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Introduction à Paroles d’Evangiles
LAURENT SAILLY
1
ENTRETIEN
« Pour un athée, les religions restent une source de
sagesse extraordinaire »
Pourquoi un mécréant s’intéresserait-il aux religions ?
Parce qu’elles sont une source de sagesse extraordinaire.
Beaucoup d’athées rejettent tout au motif qu’ils ne croient pas.
C’est aussi déplorable que d’adhérer aux dogmes sans
chercher à les comprendre. C’est précisément quand on cesse
de penser que les religions sont complètement stupides, ou
bien qu’elles nous ont été envoyées du ciel, que les choses
deviennent intéressantes. On peut être indifférent aux
doctrines de la Trinité chrétienne ou des huit voies de la
sagesse bouddhiste, et étudier la manière dont les religions
prônent la morale, engendrent un esprit de communauté et
forment les esprits. C’est d’ailleurs une partie considérable de
notre histoire. Il me paraît difficile de comprendre le monde
d’aujourd’hui sans étudier les croyances et les pratiques des
hommes.
D’autres disciplines apportent des réponses : l’histoire, la
philosophie, la science…
Bien sûr! Mais je vous retourne la question : pourquoi lire
Shakespeare si on peut se contenter de Racine ? Il faut
s’intéresser à tout. L’enseignement profane transmet certes
une culture essentielle, mais il nous laisse dans le vague quant
à l’utilisation pratique de ce savoir. Les religions nous offrent
quelque chose de plus : des conseils bien structurés sur la
façon de vivre notre vie. Comment affronter la souffrance et la
mort ? Puis-je contrôler mes pulsions, résister à la tentation ?
L’université dédaigne ces questions directes, tandis que les
religions les exacerbent. Elles en font tout un sermon, une
musique, un monument… Elles ont mieux compris
l’importance des rites et des symboles en matière d’éducation.
Trop souvent, les intellectuels laïcs s’imaginent qu’il suffit
d’avoir de bonnes idées pour peser sur le cours des choses.
Ils négligent la question du pouvoir de se faire entendre.
Qui déciderait, entre toutes les religions, de ce qui est
juste ?
Cette question m’est souvent posée, comme s’il n’existait pas
de valeurs universelles. Je crois, au risque de heurter toute
une philosophie sceptique et relativiste, que les hommes
s’accordent sur l’essentiel : vivre uniquement pour soi est
mauvais, l’altruisme est le socle de toute morale. Le désir
d’aider l’autre et de penser pour le groupe se retrouve dans
toutes les religions, et pour une large part dans la philosophie
politique et morale. Je ne crois pas à l’idée moderne
d’égoïsme rationnel, d’après laquelle le bien serait la somme
des intérêts particuliers. Nous avons besoin d’être rassemblés
autour de valeurs communes, à mon avis tapies en chacun de
nous, et les religions ont imaginé des structures idéales pour
cela : une messe chrétienne nous extrait de l’égocentrisme
accoutumé et ravive un sentiment communautaire ; le jour du
grand pardon, chez les Juifs, est l’occasion d’évoquer les
vexations avec celui qui en a été responsable ou victime…
Ces pratiques valent au-delà des querelles de chapelles, nous
ne devons pas avoir peur de nous en inspirer.
Comment introduire davantage de religiosité dans
l’espace public sans nuire aux libertés individuelles ?
Nous devons en finir avec le scepticisme ambiant vis-à-vis de
toute morale. Loin d’être neutre, l’espace public est parsemé
de publicités qui nous incitent au consumérisme et au
carriérisme. Nous pourrions diffuser des incitations à une vie
meilleure à la place, par exemple un aphorisme sur la
sagesse, une allégorie de la justice… Les religions n’ont
jamais craint d’utiliser tous les ressorts de l’art et de la
communication pour instaurer une atmosphère morale. Les
fresques du peintre florentin Gioto dépeignent les vertus
cardinales de l’homme. La figure bouddhiste de Guan-Yin,
compatissante et compréhensive, remémore une tendresse
maternelle. L’architecture monumentale de certains temples
nous fait douter de notre importance dans l’univers… Cela n’a
rien de contraignant et vaut bien un jingle sur les mérites d’un
nettoyant ménager! Dans mon livre, j’ai utilisé des illustrations
pour montrer à quoi pourraient ressembler nos rues si on jouait
le jeu.
