Serge Bonnet
(1924-2015), religieuxdominicain et sociologue français. Chroni-
queur politique, écrivain, universitaire et chercheur au CNRS (‘Groupe de
Sociologie des Religions’). Spécialiste des milieux industriels et ouvriers,
est un fervent défenseur de la religion populaire et du rôle des laïcs au
sein de l'Église.
A une expérience très forte de la piété des catholiques d’origine
polonaise ou italienne qui travaillent dans la sidérurgie en Lorraine. Est
scandalisé par les possibilités que s’octroient les prêtres de supprimer
les fêtes, ou de refuser un baptême, parce que les laïcs n’ont aucun
moyen de protester, dénonce ce néo-cléricalisme insidieux. Observe
que « la liberté chrétienne du peuple est très largement dans sa vie
privée, dans ses fêtes familiales, dans les coutumes qui entourent les
sacrements ». La religion populaire est une « protection contre l’arbi-
traire, l’autoritarisme et les foucades du clerc ».
Au milieu des années 1970, la gauche chrétienne accuse les dévotions
populaires de détourner le christianisme de la contestation de l’ordre social et
d’infantiliser le peuple. Avec l’élection de Jean-Paul II, ces positions sont margina-
lisées car le pape venu de l’Est valorise la religion populaire comme une ressource
de résistance individuelle et collective à l’oppression.
Pour le pape François, l’inculturation du christianisme est une ressource
précieuse de résistance à la sécularisation. Les formes populaires de la piété
favorisent l’espérance, la générosité, la solidarité et entretiennent la résistance des
mentalités face à la puissance de l’argent et aux tentations du calcul égoïste.
3.
Gilbert Simondon
(1924-1989), philosophefrançais. ‘École normale supérieure’,
études de physique, certificat de psychophysiologie, agrégation de
philosophie. Professeur de psychologie à Poitiers puis à Paris.
Spécialiste de la théorie de l'information, de philosophie de la technique,
de psychologie et d'épistémologie. D'un naturel curieux, s'intéresse
beaucoup à l'autre et discute avec les agriculteurs, les artisans et les
ingénieurs pour nourrir ses réflexions autour des objets techniques.
Dans son ouvrage Du mode d'existence des objets techniques (1958),
distingue les objets esthétiques et les objets sacrés de ce qu'il nomme les « objets
techniques ». Ceux-ci possèdent deux caractéristiques de base :
- L'objet technique primitif est l'outil ; il est relativement détachable, manipulable et
s'utilise grâce aux forces du corps humain. G. S. élabore une théorie de l'évolution
de l'objet technique basée sur le concept de "concrétisation".
- L'objet technique se trouve répandu dans la plupart des civilisations. Il peut être
un couteau, une automobile, un ordinateur.
Rejette l’anthropologie de la technique car il refuse la séparation
de la culture et de la technique, mais aussi la distinction entre l’homme
et le vivant qui a cours chez bon nombre de philosophes, qui considè-
rent que l’homme possède une "essence" qui le place au-dessus du
reste du monde vivant.
4.
Gilbert Simondon
- Lapensée magique caractérise « l’union primitive » de l’homme et du
monde, « avant tout dédoublement de la subjectivité et de l’objectivité ».
Les chamanes sont des médiateurs entre les sujets et le monde.
- La pensée technique est l’expression d’une objectivation d’un monde, où
toute chose perd sa singularité. Ce n’est pas la technique qui a déshumanisé
l’homme, c’est l’homme qui a déshumanisé la technique.
- Dans la pensée religieuse, « l’objet, l’être, l’individu, sujet ou objet, sont
toujours saisis comme moins qu’unité, dominés par une totalité pressentie
qui les dépasse infiniment ». Cette pensée veut ainsi préserver le « fond »
du monde, c’est-à-dire l’unité de forces et de qualités qui transcendent toutes
les particularités, contre la dispersion du monde en objets que suscite la
pensée technique.
- La pensée esthétique consiste dans « retour au monde » d’une expérience
qui, auparavant, s’en était séparée.
Démystifiant la technique, pensant les conditions de l'invention, fait le
pari de l'intelligence et donc de l'homme.
5.
Richard Lowell Rubenstein
(1924-2021),théologien, rabbin, enseignant et écrivain étatsunien, né de
parents juifs non pratiquants. Études supérieures au Hebrew Union College,
master de littérature hébraïque du Jewish Theological Seminary of America,
ordonné rabbin par cette institution. Master de Sacred Theology à la Harvard
Divinity School, doctorat de Harvard University. Directeur de la B'nai B'rith
Hillel Foundation et aumônier des étudiants juifs de plusieurs universités.
Professeur d’histoire et philosophie des religions à l'Université de Bridgeport.
Chroniqueur régulier (relations internationales) pour le quotidien japonais
Sekai Nippo (Tokyo).
Son premier livre Après Auschwitz(1966) lance le débat contemporain
sur la signification de l'Holocauste dans la pensée religieuse, tant juive que
chrétienne. Y affirme qu'après Auschwitz, la croyance en un Dieu rédemp-
teur, actif dans l'histoire et qui rachèterait l'humanité de ses vicissitudes,
n'est plus possible. Soutient que les Juifs ne peuvent plus prôner la notion
d’un Dieu omnipotent à l’œuvre dans l’histoire, ni croire à l’élection d’Israël
comme peuple élu.
Son rejet de cette conception de Dieu n’implique cependant pas la fin
de la religion ni la fin du judaïsme, car dans un monde dénué de sens, la
communauté humaine devient d’autant plus importante. ../..
6.
Richard Lowell Rubenstein
Soulignel'importance des rituels, des rites de passage et de la
communauté religieuse pour la pensée et pour l'éthique.
Fervent partisan d’ Israël, étudie toute sa vie le génocide et l’anti-
sémitisme, cherche à comprendre le phénomène de l’antisémitisme
islamique tel qu’il se manifeste particulièrement en Europe. Son dernier
livre, La Perfidie de l'Histoire (2005), traite du défi que représente l'extré-
misme islamique pour la civilisation occidentale.
Proche de ‘l’Église de l'Unification’, mouvement religieux sectaire
créé par Sun Myung Moon (1920-2012) dont il apprécie la lutte anticom-
muniste, siège à son conseil consultatif.
Dans son livre Mon frère Paul, entreprend une étude psychana-
lytique de l‘apôtre Paul de Tarse.
« En tant que fondement de l'être, Dieu participe à toutes les joies
et peines du drame de la création qui est en même temps l'expression la
plus profonde de la vie divine. La vie unitaire immuable de Dieu et celle
de la multiplicité dynamique et en constante évolution du cosmos reflètent
en fin de compte une seule réalité unitaire. »
« Le plus éminent protagoniste juif d’une recherche théologique
interconfessionnelle qui semble s’ébaucher aux États-Unis sous le signe
de la “mort de Dieu” », dit de lui Léon Poliakov.
7.
Karlheinz Deschner
(1924-2014), chercheur,historien et conférencier allemand, né
d’un père catholique et d’une mère protestante. Études à Bamberg et à
Würzburg. Publie, à l'âge adulte, des nouvelles, des critiques littéraires,
des essais, des aphorismes, ainsi que des critiques historiques de la
religion et de l'église catholique romaine.
Ses ennuis commencent en 1971, quand il est cité à compa-
raître devant un tribunal de Nuremberg, accusé d'avoir « insulté l'Église ».
Il est acquitté, et l'affaire a un certain écho, mais c'est seulement dans les
années 1980 que ses publications commencent à être largement diffu-
sées en Europe.
Son L'histoire criminelle du christianisme (Kriminalgeschichte
des Christentums), commencée dans les années 1970, présente un
travail de recherche unique sur environ 6 000 pages en 10 volumes.
Diffusé au total à environ 350 000 exemplaires, traduit en 24 langues,
c'est l'un des ouvrages les plus importants de critique des Église et de la
religion dans la littérature mondiale, qui a reçu de nombreux prix et
oscars. Un volume présente l'index des sujets et l'index des personnes.
Auteur également de Dieu et les fascistes.
8.
Simone Pacot
(1924-2017) auMaroc. Avocate spécialisée dans les conflits familiaux.
Travaille dans une équipe à la réconciliation entre Juifs, Chrétiens et
Musulmans. Pressent en elle un domaine resté inexploré, la dimension
psychologique, entreprend une psychothérapie.
Marquée par la parole de Jésus "Lève-toi, prends ton grabat et
marche", crée en 1987 les sessions "Évangélisation des profondeurs"
comme un trajet spirituel afin d'amener la personne à accepter ses limites,
reconnaître ses blessures, assumer son histoire afin de se remettre en
route sur des chemins de vie.
Identifie 5 lois fondamentales de vie : 1) le choix de la vie; 2) l'accep-
tation de son humanité; 3) le déploiement de son identité spécifique; 4) la
recherche de l'unité entre le corps, le psychique et le spirituel; 5) la fécon-
dité et le don.
« Prendre conscience de ses erreurs, de ses fausses routes, les
nommer, y renoncer, choisir de s'engager sur un chemin de vie. »
9.
Jacques Le Goff
(1924-2014),historien médiéviste français. Normalien, agrégé
d’histoire, président de section à l’’École Pratiques des Hautes Études’. Se
penche sur l’histoire comme mémoire, sur l'histoire des mentalités et des
sensibilités. Porte une attention particulière aux corps, aux gestes, aux
rires, aux larmes, aux rêves, à la matérialité des choses comme à
l'imaginaire des civilisations, au religieux comme au merveilleux.
Auteur d’un livre sur le Purgatoire. C’est dans la décennie 1170-
1180 qu’on voit éclore distinctement la croyance en un Purgatoire faisant
nombre avec le Ciel et avec l’Enfer, en tant que l’un des trois lieux où
peuvent se retrouver les âmes après la mort. Le système des indulgences
avait pour origine une dispense de pénitence. L’indulgence appliquée aux
défunts pouvait donc raccourcir leur séjour dans ce lieu de tourments
purificateurs.
« Dès lors, faut-il encore s’étonner qu’à la veille de la Réforme, le
père dominicain Tetzel, quêtant pour les œuvres de l’archevêque de
Magdebourg et pour les constructions du pape, ait proclamé qu’à chaque
fois qu’une pièce d’or tombait au fond de sa sébile, une âme s’envolait du
Purgatoire vers le Ciel ? On comprend que le moine augustin Martin
Luther ne l’ait pas supporté.» Michel Poirier
10.
Yehuda Amichaï
Ludwig Pfeuffer(1924-2000), poète juif israélien de langue hébraïque,
né en Allemagne. Émigre avec ses parents effrayés dès 1935 par les persé-
cutions nazies et gagne la Palestine en 1936. Pendant la Deuxième Guerre
mondiale, s’engage dans la Brigade juive de l’armée britannique puis dans la
branche armée de la Haganah. Reçoit en 1946 le nom hébraïque de Yehuda
Amichaï (: "Mon peuple vit"). Participe à la guerre du Kippour en 1973.
Maître de conférence à l'université hébraïque de Jérusalem. Travaille
avec des écrivains palestiniens, avocat du dialogue et de la réconciliation
dans la région, un des fondateurs du mouvement ‘La paix maintenant’. Invité
par Itzhak Rabin à lire un poème lors de la cérémonie de remise du prix
Nobel de la Paix
« Toute poésie à dimension réaliste contient un engagement politique,
parce qu’un poème réaliste a quelque chose à voir avec une réponse
humaine en friction avec le monde vécu. »
« Après Auschwitz, il n’y a pas de théologie : les matricules aux bras des
prisonniers de l’extermination sont les numéros de téléphone de Dieu,
des numéros sans réponse aujourd’hui déconnectés, les uns après les
autres. Après Auschwitz, il n’y a pas de théologie : les juifs morts dans la
Shoah sont devenus maintenant semblables à leur Dieu qui n’a pas d’image,
qui n’a pas de corps. »
11.
Sri Goenka
Satya NarayanGoenka (1924-2013), chercheur spirituel et profes-
seur de méditation. Bien que d'origine indienne, nait et grandit en Birma-
nie. Apprend de son maître Sayagyi U Ba Khin la technique de méditation
Vipassana. Après avoir étudié avec son maître pendant 14 ans, déménage
en Inde et commence à enseigner en 1969. Dans un pays encore divisé
par les castes et les religions, ses cours attirent des milliers de personnes
de toutes les composantes de la société.
En 1982, commence à nommer des assistants-enseignants pour
l'aider à faire face à la demande croissante de cours. Sous sa conduite,
des centres de méditation sont établis partout dans le monde*, y compris
dans les prisons.
Son enseignement rappelle ceux du bouddhisme theravada, mais
insiste largement sur son universalité. Vipassana est un terme pali signi-
fiant "vision pénétrante", voir les choses telles qu'elles sont réellement.
Cette méthode de méditation pragmatique, applicable par tous, a pour but
est de dissoudre les trois causes de toutes nos souffrances, l’avidité,
l’aversion et l’ignorance, purifier l'esprit, éliminer les tensions et la négativité
mentales. Il y a 2 500 ans, le Bouddha la redécouvre en Inde où elle était
née, et l'enseigne en remède universel à la souffrance humaine.
* notamment, en France, au Centre Dhamma Mahi, près d'Auxerre.
12.
Tissa Balasuriya
(1924-2013), prêtreet théologien catholique sri-lankais, membre de la
congrégation des ‘Oblats de Marie Immaculée’ (OMI), théologien de la
libération, pionnier du dialogue interreligieux et interculturel. En 1971, fonde
le Center for Society and Religion. 4 ans plus tard, fonde l’Ecumenical
Association of Third World Theologians.
En 1990, publie le livre Mary and Human Liberation, tentative pour
présenter le message chrétien dans un dialogue avec les religions orien-
tales, majoritaires en Asie. Présente Marie de Nazareth comme une femme
énergique qui remet en cause l’ordre établi* en dépit de siècles de littérature
et d'iconographie européennes dans laquelle elle est représentée comme
docile et effacée.
Le livre remet en cause le péché originel, "simple production théolo-
gique occidentale", la divinité du Christ, quelques dogmes sur Marie, la
nécessité du baptême, affirme le droit des femmes de devenir prêtres et le
rôle et la valeur des autres religions du monde.
* Reprenant des psaumes bibliques, l’évangéliste Luc fait dire à Marie dans le Magnificat :
« Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il
élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » NDLR
../..
13.
Tissa Balasuriya
En 1994,les évêques sri-lankais déclarent ce livre incompatible avec la foi
chrétienne. T.B. présente une défense théologique de 55 pages à la Congré-
gation pour la Doctrine de la Foi, qui la rejette.
Est sommé de signer une profession de foi spécialement préparée pour
lui*, qui contient notamment l'affirmation suivante : "J'accepte fermement et je
crois que l'Eglise n'a pas autorité pour conférer l'ordination sacerdotale à des
femmes" .
Répond en signant le Credo du peuple de Dieu de Paul VI (1968), avec la
précision : "dans le contexte du développement théologique et de la pratique de
l’Église depuis Vatican II et la liberté et la responsabilité des chrétiens et des
théologiens en vertu du droit canonique". Refusant ce texte, le cardinal Joseph
Ratzinger lui notifie son excommunication en décembre 1996.
En 1998 toutefois, à la veille du Synode pour l’Asie et sous la pression de
plusieurs évêques asiatiques qui ont exprimé des doutes sur la méthode de la
Congrégation romaine, l’excommunication est levée, le P. Balasuriya acceptant
de retirer la précision à laquelle il conditionnait sa signature. Refusant d’admettre
des erreurs doctrinales, reconnaît la possibilité de "perception d’erreur" et
accepte de soumettre tous ses écrits futurs à l’Imprimatur des évêques.
* M. Wong Kai Shing, directeur d’un groupe de défense des droits de l'homme basé à
Hongkong, estime à propos de la profession de foi préparée par la Congrégation romaine qu'il
y a de nombreuses méthodes pour résoudre des conflits qui sont plus appropriées à la
situation que "ces grossières pratiques médiévales" …
14.
