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II.     TROIS  CLASSES    D’ANTIQUAIRES,  OU    LA                   RECHERCHE DE « L’ANTIQUAIRE VERITABLE »Après avoir es...
vulgairement, réalisés par « quelque marchand de plâtre » et sans intérêt même esthétique puisqu’ilsn’ont pas été « exécut...
A ce catalogage des défauts des amateurs, l’antiquaire poursuit par leur naïveté et dit :« aussi, les naïvetés qui leur éc...
Il qualifie le collectionneur de « néophyte de la science archéologique 155 » et entend ici montrer quecette variété s’ins...
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continuité ; le suspense, lorsque le présent est coupé du passé et du futur ; le commencement enfin,s’il y a une initiatio...
Aux ennemis et à la concurrence entre antiquaires, Nicolas-Victor Duquénelle poursuit sonétude par une typologie du marcha...
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à-dire d’une part le temps d’exercice de la passion devenue profession, et d’autre part la progressiondans la hiérarchie d...
facile, en raison des fréquentes et nombreuses découvertes que l’on faisait alors et qui se sontsuccédé jusqu’à notre époq...
terre, verre, bronze, fer, ivoire et os, mais aussi des médaillons et cachets d’oculiste, constituent lesecond versant de ...
collection d’antiquités romaines. (émaux, médailles, poteries, verreries, etc.) 197 ». Cette réputationest telle que l’abb...
considération 201 ». La démarche historique du numismate tient au fait du recours aux sources écriteset à l’étymologie et ...
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Mémoire 3e partie

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Nicolas-Victor Duquénelle (1807-1883) est un antiquaire rémois du XIXe siècle. Cet exemplaire, extrait du mémoire de Romain Jeangirard soutenu en 2010, présente l'antiquaire au XIXe siècle, entre tradition et modernité. D'autres suivront et seront publiés sur le blog consacré : nicolas-victor.duquenelle.over-blog.com

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Mémoire 3e partie

  1. 1. UNIVERSITE DE REIMS CHAMPAGNE-ARDENNEU.F.R Lettres et Sciences HumainesMaster « Sociétés, Espaces, Temps »Mention « Histoire de l’art »Spécialité « Histoire de l’art et de la culture »Année universitaire 2009-2010 MEMOIRE DE MASTER II présenté par Romain JEANGIRARD le 23 juin 2010 NICOLAS-VICTOR DUQUENELLE OU L’ANTIQUAIRE ACCOMPLI (1842-1883) Sous la direction de : Madame Marie-Claude Genet-Delacroix (Université de Reims) Madame Frédérique Desbuissons (Université de Reims)
  2. 2. DES METHODES HISTORIQUES ETARCHEOLOGIQUES DE L’ANTIQUAIRE AU XIXe SIECLE 17
  3. 3. II. TROIS CLASSES D’ANTIQUAIRES, OU LA RECHERCHE DE « L’ANTIQUAIRE VERITABLE »Après avoir esquissé un « aperçu de la race en général », Nicolas-Victor Duquénelle poursuit etprésente l’antiquaire sous trois variétés, de la plus à la moins nombreuse, de la plus généraliste à laplus particulariste ; de l’amateur, du collectionneur et de l’archéologue. L’antiquaire dilettante Evoquant l’amateur, l’antiquaire rémois perçoit cette « variété de l’espèceantiquaire » comme « la plus nombreuse » et « la plus inutile pour la science archéologique ». Ilperçoit également cette classe comme la plus généraliste, et dit à cet effet : « L’amateur a pour butde réunir ce que les arts et l’industrie de toutes les époques ont pu confectionner ». Au cabinet de l’antiquaire qu’il sanctuarise, Nicolas-Victor Duquénelle oppose le « magasinde bric-à-brac » de l’amateur. Puis, il continue sa démonstration par l’agencement des collectionsde l’amateur, en indiquant que « les objets sont placés d’après l’effet qu’ils doivent produire ».Autrement dit, il reproche à cette classe ou variété de l’espèce antiquaire de paraître, de faireparaître et de présenter leur collection comme une illusion d’optique. Selon lui, la collection del’amateur se compose comme suit.En premier lieu, il s’agit de copies et de reproductions. L’antiquaire décrit ces objets et dit : « onremarque des reproductions en soufre, en plâtre, des statuettes, figurines, bas-reliefs, médailles,auxquels le marchand a voulu donner un aspect antique par un badigeon menteur ». Outre lereproche de l’apparence, Nicolas-Victor Duquénelle dénonce le dilettantisme de cette variété quiacquiert par l’intermédiaire de marchands, dépeints ici en faussaires, des « reproductionsempâtées » d’antiques, qui ne présentent donc aucune valeur historique et archéologique. Evoquantce lien entre le marchand et l’amateur, Nicolas-Victor Duquénelle ajoute ultérieurement que « lebon marché est toujours le point capital pour l’amateur qui a la prétention de réunir tous les genreset toutes les époques 150 ». Il voit ainsi « l’anticomanie de l’amateur » comme un étalage d’objetssans valeur marchande. L’illusion optique de la collection de l’amateur évoquée postérieurement estainsi résumée par Nicolas-Victor Duquénelle qui dit : « vues en masses et à distance, ces antiquitésfont de l’effet ». D’une certaine façon, l’amateur est un imposteur. Il présente des objets reproduits150 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, art.cit, 1849, p. 206. 37
  4. 4. vulgairement, réalisés par « quelque marchand de plâtre » et sans intérêt même esthétique puisqu’ilsn’ont pas été « exécutés par des artistes », comme authentiques.En second lieu, il s’agit de vases antiques, cette fois authentiques, mais possédés « en petitnombre ». Par ailleurs, l’antiquaire rémois voit ces objets comme « des plus communs ». L’amateuramasse donc, sans se soucier de l’intérêt que présentent ces objets pour l’étude. Nicolas-VictorDuquénelle ajoute toutefois que l’amateur « aime autant les imitations qui intactes, car il n’oseraitmontrer des débris souvent curieux par leur forme ou par les dessins qu’ils représentent ».L’amateur préfère donc la banalité à la curiosité, l’esthétisme à l’expression de particularismeshistoriques et artistiques, et la quantité à la qualité.L’antiquaire rémois, ensuite, nuance quelque peu son propos, en précisant que tel « objet curieux etde valeur archéologique » peut orner le cabinet d’un amateur. Nicolas-Victor Duquénelle ajoutecependant « qu’il n’y séjournera pas longtemps ; le possesseur sera toujours dispose à le céder,surtout si, en le vendant, il peut s’indemniser des frais que lui occasionne son cabinet ». A l’inutilité et au dilettantisme, à l’imposture et à l’illusionnisme de cette « variété del’espèce antiquaire », Nicolas-Victor Duquénelle ajoute la recherche du profit et l’intéressement del’amateur lorsqu’il poursuit sa physiologie des amateurs en évoquant leur mépris et leurméconnaissance des méthodes de l’histoire, de l’archéologie et de la restauration ; et leur préférencepour