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4mise en scène des déluges passés. Nous baignerions complaisamment dans une litanie de lacatastrophe, allant des désastres...
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6un « timbre de voix » qui assure « la qualité d’augure »20, une habitude d’en remontrer auxPrinces, des propos œcuménique...
7dans une recontraction globale du Cosmos»23. Nous rejoignons ici la dimension philosophiquedu bouleversement créateur, qu...
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A quoi sert la catastrophe

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A quoi sert la catastrophe

  1. 1. « A QUOI SERT LA CATASTROPHE ? » Le vendredi 11 mars 2011 à 14h46, un tremblement de terre de magnitude 9 se produitau large des côtes japonaises, endommageant la centrale nucléaire de Fukushima. Les médias dumonde entier établissent d’une même voix le constat d’une catastrophe. Son caractèreirrémédiable marque un tournant dans l’histoire du Japon : il existera désormais un avant et unaprès Fukushima. Dès sa première utilisation en français sous la plume de François Rabelais, leterme désigne à la fois la « fin », l’« issue » mais également un vacillement symbolique, inscrit« hors de l’inévitable causalité. »1 La catastrophe dépasse donc le simple problème, elle est unjalon, un seuil inédit induisant un retournement (le mot grec katastrophê signifiantrenversement).Un événement anthropocentré Si la notion de rupture et de discontinuité représentée par la catastrophe est son pendantle plus objectif, un aspect plus humain, celui de la catastrophe comme désastre, renvoie à uneconception de l’événement qui obtiendrait cette qualité à l’aune du nombre de victimes 2. Lacatastrophe est ce moment traumatique qui marque un tournant historique par sa discontinuité. Ils’agit surtout d’un objet de représentations, un construit mythologique sur laquelle l’humanité1 Aurélien Barrau, « Catastrophe : signe ou concept pour la physique contemporaine ? », LePortique, n°22, 2009. / Source : http://leportique.revues.org/ index2053.html (consulté le 21 novembre2011).2 Christian Godin, « Ouvertures à un concept : la catastrophe », Le Portique, 22 | 2009/ Source: http://leportique.revues.org/index1993.html (consulté le 21 novembre 2011)
  2. 2. 2n’a cessé de projeter discours et eschatologies. Religieux ou scientifiques, politiques oumétaphysiques, ces discours guident une grande partie des orientations prises par nos sociétés.Christian Duverger montre par exemple que la société aztèque organisait ses sacrifices et sesactivités autour de la catastrophe inéluctable de la chute du dernier et cinquième soleil3. Demanière plus anecdotique, il est loisible d’observer le nouveau rapport de force en faveur despartisans d’une sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima pour se rendre compte del’impact d’une telle catastrophe sur les luttes au sein des arènes publiques. Il n’est pas questionici de s’interroger sur la caractéristique naturelle ou humaine d’une catastrophe mais plutôt surses usages, sur les discours qui sont portés sur et par la catastrophe, sur leur impact dans nossociétés. Le développement des réflexions sur l’impact éthique de la catastrophe nous invite àdépasser sa simple définition. La pierre d’achoppement ne réside pas dans les caractéristiquesde la catastrophe mais dans notre attitude par rapport à elle. Vivons-nous dans une époquebercée de discours cataclysmiques, comme d’étranges mélopées hymnopédiques ? Ou noustrouvons-nous au contraire dans l’œil du cyclone, dans la scotomisation d’une apocalypse touteproche ? Savoir « d’où l’on parle » de la catastrophe permet d’en comprendre un enjeuprimordial, sa fonction sociale ainsi que les fantasmes, les peurs et les projets qui s’y reflètent. Ils’agit de questionner l’impact de notre positionnement par rapport à la catastrophe.Le catastrophisme, remède à la catastrophe ? La réflexion sur la catastrophe « devant nous », qu’élaborent de nombreusespublications scientifiques, philosophiques, poétiques, n’est pas un objet éminemment nouveau.Les travaux scientifiques et l’impact politique des débats sur le réchauffement climatique luiconfèrent néanmoins une actualité sans cesse renouvelée. Le chercheur français le plus célèbre àavoir étudié l’attitude de nos sociétés vis-à-vis de la catastrophe est sans doute le philosophe etingénieur de formation Jean-Pierre Dupuy, à l’origine de la notion de « catastrophismeéclairé »4. Il s’inscrit dans le sillon de « l’heuristique