Géza Vermès
(1924-2013), historienhongrois. Ses parents juifs se convertissent
au catholicisme, disparaissent dans la Shoah en 1944. Prêtre, docteur
en lettres et en théologie de l’université de Louvain. Quitte l'Église
catholique en 1957, retrouve son identité juive, s'établit au Royaume-
Uni, enseigne à l'université de Newcastle puis d'Oxford. Rédacteur en
chef du Journal of Jewish Studies à partir de 1971.
Spécialiste de l'histoire des religions, auteur de nombreux essais
sur le judaïsme et le christianisme, fait autorité dans le domaine des
Esséniens, des textes araméens et de Jésus de Nazareth.
« Contrairement à l'image divinisée qui a commencé à s'élaborer à
partir de l'apôtre Paul, Jésus était un homme simple, modeste. C'est un
prophète dans la tradition des Élie et Élisée (…). Comme eux, il est
doté d'un pouvoir charismatique extrême : c'est un guérisseur capable
de soulager les maladies (paralysie, cécité), un exorciseur qui chasse
les démons, un faiseur de miracles. Un statut qui n'a en soi rien
d'extraordinaire à l'époque : la littérature des rabbins cite ainsi d'autres
"guérisseurs" connus à l'époque et Flavius Josèphe parle de Jésus
comme d'un "homme sage" qui savait accomplir des prodiges. »
15.
Étienne Trocmé
(1924-2002), historienfrançais. ‘École des chartes’, ‘École pratique
des hautes études’, docteur en théologie. Professeur à la ‘Faculté de
théologie protestante de Strasbourg’, professeur invité dans des univer-
sités du monde entier. Spécialiste de la naissance du christianisme et du
Nouveau Testament. Directeur de la Revue d'histoire et de philosophie
religieuses.
Fervent partisan du rapprochement entre religions, milite en faveur
de la création d'une faculté de théologie musulmane dans le cadre de
l'université de Strasbourg.
Présente Jésus de Nazareth, selon les groupes et les milieux, en 5
images : messie, moraliste, prophète, magicien et martyr. À l’encontre
d’autres thèses*, montre que la découverte du christianisme par lui-même
ne date que de l’extrême fin du 1er siècle de notre ère.
« Somme toute, la naissance du christianisme en tant que religion
indépendante eut lieu dans les années 70-100. »
* On a parfois soutenu que les chrétiens avaient acquis très tôt leur autonomie
à l’égard du judaïsme, dès le temps de Jésus, dès la fondation de la première Église
à Jérusalem, ou dès l’époque de l’activité missionnaire de l’apôtre Paul
16.
Jean Debruynne
(1925-2006), Français,prêtre de la ‘Mission de France’, aumônier
de divers mouvements, scénariste, poète et écrivain. Marqué par
Madeleine Delbrel, Jacques Prévert et Jean-Louis Barrault.
Auteur de chants et chansons, de productions audiovisuelles et de
jeux scéniques, convaincu que la scène est un carrefour d’humanisation
de l’homme.
« Résister, c’est être assez têtu pour voir se lever le jour derrière
les barbelés. C’est refuser l’humiliation, c’est refuser la bêtise. C’est
devenir un dissident qui refuse de se mettre au garde à vous devant
n’importe quelle publicité. »
« Résister, c’est se tenir debout devant Dieu, et non pas à plat
ventre ou à genoux.»
« Résister, ce n’est pas laisser la mort te tuer, mais c’est choisir de
la vivre en guettant que personne ne vienne te voler ta mort. »
« Naître, c'est oser, C'est prendre le risque, C'est quitter la terre
ferme, C'est ne pas savoir à l'avance ce qu'il y a devant. C’est accepter
l'inconnu, l'inattendu, l'imprévu et la rencontre. »
« Imaginez demain / comme une page blanche / L’avenir tend la
main / pour vous tirer la manche. »
17.
Arnaud Desjardins
(1925-2011), auteurfrançais, réalisateur de films, devenu
enseignant spirituel. Diplômé de ‘Sciences po’, travaille dans une
banque, dans l’import-export, etc.
Offre aux Occidentaux, sur les chaînes de l’ORTF, des
documentaires tournés auprès du Dalaï-lama en Inde et du maître
zen Taisen Deshimaru au Japon, mais également des films sur les
ashrams hindous, le tantrisme et le soufisme, qui l’aident en outre à
trouver sa propre voie.
Rencontre Shivananda, Ma Ayanda Modi, alexandra David
Neel, le 14ème Dalaï-lama. Disciple du maître indien Swâmi
Prajnânpad, se fait le relais de la tradition de l’adhyatma yoga. Crée
un centre de formation et de rencontres de Hauteville à St Laurent-
du-Pape (Ardèche). La présence d’une salle d’étude juive, d’une
chapelle et d’une petite mosquée appelle à l’érosion de l’égocen-
trisme compatible avec les diverses traditions religieuses.
« La quête de sens est aujourd’hui cruciale. Elle s’exprimera
de manière universelle et cela passera par la rencontre entre les
religions. »
18.
Bert Hellinger
Né en1925, psychothérapeute allemand. Études de philosophie, de
théologie et de pédagogie. Après 16 ans auprès des Zoulous d'Afrique
du Sud comme missionnaire-enseignant, abandonne la prêtrise.
Anime des séminaires sur l’analyse des scénarios de vie
développée par Éric Berne, fondateur de l’analyse transactionnelle.
Avec son épouse Sophie, développe dans les années 1990 une
méthode de thérapie familiale, la ‘constellation familiale’, voie de
passage vers un autre niveau de conscience dans un processus
cosmique. Les représentants dans une constellation ressentent les
émotions et sensations des personnes qu’ils représentent, sans savoir
quoi que ce soit à leur sujet.
« L’attitude et la manière de procéder qu’exige la constellation
familiale nécessitent une attitude de profonde humilité, ouverte et
bienveillante envers tout qu’elle voit. Une attitude exempte d’intérêt
personnel, qui ne cherche pas à “faire” ni à atteindre un but défini
d’avance. Une attitude de confiance et d’abandon total, qui ne vise pas
à savoir où et comment se fera l’étape suivante. »
19.
John B. Cobb
JohnBoswell Cobb, né en 1925 au Japon de parents missionnaires
méthodistes, théologien, pasteur, philosophe et écologiste états-unien.
Études à la Divinity School de l'Université de Chicago, docteur en
philosophie. Auteur de plus de 50 livres, élu en 2014 à la prestigieuse
‘Académie américaine des arts et des sciences’.
Héritier de l'école de Chicago, un des principaux représentants de
la théologie chrétienne du Process, inspirée de la philosophie de Alfred
North Whitehead, qui entend souligner le caractère dynamique de la
divinité. Fonde en 1973 avec David Ray Griffin (né en 1939) le Center for
Process Studies, centre de recherche sur la philosophie et la théologie du
Process de la Claremont School of Theology (Los Angeles, Californie) qui
lancera de plus de 30 centres connexes dans des institutions universi-
taires à travers le monde, dont 23 centres en Chine.
En raison de son intérêt et de son approche larges d'esprit, exerce
une influence dans un large éventail de disciplines, notamment la théolo-
gie, l'écologie, l'économie, la biologie et l' éthique sociale. A beaucoup
écrit sur le pluralisme religieux et le dialogue interreligieux, en particulier
entre le bouddhisme et le christianisme, ainsi que sur la nécessité de
réconcilier religions et sciences. Avec son fils, Clifford Cobb, a développé
un modèle alternatif à l’indice PIB, ‘l'indice de bien-être économique
durable’.
../..
20.
John B. Cobb
Membrefondateur de l'Institute for Ecological Civilization (EcoCiv),
qui cherche à mettre en place "une société humaine pleinement durable en
harmonie avec les écosystèmes environnants et les communautés de vie".
Remet en cause la notion chrétienne "traditionnelle" de Dieu. Ne
croit pas que Dieu soit omnipotent dans le sens d'avoir un contrôle
unilatéral sur tous les événements, car concilier le pouvoir coercitif total
avec l'amour et la bonté est impossible. Au lieu de cela, toutes les
créatures ont un certain degré de liberté que Dieu ne peut pas outrepasser.
Résout le problème du mal en niant l'omnipotence de Dieu : le rôle de Dieu
est de libérer et de responsabiliser.
Contre le théisme traditionnel , nie l'idée que Dieu est immuable et
impassible. Souligne au contraire que Dieu est affecté et changé par les
actions des créatures, humaines et autres. Voit Dieu comme expérimentant
avec tous les êtres, empathique avec tous les êtres, devenant "le compa-
gnon d'infortune qui comprend".
Voit le salut comme l'effort continu de transformer et de perfectionner
notre expérience dans ce monde, comme une préférence pour une expé-
rience intense plutôt qu'ennuyeuse, pour la beauté plutôt que la laideur.
21.
Yves Oltramare
Né en1925, banquier privé, issu d’une lignée protestante qui a
construit le légendaire "esprit de Genève", associé de la banque privée
Lombard Odier, gestionnaire de fortunes privées.
Ayant découvert par le jésuite Roland Maille à Marseille les exercices
spirituels d’Ignace de Loyola, prend acte de son "péché", au sens
d’Ignace : vivre dans le non-être, c’est-à-dire dans le manquement à la
bonté. Outre son engagement dans la vie économique suisse et inter-
nationale, siège durant trente ans au comité d’investissement du Fonds
de pension des Nations Unies. Initie la chaire ‘Religion et politique dans le
monde contemporain’ à ‘l’Institut de Hautes Études internationales et du
développement’ (IHEID).
« La vie spirituelle n’est pas une fuite, mais un combat. »
« La finance, cela touche tout le monde. Mon bureau ressemblait à
un confessionnal. »
« J’ai commencé à être vraiment moi-même à 80 ans. «
« Cesser de se nombriliser pour s’ouvrir au monde, c’est une
démarche de toute une vie, jamais totalement accomplie. »
« L’univers ne serait pas le même si tu n’existais pas. Demande-toi
chaque matin : Qu’est ce qui m’est demandé aujourd’hui ? »
22.
André Verheyen
(1925-2007), prêtrebelge, curé à Bruxelles.
Après sa retraite, fonde en 1991 l’association et la revue Libre
Pensée Chrétienne, actuellement animées par Christiane et Herman
Van den Meersschaut-Janssens.
« Le discours officiel de nos Églises est largement dépassé et, de
ce fait, grandement responsable de la désaffectation massive vis-à-vis
du christianisme que l'on constate en Occident au début de ce troisième
millénaire.(…)
Les trois orientations qui nous semblent les plus importantes sont :
- La liberté de pensée qui est un acquis irréversible de l'humanité et une
condition essentielle à la démarche de foi ;
- Une relecture des textes bibliques à la lumière des acquis de l'exé-
gèse contemporaine en refusant tout fondamentalisme et tout dogma-
tisme ;
- Une ouverture qui accueille aussi ceux qui, sans se référer à une
institution confessionnelle, adhèrent aux valeurs de justice, d’amour, de
liberté et de vérité. »
Image du bas : Christiane et Herman Van den Meersschaut-Janssens
23.
Michel de Certeau
(1925-1986), jésuite français aux marges de l’institution,
philosophe et historien, cofondateur de la revue Christus et de l’École
freudienne de Paris, directeur d’étude à l’EHESS, enseigne aux États-
Unis.
Auteur d'études d'histoire religieuse et d'ouvrages de réflexion
plus générale sur l'histoire et son épistémologie, la psychanalyse, et le
statut de la religion dans le monde moderne. Grand conteur du récit de
la foi des mystiques. Après Mallarmé, qui nommait ainsi Rimbaud,
qualifie Jésus de « passant considérable »
« Seule une humanité plurielle peut rendre compte de l’unité de
Dieu. »
« Avec l’arme nucléaire, le juste et l’injuste ne sont plus pertinents.
C’est comme le camp de concentration : on tombe dans l’impen-
sable (…). »
« Allons-nous accepter une fatalité de l’histoire que nous allons
nommer "le sacré", ou bien allons-nous chercher les voies d’un
contrôle humain qui prendra des formes politiques, juridiques et
éthiques ? »
24.
Juan Luis Segundo
(1925-1996),jésuite uruguayen, théologien de la libération.
Études en Argentine et en Belgique. Thèse de doctorat d’État à la
Sorbonne sur Nicolas Berdiaev.
Crée les Cursos de Complementación Cristiana, cours durant
lesquels il analyse, de 1961 à 1964, les problèmes économiques,
sociaux et politiques à la lumière du christianisme.
Co-fonde en 1965 le Centro de Investigación y Acción Social
Pedro Fabro qu'il dirige jusqu'en 1971. Le centre est fermé par la
dictature militaire (1973-1985).
Forcé à l'exil sous la dictature, enseigne au Brésil, au Canada
et aux Etats-Unis.
« La vraie mesure de nos universités jésuites réside dans notre
capacité à former des hommes de compétence et de compassion
pour devenir des agents du changement et travailler à monde un
monde meilleur. »
25.
Claude Tresmontant
(1925-1997), philosophefrançais, helléniste et hébraïsant, et
exégète. Enseigne pendant de nombreuses années la philosophie
médiévale et la philosophie des sciences à la Sorbonne. Ses travaux
portent sur la philosophie des sciences et sur l'histoire de la pensée
chrétienne depuis ses origines hébraïques. Correspondant de ‘l’Aca-
démie des sciences morales et politiques’. Devance Vatican II dans le
domaine de l’amitié judéo-chrétienne.
Pense que les données de la connaissance scientifique actu-
elle, notamment en cosmologie et en biologie, conduisent à affirmer
l'existence de Dieu. La question de l'existence de Dieu ne relèverait
donc pas, contrairement à ce qu'affirme la philosophie moderne depuis
au moins Kant, de la croyance (au sens d'adhésion irraisonnée), mais
de la raison.
Reprend la thèse selon laquelle l'enseignement du rabbi
Ieshoua aurait été donné en dialecte araméen et en hébreu et que cet
enseignement aurait été écrit pour partie de son vivant ou peu après sa
mort. Ce n'est que plus tard que cet enseignement aurait été traduit
dans le grec populaire de l'époque.
26.
Roger Lenaers
(1925-2021), pasteurbelge, jésuite depuis 1942. Études de
philosophie, de théologie et de philologie. Pasteur au Tyrol après 1995.
Pour lui, les anciens mythes chrétiens (création en 6 jours, Déluge,
conception virginale de Jésus, Résurrection, Ascension, etc.) ont pu
permettre de comprendre des vérités sur Dieu, mais ils ne parlent plus
à nos contemporains. Jésus n’a jamais revendiqué autre chose que
d’être ‟le fils de l’homme”. En appelant Jésus ‟Dieu”, les Chrétiens du
2ème siècle voulaient confesser sa transcendance en lui donnant le nom
qui correspondait à l’image qu’ils se faisaient de lui. La Résurrection
signifie que les apôtres ont ressenti Jésus vivant et présent en eux
après sa mort. etc.
Appelle à un renouveau de la foi chrétienne et de ses modes
d’expression.
« La naissance virginale de Jésus ou sa résurrection corporelle
sont un déni de la vérité scientifique, qui rendent impossible
l'intégration de la foi dans la modernité. » ../..
27.
Roger Lenaers
« Lecroyant moderne ne rejette pas les formules traditionnelles
comme étant fausses, il sait qu’elles articulent les mêmes expériences
de foi que les siennes propres, mais qu’elles partent d’un autre axiome. »
« Un Dieu qui parle est un être entièrement anthropomorphe.
Pourquoi l'Église primitive a-t-elle pensé que Dieu parle ? Parce qu'elle
était composée de Juifs. Et ceux-ci considéraient la Bible comme la
collection des mots que Yahweh avait communiqués ou même dictés à
Moïse et d'autres prophètes. (…) En outre, le comportement des
Musulmans et des Juifs orthodoxes, qui considèrent toujours leurs livres
sacrés et se référant à eux pour justifier des actes inhumains, montre
trop clairement à quoi une telle croyance peut conduire.»
« Au lieu des traditionnels sacrements, de nouveaux rituels
inspirants peuvent enrichir, éclairer, guérir, non pas par une intervention
divine de l'extérieur, mais en favorisant par leur propre force symbolique
notre humanisation. La nouvelle image de Dieu nécessite donc que nous
créions de nouveaux rituels ou renouvelions ceux existants, et inventions
ainsi une nouvelle liturgie.»
