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C’est pas pareil ?
C’est pas pareil ?
Onitopia, la naissance d’une guilde
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Illustration : Pajim (merci !!!)
Ah, enfin chez soi ! Le bercail, la
boustifaille, le repos du
guerrier !
Vite, penser à rien !
Rôh, ce que tu es intelligent
Aboune !
Tiens donc, l’Onitopie
se réveillerait ?
Viens te cacher près de papa
Nezu.
Papa ! Youhou !
Un asura ne peut pas ne pas
penser ! Je suis fichu !
Mais si c’est pas pareil alors
que c’est pareil, c’est
forcément pareil même si c’est
pas pareil.
Mais une épée, ça n’a
pas de nez…
Sois rapide comme le dolyak
qui souffle en tempête !
Si je sais ce que tu ne sais
pas, c’est que tu sais pas ce
que je sais ?
Nezumy, la
croquette pour
dragon.
Tomate ?
Tu peux me présenter à ton
papa ?
Les deux larrons s’étaient fait
la malle aussi prestement
qu’un pet de mouche !
C’est pas pareil ?
: Ælwynn Wintersong (humaine, élémentaliste)
: Svynge (norn, gardienne)
: Nezumy (asura, ingénieur)
: Pug (asura, élémentaliste)
: Alia Arkady (humaine, voleuse)
: Shalimar (sylvari, élémentaliste)
: Ayrin Fields (humaine, guerrière)
: Aboune (asura, envoûteur)
: Stathor (asura, ingénieur)
: Guess (humaine, élémentaliste)
: Lianis (sylvari, élémentaliste)
: Agaéti (sylvari, gardienne)
: Altyon (sylvari, voleur)
: Lazare (humain, nécromant)
: Pogonar (humain, guerrier)
: Gledinia (norn, rôdeuse)
: Pajim (norn, rôdeuse)
: Yaddle (charr, guerrière)
: Oméga (asura, guerrier)
: Splif (asura, élémentaliste)
: Pan d’Orr ( ?)
C’est pas pareil ?
- Ah, enfin enfin chez soi. Le bercail, la boustifaille, le repos du guerrier ! Par les deux
dents de l’ancêtre, ce que mon chez moi à moi a pu me manquer !
- Nezu… Techniquement, c’est pas chez toi. C’est chez Svynge ici.
- C’est du tout pareil.
- C’est pas pareil.
- C’est pas pareil ?
- C’est pas pareil.
- Mais si c’est pareil.
- C’est pas pareil.
- Pareil ou pas c’est pareil.
- Pareil ou pas c’est pas pareil.
- Du pareil au même c’est pareil. Si c’est pas pareil même si c’est pas pareil c’est pareil quand
même.
- Je… Ah ! Tu m’embrouilles ! Va te laver, tu sens la terre humide.
Enfin chez soi. Enfin, c’est une manière de parler, qu’on soit bien d’accord. Nous sommes revenus
tranquillement de la tanière de Primordus, sans rien de bien notable. Je compulsais les probabilités
d’avenir tout en remarquant qu’il y a eu de notables agitations sur le bouclier de Nezumy. Certains
symboles avaient grésillé hier et avaient été proches de l’extinction. Entre autre. M’est avis qu’il a du
se passer quelques difficultés pour les nôtres, mais bon, ça a l’air d’être passé.
- Aboune ?
- Nezu ?
- Y’a quelqu’un dans la maison.
- Quelqu’un ?
Plus les jours passaient et plus je devais me substanter. Le rythme devenait difficile à
suivre et le nombre de mes proies allait en s’accélérant d’heure en heure. J’avais une
migraine de tous les dragons et je ne compenais pas d’où me venait cette faim insatiable,
mais mon corps réclamait plus, toujours plus. Je détournais mes actes des enfants que je
pouvais croiser mais à ce rythme, combien de temps tiendrais-je ?
Quelque chose grandissait en moi.
Ce n’était pas pour me déplaire.
Je devenais puissante.
J’aimais tuer.