la valeur marchande ou la valeur esthétique. En effet, il dit : « Heureux sera l’acquéreur, sil’objet n’a pas subi de dépréciation par une restauration maladroite. J’ai connu un amateur quipassait à l’acide les bronzes antiques, disant que la couleur métallique était bien préférable à cevert-de-gris toujours dangereux à manier ; c’est ainsi que, sans respect pour cette patine inimitable,si recherchée des connaisseurs, il faisait, chaque année, subir à des bronzes et à des médailles lenettoyage que réclament les ustensiles de ménage aux approches d’une grande solennité ».A l’apparence trompeuse des collections d’amateurs étudiée ultérieurement, Nicolas-VictorDuquénelle ajoute que les médailles, monnaies et jetons figurent au troisième plan de leurscollections « parce que ce genre n’est pas assez apparent ». A propos de la perception de lanumismatique par l’amateur, l’antiquaire rémois dit que « ce qu’il possède d’antique est reléguédans quelque tiroir ignoré, tandis que les médailles modernes, brillantes à la vue, sont exposéesavec ostentation, souvent sans distinction d’époque ou de localité ». Ce nouveau passage montre laprévalence de l’amateur à l’ostentation et à la magnificence plutôt qu’à l’étude ; ce que Duquénellepense puisqu’il dit : « L’étude de l’histoire n’est pas de première nécessité pour certainsamateurs 151 ».151 Ibid., p. 206-207. 38
  5. 5. A ce catalogage des défauts des amateurs, l’antiquaire poursuit par leur naïveté et dit :« aussi, les naïvetés qui leur échappent ont plus d’une fois donné la mesure de leur érudition, et,quoiqu’il soit peu charitable de rire aux dépens d’un confrère en antiquité, je ne puis résister auplaisir de vous citer un fait assez risible dont j’ai été témoin ». Nicolas-Victor Duquénelle énonceune fameuse anecdote sur un amateur, qui lors de la présentation d’un objet antique, confondît Troieet Troyes. Il explique ensuite qu’après audition de l’amateur, une restitution contextuelle et unecorrection de l’erreur ont été apportées par l’auditoire ; ce à quoi l’amateur répondît que son erreurétait excusable, « attendu sa complète ignorance de l’histoire ». L’antiquaire veut donc montrer icique leur désintérêt pour certains amateurs ou leur méconnaissance de l’histoire pour d’autres, sontreconnus et entendus par eux-mêmes.Nicolas-Victor Duquénelle conclut sur cette variété et nuance son propos. Il évoque « une raced’hommes estimables en tout point, et dont le seul tort est de partager la manie de notre époque ».Très clairement, Nicolas-Victor Duquénelle énonce ici la contemporanéité de l’anticomanie. Ilpoursuit et reconnaît qu’il existe dans la classe des amateurs « des exceptions », cest-à-dire « despersonnes éclairées dont le bon goût et l’instruction dirigent la recherche » 152, qu’il place dans laseconde catégorie, celle des collectionneurs.Sur bien des points, l’analyse de Nicolas-Victor Duquénelle correspond au portrait de l’amateuresquissé par Krzysztof Pomian à partir des dictionnaires de Furetière et de l’Académie, cest-à-direcelui qui amasse et forme un cabinet. Le terme de curieux est aussi utilisé. Il poursuit en définissantla pratique de la curiosité, cest-à-dire le désir et la passion de posséder des choses rares, comme« la composante majeure de la culture savante des XVIe et XVIIe siècles » 153. Cette pratique estensuite régulée, cadrée et contenue par les institutions, étatiques et ecclésiastiques, par la mise enplace d’un « dispositif intellectuel et institutionnel », cest-à-dire la réunion de groupes de savants etla structuration académiste, pour crédibiliser la pratique savante 154. L’antiquaire-collectionneur Après avoir étudié l’amateur, Nicolas-Victor Duquénelle poursuit sa « physiologie del’antiquaire » avec le collectionneur. L’antiquaire rémois introduit son propos en montrant l’intérêt supérieur de cette « variété » àla précédente.152 Ibid., p. 208.153 POMIAN, Krzysztof, Op.cit, 1987, p. 70-78.154 Ibid., p. 80. 39
  6. 6. Il qualifie le collectionneur de « néophyte de la science archéologique 155 » et entend ici montrer quecette variété s’inscrit dans la modernité de la discipline. En effet, le collectionnisme est au XIXesiècle est un phénomène de mode et un élément de modernité. Le collectionneur revendique salégitimité et s’inscrit dans un récit social général hérité de trois traditions : la condamnation ducomportement curieux, l’histoire de l’art et la littérature des sciences sociales, de l’économie et dela sociologie. Sa typologie s’est renouvelée au XIXe siècle, et se concentre en trois figures dontNicolas-Victor Duquénelle est pour chacun de ces profils, partiellement, l’un des représentants : lepolyhistor, héritier d’une érudition locale et provinciale depuis le siècle des Lumières ; le voyageur,qui voyage de l’échelon européen à l’échelon local pour décrire les antiquités et servir unprogramme savant de prise en conscience et de conservation du patrimoine ; le secrétaire, enfin, enlien avec « le gouvernement éclairé » et les milieux politiques, urbains, départementaux et étatiques.Le collectionnisme au XIXe siècle devient « un espace d’affirmation collective d’intérêts partagés »avec l’anticomanie et la celtomanie, et la vulgarisation imprimée de ses contenus par la publicationdes catalogues. Dominique Poulot définit le collectionnisme sous trois aspects : d’abord comme « lapoursuite d’objets individuels formant un corpus collectif », mais aussi comme une pratiquesavante, qui s’exerce dans un « espace à la fois de sociabilité et de science » et dont les institutions« façonnent des pratiques relevant d’un corps de connaissance » par catégorisation et rapportcoutumier à l’objet, et l’antiquaire, académicien, en relève ; ensuite, la collection se définit comme« les savoirs localisés du collectionneur, appliqués à un corpus » qu’il a organisé, ce que Nicolas-Victor Duquénelle a fait, enfin, la collection est le lieu de production de discours significatifs 156 »par le développement d’un objet de connaissance historique ou d’un discours artistique, dans lesperceptions et les représentations.L’antiquaire rémois précise ensuite les missions du collectionneur, qui sont « non-seulement derecueillir, mais encore de classer les objets que son amour de l’antiquité lui fait rechercher 157 ». Lecollectionneur, en effet, a pour tâche de collecter, puis de collectionner, et surtout de « doter l’objetde ses coordonnées temporelles, spatiales, pour le situer, l’expliquer, l’interpréter » 158.Il note toutefois les particularismes de cette variété dans sa diversité : certains, comme les amateurs,« ne s’attachant à aucune spécialité, font main-basse sur tout ce qu’ils rencontrent » ; pour d’autres,au contraire et « le plus ordinairement, ils s’occupent d’un seul genre, les objets antiques offrant dessujets variés tels que les marbres, les vases peints, les terres cuites, les bronzes, les bas-reliefs, les155 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1849, p. 208.156 POULOT, Dominique, « L’histoire des collections entre l’histoire de l’art et l’histoire ». In : PRETI-HAMARD,Monica, SENECHAL, Philippe (dir.), Op.cit, 2005, p. 432-437.157 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1849, p. 208.158 POULOT, Dominique, « L’histoire des collections entre l’histoire de l’art et l’histoire ». In : PRETI-HAMARD,Monica, SENECHAL, Philippe (dir.), Op.cit, 2005, p. 436. 40