Et Dieu dans tout ça ?
Peu importe qu’il existe ou non. À titre personnel, je ne le crois
pas. Mais cette question est sans intérêt en définitive. Ce qui
compte, c’est de se demander comment mener sa vie de la
meilleure façon. Le grand enseignement des religions est
l’imperfection inhérente à la condition humaine : nos problèmes
ne se résoudront jamais, nous devons apprendre à vivre avec
nos fragilités et nos faiblesses. C’est une vision certes
pessimiste, mais réaliste. Inutile de mettre tous nos espoirs
dans l’argent, les progrès de la science ou des hôtels spas
supposément ésotériques. En nous inspirant des concepts et
des rites religieux, nous pouvons mieux accepter notre
condition, composer avec et réinventer un sentiment
communautaire emprunt de spiritualité. Peut-être, par
exemple, que nous cesserions de demander aux inconnus
« ce qu’ils font dans la vie » pour nous tourner vers des
questions plus essentielles : que regrettez-vous ? Qu’espérez-
vous ?
[Alain de Botton, Petit guide des religions à l’usage des mécréants,
Flammarion, 336 p., 21,90 €. Propos recueillis par Fabien Trécourt - publié
le 19/04/2012, Le Monde des Religions]
Introduction à Paroles d’Evangiles
LAURENT SAILLY
2
ENTRETIEN
« Le monothéisme se définit d’abord comme une
idéologie politique : un dieu, un prince, un peuple »
Le peuple élu n’est peut-être pas si différent. Définir les
Judéens de l’Antiquité comme une nation de l’époque parmi
d’autres, plutôt que comme l’incarnation d’une éternelle
exception, tel est l’enjeu de l’ouvrage que Simon Claude
Mimouni consacre au judaïsme ancien. Historien des religions
et plus particulièrement de l’Antiquité grecque et romaine,
titulaire depuis 1995 de la chaire sur les origines du
christianisme à la section des sciences religieuses de l’école
pratique des hautes études, l’auteur discute à la fois l’unité et
l’unicité de la religion juive, proclamées depuis des siècles par
les autorités rabbiniques. Il ne souhaite toutefois nullement
provoquer de polémique : « Il importe de faire de l’histoire en
dehors de tout engagement confessionnel. Pour ma part, cela
m’est d’autant plus aisé que je n’appartiens à aucune
communauté religieuse. »
Vous expliquez que le judaïsme ancien est façonné par
son époque. Les Juifs ne constituaient-ils pas un peuple
monothéiste, radicalement différent de ses voisins ?
Le terme de monothéisme ne date en réalité que du
XIXe siècle, alors que celui du polythéisme remonte au
XVIe siècle. Pour moi, le monothéisme se définit d’abord
comme une idéologie politique : un dieu, un prince, un peuple.
Or, les Judéens n’ont jamais adopté une définition similaire,
même si la terre est mise en relation avec un dieu et un
peuple. Il faut attendre le IVe siècle et le règne de Constantin
sur l’empire romain pour que cette idéologie soit pour la
première fois mise en œuvre par les chrétiens. Dire que l’on
n’a qu’un seul dieu comme le font les Judéens de l’Antiquité,
c’est du monolâtrisme, pas du monothéisme. C’est là une
particularité par rapport à leurs contemporains, mais qui doit
être relativisée dans la mesure où les pratiques et croyances
judéennes sont loin de constituer un bloc unifié et autarcique
dans le monde environnant.
Quelle est l’importance, dans l’Antiquité, du courant
rabbinique, qui a transmis le judaïsme tel qu’il existe
aujourd’hui ?
