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Tables Rondes / Round Tables14
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Stabilisation and Integration Perspectives for the Western Balkans 2009
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Stabilisation and Integration Perspectives for the Western Balkans 2009

  1. 1. L’association Bourgogne Balkans Express The Bourgone Balkans Express Association,avec le soutien du 1er cycle européen de with the support of the European undergradu- Dijon, Europe centrale et orientale, de ate cycle, Central and Eastern Europe, of Sciences Po Paris a l’honneur de vous Sciences Po Paris in Dijon, has the honour toprésenter les actes du colloque organisé present the written contributions of the le 21 avril 2009 à Dijon : workshop held on 21 April 2009, in Dijon : « Les perspectives de stabilisation et d’intégration des Balkans occidentaux » ••• « Stabilisation and Integration Perspectives for the Western Balkans » L’association Bourgogne Balkans Express (loi 1901) a été créée en 2006 à l’ini- tiative de deux étudiants du cycle Europe Centrale et Orientale de Sciences Po Paris à Dijon, de nationalité albanaise et serbe. L’objectif principal de ce colloque sur les Bal- kans occidentaux était de réunir praticiens et chercheurs sur des thématiques et orien- tations liée à l’intégration euro-atlantique des Balkans occidentaux qui prennent toute leur importance dans le contexte d’aujourd’hui. Le colloque s’est tenu le 21 avril 2009 dans l’enceinte du cycle Est européen de Sciences Po Paris à Dijon. Il s’agissait d’un véritable échange d’idées, d’informations et de visions politiques sur l’avenir de la région des Balkans, en vue de discuter des solu- tions concrètes, susceptibles de répondre aux enjeux et défis de cette zone. The Bourgogne Balkans Express Association (law 1901) was created at the initia- tive of two students of Albanian and Serbian nationality of the Central and Eastern Euro- pean campus of Sciences Po Paris in Dijon. The main objective of this workshop on the Western Balkans was to reunite practitioners and researchers to debate on On questions pertaining to the Euro-Atlantic integration of the region, which are gaining particular im- portance today . The workshop was held on 21 April 2009 at the Central and Eastern European campus of Sciences Po Paris in Dijon. It consisted in a real exchange of ideas, informa- tion and political views on the future of Balkans region, in order to discuss concrete so- lutions that might respond to the challenges that this region faces nowadays.
  2. 2. Imprimé à Paris, France, juillet 2009Droits d’auteur: Association Bourgogne Balkans Express (loi 1901)1er Cycle de Sciences Po Paris, Europe centrale et orientale14, Av. Victor Hugo, 21000 DijonReproduction permise sous condition de citer les auteurs des textes ci-joints ainsi que la publication.
  3. 3. L’association Bourgogne Balkans Express exprime ses remerciements les plus sincèresà l’ensemble des chercheurs et praticiens ayant participé au colloque: Hido Biscevic ; Ana Maria Boromisa ; Joseph Brinker ; Arnaud Danjean ; Srdjan Dizdarevic ; Mary-Ann Hennessey ; Katrin Hett ; Tim Judah ; Karolina Kottova ; Jaromír Levíček ; Alexandre Lévy ; Pierre Mirel ; Tanja Miscevic ; Alistar Nolan ; Luan Rama ; Jacques Rupnik ; Piotr Smolar ; Thérèse Sobieski ; Veton Surroi ; Jovan Teokarevic ; Nebojsa Vukadinovic ; Daliborka Uljarevic. et aux organismes ayant coparrainé l’événement: Commission Européenne, Organisation du Traité de lAtlantique Nord, Conseil Régional Bourgogne, Ville de Dijon, Arte.tv, Courrier International, Le Monde, Courrier des Balkans, Europe Direct Bourgogne, Association Jean Monnet,
  4. 4. Sommaire / Contents : Préface des actes du colloque - L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre Mirel …………………………………………………………………….. p.8 Tables Rondes / Round Tables : - EU policies in the Balkans: the challenges of consistency Jacques Rupnik …………………………………………………………… p.16 - Normalization in four steps Veton Surroi …………………………………………………………… p.19 - Are there any alternatives to the European perspective of the Balkans and the EU Enlargement? Tanja Miscevic …………………………………………………………… p.21 - Les rivalités intra-régionales et les fragilités internes: obstacles structurels à la perspective européenne? Luan Rama …………………………………………………………… p.24 - Croatia: good or bad example? Ana-Maria Boromisa ………………………………………………………… p.30 - NATO-EU as a strategic partnership: toward a global cooperation in the stabilisation of the region Jovan Teokarevic …………………………………………………………… p.33 - Can civil society succeed in emancipating itself from historical, sociological and ideological burdens? Srdjan Dizdarevic …………………………………………………………… p.36 Contributions externes / External Contributions : - Integration, stability and blackmail Slobodan Casule …………………………………………………..…… p.37 Bourgogne Balkans Express …………………………..…… p.40
  5. 5. L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre Mirel Directeur. Relations avec Albanie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Kosovo. DG Élargissement, Commission Européenne (Bruxelles) Madame la vice-présidente du Conseil ré- Frontières acceptées, droits humains respectés,gional, merci de nous accueillir ce matin. Merci Etat de droit établi, marché unique étendu, crois-pour vos paroles de bienvenue et, si vous me sance économique spectaculaire, manne finan-permettez, bravo pour lengagement européen cière de rattrapage économique, on ne peut nierfort de la région Bourgogne. la réussite de ce qui restera comme lun des ac- complissements majeurs de la politique exté-Mesdames et messieurs, chers collègues, permet- rieure commune.tez-moi aussi de féliciter Sciences Po Dijon etlassociation Bourgogne Balkans Express pour Faire de la politique fiction est toujours un exer-cette conférence, la seconde de ce type. Dijon va cice aléatoire et vain. Mais que lon imagine unainsi simposer comme un rendez-vous incontour- instant ce qui serait arrivé en Europe centralenable dans le débat sur lune des grandes politi- sans cette réponse positive et dynamique deques de lUnion européenne, celle de lélargisse- lUnion européenne ! Quelles politiques aventu-ment. reuses auraient pu conduire certains leaders! A quelles dérives aurait-on pu assister! On songeCest donc un grand plaisir de revenir à Dijon, immédiatement, comme en écho, aux conséquen-dautant que nous célébrons cette année un dou- ces dramatiques de labsence dune telle réponse,ble anniversaire historique. Il y a 20 ans le Mur dun engagement semblable de lUnion euro-de Berlin était abattu, ouvrant ainsi la voie à lou- péenne, avec les Balkans occidentaux.verture du "Rideau de fer" qui coupait lEurope endeux depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ni la crise économique actuelle (hélas supportée par tous), ni la résurgence ici ou là de relents na- er èmeEt le 1 mai, nous célébrerons le 5 anniver- tionalistes ne peuvent atténuer le réel succès desaire de lélargissement de lUnion européenne à ce qui restera, jen suis convaincu, comme lunelEurope centrale, qui acheva la réunification des grandes réalisations de la construction euro-dune grande partie du continent européen. péenne depuis sa création.Double anniversaire, en effet, puisque le 5ème Le pouvoir de transformation de lUE et de saélargissement fut la réponse européenne à la conditionnalité, les fameux critères de Copenha-chute du Mur de Berlin. Un choix historique, qui gue, le "soft power" comme on le désigne parfois,renvoyait aux valeurs fondamentales sur lesquel- a réussi en dépit des obstacles et des contraintes.les le projet Monet-Schuman sétait construit: lesvaleurs de paix, démocratie et solidarité. Mais alors, si cet élargissement a si bien réussi, doù vient aujourdhui ce sentiment diffus quil ne èmeCe 5 élargissement a sans conteste prouvé la peut être reproduit à lidentique avec les Balkanscapacité du processus dadhésion à transformer occidentaux ? Pourquoi cette impression de frilo-les pays candidats en démocraties, dotées déco- sité du côté, sinon de lUnion européenne, tout aunomies de marché et en mesure de rejoindre les moins de certains de ses membres et, assuré-15 pour faire face ensemble aux défis communs. ment, dune grande partie de son opinion publi- que ? * Discours tenu lors de la conférence d’ouverture du colloque auprès du Conseil Régional de Bourgogne 8
