Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :Le corps de Rosenberg devait disparaitre avant que les autres membres de la ...
Le paradoxe était étrange, releva Ned Martins, arrivé avec la première équipe d’interventionau sol : pourquoi une publicit...
Elle pressa l’adhésif sur sa peau pour faire tenir le fil sous la chemise et enfila sa veste en cuirbrun par-dessus. Le te...
- « Les charges ont été posées près des transformateurs avant l’arrivée des fédéraux », signalale responsable de l’extract...
L’interlocuteur avait raccroché, et alors que Jack paraissait se dissoudre sous l’effet de lacanicule malgré la climatisat...
Caïn aurait-il seulement pu supporter l’idée qu’un œil continuait à l’observer dans le ciel enlui remémorant son crime ? A...
Une table d’opération, qui semblait archaïque au premier coup d’œil mais qui se prêtaitpourtant bien au décor orange et sa...
- « Vous voulez rendre publiques les extorsions et détournements de fonds au Moyen-Orient ? J’ai appris le plan de votre a...
Un animal non identifié décampa des buissons quand la portée lumineuse d’un lustre de salontraversa les fenêtres pour écla...
À l’époque, Slattery lançait sa campagne massive peu avant Crépuscule, et en balayant lepersonnel de la Cellule à Washingt...
Roger Slattery coupa la courbe de la lumière en se dirigeant vers la sortie, et plombafunestement le russe pour asseoir sa...
- « Cassandra on attend plus que vous ! », prévint Martins en la coupant dans sa réflexion.Elle fut trainée par le bras ju...
Ne jamais partir à contrecœur ; chacun est potentiellement sous contrôle del’adversaire ; ne jamais se retourner – on est ...
Radford cessa de braquer la lampe sur elle. Cassandra aperçut pour la première fois sonregard grisé et jauni par la pénomb...
Maintenant que Valajdopov devait composter son aller-simple pour un camp de détentiondont nul n’en connaissait la localisa...
[05:44:28]En chauffeur solitaire et paranoïaque, Matters ajusta le rétroviseur central.Un sniper isolé de l’Agence observa...
- « Envoyez Drakov et Masri ! », commanda Braxton.- « La voie est dégagée Evans, on vous couvre », assura le responsable d...
- « Putain, putain de merde !! Ils avaient du C4, peut-être quelque chose au graphite,l’installation devait être prête ava...
Le duel se poursuivait à terre, tandis que la politique de l’autruche menée par la police nesuffisait plus à dissimuler au...
Encerclés à l’arrière et devant eux en direction de l’ascenseur, ils s’immiscèrent à mi-chemindans une pièce annexe où la ...
- « La fille ne peut pas survivre, donnez-moi l’arme ! »Cassandra se rendait à l’évidence, l’âme était prisonnière d’un co...
L’inspecteur cherchait un prétexte pour couvrir son laxisme, ou peut-être avait-il prévenu leFBI, qui n’avait pas insisté ...
- « Je prends simplement la température. La moindre corruption dans votre département seraentendue du haut de la pyramide....
- « Ce n’est pas lui, c’est elle. Je n’ai aucune raison de ne pas la croire. Elle est revenue pourvous avant de pleurer su...
- « C’est à exclure, il n’est séduit par Masri qu’en raison du chantage qu’il pouvait exercer surle parti républicain afin...
- « Une dernière chose », insista le Successeur. « De votre côté, vous feriez mieux d’envoyerdes hommes cueillir les resca...
L’aridité mordorée réapparaissait sous l’azur, décharné de ses nuages quand les pupilless’étendaient pour redécouvrir le m...
Martins pouvait humer la sueur de Jack malgré la fragrance étrange qui empestait les lieux,sans même une allumette pour éc...
Episode 18 19-20 (final)
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Episode 18 19-20 (final)

  1. 1. Précédemment dans la fan-fiction de Mr. Jack :Le corps de Rosenberg devait disparaitre avant que les autres membres de la Coalition ne s’alarment.Alan Bauer emmena Jack à l’institut Carnegie pour procéder aux derniers réglages afin d’activerSombres Soleils et lui révéler les idéaux d’Old Fates. L’ancien Delta profita d’un moment de paniquepour s’échapper et s’allier à Amaya, le second de Yanaka, dans l’objectif de retrouver l’espion de laCIA chez les chinois, et alors en terminer à jamais avec l’Agence. Il devait donc retrouver Karamazov,en accordant cependant une faveur au yakuza : lui livrer James Matters, en passe de rejoindrel’ambassade pour fuir le pays, une fois l’état d’alerte baissé.Peu convaincue du témoignage de Cassandra, la CIA avait fait venir deux ex-délégués de l’OTAN liésà Crépuscule pour confirmer la thèse du mensonge de Radford. Pour éviter d’être inculpée pour unerétention d’information fictive, elle spécula sur les troubles de mémoire qui avaient touché Jack par lepassé, et chercha une issue de secours. Elle révéla que Radford se terrait au Musée International del’Espionnage, mais que l’Agence devait emmener Drakov et Karamazov pour espérer le retrouver.Alors que l’intervention se préparait, Jack allait se jeter sans le savoir dans la gueule du loup pourmettre la main sur Karamazov.Caïn s’échappait du refuge des dissidents en piégeant les Forces Spéciales pour se rendre dans unezone fantôme à quelques kilomètres, où se levait un large dôme dans une infrastructure grillagée. Reçupar Hendersen, le soldat réalisa qu’il se trouvait près d’une rampe de lancement nucléaire qui n’était,d’après son créateur, que la face visible de Sombres Soleils.Les efforts de Slattery pour retrouver Brainer et Sorensen contrebalançaient avec la découverte deCaïn. Certain de pouvoir retrouver Serpico dans l’heure, qui s’avérait pourtant n’être qu’une faussepiste vers AE/Dune, le contre-espion menaça Valajdopov et la Russie de représailles collatérales s’ilétait arrivé quelque chose au Président de la Chambre. L’émissaire du FSB clamait son innocence,mais malgré tout, le corps de Brainer fut retrouvé dans un terrain abandonné. En promettantréparation, et donc une entrée en guerre, Slattery était-il au courant des installations en Afghanistan,qui pouvaient toucher Moscou dans les plus brefs délais ? La confirmation officielle de la mort neBrainer n’allait pas entrer dans l’oreille d’un sourd, pourtant déjà préoccupé par le commando devantle Musée et la traque d’AE/Dune.Episode 18, épisode 19 et épisode 20 : (05h00 - 08h00)Ces événements se déroulent le jour de lopération Sombres Soleils, entre 5h et 8h dumatin, heure de Washington DC.« Est-ce qu’il a été retourné ? Comme devant le plus lisse des miroirs ? », en percevant cesmots comme de la vapeur sonore, les yeux bandés.[05:05:11]− Toutes les raisons de ne pas croire une belle femme −Le panneau publicitaire à l’effigie d’une Eve irrésistible qui respirait l’innocence, et pourtant,mordait secrètement le fruit défendu, était en train de chauffer sous les néons en suspensionqui ne s’éteignaient jamais. L’espion piégé par la femme séduisante, et le touriste piégé par lerôle romancé que proposait le Musée International de l’Espionnage avec cette accroche quisoulevait la curiosité des passants. On aurait pu écrire « n’ouvrez pas cette porte » que tout lemonde allait se ruer dessus.
  2. 2. Le paradoxe était étrange, releva Ned Martins, arrivé avec la première équipe d’interventionau sol : pourquoi une publicité pour inciter les gens à se rendre au Musée alors qu’ils étaientprécisément déjà là pour ça ? Le tour était déjà joué, cette femme sur l’affiche n’avait qu’àtendre la pomme écarlate pour rendre sa cible léthargique puis délirante. Mais celle-ci, cesvisiteurs, s’étaient aventurés dans ses bras de leur propre gré. Et ainsi, le délire, était-il mêmepossible de se rappeler de son commencement ? Slattery aurait été catégorique, songea-t-il :c’était l’effort de mémoire qui faisait le délire.- « J’ai un visuel sur le toit, le ciel est dégagé », ventila une voix dans la radio sous la nuitunanime. « Le commando tactique est en approche ! »L’adjoint au directeur se situait à l’angle du Warder Building et son Spy City Café, quivoisinait l’antre du Muséum, l’Adams Building. Comme si le ciel allait lui tomber dessus, ilinclina sa nuque à la renverse sous l’escalier métallique de secours qui se hissait jusqu’aucinquième et dernier étage du Warder, dans la rue perpendiculaire à l’entrée principale. Ledirecteur de l’attraction avait été réveillé à l’eau froide, considérant qu’en raison des travaux,les fenêtres sud-est du troisième au cinquième étage pouvaient avoir été cloisonnées au gaffer,et que cela pouvait expliquer le repli stratégique des suspects à ces niveaux.Le bâtiment blanc de verre qui surplombait les deux Buildings par l’arrière était mobilisé pardeux tireurs d’élite qui désespéraient un visuel sur l’édifice couleur ocre. Le reste de l’unitéétait en attente, ou avait investi une partie de rez-de-chaussée par répartition individuelle. Auseuil de la pierre angulaire, où paradait l’inscription espionnage à la verticale, CassandraEvans dénombrait les agents pour connaître les issues verrouillées.- « Le Congrès évincerait Braxton pour un chat de gouttière trop bruyant », contracta Martins,entre la devanture du café et les barrières de sécurité au bord du trottoir.- « Nos deux fauves vont peut-être faire des vagues. Tout le monde est si tendu. »- « Si l’opération fait le moindre bruit, le niveau d’alerte maximum est déclaré officiellement,après ce qui s’est passé sur la Baie et l’attentat devant les bureaux du Département. »- « Vous ne pouvez pas piéger Radford sans vous attendre à un tour de magie. Ils sont isoléset connaissent le périmètre, un coup de feu est vite parti. »- « Sauf si vous établissez le contact avec lui », en traversant le carrefour pour rejoindre le vande surveillance qui précédait une Mercedes noire teintée.Le directeur des opérations claqua silencieusement la portière du véhicule, accompagné parson chauffeur, puis se dégagea du champ lumineux qui dévorait une partie du bitume.- « Le Conseil de Sécurité ne veut pas d’une négociation à l’amiable, l’affaire doit être traitéedans l’heure au risque de faire grimper le seuil d’alerte », imposa Braxton autoritairement ense déplaçant vers son adjoint et Cassandra. « Radford doit savoir que vous êtes là, que noussommes prêts à répondre à sa demande et que nous encerclons les lieux. Comme il supposeque nous allons le doubler, vous êtes notre meilleure carte, Cassandra. »- « Je dois aller là haut et lui laisser croire que je suis de son côté ? », entrant dans le van pourêtre équipée d’un micro.- « Allez au point de rencontre, et dites à Radford que la CIA lui tend un piège dehors pourrepartir avec Drakov et Masri, qui ne vont plus tarder. Que, comme l’intervention doit êtrediscrète, aucun commando ne se situera sur le toit. Les termes de l’échange, du moins ce quevous lui ferez croire : on accepte de lui envoyer une belle paire de saints…mais il doit nousdonner Linda Radford comme assurance. »
  3. 3. Elle pressa l’adhésif sur sa peau pour faire tenir le fil sous la chemise et enfila sa veste en cuirbrun par-dessus. Le technicien harponna alors son casque pour entendre le retour audio.- « Il n’y aura pas de terrain neutre pour l’échange », fit-elle remarquer.- « Après avoir transmis le message, vous revenez chercher Drakov. L’échange se fera aupremier niveau du Warder. »- « Jamais il ne livrera sa propre fille… »- « Il l’a déjà fait une fois. Vous savez être persuasive, trouvez quelque chose. »- « Je peux ? », demanda nerveusement Martins afin de s’isoler un instant avec elle.Le DD-O acquiesça et les observa à distance, avant de s’entretenir avec le chef de la policequi s’était déplacé dans la confidence, avec quelques hommes en stand-by.- « Braxton vous accorde sa confiance parce qu’il sait que si vous violez notre deal, lescharges retomberont sur vous », prévint Martins en gesticulant autour d’elle.- « Il n’est pas seulement question de moi. Jack a aussi droit à sa propre paix. Avant dechercher à s’évader à l’Agence, Radford m’avait murmuré son plan à l’oreille. L’extractiondevant le Département, le lieu de rencontre, m’arranger pour faire sortir Drakov et Masri,enfin Karamazov, ou appelez-le comme vous voulez. »- « Quelle promesse a-t-il fait pour effacer sa dette envers vous ? »- « Jack est ici d’après lui. Je n’ai aucune raison de m’écarter de notre accord, mais si je suislà c’est pour lui, peu importe ce qu’il adviendra de Radford ensuite. »- « Bon sang… », figé sur place, le regard dans le vide. « Radford laisse pendre l’hameçon, etdès le départ, vous envisagiez de le duper en partant avec Jack… »- « Ned, le marché sera respecté. Je suis l’appât…Avec une telle prise, la CIA refoulera lacommission d’enquête et… »- « Cassandra », la cernant à nouveau, subitement glacé par son regard en approchant labouche de son oreille pour échapper à la perspicacité de son supérieur. « Je ne sais pascomment vous l’annoncer. L’Agence ne le sait pas depuis longtemps. Jack…cette histoire amal tournée. »Elle recula machinalement, comme si elle désirait secrètement que les mots qu’elle redoutaitne viennent jamais à elle, et plissa l’entre-sourcil par un semblant de déni.- « Qu’est-ce qui a mal tourné ? »- « Son appartement a pris feu pendant qu’il était dedans. Quand on est arrivé sur les lieux,tout a commencé à s’effondrer. On a rien pu… »- « Vous l’avez vu, de vos propres yeux ? Et personne n’a rien pu faire ? Qui était là bas ?Pourquoi personne ne l’a couvert ?? »- « Personne n’a rien vu venir. Et Radford sait comment prendre par les sentiments. De longscheveux blonds, un soutien-gorge et il aurait fait la parfaite espionne du KGB », se risquant àdétendre l’atmosphère d’un calme pesant.Elle respira de plus en plus péniblement, par des vibrations effrénées qui la firent fuirimpulsivement jusqu’au coin de rue pour s’isoler contre une vitrine d’agence de locationimmobilière. Martins pointait au-delà de son épaule, à quelques dizaines de mètres derrièreelle quand la rapidité du souffle s’accentua jusqu’à la crise de panique. Cassandra se laissaglisser du dos pour s’asseoir en vacillant, les mains qui enserraient les genoux pour reprendrele contrôle, et lança un aperçu subreptice dans l’allée, où Braxton et Martins se consultaientavant d’envoyer Drakov dans la ruche à l’honneur des traitres et espions.