28.
Roger Lenaers
« Ladoctrine étrange de la transsubstantiation développée au
Moyen-Âge n’est plus recevable : un dieu au plus haut, qui, au
moment où un prêtre prononce quelques mots magiques, intervient
miraculeusement pour changer la nature des choses (…)
L’Eucharistie doit devenir le souvenir rituel inspirant du geste
symbolique par lequel Jésus, comme signe d'adieu, à l'aide du pain
et du vin, rendait clair son désir de nourrir ses disciples avec le
meilleur de lui-même.»
« Le concept de sacrifice cultuel suppose un dieu anthropo-
morphe dont la faveur, comme celle des autorités humaines, peut
être gagnée à l'aide de cadeaux. »
« La modernité enrichit notre foi et la complète, en la libérant
de l'image anthropomorphe d'un Theos très haut, qu'elle a hérité
des générations préhistoriques et qu'elle n'a pas encore osé
abandonner. (…) Dans le même temps la modernité assainit la foi
traditionnelle de l'intolérance, de la course au pouvoir, du
fanatisme, des superstitions, des illusions et des peurs qui
prolifèrent dans toutes les religions.»
29.
Carlos Castaneda
(1925-1998), écrivainétatsunien, diplômé en arts plastiques et
docteur en anthropologie. Ses ouvrages relatent l'enseignement chamani-
que qu'il dit avoir reçu d'un "homme de connaissance" yaqui de tradition
toltèque dénommé don Juan Matus.
Ses ouvrages publiés dans les années 1960, alors que les États-Unis
s'enlisent dans la Guerre du Viêt Nam et dans une période de contre-
culture naissante, ont tous été des best-sellers. Ils reçoivent les louanges
des critiques avant que certains ne suggèrent qu'ils soient des ouvrages de
fiction. Si la controverse est toujours vive, ses défenseurs pensent
cependant que ses livres traitent bien de faits réels ou du moins qu'ils ont
une valeur philosophique et qu'ils décrivent des pratiques permettant un
accroissement de la conscience.
Se retire en 1973, dans une grande maison de Westwood (Californie)
avec trois de ses collègues : ses "compagnons sur le chemin de la
conscience. Fonde l'organisation Cleargreen afin de promouvoir la
Tensegrity décrite comme la version modernisée de certains mouvements
appelés « passes magiques » développées par des chamanes indiens qui
vivaient au Mexique avant la conquête espagnole et qui permettaient
d'accroître leur pouvoir de perception.
30.
Gilles Deleuze
(1925-1995), philosophefrançais. Agrégé de philosophie, profes-
seur à l’université de Lyon puis de Paris VIII. Auteur d’une œuvre philoso-
phique influente et complexe, à propos de la philosophie elle-même, de la
littérature, de la politique, de la psychanalyse, du cinéma et de la peinture.
Bouleverse le paysage philosophique en transformant la discipline
en une véritable boîte à outils, accessible à tous. Emploie des mots simples
au service d'une pensée rigoureuse et d'une grande imagination concep-
tuelle, ce qui permet à son œuvre d'être comprise par le large public attiré
par ses cours en accès libre.
Engagé avec Michel Foucault dans le ‘Groupe d'information sur les
prisons’ et dans divers mouvements de gauche, propose de nouvelles
formes d'organisation politique et de « microrésistance » en réseaux.
La maladie respiratoire qu’il a depuis son enfance devenant trop
difficile à supporter, se donne la mort à 70 ans.
« Faire de la philosophie, c'est constituer des problèmes qui ont un
sens, et créer les concepts qui nous font avancer dans la compréhension et
la solution des problèmes. »
« Seul l’acte de résistance résiste à la mort, soit sous la forme d’une
œuvre d’art, soit sous la forme d’une lutte des hommes. »
« Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie. »
Image : L'Abécédaire de Gilles Deleuze est un documentaire produit par Pierre-André
Boutang et tourné entre 1988 et 1989, qui consiste en une série d'entretiens entre le philosophe et
son élève la journaliste Claire Parnet.
31.
Jean d’Ormesson
(1925-2017), écrivain,chroniqueur, éditorialiste, acteur et
philosophe français.
Ex-président du ‘Conseil international de la philosophie et des
sciences humaines’ à l'UNESCO, membre de l’’Académie française’.
Longtemps marqué à droite, ex-directeur de la rédaction du Figaro,
mais d’une grande ouverture. Intelligence pétillante et toujours en
alerte, présence chaleureuse, vivacité intacte jusqu’à sa mort à
l'égard des gens et de l'actualité.
« Je suis agnostique, ce qui veut dire que je ne sais pas. Il y a des
gens qui savent que Dieu existe, d’autres qui savent que Dieu n’existe
pas. Moi, je ne sais pas. (…)
Je trouve que l’athéisme est magnifique. J’admire les femmes et
les hommes qui ne croient pas en Dieu et qui font le bien. Car, tout de
même, les Chrétiens, les Musulmans, les Juifs attendent une
récompense dans l’autre monde. Les athées qui ne croient en rien et
qui font du bien, je pense que ce sont ceux-là qu’on devrait faire
asseoir à la droite de ce Dieu auquel ils ne croient pas. »
../..
32.
Jean d’Ormesson
- AndréSchweitzer * : Il y a un ailleurs. Je crois que nous y entrerons
tous.
- Della Porta : Il n’y a pas d’ailleurs, et nous n’irons nulle part !
- Jean d’Ormesson : Eh bien, il n’y a plus qu’à attendre !
« Les hommes sont mortels, mais l’humanité, comme les dino-
saures, est probablement appelée à disparaître, et aussi le système
solaire. (…) Depuis le big bang, tout commence à mourir à l'instant
même de naître. L'univers n'est qu'un élan vers l'usure et la mort. Tout
passe. Et pourtant tout subsiste. Car ce qui a été, et l’univers entier est
dans ces quelques mots, ne peut pas cesser d’être. »
« Les hommes sont-ils appelés à connaître tout des secrets de
l’univers puis à sombrer avec lui ? Quand l’univers tout entier aura
disparu à son tour et ne sera plus qu’un souvenir, qui se souviendra de
l’univers ? »
« Y a t-il de l’esprit ailleurs que dans la pensée des hommes, qui
serait aussi au-dedans de nous ? »
* Dialogue et méditation à l’occasion des obsèques de Romain Gary
33.
Jean d’Ormesson
« Laseule façon pour Dieu de s'exonérer d'une responsabilité
écrasante, c'est de ne pas exister. On peut pardonner à Dieu s'il n'existe
pas. S'il existe, je crains qu'il ne faille trop souvent le maudire. »
« La vérité est que sur l’avant-notre-monde et sur l’après-notre-
mort, nous ne savons rien. (…) Dieu n’est que silence et absence. »
« Il n’y a pas de grande figure de conquérant, de découvreur,
d’inventeur qui n’ait pas, au moins une fois dans sa vie, été suivie par le
hasard. »
« La souffrance existe avant les hommes, mais le mal n’apparaît
qu’avec eux. »
« Je crois en Dieu parce que le jour se lève tous les matins, parce
qu’il y a une histoire, et parce que je me fais une idée de Dieu dont je
me demande bien d’où elle pourrait venir s’il n’y avait pas de Dieu. »
« Il y a quelque chose au dessus des hommes qui nous est inconnu
et qui nous pousse à aimer les hommes au lieu de les détester ».
« Le paradis et l’enfer ne sont peut-être rien d’autre que le souvenir
de nos actes »
34.
Jean d’Ormesson
« Depart et d'autre de votre présent si fragile, le passé et
l'avenir sont des monstres assoiffés de temps. »
« La seule question, c’est Dieu, qu’il existe ou qu’il n’existe
pas. »
« Avec l’espace et le temps, avec les nombres, avec la
nécessité et le hasard tombés tous ensemble de cette main de
l’Éternel dont nous savons bien qu’elle n’est pas une main, et de son
esprit qui n’a rien à voir avec le nôtre, le monde sort du néant. »
«Vous savez ce que je fais, ce que je n'ai jamais cessé de
faire ? Je change. Comme l'univers, la vie, le temps, je change et je
reste le même...»
« La naissance est le lieu de l'inégalité. L'égalité prend sa
revanche avec l'approche de la mort. »
« Si nous sommes livrés à nos propres forces, il y a toutes les
raisons d'être pessimiste. Mais si on croit à des forces supérieures à
l'homme, alors on peut être optimiste. »
35.
Jean d’Ormesson
« Jedoute que la démocratie soit l’état définitif de l’humanité,
mais elle est l’étape nécessaire de notre évolution. »
« Toujours et à chaque instant, la totalité de l’univers, y compris
le passé et l’avenir, ne cesse jamais d’être installée dans le présent.
La vie, et au-delà de la vie, l’univers, sont des machines à transformer
l’avenir en passé. L’espace est la forme de notre puissance. Le temps
est la forme de notre impuissance. L’espace est fait pour être vaincu
par nous. D’un bout à l’autre, le temps est notre vainqueur. (…) Tout
provoque ma gaité si ce temps n’est que le masque pris par l’éternité
et son masque ici-bas. » »
« Dieu est une recherche, une conquête, une tension, une
espérance. Dieu est un rêve et une tâche infinie. On ne peut le trouver
que si on le cherche. Le temps sert de rideau à une éternité qui se
dissimule derrière lui. (…) La science parle. Dieu se tait. La science
est présente sur tous le fronts. Dieu est absence. (….) L’écart entre la
science et la vérité croît vers zéro à l’infini, mais seulement à l’infini.
Comme la justice, la vérité est hors de notre portée. La tâche des
hommes est de la poursuivre sans relâche en abandonnant toute
espoir de jamais pouvoir l’atteindre. »»
36.
Maguy et DanielLebrun
M. L. (1925-2018) infirmière française, figure spirituelle, conféren-
cière. Manifeste très tôt des dons de guérisseuse et de magnétiseuse.
D. L ( 19??-1986) comptable, médium.
Un jour de mai 1963 où Maguy lit aux côtés de son mari endormi, il
se met à lui parler pendant 3 heures avec une voix au timbre féminin leur
proposant une mission. «Tu ne guériras les corps qu’en guérissant les
âmes car c’est le but que nous poursuivons : élever le niveau spirituel de
ceux qui viennent vers toi et amener des âmes vers Dieu. » Daniel,
médium, reçoit des messages de "médecins du ciel" par l’intermédiaire
d’Etty, une ancienne Résistante du Vercors, morte en déportation, ou du
curé d’Ars.
Ceci les conduit à adopter 18 enfants, à en parrainer ou assister
une bonne quarantaine, à accompagner des malades en phase terminale
et des mourants, à soigner par magnétisme des milliers de gens, à
susciter des groupes de prière dans le monde entier.
Fonde l’association APRES, ‘Association pour la recherche et
l’étude de la survivance’. Anime à Grenoble un groupe de prières de plus
de 400 personnes, dont plusieurs médecins. Pendant près de 30 ans,
anime, en France, des groupes de prière, toutes religions confondues.
37.
Maguy Lebrun
« Peut-êtreest-il important de se réunir pour prier. Peut être est-il
nécessaire de se montrer attentifs aux événements du monde, à la
souffrance de la Terre. Le monde risque de courir à sa perte si aucune
foi, aucune force morale ne le soutient. Discourir ne sert à rien. Soyez
tolérant. Respectez la liberté de conscience de vos frères. Essayez de
comprendre, d’accepter d’aider l’autre, même s’il est différent. »
« La prière est la voie fluidique qui ouvre la porte aux forces
célestes. Il y faut une harmonie totale. C’est pourquoi un médium doit
toujours être entouré, protégé, ne jamais être abandonné à lui-même. Le
groupe de prières constitue donc une protection comme peuvent l’être le
monastère au saint homme ou l’ashram au lama. »
« Certaines maladies sont d’origine karmiques mais il faut, en
même temps, les soigner par les moyens de la médecine convention-
nelle. Dans ce cas le recours à la prière collective est indispensable. Les
forces d’en haut savent ce qui est le mieux. »
« Oui, la vie continue. Ici est l’autre versant de la vie où l’énergie
universelle nous pénètre, nous remplit, nous galvanise et nous donne un
corps subtil (…) Qu’importe alors ce vêtement usé que nous abandon-
nons puisque nous savons retrouver, après chaque voyage, l’habit de
lumière, étincelle du principe même de la vie qui animera éternellement
les enfants de Dieu. »
38.
Maguy Lebrun
Lors d’unvoyage en Egypte « … seule dans un mastaba, je me
suis trouvée face à Isis gravée dans la pierre. Prise d’une impulsion
subite, je mets mon front contre celui d’Isis et lui dis : « Isis, tu es la
déesse de la fécondité, envoie un enfant à Renaud et Marine qui n’en
ont pas et qui en désirent un si fort. » J’ai senti une décharge élec-
trique dans tout le corps, des frissons le long de la colonne vertébrale,
et il m’a semblé que mes cheveux se dressaient sur ma tête ; je
découvrais avec stupeur que les divinités et les pierres égyptiennes
demeuraient chargées depuis tant de siècles et de siècles. (…)
Lorsque nous avons fait le compte, Pia est née neuf mois jour pour jour
après ma rencontre avec la déesse égyptienne. »
Même si ces faits et récits semblent incroyables, toutes les personnes ayant
approché ce couple n'ont jamais mis en doute leur générosité, leur honnêteté et
leur désintéressement. Les préfaces à Médecins du ciel, médecins de la Terre
sont de Roger Masse-Navette (décédé en 2011), magistrat, ex-juge des enfants,
président de chambre de Cour d'appel,
et de Jean Godel (1927-2000), curé de Saint-Nazaire-les-Eymes, qui écrit :
« Vous pourrez, comme moi, ne pas suivre totalement Maguy dans ses concep-
tions sur l'au-delà : d'ailleurs, elle ne demande pas qu'on y adhère ; elle dit
simplement ses convictions à la suite de l'expérience qu'elle a vécue, grâce à
Daniel, son mari, dans ce contact inhabituel avec l’Invisible. »
39.
Roby Bois
Robert ditRoby Bois, (1926-2009), pasteur de l'Église réformée de
France’. Pasteur 10 ans en Algérie dans les Aurès (apprend la langue des
Berbères Chaouis), puis à Ste Foy la Grande, animateur universitaire à
Toulouse, directeur du centre ‘Rencontre et Recherche’ de Pau.
Secrétaire général de ‘La Cimade’ de 1973 à 1984 puis conseiller
pour les affaires sociales à l'Ambassade de France en Algérie (1984-
1991).
Cofondateur en 2005 des sessions ‘Lire les Écritures’ (LLE) qui
permettent des regards croisés interculturels et interreligieux sur les textes
des traditions juive, chrétienne et musulmane. Des intervenants spécia-
listes (rabbins, imams, prêtres, pasteurs, chercheurs, théologiens) aident à
parcourir ensemble des textes des trois traditions et d’échanger avec des
personnes de diverses convictions (croyantes, agnostiques, athées) dans
un esprit de bienveillance et de découverte de l’autre.
Les sessions biannuelles LLE sont co-organisées en France et au
Maroc par le mouvement personnaliste ‘La Vie Nouvelle’ et par l’asso-
ciation ‘Coexiser’. Leur objectif s’inclut dans un projet de société qui vise à
faciliter le vivre ensemble dans le cadre de la formation permanente, de
l’éducation populaire et de l’enseignement du fait religieux et de la quête
de sens.
40.
Jürgen Moltmann
(1926-2024), Théologienréformé allemand, un des plus grands
théologiens européens du 20ème siècle. Prisonnier de guerre, se
rapproche de la foi chrétienne. Déçu par l’évolution de ‘l’Église confes-
sante’ (Bekennende Kirche) autrefois prophétique et devenue oppor-
tuniste.
Pasteur, professeur à l’université de Tübingen, puis aux États-
Unis. Écrit avec son épouse Elisabeth Wendel, également théolo-
gienne.