  6. 6. L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre MirelUne telle analyse nous occuperait tout ce jour. Je Dans le même temps, et face à ce processusme limiterai ici à trois observations. Tout dabord, délargissement, quelle image les Balkans occi-si les politiques se plaisent aujourdhui à recon- dentaux renvoient-ils aux citoyens européens ?naître le succès du 5ème élargissement, leur com- Assurément celle dune terre de conflits, où cor-munication, au niveau national, na pas toujours ruption, trafics et crime organisé continuent.été, loin sen faut, à la hauteur des enjeux et napas réussi, dans nombre dEtats membres, à po- Je ne grossis pas limage: il suffit de lire lapulariser lidée que cétait la paix et la sécurité presse, qui en fait même parfois sa "une". Il y aqui étaient en jeu. Nous en payons aujourdhui le sans conteste un fort déficit dimage.prix avec une opinion publique encore partagéesur les mérites de lélargissement. Pourtant, ce serait oublier les progrès accomplis par tous les pays de la région. Cest la Croatie quiDautant plus partagée, et cest ma seconde ob- est engagée dans le processus "vertueux" de lad-servation, que la crise financière a des consé- hésion où chaque pas positif détermine le sui-quences économiques et sociales dramatiques. vant. Et, malgré les difficultés, le pays progresse. Ici encore le "soft power" de lUnion européenneLa crise et son cortège de licenciements, où lon a réussit à entraîner des changements positifs.beau jeu dincriminer lautre, quil soit le nouvelEtat membre où certaines entreprises se délocali- Cest lAncienne République Yougoslave de Macé-sent, ou bien les travailleurs étrangers comme on doine qui vient de tenir des élections qui, contrai-la vu récemment en Irlande et au Royaume Uni. rement aux précédentes, ont été régulières etLa crise et la tentation du repli sur soi. transparentes. Lorsque lon connaît le poids que lUnion européenne a mis dans la balance, nulEn ces temps difficiles, les tribuns populistes ont doute que ce succès lui est aussi imputable.beau jeu de surfer sur la vague des peurs et desdrames économiques locaux pour flatter la fibre Cest aussi laccord de Prud en Bosnie Herzégo-sociale et identitaire, en identifiant toujours lAu- vine, par lequel les leaders de trois grandes for-tre comme le bouc émissaire, et en loccurrence mations politiques se sont engagés à travaillerBruxelles comme le responsable de tous les pour des solutions communes aux conditions po-maux. sées pour la fermeture du Bureau du Haut Repré- sentant des Nations Unies. Cest bien là un signeDernière observation, la panne institutionnelle: manifeste que lorsque la volonté existe, les solu-labsence dun nouveau traité, le Traité de Lis- tions peuvent être inventées. Or, là encore, cestbonne, qui devrait assurer un meilleur fonction- la pression internationale qui a conduit à cettenement à une Europe élargie à 27. Entre égoïsme avancée.national et utopie altermondialiste, ceci montre,hélas, que le projet européen nest jamais ferme- Cest également la Serbie qui a transféré à Lament acquis. Alors quà lévidence cest de plus Haye 44 des 46 inculpés par le TPIY, qui déploiedEurope dont lUnion a besoin. des efforts remarqués pour coopérer pleinement avec le tribunal, et qui a décidé dassumer à elleDoù la position de certains leaders européens, seule les obligations liées à lAccord de Stabilisa-face à une nouvelle vague délargissement, alors tion et dAssociation en mettant en œuvre, unila-que se profilent les élections au Parlement euro- téralement, lAccord intérimaire.péen, des élections nationales importantes danscertains Etats membres et la fin du processus de Cet aussi le Monténégro qui a progressé suffi-ratification du Traité de Lisbonne. Ces préoccupa- samment sur le chemin européen pour que letions sont dautant plus fortes que mettre en or- Conseil, dans quelques jours, demande à la Com-dre la maison "Europe" est en soi un objectif fort mission de préparer son avis, conformément aulouable pour y accueillir de nouveaux invités. traité. 9
  7. 7. L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre MirelCest encore lAlbanie, qui malgré le passé de dic- Limage qui nous est renvoyée est égalementtature, lune des plus terribles jamais subies par celle dune Serbie qui peine à tourner la page desun pays, se transforme progressivement et sap- guerres récentes. Loin de moi lidée de sous-prête, elle aussi, à déposer sa candidature à lad- estimer les efforts accomplis par les autorités ser-hésion à lUnion européenne. bes vers la pleine coopération avec le TPIY.Sans oublier le Kosovo où, contrairement aux Mais lorsque des décisions du TPIY sont contes-prédictions de nombreux oiseaux de mauvaise tées publiquement (ce qui nest hélas pas unique-augure, la situation post-déclaration dindépen- ment le case de la Serbie), lorsque des partis po-dance est stable, grâce en particulier à la com- litiques continuent à proclamer "héros" ceux quemunauté internationale, et notamment à lenga- le tribunal recherche, lorsque des ONG qui sef-gement fort et déterminé de lUnion européenne. forcent de rechercher la vérité et de la dire sont mises en accusation par certains groupes, forceLes progrès sont donc réels et tangibles. Ils ne est de constater que lon est loin des valeurs desont pourtant pas à la hauteur des défis. Ne nous réconciliation qui ont fondé le projet européen.voilons pas la face. Les conflits bilatéraux sontlégion entre les pays des Balkans occidentaux: Nous voyons aussi lAncienne République yougo-conflits frontaliers, retour des réfugiés et des per- slave de Macédoine empêchée de rejoindresonnes déplacées, double nationalité et ses lOTAN pour la question du nom et qui adopteconséquences. On est encore bien loin du "bon elle-même une attitude parfois conflictuelle.voisinage" et de la coopération régionale prônéspar le Processus de Stabilisation et dAssociation, Une Croatie ralentie dans son processus européenque le Sommet de Zagreb a consacré en 2000, il non seulement par une querelle bilatérale, avecy a neuf ans déjà. un Etat membre, mais aussi par ses propres diffi- cultés à tout faire pour tourner la page.La récente visite du Premier ministre Sanader àBelgrade et lannonce dune solution au litige Autre élément qui pèse sur les relations, la cor-frontalier entre la Croatie et le Monténégro sont ruption et le crime organisé. En dépit des progrèstoutefois, il faut lespérer, les prémisses dun réels accomplis, les mesures prises jusqualorsmouvement que lon espère ample et capable sont loin de répondre aux défis que pose la puis-dapporter des réponses aux différends existant. sance des forces occultes qui sapent létablisse- ment dun Etat de droit. Le déficit dimage quiDautre part, la "volonté de vivre ensemble" qui sensuit a un impact déplorable sur lopinion pu-caractérise tout Etat tarde à se manifester dans blique européenne.certains pays, notamment en Bosnie Herzégo-vine, en plain repli identitaire, et qui a tendance à Nous trouvons ainsi, dun côté, une Union euro-rendre la communauté internationale responsable péenne avec certains Etats membres plutôt fri-de sa propre incapacité à inventer un modèle pro- leux et, de lautre, des pays engagés dans lespre pour faire cohabiter ses trois peuples consti- réformes mais qui nadoptent pas les mesures àtuant. la hauteur des défis historiques que leur situation et que le processus européen exigent.Nest-ce pas là le paradoxe de ladhésion ? Despays qui, en devenant membres de lUE, décide- Cest bien là une différence majeure avec le 5èmeront librement de mettre en commun une part de élargissement. Les pays dEurope centrale ont, auleur souveraineté et pour lesquelles les frontières contraire, fait montre dun extraordinaire consen-vont sestomper derrière le marché unique et les- sus national envers ladhésion et sa conditionnali-pace Schengen, et qui maintiennent des attitudes té. On ne le retrouve pas avec la même forceplus ethniques ou nationales que régionales et dans les Balkans occidentaux.européennes. 10
  8. 8. L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre MirelCertes, la plupart des dirigeants politiques sen- contraintes auxquelles elle fait face.gagent dans les mêmes termes. Mais leurs déci-sions ne reflètent hélas pas toujours les promes- Cest le strict respect du nouveau "consensus surses faites lors des rencontres européennes. Les lélargissement" de décembre 2006 que le Conseilmesures prises ne sont pas à la hauteur des en- va suivre: respect des engagements pris, strictejeux. Comme si lenveloppe nationale ou ethnique application de la conditionnalité, meilleure com-prévalait rapidement sur lengagement européen. munication auprès de lopinion publique.Comment pourrait-il en être autrement alors Cest également ce qui a animé les Etats mem-quun récent sondage Gallup montre que les ci- bres en adoptant les accords de facilitation destoyens accordent plus de prix à leur appartenance visas. Bien sûr, ces derniers ne répondent pasethnique ou religieuse quà leur citoyenneté ? suffisamment aux attentes des citoyens. CestComme le notait Bronislaw Geremek, "il est plus pourquoi nous sommes engagés dans un dialoguefacile dunir des économies et des administrations sur la libéralisation des visas, au terme duquel lesque dunir des mémoires". Etats qui satisferont aux conditions des feuilles de route (road maps) verront lobligation de visasCest dabord aux élites politiques de dépasser levée. Et nous sommes confiants, comme la ré-leurs clivages et de mettre leurs actes en adéqua- cemment déclaré le Vice Président Barrot, quunetion avec leurs promesses. Cest de leaders cou- telle décision positive pourrait être prise pour cer-rageux dont la région a besoin, capables de tour- tains pays en 2009.ner la page en engageant les changements quisimposent. Cest dans cet esprit aussi que lUnion euro- péenne se prépare à un engagement plus fort enCest aussi à la société civile, à sa communauté Bosnie-Herzégovine dès lors que les conditionsdaffaires et à ses ONG, de sengager plus résolu- seront remplies pour que le Bureau du Haut re-ment encore quelles ne lont fait jusqualors pour présentant des Nations Unies soit fermé.confronter les leaders politiques à leurs propresengagements et pousser à des réformes qui rap- Cest dans cet esprit enfin que lUnion apporteprocheront les pays de lobjectif européen. son appui aux Balkans occidentaux face à la crise économique qui va les frapper, plus quils ne lePourtant, en dépit des difficultés et des contrain- pensent dailleurs eux-mêmes aujourdhui.tes que lUnion européenne elle-même connaît etque jai évoquées précédemment, le Conseil euro- LUnion européenne a, en effet, engagé une aidepéen vient de réaffirmer la "perspective euro- de € 150 millions avec les Institutions financièrespéenne" des Balkans occidentaux. Leitmotiv fa- Internationales qui va permettre de lever par cel-cile, direz-vous ? les-ci quelque € 600 millions de prêts, notam- ment en faveur des PME et des infrastructures.Assurément non, si lon garde à lesprit comment De plus, la BEI et la BERD, en particulier, vontfonctionne le "système européen": les conclusions lever quelque € 5,5 milliards pour les Balkansdu Conseil engagent lUnion et il nest pas occidentaux.dexemple quelles naient été suivies de décisionspositives lorsque les conditions étaient réunies. Enfin, la Commission sapprête à engager € 100 millions en dons sur son programme IPA commeA preuve, le fait que, dans quelques jours, le soutien budgétaire à la Serbie dans cette périodeConseil demandera à la Commission de préparer difficile pour le pays, à la suite de son accordson avis sur la candidature du Monténégro. Et, avec le FMI. Et elle est prête à considérer descomme le Commissaire Rehn la déclaré: "le mo- opérations similaires avec dautres pays si lesment nest pas venu pour lUnion européenne de conditions sont remplies.prendre une année sabbatique", en dépit des 11
