire minimum.
Les revenus tirés par les patrons de l'exercice de leur activité représentent un faible pouvoir
d'achat si l'on considère les dépenses applicables à la cellule familiale élargie.
B - Le revenu des salariés
Le système de rémunération de la main-d'œuvre est d'une grande souplesse. Deux modalités de
rémunération sont à retenir : la rémunération fixe ou variable. Les ouvriers non qualifiés n'atteignent
généralement pas le seuil du salaire minimum.
A Yaoundé, par exemple dans la menuiserie 18% des entreprises utilisent des ouvriers et 95%
de cesderniersperçoiventunsalaire fixe.Dansle S.I.à Abidjan,la moitié desentreprisesutilisantles
ouvriers, paient ceux-ci sur la base journalière, 38% d'entre elles rémunèrent les ouvriers
mensuellement, la rémunération est irrégulière dans 7% des entreprises. On note une faible variation
parcatégoried'activités.Danscertainesactivités,telleslesservicesderéparationdevéhicules,lebois,
ce revenu peut atteindre, voir même dépasser, 7 500 FCFA par semaine.
D'après les investigations du BIT (1987), 30% des salariés en moyenne sont rémunérés en
dessous du salaire minimum de leur pays : 35% à Bamako, 18% et 23% respectivement à Yaoundé et
à Nouakchott. La répartition moyenne des salaires des ouvriers par secteur d'activités ne présente pas
de tendance significative. La valeur réelle des revenus des salariés ne leur permet pas de couvrir leur
dépenses alimentaires.
Salaires moyens versés par les entrepreneurs du secteur informel de quelques pays africains en
proportion du SMIG (en multiples du SMIG - apprentis et aides familiaux exclus) (tableau n°14) :
Source : BIT, 1987.
Ville/pays Année Production Commerce Services Ensemble
activités
sédentaires
Bamako 1978 1,8 1,2 1,5
Banjul/Gambie 1980 1,5
Dar Es
Salam/Tanzanie
1982 0,9
Djibouti 1982 2,3 2,1 2,2
Lomé 1977 1,1 1 1,1
Niamey 1982 1,2 0,8 0,8 1
Nouakchott 1977 1,4 1,9 1,7
Tunisie 1981-82 1,2 (0,7)
Yaoundé 1978 1,4 1,4 1,4
C - Rémunération des apprentis
Nous pouvons observer deux types de rémunération : l'argent de poche et la rémunération
en nature, puisque dans certains cas les apprentis vivent chez les maîtres artisans.
Dans la plupart des cas, la rémunération en espèce est la première des modalités
pratiquées. A Yaoundé la rémunération en nature est plus répandue 71 % des apprentis
reçoivent une ration alimentaire de la part de leur patron. L'hébergement et le transport ne sont
prise en charge que pour 13% d'entre eux. On observe une situation identique dans le S.I. de la
réparation auto à Abidjan. 93% des apprentis reçoivent une rémunération en nature sous forme
de nourriture, souvent, et parfois sous forme de frais de transport.
Il convient de noter que dans certains cas les apprentis ne sont rémunérés qu'en nature.
Concernant le montant de la rémunération en espèces, celui-ci est lié au nombre d'années de
présence dans l'atelier, ainsi qu'à l'expérience et aux connaissances acquises. Dans un même
atelier on peut remarquer une hiérarchie dans la rémunération des apprentis d'une part, et des
disparités existent entre les différents types d'entreprises, selon que celles-ci sont mécanisées
ou non.
Dans le cas de la ville de Yaoundé, l'apprenti reçoit par semaine en moyenne 900 FCFA
dans la production et les services, et 750 FCFA dans l'habillement.
D'une manière générale, peu de différences existent entre les activités. Environ 2/3 des
apprentis à Yaoundé reçoivent des rémunérations en espèces.
Lafaiblesse des rémunérations, ajoutée au caractère particulier de l'apprentissage laisse
ouvert le problème de l'exploitation de l'apprenti. Quelle que soit l'activité ou son niveau, la
tendance est à la sous-rémunération des apprentis. Ce qui se justifie, dans la mesure où en
contrepartie l'apprenti reçoit une formation.
La main-d'œuvre apprentis est quasi-gratuite pour le patron, le coût de l'entretien de la
majorité d'entre eux étant rapporté sur la famille essentiellement. La prise en charge de
l'apprenti se fait au niveau familial comme le souligne la plupart des études.
La réponse à la question de la rémunération des apprentis doit être nuancée, bien que
certains auteurs comme MIRAS dénonce l'exploitation de ces derniers : "Ce ne sont plus les
apprentis qui sont à la charge du patron, mois c'est ce dernier qui vit du travail des apprentis. Il
s'agit d'une exploitation, puisque V apprenti produit plus de valeur que n'en nécessite son
propre entretien"125
.
125
DE MIRAS (C.) : "Le secteur de subsistance dans les branches de production à Abidjan", Revue Tiers Monde,
T.XXI, n°82, avril-juin 1980.
En conclusion on peut dire que les revenus dans le S.I. se caractérisent par une grande
hétérogénéité. Leur importance est fonction des catégories d'activités. Le niveau de revenu
dépend aussi de la taille de l'entreprise. Les entreprises mieux équipées et qui ont des
commandes régulières font des chiffres d'affaire considérables. Au sein des unités informelles
possédant de la main-d'œuvre, la hiérarchie des revenus va par ordre décroissant de patron à
l'apprenti, sans oublier l'ouvrier, lequel gagne un salaire plus ou moins proche du salaire
minimum dans le secteur moderne. Les revenus peuvent être aussi d'appoint ou accessoires,
c'est l'exemple des femmes qui s'adonnent à une activité qui leur procure un revenu modique,
cherchant par ce moyen à avoir une certaine indépendance financière vis-à-vis de leur mari.
Ce qui nous amène à penser que les revenus dans le S.I. doivent être analysés comme des
composantes des revenus des ménages dont les sources sont multiples. Les revenus du S.I. font
l'objet de redistribution au sein de la famille élargie ou de transfert vers les zones rurales. Ce qui
explique les difficultés d'accumulation malgré l'existence d'un surplus et l'impossibilité pour les
entreprises de se transformer en unités modernes.
Lorsqu'on compare le revenu moyen du S.I. à celui des ouvriers du secteur moderne, on
remarque que le revenu des travailleurs indépendants est plus élevé que celui des ouvriers du
secteur structuré. Les perspectives d'avenir dans le S.I. ne sont pas illusoires car on constate une
mobilité professionnelle dans le secteur ; cas d'avancement dans la profession (de salarié à
travailleur indépendant) ; dans la qualification (d'apprenti à ouvrier) ou dans le passage d'une
profession à une autre dans le même secteur (de domestique au conducteur de pousse-pousse ou
encore de réparateur ambulant au propriétaire d'un atelier).
II.3 - LE SECTEUR INFORMEL ET L'AUGMENTATION DE LA
VALEUR AJOUTÉE
Les études s'accordent à avancer qu'un faible niveau de capital permet de créer une
entreprise dans le S.I. Il convient donc d'examiner les résultats de cet investissement dans la
création de la valeur ajoutée.
Pour appréhender la contribution des différents facteurs de production engagés dans le
S.I. à la création de la valeur ajoutée, nous nous baserons sur les travaux du BIT126
. L'influence
des différents facteurs est analysée au moyen d'une régression linéaire et permet de dégager
trois formulations de la valeur ajoutée. Nous présenterons la méthode ainsi que les principaux
résultats.
126
Enquête BIT, op. cit. page 88.
A- La méthode127
La formule de base utilisée est une fonction de production du type Cobb Douglas :
Log VA = Log A + λ Log K+ βLogL
où "VA" représente la valeur ajoutée brute par an diminuée de la valeur locative des
ateliers dont les artisans sont propriétaires ;
"K", représente la valeur des outils et équipement ;
"A", est le tenne constant ;
"L", représente le nombre d'équivalents d'ouvriers, patrons inclus. D s'agit partout de
logarithmes naturels.
Trois formulations de la fonction de production ont été retenues :
- la formulation (A) prend en compte le stock d'outils et d'équipements, et le nombre
équivalent de travailleurs qualifiés ;
- la formulation (B) donne une observation de la valeur ajoutée par rapport au nombre
d'apprentis et aux autres travailleurs ;
- la formulation (C) permet d'observer la valeur ajoutée par l'introduction d'une
variable couvrant le reste du capital physique investi (les stocks et éventuellement les moyens
de transport).
L'analyse de régression a permis d'examiner l'influence des variables de la production.
Les résultats ci-après ont été avancés ; toutefois avant de les énumérer il convient de noter que,
compte tenu de la fragilité de certaines hypothèses, l'interprétation des résultats doit tenir
compte de la valeur descriptive de l'approche utilisée.
B - Les principaux résultats
Les résultats obtenus à partir de l'enquête figurent dans le tableau n°15 (voir page
suivante).
127
LACHAUD (J.-P.) : "Les activités informelles à Bangui : analyse et stratégie de développement", CE.A.N.,
Bordeaux I, 1982.
Coefficients de régression* de la valeur ajoutée annuelle selon les villes
(Tableau n°15)
Variables VILLES
et Bamako Lomé Nouakchott Yaounde
paramètres (A) (B) (C) (A) (B
)
(C) (A) (B) (C) (A) (B) (C)
Constante 5,40
A
5,77
A
5,44
A 4,91 A 5,09 A 4,88 A 6,35 A 6,45 A 6,32 A 6,13 A 6,59 A 6,00 A
(0,17) (0,20) (0,17) (0,23) (0,25) (0,22) (0,34) (0,38) (0,35) (0,19) (0,25) (0,20)
Equipement 0,29
A
0,31
A
0,29
A
0,35
A 0,38 A 0,32 A 0,28 A 0,32 A 0,29 A 0,23 A 0,24 A 0,21 A
(0,04) (0,04) (0,04) (0,04) (0,04) (0,04) (0,07) (0,07) (0,07) (0,04) (0,04) (0,04)
Autre capital 0,01 0,06 A 0,01 0,05 B
(0,01) (0,02) (0,01) (0,02)
Travail total 0,79
A
0,76
A
0,60
A 0,54 A 0,59 A 0,57 A 0,90 A 0,83 A
(0,11) (0,11) (0,11) (0,10) (0,17) (0,17) (0,10) (0,11)
Travail sans 0,64
A
0,64
A 0,48 A 0,62 A
apprentis (0,10) (0,13) (0,14) (0,13)
Apprentis 0,05
A 0,03 A 0,01 0,06 A
(0,01) (0,01) (0,02) (0,01)
R.2 ajusté 0,57 0,56 0,58 0,45 0,44 0,48 0,57 0,56 0,57 0,60 0,56 0,62
F 123,7 77,8 83,8 97,7 63,9 72,9 54,2 35 35,9 135,9 75,7 96,4
N 184 184 184 237 237 237 81 81 81 179 179 179
* : Les chiffres entre parenthèses représentent l'écart type des coefficients
A
coefficients significatif à 1 %
B
à 5% et
C
à 10%
Source: BIT, 1987.
La formulation (A) : les deux variables (stock d'outils et d'équipements, et nombre équivalent
de travailleurs qualifiés) parviennent à expliquer 50% de la variation de la valeur ajoutée. Le rapport
des coefficients indique que la production est avant tout fondée sur le facteur travail. A Bamako, 1%
du travail supplémentaire se traduit par une augmentation de la VA de 0,79% ; alors que 1 % de
l'équipement n'accroît la VA que de 0,29%. Dans les autres villes, les résultats sont du même ordre.
La formulation (B) a permis d'observer le comportement de la valeur ajoutée par rapport au
nombre d'apprentis et autres travailleurs : on note une faible contribution des apprentis lorsque le
capitaletl'effectifdesautrestravailleursrestentconstant(1%d'apprentisenplus,nedonneque0,05%
de la valeur ajoutée). Le coefficient du travail à Bamako est de l'ordre de 0,79% dans la formulation
(A) et de 0,64% dans la formulation (B). La même situation se retrouve dans les autres villes : ce qui
signifie que l'augmentation du nombre d'ouvriers sans apport correspondant d'apprentis est moins
bénéfique pour la VA.
La formulation (C) diffère de la formulation (A) par l'introduction d'une variable couvrant le
reste du capital physique investi dans l'unité de production ( a savoir les stocks et éventuellement, les
moyens de transports).
A Bamako et à Nouakchott, la contribution de ces investissements à la création de la VA est
pratiquement nulle, dans les deux autres villes(Lomé, Yaounde), elle est plus importante et
significative. Toutes choses étant égales par ailleurs, une augmentation proportionnelle de la valeur
des autres types d'investissements va de pair avec une faible variation proportionnelle de la valeur
ajoutée, confirmant un rôle positif mais limité de cette variable.
L'analyse de la régression considérant la formation et l'expérience professionnelle des artisans
n'ont pas donné des résultats significatifs.
Les résultats ci-dessus nous permettent de retenir les fais essentiels suivants :
- l'étude de la fonction de production a permis de relever le rôle prépondérant du facteur travail ;
- les diverses variantes ont montré que les apprentis ne peuvent être substitués aux ouvriers ;
- l'actif "périphérique" n'a qu'un impact limité sur la production.
CommentlesentrepreneursduS.I.combinent-ilslesfacteurscapitauxettravail?ÉricDEMOL
et Georges NIHAN128
ont fait les constatations suivantes :
- avec l'accroissement de l'actif immobilisé, on voit augmenter le nombre de travailleurs
dans l'unité mais également le ratio capital par travailleur. En même temps, la7 proposition
d'apprentis par rapport à la main-d'œuvre totale diminue, montrant qu'avec l'accroissement de
l'équipement augmente le besoin de main-d'œuvre spécialisée, comme on pouvait s'y attendre.
128
DEMOL (E.) et NIHAN (G.) : op. cit. page 42.
La productivité du capital qui va de pair avec l'augmentation de l'actif immobilisé résulte d'une
productivité de travail plus élevée.
De même les bénéfices montent avec l'accroissement des moyens investis dans la production.
La baisse prononcée de la productivité du capital observée avec l'accroissement d'équipement
quin'estaccompagnéequed'undoublementdelaproductivitédutravailposeunproblèmesérieuxqui
devrait faire l'objet de recherche, prenant en considération notamment les différences technologiques.
Ce phénomène s'explique en partie par le comportement des chefs d'entreprises.
II.4 - LE SECTEUR INFORMEL ET L'ACCUMULATION DU CAPITAL
L'accumulation dans le S.I. est un thème suscitant toujours de nombreuses controverses. La
question est de savoir si l'accumulation du capital est possible et/ou réelle dans le S.I.
Certains auteurs lient l'absence de l'accumulation dans le S.I. à l'absence de progrès dans ce
secteur,enconsidérantcelui-cidanssaglobalité.Orleproblèmeestdesavoirsil'accumulationestune
finalité pour les gens qui travaillent dans le S.I.. La réponse dépend de la nature des activités
informelles considérées.
Les revers de la solidarité comme le souligne MAHIEU129
fait que les individus qui avaient
épargner pour se lancer dans les activités ont vu fondre ce capital à cause de l'obligation de cotiser
pour les funérailles, les mariages, ou tout simplement d'entretenir des parents dans une situation de
détresse. La solidarité familiale et les stratégies de survie déterminent le comportement de la majorité
des artisans.
Pour certains130
, l'accumulation est difficilement réalisable dans le S.I. en général, compte tenu
ducaractèreatomique desactivitésinformelles.On trouve une positionplusnuancée chezHUGON131
: "L'existence d'un surplus positif n'induit pas pour autant uneaccumulation. Un des comportements
observés consiste à diversifier les activités afin de minimiser les risques plus qu'à réaliser une
accumulation intensive conduisant à transformer les techniques de production et les modes
d'accumulation".
Notons qu'une entreprise suit un développement évolutif lorsqu'elle accumule du capital de
manière significative et augmente sonrevenumoyen;à l'inverse elle suitundéveloppementinvolutif
lorsque son accumulation de capital est nulle et que son revenu moyen connaît une croissance faible.
129
MAHIEU (R.) : "Les fondements de la crise économique en Afrique", L'Harmattan, Paris, 1990.
130
METELLIN (P.) : "L'interprétation du milieu urbain en Afrique Noire", Thèse de 3e cycle, Bordeaux I, 1983.
131
HUGON (Ph.) : "Politique d'ajustement structurel et les micro-entreprises dans les PVD", Paris, C.C.C.E., sept
1988.
Il convient de faire une distinction entre les entreprises informelles capables d'accumuler du
capital, c'est-à-dire celles qui suivent un développement évolutif et celles qui ne le peuvent pas, en
obéissant à une logique de développement involutif. Les activités telles que la menuiserie, la
ferronnerie, la chaudronnerie, la mécanique auto et la réparation des vélomoteurs et des appareils
peuvent connaître un développement évolutif.
Lesméthodesutiliséesdanslesenquêtesnepermettentpasdemettreenévidencelephénomène
d'accumulation. Soulignons en quelques sortes le caractère atomique du S.I., en montrant que les
entreprises informelles adoptent souvent une stratégie d'intégration verticale ou horizontale. On
assiste à "un phénomène discontinu et discret" qui se caractérise par la multiplication des petites
unités de production, qui sont en fait que des parties d'une même et unique entreprise.132
Une étude du BIT133
montre que même des entrepreneurs disposant de peu de capital ont en
moyenne une capacité d'accumulation positive, ce qui illustre le fait que le secteur informel tend
généralement à se développer de manière autonome. Toutefois, la productivité du capital diminue
avec l'accroissement des immobilisations dans les proportions qui sont d'autant plus anormales que
l'intensité capitalistique de l'entreprise augmente avec les immobilisations, tandis que la productivité
du travail augment à peine.
Il ressort donc des différents arguments avancés que les possibilités et les réalités
d'accumulation de capital sont très diverses. Nous ne trancherons pas le débat pour la simple raison
que les différentes prises de positions sont motivées par des définitions du S.I. En effet, lorsqu'on
considèreleS.I.danssonensemble,ilestnormalquelesconclusionsaboutissentàlaconstatationd'un
phénomène d'accumulation, faible. Par contre lorsqu'on prend sa partie "moderne" ou certaines
catégoriesd'activitésdutypeévolutif,lephénomèned'accumulationpeutêtremisenévidence,touten
restant partiel.
A - Importance du capital fixe utilisé
En général un faible pourcentage des entreprises du S.I. possède des machines à la création de
leur activité. 73,3% des entreprises du S.I. ont débuté leur activité avec un capital de 100 000 FCFA
soiten moyenne 33308FCFAà Yaoundé.Lesentreprisesquiont mobilisé uncapitalsupérieurà 100
000 FCFA ne représentent que 28,6%. Ces résultats confirment deux hypothèses, à savoir :
- que le volume du capital technique fixe (outil, matériel, etc.) de départ est réduit ;
132
CHARMES (J.) : "Le débat actuel sur le ST Revue Tiers monde, tome XXVIII, n°23,1989.
133
DEMOL (E.) et NIHAN (G.) : op. cit. page 42.
- qu'une faible proportion des entreprises mécanisées dans le S.I. avaient lors de leur
création plus d'outillage et de matériel que les entreprises qui sont restées au stade artisanal de la
production.
L'équipementminimumvariesuivantlacatégoried'activité.Lapossessiond'unemachineestun
facteur de différenciation des ateliers. La structure du capital fixe est donc marquée, dès lors, par
l'acquisition d'une machine ; on peut distinguer les entreprises mécanisées et les entreprises non
mécanisées.
Lapossessiond'unemachinemodifie,quantàelle,lemoded'organisationetdefonctionnement
des ateliers ; elle a des conséquences sur la structure de l'emploi.
L'importancede la misedefondinitialpeutêtre unobstacle dansle démarrage del'activité. Les
résultats des enquêtes du BIT montrent que la moyenne d'actif total au démarrage de l'activité
représente, suivant les villes, l'équivalent de 11 à 30 mois de salaire minimum du secteur formel. Les
enquêtes montrent ainsi que 50% des débutants disposaient d'au moins de 3,3 mois de salaire
minimum à Bamako, 7 mois à Lomé et à Nouakchott, et 9,3 mois à Yaoundé.
B – Le financement de l'investissement
Lefinancementducapitalde départainsique desinvestissementsultérieursest essentiellement
endogène. L'épargne personnelle du patron ou celle de sa famille élargie constitue les principales
sources des investissements : 95% des entreprises à Bamako, 68% à Yaoundé. L'apport familial
représente 10% à Nouakchott, 20% à Bamako et Lomé et 50% à Yaoundé.
Au regard de ces exemples, on peut donc retenir que dans la plupart des cas la mise de fonds
initiale provient des économies du patron et de celles de sa famille.
Lefinancementducapitalestdonclimité,maisadapté.C'estavanttoutl'entrepreneurlui-même
qui finance le démarrage de son unité. L'accumulation par l'entrepreneur de la somme à investir au
démarrages'effectuesouventgrâceàl'emploisalariédanslesecteurmoderneouautravailsalariédans
une unité informelle.
Quant au capital circulant, il est presque exclusivement financé par l'entrepreneur. En cas de
difficulté financière, la famille sera la première à être sollicitée, ensuite, viennent le recours aux amis
et aux tontines.
L'onpeutseposerlaquestion:lefinancementpresqueexclusivementpersonneldesentreprises
informelles suffit-il aux besoins de celles-ci, ou est-il insuffisant ?
L'analyse des structures de financement montre deux sortes de structures de financement en
Afrique subsaharienne. Le système bancaire et le système informel d'épargne (tontine). Le système
bancaire dans le pays est inadapté aux besoins des entreprises informelles. La tontine, système de
collecte de l'épargne est présente quant à elle dans toute l'Afrique avec des différences selon les
régions.Certainesontunevocationfinancière,d’autresplutôtsociales134
.Ilexiste plusieursformesde
tontines :
La vocation du "djanggi"135
est plutôt financière, celle du likelemba est plutôt sociale. Mais
toutes les deux ont en commun d'être bien spécifiées à la fois dans l'espace et le temps.
- Ils sont bien spécifiés dans l'espace en ce sens que le groupe est à chaque fois bien
identifié. Quelle que soit la nature des liens qui réunissent ses membres, ceux-ci se connaissent et
restent ensemble tant que l'argent circule entre eux.
- Ils sont bien spécifiés dans le temps car la durée de la tontine est toujours limitée. Elle est
connue au départ, et dépend à la fois du temps qui sépare deux tours et du nombre de tours, qui
correspond lui-même au nombre des participants.
Ces deux caractéristiques sont étroitement liées. Ce sont elles qui font l'originalité des tontines,
définies, précisément comme des associations rotatives d'épargne et de crédits au sein desquelles
l'argent des uns et des autres passe à tour de rôle entre les mains de chacun.
L'évolutionde la tontine estliée à la monétisationde l'économie.Soncaractère social revêtune
grande importance "la tontine ne se réduit pas à des aspects purement économiques, on échange de
l'argent et du travail, des obligations d'amitié ; il est aussi de nature religieuse et mythologique",
comme le souligne Henri TCHENTE136
.
Lecontratsocialquilielesadhérentsàlatontineesttellementpuissantqu'ilsnes'engagentdans
un cycle d'épargne-crédit qu'après s'être assuré de pouvoir cotiser à chaque tour de cycle. L'instabilité
des revenus peut donc empêcher certains entrepreneurs de "faire tontine".
Latontineresteuninstrumentdefinancementprivilégiéparlagrandemajoritédesentrepreneurs
n'ayantpas accès au financement bancaire. Les tontines observées dans une quarantaine de pays
d'Afrique sont des tontines mutuelles ou tournantes. On sait qu'elles sont très répandues parmi
toutes les couches de la société ; dans certains pays elles drainent des capitaux importants.
Ces tontines ne sont pas un phénomène nouveau, elles plongent leurs racines dans la
tradition des peuples. Les appellations locales de ces tontines témoignent aujourd'hui encore
de cette trace du passé ; les tontines africaines sont toutes fondées sur les mêmes principes,
avec des variantes diverses.
La diversité des tontines est bien mise en évidence par une multitude d'appellations locales.
134
LELART (M.) : "Les circuits parallèles de financement : état de la question", in L'entreprenariat en Afrique
francophone, Edition AUPELF-UREF, Paris, 1990.
135
"Djanggi" : tontine chez les Barailéké (Cameroun).
136
TCHENTE (H.) : "La société des amis", Paris, C.C.C.E., 1990.
L'"esusu"137
: C'est le type le plus répandu dans le golfe du Bénin, on le rencontre
spécialement au Nigeria et dans les pays voisins où il est pratiqué par les musulmans. Il est
égalementconnu auLiberia et enGambie. Il se caractériseparunetrès grande souplessecaril
peut se présenter sous de modalités très diverses. Il semble que les autres variétés observées
tellesquele"warimoni"enCôted'Ivoire,le"nath"oule"teck"auSénégalsoienttrèsproches.
Le "djanggi"138
: Très pratiqué par les Bamiléké du Cameroun depuis le début du siècle, il est
à distinguerdesprécédents. Lescapitaux disponibles àchaquetournesont pastirés ausortou
attribués par le président. Ils sont mis aux enchères et attribués au plus offrant. Un intérêt est
donc payé par le membre qui lève le fonds, sauf le dernier qui n'est plus en concurrence. Le
taux est différent à chaque tour. Un intérêt qui correspond à la répartition des enchères est
perçue par chaque membres. Compte tenu de la date à laquelle les fonds sont versés et remis,
le taux est différent pour chacun. La vocation financière du "djanggi" est sa capacité à
mobiliser des capitaux considérables.
Le "mandiou"139
est également pratiqué par les Bamiléké, mais il tend à financer un projet
déterminé à l'avance et à assurer ensuite son exploitation. Il se rapproche du ^Hkelemba" dont
nous allons parler.
Le "likebemba"140
: Très répandu dans l'Afrique Centrale, on le connaît bien au Zaïre et au
Congo, mais on le trouve partout, en Centrafrique, au Zimbabwe, dans les pays anglophones
comme dans les pays francophones. Il s'agit d'une pratique très ancienne qui consistait
autrefois à confier le trésor du clan entre les mains du "lemba" en lui imposant d'effectuer les
dépenses indispensables. C'est devenu dans les campagnes une association de travail et dans
les villesune associationdanslaquelle les membres mettent en communtout ou partiede leur
salaire et le confient à l'un d'eux, à tour de rôle.
137
LELART (M.) : "Les circuits parallèles de financement : état de la question", in L'entreprenariat en Afrique
francophone, Edition AUPELF-UREF, Paris, 1990.
138
LELART (M.) : Op. cit.
139
LELART (M.) : Op. cit.
140
LELART (M.) : Op.Cit
II.5- LE SECTEUR INFORMEL ET LA MAITRISE
DE LA TECHNOLOGIE
Le développement d’une capacité technologique locale en Afrique a été l’une des
préoccupations majeures de ces dernières années. Une enquête141
. Auprès des artisans dans la
fabrication métallique, métallique, contredit l'idée selon laquelle les entreprises du S.I.
n'auraient d'autres espoirs que de survivre à la limite de la marginalité. Cette enquête a été
menée en mars 1986 auprès de 64 artisans fabriquant de portes et de fenêtres métalliques. 54
artisansontétéenquêtesàBamako(capitaleduMali)et10artisansàSégou(deuxièmevilledu
pays).
Les indicateurs ci-dessous permettent d'appréhender la question, il s'agit de:
- la capacité de réparer les machines ;
- la capacité d'adapter certaines machines aux besoins spécifiques de l'atelier ;
- la capacité de fabriquer des outils ;
- la capacité de fabriquer des machines simples.
L'élaboration d'une typologie a permi d'analyser les relations existant entre les différentes
caractéristiques des unités et leur niveau de maîtrise technologique.
A-Natureetportéedelamaîtrisetechnologique
1 - La capacité d'installation
Concernant l'équipement utilisé dans les ateliers, nous avons vu qu'il se compose
essentiellement de petites machines relativement mobiles qui ne nécessitent pas une véritable
installation.Neufartisanssurdixontinstalléeux-mêmesleursmachines,demême,neufartisans
sur dix connaissent généralement le fonctionnement des machines au moment de leur achat. Il
est moins évident pour un artisan d'apporter des modifications à l'équipement, par exemple d'en
augmenterla puissance ou d'en renforcer certainespartiesou encored'améliorer lasécuritépour
l'utilisateur. Dans aucun cas l'équipement n' a fait l'objet de transformations.
141
CAPT (J.) : "Capacité et maîtrise technologique des micro-entreprises métalliques à Bamako et à Ségou",
WEP.2.19/WP.41, Genève 1987 ; une autre étude a été faite sur le Rwanda par A. BARAMPANA, WEP 2.22 /
WP.179. Le cadre conceptuel de ce travail a été élaboré par C. MALDONADO.
Personneseffectuantles
réparations
Machines
Poste à souder Meuleuse ou perceuse Plieuse
L'artisan lui-même 20 34 83
Électricien ou rebobineur 76 62 -
Autre 4 4 17
Capacité de réparation des machines * (fréquence relative)** (tableau n° 16)
2 - La capacité de réparation
Le tableau n° 16 présente les données relatives à la capacité de réparation des principales
machines.
* : Le questionnaire ne prévoyait pas la distinction en fonction de la difficulté des réparations
effectuées. Il semble que les réparations envisagées concernent surtout le remplacement des pièces
défectueuses.
** : En pourcentage des réponses obtenues pour les différentes machines, aussi bien celles achetées
neuves et celles achetées d'occasion.
Dans l’ensemble, le degré de maîtrise technologique est donc assez faible si l’on considère la
capacité des artisans à réparer eux-mêmes leurs équipements. Bon nombre de machines qu’ils
utilisent sont électriques. Or les réparations de ces machines font appel à des compétences que
les menuisiers métalliques, dans leur grande majorité, ne possèdent pas.
Cependant le cas des plieuses montre bien que les artisans ne manquent pas d’effectuer
eux-mêmes les réparations qui relèvent de leur domaine, pour des raisons évidences
d’économie.
3- La capacité d fabrication
a) machines et outils fabriqués pour les besoins de l’atelier
les machines et outils fabriqués par les artisans pour leurs besoins propres de l’atelier
sont surtout les plieuses et cintreuses de tubes, les cisailles et quelques petits outils (burins,
pointeaux…)
il convient de mentionner le rôle important joué par le projet BIT d’appui au S.I. en ce
quiconcernelesconseils.Cet appui s’est relevé fructueuxpuisqueplusduquartdes artisans ont
réussi à fabriquer une plieuse et presqu’autant ont confectionné une cisaille. Notons cependant
que ces fabrications ne sont pas si facile à réaliser, du moins si l’on juge par le nombre
d’abandon : près de 20% des artisans n’ont pas pu aboutir dans leur tentative de fabriquer une
plieuse.
Cestentativesmettentenvaleurleméritedeceuxquiontpusurmonterlesobstacles, tant
psychologiques que matériels et qui ont réussi à fabriquer eux-mêmes des machines ou des
outils. En particulier, pour ce qui est de l’équipement le plus compliqué, les artisans qui ont
abouti dans leurs efforts ont franchi un pas dans la direction de la maîtrise technologique.
Bien que ces soient encore une minorité, cela laisse toutefois des lueurs d’espoir dans le
sens que la réussite d’un artisan dans un domaine ouvre la voie à d’autres si l’on trouve les
appuis nécessaires. C’est bien ce qui s’est passé avec les plieuses et les cisailles.
b) Les biens d'équipement fabriqués sur commande
Il arrive parfois que les artisans produisent du matériel pour répondre à une demande
externe (cf. tableau n°17). Sept artisans, soit environ 10% de l'échantillon, ont reçu de telles
commandes. Celles-ci concernent avant tout les plieuses et les cisailles manuelles, c'est-à-dire
des biens que les artisans ont, pour la plupart, déjà eu l'occasion de produire pour eux-mêmes.
En outre, on trouve divers matériels qui relèvent de la mise en valeur des ressources locales :
presse à banco, décortiqueur d'arachides, etc.
Il est intéressant de noter que les biens d'équipement tels que les presses à huile, les
décortiqueurs ont été fabriqué à l'aide de fiches techniques ou de plans. Ce type de fabrication
requiertdoncdelapartdel'artisanunecertainecapacitétechnologiqueconsistantnonseulement
à lire et à comprendre le plan, mais surtout à le traduire dans la réalité, elle est avant tout le fait
des artisans alphabétisés.
Type de Nombre Profession Observations
matériel d'artisans* ayant du client
fabriqué
ce matériel
Plieuses ou i Artisans, menuisiers Fabriquées sans aide
cintreuses de tubes métalliques externe
Cisailles 3 Artisans du bois,
Presses à banco 1 artisans fabricants de
Pinceaux 2 briques
Décoitiqueurs 1 Femmes Fabriqués à l'aide de
d'arachides commerçantes fiches techniques
Presses à huile 1 Paysans, agence Fabriqués selon les
d'arachide locale d'une plans fournis par la
Fourneau à bio-gaz 1 organisation de division du
coopération machinisme agricole
Biens d'équipement fabriqués sur commande (tableau n° 17)
*Certains artisans ont fabriqué différents types de matériel d'où le nombre total d'artisans concernés
par ces commandes dépasse le chiffre 7 annoncé plus haut.
Source : BIT, Genève, 1987.
Quoiqu'il en soit, ces commandes de biens d'équipement contribuent à renforcer le niveau
technologique des artisans concernés en ce qu'elles poussent à explorer de nouvelles
possibilités.Deplus, ilestpossiblequ'unprocessusdediffusiondecettecapacitétechnologique
vers les autres menuisiers métalliques se déclenche, étant donné que l'on peut s'attendre à un
effet de démonstration, comme cela s'est déjà produit pour la fabrication de plieuses et de
cisailles.
En outre, l'élargissement de la gamme de produits fabriqués et la diversification de la
clientèle que cela entraîne pourraient permettre de stabiliser quelque peu les revenus des
artisans. Il convient de garder à l'esprit que ce phénomène reste marginal pour le moment
puisqu'il ne touche que 10 % des unités étiquetées. Son extension ne dépend uniquement de la
capacité technique des intéressés, mais elle est aussi et avant tout fonction de l'évolution de la
demande finale solvable pour les biens qui seront produit.
B-Lesenseignementsdel'étude:
La typologie construite a servi pour expliquer certaines relations existant autres les
variables socio-économiques afférentes aux unités informelles de la menuiserie métallique et
leur aptitude à maîtriser la technologie propre au processus de production envisagé. Nous
Niveau de la
technologie
FORMATION
Apprentissage
chez un artisan
Apprentissage
dans une
entreprise du
secteur
moderne
Apprentissage
dans un centre de
formation
professionnelle
Total
I
61,9 28,6 9,5 100
II
68,2 27,3 4,5 100
in
52,4 42,9 4,8 100
T o u s n i v e a u x
confondus
60,9 32,8 6,3 100
verrons particulièrement les facteurs susceptibles de favoriser ou de limiter la maîtrise
technologique : les facteurs socioprofessionnels et les facteurs purement économiques.
1 - Les facteurs socioprofessionnels
Les variables retenues en premier lieu sont le niveau d'instruction et le type de formation
reçueparlesartisans;sontprisenconsidérationl'âgedel'artisan,son expérienceprofessionnelle
dans le secteur moderne ainsi que l'ancienneté de l'entreprise.
a ) Le niveau d'instruction
Ons'attendaitlogiquementàcequelesartisanssoientplusaptesàmaîtriserlatechnologie,
au fur et à mesure que leur niveau d'instruction s'élève. En réalité, l'examen du tableau
ci-dessous ne permet pas de déduire une telle tendance.
b ) La formation
L'hypothèse à tester ici est que l'apprentissage dans une entreprise du secteur moderne
devrait améliorer les performances des artisans en matière de maîtrise de la technologie. La
tendance s'établit bien dans le sens attendu, sauf pour le niveau intermédiaire de la typologie.
Au niveau III, la proportion d'ex-apprentis du secteur moderne est moins élevée (43%)
que celle des niveaux I et II respectivement, 68% pour le niveau I, et 62% pour le niveau II qu'au
niveau III (52%).
Typologie selon la formation suivie par les artisans (frequences relatives) (tableau n°18)
Source : BIT, Genèse, 1987.
Au niveau II de la typologie, il apparaît que les proportions d'artisans ayant suivi les différentes
filières de formation renforcent la tendance observée au niveau I plutôt que d'occuper une
position intermédiaire entre les niveaux inférieur et supérieur. Les niveaux I et n de la typologie
évoluent de la même manière, ce qui signifie que les artisans ayant fabriqué des outils et ceux
n'ayant rien fabriquése retrouvent dans les mêmes proportions par rapport àla variable "type de
formation". Anoter au passage la performancegénéralement médiocre des centres de formation
professionnelle (cf. tableau ci-dessus).
Les écarts en pourcentage entre les niveaux ne sont pas de nature à induire une conclusion
statistiquement significative.
c ) L'âge
Il existe une correspondance très marquée entre l'âge et le niveau de maîtrise technologique. Ce
sont les artisans les plus âgés (plus de 40 ans) qui enregistrent le meilleur score par rapport à la
typologie en ce sens qu'ils sont relativement moins nombreux aux niveaux I et II. En effet, ils
forment environ les 4/5 des effectifs du niveau III, alors qu'ils représentent un plus de la moitié
de l'ensemble des artisans interviewés.
Dans l'ensemble on observe donc une nette influence de l'âge sur la capacité à maîtriser la
technologie. Les artisans les plus âgés ont une propension à mieux dominer la technologie et
réussissent dans une grande proportion à fabriquer des machines. Les plus jeunes sont
relativement moins nombreux dans ce cas, mais - et c'est encourageant - ils montrent déjà une
tendance à fabriquer des outils. ~
d ) L'expérience professionnelle
Les artisansquiontlemoinsd'expérience(-de6 ans)se situenttousaux niveaux Iet IIde
latypologie,alorsqueceuxquiontleplusd'expériencesont fortementreprésentésauniveauIII.
Quant à ceux quiont accumulé une expériencequel'on pourraitqualifier demoyenne (de 6 à15
ans) leurs résultats par rapport à la typologie sont pratiquement identiques, ils se répartissent de
manière uniforme entre les trois niveaux.
Il n'est donc pas exagéréde conclure qu'une solideexpérienceprofessionnelle a des effets
bénéfiques sur la capacité qu'ont les artisans à maîtriser la technologie. Dans le cas de
l'expérience professionnelle acquise dans les entreprises du secteur moderne, les écarts sont
moins importants entre les différents niveaux que dans le cas de l'expérience totale dans le
métier.
2 - Les facteurs d'ordre
économique a ) Le capital
Considérant la partie du capital constituée uniquement par les machines et les outils, les
relations entre cet actif partiel et la typologie sont indiquées dans le tableau ci-dessous.
Répartition des entreprises selon la typologie et selon le volume de F actif partiel (fréquences
relatives) (tableau n° 19)
Niveaudela
typologie
VALEURDEL'ACTIFPARTIELENMILLIERSDE
FCFA
Moins de 250 250 à 500 Plus de 500 Total
I 47,6 14,3 38,1 100
II 31,8 40,9 27,3 100
III
14,3 47,6 38,1 100
Tous niveaux
confondus
31,3 34,4 34,4 100
Source : BIT, Genève, 1987.
* Il s'agit de la valeur des machines et outils possédés par l'artisan.
Au niveau I, seules les catégories extrêmes de l'actif partiel sont bien représentées. Ce
niveauregroupeàlafoisdesartisansmoinsnantis,quin'ont pas assezdemoyenspourréussirla
fabrication de machines, et des artisans parmi les mieux nantis, qui peuvent se permettre de
payer le prix pour leur équipement et qui préfèrent des machines fabriquées en usine. Le niveau
II de la typologie suit, à peu près, la moyenne générale. Au niveau m, on trouve une tendance
inverse à celle du niveau I pour les catégories basse et moyenne de l'actif partiel et similaire à
celle du niveau I pour la catégorie la plus élevée. C'est la catégorie moyenne de capital (entre
250000 et 500 000 FCFA) qui enregistre le plus fort pourcentage (près de la moitié des artisans
deceniveau).Ils'agitdesartisansayanteulesressourcesnécessairespourtenterunefabrication
autonome et ayant réussi dans cette entreprise.
La catégorie supérieure de l'actif partiel (plus de 500 000 FCFA) est représentée dans les
mêmes proportions aux niveaux I et III, ce qui laisse à penser qu'à partir d'un certain seuil de
capital, les artisans sont moins motivés pour fabriquer eux-mêmes des machines.
La tendance de la typologie, plutôt floue vis-à-vis de l'actif partiel, s'affirme par rapport à l'actif
total. Néanmoins il apparaît qu'un niveau de capital pas trop réduit - qu'il s'agisse de l'ensemble
du capital ou seulement des machines et outils - va de pair avec un bas niveau de maîtrise
technologique. Concernant l'actif total, les artisans de la catégorie la plus élevée sont ceux qui
enregistrent les meilleurs résultats dans la maîtrise technologique tandis que pour l'actif partiel,
ce sont les artisans de la catégorie moyenne qui réussissent le mieux.
b ) La main-d'œuvre
En considérant l'ensemble de la main-d'œuvre - y compris les apprentis - on ne trouve pas de
relation entre la quantité de main-d'œuvre et le niveau de la maîtrise technologique, tel qu'il est
reflété par la typologie.
- les entreprisesquin'ont pas detravailleurssalariés sont fortement majoritaires (77%) auniveau II
;
- àl'opposé,lesunitésquipeuventsepermettred'employerplusieurssalariéssontreprésentésau
niveau HI qu'aux autres niveaux.
La relation entre la typologie et l'ensemble de la main-d'œuvre est masquée par le nombre
élevé d'apprentis. Si l'on se concentre uniquement sur les travailleurs salariés, on note une certaine
dépendance de la typologie par rapport aux effectifs, mais cette relation semble plutôt refléter
l'influence d'autres variables, plus prépondérantes, notamment le niveau de capital.
Nous retiendrons donc qu'un ensemble de facteurs paraissent liés à la capacité des artisans à
maîtriser la technologie. Ces facteurs relèvent à la fois des caractéristiques socioprofessionnelles
desartisansetdescaractéristiquesdel'unitééconomique.Lesvariableslesplusfortementassociées
à la maîtrise de la technologie sont : l'âge des artisans, leur expérience professionnelle dans le
métier et le fait d'avoir acquis une partie de cette expérience dans le secteur moderne, le volume de
capital, le fait d'employer au moins un salarié. Trois de ces variables à savoir l'âge du patron, son
expérience professionnelle et l'ancienneté de l'entreprise sont fortement corrélées entre elles. Les
coefficients de corrélation oscillent entre 0,75 et 0,80 à un niveau de signification de l'ordre de
0,01%, et l'on peut supposer que c'est l'expérience professionnelle dans le métier qui constitue
l'élément déterminant. Autrement dit , les facteurs essentiels se réduisent surtout à l'expérience
professionnelledanslemétier,dontunepartieacquisedanslesecteurmoderne.Cetteétudeapporte
les preuves de la capacité d'évolution technologique dans le S.I. La majorité des entreprises
acquièrent des machines et des équipements, ce qui leur permet de perfectionner leurs méthodes et
d'améliorer leur productivité. Dans de nombreux cas les entreprises du S.I. essayent de réduire le
coût des biens d'équipement en produisant elles-mêmes certains matériels ou certains outils. Étant
donnée la faiblesse des ressources financières initiales, de telles acquisitions révèlent un
accroissement du capital.
Iln'estpasaiséd'opérerunesynthèsedesdiversindicateurspermettantd'établirunetypologie
des entreprises du SX; toutefois il est apparu que la variable "fabrication" constituait un indicateur
tout à fait acceptable, compte tenu des données disponibles. Il présente à la fois un caractère
d'objectivité et une grande simplicité d'emploi.
Les artisans ont été classés en trois catégories en fonction de leur capacité à fabriquer de l'outillage
ou des machines, que ce soit pour les besoins propres de l'atelier, ou pour répondre à une demande
externe. Il se trouve que les artisans se répartissent à peu près également entre les trois groupes :
- leniveau leplusbasdelatypologieinclutles artisansqui n'ontfabriquéni outils,ni machines.
Ils sont au nombre de 21 (33%). Ils sont donc contraints d'acheter ou de louer la totalité de
l'équipement ;
- au niveau moyen de la typologie sont regroupés les artisans qui ont fabriqué un ou plusieurs
outils, mais pas de machines. Les outils fabriqués vont du simple burin à la cisaille. Si les deux
tiers de cette catégorie ont fabriqué des burins, pointeaux ou pointes à tracer, qui sont des outils
relativement simples, il n'en reste pas moins que 7 artisans ont été capables de fabriquer une
cisaille manuelle. Ce niveau moyen comporte 22 artisans (34%) ;
- le troisième niveau, le plus élevé de la typologie, regroupe des artisans qui ont fabriqué au
moins une machine ou un appareil, aussi bien pour les besoins internes que sur commande, 21
artisans (33%) ont été classés dans ce groupe.
Leniveausupérieurdelatypologiesemblerelativementhomogènepuisque,ilinclutdesartisans
ayant fabriqué une plieuse manuelle. Le niveau le plus bas de la typologie ne pose pas non plus
de problème par rapport à l'homogénéité.
En revanche le niveau moyen" est le moins homogène puisque le processus de fabrication
de burins ou des cisailles, par exemple, sont à des degrés de complexité fort différents.
Une des conclusions majeure de l'étude est d'avoir montré que l'investissement en capital
humain entraîne des effets bénéfiques dans la mesure où les gains sont plus ou moins
proportionnels au capital investi. Les investigations sur le S.I. sont formelles : "Les gains des
individus ayant reçu une formation générale ou technique sont sensiblement
supérieurs à la moyenne. L'éducation a donc des effets bénéfiques"142
. En Afrique,
mêmeendépitd'unenvironnementdéfavorable,les capacités créatricessontvisibles.Unartisan
sur trois à Bamako (Mali) et un sur quatre à Kigali (Rwanda) a fabriqué au moins une machine
ouunoutil,soitpourlesbesoinsdel'unité,soitsurcommanded'unclientLesateliersd'appuimis
enplacedanslesprojetsde coopérationavecleBIT ontjoué,àcet égard,un rôledestimulation.
L'évolution technologique se limite surtout à l'adaptation et parfois à la reproduction de
machines qui existent déjà. Il conviendrait donc de développer une capacité de recherche et de
développement orientée vers les entreprises du S.I. En résumé, c'est donc le passage par le
secteur moderne, combiné avec une longue expérience professionnelle (indépendamment du
secteur) qui exerce l'effet le plus favorable sur la capacité technologique des artisans.
Toutefois il convient de souligner que l'amélioration des techniques de production dépend, dans
une large mesure, de l'existence et du soutien d'une industrie de biens d'équipement.
142
PENOUEL (M.) : "Enseignement technique et capital humain", in l'avenir des Tiers Mondes :
emploi, formation, ressources humaines, Cahier du GEMDEV, n°9, Paris, 1988.
CONCLUSION
La croissance et le développement d u secteur moderne en AS S participent aux
bouleversements des structures figées du passé. Mais le constat est que le secteur moderne ne
peut pas, à lui seul, régler les problèmes de la population. Le climat politique incertain, mêlé à
une conjoncture désastreuse, n'incite personne à s'intégrer au secteur moderne. Le dynamisme du
S.I. se manifeste par ses apports au niveau de l'emploi (20-60 % ) des emplois recensés dans les villes
africaines ; au niveau de la distribution de revenus : certains revenus tirés des activités
informelles se prêtent à la comparaison des revenus des salariés du secteur moderne. Les revenus
tirés du S.I. se caractérisent par une grande hétérogénéité, sont fonction des secteurs d'activités et
dépendent de la taille de l'entreprise. Le S.I. distribue des revenus non négligeables. L'enquête du
BIT a permis de mettre en évidence la relation entre le montant de revenus des patrons et
l'importance du capital technique. Les données avancées nous montrent une réelle contribution
à la distribution de revenus, toutefois il ressort que les métiers les plus rémunérateurs sont ceux
qui emploient des nouvelles techniques et répondent à une demande croissante des urbains.
L'étude des formulations de la fonction de production montre que la contribution à la création
de la valeur ajoutée dépend, avant tout, de l'utilisation du facteur travail ; l'équipement jouant un
rôle complémentaire.
L'accumulation dans le S.I. est réelle mais limitée. Le faible niveau technologique de ces
activités, la volonté d'assurer un emploi pour tous, la rareté des moyens financiers, tout
concourt au sein du S.I. à rechercher des formules de production aussi peu capitalistes que
possible, mais assurant une disuïbution minimale du revenus.
Il ne nous appartient pas de prendre une quelconque position sur le débat interne aux pays, mais
les prises de conscience récentes suscitent des interrogations croissantes. Comment ne pas
comprendre le fait que le Si. soit appelé à jouer un grand rôle dans les stratégies de lutte contre
la crise dans les pays d'ASS ?
CHAPITRE III : LE SECTEUR INFORMEL A
BANGUI (CENTRAFRIQUE)
INTRODUCTION
Nous avons vu dans le chapitre précédent que l'importance des activités informelles
diffère selon les contextes et les pays. La prédominance des activités informelles dans les
différents types d'économies nous amène à nous interroger sur le rôle du S.I. en Centrafrique à
travers le cas de la ville de Bangui. A ce niveau d'analyse, nous examinerons au préalable
l'insuffisance du développement en Centrafrique, ce qui permettra d'avoir un aperçu sur
l'environnement dans lequel évolue le S.I. à Bangui.
Danslapremièresection,serontprésentéslesétablissementsduS.I.àBangui, où,aprèsun
aperçu historique de la ville de Bangui, nous examinerons la répartition des établissements par
branches, par taille des unités. Le mode d'installation, l'âge des établissements, les zones
d'implantation seront aussi étudiés. Ensuite nous analyserons successivement la contribution du
S.I. à l'emploi, à la distribution des revenus et à l'accumulation du capital. Dans une dernière
sectionnoustenteronsdedégagerlesmultiplesobstaclesquiseposentàladynamisationduS.I..
L'insuffisancedudéveloppementdel'économiecentrafricaine
Le pays compte 3 millions d'habitants et son PNB brut est de l'ordre de 1,2 milliard de
dollars. Le PNB par habitant s'est effondré depuis1980 et ne représente que 410 dollars. Durant
les années 60 la croissance annuelle du PNB par habitant était de l'ordre de 0,8% pour tomber
dans la décennie 80 à -1,3% ; compte tenu taux de la croissance de la population qui est
progressivement passée de 1,9% dans les années 60 à 2,4% aujourd'hui. L'épargne intérieure
devient négative en pourcentage du PNB (-2%). Dans cette situation l'investissement sera
relativement faible et représente 12% du PIB. Quant à la dette totale celle-ci représente en
1990,71% du PIB. Le diagnostic de l'économie centrafricaine peut se résumer ainsi : depuis
1979 le pays a vécu une période de stagnation économique et de déclin du niveau de vie de sa
population.Leniveauglobaldesdépenses adépassédefaçoncontinueleniveaudesrevenus,ce
qui se traduit par un déficit des ressources qui représente -3,4% du PNB143
. Sur la base de ce
diagnostic le F.M.I., la BIRD et l'État centrafricain ont mis en place des PAS dont la première
phase (1982) visait à arrêter la détérioration de la situation financière globale, tandis que la
deuxième phase avait pour objectif la relance de la iucâon, une diversification de la base
143
NATIONS UNIES : op. cit. page 5.
économiqueetlerétablissementdeséquilibres ŒÉérieurs.Destclairqueles résultatsobtenus sont
globalement peu satisfaisants, toutefois il apparaît une prise de conscience des déséquilibres qui
existent dans l'économie, que ces déséquilibres ne sont pas inéluctables, qu'il convient de les
gérer pour améliorer la situation.
Un aperçu des données macro-économiques du pays (voir Annexe 4) nous permet de —entrer
que les conditions générales qui prévalent en Centrafrique ne sont pas satisfaisantes.
Lepaysestconfrontéàdenombreusesdifficultés économiquesetfinancières. Lasituation
économique au cours de la décennie 1980-1990 n'a guère été brillante. Elle est waractérisée par
de nombreux blocages et déséquilibres dus à des facteurs endogènes, mais aussi à l'influence de
laconjoncturemondiale.Plusieurscontraintespèsentencoresur"économiecentrafricaine.Nous
pouvons énumérer :
- La dimension réduite du marché national, aggravée par une situation d'enclavement
du pays vis-à-vis de l'extérieur, ce qui se traduit par la lenteur et le coût élevé des
approvisionnements nécessaires à l'économie et par des difficultés pour évacuer les rroduits
destinés à l'exportation ;
- au sein du pays, l'isolement des régions les unes par rapport aux autres, il y a en outre
l'insécuritéetletrèsmauvaisétatducircuitroutier,touteslestaxesplusoumoinsfantaisistesqui
sontprélevéesauniveaudesdifférenteslocalitésoudespréfecturesaubonvouloird'uneautorité
quelconque, traditionnelle, policière ou administrative ;
- l'étendue (623000 kilomètres carrés) du pays dont la faible densité de lapopulation (la densité
moyenne est de 5 habitants au kilomètre carré) rend particulièrement onéreux la création et
l'entretien des infrastructures de base, notamment des routes ;
- le faible revenu individuel qui rend difficile toute épargne et touteinitiatived'autofinancement
des investissements ; l'autoconsommation est très développée et on note une faible
monétarisation des échanges en milieu rural ;
- un faible degré d'articulation entre les secteurs productifs et entre les régions du pays ; la
désarticulation de l'économie dans laquelle coexistent deux mondes juxtaposés, sans liens entre
eux. D'un côté, un monde orienté vers l'exportation, qui bénéficie de la majeure partie des
investissements bienquene contribuant que marginalement àlaproductionnationale.De l'autre
côté, un monde tourné vers la satisfaction des besoins de la population, celui-ci est déshérité sur
le plan des investissements et contribue pourtant, de façon déterminante, à la production
nationale, notamment pour ce qui est du secteur le plus archaïque, celui des produits vivriers.
Ces contraintes se traduisent par l'absence d'un véritable marché intérieur et par le faible
niveau de l'activité économique au regard du potentiel économique considérable du pays. A ces
contraintes d'ordres géographique et économique, viennent s'ajouter :
- un système d'éducation et de formation en crise et qui ne répond pas aux besoins
socio-économiques du pays.
- une administration mal préparée au rôle qu'elle est appelée à jouer dans le développement du
pays.
Après un quart de siècle d'indépendance, l'économie centrafricaine est loin d'un "take off,
suivant le schéma de ROSTOW. Ces différents points éclairent l'environnement dans lequel
s'intègre le SX banguissois. Quelles sont les raisons de la floraison des activités informelles,
comment les spécificités de ce secteur lui permettent-elles de s'intégrer dans le tissu urbain
banguissois ?
SECTION I : PRÉSENTATION DES ÉTABLISSEMENTS DU
S.I. À BANGUI
Deux séries d'enquêtes nous permettrons d'appréhender le SX à Bangui (capitale de
la Centrafrique). Pour mieux connaître les activités informelles à Bangui,un premier
recensementaétéentreprisen1982sous ladirectiondeLACHAUD144
.Dans lamêmelignée,la
Direction des Études Statistiques et Économiques (la DSEE) a procédé au recensement des
unités économiques de Bangui, dont une étude sur le S.I. à Bangui, les résultats ont été publiés
en mars1990145
. Ces deuxinvestigationsnous permettronsd'analyserl'importance de cesecteur
et de mettre en relief sa contribution en termes d'emploi, de production et de distribution de
revenus. Précisons que nous n'avons pas tous les éléments nous permettant de comparer les
données de 1982 et celles de 1989, tant les méthodes divergent d'une enquête à une autre, d'un
recensement à un autre.
Sil'étudedelaDSEEestrécente,elledemeureinsuffisantedanslamesure oùellene
donne pas d'informations concernant la production et la distribution de revenu. A cet effet la
descriptionanalytiqueseraappuyéesurles donnéesdel'enquête du C.E.D.(Centred'Économie
de Développement). Le champs géographique de l'étude concerne principalement la ville de
Banguien tant que commune divisée en huit arrondissements. Les arrondissements sont
constitués de quartiers.
144
LACHAUD (J.-P.) : "Les activités informelles à Bangui : analyse et stratégie de développement", C.E.D.,
Bordeaux 1,1982.
145
D.S.EE. : "Recensement des unités économiques de Bangui. Étude sur le secteur informel", Bangui, mars 1990.
I.l - APERÇU HISTORIQUE DE LA VILLE DE BANGUI
Trois mobiles ont présidé à la création de la ville de Bangui.
Au départ, Bangui fut un établissement français en amont du confluent Congo-Oubangui,
et devait modestement contrebalancer la puissance de l'État indépendant du Congo et empêcher
ainsi l'influence belge de s'étendre sur la rive droite de l'Oubangui. C'est ensuite un point de
contrôle delanavigationfluviale dansla régiondes rapides àl'endroit où une nécessairerupture
de charge se produit dans les transports par voie d'eau. C'est enfin le point de départ des pistes
permettant d'atteindre en direction de l'Est les pays soudanais, ou, en direction du Nord les
régions tchadiennes.
C'estdoncpourdesraisonsstratégiquesquelavillede Banguiavulejour,sousl'impulsiondela
France. Lespremiershabitants,les "Bobangui", vont mêmecontrecarrerlesobjectifs des colons
par d'incessantes attaques. Par la suite lorsque l'église fut associée à l'œuvre colonialiste, et que
s'instaure une paix relative, des échanges commerciaux entre les colons et les autochtones
entraîneront une migration inexorable.
Pourlescolonisateurs ledangerestévidentdans unetellecirconstance;ilfallaitdoncregrouper
les populations autochtones par ethnie pour mieux les contrôler ; créer des sortes de "petits
villages".C'estàpartirdeces"petitsvillages"quelavillede Banguivas'étendreet,avecelle,sa
population.
Qu'en est-il de son évolution démographique ?
A - L'évolution démographique de la ville de Bangui
La croissance démographique de la ville de Bangui s'était amorcée avec l'arrivée dés-SS
autochtones qui venaient livrer leurs produits aux colons. Le mouvement s'est amplifié après la
deuxième guerre mondiale en 1946, où on pouvait dénombrer 26 000 habitants et 63 000 en
1950, soit un doublement de la population banguissoise en quatre ans. Cette population est
passée de 80 000 habitants en 1960 à 240 000 en 1971 ; pour atteindre 420 000 habitants146
lors
du dernier recensement (1990). Cette croissance urbaine est la résultante de l'effet conjugué de
l'exode rural, dû à des mobiles sociaux,politiques, psychologiques, surtout économiques et d'un
taux de natalité très élevé. L'inévitable conséquence de cet accroissement de la population
banguissoiseestla remarquableextension spatialedelaville.Lanon-maîtrise decette évolution
démographique suscitée par l'extension de l'espace urbain a entraîné une multiplication des
quartiers spontanés.
146
Le dernier recensement a dénombré 420 834 habitants dans la ville de Bangui, D.S.S.E., 1990.
B - La ville de Bangui et ses quartiers spontanés
L'implantation des quartiers par groupe ethnique remonte à l'époque coloniale. Après
l'indépendance (1960) on assiste à la ruée des ruraux vers Bangui, à la recherche d'emploi et des
biens modernes. Ces quartiers spontanés représentent aujourd'hui l'essentiel de la population de
la ville sur un double plan :
- sur le plan spatial : les quartiers spontanés couvre 89% de la superficie totale de la
ville, soit 55 km2, alors que les quartiers citadins comme SICA I, II, III, Lakouanga, Castors et
Bengri les "92 logements", se trouvent cernés par eux, sauf au Sud où se trouve le fleuve
Oubangui ;
- sur le plan humain : les quartiers spontanés regroupent la majeure partie de la
population et sont représentés par les quartiers Saïdou, Pekro, Gobongo, Malimaka, KM5...
Comment se constituent les quartiers spontanés ?
C - Processus de constitution des quartiers spontanés
Deux processus peuvent être retenus, pour expliquer la constitution des quartiers
spontanés :
- un processus d'implantation polynucléaire d'habitat qui s'est effectué à partir des
noyaux constitués par des maisons éloignées les unes des autres. Chaque chef de famille cède
une portion de sa parcelle à un membre de sa famille, ainsi de suite, jusqu'à ce que les noyaux
grossissent et se rencontrent en donnant ainsi un paysage de quartiers en grappes. La
densifîcation progressive de l'habitat, de la périphérie vers le centre, explique la disparition des
vides ; une observation générale de la ville dénote des densités de 27 à 50 maisons à l'hectare
pour le centre ville, et 2 à 4 maisons par hectare dans la périphérie (1985).
La progression polynucléaire disparaît dès qu'il y a présence d'une voie de
communication.
- un processus d'implantation linéaire : l'installation des habitants se fait de part et
d'autre des routes, selon le schéma traditionnel village/rue. C'est aux abords des voies
structurantes que l'on trouve une densité assez élevée des maisons appartenant aux personnes
aisées, recherchant la proximité des voies carrossables : d'où une physionomie mettant en relief,
en bordure des rues, une sorte de riche façade, gardant les modestes logements à l'intérieur des
quartiers.
Ces deux types de progression d'habitat existent encore aujourd'hui dans la structuration
des quartiers périphériques. En effet, parce que les habitats'sont précaires, ils subissent des
transformations, des réorientations en fonction des besoins mais aussi et surtout, en fonction
des ressources des habitants.
D - Le découpage administratif de la ville :
La ville de Bangui a été divisée en groupements de quartiers. Pour les 128 quartiers
dénombrés on compte 17 groupements. Le découpage par arrondissement a été opéré et donne
lieu actuellement à 8 arrondissements.
En Centrafrique, plus d'une dizaine de groupes ethniques sont répartis selon la zone dont
sont originaires ces ethnies. Il s'agit des "peuples" du fleuve, des "peuples" de la forêt et des
"peuples" de la savane. Ces différentes composantes de la population centrafricaine se
retrouvent à Bangui. A celles-ci, il faut ajouter les ressortissants des pays voisins tels que le
Cameroun, le Congo, le Tchad et le Zaïre, ainsi que les siro-libanais et les portugais qui tiennent
le commerce en Centrafrique. En fait, c'est la communauté tchadienne de tradition musulmane
qui, par l'effectif de ses membres, domine l'échiquier commercial de la ville. Aussi est-il
intéressant de voir l'influence de ces aspects culturels et des relations intra-communauté dans la
prolifération des activités informelles.
1.2 - RÉPARTITION DES ÉTABLISSEMENTS PAR BRANCHE
Le recensement des unités économiques de Bangui (1990) a révélé, si besoin était,
l'importance du S.L Seulement 249 établissements sur 19 820 ont déclaré tenir une comptabilité
et constituent donc, conformément aux conventions communément admises, le S.M.
En conséquence 98% des unités recensées relèvent du S.L Le vendeur de produits de
consommation courante est bien sûr très représenté (1/3 des cas). Cependant ce secteur se
caractérise par une large disparité de ses composantes et une analyse des résultats permet
d'entrevoir la complexité.
Secteur moderne Secteur informel Ensemble
Agriculture, élevage 4 1,6 % 65 0,3 % 69
Industrie 29 11,6 % 1 166 6 % 1 195
BTP 12 4,8 % 47 0,2 % 59
Commerce de gros 33 13,3 % 1
114 0,6 % 147
Commerce de détail 110 44,2 % 14 544 74,3 % 14 654
Café, hôtel,
restaurant
16 6,4% 3 114 15,9 % 3 130
Services et transport 45 18,1 % 520 2,7 % i 565
Ensemble des
activités
249 100% 19 570 100% 19 819
Les établissements par secteur et par branche regroupée (tableau n°20)
Source : DSEE, Bangui 1990.
La méthode du recensement des unités informelles a grossièrement été la suivante : un
agent recenseur est passé systématiquement dans chaque quartier, dans chaque rue, devant
chaque maison et lorsqu'il a constaté une activité qui semblait ressortir du SX, il a noté
l'observation et a posé quelques questions au patron, destinées à mieux situer l'entreprise. Cette
méthode est simple et facile à mettre en œuvre, mais elle comporte quelques biais.
Un grand nombre d'activités ont lieu très tôt le matin ou très tard le soir. Certains marchés
par exemple ont lieu à des heures données. Ainsi le marché aux poissons de Ouango à 17 h a
bien été enregistré ; mais les activités spécifiques qui ont lieu de 17h à 18h derrière le marché
central n'ont pas été prises en compte.
Il en de même pour les laveurs de voitures au bord du fleuve : ils exercent leurs activités
de 9h à 10h, en s'occupant surtout de taxis et des minibus. D'autres activités n'ont pas été
recensées, n'ayant pas lieu au moment du passage de l'enquêteur. Il peut s'agir aussi de toutes
ces activités qui n'ont lieu qu'occasionnellement : par exemple, l'activité des maçons, fabricants
de briques. Ces personnes travaillent 2 à 3 jours par ci, par là ; ces maçons ne sont pas comptés.
La technique du recensement utilisée implique que l'on ne pourra compter que les personnes en
activité et non celles qui sont alors entre deux activités. La méthode ne permet pas de prendre en
compte la pluri-activité des individus. Le fractionnement de l'activité est une réponse aux
problèmes du chômage et de la distribution du revenu.
De très nombreux commerces sont occasionnels, en particulier ceux qu'on appelle le
"commerce des épouses". Ils fonctionnent de la manière suivante : lorsque le mari (salarié dans
le secteur moderne) touche sa paie, il donne une grande partie à son épouse. Celle-ci va faire
fructifier la somme en achetant en gros des marchandises qu'elle revendra en détail. Chaque
jour, elle utilisera le prix de revente pour nourrir le ménage. Certaines femmes plus expertes
gardent un fonds de commerce qui leur permet de se procurer continuellement des
marchandises et n'utilisent que leurs bénéfices.
Un second risque de biais provient du non relevé d'activités que l'on voit tous les jours et
que l'on oublie de compter, car sinon, comment expliquer le faible chiffre du transport (565).
Plus modernes, plus dynamiques les taxis et transports urbains sont gérés pour la quasi-totalité
selon les méthodes du secteur informel. Nous voyons que nous frôlons ici la limite haute du
secteur informel ; cette limite est floue, le SX étant défini de façon peu précise. Tout le
problème méthodologique est posé par ces quelques exemples : le SX n'est pas défini de façon
stricte. On définit facilement, et encore nous avons vu les limites. La limite supérieure du SX
par opposition au secteur moderne. Mais la limite inférieure est particulièrement floue, et l'on
ne sait pas très bien où le SX s'arrête. Ce qui nous amène à faire les remarques suivantes :
- La première remarque concerne l'importance respective des activités de production,
de services et de commercialisation. Si les activités de services sont légèrement sous estimées
(les transporteurs en particulier, les maçons des quartiers...), les activités de production ne le
sont presque pas. Par contre, il existe un important biais dans l'évaluation du secteur
commercial (commerce de carburants de cigarettes...).
- La deuxième remarque, est que le SX concerne beaucoup plus de personnes que ce
qu'il apparaît dans le recensement.
La multiplicité des commerces de détail :
Plus de 90% des établissements du SX ont une activité de commerce de détail ou de
café-restaurant.
Le commerce de détail de fruits et légumes est le plus pratiqué (20,5 % des cas) il devance
en nombre le commerce de produits de première nécessité qui représente 17,8% des unités. Ce
dernier est constitué de petites unités très répandues et dont les structures sont souvent
sommaires.
Quelques autres activités sont également bien représentées : il s'agit du commerce de
plats cuisinés (brochettes) consommés sur place 14,5%, ainsi que de la vente au détail de
condiments (10,4%) ou encore de la vente de cigarettes (4,6%).
D'une façon générale toutes les branches d'activité se rencontrent dans l'informel. Pour
les productions manufacturières (travail de bois, couture...) 97% des unités sont informelles.
Les services concernent surtout les activités de réparations (automobiles, etc.).
Curieusement, le commerce de gros qui devait demeurer l'apanage du S.M. compte 77%
de ses unités dans l'informel. Cette donnée peut être interprétée comme un indicateur de la
prépondérance du SX dans l'économie centrafricaine.
Nombre d'employés Secteur moderne Secteur informel Ensemble
l à 4 78 31,3 % 19 135 94,8 % 19 213
5 à 9 51 20,5 % 356 1,8 % 407
10 et plus 120 48,2 % 79 0,4% 199
Total 249 100% 19 570 100% 19 819
On notera que le BTP est certainement sous-estimé en raison des difficultés qu'ont
rencontré les enquêteurs sur le terrain compte tenu de l'absence de local, ce type d'unité
informelle est difficilement décelable.
En terme de nombre d'unités, le S.M. est très minoritaire (1,26% de l'ensemble), il
représente cependant 2,5% des établissements manufacturiers, mais seulement 0,87% des
commerces.
1.3 - TAILLE DES UNITÉS ET FORME JURIDIQUE
La répartition des établissements selon leur taille diffère d'un secteur à l'autre mais aussi
selon la branche d'activité à laquelle ils appartiennent.
Près de 95% des unités informelles emploient moins de 4 salariés ; une faible proportion
seulement des entreprises informelles tourne avec plus de 5 salariés.
Les établissements selon leur taille (en termes d'emplois) (tableau n°21)
Source : DSEE, Bangui 1990.
Les personnes morales se trouvent par définition dans le secteur structuré qui compte
néanmoins 50% d'entrepreneurs individuels. Le secteur informel se compose presque
exclusivement de personnes physiques. Seules 316 unités sont des associations de personnes à
caractère familial.
Secteur moderne Secteur informel Ensemble
Entrep.
indiv.
Société Entrep.
indiv.
Société
Industrie 11 18 1 113 53 1 195
BTP 2 10 35 12 59
Commerces 70 73 14 462 196 14 801
Café, hôtel, restaurant 6 10 3 092 22 3 130
Services 21 16 489 29 555
Autres 2 10 63 4 79
Ensemble activités 112 137 19 254 316 19 819
Les établissements selon leur forme juridique (tableau n°22)
Source:DSEE,Bangui1990.
1.4 - MODE D'INSTALLATION
8 % des unités du S.I. fonctionnent dans un local en dur et 4,3% dans une baraque fermant
à clé. Le reste, soit près de 9 unités sur 10, ne possède aucune installation de protection. 55%
des activités ne sont pas protégées des intempéries (cf. tableau ci-dessous). Ces moyens
d'installation très rudimentaires touchent essentiellement les commerces de détail (petits
vendeurs disposant d'une table).
Les loueurs de locaux : une activité répandue
3 661 exploitants paient un loyer soit 18,4% des répondants. La proportion des locataires
varie selon le type de local. Les locaux en dur abritent plus de locataires que de propriétaires, à
l'inverse 1/3 des exploitants exerçant sous un auvent paient un loyer ainsi que 9% de ceux
disposant seulement d'une table. En valeur absolu on compte 886 locataires dans les locaux en
dur, et 2 775 dans les autres locaux.
Bâtiment en
dur Baraque Auvent
véranda
Table Total
Industries 45% 52% 30% 10% 24%
Commerces 50% 45% 30% 8 % 18%
Services 56% 45% 28% 4 % 25%
Total 50% 45% 30% 8 % 19%
Établissements selon le type de local et par branche (tableau n°23)
1989 1988 1987 à
1988
1983 à
1985
1975 à
1983
1961 à
1974
1960 et
avant
Industries 23% 13% 19% 13% 18% 9 % 5 % 100%
Commerces 34% 12% 16% 13% 16% 7 % 2 % 100%
Services 20% 13% 15% 15% 25% 10% 2 % 100%
Total 34% 12% 16% 13% 16% 7 % 2 % 100%
Les unités informelles selon la date de création (tableau n°24)
Source:DSEE,Bangui,1990.
Source:DSEE,Bangui,1990.
1.5- AGE DES ÉTABLISSEMENTS
La distribution des établissements non structurés selon leur date de création révèle la
mobilité extrême de ce secteur. En effet 32,7% des entreprises ont moins de 6 mois et 44,9%
moins de 18 mois. Face à la précarité d'emplois, beaucoup de candidats tentent l'aventure du
petit commerce. Bon nombre renoncent quelques temps après ou créent une autre activité. Il
semble exister cependant un noyau assez solidement implanté : 25,7% des unités ont plus de 6
ans, ceci se vérifie particulièrement dans les productions manufacturières et les services.
Le secteur moderne s'appuie sur un réseau beaucoup plus ancien : 1 établissement sur 5 a
plus de 20 ans. Cependant les difficultés liées à la création d'entreprise se rencontrent également
dans le secteur moderne. En effet 28,6 % des établissements ont moins de 1 an 1/2, ce qui
montre une certaine fragilité du secteur.
Les établissements créés avant 1961 concernent l'industrie alimentaire et le commerce
(alimentation, fourniture pour le bâtiment, etc....).
1.6 - ZONES D'IMPLANTATION ET QUARTIERS
A - Deux zones à forte densité : le centre-ville et le KM5
Les établissements du S.M. sont, à près de 60%, concentrés dans le 1er arrondissement.
Les rues commerçantes du centre de la cité constituent le lieu d'exercice de la moitié des unités
modernes. Les autres sont implantées dans les concessions ou le long des grandes voies.
Les 3ème et 5ème arrondissements constituent la deuxième zone à forte densité. Sur ces
deux arrondissements s'étend le KM5, poumon économique du secteur non structuré.
27% des commerces de détail se trouvent dans le 3ème arrondissement, ainsi que 1/4 des
unités de la branche commerce-café-restaurant. Les 3ème et 5ème arrondissements regroupent
42% des commerces du détail du S.I.
1LiraitedeCoamune.2Limaced'Arrondissement,3marigotcanaldedrainée,4 routeoupisteimportantes,5
limited'agglomération,6numérod'Arrondissement
18* 32 30 18^ 40
SOURCES DESS
MAIRIE DE BANGUI IGN
BANGUISECTEURINFORMEL
TOTALDESACTIVITESDUSECTEURINFORMEL
(enunités)1989
B - Les marchés : pôles d'attraction traditionnels
Près de 40% des établissements du S.I. se concentrent sur les marchés et 44 % d'entre eux
s'éparpillent dans les zones habitées de la ville.
Les unités selon leur implantation (tableau n°25)
Source:DSEE,Bangui,1990.
Plus de 30% des unités exerçant leur activité dans un marché se trouvent au KM5. Ce
marché regroupe essentiellement les commerçants de détail et en particulier les commerces de
détail spécialisés (plomberie, électricité...) ainsi que la vente de vêtements et chaussures.
Certains marchés semblent avoir leur spécialité : Combattant est connu pour ses vendeurs
de condiments alors que le marché Central a le quasi-monopole du commerce de gros et est
particulièrement bien fourni en viandes et poissons.
Les autres marchés, quoique moins importants, constituent également des zones
d'échange et d'animation conséquentes : Lakouanga compte 365 unités, Gobongo 317, les
marchés Fouh et de Ouango regroupent respectivement 312 et 226 établissements. Le marché
État compte 116 unités, enfin Boy-Rabe en totalise 222. Notons que sur ces marchés l'exercice
de toute activité est conditionnée par le paiement d'une patente aux autorités municipales. Ce
qui va à rencontre de la thèse de "l'illégalité" du S.I., la plupart du temps on peut considérer que
ces activités (en excluant bien sûr le vol, la prostitution...) sont légitimes dans la mesure où il y
a reconnaissance de la part des autorités
Il est à noter que le paiement des patentes sur ces marchés montre bien qu'il y a
reconnaissance de la part des autorités. Ce qui infirme le critère de l'illégalité employé dans les
études.
Le mieux aménagé : Le marché Central
Plus de 12% des unités du marché Central fonctionnent dans un local en dur et seulement
7,2% sur les trottoirs. Ce marché se distingue donc nettement de l'ensemble, où l'aménagement
reste extrêmement rudimentaire.
Zone d'habitation, bord de route Marché Rue commerçante
Moderne
Informel
110
8 .575
14 7
454
125
3.541
Centre Miskine KM5 Petevo Lknga Comba
Bâtiment en dur 12,1 % 2,8 % 6,4 % 1,8 % 2,7 % 3,7 %
Baraque 5,3 % 5,0 % 2,3 % 4,8 % 6,3 % 1,0%
Auvent, véranda 26,3 % 50,4 % 38,1 % 23,0 % 42,6 % 31,2 %
Table 49,0 % 36,1 % 32,9 % 56,0 % 45,9 % 25,4 %
Trottoir 5,8 % 4,1 % 15,5 % 4,2 % 2,2 % 25,1 %
Autre 1,3 % 1,6 % 4,9 % 10,1 % 0,3 % 13,6 %
100% 100% 100% 100% 100% 100%
Les principaux marchés selon leur types de locaux (tableau n°26)
Source:DSEE,Bangui,1990.
On constate également des mouvements d'établissements (création, cessation) moins
importants dans le marché Central. 24% des unités ont été créées après 1986 contre 42% au KM5,
44%àPetevoet 39%àMiskine.LesmarchésCombattantet Fouhsontenmoyenne très"jeunes".En
effet 3 unités sur 4 à Combattant ont moins de 3 ans contre 1 sur 2 à Fouh. L'extension de la zone
Nord-Ouest de Bangui (aéroport) explique en grande partie cet essor.
C - L'essor du 8ème arrondissement
Comparativement aux autres arrondissement, le 8ème se caractérise par la création des unités
informelles, 55% des entreprises ont été créés en 1989 et seuls 19% ont plus de 4 ans et demi. La
création de quartiers nouveaux dans cette zone explique cet engouement.
Mis à part ce cas particulier, la progression par arrondissement est sensiblement comparable,
exceptébiensûrle1erarrondissementquiaunestructureoriginaleetconstituelelieudeprédilection
du secteur moderne (voir tableau ci-dessous).
1989 1988 1987 1986 1985 1984
et avant
Arrondis. 1 15 % 10% 9 % 8 % 7 % 51 % 100%
Arrondis.2 31 % 12% 7 % 6 % 5 % 39% 100%
Arrondis. 3 29% 12% 11 % 8 % 5 % 35 % 100%
Arrondis.4 36% 12% 9 % 7 % 5 % 31 % 100%
Arrondis.5 33% 13% 10% 7 % 5 % 31 % 100%
Arrondis. 6 32% 17% 10% 7 % 6 % 29% 100%
Arrondis.7 39% 7 % 8 % 6 % 4 % 36% 100%
Arrondis. 8 55 % 8 % 6 % 4 % 4 % 23% 100%
Extra-muros 26% 20% 12% 9 % 7 % 26% 100%
Ensemble 33 % 12% 9 % 7 % 5 % 34% 100%
Les unités informelles par arrondissement et par année de création (tableau n°27)
Source:DSEE,Bangui,1990.
Au regard du tableau ci-dessous on note la multiplication des unités informelles dans le
5e arrondissement, 33% en 1989 contre 5% en 1985.
D - La mobilité des entreprises
Nous ne saurions traiter de l'évolution du S.I. sans terminer par le caractère
particulièrement mobile des unités qui le composent. Les études montrent que le
renouvellement des entreprises est très rapide. La proportion des chefs d'entreprises ayant
exercé leur métier moins de 6 ans varie entre 33 et 50% des entreprises recensées.
Les installations déjeunes sont remarquablement fréquentes, la moyenne d'âge de ceux
qui s'installent est de 29 ans, le quart des chefs d'entreprises nouvellement installés ont moins de
27 ans.
Le S.I. semble soumis à une forte rotation d'effectifs qui assure sa permanence à travers
les échecs souvent rapides. Ce phénomène est peut-être le plus frappant pour quiconque
envisage d'étudier ce secteur.
La mobilité des entreprises se traduit par un mouvement permanent d'adaptation à
l'environnement, aux conséquences de la crise de restructuration que nous traversons
aujourd'hui (ajustement structurel, dévaluation du FCFA). Les pouvoirs publics prennent
soudain conscience de l'existence du S.I. jusque-là ignoré et voué à une prompte disparition.
"Le S.I. est fait pour durer"147
147
LUBELL(H.) : "Le SI dans les années 90", OCDE, Paris, 1990.
SECTION II : CONTRIBUTION À L'EMPLOI
IL1 - EMPLOI PAR BRANCHE
Dans le secteur moderne, l'emploi est assez bien réparti selon les branches. La production
industrielle occupe un peumoinsd'un cinquièmede l'ensemble,le BTP11,5%alorsque le commerce
fournit près du tiers des emplois. Le secteur informel est bien sûr très marqué par la branche
commerce. On y trouve en effet 71% des emplois, l'autre branche porteuse est constitué par les
activités du groupe café-hôtel-restaurant (16%).
L'emploi par secteur (tableau n°28
Source: DSEE, Bangui, 1990.
Le recensement a permis de repérer près de 19 570 entreprises employant 30 442 personnes
dans le SI. à Bangui. Selon la division des statistiques et des études économiques le secteur moderne
élargi148
emploie24000personnes,etlafonctionpublique20000.NouspouvonsdéduirequeleS.I.à
Bangui emploi en 1990, plus de 40 % de la main-d'œuvre non agricole.
148
Le secteur moderne élargi comprend selon la D.S.E.E.:
- les entreprisespayant des impôts, des cotisations à l'OCSS (office Centrafricaine dela SécuritéSociale),ou L'ONMO
(Office Nationale dela Main d'Oeuvre) ;
- les entreprisesd'État, hors fonctionnaires affectés ;
- les organisations (nationales ou internationales) employant des salariés le plus souvent enregistrées à l’OCSS.
Secteur moderne Secteur informel Ensemble
- Indust. Manufact. 1 107 17,9 % 2 314 7,6 % 3 421
-BTP 709 11,5 % 204 0,7 % 913
- Commerce 1900 30,7 % 21573 70,9 % 23 473
- Hôtel, café, restaurant 342 5,5 % 4 840 15,9 % 5 182
- Services aux entreprises 395 6,4 % 107 0,4 % 502
- Services à la collectivité 982 15,9 % 1 146 3,8 % 2 128
- Autres 752 12,2 % 258 0,8 % 1010
Ensemble des activités 6187 100 % 30 442 100 % 36 629
KM5 3 151 8,6 %
Combattant 1465 4,0 %
Marché central 1 130 3,1 %
Miskine 989 2,7 %
Petevo 550 1,5 %
Lakouanga 460 1,3 %
Total marchés 10 919 29,8 %
Total des emplois S.L + S.M. 36 629 100 %
L'emploi dans les principaux marchés (tableau n°29)
Source : DSEE, Bangui, 1990.
IL2 - LOCALISATION DES EMPLOIS
Le tiers des emplois du secteur informel et près de 28% de l'emploi total sont localisés sur
les marchés. Le marché du KM5 totalise à lui seul près de 9% des emplois de l'ensemble des
unités recensées.
Il est à souligner le rôle prépondérant que jouent les "wali-gala" 149
sur les marchés dans
l'approvisionnement de la ville en produits vivriers. "Bangui ne semble vivre que grâce au
secteur commercial et surtout à la micro-distribution"150
. Le système de distribution des
produits vivriers est largement dominé par les "wali-gala". On dénombre plus de 10 000
"wali-gala" les marchés publics de la ville de Bangui.
149"Wali-gala" : femmes commerçantes.
150
YAMANDJAN (D.-A.) : "Organisation et gestion du développement agricole en Centrafrique", Thèse de 3ème
cycle, Sciences de gestion, Université de Toulouse 1,1994.
Secteur
moderne
Secteur
informel
Ensemble
Responsable d'entreprises 222 19 522 19 744
Associés 91 630 721
Apprentis 107 410 517
Aides familiaux 72 6 877 6 949
Salariés 5 695 3 003 8 698
Ensemble des activités 6 187 30 442 36 629
IL3 - STRUCTURE DES EMPLOIS
Structure de remploi ("tableau n°30)
Source : DSEE, Bangui, 1990.
La structure des emplois est fondamentalement différente selon le secteur, informel ou
moderne. Le secteur infonnel fonctionne avec une organisation familiale, la notion même de
salariat est floue et les travailleurs salariés sont très peu nombreux (10% du total des emplois).
A l'inverse le secteur moderne génère 65% des salariés recensés. 92% des emplois de ce
secteur sont des emplois salariés.
Les avantages en nature sont très importants dans le S.I. En effet 47,8% du personnel
employé est logé par l'employeur contre 3,6% seulement dans le secteur moderne.
La moyenne d'âge varie en fonction de l'activité des unités. La branche
"commerce-hôtel-restaurant" comporte beaucoup de jeunes : 48,2% ont moins de 30 ans et
plus de 26% moins de 25 ans. Seulement 23% des responsables ont plus de 40 ans.
La production manufacturière et les services sont occupés par des gens relativement plus
âgés, les classes d'âge importantes se situent entre 25 et 31 ans. 13,7 % des responsables des
unités manufacturières ont plus de 50 ans.
IL4 - STRUCTURE PAR ÂGE ET NIVEAU DE FORMATION
A - Structure par âge : La moyenne d'âge varie en fonction de l'activité des unités. La branche
"commerce-hôtel-restaurant" comporte beaucoup de jeunes : 48,2% ont moins de 30 ans et
plus de 26% moins de 25 ans. Seulement 23% des responsables ont plus de 40 ans.
La production manufacturière et les services sont occupés par des gens relativement plus
âgés, les classes d'âge importantes se situent entre 25 et 31 ans. 13,7 % des responsables des
unités manufacturières ont plus de 50 ans.
B - Niveau de formation : La qualification professionnelle est bien sûr très disparate : 11,7%
des salariés du secteur moderne ont le CAP ou plus, alors que seulement 4,1% des salariés du
S.I. déclarent posséder un diplôme professionnel.
La répartition selon le niveau d'instruction est très inégale d'une branche à l'autre. En
effet, la production et les services, qui requièrent parfois une certaine technicité, comportent
une proportion de diplômés plus importante que dans les autres branches. On trouve dans ces
deux branches 20% de personnes ayant fait des études secondaires contre seulement 8% dans
le commerce. Une particularité est à noter chez les vendeurs de cigarettes : plus de 22% d'entre
eux déclarent avoir suivi des études secondaires et 2,7% avoir fréquenté l'université. Ce qui
montre l'arrivée croissante des instruits, qui n'ont d'autre alternative que d'exercer une activité
dans le S.I.
Les unités nouvellement créées sont dirigées par des responsables de plus en plus
éduqués. La distribution des unités créées au cours de ces dernières années selon les niveaux
d'études des créateurs montre une évolution sensible notamment des personnes ayant suivi des
études secondaires.
Plus les responsables sont éduqués, plus ils cherchent à élargir l'éventail de leurs
activités. 12% des unités ayant plusieurs activités appartiennent à des responsables ayant fait
des études supérieures. Ceux-ci ne représentent pourtant que 1,6% des effectifs.
A l'inverse les personnes n'ayant aucune instruction (32,1% de l'ensemble) ont très
rarement plusieurs établissements.
On remarque également que 14,6% des responsables d'unités ont une autre activité
professionnelle, us sont souvent agriculteurs notamment chez les commerçants en fruits et
légumes mais aussi, quelques fois salariés (654 responsables sont eux-mêmes employés dans
Sans École 6e-3e Secondai
re
Études Non Total
instructi
on
primaire à
terminale
supérieur
es
exprimé
Production 19,1 % 30,7 % 24,3 % 15,2 % 3,9 % 6,8 % 100%
Commerce, 3,7 % 30,5 % 19,9 % 6,8 % 1,3 % 7,8 % 100%
café, restaurant,
dont commerce 12,2 % 26,5 % 36,3 % 19,4 % 2,7 % 2,9 % 100%
détail, cigarettes
Services 12,4 % 33,2 % 23,3 % 14,6 % 4,7 % 11,8 % 100%
Ensemble 32,1 % 30,4 % 20,2 % 7,6 % 1,6 % 8,1 % 100 %
Niveau d'instruction et de formation (tableau n°31)
Source : DSEE,
Bangui, 1990.
Sans
instructio
n
École
primaire
6e - 3e Secondair
e à
terminale
Études
supé-
rieures
Non
exprimé
Total
Centrafrique 31,8 % 33,6 % 22,3 % 8,4 % 1,6 % 2,3 % 100 %
Bangui 13,5 % 38,0 % 34,9 % 10,2 % 1,7 % 1,8 % 100%
Basse Kotto 50,5 % 30,6 % 10,7 % 5,9 % 1,5 % 0,8 % 100%
Ibingui Eco 46,4 % 29,3 % 14,2 % 5,8 % 1,4 % 2,9 % 100%
Kemo Ibingui 50,7 % 30,6 % 11,4% 4,1 % 0,9 % 2,3 % 100%
Lobaye 26,9 % 39,2 % 27,3 % 7,8 % 1,2 % 1,6 % 100%
Mbomou 39,6 % 30,4 % 17,9 % 7,8 % 2,9 % 1,4% 100%
Ombella Mpoko 40,0 % 34,7 % 14,8 % 6,2 % 1,2 % 3,0 % 100%
Ouaka 37,6 % 32,4 % 16,1 % 8,5 % 1,3 % 4,2 % 100%
Ouham 45,9 % 31,8 % 12,7 % 6,4 % 1,1 % 2,1 % 100%
Autres pays
d'Afrique
39,8 % 14,4 % 5,6 % 3,2 % 1,2 % 31,8 % 100 %
Ensemble 32,1 % 30,4 % 20,2 % 7,6 % 1,6 % 8,2 % 100 %
Niveau d'étude et origine géographique (tableau n°32
une entreprise ou dans une administration). Ce qui confirme l'hypothèse de la pluri-activité des
acteurs mise en exergue dans le premier chapitre.
Proportionnellement les responsables centrafricains possèdent un niveau d'instruction
plus élevé que celui de leurs homologues africains. 1 centrafricain sur 3 déclare n'avoir pas fait
d'études et également 1 sur 3 s'être arrêté à l'école primaire. Il faut noter toutefois, le nombre
élevé de non réponses parmi les étrangers (près du tiers).
H.5 - ORIGINE GÉOGRAPHIQUE ET NIVEAU DE FORMATION
Les nationaux par régions
Source : DSEE, Bangui, 1990.
Le responsable centrafricain originaire de la capitale est nettement plus instruit (13,5%
de sans instruction) que son compatriote de province. Les ressortissants de Kemo-Ibingui ou
de Basse-Kotto n'ayant aucune instruction sont proportionnellement 4 fois plus nombreux que
les banguissois. Il faut cependant remarquer que les personnes originaires de la Lobaye
possèdent un niveau d'instruction nettement plus important que le reste des provinces (26,9%
seulement de sans instruction, alors que ce même taux se situe aux alentours de 37 à 50% pour
les autres régions). Ce résultat s'explique par le fait que les trois premiers présidents du pays
étaient originaires de cette région, d'où la présence de nombreuses infrastructures scolaires.
Les personnes originaires de l'Ouhan représentent à elles seules 13,4 % des unités informelles.
Elles sont particulièrement présentes dans les activités manufacturières (couture, meubles,
etc.) mais aussi dans la restauration traditionnelle (brochette, etc.).
La Basse-Kotto (6,9 % des unités) fournit 44% des vendeurs de poissons. La Ouaka est
également bien représentée (6,5%) de même que le Mbomou (5,1%). On remarque un
phénomène classique de migration par grappes. Les personnes originaires de la Ouaka ou de
l'Ouhan se concentrent sur le marché "Combattant", celles du Mbomou se trouvent sur le
marché "KM5". Le marché Central fixe les ressortissants de la Kémo-Gribingui et de la
Basse-Kotto. Ces derniers s'installent également sur le marché Pétévo. Les Banguissois
d'origine quant à eux sont essentiellement attirés par le marché "KM5".
Près de 9 responsables sur 10 sont de nationalité centrafricaine. Les autres sont en
grande majorité des ressortissants d'Afrique (11,2% des unités). Plus de la moitié d'entre eux
sont des Tchadiens, les autres sont par ordre d'importance, du Sénégal, du Zaïre et du
Cameroun. Les Européens sont pratiquement inexistants (0,08%), les Libanais représentent
0,12% de l'ensemble.
L'implantation des étrangers obéit également à des règles perceptibles. Les Tchadiens se
retrouvent à plus de 50% dans le 3ème arrondissement (KM5) alors que le 5ème
arrondissement et le 1er (marché artisanal) attirent surtout les Sénégalais. Les 2/3 des Zaïrois
restent dans des arrondissements qui bordent le fleuve (surtout le 2ème arrondissement). Les
Libanais mis à part (56% dans le centre-ville) les autres ressortissants sont attirés par le
"KM5". Certaines professions sont quasiment contrôlées par les étrangers : ce sont les
Tchadiens spécialisés dans la fabrication de caisses et cantines, dans la poterie, certains types
de pièces forgées, dans le commerce de moyenne importance..., conjointement avec les
Camerounais et les Haoussas, le plus souvent musulmans.
Les responsables des autres pays africains entreprennent souvent dans le petit commerce
de détail (produits de première nécessité et condiments) ainsi que la vente des vêtements. Le
commerce de détail de chaussures semble être une spécialité malienne.
L'observation de l'âge des établissements selon la nationalité du responsable d'unité met
en évidence la récente arrivée massive des Zaïrois (43,8% de leurs établissements ont moins
de 6 mois). Il est à remarquer une importante immigration tchadienne en 1970 et 1976 ; ces
années correspondent aux périodes d'instabilité politique au Tchad.
Les unités dirigées par les personnes originaires de Bangui, de l'Ouham-Pendé ou de la
Haute-Sangha sont relativement récentes (75% des établissements). A l'opposé si les
responsables des originaires de l'Ouham, Ombella-Mpoko, de la Kemo-Ibingui et de la
Basse-Kotto sont implantés depuis longtemps dans l'économie banguissoise 17% des unités
tenues par les personnes ont plus de 15 ans.
II.6 - L'ABSORPTION DU FLUX MIGRATOIRE
Les flux migratoires internes et externes vers Bangui, et l'absence des perspectives
économiques du secteur moderne sont deux phénomènes expliquant l'extension du S.I. à
Bangui.
Avec un taux de croissance démographique de 2,5% par an, la Centrafrique est un pays
relativement jeune. Ce taux au niveau national relève une répartition inégale. Dans les zones
rurales (70% de la population) le taux de croissance démographique est de l'ordre de 1,6% ; le
même taux concerne les agglomérations de moins de 2 000 habitants. Les zones urbaines de
10 000 à 20 000 habitants connaissent un taux d'expansion de l'ordre de 6% ; les cinq villes
secondaires151
(plus de 35 000 habitants) croissent à un taux de 5%.
29,5% des unités sont dirigées par des personnes originaires de Bangui ; 57,2% des
responsables sont nés en province, ce qui dénote un flux migratoire important et probablement
un certain dépérissement des provinces.
A Bangui, la population a cru de 5% par an, de 1975 à 1982 la population banguissoise
est passée d'environ 280 000 habitants à 451 691, soit 16,8% de la population Centrafricaine.
Aux flux migratoires internes, il faut ajouter un flux d'étrangers qui semblent bien réussir dans
le S.I. (environ 25% des chefs d'entreprise) : on trouve les Tchadiens spécialisés dans la
fabrication des caisses et cantines, dans la poterie et certains types de pièces forgées et soudées
(marteau, machettes...) dans le commerce de moyenne importance conjointement avec les
Haoussas152
et les Camerounais. Les salons de coiffure féminine sont la mainmise des
femmes Zaïroises et Tchadiennes. Le même phénomène s'observe en ce qui concerne le
commerce des pièces détachées qui est souvent tenu par les musulmans Tchadiens,
Camerounais, etc.
75% des entrepreneurs et un employé sur trois (salarié et non salarié) sont des migrants.
80% des migrants avaient de la famille ou des amis résidents à Bangui. L'analyse du processus
migratoire nous montre que 80% des individus ont migré, pour des raisons d'emploi, de revenu
ou de formation. Cependant, 27,3% des individus ont déclaré avoir effectué des comparaisons
de revenus153
. La décision de migration recouvre des situations hétérogènes.
La vérification de l'hypothèse de TODARO, à savoir que la migration résulte d'une
décision individuelle rationnelle liée à l'existence d'un différentiel de revenu, a été testée par
LACHAUD. Il découle de l'analyse du phénomène que les facteurs de la migration ne
151
Les villes secondaires (+35 000 habitants) sont : Berberati, Bouar, Bambari,Bossangoa, Carnot.
152
Haoussa : nom donné aux Nigériens, commerçants musulmans.
153Enquête CE.A.N. op.cit. page 54.
peuvent être réellement déterminés que si l'on connaît le statut antérieur de l'individu, et que en
courte période la maximisation de revenu n'est pas le seul facteur explicatif.
La proportion de migrants pouvant répondre à l'hypothèse de TODARO n'est pas
majoritaire. Fondamentalement la migration a lieu parce qu'elle est susceptible de permettre les
conditions de l'obtention d'un revenu à long terme. 40% des migrants avaient au préalable une
idée précise du métier qu'ils voulaient faire. Cette observation conduit LACHAUD à reformuler
l'équation de TODARO à partir de l'hypothèse suivante : la migration est fonction de la
possibilité d'investir en capital humain (apprentissage permettant par la suite d'obtenir des
revenus supérieurs).
La migration d'une zone "i" à une zone "j" aura lieu si :
n
q q 0 0 x
q
V(o)=X [Rj(t).Pj(t)-Ri(t).Pi(t)]e-rtdt-[C(o)+S Cj(t).e-rtdt>0
t= 0 t= 0
ou V(o) valeur présente nette du différentiel spatial de revenu (j - i) au cours de la période
horizon "n". On note que (i - j) peut désigner rural-urbain ou urbain-urbain.
q
Rj (t) : revenu de l'emploi qualifié de la zone j
0
Ri (t) : revenu de l'emploi non qualifié de la zone i
q
Pj (t) : probabilité d'accorder à un emploi qualifié en j
q
ri (t) : probabilité de trouver un emploi non qualifié en i
C(o) : coût de la migration
q
Cj (t) : coût d'investissement en capital humain en j
X : période de formation
i : préférence pour le temps
n : période horizon du migrant
Cette formulation présente un intérêt car elle montre que le SX, en absorbant la majorité
des migrants, contribue aussi à accélérer le processus migratoire. Le système d'apprentissage
réduit considérablement les coûts de l'investissement en capital humain et accroît la probabilité
d'accéder à un emploi qualifié.
Comment ce double flux migratoire est-il accueilli ?
Cette question renvoie à l'absence de perspectives économiques, phénomène aggravé par les
mesures successives d'ajustement structurel dont les répercussions désastreuses sont
évidentes.Depuis les indépendances le secteur public embauche selon des critères flous
(tribalisme, népotisme...). De 1972 à 1980 on a noté une augmentation de 75% de l'effectif,
toutefois le chiffre absolu des emplois publics ainsi créés est faible et montre l'écart entre le
nombre de demandeurs d'emploi et les postes offerts.
Ce premier point est aggravé par le fait que le secteur privé moderne n'a pratiquement pas
embauché, et qu'il a parfois purement et simplement débauché. On peut penser que le marasme
économique est dû en partie aux effets des politiques d'ajustement structurel, mais aussi à des
facteurs internes. Les perspectives économiques sont sombres : la décroissance du produit
intérieur par tête constitue le point nodal de cette observation. Les conditions générales qui
prévalent à Bangui peuvent se résumer de la façon suivante :
- la population banguissoise croît rapidement, tant en raison de la natalité, qu'en raison
d'un double flux migratoire interne et externe ;
- cette population en croissance n'a trouvé dans le passé que des rares emplois dans la
fonction publique ; aujourd'hui sous l'effet des politiques d'ajustement la fonction publique
comprime ses effectifs, tandis que le secteur privé moderne se restructure difficilement ;
- ces phénomènes ont lieu dans un climat de marasme économique, de décroissance du
PIB par tête.
SECTION III : LA CONTRIBUTION AU REVENU
Il s'agira ici de mettre en évidence le rôle du S I. en matière de distribution de revenu.
Soulignons tout d'abord que dans les PVD en général, la détermination du revenu n'est pas du
tout aisée, elle est confrontée à des difficultés d'ordre conceptuel et au manque de données
statistiques.
L'unique étude sur la question concernant la ville de Bangui, relève des travaux de J.-P.
LACHAUD sur les activités informelles à Bangui, qui datent de 1982. A partir du recensement
des activités du S.I.154
, l'auteur a examiné successivement les statistiques relatives à la valeur
ajoutée et au revenu. Les données recueillies montrent une étroite relation entre le montant du
capital investi et les revenus distribués.
III.l. - L'ANALYSE DES STATISTIQUES DE LA VALEUR AJOUTÉE
A - La méthodologie adoptée
L'approche méthodologique concernant la détermination de la valeur ajoutée a été définie lors
d'une première étude en 1976155
, dont l'auteur rappelle les principaux éléments :
Le principe général adopté est que chaque fois que cela est possible, il est préférable
d'approximer une information à l'aide de deux méthodes différentes. Concernant la valeur
ajoutée et le revenu, l'enquête s'était fixée deux objectifs :
- déterminer leur valeur d'une manière aussi précise que possible ;
- dégager un concept de valeur ajoutée et de revenu de "moyenne période" c'est-à-dire
se rapportant à une année.
Deux méthodes d'estimation de la valeur ajoutée ont été retenues :
1) le questionnaire a permis de déterminer par la déclaration des intéressés, le produit
brut (chiffre d'affaire) et les dépenses relatives aux consommations intermédiaires au cours de
la période de référence, la semaine précédant l'enquête. En outre, les enquêtes devaient indiquer
si cela correspondait à un niveau de production normale (semaine moyenne), maximum (bonne
semaine) ou minimum (mauvaise semaine). Les deux alternatives non
154
LACHAUD (J.-P.) : "Analyse du recensement des activités du S.I. à Bangui", C.E.D., Bordeaux I,
juin 1982.
155 LACHAUD (J.-P.) : "Contribution à l'étude du secteur informel en Côte d'Ivoire", C.E.D.,
Bordeaux I, 1981.
choisies devaient également être précisées tant en termes de production que de consommations
intermédiaires, ce qui finalement permettait d'évaluer le niveau de la V.A. : bonne semaine,
semaine moyenne et mauvaise semaine. Enfin il était demandé de fournir une estimation des
pondérations (en mois) intra-annuelles de ces différents niveaux de production et de
consommation intermédiaire.
On obtient alors pour l'unité de production "i" au cours d'une semaine :
i i i
VA jmax = Pbmax - CImax
i i i
VA i min = Pb min - CI min
i i i
VAj moy = Pb moy - CI moy
où VA : Valeur ajoutée
Pb : Produit brut
CI : Consommation mtermédiaire La valeur
ajoutée annuelle pondérée est :
i i i i i i i
VAj a = ( VAj_max. Fmax ) + ( VAj min . F min ) + ( VA1moy . F moy )
où les F1
représentent les pondérations exprimées en nombre de semaines, sur la base de 52
semaines de travail.
2) Une deuxième estimation de la V.A. a été réalisée à partir d'une approche prix-quantité.
Lorsque cela était possible (surtout dans les activités de production), il était demandé aux chefs
d'entreprise quels étaient les biens fabriqués et leurs prix respectifs au cours de la semaine de
référence ; pour les consommations intermédiaires on se contente de la donnée en valeur. En
outre, ils devaient indiquer si cela correspondait à un niveau de production normal, maximal ou
minimal. Comme précédemment, quelle que soit la réponse fournie, trois estimations des
quantités et des prix devenaient disponibles. De ce fait, la V.A. pour l'unité de production "i" au
cours de la semaine s'obtient ainsi :
i
VA2max
VA2 min : X
Pr
mm
• % mm
" CI min
n = l
=XPr max • Or max" CImax n = 1
VA2 moy = S Pr nioy . qrraoy - CI
moy n = 1
où "VA" représente la valeur ajoutée, "CI" la consommation intermédiaire, "Pr" le prix
des biens, "Qr" les quantités produites et "r = 1", "n" le nombre des biens ou services produits.
La valeur ajoutée annuelle pondérée est (en utilisant les mêmes pondérations que
précédemment) :
i i i i i i i
VA2a = ( VA2 max. F max ) + ( VA2min . F min ) + ( VA2moy . F moy )
La valeur ajoutée finale est obtenue en faisant la moyenne arithmétique de i i
VAj a et VA2 a
A noter que les deux estimations sont relativement proches. Lorsque les variables
demeurent incertaines, des recoupements ont été effectués en utilisant des coefficients
techniques par catégories d'activités.
La détermination du revenu (bénéfice net) des chefs d'entreprise découle de la V.A.
précédente de laquelle on déduit les charges salariales et/ou fiscales.
B - Les principaux résultats
Les tableaux n°33 et 34 donnent les résultats obtenus (voir pages suivantes) et appellent
les observations ci-après :
1) Pour l'ensemble des unités de production, la valeur ajoutée brute moyenne annuelle est
de 387 874 FCFA. Si l'on prend en considération la population cible des activités informelles de
Bangui, le montant global de la V.A. s'élève à 2,1 milliards de FCFA. En fait, compte tenu de la
totalité des activités recensées, la contribution productive serait de l'ordre de 2 3 milliards de
FCFA. Ce qui met en lumière l'importance du S.I. en Centrafrique par rapport au produit
intérieur brut (PIB) .Toutefois ce genre de calcul est sujet à caution.
— Page 140 —
Valeur ajoutée annuelle des premier et dernier quintiles et de la médiane par secteur et catégorie d'activité. Bangui 1982 (FCFA).
(tableau n°34)
SECTEUR ET STATISTIQUES
CATEGORIE Ensemble des entreprises Premier quintile Dernier quintile Médiane Nb de cas
D'ACTIVITE Moyenne Ecart type Moyenne Ecart type Moyenne Ecart type
Production 993 123 1 470 606 111 006 54 115 3 431 768 1 899 274 401 492 5 7
l'Oche art. 2811636 2082369 539465 531825 5838664 467954 2281994 14
1[abili, divers 417296 328814 86798 41974 956259 190284 290004 25
Menuisiers 406315 211669 180336 23385 779584 83173 354774 12
r'orj'crons, divers 321975 212177 16380 - 572000 - 331188 6
Services 613 691 445 987 135 844 23 103 1 296 090 167 940 474 448 2 4
Travili1 grains 780052 400420 496912 - 1063102 - - 2
Róp.chauss.divers 186690 118012 102232 - 393744 - 151216 5
Mót'iin.niilo.vclom. 1163478 254713 859664 - 1478412 - 1236976 7
Rdp.rodlodivers 387296 165463 139516 - 483080 - 463294 4
'ii i vu csdivcis 423583 276633 231712 - 857012 - 263458 6
< «iiuiik'I ce 300 567 626 692 28 107 20 010 1 037 008 1 138 481 135 252 2 4 2
Rosi bars 2451559 1682101 883974 62251 5336968 1491447 2027064 11
Pintiprâp.garg. 106219 138731 28392 :
6251 287872 252680 50700 9
Doluonaprépind. 311957 460868 42159 7 515 937547 685966 127894 18
('un mici cej'Ciióral 293978 304859 80256 32733 762652 404810 184418 24
<'oin.vlvricrs div. 112557 119732 16266 24684 276464 172284 84292 80
( 'Din.vi.'iiides 408 864 270745 169000 1397 898404 356591 310024 13
( 'oui.poissons 180789 145974 31200 - 468000 - 181012 7
( 'oin.cpiccric 101104 87312 39260 9192 252850 70193 55380 10
( îom.boul .divers 190050 ■ 119740 37921 30084 360256 111530 188422 20
( oui.bois divers 192903 185525 9685 13359 493831 96582 143000 18
('om.qiiinc.divers 164931 106339 94484 - 321100 - 122070 4
( 'oin.lexl.divers 351 390 346217 98176 6471 966446 190135 168688 10
('om.cij'.nrellcs 164013 209218 30030 26290 549484 236134 75712 11
('oiu.divcrs 328 002 244392 100776 - 814528 - 313612 7
H A N i i i e i H 562 113 M l i».n 234 000 1 1 0 309 265 881 265 881 495 300 8
Tlllili l|Ml|l l u i ) - ■ M ■ - - 5 431
U m i l i l i - I A t J I A U l ) ,  m
En admettant que la population banguissoise équivaut à la moitié de la population
urbanisée en Centrafrique, et que le rapport activités informelles / population urbaine est
homogène quel que soit le niveau d'urbanisation, la contribution du Si. en Centrafrique serait de
l'ordre de 4.6 milliards de FCFA soit 4.6 % du PIB156
. Nous avons la conviction que le Si.
contribue largement à la production contrairement au chiffre ci-dessus ; on a l'impression qu'il y
a d'un côté le S.M., de l'autre côté le Si., et qu'il suffit d'additionner les deux pour avoir le PIB.
Un premier biais concerne l'importance respective des activités de production, de services et de
commercialisation. Si les activités de services sont légèrement sous estimées (les transporteurs
en particulier, les maçons des quartiers...), les activités de production ne le sont pas (exception
: la fabrication des cantines). Par contre, il existe un important biais dans l'évaluation du secteur
commercial (commerce de carburant, de cigarette, de montres...).
Un deuxième biais provient du fait que le Si. concerne beaucoup plus de personnes que ce qu'il
apparaît dans les résultats du recensement. Si un ménage sur trois touche des revenus du Si., en
revanche, tous dépensent une partie de leurs revenus dans ce secteur. Ceci est une réalité qui
échappe aux recensements, alors que le fait est visible pour tout observateur. Plus le revenu
augmente, moins les personnes s'adressent au Si. ; cela se traduit par une élasticité de la
demande au Si. par rapport au revenu inférieure à 1.
Ce résultat paraît non négligeable. En fait il prend une dimension toute particulière
lorsqu'on le replace dans le cadre de la comptabilité nationale qui, pour la plupart du temps, ne
tient pas compte du Si. A cet égard, le PIB par tête avait été estimé à 43 800 FCFA en 1979. Si
le Si. est pris en compte, il s'élève à 45 800 FCFA, soit une augmentation de 4.6%157
.
La valeur élevée des écarts-types suggère l'existence de disparités importantes. La contribution
productive annuelle moyenne du premier quintile est, selon les secteurs, 10 à 20 fois moins
élevée que celle du dernier quintile. Par contre la désagrégation selon l'ancienneté des
entreprises ne fait pas apparaître d'écart sensible en ternies de V.A. Certes les entreprises ayant
trois ans et plus d'existence exhibent des performances économiques meilleures, mais l'écart
avec les plus récentes n'est pas exorbitant.
2) L'analyse sectorielle permet de préciser davantage ces informations globales. Tout
d'abord on constate une inégale contribution à la production selon les secteurs d'activités. La
valeur ajoutée dégagée par les activités non commerciales est en moyenne deux fois, voire
156
Si l'on prend un PIB de 101 milliards de F CFA en 1979 et la population urbanisée de 10 000 habitants et plus.
157
D'où un PIB / tête supérieur à 300 $ en 1979.
trois fois plus forte que celle inhérente aux activités commerciales, et ceci quelle que soit
l'ancienneté des entreprises.
A l'intérieur des secteurs, la V.A. moyenne varie d'une activité à une autre. Ainsi, les
performances du secteur de production sont dues essentiellement à la présence de la pêche
artisanale dont la contribution productive (2 811 626 FCFA) est sept fois plus élevée que
dans les autres catégories d'activité. Dans les services, on notera les bonnes performances de
la mécanique auto (1 163 478 FCFA) et du travail de grains (780 052 FCFA). Dans le
commerce la prépondérance des bars-restaurants est manifeste puisqu'ils sont à l'origine
d'une VA annuelle moyenne de 2 451 559 FCFA.
Des différences importantes apparaissent pour une même catégorie d'activité.
L'analyse montre qu'entre le premier quintile et le dernier quintile, il existe des écarts moyens
de VA de 1 à 30 dans la production, de 1 à 10 dans les services et le bâtiment, et de 1 à 40
dans le commerce. Mais on observe qu'à part le commerce, la médiane est relativement
homogène selon les catégories d'activités.
Au total les résultats auxquels l'auteur est parvenu confirment l'importance de la
contribution productive du Si. Toutefois il est à noter, tout comme l'analyse de l'emploi et du
capital, l'existence de disparités selon les secteurs et catégories d'activités.
m.2 - L'ANALYSE DES STATISTIQUES DE REVENU
L'entreprise du Si. a plus ou moins de potentiels de revenu suivant les branches
d'activités. L'examen de l'éventail des revenus distribués par le Si. Montre une forte disparité.
Pour mieux cerner la distribution des revenus dans le Si. à Bangui, nous exploiterons ici les
résultats de l'enquête158
pour situer le niveau de la rémunération des chefs d'entreprises et de
la main-d'œuvre. En outre, nous comparerons ces revenus au salaire minimum (indicateur
approprié).
' A - Le revenu des chefs d'entreprises
Pour l'ensemble des activités informelles, le revenu moyen (il s'agit d'un revenu de
moyenne période) des chefs s'élevait à 5 645 FCFA par semaine. A priori, on peut considérer
que ce niveau de rémunération est substantiel puisqu'il dépasse le seuil des salaires minimum
évalué à 4 375 FCFA par semaine (voir tableau n°35).
Enquête op.cit. page 54.
Revenu ( ï ) par semaine des entrepreneurs par secteur et catégorie d'activité et selon l'ancienneté des entreprises. Bangui 1982. (FCFA)
(tableau n°35)
SECTEUR ET STATISTIQUES
CATEGORIE Ensemble des entreprises Entreprises de 3 ans et plus Entreprises de moins de 3 ans
D'ACTIVITE Moyenne Ecart type Nb de cas Moyenne Ecart type Nbdecas Moyenne Ecart type Nb de cas
Production 15 069 23 966 5 7 14 846 19 203 3 6 15 451 31 093 2 1
Pêche art. 41 398 37 381 14 35 688 26 027 10 55 675 60 353 4
Habill.divers 6 844 6 300 25 7 096 7 096 13 6 580 5 614 12
Menuisiers 6 098 3 865 12 6 723 4 250 9 4 223 1 700 3
Forgerons, divers 5 842 4 263 6 6 203 3 793 4 5 119 6 794 2
Services 8 816 6 187 2 4 8 639 5 919 1 6 9 174 7 105 8
Travail grains 12 472 6 952 2 - - - 12 472 6 952 2
Rép.chauss.divers 2 796 1 356 5 2 720 1 553 4 3 099 - 1
Mécan.auto.vélom. 15 972 4 782 7 14 896 4 209 6 22 431 - 1
Rép.radio divers 6 564 3 105 4 8 767 133 2 4 361 3 081 2
Services divers 5 772 1 804 6 5 110 1 276 4 7 096 2 477 2
Commerce 4 314 8 804 24 2 5 460 11 383 11 7 3 241 5 198 12 5
Rest.bars 30 214 26 361 11 37 434 30 714 7 17 579 9 753 4
Plats prép.garg. 1 752 2 180 9 3 350 3 499 3 953 636 6
Boissons prép.ind. 5 907 9 102 18 4 547 5 014 9 7 268 12 113 9
Commerce général 4 399 5 511 24 5 543 6 954 9 3 713 4 573 15
Com.vivriers div. 1 635 1 804 80 1 972 2 066 37 1 345 1 508 43
Com.viandes 5 133 2 998 13 4 505 3 089 9 6 548 2 578 4
Corn .poissons 1 966 1 953 7 1 966 1 953 7 - - -
Com.épiccrie 1 527 1 249 10 1 087 708 5 1 968 1 588 ■ 5
Com.boul.divers 3 446 2 218 20 3 696 2 546 8 3 279 2 073 12
Com.bois divers 2 979 3 116 18 1 705 1 640 8 3 998 3 695 10
Com.quinc.divers 2 665 1 798 4 3 806 2 077 2 1 528 408 2
Com.text.divers 5 278 6 466 10 9 399 8 905 4 2 531 2 242 6
Com. cigarettes 3 074 3 952 11 6 115 6 533 3 1 934 2 160 8
Com.divers 5 358 4 254 7 6 078 4 167 6 1 038 - 1
Bâtiment 7 295 4 199 8 6 733 4 185 7 11 276
-
1
Total (pop. base) 5 645 - 5 431 6 601 - 2 777 4 495 - 2 654
(1) : Il s'agit du revenu de l'activité productive liée à l'entreprise.
Source : LACHAUD, 1982.
On note une importante différence selon les secteurs et catégories d'activités. Avec des
appointements de 15 069 FCFA / semaine, le secteur de production engendre des revenus deux
fois plus élevés que les services et le bâtiment, et quatre fois plus élevés que le commerce. Les
bénéfices des entrepreneurs des secteurs services et bâtiment et du commerce sont
respectivement: 8 816 FCFA, 7 295 FCFA et 4 314 FCFA par semaine. Le bénéfice des chefs
d'entreprise du commerce est voisin du SMIG.
B - La rémunération de la main-d'œuvre
Le tableau n°36 (page suivante) indique les rémunérations de la main-d'œuvre par
semaine.
L'existence de plusieurs niveaux de rémunération de la main-d'œuvre est le reflet de la
spécificité des formes d'emploi dans le S.I. : la rémunération de la main-d'œuvre est directement
liée aux performances de l'entreprise. Ceci est d'autant mieux accepté que l'embauche est
souvent fonction dès critères familiaux. Dans ce contexte, il n'est pas excessif d'avancer que
dans certains cas, les revenus de la main-d'œuvre constituent une forme de partage des revenus
disponibles. A ce propos, peut-on raisonner en termes de revenus individuels, ou ne faut-il pas
réfléchir au niveau des ménages ?
Nous retiendrons que : quels que soient les secteurs et catégories d'activités, et les niveaux
d'occupation, la majorité des individus perçoivent des rémunérations inférieures au salaire
minimum de 4 375 FCFA / semaine.
Toutefois, il est frappant de constater que l'hétérogénéité sectorielle est peu visible à ce
niveau. Même les secteurs les plus dynamiques distribuent des salaires inférieurs au salaire
minimum.
Aux rémunérations monétaires peuvent s'ajouter des avantages en nature pour la
main-d'œuvre "non salariée" et ceci obscurcit la différenciation traditionnelle des formes
d'emploi. Dans le Si. les notions de "salariat "et de "non salariat" doivent être maniées avec
précaution.
SECTEUR ET STATISTIQUES
CATEGORIE
D'ACTIVITE
Apprentis rémunérés Aides familiaux rémunérés Ouvriers/employés rémunérés % de cas > SMIG 4
375 F CFA / semaine
(1)
Nb % RM Rmax Rmin Nb % RM Rmax Rmin Nb % RM Rmax Rmin A AF O/E
Production 14 73,7 900 (10,0) 1720 (1078) 200 (0,0) 7 13,7 1767 (1531) 2400 (1380) 550 (71) 5 26,3 32 69 (2034) 4065 (3344) 2894 (1863) 100 85,7 60,0
Pêche art. - - - - - - - - - - - - - -
-
- - -
Habill.divers 2 33,3 - 2475 (1803) - 6 50,0 1767(1531) 2300(1483) 550(71) 4 100,0 3269 (2034) 4769 (3407) 2894(1863) 100,0 83,3 50,0
Menuisiers 9 100,0 - 1792(1068) - 1 100,0 - 3000(0,0) - 1 100,0 - 1250(0,0) - 100,0 100,0 100,0
Forgerons, divers 3 75,0 900 (0,0) 1000(0,0) 200(0,0) - - - - - - - - - - 100,0 - -
Services 10 66,7 1693 (1099) 3167 (1804) 625 (338) 5 83,3 - 1460 (391) 387 (0,0) 12 100 500 (0,01) 3042 (424) 100,0(0,0) 83,3 100 100
Travail grains - - - - - 1 100,0 - 2000(0,0) - 1 100,0 - 2250(0,0) - - 100,0 100,0
Rép.chauss.divers 1 25,0 300(0,0) 600(0,0) 300(0,0) - - - - - 3 100,0 500 (0,01) 3000(0,0) 100(0,0) 100,0 - 100,0
Mécan.auto.vélom. 7 77,8 1708(980) 3332 (1442) 680 (329) 3 75,0 - 1600(1153) 387 (0,0) 5 100,0 - 3300(411) - 71,4 100,0 100,0
Rép .radio divers 1 100,0 3000 (0,0) 6000 (0,0) 1000(0,0) 1 110,0 - 500(0,0) - - - - - - 0,0 100,0 -
Services divers 1 100,0 - 1750 - - - - - - 3 100,0 - 2917(382) - 100,0 - 100,0
Commerce 5 45,5 - 343 0 (1421) - 19 25,7 2500 * 2235 (1572) - 29 69,0 . - 2898 (1483) - 80,0 84,2 86,2
Rest.bars 4 80,0 - 4037 (480) - 8 88,9 - 3531 (737) - 26 83,9 - 2935 (1274) - 75,0 75,0 88,5
Plats prép.garg. - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Boissons prép.ind. - - - - - - - - - - 25,0 - - - - - -
Commerce général - - - - - - - - - - 2 -- 3250 (4243) - - - 50,0
Com.vivriers div. - - - - - 2 12,5 - 2650(3451) - - - - - - - 50,0 -
Com.viandes - - - - - 1 50,0 - 600(0,0) - - - - - - - 100,0 -
Com.poissons - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Com.épicerie - - - - - - - - - - - - - - - - -
Com.boul.divers - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Com.bois divers 1 50,0 - 1000(0,0) - 6 54,5 - 1200067) -
-
- - - - - 100,0 -
Com.quinc.divers - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Com.text.divers - - - - - 1 20,0 - 1050(0,0) - 1 100,0 - 1250(0,0) - - 100,0 100,0
Com.cigarettes - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Com.divers - - - - - 1 100,0 - 250(0,0) - - - - - - - 100,0 -
Bâtiment 5 83,3 2600 (0,0) 3000 (0,0) 2400 (0,0) - - - - - 4 100 3833 (2021) 4 625 (1702) 3408 (2410) 100 - 50,0
(1) : Par rapport au salaire minimal. Source : LACHAUD, 1982.
* : Uniquement bars-restaurants. Dans la mesure où les salariés moyens n'ont pas été indiqués dans les autres secteurs. Le salaire moyen est supérieur au salaire maximum.
Rémunération de la main-d'œuvre par semaine selon les secteurs et les catégories d'activité. Ban gui 1982.
(tableau n°36)
La comparaison avec les revenus officiels
La comparaison du premier et dernier quintile et la médiane au salaire minimum apparaît
dans le tableau n°37 page suivante.
Dans 59,8% des cas, le revenu du S.I. est inférieur au SMIG. Cependant le revenu médian
avoisine les 22 500 FCFA (exactement 22 452 FCFA) ce qui est nettement supérieur au salaire
de référence. En réalité, le revenu médian du S.I. est fortement influencé par les revenus
observés dans le commerce. Ceux-ci accusent une forte disparité, allant de 25 FCFA/mois au
premier quintile jusqu'à atteindre 300 964 FCFA au dernier quintile.
Les ouvriers du S.I. sont moins payés que ceux du secteur moderne puisqu'ils touchent en
moyenne 10 136 FCFA seulement, contre 13 000 FCFA. Mais leur rémunération pouvant
atteindre 14 700 FCFA en valeur absolue, la différence n'est donc pas substantielle.
On constate que les aides familiaux sont rémunérés. Leur rémunération atteint en moyenne 6
920 FCFA par mois. Mais ce qui est important à souligner est la rémunération des apprentis qui,
en moyenne est de 6 924 FCFA/mois et pouvant atteindre 11 317 FCFA ; alors que certaines
bourses d'études en Centrafrique peuvent avoisiner ces chiffres. Exemple : les élèves de l'école
des Postes et Télécommunications, de l'Institut Pédagogique National, de l'Ecole Normale des
Instituteurs... ne touchent guère au-delà de
10 000 FCFA par mois. Et dire que les apprentis du S.I. peuvent toucher jusqu'à
11 400 FCFA par mois.
Si plusieurs niveaux de rémunération existent, cela est le reflet de la spécificité des
formes d'emploi dans ce secteur : la rémunération de la main-d'œuvre est directement liée aux
performances de l'entreprise. Ceci est d'autant mieux accepté que l'embauche est souvent
fonction des critères familiaux.
— Page 147 —
Revenus moyens des entrepreneurs par mois des premier et dernier quintile et de la médiane des entreprises par secteur d'activités en FCFA
(tableau n°37)
Ensemble
entreprises
1er quintile Dernier
quintile
Médiane Nombre de
cas
% de cas inférieurs ou
égaux au salaire
minimum
Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne
Inférieur ou
égal à 13 000 F
Production 60 276 6 208 210 600 26 952 57 29,8
Services 35 264 8 940 74 340 29 072 24 20,8
Commerce 17 256 1096 58 748 7 784 242 66,1
Bâtiment 29 180 12 264 52 244 26 000 8 12,5
22 580 22 452 5 9 , 8
Source : LACHAUD, 1982.
SECTION IV : LA CONTRIBUTION A L'ACCUMULATION DU CAPITAL
Comme nous l'avons souligné dans le chapitre précédent l'accumulation du capital dans
le S.I. soulève des difficultés dans l'interprétation des résultats. On retrouve ici l'opposition
entre les activités informelles évolutives et les activités informelles involutives. Nous allons
montrer que les résultats diffèrent selon les activités. L'enquête 159
de 1982 donne des
informations sur l'importance, la croissance et le financement du capital technique fixe (l'actif
circulant n'a pas été déterminé).
IV. 1 -VALEUR DES ACTIFS IMMOBILISÉS
Deux approches ont été retenues pour déterminer la valeur des actifs : l'approche globale et
l'approche sectorielle.
A - L'approche globale
La méthode du questionnaire combinée à celle de l'observation a permis d'obtenir la valeur des
actifs immobilisés. Les informations sur le capital : date d'achat, prix d'achat, prix actuel à l'état
neuf, matériel neuf ou d'occasion ont été relevés. En supposant un taux de dépréciation annuel
linéaire de 10%160
, il est possible d'estimer la valeur actuelle réelle de l'actif immobilisé.
Les principaux résultats
- l'actif immobilisé est assez faible, en moyenne 69 542 FCFA par unité de
production. Le capital immobilisé de l'ensemble des unités enquêtées est de l'ordre de 350 000
millions de FCFA ;
- l'importance du capital immobilisé varie avec l'ancienneté des unités de production.
Les entreprises qui ont trois ans et plus d'existence ont un capital technique fixe de 80 898
FCFA en moyenne. Par contre, dans les plus récentes (moins de 3 ans d'existence), l'actif
immobilisé est à peine inférieur à 60 000 FCFA en moyenne ;
- la présence de coefficients de dispersion élevés témoigne d'une hétérogénéité
sectorielle.
159
Enquête op.cit. page 54.
160
Le taux a été appliqué uniformément pour les différents types de biens. Par contre la durée de vie estimée a
varié de 15 à 20 ans selon les types de biens.
B - L'approche sectorielle
L'analyse du capital fixe par secteur fait apparaître des différences importantes. Les
écarts d'immobilisation entre les services et le commerce sont en moyenne de 1 à 6 en faveur du
premier secteur. A noter que pour la production et le bâtiment, les immobilisations sont faibles
par rapport à ce qui est observé dans d'autres capitales africaines. Seul le secteur des services
peut se comparer avec celui des autres pays africains.
- le volume du capital immobilisé varie sensiblement selon les catégories d'activité,
surtout en ce qui concerne les services et le commerce ;
- dans les services, si le niveau du capital technique fixe est comparable pour le travail
des grains et la mécanique auto - de l'ordre de 650 000 FCFA - il est dix à quinze fois moins
élevé dans les autres catégories. Cette divergence se maintient si l'on prend en considération les
entreprises ayant trois ans et plus d'existence. Par contre, elle se réduit notablement pour les
entreprises récentes ;
- dans le commerce : les écarts de niveau de capitalisation sont encore plus accentués.
Le volume de capital technique fixe est deux cent fois plus élevé dans les bars-restaurants que
dans le commerce vivrier. Mais en moyenne, le rapport est de 1 à 100 quelle que soit
l'ancienneté des unités de production.
Ces observations montrent qu'à l'intérieur d'une même catégorie d'activité on retrouve
une diversité de cas. Les coefficients de dispersion sont en général élevés, même dans les
activités où le niveau d'actifs immobilisés est important (mécanique auto, bars-restaurants).
D'une façon générale, dans les catégories d'activité où l'actif immobilisé moyen est faible
(commerce) les variations du montant du capital fixe selon l'ancienneté des entreprises sont à
peine perceptibles. Ce qui tendrait à confirmer l'existence d'une faible barrière à l'entrée en
ternie de capital.
IV.2 - LA CROISSANCE DU CAPITAL TECHNIQUE FIXE
A - La détermination de l'accumulation du capital
La méthode utilisée est la suivante : pour évaluer le taux de croissance du stock de capital,
on s'est référé au stock de capital "effectif' qui tient compte du stock de capital brut, de son âge
moyen et du taux d'amélioration de la productivité de nouveaux biens capitaux.
En supposant que le progrès technique améliore la qualité des nouvelles machines à un taux
constant par année K, il vient :
où Kvt = montant de capital constitué à l'année "v" et encore en usage à l'année "t".
Si le taux de croissance du capital change, il en résultera une modification de la
distribution par âge du capital ainsi que de sa production, puisque l'écart entre la technologie
moyenne et la meilleure technique variera. Une baisse de l'âge moyen du capital améliorera
sa productivité d'un montant égal à –λK𝝏A, 𝝏 A A présente la variation de l'âge moyen du
capital161
161
𝝏A est négatif si le stock de capital devient plus jeune dû à une accélération plus rapide du capital
ai= Taux de croissance annuel moyen du capital au cours de la période "x" pour l'unité
‘’i’’162
Toutefois, comme pour le travail, il paraît nécessaire de pondérer ce taux de croissance
pouréviterdefavoriserlespetitesunitésdeproductionayantpeu decapitaletcrééesdepuispeu.
De ce fait, il importe de pondérer le taux de croissance moyen par le stock de capital de
l'entreprise évaluée au point médian de croissance et le nombre d'années de fonctionnement de
l'entreprise.
Cetteméthodesejustifiedanslamesureoùlequestionnairepermetdedécelerlecapitalde
départ de l'unité de production au moment de l'enquête.
B - l'importance de l'accumulation du capital
Les observations suivantes découlent des résultats de l'enquête :
25% des entreprises seulement ont réalisé une accumulation du capital depuis leur
création. Ce résultat est tout à fait logique si l'on se souvient que moins de 15% des entreprises
avaient eu un taux de croissance de l'emploi positif (voir tableau ci-dessous).
162
Le taux de croissance du capital est déterminé par rapport à sa valeur de remplacement.
Répartitiondesentreprisesparsecteuret catégoried’activitéet caractéristiquesdecroissancedu
capital technique fixe (fréquences relatives), Bangui 1982, (Tableau n°38)
Secteur et
catégorie
d’activité
Croissance du capital technique fixe
Positive Nulle Total N
Production
Services
Commerce
Bâtiment
49,1
41,7
21,6
25,0
50,9
58,3
78,4
75,0
100
100
100
100
57
24
22
9
Total* 25,6 74,4 100 50 053
* : par rapport à la population de base
Source : LACHAUD, 1982.
Dans la production et les services, près de la moitié des entrepreneurs ont réalisé un
investissement net, alors que la proportion dans le commerce (sauf bars-restaurants) dépasse
peine 20%.
Un dynamise approximativement homogène apparaît dans le secteur de la production.
Par contre, des variations assez sensibles subsistent dans les autres secteurs. Par exemple la
mécanique-auto constitue une activité où proportion des entreprises ayant réalisé des
investissements supplémentaires est supérieure à la moyenne. Inversement, dans la répartition
des chaussures et les services divers, le phénomène d’accumulation du capital ne concerne
qu’une minorité d’unités de production.
Les contraintes technologiques ne s’imposent pas de façon uniforme dans tous les
secteurs. Il est vraisemblable que, face à une élévation de la demande, le secteur des services
autorise plus facilement que le secteur de production une augmentation de l’échelle des
opérations sans accroissement des capacités productives. Néanmoins, il est vrai que certaines
activités comme la réparation des chaussures, demeurent réellement marginales.
La signification de l’investissement net est très différente selon qu’il s’agit du secteur
non commercial ou du secteur commercial (sauf bars-restaurants). Dans ce dernier cas, un taux
de croissance net positif traduit tout simplement l’achat de quelques ustensiles rudimentaires
(cuvettes, balance…).
Parcontre,danslesautressecteurs,lanotiond’investissementexprimedespotentialités
additionnelles de production, impliquant parfois un emploi supplémentaire.
Globalement on peut considérer que le secteur informel englobe quelques entreprises
relativement dynamiques du point de vue de l’accumulation du capital. Ce résultat est d’autant
plusencourageantquelaproportiondesentreprisesanciennes(troisansetplus)ayantréalisédes
investissements supplémentaires augmente systématiquement. En effet, près de 40% des
entreprises ayant trois ans et plus d’existence ont augmenté leurs stocks de Capital. Ainsi
l'accumulationducapitaln'estpasuniquementlefaitd'entreprisess'implantent.Ellesemaintient
en moyenne période (voir tableau n°39, page suivante).
(tableau n°39)
* : Par rapport ) la population de base
Source : LACHAUD, 1982.
Type de SECTEUR D'ACTIVITE ET ANCIENNETE DES ENTREPRISES
croissance Production Services Commerce Bâtiment Total *
du capital
technique
fixe
Ens. des
entreprises
(%)
Ent. de 3
ans et +
(%)
Engs. des
entreprises
(%)
Ent. de 3
ans et +
(%)
Ens. des
entreprises
M
Ent. de 3
ans et +
(%)
Ens. des
entreprises
(%)
Ent. de 3
ans et +
(%)
Ens. des
entreprises
(%)
Ent. de 3
ans et +
(%)
POSITIVE 49,1 61,1 41,7 56,3 21,6 34,5 25,0 28,6 25,6 39,2
NULLE 50,9 38,9 53,8 43,8 78,4 65,5 75,0 71,4 74,4 60,8
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
N 57 36 24 16 222 110 8 7 5 053 2 642
% N 100,0 63,2 100,0 66,7 100,0 49,5 100,0 87,5 93,0 52,3
Répartition des entreprises par secteur d'activité, ancienneté et caractéristiques de croissance du capital technique fixe, b angui 1982.
(tableau n°39)
Secteur et TAUX DE CROISSANCE, ANCIENNETÉ, Nb DE CAS
catégorie
d'activité
Ensemble des
entreprises
Entreprises de 3 ans
et plus
Entreprises de
moins de 3 ans
MOY.
POND.
(%)
NB. DE CAS
MOY.
POND.
(%)
NB. DE CAS
MOY.
POND. (%) NB. DE CAS
PRODUCTION
6,4 57 4,1 36 67,3 21
SERVICES
17,3 24 17,5 16 1,6 8
COMMERCE
15,6 222 5,0 110 123,1 112
BAT I M E NT 2,0 8 2,0 7 - 1
TOTAL* 14,5 5 053' 5,6 2 642 114,0 2411
pour l'ensemble du secteur informel, le taux de croissance moyen pondéré du capital
technique fixe est de 14,5% par an (tableau ci-dessous). L'importance de ce taux corrobore les
observations précédentes d'un secteur informel relativement dynamique.
Taux de croissance pondéré annuel du capital technique fixe par secteur, catégorie
d'activité et ancienneté des entreprises, Bangui 1982. (tableau N°40)
Note : l’absence de données indique une croissance nulle. Le nombre de cas de tient compte des cas où
la croissance est positive, nulle ou négative.
*par rapport à la population de base
Source : LACHAUD, 1982.
-La disparité des performances sectorielles : dans la production, le taux de croissance de
l'investissement net n'est que de 6,4%. Toutefois, ce résultat est considérablement influencé par
la pêche artisanale où l'addition au stock de capital est très faible. Ainsi toutes les autres
catégories d'activité exhibent des taux de croissance du capital supérieurs à 12% l'an ;
-Concernant les services, les performances des activités relativement marginales
(réparation de chaussures, etc.) Sont bonnes, tandis que celles des activités où les potentialités
d'emploi sont les plus élevées (mécanique auto) apparaissent moyennes (de l'ordre de 8%).
Paradoxalement, c'est dans le commerce que la croissance de l'investissement net est la plus
forte.
Ces résultats sont d'autant plus importants que ces taux de croissance semblent se
maintenir en moyenne période. Ils sont quasiment identiques pour les entreprises ayant trois ans
et plus d'existence. En outre, si l'on se souvient qu'une plus grande proportion d'entre elles,
réalisent des additions du stock de capital, on est en mesure de pouvoir affirmer que le secteur
informel ne correspond pas à l'image qu'on se fait parfois d'un secteur en stagnation.
Evidemment, cette observation ne s'applique pas uniformément à toutes les activités.
Les résultats de l'enquête montrent réellement une contribution à l'accumulation du
capital. Néanmoins, il est important de déterminer si cette dynamique est le reflet d'une
cohérence dans l'évolution des processus productif.
IV.3 - LE FINANCEMENT DU CAPITAL TECHNIQUE FIXE
On relève généralement plusieurs niveaux d'actifs immobilisés dans le s.i., l'examen des
résultats de l'enquête nous donnera des informations sur l'importance, la croissance et le
financement du capital fixe. Nous aborderons successivement le financement du capital de
départ et le financement de 1*investissement supplémentaire.
A - le financement du capital technique fixe de départ
Le financement du capital de départ provient essentiellement de deux sources : l'épargne
personnelle et l'aide de la famille élargie (tableau ci-dessous).
SECTEUR ET
CATEGORIE
D'ACTIVITÉ
SOURCE DE FINANCEMENT
Epargne/g
ains entreprise
A&Êmilia
le dagje
Héritage Emprunt àun
petitprêL profes.
Emprunta ass.
rîentraice ou
coop.
Nbcecas
Total *
(%)
Production 91,2 21,1 1,8 -
-
57 114,1
Pêche art. 85,4 21,4 - - - 14 106,8
Habill.divers 95,8 25,0 4,2 - - 25
125,0
Menuisiers 91,7 8,3 - - - 12
100,0
Forgerons, divers 100,0 33,3 - -
-
6
133,3
Services 77,3 18,2 - - 4,5 22 100,0
Travail grains 50,0 50,0 - - - 2
100,0
Rép.chauss.divers 75,0 - - - 25,0 4
100,0
Mécan.auto.vélom. 85,7 14,3 - - - 7
100,0
Rép .radio divers 100,0 - - - - 3
100,0
Services divers 66,7 33,3 - - -
6
100,0
Commerce 71,4 28,1 2,9 0,5 - 210 102,9
Rest.bars 80,0 30,0 - -
-
10
110,0
Plats prép.garg. 55,6 44,4 - -
-
9
100,0
Boissons prép.ind. 87,5 18,8 6,3 - - 16
112,6
Commerce général 73,7 21,1 5,3 - - 19
100,0
Com.vivriers div. 68,9 29,7 4,1 -
- 74
102,7
Com .viandes 100,0 -
- 7,7 -
13
107,7
Com.poissons 80,0 20,0 20,0
- - 5
120,0
Com.épicerie 55,6 • 44,4
- - - 9
100,0
Com.boul.divers 62,5 37,5
- - - 16
100,0
Com.bois divers 81,3 18,8
- - - 16
100,0
Com.quinc.divers 100,0 - - - - 2
100,0
Com.text.divers 57,1 42,9
- - - 7
100,0
Com.cigarettes 50,0 50,0 - -
-
10
100,0
Com .divers 100,0 25,0 - - - 4
125,0
Bâtiment 25,0 25,0 75,0 -
-
8 125,0
Total (pop.base) 73,3 26,8 3,6 0,4 0,2 4 806 104,3
Mode de financement du capital de départ : fréquence relative par rapport aux
individus et au volume du capital de départ (1). Bangui 1982. (tableau n°41)
* : Le total est parfois supérieur à 100, compte tenu de la multiplicité des sources de financement
Source : LACHAUD
Pour l'ensemble du secteur informel, 73,3% et 26,8% des individus utilisent
respectivement leur épargne personnelle et l'aide du groupe pour assurer le démarrage de
l'entreprise.Cettedoublesourcedefinancementestd'ailleursapproximativementconstantedans
toutes les catégories d'activités.
L'épargne personnelle et l'aide familiale élargie permettent de financer respectivement
trois quarts et un tiers du volume de capital fixe lors du démarrage de l'unité de production.
Les résultats obtenus sont parfaitement clairs et confirment la plupart des études
antérieures sur cette question. A noter que les tontines jouent un rôle déterminant dans la
constitution du capital de départ. La forme pratiquée à bangui est le "kilimba".
Secteur
et
Nb d'activités antérieures
(inclus activités actuelles)
Nb
%
Durée
moyenne des
catégorie
d'activité
UNE
SEULE
ACTIVIT
E
DEUX
ACTIVI
TES
TROIS
ACTIVIT
ES
QUATR
E
ACTIVIT
ES
d'obser-
vations
d'obser-
vations
act. (années)
(sauf act.)
(écart type)
PRODUCTI
ON
42,1 40,4 17,5 - 57 10,1 4,7 (4,1)
SERVICES 41,7 50,0 4,2 4,2 24 4,4 3,5 (2,7)
COMMERC
E
47,1 43,4 4,5 - 242 84,3 6,0 (6,8)
BATIMENT 25,0 62,5 12,5 - 8 0,1 10,7 (7,2)
TOTAL 46,1 47,8 5,9 0,2 5 431 100,0 5,8 (-)
Le "kilimba" : très répandu en centrafrique, il s'agit d'une pratique très ancienne qui
consistait autrefois à confier le trésor du clan entre les mains du "lemba" en lui imposant
d'effectuer les dépenses indispensables. C'est devenu dans les campagnes une association de
travail et dans les villes une association dans laquelle les membres mettent en commun tout ou
partie de leur salaire et le confient à l'un d'eux, à tour de rôle. Avec la monétarisation de
l'économie cette pratique permet de collecter des fonds pour se lancer dans une affaire, pour la
construction d'un bâtiment ou pour d'autres dépenses nécessitant des sommes énormes.
L'enquête s'est intéressée essentiellement à la provenance de l'épargne personnelle des
chefs d'entreprise ayant permis la constitution du capital de départ.
Répartition des chefs d'entreprise selon les secteurs et catégories d'activité et le nombre
d'activités antérieures (y compris l'activité actuelle), fréquence relative, bangui 1982. (tableau
n°42)
Source : LACHAUD, 1982.
D'après le tableau ci-dessus, 50% des individus ont eu au moins une activité antérieure à
celle qu'ils exercent à présent. Les gains ainsi obtenus ont permis d'assurer en partie ou en
totalité le financement du capital nécessaire au démarrage de l'entreprise. A cet égard, on note
que la proportion des entrepreneurs ayant eu au moins une activité antérieure est d'autant plus
forte que le mode de financement a fait appel à l'épargne personnelle. Toutefois, le pourcentage
d'individus ayant réalisé un autofinancement demeure supérieur au pourcentage de ceux qui ont
déclaré avoir eu une ou plusieurs activités antérieures. L'une des explications plausibles de cet
écart pourrait être l'existence de gains accumulés lors de l'apprentissage ou l'exercice de petits
métiers non déclarés au cours de l'enquête.
Le tableau ci-dessous donne des informations essentielles sur l'origine du financement.
TYPE, SECTEUR SECTEUR D'ACTIVITE
ET LIEU D'OCCUPATION PRODUCTI
ON
SERVICES COMMERC
E
BATIMENT TOTAL
(POP.
BASE)
TYPE D'OCCUPATION
OUVR IER/EMPLOYE 90,9 78,6 26,6 80,0 35 ,3
PROPRE COMPTE 27,3 35,7 70,3 20,0 62 ,8
AIDE FAM ILIALE 9,1 14,3 7,0 20,0 7 ,7
AUTRE (AMBULANT, CHOMEUR,
EFC.)
3,0 - 5,5 - 5 ,0
SECTEUR D'OCCUPATION
SECTEUR INFORMEL
URB.(SAUF COMMERCE)
27,3 50,0 40,6 - 39 ,3
COMMERCE SECT.INF.URB. 15,2 7,1 29,7 - 27 ,0
SECTEUR MODERNE PRIV E 57,6 50,0 14,8 60,0 20 ,8
SECTEUR MODERNE PUBLIC 27,3 14,3 3,1 - 5 ,6
AGRICULTURE 3,0 7,1 20,3 40,0 18 ,5
SANS OCCUP. PREC ISE - - 0,8 20,0 1 ,0
LIEU D'OCCUPATION
BANGUI 106,1 92,9 72,7 66,7 76 ,4
cent.urb.sec.rca 15,2 7,1 11,7 16,7 11 ,9
CENT URB. SEC. AUFTE PAYS
D'AFRIQUE
3,0 - 6,3 33,3 6 ,2
CAPITALE AUTRE PAYS
D'AFRIQUE
- 14,3 2,3 - 2 ,6
ZONE RURALE RCA 3,0 7,1 10,9 - 9 ,9
ZONE RURALE AUTRE PA YS
D'AFR.
- 7,1 5,5 - 5 ,0
AUTRE CAS 3,0 - - - 0 ,3
Répartition des chefs d'entreprise selon le secteur d'activité actuel et le type, le
secteur et le lieu d'occupation de l'activité antérieure (fréquences relatives). Bangiù
1982. (tableau N°43)
Note : Compte tenu de la multiplicité des types, secteurs et lieux d’occupation, le total des pourcentages
peut être supérieure à 100.
Source : LACHAUD, 1982.
Les liens intersectoriels indirects sont assez importants puisque 44,9% des chefs
d'entreprise ont eu une activité antérieure en dehors du secteur informel urbain, leur permettant
de dégager un surplus investissable. Le secteur agricole et le secteur urbain moderne semblent
jouer un rôle non négligeable dans la mobilisation d'une épargne nécessaire au démarrage des
entreprises du secteur informel. En réalité, ces résultats doivent être correctement interprétés.
Certes, la formation du capital du secteur informel peut concurrencer celles des autres secteurs.
B - le financement de l'investissement supplémentaire
Le financement de l'investissement supplémentaire est essentiellement réalisé grâce à
l'épargne personnelle des chefs d'entreprise dégagée au cours du processus de production
(tableau ci-dessous).
mode de financement de l'investissement supplémentaire (fréquences relatives), bangui
1982. (tableau n°44)
* : Le total est parfois supérieur à 100, compte tenu de la complicité des sources de financement
Source : LACHAUD, 1982.
Quels que soient les secteurs considérés, on constate qu'environ 90% des entrepreneurs
financentlesadditionsaustockdu capital à l'aidedu surplus issu deleurunité deproduction. Le
recours à la famille élargie est toutefois substantiel puisqu'il concerne 10% à 20% des cas. Par
contre, la contribution du secteur bancaire est nulle.
Le processusd'accumulationdu capital est largement endogène au secteur informel. Hest
clair que la thèse de financement externe, avancée à propos de certaines villes africaines, ne se
SECTEUR ET SOURCE DE FINANCEMENT
CATEGORIE ï^jagn^gans Aicbfetnilial
e
Héritage NbcEcas Total *
D'ACTIVITÉ entreprise élargie ON) (%)
Production 96,4 10,7 - 28 107,1
Pêche art. 100,0 - - 8 100,0
Habill.divers 90,9 18,2 - 11 109,1
Menuisiers 100,0 16,7 - 5 116,7
Forgerons, divers 100,0 - - 4 10,0
Services 100,0 10,0 - 10 110,0
Travail grains - - - - -
Rép.chauss.divers 100,0 - - 1 100,0
Mécan.auto.vélom. 100,0 16,7 - 5 116,7
Rép .radio divers 100,0 - 2 100,0
Services divers 100,0 - - 2 100,0
Commerce 87,5 20,8 2,1 48 110,4
Rest.bars 100,0 40,0 - 5 140,0
Plats prép.garg. 100,0 - - 1 100,0
Boissons prép.ind. 75,0 25,0 12,5 8 112,5
Commerce général 100,0 - - 4 100,0
Com.vivriers div. 72,7 45,5 - 11 118,2
Com.viandes 100,0 - - 5 100,0
Com.poissons 100,0 - - 1 100,0
Com.épicerie 100,0 - - 1 100,0
Com.boul.divers 100,0 - - 3 100,0
Com.bois divers 85,7 14,3 - 7 100,0
Com.quinc.divers - - - - -
Com.text.divers 100,0 - • - 1 100,0
Comcigarettes -•' - - - -
Com.divers 100,0 - - 1 100,0
Bâtiment - - 100,0 2 100,0
Total (pop.base) 89,1 17,6 2,7 1 294 109,4
vérifie pas à bangui163
. Ainsi non seulement le secteur informel est en mesure de dégager un
surplus, mais aussi de le réinvestir, comme cela apparaît dans les résultats de l'enquête164
le
montant des investissements supplémentaires augmente avec la taille des entreprises.
De nombreux points renforcent les observations antérieures :
Seulement18,12%desentreprisesdégagentunsurpluspositif(capacitédefinancementou
épargne). Cette proportion est d'ailleurs inférieure à celle des entreprises ayant réalisé des
investissements supplémentaires (tableau n°45 page suivante).
Il apparaît que la proportion des entreprises ayant réalisé des investissements
supplémentaires et l'ampleur de ces derniers croissent avec le niveau des actifs immobilisés
(tableau n°46). Ceci est d'autant plus encourageant qu'il semble exister une corrélation positive
entre les proportions des entreprises ayant une capacité de financement et le niveau du capital
technique fixe. Il est à remarquer que cette deuxième série d'observations ne s'applique pas au
commerce.
Le processus d'accumulation du capital est bien endogène au secteur informel. Il est
vrai, cependant que le taux d'épargne a tendance à stagner au-delà d'un certain seuil
d'immobilisation (ou de revenu). En somme on peut retenir de l'analyse de la contribution à
l'accumulation du capital les points suivants :
Le secteur informel demeure hétérogène en termes d'actifs immobilisés.
Le choix et le développement des activités semblent déterminés par la présence de
diverses barrières à l'entrée : capital technique et humain, anticipation de demande et statut
social des activités. Le dynamisme d'accumulation, sectoriellement différencié, se maintient en
moyenne période et met en jeu des processus de financement largement endogènes au secteur
informel.
On remarque, par contre, que le financement bancaire est inexistant.
eneffet,lescontraintesimposéesparlesystèmebancairesontimpossiblesàsurmonterpar
les petites entreprises du S.I.
Le financement de l'investissement supplémentaire est essentiellement réalisé grâce à
l'épargne personnelle. En effet, près de 90% des entreprises financent leur augmentation de
capital. Par contre, ici encore, on note que la contribution bancaire est nulle.
163 MIRAS (C.) : "La formation du capital productif privé ivoirien : le cas de la menuiserie à Abidjan",
ORSTOM, 1976.
164
Enquête C.E.A.N. op.cit. page 54.
Capacité annuelle de financement investissements supplémentaires et niveau de capital technique fixe selon les secteurs
et les catégories d'activité (FCFA). Bangui 1982.
(tableau n°45)
SECTEUR ET Statistiques
CATEGORIE Capacité de financement Accumulation de capital
D'ACTIVITE Nb.
Entreprise
concernées
(1)
%total des
entreprises
(2)
Montait
moyen annuel
(3)
Ecart type
(4)
Bénéfice
moyen annuel
(5)
Propension
moy. à
l'épargne
(6)=(3)/(5)
Nb.
entreprises
concernées
(1)
%total des
entreprises
(2)
Montant
moyenannuel
(3)
Ecart
type (4)
Stock total de
cpitd(3)
(écattype)
(5)
Rapp
ort invest,
stock captai
(6>(3)/(5)
Production 38 66,7 46459 73410 702352 0,064 28 49,1 144993 254582 212935 0,681
Services 20 83,3 70610 48578 536200 0,132 10 41,7 243965 337481 855337 0,285
Commerce 19 - - I - - 48 21,6 130773 582147 278868 0,469
Bâtiment 7 87,5 10500 10432 398750 0,034 2 25,0 4139 2631 27125 0,153
Total (pop.base) - 18,1 45 056 - 735 186 0,061 - 25,6 116 880 - 268 581 0,435
(1) : celles qui ont eu un surplus positif.
(2) : celles qui ont réalisé un investissement supplémentaire.
(3) : valeur neuve de remplacement.
Source : LACHAUD, 1982.
Capital PARAMÈTRES
technique fixe
(5) F.CFA
NOMBRE
D'ENTREPRISES
CONCERNEES
(1)
% DU TOTAL
D'ENTREPRISES
CONCERNEES
(2)
MONTANT MOYEN
DE 1'INVEST, SUPPI.
(3)
ECART TYPE
(4)
ACTIF IMMOBILE.
ACTUEL MOYEN
(5)
%
(6) = (3) / (5)
0 - 49 999 10 27,0 17 985 17 272 41050 0,438
50 000 - 99 999 7 43,8 70719 54 619 140 167 0,505
100 000 - 199 999 6 66,7 115 292 91240 230 532 0,500
200 000 - 499 999 6 85,7 350 117 244 729 438 517 0,798
> 500 000 3 50,0 511 733 562 421 2 544 374 0,201
TOTAL 32 42,7 155 017 245 081 407 471 0,380
Investissements et actifs immobilisés en fonction du niveau de capital fixe et des valeurs moyennes de ces investissements. Bangui
1982.Production (1), services et bâtiments (2)
(tableau n°46)
(1) : Sauf pêche artisanale.
(2) : Les données relatives à ces trois secteurs sont abrégeables compte tenu de l'homogénéité des échantillons.
(3) : Celles qui ont réalisé un investissement supplémentaire.
(4) : Valeur actuelle réelle.
Source : LACHAUD, 1982.
SECTION V : LES OBSTACLES AU DEVELOPPEMENT
DU S.I
Lesactivités informelles sont très hétérogènes ; elles vont du vendeur de carburant en bouteille,
à l'atelier de confection proche de la pme. Elles comprennent des activités de marché, de production,
de services et du commerce. Cependant elles ne jouent pas toutes un rôle identique dans l'adaptation
de valeurs de sociétés anciennes aux impératifs des sociétés modernes (technicienne).la majorité
d'entre elles sont des activités de survie, celles-ci permettent aux familles de survivre. Une minorité
seulement d'activités situées en général dans les services de production (menuiserie bois-métal) et de
services (réparation automobile, électrique), celles-ci demandent en général l'utilisation de machines
et des compétences techniques et proposent des produits ou services de qualité proche de ceux du
secteur moderne. Il n'y a d'ailleurs pas de différence significative entre ces activités qualifiées de
moderne et les petites entreprises modernes proprement dites. En situant dans une optique de
transition165, il s'agira de montrer que ces dernières qui recèlent de véritables potentialités,
rencontrent, de par leur nature même, des obstacles qui freinent leur processus de transition. Ensuite
nous montrerons que la dynamique du processus de transition des unités informelles ne dépend pas
uniquement du comportement des entreprises (faiblesse du capital humain), mais elle est étroitement
liée à son environnement socio-économique et politique (obstacles d'ordre économique, financier,
fiscal et législatif).
V.L - LES OBSTACLES INTERNES AUX ENTREPRISES
Parmi les obstacles internes aux entreprises, nous examinerons successivement ceux liés à la
formation de la main-d'œuvre et ceux d'ordre socioculturel.
A - les obstacles liés à l'insuffisance de la formation de la main-d'œuvre
A la base de toute entreprise, il y a des hommes. Pour que le S.I Puisse se développer, il faut des
hommes capables de prendre des risques, de diriger et surmonter le défi des temps modernes.
En Centrafrique, les ressources humaines, compétences nécessaires au développement de
l'initiative individuelle, font encore défaut; et se sont canalisées au secteur moderne de l'économie.
Cela tient au modèle d'éducation pratiqué dans le pays. Le système éducatif appliqué depuis des
165
Le processus de transition peut être appréhendé à deux niveaux :
- au niveau inicro-économique, la transition est considérée comme le passage d'une entreprise informelle au secteur
moderne. Ces passages sont souvent exceptionnels ; toutefois ces entreprises sont difficilement discernables des autres
entreprises modernes, rien ne permet d'infirmer qu'un nombre d'entreprises modernes n'aient débuté dans le SI.
- au niveau macro-économique, la transition est considérée comme un changement progressif de la structure des
économies en voie de développement. Cette approche insiste sur le caractère structurel de la transition, en limitant
l'importance des caractères d'accumulation de capital et de gestion pour mieux souligner le poids des mutations
culturelles et sociales dans ce processus.
décennies à mis l'accent sur l'enseignement général, négligeant ainsi la formation technique. Ce qui
se traduit par une insuffisance du système dans les domaines techniques.
A l'heure où un grand rôle est assigné au S.I. Dans la constitution d'un secteur privé cette
insuffisance de la formation technique constitue un handicap sérieux pour le développement des
entreprises. A ces problèmes de formation dans les domaines techniques viennent se greffer les
problèmes de gestion. Ils ont pour origine le manque de formation des entrepreneurs. Les limites de
l'essor des entreprises informelles tiennent à certains blocages inhérents au mode de gestion de
celles-ci :
- Leur capital est insuffisant et obsolète ;
- Leurs stocks, tant de matières premières que de produits finis, sont faibles ;
- La méconnaissance de la gestion, de la comptabilité, et de l'environnement est généralement
considérable, quelles que soient les stratégies individuelles des entrepreneurs.
- Les disponibilités monétaires de l'entreprise informelle sont utilisées au jour le jour pour
pourvoir aux dépenses de l'entreprise et de la famille élargie.
La faiblesse de la formation en matière de gestion
L'instruction et la formation des entrepreneurs du S.I. Ne les ont pas sensibilisés, pour la
plupart, à la gestion et ne leur ont pas fourni les éléments nécessaires à l'élaboration d'une
comptabilité. Le niveau d'instruction des entrepreneurs peut être considéré comme un élément
d'explication parmi d'autres de cette carence en gestion. La comptabilité ne s'apprend pas à l'école
primaire. Certains entrepreneurs ont pu recevoir quelques bases techniques en comptabilité pendant
leur instruction dans le secondaire technique.
La comptabilité chez les artisans du S.I, se limite à la tenue d'un cahier de commandes et d'un
cahier de factures ou d'un cahier de dépenses-recettes.
NIHAN (G.)166
remarque que " la pratique de la gestion de l'entreprise relève sans doute plus
de la perception d'une nécessité que d'une relation entre une certaine instruction et un mode ultérieur
d'opération ". Mais les lacunes dans la formation en gestion des entrepreneurs sont quand même
considérées par ceux-ci comme importantes.
Ne disposant pas d'outils nécessaires à la tenue d'une comptabilité ou à l'élaboration d'une
gestion, les entrepreneurs consacrent la majorité de leur temps à la production, objectif primordial
pour une personne n'ayant que des connaissances techniques et une vision du marché à court terme.
Nous allons montrer comment la logique de court terme du processus de production-vente dans
le S.I. Ne rend pas nécessaire la mise en place d'une comptabilité même rudimentaire.
La production dans le S.I. Est en général effectuée sur commandes du client. Il y a adaptation
de la production à la demande, tant en termes de quantité qu'en termes de diversité de produits. Le
phénomène de stockage est donc éliminé, sauf lorsque le client ne vient pas chercher sa commande.
166 NIHAN (G) : "Le secteur non structuré "moderne" de Yaounde", BIT, Genève 1982.
De même l'entrepreneur ne fait pas de prévision sur ses ventes et ne prospecte pas de marchés
nouveaux. Toute gestion prévisionnelle devient inutile. La détermination du prix de vente s'effectue
par le calcul de la marge brute. Les composantes du prix de revient sont mal perçues. La plupart des
petits patrons ne tiennent pas compte du prix de la main-d'œuvre dans le calcul du prix de revient. La
plupart des artisans ne tiennent pas compte de l'amortissement.
Le prix de revient "informel" se détermine plus par l'appréciation personnelle du patron que
grâce à un véritable calcul. D'autre part, la plupart des entrepreneurs déterminent leur prix de vente
par marchandage.
La détermination du prix de revient est la résultante d'une série d'appréciations personnelles et
suit une logique intuitive. Le sens des affaires semble être le mode de gestion le plus répandu dans les
entreprises informelles. Il faut signaler que pour la majorité des patrons, les sommes gagnées au sein
de l'entreprise ne sont pas gérées différemment des autres revenus de la famille. Vue la faiblesse des
patrimoines, il y a confusion.
L'absence d'une comptabilité rudimentaire satisfaisante a pour conséquence que personne n'est
en mesure de vérifier ses comptes, de connaître son véritable revenu. L'intuition, le sens des affaires
deviennent insuffisantes pour évaluer avec précision les forces et faiblesses de l'entreprise. Si l'on se
place dans l'optique d'une transition des entreprises informelles au secteur moderne, la tenue d'une
comptabilité permettrait une amélioration des conditions de la production, la maîtrise des coûts et un
meilleur calcul des prix. Les investissements incohérents pouvant être sévèrement sanctionnés
(faillite) chez des entrepreneurs qui comptent sur leur seule intuition.
En un sens le système éducatif dans les pays d’Afrique subsaharienne n'a pas permis la
constitution d'une capacité managériale importante ni la formation d'un personneltechnique dont le
SI. a besoin pour son développement ; nous reviendrons sur ce constat dans la deuxième partie de
notre étude.
B - Les obstacles d'ordre socioculturel
Il ne peut y avoir de développement des entreprises sans environnement approprié.
Cette affirmation permet de penser que certains comportements qui ne sont pas orientées vers
le marché, peuvent être des obstacles. Ainsi les modèles culturels d'un groupe social ou d'un
peuple conditionnent fortement les attitudes et comportements des agents économiques. Telle
semble être la situation en Centrafrique où les facteurs d'ordre sociologique et culturel
constituent encore de sérieuses entraves au développement de l'initiative privée. Produit de
circonstances et de l'histoire, ces handicaps sont de plusieurs types :
Une manifestation de ces obstacles socioculturels peut s'apprécier à travers le
système de valeurs. Comme beaucoup d'États d'Afrique subsaharienne, la Centrafrique est
dépositaire de traditions communautaires ; or la culture d'entreprise met l'accent sur
l'individualisme.
L'entrepreneur du S.I. évolue dans un environnement économique qui l'influence
considérablement dans la mesure où il est soumis, partagé entre le monde moderne auquel il
aspire et le monde culturel dont il est issu. Ce dualisme de structure se traduit par la
coexistence d'un comportement qualifié de "moderne" se manifestant par la volonté de
réalisation sociale, de recherche de profit et d'un comportement "traditionnel", liant l'individu
à son milieu originel dans lequel une grande importance est accordée aux facteurs non
économiques tels que les facteurs moraux, familiaux qui constituent des obstacles au
développement des entreprises.
Pour illustrer cela, on peut dire que si la grande famille peut, pour le démarrage de
l'entreprise, être un avantage certain (facilité pour réunir les capitaux, main-d'œuvre familiale
bon marché), elle devient rapidement une entrave à son expansion par son parasitisme et parce
qu'elle empêche de mettre à chaque place l'homme qualifié ; on observe également d'autres
obstacles liés à la formation des mentalités. La culture d'entreprise est absente de l'éducation
sociale inculquée dans les familles. Le peu de risque d'entreprendre qui réside dans un grand
nombre d'individus vient de considérations psychosociologiques ; chacun subit le regard des
autres sur l'entrepreneur et éprouve des réticences à l'association. Le promoteur d'une idée
intéressante, cherche à l'entourer du maximum de discrétion et à la faire évoluer par ses seuls
moyens. Quand il entreprend, il préfère investir dans des activités rentables à court terme ou
bien par suivisme (mimétisme), il préfère investir dans des activités où d'autres ont déjà
entrepris. Le manque de capitaux de départ ou la faiblesse de ceux-ci quand il y en a, explique
cela.
On observe également chez bon nombre d'entrepreneurs du S.I. une propension élevée
à la consommation, ce qui réduit considérablement les possibilités d'épargne. Cette frénésie la
consommation se traduit dans des consommations ostentatoires.
V.2 - LES OBSTACLES EXTERNES AUX ENTREPRISES
A - Les obstacles d'ordre économique
Ils tiennent pour l'essentiel à des obstacles d'ordre structurel (faiblesse et
déséquilibre dans la constitution des divers secteurs de l'économie).
Le marasme économique a abouti à une conjoncture économique défavorable tant pour la
dynamisation du S.I. que pour les autres secteurs de l'économie en général. La détérioration des
termes de l'échange s'est traduite par un retard dans la mise en place et l'amélioration des
infrastructures de base nécessaires au développement. Cette situation a eu de multiples impacts
sur l'économie-du pays et sur les efforts d'investissements.
En Centrafrique, l'un des obstacles au développement des entreprises individuelles oudes PME
est la dégradation assez sérieuse du réseau routier qui entraîne la paralysie et l'isolement de
l'arrière-pays, réduisant du coup le marché. Cette étroitesse du marché empêche également les
entreprises du S.I. de bénéficier des avantages que procurent les économies d'échelle.
A ces problèmes d'infrastructure s'ajoutent ceux du marché. Les effets de la
conjoncture économique liés avec d'autres facteurs, se sont traduits par la disparition d'un
grand nombre d'entreprises. Cette situation a débouché sur une inorganisation des marchés
intérieurs et de circuits de communication et des Maisons entre les différentes villes. Très
peu d'échanges entre la population urbaine et la population rurale.
L'insuffisance d'un cadre d'analyse macro-économique accentue les problèmes du
développement des entreprises. Très peu d'études statistiques sur les différents secteurs de
l'économie sont élaborées. Quand elles existent, elles sont dans la plupart des cas
insuffisantes ou peu fiables. Cette quasi -absence des statistiques empêche dans une certaine
mesure, les personnes ou organismes qui veulent entreprendre ou investir d'avoir une
appréciation exacte et suffisante de l'environnement économique national.
B - Les obstacles d'ordrefinancier
Les obstacles financiers tiennent également en partie de l'absence d'une épargne locale.
La caractéristique de ces économies est souvent la faiblesse de la capacité d'épargne des
ménages. Cette faiblesse peut s'expliquer par le niveau bas des revenus qui ne permet pas,une
fois la couverture des besoins indispensables assurée, de dégager une épargne suffisante pour
les investissements.
Une autre explication de cette absence d'épargne est la faiblesse du système bancaire
dans le pays. La faiblesse de l'épargne des ménages se transforme ainsi en une faiblesse de la
capacité d'autofinancement. Une entreprise doit s'autofinancer. C'est là justement que le petit
entrepreneur éprouve d'énormes difficultés car il ne dispose pas souvent d'un fonds propre ou
quand il en dispose, le montant est si faible qu'il ne peut permettre le démarrage d'une activité
dans des conditions saines.
En Centrafrique par exemple du côté des institutions, depuis la liquidation des trois
banques de développement (BNC - BCI - BNCD), ce sont les banques commerciales qui
constituent les seuls organismes de financement. Elles sont donc, avant tout, des entreprises
commerciales et leur préoccupation majeure demeure la gestion des dépôts qui leur sont
confiés.
Dans ses relations avec les opérateurs économiques le système bancaire rencontre des
problèmes qui sont en fait les principales causes de la faible intervention de celui-ci en faveur
des acteurs du S.I. Parmi les causes nous pouvons citer :
- la "bancabilité" des dossiers ;
- le manque de compétence dans le domaine de gestion, d'organisation de
production ;
- les garanties : très peu de dossiers comportent les garanties demandées par les
banques.
A cela on peut ajouter l'inefficacité, dans un nombre de cas, du système judiciaire
qui ne semble pas toujours intervenir de manière adéquate pour faire respecter le droit.
"R n'existe pas, à l'heure actuelle, d'instrument de financement appropriés et spécifiques
aux petites entreprises"167
.
167
AMODA (A.) : "Stratégies de développement du secteur privé", Ministère du Commerce, Bangui, 1989.
C - Les obstacles d'ordre fiscal et institutionnel
D'une manière générale, on observe la perception de taxes et patentes à toutes les étapes. La
perception des taxes cumulatives sur le même produit ou sur le même service alimente l'inflation,
pénalise la consommation et freine la capacité d'autofinancement des entreprises du S.I.. Il est
intéressant de voir comment il y a tolérance des activités par les agents de l'administration mais
sous réserve de taxation informelle (les "pots" de vins constituent une part importante des revenus
des fonctionnaires).
Aux dires d'un bon nombre d'entrepreneurs, le fonctionnement de l'appareil administratif et
le comportement des agents publics constituent un frein au développement des entreprises.
Les rouages administratifs se révèlent d'une complexité telle qu'une personne qui désire
entreprendre doit effectuer plusieurs formalités administratives ; ceci auprès des services
disséminés dans différents départements. L'accomplissement de ces formalités se transforme ainsi
en quelque sorte en "un vrai parcours de combattant" pour l'entrepreneur. Acette complexité de la
"machine administrative" s'ajoute un comportement qu'on pourrait qualifier d'attitude
anti-économique de la part des agents de l'administration. Lorsque l'entreprise existe, elle est
souvent l'objet de tracasseries administratives ; à travers de multiples contrôles à la limite de la
légalité.
Quels sont les obstacles légaux ou institutionnels qui affectent le fonctionnement
et le dynamisme des entreprises du secteur informel ?
Dans la foulée des tentatives de sortie de la crise actuelle, les questions relatives à la
déréglementation occupent davantage les préoccupations. Les partisans de la libéralisation des
règles du marché de travail plaident pour une déréglementation. Deux options politiques se sont
révélées :
D'un côté, on prône un contrôle stricte des conditions d'exercice des activités
informelles, afin de garantir les investissements du secteur moderne, on considère que les
activités du SI. se livrent à une concurrence déloyale.
De l'autre côté, on estime par contre qu'une réforme du système institutionnel en
place pourrait favoriser la libéralisation des initiatives potentielles.
Ces deux orientations soulèvent plusieurs interrogations :
- la non-réglementation du SI . s'explique-t-elle par l'inadaptabilité du système
institutionnel en place ?
- quels sont les obstacles institutionnels qui empêchent les entreprises du SI.
d'avoir un statut légal ?
Dans le rapport sur le Kenya, cette question a été soulevée, à savoir le problème
de la discrimination des pouvoirs publics par rapport au SI., vingt ans après cette
observation reste d'actualité. Pour MALDONADO 168
quatre hypothèses sont
envisageables :
1 - Une position structurelle défavorable : l'environnement économique et politique est
défavorable à l'essor des activités à petite échelle. L'origine de l'illégalité des entreprises
168
MALDONADO (C.) : "Les orientations méthodologiques pour une recherche sur les contraintes
institutionnelles et légales dans te S.I. ", BIT, Genève 1980.
informelles proviendraient de la discrimination dans l'accès aux ressources de
production et de la situation financière fragile des petites unités.
2 - Un système institutionnel inadapté : l'illégalité du S.I. est attribué à l'inadaptabilité trop
fréquente du système institutionnel et normatif en place. A ce propos l'auteur avance :
"Les lois régissant actuellement l'activité économique et l'établissement des les zones urbaines
éveillent le souvenir de la stratification sociale de l'époque coloniale au cours de laquelle
l'exercice de certaines activités fut limité, voir réprimé, au seul profit des monopoles réservés aux
Européens. "169
Trente ans après les indépendances, les tracasseries administratives, les campagnes
d'intimidation, les prélèvements réguliers, etc., témoignent de l'inadaptabilité des législations en
vigueur dans les pays d'Afrique au sud du Sahara. La situation présente ressemble bien à un vide
juridique.
3 - Une pression fiscale : la question essentielle qui se pose est celle du statut du S.I.
dans les politiques de développement Les enjeux de redistribution de revenu, les problèmes
d'équité vont sans doute influer sur les politiques fiscales : la priorité doit-elle être donnée à
la recherche des équilibres budgétaires (imposition des entreprises informelles comme
formelles pour financer les dépenses de l'Etat) ; ou au contraire faut -il, dans une perspective
socio-économique, imposer le moins possible les entreprises afin de préserver leur
dynamisme.
La fiscalité peut apparaître comme moyen de financement des dépenses publiques ou
comme un moyen d'impulser le développement (dans ce cas on privilégie le financement des
infrastructures collectives et des services aux entreprises pour améliorer les performances des
entreprises).
Notons que toute tentative inconsidérée ou prématurée d'imposition peut avoir des
effets dangereux sur le S.I., voir asphyxiante pour les plus fragiles.
4 - L'insuffisance des informations et la perception négative des lois : "l'illégalité" des petits
entrepreneurs peut avoir pour cause les problèmes d'information et de perception du système
administratif. L'analphabétisme de certains patrons peut les entraîner à une méconnaissance
totale des législations en vigueur ; dans certains cas se dégage le sentiment que les lois sont faites
pour bénéficier à l'État.
Pour l'auteur l'énoncé de ces hypothèses permet de mettre en cause les interprétations
simplistes qui attribuent la situation de la légalité ou de l'illégalité des opérateurs du S.I. à une
volonté délibérée de dissimulation de leurs revenus ou encore à l'inadéquation de
169
MALDONADO (C.) : "Les orientations méthodologiques pour une recherche sur les contraintes
institutionnelles et légales dans le S.I. ", BIT, Genève, 1980.
l'instrument juridique. C'est donc l'interaction des facteurs économiques
politico-institutionnels, sociologiques qui est au centre des interrogations.
Les obstacles susceptibles de freiner la dynamisation du S.I. peuvent être regroupés
en 7 catégories :
1 - Réglementation et pratiques contraignantes concernant l'installation et le libre
exercice professionnel y compris dans le domaine de l'organisation autonome des
producteurs.
2 - Un système de fiscalité et des pratiques de prélèvements arbitraires.
3 - Lois sociales sans rapports avec les formes d'organisation et les capacités
productives et financières du secteur.
4 - Traitement discriminatoire du code d'investissement et des importations.
5 - Inaccessibilité aux marchés publics et aux sous-contrats de fournitures de biens et
services.
6 - Insuffisance d'institutions tant au niveau de la collecte de l'épargne que de
l'octroi de crédit et garantie.
7 - Accès très restreint aux infrastructures et aux services publics.
Les investigations empiriques sur le S.I. montrent généralement que les entreprises du
S.I. ne tiennent pas de comptabilité. Certaines sont localisées, d'autres non localisées (voir
CHARMES) n'ont presque pas recours au crédit bancaire, etc.... Les différentes définitionsne
nous renseignent guère sur le degré d'obstacle de la législation fiscale, sociale des entreprises
informelles.
A la lumière de la situation actuelle FERCHIOU170
avance que le degré d'obstacle des
différentes institutions, réglementations pour le S.I., dépend du degré de contrôle que les
entrepreneurs escomptent subir de la part des administrations.
Quand les entreprises ne sont pas localisées, le contrôle devient aléatoire et son degré
d'observation des différentes législations est faible ; inversement pour le secteur informel localisé,
le degré d'observation des textes réglementaires s'accroît.
"Le degré d'observation des différentes législations est le résultat d'une analyse
coût-avantage que fait implicitement l'entrepreneur en comparant d'une part, les coûts directs et
indirects de cette légalisation aux risques qu'il prend d'autre part en passant outre cette
légalisation. Finalement c'est le degré de contrôle lié à chaque type de législation qui sera
l'élément déterminant."171
170
FERCHIOU (R.) : "Micro-entreprises du S.I. à Tunis : obstacles à caractère légal et institutionnel", BIT, Genève, WEP
2.19 / WP.51.1990.
171
FERCHIOU (R.) : "Micro-entreprises du S.I. à Tunis : obstacles à caractère légal et institutionnel", BIT, Genève, WEP
2.19 / WP.51.1990.
Le réexamen des instruments d'intervention s'avère indispensable et doit viser trois
priorités :
- l'allégement de la législation actuelle ;
- la vulgarisation des programmes d'aides au S.I. ;
- la réduction des coûts administratifs.
Le S.I. tire en partie son dynamisme de la flexibilité dont il profite pour créer des emplois
à bas coût. En cas de légalisation, les entreprises de ce secteur doivent supporter des charges
supplémentaires qui conduiraient à une baisse de revenu des entrepreneurs à court terme ; à
moyen terme la légalisation ne profiterait qu'à une minorité d'entreprises qui ont accès aux
marchés publics, aux crédits, etc., mais cet accès est hypothétique.
Le S.I. joue un rôle important au niveau de l'emploi, des revenus, etc., en cette période de
crise sa légalisation ne doit pas être renforcée car cela supposerait la disparition d'un grand
nombre d'activités qui ne pourraient supporter les coûts de cette légalisation. Au niveau des
entreprises qui pourront supporter les coûts nouveaux, elles seront obligées de subir la
concurrence des PME du secteur formel et verront leurs prix et demande de main-d'œuvre
modifiés.
Il est clair qu'une légalisation renforcée entraînerait une baisse du niveau d'emploi, par
ricochet une augmentation de la pauvreté des populations déjà défavorisées. C'est pourquoi il serait
plutôt souhaitable d'opter pour des mesures adaptées vis-à-vis des petites unités du S.I..
D - Autres obstacles
Nous voulons maintenant montrer que la dynamique des activités informelles estétroitement liée
à la conjoncture économique et politique sur laquelle l'influence des entrepreneurs est nulle.