  7. 7. médailles » 159. Mais il dresse un constat unanime sur le collectionneur : il est un connaisseur. A ceteffet, il dit : « Chez le collectionneur, un cabinet est rangé avec art et connaissance ; chaque objetoccupe la place que lui donnent son époque, sa destination, et, loin de vouloir éblouir par un luxed’étalage, cet antiquaire soumet à l’appréciation des connaisseurs les objets que leur rareté met aupremier rang, sans tenir compte de la nature de ces antiquités 160 ». Le collectionneur adopte doncune méthode de classement chronologique, temporel et thématique ; et, comme pour soulignerl’intérêt historique et archéologique de sa collection, il agence en premier lieu, après avoir consultéses pairs, « les objets que leur rareté met au premier rang, sans tenir compte de la nature de cesantiquités 161 », contrairement à l’amateur. Les collections sont ordonnées et agencées « au seind’une géographie sociale et politique », et sont envisagées par le catalogue et par l’image 162.C’est à ce titre que l’antiquaire rédige un catalogue manuscrit de sa collection comprenant quatre-cent-soixante-quatre feuillets 163. L’antiquaire rémois ajoute que des études et des notionshistoriques sont nécessaires pour opérer le classement d’une collection : un classementchronologique, en premier lieu, « premier mérite d’une collection 164 » ; un classement thématique,en second lieu, cest-à-dire la perception de la destination des objets, « soit au culte, soit aux usagesde la vie, pour bien établir la distinction entre les productions de chaque siècle 165 ». Il énonce laméthode typologique, engagée par les antiquaires italiens du XVe siècle tel Alberti, puis théoriséepar le comte de Caylus au XVIIIe siècle. Nicolas-Victor Duquénelle, pour contraster son propos duprécédent sur l’amateur, ajoute que l’antiquaire ne doit se contenter de « posséder des antiques »mais « il faut qu’il connaisse l’époque qui les a produits, leur destination […] 166 » pour comprendrel’objet dans sa représentation et dans sa perception. A ce sujet, l’antiquaire rémois évoque laspécialité et la spécificité de la numismatique : « Pour les collections de médailles, les études sontindispensables, ces monuments de l’antiquité rappelant des événements dont il faut chercherl’explication dans l’histoire ». La compréhension de l’objet s’oppose à la possession.L’antiquaire Duquénelle énonce le rapport des collectionneurs à l’historicité, par l’agencement et lerapport des objets à des vecteurs spatio-temporels. Marc Augé définit l’in situ des collections entrois notions que sont le retour, cest-à-dire la recherche d’un passé perdu pour rétablir une159 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1849, p. 208-209.160 Ibid., p. 209.161 Ibid., p. 209.162 POULOT, Dominique, « L’histoire des collections entre l’histoire de l’art et l’histoire ». In : PRETI-HAMARD,Monica, SENECHAL, Philippe (dir.), Op.cit, 2005, p. 439.163 M.S.R., Fonds documentation : Duquénelle (catalogue).164 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1849, p. 209.165 Ibid., p. 209.166 Ibid., p. 209. 41
  8. 8. continuité ; le suspense, lorsque le présent est coupé du passé et du futur ; le commencement enfin,s’il y a une initiation au futur en oubliant le passé 167.Nicolas-Victor Duquénelle qualifie aussi le collectionneur, dans sa définition générique, comme« le plus intrépide des antiquaires » et poursuit ainsi : « véritable furet, il est à la piste de toutes lestrouvailles, de toutes les découvertes ; il lui suffit d’un coup d’un coup-d’œil pour découvrir unobjet curieux ou une bonne médaille ; son idée fixe, c’est d’augmenter sa collection. Il sait bienqu’il lui sera presque impossible de compléter telle ou telle série, mais il compte sur une bonnechance ». Outre la démonstration que le collectionneur est à l’affût des objets et est un homme deterrain, ce passage révèle ses qualités d’expertise, sa volonté de recueillir massivement des objetsprésentant un intérêt historique, archéologique ou de rareté et de curiosité, mais surtout le manifestedésir de présenter à travers sa collection un corpus archéologique, du moins antiquaire, complet.Le collectionnisme est bien l’apanage du collectionneur. Le collectionneur a deux ennemis : « les mauvais plaisants et les faussaires ». Concernantles faussaires, il s’agirait de marchands sans scrupules qui, « dans une intention que la législationest impuissante à réprimer, lui font payer au poids de l’or des objets qu’un talent mal dirigé a sureproduire ; et en troublant les jouissances de l’antiquaire, ils exploitent en véritables escrocs unemanie bien innocente. Il est peu de collectionneurs qui n’aient été victimes de ces adroits fripons ».Si l’antiquaire-dilettante acquiert de vulgaires imitations, le collectionneur est soucieuxd’authenticité et doit ainsi affronter les experts de la copie.A ces deux ennemis, Nicolas-Victor Duquénelle ajoute un potentiel rival, du moins concurrent, ets’en désole : « il existe, contre les antiquaires en général, et contre les collectionneurs, un préjugéfâcheux que partagent des personnes recommandables, c’est qu’il faut se méfier des archéologues :on les représente comme de larrons qui ne cherchent qu’à s’enrichir aux dépens de leurs confrères.On va même jusqu’à dire qu’ils se dérobent entre eux les objets de leur convoitise. Cette graveaccusation n’est pas admissible, et n’a pu être portée que par quelques personnes méfiantes quiimputent à tous les antiquaires une faute commise par quelque adroit fripon ». A ces accusations,Duquénelle répond que le désir des antiquaires d’acquérir certains objets retenant particulièrementleur attention et abrités dans la collection d’un de leurs pairs par la flatterie, les câlineries, lespromesses ou la séduction existe, mais pas par l’abus de confiance. Il veut ainsi sauver l’honneur etélever la « probité des antiquaires 168 ».167 POULOT, Dominique, « L’histoire des collections entre l’histoire de l’art et l’histoire ». In : PRETI-HAMARD,Monica, SENECHAL, Philippe (dir.), Op.cit, 2005, p. 439.168 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1849, p. 210-213. 42
