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Artigo de anibal frias em revista da frança

  1. 1. Les “Repúblicas” d’étudiants à Coimbra Aníbal Frias1à Alfredo MargaridoIntroduction me opère, tout d’abord, dans des sur la Alta, de groupes de chanteurs traits institutionnels et des symboles et musiciens traditionnels (tunas), L’Université de Coimbra date de professoraux : Abertura solene do de serenatas, de groupes de fado,1290. En fait, elle est fondée à l’ori- ano lectivo, fastes ostentatoires du de biographies d’anciens et degine à Lisbonne par le roi Dom doctorat, port de la borla et du poèmes, de journaux et revues, deDinis. En 1537 elle s’installe défini- capelo (la toque et la toge) ou lec- discours, d’épisodes drôles et d’his-tivement à Coimbra, après plusieurs tures cérémonielles ex catedra du toires, de cris stéréotypés, d’unealler-retour entre les deux villes. “lente”, le maître dont l’enseigne- gíria, d’hymnes, d’emblèmes, deDès les premiers Statuts de 1308, ment repose sur la lectio. blasons, de drapeaux, de couleurs,accordés à l’universitas, c’est-à-dire Les traditions étudiantes, appe- de rythmes temporels, d’un savoir-la corporation des maîtres et des lées “Praxe académica” (trotes au être (bohème, irrévérencieux), deétudiants, des mesures sont prises Brésil), forment un autre volet des lieux et de territorialités, de socia-pour que les étudiants puissent coutumes, mêlant rituels, conduites bilités et d’“excès”, de personnageslouer, à titre individuel ou collectif, ludiques, expressions graphiques typés et de figures légendaires,des maisons à des propriétaires. et transgressions stéréotypées. Elles d’images et de mythes, d’éléments Les repúblicas de Coimbra sont sont faites de canulars et de paro- modernes et traditionnels... A cettedes maisons étudiantes caractéri- dies (partidas e piadas), de bri- liste ouverte, il faudrait ajouter lessées par un mode de vie commu- mades rituelles exercées par les repúblicas qui possèdent elles aussinautaire, un investissement de leurs plus anciens (appelés au XXe siècle leurs propres usages et statuts :membres dans l’organisation quoti- “doutores”) sur les caloiros, les pre- noms, bannière, symboles, cri,dienne et un esprit de fraternité. mière année. Cette violence, nor- hymne, surnoms, figures légen-Irréductibles à la fonction “habiter”, malement contrôlée par le groupe2, daires, appellations, hiérarchie,elles se distinguent des autres rési- est caractérisée par la contrainte rites, sociabilités, organisation tour-dences universitaires plus conven- physique (canelões et palmatoadas nante, réunions de casa, Conselhotionnelles. Bien qu’existant ailleurs, au seuil de l’Université : la Porta de Repúblicas...un tel modèle possède une singu- Férrea) ou psychologique (paie- La bohème littéraire, poétique,larité due aux caractéristiques ment de la patente, “exploitation” théâtrale ou musicale s’est déve-sociales et historiques de l’Université, des novices). A cela, il faut ajouter loppée dans la seconde moitié dufondée en 1290, et aux marques des vols de poulets dans le voisi- XIX e siècle, avec Eça de Queirós,culturelles de l’Academia de nage de la part des repúblicas (une Antero de Quental, Augusto HilárioCoimbra, où les repúblicas se trou- fresque murale dans le Prá-Kys-Tão ou António Nobre. Elle a envahi lesvent insérées. en témoigne), des bagarres ou des espaces de la taberna, des repúbli- Ce cadre englobant, à la fois ins- mauvais tours joués aux “futricas”, cas, du théâtre, de la rue ou enco-titutionnel, territorial et social, se la population de la Baixa non-uni- re le Choupal, le Penedo daconfond avec la Alta, l’espace versitaire. Saudade ou le Jardim Botânico.d’évolution des repúblicas. Il se S’il fallait donner une définition Dans ce contexte à la fois esthé-trouve converti par le chercheur en extensive de la Praxe, elle subsu- tique, culturel et politique (desune échelle d’observation de ces merait une multiplicité de compor- textes de Proudhon circulent), lastructures et de leurs membres. tements et de statuts hiérarchiques, figure du “cábula” s’oppose à l’étu-Cette approche est complétée par de rites et de cérémonies, d’objets diant sérieux, l’“urso”, dans l’argot3l’étude de la vie interne des casas et d’insignes, de périodes où se estudiantin. Le Conselho decomunitárias puisqu’elles jouissent mêlent la fête, le cérémonial, le car- Veteranos, se posant en gardien desd’une grande autonomie. naval, des activités ludiques et traditions, finira par réifier ces musicales intégrant la Latada, usages à travers la rédaction de située en novembre, et la Queima Códigos da Praxe. Celui de 1957 Traditions universitaires das Fitas en mai. La Praxe se com- constitue un modèle pour ceux de pose encore d’un costume : la capa 1993 et de 2002 qui, du reste, le Avant 1910 (et parfois jusqu’à e batina, avec les “façons” de la reproduisent presque à l’identique.aujourd’hui), des pratiques et des porter, de “trupes de doutores”, A cette liste, il faut ajouter laaspects traditionnels se manifestent masculines ou féminines, partant à Latada, sorte de charivari organisédans plusieurs registres. La coutu- la “chasse au caloiro” après minuit pour la première fois dans lesLATITUDES n° 14 - mai 2002 41