Trouve dans l’Écriture, notamment chez saint Paul, l’idée que la
Création est en gémissement et qu’il faut l’aider à accoucher du
Royaume. L’action juste s’enracine dans les « manières de vivre et de
parler » du Jésus des Évangiles. Le théologien allemand accorde « une
grande place à la table eucharistique », « mémoire des promesses du
Christ » et « source pour mener les combats » du temps présent.
L’Église est « servante du Royaume » quand elle travaille à la «
libération » de tout ce qui oppresse l’humanité.
Sa Théologie de l’espérance (1964), notamment inspirée par
l’œuvre d'Ernst Bloch, exerce une influence sur toute la théologie de la
libération. ../..
41.
Jürgen Moltmann
Dans lesannées 1980, son livre Dieu dans la création. Traité écolo-
gique de la création est le premier vrai ouvrage chrétien sur l'écologie.
Précurseur de la théologie de la Création, voit dans les plantes, les monta-
gnes et les fleuves des entités à respecter.
Homme de la rencontre, sillonne les cinq continents pour débattre et
donner des conférences. Engagé au sein du ‘Conseil œcuménique des
Églises’, enrichit sa pensée en puisant dans les différentes traditions
chrétiennes. L’important, pour lui, est de ne marginaliser ni de mépriser
aucune tradition spirituelle.
A une formidable capacité de détecter, avant tout le monde, ce qui se
joue de décisif dans le monde, et à écrire les livres dont les gens ont
besoin pour le comprendre : les relations Nord-Sud, la fin de la margina-
lisation des Églises évangéliques, les questions écologiques, etc. « Il n'y a
qu'un seul problème réel en théologie chrétienne : c'est le problème de
l'avenir. »
« L’attente chrétienne au sujet de l’avenir n’a rien à voir avec la fin,
celle de cette vie, celle de l’histoire ou celle du monde. Elle se focalise sur
le commencement, celui de la vraie vie, celui du royaume de Dieu, de la
nouvelle création de toutes choses… »
« Paix avec Dieu signifie conflit avec le monde, car l’écharde de
l’avenir promis s’enfonce inexorablement dans la chair de tout présent
inaccompli. »
42.
Elisabeth Moltmann-Wendel
(1926-2016), néeWendel, théologienne féministe allemande. Anti-
nazie, rejoint ‘l’Église confessante’ (Bekennende Kirche) en 1942.
Études de théologie protestante à l'université Friedrich Wilhelm à Berlin,
puis à Tübingen et Göttingen. Épouse le théologien Jürgen Moltmann en
1952. Dès les années 1980, leur maison de Tübingen est un lieu de
rencontre pour des théologiens d' Allemagne, d'Autriche, de Suisse et
d'ailleurs.
S’intéresse aux femmes de l’entourage de Jésus (The Women
around Jesus, 1982). S’associe à la théologienne autrichienne Herlinde
Pissarek-Hudelist (1932-1994) et à d'autres (Catharina Halkes, Helen
Schüngel-Straumann, Elisabeth Gössmann), pour lancer en 1980 le
Wörterbuch der Feministischen Theologie (Dictionnaire de théologie
féministe) publié en 1991. Contribue à la préparation de la Bibel in
gerechter Sprache (La Bible dans la bonne langue) féministe. Publie
avec son mari Dieu, homme et femme (1984).
Fondatrice en 1986 de l’Europäische Gesellschaft für
theologische Forschung von Frauen (ESWTR - ‘Société européenne des
femmes dans la recherche théologique’).
43.
Frederick Buechner
(1926-2022), poèteet romancier étatsunien, ministre presbytérien,
prédicateur et théologien. Après le suicide de son père, la famille déménage
aux Bermudes. Études à l'Université de Princeton interrompues par 2
années de service dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Études à l'Union Theological Seminary auprès de théologiens renommés
(Reinhold Niebuhr, Paul Tillich et James Muilenburg). Après 9 années à
Exeter où il créé le département de religion, s’installe avec sa famille dans
leur ferme du Vermont. Auteur de 39 livres publiés, souvent loués pour leur
capacité à inspirer les lecteurs à voir la grâce dans leur vie quotidienne.
« Faites attention aux choses qui vous font monter les larmes aux
yeux ou qui vous serrent la gorge, car ce sont des signes que le sacré
approche. »
« Ni le cilice ni la couchette moelleuse ne feront l'affaire. La place où
Dieu vous appelle, c’est celle où se rencontrent votre joie profonde et les
besoins profonds du monde. »
« Écoutez votre vie. Tous les moments sont des moments clés, et la
vie elle-même est grâce. »
« Je soupçonne que Dieu nous parle peut-être plus clairement à
travers son silence, son absence, afin que nous le connaissions mieux
parce qu'il nous manque. »
44.
Claude Geffré
(1926-2017), dominicainfrançais, docteur en théologie,
directeur de l’’École biblique et archéologique française de Jérusalem’.
Veut interpréter le sens du pluralisme religieux. Esquisse le projet
d'une théologie "interreligieuse" qui réinterprète la singularité chrétienne
en tenant compte de la vérité dont témoignent d'autres traditions
religieuses.
« Il y a une secrète complicité entre l'humanisme évangélique et
l'humanisme séculier. L'humanisme des droits de l'homme témoigne de
la dignité de la personne et des exigences de la justice, mais il a besoin
d'être fécondé et stimulé par l'humanisme évangélique dans le sens de
l'amour gratuit, du pardon et de la mémoire des victimes. »
« Le dialogue entre les religions est le grand défi de la théologie du
XXIème siècle. Il ne conduit pas au relativisme, mais à une meilleure
intelligence de la singularité de chacune.»
En 2007, doit être honoré comme docteur honoris causa de la faculté de
théologie de Kinshasa (Congo) pour l’ensemble de son œuvre. Mais la
Congrégation romaine pour l’éducation catholique, après consultation de la
Congrégation pour la doctrine de la foi, ne donne pas le Nihil obstat et ne fournit
aucune explication pour ce refus.
45.
Thich Nhat Hahn
NéNguyễn Xuân Bảo (1926-2022), moine et maître bouddhiste
vietnamien, réfugié politique en France en 1972. Après des études de
sciences à 'Université de Saïgon, étudie la religion comparée à l'Univer-
sité de Princeton. Au début des années 1960, fonde la School of Youth
for Social Service (SYSS), corps neutre de travailleurs de la paix
bouddhistes. Engagé contre la guerre du Viet Nam et pour la paix et
pour un autre développe-ment, rencontre Martin Luther King.
Réfugié en France en 1966. Crée en 1982 avec la moniale Chân
Khong le monastère bouddhiste du ‘Village des Pruniers’ en Lot-et-
Garonne (200 moines, 10 000 visiteurs par an). Prône la pleine
conscience de l’être, enseigne l’art de vivre pleinement et met l’accent
sur la vigilance et l’attention.
« Le miracle n’est pas de marcher sur l’eau. Il est de marcher sur la
terre et d’apprécier la paix et la beauté qui sont disponibles
maintenant. »
« Nous ne pouvons pas voir l’occasion de joie qui est juste devant
nous quand nous sommes convaincus que le bonheur devrait prendre
telle ou telle forme. »
« La chose la plus importante, en réponse au changement clima-
tique, est de vouloir entendre le son des larmes de la Terre à travers
notre propre corps. »
46.
Elisabeth Kübler-Ross
(1926-2004), psychiatreet psychologue états-unienne née en
Suisse, pionnière de l'approche des soins palliatifs pour les person-
nes en fin de vie.
Théorise les différents stades par lesquels passe une personne
qui apprend sa mort prochaine : déni, colère, marchandage,
dépression, acceptation (pas nécessairement dans cet ordre).
« Se préoccuper de la mort n'est pas une fuite devant la vie, au
contraire. L'intégration de la mort dans sa pensée permet à l'homme
de vivre de façon plus consciente et plus concentrée et le préserve
de gaspiller trop de temps pour des choses sans importance ».
« Nous n'avons rien à craindre de la mort. Cet épouvantail de
l'humanité moderne, qu'on préfère ignorer, écarter sciemment
comme l'ennemi de la vie, n'est pas une fin, mais plutôt un
commencement rayonnant ».
47.
Jacques Pohier
(1926-2007) ,dominicain français, études de théologie et de
psychologue, docteur en philosophie, doyen de la faculté de théologie
du Saulchoir. De 1971 à 1988, membre du comité de direction de la
revue internationale de théologie Concilium.
Marqué par l’expression de Thomas d’Aquin « l’homme comme
image de Dieu, c’est-à-dire comme disposant d’un libre arbitre et
responsable de son agir ».
Dans son livre Quand je dis Dieu (1977), refuse de donner à la
passion de Jésus une valeur rédemptrice ou sacrificielle, et affirme
que Jésus étant mort définitivement sur la croix, il s’agit moins de
proclamer qu’il est ressuscité, au sens très ambigu du mot, que de
s’engager à le re-susciter dans nos vies pour les imprégner de l’esprit
qui l’animait.
Interdit d’enseigner, de célébrer l’eucharistie et de prêcher par le
Vatican en 1979. Trois lettres publiques de théologiens, de
dominicains, puis de fidèles dénoncent la procédure.
Quitte l’ordre des prêcheurs en août 1989, se marie en 1991.
../..
48.
Jacques Pohier
« Jésusnous apparaît comme celui qui est allé jusqu’au bout
de ses convictions, jusqu’au bout aussi dans la rencontre des
autres, dans le partage de la souffrance du plus méprisé, du plus
solitaire, jusqu’au bout de la non-violence et de l’amour. C’est
précisément dans ce « jusqu’au bout », au cœur même de l’échec,
que jaillit l’inattendu, l’impossible, la présence du Tout-autre ; c’est
là que surgit le sens, la possibilité d’être, la vie ! »
Président de l’’Association pour le droit à mourir dans la dignité’
(ADMD) de 1992 à 1995, puis administrateur jusqu’en 2007. Justifie
la liberté de l’homme face à la mort et son souhait d’une loi
dépénalisant le suicide assisté.
« Il est opportun de mourir. Je n’ai pas du tout envie de survivre
comme un légume à 95 ans, aveugle, sourd et paralytique. (…)
Parce que mourir est une étape naturelle de l’existence, aider à
mourir n’est pas du tout aider à tuer. Aider à mourir, c’est du même
genre qu’aider à naître, à respirer, à marcher. »
49.
Bernard Rérolle
(1926-2000), prêtremariste français. Commence la pratique du
yoga dans les années 1960 et l'enseigne au ‘Centre international de la
Sainte-Baume’ (CISB, situé à Plan-d'Aups dans le Var) dans les années
1970, est également professeur de philosophie. Passe deux ans (1980-
1981) auprès de Karlfried Dürckheim dans son centre de Rütte et y
découvre le zen. De 1981 à 1988, directeur du ‘Centre de la Sainte
Baume’, au début avec le dominicain Jean-Yves Leloup. Le centre
devient célèbre pour son ouverture aux autres religions.
En 1989, rejoint la communauté du 104, rue de Vaugirard, à
Paris, et le ‘Centre culturel du Forum 104’. Y enseigne le yoga, le zen,
la calligraphie chinoise, et publie des livres ainsi que des articles.
Est à l’origine (avec Renata Farah, elle-même élève de
Dürckheim et enseignante de yoga) de la création de la lignée du yoga
"dans l’esprit de Dürckheim" à ‘l’École Française de Yoga’.
« Ce n’est pas en accumulant des mérites ou des connaissances
que nous parvenons à la santé d’une part et au développement spirituel
d’autre part. C’est en lâchant du lest, en nous débarrassant de nos
ombres, en lâchant prise pour laisser peu à peu transparaître ce centre
inconnaissable, cette source mystérieuse de la vie et de l’esprit qui
habite au fond de notre être. »
50.
Ivan Illich
(1926-2002), néen Autriche de père croate et de mère juive
allemande. Fuit le nazisme. Étudie la cristallographie, la théologie et la
philosophie à l'université grégorienne de Rome (thèse sur Arnold
Toynbee), ordonné prêtre. Parle une dizaine de langues. Part aux États-
Unis.
Vice-recteur de l'université catholique de Porto Rico. En 1960,
estime qu’entre le préservatif et la bombe atomique, l’Église se trompe
de cible, et rompt avec elle. Avec Jacques Ellul, analyse les effets du
système technicien sur le recul de la liberté humaine.
Fonde en 1961 à Cuernavaca (Mexique) le Centro Intercultural de
Documentación (CIDOC - Centre pour la formation interculturelle, -1966-
1976). En 1969, Rome interdit aux prêtres de fréquenter les cours du
CIDOC.
Après sa fermeture, revient vivre en Europe et enseigne notam-
ment l’histoire du haut Moyen Âge à Bremen (Allemagne).
Définit l'Église institutionnelle comme une grande entreprise qui
forme et emploie des professionnels de la foi pour assurer sa propre
reproduction. Médite sur l’humour de Jésus comme autorité, comme
lucidité, et comme subversion. ../..
.
51.
Ivan Illich
En 1967,a des démêlés avec la Congrégation pour la doctrine
de la foi. À la fin de leur entrevue, le cardinal yougoslave Franjo
Seper lui glisse en serbo-croate : « Partez, partez et ne revenez plus
jamais ! ». En descendant les escaliers, Illich comprend que le
cardinal cite les paroles du Grand Inquisiteur à Jésus revenu sur
Terre dans Les Frères Karamazov.
« J'appelle société conviviale une société où l'outil moderne
est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au
service d'un corps de spécialistes. Conviviale est la société où
l'homme contrôle l'outil. »
« Nous devons d'abord bâtir une société où l'acte personnel
retrouve une valeur plus grande que la fabrication des choses et la
manipulation des êtres. »
« Un véritable système éducatif devrait se proposer trois
objectifs. À tous ceux qui veulent apprendre, il faut donner accès aux
ressources existantes, et ce à n'importe quelle époque de leur
existence. Il faut ensuite que ceux qui désirent partager leurs
connaissances puissent rencontrer toute autre personne qui souhaite
les acquérir. Enfin, il s'agit de permettre aux porteurs d'idées
nouvelles, à ceux qui veulent affronter l'opinion publique, de se faire
entendre. »
52.
Christian Duquoc
(1926-2008) dominicainfrançais. De 1957 à 1992, professeur de
théologie à la faculté de théologie de l’’Université catholique de Lyon’
et à la ‘faculté autonome de théologie protestante de Genève’.
Collabore à la revue Concilium, directeur de la revue de théologie
Lumière & vie. Ses nombreux voyages en Amérique latine le
conduisent à de fréquents dialogues avec les théologiens de la
libération, notamment avec son étudiant Gustavo Gutiérrez. Auteur
d’une vingtaine de livres dont beaucoup traduits en plusieurs langues.
« L'âme de cette geste originale fut la liberté avec laquelle Jésus
affronta les questions les plus quotidiennes et les plus radicales. Il ne
s'inféoda à aucun parti, se démarqua de la tradition, prit ses distances
à l'égard de la Loi, évita la surenchère politique. Sa liberté de parole et
d'action ébranla les évidences religieuses, sociales et politiques. Jésus
témoigna de la vitalité de la foi d'Israël : il fit entièrement confiance au
Dieu d'Abraham et de Moïse jusque dans la mort. »
Jésus « rend la messianité à sa valeur prophétique : la promesse
de Dieu à l'opprimé, c'est qu'il n'y ait ni oppresseurs, ni processus
d'exclusion ».
53.
Paul Baudiquey
(1926-2002), petit-filset fils d'artisans ébénistes de tradition, prêtre
catholique du diocèse de Besançon, conférencier, écrivain, spécialiste des
arts et de la culture.
Fasciné surtout par le tableau de Rembrandt Le retour du prodigue.
« Oui, c’est bien lui, le Père, qui a pleuré le plus. Si c’était lui, le vrai
"prodigue" ? »
« Il y a résurrection, chaque fois qu'une perte entraîne un gain,
chaque fois qu'un vide ouvre à une plénitude, et la cruauté des peines à
une vie plus féconde ; chaque fois que le silence mûrit en nous une parole
vive et qu'un départ achemine à une vraie rencontre ; et encore quand le
dénuement conduit à la vérité nue, la déprime à une vie plus indomptée et
l'injustice au pardon. »
« Les vrais regards d’amour sont ceux qui nous espèrent. »
« Il est plus facile de croire en Dieu que de croire en soi-même. »
54.