  9. 9. Aux ennemis et à la concurrence entre antiquaires, Nicolas-Victor Duquénelle poursuit sonétude par une typologie du marchand. Ce corps de profession est parfois utile à l’antiquaire car,comme le disait un vieil antiquaire au jeune Duquénelle, alors encore inexpérimenté, « il estcertains objets ou certaines médailles qu’il faut désespérer de trouver ailleurs que chez lesmarchands ». Il existe donc une corrélation évidente entre marchands et collectionneurs, ce queDominique Poulot dénote comme un lien à long terme évident entre collectionneurs etconnoisseurship 169s. L’antiquaire rémois, sur les conseils de son ancien maître, distingue, commepour les antiquaires, plusieurs variétés de marchands.Certains « sont honnêtes et consciencieux, c’est le plus petit nombre, il est vrai, mais enfin il y en aqui jouissent d’une bonne réputation. Ceux-là ne vous tromperont pas, mais ils vendent cher ».Duquénelle propose dans sa publication une éthique de comportement de l’antiquaire face aumarchand : il ne faut ni s’enthousiasmer ni montrer un désir pour un objet au moment de ladiscussion du prix car « tout honnête qu’il puisse être, il est marchand avant tout ».D’autres, au contraire, « autres marchands de curiosités, il vaut mieux ne pas les voir ; vrais enfantsd’Israël, ils savent, tout en vous trompant, vous faire payer un objet dix fois sa valeur ».Dans tous les cas, l’antiquaire rémois les considère comme des usurpateurs lorsqu’ils s’arrogent untitre qui ne leur revient pas : celui d’antiquaire. A ce propos, il dit : « à propos des marchands, je mepermettrai de leur contester ce titre d’antiquaire qu’ils se donnent tous. Les objets qu’ils achètentpour revendre n’ont à leurs yeux qu’une valeur vénale ; ne leur demandez pas sur les diversescuriosités de leur magasin des renseignements ou des explications, leur réponse sera invariablementle prix de vente ; quant aux notions historiques, ce serait du superflu, leur état ne les exigeant pas :ils n’ont donc rien de ce que constitue l’antiquaire 170 ». Méconnaissant et spéculateur, le marchandne semble pas être un ami de l’antiquaire.Les collectionneurs recueillent et classent. D’un certain point de vue, ils sont aussi desconservateurs, des gardiens du passé et des médiateurs de l’histoire. C’est en tout cas ce quesuggère Nicolas-Victor Duquénelle lorsqu’il écrit : « tout en satisfaisant une passion attrayante, ilssauvent du creuset et de la destruction les monuments curieux que nous ont légués les siècles169 POULOT, Dominique, « L’histoire des collections entre l’histoire de l’art et l’histoire ». In : PRETI-HAMARD,Monica, SENECHAL, Philippe (dir.), Collections et marché de l’art en France : 1789-1848, coll. Art & Société. Actesdu colloque de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris, 4-6 décembre 2003. Rennes : Presses universitaires deRennes, 2005, p. 435.170 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, art.cit, 1849, p. 213-214. 43
  10. 10. passés 171 ». Leur authenticité, en fait, dépend de leur « capacité à recomposer des ensemblescohérents » et à recontextualiser les objets 172. L’antiquaire-archéologue Nicolas-Victor Duquénelle conclut sa « Physiologie de l’antiquaire » par l’étude del’archéologue. Alors que le collectionneur est le néophyte de l’archéologie moderne, l’archéologue, « parses études et sa science, résume la race entière ». Nicolas-Victor Duquénelle évoque un corpsprofessionnalisé, du moins qualifié.Il marque une distinction forte entre les deux variétés présentées précédemment et celle del’archéologue, et souhaite « établir la différence qui existe entre les véritables antiquaires, soitarchéologues, soit numismates, et les membres de cette même famille avec lesquels nous avons faitconnaissance ». Il poursuit et justifie son analyse : « l’amateur réunit, le collectionneur classe,l’archéologue comprend et explique ». Il entend ainsi montrer que la démarche de l’archéologue estl’étude des traces du passé par l’adoption d’une démarche historique, qui nécessite une formation.Puis l’antiquaire ajoute à cette distinction le constat suivant : amateurs et collectionneurs sont férusde par la possession d’objets et d’une collection, alors que l’archéologue oriente ses travauxdifféremment. A ce propos, il dit « que les antiquaires des deux premières variétés fontconsister leur bonheur et leur jouissance dans la possession des objets, tandis que l’archéologue,quelle que soit la direction qu’il ait donnée à ses études, ne possède que peu d’objets antiques, sitoutefois il en possède ». ajoute que l’archéologue préféré visiter « les collections, les musées, afind’y trouver le sujet de recherches historiques » puis achève cette démonstration par un contraste :« l’archéologue dirige, surveille la conservation des monuments, mais il en ambitionne peu lapossession » 173. L’antiquaire explique ensuite les motivations de l’archéologue dans sa conquête du passé :« pour lui, la valeur d’un antique n’est ni dans la rareté, ni dans la matière qui le compose ; elleréside dans la beauté du style, dans la belle exécution, dans les souvenirs qu’il évoque et surtoutdans l’explication qu’il provoque ». L’antiquaire ajoute aux aspirations de l’archéologue le souci du171 Ibid., p. 210.172 POULOT, Dominique, « L’histoire des collections entre l’histoire de l’art et l’histoire ». In : PRETI-HAMARD,Monica, SENECHAL, Philippe (dir.), Collections et marché de l’art en France : 1789-1848, coll. Art & Société. Actesdu colloque de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris, 4-6 décembre 2003. Rennes : Presses universitaires deRennes, 2005, p. 435.173 Ibid., p. 215. 44
  11. 11. passé et de sa revivification lorsqu’il dit que « dans l’étude des monuments destinés à perpétuer lesouvenir des temps anciens, l’archéologue fait revivre les héros des siècles passés, nous initie à laconnaissance du culte, de l’administration civile et militaire, ainsi qu’aux besoins si nombreux de lavie privée ; et rassemblant avec soin les débris épars de l’antiquité, reconstitue un ensemble quenous admirons et où nous puisons des renseignements utiles pour tous ». Ainsi, les vertuspremières d’un objet selon cette dernière variété d’antiquaires sont sa contextualisation historique,sa facture artistique et esthétique et enfin son explication et sa compréhension dans un cadre global,utile à l’éclairage historique.La Physiologie de l’antiquaire de Nicolas-Victor Duquénelle est empreinte d’un crescendo. Si lesamateurs constituent un corps large et les collectionneurs sont un certain nombre, l’effectif desarchéologues est réduit. L’antiquaire rémois argue du fait qu’ « en raison des études