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PROS
PRESSE papier
VS numérique
Directeurs d'édition -
Directrice de la publication
Rédactrice en chef
Maquettistes / Design
Asistants de rédaction
Infographiste
Rédacteurs
LL
Dépôt légal
Echos de Pros
Edition
Montpellier III
SOMMAIRE
Le déclin
du
papier
Les nouvelles
stratégies
d'information
Le papier,
cet éternel
lien social
LE POINT
SUR LA SITUATION
DES MEDIAS LOCAUX
La presse quotidienne,
une réelle fracture dans
les rédactions
Vos habitudes de lecture
de la presse écrite locale
La presse montpelliéraine
face au déclin du papier
LA RECHERCHE DE
SOLUTIONS
Ces journaux qu'on lit encore
La gratuité pour les lecteurs :
est-ce la solution miracle ?
Le bi-média un réel défi pour
la presse écrite française
Webmagazine, le virage
du département
LA CONFIANCE
ABSOLUE
Redonner confiance en l’info
Web : un challenge de taille
Web ou papier : en qui avoir
le plus confiance ?
6
6
7
16
16
17
18
26
27
© Jorlan Mariotat© Amélie Boban© Lucile Moustafa
LE DECLIN
ECONOMIQUE
La métamorphose
contemporaine
Le papier disparaît, mais
le journalisme survivra
Un changement de stratégie
remarquable chez
les annonceurs
Clément Boulle :
« Être rentable sur le Web
est difficile
Imprimeries : L’adaptation
face au déclin du papier
UNE NOUVELLE
LIBERTE
D'INFORMATION ?
Vers un monde sans papier
Presse de qualité : lutte
entre Web et Print
Comprendre le journalisme
citoyen en trois minutes
Le lecteur, une nouvelle
composante du journalisme
Internet : un espace de
liberté pour les journalistes
Je clique, on me dit !
En route vers de nouveaux
usages d’information !
LE PAPIER NE
DISPARAITRA
JAMAIS !
Les kiosques de presse,
solide relais de proximité
face à Internet
Cafés et salons de thé,
remparts de la presse papier
Moi le papier, j’y tiens !
9
9
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EVOLUTION
DES PRATIQUES
PROFESSIONNELLES
19
28
A CAUSE
DE QUOI, DE QUI ?
Le déclin de la presse écrite :
la faute à qui ?
Ils n'ont pas pris Internet
au sérieux
L’oscilloscope du papier
8
LE CHOIX
DELIBERE DU PAPIER
Bout à bout : les irréductibles
du quartier Boutonnet
Le Poing veut « ressusciter
la presse populaire
Aurélien Courbon choisit le
papier. Sans hésiter !
Presse papier et institutions
locales : un lien sans faille
28
«
«
© Suzie Brémond© Flicker, Petteri Sulonen© Céline Pascal
UN CONSTAT, LE DECLIN DU PAPIER
DD
La presse écrite locale doit répondre de nos jours à de nouvelles exigences, notamment
technologiques. Le support papier ne suffit plus au lecteur du XXIe
siècle qui tend vers de
nouvelles habitudes de consommation de l'information.
LE DECLIN DU PAPIER
Le point sur la situation des médias locaux
Le Monde Libération
Midi Libre
www.midilibre.fr
Depuis quelques années, la presse écrite
traverse une crise considérable.
Les journalistes Marie-Eve Chamard et
Philippe Kieffer, s'interrogent sur l'avenir du
journal papier face au numérique, et parlent
des contraintes de bouclages qu'ils
qualifient « d'inflexibles ». Les prix de
production élevés, la lenteur de sa diffusion,
ainsi que le poids du journal sont des
facteurs qui participent largement à son
déclin. Avec le développement d'Internet et
des plateformes sociales, l'instantanéité de
l'information est devenue possible.
Pour subsister, il devient alors essentiel que
la presse écrite papier s'adapte non
seulement à ce changement de support,
mais aussi, à l'utilisation abondante du
La presse quotidienne, une réelle
fracture dans les rédactions
DDepep
travertraver
lecteur aux technologies de l'information et
de la communication. Du simple site
Internet, en passant par les réseaux sociaux
et les applications mobiles, l'information
locale est désormais accessible partout.
Cette gratuité, cette instantanéité et cette
variété des supports que propose le Web
satisfait d'autant plus le lecteur, qu'elle
demande un autre mode d'organisation
dans les rédactions.
« Dans les rédactions, la fracture est nette »
explique Elisabeth Quin, journaliste.
À travers le Web 2.0, le lecteur n'est plus
un simple passif de l'information, il est
désormais participatif et diffuseur d'infos.
Les 25 étudiants en Master 2 Information et Communication qui composent notre promotion,
ainsi que des citoyens de 40 à 80 ans ont accepté de répondre à quelques questions
concernant leurs habitudes de lecture de la presse écrite. Comparons-les !
Lisez-vous la presse locale quotidienne ? Pourquoi ? Si oui, sur quels supports ?
Vos habitudes de lecture de la presse écrite locale
Gérard, 53 ans, viticulteur - Le Bosc 34
« Je lis la PQR papier tous les
jours. C'est une habitude que
j'ai depuis des années. Dès
que j'ai un moment, surtout
après le repas du midi, je le
lis. Et je finis par faire les
mots croisés le soir devant la
télévision. Je ne peux pas m'en passer. On
m'a déjà offert un abonnement à l'année du
Midi Libre, ma famille sait que ça me fait
plaisir. »
Célia, 23 ans, étudiante – Montpellier 34
« Je ne lis pas vraiment la
presse quotidienne locale,
papier. À la limite, un peu sur
le Web et les réseaux
sociaux, mais à dose très
restreinte.
Je n'aime pas ça ! .
Véronique, 45 ans, sans emploi – Le Bosc 34
« Je lis beaucoup l'actualité
nationale et locale sur
internet gratuitement, je
trouve que l'acheter tous les
jours, ça revient cher. Étant
élue à la Mairie de Le Bosc,
j'ai des codes d'accès pour
lire l'intégralité du journal Midi Libre sur
Internet. Mais je ne le lis pas tous les jours.
Et quand il se passe quelque chose vers
chez moi, j'aime bien me faire prêter le
journal, voir même découper l'article. »
Jorlan, 24 ans, étudiant – Montpellier 34
« Je lis la PQR gratuite quand
j'ai le temps (au tram), pour
rester informé de l'essentiel
de l'actu, et ne pas rater les
trucs importants. Je privilégie
du coup les rubriques inter-
nationales. Je préfère le sup-
port papier parce qu'une pré-sélection de
l'info a déjà été faite en amont. Sur internet,
on ne sait plus où donner du clic ! »
LLise
Numérisation de l'information - © Coralie Vanel
Rédaction - Coralie Vanel
Rédaction - Coralie Vanel
Avec l'arrivée du numérique et l'instantanéité de l'information, les médias ont vu leurs ventes
décliner et la consommation des lecteurs se modifier. La preuve en chiffres...
La presse montpelliéraine face au déclin
du papier
Midi Libre
La consommation
d'information a évolué. Le
quotidien est obsolète
avant qu'il ne paraisse
puisque l'information est
déjà disponible ailleurs
avec l'instantanéité du
numérique
La Gazette
La presse écrite
est en crise […] les quatre
postes de recettes
traditionnelles [...] sont
en évolution négative par
rapport à l’année 2012
tratégies
Magazine
Monday Note
pour l'infor-
mation quotidienne, le
basculement du papier vers
le digital est inévitable
LE NUMÉRIQUE
CHEZ
MIDI LIBRE
par rapport à
Octobre 2013
par rapport à
Décembre 2013
LA PRESSE PAPIER
0
5000
10000
15000
20000
25000
2005 2013
La GazetteDiffusion payée
1999
par rapport à
Octobre 2013
Visites mensuelles
0
50000
100000
150000
200000
Midi Libre
20131999 2005
-31.07%
depuis
1993
-20.62%
depuis
2005
(de Montpellier)
Rédaction - Laurène Fagot
Réalisation - Camille Chavoutier
Le déclin de la presse écrite donne aujourd’hui carrément le vertige : l’exemple de La Dépêche
du Midi dont la baisse des publications avoisine près de 91 000 exemplaires en 28 ans.
LE DECLIN DU PAPIER
À cause de quoi, de qui ?
Cette profession, ancien-
nement prestigieuse se
précarise. On perçoit une
forme de mutation car la
plupart des embauches
deviennent pigistes.
Métier d’ailleurs peu
valorisé en termes de
rémunération et instable
par son statut juridique.
Elle tend à se confondre
avec la notion de
distraction. Dominique
Porté considère que le
journalisme devient un
concours de beauté ou
la standardisation des
idéaux devient la norme,
en somme « une caricature
du journalisme ».
Contrairement à ce que
l’on pense, Internet n’a rien
à voir avec la crise de la
presse écrite, puisqu’elle
est bien antérieure.
Internet n’a finalement fait
qu’accélérer les difficultés
de la presse, démontrant
au passage ses lacunes et
ses erreurs stratégiques.
Dominique Porté commente
la société en ces termes :
« Les grandes idéologies
françaises se replient dans
des temps de résignation.
Pourtant, les journaux
disparaissant enlèvent à
la démocratie le peu de
débat qu’ils nous restent ».
Finalement, toujours le même débat. Mais
qui sont les coupables d’une décadence
toujours plus agressive de la presse écrite ?
Notre belle et passionnée presse écrite
régionale ! Si elle a prospéré pendant un
temps, 1970 arriva et tout s’effondra.
Mais quelles sont les raisons de ce
basculement ? C’est une riche et longue
histoire que la presse écrite a vécu et que
Dominique Porté, ancien directeur du
développement à La Gazette de Montpellier
nous conte.
Serait-ce la faute des patrons ?
Pour vous donner un exemple bien concret
de ce phénomène, allons à Marseille.
1987, Gaston Defferre jusque-là propriétaire
du journal Provençal décède. Le groupe
Hachette Lagardère décide de racheter ce
quotidien et de le faire fusionner avec un
autre, celui du Méridional dès 1997. Tout
cela pour réduire les coûts de production et
réunir les lectorats des deux journaux
autour d’un nouveau quotidien appelé La
Provence.
Malheureusement, en réduisant le nombre
de « canards » dans la ville, le nombre de
lecteurs diminue également (voir encadré).
« En cause, une ligne éditoriale
consensuelle et édulcorée amenant vers
une aspérité bien fade » nous explique
Dominique Porté. Cependant, comme le
démontre Patrick Eveno dans son ouvrage
« La presse », « cette stratégie continue
d’être employée en vue de ralentir la lente
érosion de la presse écrite ».
Et les publicitaires dans tout cela ?
La publicité représente une très grosse part
des bénéfices dans le milieu journalistique.
Seulement les supports d’information
s’étant multipliés, la part des recettes
publicitaires ne cesse de diminuer. La
presse écrite jouissait pourtant jusqu’en
1980 d’un monopole exclusif sur la
publicité, la radio et la télévision n’en
produisant pas encore.
8
Le déclin de la presse écrite : la faute à qui ?
FFinFin
quiqu
Seulement le nombre toujours plus
croissant des concurrents directs et
indirects risque aujourd’hui la rentabilité
des institutions de la presse écrite.
Et si le système journalistique français était
en panne ?
L’institution de la presse écrite, véritable
porte-parole de la démocratie et de
l’intellect humaine est fondée sur une
culture riche et ancienne. Quant au
journaliste, il est expert de notre société.
Cependant, les pertes des bénéfices
amènent la presse écrite à bâcler son
travail, à se conforter autour d’idées
stéréotypées et privilégie le sensationnel au
détriment de la véritable information, plus
ordinaire on le concède ! Thibault Gajdos,
auteur de l’article « Presse, pouvoir et
dépendance » paru dans le journal Le
Monde ne nous contredira pas :
Beaucoup trop de canards, trop dépendants
des politiciens et des familles influentes
perdent de leur indépendance éditoriale,
tout cela dans le but d’être subventionnés
par ceux qui ont l’argent et le pouvoir.
Alors peut-être que la presse écrite
disparaîtra mais toujours avec panache et
dignité. Peut-être aussi qu’elle perpétra
avec force et puissance qui l’a fait naître.
Cependant, il est possible que nous ayons
notre mot à dire, nous autres citoyens. Nous
avons besoin de réalité au travers le
toucher du papier, nous avons besoin de
manipuler le verbe et la prose. En somme,
l’information n’est pas qu’une simple
question de données parce qu’elle est
tellement plus que cela.
Le Méridional publiait 170 000
exemplaires et Le provençal quant à
lui, en publiait 232 000 exemplaires
en 1987. La fusion des deux journaux,
contrairement aux prévisions, fit
diminuer la publication de 286 000
exemplaires. C’est d’ailleurs un fait
qui se généralise à tous les journaux
régionaux qui perdent chaque année
un peu plus de leurs lecteurs, à force
de fusions.
La presse écrite française se noie dans son déclin
© Lucille Moustafa
La stratégie éditoriale
des patronats s’est cassée
la gueule !
commente Dominique Porté
Rédaction - Lucile Moustafa
Ils n'ont pas pris Internet au sérieux
9
Aidons le financement de la
presse écrite, en taxant les
abonnements Internet. Le
site GigaOM, promoteur
d’un nouveau mode de
journalisme, réfute
sévèrement cette propo-
sition de plus en plus
entendue : « À charge
pour les quotidiens de
se réinventer » !
La mode du rétro, fait un
retour triomphal, que ce
soit dans les objets du
quotidien ou en termes de
philosophie de vie.
Pourquoi ne pas profiter
d'un tel rebond, pour
donner une seconde
chance à la presse papier
traditionnelle ?
Le papier journal est
composé à 12 % de chutes
de l'activité de scierie, à
28% de coupe d'éclaircies
et d'entretien et à 60%
de papiers et cartons
récupérés et recyclés.
COPACEL/Insee, 2013
Les coûts externes de
l'industrie du papier
(énergie de production,
transport et distribution)
sont incriminés dans
l'accroissement du prix du
papier, mais les stratégies
d'innovations et le
développement durable
tendent à le rééquilibrer.
SESSI/Insee 2008
Internet bouscule la presse, le papier en fait les frais...
© Céline Pascal
Rédaction - Coline Vermandé
Réalisation - Camille Chavoutier
Rédaction - Céline Pascal
Coupe
d'éclaircies,
chute
de sciage
de bois
Pâte à papier
Frais d'extraction
Frais d'acheminement
Frais de distribution
Frais de production
À l’aire du numérique, de nouvelles contraintes écologiques et économiques remettent en
cause notre bon vieux papier journal. Combien coûte le papier et quels sont vraiment les coûts
actuels associés à sa fabrication ?
L’oscilloscope du papier
LLoin de toute menace face à ces avancées
technologiques, la direction du groupe les
Journaux du Midi prône encore un modèle
classique de presse quotidienne régionale.
Ce modèle n'encourageant guère à
l’innovation, « bride l’audace journalistique,
ainsi que la conquête du nouveau lectorat
2.0 », souligne un chef d’agence.
Nombreux sont ceux qui ont sous-estimé la
capacité d'influence et le pouvoir de la
Toile, considérant le Net comme une
évolution quelconque et non comme une
révolution du paysage médiatique.
Désormais une question brutale revient
avec insistance : Internet est-il en train de
tuer la presse écrite traditionnelle ? Les
préoccupations grandissent. Le sociologue
Erik Neveu a même ajouté un dernier
chapitre au titre emblématique dans son
ouvrage Sociologie du journalisme (3e
édition) : « Les derniers jours du
journalisme ? ».
Le journalisme traditionnel revendique son histoire et s'affirme comme véritable pilier sociétal.
Le secteur coexiste depuis toujours avec les nouveaux médias, faisant face aux diverses
mutations (radio, TV, etc.). Alors pourquoi se soucier de la montée en puissance d'Internet ?
Pour cause, les temps sont durs et après dix
années de crise, la presse écrite peine
toujours à négocier le virage du numérique.
Désormais, les journalistes sont forcés de
repenser les fondamentaux de leur métier.
Alain Plombat, PDG des Journaux du Midi,
est conscient qu'aujourd'hui, « la stratégie
du groupe doit être pluri-médias, car un
seul titre ne peut plus vivre sans l’appui
d’autres supports ». Ainsi, alors que les
rédactions Print et Web se sont toujours
regardées en chiens de faïence, elles
doivent désormais coexister.
Robert G. Picard, spécialiste en économie
des médias, affirme que la presse papier
doit se réinventer : ce sera « s'adapter ou
mourir ».
Une erreur qui va
leur coûter cher !
t
L’économie de la presse est à la quête d’une nouvelle stabilité. Des pistes sont à trouver car les
presses locales voient de nouveaux problèmes émerger. Rencontre avec Jacques Molénat et
Henri-Marc Rossignol.
LE DECLIN DU PAPIER
Le déclin économique
81% des Français
déclarent être
attachés au papier
C’est ce que révèle
l’enquête menée par
l’observatoire Culture
Papier en novembre 2014.
C’est l’omniprésence de
ce support (courriers,
magazines, journaux,
livres, etc.) qui procure
une relation sentimentale
à sa subsistance.
Deux alliés avec
des missions
complémentaires
Si l’on a tendance à les
opposer, les chiffres (78%
des français) montrent une
complémentarité évidente.
Le papier rassure, permet
un recul, tandis que
le numérique diversifie
et multiplie.
Étude de l’Observatoire
Culture Papier
Marc Lévy et le papier,
une histoire d’amour
« Je suis attaché au papier
et à ce qu'il représente:
mémoire, espace de liberté,
qualité et validation de
l'information, détente, mais
aussi au rôle qu'il joue dans
le processus de
l'écriture. (...)Et si, dans
vingt ans, on ne savait plus
former de lettres ? »
Où va l’Hérault
du Jour ?
Le journal l’Hérault du
Jour, qui appartient à
La Marseillaise, connaît
actuellement une situation
plus que compliquée.
La solution serait surement
de changer le modèle
économique. Les bruits
de couloir affirment que
l’édition essaierait de
survivre en améliorant
son identité numérique,
en étant présent sur
la Toile… À voir.
En plein tumulte de la reconstruction des
localités, la France avait jusqu’alors misé
sur la proximité avec ses habitant-e-s et
citoyen-ne-s. Cette dernière implique la
nécessaire reconnaissance de la vie et de
l’activité locale. Ainsi, chaque ville, chaque
département, chaque région va voir ses
événements, ses polémiques, ses victoires
et défaites, etc. être publié dans le papier
du coin.
L’économie de la presse reposait, il y a
encore peu de temps, sur un savant
équilibre de talents, de management,
d’activité etc. C’est l’arrivée d’un nouvel
élément, dans une mécanique déjà bien
huilée, qui va déterminer les
métamorphoses de la presse écrite locale.
Aujourd’hui, le numérique s’impose dans la
vie sociale, professionnelle, et privée de
toutes et tous. C’est en regardant les
différences de consommation de
l’information qu’il dévoile, que se pose la
question de la survie de la presse locale.
Jacques Molénat, journaliste depuis 50 ans,
et Henri-Marc Rossignol, directeur de la
rédaction et co-fondateur de La Gazette,
dressent les différents constats de l’impact
du numérique et les préconisations
nécessaires à la survie des presses locales.
Un premier constat est à réaliser : le papier
résiste bel et bien. Il y a des mutations qui
sont induites par la considération de la
sphère numérique, mais le papier n’est pas
(encore) mort. Un attachement
sentimentalo-historique au support persiste
et signe la guerre déclarée avec l’écran.
Quand une relation se crée entre le lecteur
et le papier, la lecture d’un article sur
l’écran suscite les phénomènes de
déshumanisation intrinsèquement liés aux
angoisses du pouvoir d’Internet et du
numérique, en général.
Deuxièmement, toutes les formes ne sont
pas épargnées ou victimes du numérique de
la même manière.
10
La métamorphose contemporaine
EE
locali
Les quotidiens, plus spécifiquement,
subissent les coups (coûts ?) de
l’immédiateté et de l’accessibilité de
l’information circulant sur internet : un fil
d’actualité nourrit par tranches et couches
d’intérêts personnels. C’est une des forces
du numérique : l’internaute-lecteur est
acteur de sa propre culture !
Enfin, nous sommes à l’heure de
l’innovation, dans toutes ses formes ! Ces
nouvelles technologies ayant déjà modifié
les méthodes de travail du journaliste,
l’Internet y apporte encore une fois des
changements.
Cette fois il faut envisager de restructurer
l’activité des journaux, les faire devenir une
marque locale ! C’est cette démarche qu’a
adopté La Gazette sur Montpellier en
diversifiant ses activités avec, par exemple,
la création d’un café « La Gazette » au
court du premier trimestre 2015. La Lettre
M, journal économique local, publie un
guide de l’économie de toute la région et
complète ainsi ses revenus afin d’assurer
ses publications mensuelles.
Et si l’on arrêtait le débat sur le fait que
l’information n’est pas perdue, et que son
acolyte, le papier, perdurera. Nous sommes
juste en attente de sa forme
contemporaine, non ?
L'histoire suit son cours
« Au début on écrivait à la main, puis
il y a eu l’invention de l’imprimerie
avec Gutenberg, et puis est arrivée la
radio, la télévision, etc. À travers cette
permanence, il y a toujours le besoin
d’information. Il faut s’adapter aux
nouvelles formes ! Je ne crois pas que
le numérique va tuer le papier, mais
diminuer l’importance de la version
Print. Tant qu’on ne perd pas le goût
de la lecture... » Jacques Molénat.
Jacques Molénat discute avec M.Babr de l'influence des innovations sociales sur le monde de la presse - © Soraya Bouzraa
Rédaction - Nazanin M. Babr
11
Médiapart :
le modèle à suivre ?
Pouvons-nous employer le
terme de réussite pour
Médiapart ? Un média qui
suscite l’intérêt, qui fait
de l’investigation… et
surtout un média qui vit
sur Internet et qui a
aujourd’hui environ 60 000
abonnés. Jacques Molénat
met en lumière le travail
fourni et l’existence
d’abonnement sur la toile.
Autre point de vue, qui va
dans le même sens :
« Il fait deux choses ce
type, qui sont magnifiques :
il démontre qu’il y a un
modèle possible entre
le papier et Internet et
il a un rôle essentiel dans
la presse aujourd’hui».
La Gazette comme
une marque
L’idée phare est la création
du Café Gazette : « Ce sera
un lieu culturel qui servira
à rebondir sur ce que fait
La Gazette. (…) Des débats,
des personnalités qui font
l’actualité à Montpellier…
mais aussi des journaux
papier et des accès
Internet ». H.M Rossignol.
Le cas de Midi-Libre
La situation difficile que
connaît actuellement
Midi-Libre s’explique
certainement par le fait
que celui-ci fonctionne
toujours avec un modèle
ancien, avec beaucoup
d’employés (425 en 2012).
L’annuaire ECO du LR
La génération Y :
les plus connectés ?
On associe ces jeunes à
l’ultra-connexion, à raison.
Ils sont toutefois ceux qui
expriment le plus le besoin
de se « déconnecter » (plus
d’un jeune sur deux). Quoi
de mieux pour cela que le
papier, représentant du
bien-être et de la sérénité
(89% des jeunes sondés).