  2. 2. ressemble fortement à la república - à commencer par son nom. En effet, les hospederías, datant pour le moins des XVI-XVIIe siècles, sont désignées par le terme générique gobernaciones. Elles se caractéri- sent par la cooptation des membres, par des principes endo- gènes et un degré élevé d’autono- mie. Il s’agit des repúblicas de estu- diantes ou compañías. Selon Margarita Torremocha 7 “los esco- lares optaban por alquilar ellos mis- mos una casa o unos cuartos y por organizar su vida doméstica, bien solos o con la ayuda de una o varias mujeres a su servicio”. Il est pos- sible d’établir une continuité histo- rique entre les actuelles repúblicas Membres de la república Rás-Te-Parta dans les années 1960. Tous sont revêtus de leur capa e et les maisons étudiantes ayant exis- batina, qu’ils portent raçada pour marquer la pose solennelle. Ils entourent affectueusement té dès l’origine de l’Université, à la cuisinière de la maison à qui l’un d’eux à confié sa pasta da Praxe pourvue de fitas identi- Coimbra comme ailleurs enfiant son statut de quintanista ou de veterano. Jusqu’aux années 1960, la cuisinière est la seule présence féminine effective dans les repúblicas, en dehors de prostituées occasionnelles. Europe 8 ou à Ouro Preto, au Brésil9.années 1880 par les quatrième hiérarchique (professeur/étudiants, Cette approche nécessaire com-année de Droit. Elle survient le jour vétérans/novices) et distinctif (uni- porte un risque : celui de tomberdu “Ponto” en mai, marquant la fin versitaires/futricas), fait l’objet de dans l’anachronisme et l’anhistori-des cours. Enfin, la parodie du contestations de la part des étu- cisme. Tout change en effet en ceCentenário da Sebenta, en 1899, diants et des enseignants républi- domaine, à l’image de l’Universitéest réitérée sous la forme du cains, tels que José de Arruela, et de la société globale. Ce qui seEnterro do Grau en 1905. La Homem Cristo (filho), Bernardino déplace, ce sont les types de struc-Queima das Fitas actuelle, qui se Machado ou Teófilo Braga. Ces cri- tures, leur degré d’indépendance etdéroule en mai, en particulier le tiques seront réitérées tout au long d’institutionnalisation, les usagesCortejo dos quartanistas, entouré du XX e siècle, en particulier lors internes, le statut des résidents, lesdes finalistas et des caloiros, en de la crise académica de 1969 et formes relationnelles, les caractéris-dérive. de la Révolution des Œillets. tiques de l’étudiant - à commencer Enfin, une dernière “tradition” Depuis 1980 les traditions étu- par le nom república qui sembleinstituée dès l’origine du Estudo diantes ont été “restaurées” à n’apparaître, dans les textes, queGeral est celle qui associe religion Coimbra. Des polémiques, et parfois vers le début du XIXe siècle, avecet savoir, Eglise et Université, avec des conflits s’en sont suivis. Ce mou- l’influence de la période libérale.“uma mistura de serviço de Deus e vement s’est traduit ailleurs, dans Une república a la taille d’unede Minerva” 4 , selon l’expression tout le pays, par l’“invention” de tra- maison, parfois spatieuse. Elle estdu professeur de Mathématiques, ditions académicas. Balançant entre habitée par 7 à 10 personnes. A ceSidónio Pais, futur président de la l’emprunt au modèle coïmbrien et la chiffre, il faut ajouter 2 à 7 comen-République. Par ces termes, ce réactivation de traits régionaux, elles sais partageant les repas. S’il existerépublicain critique l’obligation sta- confèrent une “âme” à des établisse- des chambres doubles, lestutaire faite aux universitaires de la ments récents et ancrent une “identi- chambres individuelles sont deve-oração ao Espírito Santo et du jura- té étudiante” locale. nues la norme. Il arrive que deuxmento à Imaculada Conceição. Si lits disposés dans une même piècel’Université, cette nouvelle Athènes accueillent la nouvelle recrue et unde la culture (on parle depuis le Caractéristiques des repúblicas plus ancien. Par là, l’adaptation duXVI e siècle de Lusa-Atenas), est dernier venu à l’esprit de la maisonessentiellement accessible à des En première approximation, les et aux membres en place s’en trou-élites, en particulier en Droit5 et en repúblicas de Coimbra sont des ve favorisée. Une maison comporte,Médecine, elle est plus largement maisons communautaires d’étu- en général, au-delà des chambres,réservée à des initiés. C’est ce que diants, autonomes et auto-adminis- une ou deux salles de bains, unerappellent les rites d’initiation 6 et trées, dont les membres sont sou- pièce commune accueillant des visi-l’isolement de l’Alma Mater sur la dés par des liens affectifs. Parmi les teurs et l’organisation de soirées,“colina sagrada”. divers types d’habitation étudiante une bibliothèque et une cuisine où L’ensemble de ces traditions, en Espagne (posadas, pupilajes, sont pris les repas sur une grandereposant sur un puissant système colegios mayores), il en est un qui table. Toutes les maisons ont adop- 42 LATITUDES n° 14 - mai 2002
  3. 3. té un mode de gestion autonome l’appellation “república” ici est de veau est “à experiência” entre sixfonctionnant par “tours”. Schéma- convenance et se restreint aux mois et un an. Finalement, le nomtiquement, il y a des “ministros” seules membres, n’étant en outre d’une república, la “repúblicades finances, etc., des “semanais” diffusée que sur un registre écrit, Spreit-ó-Furo” par exemple,s’occupant de mettre la table ou interne et privatif. désigne à la fois l’entité résidentiel-d’aider la cuisinière 10 et un/e La résidence étudiante “tradi- le et l’unité formée par ses habi-“administrador/a” (appelé “Shérif” tionnelle” de Coimbra se caractéri- tants, les elementos à experiênciaau Bota-Abaixo) gérant l’alimenta- se par une forme de vie collective et efectivos réunis, à l’exception destion pour un mois. Une fois par et une communauté de sentiments. comensais.semaine, une ou deux personnes L’esprit de solidarité et de fraternité A ces individus résidant et man-vont commander et se faire livrer n’empêche pas la présence, autre- geant dans ce qu’ils considèrentpar les Serviços Sociais de fois, d’une hiérarchie entre les être leur maison, il faut inclure lesl’Université des aliments obtenus membres et, aujourd’hui, de diffé- “comensais” (appelés “kayos” chezavec une réduction de 50 %. rences statutaires. Le titre de presi- les Prá-Kys-Tão) qui