sérieusesqu’exige l’archéologie, peu d’antiquaires sont appelés à faire partie de cette utile variété ».L’antiquaire explique que cette faiblesse tient au manque de spécialisation des antiquaires parl’étude. Il convient d’ajouter que la discipline archéologique ne se professionnalise et ne s’enseigneque très tardivement, à la fin du XIXe siècle. La première chaire d’archéologie est en effet créée enFrance à la Sorbonne en 1876.Nicolas-Victor Duquénelle poursuit en évoquant ce que l’on pourrait appeler le mal archéologiquefrançais du XIXe siècle. Il dit : « les uns (les archéologues), redoutant la publicité pour leurstravaux, n’osent faire connaître le résultat de leurs découvertes. Cette modestie est regrettable, car,toujours au courant des trouvailles qu’ils consignent avec soin, ces antiquaires pourraient enquelque sorte jalonner le terrain qu’explorerait à leur tour les historiens ; les renseignements exactsqu’ils possèdent sur les gisements archéologiques de chaque localité lèveraient bien des doutes etdes hésitations. En surmontant cette timidité, les écrivains novices sont certains de rencontrer unappui bienveillant chez les savants qui, loin de déprécier les travaux les plus modestes, lesencouragent en leur donnant place dans de savantes publications 174 ». Nicolas-Victor Duquénellesouligne le défaut de structuration du réseau archéologique français, malgré la création du Comitédes travaux historiques et scientifiques sous la Monarchie de Juillet. Il souhaite sans douteinterpeller ses pairs sur cette faiblesse dommageable, sur une meilleure organisation et unemeilleure répartition des tâches, afin d’établir une mise en commun des travaux la plus complètequi serait le jalon de la constitution d’un corpus archéologique exhaustif.Pour les autres antiquaires et pour justifier leur impossibilité à faire partie de la variété desarchéologues, il dit qu’ils « n’osent affronter les difficultés qui se présentent à chaque pas, surtout174 Ibid., p. 215-216. 45
  12. 12. quand, faute de documents, ils sont obligés à un et pénible travail. Ils veulent bien être cités commeantiquaires, mais, pour obtenir ce titre, la jouissance matérielle leur suffit : ils n’en comprennentpas, ou ne veulent pas en chercher d’autre ». Nicolas-Victor Duquénelle évoque la paresseintellectuelle et l’appétit matériel. L’antiquaire Duquénelle, complétant son raisonnement sur la variété des archéologues,évoque leur spécialisation ainsi : « […] mais comme l’archéologie comprend diverses branches biendistinctes, il arrive que les adeptes de cette science s’attachent à une spécialité, sans vouloir, chosed’ailleurs presque impossible, embrasser l’archéologie toute entière ». L’archéologie, en effet, offreun large champ d’études qui justifie une spécialisation de ceux qui la composent, selon des critèresthématiques, chronologiques ou spatiaux. Nicolas-Victor Duquénelle ajoute que ces divisionsarchéologiques sont porteuses d’atouts, et dit : « Ces divisions, étudiées par des hommes érudits,ont déjà produit d’heureux résultats. On a vu paraître des publications spéciales, qui ont rendud’immenses services aux historiens par la description des monuments et l’étude des mœurs ; àl’industrie, par la découverte des ingénieux procédés dont se servaient les anciens pour lafabrication des objets usuels ou artistiques» . L’antiquaire rémois retient les particularismesarchéologiques, constitutifs d’un corpus cohérent, qui contribuent aux progrès de la connaissancehistorique et industrielle ; mais aussi le bien-fondé de ce dispositif et de cette méthode despécialisation, qui a permis d’obtenir d’heureux effets pour l’archéologie et les sciences auxiliaires.D’ailleurs, souhaitant démontrant l’utilité de l’archéologue pour ces sciences, il poursuit ainsi :« […] mais l’archéologue, loin de vouloir imposer ses convictions, provoque les discussions dont lerésultat sera l’explication d’un point historique ignoré ou mal interprété. Dans ces luttesscientifiques, les opinions sont combattues avec autant de passions que de courtoisie, et laissant decôté toute question d’amour-propre, le vaincu oubliera sa défaite en pensant aux progrès qu’il aurasu imprimer à la science 175 ». Bien plus que d’admettre leur transversalité et leur éventuelle mise enrivalité, Nicolas-Victor Duquénelle souligne l’utilité de l’archéologie pour l’histoire. Il souligneaussi son originalité qui repose sur l’étude des traces matérielles du passé. Il démontre enfin quel’archéologie est en mouvement et est inscrite dans la modernité parce que cette discipline suscite lerenouvellement du débat scientifique des idées et des méthodes et des études. La recherchearchéologique, selon l’antiquaire, loin de renouveler exhaustivement un corpus matériel, permetaussi de renouveler les études historiques. Comme pour se convaincre de cette utilité, l’antiquairerémois finalise la justification de son propos ainsi : « Devant l’érudition de l’archéologue, rien ne175 Ibid., p. 216-217. 46
  13. 13. reste ignoré, rien ne passe inaperçu ; l’histoire, les arts, l’industrie sont initiés à des connaissancesque bien des générations avaient négligées par ignorance ou par insouciance ».Souhaitant concrétiser son propos sur la spécialisation, l’antiquaire rémois évoque l’un des corps del’archéologie : le numismate.En tout premier lieu, il en montre l’originalité et dit : « le numismate, dans une sphère plus modeste,peut aussi prétendre à quelque célébrité. Les monuments qu’il étudie n’ont pas, il est vrai, legrandiose des constructions remarquables par leurs dimensions, mais il n’en présente pas moins unintérêt tout aussi puissant 176 ». Le numismate appartient en effet à un corps archéologiqueparticulier puisqu’il recueille et étudie les médailles et monnaies. Il n’en demeure pas moins qu’ilest un archéologue, puisque l’archéologie consiste en l’étude des objets fabriqués par l’homme. Elledésigne « la part matérielle, visible, concrète du passé » 177.Nicolas-Victor Duquénelle prend la défense de la discipline numismatique, qui a été et estconsidérée comme une « science d’agrément » et qui souffre d’un jugement injuste 178. Il dénonce àcet effet les incertitudes historiques sur les temps primitifs, dues à l’adoption par l’historien detextes mythologiques comme sources primaires, à la diversité des opinions, ou pis encore, àl’obscurantisme historique, lorsqu’il ouvre ainsi son plaidoyer : « Les souvenirs primitifs del’antiquité se sont perpétués par des légendes et des traditions qu’exploitent à leur guise, tous leshistoriens ; de là cette diversité d’opinions que l’on remarque dans leurs ouvrages, et qui jette dansl’incertitude le lecteur curieux de connaître l’enfance d’un peuple. D’autres