Le judaïsme rabbinique dans l’Antiquité est en réalité
minoritaire, il n’est qu’un courant parmi d’autres, descendant
par certains aspects des pharisiens – du moins les rabbins
ont-ils été influencés par eux. On possède aujourd’hui une très
vaste littérature rabbinique, parce que les rabbins étaient des
lettrés et parce qu’ils ont transmis ces écrits à travers les
siècles. L’importance de ces sources donne l’impression que
leur courant était très important. En réalité, c’est le judaïsme
synagogal qui représentait la majorité des Judéens. Les
« synagogaux » étaient souvent hellénophones, ouverts à la
communication avec la civilisation grecque et romaine. Ils
étaient aussi araméophones. Ils respectaient des traditions
différentes de celles que l’on trouve dans le courant
rabbinique. La figure emblématique en était par exemple
Abraham, image d’ouverture, quand les rabbins se réclament
de Moïse, personnage centré sur son peuple et surtout sur sa
Loi. Autre exemple : la circoncision n’est imposée qu’au
IIe siècle à tous les Judéens de leur courant par les rabbins,
qui en font un symbole de ralliement ; auparavant, elle ne
possédait pas ce caractère obligatoire et pouvait souffrir de
dérogations. Certains affirment même qu’elle n’aurait touché
que les prêtres à l’époque du premier Temple. La particularité
du rabbinisme, c’est la halakha qui leur est propre. Pour attirer
à eux les Judéens les plus pieux, les rabbins maximalisent les
règles, ils affirment qu’on respecte mieux la Loi chez eux
qu’ailleurs dans les autres tendances du judaïsme. Et l’histoire
du judaïsme a toujours connu des résurgences de la pensée
synagogale à travers les siècles, en opposition aux rabbins.
Comment le courant des rabbins l’a-t-il emporté sur celui
des prêtres ?
En fait, par rapport à la prédominance des prêtres synagogaux
et à la multiplicité d’autres courants (essénien, sadducéen), les
chrétiens et les rabbins restent minoritaires, même après la
destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70,
jusqu’à la reconnaissance officielle du christianisme au
IVe siècle. Les rabbins ne vont parvenir à établir leur
hégémonie sur le judaïsme qu’au VIIe siècle, au moment de
l’émergence de l’islam, quand la Babylonie, où les Juifs sont
nombreux, est envahie par les musulmans. Une des raisons,
parmi de nombreuses autres, est qu’ils parlent l’araméen, une
langue très proche de l’arabe. Ce sont eux qui ont pu le mieux
communiquer avec les nouvelles autorités et prendre le
pouvoir sur les autres courants judéens qui sont plutôt
hellénophones.
Doit-on considérer le christianisme comme un simple
courant du judaïsme ?
Au cours des trois premiers siècles de notre ère, c’est ce qu’il
est. Mais il y a notamment une différence de perception du
monde entre le courant chrétien et le courant rabbinique. Les
Judéens rabbiniques ne veulent pas être perçus comme une
religion, mais comme un peuple qui pratique une religion – à
l’égal des autres peuples de l’Antiquité. Leurs croyances et
pratiques sont les croyances et pratiques des Judéens. Les
Judéens chrétiens (ou Judéo-chrétiens), pour la plupart et
comme les autres chrétiens, estiment que la « foi » chrétienne
traverse tous les peuples. On naît judéen, alors que l’on
devient chrétien. C’est que les Judéens, hormis les Judéens
chrétiens, ont une perception antique du monde, conforme à
leur époque. Cette vision distingue des ethnicités, qui ont
chacune un ou des dieux. Ainsi, les Romains respectaient
l’exigence judéenne de ne servir qu’un dieu, le leur, et
d’observer des préceptes, les leurs. C’était une modalité liée à
leur nation. Le problème qui s’est posé avec les chrétiens est
que des membres des ethnicités autres que judéennes,
devenus chrétiens, se sont mis à refuser de procéder au culte
impérial et aux cultes civiques. Or, ce qui était permis aux
membres d’une certaine ethnicité, la judéenne, ne pouvait
l’être au sein des autres ethnicités de l’empire gréco-romain.
