Trombinoscope "Chercheurs d’humanité"
Chercheurs de sens
(religion, philosophie, spiritualité)
13 - de 1916 à 1923
É. G. 05.05.2025
Twylah Nitsch
(1916-2007), gardienne de la tradition du clan des Loups (Wolf
Clan Teaching Lodge), un des 8 clans* des Amérindiens Sénéca, qui
sont une des 6 nations de la Ligue iroquoise. Chaque clan était une loge
d’enseignement où les Indiens, hommes et femmes, venaient chercher
la sagesse et le savoir. Petite-fille de Moses Shongo, dernier des grands
chamanes de ce peuple, appelée affectueusement Gram (Grand-Mère),
guérisseuse et enseignante. Habite près de Buffalo, sur les bords du lac
Érié.
Ouvre la conscience à notre responsabilité humaine : nous créons
le futur avec nos pensées. Définit les 7 marches sur le sentier de la paix
: confiance, amour, intuition, vie, créativité, pureté, arc-en-ciel de la paix,
les moyens (respiration, méditation, danse, chant), les intermédiaires
permettant le contact avec le Grand Esprit (ou Grand Mystère) : arbres,
pierres, animaux, plantes.
« Entrer dans le silence signifie communier avec la nature par
l’esprit, l’âme et le corps.
« La clé était la connaissance de soi, le désir était la compréhen-
sion de soi, la voie était la discipline personnelle, le but était la réalisa-
tion personnelle. »
* Tortue : code moral. Loup : contact avec la Terre. Ours : amour fraternel. Castor : Coopération.
Faucon : préscience. Cerf : aptitude physique; Héron : nourriture. Bécassine : autodiscipline.
André Mandouze
(1916-2006), historien français, universitaire et journaliste
catholique, militant de l'antifascisme et de l'anticolonialisme.
Normalien, agrégé de lettres, entre dans la clandestinité sous
l'Occupation, noue des réseaux d'amitié judéo-chrétienne, se lie au
dominicain Jean-Augustin Maydieu, l'un des fondateurs de l'hebdoma-
daire chrétien Sept (fermé en 1937 sur ordre du Vatican), et au jésuite
Pierre Chaillet, avec qui il lance en 1942 Les Cahiers du Témoignage
chrétien, dont il est le premier rédacteur en chef.
Professeur à l’université d’Alger, fonde la revue Consciences
maghrébines en 1954, participe au Manifeste des 121 ("Déclaration sur
le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie"), milite pour l'indépen-
dance de l'Algérie, s'élève contre la torture. Connaît la prison en 1956
pour "trahison envers la patrie", subit plusieurs tentatives d’intimidation
et d’assassinat de la part de l’OAS.
Professeur de latin à la Sorbonne, spécialiste de St Augustin.
Pour lui, l'insoumission est un « acte de foi ».
« Messieurs les Évêques, quand on vous élisait, etc. »
« Qui connaît Mandouze croit en la Providence. »
Jean-Marie Domenach
Marie-Émile Boismard
Claude Boismard (1916-2004), exégète français, dominicain.
Licencié en théologie (Le Saulchoir) et en sciences bibliques (Rome).
Professeur de Nouveau Testament à l‘’École biblique et archéologique
française de Jérusalem ‘(1948-1950), puis à l'Université de Fribourg en
Suisse (1950-1953), et de nouveau à l‘’École biblique’ (1953-1993).
Participe notamment à la traduction de la Bible de Jérusalem.
S’intéresse à l'évangile selon Jean, émettant l'hypothèse que l'apôtre
Jean ne serait pas l'auteur de cet évangile.
Montre comment l’attribution à Jésus de la qualité divine, insup-
portable en milieu judéen, devient indispensable en milieu hellénistique.
« Nous pouvons comprendre maintenant comment s’est élaborée
progressivement, à l’aube du christianisme, la croyance en la divinité du
Christ. Selon l’Évangile de Marc, reflet de la prédication primitive, Jésus
n’est pas un Dieu, mais un homme. Lui-même refuse le titre de Dieu
(Mc, X, 17-18) et il reconnaît que sa connaissance du plan de Dieu sur
le monde est limitée . (…)
../..
Marie-Émile Boismard
« La ville d’Éphèse était vouée au culte d’Artémis, déesse que l’on
tenait pour fille de Zeus et de Léto, sœur d’Apollon. Le temple magni-
fique qui avait été élevé en son honneur était considéré comme une des
sept merveilles du monde. Toute la vie religieuse et économique de la
ville était commandée par le culte d’Artémis. Mais étant donné cette
situation, on voit tout de suite les difficultés que devait rencontrer la
prédication chrétienne dans cette ville. Comment Jésus de Nazareth, ce
Juif obscur, crucifié et que l’on disait ressuscité, pouvait-il être comparé à
la déesse Artémis, fille de Zeus ? La prédication chrétienne n’était-elle
pas vouée à un échec irrémédiable ? Mais la situation devenait tout autre
si l’on pouvait annoncer que Jésus était Dieu, qu’il était l’Unique-Engen-
dré du Père. »
« Quelle que soit la perspective adoptée (mentalité sémitique ou
pensée platonicienne), il n'est jamais question d'une résurrection du
cadavre déposé dans la tombe ; c'est la raison pour laquelle le terme de
"résurrection" peut prêter à confusion dès que l'on admet la présence en
l'homme d'une âme immortelle. (…)
Notre résurrection est la même que celle de Jésus. C'est la
présence du Royaume en nous dans la vie présente. C'est rejoindre
notre être véritable, notre "je" éternel. »
Chidananda Saraswati
Né Sridhar Rao (1916-2008), yogi et maître spirituel hindou et
indien. Baccalauréat ès arts du Loyola College de Chennai. Se rend
compte que la Bible est «la parole vivante de Dieu, tout aussi vivante
et réelle que les paroles des Védas, des Upanishads et de la
Bhagavad-Gita». Rejoint en 1943 l’ashram de Rishikesch, au pied de
l’Himalaya, prend en charge le dispensaire, manifeste sa compassion
envers les pauvres, les malades et les opprimés, en particulier les
lépreux pour lesquels il établit trois centre à Rishikesh. Reçoit en juillet
1949 son nom monastique Chidananda, "celui qui est la conscience et
le bonheur". En 1959, part pour 4 ans enseigner en Amérique et en
Europe. Succède en 1963 à la présidence de la Divine Life Society (à
Rishikesch) à la mort de Sivananda, sillonne l’Inde, la Malaisie et
l’Afrique du Sud.
Lève son doigt sous le signe de la réprimande lorsqu'il voit en
sa présence quiconque pratiquant la maltraitance envers un animal.
Pratique une forme de yoga universelle non confessionnelle. Dirige
souvent des satsang (chanteurs de groupe) qui nomment et élèvent
tous les prophètes et les sages de toutes les religions du monde de
manière égale (Jésus, Ahura Mazda, Bouddha, etc.).
Pour lui, il n'y qu'une seule vraie religion, la "religion du cœur".
Swami Chinmayananda Sarasvati
("La béatitude de la Connaissance pure"), né Balakrishna Menon
(1916-1993), maître spirituel (guru) indien. Étudie le droit et la littérature
anglaise, journaliste, rejoint le mouvement de lutte pour l'indépendance
de l'Inde avec Gandhi. En 1949, devient moine dans l'ashram de Swami
Shivananda, son guru dont il reçoit le sannyâsa*.
En1951, commence à Puna (Maharastra) l’enseignement de
l'Advaïta Vedānta, la pensée non-dualiste fondée sur les Upaniṣhads,
textes majeurs de l'hindouisme. Commente la Bhagavad Gîtâ, les
Upanishads et les œuvres de Adi Shankara (8ème siècle). : chacun a des
talents, des aptitudes, des aspirations personnelles, un rôle à jouer en ce
monde, une destinée spirituelle. L’accomplissement d’une vie est total
quand ces deux aspects sont pleinement révélés.
Entreprend une action sociale à travers la Chinmaya Mission :
programmes de développement rural, écoles, temples, hôpitaux, dispen-
saires, orphelinats, actions pour les enfants défavorisés ( bidonvilles ou
zones rurales), formation d'infirmières, maisons pour les personnes
âgées, actions de secours en cas de catastrophes, plantation d'arbres.
* Initiation monastique au cours de laquelle les désirs et les attachements sont brûlés dans le feu
de la connaissance, symbolisé par la robe orange que porte le sannyāsin (renonçant).
Pierre de Locht
(1916-2007), prêtre et théologien belge, fondateur, pour la Belgique
francophone, du "Centre national de pastorale familiale" (CEFA), expert en
sciences de la famille et en sexologie à l'Université catholique de Louvain.
Plaide en faveur de l'ordination des hommes mariés et des femmes à
la prêtrise, critique la centralisation du pouvoir au sein de l'Église
catholique.
«Quand je constate qu'un petit groupe d'hommes célibataires décide
pour le monde entier de ce qui est une valeur morale dans la contraception,
je m'interroge. Et je me demande quel lien cela a réellement avec
l'Évangile.(…) Faut-il une autorisation pour faire ce que l’on croit mieux ? »
« Si Dieu me paraissait restreindre en quoi que ce soit ma capacité
humaine, je renoncerais à Dieu plutôt qu'à mon identité humaine. »
« La spiritualité, c’est le feu intérieur d’un être en recherche de
conscience et de liberté au cœur d’un univers dont il est solidaire ».
Florin Callerand
(1917-1998), prêtre français. Passe 5 ans de captivité au camp de
prisonniers de guerre de Wustrau, près de Berlin, où il apprend "la
liberté derrière les barbelés" et où nait sa vocation de proclamer
l’Évangile.
Fonde en 1950 la ‘Communauté de la Roche d’Or’ à Besançon
(photo du bas), dans l’intuition des Foyers de Charité initiés par Marthe
Robin, mais avec une liturgie et dévotion mariale renouvelées.
Ne s’enlise dans aucune lecture expiationiste ou sacrificielle. Avec
Françoise Porte, modératrice arrivée en 1980, met en œuvre un
nouveau mode de vie communautaire.
Durant ses derniers mois, en relation avec Thérèse de Lisieux, reçoit
l'intelligence profonde de son testament spirituel.
« Laissez tomber la religion, suivez Jésus ! »
Sur sa tombe : « Continuez, continuez, tout est en avant ! »
../..
Image : ‘Communauté de la Roche d’Or’ à Besançon où il prêche des retraites. Après avoir fait
un commentaire de la mosaïque de Tagba, il sourit : « Voilà, j’espère que ca vous a plu. En tout
cas, moi, ça m’a bien intéressé ! »
Florin Callerand
Énumère 7 caractéristiques des faux-prophètes que dénonçait le prophète
Jérémie :
« - Ils annoncent qu’on ne peut rencontrer Dieu que dans le temple et dans la religion
. instituée, alors qu’Il est dans les consciences.
- Ils se mettent en corporations, se recommandent les uns des autres, se copient et
disent tous la même chose.
- Ils prétendent parler au nom de Dieu, mais ils ne disent rien d’inspiré. Leur discours
n’a pas de couleur, de saveur, pas d’originalité.
- Ils mettent l’accent sur les règles et les dogmes, les cultes et les rites, et non sur le
souci des autres, et notamment des plus démunis et des plus rejetés.
- Ils ne disent pas où est Dieu : Il est au cœur de la matière, au fond de la conscience
de l’homme. Ils n’ont pas de cœur à cœur avec Lui.
- Ils sont les théologiens du pouvoir établi. Ils ne dénoncent pas la violence et
l’injustice, les idoles et les faux-dieux qui aliènent la liberté de l’homme.
- Ils présentent Dieu comme un juge ou un fardeau, non comme un père au coeur de
mère. »
Photo : P. Roger Robert, successeur de Florin Callerand, et Françoise Porte, modératrice
Guéshé Lama Konchog
né Lobsang Puntsog (1917-2001), lama bouddhiste tibétain de l'école
Gelug. Passe 26 ans dans une retraite de montagne isolée, à la recherche
d'illumination. À partir de 1985, réside au monastère de Kopan à
Katmandou, au Népal. Voyage également à travers le monde pour
enseigner. Reconnu en 2005 par le 14ème Dalaï Lama comme étant un
Mahasiddha ou maître spirituel réalisé.
Les rites funéraires de Konchog et la recherche de sa réincarnation
ultérieure, menée par son proche disciple Tenzin Zopa, sont documentés
dans le film Unmistaken Child (2008) du cinéaste israélien Nati Baratz. Des
perles sarira ont été trouvées au milieu des cendres après la crémation du
corps du lama.
Les reliques sarira (‘corps’ en sanskrit, ou ringsel en tibétain), parfois d’une
dureté inconnue par la science, sont de petites perles multicolores que l'on retrouve
parfois dans les cendres provenant de la crémation d'un maître spirituel bouddhiste ou
d’un saint. Il semble que certaines sariras changent de couleur ou se multiplient
mystérieusement à l'intérieur de leurs récipients si elles ont été conservées dans des
conditions favorables.
Il est prouvé que dans certaines conditions de chauffage, les os humains peuvent former des
structures cristallines. Dans une analyse chimique, les śarīras se sont révélés composés des
éléments constitutifs des os et des pierres. Cela explique pourquoi les śarīras devraient être trouvés
principalement chez les moines et non dans d'autres corps humains incinérés, en raison des
matériaux du bûcher et de la température de crémation.
Joseph-Albert Malula
(1917-1989), prêtre et cardinal du Congo-Zaïre. Marqué dans sa
jeunesse par le missionnaire belge Raphaël de la Kethulle (189-1956, dit
Tata Raphaël). Un des premiers prêtres de Kinshasa. Sa réflexion est placée
sous le signe de deux considérations critiques : le déracinement culturel,
produit de la situation coloniale, et la nécessité pour l’Église missionnaire de
se distancer du pouvoir colonial. Sa vision socio-politique de l'Église congo-
laise déplait au dictateur Mobutu. Victime de campagnes d’intimidation et
d’isolement, échappe d'extrême justesse à une exécution programmée.
Archevêque de Kinshasa de 1964 à 1989. Président du Symposium
des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar’ (SCEAM).
S’implique dans le processus de l’indépendance du Congo, participe au
débat relatif à la reconnaissance de la théologie africaine. Créé une
communauté religieuse féminine et prend position en matière de justice
sociale et en faveur des droits des femmes et des pauvres.
« Mieux vaut être crucifié pour la vérité que de crucifier la vérité. »
« On a christianisé l’Afrique, il faut à présent africaniser le christia-
nisme. »
« Jeunes qui désirez un avenir meilleur, sachez que sur cette Terre,
rien de grand, rien de bon, rien de beau, rien de vrai, rien de durable, rien de
ce qui élève l'homme, ne se fait sans effort, sans sacrifice, sans discipline.
Refusez toujours la médiocrité. »
André Chouraqui
(1917-2007) avocat, écrivain, penseur et homme politique français
puis israélien. Né en Algérie française de parents juifs chassés d’Espagne.
Pendant la Résistance, fait partie du Réseau Garel à Lyon. Avocat au
barreau d'Oran, puis juge dans le ressort de la cour d'appel à Alger. En
1948, docteur en droit international public à l'Université de Paris.
Voyant venir l’indépendance de l’Algérie, s'installe en Israël en 1958.
En 1965, est élu vice-maire de Jérusalem. En 1967, fonde avec Jean
Daniélou l'association ‘Fraternité d'Abraham’, qui promeut le dialogue
interreligieux.
Sa traduction de la Bible, publiée à partir des années 1970, donne un
ton différent à la lecture des textes. En 1990, publie une traduction du
Coran. Membre du comité de parrainage de la ‘Coordination française pour
la Décennie de la culture de paix et de non-violence’.
« Il faut des hommes. Nous-mêmes en premier lieu. Tout s’abîme faute
de guides inspirés. »
« Je voyais bien que l’avenir de l’humanité devait passer par la fragile
passerelle d’une réconciliation des peuples monothéistes de retour auprès
de leurs sources et suffisamment régénérés par elles pour qu’ils puissent
efficacement œuvrer au salut du monde. »
André Chouraqui
« Dieu est mort d’avoir été nommé, mort d’avoir été enfermé dans
une cage conceptuelle. Et puisque Dieu est mort, le monde est enfin libre
de découvrir son visage et son mystère, celui de l’Innommé. »
« Le Dieu donné au monde par Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et
de Jacob, celui qui vainquit les idolâtries antiques, m’apparaissait comme
notre ultime recours contre la barbarie des idoles modernes : celles-ci
s’appelaient de nos jours La Race, le Sexe, l’Argent, la Nation, l’Empire et
la Guerre. »
« 33 siècles d’hébraïsme et de judaïsme après Moïse, 20 siècles de
christianisme après Jésus, les nations étaient incapables de dire non à la
folie des idolâtries déchaînées. »
« Il est impossible d’aimer sans choisir, de choisir sans renoncer. »
« Je découvrais combien la contemplation peut nourrir l’action et en
accroître l’efficacité. »
« Pour ne pas trahir notre vocation, pour ne pas enlever au monde
son ultime chance de salut, nous devons engager notre pensée et notre
action dans des voies nouvelles, la situer non plus au niveau des stériles
querelles religieuses ou confessionnelles, mais à la hauteur redoutable
des problèmes de notre temps menacé de suicide nucléaire par les
États. »
Robert Aitken
(1917-2010). États-unien, pionnier du bouddhisme zen auquel il
s’intéresse quand il est prisonnier de guerre au Japon pendant la 2ème
guerre mondiale.
Reconnu comme enseignant au sein de l’école zen Sambö Kyôdan,
la ‘Société des trois trésors’.
S’implique dans l’engagement sociétal qu’il considère inséparable
de sa pratique bouddhiste.
Milite contre les essais nucléaires états-uniens dans les années
1950, puis contre la guerre du Vietnam dans les années 1960 en refusant
de payer ses impôts pour la financer.
Fonde à Hawaï en 1992 avec sa femme Anne le Buddhist Peace
Fellowship, une des organisations états-uniennes les plus actives en
matière d’écologie, de désarmement et de droits de l’homme, et crée le
programme BASE (Bouddhisme, Action Sociale et Engagement)
La conceptualisation en reviendra à Diana Winston, directrice de la
formation du UCLA's Mindful Awareness Research Center.
Jocelyn Mayaud, cofondateur, avec Éric Rommeluère, Christian
Roquin et Henri Souffran, du ‘Refuge du Plessis’ dans le sud de la Sarthe,
a animé le premier groupe BASE en 2013 à Paris.
Eileen Caddy
(1917-2006), père irlandais, mère anglaise. Marquée par l’ensei-
gnement ésotérique de la théosophe Helena Blavatsky. En 1953, reçoit
pour la première fois un message d'une petite voix paisible en elle-
même, d'une source qu'elle nomme "le Dieu intérieur". Son ouvrage de
spiritualité La petite voix, méditations quotidiennes est un best-seller .
Fondatrice, avec son mari Peter et Dorothy Maclean, de la
communauté de Findhorn. Le Findhorn Ecovillage, situé dans la baie de
Findhorn, au nord de l’Écosse est le lieu où les idées de l'association
sont mises en œuvre. Une communauté spirituelle internationale
d'environ 400 personnes de type New age s'est installée dans ce lieu en
vue d'expérimenter un nouveau mode de vie conforme au respect de
l'environnement. La fondation Findhorn, fondée en 1962, accueille de
nombreux ateliers d'enseignement holistique, comme l'Experience
week, des ateliers sur l‘ennéagramme, la résolution des conflits ou
encore le ‘Jeu de la Transformation’.
En 2004, la reine d’Angleterre l’intronise dans le Most Excellent
Order of the British Empire.
« La première leçon de la vie est d’apprendre à aimer. (…)
Recherche toujours le meilleur, attends-toi toujours au mieux et jamais,
à aucun moment, ne te satisfais de ce qui serait moins bon. »
René Laurentin
(1917-2017), docteur en théologie et en lettres, exégète, historien,
auteur de plus de 160 livres. Prisonnier pendant la 2ème guerre mondiale,
enseigne l'hébreu à l'université de son Oflag.
Expert au Concile Vatican II (1962-1965).
Spécialiste notamment des apparitions mariales au regard de la
médecine, de la sociologie, de la psychanalyse, de l’histoire, de la
mystique, du droit canon : 2 400 ont laissé une trace dans l’histoire.
Entre le rationalisme incrédule et un certain “spiritualisme”
sentimental, se bat pour le caractère raisonnable du fait de croire.
«Le mot "diable" vient du grec diabolos qui signifie : le diviseur. Le
démon a bien des tours dans son sac pour diviser, à tous niveaux : familles,
entreprises, nations, et même les Églises. (…) L'existence du démon
s'impose aussi de manière expérimentale. Les polices américaines et
allemandes le connaissent à ce titre ; je cite leurs livres. J'ai travaillé avec
cinquante exorcistes pratiquants de dix nations. Ils ne voient pas le diable
partout. »
Oscar Romero
(1917-1980). Salvadorien, archevêque catholique de San
Salvador.
L’assassinat de son ami jésuite Rutilio Grande par les
‘Escadrons de la mort’ en 1977 change son orientation politique et
pastorale.
Le 23 mars 1980, lance un appel aux soldats face aux
exactions de l’armée. Le lendemain, est tué par un coup de fusil
alors qu’il célèbre une messe dans la chapelle d’un hôpital.
« La libération arrivera (…) quand les pauvres seront les
acteurs de leur propre lutte et de leur libération, en démasquant
ainsi la racine des faux paternalismes, même ceux de l’Église”
« Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre
la loi de Dieu. (…) Je vous prie, je vous suplie, je vous l’ordonne,
au nom de Dieu : arrêtez la répression ! »
Maharishi Mahesh Yogi
(1917-2008), né Mahesh Prasad Varma ou Mahesh Srivastava, maître
spirituel indien. Étudie la physique à l'université d'Allahabad. Devient à la
fois secrétaire et disciple de Swami Brahmananda Saraswati, appelé
affectueusement Guru Dev.
En 1955, après une retraite silencieuse de 2 ans dans une forêt de
la Vallée des Saints de l'Uttarkashi, voyage à travers l'Inde et commence à
enseigner la ‘méditation transcendantale’. Crée des dizaines de centres de
méditation dans toute l'Asie du Sud-Est, aux États-Unis et en Europe.
Termine sa vie en Suisse puis aux Pays-Bas.
La méditation transcendantale est un mode de relaxation et de développe-
ment personnel dérivé d'une pratique spirituelle indienne ayant des racines dans la
tradition védique. Qualifiée par certains de sectaire, elle a été expérimentée avec
succès dans des prisons, écoles et universités et auprès de publics spécifiques
(anciens combattants, sans-abri, enfants des rues, armée, police).
Elle ne se limite pas à une position physique, car « s’il suffisait d’être en
position du lotus pour accéder à l’illumination, toutes les grenouilles seraient des
bouddhas » (Louis Pauwels)
« La Méditation transcendantale permet à l’esprit conscient de
s’ouvrir au "réservoir" infini d’énergie, de créativité et d’intelligence qui
réside en nous. »
Photo du bas : méditation de groupe dans une école du Pérou où les élèves ont appris
la MT grâce au soutien financier de la Fondation David Lynch.
Pierre Grelot
(1917-2009), prêtre catholique du diocèse d'Orléans, exégète et
théologien français, spécialiste des écrits et des langues bibliques.
professeur à l’Institut catholique de Paris jusqu'en 1983. Contribue à la
création en 1966 de l‘’Association catholique française pour l'étude de
la Bible’ (ACFEB) qui réunit des exégètes et des universitaires, et à
celle, en 1967, de la ‘Bibliothèque œcuménique et scientifique d'études
bibliques’ (BOSEB). En 1985, professeur honoraire de l'Institut.
Tenant déterminé de la datation tardive des écrits du Nouveau
Testament, s'oppose, avec vigueur, aux partisans des datations
proches, à Claude Tresmontant en 1984, Jean Carmignac en 1986,
Philippe Rolland en 2003. Répond aux livres de Gérald Messadié,
Eugen Drewermann, Jacques Duquesne.
Propose une façon de classer les symboles, montre comment
fonctionne le langage de la Bible pour faire entrevoir tout ce qui, dans
le dessein de Dieu, ne peut être évoqué autrement. C'est pourtant ce
langage qui est le plus significatif et qui peut se confronter avec les
cultures que la foi chrétienne atteint aujourd'hui, en Asie ou en Afrique ;
ou même, en Occident, avec une culture rationaliste qui tente d'occulter
le sens religieux.
Georges et Dorothée Casalis
G.C., (1917-1987), pasteur et théologien français. Études de
théologie à Paris et Bâle. Professeur de théologie à la Faculté de théologie
protestante de Paris. De 1940 à 1943, secrétaire général de la ‘Fédération
française des associations chrétiennes d'étudiants’. Un des 12 signataires
des Thèses de Pomeyrol qui affirment la légitimité d'une résistance
spirituelle au nazisme. Équipier de la CIMADE, participe à la rédaction de
Témoignage Chrétien.
Pasteur en France, en Allemagne, à Strasbourg, puis professeur à
la Faculté de théologie protestante de Paris. Avec sa femme Dorothée
(1917-2011), rédacteur en chef de la revue du Christianisme social.
Membre du conseil de la ‘Fédération protestante de France’, s’oppose à la
guerre d’Algérie. Thèse de doctorat en 1970 sur la kénose.*
Combat l’arme nucléaire, participe en 1971 à la rédaction du
document d'étude Église et pouvoir. Membre du ‘Parti socialiste unifié’
(PSU). S’engage en 1973 auprès de l‘’Institut œcuménique au service du
développement des peuples’, intervient en Amérique latine. Soutient les
théoriciens et acteurs de la théologie de la libération. Coordonne avec le
prêtre théologien François Refoulé la Traduction œcuménique de la Bible.
* La théologie de la kénose aborde le mystère du mal en affirmant que Dieu, qui n’est pas
le Tout-Puissant qu’on dit, souffre quand les êtres humains souffrent.
David Bohm
(1917-1992), physicien étatsunien. Parents juifs d’origine hon-
groise et lituanienne. Exclu du ‘projet Manhattan’ en raison de ses idées
politiques. Enseigne à l'université de Princeton, est accusé de sympa-
thies communistes pendant la période maccarthyste, s’exile au Brésil,
en Israël puis en Grande Bretagne.
Réalise d'importantes contributions en physique quantique, phy-
sique théorique, philosophie et neuropsychologie. Découvre le "potentiel
quantique", paramètre invisible de la physique - proche de la conscien-
ce - en mesure de guider l'existence tout entière, des particules élémen-
taires aux organismes complexes. L'univers de Bohm, en partant de la
physique de l'infiniment petit, aboutit à une cosmologie totalement
neuve où l'esprit et la matière cohabitent en harmonie.
À partir des années 1960, inscrit sa démarche de physicien dans
la perspective des nouveaux paradigmes qui remettent en question les
lectures du réel élaborées dans le cadre de la physique classique.
Suscite un dialogue entre philosophie des sciences, psychologie
et spiritualité, conduit des entretiens filmés avec le philosophe indien
Jiddu Krishnamurti (image du bas).
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David Bohm
Son but est de trouver un ordre et une finalité là où
n’existent apparemment, d’après la physique classique,
que chaos, hasard ou, à la limite, probabilité. Le potentiel quantique,
interprété aussi bien comme un concept de la physique théorique que
comme un concept philosophique, conduit Bohm à développer une
théorie plus vaste, celle de "l’ordre impliqué", au sein de laquelle tout ce
qui existe au niveau matériel, c’est-à-dire ce qui est expliqué, trouve une
correspondance dans ce qui existe au niveau spirituel, c’est-à-dire ce
qui est impliqué. Deux réalités, celle de la matière et celle de la
conscience, interagissent de façon synchrone et harmonieuse.
La mort consisterait à quitter l’espace newtonien dans le temps et
l’espace, pour entrer dans l’espace intriqué qui est la réalité de l’univers
et qui se situe hors du temps et de l’espace.
« Je n'ai jamais été capable de voir une séparation entre la
science et la philosophie. D'ailleurs, dans des temps plus reculés, on
parlait de ‘philosophie naturelle’ et cette expression correspond parfaite-
ment à la façon dont je perçois toute cette discipline. »
Henri Hofer, François Vouga
et André Jantet
H. H. : (1917-2016), Suisse, ex-professeur de littérature à
Lausanne, se réoriente dans l’industrie. Ex-président du conseil
presbytéral de Dole au sein de l’Église réformée de France, s’engage
toute sa vie aux côtés des réfugiés avec son épouse Marie-
Madeleine.
F. V. : pasteur, théologien et bibliste suisse, maître-assistant
à la Faculté de théologie protestante de Montpellier depuis 1982,
professeur honoraire à Wuppertal. Enseigne également à la Faculté
vaudoise de théologie de Rome ainsi qu’à la faculté de sciences
religieuses de l'université Laval de Québec.
A. J. : ex-prêtre à Poligny (Jura), a longtemps dirigé le
centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) de Dole, désormais
engagé comme théologien ‟électron libre” dans l'Église réformée du
Jura.