de la peur » tracé par Hans Jonas dansson Principe de responsabilité et dans les mises en gardes d’Ivan Illich contre le modèleindustriel de développement : « Les deux tiers de l’humanité peuvent encore éviter de traverserl’âge industriel s’ils choisissent dès à présent un mode de production fondé sur un équilibrepost-industriel, celui-là même auquel les nations sur-industrialisées vont être acculées par lamenace du chaos »5. Entendant le principe de précaution, Dupuy présente la catastrophe commela prophétie à laquelle il faudrait nécessairement croire pour mieux pouvoir l’éviter. Selon lui,« la catastrophe n’est pas crédible, elle n’est tenue pour possible qu’une fois réalisée, donc troptard »6. Le « catastrophisme éclairé » qu’il propose s’appuie sur l’idée que nous sommes sourds3 Christian Duverger, La fleur létale, économie du sacrifice aztèque, 1979, Ed. Seuil.4 Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, quand l’impossible est certain, Ed. Seuil,20045 Ivan Illich, La convivialité, 2003, Ed. Points, Coll. Essais, (1ère édition, 1973). Nous surlignons leterme.6 Jean-Pierre Dupuy, La Marque du sacré, 2010, Ed. Flammarion. Coll. Champs Essais.
  3. 3. 3à la catastrophe malgré l’alerte et que son usage social sur un mode prophétique remplit lafonction « d’anticipation de la rétroactivité du jugement ». Face au déni contemporain desrapports scientifiques prévoyant le pire, l’incertain doit être tenu comme ayant déjà eu lieu pourpermettre de se conformer à « la raison la plus exigeante ». Il s’agit finalement de porter unregard neuf sur notre conception de l’avenir, ouvert au champ des possibles et en rupture avecl’ordre du passé figé et connu. Ce temps de l’histoire doit céder la place au temps du projet, àune représentation de l’avenir sous la forme non plus d’un arbre des possibles mais sous celled’une boucle rétro-alimentée. Si la catastrophe devant nous a déjà eu lieu, la connaissance de cefutur apocalyptique permet l’émergence d’une forme de « remord anticipateur », évitantparadoxalement ce que les prophètes du malheur avaient prévu et annoncé. Face au déni, notresalut passerait ainsi nécessairement par la revendication du pire.L’illusoire gestion du risque La catastrophe constitue bien l’événement qui met en échec le désir de toute-puissancede l’homme et le rend dérisoire. Elle nie la capacité de l’homme à contrôler la nature (y comprisla nature humaine). Néanmoins l’idée moderne de « gestion du risque », la « sociologie durisque » refusent cette impuissance qui équivaudrait à reconnaître le dépassement de l’hommepar des puissances incontrôlables. Il en résulte une perception de la catastrophe comme simpleaccident d’une intensité particulière, refusant ses caractéristiques d’imprévisibilité et d’unicité.La gravité de la catastrophe et la recherche permanente de sécurisation concourent àl’encadrement accru de l’existence des individus au sein de nos sociétés. Continuellementrefusée car présentée comme évitable par la technologie, la catastrophe imprègne en revancheles conduites au nom de la gestion du risque. On peut ainsi opposer au catastrophisme éclairé laprésence médiatique et les débats autour de la catastrophe au sein de l’espace public, participantmême du succès de ce concept. Plus que le déni ou l’absence de crédit portée à une possibleapocalypse, les réticences au changement face à l’abîme se manifesteraient davantage dans laschizophrénie battue en brèche par Serge Latouche qui relève « qu’au moment précis oùl’unanimité se manifeste pour sauver la planète, une quasi-unanimité s’exprime aussi en faveurd’une reprise de la croissance »7. La mise en scène de la catastrophe ne s’accompagnant pas desmesures visant à l’enrayer, sa présence serait-elle l’expression d’un désir inavouable de notreimaginaire collectif ? Henri-Pierre Jeudy estime à ce propos que « sous une forme plus subtile,la menace de la catastrophe peut être à tel point entretenue, invoquée, que la prévention seconfond avec une étrange fascination pour l’événement désastreux »8. Dès lors la catastrophe neserait plus l’horizon certain à éviter mais le substrat intellectuel qui guiderait tour à tour goûts etcréations artistiques, politique de mémoire et de commémoration et son pendant historicisant de7 Serge Latouche, « Ecofascisme ou écodémocratie », Esquisse d’un programme « politique » pourla construction d’une société de décroissance, Revue du MAUSS, 2005/2 n°26, p. 279-293.8 Henri-Pierre Jeudy, Le Désir de catastrophe, 2010, Ed. Circé/Poche (1ère édition, 1990).