Le journalisme n’est pas mort, il évolue, suit son cours avec une logique d’innovation. Le
numérique s’inscrit dans cette logique et amène de nouvelles formes. Le déclin de la presse
écrite permet alors d’ouvrir le « champ d’action ».
Le papier disparaît, mais le journalisme survivra
J économique actuel. Toutefois, il tient à
préciser que le numérique n’est en aucun
cas un de ses facteurs.
Henri-Marc Rossignol, Directeur de la
rédaction et co-fondateur de La Gazette
Montpellier et fondateur de La Gazette Sète,
est d’accord pour dire que le déclin de la
presse écrite est tel que la disparition du
papier est évidente. Cependant, il
différencie la presse généraliste de la
presse spécialisée qui, elle, perdurera.
« Je ne suis pas du tout pessimiste mais
oui, la presse telle qu’elle est aujourd’hui,
c’est fini. Je pense qu’il restera des niches
de la presse avec une périodicité différente
du quotidien, peut-être même différente de
l’hebdo. (…) Dans les relais H, l’espace
réservé aux quotidiens est tout petit, par
contre, il y a beaucoup de titres nouveaux,
mensuels, trimestriels qui sont la limite de
la presse et de l’édition, qui donnent envie
d’acheter d’ailleurs ».
Henri-Marc Rossignol illustre cette idée en
racontant l’histoire de ses enfants, qui lui
permettent de comprendre la génération Y
mais aussi les évolutions du journalisme qui
passent également par le numérique :
« Mes enfants ont tous les quatre une fibre
qui se développe de plus en plus pour
l’information. Et on ne met pas le mot de
journaliste, surtout pas, derrière ça. Il y a un
intérêt pour l’information. L’un d’eux,
ingénieur, est fou d’informations. Mais ça
passe par des tweets, Twitter ! Il n’arrête
pas de m’envoyer toute la journée des
infos. Il est abonné à Médiapart et n’achète
pas de journal. Il ne va pas chez le diffuseur
de presse, c’est terminé… Et il est
quasiment aussi intoxiqué que moi au
niveau de l’info ».
L’idée que l’on se doit de retenir est la
suivante : « Le papier n’est pas essentiel,
c’est le récit qui compte ! » Henri-Marc
Rossignol.
Henri-Marc Rossignol présente un livre sur l'évolution du métier de journaliste - © Soraya Bouzraa
Internet ouvre le champ des possibles,
y compris dans la presse !
« C’est le papier qui disparaît, le
métier il est de plus en plus
intéressant. Le métier reste le métier
de journaliste, c’est le même métier,
c’est l’écume qui change un petit peu
mais le fond reste la même chose. »
Henri-Marc Rossignol, à propos de la
disparition du papier.
Rédaction - Soraya Bouzraa
Jacques Molénat et Henri-Marc Rossignol,
deux journalistes qui ont vécu les années
phares de la presse écrite, mais également
l’apparition du numérique, affirment qu’il ne
faut pas être autant attaché à l’objet. Avoir
cette nostalgie du papier, ne sert à rien
puisqu’elle de va pas changer la situation.
Les deux « monu-ments » du journalisme
local insistent sur le fait que la fin du papier
ne va pas entraîner la disparition du
journalisme.
Avec le numérique et le temps qui passe,
l’information ne disparaît pas, mais se
raréfie.
« Le journalisme ne suffit plus » affirme
Jacques Molénat. Il explique cela par le fait
que le journalisme pur, comme l’entend la
plupart d’entre nous, c’est-à-dire la presse
écrite ne peut plus vivre seule. Le contexte
socio-économique aspire le journal et il
n’est plus aussi évident, pour la presse,
d’exister. Aussi, les usages et la pratique
des lecteurs ont évolué et il va dans la
logique pour le journalisme de suivre son
court en innovant. Il est donc important de
ne pas se braquer et d’accepter les
nouvelles formes de journalisme, comme
l’apparition et le développement du
numérique.
Toujours selon Jacques Molénat, le déclin
de la presse écrite est lié au contexte
Ces dernières années, les secteurs mobiles et Internet paraissent être les moyens sur lesquels
les annonceurs se tournent désormais afin de promouvoir leur marque et leurs produits
contrairement à la presse quotidienne régionale.
LE DECLIN DU PAPIER
Le déclin économique
Selon l’Irep, en 2013,
le secteur du mobile est
en augmentation de +55%,
et Internet de + 3.1%
dans les dépenses de
communication des annon-
ceurs. De l’autre côté la
presse, la PQN et la PQR
sont dans une pente
descendante avec respecti-
vement -8,4%, - 10,2%
et -6,4%.
Depuis 2004, Internet
semble avoir pris le dessus
sur la presse. La presse a
depuis, selon le site Web
www.challenges.fr, perdu
la somme de 1,8 milliards
d’euros.
En revanche Internet aurait
pris 2 milliards d’euros
depuis 10 ans.
Pour Clément Boulle,
la Presse Quotidienne
Régionale aura du mal
à rivaliser avec le Web,
car son motif d'achat
principal reste les services
(météo, horaires de cinéma
etc.) qu’on retrouve
aujourd’hui gratuitement
et rapidement sur la Toile.
ontpellier-journal.fr
Ce média local indépendant
se lance en octobre 2008.
Gratuit, il ne s’appuie sur
aucune publicité ni aide
publique et se finance via
les dons de ses lecteurs.
Mais pour survivre, le site
passe à l’abonnement
payant en septembre 2012,
soit 4 ans plus tard.
Face à une constante baisse de la presse
écrite, nous déplorons aujourd’hui de
nouvelles stratégies de la part des
annonceurs afin de communiquer vers leurs
publics. Avant, il était commun pour chaque
citoyen de consulter tous les matins son
quotidien favori et d’y retrouver les derniers
événements de sa ville en pleine page, ou
encore les produits phares d’une entreprise
de la région.
De nos jours, ces pages de publicité sont de
moins en moins fréquentes dans nos
quotidiens. Pour cause, des entreprises de
la région disent prendre en compte le
budget important d’un achat d’espace afin
de communiquer sur un produit ou un
événement local. Celui-ci est aujourd’hui,
selon les annonceurs, très important pour
une faible rentabilité. Elles soulignent
ensuite, l’incroyable retour sur
investissement qu’elles obtiennent sur les
nouveaux médias. Elles préfèrent,
désormais, investir plus de budget dans un
bandeau publicitaire pour avoir une
meilleure visibilité sur les médias en ligne.
La volonté de se porter essentiellement sur
les médias en ligne n’empêche pas l’achat
12
Un changement de stratégie
remarquable chez les annonceurs
FFaFa
écritéc
d’espaces dans la presse quotidienne
régionale. Malgré que cette dernière soit
moins lue, il y a un véritable enjeu
d’entretenir leur relation presse. Dans une
politique de média planning, il y a le souci
de la réussite d’une opération.
Comment toucher le mieux possible, avec
les moyens dont on dispose, le public que
l’on cible, et sur la durée préserver un
équilibre de bonne relation, avec l’ensemble
des vecteurs relais d’information ?
Finalement, l’achat d’espace dans la presse
quotidienne régionale, n’est-il pas
indispensable pour le développement d’un
annonceur ?
Ancien rédacteur en chef de la Gazette de Sète, et aujourd’hui à la tête d’une régie publicitaire
digitale axée sur le local, Clément Boulle est bien placé pour nous renseigner sur la difficile
pérennisation des médias online à l’ère du numérique. Rencontre.
Clément Boulle : « Être rentable sur le Web est difficile
Rédaction - Kenny Pierre
Rédaction - Jorlan Mariotat
La presse papier propose des retours
vagues sur l’impact des publicités de ses
annonceurs. Faites-vous le même constat
pour la presse en ligne ?
Non pas du tout ! Le Web offre bien des
moyens (Facebook par ex.) de cibler une
audience qualifiée dont on anticipe les
prévisions d'achat. Pour donner un aperçu,
sur Internet, un annonceur peut avoir la
quasi garantie de gagner 2€ ou 3€ quand il
dépense 1€. Ce calcul du retour sur
investissement et la migration de l'audience
vers Internet ont déplacé les budgets
publicitaires, au détriment de la presse
papier. Mais la publicité seule ne permet
pas de rentabiliser un média.
Contenu gratuit, payant, abonnements etc.,
les médias numériques tentent justement,
tant bien que mal, d’assurer leur rentabilité.
Est-ce si difficile sur le Web ?
C’est très compliqué en effet. Il faudrait,
pour être vraiment rentable, pouvoir
s’imposer face à une rude concurrence.
C’est ce qu’ont réussi Leboncoin pour les
petites annonces ou Allociné pour le
cinéma. Une telle domination n'est ni
possible ni souhaitable dans le monde de la
presse, où la diversité des sources et
audiences est une composante essentielle.
Alors existe-t-il un moyen de pérenniser un
média numérique de nos jours ?
À l’heure de la gratuité et de la facilité
d’accès à l’information, il faut pour être
rentable faire payer les lecteurs en
contrepartie d'un contenu à forte valeur
ajoutée. Mediapart est pour cela un bel
exemple de réussite. Mais il faut alors
pouvoir rémunérer des journalistes
capables de produire ce contenu de
qualité…
Il n’y a que le payant
qui puisse rendre rentable
commente Clément Boulle
Ancien journaliste, Clément Boulle a fondé et dirige
aujourd’hui la régie Local Media - © Clément Boulle
Une presse quotidenne régionale toujours présente
© Kenny Pierre
«
Pure Impression investit dans des machines performantes - © Olivier Courtade
Le rapport 2014 « Regards sur les marchés de la Communication graphique », annonce la
fermeture de 10,3% des imprimeries régionales entre 2010 et 2011. Face à la concurrence, les
entreprises locales s’adaptent pour rester compétitives et survivre.
Imprimeries : l’adaptation face au déclin du papier
13
Chaque année, l’Institut
de Développement et
d’Expertise du Plurimédia
(IDEP) publie un rapport
chiffré des données
relatives à la Communi-
cation graphique, qui
permet d’avoir une vue
d’ensemble du secteur
et d’en voir l’évolution.
Le Print se divise en
quatre grandes parties :
le numérique, l’Offset, les
rotatives et les grands
formats. Avec les NTICs,
l’impression numérique
est désormais de bonne
qualité, ce qui permet
d’imprimer de plus petits
tirages et à moindre coût.
Imprim’Vert
Le label Imprim’Vert est
réservé à des imprimeries
qui mettent en place des
actions concrètes pour
diminuer l’impact de leur
activité sur l’environ-
nement. Aujourd’hui, il
existe environ 2 200 sites
labélisés en France,
répondant à des critères
précis, dont 31 dans
l’Hérault.
Les certifications FSC et
PEFC sont mondialement
reconnues. Soutenues par
plusieurs associations
de défense de l’environ-
nement, elles attestent
que le bois utilisé par
une entreprise provient
de forêts aménagées
de façon durable
et responsable.
Rédaction - Pauline Sicot
En Languedoc-Roussillon, le marché de
l’imprimerie est assez centralisé. Si trois
entreprises dominent le secteur (Pure
Impression, JF Impression et Impact), il en
existe également de plus petites qui
résistent malgré tout face au déclin du
papier. Chacune d’entre elles, quelle que
soit sa taille, se démarque et investit, tant
au niveau humain qu’au niveau
économique, afin de ne pas être rattrapée
par l’arrivée du numérique et le
changement de consommation de papier de
leurs publics cibles.
En effet, le public communique différem-
ment aujourd’hui. Les commandes portant
sur de gros volumes, anciennement
réalisables uniquement par l’offset, sont
remplacées par de plus petits tirages. Cela
est possible grâce à la technologie de
l’impression numérique qui permet des
tirages réduits à moindre coût pour une
qualité similaire. La demande se tourne
alors vers de la qualité, avec une activité de
conseil et d’accompagnement grandissante.
Selon Sébastien Rousseau, gérant de
l’imprimerie Tomöe, « le moyen de résister,
c’est de se spécialiser ». En se spécialisant,
une imprimerie réduit le nombre réel de ses
concurrents. Elle devient alors « experte »
dans un domaine. Expertise que d’autres
n’ont pas et qui lui donne de la crédibilité
face aux clients.
En termes d’adaptation, l’entreprise Pure
Impression fait figure de modèle. Aurore
Tourette, responsable de la Responsabilité
Sociétale des Entreprises à Pure Impression,
ne cache pas que la crise du papier se fait
ressentir au niveau des ventes de produits
imprimés. Pourtant, grâce à la mise en
place de leviers d’action, l’entreprise se
développe au fil du temps, avec un chiffre
d’affaire annuel d’environ 11 millions
d’euros !
Selon elle, « c’est par l’innovation que Pure
Impression se démarque ». Cela se traduit
par des améliorations régulières, du
matériel très performant et un axe majeur
autour du développement durable. Cette
stratégie très poussée autour de l’écologie
permet à l’entreprise de détenir des labels
attestant de son implication responsable,
comme le label Imprim’Vert ou encore la
certification FSC et PEFC.
Pour ces professionnels de l’imprimerie, « la
volonté du papier existera toujours chez le
lecteur ». Cette importance de l’objet papier
est soutenue par l’Association Culture
Papier qui a été créée en 2010, face à la
crise qui touche toutes les entreprises du
secteur.
La question est maintenant de savoir
quelles nouvelles idées émergent face à la
concurrence des innovations numériques,
toujours plus importante.
L’adaptation et
la spécialisation comme
moyens de résister
Culture papier
En 2010, l’association Culture Papier a été créée en réponse à la crise qui touche le
secteur de l’imprimerie et du papier en général.
L’objectif de cette association est de sensibiliser les pouvoirs publics et de potentiels
donateurs économiques, sur le rôle majeur de l’imprimerie dans la société, le tout
dans une démarche globale de développement durable.
Pour en savoir plus : www.culture-papier.com
FEE
l’impl’im
FF
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
Depuis l’essor des NTIC, les journaux papier disparaissent inexorablement. De
moins en moins de lecteurs s’intéressent à la presse quotidienne. Alors, quels sont les journaux
qui font de la résistance ?
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
La recherche de solutions
Les magazines aussi
sont de la partie
Dans l'ordre, c’est le
programme TV, la presse
féminine et les magazines
people qui se vendent
le mieux (OJD). Le papier
a donc encore de beaux
jours devant lui, au moins
pour les vacances ou
les salles d’attentes.
Les chiffres
du numérique
C'est l'application mobile
L'Équipe qui est la plus
visitée avec plus de
71 000 000 visites pour
le mois de novembre
2014, devant les sites
LeMonde.fr, qui atteint
quasiment 64 000 000
visites, et LeFigaro.fr
(61 000 000, OJD).
En quelques chiffres
Sur la période d'octobre
2013 à septembre 2014,
à Montpellier, plus de
13 608 000 journaux
gratuits ont été distribués.
Ces chiffres regroupent
20 minutes, Directplus
et Metro.
OJD
And the winner is ?
Selon l’étude « ONE »
d’Audipresse réalisé pour
l’année 2012, 20 Minutes
est le journal le plus lu
en France avec 4 353 000
lecteurs. Ce classement
englobe la presse gratuite,
mais aussi la presse
payante.
16
Ces journaux qu'on lit encore
L
Lundi 10 novembre à 8h à l’arrêt de tram St-Eloi, les usagers sortent, avec pour certains un
journal dans la main. Je m’empresse de les arrêter pour leur poser une unique question :
Pourquoi avez-vous pris un journal gratuit ?
La gratuité pour les lecteurs : solution miracle ?
J
Rédaction - Benjamin Gorlin
Mylène, 23 ans, étudiante
Je lis le journal dans le tramway, cela me
fait patienter et il me permet de rester au
courant de l’actualité en quelques pages.
Nicolas, 21 ans, étudiant
Ce que j’aime bien dans les gratuits, c’est
qu’il s’agit d’un condensé de la l’actualité
mondiale, nationale et locale. Acheter le
Midi Libre ne m’intéresse pas. Je ne suis pas
originaire de Montpellier et les informations
sur les petits villages aux alentours me sont
inutiles.
Danielle, 68 ans, retraitée
Je prends le journal gratuit pour le temps du
trajet et pour les mots fléchés à la fin. Je
suis une fidèle du Midi Libre. La vie
Montpelliéraine tient sur deux pages dans
20 Minutes. J’aime savoir ce qu’il se passe
précisément autour de moi, s’il y a des
événements, des faits divers, etc. Cela fait
des dizaines d’années que je le lis, je ne
vais pas changer mes habitudes
maintenant.
Interview matinale à l’arrêt St Eloi des usagers du tramway
© Benjamin Gorlin
Les quotidiens gratuits sont distribués en grande quantité
le matin aux arrêts de tram - © Camille Chavoutier
Les gratuits
Enfin, les gratuits tiennent bon, ils restent
compétitifs, notamment en Languedoc-
Roussillon. En effet la distribution des
gratuits régionaux est en hausse. Métro
news Languedoc est même en tête de
classement : sa distribution connait une
augmentation de 26.5% (OJD) suivi de près
par 20 minutes Montpellier Languedoc en
troisième position.
Excepté le Midi Libre, qui reste incontour-
nable dans la région, seuls les journaux
gratuits seraient durables. Ils sont en tête
des distributions et seraient donc les
garants de l'existence du papier ?
La disparition du journal quotidien
s’accélère. C'est flagrant chez les
distributeurs : le journal se fait rare sur les
présentoirs, mais surtout moins varié. Seuls
quelques survivants font face à l’arrivée du
numérique, des géants du paysage français
notamment. Dans tout ça, les journaux
locaux bataillent pour garder leur place.
Le journal local
D’après les marchands de journaux le Midi
Libre est "quasiment le seul" journal encore
demandé concernant la presse régionale.
Pourtant, même ce quotidien local
emblématique est victime de la crise du
papier puisque les ventes ont tout de même
baissé d’environ 4,5% entre 2012/2013 et
2013/2014 (OJD).
La version numérique
D’autres misent sur la version en ligne. Les
applications sont une bouffée d’oxygène.
Certains médias se convertissent même au
tout numérique. Cependant, d'après les
chiffres de l’OJD, quel que soit le journal
concerné, c’est toujours la vente directe qui
l’emporte largement sur la version
numérique qui représente en moyenne 1 à
2% de la diffusion.
Rédaction - Camille Chavoutier
Pierre, 32 ans, commerçant
Je vois le journal gratuit comme le résumé
d’un livre. Il parcourt dans son ensemble
l’actualité sans jamais l’approfondir. De
toute façon, si j’ai envie d’en savoir plus sur
un sujet, j’ai une multitude d’outils gratuits
pour le faire. Je peux prendre mon
téléphone, écouter la radio, regarder la télé,
ou aller sur des sites d’informations. Nous
sommes connectés en permanence. Sans le
demander, j’ai des informations au bout de
mes doigts toute la journée. Les éléments
donnés seront les mêmes. Les journaux
payants sont chers, pour finalement avoir
un contenu disponible gratuitement ailleurs.
La presse nage en eau trouble depuis le raz-de-marée numérique. L’info en ligne n’attend pas
nos vieux canards qui ont trouvé une bouée de sauvetage par le biais du bimédia. Un savant
mélange entre technologies de pointe et tradition du journalisme.
Le bimédia, un réel défi pour la presse écrite
française
17
leparisien.fr passe
à la vitesse supérieure
Le quotidien de la capitale
détient l’application qui
a connu la plus grande
progression cette année.
Un chiffre multiplié tout
simplement par trois, avec
un nombre de visites de
plus de 1681% en 2014
selon l’OJD.
Un recul croissant
pour la presse écrite
La Direction générale des
médias et des industries
culturelles (DGMIC)
déclare un recul de 5,3%
du chiffre global de
la presse écrite en 2013.
La publicité qui représente
une grande partie du finan-
cement des quotidiens
régresse quant à elle
de 8,47%.
Le Monde a un plan
de mobilité 2.0
Le quotidien national
propose à ses journalistes
Print, 35 nouveaux postes
dans l’édition numérique.
Une restructuration
adaptée à leur nouvelle
formule lancée en octobre
2014, une réforme
territoriale surnommée
« plan 2.0 ».
L’Hérault du jour
à terre
Le quotidien du départe-
ment est en difficulté,
filiale de La Marseillaise
qui a déposé le bilan
en novembre 2014.
Accusant une forte
baisse publicitaire,
ils n’ont eu qu’un choix :
une mise en redressement
judiciaire qui menace
actuellement 30 postes au
sein de l’Hérault du jour.
À l’heure actuelle, la majeure partie des
grands titres de presse écrite français sont
présents sur le Web. Le casse-tête
principal : redéfinir une toute nouvelle façon
de faire du journalisme, adaptée à ce
nouveau format. Une tâche souvent
complexe pour les acteurs de l’information.
Un équilibre à trouver
Diffuser l’information en ligne, c’est
s’adapter aux exigences de la société
numérique et de l’assoiffé d’informations
qui sommeille en nous. Les lecteurs d’au-
jourd’hui sont de plus en plus connectés sur
les réseaux sociaux, moule dans lequel se
fondent désormais les titres de journaux.
Certains internautes n’y vont plus que dans
le but de se nourrir d’infos en temps réel.
De nos jours, le lecteur peut commenter et
donner son avis d’un simple tweet.
Les rédactions intègrent ainsi des outils
multimédias à leurs contenus rédactionnels
et un côté plus ludique pour les internautes.
L’infographie par exemple, a vu son
potentiel être si décuplé sur le format Web
que ces modèles influencent désormais la
version papier.
La transition au numérique
Au début des années 2000, les premiers à
avoir maitrisé les enjeux liés au Web sont
Le Monde, Les Dernières nouvelles d’alsace
ou encore Libération. Mais durant de
nombreuses années les titres présents sur
Internet ne proposaient que des sites
« vitrine », ou des transpositions de la
version papier tout simplement numérisée
sans aucune modification. Une méthode
désuète à l’heure de l’hyper-interactivité et
de la gratuité de l’information.
Le bimédia né de ce constat. Il désigne le
fait d’utiliser en complémentarité plus-ieurs
médias (journal imprimé, Internet…) pour
diffuser l’information. Obtenir un journal de
fond, interactif, consultable partout et tout
le temps, et tenant dans un mouchoir de
poche.
Midi Libre en constante évolution
Malgré l’arrivée tardive du bimédia à la
rédaction locale en février 2013, le
quotidien régional est sans cesse à la
recherche de La bonne formule.
Cet été, Midi Libre a lancé une nouvelle
version de son site Internet. Adaptée aux
écrans pour un meilleur confort de
lecture, mais aussi intégrant une nouvelle
offre basée sur le bimédia, et proposant à
ses lecteurs de vivre l’expérience papier
et numérique pour 24€99 par mois.
ÀÀ lÀ
grandgrand
L’adaptation est longue et complexe,
notamment pour la presse régionale,
pour laquelle la tradition du papier est un
emblème. Les rédactions locales de Midi
libre utilisent une stratégie bimédia depuis
un peu plus de deux ans, et certains titres
comme Charly Hebdo ne l’ont pas encore
adopté. Et pour cause! C’est parfois le choc
des cultures dans les rédactions.
Journalisme et polyvalence
Tout comme les logiciels qu’il utilise, le
journaliste traditionnel de presse écrite doit
opérer une mise à jour de ses compétences.