Leur essai Dieu sans religion est né d'un long dialogue sur la
Bible, mené dans le cadre de l'atelier théologique Mont-Roland, à
Jouhe, près de Dole, depuis 1984
Henri Hofer, François Vouga et André Jantet
« L’Évangile annonce, d’un bout à l’autre, une transcendance
qui libère de la religion. La pratique des tablées de Jésus, le regard
que l’art poétique de ses fables et de ses paraboles porte sur la vie
quotidienne, l’attitude que Jésus adopte à l’égard des lieux de la
religion, puis ensuite la prédication de la Croix de l’apôtre Paul, tout
semble animé par une volonté de détacher Dieu de la religion
instituée. »
« L'Église naissante a proprement inventé, dans sa pratique et
ses contacts avec les mondes hellénistique, juif et romain, une
manière d'être détachée de toute religion instituée qui préfigure nos
sociétés séculières. Les Églises sont appelées à se détacher de toute
religion instituée pour se concentrer sur l'humanité dans son
ensemble. »
« Jésus est un antireligieux tout le long des textes et on l’a
mis sur la croix pour cela. Pour nous, aucun texte n’est sacré et le
sacré est dangereux car quand on sacralise un texte, on ne peut plus
y toucher ensuite. (…) Ce ne sont pas des textes sacrés, mais de
sacrés textes ! (…) La relecture et l’analyse des textes fondateurs
montrent les origines laïques du christianisme et obligent à repenser le
rôle des Églises chrétiennes aujourd’hui. »
André Jantet
René Rémond
(1918-2007), historien et politologue français. ‘École normale
supérieure’, agrégé d’histoire, docteur ès-lettres. Secrétaire général de la
‘Jeunesse Étudiante Chrétienne’ (JEC) en 1943, Résistant. Professeur à
l’’Institut d’études politiques’ de Paris, cocréateur de l’’Institut d’Histoire du
Temps Présent’. Membre de l’’Académie française’ à partir de 1998.
Ses travaux sur l’histoire politique, intellectuelle et religieuse de la
France contemporaine dégagent les tendances de long terme des
courants de pensée et de la vie politique.
« Le catholicisme s’est longtemps constitué comme une religion
d’obligation. »
« Il y a beaucoup à faire pour que la formulation de la foi
chrétienne se conjugue avec la culture et l’intelligence. »
« Même au terme d’un siècle qui a vu deux guerres mondiales, les
totalitarismes avec les génocides que l’on sait, je garde un fond d’optimis-
me naturel, car il me semble que l’humanité a toujours su trouver en elle
la réponse à ses problèmes.(…). Sans prétendre jouer au devin, je suis
prêt à parier que l’homme sera capable demain encore d’ouvrir des
chemins de liberté et d’espérance. Pourquoi ne le ferait-il pas sous
l’impulsion et l’inspiration du christianisme ? »
Roger Parmentier
(1918-2012). Théologien protestant français. Officier pendant la 2ème
guerre mondiale. Études de théologie protestante à Paris sous
l'occupation, président des ‘Étudiants Protestants’, fonde un groupe
clandestin de lutte contre l'antisémitisme.
Volontaire pour être pasteur à Sétif après l'insurrection du 8 mai
1945 et à Philippeville pendant la guerre d'Algérie.
Pasteur à Rodez, Montreuil, professeur à l'ENAP (sciences
sociales). Militant syndical et politique.
Fondateur de la méthode des actualisations de la Bible et des
transpositions culturelles.
« Esprit qui inspire toute la terre contre toutes les forces de
destruction et de mensonge et tout être humain, Toi qui inspires surtout
les sages et les prophètes, viens à notre aide pour que nous sachions
les écouter ; Que la proposition de Jésus de renverser sans violence
tout ce qui fait souffrir et mourir soit accueillie et mise en pratique
partout . »
Luigi Pareyson
(1918-1991), philosophe italien. Fréquente très jeune Karl Jaspers à
Heidelberg, enseigne la philosophie au lycée littéraire de Coni, près de
Turin. Arrêté brièvement à cause de ses convictions antifascistes et ses
activités politiques et sociales clandestines, enseigne à partir de 1945-
1946 l'histoire de la philosophie à l'université puis occupe la chaire
d'esthétique créée pour lui à l'université de Turin. Entre 1964 et 1984,
enseigne la philosophie théorétique*.
Catholique, opère une synthèse entre philosophie et approche
religieuse. Pour lui, la valeur existentialiste du sujet est à la fois une
liberté (concept essentiel dans sa pensée), une responsabilité et un
danger, mais aussi une porte vers la vérité et une contingence. D'où l'idée
de l'interprétation, qui (à la différence de l'objectivisme scientifique) est un
exercice périlleux de la liberté subjective, mettant en jeu la responsabilité
de la personne, mais aussi comme une source inépuisable, grâce aux
"points de vue" qu'elle suscite. Miné par la maladie et les épreuves de la
vie, déploie une interprétation tragique de l'expérience religieuse mettant
face à face question du mal et expérience de la liberté à travers la figure
centrale de Fiodor Dostoïevski.
« Accéder à une œuvre signifie l'exécuter, autrement dit la faire vivre
de sa vie propre et la rendre de la façon dont elle a été faite et dont elle
veut vivre encore et toujours. »
* Théorétique : qui a trait ou qui vise à la connaissance conceptuelle, au savoir, ou à la
théorie, non à l’action.
Willis Harman
(1918-1997), ingénieur états-unien. Enseigne la physique, l'ingé-
nierie électrique et l’économie des systèmes à l'Université de Floride, de
Stanford, puis à ‘l'Université technique royale de Copenhague’. En 1954,
un séminaire d'été sur l'éthique, la méditation et la vie spirituelle produit un
effet transformateur sur sa pensée et sa vie professionnelle.
Est convaincu que la fin de la civilisation industrielle et la grande crise
culturelle appellent à une profonde transformation de la conscience
humaine. Sensibilise le public sur ce sujet au travers de ses écrits et sa
recherche à partir de 1973 dans l'Institute of Noetic Sciences (IONS, fondé
par l’astronaute Edgar Mitchell), qui allie recherche scientifique et démar-
che spirituelle pour approcher les mystères de la vie et de l’Univers.
De même que Copernic et Galilée ont introduit la Renaissance, la
connexion instantanée de milliards de citoyens par Internet va conduire à
une nouvelle renaissance de l’humanité. Ce qui va faire muter notre
civilisation, dit-il, sera la découverte progressive que seule la conscience
existe et qu’elle favorise l’apparition et la transformation de la matière, que
la vie après la mort est une évidence sur le plan scientifique.
Cette évidence va faire évoluer notre civilisation matérialiste, car
l’angoisse de la mort est le moteur secret de la société de consommation.
Raimon Panikkar
(1918-2010), né d’une mère catalane catholique et d’un père indien
hindou, docteur en chimie, en philosophie, et en théologie, grand
connaisseur du bouddhisme.
Ordonné prêtre en 1946, enseigne en Inde en 1954, puis aux États-
Unis en 1966 comme professeur de philosophie orientale à l'université
Harvard et à l'université de Californie à Santa Barbara. Durant toute la
période de 1966 à 1987, alterne son enseignement aux États-Unis avec
un semestre de recherche en Inde.
Président du «Pipal Tree» (Bangalore), fondateur et directeur du
«Center for Cross-Cultural Religious Studies» (Santa Barbara, Californie)
et du « (Tavertet, Catalogne). Après sa retraite, s’installe à Tavertet, un
village de montagne près de Barcelone, y crée la Fondation ‘Vivarium,
Centro d’Estudis Intercultural’ pour promouvoir la tolérance et le dialogue
interreligieux.
Auteur de plus 80 ouvrages et 900 articles sur la philosophie des
sciences et les religions comparées, notamment El concepto de la
Naturaleza (Le concept de la Nature), La trinidad y las religiones del
mundo (La trinité et les religions du monde) et El dialogo interreligioso
(Le dialogue interreligieux), ainsi que El silencio del Buddha. Una
introducción al ateísmo religioso (Le silence du Bouddha. Une introduc-
tion à l'athéisme religieux).
Raimon Panikkar
Penseur jamais conventionnel, ouvert toujours aux nouvelles
prospectives, nouveaux doutes, espérances et attentes nouvelles. Lui qui a
tant pérégriné, propose le pèlerinage comme symbole de la vie mais non
comme la vie même, car, dit-il, le pèlerinage doit être non seulement
extérieur, mais aussi intérieur. Affirme que l’état monacal manifesté en
plénitude chez les grands veilleurs du désert constitue une dimension
constitutive de l’être humain,
« Je suis parti chrétien, me suis découvert hindou et je reviens
bouddhiste sans avoir cessé d’être chrétien .»
« Celui qui n’a qu’une religion est condamné à n’en avoir aucune. »
« Il ne faut pas s’étonner que la violence et la guerre apparaissent
inévitables. De fait, il n’existe aucun autre moyen de résoudre les conflits
tant que chaque camp se croit en possession de la vérité absolue. (…)
Si l’on ne transcende pas les tensions dialectiques par un approfon-
dissement des problèmes et par une contribution des autres cultures, le
monde s’achèvera avec la destruction de l’Histoire elle-même. »
« L’expérience de Dieu mène à l’humilité et à la liberté : Je ne
découvre pas un autre objet ou d’autres êtres ; je découvre la dimension de
profondeur, d’infini, de liberté, qui se trouve en tout et en tous. »
Matta el Maskine
Yousef Iskandar (1919-2006), moine égyptien, réformateur spirituel de
l’Église copte orthodoxe. À 29 ans, entend « l'appel de l'éternité », vend sa
pharmacie, embrasse dans un premier temps la vie monastique puis devient
ermite dans le désert. Pendant 12 années, y vit dans une grotte, « une vie
de solitude, de prière, de méditation profonde de la Bible et des vies des
premiers Pères. » En 1950, s’installe au Monastère des Syriens (‘Deir el-
Souriani’). En 1951, est ordonné prêtre sous le nom de Matta el Maskine
(‘Matthieu le pauvre’). En 1960, s’installe avec une douzaine des disciples
dans le désert de Wadi el Rayyan.
En 1969, le patriarche d'Alexandrie Kyrillos VI leur demande de
restaurer les ruines du monastère Saint-Macaire de Scété dans la région
désertique du Wadi el Natroun : ils bâtissent 200 cellules, forent de l’eau,
créent une grande ferme, etc. Le monastère compte aujourd’hui 130
moines..
Auteur de 140 livres. Sa spiritualité rigoureuse est tournée vers la
Résurrection, qui va « bien au-delà du pardon des péchés et de la récon-
ciliation » : elle vise essentiellement « le renouvellement de l'homme », sa «
recréation en Christ », afin qu'« il soit une nouvelle création dont le souffle
soit le Souffle même de Dieu ».
Image du haut : monastère St Macaire de Scété
John A. T. Robinson
John Arthur Thomas Robinson (1919-1983), évêque anglican de
Woolwich (Angleterre), doyen émérite de Trinity College, à Cambridge et
exégète. Fait la synthèse de la pensée de Paul Tillich et de celle de Dietrich
Boenhoeffer.
Personnalité majeure dans le courant libéral et le mouvement pour un
christianisme d'ouverture et de progrès.
Propose d'abandonner la notion d'un Dieu "là-bas" ou "là-haut" , existant
quelque part dans l'univers en tant que ‟supériorité cosmique”. Affirme que
Dieu n’est que dans la profondeur et le fondement de tous les êtres, qu’on ne
le rencontre que dans la rencontre et les service des autres, que Jésus n’est
que la fenêtre ouvrant sur la transcendance.
« Je partage les sentiments de ceux qui se disent athées. Car le Dieu
qu’ils rejettent, celui en qui ils trouvent, en toute honnêteté, impossible de
croire, n’est que trop souvent une image de Dieu ; non pas Dieu lui-même,
mais une façon de le concevoir qui s’est muée en idole. »
« La religion est souvent le plus grand obstacle sur le chemin vers
Dieu. »
« Maintenant que nous avons rejeté la vision des anciens d’un Dieu
vivant dans un Ciel au-delà du ciel réel, qu'est-ce que signifie l'existence de
Dieu ? »
Chiara Lubich
(1920-2008), Italienne, fondatrice et présidente du ‘Mouvement
des Focolari’ ("foyers").
En décembre 1943, décide de consacrer sa vie à Dieu. Face aux
exactions et destructions commises lors de la Seconde Guerre
mondiale, a l'intime conviction que c’est le seul idéal qui ne s’écroule
pas.
En 1956, crée les ‘Volontaires de Dieu’, qui se consacrent aux
activités les plus variées dans la politique, dans l'art, dans la religion
ou l'économie, dans le but de répandre la fraternité dans la société.
Pionnière du dialogue interreligieux.
« Vous, Chrétiens, allez de l’avant ; vous qui avez une autre
religion, allez de l’avant ; vous qui vous réclamez d’une autre culture,
allez de l’avant ! Vous ne connaissez pas Dieu, mais vous sentez
l’idéal d’un monde uni. Tous, main dans la main, soyez-en sûrs : la
victoire vous appartient. »
Antonio Fragoso
(1920-2006). Brésilien, évêque catholique de Crateus au
Nordeste, une des régions les plus pauvres du pays, de 1964 à
1998.
Son action s’exerce envers les plus déshérités, notamment
vers les centaines de prostituées de Crateus dont il soutient le
mouvement de libération et qu’il invite dans la basilique pour la
messe de minuit.
Dénonce le scandale des immenses latifundias et de la
misère, soutient l’organisation des paysans pauvres en
coopératives.
Traité par le pouvoir d’ "agitateur socialiste".
Proche de Jean et Hildegard Goss et de Fredy Kuntz,
participe aux actions du mouvement non-violent Servicio Paz y
Justicia.
Fredy Kunz
(1920-2000). Né en Suisse, éduqué en France, cuisinier, membre
de la JOC, prisonnier de guerre résistant. Prêtre chez les ‘Fils de la
Charité’ en 1949, vit avec les exclus au Canada puis au Brésil.
Durant la grande sécheresse de 1979 à 1983, alors que les
militaires veulent mobiliser les habitants de Crateus contre l’invasion des
flagelados, victimes du fléau, organise un jeûne de neuf jours.
2000 maisons de la ville, dont celle de l’évêque, Antonio Fragoso,
apposent des cartons "Porte ouverte aux affamés".
Fonde, sous le patronage spirituel de Maximilien Kolbe, ‘la
Fraternité du Serviteur Souffrant’, ouverte aux femmes abandonnées,
chômeurs, malades mentaux, alcooliques, présente aujourd’hui dans
plus de 20 pays.
En 1995, à 75 ans, rejoint les souffrants de la rue, dormant sur un
carton pendant plusieurs mois.
« Les pauvres prophétisent pour que les riches changent de vie, car
les vrais malades, ce sont les pays riches. »
Georges Sauvage
(1920-2014), franciscain capucin français, directeur du petit séminaire
des Capucins à Angers, prêtre dans les ‘Missions Régionales’ à travers la
France pendant 19 ans, aumônier de prison à Fleury-Mérogis pendant 12
ans, ermite et concierge pendant 5 ans .
Après la rencontre de Marcel Légaut, et de nombreuses lectures et
rencontres, s’intéresse à l’humanité et à la divinisation de Jésus de
Nazareth, devient ermite près de Die.
Lance en 1995 le bulletin Jésus simplement destiné à celles et ceux
qui sont interpellés par le message, la vie et la mort du prophète de
Nazareth. À la fin de sa vie, n’est plus en état de continuer sa recherche ni
même de la défendre.
« Il y a des hommes et des femmes qui croient assez en Jésus pour
s’inspirer de lui dans leur vie sans jamais penser qu’il soit Dieu, Fils Unique,
Seconde Personne de la Trinité.(…)
Jésus, prophète exceptionnel de Dieu, et témoin non moins exceptionnel
de la grandeur de l’homme, ferment d’humanité par le témoignage de toute
sa vie et de sa mort. »
../..
Georges Sauvage
« Un jour en pleine messe, un détenu m’interrompt devant
les deux cents participants et les quatre surveillants, et il me dit
« - Mais dis-moi, Georges, toi, pourquoi tu es chrétien ? ».
Pendant une minute, j’ai tournicoté exprès « - Ah ! Pourquoi je suis
chrétien ? Tu veux savoir pourquoi je suis chrétien ! Je vais te dire
pourquoi je suis chrétien… ». Ils se trémoussaient tous. « Tu sais,
je suis chrétien (silence)… parce que je suis breton ! ». Éclat de
rire général ! Il faut dire qu’ils étaient habitués à ce que je ne leur
dise pas des choses de convenance. J’ai ajouté « Si j’étais né à
Alger, je serais sûrement musulman. Si j’étais né en Alsace, je
serais peut-être protestant. Si j’étais né à Bénarès, je serais
hindouiste.
Mais maintenant si vous me demandez pourquoi je suis
prêtre, ça c’est autre chose. Quand j’ai fait ce choix, je me suis
dit : Je veux être prêtre pour pouvoir dire aux gens combien je
crois en Jésus, avec tout ce que cela comporte d’incomparable. »
Photos : la prison de Fleury-Mérogis
../..
Georges Sauvage
« À partir du moment où Jésus est délesté de son label divin
trinitaire et de son statut de sauveur incontournable et obligatoire, son
témoignage va acquérir une universalité d’un tout autre type. Il va atteindre
celles et ceux qui, dans le monde entier, au cœur des populations, des
organismes, des institutions auxquels ils appartiennent, engagent toute
leur vie à contre-courant des normalités établies, au prix de tous les
risques, conscients ou non de l’Énergie fondamentale à laquelle ils sont
reliés - qu’ils appellent Dieu ou autrement - osant croire en eux-mêmes et
dans les potentialités singulières de tout être humain ».
« Je crois à ce qui vient de moi. (…) "Être un homme de foi et de
fidélité", comme dit Légaut, c’est être assez fidèle pour reconnaître que la
croyance que j’avais hier, le choix que j’ai fait il y a cinq ans, je les révise
à la suite d’une lecture, d’une rencontre, d’un événement. »
« Je n’ai pas le sentiment de renier le christianisme, mais de consentir
à le dépasser. »
Photo du haut : G. Sauvage à la Magnanerie de l’ass. Marcel Légaut à Mirmande (Drôme)
Raymond Lambert
(1920 ?-2005), appelé aussi Kotaï, praticien et enseignant en yoga et
zen. En 1949, physiquement et psychiquement malade après son retour
d'Allemagne où il a été interné à Dachau, rencontre son premier maître
Mythilde Singer, disciple du Dr Hanish (1820-1936 :116 ans, le yoga, ça
conserve !) Elle lui apprend la respiration et les techniques du yoga irano-
égyptien, grâce auxquelles il retrouve le sommeil et l'équilibre.
En 1967, dans la force de l'âge, est déjà un enseignant de yoga
renommé à Paris, instruit par des yogis notoirement connus, comme
Swami Siddeswarandanda (1897-1957) au ‘Centre Védantique Ramakrish-
na’ à Gretz et Sri Dhirendra Brahmachari (1924-1994). Il fait alors une
nouvelle rencontre, déterminante, celle du maître zen Taisen Deshimaru
(ou Sensei, 1914-1982), venu en Europe initier les Occidentaux au zen.
Une amitié profonde naît immédiatement entre les deux hommes. Dans un
esprit de communion, ils s’efforcent de réunir les pratiquants du yoga et les
adeptes du zen.
En 1969, cofonde l’Integral Yoga Institute qui s'installe quai des
Grands-Augustins à Paris. En 1998 se retire à la campagne dans le midi de
la France et continue de participer à des stages en tant qu'invité.
Jean-Émile Charon
(1920-1998), physicien et philosophe français. D'abord spécialisé
dans la recherche nucléaire, au CEA à Saclay. S'oriente ensuite vers la
physique théorique fondamentale, où il cherche à prolonger les idées
d’Einstein.
Se pose le problème fondamental de la connaissance humaine, celui
des méthodologies de pensée, puis enfin le problème de l'homme lui-
même dans sa totalité.
Travaille sur une "théorie unitaire" de l'univers. Introduit la notion
d'infrapsychisme : toute particule a deux regards, un de conscience (onde
psi), un de mémoire (onde sigma).
« Il existe une réalité profonde, partout présente dans l’Univers, qui est
capable de faire “naître” la pensée dans l’espace, dans le même sens
qu’un électron est capable de faire naître autour de lui un champ électrique
dans l’espace. Dès lors, la pensée est partout présente, aussi bien dans le
minéral, le végétal ou l’animal que dans l’homme. »
Émile Poulat
(1920-2014), historien et sociologue français, Résistant. Prêtre de
1945 à 1954, quitte la prêtrise après la condamnation des prêtres-
ouvriers.
Docteur en théologie, cofondateur avec Henri Desroches du
premier groupe de sociologie des religions au ‘Centre national de la
recherche scientifique’ (CNRS) dès 1954. Directeur d'études à l‘’École
des hautes études en sciences sociales’ (EHESS), directeur de
recherche au CNRS, auteur de 33 livres.
Ses recherches portent surtout sur le conflit entre culture catholique
et culture moderne dans l'histoire du catholicisme contemporain. Grand
spécialiste de la laïcité à la française.
« Ma conviction est que, si écouter l’autre et parler ensemble ne
résout pas tout, cela évite souvent de transformer un désaccord en
conflit. C’est une économie qui, je dois bien le constater, a été
longtemps étrangère à la culture ecclésiastique. »
« J’ai fait mienne la formule de la communauté de Sant’Egidio : la
prière, les pauvres, la paix. »
Catharina Halkes
(1920-2011), théologienne et féministe néerlandaise. Catholique
romaine, initialement formée en langue et littérature néerlandaises. La
première professeure néerlandaise de féminisme et de christianisme, à
l'Université Radboud de Nimègue de 1983 à 1986. Travaille sur les
déesses, les sorcières, la psychologie et la thérapie, l’éthique, la
spiritualité féministe chrétienne : spiritualité de la libération, attitudes
sexuelles positives, liturgie, croissance dans la vérité et la vie, souffrance
créative, etc. Fondatrice de la théologie féministe aux Pays-Bas.
S’implique dans le mouvement des femmes au sein de l'Église et
acquiert une certaine notoriété lorsqu'on lui a interdit de s'adresser au
pape Jean-Paul II lors de sa visite aux Pays-Bas en 1985.
Le Catharina Halkes Fonds stimule la recherche et l'éducation
dans le domaine du genre et de la religion.
« La spiritualité de la libération débute par un malaise et une
révolte contre toutes les structures de la société et de l'Église fondées sur
les relations homme-femme et les limites qu'elles imposent à l'autonomie
des femmes. »
« Une expérience intense de la terre et de la nature tout entière
comme création divine est un autre aspect positif de la spiritualité
féministe chrétienne. »
Pierre Pierrard
(1920-2005), historien français, né à Roubaix dans un milieu popu-
laire dont il resta toujours proche. Thèse de doctorat sur La Vie ouvrière à
Lille sous le Second Empire. Historien du monde ouvrier et du catholi-
cisme, professeur d’histoire sociale à ‘l’École supérieure de journalisme’ et
d’histoire contemporaine à ‘l'Institut catholique de Paris’, responsable de la
section historique des ‘Éditions Larousse’. Auteur de 40 ouvrages.
Proteste contre les tours de vis imposés aux théologiens, rejoint
l’évêque Jacques Gaillot dans son combat pour un catholicisme plus
proche des pauvres et des marginaux. Président de ‘l'Amitié Judéo-
Chrétienne de France’ de 1985 à 1999.
Les rendez-vous manqués de son Église avec la classe ouvrière,
avec les théologiens de progrès, avec les prêtres-ouvriers, avec les
intellectuels et un peuple juif ignoré dans son existence concrète font de lui
un homme anxieux, amer, mais plein d'espérance. Sa vie juste et rectiligne
est entièrement donnée à sa mission d’historien savant et exigeant et
d’intellectuel engagé.
« Comme il y a une France d'en bas, il y a une Église d'en bas, dont
l'Histoire est restée à peu près vierge. Il s'agit de la foule immense (la
Turba magna de l'Apocalypse) constituée par des femmes et des hommes
que rien ne distingue, qu'on n'invite jamais à parler, dont les traits ne seront
jamais reproduits dans les feuilles publiques... ../..
Pierre Pierrard
Et cependant, ils vivent, dans le quotidien, les Béatitudes de l'Évangile,
alimentant, de leur amour prodigué, la nappe phréatique qui permet à
notre société de ne pas mourir de soif et, à notre Église, de ne pas se
dessécher. »
« Mais "l'esprit laïque n'est pas l'irréligion", écrivit un jour le philo-
sophe Alain. De la Deuxième à la Troisième République, l'humanisme
laïque s’est constitué en un véritable idéal, capable de susciter l'élan des
coeurs, d'élargir les consciences et d'inspirer de grandes œuvres :
De Michelet à Blum en passant par Hugo, Proudhon, Gambetta et Zola,
Jaurès et Valéry, ainsi que de nombreux autres auteurs sans oublier les
femmes, Flora Tristan, Louise Michel, etc. Le présent ouvrage rend
justice à de grands esprits humanistes et généreux qui ont été couverts
de boue par une Église bornée, liée aux pouvoirs politiques conserva-
teurs et aux pouvoirs de l'argent. Saluer une haute spiritualité républi-
caine, animée d'une foi ardente dans le progrès, la science, le rejet de
l'injustice sociale et raciale – utopies, certes, mais motrices. »
Renée Dufourt, Marie-Jeanne
Bérère et Donna Singles
R. D (1920-2012), Résistante, philosophe, militante politique et
féministe lyonnaise. Présidente de la ‘JEC’, professeure de philosophie,
présidente de l’association ‘Regards de femmes’, membre du Comité
national d’éthique, conseillère auprès de Michèle André (née en 1947,
secrétaire d’État aux droits des femmes), puis d’Yvette Roudy (née en
1929, ministre des Droits des femmes).
M.-J. B. (1923-2000), auteur d’une thèse de théologie sur une nou-
velle vision de Marie et membre du groupe lyonnais du réseau ‘Femmes et
Hommes en Église’.
D. S. (1928-2005), religieuse états-unienne. Entrée dans la congré-
gation des Sœurs de Saint-Joseph à l’âge de 20 ans, vient à Lyon en 1967
pour étudier la théologie. Au cours de ces études, un de ses professeurs,
Maurice Jourjon, aborde l’œuvre d’Irénée de Lyon, un des tout premiers
théologiens chrétiens. Passionnée par le caractère positif de cette appro-
che théologique, en fait le sujet de sa thèse de doctorat Le salut de l’hom-
me chez saint Irénée. Essai d’interprétation symbolique. Montre comment
ce symbolisme dans la pensée d’Irénée permet d’orienter son propos vers
l’espérance.
Très engagées dans la revendication de la place des femmes dans la
société et dans l’Église catholique, coécrivent en 1982 Et si on ordonnait
des femmes ? ../..
Renée Dufourt, Marie-Jeanne Bérère et Donna Singles
Malgré le titre accrocheur du livre voulu par l’éditeur, les trois
auteures souhaitent non seulement ni d’abord justifier et promouvoir
l’ordination des femmes, mais plus largement et surtout mettre à jour et
analyser les motifs profonds et souvent inconscients qui conditionnent
l’attitude de l’Église dans ce dossier. Elles fournissent des lumières per-
mettant de débusquer les interdits et les tabous qui frappent partout les
femmes dans les religions de type patriarcal. Elles soulignent la fragilité
des motifs théologiques habituellement utilisés pour justifier la position
traditionnelle des autorités ecclésiales*. Décortiquent les rapports qui
existent depuis la nuit des temps entre femmes, symbolisme et sacré.
Elles dénoncent la sacralisation progressive et outrancière des
fonctions ministérielles dans l’Église, au détriment des intentions et des
attitudes de Jésus, si hostiles aux orgueilleuses prétentions de la caste
sacerdotale de son temps.
* « Afin qu'il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui
concerne la constitution divine elle-même de l'Église, je déclare, en vertu de ma mission de
confirmer mes frères, que l’Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination
sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les
fidèles de l'Église. » Jean-Paul II, Lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis, mai 1994.
Image du bas : Sarah Bowser-Mulally, née en 1962, infirmière, master de théologie
pastorale au Heythrop College de l'université de Londres, évêque de Londres dans l’Église
anglicane depuis 2017, mère de deux enfants.
Robert Coffy
(1920-1995), prêtre catholique et théologien français, évêque de
Gap, puis d’Albi, archevêque de Marseille (1985-1995), cardinal. Très
marqué par les travaux d’Henri de Lubac et la philosophie contempo-
raine (Kierkegaard, Marx, Teilhard, sur lequel il écrit un livre en 1965),
Dès 1986, milite contre le projet de réforme du code de la nationalité
(« incertain et dangereux ») et favorise le dialogue entre les commu-
nautés.