  4. 4. - « Les charges ont été posées près des transformateurs avant l’arrivée des fédéraux », signalale responsable de l’extraction de Gabriel et Linda Radford, à la lueur d’une lampe à piles.« On doit les activer avant l’aube ou les unités aériennes pourront les repérer. »Radford enclava un œil dans l’espace millimétré découpé dans le gaffer pour apercevoir lepanorama restreint, qui ouvrait sur la rue principale face à l’entrée. Il y distinguait dumouvement, quelques ombres opaques qui s’agitaient dans un silence de cathédrale.Alors que la CIA l’avait tout juste accueilli à bras ouverts il y a quelques heures, saconversation avec Mikhael Drakov sur le toit de Langley l’avait convaincu de se tourner versOld Fates. Puisque le président ne lui avait pas accordé sa grâce et qu’il était dans lecollimateur de tueurs à gages, Radford estimait que les ressources de cette compagniepermettaient de retrouver Karamazov et faire chanter Charles Logan. Le programme deprotection des témoins, être contraint de s’accrocher à la barre des accusés au procès, révéleravoir menti sur Crépuscule, laisser sa fille à découvert…le compromis ne lui laissait pasd’avantage sur la situation, à moins de disparaitre, et en tout honneur, sous le nez desfédéraux. L’austérité sur son visage s’effaça pour y substituer une anxiété paternaliste quandil posa son attention sur elle. Il ressentait pour la première fois un sentiment de responsabilitéenvers sa fille. Se tirer d’ici au prix de quelques blessures de guerre, c’était à envisager, maisla prendre sur ses épaules en traversant les tranchées…Une odeur forte − semblable à dusoufre, mais ce n’en était pas − lui montait au nez, mais bien décidé à ne pas renifler unemauvaise intuition, Radford se pinça le nez et poursuivit sa retraite.[05:09:43]La sueur perlait sur le front de Jack, comme si sa peau menaçait de s’embraser aux premiersrayons du soleil, impatients d’envahir le bleu céleste. Il changea de fil sur la bretelled’autoroute aux portes de la ville, en repoussant du visage les phares éblouissants qui lepersécutaient de chaque côté, puis décolla ses mains du volant pour essuyer la transpiration.Son téléphone sonnait depuis une quinzaine de secondes déjà sans même qu’il ne s’enaperçoive, prenant ensuite conscience du vibreur qui faisait trembler l’allume-cigare.- « Bauer. »- « L’avocat de M. Yanaka vient de me contacter. D’après les clauses de sa détentionconditionnelle, il a été informé d’un transfert provisoire de Masri il y a quelques minutes. »- « Vos hommes ont pu le pister ? », incertain de reconnaitre la voix du bras droit de Yanaka.- « Des ouvriers en probatoire qui pavent l’autoroute à la sortie de Langley, ils m’ont signaléle passage d’un convoi minimal vers la 295. On a attendu de voir où ils nous menaient : auquartier Penn, au nord de Pennsylvania. »- « Le Q.G. du FBI ? », alors que la batterie du téléphone faiblissait.- « Pas si on s’en réfère à l’intervention de la police. C’est le Musée de l’espionnage qu’ilsvisent. L’information n’est pas confirmée, mais je vous conseille de prendre cette direction. »- « Dès que… », subitement essoufflé. « Dès que Masri me donne mes renseignements, jem’occupe de Matters… »- « Le Bureau et la CIA ne se disputent plus les lauriers. Le contre-espionnage n’est pas prêtd’acquitter son effectif pour le retrouver, et la mafia ne veut pas se compromettre ens’impliquant dans l’opération. Prenez Matters comme une dette envers nous. »
  5. 5. L’interlocuteur avait raccroché, et alors que Jack paraissait se dissoudre sous l’effet de lacanicule malgré la climatisation, le pick-up dévia de sa direction, pour s’expatrier sur la voiede gauche en manquant de peu la collision avec le terre-plein central. Soit je négocie maliberté en mettant la main sur Masri et je laisse le champ libre à James. Soit je pars leretrouver avant les fédéraux, et Masri sera à tout jamais hors de p…La voiture se fit lacérerpar le séparateur en ferraille quand Bauer commença à réagir pour reprendre de la stabilité,effaré de son inconscience qui semblait se propager. Quand Slattery lui avait injecté ce sérumde vérité dans la journée, il avait dû, par mégarde, le contaminer de ce fléau égyptien. En unsens, toute la poussière du sol s’était changée en moustique, et désormais, il se sentaitperpétuellement piqué par un germe de folie à propos de l’existence et l’obsession envers cetagent dormant. À un tel point que cette obsession était devenue plus importante que la raisonqui l’avait guidé toutes ces années : l’aspiration à sa propre liberté, tout cela pour cesser den’être, à son tour, qu’un fléau pour les autres.Penché sur la passerelle du second niveau qui surplombait les installations balistiques, Caïnrestait stoïque, pareil à une statue de Pygmalion en mémorisant les étapes logistiques quiservaient à lancer le compte à rebours. L’histoire se répétait ? Rien n’était plus faux sepersuadait-il depuis des années, ce n’étaient souvent que des impressions de déjà-vu, maiscelle-ci lui fit aussitôt songer à l’issue de l’opération Crépuscule, que Caïn connaissaitjusqu’au bout de ses ongles, embrumés de sable humidifié par la sueur.Il avait précisément été engagé au FBI pour monter un dossier sur Bauer cette année-là, sansjamais en connaitre les aboutissements. Il savait juste que Hendersen s’était chargé de lerecruter pour remplir cette paperasse, et se servir des informations tout en restant à couvert.Maintenant qu’il savait pour Old Fates, le soldat en inférait que son ancien mentor au BureauFédéral collectait les renseignements dans l’ombre de la Maison Blanche et de la Coalition.- « Même pour un grain de beauté au milieu des couilles, il doit le savoir… », à haute voix, enricanant du nez, sans être entendu.- « En trois films Hannibal Lecter n’a pas cligné des yeux une seule fois. Je commence àcroire qu’il y a un lien de parenté » releva Hendersen en le prenant par l’épaule, la cigarettevissée entre les phalanges.- « Tu hérite plus de ses talents par ton don de disparition et de réapparition. »- « Relâche tes épaules petit, ce n’est pas comme si j’allais te pousser dans le vide… »Caïn réalisa qu’après tout, il n’était peut-être pas celui qui avait le plus de ressentiment dansl’affaire. Lorsqu’il avait découvert qu’il était manipulé pour enquêter secrètement sur Bauer,il avait menacé Hendersen, alors directeur de la DIA, d’envoyer un rapport à la CommissionSénatoriale. Ce dernier n’avait eu aucun mal à renverser la vapeur et continua à le graisserpour obtenir ce qu’il désirait. Après avoir chuté du haut du siège du FBI, Hendersen avaitpassé un long séjour dans le coma, avant de s’éclipser ensuite aux yeux du monde entier.Quand il était entre la vie et la mort, Caïn était incapable de dire s’il avait provoqué l’accidentintentionnellement ou non, et pourtant, il n’ignorait pas combien son décès l’aurait arrangépour ne pas plonger au cœur d’une investigation fédérale. Pour se blanchir, il avait plaidé lacause du suicide pour Hendersen, malgré les doutes de l’expertise psychologique. Quelquesmois plus tard, Hendersen disparaissait, et Caïn était persuadé, jusqu’à ce jour, qu’on avaitdébranché la prise parce qu’il avait eu accès à des informations confidentielles. Sur toute laligne, il s’était planté : non seulement Hendersen était vivant et avait échafaudé sa fuite, maisen plus, son pouvoir allait au-delà de tous les degrés de commandement.