La régression de la demande des acteurs économiques :
La baisse de l'activité économique dans le secteur moderne entraîne-t-elle une baisse de
l'activité dans le S.I. ? La réponse à cette question n'est pas aisée. Sous l'effet de la crise économique
depuis 1980, la baisse des revenus est apparue pour de nombreuses catégories sociales :
fonctionnaires, employés des entreprises nationales par exemple.
La diminution du pouvoir d'achat :
La baisse de la demande globale dans les pays d'Afrique subsaharienne, la chute des
revenus et par conséquent la baisse du pouvoir d'achat (agrégats mesurés grâce aux chiffres fournis par
le secteur moderne) affectent-elles le S.I. de la même manière ?
Personne ne connaît la véritable réponse tant la demande qui s'adresse au S.I. et les revenus
dégagés par ce dernier sont difficilement mesurables.
La diminution du PNB et la forte poussée démographique que connaissent ces pays nous
amènent indiscutablement à la réponse que les revenus par habitant en Afrique subsaharienne ont
diminué.
Une redistribution en chute :
Les dépenses publiques jouent un rôle majeur dans l'activité économique dans les PVD, et la
chute de ces dépenses, conséquence des multiples politiques d'ajustement structurel, entraîne
évidemment la diminution de la demande. La manifestation de cette diminution des dépenses
publiques s'observe à travers le désengagement des États pour les investissements en infrastructures
de base. La baisse des revenus de l'État et une situation de
dette qui ne cesse d'augmenter, ont donc obligé les États à diminuer drastiquement leurs
dépenses. On peut examiner la chute de ces dépenses à deux niveaux.
D'abord au niveau des entreprises modernes, les premières touchées, qui ont été
contraintes de licencier massivement àcause de la contraction des marchés publics.
La chute des dépenses publiques touche également le secteur informel d'une manière plus
indirecte. Les entreprises informelles peuvent être sollicitées par les entreprises modernes pour
des opérations de sous-traitance. Toutes choses égales par ailleurs la baisse de l'activité dans le
secteur moderne peut être une entrave à cette coopération entre les deux secteurs. Les quelques
entreprises informelles qui travaillent avec les administrations (menuiserie, imprimeries ...)
connaissent les mêmes problèmes d'impayés que dans le secteur moderne. La crise financière
que traversent ces états atteint donc le S.I., non pas dans sa totalité, mais la partie la plus moderne
de celui-ci (c'est-à- dire les entreprises capables de proposer sur le marché des produits de qualité
similaire aux produits fabriqués dans le secteur moderne). Ce qui pose un problème en termes de
"transition".
L'importance de la demande est une condition nécessaire du développement. La croissance
de l'accumulation est une des conditions à la réalisation d'un processus évolutif, les
investissements nécessaires à ce passage au secteur moderne réclament une immobilisation en
capital relativement importante. Les revenus générés par les activités informelles dépendent en
grande partie de l'importance et de la structure de la demande.
H ressort de la majorité des études effectuées sur le S.I. un résultat constant : l'insuffisance et
l'irrégularité de la demande. Les ménages à faibles revenus constituent la principale clientèle du S.I.
en termes quantitatifs ; il nous est impossible de vérifier en tenues monétaires. Cette faiblesse des
revenus des ménages pauvres entraîne souvent des ventes à pertes pour les entrepreneurs du Si .. La
concurrence entre les entreprises informelles étant forte, la faiblesse et l'irrégularité de la demande
sont à considérer au regard d'une dynamique
évolutive du S.I. Les conséquences de cette faiblesse et de cette irrégularité de la demande sont de
trois ordres :
- tout d'abord, elles incitent à avoir une vision du marché de court terme,
empêchant toute prévision sur le volume des ventes,
- ensuite le rendement des activités étant trèsvariable, elles gênent le développement du
salariat en favorisant l'apprentissage, main-d'œuvre bon marché, et le travail à la tâche,
- elles ne permettent pas de générer un environnement favorable aux
investissements.
Le contexte politique national et international est défavorable. L'État n'agit pas
seulement au niveau de la demande mais crée aussi un climat qui influence fortement les
anticipations des entrepreneurs, même lorsque l'on prend en compte les activités
"para-légales" du S.I. Quelles conséquences ce climat peut-il avoir sur la dynamisation du SI.
?
Les entrepreneurs du SI. s’interrogent sur le véritable rôle que le gouvernement voudrait
leur faire jouer dans le processus de développement. Là encore, le discours n'est pas clair. Les
considère-t-on comme des fraudeurs ? Auquel cas une réglementation de leurs professions
viendrait alimenter les recettes budgétaires. Comment comprendre le fait que le SI. est appelé à
jouer un grand rôle dans la mise en œuvre des stratégies de lutte contre la crise.
Les entrepreneurs redoutent que seuls les services du fisc s'occupent d'eux. Les
interventions dans le SI . ne peuvent atteindre les personnes qu'à condition que ce ne soit
pas pour prélever une partie de leurs revenus, ou pour leur demander de changer encore une
fois d'emplacement.
Ce climat politique incertain, mêlé à une conjoncture néfaste, n'incite personne à s'intégrer
au secteur moderne, intégration nécessitant des investissements importants qui dévoileraient
certaines richesses accumulées dans le SI.
CONCLUSION
Sur la base des investigations (LACHAUD et DSEE) nous avons pu constater
l'extension du SX, surtout dans le commerce. Par ses spécificités, le secteur informel arrive
à tirer parti des tendances lourdes qui dominent la vie économique Banguissoise. On peut
résumer ces caractéristiques dans l'articulation suivante :
- il existe des taux de marges importants ;
- peu de barrières d'entrée s'opposent à la diffusion des pratiques informelles ;
- un coût d'opportunité non négligeable favorise l'extension du S.I. ;
- par ses pratiques le SX s'intègre totalement dans la société.
1) Une habitude courante consiste à affirmer que les taux de profit du secteur informel
sont, et expliquent l'extension du secteur informel. Nous ne pensons pas que le taux de profit soit
la variable stratégique compte tenu de la modicité en moyenne, des chiffres d'affaire. Nous
affirmons que les taux" de marge sont importants surtout dans le commerce.
Ces taux de marge brute importants, répercutés sur un chiffre d'affaires faible, nous donnent
une marge brute globalement faible, de laquelle il convient de retirer l'ensemble des frais et
une rémunération du travail effectué. La marge de profit résiduelle se relève alors très faible sinon
négative dans beaucoup de cas, d'où la supériorité de l'approche sociologique. Mais ces discussions
qui montrent les divergences entre l'approche économique et sociologique n'intéressent en rien
l'individu qui opère dans le S.I. : il se préoccupe que de la marge brute nette des frais, qui forme sa
rémunération. On arrive à la conclusion que le taux de profit est l'indicateur du secteur moderne alors
que la marge nette des frais constitue la variable clé du
SX. L'accumulation au sens stricte n'intéresse que l'économiste et non le chef d'entreprise du SX,
bien que le capital soit parfois rémunéré à des taux élevés alors que capital physique ne se voit
attribuer aucune rémunération. Ceci provient du fait que le capital propre fait partie des conditions
générales nécessaires à l'activité, que l'on ne rémunère pas et dont on organise mal l'amortissement.
2) Considérons les commerces les plus "simples", et étudions leur coût d'installation. Au
plus bas niveau, le revendeur d'essence : on sait que la floraison de ce type de commerce, où avec
5 à 10 bouteilles vides, que l'on remplit à la station la plus proche, on arrive à gagner 500 à 1000
FCFA par jour. Le gain est faible, non à cause de la marge relativement réduite (car la concurrence
est forte) mais à cause du chiffre d'affaires. Tout l'équipement consiste en bouteilles vides que l'on
achète au marché ou que l'on a chez soi. Le fonds de roulement est constitué par le seul prix de
l'essence achetée.
Il en est de même des vendeurs d'œufs, fabricants de beignets... Certains commerces
ne nécessitent aucun équipement en capital; et il n'est pas difficile de trouver des sommes
nécessaire pour se lancer dans une telle activité. Nous arrivons à la conclusion que la plupart
des activités commerciales à Bangui sont des activités de survie. Nous pouvons déduire que nous
sommes en présence de deux types d'activités: les unes permettent de s'adapter à la croissance du
marché que l'on peut appeler évolutives et les autres, dont l'échelle est donné immédiatement, et qui
ne peuvent évoluer : il s'agit d'un secteur informel de type involutif.
3) La troisième raison de la prolifération des activités informelles est le "coût
d'opportunité" de l'établissement Par coût d'opportunité, nous entendons deux choses :
- parfois le travail dans le SX ne procure pas de fortes rentrées d'argent mais se
combine avec des avantages annexes.
- l'établissement dans le SX est la seul manière d'obtenir un revenu, dans la mesure où
la crise qui suivit les politiques d'ajustement structurel n'offre pas de travail à une masse
d'individus : il faut mieux s'établir dans le SX et gagner peu, que rien du tout.
Ce deuxième point montre l'opportunité de travailler dans le SX : que faire ? Comment
gagner de l'argent ? Les réponses sont évidentes : ni l'administration, ni le secteur privé moderne
ne peuvent employer la masse de personnes qui se présentent sur le marché du travail. Le seul
débouché est donc "résiduel ; il s'agit en général du petit commerce et de certaines formes de
services que l'on peut rendre dans le secteur informel. Ceci expliquent la prolifération des activités
informelles.
A contrario, les activités de production nécessitent souvent des connaissances souvent
techniques que la majorité des personnes n'a pas, et cela même dans le cas des fabrication les
plus simples.
4) L'intégration sociale du développement du SX : le SX s'étend parce qu'il répond à sa
manière aux problèmes de la société. Il permet d'obtenir des biens de consommation du secteur
moderne à des prix abordables. De ce fait, une organisation commerciale existe, peu repérée dans
le recensement. En second lieu, le développement du secteur moderne induit pour part le
développement des activités informelles, en particulier dans le cas de la fourniture de services :
c'est ainsi que peuvent se développer les activités de mécanique auto, de tôlerie, soudure... La
liaison entre le développement du secteur moderne et la croissance du SX de services est
particulièrement manifeste. Il s'agit sans doute d'une
liaison positive à encourager ; un grand secteur de services lié à la production ou à la
commercialisation moderne est signe de dynamisme. Précisément la faible extension de ce type de
services témoigne du sous-développement Centrafricain.
Le développement du SX correspond logiquement aussi à un besoin de clients. En
général la situation des acheteurs est tellement serrée que le seul passage par le S.I. permet
l'accès à certaines consommations.
Enfin, on remarque que certaines formes d'adaptation du secteur, point fondamentalmais peu
remarqué: dans une large gamme d'activités il y a quasi- absence de rendementd'échelle. En
effet si les rendements étaient croissants dans ces activités la concentration se
faire d'elle même. Or cette concentration ne se réalise pas. Cela semble évident pour la plupart
des activités de commerce; mais n'est peut-être pas pour un certain nombre d'activité ¿2
production et de services, d'où les espoirs mis dans ces activités.
En nous interrogeant sur les causes de cette prolifération des activités informelles, nous
avons noté deux déterminants de cette extension. La croissance rapide de la population
banguissoise à la recherche d'un emploi, l'absence de possibilités d'emploi dans le secteur formel.
A ces déterminants négatifs se combinent des facteurs positifs tels que les taux de marges
importants, la faiblesse des barrières à l'entrée, et un coût d'opportunité non négligeable tout
comme une intégration poussée dans la vie socio-économique à Bangui.
Les perspectives d'avenir du S.I. à Bangui sont très différentes selon que l'on étudie "le haut ou
le bas", et la manière d'aborder le problème peut varier : la frange supérieure se prête à une approche
économique, tandis que le bas nécessite une approche sociologique. Celles-ci sont singulièrement
obérées par les difficultés de l'extension de l'échelle d'activité, impossibilité de passer du S.I. au S.M.
dans un grand nombre d'activités. De plus, il n'est pas évident que le saut soit désiré. La question du
devenir du S.I. à Bangui est ainsi ouverte.
Peut-on et doit-on promouvoir tout le S.I. banguissois ? En fait on peut penser qu'il convient
de promouvoir les activités de la frange supérieure dans la mesure où les activités de
commercialisation se développent toutes seules et que la meilleure aide à ces activités est
précisément de les laisser se développer dans un cadre institutionnel stable sans prélèvements
aléatoires et abusifs.
En ce qui concerne les secteurs de productions et de services, une politique de soutien
peut être mise en place. Compte tenu des échecs en matière de politique de crédits, cette
politique doit s'orienter selon les axes suivants :
- aide à la formation, surtout technique, gestion ;
- crédits affectés à l'achat de biens d'équipement, gagés sur les revenus desfamilles ;
- il est fondamental que le domaine légal dans lequel évolue ce secteur soit défini
stable et continu ;
- la diversification de la production sur la base des expériences ayant eu lieu dans
d'autres pays devrait être encouragées.
CONCLUSIONDELA PREMIÈRE PARTIE
Nous avons évoqué, dans cette première partie, qu'une profonde misère règne
aujourd'hui en Afrique au Sud du Sahara. Dans cette situation comment un secteur tel que le
S i . peut-il être développé pour que soient exploitées ses potentialités d'emplois à long terme.
Le S.I. joue un rôle important dans les économies d'ASS (60% des emplois) malgré ses
déficiences constatées au niveau du fonctionnement des entreprises. Afin de stimuler la production
nationale il serait avantageux de l'inscrire dans les politiques de développement. Bien que certains,
pensent que formaliser l'informel, serait le conduire à sa perte. Le S.I. a un rôle important à jouer
pour accroître la capacité d'absorption de la main-d'œuvre du secteur non agricole et pour faciliter
le passage d'une économie agricole à une économie industrielle. Il convient donc d'aider ce secteur
à s'adapter aux exigences de cette transition. Nous ne pourrions qu'insister sur la nécessité d'aider
ce secteur. La question qui se pose est celle de savoir comment assurer la transition.
La dynamique du S.I. contribue pour une large part à la dynamique de transition.
Celle-ci étant en quelque sorte le reflet de la capacité d'adaptation de la société aux nécessités de la
modernité. L'autofinancement des investissements de départ et les investissements ultérieurs, qui
illustrent le dynamisme des entreprises, ne doit pas cacher leur problème de gestion technique et
comptable, et des débouchés, pour ne citer que ceux-là. Il apparaît tout au long de cette partie que
l'efficacité des entreprises dépendra de l'amélioration de leur processus de production, de la
transformation de leur environnement. L'afflux de la main-d'œuvre non soutenue dans le
S.I. fait
que ce n'est plus le nombre d'emplois disponibles qui pose problème mais la
productivité de celle-ci, ainsi que la maîtrise de leur capacité organisationnelle.
Le processus d'accumulation de capital trouve sa place dans le S.I. et témoigne du
dynamisme de ce secteur (activités évolutives). Les résultats de l'enquête du BIT172
sur le secteur
métallique ont révélé la capacité d'adaptation technologique du S.I. Si ce secteur apparaît
aujourd'hui, comme l'une des dimensions essentielles des économies d'Afrique subsaharienne, il
mérite qu'on le connaisse mieux si on veut l'intégrer à une politique globale et pertinente de
développement socio-économique.
172
CAPT (J.) : "Capacité et maîtrise technologique des micro-entreprises métalliques à Bamako et à Ségou WEP 2.19AVP.41,
Genève, 1987.
Pour atteindre ces objectifs, nous avons choisi la thèse de la transition comme fondement
théorique, car celle-ci considère les entreprises du S.I., remplissant des rôles essentiels au profit
des populations ; tout en étant tournées vers la modernité, elles présentent des traits
caractéristiques propres à la société traditionnelle.
Nous pensons que les rapports qui déterminent les performances et les difficultés du S.I.
sont plus ou moins forts, avec tel ou tel élément de l'économie. Les obstacles qui freinent la
dynamisation du S.I. renvoient avant tout à la définition des politiques économiques et sociales
des pays. Qu'il s'agisse des politiques industrielle, agricole, commerciale ou de l'éducation
formation, plusieurs problèmes sont à déplorer.
L'intégration du S.I. apparaît, pour l'entrepreneur de ce secteur, comme un facteur de
succès dans la mesure où elle lui permet d'avoir accès aux crédits bancaires, à une demande
solvable et aux aides de l'État. Les résultats des diverses investigations montrent que, sous
certaines conditions, le SI. peut constituer l'une des dimensions essentielles des économies
d'ASS, dans le processus de du développement, mais cela n'est possible que par :
- la modernisation progressive et souple des processus de production et de
commercialisation de ces entreprises qui, loin de disparaître, font preuve de dynamisme,
comme c'est le cas par exemple des branches métalliques, de la menuiserie de bois, de la
ferronnerie, etc....
- l'intégration de la promotion du SI . dans une politique de développement économique.
L'avenir du SI. à Bangui, comme dans les autres villes d'Afrique au sud du Sahara,
dépend des problèmes liés, entre autres, à l'organisation et au fonctionnement des entreprises et
aussi de ceux liés à la suppression des contraintes résultant de son environnement.
En dernier lieu, il serait souhaitable que les interventions soient souples et limitées, pour ne
pas pousser les entreprises dans plus de clandestinité. Le développement économique implique
l'utilisation de toutes les possibilités de croissance, le SI. en est une dont il faut tenir compte.
Les politiques d'aide au secteur informel
Comme le relève la littérature173
sur la question, la position des gouvernements en
Afrique au sud du Sahara est ambivalente. Ils hésitent entre l'interventionnisme ou le
laisser-faire. Faut-il intervenir ou laisser faire ?
173
LUBELL (H.) : "Le S.I. dans les années 80 et 90", OCDE, Paris, 1991.
Nous sommes dans une problématique très controversée comme le souligne HUGON
(Ph.) 174
: "Les autorités sont prises dans une contradiction entre le libéralisme et
l'interventionnisme ; d'un côté elles cherchent à codifier, à normaliser, à légaliser des
activités qui échappent à leur contrôle, qui ne payent pas d'impôts, ne respectent pas de
travail, ne répondent pas aux normes de sécurité et de salubrité et concurrencent le système
industriel ; elles prennent ainsi des mesures de déguerpissement ou d'interdiction d'activité
pratiquant une concurrence sauvage. Mais de l'autre côté, elles savent que se recréent à la
périphérie des habitats spontanés des commerces non patentés ou transformations de
produits de récupération qui jouent un rôle régulateur essentiel ; une trop grande
normalisation casserait des dynamismes économiques et sociaux et aggraverait la crise
économique et sociale. "
Contrairement à la plupart des organismes internationaux se préoccupant du S.I. pour
la création d'emplois et l'allégement de la pauvreté, les attitudes des dirigeants africains reste
ambiguës. Le débat de politique économique regroupe d'un côté les organismes
internationaux et les gouvernements qui ont pris conscience de faire jouer un rôle positif à ce
secteur ; et de l'autre côté les pessimistes (marxistes et néo-marxistes) qui voient dans le S.I.
une séquelle du passé et une source d'exploitation :
Les partisans de la flexibilité du S.I. soutiennent que ce secteur pourrait jouer un rôle
de substitution : l'emploi informel remplaçant l'emploi industriel formel ou l'emploi tertiaire.
Le S.I. révélerait des potentialités génératrices d'emplois et de revenus, dans la lutte contre la
pauvreté. Les entreprises du S.I. dans certaines conditions peuvent tirer profit de la
flexibilité des prix et des coûts.
Pour les partisans de la complémentarité, le S.I. a une dynamique largement induite
par la demande effective et les liaisons avec le S.M. Suivant les conjonctures, les activités
informelles peuvent être entraînées par le secteur moderne. La complémentarité entre les
deux secteurs apparaît au niveau de la demande effective, des liaisons intersectorielles, des
relations de sous-traitance.
Ces divergences au niveau du débat175
déterminent les politiques à adopter :
174
HUGON (Ph.) : "Les politiques d'ajustement structurel et les micro-entreprises dans les
PVD", Notes et Études du C.C.C.E, Paris, sept. 1988.
175
Débat entre les tenants des thèses des "désavantages structuraux" et des "désavantages inhérents", Kenya,
1970.
Les opinions sur la promotion du S.I.
Deux tendances principales : celle qui préconise sa promotion et celle qui suggère au contraire qu'une prise en
compte positive sera inutile. Ces différentes conceptions ont suscité à la conférence de Nairobi un débat sur les
tenants des thèses des "désavantages structuraux" et des "désavantages inhérents" dans le cas de l'Afrique.
1 - Désavantages inhérents : bien que les pays développés ne puissent pas être considérés comme un modèle idéal vers
lequel les pays africains devraient tendre, leur avance technique ne saurait être méconnue et c'est surles possibilités
(procédés) industriels remaniés que doit s'appuyer la croissance économique de l'Afrique. Il serait nécessaire de passer
directement des méthodes locales, de caractère artisanal à celles des grandes
Pour les uns, il ne faut pas favoriser le S.I, secteur à faible productivité, par conséquent il faut
laisser jouer les lois du marché, alors que les autres proposent le développement du SX qui
peut avoir des effets multiplicateurs d'emploi et de revenus.
L'ambivalence des politiques gouvernementales à l'égard du S.I. s'explique par la
non-cohérence de leur attitude vis-à-vis de ce secteur comme le souligne J. CHARMES 176
:
"En réalité on comprend mal que les pouvoirs publics ne constituent pas une entité homogène
qui parlerait d'une voix unanime et appliquerait une politique concertée : les ministres de
Plan s'efforcent de concevoir des mesures susceptibles de créer de l'emploi, les ministères des
Finances veulent élargir l'assiette fiscale, cependant que le ministère de l'Habitat et de
l'Urbanisme établissent des schémas directeurs qui se traduisent par l'élimination des parts
entières de l'économie informelle sans se préoccuper de leur recensement, et que les
municipalités et les ministères de l'Intérieur nettoient les trottoirs de tous les petits vendeurs et
petits métiers qui y prolifèrent. "
Les expériences de politiques de soutien à l'artisanat en Afrique au sud du Sahara
peuvent se résumer à la mise en place dans les années 60 et 70, dans la plupart des cas, d'un
office de promotion de l'artisanat traditionnel. Ces politiques dont il est question ne prennent
donc pas en compte les activités artisanales nées de la modernité. On relève une ambiguïté
dans la prise en compte de l'artisanat dans les plans de développement. Soulignons toutefois le
fait qu'on ne tient pas compte de la diversité des situations et des catégories d'activités, à ceci il
faut ajouter le manque de politiques cohérentes concernant le S.I. (manque de coordination au
niveau des ministères), ainsi que les difficultés rencontrées par les interventions sectorielles.
"La promotion des micro-entreprises artisanales a manqué en général d'une approche
globale cohérente et d'une vision à long terme. " 177
; certains pays comme le Sénégal, le
Rwanda, et la Côte d'Ivoire échappent à cette règle.
Au niveau de l'artisanat rural, les interventions concernent la formation et le
perfectionnement des artisans. Toutefois la limitation des besoins des ruraux a été un handicap
pour la continuité des actions. Les solutions adoptées étaient d'apprendre aux artisans à
fabriquer leur propre outillage ou de leur octroyer des crédits pour l'achat d'équipement, après
les avoir formé.
Industrie, mais ce passage est impossible pour les entrprises du S.I. parmi les auteurs on peut citer BIENEFELD,
GERRY, LEYS…
2- Désavantages structuraux : cette thèse affirme que la petitesse de la taille est due aux avantages accordés aux
grandes entreprises. Selon les auteurs, celle-ci deviendraient peut rentables par rapport aux petites s’il leur fallait
affronter la concurrence sans iaides de l’Etat. Position proche de celle de la Banque Mondiale qui opte d’une
manière différente, toutes pour une promotion du S.I. MAC NAMARA, BIT.
176
CHARMES (J.) : "Quelle politique publique face au S.I.", CCCE, Paris, 1989.
177
MALDONADO (C.) : op.cit. page 29.
Au niveau de l'artisanat d'art, les interventions prennent la forme des centres ou villages
d'artisanat artistique. On retrouve ces formes d'interventions partout en Afrique ; au Bénin,
Cameroun, Mali, Sénégal, Togo, Centrafrique, etc.
Ces centres ou villages d'artisanat artistique sont destinés à la production et à la
commercialisation des produits de la sculpture de bois ou d'ivoire, de la vannerie, du tissage,
de la bijouterie, de la poterie, etc.
Ils regroupent un petit nombre d'artisans sous la direction de l'Office de l'Artisanat et du
Tourisme. Dans les pays cités ci-dessus on note la négligence des aspects promotionnels, la
création de fonds de roulement et un manque d'organisation autonome. On peut noter toutefois
le cas du Rwanda qui fait exception ; dans ce pays on a vu la nécessité de décentraliser ses
comptoirs au niveau des chefs-lieux de préfecture, et de les gérer par l'Association pour la
Promotion de l'Artisanat (ASPAR) qui assure la commercialisation des produits et l'animation
du milieu artisanal par un appui logistique et technique.
Au cours des années 70, face à l'ampleur du chômage et du sous-emploi dans les pays
d'Afrique au sud du Sahara, le BIT et d'autres organismes internationaux ont centré leurs
préoccupations sur le S.I.. Dans le cadre africain, des programmes de soutien à certaines
composantes du S.I. ont été élaborés. Les types d'assistance concernent : le crédit, l'assistance
technique, l'assistance en gestion, la commercialisation, etc. (voir tableau ci-dessous). Les
objectifs de ces programmes d'appui peuvent se résumer aux points suivants :
- permettre aux artisans d'accéder à des formations simples de type gestionnaire ou technique ;
- renforcer les connaissances de base par la mise en place d'un système d'alphabétisation ;
- favoriser la fabrication d'outils et d'équipements relativement simples destinés aussi bien à
l'activité en zone urbaine qu'en zone rurale ;
- stimuler le développement de nouveaux produits, etc.
Du point de vue stratégique, une évaluation des expériences de soutien au S.I. semble
indispensable pour que les pouvoirs publics et les organismes donneurs soient en mesure
d'identifier les approches les plus rentables. L'existence des réseaux nationaux et
internationaux peuvent permettre les échanges d'expériences contribuant à résoudre les
problèmes du S.I.. Le mérite de ces expériences de soutien est d'avoir trouvé, au niveau de la
motivation, un dénominateur commun aux activités informelles, ce qui permet l'adoption
d'approches pragmatiques dont celles du BIT et de l'USAID. Cette présentation nous amène à
cerner les rôles de l'Etat, des organismes internationaux et des ONG ainsi que celui des
organisations de groupements professionnels du S.I.. Il découle de l'analyse des différents
programmes de soutien au S.I. que soit définit le rôle de l'État et des intermédiaires
secondaires (ONG...).
Le rôle de l'État :
L'élargissement de l'échelle des programmes destinés au S.I. dans le cadre des petits
projets appelle une centralisation et une participation de l'État. Un dispositif de coordination
entre les ONG, les groupes cibles et les pouvoirs publics semble nécessaire. Le rôle de l'État
doit être clairement défini. Divers obstacles au développement du S.I. sont liés aux actions de
l'Etat, exemple : les politiques en matière de marchés publics... (voir la dernière section du
chapitre IV, où nous avons dégagé les obstacles à la dynamisation du S.I.). Les actions des
pouvoirs publics doivent viser à favoriser l'établissement de liens entre les petites, les
moyennes et les grandes entreprises, ainsi que la définition du cadre institutionnel.
L'intensification des recherches et des échanges d'expériences concernant le S.I. s'avère
indispensable ; tout comme l'État doit favoriser les réformes économiques, en renforçant les
mécanismes du marché et les possibilités d'investissement.
Le rôle des intermédiaires :
Si le nombre des ONG a augmenté à la faveur des changements politiques, les attitudes des
gouvernements à leur égard n'ont, elles, guère changé. Les gouvernements ont essayé
quelquefois d'élaborer des mesures rigoureuses pour contrôler leur activité et n'aiment pas, en
général, leur laisser une trop grande latitude politique. L'expansion rapide des ONG
nationales, en particulier ces dernières années, est due dans une large mesure à l'appui
financier et institutionnel des pays donateurs. La nature de leur coopération mutuelle varie
selon les perspectives de telle ou telle problématique du développement et des actions qu'elle
requiert. L'actuel manque de confiance entre les gouvernements, les donateurs et les ONG
vient d'un malentendu sur leurs objectifs respectifs et leurs méthodes de travail178
. Il est donc
nécessaire que les trois parties définissent en commun leurs rôles et examinent ensemble si le
meilleur moyen de mener à bien un projet de développement, et comment les gouvernements
peuvent-ils rendre plus efficaces les ONG en tant qu'instrument de développement. Les
gouvernements peuvent contribuer beaucoup à les aider en créant à leur intention un cadre
politique juridique approprié.
L'une des raisons qui doit inciter les gouvernements à subventionner les projets de
développement de ces dernières est la longue expérience que bon nombre de ces organismes
possèdent du S.I. et des méthodes d'action qui sont en rapport avec les besoins et l'aide aux
groupes les plus défavorisés. Les gouvernements doivent apprécier les méthodes employées,
qui ont souvent pour principe de faire participer les communautés et de développer les
capacités locales. Les ONG concessionnelles, les églises et paroisses constituent un réseau
178
Voir rapport sur la collaboration entre les organismes publics pour le développement et les ONG, OCDE,
Paris, 1991.
d'agents utile (cas du Rwanda) dans la réalisation de projets peu coûteux entrepris sur une
échelle réduite avec la participation des intéressés, en dépit de l'intransigeance qui
caractérise parfois ce type d'organisation. Une autre raison, souvent avancée, pour expliquer
l'intérêt de cette collaboration, est que le rapport coût-efficacité de leurs projets est plus
élevé que ceux lancés par le secteur public. Les gouvernements pourraient aussi s'intéresser
à la possibilité de reproduire, parfois sur une grande échelle, les projets expérimentés avec
succès par ces organismes. Toutefois la reproductibilité des projets, comme le rapport
coût-efficacité, est une question au sujet de laquelle on ne dispose pas de renseignements
probants.
Il y a de bonnes raisons de croire que la collaboration entre les organismes publics et
les ONG continuera à s'élargir. Les facteurs qui ont favorisé la coopération ces dernières
années seront sans doute toujours valables. Parmi ces facteurs on notera, en particulier du
côté des pouvoirs publics ou des gouvernements, l'importance relative accordée aux
problèmes accès sur la lutte contre la pauvreté et la possibilité de pouvoir bénéficier de
l'important soutien de l'opinion publique.
L'analyse des réalités du S.I. débouche sur la nécessité d'une promotion sélective,
compte tenu de l'hétérogénéité des activités. Cette nécessité dépend aussi de la capacité des
agents du S.I. à s'organiser. Le développement économique implique l'utilisation de toutes
les possibilités de la croissance. Le S.I. en est une qu'il faut prendre en compte.
Ce que nous venons d'examiner, permet de vérifier l'hypothèse selon laquelle le
cheminement du développement dans les pays d'ASS conduit à considérer le S.I.
comme une des potentialités. L'idée d'une meilleure utilisation de cette potentialité et
l'amélioration du niveau de vie des groupes à faibles revenus peut être aussi avancée.
Il s'agira dans la deuxième partie de cette étude, de nous interroger sur la capacité du
système de formation dans son ensemble à répondre également aux besoins du S.I.. D'où la
question centrale : quel système de formation compte tenu de l'organisation
socio-économique de ces pays d'ASS, ou encore, comment utiliser le S.I. et ses potentialités
pour assurer la formation du plus grand nombre, si 1' on considère que la formation est un
facteur clé du développement ?
Après avoir montré dans la première partie, que le S.I. est une réelle possibilité de
développement, compte tenu de l'échec des politiques de crédit, nous pensons que la
dynamisation du S.I. passe nécessairement par la nécessité du système de formation dans
son ensemble à répondre également aux besoins de ce secteur. Dans toute société en pleine
mutation technologique, l'acquisition des qualifications ne peut se réduire à sa forme
traditionnelle. La formation professionnelle joue un rôle décisif. En abordant la
problématique de la formation, nous allons mettre en évidence la formation dispensée dans
le
- S.I. (l'apprentissagesurletas)puis, nous essayerons de répondreà laquestion, quel typede
formation peut stimuler le dynamisme des activités informelles.
DEUXIEME PARTIE : LA FORMATION
DANS ET POUR LE SECTEUR
INFORMEL
Chapitre I : Le rôle de l'éducation et de la formation dans le
Développement
Chapitre II : La formation dans le secteur informel
Chapitre III : La formation pour le secteur informel
INTRODUCTION DE LA SECONDE PARTIE
La crise du système de formation touche universellement toutes les nations. Le
système éducatif en Afrique au Sud du Sahara s'est révélé, de par son fonctionnement,
impuissant à répondre aux exigences socio-économiques. Parallèlement un double phénomène
se dessine, l'augmentation du nombre d'enfants privés de scolarisation d'une part, et
l'augmentation du pourcentage d'analphabètes, d'autre part. Par son rendement, son rôle social,
sesméthodesetsesobjectifsculturels,lesystèmesevoitdeplusenpluscontesté.Ilestreconnu,
de nos jours, que l'échec de l'éducation est symptomatique d'une nation en crise.
On note en ASS, une augmentation des divergences entre l'enseignement et la vie
réelle. Les enfants ne suivent plus le même parcours que leurs aînés. Chacun se voit obligé
d'inventer sa propre vie. Dans ces conditions, l'expérience risque d'être un obstacle plutôt
qu'une aide et toute autorité politique, familiale ou scolaire est contestée. L'immobilisme du
système éducatif discrédite et bouscule les jeunes dans un modèle de changement.
L'enseignement officiel n'est plus adapté aux besoins des jeunes en Afrique au Sud du Sahara.
C'est en dehors du système officiel qu'il faut rechercher probablement les remèdes qui
sauveront l'éducation officielle. Le manque de réalisme devient catastrophique : on s'est
contenté d'appliquer aux scolarisés l'ensemble des mesures qui avaient réussi auprès des
privilégiés d'autrefois. Il serait temps de sortir de cet enfermement artificiel hyper théorique
pour donner aux jeunes le goût de l'action.
La formation joue un rôle irremplaçable dans l'amélioration des conditions de vie et du milieu
de travail. Les raisons sont à la fois permanentes et conjoncturelles, comme le souligne J. M.
CLERC179 :
Les raisons permanentes : donner une place éminente à la formation, c'est constituer un moyen
décisif pour réaliser un changement durable et profond, parce que la formation est porteuse de
changement en profondeur. C'est un problème de civilisation : "la société technicienne qui
pénètre jusqu'à la vie rurale, transformant les rapports sociaux, rend plus nécessaire que
jamaisVêlementéquilibrantqueconstitueuneformed'enseignementtenantcomptedel'homme
et notamment de l'homme au travail".
Les raisons conjoncturelles concernent une certaine carence des supports institutionnels. Dans
bien des cas les structures sociales, constituant normalement des points d'appui aux actions
d'amélioration des conditions et du milieu de travail, sont peu efficaces ou font défaut. Ceci est
un facteurqui renforce lerôledes actions d'éducation et de formation. Cetteidéeinspire depuis
longtemps les travaux des économistes à travers le rôle du capital humain dans le processus de
croissance. Les néoclassiques privilégiaient l'étude des comportements individuels d'éducation
sans beaucoup mettre l'accent sur le contexte
179
CLERC (J.M.) : "Formation, instrument d'une stratégie d'amélioration des conditions et du
milieu de travail", R.I.T., vol.129, n°3, 1984.
macro-économique. Parailleurs, le renouvellement des théories de croissances endogènes montre
que divers mécanismes de transmission du capital humain affectent durablement le sentier de la
croissance économique. "Ceci ouvre immédiatement de nouveaux horizons puisque les politiques
économique et éducative en particulier sont susceptibles d'affecter le taux de croissance de long
terme"180.
Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, que le SX joue un rôle de premier plan dans
les économies au Sud du Sahara et, par conséquent, qu'il est donc un élément structurel adapté au
processusdedéveloppement.Deplusenpluslesdiplômésdelaformationofficielleutilisentleurs
connaissances pour créer leur propre activité dans le secteur informel lorsque le secteur moderne
setrouvedansl'impossibilitédelesintégrer.LeS.I.estdevenul'apanagedesscolarisésetladurée
de la scolarisation est, selon KING181, ce qui amène des différences quant à la stratification au
sem des unités.
Malgré cela l'analyse économique révèle que les difficultés rencontrées dans ce secteur
proviennent du niveau d'instruction et de formation peu élevé et de l'absence de méthodes de
gestion. Il est donc devenu nécessaire que les politiques d'éducation et de formation prennent en
compteleS.I.IlestadmisqueiesniveauxdequalificationdansleS.I.restentgénéralementbas.La
productivité et la médiocrité des biens et services témoignent, dans une large mesure, de la
nécessité d'améliorer les qualifications. La formation est dans une large mesure un instrument
grâce auquel d'autres efforts porteraient leurs fruits.
QueltypedeformationpeutstimulerledynamismeduS.I.,ouencorelacirculationentrelesdeux
secteurs n'est-elle pas favorisée par l'alphabétisation, la montée du niveau d'éducation et de
formation ?
Nous aborderons dans cette deuxième partie :
le rôle de l'éducation et de la formation dans le développement, analysé à travers l'accumulation
ducapitalhumainetlaprésentationdesnouvellesthéoriesdelacroissanceendogène (chapitreIV)
;
le chapitre V nouspermettra de mettre en exergue le phénomènede la formationsurle tas dans le
S.I.;nousessayeronsdemontrerqu'ilyaunsystèmedestructuration,nonformalisé,noncodifié,
qui obéit à une certaine organisation assez diffuse. L'interaction entre les différents membres
(entre patrons et apprentis) du S.I. montre qu'en réalité, même si certains ont plus de
responsabilités que d'autres, chacun apprend l'expérience collective ;
ledernierchapitre seraconsacréàlaformationpourleS.I.: "Etantdonnélapartgrandissantede
la population active qui travaille dans le S.I., alors que les perspectives de développement de
l'économie formelle demeure limitées, les deux objectifs qui s'imposent désormais aux pays à bas
revenus sont de former les travailleurs à l'emploi
180
AUTUME (A.) : "Education et croissance", Revue Economie Politique, n°104,1994.
181
KING (K.) : "L'émergence de tendances récentes en Afrique : un schéma pour de nouvelles
approches", in Les nouvelles approches du secteur informel, O.C.D.E., Paris, 1991.
indépendant et d'améliorer la productivité du S.I"182
Nous essayerons de répondre aux questions
relatives à la formation générale et professionnelle destinée au
182
CARNOY : ‘’Efficacité et équité de la formation professionnelle’’, Revue internationale du travail, vol.133, n°2,
1994.
CHAPITRE IV : LE RÔLE DE L'ÉDUCATION ET
DE LA FORMATION DANS LE
DÉVELOPPEMENT
INTRODUCTION
La conception selon laquelle l'éducation et la formation influent sur le niveau de
développement d'un pays relève du fait que celles-ci sont reconnues comme moyen d'accroître
lescompétencesdesindividusautravail.Chaqueménageconstatequeles enfantsontunintérêt
matérielàs'instruire,carilsexercerontensuiteunemploimieuxrémunéré.Auneépoqueoùles
facteurs de croissance sont examinésde plus enplus près,le problèmede l'éducation eu seindu
développement revêt une attention particulière. Le développement équivalait à la croissance
économique dont l'éducation est considérée comme la clé permettant l'élévation du niveau des
qualifications etpar suitede laproductivité. Cette opinion est conjuguéeavecla convictionque
l'instruction est un objectif social désirable en soi, ce qui incite à inclure une large diffusion de
l'enseignement parmi les objectifs prioritaires."Tout le monde reconnaît que le niveau
d'instructiondelapopulationactived'unpaysestl'undesélémentsdéterminantduniveauetdu
taux d'accroissement de la production par l'homme et par homme-heure...Une instruction plus
pousséepeutcontribuerdedeuxfaçonsauprogrèséconomique.D'unepart,ellepeutaméliorer
la qualité de la population active. D'autre part, une meilleure formation générale de la
population peut accélérer le progrès de ces connaissances. "183
Les économistes posent généralement le problème de l'éducation en termes
d'investissement, d'où la question de savoir si cet investissement répond à un besoin et quel
rapport coût-avantage il fait apparaître. Nous partirons de l'hypothèse que les phénomènes
éducatifs sont susceptibles déjouer un rôle positif dans l'activité économique. L'éducation
retentit directement sur la productivité de la main-d'œuvre en favorisant la création des
compétences qui accroissent la productivité du travail, elle exerce une influence sur l'activité
économique. "Toute étude des aspects économiques du développement doit prendre en compte
les phénomènes déformation lesquelles l'économie considérée disposera ou non des
travailleurs,paressencehétérogènes,adaptésàsesobjectifsdedéveloppement.Toutepolitique
de développement suppose donc une politique déformation non seulement adaptée
183
DENISSON (E).: "Le facteur résiduel et le progrès économique", OCDE, Paris, 1964.
Mais intégrée aux autres politiques et en premier lieu à celle de m’emploi’’184
. Plusieurs
arguments militent en faveur du rôle de l’éducation-formation en tant qu’une des variables clé
du développement.
- Un investissement dans le domaine de l’éducation et de la formation rapporte autant
que la mise en place de capital fixe et donc entraîne des taux de croissance élevés ;
- L’éducation et la formation préparent l’individu à des métiers mieux rémunérés
et, par conséquent, lui permettent de profiter des possibilités économiques.
L’éducation comme investissement revient à la considérer comme un ensemble de
phénomène susceptible de jouer un rôle positif dans l’activité économique, dans la
mesure où celle-ci rend plus efficace le travail productif. ‘’on accorde presque
partout aujourd’hui que la formation du capital humain constitue un élément
essentiel pour accélérer la croissance’’185
L’augmentation rapide des dépenses d’enseignement dans les PVD stimule le chercheur à
soulever le problème d’utilisation des fonds publics en termes d’affectation des ressources
rares à des usages alternatifs. Daniel BAS avance à ce propos : ‘’La crise est venue. Il est fallu
que chacun se mette à compter lorsque l’investissement est considérable. La nécessité de
mesurer son coût et son efficacité se fait impérieuse. C’est le cas pour la formation.
Investissement de toute première importance’’186
.
Nous aborderons dans ce chapitre :
- Section I : L’aspect théorique du problème éducation-développement ;
- Section II : Les politiques éducatives en Afrique au Sud du Sahara ;
- Section III : L’analyse du système d’éducation et de formation en Centrafrique
SECTION I : APPROCHE THEORIQUE DU PROBLE
D’EDUCATION-DEVELOPPEMENT
L’idée selon laquelle l’éducation et la formation peuvent jouer un rôle moteur dans le
développement trouve son explication dans la théorie du capital. L’Education agit sur
184VERNIERES (M) : ‘’Formation, emploi, enjeu économique et social, Cujas, Paris, 1993.
185
PSACHAROPOULOS (G.) : ‘’L’évaluation des besoins prioritaires de formation dans les PVD RIT. Vol.123,
n°5, 1984.
186
BAS (D.) :’’La formation dans les PVD, ‘’ Problèmes économiques, n°2086, 1988.
l'efficacitédesindividuset lespossibilités de choix entredifférents emplois. WELCH187
baptise
ces deux effets "worker effect" ou l'effet de qualification et "allocative effect" ou l'effet
d'allocation. L'effet de qualification mesure le fait que l'éducation permet à l'agent de produire
une plus grande quantité de biens avec des ressources données. L'effet d'allocation existe si
l'éducation permet à l'individu de mieux utiliser les prix et les caractéristiques de facteur et de
produit, afin de tirer le plus grand profit de son activité.
Deux hypothèses permettent de saisir l'apport de l'éducation à l'économie :
- la première est que les phénomènes éducatifs sont susceptibles de jouer un rôle positif dans
l'activité économique ;
- la deuxième est que la relation éducation-formation/économie conduit à qualifier la nature de
l'éducation considérée comme investissement.
- Les néoclassiques considèrent l'éducation comme un investissement en soi, comme la
constitution d'un capital humain. Dès lors l'éducation n'est envisagée qu'au travers de ces effets
sur les salaires et la croissance.
Au début des années 50 se sont développées de nouvelles problématiques pour l'analyse
économique du travail, parmi lesquelles une place privilégiée a été accordée à l'approche en
tenue de capital humain. Le renouveau des théories de la croissance endogène vers les années
80, témoigne de l'intérêt qu'on accorde aux investissements en éducation et formation dans le
processusdedéveloppement."Le succèsdelanouvellethéoriedelecroissanceestaujourd'hui
indéniable. Parmi les multiples travaux réalisés dans cette optique, de nombreuses analyses
ont mis en évidence les effets de l’accumulation du capital humain sur la croissance
économique." 188 Les théories de la croissance endogène donne une nouvelle jeunesse au
concept du capital humain.
I.1 - LA THEORIE DU CAPITAL HUMAIN (KH)
A - Définition du capital humain
BLAUG189 a écrit à propos du capital humain : "C'est en ce sens très simple que les coûts
constituent un investissement dans leur future capacité propre à obtenir des gains" , il définit
ainsi le concept au niveau individuel. La définition du capital humain au niveau social
187
WELCH (F.). MURPHY (K.M.).: "Empirical Age-Earnings profiles", Journal of Labor Economics,8,
p.202-229,1990.
188
BOUYAD(A.):"Capital humain et croissance des pays en développement", Thèsededoctorat
d'université en Sciences économiques, Université Toulouse 1,1994.
189
BLAUG (M.) : "Education and employment in developing country", JLO, Genève, 1981.
- se retrouve chez G. S. BECKER qui avance que son ouvrage "Human capital" est "concerné
par les activités qui influencent les futurs revenus monétaires et psychiques, et accroissent les
ressources de la population. Ces activités sont nommées investissement en "capital humain"190
.
- Les activités qui contribuent à l'accumulation du capital humain peuvent découler de
l'éducation formelle, de la formation sur le tas, des dépenses de santé... ; toutefois
l'investissement en capital humain peut prendre d'autres formes :
- les investissements familiaux, qui concernent l'influence de la famille sur le stock de capital
humain des enfants ; celle-ci se manifeste par la transmission des connaissances et de la
motivation ;
- les investissements éducatifs, qui résultent de la politique d'élévation du niveau d'instruction
de la population ;
- lesinvestissementsprofessionnels,quiconcernentl'apprentissagerésultantdel'accroissement
du stock de capital humain d'un individu par l'expérience au cours de la vie active. Les
investissements scolaires ne sont pas les seules formes d'acquisition de connaissances. Tout au
long de la vie active, les individus continuent à apprendre par l'intermédiaire d'investissements
professionnels qui suivent un rythme conforme aux prédictions de la théorie. La formation au
cours de la vie active, comprend la formation explicite dans un établissement, et aussi la
formation sur le tas (implicite). La formation explicite est une activité qui a pour finalité
principale,sinon unique,la formation, alors que laformation surle tas se trouve associée à une
activité dont la principale finalité n'est pas la formation, exemple dans la production. On
retrouve à ce propos la distinction entre la formation générale et la formation spécifique (au
sens de Becker). La formation générale désigne une formation le plus souvent acquise sur le
tas, dans le travail, mais une formation qui peut servir dans plusieurs entreprises ; tandis que la
formation spécifique, au contraire, sera une formation acquise sur le tas mais qui ne peut servir
que dans l'entreprise où elle a été acquise.
Un certain nombre d'économistes tels que BECKER et SCHULTZ191
se sont posés la
question relative à la relation entre le niveau de revenus et le niveau d'éducation (la
signification de la notion de rentabilité d'un investissement en capital humain). En effet, un
grandpourcentagedel'accroissementduPNBn'estdûniàl'accroissementdufacteurtravail,ni
à celui du facteur capital, mais plutôt à l'accroissement de la productivité. BECKER dans son
ouvrage intitulé "Human capital" admet que les différences de salaires observées selon les
niveaux d'instruction représentent des mesures approximatives de la
190
BECKER (G. S.) : "Human capital,: A theorical and empirical analysis with Special reference to education,"
New-York, 2° Edition 1975.
191
SCHULTZ (T.W.):"Investment in human capital,"The Free Press, 1971.
- contribution des études à la productivité sociale. L'enseignement est un facteur de production
dont la contribution marginale peut être approximativement mesurée par les différences de
rémunérationentrelestravailleursselonqu'ilssontplusoumoinsinstruits.Cetargumentrepose
sur l'idée que le marché du travail pour les individus instruits fonctionne selon les principes de
l'analyse économique fondée sur le jeu de la concurrence.
- L'accumulation du capital humain permet d'accroître la productivité du travail. Les pays qui
ontconnu destauxde croissance élevés sont ceuxqui ontleplusinvesti dans laqualitédeleurs
ressourceshumaines.Lapriseencomptedel'éducationpourl'analyseéconomiquepeutsefaire
soit au niveau individuel, soit au niveau social.
- L'utilisation du concept du KH facilite l'analyse car elle permet d'inscrire cette étude dans
celle du capital en général. Au niveau macro-économique, les dépenses d'éducation pourraient
alors être conçues comme participant d'une problématique d'allocation optimale des ressources
entre les différentes sortes de capitaux. La problématique sociale ne serait qu'un simple
élargissement de celle étudiée au niveau individuel. La conception "socialisée" de l'éducation,
c'est-à-dire l'enseignement comme un bien collectif, doit être rejetée dans la mesure où les
bénéfices de celle-ci sont surtout individuels et divisibles, puisque chacun est en mesure,
lorsqu'il le désire, d'acquérir davantage d'éducation, et ceci quel que soit le processus scolaire
même pendant la durée obligatoire légale de l'enseignement. De plus, l'existence de processus
de sélection dans le cursus scolaire limite la quantité d'éducation et crée des tensions de rareté.
- Ceconstatsoulèvelapossibilitéd'uncalculen termesdeprix,lescoûtsetgainsd'unprocessus
éducatif pourraient alors être comparés.
B - Statut de la théorie du capital humain
Comme toute théorie néoclassique, la théorie du capital humain repose sur l'hypothèse forte de
larémunérationdesfacteursàleurproductivitémarginale,toutenpostulantquelaformationest
la source essentielle d'augmentation de productivité physique. Donc la formation, qu'elle soit
dispensée à l'école ou sur le tas, accroît la capacité productive du sujet qui la reçoit, avec un
délai mesuré par la période de production de ce capital humain. Les différences de salaires ne
fontalorsquetraduirelesdifférencesdeproductivité.Lathéorieducapitalhumainreliedoncla
distribution des gains à celle des investissements en capital humain, les taux de rendements
servant d'instruments de liaison. Les recherches sont fondées sur une double hypothèse :
- la première est que les individus sont des agents éco-rationnels cherchant à maximiser une
fonction d'utilité ;
- la seconde est que l'investisseur se trouve dans un marché concurrentiel parfait avec un coût
du capital unique pour tous les agents : celui du marché.
- La théorie du capital humain a permis l'identification du facteur résiduel, composante
essentielle de la croissance. Trente ans après, on assiste à un renouvellement de celle-ci. En
effet au milieu des années 80, s'est développée aux États Unis, autour des articles de
LUCAS192
et de ROMER193
, la théorie de la croissance endogène. Cette nouvelle approche
ouvre des nouvelles orientations dans la détermination de l'impact du capital humain dans la
croissance.
- Les auteurs partent du fait que l'accumulation du capital physique reste insuffisante pour
atteindre une croissance à long terme, dans la mesure où la production est soumise à des
rendements marginaux décroissants du capital dans le modèle néoclassique. Pour les tenants
de cette nouvelle approche, l'accumulation des connaissances influence positivement la
productivité, engendre des effets externes importants et des rendements d'échelle croissants.
"En effetlemodèlenéoclassiquen'afourni qu'uneexplication partielledela croissance.Étant
donné l'hypothèse des rendements décroissants, une fonction de production donnée, la
productivité marginale du capital diminue au fur et à mesure qu'il y a accumulation. Ainsi les
pays pauvres en capital vont connaître une croissance plus rapide que les pays riches. La
prédiction de la nouvelle théorie de croissance est différente, puisqu'au lieu de conclure à la
convergence des évolutions, elle cherche à expliquer la diversité des situations"194
. Les
modèlesmettentl'accentsurlerôledéterminantdespolitiqueséconomiquesdanslamesureoù,
le choix des dépenses publiques des infrastructures, d'éducation, de recherche et
développement, est déterminant pour la croissance économique. A ce niveau d'analyse la
présentation du modèle de LUCAS peut nous éclaircir sur le rôle de l'accumulation du capital
humain dans la croissance économique. Les travaux sur la croissance endogène s'appuient sur
la dotation d'une économie en capital humain. Les études empiriques195 ont montré que le
niveau initial du capital humain d'une économie détermine si l'économie va parvenir à une
croissance régulière où à un équilibre durable de sous-développement.
- Présentation et interprétation du modèle
- LUCASretient4inputsdebase:lecapitalphysique,letravail,lecapitalhumainetunniveau
moyende capital humain(effet externe). L'individu s'éduque lui-même, utilisantpour celason
temps et ses compétences acquises, et le capital humain ainsi produit à partir de lui-même.
192
LUCAS (R.) : "On the Mechancis of Economic Development", Journal of Monetary Economic 22,
p.3-42, 1988.
193
ROMER (P.M.) : "Increasing Returns and Long-Run Growth",Journal of Political Economy, vol.94,
n°5,p.l002-1037,1986.
194
BOUYAD (A.) : "Capital humain et croissance des pays en développement", Thèse de doctorat
d'université en Sciences économiques, Université Toulouse 1,1994.
195
ROMER (P.M.) : op. cit.
- Les travailleurs sont considérés comme identiques. Un travailleur avec un niveau de
qualification h est doté d'un temps normalisé à l'unité ; il consacre une fraction u de ce temps à
la production courante et le reste (1 - u) à l'accumulation du capital humain. La technologie du
secteur des biens de consommation est représentée par une fonction de production, elle est
supposée dépendre du capital physique K(t), du travail N(t) et de la technologie A.
-
Les équations (11) et (12) donnent respectivement le taux de croissance d'optimum social et le
taux de croissance d'équilibre du capital humain.
Évaluation du modèle
Les principales conclusions du modèle peuvent être extraites des deux équations (11) et
(12) qui résument l'aspect positif de l'investissement en capital humain sur la croissance.
LesdeuxexpressionsaugmententavecÇ,etdiminuentlorsqueletauxd'escomptepcroît.
Cette implication se déduit directement de l'hypothèse selon laquelle les bénéfices du capital
humain sont perçus principalement dans le futur, alors que les coûts sont immédiatement
supportés.
Dans les deux cas (taux de croissance d'optimum social,ou taux de croissance
d'équilibre)l'équation(10)donneletauxcorrespondantdelacroissanceducapital physiquepar
tête.Anoter:lathéoriepréditquelacroissanceestmaintenue,quel'effetexternesoitpositifou
nul.
si 𝛾 = 0 gc=v
si λ = 0 gc >v
Parconséquentl'effetexterneprovoqueunecroissanceplusrapideducapitalphysique
que du capital humain. Ainsi si 𝛾> 0 le capital humain croît à un taux plus bas que le capital
physique : (gc> v) la décision des agents pour investir dans la formation du capital humain
provoque un effet augmenté par l'externalité sur la croissance du capital physique.
De plus, LUCAS (1990) montre que la productivité marginale, et donc la
rémunérationdutravail (capital humain inclus),est plus faible dans les paysen développement
que dans les pays développés où le montant du capital moyen est plus élevé. Par conséquent, il
est clairquele rendementdes facteurs est beaucoup plus élevé dans les paysdont lestockde K
et h est important.
Apports et limites
Le résultat le plus important du modèle est la conclusion selon laquelle plus une
économie a un stock de capital humain important, plus elle connaît une croissance rapide. Il
indique que des niveaux de capital humain peu élevés peuvent expliquer la croissance des
économies sous-développées. La prise en compte des effets externes fait apparaître l'existence
deseuils.D'unepart,danscertainesrégions,l'externalitépeutêtrefaibleetl'économiesetrouve
enfermée dans une "trappe de sous-développement", d'autre part, dans d'autres régions,
l'externalité est positive et significative, et l'économie connaît une croissance rapide.
Le modèle permet d'intégrer des comportements économiques que les néoclassiques
laissaient de côté, les liens avec l'accumulation du capital physique sont étroits. Toutefois les
validations empiriques en sont encore à leurs débuts du fait de la pauvreté des données
statistiques sur une longue période. La croissance endogène relance le débat sur les
interventions publiques concernant éducation, recherche, infrastructures où l'État a un rôle à
jouer. "Plus globalement, la croissance endogène a réouvert une boite noire que les
néoclassiquesavaitrefermé. En sefondant surdesrendementscroissants, elleouvrela porteà
l'hystérésis (rémanence des chocs transitoires) et aux équilibres multiples (des situations
initiales différentes peuvent ne pas converger), dans un tel cadre l'histoire compte".196
196
GUELLEC (D.) : "Croissance endogène : Les principaux mécanismes." Economie et Prévision, n°
106, 1995.
De plus, les théories de la croissance endogène, ouvrent les voies à d'autres
orientations : elles permettent de prendre en compte l'endogenéité de la fertilité, ainsi que des
implications dans le cadre d'une économie ouverte. Le cadre d'analyse permet d'étudier les
effets macro-économiques de l'éducation et des politiques économiques.
1.2 -EVALUATION DU RENDEMENT DE L'EDUCATION
- L'acquisition d'une formation apparaît comme un investissement, elle implique un coût
(dépenses de formation et manque à gagner), elle est sensée augmenter l'efficacité future du
travailleur. Le choix à effectuer au niveau du système éducatif, la justification de ces dépenses
etleursstructuressontgénéralementétudiés àpartirdelaméthodedes tauxderendement(c'est
l'application d'une méthode très générale d'analyse coût-bénéfice) et celle des besoins en
main-d'œuvre.
A - Les coûts de l'éducation
- Ces coûts comprennent les dépenses de construction, d'équipement, de personnel, mais
certains souhaitent aussi tenir compte des pertes de revenus résultant de la réduction de la
main-d'œuvre employée dans la production directe (coût d'opportunité). Ce dernier problème
est délicat puisque, selon les sociétés et les époques, les enfants auraient pu travailler plus ou
moins tôt. De plus tout dépend de l'état du marché de travail. S'il y a chômage, le retrait d'une
partie de la main-d'œuvre n'est pas un coût supplémentaire. Au contraire s'il y a pénurie de la
main-d'œuvre, l'orientation des jeunes vers le système éducatif peut aggraver un déséquilibre à
court terme.
- Le coût de l'éducation comprend, pour l'individu comme pour la société, deux parties : une
charge directe et un manque à gagner.
- les coûts directs : les coûts directs sont augmentés par la scolarisation croissante, mais ils le
sont également par l'amélioration de la qualité de l'enseignement. Le perfectionnement des
méthodesetprogrammesentraîneengénérall'emploid'unéquipementplusonéreux.Leprixde
revientparélèveprogressed'undegréd'enseignementàunautreetdoncavecl'âgedesélèveset
l'allongement de leurs études. Chaque fois que l'on ajoute une année au temps de scolarité, le
coût marginal de cet allongement grandit : une formation de niveau élevée nécessite, outre un
développement du matériel, la réduction des effectifs par classe. Si bien que le coût d'un élève
du secondaire représente dans certains cas le double de ce qu'il est dans le primaire, et avec
l'enseignement supérieur l'écart est encore plus net.
- le manque à gagner : celui-ci revêt deux formes :
- la prolongation des études conduit à restreindre l'importance numérique de la
main-d'œuvre ;
- ladeuxièmeformedemanqueàgagnerestaussiimpossibleàincorporerdirectement
que la première. Ce secteur "produit" mais aussi "consomme " de la main-d'œuvre. Dans les
PVD où peu de gens qualifiés sont disponibles pour l'industrie, leur orientation vers
l'enseignement peut créer des goulots d'étranglement et, par là, provoquer une réduction
sensible du produit national.
L'observation des dépenses éducatives laisse apparaître 3 types de dépenses 197
:
- des dépenses qui correspondent au coût de la croissance d'un enfant en dehors de
toute hypothèse éducative ;
- les dépenses d'éducation au sens strict : ce sont les dépenses de scolarité ou celles
induites par elles ;
- les dépenses socio-éducatives : qui donnent lieu à de nombreuses controverses.
Faut-il ou non les inclure dans les dépenses éducatives ? Ceux qui répondent négativement
partent d'une conception étroite de l'éducation. Pour eux le caractère non obligatoire de ces
dépenses les fait sortir du cadre éducatif. A l'opposé, ceux qui répondent positivement se
fondent sur des études pédagogiques qui montrent que le développement intellectuel d'un
enfant peut se compléter (ou se faire) dans des manifestations non liées au système éducatif
formel.
La prise en compte ou non des dépenses socio-éducatives aurait une incidence
considérable sur le niveau des coûts. A remarquer que ce type de dépenses se caractérise par
une forte élasticité par rapport au niveau de revenu. On peut considérer que le coût est variable
avecleniveauderevenusdesparents,latailledelafamille,l'appartenancesociale," C'est parce
que ces problèmes sont complexes et se posent différemment d'un pays à l'autre qu'il n'existe
aucune classification internationale normalisée des coûts de l'éducation"198
.
Les principales expressions du coût de l'éducation selon PAGE (A.)199
A la base de toute expression du coût figure une dépense qui marque une
consommation de facteurs. Dès lors une démarche préliminaire consiste à préciser quelles sont
les dépenses prises en considération. Trois groupes d'agents peuvent être retenus :
197
MINGAT (A.), PSACHAROPOULOS (G.) : "Education Cost Financing in Africa : Some Facts and Possible
line of Action", Washington, DC, 1984.
198
WOODHALL (M.), PSACHAROPOULOS (G.) : "Education pour le développement", Economica,
Paris, 1988.
199
PAGE (A.) : "L'économie de l'éducation", PUF, 1971.
- la familledontlacontribution comporteles dépensesdirectementliées àl'éducation
(fraisdescolarité, frais detransport...) etles versements fiscaux alimentant le budgetde l'État;
- les établissements scolaires et universitaires qui se trouvent directement à la source
d'une fraction importante des dépenses d'éducation ;
- lacollectiviténationalequiapparaîtbiencommel'agentéconomiqueprivilégiédans
la comptabilisation des dépenses d'éducation. Quels que soient les agents économiques qui
supportent en définitive la charge du financement, une part importante est assurée sur fonds
publics.
1 - Expression du coût selon l'objet de la dépense
Pour PAGE, les dépenses génératrices de coûts peuvent correspondre à deux grands
objectifs distincts : créer, accroître ou remplacer un capital affecté à l'éducation, assurer le
fonctionnement quotidien du système. D'où deux catégories de coûts :
a) Coûts en capital ou coûts d'investissement : ces coûts sont liés aux dépenses permettant au
système d'enseignement de disposer des installations durables nécessaires au déroulement des
activités éducatives. Entrent dans ces dépenses les achats de terrain, les constructions scolaires
et tous les équipements fixes qui s'y rattachent.
b) les coûts de fonctionnement : correspondent à des dépenses que l'on peut qualifier
d'ordinairesoucourantesdansla mesureoùelles se renouvellent àchaque exercice.Cesont les
dépenses du type : traitements des personnels, matériel et fournitures scolaires, services
auxiliaires, fonctionnement...
Selon la finalité économique des dépenses on peut retenir trois catégories de coûts :
- les coûts directs : ils comprennent toutes les dépenses permettant d'assurer directement
la fourniture des services éducatifs (essentiellement salaires du personnel enseignant, matériel
et fournitures scolaires, entretien et réparation, fonctionnement de matériel) il s'agit des
dépenses inéluctables.
- les coûts indirects : ils comprennent les dépenses non directement productives des
services éducatifs, dépenses de personnel non enseignant, administration générale.
- les coûts de transfert ou coût d'intervention : ils comprennent toutes les dépenses qui,
par leur nature, ne sont pas liées à l'activité éducative mais dont la charge est transférée du
budget des ménages ou du budget d'autres départements ministériels au budget de l'éducation
(dépenses de santé, d'hygiène, ce sont des dépenses qui relèvent de la politique sociale en
général).
2 - Expression du coût selon les bénéficiaires de la dépense
L'analyse des coûts selon l'objet de la dépense peut s'appliquer à l'ensemble du système
mais également à chacun des secteurs que l'on peut distinguer à l'intérieur de ce système. On
retiendra les subdivisions suivantes :
- Coûtpar niveau d'enseignement, lasubdivision de base entre niveaux primaire, secondaire et
supérieur pouvant être poussée plus avant selon les caractéristiques nationales d'organisation
du système.
- Coût par type d'enseignement : peu pertinent au niveau de l'enseignement primaire sauf à
retenir une distinction presque partout significative entre ville et campagne. Ce critère vaut
surtout pour l'enseignement du second degré (général, technique et écoles normales) et pour
l'enseignement supérieur selon les disciplines et les catégories d'établissements.
3 - Expression du coût selon l'optique de la dépense
Les différents coûts retenus en fonction des deux catégories de distinction qui
précédent peuvent être saisis sous différents éclairages :
- un premier éclairage opère une distinction entre les diverses dépenses selon leur principe de
variation en fonction des quantités produites, d'où la distinction entre coûts fixes et coûts
variables proportionnels et non proportionnels. La transposition au cas de l'éducation semble
dénuée d'intérêt pratique.
- le second éclairage de la théorie des coûts de production consiste à retenir trois optiques de
dépenses (totale, unitaire et marginale) et trois expressions correspondantes du coût. Les deux
premièressont,àn'enpointdouter,transposablesaucasdel'éducation.Lasignificationducoût
marginal est, en revanche, beaucoup plus discutable.
On se bornera à mentionner les principaux types concevables de coûts unitaires :
a) Coût unitaire d'investissement : coût de la construction scolaire au mètre carré ; coût
d'investissement par classe ou par élève.
b)Coût unitaire de fonctionnement : en fonction du choix des unités figurant au numérateur ;
trois types principaux, coût par diplômé, coût par élève inscrit, coût par maître.
B - Les avantages d'un système éducatif
Ils peuvent d'abord être mesurés au niveau des individus bénéficiaires :
l'accroissementdesgainspar rapportaux non qualifiésest lamesurelaplus simple, encoreque
partielle,decebénéficeindividuel.Cesavantagessontgénéralementévalués àpartirdurevenu
moyen des diverses catégories de salaires classées selon la formation reçue. La différence de
revenu est représentative d'une différence de productivité, qui est elle-même le
résultatdelaformationreçue.Si,enmoyenne,lesindividusdeformationprimairegagnent100
et ceux ayant une formation secondaire175, legain imputable au système éducatif est de75%.
Il reste, compte tenu de la structure de l'emploi, à déterminer le gain total à l'échelle de la
collectivité.
BLAUG200
explique et justifie la relation niveau d'éducation/gains par trois séries
d'éléments :
- lacauseéconomique:l'éducationpermetdecomparerdesqualitésquisontraressur
le marché de l'emploi, donc qui doivent être rémunérées ;
- lacausesociologique:l'éducationdiffusecertainesvaleurssocialesetfaitaccéderà
l'élite sociale avec les avantages que cela implique ;
- la cause psychologique : l'éducation sélectionne les éléments les plus capables en
vue des meilleurs emplois. Des difficultés subsistent cependant qui tiennent :
- à l'actualisation des avantages futurs pour les comparer à des dépenses
présentes ;
- à des économies externes liées à l'éducation (prestige social) ;
- à la non prise en compte de l'éducation en tant que consommation ;
- au niveau de la collectivité apparaissent des bénéfices externes : ceux-ci
sont liés à l'aménagement de la division du travail, c'est pourquoi des "déséconomies"
apparaissent lorsque la formation donnée ne correspond pas à des besoins.
D'autre part, pourla collectivité, il convient de comparer le coût et les avantages obtenus
;lesavantagesetlesmoyensdisponibles.Lecoûtrelatifdel'éducationesteneffetplusélevéen
pays sous-développés qu'en pays développés. Certains coûts sont plus difficiles à évaluer ; en
particulier les effets possibles de l'emploi sur le chômage structurel, l'individu scolarisé
refusant des emplois disponibles et recherchant des emplois saturés.
Mais en sens inverse, il convient de rechercher au niveau collectif quels sont les
avantages non financiers qui peuvent résulter de l'investissement éducatif. Ces gains se
manifestent soit par une meilleure assimilation du progrès technique, soit par un meilleur
fonctionnement des institutions politiques et administratives.
Les analyses coût-avantage au niveau de la société ne peuvent se passer de
l'hypothèse que ces suppléments de revenus sont dus à une plus grande productivité. Cette
hypothèsen'estpasnécessaireàl'analysedestauxderendementprivés.Aussilongtempsquele
salariéayantreçuuneéducationestdavantagepayéqueceluiquin'enapasreçu,l'éducationest
un investissement rentable et offre des avantages financiers, même si certains entrepreneurs se
comportent de façon irrationnelle.
200
BLAUG (M.) : "Education and employment in developing country",ILO, Genève, 1981.
- le taux de rendement privé est systématiquement plus élevé que le taux de
rendement social. Les rendements privés de l'enseignement primairedépassent largement 15%
et peuvent aller jusqu'à 50%. Les estimations pour les taux de rendement privés pour
l'enseignement secondaire et supérieur sont elles aussi élevées ; habituellement nettement
au-dessus de 10 à 12% et allant souvent jusqu'à 30 et 40%. L'éducation est donc généralement
un investissement individuel hautement rentable pour l'élève, l'étudiant ou sa famille.
Le fait que le taux de rendement social est toujours plus faible que le taux de rendement
privé reflète que l'éducation est fortement subventionnée et que ces subventions ne sont pas
compensées par le supplément d'impôt que paient les diplômés.
Pour PSACHAROPOULOS201
dans de nombreux pays la charge que représentent
les coûts privés est allégée par une aide financière aux élèves sous forme d'allocation. Si les
individus agissentrationnellement et choisissentles investissements à effectuer à partirde leur
taux de rendement privé, la demande d'éducation devrait être très forte, surtout dans
l'enseignement primaire dont les taux de rendement privé sont généralement élevés.
C - Les analyses coût-avantage de l'éducation
Il s'agit de l'étude du taux de rendement du capital humain. Ces études consistent à
calculer le taux de rendement interne du capital humain, c'est-à-dire le taux d'actualisation qui,
pour un individu ou un groupe d'individus ayant le même niveau d'éducation, est égal à la
sommede lavaleurdes avantages procurés parl'éducation et celledes coûtsde cette éducation
tout au long de la durée de la vie active de l'individu ou du groupe considéré.
Les dépenses d'éducation représentent l'investissement en capital humain et doivent
être évaluées à leur coût social qui couvre aussi bien le coût privé de l'éducation supporté par
l'élève ou sa famille que celui supporté par la société.
De même le supplément de revenus attendu de cet investissement doit tenir compte non
seulement du revenu privé (revenu additionnel résultant du supplément de l'éducation) mais
aussi des avantages indirects qui peuvent en résulter, tant pour l'individu que pour la société.
Le calcul du rendement de l'investissement éducatif exige que les termes de
l'échéancier de différentiels soient ramenés à une valeur présente, c'est-à-dire "actualisés".
Deux méthodes peuvent être proposées pour rapprocher les coûts et les avantages :
- la méthode de bénéfice actualisé (utilisant un taux externe
d'actualisation) ;
- la méthode du taux de rentabilité interne.
201
PSACHAROPOULOS (P.) et MINGAT (A.) : "Le financement du développement en ASS", Revue finances et
développement, vol.22, 1984.
a - La méthode du bénéfice actualisé
Selon cette méthode de calcul, l'estimation des bénéfices procurés par un investissement
éducatif revient à actualiser la somme des termes de l'échéancier à l'aide du taux d'intérêt du
marché "r". La formule générale est :
RI R2 Rn Rn
B = --------- + -------------- + ... --------------
1 + r (1 + r )2
(1 + r )n
soit en abrégeant :
B = Rt 1 + r − t
𝑡=𝑛
𝑡=1
où Rt : sont les termes de l'échéancier des bénéfices
n : la durée de vie de l'investissement (en général égale à la durée de la vie
active)
r : taux d'actualisation (en général égal au taux d'intérêt)
Le défautdecette méthode estquel'onpeutavoirplusieursestimations de Bselon divers
taux d'actualisation et qu'il peut être discutable de choisir le taux d'intérêt du marché comme
taux d'actualisation.
b - La méthode du taux de rentabilité interne
Comme onl'a fait remarquer la difficulté de choisirun tauxd'actualisation et la nécessité
de bien fonder la décision d'investissement (ou décision de demande d'éducation) rendent
préférable de calculer le taux plutôt que de le fixer à priori. Ainsi on peut imaginer qu'une
décision d'investissement éducatif sera rationnelle si elle résulte d'une comparaison entre le
taux calculé et les taux obtenus à partir d'autres investissements que l'investissement éducatif.
En d'autres termes, le calcul économiquerationnel exigede calculer d'abord lavaleur
de"r"quiannulecellede"B".Ensuitevoirsi"r"estsupérieurautauxd'intérêtquiauraitpuêtre
obtenu en effectuant d'autres placements. Si c'est le cas, l'investissement éducatif est justifié et
il est rationnel de continuer d'investir dans l'éducation. La formule qui permet de calculer le
taux de rentabilité interne s'écrit :
Rt 1 + r t = 0
𝑡=𝑛
𝑡=1 où ‘’r’’ est une inconnue
En notant202
:
Ct = le coût social total de l'investissement éducatif considéré à l'instant t
At = l'avantagesocial (supplément de revenu social attendu) procuré par ce même
investissement en t
T = la durée de vie active de l'individu ou groupe d'individu éduqué, telle que:
t = 1,2...,T
r = le taux de rendement interne de l'investissement éducatif
i = le taux d'intérêt (ou d'actualisation) retenu pour l'ensemble de l'économie
Le taux de rendement interne de l'investissement éducatif sera r, tel que :
(1)
Et ce taux sera optionnel si : r = i (2)
Larègledutauxderendementinternesignifie,eneffet,comme danstouteslesétudes
du bilan actualisé, que l'on pousse l'investissement jusqu'à ce que la somme actualisée de ses
avantages égalise celle des coûts, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'on ait :
Nous soulignons le caractère d'optimisation implicite et micro-économique de cette
méthode :
Cette approchepartde l'estimationdes coûts et bénéficesde l'éducation. Le calcul du
taux de rendement peut être utilisé afin de décider de l'augmentation ou de la limitation d'un
programme d'éducation donné et de déterminer les investissements à engager dans les
différents niveaux d'éducation.
Le taux de rendement peut être ainsi utilisé pour apprécier la profitabilité d'un nouveau
programme et son "efficacité" économique. Les prévisions relatives aux coûts futurs
d'éducation peuventindiquer leniveaude gain attendudesdiplômésparniveau d'éducation, ce
qui permet de voir si les dépenses effectuées pour leur éducation peuvent être justifiées et, si
cette éducation attirera le nombre suffisant de personnes. Néanmoins, il est nécessaire que
202
MINGAT (A.) : Op.cit. page 205.
les taux de rendement soient examinés et interprétés avec beaucoup d'attention203
avant de
décider si un niveau d'éducation est, ou n'est pas, rentable.
Le taux relatif à chaque niveau d'éducation est obtenu à partir de la formule
classique : n
Où: C= Coût total (actualisé dépensé en éducation d'une personne d'un niveau
donné) ;
R = Le revenu additionnel et annuel qu'une personne gagnera durant sa vie
active, en appartenant à un niveau supérieur d'éducation ;
T= La durée d'une vie productive ;
r = Le taux de rendement.
Cetteapprocheprésentecertainsavantages,ellepermetparexemple,decomparerletaux
de rendement en éducation (exprimés en pourcentage) à tout autre taux de rendement d'un
investissement donné.
L'estimationdutauxderendementprivépermetauxgouvernementsdedéterminerlapart
desdépensesquedoitsupporter mi étudiant, alors que l'estimationdutauxderendement social
permet de déterminer le niveau optimum de scolarisation.
Cette méthode permet aussi de comparer les taux de rendements relatifs à des
catégories de personnes de diverses spécialités.
Il reste que cette méthode a été critiquée notamment pour ses hypothèses de base. En
effet, elle suppose que la différence des revenus entre les individus est expliquée par la
différence des niveaux d'éducation, négligeant ainsi d'autres facteurs liés au milieu familial de
la personne, ses capacités, ses motivations et sa personnalité. Cette méthodesuppose aussi que
la différence des revenus est liée à la différence de productivité. Or on sait que cette forme
d'allocation du facteur travail n'est vraie que dans un modèle de marché concurrentiel.
Il faut ajouter que souvent certaines personnes préfèrent exercer des fonctions
administratives et politiques qui exigent des hautes compétences et des niveaux d'éducation
élevés, mais qui sont aussi très peu rémunérées. Tant de questions qui restent posées et
auxquelles cette approche ne peut répondre. A ce titre on peut remarquer que cette méthode ne
tient pas compte des effets externes de l'incertitude sur les revenus et de la variation de la
structure de salaires. Le taux de rendement interne est un critère efficace à condition qu'il y ait
décroissance continue dudit taux de rendement. Quand on envisage l'investissement matériel
cela ne pose aucun problème dans la mesure où, précisément, on classe les projets par ordre
203
II faut d'abord éviter toute confusion entre les concepts de taux de rendement et de rendement que certains
considèrent comme équivalents. Le rendement de l'éducation est la part du revenu réalisé grâce à
l'accroissement du niveau d'éducation de la population employée. Cette définition a été retenue par SCHULTZ
(T.W.) et DENISSON (E.) qui ont calculé ce même rendement en estimant l'accroissement du revenu national réel
dû à l'accroissement du nombre de la population employée et éduquée. Quant au taux de rendement par personne
et par niveau d'éducation, il est obtenu à partir du coût total par niveau d'éducation et la valeur actualisée de
l'accroissement de revenus résultant de ce niveau d'éducation.
décroissant de rentabilité ; alors que cette possibilité de classement est exclue pour l'éducation
"l'accumulation de connaissances doit se faire dans un certain ordre temporel et rien n'assure
que les taux de rendements associés aux différents niveaux successifs soient décroissants"204
.
A priori la solution de la valeur actuelle semble mieux adaptée, car elle permet de considérer
des choix interdépendants, toutefois se pose le problème du choix du taux d'actualisation.
Actuellement on peut énumérer d'autres approches d'estimation qui montrent que la
meilleure méthode reste encore à trouver.
I.3 - ANALYSE EN TERME DE SÉLECTION ET DE SOCIALISATION
Après 1970, d'autres courants de pensée se sont développés et constituent des
approfondissementsdelathéorieducapitalhumain.Nousverronsrespectivementici,lathéorie
de filtre et l'apport de la sociologie.
A - Tri et sélection ou la théorie de "filtre"
L'idée générale est que l'éducation est considérée comme un mécanisme de tri et de
sélection des travailleurs. "Les critiques du concept du capital humain ont soutenu que
l'éducation peut révéler les capacités productives sans nécessairement les
augmenter"205
Les employeurspréfèrent les candidats les plus instruits, mais pas seulement,ni
même essentiellement, parce que les études rendent les individus plus productifs. C'est tout
simplement parce qu'ils estiment que le processus même de l'enseignement revient à
sélectionner les individus qui sont plus productifs par nature. L'enseignement revient donc
essentiellement à effectuer un tri ou une sélection des travailleurs en fonction de leur
productivité intrinsèque sans agir nécessairement pour en améliorer la productivité innée.
L’enseignement une source d'information sur les aptitudes et le comportement
préexistantde/individu.Seloneux,cesontlesaptitudesetlesélémentsdecomportementinnés
qui déterminent la productivité au travail.
204
GRAVOT (P). ‘’Economie de l’éducation’’, Economica, Paris, 1993.
205
WOODHALL (M.), PSACHAROPOULOS (G.) : "Education pour le développement",
Sil'onadmetquel'enseignementestgénérateurd'informations etnondecompétences,la
question qui se pose est celle de savoir comment cette information pourrait être produite
moyennant un coût social moins élevé, par d'autres moyens que le passage à l'école.
Sous sa forme atténuée, cette théorie reconnaît à l'enseignement un rôle de
développement cognitif et la création de capacités psychomotrices, mais considère que les
estimations empiriques du taux de rendement de l'école en exagèrent les avantages.
En critiquant le concept de capital humain, SPENCE206
soutient que l'éducation peut
relever les capacités productives sans nécessairement les augmenter. L'idée générale est que
l'éducation n'améliore pas la productivité des individus, parce que cette productivité dépend
finalement des caractères et aptitudes des individus, d'un ensemble de caractéristiques
individuels innées ou acquises qui ne découlent pas de l'éducation. "C'est-à-dire que
l'éducation confère simplement des "parchemins" que les employeurs peuvent utiliser
pour sélectionner les travailleurs et déterminer leurs salaires et traitement relatifs.’’207
L'idéedebaseestquenoussommesdansununiversoùl'informationestimparfaite,donc
coûteuse. Si nous considérons cette idée, il est difficile à priori de savoir quelle est la
productivitédesindividus.Pourcomprendrelathéoriede filtre,ilfautdifférencierlesindiceset
les signaux.
Unindicepeutêtredéfinicommeuncaractèrequel'onnepeutpratiquementpasmodifier.
Tandis qu'un signal est un caractère que l'on peut modifier. Un indice est connu sans coût,
contrairement àunsignaldansla mesure où on peut le modifier. Exemple :l'âge et le sexe sont
desindices,lacoupedescheveuxoul'éducationconstituentdessignauxPourlathéoriedefiltre
parexemple,entredeuxindividusdeproductivitésdifférentes,ilimpliquequeleplusproductif
dépensera moins pour atteindre un niveau de productivité donné de l'éducation. Les fonctions
de productivité et de filtre, en somme, ne sont pas mutuellement exclusives, toutes les deux
apportent des avantages économiques ; toutefois c'est la relation entre l'éducation et la
productivité qui est généralement au centre des préoccupations des investissements éducatifs.
B - La socialisation
La théorie de la socialisation met en cause le rôle joué par l'enseignement sur l'activité
économique et le bien-être social. En d'autres termes, la demande de l'éducation est fortement
influencée par l'origine sociale des individus. La rationalité dans la décision d'investir dans
l'éducation, tout comme les retombées de cet investissement dépendent de la position sociale
desindividus.Auniveaufamilial,lavariablecléestl'originesocialedel'individu.Celle-cicrée
unphénomèned'inégalitédechancedansl'accèsàl'éducation.Lesargumentsavancésprennent
l'environnement scolaire, l'influence de la société dans son ensemble."C'est ce qu'on appelle
aussi les thèses macro-sociologiques qui postulent que toute la société a tendance à se
206
SPENCE CD).: 'lob Market Signaling", Quaterly Journal Economics, Aout, 1973.
207
WOODHALL (M.), PSACHAROPOULOS (G.): "Education pour le developpetnent", Economica, Paris,
1988.
reproduire et, pour ce faire sélectionner les individus pour que cette reproduction (qui
maintiendra les structures sociales) puisse se faire" 208.
On considère, ici, l'enseignement comme un instrument de stratification de la société
Concernant les retombés de l'éducation, selon BOUDON209 : la différenciation sociale se fait
essentiellement auniveau de la réussite scolaire qui croît avecle niveau social, l'estimation des
bénéfices est d'autant plus élevée que l'individu est d'un haut niveau social.
Si l'employeur exige des travailleurs instruits, c'est parce qu'il suppose que ceux qui ont
fait des études poussées sont mieux insérés dans la société et dans le milieu professionnel et
seront donc plus productifs dans leur travail. Deux arguments sont avancés :
les écoles inculquent et renforcent certaines attitudes sociales, de sorte que les années
supplémentaires d'études contribuent à les développer ;
elles effectuent néanmoins une sélection des individus selon qu'ils sont adaptés ou non à
la société.
Les caractéristiques sociales qui permettent de réussir aux niveaux inférieurs de la
scolarité et de l'activité professionnelle sont différentes de celles des niveaux supérieurs de
l'enseignement et de la vie active. Pour les premiers les caractéristiques sont la ponctualité, la
persévérance, la docilité, l'obéissance et la capacité de travail en groupe. Pour les seconds, ce
sont le respect de soi, l'autonomie, la capacité d'adaptation et des qualités d'animateurs de
direction.
Selon la thèse psychologique, les gains dépendent des "capacités innées" façonnées par
l'éducation qui, elle-même, change avec l'âge. Cette idée montre que le système de formation
n'est pas conçu pour l'acquisition des capacités aboutissant à une qualification professionnelle
quelconque, mais qu'il est conçu pour la sélection des aptitudes. Par cet argument de la thèse
psychologique, il est convenable d'admettre la corrélation éducation-salaire. Conformément à
la penséepsychologique,seule une faiblepart delavariancetotaledes salaires serait expliquée
par la différence des niveaux de formation, puisque l'école ne sert qu'à orienter les individus
vers le métier qui convient à leurs dons.
Les arguments avancésserésument au faitquel'enseignement favorise lesplus favorisés
en présupposant tout un acquis qu'il traite comme inné. L'analyse est concentrée autour de la
notion de segmentation du marché du travail. Les auteurs de cette nouvelle approche peuvent
être classés en deux groupes, selon qu'ils partagent ou non l'hypothèse selon laquelle les
caractéristiques personnelles des individus déterminent leur emploi et leur salaire.
zm
GRAVOT (P.) : "Economie de l'éducation", Economica, Paris ,1993.
209
BOUDON (R.) : "L'inégalité des chances", A. Colin, U, 1973.
Les modèles "orthodoxes", sous cette étiquette on trouve le modèle de la concurrence
pour l'emploi210. On oppose à la concurrence par le salaire, fondement de la théorie
néoclassique, une concurrence pour l'emploi. La concurrence pour accéder aux emplois,
inégalement rémunérés, s'appuierait sur des caractéristiques de base, notamment la formation,
l'âge, le sexe, etc.
Les arguments avancés affirment que la productivité est un attribut des emplois et non
des individus. La seule caractéristique qui intéresse l'employeur est alors la capacité d'un
individu à s'adapter à un poste de travail, c'est-à-dire, sa capacité à être formé. Les auteurs
semblent considérer que plus le niveau de formation initiale est élevé, plus le temps de
formation sur le tas nécessaire pour atteindre la productivité requise par un emploi donné sera
court, et donc moins la formation sera coûteuse.
Les modèles "non orthodoxes", quant à eux, ils partent des groupes et non des individus
et se livrent à une analyse des institutions et de leur action sur l'étendue des choix offerts aux
différents groupes. Il s'agit donc de théories sociologiques des salaires.
Le courant empirique : les auteurs211 ont d'abord développé les notions du marché
primaire et du marché secondaire. Plus tard, ils ont ajouté une nouvelle distinction à l'intérieur
du marché primaire entre marché primaire "supérieur" et marché primaire "inférieur". Des
constats mènent à dire qu'on aura des emplois qui cumulent des avantages et d'autres des
désavantages (moins payés, moins stables, plus pénibles, etc.). En partant de là, PIORE
développe la théorie dualiste du marché du travail, d'après laquelle les emplois pourraient être
répartis en deux groupes :
- d'une part, les emplois constituant le marché primaire du travail : emplois relativement
bien payés, stables, dans lesquels les travailleurs ont une bonne protection, permettant des
promotions, etc. A l'intérieur de ce marché primaire on distingue deux parties, un segment
supérieur (cadres, ingénieurs bien payés, de formation élevée, qui changent d'entreprises
fréquemment pour améliorer leur situation) et un segment inférieur qui comprend plutôt des
emplois stables et dont la mobilité inter-entreprises est faible (ouvriers qualifiés, cadres
moyens, etc.) ;
210
THUROW (L. C.): "Generating Inequality", Basies Books, New York, 1975.
211
DOERINGER et PIORE: "Inemal labor markets and manpower analysis", Lexington (Massachusetts)
D.C.,1971.
d'autre part, le marché secondaire qui regroupe des emplois qui cumulent des
désavantages, relativement mal payés, instables, mal protégés, dans lesquelles il est difficile
d'acquérir une qualification.
Ce qui nous intéresse dans cette approche est le fait que les liaisons entre formation et
salaire sont très différentes d'un marché à l'autre. Sur le marché primaire "supérieur", un niveau
de formation initiale212 est requis à l'entrée et obtient une récompense sous forme de salaires
élevés. Sur le marché primaire "inférieur" la formation initiale est peu récompensée. Au
contraire, la formation en cours d'emploi se révèle payante parce qu'elle permet la promotion
interne. Sur le marché secondaire, le niveau de formation ne joue pratiquement aucun rôle. On
voitdoncquelathéorieducapitalhumains'appliqueraitassezbienàl'étudedumarchéprimaire
"supérieur" mais moins bien à celle du marché primaire "inférieur", et pas du tout au marché
secondaire.
Le courant radical se distingue du précédent par son interprétation du phénomène de la
segmentation. Selon ce courant, on distingue trois segments :
un marché primaire "indépendant ", où la créativité et la formation sont fortement
récompensées ;
un marché "subordonné", où les emplois sont routiniers et demandent des qualités de
conformisme et de soumission à la hiérarchie ;
un marché secondaire, où les emplois sont mal payés, sans possibilités réelles de
promotion.
Enconséquence,lerendementdel'éducationseratrèsdifférentselonlemarchéauquelon
aura accès et donc selon l'origine sociale. L'école permet alors de prolonger, d'une façon
socialementsupportable,les"héritiers"dechaqueclassedansunestructurefixehiérarchisée,où
le revenu n'est qu'une composante du rang social.
On peut estimer que la théorie du capital humain qui bénéficie de la rigueur
méthodologique de la théorie des marchés concurrentiels, peut avoir un pouvoir explicatif
quand on l'applique aux différents groupes sociaux, tout en tenant compte des capacités innées
des individus. En d'autres termes, pour mieux comprendre le rôle de l'éducation et de la
formation dans ledéveloppement,ondoit tenir compte del'apport respectifde la théorie du KH
et des théories complémentaires et alternatives. Les avantages pour lesquels la société aurait à
investir dans l'enseignement dépendent, semble-t-il, beaucoup de la validité de telle ou telle de
cesthéories.Toutefois,nousretiendronsque,selonlathéorieducapitalhumain,l'enseignement
agit directement sur la productivité des travailleurs en favorisant le développement des
212
II s'agit de la formation initiale générale au sens de BECKER qui permet la promotion par la mobilité entre
firmes.
compétences qui accroissentla productivitédutravail. L'éducation est doncconçue commeune
force qui exerce une influence directe sur l'activité économique et le bien-être social. En
conséquencel'individu considèreses études commeuninvestissement.Ildéciderade s'instruire
en tenant compte des gains qu'il peut espérer tirer de tel ou tel niveau d'étude.
SECTION II : LES POLITIQUES ÉDUCATIVES ET DE
FORMATION EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA
L'idée selon laquelle un système d'éducation accessible est un moyen d'accroître la
productivité est à la base de l'essor rapide du système éducatif en ASS. Mais cet essor est assez
vite bloqué, il a rarement pu atteindre la majorité de la population scolarisable. Il importe de
faire un diagnostic du système d'éducation et de formation en ASS depuis les indépendances
afin que l'analyse soit située dans son cadre.
Malgrélesrésultatssatisfaisantsobtenusparles pays d'ASSdanslespremièresdécennies
des indépendances, le système d'éducation et de formation se heurte à une série de problèmes :
-Face à une croissance démographique de l'ordre de 3% par an, il a été difficile,
avec l'apparition de la crise, de maintenir un taux de scolarisation convenable, sans
parler de l'améliorer ;
-Il existe dans ces pays une inégalité de chance selon le sexe, la région, le statut
socio-économique et parfois l'appartenance ethnique. Les disparités sont frappantes
concernant les filles ;
-Le contenu de l'enseignement, avec ses insuffisances et son inadaptation aux
besoins de ces pays, provoque un nombre excessif d'abandons en cours d'étude et de
redoublements ;
-Les formations dispensées ne correspondent pas toujours aux besoins
socio-économiques ; la pénurie de personnel qualifié coexiste avec le chômage des
diplômés. Tandis que rien n'a été fait pour former les travailleurs du S.I.
Ill - CONSTITUTION DU SYSTÈME
Unaperçuhistoriquenousamèneraàcomprendrelaconstitutiondusystèmeéducatifdans
les pays d'Afrique au Sud du Sahara.
A l'époque de la colonisation les objectifs scolaires peuvent se résumer comme suit : "de
mêmequ'ilnousfautdesinterprètespournousfairecomprendredesindigènes,demêmeilnous
faut des intermédiaires appartenant aux milieux indigènes par leur origine et au milieu
européenparleuréducation,pourfairecomprendreauxgensdupaysetpourleurfaireadopter
cettecivilisation étrangèrepourlaquelleilsmanifestentsans qu'onleur enpuissetenirrigueur,
un misonéisme bien difficile à vaincre" 213
.
Après les indépendances on note un relatif développement quantitatif. En 1961 la
ConférencedesÉtatsAfricainssurledéveloppementdel'éducationvisaitpour1980l'éducation
primaire universelle et gratuite pour tout le continent. Bel objectif ! Cependant l'affirmation
d'objectif quantitatif n'est pas nouvelle. Il est vrai que le plan de développement de 50 ans
élaboré en 1945 par la République Française prévoyait la scolarisation totale de l'A.O.F.
(Afrique Occidentale Française) pour 1995. Celtes, mais en admettant dans le même temps que
c'est l'économie du pays qui conditionne l'extension de l'enseignement de masse, car au-dessus
de la volonté des hommes, il y a les lois économiques.
Ces quelques références révèlent la question des conditions économiques, qui a été, et
reste, permanente dans les débats sur le développement de l'éducation en Afrique. Nous
relevons aussitôt le danger qui pourrait s'y greffer.
Entre l'éducation et le développement, y-a-t'il un moteur et un wagon ?
D'un côté l'on soutiendrait que seule l'éducation peut engendrer le développement
économique et social, de l'autre, que seul le développement économique et social peut
engendrer le développement de l'éducation en Afrique.
Quel que soit le raisonnement, quelles que soient les réponses, des facteurs aussi bien
internes qu'externes conduisent les pays africains à réformer leurs systèmes scolaires. Afin de
les réadapter aux réalités locales africaines.
Au-delàdesprisesdepositions, lesystème éducatifafricain restetoutde même accuséde
ne pas être en prise sur les réalités locales. Tout le monde semble convenir que les programmes
sont mal adaptés aux exigences économiques et sociales, du fait de l'importance excessive qui
est accordée aux aspects théoriques.
"Les critiques n'auraient cependant pas pris autant de force si V équilibre fragile entre la
dimension économique et les aspects sociaux et culturels d'une éducation de type scolaire
n'avait été remis en question sous la pression des faits. Dans la mesure où le développement
incessant du chômage et du sous-emploi en ville comme en milieu rural et la dépendance
culturelle explicite des systèmes scolaires par rapport aux anciennes métropoles devenaient de
plus en plus difficilement tolérables par une part grandissante de la population denombreux
États, la remise en cause des types d'éducation scolaire allait s'en trouver intensifiée"nous
souligne CARTON214.
213
CARTON (M.) : "La formation dans le secteur informel", Genève, WEP.2.33/DOC 18, 1980.
214
CARTON : op. cit. page 215.
II2 - LES CARACTÉRISTIQUES DU SYSTÈME D'ÉDUCATION ET DE
FORMATION EN ASS
L'ASS fait apparaître, en 1993, un faible taux de scolarisation dans l'enseignement
primaire 46%, comparé à la moyenne des PVD qui se situe à 83%215. Pour maintenir le taux
d'inscription face à la croissance démographique, il aurait fallu augmenter l'effectif scolarisé
entre 1980 et 1990. Cela n'a pas été fait. Ce faible taux de scolarisation s'accompagne d'une
inégalité de chance selon le sexe.
Entre 1970 et 1990, on est passé de 27 millions d'élèves ou étudiants à 79,795 millions,
soit un triplement d'effectifs. Les résultats sont contrastés durant cette période et montrent un
fléchissement dutaux decroissance annuel moyen,de9% dans les années 70, il tombaità 2,4%
danslesannées80.Latailledessystèmeséducatifsdelarégionesttrèsvariable.Surles47pays,
11 pays (Nigeria, Afrique du sud, Zaïre, Kenya, Tanzanie, Ethiopie, Ouganda, Soudan, Ghana,
Zimbabwe et le Cameroun) accueillent 75% des effectifs totaux (5 millions d'élèves en
moyenne) ; tandis que les 36 autres se partagent le restant (en moyenne 500 000 élèves)216.
Dans les années 70 le taux de scolarisation global a fait un bon remarquable (21 à
38%), tandis que dans la décennie 90, on note une légère régression (37%). Les efforts
entrepris dans les décennies passées ont du mal à suivre la demande induite par l'accroissement
démographique. La situation est d'autant plus dramatique que la crise économique a conduit
tous les gouvernements à adopter des budgets d'austérité. Il est souvent affirmé que les
politiques d'ajustement structurel ont porté un coup fatal aux budgets éducatifs"217
. Ces deux
phénomènes expliquent cette légère baisse du taux de scolarisation global. Le contenu de
l'enseignement, avec ses insuffisances et son inadaptation aux besoins, provoque un nombre
excessifd'abandonetderedoublement.62%desélèvesachèventleurs études primaires;letaux
de redoublement est de 18% (ce taux est de 25% par année dans les pays Francophones, contre
10% dans les pays Anglophones).
215
Chiffres de la Banque Mondiale (1994).
216
ORIVEL (F.) : "Les systèmes éducatifs en Afrique sub-saliaiïenne: Quelques éléments dediagnostic",
217
ORIVEL (F.) : op.cit.
CertainsélèvesarriventenclassedeCM2à17ans;seulement21%desélèvesatteignentle
niveau du secondaire. L'enseignement primaire est qualitativement très faible en raison de la
formationréduitedesmaîtres.Cettefaiblequalitédel'enseignementàceniveauestdueaussiàla
surcharge des classes, et à l'absence de matériel scolaire. Dans la décennie 90, on note une
augmentationdunombred'enseignantsparrapportàl'effectifdesélèves.Cequisetraduitparune
amélioration du taux d'encadrement de 41 élèves par maître en 1980, à 37 en 1990 au niveau
primaire;etde26à22auniveausecondaire218.NotonstoutefoisquelespaysFrancophonesont
le taux d'encadrement le plus élève (45 élève/maître), contre 34 chez les Anglophones et de 39
chez les autres. Danstoutes les villes,onobserve fréquemment des classes surchargées alors que
dans zones rurales celles-ci sont à moitié vides.
A l'intérieur du système, les différences d'évolution ont été importantes. L'enseignement
techniquedemeure encore embryonnaire et représente 7,5% de l'effectif du secondaire.
L'enseignement supérieurest souvent d'une qualité meilleure mais il est contrôlé par
l'étranger. Son coût est très élevé en raison du petit nombre de bénéficiaires (2% des effectifs
scolarisables) et de l'importance des investissements à réaliser. Dans certaines filières son
développementestquasiimpossibleenraisondesoncoût.Onnoteunfaibletauxdescolarisation
scientifique au niveau supérieur ; 29% de l'effectif de l'enseignement supérieur en 1994.
La scolarisation des filles: au niveau global, la proportion des filles dans le total des
enfants scolarisés passait de 38% en 1970 à 45% (niveau primaire) en 1990 ; elles représentent
respectivement 40% et 31% aux niveaux secondaire et supérieur. Les femmes ont plus de
probabilités d'être analphabètes que les hommes. Dans presque tous les pays les femmes
représentent 2/3 des analphabètes. Au niveau des études supérieures il y a trois fois moins de
femmes que d'hommes inscrites dans l'enseignement supérieur.
De plus, l'emploi des individus scolarisés est faible à ce niveau de développement. La
scolarisationcréel'illusiond'unequalificationdonnantl'accèsàdesemploisbienrémunérés,ilen
résulte de nombreuses migrations vers les villes, l'abandon de certaines activités agricoles, mais
aussi un chômage urbain très élevé. Les solutions sont difficiles à trouver. La généralisation de
l'enseignement primaire se heurte à des problèmes de coûts et de personnel. "Sur toute l'étendue
du continent, étudiants, parents d'élèves, professeurs expriment leurs mécontentements pour les
causes qui sont généralement les mêmes: diminutions ou suppressions des bourses, insuffisance
d'établissements, de professeurs, surcharge des classes, conditions de vie et de travail des
enseignants jugées pénibles, baisse de la qualité de l'enseignement, inadaptation de
l'enseignement, disparité entre l'éducation accordée aux
218
ORIVEL (F.) : op. cit. page 216. Cette croissance du taux d'encadrement est légèrement surestimée en raison de
l'absence de l'Afrique du Sud dans les données de 1980.
filles etauxgarçons, entre le secteur urbain etrural"219
. Tels sontlesproblèmes que rencontrent
les pays d'ASS. En conséquence, le diagnostic du système éducatif s'articule autour de deux
points essentiels : une extrême faiblesse de la capacité d'accueil doublée de possibilités de
financement réduites.
L'insuffisancedesinfrastructures : Malgrél'augmentation des constructionsscolaires entre
1960 et 1980, l'expansion démographique fait que l'on a besoin d'un grand nombre de bâtiments,
notammentdansleszonesurbainesoùla croissance annuelledelapopulation est souvent de6%.
L'accroissement du nombre des écoles dépassent les possibilités financières de la plupart des
pays. Aux niveaux primaire et secondaire, dans de nombreuses villes d'ASS, on a recours au
systèmededédoublementd'horairesoudesclassesalternées.Siladoubleexploitationdesclasses
sejustifie,iln'en restepasmoinsquecertains bâtiments accueillentchaquejourlavaleurdetrois
écoles entières. L'équipement se limite à celui que les enseignants et élèves apportent chaque
jour. Seule la moitié des établissements a des installations sanitaires. Le mobilier est soit
inexistant, soit en mauvais état. Cette situation résulte du fait que dans la plupart du temps les
ministères de l'éducation disposent essentiellement de crédits d'équipement, mais rarement de
crédits d'entretien.
Le manque de matériels et de livres peut être particulièrement grave dans les écoles
primaires, lorsque les enfants, issus de familles analphabètes ou ne disposant pas de livres, sont
initiés aux mots et aux chiffres. Cette carence de manuels et matériels de base essentiels pénalise
l'efficacité pédagogique.
A - Des coûts trop élevés
En général les décisions en matière de choix d'investissement éducatif reposent sur une
appréciation entre les coûts et avantages. Toutefois cette appréciation, à son tour, tient compte
des avantages économiques et des coûts d'opportunité (l'investissement éducatif entraînant à la
fois des coûts d'opportunité sociaux et privés), par conséquent les choix des pouvoirs publics
prennent en compte aussi bien les coûts budgétaires que les coûts pour l'ensemble de la société.
Les années80ont été marquées partout dans le monde parunediminution de la croissance
de ladépensepublique d'éducation. Dans les pays d'ASS, son tauxde croissance a étéplus faible
que celui du revenu national. Les budgets publics ont été réduits en termes réels à la suite de la
récession et de l'austérité.
219
YAMEOGO (H.) : "Repenserl'Etat Africain: ses dimensions et prérogatives", L'Harmattan, Paris, 1993.
(graphique n°3)
Dépenses publiques par habitant afférentes à l'enseignement Ten $E.U. courants)
1980 1985 1986
Source : UNESCO, Annuaire statistiques, Paris, 1988.
L'indicateur le plus souvent souligné est le pourcentage du PIB alloué aux dépenses
publiques d'éducation. Cet indicateur est crédité d'une valeur de 3,4% dans les documents du
PNUD (Rapport sur le développement humain, 1993) durant la période 1988-1990, et d'une
valeurde4,9%dansl'annuairedel'UNESCO220
.Lesécartss'expliquentparlefaitquecertaines
sources donnent des moyennes pondérées par taille des pays et d'autres des moyennes
pondérées.
220
ORIVEL (F.). : op.cit. page 21.
RÉGIONS
Part de V
éducation
dans le
budget de
l'Etat
TAUX D'INSCRIPTION Alphabé-
tisation des
adultes
Pri
maire
Sec
ondaire
Su
périeur
Afrique subsahaienne :
- Francophone (2) 22,6 46 14 2,4 18
- Anglophone (3) 17 77 17 1,2 40
Asie :
- Sud-Est et Pacifique 15 87 43 9,1 71
-Sud 8,8 71 19 4,4 25
Amérique Latine 16,9 90 44 12 83
PVD 16,1 75 23 6,9 53
Pays développés 9 100 80 22,1 99
Dépensesconsacréesàl'éducationetprogrèsdel'éducation(!)(tableau
n°47)
Source : Banque Mondiale, 1985.
(1) : Données : début des années 80.
(2) : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, République Centrafricaine, Congo, Côte-d’Ivoire,
Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Rwanda, Sénégal, Tchad, Togo, Zaïre.
(3) : Botswana, Ethiopie, Gambie, Ghana, Kenya, Lesotho, Liberia, Malawi, Nigeria, Ouganda,
Soudan, Swaziland, Tanzanie, Zimbabwe.
Lesdonnéesrelativesàl'évolutiondesdépensesconfirmentquelesdépensesparélèveau
niveau primaire, qui étaient déjà basses (environ $.40) en 1980, sont tombées à moins de $.30
en 1986 danstousles PVD. En ASS, le coûtdela scolaritépar élèvedu primaire est équivalent
à 20 à 24% du PNB/h. contre 11% en Asie. Au niveau secondaire et supérieur, les coûts par
élèveouétudiantsontplusélevés(respectivement124à142%et927à1045%)enpourcentage
du PNB par habitant, comparés aux moyennes de l'Asie (respectivement 27% et 205% au
niveau secondaire et supérieur). Tous les efforts pour réduire les coûts de l'éducation doivent
nécessairement être centrés au départ sur les salaires des maîtres puisqu'ils représentent au
moins 70% des dépenses courantes dans la plupart des PVD et plus de 90% dans le
primaire.221 En Afrique au Sud du Sahara, les salaires des enseignants (d'après un dossier de
la Banque Mondiale222) sont très élevés par rapport au revenu par habitant. Ces salaires
comparativement élevéstrouventleurorigineaprès les indépendances où les services éducatifs
se sont quelque peu développés et ont commencé à recruter des enseignants locaux, dont les
rémunérations ont été fixées par rapport à leurs homologues expatriés. Ces structures n'ont pas
changé durant les dernières décennies. Par conséquent, il s'en suit des coûts trop élevés à tous
les niveaux de l'enseignement II est assez courant de voir des pays d'Afrique centrale ou
occidentale consacrer plus du quart de leur budget national à l'enseignement primaire sans
réussir pour autant à atteindre la moitié des enfants scolarisables. Ces pays ne pourront guère
221
PSACHAROPOULOS (G.),WHOODHALL (M.) : "L'éducation pour ledéveloppement: une analyse des choix
d'investissement", Economica, Paris, 1988.
222
BANQUE MONDIALE : "Le développement accéléréen Afrique subsaharienne", 1981.
continuer à allouer, à augmenter les crédits à l'enseignement primaire. Il devront trouver de
nouvellesapproches,modifierlecaséchéantl'utilisationtraditionnelledesressourcesdestinées
à l'éducation, et mobiliser de nouvelles ressources s'ils souhaitent instaurer l'enseignement
primaire universel. La répartition des dépenses afférentes à l'enseignement doit être examinée
avec soin. Les traitements des instituteurs du cycle primaire en Afrique sont de 6 à 7 fois
supérieurs au revenu par habitant, alors que ce même rapport n'est que de 2,5 en Asie et en
Amérique Latine ; et les coûts unitaires sont deux fois plus élevés dans les pays francophones
que dans les pays anglophones. Quant à l'enseignement supérieur, son coût est élevé dans un
grandnombredepaysafricainsparcomparaisonavecl'Asieoul'AmériqueLatine,etilabsorbe
une part disproportionnée des ressources affectées à l'enseignement.
B - Un financement en baisse
Le système de financement dans ces pays est très avantageux pour les usagers ; deux
points essentiels expliquent ce fait :
l'absence de droits de scolarité ;
la distribution de bourses d'études au niveau secondaire et supérieur destinées à assurer
les frais de subsistance etquidanslaplupart des cas sontutilisées comme revenu par la famille
élargie. Du point de vue des ménages il n'y a pas dedifférence significative entre le fait d'avoir
un enfant étudiant et un enfant fonctionnaire, dans la mesure où tous les deux perçoivent un
revenuprovenantdespouvoirspublics,leniveaudesboursesestsupérieuràlarémunérationdu
travail agricole.
Les taux de rendement privés des études n'ont cessé de croître, tandis que déclinent les
taux de rendement sociaux. Les dernières études de la Banque Mondiale sur le sujet montrent
que le taux de rendement social de l'enseignement supérieur est passé en dessous de celui de
l'enseignement primaire, et que le taux de rendement privé des études supérieures tend vers
l'infini .Un tel écart signifie que l'incitation à faire des études est supérieure à ce qui serait
nécessaire pour décider les individus et qu'il existe des réserves privées de capacité de
financement considérables.
Certains auteurs justifient la gratuité des études et l'attribution des bourses par des
considérations d'équité. Ces prétentions sont discutables ; l'accès aux études longues est
fortement biaisé en faveur des groupes sociaux les plus favorisés, notamment les enfants des
fonctionnaires, les pauvres payant pour des services bénéficiant aux riches.
La formation est essentiellement théorique et répond à des normes culturelles, à des
formesdepensée, àunmilieu culturel familialquinesont pas ceuxdelaplupart des enfantsen
Afrique au Sud du Sahara. Il est impossiblede transposer un système etd'attendredes résultats
comparables dans les pays où la plupart des enfants ont un état sanitaire déplorable,
souffrent de la malnutrition, ne parlent pas la langue scolaire dans leur milieu familial,
résident dans un habitat où l'isolement est impossible, vivent dans une famille dont les
croyances, les explications des choses contredisent celles de l'école.
L'inadaptationdusystèmeéducatifauxstructuressocio-économiquesestsansdoutel'une
des causes principales de son inefficacité, et entraîne des sentiments d'échec et d'aliénation qui
se propagent au niveau de la main-d'œuvre mal formée et inemployée. Elle est aussi à l'origine
de l'exode rural qui n'a souvent d'autres conséquences que le chômage urbain. Ce sont là des
éléments que la politique d'éducation doit prendre en compte avant tout. Ce n'est
malheureusement pas toujours le cas et l'approche du problème n'est pas toujours satisfaisante.
C - Les réformes
Lesréformessedonnentpourbutderéduirelenombred'échecssansprétendreremplacer
ou détruire le (ou les) système(s) existant(s). Ainsi les expériences menées jusqu'ici peuvent
être théoriquement regroupées en deux grands ensembles.
1) L'on procède le plus souvent à l'introduction dans l'école d'une activité manuelle
éventuellement productive à petite échelle. Ceci dans le cadre d'initiatives ou de projets pilote
qui restent parfois indéfiniment expérimentaux. Ce qui recouvre une diversité de situations
entre et dans les pays : le Kenya et la Zambie ont élaboré des projets au niveau national et
régional. Au Kenya la Commission nationale pour les objectifs d'éducation s'est intéressée à
l'idée d'une école élémentaire de 9 années dontlesdeux dernières offrent une formation en vue
du travail indépendant.
La Zambie a proclamé l'axiome général "qu'aucun étudiant ne sera exempté de travail,
puisque le travail fait partie de ses études. Et aucun travailleur ne sera exempté de poursuivre
des études, car la société insistera pour que les études fassent partie du devoir d'un
travailleur"223
. Il s'agit de combiner le travail à tous les stades du système éducatif.
Les nouveaux modèles essaient de rendre plus pratique, plus concret le cycle de base de
l'éducation, ceci sous l'influence, en partie, des organismes internationaux. Par exemple, le
Rwanda construit 150 ateliers avec l'aide de la Banque Mondiale ; le Liberia a déjà exécuté
50% d'un projet destiné à ajouter à 200 établissements scolaires des équipements pour les
travaux manuels, une classe d'économie domestique et une salle polyvalente. L'Ethiopie a
prévu le développement de 500 Centres de formation professionnelle dans les collectivités.
223
Zambie, Ministère de l'Éducation "Éducation pour le développement, projet de réforme de l'éducation",
Lusaka, 1976. p.2. Voir KING (K.) "L'éducation et la communauté en Afrique", Université d'Edimbourg, 1976.
2) Les innovations s'inscrivent plutôt dans un système de réforme global. C'est le cas de
l'École nouvelle au Bénin (1973-1988), de l'École du peuple au Congo, du Centre d'éducation
révolutionnaire de la Guinée d'avant 1984. En Guinée le gouvernement se préoccupait de la
nécessitédelatransformationdusystèmeéducatifen proie àundualismetrès marqué.En effet
onobservaitd'unepart,danslemilieuurbainetpériurbain,unsystèmehéritédelacolonisation,
bâti de la façon classique et académique et coupé des réalités économiques et sociales du pays,
d'autre part, dans les anciennes "zones libérées" un système né au sein même des organisations
de lutte fonctionnant en quasi-autogestion, mais sans liens avec le monde extérieur.
On connaît doncdeux types de réformes en Afrique, à petite échelle ou àgrande échelle.
La perception des réalités est plurielle (réalités auxquelles l'école doit s'adapter). Les travaux
s'accordent tout au moins à reconnaître celles dont les représentations paraissent les plus
partagées. De ce point de vue, le souci d'adapter les systèmes d'enseignement paraît à la fois
légitimeetincontestable,ilconvienttoutefoisquel'ons'interrogefortementsurlapertinenceet
l'efficacitédesorientationsdes"politiques".Deuxquestionsessentiellespeuventêtresoulevées
sur les problèmes de financement du système scolaire.
1°) Sur la base des critères d'efficacité économique, les pays d'ASS doivent-ils
augmenter ou réduire leur effort global de scolarisation ?
2°) Quelles sont les modalités de financement de contrôle de l'appareil scolaire qui
permettraient à la fois d'atteindre l'objectif quantitatif défini par la réponse à la première
question et de répondre à deux autres préoccupations : accroître l'efficacité interne du système
scolaire et promouvoir une plus grande justice sociale dans l'accès aux études.
Les problèmes de l'éducation ne peuvent être résolus isolément. Les déséquilibres
observés tiennent en grande partie à la structure des revenus. Les emplois du secteur moderne
sont distribués en fonction des diplômés et ils donnent lieu à des versements de salaires
proportionnels au niveau d'instruction plus qu'à sa nature. Les résultats des politiques
éducatives dépendent aussi des possibilités d'emploi et de la demande des employeurs pour les
diplômés locaux. Investir dans l'éducation de la population est une fonction nécessaire, sinon
suffisante, du développement. Cela doit s'adapter aux contraintes économiques locales
(ressources et débouchés) plutôt que de s'engager dans des mineuses réformes.
Face à la nécessité de réduire les dépenses publiques dans lesquelles les dépenses de
l'éducation ont un poids important, on parle en termes de coûts et de rendements (privé et
social) aux différents niveaux de l'enseignement, primaire, secondaire, supérieur. Des
évaluations, des comparaisons, il ressort les conclusions suivantes 224
:
224
VINOKUR (A.) : "La banque mondiale et lespolitiques d'ajustement scolaire dans les PVD",Université de Paris X
Nanterre, 1982.
privilégier le primaire et le renouveler. La plupart des études récentes le soulignent
"cette priorité résulted'arguments économiques (le tauxde rendement del'éducation est
plus fort à ce niveau), éthique (il n'est pas équitable d'offrir à certains une éducation
secondaire ou supérieur fortement subventionnée par les fonds publics tant qu'une proportion
importante de classes d'âge éligibles à l'enseignement primaire en reste exclue), et politique
(les diplômés du secondaire et du supérieur sont confrontés à un chômage croissant dans leur
pays et sont de plus tentés par une émigration)"225
:.
revoir le financement du supérieur, avec une participation possible des intéressés.
Certains pays trouvent la solution au problème en encourageant les financements privés aux
niveaux post-primaire (Kenya, Malawi) ou en rationnant l'accès à ces niveaux lorsqu'ils sont
principalement financés sur fonds publics (Tanzanie).
II.3 - LES LIMITES DU SYSTÈME D'ÉDUCATION ET DE FORMATION
En Afrique au Sud du Sahara les distorsions des politiques éducatives sont nombreuses,
on peut énumérer : l'accroissement de la population d'âge scolaire la plus rapide du monde, et
les dépenses consacrées à l'éducation y sont élevées par rapport à d'autres PVD, aussi bien en
pourcentage du budget de l'État qu'en pourcentage du PNB ;
Coûts unitaires de l'enseignement public à divers niveaux ("en % du PNB/habitant)
(Tableau n°48)
Il ressort de ce tableau que les coûts unitaires de l'enseignement aux différents niveaux
(primaire,secondaire,supérieur)sontplus élevés en Afriqueetdépassent lamoyenneobservée
dans les PVD. Toutefois la situation est différente en Afrique francophone et en Afrique
anglophone. On note un faible coût au niveau de l'enseignement primaire en Afrique
225
ORIVEL (F.) : op.Cit. page 216
Régions Primaire Secondaire Supérieur
Afrique :
- Francophone 29 143 804
- Anglophone 18 50 920
Asie :
-Sud 8 18 119
- Est et Pacifique 11 20 118
Amérique Latine 9 26 88
PVD 14 41 370
Pays développés 22 24 49
Source : Banque Mondiale, 1985.
anglophone (18%) contrairement à l'Afrique francophone (29%). La différence s'accentue au
niveau secondaire (50% pour l'Afrique anglophone et 143% pour l'Afrique francophone). Au
niveau supérieur cette tendance s'inverse et on note des coûts très élevés (920% pour l'Afrique
anglophone et 804% pour l'Afrique francophone).
Les limites du système éducatif, d'une manière générale, peuvent se résumer comme
suit :
1) Une croissance démographique galopante engendrant une forte pression sur les
effectifs scolarisés.
Le coût du développement du capital humain est très élevé. En effet, l'investissement
humain fait qu'une croissance démographique de 2 à 3% coûte cher. C'est que l'investissement
qui sert à faire face aux besoins des nouvelles générations (maternité, école, équipement, etc.)
représente par définition, l'épargne non disponible pour la production.
Dans les pays occidentaux, lorsque la population augmentait de 1% l'an
-babyboom-avec un taux d'épargne de 10 à 20%, cela pouvait se supporter. Mais en ASS où la
population augmentede plusde 3%l'an, l'effort est insupportable. Un taux descolarisationqui
passe de 30% à 60% demanderait quatre fois plus de moyens226.
2) Son inadéquation avec le système productif :
la structure éducative est calquée sur le modèle français, structure pyramidale dont
l'université constitue le sommet ;
enseignement très abstrait, peu utilisable pour ceux qui quittent tôt le système ;
gonflement des filières juridique et littéraire, alors que les secteurs technique et
professionnel font défaut.
L'enseignementtechnique,telqu'ilestdispensé,estnonseulementcoûteux,maisenplus,
il ne correspond pas toujours aux besoins spécifiques de la production. Le caractère limité de
l'industrialisationarenduinutileunenseignementtechniqueclassiquetelqu'ilestpratiquédans
les pays occidentaux.
La structure pyramidale du système influe fortement sur la structure des dépenses
consacrées à l'éducation. Par rapport au PNB/habitant, les coûts unitaires dans l'enseignement
primaire sont près de 2,5 fois plus élevés en Afrique que dans les autres PVD ; 4,5 fois plus
élevés dansl'enseignement secondaire et8 fois plus élevésdans l'enseignement supérieur (voir
tableau ci-dessus).
3) La structure des dépenses favorise l'enseignement supérieur et est porteuse de plus
d'inégalités. Exemple en Afrique francophone : la part des subventions scolaires
226
SAUVY (A.) cité par le revue "Afrique demain", n°l, 1987, page 17.
Régions Primaire Secondaire Supérieur
Privée Sociale Privée Sociale Privée Sociale
Afrique 29 29 22 17 32 12
Asie 32 16 17 12 19 11
PVD 29 27 19 16 24 13
Taux de rentabilité sociale et piivée de l'éducation ("en %)
(tableaun°49)
- allocations plus bourses - dans les dépenses publiques est de 23% dans le secondaire et
43% dans le supérieur227
.
Quelques exemples : les bourses d'études représentent en moyenne 120% du
PNB/habitantenCôted'Ivoire,145%auCameroun,160%auSénégal,700%auMali,800%au
Niger et au Burkina Faso228
.
En matière d'équité sociale cette structure de dépenses trop favorable à l'enseignement
supérieur est déplorable. Or l'équité en matière d'éducation vise deux objectifs :
-l'égalité des chances, d'après laquelle la réussite scolaire devrait dépendre des
aptitudes et des efforts de chacun et non de la situation financière, de l'emplacement
géographique ou de l'appartenance ethnique, etc. Les subventions garantissant l'égalité
des chances sont fondées sur l'hypothèse qu'elles rendent l'éducation accessible à des
élèves qui n'auraient pu autrement assumer financièrement leurs études ;
-la répartition des aides au sein de la société doit ête équitable et non renforcer
les inégalités initiales.
Une réorientation des dépenses vers le système primaire s'avère nécessaire puisqu'elle
profite à un plus grand nombre. La structure des dépenses ne tient pas compte des taux de
rentabilité sociale de chaque niveau d'enseignement, voir tableau ci-dessous.
Source : PSACHAROPOULOS (G.), 1988.
Les taux de rentabilité à un niveau d'enseignement donné s'obtiennent (selon
PSACHAROPOULOS, G.) en comparant les avantages supplémentaires que la collectivité
retire des individus ayant atteint ce niveau (par rapport aux avantages qu'elle retirerait des
individus ayant atteint un niveau immédiatement inférieur), et le coût global. On compare
souvent le taux de rentabilité sociale au taux de rentabilité privée calculé de la même manière,
sauf qu'il ne tient compte que des coûts supportés par les particuliers.
227
MINGAT (A.) et PSACHAROPOULOS (G.) : "Education Cost and Financing in Africa : some Facts and possible
line ofAction", Washington DC , 1984.
228
MINGAT (A.) et PSACHAROPOULOS (G.) : op. cit.
Plus la contribution de l'État au financement de l'éducation est grande, plus le taux privé
de rentabilité est supérieur au taux social ; le taux de rentabilité privée donne donc une
indication nécessaire afin que les particuliers atteignent un niveau d'étude déterminé.
Les taux de rentabilité sociale sont plus élevés au niveau primaire, contrairement au
niveau supérieur. L'écart entre taux de rentabilité sociale et privée s'accroît avec le niveau
d'étude atteint, phénomène très accentué en Afrique. Dans la mesure où c'est l'ampleur de la
rentabilité privée qui détermine les incitations individuelles à investir dans l'éducation, les
étudiants africains sont fortement incités à investir dans l'enseignement supérieur.
Ces subventions accordées à l'enseignement supérieur sont parfois injustifiées alors que
les subventions sont quasi inexistantes dans le cycle primaire. Ces étudiants viennent
généralement des milieux socio-économiques privilégiés. D'ailleurs en Afrique, on a
malheureusement l'habitude d'octroyer des bourses et des aides scolaires à ceux qui en ont le
moins besoin (plus le rang social est élevé, plus il est facile à certains parents d'intervenir dans
les commissions d'attribution des bourses).
Alors qu'un grand nombre de pays africains font déjà un effort financier maximum, ils
ont à faire face à la tâche immense de se doter de systèmes d'enseignement et de formation qui
répondent aux exigences de leur développement économique et social, en tenant compte de
leurs conditions particulières.
Ce n'est pas seulement l'extension du système actuel qui est insuffisante, mais aussi les
défauts qualitatifs qu'il présente : instruction à caractère académique, calquée sur les modèles
anciensimportés, éloignésdesréalités nationales.L'enseignement est destiné essentiellementà
mener aux études supérieures, en outre la formation professionnelle reste au stade
embryonnaire.
Deux raisons entre autres sont évoquées par RASERA229
:
l'efficacité interne et externe des systèmes éducatifs est très faible, ce qui dessert en
quelque sorte la cause de l'éducation ;
le mode de financement, souvent largement public, crée une demande d'éducation
excédentaire.
La qualité de l'éducation notamment primaire est particulièrement très basse en Afrique.
Les arguments qui militent ou interdisent le recours au financement privé sont contournés ; ce
recours améliorerait l'équité.
La conception des systèmes éducatifs est destinée à la production de diplômés pour le
secteur moderne de l'économie, alors que ce secteur a une capacité d'accueil limitée. L'objectif
de produire, pour la vie active, pour le secteur moderne comme pour le secteur traditionnel ou
229
RASERA (J.-B.) : "Cohérence et fiabilitédu système éducatif, in l'avenir des Tiers-Monde : emploi-formation et
ressources humaines, cahier n°9, GEMDEV, Paris 1988.
informel de l'économie, de bons diplômés de l'enseignement primaire ayant acquis
définitivement des connaissances de base, doit être réhabilité. Le complément à ces
connaissances de base : lecture, écriture et calcul pourraient être modifiés pour introduire
l'initiation à l'administration économique et sociale.
De nombreux exemples peuvent être énumérés pour expliquer cette situation, indiquant
par là même dans quelle direction peuvent s'orienter les réformes des systèmes éducatifs dans
ces pays. Par conséquent il en résulte la nécessité d'une réallocation des ressources publiques
versleprimaireaudétrimentdusecondaireetdusupérieur;laréductiondesaides etlaprise en
compte de l'origine sociale des élèves.
Le ralentissement de la croissance économique en Afrique au Sud du Sahara a engendré
unralentissementdelacroissancedesdépensesd'éducation.Lacriseaétéressentiedanstoutle
tiers monde, mais le cas des pays d'Afrique au Sud du Sahara, de par leur forte croissance
démographique, pose problème. "Le sentiment d'une crise de l'éducation n'est pas dénuée de
fondement"230
. Du fait du ralentissement des dépenses publiques, on peut comprendre que se
pose le problème des dépenses éducatives. Le moment est venu qu'on se mette à compter ; que
ce soitdelapart del'État,desinstitutions delaformation publiqueet privée, des entreprisesou
des individus.
SECTION III : ANALYSE DU SYSTÈME D'ÉDUCATION ET DE
FORMATION EN CENTRAFRIQUE
Nous ne pouvons qu'être inquiets sur le rôle du système éducatif, notamment de son
développement,quinerépondpasauxbesoinsdelanation;l'économiecentrafricainen'offrant
pas de débouchés aux diplômés produits par le système actuel. La situation est d'autant plus
inquiétante que, désormais, en raison des mesures successives d'ajustement qui sont prises, la
fonction publique, le secteur moderne sont en crise. L'évolution de la scolarité en Centrafrique
se déroule à l'intérieur d'un cadre organisationnel jouant un rôle astreignant, car c'est celui-ci
qui structure l'offre de l'éducation.
Nous aborderons dans cette section :
-la constitution du système d'éducation et de formation en RCA ;
-son organisation actuel ;
-et l'analyse critique de ce système.
230
230 ORIVEL (F.) et RASERA (J.-B.) : "L'impact de la crise économique sur le système éducatif", Cahier n°9,
GEMDEV, octobre 1988.
III. 1 - LA CONSTITUTION DU SYSTÈME ÉDUCATIF ET DE FORMATION EN
CENTRAFRIQUE
Lesécoles"missionnaires"avaientstimulél'enseignementofficiel;les écoles officielles,
bien qu'embryonnaires, étaient dispersées etles premièresne furent créées en Oubangui qu'aux
environs de 1912 avec 242 élèves répartis comme suit ; 79 à Mobaye, 25 à Bria, etc. Les
problèmes de l'éducation et de la jeunesse étaient confiés aux services des affaires politiques.
Le rôle de l'école s'est par la suite modifié progressivement pour toucher une population
de plusen plus grande, mais dont la participation àl'œuvre colonialen'était pas évidente. Ainsi
son influence est sortie des limites des centres urbains et des postes administratifs pour gagner
l'intérieur du pays.
A partir des années 30 et 40, on trouvait dans les villages et dans les premières villes
naissantes des gens qui savaient lire et écrire, mais qui étaient sans activités définies, us n'en
savaient pas assez pour être "fonctionnaires", mais estimaient qu'ils en savaient ü'op pour se
rabaisser à cultiver la terre.
Certains furent absorbés par un secteur privé essentiellement constitué par des maisons
decommercededétailouspécialisésdansl'exploitationdesproduitsdecuir.Leresteformaitla
masse des déracinés et des inadaptés qui allait grossir d'année en année.
Les premiers efforts importants furent effectués entre 1945 et 1953. En 1945, les écoles
primaires oubanguiennes ne comprenaient encore que près de 5 000 élèves auxquels il fallait
ajouter près d'une centaine d'élèves du primaire "supérieur". Le taux de scolarisation était
encore inférieur à 8% en 1950 ; 24% en 1956, et atteignait péniblement 34,5% en 1958.
Durant la première décennie de l'indépendance, de 1960 à 1970, on enregistrait une
légère progression annuelle des effectifs de près de 10% dans le primaire, de 16% dans le
secondaire et de 11% dans le technique.
Depuis la loi de 1962, l'enseignement privé a été intégré dans l'enseignement public.
A - La création des premières écoles
La principale caractéristique : le corps professoral était constitué d'Européens. Ils
offraient au pays qui commençait à se structurer et à sortir de l'indigénat des éléments
conséquents, autrement plus sensibles à leurs conditions que leurs devanciers. Ces individus
étaient non seulement assurés de trouver immédiatement du travail à leur sortie de l'école.
Ilnaquitunetraditionquiallaitmarquerprofondémentlesfinalitésdel'école,c'est-à-dire
produire pour les seuls besoins de la fonction publique. Ce phénomène n'a fait que s'amplifier
avec le temps et est devenu aujourd'hui la principale difficulté de notre développement.
L'école était au service de l'exploitation coloniale, les premiers établissements conçus
dans cette optique furent l'école primaire supérieure de Bambari, suivie de la création du cours
complémentaire à Bangui qui allait donner naissance au collège Emile Gentil.
L'enseignement technique restait peu développé. L'école technique de GRIMARI
fonctionnait bien avant l'indépendance et continue d'accueillir des promotions annuelles d'une
cinquantaine d'élèves au maximum.
De nombreux projets de création d'école ont été abandonnés, faute de moyens.
Cependant le rôle de l'école n'était plus de former des auxiliaires d'une administration, mais un
peuple dans son ensemble, à une époque où le pays était en pleine explosion démographique.
B - L'école de promotion collective : exemple d'adaptation du système
éducatif (une initiative de l'UNESCO231
)
Le fondement de l'école de promotion collective (E.P.C.) déclenchée en 1970, est une
prise de conscience chez le citoyen moyen, principalement de ses valeurs et de ses capacités
pouruneviemeilleure,quellesquesoientses originessociales.Saconceptionestuneréponseà
lasituationsocio-économiqueetculturellequ'onpeutdéploreraujourd'huietquinesemblepas
s'améliorer depuis l'indépendance.
Surleplandesconnaissancesetdel'épanouissementdelapersonnalité, l'E.P.C.offreune
possibilité d'approche des divers problèmes inhérents à notre état de sous-développement :
explosion démographique, exode rural, insuffisance de qualification de main-d'œuvre,
malnutrition,hygiène,analphabétisme,etautres.Ellen'apaslaprétentiond'apporterunremède
miracle à tous nos maux, ni de détenir seule la voie quant aux moyens à mettre en œuvre pour
faire face aux situations conjoncturelles ou endémiques; mais au moins elle se propose d'offrir
à tous les enfants, sans distinction de milieu géographique ou social une égale réussite dans la
vie.Nousentendonsicilapossibilitéofferteàunindividud'êtreutileàlui-même,àsafamilleet
sa collectivité. Les voies qui conduisent à cette réussite sont variées et multiples : que l'enfant
poursuive des études dans l'enseignement secondaire ou supérieur, quel que soit le niveau de
culture à partir duquel il entre dans la vie active. L'enfant doit s'adapter à toutes les
circonstances selon ses aptitudes, qu'il soit travailleur.
231
UNESCO, rapport de la 7ème Conférence sur l'éducation, Adis Abeba, 1970.
manuel ou intellectuel peu importe, l'essentiel est qu'il inspire confiance et respect de par sa
contribution.
L'action de l'E.P.C. ne s'arrête pas seulement à l'enfant, elle s'étend à toute la
communauté environnante.
Les programmes d'enseignement et l'organisation du travail reflètent au mieux le cadre
de vie de l'enfant afin de rompre la barrière qui a jusqu'ici isolé l'école des réalités de son
environnement. Ainsi de nouveaux rapports entre l'école et la population, entre les enseignants
et les parents d'élèves, un courant d'échange permanent créent une osmose qui permet à l'école
de trouver dans le milieu sa raison d'être232
.
La pédagogie de l'E.P.C. est caractérisée par la pluridisciplinarité, la participation active
de l'élève à sa propre formation, le développement de l'esprit critique, orientés vers la
découverte et la créativité.
Dans l'étude du milieu, l'E.P.C. permet une connaissance approfondie des ressources du
milieu, de ses manques, de ses potentialités cachées, de toutes les possibilités qu'elle a de
s'édifier à partir de ses propres éléments.
Son idéal recherché est un développement pensé et déclenché de l'intérieur, un
développement reposant sur la capacité des locaux.
L'E.P.C. avait quitté le stade expérimental pour s'intégrer dans un vaste processus de
rénovation de l'éducation, tel que perçu par la réforme du système.
Qu'est devenu l'E.P.C. ?
Les écoles de promotion collective, après avoir connu un régime normal de
fonctionnement, se sont déliées dans la masse confuse des écoles traditionnelles. L'extension
des E.P.C. s'est heurtée à deux obstacles :
d'une part le manque de relais au niveau local ;
et d'autre part, le désengagement des responsables centraux. On pourrait ajouter un
troisième obstacle, constitué par la contradiction faite des rivalités de ceux qui ont pris le train
en marche et qui ne se sont jamais fait à l'idée de l'E.P.C.
L'E.P.C. s'identifiaitnonplusauxprincipes d'interdisciplinaritéqui étaient lessiensmais
à son équipement fourni par l'UNICEF. Ainsi la carence ou la mauvaise utilisation de ces
matériels a-t-elle souvent entraîné sa désorganisation du système mis en place. Il y avait même
des écoles qui avaient perdu leur vocation dès lors qu'elles ne percevaient plus leur matériel de
l'UNICEF.
232
AGOUMARA (T.) : "Éducation et développement : essai d'analyse prospective du système d'éducation en
Centrafrique", mémoire U.E.R. études internationales et développement, Toulouse 1,1987.
Année Zone Sexe Ensemble
masculin féminiii
Population 1975 Z.U. 76,6 61,7 69,4
de 6-14 Z.R. 44,7 18,8 32,6
Ans Bangui 84 73,6 78,8
1990 Z.U. 82,9 71,3 77,2
Z.R. 51 27,2 39,6
Évolution du taux de scolarisation dans la tranche d'âge 6-14 ans en % (tableau n°50)
Source : RGP,
1988.
Effectifs scolarisés 86/87 87/88 88/89 89/90
Enseignement préscolaire 506 501 502 484
Enseignement primaire 274 179 286 422 297 964 323 661
Enseignement secondaire 33 667 31329 --------------------- 34 512
1er cycle 1er + 2ème
Enseignement secondaire 11 137 9 061 42 533 9 141
2ème cycle ---------------------
Enseignement secondaire 2 000 1963 1428 3 514
technique
Enseignement normal 72 45 nd 45
Enseignement supérieur 2 450 2 698 2 747 3 482
Total 324 011 332 019 345 174 374 839
Enseignement privé nd nd 5 701 1980
Effectifs scolarisés (tableau n°51)
Enseignement public seulement.
Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990.
III.2-L'ORGANISATION DU SYSTÈME ÉDUCATIF ET DE
FORMATION EN CENTRAFRIQUE
A - L'enseignement primaire
L'enseignementestdispenséensixannéesd'étudesets'adresseàlatotalitédesenfantsen
âge d'être scolarisés. Le taux net de scolarisation est de 55%, tandis que le taux chez les filles
n'est que de 38%. L'inégalité entre les villes et les zones rurales est aussi alarmante (77% dans
les villes contre 40% dans les zones rurales) comme le montre le tableau ci-dessous.
L'action éducativeseconfondavecl'enseignementdebase,c'est-à-dire avecl'acquisition
de notions fondamentales (lecture, calcul, écriture, langue, connaissance du milieu) laquelle
s'effectue en 6 années d'études, selon une progression de type linéaire et continu. Le nombre
d'établissements scolaires publics est de 1 003 comprenant 3 899 salles de classes utilisées par
les 323 661 élèves.
L'effectif total des élèves scolarisés (voir tableau ci-dessus) étant en 1990 de 323 661,
celui des maîtres de 3 581, il s'en suit :
- un surpeuplement relatif des salles de classe , en moyenne 90 élèves par salle;
une réduction notable des horaires consacrés aux acquisitions fondamentales, par
application de la procédure d'utilisation des locaux par roulement ou par mi-temps ;
une baisse alarmante de l'efficacité due principalement au manque de matériels
didactiques et d'équipements, et du taux élevé de déperdition (abandon 52% et redoublement
31% durant les 4 premières années).
A noter que le taux de scolarisation féminin se situe à ce stade à 38%. Le nombre des
enseignantsdel'enseignementprimaireaencorebaisséde12%parrapportà1988.Cettebaisse
86/87 87/88 88/89 89/90
Effectif moyen par enseignant
Enseignement primaire 60 63 73 90
Enseignement secondaire 48 49 55 41
Effectif moyen par salle
Enseignement primaire 80 78 79 83
Enseignement secondaire nd 72 66 75
Effectifs moyens par enseignants et par salles de classes (tableau n°52)
Enseignement public seulement.
Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990.
86/87 87/88 88/89 89/90
Nombre d'écoles -
Enseignement Fl 1004 1014 993 1003
Secondaire général nd 47 45 46
Nombre de salles
Enseignement Fl 3 410 3 665 3 754 3 899
Secondaire général nd 564 640 581
Nombre d'écoles et de salles de classes (tableau n°53)
Source : Ministère de l'Éducation Nationale,
Centrafrique 1990.
Effectifs féminins en % 86/87 87/88 88/89 89/90
Enseignement primaire 38% 38% 38% 38%
Enseignement secondaire 1er cycle 30% 29% 30% 30%
Enseignement secondaire 2ème cycle 18% 18% 30% 20%
Effectifs scolarisés féminins (tableau n° 54)
Enseignement public seulement.
Source : Ministère de l'Éducation Nationale,
Centrafrique 1990.
a atteint 22% en deux ans, et elle est d'autant plus préoccupante que l'effectif scolarisé dans le
fondamental 1 a encore augmenté de près de 9% en 1989. L'effectif moyen par enseignant
atteint le seuil de 90 élèves, soit plus de 30 de plus qu'en 1987.
Une baisse du nombre des enseignants amorcée en 1987 et accélérée par l'opération
"départ volontaire assisté" a été freinée par la formation annuelle de 250 instituteurs pendant 3
ans.
Évolution des effectifs élèves et enseignants (graphique n°4)
-«-Elèves Enseignants
1986 1987 1988 1989 1990
On constate par ailleurs l'accroissement des effectifs de l'enseignement secondaire (+
146% en un an) et le taux de scolarisation très bas des différentes classes d'âge. Cette situation
est encore plus inquiétante pour les provinces.
Dans tout le pays, les infrastructures, déficientes au départ, se sont dégradées ces
dernières années. Il faut ajouter à cela la pénurie d'articles essentiels, livres, matériels, etc., et
un contrôle pédagogique insuffisant, une information, une planification et une gestion
inadéquate du budget de l'éducation nationale. Les instituteurs ne sont pas payés pendant
plusieursmois;lesclassessetiennentsouventenpleinairoudansdessallessurpeupléesetmal
équipées ; l'écart entre les régions et la capitale va en grandissant. De nombreux enfants ne
savent ni lire, ni écrire même après avoir fréquentél'école primairependant quatte ou cinq ans.
Nombre d'enseignants
permanents
86/87 87/88 88/89 89/90
Préscolaire 19 14 8 14
Enseignement Fl 4 544 4 563 4 067 3 581
Secondaire général nd 991 843 1 149
+ technique
Supérieur (hors vacataires) nd 90 79 nd
Total 4 563 5 658 4 997 4 744
Nombre d'enseignants permanents (tableau n°55)
Source : Ministère de l'Éducation Nationale,
Centrafrique 1990.
Le taux d'abandon s'élèvent à 50%233
entre la première année et l'achèvement du cycle
primaire. Cette situationa été provoquéepar l'insistance mise à étendre le système scolaire sans
avoirlesmoyensnécessairespourrémunérerlesenseignantseteffectuerlesdépensesrelativesà
l'entretien des locaux et l'acquisition de matériel.
Paradoxalement les multiples politiques d'ajustement structurel ont vu le départ de
nombreux instituteurs de la fonction publique, ce qui a aggravé la situation de l'enseignement
primaire.
B - L'enseignement secondaire général
Letauxdescolarisationdel'enseignementsecondaireestde11%del'effectifscolarisable.
Il se décompose en deux cycles (le premier de 4 ans et le second de 3 ans). Les effectifs sont
respectivement de 34 512 élèves pour le premier cycle et 9 141 élèves pour le second cycle. 1
149enseignantsassurentl'enseignement dans581salles declasses (statistiques de1989/90).Le
nombre de salles de cours est assez réduit ce qui donne un taux d'occupation de 75 élèves par
salle:
Le nombre réduit de locaux et de professeurs, le manque d'équipements et de matériel
didactique,l'insuffisanceflagrantedemanuelsexpliquentlebasrendementdel'actionéducative
à ce niveau, ainsi que le taux élevé de déperditions, redoublements (29%) et abandons. On note
un faible pourcentage de réussite au baccalauréat.
C - L'enseignement secondaire technique
Le taux de scolarisation technique est de 4,4% du total de l'effectif de l'enseignement
secondaire. Considéré à juste titre comme la composante la moins développée du système
éducatif, le nombre d'élèves s'élève à 3 514 répartis dans le collège d'enseignement technique
annexé au lycée technique, le collège d'enseignement technique féminin, l'école des métiers
d'art. Dans les trois établissements, les mêmes insuffisances (infrastructures, matériels et
233Rapport de l'UNICEF : "Un avenir pour les enfants d'Afrique", 1980.
Réussite aux examens en % 86/87 87/88 88/89 89/90
C.E.P.E. 53% nd 56% 48%
Entrée en 6ème 17% nd 22% 19%
B.E.P.C. 23% nd 56% 23%
Baccalauréat 19% nd 20% 25%
Taux de réussite aux examens (tableau n°56)
Enseignement public seulement.
Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990.
équipements, crédits) expliquent le faible rendement et le manque d'efficacité alarmant,
exception faite pour le lycée technique qui forme des bacheliers techniques.
D - L'enseignement supérieur
L'enseignement supérieur représente 2% de l'effectif scolarisable. La scolarisation
scientifique supérieure représente 34% du total de la scolarisation supérieure. La forte
expansionenregistrée cesdernières années et qui s'esttraduiteparuneaugmentationd'étudiants
(plus de 1 200 à 2 000) n'a pas été accompagnée d'une extension corrélative des infrastructures,
mise à part la faculté des Sciences de la santé, ou d'une augmentation concomitante des crédits
de fonctionnement.
De plus, le nombre de professeurs, pour la plupart des assistants techniques étrangers,
demeure insuffisant.
E - La formation professionnelle
Ellerelèvedesdifférentsdépartementsministérielsetorganismesparapublicsouprivéset
est conçue selon diverses méthodologies, souvent déterminées en fonction des besoins
immédiats en main-d'œuvre recensés dans tel ou tel secteur de l'économie.
- Dans le secteur agricole
Les installations matérielles des trois établissements existants (Ecole nationale des
adjoints techniques agricoles de WAKOMBO, Collège technique agricole de Grimari, Collège
technique d'élevage de Bouar) sont incomplètes et vétustés, elles nécessitent un renforcement
massif et un encadrement adéquat.
- Dans le secteur industriel et de l'artisanat
Le rendement des centres existants, Centre interprofessionnel de formation et de
perfectionnement (ONIFOP), Centre d'apprentissage des artisans ruraux, Centre de promotion
féminine, École des métiers d'art, doit être amélioré dans l'immédiat pour permettre de
promouvoir rapidement une main-d'œuvre qualifiée. Cette amélioration n'est possible qu'à
conditiondeconsoliderlesinfrastructures, d'augmenterlescréditsetsurtoutdemettreenœuvre
une politique cohérente de formation.
Les autres centres : Les instituts universitaires de technologie : IUTAF
(agronomie-forêts), IUTMGC (mines, géologie et construction) et IUTGE (gestion des
entreprises) dépendent de l'Université.
F - L'éducation non formelle
Elle relève soit du Ministère de la Réforme du Système Éducatif (alphabétisation
fonctionnelle) soit du Ministèrede la Santé (développement communautaire, santé debase)soit
du Ministère du Développement Rural (agence de développement ACADOP, vulgarisation
agricole, centre ruraux CREF), soit d'organismes privés (animation rurale).
Les actions menées en direction des producteurs adultes vivant dans les zones rurales ne
sont pas toujours étroitement coordonnées, ni intégrées selon un plan cohérent de
développement. De ce fait, elles ne sont pas toujours aussi efficaces qu'on le souhaiterait.
Au total, les problèmes de l'organisation du système d'éducation et de formation sont
d'ordres matériel et structurel. Ils concernent :
lesinfrastructuresexistantesqu'ilconvientderemettrerapidement enétatdefonctionner;
réfection des locaux vétustés et rééquipement des établissements (mobilier, manuels...)
les infrastructures nouvelles à créer durant la décennie 1990/2000 de manière à accueillir
les nouveaux venus.
Il faut reconnaître que depuis trois décennies, les crédits de l'éducation n'ont cessé
d'augmenter. Cependant un rapide examen fait apparaître un déséquilibre notoire dans
l'affectation des crédits sectoriels.
La part réservée au fonctionnement et à la consommation cornante est de plus en plus
considérable alors que la part réservée à l'investissement est quasi nulle.
Au fil des années les dépenses prioritaires de l'éducation se sont concentrées sur les
traitements du personnel, les indemnités de fonction, les bourses et diverses charges. Ce qui
n'est pas une mauvaise chose en soi, mais de ce fait les autorités ont perdu de vue un des volets
importants de l'ensemble qui sont les infrastructures, l'équipement, la recherche pour une
meilleure adaptation. Non seulement le cadre de travail du personnel s'est de plus en plus
dégradé, mais pire encore, les élèves se sont retrouvés dans des conditions d'études
épouvantables : effectifs pléthoriques, pénurie endémique des manuels, absence
d'infrastructures adéquates, désorganisation des dispositifs pédagogiques, apparition puis
officialisation du système de classe à mi-temps et à roulement, réduction préjudiciable des
heures d'études.
Aussi longtemps qu'un équilibre ne sera pas trouvé entre crédit de fonctionnement et
crédit d'investissement, les dépenses de l'éducation augmenteront pour une bonne part, car la
crise que traverse le système ne sera jamais résorbée.
A notre avis, les dépenses de l'éducation devraient être régies par un impératif ; respect
des données économiques et démographiques du pays.
Budget éducation nationale 1987 1988 1989
Education Nationale Part.Educ.Nation.
sur budget nationale
8 423
23,50 %
8 227
21,70 %
809713 %
Budget de l'éducation nationale (tableau n°57)
Unité : Millions de
FCFA.
Source : Ministère des Finances, Centrafrique.1990.
Il suffit, pour illustrer ce que nous venons d'énoncer, de se référer à la pratique de la
programmation annuelle qui était au cœur de notre système éducatif jusqu'à l'indépendance.
Depuisqu'elleaété abandonnée,c'estledésordreetl'improvisation.Seloncettepratique,surla
base des statistiques scolaires, une parfaite concordance était établie annuellement entre les
bâtiments scolaires, le mobilier, les fournitures, les manuels et le personnel. Les "programmes
d'extensionoudenormalisation",commeonlesappelait,nelaissaientplaceàaucunesurpriseà
la rentrée scolaire. Tout était parfaitement réglé d'avance, tant au niveau régional que national.
Par ailleurs, la répartition des charges se faisait équitablement entre l'État et les
collectivitéslocales.Uneautremesurequipermettaitl'allégementdesdépensesdel'Étatétaitla
réglementationgénéralequiluttaitcontrelesredoublementsabusifs,lesgoulotsd'étranglement
en fin de cycle. Grâce à une législation efficace, un combat était mené contre ce que nous
connaissons aujourd'hui, à savoir un système lourd, congestionné, grippé à tous les niveaux ;
véritable gouffre pour le budget national.
Un système éducatif doit être fluide. Les passages d'une classe à l'autre, d'un cycle à
l'autre, doivent se faire avec souplesse et facilité suivant une planification bien mise au point.
L'articulation enu*e le primaire, le secondaire, le technique et le supérieur ne doit souffrir
d'aucunecontrainteextérieureausystème,particulièrementauniveaudedeuxseuilsquisontla
sixième et la terminale.
Des sorties de secours devraient être aménagées à différents paliers afin d'orienter
certainsverslescircuitsproductifs.Lesproblèmesmajeursqu'a àrésoudrelaCentrafriquedans
le domaine éducatif sont bien connus ; taux élevé de l'analphabétisme chez les adultes,
augmentation des effectifs scolaires résultant de la demande croissante d'éducation,
augmentation du nombre de jeunes qui, au sortir de l'école, ne peuvent pas s'insérer dans le
système économique, pénurie d'enseignants, etc. L'une des tâches les plus urgentes du pays est
dedévelopperles moyensd'instruction etdeformationdes jeunes etdes adultes.Pour atteindre
un public beaucoup plus large avec ces ressources, il faudra perfectionner et recycler les
enseignants, ainsi que d'autres travailleurs, sans les arracher à leurlieu de travail. Il faudra tirer
un meilleur partie des locaux et équipements disponibles et assurer un partage plus équitable
desinstallations,descompétencesetdesmatériaux,si l'onveutmaintenirlecoûtdel'éducation
à un niveau à peu près stable par rapport aux autres dépenses qu'exige le développement.
m.3 - ANALYSE CRITIQUE DU SYSTÈME D'ÉDUCATION-FORMATION
Nous allons ici centrer notre analyse sur les points suivants :
l'évolution de la demande d'éducation ;
les déperditions scolaires et les problèmes des défaillants ;
les conséquences sur le chômage urbain.
A - L'évolution de la demande
Les efforts massifs en vue de doter les jeunes centrafricains d'un bagage scolaire
minimum sont loin d'atteindre leurs objectifs car la moitié des jeunes de la génération reste à
l'écart de l'école. Toutefois ces mêmes efforts ont créé une forte demande qui, faute de
structuresd'accueilalternatives,atendanceàserépercuteràtous lesniveauxdel'enseignement
général.
Sans refaire l'historique de la demande sociale en matière éducative en Centrafrique, il
convient néanmoins de rappeler quele mouvementde la demande diteprivéea été déclenché à
partir d'une volonté politique, favorisé par la propagande des autorités publiques et encouragé
par les installations d'équipements publics.
D'autre part, les premières cohortes des jeunes scolarisés trouvaient très rapidement un
avantage comparatif sur le marché du travail à la fois grâce à leur qualification et à leur rareté.
Le mouvement en faveur de la généralisation de l'enseignement a été lancé sur la base des
considérations économiques et sociales.
Dans la plupart des cas l'école reste l'équivalent d'une rupture par rapport au milieu
familial,enmêmetempscemilieufamilialpousseàlascolarisationpourlesraisonssuivantes:
la scolarisation apparaît comme une possibilité de solution pour palier à l'irrégularité des
revenus ;
les finalités de la scolarisation peuvent être appréhendées sous deux fonnes :
1 - d'une part, la scolarisation répond au désir de possession d'un outil qui permet de
communiquer avec le milieu dit moderne, avec la ville, avec les fonctionnaires, etc. Pour les
enfants du monde rural, c'est la condition première pour aller en ville, et trouver un emploi.
Pourlesparentsc'estl'espoird'avoirdesinterprètesvalablesquileurpermettrontderéglerleurs
problèmes administratifs et éventuellement de justice, de police, etc.
2-d'autrepart,lebesoindescolarisationcorrespondàlapossibilitédetrouverunemploi
qui s'exprime aussi sous d'autres formes : pour les parents deux choses indissociables ; que
l'enfant ait un métier et qu'il les aide financièrement. Le salaire apparaissant comme une
possibilité de sécurité. L'éducation est considérée comme un investissement qui, à terme, doit
sortir les enfants de leurs conditions misérables.
L'enseignementsupérieurestunélémentvitaldetoutprogrammededéveloppementdans
un monde socio-économique où le développement s'appuie sur des connaissances. Cela
implique que l'enseignement supérieur joue un rôleclé dans leperfectionnement,le transfert et
l'application des nouvelles connaissances, pour former des techniciens, des spécialistes, des
gestionnaires.
C'est en développant les aptitudes et compétences locales qu'on pourra réduire le fossé
qui nous sépare des pays développés et amoindrir la dépendance technique extérieur.
"La décentralisation universitaire est souvent présentée comme moyen de stimuler le
développement économique des régions, en rapprochant les centres de formation et de
recherche des activités économiques qui se trouvent ainsi dynamisés"234
Des résultats contradictoires en Centrafrique :
baisse du niveau de qualité ;
agrandissement du fossé entre le pays et les pays riches en ce qui concerne les
connaissances scientifiques et technologiques.
L'augmentation des effectifs étudiants ne va pas de pair avec les allocations budgétaires.
Unecroissancedésorganisée,ainsiquedesprogrammesetsujetsd'enseignementsouvent
peuenrapportaveclecontexteéconomiqueetsocialquiréduisentlesperspectivesd'emploi.Le
taux de diplômés sans emploi augmente, ce qui entraîne des fuites de cerveaux.
B - Les déperditions scolaires et les problèmes des défaillants
Lesdeuxdécenniesquiviennentdes'écoulerontétémarquéesparuneintensificationdes
efforts consentis en faveur de l'éducation.
On se rend compte, de plus en plus, que les investissements d'ordre éducatif sont de
nature à jouer un rôle de premier ordre dans le développement socio-économique.
L'enseignement est dès lors un facteur et une condition pour la croissance du bien-être et du
progrès social. A l'opposé le défaut d'instruction générale ou professionnelle fait obstacle au
234BRUGNES (M.-P.) : "Les universités et le développement économique", C.E.P.E.D., Université de
Toulouse I, 1992.
démarrage économique et constitue un trait majeur du sous-développement dont il est à la fois
la cause et le signe.
Lescommunautésrurales,dontles enfantssontrestéstrèslongtemps àl'écartdusystème
éducatifclassique,découvrentellesaussicelienetsouhaitent,deplusenplus,unenseignement
au-delà du primaire et posent le problème professionnel des jeunes comme un fait social
nouveau.
Malgré les progrès, certains problèmes restent encore à résoudre, dont l'un découle
précisémentdusuccèsmêmedeseffortsetdesinitiativesdanslesdomainesdel'éducationetde
la formation à savoir le problème de l'emploi des jeunes quittant l'école en cours ou à la fin du
cycle primaire et du 1er cycle secondaire.
On se rend compte aujourd'hui de l'ampleur de la déperdition scolaire et on constate une
fortedisparitéentrel'effortconsentienfaveurdel'éducationdemasseetlerésultatdeceteffort
qui se traduit par une perte d'effectifs liée aux redoublements répétés et aux abandons en cours
d'étude.Presque52%desenfantsscolarisésn'achèventpaslecycleprimaire,etseulement15%
accèdent au secondaire, dont plus de la moitié abandonnent en cours ou à la fin du 1er cycle de
l'enseignement secondaire235
. Le phénomène est donc fort important quantitativement parlant.
La simple dynamique de l'expansion de l'éducation ne laisse que peu de temps pour des
réformes radicales. Considérée dans son ensemble, l'évolution de l'éducation donne à penser
qu'ils'estproduitunprogrès,uneaméliorationdansleniveaud'instructiondelasociétéglobale,
une prise de conscience du rôle que peut jouer l'éducation et une croissance de la demande
sociale de l'éducation qui est un phénomène récent.
Parrapportauxdécenniesprécédentes,oùl'ons'estintéresséàlaformationdecadresetà
la rationalisation des structures admimstratives et industrielles, la décennie qui commence sera
vraisemblablement occupée par l'emploi des jeunes défaillants.
Notre souci est de répondre à certaines questions éducatives qui touchent une population
juvénileenexpansion,uneéducationdemassegénératricedeperted'effectifs etlespossibilités
d'emploi des jeunes sans qualification professionnelle.
Quel niveau d'enseignement les scolarisés doivent-ils atteindre pour jouer un rôle
socio-économique valable et parvenir à une insertion aisée dans la vie active ?
L'origine sociale et le milieu géographique offrent-ils les mêmes chances quant aux
possibilités dans la recherche d'emploi ?
235NATIONS UNIES : op. cit. page 5.
La scolarisation partielle ou complète est-elle un facteur d'adaptation au milieu, ou au
contraire un facteur de rupture avec le milieu d'origine et un tremplin pour l'exode rural ?
Alafindeleurscolaritélesjeunesdéfaillantsissus duprimaireetdudébutdusecondaire
cherchent du travail. Ils s'ajustent rapidement aux types d'emplois modestes du S.I. Les
enquêtes ont révélé que c'est dans le Si. que sont employés la majorité des jeunes défaillants
âgés de 15 à 19 ans. Il semble qu'il se produit une évolution technique dans ce secteur de la
capitale qui fournit des emplois relativement réguliers, rémunérés au-dessus du niveau moyen
que permet d'atteindre la petite agriculture dans la zone rurale. Le secteur est délaissé par les
organismes officiels de placement de jeunes, malgré la facilité d'accès à un large éventail de
métiers dont la qualification s'acquiert en dehors de tout système scolaire officiel.
Le placement des jeunes en qualité d'apprentis repose d'une façon exclusive sur la
croissance des emplois recensés dans le secteur moderne. Alors qu'il laisse de côté une masse
importante d'emplois et en augmentation évidente dans le SX. La capacité des familles à venir
en aide aux plus jeunes de leurs membres est beaucoup plus importante, la dimension et la
cohésion de la famille revêtent une grande importance dans la recherche d'un emploi. Les
parents qui ont trouvé des emplois sont toujours disposés à soutenir les membres de leur
famille. Dans la recherche d'un emploi, les relations d'amitié et de voisinage jouent un rôle
déterminant en tant que courtiers de l'emploi en faveur des jeunes.
C - Le système d'éducation et formation responsable du chômage urbain
Le système d'enseignement actuel ne saurait être négligé parmi les mécanismes actuels
du chômage. Parler d'un métier technique à un jeune centrafricain c'est s'exposer à des
moqueries, car les techniciens sont considérés comme des illettrés.
L'enseignement technique est considéré comme le parent pauvre : y sont orientés les
élèves considérés comme les moins doués ainsi que les titulaires de CEPE trop âgés pour le
concoursd'entréeenF7(sixième).Parfoiscesélèvesyreçoiventdesformationspourlesquelles
il n'existe pas de débouchés sur le marché de l'emploi. Les diplômés de l'enseignement
techniquequi s'oriententversla fonction publiquetrouventsouventdes conditions d'embauché
décourageantes du fait que les intégrations s'y font par référence aux diplômés d'enseignement
général.Cequifaitque,dansl'enseignementtechnique,lapréparationàl'emploiréeln'ajamais
été l'objectif prioritaire. Les élèves considèrent dans leur grande majorité que la scolarité n'est
pas une fin en soi, conduisant à un emploi, mais une étape pour une aufre scolarité.
La pénurie des établissements d'enseignement technique ainsi que son manque
d'organisation effective contribuent également au chômage des jeunes scolarisés.
La responsabilité du système d'enseignement de type classique apparaît dans la crise
actuelledel'emploidanslamesureoùl'onconsidèreles"déchetsscolaires"commeunefatalité.
Pourpreuve,aucuneinstitutionéducativepouvantutiliserlesjeuneschômeursn'existedefaçon
officielle. Si le système d'enseignement classique, qui privilégie l'enseignement général
persiste, le pays n'aura d'autres possibilités que de faire appel aux étrangers pour développer
son agriculture.
Le système scolaire en place donne des diplômes qui ne permettent pas à leurs titulaires
de s'intégrer harmonieusement dans les circuits de production. Il ne permet pas aux
Centrafricains qui en sortent de créer des biens et services pour l'autoconsommation ou la
vente. D'où les difficultés que connaissent les déscolarisés puisqu'ils n'ont pas de métier.
Il ressort de cette partie que la responsabilité du système scolaire de type classique dans
le processus de sous-développement du S.I. en Centrafrique ne se limite plus seulement aux
seuls problèmes d'accumulation mais se traduit par le désenchantement des jeunes. En effet, à
cause du système actuel, la meilleure part du tissu humain national, sur le plan quantitatif reste
sous-employée ou mal utilisée, alors que les zones rurales se dévitalisent sur ces deux plans.
En réalité, il n'y a pas, pour le moment, d'alternative à l'enseignementgénéral dans le1er
cycle, et il n'y a pas de structure d'accueil pour les jeunes qui terminent ou pas l'école primaire.
C'est là la faiblesse la plus flagrante du système éducatif centrafricain et l'un des points à partir
duquel s'exerce une demande inflationniste sur le secondaire général.
Que faire des exclus du système d'enseignement centrafricain et des diplômés de
l'enseignement supérieur ?
L'Européen qui débarque dans une ville africaine est frappé par la capacité d'initiative et
d'ingéniosité d'une jeunesse qui n'attend pas la résolution de ses difficultés par un pouvoir
centralisé. Elle vole de ses propres ailes avec débrouillardise pour pouvoir vivre. Il n'est pas
raredevoirdesphotographesambulants,desréparateurs demontres,debicyclettes,delampes.
Laformationsefaitsurletas.L'apprentiacquiertlemétierenregardantl'artisantravailler.Bon
ou mauvais, les jeunes apprentis ne tardent pas à s'établir à leur compte en diminuant ainsi le
chômage. Il n'est pas rare de voir dans les quartiers de Bangui, pour attirer la clientèle, des
affiches souvent hyperbolique : "docteur en bois , chez monsieur... travail soigné et rapide ;
chez maître... diplômé en menuiserie,..."
Cependant le petit commerce retient surtout les jeunes. Il faut voir ces derniers dans les
lieux populaires, devant les bâtiments publics, les banques, les supermarchés proposer leurs
produits aux passants. Un autre métier qui prend place dans le S.I. à Bangui est celui du
pousse-pousse, très rémunérateur parce qu'il concurrencie sérieusement les taxis et les bus
publics. En effet le pousse-pousse atteint aisément les cœurs des quartiers dont la pénétration
est difficile à cause du relief très accidenté. Il semble que les "Ngodobe", jeunes qui travaillent
avec le pousse-pousse, n'ont rien à envier au fonctionnaire puisque leurs recettes journalières
sont en moyenne de 10 à 15 000 FCFA.
Tout ceci pour dire que dans les coulisses il existe quand même des motivations au
niveau des jeunes qui prennent conscience qu'ils peuvent gagner leur vie sans passer par la
fonction publique.
Alors que le chômage accable les jeunes centrafricains, monter une unité économique
(atelier de couture, etc.) permet de s'intégrer à la vie économique. Ce qui évite le chômage, la
délinquance et l'exode.
Cependant le souhait des artisans n'est pas seulement de s'installer à leur compte, il est
aussi d'agrandir leur affaire. C'est donc à ce niveau que les pouvoirs publics devraient prendre
conscience des problèmes cruciaux qui empêchent les petits métiers d'éclore. Ce sont les
artisans qui sont à labased'une véritable économieautocentrée etnon les industries importées.
De même ce sont eux qui peuvent constituer un marché pour l'agriculture. De cette manière, il
se crée une dynamique interne favorable au développement national, rural notamment.
Comment l'État peut-il aider les jeunes ?
D'abord au niveau de la formation ; les jeunes n'ont généralement pas l'épargne
nécessaire pour payer un apprentissage. A la fin de la formation il se pose le problème du
capital pour l'installation définitive. Mais là encore les jeunes se confrontent au problème de
l'argent dont leurs parents sont généralement incapables de disposer à cause de leurs charges
familiales. L'installation se fait généralement dans les quartiers populaires à cause de
l'existenced'unedemandepotentielle.Ilssontobligésdelouer,quiunstudio,quiunemaisonen
guise d'atelier. L'acquisition des instruments de travail n'est pas chose facile.
L'État doit leur donner les moyens d'améliorer leur technique, de mieux former leur
personnel et de mieux gérer leur domaine. Mais il faut parallèlement protéger le S.I. de la
concurrence étrangère. En effet, comment veut-on que les menuisiers agrandissent leurs
ateliers lorsque les ministères ou les écoles préfèrent les meubles importés aux meubles locaux
? Mais, à cause de toute cette série de difficultés, certains jeunes sont tentés de devenir salariés
dansleS.M. Le moyende luttercontrel'exode rural et lechômagene consiste-t-il pas àdonner
aux jeunes un moyen de trouver un capital de départ pour démarrer une activité artisanale ?
Enfin, une autre forme d'intervention en faveur du S.I. consisterait pour l'État à aider les
jeunes à vaincre leur manque d'organisation et à mieux s'intégrer de façon rationnelle dans
l'économie nationale. Par exemple en se regroupant ils pourraient constituer un véritable
mouvementdedéfensedeleursintérêts.Nousaborderonsceproblèmedanslechapitresuivant.
CONCLUSION
La fonction publique ne pourra plus jouer le rôle d'absorption qui était jusque-là le sien.
Elle pourra sans doute continuer à absorber certains jeunes diplômés mais cela au détriment de
la main-d'œuvre non qualifiée que l'on trouve actuellement en trop grandequantité dans
l'administration. En effet si l'on examine les effectifs administratifs on constateque 55% des
agents de l'État sont des personnes des catégories C et D, alors que l’ontrouve que 5% des
effectifs dans la catégorie "hors cadre", 9% dans la catégorie A et 31% dans la catégorie B.
Faut-il redire que l'éducation et la formation ne se réduisent pas aux seules dimensions
formelles, et toute réflexion sur celles-ci ne peut se permettre ni d'ignorer, ni de dévaloriser le
"non-formel". D'autant plus que, paradoxalement, c'est en dehors du système formel que se
gèrentdesdiversitésdesituations.Pouryremédier,ilfautsedéfairede l'illusionquelesystème
formel peut et doit assurer tous les apprentissages.
L'efficacité d'un système d'éducation et de formation dépend des intentions dont on
l'entoure et des objectifs définis par les besoins de développement, cela sous-entend que les
pouvoirs publics doivent avoir une vue claire et précise de l'objectif ciblé qu'ils veulent
atteindre. La mission du système serait plus aisée si les contenus et ses méthodes étaient plus
marqués par les réalités du milieu donné.
Un exemple parmi tant d'autres pour illustrer la dysharmonie entre les intentions et les
faits de notre système éducatif et de formation : dans l'agriculture cohabitent l'agriculture dite
moderne (celles des produits d'exportation) et celle dite traditionnelle (celle qui fait vivre la
population lui procurant des produits vivriers) ; c'est sur l'agriculture dite moderne que le
système met l'accent.
Le courant peut être renversé grâce à un rééquilibrage du processus éducatif et de
formation basé sur la volonté d'une évolution dynamique endogène. Toute la question serait de
savoir "quoi enseigner et comment l'enseigner".
Le système éducatif centrafricain présente une incapacité notoire dans l'absorption des
jeunes hors du circuit scolaire. Le nombre d'abandons de l'enseignement primaire atteint plus
de 50%. L'incapacité d'absorber des jeunes par les centres de formation constitue une carence
du système de formation. Celui-ci souffre d'un dysfonctionnement certes, mais on ne peut pas
lui apporter un remède du jour au lendemain, du fait qu'il travaille à long terme et à un
coefficient d'inertie élevé par rapport au changement rapide de l'économie. Par contre le
systèmedeformationprofessionnelletravailleàcourtterme,etsesméthodesluipermettentune
adaptation rapide aux situations économiques. La formation professionnelle doit s'adapter à
uneréalitéquis'impose.Lapopulationcentrafricaineétantrelativementjeune,et lenombredes
défaillants scolaires étanten évolution, un encadrement immédiat est indispensable pour éviter
des tensions sociales.
Des actions doivent être menées et orientées vers la modernisation et la création des
centresdeformationavecdesspécialitésquimarchentdepairavecleschangementstechniques
des moyens de production.
Toutefois la formation professionnelle ne pourrait pas à elle seule résoudre le problème
des défaillants scolaires dans l'état actuel du système éducatif. A ce niveau, il faut remarquer
que les unités du S.I. joue un rôle non négligeable dans l'absorption d'une partie non
négligeable de cette main-d'œuvre défaillante du système scolaire. Les aménagements du
système doivent être envisagés pour une meilleure rationalisation de la formation
professionnelle.
Le S.I. se présente comme une réalité socio-économique qui s'impose dans les espaces
urbains d'Afrique subsaharienne. Il s'agit d'un secteur où pourrait se forger l'esprit d'initiative
privée et de l'entreprise. Il ne serait pas seulement un "remède" pour un système de formation
professionnelle incapable d'absorber à lui seul la totalité des rebuts du système scolaire, mais
pourrait jouer un rôle de formateur.
Une étude de la dynamique de la formation au sein des unités informelles pourrait nous
éclaircirsurlaquestion.Pourcefairenousnousproposonsdedégagerlesélémentssignificatifs
du processus d'acquisition des qualifications pratiques au sein des unités du S.I. de la ville de
Bangui.
CHAPITRE V : LA FORMATION DANS LE S.I.
INTRODUCTION
L'apprentissage sur le tas constitue le mode de formation le plus répandu dans les unités du
S.I.. La littérature relative à celui-ci révèle qu'une grande partie des travailleurs du S.L s'est
formée dans le secteur. "Parmi la diversité des formes d'acquisition de qualification
professionnelle proposée à la main-d'œuvre africaine, l'apprentissage sur le tas ou la formation
donnée sur les lieux de travail est celle qui concerne le plus grand nombre de travailleurs. "236
.
L'apprentissage traditionnel pratiqué dans le S.L est une éducation à laquelle est soumis le
jeune (ou la main-d'œuvre non qualifiée) dans le but de rechercher des aptitudes et le goût du
travail, de manière à développer toutes les compétences d'un métier artisanal. Une comparaison
entrel'apprentissage traditionnel et les collègestechniques au Nigeria révèlequelesdiplômésdes
collèges techniques ont suffisamment de connaissances mais ne savent rien de la
commercialisation,enrevanchelesapprentisdansleS.Lontapprisàproduiremais aussiàvendre
etàacheter,maislesconnaissancesthéoriquesleurfontdéfaut.Lephénomènevarieselonlespays
en fonction des facteurs historiques, institutionnels, etc. ; toutefois l'apprentissage sur le tas
constitue une filière intéressante de la formation dans la mesure où elle bénéficie d'une image
positive au niveau de la société.
L'importance croissante de l'apprentissage sur le tas dispensé dans le S.L nous amène à
examiner les questions relatives à son rôle, ses modalités ; de dégager les variables déterminantes
qui conditionnent l'acquisition des qualifications et la réussite des entrepreneurs. Il sera aussi
question de déceler la contribution de l'éducation et de la formation officielle dans le processus
d'acquisition des qualifications du S.I.
Ce chapitre passe en revue les études consacrées à l'acquisition des qualifications dans le
S.L ainsi que la présentation et les résultats de notre enquête. L'examen commence par l'analyse
desélémentssignificatifsduprocessusdeformationàpartirdes étudesquiontdéployédes efforts
pour saisir la nature du phénomène (section I), puis sera complété par la présentation et les
résultats de notre enquête, afin de tirer des conclusions sur le rôle formateur du S.L (section II).
236MALDONADO (C.) et LE BOTERF : "Urbanisation, secteur informel et emploi :apprentis dans les petits métiers
: le cas de l'Afrique francoplione", BIT, Genève, 1982.
SECTION I : L'APPRENTISSAGE SUR LE TAS DANS LE SECTEUR
INFORMEL
L'analyse qui va suivre s'appuiera sur les études du BIT237
et de l'OCDE238
relatives à
l'acquisition des compétences dans le S.L, ainsi que la littérature existante.
Si ce mode de formation peut, à priori, apparaître comme issu de modèles artisanaux, il
semble toutefois que dans la plupart des cas, il relève d'un choix expérimenté par les chefs
d'ateliersenmatièred'organisationdutravail.Lafragilitédumilieusocialexpliquequel'intérêt
familial passe avant l'intérêt individuel. La famille africaine est entendue au sens large (père,
mère, enfants, tantes, cousins...). Tous les membres actifs, y compris les enfants en âge de
travailler, doivent concourir aux charges familiales compte tenu des bas niveaux de revenus.
L'apprentissagesurletasconstitueuneprocéduredeformationd'autantplusadaptéepour
les petites entreprises informelles, qu'elle rentre en cohérence avec certaines caractéristiques
des milieux africains (relationspersonnalisées, souplesse de fonctionnement...) etqu'elle est en
liaison directe avec la production. L'apprentissage exige deux conditions :
avoir le temps, celui laissé aux jeunes pour leur apprentissage, et celui du formateur, ce
temps est une charge que le maître doit gérer ;
avoiruneorganisationdutravailautorisantauxsalariésunegammed'activitésassezlarge
et des possibilités d'évolution progressive.
I.1 - LA DEMANDE DAPPRENTISSAGE
La demande d'apprentissage faite par les jeunes auprès des maîtres artisans nous permet
de saisir la place de la formation professionnelle dans leurs objectifs et dans leurs choix de
métiers. On retrouve selon les enquêtes une grande diversité de cas, les activités de production
et de services reçoivent régulièrement les demandes d'apprentissage.
237 MALDONADO (C.) : "Lespetitsproducteurs urbains d'Afrique francophone", BIT, Genève, 1987.
238 STACE (B.), FLUITMAN (F.), sous la direction de SALOME (B.) : "Acquisition des compétences dans les
micro-entreprises: les leçons tirées de l'Afrique de l'Ouest", OCDE, Paris, 1994.
Répartitionparsecteuretcatégoried'activitédesunitéséconomiquesayantdesapprentis,
de celles qui leur offrent une formation et de celles qui reçoivent des demandes fréquentes
d'apprentissage (fréquences absolues et relatives) (tableau n°58)
D'après le tableau ci-dessus près de 52 % des entreprises de production et 54 % dans les
services reçoivent des demandes d'apprentissage.
Quoiqu'il en soit, toutes activités confondues, la tendance est à l'accroissement de la
demande de formation. Celle-ci est nettement plus faible dans les activités de commerce et de
l'artisanat traditionnel.
Un autre point que révèle les études sur le S.L est que les demandes d'apprentissage se
dirigent vers les métiers nouveaux: métal (62%), réparation automobile (61%)... Les espoirs de
revenus satisfaisants dans l'avenir est l'explication de cette situation : "Tant que l'offre court
derrière la demande, cas des branches comme bois et ameublement, réparation mécanique, le
processus peut être considéré comme évolutif 239'.
La population des apprentis est quantitativement importante, et a tendance à s'accroître.
On notera un phénomène essentiel : l'arrivée croissante d'une population de jeunes instruits,
phénomène induit par les forts taux de déperditions scolaires que connaissent les pays.
En effet, dans la majorité des cas, c'est la famille ou un ami de celle-ci qui demande au
paient entrepreneur d'assurer la formation du "petit" et ceci, même si cette fonction n'existait
239 CHARMES (J.) : "Une revuecritique des concepts,définitionetrecherche sur le secteur informel", in Nouvelles
approches du S.L, OCDE, Paris, 1990.
SECTEURS ET
CATÉGORIES
D'ACTIVITÉ
Total
entre-
prises
Ayant des
apprentis
Formant leurs
apprentis
Recevant des
demandes
fréquentes
Nbre Nbre % Nbre % Nbre %
PRODUCTION
Bois 1 528 937 1,4 85 3,7 30 7,8
Métal 472 28 9,5 78 4,8 92 1,9
Total 1999 265 3,3 063 4,0 022 1,5
SERVICES
Rép.véh. 4 roues 42 50 7,6 54 5,2 59 1,9
Rép.véh. 2 roues 46 15 7,7 97 4,1 67 8,9
Autres services 54 78 7,8 25 6,0 69 6,4
Total 942 343 9,2 176 7,6 095 6,4
Total général 3 941 2 608 66,2 2 239 85,9 2 117 53,7
Source : BIT,
1987.
pas auparavant dans l'entreprise. Selon l'enquête BIT240, 25% des apprentis sont membres dela
famille de l'artisan dans l'ensemble des villes étudiées. Ceci explique pourquoi les apprentis
membresdelafamilledel'artisansontlesplusnombreuxetpourquoionentrouvedanspresque
toutes les activités. Le réseau des connaissances du chef d'entreprise et les relations familiales
représentent plus de la moitié des critères de recrutement.