écrivains, pluscirconspects, ne voulant pas répéter les récits fabuleux de leurs prédécesseurs, se taisent, et alorssurgit un inconvénient plus grand encore : c’est l’obscurité ; puis vient la phrase obligée l’histoirese perd dans la nuit des temps ».Après ce préambule marquant un constat, l’antiquaire rémois entend prouver l’utilité de lanumismatique pour combler ces incertitudes et ces obscurités historiques. Il argue ainsi : « Eh bien !cette obscurité, cette incertitude se dissipent aux premiers rayons de la numismatique » 179. Prenantappui sur le cas très particulier des premières monnaies de l’antiquité, dites les monnaies muettes,l’antiquaire Nicolas-Victor Duquénelle propose dans sa présentation d’examiner leurreprésentation, et dit : « on y remarque d’abord les objets du culte, les animaux, emblèmes de lapuissance ou du commerce, les armes. Ces différents symboles sont particuliers à un peuple, et avecces seuls indices, on peut déjà préjuger de leurs divinités et de leurs mœurs. Si ces types présentent176 Ibid., p. 218.177 SCHNAPP, Alain, « Le patrimoine archéologique et la singularité française ». In : NORA, Pierre (dir.), Op.cit, 1997,p. 73.178 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, art.cit, 1849, p. 218.179 Ibid., p. 218. 47
  14. 14. quelque analogie avec ceux d’une autre nation, on peut prendre des conclusions qui leurdonneraient une origine commune, ou qui indiqueraient les transactions commerciales entredifférents peuples qui échangèrent d’abord leur industrie, puis leur civilisation, leurs coutumes etleurs usages ». Il montre ainsi que ces monnaies sont d’un précieux ressort pour l’histoirepuisqu’elles figurent les symboles du culte et des mœurs d’un peuple ; elles peuvent aussi permettrede déduire, à partir des similitudes qu’elles présentent, de contacts et d’échanges entre les peuplesou de phénomènes d’acculturation.Nicolas-Victor Duquénelle poursuit son raisonnement sur l’utilité de l’étude numismatique par lesmonnaies figurant « des noms de peuples, de cités, de personnages » et écrit que « leur découverteet leur explication sont d’une utilité incontestable pour l’histoire et la géographie », à l’égardnotamment de l’organisation et de l’influence des peuples et des villes.Il conclut enfin cette démonstration en affirmant l’utilité de la numismatique à l’histoire : « C’estdonc à la numismatique que s’adressent les historiens ; ils y puisent des témoignages authentiques,grâce auxquels des faits, douteux jusque là, présentent désormais des preuves incontestables devérité ». L’antiquaire rémois tient surtout à souligner le discours véridique et authentique de lanumismatique, et ajoute que « la sagacité du numismate vient encore aider l’explication denombreuses légendes que l’on rencontre sur les monuments, les tombeaux, les pierres militaires ouvotives ; ces légendes, mises au rang des énigmes pendant longtemps, sont maintenant expliquées ;leur interprétation, basée sur une érudition sage, a pu donner des renseignements précis sur deslocalités ou des personnages célèbres 180 ». Dans un autre registre, Nicolas-Victor Duquénelle esquisse ensuite les missions dedescription et de conservation des monuments par les archéologues, et dit que « c’est surtout versles monuments que l’archéologue dirige ses études ; non content de les décrire dans leurs plus petitsdétails, il veut la conservation de ces souvenirs gigantesques qui attestent la puissance et lamagnificence de leurs fondateurs. Il en est qui ont reçu du temps et des hommes des atteintes biengraves, mais un génie conservateur a su y porter remède ; et si, de nos jours, on peut les montreravec quelque orgueil, c’est grâce au concours désintéressé des archéologues. Leur sage prévoyanceet leur zèle infatigable ont provoqué d’heureuses restaurations qui rappellent l’ancienne splendeurde ces glorieux vestiges […] non, l’archéologue préfère des ruines ; ce qu’il ne peut sauver de ladestruction, il le décrit, et il confie au papier le souvenir des monuments que les hommes n’ont passu respecter 181 ». Aloïs Riegl a défini ce rapport des monuments au temps et aux hommes – ce qu’il180 Ibid., p. 219-220.181 Ibid., p. 217. 48
  15. 15. appelle le culte moderne des monuments 182 – en trois concepts que sont la valeur d’ancienneté, lavaleur historique et la valeur commémorative. L’antiquaire rémois démontre aussi l’utilité del’archéologue dans la restauration des monuments. Pour conclure sur la variété de l’archéologue, Nicolas-Victor Duquénelle insiste sur l’utilitéuniverselle de ce dernier. Il dit : « Ainsi, vous le voyez, l’archéologue met son érudition à ladisposition de la société toute entière. Vous comprenez son utilité, et il vous sera facile d’établiravec moi la différence immense qui existe entre lui et les autres variétés de la même famille. Enprésence de la faveur que le public accorde aux travaux des archéologues, je ne crois pas que l’ontrouve exagérée l’appréciation que j’ai faite de ces hommes intelligents et laborieux 183 ».L’antiquaire rémois souligne ici la distinction qu’il opère entre cette variété et les précédentes,comme il l’avait annoncée en initiant sa démonstration. L’archéologue est suggéré comme unprofessionnel et un spécialiste, dont les capacités de description, d’interprétation et d’explicationdes traces du passé sont reconnues. Nicolas-Victor Duquénelle suggère aussi une vulgarisation de lapublication archéologique, accessible à des publics avertis certes, mais néanmoins de plus en plusnombreux. La « classe » de Duquénelle Nicolas-Victor Duquénelle conclut la présentation des trois variétés qui complètentla physiologie de l’antiquaire en ces termes : « Pour terminer, je risquerai une comparaison qui, sielle n’est pas juste, aura du moins le mérite de la nouveauté. En étudiant les diverses variétés del’antiquaire, j’ai trouvé qu’elles avaient quelque analogie avec une famille intéressante du règneanimal : avec les lépidoptères. En effet, de même que ces insectes, soumis aux lois de la nature sontobligés de vivre dans deux états humbles et modestes avant d’arriver à la dernière période de leurexistence, pendant laquelle seule ils brillent de quelque éclat et prouvent leur utilité, de même aussil’antiquaire, avant de parvenir à la renommée de l’archéologue, doit prendre place dans deuxvariétés de moindre valeur ; mais, plus heureux que le lépidoptère, l’antiquaire sait se reproduire parson travail, et toute en se tenant à distance des maitres de la science, il peut, parodiant le motcélèbre d’un empereur romain, dire un jour : « Je n’ai pas perdu tout mon temps » » 184.Cette comparaison est surprenante, mais instructive. A travers elle, Nicolas-Victor Duquénelleesquisse une progression de « variétés » de l’antiquaire, de par l’ancienneté et la méritocratie ; cest-182 RIEGL, Alois, BOULET, Jacques (éd.), Le culte moderne des monuments : sa nature, son origine. Paris :L’Harmattan, 2003, 123 p.183 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1849, p. 220.184 Ibid., p. 220-221. 49