L’idée moderne de la religion comme détachée de l’ethnicité
aura été une création du christianisme. Le judaïsme dans
l’Antiquité, entre le Ier et le IVe siècle, se répartit en trois
groupes : celui des synagogaux, majoritaires, celui des
chrétiens et celui des rabbins – ces derniers étant plutôt
minoritaires.
[Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère
au IIIe siècle de notre ère, des prêtres aux rabbins, PUF, 968 p., 49 €.
Propos recueillis par Macha Fogel - publié le 22/06/2012, Le Monde des
Religions]
Introduction à Paroles d’Evangiles
LAURENT SAILLY
3
Les 5 clés du message de Jésus de Nazareth
Il y a deux mille ans naissait, dans une bourgade de Palestine,
un homme qui allait bouleverser le destin d’une grande partie
de l’humanité. Que sait-on de ce Juif nommé Jésus, ou
Yeshoua en hébreu? Par des sources extérieures au
christianisme, peu de choses. Juste qu’il est né environ quatre
ans avant notre ère – donc avant Jésus-Christ, une erreur de
datation remontant au Moyen Age! – et mort une trentaine
d’années plus tard, crucifié sur ordre du procurateur romain
Ponce Pilate. L’essentiel de sa vie et de son message nous a
surtout été transmis par quatre récits, les Evangiles. Selon
eux, Jésus, fils de Joseph et de Marie, aurait mené une vie
cachée à Nazareth et n’aurait enseigné que durant les trois
dernières années de sa vie. Parfois contradictoires – ce qui,
paradoxalement, valide leur authenticité –, ces récits restent
flous sur son identité véritable. Pour beaucoup, ce réformateur
religieux était le messie attendu par les Juifs comme libérateur
de l’oppresseur romain. Lui-même se disait « fils de l’homme »
et « fils de Dieu », cette dernière appellation lui attirant la haine
des autorités religieuses et sa condamnation à mort. Selon les
apôtres, son corps disparut trois jours après sa mise au
tombeau, et lui-même serait apparu de nombreuses fois,
ressuscité d’entre les morts.
1 – Aucun homme n’est méprisable
Bien que juif pratiquant, Jésus fraye avec les païens, les
exclus et la canaille, refuse de faire des distinctions entre les
hommes, de diaboliser qui que ce soit, ce qui scandalise les
religieux bon teint. Aux moralistes qui s’offusquent de le voir
accorder son pardon à ceux qui transgressent la loi, il rappelle
que ce sont justement les pécheurs qui ont besoin de lui. A la
foule hypocrite qui veut lapider une femme surprise en flagrant
délit d’adultère, il rétorque : « Que celui qui n’a jamais péché
jette la première pierre. » (Jean, 8,7.) Et le narrateur d’ajouter
avec humour : «A ces mots, ils se retirèrent un à un, à
commencer par les plus vieux. »
2 – On n’a nul besoin des religions pour rencontrer Dieu
Jésus prône une relation directe entre l’homme et Dieu et
relativise le rôle des médiations. Une idée subversive pour les
institutions religieuses. Ainsi, à une samaritaine (secte
dissidente du judaïsme) qui s’étonne : « Nos pères ont adoré
sur cette montagne, et vous, vous dites que c’est à Jérusalem
que l’on doit adorer », Jésus répond : « L’heure vient où ce
n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez
le Père […] L’heure vient où les vrais adorateurs adoreront le
Père en esprit et en vérité. » (Jean, 4, 19-24.)