Au hasard du petit métier exercé par le parent artisan, le jeune ou la main-d'œuvre non
qualifiée pourra être aussi bien apprenti photographe, qu'apprenti menuisier ou apprenti
garagiste...Demêmetellefilleconfiéeàsatantepourl'aiderdansl'accomplissementdestâches
ménagères pourra se retrouver un jour, couturière, brasseuse de bière ou petite productrice
d'aliments après avoir appris les rudiments du métier.
Le caractère spécial des rapports sociaux explique ici pourquoi la demande
d'apprentissage présente une grande élasticité vis-à-vis de la formation offerte par les artisans.
Maisilpeut arriverquelademandedeformation émanedes jeunes eux-mêmes. Dans cecas, la
préférence sera donnée aux activités présentant une meilleure espérance de débouchés ou de
revenus élevés. Voilà pourquoi le bois, l'habillement, la réparation des véhicules et le bâtiment
sont les activités les plus demandées lorsque l'apprenti paye sa formation (la mécanique
automobile étant de loin l'activité la plus demandée).
Les parents ou les jeunes n'hésitent pas à débourser une certaine somme d'argent pour
accéder à la formation désirée241. Ainsi, pour devenir menuisier, réparateur de véhicules,
tailleur,etc.,lessommesàpayerpourrontallerdequelquescentainesdefrancsCFAàplusieurs
milliers : 10 à 15 000 FCFA/mois dans le bois, 10 à 20 000 FCFA/mois dans la réparation de
véhicules ; 4 à 8 000 FCFA/mois dans l'habillement.
1.2 - LES MODES D'ACQUISITION DE LA FORMATION DANS LE SI.
L'institution de l'apprentissage sur le tas relève d'une tradition ancienne. La transmission
desconnaissancess'effectued'unegénérationàl'autre enutilisant lesvoies institutionnellesqui
lui sont propres. Toutefois ceci n'est vrai que pour les métiers anciens. La modernisation de
l'économie, en créant des besoins nouveaux et des changements sociaux, engendre la
dislocation des castes et des structures familiales.
L'artisanat urbain contrairement à celui pratiqué en milieu rural, est en passe de se
dégagerdeladépendancedescastes.Ildevientaccessibleàtous.L'artisanatfémininàBamako,
à Lomé témoigne de cette transformation (la teinture, la fabrication de savons, la couture, la
vannerie, etc.) ne sont plus des métiers réservés à des ethnies ou à quelques individus242.
240 BIT : op. cit. page 248.
241 Dans la majorité des cas la formation payante intervient surtout lorsqu'il n'y a pas de liens
familiaux unissant l'apprenti et l'artisan.
242 BIT : op. cit. page 248.
L'apprentissage recouvre en Afrique deux situations différentes : une réalité vivante,
l'apprentissageenfamilleouchezunartisandansleS.I.,etunensembledetextes législatifsqui
ne s'appliquent qu'à quelques entreprises du secteur moderne. L'apprentissage est un puissant
processus de socialisation et d'intégration au monde du travail et un creuset où se forge l'esprit
d'entrepreneur243.
A - Le recrutement des apprentis
Les apprentis sont en général recrutés dans le cadre familial du maître, ou encore de ses
amis ou voisins de quartier, l'origine ethnique étant souvent le critère de recrutement. Le
recrutement des apprentis emprunte ses caractéristiques à la tradition ; les cérémonies
d'initiation et de libération de l'apprenti témoignent du fait ; toutefois les pressions de la vie
urbaine influencent aussi le recrutement. Les enfants sont confiés aux maîtres-artisans qui, de
surcroît, jouent un rôle de substitut de la famille et de l'école.
La fixation du coût de l'apprentissage varie d'un métier à l'autre, selon les perspectives
d'avenir et la considération du métierdans la hiérarchie sociale. Le montantn'est pas uniforme,
il est majoré ou diminué pour un métier en fonction des liens de parenté, l'argent compensant
les liens de sang éloignés.
Constatons que seulement 10% des maîtres artisans acceptent gratuitement les apprentis,
alorsquedanslesannées60,ilsétaientdeuxtiers àlefaire.Tandisqueles frais d'apprentissage
sont de plus en plus compensés par divers paiements en espèces et en nature (argent de poche,
logement...) .Dans certains cas, seuls les apprentis membres de la famille étendue du
maître-artisanbénéficientd'unevraieformation,lesautresoccupentunepositiondetravailleurs
sous rémunérés. A Lomé (Togo) par exemple, les frais d'apprentissage représentent une part
tellement importante du revenu des chefs d'ateliers que leur boutique ressemblent davantage à
des écoles de formation professionnelle qu'à des unités de production. Le paiement de Y
apprentissage est exclusivement le fait des patrons originaires du S.I.
243 CHARMES (J.) : "L'évaluation du secteur non structuré: méthodes et résultats. L'exemplede la Tunisie",
AMIRA, brochure n°37, Paris, 1982.
Vannerie Menuiserie Bijouterie
1Apprendreà frotterle rotinavec
un couteau.
(6 mois)
1 Socialisation menus travaux.
(6 mois)
1 Se familiariser avec les outils.
Apprendreàallumeretentretenir
le feu. Comprendre la relation
entre le feu, le moule et l'or ou
l'argent.
2 Apprendre à préparer et à
fixer les cannes qui assurent la
solidité du meuble
(4 mois)
3 Apprendre à donner au rotin
la forme voulue, courbe pour un
fauteuil. Cette mise en forme
requiert par exemple l'usage
délicat d'un chalumeau
(5 mois)
2 Découverte des outils (6
mois)
3 Assemblage de pièces faites
par le maître
(6 mois)
2 Manier le marteau pour
donner au métal la forme désirée
(6 mois)
3 Donner au fil de métal des
formes décoratives
(lan)
4 Apprendre les techniques
d'assemblage, le sens des
dimensions
(7 mois)
4 Finissage (18
mois)
4 Utilisation du chalumeau
(lan)
5 Visites à l'extérieur pour faire
les plafonds. Prendre des
mesures. Finir les pièces
Clan)
5 Toutes les étapes de la
production comme assistant
bijoutier
(3 ans)
6 Responsabilité d'un
chantier extérieur
22 mois 5 ans en moyenne 6 ans
Les différentes étapes de la formation sur le tas des apprentis du SI (tableau n°59)
Source : BAS (D.), 1988.
B - Le déroulement de l'apprentissage
La duréede la formationvarieselon les métiers, en moyenne2 anspourla fabricationde
meubles en rotin, 5 ans dans la menuiserie de bois, 6 ans dans la bijouterie, etc. Les différentes
étapes de la formation pour la vannerie, la menuiserie et la bijouterie peuvent se résumer dans
le tableau ci-après244
.
Certains auteurs pensent que la durée de l'apprentissage a tendance à être longue parce
que les maîtres-artisans ne veulent pas accélérerla formation pour profiter de la main-d'œuvre,
de son côté l'apprenti peut retarder la sortie de la formation par le manque de fonds pour se
mettre à son propre compte.
244 BAS (D.) : "La formation dans les PVD", Problèmes économiques, n°2086, 1988.
C - Le contenu de la formation
La méthode de l'apprentissage intègre la formation à la production et offre des avantages
certains, toutefois elle présente aussi des inconvénients. Pour certains auteurs il s'agit d'une
structure assez réfractaire aux innovations et on lui reproche son caractère
desapprentisaveclemarché,laclientèle,etc.Toutefoiselleprésenteaussidesdéficiences
intrinsèques (seuls les amés détiennent le savoir-faite et se réservent le droit de le partager).
L'insuffisancedelatechniqueprovientdelacarencedes équipements.L'organisationdela
formation est unephased'initiation etnonde maîtrise complètedelatechnologie. Leniveaudes
commandes joue aussi un rôle déterminant parmi les facteurs qui conditionnent l'intensité de la
formation. L'apprentissage sur le tas se différencie de la formation scolaire par le fait que
l'apprenti n'est pas passif. Il est obligé de montrer sa volonté d'apprendre et faire valoir
progressivement ses qualités auprès du patron.
Généralement il n'existe pas de définitions écrites des qualifications dans le S.I.. A partir
de certaines réponses fournies par les artisans, OYENEYE245
a formulé un modèle simple dans
lequel les qualifications artisanales comprennent :
1-laconnaissancedesmatériaux,desmachines,desoutilsetdesinstrumentsutilisésdans
le métier, ainsi que l'aptitude à déterminer ceux qui conviennent et à savoir où se les procurer ;
2 - une certaine connaissance des métiers connexes, notamment là où il y a
chevauchement ou complémentarité ;
3 - une certaine connaissance de la commercialisation et des rudiments de la comptabilité
;
4 - la compétence technique, c'est-à-dire la connaissance des techniques nécessaires à
l'exécution des tâches qui font partie du métier ;
5 - l'intégrité et le sérieux, le sens pratique et la détermination, associés à la capacité de
réagir intelligemment à l'évolution du métier ou du marché.
L'étude de l'OCDE sur l'acquisition des connaissances dans les entreprises du S.I. en
Afriquedel'Ouest246
montrequeparmiunelistedequalifications diversesdemandéesauxpetits
patrons, l'aptitude à négocier avec les clients et fournisseurs est la compétence la plus appréciée
dans les 9 des 12 activités recensées ; suivie respectivement de la capacité
245OLATUNJI. Y OYENEYE : "La nature etle mécanisme de la mise en valeur des ressources humaines dans le
SNSau Nigeria", Revue Travail et Société, vol. n°5,1986.
246 STACE (B.), FLUITMAN (F.), sous la direction de SALOME (B.) : op. cit. page 248.
d'analyse des coûts de production et de la capacité à transmettre les connaissances "Les
artisans apprécient extrêmement l'aptitude à transmettre leurs compétences".247
(graphique n°5)
Compétences les plus importantes selon les entrepreneurs sans instruction (réparation
TV/radio)
Source : OCDE, Paris, 1994.
Les valeurs attachées aux compétences diffèrent selon le niveau d'instruction : les
artisans instruits sont plus nombreux à apprécier l'écriture, la lecture et la formation d'autrui,
plutôt que la capacité de négocier avec les clients et fournisseurs. Les moins instruits placent
l'aptitudeànégocier,ladéterminationdescoûtsetl'aptitudeàlaformationd'autruiau-dessusde
la lecture. L'aptitude à former les autres vient en troisième position.
247 STACE (B.), FLU1TMAN (F.), sous la direction de SALOME (B.) : op. cit. page 248.
(graphique n°6)
Compétences lesplusimportantesselon les entrepreneurs instruits (réparation TV/radio)
Source : OCDE, Paris, 1994.
D - Les méthodes de l'enseignement
L'acquisitiondesqualificationsestfonctiondelaméthoded'apprentissage,duvolumeet,
delavariétédutravail(commandes),deladuréedeformationetdelaréceptivitédesapprentis.
La méthode employée dans la transmission des qualifications entre en général dans la
catégorie de "l'éducation active" où l'élève (apprenti) a un rôle à jouer et doit apporter sa
contribution.
L'importance relative des diverses méthodes a été mesurée par OYENEYE248, à partir
d'un échantillon d'artisans, cinq méthodes d'enseignement ont été retenues : l'observation du
maître,l'enseignementrégulier,l'observationdesapprentisavancés,laréponseàdesquestions,
la discussion des problèmes à mesure qu'ils se posent.
248OYENEYE : op. cit. page 253.
L'ordredepréférence,selonletableauci-dessus,indiquedesdifférencesentrelesmétiers
nouveaux et les métiers traditionnels.
E - L'évaluation de L'apprenti
L'évaluation des progrès de l'apprenti se fait sur la base de deux critères :
l'acquisition explicite des compétences et techniques caractéristiques du métier ;
l'adoption implicite d'un ensemble de qualité.
Dans la pratique les critères d'évaluation ne sont pas uniformes, ils varient selon les
métiers.
Méthodes
d'enseignement
Mé
tier
de
tailleur
Aju
stage
Réparation
radio
Travail
du cuir
Sculpture
de
caleb
asse
Tis
sage
Observation du 0,8 1,0 0,7 1,0 1,0 1,0
maître
Enseignement 1,2 4,4 0,5 1,2 1,8 1,7
régulier
Observation des 1,5 1,6 1,8 1,9 2,1 1,8
apprentis avancés
Réponses à des 2,0 2,0 2,2 1,3 1,2 1,1
questions
Discussion des 2,9 2,2 2,3 3,3 3,5 2,5
problèmes à
mesure qu'ils se
posent
Effectif des
artisans
52 37 20 21 13 37
Notes moyennes du classement des méthodes d'enseignement par les maîtres (tableau n°60)
Notes utilisées : 1 Très souvent Source : OYENEYE (Y), 1986.
2 Souvent
3 Parfois
4 A l'occasion
5 Rarement
Les trois quarts des maîtres évaluent les progrès de l'apprenti d'après son aptitude à
exécuter correctement les tâches qui lui sont assignées. Le second critère d'évaluation est la
maîtrise des techniques de travail acquises par l'apprenti.
Les chefs d'entreprises accordent une grande valeur à l'apprentissage et le considère
comme la principale source d'acquisition de connaissances dans toutes les activités (à
l'exception de la fabrication du savon, où l'apprentissage est moins répandu). L'apprentissage
est considéré comme étant le type de formation le plus important quel que soit le niveau
d'instruction.
L'évaluationdelaformationparles chefs d'entreprisesjeunesetâgés :l'apprentissageest
apprécié comme étant l'expérience la plus utile pour toutes les classes d'âges, toutefois les
jeunes entrepreneurs l'apprécient davantage. Exemple dans le secteur de réparation des postes
radio, plus de 54% des entrepreneurs de moins de 25 ans placent l'apprentissage en tête des
moyens d'acquisition des connaissances (contre 33% de leurs collègues de plus de 25 ans).
F - Les liaisons avec d'autres types de formation
Enpartantdel'hypothèsequel’instructionetlaformationprofessionnellecontribuentàla
réussitedupetitentrepreneur,VANDIJK249 avaitmisenévidencel'impactdelascolarisation
et de la formation professionnelle sur la réussite des entreprises du SI. (voir tableau ci-après).
249 VAN DIJK : "Apprentissageet/ou formation" in Les petits entrepreneurs de Dakar, dans Vivre et survivre,
IEDES, Paris, 1985.
Critères Métier
de
tailleur
Ajustage Réparation
radio
Travail
du cuir
Sculpture
de
calebasse
Tissage
Bonne exécution 85 84 75 63 62 70
des tâches
Maîtrise évidente 10 16 15 37 38 7
des techniques
Autres 5 0 10 0 0 3
Total 100 100 100 100 10
0
100 !
Effectif des
artisans
52 37 20 37 21 13
Critères d'évaluation des progrès des apprentis (tableau n°61)
Source : OYENEYE
(Y.), 1986.
Ils'estrévéléquelesentrepreneursquiontreçuuneformationprofessionnelleprospèrent
plus que les autres. Les alphabétisés se défendent bien, suivis par les anciens élèves de
l'enseignement général. A noter qu'il faut tenir compte du changement des résultats si l'on
introduit la variable âge comme variance de contrôle considérant des anciens élèves encore
jeunes.
D'une manière générale ceux qui, en sus de l'apprentissage dans le S.L, ont bénéficié
d'une formation réussissent le mieux. C'est également valable pour les entrepreneurs qui ont
travaillé dans le secteur moderne ou qui ont appris à tenir une comptabilité. Les relations entre
le niveau de revenu et l'expérience dans le secteur moderne sont cohérentes. Les relations avec
le secteur moderne seraient donc bénéfiques aux petits entrepreneurs, on y apprend quelque
chose et on peut agrandir ses affaires et son revenu.
L'analyseduniveauderevenusdansleS.Lrévèlequelesentrepreneursquiontuncertain
niveau en technologie réussissent mieux. Il semble que la complémentarité des deux systèmes
donne de bons résultats.
Encequiconcerneleniveaud'étude,l'apprentissageetl'âgedel'entrepreneuraumoment
de s'installer à son compte : on note que l'apprentissage est plus complet si l'entrepreneur a été
scolarisé. Dans la plupart des cas c'est la combinaison apprentissage/scolarisation qui permet
d'accéder rapidement à l'auto-emploi. Les différentes étapes de carrière ainsi que leurs durées
varient selon les activités. Les différentes phases identifiées sont les suivantes :
L'impactde la scolarisationet de la formation professionnelle surla réussite despetits entrepreneurs
(FCFA) (tableau n°62)
Variables
Emploi Capital Valeur Revenu Nombre
actuel ajoutée du chef
Scolarisation :
Pas de scolarisation 3,7 77 600 14 600 8 600 61
Ecole coranique 4,3 152 900 14 700 8 900 208
Alphabétisés 5,2 136 900 23 500 13 900 74
Enseign. général 5,4 221 700 17 600 10 100 124
Formation
professionnelle :
Pas F.P. 4,5 151 100 13 500 8 300 414
F.P. 5,2 220 000 23 000 12 800 53
Source : VAN DIJK, 1980.
1) scolarisation et formation dans les établissements d'enseignement général, technique
et professionnel ;
activités d'aide familiale ;
apprentissage ; 4
emploi salarié ;
emploi dans le secteur agricole ;
activités domestiques et emploi dans un ménage ;
période préalable d'auto-emploi ;
divers.
Dans les activités qui requièrent peu d'instruction (préparation des viandes et des
poissons) les jeunes peuvent créer leur entreprise sans avoir reçu d'instruction ou
d'apprentissage. Le temps mis pour devenir travailleur indépendant varie considérablement
selon le niveau d'instruction.
L'analyse des résultats de l'enquête250 a permis de distinguer deux groupes d'activités :
les activités les plus "attrayantes" comprennent la réparation des postes radio et télévision, la
réparation des voitures, la confection, la coiffure pour femmes et la fabrication de meubles en
bois. Le deuxième groupe d'activités, les moins "attrayantes", est composé d'activités de la
restauration,lafabricationdechaussures,lafabricationdesavons,letissageetlapréparationde
la viande et dupoisson. 74%de ceux du groupe 1ontbénéficiéd'un apprentissage, contre 55%
seulement dans le groupe 2,
Le parcours des entrepreneurs : les expériences successives des chefs d'entreprises
déterminentleprofildecarrière.Cependant,mêmeàl'intérieurd'uneactivitédonnée,lesprofils
de carrière sont variés et dépendent de facteurs interdépendants tels que le sexe, l'origine
familiale et l'accès à l'éducation.
Les profils de carrière diffèrent aussi selon qu'il s'agit d'activités plus ou moins
"attrayantes". Par activités "attrayantes" il faut entendre une activité où l'on estime que
l'instruction donne des avantages. Une activité "attrayante" est en somme une activité où
l'instructionpeutêtreutile. En règlegénéraleplus la scolaritéest longue,plus lapériodepassée
commeapprentiestcourte.Danslaréparationdespostesderadioetdetélévision,lefaitqueles
chefs d'entreprise aient fréquenté l'école, ainsi que leur degré d'apprentissage expliquent que la
scolarisationetl'apprentissageontabsorbé75%dutempsrelativementcourtqu'ilsontmispour
s'installer à leur compte.
250 Enquête OCDE : op. cit. page 248.
En revanche, dans la préparation de la viande et du poisson, la scolarisation et
l'apprentissage ne représentent que 16% de la période relativement longue qui précède
l'installation à son propre compte, 34% dans la restauration. C'est le profil de carrière
caractéristique des activités peu "attrayantes". La phase du travail salarié dure en moyenne
deux ans dans les activités les plus modernes. L'expérience du travail salarié dans une
entreprise du S.I. est un complément de l'apprentissage.
Lesfemmesontenmoyennedespériodesd'apprentissageetd'emploi salariépluscourtes
queleshommes etpassentplusdetempsdanslesactivités d'aidefamilialeet domestique.Elles
sont désavantagées sur le plan des activités les plus "attrayantes". Seulement 25% d'entre elles
ont l'expérience de l'apprentissage contre 75 % des hommes. H s'agit dans ce cas de femmes
d'un niveau d'instruction relativement élevé et provenant d'un milieu urbain.
Le profil de carrière qui mène aux activités les plus "attrayantes", celles à technologie
avancée, comprend généralement 7 années de scolarisation, suivies d'une formation
professionnelle technique (ou un passage par une école technique) et près de 4,5 années
d'apprentissage.Ensuitevientunepérioded'emploisalarié,généralementmoinsde3ans, avant
de se mettre à son propre compte.
Les entrepreneurs du groupe 2 n'ont que 3 à 4 années de scolarisation et sont moins
nombreux à avoir reçu une formation professionnelle et technique.
Dans les deux groupes l'auto-emploi est la consécration d'un long parcours passant à la
fois par l'instruction, la formation et l'expérience professionnelle. Toutefois dans certaines
activités traditionnelles comme la préparation de la viande et du poisson, la restauration, il est
possible de s'installer à son compte à un âge relativement jeune.
L'éducation facilite l'accès et élargit le choix des activités : de nombreux facteurs
déterminent le choix des activités de ceux qui aspirent à se mettre à leur compte : barrières
culturelles,relationspersonnelles,attraitpropreàl'activité.Uneséried'obstaclesempêchentles
individus dans la création de leur entreprise. Les jeunes, instruits, nés en ville, ou ne provenant
pasdemilieururalontl'éventailde choixleplus large. Cequi montrequelechoix des activités
et leur accès sont limités pour la majorité de la population. Pour ceux qui n'ont pas reçu
d'instruction de base, les choix de carrières sont plus restreints et les perspectives de
progression plus réduites que pour les instruits.
Quels sont les efforts déployés par les législations et les institutions pour combiner
harmonieusement la formation sur le tas et les apports théoriques du secteur moderne ?
L'absence d'une formation théorique et le bas niveau d'instruction des artisans peuvent
donc être considérés comme des obstacles majeurs à la formation sur le tas dans le SX.
Après avoir dégagé les éléments significatifs du processus de formation dans le secteur
informel, nous avons tenu à approfondir certains points ; ce qui nous a conduit à faire une
enquête dans le cas de la ville de Bangui.
SECTION II : PRÉSENTATION DES RÉSULTATS DE NOTRE
ENQUÊTE
II.l - PRÉSENTATION DE L'ENQUÊTE
L'ampleur de l'apprentissage dans les unités du secteur informel révèle l'atelier artisanal
comme un lieu de formation à la vie active qui permet à des jeunes d'entrer en contact avec les
conditions réelles du travail et de la profession. Le mérite de l'apprentissage, son orientation
essentiellement pratique et son débouché sur l'auto-emploi est un fait que souligne la plupart
destravauxsurleS.L.VANDIJK: "lespetitsentrepreneursontapprisleurmétierendébutant
souvent comme apprentis"251
.
Commentleschosessepassent-elles concrètement et quellessont les différentes étapesà
franchir pour l'apprenti ? Il faut d'abord souligner que l'apprentissage plonge ses racines dans
un milieu socio-économique ambiant et qu'il est bien accepté, tout le monde y trouve son
compte,l'Étatquinepaierienetquipeut,parconséquent,endigueràboncomptelechômageet
la délinquance, et le jeune qui peut espérer un jour remporter le même succès que son maître.
Dès lors, l'apprentissage peut s'inscrire dans la problématique de la mobilisation des
compétences par l'appareil productif, qui soulève les questions sur les modes d'acquisition des
qualifications de la formation initiale et du savoir antérieur. Partant de là, comment enrichir la
formation, notamment le système d'apprentissage sans imposer aux entrepreneurs une charge
telle qu'on les découragera et que l'on étouffera une pratique qui, malgré ses lacunes, assure
néanmoins l'essentiel de la transmission des connaissances et aptitudes professionnelles dans
les unités du S.L
Le recensement des unités économiques de Bangui a révélé l'importance duS.L ; plus de
98% des unités recensées appartiennent au S.L. Cependant, le secteur est caractérisé par une
largedisparitédesescomposantes.L'analysedesrésultatsdurecensementpermetd'entrevoirla
complexité.Larépartitiondel'emploidanscesecteurestassezhétérogène:certainescatégories
d'activités apparaissent dominantes, l'habillement, la pêche, la menuiserie, le commerce de
viande,lesbarsoccupent62,7%delamain-d'œuvreselonlesestimationsdeJ.P.LACHAUD252
.
Certaines activités obéissent à un processus de développement du type évolutif, c'est le cas de
certaines activités de laproduction, contrairement à la majorité des activités de commerce qui
ne présentent généralement qu'un processus involutif.
251 VAN DIJK : ‘’Les petits entrepreneurs de Dakar’’, in Vivre et survivre en Afrique, I.E.D.E.S.,1982.
252CHARMES (J.) : "Une revue critique des concepts, définitions et recherches sur le SJ." in Nouvelles
approches du S.I., OCDE, Paris, 1990.
A - Choix de l'échantillon
Au regard de notre problématique, nous nous sommes attachés à choisir les activités du
SI. se caractérisant par une dynamique productive visible pour mettre en évidence la formation
qui existe dans ce secteur. Cette dynamique se traduit par des normes de fonctionnement
internes et externes spécifiques pour chaque branche d'activité.
A ce niveau notre enquête a touché quelques activités localisées du S.I.. Nous nous
sommes intéressés aux activités de la menuiserie de bois et de la mécanique auto-vélomoteur,
activités disposant d'un local fixe, d'un capital minimum et d'une qualification professionnelle.
Dans la mesure où le rythme de création des besoins excède le développement, ces activités
sont amenées à jouer un rôle majeur dans la transition économique. Notre choix se justifie à
travers le caractère évolutif de celles-ci et dans la mesure où "l'offre court encore derrière la
demande" 253
.Ilconvientdenoterquecertainsfacteurs ontcontribuéauchoixdecesactivités:
le volume relativement important de ces activités dans la ville de Bangui ;
la capacité non négligeable de ces activités à employer une main-d'œuvre d'apprentis
assez importante ;
une autre raison concerne les relations en amont et en aval avec d'autres secteurs
d'activités.
L'échantillon retenu ne prétend nullement à la représentativité de l'ensemble des unités
du S.I. à Bangui ; mais plutôt à la mise en évidence d'éléments significatifs de la réalité de
l'apprentissage traditionnel dans ce secteur.
Sur la base du recensement des unités économiques de Bangui, qui a dénombré 162
unités de la menuiserie de bois et 67 unités des mécaniques auto-vélomoteurs ; nous avons
visité 40 unités de la menuiserie de bois et 25 de la mécanique auto-vélomoteurs. Ce qui
représente respectivement 25% et 37% du total des activités considérées.
253
CHARMES (J.) : ‘’Une revue critique des concepts, définitions et recherches sur le S.I.’’ in Nouvelles
approches du S.I, OCDE, Paris, 1990.
D'autre part, nous avons veillé à la répartition géographique de notre échantillon en
sillonnant les principaux quartiers de la ville (Centreville, Miskine, K.M..5254
, Petevo,
Lakouanga et Combattant).
Concernant le lieu d'implantation des unités, nous avons pris en compte dans ces
quartiers, les marchés, les rues commerçantes et les zones d'habitation.
Il faut noter que les techniques d'investigation sont essentiellement l'entretien et
l'observation directe. Ces techniques devraient fournir des données sur les mécanismes
d'acquisition des qualifications au sein des unités,la valeur de la formation professionnelle, les
liens de parenté et leur impact sur l'apprentissage, les attentes des apprentis et leurs projets
d'avenir...
Il s'agit donc de mettre en relief les stratégies aussi bien des patrons que des apprentis
dans le processus d'apprentissage.
Deuxquestionnairesnousontpermisdemenernosinvestigations.Lepremierestadressé
aux patrons, et le second aux apprentis. Nous avons veillé à ce que les questionnaires soient
adaptés à nos objectifs. Les questions doivent nous permettre de vérifier la double dimension
socio-économique de l'apprentissage traditionnel.
B - Le contenu du questionnaire
a - Le questionnaire destiné aux chefs d'entreprise (voir annexe fui du chapitre)
Il nous renseigne sur la biographie du patron, l'historique de l'unité, la structure
socioprofessionnelle, la dynamique de formation ainsi que sur les souhaits des chefs
d'entreprise en matière de formation.
La rubrique identification nous donne des informations sur l'âge, le lieu de naissance, le
sexe, la nature de l'activité, le niveau d'instruction ou de formation, et le matériel et l'outillage
utilisé.
La rubrique historique de l'unité permet de savoir depuis quand l'intéressé exerce ce
métier, comme apprenti et comme patron, comment a-t-il monté son entreprise ainsi que ses
activités antérieures. La rubrique socioprofessionnelle nous renseigne sur les formes d'emploi
pratiquées.
La dynamique de formation nous donne les informations sur les modes de recrutement
des apprentis, et la façon dont leur formation se déroule au sein de l'unité, par des conseils
théoriques, par l'observation ou par des conseils pratiques.
254 KM5 est le quartier populaire de la Ville de Bangui
La rubrique désir de formation nous informe sur le souhait du patron en matière de
formation:queltypedeformationsouhaite-t-ilrecevoir(coursd'alphabétisation,formationàla
comptabilité gestion, formation technique...), comment les patrons souhaitent-ils recevoir cette
formation complémentaire : par l'intermédiaire d'un centre d'État, d'un centre créé par les
entrepreneurs..., est-ce que les patrons pourraient autoriser les apprentis à suivre des cours de
formation quelques heures par semaine ?
Le questionnaire porte également sur l'équipement en machines et l'utilisation de
celles-ci par le personnel de l'entreprise et les personnes extérieures.
b - Le questionnaire destiné aux apprentis (voir annexe fin du chapitre)
Il a pour but de mieux cerner la fonction de l'apprentissage dans les ateliers. Les
questions sont relatives à la biographie des apprentis, leur rotation dans les ateliers, leur
formation, les liens de parenté avec le patron, les modes d'acquisition du savoir-faire, et leurs
perspectives en terùes d'activité et leurs souhaits en matière de formation.
Les premières données concernent l'âge, le niveau d'instruction de l'apprenti, le contrat
d'apprentissage.
Larémunérationetlesmoyensdesubsistancedel'apprenti:l'apportévidentdutravailde
l'apprenti a-t-il une contrepartie monétaire ou non, est ce que 1*apprenti reçoit des
rémunérations en nature ?
Larelationdeparentéapprentis/patronsnous fourniradesinformationsnotammentsurla
personnequiaplacélejeuneenapprentissage,surlesrelationsaînés/cadetsquipeuventexister
entre l'apprenti et le patron, telle que la possibilité pour l'apprenti de réaliser des travaux de
temps en temps pour son propre compte dans l'atelier, d'une part, et l'obligation de faire des
travaux domestiques pour le patron, d'autre part.
Les modes d'acquisition des qualifications : les questions relatives à cette rubrique
permettent d'appréhender la méthode de l'apprentissage, comment se déroule effectivement les
séances d'acquisition de compétences, est-ce que cette méthode est efficace ?
Lesouhaitenmatièredeformationetles perspectives futuresdel'apprenti:lesquestions
posées nous permettrons de savoir quelles sont les intentions de l'apprenti en terme d'activité
future et également de formation complémentaire (éventuelle).
C - Le déroulement de l'enquête
Notreenquêteaeulieudurantles moisdemai etjuin1991 àBangui,et s'estdérouléesur
rendez-vous, débutant par la présentation de l'étude, la raison de notre visite. Elle a été
individuelle et s'est déroulée oralement, les entretiens ont eu lieu en Sango (langue nationale
centrafricaine) ou moins souvent en Français selon le souhait des intéressés.
Danschaqueunitévisitéenousavonsinterrogélepatronetunapprenti.Nousavonsdonc
rempli 65 questionnaires patrons et 65 questionnaires apprentis. Concernant les difficultés
rencontrées:onnotequelesentretiensaveclesapprentisn'ontpaseulieu,tous,danslesunités.
Quelques entretiens ont eu lieu dans l'unité, d'autres en dehors de l'unité, à l'heure du
casse-croûte.
IL2 - LES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE
Les résultats de l'enquête concernent les caractéristiques des unités visitées, les
mécanismes d'acquisition, les perspectives futures de la main-d'œuvre d'apprentis, le désir de
formation des patrons et des apprentis et les facteurs favorables et contraignants de la
formation.
A - Présentation des unités
Les unités visitées se caractérisent par leur taille réduite, dans la mesure où elles
emploientmoinsde10travailleurs. Concernantlaformejuridique,onnotela prédominancedu
caractère individuel et familial, au détriment de la forme de société de personnes.
Rappelonsquenousavonsvisité40unitésdelamenuiseriedeboiset25delamécanique
auto-vélomoteurs. L'effectif moyen dans les unités de la menuiserie est de 2 personnes, tandis
quedanslamécaniqueauto-vélomoteursilestde3.Cerésultatpeuts'expliquerparlanaturedu
travail et des services rendus dans les ateliers de mécanique. Le volume de la main-d'œuvre
varie donc en fonction de la diversité des services rendus dans la même activité.
a - Les statuts de la main-d'œuvre
Comme dans la plupart des autres villes africaines les statuts de la main-d'œuvre se
différencient en :
- petits patrons solitaires (travailleurs indépendants ou non) ;
- travailleurs salariés ou compagnons (qualifiés ou non) ;
- apprentis (rémunérés ou non), on distingue trois types d'apprentis :
1/ apprentis membres de la famille y compris les personnes recommandées par les amis,
21 apprentis recevant un salaire inférieur à la normale,
3/ apprentis payant leur formation soit en travail gratuit, soit en espèces ;
- dépendants familiaux (aides).
D'une manière générale le travail salarié est peu développé et l'activité se caractérise par
une présence relativement importante des apprentis.
b - La structure de la main-d'œuvre
Outre les responsables d'unité, la main-d'œuvre comprend les salariés et les non salariés
(apprentis et aides familiaux). La répartition de cette main-d'œuvre montre une prépondérance
des apprentis.
(graphique n°7)
Structure de la main-d'œuvre selon les branches d'activité
Ilestànoterqueladistinctionentrelesapprentisetlesaidesfamiliauxn'estpastoutàfait
évidente. Ces deux catégories se chevauchent dans la plupart des cas.
Onconstatetoutefoisquelamain-d'œuvreappartientleplussouventaucerclefamilialdu
responsable de l'unité. Chez les apprentis, une forte proportion est issue de la "famille" du
responsable, 52,7% dans la menuiserie et 46% dans la réparation mécanique autovélomoteurs.
Dans la plupart des cas le financement est fourni par la famille au sens large.
Un deuxième argument renforce le caractère familial des unités ; c'est celui du contrat
d'apprentissage. Les individus qui entrent en apprentissage sont présentés par un membre de la
famille élargie du patron dans la plupart des cas.
B - Degré d'équipement
L'observation directe nous a permis de cerner la nature des équipements utilisés,
certaines machines constituent la pièce maîtresse (équipement central) complétée par un petit
outillage.
Ainsi, pour la menuiseriede bois, certains ateliers fonctionnent avec un outillage adapté,
d'autres avec quelques outils rudimentaires. Dans les ateliers mécanisés de la menuiserie de
bois, la "combinée" est la seule machine centrale dont ils ont besoin. Cette machine est, en
Source : enquête personnelle,
1991.
quelque sorte, la combinaison de plusieurs machines : la toupie, la rabatteuse, la
dégauchisseuse, la mortaiseuse, la scie circulaire... Outre cela, il convient de noter d'autres
équipements tels que la scie à ruban, la meule élecuïque, etc.
D'après les patrons ces machines sont disponibles sur le marché, toutefois elles sont
extrêmement chères. Il est à souligner qu'en cas d'acquisition de la "combinée", les autres
machines auraient été sous-utilisées. Ainsi, les opérations de coupe sont faites par location
d'heure-machinechezd'autresmenuisiers.Surles40unitésnouspouvonsdistinguer10ateliers
mécanisés, les autres unités fonctionnant avec un petit outillage.
Il est permis, à ce niveau, de mettre l'accent sur le faible niveau de complexité qui
caractérise l'unité de travail. Bien entendu, les équipements sont abordables par acquisition
(mobiliserunpetitcapital)etadaptésauxcapacitésdesopérateurs.Lesmoyensderécupération
des outils sont nombreux. Certains patrons contactent les forgerons pour la fabrication de
certains instruments ; d'autres fabriquent eux-mêmes quelques outils de u*avail.
Dans la réparation mécanique auto-vélomoteurs, il ne s'agit pas d'équipement central,
l'essentiel de l'équipement est constituéde matériels de travail indispensables (clés, cric, palan,
etc.). Les machines utilisées au sein des unités visitées sont faibles en quantité. En effet, les
techniques en usage dans le S.I. sont "intermédiaires" car à mi-chemin entre technologie
traditionnelle et moderne.
Nous mettons l'accent toutefois sur les limites de notre enquête dans une meilleure
compréhension du problème technologique au sein des unités visitées.
C - Les patrons
a - Age des patrons
Les patrons ont un âge moyen compris entre 30 et 45 ans. Ils ont une conception
"indépendante du travail", gèrent eux-mêmes leur affaire et parfois demandent de l'aide aux
enfants insttuits, une majorité d'entre eux étant analphabètes. Les artisans agissent comme des
chefs de famille, les ouvriers et les apprentis étant considérés comme leurs "enfants".
La préoccupation essentielle des patrons n'est pas d'ordre technique ou d'amélioration de
la production, la priorité fondamentale est de pouvoir obtenir de quoi survivre
quotidiennement.
Les ouvriers salariés sont parfois des artisans qui, après leur période d'apprentissage,
n'ont pas les moyens de s'installer à leur compte.
b - L'instruction et la formation
Les réponses obtenues figurent dans les graphiques ci-après : (graphique n°8)
Source : enquête personnelle, 1991.
Ilapparaîtque30%desresponsablesdanslamenuiseriedeboiset20%danslaréparation
mécanique restent sans instruction. Près de la moitié des responsables a atteint le niveau
primaire (45% dans la menuiserie de bois et 48% dans la réparation mécanique). Un faible
pourcentage des artisans a atteint le niveau secondaire général (15 et 20%). L'enseignement
secondaire technique ne touche que 10 et 12% des artisans interrogés.
Les tendances générales du niveau d'instruction observées ci-dessus sont également
valableslorsqu'onconsidèrelecritèredeformationprofessionnelledontnousavonsretenutrois
niveaux :
-l'apprentissage sur le tas dans le SX représente 57% ;
-la formation dans le secteur moderne 35% ;
-et la formation dans un centre professionnel 8%.
Les résultats obtenus figurent dans le graphique ci-dessous;
(graphique n°9)
c - L'itinéraire professionnel des responsables
Beaucoup de responsables ont fait leurs premières expériences dans l'un ou l'autre des
deux secteurs. Près de 70% n'ont pas créé immédiatement leurs entreprises après leur
formation, et ont eu une ou plusieurs activités professionnelles antérieures.
Concernant lenombred'activités antérieures : lamajorité aexercéuneseuleactivité,soit
62%dutotaldesresponsables,22%et4%déclarentavoirexercérespectivementdeuxouplus
d'activités.
Quant au niveau de qualification professionnelle antérieure, les responsables ont déclaré
souvent : ouvrier menuisier ou aide mécanicien.
Nous pouvons donc noter que le S.I. donne la possibilité à de nombreux travailleurs de
devenir patron et d'échapper ainsi à la hiérarchie à laquelle est soumise tout employé ou
ouvrier.
D - Les apprentis
a - Age des apprentis
La structure d'âge des apprentis interrogés est la suivante :
b - Niveau d'instruction des apprentis (graphique n° 10)
Répartition des apprentis selon leur niveau d'instruction
Classes d'âge Nombre
d'apprentis Pourcentage
14-18 4 6
19-23 27 42
24-28 26 41
28 et plus 7 11
Total 65 100
Structure d'âge des apprentis (tableau n°63)
Source : enquête personnelle.
1991.
Menuiserie de bois Réparation mécanique
Source : enquête personnelle, 1991.
Onremarqueuneaméliorationduniveaud'instruction,63%danslamenuiseriedeboiset
55% dans la réparation mécanique ont atteint le niveau primaire. Les sans instruction
représentent respectivement 16 et 17% des apprentis. 17% des apprentis dans la menuiserie de
bois et 20% dans la réparation mécanique ont atteint le stade du secondaire général.
L'enseignement technique ne touche que 4 et 8%.
Ces résultats montrent évidemment que le marché du S.I. recrute sur le marché de la
main-d'œuvre instruite ou non. L'explication la plus simple est la suivante : l'abondance de la
main-d'œuvre, pas ou peu instruite, résulte du fait que les principaux acteurs (illettrés ou peu
instruits) n'ont pas accès au marché moderne du travail.
La présence de la main-d'œuvre instruite dans le SI. résulte de la conjoncture actuelle où
lechômageaugmentesanscesse;ceuxqui,hier,dédaignaientlesactivitésinformelles,yvoient
aujourd'hui un créneau à saisir.
Remarques sur la lecture des mesures et le tracé: La plupart des apprentis avouent que
l'apprentissagedecesmesuresestfacilepourceuxquisontallésàl'école.Ilssavent,enprincipe
lire et compter, la lectureet le tracé des plans semblent bien plus difficiles àassimiler. Lorsque
l'apprenti doit être initié, c'est en dernière année de formation. D'ailleurs, seulement un petit
nombredemenuisiersestcapable dedessinerdesvuesenprojectionouenperspective.Ilarrive
que certains menuisiers conservent les plans de leur plus belles réalisations. Cette
documentation sert surtout à se faire valoir lorsqu'un client important se présente dans l'atelier.
c - Le contrat d'apprentissage
Des apprentis interrogés déclarent que leur famille (parents ou membres de la famille)
ont versé une somme au patron pour qu'il leur apprenne le métier. Notons qu'une proportion
importantedescandidatsestissuedesrelationsamicales,familialesoudevoisinage.Lecontrat
d'apprentissage prend la forme d'un contrat d'alliance entre les familles d'une même ethnie ou
d'un même voisinage.
Danslatotalitédescas,seull'engagementverbaldesdeuxpartiesestpriseencompte.On
attache plus d'importance aux relations interpersonnelles qu'aux qualités de l'individu.
L'explication suivante peut éclaircir ce qui se passe. La valeur d'un acte économique se mesure
au renforcement des liens qu'il entraîne au sein des groupes.
Le recrutement de l'apprenti est subordonné à l'établissement d'un contrat (ensemble de
droits et obligations) qui lie l'apprenti, ses parents et le patron. Les composantes de ce contrat
sont les suivantes :
- les droits d'apprentissage ;
- la durée ;
- les frais de "libération" ;
- les obligations de l'apprenti et du patron.
Les droits d'apprentissage varient d'une unité à l'autre, certains patrons demandent
uniquement des boissons ; mais la majorité d'entre eux, en plus des boissons, demandent une
somme d'argent allant de 5 000 à plus de 10 000 FCFA. Le montant des droits d'apprentissage
varie également en fonction de la durée de l'apprentissage, plus la durée est longue moins les
droits sont importants. La durée de l'apprentissage varie de 3 à 5 ans, et est fonction des
aptitudes des apprentis. A la fin de l'apprentissage, l'apprenti doit faire des dépenses pour la
cérémonie de sa "libération".
Lesrapportsentrepatronsetapprentis:l'apprentidoitobéissanceàsonmaître,ildoitêtre
discipliné et assidu. Les rapports entre apprentis et patrons peuvent être assimilés aux rapports
"aînés et cadets". Le patron a aussi des obligations envers l'apprenti, en plus de la formation il
ne doit ni le maltraiter, ni le renvoyer de l'atelier. La plupart des apprentis sont rémunérés,
même si le taux de rémunération est inférieur à la productivité de ces derniers.
Nous pouvons donc avancer que l'embauche des apprentis ne passe pas par les
mécanismes du marché, dans la mesure où c'est la cellule familiale qui détermine l'accès à
l'apprentissage. Ce qui confirme les résultats obtenus dans la plupart des études sur le S.I..
d - Mode d'acquisition des qualifications au sein des unités visitées
1 - L'importance de l'observation dans le processus de l'apprentissage
Il est permis à ce niveau d'avancer que l'acquisition des qualifications au sein des unités
du SI. résulte principalement de la motivation de l'apprenti. L'apprenti passif et ayant une
mauvaise volonté ne pourrait pas réaliser de progrès et il "se lasse vite de gagner des sommes
symboliquesetdoncdedépensersontempspournegagnerquedes coups etlesnontechniques
du métier"255
Il s'agit de comprendre le mécanisme d'acquisition du savoir- faire non pas du point de
vue organisationnel impliquant la division de tâches au sein de l'unité, mais plutôt du point de
vue d'un vécu se caractérisant par des relations "informelles" par opposition aux circuits
organisés de formation professionnelle.
255CHARMES (J.) : ''L'évaluation du secteur non structuré, méthodes et résultats, l'exemple de la
Tunisie", AMIRA, brochure n°37, Paris 1982.
Pour ce faire nous nous sommes attachés à partir de quelques questions à dégager des
résultatsdebasepournotre étudesurlephénomène del'apprentissagedans le SX. Les résultats
obtenus sur le mode de qualification figurent dans les graphiques suivants.
(graphique n° 11)
Méthode d'acquisition des qualifications
Question : Selon vous quelle est la meilleure méthode pour apprendre le métier ?
Source : enquête personnelle,
1991.
70% des apprentis considèrent que la meilleure méthode pour apprendre le métier
consiste dans le "vol du métier". Les patrons sont du même avis. En effet 54% de ces derniers
estiment que l'observation (que suppose le vol du métier) est le stade déterminant vers une
pratique effective. L'apprenti doit donc se "frotter" avec son maître pour développer son
savoir-faire.
Encore convient-il de signaler que certains chefs d'unité affirment qu'ils ne sont pas en
mesure d'organiser des séances d'apprentissage pour les apprentis quand ils ont beaucoup de
travail : "Celui qui a ses yeux sur la tête n'apprend rien" (traduction du proverbe centrafricain).
"J'aipassé4anschezmonpatron,ilnem'ajamaisconsacréuneséancepourmefaireapprendre
le métier, je le regardais travailler et je pratiquais avec mon frère qui travaillait comme
mécanicien dans une société de transport", nous a déclaré un apprenti-mécanicien.
Dans le même ordre d'idée, un patron menuisier nous a déclaré : "j'ai tout appris
moi-même,parmavolontéetmonamourpourlemétier.Achaquefoisquemonmaîtrefaisaitle
traçagesurlaplancheàdessin,ilmedemandaitd'allerfumerunecigarettepourquejenepuisse
pas l'observer en train de faire les dessins, une fois les traçages terminés il me demandait de
passer laponceusepour effacer letraçage.Je faisais tout monpossible pourne pas accomplirla
tâche immédiatement, en vue de bien observer les dessins pendant son absence, et c'est de cette
manière que j'ai appris à faire les dessins. J'observais et je pratiquais par la suite.
Toutefois le "voldu métier" ne se fait pas du jour au lendemain, l'apprenti doit passer par
plusieurs étapes pour renforcer son savoir-faire et accéder à la qualification.
Concernant le déroulement de l'apprentissage ; les étapes sont similaires dans les unités,
toutefois la durée de l'apprentissage dépend de l'activité. Elle varie entre 4 et 5 ans dans la
(graphique n°12)
Mode d'acquisition des qualifications
Question : Comment se fait la formation au sein de l'unité ?
Source : enquête personnelle,
1991.
menuiserie de bois, tandis que pour la réparation mécanique auto-vélomoteur, elle peut
atteindre 6 à 7 ans.
Le déroulement de l'apprentissage peut se schématiser comme suit :
Socialisation de l'apprenti environ 6 mois
Découverte des outils 6 mois
Assemblage des pièces 18 mois
Finissage puis responsabilité 18 mois
Au total 4 à 5 ans Les étapes de l'apprentissage (cas de la menuiserie de bois)
L'organisation de la formation : généralement l'apprenti commence sa formation comme
garçon de course. Du transport de bois, du nettoyage des locaux, l'apprenti peut arriver à une
étape suivante où il pourra se vanter d'avoir accès à la formation, même après une période
relativementlongue.Dans lamécanique auto-vélomoteur l'apprenti commence, après l'étape de
la "socialisation", par apprendre le nom des clés, à nettoyer les pièces et à veiller à ce que les
véhicules ou vélomoteurs quittant le garage après réparation soient propres (pas de traces de
graisse sur la tôle).
Pour les patrons, après 3 ans l'apprenti apprend l'essentiel du métier mais ne le maîtrise
pas, "il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre" nous déclare un mécanicien.
Nous avons remarqué dans les unités visitées qu'il s'agit d'une formation globale. Quoi
qu'ilensoitlesqualificationsenprésencesontdiversifiéesetreflètentunesituationplusricheet
correspondant à des combinaisons multiformes de connaissances et d'expériences acquises en
milieu externe scolaire et en milieu dit formel. Dans la pratique les uns s'appuient sur les autres
et se renforcent.
"Le métier nous déclare un menuisier c'est comme des escaliers, il faut apprendre petit à
petit, on n'apprend pas seulement à faire une chaise mais aussi comment se comporter avec les
clients et les fournisseurs de matières premières. "
L'apprentidoitposerdesquestionspertinentespourattirerl'attentiondesonmaître."Mon
patron en a marre de mes questions, j'observe et je demande par la suite des explications, à
l'heure du casse-croûte je profite pour terminer une tâche inachevée par un ouvrier qualifié"
déclare un apprenti mécanicien.
Ainsi l'acquisition des qualifications au sein des unités est le résultat d'une volonté de
progresser et d'accéder à l'expérience professionnelle conduisant ultérieurement à une
amélioration du niveau de vie de ceux qui accèdent à l'apprentissage.
Est-ce que le niveau d'éducation ou de formation a un impact sur l'apprentissage ? nous
avons recueilli deux catégories de réponses à cette question selon les responsables des unités.
La première catégorie de responsables est constituée en majorité d'analphabètes, la
seconde catégorie de patrons relativement instruits. Leurs réponses révèlent que la formation
dans un centre professionnel est un facteur favorable pour une acquisition rapide de la
qualification.Toutefois"lesjeunessortantdecescentresdoiventcompléterleurformationchez
nous car ils n'ont pas les doigts habiles" nous déclarent la plupart des maîtres.
Une formation globale : L'apprentissage sur le tas ne se limite pas, généralement, à
l'acquisition d'une technique, elle touche également tous les domaines nécessaires à l'exercice
du métier. La formation porte sur l'ensemble des processus de fabrication. Les apprentis
reçoivent une formation complète qui concerne les approvisionnements et les débouchés et pas
seulement les techniques du métier (apprentissage des outils, assemblage et finitions, mais
également commercialisation des produits). Autant de tâches annexes qui éveillent les
connaissances de l'apprenti. Il s'agit là d'un mode d'acquisition basé sur l'expérience : "La
première forme de connaissance technique est fondée sur une approche empirique de la
réalité".256
Concernant l'acquisition de savoir-faire on peut faire deux constatations :
à première vue il n'existe pas de véritables programmes précis de formation. Pourtant la
plupart des patrons ne font que reproduire ce qu'ils ont appris de leur maître d'apprentissage.
touslesateliersproposentunenseignement similaire. Pour concrétiserson enseignement
le maître fait souvent référence aux différentes fabrications qui jalonnent la formation. A la
première année correspond tel type de réalisations, à la seconde tel autre. Les difficultés
augmentant au fur et à mesurequel'apprentiprogresse,la fin dela formationintervient lorsque
l'apprenti a achevé le cycle de réalisations de l'atelier.
2 - Le parcours professionnel de la main-d'œuvre des apprentis
L'acquisition des qualifications au sein des unités ne constitue pas nécessairement un
moyen de "promotion interne" c'est-à-dire la possibilité de passer du statut d'apprenti à celui
d'un ouvrier qualifié, mais elle débouche sur une stratégie conduisant l'apprenti à se faire une
idée quant à ses perspectives d'avenir.
Nous présentons dans le graphique ci-après les indications sur les perspectives futures
des apprentis.
256
BARTHÉLÉMY (G.) : "Artisanat et développement",GRET, Paris, 1986.
Une fois l'apprentissage terminé, l'apprenti aborde un long parcours dont l'issue resté
incertaine.Illuifauttrouverlesmoyensd'exercersonmétier.Tous cesnouveauxmenuisiersou
mécaniciens ont quelques points communs au départ : il sont, pour la plupart, originaires de
familles modestes et nombreuses, ils n'ont derrière eux aucune épargne conséquente et sont en
majorité célibataires. Leurs qualités finiront, au fil des années, par différencier leur parcours
professionnel.Alafindel'apprentissagel'apprentis'efforceradedevenirrapidementautonome.
Certains parviennent assez vite à réaliser leurs ambitions, alors que d'autres patientent parfois
des années sans atteindre le but visé. En fait, à la sortie, l'apprenti peut s'orienter dans trois
directions: la premièremène àl'installation immédiate(elledemeurerare), les deux autres sont
les plus courantes, il aura le choix entre le chemin hasardeux des contrats occasionnels ou être
salarié dans les entreprises modernes ou informelles. Lorsque l'apprenti achève sa formation,
son premier souhait est de trouver un emploi fixe d'ouvrier salarié. Cette voie, à priori, est plus
sécurisante que celle d'occasionnel.
Il ressort qu'une proportion assez importante d'apprentis (70%) opte pour une carrière de
salarié dans le secteur moderne perçue comme étant une carrière valorisée sur le marché du
travail.Toutefois, ne quittons pas des yeux les vraies raisons : conscients de leurs problèmes
matériels et des difficultés d'accès aux crédits, les apprentis envisagent une carrière de salarié
qui pourrait être un stade transitoire pour "monter" leur propre affaire.
En tout état de cause et sans exagérer l'analyse, il est permis de penser qu'au sein des
unités du dit secteur émergent des entrepreneurs. Les unités du S.I. jouent bien le rôle de
formateur des futurs entrepreneurs.
(graphique n° 13)
Perspectives d'avenir des apprentis interrogés
Monter un projet du type
secteur informel
Carrière de salarié dans le
secteur moderne
Source : enquête personnelle,
1991.
IL3 - FORCES ET FAIBLESSES DE L APPRENTIS SAGE SUR LE TAS
A - Les liens de parenté et leur impact sur l'apprentissage
L'échantillon fait apparaître clairement la présence des travailleurs et apprentis ayant
des liens étroits de parenté (ethnique) avec les responsables d'unité. Les patrons interrogés
soutiennent tous que les apprentis sont traités indifféremment concernant l'apprentissage du
métier. Bien entendu ils ne révèlent pas les mécanismes informels qui font que certains
apprentis sont plus favorisés que d'autres. Par contre la majorité des apprentis interrogés
estime qu'il est nécessaire d'être de la famille du maître si l'on veut acquérir rapidement et
d'une manière efficace le métier.
La relation de parenté est importante pour expliquer le comportement des patrons.
L'exemple suivant confirme cette constatation : "j'ai travaillé comme apprenti horloger pendant
4 ans. Pour plusieurs raisons j'ai décidé de quitter ce métier pour apprendre la menuiserie chez
un 'parent'. Le premier jour j'ai commencé à prendre des mesures, quelques jours plus tard mon
maître m'a initié à faire des dessins. J'ai appris le métier progressivement mais rapidement par
rapport à d'autres apprentis. Mon patron m'a beaucoup aidé, me permettant parfois de passer la
nuit à la maison pour travailler, avoir les doigts habiles" (un apprenti menuisier qu'on appelle
généralement "boy-menuisier").
Outreleurimportancepourcomprendrelesmécanismesd'apprentissage,lesrelationsde
parentésontunedonnéenonnégligeabledansl'analysedesmécanismesderecrutementausein
des unités. La justification se trouve dans le fait que l'ensemble des maîtres recherchent
certaines qualités qu'üs estiment trouver chez les apprentis avec lesquels ils ont des liens de
parenté.Lesmaîtresprétendentrecruterunapprentiqu'aprèsavoireuuneidéeaussibiendesa
conduite que du milieu dont il est issu. "J'engage les apprentis par l'intermédiaire des parents,
d'un ami ou d'une connaissance, je n'engage pas un apprenti sans avoir une idée de son milieu,
de son comportement chez lui et même avecses amis dans le quartier où ilvit" nous déclareun
artisan.
Nous débouchons sur l'importance accrue accordée aux relations de parenté dans la
connaissance des unités du SX. Des mécanismes informels se combinent avec l'impact
considérable des liens familiaux, et jouent sur la formation des apprentis. L'attitude
paternaliste des patrons est ressentie comme un prolongement de la tradition.
B - Les obstacles à la formation
a - Les critères de compétence selon les patrons
Le tableau suivant résume les qualités recherchées par les patrons.
- A la question : quelle est, d'après vous, la qualité principale d'un bon apprenti ? Nous
avons recueilli les réponses suivantes :
Une fois l'apprentissage terminé, l'apprenti aborde un long parcours dont l'issue reste
incertaine.Dluifauttrouverlesmoyensd'exercersonmétier.Touscesnouveauxmenuisiersou
mécaniciens ont quelques points communs au départ : il sont, pour la plupart, originaires de
familles modestes et nombreuses, ils n'ont derrière eux aucune épargne conséquente et sont en
majorité célibataires. Leurs qualités finiront, au fil des années, par différencier leur parcours
professionnel. A la fin de l'apprentissage l'apprenti s'efforcera de devenir rapidement
autonome. Certains parviennent assez vite à réaliser leurs ambitions, alors que d'autres
patientent parfois des années sans atteindre le but visé. En fait, à la sortie, l'apprenti peut
s'orienter dans trois directions : la première mène à l'installation immédiate (elle demeure
rare), les deux autres sont les plus courantes, il aura le choix entre le chemin hasardeux des
contrats occasionnels ou être salarié dans les entreprises modernes ou informelles. Lorsque
l'apprenti achève sa formation, son premier souhait est de trouver un emploi fixe d'ouvrier
salarié. Cette voie, à priori, est plus sécurisante que celle d'occasionnel.
H ressort qu'une proportion assez importante d'apprentis (70%) opte pour une carrière
desalariédanslesecteurmoderneperçuecommeétantunecarrièrevalorisée surlemarchédu
travail.Toutefois, ne quittons pas des yeux les vraies raisons : conscients de leurs problèmes
matériels et des difficultés d'accès aux crédits, les apprentis envisagent une carrière de salarié
qui pourrait être un stade transitoire pour "monter" leur propre affaire.
En tout état de cause et sans exagérer l'analyse, il est permis de penser qu'au sein des
unités du dit secteur émergent des entrepreneurs. Les unités du S.I. jouent bien le rôle de
formateur des futurs entrepreneurs.
(graphique n° 13)
Perspectives d'avenir des apprentis interrogés
Monter un projet du
type secteur
informel
Carrière de salarié
dans le secteur
moderne
Source : enquête
personnelle, 1991.
ÏÏ.3 - FORCES ET FAIBLESSES DE L APPRENTIS SAGE SUR LE TAS
A - Les liens de parenté et leur impact sur l'apprentissage
L'échantillon fait apparaître clairement la présence des travailleurs et apprentis ayant
des liens étroits de parenté (ethnique) avec les responsables d'unité. Les patrons interrogés
soutiennent tous que les apprentis sont traités indifféremment concernant l'apprentissage du
métier. Bien entendu ils ne révèlent pas les mécanismes informels qui font que certains
apprentis sont plus favorisés que d'autres. Par contre la majorité des apprentis interrogés
estime qu'il est nécessaire d'être de la famille du maître si l'on veut acquérir rapidement et
d'une manière efficace le métier.
La relation de parenté est importante pour expliquer le comportement des patrons.
L'exemplesuivantconfirmecetteconstatation: "j'aitravaillécommeapprentihorlogerpendant
4 ans. Pour plusieurs raisons j'ai décidé de quitter ce métier pour apprendre la menuiserie chez
un'parent'. Le premierjour j'aicommencé àprendre des mesures,quelques joursplus tard mon
maître m'a initié à faire des dessins. J'ai appris le métier progressivement mais rapidement par
rapport à d'autres apprentis. Mon patron m'a beaucoup aidé, me permettant parfois de passer la
nuit à la maison pour travailler, avoir les doigts habiles" (un apprenti menuisier qu'on appelle
généralement "boy-menuisier").
Outre leur importance pour comprendre les mécanismes d'apprentissage, les relations
de parenté sont une donnée non négligeable dans l'analyse des mécanismes de recrutement au
sein des unités. La justification se trouve dans le fait que l'ensemble des maîtres recherchent
certaines qualités qu'ils estiment trouver chez les apprentis avec lesquels ils ont des liens de
parenté. Les maîtres prétendent recruter un apprenti qu'après avoir eu une idée aussi bien de
saconduitequedumilieudontilestissu."J'engagelesapprentisparl'intermédiairedesparents,
d'un ami ou d'une connaissance, je n'engage pas un apprenti sans avoir une idée de son milieu,
deson comportementchez lui et mêmeavecsesamisdanslequartieroù ilvit" nousdéclare un
artisan.
Nous débouchons sur l'importance accrue accordée aux relations de parenté dans la
connaissance des unités du S.I.. Des mécanismes informels se combinent avec l'impact
considérable des liens familiaux, et jouent sur la formation des apprentis. L'attitude
paternaliste des patrons est ressentie comme un prolongement de la tradition.
B - Les obstacles à la formation
a - Les critères de compétence selon les patrons
Le tableau suivant résume les qualités recherchées par les patrons.
- A la question : quelle est, d'après vous, la qualité principale d'un bon apprenti ? Nous
avons recueilli les réponses suivantes :
Bien que l'assiduité au travail soit la plus recherchée par les patrons, nous pouvons
considérer que toutes les qualités sont nécessaires et indispensables dans le processus
d'apprentissage.
L'absence de ces qualités est perçue comme un obstacle : "Qu'est-ce que vous pouvez
attendre d'un apprenti qui vient tard le matin... je vous donne un exemple ; dans notre boulot la
propreté compte beaucoup, l'apprenti qui considère le nettoyage des pinces, des outils comme
unecorvéenepourraapprendrelemétier,cheznouslebonentretiendesbiensdesgenssonnela
bonne réputation de l'atelier" (un mécanicien).
Il s'agit des qualités dont la fréquence semble être inversement proportionnelle au
niveau de la formation et peut être fonction du milieu d'origine. Ainsi le milieu d'origine
pourrait tracer le profil d'un apprenti. 9
Question : Quelle est, d'après vous, la
qualité d'un bon apprenti ?
Nombre de
réponses
Pourcentage
Intelligence 12 19 %
Adresse 18 28 %
Assiduité 23 36 %
Docilité 11 17 %
Total 64 100 %'
Profil d'un bon apprenti (Tableau
n°64)
Source : enquête personnelle, 1991.
Milieu d'origine Campagne Cités populaires Centre ville Total
Nombre d'apprentis 31 30 4 65
Pourcentage 48% 46% 6 % 100%
Milieu d'origine des apprentis (Tableau
n°65)
Source : enquête personnelle, 1991.
Question : Accordez-vous de
l'importance à l'argent ou bien à la
formation ?
Nombre de
réponses
Pourcentage
Argent 31 48
Formation 28 44
Sans réponses 5 8
Total . 64 100 %
Motivation des apprentis (Tableaun°67)
Source : enquête personnelle, 1991.
Le tableau suivant nous fournit les données sur le milieu d'origine des apprentis.
Les apprentis viennent essentiellement de la campagne et des quartiers populaires. Bien
entendu, ce résultat se justifie dans une large mesure par le volume des petits métiers et de
l'artisanat implantés essentiellement dans les quartiers populaires, plus particulièrement au
KM5 (quartier populaire), et par l'importance du flux démographique de la campagne vers la
ville de Bangui.
b - La rotation des apprentis
Elle peut apparaître comme un obstacle majeur à la bonne formation.
A la question : combien d'unités avez-vous fréquenté ? Nous avons obtenu les réponses
suivantes :
Source : enquête personnelle, 1991.
On remarque que le nombre des unités fréquentées par les apprentis décroît à partir de
la deuxième unité. A partir de la 3e unité fréquentée l'apprenti finira par trouver le patron qui
luiconvient (cars'ilneletrouvepas,ilauraainsiperdulapossibilitéd'apprendreunmétier,et
il ne lui restera que la me).
La rotation de la main-d'œuvre d'apprenti est à l'origine d'un double préjudice pour
l'apprenti:d'unepartilest victimedelapertedesalairependantla"périodedestage"chezun
autre patron, d'autre part il subit le préjudice de la rupture du processus d'acquisition de
qualification. En effet, la rotation risque de faire de l'apprenti un "éternel apprenti".
Nous avons remarqué que la rotation des apprentis est motivée par la recherche
d'argent. Les réponses obtenues suite à la question (accordez-vous de l'importance à l'argent
ou à la formation) figurent ci-après :
Nombre d'unités
fréquentées
1 unité 2 unités 3 unités 4 unités et
plus
Total
Nombre
d'apprentis
20 26 14 3 64*
Pourcentage 32 41 22 5 100%
Rotation des apprentis (Tableau
n°66)
* Nous n'avons pas considéré dans le calcul l'apprenti qui a quitté le métier d'horloger
pour devenir apprenti chez un parent mécanicien.
Il apparaît que la majorité des apprentis affirme être motivéepar l'argent plutôt que par
une formation (44%). Il importe de nuancer ce résultat dans la mesure où pratiquement
l'ensemble des apprentis est d'origine pauvre et que leur revenu est souvent vital pour la
famille. Nous pouvons donc retenir que les deux motivations vont de pair, mais la pression des
besoins porte certains apprentis à faire passer au second rang une stratégie de formation.
c - Le travail des apprentis
Dans la plupart des cas, ils sont membres de la famille ou proches du patron. Ils ne
reçoivent pas de salaires, mais éventuellement de l'argent de poche et de la nourriture. Leur
l'apprenti revêt une importance secondaire ou dérivée car l'intérêt est centré sur la production,
l'effort doit venir de l'apprenti.
- Le contenu de l'apprentissage : à partir des réponses et des observations on peut retenir
que les qualifications comprennent :
-laconnaissancedesmatériaux,desmachines,desoutils,d'unemanièregénérale
tout ce qui est utile à l'exercice du métier ;
-une certaine connaissance des tâches annexes ou complémentaires au
métierexercé ;
-un apprentissage à l'espritd'entreprise: lesens pratique à réagir à l'évolution du
métier ou du marché.
- La méthode de formation : celle-ci rentre dans les méthodes "d'éducation active", où
l'individu observe et prend part effectivement au travail.
- L'organisation de l'apprentissage : d'une manière générale il n'y a pas d'organisation
consciente du déroulement de la formation. Les ateliers étant peu mécanisés, l'organisation du
travail est très réduite. Au départ l'apprenti sert de garçon de courses. Et au fur et à mesure il
s'initie aux différentes tâches que le maître exécute. La connaissance et l'utilisation des
techniques s'assimilent progressivement au cour de la formation. Notons par ailleurs que la
bonneconduiteestaussiessentielleàl'apprenti,toutcommel'efficacitéetlesuccèsauprèsdela
clientèle sont les priorités déterminantes.
- L'évaluation de l'apprentissage : celle-ci se fait d'une manière régulière par le
maître-artisan, bien qu'elle reflète le plus souvent un caractère inorganisé. On retiendra
toutefois deux critères essentiels ; l'acquisition explicite des compétences techniques du métier
(bonneexécutiondetâches)d'unepart,et l'adoptionimplicited'un ensembledequalités d'autre
part.
Les unités visitées se révèlent comme un lieu de formation. La méthode d'acquisition du
savoir-faire offre des avantages certains, mais dans bien des cas elle demeure sommaire,
comptetenudelasous-capitalisationdesunités.Laqualificationacquisedépenddelanaturede
l'activité et du niveau technologique.
En dépit de ses limites, il faut reconnaître à l'apprentissage exercé dans les unités
informelles une pédagogie implicite possédant son efficacité lorsqu'elle est accomplie dans de
bonnes conditions. L'omniprésence de l'apprentissage résulte des multiples rapports culturels
duréseaufamilial,voireethnique,oùl'autoritédesanciens(doncdel'expérience)etlerôledela
famille sont déterminants. On peut en effet noter que l'apprentissage sur le tas dans ces unités
tire sa logique de la conciliation des valeurs traditionnelles et modernes.
Laméthoded'acquisitiondusavoir-fairedanslesunitésinformellesvisitéesreposesurla
faculté d'observation, d'imitation, complétée par l'adresse et l'application individuelle à
reproduire les instructions progressives du maître. La répétition des gestes et les tours de main
exécutés selon l'aptitude individuelle assure l'acquisition de la technique.
Dans le cas de la ville de Bangui le système d'apprentissage donne lieu à un
investissementencapitalhumain.Uneévaluationdusystèmed'apprentissageinformelprésente
des avantages et inconvénients que l'on peut énumérer :
-Avantages :
-l'apprentissage est d'une utilité socio-économique ;
-l'apprentissage emploie des exclus du secteur moderne ;
-l'apprentissage est efficace puisque 90% des apprentis sont formés ;
-globalement la formation est adaptée, pragmatique ;
-l'apprentissage ne coupe pas l'individu de son milieu ;
-l'apprentissage permet la transmission des connaissances techniques, du
savoir-faire mais aussi des connaissances commerciales attachées à l'exercice du
métier.
Inconvénients :
-l'apprentissage en famille présente la volonté de rester en caste ;
-la relative exploitation de l'apprenti ;
-l'insuffisance technique intrinsèque constitue un des obstacles majeurs à cette
formation.
CONCLUSION
Face à la crise que traverse la formation de la main-d'œuvre en Centrafrique,
l'apprentissage dans les unités informelles constitue pour certaines catégories sociales la seule
possibilité d'acquisition d'une qualification professionnelle.
Nous pouvons affirmer sur la base de ce que nous venons de voir, que le processus
d'apprentissage revêt un caractère essentiel pour la Centrafrique. D'abord, il constitue pour les
jeunes centrafricains la seule alternative valable au chômage. En effet, pouvoir apprendre un
métier signifie pour eux, une préparation professionnelle plus efficace et ultérieurement,
l'assuranced'uneinsertionàunniveauproductif;cecid'autantplusquelesecteurmodernen'est
pas à même de satisfaire leurs aspirations.
Ensuite, son rôle est double, d'une part il permet de perpétuer l'activité grâce à
l'acquisition des techniques et des pratiques indispensables, et d'autre part, du fait de la
quasi-gratuité de la main-d'œuvre procurée au petit entrepreneur, il permet le dégagement d'un
surplus net257
.
L'avantage de ce mode de formation est la qualité d'assimilation de son contenu, car
l'acquisition de connaissances et de qualifications se fait au rythme personnel. Toutefois les
principaux obstacles sont la difficulté de l'évaluation de la formation, la détermination de son
niveau professionnel. L'autonomie de la formation constitue une autre composante spécifique
du Si.
Le phénomèned'apprentissage est assez rare dans les activités commerciales. Par contre,
dans les activités de production la présence des apprentis est beaucoup plus importante (par
exemple34%danslamenuiseriedeboiset40%danslamécaniqueauto).Pourquelaformation
dispensée soit plus efficace, il est indispensable que le formateur soit lui-même doté d'un
niveau d'instruction et/ou de connaissances suffisant.
257MIRAS (Cl. De) : "De l'accumulationducapitaldans le secteurinformel",Cahiers des Sciences
Humaines, vol.23. n°l, ORSTOM, Paris, 1987.
QUESTIONNAIRE AUX PATRONS
I - IDENTIFICATION
Age:
Sexe :
Lieu de naissance :
Nature de l'activité :
Entreprise individuelle
Entreprise familiale
Société de personnes Niveau d'instruction
Analphabète
Primaire
Secondaire
Secondaire technique
Supérieur Formation du patron
Apprentissage sur le tas dans le secteur informel
Formation dans le secteur moderne
Formation dans un centre professionnel
Description du heu de travail
□ Atelier en plein-air
Atelier en semi-dur
Atelier en planche
Atelier en dur
Désignation du matériel et outillage
Outillage et matériel
Avez-vous des machines ? □ oui □ non
Si oui, les utilisez-vous régulièrement ?
H - HISTORIQUE DU FONCTIONNEMENT DE L'UNITÉ
Profil professionnel
Depuis quand exercez-vous ce métier ?
comme apprenti
comme patron
Quelle est votre occupation antérieure ?
Comment avez-vous monté ce projet ?
par apport personnel
par apport familial
par recours à un organisme de crédit
Fonctionnement de l'unité
Combien d'heures par semaine fonctionne votre unité ?
Mode de gestion-comptable :
Pour suivre vos affaires, avez-vous :
une comptabilité simplifiée ?
un cahier de dépenses-recettes ?
m - STRUCTURE SOCIOPROFESSIONNELLE DE L'UNITÉ
Quelles sont les formes d'emplois pratiqués ?
salarié
apprenti
occasionnel
aide-familiale Salaires et rémunérations
Quel est le montant des rémunérations par semaine ?
des salariés
des apprentis
Les salaires sont-ils fixes ou variables ?
Les apprentis perçoivent-ils des rémunérations en nature ?
oui □non
- DYNAMIQUE DE FORMATION
Par quel moyen engagez-vous les apprentis ?
Exigez-vous un niveau de formation antérieure ?
Comment se déroule la formation au sein de l'unité ?
Par observation
Par des conseils théoriques
Par des conseils pratiques
Quel est selon vous la principale qualité d'un bon apprenti ?
assiduité
adresse
initiative
soumission
Pour un apprenti (bon), combien de temps lui faut-il pour apprendre le métier ?
Le niveau d'instruction est-il nécessaire pour apprendre le métier ?
Avez-vous dans l'unité des jeunes sortant des centres de formation
professionnelle
oui □non
Si oui, que pensez-vous de leur formation ?
Y a-t-il des obstacles quant à la formation des apprentis ?
DÉSIR DE FORMATION
Souhaiteriez-vous recevoir une formation du type :
cours d'alphabétisation
formation à la comptabilité-gestion
formation à la technique
formation pour mieux comprendre les règlements administratifs
Autoriseriez-vous les apprentis à suivre des cours de formation quelques heures
par semaine ? □oui □non
Si non, pourquoi ? ■
QUESTIONNAIRE AUX APPRENTIS
I - IDENTIFICATION
Age :
Sexe :
Lieu de naissance :
Niveau d'instruction
Analphabète
Primaire
Secondaire
Secondaire technique
Supérieur
II - CONTRAT D'APPRENTISSAGE
Pourquoi êtes-vous devenu apprenti ?..
Votre contrat d'apprentissage a-t-il été déjà signé ou conclu ?
Quel est le montant des dépenses nécessaires à la conclusion de votre
contrat ?
La durée de l'apprentissage a-t-elle été fixée ? □oui □non
Si oui, à combien d'années ?
Payez-vous le patron pour votre formation ?
Quelle est votre position hiérarchique parmi les apprentis ? □senior
□cadet □autres
IH - RÉMUNÉRATION DES APPRENTIS
Le patron vous donne-t-il de l'argent de poche ? □oui □non
Si oui, combien par semaine ?
Quis'occupedevous,pour vos dépenses courantes (nourriture,etc.)?
Accordez-vous de l'importance à l'argent ou à la formation ?
IV - ROTATION DES APPRENTIS
Depuis quand exercez-vous dans l'unité ?
Avez-vous reçu une formation antérieure dans le même métier ?
Combien d'unité avez-vous fréquenté ?
V - LIENS DE PARENTÉ-FORMATION
Avez-vousdesliensdeparentéaveclepatron? □oui□nonYa-t-ilun
rapport entre les liens de parenté et la rapidité de formation ?
oui □non
Si oui, qu'est-ce qui vous fait penser cela ?
VI - MODE D'ACQUISITION DES QUALIFICATIONS
Selonvous,quelleestlameilleureméthodepourapprendrelemétier?
Séance d'apprentissage
Tâtonnement (apprentissage sur le tas)
Observation
Jugez-vous cette méthode suffisante pour l'acquisition du métier ?
oui □non
Pourquoi ?
Les qualifications acquises au sein de l'unité vous permettront-elles
d'exercer ce métier ailleurs ?
- DÉSIR DE FORMATION ET PERSPECTIVES D'AVENIR
Souhaiteriez-vous recevoir une formation du type :
- cours d'alphabétisation
- formation technique
- formation pour mieux connaître les règlements administratifs
- formation à la gestion-comptabilité
Laquelle des deux carrières suivantes envisageriez-vous ?
Salarié dans le secteur moderne
Monter un projet du type informel
CHAPITRE VI : LA FORMATION POUR LE S.I.
INTRODUCTION
La formation acquise dans le S.I. semble avoir permis et accompagné sa croissance
jusqu'au niveau actuel et débouche sur des résultats socio-économiques satisfaisants à court
tenue. Toutefois dans l'hypothèse d'une transition économique, le cadre de vie de l'individu
s'élargitjusqu'àlacommunauténationaleetinternationale.Dèslorsunminimumd'éducationet
d'instruction devient un impératif, or quelle que soit la valeur de la tradition orale, l'écrit reste
un outil irremplaçable de la communication. Sans doute certains entrepreneurs analphabètes
ont existé jusque-là, mais l'instruction devrait leur permettre d'aller plus loin, de mesurer les
surfaces, de calculer, l'instruction est indispensable et peut favoriser leur progrès.
Pour des raisons variées tout porterait à croire que l'appui en éducation et formation est
un volet clé des politiques d'aide aux activités informelles : "Les politiques de l'offre (crédit,
amélioration des produits et de marché) tout comme celle de la demande (ouverture de
nouveaux marchés) ne peuvent réussir que si elles sont liées à des programmes déformation
conçus comme un suivi permanent, étroit et compréhensif des bénéficiaires" 258
Nous avons vu dans le chapitre II qu'un tiers des responsables du S.I. à Bangui demeure
sans instruction, d'autre part qu'adviendra-t-il aux 50% des jeunes qui n'ont jamais fréquenté
l'école ?
Quels sont les changements à apporter au système d'instruction et de formation pour
permettre de faire face aux problèmes d'emploi dans le S.I. ?
Il n'est guère possible de développer, au-delà du niveau élémentaire l'éducation
professionnelle des personnes qui ne savent ni lire ni écrire. Mais, même une fois acquises ces
connaissancesessentielles,laformationprofessionnellenepeutsedéroulerà unrythmenormal
et atteindre le niveau requis qu'à condition de se fonder sur un certain nombre d'autres notions
et connaissances de base qui doivent s'acquérir en principe dans le cadre de l'enseignement
primaire. Malheureusement l'instruction primaire n'est encore donnée, en ASS, qu'à une partie
restreinte de la population.
Dans certains pays, un enseignement pré-professionnel, donné à la fin de l'instruction
primaire,sertdetransitionentrecetteinstructionetl'enseignementprofessionnel.Dans d'autres
pays, un enseignement pré-professionnel est donné aux élèves dans des sections annexes aux
écoles primaires ou encore dans le cadre même de l'enseignement primaire. Les élèves se
dirigent vers les professions techniques, soit en suivant après les études primaires, les cours
258
CHARMES (J.) : "Quelle politique faceau secteur informel",OROSTOM, Paris, 1989.
d'une école professionnelle, soit en achevant d'abord leurs études secondaires et en entrant
ensuite dans un collège technique.
S'ilestadmisquelesprogrammesdeformationtechniqueetcomptablepeuventfavoriser
les entreprises les plus dynamiques, la question reste ouverte pour les unités les plus
défavorisées ?
Deux volets seront retenus dans ce chapitre : dans une première section nous allons
essayer d'apporter des élémentsderéponses àlaquestion dela formationgénéralepourle S.L.,
ensuite la section II sera consacré à la formation professionnelle pour le S.I. La réflexion qui
soutiendracetteanalyseestquelaformationprofessionnelles'avérerad'autantplusefficaceque
les personnes auront une éducation initiale la plus solide possible.
SECTION I : LA FORMATION GÉNÉRALE POUR LE SX
Les besoins et les exigences de la formation évoluent particulièrement vite dans les pays
quisontencoursd'industrialisation.Hestcertainqu'àl'heureactuelle,lesmoyensdeformation
professionnelle sont encore nettement insuffisants par rapport aux impératifs de
développementsdeséconomiesafricaines.Cependantcettesituationnepeutêtreamélioréeque
progressivement. La formation professionnelle organisée dans les écoles ou dans les centres
exige des investissements coûteux en personnel, équipements et locaux, alors que d'autres
besoins urgents se manifestent dans l'ordre économique. De plus, l'équipement technique
nécessaire ne peut pas toujours être obtenu avec toute la rapidité désirée et la formation du
personnel enseignant demande du temps.
Notreobjectifest d'attirerl'attentionsurlanécessitédeprévoirlacréationdes moyensde
formation pour le S.I.. Il ressort de beaucoup d'études concernant les pays d'Afrique, qu'une
réorientation substantielle des priorités nationales en matière d'éducation et de formation
s'impose depuis longtemps et que cette réorientation pourra aller relativement droit au but
pourvu que les changements proposés soient bien planifiés et exécutés. Les moyens par
lesquels l'éducation pour le S.I. peuvent être introduits dans les stratégies nationales en la
matière doivent tenir compte des contraintes avec lesquels les responsables politiques doivent
invariablement opérer.
Les programmes extra-scolaires peuvent constituer un substitut viable de l'enseignement
scolaire dans certains domaines particuliers tels que l'alphabétisation, notamment quand les
ressources à affecter à l'expansion de l'enseignement scolaire sont limitées. Ces programmes
constitueront principalement un élément d'appui s'ajoutant aux moyens existants d'éducation
scolaire qui, dans de nombreux cas, ne continueront pas à se développer. "La redécouverte du
S.I. et de la formation extra-scolaire dans les pays d'Afrique de l'ouest semblerait devoir
permettre une réévaluation sinon une remise en question radicale de la vision dualiste du
fonctionnement des sociétés qui attribuent au secteur moderne de l'économie et au
secteurscolairedel'éducationdesrôlesmoteursdansleprocessusdechangementsocial"
259
.
Dans cette situation, des ressources supplémentaires d'un montant approprié ne seront
probablement affectées à l'enseignement extra-scolaire que si une mutation significative est
opérée dans les priorités, de telle sorte que lem importance apparaisse clairement.
Peut-être l'incitation la plus forte viendrait-elle d'une nette prise de conscience du fait
qu'il existe, entre la demande de moyens d'enseignements supplémentaires et l'offre de
ressources, un déséquilibre si grand que la mise au point d'une stratégie d'éducation représente
la seule solution possible.
E VOLET ALPHABÉTISATION
L'ASS se caractérise par un taux élevé d'analphabètes, probablement le plus élevé du
monde. Près de 50% de sa population ne sait ni lire, ni écrire. Le droit à l'éducation est inscrit
dans la déclaration universelle des droits de l'homme, qui reconnaît que l'ignorance est un
obstacle à l'épanouissement de l'individu. "Ainsi comme l'alphabétisation crée les
conditionsd'uneprisedeconsciencecritiquedescontradictions delasociétédanslaquelle
vit l'homme, elle permet aussi de stimuler l'initiative et sa participation à la conception
des projets susceptibles d'agir sur le monde, de le transformer et de définir les fins d'un
authentique développement humain. Elle doit donner l'accès à la maîtrise des techniques
et des rapports humains. L'alphabétisation n'est pas une fin en soi, elle est un droit
fondamental de tout être humain" 260. Considéré sous cet angle l'analphabétisme des
acteurs du S.I. est un obstacle majeur à la dynamisation du S.I.
L'alphabétisation conçue comme instrument de développement s'appuie sur le rapport
entre le degré d'alphabétisation et la croissance économique. Il semble que l'alphabétisation
accroisse la capacité des'informer et,partant, l'aptitude à filtrer et à évaluer les renseignements
surl'amélioration delaproduction. Le rapport entre la capacitédes'informer etl'accroissement
de la production dans le S.I. a été établi de façon irréfutable. L'instruction favorise l'adoption
des techniques modernes, et il semble que l'élargissement des connaissances permette aux
individus de mieux assimiler et évaluer les technologies nouvelles.
On est tenté de constater que la corrélation alphabétisation et développement
économiqueesttrèsaisée.Seuleuneactionsoutenuevisantlatransmissionetledéveloppement
du savoir adapté aux réalités locales, nous permettra de mobiliser les analphabètes du S.I, et
pourra développer leur aptitude à affronter l'avenir. Il en résulte tous naturellement l'intérêt et
l'adéquation du système éducatif pour réduire les multiples disparités. "Une des difficultés à
259
CARTON (M.) : "La formation dans le S.L", WEP.2.33/DOC.18, BIT, Genève, sept. 1980.
260 Séminaire de l'Institut international de planification de l'éducation sur la "Planification et gestion des
programmes nationaux d'alphabétisation", Tanzanie, novembre-décembre 1980.
résoudre est que l'analphabétisme est en passe de devenir un problème insoluble en
Afrique et peu de pays disposent de mécanismes appropriés pour s'y attaquer
efficacement.1261
,
C'est pourquoi l'apport bénéfique de l'alphabétisation à certains acteurs du S.I. doit être
unmoyendeles munird'uncodedebonneconduite et deles tournervers un avenirqueseulun
apprentissage innovateur peut aider à maîtriser. Cet apprentissage peut être impulsé par une
alphabétisation tendant à l'accumulation d'un savoir qui sert, à son tour, à une accumulation de
capital au profit de la société.
La conception de l'alphabétisation
Les campagnes d'alphabétisation pour le S.I. peuvent revêtir des formes variées et
présentées des différences notables dans leur portée, leur contenu. Certaines peuvent être
organisées de manière sélective, d'autres sont conçues pour aboutir à l'élimination générale de
l'alphabétisation. L'alphabétisation des acteurs du S.I. doit être sélective.
Les programmes sélectifs peuvent être conçus pour les acteurs du S.I. qui ont besoin
d'êtrealphabétiséspouratteindrelesobjectifsqu'ilssesontfixés,etpeuventêtrelancés avecou
sans l'aval des pouvoirs politiques. Dans le choix des groupes prioritaires, le groupe le plus
motivé par l'alphabétisation, celui des femmes par exemple, a été fréquemment oublié.
L'insuffisance du travail préparatoire - mise en place de services de soutien et d'un cadre
adéquat pour l'apprentissage - a souvent provoqué des retours à l'analphabétisme.
Dansdenombreuxpays,lesONG,lesinstitutionsreligieuses,lessecteursprivéoupublic
peuvent constituer le fer de lance des campagnes. Ces programmes peuvent être en fonction
d'une clientèle particulière - femmes, jeunes, artisans, etc. - à laquelle on peut proposer de
fournir à la fois des stimulants et des services. Exemple ; en Ethiopie, l'église orthodoxe a mis
sur pied environ 15 000 classes d'alphabétisation pour permettre aux enfants âgés de 5 à 7 ans
de lire les textes religieux.
L'alphabétisation fonctionnelle, si elle est menée, peut non seulement combler ce fossé
mais surtout servir d'instrument efficace de développement. L'analphabétisme nous conduit
261BABACAR THIAW : "Ajustement structurel et alphabétisation au Sénégal", UNESCO, Dakar, 1993.
insidieusementdansl'ignoranceetletâtonnement.Ilestindubitablequel'analphabétisme
est à l'origine d'un formidable gaspillage du potentiel humain. L'instruction dépasse la simple
capacité de lire et écrire, elle stimule la conscience des peuples et les aide à participer à la vie
socio-économique.L'alphabétisationestaudéveloppementéconomiquecequelascienceestau
progrès technique. L'apprentissage d'un savoir-faire orienté vers les secteurs clés de la vie
économique, tendant à dynamiser la production nationale, est le seul moyen d'insertion des
populations traditionnelles dans un monde moderne de plus en plus complexe.
Les campagnes d'alphabétisation sélective sont généralement couronnées de succès mais
leur prix de revient est trop élevé pour permettre une extension à grande échelle. L'échec de
l'alphabétisation générale : il a fallu se rendre à l'évidence que de nombreux alphabétisés
reconnus l'avaient été superficiellement, et à bref délai, même les alphabétisés réels devenaient
"désalphabétisés" par manque d'opportunité d'user de la formation reçue. Le principe est donc
quel'acquisition delalecture,del'écritureet du calcul élémentairedoitdésormais constituerun
facteursanslequelnepeutêtredonnéeuneréponsecorrecteàdesbesoinstechniquesetsociaux,
bien définis dans le cadre des objectifs immédiats du développement et insérés dans la
quotidiennetédelavieproductive.Celasignifieque toute alphabétisationdoit avoirun contenu
technique et formel.
1.2 - L'ÉDUCATION DE BASE
L'alphabétisation est étroitement liée à l'éducation de base. Faute d'indicateurs sûrs, on a
leplussouventrecoursauxtauxd'alphabétisation,etàeuxseuls,pourrendrecomptedetousles
aspects de l'éducation de base. Même si l'alphabétisation et l'éducation de base ne sont pas
interchangeables, nombreux sontlesgouvernements quiont fait commesi elles l'étaient. Ils ont
lié le besoin d'alphabétiser à l'objectif qui consiste à répandre les connaissances nécessaires au
développement
Le concept de l'éducation de base peut être défini de la façon suivante : l'éducation de
base est celle qui fait acquérir à l'individu, dans un contexte historique, sociale et
linguistique déterminé, un minimum de connaissances, d'aptitudes et d'attitudes lui
permettant de comprendre son environnement, d'interagir avec lui, de poursuivre son
éducation et sa formation au sein de la société et de participer plus efficacement au
développement économique social et culturel decelle-ci.262
Cettedéfinition aétéadoptéelors
de la conférence mondiale sur l'éducation pour tous.263
A - Les objectifs de l'éducation de base
Dispenser une éducation de base pour le S.I, c'est tenter malgré de graves contraintes
qu'impose la faiblesse des ressources, de répondre aux besoins d'importants groupes de la
262
CAMARA (B.) : "Planifier pour l'éducation de base", UNESCO, 1992.
263
BANQUE MONDIALE : "Conférence mondiale sur l'éducation pour tous", Thaïlande, 1990.
populationquin'ontpasaccèsàlamoindrepossibilitéd'instruction.Ils'agitdecompléteretnon
de remplacer le système d'enseignement scolaire, et de fournir à ceux que cet enseignement n'a
pasencoretouchéouqu'ilalaissédecôté,uneinstructionfonctionnelle,soupleetpeucoûteuse.
L'éducation de base diffère de l'instruction primaire sur trois points.
Selon la Banque Mondiale l'éducation de base vise trois objectifs fondamentaux :
Les objectifs et le contenu de l'éducation de base se définissent d'un point de vue
fonctionnel, comme les "besoins d'instruction minimum264" de groupes déterminés.
Les "populations cibles" concernées par l'éducation de base ne sont pas nécessairement
lesenfants d'âgescolaire.Ce sontdes groupes d'âges variés (enfants, jeunes gens, adultes) etde
caractéristiques socio-économiques différentes (groupes ruraux ou urbains, femmes,
participants à des programmes de développement particulier).
Les "systèmes administratifs" qui permettent de dispenser l'éducation de base revêtiront
diverses formes dans divers pays (écoles primaires restructurées, programmes non scolaires ou
combinaisons variées de deux de ces deux formules), selon les besoins des personnes
auxquelles ils s'adressent et les contraintes qui leur sont imposées par leurs ressources
disponibles.
L'éducation de base est donc une notion relative. Sa nature, son niveau et ses modalités
varient en fonction du groupe considéré (enfant scolarisé ou non, jeunes gens ou adultes) et de
ses besoins particuliers. De la même façon l'éducation de base offre une grande variété
d'activités éducatives organisées à divers niveaux, dans un cadre institutionnalisé ou non. Au
cours de son existence, l'individu assimile divers apports de cette éducation qui peuvent
concourir à son bien-être matériel ou à l'accroissement de sa capacité productive, ou encore lui
permettre de gagner sa vie en exerçant un métier indépendant. La formation de base comprend
des programmes d'instruction élémentaire classique, pratique ou professionnelle, dans le cadre
desquels sont abordées des questions touchant l'hygiène, la santé, le contrôle de qualité et
l'amélioration de la productivité, l'aptitude à s'organiser et à planifier est développée.
Ces programmes tiennent compte des techniques de la communication, de l'interaction
socialeetdutravaildegroupe,etmettentl'accentsurle développementdelacapacitéàrésoudre
les problèmes, de la pensée créatrice et de l'aptitude à poursuivre une formation
complémentaire.
264
L'UNICEF définit les besoins d'instruction minimum comme le seuil d'instruction à partir duquel un individu
est capable de participer aux activités économiques, sociales et politiques. Ces besoins d'instruction essentiels
comprennent l'alphabétisation et le calcul fonctionnel, les connaissances et qualifications nécessaires pour exercer
une activité productive, le planning familial, l'hygiène, etc.
B - Les caractéristiques
Les principaux programmes d'éducation de base sont les suivants 265:
Les écoles primaires ne sont considérées que comme l'une des composantes du système
d'éducation, destinées à toucher les enfants et les jeunes gens dans le premier stade de leur
éducation. D'autres programmes parallèles qui s'adressent aux jeunes gens âgés de 15 à 20 ans,
peuvent jouerunrôled'importanceégaleencequiconcerneleniveaud'instruction(exemplede
l'Ethiopie où les prêtres des villages sont actuellement formés pour enseigner).
L'âge d'entrée et la durée des études doivent être révisés tant pour le degré primaire que
pour la scolarisation parallèle.
Des programmes nouveaux et diversifiés doivent être conçus de façon à tenir compte du
fait que ces niveaux d'instructions sont déjà "terminaux" pour la grande majorité des jeunes
scolarisés.
Des modifications sont parallèlement introduites dans la formation des maîtres ainsi que
l'adaptation du contenu des études.
Il existe des cas où les moyens de masse, la radio notamment, sont utilisés efficacement,
etc.
Les caractéristiques des bons programmes de formation de base sont les suivantes :
le matériel et le contexte de la formation doivent revêtir un intérêt immédiat pour le
travailleur adulte, afin de l'engager à suivre le programme et de maintenir sa motivation ;
les connaissances nouvellement acquises doivent être immédiatement appliquées sur le
lieu de travail, afin de favoriser l'apprentissage, la mémorisation et le transfert des
connaissances ;
lesprogrammesdeformationdebasesontplusefficaceslorsqu'ilssontprévuscommedes
étapes du déroulement de la carrière et qu'ils font partie des programmes de formation ;
les programmes efficaces de formation de basetendent à inciter les étudiants à suivre des
programmes d'études traditionnels en institution et à participer à des programmes de formation
complémentaire ;
265
BANQUE MONDIALE : "Education sector",Washington, 1982.
les programmes efficaces de formation de base parviennent à développer une attitude
positive face au travail, ainsi que l'aptitude à continuer d'apprendre, tout en mettant l'accent sur
la formation spécialisée directement en rapport avec le travail des participants.
D'une façon générale les programmes de formation devraient tenir compte de la longue
expérience professionnelle des travailleurs âgés ainsi que de leurs connaissances pratiques.
Nous pouvons retenir de ces recommandations trois caractéristiques indispensables :
en premier lieu, l'éducation de base devra assurer un niveau minimal d'éducation à une
masse d'individus c'est-à-dire qu'elle va toucher tous les enfants d'âge scolaire et, en outre,
atteindre les jeunes et adultes qui n'ont pas bénéficié d'enseignement adéquat dans le passé ;
en second lieu, elle doit être organisée de manière à répondre aux besoins minimums
essentiels des groupes cibles du S.I. qu'on veut atteindre. Ces besoins seront définis non pas
dans la perspective d'une poursuite des études à l'intérieur du système, mais en fonction des
connaissances,descompétencesetdesattitudesquisontnécessairesàuneparticipationefficace
des déshérités à la vie économique ;
en troisième Heu, elle doit offrir un éventail de possibilités garantissant à tous les
éléments du S.I. et de la population l'accès à l'éducation. La tâche essentielle est de fournir des
possibilités appropriées d'éducation extra-scolaire à tous ceux du secteur informel que
l'enseignement de type classique ne peut atteindre où à qui il ne peut pas convenir. De 1960 à
1980, l'Afrique a fait un effort gigantesque en matière de scolarisation. Malheureusement
depuis quelques années cette progression si rapide s'est trouvée freinée par les énormes
difficultés économiques et financières. Dans ce continent un grand pas reste à franchir pour
parvenir à la scolarisation totale dans le primaire. Or les budgets sont déjà surchargés.
Comment sortir de l'impasse financière ?
A première vue, sur le plan budgétaire, il n'y a pas de solutions sans adopter une ou
plusieurs des mesures suivantes : renoncer à augmenter les taux de scolarisation, augmenter la
part des crédits de l'État consacrés à l'éducation, réduire fortement les coûts unitaires par élève,
faire payer les familles. Renoncer à l'accroissement du taux de scolarisation dans le primaire
serait dramatique pour l'Afrique au Sud du Sahara, sur le plan culturel, comme sur celui du
développement économique. Dans l'état actuel des budgets des Etats, il serait difficile
d'augmenter la part des dépenses publiques consacrées à l'éducation. Il ne reste donc possibles
que les solutions suivantes :
pour la construction des écoles, on peut lancer des constructions en grande série avec des
matériaux locaux et des structures simples comme l'a fait par exemple le Sénégal de 1985 à
1987, le coût unitaire initial par élève a été réduit de 300 à 155 $ ;
- un recours àl'enseignement privépourrait soulagerles finances publiques, maisonpeut
craindre que celan'accroisse l'inégalité des chances entre les enfants des familles pauvres et les
autres.
Si toutes les mesures ne suffisent pas à atteindre la scolarisation complète au niveau
primaire, peut-être faudrait-il recourir à l'éducation de base.
L'éducation de base est un système éducatif à coûts réduits, qui permet de démocratiser
l'éducation.Elleapourbutd'apporteràchacundesnotions minimumd'écriture,decalculetdes
connaissances pratiques facilitant la vie en famille au village et dans les quartiers. Elle serait
miseenplacepourlesenfantsdanstouslesendroitsoùiln'yapas actuellementd'enseignement
primaireetoùlebudgetnepermetpasd'encréeràbrefdélai.Ledispositifdiminuebeaucouples
charges financières de l'État, car la durée de la scolarité est réduite à trois ans." Les systèmes
d'éducation et formation devront être créés pour permettre aux individus qui n'ont pas été
touchés par la croissance du secteur moderne de participer au processus de développement
comme travailleurs productifs, étant capables de jouer efficacement leur rôle comme citoyens,
membres de leur famille, chefs et membres de groupes, etc., et de maintes autres façons. Cela
signifie en dernière analyse que tous les secteurs de la population doivent recevoir une
éducation et une formation d'une sorte ou d'une autre dans la mesure où le marché de
développement l'exige"266
. L'éducation de base peut être interprétée de diverses façons qui,
entre elles, ont des points communs. La première phase d'enseignement du premier degré est
essentielle.Paréducationdupremierdegréonentendàlafoisl'enseignementprimaireàl'école,
spécialement la partie élémentaire du cycle primaire quand il est long, et l'action de
récupération par l'éducation extra-scolaire menée auprès des jeunes qui n'ont pas accompli la
scolarité nécessaire. L'idée est de satisfaire les besoins minimaux essentiels en matière
d'acquisition des connaissances pour que l'individu puisse jouer un rôle dans la société.
"L'originalité de la politique d'éducation des pays d'Asie réside sans nul doute dans l'accent
particulièrement marqué sur l'éducation de base. Les "petites mains" Asiatiques ont en effet le
plus souvent 10 années d'études..., la quantité d'éducation de base des enfants scolarisés a été
supérieure en Asie orientale à celle des économies de niveaux comparables"267
La stratégie de l'éducation de base varie selon les besoins et les ressources du pays. Pour
un pays comme la Centrafrique, l'éducation de base pour tous suppose qu'on établisse un
système complémentaire, et non rival de l'enseignement scolaire, qui soit destiné à dispenser
266 BANQUE MONDIALE : op. cit. page 220.
267GARIN (M.) : "Dynamique d'emploi et formation dans le cercle "vertueux" des croissances
Asiatiques",IREPD, Université PJMendès France, Séminaire d'Université d'Eté du groupe du GDR
"Emploi-Formation-Developpement", CERDI, 1994.
Asiatiques",
une éducation fonctionnelle, souple et économique à ceux que le système scolaire ne peut
encore atteindre ou qu'il a déjà laissé pour compte.
Les moyens employés doivent être souples pour s'adapter aux besoins des groupes cibles
et doivent être peu coûteux afin d'économiser les ressources. Il ressort de cet examen que les
programmes extra-scolaires bien choisis seront capables de constituer un élément d'appui au
S.I. De toute évidence il s'agira de redistribuer les ressources au profit des individus, enfants et
adultes quiont étéprivésd'instruction.On neparviendra àgénéraliserl'éducationdebasequ'en
offrant des possibilités d'éducation différentes, principalement extra-scolaires, à ceux qui ne
peuvent accéder aux écoles primaires ordinaires. En conséquence, même si l'éducation de base
est généralisée de cette manière, il est probable qu'on aura un double système d'éducation. Les
enfants qui auront eu accès aux écoles primaires ordinaires pourront ensuite entrer dans des
établissements post-primaires, tandis que ceux qui auront reçu une éducation extra-scolaire ne
lepourrontprobablementpas.Cesderniersaurontpeut-êtrebénéficiéd'uneéducationbeaucoup
mieux adaptée aux besoins du développement, mais la possibilité de parfaire leur instruction
leur aura été refusée parce qu'ils n'auront pas pu être admis dans les écoles de leur région.
Ce problème revient à choisir entre développer le type d'enseignement primaire existant,
ce qui serait probablement la mesure la plus populaire à cause du manque d'information sur
l'étendue des déperditions d'effectifs et des redoublements, ou bien faire face à la réalité sur le
plan éducatif et social, ce qui reviendrait à combiner le maximum d'éducation de base avec le
développement maximum des possibilités que révèlent le SX.
On peut toutefois se demander si une stratégie qui offre différents types d'éducation à
différents groupes d'individus peut réussir à concilier les deux aspects concurrents de l'objectif
quiconsisteàdonnerunminimumd'éducationdebaseàtousenveillantsimultanémentàceque
la possibilité d'aborder des niveaux supérieurs reste aussi ouverte à tous.'
Deux réactions sont possibles devant ce dilemme :
l'une est de l'ignorer délibérément en considérant que la seule solution est un système
éducatif classique ;
l'autre solution consiste à créer des structures éducatives qui cherchent à maintenir
ouverteslesportesdonnantaccèsàl'éducation,mêmepourceuxquireçoiventuneéducationde
base en dehors du système scolaire.Celasupposela mise en place des mécanismes de sélection
qui n'empêchent pas ces sujets d'accéder à des niveaux supérieurs du système scolaire. Cela
suppose en outre la création de "passerelles" pour faciliter le mouvement des individus entre
types et niveaux éducatifs. En plus de la compréhension et de l'interaction avec son
environnement, l'éducation de base offre à l'individu la possibilité de poursuivre son éducation
et sa formation au sein de la société. Le problème de la cohérence et de l'articulation des
programmes d'enseignement, est posé aux pédagogues, aux administrateurs. Si l'éducation de
basechangedecontenu,ilfautsedemandercommentserontarticuléslesordresd'enseignement
successifs ?
13 - RÉNOVATION DU PRIMAIRE
Certaines critiques imputent le chômage des jeunes au système scolaire, à cause soit des
espoirs qu'il engendre, soit de son impuissance à faciliter l'acquisition des qualifications utiles,
en raison de son contenu. A éveiller défausses espérances chez trop d'adolescents, on finit par
voirlechômagesévirparmilesanciens élèves dusecondaireetlesdiplômésdesuniversitésou,
cette situation accentue l'exode rural, à trouver même dans les villes des jeunes sans travail à la
sortie de l'école primaire". On s'est également efforcé de modifier qualitativement la
composition du flux des élèves arrivés à la fin de leurs études en introduisant un élément de
formation professionnelle dans l'ensemble du système scolaire.
-Exemple, La Tunisie confrontée aux problèmes des déperditions scolaires et
d'insuffisancedespréparationsdesjeunesàl’entrerdanslavieactive,aopté,danssonIVeplan,
pour l'amélioration des rendements internes du système éducatif. Dans ce but, elle a adopté
l'éducation de base268 . L'expérience des 7e et 8e années de scolarité de base vise
essentiellement à redéfinir les finalités et les tâches de l'école primaire.
A court terme, cette école devrait trouver les moyens de réduire sensiblement les
déperditionsscolaires,notammentauniveaudela6èmeaiméeprimaire.Amoyenterme,l'école
primaire devrait certes continuer à préparer les jeunes à l'enseignement secondaire, mais elle
devrait en même temps les préparer à entter soit dans les structures organisées de la formation
pré-professionnelle ou professionnelle, soit directement dans la vie active pour une formation
sur le tas et éventuellement un emploi, au cas où ils ne pourraient accéder au secondaire.
Concrètement,l'expériencedes7eet8eannéesproposel'institution,àlafindelascolarité
primaire, réduite jusqu'ici à 6 niveaux d'enseignement, d'un nouveau cycle de formation
comportant pour le moment deux nouvelles années d'étude et d'apprentissage :
une 7e année de scolarité de base (classe d'enseignement général et de formation
pratique) accueille les élèves de la 6e année de primaire n'ayant pu accéder au secondaire, les
préparedenouveauauconcoursd'entréeen1èreannéedel'enseignementsecondaire,toutenles
sensibilisant au monde du travail grâce à des séances d'initiation aux travaux manuels
effectuées dans des conditions de travail réel ;
une8eannéedescolaritédebase(classede formation pratique)accueilleles élèvesde7e
année n'ayant pu accéder au secondaire et les prépare à l'insertion soit dans l'apprentissage
conduisant au métier, soit dans la vie économique de leur localité ou région.
268
MAHFOUDH (C.) : "Le travail manuel à l'école primaire, l'expérience tunisienne", Perspectives, vol.ll, 1981.
Si l'on tient compte de l'expérience d'initiation des élèves des 5e et 6e années primaires
aux travaux manuels (ou expérience ITM) déjà en cours depuis 1970, on peut dire que la
formation pratique, ou entraînement à la vie commence à l'école primaire tunisienne à partir de
la 5e amiée et se poursuit pour les élèves qui ne peuvent accéder au secondaire pendant trois
années consécutives (6e, 7e et 8e années). L'expérience des 7e et 8e années vise ainsi à
transformer l'école primaire en une école debase qui oriente mais n'éliminepas et, de plus, met
en pratique le concept de formation de base qui sous-entend l'équilibre et l'harmonie entre
formation théorique et formation pratique.
Le modèle ne s'exprime pas sous forme de programmes standardisés et linéaires, mais de
projets, produits de l'initiative des enseignants et résultats d'une concertation avec le milieu ou
d'une étude des besoins de développement de la localité ou de la région.
Ces projets comptent toujours, et dès le départ, sur leur propre production, et créent,
chemin faisant, de nouvelles ressources financières qui leur permettent de se maintenir, de
s'amplifieretamènentàparticiperaudéveloppementdel'écoleouaulancementd'autres projets
dansd'autresécoles. Ils'agitenfaitdevéritables projetsde"développementintégré"quioffrent
à l'élève un terrain propice de formation globale, à la fois pratique, scientifique, technique et
économiqueetsociale.Grâceautravailproductifdesesélèvesl'écoles'autofinance,seprenden
chargeprogressivementetsedéveloppeenélargissantsonchampd'interventionetsesmodesde
formation.
Le modèle ITM productif ouvert au développement intégré au processus d'éducation,
peut-il, doit-il être généralisé d'emblée ou copié et reproduit tel quel ? Nous ne le pensons pas,
comme dansl'expériencedes7e et 8eannées, ildoit fairepartied'unestratégie qui tient compte
des mentalités et qui vise à les transformer par l'action. Il doit être un appel au dialogue entre
l'école et son environnement.
- Le Kenya269 est l'un des pays d'Afrique qui a la plus longue expérience du
fonctionnement des écoles secondaires techniques, instituées dès le début des années 60. Les
écoles offraient trois années d'études : un enseignement général pendant les deux premières
amiées et la formation artisanale pendant la troisième année. Les autorités kenyanes ont
développé notamment l'enseignement du travail du bois et des métaux, introduit des cours
d'agriculture, et révisé l'enseignement des sciences, de la géographie et autres matières. La
formationprofessionnelleàl'écoles'estrévéléeextrêmementcoûteuseets'estheurtéeàunautre
gros obstacle : le manque d'enseignants bien formés.
Cela devrait servir d'avertissement, le chômage des jeunes ne peut pas être vaincu par la
seule modification du contenu de l'enseignement, ce qui ne veut pas dire que ce contenu
n'importe pas. Des lacunes dans ce domaine et la structure de l'enseignement et de la formation
269Bix : "Emploijevenus et égalité", Genève, 1972.
risquent d'accroître la gravité du problème. L'introduction du travail manuel dans les
programmes scolaires apparaît comme un moyen d'accroître l'efficacité de l'enseignement. Le
travailproductifdoitêtreconsidérédans laplupartdespaysd'AfriqueauSudduSaharacomme
unenotionfondamentalequidéterminelecontenudesmatièresetlesrelationsqu'ellesontentre
elles. Onluiaccordesouventuneimportancesecondaireparrapportauxmatièresvéritablement
scolaires, autrement dit celles dont l'apprentissage est sanctionné par un examen. L'activité de
production, en particulier le travail manuel, continue d'apparaître comme un moyen mineur par
rapport à l'activité intellectuelle. Les établissements dans lesquels l'accent est mis sur la
production sont considérés comme des institutions de second ordre qu'il faut éviter de
fréquenter dans la mesure du possible.
Nous sommes persuadés qu'il est temps de prendre conscience du principe consistant à
associer enseignement et production afin de dépasser les frontières artificielles du monde de
l'enseignement et d'établir de nouveaux rapports entre apprentissage et travail, entre travail
manuel et travail intellectuel. Comprendre ces enjeux peut entraîner un rapprochement entre
apprentissage et activité productive.
Lanécessitéd'associeréducationetproductions'imposedèslors qu'ilexistedanslesfaits
une séparation entre l'un ou l'autre domaine. Dans la société traditionnelle africaine une telle
séparationn'existepas.L'apprentissagesefaisaitdans lecadredelacommunauté,aurythmede
la vie sociale et des travaux quotidiens. La distinction entre éducation et production découle de
la disparition des modes traditionnels de production. Le phénomène persiste du fait de
l'inadaptation du système éducatif qui impose une relation abstraite (sans rapport avec les
réalités locales), dont le corollaire est l'enseignement tout aussi abstrait dispensé dans les
écoles.
Rappelons qu'en Europe la distinction opérée dés l'origine entre éducation et production
coïncide avec la destruction des formes traditionnelles de production et de vie communautaire
au cours de la période d'"accumulation primitive" du capital. L'absence d'éducation n'est
devenue un problème qu'au moment de la révolution industrielle. Cette distinction s'était
manifestée au niveau social dans les attitudes adoptées vis-à-vis du travail, de la distribution de
revenus et des investissements.
En Afrique au Sud du Sahara, l'attitude de l'État vis-à-vis des nouvelles options n'est pas
la même. La décolonisation des cerveaux et l'instauration d'un nouveau type d'éducation non
elitistefontpartieintégrantedelaluttedelibérationmenéedanslespaystelsquelaTanzanie,le
Zimbabwe:latransformationdusystèmeéducatifestinscritedanslesorientationsdespouvoirs
publics, des organisations de masse, et il arrive que des innovations naissent des systèmes
éducatifs eux-mêmes. Le programme de "l'éducation pour l'autosuffisance" de la Tanzanie, la
croisade nationale d'alphabétisation en sont l'illustration. Cependant, le fait qu'il existe une
volontépolitiquede changerlesystèmeéducatifn'impliquepas quelesproblèmes élémentaires
soient réglés.
Face à cette alternative, la seule issue acceptable est de refuser le dilemme et de trouver
un moyen d'allier la sensibilisation de la population et la formation d'un grand nombre
d'experts.Pendant la période de transition, les différents modes d'enseignement doivent être
considérés comme les composantes d'une stratégie globale et intégrée del'éducation au service
du développement socio-économique. Il importe de considérer que tous les types
d'enseignement scolaire et extra-scolaire sont étroitement liés et concourent à la réalisation des
mêmes objectifs socio-économiques, à savoir permettre aux individus de maîtriser sur le plan
de la gestion et sur le plan technique, etc.
14 - L'EXPÉRIENCE INDIENNE DE L'APPRENTISSAGE RÉMUNÉRÉ
Le plan Ghandi s'écartait radicalement du système éducatif anglais existant, et était
centrésurl'artisanatetorientéverslesbesoins sociaux.L'objectifnationald'unevievillageoise
paisible a fait place à celui d'une nation industrialisée sur le modèle occidental, ainsi le plan
d'éducation de base envisagé par Ghandi ne pouvait guère correspondre à cet idéal.
L'expérience de MADHYA PRADESH270. est mie innovation dans le cadre ghandien.
Elle est fondée sur l'artisanat et permet aux déshérités d'apprendre, tout en gagnant leur vie. Il
convient de souligner que la majorité des indiens sont trop pauvres pour apprécier l'éducation
pourelle-même.Parconséquentcetteinnovationcorrespondàlafoisaubesoinfondamentalde
gagner sa vie et au besoin de l'éducation. L'expérience a eu l'approbation de toutes les couches
de la société indienne. Cette expérience tire sa valeur du fait qu'elle a été préparée et appliquée
en fonction des besoins réels. La décision d'entreprendre un programme d'apprentissage
rémunéré a été prise par une administration éclairée, qui a tenu compte des handicaps dont le
plan ghandien a souffert.
En premier lieu il fallait surmonter les problèmes suivants :
le manque de fonds pour financer un programme de professionnalisation de
l'enseignement en particulier pour l'achat de matériel et le paiement de subsides aux élèves en
échange de leur travail ;
le manque de débouchés pour la vente de produits finis ;
- l'effectifinsuffisantdepersonnelimaginatif.L'administrationachoisipourl'expérience
deux types de centres :
270
R. P. SINGH "Une expérience indienne d'apprentissage rémunéré", Perspectives, vol.XII, n°4,1982.
les établissements de formation pédagogique pour l'éducation de base, conçus selon les
idées de Ghandi (trainiiig-cum-production) ;
lescentresdeformationdeproductiondanslesécolesprimairesetsecondairesexistantes.
Une deuxième décision avait trait au choix des produits fabriqués. Les biens qui seraient
produits dans ces centres ne seraient pas capables de concurrencer les produits fabriqués à la
machine, il fallait choisir uniquement des produits qui puissent d'une part être fabriqués par les
enfants après une formation minimale et d'autre part, trouver un marché. Le ministère avait
choisi dans un premier temps les bâtons de craies, les nattes, ainsi que les chaises et les tables.
Le choix de ces produits présentait les avantages suivants :
- le ministère n'a pas à chercher un marché puisqu'il est à la fois client et fournisseur ;
- l'État a un nombre insuffisant d'instituteurs qui peuvent en même temps surveiller la
production et former les élèves ;
- les objets en bois sont plus faciles à manier que les autres et leur entretien est peu
coûteux ;
- les enfants peuvent facilement apprendre à fabriquer les battons de craie et les
tapis ;
- comme il n'y a pas d'heure fixe pour le travail, les enfants peuvent le faire au moment
qui leur convient (pendant qu'ils ne sont pas retenus par les occupations familiales) ;
- la production de biens implique un stimulant monétaire, mais celui-ci est lié à
l'instruction.
A - L'évolution du projet
Danslapremièrephaseduprogramme,613tapiset215boitesdecraiesontétéfabriqués.
Le ministère achetait les produits qui présentaient une qualité similaire à celle du marché.
Dansladeuxièmephase:leprojets'estdéveloppéetlenombredecentresestpasséà101.
Lesinstituteursontreçuuneformationencoursd'emploipourrépondreauxbesoinsdesélèves.
54 écoles de filles ont eu pour mission de fabriquer des bâtons de craies et la fabrication des
tapis a été réservée aux garçons.
Au cours de la troisième phase : la préparation de la cire à cacheter a été ajoutée au
programme.
Au cours de la quatrième phase, afin de généraliser l'enseignement élémentaire, une
formule d'éducation non formelle a été incorporée au plan ; 19 centres ont été ouverts
spécialement pour les enfants les plus pauvres.
Pour la cinquième phase, on prévoit d'introduire la menuiserie ou la fabrication de
meubles dans les régions où il y a du bois. Étant donnés la demande et le fait que MADHYA
PRADESH possède la forêt, l'addition de la menuiserie au projet est raisonnable.
B - L'originalité du projet
L'objectif du projet était le suivant : les enfants du groupe d'âge 9 à 14 ans devaient être
atteints par le programme. Ceux qui ou bien ne sont jamais allés à l'école, ou bien ont
abandonné au bout de quelque temps.
Les coursde5 années étaient condensés sur2années. Il fallaitfournir un enseignement à
des heures qui conviennent à la fois aux enfants ayant abandonné l'école et ceux qui n'y étaient
jamais allés.
L'enseignement vise à inciter les enfants à rejoindre le système normal, quand ils le
désirent, ils peuvent entrer dans des classes postscolaires ordinaires. Cet enseignement est en
quelque sorte une passerelle permettant à ceux qui ont abandonné l'école et aux autres de
rejoindre la filière principale du système scolaire.
Plusieurs caractéristiques originales du système d'éducation non formelle du MADHYA
PRADESH sont à remarquer :
- les cours de 5 ans sont condensés sur 2 ans ;
- les classes ont lieu au moment et dans l'endroit choisis par les élèves ;
- on utilise les écoles, les personnels et matériels existants ;
- l'instituteur est entièrement libre de varier son rythme d'enseignement en fonction des
besoins des élèves ;
- le système ne comprend pas de classes, les élèves sont classés individuellement ;
- le système non formel coûte moins de la moitié du système officiel (102 roupies contre
41 roupies pour le système non formel).
Les résultats sont encourageants, 51 000 élèves n'auraient pas atteint le système formel
sansuntelprogramme.Ondoutaitdelaqualitéet de lavaleurmarchandedes produits,les faits
ontdémenticescepticisme.Leministèreestmaintenantcapabledepercevoirunrevenude15%
sur le capital avancé et vend en outre ces produits à des prix compétitifs. Il couvre sans aucune
difficulté ses propres besoins. Les élèves ont commencé à fréquenter l'école parce que pour la
première fois, ils pouvaient sans travailler au-dehors, compléter les maigres revenus de leur
famille. Leur motivation est telle que l'école doit rester ouverte de 8 heures à 22 heures. Les
instituteurs sont aussi heureux parce qu'ils perçoivent un supplément de traitement.
Les facteurs de succès sont les suivants :
- la démarche provient des élèves et de leurs parents puisque le programme ne leur a pas
été imposé ;
- le programme est financièrement autonome ;
- les enseignants comme les enseignés ont acquis du prestige dans la société ;
- la discipline est librement acceptée.
Autres raisons du succès déjà mentionné en haut, c'est que le projet est fondé sur une
étude des besoins : le ministère a fait preuve d'imagination et a modifié sa réglementation pour
tenir compte des conditions nouvelles.
Le ministère a préparé quelques autres projets sur les besoins de la population, par
exemple : deux plans d'alphabétisation des femmes "Panghat" et "Mahabharti" ont été lancés.
L'idéefondamentaleestd'adapterlesprogrammesscolairesàl'emploidutempsetauxgoûtsdes
femmes. Le plan d'introduction de l'enseignement technique dans le système éducatif se
poursuit actuellement.
Une articulation très étudiée entre les systèmes d'éducation scolaire et non scolaire peut
mener à une répartitionplus efficace du fardeau del'instruction. Une fois fixés lesprogrammes
d'éducationdebase,seprésentepourdenombreuxpayslatâchecritiquequiconsisteàélaborer
la formation professionnelle quidoit faire suite à cette éducation. Cette formation peut être très
diverse - en cours d'emploi - brefs stages dans des centres de formation professionnelle, etc.
Elle peut commencer aussitôt après l'éducation de base ou dans les années qui suivent.
L'éducation de base peut se révéler beaucoup plus rentable que la copie d'un enseignement
scolaire ou d'établissements de formation du premier ou second cycle.
Nous proposons de donner plus d'importance à l'éducation de base, en vue d'élargir le
champd'action et d'enprolonger ladurée, mais à conditionqu'ellesedistingue radicalementde
l'enseignement classique, tant dans ses perspectives que dans son contenu. En concevant les
programmes, les travaux pratiques du cycle de base en tenant compte de la situation actuelle
dans le S.I., la productivité s'en trouverait augmentée, les revenus réels progresseraient non
seulement pour le S.I., mais pour l'ensemble de l'économie.
SECTION II : LA FORMATION PROFESSIONNELLE POUR LE Si
Nous partirons de l'hypothèse que la formation est un instrument pouvant servir d'appui
ou de catalyseur parmi d'autres actions pour dynamiser le secteur informel. Elle est un volet
important de l'aide au Si.. Elle passe par une organisation des métiers et un regroupement des
artisans.
La formation au sens large s'applique à tout transfert de connaissances, de qualifications
ou d'attitudes, prévu pour préparer les gens à l'exercice d'activités productives ou pour changer
leurcomportementautravail.Ellepeutconcernerceuxquil'abordentpourlapremièrefois,tout
comme ceuxquitravaillentdéjàdansledomaine.La formation peut englober les qualifications
techniques ainsi que les compétences en gestion, etc. C'est une sphère d'intervention possible
dans le secteur informel. Il ne faut pas oublier, comme nous l'avons vu, que certaines
possibilitésdeformationexistentdéjàdanslesecteur"Ilfauttoutd'abordremarquerqu'ilexiste
une formation professionnelle dans une partie de l'informel, par l'intermédiaire de
l'apprentissage" 271
.
L'hétérogénéité des entreprises, la différenciation existante à l'intérieur même des unités
(entreartisansetdifférentescatégoriesdemain-d'œuvre)sonteneffetdesélémentsàprendreen
compte, préalablement à la détermination de toute stratégie d'intervention dans le SX, en
matière de formation.
La formation destinée aux unités informelles doit être située par rapport aux variables
tantendogènesqu'exogènesausecteur.Leschoixpeuventconcernerlesentreprisesdelafrange
supérieure ou celles de la frange inférieure ; selon les cas l'intervention peut se situer sur la
capacité de gestion financière et comptable de l'entreprise, de maîtrise technique, etc.
Vu les différentes situations nous pouvons avancer comme hypothèse que les actions de
formation en faveur du S.I. doivent prendre en compte les intérêts des parties en présence. Il
s'agira donc d'une participation négociée avec les différents acteurs. Les relations entre le
système de formation scolaire et la formation extra-scolaire doivent être prises en compte. En
définitive, il s'agit d'une approche globale de la part des instances de prise de décision.
L'articulation des priorités socio-économiques du S.I. avec les autres priorités nationales
s'avèreunenécessitéfondamentale."Lescaractéristiquespropresauxrelationsentrecesacteurs
devraient tenir compte des interventions en formation, des modes d'organisation et de gestion
des programmes déformation, selon les objectifs assignés à une promotion du secteur non
structuré dans son ensemble ou de certaines de ses composantes
271
PENOUEL (M.) : "Enseignement technique et capital humain", CED, Université de Bordeaux 1,1988.
seulement. " 272
. En outre, la formation ne crée pas d'emplois, donc il faudra qu'elle soit
accompagnée des interventions visant à l'accès aux crédits, à la technologie, aux marchés, etc.
Ill - LA DEMANDE DE FORMATION DES ACTEURS DU SX
La demande de formation : dans toutes les activités les chefs d'entreprises souhaitent
recevoir une formation. La majorité d'entre eux souhaite davantage de formation à l'exception
de ceux de la préparation de la viande et du poisson (à peine plus de 20% la souhaitent). 82%
dans la réparation de postes de radio et de télévision, et 67% dans la réparation de voitures
souhaitent une formation supplémentaire. En règle générale les artisans veulent que la
formationportesurlesaspectstechniquesetdegestion.Lesjeuneschefsd'entreprisessontplus
nombreux à souhaiter une formation (70% contre 60% pour les plus âgés).
Mode de formation : dans toutes les activités les entrepreneurs préfèrent une formation
sous forme d'exposés et de démonstrations formelles. La formation assurée par des spécialistes
extérieurs vient en deuxième position.273
Les besoins en formation du S.I. peuvent être appréhendés à travers les réponses des
artisans concernant les aides possibles en matière de formation. La plupart des enquêtes
révèlent que les enttepreneurs ne perçoivent pas que les problèmes de fonnation affectent le
fonctionnement ou la croissance de leur unité. Généralement, ils citent les problèmes relatifs
aux inttants, le manque de capitaux et l'approvisionnement en matières premières, etc., leurs
difficultés étant selon eux d'ordres financier et commercial. A ce propos, CARTON formule
trois hypothèses pour expliquer pourquoi la formation n'est pas importante pour les petits
entrepreneurs.
Tout d'abord, il évoque la situation d'éducation-formation des entrepreneurs. Si on
considère que laplupartd'entre eux n'ont suiviqu'une médiocrescolarité et se sont formésdans
lesecteurlui-même,oncomprendpourquoilaformationn'apaslamêmesignificationouvaleur
que pour les personnes issues du système scolaire.
Lasecondehypothèserenvoieauxrésultatsdes politiqueséducativesdespays concernés.
L'évolutiondelasituationactuelleremetencauselefaitquel'éducationétaitconsidéréecomme
le meilleur moyen de la promotion sociale.
272
CARTON : op. cit. page 297.
273
Enquête OCDE : op. cit. page 251.
Un dernierphénomèneobservé est que danstoutes les villes d'Afrique au Sud du Sahara,
seule une minorité des artisans souhaitent changer de métier et/ou procéder à des
investissements supplémentaires (ils n'utilisent que partiellement leur capacité
d'autofinancement). Cette observation confirme le peu d'intérêt que portent les artisans à la
formation.
Avant de reprendre la problématique des besoins en formation, il convient de formuler
quelques hypothèses à propos des ouvriers et des apprentis.
Pour les artisans, les tâches actuellement remplies par eux-mêmes ainsi que par leur
personnel sont satisfaisantes, par conséquent une éventuelle qualification acquise par une
formationcomplémentairenesemblepasnécessaire.Lesrapportsinternesauxateliersentreles
différents partenaires peuvent éventuellement devenir objet de revendication par rapport aux
conditions de travail ou aux objectifs de promotion des salariés.
Dans l'hypothèse où la formation complémentaire des ouvriers et apprentis est acceptée
par les entrepreneurs, il reste la question de la reconnaissance de cette formation en termes de
salaires et de promotion interne. Il faudra donc trouver des arguments et des conditions
pratiques acceptables par les différents partenaires. Ces conditions et possibilités doivent être
concrètes pour les motiver.
Endéfinitive,pourlesdifférentsacteurs(entrepreneurs,ouvriersetapprentis)laquestion
estdesavoirsil'insuffisancedelaformation dansle S.I.estperçue commeunproblèmeparles
intéressés. Au cœur de cette interrogation se situe la négociation d'intervention en formation
dans le SX, compte tenu des objectifs d'amélioration de la productivité.
• Concernant l'intérêt des entrepreneurs pour un appui en formation, certaines conditions
doiventêtrerempliespourlesstimuler.Danspresquetouteslesenquêtesquionteulieudansles
villes d'Afriquefrancophone,lesentrepreneurs ont manifestéleur préférence pour laformation
technique et la gestion de l'entreprise, par contre la comptabilité quant à elle manque d'intérêt
pourlesartisanstoutsimplementparcequesasystématisationpeutdébouchersurlecontrôlede
l'entreprise par l'administration.
L'intérêt des entrepreneurs pour une éventuelle offre en formation a été testé lors des
enquêtes sur les villes d'Afrique francophone. A la question de savoir quels efforts d'ordre
financierlesartisansseraientprêtsàconsentirpourrétribuerlaformation;danstouteslesvilles
les artisans ont déclaré en majorité être prêts à ne consacrer qu'une somme minime, dans la
mesure où ceci ne semble pas permettre la résolution de leurs problèmes.
L'une des explications estdue au réflexede demande d'assistance gratuite fournie par les
autorités. La suggestion qui peut être faite à cet égard est que les formateurs soient des artisans
ou plutôt que ceux-ci deviennent au plus vite des maîtres d'œuvres de l'intervention afin de
mieux montrer l'intérêt de l'amélioration du fonctionnement des unités.
•Une seconde interrogation sur l'offre de formation au S.I. concerne le perfectionnement
des salariés. Dans la plupart des cas, il est évident que les ouvriers éprouvent des besoins en
formation complémentaire :
une offre en formation de type technique ou de gestion peut rencontrer un accueil
favorable de la part des ouvriers, toutefois cette hypothèse n'est valable que dans la mesure où
l'entrepreneur reconnaîtra l'utilité de la formation complémentaire. D'autre part la formation
supplémentaire peut servir d'instrument de mobilité socioprofessionnelle (par exemple avec la
création d'une nouvelle unité par le salarié) ;
la formation supplémentaire offerte doit être polyvalente et tenir compte de l'état des
relations entre ouvriers et artisans.
•La troisième hypothèse concernant l'offre en formation du S.I. concerne la formation
complémentaire des apprentis qui du point de vue quantitatif sont majoritaires, et dont l'avenir
du secteur dépend.
Ilressortdesétudesqueleproblèmequiseposeconcernantlaformationdesapprentisest
celui de la bonne volonté des artisans à autoriser les apprentis à suivre les cours de formation
complémentaires. Des possibilités variables émaneront de la position des artisans compte tenu
de la relation production-formation qui existe entre ces derniers et les apprentis, etc. On ne doit
pas ignorer la crainte des artisans de voir partir leurs apprentis et de les voir les concurrencer
grâce à leurs connaissances techniques nouvelles.
Cette situation peut comme dans le cas des salariés, déboucher sur une revendication des
conditions de travail, de durée de la formation, etc. En définitive le renforcement des
qualifications acquises et l'accroissement quantitatif de la main-d'œuvre ne peuvent recevoir
l'agrémentdesartisansque si uncertainnombredeconditions externes àl'unitésont satisfaites.
Un autre point fondamental à prendre en compte est l'organisation professionnelle des
artisans qui peut être un frein au développement de la formation. Les structures mises en place
dans le cadre des interventions en formation, pourraient contribuer à résoudre également
d'autres problèmes qui se posent aux unités. En dehors des tontines la majorité des artisans
n'appartiennentàaucuneorganisationsocioprofessionnellemoderneoutraditionnelle."Chaque
artisan vit donc indépendamment sur le plan professionnel, dans la mesure où leur situation
actuellenenécessitepasdecoopérationdamlaprofession".L'échecdesformesdecoopératives
danslepassérenforcelaréticencedesformesassociatives et faitquel'intérêtd'uneintervention
selon la formule associative n'est pas perçu par les acteurs.
L'expérience montre que la formation au travail dans le S.I. devrait être
fondamentalement différente de la formation au travail dans le secteur moderne."La formation
au travaildamle S.I. devrait être conçuede manière assezlargepours'appliquer àtouttransfert
méthodique de connaissance ou de qualification utilisée pour se procurer un
revenu : c'est-à-dire comme un investissement. Il n'est pas nécessaire que la formation
évoque l'école ou soit toujours désignée sous ce vocable, elle peut échapper à l'emprise de
l'État,engloberlesanalphabètes,nepastenircomptedesfrontièrestellesquecellesquiexistent
entre les qualifications techniques et les capacités de gérer l'entreprise, elle peut surgir à
n'importe quel moment de la vie : tôt ou tard, c'est malgré tout une formation"274
. Les deux
typesdeformationcoexistentetnesontpas appropriées.LaformationautravaildansleS.I.est
caractérisée par un lien étroit avec la production.
L'un des concepts les plus adaptés, conçu par le BIT pour intervenir sur le plan de la
formation au S.I., est celui de l'autoformation assistée, celui-ci mériteuneattention particulière
que nous allons présenter.
IL2 - LES OBJECTIFS DE LA FORMATION
Laformationprofessionnelleestcomplémentaired'unenseignementscolaireinadapté,et
est destinée à combler ses lacunes. Notre époque ne peut plus se satisfaire d'un système fondé
sur l'acquisition de connaissances pendant les années d'enfance et d'adolescence, puis sur
l'utilisation pendant l'âge adulte. Il importe que l'éducation soit complétée par une formation
permettant de perfectionner les connaissances et de favoriser l'adaptation de la main-d'œuvre
aux nécessités de l'économie moderne.
Si l'orientation des jeunes scolarisés retient l'attention des chercheurs et suscite l'intérêt
des pouvoirs publics, aucune théorie de l'adaptation et de l'orientation professionnelle et des
choix des jeunes non-scolarisés n'existe actuellement. Les difficultés des jeunes mis au travail,
autrefois à 14 ans, aujourd'hui à 16 ans, ne peuvent cependant pas échapper à une époque où
l'emploi et les possibilités de formation reposent sur la formation. Or, il faut considérer la
carence des services publics en ce domaine.
Lecadrejuridiquedel'institutiondel'apprentissageprocédaitd'uneconceptionarchaïque
ne répondant ni aux nécessités économiques actuelles, ni aux impératifs qui commandent de
préparer des professionnels qualifiés dotés d'une formation suffisante, aptes à trouver
immédiatement un emploi. Dans cet esprit le législateur doit poser comme principe que la
formation professionnelle est une "obligation nationale". L'État doit prendre l'engagement
d'assurer aux jeunes travailleurs une "formation initiale" suffisante pour remplir les objectifs
qu'ils'était fixé, notamment en matière de promotion sociale,cequiimpliquel'élaborationd'un
statut plus réaliste et mieux adapté à l'apprentissage.
La formation destinée au S.I. vise les objectifs suivants :
274 FLUITMAN (F.) : ‘’La formation au travail dans le S.I : un sujet à l’ordre du jour’’, BIT, Genève, 19893.
- permettre aux acteurs du S.I. d'accéder à des compétences simples du type gestionnaire
ou technicien afin d'améliorer le fonctionnement des entreprises ;
- elle doit permettre aux apprentis d'élargir leur horizon de formation technique en leur
offrant des sessions de perfectionnement technique nécessaire ;
- stimuler la fabrication d'outils et d'équipements relativement simples par le S.I. ;
- stimuler le développement de nouveaux produits ;
- assurer la transmission des qualifications appropriées ;
- déclencher la mise en forme d'organisations basées sur une autogestion, une
autoformation.
Sur le plan économique, le progrès technique entraîne une augmentation continue de la
proportion des emplois qualifiés et une élévation régulière du niveau de qualification pour un
emploidéterminé.Ilapparaîtainsiquel'expansion,lamodernisationet,partant,lacompétitivité
sont commandées par l'existence d'un appareil de formation. Or l'organisation de
l'apprentissage est loin d'atteindre ces objectifs. S'agissant de l'apprenti, la formation dispensée
n'étaitplusassezgénéraleetne luipermettaitpasdedominerson futurmétier.L'apprentin'était
qu'un façonnier habile, incapable dans l'avenir, de se reconvertir à une autre activité.
Le maître d'apprentissage, en raison de l'évolution rapide de la technique, ne parvenait
pastoujoursàdispenseràsonapprentil'enseignementlemieuxadapté,carilneconnaissaitpas,
le plus souvent, ou ne disposait pas d'un matériel moderne. L'apprentissage doit donc être
organisé de manière à ce que le jeune apprenti ait dans une certaine mesure conscience d'être
engagé dans la vie active. La formation qu'il reçoit doit développer son aptitude à tirer profit
d'actions ultérieures de formation professionnelle.
En vue d'atteindre ces objectifs, les interventions peuvent être articulées autour de deux
idées de base :
la formation de l'apprenti s'effectuant en partie dans l'atelier et en partie dans des centres
de formation d'apprentis conventionnés et contrôlés par l'État. Cette mesure entend ainsi
uniformiser les conditions de l'apprentissage et simplifier son mécanisme en le confiant à des
organismes répondant aux normes légales. Le contrat d'apprentissage devient une variété du
contrat de travail, l'apprenti bénéficiant d'un statut de salarié.
1) Les objectifs à poursuivre relèvent de la mise en place d'une politique visant à long
terme la définition de priorités favorisant la production des biens et services en provenance du
S.I.
Il convient de souligner que toutes les interventions sur les facteurs internes du S.I.
doivent être conditionnées par le fait que l'amélioration des capacités de production, tout
comme les comportements des différents acteurs, n'est viable qu'à long terme.
La formation professionnelle pour le S.I. vise à accroître la capacité de production. Elle
peut favoriser la création et l'utilisation d'une technologie adaptée aux exigences de la
production, tout comme elle peut préparer les acteurs à mieux rentabiliser l'outil de production
disponible ou à le créer. Cet argument est valable pour le chef d'entreprise qui a besoin
d'améliorer sa capacité dans le domaine de la gestion et de la technique, et pour le personnel
(ouvrier et apprenti) dont il faut renforcer les qualifications.
Les actions opérationnelles doivent être concrètes et fondées sur une participation des
artisans, ouvriers et apprentis. Elles doivent d'autre part éviter de mener à une spécialisation
accélérée des fonctions de l'entrepreneur.
Deux arguments peuvent guider les objectifs d'intervention : le souhait des individus
concernés et des priorités sectorielles.
Lesouhaitdesacteurs:l'investigationempiriqueeffectuéeen1982permetdedégagerles
observations suivantes (voir graphique ci-dessous).
(graphique n°14)
Source : OCDE, Paris, 1994.
Le souhait d'améliorer les qualifications techniques et la formation aux méthodes de
gestion a été exprimé par la plupart des entrepreneurs. Ces derniers restent indifférents sur le
choix entre une intervention par le biais d'un centre de formation de l'Etat et une aide par
l'intermédiaire de spécialistes itinérants. Les artisans souhaitent en réalité que "l'aide s'effectue
Souhaits des entrepreneurs en matière de fonnation. -
Formation technique Gestion, Compta. Perfectionnement
Ne souhaite pas
et générale Marketing technique déformation
32-41 ans
Moins de 28
ans
dans le cadre de structures fiables, niais relativement souples, décentralisées et s'efforçant de
respecter l'individualisme des individus" 219. Il faudra avant tout créer une motivation
suffisantechezlesentrepreneursettravailleurspourdéclencheruneattitudeparticipativeetune
prise en main de la formation par les intéressés eux-mêmes.
Les priorités sélectives : De l'hétérogénéité des activités informelles découle une
contrainte de sélection des branches. Conformément aux résultats des enquêtes et aux besoins
des intéressés il se dégage que les branches professionnelles telles que la menuiserie de bois et
métallique (soudure, ferronnerie...) permettent la mise en route d'un processus d'intégration
horizontale des unités.
L'approche par produits ou groupes de produits prioritaires semble la meilleure pour
garantir que la formation soit orientée vers les activités de production de biens et services tout
en ouvrant des perspectives élargies à la polyvalence des qualifications des producteurs.
II.3 - LES MODALITÉS DE LA FORMATION
A - Le regroupement des artisans
Laplusgrandepartiedesentreprises fonctionnentavanttoutsurunebasead.hocquis'est
révélée satisfaisante dans le court terme, non seulement au niveau des entrepreneurs, mais
également sur le plan de la contribution en matière d'emploi, de formation et de valeur ajoutée.
Il n'est pas certain que ce dynamisme de croissance puisse se maintenir à long tenue, car les
indicateurs disponibles ne suffisent pas à justifier la rationalité économique du système
compétitif avec celle appliquée par le secteur moderne. L'enjeu est en effet important, ce
secteur doit continuer sa tâche de contribution sociale, il n'est pas certain non plus qu'il ne la
poursuive pas, quoi qu'on lui fasse ou ne lui fasse pas, il a derrière lui déjà une tradition
d'adaptation aux contraintes et difficultés exogènes et endogènes à son système qui ont assuré
sasubsistancemalgréunmanqueeffectifdevisionlongitudinaledesonproprefonctionnement.
Plus précisément, concernant la formation, NIHAN275. écrit : "Est-il certain qu'au plan
économique agrégé il y ait intérêt à pousser l'entrepreneur à modifier sa propre vision du
fonctionnement de l'entreprise, car à quel point se situe l'équilibre entre l'avantage comparatif
provenant de la polyvalence de fonction et de production présenté et les avantages que
procureraient une efficacité accrue de la gestion, et par là, une maximisation du rendement de
275 NIHAN (G.) et DEMOL (E.) : "Le SI. 'moderne'de Yaounde (Cameroun)", BIT, Genève, 1982.
279 LACHAUD (J.-P.) et PENOUEL (M.) : "Le développement spontané, les
activités informelles en Afrique", Ed. Pedone, Paris, 1985.
l'entreprise exigeant une spécialisation accrue aussi bien des tâches que des produits ? La
contribution présente du secteur à la société est réelle et originale. Est-il nécessaire d'en forcer
le cours du développement alors que les indicateurs disponibles en montrent une croissance et
que ses participants ne paraissent guère préparés à une accélération de celle-ci".
Il s'agit d'élaborer une stratégie d'intervention qui tienne compte à la fois de la légitimité
d'un appui, de la position des artisans par rapports aux interventions et de l'intérêt pour une
formule associative. La formation peut catalyser l'organisation professionnelle des artisans.
Celle-ci ne doit pas ici être envisagée en soi, mais doit tenir compte des problèmes
socio-économiquesquidébordentlechampderesponsabilitédes entrepreneursdu S.I..Hs'agit
donc de faire percevoir les problèmes par les intéressés et de leur faire comprendre que la
résolution de ces derniers passe par leur organisation.
L'intervention en formation aura des possibilités de réussite, uniquement si elle permet
aux artisans de prendre conscience de la force qu'ils peuvent représenter s'ils s'associent plus
étroitement pour appuyer la mise en œuvre des mesures d'aide à leur secteur.
La participation des intéressés à la résolution de leurs problèmes, ainsi que leurs efforts
d'initiative ne peuvent être atteints que par la mise en place des associations d'artisans. Cette
démarche doit aboutir à l'autoformation du groupe.
B - Organisation des formations
La formation doit être envisagée sous l'angle extra-scolaire, compte tenu des ressources
disponibles, des possibilités correspondantes et des besoins du S.I. Vu le nombre pléthorique
d'individus qui occupent ces activités, les moyens de masse comme la presse, la télévision, la
radio peuventêtrenécessairespour certainstypesde cours. Des dispositifs souples doivent être
envisagés pour répondre aux cas particuliers des groupes bien ciblés, tout comme l'utilisation
des institutions de formation professionnelle existantes.
La détermination des groupes cibles en fonction de certains critères tels que la
caractéristique de l'emploi, le domicile et l'horaire de travail, est une première condition, tout
comme la sélection des branches de production et des services. Les clubs sportifs, les
organisationsdequartier,lesgroupesparoissiaux,etc.,peuventaiderauxchoixdesparticipants
à un programme de formation.
La mise en place des centres mobiles ou semi-permanents, et le choix d'horaires adaptés
aux longues journées de travail dans les activités, doivent être envisagés. Il faudra aussi
formuler les aspects matériels de l'amélioration des qualifications.
Les actions de formation peuvent toucher les groupes, les individus, les analphabètes ou
les instruits, et peuventsedéroulerdans des salles de classe,dans les ateliers ou àl'extérieurde
ceux-ci.Lesprogrammesdeformationpeuventcontribueràprendreconsciencedes contraintes
tant internes qu'externes, en vue d'améliorer la productivité, d'introduire des techniques
appropriées ou encore d'obtenir des crédits. La conception et la mise en œuvre des actions
doivent être souples.
L'évaluation des besoins de formation doit correspondre aux intérêts et aux aptitudes des
intéressés. Deux étapes sont nécessaires :
- cibler le groupe (tous les opérateurs économiques de l'atelier sont concernés) ;
- cibler les personnes individuellement.
Les procédures pédagogiques devraient autant que possible refléter ce que les stagiaires
et les employeurssont capables de donner et de recevoir. La formation doit être dispensée dans
un langage que les intéressés doivent comprendre facilement. Les expériences montrent qu'il
faut un climat de confiance entre les formateurs et les intéressés. Les projets de formation
peuvent former eux-mêmes leurs formateurs, exemple, des maîtres-artisans ou des anciens
stagiaires qui peuvent être recrutés comme formateur. Il faudra améliorer leur qualification et
leurs qualités pédagogiques.
Dans la perspective de dynamisation des activités informelles une structure d'appui en
termesderessourcesetpersonneldoitêtreconçue.Toutd'abordlamiseenplaced'unestructure
centrale devra permettre l'approche et la stimulation des acteurs concernés à travers la mise à
disposition d'un minimum d'avantages pour les artisans et les travailleurs.
Aceteffet,danslecasduSI.àBangui,lacréationd'uncentredeformationprofessionnel
(destiné aux activités du secteur informel) s'avère essentielle au sein du quartier KM5276
. En
conséquence,on peut prévoirune approche décentralisée vers les quartiers à forte implantation
artisanale tels que Fou, Boyrabe, Lakouanga, Combattant277
... ainsi que la mise en place d'une
structure d'appui centrale.
Il est indispensable d'envisager la mise sur pied d'une telle structure d'appui centrale si
l'on veutquela dynamique créée au niveau des ateliers, en termes demodifications apportées à
l'organisation de la production, puisse être amplifiée sous le contrôle des artisans.
Pour nous résumer le tableau ci-dessous récapitule les objectifs, l'organisation et les
caractéristiques de la formation destinée au SI..
276
KM5 : 3ème arrondissement de la ville de Bangui, poumon du SX.
277 Quartiers où domine l'activité informelle.
Source : FLUITMAN, BIT, 1990.
Nous retiendrons comme instrument d'amélioration des capacités des artisans et de viabilité des entreprises :
l'autoformation assistée.
Profil de la formation au travail (tableau n° 68)
FORMATION AU TRAVAIL DANS
LE S.I.
FORMATION AU TRAVAIL DANS
LE S.M.
BITS ET OBJÉCTIFS DE LA
FORMATION
•Solution propre à absorber les
excédents de main-d'œuvre
•Préparation à l'exercice d'un emploi
indépendant dans une petite entreprise
•Satisfaction de la demande des
consommateurs locaux
•Accroissement du bas niveau de
productivité et de revenus
•Réalisation d'un changement
marginal dans le comportement au travail
(tâche, qualification)
•Attente des résultats immédiats
•Solution propre à résorber les
pénuries de main-d'œuvre
•Préparation à l'exercice d'un emploi
salarié dans les moyennes ou grandes
entreprises ou dans la fonction publique
•Satisfaction de la demande sur les
marchés nationaux et internationaux
•Contribution à la croissance du S.M.
•Réalisation d'un progrès marqué
dans le comportement au travail (métier,
occupation)
•Attente de résultats à moyen et long
terme
ORGANISATION ET GESTION
•Initiative non gouvernementale
•Importance du rôle des ONG
•Décentralisationdelaplanificationet
de la prise de décision (de bas en haut)
•Participation du groupe cible à la
prise de décision
•Dépendance à l'égard des ressources
locales
•Évaluation des besoins fondée sur
desenquêtesauniveaumacro-économiqueet
au niveau de la communauté et du marché
•Initiative gouvernementale
•Effacement du rôle des ONG
•Centralisation de la planification et
de la prise de décision (de haut en bas)
•Pasdeparticipationdugroupecibleà
la prise de décision
•Dépendance à l'égard des ressources
nationales
•Évaluation des besoins fondée sur
des efforts de planification de la
main-d'œuvre au niveau macroéconomique
CARACTÉRISTIQUES DES
STAGIAIRES
•Relativement nombreux
•Personnes exerçant déjà une activité
y compris les apprentis
•Éventail des âges très ouvert
•Souvent recrutés parmi les moins
favorisés
•Pas nécessairement alphabétisés,
éventuellement déchets scolaires
•Motivés : le stagiaire voit dans la
formationlaseuleportedesortiequiluireste
pour améliorer son sort
•Relativement peu nombreux
•Adolescents non compris dans la
population active
•Éventail des âges fermé
•Rarement recrutés parmi les moins
favorisés
•Doivent savoir lire et écrire et
posséder un certificat scolaire
•Pas tellement motivés : l'élève
incapable de poursuivre des études
classiques considère la formation comme un
pis aller
CARÀCTÉRÏOTWS DE LA
FORMATION
•Conception et définition de la
formation large
•Accent mis sur le recyclage et le
perfectionnement
•La formation vient au stagiaire
•Instruction sur le tas, sur le lieu de
travail, en "conditions réelles"
•Acquisition des connaissances
fondée sur la pratique
•Recours aux messages audiovisuels
•Approche modulaire
•Séquence flexible
•Fondé sur la compétence et le
rendement
•Cours de courte durée
•Programme d'étude individualisé
•Centrée sur le stagiaire
•Savoir pour savoir-faire
•Conception et définition de la
formation étroits
•Accent mis essentiellement sur
l'accès au travail
•Le stagiaire vient à la formation
•Instruction hors emploi, en salle de
classe, sans entraînement sur le matériel
•Acquisition des connaissances
fondée sur la théorie
•Recours aux messages écrits
•Approche livresque (manuel)
•Séquence prédéterminée
•Durée fixe
•Cours de longue durée
•Programme d'étude type ! • Centré
sur le formateur
•Savoir pour- le "cas où"
•Stagiaire adapté au matériel
didactique
•Introduction à la technologie et aux
•Matériel didactique adapté aux
stagiaires
•La formation utilise la technologie et
les ressources locales
•Le formateur est souvent un
formateur (artisan, chef d'entreprise)
•La formation fait partie d'un
ensemble de mesures de soutien (crédits,
promotion)
•Coût par stagiaire peu élevé
•Coût élevé pour le stagiaire
•Facilités restreintes
ressources exogènes
: • Le formateur est étranger à la
communauté
:•Laformationn'estcorréléeàaucune
mesure de soutien
•Coût par stagiaire élevé
•Coût peu élevé pour le stagiaire
•Larges facilités
Source : FLUITMAN, BIT, 1990.
Nous retiendrons comme instrument d'amélioration des capacités des artisans et de viabilité des entreprises :
l'autoformation assistée.
C - L'autoformation
Selon MALDONADO : "l’autoformation, assistée et nourrie partiellement d'un apport
extérieur,impliquel'emploid'uneméthodeparticulièreparlaquelleles acteurs duS.I.assument
leur propre formation et deviennent ainsi l'acteur de leur propre destin" 1Z3>. L'autoformation
repose sur deux principes ; la mobilisation croissante des ressources internes des petits
producteurs par un soutien systématique de leurs initiatives ; la prise en main progressive des
opérations de promotion du secteur par les bénéficiaires de la formation. L'aide doit s'effectuer
dans le cadre de structures fiables mais relativement souples, décentralisées et s'efforçant de
respecter les individualités. Plusieurs voies d'approche sont envisageables :
- l'utilisation des moyens de communication de masse peut contribuer à toucher les gens
difficiles à atteindre ;
-les réseaux mobiles de formation ouvrent la possibilité d'étendre la portée des
institutions traditionnelles ;
- l'organisation des centres semi-permanents, des missions consacrées à l'enseignement
technique, des unités mobiles, etc., doit toucher des groupes homogènes ;
- il faudra aussi envisager au stade avancé de la formation, des programmes intégrants la
formation et la création d'emploi.
La collaboration avec les organismes internationaux de développement permettra de
bénéficier de leurs expériences.Il faudra développer des liens étroits avec les moyens
d'enseignement classique et extra-scolaire afin de garantir les niveaux de formation atteints .Le
système des certificats, s'ajoutant à d'autres mesures, offrirait quelques éléments d'appréciation
aux adultes disposés à consacrer du temps, et parfois, à payer des droits élevés d'inscriptions.
Inclure dans les programmes de formation, la formation technique, ainsi que
l'organisation et la gestion des petites entreprises. Du point de vue éducatif il faudra songer à
l'organisation du secteur visé à rendre les intéressés conscients des avantages nouveaux de leur
association. En dernier lieu, il ne faut pas oublier le reclassement des activités les plus
marginales.
Les études sur le S.I. révèlent l'importance des comportements individualistes et la
sensibilitédesartisansenverstouteformed'interventiontropformelle.Pourcelailfaudraavant
tout créer chez les artisans et les travailleurs, une motivation suffisante afin de déclencher une
attitude participative. Dans cette perspective, la mise en place d'une structure
283 MALDONADO (C.) : "L'auto-formation : concept et pratique. Programme d'appui
aux entreprises du SNS d'Afrique francophone", R.I.T., vol.127,1989.
d'appui, doit permettre la stimulation des entreprises retenues, en mettant à la disposition
des artisans un minimum d'avantages . En conséquence, il faut prévoir une approche
décentralisée vers les quartiers à forte implantation des activités informelles et la mise en place
de la base d'une structure d'appui centrale. La formation est conçue comme un processus à la
fois d'acquisition de connaissances et de prise de conscience des potentialités internes du
groupe concerné pour résoudre des problèmes identifiés par lui-même. Le processus ne se
limitepasàlaprisedeconscience,ildébouchesurl'action(recherchedemoyenspourmaîtriser
l'élaboration et la transmission de connaissances). Celle-ci englobe les divers aspects de la
"condition artisanale". Le petit producteur est saisi dans sa complexité, en tant que :
- technicien voué à la pratique d'un métier ;
- entrepreneur-gestionnaire dirigeant de son entreprise ;
- animateur de son propre milieu social.
Les incitations à développer doivent avant tout respecter la dynamique en cours dans la
mesure où toute modification brutale des comportements gestionnaires ou techniques créerait
des déséquilibres menaçant la polyvalence de la fonction et de la capacité qui découle de la
diversification de la production et de l'adaptation au marché. La nouvelle situation entraîne des
contraintesquinepeuventêtresurmontéesqueparuneorganisationsoupleetadaptéeattribuant
des responsabilités à chacun en fonction de ses compétences."L'apprentissage de la solidarité
économique entreartisans requiertdonc lamise en œuvredes formations spécifiques afinqu'ils
parviennent à animeret àgérer au mieux l'outil commun forgéavecleconcoursdechacun" 278
;
Contrairementauxinterventionsclassiques danslesquelleslaformationestentièrementperçue,
élaborée et transmise de l'extérieur aux "participants", l'autoformation cherche à intervenir en
prenant appui sur les capacités locales et les modes de transmissions de compétences que
l'artisanat met en jeu depuis longtemps.Toute intervention de type autoformation doit d'abord
favoriser la prise de conscience par les artisans de leur propre savoir et de ses limites, ensuite
faire appel aux compétences en provenance du milieu local. La formation technique dans le
contexte de ce programme d'appui se réfère à une pratique qui a les caractéristiques suivantes :
- en premier lieu, la formation est principalement empirique ;
- en secondlieu, elleest fournie surletasou dans un environnement detravailfamilier et
adéquat ;
- en troisième lieu, elle est dispensée sur une courte période ;
-en quatrième lieu, la formation établit des rapports étroits entre la demande du
marché et les contenus de la formation. L'autoformation assistée est un processus
278
MALDONADO (C.) : op. cit. page 320.
éducatifglobal qui vise à permettre aux bénéficiaires d'inventer leurs propres formes
d'organisation, leurs critères de décision et de priorité pour répondre à leurs besoins. La
méthodeconsisteàconcilierlespratiquesdesolidaritélocale,lesavoir-fairetraditionnel
et la maîtrise des moyens complémentaires pour accéder à un niveau plus élevé de
connaissance et de technique. Nous sommes dans la perspective du développement
endogène.
La participation de ces derniers à la conception de la formation est nécessaire, mais pas
suffisantepoursonsuccès. Lesfacteurs telsquela pertinence,l'opportunitéetlasouplessedela
formation sont autant de conditions indispensables au succès des opérations. On note une autre
difficulté d'ordre socioculturel : les mutations qualitatives s'opèrent dans un milieu frappé
d'analphabétisme. Résistance de certains patrons à la participation des apprentis au programme
parcraintedevoirleurautoritéremiseencause,etc.Unequestionresteposée:commentouvrir
une perspective d'avenir favorable aux apprentis sur le plan de leur insertion professionnelle
sans pour autant entraîner les effets pervers de la désagrégation des structures locales ?
L'intérêt des approches visant l'autoformation repose sur :
- Ymtetacùoïï sociale, génératrice de nouveaux sujets de communication et
d'interrogation ;
- la parfaite correspondance entre besoins ressentis et priorités retenues ;
- la recherche de solutions adéquates et la mobilisation de ressources disponibles
localement ;
- la meilleure maîtrise du patrimoine technique et technologique local ;
- la réduction des coûts ;
- l'introduction d'une grande souplesse dans l'exécution des décisions ;
- la possibilité d'étendre par la suite l'expérience rendant ainsi plus rentable et plus
durable des effets induits.
Nous avons constaté que le perfectionnement des ouvriers et la formation
complémentairedesapprentisn'intéressaientpaslesartisanspourdesraisonsderelationausein
des unités, voire de concurrence. L'intervention en formation doit tenir compte de l'état des
relations socioprofessionnelles existantes entre les différents acteurs. Une condition nécessaire
pour le succès de la période de formation dans les ateliers est le niveau d'éducation de base de
l'entrepreneur. Il faut trouver les arguments et les conditions pratiques acceptables par les deux
parties en fonction de leurs intérêts respectifs.Pour les ouvriers nous avons évoqué qu'en terme
qualitatif, leur situation est proche de celles des artisans, partant de là, un appui en formation
techniqueetengestionpourraaméliorerleurqualification,toutefoisresteouvertelaquestionde
reconnaissancedecetteacquisitiondeconnaissancesdupointdevueinterneetexterne.Pourles
apprentis la question devient pluscomplexe compte tenu du type de relations entretenues entre
les artisans et ces derniers, de leur disponibilité pour suivre ces cours, etc. Il faudra trouver des
mesures concrètes qui inciteraient les artisans à respecter des critères minimaux des conditions
derecrutement,deformationdansl'entreprise,etd'évaluationdesqualificationsacquisesparles
apprentis.
Ces objectifs ne peuvent être atteints qu'à long terme dans la mesure où le mode de
fonctionnementdusecteurtoutcommelesressourcesetlesstructuresaussibienquelesmoyens
font défaut. Dans le court terme, la mise en place de structures souples doit permettre de
répondre aux besoins des intéressés. Les structures devront être proches des préoccupations
socioprofessionnelles des individus en tenant compte de leur niveau d'éducation scolaire et
regrouper temporairement les apprentis. Des activités telles que l'alphabétisation peuvent être
développées tout en s'inspirant de l'approche évoquée.
Le financement des formations
Les résultats du rapport coût-bénéfice de la formation étaient toujours controversés, il
serait utile de procéder empiriquement et de suivre et maintenir un rapport entre les coûts
unitaires et les revenus escomptés des participants. Les politiques de financement doivent être
souples et envisager les systèmes de prêts aux individus les plus défavorisés. Les pouvoirs
publics doivent aussi contribuer à la formation pour qu'elle puisse toucher un grand nombre
d'individus.
Si l'effet de revenu n'est pas le seul avantage à retirer de la fondation, il peut cependant
constituer un indicateur de réussite. Pour vérifier que l'investissement dans la formation a été
bénéfique, on peut utiliser des critères de rentabilité simples (exemple ; si le problème ayant
motivé la formation a été ou non résolu). Le système de prêt aux stagiaires peut constituer un
compromis acceptable. Le recouvrement de coût ne signifie pas que l'État ne prenne pas partie
dans la formation.
D - Les expériences d'auto formation
Danslecadreduprogrammemondialdel'emploi,leBITainitiéuneffortparticulierpour
encourager les initiatives émanant des petits producteurs urbains au Mali, Togo et Rwanda. Le
programme fut établi avec les différents gouvernements et fut lancé en 1982.
Le programme comportait trois phases :
- une première phase expérimentale, de 18 à 22 mois, dont le coût total s'est élevé à plus
d'1 million de dollars ;
- une deuxième phase d'une durée de 3 ans basée sur l'évaluation des résultats de
la première phase et dont le coût total est estimé à 1,7 million de dollars ;
- une troisièmephase portant sur une duréede 2 ans (1986-88) avaitpour objectif
de préserver les acquis du programme tout en développant les compétences et
organisations de base à gérer leur propre affaire.
Les principaux promoteurs sont les institutions d'aide représentées par le BIT, la
Direction de la coopération (suisse) au développement et à l'aide humanitaire (DDA), l'Institut
universitaire d'étude et de développement (IUED), les organisations non gouvernementales
(ONG). Leprogrammes'estsituéparrapportauxinstitutionslocalesetatouchélespopulations
"cibles" qui sont des petits producteurs urbains dont les activités présentent un caractère
précaire et rencontrent beaucoup de difficultés pour jouer leur rôle de développement.
L'objectifduprogrammeétait de mettre en place un dispositif d'appui directaux activités
pour les aider à réaliser leur potentiel productif et lever les obstacles qui freinent leur
dynamisation. En règle générale le choix des activités a porté sur les biens et services dont
l'essor est lié à l'urbanisation, à la diversification ou à l'amélioration de la production. Le
programmeatouchélamenuiserie(boisetmétal),lesmaçons,lesélectriciens,lespeintres,etc.,
ainsi que les réparateurs de véhicules et d'autres métiers. Au total une trentaine de métiers ont
été concernés. Le programme a également touché les jeunes chômeurs et les femmes.
a - Le projet du Mali
Il s'agit de la présence aux cours destinés aux apprentis, de jeunes chômeurs désireux
d'apprendre un métier. Compte tenu des moyens et orientation du projet, on a limité la
formation aux apprentis dont le patron participait au projet. La formation des jeunes chômeurs
étaitconditionnéeparleuradmission,entutelle,chezunartisanquipouvaitlesacceptercomme
apprentis. On a favorisé les jeunes sans insertion professionnelle en les regroupant à moins de
cinq personnesdansdesunitésdeproduction à caractère associatif.Plusieurs études et activités
ont été menées. Deux d'entre elles méritent une attention.
•Définitiondel'espaceéconomiquepotentieldesmicro-entreprisesartisanalesàpartirdu
choixdesproduitsquecelles-ciseraientenmesuredefabriquer,comptetenudeleursavantages
comparatifs ainsi que de leurs capacités.
♦ La seconde recherche portait sur les apprentis et avait pour objet d'impulser une
démarche-action participative. Le projet avait favorisé la formation comme instrument de
négociationpermettantainsidefaireprogresser lesrelationssociales àl'égard des apprentis. La
problématique socio-économique des apprentis a été mis en lumière. Pour la formation des
apprentis, 7 axes stratégiques pour l'action ont été définis :
- donner la priorité à la formation des apprentis sur celle des jeunes chômeurs instruits ;
- continueràdévelopperlaformationdesapprentisparl'intermédiairedecelledesartisans
;
- soutenir la formation des apprentis par l'intermédiaire du conseil aux ateliers ;
- expérimenter et organiser cas par cas l'échange d'apprentis entre ateliers ;
- accompagnerl'élaboration etla mise en œuvredesprojets collectifs pris enmainpar les
apprentis ;
- programmer "à la carte" des activités de formation générale et théorique ;
- renforcer et favoriser tout ce qui contribue à faire du projet "un milieu éducatif.
Les deux premiers moisontsurtout été marqués parde fréquentes et multiples rencontres
sur le lieu de travail avec les menuisiers du bois, les menuisiers du métal, les tâcherons et les
maçons.Laformationetl'organisationdesartisansavaientcommencéàBamakoparunpremier
plan d'action semestriel qui visait la mobilisation des ressources nécessaires en vue de
surmonter le principal obstacle rencontré par les artisans : le manque de commandes. Une
évaluation à la fin du semestre a permis d'orienter les efforts sur trois lignes d'action :
assistance directe aux ateliers individuels d'abord, puis à des groupes constitués en
fonction de l'appartenance à un même quartier ;
recherche de marchés jusqu'alors hors de portée des artisans (substitution aux
importations, commandes de l'Etat, des organismes internationaux et des entreprises du secteur
moderne) ;
amorcedel'organisationdesintéressés parla miseen placed'un comitédegestion autour
de l'organisation d'un atelier d'appui doté d'un minimum d'équipement.
La première phase du projet : 1982-1983
Au cours des premiers mois, les visites d'ateliers et les activités de conseils techniques
auprèsdesartisansontétélargementexpérimentées.Celles-ciconcernentl'élaborationdedevis,
l'amélioration des procédés de fabrication moyennant l'utilisation plus rationnelle des matières
premières, une meilleure utilisation et l'entretien des outils, etc. L'assistance-conseil a opéré
comme le support d'une activité de formation technique ou théorique et a concerné à la fois les
patrons, les ouvriers et les apprentis.
Dans la première année du programme, les préoccupations des artisans en matière de
formation n'étaient pas ressenties comme essentielles. Ces derniers étaient plutôt préoccupés
par la définition d'une stratégie collective leur permettant de répondre à leurs intérêts et aux
besoins les plus urgents.
La formation a acquis par la suite une importance croissante, surtout lorsque les
groupements multimétiers ont eu accès à des marchés nouveaux de dimension moyenne,
exigeant une meilleure qualité de leurs produits et un partage de commandes entre plusieurs
ateliers. 44 nouveaux produits ont été conçus et font l'objet d'un manuel qui fournit les détails
sur les matériaux, les coûts et les instructions pour les formateurs, etc.
15outilset 10petites machines,dontdeux équipées demoteurs électriques,ont ététestés.
L'effort de diversification a permis aux apprentis et aux jeunes ayant échoué dans le
système scolaire de créer leur propre entreprise sans être directement en concurrence avec le
maître-artisan déjà établi. L'innovation au niveau des produits ou des améliorations de qualité
est devenue une composante essentielle de la production pour assurer la survie des entreprises
en place et la création d'autres.
Le projet a fourni une formation non seulement aux apprentis mais aussi aux artisans en
activité. La formation des apprentis était conçue comme un complément à leur formation sur le
tas, en relation avec celle de leurs patrons et en prise directe sur l'amélioration du
fonctionnement de leur atelier. Les formateurs sont issus du même milieu social et
professionnel.Lescoursthéoriquesalternaientavecdesexercicespratiquesenatelierousurdes
chantiers, tenant compte des différences de niveau d'expérience des intéressés. Les
enseignements étaient souples et centrés sur les problèmes réels à résoudre dans les ateliers
compte tenu des nouveaux produits fabriqués.
Cours de construction métallique
Ilsontattiréleplusgrandnombredeparticipants.Troisraisonsexpliquentlechoixdeces
cours :
- un marché en expansion attirant les nouveaux venus sur le marché du travail ;
- l'attitude la plus ouverte des patrons à se former et à permettre à leurs apprentis de
bénéficier d'une formation théorique et pratique complémentaire ;
- la présenced'un artisan animateur exerçant les fonctionsd'instructeur dans une écolede
formation professionnelle à Bamako.
Après de longues discussions l'animateur du projet a réussi à vaincre les réticences de
certainspatronsàdonnerà leursapprentislapossibilitédese formerhors deleurs ateliers.Lors
des remuons des évaluations qui ont eu lieu en présence des artisans, des chargés du projet et
desapprentis,denouveauxbesoinsen formation sont apparus. Les coursétaient simultanément
donnés en bambara et en français.
Cours de bâtiment
Aux cours de bâtiment assistent surtout les manœuvres et les maçons débutants mais peu
de tâcherons. La formation comporte des cours théoriques et des travaux pratiques sur les
chantiers dont l'attribution aux artisans a été obtenue par l'intermédiaire du projet.
Cours du mji^x!L d&
Ces cours visent autant l'acquisition de connaissances sur le travail du bois que la
fabrication d'outillage. Les cours sont dispensés à l'intérieur de l'atelier d'appui à l'aide des
machines et outils installés et avec la matière d'œuvre fournie par le projet. Les apprentis
fabriquent un double jeu d'outils : l'un reste leur propriété tandis que l'autre est vendu pour
augmenter le fonds de roulement de l'association.
Autotaldurantlapremièrephaseduprojet,206apprentisontparticipéauxdiverscours.A
un taux de 400 FM pour un dollar des États-Unis, le coût moyen par heurede formation était de
10,4 dollars.
Le tauxd'abandondescoursa étéde15% chezlesmenuisiers métalliques,de 5% chezles
maçons, et de 20% chez les menuisiers de bois.
Autres formations spécifiques
La transmission d'un savoir-faire particulier aux patrons (exemple de la fabrication d'un
certain type de pompe hydraulique). Trois fois par semaine des cours de comptabilité simple
étaient destinés aux patrons.
Soulignons toutefois une contrainte rencontrée au cours du projet : l'analphabétisation
générale du milieu artisanal, de ce fait des cours d'alphabétisation fonctionnelle avaient eu lieu.
Lesexposésetlesconférencesàl'atelier,l'échanged'expériencesavecles artisansd'autres
villes et d'autres pays, etc., ont relevé le niveau des connaissances et d'expériences sur le milieu
artisanal.
La deuxième phase du projet : 1984-1987
Elle a été marquée par la décentralisation du projet dans cinq communes de la ville de
Bamako et son rayonnement vers les villes secondaires. Le fait que la responsabilité de
l'animation au niveau des communes tende à reposer sur les artisans et que chaque groupement
de commune ait ses propres projets à concevoir et à mettre en œuvre a suscité des besoins de
formation de toute autre nature.
La formation pour l'auto-évaluation
Uneformationaétédestinéeàl'attentiondesdirigeantsdesassociations,desorganisations
de base et répondait à deux exigences : l'évolution des rôles au sein des associations et
l'appropriation croissante des dispositifs d'appui par les bénéficiaires.
Un processus d'auto-évaluation du projet fait partie du programme. Des outils
d'auto-évaluation (supports didactiques) ont été élaborés à divers échelons de l'organisation.
Des fiches étaient destinées à servir de guides et permettre de suivre les résultats atteints,
d'évaluer les réalisations et de ressortir les causes des écarts entre les prévisions et les
réalisations. L'impact de l'appui à l'auto-évaluation reste néanmoins modeste. L'absence d'un
support permanent localement implanté, la carence en animateurs compétents expliquent cette
situation.
Il s'agissait d'assurer la conduite des ateliers de formation à l'élaboration d'outils
d'auto-évaluation à divers échelons de l'organisation.
Toutefois l'impact de l'appui à Faut Orévaluation a été modeste.
La formation d'une équipe malienne d'animation
La démarche suivie répondait à la nécessité d'assurer une maîtrise progressive par les
artisans des fonctions de programmation, d'organisation et de gestion de leurs activités.
Des animateurs ont été engagés et un instrument de gestion ad.hoc pour les associations
fut élaboré. La démarche suivie répondait à la nécessité d'assurer une maîtrise progressive par
les artisans des fonctions de programmation, d'organisation ou de gestion.
Le rôle des animateurs était perçu comme un soutien à la promotion de toute activité
pouvant consolider les groupements d'artisans, leurs efforts d'organisation pour réaliser leurs
initiatives économiques et sociales. L'animateur travaille directement avec les artisans, "siège"
aux ateliers, assiste aux réunions inter-artisans, etc. Il bénéficie d'une connaissance en gestion
qu'il peut transmettre aux artisans. Les contraintes liées à l'extension des opérations dans les
autres villes ont amené à embaucher des animateurs externes.
Elaboration d'un système de gestion
Le projet a passé un accord avec l'Institut de Productivité et de Gestion Prévisionnelle
(IPGP) de Bamako. Cet accord visait l'élaboration d'un instrument de gestion fondé sur les
expériences en cours. Cet instrument de gestion a été testé par les groupements. Les
observationsetlescommentairesdes artisansont été considérés pourl'élaboration définitivede
l'IPGP.L'outilpermettaitl'initiationdesartisansàunsuivid'exploitationconcernantleursfonds
deroulement,lescotisations,lescrédits,leslocationsdemachinesetl'entretiendel'équipement
de l'atelier d'appui géré par chaque association.
Par la suite des animateurs et des artisans de chaque commune avaient pour mission
d'introduire cet instrument de gestion au niveau des groupements. Cela permettait à chaque
groupementdesuivrel'évolutiondesesactivités,sesétatsfinanciers... D'autrepartaétéélaboré
un instrument simple pour la maîtrise du concept de prix de revient et son application par les
artisans dans la pratique quotidienne.
Les autres formations
Les formations ayant trait à l'activité technique et professionnelle des artisans se sont
poursuivies. La formation dans les villes secondaires à pris en compte les activités spécifiques
de chaque région et leurs rapports avec l'économie rurale en particulier. Un effort important
d'alphabétisation a été aussi déployé.
b - Le cas du Togo
Au Togo l'expérience d'une ONG dans le travail communautaire ainsi que la
connaissance d'un réseaud'artisans ayant auparavant bénéficiéde ses prestations ontpermis de
multiplier les rencontres au niveau des ateliers. Trois corps de métier ont été retenus : les
menuisiers, les forgerons soudeurs et les maçons. Le recrutement d'un animateur proche du
milieu artisanal a facilité la tâche. Une cellule d'appui proche du lieu de travail des intéressés
futmiseenplace.Unatelierlocalisédansunquartierpopulaireaétélouéetdotéd'unminimum
d'équipementpourletravaildubois,dumétaletdelamaçonnerie.L'atelierassuredemultiples
fonctions : lieu de rencontre formation, entrepôt des stocks de matières premières.
L'approche par quartier a contribué à faciliter l'organisation de groupes de base
privilégiant les interventions souples et des structures d'appui très légères. Trois commissions
ont été mises en place : les commissions de formation, d'approvisionnement et des échanges.
Au cours de la première phase (1982-83) : à la demande des forgerons un stage
d'initiation (reconversion) à la soudure a été organisé, il a eu lieu sous la conduite d'un artisan
expérimenté qui a mis à la disposition des participants son poste à souder, du petit matériel et
unlocal.Desfichestechniqueset un appui pédagogiquepourlaséancedeformationluiont été
également accordés.
Aucoursdesdifférentesréunions,lesartisansontmanifestéledésird'êtrealphabétiséset
de participer à des stages concernant le calcul d'un débit et la lecture des plans. La commission
de formation a décidé d'entreprendre des séances de perfectionnement pour les patrons
menuisiers et soudeurs. Il a été jugé utile de combiner perfectionnement technique et gestion
simplifiée de l'atelier. Des contacts ont été pris avec les institutions locales susceptibles
d'assister les artisans dans leur démarche de formation. C'est le cas avec le CNPP (Centre
National de Perfectionnement Professionnel) et le Centre National d'Alphabétisation.
Au cours de la dernière phase du projet (1984-88) : au fur et à mesure la diversification
des activités du projet, des besoins en formation se sont fait ressentir. Les enseignements tirés
des premières actions ont permis d'adapter progressivement les dispositifs d'appui aux
demandes de perfectionnement des artisans.
Au cours de cette dernière phase d'appui, la formation dispensée visait non seulement
l'amélioration de la qualité de produit et la diversification de la production, mais aussi une
gamme de domaines d'intervention touchant aux aspects les plus divers de la profession. On
distingue six domaines d'intervention :
- technique et pratique professionnelle ;
- gestion et comptabilité ;
- législation sociale et droit du travail ;
- animation et autopromotion communautaire ;
- alphabétisation ;
- échange inter-artisans africains.
Autotal,de1982à1988,570travailleursdont164apprentisontbénéficiédesformations
dispensées au titre du projet à Lomé ; de même 400 artisans des villes secondaires dont 122
apprentis.
Relevonssurunautreplan,l'intérêtquelesartisansdeSokodeontportéàl'autoformation
:
legroupementafinancé20%ducoûtdesformationsencoursdelaphase m,participation
qui représente un effort considérable ;
letauxd'absentéismechezlesapprentisarégresséde19à14%.Lesfinalistesontétéplus
nombreux (+7,6%) que les inscrits au départ ;
des résultats tangibles ont été obtenus dans la qualité et l'organisation de la production
(accès croissant des artisans aux nouveaux marchés publics).
A Lomé le relèvement du niveau de compétence des patrons fut considéré comme un
préalable à l'amélioration des qualités des apprentis. Ce système a donné des résultats
encourageants, 64% de réussite des apprentis.
Anoterlesrésultatsdécevants des coursdispensésparlesprofesseursdulycéetechnique
de Sokodé, chargés de préparer les apprentis au certificat officiel de fin d'apprentissage.
Compte tenu des résultats une formule a été retenue ; envoyer des jeunes patrons appartenant à
divers corps de métiers dans les ateliers réputés de Lomé. A leur tour ces patrons deviendront
les formateurs pour une nouvelle vague d'apprentis.
Dans la pratique, les évaluations des actions engagées au Mali et au Togo montrent que
l'autoformation a contribué au relèvement du niveau de qualification des artisans et au
développementdesentrepriseslesplusdynamiques. Lesfacteursquiontcontribuéàl'efficacité
des activités sont les suivants : la qualité des ressources humaines chargées d'animer ce
processus, la participation des acteurs directement concernés (patrons et
apprentis en particulier) dans les négociations engagées, une dotation souple des moyens
financiers,l'établissementdesliensétroitsentrelaformationetlademandeeffectivedumarché.