  16. 16. à-dire d’une part le temps d’exercice de la passion devenue profession, et d’autre part la progressiondans la hiérarchie de « la race en général » par l’étude et le travail fourni.A partir de cette étude sur l’antiquaire et de documents transversaux, en reprenant point par pointles diverses variétés en présence, la place occupée par l’antiquaire rémois dans cette hiérarchie desgenres peut être déterminée. Avant cela, il convient d’analyser la place de sa collection. Le collectionnisme est un héritage de la tradition antiquaire, obéissant à des méthodes, queNicolas-Victor Duquénelle applique. Dans la préface de sa Description historique du cabinet d’unantiquaire rémois 185, Nicolas-Victor Duquénelle adopte un cycle ternaire pour présenter sacollection : sa genèse, sa vie et son aboutissement.Evoquant la naissance de sa collection, il dit : « En 1828 (c’est presque de l’histoire ancienne) je mesuis trouvé possesseur d’un sac contenant environ un kilogramme de vieilles monnaies de toutesespèces : ce don provenait des offrandes et des quêtes d’une paroisse de Reims ; le trésorier, dansl’impossibilité, d’en tirer aucun parti, voulut bien s’en débarrasser en ma faveur : j’acceptai avecl’insouciance de mon âge, et pendant cinq ans ces monnaies et médailles restèrent, sans exciter macuriosité, reléguées dans le fond d’un meuble. Plus tard, en 1833, cherchant à utiliser les loisirs queme donnait ma profession sédentaire (j’étais pharmacien), je pensai à mes vieux sous, comme je lesappelais alors, et, dans mon ignorance, j’avoue que de prime abord je fus peu séduit à l’aspect decet assemblage de monnaies de tous les pays et de toutes les époques. Mais, en les examinant, jeremarquai des noms, des portraits d’empereurs romaines ; je me souvins des leçons d’histoireromaine que j’avais eues au collège de Reims, et que j’avais suivies à une attention mêlée de plaisir(c’était peut-être une première vocation), je résolus de les étudier, de les connoître, et grâce auxconseils et à la bienveillance de deux savants collectionneurs rémois, Messieurs Grassière et Lucas-Dessain, qui me donnèrent les premières notions de numismatique, je devins un adepte zélé de cettescience si intéressante. Tels furent mes premiers débuts dans la carrière archéologique 186 ».L’antiquaire y admet donc que sa collection s’est formée au hasard d’un don de monnaies etmédailles, qu’il n’exploita que cinq ans après. Ce passage révèle également que son goût de l’objetet l’éveil de sa curiosité ne réside pas dans sa possession mais de son étude. On y apprend enfin queNicolas-Victor Duquénelle a reçu une initiation et une instruction sur la numismatique, dispenséespar deux maitres que sont Grassières et Lucas-Dessain.Il évoque ensuite la « vie » de sa collection et dit : « Ce que je possédais n’avait pas une grandevaleur ; la série des monnaies romaines était peu nombreuse, et je voulus l’augmenter ; c’était chose185 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Description historique du cabinet d’un antiquaire rémois ». In : JADART, Henri,Victor Duquénelle, antiquaire rémois, 1807-1883. Notice sue sa Vie, ses Travaux et ses Collections avec diversesœuvres posthumes publiées par lAcadémie de Reims. Reims : Michaud, 1884, p. 25-30 ; Annexe 2.186 Ibid., p. 27-28. 50
  17. 17. facile, en raison des fréquentes et nombreuses découvertes que l’on faisait alors et qui se sontsuccédé jusqu’à notre époque ; une circonstance bien favorable était le petit nombre d’amateurs qui,loin de se faire concurrence comme aujourd’hui, se voyaient et s’enrichissaient leurs collections pardes échanges mutuels. Je songeais à donner à ma suite une unité plus facile à compléter, et j’aiadopté l’époque romaine, et cela avec d’autant plus de raison que, depuis près de cinquante ans, j’aiconstaté que les découvertes archéologiques faites sur le sol rémois se rattachent pour le plus grandnombre à cette époque. On rencontre quelquefois des objets mérovingiens et du moyen-âge, maisc’est accidentellement, tandis que l’on ne peut donner un coup de pioche à Reims sans mettre à jourdes souvenirs de l’occupation et de la civilisation romaines. Aussi, je puis affirmer que macollection, à part quelques exceptions, est vraiment locale, et qu’elle provient des fouilles faites àReims et dans les environs ; j’ai dû cependant avoir recours aux marchands, surtout pour la sérienumismatique, pour combler quelques lacunes, mais c’était en hésitant, car il fallait passer sous lesfourches caudines de ces messieurs, et je me disais : qu’un plaisir qui coûte cher n’est pas toujoursun vrai plaisir ; j’ajouterai que, malgré la confiance dont ils sont dignes, on peut douter del’authenticité d’une monnaie ont on ne peut que difficilement constater l’origine, tandis que l’ondoit une confiance absolue à un terrassier laborieux qui vous vend, quelquefois un peu cher, il estvrai, ce que le hasard lui a fait découvrir, mais là il y a certitude 187 ». Nicolas-Victor Duquénelle aen effet complété sa collection au fil des années pour former un corpus d’objets cohérent et lisible,plus souvent par le résultat des fouilles et découvertes, plus exceptionnellement par l’acquisitiond’objets rares auprès des marchands. Il évoque aussi l’adoption d’une méthode, cest-à-dire laspécialisation de sa collection, tant au niveau de l’espace puisque sa collection est locale, tant auniveau du temps puisque sa collection est largement consacrée à l’époque romaine.Il évoque enfin l’aboutissement de sa collection, cest-à-dire son passage du cabinet privé au muséepublic. Cette étude est l’objet d’une partie 188.La collection de Nicolas-Victor Duquénelle se consacre largement à la numismatique. L’antiquairerecense en effet dans son catalogue trois cent quatre vingt six familles de médailles et monnaies,dont très majoritairement des monnaies consulaires – au nombre de cent quatre vingt quatorzefamilles – et des médailles impériales – au nombre de cent soixante familles – 189. Elle est ensuiteconsacrée, comme précédemment indiquée, à l’étude des antiquités gallo-romaines. Des objets en187 Ibid., p. 28-29.188 Voir Le legs de Duquénelle : ses conditions et son but. p. 146.189 M.S.R, Fonds documentation : Duquénelle (catalogue) ; Annexe 3. 51