  4. 4. 4mise en scène des déluges passés. Nous baignerions complaisamment dans une litanie de lacatastrophe, allant des désastres naturels aux chocs boursiers. Dans ce cas de figure, la présence médiatique de la catastrophe peut se lire comme uneresucée de la pulsion de mort, où s’entremêlent désir et jouissance de la contemplation du pire.Elle traduit une pulsion morbide, thanatos moderne confondant angoisse et prévention. SelonJeudy, ce désir catastrophé est le vecteur de diffusion d’un discours moralisateur tenant lieu derègle juridique et morale. Au nom « d’une gestion optimale des risques, l’organisation de lasauvegarde de l’humanité impose un modèle culturel déterminant, celui d’une pédagogie durisque mise en place par les sociétés industrielles les plus développées et les plus menaçantes ».L’impératif de catastrophe opère ici comme anesthésiant social permettant d’imposer uncontrôle toujours plus minutieux des individus. En creux, l’omniprésence de la catastrophe meten péril notre « innocence du devenir » et notre capacité même à idéaliser un futur, coincé entrela gestion des risques et la commémoration de son échec. L’opposition devient dès lors frontaleentre les tenants du « besoin » de catastrophe et leurs détracteurs estimant que l’espace publicest au contraire saturé du catastrophisme, entre catastrophe à imaginer et désastre à distancier.Ce clivage serait-il dépassable par le recours à la méthodologie catastrophique proposée parRégis Debray ?Le bon usage du prophète Son ouvrage, Du bon usage des catastrophes, présente la catastrophe comme événementayant valeur d’avertissement, rappelant notre vulnérabilité et remettant en question notre avenir.Elle a en outre valeur pédagogique et pointe les erreurs à ne pas commettre de nouveau. PourDebray il s’agit des deux aspects par lesquels « nos nations ménagères […] travaillent l’horreurpour tirer le meilleur du pire »9, et apprennent à utiliser la catastrophe. Il estime néanmoins quele véritable usage de la catastrophe est sa fonction sous-jacente et fondamentale est sadimension prophétique, le recyclage symbolique de l’événement par autant d’« exégètes etcommentateurs »10 qui le replacent dans un univers de sens. Cette réintégration de lacatastrophe, perçue comme une rupture dans le long terme de la pensée, est effectuée dans le butd’en limiter les conséquences. Passée ou future, la catastrophe demeure un facteur de remise enquestion de nos sociétés, notamment dans une période de « technoscience [qui] n’élimine pas lespirituel [mais] le recycle »11. Le monde actuel est traversé de questionnements sur l’impact del’homme sur son environnement, sur le caractère humain et industriel des catastrophes.S’interroger sur la catastrophe revient à comprendre les assises fondamentales de nos sociétés.Dépassant l’opposition établie entre catastrophes naturelles et catastrophes humaines présentejusque dans les textes législatifs12, l’événement reste anthropocentré. Rousseau rappelait avecironie qu’il ne manquait pas d’y avoir des tremblements de terre dans les régions inhabitées et9 Régis Debray, Du bon usage des catastrophes, 2011, Ed. Gallimard, Paris, p 11.10 Ibid. Idem.11 Ibid. p 12.12 La notion de catastrophe naturelle fait ainsi état de « l’intensité anormale d’un agent naturel ».