partagent uni- Les maisons sont louées à des dente ou “Mor” (de majus : “plus quement les repas collectifs. Desparticuliers contre un loyer très grand”) marque, avant 1969, une amis, ou bien des voyageurs defaible : entre 5 et 10 contos par hiérarchie respectée. Elle se fonde passage y trouvent facilement lamois. Quelques-unes se sont consti- sur l’ancienneté, laquelle légitime porte ouverte (au sens propre jus-tuées en association depuis les l’exercice d’une autorité tradition- qu’à il y a peu), un repas et un lit :années 1990. La majorité sont nelle, à la manière de la hiérarchie ce sont des “convidados”, au mêmemixtes depuis moins de 25 ans. En au sein de la Praxe académica ou titre que les amis d’un elemento de2001 il existe 27 repúblicas, dont de l’Université. Le critère de l’an- casa venus partager un repas.deux féminines : les Rosa do cienneté résidentielle permet au L’appel aux repas se fait à l’aide deLuxemburgo fondées en 1972 et les Mor de choisir sa chambre ou d’être la voix ou d’une cloche, suivie deMarias do Loureiro datant de 1993. peut-être plus écouté dans les “reu- l’énoncé crié : “à palha (seus ani-Certains témoignages se réfèrent, niões de casa” ; chez les Fantasmas mais)!”. Le dernier étudiant inté-apparemment, à des “repúblicas son vote en reunião de casa comp- gré, donc “à experiência”, est géné-féminines” qui auraient existé dès te plus que celui des autres (mais ralement un “caloiro de casa”. Sales années 1920 11 . Ces faits sem- c’est un cas isolé). Son autorité est désignation peut varier : il est leblent être corroborés par un écrit cependant devenue plus morale en “menino do povo” chez les Bota-d’une voyageuse française de la s’atténuant. Le Mor fait partie des Abaixo ou le “homem da palha”même époque12. Si l’on s’en tient à “elementos efectivos” qui sont défi- chez les Palácio da Loucura.quelques traits rapportés, comme nitivement acceptés à l’unanimité Actuellement, le terme “caloiro”,les tâches tournantes et l’autono- lors d’un vote de “reunião de casa” au même titre que les aspects quimie, ces résidences ressemblent en où fonctionne une réelle démocra- rappellent la Praxe, peut être récu-effet à une república. Il est pro- tie participative. Après une discus- sé. C’est le cas dans les repúblicasbable que ces maisons fonction- sion avec le candidat “à casa” et Marias do Loureiro, Inkas ou Prá-nent à l’image des repúblicas mas- un vote à l’unanimité de la part des Kys-Tão. Si le dernier intégré estculines, les turbulences et les seuls elementos efectivos, le nou- devenu l’égal des autres (bien que,beuveries peut-être en moins. Lesmaisons féminines se structurentpar simple mimétisme sans vrai-ment fréquenter celles des garçons.Cette séparation se vérifie, du reste,dans la vida académica en généralpuisque les étudiantes ne portentpas le costume traditionnel, la capae batina, et ne participent guèreaux praxes et à la Queima das Fitasavant les années 1950. En réalité,seules les repúblicas des étudiantssont reconnues et légitimes, y com-pris dans les mémoires orales etécrites des anciens. D’ailleurs, uneexpression de Dionysia deMendonça va dans le sens d’unetelle interprétation : “A residênciados Palácios Confusos, a que às Les velhos repúblicos et la génération plus jeune commémorent la fondation devezes chamávamos a nossa leur maison lors d’un centenário, autour d’un repas, d’un verre, de chansons et de saudades. La fresque murale représente une scène praxiste : un caloiro subit‘República’, como aparece aqui e les brimades d’une trupe de doutores à l’aide du gourdin, l’un des trois symbolesacolá no nosso ‘Diário’...”. Donc, de la Praxe académica, avec la paire de ciseaux et la cuillère en bois.LATITUDES n° 14 - mai 2002 43
  4. 4. en tant que néophyte, il “est là pour avec le tournant contestataire des “vivant en communauté domes-apprendre et savoir écouter” selon traditions et des hiérarchies (acadé- tique”, comme les Cow Boys.les propos d’un Mor), jusqu’aux miques et sociales) en 1969 et, sur- D’autre part, les Symbas, bien queannées 1960 il occupe le bas de la tout, en 1974. A partir de cette date portant le nom de solar depuishiérarchie interne. Cette position c’est même l’ensemble de la Praxe 1962, a été exclu du titre de repú-ingrate le prédispose à assumer les académica qui est suspendue et, blica comme du CR pour des rai-corvées et à subir des vexations pour ce qui concerne les repúbli- sons politiques. La définition desplus ou moins rituelles de la part cas, le CR. Cette réaction a conduit, Códigos est, en outre, incomplètedu groupe, non dénuées d’humour actuellement, à une sorte de décro- car pour qu’une república existe ilet de brincadeira. chage - sinon une opposition - faut qu’elle soit votée et reconnue A Coimbra, le mot “república” a entre la Praxe, et notamment le par le CR, sans nécessairement rem-un sens générique. plir toutes les conditionsDepuis 1948, date de la formelles, et notammentcréation du Conselho de l’“inauguration officiel-Repúblicas (CR)13, trois le”, prévues par letypes de “repúblicas” Código (1993 : art. 187).sont distingués, avec Les repúblicas ontune connotation légère- joué un rôle actif lorsment hiérarchique. Ils des conflits étudiants dedépendent, là encore, 1961 et de 1969 sousde l’ancienneté de la l’Estado Novo. Elles ontmaison en tant que pu agir en tant qu’es-república. Il s’agit, dans paces protecteurs d’op-un ordre croissant, du posants (Mário Soaressolar, de la república fera une conférence(proprement dite) et de dans la república dosla real república. Les Kágados, en 1969), parderniers Estatutos du le biais du journal OCR, refondus en 1986, Badalo ou en créantont aboli la distinction une liste unique et uni-hiérarchique entre ces taire. Celle-ci a permistrois catégories de mai- aux étudiants de gagnersons. Cela