  18. 18. terre, verre, bronze, fer, ivoire et os, mais aussi des médaillons et cachets d’oculiste, constituent lesecond versant de cette collection 190. Une place de Nicolas-Victor Duquénelle parmi la variété de l’antiquaire-amateur est àexclure. Il dénonce en effet en cette variété un agencement des collections illusoire alors que lasienne, d’après son catalogue 191, est organisée chronologiquement, spatialement outhématiquement ; un recours facile au marchand, alors que d’après la préface d’une de sespublications, il n’en est que coutumier pour les besoins exceptionnels, même si, selon HenriJadart 192, il correspondait avec les marchands parisiens Jean-Henry Hoffmann, Claude-CamilleRollin et Félix Feuardent ; la préférence de l’esthétisme à l’authenticité alors qu’il prône unepréférence de la qualité, de l’authenticité et de la véracité à la quantité ; la recherche du gain et duprofit ; une absence absolue de raisonnement ou de recours historique, alors qu’il se considère lui-même comme un « historien véridique » 193. Il réfute lui-même d’une certaine façon cettehypothétique filiation avec cette première variété, lorsqu’il dit : « j’attendrai votre jugement et votreappréciation impartiale ; mais il faut que je raconte comment je suis devenu, sinon un archéologue,du moins un zélé collectionneur 194 ».Toutefois, il partage, du moins partiellement, un point commun avec cette variété. Par le poidsantagoniste mais existentiel de la tradition antiquaire et de la modernité archéologique, il a lui aussifléchi à la passion de la collection, à la manie de l’antique ou anticomanie, et à la mode ; ces troiscritères qui prennent toute leur place dans l’histoire du goût.Nicolas-Victor Duquénelle semble en réalité à la croisée entre le collectionneur et l’archéologue.Des caractéristiques du collectionneur, l’antiquaire rémois possède la méthodologie del’ordonnancement de la collection et du classement des objets selon des critères chronologiques,thématiques et de rareté. Il possède également des notions historiques pour établir l’ordrechronologique des objets collectionnés. Il détient enfin des traits du collectionneur l’intrépidité,cest-à-dire l’inlassable recherche d’objets recueillis de fouilles, dans le but d’augmenter sacollection. Nicolas-Victor Duquénelle est en effet cité, selon Henri Jadart 195, dans la liste « desprincipaux collectionneurs du XIXe siècle par Ernest Bosc 196. Ce dernier évoque une « superbe190 Ibid., p. 95.191 Ibid., p. 95192 JADART, Henri, Victor Duquénelle, antiquaire rémois, 1807-1883. Notice sur sa Vie, ses Travaux et ses Collectionsavec diverses Œuvres posthumes publiées par l’Académie de Reims. Reims : Michaud, 1884, p. 4.193 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1849, p. 214.194 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Description historique du cabinet d’un antiquaire rémois ». In : JADART, Henri,Op.cit, 1884, p. 27.195 JADART, Henri, Op.cit, 1884, p. 4.196 BOSC, Ernest, Dictionnaire de l’art, de la curiosité et du bibelot. Paris : Firmin-Didot, 1883, 695 p. 52
  19. 19. collection d’antiquités romaines. (émaux, médailles, poteries, verreries, etc.) 197 ». Cette réputationest telle que l’abbé Nicolas Valentin, évoquant une pièce d’or à l’effigie de l’empereur Anastase deConstantinople retrouvée en 1863 dans le canton de Fismes 198, suppose qu’elle est désormais enpossession de l’antiquaire rémois. Dans ce même esprit de renommée locale et d’intrépidité pourl’accroissement de la collection, Charles Loriquet dit : « Depuis tant d’années que les monumentsde l’antiquité rémoise s’accumulaient dans le cabinet de M[onsieur] Duquénelle, les curieux dont ilse faisait si volontiers le guide, avaient plus d’une fois manifesté le désir d’être renseignés par unenotice spéciale sur l’importance de sa collection, sur l’origine des objets qui la composent et sur lesparticularités qui les distinguent 199. Nicolas-Victor Duquénelle est un homme de terrain, à l’imagedu collectionneur intrépide et à l’inlassable recherche de matériaux authentiques. Charles Loriquetévoque à cet effet son contemporain en ces termes : « En mai 1859, M[onsieur] Duquénelle, qui esttoujours le premier averti des découvertes qu’on fait à Reims, parce qu’il a le soin persévérant deparcourir la ville dans tous les sens et d’interroger toutes les fouilles qui s’y pratiquent, eutconnaissance qu’on venait de mettre à découvert une mosaïque […] 200 ». Du collectionneur enfin,l’antiquaire rémois a hérité du recours mesuré aux marchands pour compléter sa série.Des caractéristiques de l’archéologue, Nicolas-Victor Duquénelle dispose de méthodes historiqueset d’une démarche archéologique, partagées par le souci de tenir un discours historique véridique. Il« comprend et explique », du moins tente-t-il de restituer chaque objet dans un contexte historique.Puis, il propose dans ses publications, après chaque description d’un objet, une interprétation surson usage et sa datation. De cette variété, l’antiquaire rémois possède ensuite la spécialisationpuisqu’il est numismate. Faustin Poey-d’Avant, dans son troisième volume sur les monnaiesféodales de France édité en 1862, évoque cette démarche d’historicité et de spécialisation del’antiquaire lorsqu’il présente quelques objets de la collection numismatique de Nicolas-VictorDuquénelle et qu’il évoque un raisonnement déduit par son contemporain, de par sa démarche. Ildit : « En publiant celui que j’ai donné sous le n°6061, M[onsieur] Duquénelle opine pour sonattribution à Massanès Ier, et place l’autre à Massanès II. Il se base particulièrement sur le motArchipresul qui se trouve sur la première de ces monnaies, et qui est remplacé sur l’autre parArchiepiscopus. Les raisons alléguées par le numismate rémois me semblent devoir être prises en197 BOSC, Ernest, Op.cit, 1883, p. 678.198 VALENTIN, Nicolas (abbé), « Notice historique et descriptive des monuments historiques et religieux du canton deFismes ». Travaux de l’Académie impériale de Reims, 1863-1864, vol. 40, n° 3-4, p. 242.199 LORIQUET, Charles, « Compte-rendu des travaux de l’année 1875-1875 ». Travaux de l’Académie nationale deReims, 1874-1875, vol. 57, n° 1-2, p. 13-14.200 LORIQUET, Charles, La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, étude sur les mosaïques et sur lesjeux de l’amphithéâtre. Reims : Brissart-Binet, 1862, p. 101. 53
  20. 20. considération 201 ». La démarche historique du numismate tient au fait du recours aux sources écriteset à l’étymologie et à l’usage des vocables. Enfin, l’antiquaire-archéologue Duquénelle, loind’étudier exhaustivement les monuments, a une mission de conservation 202.201 POEY-D’AVANT, Faustin, Monnaies féodales de France, vol.3. Paris : Rollin, 1862, p.269.202 Voir L’ANTIQUAIRE ET SON IMPLICATION DANS LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE REMOIS, p. 122. 54

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