  6. 6. Caïn aurait-il seulement pu supporter l’idée qu’un œil continuait à l’observer dans le ciel enlui remémorant son crime ? Après tout, il n’avait jamais été aussi heureux d’avoir été dupé surcette fausse mort. Ce fut en toute ironie, sans doute le sentiment antagoniste que Jack avait puéprouver en apprenant que Drazen était bien vivant…- « J’aurais pu avoir de l’opium à la place du sang que tu m’aurais quand même fait venir ici.Bergman, un leurre pour me faire traverser le continent et me servir le thé chez toi. Tout cetemps, Brainer et moi on pensait traquer la Coalition, mais en fait, c’est toi qui secouait lesbranches…Alors tu ne me renverras pas l’ascenseur n’est-ce pas ? »- « Si tu avais eu la décence de venir me voir à l’hôpital », inhalant la fumée de sa cigaretteavant de prendre le monte-charge. « Tu aurais su dès le départ que c’était pour moi unechance unique de m’extraire du Renseignement. On t’aurait évité un poids sur la conscience.Les membres de la Coalition, il y a dix ans, ils savaient que j’allais m’effacer. C’est pour çaqu’ils ont fait état de ma disparition à la presse, pour retrouver ma trace. »Les étincelles de chalumeaux crépitaient en arrière-plan lorsqu’on vérifiait une dernière foisl’attache du silo sur le LGM-30, après la première utilisation de la rampe par Frank Bergmanla veille. Le Minuteman III, l’homme qui tombait à pique, avait compris Caïn, qui connaissaitbien le mécanisme de ce missile intercontinental puisqu’il était le seul encore en service sur lesol américain. Étant donné le passif d’Hendersen à la Défense, un adolescent aurait eu plus demal à acheter une bière dans une épicerie que se procurer ce type de balistique.- « Les milices de la Guerre d’Indépendance, toujours prêtes pour la guérilla à la secondeprès, c’est de là que vient le nom de ces missiles. Mais tu le sais déjà », déclama le vétéran.- « Ils peuvent atteindre Washington en moins de deux heures… »- « Un tir qui résonna tout autour du monde. C’est ce que dit la statue du minute man deChester French. »La chaleur claqua brutalement Donovan Hendersen quand il remonta à la surface pourrejoindre la structure qui abritait une partie des dortoirs, pour les chercheurs à temps plein.- « Il traverse les continents et il est pourtant seul au monde. Avant, on avait le Peacekeeper,le gardien de paix…mais on a fini par le retirer du marché », poursuivit-il.- « Le traité START…La Coalition tenait à la dissuasion », interpréta logiquement Caïn enpassant le corridor qui lui laissait cette impression d’asile psychiatrique.- « La dissuasion, ils font ça pour garder bonne conscience eux aussi, se laver les mains avecdes traités de réductions d’armes, de non-prolifération. Mais depuis qu’on a crée Old Fates, ona toujours été capables de regarder les choses en face, de voir dignement la mort arriver. »- « De qui tu parles, celui qui voit la lumière au bout du tunnel ou celui qui pressel’oreiller ? »- « C’est un paradis perdu sans retour pour nous. L’histoire n’avance pas à reculons », glissantsa carte magnétique dans la fente à l’entrée une fois la cigarette éteinte. « Il faut aller audevant, et vivre avec cette idée. »- « Avec des milliers de victimes innocentes ? C’est ça ta version du jardin d’Eden ? Tucroques le fruit défendu et les autres paient le crime à ta place ?? »- « Payer pour ses crimes ? Ce n’est pas comme si ça avait un air de déjà-vu pour toi. »
  7. 7. Une table d’opération, qui semblait archaïque au premier coup d’œil mais qui se prêtaitpourtant bien au décor orange et sablé du complexe se présentait devant eux. Caïn inspecta lapièce et caressa du bout des doigts l’écran de commandes qui codait une série de donnéesindéchiffrables :- « Ta cigarette. La manière dont tu la tenais est révélatrice de certaines personnes colériques.Une agressivité ponctuelle », suranalysa Caïn quand Hendersen évinça les cendres au bout deson mégot, sans perdre l’idée qu’une puissance nucléaire se trouvait à quelques mètres d’euxà peine. « N’oublie pas de cligner des yeux. »[05:15:18]La CIA délivrait à Capra les papiers concernant l’extradition de Yanaka en Russie.Inquiet de ce que Karamazov pouvait révéler à Radford suite à la tentative d’assassinatavortée, le président cherchait désespérément à joindre le Secrétaire d’Etat Rosenberg.Un homme ressemblant au profil de Serpico était repéré par des garde-côtes sur la baiede Chesapeake, procédant à son arrestation avant qu’il ne vise les eaux internationales.La Lexus postée en bas de la chambre d’hôtel de Matters faisait ses appels de phare.[05:20:57]Le quartier était si calme qu’une mouche aux ailes amputées aurait réanimé la nuit morte. Encontrebas de l’allée privée où plusieurs phares de police tournaient en mutisme, Newell étaitchapeauté par un lampadaire puissant qui grillait les parasites volants comme Icare au soleil.« Mike le maudit », maugréa-t-il en remarquant la forme expressionniste tirée par son ombre.Quand une figure indistincte s’approcha de lui, le directeur préretraité de la Cellule sursauta :- « Bon Dieu…vous me faites le coup de Blanche-Neige perdue dans sa forêt ? »- « Où sont passés le chapeau melon et l’imper’ ? »- « Ne vous laissez pas duper par Hollywood et ces bouquins d’espionnage Tony. Monprédécesseur à la CAT bouclait ses fins de mois par des coloscopies. Des problèmesd’incontinence au beau milieu de briefings inter-agences. Il a fini ses jours en buvant du petitlait, à chasser le moindre petit poil qui flottait dans son verre. Je crois que j’ai plutôt bienfini », faisant le signe de croix sans s’appliquer, d’un coup de poignet désarticulé.- « C’était donc ça l’opération Crépuscule ? », ricana l’ancien analyste au bouc aiguisé.- « Une belle merde oui… »Newell changea gravement de faciès et plomba ses sourcils déchus sur ses chaussures.- « Ces salauds ont eu Brainer… », poursuivit-il sans transition.- « Quoi ?? Il…On sait qui ? », taciturne en marchant dans la pénombre.- « Des fondamentalistes pour la police, mais je n’y crois pas. J’ai un autre nom derrière latête. Le fameux justicier milliardaire qui a disparu avec lui. »- « Vous avez fait beaucoup pour moi, je vous en suis reconnaissant. Kurtwood Brainerconnaissait mon analyse de terrain au Moyen-Orient pour D. B. Cooper au Washington Post.Quelles que soient vos hypothèses… »- « Cooper monte une colonne bien fournie sur la situation là-bas dans le journal. Je l’ai vuavant mon intervention au Conseil de Sécurité Nationale. »
  8. 8. - « Vous voulez rendre publiques les extorsions et détournements de fonds au Moyen-Orient ? J’ai appris le plan de votre ami, refinancer un programme de santé global pour le tiersmonde et rétablir les prix après la crise. », récapitula sommairement l’ancien analyste.- « La crise de Minsk prend fin et révéler la vérité sur les extorsions commanditées par NateSorensen fera oublier l’atteinte du pic pétrolier. »- « Les blattes arrivent à vivre près de dix jours sans leur tête… »- « Sorensen ? On lui a déjà coupé ses tentacules. Il s’est occupé lui-même de retirer sonconsortium. Avec une telle perte d’influence de nos lobbyings, les émirats ont déjà acceptésde rétablir les prix. »[05:23:22]- « Je veux que la lumière lui brûle les ailes », décréta l’homme au trois-pièces gris à l’agentderrière la glace avant d’entrer dans la pièce. « Et détachez-le. »La rampe d’éclairage au-dessus du miroir sans tain s’embrasa presque quand l’ombre ducontre-espion s’immobilisa devant le russe, aveuglé à défaut d’avoir des ailes calcinées unefois qu’il avait identifié le portrait de Nils Samochkina, sous l’alias de Serpico.- « Savez-vous qui est à la gauche de Dieu ? Ou du Père, pour être exact. »- « Non », quand on lui retira ses menottes.- « Le diable », suggéra Slattery en toute simplicité. « La chute, larmée monstrueuse, desdiversions politiques pour gouverner deux royaumes plutôt qu’un. Comment apprécier lidéedu paradis sinon ? Il faut un antagonisme, aussi artificiel soit-il pour maintenir un règne,l’absolu, mais surtout l’idée de péché. Tout le reste, c’est une question de temps, dedistractions et d’oublis. »- « Vous avoir eu votre homme ? »- « Serpico. Des gardes-côtes l’ont repêché avec les anguilles. À l’heure où l’Agence lepassera à la casserole, nous serons tous les deux en vacances pour savourer notre promotion.Dans le New-Hampshire, mon père m’a légué un chalet au bord d’un lac. Pour vous, ce sera àGuantanamo, même si… », il dépêcha un rictus simulé, « Entre nous, nous savons qu’il n’y aplus rien à vous soutirer. »Valajdopov agita ses mains en pare-soleil, et pourtant il fut contraint de fermer les yeux àcause de l’éclat réfléchissant sur la table métallique.- « Le Président de la Chambre a été retrouvé. Je ne sais pas quels vautours l’ont eu, maispersonne ici ne voit aux travers d’un kaléidoscope. Le Congrès se prononcera immédiatementen faveur d’une entrée en guerre », continuant la démonstration verbale.Slattery glissa un cliché confidentiel sous la voute de bras du russe, qui plissa pour apercevoirle visage méconnaissable de Brainer. Une fois pour toutes, il savait que le contre-espionn’avait plus de carte dans la manche, un jeu épuré sans bluff. Et pourtant, à la seule occasionoù, d’après ce qu’il savait, – ou ce qu’il ne savait pas – sa patrie était innocente, elle finissaitaccusée de ce qu’elle pouvait redouter de pire.
  9. 9. Un animal non identifié décampa des buissons quand la portée lumineuse d’un lustre de salontraversa les fenêtres pour éclairer le jardin du propriétaire. Newell enveloppa Almeida par lebras pour fuir la curiosité du voisinage, réveillé par les fanfares de la police.- « Qu’est-ce que vous attendez de moi ? », doutait l’homme à la barbichette éternelle.- « Je viens de voir Sofia Brainer. Elle a expliqué à la police qu’elle avait vu son mari pour ladernière fois peu avant le gala de Sorensen. Et autre coïncidence, il avait juste évoqué le lienentre la multinationale qui s’occupait des contrats de la Défense et Sorensen. Seulement, lafemme de ménage à la Cellule a surement déjà retiré mes diplômes aux murs…»- « Vous voulez jouer le kamikaze avant votre départ à la retraite ? »- « Le Conseil prend les déclarations du Post à la légère, du conspirationnisme d’école. Toutest terminé et pourtant, un gout amer…J’ai l’impression qu’on me remet une médaille pouravoir évacué une famille de paysans après la chute de Saigon. En bas, ils étaient encore desmilliers, presque autant pour les sit-in ici, à Washington. Et pourtant on fêtait la fin del’enlisement et du Nord communiste. Et aujourd’hui, tous ces efforts que Brainer a poursuivi,à quelques heures seulement d’en voir l’accomplissement, ça me fait le même effet. »- « Relancer nos accords internationaux et étouffer les tensions, c’est déjà beaucoup. »- « En faisant ça, je crois qu’il n’a pas vu arriver le pire. Vous vous souvenez de Danny Caïn,il s’occupait des opérations de terrain à la Cellule ? … »De l’autre côté des mers, Caïn perdit toute vitalité dans ses membres inférieurs et s’évanouitsous les effets de la piqure.- « … Je m’en souviens, pourquoi ? »- « Caïn est là bas, en Afghanistan, envoyé par Brainer pour trouver la vérité sur Sorensen etla Coalition. Maintenant que nous connaissons les clauses de son implication, Caïn s’estengouffré plus profondément qu’on ne l’imaginait … »De l’autre côté des mers, Caïn fut hissé jusqu’au strapontin de cabinet médical et attaché pardes sangles.- « … Je crois qu’on n’aurait jamais dû l’envoyer. Le risque, avec les révélations de Cooper,c’est que les avocats de Sorensen remontent la piste jusqu’à moi, et avant son incarcération, laMaison Blanche lui fera crédit. »- « Logan, il lui accordera la même chose qu’Anthony Lane, le programme de protection… »- « On ne pourra plus l’approcher. Mais si vous acceptez de faire l’intermédiaire et passerpour l’auteur des investigations révélées par la presse, Sorensen exigera un entretien avecvous. Ce sera notre ouverture pour pouvoir extraire Caïn de son bourbier afghan. »Hendersen examina son patient et depuis la sortie, qui donnait sur la rampe de lancement encontrebas, il acquiesça à un de ses subordonnées pour lancer la procédure sur son sujet.- « Comment ? »- « Le marché, c’est qu’il vous dévoile quel est le rôle de Caïn là bas. En retour, vousconsentez à ne pas corroborer vos allégations à son encontre. »- « Je ne comprends pas…qu’est-ce qui vous fait penser que Caïn est si important ? »- « Une décennie plus tôt, on passait au peigne-fin chaque cellule anti-terroriste du pays poury chercher des ripoux », heureux de sa prouesse verbale. « Sans arrêté officiel, le contre-espionnage pensait qu’un ou des agents dormants soviétiques avaient infiltré nos services. »
  10. 10. À l’époque, Slattery lançait sa campagne massive peu avant Crépuscule, et en balayant lepersonnel de la Cellule à Washington, s’était arrêté sur l’éventualité d’un coupe-circuit parmileurs services. La piste n’avait mené qu’à une impasse, mais si seulement Newell avait oséconcevoir que James Matters était bien l’un de ces agents dormants, il y aurait laissé toutes lesplumes blanches qui garnissait son crane ridé. Son discours s’appliquait à Caïn, mais pourtant,il touchait bien plus celui qui était son protégé à la CAT lors des années Crépuscule.Accusant certains problèmes cardiaques au moment où Danny Caïn fut promu en tant queDirecteur des opérations à la Cellule de Washington, Mike Douglas Newell s’était d’abordempressé de lui signer sa recommandation. Puis, lésé par le doute qu’il désirait peut-être ceposte pour avoir accès à certaines informations – d’après les soupçons tués dans l’œuf de sonenquête douteuse au FBI −, il avait fini par capituler et n’intervenir qu’épisodiquement à laCAT, jusqu’à sa remise en forme. Qu’Almeida répondait à un dû envers Newell était unechose, de la même manière qu’il se sentait désormais poussé à honorer Brainer en terminantsa tâche. Mais Caïn, il s’était lui aussi investi à retrouver Frank Bergman depuis plus de troisans, se remémora Tony, cet homme à la source de tous ses maux. Ce projet en commun étaitdéjà une bonne raison de venir en aide à un ancien allié de guerre…- « Quel est le rapport ? Vous croyez que Caïn… », soupçonna Tony Almeida, incrédule.- « Et quoi encore, il ne manquerait plus que ça ! Mais seulement, imaginez qu’à l’époque,l’URSS ait arrosé nos jardins pour faire pousser leurs diamants. Que certains de leurs agentsdormaient chez nous, pour grimper les échelons et finir en haut de l’arbre généalogiquepolitique. Le chariot dans la mine pour eux, et vous croyez qu’ils auraient pris tous ces risquespour abandonner leurs hommes ? Ce que Moscou craignait le plus, ce n’était pas qu’on leurcache les renseignements collectés, mais que leurs agents infiltrés soient démasqués, puisretournés contre les communistes. »- « C’était la hantise de Brainer ? Que Caïn soit coupé de tout contact avec nous, puisretourné ? À la CAT j’étais un paria à mes débuts. Et le premier qui souhaitait me fairetomber, Jack Bauer, c’est le premier à me demander de l’aide aujourd’hui. Ironique hein ? »- « À vouloir trop s’approcher du soleil, la cire finit par fondre. C’est ce qui a pu arriver àBrainer, et ce qui risque de m’arriver si je ne coupe pas les ponts avec la presse », en pinçantses rides péribuccales. « Il y a un moment où il faut savoir raccrocher. Je préfère encore finird’un infarctus que lapidé. Ca fait moins film d’espions, mais croyez-moi, c’est la premièrecause de mortalité dans le milieu. »- « En 63, Oswald nous crachait au visage », se révulsa Slattery avec un nihilisme exacerbédans sa posture. « 45 ans après, personne n’a pu l’oublier, à en croire que la salive est plusépaisse que le sang…Alors ce qui vient de se passer suffira à distraire tout le monde, voir celacomme le nouvel assassinat de l’archiduc d’Autriche. J’espère que vous tirez un orgueilsuffisant de m’avoir fait perdre du temps avec Serpico pour laisser filer AE/Dune et enterrerBrainer, car face à ce miroir, tout est renversé. »- « Faire perdre temps ? Votre prétexte est donc diversion politique ? »- « Nous n’allons plus nous revoir. Samochkina n’est peut-être pas russe, mais votrearrangement pour gagner du temps est un échec, l’identité de la taupe n’a jamais été ce que jedevais vous soutirer. Vous ignoriez que Serpico était l’enjeu fondamental pour moi, car ilallait me permettre de corroborer les agissements de ma cible. »- « Votre cible ? La taupe ? »- « Je n’ai pas dit cela. Considérez ces paroles comme votre prochaine distraction, peut-être letemps vous a-t-il aveuglé sur ma clairvoyance ? »