Il doit rendre son travail sur le papier et sur
le Web tout en jouant sur leur
complémentarité. Utiliser un article en ligne
afin d’attirer le lecteur sur une enquête de
fond en format papier.
Paradoxalement, on lit moins longtemps sur
nos écrans que sur notre feuille de chou.
Savoir combiner ces enjeux tout en
apprenant à diffuser des vidéos, animer des
débats, être disponible pour ses lecteurs, …
Le journaliste a bien du travail devant lui :
réapprendre un métier en constante
évolution.
En attendant un horizon tout-numérique, le
bimédia est le lien qui peut permettre à
tous les acteurs de l’information de joindre
les deux bouts.
Rédaction - Maureen Jupin
Le bimédia, un compromis entre la version papier et le tout numérique - © Maureen Jupin
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
Selon le Baromètre Ideose,
les collectivités territoriales
les plus présentes sur
les réseaux sociaux sont
les conseils régionaux avec
85% sur Facebook (contre
62% pour les conseils
généraux) et 70%
sur Twitter (contre 51%).
Le taux de lecture
des publications
territoriales (magazines
municipaux) a chuté
de 89 % de 2009 à 2011.
L’audience des réseaux
sociaux et blogs a
augmenté de 23 %
durant la même période
(baromètre CSA-Epiceum).
www.NetPublic.fr
5 idées reçues à combattre
sur l’utilisation des réseaux
sociaux par les collectivités
territoriales :
C’est un effet de mode ;
Le débat va dégénérer ;
Tout ceci est virtuel ;
Les informations peuvent
être volées ;
Les réseaux sociaux
ne concernent pas toute
la population.
www.lagazettedescommunes.com
Lionel Jospin a prononcé le
25 août 1997 le discours
d'Hourtin ; dans le cadre
de l'Université de la
Communication :
« Préparer l'entrée de la
France dans la Société de
l'Information ».
Il exprime le choix de l'Etat
d'accompagner les territoi-
res au passage à Internet.
18
Webmagazine, le virage du
Département
Rédaction - Roeam Medarhri
Le magazine a été distribué durant une
vingtaine d’années dans les boîtes aux
lettres des Héraultais. Pourquoi avoir fait le
choix d’un Webmagazine ?
Nous avons opté pour un Webmagazine
en 2006 pour plusieurs raisons. D’abord,
nous nous sommes rendus compte que les
méthodes de consommation d'informations
chez les citoyens changent : de plus en plus
de personnes veulent de l'information
réactive.
Ensuite, le magazine en ligne permet plus
d’interactivité puisque les citoyens peuvent
publier eux-mêmes les événements, les
photos prises sur le territoire, participer à
des débats etc. D’ailleurs on compte
aujourd’hui 60.000 visiteurs par mois en
moyenne.
Enfin, les collectivités ont actuellement des
soucis de financement. Passer au
numérique nous permet de maintenir un
bon niveau d'information à des coûts et
impacts écologiques moindres.
Donc vous avez complètement supprimé le
papier ?
Non, pas du tout, nous sommes passés de
400.000 à 100.000 exemplaires. Nous
sommes dans une phase de transition et
beaucoup de personnes sont encore
attachées au format papier, notamment
dans les milieux ruraux. Nous distribuons
donc le mensuel papier uniquement aux
abonnés et dans les lieux publics comme la
gare, les mairies, etc. Cela nous permet
d’éviter le gaspillage et d’envoyer le
magazine uniquement aux personnes
intéressées.
Votre objectif est-il de tendre progres-
sivement vers le « Tout-numérique » ?
Pas vraiment, parce qu’il y’a encore un
public pour le papier, mais les coupes
budgétaires imposées aux institutions font
qu’à mon avis le support papier sera
fortement revisité : la pagination qui
change, la périodicité qui va être plus
étendue etc.
En tout cas, si on cherche à faire des
économies, le support papier va devoir y
participer.
Ce nouveau concept ne risquait-il pas de
vous faire perdre des lecteurs ?
Nous avions consacré un magazine à
l’explication du nouveau concept, puis un
dernier magazine publicitaire avec une
lettre T pour les personnes qui souhaitaient
s'abonner. La diffusion était complétée par
une campagne d’affichage, une campagne
presse, etc.
Ensuite, nous achetons régulièrement un
listing à La Poste qui recense tous les
nouveaux arrivants (12.000 chaque année
dans l'Hérault) auxquels nous envoyons un
premier magazine papier expliquant le
concept.
Y a-t-il eu des changements dans l'organi-
sation du travail au sein du service presse ?
Oui, mais il n’a pas été question de faire
deux rédactions. Les journalistes qui
travaillent habituellement sur le papier ont
tous eu une formation pour faire de
l’information en ligne et la publier.
Nous sommes maintenant des journalistes
bi-média.
Il nous reste toutefois du chemin à faire
puisque le numérique est une grande
famille. Je pense notamment aux médias
sociaux, applications etc.
Mais des questions se posent notamment
sur la posture d’une institution à travers ces
plate-formes et quel type de contenu sera
pertinent à diffuser. Il nous faudra donc un
profil de Community manager.
Vers un monde sans papier
19
C’est démultiplier
les compétences et donc
les contenus. En effet,
il faut qu’un journaliste
aujourd’hui sache faire
du Print, du Web et du
multimédia. L’Agglorieuse
à Montpellier par exemple
innove en mettant en place
une Web TV avec du
contenu vidéo.
Effectifs des journalistes
en baisse pour la première
fois depuis la création
de la carte de presse
en 1935, ils passent
de 37.140 en 2012, à
36.907 en 2013. Leur
répartition dans la presse
écrite évolue de 72,6% à
66,4% entre 2000 et 2013,
soit une baisse de -6,3
(nombre de points).
Mariannes & Observatoire
des métiers de la presse
Le salaire d’un pigiste
passe de 1863 € à 1605 €
entre 2000 et 2013, soit
une baisse de -13,8%.
Et les CDI diminuent en
passant de 77,5 % à 74,3 %
entre l’année 2000
et 2013. Un constat qui
dénonce la précarisation
de la profession.
CCIJP / Observatoire
des métiers de la presse
Le Web a aussi ses limites.
La publicité Internet
rapporte 100 fois moins
que la publicité papier.
En effet, si on trouve
environ 50 publicités
dans un Midi Libre, c’est
parce qu’effectivement
le support reste rentable.
La presse locale innove dans le numérique
malgré les difficultés que peut rencontrer le
métier. C’est le « Big Bang » de l’info,
assure Tristan Cuche, responsable de
publication du journal l’Agglorieuse à
Montpellier.
Avènements des réseaux sociaux, médias
de plus en plus intuitifs, toujours plus
d’informations, toujours plus rapides…
Comment les journalistes s’adaptent à cette
Révolution de la presse écrite ?
Diversification des contenus, photos de
meilleure qualité, pré-enquêtes plus
poussées, les supports se déclinent, et tout
est retweeté dans la seconde.
« La rapidité des réseaux sociaux n’est pas
appréciée par tous, le travail d’écriture
n’est plus le même », dixit Leslie
Anagnostopoulos, ancienne journaliste à La
Gazette.
Pour elle, « il faut un début et une fin dans
un papier. On ne prend pas de recul, on ne
cherche plus à comprendre ». Tristan Cuche
affirme de son côté que « le métier n’a pas
changé, il est déstructuré, mais il faut
toujours aller voir des gens et être en prise
avec la réalité ».
De son côté, Mia Romero, ancienne
correspondante de Paris Match à Midi Libre,
confirme que « ce n’est plus le même
métier, plus la même ambiance et que le
métier s’est un peu « fonctionnarisé » ».
L’apparition des nouvelles technologies a
impacté le modèle économique de la
presse. Les grosses structures n’ont plus le
monopole.
Ceux qui quittent le journalisme
D’après notre enquête, les journalistes font ce métier pour l’exercer sur le terrain,
avoir un avis critique et chercher à comprendre les choses en prenant le temps
d’écrire.
Avec Internet, le métier change, évolue, sans compter la baisse des salaires et la
précarité de l’emploi.
LLa
malgmalg
« C’est une révolution car on n’aurait jamais
pu penser que Midi Libre ou Libération
iraient très mal », affirme Mia Romero. Les
agences de presse doivent faire preuve
d’innovation pour continuer d’exister.
Cette réalité économique amène une
certaine pression sur les journalistes
comme le raconte Julie Sala-Décot. « J’ai fait
valoir mon droit de retrait dans un mensuel
plutôt que de faire relire mes articles par le
service commercial ».
Sur le registre des contraintes de ces
nouveaux changements, Leslie Anagno-
stopoulos affirme que les sources sont trop
rapidement vérifiées : « Nous n’avons plus
le temps, ça va trop vite ».
Auparavant, le carnet d’adresses était l’outil
essentiel, mais aujourd’hui, Internet devient
l’outil incontournable. Les journalistes n’ont
plus de liens avec les « petites gens », et ne
sont en contact qu’avec les communicants
et les politiques comme le dit J. Salat-Décot.
« Si être journaliste c’est de régurgiter des
condensés de dossiers de presse, sans être
sur le terrain, autant donc être directement
communicant, créer l’information et être la
source », toujours à en croire Julie Sala-
Décot. C’est la raison pour laquelle, tant de
journalistes basculent dans le monde de la
communication.
Rédaction - Émilie Prou
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
L'Agglorieuse
Il y a désormais
deux processus d’édition :
le papier & le Web
Selon Tristan Cuche
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
Lorsque les intérêts
du lectorat se dégradent :
People, télé-réalité
ou encore sports, une
nouvelle hiérarchisation
de l’information se met
en place. Suivre ce mouve-
ment ou rester classique,
voici le dilemme auquel
font face les rédacteurs
et journalistes aujourd’hui.
Le Monde, Le nouvel obs,
L’équipe… De nombreux
journaux ont pris le train
en marche et tentent
d’apporter une valeur
ajoutée différente en
fonction du support.
Que font les autres ?
Hormis réécrire sur
le Web leurs articles
papiers sans profiter des
outils technologiques ?
Les sites ou blogs
de fact-checking
se développent et créent
le buzz. Les décodeurs,
Factcheck.eu, nombreux
sont les sites qui utilisent
cette tendance pour angler
leur sujet. Une nouvelle
tendance de qualité
exploitant parfaitement
les ressources et les outils
du Web.
« Si vous trouvez que
l'éducation coûte cher,
essayez l'ignorance ».
Cette phrase d’Abraham
Lincoln face aux
Américains critiquant
les dépenses publiques
s’applique à la presse
d’aujourd’hui. Pas d’argent,
pas de qualité…
20
Presse de qualité :
lutte entre Web et Print
V
Rédaction - Gabriel Cabrol
Réalisation Camille Chavoutier
La presse écrite, proximité et profondeur au
rendez-vous
« Vite, une info tombe, j’ai devant moi
quelques heures pour écrire mon article ».
Cette phrase prononcée par les rédacteurs
du magazine Echos de Pros, c’est le
quotidien des journalistes de presse écrite.
De cette information brute, il doit en
ressortir un article de qualité avant le
bouclage du journal. Un délai court, mais
suffisant pour offrir un certain temps de
réflexion permettant de collecter, analyser,
synthétiser des informations tout en
vérifiant leurs sources. Ceci en comptant
sur un maillage très fin du territoire qui
permet en donnant un angle unique au
sujet. C'est-à-dire choisir un point de vue
original d’après le caractère et la
personnalité du journaliste et de son
journal. C’est dans ce processus que
s’ajoute toute la valeur ajoutée qu’il est
impossible de trouver dans une brève ou un
flash info.
La presse numérique, voyage de l’info à
chaud au contenu haut de gamme
D’un point de vue journalistique, le Web
dispose de plusieurs facettes. D’une part,
les journalistes Web se vantent d’une
souplesse et d’une réactivité imbattable,
c’est un fait. Mais cette actualité à chaud,
relayée par les réseaux sociaux et les flash
infos, donne uniquement qu’une impression
d’abondance de l’information totalement
superficielle.
D’autre part, en cherchant plus loin, le Web
regorge de pure-players et de blogs
d’informations se démarquant par une
créativité et une originalité exceptionnelle.
En effet, de plus en plus de journalistes Web
s’imposent à travers une stratégie de
valorisation de l’information exclusive au
Web. Ceci à travers des outils et contenus
spécifiques tels que le fact-checking, le
data-journalisme, le Web-documentaire ou
même les serious games. Ces nouvelles
formes d’informations offrent un contenu de
qualité unique en jouant sur leur coté
tendance et séduisant.
La presse s’adapte pour survivre
Au-delà des différences de contenus et de
forme entre les journaux, la qualité de
l’information reste influencée par une
donnée importante : l’argent. La crise de la
presse impose aux journalistes d’écrire plus
rapidement avec moins de moyens.
Malheureusement, la qualité a un prix. Sans
compter qu’un journal vit grâce aux
publicités ou aux subventions. Cela peut
donner lieu à des conflits d’intérêts et des
rapports de force parfois inégaux pouvant
donner lieu à une censure ou influence.
Sans oublier qu’un journal à besoin pour
survivre que ses articles soient lus. En effet,
les journalistes tentent d’intéresser et
attirer les lecteurs quitte à bouleverser la
hiérarchie de l’information. La domination
des réseaux sociaux propulse au-devant de
l’actualité des sujets légers qui sont par la
suite repris par les journalistes. Jusqu’où ira
cette spirale infernale ?
Les différences de traitement
de l’information
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No.
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INFORMATION
BRUTE
Analyses de fond
Interviews
Recherches
documentaires
Breve
Encadré
Retweet Brèves
Fast-checking
#Tendances
Web-documentaire
Serious games
M ots clés
Traitement des
données
Tra
Comprendre le journalisme citoyen
en trois minutes
21
Jaimepaslactu.com fait
travailler bénévolement
une quinzaine
de journalistes formés
au journalisme et
au multimédia.
Des personnes de qualité
que jaimepaslactu.com
juge inexploitées par
les médias traditionnels.
Medialab Session
Incubateur pour start-
ups de l’information,
la Medialab s’installe
le temps d’un week-end
en France et ailleurs.
Présente au BIC de
Montpellier le 10/10/2014,
l’opération brainstorming
a mobilisé une centaine
de professionnels et fait
émerger les start-ups
locales de l'information.
Thierry Watine, profes-
seur du Département
d’Information et
de Communication
de l’Université Laval
(Québec) a écrit en 2003
« Le modèle du journalisme
public », à retrouver dans
le n°35 de la revue Hermès
(pp. 231-239).
Signifiant littéralement
« les actualités où vous
témoignez », l’agence
de presse Yahoo News
demande aux internautes
du contenu qu’elle choisit
ensuite d’utiliser ou non.
Elle définit sa plateforme
comme du journalisme
citoyen… qu’elle met
en scène.
La multiplication des sources et des
médias casse incontestablement les codes
des circuits traditionnels de l’information.
En découlent d’interminables débats sur la
relation qu’entretiennent les bloggeurs et
les journalistes avec l’information.
Le journalisme citoyen, ça n’existe pas
Pour François Perea, c’est clair :
le journalisme citoyen, ça n’existe pas.
Ce maître de conférences de l’Université
Paul-Valéry de Montpellier est formel : on a
affaire là un problème de terminologie.
C’est que l’expression est particulièrement
ambigüe. Peut-on appeler « journaliste », un
internaute qui pratique l’autopublication ?
Tout dépend de comment il traite
l’information.
Il développe : « Il ne suffit pas de prendre la
parole pour être journaliste. Le journaliste,
c’est celui qui va chercher l’information sur
le terrain, qui enquête, qui se distancie,
recoupe ses sources et vérifie ses
données ». Cela nécessite, selon lui, une
fonction et une formation.
Peut-on être journaliste, investiguer, sans
carte de presse ? Assurément, répond
Sébastien Sigaut, le fondateur du site Web
multimédia jaimepaslactu.com, primé 3ème
de la Medialab Session, qui a eu lieu à
Montpellier le 10 octobre dernier.
Les rédacteurs du site, anciens étudiants
niçois de l’école privée de journalisme
« Nouvelles », n’en démordent pas : « Nous
sommes journalistes puisque notre travail
est celui du journaliste. Nos convictions
également, même si, officiellement, aux
yeux de la société et de la commission des
journalistes, nous ne le sommes pas sans
carte de presse ».
LLL
médimédi
On est journaliste… ou on ne l’est pas
Pour François Perea comme pour Sébastien
Sigaut, n’est pas journaliste le citoyen qui
se prend en photo les pieds dans l’eau lors
des dernières pluies diluviennes dans
l’Hérault, celui qui filme avec son téléphone
les incidents du métro de Londres (on se
souvient de l’été 2005), ou encore celui qui
immortalise les images d’un tsunami de
Thaïlande, où il passe ses vacances, et qui
envoie gratuitement son contenu à une
chaîne d’information (en échange d’y voir
apparaître son nom !).
Mais alors, quelle place pour le citoyen ?
« Le citoyen, il discute, débat et créé la cité.
Et pour assurer le bon fonctionnement de
notre démocratie, il faut le différencier du
journaliste » postule le maître de confé-
rence montpelliérain.
Aujourd’hui, grâce aux nouvelles techno-
logies, tout citoyen peut être un émetteur,
qui participe, décide, solutionne, agit…
Selon le professeur Thierry Watine, « tout
l’enjeu est de constituer des forums et
arènes de débat pour rétablir les liens avec
le public ». Le doctorant de l’Université de
Rennes I Olivier Tredan fait remarquer que
des plateformes de blogs de presse
fleurissent sur la Toile, telles que You
Witness News, née d’un partenariat entre
Yahoo et l’agence de presse Reuters : les
internautes sont invités à mettre en ligne
des photos et vidéos, reprises ensuite par
l’agence de presse pour un traitement
journalistique.
En somme, intégrer la parole du citoyen ne
lui confère pas un rôle de journaliste.
Craindre sa participation est donc inutile.
La réfléchir par contre…
Rédaction - Célia Paris
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
Évolution des pratiques professionnelles
Twitter rapporteur
En mai 2011, un jeune
militant de l’UMP « twitte »
une information révélant
l’arrestation de l’ancien
directeur général du FMI,
Dominique Strauss-Kahn.
Ce n’est que suite
à sa propagation sur
les réseaux sociaux,
que les journalistes
relaient l’information.
Le Net fait,
le journaliste imite
« L’affaire Nabilla »
suscitant l’engouement
sur les réseaux sociaux,
les médias nationaux
mettent en avant cette
actualité. Ceci révèle
l’influence des interactions
sur les réseaux sociaux
sur la hiérarchisation
de l’information.
Du tweet au papier
Geoffroy Boulard, premier
adjoint à la mairie du 17e
arrondissement de Paris,
dénonce par son tweet,
du 10 mai 2014,
la méconnaissance
de la Marseillaise de
Christiane Taubira.
Ce tweet faisant polémique,
les grands quotidiens
reprennent l’information.
Le nouveau média
des manifestants
américains
Aux Etats-Unis, la mort
d’un jeune afro-américain,
Micheal Brown, soulève
une réelle révolution sur
la Toile. Les Américains
se mobilisent autour de
cet évènement employant
les réseaux sociaux
pour diffuser, couvrir
les manifestations.
22
Le Web 2.0 et la presse font émerger de nouveaux modes d’information. Le lecteur devient
alors une composante non-négligeable de l’information locale, favorisant ainsi son adhésion et
sa participation, voir son influence au sein de la rédaction.
Le lecteur, une nouvelle
composante du journalisme
L Il est de plus en plus fréquent de voir
apparaître des commentaires qui viennent
en complément des articles. Les lecteurs
détiennent des informations auxquelles le
journaliste n’a pas accès, ou auxquelles il
ne pense pas.
Si certains journalistes n’y prêtent pas plus
d’attention, d’autres prennent le temps d’en
consulter une sélection. Selon la pertinence
des commentaires et des informations
apportées, le journaliste peut approfondir
l’information dans un article de
complément.
Pour ainsi dire, les presses quotidiennes
régionales s’efforcent d’élaborer des sujets
qui feront parler les lecteurs devant la
machine à café.
Les interventions des lecteurs par rapport à
un article, mais aussi entre eux sur les
réseaux sociaux sur un sujet précis,
permettent, parfois, à une rédaction de
définir les sujets d’actualité.
« La tyrannie de l’opinion publique est à
double tranchant, il faut savoir s’en inspirer,
mais avec modération » précise Yannick
Povillon, rédacteur adjoint à Midi Libre et
adjoint au chef du Club de la presse de
Montpellier.
Si, jadis, les médias étaient sources d'infor-
mation, aujourd’hui, il est évident que le
lecteur en a une grande part.
Twitter entre dans l’équipe de rédaction presse - © Jean-Philippe Grandin
Rédaction - Jean-Philippe Grandin
« Le lecteur aime et souhaite participer à
l’information » explique Wally Bordas, co-
fondateur de Le nouveau Montpellier, un
pure player conçu par des étudiants
montpelliérains.
La posture des rédactions régionales face
aux lecteurs évolue depuis cette dernière
décennie. Leurs préoccupations relatives à
la crise du papier, font émerger de
nouvelles stratégies de diffusion. Les
lecteurs sont toujours en quête de rapidité
et de mobilité de l’information.
Le journalisme se développe, ainsi, sur la
toile afin de se rapprocher de ses lecteurs
et ses exigences. Ceci offre la possibilité
aux usagers de se tenir informés en temps
réel. Mais également, de partager les
articles à travers les différents réseaux
sociaux numériques (Facebook, Twitter, ...),
ainsi que de les commenter directement sur
la page d’information.
Faut-il prendre en compte les réactions des
lecteurs ?
De manière positive ou négative, « tout le
monde à quelque chose à dire sur un sujet »
relève Wally Bordas. Avant l’explosion du
Web 2.0, seul le courrier lecteur (ancêtre du
commentaire) permettait la correspondance
entre l’auteur d’un article et le lecteur, ou
de réagir à un sujet. Commentaires, mails,
tweets, postes Facebook, courrier lecteur,
aujourd’hui, une multitude de moyens
existe pour réagir à un article.
Notons que la rédaction d’un article est
limitée à un certain nombre de caractères.
Celui-ci est calculé selon la place accordée
au sujet. Le journaliste s’efforce donc de
développer un maximum d’informations
dans un espace limité.
Bien souvent, les lecteurs sont en demande
d’informations complémentaires suite à la
publication (Web ou papier) d’un article. Il
peut donc arriver que des articles suscitent
des réactions positives comme négatives
(avis personnels, sensations face au sujet,
protestations, critiques, etc.).
La Théorie de l'iceberg
Arnaud Mercier, professeur en
Sciences humaines, remet en question
la hiérarchisation de l’information par
les médias. La face visible d’un iceberg
est l’actualité traitée par les médias
d’information et la face cachée est
celle traitée par les réseaux sociaux.
Parfois, certains sujets font tellement
de bruit qu'ils parviennent à attein
-dre le sommet. C’est ce qu’il appelle
« la montée au sommet de l’iceberg ».
Portraits croisés : Hubert Vialatte, rédacteur en chef à la Lettre M, et Jean-Marc Aubert,
journaliste à l'Agglorieuse, deux journalistes locaux qui s'expriment très librement sur le Web.