« L’athéisme, loin d’être mort, est plutôt est train de resurgir. Il se
présente même comme une parade aux fondamentalismes religieux. Les
pensées de Sartre et de Camus, en fait, sont une réaction contre une
vision purement scientifique et technique du monde. N’est-ce pas aussi
une image caricaturale de Dieu qu’elles repoussent ? Une philosophie de
la religion en prise avec les enjeux de la modernité s’avère de ce fait
utile. Elle seule est en mesure de proposer à tous, croyants comme
incroyants, un sérieux examen de conscience sur le sujet. »
Il y a urgence à revenir à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin
(1881-1955) qui veut « sauver la société sans transformer les personnes
en robots, sauver les personnes sans sacrifier celles d’aujourd’hui et de
demain ».
« « L'Église n'a pas à s'adapter au monde, mais à révéler la
manière dont elle se convertit. »
Philippe Maillard
(1920-2013), dominicain français. Avocat, entre chez les domini-
cains en 1943. Aumônier de la faculté de droit de Paris, lié aux milieux
clandestins combattant la torture en Algérie.
Prieur des couvents dominicains de Strasbourg puis de Toulouse,
directeur du ‘Centre international de la Sainte-Baume’.
À 58 ans, après avoir rencontré le P. Joseph Wresinski, rejoint le
quartier alors très pauvre de Lille-Moulins, d’abord comme permanent
d’’ATD Quart Monde’, puis dans une petite communauté qu’il fonde en
1978, au 28 rue de Wattignies.
Longtemps aumônier de prison à Loos-lès-Lille.
« Le prêtre ne peut pas être seulement un frère humain parmi les
hommes. Il est là pour déranger. Car le Christ est venu pour déranger.
Le prêtre est porteur d’une exigence. »
../..
Philippe Maillard
« D’abord, ne pas oublier les atrocités d’hier et celles
d’aujourd’hui. Le procès Papon est aussi le nôtre, à chacun de nous
qui aurons subi l’horreur sans protester. Pour cela, partager autant
qu’il est possible la condition des petits, des exclus, des éternelles
victimes ».
« La prière, ce n’est pas autre chose que d’être devant Dieu
comme une éolienne. Elle se dispose pour capter le souffle, mais
c’est pour en recevoir l’énergie et permettre à l’eau de sourdre des
profondeurs. Alors, le dernier mot n’est pas à la tristesse ; au
contraire, il est à cette autre joie, d’un Royaume à venir sans doute,
mais présent déjà dans cet incessant rejaillissement d’un amour
obstiné, têtu, plus fort que le mal et la mort, et qui fait la noblesse de
l’homme debout, au cœur de la tempête. »
Jean Moussé
(1921-2003), déporté à Buchenwald, jésuite.
Aumônier national du ‘Mouvement des Cadres, ingénieurs et dirigeants
Chrétiens’ (MCC) de 1970 à 1977, écrivain, enseigne l'éthique des affaires
dans plusieurs universités et écoles de commerce.
Affirme à partir de 1984 que Jésus a été déifié, qu’il n’est pas le "Fils
unique de Dieu", mais le plus grand prophète de Dieu dans l’histoire
humaine.
Observe avec effarement que le cœur du message évangélique, les
Béatitudes, est absent du symbole de Nicée (le Credo).
« Au fond, je ne m’inquiète pas vraiment de savoir qui était Jésus
exactement. C’était un homme et même un Juif. Il n’était pas Dieu, ne
serait-ce qu’à cause de ce que signifie le verbe "être". (…)
Je préfère m’interroger sur la manière dont je suis moi-même ce
chemin. En fait, il m’importe moins de le savoir (car on tâtonne toujours)
que de le faire. La foi est de l’ordre de l’action, et la réflexion ne trouve de
sens que dans nos manières de vivre ».
Raymond Hunthausen
Né en 1921, ingénieur chimiste états-unien, pilote de chasse de
l’US Air Force.
Ordonné prêtre en 1946, professeur de chimie, entraîneur de sport.
Évêque de Helena puis archevêque de Seattle de 1975 à 1991
(État de Washington en bordure de l’océan Pacifique).
Connu et contesté en raison de ses prises de position sur la justice
et la paix, les droits des homosexuels, le rôle des femmes dans l’Église,
et de son engagement auprès des plus pauvres et démunis.
En 1982, retient la moitié de ses impôts pour protester contre la
construction de la base sous-marine de Kitsap-Bangor sur le Puget
Sound, destinée à abriter des sous-marins lanceurs de
missiles nucléaires Trident.
« Quand des crimes se préparent en notre nom, nous nous
devons de parler haut et fort. J’affirme, en pleine conscience
des mots que j’utilise : Trident est l’Auschwitz de notre temps.
(…) ../..
Raymond Hunthausen
Il est clair qu’il faut agir et trouver des formes de résistance
non-violentes.(...) J’aimerais partager la vision d’une autre action qui
pourrait être entreprise : un nombre important de gens de l’État de
Washington, 5 000, 10 000, un demi million de gens refusant de payer
50 % de leur impôt en signe de résistance au meurtre et au suicide
nucléaire.
Le formulaire* 1040 est le point où nous laissons le Pentagone
entrer dans notre vie et demander notre coopération irréfléchie avec
l’idole de la destruction nucléaire.
Je pense que l’enseignement de Jésus nous demande de
rendre à un César bardé d’armes nucléaires ce qu’il mérite : le refus
de l’impôt. (…)
Certains appelleraient désobéissance civile ce que je vous
presse de faire. Je préfère l’appeler obéissance à Dieu. »
* fiscal Lettre pastorale, juin 1981
Michel Quoist
(1921-1997), prêtre, sociologue, écrivain et conférencier
français. Coursier dès l’âge de 14 ans, apprenti, militant dans la
‘Jeunesse Ouvrière Chrétienne’ (JOC).
Chercheur et praticien, met au point une méthode d'enquête
urbaine devenue un classique.
Secrétaire général du ‘Comité Épiscopal France Amérique
Latine’ (CEFAL), fondateur de l’association ‘Échanges Amérique
Latine’.
« L’amour n'est pas un solide ancrage au port du bonheur,
mais il est levée d'ancre et voyage en pleine mer, dans la brise ou
la tempête. Il n'est pas un Oui triomphant, dit comme un énorme
point final qu'on écrit en musique, au milieu des sourires et des
bravos, mais il est multitude de Oui qui pointillent la vie, parmi une
multitude de Non qu'on efface en marchant. »
Olivier Clément
(1921-2009), écrivain, poète et théologien orthodoxe français.
Se convertit à l'âge de 30 ans après une longue recherche dans
l'athéisme et les spiritualités asiatiques. Disciple de Vladimir Lossky.
Agrégé d'histoire, enseigne longtemps au lycée Louis-le-Grand à Paris.
Professeur à l’’Institut Saint-Serge’, Institut de théologie orthodoxe
de Paris. Un des fondateurs de la ‘Fraternité orthodoxe en Europe
occidentale’, auteur de 30 ouvrages.
Attaché à un dialogue interreligieux ouvert, "où ne prévalent ni
l’indifférence ni la domination ". Attentif aux interrogations de la modernité
auxquelles il répond à travers une réflexion puissante et poétique, à la fois
enracinée dans la Tradition de l'Église, mais en même temps créatrice et
rénovatrice.
« Je ne vois pas pourquoi il y aurait une seule religion. Même et
surtout dans le Christ. »
« L’âge permet d’approfondir pas mal de choses. Et surtout de
renoncer à la polémique. J’ai renoncé à penser contre. »
Henri Hartung
(1921-1988), philosophe et écrivain, formateur et consultant franco-
suisse. Découvre à 17 ans l’œuvre de René Guénon avec qui entre en
contact. Résistant pendant la 2ème G.M. Mission économique et culturelle
en Inde, y rencontre Ramana Maharsi, voyage au Tibet.
Avec l’appui d’André Siegfried, crée en 1955 à Paris, ‘l’Institut des
Sciences et Techniques Humaines’ (ISTH), centre de formation permanente
consacré aux étudiants puis aux adultes. Son livre Pour une éducation
permanente (1966) est l’un des premiers à prôner la formation continue
des adultes : dans une approche large et profonde, il y voit un moyen de
former des citoyens qui ont une colonne vertébrale intellectuelle et morale.
En 1963, se lie d’amitié avec Karlfried Dürckheim. Voit dans les
évènements de mai 1968 le souffle de l’Esprit dans une société matéria-
liste. Se retire dans la maison qui lui vient de sa mère à Fleurier, en Suisse.
Y crée en 1977 le ‘Centre de rencontres spirituelles et de méditation’.
Dans Spiritualité et autogestion (1988), propose une articulation
entre notre vie intérieure, notre activité professionnelle et notre responsabi-
lité personnelle directe sur tout ce qui nous concerne quotidiennement et
implique nos contemporains.
Jean Cardonnel
(1921-2009), dominicain, philosophe et écrivain français, prédicateur
au verbe provocateur et malicieux. En 1953, défend des époux
Rosenberg, couple américain communiste, condamné à mort pour
espionnage.
Supérieur au couvent de Marseille, démissionne en 1954 pour
protester contre la condamnation par l'Église catholique de l'expérience
des prêtres ouvriers. Professe la théologie de la libération à Rio de
Janeiro. En 1968, fait un prêche à la Mutualité sur le thème "Évangile et
Révolution".
En 2002, au retour d'un voyage à La Réunion, retrouve ses affaires
déménagées de sa cellule du couvent de Montpellier : porte plainte contre
son ancien prieur pour violation de domicile, obtient gain de cause en
2007.
« Du plus loin que je me regarde, j'ai la fidélité dans la peau et la rébellion
dans le sang. Fidèle rebelle. Deux maîtres mots qui n'en font qu'un. »
« Le seul regret qu'il avait, pendant ces dernières journées d'hospita-
lisation, c'était de ne pas pouvoir prendre la parole à son enterrement ! »
Une de ses proches
Charles Legland
(1921-2002). Résistant, rejoint l’Angleterre avant même l’appel
du général de Gaulle. Avec sa femme Jeannette, rencontre Lanza
del Vasto en 1953. Membre avec elle de la communauté de l’Arche
(Nogaret, la Borie Noble, Bonnecombe, puis St Antoine-l’Abbaye à
partir de 1987). S’occupe d’un temps de ressourcement hebdoma-
daire à la lumière de l’Évangile et de la non-violence.
« Sommes nous débarrassés de la mauvaise habitude de parler
de la ‘volonté de Dieu’ au lieu de parler de son désir ? Comme si
nous étions les enfants de sa puissance et non les enfants de son
amour. Nous avons du mal, souvent, à oser croire que chacun de
nous est un désir particulier de Dieu, et qu’en répondant à ce désir,
nous sommes, chacun et chacune, une joie pour Dieu (…)
C’est pour échapper à ces souffrances (les désirs sans amour,
générateurs de peines et de souffrances) que la non-violence
propose, au contraire, l’esprit de pauvreté, de partage, de service. Et
aussi l’action. Comme une réponse au désir de Dieu. »
Daniel Berrigan
(1921-2016), jésuite, poète et militant non-violent états-unien.
Constate au Vietnam les effets des bombardements américains.
Son frère Philip, également jésuite, avait aspergé de sang en
1967 à Baltimore les registres des appelés à cette guerre.
En mai 1968, avec 7 autres personnes, les 2 frères brûlent au
napalm 378 fichiers dans le bureau d’incorporation de Catonsville.
En septembre 1980, au sein d’un groupe de 8 protestataires
invoquant Isaïe, 2, 4 : « De leurs épées ils forgeront des socs de
charrue et de leurs lances des faucilles », endommage avec des
marteaux des enveloppes de têtes nucléaires destinées à des missiles
dans l’usine King of Prussia de General Electric,
Passe 2 années de sa vie en prison suite à ses engagements.
« Nos excuses pour la transgression de l’ordre, la combustion de
papiers au lieu d’enfants …»
Édouard Gueydan
(1921-2015), jésuite français. Dirige la traduction française du
texte autographe des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. Mène un
inlassable travail d’animation et d’accompagnement spirituels auprès de
très nombreux groupes et personnes, notamment sur la question de la
guérison spirituelle, en France, en Europe et en Amérique latine. Lance
avec sœur Myriam, prieure de la communauté protestante des ‘Diaco-
nesses de Reuilly’, les premiers exercices spirituels œcuméniques.
Accompagne vers la guérison de nombreuses personnes engagées sur
le chemin du pardon.
Fonde en octobre 2002, avec 11 autres personnes, l’association
‘Fraternité du Bon Samaritain’, œcuménique (Catholiques et Protestants)
et internationale (France, Suisse, Lituanie). Celle-ci organise des
retraites "Amour et pardon, chemin de guérison", individuellement
accompagnées. Le chemin de guérison est fondé sur l’amour de Dieu, la
relecture de vie et le pardon donné librement.
« Faire un exercice qui est un chemin d’accès intérieur
à la miséricorde de Dieu pour pouvoir "pardonner à ceux qui
nous ont offensés", comme Il pardonne lui-même. »
Photo : Icone représentant la parabole du Bon Samaritain
Henri Denis
(1921-2015), prêtre et théologien catholique, ancien étudiant en
sciences. Enseigne la théologie au séminaire de Lyon. Accompagne son
évêque, le cardinal Pierre Gerlier, au Concile Vatican II. Proche d’Yves
Congar, y est très actif, participe notamment à ‘l’Église des pauvres’, un
groupe d'évêques et d'experts qui se réunit pour débattre des questions
sociales.
Se penche surtout sur la question des prêtres, qu’il considère
comme des témoins de l’évangile au milieu des hommes, et non comme
des distributeurs de sacrements.
Professeur à la faculté de théologie de l’Université catholique de
Lyon. En 1986, avec d’autres prêtres et laïcs de la région Rhône-Alpes,
critique l’ecclésiologie sous-jacente au voyage du pape Jean-Paul II à
Lyon.
En 1989, signe l’Appel de Marcel Légaut paru dans le quotidien Le
Monde, et rend hommage au chercheur drômois :
« S’il me fallait choisir entre la vérité dogmatique (je dis bien
“dogmatique”) et Marcel Légaut, je choisirais Marcel Légaut, avec le
secret espoir d’être ainsi conduit à une vérité plus profonde. »
« Pensant à cette situation inconfortable pour le Dieu de Jésus-
Christ, si perturbateur, il me vient alors à l'idée de laisser Dieu
vagabonder. Il le fera bien tout seul, me direz-vous ? Oui, mais il ne le
fera pas sans nous ! »
Xavier Tilliette
(1921-2018), prêtre jésuite français, philosophe, historien de la
philosophie et théologien. DES en lettres classiques, licence d'allemand,
docteur en théologie et en philosophie*. Étudiant de Jean Wahl et de
Vladimir Jankélévitch, professeur de ‘l'Institut catholique de Paris’, de
‘l'Université grégorienne’, de ‘l'université du Latran’ et du ‘Centre Sèvres’.
Enseigne la philosophie dans différentes universités à titre de professeur
invité en France et à l'étranger. Son œuvre est riche d’environ 2 000
titres (ouvrages, articles, préfaces, etc.)
Spécialiste de Schelling et de Karl Jaspers, élabore à partir des
années 1970 une "christologie philosophique" dont il est l'initiateur : Le
Christ de la philosophie (1990) et Le Christ des philosophes (1993).
Dans la mouvance de Friedrich von Schelling et de Maurice Blondel,
défend et illustre l'idée d'une philosophie chrétienne née de la
Révélation. Est aussi un spécialiste de Paul Claudel et de l'idéalisme
allemand.
* Outre le français, parle couramment l'anglais, l'italien, l'allemand et l'espagnol, maîtrise le
latin, le grec ancien et l'hébreu biblique ; en raison de ses travaux, apprend le portugais, le
néerlandais et le danois. En 1974, qualifie d’ « épectase » le décès du théologien et cardinal Jean
Daniélou (1905-1974), mort d'un infarctus en arrivant, après avoir monté les escaliers, chez une
prostituée parisienne à qui il était venu apporter de l’argent pour lui permettre de payer un avocat
afin de faire sortir son mari de prison.
Bernard d’Espagnat
(1921-2015), physicien et métaphysicien français. Doctorat à
‘l'École polytechnique’ et à ‘l'Institut Henri-Poincaré’. Chercheur au
‘Centre national de la recherche scientifique’ (CNRS), de 1947 à 1957,
travaille également avec le physicien Enrico Fermi à Chicago et sur un
projet de recherche mené par Niels Bohr à ‘l'Institut de Copenhague’.
Rejoint le ‘Centre d'études et de recherches nucléaires’ (CERN), à
Genève, et comme physicien théorique à ‘l'Organisation européenne
pour la recherche nucléaire’ (1954-1959). Membre de ‘l’Académie
internationale de philosophie des sciences’, membre fondateur du
‘Collège de Physique et de Philosophie.
À partir de la fin des années 1960, mène des travaux sur les
enjeux philosophiques de la mécanique quantique et expose sa
conception du « réel voilé », qui constitue une approche originale du
réalisme* en physique.
« Je pense donc pouvoir conjecturer que la physique fonda-
mentale ne saurait décrire fidèlement une quelconque réalité en soi ».
« Au vu de la physique contemporaine, je dis que s'il nous faut, à
toute force, une explication, nous avons à la chercher dans ce qui est
plus élevé que nous-mêmes, et qui nous est, par conséquent, mysté-
rieux. C'est le Réel, l'Être, le Divin. C'est de ce côté là que l'on peut
espérer discerner le sens. »
* Le réalisme scientifique est la position métaphysique selon laquelle le monde décrit par
la science est le monde « réel » ou « véritable »
John Bradburne
(1921-1979), moine, pèlerin et poète anglais, membre du Tiers-
Ordre franciscain. Jeune excentrique qui passe une partie de sa
jeunesse dans les arbres. Soldat valeureux pendant la guerre, rescapé
de combats contre les Japonais.
Exerce ensuite une dizaine de métiers : enseignant, présentateur
de télévision, maçon, bûcheron, sacristain, vendeur en librairie, ouvrier
dans une morgue, gardien de résidence d’archevêque, clown, musicien
de rue, clochard.
En 1969, découvre la léproserie de Mtemwa (Rhodésie du Sud,
actuel Zimbabwe), lieu sordide où 80 malades attendent la mort.
Décide de vivre avec eux et se fait infirmier, gestionnaire, cuisinier,
confident, et même croque-mort. Transforme peu à peu cette léproserie
en une sorte de communauté, un lieu de sourire, d’amitié et de
tendresse.
En juillet 1979, pendant la ‘Guerre du bush’, les autorités lui
demandent d'évacuer la léproserie, mais il refuse et affirme qu'il veut
rester auprès de ses patients lépreux. En septembre 1979, les rebelles
prennent possession de la léproserie et l'accusent d'être un espion. Il
est pris en otage puis exécuté.
Avec plus de 6 000 poèmes, est le plus prolixe des poètes
anglais du 20ème siècle.
Éloi Leclerc
Né Henri Leclerc (1921-2016), prêtre catholique franciscain,
poète et écrivain français , auteur de 23 ouvrages.
Envoyé en sept. 1943 en Allemagne dans le cadre du STO, tra-
vaille comme manutentionnaire. Arrêté en juill. 1944 sous l'accusation de
propagande antinazie, envoyé au camp de concentration de Buchen-
wald, puis conduit à Dachau, libéré par les troupes américaines.
Commence à écrire à la fin des années 1950, principalement sur
François d'Assise, enseigne ensuite la philosophie au couvent de Metz
puis au collège franciscain de Phalsbourg jusqu’en 1983. Vit ensuite
plusieurs années en solitaire dans l'ermitage de Bellefontaine (Maine-et-
Loire), puis s’installe en 1989 chez les Petites sœurs des pauvres à
Saint-Servan (Ille-et-Vilaine).
« Soudain, dans cet enfer, le ciel s’est ouvert dans notre cœur.
L’espace d’un instant, un souffle de grâce et de légèreté passa dans ce
monde écrasant de désespoir. Nous nous sommes mis à chanter le
Cantique des créatures de François d’Assise, dans les wagons de la
mort ! »
« Il est très difficile de prétendre à une réconciliation entre les
hommes tant que l’on s’oppose à la création. (…) » Être pauvre de cœur,
c’est ne plus voir les êtres et les choses comme des objets de
possession et de domination.
Annick de Souzenelle
(1922-2024), écrivaine française d'inspiration jungienne. Études
de mathématiques, de théologie et d’hébreu, infirmière anesthésiste,
puis psychothérapeute.
Poursuit depuis une trentaine d'années un chemin spirituel
d'essence judéo-chrétienne, ouvert aux autres traditions. Auteure de
18 ouvrages de spiritualité.
« L’Arbre de la Connaissance n’est pas celui du Bien et du Mal,
mais celui de l’accompli et non encore accompli (le potentiel) de tout
être. Ce qui veut dire que tout être est ontologiquement un mutant.
Dans notre mode d’exil, la réduction de cet arbre au paradigme Bien-
Mal induit la stérilité.
(…) Se réapproprier le subtil de nos vies implique le retournement vers
ce féminin de nos profondeurs, l’autre côté de nous qui n’a jamais été
une côte ! »
../..
Annick de Souzenelle
« La violence animale que sont les énergies potentielles au-dedans
de nous peut prendre trois directions :
– ou bien ces énergies sont refoulées dans la cage des interdits et
constituent l’ombre de l’homme, ombre qui le détruit à petit feu ;
– ou bien, non accomplies et non maintenues dans la cage, elles fusent
en maladies personnelles ou sociales, en troubles de tous ordres, voire
en violences destructrices ;
– ou bien elles sont dressées sur les autels intérieurs où le « divin
cuiseur », dans une alchimie secrète, les transmute en lumière –
lumière de la connaissance et de l’amour –.
La non-violence extérieure n’est juste que si elle s’accompagne du
Grand’œuvre divino-humain à l’intérieur de l’homme ».
Ernesto Balducci
(1922-1992), prêtre catholique, écrivain, éditeur, intellectuel et
militant italien. En 1958, fonde avec des amis la revue catholique
progressiste Testimonianze, est mis à l’écart pour cela.
Se déclare opposé à la théologie de la guerre juste. En 1963,
avec deux autres prêtres florentins, Lorenzo Milani et Danilo Cubattoli,
soutient ouvertement le premier objecteur de conscience italien,
Giuseppe Gozzini. Est condamné au pénal et signalé au Saint-Office.
Dans les années 1970, s'engage, avec de nombreux autres
intellectuels, dans le dialogue entre le monde catholique et la gauche,
en particulier le ‘Parti communiste italien’, au nom de la nécessité
d'effacer des frontières culturelles et politiques néfastes.
Dans les années 1980, est l'une des figures de proue du mouve-
ment italien pour la paix et le désarmement. Fonde en 1986 la maison
d’édition Edizioni Cultura della Pace. Sa réflexion se fait de plus en plus
ample et articulée, en se recentrant sur la notion d' “humanisme
planétaire” et sur une tentative d'approche globale de la réalité
contemporaine à partir d'une nouvelle et révolutionnaire "culture de la
paix".
« Face aux menaces apocalyptiques de la guerre moderne , les
religions ont désormais deux fonctions possibles. Soit une fonction
régressive de rappel protecteur des identités particulières, soit une
fonction de ferment prophétique pour la transition vers "l'ère plané-
taire". »
Jean-Marie Domenach
(1922-1997), Résistant, écrivain et intellectuel catholique français,
un des représentants du courant personnaliste. ‘École des cadres’ d'Uria-
ge, rejoint le maquis du Vercors.
Secrétaire puis directeur (1946-1976) de la revue personnaliste
Esprit, fondée par Emmanuel Mounier, y introduit les idées d'autonomie,
d'écologie politique, de convivialité, de sérendipité*. Lutte pour la décoloni-
sation en Indochine et en Algérie. Crée avec Michel Foucault et Pierre
Vidal-Naquet le ‘Groupe d'information sur les prisons’, prend part au
‘Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés’. Directeur des études
du ‘Centre de formation des journalistes’, puis professeur au ‘Département
des humani-tés et sciences sociales’ de ‘l'École polytechnique’, y fonde en
1982 avec Jean-Pierre Dupuy un Centre de recherches en sciences cogni-
tives et épistémologie.
« À partir du moment où chacun est appelé au statut de citoyen,
où est reconnu son droit à la liberté et au bonheur, la violence ne peut plus
être confondue avec la force (…) : elle devient un phénomène qui a
rapport avec la liberté et qui peut et doit être combattu et surmonté. »
« Il s'agit moins de penser davantage que de penser autrement. »
« Rien n'est plus vieux qu'une modernité à tout prix, qu'une
originalité sans racine. »
* art de découvrir ou d'inventer en prêtant attention à ce qui surprend et en imaginant une
interprétation pertinente.
Jacques Brosse
(1922-2008), naturaliste, historien des religions et philosophe
français. Études de droit, suit les cours du philosophe Jean Wahl. En
1953, rédacteur en chef d'encyclopédies et de collections des éditions
Robert Laffont. Avec son épouse, la romancière Simonne Jacquemard,
s'installe dans une ancienne forge normande et crée une sorte de
réserve naturelle. Pionnier de l'écologie, avec une vision holistique de
la nature et une passion pour les arbres.
Après le choc de mai 1968, part pour l'Inde à la découverte du
yoga. Pratiquant le bouddhisme zen Sôtô, est ordonné moine en 1975
par Taisen Deshimaru, dont il est l'un des héritiers avec notamment
Roland Rech. Après la mort de Deshimaru, en 1982, devient à son tour
enseignant et maître, fonde en 1996 l'association zen Dôshin. Anime
des pratiques de zazen lors de sesshin et écrit plusieurs ouvrages sur
le sujet.
Auteur d’une quarantaine d’ouvrages sur des thèmes variés :
arbres et forêts, plantes potagères, chant du loriot, sens de la vie,
histoire religieuse, maîtres spirituels, les explorateurs, l’être humain (le
rêve, le corps, les sens, etc.), les chercheurs de sens (J. Cocteau, A.
David-Neel, maître Dogen, etc.)
Michel Henry
(1922-2002), philosophe et romancier français. Enfance au Viet-
nam, Résistant dans le Haut-Jura, agrégé et professeur de philosophie
à l'Université Paul Valéry de Montpellier. Son œuvre appartient au
courant de la phénoménologie.
Dans son livre C’est moi la Vérité. Pour une philosophie du
christianisme (1996), présente la vie comme une manifestation de soi
et une autorévélation qui consiste dans le fait de sentir et de se sentir
soi-même, d'éprouver en soi sa propre réalité intérieure et affective.
Dans son essai La Barbarie (1987), montre que la science livrée
à elle-même conduit à la technique dont les processus aveugles se
développent d’eux-mêmes de façon monstrueuse sans référence à la
vie.
S’avance très loin, avec une rare intrépidité, dans l’entreprise de
refondation sémantique du message évangélique. Notre capacité de
compréhension de ce message, dit-il, est perpétuellement à reprendre,
à enrichir, à affiner. Elle n’épuisera jamais, ou alors très lentement, les
réserves de sens dont les Écritures sont porteuses.
« Nous ne sommes pas encore en mesure de comprendre ces
vérités dernières. Et cela parce que nous sommes incapables de
comprendre quelle sorte de compréhension est susceptible de nous
ouvrir à elles. »
Manuel de Diéguez
(1922-2019), écrivain et philosophe français. Origines latino-
américaine et suisse, étudie le droit, les lettres et les sciences politiques
l’Université de Lausanne. À l'âge de 26 ans, publie La Barbarie com-
mence seulement et De l'absurde : essai sur l'avenir de l'Europe : ces
deux ouvrages constituent la première analyse sur le stalinisme comme
système de gouvernement fondé sur l'alliance de la puissance d'État avec
l'utopie politique.
Étudie l'imaginaire religieux : La Caverne (1974), Et l'homme créa son
Dieu (1984), Jésus (1985), Une histoire de l'intelligence (1986), L'Idole
monothéiste (1981), Le Mythe rationnel de l'Occident (1980). Après Le
Combat de la raison (1989) et L'Essai sur l'universalité de la France
(1991), travaille à une histoire de la philosophie qui prend acte de la fin du
messianisme politique et religieux.
Les conciles du IVème siècle ont élaboré la croyance à la double
nature de Jésus, censé avoir été Dieu déjà dans le ventre de sa mère. En
explorant les querelles théologiques qui ont abouti au processus de la
divinisation de Jésus, soumet la religion chrétienne à une psychanalyse
politique et propose ainsi une compréhension nouvelle des rapports de la
foi avec l'histoire. Parallèlement, esquisse une théorie de l'imaginaire qui
conduit à une démythologisation du mythe sacré et de la théorie scienti-
fique comme sources d'intelligibilité du monde.
Aude Fonquernie
(1922- 2021), chercheuse de sens française. Née Muguette
Chape dans une famille pauvre, adoptée après la guerre par une
riche famille étatsunienne. Devient psychanalyste à Paris. Restaure le
château de Sainte Suzanne en Mayenne et y installe un projet
culturel.
Lors d’une visite avec un ami à l’abbaye Notre Dame de
Fontgombault, se sent appelée à œuvrer pour la création d’un espace
de dialogue entre les trois religions abrahamiques. Fonde l’associa-
tion ‘Cité des Communautés’ à Chessy, près de la ville nouvelle de
Marne-la-Vallée.