3 – Dieu est amour
Face aux visages ambigus d’un Dieu qui apparaît parfois
comme un tyran ou un juge implacable, Jésus affirme qu’il est
amour, justice, sainteté, lumière et compassion, et l’appelle «
notre Père ».Toute l’éthique chrétienne repose sur cette
croyance en son amour : « Montrez-vous miséricordieux
comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas et vous ne
serez pas jugé; ne condamnez pas et vous ne serez pas
condamné ; remettez et il vous sera remis; donnez et l’on vous
donnera. » (Luc, 6-36-38.)
4 – La mort n’est pas une fin
Les écoles juives étaient divisées sur la croyance en une
survie de l’âme après la mort. Jésus, lui, est catégorique : la
mort n’est qu’un passage, il existe une autre vie après elle. Il
promet le bonheur éternel aux humbles, aux cœurs purs, aux
miséricordieux, aux artisans de paix, aux affligés, à ceux qui
sont persécutés par la justice (Matthieu, 5, 3-10). Il se
présente aussi comme le sauveur, celui qui est venu donner
les clés de la vie éternelle à « tous les hommes de bonne
volonté ».
5 – Chacun sera jugé sur l’amour qu’il a donné
Ce n’est donc ni le rituel ni la foi seule qui importent, mais
l’amour envers son prochain. Jésus évoque ce qu’il dira au
jour du Jugement dernier (Matthieu, 25) : «Venez, les bénis de
mon Père, recevez en héritage le Royaume qui a été préparé
pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et
vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez
donné à boire; j’étais un étranger et vous m’avez accueilli; nu
et vous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; en prison,
et vous êtes venus à moi. » A l’étonnement des justes, qui ne
l’ont jamais vu en prison, assoiffé ou affamé, il répondra : « En
vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un
des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.»
[Frédéric LENOIR, Psychologies Magazine Décembre 2001]

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Qui déciderait, entre toutes les religions, de ce qui est juste ? Cette question m’est souvent posée, comme s’il n’existait pas de valeurs universelles. Je crois, au risque de heurter toute une philosophie sceptique et relativiste, que les hommes s’accordent sur l’essentiel : vivre uniquement pour soi est mauvais, l’altruisme est le socle de toute morale. Le désir d’aider l’autre et de penser pour le groupe se retrouve dans toutes les religions, et pour une large part dans la philosophie politique et morale. Je ne crois pas à l’idée moderne d’égoïsme rationnel, d’après laquelle le bien serait la somme des intérêts particuliers. Nous avons besoin d’être rassemblés autour de valeurs communes, à mon avis tapies en chacun de nous, et les religions ont imaginé des structures idéales pour cela : une messe chrétienne nous extrait de l’égocentrisme accoutumé et ravive un sentiment communautaire ; le jour du grand pardon, chez les Juifs, est l’occasion d’évoquer les vexations avec celui qui en a été responsable ou victime… Ces pratiques valent au-delà des querelles de chapelles, nous ne devons pas avoir peur de nous en inspirer. Comment introduire davantage de religiosité dans l’espace public sans nuire aux libertés individuelles ? Nous devons en finir avec le scepticisme ambiant vis-à-vis de toute morale. Loin d’être neutre, l’espace public est parsemé de publicités qui nous incitent au consumérisme et au carriérisme. Nous pourrions diffuser des incitations à une vie meilleure à la place, par exemple un aphorisme sur la sagesse, une allégorie de la justice… Les religions n’ont jamais craint d’utiliser tous les ressorts de l’art et de la communication pour instaurer une atmosphère morale. Les fresques du peintre florentin Gioto dépeignent les vertus cardinales de l’homme. La figure bouddhiste de Guan-Yin, compatissante et compréhensive, remémore une tendresse maternelle. L’architecture monumentale de certains temples nous fait douter de notre importance dans l’univers… Cela n’a rien de contraignant et vaut bien un jingle sur les mérites d’un nettoyant ménager! Dans