  5. 5. 5que ces mouvements de terrain ne devenaient catastrophes qu’en impactant l’existencecollective des hommes. Debray précise le rôle du prophète, fondamental à ses yeux, dans la réinsertion del’événement dans un discours. Par l’analyse des séquences du catastrophisme prophétiqued’Isaïe à Martin Luther King, l’auteur met en lumière les lignes de fond religieuses aufondement de nos sociétés, qui expliquent l’atavisme de la figure du prophète. Ce dernierinterprète l’avenir en fonction d’un passé qui explique le présent. Réagissant à la catastrophe etl’insérant dans les prophéties passées, le prophète ébauche une vision de l’avenir. Son discourspeut, pour Debray, se diviser en quatre étapes. En premier lieu, le Prophète rappelle les raisonsde paniquer, le caractère meurtrier et annoncé de la catastrophe, l’enchaînement logiqueamenant fatalement à la fin des temps. Suit alors le dévoilement des « causes profondes ducataclysme »13, que le Prophète connaît et révèle, et la nécessaire remise en question desconduites à accomplir pour être sauvé. Enfin le Prophète salue le peuple qui a su saisir sachance et éviter la destruction du monde. L’intérêt de ce discours est d’offrir un « moyen dereprendre chaque fois le collier »14. L’annonce de l’apocalypse devient le meilleur moyen del’éviter, l’explication de la catastrophe évite le naufrage dans l’abîme de la perte de sens.Debray considère que nos sociétés contemporaines ont remplacé « la Vox Dei par la VoxPopuli »15. Les nouveaux prophètes doivent interpréter des nouveaux augures scientifiques,rapports et sondages. Les nouvelles logiques apocalyptiques s’appuient sur des outils plusavancés technologiquement mais qui se fondent sur les mêmes craintes du futur, la mêmeinquiétude face à la vulnérabilité de l’homme au jeu des éléments, des dieux, de la technologie.Éternel « sémiopathe »16, son besoin de sens l’empêche de se contenter du présent, il a besoind’une vision de l’avenir. L’auteur estime que l’empreinte universaliste du monothéisme garantit« aux annonceurs du meilleurs par le pire une sale pleine pour les siècles des siècles »17,assurant une « compétences sur les 5 continents ». La catastrophe, signe divin annonciateur des temps eschatologiques, constitue enfin unmoyen pour le Prophète d’acquérir ou de renforcer sa position. Debray note avec ironie danssa Lettre à un jeune prophète que « l’université ne peux plus répondre à la demande pathétique,ni les sciences politiques »18 et qu’il revient au Prophète de se mettre en chemin. Face à denouveaux enjeux, le « champ de bataille est passé de la mère patrie à la terre matrie »19 où lesanciennes « religions civiles de salut », les antiques institutions sont obsolètes. C’est aunouveau Prophète de « suivre le mouvement » et d’appliquer les conseils du médiologue pourparvenir à surplomber le monde. Il faut alors appliquer quelques « techniques » prophétiques,13 Ibid. p 16.14 Ibid. Idem15 Ibid. p 31.16 Ibid. p 46. Le néologisme suggère une recherche maladive de signes capables de conférer dusens à l’existence.17 Ibid. p 52.18 Ibid. p 61.19 Ibid. Idem.
  6. 6. 6un « timbre de voix » qui assure « la qualité d’augure »20, une habitude d’en remontrer auxPrinces, des propos œcuméniques qui assurent l’interview. L’exemple par excellence, celui qui« des pythies nationales est le moins tapageur mais le plus exigeant » est René Girard. Sesobservations sont décrites comme un « glaive à double tranchant, démonstratif et fulgurant, bonpour l’amphi comme pour la nef »21. Les écrits girardiens sont ici cités en exemple de ce quepeut-être une prophétie contemporaine, qui se propose de réinterroger les anciennes prophétiespour en révéler la face cachée. Pour exceller comme Girard dans un rôle de prophète moderne,rôle gratifiant d’interprète du sens du monde, il faut s’en tenir à une idée maîtresse,impérativement nouvelle, la rendre simple et générale jusqu’à la faire tourner à l’idée fixe,s’assurer de sa consonance avec l’environnement. Si l’apprenti prophète parvient à adopter cestraits de caractère et ces techniques de discours, il devrait sans trop de problème atteindre lessommets prophétiques de ceux qui font bon usage des catastrophes.La catastrophe comme questionnement de l’acquis Evénement inédit induisant un retournement