dit, si le solar les élections de l’Asso-a le droit de participer ciation des étudiantset de voter dans un CR, (AAC), en 1961, contre lail ne saurait le “convo- Comissão Administrativaquer”, à la différence imposée par le gouver-des deux autres types nement. Alberto dede maisons. Il peut Sousa Martins ou Celsocependant passer stra- Cruzeiro15, entre autrestégiquement par une leaders de la contesta-maison amie ou, a for- tion de 1969, étaient destiori, par sa república repúblicos. Entre 1969“marraine” 14 afin de et 1974, elles sont pas- La velha karapaça des Kágados en 1993, dont la façade comporte diverstraiter de questions et objets hétéroclites, avant sa restauration. Pendant les travaux, ses habi- sées d’un praxisme “cul-de défendre les intérêts tants ont été relogés, emportant avec eux leur bannière et leur pancarte turel” à un anti-praxis-engageant l’ensemble où me qui a pu être à figure le nom de la maison. Ils se réinstallent en janvier 1998 dans le localdes casas, ou bien de “historique”. Une plaque commémorative indique une autre date, mais l’occasion politique. Desprendre collectivement symbolique : 25 de Abril de 1998. Dans la cuisine, un azulejo rappelle mesures de l’Etat en 1982une position sociale ou que Lili, la vieille cuisinière, est restée au service des Kágados durant 34 et 1986, ont conduit àpolitique sur un sujet protéger les repúblicasdonné, comme les propinas dans Conselho de Veteranos qui l’incarne, en leur reconnaissant une valeurles années 1990. L’atténuation de la et le CR. patrimoniale16.hiérarchie entre ces entités résiden- Les trois Códigos da Praxe de Chaque maison possède untielles est visible, par exemple, au Coimbra (1957, 1993 et 2002) par- nom. L’appellation peut jouer surfait que certaines repúblicas ont lent de la república comme formant les mots (Prá-Kys-Tão, Kágados,conservé leur nom de solar, comme “l’ensemble des étudiants vivant en Bota-Abaixo, Fantasmas, Rás-Te-les Kapangas. En même temps, communauté domestique”. Cette Parta, etc.), puiser à une originel’expression “ao servício da Praxe”, définition est trop large, puisqu’il géographique des membresprésente dans les premiers Estatutos existe à Coimbra des maisons qui (Corsários das Ilhas, Solar dosdu CR, en 1948 (art. 1), a disparu ne sont pas des repúblicas tout en estudantes açoreanos, Kimbo dos 44 LATITUDES n° 14 - mai 2002
  5. 5. Sobas, Farol das Ilhas), se référer et à une particularité de la repúbli- de désaccord peuvent surgir. Lesà la débauche, à la boisson ou au ca (cf. “Piramidável”). signes de l’intimité entre deux oujeu (Palácio da Loucura, Baco, trois membres, en dehors des rela-Bota-Abaixo, Trunfé-Kopos), au tions amoureuses, rarement coha-“milieu” (Ninho dos Matulões), à La production de liens et de bitantes, se remarque à l’échangedes valeurs de virilité (Galifões), culture dans les repúblicas : un des numéros des telemóveis, à l’en-aux femmes (Ay-ó-Linda, Spreit-ó- exemple voi d’e-mails ou de messages surFuro, Boa-Bay-Ela) ou à la cuisi- un telemóvel (durant l’éloignementne (Rapó-Táxo). L’identité nomi- Une observation participante des vacances), au fait de se retrou-nale peut encore provenir d’un “de l’intérieur”, prolongée sur plu- ver dans un café après les repasévénement historique ou d’un sieurs années, fait apparaître l’am- pris en commun, d’entreprendrepersonnage politique (5 de plitude des activités au sein des conjointement des projets, de s’en-Outubr o, Rosa traider, ou bien d’invi-Luxembur go), d’une ter un ami résidant àréférence exotique passer un week end(Inkas) ou, simplement, “na terra”, dans sadu lieu (Marias do famille. Que les occa-Loureiro, República da sions de conflits soientPraça, Solar do Kuarenta, rares, cela n’empêcheSolar do 44). pas le surgissement de Toutes les repúbli- divergences et de dis-cas possèdent une ban- cussions parfois ani-nière noire où sont mées. Le moment desvisibles le nom et un repas ou les cafés sontdessin-logo empruntant propices aux bavar-ses traits à l’humour, à dages collectifs, joyeux,la Praxe (les Marias ou spontanés et diversifiés.les Rosas), à la boisson, Tous les sujets de la vieaux femmes, etc. Parfois sont abordés, même sil’expression praxística les conversations libres“Dura Praxis, sed s’orientent volontiersPraxis” est ajoutée, sur les questions poli-comme chez les tiques et religieuses etKágados. Toutes possè- sur l’univers de la mai-dent un cri : “E-K-A”, son. C’est ainsi que, parpour les Kágados, “A-R- exemple, l’attentat duR-E”, pour les Boa-Bay- 11 septembre 2001 a étéEla ou bien “Ó égua !”, commenté et a donnépour les Prá-Kys- lieu à des confronta-Tão...17 tions de points de vue Elles se différencient différents.également par leur Eu égard à la mai-hymne. Donnons celui son, des frictions ont pudes Boa-Bay-Ela : Estas se manifester à proposmeninas de agora/Boas de l’usage du telemóvellascas à valer/Suspiram dans les espaces com-de hora a hora/Passam muns (cuisine, salle) ;a vida a dizer/Que a centenário, decretus affichéVeteranos pouvait en Avant 1969, afin de suspendre des “accusations” por- Un ancien le Conselho de dans une república. émettre un à l’occasion d’unmalta mais agradá- ce jour-là la praxe de trupes. Aujourd’hui, quelques maisons produisent des tées par un elementovel/Desta Coimbra tão decretus à usage privatif, destinés à célébrer certains événements internes. contre d’autres membresbela/É a malta formidá- et exprimées dans cetvel /E piramidável/ Da Boa-Bay- repúblicas en matière de sociabili- espace semi-public qu’est le caféEla. Dans cet exemple représenta- tés et de cultures. La proposition habituellement fréquenté par tous ;tif, on voit à l’œuvre à la fois de résidence ne résultait pas d’une ou dans la décision à prendre, col-l’affirmation identitaire, la valorisa- démarche personnelle mais prove- lectivement, à l’égard des bruitstion de la maison et l’affirmation nait d’une invitation de la maison ; nocturnes répétés (dus à un effetd’un ethos masculin pointant une en me faisant par là confiance, j’y d’alcool) du Mor avec, surtout, despériode où les étudiants étaient voyais le signe d’une “adoption”18 conséquences sur le voisinage plai-majoritaires dans l’Université et les Par-delà une unité réelle et soli- gnant - des excès qui font ressortirseuls à habiter les repúblicas. de entre tous les membres, des d’autres griefs, à propos de sesAjoutons, une référence à Coimbra zones de différenciation et même “dettes” accumulées dans la maisonLATITUDES n° 14 - mai 2002 45