  9. 9. L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre MirelPour tenter de répondre à lune des questions de Daucuns disent aussi quune stratégie spécifiquecette conférence: "la perspective européenne dé- devrait être inventée pour les Balkans occiden-pend-elle davantage des problèmes internes à taux. Si lon entend par là modifier la condition-lUnion européenne que des progrès des pays nalité, alors non, la stratégie qui a réussi avec leeux-mêmes?", je dirais quelle dépend bien évi- 5ème élargissement ne doit pas être adaptée.demment des deux. Par contre, si lon entend par là un engagementMais en ajoutant aussitôt quelle dépend dabord plus fort de lUnion, alors oui, Commission etet avant tout des progrès que les pays peuvent Conseil doivent sengager davantage avec lesmettre en avant. Des signes tangibles doivent Présidences successives. Cest précisément ceêtre donnés aux Etats membres que la perspec- que lUnion européenne fait au Kosovo et se pré-tive européenne prévaut, quun réel consensus pare à faire en Bosnie Herzégovine. Comme cestnational peut conduire à des mesures fortes qui le Commissaire Rehn qui sengage dans une mé-feront progresser les pays sur leur voie euro- diation entre la Slovénie et la Croatie.péenne. La tentation peut être grande pour certains paysEn quelque sorte: "aide-toi, lEurope taidera". Le de clamer que le processus nest ralenti que ème5 élargissement est, ici encore, la preuve vi- parce que lUnion européenne nest pas disposéevante que lUnion honore ses engagements lors- à les accueillir. Certains pays candidats y avaientque les pays tiennent leurs promesses. déjà succombé au milieu des années 90. Cest toujours un faux fuyant qui ne trompe personne,Daucuns disent parfois que la conditionnalité est généralement à consommation intérieure et leappliquée de façon trop stricte aux Balkans occi- plus souvent destiné à masquer labsence de ré-dentaux. LUnion a pourtant montré quelle savait formes internes.prendre en compte les facteurs politiques interneslorsque la situation lexigeait. Il ny a pas dalternative à ladhésion à lUnion européenne pour les Balkans occidentaux. IlsJen veux pour preuve la signature des Accords sont européens, par leur géographie, leur histoiredAssociation et de Stabilisation avec la Bosnie- et leur culture. Ils appartiennent à lEurope. IlsHerzégovine et avec la Serbie dans les conditions deviendront membres de lUnion européenne parque lon sait. Recherche du consensus et sens du leur détermination à respecter ses valeurs et àcompromis sont aussi des principes cardinaux de remplir les conditions à leur adhésion.la construction européenne. LUnion européenne sy est fermement engagée.Et lon sait bien que la Commission européenne Elle les accueillera comme elle la fait avec les 12continue de plaider pour que lAccord intérimaire en 2004 et 2007. Aux pays de tenir leurs promes-avec la Serbie soit mis en œuvre maintenant. ses. LUnion européenne tiendra la sienne. CestMais dans le processus conduisant à ladhésion, notre chantier davenir.chaque étape requiert un accord unanime des 27.Cette règle de base ne devrait jamais être ou-bliée. 12
  10. 10. L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre Mirel 13
  11. 11. Tables Rondes / Round Tables14
  12. 12. L’Union européenne et les Balkans occidentaux : enjeux et perspectives Pierre Mirel Modérateur / Moderator: La perspective européenne / Alexandre Levy, Journalist « Courrier International »Table Ronde / Round Table 1 : The European perspective Participants : Jacques RUPNIK, CERI researcher, Sciences Po Paris Karolina KOTTOVA, Director of the Department for the Coordination of EU Affairs at the Czech Government’s Office Mary-Ann HENNESSEY, Political Adviser, DG of Democracy and Political Affairs, Council of Europe Pierre MIREL, Director, Relations with Albania, Bosnia and Herzegovina, Montenegro, Serbia and Kosovo (DG Enlargement), European Commission Tanja MISCEVIC, Former Director of the Serbian Office for EU Integration Veton SURROI, Former leader of ORA party, Kosovo Minorités et nationalismes / Modérateur / Moderator : Minorities and nationalismsTable Ronde / Round Table 2 : Piotr SMOLAR, Journalist, « Le Monde » Participants : Ana Maria BOROMISA, University of Zagreb, Department of International Relations, Economics and Politics Jaromír LEVÍČEK, South and South East Europe Department, Czech Ministry of Foreign Affairs Jovan TEOKAREVIC, Belgrade University, Faculty of Political Science Katrin HETT, NATO Officer, Western Balkans, Public Diplomacy Division Luan RAMA, Writer, Former Albanian Ambassador to France Modérateur / Moderator : Tim JUDAH , Journalist, “The Economist” Table Ronde / Round Table 3 : Participants : Alistar NOLAN, Principal Administrator, « Investment Compact for South East Europe » OECD Valeurs / Values Arnaud DANJEAN, European Deputy, Specialist of the Balkans, Daliborka ULJAREVIC, Executive Director, « Centre for Civic Education », Montenegro Hido Biscevic, Secretary General of the Regional Co-operation Council Joseph BRINKER, Head of Political Affairs for the OSCE Mission in Kosovo Nebojsa VUKADINOVIC, CERI researcher, SciencesPo Paris Srdjan DIZDAREVIC, President of the Helsinki Committee for Human Rights in Bosnia and Herzegovina and Vice-President of the Helsinki Federation Thérèse SOBIESKI, Head of Unity - Serbia, DG Enlargement, European Commission 15
  13. 13. EU policies in the Balkans: the challenges of consistency Jacques Rupnik Research Director at the Centre d’Études et de Recherches Internationales / Sciences Po Paris (Paris) During and in the immediate aftermath of condition to a successful integration to the EU.the wars of Yugoslav dissolution the European There has been in recent years a growing Europe-Union was often criticized for the inconsistencies anization of the international presence in the Bal-of its security policies and for the latent tension kans while US priorities shifted outside Europebetween the emphasis on postwar regional coop- (from Iraq and Iran to Afghanistan and Pakistan).eration (the Stability Pact) and the priority given However, the US has, with vice-president Biden’sto the merits of individual countries on which the visit to the region, recently shown signs of con-prospect of EU enlargement were to be assessed. tinuing re-engagement which is also seen as cru-Today, the overall thrust of the EU’s Balkans pol- cial by several actors in the region (Bosniaks,icy appears more focused and more consistent: Kosovars, Albanians and Croats). There are somewe have moved from an agenda dominated by transatlantic differences concerning the assess-security issues related to the dissolution of Yugo- ment of the stability of the region and particularlyslavia, to an agenda focused on the perspective over Bosnia (Holbrooke) with serious implica-on the Western Balkans’ accession to the EU. The tions: keep the OHR or not? having a US “specialformal political commitment of all EU members is envoy”? Should the EU encourage a continuingthere since the Saloniki summit in 2003 and Kos- US engagement in the Balkans or consider itsovo’s independence last year was presented as scaling down as consistent with the process ofthe turning point between the final stage post- European integration seen as “the only game inYugoslav fragmentation and the region’s integra- town”? Have we really moved from security-tion process into the EU. The coherence of the EU driven containment to politically driven integra-approach to the region was found at last: The tion?framework was set, the verbal commitments ofthe political elites in the region were clear Russia played no part in Central Europe’s acces-enough, the policy tools were supposedly familiar sion to the EU, but it has a significant nuisanceto all since the previous wave of Eastern enlarge- capacity in a number of countries in the Balkans,ment. What was the difference between Central most obviously through energy supply and theEurope and the Balkans? Ten years. There are, Kosovo question. Serbia now tends to be consid-however, a number of reasons why this reassur- ered in Brussels as pivotal to the region and itsing presentation (as well as the coherence of EU current government as the most favorable to theenlargement policies) should be questioned. EU in two decades. Yet it has made a deal with Russia on both above-mentioned issues (giving1. The EU and other major international ac- Moscow a stake in the energy sector while relyingtors. on its backing in the UN over Kosovo). The con- sistency of the EU position on Kosovo and theThe US-led NATO enlargement toward Central “frozen conflicts” in the Caucasus has been ques-Europe preceded EU’s enlargement and it seems tioned by Russia. To say that these are self-to be the pattern again in the Western Balkans serving arguments does not dispense with ad-with the recent accession of Croatia and Albania dressing the tension between the legitimacy ofto the Atlantic Alliance. The transatlantic bond the Kosovo independence process and its interna-and the emphasis on security are seen as a pre- tional legality. 16