  11. 11. Roger Slattery coupa la courbe de la lumière en se dirigeant vers la sortie, et plombafunestement le russe pour asseoir sa supériorité. L’émissaire fit aussitôt valser la chaise etsauta sur son antagoniste, écartant une main frêle autour du cou pour l’étrangler tout encherchant à enfoncer un œil de l’autre. Le Successeur chercha à se débattre d’un crochet placésous le rein de son adversaire, puis en perdant l’équilibre, fut poussé contre le mur, aveuglépar le luminaire sous les plaintes supérieures. Les yeux fermés, il tenta d’arracher le peu decheveux qui garnissaient le crane de Valajdopov, et d’un coup de coude hasardeux, ledéstabilisa pour l’emmener dans sa chute. À terre, le russe fut saisi sous les aisselles parl’agent de sécurité qui le plaqua contre le béton mural, avant que Slattery n’efface les plis desa veste en reprenant son souffle.- « Mon imagination est suffisante pour qu’AE/Dune continue d’exister ! Une fois que vousserez sur Cuba, enfermé dans une cage aussi étroite que vos épaules, vous aurez oublié quelleétait cette vérité que vous aviez préservée tant d’années. Et alors vous n’auriez même plus leprivilège d’être une ombre, mais qu’un corps sans âme ! Dès à présent, vous n’avez plus lamoindre valeur pour personne, et votre seul regret qui subsistera, c’est celui de vivre. Vousaurez oublié cette vérité, parce que le temps emporte tout, l’esprit comme le reste ! Et là je mesouviendrais toujours de celle que vous cherchiez à enfouir », en s’approchant de son oreillepour lui murmurer le reste. « Entre vous et moi, vous avez toujours eu la place du fou, et moide l’homme qui en rit. »- « Vous connaitre ce proverbe russe ? Quand diable n’y peut rien, lui délègue une femme. »- « L’argument du sexe est une facilité. Vous oublierez à quoi ressemble à une femme », endécollant son paquet de cigarette de l’intérieur de sa veste, puis en calmant sa respiration.« Cet homme qui a le visage mutilé dont le rire ne s’arrête jamais, il parle plutôt de votrediable comme de la nuit de Dieu. Alors qu’au fond, la nuit n’a jamais été que la preuve dujour. Et vous en ferez l’expérience. »[05:30:02]Ne négociant aucun rictus, Slattery déporta enfin Valajdopov dans son propre goulag.Depuis le dernier étage du Warder, un explosif fixé à l’intersection de deux lignes àhaute tension fut enclenché, à une cinquantaine de mètres seulement du Musée.De l’autre côté du bâtiment, Braxton sursauta malgré la faible portée de la détonation.Encore sous le choc, Cassandra fut également surprise par la déflagration.[05:35:19]Le courant disjoncta dans toute la rue qui prolongeait le Musée International, basculant dansune nuit d’éclipse totale. Braxton, qui tournait le dos à Martins, se braquait vers lui pourfigurer sa stupéfaction, et déclara qu’on devait contacter sur le champ la compagnied’électricité pour connaitre l’origine de l’anomalie. Cassandra rôdait autour de leurs semelles,anxieuse de ne pas connaitre le déploiement dans tous ses détails, à moins de suivrel’itinéraire que Radford envisageait pour s’échapper. La seule raison de sa présence, c’étaitdésormais d’éviter la réouverture de la Commission d’enquête sur Crépuscule pour ne pas seretrouver, comme Valajdopov, avec de fausses accusations sur sa colonne vertébrale. D’unautre côté, prendre la fuite était le meilleur moyen de se désigner comme coupable,maintenant que plus personne ne pouvait surveiller ses arrières. Elle ne pouvait arriver en facede Radford et hésiter dans son mensonge, ni même d’ailleurs, hésiter dans ses véri…
  12. 12. - « Cassandra on attend plus que vous ! », prévint Martins en la coupant dans sa réflexion.Elle fut trainée par le bras jusqu’au chef de l’unité tactique, qui lui annonça brièvement qu’ilallait rester un étage derrière elle pour la soutenir en cas d’urgence. Elle réajusta ses talonsépais avant de longer l’Adams Building et se gratta sous la poitrine à cause desdémangeaisons du micro qu’elle portait.- « Tout est au point ? », répéta le directeur dans sa moustache.- « La transmission audio est impeccable, mais toujours aucun visuel sur nos cibles Monsieur.Pourquoi ne pas placer des lentilles filaires avant notre déploiement ? »- « Elle n’en aura pas besoin, ce micro suffit, n’est-ce pas ? »Cassandra acquiesça sous la menace, et désarmée, se tenait prête à entrer dans le Musée par laporte de service que les partenaires de Radford avaient déverrouillé pour elle. Elle inhala labrise chaude quand Martins déposa sa main sur son épaule.- « Ne jouez pas sur plusieurs tableaux avec Radford. Vous savez ce qu’on dit sur la mort deCésar. Sur tant de blessures, il n’y avait de mortelle que la seconde. »- « Il avait choisi de ne pas entendre les prédictions. »- « Moi je vous crois. Mais personne ne peut plus sauver Jack alors écoutez-nous… »,concéda-t-il ironiquement, alors qu’au vu de la situation, seule la CIA pouvait l’écouter.« L’échange doit se faire dans dix minutes. Vous aurez votre quart d’heure américain. »Les deux hommes à la tête de l’Agence s’éclipsèrent. Cassandra posa son front sur le métal dela porte pour fendre la chaleur, exsangue et fiévreuse depuis quelques minutes. Elle setrouvait mille prétextes pour renoncer, puis mille autres pour lui rappeler que chaque directionla menait dans une cellule fédérale. Et pourtant, c’est à elle qu’on demandait de franchir le noman’s land, sa seule et dernière chance d’atteindre la brèche pour comprendre pourquoiRadford espérait l’attirer en la leurrant sur la présence de Jack.- « La sécurité a levé les grilles, le système de caméra est en veille », informa un des hommessur le terrain pour laisser infiltrer son équipe.- « Le suspect avait quelqu’un à l’intérieur, un employé de la maintenance capable de le faireentrer la nuit. L’opération a été planifiée avec une aide extérieure pour trouver si vite lesressources. Ça signifie qu’ils ont leur propre système de surveillance alimenté en autonomie.On est en terrain hostile. »- « Une opération d’espionnage bien réelle dans un décor d’espionnage fictif, on croiraitrêver », se lamentait Braxton au chef de la police, depuis le van faussement maquillé où ils’adressait à Cassandra. « C’est à votre tour ! »Elle enfonça la porte et bien que la perspective lui donna immédiatement la nausée après avoirpassé le cordon de sécurité, elle remarqua, par les vitrines qui abritaient des reliques éclairéespar les néons violets, un agent en poste à demi accroupi. Un spectacle qui assurait dereproduire l’envers d’un décor qu’elle ne connaissait que trop bien, et qui n’avait plus grand-chose à voir avec la machine à chiffrer Purple et le poste radio portatif de l’OSS qu’ellecroisa. Dans les corridors tortueux imprimés de la lumière flashy dégagée par d’autres néons,Cassandra survola un tableau qui recensait les « principes de Moscou » :
  13. 13. Ne jamais partir à contrecœur ; chacun est potentiellement sous contrôle del’adversaire ; ne jamais se retourner – on est jamais complètement seul…Ces dix commandements se reflétaient dans la vitre du mur opposé. Il n’y avait que ça, desvitres, des miroirs, des écrans, des illusions d’optiques, des ombres chinoises…même sur lesol étaient projetés des codes. Le plus paradoxal, c’était que le réel se confondait avec lasimulation : les caméras étaient partout, la surveillance était digne d’une forteresse qui luirappelait le MI-6 et Langley. Cela faisait-il toujours parti de la simulation ? Le Muséecraignait-il des espions en herbe ? Après avoir traversé la pièce d’un jeu de rôle devidéosurveillance (qui filmait réellement les visiteurs, dont certains étaient des acteurs qui seglissaient dans la peau d’agents à traquer), une salle d’interrogatoire avec miroirs sans teint, etune pièce qui exposait une vieille Aston Martin, Cassandra gravissait les marches d’unescalier en spirale, qui la menait dans la contrefaçon d’une ruelle anglaise des années 1950.- « Je suis à l’étage. »Durant les visites, un tuyau administrait un jet de fumée en continu pour recréer l’atmosphèrepropre au film noir. Cette fois-ci, il y avait quelque chose qui tambourinait au fond de cecouloir aux hallucinations, royaumes d’ombres qui rodaient jour comme nuit. Les économiesd’énergie ne semblaient pas être la politique prioritaire du Musée…Sans arme au poing,Cassandra s’aventura jusqu’à l’ascenseur de service, dont la porte buttait au même rythme surun obstacle inattendu : le corps raide d’un homme à plat ventre, qui bloquait la fermeture del’élévateur. Elle toucha son pouls.- « L’agent de sécurité est en vie », en dégageant le passage.Il lui suffisait de tourner la clé que Radford avait laissée pour réactiver l’ascenseur et accéderau dernier étage. Elle informa la CIA de la situation, gratta par réflexe le micro une dernièrefois et s’engagea jusqu’au cinquième ciel. Quand la porte disparut, plus de lumière tamisée, nide miroirs et vitres qui se réfléchissaient à l’infini pour troubler la perspective ; seulement400m² de conduits éventrés et de dédales bétonnés, si bien que dans une grotte afghane ou ici,il n’y avait pas de différence. Cassandra se munit de la lampe-torche que lui avait confiéMartins (sans explosifs à l’intérieur, avait-il confié en plaisantant) et longea les murs enéclairant les fenêtres plaquées de gaffer. Les snipers espéraient ainsi localiser sa position, etdans l’hypothèse où l’adhésif était trop épais, elle était censée en déchirer quelquescentimètres au couteau pour laisser filtrer les foudroiements de la torche.Le cran de sécurité d’un .45mm dénonça une présence derrière elle. Cassandra devintimmobile et sans bavure dans ses gestes quand elle déposa sa lampe-torche avant qu’on enfasse la demande.- « Retourne-toi lentement », en ramassant la torche pour la pointer sur elle.- « On devrait réapprendre à vivre d’allumettes… », prononça-t-elle en une phrase codée.- « K. et Drakov, ils sont où ? »- « Gabriel. Je m’attendais à une entrée théâtrale. »- « Les choses qu’on fait par amour…Toi pour Jack, moi pour Linda. On sait autant l’un quel’autre de quoi on est capable pour eux. Avec Jack, je vous ai déjà réunis une fois à Minsk. »- « K. et Drakov, la CIA est prête à te les échanger, ils sont en bas. »
  14. 14. Radford cessa de braquer la lampe sur elle. Cassandra aperçut pour la première fois sonregard grisé et jauni par la pénombre.- « Un échange ? Quelles sont les conditions ? »- « Opération à effectif réduit, le toit n’est pas quadrillé. Les choses qu’on fait par amour ? Ilsveulent ta fille en échange. »- « Ma fille ? Et j’imagine qu’ils vont m’offrir gracieusement leurs deux prisonniers de guerresans rancunes, avec une piste à l’aéroport Dulles et une tartine de beluga ? »- « Je ne suis qu’une émissaire, Braxton ne me tient pas dans le secret. C’est ta seule chancede repartir sans que la CIA ne retrouve ta trace, avec les plumes que tu as laissé derrière toi. »- « À la première occas’ ils me plumeront ouais », en la conduisant quelques mètres plus loin.- « Où est-ce qu’il l’emmène ? », s’interrogeait Martins à l’intérieur du van en discernant lescraquelures qui crépitaient sous les pieds des deux acteurs.- « Tu connais ce dicton arabe, entourez plutôt votre demeure de pierre que de voisins ? »,versifia Radford en la tenant par le bras pour la guider dans l’obscurité partielle.- « Linda est une assurance, même s’ils veulent te doubler, tu as l’avantage du terrain. Je saisque tu as déjà une issue de secours, tu ne vas pas emmener K. et Drakov sur ton parachute. »- « Et tu veux quitter le navire pour rejoindre le mien ? »- « Ce n’est pas une option, la CIA me tient pour responsable de certains vices lors deCrépuscule, puisque toi et Jack vous étiez hors de portée. »D’un hochement de la tête en visant du regard la chemise cintrée qu’elle portait, Radfordmanœuvrait délicatement sa mise sur écoute potentielle. Cassandra souleva la chemise et luidévoila le fil de son bassin jusqu’à sa poitrine.- « J’apprécie ta franchise, mais qu’est-ce qui me dit que l’unité d’intervention n’attend pas leretour de l’ascenseur ? »Elle acquiesça pour lui signifier que l’unité était bien prête à le cueillir, puis elle remarquafébrilement le chargeur qu’il insérait dans son calibre.- « Le bâtiment est sous surveillance, tu sais qu’ils sont en bas. C’est pour ça que l’échangeaura lieu dans 5mn en terrain neutre, au premier étage. »L’ancien directeur des opérations Delta était conscient que dans tous les cas, la CIA allait luitendre une embuscade en cherchant à récupérer sa fille, sans laisser filer leurs deux monnaiesd’échange. Il savait aussi que Cassandra allait doubler l’Agence pour retrouver Jack. Dumoins, il pensait savoir. D’un autre côté, émissaire ou non, elle s’était enroulée dans la toilede l’araignée se félicitait-il, et il était inconcevable de repartir avec la moitié seulement de sarançon : Cassandra, Drakov, Karamazov, et Linda, il lui fallait tout avoir, même si cela n’étaitque possible – comme il commençait à le réaliser – qu’en leur laissant sa fille pour temporiseret faire diversion. En réalité, Radford était maintenant à la merci des hommes d’Old Fates, quisouhaitaient exfiltrer Drakov et qui ne prendraient la fuite qu’une fois cela accompli.Radford caressa la longueur de son arme puis le canon contre la paume, tendit la crosse verselle, en sachant que dans une telle configuration, embuscade contre embuscade, elle allait biense retrouver au milieu du no man’s land, et quelque que soit l’équipe qu’elle allait choisir, laballe n’allait jamais réellement être dans son camp.