Internet : un espace de liberté
pour les journalistes
23
Le succès d’Hérault H24
La page d'information
Facebook Hérault H24
cartonne avec un reccord
proche de 22 000 fans en 7
mois d'existence et une
augmentation de plus de
10 000 depuis novembre
2014. La page alimentée
par les posts de Jean-Marc
Aubert informe les
internautes sur l'actualité
héraultaise et des dépar-
tements limitrophes.
Le billet du lundi :
un RDV
Grâce à la publication
du « billet du lundi »,
Hubert Vialatte donne
rendez-vous à sa commu-
nauté. C'est quelque chose
de très personnalisé et
une relation directe avec
ses lecteurs. Ce papier
est en moyenne lu par
300 à 400 personnes
chaque semaine.
L’Agglorieuse en danger
Le 23 novembre 2014
L'Agglorieuse a été
condamnée à payer
la somme de 91 200 €
à M. Robert Garzillo et
à ses sociétés pour
diffamation envers le
groupe Strada. Cette
décision de justice
représente un véritable
risque pour l'avenir
de l'hebdomadaire.
Expression libre
Les deux journalistes
précisent que la liberté
sur le Web par rapport
au papier c'est aussi que
« le journaliste peut faire
ressortir son propre style ».
Il n’est pas contraint
de « s’adapter à la ligne
éditoriale d’un journal ».
Ancrés dans la tradition journalistique de
la transmission de l'information par le
papier, deux journalistes locaux ont choisi
d'emprunter une autre voix d'expression,
qui leur procure une certaine liberté dans
l'exercice de leur profession : Internet.
Deux profils opposés
Jean-Marc Aubert est un journaliste
confirmé dont la carrière approche les 35
ans, tandis qu’Hubert Vialatte a une
quinzaine d’années d’expériences dans le
monde journalistique.
Le premier est spécialisé dans les faits
divers et la chronique judiciaire, et le
deuxième est rédacteur et correspondant
pour plusieurs journaux.
Deux parcours différents
Au cours de sa carrière de journaliste
débutée en 1979 dans le Vaucluse à La
Provence, Jean-Marc Aubert a entre autre,
été reporter régional à Midi-Libre et
rédacteur à La Gazette de Nîmes, puis à La
Gazette de Montpellier. Il est ensuite
devenu journaliste à L'Agglorieuse. Puis
suite à un infarctus qu'il a eu en 2004, il a
été contraint de quitter les journaux
quotidiens. Il s'est alors orienté vers le
format de l'hebdomadaire, où il est exposé
à moins de stress et de déplacements sur le
terrain.
Hubert Viallate, lui, a suivi un parcours
cohérent avec son envie de devenir
journaliste depuis son adolescence. Après
avoir fait une école de journalisme à Paris
entre 1999 et 2001, il est aujourd'hui
rédacteur en chef adjoint à la Lettre M de
Montpellier. Il est aussi correspondant pour
Les Echos, l'AFP et en collaboration avec
une agence pour L'Express et Le Figaro.
AAAncn
la trala tra
Le numérique : le point commun
À eux deux ils illustrent ces journalistes qui
écrivent sur le papier et qui s’expriment
aussi sur le Web. Ils m’expliquent que
l’écriture sur le Web leur procure de la
liberté. Jean-Marc aubert, qui est l’un des
administrateurs de la page d’information
Facebook Hérault H24 , met l'accent sur la
rapidité et l'instantanéité de la publication
des informations : « La liberté, c'est la
rapidité de gérer et de diffuser
l'information ».
Il précise que les informations à chaud
peuvent être traitées succinctement à
condition de définir les circonstances. Il
vérifie l'information auprès d'interlocuteurs
habilités à parler à la presse, qui confirment
ou infirment l'information. « On a des
sources auxquelles on peut se fier.
L'avantage d'un site Internet c'est que l'on
diffuse l'information directement ». Puis,
dans la journée, il affine l'information à
chaud, en renseignant les détails.
Hubert Vialatte quant à lui, parle de la
liberté d'expression que lui apporte
l’alimentation de son site Web
hubertvialatte.com. Grâce à la publication
hebdomadaire du billet du lundi, Hubert
Vialatte fait ressortir son style et écrit
librement sur divers sujets.
Ce billet est pour lui « une espèce de
lucarne numérique, une évasion person-
nelle, le seul endroit où je peux livrer mes
réflexions sur la société et sur des sujets
très diversifiés ». C'est aussi pour lui la
possibilité de se réconcilier avec l'écriture
et de retrouver le plaisir d'écrire.
Cependant, les deux journalistes rajoutent
que, même s'ils sont libres d'écrire ce qu’ils
veulent sur le Web, ils appliquent toujours
leur éthique et respectent leurs valeurs.
Rédaction - Leslie Antoine
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
Une nouvelle liberté d’information ?
JL.Borloo et Hubert Vialatte. Ce journaliste qui allie écriture
factuelle (Lettre M) et libre (Web)
© André Hampartzoumian - Masters des 30 ans de la Lettre M
Jean-Marc Aubert, connecté H24 grâce au numérique
© Leslie Antoine
Le journaliste, ce grand curieux de l’actu, confronté au lecteur trop ou pas intéressé. Un duel
2.0 qui pourrait très mal tourner pour les deux protagonistes. La dictature du « clic » ou le
changement de la consommation d’actualités.
LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
Une nouvelle liberté d’information ?
La technologie rendrait
asocial ?
Angèle Christin :
rythmer contenu
chaud et froid
Il y a une vraie
réflexion sur la façon
de se démarquer dans
un paysage Web très
concurrentiel où tout
le monde publie des vidéos
de chats. Il faut savoir
combien on met d'articles
à clics comme ceux-là
pour subventionner
le reste du contenu
Rien n'arrête la presse
d'information
Ces cinq dernières
années, la diffusion de
la presse d’information
a progressé de 5,7%
dans le monde
Courrier
International
Twitter : un nouveau
journal ?
Plus de 7 Français sur
10 consultent l’information
sur Internet à travers
les réseaux sociaux tel
que Twitter
Rue89
Je clique, on me dit !
D
Alors que l’information est partout, sur tous supports, j’ai décidé d’interroger Nazanin, étudiante
en information et communication afin de connaître ses pratiques d’information. Comment
suivons-nous l’actualité dans l’ère du numérique ?
J
Rédaction - Nazanin M. Babr
Rédaction - Amélie Boban
Jean-Philippe Zappa, délégué général de
l’association Culture Papier fondée en
janvier 2010, m’annonce « nous arrivons à
un stade où nous ne pouvons pas absorber
l’information de tous les jours.
La cause de cette réalité : il existe une trop
forte multiplicité des supports médias en
France ». Mais il ajoute que pour contrer
cette réalité :
C’est justement ce que fait Nazanin. En
effet, elle me confie qu’elle souhaite faire le
lien entre numérique et papier.
« Je regarde à la télévision, essentiellement
les reportages. Par exemple les dossiers
exclusifs sur les mouvements révolution-
naires au moyen Orient. Mais je préfère
définitivement m'informer via les réseaux
sociaux numériques ».
Cependant Nazanin m’annonce qu’elle se
rend également sur les réseaux sociaux
pour obtenir une information en directe, « je
regarde les informations sur Twitter afin
d’obtenir une actualité instantanée. Mais
j’achète des journaux comme le Courrier
International pour avoir de plus grands
points de vus ».
Il appartient donc à chacun d’entre nous de
faire son tri dans l’actualité. Et vous
comment vous informez-vous ?
« La question du clic cristallise les inquiétudes sur l'avenir de
la profession » Angèle Christin - © Nazanin M. Babr
Dans l’océan de l’information, il y a
différents nageurs : ceux et celles qui
prennent le temps d’explorer les abscisses
afin d’y trouver la perle rare, ceux et celles
qui traversent les lignes de bouées,
frontières disgracieuses du confort, ou
encore ceux et celles qui nagent à perdre
haleine afin d’oublier qu’ils n’ont plus pied.
Le monde du journalisme est chamboulé
actuellement par l’arrivée d’une nouvelle
forme de lecteurs. À ceux qui pensaient
pouvoir lire leurs articles, à l’abri, derrière
leurs écrans, sans les yeux racoleurs du
voisin dans le bus… Halte ! Que nenni !
Une fois les rotatives conduites au chômage
forcé, ce sont les compteurs digitaux qui se
mettent en route.
Des clics au temps passé sur un article,
chacune des actions du lecteur est
scrupuleusement décortiquée. Il était libre
de lire ce qu’il voulait, il l’est toujours, mais
sous les yeux des grands gourous du web.
Mais aussi, du journaliste ayant écrit
l’article. Ou encore du webmaster et de
l’analyseur de consultation.
C’est ici que commencent vraiment les jeux
pervers entre l’artiste et sa scène.
Plébiscitez une plume, elle deviendra
incontournable. Les chiffres ne mentent
peut être pas… Mais que montrent-ils ? Les
dérives (ou la réalité) des intérêts
« ludiques » du grand public mettant à mal
les grandes enquêtes.
En somme, quelles valeurs choisir quand on
écrit et qu’on est journaliste aujourd’hui,
celles « du clic ou du Pullizer » ? La vie
d’une Première Dame trompée ou les
dangers de la désertification médicale ?
Le débat est ouvert.
En route vers de nouveaux usages d’information !
Nazanin suit l’actualité chaque jour grâce à son smartphone et
Twitter - © Amélie Boban
Le papier, cet éternel lien social
ECHOS de PROS #12
NNNombreux sont ceux qui prédisent la
disparition pure et simple du papier
dans l'univers des médias, à court ou
long terme, faute de pouvoir concur-
rencer son rival Internet.
Et pourtant... aujourd'hui encore, de
jeunes médias prefèrent sa compa-
gnie à celle du Web. Les journaux
papiers, toujours présents dans les
kiosques et les cafés, montrent bien à
quel point le peuple français y reste
attaché. Le papier est loin d'avoir dit
son dernier mot !
Dossiers
La confiance absolue
Le choix délibéré du papier
Le papier ne disparaîtra jamais !
LE PAPIER, CET ETERNEL LIEN SOCIAL
LE PAPIER, CET ETERNEL LIEN SOCIAL
La confiance absolue
De nombreux journaux font
aujourd’hui le choix de
faire payer un abonnement
à leurs lecteurs Web com-
me par exemple, Le Figaro.
Il serait cependant judi-
cieux de nous demander
si une version gratuite
du journal sur Internet
ne permettrait pas, sur
du long terme, de fidéliser
le public.
Avec le développement
technologique actuel,
les journaux peuvent
désormais être présents
sur de très nombreux
supports. Optimisés
pour l’information,
les smartphones et autres
tablettes sont particulière-
ment en vogue et permet-
tent aux journaux de
toucher plus de lecteurs.
Facebook, Twitter,
Instagram ou encore
Tumblr, ce sont tous
autant de réseaux sociaux
sur lesquels les journaux
peuvent s’exprimer.
Permettant une interaction
plus simple avec les
lecteurs, les réseaux
sociaux sont aujourd’hui
l’une des clés de la
continuité de la presse.
Selon le professeur
Franck Rebillard, le
journalisme participatif
tend aujourd’hui à se
normaliser. Posant la
question de la place du
journaliste professionnel
dans notre société, cette
pratique est en perpétuelle
évolution. Les années à
venir seront donc décisives,
affaire à suivre.
26
Face à la multiplication des médias sur le Web, un besoin de clarification est nécessaire pour
les lecteurs. Les professionnels de l’information développent aujourd’hui différentes techni-
ques pour parvenir à redonner confiance au public.
Redonner confiance en l’info
Web, un challenge de taille
L
Rédaction - Florian Lousplaas
Le développement d’Internet au cours de
ces dernières années a permis une véritable
révolution dans la circulation de
l’information.
La rapidité est aujourd’hui le maître-mot,
mais donne naissance à de nombreux
doutes de la part des lecteurs. Face à la
méfiance du public, notamment envers
l’information Web, il est nécessaire pour les
professionnels de développer différentes
techniques afin de redorer le blason des
journalistes dans l’esprit des lecteurs.
Selon Johanna Cas, journaliste indépen-
dante établie entre Marseille et Montpellier
et travaillant à la fois pour la presse papier
et pour des sites Internet, « s’implanter sur
les réseaux sociaux est un premier pas vers
une nouvelle relation de confiance. Il
semble, en effet, important de donner de
l’importance à l’opinion du lecteur »,
notamment pour qu’il puisse ressentir une
certaine appartenance à un groupe et donc
s’en rapprocher.
L’idée d’appartenance est donc cruciale
dans cette démarche de recherche d’une
relation de confiance. Comme nous
l’explique d’ailleurs notre journaliste
interviewée : « la confiance se joue dans les
deux sens. Si le lecteur donne son avis et
participe en livrant quelque chose de vrai et
d’authentique, c’est qu’il considère que
l’information l’est-elle aussi ».
Le journalisme participatif en quelques mots
Créée au début des années 2000, l’expression « journalisme participatif » ou encore
« journalisme citoyen » désigne, selon Franck Rebillard, professeur à la Sorbonne
Nouvelle, « l’intervention de non-professionnels dans la production et la diffusion
d’information d’actualité ». Le journalisme participatif s’est d’ailleurs grandement
développé avec la démocratisation d’internet, mais aussi des réseaux sociaux.
Des supports toujours plus nombreux, la diversification est
désormais nécessaire - © Florian Lousplaas
Faire participer pour redonner confiance
Le journalisme participatif, ou citoyen, très
en vogue depuis ces dernières années,
semble également aller dans ce sens.
Appelant les lecteurs à devenir eux-mêmes
émetteurs de l’information, cette nouvelle
pratique « n’est pas sans comporter des
dérives, car les informations doivent être
vérifiées plus minutieusement par le
lecteur, mais permet à tout un chacun de
s’investir ».
Selon Johanna Cas, le fait même de faire du
lecteur un émetteur d’informations
l’amènerait à s’intéresser à nouveau à la
presse. En effet, « avant de livrer une
information, le lecteur se rendra plus
régulièrement sur les sites des journaux
pour se tenir informé ». Il est donc crucial
pour les journaux de développer leurs sites
web et d’offrir des articles d’une aussi
bonne qualité que celle que l’on peut
trouver dans la presse papier.
Le Web a encore besoin du papier
Notre source va même plus loin en
expliquant « qu'une présence renforcée des
journaux sur Internet pourrait amener les
lecteurs Web à se rediriger vers la presse
papier, notamment pour des articles
apportant une véritable réflexion sur un
phénomène de société par exemple ».
La presse semble aujourd’hui encore être
dans une phase de transition entre le papier
et le Web et il est primordial d’établir un
lien entre ces différents supports.
« ... ce qui permet au lecteur de connaître
la qualité de l’article, qui est digne de la
presse papier, mais également d’y avoir
accès plus facilement ».
Associer les supports papiers et numériques
pourrait donc être en finalité l’une des clés
de la création d’une nouvelle relation de
confiance entre les journaux et leurs
lecteurs.
De nombreux journaux
publient désormais les
mêmes articles sur le Web
et sur leur édition papier
Web ou papier, en qui avoir le plus confiance ?
27
Soutien à donf !
Voici ce qu’un lecteur de
Montpellier Journal inscri-
vait au pied d’un article en
commentaire suite aux
difficultés que rencontrait
le média en ligne en 2009.
Les commentaires sont de
véritables indicateurs de
confiance des lecteurs et
apportent de la plus-value
à un article.
Créé en 2009, OWNI
présente ses propres
articles et d’autres, venus
de blogs externes. Après
avoir travaillé en parte-
nariat avec Wikileaks puis
reçu deux prix prestigieux
en 2010 et 2011, il ferme
fin 2012 à cause de son
modèle économique (en
accès libre et sans pub).
Il reste consultable.
Le point de vue de Raphaël
Giovanetti, Concepteur
multimédia et MC à l’Itic de
Montpellier : « Le papier
est vecteur de valeur. A
l’heure actuelle, faire le
choix délibéré du papier
c’est donner de la valeur à
son contenu ».
De plus en plus de données
sont publiées et le
phénomène s’amplifie avec
les objets connectés. Le
data journalisme
(journalisme de données)
est une discipline qui
consiste à analyser ces
bases de données et les
rendre accessibles au plus
grand nombre.
Accordez-vous plus de crédit à l’infor-
mation papier ou Web ?
Ambre Déharo – Peu importe le média, si le
journaliste fait bien son boulot, son article
aura de la valeur. Un professionnel doit
pouvoir recouper plusieurs sources.
Simon Challier – Tout à fait ! Peu importe le
canal, du moment que l'info est vérifiée et
recoupée. Le Web permet d'avoir des infos
factuelles de grande qualité (chiffres, actes
notariés), ou de retrouver des éléments qui
ont disparu de la circulation, comme les
photos de Sarkozy et Kadhafi au cœur de la
crise libyenne, retrouvées par OWNI.
Web/papier : quels sont leurs atouts et leurs
faiblesses ?
AD – Il faudrait que tout journaliste enquête.
Mais, ce que l'on demande aux jeunes
aujourd'hui, c’est de bâtonner des dépêches
AFP. Résultat : tout se ressemble, quel que
soit le support. Seul avantage : le prestige
de la presse papier où on attend donc un
vrai travail de fond.
SC – Le Web a d’immenses avantages
comme sa portée, sa durée de vie, les
vidéos et les hyperliens. Il offre ainsi une
vision plus juste de l'info. Mais le gros
problème du numérique, c'est la question
des intentions. Du coup, je redouble
d'efforts pour recouper mes sources.
Quelles sources privilégiez-vous pour une
recherche ?
AD – Aucune. Mais j’ai un penchant pour
Twitter et Facebook. Infos et sources y sont
extrêmement variées. Ce sont des viviers
d’anecdotes percutantes et truculentes.
SC – Je privilégie les personnes. Un coup de
téléphone est parfois plus rapide et plus sûr
qu’un mail. Toutefois, une info balancée sur
Twitter ou Facebook constitue souvent une
bonne piste que j’emprunte avec
prudence…
AA
matio
Rédaction - Olivier Courtade
La fiabilité s’y fait rare. En revanche, des
archives ou des comptes rendus d’audien-
ces écrits appellent la confiance.
Comment vivez-vous la crise de la presse
écrite ?
AD – L’info gratuite, Web ou papier,
dissuade les lecteurs de payer. Les secré-
taires de rédaction disparaissent, mais on
assiste également à l’émergence de métiers
utiles comme le data journalisme.
SC – La crise des années 80's s’est nourrie
d’une crise de confiance vis-à-vis des
politiques. Internet ne fait qu’amplifier le
phénomène. Du jour au lendemain tout le
monde est devenu « éditorialiste » en
quelque sorte. Il suffit d'ouvrir son blog et
de donner son analyse sur tel ou tel sujet.
Aujourd’hui, rachetée par des grands
groupes (Dassault pour le Figaro), la presse
n’améliore ni la confiance des lecteurs, ni sa
qualité.
Selon vous, comment va évoluer la
profession ?
AD – Je suis pessimiste par rapport aux
intérêts financiers des grands groupes de
presse qui ont tendance à museler le
journaliste. C'est la qualité de l’info qui est
en jeu. Et aujourd’hui, si le métier de
journaliste a évolué, c’est parce que les
outils ont changés. Toutefois, les personnes
restent volontaires et le cœur du métier
reste le même Informer. C'est-à-dire
apporter aux citoyens des éléments pour
comprendre le monde et ainsi pouvoir se
forger un avis.
... Et sur le Web, excepté Mediapart, il
n'existe pas de modèle économique viable.
L’avenir ? Survivre entre actionnaires et
annonceurs.
Donnez, donnez-moi
Le 21 novembre 2014, « Les Amis de La
Marseillaise » lançaient une souscription
afin de soutenir financièrement le
journal.
L’Hérault du Jour, Montpellier Journal,
Causette ou même Wikipédia : l’appel
aux dons concerne les deux types de
presse, Web et papier.
Et Si la multiplication de cette pratique
témoigne de difficultés financières, elle
est également preuve d’engagement de
la part des lecteurs.
Toute presse
confondue, le problème
numéro un, c'est l'argent.
Qu’il s’agisse de la presse en ligne ou de la presse papier, la question d’actualité est : qui donne
les meilleures infos ? Question à laquelle répondent Simon Challier, jeune journaliste à La
Gazette de Nîmes et Ambre Deharo, étudiante à l’École Sup du Journalisme de Montpellier.
« Comment savoir qui est derrière le clavier avec Twitter et
sa flopée de comptes parodiques ? » Simon Challier - © DR
Mercredi 12 novembre, je suis invité à la soirée de relecture du journal Bout à bout avant la
sortie de ce dernier. Rencontre avec ces rédacteurs bénévoles, lors d’un moment de
convivialité et de découverte.
LE PAPIER, CET ETERNEL LIEN SOCIAL
Le choix délibéré du papier
Journaux
Montpelliérains
Il existe d’autres journaux
de quartier à Montpellier.
Le quartier Malbosc avec
Le Petit Echo de Malbosc,
Celleneuve avec Le journal
de votre quartier, les Aubes
avec Aubesessions et
d’autres encore.
Journal et solidarité
L’association nîmoise
Quartier Libre se sert
de son journal pour faire
participer des jeunes
enfants venant d’arriver
en France. Le journal
de quartier est aussi
un vecteur d’entraide
et de solidarité.
Vous avez dit presse
populaire ?
D'après les Archives de
France, c'est à la fin du
XIXème
siècle que la presse
populaire fait son
apparition en France
avec Le Petit Journal.
Un quotidien à bas prix
à destination d'un vaste
public et reprenant « faits
divers et informations
variées » est né.
L'exception qui
confirme la règle
Vous savez tout,
Tout Montpellier,
Le nouveau Montpellier,
Montpel'yeah…
Les nouveaux venus de la
sphère médiatique locale
semblent préférer le média
Web à celui du papier, mis
à part le journal Le Poing
qui fait figure d'exception.
Depuis presque 20 ans, le journal Bout à
bout assemble les instants de la vie
quotidienne des habitants du quartier
montpelliérain Boutonnet.
Ce journal, qui n’à aucun but lucratif
parvient à éditer 300 exemplaires papier
par numéro. Philippe Batbedat, rédacteur
dans le journal, souligne « Nous préférons
rester sur le papier, c’est un support vivant.
Nous pensons aussi à tout le monde, une
personne âgée aura du mal à lire notre
journal s’il est sur Internet ». La distribution
se fait avec la collaboration des com-
merçants volontaires.
En terme de contenu, le cahier s’articule
avec des parties récurrentes d’un numéro à
l’autre. Le but est de mettre en lumière des
lieux inconnus ou des personnalités qui
contribuent à la vie de Boutonnet, ce qui
permet une interaction entre les habitants.
Le journal donne l’envie de découvrir et de
s’intéresser à son faubourg dans une
grande ville comme Montpellier.
28
Bout à bout : les irréductibles
du quartier Boutonnet
DDepep
boutbouttt
Que cela se fasse avec sérieux ou avec
grande dérision, l’équipe rédactionnelle
s’active en coulisse pour distribuer un
journal de qualité.