  14. 14. EU Policies in the Balkans: the challenges of consistency Jacques RupnikTurkey opened enlargement negotiations with a direct stake in the region’s stability and acces-the EU before the countries of the Western Bal- sion prospect (Slovenia, Bulgaria, Romania). Thatkans which, from their point of view, was far from proximity and involvement of member states canobvious. The consistency question for the EU’s be a powerful vector of EU influence in the region.future enlargement approach could be summed But it can also become an impediment. Greece’sup as follows: do you aim, for the sake of unresolved conflict with Skopje over the name of‘geographic coherence’, for a ‘post-ottoman’ the Macedonian state has blocked the latter’senlargement to the South East? Or should you NATO accession which was supported by all othernot, for the sake of political plausibility (i.e. if you EU members. Croatia’s difficulty or reluctance toare serious about the Western Balkans in the EU) settle the border issue with Slovenia has led thedecouple their EU future from Turkey’s? latter to remind it of its necessary consent to Croatia’s membership.2. Coherence between regional and individ- These developments should suffice to questionual approaches the widespread assumption that a member state is the best stabilizer and “advocate” of itsThis brings back in a different form the question neighbor as prospective member. The inclusion ofof coherence between regional and individual ap- Croatia into the EU would certainly contribute toproaches. The current assumption is that the the stabilization of democracy there. The impact“regatta” approach works fine for the EU (it on neighboring Bosnia-Herzegovina (BiH) is, how-makes the enlargement process ‘discreet’ and ever, debatable as Croats from Bosnia-thus more acceptable to Western public opinion) Herzegovina, who massively own Croatian pass-and the countries concerned. Indeed, all of them ports, will thus lose interest in the future of theircheer for a speedy accession of Croatia as open- state. Romania is the most vocal advocate ofing the door to the EU for the rest of the Western Moldova’s future membership in the EU. Its influ-Balkans. The logic of emulation may work for ence over its Eastern neighbor has, during thesome: Macedonia, Montenegro, Albania etc. But recent political crisis in Chisinau, been describedfor the unfinished states such Bosnia, Kosovo, as both attractive and destabilizing at the sameand Serbia there may be a case for a parallel ac- time. In short, a coherent enlargement policycession to the EU. The shared European roof was should also entail a careful consideration of itsmeant to help defuse and overcome unsettled impact on neighbors and thus its relationship tocontentious territorial and institutional issues. To the EU’s neighborhood policy or its “Eastern part-be sure, nobody’s accession should in principle be nership”.held hostage to the intransigence of one’sneighbor. But given the possible interaction be- 4. From protectorates to integration throughtween different aspects of the “Serbian question,” nation-state building.it also seems prudent to make sure unfinishedstatehood issues are settled simultaneously dur- This sounds like a coherent summary of EU’s en-ing the accession process, when leverage is deavor in the region: 1. from crisis managementstrongest. Back to a regional perspective albeit to Europeanized protectorates 2. Exit from pro-on a smaller scale. tectorates (BiH and Kosovo) implies entry into the EU. The difficulty (and this is where consistency is3. Coherence between EU policies and those most immediately tested) is that the EU is for theof its member states. first time in its history directly involved in assist- ing the creation of its future member states.The converse question concerns the coherence There are three ‘unfinished’ states in the Westernbetween EU policies and those of its member Balkans: Bosnia, Kosovo, and Serbia. EU Com-states. Some of them have, for historical and missioner for enlargement Olli Rehn has rightlygeographic reasons, more involved (Greece, Aus- pointed out that protectorates cannot be inte-tria, Italy). Other, new members of the EU, have grated into the EU. Nor can unfinished states. The 17
  15. 15. EU Policies in the Balkans: the challenges of consistency Jacques Rupniktwo European protectorates should be examined ‘status-neutral’ (given that five EU members haveas test cases for consistency. not recognized Kosovo’s independence) while it remains unclear which law applies when in Kos-Bosnia: Is Bosnia a stable state? The answer ovo: is it the international regulations of the pastdepends on which High Representative you listen decade under UNMIK, is it the new laws voted byto: former HR Paddy Ashdown (fear of disintegra- the Kosovo parliament or is it (in the Northerntion) or most recent HR Lajcak: Bonn powers enclave) Serbian law? Depending on where youhave become irrelevant as has the HR’s office. Is are and when you get a different answer to thisBosnia a functional state? Certainly not. The pro- question. Which state, which internationaltectorate ensures stability but reinforces dysfunc- agency, which law? This surely is the most formi-tionality. Can the exit from the protectorate and a dable ‘consistency challenge’ for EU representa-shift to a pre-accession agenda be a powerful tive Peter Feith and more generally for the EUenough leverage to push through an institutional mission in Kosovo. Hence also the question: isreform necessary to develop the sense of owner- Kosovo really an independent state on the road toship and make BiH a viable polity? This is where the EU or the protectorate’s new cloth?one man’s plea for consistency of the Europeanperspective borders on another man’s the act of This sums up some of the key dilemmas raised infaith. examining the coherence of the EU’s approaches to the Western Balkans. It highlights the con-Kosovo: EULEX is the largest civilian mission trasts or the tensions between stated consistencyever launched under ESDP. The exit from protec- and its implementation. It also points out some oftorate is conceived as an assistance in the build- the implications on the ground as soon as EU ap-ing of a new state with the prospect of turning pears divided (Kosovo) or hesitant between con-the EU presence into pre-accession monitoring. tainment and integration (Bosnia). No wonder theThe rationale sounds coherent enough until you issue of policy consistency looks different whenrealise that the EU still coexists with UNMIK and seen from Brussels or from the countries at thethe ICO. Eulex is supposed to assist the rule of receiving end in the Balkans.law of the new state, but it officially remains 18
  16. 16. Normalization in four steps The European integration of the Western Balkans remains unclear without the normalization of the relationship between Kosovo and Serbia Veton Surroi Former leader of ORA party, Kosovo1. After the EU accession of Croatia within the level. Kosovo, being treated in such a manner bynext two years, the question of the final arrange- Serbia, might block the most advanced phase ofment of the Balkans’ European future will again the relationship between Serbia and the EU, thebecome an unanswered issue. The next ten years preparation for accession. It’s completely impos-will define how these states will be transformed, sible that Serbia will be accepted into the EU withand for the European Union, the nature of their an unresolved problem like the relationship withaccession, be it as a group – like for some previ- Kosovo.ous enlargements - or individually, one after an-other, like Croatia. This situation, where Kosovo and Serbia are keeping each other hostage on their respectiveHowever, the answer for the “group vs. individ- European path, might continue longer if there isual” dilemma won’t appear on the agenda without no external intervention to change it. But theclarifying the nature of these countries seeking to conditions for such external intervention could beadhere to the European Union. There is still a tri- met in the course of this year. The European Un-angle of uncompleted states in the Western Bal- ion has a unique opportunity to impose a newkans. Bosnia and Herzegovina is a protectorate orientation for the relationship between Serbiathat continues to be based upon a peace agree- and Kosovo that might not reappear again for thement (Dayton), but without a constitutional order next ten years. Serbia is requesting the liberaliza-created by its citizens. A part