John Main
(1926-1982), moinebénédictin. Études de théologie à l’Angelicum
(Rome), de droit au Trinity College, fonctionnaire au British Colonial
Service. Affecté à Kuala Lumpur (Malaisie), y rencontre le swami
Satyananda (1909-1961), fondateur de la Pure Life Society, qui lui a
enseigne la méditation en utilisant un mantra. En 1956, retourne à Dublin
et enseigne le droit international au Trinity College. En 1959, rejoint les
bénédictins à l'abbaye d'Ealing à Londres, ordonné prêtre en 1963. En
1970, directeur de la St. Anselm's Abbey School à Washington, DC,
étudie les écrits du père du désert Jean Cassien.
En 1974, retourne à l'abbaye d'Ealing, commence avec Laurence
Freeman des groupes de méditation chrétienne dans une vieille maison
sur le terrain du monastère, puis à Montréal (Québec). Ce sont les
origines du réseau œcuménique de groupes chrétiens de méditation qui
sont devenus la ‘Communauté mondiale pour la méditation chrétienne’
(World Community for Christian Meditation - WCCM).
« Asseyez-vous immobile et droit, détendu mais alerte. Silencieu-
sement, intérieurement, commencez à dire un seul mot, maranatha. Ne
pensez ou n'imaginez rien - spirituel ou autre. Méditez chaque matin et
chaque soir. ».
« Que tous ceux qui viennent ici chargé de soucis et d’inquiétude
repartent en rendant grâce pour la merveille de la vie humaine. »
55.
Max Delespesse
(1926-2013), prêtre,philosophe et militant belge. Proche de la ‘Com-
munauté de la Poudrière’, fondée en 1958 dans la lignée d’Emmaüs.
Fondateur en 1966 et directeur du Courrier Communautaire
International, destiné à l’étude de la vie communautaire sous toutes ses
formes.
Désavoué par l’Église catholique qui craint les dérives libertaires.
Après avoir quitté la prêtrise en 1977, met sur pieds dans la région de
Charleroi, avec son épouse Linette Dengis, divers services sociaux des-
tinés à répondre aux besoins humains fondamentaux et culturels, surtout
des plus défavorisés.
Initiateur dans les années 1980 du Carrefour des alternatives. Pilier de
la "nouvelle économie sociale" et de la création du ‘Comité européen des
coopératives ouvrières de production’ (CECOP), président de ‘Solidarité
des Alternatives Wallonnes’, qui représente plus de 300 entreprises
sociales en Wallonie et à Bruxelles, soit 15 000 travailleurs.
../..
56.
Max Delespesse
Coordinateur dela Faculté ouverte Religion et Laïcité du
Centre Universitaire de Charleroi.
« Pour passer le cap des temps intermédiaires avant
l’instauration d’une société démocratique à l’échelle mondiale, je
vois 4 axes d’action : la lutte sociale, la constitution d’un véritable
marché coopératif, le colmatage des brèches de la société duale,
l’économie conviviale. »
« Face à la décroissance économique, la croissance en
humanité. »
« C’est dans le chemin vers la communauté qu’il nous faut
avancer ... et, en tout cas, par la force d’un esprit que chacun ira
chercher quelque part à l’intérieur de lui-même ».
« L’avenir de la Terre et de l’humanité nous forcera un jour à
l’utopie. Autant nous y préparer. »
57.
Herbert McCabe
(1926-2001), philosophe,écrivain et théologien anglais puis irlan-
dais. Étudie la chimie à l'université de Manchester, l'abandonne pour la
philosophie. Rejoint les dominicains en 1949, étudie Thomas d'Aquin sous
la direction de Victor White (1902-1960). Officie en paroisse 3 ans, aumô-
nier dans l'enseignement supérieur. Rédacteur en chef de New Blackfriars,
à Cambridge. Enseigne au Blackfriars Hall de l’université d’Oxford.
Marxiste, sans partager pas l’athéisme de Marx, démontre même
« qu’on peut tout à fait procéder à cette ablation de l’athéisme de Marx et
qu’elle est dans un sens un geste parfaitement traditionnel », participe à
différentes initiatives de dialogue entre marxistes et chrétiens. En 1974,
choqué par le massacre du Bloody Sunday*, obtient la nationalité irlan-
daise.
Pour lui, tout chrétien, laïc ou prêtre, doit s’engager dans le combat
de la révolution sociétale exigé par l’amour chrétien. ../..
* Tuerie survenue le 30 janvier 1972 dans le quartier de Bogside à Derry en Irlande du Nord, au
cours de laquelle 28 manifestants pacifiques des droits civiques et des passants ont été pris pour
cible par des soldats de l'armée britannique.
- Image du bas : Puisant dans des sources très diverses (Aristote, Thomas d'Aquin, Marx, Witt-
genstein), McCabe nous apprend à discerner. L'Église n'a pas à être dépendante d'un quelconque
régime politique. Le disciple du Christ doit se montrer sans concession envers la mode du moment,
mais attentif aux signes du temps. Et inlassablement à l'écoute du peuple et de sa demande de
justice. « Voici l'un des grands théologiens d'expression anglaise du xxe siècle et le plus grand
prêcheur que j'aie jamais entendu » écrit Timothy Radcliffe dans la préface.
58.
Herbert McCabe
« Laparticipation à la lutte des classes est non seulement compatible
avec l’amour chrétien, mais exigée par lui .(…) On ne peut pas s’abstenir de
mener la lutte des classes. Elle est déjà là, nous pouvons juste choisir un
camp ou l’autre. Ce qui s’apparente à la neutralité est tout simplement une
alliance avec la classe au pouvoir »».
« Les vrais révolutionnaires sont aimants, docile, doux, calmes, lents à
la colère. Ils ne répliquent pas quand on les frappe, ils n’insistent pas pour
obtenir ce qu’ils veulent, ils endurent tout : ils sont extrêmement dangereux.
(…) La revendication chrétienne d’amour et de paix est précisément ce qui
nous motive à nous impliquer dans le conflit des classes. Mais plus que
cela, l’Évangile de l’amour, et particulièrement le Sermon sur la Montagne,
nous apporte la discipline révolutionnaire appropriée pour agir efficace-
ment ».
« La fraternité humaine appartient au futur, la véritable unité de la race
humaine se fait dans la grâce, dans le Christ. Mais le futur lui-même
n’existe pas que dans le futur. (…) Ça veut dire que les chrétiens, en un
sens, voient le présent depuis le point de vue du futur. »
59.
Mother A. Mangalan
DatinPaduka A. Mangalam (1926-2023), militante malaisienne née
à Singapour. Obtient un Cambridge School Certificate au Canossian
Convent. Part en Malaisie en 1948, suit une formation d'enseignants, ensei-
gne dans une école tamoule à Bangsar (Kuala Lumpur) auprès d’enfants de
familles pauvres.
Cofonde en 1949 avec Swami Satyananda la Pure Life Society dans
le but de promouvoir la compréhension multiraciale et multireligieuse. Émue
par le sort des enfants déplacés et rendus orphelins par la guerre, fonde
pour eux un foyer, qui se transforme peu à peu en institution incluant des
écoles, cliniques, centres de formation professionnelle et de loisirs.
Membre du Moral Education Committee of the Curriculum Develop-
ment Centre et du National Advisory Council for the Integration of Women in
Development (NACIWID).
Vice-présidente de l'Organisation interreligieuse de Malaisie, puis
conseillère pour la communauté spirituelle interconfessionnelle. Surnom-
mée la ‘Mère Teresa malaisienne’.
« La pureté est un élément présent dans toutes les religions, et cela
ne signifie pas une vie sans mariage. Cela signifie l'utilisation de l'énergie
créatrice en nous pour un but supérieur, pour la propagation des espèces et
la création dans d'autres domaines comme la musique, l'art ou des
découvertes scientifiques, pour le bénéfice et le bien-être de l'humanité. »
60.
François Laborde
(1927-2020), prêtrecatholique français. Missionnaire de ‘l'institut
du Prado’. Études de droit canonique et de théologie à Rome, puis de
philosophie à Lyon. Accompagnateur et enseignant en philosophie
pendant 8 ans au séminaire du Prado (1954-1963). En janvier 1965, part
pour l’Inde sous le patronage de l’ONU et de l’UNESCO pour y effectuer
une étude sociologique sur "Les relations entre populations marginales
et intégrées ». Saisi par l’immense misère de Calcutta, décide de s’ins-
taller dans un slum (bidonville) à Pilkhana dans la banlieue de Calcutta.
Son association ‘Action et Partage avec Calcutta’, Howrah South
Point, ouvre entre 1975 et 2010, 4 centres d’accueil, 2 écoles primaires
et secondaire, un hôpital pour enfants souffrant de malnutrition (dont
certains sont séropositifs), 4 dispensaires, 7 centres de soin en plein air
et divers lieux d’éducation informels pour les enfants qui travaillent dans
les champs de briques ou les enfants des rues. Dans tous ces centres,
Musulmans, Hindous et Chrétiens travaillent ensemble au service des
plus démunis.
Sa vie et son action humanitaire inspirent, en 1985, le livre de
Dominique Lapierre, La Cité de la joie.
« Ce sont les plus démunis qui m’ont redonné la foi, par la manière
dont ils font face à la difficulté. Dieu m’a permis d’entrevoir une troisième
voie entre la colère et la résignation. »
61.
Robert Dumont
(1927-2021), prêtreoratorien français. Apprenti charron puis mécani-
cien auto. Ordonné en 1953 prêtre de ‘l'Oratoire’. Pendant 10 ans aumônier
d'étudiants et à la ‘Paroisse universitaire’ de Paris, curé dans le Val d'Oise,
puis prêtre-ouvrier pratiquant plusieurs métiers pendant 20 ans. « Pour
éprouver moi-même ma foi chrétienne dans le monde sécularisé, je m’y
suis enraciné comme prêtre au travail durant une vingtaine d’années, rude
expérience de décantation, d’approfondissement, de maturation. »
Effectue de nombreux voyages sur d'autres continents.
Une fois à la retraite professionnelle, initie et anime un collectif de
recherche sur la mémoire des prêtres-ouvriers*, mène une quarantaine
d'interviews de prêtres-ouvriers ou de femmes engagées dans la ‘Mission
ouvrière’.* ../..
* Le livre Fidèle insoumission de Jean-Marie Huret et Maurice
Combe, fait le récit des prêtres-ouvriers qui en 1954 refusent de
rentrer dans le rang malgré l’injonction de Rome.
L’ouvrage Prêtres et ouvriers. Une double fidélité mise à l'épreuve,
1944-1969, rédigé par Charles Suaud et Nathalie Viet-Depaule, est
le fruit d'un travail d'équipe qui a duré plus de 10 ans.
62.
Robert Dumont
Dans Auxcarrefours de la liberté (2002), montre que Dieu se
rencontre de façon privilégiée dans le cœur des hommes, très particuliè-
rement dans la vie de tous les laissés-pour-compte de la société, de tous
les blessés de la vie.
Grand passeur et grand transmetteur, apporte ses leçons d’un long
cheminement personnel. Après avoir pris sa retraite, créé aux Éditions
Karthala deux collections, ‘Signes des temps’ et ‘Sens et conscience’
Co-organisateur en 2019, avec Robert Ageneau, Serge Couderc et
Jacques Musset, de la journée d’étude sur l’œuvre de John Shelby Spong,
qui rassemble plus de 140 participants et donne lieu à la publication du
« Manifeste pour un christianisme d’avenir ».
« Mon expérience de cinquante années de confrontations m'a conduit
à une sorte de retournement copernicien, pas forcément confortable à vivre
: voir se déstructurer de larges pans de la théologie acquise au séminaire
et devoir accomplir un difficile travail de restructuration de ma foi en fonc-
tion de ce monde nouveau dans lequel nous sommes plongés. »
« Pour eux la fidélité, c’est de répéter. Pour moi c’est de recréer dans
un monde qui change. C’est la condition pour que la personne de Jésus et
le message qui découle de sa manière d’être aux hommes et au monde de
son temps soit digne d’intérêt pour nos contemporains d’aujourd’hui. »
63.
Leszek Kolakowski
(1927-2009), philosophe,historien des idées et essayiste polonais.
Doctorat de philosophie à l'université de Varsovie, thèse sur Spinoza.
Professeur de philosophie (et notamment d'histoire de la philosophie) à
l'université de Varsovie entre 1959 et 1968. Chassé de son pays par la
dictature communiste et exilé aux États-Unis, professeur à Berkeley et
Montréal et Oxford,. Auteur d’une trentaine de livres et de centaines
d’articles, salué tant pour sa connaissance intime de Spinoza, Hume et
Pascal que pour son histoire du marxisme. Recommande l’étude de
l’histoire « non pas pour savoir comment se conduire ou pour connaître
les voies du succès, mais pour savoir qui nous sommes ». Esprit
éminemment européen, se définit comme « socialiste, conservateur et
libéral. »
Pour lui, la reconnaissance du divin est moins affaire de convictions
rationnelles que d'engagements pratiques. Au terme de son enquête, la
question qui agite l'homme : " Dieu existe-t-il ?" se déplace et s'inverse en
celle-ci qui est brûlante : " Qu'en serait-il si Dieu n'existait pas ?" .
« Nous n’avons pas le choix entre la perfection totale et l’autodes-
truction totale : notre destin temporel, c’est le souci sans fin, l’inachève-
ment sans fin. »
« Nous avons besoin d’un christianisme non pas doré, violet ou
rouge, mais gris. »*
* Commentaire de Robert Scholtus : « Le christianisme n’a des chances d’intéresser que
s’il ne fait pas son intéressant à vouloir éblouir de ses projecteurs des hommes et des femmes qui
à tâtons cherchent leur chemin dans un monde incertain. »
64.
Jacques Noyer
(1927-2020) évêquecatholique français. Licence de lettres à Lille,
licence de philosophie scolastique à ‘l‘Université pontificale grégorienne’ à
Rome. Évêque d'Amiens (1987-2003). Aborde les doutes, déceptions et
colères qu'ont soulevées des décisions prises par la hiérarchie catholique,
par exemple dans la faiblesse de la demande de pardon adressée aux
victimes de prêtres pédocriminels. Défend le mariage des prêtres.
« Mon cœur de pasteur m’invite à accepter les hommes tels qu’ils
sont. J’aime marcher auprès des plus simples, des moins savants, des
plus pauvres.»
« Nous avions eu la naïveté de penser que c’était par les clercs
que nous allions réveiller le peuple de Dieu. Non, c’est le cri des hommes
qui réveillera les clercs.»
« Le célibat ecclésiastique est une fausse aventure. Il risque même
d’être une prolongation de l’enfance plutôt que le risque de l’aventure.»
« Le monde à qui nous devons annoncer l’Évangile n’est pas
neutre ou ignorant. Il est méfiant devant une Église de saints prétendant
faire la leçon aux pécheurs. »
« Pendant que j'écris ces mots dans le confort relatif de mon
bureau, les affamés du monde attendent autre chose que des mots. »
65.
Lawrence Kohlberg
(1927-1987), psychologueétats-unien, professeur à l'université
de Chicago et à Harvard.
Mène ses recherches dans le domaine de l'éducation, du
raisonnement et du développement.
Établit une échelle du développement moral en 6 stades :
1 : punition et obéissance à l'autorité; loi du plus fort;
2 : relativisme instrumental; chacun pour soi; satisfaire ses propres
besoins;
3 : bonne concordance interpersonnelle; chercher l'approbation et à
plaire;
4 : obéissance aux lois établies; la loi et l'ordre;
5 : le bien commun; le contact social;
6 : principes généraux déterminant le bien et le mal; éthique
universelle.
66.
Jean et HélèneBastaire
J.B. (1927-2013), intellectuel français chrétien et socialiste
libertaire, spécialiste de Charles Péguy et de Paul Claudel, auteur de
nombreux ouvrages. Sa réflexion touche la politique et la morale, la
théologie, la poésie, l’écologie.