Mon récit se termine le 15 novembre. Le
numéro 56 sort à l’occasion d’un évène-
ment de l’association Bout’entrain, sur la
place principale de Boutonnet. Pour se faire,
je retrouve les rédacteurs qui vendent le
journal comme dans le temps : à la criée.
Les riverains répondent au rendez-vous et
le journal s’arrache. Ce que je retiens de
ces moments avec cette équipe, beaucoup
de générosité, de sympathie et d’engage-
ment. Lire Bout à bout, c’est s’imprégner de
la vie d’un quartier vivant et humain.
À l'ère du numérique, Le Poing a fait le pari du papier. Lancé en novembre 2013, ce journal
mensuel d'information généraliste indépendant est chaque mois distribué à prix libre dans les
Facultés de Droit et de Lettres et ne manque pas de caractère. Portrait.
Le Poing veut « ressusciter la presse populaire
U
Rédaction - Benjamin Gorlin
Rédaction - Suzie Brémond
Une « arme pour lutter contre la morosité
ambiante ». C'est en ces termes que Le
Poing décline son identité.
Le choix du papier ? C'est pour exister.
Un média ne vit qu'à travers ses lecteurs et
c'est en distribuant l'imprimé papier
directement aux lecteurs que Le Poing tisse
ce lien si précieux. S'il ne paie pas de mine
avec ses 16 pages de papier brillant et son
imprimé noir et blanc, derrière ce petit
journal se cache un grand projet.
Fondé par une poignée d'étudiants en
Sciences Politiques, le canard sarcastique
traite l'actualité locale à internationale,
avec des titres comme « Colère froide à
Montpellier ; Liberté, Précarité, Fraternité ;
Nelson Mandela était socialiste » et cherche
à défier le système médiatico-politique en
place, en offrant un autre regard sur l'actu.
« Ça change de ce qu'on trouve dans les
médias », confirme Camille, une lectrice.
Révolutionnaire, il aspire à ressusciter la
presse populaire écrite d'antan en créant un
espace d'expression ouvert à tous et pour
tous ; n'importe qui peut écrire dans ses
colonnes. « On n’est pas maîtres du journal,
il nous échappe », s'enthousiasme Jules, son
rédacteur en chef.
Même si comme Arthur, certains lecteurs
jugent les contenus parfois « déplacés et
sexistes », le mensuel qui, depuis sa
fondation a été tiré à près de 12 000
exemplaires, ne manque ni de retours
positifs, ni de contributions. L'avenir du
journal s'annonce même ambitieux : bientôt
tiré à 3000 exemplaires, il compte élargir sa
diffusion aux autres universités.
Le papier pour exister
Vente du journal à la criée toujours dans la bonne humeur
© Benjamin Gorlin
Nous préférons rester
sur le papier,
c’est un support vivant.
«
La diffusion du journal sur le campus permet aux rédacteurs
d' géchanger avec les lecteurs et de récolter leurs avis
© Suzie Brémond
Echos 2 pros 12eme édition
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Echos 2 pros 12eme édition

  • 2.
  • 3. Directeurs d'édition - Directrice de la publication Rédactrice en chef Maquettistes / Design Asistants de rédaction Infographiste Rédacteurs LL Dépôt légal Echos de Pros Edition Montpellier III
  • 4. SOMMAIRE Le déclin du papier Les nouvelles stratégies d'information Le papier, cet éternel lien social LE POINT SUR LA SITUATION DES MEDIAS LOCAUX La presse quotidienne, une réelle fracture dans les rédactions Vos habitudes de lecture de la presse écrite locale La presse montpelliéraine face au déclin du papier LA RECHERCHE DE SOLUTIONS Ces journaux qu'on lit encore La gratuité pour les lecteurs : est-ce la solution miracle ? Le bi-média un réel défi pour la presse écrite française Webmagazine, le virage du département LA CONFIANCE ABSOLUE Redonner confiance en l’info Web : un challenge de taille Web ou papier : en qui avoir le plus confiance ? 6 6 7 16 16 17 18 26 27 © Jorlan Mariotat© Amélie Boban© Lucile Moustafa
  • 5. LE DECLIN ECONOMIQUE La métamorphose contemporaine Le papier disparaît, mais le journalisme survivra Un changement de stratégie remarquable chez les annonceurs Clément Boulle : « Être rentable sur le Web est difficile Imprimeries : L’adaptation face au déclin du papier UNE NOUVELLE LIBERTE D'INFORMATION ? Vers un monde sans papier Presse de qualité : lutte entre Web et Print Comprendre le journalisme citoyen en trois minutes Le lecteur, une nouvelle composante du journalisme Internet : un espace de liberté pour les journalistes Je clique, on me dit ! En route vers de nouveaux usages d’information ! LE PAPIER NE DISPARAITRA JAMAIS ! Les kiosques de presse, solide relais de proximité face à Internet Cafés et salons de thé, remparts de la presse papier Moi le papier, j’y tiens ! 9 9 10 11 12 12 13 20 21 22 23 24 24 29 29 30 31 32 EVOLUTION DES PRATIQUES PROFESSIONNELLES 19 28 A CAUSE DE QUOI, DE QUI ? Le déclin de la presse écrite : la faute à qui ? Ils n'ont pas pris Internet au sérieux L’oscilloscope du papier 8 LE CHOIX DELIBERE DU PAPIER Bout à bout : les irréductibles du quartier Boutonnet Le Poing veut « ressusciter la presse populaire Aurélien Courbon choisit le papier. Sans hésiter ! Presse papier et institutions locales : un lien sans faille 28 « « © Suzie Brémond© Flicker, Petteri Sulonen© Céline Pascal
  • 6.
  • 7. UN CONSTAT, LE DECLIN DU PAPIER DD
  • 8. La presse écrite locale doit répondre de nos jours à de nouvelles exigences, notamment technologiques. Le support papier ne suffit plus au lecteur du XXIe siècle qui tend vers de nouvelles habitudes de consommation de l'information. LE DECLIN DU PAPIER Le point sur la situation des médias locaux Le Monde Libération Midi Libre www.midilibre.fr Depuis quelques années, la presse écrite traverse une crise considérable. Les journalistes Marie-Eve Chamard et Philippe Kieffer, s'interrogent sur l'avenir du journal papier face au numérique, et parlent des contraintes de bouclages qu'ils qualifient « d'inflexibles ». Les prix de production élevés, la lenteur de sa diffusion, ainsi que le poids du journal sont des facteurs qui participent largement à son déclin. Avec le développement d'Internet et des plateformes sociales, l'instantanéité de l'information est devenue possible. Pour subsister, il devient alors essentiel que la presse écrite papier s'adapte non seulement à ce changement de support, mais aussi, à l'utilisation abondante du La presse quotidienne, une réelle fracture dans les rédactions DDepep travertraver lecteur aux technologies de l'information et de la communication. Du simple site Internet, en passant par les réseaux sociaux et les applications mobiles, l'information locale est désormais accessible partout. Cette gratuité, cette instantanéité et cette variété des supports que propose le Web satisfait d'autant plus le lecteur, qu'elle demande un autre mode d'organisation dans les rédactions. « Dans les rédactions, la fracture est nette » explique Elisabeth Quin, journaliste. À travers le Web 2.0, le lecteur n'est plus un simple passif de l'information, il est désormais participatif et diffuseur d'infos. Les 25 étudiants en Master 2 Information et Communication qui composent notre promotion, ainsi que des citoyens de 40 à 80 ans ont accepté de répondre à quelques questions concernant leurs habitudes de lecture de la presse écrite. Comparons-les ! Lisez-vous la presse locale quotidienne ? Pourquoi ? Si oui, sur quels supports ? Vos habitudes de lecture de la presse écrite locale Gérard, 53 ans, viticulteur - Le Bosc 34 « Je lis la PQR papier tous les jours. C'est une habitude que j'ai depuis des années. Dès que j'ai un moment, surtout après le repas du midi, je le lis. Et je finis par faire les mots croisés le soir devant la télévision. Je ne peux pas m'en passer. On m'a déjà offert un abonnement à l'année du Midi Libre, ma famille sait que ça me fait plaisir. » Célia, 23 ans, étudiante – Montpellier 34 « Je ne lis pas vraiment la presse quotidienne locale, papier. À la limite, un peu sur le Web et les réseaux sociaux, mais à dose très restreinte. Je n'aime pas ça ! . Véronique, 45 ans, sans emploi – Le Bosc 34 « Je lis beaucoup l'actualité nationale et locale sur internet gratuitement, je trouve que l'acheter tous les jours, ça revient cher. Étant élue à la Mairie de Le Bosc, j'ai des codes d'accès pour lire l'intégralité du journal Midi Libre sur Internet. Mais je ne le lis pas tous les jours. Et quand il se passe quelque chose vers chez moi, j'aime bien me faire prêter le journal, voir même découper l'article. » Jorlan, 24 ans, étudiant – Montpellier 34 « Je lis la PQR gratuite quand j'ai le temps (au tram), pour rester informé de l'essentiel de l'actu, et ne pas rater les trucs importants. Je privilégie du coup les rubriques inter- nationales. Je préfère le sup- port papier parce qu'une pré-sélection de l'info a déjà été faite en amont. Sur internet, on ne sait plus où donner du clic ! » LLise Numérisation de l'information - © Coralie Vanel Rédaction - Coralie Vanel Rédaction - Coralie Vanel
  • 9. Avec l'arrivée du numérique et l'instantanéité de l'information, les médias ont vu leurs ventes décliner et la consommation des lecteurs se modifier. La preuve en chiffres... La presse montpelliéraine face au déclin du papier Midi Libre La consommation d'information a évolué. Le quotidien est obsolète avant qu'il ne paraisse puisque l'information est déjà disponible ailleurs avec l'instantanéité du numérique La Gazette La presse écrite est en crise […] les quatre postes de recettes traditionnelles [...] sont en évolution négative par rapport à l’année 2012 tratégies Magazine Monday Note pour l'infor- mation quotidienne, le basculement du papier vers le digital est inévitable LE NUMÉRIQUE CHEZ MIDI LIBRE par rapport à Octobre 2013 par rapport à Décembre 2013 LA PRESSE PAPIER 0 5000 10000 15000 20000 25000 2005 2013 La GazetteDiffusion payée 1999 par rapport à Octobre 2013 Visites mensuelles 0 50000 100000 150000 200000 Midi Libre 20131999 2005 -31.07% depuis 1993 -20.62% depuis 2005 (de Montpellier) Rédaction - Laurène Fagot Réalisation - Camille Chavoutier
  • 10. Le déclin de la presse écrite donne aujourd’hui carrément le vertige : l’exemple de La Dépêche du Midi dont la baisse des publications avoisine près de 91 000 exemplaires en 28 ans. LE DECLIN DU PAPIER À cause de quoi, de qui ? Cette profession, ancien- nement prestigieuse se précarise. On perçoit une forme de mutation car la plupart des embauches deviennent pigistes. Métier d’ailleurs peu valorisé en termes de rémunération et instable par son statut juridique. Elle tend à se confondre avec la notion de distraction. Dominique Porté considère que le journalisme devient un concours de beauté ou la standardisation des idéaux devient la norme, en somme « une caricature du journalisme ». Contrairement à ce que l’on pense, Internet n’a rien à voir avec la crise de la presse écrite, puisqu’elle est bien antérieure. Internet n’a finalement fait qu’accélérer les difficultés de la presse, démontrant au passage ses lacunes et ses erreurs stratégiques. Dominique Porté commente la société en ces termes : « Les grandes idéologies françaises se replient dans des temps de résignation. Pourtant, les journaux disparaissant enlèvent à la démocratie le peu de débat qu’ils nous restent ». Finalement, toujours le même débat. Mais qui sont les coupables d’une décadence toujours plus agressive de la presse écrite ? Notre belle et passionnée presse écrite régionale ! Si elle a prospéré pendant un temps, 1970 arriva et tout s’effondra. Mais quelles sont les raisons de ce basculement ? C’est une riche et longue histoire que la presse écrite a vécu et que Dominique Porté, ancien directeur du développement à La Gazette de Montpellier nous conte. Serait-ce la faute des patrons ? Pour vous donner un exemple bien concret de ce phénomène, allons à Marseille. 1987, Gaston Defferre jusque-là propriétaire du journal Provençal décède. Le groupe Hachette Lagardère décide de racheter ce quotidien et de le faire fusionner avec un autre, celui du Méridional dès 1997. Tout cela pour réduire les coûts de production et réunir les lectorats des deux journaux autour d’un nouveau quotidien appelé La Provence. Malheureusement, en réduisant le nombre de « canards » dans la ville, le nombre de lecteurs diminue également (voir encadré). « En cause, une ligne éditoriale consensuelle et édulcorée amenant vers une aspérité bien fade » nous explique Dominique Porté. Cependant, comme le démontre Patrick Eveno dans son ouvrage « La presse », « cette stratégie continue d’être employée en vue de ralentir la lente érosion de la presse écrite ». Et les publicitaires dans tout cela ? La publicité représente une très grosse part des bénéfices dans le milieu journalistique. Seulement les supports d’information s’étant multipliés, la part des recettes publicitaires ne cesse de diminuer. La presse écrite jouissait pourtant jusqu’en 1980 d’un monopole exclusif sur la publicité, la radio et la télévision n’en produisant pas encore. 8 Le déclin de la presse écrite : la faute à qui ? FFinFin quiqu Seulement le nombre toujours plus croissant des concurrents directs et indirects risque aujourd’hui la rentabilité des institutions de la presse écrite. Et si le système journalistique français était en panne ? L’institution de la presse écrite, véritable porte-parole de la démocratie et de l’intellect humaine est fondée sur une culture riche et ancienne. Quant au journaliste, il est expert de notre société. Cependant, les pertes des bénéfices amènent la presse écrite à bâcler son travail, à se conforter autour d’idées stéréotypées et privilégie le sensationnel au détriment de la véritable information, plus ordinaire on le concède ! Thibault Gajdos, auteur de l’article « Presse, pouvoir et dépendance » paru dans le journal Le Monde ne nous contredira pas : Beaucoup trop de canards, trop dépendants des politiciens et des familles influentes perdent de leur indépendance éditoriale, tout cela dans le but d’être subventionnés par ceux qui ont l’argent et le pouvoir. Alors peut-être que la presse écrite disparaîtra mais toujours avec panache et dignité. Peut-être aussi qu’elle perpétra avec force et puissance qui l’a fait naître. Cependant, il est possible que nous ayons notre mot à dire, nous autres citoyens. Nous avons besoin de réalité au travers le toucher du papier, nous avons besoin de manipuler le verbe et la prose. En somme, l’information n’est pas qu’une simple question de données parce qu’elle est tellement plus que cela. Le Méridional publiait 170 000 exemplaires et Le provençal quant à lui, en publiait 232 000 exemplaires en 1987. La fusion des deux journaux, contrairement aux prévisions, fit diminuer la publication de 286 000 exemplaires. C’est d’ailleurs un fait qui se généralise à tous les journaux régionaux qui perdent chaque année un peu plus de leurs lecteurs, à force de fusions. La presse écrite française se noie dans son déclin © Lucille Moustafa La stratégie éditoriale des patronats s’est cassée la gueule ! commente Dominique Porté Rédaction - Lucile Moustafa
  • 11. Ils n'ont pas pris Internet au sérieux 9 Aidons le financement de la presse écrite, en taxant les abonnements Internet. Le site GigaOM, promoteur d’un nouveau mode de journalisme, réfute sévèrement cette propo- sition de plus en plus entendue : « À charge pour les quotidiens de se réinventer » ! La mode du rétro, fait un retour triomphal, que ce soit dans les objets du quotidien ou en termes de philosophie de vie. Pourquoi ne pas profiter d'un tel rebond, pour donner une seconde chance à la presse papier traditionnelle ? Le papier journal est composé à 12 % de chutes de l'activité de scierie, à 28% de coupe d'éclaircies et d'entretien et à 60% de papiers et cartons récupérés et recyclés. COPACEL/Insee, 2013 Les coûts externes de l'industrie du papier (énergie de production, transport et distribution) sont incriminés dans l'accroissement du prix du papier, mais les stratégies d'innovations et le développement durable tendent à le rééquilibrer. SESSI/Insee 2008 Internet bouscule la presse, le papier en fait les frais... © Céline Pascal Rédaction - Coline Vermandé Réalisation - Camille Chavoutier Rédaction - Céline Pascal Coupe d'éclaircies, chute de sciage de bois Pâte à papier Frais d'extraction Frais d'acheminement Frais de distribution Frais de production À l’aire du numérique, de nouvelles contraintes écologiques et économiques remettent en cause notre bon vieux papier journal. Combien coûte le papier et quels sont vraiment les coûts actuels associés à sa fabrication ? L’oscilloscope du papier LLoin de toute menace face à ces avancées technologiques, la direction du groupe les Journaux du Midi prône encore un modèle classique de presse quotidienne régionale. Ce modèle n'encourageant guère à l’innovation, « bride l’audace journalistique, ainsi que la conquête du nouveau lectorat 2.0 », souligne un chef d’agence. Nombreux sont ceux qui ont sous-estimé la capacité d'influence et le pouvoir de la Toile, considérant le Net comme une évolution quelconque et non comme une révolution du paysage médiatique. Désormais une question brutale revient avec insistance : Internet est-il en train de tuer la presse écrite traditionnelle ? Les préoccupations grandissent. Le sociologue Erik Neveu a même ajouté un dernier chapitre au titre emblématique dans son ouvrage Sociologie du journalisme (3e édition) : « Les derniers jours du journalisme ? ». Le journalisme traditionnel revendique son histoire et s'affirme comme véritable pilier sociétal. Le secteur coexiste depuis toujours avec les nouveaux médias, faisant face aux diverses mutations (radio, TV, etc.). Alors pourquoi se soucier de la montée en puissance d'Internet ? Pour cause, les temps sont durs et après dix années de crise, la presse écrite peine toujours à négocier le virage du numérique. Désormais, les journalistes sont forcés de repenser les fondamentaux de leur métier. Alain Plombat, PDG des Journaux du Midi, est conscient qu'aujourd'hui, « la stratégie du groupe doit être pluri-médias, car un seul titre ne peut plus vivre sans l’appui d’autres supports ». Ainsi, alors que les rédactions Print et Web se sont toujours regardées en chiens de faïence, elles doivent désormais coexister. Robert G. Picard, spécialiste en économie des médias, affirme que la presse papier doit se réinventer : ce sera « s'adapter ou mourir ». Une erreur qui va leur coûter cher ! t
  • 12. L’économie de la presse est à la quête d’une nouvelle stabilité. Des pistes sont à trouver car les presses locales voient de nouveaux problèmes émerger. Rencontre avec Jacques Molénat et Henri-Marc Rossignol. LE DECLIN DU PAPIER Le déclin économique 81% des Français déclarent être attachés au papier C’est ce que révèle l’enquête menée par l’observatoire Culture Papier en novembre 2014. C’est l’omniprésence de ce support (courriers, magazines, journaux, livres, etc.) qui procure une relation sentimentale à sa subsistance. Deux alliés avec des missions complémentaires Si l’on a tendance à les opposer, les chiffres (78% des français) montrent une complémentarité évidente. Le papier rassure, permet un recul, tandis que le numérique diversifie et multiplie. Étude de l’Observatoire Culture Papier Marc Lévy et le papier, une histoire d’amour « Je suis attaché au papier et à ce qu'il représente: mémoire, espace de liberté, qualité et validation de l'information, détente, mais aussi au rôle qu'il joue dans le processus de l'écriture. (...)Et si, dans vingt ans, on ne savait plus former de lettres ? » Où va l’Hérault du Jour ? Le journal l’Hérault du Jour, qui appartient à La Marseillaise, connaît actuellement une situation plus que compliquée. La solution serait surement de changer le modèle économique. Les bruits de couloir affirment que l’édition essaierait de survivre en améliorant son identité numérique, en étant présent sur la Toile… À voir. En plein tumulte de la reconstruction des localités, la France avait jusqu’alors misé sur la proximité avec ses habitant-e-s et citoyen-ne-s. Cette dernière implique la nécessaire reconnaissance de la vie et de l’activité locale. Ainsi, chaque ville, chaque département, chaque région va voir ses événements, ses polémiques, ses victoires et défaites, etc. être publié dans le papier du coin. L’économie de la presse reposait, il y a encore peu de temps, sur un savant équilibre de talents, de management, d’activité etc. C’est l’arrivée d’un nouvel élément, dans une mécanique déjà bien huilée, qui va déterminer les métamorphoses de la presse écrite locale. Aujourd’hui, le numérique s’impose dans la vie sociale, professionnelle, et privée de toutes et tous. C’est en regardant les différences de consommation de l’information qu’il dévoile, que se pose la question de la survie de la presse locale. Jacques Molénat, journaliste depuis 50 ans, et Henri-Marc Rossignol, directeur de la rédaction et co-fondateur de La Gazette, dressent les différents constats de l’impact du numérique et les préconisations nécessaires à la survie des presses locales. Un premier constat est à réaliser : le papier résiste bel et bien. Il y a des mutations qui sont induites par la considération de la sphère numérique, mais le papier n’est pas (encore) mort. Un attachement sentimentalo-historique au support persiste et signe la guerre déclarée avec l’écran. Quand une relation se crée entre le lecteur et le papier, la lecture d’un article sur l’écran suscite les phénomènes de déshumanisation intrinsèquement liés aux angoisses du pouvoir d’Internet et du numérique, en général. Deuxièmement, toutes les formes ne sont pas épargnées ou victimes du numérique de la même manière. 10 La métamorphose contemporaine EE locali Les quotidiens, plus spécifiquement, subissent les coups (coûts ?) de l’immédiateté et de l’accessibilité de l’information circulant sur internet : un fil d’actualité nourrit par tranches et couches d’intérêts personnels. C’est une des forces du numérique : l’internaute-lecteur est acteur de sa propre culture ! Enfin, nous sommes à l’heure de l’innovation, dans toutes ses formes ! Ces nouvelles technologies ayant déjà modifié les méthodes de travail du journaliste, l’Internet y apporte encore une fois des changements. Cette fois il faut envisager de restructurer l’activité des journaux, les faire devenir une marque locale ! C’est cette démarche qu’a adopté La Gazette sur Montpellier en diversifiant ses activités avec, par exemple, la création d’un café « La Gazette » au court du premier trimestre 2015. La Lettre M, journal économique local, publie un guide de l’économie de toute la région et complète ainsi ses revenus afin d’assurer ses publications mensuelles. Et si l’on arrêtait le débat sur le fait que l’information n’est pas perdue, et que son acolyte, le papier, perdurera. Nous sommes juste en attente de sa forme contemporaine, non ? L'histoire suit son cours « Au début on écrivait à la main, puis il y a eu l’invention de l’imprimerie avec Gutenberg, et puis est arrivée la radio, la télévision, etc. À travers cette permanence, il y a toujours le besoin d’information. Il faut s’adapter aux nouvelles formes ! Je ne crois pas que le numérique va tuer le papier, mais diminuer l’importance de la version Print. Tant qu’on ne perd pas le goût de la lecture... » Jacques Molénat. Jacques Molénat discute avec M.Babr de l'influence des innovations sociales sur le monde de la presse - © Soraya Bouzraa Rédaction - Nazanin M. Babr