II.4 - ADAPTATION DE LA FORMATION INSTITUTIONNELLE AUX
BESOINS DU S.I.
Dans la plupart des pays d'ASS, la formation professionnelle scolaire touche très peu
d'élèves, par exemple guère 1% de l'effectif scolaire en Mauritanie et 2,4% en Côte d'Ivoire.
Une étude de la Banque Mondiale279
portant sur 39 pays montre que 91% des élèves
fréquentent les établissements d'enseignement général et seulement 6% des lycées techniques.
La formation institutionnelle peut coûter cher. Il est certain que les locaux, ateliers et
laboratoiresdontelleabesoinsontplusonéreuxqueles installationsscolaires habituelles.Mais
lesurcoûttientsurtoutàlanécessitédeprévoirdenombreuxmaîtresspécialiséspouruneffectif
qui ne suffit pas à assurer le plein emploi des ressources humaines et des matériels engagés. Il
enestainsienASSoùl'effectifdesécolesprofessionnelles estgénéralementfaibleauregardde
la capacité installée. Au Liberia par exemple le taux de rendement des établissements
d'enseignement général est presque de moitié plus élevé que celui des lycées professionnels
(PSACHAROPOULOS, 1985). En Tanzanie, il est presque deux fois plus élevé (on obtient le
taux de rendement en calculant tous les frais de formation et en les rapportant aux gains des
personnes formées, un groupe de personnes sans formation est utilisé comme groupe témoin).
A l'heure des ajustements structurels et des compressions budgétaires, ces institutions ne
sauraient apporter des solutions spectaculaires aux problèmes de formation. Il faut alors
modifier en profondeur leurs objectifs, leurs sources de financement et leur mode de
fonctionnement.
A - Le centre Kaffrine(Sénégal)280
Cette institution était à l'origine un centre de formation du gouvernement sénégalais
soutenu par l'OIT, elle l'est restée jusqu'à la fin des années 70. Avec les politiques d'ajustement
structurel,l'Étataétécontraintderéduireprogressivementlebudgetducentre.C'estalorsqu'un
directeur fit revivre l'institution en nouant contacts et relations avec la
279
PSACHAROPOULOS (G.),WHOODHALL (M.) : "L'éducation pour le développement: une analyse des
choix d'investissement", Economica, Paris, 1988.
280"Ajustement et mise en valeur des ressources humaines", Genève, 1992.
Chambre d'artisanat et d'autres milieux professionnels. Les cours ont été repensés et des
stages pratiques de courte durée offerts aux artisans et ouvriers dans diverses entreprises, la
formation se déroulant en partie à l'atelier et en partie au Centre. L'attribution de bourses de
l'Agence pour le Développement International a permis à plusieurs participants de créer leur
propre entreprise après le stage. L'institution assure en outre un suivi en prodiguant avis et
consultations aux artisans ayant effectué le stage.
Le cas du Centre de Kaffrine illustre bien comment peut fonctionner, dans un
établissement de formation, une stratégie de suivi fondée essentiellement sur le resserrement
des liens noués avec des artisans et leurs organisations professionnelles. Ces Hens se sont
révélés très utiles en facilitant la mobilisation des ressources financières nécessaires et en
permettant une information en retour en vue de poursuivre les programmes.
B - La formation associée à la production au Ghana281
LeGhanaoffreunautreexempled'adaptationdelaformationinstitutionnelleauxbesoins
du S.I., adaptation qui s'effectue ici dans le cadre de programmes d'action visant à atténuer les
coûts sociaux de l'ajustement (PAMSCAD). Lancé par l'État, le PAMSCAD comprend 23
projets dont l'un est axé sur la construction et la rénovation de l'habitat rural, utilise les
matériaux locaux améliorés et applique la technique formation-production. La mise en œuvre
de ce projet est assurée par le département du logement rural et des industries de village
(DRHCI) et par les centres communautaires intégrés pour l'utilisation des compétences
(ICCES). L'un et l'autre dirigent au Ghana 25 groupes de formation de 20 à 25 stagiaires qui
forment chacun un petit centre de production de matériaux et une unité de construction et de
rénovation de l'habitat travaillant pour plusieurs villages des alentours.
Leprojetdessertlescommunautés àbas revenusdontl'habitatlaisseàdésirerets'adresse
aux jeunes insuffisamment scolarisés ou analphabètes, sans emploi. Utilisant des matériaux
produit sur place, ces groupes de formation-production construisent et rénovent des logements
afin de créer des emplois et de perfectionner les qualifications. La formation sur le tas est
dispensée par des volontaires et par le personnel du Service Civique National.
C - Les ONG tanzaniennes282
En 1990, à Dar es Salam, l'ONG tanzanienne TYDEF (Tanzanian Youth Development
Fund)acollaboréavecl'IFM(InstituteofFinanceManagement)pourformerdesinstructeurset
des femmes chefs d'entreprises.
Les institutions de formation peuvent venir en aide aux ONG en formant des volontaires
et en leur offrant un matériel de formation adapté.
281gif :"Ajustement et mise en valeur des ressources humaines", Genève, 1992.
282 BIT : op. cit.
L'exemple le plus pertinent est celui de la méthode GMT (Grassroot Management
Training, formation des travailleurs de la base à la gestion). Cette méthode a été conçue à
l'attention des chefs d'entreprise du S.I., en majorité des femmes, qui en général possèdent un
faible niveau d'instruction. Cette méthode fondée sur le jeu de rôle, consiste à montrer aux
participants une centaine de dessins à l'aide d'un rétroprojecteur. Les dessins et croquis servent
à expliquer certains principes de gestion extrêmement simples. Ils représentent généralement
une me de quartier, un marché, un atelier, ce qui les rend faciles à comprendre pour les
participants, qui ont tendance à s'imaginer dans les situations représentées par les dessins. Des
questions essentielles, par exemple comment réagir aux sollicitations de la famille et des amis
quiréclamentunepartiedesrevenus del'entreprise,commentgagner laconfiancedes clientset
comment fixer les prix de vente, sont examinées en détail.
Les experts du BIT ont formé des intervenants locaux qui, à leur tour, ont instruit les
participants en utilisant les langues locales telles que le Wolof, le Haoussa et le Swahili.
L'évaluation de la méthode GMT en 1992 a donné des résultats très intéressants. Elle a
révéléqu'uncoursde moinsde deux semaines peutchanger les connaissances etles attitudes et
le comportement de femmes chefs d'entreprise. Des indicateurs tangibles montrent que la
formation a eu une incidence positive sur les entreprises intéressées.
Enoutre,elleamontréquelesdéshéritéssontsouventprêtsàpayerlorsqu'ilssontsûrsde
la rentabilité de leur investissement. Les participants n'ont en effet reçu aucune prime pour
participer au séminaire. Au contraire, ils ont dû payer des frais d'inscription, et lorsqu'ils sont
interrogés, 6 mois après la fin du séminaire, ils ont déclaré qu'ils étaient prêts à payer pour
participer à un second stage de formation. Cette constatation est d'une importance capitale.
CONCLUSION
Une bonne formation de base complétée par des programmes de développement de
compétencesetd'assistanceengestionestindispensablepourlabonnemarchedel'activitédans
les entreprises du S.I..
Il ne s'agit pas seulement de rechercher la scolarisation ou l'alphabétisation d'un
maximum d'individus pour le simple plaisir d'afficher des chiffres, car les taux de scolarisation
ou d'alphabétisation n'ont qu'une signification relative dans les PVD (ne reflétant pas souvent
les réalités sociales ou économiques). Il s'agit de faire en sorte que la scolarisation ou
l'éducation de base intégrée puissent avoir une finalité économique et notamment aider le
développement du SX.
Les diverses expériences dans les villes africaines permettent de conclure que le
programme d'autoformation assistée a bien répondu à sa mission de consolidation des emplois
précaires, de relèvement de niveau de production, de revenus de ses bénéficiaires. L'initiative
de la base et la mobilisation des ressources locales constitue une méthode efficace pour
promouvoir les entreprises du S.I.
Voilà recensées les différentes expériences avec, pour chacune, ses faiblesses et ses
mérites. Le but de cette étude n'était pas de les comparer les unes aux autres, ni de porter un
jugement de valeur. Ce qui est plutôt intéressant à noter à travers ces études de cas, ce sont les
objectifs poursuivis qui cherchent à limiter les dégâts, les faiblesses du système d'éducation et
de formation.
Certes ces expériencesnesontpeut-êtrepasles meilleures, cependant,dans la mesureoù
elles ontpourbutd'atténuer lesinconvénientsdu système classique, et de répondre auxbesoins
de formation du S.I., elles ont quelques mérites.
CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE
Le diagnostic du système d'éducation et de formation en Afrique au Sud du Sahara
présent les limites suivantes :
- la forte croissance démographique dans ces pays se traduit par une augmentation
énorme des effectifs scolaires. Cette forte croissance des effectifs scolaires rend le coût du
développement du capital humain prohibitif ;
- l'inadéquation du système éducatif avec le système productif, la structure éducative
étant calquée sur le modèle occidental (pyramidal), dont l'université constitue le sommet.
Celle-ci a pour conséquence fréquente de nos jours, un chômage croissant des diplômés qui
nous amène à la nécessité de réfléchir et de réformer le système."L'heure est venue aussi de
comprendrequel'État,lesinstitutionsetlescentresdeformationdansl'entreprisenesontquela
partie visible de l'iceberg de l'acquisition des qualifications professionnelles. Il est temps d'en
mieuxconnaître,valoriser et apprécier lapartieinvisible, à savoirla formation extra-scolaireet
non formelle, qui est le seul recours des nombreux laissé-pour-compte du coûteux système
d'enseignement moderne" 283
.
Nous avons vu dans la première partie de l'étude que l'expansion des emplois dans les
activitésmodernes, àelleseulenesauraitsuffireàintégrerlamajoritédelapopulationdansdes
emplois productifs et bien rémunérés ; la question ouverte est donc celle de la formation de la
main-d'œuvre dans les secteurs attardés de l'économie, dont le secteur informel.
Comme nous l'avons évoqué, les Etats d'ASS sont contraints de subir des politiques
successives d'ajustement structurelle, celles-ci les conduisent à réduire les dépenses publiques.
Les dépenses du Ministère de l'Education étant excessives, il convient dès lors d'évaluer
l'efficacitédesessystèmesetdesesinstitutions.C'estpourquoi,commelesouligneBAS(D.)284
la comparaison des résultats obtenus pour chaque dollar supplémentaire investi dans une
institution et pour chaque dollar investi dans l'amélioration du fonctionnement de la partie
cachée de l'iceberg (apprentissage traditionnel, organisation non gouvernemental,
développement communautaire, formation-production, etc.) devient une question essentielle.
Siladéfinitiond'unepolitiqueappropriéed'éducationetdeformationprésentel'avantage
d'accroître les possibilités de l'évolution des activités, les avantages à tirer d'uneréduction des
inégalités ne sont pas moins importants. En effet, moins l'entrepreneur est scolarisé ou formé,
plussonactivités'assimileàunesimplepréoccupationde"survie",etce,quelquesoitleniveau
du capital investi. Ceci dans la mesure où la plupart du temps les revenus dérivés des activités
283 BAS (D.) : "La formation dans les pays en développement : quels sacrifices pour quels résultats", Problèmes
économiques, n°2086,10 août 1988.
284 BAS (D.) : Op.cit.
informelles sont entièrement ou presque auto-consommés, même lorsque les investissements
supplémentaires sont possibles. Les artisans confondent dans la plupart des cas le chiffre
d'affaires de l'activité avec leurs propres revenus.
Une meilleure accession à l'éducation et à la formation est indispensable non seulement
pourpermettreunchangementdementalité,maisenpluspourunebonnedéfinitiondel'activité
(occupation de "survie" ou de "performance" à capital technique égal).
L'apprentissage sur le tas dans le S.I. connaît toujours autant de succès. Selon le BIT,
84% des petits employeurs des pays africains francophones ont appris leur métier selon un
apprentissagetraditionnel.285
Ilsoutientbienlacomparaisonaveclaformationtechnique detype
scolaire, qu'il s'agisse de la qualité de l'enseignement ou du nombre de personnes ayant trouvé
un emploi après la formation. D'autre part l'apprentissage traditionnel est beaucoup plus
économique. Malheureusement, la formation est dans la plupart des cas superficielle,
incomplète et peu systématique. Elle n'accorde souvent que peu d'importance à l'enseignement
théorique et ne permet pas de comprendre les techniques modernes, sans parler des concepts
abstraits.
Notre préoccupation est de savoir si l'apprentissage traditionnel pourrait être amélioré
pour constituer une solution rentable et efficace aux problèmes d'éducation et formation de la
Centrafrique en proie à la crise.
Il conviendrait de tenir compte du fait que la société ne pourra pas compter sur la bonne
volonté des artisans si les interventions menacent leurs propres moyens d'existence. Si les
pouvoirs publics souhaitent appuyer la formation, ils devront rembourser aux artisans les frais
supplémentairesqu'ilsleur imposent. En effet,si les fraisqu'entraînela formationd'un apprenti
sont supérieurs aux revenus qu'engendre le travail de ce dernier, les artisans s'arrêteront tout
simplement d'engager les apprentis. Les artisans qui employaient des apprentis passaient
environ 10% de leur temps à les former. En se basant sur le revenu moyen des artisans, il serait
facile de déterminer le montant de la subvention qu'il conviendrait de leur accorder pour
rémunérer leur travail de formateurs. Si les pouvoirs publics souhaitent que les artisans
consacrent 10% supplémentaires de leur temps pour améliorer leur formation, ces derniers
seraient en droit d'attendre une compensation pour l'effort supplémentaire. D'après de simples
estimations le coût par apprenti continuerait d'être largement inférieur à ce que coûterait une
personne placée dans un centre de formation officiel.
285MALDONADO (C.) : "Les petits producteurs urbains d'Afrique francoplione", BIT, Genève, 1987.
Il conviendrait de choisir avec soin les maîtres artisans qui pourraient bénéficier des
subventions et leur octroi devrait être lié à l'élévation du niveau de la formation dispensée. Les
subventions ne pourraient être attribuées que si les artisans améliorent leur technique de formation
et si celle-ci est satisfaisante. Les subventions pourraient être versées en espèces ou sous forme de
matières premières fournies aux artisans à un prix réduit. Ces subventions pourraient également
comprendre l'argent de poche des apprentis. Au Nigeria, par exemple dans le secteur de la
menuiserie et celui de l'habillement, la formation des apprentis rapporte désormais davantage à
l'artisan que sa propre affaire. De tels ateliers sont pratiquement devenus de véritables institutions
de formation.
Certainesinstitutions modernes deformation en Afrique ont ainsi comprisque l'amélioration
de la formation dispensée dans le Si. passait par une collaboration avec les organisations qui ont
déjà établi des contacts avec les travailleurs et les entreprises de ce secteur. Citons par exemple le
cas ivoirien de la gestion des entreprises (CIGE) à Abidjan et l'Institut panafricain pour le
développement (IPD). Ces deux institutions collaborent étroitement avec des ONG telles que le
Centre international des femmes africaines pour le développement (CIFAD) et Inades-Formation.
En Zambie (1988), l'Institut de perfectionnement des cadres a lancé, en étroite collaboration avec
des associations de travailleurs et de chefs d'entreprises, un programme de formation à la gestion à
l'attention des chefs d'entreprises du SI. Concernant l'amélioration de l'apprentissage traditionnel,
les systèmes de taxes servant à financer l'apprentissage ont généralement eu des résultats positifs.
Ils ont permis d'opérer une redistribution des ressources entre les principaux bénéficiaires et de
sensibiliser toutes les parties prenantes à la problématique de la formation.
Concernant les acteurs du S.I., les pouvoirs publics devraient orienter et coordonner en
laissant le soin de l'exécution des programmes aux organisations de base. L'État doit jeter un pont
entre le système formel de formation professionnelle et l'apprentissage traditionnel. La
Centrafrique doit pousser loin la réflexion sur la fusion des programmes de formation
professionnelleetl'apprentissagetraditionnel.Lespetitsentrepreneursquiconsacrentdutempsàla
formation des apprentis peuvent être sélectionnés, conseillés et contrôlés sur le plan pédagogique
afindeseperfectionner.Lesparentsdesenfantsseraientdelasorteamenésàrechercherlesartisans
agréés et subventionnés qui présentent une garantie.
La formation sur le tas dans le SI. Doit être considérée comme un réel investissement. En
d'autrestermesleprocessusdeformationnedoitpasintervenirponctuellementpourfairefaceàdes
restructurations, mais il doit être une stratégie au niveau national. Élaborer des formations en
fonction du système de production suppose développer, chez les individus intéressés, la capacité
d'appréhender l'ensemble des processus de production.
L'une des caractéristiques du S.I. est sa faible productivité, toutefois durant cette période de
crise, celui-ci a joué un rôle de premier ordre dans l'absorption des rebuts du système moderne et
des laissés-pour compte ; il est nécessaire de se pencher sur la question de son devenir. Toujours
est-il que le système d’éducation en place ignore ce secteur.
Comment les structures peuvent contribuer à créer des compétences et des motivations
nouvellespourcettefrangedelapopulation,tantauniveaudel’accèsàcesecteurqu’àceluideson
fonctionnement ?
On dénonce les vices des comportements de la main-d’œuvre du S.I., à savoir sa faiblesse de
rendement, son manque de qualification, son instabilité… sans doute CES caractéristiques
peuvent-elles s’exprimer, en grande partie, par des facteurs économiques et socioculturels. Il est
évident que l’insuffisance de la formation technique en aggrave les manifestations. Dans les villes
africaines une masse de gens inadaptés aux tâches des entreprises modernes, manque de formation
professionnelle. A ce titre, des expériences de formation professionnelle, souvent assistées d’une
aide internationale, a retenu notre attention. L’importance de l’effort réalisé reste faiblepar rapport
auxbesoinsetsanaturedemandeàêtreclairementdéfinieparlespolitiquesmacro-économiques.Il
faut développer la culture technique afin que chaque secteur puisse se situer dans l’activité
productive.
En définitif, il se relève nécessaire de mettre en place une politique de formation visant non
seulementàtransformerlesqualificationsindividuelles,maisaussiàaccompagnerleschangements
dans l’organisation des unités informelles dans leur ensemble.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Bien que le secteur informel ait suscité un débat théorique marqué par de nombreuses
controversesetdesincertitudesquantàsadéfinition, ilestpermisd'avancerquelesactivités
informelles jouent un rôle considérable dans les milieux socio-économiques de l'Afrique au
suddu Sahara. Loin d'être dominées ou subordonnées au secteur formel comme le soutiennent
certains auteurs, nous pensons plutôt qu'elles sont des activités mixtes de transition qui
jouent des rôles positifs en matière d'emploi, de distribution de revenu et de formation de la
main-d'œuvre. Pour le BIT, 60% d'emplois en Afrique subsaharienne seraient des emplois
informels.
Nous avons voulu examiner les fondements théoriques de l'hypothèse selon laquelle le
S.I. constitue la problématique d'une nouvelle stratégie de développement. Malgré les
implicationssous-jacentesquilimitentlaportéedelanotionduS.I.,nousestimonsque celle-ci
présenteunintérêtpuisqu'ellerelèvedepréoccupations en matièrededéveloppement.En effet
l'analyse de son rôle dans ces économies montre :
que les entrepreneurs ont généralement un niveau d'instruction très bas ; mais on note
aussi l'arrivée croissante des jeunes instruits ;
quelecapitaltechniquenécessaireesttrèsvariable,ilpeutallerdemoinsde5000FCFA
dans les services et la production alimentaire, à des sommes avoisinant le million de FCFA
dans la réparation de véhicules ;
que le petit entrepreneur fait généralement appel à son épargne ou à la famille élargie
(70%descas).Parcontrepourdessommesimportantes lemoyenleplusutiliséestlerecoursà
une association d'entraide dont la tontine constitue la forme la plus répandue. La tontine joue
un rôle très important dans le S.I. Celle-ci joue également le rôle de "banque de prêt" et
d'organisme d'assistance en cas de maladie, décès...
S'agissant du lieu où s'exercent les activités nous retiendrons que les quartiers et les
marchés sont leur endroit de prédilection. Un grand nombre de ces activités sont non
sédentaires et sont de ce fait mal localisées.
Les entrepreneurs retirent de leurs activités des revenus généralement supérieurs au
salaire minimum. Les apprentis reçoivent généralement une formation satisfaisante et
perçoivent des rémunérations en nature ou en espèces. Les ouvriers ont un sort nettement
meilleur puisque une grande proportion gagne le salaire minimum légal.
Les problèmes de dynamisation des activités informelles sont liés aux rapports
qu'elles entretiennent avec leur environnement, d'où le rôle de l'État, puisque c'est ce
dernier qui définit la politique économique de la nation. C'est en effet l'État qui définit les
grandes options, tant en matière de fixation des prix, de la formation, de la fiscalité que de la
réglementation de ces activités.
Le mérite de la formation sur le tas dispensée dans le S.I. est de rendre aux jeunes
l'estime et le goût du travail, tout ceci facilitera leur adaptation aux formes nouvelles de
l'économie, améliorera les conditions d'existence des familles, constituera par le fait même un
remèdeindirectmaisactifàlacrisedusystèmedeformation.Lesystèmed'apprentissageaune
double importance comme nous le souligne HAROLD286
:
- il assure, sans bourse déliée de la part des pouvoirs publics, la formation
professionnelle de la majorité de la population active ;
- l'apprentissage assure une fonction sociale d'intégration des jeunes dans la vie
active en réduisant de la sorte un peu l'ampleur de la délinquance urbaine.
L'apprentissage dispensé dans le SI est aussi dans certains cas une obligation morale, il
évite à l'enfant de tomber dans la délinquance. Les travaux287
du BIT et de l'OCDE ont révélé
qu'un bon nombre de gens s'orientent vers les métiers les plus attrayants offrant plus de
débouchés.La formation dispensée dans le SX, de par sa conception, peut être envisagée
comme un remède à l'inadaptation dusystème de formation, qui développe trop peu legoûtdu
travail manuel. L'absence de l'élément "théorie" dans l'apprentissage dans le S.I. empêche le
système de progresser. Les programmes actuellement mis en œuvre en Afrique, outre le fait
qu'ils sont superficiels et fondés sur la communication verbale, n'enseignent ni à lire, ni à
écrire, ni à calculer mais le plus souvent à apprendre des pratiques et des techniques qui sont
déjà très répandues dans le secteur considéré. Or la modernisation technique, qui s'impose,
passeparl'acquisitiondeconnaissances et de compétences nouvellesadaptées àlasituationdu
pays. Aussi est-il d'une urgente nécessité d'allier l'ancien système traditionnel au système
moderne, etd'en fairelesdeuxpiliers d'unsystèmenouveau etdualiste.Le meilleurmoyend'y
parvenir est de compléter la formation actuelle sur le tas par des cours théoriques, et de payer
les maîtres-artisans pour qu'ils améliorent leurs méthodes de formation.
Une bonne politique d'éducation formation est indispensable pour que s'opèrent des
changements dans la manière de concevoir, dans les méthodes et dans l'organisation des
choses. Si l'acquisition des techniques permet certes de fabriquer et de transformer des
produits,ellenepermetriencependantcontrelesidéesetleshabitudes. L'accessionauprogrès
économique et social est subordonnée au changement des mentalités dans la mesure où une
mentalitérétrograde(fatalismeparexemple)nesemblepascapabledesaisirlesensduprogrès
et d'orienter les événements. A l'heure actuelle on insiste trop sur l'acquisition mécanique de
connaissances, au lieu de chercher à développer la souplesse d'esprit et à éveiller la curiosité.
Cet objectif ne peut être atteint qu'en mettant l'accent sur un enseignement qui apprenne aux
élèves à résoudre eux-mêmes les problèmes, ce qui est d'autant plus important que la grande
majorité d'entre eux vont devoir, au sortir de l'école,
286
HAROLD et LUBELL : "Le secteur informel dans les années 80 et 90", OCDE, 1991.
287Enquêtes BIT op. cit. page 251, OCDE. : Op. cit. page 248.
inventer eux-mêmes les moyens de gagner leur vie puisqu'ils feront partie des
travailleurs indépendants.
La façon la plus simple d'aborder le problème de la formation générale pour
le S.I. consisterait à ne pas apporter de changement essentiel à la structure de
l'enseignement. Le système classique continuerait à dominer mais on redoublerait d'efforts
pourtrouverdesmoyensdemettreenplace desprogrammesextra-scolairesappropriés afin
d'accroître l'efficacité du système dans son ensemble. Ce qu'il faut maintenant c'est renforcer
lesprogrammesextra-scolairesexistantsetmettreenplacedesprogrammesnouveaux,liésaux
besoins parfaitement étudiés. Insister sur l'éducation extrascolaire ne signifie pas réduire
l'importance accordée à l'enseignement institutionnalisé. C'est simplement affirmer que les
occasions d'apprendre et de se former doivent être étendues et offertes aux délaissés du SX.
Une telle conception met en évidence "l'œuvre inachevée" du système formel et
considère l'éducation et la formation scolaire et extra-scolaire comme associées,
indispensables l'une à l'autre. Les programmes extra-scolaires peuvent prendre la relève de
l'enseignement scolaire en offrant une formation pré-professionnelle aux jeunes qui ont
prématurément quitté l'école ou une formation en cours d'emploi visant à donner à ceux qui
sortent de l'école des compétences pratiques nécessaires.
Les travaux sur l'éducation et la formation extra-scolaire nous donnent d'intéressants
aperçus. Ils reposent sur une hypothèse principale sujette à caution dans la situation qui est
celle du SX Cependant, le pourcentage des budgets nationaux consacrés à l'éducation et à la
formation s'épuise et diminue rapidement en période de crise. Il est vrai qu'on pourrait trouver
d'autres sources de financement pour l'enseignement extra-scolaire principalement dans le
secteur privé de l'économie, mais il est probable que toute augmentation appréciable des
ressources publiques consacrées à l'enseignement extra-scolaire devra avoir Heu aux dépens
du système scolaire. La pénurie des ressources pendant ces périodes d'ajustement structurel
devientsigravequelesformesd'enseignementautresqueformelvontdevenirdesconcurrents
de plus en plus acharnés pour l'octroi des moyens financiers.
Les politiques éducatives devraient inscrire au premier rang de leurs objectifs
stratégiques la généralisation de l'éducation de base, sous des formes diversifiées en
fonction des possibilités et des besoins. Par conséquent, des rapports étroits entre
l'enseignement régulier et l'enseignement extra-scolaire deviennent une nécessité.
L'instruction extra-scolaire et l'enseignement régulier devront donc s'articuler de façon
continue pour prospérer en ce que chacun a de meilleur. L'une des formules possibles est
"l'éducation récurrente", système qui unit les éléments de l'instruction et de la formation du
type scolaire et extra-scolaire en un temps cohérent, de manière à les faire alterner avec le
travail selon les motivations et les possibilités d'emplois. La raison d'être de celle-ci est de
donner beaucoup de souplesse à l'enseignement qui fait suite àl'instruction de base, pour qu'il
puisse s'adapter facilement à l'évolution du marché de l'emploi.
Il est souvent question d'antinomie entre la notion d'équité et celle de l'efficacité, pourtant ce
serait une solution tout à fait efficace et équitable que de modifier la répartition des crédits
destinés à l'enseignement pour accorder une plus grande partie à l'instruction de base et créer
des institutions de "seconde chance".
En dernier lieu, la recherche scientifique et technique doit être stimulée et orientée
essentiellementdanslesdomainesayantdesretombéeslocales,dontcellesdu S.I.Acetégard,
une coopération à l'échelon régional ou international est indispensable pour minimiser les
coûts et harmoniser les recherches. Il faudra donc substituer aux transferts de technologies
Nord-Sud, de nouveaux flux Sud-Sud en réduisant le recours au Nord aux seuls cas où la
technique n'existe pas dans les pays africains.
Les pays d'Afrique subsaharienne manquent d'hommes si l'on considère le personnel qualifié
qu'il leur faudrait pour parvenir au stade de "décollage". Mais l'investissement humain
s'apprécie de façon moins nette, moins directe, moins immédiate que les autres. Plusieurs
domaines peuvent être abordés : calcul de coût, évolution de son efficacité, contribution à la
croissance, problème de financement... Tous impliquent l'établissement d'une stratégie. Mais
on peut ordonner les préoccupations selon deux tendances réciproques puisque d'une part les
besoins de ce secteur dépendent des structures, des retards et du niveau de développement du
pays, et que, d'autre part, les dépenses éducatives ont, à court terme comme à long terme, une
influence déterminante sur la situation économique.
Vu
Le Directeur de la thèse
Vu et permis d'imprimer
A Toulouse, le
Le Président de l'Université
— Page 345 —
LISTE DES ABRÉVIATIONS
AMIRA : Amélioration des Méthodes d'Investigation et de Recherche Appliquées
au développement
BEAC : Banque des Etats de L'Afrique Centrale
BIRD : Banque International de Recherche et de Développement
CEAN : Centre d'Etudes d'Afrique Noire
CEJEE : Centre d'Etudes Juridiques et Economiques de l'Emploi
CEPE : Certificat d'Etude Primaire et Elémentaire
CERDI : Centre d'Etudes et de Recherche sur le Développement International
CIADFOR :Centre Inter-Africain pour le Développement de la Formation
Professionnelle
CIFAD : Centre International des Femmes Africaines pour le Développement
CIGE : Centre Ivoirien de la Gestion des Entreprises
CNPP : Centre National de Perfectionnement Professionnel
DRHCI : Département du logement rural et des industries de village
DSEE : Direction des Statistiques et des Etudes Economiques
EPC : Ecole de Promotion Collective
FCFA : Franc de Coopération Financière en Afrique
GEMDEV : Gis Economie Mondiale, Tiers Monde, Développement
GMT : Grassroot Management Training
ICCES : Centres communautaires intégrés pour rutilisation des compétences
IEDES : Institut d'Etude du Développement Economique et Sociale
IFM : Institut© of Finance Management
IPD : Institut Panafricain pour le Développement
IPGP : Institut de Productivité et de Gestion Prévisionnelle (Bamako)
1TM : Initiation au Travail manuel
IUED : Institut Universitaire d'Etude et de Développement
KH : Capital Humain
OCDE : Organisation de Coopération et Développement Economique
OCSS : Office Centrafricaine de Sécurité Sociales
OIT : Organisation Internationale du Travail
PECTA : Programme des Emplois et des Compétences Techniques en Afrique
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONIFOP : Office National Interprofessioimel de Formation et de Perfectionnement
ONMO : Office National pour la Main d'Oeuvre
ORSTOM : Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-mer
PIB : Produit Intérieur Brut
PME : Petite et Moyenne Entreprise
PNB : Produit National Brut
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PVD : Pays en Voie de Développement
RCA : République Centrafricaine
SI : Secteur Informel
SM : Secteur Moderne
SMIG : Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti
TYDEF : Tanzanian Youth Development Fund
UMOA : Union Monétaire Ouest Africaine
UNESCO : Organisation des Nations Unis pour l'Education et la Culture
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l'Enfance
USADD : Agence des Etats Unis pour le Développement International
VA : Valeur Ajoutée
BIBLIOGRAPHIE
Cette bibliographie s'articule autour de deux types de références : d'un côté les ouvrages y
compris les thèses et d'un autre côté les articles.
I. OUVRAGES
AD AIR Ph. : "L'économie informelle", Anthropos, Paris, 1985.
ADDISON T, DEMERY L : "The social dimension of structural adjusunent in Sub Saharan
Africa", 3 volumes, World Bank, Washington DC, 1990.
AGOUMARA T. : "Education et développement : essai d'analyse prospective du système
éducatif centrafricain", U.E.R. études internationales et développement, Toulouse I, 1987.
ARCHAMBAULT-GREFFE : "Les économies non officielles", La Découverte, Paris, 1984.
ASSOGBAVI K. : "Contribution à l'étude du développement du secteur informel", Thèse
nouveau régime en Sciences Economiques , Lille 1988.
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Annexe 1 Carte d'identité de la RépubliqueCentrafricaine : données générales et
données économiques.
Annexe 2 Méthode et résultats du recensement des unités économiques de Bangui.
Annexe 3 Résultats de l'enquête sur le secteur non structuré "moderne" : distribution
des unités économiques par secteur et catégorie d'activités et
extrapolation pour reconstituer l'univers considéré suivant la ville
(fréquences absolue et relative).
Annexe 4Evolution du salaire minimum officiel réel, 1970-1986. Annexe
5Productivité du travaildans le secteur informel.
Annexe 6Les différentes approches du secteur informel en France. Annexe
7Tableaux enquête personnelle.
Annexe 8Les projets d'appui au secteur informel.
ANNEXES
Annexe 1
CARTE D'IDENTITÉ DE LA RCA
DONNÉES GÉNÉRALES
Superficie 623 000km2
Circonscriptions
Etendue {moyenne)
Capitale Bangui 90km2
Préfectures 16 38 937 km2
Sous-préfectures 52 11930km2
Postes de contrôle administratif PCA 11
Population
Population totale 2 900 000 hab.
Population rurale 67% 1 943 000 hab.
Population urbaine 33% 957 000 hab.
Taux de croissance démographique 2,5 %
Tranches d'âges -15 ans 43%
15 - 59 ans 46,4 %
+ 60 ans 3,6 %
Taux d'alphabétisation 40%
Espérance de vie 49 ans
Répartitions religieuses
Animistes 46% 1334 000
Athées 24,3 % 704 700
Catholiques 15,7 % 455 300
Protestants 14% 406 000
Santé
Hôpitaux et centres de santé Capacité
Publics 370 3 684
Privés 82 580
Personnels de santé Nationaux Expatriés
Médecins 108 46
Pharmaciens 18 1
Dentistes 3 3
Infirmiers 1 138
-
Autres 155 41
Éducation
Ecoles Classes
Enseignement Fl 370 3 899
Enseignement secondaire 46 581
Enseignants permanents
Préscolaire 14
F1 3 581
Secondaire 1 149
Supérieur 79
DONNÉES ÉCONOMIQUES
Population active 46 % 1 334 000
Agriculture 66% 880 400
Services 23% 306 820
Industrie 11% 146 740
P.N.B. 312 $/hab. 78 000 F.CFA
P.I.B. Coût facteur prix 1984 (milliards F. CFA)
Secteur primaire 123,98
Agriculture 45,63
Élevage 46,67
Autres 31,68
Secteur secondaire 47,33
Industrie 29,57
Miiies 10,74
Eau-électricité 1,36
Construction 5,67
Secteur tertiaire 119,47
Services privés 78,33
Autres 4,54
Administration 41,14
Nombre d'entreprises (1990) 233
Agriculture 14
Industrie 39
Eau-électricité 29
Bâtiments T.P. 29
Commerces 84
Transport-télécommunications 15
Finances-imm obilier 20
Autres 30
1989-1990 1990-1991
Coton graines 28 486 32 000
Café marchand 5 104 nd
Tabac 415 500
Manioc 246 742 nd
Arachides 110451 nd
Maïs 67 913 nd
Sésame 17 227 nd
Mil et sorgho 55 990 nd
Paddy (riz) 14 888 nd
Courge 16 266 nd
Tubercules 445 405 nd
Oléagineux 143 943 nd
Légumes 63 879 nd
Fruits 78 905 nd
Cheptel (en milliers de têtes)
Bovins 2 700
Caprins 1 175
Ovins 97
Porcins 386
Volailles 2 585
Diamant et or
Diamant (1) 1989 1990 1991
Quantité produite 447 676 452 340 427 000
Quantité exportée 443 740 449 200 425 000
Valeur d'exportation 21774 19 400 14 900
Taxe / exportations 2 124 2 150 2 034
Valeur ajoutée 9 678 9 796 9 268
Pourcentage du PIB 3,85 3,89 3,68
Or (2) 1989 1990 1991
Quantité produite 328 240,8 nd
Quantité exportée 293 235 nd
Valeur d'exportation 817 765 nd
Taxe / exportations 41 38 nd
Valeur ajoutée 630 589 nd
Pourcentage du PIB 0,22 0,20 Nd
(1) Quantité en carats
(diamants)
(2) Quantité en kilogrammes
(or)
Valeurs en millions F. CFA
Principales productions agricoles (en tonnes)
Balance commerciale__________________________________________________
1989
Exportations FAB 47,2
Importations FAB 59,3
Différence - 12,1
Sources : L'économie centrafricaine en quelques chiffres. DSEE, Ministère de l'économie, du
plan et de la coopération internationale, novembre 1990.
Les entreprises industrielles et commerciales en Centrafrique. DSEE, Ministère de
l'économie, du plan et de la coopération internationale, août 1990.
Centrafrique : Collection Études et Documents Ministère français de la coopération et du
développement, Paris.
1990 1991
41,1 37,1
57,6 55,1
- 16,5 18,1
Annexe 2
MÉTHODE ET RÉSULTATS DU RECENSEMENT DES UNITÉS
ÉCONOMIQUES DE BANGUI
(Direction des Statistiques et des Études Économiques, Bangui, mars 1990)
Le recensement des établissements vise en particulier à fournir la répartition de la
main-d'œuvre par branche d'activité et par taille des établissements, quelle que soit la taille.
Le recensement doit donc être exhaustif. Une règle impérative pour les agents recenseurs est
l'exhaustivité de l'opération : le ratissage du territoire doit être complet et il ne doit y avoir en
principe aucune exception. L'agent recenseur n'a pas à décider que tel îlot résidentiel ne
contient pas d'activité sans l'avoir vérifié au préalable en faisant le tour.
Il en est de même de la précision des informations recueillies. Étant donné que le
recensement doit aussi servir de base de sondage, il importe qu'une entreprise recensée
puisse être facilement retrouvée : cela signifie que le nom de la personne ou la raison sociale
de l'entreprise et son adresse ou les points de repère permettant de retrouver l'établissement
doivent être notés avec toute la précision voulue.
Aux exceptions près mentionnées plus haut, toutes les activités économiques, qu'elles
s'exercent dans un local ou dans la rue, sont saisies. Le remplissage du questionnaire amène
l'enquêteur à interroger le chef d'entreprise (ou une personne habilitée).
Le ratissage du terrain par les agents recenseurs se fait sur la base d'un découpage
préétabli. L'unité géographique de base est l'îlot. L'îlot est défini comme un groupe de
bâtiments entouré par des rues, et non traversé par des rues.
Un ou plusieurs îlots constituent un secteur. Ces secteurs sont déterminés lors du
découpage. Les 8 arrondissements sont donc découpés en secteurs, lesquels sont constitués
d'îlots.
L'ensemble de la zone délimitée par les barrières douanières mais qui se trouvent hors
de la commune de Bangui constitue un 9ème arrondissement (fictif) lequel est également
découpé en secteur.
Le recensement se réalise sur terrain en étroite collaboration avec les autorités locales :
chefs de quartiers, chefs de marchés... Avant de sillonner un quartier on prend donc contact
avec le chef de quartier.
Chaque enquêteur se voit affecter un groupe de secteur. Son travail s'en trouve
simplifié : il reste plusieurs jours dans la même zone et peut donc en apprendre plus
facilement l'organisation géographique. En outre cela réduit au minimum le nombre
d'interlocuteurs des autorités locales, ce qui semble souhaitable.
L'enquêteur sillonne le secteur îlot en prenant bien soin de rayer sur la carte qu'il a à sa
disposition les îlots recensés. Il ne doit pas s'introduire dans les locaux d'habitation en
général. Il ne cherche à s'introduire dans un local que si un indice extérieur (plaque,
pancarte, type de local, traces d'activité devant le local...) révèle une activité économique, ou
si l'accompagnateur le lui indique.
Le principe général consiste à recenser les activités sur leur lieu d'exercice. Il y a
cependant des cas particuliers. Les chantiers ne feront pas l'objet d'un recensement, car une
entreprise peut avoir un nombre très variable de chantiers en cours selon les époques, et un
chantier n'a pas le statut d'établissement. Aussi un certain nombre de corporations seront
recensées au siège de l'entreprise uniquement, qui sera souvent pour les entreprises
individuelles le lieu de résidence de l'entrepreneur. Comme il ne s'agit pas de s'introduire
dans tous les locaux d'habitation, il faudra que l'agent recenseur s'appuie sur les
renseignements du chef de quartier et des personnes rencontrées sur son parcours. Un des
travaux de l'agent recenseur consistera donc à se renseigner systématiquement sur
l'existence d'entrepreneurs des corporations concernées dans le secteur qu'il parcourt. Ces
corporations sont les suivantes : entrepreneurs du bâtiment, plombiers, électriciens,
couvreurs, peintres, réparateurs à domicile d'appareils électroménagers, et autres
prestataires de service àdomicile (animateurs, musiciens...).
En ce qui concerne le cheminement des agents recenseurs dans les quartiers, la
situation se présente différemment dans les secteurs bien lotis et les zones d'urbanisme
"sauvage" où les rues et les chemins ne se distinguent pas toujours nettement des simples
sentiers, comme par exemple dans le 8ème et le 9ème arrondissement.
Secteurs bien lotis : dans les secteurs bien lotis, il existe des îlots bien délimités. Dans chaque
secteur l'enquêteur procède îlot par îlot. L'enquêteur fait le tour de chaque îlot dans le sens
des aiguilles d'une montre (l'îlot se trouve donc sur la droite). Il recense les activités depuis le
bord de l'îlot, puis l'agent recenseur s'enquiert de l'existence d'activités économiques à
l'intérieur de l'îlot, invisibles de l'extérieur.
Souvent les artisans installés en retrait dans la rue se signalent par l'exposition de quelques
uns de leurs produits sur le bord de la route, mais ce n'est pas toujours le cas. Il faut donc
s'efforcer de parcourir tous les passages publics de l'îlot, et se renseigner sur l'existence
d'ateliers ou d'échoppes situées à l'intérieur de l'îlot.
Lorsqu'un îlot est terminé, c'est-à-dire lorsque l'enquêteur revient à son point de
départ, l'enquêteur mentionne sur sa carte en rayant l'îlot concerné.
Dans les zones non loties : les îlots ne sont pas toujours bien délimités. Le principe
consiste alors, dans ce cas, à parcourir toutes les rues et tous les passages. Lorsqu'il s'agit
d'une me délimitant un secteur, l'enquêteur ne recense les activités que du côté de la rue
appartenant au secteur. En revanche, si la rue est intérieure au secteur, l'enquêteur s'intéresse
aux deux côtés de la rue.
Pour ne pas oublier des rues ou passages, il faut s'aider de la carte en marquant au fur
et à mesure tous les endroits parcourus, et s'appuyer sur les indications des habitants.
L'agent recenseur doit en outre préciser lui-même sur la carte l'ordre dans lequel il a
parcouru les voies, en partant des numéros sur la carte, aux extrémités des voies et aux
embranchements et bifurcations. Il faut que l'on puisse retrouver avec précision le chemin
parcouru par l'agent recenseur.
En outre, ici encore, l'enquêteur doit s'enquérir de l'existence d'activités économiques
en retraits de la rue ou du passage qu'il parcourt. Dans les marchés, l'enquêteur prendra
contact avec le chef de marché et se fera accompagner de celui-ci si possible. Un marché
constitue un secteur particulier.
SECTEUR SECTEUR ENSEMBLE
MODERNE INFORMEL
1000 AGRICULTURE,ELEVAGE 4 1,6 % 65 0,3% 69
2000 INDUST.EXTRACTIVES 0 0,0% 25 0,1% 25
3000INDUST. M ANUF ACT 29 11,6% 1141 5,8% 1170
3100 Pdts alim.Boisson,Tabac 11 4,4% 1 343 1,8% 354
3121 Broyage et l°prépa 4 1,6% 300 1,5% 304
3122 Boulangeries,Patisseries 4 1,6% 6 0,0% 10
3200 Textiïe,Habillement,Cuirs 2 0,8% 427 2,2% 429
3231 Couture à façon 1 0,4% 0 0,0% 1
3300 Industries du bois,Meubles 7 2,8% 260 1,3% 267
3320 Fabrication de meubles 2 0,8% 162 0,8% 164
3330 Vanneries Natteries 0 0,0% 32 0,2% 32
5000 B.T.P 12 4,8% 47 0,2% 59
6000 COMM.HOT.RESTAU 159 63,9% 17772 90,8% 17931
6100 Commerce de gros 33 13,3% 114 0,6% 147
6200 Commerce de détail 110 44,2% 14544 74,3% 14654
6201 Cigarettes et tabacs 1 0,4% 891 4,6% 892
6203 Produits de 1 nécessité 15 6,0% 1445 7,4% 1460
6204 Alimentation générale 8 3,2% 455 2,3% 463
6205 Fruits,légumes,Manioc 1 0,4% 4007 20,5% 4008
6206 Condiments,Epices 2 0,8% 2043 10,4% 2045
6207 Boulangeries,Patisseries 4 1,6% 472 2,4% 476
6208 Boucheries,Charcuteries 2 0,8% 482 2,5% 484
6209 Poissonneries 0 0,0% 316 1,6% 316
6211 Boissons 17 6,8% 1503 7,7% 1520
6212 Textiles,Habillement 8 3,2% 702 3,6% 710
6213 Chaussures 0 0,0% 276 1,4% 276
6216Hygiène et soins 4 1,6% 228 1,2% 232
6232 Meubles 4 1,6% 71 0,4% 75
6234 Auto,Cycles,Pièces détachées 4 1,6% 71 0,4% 75
6300 Hotels,Cafés,Restaurants 16 6,4 3114 15,9% 3130
6304 Restaurants,Gargottes 3 1,2% 143 0,7% 146
6305 Brochettes,Beignets,... 1 0,4% 2828 14,5% 2829
7000 TRANSP.TELECOM 8 3,2% 2 0,0% 10
8000 SERV.AUX ENTREPRISES 8 3,2% 3 0,0% 11
9000 SERV.A LA COLLECTIVITE 29 11,6% 515 2,6% 544
9517 Mécanique autos,motos,vélo 2 0,8% 67 0,3% 69
9519 Réparation pneus 2 0.8% 35 0,2% 37
9591 Sal.de coif.&inst.de beauté 3 1,2% 69 0,4% 72
ENSEMBLE DES ACTIVITES 249 100% 19570 100% 19819
Tableaun°l:DENOMBREMENTDESUNITESPARBRANCHEETPARSECTEUR
Annexe 6
LES DIFFERENTES APPROCHES DU SECTEUR
INFORMEL EN FRANCE
Les équipes de l'ORSTOM / INSEE (CHARMES et Al)
Bordeaux I (M. PENOUIL, J.-P. LACHAUD et Al)
L'IEDES (Ph. HUGON et Al)
ont mené des enquêtes et développé des méthodologies macro-économiques répondant à des
problématiques différentes des travaux du BIT, mais qui n'infirment pas la conceptualisation
de celle-ci.
L'équipe de CHARMES
Elle travaille principalement sur les activités informelles de production dans les pays du
Maghreb, du point de vue de l'emploi, de la valeur ajoutée et des revenus. Avec comme
objectif, l'évaluation de la part du S.I. dans le PIB de la Tunisie (+ 10 %).
L'enquête permet de montrer :
- L'importance du S.I. pour un PVD en liaison avec des pourcentages élevés en P.E.
A. (Population Economiquement Active) et le niveau du PIB généralisée.
- Des revenus tirés du S.I. sont supérieurs au SMIG.
- Le S.I. n'a pas pour unique fonction d'être un secteur de subsistance ou un
secteur-refuge.
- Un emploi salarié dans le secteur moderne peut servir de support à un auto-emploi
dans le S.I. ou les revenus sont supérieurs au salaire moyen dans le S.M.
- La pluii-activité de certains fonctionnaires, l'hypertrophie du secteur public a pour
corollaire un sous-enregistrement des activités informelles (dans certains cas).
L'analyse des revenus réfute la thèse qui assigne au S.I. le rôle de reproduire au moindre
coût la force du travail ou d'exercer une pression à la baise des salaires. Il existe des
mouvements de mobilité ascendante qui vont du formel à l'informel,...
L'équipe de Bordeaux
Le S.I. est considéré comme un élément structurel d'analyse, un secteur de progrès
(transition). L'approche privilégie la démarche déductive après observation directe d'après des
critères de différenciation formel / informel.
J.-P. LACHAUD adopte une classification en trois catégories. A côté d'un secteur
moderne, il existe un S.I. traditionnel involutif où la production et l'accumulation évoluent
lentement et un secteur intermédiaire, de transition marqué par une dynamique évolutive, vers
lequel les interventions de l'Etat doivent être orientées.
Quatre orientations théoriques majeures :
1 ) Le S.I.est un élément structurel des économies en voie de développement.
2 ) La thèse de la transition vers le S.M. est argumentée par la contribution positive à
l'emploi,àl'accumulationducapitaletàladistributionderevenus renforcéeparlaconstatation
de la non optimisation de la combinaison travail / capital.
3 ) Les petits producteurs ont un comportement individualiste.
4 ) Le ménage assure mie redistribution interne de ressources "la famille élargie
subventionne de temps à autre l'activité productive".
Au fil de l'analyse un constat méthodologique s'impose, nécessité de prendre comme
unité d'analyse le ménage au lieu de l'entreprise ou de l'établissement informel.
M. PENOUIL insère le S.I. dans une théorie de développement "Le S.I. en Afrique appartient
au 'développement spontané'. Ce développement prolonge les structures anciennes de la
société en voie de transformation, désormais orienté vers un marché urbain qui assure la
couverturedebesoinsaumoyendestructures etdetechniques productivesàfaibleintensitéde
capital'.
L'auteur critique les schémas théoriques du dualisme sectoriel lorsqu'ils allèguent une
oppositionentresecteursouunesubordinationdel'informelauxnécessitésdusecteurmoderne.
"Le S.I. représente une réponse spontanée, adaptée, localisée aux obstacles et limites sévères
du 'développement transféré' des entreprises modernes et du système financier".
Le S.I.enAfriquen'émergepas d'uneinteraction bi-sectorielle commandéeparl'avancée
dusecteurmoderne.Iltémoignedudualismedemécanismesenmarchevers "lamiseenœuvre
d'une forme de société technicienne dans des structures sociales radicalement différentes de
celles qui existaient au départ de l'évolution des pays aujourd'hui développés".
Le cadre théorique de M.PENOUIL est un des plussystémiques car il appréhende le S.I.
africain dans sa globalité.
L'équipe de Paris X et IEDES
La méthodologie optée, distingue les unités domestiques et les unités de production,
articulant les méthodes de l'économie politique et celles de l'anthropologie économique.
Le choix méthodologique repose la question de la soumission des formes de production
au capital.
La thèse de subordination part du principe que deux modes de production coexistent au
seind'unemêmeéconomie:untransfertdeplus-values'opèredusecteurpré-capitalisteversle
mode de production dominant, relevant le taux de profit de celui-ci, principalement en
situation de monopole. "// en résulte au niveau des cellules familiales, des stratégies
d'allocation intertemporelles, interspatiales et intersectorielles de la force du travail et,
notamment, des arbitrages entre salariat, petites activités marchandes et travail domestique".
Spécificités africaines
Le ménage est choisi comme unité d'observation lors de l'enquête "emploi dans les
ménages" (Abidjan 1986-87). l'enquête appréhende les ménages les plus pauvres, des
différentes formes de travail, les processus d'insertion sur le marché du travail et les relations
spécifiques entreledegrédepauvretéetlanaturede laparticipationsurle marché dutravailet
les niveaux de vie
Un des principaux résultats corrèle pauvreté des ménages et travail indépendant,
irrégulier,précaritéduprincipalsoutienéconomique(chefdeménage)etpauvretédesgainsde
l'emploi secondaire (épouse).
L'approche "ménage"semblerejoindreledomaine delasociologiedu travail.En réalité,
le sous-produit immédiat de l'hétérogénéité des formes de production est une pluralité des
formes de travail qui ne recoupe plus exactement les catégories conventionnelles. Travail
indépendant, quasi-salariat familial-travail régulier ou épisodique, travail secondaire
non-localisé conceptualisent des formes de travail caractérisées par leur vulnérabilité et
permettrontdecomprendrecertainsaspectsdelastructureetdesprocessusdesegmentationdu
marché de travail.
Patrons Salariés Apprentis Aides
familiaux Total
Menuiserie de bois 40 12 30 6 88
Réparation mécanique
auto-vélomoteurs
25 20 40 5 90
Total 65 32 70 11 178
Structure de la main-d'œuvre (tableau n°l)
Source : enquête personnelle, 1991.
Sans
instruction Primaire Secondaire
générale
Secondaire
technique Supérieure
Menuiserie de bois 30% 45% 15% 10% -
Mécanique
auto-vélo.
20% 48% 20% 12% -
Total 26% 46% 17% 11 % -
Répartition des responsables selon leur niveau d'instruction (en %) (tableau n°2)
Source : enquête personnelle, 1991.
Annexe 7
TABLEAUX ENQUETE PERSONNELLE
Menuiserie de
bois
Réparation
mécanique
Total
N % N % N %
Formation dans un 3 7 2 8 5 8
centre de formation
professionnelle
Formation dans 12 30 11 44 35
le secteur moderne
Apprentissage dans 25 63 12 48 37 57
le secteur informel
Total 40 100 25 100 65 100
Source : enquête personnelle, 1991.
Sans
instruction Primaire Secondaire
générale
Secondaire
technique Supérieure
Menuiserie
de bois
16% 63% 17% 4 %
-
Mécanique
auto-vélo.
17% 55% 20% 8 %
-
Total 17% 59% 18% 6 % -
Répartition des apprentis selon leur niveau d'instruction (en %) (tableau n°4)
Source : enquête personnelle.
Question: Selon vous quelle est la
meilleure méthode pour
apprendre le métier ?
Nombre de
réponses
Pourcentage
Séances d'apprentissage 15 23,07 %
Observation 45 69,23 %
Essais 5 7,69 %
Total 65 100 %
Méthode d'acquisition des qualifications (Tableau n°5)
Source : enquête personnelle, 1991.
Répartition des unités selon l'origine de formation des patrons (en fréquences relatives)
(tableau n°3)
Question : Comment se fait la
formation au sein de l'unité ?
Nombre de
réponses
Pourcentage
Par observation 35 54%
Par des conseils théoriques 10 15%
Par des conseils pratiques 20 31 %
Total 65 100 %
Mode d'acquisition des qualifications (Tableau n°6)
Source : enquête personnelle, 1991.
Carrières proposées Nombre de réponses Pourcentage
Carrière de salarié dans le 45 70
secteur moderne
Monter un projet du type 19 30
secteur informel
Total 65 100%
Perspectives d'avenir des apprentis interrogés (tableau n°7)
Source : enquête personnelle, 1991.
Annexe 8
LES PROJETS D'APPUI AU SECTEUR INFORMEL
LES PROJETS DE L'USAID
38 projets et sous-projets d'appui aux entreprises du S.I. ont été financés dans
20 pays d'Asie et du Proche-Orient, d'Afrique et d'Amérique Latine. Sur les 38
projets la répartition est la suivante :
-11 projets de crédit ;
- 5 projets d'assistance technique et de formation ;
- 22 projets associant crédit et assistance technique.
Quand à leurs réalisations :
- 3 furent réalisés par le gouvernement ;
- 3 par les banques d'Etat
; -1 par des coopératives
- 2 par des caisses de crédit mutuel ;
- 17 par les ONG locales ;
- 2 par d'autres ONG ;
- 6 par les ONG américaines ;
- et 4 étaient des projets
gouvernementaux. L'ADO fait la
distinction entre :
- les programmes intégrés (constitution de l'entreprise) ;
- les programmes minimalistes (s'intéressant à l'expansion de l'entreprise) ;
- les programmes de développement des activités (relatifs à la
transformation de l'entreprise).
Dans le cas de l'Afrique nous allons présenter deux projets : le projet PISCES II
au Kenya et le projet de l'US AID à Kaolack au Sénégal.
a - Le projet PISCES II : Small Business Scheme (mécanisme pour les petites
entreprises) du NCCK288 au Kenya.
288NCCK : National Council of Churches of Kenya (Conseil national des églises du Kenya).
L'objectif du projet Small Business Scheme consistait à"aider des entrepreneurs
démunis, généralement analphabètes, parfois infirmes, surtout féminins et parfois totalement
inexpérimentés en affaires, à augmenter puis à stabiliser leurs revenus et à améliorer la
qualité de leur vie familiale" 289
.
Le financement fut assuré par l'USAID/Kenya pour un montant de 275 000 dollars,
mis à la disposition du NCCK. Le projet couvre quatre villes : Nairobi, Kisumu/Katanga,
MombassaetNakuru/Eldoret.Leprogrammetouchelespetitsdétaillants,lesvendeursderues,
les propriétaires de boutiques, les mini-restaurants ainsi que les micro-industries et services
tels que la cordonnerie, la couture et autres. H s'est déroulé de la manière suivante :
- Engagement et formation d'un groupe d'agents de vulgarisation urbaine qui fournissent aux
assistants sociaux du NCCK des conseils en entreprise, et qui ont pour mission d'étendre les
rayons d'action du projet, coordonner la remise du fonds de crédits et la collecte des
remboursements. Ils offrent une assistance en gestion et comptabilité de base aux entreprises
individuelles et collectives.
- Les prêts assortis d'intérêts de 8 % (taux inférieur à ceux du secteur commercial) étaient
destinés à procurer des fonds de roulement aux entreprises ; les obligations de nantissement
furent supprimées (toutefois chaque prêt devrait être contresigné par trois tierces personnes) ;
quant aux groupements, ils peuvent garantir leurs prêts.
- Fourniture d'une assistance sociale aux problèmes personnels et familiaux.
- 75 % des bénéficiaires du Small Business Scheme sont des femmes dont le profil-type est
"une femme entre 30 et 50 ans, peu ou pas instruite, habitant un quartierpauvre avec de 5 à 14
personnes à charge".
Lesrésultatsduprojetontétél'augmentationderevenuspourlesbénéficiairespauvreset
la création de nouveaux emplois ; toutefois les détournements de fonds à des fins personnelles
furent l'obstacle majeur, qui met en cause l'intérêt de l'opération.
La plupart du temps, la gestion des fonds destinés au crédit s'est avéré difficile dans
la mesureoules ONGlocalesont une connaissancelimitéedans l'administration des prêts, qui
relève plutôt des banques et autres institutions financières que d'un organisme d'aide social.
289 LUBELL (H.) : "Le SJ. dans les années 80 et 90", OCDE, Paris, 1991.
b - Le projet de l'USAU)290 à Kaolack au Sénégal
Initié en 1986, il avait pour objectif l'accès au crédit des entreprises du S.I., une enquête avait
révélé que le manque decrédits était laprincipalecontrainte au développement des petites entreprises de
la région. L'objectif du projet étant de fournir du crédit aux individus (déjà entrepreneurs) qui voulaient
étendre leurs activités.
Pendantsixmoisdesagentsissusdumilieureçoiventuneformationsurl'analysedesdemandes
de prêts et leur suivi. Le projet se déroule comme suit :
Le propriétaire d'une entreprise qui a besoin de prêts, discute d'abord de son idée avec l'agent
local, qui après approbation et une analyse financière, puis visite de l'entreprise peut transmettre le
dossier de demande de prêt au siège.
Le montant maximum des prêts initiaux était fixé à 3 millions de francs CFA (environ 3 000
dollars) sur une durée maximale de 12 mois.
Après 30 mois du programme de soutien aux petites entreprises les résultats suivants étaient
obtenus :
- 150 des 384 prêts accordés pour un montant total de 486 millions de francs CFA (486 000 dollars
environ) furent entièrement remboursés avec leurs intérêts ;
-15 prêts seulement se sont avérés non productifs, ce qui représente 4,5 % sur le total des fonds prêtés.
Les prêts étaient destinés à procurer des fonds de roulement (72 % des demandes) à l'achat de
l'équipement (13 %) ou aux deux (15 %).
Les responsables du projet ont tiré les enseignements suivants :
1- Les entreprises du SX sont viables puisque beaucoup d'entre-elles réussissent des opérations
rentables par des méthodes traditionnelles (100 % de taux de rentabilité dans de nombreux cas).
2- LesactivitésduSi.nepeuventpasreleverdesbanques,carpourlesévaluerilfaututiliserdes
techniques d'analyse de crédit approprié.
3- Il n'est pas nécessaire que les emprunteurs soient alphabétisés, ou qu'ils sachent tenir une
comptabilité écrite pour pouvoir utiliser et rembourser les prêts.
4- L'approche "minimaliste" est efficace et économique.
5- Des bureaux modestes, situés de plein-pied sur la rue et dotés d'un personnel de terrain sans
haute qualification fonctionnent efficacement. Les gens les plus aptes à réussir comme agents sur le
terrain sont ceux qui ont un profil aussi proche que possible de celui des bénéficiaires.
290 USAID : Agence américaine de développement international.
6- La question du taux d'intérêt est très controversée. Le gouvernement s'inquiète des
tauxélevésdesintérêtsperçussurlesprêtsduSI.,dumomentoulestauxd'intérêtsontfixéspar
la BCEAD.
LE PROJET D'APPUI DU BIT AUX PETITS PRODUCTEURS
URBAINS D'AFRIQUE FRANCOPHONE
Initié par G. NIHAN291
dans les années 70, et poursuivi durant les années 80 par C.
MALDONADO292
, le projet d'appui au SI. en Afrique francophone, avait pour objectif
principal d'encourager les petits producteurs urbains à s'organiser pour acquérir mie meilleure
maîtrise de décision de leurs affaires. L'organisation des groupes de producteurs était au centre
du projet.
L'échantillon de NIHAN se limite au SI. Moderne, c'est-à-dire au SI. Produisant des
biens et services parallèles à ceux du secteur moderne : bois, métal, habillement, réparation
mécanique. Trois pays avaient fait l'objet d'études préalables et ont été retenus : le Mali, le
Rwanda et le Togo. Le projet s'est déroulé en deux phases.
Cinqansaprès,MALDONADOtenteunesynthèsedesrésultatsd'enquêtesconduites
à Bamako, Lomé, Nouakcholt et Yaoundé. La méthodologie suivie et sa démarche sont
similaires à celles de NIHAN, toutefois ce dernier ajoute dans l'échantillon les secteurs de
construction et du commerce. Un grand nombre de métiers furent touchés : charpentiers,
forgerons, maçons, électriciens,.., au Mali une attention particulière est accordée à la création
d'entreprises.
a - Le contenu des phases du projet
L'exécution du projet est étalée sur une période de quatre ans. La première phase d'une
durée de 18 mois a été consacrée à la prise de contact et aux conseils vis à vis d'un premier
groupe d'entrepreneurs composé de soudeurs, de menuisiers, de forgerons et de maçons.
Les entrepreneurs sont assistés dans les domaines de gestion technique et comptable.
L'accès aux matières premières,aux équipements,aux crédits pourfonds deroulementleur est
facilité. Un atelier d'appui est utilisé pour les prestations des services comme la location des
machines aux prix inférieurs à ceux du marché.
291NIHAN (G.) : "Formation, emploi et productivité dans le secteur non-structuré : une étude prospective",BIT,
Genève 1976.
292MALDONADO (G.), CAPT (S.), DEMOL (E.) : "Les petits producteurs urbains d'Afrique francophone", BIT, Genève
1985.
La formation complémentaire des apprentis a aussi retenu l'attention du projet. Les
entrepreneurs se sont organisés en vue de prendre en main ultérieurement la gestion des
différentes actions.
Dans la deuxième phase du projet, outre le renforcement des actions engagées dans la
premièrephase, on a procédé au transfert dela responsabilité auniveaudes entrepreneurs, et à
unedécentralisationdesactivités dansles quartiers delaville.Dans ladeuxième phase,on doit
renforcer et décentraliser les actions commencées précédemment, dans d'autres quartiers de la
ville.
En plus des trois commissions qui ont été formées dans la première phase
(approvisionnement, formation et gestion), trois autres commissions ont vu le jour ;ils'agit de
la commission de construction de l'atelier central, d'animation et de crédit.
Les activités de groupement ont été étendues à 9 autres quartiers de la ville où ont été
installés des comités de quartiers qui servent de courroie de transmission entre les groupes
d'artisansdequartier,lescommissionsduprojetetlecomitéinterprofessionnelquiaaussipour
mission de sensibiliser les artisans à l'adhésion au groupement.
Durant la deuxième phase, les activités de ventes de matières premières (bois, fer et
bétons) etl'utilisationdeséquipements del'ateliercentralontbienprogressé.Ainsiles recettes
des prestations de services s'étaient élevées à 2 317 000 FCFA à la fin du premier trimestre
1984. Mais l'alphabétisation a du mal à démarrer dans les quartiers par manque de locaux
disponibles.
b -Les réalisations
Au Togo :
Les activités de la cellule d'appui BIT ont débuté en mars 1982 dans le cas de la ville de
Lomé. Sous son impulsion le groupement interprofessionnel des artisans du Togo a été créé. Il
rassemble les artisans des quatre corps de métiers auxquels s'adresse en priorité le projet.
Surles200artisansquionteulavisitedel'animateur,seuls40à60d'entreeux,dontune
majorité de menuisiers, participent régulièrement aux réunions du groupement qui ont lieu
dans l'atelier d'appui.
L'atelier d'appui sert de Heu de stockage des consommations intermédiaires et abrite les
machines de la cellule louées aux artisans. Des séances d'alphabétisation et de formation
professionnelle ont également lieu dans cet atelier. Des commissions ont été formées :
- commissions des approvisionnements et des stockages de matières premières (bois
et fer) ;
- la commission de formation ;
- la commission de gestion des activités du groupement.
L'approvisionnement en matières premières n'a pas été régulier. Les prix de vente de
ces biens n'ont pas été attrayants pour les artisans éloignés de l'atelier d'appui compte tenu des
coûts additionnels detransport. L'utilisation parles menuisiers pourdestravaux à façon contre
remboursement a attiré beaucoup d'artisans du quartier où est situé l'atelier d'appui.
L'octroi de crédit a débuté à la fin de la deuxième phase et a intéressé beaucoup
d'artisans. Il s'agit de faire à ceux-ci des prêts au taux d'intérêt très faible de 1 % par mois pour
acquérir les matières premières, et pour disposer d'une avance de fonds sur devis. Toutefois le
recouvrement des prêts est très difficile.
La collaboration du programme BIT avec une association d'artisans (le groupement
interprofessionneldesartisansduTogo)futuneréussite;toutefoisonrelèvedesdéfaillanceslà
où l'organisation a procédé par quartier.
Les ateliers ont joué un rôle de pourvoyeurs d'équipement en location à destination
du S.L, en même temps que celui de formateurs de maîtres artisans et d'apprentis. Les ateliers
sont aussi utilisés pour le stockage de matières premières et comme lieu de vente pour la
production des artisans.
Des méthodes de transmission des qualifications professionnelles par les artisans
expérimentés ont touché les apprentis (formation technique en menuiserie, forge et travaux de
construction) ; ainsi que les artisans (formation à la gestion, à restimation des coûts, à la mise
au point de nouveaux produits et alphabétisation).
La difficulté majeure qu'a rencontré le programme du BIT, provient de la tendance des
artisans âgés et mieux nantis à utiliser pour leur propre compte les avantages proposés au
détriment de certains jeunes moins nantis.
L'évaluation d'ensemble des programmes de soutien montre que les "programmes de
crédits minimalistes" complétés par peu ou pas de formation ont été bénéfiques pour les
entrepreneurs dynamiques, toutefois la question reste ouverte pour les entreprises les moins
viables, celles de la frange inférieure du S.L
Au Rwanda
Les efforts d'organisation du programme ont obtenu mie efficacité particulière. Les
artisans de Kigali ont obtenu dans une négociation avec les autorités locales, l'attribution de
cartesdetravailleurdonnantdroitdeséjourdanslavilleetlesprotégeantainsicontrelapolice.
Des prêts bancaires furent octroyés à travers la constitution d'une structure mutualiste. Les
artisans ont même obtenu l'allégement de leurs impôts locaux et un droit d'occupation du
domaine public. D'autres associations locales furent créées dans la capitale et dans trois autres
villes.
Sous l'impulsion du BIT, l'église catholique a financé un programme d'aide aux artisans
durant la période 1985-88. Les bénéficiaires furent des artisans regroupés au sein de
l'association sans but lucratif KORA (qui signifie "travaille") dont les modes d'organisation
témoignedelavitalitéduS.LEnaoût1985,cetteassociationtouchait1 500artisans deKigali.
L'originalité de son organisation tient au fait que ses membres sont répartis en 55 fédérations
de petits groupements qui rassemblent les artisans selon les métiers. Chaque groupement
apparaît comme une entité où la vie associative est très active (réunions, admissions ou
exclusions des membres,...) et d'autre part, comme une entité économique où s'organisent des
actions de cotisations, de distributions de crédits sur base mutualiste, d'ouvertures de comptes
bancaires, de recherches de matières premières et de nouveaux débouchés, etc.
Le programme a touché :
- des laveurs de voitures. Sur 100 laveurs de voitures, 30 sont patrons et 70 sont
apprentis. Plus un laveur a de clients et plus il acquiert un statut de patron important. Il fournit
le matériel nécessaire (savon, eau, chiffon...) qu'il achète et redistribue à ses apprentis. Les
laveurs partage le même lieu de travail, un endroit où l'eau est à bon marché. Les laveurs de
voiture arrivent parfois à gagner le double ou le triple du salaire d'un cadre moyen. Le
dynamisme de l'organisation entraine des opportunités d'intégration d'activités annexes
(mécanique, soudure...) ;
- les garages "express". Ils sont constitués de 28 mécaniciens qui, au départ,
travaillaientdanslarueetquisesontregroupéspourpartagerunatelierdeproductionainsique
l'outillage. Chacun a ses clients, mais verse à la caisse commune une somme correspondant au
tarif horaire d'utilisation de l'outillage afin de préserver un fonds de roulement. La popularité
decesgaragesestdueàleurrapiditéd'exécutiondes travaux(d'oùlenomdegarage"express")
et aux bas prix qui y sont pratiqués ;
- des ferrailleurs. Ils ont obtenu un crédit des banques pour l'achat d'équipements et
l'aménagement d'ateliers. Ils occupent la première place de popularité à Kigali grâce aux
articles qu'ils produisent, en particulier la cuisinière à charbon et une gamme d'ustensiles, à
partir des carcasses de véhicules ou de tôles métalliques ;
- des menuisiers. Les membres du groupement ont leur propre atelier de production
ainsi que leurs ouvriers et clients, et restent patrons de leur unité. Ils ont demandé un crédit
solidairepourlalocationd'unateliercommunéquipéd'uneraboteuse,afindepouvoirystocker
desplanches.Hsutilisentencommununemachinequineseraitpasrentablesielleétaitutilisée
par un seul artisan. A l'activité de production s'ajoute une formation en comptabilité pour les
artisans qui en font la demande ;
- et enfin, des réparateurs de pneus.
Dans les villes secondaires, la bonne organisation de la KORA a servi de modèle aux
artisans. Le dynamisme de ces groupements d'artisans rwandais montre bien que, sous
certaines conditions, le S.L peut jouer un rôle essentiel.
Une concertation entre artisans, BIT et Etat a permis aux artisans d'obtenir des pouvoirs
publics une carte professionnelle leur évitant d'incessantes poursuites de la police.
Des résultats similaires ont été obtenus au Mali à Bamako et dans quatre autres villes, c-Leslimites
Sinousnepouvonspasfaireunbilandéfinitifdel'exécutionduprojetd'assistanceauS.L
parleBIT,danslamesureoùleseffetsbénéfiquespeuventsesentiràlongterme,nouspouvons
dire que les choses ont pris un bon départ avec une gestion satisfaisante des ateliers d'appui et
mie décentralisation des activités dans les autres quartiers des villes.
Néanmoinsnouspouvonsformulerquelquesremarques;leprojetn'apasmisl'accentsur
leproblèmedesdébouchés.Lesdifficultésrencontréespourconstituerlegroupementsontdues
engrandepartieàl'individualismedesartisans;onauraitdûfaireuneapprocheindividuelledu
milieu avant de penser à regrouper les artisans.
Le désintérêt des artisans pour l'amélioration de leur formation professionnelle et les
coursdecomptabilitésimplifiéeestsemble-t-illiéaufaitqu'iln'yapas eudediscussionssurle
fond avec eux sur leur propre formation et leurs besoins individuels de perfectionnement
Les projets n'ont pas suffisamment pris en compte, du moins dans sa phase
d'exécution, l'environnement des entreprises informelles, et invite l'Etat à s'impliquer
davantage dans la promotion de ce secteur et à prendre un certain nombre de mesures.
Au regard des objectifs de la première phase, le bilan n'est pas encourageant d'après les
responsables du projet ; les causes de ce demi-échec sont multiples :
- à un manque de coordination entre les comités des quartiers et les chefs de projet ;
- àl'individualismedesartisansetàleurmanquedemotivation.Deux
points essentiels peuvent être développés :
Pour le chef du projet, l'efficacité de la première phase résulte de la mise en place
d'activité de formation, de perfectionnement. Alors que le comité (composé d'artisans) met
plutôt l'accent sur l'organisation des artisans, la création d'une caisse alimentée par les
cotisationsde cesderniers, lamise sur pied d'unbureau quidevra prendreplustardladirection
du projet.
La divergence dans l'exécution du projet provient du fait que les artisans n'ont pas été
suffisamment associés à sa conception. Ils avaient l'impression de participer à des faits
accomplis, c'est ce qui explique leur passivité et le peu d'adhésion de leur part. On peut
d'ailleurs noter que beaucoup d'artisans ont été exclus du groupement par l'instauration, par le
comité, d'une cotisation de 10 000 F par artisan, alors que cette participation financière n'était
pas prévue dans le projet.
L'individualismeetlemanquedemotivationdesartisans;lesartisanssonthabituésà
la lutte pour survivre dans un environnement de rude concurrence, où chacun agit pour soi. Ils
neperçoiventpasl'intérêt qu'ils ontàseregrouper,il préfèrent des actions concrètes commele
prouvel'utilisationaccruedesmachinesparles menuisiers. Leprojet n'apasprévuaudébutde
sonexécutionlarecherchedesdébouchéspourlesartisansalorsquelafaiblesseetl'irrégularité
de la demande demeure l'une de leurs préoccupations majeures. Cela explique en partie le
manque de motivation de certains artisans qui ont été mis au courant de l'existence du projet.
Il faut ajouter que peu d'apprentis ont participé aux séances de perfectionnement
technique car les patrons ne leurs ont pas permis. Les conditions dans lesquelles la première
phase du projet s'est déroulée, les résultats obtenus et les difficultés rencontrées montrent qu'il
est indispensable d'associer étroitement les artisans à la définition et à l'application de la
politique de promotion de leurs affaires.
La prise en compte de certaines de leurs préoccupations immédiates, comme la
recherchedesdébouchésestunélémentdeleurmotivationsanslaquellelesactions entreprises
ont peu de chance d'aboutir.
L'assistance aux petites et micro-entreprises selon les types, les formes et les
canaux de diffusion
Types
d'assistance
Formes d'assistance Canaux de diffusion
Crédits Prêts en espèces et/ou en nature,
pour capital fixe et/ou fonds de
roulement
Banques commerciales Banques
spécialisées Établissements
financiers Agents de vulgarisation
Commissions de prêts Coopératives
ONG
Canaux informels
Assistance
technique/
assistance à la
production
Conseils en méthodes,
conception de produits,
outils, équipement, machines,
contrôle de qualité, agencement
d'installations
Etabliss. de formation
professionnelle Centres de
promotion commerciale
Services de vulgarisation dans des
centres
de développement industriel ou par
le biais
d'ateliers mobiles
Unités de technologies appropriées
ONG
Entrepreneurs locaux
Assistance
en gestion
Comptabilité simple Comptabilité
sophistiquée Audit
Planification à la production
Inventaires
Gestion du personnel
Développement de rentreprenariat
Etabliss. de formation
professionnelle Instituts de
formation à la gestion
Services de vulgarisation dans des
centres de développement industriel
ou par le biais d'ateliers mobiles
Réunions formelles ou informelles
Bulletins d'actualités
ONG
Assistance à la
commercialisatio
n
Conseils en conditionnement,
techniques marchandes, demande
de produits Approvisionnement en
matières premières Ventes dans les
centres commerciaux et
présentation des produits dans le
pays et à l'étranger
Centres d'encaissement Ventes par
expédition Services d'exportation
Assurances crédit
Services de vulgarisation
Sociétés commerciales
Systèmes de crédit et d'exportation
Centres de services aux clients
Centres artisanaux
Centres d'exposition
Coopératives
ONG
Infrastructures à
usage collectif
Bâtiments Routes
Ateliers
d'ingénierie
Électricité et eau
Zones ou sites de développement
industriel
Groupements d'ateliers
Coopératives
Source : Carm LIEDHOLM et Donald MEAD, "Small scale industries in developing countries : empirical
evidence andplicy implications", East Lansing, Michigan State University, MSU Development Paper n°9,
1987, citant C. CHUTA et Carl LIEDHOLM, "Rural non-farm employment : a review of the state of the
art", East Lansing, Michigan State University, MSU Development Paper n°4,1979.
LISTE DES TABLEAUX
Tableau n°l
Tableau n°2
Tableau n°3
Tableau n°4
Tableau n°5
Tableau n°6
Tableau n°7
Tableau n°8
Tableau n°9
Tableau n°10
Tableau n°ll
Tableau n°12
Tableau n°13
Tableau n°14
Tableau n°15
Tableau n°16
Tableau n°17
Tableau n°18
Tableau n°19
Caractéristiques des secteurs moderne et informel.
Champ d'investigation pour les enquêtes sur le SNS au sens large.
Données économiques de base.
Croissance de la production.
La répartition des ménages urbains selon leur niveau
économique et l'occupation du chef.
Dépenses pour certains postes affectés par des mesures
d'ajustement.
Pourcentage des hommes et des femmes dans le secteur
infonnel selon le niveau économique.
Estimations de l'emploi informel dans quelques villes d'ASS.
Répartition des activités informelles dans quelques villes
d'Afrique subsaharienne (fréquences relatives).
Répartition des unités économiques par secteur et catégorie
d'activités et par taille (fréquences relatives).
Principales caractéristiques de l'emploi informel au Burkina
Faso en 1985.
Revenus des entrepreneurs du S.L dans quelques pays
africains (en multiple du SMIG).
Rémunération des patrons par décile d'actif immobilisé et par
ville (montant en dollars/semaine).
Salaires moyens versés par les entrepreneurs du secteur
informel de quelques pays africains en proportion du SMIG (en
multiples du SMIG - apprentis et aides familiaux exclus).
Coefficients de régression de la valeur ajoutée annuelle selon
les villes.
Capacité de réparation des machines (fréquences relatives).
Biens d'équipement fabriqués sur commande.
Typologie selon la formation suivie par les artisans (fréquences
relatives).
Répartition
des
entreprises
selon la
typologie et
selon le
volume de
l'actif partiel
(fréquences
relatives).
Tableau n°20
Tableau n°21
Tableau n°22
Tableau n°23
Tableau n°24
Tableau n°25
Tableau n°26
Tableau n°27
Tableau n°28
Tableau n°29
Tableau n°30
Tableau n°31
Tableau n°32
Tableau n°33
Tableau n°34
Tableau n°35
Tableau n°36
Tableau n°37
Tableau n°38
Tableau n°39
Tableau n°40
Tableau n°41
Les établissements par secteur et par branche regroupée.
Les établissements selon leur taille (en termes d'emplois).
Les établissements selon leur forme juridique.
Établissements selon le type de local et par branche.
Les unités informelles selon la date de création.
Les unités selon leur implantation.
Les principaux marchés selon leur types de locaux.
Les unités informelles par arrondissement et par année de
création.
L'emploi par secteur.
L'emploi dans les principaux marchés.
Structure de l'emploi.
Niveau d'instruction et de formation.
Niveau d'étude et origine géographique.
Répartition de la valeur ajoutée brute annuelle selon les
secteurs et catégories d'activité et selon l'ancienneté des
entreprises, Bangui 1982.
Valeur ajoutée annuelle des premier et dernier quintiles et de la
médiane par secteur et catégorie d'activité, Bangui 1982
(FCFA).
Revenu par semaine des entrepreneurs par secteur et catégorie
d'activité et selon l'ancienneté des entreprises, Bangui 1982,
(FCFA).
Rémunération de la main-d'œuvre par semaine selon les
secteurs et les catégories d'activité, Bangui 1982.
Revenus moyens des entrepreneurs par mois des premier et
dernier quintile et de la médiane des entreprises par secteur
d'activités en FCFA.
Répartition des entreprises par secteur et catégorie d'activité et
caractéristiques de croissance du capital technique fixe
(fréquences relatives), Bangui 1982.
Répartition des entreprises par secteur d'activité, ancienneté et
caractéristiques de croissance du capital technique fixe, Bangui
1982.
Taux de croissance pondéré annuel du capital technique fixe
par secteur, catégorie d'activité et ancienneté des entreprises,
Bangui 1982.
Tableau n°42
Tableau n°43
Tableau n°44
Tableau n°45
Tableau n°46
Tableau n°47
Tableau n°48
Tableau n°49
Tableau n°50
Tableau n°51
Tableau n°52
Tableau n°53
Tableau n°54
Tableau n°55
Tableau n°56
Tableau n°57
Tableau n°58
Tableau n°59
Tableau n°60
Tableau n°61
Tableau n°62
Tableau n°63
Tableau n°64
Tableau n°65
Répartition des chefs d'entreprise selon les secteurs et
catégories d'activité et le nombre d'activités antérieures (y
compris l'activité actuelle) (fréquences relatives), Bangui 1982.
Répartition des chefs d'entreprise selon le secteur d'activité
actuel et le type, le secteur et le lieu d'occupation de l'activité
antérieure (fréquences relatives), Bangui 1982.
Mode de financement de l'investissement supplémentaire
(fréquences relatives), Bangui 1982.
Capacité annuelle de financement, investissements
supplémentaires et niveau de capital technique fixe selon les
secteurs et les catégories d'activité (FCFA), Bangui 1982.
Investissements et actifs immobilisés en fonction du niveau de
capital fixe et des valeurs moyennes de ces investissements,
Bangui 1982.
Dépenses consacrées à l'éducation et progrès de l'éducation.
Coûts unitaires de l'enseignement public à divers niveaux (en
% du PNB/habitant).
Taux de rentabilité sociale et privée de l'éducation (en %).
Évolution du taux de scolarisation dans la tranche d'âge 6-14
ans en%.
Effectifs scolarisés.
Effectifs moyens par enseignants et par salles de classes.
Nombre d'écoles et de salles de classes. Effectifs scolarisés
féminins. Nombre d'enseignants permanents. Taux de réussite
aux examens.
Budget de l'éducation nationale.
Répartition par secteur et catégorie d'activité des unités
économiques ayant des apprentis, de celles qui leur offrent une
formation et de celles qui reçoivent des demandes fréquentes
d'apprentissage (fréquences absolue et relative).
Les différentes étapes de la formation sur le tas des apprentis
du SI
Notes moyennes du classement des méthodes d'enseignement
par les maîtres.
Critères d'évaluation des progrès des apprentis.
L'impact de la scolarisation et de la formation professionnelle
sur la réussite des petits entrepreneurs.
Structure d'âge des apprentis.
Profil d'un bon apprenti.
Milieu d'origine des apprenti
Tableau n°66 Rotation des apprentis.
Tableau n°6~7 Motivation des apprentis.
Tableau n°68 Profil de la formation au travail.
LISTE DES GRAPHIQUES
Graphique n°l
Graphique n°2
Graphique n°3
Graphique n°4
Graphique n°5
Graphique n°6
Graphique n°7
Graphique n°8
Graphique n°9
Graphique n°10
Graphique n°11
Graphique n°12
Graphique n°13
Graphique n°14
Equilibre et dynamique du secteur informel traditionnel.
Evolution du taux d'accroissement de la population pour
quelques grandes régions du monde.
Dépenses publiques par habitant afférentes à l'enseignement.
Évolution des effectifs élèves et enseignants.
Compétences les plus importantes selon les entrepreneurs sans
instruction (réparation TV/radio).
Compétences les plus importantes selon les entrepreneurs
instruits (réparation TV/radio).
Structure de la main-d'œuvre selon les branches d'activité.
Répartition des responsables selon leur niveau d'instruction.
Répartition des unités selon l'origine de formation des
responsables. Répartition des apprentis selon leur niveau
d'instruction. Méthode d'acquisition des qualifications. Mode
d'acquisition des qualifications. Perspectives d'avenir des
apprentis interrogés. Souhaits des entrepreneurs en
matière de formation.
TABLE DES MATIERES
N T R O D U C T I ON G ÉN É RA LE ............................................................................................................................4
S O M MA I RE .......................................................................................................................................................................1 7
PREMIÈRE PARTIE: LE SECTEUR INFORMEL DANS LE
PROCESSUSDE DÉVELOPPEMENT............................................................................................................................1 9
Introduction de la première partie............................................................................................................................2 0
Chapitre I: Emergence etapprofondissementde la notion de
secteurinformel(S.I.) dansl'analyse du sous-développement......................................................................2 2
Introduction ...................................................................................................................... 22
Section I : Approche théorique de la notion de secteur informel ............................... 23
1.1 - Émergence du concept de S.I........................................................................... 23
1.2 - D'un dualisme à un "autre" ...............................................................................25
1.3 - L'approche de la petite production marchande .............................................31
1.4 - Les nouvelles orientations de recherche .........................................................33
Section II : Contours et définitions du S.I.......................................................................35
11.1 - Les critères de distinction du S.I ....................................................................36
11.2 - La typologie des activités...............................................................................40
II. 3 - Articulation secteur moderne / secteur informel.........................................42
II.4 - Le caractère dynamique du S.I........................................................................45
Conclusion..........................................................................................................................54
Chapitre II: Rôle duS.I.enAfrique subsaharienne (ASS).............................................................................5 6
Introduction ......................................................................................................................56
Section I : Le contexte économique de l'Afrique subsaharienne (ASS) .....................57
1.1 - La croissance du PNB durant les trois dernières décennies........................57
1.2 - Croissance sectorielle et structure de la production.....................................60
1.3 - La croissance démographique .......................................................................... 61
1.4 - La dégradation du niveau de vie...................................................................... 63
1.5 - L'ajustement structurel ...................................................................................... 65
Section II : La contribution du S.I. au développement de PASS 75
II. 1 - Le secteur informel et l'emploi.............................................................. 76
II.2 - Le secteur informel et la distribution de revenus................................ 85
IL3 - Le secteur informel et l'augmentation de la valeur ajoutée ............... 91
II.4 - Le secteur informel et l'accumulation du capital ................................ 95
ÏÏ.5 - Le secteur informel et la maîtrise de la technologie...........................100
Conclusion .................................................................................................................109
Chapitre III : Le secteur informel à Bangui (Centrafrique) ................................................... 110
Introduction...............................................................................................................110
Section I : Présentation des établissements du S.I. à Bangui...............................112
1.1 - Aperçu historique de la ville de Bangui .......................................113
1.2 - Répartition des établissements par branche.................................115
1.3 - Taille des unités et forme juridique...............................................118
1.4 - Mode d'installation.......................................................................119
1.5 - Age des établissements ...................................................................120
1.6 - Zones d'implantation et quartiers................................................121
Section II : Contribution à l'emploi........................................................................ 126
n.l - Emploi par branche ................................................................................. 126
II.2 - Localisation des emplois ....................................................................... 127
ÏÏ.3 - Structure des emplois ............................................................................ 128
11.4 - Structure par âge et niveau de formation................................... 128
11.5 - Origine géographique et niveau de formation .......................... 130
IL6 - L'absorption du flux migratoire........................................................... 132
Section HI : La contribution au revenu ................................................................. 135
EŒ. 1 - L'analyse des statistiques de la valeur ajoutée .............................. 135
ÏÏÏ. 2 - L'analyse des statistiques de revenu ................................................. 141
Section IV : La contribution à l'accumulation du capital .....................................147
IV. 1 -Valeur des actifs immobilisés ..............................................................147
IV.2 - La croissance du capital technique fixe ..............................................148
IV. 3 - Le financement du capital technique fixe ..................................155
Section V : Les obstacles au développement du S.I..............................................163
V. l - Les obstacles internes aux entreprises ..........................................163
V.2 - Les obstacles externes aux entreprises.................................................167
Conclusion .................................................................................................................175
Conclusion de la première partie ............................................................................................. 178
DEUXIÈME PARTIE : LA FORMATION DANS ET POUR LE
SECTEUR INFORMEL........................................................................................................................ 186
Introduction de la seconde partie............................................................................................. 187
Chapitre IV : Le rôle de l'éducation et de la formation dans le
développement ........................................................................................................................... 190
Introduction...............................................................................................................190
Section I : Approche théorique du problème d'éducation-
développement ...................................................................................................................191
1.1 - La théorie du capital humain (KH) ...............................................192
1.2 - Evaluation du rendement de l'éducation .....................................200
1.3 - Analyse en tenue de sélection et de socialisation........................209
Section II : Les politiques éducatives et de formation en Afrique au sud
du Sahara................................................................................................................... 214
II. 1 - Constitution du système....................................................................... 214
11.2 - Les caractéristiques du système d'éducation et de formation
en ASS............................................................................................................... 216
11.3 - Les limites du système d'éducation et de formation................. 224
Section III : Analyse du système d'éducation et de formation en
Centrafrique.............................................................................................................. 228
III. 1 - La constitution du système éducatif et de formation en
Centrafrique ................................................................................................................ 229
III.2 - L'organisation du système éducatif et de formation en
Centrafrique ................................................................................................................ 232
IH................................................................................................................ 3 -
Analyse critique du système d'éducation-formation............................................. 239
Conclusion ................................................................................................................ 244
Chapitre V : La formation dans le S.I.......................................................................................247
Introduction...............................................................................................................247
Section I : L'apprentissage sur le tas dans le secteur informel............................248
1.1 - La demande d'apprentissage..........................................................248
1.2 - Les modes d'acquisition de la fonnation dans le S.I....................250
1.3 - L'efficacité de la formation............................................................261
Section II : Présentation des résultats de notre enquête...................................... 263
II. .................................................................................................................1 -
Présentation de l'enquête ...........................................................................................263
11.2 - Les résultats de l'enquête ............................................................267
11.3 - Forces et faiblesses de l'apprentissage sur le tas ........................279
Conclusion ................................................................................................................ 284
Chapitre VI : La formation pour le S.1.....................................................................................292
Introduction ..............................................................................................................292
Section I : La formation générale pour le S.1 ........................................................293
1.1 - Le volet alphabétisation................................................................294
1.2 - L'éducation de base .........................................................................296
1.3 - Rénovation du Primaire..................................................................302
1.4 - L'expérience indienne de l'apprentissage rémunéré...................305
Section II : La formation professionnelle pour le S.1...........................................309
II. 1 - La demande de formation des acteurs du S.1 ...................................310
11.2 - Les objectifs de la formation......................................................... 313
11.3 - Les modalités de la formation .................................................... 316
11.4 - Adaptation de la formation institutionnelle aux besoins du
S.1...................................................................................................................... 331
Conclusion ................................................................................................................333
Conclusion de la seconde partie ...............................................................................................335
CONCLUSION GÉNÉRALE..............................................................................................................339
LISTE DES ABRÉVIATIONS..............................................................................................................345
BIBLIOGRAPHIE.................................................................................................................................347
ANNEXES.............................................................................................................................................359
LISTE DES TABLEAUX......................................................................................................................431
LISTE DES GRAPHIQUES .................................................................................................................435

Thèse GUEDOKO.pdf

  • 1.
    UNIVESITE DES SCIENCESSOCIALES DE TOULOUSE LE SECTEUR INFORMELET LAFORMATION : UNE APPLICATION EN CENTRAFRIQUE T H E S E P O U R L E D O C T O R A T E N S C I E N C E S E C O N O M I Q U E S Présenté et soutenue le 19 février 1996 Par Prosper Didier GUEDOKO MEMBRES DU JURY Président : - Monsieur G. MOLINS-YSAL Professeur à l’Université des Sciences Sociales de Toulouse. Suffragants : - Monsieur M. CATIN Professeur à l’Université de Toulon et du Var. - Madame M.-P. BRUGNES Maître de conférences à l’Université de Toulouse - Monsieur J. BOUOIYOUR Maître de conférences à l’Université de Pau PRESIDENT DE LA THESE : Suffragants L’Université n’entend pas approuver, ni désapprouver les opinions particulières du candidat.
  • 2.
  • 3.
    REMERCIEMENTS Nous tenons àexprimer tout particulièrement notre gratitude à Madame Marie-Paule BRUGNES d'avoir accepté de diriger cette thèse, de nous encadrer et de suivre l'évolution jusqu'à sa réalisation. Malgré les multiples difficultés rencontrées au cours de cette recherche, ses conseils d'ordres conceptuel, méthodologique nous ont été d'une grande utilité. A Catherine BARON et Jamal BOUOIYOUR dont la lecture critique a été source d'encouragement, qui ont su nous consacrer le temps et le soutien dont nous avions besoin ; Nous exprimons également nos remerciements à Messieurs Marc PENOUIL et Jean-Pierre LACHAUD de l'Université de Bordeaux I qui ont bien voulu nous recevoir pour des entretiens qui nous ont apporté des éléments importants du sujet. Nous sommes redevables à l'égard de Fred FLUITMAN, et V. SETHURAMAN du B.I.T. qui nous ont aidés à élaborer et préciser nos idées lors des entretiens qu'ils nous ont accordé. Nousnemanqueronspasde remercierl'équipeduC.E.P.E.D. réunieautourde Monsieur Georges MOLINS-YSAL, de qui nous avons reçu la collaboration et l'encouragement qui font du C.E.P.E.D. un endroit stimulant et propice au travail. A nos parents et amis qui ont joué un rôle capital tant moral que matériel : Emmanuel OUAÏMON, Darhyo YAMANDJAN, Fidèle KABRAL, Alphonse AMODA, Paul OUAÏMON, Siméon NGOUMAPE, Jean-Didier KABRAL, Eric DONDON, Jean-Luc DONDON, Louis RIEU, Firmin KOYESSE, Ignace BANDASSA, Stéphane MAILLARD, Narcise KEMBY, Dany DIRAND, Bernard DEMARCHI. A la mémoire de mon oncle David YAMBERE et de mon père Joseph GUEDOKO. A ma mère Rébecca GUEDOKO...
  • 4.
  • 5.
    L'Afrique Sub Sahérienne(ASS) est la région du monde la plus frappée par la récession économique mondiale actuelle. La détérioration des conditions économiques, d'une part, l'augmentationdelapopulationactive,d'autrepart,ont conduitàunepression croissantesurle marché du travail urbain.Mais les possibilités d'emploi décroissent rapidement dans le secteur moderne.Parallèlement,elleconnaîtunecriseprofondedel'enseignement,àl'heureoùprèsde 50 %1 de sa population totale est encore illettrée. La plupart des bâtiments scolaires sont délabrés et nécessitent des travaux de remise en état. Étant donné qu'aucune nouvelle école n'est construite, la situation ne peut qu'empirer au fil des années. La demande de places dans l'enseignement augmente beaucoup plus rapidement que la capacité. Lorsqu'un enfant a la chanced'avoiruneplaceàl'école,ilsetrouveconfrontéàunepénuriedematérieldidactiqueet demanuelsscolaires,àunéquipementinsuffisantetàunpersonnelenseignantmalrémunéréet profondément démotivé. Un pays qui n'a pas les moyens de s'assurer une éducation descente et adaptée à ses besoins, voit ses perspectives de croissance réduites. L'Afrique est un continent riche dont les populations sont pauvres. Elle détient un certain nombre de records que nul ne lui envie : le taux le plus élevé de fécondité et de mortalité du monde, et le continent le plus touché par l'épidémie du SIDA;(sur 100 000 habitants, on compte 15 600 cas de SIDA).2 De façon notoire, la qualité des données macro-économiques est peu satisfaisante en Afrique au sud du Sahara, mais tous les indicateurs disponibles vont dans le même sens et permettentdedégagerdestendances:déclindes revenuspartête,baissedesproductionsetdes exportations...Pourtant,ungrandnombredepersonnestrouventleurs moyensd'existencedans le S.I. Il s'en suit l'abaissement du niveau de vie (devenu largement inférieur à ce qu'il était avant l'indépendance) et une augmentation du nombre de gens vivant dans la misère. L'environnement économique interne : - La substitution d'une production nationale aux importations présente des limites : les entreprises étaient subventionnées à partir de prélèvements sur lesecteur exportateur primaire, bénéficiaient des barrières douanières protectrices et de maintien de taux de changes forts. Même si leur production manufacturière a augmenté de 8 % par an pendant les années 60, le développement des industries manufacturières rencontre rapidement une série de limites : coûts de production élevés etstagnation delaproductivitédu fait des protectionsdouanières et de la présence fréquentedes monopoles, concurrence desimportations frauduleuses, étroitesse des marchés nationaux (sauf au Nigeria) et dépendance accrue des biens intermédiaires et des biens d'équipement sont à l'origine des goulots d'étranglement ; 1 NATIONS UNIES : "Rapport mondial sur le développement humain", Whashington, 1995. 2 NATIONS UNIES : Op.cit.
  • 6.
    - les infrastructuresinsuffisantes : le développement des infrastructures et le degré d'intégration interne des pays fournissent aussi une indication sur la plus ou moins grande flexibilité de ces économies. Cette insuffisance des infrastructures se combine souvent avec leur détérioration. La précarité des infrastructures ne doit pas, toutefois, être généralisée à tous les pays. En réalité, comme en témoigne le développement concentré dans les grandes villes, celui-ci tout en suscitant une croissance urbaine non maîtrisée a augmenté l'écart déjà existant entre les villes et le monde rural, mais encore a aggravé la baisse du niveau de vie de ces populations. En somme les politiques économiques se sont révélées peu efficaces et inappropriées. "L'échec des politiques économiques sera attribué à l'ignorance par les gouvernements des effets sur l'action de certaines variables qu'ils ne maîtrisent pas".3 La récession des années 80 et la phase d'ajustement structurel qui s'en est suivie ont contribué à la prolifération des activités informelles. Le secteur informel, durant cette période, est contraint d'absorber plus de main-d'œuvre que par le passé : partage des emplois, offre de toutes sortes de biens et de services, développement de la pluriactivité, etc. La restructuration du secteur public a engendré une mobilité de l'emploi salarial vers le mode d'emploi à propre compte4 . Il est clair que l'emploi dans le secteur moderne n'a pas connu une expansion suffisante pour absorber l'excédent de la main-d'œuvre urbaine dans les pays d'Afrique au sud du Sahara. Par conséquent on peut déduire que c'est le Si. qui absorbe l'essentiel de la main-d'œuvre. "L'expansion du S.I. ainsi que la contraction des salaires réels dans ce secteur constituent les principaux moyens qui ont permis au marché du travail de s'adapter à la crise quifrappe ces pays depuis 1980" 5 . L'emploi dans le S.I. a connu une croissance exponentielle (6,7%parandurantladernièredécennie)etreprésente60%desemploisdanslesvillesd'ASS, selon les estimations du PNUD6 . Le problème n'est plus celui du nombre d'emplois mais devient comment promouvoir la productivité dans le S.I. en améliorant les politiques d'éducation et de formation. Désormais, dans les villes d'ASS, ce sont les activités informelles qui du point de vue de l'emploi sont dominantes. Du fait de cette évolution non prévue, le système d'éducation et de formation se trouve de plus en plus déconnecté des besoins des sociétés. 3 KOULIBALY (M.) : "Libéralisme..Nouveau départ pour l'Afrique Noire", L'Harmattan, Paris, 1992. 4 LACHAUD (J. P) : "L'ajustement structurel et le marché du travail en Afrique francophone", OIT,Genève, Discussion Papers n°56,1993. 5 TROTIGNON (J.) : "Pourquoi les politiques d'ajustement ont-elles généralement mieux réussi en Asie du Sud-Est qu'en Afrique", Economie et statistique, n°264,1993-94. 6 NATIONS UNIES: op. cit. page 5.
  • 7.
    Le rapport pourtantancien de la mission BIT sur le programme d'emploi au Kenya7 contient la plus grande partie des connaissances sur le secteur informel. Toutefois on a beaucoup appris depuis lors dans diverses parties du monde en développement8 . Durant les années 80, dans un contexte de crise économique, les États du Tiers Monde, africain en particulier, les organisations internationales, les chercheurs d'horizons différents ont focalisé leurs interrogations sur le secteur informel. Un grand nombre d'auteurs ont utilisé ce concept ces dernières années en essayant de le définir, mais ils n'ont pu aboutir à une unanimité. Les caractéristiques du fonctionnement du S.I. telles qu'elles ressortent des définitions reflètent-elles la réalité de ces activités urbaines et la place qu'elles occupent véritablement dans ces économies ? Les caractéristiques mises en évidence dans les diverses études conviennent particulièrement à certains cas mais sont difficiles à généraliser en raison de l'hétérogénéitédecesactivités.Lapléthoredes définitionssonttoutes calquéessurlecaractère dual de l'économie urbaine. On substitue à la division ancienne (secteur moderne/secteur traditionnel)mettantl'accentsurlatechnologie,l'oppositionsecteurmoderne/secteurinformel. Pour ôter au SI. son image négative, on insiste sur la forme de l'emploi (salarié opposé à l'auto-emploi). Quellesquesoientlesvariantesterminologiques(secteurinformel,secteurnonstructuré, petite production marchande, secteur non réglementé,..), il s'est dégagé au cours des années le rôle essentiel que peuvent jouer les activités informelles dans le processus de développement. Durantcettepériode,ledéséquilibreglobals'est accentué dans lamesureoù,comptetenudela situationéconomique,laprogressiondel'emploipublicaétéquasinulle. Dans cettesituation, il est souhaitable en vue d'accélérer le développement économique d'utiliser pleinement toutes les possibilités d'emploi, de production, de formation... que recèle le SX Si l'importancedes activitésinformelles est reconnueà l'unanimité, lapositionde ce secteur dans les politiques économiques reste liée aux différents objectifs qui peuvent lui être assignés (augmenter l'emploi, augmenter la production, jouer un rôle accru et efficace dans le domaine de la formation, etc....). En effet, le secteur informel se trouve projeté dans l'enjeu du développement économique et social.Dès lors la question qui se pose est comment le dynamiser ? Toutefois, concernant sa dynamisation deux questions peuvent être soulevées. 7 BIT : "Employment,Incomes and Equality. A.Strategy for Increasing Productive Employment in Kenya", Genève, 1972. 8 TURNHAM (D.), SALOME (B.), SCHWARZ (A.) : " Les nouvelles approches du secteur informel", OCDE, Paris, 1990.
  • 8.
    - comment peut-onmettre en place un système qui permette un apport efficace aux activités concernées ? - l'impact ou le rôle potentiel du secteur informel peut-il effectivement modifier, la nature, l'efficacité et les fonctions du système productif dans les domaines économiques ? De ces deuxinterrogations, il ressortquepour êtreviable les politiques doivent éviterde s'intéresser uniquement à ce secteur. Elles doivent intégrer une stratégie de développement ayant pour objectif l'amélioration des conditions économiques et sociales des pays concernés. Cette amélioration passe très largement par la formation dont doivent bénéficier les personnes travaillantdanssecteurinformel.Lespolitiquesd'incitation àlacréation despetites entreprises devientunmoyenessentieldelagestiondel'emploi.LesentreprisesduS.I.peuventcontribuer à atténuer la dégradation de l'emploi dans le secteur moderne à condition que des moyens institutionnelsadaptéssoientmiseenplace(simplificationdelalégislation,allégementdutaux d'impositionetcontrôleadministratif).Acela,ajoutonsquel'unedes conditionsessentielleàla création des petites entreprises serait que les pouvoirs publics facilitent vigoureusement la formation des futurs entrepreneurs des petites firmes9 . Cet argument se justifie à condition que l'objectif fixé entre autres soit de faire passer une partie des actifs "informels" vers des entreprises productives. Les entrepreneurs du S.I. citent souvent comme problèmes : la faiblesse et l'irrégularité de la demande et le manque de crédit, mais l'analyse économique révèle aussi d'autres difficultés : niveau d'instruction et de formation peu élevé, absence de méthode de gestion rigoureuse, concurrence entre les unités. La plupart des politiques de soutien au S.I. ont pris la forme de programmes d'aide aux entreprises, souvent complétés par une assistance technique en gestion, de conseil technique et de production ainsi que des aides en formation. Nous envisageons dans le cadre de cette étude d'analyser la formation dans et pour le secteur informel. En effet, poser le problème de la formation dans et pour le secteur informel revient à s'intéresser d'une part aux échanges d'informations existant dans le S.I. lui-même, donc à mettre en relief la dynamique de la formation en son sein ; et d'autre part, aux interrelations avec le système d'éducation et formation professionnelle. Par conséquent, cela revient à nous demander:quelsystèmedeformationpeutrentrerensymbioseavecletissusocio-économique de nombreux Etats d'ASS ? Comme la majorité des États d'ASS, la Centrafrique a vu s'éroder le capital humain durant ces dernières années, ce qui compromet ses chances de reprise et les perspectives de développement à long terme. L'enseignement et la formation ont généralement beaucoup souffert.Lecoûtdumatérieldidactiqueagrimpéenvaleurréelle,lessalairesdesenseignantset des formateurs ont diminué. La qualité de l'enseignement et de la formation 9 VERNIERES (M.) : "Formation, Emploi, enjeu économique et social", Cujas, Paris, 1993.
  • 9.
    s'en est durementressentie. Les organismes de formation, en particulier, ont eu beaucoup de mal à entretenir et renouveler le matériel qui leur est indispensable pour l'apprentissage des différents métiers. Les organismes de formation sont souvent entièrement tournés vers le secteur moderne qui constitue pour eux un marché captif, et ont été incapables d'adapter leurs objectifs, leurs programmes aux besoins du S.I. en pleine expansion. Pour pouvoir s'imposer sur des marchés où la concurrence est désormais deplus en plus vive, une entreprise doit être capable de s'adapter. Or sa capacité d'adaptation dépend de la qualité, c'est-à-dire du degré d'instruction et de formation de ses dirigeants et de son personnel en général. La mutation technique a fait ressortir que la formation d'une bonne partie de la main-d'œuvre devient une priorité essentielle. L'enseignement et la formation doivent ajuster leurs objectifs, programmes et méthodes afin de répondre aux besoins de la main-d'œuvre des entreprises du S.I. et d'établir des liens accrus avec celle-ci. Un secteur informel dynamique favorisera le développement et une distribution plus équitable, plus large des avantages de la croissance parmi la population. Dans le passé, les politiqueséconomiquesenASSnemettaientl'accentquesurlesecteurmodernedel'économie, seul capable d'entraînerle développement de ces pays. Plus récemment,l'ajustement structurel vise à établir un contexte macro-économique favorable au secteur privé et donc au S.I. Toutefois, des obstacles d'ordre institutionnel et légal subsistent et empêchent souvent une réaction positive d'offre additionnelle de produits et de services de la part des entreprises du S.I. Les efforts doivent être axés sur la mise en place d'incitation à la concurrence et à l'amélioration du contexte juridique et réglementaire. Nous pouvons probablement affirmer que les capacités sont au cœur même des débats sur le S.I. La capacité de succès d'une entreprise ou d'un entrepreneur est déterminée par une multitude d'éléments: l'état des infrastructures, l'accès à des facteurs de production, les compétences de ceux qui participent au processus (à tous les niveaux). Nous nous tournons vers l'éducation et la formation en tant que sources probablement majeures de l'acquisition des capacités. Les relations entre l'éducation et la croissance sont importantes. Dans les domaines de la formation professionnelle et de l'effort technologique, l'expérience africaine s'est avérée là aussi décevante. Confrontés à de multiples problèmes à court terme, la plupart des pays Africains au sud du Sahara ont tendance à accorder moins de priorité à l'éducation depuis le début des années 80.Maisonconstatequelesrestrictionsbudgétairesontsurtoutfrappél'enseignementprimaire et relativement peu le supérieur10 . Le contexte de crise amène à s'interroger sur la finalité du système éducatif. On se demande s'il vaut la peine de consentir 10 BANQUE MONDIALE : "Congrès mondial sur l'éducation pour tous", Thaïlande, 1990.
  • 10.
    — Page 10— ces sacrifices pour former des chômeurs ou des jeunes gens qui n'auront d'autres issues qu'un emploi dans le S.I. ne correspondant en rien à la formation qu'ils ont reçue. A la base des sociétés modernes, l'accroissement de l'efficacité des individus, et pas seulement de quelques hommes, mais de la grande masse de la population occupe une place essentielle. Cette réflexion conduit, à donner une priorité à la formation pour le S.I. D'où la question centrale : quel système de formation, compte tenu de l'organisation socio-économique en ASS, ou encore, comment utiliser le S.I. et ses potentialités pour assurer la formation du plus grand nombre si l'on considère que la formation est un facteur clé du développement ? Il est une nécessité que la capacité du système de formation dans son ensemble réponde également aux besoins du S.I. Le système de formation ne doit pas être conçu qu'en fonction des seuls besoins du secteur moderne. Parallèlement à la crise des structures productives modernes, a été soulevé le problème de l'inadaptabilité entre les politiques économiques et les politiques de formationdans les paysd'Afrique auSud du Sahara11 . Les exigences du travail et de l'emploi mettent encausela visiondualistedela formation (oùl'éducation scolaires'oppose aux autres types de formation traditionnelle ou extra-scolaire). Ce constat soulève dès lors la question de revalorisation des potentiels de formation inhérents aux structures socio-économiques telles que le S.I. L'incapacité des systèmes de formation classique à se généraliser ou encore leur inefficacité ne posent-elles pas la question de la revalorisation de la formation sur le tas dans le S.I. ? Il sera indispensable d'analyser le processus d'acquisition de formation dans le S.I. Les études12 montrent l'existence au sein du S.I. d'un processus d'apprentissage lié à la structure de production (donc au niveau technique des entreprises considérées). Face à l'incapacité de la formation professionnelle, l'apprentissage sur le tas s'est révélé un mode d'acquisition de compétence, de savoir-faire efficace et très développé dans les pays d'Afrique subsaharienne."Entoutétatdecause,ilnoussemblecertainquelaconcurrencepouruneplace d'apprentissagedisponiblenepourraques'accroîtreavecletemps comptetenudunombredes laissés-pour-compte du système scolaire et des profonds déséquilibres dans l'allocation globaledelamain-d'œuvre".13 Prèsde88%desentrepreneurs ayantdesapprentisdéclarentles former et disent que, dans l'ensemble, la formation dispensée est d'un niveau satisfaisant. En dispensant une formation dans le S.I., les petits entrepreneurs apportent une solution à ce problème capital et contribuent ainsi à l'effort du développement 11Cf.CONFERENCE DES MINISTRES DE L'EDUCATION: : "Rapport final",Harare, UNESCO, 1982. 12 STACE(B.), FLUITMAN (F.), OUDIN (X.), CLIVE (S.), sousla directionde SALOME (B.) : "Acquisitionde compétence dans les micro-entreprises: Leçons tirées de l'afrique de l'Ouest", OCDE, Paris, 1994. 13 MALDONADO (C), LE BOTERF (G.) : "Urbanisation, secteur informel et emploi: L'apprentissage et les apprentis dans les petits méties urbains, le cas de l'afrique francophone", BIT, Genève, 1985.
  • 11.
    économique. Pour unnombre croissant des jeunes, les activités informelles représentent une alternativevalableauproblèmeduchômage,d'autant plusquelaformationassuréepermetune insertionàunniveauproductif.Endehorsdesactivitéscommerciales,lerôleessentielquejoue le S.I. en matière de formation est admis par la plupart des études14 . Dans certains cas, l'apprentissage sur le tas dans le S.I. peut s'analyser comme un investissement en capital humain.Certainsapprentissevoientobligésdepayerauxpatronsunecertainesomme.Dansla plupartdesvillesafricainesl'apprentissageconstituelaphaseinitialeettemporairedel'emploi, et joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de ces petites activités informelles. Pour bon nombre d'entrepreneurs africains, c'est la route qui conduit au succès. Et nous montrerons que la formation dispensée dans le S.I. répond aux besoins socio-économiques d'une grande partie des populations. Parmi les formes d'acquisition de qualification proposées à la main-d'œuvre, l'apprentissage sur le tas ou la formation donnée sur le heu de travail est celle qui concerne le plus grand nombre de travailleurs..., dans les ateliers urbains, il constitue évidemment la modalitélaplusimportantedetransmissiondetechniquesconduisantàuneéventuellemaîtrise de métier. Cette formation acquise dans le S.I. débouche sur des résultats socio-économiques satisfaisants à court tenue. Ce qui nous amène à poser la question suivante L'apprentissage sur le tas ou le mode d'acquisition des qualifications dans le S.I. peut-il être un élément transformateur ou catalyseur de la formation en Centrafrique ? La formation dispensée dans le S.I. touche un grand nombre de jeunes. Cette formation qui présente des aspects extrêmement positifs doit être consolidée par des actions appropriées. Eneffet,lesrapportsentreleS.I.etlesystèmedeformationpeuventsesituerenamont et en aval des entreprises considérées. Les travailleurs du S.I. viennent d'horizons différents, soit des entreprises, soit des centres d'enseignement, etc. Nous nous attacherons à montrer l'intérêt pour les politiques éducatives et de formation à prendre en compte l'apprentissage sur le tas dansleursorientationsnouvelles. LesrésultatsdesexpériencesduBIT15 relativesauxvillesde Bamako, Lomé, etc., mettent en relief les possibilités de formation que recèle le S.I.; il contribueàladiffusiond'anciennesetdenouvellescompétences.Ilyauralieudepréciserdans quelle mesure l'apprentissage et la formation générale peuvent conditionner les résultats obtenusdans laproduction. Les études16 montrentqu'unepartiedestravailleursdu S.I.sont des analphabètes, cependant on note que 14 MALDONADO (C.) : Op.cit. page 10, STACE (B.), FLUITMAN (F.), OUDIN (X.), CLIVE (S.), sous la direction de SALOME (B.) : Op.cit. page 10. 15urr: "Les petits producteurs urbains d'Afrique francophone", Genève, 1987. 16 BIT : Op.cit. page 11.
  • 12.
    l'expansion courante desactivités informelles dans les villes d'ASS s'accompagne d'un paradoxe : l'arrivée croissante d'un grand nombre de jeunes issus des structures éducatives. QueltypedeformationpeutstimulerledynamismeduS.I.ouencore,lacirculationentre les deux secteurs n'est-elle pas favorisée par l'alphabétisation et la montée du niveau d'éducation ? Nous nous baserons sur le fait que l'accumulation du capital physique reste insuffisante pour atteindre une croissance du S.I. et insisterons sur le rôle du capital humain qui s'est avéré un facteur fondamental de la croissance de la productivité. Il s'agira de mettre en évidence la contribution qualitative du travail à la croissance du S.I. On a remarqué que ce sont des combinaisons de formations traditionnelles et modernes qui sont observées dans le S.I.. Des enquêtes17 montrent que ceux dont le niveau d'instruction est élevé se trouvent généralement dans les métiers les mieux rémunérés, faisant appel à des connaissances techniques, tandis que les moins instruits se retrouvent dans les activités marginales. Pour cette analyse, il convient de souligner que l'idée selon laquelle l'éducation est la clé de la croissance, celle qui générerait l1 accroissement de la productivité, la modernisation de l'industrie et l'agriculture, etc. remonte au début des années 60, où plusieurs économistes (BECKER, SCHULTZ,.. .)18 avaient mis en évidence la contribution qualitative du travail à la croissance économique. L'éducation augmente la part des gens instruits dans la société et exerce un effet multiplicateur sur la demande des biens et services ; elle génère ainsi la croissance économique toujours plus élevée, autrement dit, il existerait un lien direct de causalitéentrelascolaritéetledéveloppementéconomique.Ildécoulede lathéorieducapital humainlaconceptionselonlaquellel'éducationetlaformationgénèrent,chezlesbénéficiaires de ces services, une augmentation de leurs compétences et leurs connaissances entraînant une amélioration de leur productivité (elle-même source de revenus pour les bénéficiaires). En ce sens, l'éducation et la formation des acteurs du S.I. doit alors être entendue comme stratégiede dynamisationdecesecteur.L'accumulationducapitalhumainaincontestablementinfluencéle renouveau des théories de la croissance endogène, ROMER(1986)19 , LUCAS (1988)20 . L'accumulation du capital physique reste insuffisante pour atteindre une croissance de long terme, dans la mesure où la production est selon les néoclassiques soumise à des rendements marginaux décroissants. Les auteurs insistent sur le 17 STACE (B.), FLUITMAN (F.), OUDIN (X.), CLIVE (S.), sous la direction de SALOME (B.): Op.cit. 18 BECKER (G. S):"Human capital: A theorical and empirical analysis with Special reference to education" New-York, 2° Edition 1975. SCHULTZ (T.W.):"Investment in human capital", The Free Press, 1971. 19 ROMER (P.M.):"Increasing Returns and Long-Run Growth", Journal of Political Economy, vol.94, n°5,1986. 20 LUCAS, (R.):"On the Mechanics of Economic Development", Journal of Monetary Economics, 22, 1988.
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    rôle du capitalhumain sur la croissance de la productivité. L'accumulation du capital humain implique des effets externes importants et des rendements d'échelle croissants. En posant comme hypothèse que la scolarité est généralement associée à un meilleur coefficient de productivité dans la mesure où elle influe sur les attitudes, les motivations, nous allons montrer que l'éducation favoriserait l'esprit d'entreprise et l'autonomie des artisans en vue d'une gestion courante de leurs activités. Si les expériences d'appui en formation du BIT sont globalement satisfaisantes, ne soulèvent-elles pas des limites ? "L'intervention par les projets et programmes ne créera-t-elle pas les défauts du secteur moderne à la petite entreprise ?" 21 . Compte tenu de l'hétérogénéité des activités informelles quels types d'actions peuvent contribuer efficacement à dynamiser le S.I. La nature de la recherche nous a conduit à une méthode empirique qui passe par les étapes suivantes: - Collecte de l'information : globalement, les données que nous utilisons proviennent du Ministère de l'Économie, du Plan, des Statistiques et de la coopération internationale Centrafricain, du Centre d'études Africaines (Bordeaux I), des organismes internationaux tels que le BIT, l'OCDE, et la BANQUE MONDIALE. - Questionnaire:UneenquêteaétéentreprisedanslavilledeBanguienvuedemettreen lumière le phénomène de l'apprentissage sur le tas dans le S.I. - Étude documentaire : celle-ci a permis d'établir une comparaison entre les différentes notions et perceptionsdusujet. Elle aide à mieux comprendre et bien cernerle concept du S.I., afin de mieux orienter notre analyse. Enfin, l'analyse de l'ensemble de ces données permet de préciser la place qu'occupe le S.I. dans les stratégies de développement et de proposer des solutions de sa promotion. C'est dans cette direction que s'inscrit notre recherche. Ils'agira,danslecasdelavilledeBangui,demontrerquel'apprentissagedoitêtreprisen comptedansunsystèmedeformationencrise(carencedelaformationtechnique)etdemonter que les interventions en formation destinées au S.I. doivent tenir compte des facteurs tant endogènesqu'exogènes.S'ilestprobablequ'unemeilleureconnaissancetechniqueetdegestion accroîtra l'efficacité des entreprises les plus dynamiques, la question reste difficile à résoudre en ce qui concerne la totalité du S.I. La Centrafrique n'échappe pas à cette problématique. La connaissance du S.I. demeure extrêmement floue et a nécessité la 21 ELSENHANS (H.) : "Promotion du secteur informel ou promotion de son environnement en amont ou en aval ? SFAX, nov.1990.
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    réalisation d'une investigationempirique (recensement des unités économiques de Bangui, DSEE, 1990). La mise en évidence du rôle du S.I. dans les économies d'ASS et de la formation pour ce secteur renvoie à deux niveaux d'analyse distincts, chacun faisant l'objet d'une partie spécifique. Étant donné les différentes interprétations théoriques des activités informelles,, l'évaluation des apports et des limites de celles-ci constituera la première étape. Par la suite, après avoir situé le contexte économique dans lequel évolue le S.I., nous analyserons le rôle essentiel que jouent les activités informelles en Afrique subsaharienne, et en particulier son importance dans la ville de Bangui (première partie). Dans un premier chapitre, il nous est apparu nécessaire d'évaluer l'approche théorique du S.I. dans l'analyse du sous-développement. La difficulté que présentent les différentes approches du S.I. est prouvée par la multiplicité des termes utilisés pour désigner ce secteur (secteur informel, secteur non structuré, petite production marchande, secteur non réglementé...) (section I). Il existe plusieurs types de définitions du S.I. (les définitions multicritères, les définitions fonctionnelles et les définitions statistiques) qui sont rattachées à des thèses ou écoles de pensée22 (section II). La mise en évidence du rôle du S.I. dans le processus de développement en ASS constitueralechapitreII.Uneprofondemisèrerègneaujourd'huienAfriqueausudduSahara, elle revêt toute les formes: reculde laproduction, famine.... Dans les années 70,l'ASS a mené un combat pour le développement ; dans les années 80, elle lutte pour sa survie (section I). La contributionduS.I.àl'économieseraabordéeentermesd'emploi,derevenusetd'accumulation du capital, cependant la question de la capacité technologique du S.I. a toujours été négligée (section II). Le S.I. à Bangui sera abordé dans le chapitre III. Le recensement des unités économiques de Bangui (1990) a révélé, si besoin était, l'importance du S.I. Seulement 249 établissements sur 19 820 ont déclaré tenir une comptabilité conformément aux conventions communément admises, en conséquence98 % des unités recensées relèventdu S.I. (section I). Le recensement a permis de repérer près de 19 570 entreprises employant 30 442 personnes dans le S.I. à Bangui (section II). Comme nous l'avons souligné dans le chapitre précédent, l'accumulation du capital dans le S.I. soulève des difficultés dans l'interprétation des résultats. Onretrouveicil'oppositionentrelesactivitésinformelles évolutives etles activitésinformelles involutives (section III). On relève plusieurs niveaux d'actifs immobilisés dans le S.I. L'examen des résultats de l'enquête nous donnera des informations sur l'importance, la croissance et le financement du capital fixe (section IV). 22 Cf. annexe n° 6 : Les différentes approches du secteur informel en France.
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    En se situantdansune optique detransition23 , nous montrerons quela dynamique duprocessus de transition des unités informelles ne dépend pas uniquement du comportement des entreprises (faiblesse du capital humain), mais qu'elle est étroitementliée àson environnement socio-économique et politique (sectionV). Nous concentrerons notre attention dans la seconde partie sur les potentialités de formation que cettemodalité d'apprentissage recèleen examinantsa contribution àladiffusion dusavoir-faire.Comptetenudel'importancedesstructuresscolairesetdel'apprentissagesurle tas comme instruments de qualification, il s' est avéré nécessaire au préalable de dégager les caractéristiques de leur fonctionnement dans la mesure ou leurs interrelations permettront de comprendre les déterminants qui ont motivé l'entrée en apprentissage. La conception selon laquelle l'éducation et la formation peuvent jouer un rôle moteur* dans le développement trouve son explication dans la théorie du capital humain traitée au chapitreIV.Lecapitalhumainpeutêtredéfinicommel'ensembledesqualifications,aptitudes et des connaissances dont bénéficie l'homme et qui améliorent ses revenus monétaires et psychiques"24 . Le renouveau des théories de la croissance endogène vers les années 80 témoigne de l'intérêt qu'on accorde aux investissements en éducation et formation dans le processus de développement (section I). Dans les années 70, le taux de scolarisation global a fait un bon remarquable (2là 38%), tandis que dans la décennie 90, on note une légère régression (36%). Les efforts entrepris dans les décennies passées ont du mal à suivre la demande induite par l'accroissement démographique. Le diagnostic du système d'éducation et de formation en ASS fait apparaître un faible taux de scolarisation technique 6,7%25 . la situation est d'autant plus dramatique que la crise économique a conduit tous les gouvernements à adopter des budgets d'austérité (section II). Les efforts massifs en vue de doter les jeunes centrafricains d'un bagage scolaire minimum sont loin d'atteindre leurs objectifscarlamoitiédesjeunesdelagénérationresteàl'écartdel'école.Toutefoisces mêmes effortsontcrééunefortedemandequi,fautedestructuresd'accueilalternatives,atendanceàse répercuter à tous les niveaux de l'enseignement général (section III). 23 Le processus de transition peut être appréhendé à deux niveaux : - au niveau micro-économique, la transition est considérée comme le passage d'une entreprise informelle au secteur moderne. Ces passages sont souvent exceptionnels ; toutefois ces entreprises sont difficilement discernables des autres entreprises modernes, rien ne permet d'infirmer qu'un nombre d'entreprises modernes n'aient débuté dans le SI. - au niveau macro-économique, la transition est considérée comme un changement progressif de la structure des économies en voie de développement. Cette approche insiste sur le caractère structurel de la transition, en limitant l'importance des caractères d'accumulation de capital et de gestion pour mieux souligner le poids des mutations culturelles et sociales dans ce processus. 24 BECKER (G. S): "Human capital: A theorical and empirical analysis with Spécial référence to éducation", New-York, 2° Edition 1975. 25 NATIONS UNIES : "Rapport mondial sur le développement humain", Whashington, 1995.
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    Une étude dela dynamique de la formation au sein des unités informelles peut nous éclairer sur le rôle formateur du S.I. traité au chapitre V. Quoiqu'il en soit, toutes activités confondues, la tendance est à l'accroissement de la demande de formation ; celle-ci est nettement plus faible dans les activités de commerce et de l'artisanat traditionnel (section I). Unautrepointquerévèlel'analyseduS.I.estquelesdemandesd'apprentissagesedirigentvers les métiers nouveaux. Pour ce faire nous nous proposons de dégager les éléments significatifs du processus d'acquisition des qualifications pratiques au sein des unités du S.I. (section II). Lerapportentrelacapacitédes'informeretl'accroissementdelaproductiondansleS.I.a été établi de façon irréfutable. Seule une action soutenue visant la transmission et le développement du savoir adapté aux réalités locales nous permettra de mobiliser les analphabètes du S.I., et pourra développer leur aptitude à affronter l'avenir, cet aspect est abordé dans le chapitreVI. C'est pourquoi l'apport bénéfique de l'alphabétisation et de l'éducation de base des acteurs du S.I. peut être des moyen de les munir d'un code de bonne conduite et de les tourner vers un avenir que seul un apprentissage innovateur peut aider à maîtriser. L'éducation de base est celle qui fait acquérir à l'individu, dans un contexte historique, social et linguistique déterminé, un minimum de connaissances, d'aptitudes et d'attitudeslui permettantde comprendreson environnement,d'interagir avec lui,depoursuivre son éducation et sa formation au sein de la société et de participer plus efficacement au développement économique social et culturel de celle-ci (section I). La formation professionnelle pour le S.I. constitue un volet important de l'aide au S.I. Elle passe par une organisation des métiers et un regroupement des artisans. Vu les différentes situations, nous pouvons avancer comme hypothèse que les actions de formation en faveur du S.I. doivent prendre en compte les intérêts des parties en présence. Il s'agira donc d'une participation négociée avec les différents acteurs. Les relations entre le système de formation scolaire et la formation extra-scolaire doivent être prises en compte (section II). Cette thèse qui s'articule donc en deux parties, l'une conduisant à évaluer le rôle du S.I dans le développement, et l'autre mettant l'accent sur la nécessité de la formation pour le S.I, montre le rôle que peuvent jouer les politiques d'éducation et de formation dans l'amélioration de la productivité du S.I
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    SOMMAIRE PARTIE I :LE SECTEUR INFORMEL DANS LE PROCESSUS DE DEVELOPPEMENT Chapitre I : Emergence et approfondissement de la notion du secteur informel dans l'analyse du sous-développement Section I : Approche théorique de la notion de secteur informel (S.L) Section II : Contours et définitions du secteur informel Chapitre II : Rôle du secteur informel en Afrique Subsaharienne (ASS) Section I : Le contexte économique de TAS S Section : Contribution du secteur informel au développement de 1ASS Chapitre LTI : Le secteur informel à Bangui Section I :Présentation des établissements du secteur informel à Bangui Section II :La contribution à l'emploi Section HI :La contribution au revenu Section IV :La contribution à l'accumulation du capital Section V :Les obstacles au développement du secteur informel
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    PARTIE II :LA FORMATION DANS ET POUR LE SECTEUR INFORMEL Chapitre IV : Le rôle de l'éducation et de la formation dans le développement Section I : Approche théorique du problème éducation-développement Section II : Les politiques éducatives et de formation en ASS Section ni : Analyse du système d'éducation et de formation en Centrafrique Chapitre V : La formation dans le secteur informel Section I : L'apprentissage sur le tas dans le secteur informel Section II :Présentation des résultats de l1 enquête personnelle Chapitre VI : La formation pour le secteur informel Section I : La formation générale pour le secteur informel Section II : La formation professionnelle pour le secteur informel
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    PREMIERE PARTIE :LE SECTEUR INFORMEL DANS LE PROCESSUS DE DÉVELOPPEMENT Chapitre I : Emergence et approfondissement de la notion du secteur informel dans l'analyse du sous-développement Chapitre II : Rôle du secteur informel en Afrique Subsaharienne (ASS) Chapitre III : Le secteur informel à Bangui
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    INTRODUCTION DE LAPREMIÈRE PARTIE Telles qu'elles ont été conçues après la deuxième guerre mondiale en ASS, les stratégies axéessurlacroissancedirigeaientdepréférencelesinvestissementsverslesecteurmodernede l'économie selon les modèles dualistes (se développer consistait à substituer les activités dites "modernes" aux activités dites "traditionnelles"). "L'opposition entre ces deux réalités a servi de fondements aux schémas dualistes, mais même les plus virulents critiques du dualisme ont été amenés à décrire le développement à partir de la substitution de structures capitalistiques, techniciennes, organisées, tournées vers le marché et l'accumulation à des structures caractérisées par la. prédominance du travail, par la lente évolution des technologies de l'outil,par la prédominance de l'organisationfamiliale etpar autoconsommation"26 . L'opinion qui prévalait était qu'une croissance rapide et durable réglerait les problèmes de la répartition des revenus, de la pauvreté... Les pouvoirs publics ne se souciaient pas de redistribuer les richesses et minimisaient également le rôle de la consommation courante pour encourager le développement ; cela résulte de l'idée qu'une redistribution du pouvoir d'achat en faveur des plus défavorisés risque de compromettre la croissance en réduisant l'épargne et l'investissement. LeS.I.asansdoutetoujoursexistéenASS.,maiscen'estquedans les années 70qu'ilest apparu dans la littérature économique , et a été particulièrement vulgarisé par les travaux du BIT et de la Banque mondiale. Le point de départ est le constat selon lequel le chômage apparent ne progressait pas en proportion de l'écart croissant entre augmentation de la population en âge de travailler et les créations d'emplois dans le secteur moderne. Une multitude de petites activités occupent une place prépondérante dans ces économies en raison desespotentialités en matièred'emplois,dedistribution de revenus, desatisfaction des besoins élémentaire, et pourtant elles sont évacuées des statistiques officielles et très peu intégrées aux politiques de développement économique et social. La diversité des activités a eu comme corollaire la variété des termes utilisés pour les qualifier (secteur non structuré, secteur non organisé,petiteproductionmarchande...).Au-delàdesincertitudesconceptuellesquiontabouti à diverses interprétations, nous tenterons de souligner l'importance tant quantitative que qualitative du phénomène. D'autres événements plus récents ont accéléré le développement du secteur informel : la récession des années 80 et les politiques d'ajustement structurel qui s'en sont suivies en ASS y ont contribué. Les entreprises du secteur moderne, surtout celles du secteur public furent contraintes de réduire leurs effectifs et salaires. L'objectif de cette première partie vise à analyser le rôle que joue le S.I. dans le développement des économies d'Afrique subsaharienne, et plus 26 PENOUIL (M.) : "Les activités informelles : réalités méconnues..., espérances illusoires ?", Problèmes Economiques, n°2196,1990.
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    particulièrement dans lecas de la ville de Bangui. Cette analyse est incontournable dans le cadre de notre travail, car elle nous permettra d'aborder les efforts de recherche et de poser un diagnostic quant aux résultats des diverses investigations (BIT, CEAN, DSEE 27 ). La dynamisation du S.I. rencontre de nombreux obstacles, à la fois politiques, sociaux et économiques. Nous avons choisi d'étudier les activités les plus représentatives du secteur informel urbain de production et de services c'est à dire celles du secteur informel dit "moderne"28 . Pour atteindre notre objectif nous allons essayer d'analyser les entreprises, à travers leurs rôles de création d'emplois, d'accumulation de capital et de distribution de revenu ; ainsi que les relations qu'elles entretiennent avec le reste de l'économie. Comment les entrepreneurs du S.I. combinent-ils les facteurs de production ? Quelle est la structure de production de la main-d'œuvreemployée?Etquellessontl'importanceetl'originedesmoyensfinanciersmisen œuvre ? La compréhension des activités informelles urbaines ne nécessite-t-elle pas l'examen approfondi des relations en amont (achats d'équipement...) et en aval (structure de la clientèle) qu'elles entretiennent avec leur environnement ? D'autres événements plus récents ont accéléré le développement du secteur informel. La récession des années 80 et les politiques d'ajustement structurel qui s'en sont suivis en ASS y ontcontribué.Lesentreprisesdusecteurmoderne,surtoutcellesdupublicfurentcontraintesde réduire leur effectif et réduire les salaires. En ASS, selon les estimations l'emploi dans le S.I. a progressé de 6,7% par an de 1980 à 1985 ; durant cette période le secteur moderne n'a absorbé que 6% des nouveaux venus sur le marché du travail contre 75% pour le S.I.29 Etant donné le vif débat opposant plusieurs auteurs sur l'interprétation des activités informelles, il serait utile d'exposer ce débat pour dégager les analyses nous semblant pertinentesàmêmedecomprendrelasituationactuelle.Nous aborderonsdonc,dans chapitreI, l'émergence et l'approfondissement de la notion du S.I. dans l'analyse du sous-développement. Danslechapitre H,serontétudiés lesdifférents apportsdu S.I.dans les économies aux niveaux de l'emploi, de la distribution de revenus, de l'accumulation et de la maîtrise de la technologie, le chapitre IIIsera consacré à l'analyse du S.I. dans la ville de Bangui à partir des données dont nous disposons. 27 BIT : "Recensement du secteur informel dans les villes d'Afrique francophone", Genève, 1987. CEAN : "Recensement du secteur informel à Bangui", 1982. DSEE : "Recensement des unités et communes de Bangui", 1990. 28 Comme nous l'avions signalé dans l'introduction générale, il existe aussi un S.I. en milieu rural. 29OIT-PECTA: "Rappoit sur l'emploi en Afrique", Adis Abeba, 1989.
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    CHAPITRE I :EMERGENCE ET APPROFONDISSEMENT DE LA NOTION DE SECTEUR INFORMEL (S.I.) DANS L'ANALYSE DU SOUS-DÉVELOPPEMENT INTRODUCTION Dès son origine, la notion du S.I. s'était prêtée à deux interprétations différentes : au départ. HART30 situait l'analyse au niveau des ménages et posait le problème du revenu informel comme un revenu complémentaire devenu nécessaire devant les limites de la solidarité familiale. En considérant la combinaison des revenus formels et informels, l'auteur examinait les stratégies des ménages en matière d'emploi et de revenu. Le BIT, quant à lui, mène l'analyse en terme d'unités de production et tente de mesurer la contribution du S.I. dans une perspective de réévaluation du PIB, en préconisant des politiques visant à drainer la composante la plus dynamique vers le stade des petites entreprises. Trente ans après, c'est l'optique des organismes internationaux (BIT, BIRD) qui est retenueparlaplupartdesanalysesdu secteurinformel."Iln'apas étérarequedesuniversitaires ou des chercheurs très opposés politiquement aux institutions internationales adoptent leur vision (sectorialiste)"31. Il s'agira de cerner la portée économique du S.I., relativement aux interrogations qui se posent, ainsi que les différentes façons de les aborder. Afin d'atteindre cet objectif le chapitre sera divisé en deux sections. Dans la première section, en abordant l'approche théorique, nous retracerons l'évolution de la notion du S.I., afin de permettre de situer l'intérêt qu'elle suscite; nous analyserons par la suite les différentes approches (dualiste et de la petite production marchande) du S.I.. La seconde section donnera un aperçu des principaux problèmes soulevés par la définition du S.I.. En somme la description analytique que nous mènerons vise à vérifier la validité de la distinction secteur moderne/secteur informel dans les PVD. 30 HART (K) :"Informal incomes oportunities and urban employment in Ghana", présenté à la conférence sur l'emploi urbain en Afrique, Institute of development Studies, University of Sussex, publié dans le Journal of Modern African Studies, II, 1, 1973, p.61-89. 31 LAUTIER (B.) : "L'économie informelle dans le tiers monde", La Découverte, Paris, 1994.
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    SECTION I :APPROCHE THÉORIQUE DE LA NOTION DE SECTEUR INFORMEL La difficulté que présentent les différentes approches du S.I. est prouvée par la multiplicitédestermesutiliséspourdésignercesecteur(secteurinformel,secteurnonstructuré, petite production marchande, secteur non réglementé...). Le processus de développement engagé dans les pays d'ASS revêt deux formes : le "développement transfert" résultant de l'imitation des structures et pratiques des pays développés dans le domaine économique, ceci en raison de la place du capital étranger et de l'utilisation de latechnologie. Le "développementtransfert" se retrouve dansd'autres domaines : structures éducatives, politiques, administratives et juridiques qui sont souvent des mutations directes d'un modèle occidental. le "développement spontané" est l'autre forme du processus de développement. Il est le fait du dynamisme empirique de la base humaine de la société cherchant à s'adapter à ce qui la séduit dans l'autre forme de civilisation. Les populations ne restent pas figées dans leurs pratiques ancestrales. Elles évoluent à un rythme différent et selon des modalités différentes. Cette évolution n'est pas coupée des influences extérieures et ne se fait pas par substitution d'une structure à une autre, mais par une lente évolution, résultant de multiples adaptations réalisées. Tout en acceptant l'essentiel de cette thèse, nous pouvons faire les remarques suivantes : elle privilégie les problèmes du sous-emploi urbain alors qu'il existe aussi un S.I. rural. la thèse de développement "spontané" pose comme finalité l'élimination des déséquilibres concernés, avec l'intégration des activités informelles dans l'économie moderne. AceproposlesétudesduBITsurleS.I."moderne"sontrévélatrices,danslamesureoùellesne s'intéressent qu'à des activités pour lesquelles les interventions sont convenables pour faciliter leur évolution vers des structures modernes. I.1 - ÉMERGENCE DU CONCEPT DE S.I. L'utilisationdutermeS.I.danslesPVDrésultedel'appréhensiondecertainsphénomènes dont la coexistence est à priori paradoxale. La croissance urbaine s'est réalisée à un rythme accéléré aux cours des trois dernières décennies:alorsquelacroissancedémographiquedanslaplupartdespaysaétéenmoyennede 2,4%. La population urbaine a augmenté de plus de 6%, tandis que la population des quartiers populairesacruenmoyennedeplusde12%paran.32 Lacroissanceéconomiquequiaentraîné une augmentation de revenu par tête a été inférieure à 3%, et s'était réalisée par l'utilisation de techniques à forte intensité capitalistique. Elle a exercée des effets d'accroissement l'offre de la capacité de travail plus élevés que les effets d'augmentation de la demande. 32 BANQUE MONDIALE : "Rapport sur le développement dans le monde", Washington, DC, 1978.
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    En effet, malgréle décalage entre l'offre et la demande du travail, le chômage33 n'a pas augmenté aussi rapidement que le laisserait supposer le rythme de l'exode rural et les taux de croissancenaturelenmilieu urbain.Ilfallaitdèslors expliquercommentces"chômeurs"ontpu subsister en ville ; la mission globale de stratégie de l'emploi (le rapport BIT sur l'emploi au Kenya)mettaitl'accentsurleS.I.entantquesecteurdestinéàcouvrirles groupesd'activitésoù "une importante proportion d'adultes qui n'occupent pas des emplois recensés sont occupés à d'autresactivitésquifournissentdefaçonrentabledesbiensetservicesàlapopulationurbaine : il s'agit des membres du S.I. "34 La contribution du BIT en cette matière était ainsi de mettre l'accent sur les aspects positifs de ce secteur qui s'avère "le plus souvent du point de vue économique rentable, productif et créatif et qui, sur le plan des politiques d'emploi, est loin d'être un piège à chômeurs’’35 H faut noter que l'analyse théorique du concept s'inscrit dans le cadre d'un débat riche, certes, mais qui n'échappe pas à des incertitudes et comporte certaines divergences du fait que les recherches engagées ne procèdent pas des mêmes motivations ni des mêmes objectifs. Nous analyserons les différentes interprétations du S.I. de l'économie urbaine tout en mettant l'accent sur les approches dualistes ainsi que sur celle de la petite production marchande.Nous poserons ensuite, le problème du S.I. sous l'angle de ses relations avec les autres secteurs. Par la suite, nous présenterons les nouvelles orientations de recherche concernant le S.I.. 33 Dans ces économies le concept de chômage au sens où l'on entend habituellement est peu adéquat. 34 BIT : "Emploi, revenus et égalité. Stratégie pour accroître l'emploi productif au Kenya", Genève 1972, p.61. 35 Ibid
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    — Page 25— I.2 - D'UN DUALISME À UN "AUTRE" L'approche dualiste est souvent utilisée dans l'explication des disparités caractérisant les économies en voie de développement. La notion du dualisme signifie absence d'homogénéité. L'économie des pays en voie de développement est conçue comme une économie au sein de laquelle se trouvent juxtaposés deux secteurs économiques : secteur moderne et secteur traditionnel. Le principal modèled'interprétationest celui de LEWIS36 quiprésentel'avantaged'avoir fourniuneexplicationdestransformationsintervenantdansces économies.L'approchedualiste ne peut être comprise que par référence à ces modèles et travaux concernant le problème du développementdutiers-monde. L'idéecentraledu modèledeLEWIS estque ledéveloppement induit se caractérise par un processus continu de réaffectation des travailleurs en surnombre de l'agriculture (secteur traditionnel) vers l'industrie (secteur moderne) créateur d'emplois productifs. Le surplus croissant réalisé grâce à ce processus est supposé entraîner un processus de croissance auto-entretenu. Cette analyse suppose tout à la fois un fonctionnement concurrentiel du marché du travail et la volonté des industriels qui réinvestissent leurs profits. Les réalités sociales et politiques montrent que de telles conditions ne sont généralement pas remplies. Les pouvoirs publics doivent aider l'industrie par des moyens d'incitation (politique fiscale, douanière...). Les travailleurs du secteur traditionnel sont définis comme des irrationnels, qui n'ont aucune notion de maximisation de profit et qui ne peuvent évoluer sur le plan technologique puisque, par définition, les inputs du secteur traditionnel sont la terre et le travail ; le capital reproductible n'existe pas puisque non monétarisé de par sa nature. Selon les néoclassiques les travailleurs de ce secteur ont de bas revenus, une faible productivité (très inférieure à celle des travailleurs du secteur moderne). Il y adoncd'une part un secteur moderne dérivantdes formes de production capitaliste et, d'autre part, un secteur traditionnel dérivant des formes de production paysanne. L'inégalité dans la répartition de revenu, consécutive à l'accumulation du capital, serait donc en mesure d'entraîner une épargne favorisant l'investissement, qui entraînerait des créations d'emplois dans le secteur moderne. La division del'économiedansles PVDen secteurmoderne etsecteurtraditionnel relève d'une approche qui est sans doute peu réaliste. "Quoique ce schéma soit très attrayant à maints égards, il semble pastoutà fait rigoureux. L'aspect résiduelduS.I. et lerôled'autosubsistance que lui prête la thèse dualiste sont sujet à caution""37 . L'analyse de ces 36 LEWIS (W.A.) : "La théorie de la croissance économique", Payot, Paris, 1971. 37 PLASSARD (JM), CHOKRI(A.):‘’Segmentationdumarché dutravail et différentiels de salaires:une analyse trisectorielle d’une économie en déveoppement’’, CEJE, Université de Toulouse I, 1994.
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    économies montre, eneffet, une diversité de comportements économiques dont les modèles construits jusqu'à présent ne peuvent que difficilement rendre compte. En tout état de cause, nous considérons qu'en dépit des différentes descriptions de l'économie dualiste, ladichotomie est fondée sur la technologie ; cependant les étiquettes telles que économie du "type bazar" désignant le secteur traditionnel urbain ne font que signaler les différences dans l'organisation des activités productives. Toutefois, il s'est avéré que les effets d'entraînement du secteur moderne sur le secteur traditionnel urbain ou rural se sont montrés illusoires dans la plupart des pays. Le développement économique ne peut se cantonner dans un secteur moderne urbain et faire fi de la quasi-totalité de la population. C'est certes devant l'impasse des premiers modèles dualistes qu'onparlera,dèslors, d'un"nouveau" dualisme:secteur moderne/secteurinformelou encore secteur structuré / secteur non structuré... Le développement du secteur informel est donc une réponse aux échecs des politiques d'industrialisation fondées sur ces premiers modèles dualistes. Comment spécifier de manière adéquate la situation observée dans les PVD où une partie importante des activités économiques est menée par des petites unités qui ne relèvent ni du secteur moderne ni de la sous-traitance "stricto sensu". A - Le "nouveau" dualisme : secteur moderne /secteur informel Dès 1971, H ART38 a introduit l'idée d'une possibilité de revenus "formels" et "informels " ; il faisait ainsi la distinction entre les activités formelles impliquant l'emploi salariéetlesactivitésinformellesrelevantdel'auto-emploi.L'auteurmetenrelieflaquestionde l'impact des activités informelles sur l'économie. Devant les réalités marquant la nature de la croissance économique des PVD, il concluait que les activités informelles sont source de revenusetcontribuentpourunelargepart,àcôtédel'emploisalarié,àencouragerl'exoderural. Nousretiendronsqu'audépartlanotiondeS.I.aétéadoptéenonseulementpourdésigner legroupeendirectionduqueldesmesuresdesoutienetd'encouragementdoiventêtreprises, en vue de promouvoir l'emploi et de lutter contre le chômage et la pauvreté, mais aussi pour reconnaître la spécificité de cette nouvelle dimension de la réalité dans les PVD. Le dualisme S.M./S.I. est une" nouvelle" manière de penser l'hétérogénéité des structures des économies en développement. Le "nouveau" dualisme enrichit le débat théorique sur le caractère dual des économies en voie de développement, dans la mesure où on reconnaîtra désormais l'originalité duS.I..Parailleursce"nouveau"dualismesusciteundébatquantàsondegrédepertinence.Au lieu de considérer que le secteur traditionnel a un rôle passif de fournisseur de main-d'œuvre à 38 HART (K.) :"Informal income oportunilies and urban employment"in Ghana journal of modern Africa studies, vol. 11, n°l, mars 1973. A la dichotomie ancienne, certains auteurs substituent : - secteur formel / secteur informel (HART), - secteur structuré / secteur non structuré (WEEKS, SETHURAMAN), - secteur moderne / secteur traditionnel (LACHAUD, PENOUIL, HUGON).
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    untauxdesalairedéterminéparlerevenudesubsistance,ildevraitêtreanalysédanssonpropre dynamisme39 .Lesnouveauxmodèlesdualistesprennentcommehypothèsequelesinégalitésde revenusnesontpasunfacteurdedégagementd'épargne,maisaucontraire,limitentlademande effective. La questionposée au niveau de l'emploi concerne alors le revenu et non le temps de travail, et le problème économique s'est déplacé de la production vers la demande. Au lieu de parler de chômage en termes de surplus de main-d'œuvre, on l'appréhende en tenue d'activité sous-rémunérée. BERTHOMIEUC.40 regroupelestraitscaractéristiquesdesdeuxsecteursgénéralement soulignés par les auteurs dans le tableau suivant : 39 HUGON (P.) : ‘’Dualisme sectoriel ou soumission des formes de production. Peut-on dépasser le débat ?’’, Revue Tiers-Monde, T.XXI, n°82, avril-juin 1986 40 BERTHOMIEU (C.) : "Le système économique de la Médina de Sfax (aspects fonctionnels et structurels)", Université de Nice, novembre 1986.
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    "Le dualisme desmodes de production, de l'organisation de l'échelle de l'activité semble être la thèse où se rallient la plupart des travaux, toutefois, il en subsiste deux problèmes : à savoir le choix de l'unité d'observation, (individu, ménage, établissement) et les mécanismes qui relient secteur moderne et secteur informel" 41. Le S.I. échappe à l'analyse néoclassique car son développement n'est pas lié aux opportunités d'investissement, mais à la nécessité de créer des emplois dans un contexte d'urbanisation et d'industrialisation plus ou moins accélérées. La diversité des situations observées ne permet 41 SETHURAMAN (S. V.): "The urban sector in developping countries: employment, poverty and environment", 1981. Variables caractéristiques Secteur moderne Secteur informel Forme juridique des entreprises Société Entreprise individuelle Technique utilisée Capitaliste "Labor intensive" Type d'organisation Bureaucratique Familiale, domestique Niveau de production Grande échelle Petite échelle Prix Fixes Négociables Marché Protégé Ouvert Capital financier Abondant Rare Procès du travail Organisation scientifique du travail Artisanat, ateliers autonomes Division du u-avail Très développée Faible Durée du travail Régulière Irrégulière Salaires Mensuels versés régulièrement A la pièce, versements irréguliers Crédit Bancaire Personnel Relations sociales Impersonnelles Personnelles Coûts fixes Importants Négligeables Matières premières Importées de l'extérieur Produits localement Instruction scolaire Élevée Très faible Modalités d'acquisition des qualifications professionnelles Système éducatif Apprentissage sur le tas Niveau de qualification Élevé Bas requis Caractéristiques des secteurs moderne et informel (tableau n°l) Source : BERTHOMIEU, 1986.
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    pas d'apporter uneréponse unique. Certaines activités sont complémentaires, d'autres subordonnées. LesmotivationsthéoriquesdéterminantlesétudessurleS.I.sontelles-mêmesdifférentes selon qu'on se trouve du côté de la recherche théorique ou des organismes internationaux : les premières sont dictées par un souci de connaissance abstraite, alors que les secondes s'intéressent au S.I.au rôle que l'on veut faire jouer au SI. dans le processus de développement. On peut citer comme exemple d'analyse dualiste l'approche du BIT(1972)42. Toutefois, il est à remarquer que le BIT s'écarte des modèles dualistes classiques. Dans les modèles dualistes "classiques" la dichotomie (traditionnel / moderne) est une phase transitoire qui s'achève par le développement du secteur moderne (une modernisation de l'économie toute entière). Cette approche reste cependant assez marquée par l'absence de rapports significatifs entrelesdeuxsecteurs. C'estpourquoinous pouvons latraiterde"dualiste"pourladifférencier des approches qui tendent à donner à la fois une explication du fonctionnement spécifique de chaque secteur et une logique de fonctionnement qui permet de comprendre leur articulation. SelonlestermesduBIT,le S.I.est ledomaineoùune importanteproportionde gens, qui n'occupent pas des emplois recensés, sont occupés à d'autres activités qui fournissent de façon rentable des biens et services à la population urbaine, ou bien, du point de vue opérationnel, le S.I. comprend les métiers dans lesquels ils trouvent une utilisation de leur travail ; la plupart sont des travailleurs à leur propre compte, les travailleurs (patrons et personnel) des petites unités, etc. Comme il n'est pas possible de définir le S.I. seulement par la nature des activités, on ajoute comme caractéristiques principales la faible intensité capitalistique des unités, l'existence de marchés concurrentiels, la facilité d'entrée, etc. La contributionde l'approche dualistedu BIT pourexpliquer les disparités dans les PVD n'est pas négligeable : L'introduction de l'hétérogénéité des emplois dans l'économie permet de saisir la contribution économique des travailleurs qui ne rentrent pas dans les cadres structuraux préétablis, et qui ont été souvent considérés comme des "chômeurs déguisés" dans les statistiques. en rompant avec la vision du dualisme classique, cette approche BIT va permettre d'étudier les conditions de promotion des autres formes de production.43 Le découpage en secteur formel et secteur informel est tellement simple qu'il ne permet pas de saisir la richesse 42 BIT :"Employment, incomes and Equality. A strategy for Increasing Productive Employment in Kenya", OIT, Genève, 1972. 43 MALDONADO (C.) : "Les petits producteurs urbains d'Afrique francophone", BIT, Genève, 1987.
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    de l'hétérogénéité desstatuts socioprofessionnels des individus à l'intérieur du SX. Il ne permet pas de classer les fractions spécifiques de la main-d'œuvre qui se trouve dans le SX, ou de connaître de façon concrète leur dynamisme. On a certes tenté de mieux expliciter l'hétérogénéité des processus productifs au niveau du S.L, mais ces essais ont abouti à de nouveaux découpages. B - L'analyse en trois secteurs STEEL (W. F.)44 scinde l'économie des PVD en trois secteurs : un secteur moderne, un secteur traditionnel et un secteur intermédiaire ou de transition. Le secteurmoderneutilise unecombinaison de facteurs deproduction plus capïtalistique que les deux autres secteurs et produit à grande échelle. La technologie est avancée et souvent importée. Il existe dans ce secteur des barrières à l'entrée. Lesecteurintermédiaireestcomposédesunitésdeproductiondepetiteetmoyennetaille. Ce secteur utilise une technologie moyenne, des équipements fabriqués localement, et il a des équipements petitsplusfaiblesque ceux du secteur moderne. Sur leplandela rémunérationdu travail, les salariés du secteur moderne font l'objet de contrat de travail et leur salaires ne peuvent se fixer en deçà d'un seuil déterminé institutionnellement. A l'inverse, ceux du secteur intermédiaire se définissent par rapport à la productivité marginale du travail. Les barrières à l'entrée sont moyennes (barrières à l'entrée liées à l'investissement en capital physique ou humain). Enfin, le secteur traditionnel a les caractéristiques suivantes : faible capital fixe, absence de barrières à l'entrée, financements essentiellement familiaux ; le produit marginal du travail estnul.Ilyapartageduproduit,celui-cipouvantêtreéventuellementégalautauxdesalairedu secteur de transition. L'hétérogénéité des activités du SI., a conduit au développement des modèles trialistes qui sont une reprise du modèle dualiste de LEWIS.Les analyses en trois secteurs reposent sur l'existence d'un seuil technologique, conduisant à une rentabilité financière du capital décroissante.Dans ce schéma, c'est le secteur intermédiaire qui est capable de jouer le rôle que jouait le secteur traditionnel dans les analyses dualistes. "Le secteur intermédiaire, sous certaines conditions, pourrait produire autant que le fait le secteur moderne. Ce secteur, en élargissant le marché intérieur, favorisera la création et le maintien d'une économie intermédiaire, située entre les activités traditionnelles et le grand secteur moderne. En définitive, le développement du secteur intermédiaire réconciliera les objectifs d'emploi et de 44 STEEL (W. F.) :"Small-case employment and production in developing countries evidence from Ghana", New-York, 1977. LRHOULA (Y.) : "Secteur informel et développement : contribution à l'élude de l'économie urbaine dans les PVD", Thèse 3e cycle, Aix Marseille 3,1986.
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    production". 45 L'analyseen trois secteurs présente un intérêt dans la mesure où l'adoption de l'hypothèse d'hétérogénéité permet de situer le champ des investigations statistiques. 1.3 - L'APPROCHE DE LA PETITE PRODUCTION MARCHANDE Bienquel'appellationdelapetiteproductionmarchandeaitétéutiliséeparcertainsparla suite pour désigner les activités informelles, cette seconde approche du S.I est d'inspiration "marxiste". Elle part de l'idée que la petite production marchande ou les activités informelles sont un ensemble d'activités qui participent à la reproduction du mode de production capitaliste46. La participation de celles-ci à la reproduction du système capitaliste dans les PVD résulte du fait de la soumission du travail au capital. Cette approche considère l'émergence du S.I. comme une modalité de surexploitation du prolétariat que le capitalisme périphérique et international ne peut, ou ne veut, salarier. Les analyses se placent dans une perspective globale, afin d'essayer de comprendre les mécanismes de fonctionnement, de régulation du système, autant que les logiques des sous-systèmes de production. La petite production marchande est alors considérée comme une réserve de main-d'œuvre dans laquelle lesecteurmodernepuiselaforcedetravaildontilabesoinetrejettecelledontiln'apasl'utilité. Selon les tenants47 de cette approche, la petite production marchande dominée par le système capitaliste répond à ses lois de fonctionnement par une complémentarité structurelle. Cette complémentarité relève des modalités essentielles du fonctionnement du secteur moderne, et est renduepossiblepar d'autres caractéristiques spécifiques du fonctionnement des secteurs arriérés. La vision totalisante de cette approche est diamétralement opposée à l'approche dualiste, au niveau de la signification des rapports entre les secteurs, et du rôle accordé au SX. Les principaux travaux font ressortir cette opposition autour de l'aspect fonctionnel du rapport S.M./S.L. Les analyses retiennent comme activités informelles celles qui correspondent à un mode de production artisanale et au petit commerce, et acceptent l'existence de flux réels et monétaires entre les deux secteurs au sein d'une économie. 45 STEEL (W.) : "Intensité du capital, dimension de la firme et choix entre emploi et production. L'importance de l'analyse multisectorielle", Revue Tiers Monde, tome XXI, n°82, avril-juin 1982. 46 ABADIE (N.), HUGON (Ph.), MORICE (A.): "La petite production marchande et l'emploi dans le "secteur informel" - Le cas Africain", Édition de L'IEDES, Paris, 1977. 47 LAUTIER B., DE MIRAS Cl. et MORICE A. : "L'Etat et l'informel", L'Harmattan, Paris, 1991.
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    L'articulation des formesd'activités est envisagée du point de vue des avantages que le secteur formel tire des activités informelles. Pour certains, les activités du S.I. contribuent à l'accroissement du taux de profit du S.M. par l'échange inégal. On souligne que le capital a intérêtàmaintenirleS.I..Lerôledesactivitésinformellesseraitdereleverletauxdeprofit,soit parlasous-traitancecommerciale,soitparlasous-traitancedirecteaveclesunitésduS.M..Les flux entre les deux secteurs jouent un rôle dans le cycle de valorisation du capital. Pour d'autres, le S.I. produit des inputs à bon marché pour l'industrie, ces inputs entrent dans le cycle de valorisation constant, et en font monter le taux de profit. Les analyses considèrent que les petits producteurs jouent un rôle d'armée de réserve permettant au capital d'avoir un taux de rotation élevé de main-d'œuvre, sans qu'il ait à supporter le coût de l'entretien de la main-d'œuvre rejetée hors de la sphère de la production. En dépit de cette constatation d'un rôle positif des activités dans la valorisation-accumulationducapital,lesanalysess'opposententreellesquantàl'avenirdecette articulation au sein de l'économie des PVD. Pour certains, le rôle accompli par les activités informelles dans la hausse du taux de profit est d'une importance fondamentale pour l'accumulation du capital, l'existence des deux secteursestunélémentpermanentdel'économie.Dans cecadre,ilexiste toujoursunprocessus de conservation-dissolution : le blocage du développement, dû à l'étroitesse des marchés, rend le capital incapable de dissoudre le mode de production artisanale, ce qui fait que la stratégie rentable serait de subordonner les petits producteurs. D'autres travaux considèrent que les formes de production non capitalistes sont des survivances du système antérieur et ne jouent qu'un rôle marginal par rapport à l'accumulation du capital. Les activités informelles doivent disparaître à la suite d'un double processus : par la transformation progressive des rapports antérieurs en rapports marchands, à l'intérieur des petites unités ; du fait d'une plus forte concurrence du développement de l'économie en général. Pour les auteurs qui soutiennent la thèse de la disparition du SX, et qui négligent leur importance dans le processus d'accumulation, l'existence des petits métiers dans l'économie ne peut s'interpréter que comme une survivance. Les petits métiers se trouvent directement menacés par le courant de la modernisation. Plus nombreux sont les auteurs qui partent de la permanence de l'articulation des secteurs, et considèrent que le développement du S.I. ne peut pas se faire dans un modèle économique dominé par les intérêts d'une minorité locale ou étrangère, par conséquent le problème du petit producteur fait partie du développement.
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    Danscetteapprocheonaccordeunrôlepositifàlapetiteproduction,maisétantdonnéesa dépendance vis-à-vis duS.M., son développement doit être conçu dans le cadre d'une profonde modification de l'organisation économique et sociale des PVD. Autrement dit, dans la mesure où les petits entrepreneurs ne peuvent participer à l'économie que de façon dépendante et subordonnée, toute politique d'aide en leur faveur conduirait à une aggravation de la pauvreté, sans pour autant bénéficier réellement à ceux qui passeraient sous le contrôle de la grande industrie. Les approches dualistes ont le principal mérite d'avoir inauguré la recherche pour l'appréhension de la complexité du rapport production/emploi dans les PVD. Cette approche présenteunecertaineoriginalitéquiconfèreàcetypededéveloppementuncaractèrespécifique et unique.48 L'approche de la petite production marchande part du même univers hétérogène des activitésurbaines, ettententunearticulationentrelesdeuxsecteurs. Leurs limitesdépendentde la façon dont ils établissent la complémentarité. Les analyses qui soutiennent la thèse de la disparition des activités du S.I. par le développement, commettent les mêmes erreurs que les tenants dudualisme classique (destruction dusecteur traditionnel). "Le secteur informel est fait pour durer"49 . L'approche de la complémentarité des formes de production dans le cadre de l'accumulation du capital présente comme limite le fait de privilégier le transfert des valeurs d'un secteur vers l'autre, et refuse d'étudier d'autres phénomènes tels que la dévalorisation du travail, le rôle des unités du S.I. dans l'absorption de la main-d'œuvre. Malgré leurs limites, ces approches fournissent un soubassement analytique qui permet de saisir les économies en voie de développement (voir Annexe 6). Les deux approches du S.I. ne s'excluent pas absolument, il semble possible de les combiner dans le cadre de notre problématique. 1.4 - LES NOUVELLES ORIENTATIONS DE RECHERCHE Lors d'un séminaire de l'OCDE sur le S.I., les participants, après avoir fait le tour des définitions opposées, des conflits et des méthode ont proposé des nouvelles orientations de recherche sur le S.I. en Afrique.50 48 BARON (C.) : "Autonomie-intégration des espaces urbains Africains", thèse de doctorat d'université, Sciences Economiques, Bordeaux 1,1994. 49 LUBELL (H.) :"Le secteur informel dans les années 80 et 90", O.C.D.E., Paris, 1991. 50 KING (K.) : "L'émergence des tendances récentes en Afrique. Un schéma pour les nouvelles tendances", Nouvelles approches du secteur informel, OCDE, Paris, 1990.
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    — Page 34— Au niveau de chaque pays, c'est la prise de conscience par les dirigeants africains du S.I. et des liens qu'il y a entre lui, l'éducation et la formation. II s'agit de l'attitude des organismes d'aidevis-à-visdesgouvernementsafricains quiposentcommeuneconditiond'aide,lapriseen compte dans les décisions politiques des liens entre l'éducation, la formation et le S.I. Les diplômésdesécolesprofessionnellesutilisentles connaissancesacquisespréalablementdans la création d'emplois informels, lorsque le secteur formel se trouve dans l'impossibilité de les intégrer.Deplusenplus,leS.I.devientl'apanagedesscolaires,etladuréedelascolarisationest ce qui amène des différences quant à la stratification au sein des unités du S.I. En d'autres tenues, le fait d'être diplômé d'une école professionnelle, ou d'avoir poursuivi des études primaires, secondaires ou supérieures impliquait des différences de performances, tant au niveau de l'organisation des entreprises informelles, qu'au niveau du développement et de la multiplicationdesdites entreprises. Désormais, il s'agit d'analyser quels types d'éducation etde formation ont aidé les jeunes à accéder à l'activité qu'ils exercent. L'examen de la littérature récente sur le S.I. montre que les pouvoirs publics, les institutions internationales s'intéressent de plus en plus au S.I. dans les stratégies d'augmentation de l'emploi et de revenus. Parmi les tentatives de sortie de la crise structurelle que traverse l'ASS, les partisans de la déréglementation de l'activité économique et de la flexibilité de la législation du travail prônent également une intervention dans le S.I. D'un côté, on estime qu'un contrôle plus strict des conditions d'exercice des activités informelles est nécessaire afin de garantir les investissements dans le secteur moderne ; de l'autre côté, on préconise une réforme du secteur institutionnel pour libérer les initiatives et le potentiel que recèle le S.I. L'impact du cadre institutionnel ouvre une voie de recherche qui doit déboucher sur d'autres orientations. "Pourquoi ne pas puiser dans "la richesse des alternatives institutionnelles pour imaginer une réglementation différente pour les secteurs formel et informel, appropriée à la branche, à la taille et à la logique de gestion des entreprises, en fait une réglementation qui, tout en maintenant certains avantages du S.I., contribuerait à atténuer les coûts ?"51 Les pays sous ajustement structurel sont aussi concernés par le renouveau de l'approche institutionnelle. Par conséquent les approches empiriques sur le cadre institutionnel dans lequel évolue le S.I. peuvent ouvrir des voies de recherche intéressantes. Ces approchespartentdel'idée que lespolitiques d'ajustementstructurel rendent difficile toutepolitiquesociale,parconséquentleS.I.pourraits'ysubstituer,d'oùlathèsederajustement à visage humain. Les orientations de recherche concernent le marché du travail urbain dans le contexte macro-économique d'ajustement structurel. L'idée de base est que l'analyse du marché du 51 FREEMAN (J.R ):"Labor markets and institutions in economic development", The American Review, Mai 1993.(également dans Les problèmes Économiques n°2361, fév.1994).
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    travail est déterminantepour comprendre le problème de la pauvreté. Il paraît opportun d'axer prioritairement la recherche sur les thèmes adaptés au développement de politiques en direction des plus vulnérables52. Les thèmes de recherche concernent : l'exploration de la liaison entre les mécanismes du marché de travail et la pauvreté ; la liaison entre l'ajustement structurel et les effets sur le marché du travail. Les recherche prennent trois directions essentielles : une première nécessité concerne la disponibilité de l'information statistique sur le marché du travail ; le développement de la formationpourpermettreauxlocauxd'interpréterlesdonnées ; etledéveloppementde réseaux de recherche sur la marché du travail en Afrique subsaharienne et au Maghreb. Des résultats préliminaires obtenus lors d'une enquête pilote sur les ménages en Côte d'Ivoire53 montrent que les ménages pauvres englobent surtout les travailleurs indépendants ; l'observationdelastratification dumarchédetravails'écartedesschémasdualistes. Lamiseen évidenced'uneclassificationhiérarchiquedes chefs deménagesmontreplusieurs catégoriesde travail homogènes : le salariat protégé, le salariat concurrentiel, le salariat non protégé, le travailàpropre compte évolutif,letravail à proprecompteinvolutif. Les trois dernières formes sont la plupart du temps situées chez les ménages pauvres. SECTION II : CONTOURS ET DÉFINITIONS DU S.I. Dans les pays sous-développés, l'intention de chercher un emploi ne s'exprime généralement pas sous une forme institutionnelle. La limite entre "chômeurs" et ceux qui ne participentpasàlapopulationactiven'estpasnette.LeS.I.permetuneinterprétationvalablede l'existence et la coexistence des systèmes d'emplois et d'activités. Aucune réflexion sur l'économie des PVD ne peut se passer de la reconnaissance de certaines catégories de travailleurs qui appartiennent au S.I.. Les travailleurs de ce secteur sont en majorité des indépendantsoudesnon-salariés,quiontgénéralementdesniveauxdeproductivitéfaibles.Les revenus gagnés dans le cadre de ce secteur sont peu élevés et peuvent être assimilés à des revenus de subsistance D'autres analyses empiriques reconnaissent que certaines activités informelles dégagent des revenus supérieurs à ceux des ouvriers du secteur moderne (cf. 52 LACHAUD (J.-P.) : "Le secteur informel urbain et le marché du travail en Afrique au sud du Saliara", séminaire "The informai sector revisited", Centre de développement de l'OCDE, Paris, 1988. 53 LACHAUD (J.-P.).: "L'analyse du marché de travail urbain en Afrique", Institut International d'Études Sociales Genève, Discussion Papers, DP/2/1987.
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    — Page 36— CHARMES,1987).LesmembresdelafamillequiintègrentleS.I.,sontsouventacceptés au sein de cette famille parce qu'on espère d'eux une contribution au budget familial. Toutefois les divergences théoriques que nous avons abordées dans la première section débouchent sur plusieurs définitions. II.1 - LES CRITÈRES DE DISTINCTION DU S.I. IlexisteplusieurstypesdedéfinitionsduS.I.:lesdéfinitionsmulticritères,lesdéfinitions fonctionnelles et les définitions statistiques. Les définitions multicritères et fonctionnelles sont plus nettement rattachées à des thèses ou écoles de pensée.54 Les définitions multicritères découlent généralement de la théorie classique de la concurrence (atomicité et fluidité du marché des produits et des facteurs de production, les auteurs voient dans le S.I. une illustration de l'économie de marché "pure et parfaite" mais segmentée c'est-à-dire non directement reliée au marché moderne). Les définitions fonctionnelles sont inspirées des auteurs de la petite production marchande. Elles mettentau centredeleurs préoccupationsles relations entre les deux secteurs (moderne et informel) que l'analyse ne doit pas dissocier. L'aspect principalde l'analyse repose sur le rôle que joue la petite production marchande dans le développement du capitalisme. Les définitions empiriques et statistiques partent du fait que pour réaliser les enquêtes, il faut choisir certains critères.Généralement quatre critères sont retenus (la situation dans la profession, la situation de non enregistrement, la taille de l'entreprise, le niveau des revenus) La définition du S.I. semble nécessaire, bien que les critères proposéssoient différents et renseignent sur des divergences théoriques. La manière la plus simple de définir le S.I. est d'en énumérer les principales activités et d'en mentionner un certain nombre de caractéristiques. Le S.I. se caractérise par des activités à faible productivité et dotation en capital et sans structures définies. Les entreprises ont essentiellement recours aux ressources locales et sont de caractère familialavecuneorganisationrudimentaireouinexistante.Lesunitésdeproductionopèrentsur une petite échelle et ont une capacité d'adaptation plus grande. Le marché échappe à tout règlement et est ouvert à la concurrence. Les qualifications s'acquièrent en dehors du système éducatif officiel et les sources de revenus sont essentiellement informelles. Telles sont les principales caractéristiques qui ressortent à travers les études. 54 Cf. annexe 6 : Les différentes approches du S.I. en France.
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    Le rapport Kenya55qui anotammentdonnéla notoriété auterme, analysele rôledu S.I. dans le processus de développement et suggère une politique de promotion de ces activités. Toutefois le rapport se refuse à définir le S.I. et l'appelle tout simplement "a way of doing things" caractérisé comme suit : / - facilité d'accès pour l'utilisateur ; - utilisation de ressources locales ; - propriété familiale ; - échelle très réduite de la production ; - technique à forte intensité de main-d'œuvre ; - qualification acquise en dehors du système scolaire ; - marchés échappant à toute réglementation et ouverts à la concurrence totale. Par rapport à l'opposition moderne/traditionnel, les différences se situant au niveau de l'organisation des activités et non de la technologie sur laquelle est fondée la division entre le "moderne" et le "traditionnel". On peut reprocher à cette définition du S.I. d'avoir des caractéristiques peu opérationnelles.Les caractéristiques citées sontdifficilementutilisables pour les investigateurs qui doivent pouvoir identifier les activités du dit secteur en tant que telles. De plus, des difficultés d'analyse surgissent dans la mesure où certaines caractéristiques sont valables et d'autres non. Pourtant la définition des caractéristiques utilisables sur le terrain s'avère nécessaire. Empiriquement, la détermination des activités informelles implique une observationdirecte,notammentunrecensementaucoursduqueluncritèresignificatifpeutêtre utilisé. C'est ainsi que la plupart des travaux en ASS utilisent le critère de mode de gestion, en particulier la tenue d'une comptabilité. Là aussi il y a problème car le critère de distinction purement administratif permet de confondre les entreprises fonctionnant dans des structures quasi-modernes et ne tenant pas de comptabilité avec des entreprises du S.I. Decefait,procéderpardéductionetdirequeleS.I.estcomposédel'ensembledes unités deproductionetservicesquinetiennentpascomptedelacomptabilité,c'estmasquerlaréalité. Les caractéristiques du S.I. mises en évidence dans les diverses études réalisées conviennent particulièrement à certains cas mais sont difficiles à généraliser en raison de la spécificité de ces activités, aboutissant à une multitude de définitions calquées sur la dualité de l'économie. La multiplicité des définitions du S.I. s'explique par l'insistance mise surtelle ou telle caractéristique de son fonctionnement. Mais ces caractéristiques mises en avant dans toutes les études reflètent-elles la réalité ? Au terme de cette analyse, il n'est pas facile de trouver une définition universelle du S.I.. Sur le plan statistique, une définition universelle a été adoptée, mais le S.I. est un secteur 55 BIT : "Emploi, revenus et égalité. Stratégie pour accroître l'emploi productif au Kenya", Genève 1972, p.61.
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    dynamique, non figéet lié au développement des pays concernés. Par conséquent la définition donnée doit être modifiée à chaque étape de développement. La nature hétérogène des activités fait qu'il n'est pas possible d'établir des frontières précises, ou de définir ces activités à partir des critères universels. L'utilisation de vocabulaires différents (secteur informel ou secteur non structuré,..) pour parler des mêmes réalités relève tout simplement d'une différence d'interprétation. P. HUGON56 présente un éventail de critères proposés pour définir le S.I.. Ces critères peuvent se placer à plusieurs niveaux : repérage statistique : le S.I. échappe aux moyens d'investigations habituels (producteurs travaillant sans emplacement fixe, ne payant pas de patente ou d'impôt, n'ayant pas de comptabilité, etc..) ; caractères de l'unité de production : depuis le rapport KENYA, on retient les critères de la facilité d'accès aux activités, l'échelle restreinte des opérations, la propriété familiale des entreprises, les qualifications qui s'acquièrent en dehors du système scolaire officiel, des marchés échappant à toute réglementation et ouverts à la concurrence ; revenus : à ce niveau on distingue les possibilités de revenus "structurés" et "non structurés" selon le critère de salaire et l'auto-emploi. En effet certains auteurs utilisent le critère de l'intensité capitalistique, qui est en corrélation avec la dimension de la firme. Le critère de l'intensité capitalistique permet de lier la question des barrières à l'entrée, pour les producteurs, avec celle de l'accès aux marchés financiers. Le critère de l'organisation sociale et juridique est utilisé pour définir un marché du travail non protégé, sans système d'assurance sociale et non réglementé, qui délimite le champ d'activités informelles.57 Par ailleurs, la dichotomie S.I./S.M. est fondée sur les caractéristiques des rapports d'échange et la position économique par rapport à l'État. D'autres travaux ont essayé de subdiviser le S.I. pour délimiter son champ et aboutir ainsi à une meilleure appréhension de son degré de pertinence. Tout en prenant en compte l'hétérogénéité du secteur, ces travaux 56 HUGON (P.) :"SNS ou hétérogénéité des formes de production urbaine. Dualisme sectoriel ou soumission des formes de production au capital. Peut-on dépasser le débat ?", in Revue Tiers Monde, T.XXI, n°82, avril-juin 1980. 57 MAZUMDAR (D.) : "Microeconomic Issues of Labor Market in development countries: Analysis and Policy Implications", The World Bank, Washington D.C., 1989.