  15. 15. Maintenant que Valajdopov devait composter son aller-simple pour un camp de détentiondont nul n’en connaissait la localisation, Roger Slattery insistait pour faire une escale auMusée, avant d’orchestrer son coup de filet qui devait couronner son départ du contre-espionnage. Caughley le suivait comme un chien surexcité sur le parking de l’Agence, àquelques rangées de la voiture que Carrell empruntait de son côté, Yanaka à l’arrière.- « Yanaka voulait être jeté dans nos cages pour être hors d’atteinte de l’Ours slave », conclutle Successeur. « C’est pour cette même raison que Karamazov, son revendeur officiel sur lemarché noir était aussi une menace pour les russes. La conjecture est simple : nous aurons unmotif d’extradition en guise de patte blanche et Yanaka fera un bon gibier pour eux, il auradroit à la justice expéditive. Tous les bureaucrates seront tellement envoutés par notreproposition qu’ils laisseront entrer le cheval de Troie… »- « Langley sera désert si on redirige tous nos hommes, et Braxton… »- « J’ai rassemblé l’équipe, maquillée en civile pour assurer l’offre d’extradition de Yanaka.L’intervalle de notre intervention est plus que réduite, il nous reste moins de 2h ! », déclaraSlattery d’un ton qui avait rarement été si peu apathique.On aurait dit un enfant de chœur qui traversait la nef de l’église pour sa première communion.L’espion qui venait du froid déambula vers le hall de l’hôtel, l’arme replacée dans le bas dudos, dissimulée derrière sa veste. Tous les regards étaient suspects, et ceux qui ne leregardaient pas l’étaient encore plus. James Matters parvenait médiocrement à déjouer lestéréotype de l’agent double pris au piège, après qu’on ait levé le voile sur son identité. Lesyakuza qui l’attendait au tournant, surtout s’ils entendaient parler de cette histoired’extradition de leur chef, Jack, la CIA, et son coupe-circuit qui était peu disposé à lui assurerune porte de sortie convenable, tout cela l’excusait de son désarroi. Maintenant que son rôledans l’opération était accompli, son esprit fourmillait d’autant de théories qu’il croisait devisages troubles : pourquoi sa patrie d’origine ne chercherait-elle pas à l’éliminer de la course,comme elle s’était assurée que Jack avait été réduit en cendres pour avorter Sombres Soleils ?On ne voulait pas qu’il décolle de la ville…ce qui signifiait que quelque chose allait seproduire, ou bien n’était-ce que l’effet de la sueur sur la paranoïa, de la paranoïa sur la sueur.Dans son costume italien, crâne presque entièrement rasé, Matters devança la limousineblanche au démarrage et simula une conversation au téléphone pour se cacher une partie duvisage. Deux asiatiques repérés à l’angle de la rue et un à l’entrée du square. Il traversa laroute après le passage d’un taxi et se nicha à l’intérieur de la Lexus.- « La ville a trop de touristes en été », glissa-t-il au chauffeur dans l’urgence.Le conducteur démarra alors lentement le moteur. Au moment où il s’apprêtait à braquer levolant pour s’immiscer dans la file, Matters le stabilisa par sa main gauche sur le torse et luibrisa la nuque avec l’autre main. Il tira le corps sur la banquette arrière pour prendre la placedu mort, et manœuvra la voiture pour s’insérer dans le flux de la circulation afin d’arriver àl’ambassade dans les temps. L’asiatique posté au square s’éloignait progressivement dans sonrétroviseur quand il fut déjà bloqué à son premier feu rouge. Déviation suite auxmanifestations, pouvait-il lire sur le barrage dressé devant lui.
  16. 16. [05:44:28]En chauffeur solitaire et paranoïaque, Matters ajusta le rétroviseur central.Un sniper isolé de l’Agence observait Drakov et K. dans sa lunette de précision.Le couloir menant à l’issue de secours était suréclairé par un néon orange qui dévoilait la voieà Cassandra.Elle fut sur le point de débusquer la porte de la sortie latérale du Warder quand une nouvelleextinction de courant frappa le quartier. Seule l’ampoule sous le pictogramme de l’issue desecours l’éclaira alors avant qu’elle n’atterrisse dans l’avenue. Elle fit signe à l’unitéd’intervention d’investir les lieux, puis d’accourir jusqu’au van de l’autre côté de la rue pourprévenir le DD-O qu’on pouvait procéder à l’échange.- « On a quatre minutes pour lui envoyer la marchandise. C’était le noir total, je ne sais pas oùsont ses hommes ! »- « Bon sang qu’est-ce qu’il se passe ici ?! », s’exaspérait Braxton, qui sortait du véhicule encomprenant pour de bon que la déflagration n’était pas accidentelle. « À toutes les unités,faites venir Drakov et Masri, unité alpha, postez-vous dans le corridor avant l’étage.Cassandra, vous les escortez jusqu’au point de rendez-vous, deux de nos hommes vouscouvriront et les tireurs sont embusqués à chaque issue. Dès qu’on aura une confirmationvisuelle de sa fille, partez à couvert. »- « Pas d’arme ou de lunettes thermiques ? », pour lui cacher que Radford l’avait équipé deson .45 mm. « Il ne s’agit pas de quitter son gosse devant la maternelle, Radford doit avoir unplan de secours ! »- « Il est en infériorité numérique, moins armé, et il ne prendrait pas le risque de blesser safille. La seule possibilité pour lui est de vous prendre en otage, et ça n’arrivera pas. »- « Tout ira bien », adoucissait Martins, bienveillant. « Cibles en approche de l’unité Delta.Cassandra, c’est à vous. Attention où vous mettez les pieds », recommanda-t-il à double sens.Elle lança un signe au tireur d’élite situé sur le toit nord-ouest pour une potentielleintervention puis réintégra les voies kafkaïennes du Musée. Menottés et protégés par desgilets pare-balles, Drakov et K. se tenaient derrière une vitrine qui exposait deux mannequinsd’agents secrets britanniques.- « Faites attention où vous mettez les pieds, la facture risque d’être plus salée que la merRouge », avisa Drakov avant d’être poussé dans le dos pour rejoindre le point de rencontre.- « Il faudra bien séparer la mer en deux…»- « Depuis Minsk, vous croyez que vous et Jack, vous pouvez marcher sur l’eau, plus épaisseque le sang. La CIA a les bras longs, de même que nos employeurs, à moi et à Radford. Vousne pourrez pas disparaitre et rester dans votre no man’s land. Vous n’avez pas à séparer la meren deux Cassandra…il vous faut choisir un camp ! »Elle refoula le biélorusse jusqu’à l’extrémité du corridor et emprunta l’escalier en spirale,surpeuplé d’agents de terrain déployés sur tout l’étage, le genou à terre et l’arme légère enmain. Karamazov suivait derrière.- « Leader B, nous avons un visuel sur la fille. »- « Alpha vous confirmez le statut ? »- « Confirmation, elle se tient devant l’ascenseur. Aucune autre présence hostile. L’ascenseurremonte, pas d’unité à hauteur de l’escalier de secours. »
  17. 17. - « Envoyez Drakov et Masri ! », commanda Braxton.- « La voie est dégagée Evans, on vous couvre », assura le responsable de l’équipe Alpha.Cassandra trainait les deux acteurs du marché noir comme deux boulets à chaque pied, et aumilieu de l’étroit décor londonien insalubre et brumeux, elle s’éloigna dans la perspective.- « Je ne suis pas armé Linda, je ne fais que la médiatrice alors si tu veux bien, viens vers moi,lentement, et dirige-toi ensuite vers les agents postés dans l’escalier. »- « Ce n’est pas pour moi que je m’inquiète. La CIA a graissé la pente où ils ont abandonnémon père pour le faire plonger jusqu’à l’audience. »- « La CIA veut juste réentendre sa version des faits. Elle tient à un marché à l’amiable, elle aessorée l’éponge et ces deux hommes n’ont plus rien à leur vendre », en comprenant dans sonregard qu’elle ne savait pas non plus quel camp choisir, entre son père qui l’avait embarquédans son chantage politique et la CIA, qui ne pouvait plus la protéger de l’influence de laMaison Blanche.La Compagnie, ainsi qu’Old Fates avaient vite saisis que le président Logan supportait sapropre stratégie sans en informer les agences fédérales. Il comptait éliminer Radford pourpréserver un deal avec les russes qui lui éviterait un conflit inutile et une mauvaise publicité.Dès l’exfiltration de Radford réalisée devant le Département de la Justice, ce dernier avait prisune valeur considérable aux yeux de la CIA, d’autant plus avec les accusations de Cassandra,qui en faisait le responsable de tous les maux liés au Kosovo. Il fallait le confiner pour de bonavant que les russes ne règlent son sort, et du côté des fédéraux aussi, il était inconcevable derepartir avec la moitié seulement de la rançon : Gabriel et Linda Radford, Drakov puisKaramazov. Alors que les deux parties avaient parcouru la moitié de leur traversée, unegrenade fut dégoupillée puis jetée au sol. Le nuage de fumée éclata aussitôt, embrumant leslieux pour de bon. Les agents abaissèrent leur visière thermique et se déployèrent au signal duresponsable. Quelques ampoules et néons tamisaient l’étage, allumés en autonome.- « Sécurisez Drakov et Masri, Leader 2 par l’escalier de secours. »- « Chef, les portes…de l’ascenseur s’ouvrent ! », discerna dans le brouillard un des agentssans certitude.- « Maintenez la posi… »Une balle éparpilla des fragments de la visière à terre par un tir peu hasardeux qui élimina leleader tactique. Le feu était ouvert pendant qu’on se chargeait de couvrir les trois ciblesconvoitées par la CIA et par Radford.- « Tremonti au rapport, quelle est la situation à l’intérieur ? », ausculta le DD-O muni d’ungilet, qui s’approchait de l’entrée des visiteurs.- « Groupe hostile repéré à 12h, nous avons la fille, Drakov et Masri ! »- « Et Evans ? », rectifia Martins.- « Avec eux, l’escorte est mobile mais il faut resécuriser le rez-de-chaussée. »Le directeur adjoint jugea bon de s’immerger dans l’action et gagnait le champ de batailleavec son 9mm, alors que l’obscurité avait déclaré résidence dans le quartier quand la ligneélectrique fit étinceler le câble qui traversait la rue. C’est à ce moment que l’alarme du Muséesemonçait le périmètre, faisant écho avec l’état d’alerte psychologique que ressentait Braxton.