Dans les années 1960, sous l'influence de sa femme Hélène,
médecin et militante de la protection animale, entreprend, sur une base
historique (François d’Assise, Hildegard de Bingen, Angelus Silesius,
François de Sales, Nicolas Berdiaev, etc.), une longue réflexion sur les
fondements théologiques d'une "écologie chrétienne".
« Selon toute la tradition judéo-chrétienne, Dieu a délégué à
l'homme non pas l'arbitraire d'un pouvoir oppressif, mais les intentions
d'une sollicitude paternelle qui s'étend de l'atome à l'étoile, à travers
l'arbre et l'animal (…)
Pour les premiers chapitres de la Genèse, dominer la nature est la
même chose que la domestiquer. Ce n'est pas la transformer en usine à
poulets, mais en maison pour tous. ».
67.
Jean-Pierre Bagot
(1927-2023), prêtrecatholique français (diocèse de Rennes).
Docteur en philosophie. De 1964 à 1968, aumônier national des ‘Scouts
de France’ pour la branche Rangers. Professeur de pédagogie à
‘l’Institut supérieur de pédagogie’ de ‘l’Institut catholique de Paris’.
S’investit particulièrement dans la recherche et l’enseignement catéché-
tique auprès des jeunes et des adultes, est invité à plusieurs reprises
par des universités en France, Canada, Espagne.
Très critique du rapport au pouvoir et à l’autorité de l’Église
catholique, traducteur du théologien allemand Eugen Drewermann (mis
à l’écart de l’Église à cause de ses positions radicales sur la hiérarchie
catholique et ses interprétations du message évangélique). Professeur
invité à la faculté de théologie de Paderborn (Allemagne)
Un des initiateurs de ‘Nous sommes aussi l’Église’ (NSAE),
mouvement prônant une réforme du fonctionnement de l’Église catho-
lique pour donner plus de responsabilités aux laïcs. Collaborateur de
l’évêque Jacques Gaillot, crée son site internet, rédige des textes, lance
son catéchisme par internet.
68.
Mary Daly
(1928-2010), philosopheet théologienne, universitaire, féministe
radicale* étatsunienne. Bachelor of Arts du College of Saint Rose (Albany,
New York), de la Catholic University of America (Washington D.C.), doctorat
en religion de St. Mary's College (Indiana), doctorats en théologie et philo-
sophie de l’université de Fribourg.
Enseigne pendant 33 ans au Boston College, université dirigée par les
jésuites. Menacée de licenciement à la suite de la publication de son
ouvrage The Church and the Second Sex (1968), mais le soutien des
étudiants et du public lui vaut de pouvoir conserver son poste. Souvent tenu
pour un ouvrage fondateur d’une théologie féminine, Beyond God the
Father - Toward a Philosophy of Women's Liberation (1973) est une
tentative pour expliquer et dépasser l’androcentrisme des religions
monothéistes. Gyn/Ecology: The Metaethics of Radical Feminism (1978)
soutient que les hommes ont cherché durant toute l’histoire à opprimer les
femmes.
Végétarienne militant pour les droits des animaux, se désigne comme
une « féministe radicale lesbienne ».
« C'est le potentiel de créativité inhérent aux êtres humains qui est à
l'image de Dieu. »
* en 1998, préfère ne plus assurer ses cours plutôt que d’y admettre des garçons, est mise
pour cette raison à la retraite, à juste titre. Rappelle que les filles ne furent admises qu'en 1970 au
Boston College Graduate School of Arts & Sciences, fondé en 1920.
69.
Johann Baptist Metz
(1928-2019),théologien catholique allemand. Étudie la théologie et la
philosophie à Bamberg, Innsbrück et Munich. Professeur de théologie
fondamentale à la Wilhelms Universität de Münster (Westphalie).
Fondateur de la nouvelle théologie politique dans les années 1970 et 80.
De 1971 à 1975, conseiller du synode des diocèses allemands et auteur
principal du document du synode Unsere Hoffnung (Notre espérance). Un
des cofondateurs et rédacteurs de la revue internationale de théologie
Concilium. Interdit par le cardinal Ratzinger, archevêque de Munich, de
rejoindre l’université de cette ville en 1979.
Sa pensée fondamentale tourne autour de l'attention à la souf-
france d’autrui, et les concepts clefs de sa théologie sont mémoire,
solidarité et narration. C’est en constituant le « souvenir dangereux de la
liberté de Jésus-Christ » que la foi chrétienne conserve une pertinence.
« Auschwitz est une horreur pour laquelle la théologie n'a trouvé
aucun langage, une horreur qui fait éclater toute l'assurance théologique
du discours chrétien. »
« Je n’ai cessé de sentir rebondir en moi le problème de Dieu
dans sa version politique : le discours sur Dieu comme cri d’appel pour le
salut de ceux qui souffrent injustement, des vaincus de notre histoire. »
70.
Adolphe Gesché
(1928-2003), prêtreet théologien catholique belge. Docteur et agrégé
de théologie. Professeur de théologie dogmatique à la Faculté de théologie de
‘l’Université catholique de Louvain’, membre de ‘l'Académie royale de Belgi-
que’. Très sensible à la situation du christianisme et au discrédit qui pèse sur
la foi en Dieu, cherche à favoriser une meilleure compréhension du rapport
entre la foi et la culture contemporaine.
Affirme que la théologie est au service de tous les êtres humains qui
veulent réfléchir au sens de leur destinée, qu’elle ne doit pas être seulement
ad majorem dei gloriam ("pour la plus grande gloire de Dieu), mais ad majo-
rem hominis salutem ("pour le plus grand salut de l’homme", pour le libérer du
fatalisme et à l’ouvrir à son accomplissement en liberté).
Affirme la surprise et la révolte de Dieu face à la réalité du mal qui
n’appartient d’aucune manière à son plan. Critique l’inutile et morne théisme et
la falsification de Dieu qui conduit à l’idolâtrie. Dénonce les facilités du
discours sentimental qui habite les milieux piétistes ou charismatiques.
« Je n’aime pas mettre Dieu derrière moi comme origine, je n’aime pas
le mettre au-dessus de moi, je le mets devant moi et je vais vers lui. L’homme
cherche Dieu dans le projet qu’il fait de sa vie, projet matériel, spirituel, moral,
intellectuel. Je préfère chercher Dieu devant, car alors tout n’est pas dévoilé. »
71.
Mohammed Arkoun
(1928-2010), intellectuel,historien, islamologue et philosophe
français d’origine algérienne. Docteur en philosophie, professeur d’his-
toire de la pensée islamique à la Sorbonne.
Humaniste, laïque, militant actif du dialogue entre les religions,
les peuples et les hommes, plaide pour un islam repensé dans le
monde contemporain et pour la destruction des préjugés.
« Je m'efforce depuis des années (….) d'ouvrir les voies d'une
pensée fondée sur le comparatisme pour dépasser tous les systèmes
de production du sens - qu'ils soient religieux ou laïcs - qui tentent
d'ériger le local, l'historique contingent, l'expérience particulière en
universel, en transcendantal, en sacré irréductible. »
« L’Occident n’est pas plus l'incarnation du démon matérialiste,
immoral et athée, que l’Islam n’est réductible au fondamentalisme
intégriste, terreau du terrorisme et incompatible avec la démocratie et
la modernité. » M. A.
« À cheval entre deux cultures, M. Arkoun (…) a forgé son indépendance à
partir de cette dualité, enraciné en l’une et l’autre, mais échappant à l’une et
l’autre, et il les dépasse l’une et l’autre en les transgressant. D’où l’incompréhen-
sion qui a accompagné sa si juste et nécessaire recherche. D’où aussi sa
fécondité qui se manifestera de plus en plus dans le futur.” Edgar Morin
72.
Elisabeth
Gössmann
née Placke (1928-2019),théologienne catholique allemande, épouse du spécialiste
de littérature Wilhelm Gössmann. Étudie la théologie catholique, la philosophie et la culture
allemande à Münster. Doctorat en 1954 en même temps que son condisciple Joseph
Ratzinger. Professeure en littérature médiévale allemande à l' ‘Université ecclésiastique
Sophia’ de Tokyo, puis en philosophie chrétienne à ‘l'Université féminine Seishin de la
Société du Sacré-Cœur de Jésus’ (Seishinkai), y enseigne aussi le japonais. Enseigne
après 1986 en Allemagne, en Autriche et en Suisse*.
Fait un travail de pionnière en théologie et en études culturelles ainsi qu'en études
historico-théologiques sur les femmes et rend accessibles une multitude de sources
inconnues et négligées de la tradition féminine. Coéditrice du Dictionnaire de théologie
féministe en 1991 et 2002. Ses recherches sur la tradition philosophique et théologique des
femmes en font une pionnière de la théologie féministe européenne.
* Sa première demande d'habilitation échoue en 1963 en raison d'une objection de la Conférence épiscopale
allemande : les laïcs ne doivent pas être nommés professeurs. En 1978, elle réussit sa deuxième tentative d'habilitation,
cette fois en philosophie, sous la direction d' Eugen Biser. Cependant, malgré 37 candidatures, elle n'obtient pas de chaire
en Allemagne et ne peut occuper qu'un poste de professeure adjointe à Munich en 1990.
../..
73.
Elisabeth Gössmann
Parmi lesétudes historiques menées par E. G., une recherche sur la
légende de la papesse Jeanne.
Images :
- Archives pour la recherche en histoire de la philosophie et de la théologie sur les femmes -
Mulier Papa - Le scandale d'une femme pape. À propos de l'histoire de la réception de la figure de
la papesse Jeanne, édité en 1998 sous le titre La papesse Jeanne.
- Le livre d’Agostino Paravicini Bagliani Histoire de la papesse Jeanne. Cette femme aurait
usurpé la papauté catholique en cachant sa véritable identité sexuelle. Son pontificat est généra-
lement placé entre 855 et 858, c'est-à-dire entre celui de Léon IV et Benoît III, au moment de
l'usurpation d'Anastase-le Bibliothécaire. Le personnage est considéré comme légendaire par les
historiens, mais a donné lieu à une floraison de romans, films, documentaires, comédies musicales
et opéra-bouffon (Bertolt Brecht) .
C’est de cette fausse histoire que découlerait une autre légende selon laquelle, lors d’un
conclave, un pape élu doit se soumettre à un rituel de vérification de sa masculinité, afin d’éviter
une nouvelle affaire comme celle de Jeanne la papesse. Ainsi, pour rassurer le collège électeur, un
cardinal serait censé vérifier manuellement à travers une chaise percée si le pape est bien un
homme, après quoi il annoncerait « Duos habet et bene pendentes ! » (« Il en a deux et bien
pendantes ! »), ce à quoi l’assemblée répondrait « Deo gratias ! » Cette légende a perduré jusqu’à
la fin du 16e siècle avant d’être fermement démentie par la curie romaine…
Il n’empêche que cette légende met en débat dans l’Église la question de
l’accès des femmes au diaconat, à la prêtrise, à l’épiscopat… et à la papauté.
74.
Gérard Bessière
(1928-2024), prêtrefrançais, auteur d’une trentaine de livres,
poète.
Ancien aumônier national des ‘Équipes enseignantes’, éditeur
aux ‘Éditions du Cerf’ (1969 -1988), journaliste à La Vie (1975-
1988).
Retiré dans son village natal de Luzerch (Lot).
« Si l’Église est la foule de celles et de ceux qui ont été atteints
et mus au long des temps par la démarche libre et aimante de Jésus,
alors, je ne prends pas distance. Je suis de ce peuple où se côtoient
l’héroïsme, la médiocrité, la faiblesse, pendant que continuent les
avancées, les drames, les lenteurs de la marche des hommes.
Peuple qui peine, qui souffre, qui s’exalte, qui construit et reconstruit.
Qui se souvient de Jésus, célèbre son passage et le garde comme
premier de cordée. Qu’il faille des responsables, bien sûr, mais
pourquoi ne seraient-ils pas choisis par le peuple et ses
représentants, comme ce fut le cas durant les premiers siècles ? »
../..
75.
Gérard Bessière
« Jésusn’est jamais lénifiant. Il exacerbe les conflits. Il les porte
jusqu’à la moelle des os. On ne pourra pas s’abriter derrière des
observances, des rites, des pratiques. Il ne suffira pas d’appartenir
à une race, élue, de faire partie des hommes pieux, de jeûner et de
donner la dîme. Aucune morale, aucune religion ne protégera contre
le regard de Jésus. C’est au cœur de l’homme, à la pulsation la plus
profonde de sa vie, que le prophète de Nazareth sépare l’ombre et
la lumière. C’est là que l’homme doit sans cesse recevoir de Dieu un
cœur de chair à la place du cœur de pierre, c’est là que l’homme
doit sans cesse […] reconnaître les traits de Dieu dans la foule des
frères humains.
Dans les conflits qui déchiraient la société palestinienne, Jésus
ne prendra même pas parti pour les marginaux et les exclus de
toutes sortes : publicains, samaritains, malades, pécheurs, étran-
gers, Jésus ne se fera pas leur leader. Son attitude sera d’une
autre altitude : il les fera exister. »
76.
Gérard Bessière
« L'affirmationque le Fils de l'Homme était le Fils de Dieu
exprimait-elle, révélait-elle le Mystère, ou était-elle la plus haute
tentative humaine d'apprivoiser l'Ineffable inaccessible et ténébreux ?
Je ne peux plus adhérer à cette croyance centrale, exclusive,
des Églises chrétiennes. Je verrais plutôt cette incarnation comme le
surgissement et l'accueil de Dieu, comparable ou supérieur à celui
que l'on pourrait constater chez les prophètes, chez François
d'Assise, et dans l'immense sainteté de tant de vies généreuses.
Cette invasion divine de la vie humaine aurait atteint son
sommet dans la personne de Jésus... »
« Il arrive que deux silences échangent intensément
l’indicible. Le langage religieux, s’il n’est pas nimbé de grand silence,
perd vite toute signification. Son abondance, sa suffisance parfois,
sont la négation de ce qu’il devrait timidement évoquer. Pendant la
célébration de la messe, après les lectures, on prononce vigoureuse-
ment : "Parole de Dieu !" J’aimerais qu’on dise parfois, à voix basse :
"Silence de Dieu…"»
77.
Pedro Casaldáliga
Né en1928, né en Espagne et naturalisé Brésilien, évêque
catholique de Sao Felix de Araguaïa de 1971 à 2005, auteur de
plusieurs ouvrages sur l’anthropologie, la sociologie et l’écologie.
Théologien de la libération, plusieurs fois menacé de mort.
Soutient le ‘Mouvement des Sans Terre’, Via Campesina, le
mouvement zapatiste au Chiapas, dénonce la centralisation du
gouvernement de son Église et ses attitudes d’exclusion.
Engagé dans la défense des droits des indiens Xavante, est
menacé de mort en 2012, probablement par les propriétaires terriens
et les colons qui ont occupé illégalement leurs terres, et obligé de
quitter son domicile.
Sa devise épiscopale : « Ne rien avoir, ne rien prendre en
charge, ne rien demander, ne rien taire et surtout ne rien tuer. »
« Il ne suffit pas d’être croyant. Il faut être crédible »
« Les braves sont ceux qui surmontent leur peur, grande ou
petite. »
« Mon plus grand souhait, c’est que cesse la faim dans le mode,
que cesse la fabrication des armes, que cesse la guerre, surtout la
guerre fondée sur la religion ou soutenue par les religions. »
78.
Raymond Edward Brown
(1928-1998),théologien états-unien, bibliste et exégète. Prêtre
catholique sulpicien du diocèse de Baltimore. Président de la Catholic
Biblical Association, de la Society of Biblical Literature (1976-1977), de
la Studiorum Novi Testamenti Societas (1986) et de la Society of
Biblical Literature (1986-1987).
Désigné en 1972 et en 1996 pour siéger à la Commission
biblique pontificale, qui conseille le pape sur les sujets scripturaires, et
professeur pendant 23 années à l’Union Theological Seminary de New
York.