En 1987, à l’arrivée de Disneyland, quitte Chessy et s’isole
dans la prière au carmel de Mazille. En 1989, s’installe en face du
Carmel, sur les hauteurs de Mazille, dans l’ancien presbytère qu’elle
nomme ‘la Maison sur le Monde’ à cause de la vue imprenable qui
conduit le regard au-delà des monts du Mâconnais
Membre de ‘La Fraternité d’Abraham’ et de ‘Cluny, chemins
d’Europe’. Le film d’Emmanuel Chouraqui La passion de Aude, une
ode à la vie présente sa vie, son œuvre ainsi qu’une évocation du
dialogue interconfessionnel.
Jacques Lebreton
(pseudonyme de Jacques Beaugé, 1922-2006), écrivain français. 7ème
d’une famille de 9 enfants, passe son enfance en Bretagne.
Dès l’été 1940, s’engage dans les ‘Forces françaises libres’ à Londres
avec son frère Henri. Au 1er régiment de marche de spahis marocains, est
très gravement blessé en nov. 1942, dans le désert de Libye. Une grenade
passée par un camarade et dégoupillée par erreur lui explose dans les
mains : il perd ses deux mains et devient aveugle. Désespéré et révolté,
cloué sur un lit d'hôpital à Damas, Alger, puis Londres, aux prises avec
"une souffrance surhumaine", finit par surmonter ses envies de suicide.
Se marie, a 5 enfants. Rejoint l'un de ses frères, André, prêtre-ouvrier,
et entre au ‘Parti communiste français’. Déménage sa famille à Nanterre et
l'installe dans un bidonville pour se mettre au service des plus démunis.
Se lance dans le syndicalisme, néglige les siens, vit douloureusement
l'interdiction des prêtres-ouvriers, perd à nouveau la foi, la retrouve huit
ans plus tard.
Travaille par la suite dans une association pour handicapés, devient
diacre en 1974. Donne plus de 7000 conférences dans le monde, témoi-
gne dans les collèges et lycées, manifeste sa joie de vivre et que le seul
handicap est d’être amputé de Dieu.
François Refoulé
(1922-1998), théologien et exégète français. Études de droit et
d'histoire, ‘Service du Travail Obligatoire’ (STO) en Autriche, entre dans
l'Ordre dominicain en 1945. Long séjour en Suède. Affecté en 1964 aux
‘Éditions du Cerf’, y dirige des collections théologiques et bibliques. Un
des initiateurs et coordinateur de la Traduction Œcuménique de la Bible
(TOB). Directeur des Éditions du Cerf, et directeur de ‘l’École biblique et
archéologique française de Jérusalem’ (EBAF) de 1982 à 1984.
Auteur avec Bernard Lauret d’une Initiation à la pratique de la
théologie en 5 volumes (Introduction, Dogmatique 1, Dogmatique 2,
Éthique, Pratique)
Son ouvrage Les frères et sœurs de Jésus répond aux
critiques formulées par Pierre Grelot à l’encontre des explica-
tions proposées par Jacques Duquesne dans son livre Jésus
pour affirmer que Marie, la mère de Jésus, a eu d’autres
enfants, dont Jacques et Jude.
Xavier Sallantin
(1922-2013), capitaine de vaisseau, stratégiste, directeur des
recherches de la ‘Fondation pour les Études de Défense Nationale’
(FEDN), épistémologue.
Membre des Conseils de la ‘Fondation Teilhard de Chardin’ et de la
‘Société Européenne pour les Études de Science et de Théologie’. Fonde
en 1970 au hameau de Béna en Cerdagne un centre de recherches et de
rencontres entre scientifiques, philosophes et théologiens concernant la
question du sens de l’Univers.
Auteur de plusieurs livres sur les défis engendrés par la mondialisa-
tion et le développement de nouveaux outils scientifiques et techniques.
Élabore une "Théorie Générale du Sens" (TGS) basée sur la notion d’
‘accord croissant’ et propose de nouveaux outils de compréhension de
l’histoire de l’Univers. Prolonge la vision de Teilhard de Chardin, celle d’un
cosmos en processus d’amorisation croissante.
« Cette dialectique fondatrice d’une Théorie du Tout physique, on
découvrira probablement dans la foulée qu’elle est fondatrice d’une
Théorie du Tout de l’Univers y compris la biosphère et la noosphère. On
comprend les réticences que peut susciter l’avènement d’un tel universa-
lisme, achèvement de la connaissance. »
Pierre Hadot
(1922-2010), philosophe, historien et philologue français, spécia-
liste de l'Antiquité (Socrate, Marc Aurèle, Épictète, Plotin, etc.). Quitte le
sacerdoce en 1952. Chargé de recherche au CNRS, directeur d’études
à l’’École Pratique des Hautes Études’, professeur au ‘Collège de
France’. Signe une renonciation volontaire aux diverses distinctions
honorifiques attribuées par l'État français telles que la Légion d'honneur.
Montre que la philosophie n’est pas construction de système,
mais choix de vie, expérience vécue visant à produire un "effet de
formation", bref un exercice sur le chemin de la sagesse. La philosophie
antique était avant tout pratique de l'existence, exercice spirituel,
manière de vivre et de mourir. Ainsi, la transmission se fait par oral plus
que par écrit, s'appuie sur les réponses aux problématiques des
disciples dans un contexte particulier, et vise la pratique plus que la
théorie, sans jamais l’éliminer.
« L’acte philosophique est un progrès qui nous fait être plus, qui
nous rend meilleurs. C’est une conversion qui bouscule toute la vie, qui
change l’être de celui qui l’accomplit. Elle le fait passer d’un état
d’inauthenticité, obscurcie par l’inconscience, rongé par le souci, à un
état de vie authentique, dans lequel l’homme atteint la conscience de
soi, la vision exacte du monde, la paix et la liberté intérieure. »
Vincent Shigeto Oshida
(1922-2003), dominicain japonais. Né dans une famille bouddhiste et
shinto. Évite de justesse la noyade, s’en tire avec un poumon en moins et
une douleur permanente : la souffrance physique sera sa fidèle compagne
de route, son maître, dira-t-il. Étudie la philosophie à l’université de Tokyo,
poursuit ses études de théologie au Canada où il rejoint l’ordre dominicain.
De retour au Japon, fonde à Takamori Soan, un village perché sur les
hauts plateaux de Nagono au pied du mont Fuji, une communauté basée
sur la pauvreté, la méditation zen et la vie dans la nature. Les habitants
apportent matériaux et nourriture au fur et à mesure de la construction. Les
premiers membres de la communauté sont des personnes fragiles et
malades. Les communautaires travaillent manuellement, se nourrissent
presque exclusivement du riz qu’ils cultivent et aident les villageois dans
leur travail.
Ce dialogue pionnier et interreligieux est pleinement reconnu quand la
conférence des évêques asiatiques se tient dans ce lieu en 1990.
« L’Église a du travail : il faut intervenir et arrêter la production
d’armes nucléaires. (…)Tant que l’Église est riche, elle ne peut pas guider
les gens dans une autre direction, ce qui est son travail. »
« Toutes les religions ont leur valeur et leur tradition mystique
unique, mais le temps est venu où il nous faut apprendre mutuellement ce
qui est précieux à garder dans chaque tradition. »
André Haim
(1922-2020), prêtre catholique français issu d’une famille juive.
Licence de théologie à Rome, la formation de prêtre-ouvrier lui ayant été
refusée. Expérience internationale dans un kibboutz en Israël. Prêtre à
Mantes-la-Jolie, puis chargé des relations judéo-chrétiennes dans son
diocèse.
En 1972-73, entreprend une "route de la réconciliation religieuse, de
la reconnaissance mutuelle et de la paix" : "à pied jusqu’à Jérusalem* avec
un jeune allemand, Wilfried Reinermann, membre du Service Civil
International (SCI). Expérimente la peur, le soupçon et constate l’oppres-
sion dont sont victimes les Palestiniens.
L’association interconvictionnelle ‘Route de Jérusalem’ promeut la
paix en commençant par un travail de saisie de son identité propre tout en
s’ouvrant sur d’autres identités culturelles, dans une attitude non-violente.
Les marcheurs, dépendant de l’accueil des hommes et des femmes des
pays traversés, font des étapes de 20 à 40 km par jour.
* Geneviève Duboscq, mutilée à 90 %, dont l’enfant gravement malade dès sa naissance a survécu,
marche vers Jérusalem en 1965-1966 avec un âne. En septembre 1973, Évelyne Coquet va
Jérusalem à cheval, en compagnie de sa sœur et avec un chien. En 1982, les journalistes Pierre
Barret et Jean-Noël Gurgandfont de même. Les livres ou récits de Jean-Yves Guéguéniat, Jean
Lescuyer, Raphaël Stainville, François-Xavier de Villemagne, Sébastien de Fooz, André Weill, Karen
Guillorel, Edouard et Mathilde Cortès, Guy de Mas Latrie, Lucien Converset, etc. contribuent à faire
connaître ce pèlerinage.
Maurice Bellet
(1923-2018), prêtre catholique français, docteur en philosophie et
en théologie. Auteur de plus de 60 ouvrages. Travaille et recherche au
croisement de la philosophie, de la théologie et de la psychanalyse.
Outre de nombreuses interventions et conférences, exerce une
activité d’écoute psychanalytique.
Attentif notamment à l’horreur économique (« Tout ce qui nous fait
envie, nous l’aurons ») et à l’horreur technologique (« Tout ce qui est
possible, nous le ferons »).
« Vous commencerez par le respect. Vous ne souillerez pas votre
parole par le déni de justice, l'invitation trompeuse, le mépris insultant,
l'entortillement de la vérité, le chantage, ou quoi que ce soit qui induise
autrui à l'erreur et au malheur. »
«Qu’est-ce qui reste quand il ne reste rien ? Ceci : que nous
soyons humains envers les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous
qui nous fait hommes. »
« Si Dieu est, il est en l'homme ce point de lumière qui précède
toute raison et toute folie et que rien n'a puissance de détruire. Peut-être
qu'alors croire en Dieu consiste en ceci : croire qu'en tout être humain
existe ce point de lumière … » ../..
Maurice Bellet
« La vie spirituelle n'est rien d'autre que la vie, tout simplement, en
tant qu'elle ne se laisse pas fasciner par les puissances de mort, mais se
saisit comme vivante, en sa source et en sa fin.
Ainsi peut se dissiper le malentendu qui la ramène à un monde
chrétien conçu comme clos sur lui-même et, à l'intérieur de celui-ci, à
une "spécialité" réservée à certains avec ses modèles et ses pratiques.
Mais il est plus facile de dénoncer que de surmonter réellement le mode
de pensée dualiste qui est à la base de ces voies familières. Tenter d'en
sortir, c'est prendre les "choses de la vie", non plus comme prétexte à
spiritualité, mais comme le seul lieu où s'opère le nécessaire travail de
vérité par quoi se définit une vraie "vie spirituelle" ».
« Comment notre société, si rationnelle, a-t-elle pu et peut-elle
encore produire des désordres si effrayants ? Jusqu'où donc, en l'hom-
me, est la racine de son inhumanité ? Penser "par là", c'est vraiment
œuvre de l'Esprit, qui ne se borne pas au bon calcul et à l'agir efficace,
mais vient et revient aux "choses premières", par où l'homme peut
vivre. (…) La vie spirituelle commence par un constat : ce monde où
nous sommes délire. (…) L'action à hauteur du péril sera invention,
création, perpétuelle création, en toutes directions, de modèles pour la
pensée, de méthodes pour la pratique, de modes de vie, de récits,
d'images, d’œuvres en tous genres. » ../..
Maurice Bellet
« Ne garder d’autre lien que ce très fragile et invisible lien qui nous
donne d’être, c’est-à-dire d’être les uns aux autres ? Pensée terrible. Elle
défait tous les grands édifices construits sur le divin supposé. Tout
commence autrement. Naître en humanité.
Aimer la présence, la parole, l’amour, la vie, le regard, le doux
toucher, jubiler de cette impossible genèse, passer le seuil des tristesses
meurtrières, je dis que c’est enfanter ce que les vieilles traditions dési-
gnaient comme le divin. »
Décrit 17 manières de prier sans en avoir l’air.
6. Dormir, et le cœur veille.
10. Désirer, désirer désespérément, désirer jusqu’à la douleur et la
détresse, jusqu’au grand vide amer, désirer que ce soit autrement.
12. Écouter la musique.
15. Douter, intensément douter de Dieu. (…) le veiller en son agonie.
Définit 3 règles du travail en groupe qui garantissent un espace
d’écoute et de non-jugement :
1. Je peux tout dire et l’autre aussi;
2. Je ne suis pas obligé de dire et l’autre non plus;
3. Je dis une parole personnelle et vraie (autrement dit, je ne fais ni un
discours ni un exposé).
Jean Delumeau
(1923-2020), historien français. Normalien, docteur ès lettres,
professeur au ‘Collège de France’ durant 20 ans.
Historien spécialiste du christianisme et de l’histoire de la
peur et de l’espérance (la peur et la culpabilisation en Occident, le
Paradis, etc.). Propose une réunion des Églises chrétiennes sur la
base d’un ‘credo fondamental’ et de faire régner en tout domaine
une pluralité légitime, antidote contre le cléricalisme et l’intolérance.
« Moins de sermons et plus de charité, moins d’obligations et
plus d’intériorisation »
« Il est temps de faire advenir un christianisme à la fois
réunifié et divers, donc acceptant des options théologiques
différentes, voire divergentes, pourvu qu’elles ne mettent pas en
cause un credo fondamental, simple et accessible à tous, et dont la
formulation pourrait être réexaminée d’âge en âge »
« Dieu, autrefois moins vivant qu'on ne l'a cru, est aujourd'hui
moins mort qu'on ne le dit. »
Jacques Dupuis
(1923-2004), jésuite et théologien belge. Vit et enseigne en
Inde pendant 40 ans à partir de 1949, aide Henri Le Saux dans
son projet de rencontre de l'hindouisme et du christianisme.
Enseigne à partir de 1984 à l‘’Université pontificale grégorienne’ de
Rome.
Affirme que les non-Chrétiens peuvent eux aussi rencontrer
Dieu sans qu'il faille nécessairement les convertir, élabore une
"théologie chrétienne du pluralisme religieux".
En octobre 1998, la Congrégation pour la doctrine de la foi,
alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger*, lui reproche un
manque de clarté sur l’unicité du rôle du Christ dans le salut du
monde, et des ambiguïtés sur la présence de l’action de l’Esprit-
Saint dans les religions non-chrétiennes.
Une longue enquête de 32 mois débouche sur une "Notification" publiée dans
l'Osservatore Romano en fév. 2001. Le cardinal Ratzinger écrit : « Il est en conformité
avec la doctrine catholique d’écrire que des semences de vérité et de bonté se trouvant
dans les autres religions font partie en quelque sorte des vérités contenues dans la
Révélation de et en Jésus-Christ.
../..
Jacques Dupuis
Par contre, considérer que ces éléments de vérité et de bonté, ou certains d’entre eux, ne
dérivent pas ultimement de la médiation-source de Jésus-Christ, est une opinion
erronée. »
En 2001 le pape Jean-Paul II reconnaît le travail de pionnier fait par Jacques Dupuis dans
la réflexion théologique sur place qu’occupent les religions non-chrétiennes dans le "plan
divin de salut du monde".
« La terrible affirmation d'un disciple de saint Augustin " Hors
de l'Église, point de salut* " ne peut se maintenir à l'échelle d'une
planète si diversifiée. De plus, elle ne peut correspondre à l'idée d'un
Dieu miséricordieux qui ne veut pas la mort du pécheur. Une voie plus
inductive, c'est-à-dire intérieure et non dogmatique, peut tracer des
ouvertures vers une rencontre de l'autre en qui Dieu est aussi présent à
sa manière. »
La phrase exacte de Cyprien de Carthage (200-258) est « Salus extra ecclesiam
non est » (Epistula 4 et 73). « Celui qui n'a pas l'Église comme mère ne peut pas
avoir Dieu comme Père » écrit-il encore.
Dans son Commentaire sur le Livre de Josué, Origène (v. 185 - v. 253) a des
formulations similaires : « Que personne donc ne s’illusionne, que personne ne se
trompe lui-même : hors de cette demeure, c’est-à-dire hors de l’Église, personne
n’est sauvé. »
Un livre de Bernard Sesboué sj raconte l’histoire de cette phrase. NDLR
René Girard
(1923-2015), philosophe français, docteur en histoire, chrétien.
Effectue la totalité de sa carrière aux États-Unis.
Travaille sur le caractère mimétique du désir, le sacrifice, le
mécanisme victimaire et celui du bouc émissaire. Jette les bases d’une
nouvelle anthropologie.
Parce que nos désirs sont par nature instables, flottants et
incertains, nous avons besoin d’un tiers pour désirer : un médiateur, une
personne qui va éclairer et désigner l’objet de notre désir. Nous voulons
alors l’imiter.
Mais quand deux personnes désirent le même objet, il y a conflit,
rivalité mimétique, crise mimétique, source de querelles de voisinage, de
bureau, aussi bien que de guerres sanglantes. Nous avons besoin de
"boucs émissaires", victimes que l’on charge de tous les maux pour
résoudre la crise mimétique universelle.
L’Évangile de Jésus de Nazareth affirme clairement l’innocence de
la victime et remet en cause l’ordre sacrificiel sur lequel reposent les
sociétés.
../..
René Girard
Jésus meurt « parce qu’il refuse de se soumettre à la loi de la
violence ». « Il n’y a rien, dans les Évangiles, pour suggérer que la
mort de Jésus est un sacrifice, quelle que soit la définition qu’on
donne de ce sacrifice, expiation, substitution, etc. ».
La lecture sacrificielle de sa mort est « le malentendu le plus
paradoxal et le plus colossal de toute l’histoire ».
Tous les efforts déployés par les théologiens pour expliquer le
pacte sacrificiel qui aurait été conclu entre le Père et le Fils,
« n’aboutissent qu’à des absurdités. (…) Ce postulat a plus fait que
tout autre chose, sans doute, pour discréditer le christianisme aux
yeux des hommes de bonne volonté dans le monde moderne ».
« C’est ce qui reste de chrétien en elles qui empêche les
sociétés modernes d’exploser. » R. G.
R. G. figure aussi dans le trombinoscope de la non-violence
Edmond Pezet
(1923-2008), prêtre français. Témoin des tortures infligées
aux suspects Vietminh pendant la guerre d’Indochine, décide de
revenir plus tard comme missionnaire pour compenser le mal qu’il a
vu.
En 1970, apprend le sanskrit et étudie le bouddhisme à
Bangkok. Vit avec les moines bouddhistes de la forêt. N’est pas
autorisé par sa hiérarchie à mener une vie contemplative et revient
en France en 1989.
Montre à quel enrichissement peut contribuer la voie
bouddhiste pour raffermir la fidélité à la voie de Jésus.
« Le problème n’est pas : quel est ou qui est l’Être Absolu à
rejoindre ? Mais quelle est l'attitude intérieure suprême ?
Bouddha la définit comme la désappropriation de soi . (…) La foi
est toujours humble ; c’est la spéculation rationnelle qui est en
perpétuelle tentation, sinon tentative, de ne pas l’être. »
John Marco Allegro
(1923-1988), philologue britannique, docteur d’Oxford, spécialisé
dans le grec, l’hébreu et les études sémitiques. Diplôme en études
orientales à l'Université de Manchester. Agnostique, premier représentant
de l’Angleterre dans l’équipe internationale chargée de préparer la
publication des ‘Manuscrits de la Mer Morte’.
Met en rapport le développement des langues en Eurasie avec le
développement des mythes, religions et pratiques cultuelles dans un
grand nombre de cultures. Soutient que l’essénisme est la matrice du
christianisme.
Croit possible de prouver par l'étymologie que le christianisme,
comme beaucoup d'autres religions, a ses racines dans des cultes de
fertilité et que les pratiques cultuelles, comme l'ingestion de drogues
hallucinogènes* pour percevoir l'esprit de Dieu, ont persisté dans les
temps chrétiens. Ses thèses sur les manuscrits de la mer Morte, la Bible
et l'histoire de la religion ont été rejetées par 14 scientifiques anglais dont
J.H. Jacques
* Le chercheur amateur ethnobotaniste états-unien Robert G. Wasson (1898-
1986) est un des premiers à étudier l’utilisation religieuse des champignons dans
Soma, Divine Mushrooms of immortality (1967) et le caractère enthéogène des
psychotropes.
Illustration de couverture du livre en bas : la tentation d’Adam et Ève d’après une fresque
du 12ème siècle de la chapelle de Plaincourault (Mérigny- Indre), qui abrite de remarquables
peintures murales dont cet "arbre de la connaissance".
Enrique Angelelli
(1923-1976), Argentin fils d’immigrés italiens, évêque catholique du
diocèse de La Rioja, dans le nord-ouest argentin, de 1968 à 1976.
En 1963, appelle à participer à des campagnes de solidarité pour
soulager la faim et l’état d’abandon des dépossédés. Au concile Vatican
II, appuie publiquement les rénovateurs et leur "option préférentielle
pour les pauvres". À la Rioja, encourage la création de syndicats de
mineurs, de travailleurs ruraux et domestiques, de coopératives, invite à
travailler les terres en friche.
Assassiné lors d’un accident causé à sa camionnette le 4 août
1976, au retour d'une messe célébrée à El Chamical en hommage de
deux prêtres assassinés, Gabriel Longueville (1931-1976) et Carlos de
Dios Murias (1945-1976).
« Je ne viens pas pour être servi, mais pour servir. Servir tous, sans
distinction de classes sociales, de convictions ou de croyances. Comme
Jésus, je veux être un serviteur de nos frères pauvres. »
Photos du dessous : Gabriel Longueville
Carlos de Dios Murias
François Biot
(1923-1995), dominicain français. Études à Lyon, Mayence et
Rome. Travaille avec Paul Couturier à l’œcuménisme, contribue à la
fondation du Centre Saint-Irénée, enseigne au couvent de La Tourette
près de l’Arbresle. Expert et journaliste au concile Vatican II.
Soucieux d’ouvrir l’Église à des engagements dans les problè-
mes de société, veut que tous, clercs et laïcs, prennent des positions
neuves, libérées d’une mentalité trop bien pensante à son gré, asservie
à des intérêts d’argent cachés. En 1963, entre à Témoignage Chrétíen
comme membre de l’équipe de rédaction. En 1972, dirige le ‘Centre
Albert le Grand’, fortement orienté sur les problèmes "foi et société", "foi
et politique". Secrétaire du ‘Mouvement de la Paix’, intervient à Hiros-
hima et à l’ONU à New-York.
Après 1974, s’implique dans le soutien aux réfugiés latino-
américains, organise des voyages d’études au Chili, au Nicaragua, au
Mexique, à Cuba. Cofonde l’’Espace Barthélémy de Las Casas’ qui
donne des cours par correspondance sur la théologie de la libération.
Son frère Christian Biot (1932-2015), aumônier d’hôpital, est membre de la
‘Société de thanatologie’ et du ‘Comité national d'éthique funéraire’. Militant pour
que les rites funéraires dépassent les hommages religieux, cofonde en 1990
l’association ‘L’Autre Rive’ qui offre aux familles qui le désirent une cérémonie
spirituelle d’obsèques civiles.
Itzhak Bentov
(1923-1979), scientifique, inventeur, auteur et chercheur de sens israélo-
étatsunien, d’origine juive tchécoslovaque. Ses parents sont tués dans les
camps de concentration nazis. Après plusieurs années en Israël, où il crée la
première fusée de l’État hébreu, émigre aux États-Unis en 1954.
Ses nombreuses inventions, dont le cathéter cardiaque orientable, les
spaghettis diététiques, les électrodes ECG et des sondes de stimulateur car-
diaque, contribuent à lancer l'industrie du génie biomédical. Un des premiers
acteurs de ce que l'on appelle aujourd’hui les études sur la conscience, expli-
que par ex. les états de conscience supérieurs atteints grâce à la pratique
méditative du kundalini yoga. Tué dans le crash d’un avion.
Dans son livre de 1977, Stalking the Wild Pendulum: On the Mechanics
of Consciousness , écrit que "la conscience imprègne tout". Dans A Brief Tour
of Higher Consciousness - A Cosmic Book on the Mechanics of Creation,
éclaire les principes kabbalistiques du nombre et du son, la signification des
formes et des symboles cosmiques, la conscience des dévas* et la nature de
l'absolu. Montre que l'univers et la pensée sont inséparables, que les pen-
sées de tous les êtres humains s'influencent les unes les autres et, à leur
tour, influencent l'univers entier.
* dans la religion védique, déva : puissance agissante qui se manifeste dans les phénomènes
naturels et mentaux, terme générique désignant les dieux.
Freeman Dyson
(1923-2020) physicien théoricien et mathématicien britanno-
américain. Professeur à l'université Cornell et à l'Institute for Advanced
Study (IAS) de Princeton, puis à Birmingham (GB), puis à nouveau à
Princeton. Membre de la Royal Society, de l'Académie nationale des
sciences américaine, membre associé étranger de l’Académie des
sciences française.
Contribue notamment en 1948 aux fondements de l'électro-
dynamique quantique. Fait également de nombreuses contributions à la
physique des solides, l’astronomie et l’ingénierie nucléaire.
« Même maintenant, après les avoir construites depuis une
centaine d'années, il est très compliqué de comprendre comment
fonctionne une bicyclette - il est même difficile de le formuler comme un
problème mathématique. »
« L’univers, quelque part, savait que nous allions venir. »
Cette phrase, citée par Hubert Reeves, renvoie pour ce dernier au
« vouloir obscur »* dont parle Claude Lévi-Strauss dans ses
considérations anthropologiques sur la structuration de la nature.
* Lévi-Strauss parle d’ « un vouloir obscur qui, au long de millions d’années
et par des voies tortueuses et compliquées, sut assurer la pollinisation des
orchidées grâce à des fenêtres transparentes laissant passer la lumière… »
Jean-Yves Jolif
(1923-1979), helléniste, philosophe et théologien dominicain fran-
çais. Études à Angers, au studium de la province de Lyon, puis au Saulchoir.
Professeur aux Facultés catholiques de Lyon, enseigne aussi au séminaire
de la ‘Mission de France’ à Pontigny, ainsi qu’au studium de Leysse. Régent
du couvent de la Tourette puis prieur du couvent Saint-Abraham.
Influencé par la théologie de la libération, proche du Parti communiste à la fin des
années 1970. Très impliqué auprès des prêtres-ouvriers de la Mission de France et
dans les tentatives de dialogue entre chrétiens et communistes, conjointement avec
Roger Garaudy et Gilbert Mury, collabore au ‘Mouvement Rural de Jeunesse Chré-
tienne’ (MRJC) et à Témoignage chrétien.
« Nous devons aujourd’hui penser la perte possible de l’humanité
d’une façon radicale, à la mesure des moyens dont l’homme dispose et qui
peuvent se retourner contre lui. Mais une telle perspective n’est pas inéluc-
table : il n’est écrit nulle part qu’elle se réalisera (…). C’est précisément
parce que la menace est totale que l’espoir peut et doit être plus grand qu’il
le fut jamais. (…) Tout dépend de nous (…).
Celui qui n’attend pas beaucoup de l’homme est aussi celui qui
s’arrange le plus commodément des situations perverties. S’il n’y a rien à
espérer, pourquoi contester ce qui est ? Mais un tel cynisme dissimule
l’essentiel, il interdit de comprendre l’homme. Je voudrais insinuer, dans le
cœur de mon lecteur, une passion pour l’humanité qui lui permettra seule
d’être lucide et d’aller au fond des choses, d’être d’autant plus critique et
exigeant qu’il attendra davantage. »
Agehananda Bharati
Swami Agehananda Bharati (1923-1991), nom monastique de
Leopold Fischer, né à Vienne (Autriche), anthropologue, indologue,
professeur de sanskrit et de philosophie indienne. Membre de la ‘Légion
de l'Inde libre’ allemande, unité militaire créée pendant la Seconde
Guerre mondiale au sein de la Waffen-SS et destinée à servir de force de
libération pour l'Inde sous domination britannique. Se convertit à
l'hindouisme. Enseignant à Delhi, Bénarès, Bangkok, puis Tokyo,
professeur d'anthropologie à l'Université de Seattle puis de Syracuse
(États-Unis). Moine hindou de l'ordre Dasanami Sannyasi, auteur de 500
œuvres publiées, dont une autobiographie intitulée La robe ocre.
Le premier à dénoncer l’imposture de Lobsang Rampa, pseudo-
nyme de Cyril Henry Hoskin (1910-1981), installateur d’équipements
chirurgicaux et écrivain britannique qui prétendait être né au Tibet et être
devenu le lama médecin à la lamaserie de Chakpori avant de parcourir le
monde, puis d'abandonner volontairement son corps de naissance et
avoir recours au procédé de transmigration pour continuer sa vie dans
celui d'un Anglais. Il avait pris le nom de Carl Kuon Suo jusqu'en 1962.