Mais plus ma chasse avançait, plus les patrouilles d’éclaireurs s’intensifaient. Forcément, ils me
recherchaient. J’avais de plus en plus de mal à me faufiler entre ces patrouilles pour me rendre
d’hameux en hameaux. Le nombre de mes victimes avait clairement alerté la population des lieux. Je
préférais éviter une bataille rangée. Trop de dépenses d’énergie inutiles. Il me fallait trouver plus
gros. Un festin. Quelque chose qui pouvait me rassasier convenablement. Et l’idée m’était venue
C’est pas pareil ?
dans mon sommeil la nuit dernière, une idée qui me fit revenir sur mes pas, qui me fit revenir à
Hoelbrak.
L’épée de Svynge…
Elle, elle pourrait me nourrir !
- Quelqu’un tu dis ? Qui ça ?
- J’sais pas trop, un charr on dirait.
- On dirait ?
- Ben ça a des poils, des griffes, quatre oreilles, et c’est couvert de sang.
- Ouais, c’est un charr quoi.
- Qu’est-ce qu’on fait ?
- On va le chasser pardi, c’est pas parce que cette maison a une toiture éventrée et une porte
défoncée et que sa propriétaire est partie quelques jours que c’est un taudis. Enfin, presque
pas.
- D’accord !
Nezumy attendait devant la porte.
- Quoi encore, lui dis-je un peu agacée.
- Stathor ? Passe devant stoplé.
- Quoi ?
- Honneur aux madames non ?
- Mais c’est pas vrai !
Je pénétrai dans la maison, totalement déconfite par le courage d’Aboune et de Nezumy. Des tueurs
de Flammotaure ça ? A d’autres. Il y avait bien un charr effectivement, ronflant à meveille, le doux
ronronnement d’une scie à bras automatisée. Les draps étaient imbibés de sang séché. Svynge ne
sera pas contente. Nezu morflera, j’en étais convaincue.
- Hem, monsieur le charr ?
Quelques grognements en guise de réponse.
- Je ne voudrais pas paraître malpolie, mais c’est pas chez vous ici. Auriez vous l’obligeance de
bien vouloir partir s’il vous plait, si ce n’est pas trop vous demander, ce serait bien aimable
de votre part, et par avance je vous adresse mes plus sincères remerciements.
J’entendis Nezumy et Aboune converser entre eux dans mon dos.
- Piouf, ce qu’elle parle bien !
- Ouais, sous ses allures de brutes, c’est une grande diplomate.
- Tu m’étonnes.
Je me retournai, agacée.
- Qui a une allure de brute ?
C’est pas pareil ?
En regardant les visages de mes deux comparses, je les vis blêmir a vue d’œil, les yeux plus
qu’exorbités. Pas par ma remarque visiblement. Car ils ne me regardaient pas, mais regardaient
derrière moi. Je m’étais retournée, c’est bien normal. Le charr se tenait debout devant moi, fort
menaçant, au physique plus qu’inquiétant : cornes cassées, balafres dans tous les sens, grandes
dents, grandes griffes, rien de bien engageant. Il ouvrit les babines pour parler d’une voix lourde et
grave :
- Qui es tu, avorton ?
- Euh, enchantée, moi c’est Stathor, les deux autres derrière moi, c’est Aboune et Nezumy.
- Il n’y a personne derrière toi.
- Pardon ?
Je m’étais retournée de nouveau pour constater que les deux larrons s’étaient fait la malle, sans
prononcer mot, aussi prestement qu’un pet de mouche. Les bougres ! Ils vont me le payer.
- Sors d’ici, reprit-il, c’est pas chez toi.
- C’est pas chez toi non plus.
- C’est pas pareil.
- C’est pas pareil ?
- C’est pas pareil.
- Pourquoi c’est pas pareil ?
- Parce que.
- Mais si c’est pas pareil alors que c’est pareil, c’est forcément pareil même si c’est pas pareil.
Le charr me regarda, visiblement il n’avait pas compris.
- Tire-toi avorton, avant que je t’explose la tête.
La voix de Nezumy se fit entendre du fond d’une armoire.
- Stathor, y’a de l’idée dans ton raisonnement mais c’est pas tout à fait vrai. Techniquement, si
c’est pas pareil alors que c’est pareil, en fait c’est pas pareil, parce que si c’est pareil alors
que c’est pas pareil, pas pareil serait pareil que pas pareil tu comprends ? C’est pas pareil.
J’ouvris violemment l’armoire, sous le regard du charr médusé. Les deux héros s’étraignaient au fond
du meuble.