  6. 6. ou de l’abandon des études. C’est maison. Le devoir d’implication per- perspective du “centenário”, la fêteaussi à l’échelle de la maison, c’est- sonnelle dans le fonctionnement annuelle commémorant la fonda-à-dire, concrètement, en convo- de la maison ou la nécessité d’une tion de la maison. Cette date anni-quant une reunião de casa, que présence effective et affective, sont versaire réunit les anciennes et lesdeux membres me font part, autour deux autres règles, informelles actuelles générations autour d’und’un verre, de leur intention de certes, mais fortement contrai- repas pantagruélique (feijoada,“poser le problème” de la conduite gnantes. carnes, marisco, arroz doce, bolos,d’un tiers membre qui, en pleine Une étude minutieuse de la vie vin ou bière), de chants et de gui-nuit et sous l’empire de l’alcool, d’une república au cours d’une tares, d’histoires et de souvenirs,s’est montré agressif vis-à-vis d’une seule année fait, en outre, appa- de palabres et d’émotions. Lesancienne de passage. La maison raître la diversité des activités autres “repúblico” ainsi que les amissert encore d’unité de jugement ou sociales, culturelles, festives, passent vers minuit. Chaque annéed’échelle de mesure dans le refus rituelles, politiques ou sportives qui les manifestations s’étendent surmanifesté par un “jeune” antigo se développent en son sein. Ces plus d’un mois : des expositions dedevant l’annonce de la candidature manifestations varient, bien sûr, photographies, des défilés deà “elemento de casa” de la part de d’une maison à une autre. A cet gigantes e cabeçudos, des séancesdeux comensais qu’il juge “imma- égard, la república étudiée ici avec de fado, des animations auprèstures” car ils se sont peu impliqués le solar Marias do Loureiro, sont d’enfants orphelins, des pièces dedans la vie de la república et parce fortement actives. Peut-être parce théâtre, des liens avec des associa-que “é a primeira geração sem que l’une est parmi la plus ancien- tions à caractère récréatif, culturelconsciência política” risquant de ne et l’autre est la plus jeune (et ou sportif, des “cafés concertos”,destabiliser la maison ; ou encore féminine), devant toutes les deux tels “Nós e o Zeca” commémorantdans l’attitude à tenir face, moins à affirmer aux yeux des autres mai- José Afonso et réalisé en collabora-la cohabitation d’un couple formé sons, mais aussi de l’Université et tion avec l’Ateneu de Coimbra et lede deux membres de la maison, de l’AAC, leur position. Les activi- Grémio Operário... Exigeant unequ’à son absence - imputée - des tés mises en place par les membres préparation de plusieurs semainesrepas, des réunions, de l’organisa- d’une maison ou entre des repúbli- et une collaboration étroite entretion... Cette polémique est intéres- cas19 amies, pensées et organisées tous, ces événements contribuent àsante car elle fait affleurer certaines en commun, sont par exemple des souder les individus (et les anciens)normes implicites. L’une de ces séances de poésie ou de cinéma d’une maison et quelques maisonsrègles de vie commune est celle du (parfois à thème), des rencontres entre elles. Ils permettent de conso-“célibat” dans les repúblicas. Si elle sportives, des sardinhadas avec les lider les relations avec le voisinage,n’interdit pas (en fait elle les favori- habitants du quartier, des sangrias, avec la population étudiante, avecse) des rapports sexuels épiso- des éditions de textes poétiques des organismes locaux ou avecdiques, voire des relations amou- (Plágio), des revues ou des jour- d’autres villes (Ansião, Trancoso,reuses, elle encourage peu, en naux, notamment sur la vie d’une Braga, São João da Madeira,principe, le concubinat cohabitant. república, diffusés parfois sur Bragança). A cette longue liste, ilPas tellement parce qu’il va contre Internet (O Badalo, Riskos e Kakos, faudrait ajouter la production,la morale du groupe, mais parce O Galinheiro, O Furinho...). Ce presque toujours circonstanciée, deque le lien “matrimonial” entraîne sont encore des activités de tous multiples affiches, dessins, fresques,des inconvénients à l’égard de la ordres qui sont élaborées dans la caricatures...20 Une telle production culturelle, où l’informalité prime, jouit d’une faible visibilité sociale, ne faisant l’objet que de brèves notices dans les journaux locaux. Elle demeure étrangement absente des rapports universitaires portant sur la culture à Coimbra. S’agissant de l’offre cul- turelle académica, ces études s’en tiennent aux activités proposées par l’AAC. Or, l’expression culturel- le des repúblicas est l’une des rares, à Coimbra, à provenir “spontané- ment” du corps social (lettré). Jamais complètement dissociée des occasions et des liens sociaux queUn centenário récent. Le vin est ici préféré à la bière, même si cette dernière s’est imposée les repúblicas reflètent et consoli- parmi les étudiants. La présence du garrafão, de la marmite (de feijoada) et des longues dent, cette création échappe auxtables sont à usage collectif et festif. Sur les murs, des affiches rappellent les manifestationsculturelles et artistiques survenues à l’occasion d’un centenário. Dans les repúblicas, le Che catégories des observateurs. Est-ce côtoie d’autres personnages emblématiques : Zeca Afonso, la Pasionaria, Marx ou Lénine. seulement parce qu’elles jouent sur 46 LATITUDES n° 14 - mai 2002