Ses ouvrages, surtout le premier, Le Troisième Œil (1956, 15 millions
d’exemplaires), ont obtenu un important succès populaire et l'auteur est
parfois perçu comme l'initiateur d'une « nouvelle littérature spirituelle »,
sinon du New Age dans son ensemble.
Luigi Bettazzi
Né en 1923, évêque catholique italien. Dénonce au Concile Vatican
II l’Index des livres interdits par l’Église. En nov. 1965, se joint à 41
autres évêques pour signer le "Pacte des catacombes", promettant, en
matière de logement, nourriture et moyens de transport de « vivre selon
la manière ordinaire de notre peuple ».
Évêque d’Ivrea, président international de Pax Christi, mouvement
catholique pour la paix, de 1978 à 1985.
Participe en début d’année à la "Route du 1er janvier" pour alerter
l’opinion sur divers sujets : sit-in devant une prison où sont enfermés
des objecteurs de conscience; manifestation à Varèse, ville d’Italie où il
y a la plus grande concentration d’usines d’armements.
Participe en 1992 à la marche contre les euromissiles à Mons
(Belgique), siège du commandement de l’OTAN.
« Si l’Église a des difficultés à parler de non-violence, c’est
certainement parce qu’elle a une longue tradition de liens avec l’Armée.
(…) Lorsqu’on aborde la non-violence, on en arrive forcément à la
question de la désobéissance civile. Et je me demande si l’Église a fait
un travail théologique en profondeur sur le problème de l’obéissance. »
■

Chercheurs de sens. — 013. De 1916 à 1923

  • 1.
    Trombinoscope "Chercheurs d’humanité" Chercheursde sens (religion, philosophie, spiritualité) 13 - de 1916 à 1923 É. G. 05.05.2025
  • 2.
    Twylah Nitsch (1916-2007), gardiennede la tradition du clan des Loups (Wolf Clan Teaching Lodge), un des 8 clans* des Amérindiens Sénéca, qui sont une des 6 nations de la Ligue iroquoise. Chaque clan était une loge d’enseignement où les Indiens, hommes et femmes, venaient chercher la sagesse et le savoir. Petite-fille de Moses Shongo, dernier des grands chamanes de ce peuple, appelée affectueusement Gram (Grand-Mère), guérisseuse et enseignante. Habite près de Buffalo, sur les bords du lac Érié. Ouvre la conscience à notre responsabilité humaine : nous créons le futur avec nos pensées. Définit les 7 marches sur le sentier de la paix : confiance, amour, intuition, vie, créativité, pureté, arc-en-ciel de la paix, les moyens (respiration, méditation, danse, chant), les intermédiaires permettant le contact avec le Grand Esprit (ou Grand Mystère) : arbres, pierres, animaux, plantes. « Entrer dans le silence signifie communier avec la nature par l’esprit, l’âme et le corps. « La clé était la connaissance de soi, le désir était la compréhen- sion de soi, la voie était la discipline personnelle, le but était la réalisa- tion personnelle. » * Tortue : code moral. Loup : contact avec la Terre. Ours : amour fraternel. Castor : Coopération. Faucon : préscience. Cerf : aptitude physique; Héron : nourriture. Bécassine : autodiscipline.
  • 3.
    André Mandouze (1916-2006), historienfrançais, universitaire et journaliste catholique, militant de l'antifascisme et de l'anticolonialisme. Normalien, agrégé de lettres, entre dans la clandestinité sous l'Occupation, noue des réseaux d'amitié judéo-chrétienne, se lie au dominicain Jean-Augustin Maydieu, l'un des fondateurs de l'hebdoma- daire chrétien Sept (fermé en 1937 sur ordre du Vatican), et au jésuite Pierre Chaillet, avec qui il lance en 1942 Les Cahiers du Témoignage chrétien, dont il est le premier rédacteur en chef. Professeur à l’université d’Alger, fonde la revue Consciences maghrébines en 1954, participe au Manifeste des 121 ("Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie"), milite pour l'indépen- dance de l'Algérie, s'élève contre la torture. Connaît la prison en 1956 pour "trahison envers la patrie", subit plusieurs tentatives d’intimidation et d’assassinat de la part de l’OAS. Professeur de latin à la Sorbonne, spécialiste de St Augustin. Pour lui, l'insoumission est un « acte de foi ». « Messieurs les Évêques, quand on vous élisait, etc. » « Qui connaît Mandouze croit en la Providence. » Jean-Marie Domenach
  • 4.
    Marie-Émile Boismard Claude Boismard(1916-2004), exégète français, dominicain. Licencié en théologie (Le Saulchoir) et en sciences bibliques (Rome). Professeur de Nouveau Testament à l‘’École biblique et archéologique française de Jérusalem ‘(1948-1950), puis à l'Université de Fribourg en Suisse (1950-1953), et de nouveau à l‘’École biblique’ (1953-1993). Participe notamment à la traduction de la Bible de Jérusalem. S’intéresse à l'évangile selon Jean, émettant l'hypothèse que l'apôtre Jean ne serait pas l'auteur de cet évangile. Montre comment l’attribution à Jésus de la qualité divine, insup- portable en milieu judéen, devient indispensable en milieu hellénistique. « Nous pouvons comprendre maintenant comment s’est élaborée progressivement, à l’aube du christianisme, la croyance en la divinité du Christ. Selon l’Évangile de Marc, reflet de la prédication primitive, Jésus n’est pas un Dieu, mais un homme. Lui-même refuse le titre de Dieu (Mc, X, 17-18) et il reconnaît que sa connaissance du plan de Dieu sur le monde est limitée . (…) ../..
  • 5.
    Marie-Émile Boismard « Laville d’Éphèse était vouée au culte d’Artémis, déesse que l’on tenait pour fille de Zeus et de Léto, sœur d’Apollon. Le temple magni- fique qui avait été élevé en son honneur était considéré comme une des sept merveilles du monde. Toute la vie religieuse et économique de la ville était commandée par le culte d’Artémis. Mais étant donné cette situation, on voit tout de suite les difficultés que devait rencontrer la prédication chrétienne dans cette ville. Comment Jésus de Nazareth, ce Juif obscur, crucifié et que l’on disait ressuscité, pouvait-il être comparé à la déesse Artémis, fille de Zeus ? La prédication chrétienne n’était-elle pas vouée à un échec irrémédiable ? Mais la situation devenait tout autre si l’on pouvait annoncer que Jésus était Dieu, qu’il était l’Unique-Engen- dré du Père. » « Quelle que soit la perspective adoptée (mentalité sémitique ou pensée platonicienne), il n'est jamais question d'une résurrection du cadavre déposé dans la tombe ; c'est la raison pour laquelle le terme de "résurrection" peut prêter à confusion dès que l'on admet la présence en l'homme d'une âme immortelle. (…) Notre résurrection est la même que celle de Jésus. C'est la présence du Royaume en nous dans la vie présente. C'est rejoindre notre être véritable, notre "je" éternel. »
  • 6.
    Chidananda Saraswati Né SridharRao (1916-2008), yogi et maître spirituel hindou et indien. Baccalauréat ès arts du Loyola College de Chennai. Se rend compte que la Bible est «la parole vivante de Dieu, tout aussi vivante et réelle que les paroles des Védas, des Upanishads et de la Bhagavad-Gita». Rejoint en 1943 l’ashram de Rishikesch, au pied de l’Himalaya, prend en charge le dispensaire, manifeste sa compassion envers les pauvres, les malades et les opprimés, en particulier les lépreux pour lesquels il établit trois centre à Rishikesh. Reçoit en juillet 1949 son nom monastique Chidananda, "celui qui est la conscience et le bonheur". En 1959, part pour 4 ans enseigner en Amérique et en Europe. Succède en 1963 à la présidence de la Divine Life Society (à Rishikesch) à la mort de Sivananda, sillonne l’Inde, la Malaisie et l’Afrique du Sud. Lève son doigt sous le signe de la réprimande lorsqu'il voit en sa présence quiconque pratiquant la maltraitance envers un animal. Pratique une forme de yoga universelle non confessionnelle. Dirige souvent des satsang (chanteurs de groupe) qui nomment et élèvent tous les prophètes et les sages de toutes les religions du monde de manière égale (Jésus, Ahura Mazda, Bouddha, etc.). Pour lui, il n'y qu'une seule vraie religion, la "religion du cœur".
  • 7.
    Swami Chinmayananda Sarasvati ("Labéatitude de la Connaissance pure"), né Balakrishna Menon (1916-1993), maître spirituel (guru) indien. Étudie le droit et la littérature anglaise, journaliste, rejoint le mouvement de lutte pour l'indépendance de l'Inde avec Gandhi. En 1949, devient moine dans l'ashram de Swami Shivananda, son guru dont il reçoit le sannyâsa*. En1951, commence à Puna (Maharastra) l’enseignement de l'Advaïta Vedānta, la pensée non-dualiste fondée sur les Upaniṣhads, textes majeurs de l'hindouisme. Commente la Bhagavad Gîtâ, les Upanishads et les œuvres de Adi Shankara (8ème siècle). : chacun a des talents, des aptitudes, des aspirations personnelles, un rôle à jouer en ce monde, une destinée spirituelle. L’accomplissement d’une vie est total quand ces deux aspects sont pleinement révélés. Entreprend une action sociale à travers la Chinmaya Mission : programmes de développement rural, écoles, temples, hôpitaux, dispen- saires, orphelinats, actions pour les enfants défavorisés ( bidonvilles ou zones rurales), formation d'infirmières, maisons pour les personnes âgées, actions de secours en cas de catastrophes, plantation d'arbres. * Initiation monastique au cours de laquelle les désirs et les attachements sont brûlés dans le feu de la connaissance, symbolisé par la robe orange que porte le sannyāsin (renonçant).
  • 8.
    Pierre de Locht (1916-2007),prêtre et théologien belge, fondateur, pour la Belgique francophone, du "Centre national de pastorale familiale" (CEFA), expert en sciences de la famille et en sexologie à l'Université catholique de Louvain. Plaide en faveur de l'ordination des hommes mariés et des femmes à la prêtrise, critique la centralisation du pouvoir au sein de l'Église catholique. «Quand je constate qu'un petit groupe d'hommes célibataires décide pour le monde entier de ce qui est une valeur morale dans la contraception, je m'interroge. Et je me demande quel lien cela a réellement avec l'Évangile.(…) Faut-il une autorisation pour faire ce que l’on croit mieux ? » « Si Dieu me paraissait restreindre en quoi que ce soit ma capacité humaine, je renoncerais à Dieu plutôt qu'à mon identité humaine. » « La spiritualité, c’est le feu intérieur d’un être en recherche de conscience et de liberté au cœur d’un univers dont il est solidaire ».
  • 9.
    Florin Callerand (1917-1998), prêtrefrançais. Passe 5 ans de captivité au camp de prisonniers de guerre de Wustrau, près de Berlin, où il apprend "la liberté derrière les barbelés" et où nait sa vocation de proclamer l’Évangile. Fonde en 1950 la ‘Communauté de la Roche d’Or’ à Besançon (photo du bas), dans l’intuition des Foyers de Charité initiés par Marthe Robin, mais avec une liturgie et dévotion mariale renouvelées. Ne s’enlise dans aucune lecture expiationiste ou sacrificielle. Avec Françoise Porte, modératrice arrivée en 1980, met en œuvre un nouveau mode de vie communautaire. Durant ses derniers mois, en relation avec Thérèse de Lisieux, reçoit l'intelligence profonde de son testament spirituel. « Laissez tomber la religion, suivez Jésus ! » Sur sa tombe : « Continuez, continuez, tout est en avant ! » ../.. Image : ‘Communauté de la Roche d’Or’ à Besançon où il prêche des retraites. Après avoir fait un commentaire de la mosaïque de Tagba, il sourit : « Voilà, j’espère que ca vous a plu. En tout cas, moi, ça m’a bien intéressé ! »
  • 10.
    Florin Callerand Énumère 7caractéristiques des faux-prophètes que dénonçait le prophète Jérémie : « - Ils annoncent qu’on ne peut rencontrer Dieu que dans le temple et dans la religion . instituée, alors qu’Il est dans les consciences. - Ils se mettent en corporations, se recommandent les uns des autres, se copient et disent tous la même chose. - Ils prétendent parler au nom de Dieu, mais ils ne disent rien d’inspiré. Leur discours n’a pas de couleur, de saveur, pas d’originalité. - Ils mettent l’accent sur les règles et les dogmes, les cultes et les rites, et non sur le souci des autres, et notamment des plus démunis et des plus rejetés. - Ils ne disent pas où est Dieu : Il est au cœur de la matière, au fond de la conscience de l’homme. Ils n’ont pas de cœur à cœur avec Lui. - Ils sont les théologiens du pouvoir établi. Ils ne dénoncent pas la violence et l’injustice, les idoles et les faux-dieux qui aliènent la liberté de l’homme. - Ils présentent Dieu comme un juge ou un fardeau, non comme un père au coeur de mère. » Photo : P. Roger Robert, successeur de Florin Callerand, et Françoise Porte, modératrice
  • 11.
    Guéshé Lama Konchog néLobsang Puntsog (1917-2001), lama bouddhiste tibétain de l'école Gelug. Passe 26 ans dans une retraite de montagne isolée, à la recherche d'illumination. À partir de 1985, réside au monastère de Kopan à Katmandou, au Népal. Voyage également à travers le monde pour enseigner. Reconnu en 2005 par le 14ème Dalaï Lama comme étant un Mahasiddha ou maître spirituel réalisé. Les rites funéraires de Konchog et la recherche de sa réincarnation ultérieure, menée par son proche disciple Tenzin Zopa, sont documentés dans le film Unmistaken Child (2008) du cinéaste israélien Nati Baratz. Des perles sarira ont été trouvées au milieu des cendres après la crémation du corps du lama. Les reliques sarira (‘corps’ en sanskrit, ou ringsel en tibétain), parfois d’une dureté inconnue par la science, sont de petites perles multicolores que l'on retrouve parfois dans les cendres provenant de la crémation d'un maître spirituel bouddhiste ou d’un saint. Il semble que certaines sariras changent de couleur ou se multiplient mystérieusement à l'intérieur de leurs récipients si elles ont été conservées dans des conditions favorables. Il est prouvé que dans certaines conditions de chauffage, les os humains peuvent former des structures cristallines. Dans une analyse chimique, les śarīras se sont révélés composés des éléments constitutifs des os et des pierres. Cela explique pourquoi les śarīras devraient être trouvés principalement chez les moines et non dans d'autres corps humains incinérés, en raison des matériaux du bûcher et de la température de crémation.
  • 12.
    Joseph-Albert Malula (1917-1989), prêtreet cardinal du Congo-Zaïre. Marqué dans sa jeunesse par le missionnaire belge Raphaël de la Kethulle (189-1956, dit Tata Raphaël). Un des premiers prêtres de Kinshasa. Sa réflexion est placée sous le signe de deux considérations critiques : le déracinement culturel, produit de la situation coloniale, et la nécessité pour l’Église missionnaire de se distancer du pouvoir colonial. Sa vision socio-politique de l'Église congo- laise déplait au dictateur Mobutu. Victime de campagnes d’intimidation et d’isolement, échappe d'extrême justesse à une exécution programmée. Archevêque de Kinshasa de 1964 à 1989. Président du Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar’ (SCEAM). S’implique dans le processus de l’indépendance du Congo, participe au débat relatif à la reconnaissance de la théologie africaine. Créé une communauté religieuse féminine et prend position en matière de justice sociale et en faveur des droits des femmes et des pauvres. « Mieux vaut être crucifié pour la vérité que de crucifier la vérité. » « On a christianisé l’Afrique, il faut à présent africaniser le christia- nisme. » « Jeunes qui désirez un avenir meilleur, sachez que sur cette Terre, rien de grand, rien de bon, rien de beau, rien de vrai, rien de durable, rien de ce qui élève l'homme, ne se fait sans effort, sans sacrifice, sans discipline. Refusez toujours la médiocrité. »
  • 13.
    André Chouraqui (1917-2007) avocat,écrivain, penseur et homme politique français puis israélien. Né en Algérie française de parents juifs chassés d’Espagne. Pendant la Résistance, fait partie du Réseau Garel à Lyon. Avocat au barreau d'Oran, puis juge dans le ressort de la cour d'appel à Alger. En 1948, docteur en droit international public à l'Université de Paris. Voyant venir l’indépendance de l’Algérie, s'installe en Israël en 1958. En 1965, est élu vice-maire de Jérusalem. En 1967, fonde avec Jean Daniélou l'association ‘Fraternité d'Abraham’, qui promeut le dialogue interreligieux. Sa traduction de la Bible, publiée à partir des années 1970, donne un ton différent à la lecture des textes. En 1990, publie une traduction du Coran. Membre du comité de parrainage de la ‘Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence’. « Il faut des hommes. Nous-mêmes en premier lieu. Tout s’abîme faute de guides inspirés. » « Je voyais bien que l’avenir de l’humanité devait passer par la fragile passerelle d’une réconciliation des peuples monothéistes de retour auprès de leurs sources et suffisamment régénérés par elles pour qu’ils puissent efficacement œuvrer au salut du monde. »
  • 14.
    André Chouraqui « Dieuest mort d’avoir été nommé, mort d’avoir été enfermé dans une cage conceptuelle. Et puisque Dieu est mort, le monde est enfin libre de découvrir son visage et son mystère, celui de l’Innommé. » « Le Dieu donné au monde par Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, celui qui vainquit les idolâtries antiques, m’apparaissait comme notre ultime recours contre la barbarie des idoles modernes : celles-ci s’appelaient de nos jours La Race, le Sexe, l’Argent, la Nation, l’Empire et la Guerre. » « 33 siècles d’hébraïsme et de judaïsme après Moïse, 20 siècles de christianisme après Jésus, les nations étaient incapables de dire non à la folie des idolâtries déchaînées. » « Il est impossible d’aimer sans choisir, de choisir sans renoncer. » « Je découvrais combien la contemplation peut nourrir l’action et en accroître l’efficacité. » « Pour ne pas trahir notre vocation, pour ne pas enlever au monde son ultime chance de salut, nous devons engager notre pensée et notre action dans des voies nouvelles, la situer non plus au niveau des stériles querelles religieuses ou confessionnelles, mais à la hauteur redoutable des problèmes de notre temps menacé de suicide nucléaire par les États. »
  • 15.
    Robert Aitken (1917-2010). États-unien,pionnier du bouddhisme zen auquel il s’intéresse quand il est prisonnier de guerre au Japon pendant la 2ème guerre mondiale. Reconnu comme enseignant au sein de l’école zen Sambö Kyôdan, la ‘Société des trois trésors’. S’implique dans l’engagement sociétal qu’il considère inséparable de sa pratique bouddhiste. Milite contre les essais nucléaires états-uniens dans les années 1950, puis contre la guerre du Vietnam dans les années 1960 en refusant de payer ses impôts pour la financer. Fonde à Hawaï en 1992 avec sa femme Anne le Buddhist Peace Fellowship, une des organisations états-uniennes les plus actives en matière d’écologie, de désarmement et de droits de l’homme, et crée le programme BASE (Bouddhisme, Action Sociale et Engagement) La conceptualisation en reviendra à Diana Winston, directrice de la formation du UCLA's Mindful Awareness Research Center. Jocelyn Mayaud, cofondateur, avec Éric Rommeluère, Christian Roquin et Henri Souffran, du ‘Refuge du Plessis’ dans le sud de la Sarthe, a animé le premier groupe BASE en 2013 à Paris.
  • 16.
    Eileen Caddy (1917-2006), pèreirlandais, mère anglaise. Marquée par l’ensei- gnement ésotérique de la théosophe Helena Blavatsky. En 1953, reçoit pour la première fois un message d'une petite voix paisible en elle- même, d'une source qu'elle nomme "le Dieu intérieur". Son ouvrage de spiritualité La petite voix, méditations quotidiennes est un best-seller . Fondatrice, avec son mari Peter et Dorothy Maclean, de la communauté de Findhorn. Le Findhorn Ecovillage, situé dans la baie de Findhorn, au nord de l’Écosse est le lieu où les idées de l'association sont mises en œuvre. Une communauté spirituelle internationale d'environ 400 personnes de type New age s'est installée dans ce lieu en vue d'expérimenter un nouveau mode de vie conforme au respect de l'environnement. La fondation Findhorn, fondée en 1962, accueille de nombreux ateliers d'enseignement holistique, comme l'Experience week, des ateliers sur l‘ennéagramme, la résolution des conflits ou encore le ‘Jeu de la Transformation’. En 2004, la reine d’Angleterre l’intronise dans le Most Excellent Order of the British Empire. « La première leçon de la vie est d’apprendre à aimer. (…) Recherche toujours le meilleur, attends-toi toujours au mieux et jamais, à aucun moment, ne te satisfais de ce qui serait moins bon. »
  • 17.
    René Laurentin (1917-2017), docteuren théologie et en lettres, exégète, historien, auteur de plus de 160 livres. Prisonnier pendant la 2ème guerre mondiale, enseigne l'hébreu à l'université de son Oflag. Expert au Concile Vatican II (1962-1965). Spécialiste notamment des apparitions mariales au regard de la médecine, de la sociologie, de la psychanalyse, de l’histoire, de la mystique, du droit canon : 2 400 ont laissé une trace dans l’histoire. Entre le rationalisme incrédule et un certain “spiritualisme” sentimental, se bat pour le caractère raisonnable du fait de croire. «Le mot "diable" vient du grec diabolos qui signifie : le diviseur. Le démon a bien des tours dans son sac pour diviser, à tous niveaux : familles, entreprises, nations, et même les Églises. (…) L'existence du démon s'impose aussi de manière expérimentale. Les polices américaines et allemandes le connaissent à ce titre ; je cite leurs livres. J'ai travaillé avec cinquante exorcistes pratiquants de dix nations. Ils ne voient pas le diable partout. »
  • 18.
    Oscar Romero (1917-1980). Salvadorien,archevêque catholique de San Salvador. L’assassinat de son ami jésuite Rutilio Grande par les ‘Escadrons de la mort’ en 1977 change son orientation politique et pastorale. Le 23 mars 1980, lance un appel aux soldats face aux exactions de l’armée. Le lendemain, est tué par un coup de fusil alors qu’il célèbre une messe dans la chapelle d’un hôpital. « La libération arrivera (…) quand les pauvres seront les acteurs de leur propre lutte et de leur libération, en démasquant ainsi la racine des faux paternalismes, même ceux de l’Église” « Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. (…) Je vous prie, je vous suplie, je vous l’ordonne, au nom de Dieu : arrêtez la répression ! »
  • 19.
    Maharishi Mahesh Yogi (1917-2008),né Mahesh Prasad Varma ou Mahesh Srivastava, maître spirituel indien. Étudie la physique à l'université d'Allahabad. Devient à la fois secrétaire et disciple de Swami Brahmananda Saraswati, appelé affectueusement Guru Dev. En 1955, après une retraite silencieuse de 2 ans dans une forêt de la Vallée des Saints de l'Uttarkashi, voyage à travers l'Inde et commence à enseigner la ‘méditation transcendantale’. Crée des dizaines de centres de méditation dans toute l'Asie du Sud-Est, aux États-Unis et en Europe. Termine sa vie en Suisse puis aux Pays-Bas. La méditation transcendantale est un mode de relaxation et de développe- ment personnel dérivé d'une pratique spirituelle indienne ayant des racines dans la tradition védique. Qualifiée par certains de sectaire, elle a été expérimentée avec succès dans des prisons, écoles et universités et auprès de publics spécifiques (anciens combattants, sans-abri, enfants des rues, armée, police). Elle ne se limite pas à une position physique, car « s’il suffisait d’être en position du lotus pour accéder à l’illumination, toutes les grenouilles seraient des bouddhas » (Louis Pauwels) « La Méditation transcendantale permet à l’esprit conscient de s’ouvrir au "réservoir" infini d’énergie, de créativité et d’intelligence qui réside en nous. » Photo du bas : méditation de groupe dans une école du Pérou où les élèves ont appris la MT grâce au soutien financier de la Fondation David Lynch.
  • 20.
    Pierre Grelot (1917-2009), prêtrecatholique du diocèse d'Orléans, exégète et théologien français, spécialiste des écrits et des langues bibliques. professeur à l’Institut catholique de Paris jusqu'en 1983. Contribue à la création en 1966 de l‘’Association catholique française pour l'étude de la Bible’ (ACFEB) qui réunit des exégètes et des universitaires, et à celle, en 1967, de la ‘Bibliothèque œcuménique et scientifique d'études bibliques’ (BOSEB). En 1985, professeur honoraire de l'Institut. Tenant déterminé de la datation tardive des écrits du Nouveau Testament, s'oppose, avec vigueur, aux partisans des datations proches, à Claude Tresmontant en 1984, Jean Carmignac en 1986, Philippe Rolland en 2003. Répond aux livres de Gérald Messadié, Eugen Drewermann, Jacques Duquesne. Propose une façon de classer les symboles, montre comment fonctionne le langage de la Bible pour faire entrevoir tout ce qui, dans le dessein de Dieu, ne peut être évoqué autrement. C'est pourtant ce langage qui est le plus significatif et qui peut se confronter avec les cultures que la foi chrétienne atteint aujourd'hui, en Asie ou en Afrique ; ou même, en Occident, avec une culture rationaliste qui tente d'occulter le sens religieux.
  • 21.
    Georges et DorothéeCasalis G.C., (1917-1987), pasteur et théologien français. Études de théologie à Paris et Bâle. Professeur de théologie à la Faculté de théologie protestante de Paris. De 1940 à 1943, secrétaire général de la ‘Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants’. Un des 12 signataires des Thèses de Pomeyrol qui affirment la légitimité d'une résistance spirituelle au nazisme. Équipier de la CIMADE, participe à la rédaction de Témoignage Chrétien. Pasteur en France, en Allemagne, à Strasbourg, puis professeur à la Faculté de théologie protestante de Paris. Avec sa femme Dorothée (1917-2011), rédacteur en chef de la revue du Christianisme social. Membre du conseil de la ‘Fédération protestante de France’, s’oppose à la guerre d’Algérie. Thèse de doctorat en 1970 sur la kénose.* Combat l’arme nucléaire, participe en 1971 à la rédaction du document d'étude Église et pouvoir. Membre du ‘Parti socialiste unifié’ (PSU). S’engage en 1973 auprès de l‘’Institut œcuménique au service du développement des peuples’, intervient en Amérique latine. Soutient les théoriciens et acteurs de la théologie de la libération. Coordonne avec le prêtre théologien François Refoulé la Traduction œcuménique de la Bible. * La théologie de la kénose aborde le mystère du mal en affirmant que Dieu, qui n’est pas le Tout-Puissant qu’on dit, souffre quand les êtres humains souffrent.
  • 22.
    David Bohm (1917-1992), physicienétatsunien. Parents juifs d’origine hon- groise et lituanienne. Exclu du ‘projet Manhattan’ en raison de ses idées politiques. Enseigne à l'université de Princeton, est accusé de sympa- thies communistes pendant la période maccarthyste, s’exile au Brésil, en Israël puis en Grande Bretagne. Réalise d'importantes contributions en physique quantique, phy- sique théorique, philosophie et neuropsychologie. Découvre le "potentiel quantique", paramètre invisible de la physique - proche de la conscien- ce - en mesure de guider l'existence tout entière, des particules élémen- taires aux organismes complexes. L'univers de Bohm, en partant de la physique de l'infiniment petit, aboutit à une cosmologie totalement neuve où l'esprit et la matière cohabitent en harmonie. À partir des années 1960, inscrit sa démarche de physicien dans la perspective des nouveaux paradigmes qui remettent en question les lectures du réel élaborées dans le cadre de la physique classique. Suscite un dialogue entre philosophie des sciences, psychologie et spiritualité, conduit des entretiens filmés avec le philosophe indien Jiddu Krishnamurti (image du bas). ../..
  • 23.
    David Bohm Son butest de trouver un ordre et une finalité là où n’existent apparemment, d’après la physique classique, que chaos, hasard ou, à la limite, probabilité. Le potentiel quantique, interprété aussi bien comme un concept de la physique théorique que comme un concept philosophique, conduit Bohm à développer une théorie plus vaste, celle de "l’ordre impliqué", au sein de laquelle tout ce qui existe au niveau matériel, c’est-à-dire ce qui est expliqué, trouve une correspondance dans ce qui existe au niveau spirituel, c’est-à-dire ce qui est impliqué. Deux réalités, celle de la matière et celle de la conscience, interagissent de façon synchrone et harmonieuse. La mort consisterait à quitter l’espace newtonien dans le temps et l’espace, pour entrer dans l’espace intriqué qui est la réalité de l’univers et qui se situe hors du temps et de l’espace. « Je n'ai jamais été capable de voir une séparation entre la science et la philosophie. D'ailleurs, dans des temps plus reculés, on parlait de ‘philosophie naturelle’ et cette expression correspond parfaite- ment à la façon dont je perçois toute cette discipline. »
  • 24.