of this state, the tion of its visa regime and the candidate statusRepublika Serpska, to a large extent refuses BiH’s for the EU. Both these points could be conditionedidentity. Kosovo is an incomplete state both on its (decided?) by the EU this year. Kosovo, on theinternal functioning (the factual division of the other hand, needs to get itself outside the actualcountry) and its international legitimacy. Serbia, unclear protectorate situation and look toward aby refusing to recognize Kosovo and by maintain- clearer perspective of European accession. Theseing territorial claims on it, represents a state that are important and necessary points for Brussels.has not reached its final shape yet either. Theexistence of such a triangle, with a strong sup- In addition, the new administration in Washingtonport from Belgrade, will certainly obstruct their with a little effort can achieve an intervention ca-perspective of a European future and simultane- pacity that brings to an end the successful trans-ously the European accession as a group of the atlantic intervention in the Balkans, which beganWestern Balkans as part of the European conti- at the end of the Bosnian War and continued withnent’s unification. the accompanying of Kosovo till its independence. Actually, the Serbian initiative to seize the Inter-2. Kosovo and Serbia are a Siamese obstruction national Court of Justice could prolong the currentto EU accession. Serbia, by not recognizing Kos- stage of waiting and inspire some voices in Bel-ovo’s special state identity, by continuing to keep grade or even in Prishtina to state that no actiona part of Kosovo attached to itself and at the should be taken without having the final opinionsame time by being supported by five EU Member of the Court. However, whatever might be theStates on such policies, is blocking the beginning Court’s opinion, it will not change a number ofnew phase of the relationship between Kosovo things: the irrevocable independence of Kosovo,and the European Union, namely at a contractual its irrevocable recognition, the problem Serbia 19
  17. 17. Normalization in four steps Veton Surroihas with this situation and the danger of a non- Kosovo’s independence. Therefore, this measur-normalized relationship between Serbia and Kos- able progress will qualify Serbia as a State whichovo for the concretization of their European path. is creating the basis for resolving its neighbor- hood problems (which is an important objective3.Kosovo and Serbia need a normalization proc- for the states having recognized Kosovo’s inde-ess of their relationship with each other. Four ba- pendence and that will have to decide on Serbia’ssic steps are requested for this to happen. accession path).The first is the beginning of a process of dialoguebetween Prishtina and Belgrade, a dialogue also The fourth step is the creation of a new Europeanknown as “talks on talks.” Although it’s known integration value. In other words, it representsthat there are stark differences on the existence the beginning of both, the Stabilization andAsso-of an independent Kosovo, the political authorities ciation Process for Kosovo and the negotiationsof both countries should define open topics that with the EU as a membership candidate for Ser-can be treated between the two countries without bia.taking Kosovo’s status into consideration.The second is the integration of such a dialogue 4.The EU in collaboration with the US could closeinto a transatlantic format. It is obvious that the the chapter of Balkans’ instability within the nextsuccess in the Balkans has been achieved only twelve months by creating the right conditions forwhen an intensive true cooperation between the what will be the states of the sixth wave of EUEU and the US has existed. It is now time to the enlargement, somewhere near the end of thenormalization of the Kosovo-Serbia relationship coming decade. This opportunity might not bethrough the reappearance of this collaboration as available for too long, though. The Bosnian andpart of a transatlantic regional integration policy. Kosovar status quo have already created de factoThe third step is the implementation of a transi- territorial divisions threatening to grow into mag-tory process of non-statutory normalization be- netic fields for the division of the whole region.tween Serbia and Kosovo. The conditions to ex- Instead of a ten-year period of integration, theplicitly encourage the European integration of one ignoring of the actual situation might produce aanother will be created within this process, al- ten-year period of territorial bargaining, whichthough the differences in opinion on the status can add Macedonia to the triangle of uncompletedwill remain. This means the creation of a measur- states.able process that would allow all the EU MemberStates to consider Kosovo as a contractual part- It will be a lost ten-year period for the popula-ner , including those that have not recognized tions of this part of the Balkans. 20
  18. 18. Are there any alternatives to the European per- spective of the Balkans and the EU Enlargement? Tanja Miscevic Former Director of the Serbian Office for EU IntegrationI—EU perspective means not only EU mem- II—The alternative for the EU perspectivebership, but applying the “model EU” in the for Serbia, therefore, cannot be Russia – itfirst place does not provide a model for reforming the state and societyThe Copenhagen criteria (from 1993, includingfrom the 1995 Madrid criterion on administrative - Traditional good economic, political, cultural tiescapacity) provides guidance and benchmarks for and diplomatic relationsthe economic, political and legal transition for - Political support over Kosovo issue. Popularany country willing to become member of the EU. support for enhancing cooperation between twoThis is the same for the Western Balkans. Much countries - trust of Serbian public opinion in Rus-more, previous history of European Integration sia, Russians supporting Serbshas shown how powerful this model can be: in- - But, Russia is a country, not an InternationalGreece, Spain, Portugal, CEE countries. On the Organization – it does not accept members, soother hand, to follow the EU as a model needs Serbia could not joinpolitical consensus, it is time-consuming and - Not only good relations are necessary for avery expensive, especially in the situation of the country in transition - there is no Russian pre-global economic crisis. Also, public opinion gets scription or model to be appliedtired over time and sees more costs than bene- - There are a lot of good reasons for enhancedfits of the process, in the first place because of cooperation between Serbia and the Russian Fed-its duration. The problem is the fact that the idea eration : Energy security - Serbia solving hugeof EU membership prevails over the need to de- part of its energy problem with pipe line Southvelop European values. Stream. Free trade agreement – Serbia as a bridge in trading between EU and RussiaBut, applying the EU as a model also means that - But, if Serbia is too close to Russia that raisestransition country needs less time than ever to the question of its real will to join EU – in sub-build stable democratic institutions and function- stance but also in perceptioning market economies, because this is the bestpossible “blue print” for transition not only the Problems that are always present when partnersstate but of the society. Much more, the EU pro- are unequal – powerful state can dictate relation-vides technical and financial support for those ship (example – selling Oil Industry of Serbia)reforms. Nevertheless, the EU today faces multi-ple problems which also create difficulties forthose countries wishing to become its members: III—The European perspective for the West-troubled with its own difficulties, it is noticeable ern Balkans can be valid only if it isthat the EU more and more has a tendency to strengthened by concrete substance, notneglect the Western Balkan countries. Therefore, only with declarations – that is why the is-so called “enlargement fatigue” in the EU results sue of alternatives emergedin “reform fatigue” in candidate and potentialcandidate countries. Furthermore, this leads pub- Political consensus in WB countries on the EUlic opinion and those opposed to the European integration process reflects a national consensusintegration process to search for alternatives. – people do see the importance of being in the 21