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    distinguent un S.I.traditionnel et un S.I. moderne. En effet, pour NIHAN58 , les activités du bois, du métal, de la réparation électrique et mécanique et de la construction sont des activités produisant des biens et services parallèles à ceux du secteur moderne et s'inscrivent par conséquent dans le cadre d'un S.I. "moderne". Cependant ces subdivisions si simples soient-elles ne sont pas négligeables, dans la mesure où le débat sur le degré de pertinence portera désormais sur les activités du S.I. "moderne". Les critères proposés sont descriptifs et, nous renseignent peu sur le caractère dynamique du S.I.. Ce dynamisme ne peut être décelé que dans une perspective de recherche globale qui tient compte des rapports qui pourraient exister entre le Si. et les autres secteurs de l'économie. Le rapport à la loi est le plus souvent utilisé comme critère pour repérer les activités informelles. Toutefois il convient de distinguer dans le S.I. les activités illicites, telles que la drogue, la criminalité... de celles qui sont licites. Dans le cas de l'ASS, on cite le critère de l'inexistence de la comptabilité pour définir le S.I., sans pour autant se demander ce qui poussent la plupart des entreprises à agir dans l'illégalité. Le prix de la légalité est inaccessible pour la plupart des actifs évoluant dans le S.I. "Ce sont les régulations institutionnelles perverses qui entravent la croissance de l'économie, inhibent l'esprit d'entreprise, interdisent l'émergence d'une économie de marché réelle, postulée comme optimum"59 . "L'illégalité" dont traite les auteurs n'a rien à voir avoir les activités répréhensibles. Si en effet ce secteur présente des aspects "illégaux", c'est parce que les activités qui s'y déroulent ne peuvent observer la réglementation en vigueur. De plus certaines dispositions législatives et réglementaires sont totalement étrangères à la situation de ceux qui vivent exclusivement du S.I. "Autrement dit, on se trouve dans de nombreux pays en voie de développent, dans une phase où l'administration est en train d'asseoir son emprise, avec des faibles moyens et l'on ne saurait donc considérer comme illégales les activités économiques qui, en elles-mêmes, n'ont rien de répréhensible"60 . Les critères purement quantitatifs tels que le nombre d'emplois, le niveau du chiffre d'affaires, ne suffisent pas pour qualifier une activité de formelle ou d'informelle, nous souligne FERCHIOU 61 . D'autres critères d'ordre qualitatif, parmi lesquels le degré d'observation des législations fiscale, sociale du pays vient en premier lieu. Le degré 58 NIHAN (G.) : "Le secteur non structuré, signification, aire d'extension du concept et applications expérimentales", in Revue Tiers Monde, T.XXII, n°82, avril-juin 1980. 59 DO SOTO (H.): "L'autre Sentier. La révolution informelle", La Découverte, Paris, 1994. 60 CHARMES (J.) : "Approche comptable, statistique et économique du secteur informel". Brochure AMIRA n°61, 1991. 61 FERCHIOU (R.): "Micro-entreprises du secteur informel à Tunis, obstacles de caractère légal et institutionnel", BIT, Genève, 1990.
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    d'observation des différentesréglementations dépend du degré de contrôle que les entreprises du S.I. escomptent subir de la part des différentes administrations. Quand l'activité informelle n'est pas localisée, son contrôle devient difficile, par conséquent son degré d'observation devient faible. Par contre le degré d'observation des textes réglementaires s'accroît quand l'entreprise informelle est localisée. Dans la plupart des cas les entreprises essayent de régulariser leur situation, dans la mesure où elles ne peuvent pas échapper au contrôle municipal quand elles sont localisées. II.2 - LA TYPOLOGIE DES ACTIVITÉS L'importance des petits métiers et notamment de l'artisanat en ASS est une réalité qui a marqué et ne cesse de marquer, jusqu'à nos jours, la vie économique. En effet, pendant les années 60, le planificateur a négligé le secteur informel, considéré comme un secteur à disparaître. Toutefois, il va connaître un essor avec les nouvelles politiques de libéralisation économique : l'intérêt nouveau accordé au S.I. est l'envers de la déception occasionnée par l'incapacité du secteur industriel à absorber les nouvelles générations de travailleurs de plus en plus nombreux à se présenter sur le marché du travail62 . Depuis quelques années, des expériences pilotes tendent à lever le voile sur l'importance réelle jouée par le S.I. dans le fonctionnement des économies en voie de développement. La démarche a été ainsi empirique, visant à situer le S.I. dans l'ensemble des branches économiques. Dans le cadre de cette démarche, ledit secteur est défini comme suit : "Le S.I. est constitué par l'ensemble des activités monétaires non prises en compte par les statistiques classiques et la comptabilité nationale"63 . Notons que J. CHARMES considère cette définition comme étant une simple constatation d'une démarche empirique, mais elle est d'une importance non négligeable dans la mesure où elle permet de procéder à une analyse typologique et descriptive du S.I. (voir tableau ci-dessous). 62 CHARMES (J.) : "Méthodes et résultats d'une meilleure évaluation des ressources humaines dans le SNS d'une économie en voie de développement" in "Tunisie, quelles technologies, quel développement ?", G.R.E.D.E.T., éditions Salammbô, Tunis, 1983, page 163. 63 CHARMES (J.) : "Le secteur non structuré et l'économie du développement. Nécessité de sa prise en compte et d'une reconsidération subséquente des théories et politiques de développement", in Séminaire sur l'économie du développement, analyse en termes réels et monétaires, F.S.E.G., 27/28 avril 1983, page 118.
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    X : Existencede la catégorie. O : Non existence de la catégorie. : Correspondance entre deux catégories. Source : "L'évaluation du SNS : méthodes, résultats, analyses, l'exemple de la Tunisie", J. CHARMES, AMIRA brochure n°37, Paris, sept. 1982. On distingue sept formes d'activités informelles en milieu urbain et rural non agricole, réparties en deux secteurs selon leurs modalités d'exercice. Selon qu'elles s'exercent dans un local, le S.I. "localisé", ou dans des locaux multiples, dans la rue ou à domicile, c'est le S.I. "non-localisé". Cette typologie, bien qu'elle soit descriptive, nous renseigne sur une difficulté d'investigation qui prend une dimension différente du haut en bas de l'échelle des 7 catégories. En effet, au fur et à mesure que s'accroît le degré de non structuration, et que baisse le niveau de revenu retiré des activités concernées (passage de la catégorie 1 à la catégorie 7), s'accroît parallèlement la difficulté d'appréhension des phénomènes d'où la nécessité de passer à des techniques d'enquêtes quantitatives classiques portant sur les SECTEURS D'ACTIVITÉ Modalités FORMES Production Services Commerce d'exercice D'ACTIVITE Bois, métal, cuir, textile, habillement, pain, Mécanique, électricité, plomberie, cordonnerie, De détail, des produits alimentaires et non pâtisserie, services alimentaires BTP personnels, transport 1) Petites entreprises X X X Secteur 2) Artisanat ou non commerces traditionnels X X X structuré 3) "Lustres", localisé "amateurs", "casseurs" et concurrents X X o clandestins de toutes sortes 4) Tâcherons et Secteur travailleurs à façon hors domicile x o X o non structuré 5) Marchands ambulants X X non 6) Tâcherons et localisé travailleurs à façon à domicile (travail au noir) X X O 7) Travail à domicile X X O Champ d'investigation pour les enquêtes sur le SNS au sens large (tableau n°2) t Secteur Secteur non non Structuré Structuré au sens au sens strict Large
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    entreprises ou lesétablissements, à des enquêtes spécifiques de plus en plus qualitatives portant sur les ménages. Ce passage des entreprises aux ménages est dû à la difficulté de localisation de plus en plus grande de l'activité exercée64 . II.3 - ARTICULATION SECTEUR MODERNE / SECTEUR INFORMEL Après avoir précisé la typologie des activités informelles, il nous faut mettre en évidence les relations multiples qu'entretiennent le S.L avec le reste de l'économie. Cette articulation peut s'étudier en particulier à travers les transferts de main-d'œuvre d'un secteur à l'autre, mais aussi au niveau de la dépendance en amont et en aval sur le plan de la production. La quasiment inexistante de la sous-traitance industrielle en AS S"65 , nous à mettre l'accent sur la mobilité des actifs. A - Une faible mobilité S.L / S.M. : A partir d'une enquête effectuée à Yaoundé sur le S.L, LAVAL (B.)66 montre que "dès la fin de la scolarité ou de l'apprentissage (quel que soit le lieu où ce dernier a été effectué), les choix entre le moderne et l'informel sont affirmés et la coupure entre les deux activités quasiment définitive". L'auteur indique que 29% des salariés du S.M. ont effectué un premier apprentissage dans le S.L (ce pourcentage est plus élevé pour la menuiserie de bois). NIHAN (G.)67 , de son côté, a remarqué que 24,6% des apprentis déjà formés sont devenus des travailleurs qualifiés dans le secteur moderne privé ou public. Cette quasi constance du pourcentage d'apprentis quittant le S.L pour le S.M. appelle deux interprétations complémentaires. D'une part, nous sommes amenés à penser que les structures de formation moderne (Centre de formation professionnelle ou enseignement secondaire technique) ont une capacité insuffisante pour répondre aux besoins du S.M.,et que la formation dispensée dans le S.L, dans certaines catégories d'activités, est appréciée par le S.M. qui pourrait attirer à lui les apprentis du Si. 64 CHARMES (J.) : "L'évaluation du SNS : méthodes, résultats, analyse, l'exemple de la Tunisie", AMIRA, Brochure n°37, Paris, 1982. 65 HUGON (P.) : "Approches pour l'étude du secteur informel dans le contexte Africain", in "Les nouvelles approches du SI", OCDE, Paris, 1990. 66 LAVAL (B.) : "Les relations entre les marchés du travail moderne et informel. Le cas de Yaoundé", in Le développement spontané : les activités informelles en Afrique, 1987. 67 NIHAN (G.), DEMOL (E.) : "Le secteur non structuré moderne de Yaoundé", BIT, Genève, 1982.
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    La mobilité S.L/ S.M. a lieu essentiellement pour les raisons suivantes : - la stabilité de l'emploi dans le S.M.(de moins en moins vrai ) ; - l'acquisition d'une formation supplémentaire dans le S.M. ; - une rémunération supérieure dans le S.M. (ce qui n'est pas systématique). Ces trois raisons sont aujourd'hui très relativées ; nous proposons de les montrer ultérieurement. B - La croissance de la mobilité du S.M. / S.L : Cette mobilité S.M../S.I. devrait être croissante compte tenue de la récession qui perdure dans le S.M., entraînant des licenciements nombreux.22% des individus ayant perdu leur emploi à la suite de la restructuration des entreprises publiques Sénégalaises exercent une activité informelle68 Les nouveaux chômeurs pourraient alors chercher un emploi dans le S.L, ou décider de créer leur propre entreprise. Mais il y a un cas plus grave. Celui du nombre croissant de jeunes diplômés issus de formation officielle, qui se trouvent sur le marché du travail sans aucune possibilité d'emploi ( la création d'emploi tant dans le secteur public que dans le secteur moderne privé étant très faible), et aucune expérience professionnelle. Nombreux sont ceux qui ne disposent pas d'un capital nécessaire pour créer une entreprise, et cherchant un emploi dans le S.L La mobilité S.M. / S.L concerne surtout les ouvriers et très peu les apprentis. Seulement 5,3% des entrepreneurs du S.L ont été apprentis dans le S.M. et sont entrés immédiatement après cette période de formation dans le S.L. 52,6% des entrepreneurs du S.L ont été des salariés dans le S.M.. Les entrepreneurs du S.L viennent fortement du S.M., leurs parcours professionnels ont pris deux formes : - 26,3 % de ces entrepreneurs ont effectué leur apprentissage dans le S.M., avant de rejoindre le S.L pour créer leur entreprise ; - 26,3 % de ces entrepreneurs ont effectué leur apprentissage dans le S.M., puis ont travaillé dans ce même secteur, avant de rejoindre le S.L pour créer leur entreprise. Pour 80 % de ces anciens salariés du S.M., leur emploi dans ce secteur leur a permis d'accumuler une somme nécessaire à la création d'une activité informelle. D'autre part, on peut penser que cette mobilité moderne / informel va être croissante, compte tenu des politiques d'ajustement structurel entraînant de nombreux licenciements. Les nouveaux chômeurs pourraient alors chercher un emploi dans le S.L, ou décider de créer une entreprise 68 LACHAUD (J.-P) : "L'ajustement structurel et le marché du travail en Afrique francophone", OIT,Genève, Discussion Papers n° 56, 1993.
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    dans le S.Lou dans le S.M. ; les indemnités de licenciement permettant de constituer rapidement un capital de départ. Une partie de la main-d'œuvre du S.L provient de l'exode rural, et l'autre partie est composée essentiellement de jeunes quittant le système scolaire sans diplômes. Le transfert d'individus, provoqué par la volonté de s'établir à son compte ou par la recherche d'un emploi après licenciement, est facilité par les connaissances techniques et l'expérience des salariés du S.M., deux qualités essentielles pour diriger une entreprise dans le S.L. Mais il n'est pas évident que, ces nouveaux chefs d'entreprise puissent mettre en œuvre des méthodes de gestion adaptées aux contraintes et à la culture locale, permettant de favoriser le dynamisme de leurs unités. A propos des relations du S.L avec le reste de l'économie, nous retiendrons que les flux d'échanges concernent essentiellement les capitaux, les revenus des inputs et des outputs. Les relations avec le S.M. concernent par exemple à Yaoundé 80% des volumes des matières premières utilisées par les artisans. 67,8% des petits entrepreneurs achètent leur machine dans le S.M. Les ventes réalisées avec eux représentent 33% du C.A. annuel. Les travailleurs du S.M. et les fonctionnaires constituent une bonne part de la clientèle des petits entrepreneurs.82% de la production des unités informelles leur sont destinés.69 Avec le monde rural, les échanges restent limités. Outre les flux d'hommes (alimentés par l'exode rural), de capitaux, de formation-apprentissage et de revenus, on note un faible volume des ventes au secteur rural (environ 10% du C.A. annuel). Les relations avec l'Etat concernent les hommes-fonctionnaires propriétaires des petites activités, les capitaux, la formation dans les établissements publics ou privés, les inputs et les outputs. Toutefois, le volume de vente réalisé avec l'État demeure très limité, les petits entrepreneurs n'ayant que très peu accès aux marchés officiels. C - Les liaisons sur le marché des biens et services La sous-traitance intersectorielle devrait jouer un rôle majeur dans le processus de transition en permettant aux entreprises de montrer leur capacité à respecter les contraintes de temps et donc de productivité, de qualité de produit. La carence d'études sur ce point nous engage à la prudence quant à nos conclusions. Le rôle fournisseur du S.M.: à défaut de représenter un débouché pour le S.L (par des opérations de sous-traitance), le S.M. reste le fournisseur privilégié du S.L: 69 BACK AN Y (P.), KDSfGNE (A.), ROUBAUD (F.) : "Le secteur informel à Yaoundé- Principaux résultats". DIAL-Paris et DSCN-Yaoundé, 1993.
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    - achat demachines et outils (combinées, les scies... pour la menuiserie, des machines à coudre pour l'habillement, des pièces de rechange pour les mécaniciens) ; - biens intermédiaires comme la colle, le vernis... Les achats importants dans le S.M. permettent aux entreprises du S.L de moderniser leurs équipements. Les relations intersectorielles tant au niveau de la main-d'œuvre, de la sous-traitance, qu'au niveau de l'achat de machines et outils, de biens intermédiaires doivent en s'intensifiant limiter les écarts de productivité, de formation, de qualité de produits ; par conséquent l'intensification de ces relations serait un facteur dynamisant le S.L. H.4 - LE CARACTÈRE DYNAMIQUE DU S.L La vitalité de ce secteur se manifeste dans les villes par une multitude de petits emplois. Le dynamisme du S.L est perçu à partir des relations existant entre les activités informelles et leur environnement. BERNARD70 a mis en relief l'aspect évolutif et involutif de la petite production marchande71 . Disposant d'un capital faible et se trouvant néanmoins placé en concurrence avec les entreprises du S.M., le S.L ne peut résister et survivre que grâce à une organisation de la production adaptée. Le dynamisme du S.L ne peut être décelé qu'en fonction d'une série de relations qui permettent de mettre en relief l'aspect évolutif ou involutif du S.L Selon HUGON72 les petites activités urbaines trouvent leur signification dans quatre types de relations : a) Les relations avec le secteur capitaliste qui fournit les inputs aux petites activités, ainsi que les débouchés. La plupart des inputs viennent non pas du monde rural, mais du secteur moderne. Quant aux débouchés, on constate généralement que très peu d'outputs sont vendus au secteur moderne. b) La relation de la petite production avec le monde rural est une relation caractérisée par un échange qui demeure très spécifique. c) Les rapports avec les cellules familiales nous mettent sur la voie d'une stratégie adoptée par les familles urbaines afin d'acquérir des revenus, d'effectuer des dépenses, d'effectuer le travail familial entre les activités domestiques et marchandes, entre le salariat temporaire et permanent. Notons que, dans ce cadre, l'accent est mis sur l'apprentissage qui 70 BERNARD (C.) : "Les activités dites non exploiteuses. Recherche sur la signification du concept de PPM en milieu urbain à partir du cas algérien", in Revue Tiers-Monde, T.XXI, n°82, avril-juin 1980. 71 Notons que la petite production marchande désigne les activités informelles. 72 HUGON (Pli.) : "Lespetites activités marchandes dans les espaces urbains africains", Revue Tiers-Monde, T.XXI, n°82, avril-juin 1982.
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    ne peut êtrecompris en dehors de ces stratégies, le lien familial marque souvent les rapports patron/apprenti. d ) Les activités informelles sont considérées comme échappant à la législation en vigueur, aux réglementations, ainsi qu'aux recensements statistiques. Il importe de signaler que la relation avec l'Etat à changer avec la prise de conscience du degré d'importance du S.L dans le processus de développement. Le S.L est une réalité socio-économique qui s'impose dans une nouvelle approche d'analyse du développement dans les pays du tiers-monde, certes, mais qui doit être envisagée au niveau des liens de dépendance à l'égard du système moderne et de ses articulations avec l'ensemble de l'économie dans sa position vis-à-vis des économies développées. Par ailleurs, les spécialistes n'hésitent pas à affirmer que, "permettre l'émergence des petites unités de production moderne, revaloriser les revenus distribués à l'intérieur de celles-ci risquent d'entraîner, à l'intérieur du S.L, une différenciation entre les unités qui deviennent rentables, par soutien et aide de l'État, et celles qui sont éliminées par le jeu de la concurrence" 73 . Contrairement aux auteurs de la thèse de soumission au capital qui prévoient la disparition des activités informelles, la thèse de transition fait la distinction entre les entreprises qui dégagent un surplus à des fins d'accumulation et celles qui n'en dégagent pas. PRÉSENTATION DU MODELE DE LACHAUD74 L'auteur montre dans un modèle trisectoriel en quoi "les lois de fonctionnement du secteur informel traditionnel diffèrent de celles du secteur informel évolutif et doivent conduire à des politiques spécifiques. La thèse centrale est que pour certaines activités du S.L "traditionnelles" (quantitativement importantes), il existe une forte probabilité qu'elle soient soumises à un changement dynamique du type involutif. Soit une économie urbaine composée de trois secteurs : - Un secteur moderne (1) composé d'unités de production comparables à celles des pays développés avec l'existence de barrières à l'entrée élevées : les investissements sont importants, avec des économies d'échelle ; la principale source de financement est l'emprunt ; le rapport capital /travail est associé à une productivité marginale du travail forte... 73 HUGON (P.) : "Dualisme sectoriel ou soumission des formes de production au capital : peut-on dépasser le débat ?", Revue Tiers Monde, Tome 21, n°82, avril-juin 1982. 74 LACHAUD (J.-P.) : "Les lois du fonctionnement du secteur informel 'traditionnel'", présentation d'un modèle, Revue Tiers Monde, t.XXI, n°82, 1980.
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    - Un secteurintermédiaire ou de transition (2) où les barrières a l'entrée sont liées à des investissements en capital physique ou humain moyens ; le financement se fait de façon interne (famille) ou externe (intervention des agents extérieurs) ; le produit marginal du travail est positif et égal au taux de salaire du marché ; l'apprentissage y est assez faible. - Un secteur informel "traditionnel" (S.I.T.) (3) dans lequel le capital fixe est faible ; absence de barrières à l'entrée ; financement essentiellement familial ; le produit marginal du travail est nul ; l'apprentissage constime l'essentiel de la main-d'œuvre. Le processus productif de ces 3 secteurs : Pl = 𝛼1(Kl) (1) P2 = 𝛼2 (K2) (2) P3 = 𝛼3 (K3) (3) où P et K représentent respectivement la valeur de la production et du capital fixe. L'analyse de la nature de la dynamique du S.L "traditionnel" implique que soit mis en évidence son équilibre (diagramme 1). Au temps ti une main-d'œuvre N1 3est associée à un capital fixe K (diag le) Ce dernier détermine la capacité de production et compte tenu de la courbe d'offre globale O A la production potentielle OP3 IP(diag lb). Et la courbe d'offre globale peut être déterminée de la façon suivante : P 3 le prix de la S.I.T. est déterminé en ajoutant une marge K 3 sur le coût moyen total unitaire C3/Q3 donc P3 = k3(C3/Q3) où k3> 1 (4) Ce coût est composé de 2 éléments : - un coût moyen fixe CF3/Q3 que l'on peut exprimer par aK3/Q3 ceci représente la part du capital K3 amorti. - un coût moyen variable proportionnel à la production bÇ>3 mais qui compte tenu de la productivité moyenne du capital Q3/K3 = c bQ3 = bcCb Il vient que : P3 = k3 K3 (a+bc) /Q3 Donc la fonction d'offre peut s'écrire : P3 = P3Q3 = kK3 (a+bc) (5) La production effective P3 ledu SIT dépend de la demande Di qui s'adresse à ce secteur. Ainsi l'intersection B de la courbe d'offre globale OA et la demande globale Di détermine le niveau de production effective OP3 eet la capacité excédentaire K3K3
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    Graphique n° 1: Equilibre et dynamique du secteur informel "traditionnel" Source : LACHAUD,1980. Le S.L "traditionnel" est caractérisé par un sous emploi en terme de revenu . En outre il est probable que le niveau de production détermine un revenu de subsistance. La pente ox dans le diagramme la représente le produit moyen issu de l'activité productrice du SIT. Il est supérieur au revenu rural moyen représenté pai- la pente OR. Le problème est de savoir si la croissance du S.L "traditionnel" peut se traduire par une progression du produit moyen ? Plusieurs facteurs impliquent une faible probabilité : • en premier lieu : que la demande joue un rôle fondamental dans l'évolution du revenu. Si r traduit le rapport entre la production potentielle P1 3P et la production effective P1 3l on peut écrire : Pour que le produit moyen reste constant il faut que la production potentielle, la production effective et la demande croissent au même rythme, soit : d P3 1P/P3 1P = d P3 1P/ P3 1P = dD1/D1 (6)
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    L'auteur montre l'offrepotentielle dépend de la prise en considération des éléments suivants : - (i) - Le flux migratoire rural-urbain alimente en permanence le S.L La migration est ici considérée comme un investissement. La demande de migration (Dm) est une fonction décroissante du rapport des taux de rendement de l'investissement en capital humain respectivement dans le secteur rural (u) et le secteur urbain (i) ( diag le). L'écart de revenus sectoriels est un élément du différentiel des taux de rendements (diag la). - (ii) - Ce processus est d'autant plus aisé qu'il n'existe pas de barrières à l'entrée tant du point de vue du capital technique qu'humain. Du point de vue de l'investissement en capital humain, les barrières à l'entrée sont très réduites : le phénomène de l'apprentissage est très développé. On peut montrer que l'ensemble de ces facteurs induit théoriquement une offre potentielle de type exponentiel. Supposons qu'au début d'une période t^ la population active N3 : du SIT se compose de : On admet qu'au début de t2 - la période s'écoulant entre le début de tl et le début de t2 correspondant à la durée moyenne de l'apprentissage, tous les apprentis ont acquis la connaissance technique du métier et changent de catégorie socioprofessionnelle (deviennent soit patrons, soit ouvriers). De même les ouvriers deviennent patrons ou restent ouvriers. Soit :
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    D'autre part enti il existe une relation entre les diverses catégories de main-d'œuvre. En supposant que cette relation soit constante dans le temps. Les relations (7) à (12) impliquent : - (i) qu'il n'y a pas de transfert enfre les catégories de patrons et celles des ouvriers. - (ii) que le système ne subit aucune perte. Cette seconde hypothèse revient à admettre que le flux migratoire résorbe les départs éventuels des différentes catégories. Ce n'est pas difficile à admettre (diag la).
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    Donc (16) peuts'écrire : Compte tenu des conditions de fonctionnement du SX, le capital fixe et la production potentielle croissent au même taux y. Par contre la croissance de la productivité effective dépend de l'évolution de la demande. Si celle-ci croît au même taux y, le produit moyen reste constant, ceteris paribus on peut montrer que la probabilité est assez faible. Ceci implique une analyse de la répartition des revenus dans l'économie urbaine. Dans chacun des secteurs précédemment définis la répartition de revenus s'effectue entre salaires (S) et profits (P).
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    Selon les estimationsde l'auteur : 20% de la valeur des ventes du SIT sont réalisés avec le secteur avancé. La demande finale s'adressant au secteur informel, pour l'habillement, est peu dépendante de l'activité économique moderne. Elle est avant tout liée au SX lui-même donc c’est assez faible. En supposant qu'une partie du revenu issu de la production est transformé vers le secteur rural et que le revenu disponible de 3 pour la consommation des biens de ce secteur est inférieur au revenu distribué, pour des raisons démographiques et économiques, on peut admettre que cette fraction transférée est croissante avec le revenus Y3 Il s'agit de comparer le taux de croissance de la demande (d) et le taux de croissance de la production (y) pour le secteur 3.
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    Dans ce contexteles relations intersectorielles de revenus et de la consommation vont jouer un rôle fondamental. Trois cas peuvent se présenter : Dans le cas général la croissance de la production et du revenu des secteurs 1 et 2 est plus rapide que celle du secteur 3. Mais étant donné la faible propension à consommer des biens du secteur 3 (c2 et C1), elle devrait être comprise entre 1 et 1,5 ; compte tenu de la valeur de le cas le plus probable est celui où Ainsi la divergence des taux de croissance de la production et des revenus intersectoriels conduit à penser que le taux de croissance de la demande des biens de secteur 3 est inférieur ou égal au taux de croissance de la production. Par conséquent le revenu moyen diminue ou reste constant (diag lb) La forte utilisation des inputs des autres secteurs par le S.L "traditionnel" est facteur d'augmentation de coût de production. Cela peut induire un déplacement de la courbe d'offre vers le haut et une diminution du revenu moyen. Exemple : En supposant une augmentation du coût de production, la courbe d'offre est Oz La production effective est 0P32e et le produit moyen est représenté par la pente Ox' (diag lb et la). Pour maintenir le revenu moyen à son niveau éventuel antérieur (sous réserve de l'évolution de la demande) Ox, il peut être nécessaire de réduire la marque k3. Mais le résultat est fonction de la valeur de l'élasticité-prix de la demande pour les biens de secteur 3. Cette modélisation permet de formuler les observations suivantes : la classification en trois catégories permet de montrer, qu'à côté du secteur moderne, il existe un secteur informel traditionnel, involutif où la production et l'accumulation évoluent lentement et un secteur intermédiaire, de transition, marqué par une dynamique évolutive, vers lequel les interventions de pouvoirs publics doivent être prise en compte. S'il existe un secteur moderne ou de transition pour lequel on peut concevoir une action sur la formation du capital technique et humain et/ou sur la demande, il existe aussi un secteur traditionnel où il faut mettre l'accent sur le secteur rural de façon à accroître son revenu donc limiter l'offre du S.L "traditionnel". L'intérêts du modèle est qu'il permet d'accorder une attention particulière au secteur rural.
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    L'appréhension de ladynamique du S.I relève une dualité : Un premier groupe d'activités est caractérisé par un processus de développement de type évolutif. "L'accumulation de capital et les revenus moyens évoluent sensiblement" 75 . L'importance de leur niveau d'équipement et la compétence de leur main-d'œuvre, etc., les rapprochent du secteur moderne. Ces activités sont moins importantes, c'est le cas dans la menuiserie, la ferronnerie, la réparation de véhicules, la pêche. Toutefois, ces entreprises rencontrent des difficultés liées aux problèmes de productivité de capital et du travail, laquelle ne va pas toujours de pair avec la croissance de l'accumulation du capital. Les entreprises n'arrivent pas à se transformer parce que les bénéfices dégagés ne sont pas utilisés pour l'expansion de l'entreprise. Ils sont plutôt redistribués au sein de la famille. Le second groupe d'activités répond à un processus de développement du type involutif. "Accumulation et revenus moyens progressent faiblement ou stagnent"76 . Ces activités sont les plus répandues et répondent à la satisfaction des besoins assez peu liés au développement. C'est le cas de l'habillement, du petit commerce. Ces activités connaissent une faible productivité. L'existence d'un secteur involutif et d'un secteur évolutif permet d'expliquer le processus incessant de création et de disparition des entreprises du S.L Pour mesurer le dynamisme du S.L, on peut se demander si les entreprises qui se créent présentent de meilleures performances que celles qui disparaissent. Si l'on répond positivement, cela signifie que le S.L connaît une dynamique interne, cela dépend des critères. Pour les auteurs de la thèse de transition, la dynamique du S.L est faible. Par conséquent il faudra une politique adaptée et une modification de leur environnement pour améliorer leur performance. CONCLUSION L'apparition du S.L est due à l'incapacité du secteur moderne à fournir du travail et un revenu à une population active en pleine explosion. Le S.L n'est pas une "réserve de main-d'œuvre" qui serait dotée d'une capacité illimitée d'absorber en permanence les travailleurs évincés du secteur moderne. Certaines activités de production et de services ne sont pas faciles d'accès car elles exigent un certain capital de départ, et un certain niveau de formation. Tandis que ceux qui manquent de ressources financières se rabattent sur les activités les moins rémunératrices (activités commerciales ambulantes...), "toutes choses étant égales par ailleurs", plus leur nombre s'accroît plus les revenus issus de ces activités diminuent. 75 LANCHAUD (J.-P) : ‘’Les activits informelles à Bangui : analyse et stratégie de développement’’, C.E.A.E.N., Bordeaux I, 1982. 76 LACHAUD (J.-P) : Op.cit.
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    De nos jours,le S.L diffère du secteur traditionnel à deux égards : l'ampleur du phénomène de la croissance de la main-d'œuvre et le fait que celle-ci se produit dans une période où les perspectives d'emploi dans le secteur moderne s'amenuisent. La thèse de transition suppose que les activités sont hétérogènes ; elles présentent des traits caractéristiques mixtes qui relèvent, à la fois, de la tradition et de la modernité. Compte tenu de leur potentialité, elles peuvent être intégrées à la politique de développement économique et social, si des mesures appropriées sont prises. C'est pourquoi nous pouvons retenir comme fondement théorique la thèse de la transition. A propos de sa définition, nous retiendrons que le S.Iest constitué de l'ensemble des activités exercées dans les unités de production non enregistrées ou bien des unités enregistrées présentant des caractéristiques similaires (niveau d'organisation, échelle de l'opération et niveau de la technologie) aux unités non enregistrées de la branche d'activité correspondante77 . En somme, nous pouvons affirmer qu'il n'est pas facile de trouver une définition universelle du S.L. Ces unités, ayant un faible niveau d'organisation, opèrent à petite échelle et de manière spécifique, avec ou peu de division entre le travail et le capital en tant que facteurs de production. Ainsi au niveau opérationnel, peuvent être incluses toutes les entreprises informelles de personnes travaillant pour leur propre compte, les entreprises d'employeurs informels définies en fonction de la taille de l'entreprise ou du non enregistrement de l'entreprise ou de ses salariés. 77 BIT : Report to Fourteenth International Conference of Labour Statisticians, Geneve 1987.
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    CHAPITRE II :RÔLE DU S.L EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE78 (ASS) INTRODUCTION Le second chapitre analysera un point fondamental de notre recherche sur le S.L, à savoir le rôle que jouent ces activités "spontanées" dans les économies d'ASS. "Le S.L témoigne du dualisme des mécanismes en marche vers la mise en œuvre d'une forme de société technicienne dans les structures sociales radicalement différentes de celles qui existaient au départ de l'évolution des pays aujourd'hui développés" 79. L'expansion du S.L soulève des questions relatives à ses différents apports dans le développement socio-économique. La croissance des années 60 s'est progressivement ralentie, essoufflée lors de la crise des années 70. Devant l'impuissance du secteur moderne (frappé par différents déséquilibres économiques), on découvre que le S.L, par son ampleur, est en mesure de contribuer au développement. Au vu de ces considérations, il nous semble nécessaire de mettre l'accent sur les différents apports de sa participation au développement. L'articulation du chapitre sera la suivante : la première section tentera de situer le contexte économique de l'ASS sous la période des ajustements structurels. Ensuite, nous analyserons dans la section II les différents apports du S.L dans ces économies. Plusieurs niveaux seront examinés : l'emploi, les revenus, l'accumulation du capital, la contribution des facteurs de production à la création de la valeur ajoutée, ainsi que la question relative à la technologie. 78 L’ASS comprend 45 pays : Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda, Angola, Bostwana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Swaziland, Tanzani, Zambi, Zimbabwé, Rthiopie, Somalie, Soudan, Burkina Faso, Capt.-Vert, Gambie, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tschad, Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles, Cameroun, Congo, Gabon, Guinnée Equatoriale, Centrafrique, Zaïre, Benin, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinee, Guinee Bissau, Libéria, Sao Tomé-Principe, Sierra Léone, Togo, Nigeria. 79 FENOUIL (M.) : 'Le développement spontané, réflexions sur le processus de transition", in Le développement spontané, Pedone, 1985.
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    SECTION I :LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE DE L'AFRIQUE SUBSAHARIENNE (ASS) Une profonde misère règne aujourd'hui en Afrique au sud du Sahara, elle revêt toute les formes : recul de la production, famine... Dans les années 70, l'ASS a mené un combat pour le développement ; dans les années 80, elle lutte pour sa survie. Par sa dimension et son urgence, la crise actuelle appelle des interrogations sur le sort des millions d'habitants. En effet, les difficultés d'une politique de développement exclusivement orientée vers une croissance du type quantitatif, montrent que l'accroissement de la production, lorsqu'il avait lieu, s'accompagnait d'une montée de la pauvreté et de l'inégalité dans la distribution des revenus. Ces difficultés se sont aggravées dans la dernière décennie, dans un contexte de stagnation provoquée par les politiques d'ajustement structurel successives ; plus encore, pour les pays de la zone Franc80 , la dévaluation du Franc CFA, montrent que ces pays d'ASS sont "à bout de souffle". 1.1 - LA CROISSANCE DU PNB DURANT LES TROIS DERNIÈRES DÉCENNIES Les indicateurs classiques de ces économies traduisent un recul par rapport aux décennies précédentes (1960-1970). La relative prospérité des lendemains des indépendances fait place à une période de récession dans la plupart des pays. Bien que les disparités en terme de richesse restent fortes, d'un point de vue global, les pays d'ASS demeurent extrêmement pauvres. En 1989, le PNB moyen par habitant en ASS était de 490 dollars contre 2 180 en Amérique Latine (voir tableau ci-dessous). 80 Les 15 pays de la zone Franc sont : pour l'TJMAD ; la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, pour la BEAC ; le Gabon, le Congo, le Cameroun, la RCA, la Guinée equatoriale et le Tchad, les deux derniers pays étant les Comores et la France.
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    On constate unfort ralentissement de la croissance du PIB sur la dernière décennie en comparaison avec la croissance des années 60 et 70. De 4,2% de 1960-1970, elle tombe à
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    2,1% dans ladécennie 1980-199081 . Si l'on tient compte du fort taux d'accroissement de la population, on peut voir que globalement le PNB par habitant a régressé durant la dernière décennie. 81 NATIONS UNIES : ‘’Rapport sur le développement humain’’, Washington, 1994
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    1.2 - CROISSANCESECTORIELLE ET STRUCTURE DE LA PRODUCTION Croissance de la production (tableau n°4) TAUX ANNUEL MOYEN DE CROISSANCE DE : Agriculture Industrie Services 1965-1980 1980-1990 * = 1980-87 1965-1980 1980-1990 * = 1980-87 1965-1980 1980-1990 * = 1980-87 Angola - - - _ _ Bénin - 3,6 - 4,6 _ 1,8 Botswana 9,7 -4,0 24,0 13,0 11,5 11,9 Burkina Faso - 3,3 - 4,4 4,9 Burundi 6,7 3,1 17,4 4,5 1,4 5,4 Cameroun 4,2 1,6 7,8 3,1 4,8 2,1 Cap-Vert - - - _ _ Comores - - _ _ _ Congo 3,1 3,6 9,9 4,9 4,7 2,3 Côte-dTvoire 3,3 1,0 10,4 0,3 8,6 0,1 Djibouti - - - _ Ethiopie 1,2 -0,1 3,5 2,9 5,2 3,7 Gabon - - _ _ . Gambie 2,7 7,1* 1,0 5,8* 4,3 3,7* Ghana 1,6 1,0 1,4 3,3 1,1 5,7 Guinée - - _ _ _ _ Guinée-Bissau - 5,7* - 3,6* _ 1,0* Guinée Équatoriale - - - - Kenya 5,0 3,3 9,7 3,9 6,6 4,9 Lesotho - -0,7 - 2,9 _ 5,6 Liberia 5,5 - 10,0 _ 2,4 Madagascar - 2,4 - 1,2 _ 0,3 Malawi 4,1 2,0 6,4 3,0 6,7 3,5 Mali 2,8 2,3 1,8 6,8 7,6 5,6 Maurice - 2,6 - 9,2 _ 5,1 Mauritanie -2,0 0,7 2,2 4,9 6,5 0,8 Mozambique - 1,3 - -4,1 - -3,2 Niger -3,4 1,8 11,4 -3,3 3,4 -6,5 Nigeria 1,7 3,3 13,1 -1,2 7,6 2,7 Ouganda 1,2 2,5 -4,3 5,5 1,1 3,3 République 2,1 2,7 5,3 3,0 2,0 0,0 Centrafric. _ -1,5 _ 1,2 3,9 Rwanda _ -7,3* 1,8* 4,1 Sao Tomé e Principe 1,4 3,1 4,6 3,5 1,4 2,9 Sénégal - -2,9* _ 1,5* 2,6* Seychelles 3,9 2,6 -0,8 -1,5 4,3 1,40,9 Sierra Leone _ 3,3 1,0 Somalie 2,9 _ 3,1 4,9 4,0* Soudan 5,8 3,9* 3,3 1,9* 8,0 1,3 Swaziland 1,6 4,1 4,2 0,0 6,7 8,6 Tanzanie -0,3 2,7 -0,6 7,9 0,2 -0,2 Tchad 1,9 5,4 6,8 0,3 4,8 1,6 Togo . 2,5 _ 2,3 0,2 Zaïre 2,2 3,7 2,1 0,7 1,5 3,4 Zambie . 2,4 _ 2,4 Zimbabwe Total Afrique subsaharienne 2,0 2,1 7,5 2,0 4,5 2,5 Amérique Latine et Caraïbes Pays de l'OCDE (à revenu élevé) 3,1 1,9 1,7 6,7 2,8 1,2 6,8 4,5 1,7 Source : "Rapport sur le développement dans le monde", Banque Mondiale, 1992. Industrie : comprend l'industrie minière. Services : toutes les activités non comprises dans les deux premières catégories. Compte tenu des arrondis, la somme des termes d'une ligne peut différer de 100.
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    Les indicateurs82 montrent quela croissance du secteur agricole a été en général faible. A noter qu'il s'agit là du secteur le plus important de ces économies d'ASS, de par la proportion de la population active qu'il occupe. La contribution de l'agriculture au PIB demeure forte en moyenne, même si elle marque un recul certain depuis la période des indépendances, de 40% à 32% du PIB A noter qu'en moyenne l'agriculture a connu une légère croissance dans la décennie 80 (au taux annuel moyen de croissance de 2%) ; la production agricole n'a pas régressé, toutefois elle a progressé moins vite que celle des deux autres secteurs. La part des services dans le PIB a peu évolué : elle est de l'ordre de 38%, niveau relativement élevé compte tenu du niveau de production des deux autres secteurs. Le taux annuel moyen de croissance est de 4,5% durant la période 1965-1980, puis tombe à 2,5% durant la décennie 1980-90. L'industrie, quant à elle, a sensiblement progressé depuis les indépendances. De 20% en 1965, elle est passée à 30% du PIB en 1980. Son taux annuel moyen de croissance est de l'ordre de 7,5% de 1965 à 1980, et de 2% de 1980 à 1990. Cependant, ce résultat acquis sur la période 1960-1980, a vu une quasi-stagnation durant la dernière décennie. L'expansion du secteur industriel africain (gros consommateur de devises) s'est considérablement ralentie. L'industrie en ASS demeure embryonnaire et sporadique. Plus significative est l'absence de tissu industriel. Dans tous les pays apparaissent les mêmes secteurs : produits alimentaires, boissons, textiles. Dans les dernières années, l'environnement économique général s'est dégradé, entraînant, d'une part, une chute de la demande intérieure, et d'autre part, des difficultés d'approvisionnement dues au tarissement des ressources en devises. La dimension d'un marché intérieur dépend de la demande, et est donc indirectement liée au volume du PIB. Le montant de celui-ci étant faible dans les pays d'ASS, ces derniers constituent des marchés fréquemment insuffisants pour rentabiliser une industrie. Ajoutés à cela, des mesures administratives, officielles ou officieuses (péages illicites) et le mauvais état des infrastructures, contribuent encore à la segmentation des marchés intérieurs. La perméabilité des frontières étatiques rend problématique toute politique protectionniste qui cherche à isoler le marché intérieur. 1.3 - LA CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE Les 45 pays d'ASS représentaient en 1985, 380 millions d'habitants dont 30% d'urbains. Parallèlement à la crise de croissance économique, on assiste à une forte poussée de la croissance démographique. C'est en ASS que l'on observe aujourd'hui les plus fortstaux d'accroissement démographiques(3,4% en 1994), alors que dans toutes les autres régions du monde le taux d'accroissement diminue, ce n'est pas encore le cas pour F ASS (voir graphique n°l, page suivante). Le niveau de fécondité est resté élevé et ne présente guère de tendance à la baisse. Les incertitudes sont grandes concernant l'évolution des migrations internationales, mais tout laisse penser que celles-ci resteront importantes. 82 NATIONS UNIES : ‘’Rapport sur le développement humain’’, Washington, 1994
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    1950-55 1955-60 1960-651965-70 1970-75 1975-80 1980-85 1985-90 1990-95 95-2000 2000-05 2005-10 2010-15 2015-20 2020-25 Graphique n°2 Evolution du taux d'accroissement de la population pour quelques grandes régions du monde Taux D’accroissement
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    Plus spectaculaire encoreest la croissance de l'urbanisation : en trente ans le taux d'urbanisation a triplé, passant de 10% à 30% en 199183 . Longtemps continent 83 HUGON (Ph.), COUSSY (J.), SUDRIE (O.) : "Urbanisation et dépendance alimentaire en Afrique Subsaherienne ", SEDES, Paris, 1991.
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    essentiellement rural, l'Afrique,depuis quelques années, connaît à cet égard une véritable explosion urbaine. L'ASS reste une région relativement peu urbanisée, elle connaît cependant une croissance urbaine extrêmement rapide. Ce phénomène pose des problèmes aigus en matière d'infrastractures, d'emplois, de logements, d'hygiène dans les villes. L'accroissement de la mobilité des hommes est l'un des phénomènes sociaux majeurs qui explique la prolifération des activités informelles. A la "dé-ruralisation" il faut ajouter les mouvements migratoires entre les pays voisins, mais aussi avec les pays développés. 1.4 - LA DÉGRADATION DU NIVEAU DE VIE Les conséquences de l'accroissement démographique se font sentir à plusieurs niveaux socioculturels (santé, l'éducation...) ; l'accroissement démographique appelle une expansion des équipements sanitaires et scolaires à laquelle les budgets nationaux, trop sollicités, ne sont pas en mesure de répondre. Les deux phénomènes énumérés ci-dessus (forte croissance démographique, explosion urbaine ) entraînent du point de vue économique et social, une augmentation constante du nombre d'enfants et du nombre de personnes à charge et par conséquent, une forte demande alimentaire. "Le phénomène de la perte de l'auto suffisance alimentaire se retrouve avec acuité particulière en ASS. Le taux d'autosuffisance alimentaire de 108% en 1970, était tombé à 99% en 1985.84 L'explosion urbaine en ASS s'accompagne des déficits alimentaires. La Banque Mondiale a constaté que dans 50 et 75% des cas les populations d'Afrique subsistent à un "niveau de pauvreté absolue", défini comme la situation dans laquelle les gens sont trop pauvres pour avoir un régime alimentaire comportant une "quantité de calories adéquate". La F.A.O. estime que 34 pays africains sont en danger d'insuffisance alimentaire (c'est-à-dire où le rythme de la croissance de la population dépassera vraisemblablement celui de la production alimentaire). Des pays sont contraints d'importer des vivres pour satisfaire les besoins alimentaires, réduisant ainsi les rares ressources de devises pouvant être affectées aux investissements. L'accroissement démographique, quand il atteint l'ampleur que connaît F ASS, pose de redoutables problèmes tels que l'insuffisance des infrastructures (scolaires, médicales, de logement...), accroissement de la production alimentaire dont nous avons souligné les insuffisances en ASS. Le problème aigu des sans-emplois rend le taux de dépendance économique extrêmement élevé. Cette situation a été l'un des facteurs déterminant de l'urbanisation rapide que connaît le continent. Elle se présente donc globalement avec une population essentiellement jeune, pauvre et mal répartie. Une population jeune n'est pas un mal en soi : 84 HUGON (Ph.), COUSSY (J.), SUDRIE (O.) : Op cit.page 62.
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    elle constitue eneffet, à moyen tenue, un atout considérable à condition d'être en bonne santé et bien formée. Nous avons déjà évoqué la misère généralisée et le faible niveau de revenu par habitant en ASS : une situation qui ne manque pas d'avoir des répercussions considérables sur la santé de ce continent. Les conséquences de la misère se manifestent par la sous-alimentation, un taux élevé de mortalité infantile et maternelle, de très nombreux cas d'anémies et des épidémies de maladies courantes. On observe, affirme la Banque Mondiale, une augmentation du nombre d'enfants sauvés et une diminution des taux de mortalité, en ce qui concerne les femmes particulièrement, dans les pays qui enregistrent une nette croissance des revenus par habitant. Cette constatation souligne l'importance des dépenses publiques dans le domaine de la santé. Or celles-ci sont encore insuffisantes et inefficaces. Avec 10% de la population mondiale, l'ASS dépense 12 milliards de $ en matière de santé, soit 1% des dépenses mondiales totales. Son budget de la santé représente 4,5% du PIB, soit une dépense de 24 $ seulement par habitant. Le bilan net s'est traduit par l'abaissement du niveau de vie (devenu largement inférieur à ce qu'il était avant l'indépendance) et une augmentation du nombre de gens vivant dans une misère. Entre 1980 et 1990, la population de l'Afrique au Sud du Sahara a augmenté de 3,1%, pour une progression de 2,1% seulement du PIB. Rappelons-le, le revenu annuel par habitant était de 350 $ au cours de la même période, et semblerait avoir encore diminué en 1992 et 1993. Une personne en mauvaise santé et sans formation adéquate ne peut œuvrer pour la transformation socio-économique. Une charge démographique trop lourde par rapport à des ressources financières limitées, empêche actuellement l'ASS d'assurer une qualité de vie décente à la grande majorité de sa population. Des facteurs tels que les sécheresses et les troubles civils, la dette et le faible prix des denrées de base expliquent en parie le drame économique de l'Afrique. Le problème réside davantage dans l'écart entre le taux de croissance démographique et celui de la production alimentaire, comme en témoignent le déficit alimentaire et la famine. On se retrouve en présence de l'explication malthusienne qui oppose la prolifération des espèces et l'avarice de la nature. La production alimentaire par habitant est actuellement évaluée à un niveau inférieur de 20% à celui enregistré au cours des années 60. Si la situation ne s'améliore pas d'ici à 2020 "plus d'un quart de l'ensemble des habitants de l'ASS connaîtront encore l'insécurité alimentaire" affirme un document de la Banque Mondiale (1993).
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    1.5 - L'AJUSTEMENTSTRUCTUREL Le début des années 80 est une page sombre de l'histoire économique mondiale ; en effet, la montée vertigineuse des prix de pétrole, des taux d'intérêts inégalés jusqu'ici, et l'effondrement des cours de matières premières, ont frappé de plein fouet les économies des PVD, plus gravement celles des pays d'ASS qui se sont révélées les plus vulnérables. Cette hostilité du climat économique a entraîné de graves difficultés pour les États d'ASS : déséquilibres budgétaires, endettement, etc. La dette (de 77 milliards de $ en 1982, elle passe à 164 milliards de $ en 1990) saigne et stérilise leurs économies. En 1990, la dette extérieure représente 109% du PNB pour l'ASS. La faiblesse administrative et institutionnelle de ces États à gérer la crise entraîne la mise en œuvre des politiques d'ajustement structurel par les organismes internationaux. Le déclin de l'économie des matières premières (coton, café, etc.) qui n'a pas été compensé par d'autres dynamismes ; entraîne une distribution de revenus déconnectées de la sphère de production, ce qui a pour coséquence la croissance de la consommation de façon relativement indépendante de l'évolution des ressources. Les conséquences sont : le ralentissement de la croissance de l'agriculture, les blocages de l'industrie et un endettement croissant. "La stagnation et la régression économique ont été avant tout dues à l'adoption de politiques macro-économiques et sectorielles mal aisées, fondées sur un modèle de développement qui donnait à l'État un rôle prépondérant dans la production et dans la réglementation de l'activité économique" 85 . Selon l'analyse de la BIRD l'inefficacité du secteur public et des politiques inadaptées ont pour conséquence une mauvaise allocation de ressources et, en particulier, un biais en défaveur de l'agriculture et des exportations non traditionnelles ; une surprotection de la production intérieure dans de nombreux secteurs qui rend celle-ci non compétitive à l'exportation ; une faible efficacité de l'investissement et une épargne publique et privée insuffisantes. L'argument avancé est que le déficit extérieur provient d'un excédent de la demande finale par rapport au PIB, excédent qui s'est creusé depuis 1978, du fait que la consommation finale ne s'est pas ajustée à la rupture de tendance de la croissance du PIB consécutive à la sécheresse et à la détérioration des termes de l'échange. Le déficit des finances publiques s'est trouvé renforcé par les gestions défectueuses du secteur parapublic et des filières agricoles. Il faut ajouter à cette politique budgétaire une politique de crédit expansionniste pas seulement due aux demandes de crédits de l'État. Face à la dégradation sévère des finances publiques et des finances extérieures, les pays ont été contraints de signer des accords avec le F.M.I. et la BIRD. 85 BOURGUIGNON (F.),.MORRISON (C.) : "Ajustement et équité dans les PVD", OCDE, Paris, 1992.
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    A - Lecontenu des PAS Le principal objectif du F.M.I. et de la BIRD, lorsqu'ils fixent les conditions dont sont assortis les accords, est la réduction à court tenue des déséquilibres de la balance de paiement et du besoin de financement extérieur de ces États. Les PAS présentent plusieurs aspects diversifiés dans le but d'accroître l'efficacité de l'économie. Les mesures visent à rétablir la vérité des prix dans l'agriculture, à supprimer les monopoles parapublics. La libéralisation des échanges extérieurs constitue le deuxième volet. Il convient d'énumérer l'éventail des mesures prises dans le cadre des PAS, celles-ci s'orientent dans diverses directions parmi lesquelles on peut retenir86 : Pour la BIRD : - réduction des déséquilibres macro-économiques à court terme (restriction de la demande et réduction des déficits publics) sur ce point la banque adopte le programme du F.M.I. ; - soutien à la croissance ; - réduction des distorsions des prix, pour les prix agricoles mener des études sur le système de prix, aides, subventions et taxes afin de l'améliorer. De nombreux spécialistes du développement considèrent que les politiques d'ajustement structurel sont favorables au SX, point de vue qu'il est utile de confronter à la réalité de l'ASS. Elles peuvent avoir à la fois des effets positifs et négatifs sur la production, l'emploi et les revenus. La question de l'ajustement structurel est depuis le début de l'actuel décennie au coeur des débats sur le développement des économies. "Aucun pays au monde ne peut vivre de manière durable au-dessus de ses moyens. Les pays d’ASS ont aggravé leur situation en retardant les corrections économiques nécessaires par le retournement extérieur"87 . 86 Pour le FMI : - le relèvement des prix des produits de base (sucre, riz, farine, etc.) ; - le relèvement des taux et taxes indirects, l'abaissement du prix d'achat des produits exportables au producteur et le relèvement du prix des engrais ; - l'amélioration des filières agricoles et la diminution de leur coût ; - la réduction des dépenses de l'administration (blocage des salaires, réduction des dépenses de fonctionnement et d'équipement) ; - la diminution des effectifs de la fonction publique ; - la réduction des arriérés de paiement de l'Etal, la limitation de la croissance de la masse monétaire et du crédit. 87 RAMAHATRA (0.) :"Madagascar, une économie en phase d'ajustement", Editions L'Harmattan, Paris, 1989.
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    Le secteur informel,durant cette période, est contraint d'absorber plus de main-d'œuvre que par le passé : partage des emplois, offre de toutes sortes de biens et de services, développement de la pluriactivité, etc. La restructuration du secteur public a engendré une mobilité de l'emploi salarial vers l'emploi à propre compte88. Les politiques d'ajustement structurel touchent directement le secteur public et le secteur moderne privé89 ; concernant le SX, on peut se poser la question suivante : Quelles sont donc les répercussions directes et indirectes des PAS sur les activités informelles ? En l'absence de données pouvant permettre une analyse fiable, seules des hypothèses peuvent être avancées. B - Les répercussions indirectes La baisse de l'activité constatée dans le secteur moderne entraîne-t-elle une baisse de l'activité dans le S.I ? La diminution du pouvoir d'achat : la baisse de la demande globale et par conséquent la baisse du pouvoir d'achat affectent-elles le SX de la même manière ? Personne ne connaît véritablement la réponse tant la demande qui s'adresse au S.I. et les revenus dégagés par ce secteur sont difficilement mesurables. Les chiffres montrent une baisse de la croissance du revenu en ASS. Lorsque l'on sait que la population connaît un fort taux de croissance, il devient presque indiscutable d'affirmer que les revenus ont diminué. - la baisse des salaires réels dans les PAS s'observe en général vers le milieu des années 70, avec une accentuation dans les dernières décennies. Pour l'ensemble de l'ASS, le salaire minimum tombait de l'indice 100 en 1974-75 à 72 en 1979-80, soit 28%90. Sur la décennie 80, le salaire minimum réel a baissé dans tous les pays où l'on dispose d'information, à l'exception du Burkina Faso. Cette baisse brutale du salaire minimum réel a eu pour effet la compression de l'écart entre les revenus urbains et ruraux que l'on peut mesurer par exemple à l'aide du rapport entre le salaire minimum et la valeur ajoutée par actif agricole, voir Annexe 5. 88 LACHAUD (J.-P.) : "Le secteur informel urbain et le marché du travail en Afrique au sud du Sahara", Séminaire "Informai sector revisited", OCDE, Paris, 1988. 89 BOURGUIGNON (F.), MORISSON (C.) : "Ajustement et équité dans les PVD: une approche nouvelle", OCDE, Paris, 1992. 90 SALOME (B.), SCHWARZ (A.) et TURNHAM (D.) : "Les nouvelles approches du secteur informel", Coll. Séminaires du Centre de développement, OCDE, Paris, 1990.
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    -uneredistributionenchute:Lesdépensespubliquesjouentunrôlemajeurdans l'activité économique etla chute de ces dépenses entraîne inéluctablement une diminution de la demande. Comment se manifeste cette diminution ? On peut examiner la chute des dépenses à plusieurs niveaux. Cette chute de la demande touche également le S.I. d'une manière indirecte. Les entreprises informelles étaient sollicitées par les entreprises modernes pour des opérations de sous-traitance. La baisse de l'activité dans le secteur moderne peut ralentir cette coopération. Les quelques entreprises du S.I. qui travaillent avec les administrations connaissent les mêmes problèmes d'impayés que dans le secteur moderne. La crise financière que traversent ces États atteint donc le S.I., non pas dans sa totalité, mais dans la partie la plus moderne de celui-ci (les entreprises capables de proposerdesproduitsdequalitésimilaire auxproduitsfabriquésparlesecteurmoderne). Ce sont alors les entreprises les plus concernées par le processus de transition qui sont atteintes, mais beaucoup moins durement que dans le secteur moderne (sauf lorsque l'activité dépend uniquement de la sous-traitance). LadévaluationduFrancCFA: Le sommet de Dakar, 10 et 11 janvier 1994, a aboutit à la dévaluation de 50% du Franc CFA qui ne vaut plus maintenant que 1 centime du Franc français. Depuis cette date les États de la zone Franc91 doivent remplir les conditions imposées par le F.M.I. et la BIRD pour espérer voir le portefeuille de la France régler leurs fins de mois difficiles. A priori les effets redistribuais de cette dévaluation pénalisent les consommateurs des produits importés, malheureusement l'indice des produits alimentaires - le panier de la ménagère africaine -s'est envolé. Contrairement aux attentes des experts, le marché ne joue pas encore en tout cas, son rôle de régulation. C-Lesrepercussionsdirectes Nousconstatonsquelaproliférationdes activités informelles,lors decettepériode d'ajustement structurel est le plus souvent du type involutif. L'argument avancé doit être nuancéselonlespays, carsi certainspaysontprisconsciencedudevenirduS.I.,d'autres comme la Centrafrique sont encore à l'entrée du tunnel. Là où l'agriculture reste traditionnelle, où l'industrie reste embryonnaire, en un mot là où le processus de transitionéconomiquen'apasétéamorcé"lelaisserfaire"doitêtrenuancé.Pourlespays africains contraints de s'ajuster sous la tutelle des organismes internationaux, l'avenir paraît sombre..., tout cela implique toujours plus d'ajustement pendant une période dont 91 Les 15 pays de la zone Franc sont : pour l'UMAD ; la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, pour la BEAC ; le Gabon, le Congo, le Cameroun, la RCA, la Guinée equatoriale et le Tchad, les deux derniers pays étant les Comores et la France.
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    onnevoitpasletenue,desnouvellesdétériorationsdesconditionsdeviepourunepartie de la population,une dégradation des services de base (éducation, santé) et si les taux d'investissement restent aussi bas qu'actuellement pendant une longue période, une dégradation du capital (capital productif, infrastructure)"92 . La multiplication des activités informelles permet d'assurer la survie. La gravité de la situation varie selon les pays.«Même si enthéoriel'économiedans sonensembledoitenprofiter,ilest clairqu'il conviendrait alors de prendre un certain nombre de mesures conservatoires pour éviter que la dimension sociale de l’ajustement ne devienne un problème insoluble susceptible de remettre en question les aspects positifs"93 . Les petites entreprisesréussissentmieuxlàoù il existeuntissuviablepourentraînerleur croissance. Il n'est pas étonnant de voir que ce ne sont pas des activités informelles du type évolutive qui prolifèrent en ville, mais plutôt celles à caractère involutif. "Les mesures d'ajustement structurel ont ralenti la croissance du S.M. (industriel et commercial) alors que dans les villes les producteurs de biens et services du S.I. "moderne" ont fait preuve d'une capacité d'adaptation, tandis que le S.I. "traditionnel" abordait bon nombre de travailleurs qui n'avaient pas trouvé à se placer ailleurs" 94 . La baisse des revenus qu'ont entraînés les mesures d'austérité a poussé les gens à la débrouillardise, à des activités de survie. Dans tous les ménages, les enfants se livrent à la vente de certains produits pour essayer d'arrondir les revenus familiaux. Que peut-on dire de la vente des produits pharmaceutiques à tous les coins décrue par des enfants, de la - prostitution des jeunes garçons et filles ? On note un développement des activités aux marges de la légalité comme le confirme les travaux du CERDI au Niger : "L'ajustement a surtout bénéficié au circuit informel parallèle et on note une forte informalisation de l'économie" 95 . Cet argument confirme bien l'hypothèse que nous avons énoncée ci-dessus. Le dynamisme du S.I. est un phénomène qui est indissociable du développement global du pays considéré, a fortiori lorsque les politiques économiques de ces pays d'Afrique au sud du Sahara sont régies par les contraintes d'ajustement structurel prescrites par les organismes internationaux. Tout plan d'ajustement structurel est destiné à rétablir les grands équilibres macroéconomiques. Son action sur l'offre vise essentiellement à restaurer la vérité des prix (suppression des subventions, réajustement des taux de change...). L'activité économique 92 DUREFLE : "L'ajustement structurel en Afrique", OCDE, Paris, 1992. 93 CHARMES (J.) : "Quelle politique face au secteur informel", Service de la coopération, Notes et Études n°23, Paris, 1989. 94 LUBELL (H.) et ZAROUR (C.) : "Le secteur non-structuré de Dakar résiste à la crise", RIT, volume 129, n°3,1990. 95 HUGON (Ph.) : "L'impact des politiques d'ajustement sur les circuits financiers", Revue Tiers Monde, T.31, n°122, avril 1990.
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    dans son ensembleest donc touchée. Selon BANDT (J.)96 "Les programmes d'ajustement sont essentiellement conçus sur la base de mécanismes d'ajustement macro-économique, mais ignorent et donc, n'intègrent pas les exigences, conditions et capacité d'adaptation des entreprises". Un certain nombre d'entreprises modernes subissant le renchérissement des importations peuvent s'arrêter de produire ou décider de "s'informaliser", compensant ainsi le surcroît de leurs inputs par l'arrêt du paiement des taxes et impôts divers relatifs à l'activité. Une enquête97 dans le cas de la Côte d'Ivoire permet de mettre en évidence l'impact des PAS sur les ménages appartenant au S.I.. Présentation de l'enquête A partir de l'activité principale du chef de ménage et de la taille de l'entreprise dans laquelle il travaille, a été constitué un groupe de ménages du S.I. non agricole. En fon: partie : - les chefs de ménages dans le domaine artisanal, commercial ou certaines autres activités (choisis dans une liste de 72 patrons), et ; - leschefsdeménagesdansuneentrepriseoùtravaillentmoinsdecinqpersonnes : - sont inclus également dans cette catégorie, les chefs de ménages qui n'ont pas déclaré d'occupation. Les autres catégories de ménages par secteur ont été établies exclusivement sur la base de l'activité déclarée. - 96 BANDT (J.) : "Les problèmes et perspectives de développement industriel en Afrique. Réflexion sut modèle industriel", C.C.C.E., Notes et études n°20,1989. 97 HARTMUT SCHNEIDER et collaborateurs : "Ajustement et équité en Côte d'Ivoire", OCDE, Par 1992.
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    La répartition desménages urbains selon leur niveau économique et l'occupation du chef (tableau n°5) Niveau économique et financier Abidjan Autres Villes N % N % Pauvres - Fonctionnaires et assimilés98 - Secteur privé informel - Secteur informel - Autres 99 Total 2 24 85 2 113 1,8 21,2 75,2 1,8 100 14 19 132 1 166 8,4 11,5 79,5 0,6 100 Moyens - Fonctionnaires et assimilés - Secteur privé informel - Secteur informel Total 17 32 38 87 19,5 36,8 43,7 100 14 15 14 81 17 18,5 17 100 Riches - Fonctionnaires et assimilés - Secteur privé informel - Secteur informel Total 18 72 44 134 13,4 53,7 32,9 100 29 33 33 95 30,6 34,7 34,7 100 Répartition générale - Fonctionnaires et assimilés - Secteur privé informel - Secteur informel Total général 37 128 167 332 11,1 38,6 50,3 100 57 67 217 341 16,7 19,7 63,6 100 Source : HARMUT SCHNEIDER t collaborateurs, 1992. ressort du tableau une grande diversité du SX: Parmi les ménages pauvres,ceux qui dépendent duS.I. sont les plus nombreux entermes absolus et relatifs (entre 75% et 80%, bien au-delà de leur part dans l'échantillon qui est de 50 à 64% respectivement. En revanche, parmi les "riches" ce sont les ménages du secteur privé formel qui sont les plus nombreux et sur-représentés. Mais la place des "riches" parmi les ménages du S.I. à Abidjan est loin d'eue négligeable (33%). A noter que parmi les "moyens" dans les "autres villes" on trouve trois catégories de ménages (selon leur appartenance sectorielle) à peu près dans des proportions qui correspondent à leur part dans l'échantillon. L'inégalité est donc plus forte à Abidjan que dans les villes les plus petites. 98 Comprend les militaires et employés des sociétés d'Etat. 99 Comprend les ménages exclus de l'analyse par la suite, à cause de l'absence de leurs membres pendant plus de trois mois.
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    En essayant detracer l’impact de certaines mesures d’ajustement sur les catégories ménages identifiées dans le tableau, l’enquête permet d’examiner les dépenses moyennes des biens dont les prix à la consommation ont été augmentés dans le cadre du programme d’ajustement : pain, riz, cigarettes, essence. Il ressort de l’analyse pour le pain et le riz, que le ménage urbain moyen dans toutes les catégories consomme les deux produits à la fois, dans des propositions qui varient. En regroupant les catégories selon leur niveau d’activités économiques (voir tableaux dessus), les tendances nettes appariassent. A Abidjan, la part des dépenses du pain s’accroît en passant des ‘’pauvres’’ aux riches, tandis qu’une tendance inverse peut être observée pour le riz, dans les autres villes la tendance est moins nette pour le pain si l’on considère les dépenses en pourcentage des dépenses monétaires totales. Mais, sauf pour les ‘’riches’’ d’Abidjan, le pain n’atteint pas l’importancedu riz. Ce derniers se montre donc lourd dans les ‘’autres villes’’ ou la part des dépenses consacrée au riz s’élève environ au double (et parfois plus) de celle d’Abidjan à tous les niveaux économiques.
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    — Page 73— Pauvres Moyens Riches Abidjan Pain 2,6 2,8 4,2 (4,7) * (5,2) * (7,8) * Riz 7,1 5,3 3,4 (12,8) * (10,7) * (6,8) * École 9 6,7 11,4 Électricité 15,1 8,8 11 Eau 6,1 5,4 3,3 Cigarettes -1 -1 -1 Essence -1 -1 -1 Autres villes Pain 2,1 2,6 2,4 (3,6) * (5,2) * (6)* Riz 14,1 9,6 7,4 (24,4) * (18,7) * (16,8) * École 6,2 5,7 6,9 Électricité 9,9 7,5 5,8 Eau 8 5,7 2,7 Cigarettes 1 1 1 Essence -1 -1 -1 Par équivalent nombre en % des dépenses monétaires totales 1 : ces pourcentages s'élèvent à moins 0,05. * : Les chiffres entre parenthèses sont en pourcentage des dépenses monétaires alimentaires. Source : HARTMUT, SCHNEIDER et collaborateurs, 1992. Dépenses pour certains postes affectés par des mesures d'ajustement (tableau n°6) En comparant riches et pauvres, les dépenses totales alimentaires varient moins entre riches et pauvres que les pourcentages dépensés pour le riz. Par conséquent les pauvres sont plus affectés que les riches en tenues absolus. Un exemple schématique proche des proportions prévalent dans les "autres villes" : on constate qu'en dépensant 90 000 FCFA pour les aliments (30% de son revenu total) dont 1/6 pour le riz, soit 15 000 FCFA, un riche dépense moins que le pauvre pour lequel les montants correspondants sont 80 000 (50% de son revenu) et 20 000 soit un quart des dépenses alimentaires pour le riz. En revanche, en appliquant le même schéma aux dépenses de pain, le riche dépense environ le double (54 000 FCFA) du pauvre (2 600 FCFA).
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    Pauvres Moyens Riches Abidjan Pain2,6 2,8 4,2 (4,7) * (5,2) * (7,8) * Riz 7,1 5,3 3,4 (12,8) * (10,7) * (6,8) * Ecole 9 6,7 11,4 Électricité 15,1 8,8 11 Eau 6,1 5,4 3,3 Cigarettes -1 -1 -1 Essence -1 -1 -1 Autres villes Pain 2,1 2,6 2,4 (3,6) * (5,2) * (6)* Riz 14,1 9,6 7,4 (24,4) * (18,7) * (16,8) * École 6,2 5,7 6,9 Électricité 9,9 7,5 5,8 Eau 8 5,7 2,7 Cigarettes 1 1 1 Essence -1 -1 -1 Par équivalent nombre en % des dépenses monétaires totales Dépenses pour certains postes affectés par des mesures d'ajustement (tableau n°6) 1 : ces pourcentages s’élèvent à moins 0,05. * :Leschiffresentreparenthèsessontenpourcentagedesdépensesmonétairesalimentaires Source : HARMUT, SCHNEIDER et collaborateurs, 1992. Encomparantrichesetpauvres, lesdépensestotales alimentaires varientmoinsentre richesetpauvresquelespourcentagesdépenséspourleriz.Parconséquentlespauvressont plus affectés que les riches en termes absolus. •A Un exemple schématique proche des proportions prévalent dans les "autres villes" : onconstatequ'endépensant90000FCFApourlesaliments(30%deson revenutotal)dont 1/6 pour le riz, soit 15 000 FCFA, un riche dépense moins que le pauvre pour lequel les montants correspondants sont 80 000 (50% de son revenu) et 20 000 soit un quart des dépenses alimentaires pour le riz. En revanche, en appliquant le même schéma aux dépenses de pain, le riche dépense environ le double (54 000 FCFA) du pauvre (2 600 FCFA).
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    Abidjan Autres villes HF H F Pauvres 56 90 36* 56 Moyens 42 72 38 * 47 Riches 25 29 32 54 Pourcentage des hommes et des femmes dans le secteur informel selon le niveau économique (tableau n°7) * : Non compris des agriculteurs qui comptent 43 % et 28% respectivement de "pauvres" et de "moyens". Source : HARTMUT, SCHNEIDER et collaborateurs, 1992. L'explication est simple : le prix officiel du riz à la consommation a été augmenté trois fois pendant la période 1981-1984, soit une augmentation cumulée d'environ 60%. Il est donc évident que quasiment tous les consommateurs ont été affectés par ces augmentationsdesprix,toutefoiscesontlespluspauvresparmilesurbainsquiontétéles plus touchés : - concernant l'ajustement fiscal qui a touché les cigarettes et l'essence : la proportion de ces dépenses dans les dépenses monétaires totales est très faible. Pour- les cigarettes, il s'agit la plupart du temps des pourcentages inférieurs à 0,05. Pour l'essence le pourcentage est de l'ordre de 0,1 ; - les augmentations de tarifs pour l'électricité (+ 7,5%) et pour l'eau (+ 14%) ont eu lieu. L'enquête montre qu'au niveau des ménages urbains l'impact direct des mesures est beaucoup plus fort. La part de ces dépenses ensemble dépasse celle des dépensesd'éducation,lepoidsrelatifestplusélevépourlespauvresquepourles"riches" ; - pour l'électricité les dépenses relatives sont en moyenne plus élevées à Abidjan que dans les "autres villes"qui sont moins équipées. Pour l'eau l'inverse est vrai (sauf pour les "riches"). La plupart des ménages urbains appartiennent au S.I. et cette proportion dépasse les 75% quand on se limite à la catégorie des pauvres. La littérature sur le S.I. affirme souvent la prépondérance des femmes. Cette affirmation est confirmée par les données de l'enquête mais elle révèle un élément nouveau pour Abidjan. Plus on va vers les ménages "riches" plus la part des hommes augmente. Cela signifie que les occupations les plus rémunératrices dans le S.I. sont en pratique plus difficilement accessibles aux femmes,quecesoitpourdesraisonsdeformation,dedisponibilitésoudesimplepouvoir d'appropriation.Lesfemmessetrouventsouventauniveauleplusbasdel'échelleetdans des situations potentiellement vulnérables (voir tableau ci-après).
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    En somme lesmesures des PAS tendent à accroître la pauvreté absolue100 . L’enquêtealeméritedemontrerquelaréductiondesdépensespubliques,notammentde l’investissement, a reduit la demande globale, toutes choses étant égales par ailleurs, entrainantunebaisselademandedesbiensetservices fourniparleS.I.cetteréductionde la demande une baisse de revenu dans le S.I., baisse qui s’ajoute à celle causée par les mesures ayant comme effet une réduction des revenus réels et donc de la demande de consommation. Le S.I. durant cette période de récession jour un rôle régulateur de la crise, mais subit également les effets de la détérioration de son environnement101 . Les ménages à faibles revenus constituent la principale clientèle du secteur informel en termes quantitatifs, il nous est impossible de vérifier en termes monétaires. Cette faiblesse de revenus entraîne souvent des ventes à pertes ; la concurrence entre les entreprises du S.I. étant forte. SECTION II : LA CONTRIBUTION DU S.I. AU DEVELOPPEMENT DE L’ASS L’aggravation du chômage pendant la période des ajustements structurels dans les pays d’Afrique au Sud du Sahara constitue, à l’heure actuelle, un problème socio-économique majeur. Il en résulte des difficultés, parmi lesquelles : l’abaissement des revenus et du niveau de vie, le freinage des efforts de développement et de lutte contre la pauvreté, par conséquent l’accentuation de l’instabilité économique. L’Etat n’est plus le principal acteur de la lutte contre le chômage, la pauvreté et le sous-développement, car il apparaît parfois, au contraire, comme la cause même de ces maux, en raison des distorsions que ses interventions introduisent dans le marché. Les activités informelles offrent aux hommes et aux femmes, dans les pays d’Afrique subsaharienne, la possibilité de satisfaire, à moindre coût, leur envie d’entreprendre. Les femmes, par exemple dans ce type d’activité ont une stimulation intéressante pour leur promotion sociale. Dans le S.I. l’habillement, les services d’activité. Cesecteur contribuedonc, àsa manière, à la promotionde lafemme africaine et va dans le sens des aspirations contemporaines. Laproductiondesbiensetservicesetleurcirculationjusquedansleszoneslesplus défavorisées, permettent aux déshérités d’acquérir, à moindre coût, des produits de première nécessité et d’accéder ainsi à la satisfaction des besoins essentiels. La mise à la disposition 100 ADDISON (T.), DEMERY (L.) : ‘’The social dimension of structural adjustement in Sub Saharan Africa ‘’, 3 volumes, World Bank, Washington DC 1990 101 Hugon (Ph.) : ‘’ Ajustement struucturel, effets sociaux et regulation démo-économique’’, Paris X-Nanterre/CERED, Séminaire d’Université d’Eté du GDR, ‘’Emploi-Developpement’’, CERDI, 1994.
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    des individus demoyens de transport appropriés (taxi-brousse...) facilite les déplacementsdespopulations,ils'agitlàd'unecontributionessentiellecomptetenudela pénurie des infrastructures modernes. NousdévelopperonssuccessivementlacontributionauS.I.enmatièred'emploi,de distribution de revenus, de dégagement de valeur ajoutée, d'accumulation du capital et d'avancée technologique. L'analyse qui va suivre mérite que quelques précautions soient prises: les données dont nous disposons sont fragmentaires et ne correspondent qu'à une partie du S.I. (les résultats de F enquête auprès des petits établissements). Il convient de garder à l'esprit que ces données ne sont pas homogènes et les dates nécessaires aux approches comparatives ne sont pas identiques. IL1 - LE SECTEUR INFORMEL ET L'EMPLOI L'échec des modèles de développement en vigueur dans les pays d'Afrique au sud du Sahara, échec que nous avons tenté d'analyser, conduit les "déshérités" et les exclus dusystèmescolaire,àcréer leurpropre emploi (quand ils ont un minimumde capital)ou à prendreune activitédans leS.I.Cespaysconnaissent uneoffredetravail excédentaire, conséquence à la fois de l'explosion démographique, de l'urbanisation accélérée et des répercussions multiples du désengagement de l'État dans l'économie. L'O.I.T. estime en 1987 que, sur dix millions de chômeurs recensés en Afrique, 30% se trouvaient en zone urbaine et que 13 à 53% de sous-employés vivaient dans les villes. Comme le souligne HUGON102 , pour que cette main-d'œuvre excédentaire soit insérée dans le secteur moderne, il faudrait que les emplois salariés représentent la moitié de la population active, alors que dans beaucoup de pays d'Afrique subsaharienne, le pourcentage n'est que de l'ordre de 10 à 20%. Les investigations du BIT103 montrent que le S.I. représente de 20 à 60% des emploisdans les villes d'Afrique ausud du Sahara(20% à Lomé, 50% à Bamako,50% à Lagos).Dans la majorité des pays, on note que l'emploi dans le S.I. croît quand l'emploi informelbaisse.SelonlePNUD,l'emploidansleS.I.acruautauxde6,7%parandurant la décennie 1980-1990., soit une création annuelle de 1,2 millions d'emploi, contre 1 million pour le S.M.104 102 HUGON (Ph.) : Op cit page 62. 103 BIT, 1987. 104 PNUD : "Rapport mondial sur le développement humain", Economica, Paris, 1993.
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    Il convient denoter que l'utilisation du concept de l'emploi dans le S.I. reste floue et délicate. L'emploi constitue tout d'abord un phénomène économique qui se traduit par une contribution de l'individu à la production (au sens large, englobant les services et. le commerce). La contrepartie de cette contribution est le revenu qu'en tire l'individu. Enfin, celui-ci en retire une considération "sociale" qui lui permet de se voir reconnaître un certain rôle dans la société. L'activité étant reconnue comme constituant un emploi. Cette référenceaurevenu,doncausalariat,poseleproblèmede lacatégoriedesformesd'emploi quine donnent aucun revenu : cas des aides familiaux qui reçoivent des revenus en nature, ou des apprentis qui reçoivent une formation en contre partie du travail. Par conséquent, nous donnerons àla notion del'emploi une acceptationla plus largepossible,de manièreà rendre compte des différents aspects des activités informelles. PourCHARMES 105 ,etceciestcapital,entre40et60%desemploissupplémentaires offerts ces dernières années sur le marché du travail découlent directement de la demande du S.I. Les exemples abondent qui mettent en relief le rôle essentiel du S.I. en matière d'emploi dans les villes africaines. Estimation de l’emploi informel dans quelques villes d’ASS (Tableau n°8) Source : BIT, informal secteurin Africa, Addis Abeba, 1985. A-Larépartitionsectorielle Dans la plupart des études, la répartition des activités informelles par secteur montre une gamme d'activités hétérogènes, avec une prédominance du secteur du commerce. La prépondérance des activités commerciales résulte de l'existence de petites entreprises individuelles souvent temporaires ou intermittentes (vendeurs de beignets, de cigarettes, cireurs...) et de la prise en compte des activités localisées sur les marchés des villes. 105 CHARMES (J.) : Op cit page 69. Zones Pourcentage Burkina Faso (zones urbaines) 73 Congo (zones urbaines) 35 Niger (zones urbaines) 65 Sénégal (zones urbaines) 50 Abidjan 44 Lagos 50 Lomé 50 Banjul 42 Kumasi 62
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    Selon le BITles activités de production totalisent entre 1/10 et 1/4 des activités du secteur. Le secteur des services hors commerce représente en général moins de 10% des cas observés. LACHAUD souligne "qu'il est intéressant de remarquer que l’importance des activités de productionetdesservicesestliéeauniveaudedéveloppement"106 .L'auteuravancequel'explicationdu phénomène tient au fait qu'une gamme d'activités informelles doit son développement à celui de la société moderne. Le S.I. est donc le reflet d'une certaine transition (les activités informelles sont considérées comme un moyen desatisfaire des besoins nouveaux en empruntant des moyens à la foisà la société traditionnelle et à la société moderne). La faiblesse relative des activités de services, et dans unemoindre mesuredeproduction,signifiequelatransitionéconomiquen'estpasréellementamorcée. Répartition des activités informelles dans quelques villes d'Afrique subsaharienne (fréquence relative) (tableau n°9) : Secteur d’activités Abidjan107 Abengourou108 Yaoundé109 Lomé110 Bamako111 Production Services hors commerce Construction 9,8 7,4 - 15,5 14,4 0,5 13,6 6,7 - 11,7 7,6 1,1 23,7 8,4 1,1 Sous-total 17,2 30,1 20,3 20,4 33,4 Commerce 82,8 69,9 79,7 79,7 66,8 Source : BIT, 1987 B - La structure de l'emploi Une main-d'œuvre constituée essentiellement d'indépendants, d'apprentis et d'aides familiaux. Les statuts de la main-d'œuvre se différencient en : - patrons (travailleurs indépendants ou non) ; - travailleurs salariés (qualifiés ou non) ; - apprentis (rémunérés ou non) ; - aides familiaux 106 LACHAUD (J.-P.) : "Les activités informelles et l'emploi au Bénin : analyse et stratégie de développement", WEP.2.15AVP 39,1987. 107 Ministère du Plan de la Côte d'Ivoire, recensement général des activités en milieu urbain, 1977. 108 BELLOT (J. M.) et LACHAUD (J.-P), "Analyse des résultats du recensement des activités urbaines de la ville d'Abengourou (Côte d'Ivoire)", C.E.D., Bordeaux 1,1980. 109 DEMOL (E.), "Analyse des résultats du recensement du SNS de la ville de Yaoundé (Cameroun)", BIT, 1978. 110 DEMOL (E.), "Analyse des résultats du recensement du SNS de Lomé (Togo)", BIT, 1978. 111 JOURDAIN (R.), "Analyse des résultats du recensement du SNS de la ville de Bamako (Mali)", BIT, 1978.
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    L’analyse de lacomposition de la main-d’œuvre met en évidence la prépondérance de la main-d’œuvre non salarié (apprentis et aides familiaux). Les apprentis constituent la catégorie la plus nombreuse dans toutes les activités, sauf dans le commerce. D’une manière générale, la main-d’œuvre non salariée représente70 à 80% de l’emploi total (non compris les patrons).112 A noter que la différenciation des statuts est plus nette dans les secteurs de production et des services que dans le commerce. Selon le BIT113 (voir tableau n°10) la moitié des entreprises du S.I fonctionnent avec une seule personne, l’autre moitié s’assurant la collaboration d’un effectif réduit, généralement moins de 10 personnes. 75% des unités employant de la main-d’œuvre comptent moins de 5 personnes. La moyenne générale du personnel employé se situe autour de 2,4 personnes (avec écart type = 2,9). Répartition des unités économiques par secteur et catégorie d’activités et par taille (fréquence relative) (tableau n°10) : Secteur et catégorie d’activités Effectif en plus du patron (en %) 0 1 2 3 4 5 à 9 10 ou plus Total Production Bois Métal Services Réparation véhicules 4 tpurd Réparations 2 roues Autres services * 30,1 16,2 7,4 33,6 38,8 22,3 16,2 15,7 25,9 22,4 15,8 17,7 13,3 17,1 15,2 14,3 13,9 7,9 4,2 9,8 8 8,9 12,2 6,1 10,1 8,4 15,9 33,3 3,1 3,8 1,2 3,5 10,3 0 0 100 100 100 100 100 Source : BIT, 1987 *On notera que sous cette rubrique sont groupées les réparations concernant la petit mécanique, l’électricité, m’horlogerie, les lampes, les machines à écrire et à coudre. Bien que les entreprises du S.I. recouvrent différemment à la main-d’œuvre, nous pouvons retenir que le travail à son propre compte demeure la règle 112 LACHAUD (J.-P) : ‘’Le S.I. Urbain et le marché du travail en A.S. Séminaire : The informel 113 BIT : ‘’Résultats du recensement du SNS dans les villes de Bamako, Nouakchott, Lomé, Yaoundé’’, in Petits producteurs urbains d’Afrique francophone, Genève, 1987.
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    C-LeS.I. etlapluri-activité Les enquêtesauprès des entreprises ne permettent pas de saisir la pluri-activité. Il s'agit d'une limitation essentielle à l'analyse de l'activité. "Qu'il s'agisse des fonctionnaires arrondissant leurs fins de mois (ce qui peut être une question en période d'ajustement structurel) en faisant le taxi le soir (éventuellementavecunevoituredeservice),enrevendantdesfournituresdétournées...;ouencoredes travailleurs de l'industrie tenant une boutique le soir, ou retournant sur l'exploitation paysanne familiale enfin de semaine" 114 . La pluri-activité est un phénomène qui s'est développée fortement ces dernières années sous l'effet de la crise, de l'ajustement structurel et de la baisse des revenus. Notons que la pluri-activité n'est pas que le fait du secteur informel ; elle prend en effet des aspectsmultiplesetcomplexes,notammentaveclesactivitésnonagricolesqu'exercentlesagriculteurs, les activités non structurées des salariés du secteur moderne, ou encore les activités informelles entreprises par les "patrons" fonctionnaires, etc. La pluri-activité est une expression des stratégies d'adaptation à la crise de la part des ménages. DansuneétudesurleSi.auBurkinaFaso,CHARMESmontrel'importanceduphénomène115 :le recensementde la population (1985) révèle des effectifs travaillant àtitre principal et à titre secondaire dans les diverses branches d'activités ; les observations suivantes ont été mis en exergue : - 25% des actifs recensés exercent une activité secondaire, celle-ci bouleverse complètement la structure de la population active par branche d'activité. La prise en compte des activités secondaires modifie de façon significative la structure de l'emploi informel puisque, par exemple, la branche textile habillement-cuir vient à atteindre le niveau du commerce. Le tableau n°l 1 (voirpage suivante)précise les caractéristiques essentielles de l'emploiinformel au Burkina Faso en 1985. Il se définit comme l'ensemble des activités non agricoles, non enregistrées dans le recensement des activités industrielles et commerciales (hors administration), et présente les caractéristiques suivantes. 114 LAUTIER (B.) : "L'économie informelle dans le tiers monde", La Découverte, Paris, 1994. 115 CHARMES (J.) : "Pluri-activités des salariés et pluri-activités des agriculteurs : deux exemples de mesure et d'estimation, Itché et Burkina Faso", 1985.
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    Branche Activités àtitre principal Activités àtitre secondaire Ensembledes activités informelles Urbain RuralHommes Femmes % % % % % % % Industries 57 316 12,4 406 604 87,6 463 920 52,3 24 742 5,3 439 178 94,7 88 094 19,0 375 826 81,0 Bâtiment 7 773 47,4 8 629 52,6 16 402 1, 8 6 388 38,9 10 014 61,1 16 402 100, 0 - Commerc e 107 496 31,5 233 871 68,5 341 367 38,5 60 897 17,8 280 470 82,2 111 596 32,7 229 771 67,3 Services 49 218 75,1 16 357 24,9 65 575 7, 4 39 503 60,2 26 072 39,8 57 901 88,3 7 674 11,7 Ensemble 221 803 25,0 665 461 75,0 887 264 100, 0 131 530 14,8 755 734 85,2 273 993 30,9 613 271 69,1 Source ; CHARMES (J.) (1989). Principales caractéristiques de remploi informel au Burkina Faso en 1985 (tableau n° 11)
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    Le tableau concerne,dans sa double composante principale et secondaire, 887 264 personnes, soit 22% de la population active totale et 17,6% des positions dénombrées ; - il est constitué pour les 3/4 d'activités exercées à titre secondaire, essentiellement par les agriculteurs en milieu rural (on notera en outre que 8,3% des actifs exercent une activité secondaire dans l'agriculture) ; - l'emploi informel urbain ne représente que 14,8% de l'ensemble de l'emploi informel. Il s'agit essentiellement d'emplois dans le commerce (46,3%) et dans les services (30%) ; - les femmes occupent plus de 2/3 (69,1%) des emplois informels ; - les activités manufacturières, qui procurent plus de la moitié des emplois informels (52,3%), sont exercées à titre secondaire en milieu rural pour 94,7%, et par des femmes à 81% ; - le commerce ne représente que 38,5% de l'emploi informel : il est exercé à 68,5% à titre secondaire, et à 67,3% par les femmes. L'aspect rural, qui ressort du tableau, cache sans doute des phénomènes migratoires temporaires, non saisis par le recensement de la population ; - enfin, les activités de services ne comptent que pour 7,4% dans l'emploi informel : elles sont surtout exercées à titre principal (75,1%), en milieu urbain et par des hommes 88,3%. L'inclusion des activités secondaires est ainsi très différente de celle que donnent les études classiques. En particulier, une telle inclusion donne une place prépondérante à l'activité fémininedontonsaitqu'elleesttraditionnellementmalsaisieparlesstatistiquesdelapopulation active, et aux activités rurales non agricoles, dont le rôle est essentiel pour la définition de politiquesdedéveloppementsoucieusesdemodérerl'exoderuraletderevaloriserlesproduitsde l'agriculture. Cette étude a le mérite de mettre en lumière le phénomène de la pluri-activité en ASS, phénomène très répandu et souvent négligé par les statistiques, et suscite une recherche des concepts et méthodes pour mieux dégager les caractéristiques du S.I. D-Laproliférationdesactivitésinformelles La récession des années 80 et la phase d'ajustement structurel qui s'en est suivie ont contribué à la prolifération des activités du S.I. Selon certaines estimations116 , l'emploi dans le Si. en Afrique subsaharienne a progressé de 6,7% pour la période 1980-1985, alors que durant cettemêmepériodelesecteurmodernen'aabsorbéque6%desnouveauxvenussurlemarchédu travail,contre75%pourleS.I.Ilestclairquel'emploidanslesecteurmodernen'apasconnuune expansion suffisante pour absorber l'excédent de la main-d'œuvre urbaine dans les pays 116 OIT.PECTA : "Rapport sur l'emploi en Afrique en 1988", Addis Abeba, O.I.T., 1989.
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    d'Afrique au suddu Sahara. H est donc normal d'en conclure que c'est le SI. qui absorbe l'essentiel de la main-d'œuvre. "L'expansion du S.I. ainsi que la contraction des salaires réels dans ce secteur constituent les principaux moyens qui ont permis au marché du travail de s'adapter à la crise qui frappe ces pays depuis 1980" 117 Selon le BIT, la production du S.I. progressait de 10% à Kumasi durant les années 80, de 25%àFreetown,de5%àBamako,14%àNouakchottetde10%àYaoundé.EnTanzanie,leS.I. progresse de 7,8% durant les années 80. Au Soudan, la part de la population active employée dans le S.I. passe d'un quart au début des années 70 à environ la moitié durant les années 80. D'une manière générale, la restructuration du secteur moderne présente deux avantages pour le S.I. : - tout d'abord, celle-ci donne du travail aux unités informelles ; - ensuite elle permet à ces unités de bénéficier des progrès techniques du secteur moderne. A noter toutefois que le degré de flexibilité et de la diversification des économies existant avant l'ajustement déterminent l'ampleur des répercussions. L'impact des PAS sur le S.I. est variable selon les pays. Au Sénégal par exemple : le nombre d'emplois dans le S.I. augmente en milieu urbain en partie en raison de la réduction d'emplois disponibles dans le secteur moderne, et en raison de la croissance continue de la population active urbaine. De plus, la fermeture de quelques usines (par exemple l'usine de chaussures BATA) a créé un créneau dans le marché pour la production de biens de consommation du S.I. Au Nigeria, la sévère pénurie de devises et les dévaluations successives du Naira pendant la période d'ajustement structurel ont limité l'accès du secteur moderne aux matières premières importées et par conséquent réduit sa production. Le résultat est une forte croissance de la production dans le S.I., comme le témoigne la production artisanale du savon. Les États sont confrontés à deux contraintes : les départs en retraite qui ne sont pas nombreuxpourpermettreuneéconomiebudgétaire, inversementle recrutementdes enseignants devient difficile. "Dans tous les pays d'Afrique au Sud du Sahara, les signes de ce déséquilibre 117 TROTIGNON (J.) : "Pourquoi les politiques d'ajustement ont-elles généralement mieux réussi en Asie du Sud-Est qu'en Afrique", Economie et statistique, n°264,1993-94.
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    sont évidents :blocage de recrutement dans la fonction publique, instauration de concours d'entrée dans les universités et dans la fonction publique..." 118 Par exemple dans le cas de la Côte d'Ivoire, HARMUT SCHNEIDER119 montre que la demande satisfaite d'emploi des candidats diplômés de l'enseignement technique ne cesse de baisser, de 22% en 1978, à 7% entre 1980-81. Au Mali, en 1986, seuls 746 diplômés ont pu trouvé un emploi sur un effectif de 5 800 personnes. Le fait le plus inquiétant est surtout le chômage des jeunes comme le montre LACHAUD120 dans le cas de ce pays. En 1978, 15,5% des hommes âgés de 15 à 19 ans étaient au chômage, cette proportion est poussée à 38,6% en 1986. Dans la tranche d'âge de 15-20 ans le taux de chômage a été multiplié par 10, alors que par rapport à 1978 les individus de 40-49 ans étaient les plus touchés par le chômage. L'enquêtemenéeau Sénégal concernantla réinsertionde lamain-d'œuvrelicenciéeà la suite de la restructuration ou liquidation met en évidence les faits suivants : - la réinsertion sur le marché du travail a été plus facile pour les cadres. 70% des cadres moyens et agents de maîtrise ont trouvé un emploi ; - le caractère précaire de la réinsertion des employés temporaires. 42,9% sont sans emploi, 22% de licenciés ont trouvé un emploi dans le S.I. ; - la restructuration du secteur public a engendré une mobilité de l'emploi salarial vers le mode d'emploi à son propre compte ; - concernantleniveaudeformationdecapitalhumaindesindividusayanttrouvéunemploi, l'enquête montre que ceux qui se sont dirigés vers le S.I. ont rarement dépassé le premier cycle secondaire, et près de la moitié d'entre eux ont acquis leur qualification dans le S.I.. Toutes les études mettent en relief le rôle essentiel que joue le S.I. dans l'absorption de la main-d'œuvre. L'une des raisons expliquant cette absorption est que l'entrée dans le S.I. ne se heurte pas à des restrictions, que ce soit sous forme réglementaire, de qualification, de capitaux ou d'expériencesantérieures. LesnouveauxarrivantsexclusparlesPASduS.M.public et privé trouvent en général un "créneau" dans le S.I., comme apprenti ou travailleurs indépendants. La production de 118 LACHAUD(J.-P.):"LesecteurinformelurbainetlemarchédetravailenAfriqueauSudduSahara", Centrede développement de l'OCDE, sept. 1988. 119 HARMUT, SCHNEIDER et ali : "Ajustement et équité en Côte-d'Ivoire", OCDE, Paris, 1992. 120 LACHAUD (J.-P.) : "Le secteur informel à Abengourou (Côte-d'Ivoire) : analyse et programme d'action ", Université de Bordeaux, 1981.
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    ce secteur contribueà satisfaire les besoins essentiels qui ne sont plus couverts par l'importation ou la production du S.M.. Une demande additionnelle s'adresse donc au S.I.. IT.2 - LE SECTEUR INFORMEL ET LADISTRIBUTION DE REVENUS Les migrants et les exclus du secteur moderne sont souvent attirés par le revenumoyen dans le S.L. La facilité d'entrée dans le secteur crée une situation de saturation qui pousse à la baisse les revenus.L'analysedesrevenusdansleS.L,toutcommelacomparaisondesrevenusduS.M.etduS.L sont rendues difficiles de par les diverses définitions, les différences de sources et des méthodes. Si l'évaluation du revenu du S.L s'avère difficile, on peut toutefois s'apercevoir, par contre, que les revenus forment une pyramide à trois niveaux : les entrepreneurs qui perçoivent des revenus les plus élevés, suivis des ouvriers, puis les apprentis formant la base de la "pyramide". *~ A - Le revenu des entrepreneurs "7/ apparaît que le revenu de l’entrepreneur du S.L. supporte la comparaison avec le salaire minimum" 121 . Ce revenu dépend du niveau de capital immobilisé et de la catégorie d'activité. Le tableau ci-dessous nous donne une estimation des revenus des entrepreneurs du S.L "moderne" en comparaison avec le SMIG(Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) dans quelques pays africains. En l'absence d'évaluation précise, on peut tenir compte des dépenses mensuelles de l'entrepreneurpoursafamille,afind'avoiruneidéedesrevenusquecederniertiredesonactivitéd'une part, mais il faudra considérer que le revenu du chef d'entreprise peut se composer du salaire, de profits et d'autres revenus provenant d'autres sources. 121 CHARMES(J.):"Unerevuecritiquedesconcepts,définitionsetrecherchessurleS.L", inNouvellesapproches du S.L, OCDE, Paris, 1990.
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    RevenusdesentrepreneursduS.Ldansquelquespaysafricains(enmultiple duSMIG) (tableaun°12) : SMIG : salaire minimum imposé garanti. Source : Tableau élaboré à partirdes sources suivantes :Niamey :OITPECTA, 1982. Bamako, Lomé, Nouakchott, Yaounde : MALDONADO, 1987. Bangui : LACHAUD, 1982. Autres villes : ILO JASPA, 1985. Dans la production et les services on peut établir une relation entre le capital investi et le revenu. A Yaoundé122 , un capital situé entre 25 000 FCFA et 100 000 FCFA permet une espérance de revenu de l'ordre de 9 000 FCFA par semaine ; 6 000 FCFA dans l'habillement. Lorsque le niveau du capital technique atteint 300 000 FCFA, on a un revenu moyen de 16 000 FCFA par semaine ; 75 000 FCFA par semaine dans l'habillement. Néanmoins, 8% des chefs d'entreprises dans la production et services et 16% dans l'habillement gagne moins du salaire minimum légal : "Les gens des villes que l'on qualifie de 'pauvres' ne le sont pas parce qu'ils sont des gagne-petit : certains d'entre eux gagnent plus que les hauts fonctionnaires et les salariés les mieux rémunérés" 123 . A noter toutefois que ces données datent de 1982, on peut estimer que les répercutions des PAS doivent entraîner des évaluations différentes. La réparation des véhicules est l'activité qui vient en première place avec une espérance de revenu moyenne, de l'ordre de 21 000 FCFA par semaine, suivent de près la menuiserie de bois avec 16 400 FCFA et le métal 16 000 FCFA par semaine. C'est d'ailleurs, en partie, ce qui explique que ces activités sont préférées à d'autres. 122 cf : "Le SNS moderne de Yaoundé", Erick DEMOL et G. NIHAN, R.I.T vol.121, n°l, janvier-février 1982. 123 Seth OPTJNI ASSIAMA : "Les riches des bidonvilles : pourquoi ce paradoxe", CIT., vol. 124, n°3, mai-juin 1985. Pays Villes Année Production Commerce Services Ensemble activités sédentaires Commerce non sédentaire Cameroun Yaounde 1978 5,5 5 5,3 2 Centrafrique Bangui 1982 4,3 1,3 2,7 1,7 Djibouti 1982 8,1 2 Ghana Kumasi 1976/77 6,5 Mali Bamako 1978 5,8 5,1 5,4 2 Niger Niamey 1982 8,8 6,2 8.7 7,7 4,2 Nigeria Lagos Kano 1978 1978 2,6 1,8 Togo Lomé 1977 3,6 2,9 3,2 2
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    Pour l'Afrique francophone124 ,l'évaluation de la distribution du revenu au sein de l'échantillon met en évidence les faits suivants : - le niveau de revenu dépend du niveau de capitalisation de l'unité économique, ce qui signifie que le revenu de l'entrepreneur augmente en valeur absolue à mesure que le capital s'accroît ; le phénomène étant observé dans toutes les villes étudiées ; - une forte concentration de revenus dans le groupe le plus "capitalisé" : le lOème décile retient, à lui seul, entre 17% à Yaoundé et 24% à Bamako du volume global des revenus alors que le 1er décile reçoit à peine 2,6% à Bamako et 5% à Yaoundé. Des écarts de revenus allant de 3,5 à 9 fois entre les moyennes correspondantes au 1er et dernier décile ; - d'autre part, l'enquête montre que la rémunération des patrons les plus nantis est relativement importante, en dehors de toute considération de rendement de capital investi, leur gain hebdomadaire oscille entre 70 et 290 dollars suivant les villes ; - une faible proportion des patrons ne parvient pas à s'assurer un revenu hebdomadaire égal au salaire minimum dans les pays concernés. 124 BIT :"Lespetitsproducteursurbainsd'Afriquefrancophone.Analyseetpolitiquesd'appui.Etudecomparative à Bamako, Lomé, Nouakchott et Yaoundé", Genève, 1987.
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    Villes et déciles Montant total% Moyenne Ecart-type Nombre de cas SMIG hebdomadair e Bamako 34 806 100,0 36,5 42,9 954 6,76 1er décile 902 2,6 9,3 8,5 97 2e à 5e décile 8 073 23,2 21,4 14,9 378 6e à 9e décile 17 545 50,4 45,9 38,8 383 10e décile 8 284 23,8 85,5 83,2 97 Lomé 52 268 100,0 32,9 32,3 1 587 10,28 1er décile 1 876 3,5 11,7 8,1 160 2e à 5e décile 15 980 30,6 25,2 26,4 633 6e à 9e décile 23 446 44,9 37,0 32,0 633 10e décile 10 964 21,0 68,5 38,2 160 Nouakchott 21 147 100,0 104,4 139,4 202 17,68 1er décile 638 3,0 32,3 11,8 20 2e à 5e décile 7 222 34,2 86,0 78,5 84 6e à 9e décile 8 267 39,1 101,5 95,0 81 10e décile 5 019 23,7 290,4 345,8 17 Yaoundé 82 139 100,0 68,9 65,9 1 193 12,94 1er décile 4 112 5,0 34,3 31,5 120 2e à 5e décile 17 799 21,7 37,6 26,3 473 6e r; 9e décile 46 396 56,5 96,7 78,8 480 lCê déçue 13 830 16,8 115,3 66,7 120 Source : BIT, 1987 Rémunération des patrons par décile d'actif immobilisé et par ville (montant en dollars/semaine)(tableau n°13) : L'examen des données par classes de capitalisation montre aussi que les petits patrons qui appartiennent aux déciles inférieurs (les moins capitalisés), ont un revenu inférieur au salaire minimum. Nous avons évoqué plus haut que les revenus des chefs d'entreprise peuvent aussi provenir des activitéssecondairesde cesderniers,cequiconfirmele développementde lapluri-activité desacteurs du Si-Comme le souligne certains spécialistes, l'analyse des revenus des chefs d'entreprise n'est pas chose facile, à cause des difficultés que présentent l'obtention et l'interprétation des données correspondantes.Toutefois,onpeutretenirquelesrevenusdesentrepreneursnesontpasnégligeables et sont largement comparables aux salaires pratiqués dans le secteur formel. A l'exception d'un faible pourcentagerelatifdespatrons12%àYaoundé,21%àBamako,29%àLomé,lerevenudespatronset du maître artisan est supérieur au salaire minimum.
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    Les revenus tiréspar les patrons de l'exercice de leur activité représentent un faible pouvoir d'achat si l'on considère les dépenses applicables à la cellule familiale élargie. B - Le revenu des salariés Le système de rémunération de la main-d'œuvre est d'une grande souplesse. Deux modalités de rémunération sont à retenir : la rémunération fixe ou variable. Les ouvriers non qualifiés n'atteignent généralement pas le seuil du salaire minimum. A Yaoundé, par exemple dans la menuiserie 18% des entreprises utilisent des ouvriers et 95% de cesderniersperçoiventunsalaire fixe.Dansle S.I.à Abidjan,la moitié desentreprisesutilisantles ouvriers, paient ceux-ci sur la base journalière, 38% d'entre elles rémunèrent les ouvriers mensuellement, la rémunération est irrégulière dans 7% des entreprises. On note une faible variation parcatégoried'activités.Danscertainesactivités,telleslesservicesderéparationdevéhicules,lebois, ce revenu peut atteindre, voir même dépasser, 7 500 FCFA par semaine. D'après les investigations du BIT (1987), 30% des salariés en moyenne sont rémunérés en dessous du salaire minimum de leur pays : 35% à Bamako, 18% et 23% respectivement à Yaoundé et à Nouakchott. La répartition moyenne des salaires des ouvriers par secteur d'activités ne présente pas de tendance significative. La valeur réelle des revenus des salariés ne leur permet pas de couvrir leur dépenses alimentaires. Salaires moyens versés par les entrepreneurs du secteur informel de quelques pays africains en proportion du SMIG (en multiples du SMIG - apprentis et aides familiaux exclus) (tableau n°14) : Source : BIT, 1987. Ville/pays Année Production Commerce Services Ensemble activités sédentaires Bamako 1978 1,8 1,2 1,5 Banjul/Gambie 1980 1,5 Dar Es Salam/Tanzanie 1982 0,9 Djibouti 1982 2,3 2,1 2,2 Lomé 1977 1,1 1 1,1 Niamey 1982 1,2 0,8 0,8 1 Nouakchott 1977 1,4 1,9 1,7 Tunisie 1981-82 1,2 (0,7) Yaoundé 1978 1,4 1,4 1,4
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    C - Rémunérationdes apprentis Nous pouvons observer deux types de rémunération : l'argent de poche et la rémunération en nature, puisque dans certains cas les apprentis vivent chez les maîtres artisans. Dans la plupart des cas, la rémunération en espèce est la première des modalités pratiquées. A Yaoundé la rémunération en nature est plus répandue 71 % des apprentis reçoivent une ration alimentaire de la part de leur patron. L'hébergement et le transport ne sont prise en charge que pour 13% d'entre eux. On observe une situation identique dans le S.I. de la réparation auto à Abidjan. 93% des apprentis reçoivent une rémunération en nature sous forme de nourriture, souvent, et parfois sous forme de frais de transport. Il convient de noter que dans certains cas les apprentis ne sont rémunérés qu'en nature. Concernant le montant de la rémunération en espèces, celui-ci est lié au nombre d'années de présence dans l'atelier, ainsi qu'à l'expérience et aux connaissances acquises. Dans un même atelier on peut remarquer une hiérarchie dans la rémunération des apprentis d'une part, et des disparités existent entre les différents types d'entreprises, selon que celles-ci sont mécanisées ou non. Dans le cas de la ville de Yaoundé, l'apprenti reçoit par semaine en moyenne 900 FCFA dans la production et les services, et 750 FCFA dans l'habillement. D'une manière générale, peu de différences existent entre les activités. Environ 2/3 des apprentis à Yaoundé reçoivent des rémunérations en espèces. Lafaiblesse des rémunérations, ajoutée au caractère particulier de l'apprentissage laisse ouvert le problème de l'exploitation de l'apprenti. Quelle que soit l'activité ou son niveau, la tendance est à la sous-rémunération des apprentis. Ce qui se justifie, dans la mesure où en contrepartie l'apprenti reçoit une formation. La main-d'œuvre apprentis est quasi-gratuite pour le patron, le coût de l'entretien de la majorité d'entre eux étant rapporté sur la famille essentiellement. La prise en charge de l'apprenti se fait au niveau familial comme le souligne la plupart des études. La réponse à la question de la rémunération des apprentis doit être nuancée, bien que certains auteurs comme MIRAS dénonce l'exploitation de ces derniers : "Ce ne sont plus les apprentis qui sont à la charge du patron, mois c'est ce dernier qui vit du travail des apprentis. Il s'agit d'une exploitation, puisque V apprenti produit plus de valeur que n'en nécessite son propre entretien"125 . 125 DE MIRAS (C.) : "Le secteur de subsistance dans les branches de production à Abidjan", Revue Tiers Monde, T.XXI, n°82, avril-juin 1980.
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    En conclusion onpeut dire que les revenus dans le S.I. se caractérisent par une grande hétérogénéité. Leur importance est fonction des catégories d'activités. Le niveau de revenu dépend aussi de la taille de l'entreprise. Les entreprises mieux équipées et qui ont des commandes régulières font des chiffres d'affaire considérables. Au sein des unités informelles possédant de la main-d'œuvre, la hiérarchie des revenus va par ordre décroissant de patron à l'apprenti, sans oublier l'ouvrier, lequel gagne un salaire plus ou moins proche du salaire minimum dans le secteur moderne. Les revenus peuvent être aussi d'appoint ou accessoires, c'est l'exemple des femmes qui s'adonnent à une activité qui leur procure un revenu modique, cherchant par ce moyen à avoir une certaine indépendance financière vis-à-vis de leur mari. Ce qui nous amène à penser que les revenus dans le S.I. doivent être analysés comme des composantes des revenus des ménages dont les sources sont multiples. Les revenus du S.I. font l'objet de redistribution au sein de la famille élargie ou de transfert vers les zones rurales. Ce qui explique les difficultés d'accumulation malgré l'existence d'un surplus et l'impossibilité pour les entreprises de se transformer en unités modernes. Lorsqu'on compare le revenu moyen du S.I. à celui des ouvriers du secteur moderne, on remarque que le revenu des travailleurs indépendants est plus élevé que celui des ouvriers du secteur structuré. Les perspectives d'avenir dans le S.I. ne sont pas illusoires car on constate une mobilité professionnelle dans le secteur ; cas d'avancement dans la profession (de salarié à travailleur indépendant) ; dans la qualification (d'apprenti à ouvrier) ou dans le passage d'une profession à une autre dans le même secteur (de domestique au conducteur de pousse-pousse ou encore de réparateur ambulant au propriétaire d'un atelier). II.3 - LE SECTEUR INFORMEL ET L'AUGMENTATION DE LA VALEUR AJOUTÉE Les études s'accordent à avancer qu'un faible niveau de capital permet de créer une entreprise dans le S.I. Il convient donc d'examiner les résultats de cet investissement dans la création de la valeur ajoutée. Pour appréhender la contribution des différents facteurs de production engagés dans le S.I. à la création de la valeur ajoutée, nous nous baserons sur les travaux du BIT126 . L'influence des différents facteurs est analysée au moyen d'une régression linéaire et permet de dégager trois formulations de la valeur ajoutée. Nous présenterons la méthode ainsi que les principaux résultats. 126 Enquête BIT, op. cit. page 88.
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    A- La méthode127 Laformule de base utilisée est une fonction de production du type Cobb Douglas : Log VA = Log A + λ Log K+ βLogL où "VA" représente la valeur ajoutée brute par an diminuée de la valeur locative des ateliers dont les artisans sont propriétaires ; "K", représente la valeur des outils et équipement ; "A", est le tenne constant ; "L", représente le nombre d'équivalents d'ouvriers, patrons inclus. D s'agit partout de logarithmes naturels. Trois formulations de la fonction de production ont été retenues : - la formulation (A) prend en compte le stock d'outils et d'équipements, et le nombre équivalent de travailleurs qualifiés ; - la formulation (B) donne une observation de la valeur ajoutée par rapport au nombre d'apprentis et aux autres travailleurs ; - la formulation (C) permet d'observer la valeur ajoutée par l'introduction d'une variable couvrant le reste du capital physique investi (les stocks et éventuellement les moyens de transport). L'analyse de régression a permis d'examiner l'influence des variables de la production. Les résultats ci-après ont été avancés ; toutefois avant de les énumérer il convient de noter que, compte tenu de la fragilité de certaines hypothèses, l'interprétation des résultats doit tenir compte de la valeur descriptive de l'approche utilisée. B - Les principaux résultats Les résultats obtenus à partir de l'enquête figurent dans le tableau n°15 (voir page suivante). 127 LACHAUD (J.-P.) : "Les activités informelles à Bangui : analyse et stratégie de développement", CE.A.N., Bordeaux I, 1982.
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    Coefficients de régression*de la valeur ajoutée annuelle selon les villes (Tableau n°15) Variables VILLES et Bamako Lomé Nouakchott Yaounde paramètres (A) (B) (C) (A) (B ) (C) (A) (B) (C) (A) (B) (C) Constante 5,40 A 5,77 A 5,44 A 4,91 A 5,09 A 4,88 A 6,35 A 6,45 A 6,32 A 6,13 A 6,59 A 6,00 A (0,17) (0,20) (0,17) (0,23) (0,25) (0,22) (0,34) (0,38) (0,35) (0,19) (0,25) (0,20) Equipement 0,29 A 0,31 A 0,29 A 0,35 A 0,38 A 0,32 A 0,28 A 0,32 A 0,29 A 0,23 A 0,24 A 0,21 A (0,04) (0,04) (0,04) (0,04) (0,04) (0,04) (0,07) (0,07) (0,07) (0,04) (0,04) (0,04) Autre capital 0,01 0,06 A 0,01 0,05 B (0,01) (0,02) (0,01) (0,02) Travail total 0,79 A 0,76 A 0,60 A 0,54 A 0,59 A 0,57 A 0,90 A 0,83 A (0,11) (0,11) (0,11) (0,10) (0,17) (0,17) (0,10) (0,11) Travail sans 0,64 A 0,64 A 0,48 A 0,62 A apprentis (0,10) (0,13) (0,14) (0,13) Apprentis 0,05 A 0,03 A 0,01 0,06 A (0,01) (0,01) (0,02) (0,01) R.2 ajusté 0,57 0,56 0,58 0,45 0,44 0,48 0,57 0,56 0,57 0,60 0,56 0,62 F 123,7 77,8 83,8 97,7 63,9 72,9 54,2 35 35,9 135,9 75,7 96,4 N 184 184 184 237 237 237 81 81 81 179 179 179 * : Les chiffres entre parenthèses représentent l'écart type des coefficients A coefficients significatif à 1 % B à 5% et C à 10% Source: BIT, 1987.
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    La formulation (A): les deux variables (stock d'outils et d'équipements, et nombre équivalent de travailleurs qualifiés) parviennent à expliquer 50% de la variation de la valeur ajoutée. Le rapport des coefficients indique que la production est avant tout fondée sur le facteur travail. A Bamako, 1% du travail supplémentaire se traduit par une augmentation de la VA de 0,79% ; alors que 1 % de l'équipement n'accroît la VA que de 0,29%. Dans les autres villes, les résultats sont du même ordre. La formulation (B) a permis d'observer le comportement de la valeur ajoutée par rapport au nombre d'apprentis et autres travailleurs : on note une faible contribution des apprentis lorsque le capitaletl'effectifdesautrestravailleursrestentconstant(1%d'apprentisenplus,nedonneque0,05% de la valeur ajoutée). Le coefficient du travail à Bamako est de l'ordre de 0,79% dans la formulation (A) et de 0,64% dans la formulation (B). La même situation se retrouve dans les autres villes : ce qui signifie que l'augmentation du nombre d'ouvriers sans apport correspondant d'apprentis est moins bénéfique pour la VA. La formulation (C) diffère de la formulation (A) par l'introduction d'une variable couvrant le reste du capital physique investi dans l'unité de production ( a savoir les stocks et éventuellement, les moyens de transports). A Bamako et à Nouakchott, la contribution de ces investissements à la création de la VA est pratiquement nulle, dans les deux autres villes(Lomé, Yaounde), elle est plus importante et significative. Toutes choses étant égales par ailleurs, une augmentation proportionnelle de la valeur des autres types d'investissements va de pair avec une faible variation proportionnelle de la valeur ajoutée, confirmant un rôle positif mais limité de cette variable. L'analyse de la régression considérant la formation et l'expérience professionnelle des artisans n'ont pas donné des résultats significatifs. Les résultats ci-dessus nous permettent de retenir les fais essentiels suivants : - l'étude de la fonction de production a permis de relever le rôle prépondérant du facteur travail ; - les diverses variantes ont montré que les apprentis ne peuvent être substitués aux ouvriers ; - l'actif "périphérique" n'a qu'un impact limité sur la production. CommentlesentrepreneursduS.I.combinent-ilslesfacteurscapitauxettravail?ÉricDEMOL et Georges NIHAN128 ont fait les constatations suivantes : - avec l'accroissement de l'actif immobilisé, on voit augmenter le nombre de travailleurs dans l'unité mais également le ratio capital par travailleur. En même temps, la7 proposition d'apprentis par rapport à la main-d'œuvre totale diminue, montrant qu'avec l'accroissement de l'équipement augmente le besoin de main-d'œuvre spécialisée, comme on pouvait s'y attendre. 128 DEMOL (E.) et NIHAN (G.) : op. cit. page 42.
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    La productivité ducapital qui va de pair avec l'augmentation de l'actif immobilisé résulte d'une productivité de travail plus élevée. De même les bénéfices montent avec l'accroissement des moyens investis dans la production. La baisse prononcée de la productivité du capital observée avec l'accroissement d'équipement quin'estaccompagnéequed'undoublementdelaproductivitédutravailposeunproblèmesérieuxqui devrait faire l'objet de recherche, prenant en considération notamment les différences technologiques. Ce phénomène s'explique en partie par le comportement des chefs d'entreprises. II.4 - LE SECTEUR INFORMEL ET L'ACCUMULATION DU CAPITAL L'accumulation dans le S.I. est un thème suscitant toujours de nombreuses controverses. La question est de savoir si l'accumulation du capital est possible et/ou réelle dans le S.I. Certains auteurs lient l'absence de l'accumulation dans le S.I. à l'absence de progrès dans ce secteur,enconsidérantcelui-cidanssaglobalité.Orleproblèmeestdesavoirsil'accumulationestune finalité pour les gens qui travaillent dans le S.I.. La réponse dépend de la nature des activités informelles considérées. Les revers de la solidarité comme le souligne MAHIEU129 fait que les individus qui avaient épargner pour se lancer dans les activités ont vu fondre ce capital à cause de l'obligation de cotiser pour les funérailles, les mariages, ou tout simplement d'entretenir des parents dans une situation de détresse. La solidarité familiale et les stratégies de survie déterminent le comportement de la majorité des artisans. Pour certains130 , l'accumulation est difficilement réalisable dans le S.I. en général, compte tenu ducaractèreatomique desactivitésinformelles.On trouve une positionplusnuancée chezHUGON131 : "L'existence d'un surplus positif n'induit pas pour autant uneaccumulation. Un des comportements observés consiste à diversifier les activités afin de minimiser les risques plus qu'à réaliser une accumulation intensive conduisant à transformer les techniques de production et les modes d'accumulation". Notons qu'une entreprise suit un développement évolutif lorsqu'elle accumule du capital de manière significative et augmente sonrevenumoyen;à l'inverse elle suitundéveloppementinvolutif lorsque son accumulation de capital est nulle et que son revenu moyen connaît une croissance faible. 129 MAHIEU (R.) : "Les fondements de la crise économique en Afrique", L'Harmattan, Paris, 1990. 130 METELLIN (P.) : "L'interprétation du milieu urbain en Afrique Noire", Thèse de 3e cycle, Bordeaux I, 1983. 131 HUGON (Ph.) : "Politique d'ajustement structurel et les micro-entreprises dans les PVD", Paris, C.C.C.E., sept 1988.
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    Il convient defaire une distinction entre les entreprises informelles capables d'accumuler du capital, c'est-à-dire celles qui suivent un développement évolutif et celles qui ne le peuvent pas, en obéissant à une logique de développement involutif. Les activités telles que la menuiserie, la ferronnerie, la chaudronnerie, la mécanique auto et la réparation des vélomoteurs et des appareils peuvent connaître un développement évolutif. Lesméthodesutiliséesdanslesenquêtesnepermettentpasdemettreenévidencelephénomène d'accumulation. Soulignons en quelques sortes le caractère atomique du S.I., en montrant que les entreprises informelles adoptent souvent une stratégie d'intégration verticale ou horizontale. On assiste à "un phénomène discontinu et discret" qui se caractérise par la multiplication des petites unités de production, qui sont en fait que des parties d'une même et unique entreprise.132 Une étude du BIT133 montre que même des entrepreneurs disposant de peu de capital ont en moyenne une capacité d'accumulation positive, ce qui illustre le fait que le secteur informel tend généralement à se développer de manière autonome. Toutefois, la productivité du capital diminue avec l'accroissement des immobilisations dans les proportions qui sont d'autant plus anormales que l'intensité capitalistique de l'entreprise augmente avec les immobilisations, tandis que la productivité du travail augment à peine. Il ressort donc des différents arguments avancés que les possibilités et les réalités d'accumulation de capital sont très diverses. Nous ne trancherons pas le débat pour la simple raison que les différentes prises de positions sont motivées par des définitions du S.I. En effet, lorsqu'on considèreleS.I.danssonensemble,ilestnormalquelesconclusionsaboutissentàlaconstatationd'un phénomène d'accumulation, faible. Par contre lorsqu'on prend sa partie "moderne" ou certaines catégoriesd'activitésdutypeévolutif,lephénomèned'accumulationpeutêtremisenévidence,touten restant partiel. A - Importance du capital fixe utilisé En général un faible pourcentage des entreprises du S.I. possède des machines à la création de leur activité. 73,3% des entreprises du S.I. ont débuté leur activité avec un capital de 100 000 FCFA soiten moyenne 33308FCFAà Yaoundé.Lesentreprisesquiont mobilisé uncapitalsupérieurà 100 000 FCFA ne représentent que 28,6%. Ces résultats confirment deux hypothèses, à savoir : - que le volume du capital technique fixe (outil, matériel, etc.) de départ est réduit ; 132 CHARMES (J.) : "Le débat actuel sur le ST Revue Tiers monde, tome XXVIII, n°23,1989. 133 DEMOL (E.) et NIHAN (G.) : op. cit. page 42.
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    - qu'une faibleproportion des entreprises mécanisées dans le S.I. avaient lors de leur création plus d'outillage et de matériel que les entreprises qui sont restées au stade artisanal de la production. L'équipementminimumvariesuivantlacatégoried'activité.Lapossessiond'unemachineestun facteur de différenciation des ateliers. La structure du capital fixe est donc marquée, dès lors, par l'acquisition d'une machine ; on peut distinguer les entreprises mécanisées et les entreprises non mécanisées. Lapossessiond'unemachinemodifie,quantàelle,lemoded'organisationetdefonctionnement des ateliers ; elle a des conséquences sur la structure de l'emploi. L'importancede la misedefondinitialpeutêtre unobstacle dansle démarrage del'activité. Les résultats des enquêtes du BIT montrent que la moyenne d'actif total au démarrage de l'activité représente, suivant les villes, l'équivalent de 11 à 30 mois de salaire minimum du secteur formel. Les enquêtes montrent ainsi que 50% des débutants disposaient d'au moins de 3,3 mois de salaire minimum à Bamako, 7 mois à Lomé et à Nouakchott, et 9,3 mois à Yaoundé. B – Le financement de l'investissement Lefinancementducapitalde départainsique desinvestissementsultérieursest essentiellement endogène. L'épargne personnelle du patron ou celle de sa famille élargie constitue les principales sources des investissements : 95% des entreprises à Bamako, 68% à Yaoundé. L'apport familial représente 10% à Nouakchott, 20% à Bamako et Lomé et 50% à Yaoundé. Au regard de ces exemples, on peut donc retenir que dans la plupart des cas la mise de fonds initiale provient des économies du patron et de celles de sa famille. Lefinancementducapitalestdonclimité,maisadapté.C'estavanttoutl'entrepreneurlui-même qui finance le démarrage de son unité. L'accumulation par l'entrepreneur de la somme à investir au démarrages'effectuesouventgrâceàl'emploisalariédanslesecteurmoderneouautravailsalariédans une unité informelle. Quant au capital circulant, il est presque exclusivement financé par l'entrepreneur. En cas de difficulté financière, la famille sera la première à être sollicitée, ensuite, viennent le recours aux amis et aux tontines. L'onpeutseposerlaquestion:lefinancementpresqueexclusivementpersonneldesentreprises informelles suffit-il aux besoins de celles-ci, ou est-il insuffisant ? L'analyse des structures de financement montre deux sortes de structures de financement en Afrique subsaharienne. Le système bancaire et le système informel d'épargne (tontine). Le système bancaire dans le pays est inadapté aux besoins des entreprises informelles. La tontine, système de collecte de l'épargne est présente quant à elle dans toute l'Afrique avec des différences selon les
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    régions.Certainesontunevocationfinancière,d’autresplutôtsociales134 .Ilexiste plusieursformesde tontines : Lavocation du "djanggi"135 est plutôt financière, celle du likelemba est plutôt sociale. Mais toutes les deux ont en commun d'être bien spécifiées à la fois dans l'espace et le temps. - Ils sont bien spécifiés dans l'espace en ce sens que le groupe est à chaque fois bien identifié. Quelle que soit la nature des liens qui réunissent ses membres, ceux-ci se connaissent et restent ensemble tant que l'argent circule entre eux. - Ils sont bien spécifiés dans le temps car la durée de la tontine est toujours limitée. Elle est connue au départ, et dépend à la fois du temps qui sépare deux tours et du nombre de tours, qui correspond lui-même au nombre des participants. Ces deux caractéristiques sont étroitement liées. Ce sont elles qui font l'originalité des tontines, définies, précisément comme des associations rotatives d'épargne et de crédits au sein desquelles l'argent des uns et des autres passe à tour de rôle entre les mains de chacun. L'évolutionde la tontine estliée à la monétisationde l'économie.Soncaractère social revêtune grande importance "la tontine ne se réduit pas à des aspects purement économiques, on échange de l'argent et du travail, des obligations d'amitié ; il est aussi de nature religieuse et mythologique", comme le souligne Henri TCHENTE136 . Lecontratsocialquilielesadhérentsàlatontineesttellementpuissantqu'ilsnes'engagentdans un cycle d'épargne-crédit qu'après s'être assuré de pouvoir cotiser à chaque tour de cycle. L'instabilité des revenus peut donc empêcher certains entrepreneurs de "faire tontine". Latontineresteuninstrumentdefinancementprivilégiéparlagrandemajoritédesentrepreneurs n'ayantpas accès au financement bancaire. Les tontines observées dans une quarantaine de pays d'Afrique sont des tontines mutuelles ou tournantes. On sait qu'elles sont très répandues parmi toutes les couches de la société ; dans certains pays elles drainent des capitaux importants. Ces tontines ne sont pas un phénomène nouveau, elles plongent leurs racines dans la tradition des peuples. Les appellations locales de ces tontines témoignent aujourd'hui encore de cette trace du passé ; les tontines africaines sont toutes fondées sur les mêmes principes, avec des variantes diverses. La diversité des tontines est bien mise en évidence par une multitude d'appellations locales. 134 LELART (M.) : "Les circuits parallèles de financement : état de la question", in L'entreprenariat en Afrique francophone, Edition AUPELF-UREF, Paris, 1990. 135 "Djanggi" : tontine chez les Barailéké (Cameroun). 136 TCHENTE (H.) : "La société des amis", Paris, C.C.C.E., 1990.
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    L'"esusu"137 : C'est letype le plus répandu dans le golfe du Bénin, on le rencontre spécialement au Nigeria et dans les pays voisins où il est pratiqué par les musulmans. Il est égalementconnu auLiberia et enGambie. Il se caractériseparunetrès grande souplessecaril peut se présenter sous de modalités très diverses. Il semble que les autres variétés observées tellesquele"warimoni"enCôted'Ivoire,le"nath"oule"teck"auSénégalsoienttrèsproches. Le "djanggi"138 : Très pratiqué par les Bamiléké du Cameroun depuis le début du siècle, il est à distinguerdesprécédents. Lescapitaux disponibles àchaquetournesont pastirés ausortou attribués par le président. Ils sont mis aux enchères et attribués au plus offrant. Un intérêt est donc payé par le membre qui lève le fonds, sauf le dernier qui n'est plus en concurrence. Le taux est différent à chaque tour. Un intérêt qui correspond à la répartition des enchères est perçue par chaque membres. Compte tenu de la date à laquelle les fonds sont versés et remis, le taux est différent pour chacun. La vocation financière du "djanggi" est sa capacité à mobiliser des capitaux considérables. Le "mandiou"139 est également pratiqué par les Bamiléké, mais il tend à financer un projet déterminé à l'avance et à assurer ensuite son exploitation. Il se rapproche du ^Hkelemba" dont nous allons parler. Le "likebemba"140 : Très répandu dans l'Afrique Centrale, on le connaît bien au Zaïre et au Congo, mais on le trouve partout, en Centrafrique, au Zimbabwe, dans les pays anglophones comme dans les pays francophones. Il s'agit d'une pratique très ancienne qui consistait autrefois à confier le trésor du clan entre les mains du "lemba" en lui imposant d'effectuer les dépenses indispensables. C'est devenu dans les campagnes une association de travail et dans les villesune associationdanslaquelle les membres mettent en communtout ou partiede leur salaire et le confient à l'un d'eux, à tour de rôle. 137 LELART (M.) : "Les circuits parallèles de financement : état de la question", in L'entreprenariat en Afrique francophone, Edition AUPELF-UREF, Paris, 1990. 138 LELART (M.) : Op. cit. 139 LELART (M.) : Op. cit. 140 LELART (M.) : Op.Cit
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    II.5- LE SECTEURINFORMEL ET LA MAITRISE DE LA TECHNOLOGIE Le développement d’une capacité technologique locale en Afrique a été l’une des préoccupations majeures de ces dernières années. Une enquête141 . Auprès des artisans dans la fabrication métallique, métallique, contredit l'idée selon laquelle les entreprises du S.I. n'auraient d'autres espoirs que de survivre à la limite de la marginalité. Cette enquête a été menée en mars 1986 auprès de 64 artisans fabriquant de portes et de fenêtres métalliques. 54 artisansontétéenquêtesàBamako(capitaleduMali)et10artisansàSégou(deuxièmevilledu pays). Les indicateurs ci-dessous permettent d'appréhender la question, il s'agit de: - la capacité de réparer les machines ; - la capacité d'adapter certaines machines aux besoins spécifiques de l'atelier ; - la capacité de fabriquer des outils ; - la capacité de fabriquer des machines simples. L'élaboration d'une typologie a permi d'analyser les relations existant entre les différentes caractéristiques des unités et leur niveau de maîtrise technologique. A-Natureetportéedelamaîtrisetechnologique 1 - La capacité d'installation Concernant l'équipement utilisé dans les ateliers, nous avons vu qu'il se compose essentiellement de petites machines relativement mobiles qui ne nécessitent pas une véritable installation.Neufartisanssurdixontinstalléeux-mêmesleursmachines,demême,neufartisans sur dix connaissent généralement le fonctionnement des machines au moment de leur achat. Il est moins évident pour un artisan d'apporter des modifications à l'équipement, par exemple d'en augmenterla puissance ou d'en renforcer certainespartiesou encored'améliorer lasécuritépour l'utilisateur. Dans aucun cas l'équipement n' a fait l'objet de transformations. 141 CAPT (J.) : "Capacité et maîtrise technologique des micro-entreprises métalliques à Bamako et à Ségou", WEP.2.19/WP.41, Genève 1987 ; une autre étude a été faite sur le Rwanda par A. BARAMPANA, WEP 2.22 / WP.179. Le cadre conceptuel de ce travail a été élaboré par C. MALDONADO.
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    Personneseffectuantles réparations Machines Poste à souderMeuleuse ou perceuse Plieuse L'artisan lui-même 20 34 83 Électricien ou rebobineur 76 62 - Autre 4 4 17 Capacité de réparation des machines * (fréquence relative)** (tableau n° 16) 2 - La capacité de réparation Le tableau n° 16 présente les données relatives à la capacité de réparation des principales machines. * : Le questionnaire ne prévoyait pas la distinction en fonction de la difficulté des réparations effectuées. Il semble que les réparations envisagées concernent surtout le remplacement des pièces défectueuses. ** : En pourcentage des réponses obtenues pour les différentes machines, aussi bien celles achetées neuves et celles achetées d'occasion. Dans l’ensemble, le degré de maîtrise technologique est donc assez faible si l’on considère la capacité des artisans à réparer eux-mêmes leurs équipements. Bon nombre de machines qu’ils utilisent sont électriques. Or les réparations de ces machines font appel à des compétences que les menuisiers métalliques, dans leur grande majorité, ne possèdent pas. Cependant le cas des plieuses montre bien que les artisans ne manquent pas d’effectuer eux-mêmes les réparations qui relèvent de leur domaine, pour des raisons évidences d’économie. 3- La capacité d fabrication a) machines et outils fabriqués pour les besoins de l’atelier les machines et outils fabriqués par les artisans pour leurs besoins propres de l’atelier sont surtout les plieuses et cintreuses de tubes, les cisailles et quelques petits outils (burins, pointeaux…) il convient de mentionner le rôle important joué par le projet BIT d’appui au S.I. en ce quiconcernelesconseils.Cet appui s’est relevé fructueuxpuisqueplusduquartdes artisans ont réussi à fabriquer une plieuse et presqu’autant ont confectionné une cisaille. Notons cependant que ces fabrications ne sont pas si facile à réaliser, du moins si l’on juge par le nombre
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    d’abandon : prèsde 20% des artisans n’ont pas pu aboutir dans leur tentative de fabriquer une plieuse. Cestentativesmettentenvaleurleméritedeceuxquiontpusurmonterlesobstacles, tant psychologiques que matériels et qui ont réussi à fabriquer eux-mêmes des machines ou des outils. En particulier, pour ce qui est de l’équipement le plus compliqué, les artisans qui ont abouti dans leurs efforts ont franchi un pas dans la direction de la maîtrise technologique. Bien que ces soient encore une minorité, cela laisse toutefois des lueurs d’espoir dans le sens que la réussite d’un artisan dans un domaine ouvre la voie à d’autres si l’on trouve les appuis nécessaires. C’est bien ce qui s’est passé avec les plieuses et les cisailles. b) Les biens d'équipement fabriqués sur commande Il arrive parfois que les artisans produisent du matériel pour répondre à une demande externe (cf. tableau n°17). Sept artisans, soit environ 10% de l'échantillon, ont reçu de telles commandes. Celles-ci concernent avant tout les plieuses et les cisailles manuelles, c'est-à-dire des biens que les artisans ont, pour la plupart, déjà eu l'occasion de produire pour eux-mêmes. En outre, on trouve divers matériels qui relèvent de la mise en valeur des ressources locales : presse à banco, décortiqueur d'arachides, etc. Il est intéressant de noter que les biens d'équipement tels que les presses à huile, les décortiqueurs ont été fabriqué à l'aide de fiches techniques ou de plans. Ce type de fabrication requiertdoncdelapartdel'artisanunecertainecapacitétechnologiqueconsistantnonseulement à lire et à comprendre le plan, mais surtout à le traduire dans la réalité, elle est avant tout le fait des artisans alphabétisés.
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    Type de NombreProfession Observations matériel d'artisans* ayant du client fabriqué ce matériel Plieuses ou i Artisans, menuisiers Fabriquées sans aide cintreuses de tubes métalliques externe Cisailles 3 Artisans du bois, Presses à banco 1 artisans fabricants de Pinceaux 2 briques Décoitiqueurs 1 Femmes Fabriqués à l'aide de d'arachides commerçantes fiches techniques Presses à huile 1 Paysans, agence Fabriqués selon les d'arachide locale d'une plans fournis par la Fourneau à bio-gaz 1 organisation de division du coopération machinisme agricole Biens d'équipement fabriqués sur commande (tableau n° 17) *Certains artisans ont fabriqué différents types de matériel d'où le nombre total d'artisans concernés par ces commandes dépasse le chiffre 7 annoncé plus haut. Source : BIT, Genève, 1987. Quoiqu'il en soit, ces commandes de biens d'équipement contribuent à renforcer le niveau technologique des artisans concernés en ce qu'elles poussent à explorer de nouvelles possibilités.Deplus, ilestpossiblequ'unprocessusdediffusiondecettecapacitétechnologique vers les autres menuisiers métalliques se déclenche, étant donné que l'on peut s'attendre à un effet de démonstration, comme cela s'est déjà produit pour la fabrication de plieuses et de cisailles. En outre, l'élargissement de la gamme de produits fabriqués et la diversification de la clientèle que cela entraîne pourraient permettre de stabiliser quelque peu les revenus des artisans. Il convient de garder à l'esprit que ce phénomène reste marginal pour le moment puisqu'il ne touche que 10 % des unités étiquetées. Son extension ne dépend uniquement de la capacité technique des intéressés, mais elle est aussi et avant tout fonction de l'évolution de la demande finale solvable pour les biens qui seront produit. B-Lesenseignementsdel'étude: La typologie construite a servi pour expliquer certaines relations existant autres les variables socio-économiques afférentes aux unités informelles de la menuiserie métallique et leur aptitude à maîtriser la technologie propre au processus de production envisagé. Nous
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    Niveau de la technologie FORMATION Apprentissage chezun artisan Apprentissage dans une entreprise du secteur moderne Apprentissage dans un centre de formation professionnelle Total I 61,9 28,6 9,5 100 II 68,2 27,3 4,5 100 in 52,4 42,9 4,8 100 T o u s n i v e a u x confondus 60,9 32,8 6,3 100 verrons particulièrement les facteurs susceptibles de favoriser ou de limiter la maîtrise technologique : les facteurs socioprofessionnels et les facteurs purement économiques. 1 - Les facteurs socioprofessionnels Les variables retenues en premier lieu sont le niveau d'instruction et le type de formation reçueparlesartisans;sontprisenconsidérationl'âgedel'artisan,son expérienceprofessionnelle dans le secteur moderne ainsi que l'ancienneté de l'entreprise. a ) Le niveau d'instruction Ons'attendaitlogiquementàcequelesartisanssoientplusaptesàmaîtriserlatechnologie, au fur et à mesure que leur niveau d'instruction s'élève. En réalité, l'examen du tableau ci-dessous ne permet pas de déduire une telle tendance. b ) La formation L'hypothèse à tester ici est que l'apprentissage dans une entreprise du secteur moderne devrait améliorer les performances des artisans en matière de maîtrise de la technologie. La tendance s'établit bien dans le sens attendu, sauf pour le niveau intermédiaire de la typologie. Au niveau III, la proportion d'ex-apprentis du secteur moderne est moins élevée (43%) que celle des niveaux I et II respectivement, 68% pour le niveau I, et 62% pour le niveau II qu'au niveau III (52%). Typologie selon la formation suivie par les artisans (frequences relatives) (tableau n°18) Source : BIT, Genèse, 1987. Au niveau II de la typologie, il apparaît que les proportions d'artisans ayant suivi les différentes filières de formation renforcent la tendance observée au niveau I plutôt que d'occuper une position intermédiaire entre les niveaux inférieur et supérieur. Les niveaux I et n de la typologie évoluent de la même manière, ce qui signifie que les artisans ayant fabriqué des outils et ceux
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    n'ayant rien fabriquéseretrouvent dans les mêmes proportions par rapport àla variable "type de formation". Anoter au passage la performancegénéralement médiocre des centres de formation professionnelle (cf. tableau ci-dessus). Les écarts en pourcentage entre les niveaux ne sont pas de nature à induire une conclusion statistiquement significative. c ) L'âge Il existe une correspondance très marquée entre l'âge et le niveau de maîtrise technologique. Ce sont les artisans les plus âgés (plus de 40 ans) qui enregistrent le meilleur score par rapport à la typologie en ce sens qu'ils sont relativement moins nombreux aux niveaux I et II. En effet, ils forment environ les 4/5 des effectifs du niveau III, alors qu'ils représentent un plus de la moitié de l'ensemble des artisans interviewés. Dans l'ensemble on observe donc une nette influence de l'âge sur la capacité à maîtriser la technologie. Les artisans les plus âgés ont une propension à mieux dominer la technologie et réussissent dans une grande proportion à fabriquer des machines. Les plus jeunes sont relativement moins nombreux dans ce cas, mais - et c'est encourageant - ils montrent déjà une tendance à fabriquer des outils. ~ d ) L'expérience professionnelle Les artisansquiontlemoinsd'expérience(-de6 ans)se situenttousaux niveaux Iet IIde latypologie,alorsqueceuxquiontleplusd'expériencesont fortementreprésentésauniveauIII. Quant à ceux quiont accumulé une expériencequel'on pourraitqualifier demoyenne (de 6 à15 ans) leurs résultats par rapport à la typologie sont pratiquement identiques, ils se répartissent de manière uniforme entre les trois niveaux. Il n'est donc pas exagéréde conclure qu'une solideexpérienceprofessionnelle a des effets bénéfiques sur la capacité qu'ont les artisans à maîtriser la technologie. Dans le cas de l'expérience professionnelle acquise dans les entreprises du secteur moderne, les écarts sont moins importants entre les différents niveaux que dans le cas de l'expérience totale dans le métier. 2 - Les facteurs d'ordre économique a ) Le capital Considérant la partie du capital constituée uniquement par les machines et les outils, les relations entre cet actif partiel et la typologie sont indiquées dans le tableau ci-dessous.
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    Répartition des entreprisesselon la typologie et selon le volume de F actif partiel (fréquences relatives) (tableau n° 19) Niveaudela typologie VALEURDEL'ACTIFPARTIELENMILLIERSDE FCFA Moins de 250 250 à 500 Plus de 500 Total I 47,6 14,3 38,1 100 II 31,8 40,9 27,3 100 III 14,3 47,6 38,1 100 Tous niveaux confondus 31,3 34,4 34,4 100 Source : BIT, Genève, 1987. * Il s'agit de la valeur des machines et outils possédés par l'artisan. Au niveau I, seules les catégories extrêmes de l'actif partiel sont bien représentées. Ce niveauregroupeàlafoisdesartisansmoinsnantis,quin'ont pas assezdemoyenspourréussirla fabrication de machines, et des artisans parmi les mieux nantis, qui peuvent se permettre de payer le prix pour leur équipement et qui préfèrent des machines fabriquées en usine. Le niveau II de la typologie suit, à peu près, la moyenne générale. Au niveau m, on trouve une tendance inverse à celle du niveau I pour les catégories basse et moyenne de l'actif partiel et similaire à celle du niveau I pour la catégorie la plus élevée. C'est la catégorie moyenne de capital (entre 250000 et 500 000 FCFA) qui enregistre le plus fort pourcentage (près de la moitié des artisans deceniveau).Ils'agitdesartisansayanteulesressourcesnécessairespourtenterunefabrication autonome et ayant réussi dans cette entreprise. La catégorie supérieure de l'actif partiel (plus de 500 000 FCFA) est représentée dans les mêmes proportions aux niveaux I et III, ce qui laisse à penser qu'à partir d'un certain seuil de capital, les artisans sont moins motivés pour fabriquer eux-mêmes des machines. La tendance de la typologie, plutôt floue vis-à-vis de l'actif partiel, s'affirme par rapport à l'actif total. Néanmoins il apparaît qu'un niveau de capital pas trop réduit - qu'il s'agisse de l'ensemble du capital ou seulement des machines et outils - va de pair avec un bas niveau de maîtrise technologique. Concernant l'actif total, les artisans de la catégorie la plus élevée sont ceux qui enregistrent les meilleurs résultats dans la maîtrise technologique tandis que pour l'actif partiel, ce sont les artisans de la catégorie moyenne qui réussissent le mieux. b ) La main-d'œuvre
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    En considérant l'ensemblede la main-d'œuvre - y compris les apprentis - on ne trouve pas de relation entre la quantité de main-d'œuvre et le niveau de la maîtrise technologique, tel qu'il est reflété par la typologie. - les entreprisesquin'ont pas detravailleurssalariés sont fortement majoritaires (77%) auniveau II ; - àl'opposé,lesunitésquipeuventsepermettred'employerplusieurssalariéssontreprésentésau niveau HI qu'aux autres niveaux. La relation entre la typologie et l'ensemble de la main-d'œuvre est masquée par le nombre élevé d'apprentis. Si l'on se concentre uniquement sur les travailleurs salariés, on note une certaine dépendance de la typologie par rapport aux effectifs, mais cette relation semble plutôt refléter l'influence d'autres variables, plus prépondérantes, notamment le niveau de capital. Nous retiendrons donc qu'un ensemble de facteurs paraissent liés à la capacité des artisans à maîtriser la technologie. Ces facteurs relèvent à la fois des caractéristiques socioprofessionnelles desartisansetdescaractéristiquesdel'unitééconomique.Lesvariableslesplusfortementassociées à la maîtrise de la technologie sont : l'âge des artisans, leur expérience professionnelle dans le métier et le fait d'avoir acquis une partie de cette expérience dans le secteur moderne, le volume de capital, le fait d'employer au moins un salarié. Trois de ces variables à savoir l'âge du patron, son expérience professionnelle et l'ancienneté de l'entreprise sont fortement corrélées entre elles. Les coefficients de corrélation oscillent entre 0,75 et 0,80 à un niveau de signification de l'ordre de 0,01%, et l'on peut supposer que c'est l'expérience professionnelle dans le métier qui constitue l'élément déterminant. Autrement dit , les facteurs essentiels se réduisent surtout à l'expérience professionnelledanslemétier,dontunepartieacquisedanslesecteurmoderne.Cetteétudeapporte les preuves de la capacité d'évolution technologique dans le S.I. La majorité des entreprises acquièrent des machines et des équipements, ce qui leur permet de perfectionner leurs méthodes et d'améliorer leur productivité. Dans de nombreux cas les entreprises du S.I. essayent de réduire le coût des biens d'équipement en produisant elles-mêmes certains matériels ou certains outils. Étant donnée la faiblesse des ressources financières initiales, de telles acquisitions révèlent un accroissement du capital. Iln'estpasaiséd'opérerunesynthèsedesdiversindicateurspermettantd'établirunetypologie des entreprises du SX; toutefois il est apparu que la variable "fabrication" constituait un indicateur tout à fait acceptable, compte tenu des données disponibles. Il présente à la fois un caractère d'objectivité et une grande simplicité d'emploi. Les artisans ont été classés en trois catégories en fonction de leur capacité à fabriquer de l'outillage ou des machines, que ce soit pour les besoins propres de l'atelier, ou pour répondre à une demande externe. Il se trouve que les artisans se répartissent à peu près également entre les trois groupes :
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    - leniveau leplusbasdelatypologieinclutlesartisansqui n'ontfabriquéni outils,ni machines. Ils sont au nombre de 21 (33%). Ils sont donc contraints d'acheter ou de louer la totalité de l'équipement ; - au niveau moyen de la typologie sont regroupés les artisans qui ont fabriqué un ou plusieurs outils, mais pas de machines. Les outils fabriqués vont du simple burin à la cisaille. Si les deux tiers de cette catégorie ont fabriqué des burins, pointeaux ou pointes à tracer, qui sont des outils relativement simples, il n'en reste pas moins que 7 artisans ont été capables de fabriquer une cisaille manuelle. Ce niveau moyen comporte 22 artisans (34%) ; - le troisième niveau, le plus élevé de la typologie, regroupe des artisans qui ont fabriqué au moins une machine ou un appareil, aussi bien pour les besoins internes que sur commande, 21 artisans (33%) ont été classés dans ce groupe. Leniveausupérieurdelatypologiesemblerelativementhomogènepuisque,ilinclutdesartisans ayant fabriqué une plieuse manuelle. Le niveau le plus bas de la typologie ne pose pas non plus de problème par rapport à l'homogénéité. En revanche le niveau moyen" est le moins homogène puisque le processus de fabrication de burins ou des cisailles, par exemple, sont à des degrés de complexité fort différents. Une des conclusions majeure de l'étude est d'avoir montré que l'investissement en capital humain entraîne des effets bénéfiques dans la mesure où les gains sont plus ou moins proportionnels au capital investi. Les investigations sur le S.I. sont formelles : "Les gains des individus ayant reçu une formation générale ou technique sont sensiblement supérieurs à la moyenne. L'éducation a donc des effets bénéfiques"142 . En Afrique, mêmeendépitd'unenvironnementdéfavorable,les capacités créatricessontvisibles.Unartisan sur trois à Bamako (Mali) et un sur quatre à Kigali (Rwanda) a fabriqué au moins une machine ouunoutil,soitpourlesbesoinsdel'unité,soitsurcommanded'unclientLesateliersd'appuimis enplacedanslesprojetsde coopérationavecleBIT ontjoué,àcet égard,un rôledestimulation. L'évolution technologique se limite surtout à l'adaptation et parfois à la reproduction de machines qui existent déjà. Il conviendrait donc de développer une capacité de recherche et de développement orientée vers les entreprises du S.I. En résumé, c'est donc le passage par le secteur moderne, combiné avec une longue expérience professionnelle (indépendamment du secteur) qui exerce l'effet le plus favorable sur la capacité technologique des artisans. Toutefois il convient de souligner que l'amélioration des techniques de production dépend, dans une large mesure, de l'existence et du soutien d'une industrie de biens d'équipement. 142 PENOUEL (M.) : "Enseignement technique et capital humain", in l'avenir des Tiers Mondes : emploi, formation, ressources humaines, Cahier du GEMDEV, n°9, Paris, 1988.
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    CONCLUSION La croissance etle développement d u secteur moderne en AS S participent aux bouleversements des structures figées du passé. Mais le constat est que le secteur moderne ne peut pas, à lui seul, régler les problèmes de la population. Le climat politique incertain, mêlé à une conjoncture désastreuse, n'incite personne à s'intégrer au secteur moderne. Le dynamisme du S.I. se manifeste par ses apports au niveau de l'emploi (20-60 % ) des emplois recensés dans les villes africaines ; au niveau de la distribution de revenus : certains revenus tirés des activités informelles se prêtent à la comparaison des revenus des salariés du secteur moderne. Les revenus tirés du S.I. se caractérisent par une grande hétérogénéité, sont fonction des secteurs d'activités et dépendent de la taille de l'entreprise. Le S.I. distribue des revenus non négligeables. L'enquête du BIT a permis de mettre en évidence la relation entre le montant de revenus des patrons et l'importance du capital technique. Les données avancées nous montrent une réelle contribution à la distribution de revenus, toutefois il ressort que les métiers les plus rémunérateurs sont ceux qui emploient des nouvelles techniques et répondent à une demande croissante des urbains. L'étude des formulations de la fonction de production montre que la contribution à la création de la valeur ajoutée dépend, avant tout, de l'utilisation du facteur travail ; l'équipement jouant un rôle complémentaire. L'accumulation dans le S.I. est réelle mais limitée. Le faible niveau technologique de ces activités, la volonté d'assurer un emploi pour tous, la rareté des moyens financiers, tout concourt au sein du S.I. à rechercher des formules de production aussi peu capitalistes que possible, mais assurant une disuïbution minimale du revenus. Il ne nous appartient pas de prendre une quelconque position sur le débat interne aux pays, mais les prises de conscience récentes suscitent des interrogations croissantes. Comment ne pas comprendre le fait que le Si. soit appelé à jouer un grand rôle dans les stratégies de lutte contre la crise dans les pays d'ASS ?
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    CHAPITRE III :LE SECTEUR INFORMEL A BANGUI (CENTRAFRIQUE) INTRODUCTION Nous avons vu dans le chapitre précédent que l'importance des activités informelles diffère selon les contextes et les pays. La prédominance des activités informelles dans les différents types d'économies nous amène à nous interroger sur le rôle du S.I. en Centrafrique à travers le cas de la ville de Bangui. A ce niveau d'analyse, nous examinerons au préalable l'insuffisance du développement en Centrafrique, ce qui permettra d'avoir un aperçu sur l'environnement dans lequel évolue le S.I. à Bangui. Danslapremièresection,serontprésentéslesétablissementsduS.I.àBangui, où,aprèsun aperçu historique de la ville de Bangui, nous examinerons la répartition des établissements par branches, par taille des unités. Le mode d'installation, l'âge des établissements, les zones d'implantation seront aussi étudiés. Ensuite nous analyserons successivement la contribution du S.I. à l'emploi, à la distribution des revenus et à l'accumulation du capital. Dans une dernière sectionnoustenteronsdedégagerlesmultiplesobstaclesquiseposentàladynamisationduS.I.. L'insuffisancedudéveloppementdel'économiecentrafricaine Le pays compte 3 millions d'habitants et son PNB brut est de l'ordre de 1,2 milliard de dollars. Le PNB par habitant s'est effondré depuis1980 et ne représente que 410 dollars. Durant les années 60 la croissance annuelle du PNB par habitant était de l'ordre de 0,8% pour tomber dans la décennie 80 à -1,3% ; compte tenu taux de la croissance de la population qui est progressivement passée de 1,9% dans les années 60 à 2,4% aujourd'hui. L'épargne intérieure devient négative en pourcentage du PNB (-2%). Dans cette situation l'investissement sera relativement faible et représente 12% du PIB. Quant à la dette totale celle-ci représente en 1990,71% du PIB. Le diagnostic de l'économie centrafricaine peut se résumer ainsi : depuis 1979 le pays a vécu une période de stagnation économique et de déclin du niveau de vie de sa population.Leniveauglobaldesdépenses adépassédefaçoncontinueleniveaudesrevenus,ce qui se traduit par un déficit des ressources qui représente -3,4% du PNB143 . Sur la base de ce diagnostic le F.M.I., la BIRD et l'État centrafricain ont mis en place des PAS dont la première phase (1982) visait à arrêter la détérioration de la situation financière globale, tandis que la deuxième phase avait pour objectif la relance de la iucâon, une diversification de la base 143 NATIONS UNIES : op. cit. page 5.
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    économiqueetlerétablissementdeséquilibres ŒÉérieurs.Destclairqueles résultatsobtenussont globalement peu satisfaisants, toutefois il apparaît une prise de conscience des déséquilibres qui existent dans l'économie, que ces déséquilibres ne sont pas inéluctables, qu'il convient de les gérer pour améliorer la situation. Un aperçu des données macro-économiques du pays (voir Annexe 4) nous permet de —entrer que les conditions générales qui prévalent en Centrafrique ne sont pas satisfaisantes. Lepaysestconfrontéàdenombreusesdifficultés économiquesetfinancières. Lasituation économique au cours de la décennie 1980-1990 n'a guère été brillante. Elle est waractérisée par de nombreux blocages et déséquilibres dus à des facteurs endogènes, mais aussi à l'influence de laconjoncturemondiale.Plusieurscontraintespèsentencoresur"économiecentrafricaine.Nous pouvons énumérer : - La dimension réduite du marché national, aggravée par une situation d'enclavement du pays vis-à-vis de l'extérieur, ce qui se traduit par la lenteur et le coût élevé des approvisionnements nécessaires à l'économie et par des difficultés pour évacuer les rroduits destinés à l'exportation ; - au sein du pays, l'isolement des régions les unes par rapport aux autres, il y a en outre l'insécuritéetletrèsmauvaisétatducircuitroutier,touteslestaxesplusoumoinsfantaisistesqui sontprélevéesauniveaudesdifférenteslocalitésoudespréfecturesaubonvouloird'uneautorité quelconque, traditionnelle, policière ou administrative ; - l'étendue (623000 kilomètres carrés) du pays dont la faible densité de lapopulation (la densité moyenne est de 5 habitants au kilomètre carré) rend particulièrement onéreux la création et l'entretien des infrastructures de base, notamment des routes ; - le faible revenu individuel qui rend difficile toute épargne et touteinitiatived'autofinancement des investissements ; l'autoconsommation est très développée et on note une faible monétarisation des échanges en milieu rural ; - un faible degré d'articulation entre les secteurs productifs et entre les régions du pays ; la désarticulation de l'économie dans laquelle coexistent deux mondes juxtaposés, sans liens entre eux. D'un côté, un monde orienté vers l'exportation, qui bénéficie de la majeure partie des investissements bienquene contribuant que marginalement àlaproductionnationale.De l'autre côté, un monde tourné vers la satisfaction des besoins de la population, celui-ci est déshérité sur le plan des investissements et contribue pourtant, de façon déterminante, à la production nationale, notamment pour ce qui est du secteur le plus archaïque, celui des produits vivriers. Ces contraintes se traduisent par l'absence d'un véritable marché intérieur et par le faible niveau de l'activité économique au regard du potentiel économique considérable du pays. A ces contraintes d'ordres géographique et économique, viennent s'ajouter :
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    - un systèmed'éducation et de formation en crise et qui ne répond pas aux besoins socio-économiques du pays. - une administration mal préparée au rôle qu'elle est appelée à jouer dans le développement du pays. Après un quart de siècle d'indépendance, l'économie centrafricaine est loin d'un "take off, suivant le schéma de ROSTOW. Ces différents points éclairent l'environnement dans lequel s'intègre le SX banguissois. Quelles sont les raisons de la floraison des activités informelles, comment les spécificités de ce secteur lui permettent-elles de s'intégrer dans le tissu urbain banguissois ? SECTION I : PRÉSENTATION DES ÉTABLISSEMENTS DU S.I. À BANGUI Deux séries d'enquêtes nous permettrons d'appréhender le SX à Bangui (capitale de la Centrafrique). Pour mieux connaître les activités informelles à Bangui,un premier recensementaétéentreprisen1982sous ladirectiondeLACHAUD144 .Dans lamêmelignée,la Direction des Études Statistiques et Économiques (la DSEE) a procédé au recensement des unités économiques de Bangui, dont une étude sur le S.I. à Bangui, les résultats ont été publiés en mars1990145 . Ces deuxinvestigationsnous permettronsd'analyserl'importance de cesecteur et de mettre en relief sa contribution en termes d'emploi, de production et de distribution de revenus. Précisons que nous n'avons pas tous les éléments nous permettant de comparer les données de 1982 et celles de 1989, tant les méthodes divergent d'une enquête à une autre, d'un recensement à un autre. Sil'étudedelaDSEEestrécente,elledemeureinsuffisantedanslamesure oùellene donne pas d'informations concernant la production et la distribution de revenu. A cet effet la descriptionanalytiqueseraappuyéesurles donnéesdel'enquête du C.E.D.(Centred'Économie de Développement). Le champs géographique de l'étude concerne principalement la ville de Banguien tant que commune divisée en huit arrondissements. Les arrondissements sont constitués de quartiers. 144 LACHAUD (J.-P.) : "Les activités informelles à Bangui : analyse et stratégie de développement", C.E.D., Bordeaux 1,1982. 145 D.S.EE. : "Recensement des unités économiques de Bangui. Étude sur le secteur informel", Bangui, mars 1990.
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    I.l - APERÇUHISTORIQUE DE LA VILLE DE BANGUI Trois mobiles ont présidé à la création de la ville de Bangui. Au départ, Bangui fut un établissement français en amont du confluent Congo-Oubangui, et devait modestement contrebalancer la puissance de l'État indépendant du Congo et empêcher ainsi l'influence belge de s'étendre sur la rive droite de l'Oubangui. C'est ensuite un point de contrôle delanavigationfluviale dansla régiondes rapides àl'endroit où une nécessairerupture de charge se produit dans les transports par voie d'eau. C'est enfin le point de départ des pistes permettant d'atteindre en direction de l'Est les pays soudanais, ou, en direction du Nord les régions tchadiennes. C'estdoncpourdesraisonsstratégiquesquelavillede Banguiavulejour,sousl'impulsiondela France. Lespremiershabitants,les "Bobangui", vont mêmecontrecarrerlesobjectifs des colons par d'incessantes attaques. Par la suite lorsque l'église fut associée à l'œuvre colonialiste, et que s'instaure une paix relative, des échanges commerciaux entre les colons et les autochtones entraîneront une migration inexorable. Pourlescolonisateurs ledangerestévidentdans unetellecirconstance;ilfallaitdoncregrouper les populations autochtones par ethnie pour mieux les contrôler ; créer des sortes de "petits villages".C'estàpartirdeces"petitsvillages"quelavillede Banguivas'étendreet,avecelle,sa population. Qu'en est-il de son évolution démographique ? A - L'évolution démographique de la ville de Bangui La croissance démographique de la ville de Bangui s'était amorcée avec l'arrivée dés-SS autochtones qui venaient livrer leurs produits aux colons. Le mouvement s'est amplifié après la deuxième guerre mondiale en 1946, où on pouvait dénombrer 26 000 habitants et 63 000 en 1950, soit un doublement de la population banguissoise en quatre ans. Cette population est passée de 80 000 habitants en 1960 à 240 000 en 1971 ; pour atteindre 420 000 habitants146 lors du dernier recensement (1990). Cette croissance urbaine est la résultante de l'effet conjugué de l'exode rural, dû à des mobiles sociaux,politiques, psychologiques, surtout économiques et d'un taux de natalité très élevé. L'inévitable conséquence de cet accroissement de la population banguissoiseestla remarquableextension spatialedelaville.Lanon-maîtrise decette évolution démographique suscitée par l'extension de l'espace urbain a entraîné une multiplication des quartiers spontanés. 146 Le dernier recensement a dénombré 420 834 habitants dans la ville de Bangui, D.S.S.E., 1990.
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    B - Laville de Bangui et ses quartiers spontanés L'implantation des quartiers par groupe ethnique remonte à l'époque coloniale. Après l'indépendance (1960) on assiste à la ruée des ruraux vers Bangui, à la recherche d'emploi et des biens modernes. Ces quartiers spontanés représentent aujourd'hui l'essentiel de la population de la ville sur un double plan : - sur le plan spatial : les quartiers spontanés couvre 89% de la superficie totale de la ville, soit 55 km2, alors que les quartiers citadins comme SICA I, II, III, Lakouanga, Castors et Bengri les "92 logements", se trouvent cernés par eux, sauf au Sud où se trouve le fleuve Oubangui ; - sur le plan humain : les quartiers spontanés regroupent la majeure partie de la population et sont représentés par les quartiers Saïdou, Pekro, Gobongo, Malimaka, KM5... Comment se constituent les quartiers spontanés ? C - Processus de constitution des quartiers spontanés Deux processus peuvent être retenus, pour expliquer la constitution des quartiers spontanés : - un processus d'implantation polynucléaire d'habitat qui s'est effectué à partir des noyaux constitués par des maisons éloignées les unes des autres. Chaque chef de famille cède une portion de sa parcelle à un membre de sa famille, ainsi de suite, jusqu'à ce que les noyaux grossissent et se rencontrent en donnant ainsi un paysage de quartiers en grappes. La densifîcation progressive de l'habitat, de la périphérie vers le centre, explique la disparition des vides ; une observation générale de la ville dénote des densités de 27 à 50 maisons à l'hectare pour le centre ville, et 2 à 4 maisons par hectare dans la périphérie (1985). La progression polynucléaire disparaît dès qu'il y a présence d'une voie de communication. - un processus d'implantation linéaire : l'installation des habitants se fait de part et d'autre des routes, selon le schéma traditionnel village/rue. C'est aux abords des voies structurantes que l'on trouve une densité assez élevée des maisons appartenant aux personnes aisées, recherchant la proximité des voies carrossables : d'où une physionomie mettant en relief, en bordure des rues, une sorte de riche façade, gardant les modestes logements à l'intérieur des quartiers. Ces deux types de progression d'habitat existent encore aujourd'hui dans la structuration des quartiers périphériques. En effet, parce que les habitats'sont précaires, ils subissent des transformations, des réorientations en fonction des besoins mais aussi et surtout, en fonction des ressources des habitants.
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    D - Ledécoupage administratif de la ville : La ville de Bangui a été divisée en groupements de quartiers. Pour les 128 quartiers dénombrés on compte 17 groupements. Le découpage par arrondissement a été opéré et donne lieu actuellement à 8 arrondissements. En Centrafrique, plus d'une dizaine de groupes ethniques sont répartis selon la zone dont sont originaires ces ethnies. Il s'agit des "peuples" du fleuve, des "peuples" de la forêt et des "peuples" de la savane. Ces différentes composantes de la population centrafricaine se retrouvent à Bangui. A celles-ci, il faut ajouter les ressortissants des pays voisins tels que le Cameroun, le Congo, le Tchad et le Zaïre, ainsi que les siro-libanais et les portugais qui tiennent le commerce en Centrafrique. En fait, c'est la communauté tchadienne de tradition musulmane qui, par l'effectif de ses membres, domine l'échiquier commercial de la ville. Aussi est-il intéressant de voir l'influence de ces aspects culturels et des relations intra-communauté dans la prolifération des activités informelles. 1.2 - RÉPARTITION DES ÉTABLISSEMENTS PAR BRANCHE Le recensement des unités économiques de Bangui (1990) a révélé, si besoin était, l'importance du S.L Seulement 249 établissements sur 19 820 ont déclaré tenir une comptabilité et constituent donc, conformément aux conventions communément admises, le S.M. En conséquence 98% des unités recensées relèvent du S.L Le vendeur de produits de consommation courante est bien sûr très représenté (1/3 des cas). Cependant ce secteur se caractérise par une large disparité de ses composantes et une analyse des résultats permet d'entrevoir la complexité.
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    Secteur moderne Secteurinformel Ensemble Agriculture, élevage 4 1,6 % 65 0,3 % 69 Industrie 29 11,6 % 1 166 6 % 1 195 BTP 12 4,8 % 47 0,2 % 59 Commerce de gros 33 13,3 % 1 114 0,6 % 147 Commerce de détail 110 44,2 % 14 544 74,3 % 14 654 Café, hôtel, restaurant 16 6,4% 3 114 15,9 % 3 130 Services et transport 45 18,1 % 520 2,7 % i 565 Ensemble des activités 249 100% 19 570 100% 19 819 Les établissements par secteur et par branche regroupée (tableau n°20) Source : DSEE, Bangui 1990. La méthode du recensement des unités informelles a grossièrement été la suivante : un agent recenseur est passé systématiquement dans chaque quartier, dans chaque rue, devant chaque maison et lorsqu'il a constaté une activité qui semblait ressortir du SX, il a noté l'observation et a posé quelques questions au patron, destinées à mieux situer l'entreprise. Cette méthode est simple et facile à mettre en œuvre, mais elle comporte quelques biais. Un grand nombre d'activités ont lieu très tôt le matin ou très tard le soir. Certains marchés par exemple ont lieu à des heures données. Ainsi le marché aux poissons de Ouango à 17 h a bien été enregistré ; mais les activités spécifiques qui ont lieu de 17h à 18h derrière le marché central n'ont pas été prises en compte. Il en de même pour les laveurs de voitures au bord du fleuve : ils exercent leurs activités de 9h à 10h, en s'occupant surtout de taxis et des minibus. D'autres activités n'ont pas été recensées, n'ayant pas lieu au moment du passage de l'enquêteur. Il peut s'agir aussi de toutes ces activités qui n'ont lieu qu'occasionnellement : par exemple, l'activité des maçons, fabricants de briques. Ces personnes travaillent 2 à 3 jours par ci, par là ; ces maçons ne sont pas comptés. La technique du recensement utilisée implique que l'on ne pourra compter que les personnes en activité et non celles qui sont alors entre deux activités. La méthode ne permet pas de prendre en compte la pluri-activité des individus. Le fractionnement de l'activité est une réponse aux problèmes du chômage et de la distribution du revenu. De très nombreux commerces sont occasionnels, en particulier ceux qu'on appelle le "commerce des épouses". Ils fonctionnent de la manière suivante : lorsque le mari (salarié dans le secteur moderne) touche sa paie, il donne une grande partie à son épouse. Celle-ci va faire fructifier la somme en achetant en gros des marchandises qu'elle revendra en détail. Chaque jour, elle utilisera le prix de revente pour nourrir le ménage. Certaines femmes plus expertes gardent un fonds de commerce qui leur permet de se procurer continuellement des marchandises et n'utilisent que leurs bénéfices.
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    Un second risquede biais provient du non relevé d'activités que l'on voit tous les jours et que l'on oublie de compter, car sinon, comment expliquer le faible chiffre du transport (565). Plus modernes, plus dynamiques les taxis et transports urbains sont gérés pour la quasi-totalité selon les méthodes du secteur informel. Nous voyons que nous frôlons ici la limite haute du secteur informel ; cette limite est floue, le SX étant défini de façon peu précise. Tout le problème méthodologique est posé par ces quelques exemples : le SX n'est pas défini de façon stricte. On définit facilement, et encore nous avons vu les limites. La limite supérieure du SX par opposition au secteur moderne. Mais la limite inférieure est particulièrement floue, et l'on ne sait pas très bien où le SX s'arrête. Ce qui nous amène à faire les remarques suivantes : - La première remarque concerne l'importance respective des activités de production, de services et de commercialisation. Si les activités de services sont légèrement sous estimées (les transporteurs en particulier, les maçons des quartiers...), les activités de production ne le sont presque pas. Par contre, il existe un important biais dans l'évaluation du secteur commercial (commerce de carburants de cigarettes...). - La deuxième remarque, est que le SX concerne beaucoup plus de personnes que ce qu'il apparaît dans le recensement. La multiplicité des commerces de détail : Plus de 90% des établissements du SX ont une activité de commerce de détail ou de café-restaurant. Le commerce de détail de fruits et légumes est le plus pratiqué (20,5 % des cas) il devance en nombre le commerce de produits de première nécessité qui représente 17,8% des unités. Ce dernier est constitué de petites unités très répandues et dont les structures sont souvent sommaires. Quelques autres activités sont également bien représentées : il s'agit du commerce de plats cuisinés (brochettes) consommés sur place 14,5%, ainsi que de la vente au détail de condiments (10,4%) ou encore de la vente de cigarettes (4,6%). D'une façon générale toutes les branches d'activité se rencontrent dans l'informel. Pour les productions manufacturières (travail de bois, couture...) 97% des unités sont informelles. Les services concernent surtout les activités de réparations (automobiles, etc.). Curieusement, le commerce de gros qui devait demeurer l'apanage du S.M. compte 77% de ses unités dans l'informel. Cette donnée peut être interprétée comme un indicateur de la prépondérance du SX dans l'économie centrafricaine.
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    Nombre d'employés Secteurmoderne Secteur informel Ensemble l à 4 78 31,3 % 19 135 94,8 % 19 213 5 à 9 51 20,5 % 356 1,8 % 407 10 et plus 120 48,2 % 79 0,4% 199 Total 249 100% 19 570 100% 19 819 On notera que le BTP est certainement sous-estimé en raison des difficultés qu'ont rencontré les enquêteurs sur le terrain compte tenu de l'absence de local, ce type d'unité informelle est difficilement décelable. En terme de nombre d'unités, le S.M. est très minoritaire (1,26% de l'ensemble), il représente cependant 2,5% des établissements manufacturiers, mais seulement 0,87% des commerces. 1.3 - TAILLE DES UNITÉS ET FORME JURIDIQUE La répartition des établissements selon leur taille diffère d'un secteur à l'autre mais aussi selon la branche d'activité à laquelle ils appartiennent. Près de 95% des unités informelles emploient moins de 4 salariés ; une faible proportion seulement des entreprises informelles tourne avec plus de 5 salariés. Les établissements selon leur taille (en termes d'emplois) (tableau n°21) Source : DSEE, Bangui 1990. Les personnes morales se trouvent par définition dans le secteur structuré qui compte néanmoins 50% d'entrepreneurs individuels. Le secteur informel se compose presque exclusivement de personnes physiques. Seules 316 unités sont des associations de personnes à caractère familial.
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    Secteur moderne Secteurinformel Ensemble Entrep. indiv. Société Entrep. indiv. Société Industrie 11 18 1 113 53 1 195 BTP 2 10 35 12 59 Commerces 70 73 14 462 196 14 801 Café, hôtel, restaurant 6 10 3 092 22 3 130 Services 21 16 489 29 555 Autres 2 10 63 4 79 Ensemble activités 112 137 19 254 316 19 819 Les établissements selon leur forme juridique (tableau n°22) Source:DSEE,Bangui1990. 1.4 - MODE D'INSTALLATION 8 % des unités du S.I. fonctionnent dans un local en dur et 4,3% dans une baraque fermant à clé. Le reste, soit près de 9 unités sur 10, ne possède aucune installation de protection. 55% des activités ne sont pas protégées des intempéries (cf. tableau ci-dessous). Ces moyens d'installation très rudimentaires touchent essentiellement les commerces de détail (petits vendeurs disposant d'une table). Les loueurs de locaux : une activité répandue 3 661 exploitants paient un loyer soit 18,4% des répondants. La proportion des locataires varie selon le type de local. Les locaux en dur abritent plus de locataires que de propriétaires, à l'inverse 1/3 des exploitants exerçant sous un auvent paient un loyer ainsi que 9% de ceux disposant seulement d'une table. En valeur absolu on compte 886 locataires dans les locaux en dur, et 2 775 dans les autres locaux.
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    Bâtiment en dur BaraqueAuvent véranda Table Total Industries 45% 52% 30% 10% 24% Commerces 50% 45% 30% 8 % 18% Services 56% 45% 28% 4 % 25% Total 50% 45% 30% 8 % 19% Établissements selon le type de local et par branche (tableau n°23) 1989 1988 1987 à 1988 1983 à 1985 1975 à 1983 1961 à 1974 1960 et avant Industries 23% 13% 19% 13% 18% 9 % 5 % 100% Commerces 34% 12% 16% 13% 16% 7 % 2 % 100% Services 20% 13% 15% 15% 25% 10% 2 % 100% Total 34% 12% 16% 13% 16% 7 % 2 % 100% Les unités informelles selon la date de création (tableau n°24) Source:DSEE,Bangui,1990. Source:DSEE,Bangui,1990. 1.5- AGE DES ÉTABLISSEMENTS La distribution des établissements non structurés selon leur date de création révèle la mobilité extrême de ce secteur. En effet 32,7% des entreprises ont moins de 6 mois et 44,9% moins de 18 mois. Face à la précarité d'emplois, beaucoup de candidats tentent l'aventure du petit commerce. Bon nombre renoncent quelques temps après ou créent une autre activité. Il semble exister cependant un noyau assez solidement implanté : 25,7% des unités ont plus de 6 ans, ceci se vérifie particulièrement dans les productions manufacturières et les services. Le secteur moderne s'appuie sur un réseau beaucoup plus ancien : 1 établissement sur 5 a plus de 20 ans. Cependant les difficultés liées à la création d'entreprise se rencontrent également dans le secteur moderne. En effet 28,6 % des établissements ont moins de 1 an 1/2, ce qui montre une certaine fragilité du secteur. Les établissements créés avant 1961 concernent l'industrie alimentaire et le commerce (alimentation, fourniture pour le bâtiment, etc....).
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    1.6 - ZONESD'IMPLANTATION ET QUARTIERS A - Deux zones à forte densité : le centre-ville et le KM5 Les établissements du S.M. sont, à près de 60%, concentrés dans le 1er arrondissement. Les rues commerçantes du centre de la cité constituent le lieu d'exercice de la moitié des unités modernes. Les autres sont implantées dans les concessions ou le long des grandes voies. Les 3ème et 5ème arrondissements constituent la deuxième zone à forte densité. Sur ces deux arrondissements s'étend le KM5, poumon économique du secteur non structuré. 27% des commerces de détail se trouvent dans le 3ème arrondissement, ainsi que 1/4 des unités de la branche commerce-café-restaurant. Les 3ème et 5ème arrondissements regroupent 42% des commerces du détail du S.I.
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    1LiraitedeCoamune.2Limaced'Arrondissement,3marigotcanaldedrainée,4 routeoupisteimportantes,5 limited'agglomération,6numérod'Arrondissement 18* 3230 18^ 40 SOURCES DESS MAIRIE DE BANGUI IGN BANGUISECTEURINFORMEL TOTALDESACTIVITESDUSECTEURINFORMEL (enunités)1989
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    B - Lesmarchés : pôles d'attraction traditionnels Près de 40% des établissements du S.I. se concentrent sur les marchés et 44 % d'entre eux s'éparpillent dans les zones habitées de la ville. Les unités selon leur implantation (tableau n°25) Source:DSEE,Bangui,1990. Plus de 30% des unités exerçant leur activité dans un marché se trouvent au KM5. Ce marché regroupe essentiellement les commerçants de détail et en particulier les commerces de détail spécialisés (plomberie, électricité...) ainsi que la vente de vêtements et chaussures. Certains marchés semblent avoir leur spécialité : Combattant est connu pour ses vendeurs de condiments alors que le marché Central a le quasi-monopole du commerce de gros et est particulièrement bien fourni en viandes et poissons. Les autres marchés, quoique moins importants, constituent également des zones d'échange et d'animation conséquentes : Lakouanga compte 365 unités, Gobongo 317, les marchés Fouh et de Ouango regroupent respectivement 312 et 226 établissements. Le marché État compte 116 unités, enfin Boy-Rabe en totalise 222. Notons que sur ces marchés l'exercice de toute activité est conditionnée par le paiement d'une patente aux autorités municipales. Ce qui va à rencontre de la thèse de "l'illégalité" du S.I., la plupart du temps on peut considérer que ces activités (en excluant bien sûr le vol, la prostitution...) sont légitimes dans la mesure où il y a reconnaissance de la part des autorités Il est à noter que le paiement des patentes sur ces marchés montre bien qu'il y a reconnaissance de la part des autorités. Ce qui infirme le critère de l'illégalité employé dans les études. Le mieux aménagé : Le marché Central Plus de 12% des unités du marché Central fonctionnent dans un local en dur et seulement 7,2% sur les trottoirs. Ce marché se distingue donc nettement de l'ensemble, où l'aménagement reste extrêmement rudimentaire. Zone d'habitation, bord de route Marché Rue commerçante Moderne Informel 110 8 .575 14 7 454 125 3.541
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    Centre Miskine KM5Petevo Lknga Comba Bâtiment en dur 12,1 % 2,8 % 6,4 % 1,8 % 2,7 % 3,7 % Baraque 5,3 % 5,0 % 2,3 % 4,8 % 6,3 % 1,0% Auvent, véranda 26,3 % 50,4 % 38,1 % 23,0 % 42,6 % 31,2 % Table 49,0 % 36,1 % 32,9 % 56,0 % 45,9 % 25,4 % Trottoir 5,8 % 4,1 % 15,5 % 4,2 % 2,2 % 25,1 % Autre 1,3 % 1,6 % 4,9 % 10,1 % 0,3 % 13,6 % 100% 100% 100% 100% 100% 100% Les principaux marchés selon leur types de locaux (tableau n°26) Source:DSEE,Bangui,1990. On constate également des mouvements d'établissements (création, cessation) moins importants dans le marché Central. 24% des unités ont été créées après 1986 contre 42% au KM5, 44%àPetevoet 39%àMiskine.LesmarchésCombattantet Fouhsontenmoyenne très"jeunes".En effet 3 unités sur 4 à Combattant ont moins de 3 ans contre 1 sur 2 à Fouh. L'extension de la zone Nord-Ouest de Bangui (aéroport) explique en grande partie cet essor. C - L'essor du 8ème arrondissement Comparativement aux autres arrondissement, le 8ème se caractérise par la création des unités informelles, 55% des entreprises ont été créés en 1989 et seuls 19% ont plus de 4 ans et demi. La création de quartiers nouveaux dans cette zone explique cet engouement. Mis à part ce cas particulier, la progression par arrondissement est sensiblement comparable, exceptébiensûrle1erarrondissementquiaunestructureoriginaleetconstituelelieudeprédilection du secteur moderne (voir tableau ci-dessous).