    Henri Hofer, FrançoisVouga et André Jantet H. H. : (1917-2016), Suisse, ex-professeur de littérature à Lausanne, se réoriente dans l’industrie. Ex-président du conseil presbytéral de Dole au sein de l’Église réformée de France, s’engage toute sa vie aux côtés des réfugiés avec son épouse Marie- Madeleine. F. V. : pasteur, théologien et bibliste suisse, maître-assistant à la Faculté de théologie protestante de Montpellier depuis 1982, professeur honoraire à Wuppertal. Enseigne également à la Faculté vaudoise de théologie de Rome ainsi qu’à la faculté de sciences religieuses de l'université Laval de Québec. A. J. : ex-prêtre à Poligny (Jura), a longtemps dirigé le centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) de Dole, désormais engagé comme théologien ‟électron libre” dans l'Église réformée du Jura. Leur essai Dieu sans religion est né d'un long dialogue sur la Bible, mené dans le cadre de l'atelier théologique Mont-Roland, à Jouhe, près de Dole, depuis 1984
  • 25.
    Henri Hofer, FrançoisVouga et André Jantet « L’Évangile annonce, d’un bout à l’autre, une transcendance qui libère de la religion. La pratique des tablées de Jésus, le regard que l’art poétique de ses fables et de ses paraboles porte sur la vie quotidienne, l’attitude que Jésus adopte à l’égard des lieux de la religion, puis ensuite la prédication de la Croix de l’apôtre Paul, tout semble animé par une volonté de détacher Dieu de la religion instituée. » « L'Église naissante a proprement inventé, dans sa pratique et ses contacts avec les mondes hellénistique, juif et romain, une manière d'être détachée de toute religion instituée qui préfigure nos sociétés séculières. Les Églises sont appelées à se détacher de toute religion instituée pour se concentrer sur l'humanité dans son ensemble. » « Jésus est un antireligieux tout le long des textes et on l’a mis sur la croix pour cela. Pour nous, aucun texte n’est sacré et le sacré est dangereux car quand on sacralise un texte, on ne peut plus y toucher ensuite. (…) Ce ne sont pas des textes sacrés, mais de sacrés textes ! (…) La relecture et l’analyse des textes fondateurs montrent les origines laïques du christianisme et obligent à repenser le rôle des Églises chrétiennes aujourd’hui. » André Jantet
  • 26.
    René Rémond (1918-2007), historienet politologue français. ‘École normale supérieure’, agrégé d’histoire, docteur ès-lettres. Secrétaire général de la ‘Jeunesse Étudiante Chrétienne’ (JEC) en 1943, Résistant. Professeur à l’’Institut d’études politiques’ de Paris, cocréateur de l’’Institut d’Histoire du Temps Présent’. Membre de l’’Académie française’ à partir de 1998. Ses travaux sur l’histoire politique, intellectuelle et religieuse de la France contemporaine dégagent les tendances de long terme des courants de pensée et de la vie politique. « Le catholicisme s’est longtemps constitué comme une religion d’obligation. » « Il y a beaucoup à faire pour que la formulation de la foi chrétienne se conjugue avec la culture et l’intelligence. » « Même au terme d’un siècle qui a vu deux guerres mondiales, les totalitarismes avec les génocides que l’on sait, je garde un fond d’optimis- me naturel, car il me semble que l’humanité a toujours su trouver en elle la réponse à ses problèmes.(…). Sans prétendre jouer au devin, je suis prêt à parier que l’homme sera capable demain encore d’ouvrir des chemins de liberté et d’espérance. Pourquoi ne le ferait-il pas sous l’impulsion et l’inspiration du christianisme ? »
  • 27.
    Roger Parmentier (1918-2012). Théologienprotestant français. Officier pendant la 2ème guerre mondiale. Études de théologie protestante à Paris sous l'occupation, président des ‘Étudiants Protestants’, fonde un groupe clandestin de lutte contre l'antisémitisme. Volontaire pour être pasteur à Sétif après l'insurrection du 8 mai 1945 et à Philippeville pendant la guerre d'Algérie. Pasteur à Rodez, Montreuil, professeur à l'ENAP (sciences sociales). Militant syndical et politique. Fondateur de la méthode des actualisations de la Bible et des transpositions culturelles. « Esprit qui inspire toute la terre contre toutes les forces de destruction et de mensonge et tout être humain, Toi qui inspires surtout les sages et les prophètes, viens à notre aide pour que nous sachions les écouter ; Que la proposition de Jésus de renverser sans violence tout ce qui fait souffrir et mourir soit accueillie et mise en pratique partout . »
  • 28.
    Luigi Pareyson (1918-1991), philosopheitalien. Fréquente très jeune Karl Jaspers à Heidelberg, enseigne la philosophie au lycée littéraire de Coni, près de Turin. Arrêté brièvement à cause de ses convictions antifascistes et ses activités politiques et sociales clandestines, enseigne à partir de 1945- 1946 l'histoire de la philosophie à l'université puis occupe la chaire d'esthétique créée pour lui à l'université de Turin. Entre 1964 et 1984, enseigne la philosophie théorétique*. Catholique, opère une synthèse entre philosophie et approche religieuse. Pour lui, la valeur existentialiste du sujet est à la fois une liberté (concept essentiel dans sa pensée), une responsabilité et un danger, mais aussi une porte vers la vérité et une contingence. D'où l'idée de l'interprétation, qui (à la différence de l'objectivisme scientifique) est un exercice périlleux de la liberté subjective, mettant en jeu la responsabilité de la personne, mais aussi comme une source inépuisable, grâce aux "points de vue" qu'elle suscite. Miné par la maladie et les épreuves de la vie, déploie une interprétation tragique de l'expérience religieuse mettant face à face question du mal et expérience de la liberté à travers la figure centrale de Fiodor Dostoïevski. « Accéder à une œuvre signifie l'exécuter, autrement dit la faire vivre de sa vie propre et la rendre de la façon dont elle a été faite et dont elle veut vivre encore et toujours. » * Théorétique : qui a trait ou qui vise à la connaissance conceptuelle, au savoir, ou à la théorie, non à l’action.
  • 29.
    Willis Harman (1918-1997), ingénieurétats-unien. Enseigne la physique, l'ingé- nierie électrique et l’économie des systèmes à l'Université de Floride, de Stanford, puis à ‘l'Université technique royale de Copenhague’. En 1954, un séminaire d'été sur l'éthique, la méditation et la vie spirituelle produit un effet transformateur sur sa pensée et sa vie professionnelle. Est convaincu que la fin de la civilisation industrielle et la grande crise culturelle appellent à une profonde transformation de la conscience humaine. Sensibilise le public sur ce sujet au travers de ses écrits et sa recherche à partir de 1973 dans l'Institute of Noetic Sciences (IONS, fondé par l’astronaute Edgar Mitchell), qui allie recherche scientifique et démar- che spirituelle pour approcher les mystères de la vie et de l’Univers. De même que Copernic et Galilée ont introduit la Renaissance, la connexion instantanée de milliards de citoyens par Internet va conduire à une nouvelle renaissance de l’humanité. Ce qui va faire muter notre civilisation, dit-il, sera la découverte progressive que seule la conscience existe et qu’elle favorise l’apparition et la transformation de la matière, que la vie après la mort est une évidence sur le plan scientifique. Cette évidence va faire évoluer notre civilisation matérialiste, car l’angoisse de la mort est le moteur secret de la société de consommation.
  • 30.
    Raimon Panikkar (1918-2010), néd’une mère catalane catholique et d’un père indien hindou, docteur en chimie, en philosophie, et en théologie, grand connaisseur du bouddhisme. Ordonné prêtre en 1946, enseigne en Inde en 1954, puis aux États- Unis en 1966 comme professeur de philosophie orientale à l'université Harvard et à l'université de Californie à Santa Barbara. Durant toute la période de 1966 à 1987, alterne son enseignement aux États-Unis avec un semestre de recherche en Inde. Président du «Pipal Tree» (Bangalore), fondateur et directeur du «Center for Cross-Cultural Religious Studies» (Santa Barbara, Californie) et du « (Tavertet, Catalogne). Après sa retraite, s’installe à Tavertet, un village de montagne près de Barcelone, y crée la Fondation ‘Vivarium, Centro d’Estudis Intercultural’ pour promouvoir la tolérance et le dialogue interreligieux. Auteur de plus 80 ouvrages et 900 articles sur la philosophie des sciences et les religions comparées, notamment El concepto de la Naturaleza (Le concept de la Nature), La trinidad y las religiones del mundo (La trinité et les religions du monde) et El dialogo interreligioso (Le dialogue interreligieux), ainsi que El silencio del Buddha. Una introducción al ateísmo religioso (Le silence du Bouddha. Une introduc- tion à l'athéisme religieux).
  • 31.
    Raimon Panikkar Penseur jamaisconventionnel, ouvert toujours aux nouvelles prospectives, nouveaux doutes, espérances et attentes nouvelles. Lui qui a tant pérégriné, propose le pèlerinage comme symbole de la vie mais non comme la vie même, car, dit-il, le pèlerinage doit être non seulement extérieur, mais aussi intérieur. Affirme que l’état monacal manifesté en plénitude chez les grands veilleurs du désert constitue une dimension constitutive de l’être humain, « Je suis parti chrétien, me suis découvert hindou et je reviens bouddhiste sans avoir cessé d’être chrétien .» « Celui qui n’a qu’une religion est condamné à n’en avoir aucune. » « Il ne faut pas s’étonner que la violence et la guerre apparaissent inévitables. De fait, il n’existe aucun autre moyen de résoudre les conflits tant que chaque camp se croit en possession de la vérité absolue. (…) Si l’on ne transcende pas les tensions dialectiques par un approfon- dissement des problèmes et par une contribution des autres cultures, le monde s’achèvera avec la destruction de l’Histoire elle-même. » « L’expérience de Dieu mène à l’humilité et à la liberté : Je ne découvre pas un autre objet ou d’autres êtres ; je découvre la dimension de profondeur, d’infini, de liberté, qui se trouve en tout et en tous. »
  • 32.
    Matta el Maskine YousefIskandar (1919-2006), moine égyptien, réformateur spirituel de l’Église copte orthodoxe. À 29 ans, entend « l'appel de l'éternité », vend sa pharmacie, embrasse dans un premier temps la vie monastique puis devient ermite dans le désert. Pendant 12 années, y vit dans une grotte, « une vie de solitude, de prière, de méditation profonde de la Bible et des vies des premiers Pères. » En 1950, s’installe au Monastère des Syriens (‘Deir el- Souriani’). En 1951, est ordonné prêtre sous le nom de Matta el Maskine (‘Matthieu le pauvre’). En 1960, s’installe avec une douzaine des disciples dans le désert de Wadi el Rayyan. En 1969, le patriarche d'Alexandrie Kyrillos VI leur demande de restaurer les ruines du monastère Saint-Macaire de Scété dans la région désertique du Wadi el Natroun : ils bâtissent 200 cellules, forent de l’eau, créent une grande ferme, etc. Le monastère compte aujourd’hui 130 moines.. Auteur de 140 livres. Sa spiritualité rigoureuse est tournée vers la Résurrection, qui va « bien au-delà du pardon des péchés et de la récon- ciliation » : elle vise essentiellement « le renouvellement de l'homme », sa « recréation en Christ », afin qu'« il soit une nouvelle création dont le souffle soit le Souffle même de Dieu ». Image du haut : monastère St Macaire de Scété
  • 33.
    John A. T.Robinson John Arthur Thomas Robinson (1919-1983), évêque anglican de Woolwich (Angleterre), doyen émérite de Trinity College, à Cambridge et exégète. Fait la synthèse de la pensée de Paul Tillich et de celle de Dietrich Boenhoeffer. Personnalité majeure dans le courant libéral et le mouvement pour un christianisme d'ouverture et de progrès. Propose d'abandonner la notion d'un Dieu "là-bas" ou "là-haut" , existant quelque part dans l'univers en tant que ‟supériorité cosmique”. Affirme que Dieu n’est que dans la profondeur et le fondement de tous les êtres, qu’on ne le rencontre que dans la rencontre et les service des autres, que Jésus n’est que la fenêtre ouvrant sur la transcendance. « Je partage les sentiments de ceux qui se disent athées. Car le Dieu qu’ils rejettent, celui en qui ils trouvent, en toute honnêteté, impossible de croire, n’est que trop souvent une image de Dieu ; non pas Dieu lui-même, mais une façon de le concevoir qui s’est muée en idole. » « La religion est souvent le plus grand obstacle sur le chemin vers Dieu. » « Maintenant que nous avons rejeté la vision des anciens d’un Dieu vivant dans un Ciel au-delà du ciel réel, qu'est-ce que signifie l'existence de Dieu ? »
  • 34.
    Chiara Lubich (1920-2008), Italienne,fondatrice et présidente du ‘Mouvement des Focolari’ ("foyers"). En décembre 1943, décide de consacrer sa vie à Dieu. Face aux exactions et destructions commises lors de la Seconde Guerre mondiale, a l'intime conviction que c’est le seul idéal qui ne s’écroule pas. En 1956, crée les ‘Volontaires de Dieu’, qui se consacrent aux activités les plus variées dans la politique, dans l'art, dans la religion ou l'économie, dans le but de répandre la fraternité dans la société. Pionnière du dialogue interreligieux. « Vous, Chrétiens, allez de l’avant ; vous qui avez une autre religion, allez de l’avant ; vous qui vous réclamez d’une autre culture, allez de l’avant ! Vous ne connaissez pas Dieu, mais vous sentez l’idéal d’un monde uni. Tous, main dans la main, soyez-en sûrs : la victoire vous appartient. »
  • 35.
    Antonio Fragoso (1920-2006). Brésilien,évêque catholique de Crateus au Nordeste, une des régions les plus pauvres du pays, de 1964 à 1998. Son action s’exerce envers les plus déshérités, notamment vers les centaines de prostituées de Crateus dont il soutient le mouvement de libération et qu’il invite dans la basilique pour la messe de minuit. Dénonce le scandale des immenses latifundias et de la misère, soutient l’organisation des paysans pauvres en coopératives. Traité par le pouvoir d’ "agitateur socialiste". Proche de Jean et Hildegard Goss et de Fredy Kuntz, participe aux actions du mouvement non-violent Servicio Paz y Justicia.
  • 36.
    Fredy Kunz (1920-2000). Néen Suisse, éduqué en France, cuisinier, membre de la JOC, prisonnier de guerre résistant. Prêtre chez les ‘Fils de la Charité’ en 1949, vit avec les exclus au Canada puis au Brésil. Durant la grande sécheresse de 1979 à 1983, alors que les militaires veulent mobiliser les habitants de Crateus contre l’invasion des flagelados, victimes du fléau, organise un jeûne de neuf jours. 2000 maisons de la ville, dont celle de l’évêque, Antonio Fragoso, apposent des cartons "Porte ouverte aux affamés". Fonde, sous le patronage spirituel de Maximilien Kolbe, ‘la Fraternité du Serviteur Souffrant’, ouverte aux femmes abandonnées, chômeurs, malades mentaux, alcooliques, présente aujourd’hui dans plus de 20 pays. En 1995, à 75 ans, rejoint les souffrants de la rue, dormant sur un carton pendant plusieurs mois. « Les pauvres prophétisent pour que les riches changent de vie, car les vrais malades, ce sont les pays riches. »
  • 37.
    Georges Sauvage (1920-2014), franciscaincapucin français, directeur du petit séminaire des Capucins à Angers, prêtre dans les ‘Missions Régionales’ à travers la France pendant 19 ans, aumônier de prison à Fleury-Mérogis pendant 12 ans, ermite et concierge pendant 5 ans . Après la rencontre de Marcel Légaut, et de nombreuses lectures et rencontres, s’intéresse à l’humanité et à la divinisation de Jésus de Nazareth, devient ermite près de Die. Lance en 1995 le bulletin Jésus simplement destiné à celles et ceux qui sont interpellés par le message, la vie et la mort du prophète de Nazareth. À la fin de sa vie, n’est plus en état de continuer sa recherche ni même de la défendre. « Il y a des hommes et des femmes qui croient assez en Jésus pour s’inspirer de lui dans leur vie sans jamais penser qu’il soit Dieu, Fils Unique, Seconde Personne de la Trinité.(…) Jésus, prophète exceptionnel de Dieu, et témoin non moins exceptionnel de la grandeur de l’homme, ferment d’humanité par le témoignage de toute sa vie et de sa mort. » ../..
  • 38.
    Georges Sauvage « Unjour en pleine messe, un détenu m’interrompt devant les deux cents participants et les quatre surveillants, et il me dit « - Mais dis-moi, Georges, toi, pourquoi tu es chrétien ? ». Pendant une minute, j’ai tournicoté exprès « - Ah ! Pourquoi je suis chrétien ? Tu veux savoir pourquoi je suis chrétien ! Je vais te dire pourquoi je suis chrétien… ». Ils se trémoussaient tous. « Tu sais, je suis chrétien (silence)… parce que je suis breton ! ». Éclat de rire général ! Il faut dire qu’ils étaient habitués à ce que je ne leur dise pas des choses de convenance. J’ai ajouté « Si j’étais né à Alger, je serais sûrement musulman. Si j’étais né en Alsace, je serais peut-être protestant. Si j’étais né à Bénarès, je serais hindouiste. Mais maintenant si vous me demandez pourquoi je suis prêtre, ça c’est autre chose. Quand j’ai fait ce choix, je me suis dit : Je veux être prêtre pour pouvoir dire aux gens combien je crois en Jésus, avec tout ce que cela comporte d’incomparable. » Photos : la prison de Fleury-Mérogis ../..
  • 39.
    Georges Sauvage « Àpartir du moment où Jésus est délesté de son label divin trinitaire et de son statut de sauveur incontournable et obligatoire, son témoignage va acquérir une universalité d’un tout autre type. Il va atteindre celles et ceux qui, dans le monde entier, au cœur des populations, des organismes, des institutions auxquels ils appartiennent, engagent toute leur vie à contre-courant des normalités établies, au prix de tous les risques, conscients ou non de l’Énergie fondamentale à laquelle ils sont reliés - qu’ils appellent Dieu ou autrement - osant croire en eux-mêmes et dans les potentialités singulières de tout être humain ». « Je crois à ce qui vient de moi. (…) "Être un homme de foi et de fidélité", comme dit Légaut, c’est être assez fidèle pour reconnaître que la croyance que j’avais hier, le choix que j’ai fait il y a cinq ans, je les révise à la suite d’une lecture, d’une rencontre, d’un événement. » « Je n’ai pas le sentiment de renier le christianisme, mais de consentir à le dépasser. » Photo du haut : G. Sauvage à la Magnanerie de l’ass. Marcel Légaut à Mirmande (Drôme)
  • 40.
    Raymond Lambert (1920 ?-2005),appelé aussi Kotaï, praticien et enseignant en yoga et zen. En 1949, physiquement et psychiquement malade après son retour d'Allemagne où il a été interné à Dachau, rencontre son premier maître Mythilde Singer, disciple du Dr Hanish (1820-1936 :116 ans, le yoga, ça conserve !) Elle lui apprend la respiration et les techniques du yoga irano- égyptien, grâce auxquelles il retrouve le sommeil et l'équilibre. En 1967, dans la force de l'âge, est déjà un enseignant de yoga renommé à Paris, instruit par des yogis notoirement connus, comme Swami Siddeswarandanda (1897-1957) au ‘Centre Védantique Ramakrish- na’ à Gretz et Sri Dhirendra Brahmachari (1924-1994). Il fait alors une nouvelle rencontre, déterminante, celle du maître zen Taisen Deshimaru (ou Sensei, 1914-1982), venu en Europe initier les Occidentaux au zen. Une amitié profonde naît immédiatement entre les deux hommes. Dans un esprit de communion, ils s’efforcent de réunir les pratiquants du yoga et les adeptes du zen. En 1969, cofonde l’Integral Yoga Institute qui s'installe quai des Grands-Augustins à Paris. En 1998 se retire à la campagne dans le midi de la France et continue de participer à des stages en tant qu'invité.
  • 41.
    Jean-Émile Charon (1920-1998), physicienet philosophe français. D'abord spécialisé dans la recherche nucléaire, au CEA à Saclay. S'oriente ensuite vers la physique théorique fondamentale, où il cherche à prolonger les idées d’Einstein. Se pose le problème fondamental de la connaissance humaine, celui des méthodologies de pensée, puis enfin le problème de l'homme lui- même dans sa totalité. Travaille sur une "théorie unitaire" de l'univers. Introduit la notion d'infrapsychisme : toute particule a deux regards, un de conscience (onde psi), un de mémoire (onde sigma). « Il existe une réalité profonde, partout présente dans l’Univers, qui est capable de faire “naître” la pensée dans l’espace, dans le même sens qu’un électron est capable de faire naître autour de lui un champ électrique dans l’espace. Dès lors, la pensée est partout présente, aussi bien dans le minéral, le végétal ou l’animal que dans l’homme. »
  • 42.
    Émile Poulat (1920-2014), historienet sociologue français, Résistant. Prêtre de 1945 à 1954, quitte la prêtrise après la condamnation des prêtres- ouvriers. Docteur en théologie, cofondateur avec Henri Desroches du premier groupe de sociologie des religions au ‘Centre national de la recherche scientifique’ (CNRS) dès 1954. Directeur d'études à l‘’École des hautes études en sciences sociales’ (EHESS), directeur de recherche au CNRS, auteur de 33 livres. Ses recherches portent surtout sur le conflit entre culture catholique et culture moderne dans l'histoire du catholicisme contemporain. Grand spécialiste de la laïcité à la française. « Ma conviction est que, si écouter l’autre et parler ensemble ne résout pas tout, cela évite souvent de transformer un désaccord en conflit. C’est une économie qui, je dois bien le constater, a été longtemps étrangère à la culture ecclésiastique. » « J’ai fait mienne la formule de la communauté de Sant’Egidio : la prière, les pauvres, la paix. »
  • 43.
    Catharina Halkes (1920-2011), théologienneet féministe néerlandaise. Catholique romaine, initialement formée en langue et littérature néerlandaises. La première professeure néerlandaise de féminisme et de christianisme, à l'Université Radboud de Nimègue de 1983 à 1986. Travaille sur les déesses, les sorcières, la psychologie et la thérapie, l’éthique, la spiritualité féministe chrétienne : spiritualité de la libération, attitudes sexuelles positives, liturgie, croissance dans la vérité et la vie, souffrance créative, etc. Fondatrice de la théologie féministe aux Pays-Bas. S’implique dans le mouvement des femmes au sein de l'Église et acquiert une certaine notoriété lorsqu'on lui a interdit de s'adresser au pape Jean-Paul II lors de sa visite aux Pays-Bas en 1985. Le Catharina Halkes Fonds stimule la recherche et l'éducation dans le domaine du genre et de la religion. « La spiritualité de la libération débute par un malaise et une révolte contre toutes les structures de la société et de l'Église fondées sur les relations homme-femme et les limites qu'elles imposent à l'autonomie des femmes. » « Une expérience intense de la terre et de la nature tout entière comme création divine est un autre aspect positif de la spiritualité féministe chrétienne. »
  • 44.
    Pierre Pierrard (1920-2005), historienfrançais, né à Roubaix dans un milieu popu- laire dont il resta toujours proche. Thèse de doctorat sur La Vie ouvrière à Lille sous le Second Empire. Historien du monde ouvrier et du catholi- cisme, professeur d’histoire sociale à ‘l’École supérieure de journalisme’ et d’histoire contemporaine à ‘l'Institut catholique de Paris’, responsable de la section historique des ‘Éditions Larousse’. Auteur de 40 ouvrages. Proteste contre les tours de vis imposés aux théologiens, rejoint l’évêque Jacques Gaillot dans son combat pour un catholicisme plus proche des pauvres et des marginaux. Président de ‘l'Amitié Judéo- Chrétienne de France’ de 1985 à 1999. Les rendez-vous manqués de son Église avec la classe ouvrière, avec les théologiens de progrès, avec les prêtres-ouvriers, avec les intellectuels et un peuple juif ignoré dans son existence concrète font de lui un homme anxieux, amer, mais plein d'espérance. Sa vie juste et rectiligne est entièrement donnée à sa mission d’historien savant et exigeant et d’intellectuel engagé. « Comme il y a une France d'en bas, il y a une Église d'en bas, dont l'Histoire est restée à peu près vierge. Il s'agit de la foule immense (la Turba magna de l'Apocalypse) constituée par des femmes et des hommes que rien ne distingue, qu'on n'invite jamais à parler, dont les traits ne seront jamais reproduits dans les feuilles publiques... ../..
  • 45.
    Pierre Pierrard Et cependant,ils vivent, dans le quotidien, les Béatitudes de l'Évangile, alimentant, de leur amour prodigué, la nappe phréatique qui permet à notre société de ne pas mourir de soif et, à notre Église, de ne pas se dessécher. » « Mais "l'esprit laïque n'est pas l'irréligion", écrivit un jour le philo- sophe Alain. De la Deuxième à la Troisième République, l'humanisme laïque s’est constitué en un véritable idéal, capable de susciter l'élan des coeurs, d'élargir les consciences et d'inspirer de grandes œuvres : De Michelet à Blum en passant par Hugo, Proudhon, Gambetta et Zola, Jaurès et Valéry, ainsi que de nombreux autres auteurs sans oublier les femmes, Flora Tristan, Louise Michel, etc. Le présent ouvrage rend justice à de grands esprits humanistes et généreux qui ont été couverts de boue par une Église bornée, liée aux pouvoirs politiques conserva- teurs et aux pouvoirs de l'argent. Saluer une haute spiritualité républi- caine, animée d'une foi ardente dans le progrès, la science, le rejet de l'injustice sociale et raciale – utopies, certes, mais motrices. »
  • 46.
    Renée Dufourt, Marie-Jeanne Bérèreet Donna Singles R. D (1920-2012), Résistante, philosophe, militante politique et féministe lyonnaise. Présidente de la ‘JEC’, professeure de philosophie, présidente de l’association ‘Regards de femmes’, membre du Comité national d’éthique, conseillère auprès de Michèle André (née en 1947, secrétaire d’État aux droits des femmes), puis d’Yvette Roudy (née en 1929, ministre des Droits des femmes). M.-J. B. (1923-2000), auteur d’une thèse de théologie sur une nou- velle vision de Marie et membre du groupe lyonnais du réseau ‘Femmes et Hommes en Église’. D. S. (1928-2005), religieuse états-unienne. Entrée dans la congré- gation des Sœurs de Saint-Joseph à l’âge de 20 ans, vient à Lyon en 1967 pour étudier la théologie. Au cours de ces études, un de ses professeurs, Maurice Jourjon, aborde l’œuvre d’Irénée de Lyon, un des tout premiers théologiens chrétiens. Passionnée par le caractère positif de cette appro- che théologique, en fait le sujet de sa thèse de doctorat Le salut de l’hom- me chez saint Irénée. Essai d’interprétation symbolique. Montre comment ce symbolisme dans la pensée d’Irénée permet d’orienter son propos vers l’espérance. Très engagées dans la revendication de la place des femmes dans la société et dans l’Église catholique, coécrivent en 1982 Et si on ordonnait des femmes ? ../..
  • 47.
    Renée Dufourt, Marie-JeanneBérère et Donna Singles Malgré le titre accrocheur du livre voulu par l’éditeur, les trois auteures souhaitent non seulement ni d’abord justifier et promouvoir l’ordination des femmes, mais plus largement et surtout mettre à jour et analyser les motifs profonds et souvent inconscients qui conditionnent l’attitude de l’Église dans ce dossier. Elles fournissent des lumières per- mettant de débusquer les interdits et les tabous qui frappent partout les femmes dans les religions de type patriarcal. Elles soulignent la fragilité des motifs théologiques habituellement utilisés pour justifier la position traditionnelle des autorités ecclésiales*. Décortiquent les rapports qui existent depuis la nuit des temps entre femmes, symbolisme et sacré. Elles dénoncent la sacralisation progressive et outrancière des fonctions ministérielles dans l’Église, au détriment des intentions et des attitudes de Jésus, si hostiles aux orgueilleuses prétentions de la caste sacerdotale de son temps. * « Afin qu'il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l'Église, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères, que l’Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l'Église. » Jean-Paul II, Lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis, mai 1994. Image du bas : Sarah Bowser-Mulally, née en 1962, infirmière, master de théologie pastorale au Heythrop College de l'université de Londres, évêque de Londres dans l’Église anglicane depuis 2017, mère de deux enfants.
  • 48.