et capable d’impacter en profondeur laconduite des sociétés, la catastrophe possède une profonde dimension philosophique. Point depassage entre un avant à jamais passé et un après désormais différent, elle constitue à la fois unespace transitoire et l’impulsion initiant le bouleversement créateur. Elle engendre la mort maispeut permettre la renaissance sous une forme nouvelle. C’est ici que s’observe la différencefondamentale entre la catastrophe dans son acception philosophique et dans ses conséquencestechniques. Au sens symbolique et cosmogonique, elle n’est pas synonyme d’anéantissementnégatif (c’est-à-dire qu’il serait par nature souhaitable d’éviter), comme dommage causé auxsociétés qu’il s’agit de traiter par une réduction du risque. Elle est le pur bouleversement dont larupture initie le renouveau. De manière inattendue, ce sens symbolique rejoint à certains égardsles conclusions de l’astrophysique. Dans le cas de la naissance du Cosmos, la catastrophe va àl’encontre même de la méthodologie scientifique, qu’elle place dans une impasse. AurélienBarrau rappelle à cet égard que « l’étude du Cosmos (…) se distingue (…) en ceci quel’expérience qu’elle décrit, la naissance de l’Univers, est irreproductible et que la mise enévidence de régularités qui permettent usuellement l’inférence des lois est donc impossible. » :cette « physique paroxystique » repousse « les concepts structurants dans leurs 22retranchements » . Le questionnement posé par la catastrophe porte sur les originesprimordiales comme sur le dernier futur : « les modèles d’univers présentant une géométrie dite« fermée » conduiront inéluctablement à un Big-Crunch, implosion marquant la fin du monde20 Ibid. p 70.21 Ibid. p 79.22 « De plus, l’observateur est partie intégrante du système qu’il entend décrire et ne sauraits’extraire de l’objet d’étude. Enfin, à la différence de toutes les autres branches de la physique, lesconditions initiales n’y sont pas contingentes s’il s’agit de décrire le monde réel et effectif et non pasd’inventer une cosmologie des mondes possibles. Sans oublier que les énergies en jeu ne sont pasaccessibles à l’expérience et que le cours du temps doit être conceptuellement remonté, en dangereusedissension avec les principes de la thermodynamique. » Aurélien Barrau, ibid.
  7. 7. 7dans une recontraction globale du Cosmos»23. Nous rejoignons ici la dimension philosophiquedu bouleversement créateur, qui ouvre et termine notre monde, donne la vie et fait advenir lamort, de l’échelle la plus large (l’univers) à la plus réduite (l’existence de l’individu). La catastrophe devient, à ce point de jonction entre science et philosophie, uneinvitation philosophique faite à la science à perpétuellement envisager l’envers des choses, leretournement possible. Elle constitue le moyen de penser l’altérité en retournant le monde. Nouscomprenons mieux le caractère insupportable qu’elle présente pour une société absorbant touteextériorité, physique comme spirituelle, et s’envisageant elle-même à l’aune exclusive del’individu : le bouleversement unique et imprévisible renvoie l’être humain à sa faiblesse et niela toute-puissance qu’il s’imagine détenir. Un tel aveu d’impuissance peut anéantir tout espoirde l’homme, invariablement renvoyé à ses propres limites. Mais la faiblesse de l’homme,révélée par la catastrophe, ne devient mortelle que pour autant qu’il s’accroche à l’ancien étatdes choses, voué à disparaître. Pour peu qu’il envisage le retournement induit par la catastrophecomme moyen d’une nouvelle naissance, celle-ci devient l’expression ultime du changement, leretournement positif qui modifie la direction (l’ancien état des choses est pulvérisé, il s’agit detrouver une nouvelle approche) sans pour autant bloquer le mouvement (l’aventure humaineperdure). Peut-être faut-il voir l’utilité profonde de la catastrophe dans ce rôle de concept-limite : elle est la ligne de rupture qui nous invite à modifier notre vision, notre « version »24 dumonde.Club du Millénaire : Adrian Bentz, Louis-Marie Bureau, Philippe-Adrien Chaix, AntoineMazot.Comité de rédaction : Sarah LaffonMis en ligne : le vendredi, novembre 25, 2011 sur http://leclubdumillenaire.fr23 Ibid. Idem.24 Ibid. Idem.

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