mon livre, j’ai utilisé des illustrations pour montrer à quoi pourraient ressembler nos rues si on jouait le jeu. Et Dieu dans tout ça ? Peu importe qu’il existe ou non. À titre personnel, je ne le crois pas. Mais cette question est sans intérêt en définitive. Ce qui compte, c’est de se demander comment mener sa vie de la meilleure façon. Le grand enseignement des religions est l’imperfection inhérente à la condition humaine : nos problèmes ne se résoudront jamais, nous devons apprendre à vivre avec nos fragilités et nos faiblesses. C’est une vision certes pessimiste, mais réaliste. Inutile de mettre tous nos espoirs dans l’argent, les progrès de la science ou des hôtels spas supposément ésotériques. En nous inspirant des concepts et des rites religieux, nous pouvons mieux accepter notre condition, composer avec et réinventer un sentiment communautaire emprunt de spiritualité. Peut-être, par exemple, que nous cesserions de demander aux inconnus « ce qu’ils font dans la vie » pour nous tourner vers des questions plus essentielles : que regrettez-vous ? Qu’espérez- vous ? [Alain de Botton, Petit guide des religions à l’usage des mécréants, Flammarion, 336 p., 21,90 €. Propos recueillis par Fabien Trécourt - publié le 19/04/2012, Le Monde des Religions]
  • 2. Introduction à Paroles d’Evangiles LAURENT SAILLY 2 ENTRETIEN « Le monothéisme se définit d’abord comme une idéologie politique : un dieu, un prince, un peuple » Le peuple élu n’est peut-être pas si différent. Définir les Judéens de l’Antiquité comme une nation de l’époque parmi d’autres, plutôt que comme l’incarnation d’une éternelle exception, tel est l’enjeu de l’ouvrage que Simon Claude Mimouni consacre au judaïsme ancien. Historien des religions et plus particulièrement de l’Antiquité grecque et romaine, titulaire depuis 1995 de la chaire sur les origines du christianisme à la section des sciences religieuses de l’école pratique des hautes études, l’auteur discute à la fois l’unité et l’unicité de la religion juive, proclamées depuis des siècles par les autorités rabbiniques. Il ne souhaite toutefois nullement provoquer de polémique : « Il importe de faire de l’histoire en dehors de tout engagement confessionnel. Pour ma part, cela m’est d’autant plus aisé que je n’appartiens à aucune communauté religieuse. » Vous expliquez que le judaïsme ancien est façonné par son époque. Les Juifs ne constituaient-ils pas un peuple monothéiste, radicalement différent de ses voisins ? Le terme de monothéisme ne date en réalité que du XIXe siècle, alors que celui du polythéisme remonte au XVIe siècle. Pour moi, le monothéisme se définit d’abord comme une idéologie politique : un dieu, un prince, un peuple. Or, les Judéens n’ont jamais adopté une définition similaire, même si la terre est mise en relation avec un dieu et un peuple. Il faut attendre le IVe siècle et le règne de Constantin sur l’empire romain pour que cette idéologie soit pour la première fois mise en œuvre par les chrétiens. Dire que l’on n’a qu’un seul dieu comme le font les Judéens de l’Antiquité, c’est du monolâtrisme, pas du monothéisme. C’est là une particularité par rapport à leurs contemporains, mais qui doit être relativisée dans la mesure où les pratiques et croyances judéennes sont loin de constituer un bloc unifié et autarcique dans le monde environnant. Quelle est l’importance, dans l’Antiquité, du courant rabbinique, qui a transmis le judaïsme tel qu’il existe aujourd’hui ? Le judaïsme rabbinique dans l’Antiquité est en réalité minoritaire, il n’est qu’un courant parmi d’autres, descendant par certains aspects des pharisiens – du moins les rabbins ont-ils été influencés par eux. On possède aujourd’hui une très vaste littérature rabbinique, parce que les rabbins étaient des lettrés et parce qu’ils ont transmis ces écrits à travers les siècles. L’importance de ces sources donne l’impression que leur courant était très important. En réalité, c’est le judaïsme synagogal qui représentait la majorité des Judéens. Les « synagogaux » étaient