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    1989 1988 19871986 1985 1984 et avant Arrondis. 1 15 % 10% 9 % 8 % 7 % 51 % 100% Arrondis.2 31 % 12% 7 % 6 % 5 % 39% 100% Arrondis. 3 29% 12% 11 % 8 % 5 % 35 % 100% Arrondis.4 36% 12% 9 % 7 % 5 % 31 % 100% Arrondis.5 33% 13% 10% 7 % 5 % 31 % 100% Arrondis. 6 32% 17% 10% 7 % 6 % 29% 100% Arrondis.7 39% 7 % 8 % 6 % 4 % 36% 100% Arrondis. 8 55 % 8 % 6 % 4 % 4 % 23% 100% Extra-muros 26% 20% 12% 9 % 7 % 26% 100% Ensemble 33 % 12% 9 % 7 % 5 % 34% 100% Les unités informelles par arrondissement et par année de création (tableau n°27) Source:DSEE,Bangui,1990. Au regard du tableau ci-dessous on note la multiplication des unités informelles dans le 5e arrondissement, 33% en 1989 contre 5% en 1985. D - La mobilité des entreprises Nous ne saurions traiter de l'évolution du S.I. sans terminer par le caractère particulièrement mobile des unités qui le composent. Les études montrent que le renouvellement des entreprises est très rapide. La proportion des chefs d'entreprises ayant exercé leur métier moins de 6 ans varie entre 33 et 50% des entreprises recensées. Les installations déjeunes sont remarquablement fréquentes, la moyenne d'âge de ceux qui s'installent est de 29 ans, le quart des chefs d'entreprises nouvellement installés ont moins de 27 ans. Le S.I. semble soumis à une forte rotation d'effectifs qui assure sa permanence à travers les échecs souvent rapides. Ce phénomène est peut-être le plus frappant pour quiconque envisage d'étudier ce secteur. La mobilité des entreprises se traduit par un mouvement permanent d'adaptation à l'environnement, aux conséquences de la crise de restructuration que nous traversons aujourd'hui (ajustement structurel, dévaluation du FCFA). Les pouvoirs publics prennent soudain conscience de l'existence du S.I. jusque-là ignoré et voué à une prompte disparition. "Le S.I. est fait pour durer"147 147 LUBELL(H.) : "Le SI dans les années 90", OCDE, Paris, 1990.
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    SECTION II :CONTRIBUTION À L'EMPLOI IL1 - EMPLOI PAR BRANCHE Dans le secteur moderne, l'emploi est assez bien réparti selon les branches. La production industrielle occupe un peumoinsd'un cinquièmede l'ensemble,le BTP11,5%alorsque le commerce fournit près du tiers des emplois. Le secteur informel est bien sûr très marqué par la branche commerce. On y trouve en effet 71% des emplois, l'autre branche porteuse est constitué par les activités du groupe café-hôtel-restaurant (16%). L'emploi par secteur (tableau n°28 Source: DSEE, Bangui, 1990. Le recensement a permis de repérer près de 19 570 entreprises employant 30 442 personnes dans le SI. à Bangui. Selon la division des statistiques et des études économiques le secteur moderne élargi148 emploie24000personnes,etlafonctionpublique20000.NouspouvonsdéduirequeleS.I.à Bangui emploi en 1990, plus de 40 % de la main-d'œuvre non agricole. 148 Le secteur moderne élargi comprend selon la D.S.E.E.: - les entreprisespayant des impôts, des cotisations à l'OCSS (office Centrafricaine dela SécuritéSociale),ou L'ONMO (Office Nationale dela Main d'Oeuvre) ; - les entreprisesd'État, hors fonctionnaires affectés ; - les organisations (nationales ou internationales) employant des salariés le plus souvent enregistrées à l’OCSS. Secteur moderne Secteur informel Ensemble - Indust. Manufact. 1 107 17,9 % 2 314 7,6 % 3 421 -BTP 709 11,5 % 204 0,7 % 913 - Commerce 1900 30,7 % 21573 70,9 % 23 473 - Hôtel, café, restaurant 342 5,5 % 4 840 15,9 % 5 182 - Services aux entreprises 395 6,4 % 107 0,4 % 502 - Services à la collectivité 982 15,9 % 1 146 3,8 % 2 128 - Autres 752 12,2 % 258 0,8 % 1010 Ensemble des activités 6187 100 % 30 442 100 % 36 629
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    KM5 3 1518,6 % Combattant 1465 4,0 % Marché central 1 130 3,1 % Miskine 989 2,7 % Petevo 550 1,5 % Lakouanga 460 1,3 % Total marchés 10 919 29,8 % Total des emplois S.L + S.M. 36 629 100 % L'emploi dans les principaux marchés (tableau n°29) Source : DSEE, Bangui, 1990. IL2 - LOCALISATION DES EMPLOIS Le tiers des emplois du secteur informel et près de 28% de l'emploi total sont localisés sur les marchés. Le marché du KM5 totalise à lui seul près de 9% des emplois de l'ensemble des unités recensées. Il est à souligner le rôle prépondérant que jouent les "wali-gala" 149 sur les marchés dans l'approvisionnement de la ville en produits vivriers. "Bangui ne semble vivre que grâce au secteur commercial et surtout à la micro-distribution"150 . Le système de distribution des produits vivriers est largement dominé par les "wali-gala". On dénombre plus de 10 000 "wali-gala" les marchés publics de la ville de Bangui. 149"Wali-gala" : femmes commerçantes. 150 YAMANDJAN (D.-A.) : "Organisation et gestion du développement agricole en Centrafrique", Thèse de 3ème cycle, Sciences de gestion, Université de Toulouse 1,1994.
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    Secteur moderne Secteur informel Ensemble Responsable d'entreprises 22219 522 19 744 Associés 91 630 721 Apprentis 107 410 517 Aides familiaux 72 6 877 6 949 Salariés 5 695 3 003 8 698 Ensemble des activités 6 187 30 442 36 629 IL3 - STRUCTURE DES EMPLOIS Structure de remploi ("tableau n°30) Source : DSEE, Bangui, 1990. La structure des emplois est fondamentalement différente selon le secteur, informel ou moderne. Le secteur infonnel fonctionne avec une organisation familiale, la notion même de salariat est floue et les travailleurs salariés sont très peu nombreux (10% du total des emplois). A l'inverse le secteur moderne génère 65% des salariés recensés. 92% des emplois de ce secteur sont des emplois salariés. Les avantages en nature sont très importants dans le S.I. En effet 47,8% du personnel employé est logé par l'employeur contre 3,6% seulement dans le secteur moderne. La moyenne d'âge varie en fonction de l'activité des unités. La branche "commerce-hôtel-restaurant" comporte beaucoup de jeunes : 48,2% ont moins de 30 ans et plus de 26% moins de 25 ans. Seulement 23% des responsables ont plus de 40 ans. La production manufacturière et les services sont occupés par des gens relativement plus âgés, les classes d'âge importantes se situent entre 25 et 31 ans. 13,7 % des responsables des unités manufacturières ont plus de 50 ans. IL4 - STRUCTURE PAR ÂGE ET NIVEAU DE FORMATION A - Structure par âge : La moyenne d'âge varie en fonction de l'activité des unités. La branche "commerce-hôtel-restaurant" comporte beaucoup de jeunes : 48,2% ont moins de 30 ans et plus de 26% moins de 25 ans. Seulement 23% des responsables ont plus de 40 ans. La production manufacturière et les services sont occupés par des gens relativement plus âgés, les classes d'âge importantes se situent entre 25 et 31 ans. 13,7 % des responsables des unités manufacturières ont plus de 50 ans.
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    B - Niveaude formation : La qualification professionnelle est bien sûr très disparate : 11,7% des salariés du secteur moderne ont le CAP ou plus, alors que seulement 4,1% des salariés du S.I. déclarent posséder un diplôme professionnel. La répartition selon le niveau d'instruction est très inégale d'une branche à l'autre. En effet, la production et les services, qui requièrent parfois une certaine technicité, comportent une proportion de diplômés plus importante que dans les autres branches. On trouve dans ces deux branches 20% de personnes ayant fait des études secondaires contre seulement 8% dans le commerce. Une particularité est à noter chez les vendeurs de cigarettes : plus de 22% d'entre eux déclarent avoir suivi des études secondaires et 2,7% avoir fréquenté l'université. Ce qui montre l'arrivée croissante des instruits, qui n'ont d'autre alternative que d'exercer une activité dans le S.I. Les unités nouvellement créées sont dirigées par des responsables de plus en plus éduqués. La distribution des unités créées au cours de ces dernières années selon les niveaux d'études des créateurs montre une évolution sensible notamment des personnes ayant suivi des études secondaires. Plus les responsables sont éduqués, plus ils cherchent à élargir l'éventail de leurs activités. 12% des unités ayant plusieurs activités appartiennent à des responsables ayant fait des études supérieures. Ceux-ci ne représentent pourtant que 1,6% des effectifs. A l'inverse les personnes n'ayant aucune instruction (32,1% de l'ensemble) ont très rarement plusieurs établissements. On remarque également que 14,6% des responsables d'unités ont une autre activité professionnelle, us sont souvent agriculteurs notamment chez les commerçants en fruits et légumes mais aussi, quelques fois salariés (654 responsables sont eux-mêmes employés dans Sans École 6e-3e Secondai re Études Non Total instructi on primaire à terminale supérieur es exprimé Production 19,1 % 30,7 % 24,3 % 15,2 % 3,9 % 6,8 % 100% Commerce, 3,7 % 30,5 % 19,9 % 6,8 % 1,3 % 7,8 % 100% café, restaurant, dont commerce 12,2 % 26,5 % 36,3 % 19,4 % 2,7 % 2,9 % 100% détail, cigarettes Services 12,4 % 33,2 % 23,3 % 14,6 % 4,7 % 11,8 % 100% Ensemble 32,1 % 30,4 % 20,2 % 7,6 % 1,6 % 8,1 % 100 % Niveau d'instruction et de formation (tableau n°31) Source : DSEE, Bangui, 1990.
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    Sans instructio n École primaire 6e - 3eSecondair e à terminale Études supé- rieures Non exprimé Total Centrafrique 31,8 % 33,6 % 22,3 % 8,4 % 1,6 % 2,3 % 100 % Bangui 13,5 % 38,0 % 34,9 % 10,2 % 1,7 % 1,8 % 100% Basse Kotto 50,5 % 30,6 % 10,7 % 5,9 % 1,5 % 0,8 % 100% Ibingui Eco 46,4 % 29,3 % 14,2 % 5,8 % 1,4 % 2,9 % 100% Kemo Ibingui 50,7 % 30,6 % 11,4% 4,1 % 0,9 % 2,3 % 100% Lobaye 26,9 % 39,2 % 27,3 % 7,8 % 1,2 % 1,6 % 100% Mbomou 39,6 % 30,4 % 17,9 % 7,8 % 2,9 % 1,4% 100% Ombella Mpoko 40,0 % 34,7 % 14,8 % 6,2 % 1,2 % 3,0 % 100% Ouaka 37,6 % 32,4 % 16,1 % 8,5 % 1,3 % 4,2 % 100% Ouham 45,9 % 31,8 % 12,7 % 6,4 % 1,1 % 2,1 % 100% Autres pays d'Afrique 39,8 % 14,4 % 5,6 % 3,2 % 1,2 % 31,8 % 100 % Ensemble 32,1 % 30,4 % 20,2 % 7,6 % 1,6 % 8,2 % 100 % Niveau d'étude et origine géographique (tableau n°32 une entreprise ou dans une administration). Ce qui confirme l'hypothèse de la pluri-activité des acteurs mise en exergue dans le premier chapitre. Proportionnellement les responsables centrafricains possèdent un niveau d'instruction plus élevé que celui de leurs homologues africains. 1 centrafricain sur 3 déclare n'avoir pas fait d'études et également 1 sur 3 s'être arrêté à l'école primaire. Il faut noter toutefois, le nombre élevé de non réponses parmi les étrangers (près du tiers). H.5 - ORIGINE GÉOGRAPHIQUE ET NIVEAU DE FORMATION Les nationaux par régions Source : DSEE, Bangui, 1990. Le responsable centrafricain originaire de la capitale est nettement plus instruit (13,5% de sans instruction) que son compatriote de province. Les ressortissants de Kemo-Ibingui ou de Basse-Kotto n'ayant aucune instruction sont proportionnellement 4 fois plus nombreux que les banguissois. Il faut cependant remarquer que les personnes originaires de la Lobaye possèdent un niveau d'instruction nettement plus important que le reste des provinces (26,9% seulement de sans instruction, alors que ce même taux se situe aux alentours de 37 à 50% pour les autres régions). Ce résultat s'explique par le fait que les trois premiers présidents du pays étaient originaires de cette région, d'où la présence de nombreuses infrastructures scolaires. Les personnes originaires de l'Ouhan représentent à elles seules 13,4 % des unités informelles. Elles sont particulièrement présentes dans les activités manufacturières (couture, meubles, etc.) mais aussi dans la restauration traditionnelle (brochette, etc.).
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    La Basse-Kotto (6,9% des unités) fournit 44% des vendeurs de poissons. La Ouaka est également bien représentée (6,5%) de même que le Mbomou (5,1%). On remarque un phénomène classique de migration par grappes. Les personnes originaires de la Ouaka ou de l'Ouhan se concentrent sur le marché "Combattant", celles du Mbomou se trouvent sur le marché "KM5". Le marché Central fixe les ressortissants de la Kémo-Gribingui et de la Basse-Kotto. Ces derniers s'installent également sur le marché Pétévo. Les Banguissois d'origine quant à eux sont essentiellement attirés par le marché "KM5". Près de 9 responsables sur 10 sont de nationalité centrafricaine. Les autres sont en grande majorité des ressortissants d'Afrique (11,2% des unités). Plus de la moitié d'entre eux sont des Tchadiens, les autres sont par ordre d'importance, du Sénégal, du Zaïre et du Cameroun. Les Européens sont pratiquement inexistants (0,08%), les Libanais représentent 0,12% de l'ensemble. L'implantation des étrangers obéit également à des règles perceptibles. Les Tchadiens se retrouvent à plus de 50% dans le 3ème arrondissement (KM5) alors que le 5ème arrondissement et le 1er (marché artisanal) attirent surtout les Sénégalais. Les 2/3 des Zaïrois restent dans des arrondissements qui bordent le fleuve (surtout le 2ème arrondissement). Les Libanais mis à part (56% dans le centre-ville) les autres ressortissants sont attirés par le "KM5". Certaines professions sont quasiment contrôlées par les étrangers : ce sont les Tchadiens spécialisés dans la fabrication de caisses et cantines, dans la poterie, certains types de pièces forgées, dans le commerce de moyenne importance..., conjointement avec les Camerounais et les Haoussas, le plus souvent musulmans. Les responsables des autres pays africains entreprennent souvent dans le petit commerce de détail (produits de première nécessité et condiments) ainsi que la vente des vêtements. Le commerce de détail de chaussures semble être une spécialité malienne. L'observation de l'âge des établissements selon la nationalité du responsable d'unité met en évidence la récente arrivée massive des Zaïrois (43,8% de leurs établissements ont moins de 6 mois). Il est à remarquer une importante immigration tchadienne en 1970 et 1976 ; ces années correspondent aux périodes d'instabilité politique au Tchad. Les unités dirigées par les personnes originaires de Bangui, de l'Ouham-Pendé ou de la Haute-Sangha sont relativement récentes (75% des établissements). A l'opposé si les responsables des originaires de l'Ouham, Ombella-Mpoko, de la Kemo-Ibingui et de la Basse-Kotto sont implantés depuis longtemps dans l'économie banguissoise 17% des unités tenues par les personnes ont plus de 15 ans.
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    II.6 - L'ABSORPTIONDU FLUX MIGRATOIRE Les flux migratoires internes et externes vers Bangui, et l'absence des perspectives économiques du secteur moderne sont deux phénomènes expliquant l'extension du S.I. à Bangui. Avec un taux de croissance démographique de 2,5% par an, la Centrafrique est un pays relativement jeune. Ce taux au niveau national relève une répartition inégale. Dans les zones rurales (70% de la population) le taux de croissance démographique est de l'ordre de 1,6% ; le même taux concerne les agglomérations de moins de 2 000 habitants. Les zones urbaines de 10 000 à 20 000 habitants connaissent un taux d'expansion de l'ordre de 6% ; les cinq villes secondaires151 (plus de 35 000 habitants) croissent à un taux de 5%. 29,5% des unités sont dirigées par des personnes originaires de Bangui ; 57,2% des responsables sont nés en province, ce qui dénote un flux migratoire important et probablement un certain dépérissement des provinces. A Bangui, la population a cru de 5% par an, de 1975 à 1982 la population banguissoise est passée d'environ 280 000 habitants à 451 691, soit 16,8% de la population Centrafricaine. Aux flux migratoires internes, il faut ajouter un flux d'étrangers qui semblent bien réussir dans le S.I. (environ 25% des chefs d'entreprise) : on trouve les Tchadiens spécialisés dans la fabrication des caisses et cantines, dans la poterie et certains types de pièces forgées et soudées (marteau, machettes...) dans le commerce de moyenne importance conjointement avec les Haoussas152 et les Camerounais. Les salons de coiffure féminine sont la mainmise des femmes Zaïroises et Tchadiennes. Le même phénomène s'observe en ce qui concerne le commerce des pièces détachées qui est souvent tenu par les musulmans Tchadiens, Camerounais, etc. 75% des entrepreneurs et un employé sur trois (salarié et non salarié) sont des migrants. 80% des migrants avaient de la famille ou des amis résidents à Bangui. L'analyse du processus migratoire nous montre que 80% des individus ont migré, pour des raisons d'emploi, de revenu ou de formation. Cependant, 27,3% des individus ont déclaré avoir effectué des comparaisons de revenus153 . La décision de migration recouvre des situations hétérogènes. La vérification de l'hypothèse de TODARO, à savoir que la migration résulte d'une décision individuelle rationnelle liée à l'existence d'un différentiel de revenu, a été testée par LACHAUD. Il découle de l'analyse du phénomène que les facteurs de la migration ne 151 Les villes secondaires (+35 000 habitants) sont : Berberati, Bouar, Bambari,Bossangoa, Carnot. 152 Haoussa : nom donné aux Nigériens, commerçants musulmans. 153Enquête CE.A.N. op.cit. page 54.
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    peuvent être réellementdéterminés que si l'on connaît le statut antérieur de l'individu, et que en courte période la maximisation de revenu n'est pas le seul facteur explicatif. La proportion de migrants pouvant répondre à l'hypothèse de TODARO n'est pas majoritaire. Fondamentalement la migration a lieu parce qu'elle est susceptible de permettre les conditions de l'obtention d'un revenu à long terme. 40% des migrants avaient au préalable une idée précise du métier qu'ils voulaient faire. Cette observation conduit LACHAUD à reformuler l'équation de TODARO à partir de l'hypothèse suivante : la migration est fonction de la possibilité d'investir en capital humain (apprentissage permettant par la suite d'obtenir des revenus supérieurs). La migration d'une zone "i" à une zone "j" aura lieu si : n q q 0 0 x q V(o)=X [Rj(t).Pj(t)-Ri(t).Pi(t)]e-rtdt-[C(o)+S Cj(t).e-rtdt>0 t= 0 t= 0 ou V(o) valeur présente nette du différentiel spatial de revenu (j - i) au cours de la période horizon "n". On note que (i - j) peut désigner rural-urbain ou urbain-urbain. q Rj (t) : revenu de l'emploi qualifié de la zone j 0 Ri (t) : revenu de l'emploi non qualifié de la zone i q Pj (t) : probabilité d'accorder à un emploi qualifié en j q ri (t) : probabilité de trouver un emploi non qualifié en i C(o) : coût de la migration q Cj (t) : coût d'investissement en capital humain en j X : période de formation i : préférence pour le temps n : période horizon du migrant Cette formulation présente un intérêt car elle montre que le SX, en absorbant la majorité des migrants, contribue aussi à accélérer le processus migratoire. Le système d'apprentissage réduit considérablement les coûts de l'investissement en capital humain et accroît la probabilité d'accéder à un emploi qualifié. Comment ce double flux migratoire est-il accueilli ? Cette question renvoie à l'absence de perspectives économiques, phénomène aggravé par les mesures successives d'ajustement structurel dont les répercussions désastreuses sont
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    évidentes.Depuis les indépendancesle secteur public embauche selon des critères flous (tribalisme, népotisme...). De 1972 à 1980 on a noté une augmentation de 75% de l'effectif, toutefois le chiffre absolu des emplois publics ainsi créés est faible et montre l'écart entre le nombre de demandeurs d'emploi et les postes offerts. Ce premier point est aggravé par le fait que le secteur privé moderne n'a pratiquement pas embauché, et qu'il a parfois purement et simplement débauché. On peut penser que le marasme économique est dû en partie aux effets des politiques d'ajustement structurel, mais aussi à des facteurs internes. Les perspectives économiques sont sombres : la décroissance du produit intérieur par tête constitue le point nodal de cette observation. Les conditions générales qui prévalent à Bangui peuvent se résumer de la façon suivante : - la population banguissoise croît rapidement, tant en raison de la natalité, qu'en raison d'un double flux migratoire interne et externe ; - cette population en croissance n'a trouvé dans le passé que des rares emplois dans la fonction publique ; aujourd'hui sous l'effet des politiques d'ajustement la fonction publique comprime ses effectifs, tandis que le secteur privé moderne se restructure difficilement ; - ces phénomènes ont lieu dans un climat de marasme économique, de décroissance du PIB par tête.
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    SECTION III :LA CONTRIBUTION AU REVENU Il s'agira ici de mettre en évidence le rôle du S I. en matière de distribution de revenu. Soulignons tout d'abord que dans les PVD en général, la détermination du revenu n'est pas du tout aisée, elle est confrontée à des difficultés d'ordre conceptuel et au manque de données statistiques. L'unique étude sur la question concernant la ville de Bangui, relève des travaux de J.-P. LACHAUD sur les activités informelles à Bangui, qui datent de 1982. A partir du recensement des activités du S.I.154 , l'auteur a examiné successivement les statistiques relatives à la valeur ajoutée et au revenu. Les données recueillies montrent une étroite relation entre le montant du capital investi et les revenus distribués. III.l. - L'ANALYSE DES STATISTIQUES DE LA VALEUR AJOUTÉE A - La méthodologie adoptée L'approche méthodologique concernant la détermination de la valeur ajoutée a été définie lors d'une première étude en 1976155 , dont l'auteur rappelle les principaux éléments : Le principe général adopté est que chaque fois que cela est possible, il est préférable d'approximer une information à l'aide de deux méthodes différentes. Concernant la valeur ajoutée et le revenu, l'enquête s'était fixée deux objectifs : - déterminer leur valeur d'une manière aussi précise que possible ; - dégager un concept de valeur ajoutée et de revenu de "moyenne période" c'est-à-dire se rapportant à une année. Deux méthodes d'estimation de la valeur ajoutée ont été retenues : 1) le questionnaire a permis de déterminer par la déclaration des intéressés, le produit brut (chiffre d'affaire) et les dépenses relatives aux consommations intermédiaires au cours de la période de référence, la semaine précédant l'enquête. En outre, les enquêtes devaient indiquer si cela correspondait à un niveau de production normale (semaine moyenne), maximum (bonne semaine) ou minimum (mauvaise semaine). Les deux alternatives non 154 LACHAUD (J.-P.) : "Analyse du recensement des activités du S.I. à Bangui", C.E.D., Bordeaux I, juin 1982. 155 LACHAUD (J.-P.) : "Contribution à l'étude du secteur informel en Côte d'Ivoire", C.E.D., Bordeaux I, 1981.
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    choisies devaient égalementêtre précisées tant en termes de production que de consommations intermédiaires, ce qui finalement permettait d'évaluer le niveau de la V.A. : bonne semaine, semaine moyenne et mauvaise semaine. Enfin il était demandé de fournir une estimation des pondérations (en mois) intra-annuelles de ces différents niveaux de production et de consommation intermédiaire. On obtient alors pour l'unité de production "i" au cours d'une semaine : i i i VA jmax = Pbmax - CImax i i i VA i min = Pb min - CI min i i i VAj moy = Pb moy - CI moy où VA : Valeur ajoutée Pb : Produit brut CI : Consommation mtermédiaire La valeur ajoutée annuelle pondérée est : i i i i i i i VAj a = ( VAj_max. Fmax ) + ( VAj min . F min ) + ( VA1moy . F moy ) où les F1 représentent les pondérations exprimées en nombre de semaines, sur la base de 52 semaines de travail. 2) Une deuxième estimation de la V.A. a été réalisée à partir d'une approche prix-quantité. Lorsque cela était possible (surtout dans les activités de production), il était demandé aux chefs d'entreprise quels étaient les biens fabriqués et leurs prix respectifs au cours de la semaine de référence ; pour les consommations intermédiaires on se contente de la donnée en valeur. En outre, ils devaient indiquer si cela correspondait à un niveau de production normal, maximal ou minimal. Comme précédemment, quelle que soit la réponse fournie, trois estimations des quantités et des prix devenaient disponibles. De ce fait, la V.A. pour l'unité de production "i" au cours de la semaine s'obtient ainsi : i VA2max VA2 min : X Pr mm • % mm " CI min n = l =XPr max • Or max" CImax n = 1
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    VA2 moy =S Pr nioy . qrraoy - CI moy n = 1 où "VA" représente la valeur ajoutée, "CI" la consommation intermédiaire, "Pr" le prix des biens, "Qr" les quantités produites et "r = 1", "n" le nombre des biens ou services produits. La valeur ajoutée annuelle pondérée est (en utilisant les mêmes pondérations que précédemment) : i i i i i i i VA2a = ( VA2 max. F max ) + ( VA2min . F min ) + ( VA2moy . F moy ) La valeur ajoutée finale est obtenue en faisant la moyenne arithmétique de i i VAj a et VA2 a A noter que les deux estimations sont relativement proches. Lorsque les variables demeurent incertaines, des recoupements ont été effectués en utilisant des coefficients techniques par catégories d'activités. La détermination du revenu (bénéfice net) des chefs d'entreprise découle de la V.A. précédente de laquelle on déduit les charges salariales et/ou fiscales. B - Les principaux résultats Les tableaux n°33 et 34 donnent les résultats obtenus (voir pages suivantes) et appellent les observations ci-après : 1) Pour l'ensemble des unités de production, la valeur ajoutée brute moyenne annuelle est de 387 874 FCFA. Si l'on prend en considération la population cible des activités informelles de Bangui, le montant global de la V.A. s'élève à 2,1 milliards de FCFA. En fait, compte tenu de la totalité des activités recensées, la contribution productive serait de l'ordre de 2 3 milliards de FCFA. Ce qui met en lumière l'importance du S.I. en Centrafrique par rapport au produit intérieur brut (PIB) .Toutefois ce genre de calcul est sujet à caution.
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    — Page 140— Valeur ajoutée annuelle des premier et dernier quintiles et de la médiane par secteur et catégorie d'activité. Bangui 1982 (FCFA). (tableau n°34) SECTEUR ET STATISTIQUES CATEGORIE Ensemble des entreprises Premier quintile Dernier quintile Médiane Nb de cas D'ACTIVITE Moyenne Ecart type Moyenne Ecart type Moyenne Ecart type Production 993 123 1 470 606 111 006 54 115 3 431 768 1 899 274 401 492 5 7 l'Oche art. 2811636 2082369 539465 531825 5838664 467954 2281994 14 1[abili, divers 417296 328814 86798 41974 956259 190284 290004 25 Menuisiers 406315 211669 180336 23385 779584 83173 354774 12 r'orj'crons, divers 321975 212177 16380 - 572000 - 331188 6 Services 613 691 445 987 135 844 23 103 1 296 090 167 940 474 448 2 4 Travili1 grains 780052 400420 496912 - 1063102 - - 2 Róp.chauss.divers 186690 118012 102232 - 393744 - 151216 5 Mót'iin.niilo.vclom. 1163478 254713 859664 - 1478412 - 1236976 7 Rdp.rodlodivers 387296 165463 139516 - 483080 - 463294 4 'ii i vu csdivcis 423583 276633 231712 - 857012 - 263458 6 < «iiuiik'I ce 300 567 626 692 28 107 20 010 1 037 008 1 138 481 135 252 2 4 2 Rosi bars 2451559 1682101 883974 62251 5336968 1491447 2027064 11 Pintiprâp.garg. 106219 138731 28392 : 6251 287872 252680 50700 9 Doluonaprépind. 311957 460868 42159 7 515 937547 685966 127894 18 ('un mici cej'Ciióral 293978 304859 80256 32733 762652 404810 184418 24 <'oin.vlvricrs div. 112557 119732 16266 24684 276464 172284 84292 80 ( 'Din.vi.'iiides 408 864 270745 169000 1397 898404 356591 310024 13 ( 'oui.poissons 180789 145974 31200 - 468000 - 181012 7 ( 'oin.cpiccric 101104 87312 39260 9192 252850 70193 55380 10 ( îom.boul .divers 190050 ■ 119740 37921 30084 360256 111530 188422 20 ( oui.bois divers 192903 185525 9685 13359 493831 96582 143000 18 ('om.qiiinc.divers 164931 106339 94484 - 321100 - 122070 4 ( 'oin.lexl.divers 351 390 346217 98176 6471 966446 190135 168688 10 ('om.cij'.nrellcs 164013 209218 30030 26290 549484 236134 75712 11 ('oiu.divcrs 328 002 244392 100776 - 814528 - 313612 7 H A N i i i e i H 562 113 M l i».n 234 000 1 1 0 309 265 881 265 881 495 300 8 Tlllili l|Ml|l l u i ) - ■ M ■ - - 5 431 U m i l i l i - I A t J I A U l ) , m
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    En admettant quela population banguissoise équivaut à la moitié de la population urbanisée en Centrafrique, et que le rapport activités informelles / population urbaine est homogène quel que soit le niveau d'urbanisation, la contribution du Si. en Centrafrique serait de l'ordre de 4.6 milliards de FCFA soit 4.6 % du PIB156 . Nous avons la conviction que le Si. contribue largement à la production contrairement au chiffre ci-dessus ; on a l'impression qu'il y a d'un côté le S.M., de l'autre côté le Si., et qu'il suffit d'additionner les deux pour avoir le PIB. Un premier biais concerne l'importance respective des activités de production, de services et de commercialisation. Si les activités de services sont légèrement sous estimées (les transporteurs en particulier, les maçons des quartiers...), les activités de production ne le sont pas (exception : la fabrication des cantines). Par contre, il existe un important biais dans l'évaluation du secteur commercial (commerce de carburant, de cigarette, de montres...). Un deuxième biais provient du fait que le Si. concerne beaucoup plus de personnes que ce qu'il apparaît dans les résultats du recensement. Si un ménage sur trois touche des revenus du Si., en revanche, tous dépensent une partie de leurs revenus dans ce secteur. Ceci est une réalité qui échappe aux recensements, alors que le fait est visible pour tout observateur. Plus le revenu augmente, moins les personnes s'adressent au Si. ; cela se traduit par une élasticité de la demande au Si. par rapport au revenu inférieure à 1. Ce résultat paraît non négligeable. En fait il prend une dimension toute particulière lorsqu'on le replace dans le cadre de la comptabilité nationale qui, pour la plupart du temps, ne tient pas compte du Si. A cet égard, le PIB par tête avait été estimé à 43 800 FCFA en 1979. Si le Si. est pris en compte, il s'élève à 45 800 FCFA, soit une augmentation de 4.6%157 . La valeur élevée des écarts-types suggère l'existence de disparités importantes. La contribution productive annuelle moyenne du premier quintile est, selon les secteurs, 10 à 20 fois moins élevée que celle du dernier quintile. Par contre la désagrégation selon l'ancienneté des entreprises ne fait pas apparaître d'écart sensible en ternies de V.A. Certes les entreprises ayant trois ans et plus d'existence exhibent des performances économiques meilleures, mais l'écart avec les plus récentes n'est pas exorbitant. 2) L'analyse sectorielle permet de préciser davantage ces informations globales. Tout d'abord on constate une inégale contribution à la production selon les secteurs d'activités. La valeur ajoutée dégagée par les activités non commerciales est en moyenne deux fois, voire 156 Si l'on prend un PIB de 101 milliards de F CFA en 1979 et la population urbanisée de 10 000 habitants et plus. 157 D'où un PIB / tête supérieur à 300 $ en 1979.
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    trois fois plusforte que celle inhérente aux activités commerciales, et ceci quelle que soit l'ancienneté des entreprises. A l'intérieur des secteurs, la V.A. moyenne varie d'une activité à une autre. Ainsi, les performances du secteur de production sont dues essentiellement à la présence de la pêche artisanale dont la contribution productive (2 811 626 FCFA) est sept fois plus élevée que dans les autres catégories d'activité. Dans les services, on notera les bonnes performances de la mécanique auto (1 163 478 FCFA) et du travail de grains (780 052 FCFA). Dans le commerce la prépondérance des bars-restaurants est manifeste puisqu'ils sont à l'origine d'une VA annuelle moyenne de 2 451 559 FCFA. Des différences importantes apparaissent pour une même catégorie d'activité. L'analyse montre qu'entre le premier quintile et le dernier quintile, il existe des écarts moyens de VA de 1 à 30 dans la production, de 1 à 10 dans les services et le bâtiment, et de 1 à 40 dans le commerce. Mais on observe qu'à part le commerce, la médiane est relativement homogène selon les catégories d'activités. Au total les résultats auxquels l'auteur est parvenu confirment l'importance de la contribution productive du Si. Toutefois il est à noter, tout comme l'analyse de l'emploi et du capital, l'existence de disparités selon les secteurs et catégories d'activités. m.2 - L'ANALYSE DES STATISTIQUES DE REVENU L'entreprise du Si. a plus ou moins de potentiels de revenu suivant les branches d'activités. L'examen de l'éventail des revenus distribués par le Si. Montre une forte disparité. Pour mieux cerner la distribution des revenus dans le Si. à Bangui, nous exploiterons ici les résultats de l'enquête158 pour situer le niveau de la rémunération des chefs d'entreprises et de la main-d'œuvre. En outre, nous comparerons ces revenus au salaire minimum (indicateur approprié). ' A - Le revenu des chefs d'entreprises Pour l'ensemble des activités informelles, le revenu moyen (il s'agit d'un revenu de moyenne période) des chefs s'élevait à 5 645 FCFA par semaine. A priori, on peut considérer que ce niveau de rémunération est substantiel puisqu'il dépasse le seuil des salaires minimum évalué à 4 375 FCFA par semaine (voir tableau n°35). Enquête op.cit. page 54.
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    Revenu ( ï) par semaine des entrepreneurs par secteur et catégorie d'activité et selon l'ancienneté des entreprises. Bangui 1982. (FCFA) (tableau n°35) SECTEUR ET STATISTIQUES CATEGORIE Ensemble des entreprises Entreprises de 3 ans et plus Entreprises de moins de 3 ans D'ACTIVITE Moyenne Ecart type Nb de cas Moyenne Ecart type Nbdecas Moyenne Ecart type Nb de cas Production 15 069 23 966 5 7 14 846 19 203 3 6 15 451 31 093 2 1 Pêche art. 41 398 37 381 14 35 688 26 027 10 55 675 60 353 4 Habill.divers 6 844 6 300 25 7 096 7 096 13 6 580 5 614 12 Menuisiers 6 098 3 865 12 6 723 4 250 9 4 223 1 700 3 Forgerons, divers 5 842 4 263 6 6 203 3 793 4 5 119 6 794 2 Services 8 816 6 187 2 4 8 639 5 919 1 6 9 174 7 105 8 Travail grains 12 472 6 952 2 - - - 12 472 6 952 2 Rép.chauss.divers 2 796 1 356 5 2 720 1 553 4 3 099 - 1 Mécan.auto.vélom. 15 972 4 782 7 14 896 4 209 6 22 431 - 1 Rép.radio divers 6 564 3 105 4 8 767 133 2 4 361 3 081 2 Services divers 5 772 1 804 6 5 110 1 276 4 7 096 2 477 2 Commerce 4 314 8 804 24 2 5 460 11 383 11 7 3 241 5 198 12 5 Rest.bars 30 214 26 361 11 37 434 30 714 7 17 579 9 753 4 Plats prép.garg. 1 752 2 180 9 3 350 3 499 3 953 636 6 Boissons prép.ind. 5 907 9 102 18 4 547 5 014 9 7 268 12 113 9 Commerce général 4 399 5 511 24 5 543 6 954 9 3 713 4 573 15 Com.vivriers div. 1 635 1 804 80 1 972 2 066 37 1 345 1 508 43 Com.viandes 5 133 2 998 13 4 505 3 089 9 6 548 2 578 4 Corn .poissons 1 966 1 953 7 1 966 1 953 7 - - - Com.épiccrie 1 527 1 249 10 1 087 708 5 1 968 1 588 ■ 5 Com.boul.divers 3 446 2 218 20 3 696 2 546 8 3 279 2 073 12 Com.bois divers 2 979 3 116 18 1 705 1 640 8 3 998 3 695 10 Com.quinc.divers 2 665 1 798 4 3 806 2 077 2 1 528 408 2 Com.text.divers 5 278 6 466 10 9 399 8 905 4 2 531 2 242 6 Com. cigarettes 3 074 3 952 11 6 115 6 533 3 1 934 2 160 8 Com.divers 5 358 4 254 7 6 078 4 167 6 1 038 - 1 Bâtiment 7 295 4 199 8 6 733 4 185 7 11 276 - 1 Total (pop. base) 5 645 - 5 431 6 601 - 2 777 4 495 - 2 654 (1) : Il s'agit du revenu de l'activité productive liée à l'entreprise. Source : LACHAUD, 1982.
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    On note uneimportante différence selon les secteurs et catégories d'activités. Avec des appointements de 15 069 FCFA / semaine, le secteur de production engendre des revenus deux fois plus élevés que les services et le bâtiment, et quatre fois plus élevés que le commerce. Les bénéfices des entrepreneurs des secteurs services et bâtiment et du commerce sont respectivement: 8 816 FCFA, 7 295 FCFA et 4 314 FCFA par semaine. Le bénéfice des chefs d'entreprise du commerce est voisin du SMIG. B - La rémunération de la main-d'œuvre Le tableau n°36 (page suivante) indique les rémunérations de la main-d'œuvre par semaine. L'existence de plusieurs niveaux de rémunération de la main-d'œuvre est le reflet de la spécificité des formes d'emploi dans le S.I. : la rémunération de la main-d'œuvre est directement liée aux performances de l'entreprise. Ceci est d'autant mieux accepté que l'embauche est souvent fonction dès critères familiaux. Dans ce contexte, il n'est pas excessif d'avancer que dans certains cas, les revenus de la main-d'œuvre constituent une forme de partage des revenus disponibles. A ce propos, peut-on raisonner en termes de revenus individuels, ou ne faut-il pas réfléchir au niveau des ménages ? Nous retiendrons que : quels que soient les secteurs et catégories d'activités, et les niveaux d'occupation, la majorité des individus perçoivent des rémunérations inférieures au salaire minimum de 4 375 FCFA / semaine. Toutefois, il est frappant de constater que l'hétérogénéité sectorielle est peu visible à ce niveau. Même les secteurs les plus dynamiques distribuent des salaires inférieurs au salaire minimum. Aux rémunérations monétaires peuvent s'ajouter des avantages en nature pour la main-d'œuvre "non salariée" et ceci obscurcit la différenciation traditionnelle des formes d'emploi. Dans le Si. les notions de "salariat "et de "non salariat" doivent être maniées avec précaution.
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    SECTEUR ET STATISTIQUES CATEGORIE D'ACTIVITE Apprentisrémunérés Aides familiaux rémunérés Ouvriers/employés rémunérés % de cas > SMIG 4 375 F CFA / semaine (1) Nb % RM Rmax Rmin Nb % RM Rmax Rmin Nb % RM Rmax Rmin A AF O/E Production 14 73,7 900 (10,0) 1720 (1078) 200 (0,0) 7 13,7 1767 (1531) 2400 (1380) 550 (71) 5 26,3 32 69 (2034) 4065 (3344) 2894 (1863) 100 85,7 60,0 Pêche art. - - - - - - - - - - - - - - - - - - Habill.divers 2 33,3 - 2475 (1803) - 6 50,0 1767(1531) 2300(1483) 550(71) 4 100,0 3269 (2034) 4769 (3407) 2894(1863) 100,0 83,3 50,0 Menuisiers 9 100,0 - 1792(1068) - 1 100,0 - 3000(0,0) - 1 100,0 - 1250(0,0) - 100,0 100,0 100,0 Forgerons, divers 3 75,0 900 (0,0) 1000(0,0) 200(0,0) - - - - - - - - - - 100,0 - - Services 10 66,7 1693 (1099) 3167 (1804) 625 (338) 5 83,3 - 1460 (391) 387 (0,0) 12 100 500 (0,01) 3042 (424) 100,0(0,0) 83,3 100 100 Travail grains - - - - - 1 100,0 - 2000(0,0) - 1 100,0 - 2250(0,0) - - 100,0 100,0 Rép.chauss.divers 1 25,0 300(0,0) 600(0,0) 300(0,0) - - - - - 3 100,0 500 (0,01) 3000(0,0) 100(0,0) 100,0 - 100,0 Mécan.auto.vélom. 7 77,8 1708(980) 3332 (1442) 680 (329) 3 75,0 - 1600(1153) 387 (0,0) 5 100,0 - 3300(411) - 71,4 100,0 100,0 Rép .radio divers 1 100,0 3000 (0,0) 6000 (0,0) 1000(0,0) 1 110,0 - 500(0,0) - - - - - - 0,0 100,0 - Services divers 1 100,0 - 1750 - - - - - - 3 100,0 - 2917(382) - 100,0 - 100,0 Commerce 5 45,5 - 343 0 (1421) - 19 25,7 2500 * 2235 (1572) - 29 69,0 . - 2898 (1483) - 80,0 84,2 86,2 Rest.bars 4 80,0 - 4037 (480) - 8 88,9 - 3531 (737) - 26 83,9 - 2935 (1274) - 75,0 75,0 88,5 Plats prép.garg. - - - - - - - - - - - - - - - - - - Boissons prép.ind. - - - - - - - - - - 25,0 - - - - - - Commerce général - - - - - - - - - - 2 -- 3250 (4243) - - - 50,0 Com.vivriers div. - - - - - 2 12,5 - 2650(3451) - - - - - - - 50,0 - Com.viandes - - - - - 1 50,0 - 600(0,0) - - - - - - - 100,0 - Com.poissons - - - - - - - - - - - - - - - - - - Com.épicerie - - - - - - - - - - - - - - - - - Com.boul.divers - - - - - - - - - - - - - - - - - - Com.bois divers 1 50,0 - 1000(0,0) - 6 54,5 - 1200067) - - - - - - - 100,0 - Com.quinc.divers - - - - - - - - - - - - - - - - - - Com.text.divers - - - - - 1 20,0 - 1050(0,0) - 1 100,0 - 1250(0,0) - - 100,0 100,0 Com.cigarettes - - - - - - - - - - - - - - - - - - Com.divers - - - - - 1 100,0 - 250(0,0) - - - - - - - 100,0 - Bâtiment 5 83,3 2600 (0,0) 3000 (0,0) 2400 (0,0) - - - - - 4 100 3833 (2021) 4 625 (1702) 3408 (2410) 100 - 50,0 (1) : Par rapport au salaire minimal. Source : LACHAUD, 1982. * : Uniquement bars-restaurants. Dans la mesure où les salariés moyens n'ont pas été indiqués dans les autres secteurs. Le salaire moyen est supérieur au salaire maximum. Rémunération de la main-d'œuvre par semaine selon les secteurs et les catégories d'activité. Ban gui 1982. (tableau n°36)
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    La comparaison avecles revenus officiels La comparaison du premier et dernier quintile et la médiane au salaire minimum apparaît dans le tableau n°37 page suivante. Dans 59,8% des cas, le revenu du S.I. est inférieur au SMIG. Cependant le revenu médian avoisine les 22 500 FCFA (exactement 22 452 FCFA) ce qui est nettement supérieur au salaire de référence. En réalité, le revenu médian du S.I. est fortement influencé par les revenus observés dans le commerce. Ceux-ci accusent une forte disparité, allant de 25 FCFA/mois au premier quintile jusqu'à atteindre 300 964 FCFA au dernier quintile. Les ouvriers du S.I. sont moins payés que ceux du secteur moderne puisqu'ils touchent en moyenne 10 136 FCFA seulement, contre 13 000 FCFA. Mais leur rémunération pouvant atteindre 14 700 FCFA en valeur absolue, la différence n'est donc pas substantielle. On constate que les aides familiaux sont rémunérés. Leur rémunération atteint en moyenne 6 920 FCFA par mois. Mais ce qui est important à souligner est la rémunération des apprentis qui, en moyenne est de 6 924 FCFA/mois et pouvant atteindre 11 317 FCFA ; alors que certaines bourses d'études en Centrafrique peuvent avoisiner ces chiffres. Exemple : les élèves de l'école des Postes et Télécommunications, de l'Institut Pédagogique National, de l'Ecole Normale des Instituteurs... ne touchent guère au-delà de 10 000 FCFA par mois. Et dire que les apprentis du S.I. peuvent toucher jusqu'à 11 400 FCFA par mois. Si plusieurs niveaux de rémunération existent, cela est le reflet de la spécificité des formes d'emploi dans ce secteur : la rémunération de la main-d'œuvre est directement liée aux performances de l'entreprise. Ceci est d'autant mieux accepté que l'embauche est souvent fonction des critères familiaux.
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    — Page 147— Revenus moyens des entrepreneurs par mois des premier et dernier quintile et de la médiane des entreprises par secteur d'activités en FCFA (tableau n°37) Ensemble entreprises 1er quintile Dernier quintile Médiane Nombre de cas % de cas inférieurs ou égaux au salaire minimum Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Inférieur ou égal à 13 000 F Production 60 276 6 208 210 600 26 952 57 29,8 Services 35 264 8 940 74 340 29 072 24 20,8 Commerce 17 256 1096 58 748 7 784 242 66,1 Bâtiment 29 180 12 264 52 244 26 000 8 12,5 22 580 22 452 5 9 , 8 Source : LACHAUD, 1982.
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    SECTION IV :LA CONTRIBUTION A L'ACCUMULATION DU CAPITAL Comme nous l'avons souligné dans le chapitre précédent l'accumulation du capital dans le S.I. soulève des difficultés dans l'interprétation des résultats. On retrouve ici l'opposition entre les activités informelles évolutives et les activités informelles involutives. Nous allons montrer que les résultats diffèrent selon les activités. L'enquête 159 de 1982 donne des informations sur l'importance, la croissance et le financement du capital technique fixe (l'actif circulant n'a pas été déterminé). IV. 1 -VALEUR DES ACTIFS IMMOBILISÉS Deux approches ont été retenues pour déterminer la valeur des actifs : l'approche globale et l'approche sectorielle. A - L'approche globale La méthode du questionnaire combinée à celle de l'observation a permis d'obtenir la valeur des actifs immobilisés. Les informations sur le capital : date d'achat, prix d'achat, prix actuel à l'état neuf, matériel neuf ou d'occasion ont été relevés. En supposant un taux de dépréciation annuel linéaire de 10%160 , il est possible d'estimer la valeur actuelle réelle de l'actif immobilisé. Les principaux résultats - l'actif immobilisé est assez faible, en moyenne 69 542 FCFA par unité de production. Le capital immobilisé de l'ensemble des unités enquêtées est de l'ordre de 350 000 millions de FCFA ; - l'importance du capital immobilisé varie avec l'ancienneté des unités de production. Les entreprises qui ont trois ans et plus d'existence ont un capital technique fixe de 80 898 FCFA en moyenne. Par contre, dans les plus récentes (moins de 3 ans d'existence), l'actif immobilisé est à peine inférieur à 60 000 FCFA en moyenne ; - la présence de coefficients de dispersion élevés témoigne d'une hétérogénéité sectorielle. 159 Enquête op.cit. page 54. 160 Le taux a été appliqué uniformément pour les différents types de biens. Par contre la durée de vie estimée a varié de 15 à 20 ans selon les types de biens.
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    B - L'approchesectorielle L'analyse du capital fixe par secteur fait apparaître des différences importantes. Les écarts d'immobilisation entre les services et le commerce sont en moyenne de 1 à 6 en faveur du premier secteur. A noter que pour la production et le bâtiment, les immobilisations sont faibles par rapport à ce qui est observé dans d'autres capitales africaines. Seul le secteur des services peut se comparer avec celui des autres pays africains. - le volume du capital immobilisé varie sensiblement selon les catégories d'activité, surtout en ce qui concerne les services et le commerce ; - dans les services, si le niveau du capital technique fixe est comparable pour le travail des grains et la mécanique auto - de l'ordre de 650 000 FCFA - il est dix à quinze fois moins élevé dans les autres catégories. Cette divergence se maintient si l'on prend en considération les entreprises ayant trois ans et plus d'existence. Par contre, elle se réduit notablement pour les entreprises récentes ; - dans le commerce : les écarts de niveau de capitalisation sont encore plus accentués. Le volume de capital technique fixe est deux cent fois plus élevé dans les bars-restaurants que dans le commerce vivrier. Mais en moyenne, le rapport est de 1 à 100 quelle que soit l'ancienneté des unités de production. Ces observations montrent qu'à l'intérieur d'une même catégorie d'activité on retrouve une diversité de cas. Les coefficients de dispersion sont en général élevés, même dans les activités où le niveau d'actifs immobilisés est important (mécanique auto, bars-restaurants). D'une façon générale, dans les catégories d'activité où l'actif immobilisé moyen est faible (commerce) les variations du montant du capital fixe selon l'ancienneté des entreprises sont à peine perceptibles. Ce qui tendrait à confirmer l'existence d'une faible barrière à l'entrée en ternie de capital. IV.2 - LA CROISSANCE DU CAPITAL TECHNIQUE FIXE A - La détermination de l'accumulation du capital La méthode utilisée est la suivante : pour évaluer le taux de croissance du stock de capital, on s'est référé au stock de capital "effectif' qui tient compte du stock de capital brut, de son âge moyen et du taux d'amélioration de la productivité de nouveaux biens capitaux.
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    En supposant quele progrès technique améliore la qualité des nouvelles machines à un taux constant par année K, il vient : où Kvt = montant de capital constitué à l'année "v" et encore en usage à l'année "t". Si le taux de croissance du capital change, il en résultera une modification de la distribution par âge du capital ainsi que de sa production, puisque l'écart entre la technologie moyenne et la meilleure technique variera. Une baisse de l'âge moyen du capital améliorera sa productivité d'un montant égal à –λK𝝏A, 𝝏 A A présente la variation de l'âge moyen du capital161 161 𝝏A est négatif si le stock de capital devient plus jeune dû à une accélération plus rapide du capital
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    ai= Taux decroissance annuel moyen du capital au cours de la période "x" pour l'unité ‘’i’’162 Toutefois, comme pour le travail, il paraît nécessaire de pondérer ce taux de croissance pouréviterdefavoriserlespetitesunitésdeproductionayantpeu decapitaletcrééesdepuispeu. De ce fait, il importe de pondérer le taux de croissance moyen par le stock de capital de l'entreprise évaluée au point médian de croissance et le nombre d'années de fonctionnement de l'entreprise. Cetteméthodesejustifiedanslamesureoùlequestionnairepermetdedécelerlecapitalde départ de l'unité de production au moment de l'enquête. B - l'importance de l'accumulation du capital Les observations suivantes découlent des résultats de l'enquête : 25% des entreprises seulement ont réalisé une accumulation du capital depuis leur création. Ce résultat est tout à fait logique si l'on se souvient que moins de 15% des entreprises avaient eu un taux de croissance de l'emploi positif (voir tableau ci-dessous). 162 Le taux de croissance du capital est déterminé par rapport à sa valeur de remplacement.
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    Répartitiondesentreprisesparsecteuret catégoried’activitéet caractéristiquesdecroissancedu capitaltechnique fixe (fréquences relatives), Bangui 1982, (Tableau n°38) Secteur et catégorie d’activité Croissance du capital technique fixe Positive Nulle Total N Production Services Commerce Bâtiment 49,1 41,7 21,6 25,0 50,9 58,3 78,4 75,0 100 100 100 100 57 24 22 9 Total* 25,6 74,4 100 50 053 * : par rapport à la population de base Source : LACHAUD, 1982. Dans la production et les services, près de la moitié des entrepreneurs ont réalisé un investissement net, alors que la proportion dans le commerce (sauf bars-restaurants) dépasse peine 20%. Un dynamise approximativement homogène apparaît dans le secteur de la production. Par contre, des variations assez sensibles subsistent dans les autres secteurs. Par exemple la mécanique-auto constitue une activité où proportion des entreprises ayant réalisé des investissements supplémentaires est supérieure à la moyenne. Inversement, dans la répartition des chaussures et les services divers, le phénomène d’accumulation du capital ne concerne qu’une minorité d’unités de production. Les contraintes technologiques ne s’imposent pas de façon uniforme dans tous les secteurs. Il est vraisemblable que, face à une élévation de la demande, le secteur des services autorise plus facilement que le secteur de production une augmentation de l’échelle des opérations sans accroissement des capacités productives. Néanmoins, il est vrai que certaines activités comme la réparation des chaussures, demeurent réellement marginales. La signification de l’investissement net est très différente selon qu’il s’agit du secteur non commercial ou du secteur commercial (sauf bars-restaurants). Dans ce dernier cas, un taux de croissance net positif traduit tout simplement l’achat de quelques ustensiles rudimentaires (cuvettes, balance…).
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    Parcontre,danslesautressecteurs,lanotiond’investissementexprimedespotentialités additionnelles de production,impliquant parfois un emploi supplémentaire. Globalement on peut considérer que le secteur informel englobe quelques entreprises relativement dynamiques du point de vue de l’accumulation du capital. Ce résultat est d’autant plusencourageantquelaproportiondesentreprisesanciennes(troisansetplus)ayantréalisédes investissements supplémentaires augmente systématiquement. En effet, près de 40% des entreprises ayant trois ans et plus d’existence ont augmenté leurs stocks de Capital. Ainsi l'accumulationducapitaln'estpasuniquementlefaitd'entreprisess'implantent.Ellesemaintient en moyenne période (voir tableau n°39, page suivante).
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    (tableau n°39) * :Par rapport ) la population de base Source : LACHAUD, 1982. Type de SECTEUR D'ACTIVITE ET ANCIENNETE DES ENTREPRISES croissance Production Services Commerce Bâtiment Total * du capital technique fixe Ens. des entreprises (%) Ent. de 3 ans et + (%) Engs. des entreprises (%) Ent. de 3 ans et + (%) Ens. des entreprises M Ent. de 3 ans et + (%) Ens. des entreprises (%) Ent. de 3 ans et + (%) Ens. des entreprises (%) Ent. de 3 ans et + (%) POSITIVE 49,1 61,1 41,7 56,3 21,6 34,5 25,0 28,6 25,6 39,2 NULLE 50,9 38,9 53,8 43,8 78,4 65,5 75,0 71,4 74,4 60,8 Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 N 57 36 24 16 222 110 8 7 5 053 2 642 % N 100,0 63,2 100,0 66,7 100,0 49,5 100,0 87,5 93,0 52,3 Répartition des entreprises par secteur d'activité, ancienneté et caractéristiques de croissance du capital technique fixe, b angui 1982. (tableau n°39)
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    Secteur et TAUXDE CROISSANCE, ANCIENNETÉ, Nb DE CAS catégorie d'activité Ensemble des entreprises Entreprises de 3 ans et plus Entreprises de moins de 3 ans MOY. POND. (%) NB. DE CAS MOY. POND. (%) NB. DE CAS MOY. POND. (%) NB. DE CAS PRODUCTION 6,4 57 4,1 36 67,3 21 SERVICES 17,3 24 17,5 16 1,6 8 COMMERCE 15,6 222 5,0 110 123,1 112 BAT I M E NT 2,0 8 2,0 7 - 1 TOTAL* 14,5 5 053' 5,6 2 642 114,0 2411 pour l'ensemble du secteur informel, le taux de croissance moyen pondéré du capital technique fixe est de 14,5% par an (tableau ci-dessous). L'importance de ce taux corrobore les observations précédentes d'un secteur informel relativement dynamique. Taux de croissance pondéré annuel du capital technique fixe par secteur, catégorie d'activité et ancienneté des entreprises, Bangui 1982. (tableau N°40) Note : l’absence de données indique une croissance nulle. Le nombre de cas de tient compte des cas où la croissance est positive, nulle ou négative. *par rapport à la population de base Source : LACHAUD, 1982. -La disparité des performances sectorielles : dans la production, le taux de croissance de l'investissement net n'est que de 6,4%. Toutefois, ce résultat est considérablement influencé par la pêche artisanale où l'addition au stock de capital est très faible. Ainsi toutes les autres catégories d'activité exhibent des taux de croissance du capital supérieurs à 12% l'an ; -Concernant les services, les performances des activités relativement marginales (réparation de chaussures, etc.) Sont bonnes, tandis que celles des activités où les potentialités d'emploi sont les plus élevées (mécanique auto) apparaissent moyennes (de l'ordre de 8%). Paradoxalement, c'est dans le commerce que la croissance de l'investissement net est la plus forte. Ces résultats sont d'autant plus importants que ces taux de croissance semblent se maintenir en moyenne période. Ils sont quasiment identiques pour les entreprises ayant trois ans et plus d'existence. En outre, si l'on se souvient qu'une plus grande proportion d'entre elles, réalisent des additions du stock de capital, on est en mesure de pouvoir affirmer que le secteur informel ne correspond pas à l'image qu'on se fait parfois d'un secteur en stagnation. Evidemment, cette observation ne s'applique pas uniformément à toutes les activités. Les résultats de l'enquête montrent réellement une contribution à l'accumulation du capital. Néanmoins, il est important de déterminer si cette dynamique est le reflet d'une cohérence dans l'évolution des processus productif.
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    IV.3 - LEFINANCEMENT DU CAPITAL TECHNIQUE FIXE On relève généralement plusieurs niveaux d'actifs immobilisés dans le s.i., l'examen des résultats de l'enquête nous donnera des informations sur l'importance, la croissance et le financement du capital fixe. Nous aborderons successivement le financement du capital de départ et le financement de 1*investissement supplémentaire. A - le financement du capital technique fixe de départ Le financement du capital de départ provient essentiellement de deux sources : l'épargne personnelle et l'aide de la famille élargie (tableau ci-dessous).
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    SECTEUR ET CATEGORIE D'ACTIVITÉ SOURCE DEFINANCEMENT Epargne/g ains entreprise A&Êmilia le dagje Héritage Emprunt àun petitprêL profes. Emprunta ass. rîentraice ou coop. Nbcecas Total * (%) Production 91,2 21,1 1,8 - - 57 114,1 Pêche art. 85,4 21,4 - - - 14 106,8 Habill.divers 95,8 25,0 4,2 - - 25 125,0 Menuisiers 91,7 8,3 - - - 12 100,0 Forgerons, divers 100,0 33,3 - - - 6 133,3 Services 77,3 18,2 - - 4,5 22 100,0 Travail grains 50,0 50,0 - - - 2 100,0 Rép.chauss.divers 75,0 - - - 25,0 4 100,0 Mécan.auto.vélom. 85,7 14,3 - - - 7 100,0 Rép .radio divers 100,0 - - - - 3 100,0 Services divers 66,7 33,3 - - - 6 100,0 Commerce 71,4 28,1 2,9 0,5 - 210 102,9 Rest.bars 80,0 30,0 - - - 10 110,0 Plats prép.garg. 55,6 44,4 - - - 9 100,0 Boissons prép.ind. 87,5 18,8 6,3 - - 16 112,6 Commerce général 73,7 21,1 5,3 - - 19 100,0 Com.vivriers div. 68,9 29,7 4,1 - - 74 102,7 Com .viandes 100,0 - - 7,7 - 13 107,7 Com.poissons 80,0 20,0 20,0 - - 5 120,0 Com.épicerie 55,6 • 44,4 - - - 9 100,0 Com.boul.divers 62,5 37,5 - - - 16 100,0 Com.bois divers 81,3 18,8 - - - 16 100,0 Com.quinc.divers 100,0 - - - - 2 100,0 Com.text.divers 57,1 42,9 - - - 7 100,0 Com.cigarettes 50,0 50,0 - - - 10 100,0 Com .divers 100,0 25,0 - - - 4 125,0 Bâtiment 25,0 25,0 75,0 - - 8 125,0 Total (pop.base) 73,3 26,8 3,6 0,4 0,2 4 806 104,3 Mode de financement du capital de départ : fréquence relative par rapport aux individus et au volume du capital de départ (1). Bangui 1982. (tableau n°41) * : Le total est parfois supérieur à 100, compte tenu de la multiplicité des sources de financement Source : LACHAUD Pour l'ensemble du secteur informel, 73,3% et 26,8% des individus utilisent respectivement leur épargne personnelle et l'aide du groupe pour assurer le démarrage de l'entreprise.Cettedoublesourcedefinancementestd'ailleursapproximativementconstantedans toutes les catégories d'activités. L'épargne personnelle et l'aide familiale élargie permettent de financer respectivement trois quarts et un tiers du volume de capital fixe lors du démarrage de l'unité de production. Les résultats obtenus sont parfaitement clairs et confirment la plupart des études antérieures sur cette question. A noter que les tontines jouent un rôle déterminant dans la constitution du capital de départ. La forme pratiquée à bangui est le "kilimba".
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    Secteur et Nb d'activités antérieures (inclusactivités actuelles) Nb % Durée moyenne des catégorie d'activité UNE SEULE ACTIVIT E DEUX ACTIVI TES TROIS ACTIVIT ES QUATR E ACTIVIT ES d'obser- vations d'obser- vations act. (années) (sauf act.) (écart type) PRODUCTI ON 42,1 40,4 17,5 - 57 10,1 4,7 (4,1) SERVICES 41,7 50,0 4,2 4,2 24 4,4 3,5 (2,7) COMMERC E 47,1 43,4 4,5 - 242 84,3 6,0 (6,8) BATIMENT 25,0 62,5 12,5 - 8 0,1 10,7 (7,2) TOTAL 46,1 47,8 5,9 0,2 5 431 100,0 5,8 (-) Le "kilimba" : très répandu en centrafrique, il s'agit d'une pratique très ancienne qui consistait autrefois à confier le trésor du clan entre les mains du "lemba" en lui imposant d'effectuer les dépenses indispensables. C'est devenu dans les campagnes une association de travail et dans les villes une association dans laquelle les membres mettent en commun tout ou partie de leur salaire et le confient à l'un d'eux, à tour de rôle. Avec la monétarisation de l'économie cette pratique permet de collecter des fonds pour se lancer dans une affaire, pour la construction d'un bâtiment ou pour d'autres dépenses nécessitant des sommes énormes. L'enquête s'est intéressée essentiellement à la provenance de l'épargne personnelle des chefs d'entreprise ayant permis la constitution du capital de départ. Répartition des chefs d'entreprise selon les secteurs et catégories d'activité et le nombre d'activités antérieures (y compris l'activité actuelle), fréquence relative, bangui 1982. (tableau n°42) Source : LACHAUD, 1982. D'après le tableau ci-dessus, 50% des individus ont eu au moins une activité antérieure à celle qu'ils exercent à présent. Les gains ainsi obtenus ont permis d'assurer en partie ou en totalité le financement du capital nécessaire au démarrage de l'entreprise. A cet égard, on note que la proportion des entrepreneurs ayant eu au moins une activité antérieure est d'autant plus forte que le mode de financement a fait appel à l'épargne personnelle. Toutefois, le pourcentage d'individus ayant réalisé un autofinancement demeure supérieur au pourcentage de ceux qui ont déclaré avoir eu une ou plusieurs activités antérieures. L'une des explications plausibles de cet écart pourrait être l'existence de gains accumulés lors de l'apprentissage ou l'exercice de petits métiers non déclarés au cours de l'enquête. Le tableau ci-dessous donne des informations essentielles sur l'origine du financement.
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    TYPE, SECTEUR SECTEURD'ACTIVITE ET LIEU D'OCCUPATION PRODUCTI ON SERVICES COMMERC E BATIMENT TOTAL (POP. BASE) TYPE D'OCCUPATION OUVR IER/EMPLOYE 90,9 78,6 26,6 80,0 35 ,3 PROPRE COMPTE 27,3 35,7 70,3 20,0 62 ,8 AIDE FAM ILIALE 9,1 14,3 7,0 20,0 7 ,7 AUTRE (AMBULANT, CHOMEUR, EFC.) 3,0 - 5,5 - 5 ,0 SECTEUR D'OCCUPATION SECTEUR INFORMEL URB.(SAUF COMMERCE) 27,3 50,0 40,6 - 39 ,3 COMMERCE SECT.INF.URB. 15,2 7,1 29,7 - 27 ,0 SECTEUR MODERNE PRIV E 57,6 50,0 14,8 60,0 20 ,8 SECTEUR MODERNE PUBLIC 27,3 14,3 3,1 - 5 ,6 AGRICULTURE 3,0 7,1 20,3 40,0 18 ,5 SANS OCCUP. PREC ISE - - 0,8 20,0 1 ,0 LIEU D'OCCUPATION BANGUI 106,1 92,9 72,7 66,7 76 ,4 cent.urb.sec.rca 15,2 7,1 11,7 16,7 11 ,9 CENT URB. SEC. AUFTE PAYS D'AFRIQUE 3,0 - 6,3 33,3 6 ,2 CAPITALE AUTRE PAYS D'AFRIQUE - 14,3 2,3 - 2 ,6 ZONE RURALE RCA 3,0 7,1 10,9 - 9 ,9 ZONE RURALE AUTRE PA YS D'AFR. - 7,1 5,5 - 5 ,0 AUTRE CAS 3,0 - - - 0 ,3 Répartition des chefs d'entreprise selon le secteur d'activité actuel et le type, le secteur et le lieu d'occupation de l'activité antérieure (fréquences relatives). Bangiù 1982. (tableau N°43) Note : Compte tenu de la multiplicité des types, secteurs et lieux d’occupation, le total des pourcentages peut être supérieure à 100. Source : LACHAUD, 1982. Les liens intersectoriels indirects sont assez importants puisque 44,9% des chefs d'entreprise ont eu une activité antérieure en dehors du secteur informel urbain, leur permettant de dégager un surplus investissable. Le secteur agricole et le secteur urbain moderne semblent jouer un rôle non négligeable dans la mobilisation d'une épargne nécessaire au démarrage des entreprises du secteur informel. En réalité, ces résultats doivent être correctement interprétés. Certes, la formation du capital du secteur informel peut concurrencer celles des autres secteurs.
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    B - lefinancement de l'investissement supplémentaire Le financement de l'investissement supplémentaire est essentiellement réalisé grâce à l'épargne personnelle des chefs d'entreprise dégagée au cours du processus de production (tableau ci-dessous). mode de financement de l'investissement supplémentaire (fréquences relatives), bangui 1982. (tableau n°44) * : Le total est parfois supérieur à 100, compte tenu de la complicité des sources de financement Source : LACHAUD, 1982. Quels que soient les secteurs considérés, on constate qu'environ 90% des entrepreneurs financentlesadditionsaustockdu capital à l'aidedu surplus issu deleurunité deproduction. Le recours à la famille élargie est toutefois substantiel puisqu'il concerne 10% à 20% des cas. Par contre, la contribution du secteur bancaire est nulle. Le processusd'accumulationdu capital est largement endogène au secteur informel. Hest clair que la thèse de financement externe, avancée à propos de certaines villes africaines, ne se SECTEUR ET SOURCE DE FINANCEMENT CATEGORIE ï^jagn^gans Aicbfetnilial e Héritage NbcEcas Total * D'ACTIVITÉ entreprise élargie ON) (%) Production 96,4 10,7 - 28 107,1 Pêche art. 100,0 - - 8 100,0 Habill.divers 90,9 18,2 - 11 109,1 Menuisiers 100,0 16,7 - 5 116,7 Forgerons, divers 100,0 - - 4 10,0 Services 100,0 10,0 - 10 110,0 Travail grains - - - - - Rép.chauss.divers 100,0 - - 1 100,0 Mécan.auto.vélom. 100,0 16,7 - 5 116,7 Rép .radio divers 100,0 - 2 100,0 Services divers 100,0 - - 2 100,0 Commerce 87,5 20,8 2,1 48 110,4 Rest.bars 100,0 40,0 - 5 140,0 Plats prép.garg. 100,0 - - 1 100,0 Boissons prép.ind. 75,0 25,0 12,5 8 112,5 Commerce général 100,0 - - 4 100,0 Com.vivriers div. 72,7 45,5 - 11 118,2 Com.viandes 100,0 - - 5 100,0 Com.poissons 100,0 - - 1 100,0 Com.épicerie 100,0 - - 1 100,0 Com.boul.divers 100,0 - - 3 100,0 Com.bois divers 85,7 14,3 - 7 100,0 Com.quinc.divers - - - - - Com.text.divers 100,0 - • - 1 100,0 Comcigarettes -•' - - - - Com.divers 100,0 - - 1 100,0 Bâtiment - - 100,0 2 100,0 Total (pop.base) 89,1 17,6 2,7 1 294 109,4
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    vérifie pas àbangui163 . Ainsi non seulement le secteur informel est en mesure de dégager un surplus, mais aussi de le réinvestir, comme cela apparaît dans les résultats de l'enquête164 le montant des investissements supplémentaires augmente avec la taille des entreprises. De nombreux points renforcent les observations antérieures : Seulement18,12%desentreprisesdégagentunsurpluspositif(capacitédefinancementou épargne). Cette proportion est d'ailleurs inférieure à celle des entreprises ayant réalisé des investissements supplémentaires (tableau n°45 page suivante). Il apparaît que la proportion des entreprises ayant réalisé des investissements supplémentaires et l'ampleur de ces derniers croissent avec le niveau des actifs immobilisés (tableau n°46). Ceci est d'autant plus encourageant qu'il semble exister une corrélation positive entre les proportions des entreprises ayant une capacité de financement et le niveau du capital technique fixe. Il est à remarquer que cette deuxième série d'observations ne s'applique pas au commerce. Le processus d'accumulation du capital est bien endogène au secteur informel. Il est vrai, cependant que le taux d'épargne a tendance à stagner au-delà d'un certain seuil d'immobilisation (ou de revenu). En somme on peut retenir de l'analyse de la contribution à l'accumulation du capital les points suivants : Le secteur informel demeure hétérogène en termes d'actifs immobilisés. Le choix et le développement des activités semblent déterminés par la présence de diverses barrières à l'entrée : capital technique et humain, anticipation de demande et statut social des activités. Le dynamisme d'accumulation, sectoriellement différencié, se maintient en moyenne période et met en jeu des processus de financement largement endogènes au secteur informel. On remarque, par contre, que le financement bancaire est inexistant. eneffet,lescontraintesimposéesparlesystèmebancairesontimpossiblesàsurmonterpar les petites entreprises du S.I. Le financement de l'investissement supplémentaire est essentiellement réalisé grâce à l'épargne personnelle. En effet, près de 90% des entreprises financent leur augmentation de capital. Par contre, ici encore, on note que la contribution bancaire est nulle. 163 MIRAS (C.) : "La formation du capital productif privé ivoirien : le cas de la menuiserie à Abidjan", ORSTOM, 1976. 164 Enquête C.E.A.N. op.cit. page 54.
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    Capacité annuelle definancement investissements supplémentaires et niveau de capital technique fixe selon les secteurs et les catégories d'activité (FCFA). Bangui 1982. (tableau n°45) SECTEUR ET Statistiques CATEGORIE Capacité de financement Accumulation de capital D'ACTIVITE Nb. Entreprise concernées (1) %total des entreprises (2) Montait moyen annuel (3) Ecart type (4) Bénéfice moyen annuel (5) Propension moy. à l'épargne (6)=(3)/(5) Nb. entreprises concernées (1) %total des entreprises (2) Montant moyenannuel (3) Ecart type (4) Stock total de cpitd(3) (écattype) (5) Rapp ort invest, stock captai (6>(3)/(5) Production 38 66,7 46459 73410 702352 0,064 28 49,1 144993 254582 212935 0,681 Services 20 83,3 70610 48578 536200 0,132 10 41,7 243965 337481 855337 0,285 Commerce 19 - - I - - 48 21,6 130773 582147 278868 0,469 Bâtiment 7 87,5 10500 10432 398750 0,034 2 25,0 4139 2631 27125 0,153 Total (pop.base) - 18,1 45 056 - 735 186 0,061 - 25,6 116 880 - 268 581 0,435 (1) : celles qui ont eu un surplus positif. (2) : celles qui ont réalisé un investissement supplémentaire. (3) : valeur neuve de remplacement. Source : LACHAUD, 1982.
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    Capital PARAMÈTRES technique fixe (5)F.CFA NOMBRE D'ENTREPRISES CONCERNEES (1) % DU TOTAL D'ENTREPRISES CONCERNEES (2) MONTANT MOYEN DE 1'INVEST, SUPPI. (3) ECART TYPE (4) ACTIF IMMOBILE. ACTUEL MOYEN (5) % (6) = (3) / (5) 0 - 49 999 10 27,0 17 985 17 272 41050 0,438 50 000 - 99 999 7 43,8 70719 54 619 140 167 0,505 100 000 - 199 999 6 66,7 115 292 91240 230 532 0,500 200 000 - 499 999 6 85,7 350 117 244 729 438 517 0,798 > 500 000 3 50,0 511 733 562 421 2 544 374 0,201 TOTAL 32 42,7 155 017 245 081 407 471 0,380 Investissements et actifs immobilisés en fonction du niveau de capital fixe et des valeurs moyennes de ces investissements. Bangui 1982.Production (1), services et bâtiments (2) (tableau n°46) (1) : Sauf pêche artisanale. (2) : Les données relatives à ces trois secteurs sont abrégeables compte tenu de l'homogénéité des échantillons. (3) : Celles qui ont réalisé un investissement supplémentaire. (4) : Valeur actuelle réelle. Source : LACHAUD, 1982.
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    SECTION V :LES OBSTACLES AU DEVELOPPEMENT DU S.I Lesactivités informelles sont très hétérogènes ; elles vont du vendeur de carburant en bouteille, à l'atelier de confection proche de la pme. Elles comprennent des activités de marché, de production, de services et du commerce. Cependant elles ne jouent pas toutes un rôle identique dans l'adaptation de valeurs de sociétés anciennes aux impératifs des sociétés modernes (technicienne).la majorité d'entre elles sont des activités de survie, celles-ci permettent aux familles de survivre. Une minorité seulement d'activités situées en général dans les services de production (menuiserie bois-métal) et de services (réparation automobile, électrique), celles-ci demandent en général l'utilisation de machines et des compétences techniques et proposent des produits ou services de qualité proche de ceux du secteur moderne. Il n'y a d'ailleurs pas de différence significative entre ces activités qualifiées de moderne et les petites entreprises modernes proprement dites. En situant dans une optique de transition165, il s'agira de montrer que ces dernières qui recèlent de véritables potentialités, rencontrent, de par leur nature même, des obstacles qui freinent leur processus de transition. Ensuite nous montrerons que la dynamique du processus de transition des unités informelles ne dépend pas uniquement du comportement des entreprises (faiblesse du capital humain), mais elle est étroitement liée à son environnement socio-économique et politique (obstacles d'ordre économique, financier, fiscal et législatif). V.L - LES OBSTACLES INTERNES AUX ENTREPRISES Parmi les obstacles internes aux entreprises, nous examinerons successivement ceux liés à la formation de la main-d'œuvre et ceux d'ordre socioculturel. A - les obstacles liés à l'insuffisance de la formation de la main-d'œuvre A la base de toute entreprise, il y a des hommes. Pour que le S.I Puisse se développer, il faut des hommes capables de prendre des risques, de diriger et surmonter le défi des temps modernes. En Centrafrique, les ressources humaines, compétences nécessaires au développement de l'initiative individuelle, font encore défaut; et se sont canalisées au secteur moderne de l'économie. Cela tient au modèle d'éducation pratiqué dans le pays. Le système éducatif appliqué depuis des 165 Le processus de transition peut être appréhendé à deux niveaux : - au niveau inicro-économique, la transition est considérée comme le passage d'une entreprise informelle au secteur moderne. Ces passages sont souvent exceptionnels ; toutefois ces entreprises sont difficilement discernables des autres entreprises modernes, rien ne permet d'infirmer qu'un nombre d'entreprises modernes n'aient débuté dans le SI. - au niveau macro-économique, la transition est considérée comme un changement progressif de la structure des économies en voie de développement. Cette approche insiste sur le caractère structurel de la transition, en limitant l'importance des caractères d'accumulation de capital et de gestion pour mieux souligner le poids des mutations culturelles et sociales dans ce processus.
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    décennies à misl'accent sur l'enseignement général, négligeant ainsi la formation technique. Ce qui se traduit par une insuffisance du système dans les domaines techniques. A l'heure où un grand rôle est assigné au S.I. Dans la constitution d'un secteur privé cette insuffisance de la formation technique constitue un handicap sérieux pour le développement des entreprises. A ces problèmes de formation dans les domaines techniques viennent se greffer les problèmes de gestion. Ils ont pour origine le manque de formation des entrepreneurs. Les limites de l'essor des entreprises informelles tiennent à certains blocages inhérents au mode de gestion de celles-ci : - Leur capital est insuffisant et obsolète ; - Leurs stocks, tant de matières premières que de produits finis, sont faibles ; - La méconnaissance de la gestion, de la comptabilité, et de l'environnement est généralement considérable, quelles que soient les stratégies individuelles des entrepreneurs. - Les disponibilités monétaires de l'entreprise informelle sont utilisées au jour le jour pour pourvoir aux dépenses de l'entreprise et de la famille élargie. La faiblesse de la formation en matière de gestion L'instruction et la formation des entrepreneurs du S.I. Ne les ont pas sensibilisés, pour la plupart, à la gestion et ne leur ont pas fourni les éléments nécessaires à l'élaboration d'une comptabilité. Le niveau d'instruction des entrepreneurs peut être considéré comme un élément d'explication parmi d'autres de cette carence en gestion. La comptabilité ne s'apprend pas à l'école primaire. Certains entrepreneurs ont pu recevoir quelques bases techniques en comptabilité pendant leur instruction dans le secondaire technique. La comptabilité chez les artisans du S.I, se limite à la tenue d'un cahier de commandes et d'un cahier de factures ou d'un cahier de dépenses-recettes. NIHAN (G.)166 remarque que " la pratique de la gestion de l'entreprise relève sans doute plus de la perception d'une nécessité que d'une relation entre une certaine instruction et un mode ultérieur d'opération ". Mais les lacunes dans la formation en gestion des entrepreneurs sont quand même considérées par ceux-ci comme importantes. Ne disposant pas d'outils nécessaires à la tenue d'une comptabilité ou à l'élaboration d'une gestion, les entrepreneurs consacrent la majorité de leur temps à la production, objectif primordial pour une personne n'ayant que des connaissances techniques et une vision du marché à court terme. Nous allons montrer comment la logique de court terme du processus de production-vente dans le S.I. Ne rend pas nécessaire la mise en place d'une comptabilité même rudimentaire. La production dans le S.I. Est en général effectuée sur commandes du client. Il y a adaptation de la production à la demande, tant en termes de quantité qu'en termes de diversité de produits. Le phénomène de stockage est donc éliminé, sauf lorsque le client ne vient pas chercher sa commande. 166 NIHAN (G) : "Le secteur non structuré "moderne" de Yaounde", BIT, Genève 1982.
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    De même l'entrepreneurne fait pas de prévision sur ses ventes et ne prospecte pas de marchés nouveaux. Toute gestion prévisionnelle devient inutile. La détermination du prix de vente s'effectue par le calcul de la marge brute. Les composantes du prix de revient sont mal perçues. La plupart des petits patrons ne tiennent pas compte du prix de la main-d'œuvre dans le calcul du prix de revient. La plupart des artisans ne tiennent pas compte de l'amortissement. Le prix de revient "informel" se détermine plus par l'appréciation personnelle du patron que grâce à un véritable calcul. D'autre part, la plupart des entrepreneurs déterminent leur prix de vente par marchandage. La détermination du prix de revient est la résultante d'une série d'appréciations personnelles et suit une logique intuitive. Le sens des affaires semble être le mode de gestion le plus répandu dans les entreprises informelles. Il faut signaler que pour la majorité des patrons, les sommes gagnées au sein de l'entreprise ne sont pas gérées différemment des autres revenus de la famille. Vue la faiblesse des patrimoines, il y a confusion. L'absence d'une comptabilité rudimentaire satisfaisante a pour conséquence que personne n'est en mesure de vérifier ses comptes, de connaître son véritable revenu. L'intuition, le sens des affaires deviennent insuffisantes pour évaluer avec précision les forces et faiblesses de l'entreprise. Si l'on se place dans l'optique d'une transition des entreprises informelles au secteur moderne, la tenue d'une comptabilité permettrait une amélioration des conditions de la production, la maîtrise des coûts et un meilleur calcul des prix. Les investissements incohérents pouvant être sévèrement sanctionnés (faillite) chez des entrepreneurs qui comptent sur leur seule intuition. En un sens le système éducatif dans les pays d’Afrique subsaharienne n'a pas permis la constitution d'une capacité managériale importante ni la formation d'un personneltechnique dont le SI. a besoin pour son développement ; nous reviendrons sur ce constat dans la deuxième partie de notre étude. B - Les obstacles d'ordre socioculturel Il ne peut y avoir de développement des entreprises sans environnement approprié. Cette affirmation permet de penser que certains comportements qui ne sont pas orientées vers le marché, peuvent être des obstacles. Ainsi les modèles culturels d'un groupe social ou d'un peuple conditionnent fortement les attitudes et comportements des agents économiques. Telle semble être la situation en Centrafrique où les facteurs d'ordre sociologique et culturel constituent encore de sérieuses entraves au développement de l'initiative privée. Produit de circonstances et de l'histoire, ces handicaps sont de plusieurs types : Une manifestation de ces obstacles socioculturels peut s'apprécier à travers le système de valeurs. Comme beaucoup d'États d'Afrique subsaharienne, la Centrafrique est dépositaire de traditions communautaires ; or la culture d'entreprise met l'accent sur l'individualisme. L'entrepreneur du S.I. évolue dans un environnement économique qui l'influence considérablement dans la mesure où il est soumis, partagé entre le monde moderne auquel il
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    aspire et lemonde culturel dont il est issu. Ce dualisme de structure se traduit par la coexistence d'un comportement qualifié de "moderne" se manifestant par la volonté de réalisation sociale, de recherche de profit et d'un comportement "traditionnel", liant l'individu à son milieu originel dans lequel une grande importance est accordée aux facteurs non économiques tels que les facteurs moraux, familiaux qui constituent des obstacles au développement des entreprises. Pour illustrer cela, on peut dire que si la grande famille peut, pour le démarrage de l'entreprise, être un avantage certain (facilité pour réunir les capitaux, main-d'œuvre familiale bon marché), elle devient rapidement une entrave à son expansion par son parasitisme et parce qu'elle empêche de mettre à chaque place l'homme qualifié ; on observe également d'autres obstacles liés à la formation des mentalités. La culture d'entreprise est absente de l'éducation sociale inculquée dans les familles. Le peu de risque d'entreprendre qui réside dans un grand nombre d'individus vient de considérations psychosociologiques ; chacun subit le regard des autres sur l'entrepreneur et éprouve des réticences à l'association. Le promoteur d'une idée intéressante, cherche à l'entourer du maximum de discrétion et à la faire évoluer par ses seuls moyens. Quand il entreprend, il préfère investir dans des activités rentables à court terme ou bien par suivisme (mimétisme), il préfère investir dans des activités où d'autres ont déjà entrepris. Le manque de capitaux de départ ou la faiblesse de ceux-ci quand il y en a, explique cela. On observe également chez bon nombre d'entrepreneurs du S.I. une propension élevée à la consommation, ce qui réduit considérablement les possibilités d'épargne. Cette frénésie la consommation se traduit dans des consommations ostentatoires. V.2 - LES OBSTACLES EXTERNES AUX ENTREPRISES A - Les obstacles d'ordre économique Ils tiennent pour l'essentiel à des obstacles d'ordre structurel (faiblesse et déséquilibre dans la constitution des divers secteurs de l'économie). Le marasme économique a abouti à une conjoncture économique défavorable tant pour la dynamisation du S.I. que pour les autres secteurs de l'économie en général. La détérioration des termes de l'échange s'est traduite par un retard dans la mise en place et l'amélioration des infrastructures de base nécessaires au développement. Cette situation a eu de multiples impacts sur l'économie-du pays et sur les efforts d'investissements. En Centrafrique, l'un des obstacles au développement des entreprises individuelles oudes PME est la dégradation assez sérieuse du réseau routier qui entraîne la paralysie et l'isolement de l'arrière-pays, réduisant du coup le marché. Cette étroitesse du marché empêche également les entreprises du S.I. de bénéficier des avantages que procurent les économies d'échelle. A ces problèmes d'infrastructure s'ajoutent ceux du marché. Les effets de la conjoncture économique liés avec d'autres facteurs, se sont traduits par la disparition d'un grand nombre d'entreprises. Cette situation a débouché sur une inorganisation des marchés intérieurs et de circuits de communication et des Maisons entre les différentes villes. Très peu d'échanges entre la population urbaine et la population rurale.
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    L'insuffisance d'un cadred'analyse macro-économique accentue les problèmes du développement des entreprises. Très peu d'études statistiques sur les différents secteurs de l'économie sont élaborées. Quand elles existent, elles sont dans la plupart des cas insuffisantes ou peu fiables. Cette quasi -absence des statistiques empêche dans une certaine mesure, les personnes ou organismes qui veulent entreprendre ou investir d'avoir une appréciation exacte et suffisante de l'environnement économique national. B - Les obstacles d'ordrefinancier Les obstacles financiers tiennent également en partie de l'absence d'une épargne locale. La caractéristique de ces économies est souvent la faiblesse de la capacité d'épargne des ménages. Cette faiblesse peut s'expliquer par le niveau bas des revenus qui ne permet pas,une fois la couverture des besoins indispensables assurée, de dégager une épargne suffisante pour les investissements. Une autre explication de cette absence d'épargne est la faiblesse du système bancaire dans le pays. La faiblesse de l'épargne des ménages se transforme ainsi en une faiblesse de la capacité d'autofinancement. Une entreprise doit s'autofinancer. C'est là justement que le petit entrepreneur éprouve d'énormes difficultés car il ne dispose pas souvent d'un fonds propre ou quand il en dispose, le montant est si faible qu'il ne peut permettre le démarrage d'une activité dans des conditions saines. En Centrafrique par exemple du côté des institutions, depuis la liquidation des trois banques de développement (BNC - BCI - BNCD), ce sont les banques commerciales qui constituent les seuls organismes de financement. Elles sont donc, avant tout, des entreprises commerciales et leur préoccupation majeure demeure la gestion des dépôts qui leur sont confiés. Dans ses relations avec les opérateurs économiques le système bancaire rencontre des problèmes qui sont en fait les principales causes de la faible intervention de celui-ci en faveur des acteurs du S.I. Parmi les causes nous pouvons citer : - la "bancabilité" des dossiers ; - le manque de compétence dans le domaine de gestion, d'organisation de production ; - les garanties : très peu de dossiers comportent les garanties demandées par les banques. A cela on peut ajouter l'inefficacité, dans un nombre de cas, du système judiciaire qui ne semble pas toujours intervenir de manière adéquate pour faire respecter le droit. "R n'existe pas, à l'heure actuelle, d'instrument de financement appropriés et spécifiques aux petites entreprises"167 . 167 AMODA (A.) : "Stratégies de développement du secteur privé", Ministère du Commerce, Bangui, 1989.
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    C - Lesobstacles d'ordre fiscal et institutionnel D'une manière générale, on observe la perception de taxes et patentes à toutes les étapes. La perception des taxes cumulatives sur le même produit ou sur le même service alimente l'inflation, pénalise la consommation et freine la capacité d'autofinancement des entreprises du S.I.. Il est intéressant de voir comment il y a tolérance des activités par les agents de l'administration mais sous réserve de taxation informelle (les "pots" de vins constituent une part importante des revenus des fonctionnaires). Aux dires d'un bon nombre d'entrepreneurs, le fonctionnement de l'appareil administratif et le comportement des agents publics constituent un frein au développement des entreprises. Les rouages administratifs se révèlent d'une complexité telle qu'une personne qui désire entreprendre doit effectuer plusieurs formalités administratives ; ceci auprès des services disséminés dans différents départements. L'accomplissement de ces formalités se transforme ainsi en quelque sorte en "un vrai parcours de combattant" pour l'entrepreneur. Acette complexité de la "machine administrative" s'ajoute un comportement qu'on pourrait qualifier d'attitude anti-économique de la part des agents de l'administration. Lorsque l'entreprise existe, elle est souvent l'objet de tracasseries administratives ; à travers de multiples contrôles à la limite de la légalité. Quels sont les obstacles légaux ou institutionnels qui affectent le fonctionnement et le dynamisme des entreprises du secteur informel ? Dans la foulée des tentatives de sortie de la crise actuelle, les questions relatives à la déréglementation occupent davantage les préoccupations. Les partisans de la libéralisation des règles du marché de travail plaident pour une déréglementation. Deux options politiques se sont révélées : D'un côté, on prône un contrôle stricte des conditions d'exercice des activités informelles, afin de garantir les investissements du secteur moderne, on considère que les activités du SI. se livrent à une concurrence déloyale. De l'autre côté, on estime par contre qu'une réforme du système institutionnel en place pourrait favoriser la libéralisation des initiatives potentielles. Ces deux orientations soulèvent plusieurs interrogations : - la non-réglementation du SI . s'explique-t-elle par l'inadaptabilité du système institutionnel en place ? - quels sont les obstacles institutionnels qui empêchent les entreprises du SI. d'avoir un statut légal ? Dans le rapport sur le Kenya, cette question a été soulevée, à savoir le problème de la discrimination des pouvoirs publics par rapport au SI., vingt ans après cette observation reste d'actualité. Pour MALDONADO 168 quatre hypothèses sont envisageables : 1 - Une position structurelle défavorable : l'environnement économique et politique est défavorable à l'essor des activités à petite échelle. L'origine de l'illégalité des entreprises 168 MALDONADO (C.) : "Les orientations méthodologiques pour une recherche sur les contraintes institutionnelles et légales dans te S.I. ", BIT, Genève 1980.
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    informelles proviendraient dela discrimination dans l'accès aux ressources de production et de la situation financière fragile des petites unités. 2 - Un système institutionnel inadapté : l'illégalité du S.I. est attribué à l'inadaptabilité trop fréquente du système institutionnel et normatif en place. A ce propos l'auteur avance : "Les lois régissant actuellement l'activité économique et l'établissement des les zones urbaines éveillent le souvenir de la stratification sociale de l'époque coloniale au cours de laquelle l'exercice de certaines activités fut limité, voir réprimé, au seul profit des monopoles réservés aux Européens. "169 Trente ans après les indépendances, les tracasseries administratives, les campagnes d'intimidation, les prélèvements réguliers, etc., témoignent de l'inadaptabilité des législations en vigueur dans les pays d'Afrique au sud du Sahara. La situation présente ressemble bien à un vide juridique. 3 - Une pression fiscale : la question essentielle qui se pose est celle du statut du S.I. dans les politiques de développement Les enjeux de redistribution de revenu, les problèmes d'équité vont sans doute influer sur les politiques fiscales : la priorité doit-elle être donnée à la recherche des équilibres budgétaires (imposition des entreprises informelles comme formelles pour financer les dépenses de l'Etat) ; ou au contraire faut -il, dans une perspective socio-économique, imposer le moins possible les entreprises afin de préserver leur dynamisme. La fiscalité peut apparaître comme moyen de financement des dépenses publiques ou comme un moyen d'impulser le développement (dans ce cas on privilégie le financement des infrastructures collectives et des services aux entreprises pour améliorer les performances des entreprises). Notons que toute tentative inconsidérée ou prématurée d'imposition peut avoir des effets dangereux sur le S.I., voir asphyxiante pour les plus fragiles. 4 - L'insuffisance des informations et la perception négative des lois : "l'illégalité" des petits entrepreneurs peut avoir pour cause les problèmes d'information et de perception du système administratif. L'analphabétisme de certains patrons peut les entraîner à une méconnaissance totale des législations en vigueur ; dans certains cas se dégage le sentiment que les lois sont faites pour bénéficier à l'État. Pour l'auteur l'énoncé de ces hypothèses permet de mettre en cause les interprétations simplistes qui attribuent la situation de la légalité ou de l'illégalité des opérateurs du S.I. à une volonté délibérée de dissimulation de leurs revenus ou encore à l'inadéquation de 169 MALDONADO (C.) : "Les orientations méthodologiques pour une recherche sur les contraintes institutionnelles et légales dans le S.I. ", BIT, Genève, 1980.
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    l'instrument juridique. C'estdonc l'interaction des facteurs économiques politico-institutionnels, sociologiques qui est au centre des interrogations. Les obstacles susceptibles de freiner la dynamisation du S.I. peuvent être regroupés en 7 catégories : 1 - Réglementation et pratiques contraignantes concernant l'installation et le libre exercice professionnel y compris dans le domaine de l'organisation autonome des producteurs. 2 - Un système de fiscalité et des pratiques de prélèvements arbitraires. 3 - Lois sociales sans rapports avec les formes d'organisation et les capacités productives et financières du secteur. 4 - Traitement discriminatoire du code d'investissement et des importations. 5 - Inaccessibilité aux marchés publics et aux sous-contrats de fournitures de biens et services. 6 - Insuffisance d'institutions tant au niveau de la collecte de l'épargne que de l'octroi de crédit et garantie. 7 - Accès très restreint aux infrastructures et aux services publics. Les investigations empiriques sur le S.I. montrent généralement que les entreprises du S.I. ne tiennent pas de comptabilité. Certaines sont localisées, d'autres non localisées (voir CHARMES) n'ont presque pas recours au crédit bancaire, etc.... Les différentes définitionsne nous renseignent guère sur le degré d'obstacle de la législation fiscale, sociale des entreprises informelles. A la lumière de la situation actuelle FERCHIOU170 avance que le degré d'obstacle des différentes institutions, réglementations pour le S.I., dépend du degré de contrôle que les entrepreneurs escomptent subir de la part des administrations. Quand les entreprises ne sont pas localisées, le contrôle devient aléatoire et son degré d'observation des différentes législations est faible ; inversement pour le secteur informel localisé, le degré d'observation des textes réglementaires s'accroît. "Le degré d'observation des différentes législations est le résultat d'une analyse coût-avantage que fait implicitement l'entrepreneur en comparant d'une part, les coûts directs et indirects de cette légalisation aux risques qu'il prend d'autre part en passant outre cette légalisation. Finalement c'est le degré de contrôle lié à chaque type de législation qui sera l'élément déterminant."171 170 FERCHIOU (R.) : "Micro-entreprises du S.I. à Tunis : obstacles à caractère légal et institutionnel", BIT, Genève, WEP 2.19 / WP.51.1990. 171 FERCHIOU (R.) : "Micro-entreprises du S.I. à Tunis : obstacles à caractère légal et institutionnel", BIT, Genève, WEP 2.19 / WP.51.1990.
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    Le réexamen desinstruments d'intervention s'avère indispensable et doit viser trois priorités : - l'allégement de la législation actuelle ; - la vulgarisation des programmes d'aides au S.I. ; - la réduction des coûts administratifs. Le S.I. tire en partie son dynamisme de la flexibilité dont il profite pour créer des emplois à bas coût. En cas de légalisation, les entreprises de ce secteur doivent supporter des charges supplémentaires qui conduiraient à une baisse de revenu des entrepreneurs à court terme ; à moyen terme la légalisation ne profiterait qu'à une minorité d'entreprises qui ont accès aux marchés publics, aux crédits, etc., mais cet accès est hypothétique. Le S.I. joue un rôle important au niveau de l'emploi, des revenus, etc., en cette période de crise sa légalisation ne doit pas être renforcée car cela supposerait la disparition d'un grand nombre d'activités qui ne pourraient supporter les coûts de cette légalisation. Au niveau des entreprises qui pourront supporter les coûts nouveaux, elles seront obligées de subir la concurrence des PME du secteur formel et verront leurs prix et demande de main-d'œuvre modifiés. Il est clair qu'une légalisation renforcée entraînerait une baisse du niveau d'emploi, par ricochet une augmentation de la pauvreté des populations déjà défavorisées. C'est pourquoi il serait plutôt souhaitable d'opter pour des mesures adaptées vis-à-vis des petites unités du S.I.. D - Autres obstacles Nous voulons maintenant montrer que la dynamique des activités informelles estétroitement liée à la conjoncture économique et politique sur laquelle l'influence des entrepreneurs est nulle. La régression de la demande des acteurs économiques : La baisse de l'activité économique dans le secteur moderne entraîne-t-elle une baisse de l'activité dans le S.I. ? La réponse à cette question n'est pas aisée. Sous l'effet de la crise économique depuis 1980, la baisse des revenus est apparue pour de nombreuses catégories sociales : fonctionnaires, employés des entreprises nationales par exemple. La diminution du pouvoir d'achat : La baisse de la demande globale dans les pays d'Afrique subsaharienne, la chute des revenus et par conséquent la baisse du pouvoir d'achat (agrégats mesurés grâce aux chiffres fournis par le secteur moderne) affectent-elles le S.I. de la même manière ?
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    Personne ne connaîtla véritable réponse tant la demande qui s'adresse au S.I. et les revenus dégagés par ce dernier sont difficilement mesurables. La diminution du PNB et la forte poussée démographique que connaissent ces pays nous amènent indiscutablement à la réponse que les revenus par habitant en Afrique subsaharienne ont diminué. Une redistribution en chute : Les dépenses publiques jouent un rôle majeur dans l'activité économique dans les PVD, et la chute de ces dépenses, conséquence des multiples politiques d'ajustement structurel, entraîne évidemment la diminution de la demande. La manifestation de cette diminution des dépenses publiques s'observe à travers le désengagement des États pour les investissements en infrastructures de base. La baisse des revenus de l'État et une situation de dette qui ne cesse d'augmenter, ont donc obligé les États à diminuer drastiquement leurs dépenses. On peut examiner la chute de ces dépenses à deux niveaux. D'abord au niveau des entreprises modernes, les premières touchées, qui ont été contraintes de licencier massivement àcause de la contraction des marchés publics. La chute des dépenses publiques touche également le secteur informel d'une manière plus indirecte. Les entreprises informelles peuvent être sollicitées par les entreprises modernes pour des opérations de sous-traitance. Toutes choses égales par ailleurs la baisse de l'activité dans le secteur moderne peut être une entrave à cette coopération entre les deux secteurs. Les quelques entreprises informelles qui travaillent avec les administrations (menuiserie, imprimeries ...) connaissent les mêmes problèmes d'impayés que dans le secteur moderne. La crise financière que traversent ces états atteint donc le S.I., non pas dans sa totalité, mais la partie la plus moderne de celui-ci (c'est-à- dire les entreprises capables de proposer sur le marché des produits de qualité similaire aux produits fabriqués dans le secteur moderne). Ce qui pose un problème en termes de "transition". L'importance de la demande est une condition nécessaire du développement. La croissance de l'accumulation est une des conditions à la réalisation d'un processus évolutif, les investissements nécessaires à ce passage au secteur moderne réclament une immobilisation en capital relativement importante. Les revenus générés par les activités informelles dépendent en grande partie de l'importance et de la structure de la demande. H ressort de la majorité des études effectuées sur le S.I. un résultat constant : l'insuffisance et l'irrégularité de la demande. Les ménages à faibles revenus constituent la principale clientèle du S.I. en termes quantitatifs ; il nous est impossible de vérifier en tenues monétaires. Cette faiblesse des revenus des ménages pauvres entraîne souvent des ventes à pertes pour les entrepreneurs du Si .. La concurrence entre les entreprises informelles étant forte, la faiblesse et l'irrégularité de la demande sont à considérer au regard d'une dynamique
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    évolutive du S.I.Les conséquences de cette faiblesse et de cette irrégularité de la demande sont de trois ordres : - tout d'abord, elles incitent à avoir une vision du marché de court terme, empêchant toute prévision sur le volume des ventes, - ensuite le rendement des activités étant trèsvariable, elles gênent le développement du salariat en favorisant l'apprentissage, main-d'œuvre bon marché, et le travail à la tâche, - elles ne permettent pas de générer un environnement favorable aux investissements. Le contexte politique national et international est défavorable. L'État n'agit pas seulement au niveau de la demande mais crée aussi un climat qui influence fortement les anticipations des entrepreneurs, même lorsque l'on prend en compte les activités "para-légales" du S.I. Quelles conséquences ce climat peut-il avoir sur la dynamisation du SI. ? Les entrepreneurs du SI. s’interrogent sur le véritable rôle que le gouvernement voudrait leur faire jouer dans le processus de développement. Là encore, le discours n'est pas clair. Les considère-t-on comme des fraudeurs ? Auquel cas une réglementation de leurs professions viendrait alimenter les recettes budgétaires. Comment comprendre le fait que le SI. est appelé à jouer un grand rôle dans la mise en œuvre des stratégies de lutte contre la crise. Les entrepreneurs redoutent que seuls les services du fisc s'occupent d'eux. Les interventions dans le SI . ne peuvent atteindre les personnes qu'à condition que ce ne soit pas pour prélever une partie de leurs revenus, ou pour leur demander de changer encore une fois d'emplacement. Ce climat politique incertain, mêlé à une conjoncture néfaste, n'incite personne à s'intégrer au secteur moderne, intégration nécessitant des investissements importants qui dévoileraient certaines richesses accumulées dans le SI.
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    CONCLUSION Sur la basedes investigations (LACHAUD et DSEE) nous avons pu constater l'extension du SX, surtout dans le commerce. Par ses spécificités, le secteur informel arrive à tirer parti des tendances lourdes qui dominent la vie économique Banguissoise. On peut résumer ces caractéristiques dans l'articulation suivante : - il existe des taux de marges importants ; - peu de barrières d'entrée s'opposent à la diffusion des pratiques informelles ; - un coût d'opportunité non négligeable favorise l'extension du S.I. ; - par ses pratiques le SX s'intègre totalement dans la société. 1) Une habitude courante consiste à affirmer que les taux de profit du secteur informel sont, et expliquent l'extension du secteur informel. Nous ne pensons pas que le taux de profit soit la variable stratégique compte tenu de la modicité en moyenne, des chiffres d'affaire. Nous affirmons que les taux" de marge sont importants surtout dans le commerce. Ces taux de marge brute importants, répercutés sur un chiffre d'affaires faible, nous donnent une marge brute globalement faible, de laquelle il convient de retirer l'ensemble des frais et une rémunération du travail effectué. La marge de profit résiduelle se relève alors très faible sinon négative dans beaucoup de cas, d'où la supériorité de l'approche sociologique. Mais ces discussions qui montrent les divergences entre l'approche économique et sociologique n'intéressent en rien l'individu qui opère dans le S.I. : il se préoccupe que de la marge brute nette des frais, qui forme sa rémunération. On arrive à la conclusion que le taux de profit est l'indicateur du secteur moderne alors que la marge nette des frais constitue la variable clé du SX. L'accumulation au sens stricte n'intéresse que l'économiste et non le chef d'entreprise du SX, bien que le capital soit parfois rémunéré à des taux élevés alors que capital physique ne se voit attribuer aucune rémunération. Ceci provient du fait que le capital propre fait partie des conditions générales nécessaires à l'activité, que l'on ne rémunère pas et dont on organise mal l'amortissement. 2) Considérons les commerces les plus "simples", et étudions leur coût d'installation. Au plus bas niveau, le revendeur d'essence : on sait que la floraison de ce type de commerce, où avec 5 à 10 bouteilles vides, que l'on remplit à la station la plus proche, on arrive à gagner 500 à 1000 FCFA par jour. Le gain est faible, non à cause de la marge relativement réduite (car la concurrence est forte) mais à cause du chiffre d'affaires. Tout l'équipement consiste en bouteilles vides que l'on achète au marché ou que l'on a chez soi. Le fonds de roulement est constitué par le seul prix de l'essence achetée. Il en est de même des vendeurs d'œufs, fabricants de beignets... Certains commerces ne nécessitent aucun équipement en capital; et il n'est pas difficile de trouver des sommes nécessaire pour se lancer dans une telle activité. Nous arrivons à la conclusion que la plupart
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    des activités commercialesà Bangui sont des activités de survie. Nous pouvons déduire que nous sommes en présence de deux types d'activités: les unes permettent de s'adapter à la croissance du marché que l'on peut appeler évolutives et les autres, dont l'échelle est donné immédiatement, et qui ne peuvent évoluer : il s'agit d'un secteur informel de type involutif. 3) La troisième raison de la prolifération des activités informelles est le "coût d'opportunité" de l'établissement Par coût d'opportunité, nous entendons deux choses : - parfois le travail dans le SX ne procure pas de fortes rentrées d'argent mais se combine avec des avantages annexes. - l'établissement dans le SX est la seul manière d'obtenir un revenu, dans la mesure où la crise qui suivit les politiques d'ajustement structurel n'offre pas de travail à une masse d'individus : il faut mieux s'établir dans le SX et gagner peu, que rien du tout. Ce deuxième point montre l'opportunité de travailler dans le SX : que faire ? Comment gagner de l'argent ? Les réponses sont évidentes : ni l'administration, ni le secteur privé moderne ne peuvent employer la masse de personnes qui se présentent sur le marché du travail. Le seul débouché est donc "résiduel ; il s'agit en général du petit commerce et de certaines formes de services que l'on peut rendre dans le secteur informel. Ceci expliquent la prolifération des activités informelles. A contrario, les activités de production nécessitent souvent des connaissances souvent techniques que la majorité des personnes n'a pas, et cela même dans le cas des fabrication les plus simples. 4) L'intégration sociale du développement du SX : le SX s'étend parce qu'il répond à sa manière aux problèmes de la société. Il permet d'obtenir des biens de consommation du secteur moderne à des prix abordables. De ce fait, une organisation commerciale existe, peu repérée dans le recensement. En second lieu, le développement du secteur moderne induit pour part le développement des activités informelles, en particulier dans le cas de la fourniture de services : c'est ainsi que peuvent se développer les activités de mécanique auto, de tôlerie, soudure... La liaison entre le développement du secteur moderne et la croissance du SX de services est particulièrement manifeste. Il s'agit sans doute d'une liaison positive à encourager ; un grand secteur de services lié à la production ou à la commercialisation moderne est signe de dynamisme. Précisément la faible extension de ce type de services témoigne du sous-développement Centrafricain. Le développement du SX correspond logiquement aussi à un besoin de clients. En général la situation des acheteurs est tellement serrée que le seul passage par le S.I. permet l'accès à certaines consommations. Enfin, on remarque que certaines formes d'adaptation du secteur, point fondamentalmais peu remarqué: dans une large gamme d'activités il y a quasi- absence de rendementd'échelle. En effet si les rendements étaient croissants dans ces activités la concentration se
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    faire d'elle même.Or cette concentration ne se réalise pas. Cela semble évident pour la plupart des activités de commerce; mais n'est peut-être pas pour un certain nombre d'activité ¿2 production et de services, d'où les espoirs mis dans ces activités. En nous interrogeant sur les causes de cette prolifération des activités informelles, nous avons noté deux déterminants de cette extension. La croissance rapide de la population banguissoise à la recherche d'un emploi, l'absence de possibilités d'emploi dans le secteur formel. A ces déterminants négatifs se combinent des facteurs positifs tels que les taux de marges importants, la faiblesse des barrières à l'entrée, et un coût d'opportunité non négligeable tout comme une intégration poussée dans la vie socio-économique à Bangui. Les perspectives d'avenir du S.I. à Bangui sont très différentes selon que l'on étudie "le haut ou le bas", et la manière d'aborder le problème peut varier : la frange supérieure se prête à une approche économique, tandis que le bas nécessite une approche sociologique. Celles-ci sont singulièrement obérées par les difficultés de l'extension de l'échelle d'activité, impossibilité de passer du S.I. au S.M. dans un grand nombre d'activités. De plus, il n'est pas évident que le saut soit désiré. La question du devenir du S.I. à Bangui est ainsi ouverte. Peut-on et doit-on promouvoir tout le S.I. banguissois ? En fait on peut penser qu'il convient de promouvoir les activités de la frange supérieure dans la mesure où les activités de commercialisation se développent toutes seules et que la meilleure aide à ces activités est précisément de les laisser se développer dans un cadre institutionnel stable sans prélèvements aléatoires et abusifs. En ce qui concerne les secteurs de productions et de services, une politique de soutien peut être mise en place. Compte tenu des échecs en matière de politique de crédits, cette politique doit s'orienter selon les axes suivants : - aide à la formation, surtout technique, gestion ; - crédits affectés à l'achat de biens d'équipement, gagés sur les revenus desfamilles ; - il est fondamental que le domaine légal dans lequel évolue ce secteur soit défini stable et continu ; - la diversification de la production sur la base des expériences ayant eu lieu dans d'autres pays devrait être encouragées.
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    CONCLUSIONDELA PREMIÈRE PARTIE Nousavons évoqué, dans cette première partie, qu'une profonde misère règne aujourd'hui en Afrique au Sud du Sahara. Dans cette situation comment un secteur tel que le S i . peut-il être développé pour que soient exploitées ses potentialités d'emplois à long terme. Le S.I. joue un rôle important dans les économies d'ASS (60% des emplois) malgré ses déficiences constatées au niveau du fonctionnement des entreprises. Afin de stimuler la production nationale il serait avantageux de l'inscrire dans les politiques de développement. Bien que certains, pensent que formaliser l'informel, serait le conduire à sa perte. Le S.I. a un rôle important à jouer pour accroître la capacité d'absorption de la main-d'œuvre du secteur non agricole et pour faciliter le passage d'une économie agricole à une économie industrielle. Il convient donc d'aider ce secteur à s'adapter aux exigences de cette transition. Nous ne pourrions qu'insister sur la nécessité d'aider ce secteur. La question qui se pose est celle de savoir comment assurer la transition. La dynamique du S.I. contribue pour une large part à la dynamique de transition. Celle-ci étant en quelque sorte le reflet de la capacité d'adaptation de la société aux nécessités de la modernité. L'autofinancement des investissements de départ et les investissements ultérieurs, qui illustrent le dynamisme des entreprises, ne doit pas cacher leur problème de gestion technique et comptable, et des débouchés, pour ne citer que ceux-là. Il apparaît tout au long de cette partie que l'efficacité des entreprises dépendra de l'amélioration de leur processus de production, de la transformation de leur environnement. L'afflux de la main-d'œuvre non soutenue dans le S.I. fait que ce n'est plus le nombre d'emplois disponibles qui pose problème mais la productivité de celle-ci, ainsi que la maîtrise de leur capacité organisationnelle. Le processus d'accumulation de capital trouve sa place dans le S.I. et témoigne du dynamisme de ce secteur (activités évolutives). Les résultats de l'enquête du BIT172 sur le secteur métallique ont révélé la capacité d'adaptation technologique du S.I. Si ce secteur apparaît aujourd'hui, comme l'une des dimensions essentielles des économies d'Afrique subsaharienne, il mérite qu'on le connaisse mieux si on veut l'intégrer à une politique globale et pertinente de développement socio-économique. 172 CAPT (J.) : "Capacité et maîtrise technologique des micro-entreprises métalliques à Bamako et à Ségou WEP 2.19AVP.41, Genève, 1987.
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    Pour atteindre cesobjectifs, nous avons choisi la thèse de la transition comme fondement théorique, car celle-ci considère les entreprises du S.I., remplissant des rôles essentiels au profit des populations ; tout en étant tournées vers la modernité, elles présentent des traits caractéristiques propres à la société traditionnelle. Nous pensons que les rapports qui déterminent les performances et les difficultés du S.I. sont plus ou moins forts, avec tel ou tel élément de l'économie. Les obstacles qui freinent la dynamisation du S.I. renvoient avant tout à la définition des politiques économiques et sociales des pays. Qu'il s'agisse des politiques industrielle, agricole, commerciale ou de l'éducation formation, plusieurs problèmes sont à déplorer. L'intégration du S.I. apparaît, pour l'entrepreneur de ce secteur, comme un facteur de succès dans la mesure où elle lui permet d'avoir accès aux crédits bancaires, à une demande solvable et aux aides de l'État. Les résultats des diverses investigations montrent que, sous certaines conditions, le SI. peut constituer l'une des dimensions essentielles des économies d'ASS, dans le processus de du développement, mais cela n'est possible que par : - la modernisation progressive et souple des processus de production et de commercialisation de ces entreprises qui, loin de disparaître, font preuve de dynamisme, comme c'est le cas par exemple des branches métalliques, de la menuiserie de bois, de la ferronnerie, etc.... - l'intégration de la promotion du SI . dans une politique de développement économique. L'avenir du SI. à Bangui, comme dans les autres villes d'Afrique au sud du Sahara, dépend des problèmes liés, entre autres, à l'organisation et au fonctionnement des entreprises et aussi de ceux liés à la suppression des contraintes résultant de son environnement. En dernier lieu, il serait souhaitable que les interventions soient souples et limitées, pour ne pas pousser les entreprises dans plus de clandestinité. Le développement économique implique l'utilisation de toutes les possibilités de croissance, le SI. en est une dont il faut tenir compte. Les politiques d'aide au secteur informel Comme le relève la littérature173 sur la question, la position des gouvernements en Afrique au sud du Sahara est ambivalente. Ils hésitent entre l'interventionnisme ou le laisser-faire. Faut-il intervenir ou laisser faire ? 173 LUBELL (H.) : "Le S.I. dans les années 80 et 90", OCDE, Paris, 1991.
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    Nous sommes dansune problématique très controversée comme le souligne HUGON (Ph.) 174 : "Les autorités sont prises dans une contradiction entre le libéralisme et l'interventionnisme ; d'un côté elles cherchent à codifier, à normaliser, à légaliser des activités qui échappent à leur contrôle, qui ne payent pas d'impôts, ne respectent pas de travail, ne répondent pas aux normes de sécurité et de salubrité et concurrencent le système industriel ; elles prennent ainsi des mesures de déguerpissement ou d'interdiction d'activité pratiquant une concurrence sauvage. Mais de l'autre côté, elles savent que se recréent à la périphérie des habitats spontanés des commerces non patentés ou transformations de produits de récupération qui jouent un rôle régulateur essentiel ; une trop grande normalisation casserait des dynamismes économiques et sociaux et aggraverait la crise économique et sociale. " Contrairement à la plupart des organismes internationaux se préoccupant du S.I. pour la création d'emplois et l'allégement de la pauvreté, les attitudes des dirigeants africains reste ambiguës. Le débat de politique économique regroupe d'un côté les organismes internationaux et les gouvernements qui ont pris conscience de faire jouer un rôle positif à ce secteur ; et de l'autre côté les pessimistes (marxistes et néo-marxistes) qui voient dans le S.I. une séquelle du passé et une source d'exploitation : Les partisans de la flexibilité du S.I. soutiennent que ce secteur pourrait jouer un rôle de substitution : l'emploi informel remplaçant l'emploi industriel formel ou l'emploi tertiaire. Le S.I. révélerait des potentialités génératrices d'emplois et de revenus, dans la lutte contre la pauvreté. Les entreprises du S.I. dans certaines conditions peuvent tirer profit de la flexibilité des prix et des coûts. Pour les partisans de la complémentarité, le S.I. a une dynamique largement induite par la demande effective et les liaisons avec le S.M. Suivant les conjonctures, les activités informelles peuvent être entraînées par le secteur moderne. La complémentarité entre les deux secteurs apparaît au niveau de la demande effective, des liaisons intersectorielles, des relations de sous-traitance. Ces divergences au niveau du débat175 déterminent les politiques à adopter : 174 HUGON (Ph.) : "Les politiques d'ajustement structurel et les micro-entreprises dans les PVD", Notes et Études du C.C.C.E, Paris, sept. 1988. 175 Débat entre les tenants des thèses des "désavantages structuraux" et des "désavantages inhérents", Kenya, 1970. Les opinions sur la promotion du S.I. Deux tendances principales : celle qui préconise sa promotion et celle qui suggère au contraire qu'une prise en compte positive sera inutile. Ces différentes conceptions ont suscité à la conférence de Nairobi un débat sur les tenants des thèses des "désavantages structuraux" et des "désavantages inhérents" dans le cas de l'Afrique. 1 - Désavantages inhérents : bien que les pays développés ne puissent pas être considérés comme un modèle idéal vers lequel les pays africains devraient tendre, leur avance technique ne saurait être méconnue et c'est surles possibilités (procédés) industriels remaniés que doit s'appuyer la croissance économique de l'Afrique. Il serait nécessaire de passer directement des méthodes locales, de caractère artisanal à celles des grandes
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    Pour les uns,il ne faut pas favoriser le S.I, secteur à faible productivité, par conséquent il faut laisser jouer les lois du marché, alors que les autres proposent le développement du SX qui peut avoir des effets multiplicateurs d'emploi et de revenus. L'ambivalence des politiques gouvernementales à l'égard du S.I. s'explique par la non-cohérence de leur attitude vis-à-vis de ce secteur comme le souligne J. CHARMES 176 : "En réalité on comprend mal que les pouvoirs publics ne constituent pas une entité homogène qui parlerait d'une voix unanime et appliquerait une politique concertée : les ministres de Plan s'efforcent de concevoir des mesures susceptibles de créer de l'emploi, les ministères des Finances veulent élargir l'assiette fiscale, cependant que le ministère de l'Habitat et de l'Urbanisme établissent des schémas directeurs qui se traduisent par l'élimination des parts entières de l'économie informelle sans se préoccuper de leur recensement, et que les municipalités et les ministères de l'Intérieur nettoient les trottoirs de tous les petits vendeurs et petits métiers qui y prolifèrent. " Les expériences de politiques de soutien à l'artisanat en Afrique au sud du Sahara peuvent se résumer à la mise en place dans les années 60 et 70, dans la plupart des cas, d'un office de promotion de l'artisanat traditionnel. Ces politiques dont il est question ne prennent donc pas en compte les activités artisanales nées de la modernité. On relève une ambiguïté dans la prise en compte de l'artisanat dans les plans de développement. Soulignons toutefois le fait qu'on ne tient pas compte de la diversité des situations et des catégories d'activités, à ceci il faut ajouter le manque de politiques cohérentes concernant le S.I. (manque de coordination au niveau des ministères), ainsi que les difficultés rencontrées par les interventions sectorielles. "La promotion des micro-entreprises artisanales a manqué en général d'une approche globale cohérente et d'une vision à long terme. " 177 ; certains pays comme le Sénégal, le Rwanda, et la Côte d'Ivoire échappent à cette règle. Au niveau de l'artisanat rural, les interventions concernent la formation et le perfectionnement des artisans. Toutefois la limitation des besoins des ruraux a été un handicap pour la continuité des actions. Les solutions adoptées étaient d'apprendre aux artisans à fabriquer leur propre outillage ou de leur octroyer des crédits pour l'achat d'équipement, après les avoir formé. Industrie, mais ce passage est impossible pour les entrprises du S.I. parmi les auteurs on peut citer BIENEFELD, GERRY, LEYS… 2- Désavantages structuraux : cette thèse affirme que la petitesse de la taille est due aux avantages accordés aux grandes entreprises. Selon les auteurs, celle-ci deviendraient peut rentables par rapport aux petites s’il leur fallait affronter la concurrence sans iaides de l’Etat. Position proche de celle de la Banque Mondiale qui opte d’une manière différente, toutes pour une promotion du S.I. MAC NAMARA, BIT. 176 CHARMES (J.) : "Quelle politique publique face au S.I.", CCCE, Paris, 1989. 177 MALDONADO (C.) : op.cit. page 29.
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    Au niveau del'artisanat d'art, les interventions prennent la forme des centres ou villages d'artisanat artistique. On retrouve ces formes d'interventions partout en Afrique ; au Bénin, Cameroun, Mali, Sénégal, Togo, Centrafrique, etc. Ces centres ou villages d'artisanat artistique sont destinés à la production et à la commercialisation des produits de la sculpture de bois ou d'ivoire, de la vannerie, du tissage, de la bijouterie, de la poterie, etc. Ils regroupent un petit nombre d'artisans sous la direction de l'Office de l'Artisanat et du Tourisme. Dans les pays cités ci-dessus on note la négligence des aspects promotionnels, la création de fonds de roulement et un manque d'organisation autonome. On peut noter toutefois le cas du Rwanda qui fait exception ; dans ce pays on a vu la nécessité de décentraliser ses comptoirs au niveau des chefs-lieux de préfecture, et de les gérer par l'Association pour la Promotion de l'Artisanat (ASPAR) qui assure la commercialisation des produits et l'animation du milieu artisanal par un appui logistique et technique. Au cours des années 70, face à l'ampleur du chômage et du sous-emploi dans les pays d'Afrique au sud du Sahara, le BIT et d'autres organismes internationaux ont centré leurs préoccupations sur le S.I.. Dans le cadre africain, des programmes de soutien à certaines composantes du S.I. ont été élaborés. Les types d'assistance concernent : le crédit, l'assistance technique, l'assistance en gestion, la commercialisation, etc. (voir tableau ci-dessous). Les objectifs de ces programmes d'appui peuvent se résumer aux points suivants : - permettre aux artisans d'accéder à des formations simples de type gestionnaire ou technique ; - renforcer les connaissances de base par la mise en place d'un système d'alphabétisation ; - favoriser la fabrication d'outils et d'équipements relativement simples destinés aussi bien à l'activité en zone urbaine qu'en zone rurale ; - stimuler le développement de nouveaux produits, etc. Du point de vue stratégique, une évaluation des expériences de soutien au S.I. semble indispensable pour que les pouvoirs publics et les organismes donneurs soient en mesure d'identifier les approches les plus rentables. L'existence des réseaux nationaux et internationaux peuvent permettre les échanges d'expériences contribuant à résoudre les problèmes du S.I.. Le mérite de ces expériences de soutien est d'avoir trouvé, au niveau de la motivation, un dénominateur commun aux activités informelles, ce qui permet l'adoption d'approches pragmatiques dont celles du BIT et de l'USAID. Cette présentation nous amène à cerner les rôles de l'Etat, des organismes internationaux et des ONG ainsi que celui des organisations de groupements professionnels du S.I.. Il découle de l'analyse des différents programmes de soutien au S.I. que soit définit le rôle de l'État et des intermédiaires secondaires (ONG...).
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    Le rôle del'État : L'élargissement de l'échelle des programmes destinés au S.I. dans le cadre des petits projets appelle une centralisation et une participation de l'État. Un dispositif de coordination entre les ONG, les groupes cibles et les pouvoirs publics semble nécessaire. Le rôle de l'État doit être clairement défini. Divers obstacles au développement du S.I. sont liés aux actions de l'Etat, exemple : les politiques en matière de marchés publics... (voir la dernière section du chapitre IV, où nous avons dégagé les obstacles à la dynamisation du S.I.). Les actions des pouvoirs publics doivent viser à favoriser l'établissement de liens entre les petites, les moyennes et les grandes entreprises, ainsi que la définition du cadre institutionnel. L'intensification des recherches et des échanges d'expériences concernant le S.I. s'avère indispensable ; tout comme l'État doit favoriser les réformes économiques, en renforçant les mécanismes du marché et les possibilités d'investissement. Le rôle des intermédiaires : Si le nombre des ONG a augmenté à la faveur des changements politiques, les attitudes des gouvernements à leur égard n'ont, elles, guère changé. Les gouvernements ont essayé quelquefois d'élaborer des mesures rigoureuses pour contrôler leur activité et n'aiment pas, en général, leur laisser une trop grande latitude politique. L'expansion rapide des ONG nationales, en particulier ces dernières années, est due dans une large mesure à l'appui financier et institutionnel des pays donateurs. La nature de leur coopération mutuelle varie selon les perspectives de telle ou telle problématique du développement et des actions qu'elle requiert. L'actuel manque de confiance entre les gouvernements, les donateurs et les ONG vient d'un malentendu sur leurs objectifs respectifs et leurs méthodes de travail178 . Il est donc nécessaire que les trois parties définissent en commun leurs rôles et examinent ensemble si le meilleur moyen de mener à bien un projet de développement, et comment les gouvernements peuvent-ils rendre plus efficaces les ONG en tant qu'instrument de développement. Les gouvernements peuvent contribuer beaucoup à les aider en créant à leur intention un cadre politique juridique approprié. L'une des raisons qui doit inciter les gouvernements à subventionner les projets de développement de ces dernières est la longue expérience que bon nombre de ces organismes possèdent du S.I. et des méthodes d'action qui sont en rapport avec les besoins et l'aide aux groupes les plus défavorisés. Les gouvernements doivent apprécier les méthodes employées, qui ont souvent pour principe de faire participer les communautés et de développer les capacités locales. Les ONG concessionnelles, les églises et paroisses constituent un réseau 178 Voir rapport sur la collaboration entre les organismes publics pour le développement et les ONG, OCDE, Paris, 1991.
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    d'agents utile (casdu Rwanda) dans la réalisation de projets peu coûteux entrepris sur une échelle réduite avec la participation des intéressés, en dépit de l'intransigeance qui caractérise parfois ce type d'organisation. Une autre raison, souvent avancée, pour expliquer l'intérêt de cette collaboration, est que le rapport coût-efficacité de leurs projets est plus élevé que ceux lancés par le secteur public. Les gouvernements pourraient aussi s'intéresser à la possibilité de reproduire, parfois sur une grande échelle, les projets expérimentés avec succès par ces organismes. Toutefois la reproductibilité des projets, comme le rapport coût-efficacité, est une question au sujet de laquelle on ne dispose pas de renseignements probants. Il y a de bonnes raisons de croire que la collaboration entre les organismes publics et les ONG continuera à s'élargir. Les facteurs qui ont favorisé la coopération ces dernières années seront sans doute toujours valables. Parmi ces facteurs on notera, en particulier du côté des pouvoirs publics ou des gouvernements, l'importance relative accordée aux problèmes accès sur la lutte contre la pauvreté et la possibilité de pouvoir bénéficier de l'important soutien de l'opinion publique. L'analyse des réalités du S.I. débouche sur la nécessité d'une promotion sélective, compte tenu de l'hétérogénéité des activités. Cette nécessité dépend aussi de la capacité des agents du S.I. à s'organiser. Le développement économique implique l'utilisation de toutes les possibilités de la croissance. Le S.I. en est une qu'il faut prendre en compte. Ce que nous venons d'examiner, permet de vérifier l'hypothèse selon laquelle le cheminement du développement dans les pays d'ASS conduit à considérer le S.I. comme une des potentialités. L'idée d'une meilleure utilisation de cette potentialité et l'amélioration du niveau de vie des groupes à faibles revenus peut être aussi avancée. Il s'agira dans la deuxième partie de cette étude, de nous interroger sur la capacité du système de formation dans son ensemble à répondre également aux besoins du S.I.. D'où la question centrale : quel système de formation compte tenu de l'organisation socio-économique de ces pays d'ASS, ou encore, comment utiliser le S.I. et ses potentialités pour assurer la formation du plus grand nombre, si 1' on considère que la formation est un facteur clé du développement ? Après avoir montré dans la première partie, que le S.I. est une réelle possibilité de développement, compte tenu de l'échec des politiques de crédit, nous pensons que la dynamisation du S.I. passe nécessairement par la nécessité du système de formation dans son ensemble à répondre également aux besoins de ce secteur. Dans toute société en pleine mutation technologique, l'acquisition des qualifications ne peut se réduire à sa forme traditionnelle. La formation professionnelle joue un rôle décisif. En abordant la problématique de la formation, nous allons mettre en évidence la formation dispensée dans le
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    - S.I. (l'apprentissagesurletas)puis,nous essayerons de répondreà laquestion, quel typede formation peut stimuler le dynamisme des activités informelles.
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    DEUXIEME PARTIE :LA FORMATION DANS ET POUR LE SECTEUR INFORMEL Chapitre I : Le rôle de l'éducation et de la formation dans le Développement Chapitre II : La formation dans le secteur informel Chapitre III : La formation pour le secteur informel
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    INTRODUCTION DE LASECONDE PARTIE La crise du système de formation touche universellement toutes les nations. Le système éducatif en Afrique au Sud du Sahara s'est révélé, de par son fonctionnement, impuissant à répondre aux exigences socio-économiques. Parallèlement un double phénomène se dessine, l'augmentation du nombre d'enfants privés de scolarisation d'une part, et l'augmentation du pourcentage d'analphabètes, d'autre part. Par son rendement, son rôle social, sesméthodesetsesobjectifsculturels,lesystèmesevoitdeplusenpluscontesté.Ilestreconnu, de nos jours, que l'échec de l'éducation est symptomatique d'une nation en crise. On note en ASS, une augmentation des divergences entre l'enseignement et la vie réelle. Les enfants ne suivent plus le même parcours que leurs aînés. Chacun se voit obligé d'inventer sa propre vie. Dans ces conditions, l'expérience risque d'être un obstacle plutôt qu'une aide et toute autorité politique, familiale ou scolaire est contestée. L'immobilisme du système éducatif discrédite et bouscule les jeunes dans un modèle de changement. L'enseignement officiel n'est plus adapté aux besoins des jeunes en Afrique au Sud du Sahara. C'est en dehors du système officiel qu'il faut rechercher probablement les remèdes qui sauveront l'éducation officielle. Le manque de réalisme devient catastrophique : on s'est contenté d'appliquer aux scolarisés l'ensemble des mesures qui avaient réussi auprès des privilégiés d'autrefois. Il serait temps de sortir de cet enfermement artificiel hyper théorique pour donner aux jeunes le goût de l'action. La formation joue un rôle irremplaçable dans l'amélioration des conditions de vie et du milieu de travail. Les raisons sont à la fois permanentes et conjoncturelles, comme le souligne J. M. CLERC179 : Les raisons permanentes : donner une place éminente à la formation, c'est constituer un moyen décisif pour réaliser un changement durable et profond, parce que la formation est porteuse de changement en profondeur. C'est un problème de civilisation : "la société technicienne qui pénètre jusqu'à la vie rurale, transformant les rapports sociaux, rend plus nécessaire que jamaisVêlementéquilibrantqueconstitueuneformed'enseignementtenantcomptedel'homme et notamment de l'homme au travail". Les raisons conjoncturelles concernent une certaine carence des supports institutionnels. Dans bien des cas les structures sociales, constituant normalement des points d'appui aux actions d'amélioration des conditions et du milieu de travail, sont peu efficaces ou font défaut. Ceci est un facteurqui renforce lerôledes actions d'éducation et de formation. Cetteidéeinspire depuis longtemps les travaux des économistes à travers le rôle du capital humain dans le processus de croissance. Les néoclassiques privilégiaient l'étude des comportements individuels d'éducation sans beaucoup mettre l'accent sur le contexte 179 CLERC (J.M.) : "Formation, instrument d'une stratégie d'amélioration des conditions et du milieu de travail", R.I.T., vol.129, n°3, 1984.
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    macro-économique. Parailleurs, lerenouvellement des théories de croissances endogènes montre que divers mécanismes de transmission du capital humain affectent durablement le sentier de la croissance économique. "Ceci ouvre immédiatement de nouveaux horizons puisque les politiques économique et éducative en particulier sont susceptibles d'affecter le taux de croissance de long terme"180. Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, que le SX joue un rôle de premier plan dans les économies au Sud du Sahara et, par conséquent, qu'il est donc un élément structurel adapté au processusdedéveloppement.Deplusenpluslesdiplômésdelaformationofficielleutilisentleurs connaissances pour créer leur propre activité dans le secteur informel lorsque le secteur moderne setrouvedansl'impossibilitédelesintégrer.LeS.I.estdevenul'apanagedesscolarisésetladurée de la scolarisation est, selon KING181, ce qui amène des différences quant à la stratification au sem des unités. Malgré cela l'analyse économique révèle que les difficultés rencontrées dans ce secteur proviennent du niveau d'instruction et de formation peu élevé et de l'absence de méthodes de gestion. Il est donc devenu nécessaire que les politiques d'éducation et de formation prennent en compteleS.I.IlestadmisqueiesniveauxdequalificationdansleS.I.restentgénéralementbas.La productivité et la médiocrité des biens et services témoignent, dans une large mesure, de la nécessité d'améliorer les qualifications. La formation est dans une large mesure un instrument grâce auquel d'autres efforts porteraient leurs fruits. QueltypedeformationpeutstimulerledynamismeduS.I.,ouencorelacirculationentrelesdeux secteurs n'est-elle pas favorisée par l'alphabétisation, la montée du niveau d'éducation et de formation ? Nous aborderons dans cette deuxième partie : le rôle de l'éducation et de la formation dans le développement, analysé à travers l'accumulation ducapitalhumainetlaprésentationdesnouvellesthéoriesdelacroissanceendogène (chapitreIV) ; le chapitre V nouspermettra de mettre en exergue le phénomènede la formationsurle tas dans le S.I.;nousessayeronsdemontrerqu'ilyaunsystèmedestructuration,nonformalisé,noncodifié, qui obéit à une certaine organisation assez diffuse. L'interaction entre les différents membres (entre patrons et apprentis) du S.I. montre qu'en réalité, même si certains ont plus de responsabilités que d'autres, chacun apprend l'expérience collective ; ledernierchapitre seraconsacréàlaformationpourleS.I.: "Etantdonnélapartgrandissantede la population active qui travaille dans le S.I., alors que les perspectives de développement de l'économie formelle demeure limitées, les deux objectifs qui s'imposent désormais aux pays à bas revenus sont de former les travailleurs à l'emploi 180 AUTUME (A.) : "Education et croissance", Revue Economie Politique, n°104,1994. 181 KING (K.) : "L'émergence de tendances récentes en Afrique : un schéma pour de nouvelles approches", in Les nouvelles approches du secteur informel, O.C.D.E., Paris, 1991.
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    indépendant et d'améliorerla productivité du S.I"182 Nous essayerons de répondre aux questions relatives à la formation générale et professionnelle destinée au 182 CARNOY : ‘’Efficacité et équité de la formation professionnelle’’, Revue internationale du travail, vol.133, n°2, 1994.
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    CHAPITRE IV :LE RÔLE DE L'ÉDUCATION ET DE LA FORMATION DANS LE DÉVELOPPEMENT INTRODUCTION La conception selon laquelle l'éducation et la formation influent sur le niveau de développement d'un pays relève du fait que celles-ci sont reconnues comme moyen d'accroître lescompétencesdesindividusautravail.Chaqueménageconstatequeles enfantsontunintérêt matérielàs'instruire,carilsexercerontensuiteunemploimieuxrémunéré.Auneépoqueoùles facteurs de croissance sont examinésde plus enplus près,le problèmede l'éducation eu seindu développement revêt une attention particulière. Le développement équivalait à la croissance économique dont l'éducation est considérée comme la clé permettant l'élévation du niveau des qualifications etpar suitede laproductivité. Cette opinion est conjuguéeavecla convictionque l'instruction est un objectif social désirable en soi, ce qui incite à inclure une large diffusion de l'enseignement parmi les objectifs prioritaires."Tout le monde reconnaît que le niveau d'instructiondelapopulationactived'unpaysestl'undesélémentsdéterminantduniveauetdu taux d'accroissement de la production par l'homme et par homme-heure...Une instruction plus pousséepeutcontribuerdedeuxfaçonsauprogrèséconomique.D'unepart,ellepeutaméliorer la qualité de la population active. D'autre part, une meilleure formation générale de la population peut accélérer le progrès de ces connaissances. "183 Les économistes posent généralement le problème de l'éducation en termes d'investissement, d'où la question de savoir si cet investissement répond à un besoin et quel rapport coût-avantage il fait apparaître. Nous partirons de l'hypothèse que les phénomènes éducatifs sont susceptibles déjouer un rôle positif dans l'activité économique. L'éducation retentit directement sur la productivité de la main-d'œuvre en favorisant la création des compétences qui accroissent la productivité du travail, elle exerce une influence sur l'activité économique. "Toute étude des aspects économiques du développement doit prendre en compte les phénomènes déformation lesquelles l'économie considérée disposera ou non des travailleurs,paressencehétérogènes,adaptésàsesobjectifsdedéveloppement.Toutepolitique de développement suppose donc une politique déformation non seulement adaptée 183 DENISSON (E).: "Le facteur résiduel et le progrès économique", OCDE, Paris, 1964.
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    Mais intégrée auxautres politiques et en premier lieu à celle de m’emploi’’184 . Plusieurs arguments militent en faveur du rôle de l’éducation-formation en tant qu’une des variables clé du développement. - Un investissement dans le domaine de l’éducation et de la formation rapporte autant que la mise en place de capital fixe et donc entraîne des taux de croissance élevés ; - L’éducation et la formation préparent l’individu à des métiers mieux rémunérés et, par conséquent, lui permettent de profiter des possibilités économiques. L’éducation comme investissement revient à la considérer comme un ensemble de phénomène susceptible de jouer un rôle positif dans l’activité économique, dans la mesure où celle-ci rend plus efficace le travail productif. ‘’on accorde presque partout aujourd’hui que la formation du capital humain constitue un élément essentiel pour accélérer la croissance’’185 L’augmentation rapide des dépenses d’enseignement dans les PVD stimule le chercheur à soulever le problème d’utilisation des fonds publics en termes d’affectation des ressources rares à des usages alternatifs. Daniel BAS avance à ce propos : ‘’La crise est venue. Il est fallu que chacun se mette à compter lorsque l’investissement est considérable. La nécessité de mesurer son coût et son efficacité se fait impérieuse. C’est le cas pour la formation. Investissement de toute première importance’’186 . Nous aborderons dans ce chapitre : - Section I : L’aspect théorique du problème éducation-développement ; - Section II : Les politiques éducatives en Afrique au Sud du Sahara ; - Section III : L’analyse du système d’éducation et de formation en Centrafrique SECTION I : APPROCHE THEORIQUE DU PROBLE D’EDUCATION-DEVELOPPEMENT L’idée selon laquelle l’éducation et la formation peuvent jouer un rôle moteur dans le développement trouve son explication dans la théorie du capital. L’Education agit sur 184VERNIERES (M) : ‘’Formation, emploi, enjeu économique et social, Cujas, Paris, 1993. 185 PSACHAROPOULOS (G.) : ‘’L’évaluation des besoins prioritaires de formation dans les PVD RIT. Vol.123, n°5, 1984. 186 BAS (D.) :’’La formation dans les PVD, ‘’ Problèmes économiques, n°2086, 1988.
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    l'efficacitédesindividuset lespossibilités dechoix entredifférents emplois. WELCH187 baptise ces deux effets "worker effect" ou l'effet de qualification et "allocative effect" ou l'effet d'allocation. L'effet de qualification mesure le fait que l'éducation permet à l'agent de produire une plus grande quantité de biens avec des ressources données. L'effet d'allocation existe si l'éducation permet à l'individu de mieux utiliser les prix et les caractéristiques de facteur et de produit, afin de tirer le plus grand profit de son activité. Deux hypothèses permettent de saisir l'apport de l'éducation à l'économie : - la première est que les phénomènes éducatifs sont susceptibles de jouer un rôle positif dans l'activité économique ; - la deuxième est que la relation éducation-formation/économie conduit à qualifier la nature de l'éducation considérée comme investissement. - Les néoclassiques considèrent l'éducation comme un investissement en soi, comme la constitution d'un capital humain. Dès lors l'éducation n'est envisagée qu'au travers de ces effets sur les salaires et la croissance. Au début des années 50 se sont développées de nouvelles problématiques pour l'analyse économique du travail, parmi lesquelles une place privilégiée a été accordée à l'approche en tenue de capital humain. Le renouveau des théories de la croissance endogène vers les années 80, témoigne de l'intérêt qu'on accorde aux investissements en éducation et formation dans le processusdedéveloppement."Le succèsdelanouvellethéoriedelecroissanceestaujourd'hui indéniable. Parmi les multiples travaux réalisés dans cette optique, de nombreuses analyses ont mis en évidence les effets de l’accumulation du capital humain sur la croissance économique." 188 Les théories de la croissance endogène donne une nouvelle jeunesse au concept du capital humain. I.1 - LA THEORIE DU CAPITAL HUMAIN (KH) A - Définition du capital humain BLAUG189 a écrit à propos du capital humain : "C'est en ce sens très simple que les coûts constituent un investissement dans leur future capacité propre à obtenir des gains" , il définit ainsi le concept au niveau individuel. La définition du capital humain au niveau social 187 WELCH (F.). MURPHY (K.M.).: "Empirical Age-Earnings profiles", Journal of Labor Economics,8, p.202-229,1990. 188 BOUYAD(A.):"Capital humain et croissance des pays en développement", Thèsededoctorat d'université en Sciences économiques, Université Toulouse 1,1994. 189 BLAUG (M.) : "Education and employment in developing country", JLO, Genève, 1981.
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    - se retrouvechez G. S. BECKER qui avance que son ouvrage "Human capital" est "concerné par les activités qui influencent les futurs revenus monétaires et psychiques, et accroissent les ressources de la population. Ces activités sont nommées investissement en "capital humain"190 . - Les activités qui contribuent à l'accumulation du capital humain peuvent découler de l'éducation formelle, de la formation sur le tas, des dépenses de santé... ; toutefois l'investissement en capital humain peut prendre d'autres formes : - les investissements familiaux, qui concernent l'influence de la famille sur le stock de capital humain des enfants ; celle-ci se manifeste par la transmission des connaissances et de la motivation ; - les investissements éducatifs, qui résultent de la politique d'élévation du niveau d'instruction de la population ; - lesinvestissementsprofessionnels,quiconcernentl'apprentissagerésultantdel'accroissement du stock de capital humain d'un individu par l'expérience au cours de la vie active. Les investissements scolaires ne sont pas les seules formes d'acquisition de connaissances. Tout au long de la vie active, les individus continuent à apprendre par l'intermédiaire d'investissements professionnels qui suivent un rythme conforme aux prédictions de la théorie. La formation au cours de la vie active, comprend la formation explicite dans un établissement, et aussi la formation sur le tas (implicite). La formation explicite est une activité qui a pour finalité principale,sinon unique,la formation, alors que laformation surle tas se trouve associée à une activité dont la principale finalité n'est pas la formation, exemple dans la production. On retrouve à ce propos la distinction entre la formation générale et la formation spécifique (au sens de Becker). La formation générale désigne une formation le plus souvent acquise sur le tas, dans le travail, mais une formation qui peut servir dans plusieurs entreprises ; tandis que la formation spécifique, au contraire, sera une formation acquise sur le tas mais qui ne peut servir que dans l'entreprise où elle a été acquise. Un certain nombre d'économistes tels que BECKER et SCHULTZ191 se sont posés la question relative à la relation entre le niveau de revenus et le niveau d'éducation (la signification de la notion de rentabilité d'un investissement en capital humain). En effet, un grandpourcentagedel'accroissementduPNBn'estdûniàl'accroissementdufacteurtravail,ni à celui du facteur capital, mais plutôt à l'accroissement de la productivité. BECKER dans son ouvrage intitulé "Human capital" admet que les différences de salaires observées selon les niveaux d'instruction représentent des mesures approximatives de la 190 BECKER (G. S.) : "Human capital,: A theorical and empirical analysis with Special reference to education," New-York, 2° Edition 1975. 191 SCHULTZ (T.W.):"Investment in human capital,"The Free Press, 1971.
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    - contribution desétudes à la productivité sociale. L'enseignement est un facteur de production dont la contribution marginale peut être approximativement mesurée par les différences de rémunérationentrelestravailleursselonqu'ilssontplusoumoinsinstruits.Cetargumentrepose sur l'idée que le marché du travail pour les individus instruits fonctionne selon les principes de l'analyse économique fondée sur le jeu de la concurrence. - L'accumulation du capital humain permet d'accroître la productivité du travail. Les pays qui ontconnu destauxde croissance élevés sont ceuxqui ontleplusinvesti dans laqualitédeleurs ressourceshumaines.Lapriseencomptedel'éducationpourl'analyseéconomiquepeutsefaire soit au niveau individuel, soit au niveau social. - L'utilisation du concept du KH facilite l'analyse car elle permet d'inscrire cette étude dans celle du capital en général. Au niveau macro-économique, les dépenses d'éducation pourraient alors être conçues comme participant d'une problématique d'allocation optimale des ressources entre les différentes sortes de capitaux. La problématique sociale ne serait qu'un simple élargissement de celle étudiée au niveau individuel. La conception "socialisée" de l'éducation, c'est-à-dire l'enseignement comme un bien collectif, doit être rejetée dans la mesure où les bénéfices de celle-ci sont surtout individuels et divisibles, puisque chacun est en mesure, lorsqu'il le désire, d'acquérir davantage d'éducation, et ceci quel que soit le processus scolaire même pendant la durée obligatoire légale de l'enseignement. De plus, l'existence de processus de sélection dans le cursus scolaire limite la quantité d'éducation et crée des tensions de rareté. - Ceconstatsoulèvelapossibilitéd'uncalculen termesdeprix,lescoûtsetgainsd'unprocessus éducatif pourraient alors être comparés. B - Statut de la théorie du capital humain Comme toute théorie néoclassique, la théorie du capital humain repose sur l'hypothèse forte de larémunérationdesfacteursàleurproductivitémarginale,toutenpostulantquelaformationest la source essentielle d'augmentation de productivité physique. Donc la formation, qu'elle soit dispensée à l'école ou sur le tas, accroît la capacité productive du sujet qui la reçoit, avec un délai mesuré par la période de production de ce capital humain. Les différences de salaires ne fontalorsquetraduirelesdifférencesdeproductivité.Lathéorieducapitalhumainreliedoncla distribution des gains à celle des investissements en capital humain, les taux de rendements servant d'instruments de liaison. Les recherches sont fondées sur une double hypothèse : - la première est que les individus sont des agents éco-rationnels cherchant à maximiser une fonction d'utilité ; - la seconde est que l'investisseur se trouve dans un marché concurrentiel parfait avec un coût du capital unique pour tous les agents : celui du marché.
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    - La théoriedu capital humain a permis l'identification du facteur résiduel, composante essentielle de la croissance. Trente ans après, on assiste à un renouvellement de celle-ci. En effet au milieu des années 80, s'est développée aux États Unis, autour des articles de LUCAS192 et de ROMER193 , la théorie de la croissance endogène. Cette nouvelle approche ouvre des nouvelles orientations dans la détermination de l'impact du capital humain dans la croissance. - Les auteurs partent du fait que l'accumulation du capital physique reste insuffisante pour atteindre une croissance à long terme, dans la mesure où la production est soumise à des rendements marginaux décroissants du capital dans le modèle néoclassique. Pour les tenants de cette nouvelle approche, l'accumulation des connaissances influence positivement la productivité, engendre des effets externes importants et des rendements d'échelle croissants. "En effetlemodèlenéoclassiquen'afourni qu'uneexplication partielledela croissance.Étant donné l'hypothèse des rendements décroissants, une fonction de production donnée, la productivité marginale du capital diminue au fur et à mesure qu'il y a accumulation. Ainsi les pays pauvres en capital vont connaître une croissance plus rapide que les pays riches. La prédiction de la nouvelle théorie de croissance est différente, puisqu'au lieu de conclure à la convergence des évolutions, elle cherche à expliquer la diversité des situations"194 . Les modèlesmettentl'accentsurlerôledéterminantdespolitiqueséconomiquesdanslamesureoù, le choix des dépenses publiques des infrastructures, d'éducation, de recherche et développement, est déterminant pour la croissance économique. A ce niveau d'analyse la présentation du modèle de LUCAS peut nous éclaircir sur le rôle de l'accumulation du capital humain dans la croissance économique. Les travaux sur la croissance endogène s'appuient sur la dotation d'une économie en capital humain. Les études empiriques195 ont montré que le niveau initial du capital humain d'une économie détermine si l'économie va parvenir à une croissance régulière où à un équilibre durable de sous-développement. - Présentation et interprétation du modèle - LUCASretient4inputsdebase:lecapitalphysique,letravail,lecapitalhumainetunniveau moyende capital humain(effet externe). L'individu s'éduque lui-même, utilisantpour celason temps et ses compétences acquises, et le capital humain ainsi produit à partir de lui-même. 192 LUCAS (R.) : "On the Mechancis of Economic Development", Journal of Monetary Economic 22, p.3-42, 1988. 193 ROMER (P.M.) : "Increasing Returns and Long-Run Growth",Journal of Political Economy, vol.94, n°5,p.l002-1037,1986. 194 BOUYAD (A.) : "Capital humain et croissance des pays en développement", Thèse de doctorat d'université en Sciences économiques, Université Toulouse 1,1994. 195 ROMER (P.M.) : op. cit.
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    - Les travailleurssont considérés comme identiques. Un travailleur avec un niveau de qualification h est doté d'un temps normalisé à l'unité ; il consacre une fraction u de ce temps à la production courante et le reste (1 - u) à l'accumulation du capital humain. La technologie du secteur des biens de consommation est représentée par une fonction de production, elle est supposée dépendre du capital physique K(t), du travail N(t) et de la technologie A.
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    Les équations (11)et (12) donnent respectivement le taux de croissance d'optimum social et le taux de croissance d'équilibre du capital humain. Évaluation du modèle Les principales conclusions du modèle peuvent être extraites des deux équations (11) et (12) qui résument l'aspect positif de l'investissement en capital humain sur la croissance. LesdeuxexpressionsaugmententavecÇ,etdiminuentlorsqueletauxd'escomptepcroît. Cette implication se déduit directement de l'hypothèse selon laquelle les bénéfices du capital humain sont perçus principalement dans le futur, alors que les coûts sont immédiatement supportés.
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    Dans les deuxcas (taux de croissance d'optimum social,ou taux de croissance d'équilibre)l'équation(10)donneletauxcorrespondantdelacroissanceducapital physiquepar tête.Anoter:lathéoriepréditquelacroissanceestmaintenue,quel'effetexternesoitpositifou nul. si 𝛾 = 0 gc=v si λ = 0 gc >v Parconséquentl'effetexterneprovoqueunecroissanceplusrapideducapitalphysique que du capital humain. Ainsi si 𝛾> 0 le capital humain croît à un taux plus bas que le capital physique : (gc> v) la décision des agents pour investir dans la formation du capital humain provoque un effet augmenté par l'externalité sur la croissance du capital physique. De plus, LUCAS (1990) montre que la productivité marginale, et donc la rémunérationdutravail (capital humain inclus),est plus faible dans les paysen développement que dans les pays développés où le montant du capital moyen est plus élevé. Par conséquent, il est clairquele rendementdes facteurs est beaucoup plus élevé dans les paysdont lestockde K et h est important. Apports et limites Le résultat le plus important du modèle est la conclusion selon laquelle plus une économie a un stock de capital humain important, plus elle connaît une croissance rapide. Il indique que des niveaux de capital humain peu élevés peuvent expliquer la croissance des économies sous-développées. La prise en compte des effets externes fait apparaître l'existence deseuils.D'unepart,danscertainesrégions,l'externalitépeutêtrefaibleetl'économiesetrouve enfermée dans une "trappe de sous-développement", d'autre part, dans d'autres régions, l'externalité est positive et significative, et l'économie connaît une croissance rapide. Le modèle permet d'intégrer des comportements économiques que les néoclassiques laissaient de côté, les liens avec l'accumulation du capital physique sont étroits. Toutefois les validations empiriques en sont encore à leurs débuts du fait de la pauvreté des données statistiques sur une longue période. La croissance endogène relance le débat sur les interventions publiques concernant éducation, recherche, infrastructures où l'État a un rôle à jouer. "Plus globalement, la croissance endogène a réouvert une boite noire que les néoclassiquesavaitrefermé. En sefondant surdesrendementscroissants, elleouvrela porteà l'hystérésis (rémanence des chocs transitoires) et aux équilibres multiples (des situations initiales différentes peuvent ne pas converger), dans un tel cadre l'histoire compte".196 196 GUELLEC (D.) : "Croissance endogène : Les principaux mécanismes." Economie et Prévision, n° 106, 1995.
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    De plus, lesthéories de la croissance endogène, ouvrent les voies à d'autres orientations : elles permettent de prendre en compte l'endogenéité de la fertilité, ainsi que des implications dans le cadre d'une économie ouverte. Le cadre d'analyse permet d'étudier les effets macro-économiques de l'éducation et des politiques économiques. 1.2 -EVALUATION DU RENDEMENT DE L'EDUCATION - L'acquisition d'une formation apparaît comme un investissement, elle implique un coût (dépenses de formation et manque à gagner), elle est sensée augmenter l'efficacité future du travailleur. Le choix à effectuer au niveau du système éducatif, la justification de ces dépenses etleursstructuressontgénéralementétudiés àpartirdelaméthodedes tauxderendement(c'est l'application d'une méthode très générale d'analyse coût-bénéfice) et celle des besoins en main-d'œuvre. A - Les coûts de l'éducation - Ces coûts comprennent les dépenses de construction, d'équipement, de personnel, mais certains souhaitent aussi tenir compte des pertes de revenus résultant de la réduction de la main-d'œuvre employée dans la production directe (coût d'opportunité). Ce dernier problème est délicat puisque, selon les sociétés et les époques, les enfants auraient pu travailler plus ou moins tôt. De plus tout dépend de l'état du marché de travail. S'il y a chômage, le retrait d'une partie de la main-d'œuvre n'est pas un coût supplémentaire. Au contraire s'il y a pénurie de la main-d'œuvre, l'orientation des jeunes vers le système éducatif peut aggraver un déséquilibre à court terme. - Le coût de l'éducation comprend, pour l'individu comme pour la société, deux parties : une charge directe et un manque à gagner. - les coûts directs : les coûts directs sont augmentés par la scolarisation croissante, mais ils le sont également par l'amélioration de la qualité de l'enseignement. Le perfectionnement des méthodesetprogrammesentraîneengénérall'emploid'unéquipementplusonéreux.Leprixde revientparélèveprogressed'undegréd'enseignementàunautreetdoncavecl'âgedesélèveset l'allongement de leurs études. Chaque fois que l'on ajoute une année au temps de scolarité, le coût marginal de cet allongement grandit : une formation de niveau élevée nécessite, outre un développement du matériel, la réduction des effectifs par classe. Si bien que le coût d'un élève du secondaire représente dans certains cas le double de ce qu'il est dans le primaire, et avec l'enseignement supérieur l'écart est encore plus net. - le manque à gagner : celui-ci revêt deux formes :
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    - la prolongationdes études conduit à restreindre l'importance numérique de la main-d'œuvre ; - ladeuxièmeformedemanqueàgagnerestaussiimpossibleàincorporerdirectement que la première. Ce secteur "produit" mais aussi "consomme " de la main-d'œuvre. Dans les PVD où peu de gens qualifiés sont disponibles pour l'industrie, leur orientation vers l'enseignement peut créer des goulots d'étranglement et, par là, provoquer une réduction sensible du produit national. L'observation des dépenses éducatives laisse apparaître 3 types de dépenses 197 : - des dépenses qui correspondent au coût de la croissance d'un enfant en dehors de toute hypothèse éducative ; - les dépenses d'éducation au sens strict : ce sont les dépenses de scolarité ou celles induites par elles ; - les dépenses socio-éducatives : qui donnent lieu à de nombreuses controverses. Faut-il ou non les inclure dans les dépenses éducatives ? Ceux qui répondent négativement partent d'une conception étroite de l'éducation. Pour eux le caractère non obligatoire de ces dépenses les fait sortir du cadre éducatif. A l'opposé, ceux qui répondent positivement se fondent sur des études pédagogiques qui montrent que le développement intellectuel d'un enfant peut se compléter (ou se faire) dans des manifestations non liées au système éducatif formel. La prise en compte ou non des dépenses socio-éducatives aurait une incidence considérable sur le niveau des coûts. A remarquer que ce type de dépenses se caractérise par une forte élasticité par rapport au niveau de revenu. On peut considérer que le coût est variable avecleniveauderevenusdesparents,latailledelafamille,l'appartenancesociale," C'est parce que ces problèmes sont complexes et se posent différemment d'un pays à l'autre qu'il n'existe aucune classification internationale normalisée des coûts de l'éducation"198 . Les principales expressions du coût de l'éducation selon PAGE (A.)199 A la base de toute expression du coût figure une dépense qui marque une consommation de facteurs. Dès lors une démarche préliminaire consiste à préciser quelles sont les dépenses prises en considération. Trois groupes d'agents peuvent être retenus : 197 MINGAT (A.), PSACHAROPOULOS (G.) : "Education Cost Financing in Africa : Some Facts and Possible line of Action", Washington, DC, 1984. 198 WOODHALL (M.), PSACHAROPOULOS (G.) : "Education pour le développement", Economica, Paris, 1988. 199 PAGE (A.) : "L'économie de l'éducation", PUF, 1971.
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    - la familledontlacontributioncomporteles dépensesdirectementliées àl'éducation (fraisdescolarité, frais detransport...) etles versements fiscaux alimentant le budgetde l'État; - les établissements scolaires et universitaires qui se trouvent directement à la source d'une fraction importante des dépenses d'éducation ; - lacollectiviténationalequiapparaîtbiencommel'agentéconomiqueprivilégiédans la comptabilisation des dépenses d'éducation. Quels que soient les agents économiques qui supportent en définitive la charge du financement, une part importante est assurée sur fonds publics. 1 - Expression du coût selon l'objet de la dépense Pour PAGE, les dépenses génératrices de coûts peuvent correspondre à deux grands objectifs distincts : créer, accroître ou remplacer un capital affecté à l'éducation, assurer le fonctionnement quotidien du système. D'où deux catégories de coûts : a) Coûts en capital ou coûts d'investissement : ces coûts sont liés aux dépenses permettant au système d'enseignement de disposer des installations durables nécessaires au déroulement des activités éducatives. Entrent dans ces dépenses les achats de terrain, les constructions scolaires et tous les équipements fixes qui s'y rattachent. b) les coûts de fonctionnement : correspondent à des dépenses que l'on peut qualifier d'ordinairesoucourantesdansla mesureoùelles se renouvellent àchaque exercice.Cesont les dépenses du type : traitements des personnels, matériel et fournitures scolaires, services auxiliaires, fonctionnement... Selon la finalité économique des dépenses on peut retenir trois catégories de coûts : - les coûts directs : ils comprennent toutes les dépenses permettant d'assurer directement la fourniture des services éducatifs (essentiellement salaires du personnel enseignant, matériel et fournitures scolaires, entretien et réparation, fonctionnement de matériel) il s'agit des dépenses inéluctables. - les coûts indirects : ils comprennent les dépenses non directement productives des services éducatifs, dépenses de personnel non enseignant, administration générale. - les coûts de transfert ou coût d'intervention : ils comprennent toutes les dépenses qui, par leur nature, ne sont pas liées à l'activité éducative mais dont la charge est transférée du budget des ménages ou du budget d'autres départements ministériels au budget de l'éducation (dépenses de santé, d'hygiène, ce sont des dépenses qui relèvent de la politique sociale en général).
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    2 - Expressiondu coût selon les bénéficiaires de la dépense L'analyse des coûts selon l'objet de la dépense peut s'appliquer à l'ensemble du système mais également à chacun des secteurs que l'on peut distinguer à l'intérieur de ce système. On retiendra les subdivisions suivantes : - Coûtpar niveau d'enseignement, lasubdivision de base entre niveaux primaire, secondaire et supérieur pouvant être poussée plus avant selon les caractéristiques nationales d'organisation du système. - Coût par type d'enseignement : peu pertinent au niveau de l'enseignement primaire sauf à retenir une distinction presque partout significative entre ville et campagne. Ce critère vaut surtout pour l'enseignement du second degré (général, technique et écoles normales) et pour l'enseignement supérieur selon les disciplines et les catégories d'établissements. 3 - Expression du coût selon l'optique de la dépense Les différents coûts retenus en fonction des deux catégories de distinction qui précédent peuvent être saisis sous différents éclairages : - un premier éclairage opère une distinction entre les diverses dépenses selon leur principe de variation en fonction des quantités produites, d'où la distinction entre coûts fixes et coûts variables proportionnels et non proportionnels. La transposition au cas de l'éducation semble dénuée d'intérêt pratique. - le second éclairage de la théorie des coûts de production consiste à retenir trois optiques de dépenses (totale, unitaire et marginale) et trois expressions correspondantes du coût. Les deux premièressont,àn'enpointdouter,transposablesaucasdel'éducation.Lasignificationducoût marginal est, en revanche, beaucoup plus discutable. On se bornera à mentionner les principaux types concevables de coûts unitaires : a) Coût unitaire d'investissement : coût de la construction scolaire au mètre carré ; coût d'investissement par classe ou par élève. b)Coût unitaire de fonctionnement : en fonction du choix des unités figurant au numérateur ; trois types principaux, coût par diplômé, coût par élève inscrit, coût par maître. B - Les avantages d'un système éducatif Ils peuvent d'abord être mesurés au niveau des individus bénéficiaires : l'accroissementdesgainspar rapportaux non qualifiésest lamesurelaplus simple, encoreque partielle,decebénéficeindividuel.Cesavantagessontgénéralementévalués àpartirdurevenu moyen des diverses catégories de salaires classées selon la formation reçue. La différence de revenu est représentative d'une différence de productivité, qui est elle-même le
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    résultatdelaformationreçue.Si,enmoyenne,lesindividusdeformationprimairegagnent100 et ceux ayantune formation secondaire175, legain imputable au système éducatif est de75%. Il reste, compte tenu de la structure de l'emploi, à déterminer le gain total à l'échelle de la collectivité. BLAUG200 explique et justifie la relation niveau d'éducation/gains par trois séries d'éléments : - lacauseéconomique:l'éducationpermetdecomparerdesqualitésquisontraressur le marché de l'emploi, donc qui doivent être rémunérées ; - lacausesociologique:l'éducationdiffusecertainesvaleurssocialesetfaitaccéderà l'élite sociale avec les avantages que cela implique ; - la cause psychologique : l'éducation sélectionne les éléments les plus capables en vue des meilleurs emplois. Des difficultés subsistent cependant qui tiennent : - à l'actualisation des avantages futurs pour les comparer à des dépenses présentes ; - à des économies externes liées à l'éducation (prestige social) ; - à la non prise en compte de l'éducation en tant que consommation ; - au niveau de la collectivité apparaissent des bénéfices externes : ceux-ci sont liés à l'aménagement de la division du travail, c'est pourquoi des "déséconomies" apparaissent lorsque la formation donnée ne correspond pas à des besoins. D'autre part, pourla collectivité, il convient de comparer le coût et les avantages obtenus ;lesavantagesetlesmoyensdisponibles.Lecoûtrelatifdel'éducationesteneffetplusélevéen pays sous-développés qu'en pays développés. Certains coûts sont plus difficiles à évaluer ; en particulier les effets possibles de l'emploi sur le chômage structurel, l'individu scolarisé refusant des emplois disponibles et recherchant des emplois saturés. Mais en sens inverse, il convient de rechercher au niveau collectif quels sont les avantages non financiers qui peuvent résulter de l'investissement éducatif. Ces gains se manifestent soit par une meilleure assimilation du progrès technique, soit par un meilleur fonctionnement des institutions politiques et administratives. Les analyses coût-avantage au niveau de la société ne peuvent se passer de l'hypothèse que ces suppléments de revenus sont dus à une plus grande productivité. Cette hypothèsen'estpasnécessaireàl'analysedestauxderendementprivés.Aussilongtempsquele salariéayantreçuuneéducationestdavantagepayéqueceluiquin'enapasreçu,l'éducationest un investissement rentable et offre des avantages financiers, même si certains entrepreneurs se comportent de façon irrationnelle. 200 BLAUG (M.) : "Education and employment in developing country",ILO, Genève, 1981.
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    - le tauxde rendement privé est systématiquement plus élevé que le taux de rendement social. Les rendements privés de l'enseignement primairedépassent largement 15% et peuvent aller jusqu'à 50%. Les estimations pour les taux de rendement privés pour l'enseignement secondaire et supérieur sont elles aussi élevées ; habituellement nettement au-dessus de 10 à 12% et allant souvent jusqu'à 30 et 40%. L'éducation est donc généralement un investissement individuel hautement rentable pour l'élève, l'étudiant ou sa famille. Le fait que le taux de rendement social est toujours plus faible que le taux de rendement privé reflète que l'éducation est fortement subventionnée et que ces subventions ne sont pas compensées par le supplément d'impôt que paient les diplômés. Pour PSACHAROPOULOS201 dans de nombreux pays la charge que représentent les coûts privés est allégée par une aide financière aux élèves sous forme d'allocation. Si les individus agissentrationnellement et choisissentles investissements à effectuer à partirde leur taux de rendement privé, la demande d'éducation devrait être très forte, surtout dans l'enseignement primaire dont les taux de rendement privé sont généralement élevés. C - Les analyses coût-avantage de l'éducation Il s'agit de l'étude du taux de rendement du capital humain. Ces études consistent à calculer le taux de rendement interne du capital humain, c'est-à-dire le taux d'actualisation qui, pour un individu ou un groupe d'individus ayant le même niveau d'éducation, est égal à la sommede lavaleurdes avantages procurés parl'éducation et celledes coûtsde cette éducation tout au long de la durée de la vie active de l'individu ou du groupe considéré. Les dépenses d'éducation représentent l'investissement en capital humain et doivent être évaluées à leur coût social qui couvre aussi bien le coût privé de l'éducation supporté par l'élève ou sa famille que celui supporté par la société. De même le supplément de revenus attendu de cet investissement doit tenir compte non seulement du revenu privé (revenu additionnel résultant du supplément de l'éducation) mais aussi des avantages indirects qui peuvent en résulter, tant pour l'individu que pour la société. Le calcul du rendement de l'investissement éducatif exige que les termes de l'échéancier de différentiels soient ramenés à une valeur présente, c'est-à-dire "actualisés". Deux méthodes peuvent être proposées pour rapprocher les coûts et les avantages : - la méthode de bénéfice actualisé (utilisant un taux externe d'actualisation) ; - la méthode du taux de rentabilité interne. 201 PSACHAROPOULOS (P.) et MINGAT (A.) : "Le financement du développement en ASS", Revue finances et développement, vol.22, 1984.
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    a - Laméthode du bénéfice actualisé Selon cette méthode de calcul, l'estimation des bénéfices procurés par un investissement éducatif revient à actualiser la somme des termes de l'échéancier à l'aide du taux d'intérêt du marché "r". La formule générale est : RI R2 Rn Rn B = --------- + -------------- + ... -------------- 1 + r (1 + r )2 (1 + r )n soit en abrégeant : B = Rt 1 + r − t 𝑡=𝑛 𝑡=1 où Rt : sont les termes de l'échéancier des bénéfices n : la durée de vie de l'investissement (en général égale à la durée de la vie active) r : taux d'actualisation (en général égal au taux d'intérêt) Le défautdecette méthode estquel'onpeutavoirplusieursestimations de Bselon divers taux d'actualisation et qu'il peut être discutable de choisir le taux d'intérêt du marché comme taux d'actualisation. b - La méthode du taux de rentabilité interne Comme onl'a fait remarquer la difficulté de choisirun tauxd'actualisation et la nécessité de bien fonder la décision d'investissement (ou décision de demande d'éducation) rendent préférable de calculer le taux plutôt que de le fixer à priori. Ainsi on peut imaginer qu'une décision d'investissement éducatif sera rationnelle si elle résulte d'une comparaison entre le taux calculé et les taux obtenus à partir d'autres investissements que l'investissement éducatif. En d'autres termes, le calcul économiquerationnel exigede calculer d'abord lavaleur de"r"quiannulecellede"B".Ensuitevoirsi"r"estsupérieurautauxd'intérêtquiauraitpuêtre obtenu en effectuant d'autres placements. Si c'est le cas, l'investissement éducatif est justifié et il est rationnel de continuer d'investir dans l'éducation. La formule qui permet de calculer le taux de rentabilité interne s'écrit : Rt 1 + r t = 0 𝑡=𝑛 𝑡=1 où ‘’r’’ est une inconnue
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    En notant202 : Ct =le coût social total de l'investissement éducatif considéré à l'instant t At = l'avantagesocial (supplément de revenu social attendu) procuré par ce même investissement en t T = la durée de vie active de l'individu ou groupe d'individu éduqué, telle que: t = 1,2...,T r = le taux de rendement interne de l'investissement éducatif i = le taux d'intérêt (ou d'actualisation) retenu pour l'ensemble de l'économie Le taux de rendement interne de l'investissement éducatif sera r, tel que : (1) Et ce taux sera optionnel si : r = i (2) Larègledutauxderendementinternesignifie,eneffet,comme danstouteslesétudes du bilan actualisé, que l'on pousse l'investissement jusqu'à ce que la somme actualisée de ses avantages égalise celle des coûts, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'on ait : Nous soulignons le caractère d'optimisation implicite et micro-économique de cette méthode : Cette approchepartde l'estimationdes coûts et bénéficesde l'éducation. Le calcul du taux de rendement peut être utilisé afin de décider de l'augmentation ou de la limitation d'un programme d'éducation donné et de déterminer les investissements à engager dans les différents niveaux d'éducation. Le taux de rendement peut être ainsi utilisé pour apprécier la profitabilité d'un nouveau programme et son "efficacité" économique. Les prévisions relatives aux coûts futurs d'éducation peuventindiquer leniveaude gain attendudesdiplômésparniveau d'éducation, ce qui permet de voir si les dépenses effectuées pour leur éducation peuvent être justifiées et, si cette éducation attirera le nombre suffisant de personnes. Néanmoins, il est nécessaire que 202 MINGAT (A.) : Op.cit. page 205.
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    les taux derendement soient examinés et interprétés avec beaucoup d'attention203 avant de décider si un niveau d'éducation est, ou n'est pas, rentable. Le taux relatif à chaque niveau d'éducation est obtenu à partir de la formule classique : n Où: C= Coût total (actualisé dépensé en éducation d'une personne d'un niveau donné) ; R = Le revenu additionnel et annuel qu'une personne gagnera durant sa vie active, en appartenant à un niveau supérieur d'éducation ; T= La durée d'une vie productive ; r = Le taux de rendement. Cetteapprocheprésentecertainsavantages,ellepermetparexemple,decomparerletaux de rendement en éducation (exprimés en pourcentage) à tout autre taux de rendement d'un investissement donné. L'estimationdutauxderendementprivépermetauxgouvernementsdedéterminerlapart desdépensesquedoitsupporter mi étudiant, alors que l'estimationdutauxderendement social permet de déterminer le niveau optimum de scolarisation. Cette méthode permet aussi de comparer les taux de rendements relatifs à des catégories de personnes de diverses spécialités. Il reste que cette méthode a été critiquée notamment pour ses hypothèses de base. En effet, elle suppose que la différence des revenus entre les individus est expliquée par la différence des niveaux d'éducation, négligeant ainsi d'autres facteurs liés au milieu familial de la personne, ses capacités, ses motivations et sa personnalité. Cette méthodesuppose aussi que la différence des revenus est liée à la différence de productivité. Or on sait que cette forme d'allocation du facteur travail n'est vraie que dans un modèle de marché concurrentiel. Il faut ajouter que souvent certaines personnes préfèrent exercer des fonctions administratives et politiques qui exigent des hautes compétences et des niveaux d'éducation élevés, mais qui sont aussi très peu rémunérées. Tant de questions qui restent posées et auxquelles cette approche ne peut répondre. A ce titre on peut remarquer que cette méthode ne tient pas compte des effets externes de l'incertitude sur les revenus et de la variation de la structure de salaires. Le taux de rendement interne est un critère efficace à condition qu'il y ait décroissance continue dudit taux de rendement. Quand on envisage l'investissement matériel cela ne pose aucun problème dans la mesure où, précisément, on classe les projets par ordre 203 II faut d'abord éviter toute confusion entre les concepts de taux de rendement et de rendement que certains considèrent comme équivalents. Le rendement de l'éducation est la part du revenu réalisé grâce à l'accroissement du niveau d'éducation de la population employée. Cette définition a été retenue par SCHULTZ (T.W.) et DENISSON (E.) qui ont calculé ce même rendement en estimant l'accroissement du revenu national réel dû à l'accroissement du nombre de la population employée et éduquée. Quant au taux de rendement par personne et par niveau d'éducation, il est obtenu à partir du coût total par niveau d'éducation et la valeur actualisée de l'accroissement de revenus résultant de ce niveau d'éducation.
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    décroissant de rentabilité; alors que cette possibilité de classement est exclue pour l'éducation "l'accumulation de connaissances doit se faire dans un certain ordre temporel et rien n'assure que les taux de rendements associés aux différents niveaux successifs soient décroissants"204 . A priori la solution de la valeur actuelle semble mieux adaptée, car elle permet de considérer des choix interdépendants, toutefois se pose le problème du choix du taux d'actualisation. Actuellement on peut énumérer d'autres approches d'estimation qui montrent que la meilleure méthode reste encore à trouver. I.3 - ANALYSE EN TERME DE SÉLECTION ET DE SOCIALISATION Après 1970, d'autres courants de pensée se sont développés et constituent des approfondissementsdelathéorieducapitalhumain.Nousverronsrespectivementici,lathéorie de filtre et l'apport de la sociologie. A - Tri et sélection ou la théorie de "filtre" L'idée générale est que l'éducation est considérée comme un mécanisme de tri et de sélection des travailleurs. "Les critiques du concept du capital humain ont soutenu que l'éducation peut révéler les capacités productives sans nécessairement les augmenter"205 Les employeurspréfèrent les candidats les plus instruits, mais pas seulement,ni même essentiellement, parce que les études rendent les individus plus productifs. C'est tout simplement parce qu'ils estiment que le processus même de l'enseignement revient à sélectionner les individus qui sont plus productifs par nature. L'enseignement revient donc essentiellement à effectuer un tri ou une sélection des travailleurs en fonction de leur productivité intrinsèque sans agir nécessairement pour en améliorer la productivité innée. L’enseignement une source d'information sur les aptitudes et le comportement préexistantde/individu.Seloneux,cesontlesaptitudesetlesélémentsdecomportementinnés qui déterminent la productivité au travail. 204 GRAVOT (P). ‘’Economie de l’éducation’’, Economica, Paris, 1993. 205 WOODHALL (M.), PSACHAROPOULOS (G.) : "Education pour le développement",
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    Sil'onadmetquel'enseignementestgénérateurd'informations etnondecompétences,la question quise pose est celle de savoir comment cette information pourrait être produite moyennant un coût social moins élevé, par d'autres moyens que le passage à l'école. Sous sa forme atténuée, cette théorie reconnaît à l'enseignement un rôle de développement cognitif et la création de capacités psychomotrices, mais considère que les estimations empiriques du taux de rendement de l'école en exagèrent les avantages. En critiquant le concept de capital humain, SPENCE206 soutient que l'éducation peut relever les capacités productives sans nécessairement les augmenter. L'idée générale est que l'éducation n'améliore pas la productivité des individus, parce que cette productivité dépend finalement des caractères et aptitudes des individus, d'un ensemble de caractéristiques individuels innées ou acquises qui ne découlent pas de l'éducation. "C'est-à-dire que l'éducation confère simplement des "parchemins" que les employeurs peuvent utiliser pour sélectionner les travailleurs et déterminer leurs salaires et traitement relatifs.’’207 L'idéedebaseestquenoussommesdansununiversoùl'informationestimparfaite,donc coûteuse. Si nous considérons cette idée, il est difficile à priori de savoir quelle est la productivitédesindividus.Pourcomprendrelathéoriede filtre,ilfautdifférencierlesindiceset les signaux. Unindicepeutêtredéfinicommeuncaractèrequel'onnepeutpratiquementpasmodifier. Tandis qu'un signal est un caractère que l'on peut modifier. Un indice est connu sans coût, contrairement àunsignaldansla mesure où on peut le modifier. Exemple :l'âge et le sexe sont desindices,lacoupedescheveuxoul'éducationconstituentdessignauxPourlathéoriedefiltre parexemple,entredeuxindividusdeproductivitésdifférentes,ilimpliquequeleplusproductif dépensera moins pour atteindre un niveau de productivité donné de l'éducation. Les fonctions de productivité et de filtre, en somme, ne sont pas mutuellement exclusives, toutes les deux apportent des avantages économiques ; toutefois c'est la relation entre l'éducation et la productivité qui est généralement au centre des préoccupations des investissements éducatifs. B - La socialisation La théorie de la socialisation met en cause le rôle joué par l'enseignement sur l'activité économique et le bien-être social. En d'autres termes, la demande de l'éducation est fortement influencée par l'origine sociale des individus. La rationalité dans la décision d'investir dans l'éducation, tout comme les retombées de cet investissement dépendent de la position sociale desindividus.Auniveaufamilial,lavariablecléestl'originesocialedel'individu.Celle-cicrée unphénomèned'inégalitédechancedansl'accèsàl'éducation.Lesargumentsavancésprennent l'environnement scolaire, l'influence de la société dans son ensemble."C'est ce qu'on appelle aussi les thèses macro-sociologiques qui postulent que toute la société a tendance à se 206 SPENCE CD).: 'lob Market Signaling", Quaterly Journal Economics, Aout, 1973. 207 WOODHALL (M.), PSACHAROPOULOS (G.): "Education pour le developpetnent", Economica, Paris, 1988.