    Robert Coffy (1920-1995), prêtrecatholique et théologien français, évêque de Gap, puis d’Albi, archevêque de Marseille (1985-1995), cardinal. Très marqué par les travaux d’Henri de Lubac et la philosophie contempo- raine (Kierkegaard, Marx, Teilhard, sur lequel il écrit un livre en 1965), Dès 1986, milite contre le projet de réforme du code de la nationalité (« incertain et dangereux ») et favorise le dialogue entre les commu- nautés. « L’athéisme, loin d’être mort, est plutôt est train de resurgir. Il se présente même comme une parade aux fondamentalismes religieux. Les pensées de Sartre et de Camus, en fait, sont une réaction contre une vision purement scientifique et technique du monde. N’est-ce pas aussi une image caricaturale de Dieu qu’elles repoussent ? Une philosophie de la religion en prise avec les enjeux de la modernité s’avère de ce fait utile. Elle seule est en mesure de proposer à tous, croyants comme incroyants, un sérieux examen de conscience sur le sujet. » Il y a urgence à revenir à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) qui veut « sauver la société sans transformer les personnes en robots, sauver les personnes sans sacrifier celles d’aujourd’hui et de demain ». « « L'Église n'a pas à s'adapter au monde, mais à révéler la manière dont elle se convertit. »
  • 49.
    Philippe Maillard (1920-2013), dominicainfrançais. Avocat, entre chez les domini- cains en 1943. Aumônier de la faculté de droit de Paris, lié aux milieux clandestins combattant la torture en Algérie. Prieur des couvents dominicains de Strasbourg puis de Toulouse, directeur du ‘Centre international de la Sainte-Baume’. À 58 ans, après avoir rencontré le P. Joseph Wresinski, rejoint le quartier alors très pauvre de Lille-Moulins, d’abord comme permanent d’’ATD Quart Monde’, puis dans une petite communauté qu’il fonde en 1978, au 28 rue de Wattignies. Longtemps aumônier de prison à Loos-lès-Lille. « Le prêtre ne peut pas être seulement un frère humain parmi les hommes. Il est là pour déranger. Car le Christ est venu pour déranger. Le prêtre est porteur d’une exigence. » ../..
  • 50.
    Philippe Maillard « D’abord,ne pas oublier les atrocités d’hier et celles d’aujourd’hui. Le procès Papon est aussi le nôtre, à chacun de nous qui aurons subi l’horreur sans protester. Pour cela, partager autant qu’il est possible la condition des petits, des exclus, des éternelles victimes ». « La prière, ce n’est pas autre chose que d’être devant Dieu comme une éolienne. Elle se dispose pour capter le souffle, mais c’est pour en recevoir l’énergie et permettre à l’eau de sourdre des profondeurs. Alors, le dernier mot n’est pas à la tristesse ; au contraire, il est à cette autre joie, d’un Royaume à venir sans doute, mais présent déjà dans cet incessant rejaillissement d’un amour obstiné, têtu, plus fort que le mal et la mort, et qui fait la noblesse de l’homme debout, au cœur de la tempête. »
  • 51.
    Jean Moussé (1921-2003), déportéà Buchenwald, jésuite. Aumônier national du ‘Mouvement des Cadres, ingénieurs et dirigeants Chrétiens’ (MCC) de 1970 à 1977, écrivain, enseigne l'éthique des affaires dans plusieurs universités et écoles de commerce. Affirme à partir de 1984 que Jésus a été déifié, qu’il n’est pas le "Fils unique de Dieu", mais le plus grand prophète de Dieu dans l’histoire humaine. Observe avec effarement que le cœur du message évangélique, les Béatitudes, est absent du symbole de Nicée (le Credo). « Au fond, je ne m’inquiète pas vraiment de savoir qui était Jésus exactement. C’était un homme et même un Juif. Il n’était pas Dieu, ne serait-ce qu’à cause de ce que signifie le verbe "être". (…) Je préfère m’interroger sur la manière dont je suis moi-même ce chemin. En fait, il m’importe moins de le savoir (car on tâtonne toujours) que de le faire. La foi est de l’ordre de l’action, et la réflexion ne trouve de sens que dans nos manières de vivre ».
  • 52.
    Raymond Hunthausen Né en1921, ingénieur chimiste états-unien, pilote de chasse de l’US Air Force. Ordonné prêtre en 1946, professeur de chimie, entraîneur de sport. Évêque de Helena puis archevêque de Seattle de 1975 à 1991 (État de Washington en bordure de l’océan Pacifique). Connu et contesté en raison de ses prises de position sur la justice et la paix, les droits des homosexuels, le rôle des femmes dans l’Église, et de son engagement auprès des plus pauvres et démunis. En 1982, retient la moitié de ses impôts pour protester contre la construction de la base sous-marine de Kitsap-Bangor sur le Puget Sound, destinée à abriter des sous-marins lanceurs de missiles nucléaires Trident. « Quand des crimes se préparent en notre nom, nous nous devons de parler haut et fort. J’affirme, en pleine conscience des mots que j’utilise : Trident est l’Auschwitz de notre temps. (…) ../..
  • 53.
    Raymond Hunthausen Il estclair qu’il faut agir et trouver des formes de résistance non-violentes.(...) J’aimerais partager la vision d’une autre action qui pourrait être entreprise : un nombre important de gens de l’État de Washington, 5 000, 10 000, un demi million de gens refusant de payer 50 % de leur impôt en signe de résistance au meurtre et au suicide nucléaire. Le formulaire* 1040 est le point où nous laissons le Pentagone entrer dans notre vie et demander notre coopération irréfléchie avec l’idole de la destruction nucléaire. Je pense que l’enseignement de Jésus nous demande de rendre à un César bardé d’armes nucléaires ce qu’il mérite : le refus de l’impôt. (…) Certains appelleraient désobéissance civile ce que je vous presse de faire. Je préfère l’appeler obéissance à Dieu. » * fiscal Lettre pastorale, juin 1981
  • 54.
    Michel Quoist (1921-1997), prêtre,sociologue, écrivain et conférencier français. Coursier dès l’âge de 14 ans, apprenti, militant dans la ‘Jeunesse Ouvrière Chrétienne’ (JOC). Chercheur et praticien, met au point une méthode d'enquête urbaine devenue un classique. Secrétaire général du ‘Comité Épiscopal France Amérique Latine’ (CEFAL), fondateur de l’association ‘Échanges Amérique Latine’. « L’amour n'est pas un solide ancrage au port du bonheur, mais il est levée d'ancre et voyage en pleine mer, dans la brise ou la tempête. Il n'est pas un Oui triomphant, dit comme un énorme point final qu'on écrit en musique, au milieu des sourires et des bravos, mais il est multitude de Oui qui pointillent la vie, parmi une multitude de Non qu'on efface en marchant. »
  • 55.
    Olivier Clément (1921-2009), écrivain,poète et théologien orthodoxe français. Se convertit à l'âge de 30 ans après une longue recherche dans l'athéisme et les spiritualités asiatiques. Disciple de Vladimir Lossky. Agrégé d'histoire, enseigne longtemps au lycée Louis-le-Grand à Paris. Professeur à l’’Institut Saint-Serge’, Institut de théologie orthodoxe de Paris. Un des fondateurs de la ‘Fraternité orthodoxe en Europe occidentale’, auteur de 30 ouvrages. Attaché à un dialogue interreligieux ouvert, "où ne prévalent ni l’indifférence ni la domination ". Attentif aux interrogations de la modernité auxquelles il répond à travers une réflexion puissante et poétique, à la fois enracinée dans la Tradition de l'Église, mais en même temps créatrice et rénovatrice. « Je ne vois pas pourquoi il y aurait une seule religion. Même et surtout dans le Christ. » « L’âge permet d’approfondir pas mal de choses. Et surtout de renoncer à la polémique. J’ai renoncé à penser contre. »
  • 56.
    Henri Hartung (1921-1988), philosopheet écrivain, formateur et consultant franco- suisse. Découvre à 17 ans l’œuvre de René Guénon avec qui entre en contact. Résistant pendant la 2ème G.M. Mission économique et culturelle en Inde, y rencontre Ramana Maharsi, voyage au Tibet. Avec l’appui d’André Siegfried, crée en 1955 à Paris, ‘l’Institut des Sciences et Techniques Humaines’ (ISTH), centre de formation permanente consacré aux étudiants puis aux adultes. Son livre Pour une éducation permanente (1966) est l’un des premiers à prôner la formation continue des adultes : dans une approche large et profonde, il y voit un moyen de former des citoyens qui ont une colonne vertébrale intellectuelle et morale. En 1963, se lie d’amitié avec Karlfried Dürckheim. Voit dans les évènements de mai 1968 le souffle de l’Esprit dans une société matéria- liste. Se retire dans la maison qui lui vient de sa mère à Fleurier, en Suisse. Y crée en 1977 le ‘Centre de rencontres spirituelles et de méditation’. Dans Spiritualité et autogestion (1988), propose une articulation entre notre vie intérieure, notre activité professionnelle et notre responsabi- lité personnelle directe sur tout ce qui nous concerne quotidiennement et implique nos contemporains.
  • 57.
    Jean Cardonnel (1921-2009), dominicain,philosophe et écrivain français, prédicateur au verbe provocateur et malicieux. En 1953, défend des époux Rosenberg, couple américain communiste, condamné à mort pour espionnage. Supérieur au couvent de Marseille, démissionne en 1954 pour protester contre la condamnation par l'Église catholique de l'expérience des prêtres ouvriers. Professe la théologie de la libération à Rio de Janeiro. En 1968, fait un prêche à la Mutualité sur le thème "Évangile et Révolution". En 2002, au retour d'un voyage à La Réunion, retrouve ses affaires déménagées de sa cellule du couvent de Montpellier : porte plainte contre son ancien prieur pour violation de domicile, obtient gain de cause en 2007. « Du plus loin que je me regarde, j'ai la fidélité dans la peau et la rébellion dans le sang. Fidèle rebelle. Deux maîtres mots qui n'en font qu'un. » « Le seul regret qu'il avait, pendant ces dernières journées d'hospita- lisation, c'était de ne pas pouvoir prendre la parole à son enterrement ! » Une de ses proches
  • 58.
    Charles Legland (1921-2002). Résistant,rejoint l’Angleterre avant même l’appel du général de Gaulle. Avec sa femme Jeannette, rencontre Lanza del Vasto en 1953. Membre avec elle de la communauté de l’Arche (Nogaret, la Borie Noble, Bonnecombe, puis St Antoine-l’Abbaye à partir de 1987). S’occupe d’un temps de ressourcement hebdoma- daire à la lumière de l’Évangile et de la non-violence. « Sommes nous débarrassés de la mauvaise habitude de parler de la ‘volonté de Dieu’ au lieu de parler de son désir ? Comme si nous étions les enfants de sa puissance et non les enfants de son amour. Nous avons du mal, souvent, à oser croire que chacun de nous est un désir particulier de Dieu, et qu’en répondant à ce désir, nous sommes, chacun et chacune, une joie pour Dieu (…) C’est pour échapper à ces souffrances (les désirs sans amour, générateurs de peines et de souffrances) que la non-violence propose, au contraire, l’esprit de pauvreté, de partage, de service. Et aussi l’action. Comme une réponse au désir de Dieu. »
  • 59.
    Daniel Berrigan (1921-2016), jésuite,poète et militant non-violent états-unien. Constate au Vietnam les effets des bombardements américains. Son frère Philip, également jésuite, avait aspergé de sang en 1967 à Baltimore les registres des appelés à cette guerre. En mai 1968, avec 7 autres personnes, les 2 frères brûlent au napalm 378 fichiers dans le bureau d’incorporation de Catonsville. En septembre 1980, au sein d’un groupe de 8 protestataires invoquant Isaïe, 2, 4 : « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue et de leurs lances des faucilles », endommage avec des marteaux des enveloppes de têtes nucléaires destinées à des missiles dans l’usine King of Prussia de General Electric, Passe 2 années de sa vie en prison suite à ses engagements. « Nos excuses pour la transgression de l’ordre, la combustion de papiers au lieu d’enfants …»
  • 60.
    Édouard Gueydan (1921-2015), jésuitefrançais. Dirige la traduction française du texte autographe des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. Mène un inlassable travail d’animation et d’accompagnement spirituels auprès de très nombreux groupes et personnes, notamment sur la question de la guérison spirituelle, en France, en Europe et en Amérique latine. Lance avec sœur Myriam, prieure de la communauté protestante des ‘Diaco- nesses de Reuilly’, les premiers exercices spirituels œcuméniques. Accompagne vers la guérison de nombreuses personnes engagées sur le chemin du pardon. Fonde en octobre 2002, avec 11 autres personnes, l’association ‘Fraternité du Bon Samaritain’, œcuménique (Catholiques et Protestants) et internationale (France, Suisse, Lituanie). Celle-ci organise des retraites "Amour et pardon, chemin de guérison", individuellement accompagnées. Le chemin de guérison est fondé sur l’amour de Dieu, la relecture de vie et le pardon donné librement. « Faire un exercice qui est un chemin d’accès intérieur à la miséricorde de Dieu pour pouvoir "pardonner à ceux qui nous ont offensés", comme Il pardonne lui-même. » Photo : Icone représentant la parabole du Bon Samaritain
  • 61.
    Henri Denis (1921-2015), prêtreet théologien catholique, ancien étudiant en sciences. Enseigne la théologie au séminaire de Lyon. Accompagne son évêque, le cardinal Pierre Gerlier, au Concile Vatican II. Proche d’Yves Congar, y est très actif, participe notamment à ‘l’Église des pauvres’, un groupe d'évêques et d'experts qui se réunit pour débattre des questions sociales. Se penche surtout sur la question des prêtres, qu’il considère comme des témoins de l’évangile au milieu des hommes, et non comme des distributeurs de sacrements. Professeur à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon. En 1986, avec d’autres prêtres et laïcs de la région Rhône-Alpes, critique l’ecclésiologie sous-jacente au voyage du pape Jean-Paul II à Lyon. En 1989, signe l’Appel de Marcel Légaut paru dans le quotidien Le Monde, et rend hommage au chercheur drômois : « S’il me fallait choisir entre la vérité dogmatique (je dis bien “dogmatique”) et Marcel Légaut, je choisirais Marcel Légaut, avec le secret espoir d’être ainsi conduit à une vérité plus profonde. » « Pensant à cette situation inconfortable pour le Dieu de Jésus- Christ, si perturbateur, il me vient alors à l'idée de laisser Dieu vagabonder. Il le fera bien tout seul, me direz-vous ? Oui, mais il ne le fera pas sans nous ! »
  • 62.
    Xavier Tilliette (1921-2018), prêtrejésuite français, philosophe, historien de la philosophie et théologien. DES en lettres classiques, licence d'allemand, docteur en théologie et en philosophie*. Étudiant de Jean Wahl et de Vladimir Jankélévitch, professeur de ‘l'Institut catholique de Paris’, de ‘l'Université grégorienne’, de ‘l'université du Latran’ et du ‘Centre Sèvres’. Enseigne la philosophie dans différentes universités à titre de professeur invité en France et à l'étranger. Son œuvre est riche d’environ 2 000 titres (ouvrages, articles, préfaces, etc.) Spécialiste de Schelling et de Karl Jaspers, élabore à partir des années 1970 une "christologie philosophique" dont il est l'initiateur : Le Christ de la philosophie (1990) et Le Christ des philosophes (1993). Dans la mouvance de Friedrich von Schelling et de Maurice Blondel, défend et illustre l'idée d'une philosophie chrétienne née de la Révélation. Est aussi un spécialiste de Paul Claudel et de l'idéalisme allemand. * Outre le français, parle couramment l'anglais, l'italien, l'allemand et l'espagnol, maîtrise le latin, le grec ancien et l'hébreu biblique ; en raison de ses travaux, apprend le portugais, le néerlandais et le danois. En 1974, qualifie d’ « épectase » le décès du théologien et cardinal Jean Daniélou (1905-1974), mort d'un infarctus en arrivant, après avoir monté les escaliers, chez une prostituée parisienne à qui il était venu apporter de l’argent pour lui permettre de payer un avocat afin de faire sortir son mari de prison.
  • 63.
    Bernard d’Espagnat (1921-2015), physicienet métaphysicien français. Doctorat à ‘l'École polytechnique’ et à ‘l'Institut Henri-Poincaré’. Chercheur au ‘Centre national de la recherche scientifique’ (CNRS), de 1947 à 1957, travaille également avec le physicien Enrico Fermi à Chicago et sur un projet de recherche mené par Niels Bohr à ‘l'Institut de Copenhague’. Rejoint le ‘Centre d'études et de recherches nucléaires’ (CERN), à Genève, et comme physicien théorique à ‘l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire’ (1954-1959). Membre de ‘l’Académie internationale de philosophie des sciences’, membre fondateur du ‘Collège de Physique et de Philosophie. À partir de la fin des années 1960, mène des travaux sur les enjeux philosophiques de la mécanique quantique et expose sa conception du « réel voilé », qui constitue une approche originale du réalisme* en physique. « Je pense donc pouvoir conjecturer que la physique fonda- mentale ne saurait décrire fidèlement une quelconque réalité en soi ». « Au vu de la physique contemporaine, je dis que s'il nous faut, à toute force, une explication, nous avons à la chercher dans ce qui est plus élevé que nous-mêmes, et qui nous est, par conséquent, mysté- rieux. C'est le Réel, l'Être, le Divin. C'est de ce côté là que l'on peut espérer discerner le sens. » * Le réalisme scientifique est la position métaphysique selon laquelle le monde décrit par la science est le monde « réel » ou « véritable »
  • 64.
    John Bradburne (1921-1979), moine,pèlerin et poète anglais, membre du Tiers- Ordre franciscain. Jeune excentrique qui passe une partie de sa jeunesse dans les arbres. Soldat valeureux pendant la guerre, rescapé de combats contre les Japonais. Exerce ensuite une dizaine de métiers : enseignant, présentateur de télévision, maçon, bûcheron, sacristain, vendeur en librairie, ouvrier dans une morgue, gardien de résidence d’archevêque, clown, musicien de rue, clochard. En 1969, découvre la léproserie de Mtemwa (Rhodésie du Sud, actuel Zimbabwe), lieu sordide où 80 malades attendent la mort. Décide de vivre avec eux et se fait infirmier, gestionnaire, cuisinier, confident, et même croque-mort. Transforme peu à peu cette léproserie en une sorte de communauté, un lieu de sourire, d’amitié et de tendresse. En juillet 1979, pendant la ‘Guerre du bush’, les autorités lui demandent d'évacuer la léproserie, mais il refuse et affirme qu'il veut rester auprès de ses patients lépreux. En septembre 1979, les rebelles prennent possession de la léproserie et l'accusent d'être un espion. Il est pris en otage puis exécuté. Avec plus de 6 000 poèmes, est le plus prolixe des poètes anglais du 20ème siècle.
  • 65.
    Éloi Leclerc Né HenriLeclerc (1921-2016), prêtre catholique franciscain, poète et écrivain français , auteur de 23 ouvrages. Envoyé en sept. 1943 en Allemagne dans le cadre du STO, tra- vaille comme manutentionnaire. Arrêté en juill. 1944 sous l'accusation de propagande antinazie, envoyé au camp de concentration de Buchen- wald, puis conduit à Dachau, libéré par les troupes américaines. Commence à écrire à la fin des années 1950, principalement sur François d'Assise, enseigne ensuite la philosophie au couvent de Metz puis au collège franciscain de Phalsbourg jusqu’en 1983. Vit ensuite plusieurs années en solitaire dans l'ermitage de Bellefontaine (Maine-et- Loire), puis s’installe en 1989 chez les Petites sœurs des pauvres à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine). « Soudain, dans cet enfer, le ciel s’est ouvert dans notre cœur. L’espace d’un instant, un souffle de grâce et de légèreté passa dans ce monde écrasant de désespoir. Nous nous sommes mis à chanter le Cantique des créatures de François d’Assise, dans les wagons de la mort ! » « Il est très difficile de prétendre à une réconciliation entre les hommes tant que l’on s’oppose à la création. (…) » Être pauvre de cœur, c’est ne plus voir les êtres et les choses comme des objets de possession et de domination.
  • 66.
    Annick de Souzenelle (1922-2024),écrivaine française d'inspiration jungienne. Études de mathématiques, de théologie et d’hébreu, infirmière anesthésiste, puis psychothérapeute. Poursuit depuis une trentaine d'années un chemin spirituel d'essence judéo-chrétienne, ouvert aux autres traditions. Auteure de 18 ouvrages de spiritualité. « L’Arbre de la Connaissance n’est pas celui du Bien et du Mal, mais celui de l’accompli et non encore accompli (le potentiel) de tout être. Ce qui veut dire que tout être est ontologiquement un mutant. Dans notre mode d’exil, la réduction de cet arbre au paradigme Bien- Mal induit la stérilité. (…) Se réapproprier le subtil de nos vies implique le retournement vers ce féminin de nos profondeurs, l’autre côté de nous qui n’a jamais été une côte ! » ../..
  • 67.
    Annick de Souzenelle «La violence animale que sont les énergies potentielles au-dedans de nous peut prendre trois directions : – ou bien ces énergies sont refoulées dans la cage des interdits et constituent l’ombre de l’homme, ombre qui le détruit à petit feu ; – ou bien, non accomplies et non maintenues dans la cage, elles fusent en maladies personnelles ou sociales, en troubles de tous ordres, voire en violences destructrices ; – ou bien elles sont dressées sur les autels intérieurs où le « divin cuiseur », dans une alchimie secrète, les transmute en lumière – lumière de la connaissance et de l’amour –. La non-violence extérieure n’est juste que si elle s’accompagne du Grand’œuvre divino-humain à l’intérieur de l’homme ».
  • 68.
    Ernesto Balducci (1922-1992), prêtrecatholique, écrivain, éditeur, intellectuel et militant italien. En 1958, fonde avec des amis la revue catholique progressiste Testimonianze, est mis à l’écart pour cela. Se déclare opposé à la théologie de la guerre juste. En 1963, avec deux autres prêtres florentins, Lorenzo Milani et Danilo Cubattoli, soutient ouvertement le premier objecteur de conscience italien, Giuseppe Gozzini. Est condamné au pénal et signalé au Saint-Office. Dans les années 1970, s'engage, avec de nombreux autres intellectuels, dans le dialogue entre le monde catholique et la gauche, en particulier le ‘Parti communiste italien’, au nom de la nécessité d'effacer des frontières culturelles et politiques néfastes. Dans les années 1980, est l'une des figures de proue du mouve- ment italien pour la paix et le désarmement. Fonde en 1986 la maison d’édition Edizioni Cultura della Pace. Sa réflexion se fait de plus en plus ample et articulée, en se recentrant sur la notion d' “humanisme planétaire” et sur une tentative d'approche globale de la réalité contemporaine à partir d'une nouvelle et révolutionnaire "culture de la paix". « Face aux menaces apocalyptiques de la guerre moderne , les religions ont désormais deux fonctions possibles. Soit une fonction régressive de rappel protecteur des identités particulières, soit une fonction de ferment prophétique pour la transition vers "l'ère plané- taire". »
  • 69.
    Jean-Marie Domenach (1922-1997), Résistant,écrivain et intellectuel catholique français, un des représentants du courant personnaliste. ‘École des cadres’ d'Uria- ge, rejoint le maquis du Vercors. Secrétaire puis directeur (1946-1976) de la revue personnaliste Esprit, fondée par Emmanuel Mounier, y introduit les idées d'autonomie, d'écologie politique, de convivialité, de sérendipité*. Lutte pour la décoloni- sation en Indochine et en Algérie. Crée avec Michel Foucault et Pierre Vidal-Naquet le ‘Groupe d'information sur les prisons’, prend part au ‘Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés’. Directeur des études du ‘Centre de formation des journalistes’, puis professeur au ‘Département des humani-tés et sciences sociales’ de ‘l'École polytechnique’, y fonde en 1982 avec Jean-Pierre Dupuy un Centre de recherches en sciences cogni- tives et épistémologie. « À partir du moment où chacun est appelé au statut de citoyen, où est reconnu son droit à la liberté et au bonheur, la violence ne peut plus être confondue avec la force (…) : elle devient un phénomène qui a rapport avec la liberté et qui peut et doit être combattu et surmonté. » « Il s'agit moins de penser davantage que de penser autrement. » « Rien n'est plus vieux qu'une modernité à tout prix, qu'une originalité sans racine. » * art de découvrir ou d'inventer en prêtant attention à ce qui surprend et en imaginant une interprétation pertinente.
  • 70.
    Jacques Brosse (1922-2008), naturaliste,historien des religions et philosophe français. Études de droit, suit les cours du philosophe Jean Wahl. En 1953, rédacteur en chef d'encyclopédies et de collections des éditions Robert Laffont. Avec son épouse, la romancière Simonne Jacquemard, s'installe dans une ancienne forge normande et crée une sorte de réserve naturelle. Pionnier de l'écologie, avec une vision holistique de la nature et une passion pour les arbres. Après le choc de mai 1968, part pour l'Inde à la découverte du yoga. Pratiquant le bouddhisme zen Sôtô, est ordonné moine en 1975 par Taisen Deshimaru, dont il est l'un des héritiers avec notamment Roland Rech. Après la mort de Deshimaru, en 1982, devient à son tour enseignant et maître, fonde en 1996 l'association zen Dôshin. Anime des pratiques de zazen lors de sesshin et écrit plusieurs ouvrages sur le sujet. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages sur des thèmes variés : arbres et forêts, plantes potagères, chant du loriot, sens de la vie, histoire religieuse, maîtres spirituels, les explorateurs, l’être humain (le rêve, le corps, les sens, etc.), les chercheurs de sens (J. Cocteau, A. David-Neel, maître Dogen, etc.)
  • 71.
    Michel Henry (1922-2002), philosopheet romancier français. Enfance au Viet- nam, Résistant dans le Haut-Jura, agrégé et professeur de philosophie à l'Université Paul Valéry de Montpellier. Son œuvre appartient au courant de la phénoménologie. Dans son livre C’est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme (1996), présente la vie comme une manifestation de soi et une autorévélation qui consiste dans le fait de sentir et de se sentir soi-même, d'éprouver en soi sa propre réalité intérieure et affective. Dans son essai La Barbarie (1987), montre que la science livrée à elle-même conduit à la technique dont les processus aveugles se développent d’eux-mêmes de façon monstrueuse sans référence à la vie. S’avance très loin, avec une rare intrépidité, dans l’entreprise de refondation sémantique du message évangélique. Notre capacité de compréhension de ce message, dit-il, est perpétuellement à reprendre, à enrichir, à affiner. Elle n’épuisera jamais, ou alors très lentement, les réserves de sens dont les Écritures sont porteuses. « Nous ne sommes pas encore en mesure de comprendre ces vérités dernières. Et cela parce que nous sommes incapables de comprendre quelle sorte de compréhension est susceptible de nous ouvrir à elles. »
  • 72.
    Manuel de Diéguez (1922-2019),écrivain et philosophe français. Origines latino- américaine et suisse, étudie le droit, les lettres et les sciences politiques l’Université de Lausanne. À l'âge de 26 ans, publie La Barbarie com- mence seulement et De l'absurde : essai sur l'avenir de l'Europe : ces deux ouvrages constituent la première analyse sur le stalinisme comme système de gouvernement fondé sur l'alliance de la puissance d'État avec l'utopie politique. Étudie l'imaginaire religieux : La Caverne (1974), Et l'homme créa son Dieu (1984), Jésus (1985), Une histoire de l'intelligence (1986), L'Idole monothéiste (1981), Le Mythe rationnel de l'Occident (1980). Après Le Combat de la raison (1989) et L'Essai sur l'universalité de la France (1991), travaille à une histoire de la philosophie qui prend acte de la fin du messianisme politique et religieux. Les conciles du IVème siècle ont élaboré la croyance à la double nature de Jésus, censé avoir été Dieu déjà dans le ventre de sa mère. En explorant les querelles théologiques qui ont abouti au processus de la divinisation de Jésus, soumet la religion chrétienne à une psychanalyse politique et propose ainsi une compréhension nouvelle des rapports de la foi avec l'histoire. Parallèlement, esquisse une théorie de l'imaginaire qui conduit à une démythologisation du mythe sacré et de la théorie scienti- fique comme sources d'intelligibilité du monde.
  • 73.
    Aude Fonquernie (1922- 2021),chercheuse de sens française. Née Muguette Chape dans une famille pauvre, adoptée après la guerre par une riche famille étatsunienne. Devient psychanalyste à Paris. Restaure le château de Sainte Suzanne en Mayenne et y installe un projet culturel. Lors d’une visite avec un ami à l’abbaye Notre Dame de Fontgombault, se sent appelée à œuvrer pour la création d’un espace de dialogue entre les trois religions abrahamiques. Fonde l’associa- tion ‘Cité des Communautés’ à Chessy, près de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée. En 1987, à l’arrivée de Disneyland, quitte Chessy et s’isole dans la prière au carmel de Mazille. En 1989, s’installe en face du Carmel, sur les hauteurs de Mazille, dans l’ancien presbytère qu’elle nomme ‘la Maison sur le Monde’ à cause de la vue imprenable qui conduit le regard au-delà des monts du Mâconnais Membre de ‘La Fraternité d’Abraham’ et de ‘Cluny, chemins d’Europe’. Le film d’Emmanuel Chouraqui La passion de Aude, une ode à la vie présente sa vie, son œuvre ainsi qu’une évocation du dialogue interconfessionnel.
  • 74.