  • 13. 11 Médiapart : le modèle à suivre ? Pouvons-nous employer le terme de réussite pour Médiapart ? Un média qui suscite l’intérêt, qui fait de l’investigation… et surtout un média qui vit sur Internet et qui a aujourd’hui environ 60 000 abonnés. Jacques Molénat met en lumière le travail fourni et l’existence d’abonnement sur la toile. Autre point de vue, qui va dans le même sens : « Il fait deux choses ce type, qui sont magnifiques : il démontre qu’il y a un modèle possible entre le papier et Internet et il a un rôle essentiel dans la presse aujourd’hui». La Gazette comme une marque L’idée phare est la création du Café Gazette : « Ce sera un lieu culturel qui servira à rebondir sur ce que fait La Gazette. (…) Des débats, des personnalités qui font l’actualité à Montpellier… mais aussi des journaux papier et des accès Internet ». H.M Rossignol. Le cas de Midi-Libre La situation difficile que connaît actuellement Midi-Libre s’explique certainement par le fait que celui-ci fonctionne toujours avec un modèle ancien, avec beaucoup d’employés (425 en 2012). L’annuaire ECO du LR La génération Y : les plus connectés ? On associe ces jeunes à l’ultra-connexion, à raison. Ils sont toutefois ceux qui expriment le plus le besoin de se « déconnecter » (plus d’un jeune sur deux). Quoi de mieux pour cela que le papier, représentant du bien-être et de la sérénité (89% des jeunes sondés). Le journalisme n’est pas mort, il évolue, suit son cours avec une logique d’innovation. Le numérique s’inscrit dans cette logique et amène de nouvelles formes. Le déclin de la presse écrite permet alors d’ouvrir le « champ d’action ». Le papier disparaît, mais le journalisme survivra J économique actuel. Toutefois, il tient à préciser que le numérique n’est en aucun cas un de ses facteurs. Henri-Marc Rossignol, Directeur de la rédaction et co-fondateur de La Gazette Montpellier et fondateur de La Gazette Sète, est d’accord pour dire que le déclin de la presse écrite est tel que la disparition du papier est évidente. Cependant, il différencie la presse généraliste de la presse spécialisée qui, elle, perdurera. « Je ne suis pas du tout pessimiste mais oui, la presse telle qu’elle est aujourd’hui, c’est fini. Je pense qu’il restera des niches de la presse avec une périodicité différente du quotidien, peut-être même différente de l’hebdo. (…) Dans les relais H, l’espace réservé aux quotidiens est tout petit, par contre, il y a beaucoup de titres nouveaux, mensuels, trimestriels qui sont la limite de la presse et de l’édition, qui donnent envie d’acheter d’ailleurs ». Henri-Marc Rossignol illustre cette idée en racontant l’histoire de ses enfants, qui lui permettent de comprendre la génération Y mais aussi les évolutions du journalisme qui passent également par le numérique : « Mes enfants ont tous les quatre une fibre qui se développe de plus en plus pour l’information. Et on ne met pas le mot de journaliste, surtout pas, derrière ça. Il y a un intérêt pour l’information. L’un d’eux, ingénieur, est fou d’informations. Mais ça passe par des tweets, Twitter ! Il n’arrête pas de m’envoyer toute la journée des infos. Il est abonné à Médiapart et n’achète pas de journal. Il ne va pas chez le diffuseur de presse, c’est terminé… Et il est quasiment aussi intoxiqué que moi au niveau de l’info ». L’idée que l’on se doit de retenir est la suivante : « Le papier n’est pas essentiel, c’est le récit qui compte ! » Henri-Marc Rossignol. Henri-Marc Rossignol présente un livre sur l'évolution du métier de journaliste - © Soraya Bouzraa Internet ouvre le champ des possibles, y compris dans la presse ! « C’est le papier qui disparaît, le métier il est de plus en plus intéressant. Le métier reste le métier de journaliste, c’est le même métier, c’est l’écume qui change un petit peu mais le fond reste la même chose. » Henri-Marc Rossignol, à propos de la disparition du papier. Rédaction - Soraya Bouzraa Jacques Molénat et Henri-Marc Rossignol, deux journalistes qui ont vécu les années phares de la presse écrite, mais également l’apparition du numérique, affirment qu’il ne faut pas être autant attaché à l’objet. Avoir cette nostalgie du papier, ne sert à rien puisqu’elle de va pas changer la situation. Les deux « monu-ments » du journalisme local insistent sur le fait que la fin du papier ne va pas entraîner la disparition du journalisme. Avec le numérique et le temps qui passe, l’information ne disparaît pas, mais se raréfie. « Le journalisme ne suffit plus » affirme Jacques Molénat. Il explique cela par le fait que le journalisme pur, comme l’entend la plupart d’entre nous, c’est-à-dire la presse écrite ne peut plus vivre seule. Le contexte socio-économique aspire le journal et il n’est plus aussi évident, pour la presse, d’exister. Aussi, les usages et la pratique des lecteurs ont évolué et il va dans la logique pour le journalisme de suivre son court en innovant. Il est donc important de ne pas se braquer et d’accepter les nouvelles formes de journalisme, comme l’apparition et le développement du numérique. Toujours selon Jacques Molénat, le déclin de la presse écrite est lié au contexte
  • 14. Ces dernières années, les secteurs mobiles et Internet paraissent être les moyens sur lesquels les annonceurs se tournent désormais afin de promouvoir leur marque et leurs produits contrairement à la presse quotidienne régionale. LE DECLIN DU PAPIER Le déclin économique Selon l’Irep, en 2013, le secteur du mobile est en augmentation de +55%, et Internet de + 3.1% dans les dépenses de communication des annon- ceurs. De l’autre côté la presse, la PQN et la PQR sont dans une pente descendante avec respecti- vement -8,4%, - 10,2% et -6,4%. Depuis 2004, Internet semble avoir pris le dessus sur la presse. La presse a depuis, selon le site Web www.challenges.fr, perdu la somme de 1,8 milliards d’euros. En revanche Internet aurait pris 2 milliards d’euros depuis 10 ans. Pour Clément Boulle, la Presse Quotidienne Régionale aura du mal à rivaliser avec le Web, car son motif d'achat principal reste les services (météo, horaires de cinéma etc.) qu’on retrouve aujourd’hui gratuitement et rapidement sur la Toile. ontpellier-journal.fr Ce média local indépendant se lance en octobre 2008. Gratuit, il ne s’appuie sur aucune publicité ni aide publique et se finance via les dons de ses lecteurs. Mais pour survivre, le site passe à l’abonnement payant en septembre 2012, soit 4 ans plus tard. Face à une constante baisse de la presse écrite, nous déplorons aujourd’hui de nouvelles stratégies de la part des annonceurs afin de communiquer vers leurs publics. Avant, il était commun pour chaque citoyen de consulter tous les matins son quotidien favori et d’y retrouver les derniers événements de sa ville en pleine page, ou encore les produits phares d’une entreprise de la région. De nos jours, ces pages de publicité sont de moins en moins fréquentes dans nos quotidiens. Pour cause, des entreprises de la région disent prendre en compte le budget important d’un achat d’espace afin de communiquer sur un produit ou un événement local. Celui-ci est aujourd’hui, selon les annonceurs, très important pour une faible rentabilité. Elles soulignent ensuite, l’incroyable retour sur investissement qu’elles obtiennent sur les nouveaux médias. Elles préfèrent, désormais, investir plus de budget dans un bandeau publicitaire pour avoir une meilleure visibilité sur les médias en ligne. La volonté de se porter essentiellement sur les médias en ligne n’empêche pas l’achat 12 Un changement de stratégie remarquable chez les annonceurs FFaFa écritéc d’espaces dans la presse quotidienne régionale. Malgré que cette dernière soit moins lue, il y a un véritable enjeu d’entretenir leur relation presse. Dans une politique de média planning, il y a le souci de la réussite d’une opération. Comment toucher le mieux possible, avec les moyens dont on dispose, le public que l’on cible, et sur la durée préserver un équilibre de bonne relation, avec l’ensemble des vecteurs relais d’information ? Finalement, l’achat d’espace dans la presse quotidienne régionale, n’est-il pas indispensable pour le développement d’un annonceur ? Ancien rédacteur en chef de la Gazette de Sète, et aujourd’hui à la tête d’une régie publicitaire digitale axée sur le local, Clément Boulle est bien placé pour nous renseigner sur la difficile pérennisation des médias online à l’ère du numérique. Rencontre. Clément Boulle : « Être rentable sur le Web est difficile Rédaction - Kenny Pierre Rédaction - Jorlan Mariotat La presse papier propose des retours vagues sur l’impact des publicités de ses annonceurs. Faites-vous le même constat pour la presse en ligne ? Non pas du tout ! Le Web offre bien des moyens (Facebook par ex.) de cibler une audience qualifiée dont on anticipe les prévisions d'achat. Pour donner un aperçu, sur Internet, un annonceur peut avoir la quasi garantie de gagner 2€ ou 3€ quand il dépense 1€. Ce calcul du retour sur investissement et la migration de l'audience vers Internet ont déplacé les budgets publicitaires, au détriment de la presse papier. Mais la publicité seule ne permet pas de rentabiliser un média. Contenu gratuit, payant, abonnements etc., les médias numériques tentent justement, tant bien que mal, d’assurer leur rentabilité. Est-ce si difficile sur le Web ? C’est très compliqué en effet. Il faudrait, pour être vraiment rentable, pouvoir s’imposer face à une rude concurrence. C’est ce qu’ont réussi Leboncoin pour les petites annonces ou Allociné pour le cinéma. Une telle domination n'est ni possible ni souhaitable dans le monde de la presse, où la diversité des sources et audiences est une composante essentielle. Alors existe-t-il un moyen de pérenniser un média numérique de nos jours ? À l’heure de la gratuité et de la facilité d’accès à l’information, il faut pour être rentable faire payer les lecteurs en contrepartie d'un contenu à forte valeur ajoutée. Mediapart est pour cela un bel exemple de réussite. Mais il faut alors pouvoir rémunérer des journalistes capables de produire ce contenu de qualité… Il n’y a que le payant qui puisse rendre rentable commente Clément Boulle Ancien journaliste, Clément Boulle a fondé et dirige aujourd’hui la régie Local Media - © Clément Boulle Une presse quotidenne régionale toujours présente © Kenny Pierre «
  • 15. Pure Impression investit dans des machines performantes - © Olivier Courtade Le rapport 2014 « Regards sur les marchés de la Communication graphique », annonce la fermeture de 10,3% des imprimeries régionales entre 2010 et 2011. Face à la concurrence, les entreprises locales s’adaptent pour rester compétitives et survivre. Imprimeries : l’adaptation face au déclin du papier 13 Chaque année, l’Institut de Développement et d’Expertise du Plurimédia (IDEP) publie un rapport chiffré des données relatives à la Communi- cation graphique, qui permet d’avoir une vue d’ensemble du secteur et d’en voir l’évolution. Le Print se divise en quatre grandes parties : le numérique, l’Offset, les rotatives et les grands formats. Avec les NTICs, l’impression numérique est désormais de bonne qualité, ce qui permet d’imprimer de plus petits tirages et à moindre coût. Imprim’Vert Le label Imprim’Vert est réservé à des imprimeries qui mettent en place des actions concrètes pour diminuer l’impact de leur activité sur l’environ- nement. Aujourd’hui, il existe environ 2 200 sites labélisés en France, répondant à des critères précis, dont 31 dans l’Hérault. Les certifications FSC et PEFC sont mondialement reconnues. Soutenues par plusieurs associations de défense de l’environ- nement, elles attestent que le bois utilisé par une entreprise provient de forêts aménagées de façon durable et responsable. Rédaction - Pauline Sicot En Languedoc-Roussillon, le marché de l’imprimerie est assez centralisé. Si trois entreprises dominent le secteur (Pure Impression, JF Impression et Impact), il en existe également de plus petites qui résistent malgré tout face au déclin du papier. Chacune d’entre elles, quelle que soit sa taille, se démarque et investit, tant au niveau humain qu’au niveau économique, afin de ne pas être rattrapée par l’arrivée du numérique et le changement de consommation de papier de leurs publics cibles. En effet, le public communique différem- ment aujourd’hui. Les commandes portant sur de gros volumes, anciennement réalisables uniquement par l’offset, sont remplacées par de plus petits tirages. Cela est possible grâce à la technologie de l’impression numérique qui permet des tirages réduits à moindre coût pour une qualité similaire. La demande se tourne alors vers de la qualité, avec une activité de conseil et d’accompagnement grandissante. Selon Sébastien Rousseau, gérant de l’imprimerie Tomöe, « le moyen de résister, c’est de se spécialiser ». En se spécialisant, une imprimerie réduit le nombre réel de ses concurrents. Elle devient alors « experte » dans un domaine. Expertise que d’autres n’ont pas et qui lui donne de la crédibilité face aux clients. En termes d’adaptation, l’entreprise Pure Impression fait figure de modèle. Aurore Tourette, responsable de la Responsabilité Sociétale des Entreprises à Pure Impression, ne cache pas que la crise du papier se fait ressentir au niveau des ventes de produits imprimés. Pourtant, grâce à la mise en place de leviers d’action, l’entreprise se développe au fil du temps, avec un chiffre d’affaire annuel d’environ 11 millions d’euros ! Selon elle, « c’est par l’innovation que Pure Impression se démarque ». Cela se traduit par des améliorations régulières, du matériel très performant et un axe majeur autour du développement durable. Cette stratégie très poussée autour de l’écologie permet à l’entreprise de détenir des labels attestant de son implication responsable, comme le label Imprim’Vert ou encore la certification FSC et PEFC. Pour ces professionnels de l’imprimerie, « la volonté du papier existera toujours chez le lecteur ». Cette importance de l’objet papier est soutenue par l’Association Culture Papier qui a été créée en 2010, face à la crise qui touche toutes les entreprises du secteur. La question est maintenant de savoir quelles nouvelles idées émergent face à la concurrence des innovations numériques, toujours plus importante. L’adaptation et la spécialisation comme moyens de résister Culture papier En 2010, l’association Culture Papier a été créée en réponse à la crise qui touche le secteur de l’imprimerie et du papier en général. L’objectif de cette association est de sensibiliser les pouvoirs publics et de potentiels donateurs économiques, sur le rôle majeur de l’imprimerie dans la société, le tout dans une démarche globale de développement durable. Pour en savoir plus : www.culture-papier.com FEE l’impl’im
  • 16.
  • 17. FF LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION
  • 18. Depuis l’essor des NTIC, les journaux papier disparaissent inexorablement. De moins en moins de lecteurs s’intéressent à la presse quotidienne. Alors, quels sont les journaux qui font de la résistance ? LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION La recherche de solutions Les magazines aussi sont de la partie Dans l'ordre, c’est le programme TV, la presse féminine et les magazines people qui se vendent le mieux (OJD). Le papier a donc encore de beaux jours devant lui, au moins pour les vacances ou les salles d’attentes. Les chiffres du numérique C'est l'application mobile L'Équipe qui est la plus visitée avec plus de 71 000 000 visites pour le mois de novembre 2014, devant les sites LeMonde.fr, qui atteint quasiment 64 000 000 visites, et LeFigaro.fr (61 000 000, OJD). En quelques chiffres Sur la période d'octobre 2013 à septembre 2014, à Montpellier, plus de 13 608 000 journaux gratuits ont été distribués. Ces chiffres regroupent 20 minutes, Directplus et Metro. OJD And the winner is ? Selon l’étude « ONE » d’Audipresse réalisé pour l’année 2012, 20 Minutes est le journal le plus lu en France avec 4 353 000 lecteurs. Ce classement englobe la presse gratuite, mais aussi la presse payante. 16 Ces journaux qu'on lit encore L Lundi 10 novembre à 8h à l’arrêt de tram St-Eloi, les usagers sortent, avec pour certains un journal dans la main. Je m’empresse de les arrêter pour leur poser une unique question : Pourquoi avez-vous pris un journal gratuit ? La gratuité pour les lecteurs : solution miracle ? J Rédaction - Benjamin Gorlin Mylène, 23 ans, étudiante Je lis le journal dans le tramway, cela me fait patienter et il me permet de rester au courant de l’actualité en quelques pages. Nicolas, 21 ans, étudiant Ce que j’aime bien dans les gratuits, c’est qu’il s’agit d’un condensé de la l’actualité mondiale, nationale et locale. Acheter le Midi Libre ne m’intéresse pas. Je ne suis pas originaire de Montpellier et les informations sur les petits villages aux alentours me sont inutiles. Danielle, 68 ans, retraitée Je prends le journal gratuit pour le temps du trajet et pour les mots fléchés à la fin. Je suis une fidèle du Midi Libre. La vie Montpelliéraine tient sur deux pages dans 20 Minutes. J’aime savoir ce qu’il se passe précisément autour de moi, s’il y a des événements, des faits divers, etc. Cela fait des dizaines d’années que je le lis, je ne vais pas changer mes habitudes maintenant. Interview matinale à l’arrêt St Eloi des usagers du tramway © Benjamin Gorlin Les quotidiens gratuits sont distribués en grande quantité le matin aux arrêts de tram - © Camille Chavoutier Les gratuits Enfin, les gratuits tiennent bon, ils restent compétitifs, notamment en Languedoc- Roussillon. En effet la distribution des gratuits régionaux est en hausse. Métro news Languedoc est même en tête de classement : sa distribution connait une augmentation de 26.5% (OJD) suivi de près par 20 minutes Montpellier Languedoc en troisième position. Excepté le Midi Libre, qui reste incontour- nable dans la région, seuls les journaux gratuits seraient durables. Ils sont en tête des distributions et seraient donc les garants de l'existence du papier ? La disparition du journal quotidien s’accélère. C'est flagrant chez les distributeurs : le journal se fait rare sur les présentoirs, mais surtout moins varié. Seuls quelques survivants font face à l’arrivée du numérique, des géants du paysage français notamment. Dans tout ça, les journaux locaux bataillent pour garder leur place. Le journal local D’après les marchands de journaux le Midi Libre est "quasiment le seul" journal encore demandé concernant la presse régionale. Pourtant, même ce quotidien local emblématique est victime de la crise du papier puisque les ventes ont tout de même baissé d’environ 4,5% entre 2012/2013 et 2013/2014 (OJD). La version numérique D’autres misent sur la version en ligne. Les applications sont une bouffée d’oxygène. Certains médias se convertissent même au tout numérique. Cependant, d'après les chiffres de l’OJD, quel que soit le journal concerné, c’est toujours la vente directe qui l’emporte largement sur la version numérique qui représente en moyenne 1 à 2% de la diffusion. Rédaction - Camille Chavoutier Pierre, 32 ans, commerçant Je vois le journal gratuit comme le résumé d’un livre. Il parcourt dans son ensemble l’actualité sans jamais l’approfondir. De toute façon, si j’ai envie d’en savoir plus sur un sujet, j’ai une multitude d’outils gratuits pour le faire. Je peux prendre mon téléphone, écouter la radio, regarder la télé, ou aller sur des sites d’informations. Nous sommes connectés en permanence. Sans le demander, j’ai des informations au bout de mes doigts toute la journée. Les éléments donnés seront les mêmes. Les journaux payants sont chers, pour finalement avoir un contenu disponible gratuitement ailleurs.