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    reproduire et, pource faire sélectionner les individus pour que cette reproduction (qui maintiendra les structures sociales) puisse se faire" 208. On considère, ici, l'enseignement comme un instrument de stratification de la société Concernant les retombés de l'éducation, selon BOUDON209 : la différenciation sociale se fait essentiellement auniveau de la réussite scolaire qui croît avecle niveau social, l'estimation des bénéfices est d'autant plus élevée que l'individu est d'un haut niveau social. Si l'employeur exige des travailleurs instruits, c'est parce qu'il suppose que ceux qui ont fait des études poussées sont mieux insérés dans la société et dans le milieu professionnel et seront donc plus productifs dans leur travail. Deux arguments sont avancés : les écoles inculquent et renforcent certaines attitudes sociales, de sorte que les années supplémentaires d'études contribuent à les développer ; elles effectuent néanmoins une sélection des individus selon qu'ils sont adaptés ou non à la société. Les caractéristiques sociales qui permettent de réussir aux niveaux inférieurs de la scolarité et de l'activité professionnelle sont différentes de celles des niveaux supérieurs de l'enseignement et de la vie active. Pour les premiers les caractéristiques sont la ponctualité, la persévérance, la docilité, l'obéissance et la capacité de travail en groupe. Pour les seconds, ce sont le respect de soi, l'autonomie, la capacité d'adaptation et des qualités d'animateurs de direction. Selon la thèse psychologique, les gains dépendent des "capacités innées" façonnées par l'éducation qui, elle-même, change avec l'âge. Cette idée montre que le système de formation n'est pas conçu pour l'acquisition des capacités aboutissant à une qualification professionnelle quelconque, mais qu'il est conçu pour la sélection des aptitudes. Par cet argument de la thèse psychologique, il est convenable d'admettre la corrélation éducation-salaire. Conformément à la penséepsychologique,seule une faiblepart delavariancetotaledes salaires serait expliquée par la différence des niveaux de formation, puisque l'école ne sert qu'à orienter les individus vers le métier qui convient à leurs dons. Les arguments avancésserésument au faitquel'enseignement favorise lesplus favorisés en présupposant tout un acquis qu'il traite comme inné. L'analyse est concentrée autour de la notion de segmentation du marché du travail. Les auteurs de cette nouvelle approche peuvent être classés en deux groupes, selon qu'ils partagent ou non l'hypothèse selon laquelle les caractéristiques personnelles des individus déterminent leur emploi et leur salaire. zm GRAVOT (P.) : "Economie de l'éducation", Economica, Paris ,1993. 209 BOUDON (R.) : "L'inégalité des chances", A. Colin, U, 1973.
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    Les modèles "orthodoxes",sous cette étiquette on trouve le modèle de la concurrence pour l'emploi210. On oppose à la concurrence par le salaire, fondement de la théorie néoclassique, une concurrence pour l'emploi. La concurrence pour accéder aux emplois, inégalement rémunérés, s'appuierait sur des caractéristiques de base, notamment la formation, l'âge, le sexe, etc. Les arguments avancés affirment que la productivité est un attribut des emplois et non des individus. La seule caractéristique qui intéresse l'employeur est alors la capacité d'un individu à s'adapter à un poste de travail, c'est-à-dire, sa capacité à être formé. Les auteurs semblent considérer que plus le niveau de formation initiale est élevé, plus le temps de formation sur le tas nécessaire pour atteindre la productivité requise par un emploi donné sera court, et donc moins la formation sera coûteuse. Les modèles "non orthodoxes", quant à eux, ils partent des groupes et non des individus et se livrent à une analyse des institutions et de leur action sur l'étendue des choix offerts aux différents groupes. Il s'agit donc de théories sociologiques des salaires. Le courant empirique : les auteurs211 ont d'abord développé les notions du marché primaire et du marché secondaire. Plus tard, ils ont ajouté une nouvelle distinction à l'intérieur du marché primaire entre marché primaire "supérieur" et marché primaire "inférieur". Des constats mènent à dire qu'on aura des emplois qui cumulent des avantages et d'autres des désavantages (moins payés, moins stables, plus pénibles, etc.). En partant de là, PIORE développe la théorie dualiste du marché du travail, d'après laquelle les emplois pourraient être répartis en deux groupes : - d'une part, les emplois constituant le marché primaire du travail : emplois relativement bien payés, stables, dans lesquels les travailleurs ont une bonne protection, permettant des promotions, etc. A l'intérieur de ce marché primaire on distingue deux parties, un segment supérieur (cadres, ingénieurs bien payés, de formation élevée, qui changent d'entreprises fréquemment pour améliorer leur situation) et un segment inférieur qui comprend plutôt des emplois stables et dont la mobilité inter-entreprises est faible (ouvriers qualifiés, cadres moyens, etc.) ; 210 THUROW (L. C.): "Generating Inequality", Basies Books, New York, 1975. 211 DOERINGER et PIORE: "Inemal labor markets and manpower analysis", Lexington (Massachusetts) D.C.,1971.
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    d'autre part, lemarché secondaire qui regroupe des emplois qui cumulent des désavantages, relativement mal payés, instables, mal protégés, dans lesquelles il est difficile d'acquérir une qualification. Ce qui nous intéresse dans cette approche est le fait que les liaisons entre formation et salaire sont très différentes d'un marché à l'autre. Sur le marché primaire "supérieur", un niveau de formation initiale212 est requis à l'entrée et obtient une récompense sous forme de salaires élevés. Sur le marché primaire "inférieur" la formation initiale est peu récompensée. Au contraire, la formation en cours d'emploi se révèle payante parce qu'elle permet la promotion interne. Sur le marché secondaire, le niveau de formation ne joue pratiquement aucun rôle. On voitdoncquelathéorieducapitalhumains'appliqueraitassezbienàl'étudedumarchéprimaire "supérieur" mais moins bien à celle du marché primaire "inférieur", et pas du tout au marché secondaire. Le courant radical se distingue du précédent par son interprétation du phénomène de la segmentation. Selon ce courant, on distingue trois segments : un marché primaire "indépendant ", où la créativité et la formation sont fortement récompensées ; un marché "subordonné", où les emplois sont routiniers et demandent des qualités de conformisme et de soumission à la hiérarchie ; un marché secondaire, où les emplois sont mal payés, sans possibilités réelles de promotion. Enconséquence,lerendementdel'éducationseratrèsdifférentselonlemarchéauquelon aura accès et donc selon l'origine sociale. L'école permet alors de prolonger, d'une façon socialementsupportable,les"héritiers"dechaqueclassedansunestructurefixehiérarchisée,où le revenu n'est qu'une composante du rang social. On peut estimer que la théorie du capital humain qui bénéficie de la rigueur méthodologique de la théorie des marchés concurrentiels, peut avoir un pouvoir explicatif quand on l'applique aux différents groupes sociaux, tout en tenant compte des capacités innées des individus. En d'autres termes, pour mieux comprendre le rôle de l'éducation et de la formation dans ledéveloppement,ondoit tenir compte del'apport respectifde la théorie du KH et des théories complémentaires et alternatives. Les avantages pour lesquels la société aurait à investir dans l'enseignement dépendent, semble-t-il, beaucoup de la validité de telle ou telle de cesthéories.Toutefois,nousretiendronsque,selonlathéorieducapitalhumain,l'enseignement agit directement sur la productivité des travailleurs en favorisant le développement des 212 II s'agit de la formation initiale générale au sens de BECKER qui permet la promotion par la mobilité entre firmes.
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    compétences qui accroissentlaproductivitédutravail. L'éducation est doncconçue commeune force qui exerce une influence directe sur l'activité économique et le bien-être social. En conséquencel'individu considèreses études commeuninvestissement.Ildéciderade s'instruire en tenant compte des gains qu'il peut espérer tirer de tel ou tel niveau d'étude. SECTION II : LES POLITIQUES ÉDUCATIVES ET DE FORMATION EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA L'idée selon laquelle un système d'éducation accessible est un moyen d'accroître la productivité est à la base de l'essor rapide du système éducatif en ASS. Mais cet essor est assez vite bloqué, il a rarement pu atteindre la majorité de la population scolarisable. Il importe de faire un diagnostic du système d'éducation et de formation en ASS depuis les indépendances afin que l'analyse soit située dans son cadre. Malgrélesrésultatssatisfaisantsobtenusparles pays d'ASSdanslespremièresdécennies des indépendances, le système d'éducation et de formation se heurte à une série de problèmes : -Face à une croissance démographique de l'ordre de 3% par an, il a été difficile, avec l'apparition de la crise, de maintenir un taux de scolarisation convenable, sans parler de l'améliorer ; -Il existe dans ces pays une inégalité de chance selon le sexe, la région, le statut socio-économique et parfois l'appartenance ethnique. Les disparités sont frappantes concernant les filles ; -Le contenu de l'enseignement, avec ses insuffisances et son inadaptation aux besoins de ces pays, provoque un nombre excessif d'abandons en cours d'étude et de redoublements ; -Les formations dispensées ne correspondent pas toujours aux besoins socio-économiques ; la pénurie de personnel qualifié coexiste avec le chômage des diplômés. Tandis que rien n'a été fait pour former les travailleurs du S.I. Ill - CONSTITUTION DU SYSTÈME Unaperçuhistoriquenousamèneraàcomprendrelaconstitutiondusystèmeéducatifdans les pays d'Afrique au Sud du Sahara. A l'époque de la colonisation les objectifs scolaires peuvent se résumer comme suit : "de mêmequ'ilnousfautdesinterprètespournousfairecomprendredesindigènes,demêmeilnous faut des intermédiaires appartenant aux milieux indigènes par leur origine et au milieu européenparleuréducation,pourfairecomprendreauxgensdupaysetpourleurfaireadopter
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    cettecivilisation étrangèrepourlaquelleilsmanifestentsans qu'onleurenpuissetenirrigueur, un misonéisme bien difficile à vaincre" 213 . Après les indépendances on note un relatif développement quantitatif. En 1961 la ConférencedesÉtatsAfricainssurledéveloppementdel'éducationvisaitpour1980l'éducation primaire universelle et gratuite pour tout le continent. Bel objectif ! Cependant l'affirmation d'objectif quantitatif n'est pas nouvelle. Il est vrai que le plan de développement de 50 ans élaboré en 1945 par la République Française prévoyait la scolarisation totale de l'A.O.F. (Afrique Occidentale Française) pour 1995. Celtes, mais en admettant dans le même temps que c'est l'économie du pays qui conditionne l'extension de l'enseignement de masse, car au-dessus de la volonté des hommes, il y a les lois économiques. Ces quelques références révèlent la question des conditions économiques, qui a été, et reste, permanente dans les débats sur le développement de l'éducation en Afrique. Nous relevons aussitôt le danger qui pourrait s'y greffer. Entre l'éducation et le développement, y-a-t'il un moteur et un wagon ? D'un côté l'on soutiendrait que seule l'éducation peut engendrer le développement économique et social, de l'autre, que seul le développement économique et social peut engendrer le développement de l'éducation en Afrique. Quel que soit le raisonnement, quelles que soient les réponses, des facteurs aussi bien internes qu'externes conduisent les pays africains à réformer leurs systèmes scolaires. Afin de les réadapter aux réalités locales africaines. Au-delàdesprisesdepositions, lesystème éducatifafricain restetoutde même accuséde ne pas être en prise sur les réalités locales. Tout le monde semble convenir que les programmes sont mal adaptés aux exigences économiques et sociales, du fait de l'importance excessive qui est accordée aux aspects théoriques. "Les critiques n'auraient cependant pas pris autant de force si V équilibre fragile entre la dimension économique et les aspects sociaux et culturels d'une éducation de type scolaire n'avait été remis en question sous la pression des faits. Dans la mesure où le développement incessant du chômage et du sous-emploi en ville comme en milieu rural et la dépendance culturelle explicite des systèmes scolaires par rapport aux anciennes métropoles devenaient de plus en plus difficilement tolérables par une part grandissante de la population denombreux États, la remise en cause des types d'éducation scolaire allait s'en trouver intensifiée"nous souligne CARTON214. 213 CARTON (M.) : "La formation dans le secteur informel", Genève, WEP.2.33/DOC 18, 1980. 214 CARTON : op. cit. page 215.
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    II2 - LESCARACTÉRISTIQUES DU SYSTÈME D'ÉDUCATION ET DE FORMATION EN ASS L'ASS fait apparaître, en 1993, un faible taux de scolarisation dans l'enseignement primaire 46%, comparé à la moyenne des PVD qui se situe à 83%215. Pour maintenir le taux d'inscription face à la croissance démographique, il aurait fallu augmenter l'effectif scolarisé entre 1980 et 1990. Cela n'a pas été fait. Ce faible taux de scolarisation s'accompagne d'une inégalité de chance selon le sexe. Entre 1970 et 1990, on est passé de 27 millions d'élèves ou étudiants à 79,795 millions, soit un triplement d'effectifs. Les résultats sont contrastés durant cette période et montrent un fléchissement dutaux decroissance annuel moyen,de9% dans les années 70, il tombaità 2,4% danslesannées80.Latailledessystèmeséducatifsdelarégionesttrèsvariable.Surles47pays, 11 pays (Nigeria, Afrique du sud, Zaïre, Kenya, Tanzanie, Ethiopie, Ouganda, Soudan, Ghana, Zimbabwe et le Cameroun) accueillent 75% des effectifs totaux (5 millions d'élèves en moyenne) ; tandis que les 36 autres se partagent le restant (en moyenne 500 000 élèves)216. Dans les années 70 le taux de scolarisation global a fait un bon remarquable (21 à 38%), tandis que dans la décennie 90, on note une légère régression (37%). Les efforts entrepris dans les décennies passées ont du mal à suivre la demande induite par l'accroissement démographique. La situation est d'autant plus dramatique que la crise économique a conduit tous les gouvernements à adopter des budgets d'austérité. Il est souvent affirmé que les politiques d'ajustement structurel ont porté un coup fatal aux budgets éducatifs"217 . Ces deux phénomènes expliquent cette légère baisse du taux de scolarisation global. Le contenu de l'enseignement, avec ses insuffisances et son inadaptation aux besoins, provoque un nombre excessifd'abandonetderedoublement.62%desélèvesachèventleurs études primaires;letaux de redoublement est de 18% (ce taux est de 25% par année dans les pays Francophones, contre 10% dans les pays Anglophones). 215 Chiffres de la Banque Mondiale (1994). 216 ORIVEL (F.) : "Les systèmes éducatifs en Afrique sub-saliaiïenne: Quelques éléments dediagnostic", 217 ORIVEL (F.) : op.cit.
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    CertainsélèvesarriventenclassedeCM2à17ans;seulement21%desélèvesatteignentle niveau du secondaire.L'enseignement primaire est qualitativement très faible en raison de la formationréduitedesmaîtres.Cettefaiblequalitédel'enseignementàceniveauestdueaussiàla surcharge des classes, et à l'absence de matériel scolaire. Dans la décennie 90, on note une augmentationdunombred'enseignantsparrapportàl'effectifdesélèves.Cequisetraduitparune amélioration du taux d'encadrement de 41 élèves par maître en 1980, à 37 en 1990 au niveau primaire;etde26à22auniveausecondaire218.NotonstoutefoisquelespaysFrancophonesont le taux d'encadrement le plus élève (45 élève/maître), contre 34 chez les Anglophones et de 39 chez les autres. Danstoutes les villes,onobserve fréquemment des classes surchargées alors que dans zones rurales celles-ci sont à moitié vides. A l'intérieur du système, les différences d'évolution ont été importantes. L'enseignement techniquedemeure encore embryonnaire et représente 7,5% de l'effectif du secondaire. L'enseignement supérieurest souvent d'une qualité meilleure mais il est contrôlé par l'étranger. Son coût est très élevé en raison du petit nombre de bénéficiaires (2% des effectifs scolarisables) et de l'importance des investissements à réaliser. Dans certaines filières son développementestquasiimpossibleenraisondesoncoût.Onnoteunfaibletauxdescolarisation scientifique au niveau supérieur ; 29% de l'effectif de l'enseignement supérieur en 1994. La scolarisation des filles: au niveau global, la proportion des filles dans le total des enfants scolarisés passait de 38% en 1970 à 45% (niveau primaire) en 1990 ; elles représentent respectivement 40% et 31% aux niveaux secondaire et supérieur. Les femmes ont plus de probabilités d'être analphabètes que les hommes. Dans presque tous les pays les femmes représentent 2/3 des analphabètes. Au niveau des études supérieures il y a trois fois moins de femmes que d'hommes inscrites dans l'enseignement supérieur. De plus, l'emploi des individus scolarisés est faible à ce niveau de développement. La scolarisationcréel'illusiond'unequalificationdonnantl'accèsàdesemploisbienrémunérés,ilen résulte de nombreuses migrations vers les villes, l'abandon de certaines activités agricoles, mais aussi un chômage urbain très élevé. Les solutions sont difficiles à trouver. La généralisation de l'enseignement primaire se heurte à des problèmes de coûts et de personnel. "Sur toute l'étendue du continent, étudiants, parents d'élèves, professeurs expriment leurs mécontentements pour les causes qui sont généralement les mêmes: diminutions ou suppressions des bourses, insuffisance d'établissements, de professeurs, surcharge des classes, conditions de vie et de travail des enseignants jugées pénibles, baisse de la qualité de l'enseignement, inadaptation de l'enseignement, disparité entre l'éducation accordée aux 218 ORIVEL (F.) : op. cit. page 216. Cette croissance du taux d'encadrement est légèrement surestimée en raison de l'absence de l'Afrique du Sud dans les données de 1980.
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    filles etauxgarçons, entrele secteur urbain etrural"219 . Tels sontlesproblèmes que rencontrent les pays d'ASS. En conséquence, le diagnostic du système éducatif s'articule autour de deux points essentiels : une extrême faiblesse de la capacité d'accueil doublée de possibilités de financement réduites. L'insuffisancedesinfrastructures : Malgrél'augmentation des constructionsscolaires entre 1960 et 1980, l'expansion démographique fait que l'on a besoin d'un grand nombre de bâtiments, notammentdansleszonesurbainesoùla croissance annuelledelapopulation est souvent de6%. L'accroissement du nombre des écoles dépassent les possibilités financières de la plupart des pays. Aux niveaux primaire et secondaire, dans de nombreuses villes d'ASS, on a recours au systèmededédoublementd'horairesoudesclassesalternées.Siladoubleexploitationdesclasses sejustifie,iln'en restepasmoinsquecertains bâtiments accueillentchaquejourlavaleurdetrois écoles entières. L'équipement se limite à celui que les enseignants et élèves apportent chaque jour. Seule la moitié des établissements a des installations sanitaires. Le mobilier est soit inexistant, soit en mauvais état. Cette situation résulte du fait que dans la plupart du temps les ministères de l'éducation disposent essentiellement de crédits d'équipement, mais rarement de crédits d'entretien. Le manque de matériels et de livres peut être particulièrement grave dans les écoles primaires, lorsque les enfants, issus de familles analphabètes ou ne disposant pas de livres, sont initiés aux mots et aux chiffres. Cette carence de manuels et matériels de base essentiels pénalise l'efficacité pédagogique. A - Des coûts trop élevés En général les décisions en matière de choix d'investissement éducatif reposent sur une appréciation entre les coûts et avantages. Toutefois cette appréciation, à son tour, tient compte des avantages économiques et des coûts d'opportunité (l'investissement éducatif entraînant à la fois des coûts d'opportunité sociaux et privés), par conséquent les choix des pouvoirs publics prennent en compte aussi bien les coûts budgétaires que les coûts pour l'ensemble de la société. Les années80ont été marquées partout dans le monde parunediminution de la croissance de ladépensepublique d'éducation. Dans les pays d'ASS, son tauxde croissance a étéplus faible que celui du revenu national. Les budgets publics ont été réduits en termes réels à la suite de la récession et de l'austérité. 219 YAMEOGO (H.) : "Repenserl'Etat Africain: ses dimensions et prérogatives", L'Harmattan, Paris, 1993.
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    (graphique n°3) Dépenses publiquespar habitant afférentes à l'enseignement Ten $E.U. courants) 1980 1985 1986 Source : UNESCO, Annuaire statistiques, Paris, 1988. L'indicateur le plus souvent souligné est le pourcentage du PIB alloué aux dépenses publiques d'éducation. Cet indicateur est crédité d'une valeur de 3,4% dans les documents du PNUD (Rapport sur le développement humain, 1993) durant la période 1988-1990, et d'une valeurde4,9%dansl'annuairedel'UNESCO220 .Lesécartss'expliquentparlefaitquecertaines sources donnent des moyennes pondérées par taille des pays et d'autres des moyennes pondérées. 220 ORIVEL (F.). : op.cit. page 21.
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    RÉGIONS Part de V éducation dansle budget de l'Etat TAUX D'INSCRIPTION Alphabé- tisation des adultes Pri maire Sec ondaire Su périeur Afrique subsahaienne : - Francophone (2) 22,6 46 14 2,4 18 - Anglophone (3) 17 77 17 1,2 40 Asie : - Sud-Est et Pacifique 15 87 43 9,1 71 -Sud 8,8 71 19 4,4 25 Amérique Latine 16,9 90 44 12 83 PVD 16,1 75 23 6,9 53 Pays développés 9 100 80 22,1 99 Dépensesconsacréesàl'éducationetprogrèsdel'éducation(!)(tableau n°47) Source : Banque Mondiale, 1985. (1) : Données : début des années 80. (2) : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, République Centrafricaine, Congo, Côte-d’Ivoire, Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Rwanda, Sénégal, Tchad, Togo, Zaïre. (3) : Botswana, Ethiopie, Gambie, Ghana, Kenya, Lesotho, Liberia, Malawi, Nigeria, Ouganda, Soudan, Swaziland, Tanzanie, Zimbabwe. Lesdonnéesrelativesàl'évolutiondesdépensesconfirmentquelesdépensesparélèveau niveau primaire, qui étaient déjà basses (environ $.40) en 1980, sont tombées à moins de $.30 en 1986 danstousles PVD. En ASS, le coûtdela scolaritépar élèvedu primaire est équivalent à 20 à 24% du PNB/h. contre 11% en Asie. Au niveau secondaire et supérieur, les coûts par élèveouétudiantsontplusélevés(respectivement124à142%et927à1045%)enpourcentage du PNB par habitant, comparés aux moyennes de l'Asie (respectivement 27% et 205% au niveau secondaire et supérieur). Tous les efforts pour réduire les coûts de l'éducation doivent nécessairement être centrés au départ sur les salaires des maîtres puisqu'ils représentent au moins 70% des dépenses courantes dans la plupart des PVD et plus de 90% dans le primaire.221 En Afrique au Sud du Sahara, les salaires des enseignants (d'après un dossier de la Banque Mondiale222) sont très élevés par rapport au revenu par habitant. Ces salaires comparativement élevéstrouventleurorigineaprès les indépendances où les services éducatifs se sont quelque peu développés et ont commencé à recruter des enseignants locaux, dont les rémunérations ont été fixées par rapport à leurs homologues expatriés. Ces structures n'ont pas changé durant les dernières décennies. Par conséquent, il s'en suit des coûts trop élevés à tous les niveaux de l'enseignement II est assez courant de voir des pays d'Afrique centrale ou occidentale consacrer plus du quart de leur budget national à l'enseignement primaire sans réussir pour autant à atteindre la moitié des enfants scolarisables. Ces pays ne pourront guère 221 PSACHAROPOULOS (G.),WHOODHALL (M.) : "L'éducation pour ledéveloppement: une analyse des choix d'investissement", Economica, Paris, 1988. 222 BANQUE MONDIALE : "Le développement accéléréen Afrique subsaharienne", 1981.
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    continuer à allouer,à augmenter les crédits à l'enseignement primaire. Il devront trouver de nouvellesapproches,modifierlecaséchéantl'utilisationtraditionnelledesressourcesdestinées à l'éducation, et mobiliser de nouvelles ressources s'ils souhaitent instaurer l'enseignement primaire universel. La répartition des dépenses afférentes à l'enseignement doit être examinée avec soin. Les traitements des instituteurs du cycle primaire en Afrique sont de 6 à 7 fois supérieurs au revenu par habitant, alors que ce même rapport n'est que de 2,5 en Asie et en Amérique Latine ; et les coûts unitaires sont deux fois plus élevés dans les pays francophones que dans les pays anglophones. Quant à l'enseignement supérieur, son coût est élevé dans un grandnombredepaysafricainsparcomparaisonavecl'Asieoul'AmériqueLatine,etilabsorbe une part disproportionnée des ressources affectées à l'enseignement. B - Un financement en baisse Le système de financement dans ces pays est très avantageux pour les usagers ; deux points essentiels expliquent ce fait : l'absence de droits de scolarité ; la distribution de bourses d'études au niveau secondaire et supérieur destinées à assurer les frais de subsistance etquidanslaplupart des cas sontutilisées comme revenu par la famille élargie. Du point de vue des ménages il n'y a pas dedifférence significative entre le fait d'avoir un enfant étudiant et un enfant fonctionnaire, dans la mesure où tous les deux perçoivent un revenuprovenantdespouvoirspublics,leniveaudesboursesestsupérieuràlarémunérationdu travail agricole. Les taux de rendement privés des études n'ont cessé de croître, tandis que déclinent les taux de rendement sociaux. Les dernières études de la Banque Mondiale sur le sujet montrent que le taux de rendement social de l'enseignement supérieur est passé en dessous de celui de l'enseignement primaire, et que le taux de rendement privé des études supérieures tend vers l'infini .Un tel écart signifie que l'incitation à faire des études est supérieure à ce qui serait nécessaire pour décider les individus et qu'il existe des réserves privées de capacité de financement considérables. Certains auteurs justifient la gratuité des études et l'attribution des bourses par des considérations d'équité. Ces prétentions sont discutables ; l'accès aux études longues est fortement biaisé en faveur des groupes sociaux les plus favorisés, notamment les enfants des fonctionnaires, les pauvres payant pour des services bénéficiant aux riches. La formation est essentiellement théorique et répond à des normes culturelles, à des formesdepensée, àunmilieu culturel familialquinesont pas ceuxdelaplupart des enfantsen
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    Afrique au Suddu Sahara. Il est impossiblede transposer un système etd'attendredes résultats comparables dans les pays où la plupart des enfants ont un état sanitaire déplorable, souffrent de la malnutrition, ne parlent pas la langue scolaire dans leur milieu familial, résident dans un habitat où l'isolement est impossible, vivent dans une famille dont les croyances, les explications des choses contredisent celles de l'école. L'inadaptationdusystèmeéducatifauxstructuressocio-économiquesestsansdoutel'une des causes principales de son inefficacité, et entraîne des sentiments d'échec et d'aliénation qui se propagent au niveau de la main-d'œuvre mal formée et inemployée. Elle est aussi à l'origine de l'exode rural qui n'a souvent d'autres conséquences que le chômage urbain. Ce sont là des éléments que la politique d'éducation doit prendre en compte avant tout. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas et l'approche du problème n'est pas toujours satisfaisante. C - Les réformes Lesréformessedonnentpourbutderéduirelenombred'échecssansprétendreremplacer ou détruire le (ou les) système(s) existant(s). Ainsi les expériences menées jusqu'ici peuvent être théoriquement regroupées en deux grands ensembles. 1) L'on procède le plus souvent à l'introduction dans l'école d'une activité manuelle éventuellement productive à petite échelle. Ceci dans le cadre d'initiatives ou de projets pilote qui restent parfois indéfiniment expérimentaux. Ce qui recouvre une diversité de situations entre et dans les pays : le Kenya et la Zambie ont élaboré des projets au niveau national et régional. Au Kenya la Commission nationale pour les objectifs d'éducation s'est intéressée à l'idée d'une école élémentaire de 9 années dontlesdeux dernières offrent une formation en vue du travail indépendant. La Zambie a proclamé l'axiome général "qu'aucun étudiant ne sera exempté de travail, puisque le travail fait partie de ses études. Et aucun travailleur ne sera exempté de poursuivre des études, car la société insistera pour que les études fassent partie du devoir d'un travailleur"223 . Il s'agit de combiner le travail à tous les stades du système éducatif. Les nouveaux modèles essaient de rendre plus pratique, plus concret le cycle de base de l'éducation, ceci sous l'influence, en partie, des organismes internationaux. Par exemple, le Rwanda construit 150 ateliers avec l'aide de la Banque Mondiale ; le Liberia a déjà exécuté 50% d'un projet destiné à ajouter à 200 établissements scolaires des équipements pour les travaux manuels, une classe d'économie domestique et une salle polyvalente. L'Ethiopie a prévu le développement de 500 Centres de formation professionnelle dans les collectivités. 223 Zambie, Ministère de l'Éducation "Éducation pour le développement, projet de réforme de l'éducation", Lusaka, 1976. p.2. Voir KING (K.) "L'éducation et la communauté en Afrique", Université d'Edimbourg, 1976.
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    2) Les innovationss'inscrivent plutôt dans un système de réforme global. C'est le cas de l'École nouvelle au Bénin (1973-1988), de l'École du peuple au Congo, du Centre d'éducation révolutionnaire de la Guinée d'avant 1984. En Guinée le gouvernement se préoccupait de la nécessitédelatransformationdusystèmeéducatifen proie àundualismetrès marqué.En effet onobservaitd'unepart,danslemilieuurbainetpériurbain,unsystèmehéritédelacolonisation, bâti de la façon classique et académique et coupé des réalités économiques et sociales du pays, d'autre part, dans les anciennes "zones libérées" un système né au sein même des organisations de lutte fonctionnant en quasi-autogestion, mais sans liens avec le monde extérieur. On connaît doncdeux types de réformes en Afrique, à petite échelle ou àgrande échelle. La perception des réalités est plurielle (réalités auxquelles l'école doit s'adapter). Les travaux s'accordent tout au moins à reconnaître celles dont les représentations paraissent les plus partagées. De ce point de vue, le souci d'adapter les systèmes d'enseignement paraît à la fois légitimeetincontestable,ilconvienttoutefoisquel'ons'interrogefortementsurlapertinenceet l'efficacitédesorientationsdes"politiques".Deuxquestionsessentiellespeuventêtresoulevées sur les problèmes de financement du système scolaire. 1°) Sur la base des critères d'efficacité économique, les pays d'ASS doivent-ils augmenter ou réduire leur effort global de scolarisation ? 2°) Quelles sont les modalités de financement de contrôle de l'appareil scolaire qui permettraient à la fois d'atteindre l'objectif quantitatif défini par la réponse à la première question et de répondre à deux autres préoccupations : accroître l'efficacité interne du système scolaire et promouvoir une plus grande justice sociale dans l'accès aux études. Les problèmes de l'éducation ne peuvent être résolus isolément. Les déséquilibres observés tiennent en grande partie à la structure des revenus. Les emplois du secteur moderne sont distribués en fonction des diplômés et ils donnent lieu à des versements de salaires proportionnels au niveau d'instruction plus qu'à sa nature. Les résultats des politiques éducatives dépendent aussi des possibilités d'emploi et de la demande des employeurs pour les diplômés locaux. Investir dans l'éducation de la population est une fonction nécessaire, sinon suffisante, du développement. Cela doit s'adapter aux contraintes économiques locales (ressources et débouchés) plutôt que de s'engager dans des mineuses réformes. Face à la nécessité de réduire les dépenses publiques dans lesquelles les dépenses de l'éducation ont un poids important, on parle en termes de coûts et de rendements (privé et social) aux différents niveaux de l'enseignement, primaire, secondaire, supérieur. Des évaluations, des comparaisons, il ressort les conclusions suivantes 224 : 224 VINOKUR (A.) : "La banque mondiale et lespolitiques d'ajustement scolaire dans les PVD",Université de Paris X Nanterre, 1982.
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    privilégier le primaireet le renouveler. La plupart des études récentes le soulignent "cette priorité résulted'arguments économiques (le tauxde rendement del'éducation est plus fort à ce niveau), éthique (il n'est pas équitable d'offrir à certains une éducation secondaire ou supérieur fortement subventionnée par les fonds publics tant qu'une proportion importante de classes d'âge éligibles à l'enseignement primaire en reste exclue), et politique (les diplômés du secondaire et du supérieur sont confrontés à un chômage croissant dans leur pays et sont de plus tentés par une émigration)"225 :. revoir le financement du supérieur, avec une participation possible des intéressés. Certains pays trouvent la solution au problème en encourageant les financements privés aux niveaux post-primaire (Kenya, Malawi) ou en rationnant l'accès à ces niveaux lorsqu'ils sont principalement financés sur fonds publics (Tanzanie). II.3 - LES LIMITES DU SYSTÈME D'ÉDUCATION ET DE FORMATION En Afrique au Sud du Sahara les distorsions des politiques éducatives sont nombreuses, on peut énumérer : l'accroissement de la population d'âge scolaire la plus rapide du monde, et les dépenses consacrées à l'éducation y sont élevées par rapport à d'autres PVD, aussi bien en pourcentage du budget de l'État qu'en pourcentage du PNB ; Coûts unitaires de l'enseignement public à divers niveaux ("en % du PNB/habitant) (Tableau n°48) Il ressort de ce tableau que les coûts unitaires de l'enseignement aux différents niveaux (primaire,secondaire,supérieur)sontplus élevés en Afriqueetdépassent lamoyenneobservée dans les PVD. Toutefois la situation est différente en Afrique francophone et en Afrique anglophone. On note un faible coût au niveau de l'enseignement primaire en Afrique 225 ORIVEL (F.) : op.Cit. page 216 Régions Primaire Secondaire Supérieur Afrique : - Francophone 29 143 804 - Anglophone 18 50 920 Asie : -Sud 8 18 119 - Est et Pacifique 11 20 118 Amérique Latine 9 26 88 PVD 14 41 370 Pays développés 22 24 49 Source : Banque Mondiale, 1985.
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    anglophone (18%) contrairementà l'Afrique francophone (29%). La différence s'accentue au niveau secondaire (50% pour l'Afrique anglophone et 143% pour l'Afrique francophone). Au niveau supérieur cette tendance s'inverse et on note des coûts très élevés (920% pour l'Afrique anglophone et 804% pour l'Afrique francophone). Les limites du système éducatif, d'une manière générale, peuvent se résumer comme suit : 1) Une croissance démographique galopante engendrant une forte pression sur les effectifs scolarisés. Le coût du développement du capital humain est très élevé. En effet, l'investissement humain fait qu'une croissance démographique de 2 à 3% coûte cher. C'est que l'investissement qui sert à faire face aux besoins des nouvelles générations (maternité, école, équipement, etc.) représente par définition, l'épargne non disponible pour la production. Dans les pays occidentaux, lorsque la population augmentait de 1% l'an -babyboom-avec un taux d'épargne de 10 à 20%, cela pouvait se supporter. Mais en ASS où la population augmentede plusde 3%l'an, l'effort est insupportable. Un taux descolarisationqui passe de 30% à 60% demanderait quatre fois plus de moyens226. 2) Son inadéquation avec le système productif : la structure éducative est calquée sur le modèle français, structure pyramidale dont l'université constitue le sommet ; enseignement très abstrait, peu utilisable pour ceux qui quittent tôt le système ; gonflement des filières juridique et littéraire, alors que les secteurs technique et professionnel font défaut. L'enseignementtechnique,telqu'ilestdispensé,estnonseulementcoûteux,maisenplus, il ne correspond pas toujours aux besoins spécifiques de la production. Le caractère limité de l'industrialisationarenduinutileunenseignementtechniqueclassiquetelqu'ilestpratiquédans les pays occidentaux. La structure pyramidale du système influe fortement sur la structure des dépenses consacrées à l'éducation. Par rapport au PNB/habitant, les coûts unitaires dans l'enseignement primaire sont près de 2,5 fois plus élevés en Afrique que dans les autres PVD ; 4,5 fois plus élevés dansl'enseignement secondaire et8 fois plus élevésdans l'enseignement supérieur (voir tableau ci-dessus). 3) La structure des dépenses favorise l'enseignement supérieur et est porteuse de plus d'inégalités. Exemple en Afrique francophone : la part des subventions scolaires 226 SAUVY (A.) cité par le revue "Afrique demain", n°l, 1987, page 17.
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    Régions Primaire SecondaireSupérieur Privée Sociale Privée Sociale Privée Sociale Afrique 29 29 22 17 32 12 Asie 32 16 17 12 19 11 PVD 29 27 19 16 24 13 Taux de rentabilité sociale et piivée de l'éducation ("en %) (tableaun°49) - allocations plus bourses - dans les dépenses publiques est de 23% dans le secondaire et 43% dans le supérieur227 . Quelques exemples : les bourses d'études représentent en moyenne 120% du PNB/habitantenCôted'Ivoire,145%auCameroun,160%auSénégal,700%auMali,800%au Niger et au Burkina Faso228 . En matière d'équité sociale cette structure de dépenses trop favorable à l'enseignement supérieur est déplorable. Or l'équité en matière d'éducation vise deux objectifs : -l'égalité des chances, d'après laquelle la réussite scolaire devrait dépendre des aptitudes et des efforts de chacun et non de la situation financière, de l'emplacement géographique ou de l'appartenance ethnique, etc. Les subventions garantissant l'égalité des chances sont fondées sur l'hypothèse qu'elles rendent l'éducation accessible à des élèves qui n'auraient pu autrement assumer financièrement leurs études ; -la répartition des aides au sein de la société doit ête équitable et non renforcer les inégalités initiales. Une réorientation des dépenses vers le système primaire s'avère nécessaire puisqu'elle profite à un plus grand nombre. La structure des dépenses ne tient pas compte des taux de rentabilité sociale de chaque niveau d'enseignement, voir tableau ci-dessous. Source : PSACHAROPOULOS (G.), 1988. Les taux de rentabilité à un niveau d'enseignement donné s'obtiennent (selon PSACHAROPOULOS, G.) en comparant les avantages supplémentaires que la collectivité retire des individus ayant atteint ce niveau (par rapport aux avantages qu'elle retirerait des individus ayant atteint un niveau immédiatement inférieur), et le coût global. On compare souvent le taux de rentabilité sociale au taux de rentabilité privée calculé de la même manière, sauf qu'il ne tient compte que des coûts supportés par les particuliers. 227 MINGAT (A.) et PSACHAROPOULOS (G.) : "Education Cost and Financing in Africa : some Facts and possible line ofAction", Washington DC , 1984. 228 MINGAT (A.) et PSACHAROPOULOS (G.) : op. cit.
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    Plus la contributionde l'État au financement de l'éducation est grande, plus le taux privé de rentabilité est supérieur au taux social ; le taux de rentabilité privée donne donc une indication nécessaire afin que les particuliers atteignent un niveau d'étude déterminé. Les taux de rentabilité sociale sont plus élevés au niveau primaire, contrairement au niveau supérieur. L'écart entre taux de rentabilité sociale et privée s'accroît avec le niveau d'étude atteint, phénomène très accentué en Afrique. Dans la mesure où c'est l'ampleur de la rentabilité privée qui détermine les incitations individuelles à investir dans l'éducation, les étudiants africains sont fortement incités à investir dans l'enseignement supérieur. Ces subventions accordées à l'enseignement supérieur sont parfois injustifiées alors que les subventions sont quasi inexistantes dans le cycle primaire. Ces étudiants viennent généralement des milieux socio-économiques privilégiés. D'ailleurs en Afrique, on a malheureusement l'habitude d'octroyer des bourses et des aides scolaires à ceux qui en ont le moins besoin (plus le rang social est élevé, plus il est facile à certains parents d'intervenir dans les commissions d'attribution des bourses). Alors qu'un grand nombre de pays africains font déjà un effort financier maximum, ils ont à faire face à la tâche immense de se doter de systèmes d'enseignement et de formation qui répondent aux exigences de leur développement économique et social, en tenant compte de leurs conditions particulières. Ce n'est pas seulement l'extension du système actuel qui est insuffisante, mais aussi les défauts qualitatifs qu'il présente : instruction à caractère académique, calquée sur les modèles anciensimportés, éloignésdesréalités nationales.L'enseignement est destiné essentiellementà mener aux études supérieures, en outre la formation professionnelle reste au stade embryonnaire. Deux raisons entre autres sont évoquées par RASERA229 : l'efficacité interne et externe des systèmes éducatifs est très faible, ce qui dessert en quelque sorte la cause de l'éducation ; le mode de financement, souvent largement public, crée une demande d'éducation excédentaire. La qualité de l'éducation notamment primaire est particulièrement très basse en Afrique. Les arguments qui militent ou interdisent le recours au financement privé sont contournés ; ce recours améliorerait l'équité. La conception des systèmes éducatifs est destinée à la production de diplômés pour le secteur moderne de l'économie, alors que ce secteur a une capacité d'accueil limitée. L'objectif de produire, pour la vie active, pour le secteur moderne comme pour le secteur traditionnel ou 229 RASERA (J.-B.) : "Cohérence et fiabilitédu système éducatif, in l'avenir des Tiers-Monde : emploi-formation et ressources humaines, cahier n°9, GEMDEV, Paris 1988.
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    informel de l'économie,de bons diplômés de l'enseignement primaire ayant acquis définitivement des connaissances de base, doit être réhabilité. Le complément à ces connaissances de base : lecture, écriture et calcul pourraient être modifiés pour introduire l'initiation à l'administration économique et sociale. De nombreux exemples peuvent être énumérés pour expliquer cette situation, indiquant par là même dans quelle direction peuvent s'orienter les réformes des systèmes éducatifs dans ces pays. Par conséquent il en résulte la nécessité d'une réallocation des ressources publiques versleprimaireaudétrimentdusecondaireetdusupérieur;laréductiondesaides etlaprise en compte de l'origine sociale des élèves. Le ralentissement de la croissance économique en Afrique au Sud du Sahara a engendré unralentissementdelacroissancedesdépensesd'éducation.Lacriseaétéressentiedanstoutle tiers monde, mais le cas des pays d'Afrique au Sud du Sahara, de par leur forte croissance démographique, pose problème. "Le sentiment d'une crise de l'éducation n'est pas dénuée de fondement"230 . Du fait du ralentissement des dépenses publiques, on peut comprendre que se pose le problème des dépenses éducatives. Le moment est venu qu'on se mette à compter ; que ce soitdelapart del'État,desinstitutions delaformation publiqueet privée, des entreprisesou des individus. SECTION III : ANALYSE DU SYSTÈME D'ÉDUCATION ET DE FORMATION EN CENTRAFRIQUE Nous ne pouvons qu'être inquiets sur le rôle du système éducatif, notamment de son développement,quinerépondpasauxbesoinsdelanation;l'économiecentrafricainen'offrant pas de débouchés aux diplômés produits par le système actuel. La situation est d'autant plus inquiétante que, désormais, en raison des mesures successives d'ajustement qui sont prises, la fonction publique, le secteur moderne sont en crise. L'évolution de la scolarité en Centrafrique se déroule à l'intérieur d'un cadre organisationnel jouant un rôle astreignant, car c'est celui-ci qui structure l'offre de l'éducation. Nous aborderons dans cette section : -la constitution du système d'éducation et de formation en RCA ; -son organisation actuel ; -et l'analyse critique de ce système. 230 230 ORIVEL (F.) et RASERA (J.-B.) : "L'impact de la crise économique sur le système éducatif", Cahier n°9, GEMDEV, octobre 1988.
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    III. 1 -LA CONSTITUTION DU SYSTÈME ÉDUCATIF ET DE FORMATION EN CENTRAFRIQUE Lesécoles"missionnaires"avaientstimulél'enseignementofficiel;les écoles officielles, bien qu'embryonnaires, étaient dispersées etles premièresne furent créées en Oubangui qu'aux environs de 1912 avec 242 élèves répartis comme suit ; 79 à Mobaye, 25 à Bria, etc. Les problèmes de l'éducation et de la jeunesse étaient confiés aux services des affaires politiques. Le rôle de l'école s'est par la suite modifié progressivement pour toucher une population de plusen plus grande, mais dont la participation àl'œuvre colonialen'était pas évidente. Ainsi son influence est sortie des limites des centres urbains et des postes administratifs pour gagner l'intérieur du pays. A partir des années 30 et 40, on trouvait dans les villages et dans les premières villes naissantes des gens qui savaient lire et écrire, mais qui étaient sans activités définies, us n'en savaient pas assez pour être "fonctionnaires", mais estimaient qu'ils en savaient ü'op pour se rabaisser à cultiver la terre. Certains furent absorbés par un secteur privé essentiellement constitué par des maisons decommercededétailouspécialisésdansl'exploitationdesproduitsdecuir.Leresteformaitla masse des déracinés et des inadaptés qui allait grossir d'année en année. Les premiers efforts importants furent effectués entre 1945 et 1953. En 1945, les écoles primaires oubanguiennes ne comprenaient encore que près de 5 000 élèves auxquels il fallait ajouter près d'une centaine d'élèves du primaire "supérieur". Le taux de scolarisation était encore inférieur à 8% en 1950 ; 24% en 1956, et atteignait péniblement 34,5% en 1958. Durant la première décennie de l'indépendance, de 1960 à 1970, on enregistrait une légère progression annuelle des effectifs de près de 10% dans le primaire, de 16% dans le secondaire et de 11% dans le technique. Depuis la loi de 1962, l'enseignement privé a été intégré dans l'enseignement public. A - La création des premières écoles La principale caractéristique : le corps professoral était constitué d'Européens. Ils offraient au pays qui commençait à se structurer et à sortir de l'indigénat des éléments conséquents, autrement plus sensibles à leurs conditions que leurs devanciers. Ces individus étaient non seulement assurés de trouver immédiatement du travail à leur sortie de l'école.
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    Ilnaquitunetraditionquiallaitmarquerprofondémentlesfinalitésdel'école,c'est-à-dire produire pour lesseuls besoins de la fonction publique. Ce phénomène n'a fait que s'amplifier avec le temps et est devenu aujourd'hui la principale difficulté de notre développement. L'école était au service de l'exploitation coloniale, les premiers établissements conçus dans cette optique furent l'école primaire supérieure de Bambari, suivie de la création du cours complémentaire à Bangui qui allait donner naissance au collège Emile Gentil. L'enseignement technique restait peu développé. L'école technique de GRIMARI fonctionnait bien avant l'indépendance et continue d'accueillir des promotions annuelles d'une cinquantaine d'élèves au maximum. De nombreux projets de création d'école ont été abandonnés, faute de moyens. Cependant le rôle de l'école n'était plus de former des auxiliaires d'une administration, mais un peuple dans son ensemble, à une époque où le pays était en pleine explosion démographique. B - L'école de promotion collective : exemple d'adaptation du système éducatif (une initiative de l'UNESCO231 ) Le fondement de l'école de promotion collective (E.P.C.) déclenchée en 1970, est une prise de conscience chez le citoyen moyen, principalement de ses valeurs et de ses capacités pouruneviemeilleure,quellesquesoientses originessociales.Saconceptionestuneréponseà lasituationsocio-économiqueetculturellequ'onpeutdéploreraujourd'huietquinesemblepas s'améliorer depuis l'indépendance. Surleplandesconnaissancesetdel'épanouissementdelapersonnalité, l'E.P.C.offreune possibilité d'approche des divers problèmes inhérents à notre état de sous-développement : explosion démographique, exode rural, insuffisance de qualification de main-d'œuvre, malnutrition,hygiène,analphabétisme,etautres.Ellen'apaslaprétentiond'apporterunremède miracle à tous nos maux, ni de détenir seule la voie quant aux moyens à mettre en œuvre pour faire face aux situations conjoncturelles ou endémiques; mais au moins elle se propose d'offrir à tous les enfants, sans distinction de milieu géographique ou social une égale réussite dans la vie.Nousentendonsicilapossibilitéofferteàunindividud'êtreutileàlui-même,àsafamilleet sa collectivité. Les voies qui conduisent à cette réussite sont variées et multiples : que l'enfant poursuive des études dans l'enseignement secondaire ou supérieur, quel que soit le niveau de culture à partir duquel il entre dans la vie active. L'enfant doit s'adapter à toutes les circonstances selon ses aptitudes, qu'il soit travailleur. 231 UNESCO, rapport de la 7ème Conférence sur l'éducation, Adis Abeba, 1970.
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    manuel ou intellectuelpeu importe, l'essentiel est qu'il inspire confiance et respect de par sa contribution. L'action de l'E.P.C. ne s'arrête pas seulement à l'enfant, elle s'étend à toute la communauté environnante. Les programmes d'enseignement et l'organisation du travail reflètent au mieux le cadre de vie de l'enfant afin de rompre la barrière qui a jusqu'ici isolé l'école des réalités de son environnement. Ainsi de nouveaux rapports entre l'école et la population, entre les enseignants et les parents d'élèves, un courant d'échange permanent créent une osmose qui permet à l'école de trouver dans le milieu sa raison d'être232 . La pédagogie de l'E.P.C. est caractérisée par la pluridisciplinarité, la participation active de l'élève à sa propre formation, le développement de l'esprit critique, orientés vers la découverte et la créativité. Dans l'étude du milieu, l'E.P.C. permet une connaissance approfondie des ressources du milieu, de ses manques, de ses potentialités cachées, de toutes les possibilités qu'elle a de s'édifier à partir de ses propres éléments. Son idéal recherché est un développement pensé et déclenché de l'intérieur, un développement reposant sur la capacité des locaux. L'E.P.C. avait quitté le stade expérimental pour s'intégrer dans un vaste processus de rénovation de l'éducation, tel que perçu par la réforme du système. Qu'est devenu l'E.P.C. ? Les écoles de promotion collective, après avoir connu un régime normal de fonctionnement, se sont déliées dans la masse confuse des écoles traditionnelles. L'extension des E.P.C. s'est heurtée à deux obstacles : d'une part le manque de relais au niveau local ; et d'autre part, le désengagement des responsables centraux. On pourrait ajouter un troisième obstacle, constitué par la contradiction faite des rivalités de ceux qui ont pris le train en marche et qui ne se sont jamais fait à l'idée de l'E.P.C. L'E.P.C. s'identifiaitnonplusauxprincipes d'interdisciplinaritéqui étaient lessiensmais à son équipement fourni par l'UNICEF. Ainsi la carence ou la mauvaise utilisation de ces matériels a-t-elle souvent entraîné sa désorganisation du système mis en place. Il y avait même des écoles qui avaient perdu leur vocation dès lors qu'elles ne percevaient plus leur matériel de l'UNICEF. 232 AGOUMARA (T.) : "Éducation et développement : essai d'analyse prospective du système d'éducation en Centrafrique", mémoire U.E.R. études internationales et développement, Toulouse 1,1987.
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    Année Zone SexeEnsemble masculin féminiii Population 1975 Z.U. 76,6 61,7 69,4 de 6-14 Z.R. 44,7 18,8 32,6 Ans Bangui 84 73,6 78,8 1990 Z.U. 82,9 71,3 77,2 Z.R. 51 27,2 39,6 Évolution du taux de scolarisation dans la tranche d'âge 6-14 ans en % (tableau n°50) Source : RGP, 1988. Effectifs scolarisés 86/87 87/88 88/89 89/90 Enseignement préscolaire 506 501 502 484 Enseignement primaire 274 179 286 422 297 964 323 661 Enseignement secondaire 33 667 31329 --------------------- 34 512 1er cycle 1er + 2ème Enseignement secondaire 11 137 9 061 42 533 9 141 2ème cycle --------------------- Enseignement secondaire 2 000 1963 1428 3 514 technique Enseignement normal 72 45 nd 45 Enseignement supérieur 2 450 2 698 2 747 3 482 Total 324 011 332 019 345 174 374 839 Enseignement privé nd nd 5 701 1980 Effectifs scolarisés (tableau n°51) Enseignement public seulement. Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990. III.2-L'ORGANISATION DU SYSTÈME ÉDUCATIF ET DE FORMATION EN CENTRAFRIQUE A - L'enseignement primaire L'enseignementestdispenséensixannéesd'étudesets'adresseàlatotalitédesenfantsen âge d'être scolarisés. Le taux net de scolarisation est de 55%, tandis que le taux chez les filles n'est que de 38%. L'inégalité entre les villes et les zones rurales est aussi alarmante (77% dans les villes contre 40% dans les zones rurales) comme le montre le tableau ci-dessous. L'action éducativeseconfondavecl'enseignementdebase,c'est-à-dire avecl'acquisition de notions fondamentales (lecture, calcul, écriture, langue, connaissance du milieu) laquelle s'effectue en 6 années d'études, selon une progression de type linéaire et continu. Le nombre d'établissements scolaires publics est de 1 003 comprenant 3 899 salles de classes utilisées par les 323 661 élèves.
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    L'effectif total desélèves scolarisés (voir tableau ci-dessus) étant en 1990 de 323 661, celui des maîtres de 3 581, il s'en suit : - un surpeuplement relatif des salles de classe , en moyenne 90 élèves par salle; une réduction notable des horaires consacrés aux acquisitions fondamentales, par application de la procédure d'utilisation des locaux par roulement ou par mi-temps ; une baisse alarmante de l'efficacité due principalement au manque de matériels didactiques et d'équipements, et du taux élevé de déperdition (abandon 52% et redoublement 31% durant les 4 premières années). A noter que le taux de scolarisation féminin se situe à ce stade à 38%. Le nombre des enseignantsdel'enseignementprimaireaencorebaisséde12%parrapportà1988.Cettebaisse 86/87 87/88 88/89 89/90 Effectif moyen par enseignant Enseignement primaire 60 63 73 90 Enseignement secondaire 48 49 55 41 Effectif moyen par salle Enseignement primaire 80 78 79 83 Enseignement secondaire nd 72 66 75 Effectifs moyens par enseignants et par salles de classes (tableau n°52) Enseignement public seulement. Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990. 86/87 87/88 88/89 89/90 Nombre d'écoles - Enseignement Fl 1004 1014 993 1003 Secondaire général nd 47 45 46 Nombre de salles Enseignement Fl 3 410 3 665 3 754 3 899 Secondaire général nd 564 640 581 Nombre d'écoles et de salles de classes (tableau n°53) Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990. Effectifs féminins en % 86/87 87/88 88/89 89/90 Enseignement primaire 38% 38% 38% 38% Enseignement secondaire 1er cycle 30% 29% 30% 30% Enseignement secondaire 2ème cycle 18% 18% 30% 20% Effectifs scolarisés féminins (tableau n° 54) Enseignement public seulement. Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990.
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    a atteint 22%en deux ans, et elle est d'autant plus préoccupante que l'effectif scolarisé dans le fondamental 1 a encore augmenté de près de 9% en 1989. L'effectif moyen par enseignant atteint le seuil de 90 élèves, soit plus de 30 de plus qu'en 1987. Une baisse du nombre des enseignants amorcée en 1987 et accélérée par l'opération "départ volontaire assisté" a été freinée par la formation annuelle de 250 instituteurs pendant 3 ans. Évolution des effectifs élèves et enseignants (graphique n°4) -«-Elèves Enseignants 1986 1987 1988 1989 1990 On constate par ailleurs l'accroissement des effectifs de l'enseignement secondaire (+ 146% en un an) et le taux de scolarisation très bas des différentes classes d'âge. Cette situation est encore plus inquiétante pour les provinces. Dans tout le pays, les infrastructures, déficientes au départ, se sont dégradées ces dernières années. Il faut ajouter à cela la pénurie d'articles essentiels, livres, matériels, etc., et un contrôle pédagogique insuffisant, une information, une planification et une gestion inadéquate du budget de l'éducation nationale. Les instituteurs ne sont pas payés pendant plusieursmois;lesclassessetiennentsouventenpleinairoudansdessallessurpeupléesetmal équipées ; l'écart entre les régions et la capitale va en grandissant. De nombreux enfants ne savent ni lire, ni écrire même après avoir fréquentél'école primairependant quatte ou cinq ans. Nombre d'enseignants permanents 86/87 87/88 88/89 89/90 Préscolaire 19 14 8 14 Enseignement Fl 4 544 4 563 4 067 3 581 Secondaire général nd 991 843 1 149 + technique Supérieur (hors vacataires) nd 90 79 nd Total 4 563 5 658 4 997 4 744 Nombre d'enseignants permanents (tableau n°55) Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990.
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    Le taux d'abandons'élèvent à 50%233 entre la première année et l'achèvement du cycle primaire. Cette situationa été provoquéepar l'insistance mise à étendre le système scolaire sans avoirlesmoyensnécessairespourrémunérerlesenseignantseteffectuerlesdépensesrelativesà l'entretien des locaux et l'acquisition de matériel. Paradoxalement les multiples politiques d'ajustement structurel ont vu le départ de nombreux instituteurs de la fonction publique, ce qui a aggravé la situation de l'enseignement primaire. B - L'enseignement secondaire général Letauxdescolarisationdel'enseignementsecondaireestde11%del'effectifscolarisable. Il se décompose en deux cycles (le premier de 4 ans et le second de 3 ans). Les effectifs sont respectivement de 34 512 élèves pour le premier cycle et 9 141 élèves pour le second cycle. 1 149enseignantsassurentl'enseignement dans581salles declasses (statistiques de1989/90).Le nombre de salles de cours est assez réduit ce qui donne un taux d'occupation de 75 élèves par salle: Le nombre réduit de locaux et de professeurs, le manque d'équipements et de matériel didactique,l'insuffisanceflagrantedemanuelsexpliquentlebasrendementdel'actionéducative à ce niveau, ainsi que le taux élevé de déperditions, redoublements (29%) et abandons. On note un faible pourcentage de réussite au baccalauréat. C - L'enseignement secondaire technique Le taux de scolarisation technique est de 4,4% du total de l'effectif de l'enseignement secondaire. Considéré à juste titre comme la composante la moins développée du système éducatif, le nombre d'élèves s'élève à 3 514 répartis dans le collège d'enseignement technique annexé au lycée technique, le collège d'enseignement technique féminin, l'école des métiers d'art. Dans les trois établissements, les mêmes insuffisances (infrastructures, matériels et 233Rapport de l'UNICEF : "Un avenir pour les enfants d'Afrique", 1980. Réussite aux examens en % 86/87 87/88 88/89 89/90 C.E.P.E. 53% nd 56% 48% Entrée en 6ème 17% nd 22% 19% B.E.P.C. 23% nd 56% 23% Baccalauréat 19% nd 20% 25% Taux de réussite aux examens (tableau n°56) Enseignement public seulement. Source : Ministère de l'Éducation Nationale, Centrafrique 1990.
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    équipements, crédits) expliquentle faible rendement et le manque d'efficacité alarmant, exception faite pour le lycée technique qui forme des bacheliers techniques. D - L'enseignement supérieur L'enseignement supérieur représente 2% de l'effectif scolarisable. La scolarisation scientifique supérieure représente 34% du total de la scolarisation supérieure. La forte expansionenregistrée cesdernières années et qui s'esttraduiteparuneaugmentationd'étudiants (plus de 1 200 à 2 000) n'a pas été accompagnée d'une extension corrélative des infrastructures, mise à part la faculté des Sciences de la santé, ou d'une augmentation concomitante des crédits de fonctionnement. De plus, le nombre de professeurs, pour la plupart des assistants techniques étrangers, demeure insuffisant. E - La formation professionnelle Ellerelèvedesdifférentsdépartementsministérielsetorganismesparapublicsouprivéset est conçue selon diverses méthodologies, souvent déterminées en fonction des besoins immédiats en main-d'œuvre recensés dans tel ou tel secteur de l'économie. - Dans le secteur agricole Les installations matérielles des trois établissements existants (Ecole nationale des adjoints techniques agricoles de WAKOMBO, Collège technique agricole de Grimari, Collège technique d'élevage de Bouar) sont incomplètes et vétustés, elles nécessitent un renforcement massif et un encadrement adéquat. - Dans le secteur industriel et de l'artisanat Le rendement des centres existants, Centre interprofessionnel de formation et de perfectionnement (ONIFOP), Centre d'apprentissage des artisans ruraux, Centre de promotion féminine, École des métiers d'art, doit être amélioré dans l'immédiat pour permettre de promouvoir rapidement une main-d'œuvre qualifiée. Cette amélioration n'est possible qu'à conditiondeconsoliderlesinfrastructures, d'augmenterlescréditsetsurtoutdemettreenœuvre une politique cohérente de formation. Les autres centres : Les instituts universitaires de technologie : IUTAF (agronomie-forêts), IUTMGC (mines, géologie et construction) et IUTGE (gestion des entreprises) dépendent de l'Université. F - L'éducation non formelle Elle relève soit du Ministère de la Réforme du Système Éducatif (alphabétisation fonctionnelle) soit du Ministèrede la Santé (développement communautaire, santé debase)soit du Ministère du Développement Rural (agence de développement ACADOP, vulgarisation agricole, centre ruraux CREF), soit d'organismes privés (animation rurale).
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    Les actions menéesen direction des producteurs adultes vivant dans les zones rurales ne sont pas toujours étroitement coordonnées, ni intégrées selon un plan cohérent de développement. De ce fait, elles ne sont pas toujours aussi efficaces qu'on le souhaiterait. Au total, les problèmes de l'organisation du système d'éducation et de formation sont d'ordres matériel et structurel. Ils concernent : lesinfrastructuresexistantesqu'ilconvientderemettrerapidement enétatdefonctionner; réfection des locaux vétustés et rééquipement des établissements (mobilier, manuels...) les infrastructures nouvelles à créer durant la décennie 1990/2000 de manière à accueillir les nouveaux venus. Il faut reconnaître que depuis trois décennies, les crédits de l'éducation n'ont cessé d'augmenter. Cependant un rapide examen fait apparaître un déséquilibre notoire dans l'affectation des crédits sectoriels. La part réservée au fonctionnement et à la consommation cornante est de plus en plus considérable alors que la part réservée à l'investissement est quasi nulle. Au fil des années les dépenses prioritaires de l'éducation se sont concentrées sur les traitements du personnel, les indemnités de fonction, les bourses et diverses charges. Ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, mais de ce fait les autorités ont perdu de vue un des volets importants de l'ensemble qui sont les infrastructures, l'équipement, la recherche pour une meilleure adaptation. Non seulement le cadre de travail du personnel s'est de plus en plus dégradé, mais pire encore, les élèves se sont retrouvés dans des conditions d'études épouvantables : effectifs pléthoriques, pénurie endémique des manuels, absence d'infrastructures adéquates, désorganisation des dispositifs pédagogiques, apparition puis officialisation du système de classe à mi-temps et à roulement, réduction préjudiciable des heures d'études. Aussi longtemps qu'un équilibre ne sera pas trouvé entre crédit de fonctionnement et crédit d'investissement, les dépenses de l'éducation augmenteront pour une bonne part, car la crise que traverse le système ne sera jamais résorbée. A notre avis, les dépenses de l'éducation devraient être régies par un impératif ; respect des données économiques et démographiques du pays.
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    Budget éducation nationale1987 1988 1989 Education Nationale Part.Educ.Nation. sur budget nationale 8 423 23,50 % 8 227 21,70 % 809713 % Budget de l'éducation nationale (tableau n°57) Unité : Millions de FCFA. Source : Ministère des Finances, Centrafrique.1990. Il suffit, pour illustrer ce que nous venons d'énoncer, de se référer à la pratique de la programmation annuelle qui était au cœur de notre système éducatif jusqu'à l'indépendance. Depuisqu'elleaété abandonnée,c'estledésordreetl'improvisation.Seloncettepratique,surla base des statistiques scolaires, une parfaite concordance était établie annuellement entre les bâtiments scolaires, le mobilier, les fournitures, les manuels et le personnel. Les "programmes d'extensionoudenormalisation",commeonlesappelait,nelaissaientplaceàaucunesurpriseà la rentrée scolaire. Tout était parfaitement réglé d'avance, tant au niveau régional que national. Par ailleurs, la répartition des charges se faisait équitablement entre l'État et les collectivitéslocales.Uneautremesurequipermettaitl'allégementdesdépensesdel'Étatétaitla réglementationgénéralequiluttaitcontrelesredoublementsabusifs,lesgoulotsd'étranglement en fin de cycle. Grâce à une législation efficace, un combat était mené contre ce que nous connaissons aujourd'hui, à savoir un système lourd, congestionné, grippé à tous les niveaux ; véritable gouffre pour le budget national. Un système éducatif doit être fluide. Les passages d'une classe à l'autre, d'un cycle à l'autre, doivent se faire avec souplesse et facilité suivant une planification bien mise au point. L'articulation enu*e le primaire, le secondaire, le technique et le supérieur ne doit souffrir d'aucunecontrainteextérieureausystème,particulièrementauniveaudedeuxseuilsquisontla sixième et la terminale. Des sorties de secours devraient être aménagées à différents paliers afin d'orienter certainsverslescircuitsproductifs.Lesproblèmesmajeursqu'a àrésoudrelaCentrafriquedans le domaine éducatif sont bien connus ; taux élevé de l'analphabétisme chez les adultes, augmentation des effectifs scolaires résultant de la demande croissante d'éducation, augmentation du nombre de jeunes qui, au sortir de l'école, ne peuvent pas s'insérer dans le système économique, pénurie d'enseignants, etc. L'une des tâches les plus urgentes du pays est dedévelopperles moyensd'instruction etdeformationdes jeunes etdes adultes.Pour atteindre un public beaucoup plus large avec ces ressources, il faudra perfectionner et recycler les enseignants, ainsi que d'autres travailleurs, sans les arracher à leurlieu de travail. Il faudra tirer un meilleur partie des locaux et équipements disponibles et assurer un partage plus équitable desinstallations,descompétencesetdesmatériaux,si l'onveutmaintenirlecoûtdel'éducation à un niveau à peu près stable par rapport aux autres dépenses qu'exige le développement.
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    m.3 - ANALYSECRITIQUE DU SYSTÈME D'ÉDUCATION-FORMATION Nous allons ici centrer notre analyse sur les points suivants : l'évolution de la demande d'éducation ; les déperditions scolaires et les problèmes des défaillants ; les conséquences sur le chômage urbain. A - L'évolution de la demande Les efforts massifs en vue de doter les jeunes centrafricains d'un bagage scolaire minimum sont loin d'atteindre leurs objectifs car la moitié des jeunes de la génération reste à l'écart de l'école. Toutefois ces mêmes efforts ont créé une forte demande qui, faute de structuresd'accueilalternatives,atendanceàserépercuteràtous lesniveauxdel'enseignement général. Sans refaire l'historique de la demande sociale en matière éducative en Centrafrique, il convient néanmoins de rappeler quele mouvementde la demande diteprivéea été déclenché à partir d'une volonté politique, favorisé par la propagande des autorités publiques et encouragé par les installations d'équipements publics. D'autre part, les premières cohortes des jeunes scolarisés trouvaient très rapidement un avantage comparatif sur le marché du travail à la fois grâce à leur qualification et à leur rareté. Le mouvement en faveur de la généralisation de l'enseignement a été lancé sur la base des considérations économiques et sociales. Dans la plupart des cas l'école reste l'équivalent d'une rupture par rapport au milieu familial,enmêmetempscemilieufamilialpousseàlascolarisationpourlesraisonssuivantes: la scolarisation apparaît comme une possibilité de solution pour palier à l'irrégularité des revenus ; les finalités de la scolarisation peuvent être appréhendées sous deux fonnes : 1 - d'une part, la scolarisation répond au désir de possession d'un outil qui permet de communiquer avec le milieu dit moderne, avec la ville, avec les fonctionnaires, etc. Pour les enfants du monde rural, c'est la condition première pour aller en ville, et trouver un emploi. Pourlesparentsc'estl'espoird'avoirdesinterprètesvalablesquileurpermettrontderéglerleurs problèmes administratifs et éventuellement de justice, de police, etc.
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    2-d'autrepart,lebesoindescolarisationcorrespondàlapossibilitédetrouverunemploi qui s'exprime aussisous d'autres formes : pour les parents deux choses indissociables ; que l'enfant ait un métier et qu'il les aide financièrement. Le salaire apparaissant comme une possibilité de sécurité. L'éducation est considérée comme un investissement qui, à terme, doit sortir les enfants de leurs conditions misérables. L'enseignementsupérieurestunélémentvitaldetoutprogrammededéveloppementdans un monde socio-économique où le développement s'appuie sur des connaissances. Cela implique que l'enseignement supérieur joue un rôleclé dans leperfectionnement,le transfert et l'application des nouvelles connaissances, pour former des techniciens, des spécialistes, des gestionnaires. C'est en développant les aptitudes et compétences locales qu'on pourra réduire le fossé qui nous sépare des pays développés et amoindrir la dépendance technique extérieur. "La décentralisation universitaire est souvent présentée comme moyen de stimuler le développement économique des régions, en rapprochant les centres de formation et de recherche des activités économiques qui se trouvent ainsi dynamisés"234 Des résultats contradictoires en Centrafrique : baisse du niveau de qualité ; agrandissement du fossé entre le pays et les pays riches en ce qui concerne les connaissances scientifiques et technologiques. L'augmentation des effectifs étudiants ne va pas de pair avec les allocations budgétaires. Unecroissancedésorganisée,ainsiquedesprogrammesetsujetsd'enseignementsouvent peuenrapportaveclecontexteéconomiqueetsocialquiréduisentlesperspectivesd'emploi.Le taux de diplômés sans emploi augmente, ce qui entraîne des fuites de cerveaux. B - Les déperditions scolaires et les problèmes des défaillants Lesdeuxdécenniesquiviennentdes'écoulerontétémarquéesparuneintensificationdes efforts consentis en faveur de l'éducation. On se rend compte, de plus en plus, que les investissements d'ordre éducatif sont de nature à jouer un rôle de premier ordre dans le développement socio-économique. L'enseignement est dès lors un facteur et une condition pour la croissance du bien-être et du progrès social. A l'opposé le défaut d'instruction générale ou professionnelle fait obstacle au 234BRUGNES (M.-P.) : "Les universités et le développement économique", C.E.P.E.D., Université de Toulouse I, 1992.
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    démarrage économique etconstitue un trait majeur du sous-développement dont il est à la fois la cause et le signe. Lescommunautésrurales,dontles enfantssontrestéstrèslongtemps àl'écartdusystème éducatifclassique,découvrentellesaussicelienetsouhaitent,deplusenplus,unenseignement au-delà du primaire et posent le problème professionnel des jeunes comme un fait social nouveau. Malgré les progrès, certains problèmes restent encore à résoudre, dont l'un découle précisémentdusuccèsmêmedeseffortsetdesinitiativesdanslesdomainesdel'éducationetde la formation à savoir le problème de l'emploi des jeunes quittant l'école en cours ou à la fin du cycle primaire et du 1er cycle secondaire. On se rend compte aujourd'hui de l'ampleur de la déperdition scolaire et on constate une fortedisparitéentrel'effortconsentienfaveurdel'éducationdemasseetlerésultatdeceteffort qui se traduit par une perte d'effectifs liée aux redoublements répétés et aux abandons en cours d'étude.Presque52%desenfantsscolarisésn'achèventpaslecycleprimaire,etseulement15% accèdent au secondaire, dont plus de la moitié abandonnent en cours ou à la fin du 1er cycle de l'enseignement secondaire235 . Le phénomène est donc fort important quantitativement parlant. La simple dynamique de l'expansion de l'éducation ne laisse que peu de temps pour des réformes radicales. Considérée dans son ensemble, l'évolution de l'éducation donne à penser qu'ils'estproduitunprogrès,uneaméliorationdansleniveaud'instructiondelasociétéglobale, une prise de conscience du rôle que peut jouer l'éducation et une croissance de la demande sociale de l'éducation qui est un phénomène récent. Parrapportauxdécenniesprécédentes,oùl'ons'estintéresséàlaformationdecadresetà la rationalisation des structures admimstratives et industrielles, la décennie qui commence sera vraisemblablement occupée par l'emploi des jeunes défaillants. Notre souci est de répondre à certaines questions éducatives qui touchent une population juvénileenexpansion,uneéducationdemassegénératricedeperted'effectifs etlespossibilités d'emploi des jeunes sans qualification professionnelle. Quel niveau d'enseignement les scolarisés doivent-ils atteindre pour jouer un rôle socio-économique valable et parvenir à une insertion aisée dans la vie active ? L'origine sociale et le milieu géographique offrent-ils les mêmes chances quant aux possibilités dans la recherche d'emploi ? 235NATIONS UNIES : op. cit. page 5.
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    La scolarisation partielleou complète est-elle un facteur d'adaptation au milieu, ou au contraire un facteur de rupture avec le milieu d'origine et un tremplin pour l'exode rural ? Alafindeleurscolaritélesjeunesdéfaillantsissus duprimaireetdudébutdusecondaire cherchent du travail. Ils s'ajustent rapidement aux types d'emplois modestes du S.I. Les enquêtes ont révélé que c'est dans le Si. que sont employés la majorité des jeunes défaillants âgés de 15 à 19 ans. Il semble qu'il se produit une évolution technique dans ce secteur de la capitale qui fournit des emplois relativement réguliers, rémunérés au-dessus du niveau moyen que permet d'atteindre la petite agriculture dans la zone rurale. Le secteur est délaissé par les organismes officiels de placement de jeunes, malgré la facilité d'accès à un large éventail de métiers dont la qualification s'acquiert en dehors de tout système scolaire officiel. Le placement des jeunes en qualité d'apprentis repose d'une façon exclusive sur la croissance des emplois recensés dans le secteur moderne. Alors qu'il laisse de côté une masse importante d'emplois et en augmentation évidente dans le SX. La capacité des familles à venir en aide aux plus jeunes de leurs membres est beaucoup plus importante, la dimension et la cohésion de la famille revêtent une grande importance dans la recherche d'un emploi. Les parents qui ont trouvé des emplois sont toujours disposés à soutenir les membres de leur famille. Dans la recherche d'un emploi, les relations d'amitié et de voisinage jouent un rôle déterminant en tant que courtiers de l'emploi en faveur des jeunes. C - Le système d'éducation et formation responsable du chômage urbain Le système d'enseignement actuel ne saurait être négligé parmi les mécanismes actuels du chômage. Parler d'un métier technique à un jeune centrafricain c'est s'exposer à des moqueries, car les techniciens sont considérés comme des illettrés. L'enseignement technique est considéré comme le parent pauvre : y sont orientés les élèves considérés comme les moins doués ainsi que les titulaires de CEPE trop âgés pour le concoursd'entréeenF7(sixième).Parfoiscesélèvesyreçoiventdesformationspourlesquelles il n'existe pas de débouchés sur le marché de l'emploi. Les diplômés de l'enseignement techniquequi s'oriententversla fonction publiquetrouventsouventdes conditions d'embauché décourageantes du fait que les intégrations s'y font par référence aux diplômés d'enseignement général.Cequifaitque,dansl'enseignementtechnique,lapréparationàl'emploiréeln'ajamais été l'objectif prioritaire. Les élèves considèrent dans leur grande majorité que la scolarité n'est pas une fin en soi, conduisant à un emploi, mais une étape pour une aufre scolarité. La pénurie des établissements d'enseignement technique ainsi que son manque d'organisation effective contribuent également au chômage des jeunes scolarisés. La responsabilité du système d'enseignement de type classique apparaît dans la crise actuelledel'emploidanslamesureoùl'onconsidèreles"déchetsscolaires"commeunefatalité.
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    Pourpreuve,aucuneinstitutionéducativepouvantutiliserlesjeuneschômeursn'existedefaçon officielle. Si lesystème d'enseignement classique, qui privilégie l'enseignement général persiste, le pays n'aura d'autres possibilités que de faire appel aux étrangers pour développer son agriculture. Le système scolaire en place donne des diplômes qui ne permettent pas à leurs titulaires de s'intégrer harmonieusement dans les circuits de production. Il ne permet pas aux Centrafricains qui en sortent de créer des biens et services pour l'autoconsommation ou la vente. D'où les difficultés que connaissent les déscolarisés puisqu'ils n'ont pas de métier. Il ressort de cette partie que la responsabilité du système scolaire de type classique dans le processus de sous-développement du S.I. en Centrafrique ne se limite plus seulement aux seuls problèmes d'accumulation mais se traduit par le désenchantement des jeunes. En effet, à cause du système actuel, la meilleure part du tissu humain national, sur le plan quantitatif reste sous-employée ou mal utilisée, alors que les zones rurales se dévitalisent sur ces deux plans. En réalité, il n'y a pas, pour le moment, d'alternative à l'enseignementgénéral dans le1er cycle, et il n'y a pas de structure d'accueil pour les jeunes qui terminent ou pas l'école primaire. C'est là la faiblesse la plus flagrante du système éducatif centrafricain et l'un des points à partir duquel s'exerce une demande inflationniste sur le secondaire général. Que faire des exclus du système d'enseignement centrafricain et des diplômés de l'enseignement supérieur ? L'Européen qui débarque dans une ville africaine est frappé par la capacité d'initiative et d'ingéniosité d'une jeunesse qui n'attend pas la résolution de ses difficultés par un pouvoir centralisé. Elle vole de ses propres ailes avec débrouillardise pour pouvoir vivre. Il n'est pas raredevoirdesphotographesambulants,desréparateurs demontres,debicyclettes,delampes. Laformationsefaitsurletas.L'apprentiacquiertlemétierenregardantl'artisantravailler.Bon ou mauvais, les jeunes apprentis ne tardent pas à s'établir à leur compte en diminuant ainsi le chômage. Il n'est pas rare de voir dans les quartiers de Bangui, pour attirer la clientèle, des affiches souvent hyperbolique : "docteur en bois , chez monsieur... travail soigné et rapide ; chez maître... diplômé en menuiserie,..." Cependant le petit commerce retient surtout les jeunes. Il faut voir ces derniers dans les lieux populaires, devant les bâtiments publics, les banques, les supermarchés proposer leurs produits aux passants. Un autre métier qui prend place dans le S.I. à Bangui est celui du pousse-pousse, très rémunérateur parce qu'il concurrencie sérieusement les taxis et les bus publics. En effet le pousse-pousse atteint aisément les cœurs des quartiers dont la pénétration est difficile à cause du relief très accidenté. Il semble que les "Ngodobe", jeunes qui travaillent
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    avec le pousse-pousse,n'ont rien à envier au fonctionnaire puisque leurs recettes journalières sont en moyenne de 10 à 15 000 FCFA. Tout ceci pour dire que dans les coulisses il existe quand même des motivations au niveau des jeunes qui prennent conscience qu'ils peuvent gagner leur vie sans passer par la fonction publique. Alors que le chômage accable les jeunes centrafricains, monter une unité économique (atelier de couture, etc.) permet de s'intégrer à la vie économique. Ce qui évite le chômage, la délinquance et l'exode. Cependant le souhait des artisans n'est pas seulement de s'installer à leur compte, il est aussi d'agrandir leur affaire. C'est donc à ce niveau que les pouvoirs publics devraient prendre conscience des problèmes cruciaux qui empêchent les petits métiers d'éclore. Ce sont les artisans qui sont à labased'une véritable économieautocentrée etnon les industries importées. De même ce sont eux qui peuvent constituer un marché pour l'agriculture. De cette manière, il se crée une dynamique interne favorable au développement national, rural notamment. Comment l'État peut-il aider les jeunes ? D'abord au niveau de la formation ; les jeunes n'ont généralement pas l'épargne nécessaire pour payer un apprentissage. A la fin de la formation il se pose le problème du capital pour l'installation définitive. Mais là encore les jeunes se confrontent au problème de l'argent dont leurs parents sont généralement incapables de disposer à cause de leurs charges familiales. L'installation se fait généralement dans les quartiers populaires à cause de l'existenced'unedemandepotentielle.Ilssontobligésdelouer,quiunstudio,quiunemaisonen guise d'atelier. L'acquisition des instruments de travail n'est pas chose facile. L'État doit leur donner les moyens d'améliorer leur technique, de mieux former leur personnel et de mieux gérer leur domaine. Mais il faut parallèlement protéger le S.I. de la concurrence étrangère. En effet, comment veut-on que les menuisiers agrandissent leurs ateliers lorsque les ministères ou les écoles préfèrent les meubles importés aux meubles locaux ? Mais, à cause de toute cette série de difficultés, certains jeunes sont tentés de devenir salariés dansleS.M. Le moyende luttercontrel'exode rural et lechômagene consiste-t-il pas àdonner aux jeunes un moyen de trouver un capital de départ pour démarrer une activité artisanale ? Enfin, une autre forme d'intervention en faveur du S.I. consisterait pour l'État à aider les jeunes à vaincre leur manque d'organisation et à mieux s'intégrer de façon rationnelle dans l'économie nationale. Par exemple en se regroupant ils pourraient constituer un véritable mouvementdedéfensedeleursintérêts.Nousaborderonsceproblèmedanslechapitresuivant.
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    CONCLUSION La fonction publiquene pourra plus jouer le rôle d'absorption qui était jusque-là le sien. Elle pourra sans doute continuer à absorber certains jeunes diplômés mais cela au détriment de la main-d'œuvre non qualifiée que l'on trouve actuellement en trop grandequantité dans l'administration. En effet si l'on examine les effectifs administratifs on constateque 55% des agents de l'État sont des personnes des catégories C et D, alors que l’ontrouve que 5% des effectifs dans la catégorie "hors cadre", 9% dans la catégorie A et 31% dans la catégorie B. Faut-il redire que l'éducation et la formation ne se réduisent pas aux seules dimensions formelles, et toute réflexion sur celles-ci ne peut se permettre ni d'ignorer, ni de dévaloriser le "non-formel". D'autant plus que, paradoxalement, c'est en dehors du système formel que se gèrentdesdiversitésdesituations.Pouryremédier,ilfautsedéfairede l'illusionquelesystème formel peut et doit assurer tous les apprentissages. L'efficacité d'un système d'éducation et de formation dépend des intentions dont on l'entoure et des objectifs définis par les besoins de développement, cela sous-entend que les pouvoirs publics doivent avoir une vue claire et précise de l'objectif ciblé qu'ils veulent atteindre. La mission du système serait plus aisée si les contenus et ses méthodes étaient plus marqués par les réalités du milieu donné. Un exemple parmi tant d'autres pour illustrer la dysharmonie entre les intentions et les faits de notre système éducatif et de formation : dans l'agriculture cohabitent l'agriculture dite moderne (celles des produits d'exportation) et celle dite traditionnelle (celle qui fait vivre la population lui procurant des produits vivriers) ; c'est sur l'agriculture dite moderne que le système met l'accent. Le courant peut être renversé grâce à un rééquilibrage du processus éducatif et de formation basé sur la volonté d'une évolution dynamique endogène. Toute la question serait de savoir "quoi enseigner et comment l'enseigner". Le système éducatif centrafricain présente une incapacité notoire dans l'absorption des jeunes hors du circuit scolaire. Le nombre d'abandons de l'enseignement primaire atteint plus de 50%. L'incapacité d'absorber des jeunes par les centres de formation constitue une carence du système de formation. Celui-ci souffre d'un dysfonctionnement certes, mais on ne peut pas lui apporter un remède du jour au lendemain, du fait qu'il travaille à long terme et à un coefficient d'inertie élevé par rapport au changement rapide de l'économie. Par contre le systèmedeformationprofessionnelletravailleàcourtterme,etsesméthodesluipermettentune adaptation rapide aux situations économiques. La formation professionnelle doit s'adapter à uneréalitéquis'impose.Lapopulationcentrafricaineétantrelativementjeune,et lenombredes
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    défaillants scolaires étantenévolution, un encadrement immédiat est indispensable pour éviter des tensions sociales. Des actions doivent être menées et orientées vers la modernisation et la création des centresdeformationavecdesspécialitésquimarchentdepairavecleschangementstechniques des moyens de production. Toutefois la formation professionnelle ne pourrait pas à elle seule résoudre le problème des défaillants scolaires dans l'état actuel du système éducatif. A ce niveau, il faut remarquer que les unités du S.I. joue un rôle non négligeable dans l'absorption d'une partie non négligeable de cette main-d'œuvre défaillante du système scolaire. Les aménagements du système doivent être envisagés pour une meilleure rationalisation de la formation professionnelle. Le S.I. se présente comme une réalité socio-économique qui s'impose dans les espaces urbains d'Afrique subsaharienne. Il s'agit d'un secteur où pourrait se forger l'esprit d'initiative privée et de l'entreprise. Il ne serait pas seulement un "remède" pour un système de formation professionnelle incapable d'absorber à lui seul la totalité des rebuts du système scolaire, mais pourrait jouer un rôle de formateur. Une étude de la dynamique de la formation au sein des unités informelles pourrait nous éclaircirsurlaquestion.Pourcefairenousnousproposonsdedégagerlesélémentssignificatifs du processus d'acquisition des qualifications pratiques au sein des unités du S.I. de la ville de Bangui.
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    CHAPITRE V :LA FORMATION DANS LE S.I. INTRODUCTION L'apprentissage sur le tas constitue le mode de formation le plus répandu dans les unités du S.I.. La littérature relative à celui-ci révèle qu'une grande partie des travailleurs du S.L s'est formée dans le secteur. "Parmi la diversité des formes d'acquisition de qualification professionnelle proposée à la main-d'œuvre africaine, l'apprentissage sur le tas ou la formation donnée sur les lieux de travail est celle qui concerne le plus grand nombre de travailleurs. "236 . L'apprentissage traditionnel pratiqué dans le S.L est une éducation à laquelle est soumis le jeune (ou la main-d'œuvre non qualifiée) dans le but de rechercher des aptitudes et le goût du travail, de manière à développer toutes les compétences d'un métier artisanal. Une comparaison entrel'apprentissage traditionnel et les collègestechniques au Nigeria révèlequelesdiplômésdes collèges techniques ont suffisamment de connaissances mais ne savent rien de la commercialisation,enrevanchelesapprentisdansleS.Lontapprisàproduiremais aussiàvendre etàacheter,maislesconnaissancesthéoriquesleurfontdéfaut.Lephénomènevarieselonlespays en fonction des facteurs historiques, institutionnels, etc. ; toutefois l'apprentissage sur le tas constitue une filière intéressante de la formation dans la mesure où elle bénéficie d'une image positive au niveau de la société. L'importance croissante de l'apprentissage sur le tas dispensé dans le S.L nous amène à examiner les questions relatives à son rôle, ses modalités ; de dégager les variables déterminantes qui conditionnent l'acquisition des qualifications et la réussite des entrepreneurs. Il sera aussi question de déceler la contribution de l'éducation et de la formation officielle dans le processus d'acquisition des qualifications du S.I. Ce chapitre passe en revue les études consacrées à l'acquisition des qualifications dans le S.L ainsi que la présentation et les résultats de notre enquête. L'examen commence par l'analyse desélémentssignificatifsduprocessusdeformationàpartirdes étudesquiontdéployédes efforts pour saisir la nature du phénomène (section I), puis sera complété par la présentation et les résultats de notre enquête, afin de tirer des conclusions sur le rôle formateur du S.L (section II). 236MALDONADO (C.) et LE BOTERF : "Urbanisation, secteur informel et emploi :apprentis dans les petits métiers : le cas de l'Afrique francoplione", BIT, Genève, 1982.
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    SECTION I :L'APPRENTISSAGE SUR LE TAS DANS LE SECTEUR INFORMEL L'analyse qui va suivre s'appuiera sur les études du BIT237 et de l'OCDE238 relatives à l'acquisition des compétences dans le S.L, ainsi que la littérature existante. Si ce mode de formation peut, à priori, apparaître comme issu de modèles artisanaux, il semble toutefois que dans la plupart des cas, il relève d'un choix expérimenté par les chefs d'ateliersenmatièred'organisationdutravail.Lafragilitédumilieusocialexpliquequel'intérêt familial passe avant l'intérêt individuel. La famille africaine est entendue au sens large (père, mère, enfants, tantes, cousins...). Tous les membres actifs, y compris les enfants en âge de travailler, doivent concourir aux charges familiales compte tenu des bas niveaux de revenus. L'apprentissagesurletasconstitueuneprocéduredeformationd'autantplusadaptéepour les petites entreprises informelles, qu'elle rentre en cohérence avec certaines caractéristiques des milieux africains (relationspersonnalisées, souplesse de fonctionnement...) etqu'elle est en liaison directe avec la production. L'apprentissage exige deux conditions : avoir le temps, celui laissé aux jeunes pour leur apprentissage, et celui du formateur, ce temps est une charge que le maître doit gérer ; avoiruneorganisationdutravailautorisantauxsalariésunegammed'activitésassezlarge et des possibilités d'évolution progressive. I.1 - LA DEMANDE DAPPRENTISSAGE La demande d'apprentissage faite par les jeunes auprès des maîtres artisans nous permet de saisir la place de la formation professionnelle dans leurs objectifs et dans leurs choix de métiers. On retrouve selon les enquêtes une grande diversité de cas, les activités de production et de services reçoivent régulièrement les demandes d'apprentissage. 237 MALDONADO (C.) : "Lespetitsproducteurs urbains d'Afrique francophone", BIT, Genève, 1987. 238 STACE (B.), FLUITMAN (F.), sous la direction de SALOME (B.) : "Acquisition des compétences dans les micro-entreprises: les leçons tirées de l'Afrique de l'Ouest", OCDE, Paris, 1994.
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    Répartitionparsecteuretcatégoried'activitédesunitéséconomiquesayantdesapprentis, de celles quileur offrent une formation et de celles qui reçoivent des demandes fréquentes d'apprentissage (fréquences absolues et relatives) (tableau n°58) D'après le tableau ci-dessus près de 52 % des entreprises de production et 54 % dans les services reçoivent des demandes d'apprentissage. Quoiqu'il en soit, toutes activités confondues, la tendance est à l'accroissement de la demande de formation. Celle-ci est nettement plus faible dans les activités de commerce et de l'artisanat traditionnel. Un autre point que révèle les études sur le S.L est que les demandes d'apprentissage se dirigent vers les métiers nouveaux: métal (62%), réparation automobile (61%)... Les espoirs de revenus satisfaisants dans l'avenir est l'explication de cette situation : "Tant que l'offre court derrière la demande, cas des branches comme bois et ameublement, réparation mécanique, le processus peut être considéré comme évolutif 239'. La population des apprentis est quantitativement importante, et a tendance à s'accroître. On notera un phénomène essentiel : l'arrivée croissante d'une population de jeunes instruits, phénomène induit par les forts taux de déperditions scolaires que connaissent les pays. En effet, dans la majorité des cas, c'est la famille ou un ami de celle-ci qui demande au paient entrepreneur d'assurer la formation du "petit" et ceci, même si cette fonction n'existait 239 CHARMES (J.) : "Une revuecritique des concepts,définitionetrecherche sur le secteur informel", in Nouvelles approches du S.L, OCDE, Paris, 1990. SECTEURS ET CATÉGORIES D'ACTIVITÉ Total entre- prises Ayant des apprentis Formant leurs apprentis Recevant des demandes fréquentes Nbre Nbre % Nbre % Nbre % PRODUCTION Bois 1 528 937 1,4 85 3,7 30 7,8 Métal 472 28 9,5 78 4,8 92 1,9 Total 1999 265 3,3 063 4,0 022 1,5 SERVICES Rép.véh. 4 roues 42 50 7,6 54 5,2 59 1,9 Rép.véh. 2 roues 46 15 7,7 97 4,1 67 8,9 Autres services 54 78 7,8 25 6,0 69 6,4 Total 942 343 9,2 176 7,6 095 6,4 Total général 3 941 2 608 66,2 2 239 85,9 2 117 53,7 Source : BIT, 1987.
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    pas auparavant dansl'entreprise. Selon l'enquête BIT240, 25% des apprentis sont membres dela famille de l'artisan dans l'ensemble des villes étudiées. Ceci explique pourquoi les apprentis membresdelafamilledel'artisansontlesplusnombreuxetpourquoionentrouvedanspresque toutes les activités. Le réseau des connaissances du chef d'entreprise et les relations familiales représentent plus de la moitié des critères de recrutement. Au hasard du petit métier exercé par le parent artisan, le jeune ou la main-d'œuvre non qualifiée pourra être aussi bien apprenti photographe, qu'apprenti menuisier ou apprenti garagiste...Demêmetellefilleconfiéeàsatantepourl'aiderdansl'accomplissementdestâches ménagères pourra se retrouver un jour, couturière, brasseuse de bière ou petite productrice d'aliments après avoir appris les rudiments du métier. Le caractère spécial des rapports sociaux explique ici pourquoi la demande d'apprentissage présente une grande élasticité vis-à-vis de la formation offerte par les artisans. Maisilpeut arriverquelademandedeformation émanedes jeunes eux-mêmes. Dans cecas, la préférence sera donnée aux activités présentant une meilleure espérance de débouchés ou de revenus élevés. Voilà pourquoi le bois, l'habillement, la réparation des véhicules et le bâtiment sont les activités les plus demandées lorsque l'apprenti paye sa formation (la mécanique automobile étant de loin l'activité la plus demandée). Les parents ou les jeunes n'hésitent pas à débourser une certaine somme d'argent pour accéder à la formation désirée241. Ainsi, pour devenir menuisier, réparateur de véhicules, tailleur,etc.,lessommesàpayerpourrontallerdequelquescentainesdefrancsCFAàplusieurs milliers : 10 à 15 000 FCFA/mois dans le bois, 10 à 20 000 FCFA/mois dans la réparation de véhicules ; 4 à 8 000 FCFA/mois dans l'habillement. 1.2 - LES MODES D'ACQUISITION DE LA FORMATION DANS LE SI. L'institution de l'apprentissage sur le tas relève d'une tradition ancienne. La transmission desconnaissancess'effectued'unegénérationàl'autre enutilisant lesvoies institutionnellesqui lui sont propres. Toutefois ceci n'est vrai que pour les métiers anciens. La modernisation de l'économie, en créant des besoins nouveaux et des changements sociaux, engendre la dislocation des castes et des structures familiales. L'artisanat urbain contrairement à celui pratiqué en milieu rural, est en passe de se dégagerdeladépendancedescastes.Ildevientaccessibleàtous.L'artisanatfémininàBamako, à Lomé témoigne de cette transformation (la teinture, la fabrication de savons, la couture, la vannerie, etc.) ne sont plus des métiers réservés à des ethnies ou à quelques individus242. 240 BIT : op. cit. page 248. 241 Dans la majorité des cas la formation payante intervient surtout lorsqu'il n'y a pas de liens familiaux unissant l'apprenti et l'artisan. 242 BIT : op. cit. page 248.
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    L'apprentissage recouvre enAfrique deux situations différentes : une réalité vivante, l'apprentissageenfamilleouchezunartisandansleS.I.,etunensembledetextes législatifsqui ne s'appliquent qu'à quelques entreprises du secteur moderne. L'apprentissage est un puissant processus de socialisation et d'intégration au monde du travail et un creuset où se forge l'esprit d'entrepreneur243. A - Le recrutement des apprentis Les apprentis sont en général recrutés dans le cadre familial du maître, ou encore de ses amis ou voisins de quartier, l'origine ethnique étant souvent le critère de recrutement. Le recrutement des apprentis emprunte ses caractéristiques à la tradition ; les cérémonies d'initiation et de libération de l'apprenti témoignent du fait ; toutefois les pressions de la vie urbaine influencent aussi le recrutement. Les enfants sont confiés aux maîtres-artisans qui, de surcroît, jouent un rôle de substitut de la famille et de l'école. La fixation du coût de l'apprentissage varie d'un métier à l'autre, selon les perspectives d'avenir et la considération du métierdans la hiérarchie sociale. Le montantn'est pas uniforme, il est majoré ou diminué pour un métier en fonction des liens de parenté, l'argent compensant les liens de sang éloignés. Constatons que seulement 10% des maîtres artisans acceptent gratuitement les apprentis, alorsquedanslesannées60,ilsétaientdeuxtiers àlefaire.Tandisqueles frais d'apprentissage sont de plus en plus compensés par divers paiements en espèces et en nature (argent de poche, logement...) .Dans certains cas, seuls les apprentis membres de la famille étendue du maître-artisanbénéficientd'unevraieformation,lesautresoccupentunepositiondetravailleurs sous rémunérés. A Lomé (Togo) par exemple, les frais d'apprentissage représentent une part tellement importante du revenu des chefs d'ateliers que leur boutique ressemblent davantage à des écoles de formation professionnelle qu'à des unités de production. Le paiement de Y apprentissage est exclusivement le fait des patrons originaires du S.I. 243 CHARMES (J.) : "L'évaluation du secteur non structuré: méthodes et résultats. L'exemplede la Tunisie", AMIRA, brochure n°37, Paris, 1982.
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    Vannerie Menuiserie Bijouterie 1Apprendreàfrotterle rotinavec un couteau. (6 mois) 1 Socialisation menus travaux. (6 mois) 1 Se familiariser avec les outils. Apprendreàallumeretentretenir le feu. Comprendre la relation entre le feu, le moule et l'or ou l'argent. 2 Apprendre à préparer et à fixer les cannes qui assurent la solidité du meuble (4 mois) 3 Apprendre à donner au rotin la forme voulue, courbe pour un fauteuil. Cette mise en forme requiert par exemple l'usage délicat d'un chalumeau (5 mois) 2 Découverte des outils (6 mois) 3 Assemblage de pièces faites par le maître (6 mois) 2 Manier le marteau pour donner au métal la forme désirée (6 mois) 3 Donner au fil de métal des formes décoratives (lan) 4 Apprendre les techniques d'assemblage, le sens des dimensions (7 mois) 4 Finissage (18 mois) 4 Utilisation du chalumeau (lan) 5 Visites à l'extérieur pour faire les plafonds. Prendre des mesures. Finir les pièces Clan) 5 Toutes les étapes de la production comme assistant bijoutier (3 ans) 6 Responsabilité d'un chantier extérieur 22 mois 5 ans en moyenne 6 ans Les différentes étapes de la formation sur le tas des apprentis du SI (tableau n°59) Source : BAS (D.), 1988. B - Le déroulement de l'apprentissage La duréede la formationvarieselon les métiers, en moyenne2 anspourla fabricationde meubles en rotin, 5 ans dans la menuiserie de bois, 6 ans dans la bijouterie, etc. Les différentes étapes de la formation pour la vannerie, la menuiserie et la bijouterie peuvent se résumer dans le tableau ci-après244 . Certains auteurs pensent que la durée de l'apprentissage a tendance à être longue parce que les maîtres-artisans ne veulent pas accélérerla formation pour profiter de la main-d'œuvre, de son côté l'apprenti peut retarder la sortie de la formation par le manque de fonds pour se mettre à son propre compte. 244 BAS (D.) : "La formation dans les PVD", Problèmes économiques, n°2086, 1988.
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    C - Lecontenu de la formation La méthode de l'apprentissage intègre la formation à la production et offre des avantages certains, toutefois elle présente aussi des inconvénients. Pour certains auteurs il s'agit d'une structure assez réfractaire aux innovations et on lui reproche son caractère desapprentisaveclemarché,laclientèle,etc.Toutefoiselleprésenteaussidesdéficiences intrinsèques (seuls les amés détiennent le savoir-faite et se réservent le droit de le partager). L'insuffisancedelatechniqueprovientdelacarencedes équipements.L'organisationdela formation est unephased'initiation etnonde maîtrise complètedelatechnologie. Leniveaudes commandes joue aussi un rôle déterminant parmi les facteurs qui conditionnent l'intensité de la formation. L'apprentissage sur le tas se différencie de la formation scolaire par le fait que l'apprenti n'est pas passif. Il est obligé de montrer sa volonté d'apprendre et faire valoir progressivement ses qualités auprès du patron. Généralement il n'existe pas de définitions écrites des qualifications dans le S.I.. A partir de certaines réponses fournies par les artisans, OYENEYE245 a formulé un modèle simple dans lequel les qualifications artisanales comprennent : 1-laconnaissancedesmatériaux,desmachines,desoutilsetdesinstrumentsutilisésdans le métier, ainsi que l'aptitude à déterminer ceux qui conviennent et à savoir où se les procurer ; 2 - une certaine connaissance des métiers connexes, notamment là où il y a chevauchement ou complémentarité ; 3 - une certaine connaissance de la commercialisation et des rudiments de la comptabilité ; 4 - la compétence technique, c'est-à-dire la connaissance des techniques nécessaires à l'exécution des tâches qui font partie du métier ; 5 - l'intégrité et le sérieux, le sens pratique et la détermination, associés à la capacité de réagir intelligemment à l'évolution du métier ou du marché. L'étude de l'OCDE sur l'acquisition des connaissances dans les entreprises du S.I. en Afriquedel'Ouest246 montrequeparmiunelistedequalifications diversesdemandéesauxpetits patrons, l'aptitude à négocier avec les clients et fournisseurs est la compétence la plus appréciée dans les 9 des 12 activités recensées ; suivie respectivement de la capacité 245OLATUNJI. Y OYENEYE : "La nature etle mécanisme de la mise en valeur des ressources humaines dans le SNSau Nigeria", Revue Travail et Société, vol. n°5,1986. 246 STACE (B.), FLUITMAN (F.), sous la direction de SALOME (B.) : op. cit. page 248.
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    d'analyse des coûtsde production et de la capacité à transmettre les connaissances "Les artisans apprécient extrêmement l'aptitude à transmettre leurs compétences".247 (graphique n°5) Compétences les plus importantes selon les entrepreneurs sans instruction (réparation TV/radio) Source : OCDE, Paris, 1994. Les valeurs attachées aux compétences diffèrent selon le niveau d'instruction : les artisans instruits sont plus nombreux à apprécier l'écriture, la lecture et la formation d'autrui, plutôt que la capacité de négocier avec les clients et fournisseurs. Les moins instruits placent l'aptitudeànégocier,ladéterminationdescoûtsetl'aptitudeàlaformationd'autruiau-dessusde la lecture. L'aptitude à former les autres vient en troisième position. 247 STACE (B.), FLU1TMAN (F.), sous la direction de SALOME (B.) : op. cit. page 248.
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    (graphique n°6) Compétences lesplusimportantesselonles entrepreneurs instruits (réparation TV/radio) Source : OCDE, Paris, 1994. D - Les méthodes de l'enseignement L'acquisitiondesqualificationsestfonctiondelaméthoded'apprentissage,duvolumeet, delavariétédutravail(commandes),deladuréedeformationetdelaréceptivitédesapprentis. La méthode employée dans la transmission des qualifications entre en général dans la catégorie de "l'éducation active" où l'élève (apprenti) a un rôle à jouer et doit apporter sa contribution. L'importance relative des diverses méthodes a été mesurée par OYENEYE248, à partir d'un échantillon d'artisans, cinq méthodes d'enseignement ont été retenues : l'observation du maître,l'enseignementrégulier,l'observationdesapprentisavancés,laréponseàdesquestions, la discussion des problèmes à mesure qu'ils se posent. 248OYENEYE : op. cit. page 253.
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    L'ordredepréférence,selonletableauci-dessus,indiquedesdifférencesentrelesmétiers nouveaux et lesmétiers traditionnels. E - L'évaluation de L'apprenti L'évaluation des progrès de l'apprenti se fait sur la base de deux critères : l'acquisition explicite des compétences et techniques caractéristiques du métier ; l'adoption implicite d'un ensemble de qualité. Dans la pratique les critères d'évaluation ne sont pas uniformes, ils varient selon les métiers. Méthodes d'enseignement Mé tier de tailleur Aju stage Réparation radio Travail du cuir Sculpture de caleb asse Tis sage Observation du 0,8 1,0 0,7 1,0 1,0 1,0 maître Enseignement 1,2 4,4 0,5 1,2 1,8 1,7 régulier Observation des 1,5 1,6 1,8 1,9 2,1 1,8 apprentis avancés Réponses à des 2,0 2,0 2,2 1,3 1,2 1,1 questions Discussion des 2,9 2,2 2,3 3,3 3,5 2,5 problèmes à mesure qu'ils se posent Effectif des artisans 52 37 20 21 13 37 Notes moyennes du classement des méthodes d'enseignement par les maîtres (tableau n°60) Notes utilisées : 1 Très souvent Source : OYENEYE (Y), 1986. 2 Souvent 3 Parfois 4 A l'occasion 5 Rarement
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    Les trois quartsdes maîtres évaluent les progrès de l'apprenti d'après son aptitude à exécuter correctement les tâches qui lui sont assignées. Le second critère d'évaluation est la maîtrise des techniques de travail acquises par l'apprenti. Les chefs d'entreprises accordent une grande valeur à l'apprentissage et le considère comme la principale source d'acquisition de connaissances dans toutes les activités (à l'exception de la fabrication du savon, où l'apprentissage est moins répandu). L'apprentissage est considéré comme étant le type de formation le plus important quel que soit le niveau d'instruction. L'évaluationdelaformationparles chefs d'entreprisesjeunesetâgés :l'apprentissageest apprécié comme étant l'expérience la plus utile pour toutes les classes d'âges, toutefois les jeunes entrepreneurs l'apprécient davantage. Exemple dans le secteur de réparation des postes radio, plus de 54% des entrepreneurs de moins de 25 ans placent l'apprentissage en tête des moyens d'acquisition des connaissances (contre 33% de leurs collègues de plus de 25 ans). F - Les liaisons avec d'autres types de formation Enpartantdel'hypothèsequel’instructionetlaformationprofessionnellecontribuentàla réussitedupetitentrepreneur,VANDIJK249 avaitmisenévidencel'impactdelascolarisation et de la formation professionnelle sur la réussite des entreprises du SI. (voir tableau ci-après). 249 VAN DIJK : "Apprentissageet/ou formation" in Les petits entrepreneurs de Dakar, dans Vivre et survivre, IEDES, Paris, 1985. Critères Métier de tailleur Ajustage Réparation radio Travail du cuir Sculpture de calebasse Tissage Bonne exécution 85 84 75 63 62 70 des tâches Maîtrise évidente 10 16 15 37 38 7 des techniques Autres 5 0 10 0 0 3 Total 100 100 100 100 10 0 100 ! Effectif des artisans 52 37 20 37 21 13 Critères d'évaluation des progrès des apprentis (tableau n°61) Source : OYENEYE (Y.), 1986.
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    Ils'estrévéléquelesentrepreneursquiontreçuuneformationprofessionnelleprospèrent plus que lesautres. Les alphabétisés se défendent bien, suivis par les anciens élèves de l'enseignement général. A noter qu'il faut tenir compte du changement des résultats si l'on introduit la variable âge comme variance de contrôle considérant des anciens élèves encore jeunes. D'une manière générale ceux qui, en sus de l'apprentissage dans le S.L, ont bénéficié d'une formation réussissent le mieux. C'est également valable pour les entrepreneurs qui ont travaillé dans le secteur moderne ou qui ont appris à tenir une comptabilité. Les relations entre le niveau de revenu et l'expérience dans le secteur moderne sont cohérentes. Les relations avec le secteur moderne seraient donc bénéfiques aux petits entrepreneurs, on y apprend quelque chose et on peut agrandir ses affaires et son revenu. L'analyseduniveauderevenusdansleS.Lrévèlequelesentrepreneursquiontuncertain niveau en technologie réussissent mieux. Il semble que la complémentarité des deux systèmes donne de bons résultats. Encequiconcerneleniveaud'étude,l'apprentissageetl'âgedel'entrepreneuraumoment de s'installer à son compte : on note que l'apprentissage est plus complet si l'entrepreneur a été scolarisé. Dans la plupart des cas c'est la combinaison apprentissage/scolarisation qui permet d'accéder rapidement à l'auto-emploi. Les différentes étapes de carrière ainsi que leurs durées varient selon les activités. Les différentes phases identifiées sont les suivantes : L'impactde la scolarisationet de la formation professionnelle surla réussite despetits entrepreneurs (FCFA) (tableau n°62) Variables Emploi Capital Valeur Revenu Nombre actuel ajoutée du chef Scolarisation : Pas de scolarisation 3,7 77 600 14 600 8 600 61 Ecole coranique 4,3 152 900 14 700 8 900 208 Alphabétisés 5,2 136 900 23 500 13 900 74 Enseign. général 5,4 221 700 17 600 10 100 124 Formation professionnelle : Pas F.P. 4,5 151 100 13 500 8 300 414 F.P. 5,2 220 000 23 000 12 800 53 Source : VAN DIJK, 1980.
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    1) scolarisation etformation dans les établissements d'enseignement général, technique et professionnel ; activités d'aide familiale ; apprentissage ; 4 emploi salarié ; emploi dans le secteur agricole ; activités domestiques et emploi dans un ménage ; période préalable d'auto-emploi ; divers. Dans les activités qui requièrent peu d'instruction (préparation des viandes et des poissons) les jeunes peuvent créer leur entreprise sans avoir reçu d'instruction ou d'apprentissage. Le temps mis pour devenir travailleur indépendant varie considérablement selon le niveau d'instruction. L'analyse des résultats de l'enquête250 a permis de distinguer deux groupes d'activités : les activités les plus "attrayantes" comprennent la réparation des postes radio et télévision, la réparation des voitures, la confection, la coiffure pour femmes et la fabrication de meubles en bois. Le deuxième groupe d'activités, les moins "attrayantes", est composé d'activités de la restauration,lafabricationdechaussures,lafabricationdesavons,letissageetlapréparationde la viande et dupoisson. 74%de ceux du groupe 1ontbénéficiéd'un apprentissage, contre 55% seulement dans le groupe 2, Le parcours des entrepreneurs : les expériences successives des chefs d'entreprises déterminentleprofildecarrière.Cependant,mêmeàl'intérieurd'uneactivitédonnée,lesprofils de carrière sont variés et dépendent de facteurs interdépendants tels que le sexe, l'origine familiale et l'accès à l'éducation. Les profils de carrière diffèrent aussi selon qu'il s'agit d'activités plus ou moins "attrayantes". Par activités "attrayantes" il faut entendre une activité où l'on estime que l'instruction donne des avantages. Une activité "attrayante" est en somme une activité où l'instructionpeutêtreutile. En règlegénéraleplus la scolaritéest longue,plus lapériodepassée commeapprentiestcourte.Danslaréparationdespostesderadioetdetélévision,lefaitqueles chefs d'entreprise aient fréquenté l'école, ainsi que leur degré d'apprentissage expliquent que la scolarisationetl'apprentissageontabsorbé75%dutempsrelativementcourtqu'ilsontmispour s'installer à leur compte. 250 Enquête OCDE : op. cit. page 248.
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    En revanche, dansla préparation de la viande et du poisson, la scolarisation et l'apprentissage ne représentent que 16% de la période relativement longue qui précède l'installation à son propre compte, 34% dans la restauration. C'est le profil de carrière caractéristique des activités peu "attrayantes". La phase du travail salarié dure en moyenne deux ans dans les activités les plus modernes. L'expérience du travail salarié dans une entreprise du S.I. est un complément de l'apprentissage. Lesfemmesontenmoyennedespériodesd'apprentissageetd'emploi salariépluscourtes queleshommes etpassentplusdetempsdanslesactivités d'aidefamilialeet domestique.Elles sont désavantagées sur le plan des activités les plus "attrayantes". Seulement 25% d'entre elles ont l'expérience de l'apprentissage contre 75 % des hommes. H s'agit dans ce cas de femmes d'un niveau d'instruction relativement élevé et provenant d'un milieu urbain. Le profil de carrière qui mène aux activités les plus "attrayantes", celles à technologie avancée, comprend généralement 7 années de scolarisation, suivies d'une formation professionnelle technique (ou un passage par une école technique) et près de 4,5 années d'apprentissage.Ensuitevientunepérioded'emploisalarié,généralementmoinsde3ans, avant de se mettre à son propre compte. Les entrepreneurs du groupe 2 n'ont que 3 à 4 années de scolarisation et sont moins nombreux à avoir reçu une formation professionnelle et technique. Dans les deux groupes l'auto-emploi est la consécration d'un long parcours passant à la fois par l'instruction, la formation et l'expérience professionnelle. Toutefois dans certaines activités traditionnelles comme la préparation de la viande et du poisson, la restauration, il est possible de s'installer à son compte à un âge relativement jeune. L'éducation facilite l'accès et élargit le choix des activités : de nombreux facteurs déterminent le choix des activités de ceux qui aspirent à se mettre à leur compte : barrières culturelles,relationspersonnelles,attraitpropreàl'activité.Uneséried'obstaclesempêchentles individus dans la création de leur entreprise. Les jeunes, instruits, nés en ville, ou ne provenant pasdemilieururalontl'éventailde choixleplus large. Cequi montrequelechoix des activités et leur accès sont limités pour la majorité de la population. Pour ceux qui n'ont pas reçu d'instruction de base, les choix de carrières sont plus restreints et les perspectives de progression plus réduites que pour les instruits. Quels sont les efforts déployés par les législations et les institutions pour combiner harmonieusement la formation sur le tas et les apports théoriques du secteur moderne ? L'absence d'une formation théorique et le bas niveau d'instruction des artisans peuvent donc être considérés comme des obstacles majeurs à la formation sur le tas dans le SX.
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    Après avoir dégagéles éléments significatifs du processus de formation dans le secteur informel, nous avons tenu à approfondir certains points ; ce qui nous a conduit à faire une enquête dans le cas de la ville de Bangui. SECTION II : PRÉSENTATION DES RÉSULTATS DE NOTRE ENQUÊTE II.l - PRÉSENTATION DE L'ENQUÊTE L'ampleur de l'apprentissage dans les unités du secteur informel révèle l'atelier artisanal comme un lieu de formation à la vie active qui permet à des jeunes d'entrer en contact avec les conditions réelles du travail et de la profession. Le mérite de l'apprentissage, son orientation essentiellement pratique et son débouché sur l'auto-emploi est un fait que souligne la plupart destravauxsurleS.L.VANDIJK: "lespetitsentrepreneursontapprisleurmétierendébutant souvent comme apprentis"251 . Commentleschosessepassent-elles concrètement et quellessont les différentes étapesà franchir pour l'apprenti ? Il faut d'abord souligner que l'apprentissage plonge ses racines dans un milieu socio-économique ambiant et qu'il est bien accepté, tout le monde y trouve son compte,l'Étatquinepaierienetquipeut,parconséquent,endigueràboncomptelechômageet la délinquance, et le jeune qui peut espérer un jour remporter le même succès que son maître. Dès lors, l'apprentissage peut s'inscrire dans la problématique de la mobilisation des compétences par l'appareil productif, qui soulève les questions sur les modes d'acquisition des qualifications de la formation initiale et du savoir antérieur. Partant de là, comment enrichir la formation, notamment le système d'apprentissage sans imposer aux entrepreneurs une charge telle qu'on les découragera et que l'on étouffera une pratique qui, malgré ses lacunes, assure néanmoins l'essentiel de la transmission des connaissances et aptitudes professionnelles dans les unités du S.L Le recensement des unités économiques de Bangui a révélé l'importance duS.L ; plus de 98% des unités recensées appartiennent au S.L. Cependant, le secteur est caractérisé par une largedisparitédesescomposantes.L'analysedesrésultatsdurecensementpermetd'entrevoirla complexité.Larépartitiondel'emploidanscesecteurestassezhétérogène:certainescatégories d'activités apparaissent dominantes, l'habillement, la pêche, la menuiserie, le commerce de viande,lesbarsoccupent62,7%delamain-d'œuvreselonlesestimationsdeJ.P.LACHAUD252 . Certaines activités obéissent à un processus de développement du type évolutif, c'est le cas de certaines activités de laproduction, contrairement à la majorité des activités de commerce qui ne présentent généralement qu'un processus involutif. 251 VAN DIJK : ‘’Les petits entrepreneurs de Dakar’’, in Vivre et survivre en Afrique, I.E.D.E.S.,1982. 252CHARMES (J.) : "Une revue critique des concepts, définitions et recherches sur le SJ." in Nouvelles approches du S.I., OCDE, Paris, 1990.
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    A - Choixde l'échantillon Au regard de notre problématique, nous nous sommes attachés à choisir les activités du SI. se caractérisant par une dynamique productive visible pour mettre en évidence la formation qui existe dans ce secteur. Cette dynamique se traduit par des normes de fonctionnement internes et externes spécifiques pour chaque branche d'activité. A ce niveau notre enquête a touché quelques activités localisées du S.I.. Nous nous sommes intéressés aux activités de la menuiserie de bois et de la mécanique auto-vélomoteur, activités disposant d'un local fixe, d'un capital minimum et d'une qualification professionnelle. Dans la mesure où le rythme de création des besoins excède le développement, ces activités sont amenées à jouer un rôle majeur dans la transition économique. Notre choix se justifie à travers le caractère évolutif de celles-ci et dans la mesure où "l'offre court encore derrière la demande" 253 .Ilconvientdenoterquecertainsfacteurs ontcontribuéauchoixdecesactivités: le volume relativement important de ces activités dans la ville de Bangui ; la capacité non négligeable de ces activités à employer une main-d'œuvre d'apprentis assez importante ; une autre raison concerne les relations en amont et en aval avec d'autres secteurs d'activités. L'échantillon retenu ne prétend nullement à la représentativité de l'ensemble des unités du S.I. à Bangui ; mais plutôt à la mise en évidence d'éléments significatifs de la réalité de l'apprentissage traditionnel dans ce secteur. Sur la base du recensement des unités économiques de Bangui, qui a dénombré 162 unités de la menuiserie de bois et 67 unités des mécaniques auto-vélomoteurs ; nous avons visité 40 unités de la menuiserie de bois et 25 de la mécanique auto-vélomoteurs. Ce qui représente respectivement 25% et 37% du total des activités considérées. 253 CHARMES (J.) : ‘’Une revue critique des concepts, définitions et recherches sur le S.I.’’ in Nouvelles approches du S.I, OCDE, Paris, 1990.
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    D'autre part, nousavons veillé à la répartition géographique de notre échantillon en sillonnant les principaux quartiers de la ville (Centreville, Miskine, K.M..5254 , Petevo, Lakouanga et Combattant). Concernant le lieu d'implantation des unités, nous avons pris en compte dans ces quartiers, les marchés, les rues commerçantes et les zones d'habitation. Il faut noter que les techniques d'investigation sont essentiellement l'entretien et l'observation directe. Ces techniques devraient fournir des données sur les mécanismes d'acquisition des qualifications au sein des unités,la valeur de la formation professionnelle, les liens de parenté et leur impact sur l'apprentissage, les attentes des apprentis et leurs projets d'avenir... Il s'agit donc de mettre en relief les stratégies aussi bien des patrons que des apprentis dans le processus d'apprentissage. Deuxquestionnairesnousontpermisdemenernosinvestigations.Lepremierestadressé aux patrons, et le second aux apprentis. Nous avons veillé à ce que les questionnaires soient adaptés à nos objectifs. Les questions doivent nous permettre de vérifier la double dimension socio-économique de l'apprentissage traditionnel. B - Le contenu du questionnaire a - Le questionnaire destiné aux chefs d'entreprise (voir annexe fui du chapitre) Il nous renseigne sur la biographie du patron, l'historique de l'unité, la structure socioprofessionnelle, la dynamique de formation ainsi que sur les souhaits des chefs d'entreprise en matière de formation. La rubrique identification nous donne des informations sur l'âge, le lieu de naissance, le sexe, la nature de l'activité, le niveau d'instruction ou de formation, et le matériel et l'outillage utilisé. La rubrique historique de l'unité permet de savoir depuis quand l'intéressé exerce ce métier, comme apprenti et comme patron, comment a-t-il monté son entreprise ainsi que ses activités antérieures. La rubrique socioprofessionnelle nous renseigne sur les formes d'emploi pratiquées. La dynamique de formation nous donne les informations sur les modes de recrutement des apprentis, et la façon dont leur formation se déroule au sein de l'unité, par des conseils théoriques, par l'observation ou par des conseils pratiques. 254 KM5 est le quartier populaire de la Ville de Bangui
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    La rubrique désirde formation nous informe sur le souhait du patron en matière de formation:queltypedeformationsouhaite-t-ilrecevoir(coursd'alphabétisation,formationàla comptabilité gestion, formation technique...), comment les patrons souhaitent-ils recevoir cette formation complémentaire : par l'intermédiaire d'un centre d'État, d'un centre créé par les entrepreneurs..., est-ce que les patrons pourraient autoriser les apprentis à suivre des cours de formation quelques heures par semaine ? Le questionnaire porte également sur l'équipement en machines et l'utilisation de celles-ci par le personnel de l'entreprise et les personnes extérieures. b - Le questionnaire destiné aux apprentis (voir annexe fin du chapitre) Il a pour but de mieux cerner la fonction de l'apprentissage dans les ateliers. Les questions sont relatives à la biographie des apprentis, leur rotation dans les ateliers, leur formation, les liens de parenté avec le patron, les modes d'acquisition du savoir-faire, et leurs perspectives en terùes d'activité et leurs souhaits en matière de formation. Les premières données concernent l'âge, le niveau d'instruction de l'apprenti, le contrat d'apprentissage. Larémunérationetlesmoyensdesubsistancedel'apprenti:l'apportévidentdutravailde l'apprenti a-t-il une contrepartie monétaire ou non, est ce que 1*apprenti reçoit des rémunérations en nature ? Larelationdeparentéapprentis/patronsnous fourniradesinformationsnotammentsurla personnequiaplacélejeuneenapprentissage,surlesrelationsaînés/cadetsquipeuventexister entre l'apprenti et le patron, telle que la possibilité pour l'apprenti de réaliser des travaux de temps en temps pour son propre compte dans l'atelier, d'une part, et l'obligation de faire des travaux domestiques pour le patron, d'autre part. Les modes d'acquisition des qualifications : les questions relatives à cette rubrique permettent d'appréhender la méthode de l'apprentissage, comment se déroule effectivement les séances d'acquisition de compétences, est-ce que cette méthode est efficace ? Lesouhaitenmatièredeformationetles perspectives futuresdel'apprenti:lesquestions posées nous permettrons de savoir quelles sont les intentions de l'apprenti en terme d'activité future et également de formation complémentaire (éventuelle). C - Le déroulement de l'enquête Notreenquêteaeulieudurantles moisdemai etjuin1991 àBangui,et s'estdérouléesur rendez-vous, débutant par la présentation de l'étude, la raison de notre visite. Elle a été individuelle et s'est déroulée oralement, les entretiens ont eu lieu en Sango (langue nationale centrafricaine) ou moins souvent en Français selon le souhait des intéressés.
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    Danschaqueunitévisitéenousavonsinterrogélepatronetunapprenti.Nousavonsdonc rempli 65 questionnairespatrons et 65 questionnaires apprentis. Concernant les difficultés rencontrées:onnotequelesentretiensaveclesapprentisn'ontpaseulieu,tous,danslesunités. Quelques entretiens ont eu lieu dans l'unité, d'autres en dehors de l'unité, à l'heure du casse-croûte. IL2 - LES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE Les résultats de l'enquête concernent les caractéristiques des unités visitées, les mécanismes d'acquisition, les perspectives futures de la main-d'œuvre d'apprentis, le désir de formation des patrons et des apprentis et les facteurs favorables et contraignants de la formation. A - Présentation des unités Les unités visitées se caractérisent par leur taille réduite, dans la mesure où elles emploientmoinsde10travailleurs. Concernantlaformejuridique,onnotela prédominancedu caractère individuel et familial, au détriment de la forme de société de personnes. Rappelonsquenousavonsvisité40unitésdelamenuiseriedeboiset25delamécanique auto-vélomoteurs. L'effectif moyen dans les unités de la menuiserie est de 2 personnes, tandis quedanslamécaniqueauto-vélomoteursilestde3.Cerésultatpeuts'expliquerparlanaturedu travail et des services rendus dans les ateliers de mécanique. Le volume de la main-d'œuvre varie donc en fonction de la diversité des services rendus dans la même activité. a - Les statuts de la main-d'œuvre Comme dans la plupart des autres villes africaines les statuts de la main-d'œuvre se différencient en : - petits patrons solitaires (travailleurs indépendants ou non) ; - travailleurs salariés ou compagnons (qualifiés ou non) ; - apprentis (rémunérés ou non), on distingue trois types d'apprentis : 1/ apprentis membres de la famille y compris les personnes recommandées par les amis, 21 apprentis recevant un salaire inférieur à la normale, 3/ apprentis payant leur formation soit en travail gratuit, soit en espèces ; - dépendants familiaux (aides). D'une manière générale le travail salarié est peu développé et l'activité se caractérise par une présence relativement importante des apprentis. b - La structure de la main-d'œuvre
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    Outre les responsablesd'unité, la main-d'œuvre comprend les salariés et les non salariés (apprentis et aides familiaux). La répartition de cette main-d'œuvre montre une prépondérance des apprentis. (graphique n°7) Structure de la main-d'œuvre selon les branches d'activité Ilestànoterqueladistinctionentrelesapprentisetlesaidesfamiliauxn'estpastoutàfait évidente. Ces deux catégories se chevauchent dans la plupart des cas. Onconstatetoutefoisquelamain-d'œuvreappartientleplussouventaucerclefamilialdu responsable de l'unité. Chez les apprentis, une forte proportion est issue de la "famille" du responsable, 52,7% dans la menuiserie et 46% dans la réparation mécanique autovélomoteurs. Dans la plupart des cas le financement est fourni par la famille au sens large. Un deuxième argument renforce le caractère familial des unités ; c'est celui du contrat d'apprentissage. Les individus qui entrent en apprentissage sont présentés par un membre de la famille élargie du patron dans la plupart des cas. B - Degré d'équipement L'observation directe nous a permis de cerner la nature des équipements utilisés, certaines machines constituent la pièce maîtresse (équipement central) complétée par un petit outillage. Ainsi, pour la menuiseriede bois, certains ateliers fonctionnent avec un outillage adapté, d'autres avec quelques outils rudimentaires. Dans les ateliers mécanisés de la menuiserie de bois, la "combinée" est la seule machine centrale dont ils ont besoin. Cette machine est, en Source : enquête personnelle, 1991.
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    quelque sorte, lacombinaison de plusieurs machines : la toupie, la rabatteuse, la dégauchisseuse, la mortaiseuse, la scie circulaire... Outre cela, il convient de noter d'autres équipements tels que la scie à ruban, la meule élecuïque, etc. D'après les patrons ces machines sont disponibles sur le marché, toutefois elles sont extrêmement chères. Il est à souligner qu'en cas d'acquisition de la "combinée", les autres machines auraient été sous-utilisées. Ainsi, les opérations de coupe sont faites par location d'heure-machinechezd'autresmenuisiers.Surles40unitésnouspouvonsdistinguer10ateliers mécanisés, les autres unités fonctionnant avec un petit outillage. Il est permis, à ce niveau, de mettre l'accent sur le faible niveau de complexité qui caractérise l'unité de travail. Bien entendu, les équipements sont abordables par acquisition (mobiliserunpetitcapital)etadaptésauxcapacitésdesopérateurs.Lesmoyensderécupération des outils sont nombreux. Certains patrons contactent les forgerons pour la fabrication de certains instruments ; d'autres fabriquent eux-mêmes quelques outils de u*avail. Dans la réparation mécanique auto-vélomoteurs, il ne s'agit pas d'équipement central, l'essentiel de l'équipement est constituéde matériels de travail indispensables (clés, cric, palan, etc.). Les machines utilisées au sein des unités visitées sont faibles en quantité. En effet, les techniques en usage dans le S.I. sont "intermédiaires" car à mi-chemin entre technologie traditionnelle et moderne. Nous mettons l'accent toutefois sur les limites de notre enquête dans une meilleure compréhension du problème technologique au sein des unités visitées. C - Les patrons a - Age des patrons Les patrons ont un âge moyen compris entre 30 et 45 ans. Ils ont une conception "indépendante du travail", gèrent eux-mêmes leur affaire et parfois demandent de l'aide aux enfants insttuits, une majorité d'entre eux étant analphabètes. Les artisans agissent comme des chefs de famille, les ouvriers et les apprentis étant considérés comme leurs "enfants". La préoccupation essentielle des patrons n'est pas d'ordre technique ou d'amélioration de la production, la priorité fondamentale est de pouvoir obtenir de quoi survivre quotidiennement. Les ouvriers salariés sont parfois des artisans qui, après leur période d'apprentissage, n'ont pas les moyens de s'installer à leur compte. b - L'instruction et la formation Les réponses obtenues figurent dans les graphiques ci-après : (graphique n°8)
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    Source : enquêtepersonnelle, 1991. Ilapparaîtque30%desresponsablesdanslamenuiseriedeboiset20%danslaréparation mécanique restent sans instruction. Près de la moitié des responsables a atteint le niveau primaire (45% dans la menuiserie de bois et 48% dans la réparation mécanique). Un faible pourcentage des artisans a atteint le niveau secondaire général (15 et 20%). L'enseignement secondaire technique ne touche que 10 et 12% des artisans interrogés. Les tendances générales du niveau d'instruction observées ci-dessus sont également valableslorsqu'onconsidèrelecritèredeformationprofessionnelledontnousavonsretenutrois niveaux : -l'apprentissage sur le tas dans le SX représente 57% ; -la formation dans le secteur moderne 35% ; -et la formation dans un centre professionnel 8%. Les résultats obtenus figurent dans le graphique ci-dessous; (graphique n°9)
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    c - L'itinéraireprofessionnel des responsables Beaucoup de responsables ont fait leurs premières expériences dans l'un ou l'autre des deux secteurs. Près de 70% n'ont pas créé immédiatement leurs entreprises après leur formation, et ont eu une ou plusieurs activités professionnelles antérieures. Concernant lenombred'activités antérieures : lamajorité aexercéuneseuleactivité,soit 62%dutotaldesresponsables,22%et4%déclarentavoirexercérespectivementdeuxouplus d'activités. Quant au niveau de qualification professionnelle antérieure, les responsables ont déclaré souvent : ouvrier menuisier ou aide mécanicien. Nous pouvons donc noter que le S.I. donne la possibilité à de nombreux travailleurs de devenir patron et d'échapper ainsi à la hiérarchie à laquelle est soumise tout employé ou ouvrier. D - Les apprentis a - Age des apprentis La structure d'âge des apprentis interrogés est la suivante : b - Niveau d'instruction des apprentis (graphique n° 10) Répartition des apprentis selon leur niveau d'instruction Classes d'âge Nombre d'apprentis Pourcentage 14-18 4 6 19-23 27 42 24-28 26 41 28 et plus 7 11 Total 65 100 Structure d'âge des apprentis (tableau n°63) Source : enquête personnelle. 1991.
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    Menuiserie de boisRéparation mécanique Source : enquête personnelle, 1991. Onremarqueuneaméliorationduniveaud'instruction,63%danslamenuiseriedeboiset 55% dans la réparation mécanique ont atteint le niveau primaire. Les sans instruction représentent respectivement 16 et 17% des apprentis. 17% des apprentis dans la menuiserie de bois et 20% dans la réparation mécanique ont atteint le stade du secondaire général. L'enseignement technique ne touche que 4 et 8%. Ces résultats montrent évidemment que le marché du S.I. recrute sur le marché de la main-d'œuvre instruite ou non. L'explication la plus simple est la suivante : l'abondance de la main-d'œuvre, pas ou peu instruite, résulte du fait que les principaux acteurs (illettrés ou peu instruits) n'ont pas accès au marché moderne du travail. La présence de la main-d'œuvre instruite dans le SI. résulte de la conjoncture actuelle où lechômageaugmentesanscesse;ceuxqui,hier,dédaignaientlesactivitésinformelles,yvoient aujourd'hui un créneau à saisir. Remarques sur la lecture des mesures et le tracé: La plupart des apprentis avouent que l'apprentissagedecesmesuresestfacilepourceuxquisontallésàl'école.Ilssavent,enprincipe lire et compter, la lectureet le tracé des plans semblent bien plus difficiles àassimiler. Lorsque l'apprenti doit être initié, c'est en dernière année de formation. D'ailleurs, seulement un petit nombredemenuisiersestcapable dedessinerdesvuesenprojectionouenperspective.Ilarrive que certains menuisiers conservent les plans de leur plus belles réalisations. Cette documentation sert surtout à se faire valoir lorsqu'un client important se présente dans l'atelier. c - Le contrat d'apprentissage Des apprentis interrogés déclarent que leur famille (parents ou membres de la famille) ont versé une somme au patron pour qu'il leur apprenne le métier. Notons qu'une proportion importantedescandidatsestissuedesrelationsamicales,familialesoudevoisinage.Lecontrat d'apprentissage prend la forme d'un contrat d'alliance entre les familles d'une même ethnie ou d'un même voisinage. Danslatotalitédescas,seull'engagementverbaldesdeuxpartiesestpriseencompte.On attache plus d'importance aux relations interpersonnelles qu'aux qualités de l'individu. L'explication suivante peut éclaircir ce qui se passe. La valeur d'un acte économique se mesure au renforcement des liens qu'il entraîne au sein des groupes. Le recrutement de l'apprenti est subordonné à l'établissement d'un contrat (ensemble de droits et obligations) qui lie l'apprenti, ses parents et le patron. Les composantes de ce contrat sont les suivantes :
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    - les droitsd'apprentissage ; - la durée ; - les frais de "libération" ; - les obligations de l'apprenti et du patron. Les droits d'apprentissage varient d'une unité à l'autre, certains patrons demandent uniquement des boissons ; mais la majorité d'entre eux, en plus des boissons, demandent une somme d'argent allant de 5 000 à plus de 10 000 FCFA. Le montant des droits d'apprentissage varie également en fonction de la durée de l'apprentissage, plus la durée est longue moins les droits sont importants. La durée de l'apprentissage varie de 3 à 5 ans, et est fonction des aptitudes des apprentis. A la fin de l'apprentissage, l'apprenti doit faire des dépenses pour la cérémonie de sa "libération". Lesrapportsentrepatronsetapprentis:l'apprentidoitobéissanceàsonmaître,ildoitêtre discipliné et assidu. Les rapports entre apprentis et patrons peuvent être assimilés aux rapports "aînés et cadets". Le patron a aussi des obligations envers l'apprenti, en plus de la formation il ne doit ni le maltraiter, ni le renvoyer de l'atelier. La plupart des apprentis sont rémunérés, même si le taux de rémunération est inférieur à la productivité de ces derniers. Nous pouvons donc avancer que l'embauche des apprentis ne passe pas par les mécanismes du marché, dans la mesure où c'est la cellule familiale qui détermine l'accès à l'apprentissage. Ce qui confirme les résultats obtenus dans la plupart des études sur le S.I.. d - Mode d'acquisition des qualifications au sein des unités visitées 1 - L'importance de l'observation dans le processus de l'apprentissage Il est permis à ce niveau d'avancer que l'acquisition des qualifications au sein des unités du SI. résulte principalement de la motivation de l'apprenti. L'apprenti passif et ayant une mauvaise volonté ne pourrait pas réaliser de progrès et il "se lasse vite de gagner des sommes symboliquesetdoncdedépensersontempspournegagnerquedes coups etlesnontechniques du métier"255 Il s'agit de comprendre le mécanisme d'acquisition du savoir- faire non pas du point de vue organisationnel impliquant la division de tâches au sein de l'unité, mais plutôt du point de vue d'un vécu se caractérisant par des relations "informelles" par opposition aux circuits organisés de formation professionnelle. 255CHARMES (J.) : ''L'évaluation du secteur non structuré, méthodes et résultats, l'exemple de la Tunisie", AMIRA, brochure n°37, Paris 1982.
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    Pour ce fairenous nous sommes attachés à partir de quelques questions à dégager des résultatsdebasepournotre étudesurlephénomène del'apprentissagedans le SX. Les résultats obtenus sur le mode de qualification figurent dans les graphiques suivants. (graphique n° 11) Méthode d'acquisition des qualifications Question : Selon vous quelle est la meilleure méthode pour apprendre le métier ? Source : enquête personnelle, 1991.
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    70% des apprentisconsidèrent que la meilleure méthode pour apprendre le métier consiste dans le "vol du métier". Les patrons sont du même avis. En effet 54% de ces derniers estiment que l'observation (que suppose le vol du métier) est le stade déterminant vers une pratique effective. L'apprenti doit donc se "frotter" avec son maître pour développer son savoir-faire. Encore convient-il de signaler que certains chefs d'unité affirment qu'ils ne sont pas en mesure d'organiser des séances d'apprentissage pour les apprentis quand ils ont beaucoup de travail : "Celui qui a ses yeux sur la tête n'apprend rien" (traduction du proverbe centrafricain). "J'aipassé4anschezmonpatron,ilnem'ajamaisconsacréuneséancepourmefaireapprendre le métier, je le regardais travailler et je pratiquais avec mon frère qui travaillait comme mécanicien dans une société de transport", nous a déclaré un apprenti-mécanicien. Dans le même ordre d'idée, un patron menuisier nous a déclaré : "j'ai tout appris moi-même,parmavolontéetmonamourpourlemétier.Achaquefoisquemonmaîtrefaisaitle traçagesurlaplancheàdessin,ilmedemandaitd'allerfumerunecigarettepourquejenepuisse pas l'observer en train de faire les dessins, une fois les traçages terminés il me demandait de passer laponceusepour effacer letraçage.Je faisais tout monpossible pourne pas accomplirla tâche immédiatement, en vue de bien observer les dessins pendant son absence, et c'est de cette manière que j'ai appris à faire les dessins. J'observais et je pratiquais par la suite. Toutefois le "voldu métier" ne se fait pas du jour au lendemain, l'apprenti doit passer par plusieurs étapes pour renforcer son savoir-faire et accéder à la qualification. Concernant le déroulement de l'apprentissage ; les étapes sont similaires dans les unités, toutefois la durée de l'apprentissage dépend de l'activité. Elle varie entre 4 et 5 ans dans la (graphique n°12) Mode d'acquisition des qualifications Question : Comment se fait la formation au sein de l'unité ? Source : enquête personnelle, 1991.
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    menuiserie de bois,tandis que pour la réparation mécanique auto-vélomoteur, elle peut atteindre 6 à 7 ans. Le déroulement de l'apprentissage peut se schématiser comme suit : Socialisation de l'apprenti environ 6 mois Découverte des outils 6 mois Assemblage des pièces 18 mois Finissage puis responsabilité 18 mois Au total 4 à 5 ans Les étapes de l'apprentissage (cas de la menuiserie de bois) L'organisation de la formation : généralement l'apprenti commence sa formation comme garçon de course. Du transport de bois, du nettoyage des locaux, l'apprenti peut arriver à une étape suivante où il pourra se vanter d'avoir accès à la formation, même après une période relativementlongue.Dans lamécanique auto-vélomoteur l'apprenti commence, après l'étape de la "socialisation", par apprendre le nom des clés, à nettoyer les pièces et à veiller à ce que les véhicules ou vélomoteurs quittant le garage après réparation soient propres (pas de traces de graisse sur la tôle). Pour les patrons, après 3 ans l'apprenti apprend l'essentiel du métier mais ne le maîtrise pas, "il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre" nous déclare un mécanicien. Nous avons remarqué dans les unités visitées qu'il s'agit d'une formation globale. Quoi qu'ilensoitlesqualificationsenprésencesontdiversifiéesetreflètentunesituationplusricheet correspondant à des combinaisons multiformes de connaissances et d'expériences acquises en milieu externe scolaire et en milieu dit formel. Dans la pratique les uns s'appuient sur les autres et se renforcent. "Le métier nous déclare un menuisier c'est comme des escaliers, il faut apprendre petit à petit, on n'apprend pas seulement à faire une chaise mais aussi comment se comporter avec les clients et les fournisseurs de matières premières. " L'apprentidoitposerdesquestionspertinentespourattirerl'attentiondesonmaître."Mon patron en a marre de mes questions, j'observe et je demande par la suite des explications, à l'heure du casse-croûte je profite pour terminer une tâche inachevée par un ouvrier qualifié" déclare un apprenti mécanicien. Ainsi l'acquisition des qualifications au sein des unités est le résultat d'une volonté de progresser et d'accéder à l'expérience professionnelle conduisant ultérieurement à une amélioration du niveau de vie de ceux qui accèdent à l'apprentissage.
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    Est-ce que leniveau d'éducation ou de formation a un impact sur l'apprentissage ? nous avons recueilli deux catégories de réponses à cette question selon les responsables des unités. La première catégorie de responsables est constituée en majorité d'analphabètes, la seconde catégorie de patrons relativement instruits. Leurs réponses révèlent que la formation dans un centre professionnel est un facteur favorable pour une acquisition rapide de la qualification.Toutefois"lesjeunessortantdecescentresdoiventcompléterleurformationchez nous car ils n'ont pas les doigts habiles" nous déclarent la plupart des maîtres. Une formation globale : L'apprentissage sur le tas ne se limite pas, généralement, à l'acquisition d'une technique, elle touche également tous les domaines nécessaires à l'exercice du métier. La formation porte sur l'ensemble des processus de fabrication. Les apprentis reçoivent une formation complète qui concerne les approvisionnements et les débouchés et pas seulement les techniques du métier (apprentissage des outils, assemblage et finitions, mais également commercialisation des produits). Autant de tâches annexes qui éveillent les connaissances de l'apprenti. Il s'agit là d'un mode d'acquisition basé sur l'expérience : "La première forme de connaissance technique est fondée sur une approche empirique de la réalité".256 Concernant l'acquisition de savoir-faire on peut faire deux constatations : à première vue il n'existe pas de véritables programmes précis de formation. Pourtant la plupart des patrons ne font que reproduire ce qu'ils ont appris de leur maître d'apprentissage. touslesateliersproposentunenseignement similaire. Pour concrétiserson enseignement le maître fait souvent référence aux différentes fabrications qui jalonnent la formation. A la première année correspond tel type de réalisations, à la seconde tel autre. Les difficultés augmentant au fur et à mesurequel'apprentiprogresse,la fin dela formationintervient lorsque l'apprenti a achevé le cycle de réalisations de l'atelier. 2 - Le parcours professionnel de la main-d'œuvre des apprentis L'acquisition des qualifications au sein des unités ne constitue pas nécessairement un moyen de "promotion interne" c'est-à-dire la possibilité de passer du statut d'apprenti à celui d'un ouvrier qualifié, mais elle débouche sur une stratégie conduisant l'apprenti à se faire une idée quant à ses perspectives d'avenir. Nous présentons dans le graphique ci-après les indications sur les perspectives futures des apprentis. 256 BARTHÉLÉMY (G.) : "Artisanat et développement",GRET, Paris, 1986.
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    Une fois l'apprentissageterminé, l'apprenti aborde un long parcours dont l'issue resté incertaine.Illuifauttrouverlesmoyensd'exercersonmétier.Tous cesnouveauxmenuisiersou mécaniciens ont quelques points communs au départ : il sont, pour la plupart, originaires de familles modestes et nombreuses, ils n'ont derrière eux aucune épargne conséquente et sont en majorité célibataires. Leurs qualités finiront, au fil des années, par différencier leur parcours professionnel.Alafindel'apprentissagel'apprentis'efforceradedevenirrapidementautonome. Certains parviennent assez vite à réaliser leurs ambitions, alors que d'autres patientent parfois des années sans atteindre le but visé. En fait, à la sortie, l'apprenti peut s'orienter dans trois directions: la premièremène àl'installation immédiate(elledemeurerare), les deux autres sont les plus courantes, il aura le choix entre le chemin hasardeux des contrats occasionnels ou être salarié dans les entreprises modernes ou informelles. Lorsque l'apprenti achève sa formation, son premier souhait est de trouver un emploi fixe d'ouvrier salarié. Cette voie, à priori, est plus sécurisante que celle d'occasionnel. Il ressort qu'une proportion assez importante d'apprentis (70%) opte pour une carrière de salarié dans le secteur moderne perçue comme étant une carrière valorisée sur le marché du travail.Toutefois, ne quittons pas des yeux les vraies raisons : conscients de leurs problèmes matériels et des difficultés d'accès aux crédits, les apprentis envisagent une carrière de salarié qui pourrait être un stade transitoire pour "monter" leur propre affaire. En tout état de cause et sans exagérer l'analyse, il est permis de penser qu'au sein des unités du dit secteur émergent des entrepreneurs. Les unités du S.I. jouent bien le rôle de formateur des futurs entrepreneurs. (graphique n° 13) Perspectives d'avenir des apprentis interrogés Monter un projet du type secteur informel Carrière de salarié dans le secteur moderne Source : enquête personnelle, 1991.
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    IL3 - FORCESET FAIBLESSES DE L APPRENTIS SAGE SUR LE TAS A - Les liens de parenté et leur impact sur l'apprentissage L'échantillon fait apparaître clairement la présence des travailleurs et apprentis ayant des liens étroits de parenté (ethnique) avec les responsables d'unité. Les patrons interrogés soutiennent tous que les apprentis sont traités indifféremment concernant l'apprentissage du métier. Bien entendu ils ne révèlent pas les mécanismes informels qui font que certains apprentis sont plus favorisés que d'autres. Par contre la majorité des apprentis interrogés estime qu'il est nécessaire d'être de la famille du maître si l'on veut acquérir rapidement et d'une manière efficace le métier. La relation de parenté est importante pour expliquer le comportement des patrons. L'exemple suivant confirme cette constatation : "j'ai travaillé comme apprenti horloger pendant 4 ans. Pour plusieurs raisons j'ai décidé de quitter ce métier pour apprendre la menuiserie chez un 'parent'. Le premier jour j'ai commencé à prendre des mesures, quelques jours plus tard mon maître m'a initié à faire des dessins. J'ai appris le métier progressivement mais rapidement par rapport à d'autres apprentis. Mon patron m'a beaucoup aidé, me permettant parfois de passer la nuit à la maison pour travailler, avoir les doigts habiles" (un apprenti menuisier qu'on appelle généralement "boy-menuisier"). Outreleurimportancepourcomprendrelesmécanismesd'apprentissage,lesrelationsde parentésontunedonnéenonnégligeabledansl'analysedesmécanismesderecrutementausein des unités. La justification se trouve dans le fait que l'ensemble des maîtres recherchent certaines qualités qu'üs estiment trouver chez les apprentis avec lesquels ils ont des liens de parenté.Lesmaîtresprétendentrecruterunapprentiqu'aprèsavoireuuneidéeaussibiendesa conduite que du milieu dont il est issu. "J'engage les apprentis par l'intermédiaire des parents, d'un ami ou d'une connaissance, je n'engage pas un apprenti sans avoir une idée de son milieu, de son comportement chez lui et même avecses amis dans le quartier où ilvit" nous déclareun artisan. Nous débouchons sur l'importance accrue accordée aux relations de parenté dans la connaissance des unités du SX. Des mécanismes informels se combinent avec l'impact considérable des liens familiaux, et jouent sur la formation des apprentis. L'attitude paternaliste des patrons est ressentie comme un prolongement de la tradition. B - Les obstacles à la formation a - Les critères de compétence selon les patrons Le tableau suivant résume les qualités recherchées par les patrons. - A la question : quelle est, d'après vous, la qualité principale d'un bon apprenti ? Nous avons recueilli les réponses suivantes :
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    Une fois l'apprentissageterminé, l'apprenti aborde un long parcours dont l'issue reste incertaine.Dluifauttrouverlesmoyensd'exercersonmétier.Touscesnouveauxmenuisiersou mécaniciens ont quelques points communs au départ : il sont, pour la plupart, originaires de familles modestes et nombreuses, ils n'ont derrière eux aucune épargne conséquente et sont en majorité célibataires. Leurs qualités finiront, au fil des années, par différencier leur parcours professionnel. A la fin de l'apprentissage l'apprenti s'efforcera de devenir rapidement autonome. Certains parviennent assez vite à réaliser leurs ambitions, alors que d'autres patientent parfois des années sans atteindre le but visé. En fait, à la sortie, l'apprenti peut s'orienter dans trois directions : la première mène à l'installation immédiate (elle demeure rare), les deux autres sont les plus courantes, il aura le choix entre le chemin hasardeux des contrats occasionnels ou être salarié dans les entreprises modernes ou informelles. Lorsque l'apprenti achève sa formation, son premier souhait est de trouver un emploi fixe d'ouvrier salarié. Cette voie, à priori, est plus sécurisante que celle d'occasionnel. H ressort qu'une proportion assez importante d'apprentis (70%) opte pour une carrière desalariédanslesecteurmoderneperçuecommeétantunecarrièrevalorisée surlemarchédu travail.Toutefois, ne quittons pas des yeux les vraies raisons : conscients de leurs problèmes matériels et des difficultés d'accès aux crédits, les apprentis envisagent une carrière de salarié qui pourrait être un stade transitoire pour "monter" leur propre affaire. En tout état de cause et sans exagérer l'analyse, il est permis de penser qu'au sein des unités du dit secteur émergent des entrepreneurs. Les unités du S.I. jouent bien le rôle de formateur des futurs entrepreneurs. (graphique n° 13) Perspectives d'avenir des apprentis interrogés Monter un projet du type secteur informel Carrière de salarié dans le secteur moderne Source : enquête personnelle, 1991.
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    ÏÏ.3 - FORCESET FAIBLESSES DE L APPRENTIS SAGE SUR LE TAS A - Les liens de parenté et leur impact sur l'apprentissage L'échantillon fait apparaître clairement la présence des travailleurs et apprentis ayant des liens étroits de parenté (ethnique) avec les responsables d'unité. Les patrons interrogés soutiennent tous que les apprentis sont traités indifféremment concernant l'apprentissage du métier. Bien entendu ils ne révèlent pas les mécanismes informels qui font que certains apprentis sont plus favorisés que d'autres. Par contre la majorité des apprentis interrogés estime qu'il est nécessaire d'être de la famille du maître si l'on veut acquérir rapidement et d'une manière efficace le métier. La relation de parenté est importante pour expliquer le comportement des patrons. L'exemplesuivantconfirmecetteconstatation: "j'aitravaillécommeapprentihorlogerpendant 4 ans. Pour plusieurs raisons j'ai décidé de quitter ce métier pour apprendre la menuiserie chez un'parent'. Le premierjour j'aicommencé àprendre des mesures,quelques joursplus tard mon maître m'a initié à faire des dessins. J'ai appris le métier progressivement mais rapidement par rapport à d'autres apprentis. Mon patron m'a beaucoup aidé, me permettant parfois de passer la nuit à la maison pour travailler, avoir les doigts habiles" (un apprenti menuisier qu'on appelle généralement "boy-menuisier"). Outre leur importance pour comprendre les mécanismes d'apprentissage, les relations de parenté sont une donnée non négligeable dans l'analyse des mécanismes de recrutement au sein des unités. La justification se trouve dans le fait que l'ensemble des maîtres recherchent certaines qualités qu'ils estiment trouver chez les apprentis avec lesquels ils ont des liens de parenté. Les maîtres prétendent recruter un apprenti qu'après avoir eu une idée aussi bien de saconduitequedumilieudontilestissu."J'engagelesapprentisparl'intermédiairedesparents, d'un ami ou d'une connaissance, je n'engage pas un apprenti sans avoir une idée de son milieu, deson comportementchez lui et mêmeavecsesamisdanslequartieroù ilvit" nousdéclare un artisan. Nous débouchons sur l'importance accrue accordée aux relations de parenté dans la connaissance des unités du S.I.. Des mécanismes informels se combinent avec l'impact considérable des liens familiaux, et jouent sur la formation des apprentis. L'attitude paternaliste des patrons est ressentie comme un prolongement de la tradition.
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    B - Lesobstacles à la formation a - Les critères de compétence selon les patrons Le tableau suivant résume les qualités recherchées par les patrons. - A la question : quelle est, d'après vous, la qualité principale d'un bon apprenti ? Nous avons recueilli les réponses suivantes : Bien que l'assiduité au travail soit la plus recherchée par les patrons, nous pouvons considérer que toutes les qualités sont nécessaires et indispensables dans le processus d'apprentissage. L'absence de ces qualités est perçue comme un obstacle : "Qu'est-ce que vous pouvez attendre d'un apprenti qui vient tard le matin... je vous donne un exemple ; dans notre boulot la propreté compte beaucoup, l'apprenti qui considère le nettoyage des pinces, des outils comme unecorvéenepourraapprendrelemétier,cheznouslebonentretiendesbiensdesgenssonnela bonne réputation de l'atelier" (un mécanicien). Il s'agit des qualités dont la fréquence semble être inversement proportionnelle au niveau de la formation et peut être fonction du milieu d'origine. Ainsi le milieu d'origine pourrait tracer le profil d'un apprenti. 9 Question : Quelle est, d'après vous, la qualité d'un bon apprenti ? Nombre de réponses Pourcentage Intelligence 12 19 % Adresse 18 28 % Assiduité 23 36 % Docilité 11 17 % Total 64 100 %' Profil d'un bon apprenti (Tableau n°64) Source : enquête personnelle, 1991. Milieu d'origine Campagne Cités populaires Centre ville Total Nombre d'apprentis 31 30 4 65 Pourcentage 48% 46% 6 % 100% Milieu d'origine des apprentis (Tableau n°65) Source : enquête personnelle, 1991.
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    Question : Accordez-vousde l'importance à l'argent ou bien à la formation ? Nombre de réponses Pourcentage Argent 31 48 Formation 28 44 Sans réponses 5 8 Total . 64 100 % Motivation des apprentis (Tableaun°67) Source : enquête personnelle, 1991. Le tableau suivant nous fournit les données sur le milieu d'origine des apprentis. Les apprentis viennent essentiellement de la campagne et des quartiers populaires. Bien entendu, ce résultat se justifie dans une large mesure par le volume des petits métiers et de l'artisanat implantés essentiellement dans les quartiers populaires, plus particulièrement au KM5 (quartier populaire), et par l'importance du flux démographique de la campagne vers la ville de Bangui. b - La rotation des apprentis Elle peut apparaître comme un obstacle majeur à la bonne formation. A la question : combien d'unités avez-vous fréquenté ? Nous avons obtenu les réponses suivantes : Source : enquête personnelle, 1991. On remarque que le nombre des unités fréquentées par les apprentis décroît à partir de la deuxième unité. A partir de la 3e unité fréquentée l'apprenti finira par trouver le patron qui luiconvient (cars'ilneletrouvepas,ilauraainsiperdulapossibilitéd'apprendreunmétier,et il ne lui restera que la me). La rotation de la main-d'œuvre d'apprenti est à l'origine d'un double préjudice pour l'apprenti:d'unepartilest victimedelapertedesalairependantla"périodedestage"chezun autre patron, d'autre part il subit le préjudice de la rupture du processus d'acquisition de qualification. En effet, la rotation risque de faire de l'apprenti un "éternel apprenti". Nous avons remarqué que la rotation des apprentis est motivée par la recherche d'argent. Les réponses obtenues suite à la question (accordez-vous de l'importance à l'argent ou à la formation) figurent ci-après : Nombre d'unités fréquentées 1 unité 2 unités 3 unités 4 unités et plus Total Nombre d'apprentis 20 26 14 3 64* Pourcentage 32 41 22 5 100% Rotation des apprentis (Tableau n°66) * Nous n'avons pas considéré dans le calcul l'apprenti qui a quitté le métier d'horloger pour devenir apprenti chez un parent mécanicien.
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    Il apparaît quela majorité des apprentis affirme être motivéepar l'argent plutôt que par une formation (44%). Il importe de nuancer ce résultat dans la mesure où pratiquement l'ensemble des apprentis est d'origine pauvre et que leur revenu est souvent vital pour la famille. Nous pouvons donc retenir que les deux motivations vont de pair, mais la pression des besoins porte certains apprentis à faire passer au second rang une stratégie de formation. c - Le travail des apprentis Dans la plupart des cas, ils sont membres de la famille ou proches du patron. Ils ne reçoivent pas de salaires, mais éventuellement de l'argent de poche et de la nourriture. Leur l'apprenti revêt une importance secondaire ou dérivée car l'intérêt est centré sur la production, l'effort doit venir de l'apprenti. - Le contenu de l'apprentissage : à partir des réponses et des observations on peut retenir que les qualifications comprennent : -laconnaissancedesmatériaux,desmachines,desoutils,d'unemanièregénérale tout ce qui est utile à l'exercice du métier ; -une certaine connaissance des tâches annexes ou complémentaires au métierexercé ; -un apprentissage à l'espritd'entreprise: lesens pratique à réagir à l'évolution du métier ou du marché. - La méthode de formation : celle-ci rentre dans les méthodes "d'éducation active", où l'individu observe et prend part effectivement au travail. - L'organisation de l'apprentissage : d'une manière générale il n'y a pas d'organisation consciente du déroulement de la formation. Les ateliers étant peu mécanisés, l'organisation du travail est très réduite. Au départ l'apprenti sert de garçon de courses. Et au fur et à mesure il s'initie aux différentes tâches que le maître exécute. La connaissance et l'utilisation des techniques s'assimilent progressivement au cour de la formation. Notons par ailleurs que la bonneconduiteestaussiessentielleàl'apprenti,toutcommel'efficacitéetlesuccèsauprèsdela clientèle sont les priorités déterminantes. - L'évaluation de l'apprentissage : celle-ci se fait d'une manière régulière par le maître-artisan, bien qu'elle reflète le plus souvent un caractère inorganisé. On retiendra toutefois deux critères essentiels ; l'acquisition explicite des compétences techniques du métier (bonneexécutiondetâches)d'unepart,et l'adoptionimplicited'un ensembledequalités d'autre part.
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    Les unités visitéesse révèlent comme un lieu de formation. La méthode d'acquisition du savoir-faire offre des avantages certains, mais dans bien des cas elle demeure sommaire, comptetenudelasous-capitalisationdesunités.Laqualificationacquisedépenddelanaturede l'activité et du niveau technologique. En dépit de ses limites, il faut reconnaître à l'apprentissage exercé dans les unités informelles une pédagogie implicite possédant son efficacité lorsqu'elle est accomplie dans de bonnes conditions. L'omniprésence de l'apprentissage résulte des multiples rapports culturels duréseaufamilial,voireethnique,oùl'autoritédesanciens(doncdel'expérience)etlerôledela famille sont déterminants. On peut en effet noter que l'apprentissage sur le tas dans ces unités tire sa logique de la conciliation des valeurs traditionnelles et modernes. Laméthoded'acquisitiondusavoir-fairedanslesunitésinformellesvisitéesreposesurla faculté d'observation, d'imitation, complétée par l'adresse et l'application individuelle à reproduire les instructions progressives du maître. La répétition des gestes et les tours de main exécutés selon l'aptitude individuelle assure l'acquisition de la technique. Dans le cas de la ville de Bangui le système d'apprentissage donne lieu à un investissementencapitalhumain.Uneévaluationdusystèmed'apprentissageinformelprésente des avantages et inconvénients que l'on peut énumérer : -Avantages : -l'apprentissage est d'une utilité socio-économique ; -l'apprentissage emploie des exclus du secteur moderne ; -l'apprentissage est efficace puisque 90% des apprentis sont formés ; -globalement la formation est adaptée, pragmatique ; -l'apprentissage ne coupe pas l'individu de son milieu ; -l'apprentissage permet la transmission des connaissances techniques, du savoir-faire mais aussi des connaissances commerciales attachées à l'exercice du métier. Inconvénients : -l'apprentissage en famille présente la volonté de rester en caste ; -la relative exploitation de l'apprenti ; -l'insuffisance technique intrinsèque constitue un des obstacles majeurs à cette formation.
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    CONCLUSION Face à lacrise que traverse la formation de la main-d'œuvre en Centrafrique, l'apprentissage dans les unités informelles constitue pour certaines catégories sociales la seule possibilité d'acquisition d'une qualification professionnelle. Nous pouvons affirmer sur la base de ce que nous venons de voir, que le processus d'apprentissage revêt un caractère essentiel pour la Centrafrique. D'abord, il constitue pour les jeunes centrafricains la seule alternative valable au chômage. En effet, pouvoir apprendre un métier signifie pour eux, une préparation professionnelle plus efficace et ultérieurement, l'assuranced'uneinsertionàunniveauproductif;cecid'autantplusquelesecteurmodernen'est pas à même de satisfaire leurs aspirations. Ensuite, son rôle est double, d'une part il permet de perpétuer l'activité grâce à l'acquisition des techniques et des pratiques indispensables, et d'autre part, du fait de la quasi-gratuité de la main-d'œuvre procurée au petit entrepreneur, il permet le dégagement d'un surplus net257 . L'avantage de ce mode de formation est la qualité d'assimilation de son contenu, car l'acquisition de connaissances et de qualifications se fait au rythme personnel. Toutefois les principaux obstacles sont la difficulté de l'évaluation de la formation, la détermination de son niveau professionnel. L'autonomie de la formation constitue une autre composante spécifique du Si. Le phénomèned'apprentissage est assez rare dans les activités commerciales. Par contre, dans les activités de production la présence des apprentis est beaucoup plus importante (par exemple34%danslamenuiseriedeboiset40%danslamécaniqueauto).Pourquelaformation dispensée soit plus efficace, il est indispensable que le formateur soit lui-même doté d'un niveau d'instruction et/ou de connaissances suffisant. 257MIRAS (Cl. De) : "De l'accumulationducapitaldans le secteurinformel",Cahiers des Sciences Humaines, vol.23. n°l, ORSTOM, Paris, 1987.
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    QUESTIONNAIRE AUX PATRONS I- IDENTIFICATION Age: Sexe : Lieu de naissance : Nature de l'activité : Entreprise individuelle Entreprise familiale Société de personnes Niveau d'instruction Analphabète Primaire Secondaire Secondaire technique Supérieur Formation du patron Apprentissage sur le tas dans le secteur informel Formation dans le secteur moderne Formation dans un centre professionnel Description du heu de travail □ Atelier en plein-air Atelier en semi-dur Atelier en planche Atelier en dur Désignation du matériel et outillage Outillage et matériel Avez-vous des machines ? □ oui □ non Si oui, les utilisez-vous régulièrement ?
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    H - HISTORIQUEDU FONCTIONNEMENT DE L'UNITÉ Profil professionnel Depuis quand exercez-vous ce métier ? comme apprenti comme patron Quelle est votre occupation antérieure ? Comment avez-vous monté ce projet ? par apport personnel par apport familial par recours à un organisme de crédit Fonctionnement de l'unité Combien d'heures par semaine fonctionne votre unité ? Mode de gestion-comptable : Pour suivre vos affaires, avez-vous : une comptabilité simplifiée ? un cahier de dépenses-recettes ? m - STRUCTURE SOCIOPROFESSIONNELLE DE L'UNITÉ Quelles sont les formes d'emplois pratiqués ? salarié apprenti occasionnel aide-familiale Salaires et rémunérations Quel est le montant des rémunérations par semaine ? des salariés des apprentis Les salaires sont-ils fixes ou variables ? Les apprentis perçoivent-ils des rémunérations en nature ? oui □non
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    - DYNAMIQUE DEFORMATION Par quel moyen engagez-vous les apprentis ? Exigez-vous un niveau de formation antérieure ? Comment se déroule la formation au sein de l'unité ? Par observation Par des conseils théoriques Par des conseils pratiques Quel est selon vous la principale qualité d'un bon apprenti ? assiduité adresse initiative soumission Pour un apprenti (bon), combien de temps lui faut-il pour apprendre le métier ? Le niveau d'instruction est-il nécessaire pour apprendre le métier ? Avez-vous dans l'unité des jeunes sortant des centres de formation professionnelle oui □non Si oui, que pensez-vous de leur formation ? Y a-t-il des obstacles quant à la formation des apprentis ? DÉSIR DE FORMATION Souhaiteriez-vous recevoir une formation du type : cours d'alphabétisation formation à la comptabilité-gestion formation à la technique formation pour mieux comprendre les règlements administratifs Autoriseriez-vous les apprentis à suivre des cours de formation quelques heures par semaine ? □oui □non Si non, pourquoi ? ■
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    QUESTIONNAIRE AUX APPRENTIS I- IDENTIFICATION Age : Sexe : Lieu de naissance : Niveau d'instruction Analphabète Primaire Secondaire Secondaire technique Supérieur II - CONTRAT D'APPRENTISSAGE Pourquoi êtes-vous devenu apprenti ?.. Votre contrat d'apprentissage a-t-il été déjà signé ou conclu ? Quel est le montant des dépenses nécessaires à la conclusion de votre contrat ? La durée de l'apprentissage a-t-elle été fixée ? □oui □non Si oui, à combien d'années ? Payez-vous le patron pour votre formation ? Quelle est votre position hiérarchique parmi les apprentis ? □senior □cadet □autres IH - RÉMUNÉRATION DES APPRENTIS Le patron vous donne-t-il de l'argent de poche ? □oui □non Si oui, combien par semaine ? Quis'occupedevous,pour vos dépenses courantes (nourriture,etc.)? Accordez-vous de l'importance à l'argent ou à la formation ?
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    IV - ROTATIONDES APPRENTIS Depuis quand exercez-vous dans l'unité ? Avez-vous reçu une formation antérieure dans le même métier ? Combien d'unité avez-vous fréquenté ? V - LIENS DE PARENTÉ-FORMATION Avez-vousdesliensdeparentéaveclepatron? □oui□nonYa-t-ilun rapport entre les liens de parenté et la rapidité de formation ? oui □non Si oui, qu'est-ce qui vous fait penser cela ? VI - MODE D'ACQUISITION DES QUALIFICATIONS Selonvous,quelleestlameilleureméthodepourapprendrelemétier? Séance d'apprentissage Tâtonnement (apprentissage sur le tas) Observation Jugez-vous cette méthode suffisante pour l'acquisition du métier ? oui □non Pourquoi ? Les qualifications acquises au sein de l'unité vous permettront-elles d'exercer ce métier ailleurs ? - DÉSIR DE FORMATION ET PERSPECTIVES D'AVENIR Souhaiteriez-vous recevoir une formation du type : - cours d'alphabétisation - formation technique - formation pour mieux connaître les règlements administratifs - formation à la gestion-comptabilité Laquelle des deux carrières suivantes envisageriez-vous ? Salarié dans le secteur moderne Monter un projet du type informel
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    CHAPITRE VI :LA FORMATION POUR LE S.I. INTRODUCTION La formation acquise dans le S.I. semble avoir permis et accompagné sa croissance jusqu'au niveau actuel et débouche sur des résultats socio-économiques satisfaisants à court tenue. Toutefois dans l'hypothèse d'une transition économique, le cadre de vie de l'individu s'élargitjusqu'àlacommunauténationaleetinternationale.Dèslorsunminimumd'éducationet d'instruction devient un impératif, or quelle que soit la valeur de la tradition orale, l'écrit reste un outil irremplaçable de la communication. Sans doute certains entrepreneurs analphabètes ont existé jusque-là, mais l'instruction devrait leur permettre d'aller plus loin, de mesurer les surfaces, de calculer, l'instruction est indispensable et peut favoriser leur progrès. Pour des raisons variées tout porterait à croire que l'appui en éducation et formation est un volet clé des politiques d'aide aux activités informelles : "Les politiques de l'offre (crédit, amélioration des produits et de marché) tout comme celle de la demande (ouverture de nouveaux marchés) ne peuvent réussir que si elles sont liées à des programmes déformation conçus comme un suivi permanent, étroit et compréhensif des bénéficiaires" 258 Nous avons vu dans le chapitre II qu'un tiers des responsables du S.I. à Bangui demeure sans instruction, d'autre part qu'adviendra-t-il aux 50% des jeunes qui n'ont jamais fréquenté l'école ? Quels sont les changements à apporter au système d'instruction et de formation pour permettre de faire face aux problèmes d'emploi dans le S.I. ? Il n'est guère possible de développer, au-delà du niveau élémentaire l'éducation professionnelle des personnes qui ne savent ni lire ni écrire. Mais, même une fois acquises ces connaissancesessentielles,laformationprofessionnellenepeutsedéroulerà unrythmenormal et atteindre le niveau requis qu'à condition de se fonder sur un certain nombre d'autres notions et connaissances de base qui doivent s'acquérir en principe dans le cadre de l'enseignement primaire. Malheureusement l'instruction primaire n'est encore donnée, en ASS, qu'à une partie restreinte de la population. Dans certains pays, un enseignement pré-professionnel, donné à la fin de l'instruction primaire,sertdetransitionentrecetteinstructionetl'enseignementprofessionnel.Dans d'autres pays, un enseignement pré-professionnel est donné aux élèves dans des sections annexes aux écoles primaires ou encore dans le cadre même de l'enseignement primaire. Les élèves se dirigent vers les professions techniques, soit en suivant après les études primaires, les cours 258 CHARMES (J.) : "Quelle politique faceau secteur informel",OROSTOM, Paris, 1989.
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    d'une école professionnelle,soit en achevant d'abord leurs études secondaires et en entrant ensuite dans un collège technique. S'ilestadmisquelesprogrammesdeformationtechniqueetcomptablepeuventfavoriser les entreprises les plus dynamiques, la question reste ouverte pour les unités les plus défavorisées ? Deux volets seront retenus dans ce chapitre : dans une première section nous allons essayer d'apporter des élémentsderéponses àlaquestion dela formationgénéralepourle S.L., ensuite la section II sera consacré à la formation professionnelle pour le S.I. La réflexion qui soutiendracetteanalyseestquelaformationprofessionnelles'avérerad'autantplusefficaceque les personnes auront une éducation initiale la plus solide possible. SECTION I : LA FORMATION GÉNÉRALE POUR LE SX Les besoins et les exigences de la formation évoluent particulièrement vite dans les pays quisontencoursd'industrialisation.Hestcertainqu'àl'heureactuelle,lesmoyensdeformation professionnelle sont encore nettement insuffisants par rapport aux impératifs de développementsdeséconomiesafricaines.Cependantcettesituationnepeutêtreamélioréeque progressivement. La formation professionnelle organisée dans les écoles ou dans les centres exige des investissements coûteux en personnel, équipements et locaux, alors que d'autres besoins urgents se manifestent dans l'ordre économique. De plus, l'équipement technique nécessaire ne peut pas toujours être obtenu avec toute la rapidité désirée et la formation du personnel enseignant demande du temps. Notreobjectifest d'attirerl'attentionsurlanécessitédeprévoirlacréationdes moyensde formation pour le S.I.. Il ressort de beaucoup d'études concernant les pays d'Afrique, qu'une réorientation substantielle des priorités nationales en matière d'éducation et de formation s'impose depuis longtemps et que cette réorientation pourra aller relativement droit au but pourvu que les changements proposés soient bien planifiés et exécutés. Les moyens par lesquels l'éducation pour le S.I. peuvent être introduits dans les stratégies nationales en la matière doivent tenir compte des contraintes avec lesquels les responsables politiques doivent invariablement opérer. Les programmes extra-scolaires peuvent constituer un substitut viable de l'enseignement scolaire dans certains domaines particuliers tels que l'alphabétisation, notamment quand les ressources à affecter à l'expansion de l'enseignement scolaire sont limitées. Ces programmes constitueront principalement un élément d'appui s'ajoutant aux moyens existants d'éducation scolaire qui, dans de nombreux cas, ne continueront pas à se développer. "La redécouverte du S.I. et de la formation extra-scolaire dans les pays d'Afrique de l'ouest semblerait devoir permettre une réévaluation sinon une remise en question radicale de la vision dualiste du
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    fonctionnement des sociétésqui attribuent au secteur moderne de l'économie et au secteurscolairedel'éducationdesrôlesmoteursdansleprocessusdechangementsocial" 259 . Dans cette situation, des ressources supplémentaires d'un montant approprié ne seront probablement affectées à l'enseignement extra-scolaire que si une mutation significative est opérée dans les priorités, de telle sorte que lem importance apparaisse clairement. Peut-être l'incitation la plus forte viendrait-elle d'une nette prise de conscience du fait qu'il existe, entre la demande de moyens d'enseignements supplémentaires et l'offre de ressources, un déséquilibre si grand que la mise au point d'une stratégie d'éducation représente la seule solution possible. E VOLET ALPHABÉTISATION L'ASS se caractérise par un taux élevé d'analphabètes, probablement le plus élevé du monde. Près de 50% de sa population ne sait ni lire, ni écrire. Le droit à l'éducation est inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'homme, qui reconnaît que l'ignorance est un obstacle à l'épanouissement de l'individu. "Ainsi comme l'alphabétisation crée les conditionsd'uneprisedeconsciencecritiquedescontradictions delasociétédanslaquelle vit l'homme, elle permet aussi de stimuler l'initiative et sa participation à la conception des projets susceptibles d'agir sur le monde, de le transformer et de définir les fins d'un authentique développement humain. Elle doit donner l'accès à la maîtrise des techniques et des rapports humains. L'alphabétisation n'est pas une fin en soi, elle est un droit fondamental de tout être humain" 260. Considéré sous cet angle l'analphabétisme des acteurs du S.I. est un obstacle majeur à la dynamisation du S.I. L'alphabétisation conçue comme instrument de développement s'appuie sur le rapport entre le degré d'alphabétisation et la croissance économique. Il semble que l'alphabétisation accroisse la capacité des'informer et,partant, l'aptitude à filtrer et à évaluer les renseignements surl'amélioration delaproduction. Le rapport entre la capacitédes'informer etl'accroissement de la production dans le S.I. a été établi de façon irréfutable. L'instruction favorise l'adoption des techniques modernes, et il semble que l'élargissement des connaissances permette aux individus de mieux assimiler et évaluer les technologies nouvelles. On est tenté de constater que la corrélation alphabétisation et développement économiqueesttrèsaisée.Seuleuneactionsoutenuevisantlatransmissionetledéveloppement du savoir adapté aux réalités locales, nous permettra de mobiliser les analphabètes du S.I, et pourra développer leur aptitude à affronter l'avenir. Il en résulte tous naturellement l'intérêt et l'adéquation du système éducatif pour réduire les multiples disparités. "Une des difficultés à 259 CARTON (M.) : "La formation dans le S.L", WEP.2.33/DOC.18, BIT, Genève, sept. 1980. 260 Séminaire de l'Institut international de planification de l'éducation sur la "Planification et gestion des programmes nationaux d'alphabétisation", Tanzanie, novembre-décembre 1980.
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    résoudre est quel'analphabétisme est en passe de devenir un problème insoluble en Afrique et peu de pays disposent de mécanismes appropriés pour s'y attaquer efficacement.1261 , C'est pourquoi l'apport bénéfique de l'alphabétisation à certains acteurs du S.I. doit être unmoyendeles munird'uncodedebonneconduite et deles tournervers un avenirqueseulun apprentissage innovateur peut aider à maîtriser. Cet apprentissage peut être impulsé par une alphabétisation tendant à l'accumulation d'un savoir qui sert, à son tour, à une accumulation de capital au profit de la société. La conception de l'alphabétisation Les campagnes d'alphabétisation pour le S.I. peuvent revêtir des formes variées et présentées des différences notables dans leur portée, leur contenu. Certaines peuvent être organisées de manière sélective, d'autres sont conçues pour aboutir à l'élimination générale de l'alphabétisation. L'alphabétisation des acteurs du S.I. doit être sélective. Les programmes sélectifs peuvent être conçus pour les acteurs du S.I. qui ont besoin d'êtrealphabétiséspouratteindrelesobjectifsqu'ilssesontfixés,etpeuventêtrelancés avecou sans l'aval des pouvoirs politiques. Dans le choix des groupes prioritaires, le groupe le plus motivé par l'alphabétisation, celui des femmes par exemple, a été fréquemment oublié. L'insuffisance du travail préparatoire - mise en place de services de soutien et d'un cadre adéquat pour l'apprentissage - a souvent provoqué des retours à l'analphabétisme. Dansdenombreuxpays,lesONG,lesinstitutionsreligieuses,lessecteursprivéoupublic peuvent constituer le fer de lance des campagnes. Ces programmes peuvent être en fonction d'une clientèle particulière - femmes, jeunes, artisans, etc. - à laquelle on peut proposer de fournir à la fois des stimulants et des services. Exemple ; en Ethiopie, l'église orthodoxe a mis sur pied environ 15 000 classes d'alphabétisation pour permettre aux enfants âgés de 5 à 7 ans de lire les textes religieux. L'alphabétisation fonctionnelle, si elle est menée, peut non seulement combler ce fossé mais surtout servir d'instrument efficace de développement. L'analphabétisme nous conduit 261BABACAR THIAW : "Ajustement structurel et alphabétisation au Sénégal", UNESCO, Dakar, 1993.