  18. 18. - « Putain, putain de merde !! Ils avaient du C4, peut-être quelque chose au graphite,l’installation devait être prête avant notre arrivée ! Merde !! »- « Ca va réveiller tout le quartier, il faut intervenir à découvert. La rue sera bondée dans cinqminutes, les médias, les pompiers… », clarifia Martins.[05:49:28]Le voisinage se ruait en masse sur les officiers de police au quatre coins de la rue.Jack se rinçait le visage depuis les toilettes d’un restaurant encore ouvert puis enfila sacasquette, ignorant son reflet nauséeux dans le miroir. Une Lexus traversait alors la rue.Depuis la Lexus GS, James Matters ne remarquait pas l’homme à la casquette.Au Warder, la CIA bloquait l’accès à l’ascenseur, désormais en panne, puis déplaçaientleurs otages en lieu sûr.[05:53:50]À une centaine de mètres des lieux de l’intervention, planqué en observation dans son pick-up, Jack s’efforçait ne pas perdre conscience et consulta l’heure sur le cadran qui se liquéfiaitsous les effets du trip. Il régressait. Ses sens se cristallisaient, et il continuait de croire qu’iln’hallucinait pas le spectacle sous ses yeux. Même lors de ses prises d’héroïne pendant soninfiltration chez les Salazar, il n’avait jamais été sous le joug d’un délire si opulent.Le discours de la police locale aux résidents s’enrayait comme un disque usé. On avait beauleur assurer que la coupure était liée à une revendication politique des manifestants, les mursdu Musée de l’espionnage avaient des oreilles et certains n’avaient pas tardé à décelerquelques coups de feu depuis que l’alarme avait disjoncté.Les hostilités avaient sinué jusqu’au rez-de-chaussée, où quelques fédéraux s’étaientretranchés. Des termites qui sortent d’une motte de terre, jurait l’un d’eux à propos de leursassaillants, mais la remarque se disait dans un sens comme de l’autre. Cassandra se sentaitmoins comme une diva qu’on écartait de la foule hystérique que comme une enfant privée deses moyens. Elle empoigna le .45mm jailli de sa botte secrète et élimina l’escorte d’une ballesous le rein qui assurait à sa victime de survivre de sa blessure.- « Qu’est-ce que… », mendia Drakov en avançant lentement à cause de ses liens aux jambes.- « J’improvise ! On doit retrouver la fille, le marché tient toujours ! »- « Votre arrangement ou celui de l’Agence ? »Les cloisons transparentes volaient en éclats à chaque impact, la CIA enchainait les tirs alliésà risque et réduisait le décor décavé en cendres de verre.- « Moins risqué de traverser un champ de mines les yeux bandés », poursuivit le biélorusse.Au pied de l’escalier, un agent saisit sa radio pour avertir ses supérieurs que Drakov et Masriéchappaient à toute surveillance, d’après ce qu’il avait distingué dans la brume. Il ploya alorsle genou à sang. Cassandra s’apprêtait à en découdre à mains nues mais le fantôme de LindaRadford lui était apparu et une entaille au couteau lui arracha un cri aigu.
  19. 19. Le duel se poursuivait à terre, tandis que la politique de l’autruche menée par la police nesuffisait plus à dissimuler au voisinage le conflit armé à l’intérieur de l’immeuble.Un autre tireur logé sur un toit effectuait trois tirs de sommation. Braxton ordonnait d’abattrele suspect pendant que Martins partait se mettre à couvert à l’extrémité de la rue, désertantainsi le centre tactique des opérations.- « La dernière unité reste en place, je répète, la dernière unité reste en place ! », consignal’adjoint par radio. « Nos tireurs s’occupent de la cible, aucune victime à compter ! »Une apparence dans son dos lui enveloppa le bras pour l’empêcher de reprendre son talkie etde l’autre main, lui obstrua la bouche pour le guider dans une pénombre plus ardente.- « Écoutez-moi bien attentivement : j’ai besoin de votre aide pour entrer dans le musée etlocaliser Karamazov après l’avoir déplacé afin d’éviter de le compromettre. Je sais que lecanal est sur écoute, ce n’est qu’après avoir eu une confirmation visuelle de la présence deKaramazov que je vous relâcherais, est-ce que c’est bien clair ?? », en libérant Martins.- « Jack ! », qui reprenait sa respiration et tournait sur lui-même comme une girouette au vent.« Tout le monde vous croit… »- « C’était un leurre, les responsables sont de mèche avec Camilla Radford. Gabriel, GabrielRadford », rectifia Bauer en paraissant avoir perdu toute sa salive. « Je ne m’intéresse pas àDrakov mais j’ai besoin… », spasmodiquement, sentant que le chaos émeutier s’affaissanttelle de la neige sous un soleil zénithal. « …de connaître certaines informations que gardeKaramazov. Je peux vous faire confiance ? »- « Vous tenez à peine debout, qu’est-ce qu’on vous a fait là-bas ? »- « Tous…mes hommes sont morts. Excepté Saunders, c’était la faute à Drakov. À Drazenpardon. On a été torturés, ils savaient pour Drazen… »La mêlée se dispersait dans une nuit aux longs couteaux, le tireur hostile avait rangé son armepour prendre l’escapade par la porte de service. Mais l’avenue était tellement étroite pour unetelle affluence que les effectifs n’arrivaient plus à empêcher les journalistes de faire tournerleurs caméras.- « Je ne parle pas du Kosovo, je parle de maintenant, vous délirez Jack ! Vous savez quel estvotre problème ? Vous voyez des ficelles tirées partout là où parfois, il n’y a que de lacoïncidence ! »- « Je sais… », redressa-t-il par mauvaise foi, troublé par l’erreur qu’il était incertain d’avoircommis en y repensant. « Vous devez m’aider à entrer Ned, vous êtes le seul en qui… »Le cou étreint par les mains épaisses de l’agent casqué qui percutait sa strangulation,Cassandra se croyait presque perdue dans ce désert blanc fumeux quand Drakov passait seschaines autour de l’homme. La force brute du biélorusse n’avait pas décrépie à mesure queses rides s’étaient allongées. Une dernière prose respiratoire et les maillons s’inscrivaientcomme au fer rouge sur la gorge de l’agresseur.- « Vous êtes plus utile enchainé… », concéda-t-elle en rejoignant la fausse ruelle anglaise.- « Je vous retourne le compliment. »- « Evans ! », hurlait un autre agent à leurs trousses. « Les suspects sont au nord-ouest du rez-de-chaussée », prévint-il à ses effectifs.
  20. 20. Encerclés à l’arrière et devant eux en direction de l’ascenseur, ils s’immiscèrent à mi-chemindans une pièce annexe où la fumée manifestait toute son emprise sur les lieux.- « CIA ou non, vous devez les éli… », recommanda Masri, muet jusque-là.- « Je sais ce que je dois faire ! », s’effaçant dans le brouillard livide.La mare de sang qui maculait le faux macadam était moins opaque que la forme inerte delaquelle elle coulait. Drakov avait compris avant elle, ou du moins, il en avait eu l’intuition.Cassandra se précipita sur le corps comme les conquistadors sur les plages du nouveau mondeet écarta la fumée de quelques revers.Martins se laissa distraire par l’émeute qui s’approchait d’eux par groupes hétérogènes etenclava Bauer au niveau des épaules avec ses mains.- « La confiance, notion vague avec une arme qui me caresse la nuque… », euphémisa à peinel’agent fédéral. « Braxton et Loomis avaient prévu votre douche dans la Baie, les russesdevaient être impliqués dans l’extraction de vos documents classés pour qu’on puisse enfinavoir un signe de vie d’AE/Dune. La baguette de Slattery peut-être. Vous êtes encerclé ici, eton a perdu la localisation exacte de nos otages. Est-ce lié à Matters ? Il a pourtant réussi ànous semer, sinon on aurait fait notre grande photo de famille. »- « Vous nagez sur du bronze ; si vous voulez suivre quelqu’un, vous feriez mieux dedemander conseil aux chinois ! C’est pour eux que je suis ici, je dois déjà retrouverKaramazov pour connaître l’identité de la taupe chez les Renseignements », débordé par unerépulsion intestine qui lui promettait d’expurger son dernier repas, s’il pouvait encore avoir lacapacité de s’en souvenir.- « Vous avez l’immunité diplomatique maintenant, Braxton a pu négocier ça avec Cassandraparce qu’il vous pensait décédé, de l’eau distillée dans de la vinasse. »- « L’immunité ne change pas, vous ne comprenez pas ! Il ne s’agit pas seulement d’assurermes arrières et celles de ma fille si jamais la CIA retrouve ma trace. C’est le seul moyen pourme faire définitivement disparaitre en mettant un terme à leur surveillance satellite. Autrementje n’aurais pas les ressources et quoiqu’il arrive, Karamazov va me filer entre les doigts ! »- « Et si je suis découvert ? Slattery mettra ma tête sur un pique ! »Après avoir perdu l’équilibre, Martins fut trainé devant la vitrine d’un commerce que Jackfractura par deux coups de pied, puis effleura le verre brisé avec son visage sur une sentencede guillotine cristalline.- « Je m’en chargerais avant lui », prodigua Bauer, affecté par sa démence sibylline.- « On nage en plein délire… », déplora Cassandra en s’abandonnant sur la bavuresanguinolente dont elle remarquait alors une longue trainée.- « Je suis désolé pour la jeune fille. Une balle perdue dans l’allée, et le corps a été déplacé ici.Quelqu’un sait déjà, c’est pourquoi on doit retrouver son père avant qu’il ne le sache ! »- « Radford fera avorter l’opération s’il découvre la vérité », augmenta Masri à l’argument deDrakov. « Dès que la fumée se sera dissipée, il comprendra tout à cause des caméras. »Un crachat de sang venait soudainement d’éclore de la bouche de Linda Radford et suinta lelong de sa joue, puis un second rejet précéda l’agonie silencieuse.