  7. 7. le registre non-institutionnel et surl’implication des membres, plutôtque sur la centralisation des déci-sions et l’organisation rationnelled’une certaine légitimité culture ?Nous sommes loin, à l’évidence,d’une image sociale - “extérieure”et savante - des repúblicas (et plusgénéralement de la Praxe acadé-mica) qui, selon les propos... d’unanthropologue local, seraient “umamão cheia de nada, só são copos,bêbedos e drogas”...Un lieu créateur : l’exemple des Moment festif, culturel et émotionnel, largement informel, survenant avant le départ du MorKágados de la república dos Kágados, en avril 2000. A cette occasion, l’un des amis de la maison, honoris Kágado, est venu avec sa guitare et de nombreuses chansons sont reprises en cœur, notamment de Zeca, lequel a d’ailleurs fréquenté la maison en voisin. Un canto ao desafio, On vient de le voir, les repúbli- lancé spontanément, durera près de trois quarts d’heure...cas concentrent des activités cultu-relles. Elles sont en outre des riaux ou épisodes, à la mémoire variations de sens que le vocableespaces créatifs au plan esthétique, vive des individus. C’est donc la recouvre, notamment celui dési-même si, à nouveau, cette création méthode compréhensive que l’on a gnant un type de tortue (cágado),vivante est ignorée. La culture, ici, choisie. Celle retenant le sens que ou plutôt l’image sociale de cet ani-est entendue à la fois dans le sens les Kágados confèrent à un vécu mal aquatique, les membres, actuelsde marques identitaires et de “en personne” ou bien à une his- ou plus anciens, se réfèrent à quel-formes esthétiques saisies, synthéti- toire dite ou transcrite relevant, qu’un de lent (dans les études), dequement, dans leur dynamique pour le chercheur, de données “rusé” (manhoso) et de malin (finó-créative. Précisément, les archives “froides”. rio) dans la vie. Au quotidien, touted’une república cristallisent, en les En considérant les aspects infor- une série de termes commençantmêlant, un tel savoir-être et un tel mels, quoique structurants, des par la lettre “c” sont réécrits avecsavoir-faire. Chaque maison possè- Kágados, il est possible de repérer un “k”. Cette lettre est à rapprocherde ses archives, plus ou moins des signes identitaires et des formes du nom de la maison, à commen-importantes en fonction de l’an- expressives. L’analyse se focalisera cer par “kasa”. Cette graphie circu-cienneté de la maison, du soin sur les archives, documentaires et le entre soi, entre initiés ou vis-à-apporté à leur préservation ou du mémorielles, afin de les faire “par- vis des autres repúblicas. Elledegré de fureur destructrice lors de ler” par le biais des propos ou des prolifère sur de nombreuses cor-la Révolution de 1974. usages des individus eux-mêmes. respondances et toutes sortes de Par “archives”, il faut entendre, Le premier des éléments identi- supports-papiers. La “kasa” ned’une part, des documents écrits, taires n’est autre que le nom même désigne alors pas n’importe quellegraphiques, photographiques ou de “Kágados”. Cette désignation maison, mais bien la “nôtre” deve-sonores, des objets matériels et renvoyant à une entité collective nue référentielle. La lettre “k” s’ap-immatériels formant une sorte de joue d’ailleurs sur le versant de plique également à d’autresdépot inerte, mais dont le sens l’identité/identification puisqu’elle vocables spécifiques liés auxobjectivé reste toujours question- opère, surtout dans les situations Kágados, tels que “komensais”,nable ; et, d’autre part, la parole formelles et écrites (publiques, “kandidatos”, “karaça” ou (velha)parlante, orale et vivante, des réunions, courriers...), en tant que “karapaça” en rapport à l’habitat“anciens”, réactivée lors de retrou- terme de référence et d’adresse. La qu’est la república. Lorsqu’il s’estvailles, faite de souvenirs anecdo- república dos Kágados date du 1er agi de trouver un nom pour latiques et d’une histoire livrée sous décembre 1933 ; elle a été fondée revue de poésie des Kágados, lela forme d’“histoires” narrativisées. par des étudiants minhotos à la titre en fut tout naturellement ortho-Ce passé émerge au prisme à la fois suite d’une scission au sein de la graphié “Riskos e Kakos”. De ladu temps écoulé, propice à la sau- república Porvir, fondée quinze même façon, une fresque étudiantedade, et d’une mémoire partagée années plutôt. Sur la photographie datant de 1964, ayant par hasardau travers d’expériences vécues des “fondateurs ”, il est écrit “cága- survécue à la tabula rasa d’avrilconstitutives d’une même “généra- dos” ; ce n’est qu’en 1943 (lors du 1974 et aux travaux effectués danstion” ou, pour les plus jeunes, de 1er “milionário”) que la lettre “k”, la maison en 1994-1997, représenteréférences rapportées, lues ou d’allure plus savante et exotique, la “dernière cène”. A la place deentendues. La part des archives substitue le “c” d’origine. Si l’on Jésus Christ, trône un “J. K.” sacra-“dormantes” est ici confrontée, du retient le jeu de mots paillard lisé et mythique (chez les Bota-moins pour certains de ces maté- (Kágado/ cagar) et les diverses Abaixo le “Bispo” est un ancienLATITUDES n° 14 - mai 2002 47