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    insidieusementdansl'ignoranceetletâtonnement.Ilestindubitablequel'analphabétisme est à l'origined'un formidable gaspillage du potentiel humain. L'instruction dépasse la simple capacité de lire et écrire, elle stimule la conscience des peuples et les aide à participer à la vie socio-économique.L'alphabétisationestaudéveloppementéconomiquecequelascienceestau progrès technique. L'apprentissage d'un savoir-faire orienté vers les secteurs clés de la vie économique, tendant à dynamiser la production nationale, est le seul moyen d'insertion des populations traditionnelles dans un monde moderne de plus en plus complexe. Les campagnes d'alphabétisation sélective sont généralement couronnées de succès mais leur prix de revient est trop élevé pour permettre une extension à grande échelle. L'échec de l'alphabétisation générale : il a fallu se rendre à l'évidence que de nombreux alphabétisés reconnus l'avaient été superficiellement, et à bref délai, même les alphabétisés réels devenaient "désalphabétisés" par manque d'opportunité d'user de la formation reçue. Le principe est donc quel'acquisition delalecture,del'écritureet du calcul élémentairedoitdésormais constituerun facteursanslequelnepeutêtredonnéeuneréponsecorrecteàdesbesoinstechniquesetsociaux, bien définis dans le cadre des objectifs immédiats du développement et insérés dans la quotidiennetédelavieproductive.Celasignifieque toute alphabétisationdoit avoirun contenu technique et formel. 1.2 - L'ÉDUCATION DE BASE L'alphabétisation est étroitement liée à l'éducation de base. Faute d'indicateurs sûrs, on a leplussouventrecoursauxtauxd'alphabétisation,etàeuxseuls,pourrendrecomptedetousles aspects de l'éducation de base. Même si l'alphabétisation et l'éducation de base ne sont pas interchangeables, nombreux sontlesgouvernements quiont fait commesi elles l'étaient. Ils ont lié le besoin d'alphabétiser à l'objectif qui consiste à répandre les connaissances nécessaires au développement Le concept de l'éducation de base peut être défini de la façon suivante : l'éducation de base est celle qui fait acquérir à l'individu, dans un contexte historique, sociale et linguistique déterminé, un minimum de connaissances, d'aptitudes et d'attitudes lui permettant de comprendre son environnement, d'interagir avec lui, de poursuivre son éducation et sa formation au sein de la société et de participer plus efficacement au développement économique social et culturel decelle-ci.262 Cettedéfinition aétéadoptéelors de la conférence mondiale sur l'éducation pour tous.263 A - Les objectifs de l'éducation de base Dispenser une éducation de base pour le S.I, c'est tenter malgré de graves contraintes qu'impose la faiblesse des ressources, de répondre aux besoins d'importants groupes de la 262 CAMARA (B.) : "Planifier pour l'éducation de base", UNESCO, 1992. 263 BANQUE MONDIALE : "Conférence mondiale sur l'éducation pour tous", Thaïlande, 1990.
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    populationquin'ontpasaccèsàlamoindrepossibilitéd'instruction.Ils'agitdecompléteretnon de remplacer lesystème d'enseignement scolaire, et de fournir à ceux que cet enseignement n'a pasencoretouchéouqu'ilalaissédecôté,uneinstructionfonctionnelle,soupleetpeucoûteuse. L'éducation de base diffère de l'instruction primaire sur trois points. Selon la Banque Mondiale l'éducation de base vise trois objectifs fondamentaux : Les objectifs et le contenu de l'éducation de base se définissent d'un point de vue fonctionnel, comme les "besoins d'instruction minimum264" de groupes déterminés. Les "populations cibles" concernées par l'éducation de base ne sont pas nécessairement lesenfants d'âgescolaire.Ce sontdes groupes d'âges variés (enfants, jeunes gens, adultes) etde caractéristiques socio-économiques différentes (groupes ruraux ou urbains, femmes, participants à des programmes de développement particulier). Les "systèmes administratifs" qui permettent de dispenser l'éducation de base revêtiront diverses formes dans divers pays (écoles primaires restructurées, programmes non scolaires ou combinaisons variées de deux de ces deux formules), selon les besoins des personnes auxquelles ils s'adressent et les contraintes qui leur sont imposées par leurs ressources disponibles. L'éducation de base est donc une notion relative. Sa nature, son niveau et ses modalités varient en fonction du groupe considéré (enfant scolarisé ou non, jeunes gens ou adultes) et de ses besoins particuliers. De la même façon l'éducation de base offre une grande variété d'activités éducatives organisées à divers niveaux, dans un cadre institutionnalisé ou non. Au cours de son existence, l'individu assimile divers apports de cette éducation qui peuvent concourir à son bien-être matériel ou à l'accroissement de sa capacité productive, ou encore lui permettre de gagner sa vie en exerçant un métier indépendant. La formation de base comprend des programmes d'instruction élémentaire classique, pratique ou professionnelle, dans le cadre desquels sont abordées des questions touchant l'hygiène, la santé, le contrôle de qualité et l'amélioration de la productivité, l'aptitude à s'organiser et à planifier est développée. Ces programmes tiennent compte des techniques de la communication, de l'interaction socialeetdutravaildegroupe,etmettentl'accentsurle développementdelacapacitéàrésoudre les problèmes, de la pensée créatrice et de l'aptitude à poursuivre une formation complémentaire. 264 L'UNICEF définit les besoins d'instruction minimum comme le seuil d'instruction à partir duquel un individu est capable de participer aux activités économiques, sociales et politiques. Ces besoins d'instruction essentiels comprennent l'alphabétisation et le calcul fonctionnel, les connaissances et qualifications nécessaires pour exercer une activité productive, le planning familial, l'hygiène, etc.
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    B - Lescaractéristiques Les principaux programmes d'éducation de base sont les suivants 265: Les écoles primaires ne sont considérées que comme l'une des composantes du système d'éducation, destinées à toucher les enfants et les jeunes gens dans le premier stade de leur éducation. D'autres programmes parallèles qui s'adressent aux jeunes gens âgés de 15 à 20 ans, peuvent jouerunrôled'importanceégaleencequiconcerneleniveaud'instruction(exemplede l'Ethiopie où les prêtres des villages sont actuellement formés pour enseigner). L'âge d'entrée et la durée des études doivent être révisés tant pour le degré primaire que pour la scolarisation parallèle. Des programmes nouveaux et diversifiés doivent être conçus de façon à tenir compte du fait que ces niveaux d'instructions sont déjà "terminaux" pour la grande majorité des jeunes scolarisés. Des modifications sont parallèlement introduites dans la formation des maîtres ainsi que l'adaptation du contenu des études. Il existe des cas où les moyens de masse, la radio notamment, sont utilisés efficacement, etc. Les caractéristiques des bons programmes de formation de base sont les suivantes : le matériel et le contexte de la formation doivent revêtir un intérêt immédiat pour le travailleur adulte, afin de l'engager à suivre le programme et de maintenir sa motivation ; les connaissances nouvellement acquises doivent être immédiatement appliquées sur le lieu de travail, afin de favoriser l'apprentissage, la mémorisation et le transfert des connaissances ; lesprogrammesdeformationdebasesontplusefficaceslorsqu'ilssontprévuscommedes étapes du déroulement de la carrière et qu'ils font partie des programmes de formation ; les programmes efficaces de formation de basetendent à inciter les étudiants à suivre des programmes d'études traditionnels en institution et à participer à des programmes de formation complémentaire ; 265 BANQUE MONDIALE : "Education sector",Washington, 1982.
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    les programmes efficacesde formation de base parviennent à développer une attitude positive face au travail, ainsi que l'aptitude à continuer d'apprendre, tout en mettant l'accent sur la formation spécialisée directement en rapport avec le travail des participants. D'une façon générale les programmes de formation devraient tenir compte de la longue expérience professionnelle des travailleurs âgés ainsi que de leurs connaissances pratiques. Nous pouvons retenir de ces recommandations trois caractéristiques indispensables : en premier lieu, l'éducation de base devra assurer un niveau minimal d'éducation à une masse d'individus c'est-à-dire qu'elle va toucher tous les enfants d'âge scolaire et, en outre, atteindre les jeunes et adultes qui n'ont pas bénéficié d'enseignement adéquat dans le passé ; en second lieu, elle doit être organisée de manière à répondre aux besoins minimums essentiels des groupes cibles du S.I. qu'on veut atteindre. Ces besoins seront définis non pas dans la perspective d'une poursuite des études à l'intérieur du système, mais en fonction des connaissances,descompétencesetdesattitudesquisontnécessairesàuneparticipationefficace des déshérités à la vie économique ; en troisième Heu, elle doit offrir un éventail de possibilités garantissant à tous les éléments du S.I. et de la population l'accès à l'éducation. La tâche essentielle est de fournir des possibilités appropriées d'éducation extra-scolaire à tous ceux du secteur informel que l'enseignement de type classique ne peut atteindre où à qui il ne peut pas convenir. De 1960 à 1980, l'Afrique a fait un effort gigantesque en matière de scolarisation. Malheureusement depuis quelques années cette progression si rapide s'est trouvée freinée par les énormes difficultés économiques et financières. Dans ce continent un grand pas reste à franchir pour parvenir à la scolarisation totale dans le primaire. Or les budgets sont déjà surchargés. Comment sortir de l'impasse financière ? A première vue, sur le plan budgétaire, il n'y a pas de solutions sans adopter une ou plusieurs des mesures suivantes : renoncer à augmenter les taux de scolarisation, augmenter la part des crédits de l'État consacrés à l'éducation, réduire fortement les coûts unitaires par élève, faire payer les familles. Renoncer à l'accroissement du taux de scolarisation dans le primaire serait dramatique pour l'Afrique au Sud du Sahara, sur le plan culturel, comme sur celui du développement économique. Dans l'état actuel des budgets des Etats, il serait difficile d'augmenter la part des dépenses publiques consacrées à l'éducation. Il ne reste donc possibles que les solutions suivantes : pour la construction des écoles, on peut lancer des constructions en grande série avec des matériaux locaux et des structures simples comme l'a fait par exemple le Sénégal de 1985 à 1987, le coût unitaire initial par élève a été réduit de 300 à 155 $ ;
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    - un recoursàl'enseignement privépourrait soulagerles finances publiques, maisonpeut craindre que celan'accroisse l'inégalité des chances entre les enfants des familles pauvres et les autres. Si toutes les mesures ne suffisent pas à atteindre la scolarisation complète au niveau primaire, peut-être faudrait-il recourir à l'éducation de base. L'éducation de base est un système éducatif à coûts réduits, qui permet de démocratiser l'éducation.Elleapourbutd'apporteràchacundesnotions minimumd'écriture,decalculetdes connaissances pratiques facilitant la vie en famille au village et dans les quartiers. Elle serait miseenplacepourlesenfantsdanstouslesendroitsoùiln'yapas actuellementd'enseignement primaireetoùlebudgetnepermetpasd'encréeràbrefdélai.Ledispositifdiminuebeaucouples charges financières de l'État, car la durée de la scolarité est réduite à trois ans." Les systèmes d'éducation et formation devront être créés pour permettre aux individus qui n'ont pas été touchés par la croissance du secteur moderne de participer au processus de développement comme travailleurs productifs, étant capables de jouer efficacement leur rôle comme citoyens, membres de leur famille, chefs et membres de groupes, etc., et de maintes autres façons. Cela signifie en dernière analyse que tous les secteurs de la population doivent recevoir une éducation et une formation d'une sorte ou d'une autre dans la mesure où le marché de développement l'exige"266 . L'éducation de base peut être interprétée de diverses façons qui, entre elles, ont des points communs. La première phase d'enseignement du premier degré est essentielle.Paréducationdupremierdegréonentendàlafoisl'enseignementprimaireàl'école, spécialement la partie élémentaire du cycle primaire quand il est long, et l'action de récupération par l'éducation extra-scolaire menée auprès des jeunes qui n'ont pas accompli la scolarité nécessaire. L'idée est de satisfaire les besoins minimaux essentiels en matière d'acquisition des connaissances pour que l'individu puisse jouer un rôle dans la société. "L'originalité de la politique d'éducation des pays d'Asie réside sans nul doute dans l'accent particulièrement marqué sur l'éducation de base. Les "petites mains" Asiatiques ont en effet le plus souvent 10 années d'études..., la quantité d'éducation de base des enfants scolarisés a été supérieure en Asie orientale à celle des économies de niveaux comparables"267 La stratégie de l'éducation de base varie selon les besoins et les ressources du pays. Pour un pays comme la Centrafrique, l'éducation de base pour tous suppose qu'on établisse un système complémentaire, et non rival de l'enseignement scolaire, qui soit destiné à dispenser 266 BANQUE MONDIALE : op. cit. page 220. 267GARIN (M.) : "Dynamique d'emploi et formation dans le cercle "vertueux" des croissances Asiatiques",IREPD, Université PJMendès France, Séminaire d'Université d'Eté du groupe du GDR "Emploi-Formation-Developpement", CERDI, 1994. Asiatiques",
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    une éducation fonctionnelle,souple et économique à ceux que le système scolaire ne peut encore atteindre ou qu'il a déjà laissé pour compte. Les moyens employés doivent être souples pour s'adapter aux besoins des groupes cibles et doivent être peu coûteux afin d'économiser les ressources. Il ressort de cet examen que les programmes extra-scolaires bien choisis seront capables de constituer un élément d'appui au S.I. De toute évidence il s'agira de redistribuer les ressources au profit des individus, enfants et adultes quiont étéprivésd'instruction.On neparviendra àgénéraliserl'éducationdebasequ'en offrant des possibilités d'éducation différentes, principalement extra-scolaires, à ceux qui ne peuvent accéder aux écoles primaires ordinaires. En conséquence, même si l'éducation de base est généralisée de cette manière, il est probable qu'on aura un double système d'éducation. Les enfants qui auront eu accès aux écoles primaires ordinaires pourront ensuite entrer dans des établissements post-primaires, tandis que ceux qui auront reçu une éducation extra-scolaire ne lepourrontprobablementpas.Cesderniersaurontpeut-êtrebénéficiéd'uneéducationbeaucoup mieux adaptée aux besoins du développement, mais la possibilité de parfaire leur instruction leur aura été refusée parce qu'ils n'auront pas pu être admis dans les écoles de leur région. Ce problème revient à choisir entre développer le type d'enseignement primaire existant, ce qui serait probablement la mesure la plus populaire à cause du manque d'information sur l'étendue des déperditions d'effectifs et des redoublements, ou bien faire face à la réalité sur le plan éducatif et social, ce qui reviendrait à combiner le maximum d'éducation de base avec le développement maximum des possibilités que révèlent le SX. On peut toutefois se demander si une stratégie qui offre différents types d'éducation à différents groupes d'individus peut réussir à concilier les deux aspects concurrents de l'objectif quiconsisteàdonnerunminimumd'éducationdebaseàtousenveillantsimultanémentàceque la possibilité d'aborder des niveaux supérieurs reste aussi ouverte à tous.' Deux réactions sont possibles devant ce dilemme : l'une est de l'ignorer délibérément en considérant que la seule solution est un système éducatif classique ; l'autre solution consiste à créer des structures éducatives qui cherchent à maintenir ouverteslesportesdonnantaccèsàl'éducation,mêmepourceuxquireçoiventuneéducationde base en dehors du système scolaire.Celasupposela mise en place des mécanismes de sélection qui n'empêchent pas ces sujets d'accéder à des niveaux supérieurs du système scolaire. Cela suppose en outre la création de "passerelles" pour faciliter le mouvement des individus entre types et niveaux éducatifs. En plus de la compréhension et de l'interaction avec son environnement, l'éducation de base offre à l'individu la possibilité de poursuivre son éducation et sa formation au sein de la société. Le problème de la cohérence et de l'articulation des programmes d'enseignement, est posé aux pédagogues, aux administrateurs. Si l'éducation de
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    basechangedecontenu,ilfautsedemandercommentserontarticuléslesordresd'enseignement successifs ? 13 -RÉNOVATION DU PRIMAIRE Certaines critiques imputent le chômage des jeunes au système scolaire, à cause soit des espoirs qu'il engendre, soit de son impuissance à faciliter l'acquisition des qualifications utiles, en raison de son contenu. A éveiller défausses espérances chez trop d'adolescents, on finit par voirlechômagesévirparmilesanciens élèves dusecondaireetlesdiplômésdesuniversitésou, cette situation accentue l'exode rural, à trouver même dans les villes des jeunes sans travail à la sortie de l'école primaire". On s'est également efforcé de modifier qualitativement la composition du flux des élèves arrivés à la fin de leurs études en introduisant un élément de formation professionnelle dans l'ensemble du système scolaire. -Exemple, La Tunisie confrontée aux problèmes des déperditions scolaires et d'insuffisancedespréparationsdesjeunesàl’entrerdanslavieactive,aopté,danssonIVeplan, pour l'amélioration des rendements internes du système éducatif. Dans ce but, elle a adopté l'éducation de base268 . L'expérience des 7e et 8e années de scolarité de base vise essentiellement à redéfinir les finalités et les tâches de l'école primaire. A court terme, cette école devrait trouver les moyens de réduire sensiblement les déperditionsscolaires,notammentauniveaudela6èmeaiméeprimaire.Amoyenterme,l'école primaire devrait certes continuer à préparer les jeunes à l'enseignement secondaire, mais elle devrait en même temps les préparer à entter soit dans les structures organisées de la formation pré-professionnelle ou professionnelle, soit directement dans la vie active pour une formation sur le tas et éventuellement un emploi, au cas où ils ne pourraient accéder au secondaire. Concrètement,l'expériencedes7eet8eannéesproposel'institution,àlafindelascolarité primaire, réduite jusqu'ici à 6 niveaux d'enseignement, d'un nouveau cycle de formation comportant pour le moment deux nouvelles années d'étude et d'apprentissage : une 7e année de scolarité de base (classe d'enseignement général et de formation pratique) accueille les élèves de la 6e année de primaire n'ayant pu accéder au secondaire, les préparedenouveauauconcoursd'entréeen1èreannéedel'enseignementsecondaire,toutenles sensibilisant au monde du travail grâce à des séances d'initiation aux travaux manuels effectuées dans des conditions de travail réel ; une8eannéedescolaritédebase(classede formation pratique)accueilleles élèvesde7e année n'ayant pu accéder au secondaire et les prépare à l'insertion soit dans l'apprentissage conduisant au métier, soit dans la vie économique de leur localité ou région. 268 MAHFOUDH (C.) : "Le travail manuel à l'école primaire, l'expérience tunisienne", Perspectives, vol.ll, 1981.
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    Si l'on tientcompte de l'expérience d'initiation des élèves des 5e et 6e années primaires aux travaux manuels (ou expérience ITM) déjà en cours depuis 1970, on peut dire que la formation pratique, ou entraînement à la vie commence à l'école primaire tunisienne à partir de la 5e amiée et se poursuit pour les élèves qui ne peuvent accéder au secondaire pendant trois années consécutives (6e, 7e et 8e années). L'expérience des 7e et 8e années vise ainsi à transformer l'école primaire en une école debase qui oriente mais n'éliminepas et, de plus, met en pratique le concept de formation de base qui sous-entend l'équilibre et l'harmonie entre formation théorique et formation pratique. Le modèle ne s'exprime pas sous forme de programmes standardisés et linéaires, mais de projets, produits de l'initiative des enseignants et résultats d'une concertation avec le milieu ou d'une étude des besoins de développement de la localité ou de la région. Ces projets comptent toujours, et dès le départ, sur leur propre production, et créent, chemin faisant, de nouvelles ressources financières qui leur permettent de se maintenir, de s'amplifieretamènentàparticiperaudéveloppementdel'écoleouaulancementd'autres projets dansd'autresécoles. Ils'agitenfaitdevéritables projetsde"développementintégré"quioffrent à l'élève un terrain propice de formation globale, à la fois pratique, scientifique, technique et économiqueetsociale.Grâceautravailproductifdesesélèvesl'écoles'autofinance,seprenden chargeprogressivementetsedéveloppeenélargissantsonchampd'interventionetsesmodesde formation. Le modèle ITM productif ouvert au développement intégré au processus d'éducation, peut-il, doit-il être généralisé d'emblée ou copié et reproduit tel quel ? Nous ne le pensons pas, comme dansl'expériencedes7e et 8eannées, ildoit fairepartied'unestratégie qui tient compte des mentalités et qui vise à les transformer par l'action. Il doit être un appel au dialogue entre l'école et son environnement. - Le Kenya269 est l'un des pays d'Afrique qui a la plus longue expérience du fonctionnement des écoles secondaires techniques, instituées dès le début des années 60. Les écoles offraient trois années d'études : un enseignement général pendant les deux premières amiées et la formation artisanale pendant la troisième année. Les autorités kenyanes ont développé notamment l'enseignement du travail du bois et des métaux, introduit des cours d'agriculture, et révisé l'enseignement des sciences, de la géographie et autres matières. La formationprofessionnelleàl'écoles'estrévéléeextrêmementcoûteuseets'estheurtéeàunautre gros obstacle : le manque d'enseignants bien formés. Cela devrait servir d'avertissement, le chômage des jeunes ne peut pas être vaincu par la seule modification du contenu de l'enseignement, ce qui ne veut pas dire que ce contenu n'importe pas. Des lacunes dans ce domaine et la structure de l'enseignement et de la formation 269Bix : "Emploijevenus et égalité", Genève, 1972.
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    risquent d'accroître lagravité du problème. L'introduction du travail manuel dans les programmes scolaires apparaît comme un moyen d'accroître l'efficacité de l'enseignement. Le travailproductifdoitêtreconsidérédans laplupartdespaysd'AfriqueauSudduSaharacomme unenotionfondamentalequidéterminelecontenudesmatièresetlesrelationsqu'ellesontentre elles. Onluiaccordesouventuneimportancesecondaireparrapportauxmatièresvéritablement scolaires, autrement dit celles dont l'apprentissage est sanctionné par un examen. L'activité de production, en particulier le travail manuel, continue d'apparaître comme un moyen mineur par rapport à l'activité intellectuelle. Les établissements dans lesquels l'accent est mis sur la production sont considérés comme des institutions de second ordre qu'il faut éviter de fréquenter dans la mesure du possible. Nous sommes persuadés qu'il est temps de prendre conscience du principe consistant à associer enseignement et production afin de dépasser les frontières artificielles du monde de l'enseignement et d'établir de nouveaux rapports entre apprentissage et travail, entre travail manuel et travail intellectuel. Comprendre ces enjeux peut entraîner un rapprochement entre apprentissage et activité productive. Lanécessitéd'associeréducationetproductions'imposedèslors qu'ilexistedanslesfaits une séparation entre l'un ou l'autre domaine. Dans la société traditionnelle africaine une telle séparationn'existepas.L'apprentissagesefaisaitdans lecadredelacommunauté,aurythmede la vie sociale et des travaux quotidiens. La distinction entre éducation et production découle de la disparition des modes traditionnels de production. Le phénomène persiste du fait de l'inadaptation du système éducatif qui impose une relation abstraite (sans rapport avec les réalités locales), dont le corollaire est l'enseignement tout aussi abstrait dispensé dans les écoles. Rappelons qu'en Europe la distinction opérée dés l'origine entre éducation et production coïncide avec la destruction des formes traditionnelles de production et de vie communautaire au cours de la période d'"accumulation primitive" du capital. L'absence d'éducation n'est devenue un problème qu'au moment de la révolution industrielle. Cette distinction s'était manifestée au niveau social dans les attitudes adoptées vis-à-vis du travail, de la distribution de revenus et des investissements. En Afrique au Sud du Sahara, l'attitude de l'État vis-à-vis des nouvelles options n'est pas la même. La décolonisation des cerveaux et l'instauration d'un nouveau type d'éducation non elitistefontpartieintégrantedelaluttedelibérationmenéedanslespaystelsquelaTanzanie,le Zimbabwe:latransformationdusystèmeéducatifestinscritedanslesorientationsdespouvoirs publics, des organisations de masse, et il arrive que des innovations naissent des systèmes éducatifs eux-mêmes. Le programme de "l'éducation pour l'autosuffisance" de la Tanzanie, la croisade nationale d'alphabétisation en sont l'illustration. Cependant, le fait qu'il existe une volontépolitiquede changerlesystèmeéducatifn'impliquepas quelesproblèmes élémentaires soient réglés.
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    Face à cettealternative, la seule issue acceptable est de refuser le dilemme et de trouver un moyen d'allier la sensibilisation de la population et la formation d'un grand nombre d'experts.Pendant la période de transition, les différents modes d'enseignement doivent être considérés comme les composantes d'une stratégie globale et intégrée del'éducation au service du développement socio-économique. Il importe de considérer que tous les types d'enseignement scolaire et extra-scolaire sont étroitement liés et concourent à la réalisation des mêmes objectifs socio-économiques, à savoir permettre aux individus de maîtriser sur le plan de la gestion et sur le plan technique, etc. 14 - L'EXPÉRIENCE INDIENNE DE L'APPRENTISSAGE RÉMUNÉRÉ Le plan Ghandi s'écartait radicalement du système éducatif anglais existant, et était centrésurl'artisanatetorientéverslesbesoins sociaux.L'objectifnationald'unevievillageoise paisible a fait place à celui d'une nation industrialisée sur le modèle occidental, ainsi le plan d'éducation de base envisagé par Ghandi ne pouvait guère correspondre à cet idéal. L'expérience de MADHYA PRADESH270. est mie innovation dans le cadre ghandien. Elle est fondée sur l'artisanat et permet aux déshérités d'apprendre, tout en gagnant leur vie. Il convient de souligner que la majorité des indiens sont trop pauvres pour apprécier l'éducation pourelle-même.Parconséquentcetteinnovationcorrespondàlafoisaubesoinfondamentalde gagner sa vie et au besoin de l'éducation. L'expérience a eu l'approbation de toutes les couches de la société indienne. Cette expérience tire sa valeur du fait qu'elle a été préparée et appliquée en fonction des besoins réels. La décision d'entreprendre un programme d'apprentissage rémunéré a été prise par une administration éclairée, qui a tenu compte des handicaps dont le plan ghandien a souffert. En premier lieu il fallait surmonter les problèmes suivants : le manque de fonds pour financer un programme de professionnalisation de l'enseignement en particulier pour l'achat de matériel et le paiement de subsides aux élèves en échange de leur travail ; le manque de débouchés pour la vente de produits finis ; - l'effectifinsuffisantdepersonnelimaginatif.L'administrationachoisipourl'expérience deux types de centres : 270 R. P. SINGH "Une expérience indienne d'apprentissage rémunéré", Perspectives, vol.XII, n°4,1982.
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    les établissements deformation pédagogique pour l'éducation de base, conçus selon les idées de Ghandi (trainiiig-cum-production) ; lescentresdeformationdeproductiondanslesécolesprimairesetsecondairesexistantes. Une deuxième décision avait trait au choix des produits fabriqués. Les biens qui seraient produits dans ces centres ne seraient pas capables de concurrencer les produits fabriqués à la machine, il fallait choisir uniquement des produits qui puissent d'une part être fabriqués par les enfants après une formation minimale et d'autre part, trouver un marché. Le ministère avait choisi dans un premier temps les bâtons de craies, les nattes, ainsi que les chaises et les tables. Le choix de ces produits présentait les avantages suivants : - le ministère n'a pas à chercher un marché puisqu'il est à la fois client et fournisseur ; - l'État a un nombre insuffisant d'instituteurs qui peuvent en même temps surveiller la production et former les élèves ; - les objets en bois sont plus faciles à manier que les autres et leur entretien est peu coûteux ; - les enfants peuvent facilement apprendre à fabriquer les battons de craie et les tapis ; - comme il n'y a pas d'heure fixe pour le travail, les enfants peuvent le faire au moment qui leur convient (pendant qu'ils ne sont pas retenus par les occupations familiales) ; - la production de biens implique un stimulant monétaire, mais celui-ci est lié à l'instruction. A - L'évolution du projet Danslapremièrephaseduprogramme,613tapiset215boitesdecraiesontétéfabriqués. Le ministère achetait les produits qui présentaient une qualité similaire à celle du marché. Dansladeuxièmephase:leprojets'estdéveloppéetlenombredecentresestpasséà101. Lesinstituteursontreçuuneformationencoursd'emploipourrépondreauxbesoinsdesélèves. 54 écoles de filles ont eu pour mission de fabriquer des bâtons de craies et la fabrication des tapis a été réservée aux garçons. Au cours de la troisième phase : la préparation de la cire à cacheter a été ajoutée au programme. Au cours de la quatrième phase, afin de généraliser l'enseignement élémentaire, une formule d'éducation non formelle a été incorporée au plan ; 19 centres ont été ouverts spécialement pour les enfants les plus pauvres.
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    Pour la cinquièmephase, on prévoit d'introduire la menuiserie ou la fabrication de meubles dans les régions où il y a du bois. Étant donnés la demande et le fait que MADHYA PRADESH possède la forêt, l'addition de la menuiserie au projet est raisonnable. B - L'originalité du projet L'objectif du projet était le suivant : les enfants du groupe d'âge 9 à 14 ans devaient être atteints par le programme. Ceux qui ou bien ne sont jamais allés à l'école, ou bien ont abandonné au bout de quelque temps. Les coursde5 années étaient condensés sur2années. Il fallaitfournir un enseignement à des heures qui conviennent à la fois aux enfants ayant abandonné l'école et ceux qui n'y étaient jamais allés. L'enseignement vise à inciter les enfants à rejoindre le système normal, quand ils le désirent, ils peuvent entrer dans des classes postscolaires ordinaires. Cet enseignement est en quelque sorte une passerelle permettant à ceux qui ont abandonné l'école et aux autres de rejoindre la filière principale du système scolaire. Plusieurs caractéristiques originales du système d'éducation non formelle du MADHYA PRADESH sont à remarquer : - les cours de 5 ans sont condensés sur 2 ans ; - les classes ont lieu au moment et dans l'endroit choisis par les élèves ; - on utilise les écoles, les personnels et matériels existants ; - l'instituteur est entièrement libre de varier son rythme d'enseignement en fonction des besoins des élèves ; - le système ne comprend pas de classes, les élèves sont classés individuellement ; - le système non formel coûte moins de la moitié du système officiel (102 roupies contre 41 roupies pour le système non formel). Les résultats sont encourageants, 51 000 élèves n'auraient pas atteint le système formel sansuntelprogramme.Ondoutaitdelaqualitéet de lavaleurmarchandedes produits,les faits ontdémenticescepticisme.Leministèreestmaintenantcapabledepercevoirunrevenude15% sur le capital avancé et vend en outre ces produits à des prix compétitifs. Il couvre sans aucune difficulté ses propres besoins. Les élèves ont commencé à fréquenter l'école parce que pour la première fois, ils pouvaient sans travailler au-dehors, compléter les maigres revenus de leur famille. Leur motivation est telle que l'école doit rester ouverte de 8 heures à 22 heures. Les instituteurs sont aussi heureux parce qu'ils perçoivent un supplément de traitement.
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    Les facteurs desuccès sont les suivants : - la démarche provient des élèves et de leurs parents puisque le programme ne leur a pas été imposé ; - le programme est financièrement autonome ; - les enseignants comme les enseignés ont acquis du prestige dans la société ; - la discipline est librement acceptée. Autres raisons du succès déjà mentionné en haut, c'est que le projet est fondé sur une étude des besoins : le ministère a fait preuve d'imagination et a modifié sa réglementation pour tenir compte des conditions nouvelles. Le ministère a préparé quelques autres projets sur les besoins de la population, par exemple : deux plans d'alphabétisation des femmes "Panghat" et "Mahabharti" ont été lancés. L'idéefondamentaleestd'adapterlesprogrammesscolairesàl'emploidutempsetauxgoûtsdes femmes. Le plan d'introduction de l'enseignement technique dans le système éducatif se poursuit actuellement. Une articulation très étudiée entre les systèmes d'éducation scolaire et non scolaire peut mener à une répartitionplus efficace du fardeau del'instruction. Une fois fixés lesprogrammes d'éducationdebase,seprésentepourdenombreuxpayslatâchecritiquequiconsisteàélaborer la formation professionnelle quidoit faire suite à cette éducation. Cette formation peut être très diverse - en cours d'emploi - brefs stages dans des centres de formation professionnelle, etc. Elle peut commencer aussitôt après l'éducation de base ou dans les années qui suivent. L'éducation de base peut se révéler beaucoup plus rentable que la copie d'un enseignement scolaire ou d'établissements de formation du premier ou second cycle. Nous proposons de donner plus d'importance à l'éducation de base, en vue d'élargir le champd'action et d'enprolonger ladurée, mais à conditionqu'ellesedistingue radicalementde l'enseignement classique, tant dans ses perspectives que dans son contenu. En concevant les programmes, les travaux pratiques du cycle de base en tenant compte de la situation actuelle dans le S.I., la productivité s'en trouverait augmentée, les revenus réels progresseraient non seulement pour le S.I., mais pour l'ensemble de l'économie.
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    SECTION II :LA FORMATION PROFESSIONNELLE POUR LE Si Nous partirons de l'hypothèse que la formation est un instrument pouvant servir d'appui ou de catalyseur parmi d'autres actions pour dynamiser le secteur informel. Elle est un volet important de l'aide au Si.. Elle passe par une organisation des métiers et un regroupement des artisans. La formation au sens large s'applique à tout transfert de connaissances, de qualifications ou d'attitudes, prévu pour préparer les gens à l'exercice d'activités productives ou pour changer leurcomportementautravail.Ellepeutconcernerceuxquil'abordentpourlapremièrefois,tout comme ceuxquitravaillentdéjàdansledomaine.La formation peut englober les qualifications techniques ainsi que les compétences en gestion, etc. C'est une sphère d'intervention possible dans le secteur informel. Il ne faut pas oublier, comme nous l'avons vu, que certaines possibilitésdeformationexistentdéjàdanslesecteur"Ilfauttoutd'abordremarquerqu'ilexiste une formation professionnelle dans une partie de l'informel, par l'intermédiaire de l'apprentissage" 271 . L'hétérogénéité des entreprises, la différenciation existante à l'intérieur même des unités (entreartisansetdifférentescatégoriesdemain-d'œuvre)sonteneffetdesélémentsàprendreen compte, préalablement à la détermination de toute stratégie d'intervention dans le SX, en matière de formation. La formation destinée aux unités informelles doit être située par rapport aux variables tantendogènesqu'exogènesausecteur.Leschoixpeuventconcernerlesentreprisesdelafrange supérieure ou celles de la frange inférieure ; selon les cas l'intervention peut se situer sur la capacité de gestion financière et comptable de l'entreprise, de maîtrise technique, etc. Vu les différentes situations nous pouvons avancer comme hypothèse que les actions de formation en faveur du S.I. doivent prendre en compte les intérêts des parties en présence. Il s'agira donc d'une participation négociée avec les différents acteurs. Les relations entre le système de formation scolaire et la formation extra-scolaire doivent être prises en compte. En définitive, il s'agit d'une approche globale de la part des instances de prise de décision. L'articulation des priorités socio-économiques du S.I. avec les autres priorités nationales s'avèreunenécessitéfondamentale."Lescaractéristiquespropresauxrelationsentrecesacteurs devraient tenir compte des interventions en formation, des modes d'organisation et de gestion des programmes déformation, selon les objectifs assignés à une promotion du secteur non structuré dans son ensemble ou de certaines de ses composantes 271 PENOUEL (M.) : "Enseignement technique et capital humain", CED, Université de Bordeaux 1,1988.
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    seulement. " 272 .En outre, la formation ne crée pas d'emplois, donc il faudra qu'elle soit accompagnée des interventions visant à l'accès aux crédits, à la technologie, aux marchés, etc. Ill - LA DEMANDE DE FORMATION DES ACTEURS DU SX La demande de formation : dans toutes les activités les chefs d'entreprises souhaitent recevoir une formation. La majorité d'entre eux souhaite davantage de formation à l'exception de ceux de la préparation de la viande et du poisson (à peine plus de 20% la souhaitent). 82% dans la réparation de postes de radio et de télévision, et 67% dans la réparation de voitures souhaitent une formation supplémentaire. En règle générale les artisans veulent que la formationportesurlesaspectstechniquesetdegestion.Lesjeuneschefsd'entreprisessontplus nombreux à souhaiter une formation (70% contre 60% pour les plus âgés). Mode de formation : dans toutes les activités les entrepreneurs préfèrent une formation sous forme d'exposés et de démonstrations formelles. La formation assurée par des spécialistes extérieurs vient en deuxième position.273 Les besoins en formation du S.I. peuvent être appréhendés à travers les réponses des artisans concernant les aides possibles en matière de formation. La plupart des enquêtes révèlent que les enttepreneurs ne perçoivent pas que les problèmes de fonnation affectent le fonctionnement ou la croissance de leur unité. Généralement, ils citent les problèmes relatifs aux inttants, le manque de capitaux et l'approvisionnement en matières premières, etc., leurs difficultés étant selon eux d'ordres financier et commercial. A ce propos, CARTON formule trois hypothèses pour expliquer pourquoi la formation n'est pas importante pour les petits entrepreneurs. Tout d'abord, il évoque la situation d'éducation-formation des entrepreneurs. Si on considère que laplupartd'entre eux n'ont suiviqu'une médiocrescolarité et se sont formésdans lesecteurlui-même,oncomprendpourquoilaformationn'apaslamêmesignificationouvaleur que pour les personnes issues du système scolaire. Lasecondehypothèserenvoieauxrésultatsdes politiqueséducativesdespays concernés. L'évolutiondelasituationactuelleremetencauselefaitquel'éducationétaitconsidéréecomme le meilleur moyen de la promotion sociale. 272 CARTON : op. cit. page 297. 273 Enquête OCDE : op. cit. page 251.
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    Un dernierphénomèneobservé estque danstoutes les villes d'Afrique au Sud du Sahara, seule une minorité des artisans souhaitent changer de métier et/ou procéder à des investissements supplémentaires (ils n'utilisent que partiellement leur capacité d'autofinancement). Cette observation confirme le peu d'intérêt que portent les artisans à la formation. Avant de reprendre la problématique des besoins en formation, il convient de formuler quelques hypothèses à propos des ouvriers et des apprentis. Pour les artisans, les tâches actuellement remplies par eux-mêmes ainsi que par leur personnel sont satisfaisantes, par conséquent une éventuelle qualification acquise par une formationcomplémentairenesemblepasnécessaire.Lesrapportsinternesauxateliersentreles différents partenaires peuvent éventuellement devenir objet de revendication par rapport aux conditions de travail ou aux objectifs de promotion des salariés. Dans l'hypothèse où la formation complémentaire des ouvriers et apprentis est acceptée par les entrepreneurs, il reste la question de la reconnaissance de cette formation en termes de salaires et de promotion interne. Il faudra donc trouver des arguments et des conditions pratiques acceptables par les différents partenaires. Ces conditions et possibilités doivent être concrètes pour les motiver. Endéfinitive,pourlesdifférentsacteurs(entrepreneurs,ouvriersetapprentis)laquestion estdesavoirsil'insuffisancedelaformation dansle S.I.estperçue commeunproblèmeparles intéressés. Au cœur de cette interrogation se situe la négociation d'intervention en formation dans le SX, compte tenu des objectifs d'amélioration de la productivité. • Concernant l'intérêt des entrepreneurs pour un appui en formation, certaines conditions doiventêtrerempliespourlesstimuler.Danspresquetouteslesenquêtesquionteulieudansles villes d'Afriquefrancophone,lesentrepreneurs ont manifestéleur préférence pour laformation technique et la gestion de l'entreprise, par contre la comptabilité quant à elle manque d'intérêt pourlesartisanstoutsimplementparcequesasystématisationpeutdébouchersurlecontrôlede l'entreprise par l'administration. L'intérêt des entrepreneurs pour une éventuelle offre en formation a été testé lors des enquêtes sur les villes d'Afrique francophone. A la question de savoir quels efforts d'ordre financierlesartisansseraientprêtsàconsentirpourrétribuerlaformation;danstouteslesvilles les artisans ont déclaré en majorité être prêts à ne consacrer qu'une somme minime, dans la mesure où ceci ne semble pas permettre la résolution de leurs problèmes. L'une des explications estdue au réflexede demande d'assistance gratuite fournie par les autorités. La suggestion qui peut être faite à cet égard est que les formateurs soient des artisans ou plutôt que ceux-ci deviennent au plus vite des maîtres d'œuvres de l'intervention afin de mieux montrer l'intérêt de l'amélioration du fonctionnement des unités.
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    •Une seconde interrogationsur l'offre de formation au S.I. concerne le perfectionnement des salariés. Dans la plupart des cas, il est évident que les ouvriers éprouvent des besoins en formation complémentaire : une offre en formation de type technique ou de gestion peut rencontrer un accueil favorable de la part des ouvriers, toutefois cette hypothèse n'est valable que dans la mesure où l'entrepreneur reconnaîtra l'utilité de la formation complémentaire. D'autre part la formation supplémentaire peut servir d'instrument de mobilité socioprofessionnelle (par exemple avec la création d'une nouvelle unité par le salarié) ; la formation supplémentaire offerte doit être polyvalente et tenir compte de l'état des relations entre ouvriers et artisans. •La troisième hypothèse concernant l'offre en formation du S.I. concerne la formation complémentaire des apprentis qui du point de vue quantitatif sont majoritaires, et dont l'avenir du secteur dépend. Ilressortdesétudesqueleproblèmequiseposeconcernantlaformationdesapprentisest celui de la bonne volonté des artisans à autoriser les apprentis à suivre les cours de formation complémentaires. Des possibilités variables émaneront de la position des artisans compte tenu de la relation production-formation qui existe entre ces derniers et les apprentis, etc. On ne doit pas ignorer la crainte des artisans de voir partir leurs apprentis et de les voir les concurrencer grâce à leurs connaissances techniques nouvelles. Cette situation peut comme dans le cas des salariés, déboucher sur une revendication des conditions de travail, de durée de la formation, etc. En définitive le renforcement des qualifications acquises et l'accroissement quantitatif de la main-d'œuvre ne peuvent recevoir l'agrémentdesartisansque si uncertainnombredeconditions externes àl'unitésont satisfaites. Un autre point fondamental à prendre en compte est l'organisation professionnelle des artisans qui peut être un frein au développement de la formation. Les structures mises en place dans le cadre des interventions en formation, pourraient contribuer à résoudre également d'autres problèmes qui se posent aux unités. En dehors des tontines la majorité des artisans n'appartiennentàaucuneorganisationsocioprofessionnellemoderneoutraditionnelle."Chaque artisan vit donc indépendamment sur le plan professionnel, dans la mesure où leur situation actuellenenécessitepasdecoopérationdamlaprofession".L'échecdesformesdecoopératives danslepassérenforcelaréticencedesformesassociatives et faitquel'intérêtd'uneintervention selon la formule associative n'est pas perçu par les acteurs. L'expérience montre que la formation au travail dans le S.I. devrait être fondamentalement différente de la formation au travail dans le secteur moderne."La formation au travaildamle S.I. devrait être conçuede manière assezlargepours'appliquer àtouttransfert méthodique de connaissance ou de qualification utilisée pour se procurer un
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    revenu : c'est-à-direcomme un investissement. Il n'est pas nécessaire que la formation évoque l'école ou soit toujours désignée sous ce vocable, elle peut échapper à l'emprise de l'État,engloberlesanalphabètes,nepastenircomptedesfrontièrestellesquecellesquiexistent entre les qualifications techniques et les capacités de gérer l'entreprise, elle peut surgir à n'importe quel moment de la vie : tôt ou tard, c'est malgré tout une formation"274 . Les deux typesdeformationcoexistentetnesontpas appropriées.LaformationautravaildansleS.I.est caractérisée par un lien étroit avec la production. L'un des concepts les plus adaptés, conçu par le BIT pour intervenir sur le plan de la formation au S.I., est celui de l'autoformation assistée, celui-ci mériteuneattention particulière que nous allons présenter. IL2 - LES OBJECTIFS DE LA FORMATION Laformationprofessionnelleestcomplémentaired'unenseignementscolaireinadapté,et est destinée à combler ses lacunes. Notre époque ne peut plus se satisfaire d'un système fondé sur l'acquisition de connaissances pendant les années d'enfance et d'adolescence, puis sur l'utilisation pendant l'âge adulte. Il importe que l'éducation soit complétée par une formation permettant de perfectionner les connaissances et de favoriser l'adaptation de la main-d'œuvre aux nécessités de l'économie moderne. Si l'orientation des jeunes scolarisés retient l'attention des chercheurs et suscite l'intérêt des pouvoirs publics, aucune théorie de l'adaptation et de l'orientation professionnelle et des choix des jeunes non-scolarisés n'existe actuellement. Les difficultés des jeunes mis au travail, autrefois à 14 ans, aujourd'hui à 16 ans, ne peuvent cependant pas échapper à une époque où l'emploi et les possibilités de formation reposent sur la formation. Or, il faut considérer la carence des services publics en ce domaine. Lecadrejuridiquedel'institutiondel'apprentissageprocédaitd'uneconceptionarchaïque ne répondant ni aux nécessités économiques actuelles, ni aux impératifs qui commandent de préparer des professionnels qualifiés dotés d'une formation suffisante, aptes à trouver immédiatement un emploi. Dans cet esprit le législateur doit poser comme principe que la formation professionnelle est une "obligation nationale". L'État doit prendre l'engagement d'assurer aux jeunes travailleurs une "formation initiale" suffisante pour remplir les objectifs qu'ils'était fixé, notamment en matière de promotion sociale,cequiimpliquel'élaborationd'un statut plus réaliste et mieux adapté à l'apprentissage. La formation destinée au S.I. vise les objectifs suivants : 274 FLUITMAN (F.) : ‘’La formation au travail dans le S.I : un sujet à l’ordre du jour’’, BIT, Genève, 19893.
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    - permettre auxacteurs du S.I. d'accéder à des compétences simples du type gestionnaire ou technicien afin d'améliorer le fonctionnement des entreprises ; - elle doit permettre aux apprentis d'élargir leur horizon de formation technique en leur offrant des sessions de perfectionnement technique nécessaire ; - stimuler la fabrication d'outils et d'équipements relativement simples par le S.I. ; - stimuler le développement de nouveaux produits ; - assurer la transmission des qualifications appropriées ; - déclencher la mise en forme d'organisations basées sur une autogestion, une autoformation. Sur le plan économique, le progrès technique entraîne une augmentation continue de la proportion des emplois qualifiés et une élévation régulière du niveau de qualification pour un emploidéterminé.Ilapparaîtainsiquel'expansion,lamodernisationet,partant,lacompétitivité sont commandées par l'existence d'un appareil de formation. Or l'organisation de l'apprentissage est loin d'atteindre ces objectifs. S'agissant de l'apprenti, la formation dispensée n'étaitplusassezgénéraleetne luipermettaitpasdedominerson futurmétier.L'apprentin'était qu'un façonnier habile, incapable dans l'avenir, de se reconvertir à une autre activité. Le maître d'apprentissage, en raison de l'évolution rapide de la technique, ne parvenait pastoujoursàdispenseràsonapprentil'enseignementlemieuxadapté,carilneconnaissaitpas, le plus souvent, ou ne disposait pas d'un matériel moderne. L'apprentissage doit donc être organisé de manière à ce que le jeune apprenti ait dans une certaine mesure conscience d'être engagé dans la vie active. La formation qu'il reçoit doit développer son aptitude à tirer profit d'actions ultérieures de formation professionnelle. En vue d'atteindre ces objectifs, les interventions peuvent être articulées autour de deux idées de base : la formation de l'apprenti s'effectuant en partie dans l'atelier et en partie dans des centres de formation d'apprentis conventionnés et contrôlés par l'État. Cette mesure entend ainsi uniformiser les conditions de l'apprentissage et simplifier son mécanisme en le confiant à des organismes répondant aux normes légales. Le contrat d'apprentissage devient une variété du contrat de travail, l'apprenti bénéficiant d'un statut de salarié. 1) Les objectifs à poursuivre relèvent de la mise en place d'une politique visant à long terme la définition de priorités favorisant la production des biens et services en provenance du S.I. Il convient de souligner que toutes les interventions sur les facteurs internes du S.I. doivent être conditionnées par le fait que l'amélioration des capacités de production, tout comme les comportements des différents acteurs, n'est viable qu'à long terme.
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    La formation professionnellepour le S.I. vise à accroître la capacité de production. Elle peut favoriser la création et l'utilisation d'une technologie adaptée aux exigences de la production, tout comme elle peut préparer les acteurs à mieux rentabiliser l'outil de production disponible ou à le créer. Cet argument est valable pour le chef d'entreprise qui a besoin d'améliorer sa capacité dans le domaine de la gestion et de la technique, et pour le personnel (ouvrier et apprenti) dont il faut renforcer les qualifications. Les actions opérationnelles doivent être concrètes et fondées sur une participation des artisans, ouvriers et apprentis. Elles doivent d'autre part éviter de mener à une spécialisation accélérée des fonctions de l'entrepreneur. Deux arguments peuvent guider les objectifs d'intervention : le souhait des individus concernés et des priorités sectorielles. Lesouhaitdesacteurs:l'investigationempiriqueeffectuéeen1982permetdedégagerles observations suivantes (voir graphique ci-dessous). (graphique n°14) Source : OCDE, Paris, 1994. Le souhait d'améliorer les qualifications techniques et la formation aux méthodes de gestion a été exprimé par la plupart des entrepreneurs. Ces derniers restent indifférents sur le choix entre une intervention par le biais d'un centre de formation de l'Etat et une aide par l'intermédiaire de spécialistes itinérants. Les artisans souhaitent en réalité que "l'aide s'effectue Souhaits des entrepreneurs en matière de fonnation. - Formation technique Gestion, Compta. Perfectionnement Ne souhaite pas et générale Marketing technique déformation 32-41 ans Moins de 28 ans
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    dans le cadrede structures fiables, niais relativement souples, décentralisées et s'efforçant de respecter l'individualisme des individus" 219. Il faudra avant tout créer une motivation suffisantechezlesentrepreneursettravailleurspourdéclencheruneattitudeparticipativeetune prise en main de la formation par les intéressés eux-mêmes. Les priorités sélectives : De l'hétérogénéité des activités informelles découle une contrainte de sélection des branches. Conformément aux résultats des enquêtes et aux besoins des intéressés il se dégage que les branches professionnelles telles que la menuiserie de bois et métallique (soudure, ferronnerie...) permettent la mise en route d'un processus d'intégration horizontale des unités. L'approche par produits ou groupes de produits prioritaires semble la meilleure pour garantir que la formation soit orientée vers les activités de production de biens et services tout en ouvrant des perspectives élargies à la polyvalence des qualifications des producteurs. II.3 - LES MODALITÉS DE LA FORMATION A - Le regroupement des artisans Laplusgrandepartiedesentreprises fonctionnentavanttoutsurunebasead.hocquis'est révélée satisfaisante dans le court terme, non seulement au niveau des entrepreneurs, mais également sur le plan de la contribution en matière d'emploi, de formation et de valeur ajoutée. Il n'est pas certain que ce dynamisme de croissance puisse se maintenir à long tenue, car les indicateurs disponibles ne suffisent pas à justifier la rationalité économique du système compétitif avec celle appliquée par le secteur moderne. L'enjeu est en effet important, ce secteur doit continuer sa tâche de contribution sociale, il n'est pas certain non plus qu'il ne la poursuive pas, quoi qu'on lui fasse ou ne lui fasse pas, il a derrière lui déjà une tradition d'adaptation aux contraintes et difficultés exogènes et endogènes à son système qui ont assuré sasubsistancemalgréunmanqueeffectifdevisionlongitudinaledesonproprefonctionnement. Plus précisément, concernant la formation, NIHAN275. écrit : "Est-il certain qu'au plan économique agrégé il y ait intérêt à pousser l'entrepreneur à modifier sa propre vision du fonctionnement de l'entreprise, car à quel point se situe l'équilibre entre l'avantage comparatif provenant de la polyvalence de fonction et de production présenté et les avantages que procureraient une efficacité accrue de la gestion, et par là, une maximisation du rendement de 275 NIHAN (G.) et DEMOL (E.) : "Le SI. 'moderne'de Yaounde (Cameroun)", BIT, Genève, 1982. 279 LACHAUD (J.-P.) et PENOUEL (M.) : "Le développement spontané, les activités informelles en Afrique", Ed. Pedone, Paris, 1985.
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    l'entreprise exigeant unespécialisation accrue aussi bien des tâches que des produits ? La contribution présente du secteur à la société est réelle et originale. Est-il nécessaire d'en forcer le cours du développement alors que les indicateurs disponibles en montrent une croissance et que ses participants ne paraissent guère préparés à une accélération de celle-ci". Il s'agit d'élaborer une stratégie d'intervention qui tienne compte à la fois de la légitimité d'un appui, de la position des artisans par rapports aux interventions et de l'intérêt pour une formule associative. La formation peut catalyser l'organisation professionnelle des artisans. Celle-ci ne doit pas ici être envisagée en soi, mais doit tenir compte des problèmes socio-économiquesquidébordentlechampderesponsabilitédes entrepreneursdu S.I..Hs'agit donc de faire percevoir les problèmes par les intéressés et de leur faire comprendre que la résolution de ces derniers passe par leur organisation. L'intervention en formation aura des possibilités de réussite, uniquement si elle permet aux artisans de prendre conscience de la force qu'ils peuvent représenter s'ils s'associent plus étroitement pour appuyer la mise en œuvre des mesures d'aide à leur secteur. La participation des intéressés à la résolution de leurs problèmes, ainsi que leurs efforts d'initiative ne peuvent être atteints que par la mise en place des associations d'artisans. Cette démarche doit aboutir à l'autoformation du groupe. B - Organisation des formations La formation doit être envisagée sous l'angle extra-scolaire, compte tenu des ressources disponibles, des possibilités correspondantes et des besoins du S.I. Vu le nombre pléthorique d'individus qui occupent ces activités, les moyens de masse comme la presse, la télévision, la radio peuventêtrenécessairespour certainstypesde cours. Des dispositifs souples doivent être envisagés pour répondre aux cas particuliers des groupes bien ciblés, tout comme l'utilisation des institutions de formation professionnelle existantes. La détermination des groupes cibles en fonction de certains critères tels que la caractéristique de l'emploi, le domicile et l'horaire de travail, est une première condition, tout comme la sélection des branches de production et des services. Les clubs sportifs, les organisationsdequartier,lesgroupesparoissiaux,etc.,peuventaiderauxchoixdesparticipants à un programme de formation. La mise en place des centres mobiles ou semi-permanents, et le choix d'horaires adaptés aux longues journées de travail dans les activités, doivent être envisagés. Il faudra aussi formuler les aspects matériels de l'amélioration des qualifications. Les actions de formation peuvent toucher les groupes, les individus, les analphabètes ou les instruits, et peuventsedéroulerdans des salles de classe,dans les ateliers ou àl'extérieurde ceux-ci.Lesprogrammesdeformationpeuventcontribueràprendreconsciencedes contraintes
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    tant internes qu'externes,en vue d'améliorer la productivité, d'introduire des techniques appropriées ou encore d'obtenir des crédits. La conception et la mise en œuvre des actions doivent être souples. L'évaluation des besoins de formation doit correspondre aux intérêts et aux aptitudes des intéressés. Deux étapes sont nécessaires : - cibler le groupe (tous les opérateurs économiques de l'atelier sont concernés) ; - cibler les personnes individuellement. Les procédures pédagogiques devraient autant que possible refléter ce que les stagiaires et les employeurssont capables de donner et de recevoir. La formation doit être dispensée dans un langage que les intéressés doivent comprendre facilement. Les expériences montrent qu'il faut un climat de confiance entre les formateurs et les intéressés. Les projets de formation peuvent former eux-mêmes leurs formateurs, exemple, des maîtres-artisans ou des anciens stagiaires qui peuvent être recrutés comme formateur. Il faudra améliorer leur qualification et leurs qualités pédagogiques. Dans la perspective de dynamisation des activités informelles une structure d'appui en termesderessourcesetpersonneldoitêtreconçue.Toutd'abordlamiseenplaced'unestructure centrale devra permettre l'approche et la stimulation des acteurs concernés à travers la mise à disposition d'un minimum d'avantages pour les artisans et les travailleurs. Aceteffet,danslecasduSI.àBangui,lacréationd'uncentredeformationprofessionnel (destiné aux activités du secteur informel) s'avère essentielle au sein du quartier KM5276 . En conséquence,on peut prévoirune approche décentralisée vers les quartiers à forte implantation artisanale tels que Fou, Boyrabe, Lakouanga, Combattant277 ... ainsi que la mise en place d'une structure d'appui centrale. Il est indispensable d'envisager la mise sur pied d'une telle structure d'appui centrale si l'on veutquela dynamique créée au niveau des ateliers, en termes demodifications apportées à l'organisation de la production, puisse être amplifiée sous le contrôle des artisans. Pour nous résumer le tableau ci-dessous récapitule les objectifs, l'organisation et les caractéristiques de la formation destinée au SI.. 276 KM5 : 3ème arrondissement de la ville de Bangui, poumon du SX. 277 Quartiers où domine l'activité informelle. Source : FLUITMAN, BIT, 1990. Nous retiendrons comme instrument d'amélioration des capacités des artisans et de viabilité des entreprises : l'autoformation assistée.
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    Profil de laformation au travail (tableau n° 68) FORMATION AU TRAVAIL DANS LE S.I. FORMATION AU TRAVAIL DANS LE S.M. BITS ET OBJÉCTIFS DE LA FORMATION •Solution propre à absorber les excédents de main-d'œuvre •Préparation à l'exercice d'un emploi indépendant dans une petite entreprise •Satisfaction de la demande des consommateurs locaux •Accroissement du bas niveau de productivité et de revenus •Réalisation d'un changement marginal dans le comportement au travail (tâche, qualification) •Attente des résultats immédiats •Solution propre à résorber les pénuries de main-d'œuvre •Préparation à l'exercice d'un emploi salarié dans les moyennes ou grandes entreprises ou dans la fonction publique •Satisfaction de la demande sur les marchés nationaux et internationaux •Contribution à la croissance du S.M. •Réalisation d'un progrès marqué dans le comportement au travail (métier, occupation) •Attente de résultats à moyen et long terme ORGANISATION ET GESTION •Initiative non gouvernementale •Importance du rôle des ONG •Décentralisationdelaplanificationet de la prise de décision (de bas en haut) •Participation du groupe cible à la prise de décision •Dépendance à l'égard des ressources locales •Évaluation des besoins fondée sur desenquêtesauniveaumacro-économiqueet au niveau de la communauté et du marché •Initiative gouvernementale •Effacement du rôle des ONG •Centralisation de la planification et de la prise de décision (de haut en bas) •Pasdeparticipationdugroupecibleà la prise de décision •Dépendance à l'égard des ressources nationales •Évaluation des besoins fondée sur des efforts de planification de la main-d'œuvre au niveau macroéconomique CARACTÉRISTIQUES DES STAGIAIRES
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    •Relativement nombreux •Personnes exerçantdéjà une activité y compris les apprentis •Éventail des âges très ouvert •Souvent recrutés parmi les moins favorisés •Pas nécessairement alphabétisés, éventuellement déchets scolaires •Motivés : le stagiaire voit dans la formationlaseuleportedesortiequiluireste pour améliorer son sort •Relativement peu nombreux •Adolescents non compris dans la population active •Éventail des âges fermé •Rarement recrutés parmi les moins favorisés •Doivent savoir lire et écrire et posséder un certificat scolaire •Pas tellement motivés : l'élève incapable de poursuivre des études classiques considère la formation comme un pis aller CARÀCTÉRÏOTWS DE LA FORMATION •Conception et définition de la formation large •Accent mis sur le recyclage et le perfectionnement •La formation vient au stagiaire •Instruction sur le tas, sur le lieu de travail, en "conditions réelles" •Acquisition des connaissances fondée sur la pratique •Recours aux messages audiovisuels •Approche modulaire •Séquence flexible •Fondé sur la compétence et le rendement •Cours de courte durée •Programme d'étude individualisé •Centrée sur le stagiaire •Savoir pour savoir-faire •Conception et définition de la formation étroits •Accent mis essentiellement sur l'accès au travail •Le stagiaire vient à la formation •Instruction hors emploi, en salle de classe, sans entraînement sur le matériel •Acquisition des connaissances fondée sur la théorie •Recours aux messages écrits •Approche livresque (manuel) •Séquence prédéterminée •Durée fixe •Cours de longue durée •Programme d'étude type ! • Centré sur le formateur •Savoir pour- le "cas où" •Stagiaire adapté au matériel didactique •Introduction à la technologie et aux
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    •Matériel didactique adaptéaux stagiaires •La formation utilise la technologie et les ressources locales •Le formateur est souvent un formateur (artisan, chef d'entreprise) •La formation fait partie d'un ensemble de mesures de soutien (crédits, promotion) •Coût par stagiaire peu élevé •Coût élevé pour le stagiaire •Facilités restreintes ressources exogènes : • Le formateur est étranger à la communauté :•Laformationn'estcorréléeàaucune mesure de soutien •Coût par stagiaire élevé •Coût peu élevé pour le stagiaire •Larges facilités Source : FLUITMAN, BIT, 1990. Nous retiendrons comme instrument d'amélioration des capacités des artisans et de viabilité des entreprises : l'autoformation assistée.
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    C - L'autoformation SelonMALDONADO : "l’autoformation, assistée et nourrie partiellement d'un apport extérieur,impliquel'emploid'uneméthodeparticulièreparlaquelleles acteurs duS.I.assument leur propre formation et deviennent ainsi l'acteur de leur propre destin" 1Z3>. L'autoformation repose sur deux principes ; la mobilisation croissante des ressources internes des petits producteurs par un soutien systématique de leurs initiatives ; la prise en main progressive des opérations de promotion du secteur par les bénéficiaires de la formation. L'aide doit s'effectuer dans le cadre de structures fiables mais relativement souples, décentralisées et s'efforçant de respecter les individualités. Plusieurs voies d'approche sont envisageables : - l'utilisation des moyens de communication de masse peut contribuer à toucher les gens difficiles à atteindre ; -les réseaux mobiles de formation ouvrent la possibilité d'étendre la portée des institutions traditionnelles ; - l'organisation des centres semi-permanents, des missions consacrées à l'enseignement technique, des unités mobiles, etc., doit toucher des groupes homogènes ; - il faudra aussi envisager au stade avancé de la formation, des programmes intégrants la formation et la création d'emploi. La collaboration avec les organismes internationaux de développement permettra de bénéficier de leurs expériences.Il faudra développer des liens étroits avec les moyens d'enseignement classique et extra-scolaire afin de garantir les niveaux de formation atteints .Le système des certificats, s'ajoutant à d'autres mesures, offrirait quelques éléments d'appréciation aux adultes disposés à consacrer du temps, et parfois, à payer des droits élevés d'inscriptions. Inclure dans les programmes de formation, la formation technique, ainsi que l'organisation et la gestion des petites entreprises. Du point de vue éducatif il faudra songer à l'organisation du secteur visé à rendre les intéressés conscients des avantages nouveaux de leur association. En dernier lieu, il ne faut pas oublier le reclassement des activités les plus marginales. Les études sur le S.I. révèlent l'importance des comportements individualistes et la sensibilitédesartisansenverstouteformed'interventiontropformelle.Pourcelailfaudraavant tout créer chez les artisans et les travailleurs, une motivation suffisante afin de déclencher une attitude participative. Dans cette perspective, la mise en place d'une structure 283 MALDONADO (C.) : "L'auto-formation : concept et pratique. Programme d'appui aux entreprises du SNS d'Afrique francophone", R.I.T., vol.127,1989.
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    d'appui, doit permettrela stimulation des entreprises retenues, en mettant à la disposition des artisans un minimum d'avantages . En conséquence, il faut prévoir une approche décentralisée vers les quartiers à forte implantation des activités informelles et la mise en place de la base d'une structure d'appui centrale. La formation est conçue comme un processus à la fois d'acquisition de connaissances et de prise de conscience des potentialités internes du groupe concerné pour résoudre des problèmes identifiés par lui-même. Le processus ne se limitepasàlaprisedeconscience,ildébouchesurl'action(recherchedemoyenspourmaîtriser l'élaboration et la transmission de connaissances). Celle-ci englobe les divers aspects de la "condition artisanale". Le petit producteur est saisi dans sa complexité, en tant que : - technicien voué à la pratique d'un métier ; - entrepreneur-gestionnaire dirigeant de son entreprise ; - animateur de son propre milieu social. Les incitations à développer doivent avant tout respecter la dynamique en cours dans la mesure où toute modification brutale des comportements gestionnaires ou techniques créerait des déséquilibres menaçant la polyvalence de la fonction et de la capacité qui découle de la diversification de la production et de l'adaptation au marché. La nouvelle situation entraîne des contraintesquinepeuventêtresurmontéesqueparuneorganisationsoupleetadaptéeattribuant des responsabilités à chacun en fonction de ses compétences."L'apprentissage de la solidarité économique entreartisans requiertdonc lamise en œuvredes formations spécifiques afinqu'ils parviennent à animeret àgérer au mieux l'outil commun forgéavecleconcoursdechacun" 278 ; Contrairementauxinterventionsclassiques danslesquelleslaformationestentièrementperçue, élaborée et transmise de l'extérieur aux "participants", l'autoformation cherche à intervenir en prenant appui sur les capacités locales et les modes de transmissions de compétences que l'artisanat met en jeu depuis longtemps.Toute intervention de type autoformation doit d'abord favoriser la prise de conscience par les artisans de leur propre savoir et de ses limites, ensuite faire appel aux compétences en provenance du milieu local. La formation technique dans le contexte de ce programme d'appui se réfère à une pratique qui a les caractéristiques suivantes : - en premier lieu, la formation est principalement empirique ; - en secondlieu, elleest fournie surletasou dans un environnement detravailfamilier et adéquat ; - en troisième lieu, elle est dispensée sur une courte période ; -en quatrième lieu, la formation établit des rapports étroits entre la demande du marché et les contenus de la formation. L'autoformation assistée est un processus 278 MALDONADO (C.) : op. cit. page 320.
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    éducatifglobal qui viseà permettre aux bénéficiaires d'inventer leurs propres formes d'organisation, leurs critères de décision et de priorité pour répondre à leurs besoins. La méthodeconsisteàconcilierlespratiquesdesolidaritélocale,lesavoir-fairetraditionnel et la maîtrise des moyens complémentaires pour accéder à un niveau plus élevé de connaissance et de technique. Nous sommes dans la perspective du développement endogène. La participation de ces derniers à la conception de la formation est nécessaire, mais pas suffisantepoursonsuccès. Lesfacteurs telsquela pertinence,l'opportunitéetlasouplessedela formation sont autant de conditions indispensables au succès des opérations. On note une autre difficulté d'ordre socioculturel : les mutations qualitatives s'opèrent dans un milieu frappé d'analphabétisme. Résistance de certains patrons à la participation des apprentis au programme parcraintedevoirleurautoritéremiseencause,etc.Unequestionresteposée:commentouvrir une perspective d'avenir favorable aux apprentis sur le plan de leur insertion professionnelle sans pour autant entraîner les effets pervers de la désagrégation des structures locales ? L'intérêt des approches visant l'autoformation repose sur : - Ymtetacùoïï sociale, génératrice de nouveaux sujets de communication et d'interrogation ; - la parfaite correspondance entre besoins ressentis et priorités retenues ; - la recherche de solutions adéquates et la mobilisation de ressources disponibles localement ; - la meilleure maîtrise du patrimoine technique et technologique local ; - la réduction des coûts ; - l'introduction d'une grande souplesse dans l'exécution des décisions ; - la possibilité d'étendre par la suite l'expérience rendant ainsi plus rentable et plus durable des effets induits. Nous avons constaté que le perfectionnement des ouvriers et la formation complémentairedesapprentisn'intéressaientpaslesartisanspourdesraisonsderelationausein des unités, voire de concurrence. L'intervention en formation doit tenir compte de l'état des relations socioprofessionnelles existantes entre les différents acteurs. Une condition nécessaire pour le succès de la période de formation dans les ateliers est le niveau d'éducation de base de l'entrepreneur. Il faut trouver les arguments et les conditions pratiques acceptables par les deux parties en fonction de leurs intérêts respectifs.Pour les ouvriers nous avons évoqué qu'en terme qualitatif, leur situation est proche de celles des artisans, partant de là, un appui en formation techniqueetengestionpourraaméliorerleurqualification,toutefoisresteouvertelaquestionde reconnaissancedecetteacquisitiondeconnaissancesdupointdevueinterneetexterne.Pourles
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    apprentis la questiondevient pluscomplexe compte tenu du type de relations entretenues entre les artisans et ces derniers, de leur disponibilité pour suivre ces cours, etc. Il faudra trouver des mesures concrètes qui inciteraient les artisans à respecter des critères minimaux des conditions derecrutement,deformationdansl'entreprise,etd'évaluationdesqualificationsacquisesparles apprentis. Ces objectifs ne peuvent être atteints qu'à long terme dans la mesure où le mode de fonctionnementdusecteurtoutcommelesressourcesetlesstructuresaussibienquelesmoyens font défaut. Dans le court terme, la mise en place de structures souples doit permettre de répondre aux besoins des intéressés. Les structures devront être proches des préoccupations socioprofessionnelles des individus en tenant compte de leur niveau d'éducation scolaire et regrouper temporairement les apprentis. Des activités telles que l'alphabétisation peuvent être développées tout en s'inspirant de l'approche évoquée. Le financement des formations Les résultats du rapport coût-bénéfice de la formation étaient toujours controversés, il serait utile de procéder empiriquement et de suivre et maintenir un rapport entre les coûts unitaires et les revenus escomptés des participants. Les politiques de financement doivent être souples et envisager les systèmes de prêts aux individus les plus défavorisés. Les pouvoirs publics doivent aussi contribuer à la formation pour qu'elle puisse toucher un grand nombre d'individus. Si l'effet de revenu n'est pas le seul avantage à retirer de la fondation, il peut cependant constituer un indicateur de réussite. Pour vérifier que l'investissement dans la formation a été bénéfique, on peut utiliser des critères de rentabilité simples (exemple ; si le problème ayant motivé la formation a été ou non résolu). Le système de prêt aux stagiaires peut constituer un compromis acceptable. Le recouvrement de coût ne signifie pas que l'État ne prenne pas partie dans la formation. D - Les expériences d'auto formation Danslecadreduprogrammemondialdel'emploi,leBITainitiéuneffortparticulierpour encourager les initiatives émanant des petits producteurs urbains au Mali, Togo et Rwanda. Le programme fut établi avec les différents gouvernements et fut lancé en 1982. Le programme comportait trois phases : - une première phase expérimentale, de 18 à 22 mois, dont le coût total s'est élevé à plus d'1 million de dollars ; - une deuxième phase d'une durée de 3 ans basée sur l'évaluation des résultats de la première phase et dont le coût total est estimé à 1,7 million de dollars ;
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    - une troisièmephaseportant sur une duréede 2 ans (1986-88) avaitpour objectif de préserver les acquis du programme tout en développant les compétences et organisations de base à gérer leur propre affaire. Les principaux promoteurs sont les institutions d'aide représentées par le BIT, la Direction de la coopération (suisse) au développement et à l'aide humanitaire (DDA), l'Institut universitaire d'étude et de développement (IUED), les organisations non gouvernementales (ONG). Leprogrammes'estsituéparrapportauxinstitutionslocalesetatouchélespopulations "cibles" qui sont des petits producteurs urbains dont les activités présentent un caractère précaire et rencontrent beaucoup de difficultés pour jouer leur rôle de développement. L'objectifduprogrammeétait de mettre en place un dispositif d'appui directaux activités pour les aider à réaliser leur potentiel productif et lever les obstacles qui freinent leur dynamisation. En règle générale le choix des activités a porté sur les biens et services dont l'essor est lié à l'urbanisation, à la diversification ou à l'amélioration de la production. Le programmeatouchélamenuiserie(boisetmétal),lesmaçons,lesélectriciens,lespeintres,etc., ainsi que les réparateurs de véhicules et d'autres métiers. Au total une trentaine de métiers ont été concernés. Le programme a également touché les jeunes chômeurs et les femmes. a - Le projet du Mali Il s'agit de la présence aux cours destinés aux apprentis, de jeunes chômeurs désireux d'apprendre un métier. Compte tenu des moyens et orientation du projet, on a limité la formation aux apprentis dont le patron participait au projet. La formation des jeunes chômeurs étaitconditionnéeparleuradmission,entutelle,chezunartisanquipouvaitlesacceptercomme apprentis. On a favorisé les jeunes sans insertion professionnelle en les regroupant à moins de cinq personnesdansdesunitésdeproduction à caractère associatif.Plusieurs études et activités ont été menées. Deux d'entre elles méritent une attention. •Définitiondel'espaceéconomiquepotentieldesmicro-entreprisesartisanalesàpartirdu choixdesproduitsquecelles-ciseraientenmesuredefabriquer,comptetenudeleursavantages comparatifs ainsi que de leurs capacités. ♦ La seconde recherche portait sur les apprentis et avait pour objet d'impulser une démarche-action participative. Le projet avait favorisé la formation comme instrument de négociationpermettantainsidefaireprogresser lesrelationssociales àl'égard des apprentis. La problématique socio-économique des apprentis a été mis en lumière. Pour la formation des apprentis, 7 axes stratégiques pour l'action ont été définis : - donner la priorité à la formation des apprentis sur celle des jeunes chômeurs instruits ; - continueràdévelopperlaformationdesapprentisparl'intermédiairedecelledesartisans ; - soutenir la formation des apprentis par l'intermédiaire du conseil aux ateliers ;
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    - expérimenter etorganiser cas par cas l'échange d'apprentis entre ateliers ; - accompagnerl'élaboration etla mise en œuvredesprojets collectifs pris enmainpar les apprentis ; - programmer "à la carte" des activités de formation générale et théorique ; - renforcer et favoriser tout ce qui contribue à faire du projet "un milieu éducatif. Les deux premiers moisontsurtout été marqués parde fréquentes et multiples rencontres sur le lieu de travail avec les menuisiers du bois, les menuisiers du métal, les tâcherons et les maçons.Laformationetl'organisationdesartisansavaientcommencéàBamakoparunpremier plan d'action semestriel qui visait la mobilisation des ressources nécessaires en vue de surmonter le principal obstacle rencontré par les artisans : le manque de commandes. Une évaluation à la fin du semestre a permis d'orienter les efforts sur trois lignes d'action : assistance directe aux ateliers individuels d'abord, puis à des groupes constitués en fonction de l'appartenance à un même quartier ; recherche de marchés jusqu'alors hors de portée des artisans (substitution aux importations, commandes de l'Etat, des organismes internationaux et des entreprises du secteur moderne) ; amorcedel'organisationdesintéressés parla miseen placed'un comitédegestion autour de l'organisation d'un atelier d'appui doté d'un minimum d'équipement. La première phase du projet : 1982-1983 Au cours des premiers mois, les visites d'ateliers et les activités de conseils techniques auprèsdesartisansontétélargementexpérimentées.Celles-ciconcernentl'élaborationdedevis, l'amélioration des procédés de fabrication moyennant l'utilisation plus rationnelle des matières premières, une meilleure utilisation et l'entretien des outils, etc. L'assistance-conseil a opéré comme le support d'une activité de formation technique ou théorique et a concerné à la fois les patrons, les ouvriers et les apprentis. Dans la première année du programme, les préoccupations des artisans en matière de formation n'étaient pas ressenties comme essentielles. Ces derniers étaient plutôt préoccupés par la définition d'une stratégie collective leur permettant de répondre à leurs intérêts et aux besoins les plus urgents. La formation a acquis par la suite une importance croissante, surtout lorsque les groupements multimétiers ont eu accès à des marchés nouveaux de dimension moyenne, exigeant une meilleure qualité de leurs produits et un partage de commandes entre plusieurs
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    ateliers. 44 nouveauxproduits ont été conçus et font l'objet d'un manuel qui fournit les détails sur les matériaux, les coûts et les instructions pour les formateurs, etc. 15outilset 10petites machines,dontdeux équipées demoteurs électriques,ont ététestés. L'effort de diversification a permis aux apprentis et aux jeunes ayant échoué dans le système scolaire de créer leur propre entreprise sans être directement en concurrence avec le maître-artisan déjà établi. L'innovation au niveau des produits ou des améliorations de qualité est devenue une composante essentielle de la production pour assurer la survie des entreprises en place et la création d'autres. Le projet a fourni une formation non seulement aux apprentis mais aussi aux artisans en activité. La formation des apprentis était conçue comme un complément à leur formation sur le tas, en relation avec celle de leurs patrons et en prise directe sur l'amélioration du fonctionnement de leur atelier. Les formateurs sont issus du même milieu social et professionnel.Lescoursthéoriquesalternaientavecdesexercicespratiquesenatelierousurdes chantiers, tenant compte des différences de niveau d'expérience des intéressés. Les enseignements étaient souples et centrés sur les problèmes réels à résoudre dans les ateliers compte tenu des nouveaux produits fabriqués. Cours de construction métallique Ilsontattiréleplusgrandnombredeparticipants.Troisraisonsexpliquentlechoixdeces cours : - un marché en expansion attirant les nouveaux venus sur le marché du travail ; - l'attitude la plus ouverte des patrons à se former et à permettre à leurs apprentis de bénéficier d'une formation théorique et pratique complémentaire ; - la présenced'un artisan animateur exerçant les fonctionsd'instructeur dans une écolede formation professionnelle à Bamako. Après de longues discussions l'animateur du projet a réussi à vaincre les réticences de certainspatronsàdonnerà leursapprentislapossibilitédese formerhors deleurs ateliers.Lors des remuons des évaluations qui ont eu lieu en présence des artisans, des chargés du projet et desapprentis,denouveauxbesoinsen formation sont apparus. Les coursétaient simultanément donnés en bambara et en français.
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    Cours de bâtiment Auxcours de bâtiment assistent surtout les manœuvres et les maçons débutants mais peu de tâcherons. La formation comporte des cours théoriques et des travaux pratiques sur les chantiers dont l'attribution aux artisans a été obtenue par l'intermédiaire du projet. Cours du mji^x!L d& Ces cours visent autant l'acquisition de connaissances sur le travail du bois que la fabrication d'outillage. Les cours sont dispensés à l'intérieur de l'atelier d'appui à l'aide des machines et outils installés et avec la matière d'œuvre fournie par le projet. Les apprentis fabriquent un double jeu d'outils : l'un reste leur propriété tandis que l'autre est vendu pour augmenter le fonds de roulement de l'association. Autotaldurantlapremièrephaseduprojet,206apprentisontparticipéauxdiverscours.A un taux de 400 FM pour un dollar des États-Unis, le coût moyen par heurede formation était de 10,4 dollars. Le tauxd'abandondescoursa étéde15% chezlesmenuisiers métalliques,de 5% chezles maçons, et de 20% chez les menuisiers de bois. Autres formations spécifiques La transmission d'un savoir-faire particulier aux patrons (exemple de la fabrication d'un certain type de pompe hydraulique). Trois fois par semaine des cours de comptabilité simple étaient destinés aux patrons. Soulignons toutefois une contrainte rencontrée au cours du projet : l'analphabétisation générale du milieu artisanal, de ce fait des cours d'alphabétisation fonctionnelle avaient eu lieu. Lesexposésetlesconférencesàl'atelier,l'échanged'expériencesavecles artisansd'autres villes et d'autres pays, etc., ont relevé le niveau des connaissances et d'expériences sur le milieu artisanal. La deuxième phase du projet : 1984-1987 Elle a été marquée par la décentralisation du projet dans cinq communes de la ville de Bamako et son rayonnement vers les villes secondaires. Le fait que la responsabilité de l'animation au niveau des communes tende à reposer sur les artisans et que chaque groupement de commune ait ses propres projets à concevoir et à mettre en œuvre a suscité des besoins de formation de toute autre nature. La formation pour l'auto-évaluation Uneformationaétédestinéeàl'attentiondesdirigeantsdesassociations,desorganisations de base et répondait à deux exigences : l'évolution des rôles au sein des associations et l'appropriation croissante des dispositifs d'appui par les bénéficiaires.
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    Un processus d'auto-évaluationdu projet fait partie du programme. Des outils d'auto-évaluation (supports didactiques) ont été élaborés à divers échelons de l'organisation. Des fiches étaient destinées à servir de guides et permettre de suivre les résultats atteints, d'évaluer les réalisations et de ressortir les causes des écarts entre les prévisions et les réalisations. L'impact de l'appui à l'auto-évaluation reste néanmoins modeste. L'absence d'un support permanent localement implanté, la carence en animateurs compétents expliquent cette situation. Il s'agissait d'assurer la conduite des ateliers de formation à l'élaboration d'outils d'auto-évaluation à divers échelons de l'organisation. Toutefois l'impact de l'appui à Faut Orévaluation a été modeste. La formation d'une équipe malienne d'animation La démarche suivie répondait à la nécessité d'assurer une maîtrise progressive par les artisans des fonctions de programmation, d'organisation et de gestion de leurs activités. Des animateurs ont été engagés et un instrument de gestion ad.hoc pour les associations fut élaboré. La démarche suivie répondait à la nécessité d'assurer une maîtrise progressive par les artisans des fonctions de programmation, d'organisation ou de gestion. Le rôle des animateurs était perçu comme un soutien à la promotion de toute activité pouvant consolider les groupements d'artisans, leurs efforts d'organisation pour réaliser leurs initiatives économiques et sociales. L'animateur travaille directement avec les artisans, "siège" aux ateliers, assiste aux réunions inter-artisans, etc. Il bénéficie d'une connaissance en gestion qu'il peut transmettre aux artisans. Les contraintes liées à l'extension des opérations dans les autres villes ont amené à embaucher des animateurs externes. Elaboration d'un système de gestion Le projet a passé un accord avec l'Institut de Productivité et de Gestion Prévisionnelle (IPGP) de Bamako. Cet accord visait l'élaboration d'un instrument de gestion fondé sur les expériences en cours. Cet instrument de gestion a été testé par les groupements. Les observationsetlescommentairesdes artisansont été considérés pourl'élaboration définitivede l'IPGP.L'outilpermettaitl'initiationdesartisansàunsuivid'exploitationconcernantleursfonds deroulement,lescotisations,lescrédits,leslocationsdemachinesetl'entretiendel'équipement de l'atelier d'appui géré par chaque association. Par la suite des animateurs et des artisans de chaque commune avaient pour mission d'introduire cet instrument de gestion au niveau des groupements. Cela permettait à chaque groupementdesuivrel'évolutiondesesactivités,sesétatsfinanciers... D'autrepartaétéélaboré un instrument simple pour la maîtrise du concept de prix de revient et son application par les artisans dans la pratique quotidienne.
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    Les autres formations Lesformations ayant trait à l'activité technique et professionnelle des artisans se sont poursuivies. La formation dans les villes secondaires à pris en compte les activités spécifiques de chaque région et leurs rapports avec l'économie rurale en particulier. Un effort important d'alphabétisation a été aussi déployé. b - Le cas du Togo Au Togo l'expérience d'une ONG dans le travail communautaire ainsi que la connaissance d'un réseaud'artisans ayant auparavant bénéficiéde ses prestations ontpermis de multiplier les rencontres au niveau des ateliers. Trois corps de métier ont été retenus : les menuisiers, les forgerons soudeurs et les maçons. Le recrutement d'un animateur proche du milieu artisanal a facilité la tâche. Une cellule d'appui proche du lieu de travail des intéressés futmiseenplace.Unatelierlocalisédansunquartierpopulaireaétélouéetdotéd'unminimum d'équipementpourletravaildubois,dumétaletdelamaçonnerie.L'atelierassuredemultiples fonctions : lieu de rencontre formation, entrepôt des stocks de matières premières. L'approche par quartier a contribué à faciliter l'organisation de groupes de base privilégiant les interventions souples et des structures d'appui très légères. Trois commissions ont été mises en place : les commissions de formation, d'approvisionnement et des échanges. Au cours de la première phase (1982-83) : à la demande des forgerons un stage d'initiation (reconversion) à la soudure a été organisé, il a eu lieu sous la conduite d'un artisan expérimenté qui a mis à la disposition des participants son poste à souder, du petit matériel et unlocal.Desfichestechniqueset un appui pédagogiquepourlaséancedeformationluiont été également accordés. Aucoursdesdifférentesréunions,lesartisansontmanifestéledésird'êtrealphabétiséset de participer à des stages concernant le calcul d'un débit et la lecture des plans. La commission de formation a décidé d'entreprendre des séances de perfectionnement pour les patrons menuisiers et soudeurs. Il a été jugé utile de combiner perfectionnement technique et gestion simplifiée de l'atelier. Des contacts ont été pris avec les institutions locales susceptibles d'assister les artisans dans leur démarche de formation. C'est le cas avec le CNPP (Centre National de Perfectionnement Professionnel) et le Centre National d'Alphabétisation. Au cours de la dernière phase du projet (1984-88) : au fur et à mesure la diversification des activités du projet, des besoins en formation se sont fait ressentir. Les enseignements tirés des premières actions ont permis d'adapter progressivement les dispositifs d'appui aux demandes de perfectionnement des artisans.
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    Au cours decette dernière phase d'appui, la formation dispensée visait non seulement l'amélioration de la qualité de produit et la diversification de la production, mais aussi une gamme de domaines d'intervention touchant aux aspects les plus divers de la profession. On distingue six domaines d'intervention : - technique et pratique professionnelle ; - gestion et comptabilité ; - législation sociale et droit du travail ; - animation et autopromotion communautaire ; - alphabétisation ; - échange inter-artisans africains. Autotal,de1982à1988,570travailleursdont164apprentisontbénéficiédesformations dispensées au titre du projet à Lomé ; de même 400 artisans des villes secondaires dont 122 apprentis. Relevonssurunautreplan,l'intérêtquelesartisansdeSokodeontportéàl'autoformation : legroupementafinancé20%ducoûtdesformationsencoursdelaphase m,participation qui représente un effort considérable ; letauxd'absentéismechezlesapprentisarégresséde19à14%.Lesfinalistesontétéplus nombreux (+7,6%) que les inscrits au départ ; des résultats tangibles ont été obtenus dans la qualité et l'organisation de la production (accès croissant des artisans aux nouveaux marchés publics). A Lomé le relèvement du niveau de compétence des patrons fut considéré comme un préalable à l'amélioration des qualités des apprentis. Ce système a donné des résultats encourageants, 64% de réussite des apprentis. Anoterlesrésultatsdécevants des coursdispensésparlesprofesseursdulycéetechnique de Sokodé, chargés de préparer les apprentis au certificat officiel de fin d'apprentissage. Compte tenu des résultats une formule a été retenue ; envoyer des jeunes patrons appartenant à divers corps de métiers dans les ateliers réputés de Lomé. A leur tour ces patrons deviendront les formateurs pour une nouvelle vague d'apprentis. Dans la pratique, les évaluations des actions engagées au Mali et au Togo montrent que l'autoformation a contribué au relèvement du niveau de qualification des artisans et au développementdesentrepriseslesplusdynamiques. Lesfacteursquiontcontribuéàl'efficacité des activités sont les suivants : la qualité des ressources humaines chargées d'animer ce processus, la participation des acteurs directement concernés (patrons et
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    apprentis en particulier)dans les négociations engagées, une dotation souple des moyens financiers,l'établissementdesliensétroitsentrelaformationetlademandeeffectivedumarché. II.4 - ADAPTATION DE LA FORMATION INSTITUTIONNELLE AUX BESOINS DU S.I. Dans la plupart des pays d'ASS, la formation professionnelle scolaire touche très peu d'élèves, par exemple guère 1% de l'effectif scolaire en Mauritanie et 2,4% en Côte d'Ivoire. Une étude de la Banque Mondiale279 portant sur 39 pays montre que 91% des élèves fréquentent les établissements d'enseignement général et seulement 6% des lycées techniques. La formation institutionnelle peut coûter cher. Il est certain que les locaux, ateliers et laboratoiresdontelleabesoinsontplusonéreuxqueles installationsscolaires habituelles.Mais lesurcoûttientsurtoutàlanécessitédeprévoirdenombreuxmaîtresspécialiséspouruneffectif qui ne suffit pas à assurer le plein emploi des ressources humaines et des matériels engagés. Il enestainsienASSoùl'effectifdesécolesprofessionnelles estgénéralementfaibleauregardde la capacité installée. Au Liberia par exemple le taux de rendement des établissements d'enseignement général est presque de moitié plus élevé que celui des lycées professionnels (PSACHAROPOULOS, 1985). En Tanzanie, il est presque deux fois plus élevé (on obtient le taux de rendement en calculant tous les frais de formation et en les rapportant aux gains des personnes formées, un groupe de personnes sans formation est utilisé comme groupe témoin). A l'heure des ajustements structurels et des compressions budgétaires, ces institutions ne sauraient apporter des solutions spectaculaires aux problèmes de formation. Il faut alors modifier en profondeur leurs objectifs, leurs sources de financement et leur mode de fonctionnement. A - Le centre Kaffrine(Sénégal)280 Cette institution était à l'origine un centre de formation du gouvernement sénégalais soutenu par l'OIT, elle l'est restée jusqu'à la fin des années 70. Avec les politiques d'ajustement structurel,l'Étataétécontraintderéduireprogressivementlebudgetducentre.C'estalorsqu'un directeur fit revivre l'institution en nouant contacts et relations avec la 279 PSACHAROPOULOS (G.),WHOODHALL (M.) : "L'éducation pour le développement: une analyse des choix d'investissement", Economica, Paris, 1988. 280"Ajustement et mise en valeur des ressources humaines", Genève, 1992.
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    Chambre d'artisanat etd'autres milieux professionnels. Les cours ont été repensés et des stages pratiques de courte durée offerts aux artisans et ouvriers dans diverses entreprises, la formation se déroulant en partie à l'atelier et en partie au Centre. L'attribution de bourses de l'Agence pour le Développement International a permis à plusieurs participants de créer leur propre entreprise après le stage. L'institution assure en outre un suivi en prodiguant avis et consultations aux artisans ayant effectué le stage. Le cas du Centre de Kaffrine illustre bien comment peut fonctionner, dans un établissement de formation, une stratégie de suivi fondée essentiellement sur le resserrement des liens noués avec des artisans et leurs organisations professionnelles. Ces Hens se sont révélés très utiles en facilitant la mobilisation des ressources financières nécessaires et en permettant une information en retour en vue de poursuivre les programmes. B - La formation associée à la production au Ghana281 LeGhanaoffreunautreexempled'adaptationdelaformationinstitutionnelleauxbesoins du S.I., adaptation qui s'effectue ici dans le cadre de programmes d'action visant à atténuer les coûts sociaux de l'ajustement (PAMSCAD). Lancé par l'État, le PAMSCAD comprend 23 projets dont l'un est axé sur la construction et la rénovation de l'habitat rural, utilise les matériaux locaux améliorés et applique la technique formation-production. La mise en œuvre de ce projet est assurée par le département du logement rural et des industries de village (DRHCI) et par les centres communautaires intégrés pour l'utilisation des compétences (ICCES). L'un et l'autre dirigent au Ghana 25 groupes de formation de 20 à 25 stagiaires qui forment chacun un petit centre de production de matériaux et une unité de construction et de rénovation de l'habitat travaillant pour plusieurs villages des alentours. Leprojetdessertlescommunautés àbas revenusdontl'habitatlaisseàdésirerets'adresse aux jeunes insuffisamment scolarisés ou analphabètes, sans emploi. Utilisant des matériaux produit sur place, ces groupes de formation-production construisent et rénovent des logements afin de créer des emplois et de perfectionner les qualifications. La formation sur le tas est dispensée par des volontaires et par le personnel du Service Civique National. C - Les ONG tanzaniennes282 En 1990, à Dar es Salam, l'ONG tanzanienne TYDEF (Tanzanian Youth Development Fund)acollaboréavecl'IFM(InstituteofFinanceManagement)pourformerdesinstructeurset des femmes chefs d'entreprises. Les institutions de formation peuvent venir en aide aux ONG en formant des volontaires et en leur offrant un matériel de formation adapté. 281gif :"Ajustement et mise en valeur des ressources humaines", Genève, 1992. 282 BIT : op. cit.
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    L'exemple le pluspertinent est celui de la méthode GMT (Grassroot Management Training, formation des travailleurs de la base à la gestion). Cette méthode a été conçue à l'attention des chefs d'entreprise du S.I., en majorité des femmes, qui en général possèdent un faible niveau d'instruction. Cette méthode fondée sur le jeu de rôle, consiste à montrer aux participants une centaine de dessins à l'aide d'un rétroprojecteur. Les dessins et croquis servent à expliquer certains principes de gestion extrêmement simples. Ils représentent généralement une me de quartier, un marché, un atelier, ce qui les rend faciles à comprendre pour les participants, qui ont tendance à s'imaginer dans les situations représentées par les dessins. Des questions essentielles, par exemple comment réagir aux sollicitations de la famille et des amis quiréclamentunepartiedesrevenus del'entreprise,commentgagner laconfiancedes clientset comment fixer les prix de vente, sont examinées en détail. Les experts du BIT ont formé des intervenants locaux qui, à leur tour, ont instruit les participants en utilisant les langues locales telles que le Wolof, le Haoussa et le Swahili. L'évaluation de la méthode GMT en 1992 a donné des résultats très intéressants. Elle a révéléqu'uncoursde moinsde deux semaines peutchanger les connaissances etles attitudes et le comportement de femmes chefs d'entreprise. Des indicateurs tangibles montrent que la formation a eu une incidence positive sur les entreprises intéressées. Enoutre,elleamontréquelesdéshéritéssontsouventprêtsàpayerlorsqu'ilssontsûrsde la rentabilité de leur investissement. Les participants n'ont en effet reçu aucune prime pour participer au séminaire. Au contraire, ils ont dû payer des frais d'inscription, et lorsqu'ils sont interrogés, 6 mois après la fin du séminaire, ils ont déclaré qu'ils étaient prêts à payer pour participer à un second stage de formation. Cette constatation est d'une importance capitale. CONCLUSION Une bonne formation de base complétée par des programmes de développement de compétencesetd'assistanceengestionestindispensablepourlabonnemarchedel'activitédans les entreprises du S.I.. Il ne s'agit pas seulement de rechercher la scolarisation ou l'alphabétisation d'un maximum d'individus pour le simple plaisir d'afficher des chiffres, car les taux de scolarisation ou d'alphabétisation n'ont qu'une signification relative dans les PVD (ne reflétant pas souvent les réalités sociales ou économiques). Il s'agit de faire en sorte que la scolarisation ou l'éducation de base intégrée puissent avoir une finalité économique et notamment aider le développement du SX. Les diverses expériences dans les villes africaines permettent de conclure que le programme d'autoformation assistée a bien répondu à sa mission de consolidation des emplois
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    précaires, de relèvementde niveau de production, de revenus de ses bénéficiaires. L'initiative de la base et la mobilisation des ressources locales constitue une méthode efficace pour promouvoir les entreprises du S.I. Voilà recensées les différentes expériences avec, pour chacune, ses faiblesses et ses mérites. Le but de cette étude n'était pas de les comparer les unes aux autres, ni de porter un jugement de valeur. Ce qui est plutôt intéressant à noter à travers ces études de cas, ce sont les objectifs poursuivis qui cherchent à limiter les dégâts, les faiblesses du système d'éducation et de formation. Certes ces expériencesnesontpeut-êtrepasles meilleures, cependant,dans la mesureoù elles ontpourbutd'atténuer lesinconvénientsdu système classique, et de répondre auxbesoins de formation du S.I., elles ont quelques mérites.
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    CONCLUSION DE LASECONDE PARTIE Le diagnostic du système d'éducation et de formation en Afrique au Sud du Sahara présent les limites suivantes : - la forte croissance démographique dans ces pays se traduit par une augmentation énorme des effectifs scolaires. Cette forte croissance des effectifs scolaires rend le coût du développement du capital humain prohibitif ; - l'inadéquation du système éducatif avec le système productif, la structure éducative étant calquée sur le modèle occidental (pyramidal), dont l'université constitue le sommet. Celle-ci a pour conséquence fréquente de nos jours, un chômage croissant des diplômés qui nous amène à la nécessité de réfléchir et de réformer le système."L'heure est venue aussi de comprendrequel'État,lesinstitutionsetlescentresdeformationdansl'entreprisenesontquela partie visible de l'iceberg de l'acquisition des qualifications professionnelles. Il est temps d'en mieuxconnaître,valoriser et apprécier lapartieinvisible, à savoirla formation extra-scolaireet non formelle, qui est le seul recours des nombreux laissé-pour-compte du coûteux système d'enseignement moderne" 283 . Nous avons vu dans la première partie de l'étude que l'expansion des emplois dans les activitésmodernes, àelleseulenesauraitsuffireàintégrerlamajoritédelapopulationdansdes emplois productifs et bien rémunérés ; la question ouverte est donc celle de la formation de la main-d'œuvre dans les secteurs attardés de l'économie, dont le secteur informel. Comme nous l'avons évoqué, les Etats d'ASS sont contraints de subir des politiques successives d'ajustement structurelle, celles-ci les conduisent à réduire les dépenses publiques. Les dépenses du Ministère de l'Education étant excessives, il convient dès lors d'évaluer l'efficacitédesessystèmesetdesesinstitutions.C'estpourquoi,commelesouligneBAS(D.)284 la comparaison des résultats obtenus pour chaque dollar supplémentaire investi dans une institution et pour chaque dollar investi dans l'amélioration du fonctionnement de la partie cachée de l'iceberg (apprentissage traditionnel, organisation non gouvernemental, développement communautaire, formation-production, etc.) devient une question essentielle. Siladéfinitiond'unepolitiqueappropriéed'éducationetdeformationprésentel'avantage d'accroître les possibilités de l'évolution des activités, les avantages à tirer d'uneréduction des inégalités ne sont pas moins importants. En effet, moins l'entrepreneur est scolarisé ou formé, plussonactivités'assimileàunesimplepréoccupationde"survie",etce,quelquesoitleniveau du capital investi. Ceci dans la mesure où la plupart du temps les revenus dérivés des activités 283 BAS (D.) : "La formation dans les pays en développement : quels sacrifices pour quels résultats", Problèmes économiques, n°2086,10 août 1988. 284 BAS (D.) : Op.cit.
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    informelles sont entièrementou presque auto-consommés, même lorsque les investissements supplémentaires sont possibles. Les artisans confondent dans la plupart des cas le chiffre d'affaires de l'activité avec leurs propres revenus. Une meilleure accession à l'éducation et à la formation est indispensable non seulement pourpermettreunchangementdementalité,maisenpluspourunebonnedéfinitiondel'activité (occupation de "survie" ou de "performance" à capital technique égal). L'apprentissage sur le tas dans le S.I. connaît toujours autant de succès. Selon le BIT, 84% des petits employeurs des pays africains francophones ont appris leur métier selon un apprentissagetraditionnel.285 Ilsoutientbienlacomparaisonaveclaformationtechnique detype scolaire, qu'il s'agisse de la qualité de l'enseignement ou du nombre de personnes ayant trouvé un emploi après la formation. D'autre part l'apprentissage traditionnel est beaucoup plus économique. Malheureusement, la formation est dans la plupart des cas superficielle, incomplète et peu systématique. Elle n'accorde souvent que peu d'importance à l'enseignement théorique et ne permet pas de comprendre les techniques modernes, sans parler des concepts abstraits. Notre préoccupation est de savoir si l'apprentissage traditionnel pourrait être amélioré pour constituer une solution rentable et efficace aux problèmes d'éducation et formation de la Centrafrique en proie à la crise. Il conviendrait de tenir compte du fait que la société ne pourra pas compter sur la bonne volonté des artisans si les interventions menacent leurs propres moyens d'existence. Si les pouvoirs publics souhaitent appuyer la formation, ils devront rembourser aux artisans les frais supplémentairesqu'ilsleur imposent. En effet,si les fraisqu'entraînela formationd'un apprenti sont supérieurs aux revenus qu'engendre le travail de ce dernier, les artisans s'arrêteront tout simplement d'engager les apprentis. Les artisans qui employaient des apprentis passaient environ 10% de leur temps à les former. En se basant sur le revenu moyen des artisans, il serait facile de déterminer le montant de la subvention qu'il conviendrait de leur accorder pour rémunérer leur travail de formateurs. Si les pouvoirs publics souhaitent que les artisans consacrent 10% supplémentaires de leur temps pour améliorer leur formation, ces derniers seraient en droit d'attendre une compensation pour l'effort supplémentaire. D'après de simples estimations le coût par apprenti continuerait d'être largement inférieur à ce que coûterait une personne placée dans un centre de formation officiel. 285MALDONADO (C.) : "Les petits producteurs urbains d'Afrique francoplione", BIT, Genève, 1987.
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    Il conviendrait dechoisir avec soin les maîtres artisans qui pourraient bénéficier des subventions et leur octroi devrait être lié à l'élévation du niveau de la formation dispensée. Les subventions ne pourraient être attribuées que si les artisans améliorent leur technique de formation et si celle-ci est satisfaisante. Les subventions pourraient être versées en espèces ou sous forme de matières premières fournies aux artisans à un prix réduit. Ces subventions pourraient également comprendre l'argent de poche des apprentis. Au Nigeria, par exemple dans le secteur de la menuiserie et celui de l'habillement, la formation des apprentis rapporte désormais davantage à l'artisan que sa propre affaire. De tels ateliers sont pratiquement devenus de véritables institutions de formation. Certainesinstitutions modernes deformation en Afrique ont ainsi comprisque l'amélioration de la formation dispensée dans le Si. passait par une collaboration avec les organisations qui ont déjà établi des contacts avec les travailleurs et les entreprises de ce secteur. Citons par exemple le cas ivoirien de la gestion des entreprises (CIGE) à Abidjan et l'Institut panafricain pour le développement (IPD). Ces deux institutions collaborent étroitement avec des ONG telles que le Centre international des femmes africaines pour le développement (CIFAD) et Inades-Formation. En Zambie (1988), l'Institut de perfectionnement des cadres a lancé, en étroite collaboration avec des associations de travailleurs et de chefs d'entreprises, un programme de formation à la gestion à l'attention des chefs d'entreprises du SI. Concernant l'amélioration de l'apprentissage traditionnel, les systèmes de taxes servant à financer l'apprentissage ont généralement eu des résultats positifs. Ils ont permis d'opérer une redistribution des ressources entre les principaux bénéficiaires et de sensibiliser toutes les parties prenantes à la problématique de la formation. Concernant les acteurs du S.I., les pouvoirs publics devraient orienter et coordonner en laissant le soin de l'exécution des programmes aux organisations de base. L'État doit jeter un pont entre le système formel de formation professionnelle et l'apprentissage traditionnel. La Centrafrique doit pousser loin la réflexion sur la fusion des programmes de formation professionnelleetl'apprentissagetraditionnel.Lespetitsentrepreneursquiconsacrentdutempsàla formation des apprentis peuvent être sélectionnés, conseillés et contrôlés sur le plan pédagogique afindeseperfectionner.Lesparentsdesenfantsseraientdelasorteamenésàrechercherlesartisans agréés et subventionnés qui présentent une garantie. La formation sur le tas dans le SI. Doit être considérée comme un réel investissement. En d'autrestermesleprocessusdeformationnedoitpasintervenirponctuellementpourfairefaceàdes restructurations, mais il doit être une stratégie au niveau national. Élaborer des formations en fonction du système de production suppose développer, chez les individus intéressés, la capacité d'appréhender l'ensemble des processus de production.
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    L'une des caractéristiquesdu S.I. est sa faible productivité, toutefois durant cette période de crise, celui-ci a joué un rôle de premier ordre dans l'absorption des rebuts du système moderne et des laissés-pour compte ; il est nécessaire de se pencher sur la question de son devenir. Toujours est-il que le système d’éducation en place ignore ce secteur. Comment les structures peuvent contribuer à créer des compétences et des motivations nouvellespourcettefrangedelapopulation,tantauniveaudel’accèsàcesecteurqu’àceluideson fonctionnement ? On dénonce les vices des comportements de la main-d’œuvre du S.I., à savoir sa faiblesse de rendement, son manque de qualification, son instabilité… sans doute CES caractéristiques peuvent-elles s’exprimer, en grande partie, par des facteurs économiques et socioculturels. Il est évident que l’insuffisance de la formation technique en aggrave les manifestations. Dans les villes africaines une masse de gens inadaptés aux tâches des entreprises modernes, manque de formation professionnelle. A ce titre, des expériences de formation professionnelle, souvent assistées d’une aide internationale, a retenu notre attention. L’importance de l’effort réalisé reste faiblepar rapport auxbesoinsetsanaturedemandeàêtreclairementdéfinieparlespolitiquesmacro-économiques.Il faut développer la culture technique afin que chaque secteur puisse se situer dans l’activité productive. En définitif, il se relève nécessaire de mettre en place une politique de formation visant non seulementàtransformerlesqualificationsindividuelles,maisaussiàaccompagnerleschangements dans l’organisation des unités informelles dans leur ensemble.
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    Bien que lesecteur informel ait suscité un débat théorique marqué par de nombreuses controversesetdesincertitudesquantàsadéfinition, ilestpermisd'avancerquelesactivités informelles jouent un rôle considérable dans les milieux socio-économiques de l'Afrique au suddu Sahara. Loin d'être dominées ou subordonnées au secteur formel comme le soutiennent certains auteurs, nous pensons plutôt qu'elles sont des activités mixtes de transition qui jouent des rôles positifs en matière d'emploi, de distribution de revenu et de formation de la main-d'œuvre. Pour le BIT, 60% d'emplois en Afrique subsaharienne seraient des emplois informels. Nous avons voulu examiner les fondements théoriques de l'hypothèse selon laquelle le S.I. constitue la problématique d'une nouvelle stratégie de développement. Malgré les implicationssous-jacentesquilimitentlaportéedelanotionduS.I.,nousestimonsque celle-ci présenteunintérêtpuisqu'ellerelèvedepréoccupations en matièrededéveloppement.En effet l'analyse de son rôle dans ces économies montre : que les entrepreneurs ont généralement un niveau d'instruction très bas ; mais on note aussi l'arrivée croissante des jeunes instruits ; quelecapitaltechniquenécessaireesttrèsvariable,ilpeutallerdemoinsde5000FCFA dans les services et la production alimentaire, à des sommes avoisinant le million de FCFA dans la réparation de véhicules ; que le petit entrepreneur fait généralement appel à son épargne ou à la famille élargie (70%descas).Parcontrepourdessommesimportantes lemoyenleplusutiliséestlerecoursà une association d'entraide dont la tontine constitue la forme la plus répandue. La tontine joue un rôle très important dans le S.I. Celle-ci joue également le rôle de "banque de prêt" et d'organisme d'assistance en cas de maladie, décès... S'agissant du lieu où s'exercent les activités nous retiendrons que les quartiers et les marchés sont leur endroit de prédilection. Un grand nombre de ces activités sont non sédentaires et sont de ce fait mal localisées. Les entrepreneurs retirent de leurs activités des revenus généralement supérieurs au salaire minimum. Les apprentis reçoivent généralement une formation satisfaisante et perçoivent des rémunérations en nature ou en espèces. Les ouvriers ont un sort nettement meilleur puisque une grande proportion gagne le salaire minimum légal. Les problèmes de dynamisation des activités informelles sont liés aux rapports qu'elles entretiennent avec leur environnement, d'où le rôle de l'État, puisque c'est ce dernier qui définit la politique économique de la nation. C'est en effet l'État qui définit les grandes options, tant en matière de fixation des prix, de la formation, de la fiscalité que de la réglementation de ces activités.
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    Le mérite dela formation sur le tas dispensée dans le S.I. est de rendre aux jeunes l'estime et le goût du travail, tout ceci facilitera leur adaptation aux formes nouvelles de l'économie, améliorera les conditions d'existence des familles, constituera par le fait même un remèdeindirectmaisactifàlacrisedusystèmedeformation.Lesystèmed'apprentissageaune double importance comme nous le souligne HAROLD286 : - il assure, sans bourse déliée de la part des pouvoirs publics, la formation professionnelle de la majorité de la population active ; - l'apprentissage assure une fonction sociale d'intégration des jeunes dans la vie active en réduisant de la sorte un peu l'ampleur de la délinquance urbaine. L'apprentissage dispensé dans le SI est aussi dans certains cas une obligation morale, il évite à l'enfant de tomber dans la délinquance. Les travaux287 du BIT et de l'OCDE ont révélé qu'un bon nombre de gens s'orientent vers les métiers les plus attrayants offrant plus de débouchés.La formation dispensée dans le SX, de par sa conception, peut être envisagée comme un remède à l'inadaptation dusystème de formation, qui développe trop peu legoûtdu travail manuel. L'absence de l'élément "théorie" dans l'apprentissage dans le S.I. empêche le système de progresser. Les programmes actuellement mis en œuvre en Afrique, outre le fait qu'ils sont superficiels et fondés sur la communication verbale, n'enseignent ni à lire, ni à écrire, ni à calculer mais le plus souvent à apprendre des pratiques et des techniques qui sont déjà très répandues dans le secteur considéré. Or la modernisation technique, qui s'impose, passeparl'acquisitiondeconnaissances et de compétences nouvellesadaptées àlasituationdu pays. Aussi est-il d'une urgente nécessité d'allier l'ancien système traditionnel au système moderne, etd'en fairelesdeuxpiliers d'unsystèmenouveau etdualiste.Le meilleurmoyend'y parvenir est de compléter la formation actuelle sur le tas par des cours théoriques, et de payer les maîtres-artisans pour qu'ils améliorent leurs méthodes de formation. Une bonne politique d'éducation formation est indispensable pour que s'opèrent des changements dans la manière de concevoir, dans les méthodes et dans l'organisation des choses. Si l'acquisition des techniques permet certes de fabriquer et de transformer des produits,ellenepermetriencependantcontrelesidéesetleshabitudes. L'accessionauprogrès économique et social est subordonnée au changement des mentalités dans la mesure où une mentalitérétrograde(fatalismeparexemple)nesemblepascapabledesaisirlesensduprogrès et d'orienter les événements. A l'heure actuelle on insiste trop sur l'acquisition mécanique de connaissances, au lieu de chercher à développer la souplesse d'esprit et à éveiller la curiosité. Cet objectif ne peut être atteint qu'en mettant l'accent sur un enseignement qui apprenne aux élèves à résoudre eux-mêmes les problèmes, ce qui est d'autant plus important que la grande majorité d'entre eux vont devoir, au sortir de l'école, 286 HAROLD et LUBELL : "Le secteur informel dans les années 80 et 90", OCDE, 1991. 287Enquêtes BIT op. cit. page 251, OCDE. : Op. cit. page 248.
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    inventer eux-mêmes lesmoyens de gagner leur vie puisqu'ils feront partie des travailleurs indépendants. La façon la plus simple d'aborder le problème de la formation générale pour le S.I. consisterait à ne pas apporter de changement essentiel à la structure de l'enseignement. Le système classique continuerait à dominer mais on redoublerait d'efforts pourtrouverdesmoyensdemettreenplace desprogrammesextra-scolairesappropriés afin d'accroître l'efficacité du système dans son ensemble. Ce qu'il faut maintenant c'est renforcer lesprogrammesextra-scolairesexistantsetmettreenplacedesprogrammesnouveaux,liésaux besoins parfaitement étudiés. Insister sur l'éducation extrascolaire ne signifie pas réduire l'importance accordée à l'enseignement institutionnalisé. C'est simplement affirmer que les occasions d'apprendre et de se former doivent être étendues et offertes aux délaissés du SX. Une telle conception met en évidence "l'œuvre inachevée" du système formel et considère l'éducation et la formation scolaire et extra-scolaire comme associées, indispensables l'une à l'autre. Les programmes extra-scolaires peuvent prendre la relève de l'enseignement scolaire en offrant une formation pré-professionnelle aux jeunes qui ont prématurément quitté l'école ou une formation en cours d'emploi visant à donner à ceux qui sortent de l'école des compétences pratiques nécessaires. Les travaux sur l'éducation et la formation extra-scolaire nous donnent d'intéressants aperçus. Ils reposent sur une hypothèse principale sujette à caution dans la situation qui est celle du SX Cependant, le pourcentage des budgets nationaux consacrés à l'éducation et à la formation s'épuise et diminue rapidement en période de crise. Il est vrai qu'on pourrait trouver d'autres sources de financement pour l'enseignement extra-scolaire principalement dans le secteur privé de l'économie, mais il est probable que toute augmentation appréciable des ressources publiques consacrées à l'enseignement extra-scolaire devra avoir Heu aux dépens du système scolaire. La pénurie des ressources pendant ces périodes d'ajustement structurel devientsigravequelesformesd'enseignementautresqueformelvontdevenirdesconcurrents de plus en plus acharnés pour l'octroi des moyens financiers. Les politiques éducatives devraient inscrire au premier rang de leurs objectifs stratégiques la généralisation de l'éducation de base, sous des formes diversifiées en fonction des possibilités et des besoins. Par conséquent, des rapports étroits entre l'enseignement régulier et l'enseignement extra-scolaire deviennent une nécessité. L'instruction extra-scolaire et l'enseignement régulier devront donc s'articuler de façon continue pour prospérer en ce que chacun a de meilleur. L'une des formules possibles est "l'éducation récurrente", système qui unit les éléments de l'instruction et de la formation du type scolaire et extra-scolaire en un temps cohérent, de manière à les faire alterner avec le travail selon les motivations et les possibilités d'emplois. La raison d'être de celle-ci est de
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    donner beaucoup desouplesse à l'enseignement qui fait suite àl'instruction de base, pour qu'il puisse s'adapter facilement à l'évolution du marché de l'emploi. Il est souvent question d'antinomie entre la notion d'équité et celle de l'efficacité, pourtant ce serait une solution tout à fait efficace et équitable que de modifier la répartition des crédits destinés à l'enseignement pour accorder une plus grande partie à l'instruction de base et créer des institutions de "seconde chance". En dernier lieu, la recherche scientifique et technique doit être stimulée et orientée essentiellementdanslesdomainesayantdesretombéeslocales,dontcellesdu S.I.Acetégard, une coopération à l'échelon régional ou international est indispensable pour minimiser les coûts et harmoniser les recherches. Il faudra donc substituer aux transferts de technologies Nord-Sud, de nouveaux flux Sud-Sud en réduisant le recours au Nord aux seuls cas où la technique n'existe pas dans les pays africains. Les pays d'Afrique subsaharienne manquent d'hommes si l'on considère le personnel qualifié qu'il leur faudrait pour parvenir au stade de "décollage". Mais l'investissement humain s'apprécie de façon moins nette, moins directe, moins immédiate que les autres. Plusieurs domaines peuvent être abordés : calcul de coût, évolution de son efficacité, contribution à la croissance, problème de financement... Tous impliquent l'établissement d'une stratégie. Mais on peut ordonner les préoccupations selon deux tendances réciproques puisque d'une part les besoins de ce secteur dépendent des structures, des retards et du niveau de développement du pays, et que, d'autre part, les dépenses éducatives ont, à court terme comme à long terme, une influence déterminante sur la situation économique.
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    Vu Le Directeur dela thèse Vu et permis d'imprimer A Toulouse, le Le Président de l'Université
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    — Page 345— LISTE DES ABRÉVIATIONS AMIRA : Amélioration des Méthodes d'Investigation et de Recherche Appliquées au développement BEAC : Banque des Etats de L'Afrique Centrale BIRD : Banque International de Recherche et de Développement CEAN : Centre d'Etudes d'Afrique Noire CEJEE : Centre d'Etudes Juridiques et Economiques de l'Emploi CEPE : Certificat d'Etude Primaire et Elémentaire CERDI : Centre d'Etudes et de Recherche sur le Développement International CIADFOR :Centre Inter-Africain pour le Développement de la Formation Professionnelle CIFAD : Centre International des Femmes Africaines pour le Développement CIGE : Centre Ivoirien de la Gestion des Entreprises CNPP : Centre National de Perfectionnement Professionnel DRHCI : Département du logement rural et des industries de village DSEE : Direction des Statistiques et des Etudes Economiques EPC : Ecole de Promotion Collective FCFA : Franc de Coopération Financière en Afrique GEMDEV : Gis Economie Mondiale, Tiers Monde, Développement GMT : Grassroot Management Training ICCES : Centres communautaires intégrés pour rutilisation des compétences IEDES : Institut d'Etude du Développement Economique et Sociale IFM : Institut© of Finance Management IPD : Institut Panafricain pour le Développement IPGP : Institut de Productivité et de Gestion Prévisionnelle (Bamako) 1TM : Initiation au Travail manuel IUED : Institut Universitaire d'Etude et de Développement KH : Capital Humain
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    OCDE : Organisationde Coopération et Développement Economique OCSS : Office Centrafricaine de Sécurité Sociales OIT : Organisation Internationale du Travail PECTA : Programme des Emplois et des Compétences Techniques en Afrique ONG : Organisation Non Gouvernementale ONIFOP : Office National Interprofessioimel de Formation et de Perfectionnement ONMO : Office National pour la Main d'Oeuvre ORSTOM : Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-mer PIB : Produit Intérieur Brut PME : Petite et Moyenne Entreprise PNB : Produit National Brut PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement PVD : Pays en Voie de Développement RCA : République Centrafricaine SI : Secteur Informel SM : Secteur Moderne SMIG : Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti TYDEF : Tanzanian Youth Development Fund UMOA : Union Monétaire Ouest Africaine UNESCO : Organisation des Nations Unis pour l'Education et la Culture UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l'Enfance USADD : Agence des Etats Unis pour le Développement International VA : Valeur Ajoutée
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    BIBLIOGRAPHIE Cette bibliographie s'articuleautour de deux types de références : d'un côté les ouvrages y compris les thèses et d'un autre côté les articles. I. OUVRAGES AD AIR Ph. : "L'économie informelle", Anthropos, Paris, 1985. ADDISON T, DEMERY L : "The social dimension of structural adjusunent in Sub Saharan Africa", 3 volumes, World Bank, Washington DC, 1990. AGOUMARA T. : "Education et développement : essai d'analyse prospective du système éducatif centrafricain", U.E.R. études internationales et développement, Toulouse I, 1987. ARCHAMBAULT-GREFFE : "Les économies non officielles", La Découverte, Paris, 1984. ASSOGBAVI K. : "Contribution à l'étude du développement du secteur informel", Thèse nouveau régime en Sciences Economiques , Lille 1988. BABACAR THIAW.: "Ajustement structurel et alphabétisation au Sénégal", UNESCO, Dakar, 1993. BACKINY P., KINGNE A.,ROUBAUD F. : "Le secteur informel à Yaoundé- Principaux résultats", DIAL-Paris et DSCN-Yaoundé, 1993. BANQUE MONDIALE : "Rapport sur le développement dans le monde", Washington, DC, 1978. BANQUE MONDIALE : "Le développement accéléré en ASS", Washington DC, 1981. BANQUE MONDIALE : "Rapport sur le développement dans le monde", Washington DC, 1994. BANQUE MONDIALE : "L'ajustement en Afrque : Réformes, résultats et chemin à parcourir", Washington DC, 1993. BANQUE MONDIALE : "Congrès mondial sur l'éducation pour tous, Jomtien", Thaïlande, 1990. BARAMPANA A. : "Enquête sur le profil technologique des micro-entteprises du secteur métallique de Kigau et Butare", WEP. 2.22/WP.179, 1987.
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    Annexe 1 Carted'identité de la RépubliqueCentrafricaine : données générales et données économiques. Annexe 2 Méthode et résultats du recensement des unités économiques de Bangui. Annexe 3 Résultats de l'enquête sur le secteur non structuré "moderne" : distribution des unités économiques par secteur et catégorie d'activités et extrapolation pour reconstituer l'univers considéré suivant la ville (fréquences absolue et relative). Annexe 4Evolution du salaire minimum officiel réel, 1970-1986. Annexe 5Productivité du travaildans le secteur informel. Annexe 6Les différentes approches du secteur informel en France. Annexe 7Tableaux enquête personnelle. Annexe 8Les projets d'appui au secteur informel. ANNEXES
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    Annexe 1 CARTE D'IDENTITÉDE LA RCA DONNÉES GÉNÉRALES Superficie 623 000km2 Circonscriptions Etendue {moyenne) Capitale Bangui 90km2 Préfectures 16 38 937 km2 Sous-préfectures 52 11930km2 Postes de contrôle administratif PCA 11 Population Population totale 2 900 000 hab. Population rurale 67% 1 943 000 hab. Population urbaine 33% 957 000 hab. Taux de croissance démographique 2,5 % Tranches d'âges -15 ans 43% 15 - 59 ans 46,4 % + 60 ans 3,6 % Taux d'alphabétisation 40% Espérance de vie 49 ans Répartitions religieuses Animistes 46% 1334 000 Athées 24,3 % 704 700 Catholiques 15,7 % 455 300 Protestants 14% 406 000 Santé Hôpitaux et centres de santé Capacité Publics 370 3 684 Privés 82 580 Personnels de santé Nationaux Expatriés Médecins 108 46 Pharmaciens 18 1 Dentistes 3 3 Infirmiers 1 138 - Autres 155 41
  • 361.
    Éducation Ecoles Classes Enseignement Fl370 3 899 Enseignement secondaire 46 581 Enseignants permanents Préscolaire 14 F1 3 581 Secondaire 1 149 Supérieur 79 DONNÉES ÉCONOMIQUES Population active 46 % 1 334 000 Agriculture 66% 880 400 Services 23% 306 820 Industrie 11% 146 740 P.N.B. 312 $/hab. 78 000 F.CFA P.I.B. Coût facteur prix 1984 (milliards F. CFA) Secteur primaire 123,98 Agriculture 45,63 Élevage 46,67 Autres 31,68 Secteur secondaire 47,33 Industrie 29,57 Miiies 10,74 Eau-électricité 1,36 Construction 5,67 Secteur tertiaire 119,47 Services privés 78,33 Autres 4,54 Administration 41,14 Nombre d'entreprises (1990) 233 Agriculture 14 Industrie 39 Eau-électricité 29 Bâtiments T.P. 29 Commerces 84 Transport-télécommunications 15 Finances-imm obilier 20 Autres 30
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    1989-1990 1990-1991 Coton graines28 486 32 000 Café marchand 5 104 nd Tabac 415 500 Manioc 246 742 nd Arachides 110451 nd Maïs 67 913 nd Sésame 17 227 nd Mil et sorgho 55 990 nd Paddy (riz) 14 888 nd Courge 16 266 nd Tubercules 445 405 nd Oléagineux 143 943 nd Légumes 63 879 nd Fruits 78 905 nd Cheptel (en milliers de têtes) Bovins 2 700 Caprins 1 175 Ovins 97 Porcins 386 Volailles 2 585 Diamant et or Diamant (1) 1989 1990 1991 Quantité produite 447 676 452 340 427 000 Quantité exportée 443 740 449 200 425 000 Valeur d'exportation 21774 19 400 14 900 Taxe / exportations 2 124 2 150 2 034 Valeur ajoutée 9 678 9 796 9 268 Pourcentage du PIB 3,85 3,89 3,68 Or (2) 1989 1990 1991 Quantité produite 328 240,8 nd Quantité exportée 293 235 nd Valeur d'exportation 817 765 nd Taxe / exportations 41 38 nd Valeur ajoutée 630 589 nd Pourcentage du PIB 0,22 0,20 Nd (1) Quantité en carats (diamants) (2) Quantité en kilogrammes (or) Valeurs en millions F. CFA Principales productions agricoles (en tonnes)
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    Balance commerciale__________________________________________________ 1989 Exportations FAB47,2 Importations FAB 59,3 Différence - 12,1 Sources : L'économie centrafricaine en quelques chiffres. DSEE, Ministère de l'économie, du plan et de la coopération internationale, novembre 1990. Les entreprises industrielles et commerciales en Centrafrique. DSEE, Ministère de l'économie, du plan et de la coopération internationale, août 1990. Centrafrique : Collection Études et Documents Ministère français de la coopération et du développement, Paris. 1990 1991 41,1 37,1 57,6 55,1 - 16,5 18,1
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    Annexe 2 MÉTHODE ETRÉSULTATS DU RECENSEMENT DES UNITÉS ÉCONOMIQUES DE BANGUI (Direction des Statistiques et des Études Économiques, Bangui, mars 1990) Le recensement des établissements vise en particulier à fournir la répartition de la main-d'œuvre par branche d'activité et par taille des établissements, quelle que soit la taille. Le recensement doit donc être exhaustif. Une règle impérative pour les agents recenseurs est l'exhaustivité de l'opération : le ratissage du territoire doit être complet et il ne doit y avoir en principe aucune exception. L'agent recenseur n'a pas à décider que tel îlot résidentiel ne contient pas d'activité sans l'avoir vérifié au préalable en faisant le tour. Il en est de même de la précision des informations recueillies. Étant donné que le recensement doit aussi servir de base de sondage, il importe qu'une entreprise recensée puisse être facilement retrouvée : cela signifie que le nom de la personne ou la raison sociale de l'entreprise et son adresse ou les points de repère permettant de retrouver l'établissement doivent être notés avec toute la précision voulue. Aux exceptions près mentionnées plus haut, toutes les activités économiques, qu'elles s'exercent dans un local ou dans la rue, sont saisies. Le remplissage du questionnaire amène l'enquêteur à interroger le chef d'entreprise (ou une personne habilitée). Le ratissage du terrain par les agents recenseurs se fait sur la base d'un découpage préétabli. L'unité géographique de base est l'îlot. L'îlot est défini comme un groupe de bâtiments entouré par des rues, et non traversé par des rues. Un ou plusieurs îlots constituent un secteur. Ces secteurs sont déterminés lors du découpage. Les 8 arrondissements sont donc découpés en secteurs, lesquels sont constitués d'îlots. L'ensemble de la zone délimitée par les barrières douanières mais qui se trouvent hors de la commune de Bangui constitue un 9ème arrondissement (fictif) lequel est également découpé en secteur. Le recensement se réalise sur terrain en étroite collaboration avec les autorités locales : chefs de quartiers, chefs de marchés... Avant de sillonner un quartier on prend donc contact avec le chef de quartier. Chaque enquêteur se voit affecter un groupe de secteur. Son travail s'en trouve simplifié : il reste plusieurs jours dans la même zone et peut donc en apprendre plus
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    facilement l'organisation géographique.En outre cela réduit au minimum le nombre d'interlocuteurs des autorités locales, ce qui semble souhaitable. L'enquêteur sillonne le secteur îlot en prenant bien soin de rayer sur la carte qu'il a à sa disposition les îlots recensés. Il ne doit pas s'introduire dans les locaux d'habitation en général. Il ne cherche à s'introduire dans un local que si un indice extérieur (plaque, pancarte, type de local, traces d'activité devant le local...) révèle une activité économique, ou si l'accompagnateur le lui indique. Le principe général consiste à recenser les activités sur leur lieu d'exercice. Il y a cependant des cas particuliers. Les chantiers ne feront pas l'objet d'un recensement, car une entreprise peut avoir un nombre très variable de chantiers en cours selon les époques, et un chantier n'a pas le statut d'établissement. Aussi un certain nombre de corporations seront recensées au siège de l'entreprise uniquement, qui sera souvent pour les entreprises individuelles le lieu de résidence de l'entrepreneur. Comme il ne s'agit pas de s'introduire dans tous les locaux d'habitation, il faudra que l'agent recenseur s'appuie sur les renseignements du chef de quartier et des personnes rencontrées sur son parcours. Un des travaux de l'agent recenseur consistera donc à se renseigner systématiquement sur l'existence d'entrepreneurs des corporations concernées dans le secteur qu'il parcourt. Ces corporations sont les suivantes : entrepreneurs du bâtiment, plombiers, électriciens, couvreurs, peintres, réparateurs à domicile d'appareils électroménagers, et autres prestataires de service àdomicile (animateurs, musiciens...). En ce qui concerne le cheminement des agents recenseurs dans les quartiers, la situation se présente différemment dans les secteurs bien lotis et les zones d'urbanisme "sauvage" où les rues et les chemins ne se distinguent pas toujours nettement des simples sentiers, comme par exemple dans le 8ème et le 9ème arrondissement. Secteurs bien lotis : dans les secteurs bien lotis, il existe des îlots bien délimités. Dans chaque secteur l'enquêteur procède îlot par îlot. L'enquêteur fait le tour de chaque îlot dans le sens des aiguilles d'une montre (l'îlot se trouve donc sur la droite). Il recense les activités depuis le bord de l'îlot, puis l'agent recenseur s'enquiert de l'existence d'activités économiques à l'intérieur de l'îlot, invisibles de l'extérieur. Souvent les artisans installés en retrait dans la rue se signalent par l'exposition de quelques uns de leurs produits sur le bord de la route, mais ce n'est pas toujours le cas. Il faut donc s'efforcer de parcourir tous les passages publics de l'îlot, et se renseigner sur l'existence d'ateliers ou d'échoppes situées à l'intérieur de l'îlot. Lorsqu'un îlot est terminé, c'est-à-dire lorsque l'enquêteur revient à son point de départ, l'enquêteur mentionne sur sa carte en rayant l'îlot concerné. Dans les zones non loties : les îlots ne sont pas toujours bien délimités. Le principe consiste alors, dans ce cas, à parcourir toutes les rues et tous les passages. Lorsqu'il s'agit
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    d'une me délimitantun secteur, l'enquêteur ne recense les activités que du côté de la rue appartenant au secteur. En revanche, si la rue est intérieure au secteur, l'enquêteur s'intéresse aux deux côtés de la rue. Pour ne pas oublier des rues ou passages, il faut s'aider de la carte en marquant au fur et à mesure tous les endroits parcourus, et s'appuyer sur les indications des habitants. L'agent recenseur doit en outre préciser lui-même sur la carte l'ordre dans lequel il a parcouru les voies, en partant des numéros sur la carte, aux extrémités des voies et aux embranchements et bifurcations. Il faut que l'on puisse retrouver avec précision le chemin parcouru par l'agent recenseur. En outre, ici encore, l'enquêteur doit s'enquérir de l'existence d'activités économiques en retraits de la rue ou du passage qu'il parcourt. Dans les marchés, l'enquêteur prendra contact avec le chef de marché et se fera accompagner de celui-ci si possible. Un marché constitue un secteur particulier.
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    SECTEUR SECTEUR ENSEMBLE MODERNEINFORMEL 1000 AGRICULTURE,ELEVAGE 4 1,6 % 65 0,3% 69 2000 INDUST.EXTRACTIVES 0 0,0% 25 0,1% 25 3000INDUST. M ANUF ACT 29 11,6% 1141 5,8% 1170 3100 Pdts alim.Boisson,Tabac 11 4,4% 1 343 1,8% 354 3121 Broyage et l°prépa 4 1,6% 300 1,5% 304 3122 Boulangeries,Patisseries 4 1,6% 6 0,0% 10 3200 Textiïe,Habillement,Cuirs 2 0,8% 427 2,2% 429 3231 Couture à façon 1 0,4% 0 0,0% 1 3300 Industries du bois,Meubles 7 2,8% 260 1,3% 267 3320 Fabrication de meubles 2 0,8% 162 0,8% 164 3330 Vanneries Natteries 0 0,0% 32 0,2% 32 5000 B.T.P 12 4,8% 47 0,2% 59 6000 COMM.HOT.RESTAU 159 63,9% 17772 90,8% 17931 6100 Commerce de gros 33 13,3% 114 0,6% 147 6200 Commerce de détail 110 44,2% 14544 74,3% 14654 6201 Cigarettes et tabacs 1 0,4% 891 4,6% 892 6203 Produits de 1 nécessité 15 6,0% 1445 7,4% 1460 6204 Alimentation générale 8 3,2% 455 2,3% 463 6205 Fruits,légumes,Manioc 1 0,4% 4007 20,5% 4008 6206 Condiments,Epices 2 0,8% 2043 10,4% 2045 6207 Boulangeries,Patisseries 4 1,6% 472 2,4% 476 6208 Boucheries,Charcuteries 2 0,8% 482 2,5% 484 6209 Poissonneries 0 0,0% 316 1,6% 316 6211 Boissons 17 6,8% 1503 7,7% 1520 6212 Textiles,Habillement 8 3,2% 702 3,6% 710 6213 Chaussures 0 0,0% 276 1,4% 276 6216Hygiène et soins 4 1,6% 228 1,2% 232 6232 Meubles 4 1,6% 71 0,4% 75 6234 Auto,Cycles,Pièces détachées 4 1,6% 71 0,4% 75 6300 Hotels,Cafés,Restaurants 16 6,4 3114 15,9% 3130 6304 Restaurants,Gargottes 3 1,2% 143 0,7% 146 6305 Brochettes,Beignets,... 1 0,4% 2828 14,5% 2829 7000 TRANSP.TELECOM 8 3,2% 2 0,0% 10 8000 SERV.AUX ENTREPRISES 8 3,2% 3 0,0% 11 9000 SERV.A LA COLLECTIVITE 29 11,6% 515 2,6% 544 9517 Mécanique autos,motos,vélo 2 0,8% 67 0,3% 69 9519 Réparation pneus 2 0.8% 35 0,2% 37 9591 Sal.de coif.&inst.de beauté 3 1,2% 69 0,4% 72 ENSEMBLE DES ACTIVITES 249 100% 19570 100% 19819 Tableaun°l:DENOMBREMENTDESUNITESPARBRANCHEETPARSECTEUR
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    Annexe 6 LES DIFFERENTESAPPROCHES DU SECTEUR INFORMEL EN FRANCE Les équipes de l'ORSTOM / INSEE (CHARMES et Al) Bordeaux I (M. PENOUIL, J.-P. LACHAUD et Al) L'IEDES (Ph. HUGON et Al) ont mené des enquêtes et développé des méthodologies macro-économiques répondant à des problématiques différentes des travaux du BIT, mais qui n'infirment pas la conceptualisation de celle-ci. L'équipe de CHARMES Elle travaille principalement sur les activités informelles de production dans les pays du Maghreb, du point de vue de l'emploi, de la valeur ajoutée et des revenus. Avec comme objectif, l'évaluation de la part du S.I. dans le PIB de la Tunisie (+ 10 %). L'enquête permet de montrer : - L'importance du S.I. pour un PVD en liaison avec des pourcentages élevés en P.E. A. (Population Economiquement Active) et le niveau du PIB généralisée. - Des revenus tirés du S.I. sont supérieurs au SMIG. - Le S.I. n'a pas pour unique fonction d'être un secteur de subsistance ou un secteur-refuge. - Un emploi salarié dans le secteur moderne peut servir de support à un auto-emploi dans le S.I. ou les revenus sont supérieurs au salaire moyen dans le S.M. - La pluii-activité de certains fonctionnaires, l'hypertrophie du secteur public a pour corollaire un sous-enregistrement des activités informelles (dans certains cas). L'analyse des revenus réfute la thèse qui assigne au S.I. le rôle de reproduire au moindre coût la force du travail ou d'exercer une pression à la baise des salaires. Il existe des mouvements de mobilité ascendante qui vont du formel à l'informel,...
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    L'équipe de Bordeaux LeS.I. est considéré comme un élément structurel d'analyse, un secteur de progrès (transition). L'approche privilégie la démarche déductive après observation directe d'après des critères de différenciation formel / informel. J.-P. LACHAUD adopte une classification en trois catégories. A côté d'un secteur moderne, il existe un S.I. traditionnel involutif où la production et l'accumulation évoluent lentement et un secteur intermédiaire, de transition marqué par une dynamique évolutive, vers lequel les interventions de l'Etat doivent être orientées. Quatre orientations théoriques majeures : 1 ) Le S.I.est un élément structurel des économies en voie de développement. 2 ) La thèse de la transition vers le S.M. est argumentée par la contribution positive à l'emploi,àl'accumulationducapitaletàladistributionderevenus renforcéeparlaconstatation de la non optimisation de la combinaison travail / capital. 3 ) Les petits producteurs ont un comportement individualiste. 4 ) Le ménage assure mie redistribution interne de ressources "la famille élargie subventionne de temps à autre l'activité productive". Au fil de l'analyse un constat méthodologique s'impose, nécessité de prendre comme unité d'analyse le ménage au lieu de l'entreprise ou de l'établissement informel. M. PENOUIL insère le S.I. dans une théorie de développement "Le S.I. en Afrique appartient au 'développement spontané'. Ce développement prolonge les structures anciennes de la société en voie de transformation, désormais orienté vers un marché urbain qui assure la couverturedebesoinsaumoyendestructures etdetechniques productivesàfaibleintensitéde capital'. L'auteur critique les schémas théoriques du dualisme sectoriel lorsqu'ils allèguent une oppositionentresecteursouunesubordinationdel'informelauxnécessitésdusecteurmoderne. "Le S.I. représente une réponse spontanée, adaptée, localisée aux obstacles et limites sévères du 'développement transféré' des entreprises modernes et du système financier". Le S.I.enAfriquen'émergepas d'uneinteraction bi-sectorielle commandéeparl'avancée dusecteurmoderne.Iltémoignedudualismedemécanismesenmarchevers "lamiseenœuvre d'une forme de société technicienne dans des structures sociales radicalement différentes de celles qui existaient au départ de l'évolution des pays aujourd'hui développés". Le cadre théorique de M.PENOUIL est un des plussystémiques car il appréhende le S.I. africain dans sa globalité.
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    L'équipe de ParisX et IEDES La méthodologie optée, distingue les unités domestiques et les unités de production, articulant les méthodes de l'économie politique et celles de l'anthropologie économique. Le choix méthodologique repose la question de la soumission des formes de production au capital. La thèse de subordination part du principe que deux modes de production coexistent au seind'unemêmeéconomie:untransfertdeplus-values'opèredusecteurpré-capitalisteversle mode de production dominant, relevant le taux de profit de celui-ci, principalement en situation de monopole. "// en résulte au niveau des cellules familiales, des stratégies d'allocation intertemporelles, interspatiales et intersectorielles de la force du travail et, notamment, des arbitrages entre salariat, petites activités marchandes et travail domestique". Spécificités africaines Le ménage est choisi comme unité d'observation lors de l'enquête "emploi dans les ménages" (Abidjan 1986-87). l'enquête appréhende les ménages les plus pauvres, des différentes formes de travail, les processus d'insertion sur le marché du travail et les relations spécifiques entreledegrédepauvretéetlanaturede laparticipationsurle marché dutravailet les niveaux de vie Un des principaux résultats corrèle pauvreté des ménages et travail indépendant, irrégulier,précaritéduprincipalsoutienéconomique(chefdeménage)etpauvretédesgainsde l'emploi secondaire (épouse). L'approche "ménage"semblerejoindreledomaine delasociologiedu travail.En réalité, le sous-produit immédiat de l'hétérogénéité des formes de production est une pluralité des formes de travail qui ne recoupe plus exactement les catégories conventionnelles. Travail indépendant, quasi-salariat familial-travail régulier ou épisodique, travail secondaire non-localisé conceptualisent des formes de travail caractérisées par leur vulnérabilité et permettrontdecomprendrecertainsaspectsdelastructureetdesprocessusdesegmentationdu marché de travail.
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    Patrons Salariés ApprentisAides familiaux Total Menuiserie de bois 40 12 30 6 88 Réparation mécanique auto-vélomoteurs 25 20 40 5 90 Total 65 32 70 11 178 Structure de la main-d'œuvre (tableau n°l) Source : enquête personnelle, 1991. Sans instruction Primaire Secondaire générale Secondaire technique Supérieure Menuiserie de bois 30% 45% 15% 10% - Mécanique auto-vélo. 20% 48% 20% 12% - Total 26% 46% 17% 11 % - Répartition des responsables selon leur niveau d'instruction (en %) (tableau n°2) Source : enquête personnelle, 1991. Annexe 7 TABLEAUX ENQUETE PERSONNELLE
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    Menuiserie de bois Réparation mécanique Total N %N % N % Formation dans un 3 7 2 8 5 8 centre de formation professionnelle Formation dans 12 30 11 44 35 le secteur moderne Apprentissage dans 25 63 12 48 37 57 le secteur informel Total 40 100 25 100 65 100 Source : enquête personnelle, 1991. Sans instruction Primaire Secondaire générale Secondaire technique Supérieure Menuiserie de bois 16% 63% 17% 4 % - Mécanique auto-vélo. 17% 55% 20% 8 % - Total 17% 59% 18% 6 % - Répartition des apprentis selon leur niveau d'instruction (en %) (tableau n°4) Source : enquête personnelle. Question: Selon vous quelle est la meilleure méthode pour apprendre le métier ? Nombre de réponses Pourcentage Séances d'apprentissage 15 23,07 % Observation 45 69,23 % Essais 5 7,69 % Total 65 100 % Méthode d'acquisition des qualifications (Tableau n°5) Source : enquête personnelle, 1991. Répartition des unités selon l'origine de formation des patrons (en fréquences relatives) (tableau n°3)
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    Question : Commentse fait la formation au sein de l'unité ? Nombre de réponses Pourcentage Par observation 35 54% Par des conseils théoriques 10 15% Par des conseils pratiques 20 31 % Total 65 100 % Mode d'acquisition des qualifications (Tableau n°6) Source : enquête personnelle, 1991. Carrières proposées Nombre de réponses Pourcentage Carrière de salarié dans le 45 70 secteur moderne Monter un projet du type 19 30 secteur informel Total 65 100% Perspectives d'avenir des apprentis interrogés (tableau n°7) Source : enquête personnelle, 1991.
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    Annexe 8 LES PROJETSD'APPUI AU SECTEUR INFORMEL LES PROJETS DE L'USAID 38 projets et sous-projets d'appui aux entreprises du S.I. ont été financés dans 20 pays d'Asie et du Proche-Orient, d'Afrique et d'Amérique Latine. Sur les 38 projets la répartition est la suivante : -11 projets de crédit ; - 5 projets d'assistance technique et de formation ; - 22 projets associant crédit et assistance technique. Quand à leurs réalisations : - 3 furent réalisés par le gouvernement ; - 3 par les banques d'Etat ; -1 par des coopératives - 2 par des caisses de crédit mutuel ; - 17 par les ONG locales ; - 2 par d'autres ONG ; - 6 par les ONG américaines ; - et 4 étaient des projets gouvernementaux. L'ADO fait la distinction entre : - les programmes intégrés (constitution de l'entreprise) ; - les programmes minimalistes (s'intéressant à l'expansion de l'entreprise) ; - les programmes de développement des activités (relatifs à la transformation de l'entreprise). Dans le cas de l'Afrique nous allons présenter deux projets : le projet PISCES II au Kenya et le projet de l'US AID à Kaolack au Sénégal. a - Le projet PISCES II : Small Business Scheme (mécanisme pour les petites entreprises) du NCCK288 au Kenya. 288NCCK : National Council of Churches of Kenya (Conseil national des églises du Kenya).
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    L'objectif du projetSmall Business Scheme consistait à"aider des entrepreneurs démunis, généralement analphabètes, parfois infirmes, surtout féminins et parfois totalement inexpérimentés en affaires, à augmenter puis à stabiliser leurs revenus et à améliorer la qualité de leur vie familiale" 289 . Le financement fut assuré par l'USAID/Kenya pour un montant de 275 000 dollars, mis à la disposition du NCCK. Le projet couvre quatre villes : Nairobi, Kisumu/Katanga, MombassaetNakuru/Eldoret.Leprogrammetouchelespetitsdétaillants,lesvendeursderues, les propriétaires de boutiques, les mini-restaurants ainsi que les micro-industries et services tels que la cordonnerie, la couture et autres. H s'est déroulé de la manière suivante : - Engagement et formation d'un groupe d'agents de vulgarisation urbaine qui fournissent aux assistants sociaux du NCCK des conseils en entreprise, et qui ont pour mission d'étendre les rayons d'action du projet, coordonner la remise du fonds de crédits et la collecte des remboursements. Ils offrent une assistance en gestion et comptabilité de base aux entreprises individuelles et collectives. - Les prêts assortis d'intérêts de 8 % (taux inférieur à ceux du secteur commercial) étaient destinés à procurer des fonds de roulement aux entreprises ; les obligations de nantissement furent supprimées (toutefois chaque prêt devrait être contresigné par trois tierces personnes) ; quant aux groupements, ils peuvent garantir leurs prêts. - Fourniture d'une assistance sociale aux problèmes personnels et familiaux. - 75 % des bénéficiaires du Small Business Scheme sont des femmes dont le profil-type est "une femme entre 30 et 50 ans, peu ou pas instruite, habitant un quartierpauvre avec de 5 à 14 personnes à charge". Lesrésultatsduprojetontétél'augmentationderevenuspourlesbénéficiairespauvreset la création de nouveaux emplois ; toutefois les détournements de fonds à des fins personnelles furent l'obstacle majeur, qui met en cause l'intérêt de l'opération. La plupart du temps, la gestion des fonds destinés au crédit s'est avéré difficile dans la mesureoules ONGlocalesont une connaissancelimitéedans l'administration des prêts, qui relève plutôt des banques et autres institutions financières que d'un organisme d'aide social. 289 LUBELL (H.) : "Le SJ. dans les années 80 et 90", OCDE, Paris, 1991.
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    b - Leprojet de l'USAU)290 à Kaolack au Sénégal Initié en 1986, il avait pour objectif l'accès au crédit des entreprises du S.I., une enquête avait révélé que le manque decrédits était laprincipalecontrainte au développement des petites entreprises de la région. L'objectif du projet étant de fournir du crédit aux individus (déjà entrepreneurs) qui voulaient étendre leurs activités. Pendantsixmoisdesagentsissusdumilieureçoiventuneformationsurl'analysedesdemandes de prêts et leur suivi. Le projet se déroule comme suit : Le propriétaire d'une entreprise qui a besoin de prêts, discute d'abord de son idée avec l'agent local, qui après approbation et une analyse financière, puis visite de l'entreprise peut transmettre le dossier de demande de prêt au siège. Le montant maximum des prêts initiaux était fixé à 3 millions de francs CFA (environ 3 000 dollars) sur une durée maximale de 12 mois. Après 30 mois du programme de soutien aux petites entreprises les résultats suivants étaient obtenus : - 150 des 384 prêts accordés pour un montant total de 486 millions de francs CFA (486 000 dollars environ) furent entièrement remboursés avec leurs intérêts ; -15 prêts seulement se sont avérés non productifs, ce qui représente 4,5 % sur le total des fonds prêtés. Les prêts étaient destinés à procurer des fonds de roulement (72 % des demandes) à l'achat de l'équipement (13 %) ou aux deux (15 %). Les responsables du projet ont tiré les enseignements suivants : 1- Les entreprises du SX sont viables puisque beaucoup d'entre-elles réussissent des opérations rentables par des méthodes traditionnelles (100 % de taux de rentabilité dans de nombreux cas). 2- LesactivitésduSi.nepeuventpasreleverdesbanques,carpourlesévaluerilfaututiliserdes techniques d'analyse de crédit approprié. 3- Il n'est pas nécessaire que les emprunteurs soient alphabétisés, ou qu'ils sachent tenir une comptabilité écrite pour pouvoir utiliser et rembourser les prêts. 4- L'approche "minimaliste" est efficace et économique. 5- Des bureaux modestes, situés de plein-pied sur la rue et dotés d'un personnel de terrain sans haute qualification fonctionnent efficacement. Les gens les plus aptes à réussir comme agents sur le terrain sont ceux qui ont un profil aussi proche que possible de celui des bénéficiaires. 290 USAID : Agence américaine de développement international.
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    6- La questiondu taux d'intérêt est très controversée. Le gouvernement s'inquiète des tauxélevésdesintérêtsperçussurlesprêtsduSI.,dumomentoulestauxd'intérêtsontfixéspar la BCEAD. LE PROJET D'APPUI DU BIT AUX PETITS PRODUCTEURS URBAINS D'AFRIQUE FRANCOPHONE Initié par G. NIHAN291 dans les années 70, et poursuivi durant les années 80 par C. MALDONADO292 , le projet d'appui au SI. en Afrique francophone, avait pour objectif principal d'encourager les petits producteurs urbains à s'organiser pour acquérir mie meilleure maîtrise de décision de leurs affaires. L'organisation des groupes de producteurs était au centre du projet. L'échantillon de NIHAN se limite au SI. Moderne, c'est-à-dire au SI. Produisant des biens et services parallèles à ceux du secteur moderne : bois, métal, habillement, réparation mécanique. Trois pays avaient fait l'objet d'études préalables et ont été retenus : le Mali, le Rwanda et le Togo. Le projet s'est déroulé en deux phases. Cinqansaprès,MALDONADOtenteunesynthèsedesrésultatsd'enquêtesconduites à Bamako, Lomé, Nouakcholt et Yaoundé. La méthodologie suivie et sa démarche sont similaires à celles de NIHAN, toutefois ce dernier ajoute dans l'échantillon les secteurs de construction et du commerce. Un grand nombre de métiers furent touchés : charpentiers, forgerons, maçons, électriciens,.., au Mali une attention particulière est accordée à la création d'entreprises. a - Le contenu des phases du projet L'exécution du projet est étalée sur une période de quatre ans. La première phase d'une durée de 18 mois a été consacrée à la prise de contact et aux conseils vis à vis d'un premier groupe d'entrepreneurs composé de soudeurs, de menuisiers, de forgerons et de maçons. Les entrepreneurs sont assistés dans les domaines de gestion technique et comptable. L'accès aux matières premières,aux équipements,aux crédits pourfonds deroulementleur est facilité. Un atelier d'appui est utilisé pour les prestations des services comme la location des machines aux prix inférieurs à ceux du marché. 291NIHAN (G.) : "Formation, emploi et productivité dans le secteur non-structuré : une étude prospective",BIT, Genève 1976. 292MALDONADO (G.), CAPT (S.), DEMOL (E.) : "Les petits producteurs urbains d'Afrique francophone", BIT, Genève 1985.
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    La formation complémentairedes apprentis a aussi retenu l'attention du projet. Les entrepreneurs se sont organisés en vue de prendre en main ultérieurement la gestion des différentes actions. Dans la deuxième phase du projet, outre le renforcement des actions engagées dans la premièrephase, on a procédé au transfert dela responsabilité auniveaudes entrepreneurs, et à unedécentralisationdesactivités dansles quartiers delaville.Dans ladeuxième phase,on doit renforcer et décentraliser les actions commencées précédemment, dans d'autres quartiers de la ville. En plus des trois commissions qui ont été formées dans la première phase (approvisionnement, formation et gestion), trois autres commissions ont vu le jour ;ils'agit de la commission de construction de l'atelier central, d'animation et de crédit. Les activités de groupement ont été étendues à 9 autres quartiers de la ville où ont été installés des comités de quartiers qui servent de courroie de transmission entre les groupes d'artisansdequartier,lescommissionsduprojetetlecomitéinterprofessionnelquiaaussipour mission de sensibiliser les artisans à l'adhésion au groupement. Durant la deuxième phase, les activités de ventes de matières premières (bois, fer et bétons) etl'utilisationdeséquipements del'ateliercentralontbienprogressé.Ainsiles recettes des prestations de services s'étaient élevées à 2 317 000 FCFA à la fin du premier trimestre 1984. Mais l'alphabétisation a du mal à démarrer dans les quartiers par manque de locaux disponibles. b -Les réalisations Au Togo : Les activités de la cellule d'appui BIT ont débuté en mars 1982 dans le cas de la ville de Lomé. Sous son impulsion le groupement interprofessionnel des artisans du Togo a été créé. Il rassemble les artisans des quatre corps de métiers auxquels s'adresse en priorité le projet. Surles200artisansquionteulavisitedel'animateur,seuls40à60d'entreeux,dontune majorité de menuisiers, participent régulièrement aux réunions du groupement qui ont lieu dans l'atelier d'appui. L'atelier d'appui sert de Heu de stockage des consommations intermédiaires et abrite les machines de la cellule louées aux artisans. Des séances d'alphabétisation et de formation professionnelle ont également lieu dans cet atelier. Des commissions ont été formées : - commissions des approvisionnements et des stockages de matières premières (bois et fer) ; - la commission de formation ;
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    - la commissionde gestion des activités du groupement. L'approvisionnement en matières premières n'a pas été régulier. Les prix de vente de ces biens n'ont pas été attrayants pour les artisans éloignés de l'atelier d'appui compte tenu des coûts additionnels detransport. L'utilisation parles menuisiers pourdestravaux à façon contre remboursement a attiré beaucoup d'artisans du quartier où est situé l'atelier d'appui. L'octroi de crédit a débuté à la fin de la deuxième phase et a intéressé beaucoup d'artisans. Il s'agit de faire à ceux-ci des prêts au taux d'intérêt très faible de 1 % par mois pour acquérir les matières premières, et pour disposer d'une avance de fonds sur devis. Toutefois le recouvrement des prêts est très difficile. La collaboration du programme BIT avec une association d'artisans (le groupement interprofessionneldesartisansduTogo)futuneréussite;toutefoisonrelèvedesdéfaillanceslà où l'organisation a procédé par quartier. Les ateliers ont joué un rôle de pourvoyeurs d'équipement en location à destination du S.L, en même temps que celui de formateurs de maîtres artisans et d'apprentis. Les ateliers sont aussi utilisés pour le stockage de matières premières et comme lieu de vente pour la production des artisans. Des méthodes de transmission des qualifications professionnelles par les artisans expérimentés ont touché les apprentis (formation technique en menuiserie, forge et travaux de construction) ; ainsi que les artisans (formation à la gestion, à restimation des coûts, à la mise au point de nouveaux produits et alphabétisation). La difficulté majeure qu'a rencontré le programme du BIT, provient de la tendance des artisans âgés et mieux nantis à utiliser pour leur propre compte les avantages proposés au détriment de certains jeunes moins nantis. L'évaluation d'ensemble des programmes de soutien montre que les "programmes de crédits minimalistes" complétés par peu ou pas de formation ont été bénéfiques pour les entrepreneurs dynamiques, toutefois la question reste ouverte pour les entreprises les moins viables, celles de la frange inférieure du S.L Au Rwanda Les efforts d'organisation du programme ont obtenu mie efficacité particulière. Les artisans de Kigali ont obtenu dans une négociation avec les autorités locales, l'attribution de cartesdetravailleurdonnantdroitdeséjourdanslavilleetlesprotégeantainsicontrelapolice. Des prêts bancaires furent octroyés à travers la constitution d'une structure mutualiste. Les artisans ont même obtenu l'allégement de leurs impôts locaux et un droit d'occupation du domaine public. D'autres associations locales furent créées dans la capitale et dans trois autres villes.
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    Sous l'impulsion duBIT, l'église catholique a financé un programme d'aide aux artisans durant la période 1985-88. Les bénéficiaires furent des artisans regroupés au sein de l'association sans but lucratif KORA (qui signifie "travaille") dont les modes d'organisation témoignedelavitalitéduS.LEnaoût1985,cetteassociationtouchait1 500artisans deKigali. L'originalité de son organisation tient au fait que ses membres sont répartis en 55 fédérations de petits groupements qui rassemblent les artisans selon les métiers. Chaque groupement apparaît comme une entité où la vie associative est très active (réunions, admissions ou exclusions des membres,...) et d'autre part, comme une entité économique où s'organisent des actions de cotisations, de distributions de crédits sur base mutualiste, d'ouvertures de comptes bancaires, de recherches de matières premières et de nouveaux débouchés, etc. Le programme a touché : - des laveurs de voitures. Sur 100 laveurs de voitures, 30 sont patrons et 70 sont apprentis. Plus un laveur a de clients et plus il acquiert un statut de patron important. Il fournit le matériel nécessaire (savon, eau, chiffon...) qu'il achète et redistribue à ses apprentis. Les laveurs partage le même lieu de travail, un endroit où l'eau est à bon marché. Les laveurs de voiture arrivent parfois à gagner le double ou le triple du salaire d'un cadre moyen. Le dynamisme de l'organisation entraine des opportunités d'intégration d'activités annexes (mécanique, soudure...) ; - les garages "express". Ils sont constitués de 28 mécaniciens qui, au départ, travaillaientdanslarueetquisesontregroupéspourpartagerunatelierdeproductionainsique l'outillage. Chacun a ses clients, mais verse à la caisse commune une somme correspondant au tarif horaire d'utilisation de l'outillage afin de préserver un fonds de roulement. La popularité decesgaragesestdueàleurrapiditéd'exécutiondes travaux(d'oùlenomdegarage"express") et aux bas prix qui y sont pratiqués ; - des ferrailleurs. Ils ont obtenu un crédit des banques pour l'achat d'équipements et l'aménagement d'ateliers. Ils occupent la première place de popularité à Kigali grâce aux articles qu'ils produisent, en particulier la cuisinière à charbon et une gamme d'ustensiles, à partir des carcasses de véhicules ou de tôles métalliques ; - des menuisiers. Les membres du groupement ont leur propre atelier de production ainsi que leurs ouvriers et clients, et restent patrons de leur unité. Ils ont demandé un crédit solidairepourlalocationd'unateliercommunéquipéd'uneraboteuse,afindepouvoirystocker desplanches.Hsutilisentencommununemachinequineseraitpasrentablesielleétaitutilisée par un seul artisan. A l'activité de production s'ajoute une formation en comptabilité pour les artisans qui en font la demande ; - et enfin, des réparateurs de pneus.
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    Dans les villessecondaires, la bonne organisation de la KORA a servi de modèle aux artisans. Le dynamisme de ces groupements d'artisans rwandais montre bien que, sous certaines conditions, le S.L peut jouer un rôle essentiel. Une concertation entre artisans, BIT et Etat a permis aux artisans d'obtenir des pouvoirs publics une carte professionnelle leur évitant d'incessantes poursuites de la police. Des résultats similaires ont été obtenus au Mali à Bamako et dans quatre autres villes, c-Leslimites Sinousnepouvonspasfaireunbilandéfinitifdel'exécutionduprojetd'assistanceauS.L parleBIT,danslamesureoùleseffetsbénéfiquespeuventsesentiràlongterme,nouspouvons dire que les choses ont pris un bon départ avec une gestion satisfaisante des ateliers d'appui et mie décentralisation des activités dans les autres quartiers des villes. Néanmoinsnouspouvonsformulerquelquesremarques;leprojetn'apasmisl'accentsur leproblèmedesdébouchés.Lesdifficultésrencontréespourconstituerlegroupementsontdues engrandepartieàl'individualismedesartisans;onauraitdûfaireuneapprocheindividuelledu milieu avant de penser à regrouper les artisans. Le désintérêt des artisans pour l'amélioration de leur formation professionnelle et les coursdecomptabilitésimplifiéeestsemble-t-illiéaufaitqu'iln'yapas eudediscussionssurle fond avec eux sur leur propre formation et leurs besoins individuels de perfectionnement Les projets n'ont pas suffisamment pris en compte, du moins dans sa phase d'exécution, l'environnement des entreprises informelles, et invite l'Etat à s'impliquer davantage dans la promotion de ce secteur et à prendre un certain nombre de mesures. Au regard des objectifs de la première phase, le bilan n'est pas encourageant d'après les responsables du projet ; les causes de ce demi-échec sont multiples : - à un manque de coordination entre les comités des quartiers et les chefs de projet ; - àl'individualismedesartisansetàleurmanquedemotivation.Deux points essentiels peuvent être développés : Pour le chef du projet, l'efficacité de la première phase résulte de la mise en place d'activité de formation, de perfectionnement. Alors que le comité (composé d'artisans) met plutôt l'accent sur l'organisation des artisans, la création d'une caisse alimentée par les cotisationsde cesderniers, lamise sur pied d'unbureau quidevra prendreplustardladirection du projet. La divergence dans l'exécution du projet provient du fait que les artisans n'ont pas été suffisamment associés à sa conception. Ils avaient l'impression de participer à des faits accomplis, c'est ce qui explique leur passivité et le peu d'adhésion de leur part. On peut
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    d'ailleurs noter quebeaucoup d'artisans ont été exclus du groupement par l'instauration, par le comité, d'une cotisation de 10 000 F par artisan, alors que cette participation financière n'était pas prévue dans le projet. L'individualismeetlemanquedemotivationdesartisans;lesartisanssonthabituésà la lutte pour survivre dans un environnement de rude concurrence, où chacun agit pour soi. Ils neperçoiventpasl'intérêt qu'ils ontàseregrouper,il préfèrent des actions concrètes commele prouvel'utilisationaccruedesmachinesparles menuisiers. Leprojet n'apasprévuaudébutde sonexécutionlarecherchedesdébouchéspourlesartisansalorsquelafaiblesseetl'irrégularité de la demande demeure l'une de leurs préoccupations majeures. Cela explique en partie le manque de motivation de certains artisans qui ont été mis au courant de l'existence du projet. Il faut ajouter que peu d'apprentis ont participé aux séances de perfectionnement technique car les patrons ne leurs ont pas permis. Les conditions dans lesquelles la première phase du projet s'est déroulée, les résultats obtenus et les difficultés rencontrées montrent qu'il est indispensable d'associer étroitement les artisans à la définition et à l'application de la politique de promotion de leurs affaires. La prise en compte de certaines de leurs préoccupations immédiates, comme la recherchedesdébouchésestunélémentdeleurmotivationsanslaquellelesactions entreprises ont peu de chance d'aboutir.
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    L'assistance aux petiteset micro-entreprises selon les types, les formes et les canaux de diffusion Types d'assistance Formes d'assistance Canaux de diffusion Crédits Prêts en espèces et/ou en nature, pour capital fixe et/ou fonds de roulement Banques commerciales Banques spécialisées Établissements financiers Agents de vulgarisation Commissions de prêts Coopératives ONG Canaux informels Assistance technique/ assistance à la production Conseils en méthodes, conception de produits, outils, équipement, machines, contrôle de qualité, agencement d'installations Etabliss. de formation professionnelle Centres de promotion commerciale Services de vulgarisation dans des centres de développement industriel ou par le biais d'ateliers mobiles Unités de technologies appropriées ONG Entrepreneurs locaux Assistance en gestion Comptabilité simple Comptabilité sophistiquée Audit Planification à la production Inventaires Gestion du personnel Développement de rentreprenariat Etabliss. de formation professionnelle Instituts de formation à la gestion Services de vulgarisation dans des centres de développement industriel ou par le biais d'ateliers mobiles Réunions formelles ou informelles Bulletins d'actualités ONG Assistance à la commercialisatio n Conseils en conditionnement, techniques marchandes, demande de produits Approvisionnement en matières premières Ventes dans les centres commerciaux et présentation des produits dans le pays et à l'étranger Centres d'encaissement Ventes par expédition Services d'exportation Assurances crédit Services de vulgarisation Sociétés commerciales Systèmes de crédit et d'exportation Centres de services aux clients Centres artisanaux Centres d'exposition Coopératives ONG Infrastructures à usage collectif Bâtiments Routes Ateliers d'ingénierie Électricité et eau Zones ou sites de développement industriel Groupements d'ateliers Coopératives Source : Carm LIEDHOLM et Donald MEAD, "Small scale industries in developing countries : empirical evidence andplicy implications", East Lansing, Michigan State University, MSU Development Paper n°9, 1987, citant C. CHUTA et Carl LIEDHOLM, "Rural non-farm employment : a review of the state of the art", East Lansing, Michigan State University, MSU Development Paper n°4,1979.
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    LISTE DES TABLEAUX Tableaun°l Tableau n°2 Tableau n°3 Tableau n°4 Tableau n°5 Tableau n°6 Tableau n°7 Tableau n°8 Tableau n°9 Tableau n°10 Tableau n°ll Tableau n°12 Tableau n°13 Tableau n°14 Tableau n°15 Tableau n°16 Tableau n°17 Tableau n°18 Tableau n°19 Caractéristiques des secteurs moderne et informel. Champ d'investigation pour les enquêtes sur le SNS au sens large. Données économiques de base. Croissance de la production. La répartition des ménages urbains selon leur niveau économique et l'occupation du chef. Dépenses pour certains postes affectés par des mesures d'ajustement. Pourcentage des hommes et des femmes dans le secteur infonnel selon le niveau économique. Estimations de l'emploi informel dans quelques villes d'ASS. Répartition des activités informelles dans quelques villes d'Afrique subsaharienne (fréquences relatives). Répartition des unités économiques par secteur et catégorie d'activités et par taille (fréquences relatives). Principales caractéristiques de l'emploi informel au Burkina Faso en 1985. Revenus des entrepreneurs du S.L dans quelques pays africains (en multiple du SMIG). Rémunération des patrons par décile d'actif immobilisé et par ville (montant en dollars/semaine). Salaires moyens versés par les entrepreneurs du secteur informel de quelques pays africains en proportion du SMIG (en multiples du SMIG - apprentis et aides familiaux exclus). Coefficients de régression de la valeur ajoutée annuelle selon les villes. Capacité de réparation des machines (fréquences relatives). Biens d'équipement fabriqués sur commande. Typologie selon la formation suivie par les artisans (fréquences relatives).
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    Répartition des entreprises selon la typologie et selonle volume de l'actif partiel (fréquences relatives).
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    Tableau n°20 Tableau n°21 Tableaun°22 Tableau n°23 Tableau n°24 Tableau n°25 Tableau n°26 Tableau n°27 Tableau n°28 Tableau n°29 Tableau n°30 Tableau n°31 Tableau n°32 Tableau n°33 Tableau n°34 Tableau n°35 Tableau n°36 Tableau n°37 Tableau n°38 Tableau n°39 Tableau n°40 Tableau n°41 Les établissements par secteur et par branche regroupée. Les établissements selon leur taille (en termes d'emplois). Les établissements selon leur forme juridique. Établissements selon le type de local et par branche. Les unités informelles selon la date de création. Les unités selon leur implantation. Les principaux marchés selon leur types de locaux. Les unités informelles par arrondissement et par année de création. L'emploi par secteur. L'emploi dans les principaux marchés. Structure de l'emploi. Niveau d'instruction et de formation. Niveau d'étude et origine géographique. Répartition de la valeur ajoutée brute annuelle selon les secteurs et catégories d'activité et selon l'ancienneté des entreprises, Bangui 1982. Valeur ajoutée annuelle des premier et dernier quintiles et de la médiane par secteur et catégorie d'activité, Bangui 1982 (FCFA). Revenu par semaine des entrepreneurs par secteur et catégorie d'activité et selon l'ancienneté des entreprises, Bangui 1982, (FCFA). Rémunération de la main-d'œuvre par semaine selon les secteurs et les catégories d'activité, Bangui 1982. Revenus moyens des entrepreneurs par mois des premier et dernier quintile et de la médiane des entreprises par secteur d'activités en FCFA. Répartition des entreprises par secteur et catégorie d'activité et caractéristiques de croissance du capital technique fixe (fréquences relatives), Bangui 1982. Répartition des entreprises par secteur d'activité, ancienneté et caractéristiques de croissance du capital technique fixe, Bangui 1982. Taux de croissance pondéré annuel du capital technique fixe par secteur, catégorie d'activité et ancienneté des entreprises, Bangui 1982.
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    Tableau n°42 Tableau n°43 Tableaun°44 Tableau n°45 Tableau n°46 Tableau n°47 Tableau n°48 Tableau n°49 Tableau n°50 Tableau n°51 Tableau n°52 Tableau n°53 Tableau n°54 Tableau n°55 Tableau n°56 Tableau n°57 Tableau n°58 Tableau n°59 Tableau n°60 Tableau n°61 Tableau n°62 Tableau n°63 Tableau n°64 Tableau n°65 Répartition des chefs d'entreprise selon les secteurs et catégories d'activité et le nombre d'activités antérieures (y compris l'activité actuelle) (fréquences relatives), Bangui 1982. Répartition des chefs d'entreprise selon le secteur d'activité actuel et le type, le secteur et le lieu d'occupation de l'activité antérieure (fréquences relatives), Bangui 1982. Mode de financement de l'investissement supplémentaire (fréquences relatives), Bangui 1982. Capacité annuelle de financement, investissements supplémentaires et niveau de capital technique fixe selon les secteurs et les catégories d'activité (FCFA), Bangui 1982. Investissements et actifs immobilisés en fonction du niveau de capital fixe et des valeurs moyennes de ces investissements, Bangui 1982. Dépenses consacrées à l'éducation et progrès de l'éducation. Coûts unitaires de l'enseignement public à divers niveaux (en % du PNB/habitant). Taux de rentabilité sociale et privée de l'éducation (en %). Évolution du taux de scolarisation dans la tranche d'âge 6-14 ans en%. Effectifs scolarisés. Effectifs moyens par enseignants et par salles de classes. Nombre d'écoles et de salles de classes. Effectifs scolarisés féminins. Nombre d'enseignants permanents. Taux de réussite aux examens. Budget de l'éducation nationale. Répartition par secteur et catégorie d'activité des unités économiques ayant des apprentis, de celles qui leur offrent une formation et de celles qui reçoivent des demandes fréquentes d'apprentissage (fréquences absolue et relative). Les différentes étapes de la formation sur le tas des apprentis du SI Notes moyennes du classement des méthodes d'enseignement par les maîtres. Critères d'évaluation des progrès des apprentis. L'impact de la scolarisation et de la formation professionnelle sur la réussite des petits entrepreneurs. Structure d'âge des apprentis. Profil d'un bon apprenti. Milieu d'origine des apprenti
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    Tableau n°66 Rotationdes apprentis. Tableau n°6~7 Motivation des apprentis. Tableau n°68 Profil de la formation au travail.
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    LISTE DES GRAPHIQUES Graphiquen°l Graphique n°2 Graphique n°3 Graphique n°4 Graphique n°5 Graphique n°6 Graphique n°7 Graphique n°8 Graphique n°9 Graphique n°10 Graphique n°11 Graphique n°12 Graphique n°13 Graphique n°14 Equilibre et dynamique du secteur informel traditionnel. Evolution du taux d'accroissement de la population pour quelques grandes régions du monde. Dépenses publiques par habitant afférentes à l'enseignement. Évolution des effectifs élèves et enseignants. Compétences les plus importantes selon les entrepreneurs sans instruction (réparation TV/radio). Compétences les plus importantes selon les entrepreneurs instruits (réparation TV/radio). Structure de la main-d'œuvre selon les branches d'activité. Répartition des responsables selon leur niveau d'instruction. Répartition des unités selon l'origine de formation des responsables. Répartition des apprentis selon leur niveau d'instruction. Méthode d'acquisition des qualifications. Mode d'acquisition des qualifications. Perspectives d'avenir des apprentis interrogés. Souhaits des entrepreneurs en matière de formation.
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    TABLE DES MATIERES NT R O D U C T I ON G ÉN É RA LE ............................................................................................................................4 S O M MA I RE .......................................................................................................................................................................1 7 PREMIÈRE PARTIE: LE SECTEUR INFORMEL DANS LE PROCESSUSDE DÉVELOPPEMENT............................................................................................................................1 9 Introduction de la première partie............................................................................................................................2 0 Chapitre I: Emergence etapprofondissementde la notion de secteurinformel(S.I.) dansl'analyse du sous-développement......................................................................2 2 Introduction ...................................................................................................................... 22 Section I : Approche théorique de la notion de secteur informel ............................... 23 1.1 - Émergence du concept de S.I........................................................................... 23 1.2 - D'un dualisme à un "autre" ...............................................................................25 1.3 - L'approche de la petite production marchande .............................................31 1.4 - Les nouvelles orientations de recherche .........................................................33 Section II : Contours et définitions du S.I.......................................................................35 11.1 - Les critères de distinction du S.I ....................................................................36 11.2 - La typologie des activités...............................................................................40 II. 3 - Articulation secteur moderne / secteur informel.........................................42 II.4 - Le caractère dynamique du S.I........................................................................45 Conclusion..........................................................................................................................54 Chapitre II: Rôle duS.I.enAfrique subsaharienne (ASS).............................................................................5 6 Introduction ......................................................................................................................56 Section I : Le contexte économique de l'Afrique subsaharienne (ASS) .....................57 1.1 - La croissance du PNB durant les trois dernières décennies........................57 1.2 - Croissance sectorielle et structure de la production.....................................60 1.3 - La croissance démographique .......................................................................... 61 1.4 - La dégradation du niveau de vie...................................................................... 63 1.5 - L'ajustement structurel ...................................................................................... 65 Section II : La contribution du S.I. au développement de PASS 75 II. 1 - Le secteur informel et l'emploi.............................................................. 76 II.2 - Le secteur informel et la distribution de revenus................................ 85 IL3 - Le secteur informel et l'augmentation de la valeur ajoutée ............... 91 II.4 - Le secteur informel et l'accumulation du capital ................................ 95 ÏÏ.5 - Le secteur informel et la maîtrise de la technologie...........................100
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    Conclusion .................................................................................................................109 Chapitre III: Le secteur informel à Bangui (Centrafrique) ................................................... 110 Introduction...............................................................................................................110 Section I : Présentation des établissements du S.I. à Bangui...............................112 1.1 - Aperçu historique de la ville de Bangui .......................................113 1.2 - Répartition des établissements par branche.................................115 1.3 - Taille des unités et forme juridique...............................................118 1.4 - Mode d'installation.......................................................................119 1.5 - Age des établissements ...................................................................120 1.6 - Zones d'implantation et quartiers................................................121 Section II : Contribution à l'emploi........................................................................ 126 n.l - Emploi par branche ................................................................................. 126 II.2 - Localisation des emplois ....................................................................... 127 ÏÏ.3 - Structure des emplois ............................................................................ 128 11.4 - Structure par âge et niveau de formation................................... 128 11.5 - Origine géographique et niveau de formation .......................... 130 IL6 - L'absorption du flux migratoire........................................................... 132 Section HI : La contribution au revenu ................................................................. 135 EŒ. 1 - L'analyse des statistiques de la valeur ajoutée .............................. 135 ÏÏÏ. 2 - L'analyse des statistiques de revenu ................................................. 141 Section IV : La contribution à l'accumulation du capital .....................................147 IV. 1 -Valeur des actifs immobilisés ..............................................................147 IV.2 - La croissance du capital technique fixe ..............................................148 IV. 3 - Le financement du capital technique fixe ..................................155 Section V : Les obstacles au développement du S.I..............................................163 V. l - Les obstacles internes aux entreprises ..........................................163 V.2 - Les obstacles externes aux entreprises.................................................167 Conclusion .................................................................................................................175 Conclusion de la première partie ............................................................................................. 178 DEUXIÈME PARTIE : LA FORMATION DANS ET POUR LE SECTEUR INFORMEL........................................................................................................................ 186 Introduction de la seconde partie............................................................................................. 187 Chapitre IV : Le rôle de l'éducation et de la formation dans le développement ........................................................................................................................... 190 Introduction...............................................................................................................190
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    Section I :Approche théorique du problème d'éducation- développement ...................................................................................................................191 1.1 - La théorie du capital humain (KH) ...............................................192 1.2 - Evaluation du rendement de l'éducation .....................................200 1.3 - Analyse en tenue de sélection et de socialisation........................209 Section II : Les politiques éducatives et de formation en Afrique au sud du Sahara................................................................................................................... 214 II. 1 - Constitution du système....................................................................... 214 11.2 - Les caractéristiques du système d'éducation et de formation en ASS............................................................................................................... 216 11.3 - Les limites du système d'éducation et de formation................. 224 Section III : Analyse du système d'éducation et de formation en Centrafrique.............................................................................................................. 228 III. 1 - La constitution du système éducatif et de formation en Centrafrique ................................................................................................................ 229 III.2 - L'organisation du système éducatif et de formation en Centrafrique ................................................................................................................ 232 IH................................................................................................................ 3 - Analyse critique du système d'éducation-formation............................................. 239 Conclusion ................................................................................................................ 244 Chapitre V : La formation dans le S.I.......................................................................................247 Introduction...............................................................................................................247 Section I : L'apprentissage sur le tas dans le secteur informel............................248 1.1 - La demande d'apprentissage..........................................................248 1.2 - Les modes d'acquisition de la fonnation dans le S.I....................250 1.3 - L'efficacité de la formation............................................................261 Section II : Présentation des résultats de notre enquête...................................... 263 II. .................................................................................................................1 - Présentation de l'enquête ...........................................................................................263 11.2 - Les résultats de l'enquête ............................................................267 11.3 - Forces et faiblesses de l'apprentissage sur le tas ........................279 Conclusion ................................................................................................................ 284
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    Chapitre VI :La formation pour le S.1.....................................................................................292 Introduction ..............................................................................................................292 Section I : La formation générale pour le S.1 ........................................................293 1.1 - Le volet alphabétisation................................................................294 1.2 - L'éducation de base .........................................................................296 1.3 - Rénovation du Primaire..................................................................302 1.4 - L'expérience indienne de l'apprentissage rémunéré...................305 Section II : La formation professionnelle pour le S.1...........................................309 II. 1 - La demande de formation des acteurs du S.1 ...................................310 11.2 - Les objectifs de la formation......................................................... 313 11.3 - Les modalités de la formation .................................................... 316 11.4 - Adaptation de la formation institutionnelle aux besoins du S.1...................................................................................................................... 331 Conclusion ................................................................................................................333 Conclusion de la seconde partie ...............................................................................................335 CONCLUSION GÉNÉRALE..............................................................................................................339 LISTE DES ABRÉVIATIONS..............................................................................................................345 BIBLIOGRAPHIE.................................................................................................................................347 ANNEXES.............................................................................................................................................359 LISTE DES TABLEAUX......................................................................................................................431 LISTE DES GRAPHIQUES .................................................................................................................435