  • 19. La presse nage en eau trouble depuis le raz-de-marée numérique. L’info en ligne n’attend pas nos vieux canards qui ont trouvé une bouée de sauvetage par le biais du bimédia. Un savant mélange entre technologies de pointe et tradition du journalisme. Le bimédia, un réel défi pour la presse écrite française 17 leparisien.fr passe à la vitesse supérieure Le quotidien de la capitale détient l’application qui a connu la plus grande progression cette année. Un chiffre multiplié tout simplement par trois, avec un nombre de visites de plus de 1681% en 2014 selon l’OJD. Un recul croissant pour la presse écrite La Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) déclare un recul de 5,3% du chiffre global de la presse écrite en 2013. La publicité qui représente une grande partie du finan- cement des quotidiens régresse quant à elle de 8,47%. Le Monde a un plan de mobilité 2.0 Le quotidien national propose à ses journalistes Print, 35 nouveaux postes dans l’édition numérique. Une restructuration adaptée à leur nouvelle formule lancée en octobre 2014, une réforme territoriale surnommée « plan 2.0 ». L’Hérault du jour à terre Le quotidien du départe- ment est en difficulté, filiale de La Marseillaise qui a déposé le bilan en novembre 2014. Accusant une forte baisse publicitaire, ils n’ont eu qu’un choix : une mise en redressement judiciaire qui menace actuellement 30 postes au sein de l’Hérault du jour. À l’heure actuelle, la majeure partie des grands titres de presse écrite français sont présents sur le Web. Le casse-tête principal : redéfinir une toute nouvelle façon de faire du journalisme, adaptée à ce nouveau format. Une tâche souvent complexe pour les acteurs de l’information. Un équilibre à trouver Diffuser l’information en ligne, c’est s’adapter aux exigences de la société numérique et de l’assoiffé d’informations qui sommeille en nous. Les lecteurs d’au- jourd’hui sont de plus en plus connectés sur les réseaux sociaux, moule dans lequel se fondent désormais les titres de journaux. Certains internautes n’y vont plus que dans le but de se nourrir d’infos en temps réel. De nos jours, le lecteur peut commenter et donner son avis d’un simple tweet. Les rédactions intègrent ainsi des outils multimédias à leurs contenus rédactionnels et un côté plus ludique pour les internautes. L’infographie par exemple, a vu son potentiel être si décuplé sur le format Web que ces modèles influencent désormais la version papier. La transition au numérique Au début des années 2000, les premiers à avoir maitrisé les enjeux liés au Web sont Le Monde, Les Dernières nouvelles d’alsace ou encore Libération. Mais durant de nombreuses années les titres présents sur Internet ne proposaient que des sites « vitrine », ou des transpositions de la version papier tout simplement numérisée sans aucune modification. Une méthode désuète à l’heure de l’hyper-interactivité et de la gratuité de l’information. Le bimédia né de ce constat. Il désigne le fait d’utiliser en complémentarité plus-ieurs médias (journal imprimé, Internet…) pour diffuser l’information. Obtenir un journal de fond, interactif, consultable partout et tout le temps, et tenant dans un mouchoir de poche. Midi Libre en constante évolution Malgré l’arrivée tardive du bimédia à la rédaction locale en février 2013, le quotidien régional est sans cesse à la recherche de La bonne formule. Cet été, Midi Libre a lancé une nouvelle version de son site Internet. Adaptée aux écrans pour un meilleur confort de lecture, mais aussi intégrant une nouvelle offre basée sur le bimédia, et proposant à ses lecteurs de vivre l’expérience papier et numérique pour 24€99 par mois. ÀÀ lÀ grandgrand L’adaptation est longue et complexe, notamment pour la presse régionale, pour laquelle la tradition du papier est un emblème. Les rédactions locales de Midi libre utilisent une stratégie bimédia depuis un peu plus de deux ans, et certains titres comme Charly Hebdo ne l’ont pas encore adopté. Et pour cause! C’est parfois le choc des cultures dans les rédactions. Journalisme et polyvalence Tout comme les logiciels qu’il utilise, le journaliste traditionnel de presse écrite doit opérer une mise à jour de ses compétences. Il doit rendre son travail sur le papier et sur le Web tout en jouant sur leur complémentarité. Utiliser un article en ligne afin d’attirer le lecteur sur une enquête de fond en format papier. Paradoxalement, on lit moins longtemps sur nos écrans que sur notre feuille de chou. Savoir combiner ces enjeux tout en apprenant à diffuser des vidéos, animer des débats, être disponible pour ses lecteurs, … Le journaliste a bien du travail devant lui : réapprendre un métier en constante évolution. En attendant un horizon tout-numérique, le bimédia est le lien qui peut permettre à tous les acteurs de l’information de joindre les deux bouts. Rédaction - Maureen Jupin Le bimédia, un compromis entre la version papier et le tout numérique - © Maureen Jupin
  • 20. LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION Selon le Baromètre Ideose, les collectivités territoriales les plus présentes sur les réseaux sociaux sont les conseils régionaux avec 85% sur Facebook (contre 62% pour les conseils généraux) et 70% sur Twitter (contre 51%). Le taux de lecture des publications territoriales (magazines municipaux) a chuté de 89 % de 2009 à 2011. L’audience des réseaux sociaux et blogs a augmenté de 23 % durant la même période (baromètre CSA-Epiceum). www.NetPublic.fr 5 idées reçues à combattre sur l’utilisation des réseaux sociaux par les collectivités territoriales : C’est un effet de mode ; Le débat va dégénérer ; Tout ceci est virtuel ; Les informations peuvent être volées ; Les réseaux sociaux ne concernent pas toute la population. www.lagazettedescommunes.com Lionel Jospin a prononcé le 25 août 1997 le discours d'Hourtin ; dans le cadre de l'Université de la Communication : « Préparer l'entrée de la France dans la Société de l'Information ». Il exprime le choix de l'Etat d'accompagner les territoi- res au passage à Internet. 18 Webmagazine, le virage du Département Rédaction - Roeam Medarhri Le magazine a été distribué durant une vingtaine d’années dans les boîtes aux lettres des Héraultais. Pourquoi avoir fait le choix d’un Webmagazine ? Nous avons opté pour un Webmagazine en 2006 pour plusieurs raisons. D’abord, nous nous sommes rendus compte que les méthodes de consommation d'informations chez les citoyens changent : de plus en plus de personnes veulent de l'information réactive. Ensuite, le magazine en ligne permet plus d’interactivité puisque les citoyens peuvent publier eux-mêmes les événements, les photos prises sur le territoire, participer à des débats etc. D’ailleurs on compte aujourd’hui 60.000 visiteurs par mois en moyenne. Enfin, les collectivités ont actuellement des soucis de financement. Passer au numérique nous permet de maintenir un bon niveau d'information à des coûts et impacts écologiques moindres. Donc vous avez complètement supprimé le papier ? Non, pas du tout, nous sommes passés de 400.000 à 100.000 exemplaires. Nous sommes dans une phase de transition et beaucoup de personnes sont encore attachées au format papier, notamment dans les milieux ruraux. Nous distribuons donc le mensuel papier uniquement aux abonnés et dans les lieux publics comme la gare, les mairies, etc. Cela nous permet d’éviter le gaspillage et d’envoyer le magazine uniquement aux personnes intéressées. Votre objectif est-il de tendre progres- sivement vers le « Tout-numérique » ? Pas vraiment, parce qu’il y’a encore un public pour le papier, mais les coupes budgétaires imposées aux institutions font qu’à mon avis le support papier sera fortement revisité : la pagination qui change, la périodicité qui va être plus étendue etc. En tout cas, si on cherche à faire des économies, le support papier va devoir y participer. Ce nouveau concept ne risquait-il pas de vous faire perdre des lecteurs ? Nous avions consacré un magazine à l’explication du nouveau concept, puis un dernier magazine publicitaire avec une lettre T pour les personnes qui souhaitaient s'abonner. La diffusion était complétée par une campagne d’affichage, une campagne presse, etc. Ensuite, nous achetons régulièrement un listing à La Poste qui recense tous les nouveaux arrivants (12.000 chaque année dans l'Hérault) auxquels nous envoyons un premier magazine papier expliquant le concept. Y a-t-il eu des changements dans l'organi- sation du travail au sein du service presse ? Oui, mais il n’a pas été question de faire deux rédactions. Les journalistes qui travaillent habituellement sur le papier ont tous eu une formation pour faire de l’information en ligne et la publier. Nous sommes maintenant des journalistes bi-média. Il nous reste toutefois du chemin à faire puisque le numérique est une grande famille. Je pense notamment aux médias sociaux, applications etc. Mais des questions se posent notamment sur la posture d’une institution à travers ces plate-formes et quel type de contenu sera pertinent à diffuser. Il nous faudra donc un profil de Community manager.
  • 21. Vers un monde sans papier 19 C’est démultiplier les compétences et donc les contenus. En effet, il faut qu’un journaliste aujourd’hui sache faire du Print, du Web et du multimédia. L’Agglorieuse à Montpellier par exemple innove en mettant en place une Web TV avec du contenu vidéo. Effectifs des journalistes en baisse pour la première fois depuis la création de la carte de presse en 1935, ils passent de 37.140 en 2012, à 36.907 en 2013. Leur répartition dans la presse écrite évolue de 72,6% à 66,4% entre 2000 et 2013, soit une baisse de -6,3 (nombre de points). Mariannes & Observatoire des métiers de la presse Le salaire d’un pigiste passe de 1863 € à 1605 € entre 2000 et 2013, soit une baisse de -13,8%. Et les CDI diminuent en passant de 77,5 % à 74,3 % entre l’année 2000 et 2013. Un constat qui dénonce la précarisation de la profession. CCIJP / Observatoire des métiers de la presse Le Web a aussi ses limites. La publicité Internet rapporte 100 fois moins que la publicité papier. En effet, si on trouve environ 50 publicités dans un Midi Libre, c’est parce qu’effectivement le support reste rentable. La presse locale innove dans le numérique malgré les difficultés que peut rencontrer le métier. C’est le « Big Bang » de l’info, assure Tristan Cuche, responsable de publication du journal l’Agglorieuse à Montpellier. Avènements des réseaux sociaux, médias de plus en plus intuitifs, toujours plus d’informations, toujours plus rapides… Comment les journalistes s’adaptent à cette Révolution de la presse écrite ? Diversification des contenus, photos de meilleure qualité, pré-enquêtes plus poussées, les supports se déclinent, et tout est retweeté dans la seconde. « La rapidité des réseaux sociaux n’est pas appréciée par tous, le travail d’écriture n’est plus le même », dixit Leslie Anagnostopoulos, ancienne journaliste à La Gazette. Pour elle, « il faut un début et une fin dans un papier. On ne prend pas de recul, on ne cherche plus à comprendre ». Tristan Cuche affirme de son côté que « le métier n’a pas changé, il est déstructuré, mais il faut toujours aller voir des gens et être en prise avec la réalité ». De son côté, Mia Romero, ancienne correspondante de Paris Match à Midi Libre, confirme que « ce n’est plus le même métier, plus la même ambiance et que le métier s’est un peu « fonctionnarisé » ». L’apparition des nouvelles technologies a impacté le modèle économique de la presse. Les grosses structures n’ont plus le monopole. Ceux qui quittent le journalisme D’après notre enquête, les journalistes font ce métier pour l’exercer sur le terrain, avoir un avis critique et chercher à comprendre les choses en prenant le temps d’écrire. Avec Internet, le métier change, évolue, sans compter la baisse des salaires et la précarité de l’emploi. LLa malgmalg « C’est une révolution car on n’aurait jamais pu penser que Midi Libre ou Libération iraient très mal », affirme Mia Romero. Les agences de presse doivent faire preuve d’innovation pour continuer d’exister. Cette réalité économique amène une certaine pression sur les journalistes comme le raconte Julie Sala-Décot. « J’ai fait valoir mon droit de retrait dans un mensuel plutôt que de faire relire mes articles par le service commercial ». Sur le registre des contraintes de ces nouveaux changements, Leslie Anagno- stopoulos affirme que les sources sont trop rapidement vérifiées : « Nous n’avons plus le temps, ça va trop vite ». Auparavant, le carnet d’adresses était l’outil essentiel, mais aujourd’hui, Internet devient l’outil incontournable. Les journalistes n’ont plus de liens avec les « petites gens », et ne sont en contact qu’avec les communicants et les politiques comme le dit J. Salat-Décot. « Si être journaliste c’est de régurgiter des condensés de dossiers de presse, sans être sur le terrain, autant donc être directement communicant, créer l’information et être la source », toujours à en croire Julie Sala- Décot. C’est la raison pour laquelle, tant de journalistes basculent dans le monde de la communication. Rédaction - Émilie Prou LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION L'Agglorieuse Il y a désormais deux processus d’édition : le papier & le Web Selon Tristan Cuche
  • 22. LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION Lorsque les intérêts du lectorat se dégradent : People, télé-réalité ou encore sports, une nouvelle hiérarchisation de l’information se met en place. Suivre ce mouve- ment ou rester classique, voici le dilemme auquel font face les rédacteurs et journalistes aujourd’hui. Le Monde, Le nouvel obs, L’équipe… De nombreux journaux ont pris le train en marche et tentent d’apporter une valeur ajoutée différente en fonction du support. Que font les autres ? Hormis réécrire sur le Web leurs articles papiers sans profiter des outils technologiques ? Les sites ou blogs de fact-checking se développent et créent le buzz. Les décodeurs, Factcheck.eu, nombreux sont les sites qui utilisent cette tendance pour angler leur sujet. Une nouvelle tendance de qualité exploitant parfaitement les ressources et les outils du Web. « Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance ». Cette phrase d’Abraham Lincoln face aux Américains critiquant les dépenses publiques s’applique à la presse d’aujourd’hui. Pas d’argent, pas de qualité… 20 Presse de qualité : lutte entre Web et Print V Rédaction - Gabriel Cabrol Réalisation Camille Chavoutier La presse écrite, proximité et profondeur au rendez-vous « Vite, une info tombe, j’ai devant moi quelques heures pour écrire mon article ». Cette phrase prononcée par les rédacteurs du magazine Echos de Pros, c’est le quotidien des journalistes de presse écrite. De cette information brute, il doit en ressortir un article de qualité avant le bouclage du journal. Un délai court, mais suffisant pour offrir un certain temps de réflexion permettant de collecter, analyser, synthétiser des informations tout en vérifiant leurs sources. Ceci en comptant sur un maillage très fin du territoire qui permet en donnant un angle unique au sujet. C'est-à-dire choisir un point de vue original d’après le caractère et la personnalité du journaliste et de son journal. C’est dans ce processus que s’ajoute toute la valeur ajoutée qu’il est impossible de trouver dans une brève ou un flash info. La presse numérique, voyage de l’info à chaud au contenu haut de gamme D’un point de vue journalistique, le Web dispose de plusieurs facettes. D’une part, les journalistes Web se vantent d’une souplesse et d’une réactivité imbattable, c’est un fait. Mais cette actualité à chaud, relayée par les réseaux sociaux et les flash infos, donne uniquement qu’une impression d’abondance de l’information totalement superficielle. D’autre part, en cherchant plus loin, le Web regorge de pure-players et de blogs d’informations se démarquant par une créativité et une originalité exceptionnelle. En effet, de plus en plus de journalistes Web s’imposent à travers une stratégie de valorisation de l’information exclusive au Web. Ceci à travers des outils et contenus spécifiques tels que le fact-checking, le data-journalisme, le Web-documentaire ou même les serious games. Ces nouvelles formes d’informations offrent un contenu de qualité unique en jouant sur leur coté tendance et séduisant. La presse s’adapte pour survivre Au-delà des différences de contenus et de forme entre les journaux, la qualité de l’information reste influencée par une donnée importante : l’argent. La crise de la presse impose aux journalistes d’écrire plus rapidement avec moins de moyens. Malheureusement, la qualité a un prix. Sans compter qu’un journal vit grâce aux publicités ou aux subventions. Cela peut donner lieu à des conflits d’intérêts et des rapports de force parfois inégaux pouvant donner lieu à une censure ou influence. Sans oublier qu’un journal à besoin pour survivre que ses articles soient lus. En effet, les journalistes tentent d’intéresser et attirer les lecteurs quitte à bouleverser la hiérarchie de l’information. La domination des réseaux sociaux propulse au-devant de l’actualité des sujets légers qui sont par la suite repris par les journalistes. Jusqu’où ira cette spirale infernale ? Les différences de traitement de l’information NEWSLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET No. 11:12:2014 LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREMT LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET UM LO LOREM IPSUM D LOREM IPSUM DOLOR SIT AM OREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IP DOLOR SIT AMET LOREM IP LOREM IPSUM DOLO AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AM M IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IP LO D NEWSLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET No. 11:12:20 14 LOREM IPSUMDOLOR SIT AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREMT LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMETLOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUMDOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET LOREM IPSUM DOLOR SIT AMET INFORMATION BRUTE Analyses de fond Interviews Recherches documentaires Breve Encadré Retweet Brèves Fast-checking #Tendances Web-documentaire Serious games M ots clés Traitement des données Tra
  • 23. Comprendre le journalisme citoyen en trois minutes 21 Jaimepaslactu.com fait travailler bénévolement une quinzaine de journalistes formés au journalisme et au multimédia. Des personnes de qualité que jaimepaslactu.com juge inexploitées par les médias traditionnels. Medialab Session Incubateur pour start- ups de l’information, la Medialab s’installe le temps d’un week-end en France et ailleurs. Présente au BIC de Montpellier le 10/10/2014, l’opération brainstorming a mobilisé une centaine de professionnels et fait émerger les start-ups locales de l'information. Thierry Watine, profes- seur du Département d’Information et de Communication de l’Université Laval (Québec) a écrit en 2003 « Le modèle du journalisme public », à retrouver dans le n°35 de la revue Hermès (pp. 231-239). Signifiant littéralement « les actualités où vous témoignez », l’agence de presse Yahoo News demande aux internautes du contenu qu’elle choisit ensuite d’utiliser ou non. Elle définit sa plateforme comme du journalisme citoyen… qu’elle met en scène. La multiplication des sources et des médias casse incontestablement les codes des circuits traditionnels de l’information. En découlent d’interminables débats sur la relation qu’entretiennent les bloggeurs et les journalistes avec l’information. Le journalisme citoyen, ça n’existe pas Pour François Perea, c’est clair : le journalisme citoyen, ça n’existe pas. Ce maître de conférences de l’Université Paul-Valéry de Montpellier est formel : on a affaire là un problème de terminologie. C’est que l’expression est particulièrement ambigüe. Peut-on appeler « journaliste », un internaute qui pratique l’autopublication ? Tout dépend de comment il traite l’information. Il développe : « Il ne suffit pas de prendre la parole pour être journaliste. Le journaliste, c’est celui qui va chercher l’information sur le terrain, qui enquête, qui se distancie, recoupe ses sources et vérifie ses données ». Cela nécessite, selon lui, une fonction et une formation. Peut-on être journaliste, investiguer, sans carte de presse ? Assurément, répond Sébastien Sigaut, le fondateur du site Web multimédia jaimepaslactu.com, primé 3ème de la Medialab Session, qui a eu lieu à Montpellier le 10 octobre dernier. Les rédacteurs du site, anciens étudiants niçois de l’école privée de journalisme « Nouvelles », n’en démordent pas : « Nous sommes journalistes puisque notre travail est celui du journaliste. Nos convictions également, même si, officiellement, aux yeux de la société et de la commission des journalistes, nous ne le sommes pas sans carte de presse ». LLL médimédi On est journaliste… ou on ne l’est pas Pour François Perea comme pour Sébastien Sigaut, n’est pas journaliste le citoyen qui se prend en photo les pieds dans l’eau lors des dernières pluies diluviennes dans l’Hérault, celui qui filme avec son téléphone les incidents du métro de Londres (on se souvient de l’été 2005), ou encore celui qui immortalise les images d’un tsunami de Thaïlande, où il passe ses vacances, et qui envoie gratuitement son contenu à une chaîne d’information (en échange d’y voir apparaître son nom !). Mais alors, quelle place pour le citoyen ? « Le citoyen, il discute, débat et créé la cité. Et pour assurer le bon fonctionnement de notre démocratie, il faut le différencier du journaliste » postule le maître de confé- rence montpelliérain. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles techno- logies, tout citoyen peut être un émetteur, qui participe, décide, solutionne, agit… Selon le professeur Thierry Watine, « tout l’enjeu est de constituer des forums et arènes de débat pour rétablir les liens avec le public ». Le doctorant de l’Université de Rennes I Olivier Tredan fait remarquer que des plateformes de blogs de presse fleurissent sur la Toile, telles que You Witness News, née d’un partenariat entre Yahoo et l’agence de presse Reuters : les internautes sont invités à mettre en ligne des photos et vidéos, reprises ensuite par l’agence de presse pour un traitement journalistique. En somme, intégrer la parole du citoyen ne lui confère pas un rôle de journaliste. Craindre sa participation est donc inutile. La réfléchir par contre… Rédaction - Célia Paris
  • 24. LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION Évolution des pratiques professionnelles Twitter rapporteur En mai 2011, un jeune militant de l’UMP « twitte » une information révélant l’arrestation de l’ancien directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Ce n’est que suite à sa propagation sur les réseaux sociaux, que les journalistes relaient l’information. Le Net fait, le journaliste imite « L’affaire Nabilla » suscitant l’engouement sur les réseaux sociaux, les médias nationaux mettent en avant cette actualité. Ceci révèle l’influence des interactions sur les réseaux sociaux sur la hiérarchisation de l’information. Du tweet au papier Geoffroy Boulard, premier adjoint à la mairie du 17e arrondissement de Paris, dénonce par son tweet, du 10 mai 2014, la méconnaissance de la Marseillaise de Christiane Taubira. Ce tweet faisant polémique, les grands quotidiens reprennent l’information. Le nouveau média des manifestants américains Aux Etats-Unis, la mort d’un jeune afro-américain, Micheal Brown, soulève une réelle révolution sur la Toile. Les Américains se mobilisent autour de cet évènement employant les réseaux sociaux pour diffuser, couvrir les manifestations. 22 Le Web 2.0 et la presse font émerger de nouveaux modes d’information. Le lecteur devient alors une composante non-négligeable de l’information locale, favorisant ainsi son adhésion et sa participation, voir son influence au sein de la rédaction. Le lecteur, une nouvelle composante du journalisme L Il est de plus en plus fréquent de voir apparaître des commentaires qui viennent en complément des articles. Les lecteurs détiennent des informations auxquelles le journaliste n’a pas accès, ou auxquelles il ne pense pas. Si certains journalistes n’y prêtent pas plus d’attention, d’autres prennent le temps d’en consulter une sélection. Selon la pertinence des commentaires et des informations apportées, le journaliste peut approfondir l’information dans un article de complément. Pour ainsi dire, les presses quotidiennes régionales s’efforcent d’élaborer des sujets qui feront parler les lecteurs devant la machine à café. Les interventions des lecteurs par rapport à un article, mais aussi entre eux sur les réseaux sociaux sur un sujet précis, permettent, parfois, à une rédaction de définir les sujets d’actualité. « La tyrannie de l’opinion publique est à double tranchant, il faut savoir s’en inspirer, mais avec modération » précise Yannick Povillon, rédacteur adjoint à Midi Libre et adjoint au chef du Club de la presse de Montpellier. Si, jadis, les médias étaient sources d'infor- mation, aujourd’hui, il est évident que le lecteur en a une grande part. Twitter entre dans l’équipe de rédaction presse - © Jean-Philippe Grandin Rédaction - Jean-Philippe Grandin « Le lecteur aime et souhaite participer à l’information » explique Wally Bordas, co- fondateur de Le nouveau Montpellier, un pure player conçu par des étudiants montpelliérains. La posture des rédactions régionales face aux lecteurs évolue depuis cette dernière décennie. Leurs préoccupations relatives à la crise du papier, font émerger de nouvelles stratégies de diffusion. Les lecteurs sont toujours en quête de rapidité et de mobilité de l’information. Le journalisme se développe, ainsi, sur la toile afin de se rapprocher de ses lecteurs et ses exigences. Ceci offre la possibilité aux usagers de se tenir informés en temps réel. Mais également, de partager les articles à travers les différents réseaux sociaux numériques (Facebook, Twitter, ...), ainsi que de les commenter directement sur la page d’information. Faut-il prendre en compte les réactions des lecteurs ? De manière positive ou négative, « tout le monde à quelque chose à dire sur un sujet » relève Wally Bordas. Avant l’explosion du Web 2.0, seul le courrier lecteur (ancêtre du commentaire) permettait la correspondance entre l’auteur d’un article et le lecteur, ou de réagir à un sujet. Commentaires, mails, tweets, postes Facebook, courrier lecteur, aujourd’hui, une multitude de moyens existe pour réagir à un article. Notons que la rédaction d’un article est limitée à un certain nombre de caractères. Celui-ci est calculé selon la place accordée au sujet. Le journaliste s’efforce donc de développer un maximum d’informations dans un espace limité. Bien souvent, les lecteurs sont en demande d’informations complémentaires suite à la publication (Web ou papier) d’un article. Il peut donc arriver que des articles suscitent des réactions positives comme négatives (avis personnels, sensations face au sujet, protestations, critiques, etc.). La Théorie de l'iceberg Arnaud Mercier, professeur en Sciences humaines, remet en question la hiérarchisation de l’information par les médias. La face visible d’un iceberg est l’actualité traitée par les médias d’information et la face cachée est celle traitée par les réseaux sociaux. Parfois, certains sujets font tellement de bruit qu'ils parviennent à attein -dre le sommet. C’est ce qu’il appelle « la montée au sommet de l’iceberg ».