« Jésus ne s'appelle jamais Dieu dans les évangiles synoptiques, et un
passage comme Mc 10,18 semblerait exclure la possibilité que Jésus
ait employé ce titre pour parler de lui-même. Même le quatrième
évangile ne parle jamais de Jésus en disant expressément qu'il est
Dieu. Les prédications que les Actes attribuent aux premiers temps de
la mission chrétienne ne parlent pas de Jésus comme Dieu. Ainsi, il n'y
a aucune raison de penser que Jésus ait été appelé Dieu dans les
couches les plus anciennes de la tradition néo-testamentaire. Cette
conclusion négative est justifiée par le fait que Paul n'emploie ce titre
dans aucune épître écrite avant 58. »
79.
Ernest Simoni
Né en1928 de parents pauvres, prêtre franciscain albanais.
En décembre 1963, après 8 ans de sacerdoce, emprisonné par
les autorités communistes pour avoir célébré une messe à la mémoire
du président américain John Fitzgerald Kennedy.
Emprisonné et réduit aux travaux forcés la mine de chrome de
Spaçi par les autorités communistes entre 1963 et 1981.
Libéré en 1981, reste considéré comme un ‟ennemi du peuple” :
pour l’exemple, est contraint de travailler dans les égouts de Shkodër
jusqu’à la fin du régime, en 1991.
Depuis la chute du régime, aide une soixantaine de familles des
montagnes, prises dans l’engrenage meurtrier du kanun (vendetta), à
se réconcilier.
Créé cardinal en novembre 2016 par le pape François.
« - Éminence, avez-vous pardonné à vos bourreaux ?
- Dès le premier instant… »
80.
Élie Wiesel
Eliezer Wiesel(1928-2016) écrivain, philosophe et professeur
d'université étatsunien. Né en Roumanie d’une famille juive hongroise,
déporté à Auschwitz puis à Buchenwald. Ayant survécu à la Shoah,
est accueilli en France où il fait des études de littérature et journalis-
me, produisant une œuvre abondante en langues française, hébraï-
que, yiddish et anglaise. Est encouragé par François Mauriac à
témoigner de la Shoah.
Romancier, dramaturge, essayiste, conteur, auteur d’une
soixantaine d’oeuvres. Docteur honoris causa de plus de 100
universités. Préside la ‘Fondation Élie Wiesel pour l’humanité’. Prix
Nobel de la paix (1986) en tant que président de la ‘Commission
présidentielle sur l'Holocauste’. ‘Messager de la paix’ des Nations
Unies. Agit pour la défense de la mémoire de la Shoah et contre
l’indifférence, l’intolérance et l’injustice. Défend le peuple tibétain, les
Juifs soviétiques, les Indiens du Nicaragua, les Cambodgiens, les
Kurdes, les Kosovars.
« Derrière moi, j’entendis le même homme demander : - "Où est
donc Dieu ?". Et je sentais en moi une voix qui lui répondait : - « Où il
est ? Le voici, il est pendu ici, à cette potence… »
81.
Élie Wiesel
« J'aijuré de ne jamais me taire quand des êtres humains endurent la souffrance et
l'humiliation, où que ce soit. Nous devons toujours prendre parti. La neutralité aide
l'oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persé-
cuté. »
« J’appartiens à une tradition biblique où l’on exalte le rôle de témoin plus que
celui de juge. Un témoin est celui qui croit en la vérité. Mais la vérité est fuyante. Je le
sais pour avoir vécu un temps où le mensonge passait pour être la vérité. Le pire des
péchés est d’être un faux témoin. »
« J’adore les questions, elles m’intéressent plus que les réponses. »
« Parfois on me demande si je connais "la réponse à Auschwitz"; je réponds que je
ne la connais pas; je ne sais même pas si une tragédie de cette ampleur possède une
réponse. (…) Lorsqu'on parle de cette époque de malédiction et de ténèbres, si proche
et si lointaine, "responsabilité" est le mot clé. »
« « Le personnage biblique le plus tragique, c’est Dieu, que ses créatures déçoi-
vent et accablent si souvent. Dieu là-haut pleure, il pleure son peuple et sur sa création,
comme pour dire « Qu’avez-vous fait de mon œuvre ? ». On peut L’invoquer non
seulement avec indi-gnation, mais avec compassion. Pour Lui. »
82.
Jean Vanier
(1928-2019), catholiquefranco-canadien. Officier dans la marine
canadienne, démissionne pour passer un doctorat de philosophie.
En 1964, rencontre deux personnes ayant un handicap mental, est
touché par leur détresse et leur propose de partager sa vie. Avec le P.
Thomas-Marie Philippe (1905-1993)*, fonde L’Arche, association qui
accueille des personnes handicapées mentales et développe trois
dimensions : communautaire, professionnelle, spirituelle.
150 communautés existent dans 40 pays. Chaque personne y a la
possibilité de devenir sujet de sa vie, de déployer sa propre parole, de
dire qui elle est et de faire des choix.
À l'origine en 2000 de la création de l'association ‘Intercordia’*.
Fait l'objet, après sa mort, d'enquêtes sur des relations sexuelles
sous emprise avec 25 femmes non handicapées, entre 1970 et 2005**.
** ‘Intercordia’ propose aux jeunes une formation en mission humanitaire internationale
auprès de populations défavorisées et de cultures différentes, et en valorisant leur expérience
par un diplôme universitaire.
* Thomas-Marie Philippe est interdit en 1956 de l'exercice de tout ministère sacerdotal
suite à des abus à caractère sexuel sur des femmes majeures dans le cadre de l’accompagne-
ment spirituel. Les abus sexuels et spirituels commis par Jean Vanier et les frères Philippe
révèlent la sidérante persistance, pendant des décennies, d’un noyau sectaire aux croyances et
pratiques mystico-érotiques.
../..
83.
Jean Vanier
« Lesvies commencent et se terminent dans la très grande faiblesse. »
« L’amour, ce n’est pas faire des choses extraordinaires et héroïques,
mais faire des choses ordinaires avec tendresse. »
Dix règles de vie pour devenir plus humain :
1 - Accepte la réalité de ton corps fragile et mortel
2 - Parle de tes émotions et de tes difficultés
3 - N’aie pas peur de l’échec
4 - Dans la relation, prends le temps de demander « Comment vas-tu ?,
De quoi as-tu besoin ? »
5 - Arrête de regarder tes écrans, sois présent !
6 - Demande à ton interlocuteur « Raconte moi ton histoire ! »
7 - Sois conscient de ta propre histoire
8 - Méfie-toi des préjugés : rencontre les gens !
9 - Écoute ton désir le plus profond et suis-le
10 - Souviens toi que tu mourras un jour.
« Au soir de l’attentat du World Trade Center, le 11 septembre
2001, Jean Vanier a demandé d’arrêter de prier pour la paix. Il voulait
plutôt que nous priions pour que Dieu nous aide à devenir des artisans
de paix ». Maria Biedrawa
84.
Alexander Grothendieck
(1928-2014), Néà Berlin d’un père juif ukrainien mort à Auschwitz et
d’une mère juive allemande. Naturalisé français en 1971, passe la majorité
de sa vie en France. Lauréat de la médaille Fields en 1966, refondateur de
la géométrie algébrique, un des plus grands mathématiciens du 20ème
siècle.
Dans son livre autobiographique La clé des songes, ou dialogue
avec le bon Dieu (1987), indique les trois chercheurs et "mutants" qui l’ont
le plus marqué : Charles Darwin, Sigmund Freud et Marcel Légaut.
« Légaut est le premier penseur chrétien qui ait eu la profondeur et
l’autonomie spirituelle pour discerner dans toute sa dimension cette
exigence de liberté (de Jésus) et le courage de la dire publiquement et de
la vivre. Par là-même, il est sans doute le premier aussi à avoir compris
pleinement la vraie nature du message et la mission de Jésus dans toute
sa portée et dans ce qui le rend réellement universel. (…)
Il s’agit pour le croyant chrétien (….) de puiser dans cette filiation
adoptive, dans cette présence spirituelle de Jésus, l’authenticité et le
courage pour accéder à sa propre liberté créatrice et à son propre devenir,
à partir du degré de développement intellectuel et spirituel où il se trouve
en chaque jour. »
Voir aussi A.G. in « Chercheurs d’écologie et d’altercroissance »
85.
Hans Küng
(1928-2021), théologiensuisse. Études de théologie à Rome et à
la Sorbonne. Nommé en 1960 professeur de théologie à l’université de
Tübingen, expert au concile Vatican II.
Choqué en 1968 par l’encyclique Humanae vitae de Paul VI qui
condamne de son propre chef, sans consultation des évêques, toute
forme de contraception. Remet en cause en 1971 l’infaillibilité de l’Église.
En décembre 1979, à la suite d'une longue controverse avec
Rome et spécialement la ‘Congrégation pour la doctrine de la foi’, se voit
retirer sa missio canonica (habilitation à enseigner la théologie).
Considère le pontificat de Jean-Paul II « comme une grande
espérance déçue et, finalement, comme un désastre. »
Loin de se décourager ou de s’aigrir, continue d’interpeller son
Église pour qu’elle mette en œuvre les réformes qu’impliquait Vatican II
en toutes sortes de domaines.
« L'on n'est pas loin du totalitarisme quand on exige des évêques
qu'ils acquiescent totalement à une Vérité que seul le Vatican a le droit
d'exprimer... » ../..
86.
Hans Küng
Revendique, pourceux qui n’en peuvent plus de vivre, le
droit de partir quand ils l’ont souhaité, en toute clarté et lucidité.
« Justement parce que je crois en une vie éternelle, j’ai le
droit, le moment venu, de décider quand et comment je vais mourir.
(…) Un Dieu qui interdirait à l’homme de mettre fin à sa vie quand la
vie lui fait porter durablement des fardeaux insupportables ne serait
pas un Dieu amical à l’homme. »
Fondateur et président après 1993 de la Fondation Weltethos
(‘Pour une éthique planétaire’), basée à Tübingen (Allemagne).
Cette Fondation développe la coopération entre les religions et
mène des initiatives concrètes en vue de la paix et du développe-
ment durable.
« Le christianisme doit oeuvrer parmi les religions mondiales
comme le catalyseur critique et comme point de cristallisation de
leurs valeurs religieuses, morales, méditatives, ascétiques et
esthétiques. »
« Pas de dialogue entre les religions sans normes éthiques
globales. Pas de survie de notre planète sans une éthique planétaire
soutenue par l’ensemble des êtres humains, croyants et incro-
yants. »
87.
Ghislain Lafont
(1928-2021), théologienfrançais, moine bénédictin de l'abbaye de
la Pierre-Qui-Vire. Professeur de théologie à l'Université pontificale
grégorienne et à ‘l'Athénée pontifical Saint-Anselme’ à Rome.
Dans Le catholicisme autrement, se demande comment opérer la
« révolution systémique » que beaucoup attendent pour que l’Église
catholique soit aujourd’hui à hauteur d’Évangile ? Au fondement de la
théologie, remettre l’amour comme tendresse, don et sacrifice, plutôt que
comme vérité et pouvoirs. À cette lumière revoir en profondeur la signifi-
cation et la pratique des espaces majeurs du catholicisme classique : la
« messe » et le « prêtre ».
Appelle le catholicisme à une « refondation ».
« C’est à l’homme qu’il revient de prendre parti, et Dieu attend,
désarmé. »
« La morale et la spiritualité classiques se sont longtemps déve-
loppées sous le signe du mal, du péché, de la mauvaise conscience ; ne
faudrait-il pas approfondir plutôt la fatigue positive du désir, de l’écoute, du
renoncement créateur de communion ? »
88.
Placide Gaboury
(1928-2012), essayistecanadien, auteur de plus de 60 livres,
professeur, peintre et pianiste professionnel. Jésuite de 1949 à 1983.
Croyant révolté, pourfendeur des dogmes établis et des
"vérités" à la mode, défenseur de l’autonomie spirituelle et pionnier
d’une spiritualité ouverte encore à définir.
Une dizaine de ses livres écrits entre 1972 et 1990 sont
dédiés à la pensée du courant New Age, reprenant ses grands
thèmes de prédilection. Mais en 1990, prend ses distances avec ce
courant qu'il dénonce alors, comme « une foire spectaculaire, un
marché aux évasions » où les adeptes sont « empêtrés dans des
recettes de pacotille ».
« S’aimer soi-même, c’est reconnaître que vos qualités ne
viennent pas de vous. »
« Un Royaume est en train d’émerger dont on ne connaît pas
encore le vrai visage, puisque c’est celui de l’Esprit. »
« Pour celui qui a une expérience mystique, une religion
culturelle a une valeur négligeable. »
89.
Gustavo Gutiérrez
(1928-2024), théologienpéruvien. Études de philosophie et
psychologie à Louvain, de théologie à Lyon.
Ordonné prêtre en 1959, s'investit auprès des plus démunis
comme vicaire d'une paroisse d'un quartier pauvre de Lima.
Publie en 1971 Teología de la liberación, qui inspire la
‘Conférence épiscopale latino-américaine’ (CELAM).
Distingue la pauvreté réelle de tous les jours, qui « n’est pas
une fatalité, mais une injustice » ; la pauvreté spirituelle, « syno-
nyme d’enfance spirituelle », qui « consiste à remettre sa vie
entre les mains de Dieu » ; et la pauvreté comme engagement,
qui « conduit à vivre en solidarité avec les pauvres, à lutter avec
eux contre la pauvreté, à annoncer l’Évangile à partir d’eux. »
Après de vives critiques émises par le pape Jean-Paul II et 20
ans de dialogue avec le Vatican, sa théologie est reconnue évan-
gélique.
Devient dominicain en 1998.
« La pauvreté et ses séquelles sont toujours le grand défi de
notre temps en Amérique latine et dans bien d’autres endroits du
monde. Pratiquer la justice, travailler à la libération des hommes,
c’est parler de Dieu. C’est un acte d’évangélisation. »
90.
Rutilio Grande
(1928-1977), prêtrejésuite salvadorien, curé de Aguilares où il
développe une action pastorale basée sur la théologie de la libération.
Son travail pastoral est essentiellement religieux, mais a des
conséquences sociales. Les paysans recouvrent leur dignité,
demandent une juste rémunération.
Tué par balles le 12 mars 1977 par des Escadrons de la mort au
service de la dictature, ainsi que ses deux collaborateurs, alors qu’il
rentre d’une visite pastorale (photo du bas).
100 000 personnes, dont 200 prêtres, participent à la messe de
funérailles célébrée par le P. Oscar Romero.
"Quand j'ai regardé Rutilio couché là mort, j’ai pensé que
s’ils l'ont tué à cause de ce qu'il a fait, alors moi aussi je devais
prendre le même chemin."
Oscar Romero
91.
Charles Perrot
(1929-2013), prêtre,professeur à l'Institut catholique de Paris,
bibliste, spécialiste des langues bibliques (araméen, syriaque), du
judaïsme contemporain de Jésus et de la littérature paulinienne.
Auteur de Jésus et l'histoire (1993), ouvrage de référence sur la
question historique à propos de Jésus et du judéo-christianisme des
premiers temps.
Directeur spirituel au ‘Séminaire des Carmes’ jusqu’en 1994.
« Le plus important dans la Bible, chers amis, c’est la reliure. La
reliure qui fait tenir ensemble des livres si différents dans le canon
des Écritures. »
« L’important n’est donc pas l’existence ou non de tels prodiges,
mais leur sens, et leur signification devient invalide s’ils portent à
l’idolâtrie. »
« Pourquoi l’expression "Vous êtes le sel de la terre ?" : le sel,
c’est ce qu’on met dans le feu pour activer la combustion »
« Il faudra bien manger pour mon enterrement ! »
92.
Bernard Jouanet
Thaddée Ntihinyurwa,cardinal X
B.J. (1929-2019), théologien, missionnaire Père Blanc en
Tanzanie, enseignant en psychologie clinique et aumônier de la faculté
de médecine de Dar es-Salaam.
T.N. : né en 1942, évêque de Cyangugu (Rwanda) de 1982 à
1996, actuellement archevêque de Kigali.