souvent hellénophones, ouverts à la communication avec la civilisation grecque et romaine. Ils étaient aussi araméophones. Ils respectaient des traditions différentes de celles que l’on trouve dans le courant rabbinique. La figure emblématique en était par exemple Abraham, image d’ouverture, quand les rabbins se réclament de Moïse, personnage centré sur son peuple et surtout sur sa Loi. Autre exemple : la circoncision n’est imposée qu’au IIe siècle à tous les Judéens de leur courant par les rabbins, qui en font un symbole de ralliement ; auparavant, elle ne possédait pas ce caractère obligatoire et pouvait souffrir de dérogations. Certains affirment même qu’elle n’aurait touché que les prêtres à l’époque du premier Temple. La particularité du rabbinisme, c’est la halakha qui leur est propre. Pour attirer à eux les Judéens les plus pieux, les rabbins maximalisent les règles, ils affirment qu’on respecte mieux la Loi chez eux qu’ailleurs dans les autres tendances du judaïsme. Et l’histoire du judaïsme a toujours connu des résurgences de la pensée synagogale à travers les siècles, en opposition aux rabbins. Comment le courant des rabbins l’a-t-il emporté sur celui des prêtres ? En fait, par rapport à la prédominance des prêtres synagogaux et à la multiplicité d’autres courants (essénien, sadducéen), les chrétiens et les rabbins restent minoritaires, même après la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70, jusqu’à la reconnaissance officielle du christianisme au IVe siècle. Les rabbins ne vont parvenir à établir leur hégémonie sur le judaïsme qu’au VIIe siècle, au moment de l’émergence de l’islam, quand la Babylonie, où les Juifs sont nombreux, est envahie par les musulmans. Une des raisons, parmi de nombreuses autres, est qu’ils parlent l’araméen, une langue très proche de l’arabe. Ce sont eux qui ont pu le mieux communiquer avec les nouvelles autorités et prendre le pouvoir sur les autres courants judéens qui sont plutôt hellénophones. Doit-on considérer le christianisme comme un simple courant du judaïsme ? Au cours des trois premiers siècles de notre ère, c’est ce qu’il est. Mais il y a notamment une différence de perception du monde entre le courant chrétien et le courant rabbinique. Les Judéens rabbiniques ne veulent pas être perçus comme une religion, mais comme un peuple qui pratique une religion – à l’égal des autres peuples de l’Antiquité. Leurs croyances et pratiques sont les croyances et pratiques des Judéens. Les Judéens chrétiens (ou Judéo-chrétiens), pour la plupart et comme les autres chrétiens, estiment que la « foi » chrétienne traverse tous les peuples. On naît judéen, alors que l’on devient chrétien. C’est que les Judéens, hormis les Judéens chrétiens, ont une perception antique du monde, conforme à leur époque. Cette vision distingue des ethnicités, qui ont chacune un ou des dieux. Ainsi, les Romains respectaient l’exigence judéenne de ne servir qu’un dieu, le leur, et d’observer des préceptes, les leurs. C’était une modalité liée à leur nation. Le problème qui s’est posé avec les chrétiens est que des membres des ethnicités autres que judéennes, devenus chrétiens, se sont mis à refuser de procéder au culte impérial et aux cultes civiques. Or, ce qui était permis aux membres d’une certaine ethnicité, la judéenne, ne pouvait l’être au sein des autres ethnicités de l’empire gréco-romain. L’idée moderne de la religion comme détachée de l’ethnicité aura été une création du christianisme. Le judaïsme dans l’Antiquité, entre le Ier et le IVe siècle, se répartit en trois groupes : celui des synagogaux, majoritaires, celui des chrétiens et celui des rabbins – ces derniers étant plutôt minoritaires. [Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, des prêtres aux rabbins, PUF, 968 p., 49 €. Propos recueillis par Macha Fogel - publié le 22/06/2012, Le Monde des Religions]