  19. 19. Are there any alternatives to the European perspective of the Balkans and the EU Enlargement? Tanja MiscevicEU. In the other side, two EU/WB summits and Even in this situation, to understand the EU inte-Council meetings statements— affirmation of a gration process as a home work, good for coun-European perspective by EU Member states. try not only for EU membership, but also for state building and state management. MuchThe problem in this relation is the fact that since more, regional cooperation – not only conditionThessaloniki (2003) there has be no new Summit but necessity.– there is no political will in the EU for substantialcommitments. Observing more strictly conditions This situation will worsen if Lisbon ratificationthan in previous enlargements gives impression problems are not solved in 2009, and if there is aof double standards for WB. It takes too long for continuation of very long and deep economic cri-WB countries in order to reach next formal step sis in the EU. Crisis of the political elite in the EU(SAA, membership application, Negotiating mem- member state – lack of vision for Europe will im-bership), reflecting the non-existence of a sub- pact vision for enlargement. All those problemsstantive and comprehensive EU Enlargement reflect on WB countries – “they do not want us”.strategy. Propositions : 1. EU perspective means not only EU membership, but applying the “model EU” in the first place Strengths Weaknesses Opportunities Threats - Copenhagen criteria - To follow the EU as a - Less time than ever is - EU troubled with its provide guidance and model requires political necessary to build stable own problems, neglecting benchmarks for eco- consensus, is time- democratic institutions WB countries nomic, political, and consuming and very ex- and functioning market - Enlargement fatigue in pensive economy the EU which results in legal transition - Public opinion gets tired - Best possible “blue “reform fatigue” in candi- - History of European over time and sees more print” for transition not date and potential candi- integration has shown costs than benefits only of the state but also date countries how powerful this - Idea of EU membership of societyEU technical model can be (Greece, prevails over EU values and financial support for Spain, Portugal, CEE reforms countries) 2. The alternative to an EU perspective for Serbia, therefore, cannot be Russia – it does not provide a model for reforming state and society Strengths Weaknesses Opportunities Threats - Traditional good eco- - Russia is a country, not - Energy security – Serbia - If Serbia is too close to nomic, political, cultural an International Organiza- is solving huge part of its Russia that raises the ties and diplomatic rela- tion – it does not accept energy problem with pipe question of real will to tions members, so Serbia could line South Stream join the EU – in substance - Political support over not join - Free trade agreement – but also in perception Kosovo issue - Not only good relations Serbia as a bridge in trad- - Problems that are al- - Popular support for en- are necessary for a coun- ing between the EU and ways present when part- hancing cooperation be- try in transition - there is Russia ners are unequal – power- tween two countries - no Russian prescription or ful state can dictate rela- Serbian public opinion model to be applied tionship (example: selling trusts Russia, Russians of Serbia’s oil industry) support Serbs 22
  20. 20. Are there any alternatives to the European perspective of the Balkans and the EU Enlargement? Tanja MiscevicPropositions :3. The European perspective for the Western Balkans can be valid only if it is strengthened with con-crete substance, not only with declarations – that is why the issue of alternatives emergedStrengths Weaknesses Opportunities Threats- Political consensus in - Since Thessaloniki - Less time than ever is - to understand EU inte-WB countries on EU inte- (2003) there have been no necessary to build stable gration process as a homegration further summits – no po- democratic institutions work, good for the coun-- National consensus in litical will in the EU for and functioning market try and not only for EUWB countries – people substantial commitments economy membershipsee the importance being - EU is observing condi- - Best possible “blue - state-building and statein the EU tions more strictly than in print” for transition not management- two EU/WB summits previous enlargements, only of the state but also - regional cooperation –and Council meeting which gives the impres- of societyEU technical not only a condition but astatements – declaration sion of double standards and financial support for necessityof European perspective for WB reformsby EU Member states - It takes too long for WB countries in order to reach next formal step (SAA, membership application, negotiating membership) - Non-existence of sub- stantive and comprehen- sive EU Enlargement strategy 23
  21. 21. Les rivalités intra-régionales et les fragilités internes: obstacles structurels à la perspective européenne? Luan Rama Writer, Former Albanian Ambassador in FranceDepuis les dernières guerres de Yougoslavie et la gestion pratique de l’État. Presque dans tous lesfin de la guerre du Kosovo, le paysage et la carte pays des Balkans occidentaux on retrouve plus ougéopolitique des Balkans ont changé. De nou- moins les mêmes symptômes liés à la corruption,veaux États ont été créés, souvent au prix de la fraude électorale, le crime organisé et l’écono-nettoyages ethniques et de grands massacres. Il mie noire, les trafics clandestins des produits etsemble que les peuples qui vivaient sous le poids d’êtres humains, l’absence d’une vraie Sociétéécrasant de l’histoire séculaire, sont enfin libérés Civile ou bien l’esprit d’un national-populisme desde cette charge pleine de haine interethnique, de élites politiques que l’on peut voir en Albanie, envieilles guerres, de conflits de territoires et de Serbie, en Macédoine, en Bosnie et ailleurs. Lesfrontières et d’autres guerres qui se dessinaient. élites politiques, pour rester au pouvoir, se re-On peut dire que c’était la fin d’une vieille mytho- tournent vers le populisme, comme en Albanie oulogie et le début d’une nouvelle histoire sans my- en Serbie. Même si plusieurs années se sontthes. Et cette fin ou début de l’histoire ne pourrait écoulées depuis les changements politiques danspas se réaliser sans l’aide de deux facteurs essen- les Balkans, les rivalités intra-régionales se res-tiels: l’engagement de l’Union européenne et de sentent toujours. Ces rivalités qui avant étaientl’OTAN. Ce sont eux qui ont accompagné la tran- entre la Turquie, le Grèce, la Yougoslavie, l’Alba-sition des Balkans occidentaux vers de nouvelles nie et la Bulgarie, ont changé, même si quelquesdémocraties. L’Europe ne peut pas abandonner alliances ont survécu telle l’alliance gréco-serbeles Balkans non seulement parce qu’ils font partie qui était unie contre le «danger turc» et l’expan-de sa géographie et de son histoire, mais aussi sion de l’Islam dans les Balkans occidentaux »,car ils sont acteurs de la civilisation européenne mais aussi sur la «question macédonienne».moderne. D’autres vieilles alliances ont disparu comme celle de la Grèce avec la Bulgarie sur le partage de laPlusieurs années se sont écoulées. Depuis la der- Macédoine et «le danger turc».nière guerre l’engagement de l’UE a été sans re-lâche. Mais il est aussi vrai que les États balkani- Pendant les années 90 et plus tard, nous avonsques, après une longue transition, qui continue, été témoins des rivalités Serbie-Croatie, Serbie-restent des pays fragiles, aux gouvernements Albanie, Serbie-Monténégro, Macédoine-Albanie.instables à cause de leur héritage historique, Et des rivalités sont apparues même au sein d’unmême si du point de vue constitutionnel, législa- même État comme cela s’est passé en Bosnie (latif, structures administratives, ils répondent aux guerre de Bosnie et le choix d’une Bosnie mul-standards européens. Bien sûr, cela est le résul- tiethnique, avec une rotation de dirigeants par lestat du travail commun de ces États avec le l’UE, trois entités qui la composent) ; en Serbie avec lale Conseil de l’Europe, l’OSCE, la Commission de guerre du Kosovo et la déclaration d’indépen-Venise, ainsi que d’autres institutions internatio- dance ou avec le nouvel État fragile de la Macé-nales pour créer des institutions fiables pour un doine, où le conflit entre la population slave etÉtat qui a dans ses fondements la démocratie, albanaise (qui représente 30% de la population)État de Droit, le pluralisme et le respect des s’est embrasé.Droits de l’Homme. Or, pendant toutes ces an-nées, les réflexes d’antan ont perduré dans la Aujourd’hui, ce processus de rivalités perdure 24
  22. 22. Les rivalités intra-régionales et les fragilités internes: obstacles structurels à la perspective européenne? Luan Ramatoujours même s’il n’a pas la même intensité. térale de la République de Monténégro. La pers-Cependant, la Serbie et la Croatie cherchent à pective européenne du Monténégro accepté au-mettre de côté leur guerre et la tragédie de Kraji- jourd’hui comme pays candidat à l’UE a calmé lesna et à trouver des points communs pour déve- tensions internes parmi les Monténégrins et Ser-lopper de nouveaux marchés, des moyens de bes dans cette petite république.communication et de ranimer leur ancienne liai-son en dépassant leurs nationalismes. Les rivali- La rivalité Macédoine-Albanie avait elle aussi untés serbo-albanaises sont historiques. Après caractère ethnique et émotionnel parce que les1913, avec la Conférence des Ambassadeurs à Macédoniens peu nombreux se voyaient commeLondres, la moitié du peuple albanais s’est trou- un peuple menacé. Cela était lié non seulement àvée en dehors des frontières de l’État albanais. l’augmentation démographique des Albanais enMais cela c’est de l’histoire et nous n’avons pas Macédoine mais aussi à la demande insistantebesoin de retourner vers l’histoire, même s’il y a des Albanais pour la reconnaissance de leursun siècle. Aujourd’hui il faut regarder les réalités droits en tant que peuple constitutif de la Répu-et les horizons à l’avenir. Les fondements des blique de Macédoine.rivalités serbe-albanaises ont été et sont ethni-ques, mais aussi émotionnels, qui comme je vous En ce qui concerne les conflits à l’intérieur desl’ai dit, sont liés à l’histoire. Le soutien que l’Alba- États, le