S’interrogent sur la monstrueuse tuerie de 1994 entre chrétiens
tutsis et hutus, qui a fait environ 800 000 morts, malgré l’évangélisation
massive du Rwanda (62 % de catholiques et 26 % de protestants).
« Je crois que, jusqu’à présent, le christianisme n’a été qu’un
vernis fragile. L’Évangile n’a pas pénétré en profondeur. Une fois la paix
revenue, il nous faudra expliquer sans cesse les valeurs de
l’homme, ses droits. » T. Ntihinyurwa
../..
Photos : - Thaddée Ntihinyurwa
- 3 évêques du Rwanda massacrés le 5 juin 1994
93.
Bernard Jouanet
Thaddée Ntihinyurwa
cardinalX
« Ces tueries mettent en évidence un fait que nous ne vou-
lions peut-être pas voir. À savoir que la paroisse avec sa pastorale
de masse, ses centaines de catéchumènes et d’adolescents
confirmés, ses milliers de communions n’évangélise pas la vie en
profondeur et donc n’arrive pas à contrôler les pulsions profondes
de l’homme (…).
Ces liturgies si vivantes, cette joie si communicative, ces
foules qui assistent à la messe à l’extérieur faute de place dans
l’église, donnent une impression de vitalité (…).
Mais, à l’évidence, elles ne touchent souvent que la surface de la
personnalité en satisfaisant un certain sentiment religieux.
(…) Les petits groupes d’approfondissement de la vie chrét-
ienne constituent l’alternative à l’Église du dimanche fréquentée
par des paroissiens qui ne veulent pas que l’Évangile influence
leur vie ».
B. Jouanet ../..
94.
Bernard Jouanet, ThaddéeNtihinyurwa, cardinal X
La même analyse est faite par le cardinal X interviewé en 2005
par l’écrivain et journaliste Olivier le Gendre.
« La grande leçon du Rwanda est celle-ci : la foi chrétienne,
notre foi chrétienne, n’a pas empêché que surviennent ces atrocités
en grand nombre. D’où la question (…) : de telles atrocités dans des
pays chrétiens – le Rwanda des années 90, l’Allemagne de l’avant-
guerre – ne sont-elles pas le signe d’un échec chrétien? De l’échec
chrétien ? (…)
Quand une religion, en l’occurrence la religion chrétienne, met au
centre de son message l’amour de Dieu et du prochain, on est en
droit de se demander si des génocides survenant en terre chrétienne
ne sont pas le signe que cette religion a échoué dans sa mission. »
Photo : Olivier le Gendre
95.
Ágnes Heller
(1929-2019), philosopheet sociologue hongroise. Son père est
déporté et meurt à Auschwitz, elle échappe par 3 fois aux exécutions
sommaires des ‘Croix fléchées’, les fascistes hongrois pronazis qui
visent les Juifs. Études de physique et de chimie, puis se réoriente en
philosophie. Influencée par le philosophe marxiste critique et sociologue
Georg Lukács (1895-1971) et membre de l'école de Budapest.
Exclue du Parti communiste et interdite d'emploi universitaire en
1958 du fait de sa dissidence. Professeure de sociologie à l'université de
La Trobe à Melbourne (Australie), puis de philosophie à la New School
for Social Research à New York. Est dans les années 2000 l'une des
figures de l'opposition intellectuelle à la politique du Premier ministre
hongrois conservateur et nationaliste Viktor Orbán.
Bien que la loi morale universelle de Kant et la transcendance
religieuse ne lui paraissent plus des recours possibles, défend encore la
possibilité de la vie éthique. En tient pour preuve l’existence de « bon-
nes personnes », qui choisissent le bien, n’abdiquent pas leur liberté et
conservent le souci d’autrui même face au danger. Au lieu d’une éthique
"d’en haut", dérivant de grands principes, se contente d’une éthique
"d’en bas", fragile et précaire. ../..
96.
Ágnes Heller
Défend ladémocratie libérale, qu’elle juge « notre bien le plus
précieux ». Sans illusions, estime aussi que « la fin du capitalisme
n’est pas pour demain ». Fervente européenne, se désole de voir le
Vieux Continent délaisser ses valeurs humanistes pour devenir un
grand marché doublé d’un musée à ciel ouvert.
« De mon père, j’avais le devoir de rester quelqu’un de bien.
Être quelqu’un de bien signifiait ne pas chercher dans aucune décision
son intérêt personnel, mais décider d’après ce que je jugeais être bien.
Et j’avais encore appris de lui quelque chose d’autre : on ne quitte pas
un navire qui fait naufrage. »
« Je ne crois plus depuis longtemps à la victoire finale du Bien,
et je crois aussi que l’on peut être bon et doit l’être sans espérer que la
fin soit bonne. »
« L’Europe transcendantale des valeurs ne sera jamais atteinte,
mais on peut s’en approcher ou s’en éloigner. Si l’on s’en approche,
l’Europe survivra, si l’on s’en éloigne, la civilisation européenne ira à
sa perte. Il est important que nous sachions où nous voulons aller. »
97.
François Cheng
Né en1929 en Chine, (nom d'auteur, en chinois : "Qui embrasse
l'Unité"), écrivain, poète et calligraphe chinois naturalisé français en
1971. Arrive à Paris en 1948 lorsque son père obtient un poste à
l'UNESCO.
Quand sa famille émigre aux États-Unis en 1949 en raison de la
guerre civile chinoise, reste en France, motivé par sa passion pour la
culture française. Professeur à l'Institut national des langues et
civilisations orientales (INALCO), Membre de l’Académie française
depuis 2002.
« Révolutionnaire est le Cantique des Créatures de François
d’Assise qui appelle la mort corporelle "notre sœur". Un changement
de perspective s’offre alors à nous : au lieu de dévisager la mort
comme un épouvantail à partir de ce côté-ci de la vie, nous pourrions
envisager la vie à partir de l’autre côté qu’est notre mort. Dans cette
posture, tant que nous sommes en vie, notre orientation et nos actes
seraient toujours élans vers la vie. » ../..
98.
François Cheng
« Lediamant du lexique français, pour moi, c’est le substantif
"sens". Condensé en une monosyllabe – sensible donc à l’oreille d’un
Chinois – qui évoque un surgissement, un avancement, ce mot
polysémique cristallise en quelque sorte les trois niveaux essentiels
de notre existence au sein de l’univers vivant : sensation, direction,
signification. »
« La beauté nous transfigure, car elle nous sort de l’habitude,
nous permet de revoir les choses qui nous entourent comme au matin
du monde, comme pour la première fois. (…)
La vraie beauté est élan de l’Être vers la beauté et le renouvellement
de cet élan ; (…)
Une bonne éternité ne saurait être faite que d’instants saillants où la
vie jaillit vers son plein pouvoir d’extase. (…)
La bonté est le garant de la qualité de la beauté. La bonté irradie la
beauté et la rend désirable. »
« Si nous sommes capables de penser l’univers, c’est que
l’univers pense en nous. »
99.
Jean Vernette
(1929-2002), prêtrefrançais, vicaire général de Montauban,
écrivain. Pendant près de 30 ans, Secrétaire national de l'épiscopat
français pour l'étude des sectes et nouveaux mouvements religieux.
« Quelques critères de discernement pour identifier les tendances
sectaires et discerner entre les groupes :
1) Comment fonctionne le pouvoir ? À qui appartient-il ? Qui l’a confié
au leader ? Est-il contrôlé, et comment ?
La dérive sectaire s’appelle l’oppression.
2) Comment circule le savoir ? Qui détient l’information dans le
groupe ? Quelle place est faite à la parole de chacun ? Est-ce
seulement le leader qui « sait » ? Le groupe a-t-il l’assurance d’avoir
toujours raison contre quiconque, se sent-il investi de mission de faire
la leçon à tous les autres groupes.
Les dérives s’appellent suffisance et endoctrinement. ../..
100.
Jean Vernette
3) Commentse gère l’avoir ?
D’où vient l’argent, qui en a le contrôle, à qui va-t-il ? L’adepte
retrouvera-t-il des moyens de vivre s’il quitte le groupe ?
La dérive s’appelle l’exploitation.
4) Comment sont vécues les relations dans le groupe (liberté
d’échange entre membres et respect des différences) ? avec les
autres groupes ? Pense-t-il se suffire à lui-même, centré sur son
développement ?
La dérive s’appelle fermeture.
101.
Martin Luther King
(1929-1968).Pasteur baptiste afro-états-unien, militant non-
violent pour les droits civiques.
Âgé de 26 ans, organise en 1955 le boycott des bus de
Montgomery (Alabama) et oblige la compagnie à mettre fin, après
382 jours, à la ségrégation raciale.
Leader de la lutte contre la discrimination raciale, le droit de
vote et l’emploi des Noirs et des minorités ethniques à Albany,
Atlanta, Birmingham et sur tout le territoire des États-Unis :
marches, grèves, sit-in, boycott, désobéissance civile.
Au terme de la marche pour le travail et la liberté, prononce à
Washington le célèvre discours I have a dream le 28 août 1963 au
pied du Lincoln Memorial devant 250 000 personnes.
12 séjours en prison. Prix Nobel de la paix en 1964.
Organise trois marches de Selma à Montgomery en 1965,
une grève des loyers à Chicago,
Assassiné le 4 avril 1968 à Memphis.
Voir aussi M.L. K dans le trombinoscope de la non-violence
../..
102.
Martin Luther King
«J’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. (…)
La plus grande pierre d’achoppement que rencontre le
Noir dans sa progression vers la liberté n’est pas le membre (…)
du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à
l’ordre qu’à la justice (…).
Notre génération n’aura pas seulement à se repentir des
paroles et des actions haineuses des mauvaises gens, mais
aussi du silence consternant des gens bien.»
Lettre écrite en avril 1963 dans la prison de Birmingham à 8 responsables
chrétiens et juifs de l’Alabama qui l’accusent d’être un fauteur de troubles.
Photos :
- M.L. King incarcéré en février 1956 pendant le boycott des bus de Montgomery
- Affiche de Selma, film états-unien réalisé par Ava DuVernay, sorti en 2015
103.
Michael Harner
(1929-2018), anthropologueétatsunien. Dès la fin des années 1950,
étudie et pratique le chamanisme parmi les Shuar (Jívaros), puis les
Conibo et effectue de brefs séjours parmi d'autres peuples amérindiens
(Haute-Amazonie, et chez les Pomo et les Salish de la Côte Nord-Ouest
des États-Unis). Obtient ensuite un doctorat en anthropologie à l’Université
de Berkeley. Enseigne ensuite sa vision du chamanisme de par le monde.*
Spécialiste du chamanisme traditionnel et de la pratique du chama-
nisme moderne. Démontre que le chamanisme appartient à toutes les
cultures du monde, y compris notre culture occidentale qui l’a pourtant très
longtemps renié, Son travail fut parfois critiqué dans certains milieux aca-
démiques, mais il est un des pionniers du développement du néo-chama-
nisme dans les pays occidentaux. Fondateur en 1979 et président de la
Foundation for Shamanic Studies (FSS), association internationale fondée
dans le but d’étudier, d’enseigner et de préserver les cultures et le savoir
chamanique.
En 2006, crée un conservatoire du savoir chamanique, le Shamanic
Knowledge Conservatory, qui renferme des dizaines de milliers de do-
cuments de référence sur la pratique du chamanisme traditionnel et
moderne. ../..
* Deux autres auteurs ont joué un rôle important pour renouveler le regard occidental sur le
chamanisme, Mircea Eliade (à partir de 1950) et Carlos Castaneda (dès 1968).
104.
Michael Harner
« Lechamanisme fondamental offre un accès direct au pouvoir
spirituel compatissant et à la connaissance pour aider les autres et notre
planète. En parcourant ce chemin, nous découvrons, par expérience
et non par foi, l'unité fondamentale de toutes choses – une compréhension qui est au
cœur d'une société éclairée. »
« Chaque personne peut modifier son état de conscience et ainsi se lier à la réalité
non ordinaire, sans avoir besoin de rituels compliqués. Le tambour est une méthode
légale, sûre, efficace et ancienne. »
« En plus de la mission de ramener la guérison chamanique en Occident, j’ai
souhaité que la FSS soit au service des peuples indigènes qui souhaitent faire revivre le
chamanisme après des décennies, voire même des siècles, de persécution. Après tout,
les peuples indigènes ou tribaux furent très longtemps les seuls dépositaires du savoir
chamanique, et le monde a une immense dette envers eux. » M. H.
« Sa manière de combiner l’approche anthropologique, l’expertise académique, les
études du chamanisme dans de multiples cultures, et sa propre formation chamanique
ont produit une profondeur et une étendue d’expertise et d’influence rares, peut-être
uniques. » Charles S. Grob, directeur de recherche et professeur à la UCLA School of
Medicine.
Images : - En France, le livre Le Chamane et le psy de Laurent Huguelit et Olivier Chambon traite de la
complémentarité et de l'intégration des techniques chamaniques dans la psychothérapie moderne.
- Valentin Hagdaev, ‘chef’ chaman bouriate de Olkhon, lac Baïkal. Logo de la FSS.
105.
André Louf
(1929-2010), moinetrappiste belge. Suit à Rome les cours de
‘l'Université Grégorienne’ et de ‘l'Institut biblique’. Abbé de l’abbaye du
Mont-des-Cats durant 35 ans, de 1963 à 1997, contribue activement à
l'aggiornamento de la vie monastique et spirituelle à la suite du concile
Vatican II. Préside à la rédaction de la revue monastique Collectanea
Cisterciensia. Modérateur des chapitres généraux (réunion des abbés
de l‘ordre cistercien-trappiste), auteur de nombreux ouvrages de
spiritualité. Membre actif de l’E.I.I.R. (‘Rencontres internationales et
interconfessionnelles de religieux(ses)’, promeut la voie d'un
« œcuménisme spirituel », parcourt le monde. Devient ermite après
avoir rendu sa charge : de 1997 à 2010, vit retiré et solitaire dans un
petit ermitage à Simiane-Collongue, en Provence.
Son livre Apprends nous à prier est un témoignage sur ce qui fait l'essence
de l'homme et sa recherche d'absolu. Dans L’homme intérieur, passe en revue
quelques étapes de la vie spirituelle : la solitude, l'ascèse intérieure, l'accompagne-
ment, la traversée d'épreuves (tentations, échecs, maladies).Son livre La grâce
peut davantage. L'accompagnement spirituel montre comment la psychothérapie,
étymologiquement "guérison de l'âme", peut féconder l'expérience spirituelle, en
déblayer le terrain.
« « Retrouver le chemin vers son coeur est la tâche la plus
importante de l'homme. »
106.
Dorothee Sölle
Dorothee Steffensky-Söllenée Nipperdey (1929-2003), théologienne
protestante allemande. Études de lettres, de philosophie puis de théologie
protestante à Fribourg-en-Brisgau et Göttingen. Enseignante à Aix-la-
Chapelle, à l’université de Cologne, puis de Hambourg. Engagée contre la
guerre du Vietnam, la course aux armements nucléaires, pour la cause
féministe, l'écologie et pour une meilleure justice à l'échelle mondiale. En
1968, co-initiatrice de la "prière politique du soir" (Politisches Nachtgebet) à
l'église Saint-Antoine de Cologne.
Critique l'idée de la toute-puissance d'un Dieu imaginé sous des
traits anthropomorphes et masculins. À la recherche d'un nouveau langage,
préconise, pour parler de Dieu, le recours à des symboles mystiques telles
que la lumière et le feu. S'opposant à Karl Barth, ne conçoit pas Dieu
comme le "Tout-autre", mais le caractérise par sa relation avec l‘homme,
dont l'amour est le ressort. L’expérience mystique conduit à s'engager dans
le monde, mais en le voyant avec les yeux de Dieu.
Dans ses ouvrages, cherche à tenir ensemble des expériences de
vie de tous les jours, notamment celles de la souffrance, de la pauvreté, de
la discrimination et de l'oppression, avec des concepts théologiques.
« Le concept de Dieu n'est valable et utile que s'il nous rend plus
grands, plus libres et plus capables d'aimer. Si Dieu ne le peut pas, il est
temps que nous nous débarrassions de lui. »
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