  21. 21. - « La fille ne peut pas survivre, donnez-moi l’arme ! »Cassandra se rendait à l’évidence, l’âme était prisonnière d’un corps supplicié et c’était unefaveur que de l’achever comme Jack avait achevé Rosenberg. Était-ce la circonstance de seschoix ? Elle était une victime des décisions de son père, comme la mort de Rosenbergdécoulait de celles d’Alan Bauer. La faveur d’une perte était encore dans ses intérêts, ouplutôt était-ce à la faveur des risques qu’elle voulait éviter : appuyer sur la détente, c’étaitpresque renoncer à la négociation d’une évasion avec Radford, et ne pas appuyer, c’étaitgarantir l’avortement de l’opération et rompre les termes de son contrat avec l’Agence. LindaRadford était bien exposée aux deux conjonctures de Schrödinger : était-elle vivante ou morteà l’intérieur de ce lieu allégorique de la fiction et de la manipulation de l’histoire ? Cet espacedes limbes brumeux avait tout d’un purgatoire déjà trop embrasé où ils étaient vivants etmorts en même temps.[05:59:57][05:59:58][05:59:59][06:00]Les empeignes de deux mocassins noirs pointaient dans l’interstice entre le carrelage et le basde la porte d’une cabine de toilette. Quand l’ampoule foudroya puis cessa d’émettre toutelumière, l’homme sur le trône gesticulait comme si un clou dans le pied le démangeait. Dansla pénombre grave, on l’entendait batailler pour les restes du rouleau de papier toilette, tapercontre la cloison en bois et relever son pantalon dans un empressement de dépit plus qued’urgence. Il déverrouilla le loquet et jugea bon d’ouvrir la porte pour y laisser entrer lalumière avant de se laver les mains. Le distributeur à eau filtrée fuitait sur la moquette grisedes bureaux aménagés en plateau, si bien qu’une goutte toucha un des mocassins de l’hommequand il traversa l’allée, en s’arrêtant à mi-chemin d’une halte brusque.- « Pas un flic, pas un électricien, pas un foutu plombier ici…Avec du pesticide ce poste seraitaussi dépeuplé qu’une station balnéaire au Groenland. »- « On est les derniers résistants, en bas c’est pire que la grève Pullman », concéda soncollègue assis à une rangée de lui.- « Ils nous ont sucré les primes, la tirelire doit bien être assez pleine pour que quelqu’uns’occupe de ce foutu disjoncteur ! »- « P’t-être lié aux coupures là-bas, le réseau électrique a grillé », alors que l’homme auxmocassins était déjà parti se réfugier dans son bureau.L’uniforme de police était exigé par la réglementation de l’établissement, et le cinquantenaireau mono-sourcil ne dérogea pas à la règle, touillant un café refroidi en espérant secrètement leréchauffer par quelconque moyen occulte. Il fit pivoter son fauteuil et se tourna enfin vers letémoin qu’il interrogeait.- « Désolé de vous avoir fait attendre. »- « Vous ne seriez pas foutu de trouver des piles pour un magnétophone », dépoussiérant laterre fine sur ses chaussures, non sans faire grincer le fauteuil à roulettes qui lui donnait plusde hauteur que son interlocuteur. « Alors les fédéraux ? Qu’est-ce qu’ils disent ? »
  22. 22. L’inspecteur cherchait un prétexte pour couvrir son laxisme, ou peut-être avait-il prévenu leFBI, qui n’avait pas insisté pour exciter l’haleine parfaite de Sorensen devant les médias. Aumoins, cela aurait prouvé que le roi des levées de fonds n’était pas suspecté de quoi que cesoit par les fédéraux, et qu’à défaut de rester éveillé sur une chaise d’interrogatoire, il pouvaitchoisir ces roulettes pour mener sa danse bien chorégraphiée.- « Ils couvrent tous la situation au Warder vous savez. Jackie et Marylin pourraient bienrevenir d’entre les morts et s’enrouler leurs langues qu’on s’en fouterait. »- « Ils pourront se curer les dents avec les coins de page du journal de demain matin aussi ?Décapiter la reine aurait été plus noble, l’information n’aura pas de marbre pour la presse. »- « Vous avez donc appris pour le président de la Chambre, ça ne me surprend pas. M.Sorensen, cet endroit n’a rien d’un Colisée en ruine, je ne suis pas si idiot que vous ne lepensez. Les rumeurs disent que vous menez la chandelle par les deux bouts mais… »- « C’est moi qui fait ruminer les rumeurs. »- « Mais votre rôle à l’OIS n’est plus à prouver pour les conspirationnistes. Vous n’avez pasbesoin de moi pour supplanter les fédéraux si vous tenez à découvrir qui sera le prochainReprésentant et pourquoi. Ni pour écrire vos manchettes afin de couvrir je ne sais quelcomplot vous impliquant de près ou de loin. Nous sommes débordés, alors ma question sera àchoix multiple : sauf votre respect, est-ce que vous êtes ici pour vous foutre de ma gueule oubien pour vous foutre de ma gueule ? Vous pouvez tailler en deux ce bureau en prenant votrecafé le matin. »La joue et le lobe gauche étaient encore fardés par les couches de sang, de sable et de bleussur le visage de Sorensen, réunissant tout le spectre des couleurs. La chemise blanches’évadait de la taille sous ceinture, la cravate avait bien vécue et son costume était si tachéqu’il paraissait avoir nagé la brasse dans un bac à sable. Il fit grincer le siège une dernière foiset se tenant comme un piquet, reboutonna le haut de sa veste en reprenant les accents del’éloquence.- « Merci d’avoir bien voulu me recevoir. J’espérais avoir été assez clair sur les raisons de maprésence. C’est peut-être parce que je suis resté dans un placard à balai, pendant six heurespour éviter les russes, que je ne contemplerais pas le lever du soleil avec les charognards.Mais je vous ai surestimé en effet, les manifestations éveillent en vous une rage prolétarienne.Pourquoi venir au poste le plus proche quand Langley est à 30mn ? »- « Parce que vous savez que le FBI aurait déposé des scellés ici par mesure de précaution. Encas de fuite, les fausses pièces à conviction déposées ici pousseront les médias à changer lescordes de leurs violons. Et de leurs arcs. Des contes de fées où les russes ne seront même pasévoqués dans vos torchons. »Il était plausible que Sorensen soit venu au poste pour estimer les fuites potentielles autour del’interrogatoire que Valajdopov avait mené à grandes tasses de sérum de vérité, puisqu’avantl’émeute du Warder, les gros bras de la police locale avaient participé au raid de la CIA pourcapturer l’émissaire russe et son acolyte. Mais plus probable encore, Sorensen prenait lecommissariat comme un baromètre de l’impatience des fédéraux à le récupérer voire à lesuspecter. Comme on ne souhaitait manifestement pas l’attacher au portique par la laisse, ilétait quasiment garanti que la voie était libre, hors de portée du flair de Slattery.
  23. 23. - « Je prends simplement la température. La moindre corruption dans votre département seraentendue du haut de la pyramide. Je sais que vous avez refilé l’assassinat de David Kleinfeld àBaltimore sous consigne du FBI. Quelqu’un tente de crédibiliser le lien entre le Sénat, lesrusses et moi. J’étais donc curieux de savoir si vous alliez me poser la question. »- « Mes hommes sont fiables ! Peut-être incompétents, mais fiables ! Tout a été tamponné à lacire », symbolisa l’inspecteur en maestro offensé. « Personne ne vous attend avec lesmenottes, mais je me pose des questions maintenant. Est-ce que vous voulez me blâmer devous apprendre une autre vérité que vos journaux ne diffusent pas ? La chandelle par les deuxbouts, et pourtant personne ne vous attend chez vous. J’ignore pourquoi, mais vous baignezdans l’ombre du président de la Chambre, et vous vouliez l’entendre ma propre bouche.Maintenant si vous me permettez, j’ai un département et sa plomberie à faire tourner. »- « Je ne fais pas plus tourner ces journaux que les machines à sous de Vegas. »Sorensen acquiesça pour quitter dignement la pièce, ne cachant pas la satisfaction d’entendrequelqu’un du commun des mortels lui apprendre que les projecteurs n’étaient, pour une fois,pas tournés vers lui. « L’inspecteur Harry », comme on le surnommait, soupira du nezquelque chose de l’ordre du remord, et la langue enveloppant son plombage dans une de sesmolaires, il s’admettait que sa réaction avait été exagérée.- « Une minute. Le FBI assure la liaison avec l’ambassade russe, qui consent à éplucher avecBaltimore les ressources des contacts de Kleinfeld. L’ambassade vous donnera le nom desenquêteurs bien avant les fédéraux si vous leur dites que je vous envoie, mais vous serez lepremier à apprendre que vous êtes parfaitement relaxé. »- « J’apprécie votre geste. »- « Pendant que le loup ouvre sa mâchoire ? Pourquoi ne pas reconduire votre assurance-vietout de suite ?! »- « Si il y a bien un endroit où je serais en sécurité, c’est là-bas. Ils sont sur le fil du rasoird’une crise diplomatique s’ils me touchent, alors j’en profiterais pour ouvrir les vannes depression et je serais assuré qu’ils ne révèlent aucun de mes intérêts. Ils seront heureux dem’entendre réciter mon propre Souvenirs de la maison des morts. Enfin, ce n’était pas lebagne tout à l’heure mais quand même… »- « J’connais pas », retournant à ses préoccupations.- « Un condamné politique qui raconte ses années de travaux forcés. Une de mes lecturescollégiales pour bien connaitre les mœurs russes. »- « Hm, la science du châtiment ou l’art de s’offrir une bonne conscience pour lestortionnaires, quand les victimes consentaient à subir les pires tourments de leur vie. »- « C’est comme ça qu’ils gagnaient leur paix de l’esprit, d’un côté comme de l’autre. Jecherche juste à gagner la mienne. »- « Ouais, et je devine maintenant que je vais gagner la mienne », maugréa-t-il sansconcession, d’un sarcasme à en faire éclater le néon au-dessus de leurs têtes.Le regard encore incrédule de Martins écumait le convoi à l’horizon, où son supérieur était enplanque jusqu’à la fin de l’averse de plomb. Jack se dissociait presque à vue d’œil, sanscomprendre comment il avait pu menacer la seule personne – aux côtés de David Palmer –dont la dignité pouvait encore signifier quelque chose.- « Il y a une chose que vous devez savoir Jack. Nos deux otages ne sont pas seuls àl’intérieur, quelqu’un fait l’entremise avec Radford… »- « Qui ? Vous avez confiance en lui ? »
  24. 24. - « Ce n’est pas lui, c’est elle. Je n’ai aucune raison de ne pas la croire. Elle est revenue pourvous avant de pleurer sur le marbre. »- « Cassandra ? Elle…elle vous manipule, je sais qu’elle m’a vendu… »- « Pourquoi aurait-elle négocié votre immunité dans ce cas ?! »- « De la fausse monnaie, elle devait savoir dès le début pour Karamazov. Une immunité pourpouvoir l’approcher, mener cette opération et m’attirer dans sa toile ! »- « Jack…Et même si c’était vrai, est-ce que ça vous empêcherait d’y aller ? »- « Non. Vous allez m’aider à entrer là-dedans et à la retrouver…à le retrouver », corrigea-t-il.L’expression de Martins médusa le temps, endigué pendant quelques secondes, comme sil’agitation du vulgaire reprenait son souffle.- « Appel à toutes les unités », trancha finalement l’adjoint. « Négociez un cessez-le-feuimmédiat, nos deux suspects doivent sortir d’ici vivants ! Delta à l’angle, gardez le périmètrefermé à l’ouest jusqu’à la rotation pour cueillir Radford. Je viens en assistance ! »- « Ned, mettez de côté votre ego, ce n’est pas le moment ! », avisa son supérieur par talkie.- « Ne me suivez pas de trop près », préconisa Martins à Jack en ignorant la directive.Le caméraman d’une chaine locale harmonisait la mise au point sur la chevauchée héroïquede Martins alors qu’à contrario, Jack perdait le point sur ce dernier quand sa vue devinttrouble. Des particules informes qui coagulaient, autant de naufragés qui se débattaient au grédu ressac.[06:08:33]Renonçant presque à toute lueur, les pupilles de l’homme se rétractaient quand lui apparaissaitsous l’azur l’aridité mordorée du désert afghan. Le sable abjurait sous la fumée cotonneusequi s’élevait à plusieurs mètres de hauteur. On ne pouvait dire si la plaine désolée s’effondraitsur elle-même dans un spasme terrestre ou si c’était le poids du céleste qui écrasa ce qui gisaitau-dessous.Jack s’enlisait à l’intérieur de la fable d’espionnage, grâce au consentement de Martins quiavait informé les forces de l’ordre à l’entrée. Ce monde était-il assez fou pour croire en unordre quelconque ? Bauer avança avec félinité entre Richard Braxton et Roger Slattery, quidélogeait sa paire des lunettes dans l’effarement de la comédie divine sous ses yeux myopes.Dans l’oreillette du DD-O, une série de coups de feu résonnait avec plus d’acuité que lesautres, et rimant avec les clameurs masculines de la révolte armée. Cassandra aurait puépoumoner des vociférations de sirènes au milieu du naufrage – quand le capitaine quittait sonnavire – qu’on l’aurait quand même ignorée.- « Richard ! »- « Ah Roger, on aurait bien besoin d’un de vos briquets ! », se permettant un trait d’humourqu’un sourd n’aurait pas pu lire sur son visage. « Du graphite à faible dose qui est peut-êtrepassé sous le radar de l’armée, mais on opte pour le C4. C’est un carnage dedans. »- « Qui mène l’insurrection ? », couvrant son borsalino gris à la levée du vent.- « Radford a pu engager des mercenaires lorsqu’il était hors de nos écrans avant le procès »,cimenté par une enceinte humaine d’agents qui barbelaient les médias.