plus préoccupant reste celui de la Bosnienie a donné aux Kosovars a ravivé la rivalité en- où après les Accords de Dayton même si la Bos-tre les deux États depuis la création du royaume nie est reconnue en tant qu’entité entière, il restede Yougoslavie puis la création de la Fédération encore la possibilité de la séparation de l’une desyougoslave. Même si les contacts officiels entre entités. C’est la persistance de l’UE qui maintientBelgrade et Tirana ne manquent pas aujourd’hui, debout la gestion de cet État et cela à travers desleur rivalité reste évidente et certainement très difficultés énormes qui ont pour base l’apparte-émotionnelle. De toute façon, avec l’indépen- nance ethnique. Mais le pont de Mostar nousdance du Kosovo est finie la question que dans donne de l’espoir. Tout dépendra de la dynamiqueles chancelleries européennes on a appelé «la de la perspective européenne qu’on offrira à cequestion albanaise» et la peur de la Serbie d’avoir pays. Il est clair qu’intégrées à l’UE et à l’OTAN,dans ses frontières la Grande Albanie à un mo- les politiques intérieures deviennent dépendantesment où avec tant de guerres elle n’a pas pu des ces autorités extérieures.créer sa Grande Serbie. L’existence de deux Étatsde la même nation nest ce pas une première En ce qui concerne le conflit Kosovo-Serbie, ledans lHistoire. La "question allemande", qui a été processus de la séparation a été consumé, mêmeen partie à lorigine de deux guerres mondiales, a si la Serbie s’est adressée au Tribunal Internatio-laissé côte à côte lAutriche et lAllemagne. Les nal qui aura, je pense, un verdict ambigu dansintérêts des Albanais dAlbanie, du Kosovo, de la son interprétation. Le Kosovo a proclamé son In-Macédoine ou du Monténégro qui sont très bien dépendance et elle est reconnue par une grandeintégrés dans la République monténégrine, sont partie des pays de l’UE et d’autres pays dans lesuffisamment divergents pour que tous ces alba- monde. Bien sûr, pour le moment reste un conflitnophones ne songent pas à se réunir. Pendant ouvert dans les relations actuelles entre la Serbiedes décennies ils ont vécu dans des États diffé- et le Kosovo et qui sans doute est lié à l’intégra-rents et aujourd’hui sont plus préoccupés par les tion des Serbes dans la société multiethnique dudifficultés de la vie quotidienne, sous- Kosovo. En ce qui concerne les problèmes de ladéveloppement, corruption, criminalité, la stabili- Macédoine avec les Albanais, ils ont été résolusté d’un État fiable, avec ce rêve de s’intégrer le avec les Accords d’Ohrid et cela grâce à la contri-plus vite possible à l’UE. bution de l’UE et des États Unis d’Amérique. Au- jourd’hui, la Macédoine a déposé sa candidatureLe conflit Serbie-Monténégro s’est terminé avec la pour devenir membre de l’UE et le pays a pro-séparation des deux États et la déclaration unila- gressé, même si le processus a été lent. 25
  23. 23. Les rivalités intra-régionales et les fragilités internes: obstacles structurels à la perspective européenne? Luan RamaBeaucoup de pratiques et de faits empêchent et Serbie, dans le même temps que le représentantretardent la perspective européenne des pays des des États-Unis à Pristina félicite l’État kosovarBalkans occidentaux, mais le plus important je pour « leur décision qui était dans l’esprit dupense que c’est l’Histoire et la peur de l’Autre que «Plan Ahtisaari» et du bon voisinage entre lesl’analyste français Dominique Moisi appelle «la deux pays». Donc une simple visite a fait monterculture de la peur». Existe-t-elle aujourd’hui dans l’adrénaline aussi bien à Pristina qu’à Belgrade.les Balkans ? Bien sûr que oui. Il suffit d’ouvrir les Le grand européen Bronislaw Geremek, quand illivres d’histoire dans les écoles pour trouver l’i- parlait sur la construction européenne et son ave-maginaire des nouvelles générations chargées nir, insistait sur la dimension spirituelle et il avaitd’une sorte de nationalisme guerrier. Cela on raison. Donc pour nous les balkaniques, il nouspeut le trouver en Albanie, Serbie, Kosovo, en faut aujourd’hui que le mot l’AUTRE nous le rem-Bosnie ou en Macédoine. Les historiens de ces placions par le mot ENSEMBLE. Mais pour cela, ilpays ne sont pas capables de combattre l’histoire faut une volonté de faire ensemble ! Donc deofficielle. Donc il faudra du temps pour que l’his- créer une identité commune dans le respect et latoire s’écrive avec un esprit humaniste. reconnaissance des identités particulières… Cela nous amène au principe de la citoyenneté. MaisCependant, pensant au rôle de l’Albanie dans les pour faire cela il faut d’abord une volonté politi-conflits balkaniques ces dernières années, nous que, il faut un État de Droit, il faut une sociétépouvons dire que sa politique a été retenue, sans civile et aussi une instance d’arbitrage (donc àvouloir intervenir, en se préoccupant d’abord de l’échelle européenne) pour veiller sur l’égalité desson intégration dans les structures de l’OTAN et droits et des libertés communautaires.de l’UE. Donc, les conflits, les rivalités dans lesBalkans sont émotionnelles. Les positions de la En ce qui concerne la Société Civile, il ne faut pasMacédoine qui n’accepte pas une proposition qu’elle s’occupe seulement des Droits degrecque d’un nouveau nom pour sa république tel l’Homme, mais d’abord elle doit devenir dans cesque «La République de Macédoine du Nord» sont pays un porte-parole de l’opinion publique et deémotionnelles. Mais la position grecque aussi, qui la critique de la gouvernance et de la gestion dea empêché la Macédoine d’intégrer l’OTAN récem- l’État, donc devenir un contre-pouvoir comme lement est non seulement une obsession officielle sont en grande partie les medias.mais aussi émotionnelle et historique. La Grèceproteste en se demandant pourquoi les Macédo- En Albanie, la société civile est encore disperséeniens ont donné le nom d’Alexandre Le Grand à et mal organisée, malgré l’aide continue de l’UEleur aéroport principal et à la grande autoroute. et des organismes comme SOROS, etc.. Elle resteC’est toujours l’Histoire qui nous retient, diffé- impuissante et les intellectuels sont marginalisésremment de ce qui s’est passé entre la France et par le pouvoir et l’économie. En raison de leurl’Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale, survie, lutter contre le pouvoir autoritaire est unequi très rapidement ont laissé l’histoire de côté sorte de suicide. Donc les intérêts économiquespour affronter ensemble les défis de leur avenir. sont plus forts que ceux de l’éthique, de la moraleVoilà pourquoi l’Occident voit dans les Balkans et de la bonne gouvernance des institutions politi-occidentaux un blocage qui est réel. Quatre jours ques et étatiques. En Serbie il y a une activisteauparavant, le Président serbe Tadic a demandé à renommée, Mme Bisersko qui défend avec vi-Bruxelles d’aller à Decani au Kosovo pour les Pâ- gueur les droits des kosovars, mais un homolo-ques orthodoxes. Cette demande a été prise gue kosovar n’est pas vu au Kosovo où un Koso-comme une menace de leur souveraineté par les var défend les droits des Serbes. La société civileKosovars, mais après avoir été conseillé par l’Eu- en Serbie semble impuissante devant l’atmos-rope et les États-unis d’Amérique, le gouverne- phère générale où règne le discours nationalistement du Kosovo l’a acceptée comme une visite pour le destin historique de la Serbie, de dire sonprivée. Pour le Président Tadic, bien sûr cette vi- mot, même si une grande partie pense que cesite se faisait pour obtenir un capital politique en conflit sur le Kosovo qui perdure, retarde la pers- 26
  24. 24. Les rivalités intra-régionales et les fragilités internes: obstacles structurels à la perspective européenne? Luan Ramapective européenne de la Serbie. auparavant, les autorités serbes ont tout fait pour empêcher la rupture entre les deux républiquesJe pense que si vraiment on doit trouver une so- de la confédération Serbie-Monténégro. Cela alution rapide pour l’intégration des Balkans occi- non seulement aggravé les relations entre lesdentaux avec les valeurs et les standards euro- deux républiques mais aussi le processus d’inté-péens, cette solution il faut la chercher d’abord à gration. Dès que le conflit a été résolu, la porte àBelgrade. Belgrade est un point névralgique, car la candidature du Monténégro comme membre demême si on règle les problèmes séparément en l’UE s’est ouverte. Ce sera la même chose avec leBosnie, au Kosovo, en Albanie, en Macédoine, Kosovo. Les leaders serbes de demain compren-etc., le problème restera non résolu si Belgrade dront que la demande du retour du Kosovo engarde sa même optique politique du conflit, parce Serbie n’était qu’une perte de temps et une rhé-que avec la Serbie sont liés les relations Serbie- torique nationaliste, parce que les frontières desBosnie, Serbie-Kosovo, Serbie–Albanie ou Serbie- deux pays, Serbie et Kosovo seront ouvertes etMacédoine même si cette dernière relation est symboliques, et que les standards européens as-secondaire. Un changement de l’optique politique sureront pour tous les mêmes droits identitaires,à Belgrade éteindra définitivement les conflits politiques, économiques, culturels, etc., donc lesréels et ceux gelés, en apportant une nouvelle libertés et les droits fondamentaux. D’autres paysdynamique dans le rapprochement des Balkans continuent à connaître l’indépendance de Kosovo.occidentaux à l’UE. Nous félicitons les Croates qui La demande du retour du Kosovo en Serbie res-vont