    Jacques Lebreton (pseudonyme deJacques Beaugé, 1922-2006), écrivain français. 7ème d’une famille de 9 enfants, passe son enfance en Bretagne. Dès l’été 1940, s’engage dans les ‘Forces françaises libres’ à Londres avec son frère Henri. Au 1er régiment de marche de spahis marocains, est très gravement blessé en nov. 1942, dans le désert de Libye. Une grenade passée par un camarade et dégoupillée par erreur lui explose dans les mains : il perd ses deux mains et devient aveugle. Désespéré et révolté, cloué sur un lit d'hôpital à Damas, Alger, puis Londres, aux prises avec "une souffrance surhumaine", finit par surmonter ses envies de suicide. Se marie, a 5 enfants. Rejoint l'un de ses frères, André, prêtre-ouvrier, et entre au ‘Parti communiste français’. Déménage sa famille à Nanterre et l'installe dans un bidonville pour se mettre au service des plus démunis. Se lance dans le syndicalisme, néglige les siens, vit douloureusement l'interdiction des prêtres-ouvriers, perd à nouveau la foi, la retrouve huit ans plus tard. Travaille par la suite dans une association pour handicapés, devient diacre en 1974. Donne plus de 7000 conférences dans le monde, témoi- gne dans les collèges et lycées, manifeste sa joie de vivre et que le seul handicap est d’être amputé de Dieu.
  • 75.
    François Refoulé (1922-1998), théologienet exégète français. Études de droit et d'histoire, ‘Service du Travail Obligatoire’ (STO) en Autriche, entre dans l'Ordre dominicain en 1945. Long séjour en Suède. Affecté en 1964 aux ‘Éditions du Cerf’, y dirige des collections théologiques et bibliques. Un des initiateurs et coordinateur de la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB). Directeur des Éditions du Cerf, et directeur de ‘l’École biblique et archéologique française de Jérusalem’ (EBAF) de 1982 à 1984. Auteur avec Bernard Lauret d’une Initiation à la pratique de la théologie en 5 volumes (Introduction, Dogmatique 1, Dogmatique 2, Éthique, Pratique) Son ouvrage Les frères et sœurs de Jésus répond aux critiques formulées par Pierre Grelot à l’encontre des explica- tions proposées par Jacques Duquesne dans son livre Jésus pour affirmer que Marie, la mère de Jésus, a eu d’autres enfants, dont Jacques et Jude.
  • 76.
    Xavier Sallantin (1922-2013), capitainede vaisseau, stratégiste, directeur des recherches de la ‘Fondation pour les Études de Défense Nationale’ (FEDN), épistémologue. Membre des Conseils de la ‘Fondation Teilhard de Chardin’ et de la ‘Société Européenne pour les Études de Science et de Théologie’. Fonde en 1970 au hameau de Béna en Cerdagne un centre de recherches et de rencontres entre scientifiques, philosophes et théologiens concernant la question du sens de l’Univers. Auteur de plusieurs livres sur les défis engendrés par la mondialisa- tion et le développement de nouveaux outils scientifiques et techniques. Élabore une "Théorie Générale du Sens" (TGS) basée sur la notion d’ ‘accord croissant’ et propose de nouveaux outils de compréhension de l’histoire de l’Univers. Prolonge la vision de Teilhard de Chardin, celle d’un cosmos en processus d’amorisation croissante. « Cette dialectique fondatrice d’une Théorie du Tout physique, on découvrira probablement dans la foulée qu’elle est fondatrice d’une Théorie du Tout de l’Univers y compris la biosphère et la noosphère. On comprend les réticences que peut susciter l’avènement d’un tel universa- lisme, achèvement de la connaissance. »
  • 77.
    Pierre Hadot (1922-2010), philosophe,historien et philologue français, spécia- liste de l'Antiquité (Socrate, Marc Aurèle, Épictète, Plotin, etc.). Quitte le sacerdoce en 1952. Chargé de recherche au CNRS, directeur d’études à l’’École Pratique des Hautes Études’, professeur au ‘Collège de France’. Signe une renonciation volontaire aux diverses distinctions honorifiques attribuées par l'État français telles que la Légion d'honneur. Montre que la philosophie n’est pas construction de système, mais choix de vie, expérience vécue visant à produire un "effet de formation", bref un exercice sur le chemin de la sagesse. La philosophie antique était avant tout pratique de l'existence, exercice spirituel, manière de vivre et de mourir. Ainsi, la transmission se fait par oral plus que par écrit, s'appuie sur les réponses aux problématiques des disciples dans un contexte particulier, et vise la pratique plus que la théorie, sans jamais l’éliminer. « L’acte philosophique est un progrès qui nous fait être plus, qui nous rend meilleurs. C’est une conversion qui bouscule toute la vie, qui change l’être de celui qui l’accomplit. Elle le fait passer d’un état d’inauthenticité, obscurcie par l’inconscience, rongé par le souci, à un état de vie authentique, dans lequel l’homme atteint la conscience de soi, la vision exacte du monde, la paix et la liberté intérieure. »
  • 78.
    Vincent Shigeto Oshida (1922-2003),dominicain japonais. Né dans une famille bouddhiste et shinto. Évite de justesse la noyade, s’en tire avec un poumon en moins et une douleur permanente : la souffrance physique sera sa fidèle compagne de route, son maître, dira-t-il. Étudie la philosophie à l’université de Tokyo, poursuit ses études de théologie au Canada où il rejoint l’ordre dominicain. De retour au Japon, fonde à Takamori Soan, un village perché sur les hauts plateaux de Nagono au pied du mont Fuji, une communauté basée sur la pauvreté, la méditation zen et la vie dans la nature. Les habitants apportent matériaux et nourriture au fur et à mesure de la construction. Les premiers membres de la communauté sont des personnes fragiles et malades. Les communautaires travaillent manuellement, se nourrissent presque exclusivement du riz qu’ils cultivent et aident les villageois dans leur travail. Ce dialogue pionnier et interreligieux est pleinement reconnu quand la conférence des évêques asiatiques se tient dans ce lieu en 1990. « L’Église a du travail : il faut intervenir et arrêter la production d’armes nucléaires. (…)Tant que l’Église est riche, elle ne peut pas guider les gens dans une autre direction, ce qui est son travail. » « Toutes les religions ont leur valeur et leur tradition mystique unique, mais le temps est venu où il nous faut apprendre mutuellement ce qui est précieux à garder dans chaque tradition. »
  • 79.
    André Haim (1922-2020), prêtrecatholique français issu d’une famille juive. Licence de théologie à Rome, la formation de prêtre-ouvrier lui ayant été refusée. Expérience internationale dans un kibboutz en Israël. Prêtre à Mantes-la-Jolie, puis chargé des relations judéo-chrétiennes dans son diocèse. En 1972-73, entreprend une "route de la réconciliation religieuse, de la reconnaissance mutuelle et de la paix" : "à pied jusqu’à Jérusalem* avec un jeune allemand, Wilfried Reinermann, membre du Service Civil International (SCI). Expérimente la peur, le soupçon et constate l’oppres- sion dont sont victimes les Palestiniens. L’association interconvictionnelle ‘Route de Jérusalem’ promeut la paix en commençant par un travail de saisie de son identité propre tout en s’ouvrant sur d’autres identités culturelles, dans une attitude non-violente. Les marcheurs, dépendant de l’accueil des hommes et des femmes des pays traversés, font des étapes de 20 à 40 km par jour. * Geneviève Duboscq, mutilée à 90 %, dont l’enfant gravement malade dès sa naissance a survécu, marche vers Jérusalem en 1965-1966 avec un âne. En septembre 1973, Évelyne Coquet va Jérusalem à cheval, en compagnie de sa sœur et avec un chien. En 1982, les journalistes Pierre Barret et Jean-Noël Gurgandfont de même. Les livres ou récits de Jean-Yves Guéguéniat, Jean Lescuyer, Raphaël Stainville, François-Xavier de Villemagne, Sébastien de Fooz, André Weill, Karen Guillorel, Edouard et Mathilde Cortès, Guy de Mas Latrie, Lucien Converset, etc. contribuent à faire connaître ce pèlerinage.
  • 80.
    Maurice Bellet (1923-2018), prêtrecatholique français, docteur en philosophie et en théologie. Auteur de plus de 60 ouvrages. Travaille et recherche au croisement de la philosophie, de la théologie et de la psychanalyse. Outre de nombreuses interventions et conférences, exerce une activité d’écoute psychanalytique. Attentif notamment à l’horreur économique (« Tout ce qui nous fait envie, nous l’aurons ») et à l’horreur technologique (« Tout ce qui est possible, nous le ferons »). « Vous commencerez par le respect. Vous ne souillerez pas votre parole par le déni de justice, l'invitation trompeuse, le mépris insultant, l'entortillement de la vérité, le chantage, ou quoi que ce soit qui induise autrui à l'erreur et au malheur. » «Qu’est-ce qui reste quand il ne reste rien ? Ceci : que nous soyons humains envers les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes. » « Si Dieu est, il est en l'homme ce point de lumière qui précède toute raison et toute folie et que rien n'a puissance de détruire. Peut-être qu'alors croire en Dieu consiste en ceci : croire qu'en tout être humain existe ce point de lumière … » ../..
  • 81.
    Maurice Bellet « Lavie spirituelle n'est rien d'autre que la vie, tout simplement, en tant qu'elle ne se laisse pas fasciner par les puissances de mort, mais se saisit comme vivante, en sa source et en sa fin. Ainsi peut se dissiper le malentendu qui la ramène à un monde chrétien conçu comme clos sur lui-même et, à l'intérieur de celui-ci, à une "spécialité" réservée à certains avec ses modèles et ses pratiques. Mais il est plus facile de dénoncer que de surmonter réellement le mode de pensée dualiste qui est à la base de ces voies familières. Tenter d'en sortir, c'est prendre les "choses de la vie", non plus comme prétexte à spiritualité, mais comme le seul lieu où s'opère le nécessaire travail de vérité par quoi se définit une vraie "vie spirituelle" ». « Comment notre société, si rationnelle, a-t-elle pu et peut-elle encore produire des désordres si effrayants ? Jusqu'où donc, en l'hom- me, est la racine de son inhumanité ? Penser "par là", c'est vraiment œuvre de l'Esprit, qui ne se borne pas au bon calcul et à l'agir efficace, mais vient et revient aux "choses premières", par où l'homme peut vivre. (…) La vie spirituelle commence par un constat : ce monde où nous sommes délire. (…) L'action à hauteur du péril sera invention, création, perpétuelle création, en toutes directions, de modèles pour la pensée, de méthodes pour la pratique, de modes de vie, de récits, d'images, d’œuvres en tous genres. » ../..
  • 82.
    Maurice Bellet « Negarder d’autre lien que ce très fragile et invisible lien qui nous donne d’être, c’est-à-dire d’être les uns aux autres ? Pensée terrible. Elle défait tous les grands édifices construits sur le divin supposé. Tout commence autrement. Naître en humanité. Aimer la présence, la parole, l’amour, la vie, le regard, le doux toucher, jubiler de cette impossible genèse, passer le seuil des tristesses meurtrières, je dis que c’est enfanter ce que les vieilles traditions dési- gnaient comme le divin. » Décrit 17 manières de prier sans en avoir l’air. 6. Dormir, et le cœur veille. 10. Désirer, désirer désespérément, désirer jusqu’à la douleur et la détresse, jusqu’au grand vide amer, désirer que ce soit autrement. 12. Écouter la musique. 15. Douter, intensément douter de Dieu. (…) le veiller en son agonie. Définit 3 règles du travail en groupe qui garantissent un espace d’écoute et de non-jugement : 1. Je peux tout dire et l’autre aussi; 2. Je ne suis pas obligé de dire et l’autre non plus; 3. Je dis une parole personnelle et vraie (autrement dit, je ne fais ni un discours ni un exposé).
  • 83.
    Jean Delumeau (1923-2020), historienfrançais. Normalien, docteur ès lettres, professeur au ‘Collège de France’ durant 20 ans. Historien spécialiste du christianisme et de l’histoire de la peur et de l’espérance (la peur et la culpabilisation en Occident, le Paradis, etc.). Propose une réunion des Églises chrétiennes sur la base d’un ‘credo fondamental’ et de faire régner en tout domaine une pluralité légitime, antidote contre le cléricalisme et l’intolérance. « Moins de sermons et plus de charité, moins d’obligations et plus d’intériorisation » « Il est temps de faire advenir un christianisme à la fois réunifié et divers, donc acceptant des options théologiques différentes, voire divergentes, pourvu qu’elles ne mettent pas en cause un credo fondamental, simple et accessible à tous, et dont la formulation pourrait être réexaminée d’âge en âge » « Dieu, autrefois moins vivant qu'on ne l'a cru, est aujourd'hui moins mort qu'on ne le dit. »
  • 84.
    Jacques Dupuis (1923-2004), jésuiteet théologien belge. Vit et enseigne en Inde pendant 40 ans à partir de 1949, aide Henri Le Saux dans son projet de rencontre de l'hindouisme et du christianisme. Enseigne à partir de 1984 à l‘’Université pontificale grégorienne’ de Rome. Affirme que les non-Chrétiens peuvent eux aussi rencontrer Dieu sans qu'il faille nécessairement les convertir, élabore une "théologie chrétienne du pluralisme religieux". En octobre 1998, la Congrégation pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger*, lui reproche un manque de clarté sur l’unicité du rôle du Christ dans le salut du monde, et des ambiguïtés sur la présence de l’action de l’Esprit- Saint dans les religions non-chrétiennes. Une longue enquête de 32 mois débouche sur une "Notification" publiée dans l'Osservatore Romano en fév. 2001. Le cardinal Ratzinger écrit : « Il est en conformité avec la doctrine catholique d’écrire que des semences de vérité et de bonté se trouvant dans les autres religions font partie en quelque sorte des vérités contenues dans la Révélation de et en Jésus-Christ. ../..
  • 85.
    Jacques Dupuis Par contre,considérer que ces éléments de vérité et de bonté, ou certains d’entre eux, ne dérivent pas ultimement de la médiation-source de Jésus-Christ, est une opinion erronée. » En 2001 le pape Jean-Paul II reconnaît le travail de pionnier fait par Jacques Dupuis dans la réflexion théologique sur place qu’occupent les religions non-chrétiennes dans le "plan divin de salut du monde". « La terrible affirmation d'un disciple de saint Augustin " Hors de l'Église, point de salut* " ne peut se maintenir à l'échelle d'une planète si diversifiée. De plus, elle ne peut correspondre à l'idée d'un Dieu miséricordieux qui ne veut pas la mort du pécheur. Une voie plus inductive, c'est-à-dire intérieure et non dogmatique, peut tracer des ouvertures vers une rencontre de l'autre en qui Dieu est aussi présent à sa manière. » La phrase exacte de Cyprien de Carthage (200-258) est « Salus extra ecclesiam non est » (Epistula 4 et 73). « Celui qui n'a pas l'Église comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père » écrit-il encore. Dans son Commentaire sur le Livre de Josué, Origène (v. 185 - v. 253) a des formulations similaires : « Que personne donc ne s’illusionne, que personne ne se trompe lui-même : hors de cette demeure, c’est-à-dire hors de l’Église, personne n’est sauvé. » Un livre de Bernard Sesboué sj raconte l’histoire de cette phrase. NDLR
  • 86.
    René Girard (1923-2015), philosophefrançais, docteur en histoire, chrétien. Effectue la totalité de sa carrière aux États-Unis. Travaille sur le caractère mimétique du désir, le sacrifice, le mécanisme victimaire et celui du bouc émissaire. Jette les bases d’une nouvelle anthropologie. Parce que nos désirs sont par nature instables, flottants et incertains, nous avons besoin d’un tiers pour désirer : un médiateur, une personne qui va éclairer et désigner l’objet de notre désir. Nous voulons alors l’imiter. Mais quand deux personnes désirent le même objet, il y a conflit, rivalité mimétique, crise mimétique, source de querelles de voisinage, de bureau, aussi bien que de guerres sanglantes. Nous avons besoin de "boucs émissaires", victimes que l’on charge de tous les maux pour résoudre la crise mimétique universelle. L’Évangile de Jésus de Nazareth affirme clairement l’innocence de la victime et remet en cause l’ordre sacrificiel sur lequel reposent les sociétés. ../..
  • 87.
    René Girard Jésus meurt« parce qu’il refuse de se soumettre à la loi de la violence ». « Il n’y a rien, dans les Évangiles, pour suggérer que la mort de Jésus est un sacrifice, quelle que soit la définition qu’on donne de ce sacrifice, expiation, substitution, etc. ». La lecture sacrificielle de sa mort est « le malentendu le plus paradoxal et le plus colossal de toute l’histoire ». Tous les efforts déployés par les théologiens pour expliquer le pacte sacrificiel qui aurait été conclu entre le Père et le Fils, « n’aboutissent qu’à des absurdités. (…) Ce postulat a plus fait que tout autre chose, sans doute, pour discréditer le christianisme aux yeux des hommes de bonne volonté dans le monde moderne ». « C’est ce qui reste de chrétien en elles qui empêche les sociétés modernes d’exploser. » R. G. R. G. figure aussi dans le trombinoscope de la non-violence
  • 88.
    Edmond Pezet (1923-2008), prêtrefrançais. Témoin des tortures infligées aux suspects Vietminh pendant la guerre d’Indochine, décide de revenir plus tard comme missionnaire pour compenser le mal qu’il a vu. En 1970, apprend le sanskrit et étudie le bouddhisme à Bangkok. Vit avec les moines bouddhistes de la forêt. N’est pas autorisé par sa hiérarchie à mener une vie contemplative et revient en France en 1989. Montre à quel enrichissement peut contribuer la voie bouddhiste pour raffermir la fidélité à la voie de Jésus. « Le problème n’est pas : quel est ou qui est l’Être Absolu à rejoindre ? Mais quelle est l'attitude intérieure suprême ? Bouddha la définit comme la désappropriation de soi . (…) La foi est toujours humble ; c’est la spéculation rationnelle qui est en perpétuelle tentation, sinon tentative, de ne pas l’être. »
  • 89.
    John Marco Allegro (1923-1988),philologue britannique, docteur d’Oxford, spécialisé dans le grec, l’hébreu et les études sémitiques. Diplôme en études orientales à l'Université de Manchester. Agnostique, premier représentant de l’Angleterre dans l’équipe internationale chargée de préparer la publication des ‘Manuscrits de la Mer Morte’. Met en rapport le développement des langues en Eurasie avec le développement des mythes, religions et pratiques cultuelles dans un grand nombre de cultures. Soutient que l’essénisme est la matrice du christianisme. Croit possible de prouver par l'étymologie que le christianisme, comme beaucoup d'autres religions, a ses racines dans des cultes de fertilité et que les pratiques cultuelles, comme l'ingestion de drogues hallucinogènes* pour percevoir l'esprit de Dieu, ont persisté dans les temps chrétiens. Ses thèses sur les manuscrits de la mer Morte, la Bible et l'histoire de la religion ont été rejetées par 14 scientifiques anglais dont J.H. Jacques * Le chercheur amateur ethnobotaniste états-unien Robert G. Wasson (1898- 1986) est un des premiers à étudier l’utilisation religieuse des champignons dans Soma, Divine Mushrooms of immortality (1967) et le caractère enthéogène des psychotropes. Illustration de couverture du livre en bas : la tentation d’Adam et Ève d’après une fresque du 12ème siècle de la chapelle de Plaincourault (Mérigny- Indre), qui abrite de remarquables peintures murales dont cet "arbre de la connaissance".
  • 90.
    Enrique Angelelli (1923-1976), Argentinfils d’immigrés italiens, évêque catholique du diocèse de La Rioja, dans le nord-ouest argentin, de 1968 à 1976. En 1963, appelle à participer à des campagnes de solidarité pour soulager la faim et l’état d’abandon des dépossédés. Au concile Vatican II, appuie publiquement les rénovateurs et leur "option préférentielle pour les pauvres". À la Rioja, encourage la création de syndicats de mineurs, de travailleurs ruraux et domestiques, de coopératives, invite à travailler les terres en friche. Assassiné lors d’un accident causé à sa camionnette le 4 août 1976, au retour d'une messe célébrée à El Chamical en hommage de deux prêtres assassinés, Gabriel Longueville (1931-1976) et Carlos de Dios Murias (1945-1976). « Je ne viens pas pour être servi, mais pour servir. Servir tous, sans distinction de classes sociales, de convictions ou de croyances. Comme Jésus, je veux être un serviteur de nos frères pauvres. » Photos du dessous : Gabriel Longueville Carlos de Dios Murias
  • 91.
    François Biot (1923-1995), dominicainfrançais. Études à Lyon, Mayence et Rome. Travaille avec Paul Couturier à l’œcuménisme, contribue à la fondation du Centre Saint-Irénée, enseigne au couvent de La Tourette près de l’Arbresle. Expert et journaliste au concile Vatican II. Soucieux d’ouvrir l’Église à des engagements dans les problè- mes de société, veut que tous, clercs et laïcs, prennent des positions neuves, libérées d’une mentalité trop bien pensante à son gré, asservie à des intérêts d’argent cachés. En 1963, entre à Témoignage Chrétíen comme membre de l’équipe de rédaction. En 1972, dirige le ‘Centre Albert le Grand’, fortement orienté sur les problèmes "foi et société", "foi et politique". Secrétaire du ‘Mouvement de la Paix’, intervient à Hiros- hima et à l’ONU à New-York. Après 1974, s’implique dans le soutien aux réfugiés latino- américains, organise des voyages d’études au Chili, au Nicaragua, au Mexique, à Cuba. Cofonde l’’Espace Barthélémy de Las Casas’ qui donne des cours par correspondance sur la théologie de la libération. Son frère Christian Biot (1932-2015), aumônier d’hôpital, est membre de la ‘Société de thanatologie’ et du ‘Comité national d'éthique funéraire’. Militant pour que les rites funéraires dépassent les hommages religieux, cofonde en 1990 l’association ‘L’Autre Rive’ qui offre aux familles qui le désirent une cérémonie spirituelle d’obsèques civiles.
  • 92.
    Itzhak Bentov (1923-1979), scientifique,inventeur, auteur et chercheur de sens israélo- étatsunien, d’origine juive tchécoslovaque. Ses parents sont tués dans les camps de concentration nazis. Après plusieurs années en Israël, où il crée la première fusée de l’État hébreu, émigre aux États-Unis en 1954. Ses nombreuses inventions, dont le cathéter cardiaque orientable, les spaghettis diététiques, les électrodes ECG et des sondes de stimulateur car- diaque, contribuent à lancer l'industrie du génie biomédical. Un des premiers acteurs de ce que l'on appelle aujourd’hui les études sur la conscience, expli- que par ex. les états de conscience supérieurs atteints grâce à la pratique méditative du kundalini yoga. Tué dans le crash d’un avion. Dans son livre de 1977, Stalking the Wild Pendulum: On the Mechanics of Consciousness , écrit que "la conscience imprègne tout". Dans A Brief Tour of Higher Consciousness - A Cosmic Book on the Mechanics of Creation, éclaire les principes kabbalistiques du nombre et du son, la signification des formes et des symboles cosmiques, la conscience des dévas* et la nature de l'absolu. Montre que l'univers et la pensée sont inséparables, que les pen- sées de tous les êtres humains s'influencent les unes les autres et, à leur tour, influencent l'univers entier. * dans la religion védique, déva : puissance agissante qui se manifeste dans les phénomènes naturels et mentaux, terme générique désignant les dieux.
  • 93.
    Freeman Dyson (1923-2020) physicienthéoricien et mathématicien britanno- américain. Professeur à l'université Cornell et à l'Institute for Advanced Study (IAS) de Princeton, puis à Birmingham (GB), puis à nouveau à Princeton. Membre de la Royal Society, de l'Académie nationale des sciences américaine, membre associé étranger de l’Académie des sciences française. Contribue notamment en 1948 aux fondements de l'électro- dynamique quantique. Fait également de nombreuses contributions à la physique des solides, l’astronomie et l’ingénierie nucléaire. « Même maintenant, après les avoir construites depuis une centaine d'années, il est très compliqué de comprendre comment fonctionne une bicyclette - il est même difficile de le formuler comme un problème mathématique. » « L’univers, quelque part, savait que nous allions venir. » Cette phrase, citée par Hubert Reeves, renvoie pour ce dernier au « vouloir obscur »* dont parle Claude Lévi-Strauss dans ses considérations anthropologiques sur la structuration de la nature. * Lévi-Strauss parle d’ « un vouloir obscur qui, au long de millions d’années et par des voies tortueuses et compliquées, sut assurer la pollinisation des orchidées grâce à des fenêtres transparentes laissant passer la lumière… »
  • 94.
    Jean-Yves Jolif (1923-1979), helléniste,philosophe et théologien dominicain fran- çais. Études à Angers, au studium de la province de Lyon, puis au Saulchoir. Professeur aux Facultés catholiques de Lyon, enseigne aussi au séminaire de la ‘Mission de France’ à Pontigny, ainsi qu’au studium de Leysse. Régent du couvent de la Tourette puis prieur du couvent Saint-Abraham. Influencé par la théologie de la libération, proche du Parti communiste à la fin des années 1970. Très impliqué auprès des prêtres-ouvriers de la Mission de France et dans les tentatives de dialogue entre chrétiens et communistes, conjointement avec Roger Garaudy et Gilbert Mury, collabore au ‘Mouvement Rural de Jeunesse Chré- tienne’ (MRJC) et à Témoignage chrétien. « Nous devons aujourd’hui penser la perte possible de l’humanité d’une façon radicale, à la mesure des moyens dont l’homme dispose et qui peuvent se retourner contre lui. Mais une telle perspective n’est pas inéluc- table : il n’est écrit nulle part qu’elle se réalisera (…). C’est précisément parce que la menace est totale que l’espoir peut et doit être plus grand qu’il le fut jamais. (…) Tout dépend de nous (…). Celui qui n’attend pas beaucoup de l’homme est aussi celui qui s’arrange le plus commodément des situations perverties. S’il n’y a rien à espérer, pourquoi contester ce qui est ? Mais un tel cynisme dissimule l’essentiel, il interdit de comprendre l’homme. Je voudrais insinuer, dans le cœur de mon lecteur, une passion pour l’humanité qui lui permettra seule d’être lucide et d’aller au fond des choses, d’être d’autant plus critique et exigeant qu’il attendra davantage. »
  • 95.
    Agehananda Bharati Swami AgehanandaBharati (1923-1991), nom monastique de Leopold Fischer, né à Vienne (Autriche), anthropologue, indologue, professeur de sanskrit et de philosophie indienne. Membre de la ‘Légion de l'Inde libre’ allemande, unité militaire créée pendant la Seconde Guerre mondiale au sein de la Waffen-SS et destinée à servir de force de libération pour l'Inde sous domination britannique. Se convertit à l'hindouisme. Enseignant à Delhi, Bénarès, Bangkok, puis Tokyo, professeur d'anthropologie à l'Université de Seattle puis de Syracuse (États-Unis). Moine hindou de l'ordre Dasanami Sannyasi, auteur de 500 œuvres publiées, dont une autobiographie intitulée La robe ocre. Le premier à dénoncer l’imposture de Lobsang Rampa, pseudo- nyme de Cyril Henry Hoskin (1910-1981), installateur d’équipements chirurgicaux et écrivain britannique qui prétendait être né au Tibet et être devenu le lama médecin à la lamaserie de Chakpori avant de parcourir le monde, puis d'abandonner volontairement son corps de naissance et avoir recours au procédé de transmigration pour continuer sa vie dans celui d'un Anglais. Il avait pris le nom de Carl Kuon Suo jusqu'en 1962. Ses ouvrages, surtout le premier, Le Troisième Œil (1956, 15 millions d’exemplaires), ont obtenu un important succès populaire et l'auteur est parfois perçu comme l'initiateur d'une « nouvelle littérature spirituelle », sinon du New Age dans son ensemble.
  • 96.
    Luigi Bettazzi Né en1923, évêque catholique italien. Dénonce au Concile Vatican II l’Index des livres interdits par l’Église. En nov. 1965, se joint à 41 autres évêques pour signer le "Pacte des catacombes", promettant, en matière de logement, nourriture et moyens de transport de « vivre selon la manière ordinaire de notre peuple ». Évêque d’Ivrea, président international de Pax Christi, mouvement catholique pour la paix, de 1978 à 1985. Participe en début d’année à la "Route du 1er janvier" pour alerter l’opinion sur divers sujets : sit-in devant une prison où sont enfermés des objecteurs de conscience; manifestation à Varèse, ville d’Italie où il y a la plus grande concentration d’usines d’armements. Participe en 1992 à la marche contre les euromissiles à Mons (Belgique), siège du commandement de l’OTAN. « Si l’Église a des difficultés à parler de non-violence, c’est certainement parce qu’elle a une longue tradition de liens avec l’Armée. (…) Lorsqu’on aborde la non-violence, on en arrive forcément à la question de la désobéissance civile. Et je me demande si l’Église a fait un travail théologique en profondeur sur le problème de l’obéissance. » ■