  25. 25. - « C’est à exclure, il n’est séduit par Masri qu’en raison du chantage qu’il pouvait exercer surle parti républicain afin d’être amnistié. Vous auriez pu lui tendre la lime dès le début. Masriétait trop accessible ! Quelqu’un d’autre est sur le coup. »Un journaliste tenta de passer le corail des policiers et fut aussitôt riposté par un matraquageabdominal, causant une ruée de perches et cravates à proximité de Braxton et Slattery.- « Virez-moi ces vautours ! », brailla le directeur dans un langage des signes parlé. « Uneintuition ? », retournant à son interlocuteur.- « Appelez la relativité restreinte une intuition si vous voulez. On ne désirait pas poursuivreRadford pour les charges usurpées ou non de l’affaire Kleinfeld, nous savions que déserterl’audience d’hier, c’était enfoncer le dernier clou dans la croix, qu’il témoigne ou non ! », ens’efforçant de se faire entendre par-delà les crissements à répétition. « Sauf que parl’intermédiaire d’un certain Cooper, par ses connexions au Washington Post, certainesextorsions de fonds au Moyen-Orient seront révélées ce matin. Il y a quelques mois, Kleinfeldépinglait les secteurs de ces détournements comme on épinglait les bars clandestins pendant laProhibition ! »- « Quel est le rapport ? Bon Dieu Roger, pourquoi prendre les escaliers quand on peut… »,engagea Braxton, excédé par la complexité du phrasé analytique du contre-espion.- « En chemin, Caughley a décroché le téléphone rouge à Langley. La source d’un paradisfiscal a afflué à la lumière d’un des secteurs couverts par Kleinfeld. Écoutez bien, nousn’avions jamais cartographié une partie du désert afghan, un des détournements visait àeffacer ce lieu de la carte. Et nous l’avons repéré il y a quelques minutes seulement parce quecomme dans votre musée, tout part en fumée là-bas ! »- « Le détournement a été réalisé pour dévier nos satellites ? »- « Le paradis fiscal que nous avons découvert regorge d’évidences qui dénotent les moyensdantesques mis en œuvre pour cacher l’existence de ce secteur. Les afghans étaient dans lecoup, le suaire s’est décollé de lui-même : Nate Sorensen y menait sa désinformation là-basavec l’OIS depuis des années. La chance assiste parfois la détermination de nos enquêtes, cesont les activités « sismiques » de la région qui nous ont permis de recentrer nos drones. »- « Les activités sismiques ? »- « Un effondrement plusieurs centaines de mètres sous terre. Et pour Sorensen, réglez lesformalités avec le président au sujet du Post, je ne vois pas d’inconvénient à divulguer cesdonnées, cela résoudra les inquiétudes de la Cellule antiterroriste. Ce qui accréditeraégalement les fuites sur les réserves pétrolières en Russie et aux abords. L’organisme deSorensen s’est lentement écroulé pour lénifier la géopolitique orientale. Les consortiums sesont retirés à la seule mention publique de ces extorsions, et le Kremlin s’y reprendra avant denous couper les robinets via leur pays satellites et frontaliers. »- « Je contacterais le président dans la soirée, je suis enchanté de vos recherches fructueusesRoger mais il y a d’autres chats plus félins que Sorensen. Depuis quand avez-vous changél’ordre de vos priorités ? »- « Je ne l’ai jamais fait. Je vous ai promis l’agent dormant et je m’en vais le cueillir de ce pas.Mais j’estime que je devais, en guise de prologue, vous avertir sur la nature des transactionsde Sorensen avant que tout ne nous éclate au visage. Avec la presse à Langley dans 4h, je neveux pas avoir l’air d’un défiguré qui rit jaune ! »Slattery tassa son chapeau avant d’entrer dans la voiture par la banquette arrière et se désaxaun instant vers le directeur des opérations.
  26. 26. - « Une dernière chose », insista le Successeur. « De votre côté, vous feriez mieux d’envoyerdes hommes cueillir les rescapés, s’il y en a, de cette cérémonie tribale afghane qui soulève lapoussière. Je vous confierais mon briquet avant de le confier aux Renseignements pakistanais,ils ne sont pas fiables alors je vous recommande de dépêcher des unités au sol, peut-êtreallons-nous reconnaître de vieilles connaissances sur place. »- « Comme vous dites, je ne me fie pas à eux. Laissez le Conseil publier son rapport surl’Afghanistan, l’intervention n’est pas envisageable actuellement. »Conquis par le miroir aux espions, pièce à l’architecture de glaces déformantes, comme si laréalité ne se déformait déjà pas assez depuis quelques minutes – n’était-ce pas depuistoujours ? – Jack entreprenait de retrouver Martins et comme la brume s’était dissipée, il futpris dans le vertige de ses reflets, où il remarqua le cadavre à ses pieds.- « Jack ! », tonnait Martins pour l’aider à se repérer, bien que le cessez-le-feu semblaitrespecté. « Je s…Karamazov…à l’étage…ou quatrième. »- « Hostile en vue dans la pièce sept ! », égosilla un agent de l’unité d’intervention en pointantsur Bauer.L’ancien Delta plongea sur la surface de verre et s’empara du 9mm à la ceinture du cadavrepour plomber l’agent avant qu’il n’alerte le reste de son équipe. La balle traversa la cuisse,faute d’avoir réussi à viser près du thorax pour lui laisser une chance de survivre plutôtqu’une chance de répliquer. L’agent s’effondra latéralement et Jack se précipita en glissantsur ses genoux pour amortir sa chute, puis, prêt à lui briser la nuque, se laissa plaquer dos ausol, le souffle coupé. Comme en pleine contemplation du ciel sur une friche d’herbe, Jackappréhendait à l’envers le visage de son ennemi et le harponna au col pour le faire planer au-dessus de lui. Il bascula à 180° et sangla ses jambes autour du cou de l’adversaire.- « Jack… »CRAC.En temps normal, Martins aurait une réaction opposée à la contrariété presque indifférentequ’il affichait, mais ce qu’il venait de voir le dispensa de sermonner un civil officiellementdécédé aux yeux de tous, qui venait d’éliminer de sang-froid un agent fédéral. Sans penser àreprendre la casquette tombée pendant l’altercation, ni même la lampe-torche prise à Martins,qui avait glissé de sa poche, Jack se précipita jusqu’au premier étage, traversa la ruelleanglaise avec l’adjoint et déboucha dans un couloir aussi ensanglanté que celui des aventuresde Jack Torrance. La mer avait bien été séparée en deux, maculant les murs d’un côté commede l’autre.- « Cassandra ? », hoquetait Bauer en avançant entre les corps.- « L’ascenseur est HS. La porte de service… »La poignée bloqua avant même que Martins n’eut conclu sa phrase quand Bauer étripa laporte. Un coup sec avec le plat du pied permit son entrebâillement pour contrer la lourderésistance, élargi par un second coup puis achevé par un troisième. Au pied de l’escalier, Jackfut déconcerté par l’amoncellement de cadavres sur le marché.- « Cassandra », arrima Martins sans l’écho d’un doute.
  27. 27. L’aridité mordorée réapparaissait sous l’azur, décharné de ses nuages quand les pupilless’étendaient pour redécouvrir le monde depuis le créneau en verre d’où filtrait la lumière.Sans l’écho d’un doute, il y avait de la circulation à perte de vue et des bruits à perte d’ouïe,mais l’esprit était encore accommodé à sa léthargie. Des câbles, ou plutôt des fils très finsreliés au crane. Il fallait les débrancher. Se relever ensuite, reboutonner sa chemise etcontinuer à battre des paupières. La terre palpitait, comme une longue secousse sismiquemais…ce n’était pas ça. Des copeaux de verres se dispersaient dans la pièce quand une vitreéclata, causant une réaction démesurée de l’homme qui se cramponna au fauteuil où il avaitveillé pendant…impossible de savoir combien de temps, après réflexion.- « …vacuation immédiate », transparaissait une voix enregistrée depuis la cour extérieure,d’où provenait cette chaleur grasse qui semblait rendre tout raisonnement stérile.Et son arme de poing ? Danny Caïn caressa la circonférence de sa ceinture, son 9mm avaitdisparu. La sécurité n’était même pas relâchée quand il franchit la porte coulissante munied’un capteur de mouvement : il n’y avait plus aucune sécurité. La terre éclipsée des pots defleurs et les débris de pierre pavaient le sol, avec encore plus de chaos que dans certainssecteurs démilitarisés près de Kaboul après raid aérien. La poussière gouttait du plafond par à-coups à chaque saccade quand Caïn traversait le couloir post-apocalyptique avant de le voirs’effondrer en épaves de béton. Il accéléra le pas et par réflexe, se baissa chaque fois que ledécor muait jusqu’à rejoindre le rez-de-chaussée, jonché de deux corps et une poutre bancalesur le point de rompre. La sortie était impossible, ornée d’un gouffre en guise de paillassonqui s’était formé au premier effondrement souterrain.Caïn tergiversa entre la possibilité d’être laissé pour mort, bien que les risques furent minimesdans la salle où il s’était réveillé, puis le fait qu’on ne l’avait pas privé de ses mouvements, luipermettant de se frayer un chemin sans la moindre opposition. Et cette salle ? Pourquoi cesbranchements ? commença-t-il seulement à réaliser, quand ais-je été endormi ? La chaisefracassa la fenêtre dans un hurlement de verre, que le soldat trépassait avec un corps quisemblait formé de plomb pour atterrir dans l’embrasure étroite et ombrageuse entre les deuxbâtiments. Le moteur d’une Jeep bouillonnait, derrière les soldats paniqués qui allaient quitterle fort. Caïn esquissa ses empreintes sur la terre orangée et marcha jusqu’à la cheminée defumée qui s’envolait depuis le dôme ouvert.- « Nom de… », en parcourant de l’index l’étendue de sa cerne droite pour débrider au mieuxses yeux. « La rampe de lancement. Un tir qui résonna tour autour du monde…Le…lesmissiles... »La différence entre Washington et l’Afghanistan s’enténébrait par moment. À mesure queJack et Martins progressaient, l’escalier était de moins en moins jonché de cadavres et arrivésau cinquième étage, l’obscurité complète voilait même les phares de l’hélicoptère quibourdonnait au-dessus d’eux. Sans aucune source de lumière, ils se sentaient là à l’âge depierre. Radford et ses partenaires avaient décampé sans laisser aucune trace, ce qui n’était passurprenant, mais Cassandra, Drakov et Karamazov ? Aucun signe de vie, dans un horizon quin’en était pas un.- « Ils ont été livré sur un plateau. Radford a eu ce qu’il voulait. »- « Cassandra voulait faire ça pour vous Jack, elle pensait que vous étiez en vie. »- « Je ne le suis pas ? »
  28. 28. Martins pouvait humer la sueur de Jack malgré la fragrance étrange qui empestait les lieux,sans même une allumette pour éclairer sa face hallucinée. Quelque chose ne tournait pas rondchez lui, il pouvait concevoir sa paranoïa après tout ce qu’il avait vécu, mais le voir ainsi…sefondre en suée dans une sorte de chair dissolue qui paraissait brûler. Brûler comme lors d’unecérémonie militaire commémorant un soldat mort au front, au milieu d’un feu ardent…- « Drakov et Masri ont été son laissez-passer pour gagner la confiance de Radford. Ellevoudra savoir ce qui vous est arrivé, pourquoi on lui a menti sur votre mort. »- « Leur collaboration ne date pas d’hier ! », invectiva Bauer. « Elle opérait en freelance avecmoi pour pouvoir cacher Radford le temps de son procès, et c’est lui qui l’a envoyé meretrouver à Minsk ! Tout est si clair, AE/Dune signifie cela, on nous a permis de griller lacouverture de Matters pour cacher l’existence d’une seconde taupe, une taupe cachée derrièrela dune ! Et là, c’est encore une coïncidence pour vous ? », sans donner à Martins la chancede répondre. « Ils ont pris la fuite par les fondations, peut-être une galerie en travaux atteinteavec du C4. Il nous faut de la lumière. »[06:20:40]Le commando sécurisait le premier étage. Braxton réassignait ses unités.Le tireur embusqué à l’Est du Warder prenait en joue les fenêtres du cinquième étage.Sous les signaux de fumée indienne, Caïn trébucha sur le cadavre de Hamza.[06:25:21]La pénombre instilla une réminiscence fugitive à l’ancien Delta : sa capture par des soldatsserbes au Kosovo. Une cave, où il avait pu délier la corde entre ses mains, ce soldat qu’ilapercevait dans la fente d’une trappe, des débris de vases, et un interrogatoire fantasque.C’est donc lui le prisonnier…C’est donc toi qui avais ordre de tuer Viktor Drazen ?On ne va pas s’en sortir, ils sont trop nombreux, avait déploré un des hommes de Jack.Des blancs de mémoire. Puis les échos de sa propre voix.Ici Jack, vous me recevez ? J’arrive à la zone d’exfiltration, attendez-moi là-bas, avait-ildécrété à ses hommes avant de retrouver deux de ses hommes, Peltz et Illijec flotter dans larivière. Éteignez ça ! Les serbes utilisent notre radio pour nous repérer !- « Les serbes utilisent notre radio pour nous repérer ! », répéta Bauer à haute voix.- « Vous divaguez Jack, vous vous êtes évanoui pendant quelques minutes !! Il ne faut pasrester ici, vous sentez comme moi cette odeur ?! »- « Du propane », en reprenant ses assises. « Un autre clin d’œil de Radford… »Jack chassait le fédéral derrière l’issue d’où ils étaient arrivés, puis visait un spectre dansl’obscurité sans autre forme de procès. Lui tirer dessus allait peut-être lui permettre d’y voirplus clair, si cela pouvait encore être possible à ses yeux.- « Attendez !! »

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