joindre prochainement l’Union européenne semble à une politique politicienne, donnant aux(envisageable pour 2012-2014), mais notre sou- hommes politiques en Serbie les possibilités dehait est que les autres pays des Balkans occiden- rester en politique. Un homme politique qui ac-taux entrent quelques années après la Croatie. cepte le contraire, comme on l’a déjà vu à Bel-Mais pour cela il faut une fort volonté politique de grade, perdra et s’effacera du paysage politiquela part de l’UE. Sinon, si on parle de manière actuel. Alors le politique choisit l’alternative natio-symbolique, et en 2020 on regarde le monde naliste avec l’espoir que ce sera le monde quid’une hauteur de 10.000 m, on regardera les trouvera la solution et pas lui. La demande de laCommissaires européens en train de se bagarrer Serbie au Tribunal International pour le retour duavec les gouvernements de ces pays sur tel ou tel Kosovo va seulement retarder le processus de laacquis communautaire, à un moment où d’autres reconnaissance du Kosovo internationalement,puissances, la Chine, l’Inde, etc., seront dans les mais on sait que devant le principe de l’autodé-frontières de cette Europe. Donc il faut agir vite! termination, comme on l’a vu au Timor-Este, ce Tribunal ne pourra sans doute pas recommanderSur le Kosovo, on sait que la Serbie l’empêche ce retour.par tous les moyens de se former comme un vrai Quand on parle parfois dans la presse sur le Ko-État et qu’il puisse fonctionner comme un État sovo, de moins en moins on parle de la possibilitédémocratique, pluraliste, multiethnique, avec l’as- du partage de Mitrovica, en se souvenant aussipiration de s’intégrer à l’UE et dans les Institu- du précédent de Chypre. Mais est-ce que cela esttions et la vie internationale. Cela empêche non fiable? Quelques décennies ont passé depuis leseulement le progrès du Kosovo mais aussi de la partage de Chypre et les fièvres nationalistes seSerbie elle-même. A l’intérieur du Kosovo, le plus sont éteintes et les nouvelles générations degrand problème est la ville de Mitrovica divisée cette île cherchent aujourd’hui à régler ce para-entre Serbes au nord et les Albanais au sud de la doxe historique. Déjà on sait que l’indépendanceville. Si Belgrade renonce à commander les Ser- du Kosovo constitue une dérogation, rendue iné-bes à Mitrovica (considérés par eux comme partie luctable par la politique de nettoyage ethnique deintégrante de la Serbie) les Serbes seront inté- Milosevic et la guerre de 1999.grés dans la société multiethnique et les structu-res de l’État Le partage du Nord du Kosovo n’est pas accepté ni par l’UE, ni par les États-Unis, ni par les paysInfluencées par le nationalisme, quelques années 27
  25. 25. Les rivalités intra-régionales et les fragilités internes: obstacles structurels à la perspective européenne? Luan Ramaintéressés directement comme la Serbie et le Ko- que si la première stratégie a fait des progrès, lasovo. Le partage serait un précédent dangereux deuxième n’est pas arrivée aux résultats atten-pour l’Europe, ou une zone de milliers de ressor- dus. Dans la coopération entre la Serbie, la Bos-tissants de la même origine pourrait demander de nie, le Monténégro, l’Albanie, la Macédoine et lecréer leur propre état ou de joindre le pays voi- Kosovo, il n’y a pas de grands projets qui lientsin. J’ai dit les Américains parce que les destins leur destin et leur futur commun, ou d’autres ré-des Européens et des Américains liés ensemble alisations qui puissent rapprocher les peuples en-font ce que nous appelons l’Occident. tre eux.La création d’États ethniques dans les Balkans Il est vrai qu’il existe des niveaux différents dansn’est pas valable et n’est pas dans la philosophie le développement de ces pays. Cela incite lespolitique d’aujourd’hui, ni de l’UE. Et cela, parce pays de la région à «échapper» aux Balkans et àque créer un État ethnique présuppose de dépla- chercher des partenaires économiques plus déve-cer des populations. Mais nous ne sommes plus loppés, déjà membres de l’UE. Du coup, la coopé-en 1922 quand la Grèce et la Turquie ont échan- ration régionale préconisée par l’UE reste peugé des populations pour devenir des États ethni- efficace et apparaît plutôt comme une raison poli-quement homogènes. Aujourd’hui on vit à une tique.autre époque. On le sait, depuis les années 90, l’UE a été enga-Les Balkans occidentaux sont dans un moment gée à travers de programmes définis pour lescrucial de leur histoire moderne, de leur avenir et Balkans occidentaux en vue de l’intégration denous ne devons pas perdre de temps pour attra- cette région. Les guerres de Yougoslavie et leper le train de l’Europe. Bien sûr que les contacts chauvinisme de Milosevic ont gêné ce processus,étatiques n’ont pas manqué dans cette région, processus qui recommencera avec plus de forcel’organisation de sommets et de conférences ré- avec le Pacte de Stabilité pour les Balkans occi-gionales avec des déclarations enthousiastes dentaux.(souvent incitées par l’UE). Mais il faut avouer Symboliquement, des années auparavant, Ber-qu’il y a une sorte d’auto-isolement où chaque nard Kouchner avait proclamé que «L’Europe estpays oublie que la perspective européenne cher- née à Pristina», une déclaration certainementche d’abord la destruction des barrières, souvent symbolique parce qu’il regardait la fin des guerresimaginaires, qui empêchent l’ouverture vers l’Au- balkaniques comme le début d’une politique com-tre et le développement des projets communs qui mune de l’Europe qui allait faire sienne la ques-concernent l’économie, l’énergie, la communica- tion balkanique et réunir tous les pays de l’Eu-tion, le tourisme, la culture, etc. Voilà pourquoi rope. Et si on regarde du point de vue géographi-au sommet de Zagreb il a été question du désen- que, on peut remarquer que le Kosovo se trouveclavement des Balkans occidentaux. La stratégie au cœur des Balkans occidentaux et l’évolutionde l’UE pour ces pays a été l’approche par deux des Balkans est fortement liée à lui.stratégies simultanément : la coopération directede Bruxelles avec chaque pays à travers de pro- Conclusion:grammes bien définis, l’aide financière, le dialo- -L’Union européenne doit soutenir une nouvellegue politique, etc., et de l’autre côté la coopéra- élite politique dans les pays des Balkans occiden-tion intra-régionale, donc entre les pays balkani- taux parce que souvent, les leaders politiquesques. actuels pensent plutôt à leur pouvoir et à leurDévelopper une approche régionale, c’est avant monopole sur l’économie qu’à l’avenir de leurtout responsabiliser les acteurs locaux en leur pays. Il existe une démagogie assez forte et unesignifiant que leur sort dépend également de leur lutte sans merci pour le pouvoir qui freine le pro-capacité à s’entendre avec leurs voisins. La coo- grès dans ces pays. Tous parlent de progrès danspération régionale constitue également un moyen l’intégration européenne.d’attirer les investisseurs étrangers qui ne peu-vent pas se satisfaire de petits marchés natio- - L’Union européenne doit soutenir d’abord desnaux enclavés. Malheureusement nous constatons projets intra-régionaux auquels font partie deux 28
  26. 26. Les rivalités intra-régionales et les fragilités internes: obstacles structurels à la perspective européenne? Luan Ramaou plusieurs pays, afin de rapprocher les peuples politique. Il est vrai que souvent la société civiledes Balkans occidentaux par des intérêts com- dans ces pays est impuissante devant les politi-muns. En plus, le Kosovo est resté comme un îlot ques.isolé. Ses frontières doivent s’ouvrir non seule-ment à l’Albanie comme c’est le cas, mais aussi - Il faut ouvrir les frontières des pays de Schen-aux autres voisins. gen pour les ressortissants des Balkans occiden- taux en 2010, en aidant les États respectifs par- L’UE doit accentuer la pression et travailler plus des programmes pour remplir les conditions né-avec Belgrade, en accélérant encore son intégra- cessaires comme la sûreté des documents, lation à l’UE, non seulement dans le dialogue politi- lutte contre l’émigration illégale et l’ordre et laque, mais en lui ouvrant ses portes même avant sécurité publique dans ces pays, etc. Ouvrir cestous les autres pays de la région, parce que cela frontières seulement pour la Serbie, le Monténé-va aider à trouver les solutions de ses conflits gro et la Macédoine, serait une erreur. La libéra-avec la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo, mais tion des visas doit se faire en même temps pouraussi à l’amélioration de ses relations avec l’Alba- tous, surtout quand on parle de la Serbie et dunie et la Macédoine. De toute façon, je pense qu’il Kosovo. L’histoire des passeports biométriquesserait plus raisonnable qu’après l’entrée de la que la Serbie donne à quelques milliers de Koso-Croatie, les pays des Balkans occidentaux entrent vars pour qu’ils puissent voyager, (comme d’ail-en bloc. leurs la Croatie aux Croates de Bosnie- herzégovine), nous rappelle les mêmes tactiques- L’Union européenne doit soutenir la société ci- que celles de la Russie pour les Ossètes de l’Os-vile de ces pays et les projets qui aident au dé- sétie du Sud, les Abkhaz ou les Ukrainiens de Cri-senclavement de ces sociétés, au rapprochement mée, car cela est l’expression d’une forme de na-des sociétés civiles de ces pays, devenant des tionalisme et d’une politique conflictuelle.facteurs importants dans l’espace public et la vie 29

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