  • 25. Portraits croisés : Hubert Vialatte, rédacteur en chef à la Lettre M, et Jean-Marc Aubert, journaliste à l'Agglorieuse, deux journalistes locaux qui s'expriment très librement sur le Web. Internet : un espace de liberté pour les journalistes 23 Le succès d’Hérault H24 La page d'information Facebook Hérault H24 cartonne avec un reccord proche de 22 000 fans en 7 mois d'existence et une augmentation de plus de 10 000 depuis novembre 2014. La page alimentée par les posts de Jean-Marc Aubert informe les internautes sur l'actualité héraultaise et des dépar- tements limitrophes. Le billet du lundi : un RDV Grâce à la publication du « billet du lundi », Hubert Vialatte donne rendez-vous à sa commu- nauté. C'est quelque chose de très personnalisé et une relation directe avec ses lecteurs. Ce papier est en moyenne lu par 300 à 400 personnes chaque semaine. L’Agglorieuse en danger Le 23 novembre 2014 L'Agglorieuse a été condamnée à payer la somme de 91 200 € à M. Robert Garzillo et à ses sociétés pour diffamation envers le groupe Strada. Cette décision de justice représente un véritable risque pour l'avenir de l'hebdomadaire. Expression libre Les deux journalistes précisent que la liberté sur le Web par rapport au papier c'est aussi que « le journaliste peut faire ressortir son propre style ». Il n’est pas contraint de « s’adapter à la ligne éditoriale d’un journal ». Ancrés dans la tradition journalistique de la transmission de l'information par le papier, deux journalistes locaux ont choisi d'emprunter une autre voix d'expression, qui leur procure une certaine liberté dans l'exercice de leur profession : Internet. Deux profils opposés Jean-Marc Aubert est un journaliste confirmé dont la carrière approche les 35 ans, tandis qu’Hubert Vialatte a une quinzaine d’années d’expériences dans le monde journalistique. Le premier est spécialisé dans les faits divers et la chronique judiciaire, et le deuxième est rédacteur et correspondant pour plusieurs journaux. Deux parcours différents Au cours de sa carrière de journaliste débutée en 1979 dans le Vaucluse à La Provence, Jean-Marc Aubert a entre autre, été reporter régional à Midi-Libre et rédacteur à La Gazette de Nîmes, puis à La Gazette de Montpellier. Il est ensuite devenu journaliste à L'Agglorieuse. Puis suite à un infarctus qu'il a eu en 2004, il a été contraint de quitter les journaux quotidiens. Il s'est alors orienté vers le format de l'hebdomadaire, où il est exposé à moins de stress et de déplacements sur le terrain. Hubert Viallate, lui, a suivi un parcours cohérent avec son envie de devenir journaliste depuis son adolescence. Après avoir fait une école de journalisme à Paris entre 1999 et 2001, il est aujourd'hui rédacteur en chef adjoint à la Lettre M de Montpellier. Il est aussi correspondant pour Les Echos, l'AFP et en collaboration avec une agence pour L'Express et Le Figaro. AAAncn la trala tra Le numérique : le point commun À eux deux ils illustrent ces journalistes qui écrivent sur le papier et qui s’expriment aussi sur le Web. Ils m’expliquent que l’écriture sur le Web leur procure de la liberté. Jean-Marc aubert, qui est l’un des administrateurs de la page d’information Facebook Hérault H24 , met l'accent sur la rapidité et l'instantanéité de la publication des informations : « La liberté, c'est la rapidité de gérer et de diffuser l'information ». Il précise que les informations à chaud peuvent être traitées succinctement à condition de définir les circonstances. Il vérifie l'information auprès d'interlocuteurs habilités à parler à la presse, qui confirment ou infirment l'information. « On a des sources auxquelles on peut se fier. L'avantage d'un site Internet c'est que l'on diffuse l'information directement ». Puis, dans la journée, il affine l'information à chaud, en renseignant les détails. Hubert Vialatte quant à lui, parle de la liberté d'expression que lui apporte l’alimentation de son site Web hubertvialatte.com. Grâce à la publication hebdomadaire du billet du lundi, Hubert Vialatte fait ressortir son style et écrit librement sur divers sujets. Ce billet est pour lui « une espèce de lucarne numérique, une évasion person- nelle, le seul endroit où je peux livrer mes réflexions sur la société et sur des sujets très diversifiés ». C'est aussi pour lui la possibilité de se réconcilier avec l'écriture et de retrouver le plaisir d'écrire. Cependant, les deux journalistes rajoutent que, même s'ils sont libres d'écrire ce qu’ils veulent sur le Web, ils appliquent toujours leur éthique et respectent leurs valeurs. Rédaction - Leslie Antoine LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION Une nouvelle liberté d’information ? JL.Borloo et Hubert Vialatte. Ce journaliste qui allie écriture factuelle (Lettre M) et libre (Web) © André Hampartzoumian - Masters des 30 ans de la Lettre M Jean-Marc Aubert, connecté H24 grâce au numérique © Leslie Antoine
  • 26. Le journaliste, ce grand curieux de l’actu, confronté au lecteur trop ou pas intéressé. Un duel 2.0 qui pourrait très mal tourner pour les deux protagonistes. La dictature du « clic » ou le changement de la consommation d’actualités. LES NOUVELLES STRATEGIES D’INFORMATION Une nouvelle liberté d’information ? La technologie rendrait asocial ? Angèle Christin : rythmer contenu chaud et froid Il y a une vraie réflexion sur la façon de se démarquer dans un paysage Web très concurrentiel où tout le monde publie des vidéos de chats. Il faut savoir combien on met d'articles à clics comme ceux-là pour subventionner le reste du contenu Rien n'arrête la presse d'information Ces cinq dernières années, la diffusion de la presse d’information a progressé de 5,7% dans le monde Courrier International Twitter : un nouveau journal ? Plus de 7 Français sur 10 consultent l’information sur Internet à travers les réseaux sociaux tel que Twitter Rue89 Je clique, on me dit ! D Alors que l’information est partout, sur tous supports, j’ai décidé d’interroger Nazanin, étudiante en information et communication afin de connaître ses pratiques d’information. Comment suivons-nous l’actualité dans l’ère du numérique ? J Rédaction - Nazanin M. Babr Rédaction - Amélie Boban Jean-Philippe Zappa, délégué général de l’association Culture Papier fondée en janvier 2010, m’annonce « nous arrivons à un stade où nous ne pouvons pas absorber l’information de tous les jours. La cause de cette réalité : il existe une trop forte multiplicité des supports médias en France ». Mais il ajoute que pour contrer cette réalité : C’est justement ce que fait Nazanin. En effet, elle me confie qu’elle souhaite faire le lien entre numérique et papier. « Je regarde à la télévision, essentiellement les reportages. Par exemple les dossiers exclusifs sur les mouvements révolution- naires au moyen Orient. Mais je préfère définitivement m'informer via les réseaux sociaux numériques ». Cependant Nazanin m’annonce qu’elle se rend également sur les réseaux sociaux pour obtenir une information en directe, « je regarde les informations sur Twitter afin d’obtenir une actualité instantanée. Mais j’achète des journaux comme le Courrier International pour avoir de plus grands points de vus ». Il appartient donc à chacun d’entre nous de faire son tri dans l’actualité. Et vous comment vous informez-vous ? « La question du clic cristallise les inquiétudes sur l'avenir de la profession » Angèle Christin - © Nazanin M. Babr Dans l’océan de l’information, il y a différents nageurs : ceux et celles qui prennent le temps d’explorer les abscisses afin d’y trouver la perle rare, ceux et celles qui traversent les lignes de bouées, frontières disgracieuses du confort, ou encore ceux et celles qui nagent à perdre haleine afin d’oublier qu’ils n’ont plus pied. Le monde du journalisme est chamboulé actuellement par l’arrivée d’une nouvelle forme de lecteurs. À ceux qui pensaient pouvoir lire leurs articles, à l’abri, derrière leurs écrans, sans les yeux racoleurs du voisin dans le bus… Halte ! Que nenni ! Une fois les rotatives conduites au chômage forcé, ce sont les compteurs digitaux qui se mettent en route. Des clics au temps passé sur un article, chacune des actions du lecteur est scrupuleusement décortiquée. Il était libre de lire ce qu’il voulait, il l’est toujours, mais sous les yeux des grands gourous du web. Mais aussi, du journaliste ayant écrit l’article. Ou encore du webmaster et de l’analyseur de consultation. C’est ici que commencent vraiment les jeux pervers entre l’artiste et sa scène. Plébiscitez une plume, elle deviendra incontournable. Les chiffres ne mentent peut être pas… Mais que montrent-ils ? Les dérives (ou la réalité) des intérêts « ludiques » du grand public mettant à mal les grandes enquêtes. En somme, quelles valeurs choisir quand on écrit et qu’on est journaliste aujourd’hui, celles « du clic ou du Pullizer » ? La vie d’une Première Dame trompée ou les dangers de la désertification médicale ? Le débat est ouvert. En route vers de nouveaux usages d’information ! Nazanin suit l’actualité chaque jour grâce à son smartphone et Twitter - © Amélie Boban
  • 27. Le papier, cet éternel lien social ECHOS de PROS #12 NNNombreux sont ceux qui prédisent la disparition pure et simple du papier dans l'univers des médias, à court ou long terme, faute de pouvoir concur- rencer son rival Internet. Et pourtant... aujourd'hui encore, de jeunes médias prefèrent sa compa- gnie à celle du Web. Les journaux papiers, toujours présents dans les kiosques et les cafés, montrent bien à quel point le peuple français y reste attaché. Le papier est loin d'avoir dit son dernier mot ! Dossiers La confiance absolue Le choix délibéré du papier Le papier ne disparaîtra jamais ! LE PAPIER, CET ETERNEL LIEN SOCIAL
  • 28. LE PAPIER, CET ETERNEL LIEN SOCIAL La confiance absolue De nombreux journaux font aujourd’hui le choix de faire payer un abonnement à leurs lecteurs Web com- me par exemple, Le Figaro. Il serait cependant judi- cieux de nous demander si une version gratuite du journal sur Internet ne permettrait pas, sur du long terme, de fidéliser le public. Avec le développement technologique actuel, les journaux peuvent désormais être présents sur de très nombreux supports. Optimisés pour l’information, les smartphones et autres tablettes sont particulière- ment en vogue et permet- tent aux journaux de toucher plus de lecteurs. Facebook, Twitter, Instagram ou encore Tumblr, ce sont tous autant de réseaux sociaux sur lesquels les journaux peuvent s’exprimer. Permettant une interaction plus simple avec les lecteurs, les réseaux sociaux sont aujourd’hui l’une des clés de la continuité de la presse. Selon le professeur Franck Rebillard, le journalisme participatif tend aujourd’hui à se normaliser. Posant la question de la place du journaliste professionnel dans notre société, cette pratique est en perpétuelle évolution. Les années à venir seront donc décisives, affaire à suivre. 26 Face à la multiplication des médias sur le Web, un besoin de clarification est nécessaire pour les lecteurs. Les professionnels de l’information développent aujourd’hui différentes techni- ques pour parvenir à redonner confiance au public. Redonner confiance en l’info Web, un challenge de taille L Rédaction - Florian Lousplaas Le développement d’Internet au cours de ces dernières années a permis une véritable révolution dans la circulation de l’information. La rapidité est aujourd’hui le maître-mot, mais donne naissance à de nombreux doutes de la part des lecteurs. Face à la méfiance du public, notamment envers l’information Web, il est nécessaire pour les professionnels de développer différentes techniques afin de redorer le blason des journalistes dans l’esprit des lecteurs. Selon Johanna Cas, journaliste indépen- dante établie entre Marseille et Montpellier et travaillant à la fois pour la presse papier et pour des sites Internet, « s’implanter sur les réseaux sociaux est un premier pas vers une nouvelle relation de confiance. Il semble, en effet, important de donner de l’importance à l’opinion du lecteur », notamment pour qu’il puisse ressentir une certaine appartenance à un groupe et donc s’en rapprocher. L’idée d’appartenance est donc cruciale dans cette démarche de recherche d’une relation de confiance. Comme nous l’explique d’ailleurs notre journaliste interviewée : « la confiance se joue dans les deux sens. Si le lecteur donne son avis et participe en livrant quelque chose de vrai et d’authentique, c’est qu’il considère que l’information l’est-elle aussi ». Le journalisme participatif en quelques mots Créée au début des années 2000, l’expression « journalisme participatif » ou encore « journalisme citoyen » désigne, selon Franck Rebillard, professeur à la Sorbonne Nouvelle, « l’intervention de non-professionnels dans la production et la diffusion d’information d’actualité ». Le journalisme participatif s’est d’ailleurs grandement développé avec la démocratisation d’internet, mais aussi des réseaux sociaux. Des supports toujours plus nombreux, la diversification est désormais nécessaire - © Florian Lousplaas Faire participer pour redonner confiance Le journalisme participatif, ou citoyen, très en vogue depuis ces dernières années, semble également aller dans ce sens. Appelant les lecteurs à devenir eux-mêmes émetteurs de l’information, cette nouvelle pratique « n’est pas sans comporter des dérives, car les informations doivent être vérifiées plus minutieusement par le lecteur, mais permet à tout un chacun de s’investir ». Selon Johanna Cas, le fait même de faire du lecteur un émetteur d’informations l’amènerait à s’intéresser à nouveau à la presse. En effet, « avant de livrer une information, le lecteur se rendra plus régulièrement sur les sites des journaux pour se tenir informé ». Il est donc crucial pour les journaux de développer leurs sites web et d’offrir des articles d’une aussi bonne qualité que celle que l’on peut trouver dans la presse papier. Le Web a encore besoin du papier Notre source va même plus loin en expliquant « qu'une présence renforcée des journaux sur Internet pourrait amener les lecteurs Web à se rediriger vers la presse papier, notamment pour des articles apportant une véritable réflexion sur un phénomène de société par exemple ». La presse semble aujourd’hui encore être dans une phase de transition entre le papier et le Web et il est primordial d’établir un lien entre ces différents supports. « ... ce qui permet au lecteur de connaître la qualité de l’article, qui est digne de la presse papier, mais également d’y avoir accès plus facilement ». Associer les supports papiers et numériques pourrait donc être en finalité l’une des clés de la création d’une nouvelle relation de confiance entre les journaux et leurs lecteurs. De nombreux journaux publient désormais les mêmes articles sur le Web et sur leur édition papier
  • 29. Web ou papier, en qui avoir le plus confiance ? 27 Soutien à donf ! Voici ce qu’un lecteur de Montpellier Journal inscri- vait au pied d’un article en commentaire suite aux difficultés que rencontrait le média en ligne en 2009. Les commentaires sont de véritables indicateurs de confiance des lecteurs et apportent de la plus-value à un article. Créé en 2009, OWNI présente ses propres articles et d’autres, venus de blogs externes. Après avoir travaillé en parte- nariat avec Wikileaks puis reçu deux prix prestigieux en 2010 et 2011, il ferme fin 2012 à cause de son modèle économique (en accès libre et sans pub). Il reste consultable. Le point de vue de Raphaël Giovanetti, Concepteur multimédia et MC à l’Itic de Montpellier : « Le papier est vecteur de valeur. A l’heure actuelle, faire le choix délibéré du papier c’est donner de la valeur à son contenu ». De plus en plus de données sont publiées et le phénomène s’amplifie avec les objets connectés. Le data journalisme (journalisme de données) est une discipline qui consiste à analyser ces bases de données et les rendre accessibles au plus grand nombre. Accordez-vous plus de crédit à l’infor- mation papier ou Web ? Ambre Déharo – Peu importe le média, si le journaliste fait bien son boulot, son article aura de la valeur. Un professionnel doit pouvoir recouper plusieurs sources. Simon Challier – Tout à fait ! Peu importe le canal, du moment que l'info est vérifiée et recoupée. Le Web permet d'avoir des infos factuelles de grande qualité (chiffres, actes notariés), ou de retrouver des éléments qui ont disparu de la circulation, comme les photos de Sarkozy et Kadhafi au cœur de la crise libyenne, retrouvées par OWNI. Web/papier : quels sont leurs atouts et leurs faiblesses ? AD – Il faudrait que tout journaliste enquête. Mais, ce que l'on demande aux jeunes aujourd'hui, c’est de bâtonner des dépêches AFP. Résultat : tout se ressemble, quel que soit le support. Seul avantage : le prestige de la presse papier où on attend donc un vrai travail de fond. SC – Le Web a d’immenses avantages comme sa portée, sa durée de vie, les vidéos et les hyperliens. Il offre ainsi une vision plus juste de l'info. Mais le gros problème du numérique, c'est la question des intentions. Du coup, je redouble d'efforts pour recouper mes sources. Quelles sources privilégiez-vous pour une recherche ? AD – Aucune. Mais j’ai un penchant pour Twitter et Facebook. Infos et sources y sont extrêmement variées. Ce sont des viviers d’anecdotes percutantes et truculentes. SC – Je privilégie les personnes. Un coup de téléphone est parfois plus rapide et plus sûr qu’un mail. Toutefois, une info balancée sur Twitter ou Facebook constitue souvent une bonne piste que j’emprunte avec prudence… AA matio Rédaction - Olivier Courtade La fiabilité s’y fait rare. En revanche, des archives ou des comptes rendus d’audien- ces écrits appellent la confiance. Comment vivez-vous la crise de la presse écrite ? AD – L’info gratuite, Web ou papier, dissuade les lecteurs de payer. Les secré- taires de rédaction disparaissent, mais on assiste également à l’émergence de métiers utiles comme le data journalisme. SC – La crise des années 80's s’est nourrie d’une crise de confiance vis-à-vis des politiques. Internet ne fait qu’amplifier le phénomène. Du jour au lendemain tout le monde est devenu « éditorialiste » en quelque sorte. Il suffit d'ouvrir son blog et de donner son analyse sur tel ou tel sujet. Aujourd’hui, rachetée par des grands groupes (Dassault pour le Figaro), la presse n’améliore ni la confiance des lecteurs, ni sa qualité. Selon vous, comment va évoluer la profession ? AD – Je suis pessimiste par rapport aux intérêts financiers des grands groupes de presse qui ont tendance à museler le journaliste. C'est la qualité de l’info qui est en jeu. Et aujourd’hui, si le métier de journaliste a évolué, c’est parce que les outils ont changés. Toutefois, les personnes restent volontaires et le cœur du métier reste le même Informer. C'est-à-dire apporter aux citoyens des éléments pour comprendre le monde et ainsi pouvoir se forger un avis. ... Et sur le Web, excepté Mediapart, il n'existe pas de modèle économique viable. L’avenir ? Survivre entre actionnaires et annonceurs. Donnez, donnez-moi Le 21 novembre 2014, « Les Amis de La Marseillaise » lançaient une souscription afin de soutenir financièrement le journal. L’Hérault du Jour, Montpellier Journal, Causette ou même Wikipédia : l’appel aux dons concerne les deux types de presse, Web et papier. Et Si la multiplication de cette pratique témoigne de difficultés financières, elle est également preuve d’engagement de la part des lecteurs. Toute presse confondue, le problème numéro un, c'est l'argent. Qu’il s’agisse de la presse en ligne ou de la presse papier, la question d’actualité est : qui donne les meilleures infos ? Question à laquelle répondent Simon Challier, jeune journaliste à La Gazette de Nîmes et Ambre Deharo, étudiante à l’École Sup du Journalisme de Montpellier. « Comment savoir qui est derrière le clavier avec Twitter et sa flopée de comptes parodiques ? » Simon Challier - © DR
  • 30. Mercredi 12 novembre, je suis invité à la soirée de relecture du journal Bout à bout avant la sortie de ce dernier. Rencontre avec ces rédacteurs bénévoles, lors d’un moment de convivialité et de découverte. LE PAPIER, CET ETERNEL LIEN SOCIAL Le choix délibéré du papier Journaux Montpelliérains Il existe d’autres journaux de quartier à Montpellier. Le quartier Malbosc avec Le Petit Echo de Malbosc, Celleneuve avec Le journal de votre quartier, les Aubes avec Aubesessions et d’autres encore. Journal et solidarité L’association nîmoise Quartier Libre se sert de son journal pour faire participer des jeunes enfants venant d’arriver en France. Le journal de quartier est aussi un vecteur d’entraide et de solidarité. Vous avez dit presse populaire ? D'après les Archives de France, c'est à la fin du XIXème siècle que la presse populaire fait son apparition en France avec Le Petit Journal. Un quotidien à bas prix à destination d'un vaste public et reprenant « faits divers et informations variées » est né. L'exception qui confirme la règle Vous savez tout, Tout Montpellier, Le nouveau Montpellier, Montpel'yeah… Les nouveaux venus de la sphère médiatique locale semblent préférer le média Web à celui du papier, mis à part le journal Le Poing qui fait figure d'exception. Depuis presque 20 ans, le journal Bout à bout assemble les instants de la vie quotidienne des habitants du quartier montpelliérain Boutonnet. Ce journal, qui n’à aucun but lucratif parvient à éditer 300 exemplaires papier par numéro. Philippe Batbedat, rédacteur dans le journal, souligne « Nous préférons rester sur le papier, c’est un support vivant. Nous pensons aussi à tout le monde, une personne âgée aura du mal à lire notre journal s’il est sur Internet ». La distribution se fait avec la collaboration des com- merçants volontaires. En terme de contenu, le cahier s’articule avec des parties récurrentes d’un numéro à l’autre. Le but est de mettre en lumière des lieux inconnus ou des personnalités qui contribuent à la vie de Boutonnet, ce qui permet une interaction entre les habitants. Le journal donne l’envie de découvrir et de s’intéresser à son faubourg dans une grande ville comme Montpellier. 28 Bout à bout : les irréductibles du quartier Boutonnet DDepep boutbouttt Que cela se fasse avec sérieux ou avec grande dérision, l’équipe rédactionnelle s’active en coulisse pour distribuer un journal de qualité. Mon récit se termine le 15 novembre. Le numéro 56 sort à l’occasion d’un évène- ment de l’association Bout’entrain, sur la place principale de Boutonnet. Pour se faire, je retrouve les rédacteurs qui vendent le journal comme dans le temps : à la criée. Les riverains répondent au rendez-vous et le journal s’arrache. Ce que je retiens de ces moments avec cette équipe, beaucoup de générosité, de sympathie et d’engage- ment. Lire Bout à bout, c’est s’imprégner de la vie d’un quartier vivant et humain. À l'ère du numérique, Le Poing a fait le pari du papier. Lancé en novembre 2013, ce journal mensuel d'information généraliste indépendant est chaque mois distribué à prix libre dans les Facultés de Droit et de Lettres et ne manque pas de caractère. Portrait. Le Poing veut « ressusciter la presse populaire U Rédaction - Benjamin Gorlin Rédaction - Suzie Brémond Une « arme pour lutter contre la morosité ambiante ». C'est en ces termes que Le Poing décline son identité. Le choix du papier ? C'est pour exister. Un média ne vit qu'à travers ses lecteurs et c'est en distribuant l'imprimé papier directement aux lecteurs que Le Poing tisse ce lien si précieux. S'il ne paie pas de mine avec ses 16 pages de papier brillant et son imprimé noir et blanc, derrière ce petit journal se cache un grand projet. Fondé par une poignée d'étudiants en Sciences Politiques, le canard sarcastique traite l'actualité locale à internationale, avec des titres comme « Colère froide à Montpellier ; Liberté, Précarité, Fraternité ; Nelson Mandela était socialiste » et cherche à défier le système médiatico-politique en place, en offrant un autre regard sur l'actu. « Ça change de ce qu'on trouve dans les médias », confirme Camille, une lectrice. Révolutionnaire, il aspire à ressusciter la presse populaire écrite d'antan en créant un espace d'expression ouvert à tous et pour tous ; n'importe qui peut écrire dans ses colonnes. « On n’est pas maîtres du journal, il nous échappe », s'enthousiasme Jules, son rédacteur en chef. Même si comme Arthur, certains lecteurs jugent les contenus parfois « déplacés et sexistes », le mensuel qui, depuis sa fondation a été tiré à près de 12 000 exemplaires, ne manque ni de retours positifs, ni de contributions. L'avenir du journal s'annonce même ambitieux : bientôt tiré à 3000 exemplaires, il compte élargir sa diffusion aux autres universités. Le papier pour exister Vente du journal à la criée toujours dans la bonne humeur © Benjamin Gorlin Nous préférons rester sur le papier, c’est un support vivant. « La diffusion du journal sur le campus permet aux rédacteurs d' géchanger avec les lecteurs et de récolter leurs avis © Suzie Brémond