  • 3. Introduction à Paroles d’Evangiles LAURENT SAILLY 3 Les 5 clés du message de Jésus de Nazareth Il y a deux mille ans naissait, dans une bourgade de Palestine, un homme qui allait bouleverser le destin d’une grande partie de l’humanité. Que sait-on de ce Juif nommé Jésus, ou Yeshoua en hébreu? Par des sources extérieures au christianisme, peu de choses. Juste qu’il est né environ quatre ans avant notre ère – donc avant Jésus-Christ, une erreur de datation remontant au Moyen Age! – et mort une trentaine d’années plus tard, crucifié sur ordre du procurateur romain Ponce Pilate. L’essentiel de sa vie et de son message nous a surtout été transmis par quatre récits, les Evangiles. Selon eux, Jésus, fils de Joseph et de Marie, aurait mené une vie cachée à Nazareth et n’aurait enseigné que durant les trois dernières années de sa vie. Parfois contradictoires – ce qui, paradoxalement, valide leur authenticité –, ces récits restent flous sur son identité véritable. Pour beaucoup, ce réformateur religieux était le messie attendu par les Juifs comme libérateur de l’oppresseur romain. Lui-même se disait « fils de l’homme » et « fils de Dieu », cette dernière appellation lui attirant la haine des autorités religieuses et sa condamnation à mort. Selon les apôtres, son corps disparut trois jours après sa mise au tombeau, et lui-même serait apparu de nombreuses fois, ressuscité d’entre les morts. 1 – Aucun homme n’est méprisable Bien que juif pratiquant, Jésus fraye avec les païens, les exclus et la canaille, refuse de faire des distinctions entre les hommes, de diaboliser qui que ce soit, ce qui scandalise les religieux bon teint. Aux moralistes qui s’offusquent de le voir accorder son pardon à ceux qui transgressent la loi, il rappelle que ce sont justement les pécheurs qui ont besoin de lui. A la foule hypocrite qui veut lapider une femme surprise en flagrant délit d’adultère, il rétorque : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. » (Jean, 8,7.) Et le narrateur d’ajouter avec humour : «A ces mots, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus vieux. » 2 – On n’a nul besoin des religions pour rencontrer Dieu Jésus prône une relation directe entre l’homme et Dieu et relativise le rôle des médiations. Une idée subversive pour les institutions religieuses. Ainsi, à une samaritaine (secte dissidente du judaïsme) qui s’étonne : « Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous, vous dites que c’est à Jérusalem que l’on doit adorer », Jésus répond : « L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père […] L’heure vient où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » (Jean, 4, 19-24.) 3 – Dieu est amour Face aux visages ambigus d’un Dieu qui apparaît parfois comme un tyran ou un juge implacable, Jésus affirme qu’il est amour, justice, sainteté, lumière et compassion, et l’appelle « notre Père ».Toute l’éthique chrétienne repose sur cette croyance en son amour : « Montrez-vous miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamné ; remettez et il vous sera remis; donnez et l’on vous donnera. » (Luc, 6-36-38.) 4 – La mort n’est pas une fin Les écoles juives étaient divisées sur la croyance en une survie de l’âme après la mort. Jésus, lui, est catégorique : la mort n’est qu’un passage, il existe une autre vie après elle. Il promet le bonheur éternel aux humbles, aux cœurs purs, aux miséricordieux, aux artisans de paix, aux affligés, à ceux qui sont persécutés par la justice (Matthieu, 5, 3-10). Il se présente aussi comme le sauveur, celui qui est venu donner les clés de la vie éternelle à « tous les hommes de bonne volonté ». 5 – Chacun sera jugé sur l’amour qu’il a donné Ce n’est donc ni le rituel ni la foi seule qui importent, mais l’amour envers son prochain. Jésus évoque ce qu’il dira au jour du Jugement dernier (Matthieu, 25) : «Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger et vous m’avez accueilli; nu et vous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi. » A l’étonnement des justes, qui ne l’ont jamais vu en prison, assoiffé ou affamé, il répondra : « En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.» [Frédéric LENOIR, Psychologies Magazine Décembre 2001]