  8. 8. devenu “esprit”). Cette graphie partir des archives, au sens où ce sont exposés dans la cuisine à l’at-identitaire n’est pas dénuée d’hu- terme a été défini. Ces formes tention des intéressés. Durant lesmour. Elle instaure parmi les rési- expressives procèdent de la créa- années 1994/ 1995, les différentesdents une certaine distance ludique tion individuelle ou collective. Si “administrations”, s’imitant mutuel-à l’égard de leurs propres usages. elles contiennent une touche esthé- lement, ont dépassé ces aspectsSigne de reconnaissance et mani- tique, elles s’enferment peu dans techniques et fonctionnels pourfestation affectueuse, elle rend sen- un formalisme à la ligne épurée, jouer sur l’identité de chaquesible un bien vivre ensemble. ouvrant, au contraire, sur des fina- Kágado, qu’il soit elemento de casa Il existe par ailleurs un langage lités sociales, ludiques ou poli- ou comensal.relatif aux repúblicas ou à tiques. Elles s’indexent donc à un En effet, parmi les archives dequelques-unes seulement. Comme contexte culturel et occasionnel, où la maison, se trouvent des dessinsà Ouro Preto, les Kágados possè- la part informelle et récréative joue qui empruntent leur style à la cari-dent leurs habitudes langagières. un rôle important. Nous avons déjà cature, figurant chacun des repú-Ces paroles se limitent à quelques pu observer que les repúblicas sont blicos sous la forme d’un animal.mots ou expressions La technique de laconnus et partagés caricature tient ici àpar tous les l’“animalisation” des“membres”, au sens personnes, rendantéthnométhodologique. saillants leurs traits etNous avons déjà travers grâce au gros-signalé que dans les sissement de certainsrepúblicas l’usage de détails et à une cristal-nommer différents lisation de “défauts”“ministros” s’est éta- portés par une lignebli depuis longtemps. graphique et textuelle.Chez les Kágados, Avec l’aide d’unsont distingués, selon ancien, j’ai saisi com-leur compétence per- bien ce graphismesonnelle, des minis- informel, en apparen-tros das finanças, dos ce insignifiant, pointe,assuntos exteriores, beaucoup mieux qu’undo património artísti- texte ou une parole,co ou encore da cul- Février 1969. La frayeur qui est visible sur le visage de l’enfant laisse entrevoir, certaines normes col-tura e das relações en arrière plan, la violence exercée par la PIDE contre les manifestants étu- lectives à respecter et diants lors de la Crise Académica de 1969, déclenchée au cours de la cérimo-comunitárias. Enfin, nie de certaines valeursune petite commu- l’inauguration de la Faculté de Mathématique de la Cidade Universitária. “transgressées” ainsinauté étudiante comme les des lieux inventifs, développant des mises en images. Ces portraits,Kágados invente des surnoms ou activités sociales, graphiques et cul- balançant entre les cartoons et lades sobriquets, à partir du nom, du turelles. Dans cette partie, on ne “surcharge”, entre la légèreté de laphysique, du caractère ou encore retiendra qu’un seul exemple de situation et la critique, révèlent end’épisodes fondateurs. Ils prennent création. même temps, d’une façon fort sub-quelquefois le pas sur les “identités Il s’agit de dessins produits, tile et non sans une part de talentde papier” : “Barbas”, “Sá spontanément, par l’“administra- et de brincadeira, la personnalitéCarneiro”, “Morcego”, “Mimi”, ção kagadal”. Rappelons que l’ad- de chacun des étudiants à la faveur“Serginho”, “Maria Galega”, ministrateur/trice 21 est l’elemento de relations longues et quoti-“M&M’S”, “Os três rapozinhos”. De qui a en charge, pour un mois, la diennes.la même façon, dans la pure impro- gestion de la cuisine, en particuliervisation, par emprunts ou « détour- les dépenses et les achats de nour-nements », la maison fabrique des riture et le calcul mensuel des Conclusionmots ou des expressions qui sont comptes individuels des elementosautant de private jokes : “miau”, de casa et des comensais en fonc- Au terme, il est possible de don-“bota-lh’azeite”, “es uma ferra”, tion du nombre global des repas, ner une définition plus complèteetc. Ces codes favorisent une com- de l’“IRAK”22, des frais courants de de la república, au moins dans saplicité chaleureuse et une intercon- la maison (eau, gaz, électricité, version coïmbrienne et actuelle.naissance intime. Ils sont le reflet loyer) et des retards ou des avances Elle peut être caractérisée à partird’interactions quotidiennes, de liens financières éventuelles effectuées de plusieurs critères convergents,familiers entre membres ou entre au cours du mois écoulé. Les mon- marqués par le signe du lien (signi-amis issus du voisinage et côtoyés tants qui en résultent sont les fié ici par le radical “co/cum”).tous les jours au café. sommes dues par chaque person- Ainsi une républica d’étudiants Les formes expressives consti- ne. Ils sont suivis du nom (ou sur- est une maison communautairetuent la seconde piste exploitée à nom) respectif des bénéficiaires et reposant sur une cohabitation spa- 48 LATITUDES n° 14 - mai 2002
  9. 9. tiale de ses membres efectivos et à dos estudantes de Coimbra, pour passer à solar puis à república,experiência, masculins et/ou fémi- Université de Coimbra, 1947. une república reconnue “présente” la 4 L’emblème primitif du sceau de maison candidate au cours d’un CR.nins, et à laquelle s’intègrent des l’universitas est la Sapientia biblique Une telle mesure renforce - ou tisse -comensais. Cette coprésence de ; elle est substituée par la suite par des liens faits d’entraides, de visitespersonnes cooptées (colegas de une autre figure, de nature allégo- réciproques et, éventuellement, decurso, conterrâneos, individus rique : la déesse Minerve (Manuel relations amoureuses. Augusto Rodrigues, Chronologia 15 L’auteur a écrit le seul ouvrage exis-recommandés) se prolonge sur uneligne générationnelle : les Historiae Universitatis tant sur le sujet : Coimbra 1969, Conimbrigensis, Coimbra, Arquivo da Porto, Edições Afrontamento, 1989.“anciens”. Elle favorise une multi- Universidade de Coimbra, 1988, p. 16 Sur cette question, voir Anibal Frias,tude d’interactions, individuelles 27). “Patrimoine et traditions étudiantes àou de groupe et une forme de 5 Voir Maria Eduarda Cruzeiro, Coimbra (Portugal) : entre art et cul-coopération, participative et tour- “Costumes estudantis de Coimbra no ture”, Jean-Olivier Majastre et Alainnante. Cette coopération écono- século XIX : tradição e conservação Pessin (dir.), Vers une sociologie desmique se double, surtout, d’un style institucional”, Análise Social, vol. XV œuvres, tome I, Paris, L’Harmattan, (60), 4°, 1979, pp. 795-838. 2001, pp. 425-446.de vie identifié à un compagnon- 6 Sur la Praxe académica comme rite 17 Le style et le rythme de ces crisnage convivial. Aux liens de réci- de passage, on pourra lire notre dérivent sans doute du grito acadé-procité et à une éthique de la article : “La Praxe dos caloiros : un mico national : “F-R-A”, servant deconfiance qui unissent les membres rite de passage”, Recherches en modèle pour d’autres. Voici parentre eux, s’ajoute un sentiment Anthropologie au Portugal, n° 5, exemple, in extenso, le cri des 1998, pp. 11-39. Kágados :d’appartenance à une même mai- 7 Margarita Torremocha, La vida estu- K...A...KA/K...E...KE/K...I...KI/K...O...Kson. Celle-ci est constitutive d’une diantil en el Antiguo Régimen, O/K...U...KU/Ká...ga...dos (3 fois)/unicité intra et inter-générationnel- Madrid, Alianza Editorial, 1998, p. 42. Aguenta o gado.le. Les repúblicas sont reliées entre 8 Pour un aperçu historique du loge- 18 Par respect pour les membreselles par le biais (quasi-institution- ment étudiant, voir Anibal Frias, « A actuels et plus anciens, je n’indiquenel) du Conselho de Repúblicas et, Universidade e as Repúblicas de pas le nom de la maison. L’exemple Coimbra em Portugal », Octávio Luiz étudié est, du reste, envisagé commed’ordinaire, par des relations Machado (coord.), Repúblicas de un cas représentatif de l’ensemblemutuelles, de nature amicale, intel- Ouro Preto e Mariana, Laboratório de des repúblicas.lectuelle ou culturelle. Pesquisa Histórica, UFOP, 2002 (à 19 Les occasions de réunir toutes, ou la Une illusion, socialement bien paraître). plupart des repúblicas sont moins 9 Voir Octávio Luiz Machado (coord.), fréquentes : outre les CR, le jour dufondée, fait remonter les repúblicas Repúblicas de Ouro Preto e Mariana, printemps regroupe, rua daà une époque reculée. La même Laboratório de Pesquisa Histórica, Matemática, les 7/8 maisons situées àlogique, entremêlant croyance et UFOP, 2002 (à paraître). proximité ; depuis quelques annéesreprésentations collectives, consi- 10 Certaines repúblicas n’ont pas de la “Semana das repúblicas” est undère l’Université actuelle comme cuisinière (appelée “cumadre” à Ouro moment incitant aux rencontres spor-une institution “fondée par Dom Preto), soit par choix (les Marias, tives et culturelles. incluant les elementos efectivos et à 20 Le registre des expressions esthé-Dinis”. Ces mythes, entretenus, sont experiência, cuisinent à tour de rôle tiques étudiantes fait partie d’une cul-sans doute pourvus d’une raison. chaque semaine), soit pour favoriser ture académique ; certains éléments,Ils reposent sur l’apparence d’un une plus grande implication dans la comme les graffiti, les fresques et lescontinuum matériel (la maison ou maison des membres et réaliser une affiches constituent même des indica-l’Université) et textuel (archives da économie (Prá-Kys-Tão, Ninho dos teurs à la fois des valeurs politiquescasa ou Estatutos de l’Université). Matulões), soit parce que des soucis ainsi données à voir et des actions financiers passagers empêchent le collectives projetées sur les mursLa réactivation d’histoires et l’entre- paiement du salaire de la cuisinière d’un territoire. Sur ces aspects,tien d’une mémoire collective lient (Corsários, 44). consulter Anibal Frias et Pauloles repúblicos d’une même maison. 11 Dionysia Camões de Mendonça, Peixoto : Esthétiques urbaines et jeuxDe même, la Praxe académica “Residências Independentes para d’échelles. Expressions graphiquesforge une identité étudiante tandis Universitárias : 1920-1974”, Boletim étudiantes et images du patrimoineque les cérémonies et le patrimoi- da AAEC, n° 14, juin 1984, pp. 55-63. au sein du monde universitaire à 12 Lily Jean-Javal, Sous le charme du Coimbra, Oficina do Centro dene universitaires inscrivent dans la Portugal, Paris, Plon, 1931, pp. 155- Estudos Sociais, Universidade dedurée l’Université de Coimbra q 158. Je remercie Manuel Madeira de Coimbra, n° 162, juin 2001. m’avoir communiqué cet ouvrage. 21 A la fin du XIXe siècle il est appelé 13 Sur le Conselho de Veteranos, voir “bolsa”. Doit-on voir dans ce terme Anibal Frias, “Praxe académica e cul- un écho de la bursa qui, au Moyen1 Boursier de la Fundação para a turas universitárias. Lógicas das tradi- Age, désigne à la fois l’étudiant Ciência e a Tecnologia ; GAP, Paris. ções e dinámicas identitárias”, “boursier” et un type de logement (afrias@msh-paris.fr). Revista Crítica de Ciências Sociais, “économique” ?2 Anibal Frias, Traditions étudiantes et 2002 (à paraître). 22 L’“Irak” désigne l’Imposto 14 Au moment du projet de loi sur la Revolucionário da Alimentação violence, “Tam Tam, Journal des eth- nologues”, Université de Picardie dépénalisation de l’avortement au Kagadal. Il s’agit de la part fixe - Jules Verne, n° 3, mars 1998, pp. 6- Portugal, en 1998, les Marias ont évolutive - payée par chaque ele- 11. ainsi pu “convoquer” un CR grâce à mento de casa et comensal, et dont la3 Sur l’argot des étudiants de Coimbra, l’appui de leur voisin et parrain, les somme peut être supérieure au salai- se reporter à la Licenciatura Baco. Indiquons que le parrainage re payé à la cuisinière, dont le mon- d’Amilcar Ferreira de Castro, A gíria entre maisons provient du fait que, tant en 2001 est de 68 contos.LATITUDES n° 14 - mai 2002 49

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