- Sortez de là, vous me gonflez.
- Aboune voulait me montrer la géométrie des armoires. C’est un sujet passionant. Tu peux
refermer la porte ?
Je claquai la porte violemment. J’entendis leur deux crânes se cogner mutuellement suite au choc.
- Bon monsieur le charr, comme vous pouvez le constater, ma journée n’est pas de tout repos.
Je veux bien vous aider pour vos blessures à la rigueur, mais si la propriétaire vous voit ici,
elle risquerait de s’agacer, vous comprenez.
- Svynge ? me répondit-il. S’agacer ? Mais elle s’agace tout le temps.
- C’est pas faux… Vous la connaissez ?
- Un peu ouais, je suis son oncle.
C’est pas pareil ?
- Euh… Son oncle ?
- Ouais.
- C’est une norn.
- Ouais.
- Vous êtes un charr.
- Ouais.
- C’est une norn…
- Ouais.
Visiblement, la journée s’annonçait terriblement longue.
Ma tête. Elle est pas bien du tout elle ! On comparait nos bosses respectives avec Aboune et
il a gagné. Voilà que la bourrine taillait la causette avec le bourrin maintenant. Brutes ! A
travers l’entrebaillement de la porte, j’aperçus Pug revenir en compagnie de Guess, les bras
chargés de ravitaillement. Chouette, à table !
Tiens, un charr ici ? Il a l’air salement amoché. Un invité de dernière minute ? Nezumy me
fit un résumé à base de « pareil et de pas pareil » auquel je n’ai rien compris. La
discussion entre Stathor et le charr, du nom de Parousir de ce que j’en entendais, prenait
de l’ampleur.
- Mes blessures ? Ouais, c’est une belle pétasse qui me les a incrustées.
- Une… belle pétasse ?
- Un peu ouais. Avec une faux ou un truc du genre. Pindar qu’elle s’appelait. Faisait des copies
de moi dans tous les sens, une vraie merde.
Aboune s’avança vers les protagonistes :
- Des copies de toi ? demanda-t-il en se gratouillant la tête.
- Ouais. Pas bien solides, mais nombreuses. Y’avait une autre aussi, une sylvarie, une certaine
Chalumeau, un truc du genre.
- Elle faisait des clones elle aussi ?
- Ah non, elle, elle se faisait péter la gueule.
- Par Pindar ?
- Ouais.
Quelque chose me turlupinait dans cette histoire, mais je savais pas quoi. Le manque de
précisions peut être dans son récit. J’avais la nette impression que ça devrait me dire
quelque chose, mais Pindar et Chalumeau, nan, vraiment, je vois pas.
Guess passa de bonnes heures à soigner notre invité, l’oncle de Svynge… Nous n’eûmes
guère de détails mais il ne se gêna pas pour manger l’ensemble des provisions que Pug venait
d’acheter. Aussi retourna-t-il en ville en compagnie de Nezumy pour se ravitailler de nouveau. Sur le
C’est pas pareil ?
dos de Nezumy, les symboles continuaient de briller. L’un d’eux se rapprochait des nôtres, le huit
inversé. J’aurais bientôt une information supplémentaire, et ça, non, c’est cool.
Les massacres allaient bon train, ça tournait à l’orgie. Les pauvres créatures qui se
retrouvaient dans l’arène se faisaient dévorer sans l’ombre d’une chance. Le rythme allait
en s’accélérant. J’avais bien essayé d’intervenir une fois pour sauver un malheureux groupe
de norns pris au piège. Zhaïtan, d’un coup de patte bien placé, me remit à ma place et me
fit bien comprendre que je serai la prochaine sur sa liste si j’essayai quoi que ce soit. Il était
bien trop puissant pour moi.
Zhaïtan grandissait.
Le ciel gris se fissurait. Comment vous le décrire ? Il se craquelait, comme si la voûte de ce monde
cédait sous la puissance qui naissait en ce lieu. Comme un œuf. Cette image ne me rassurait guère.
Qu’est-ce qui se passerait si la coquille cédait ? Je ne voulais y croire, mais plus le temps passait, plus
le dragon se repaissait, plus la voûte se fissurait.
S’il sort de son cocon, qu’arrivera-t-il ? Il cherchera à détruire notre monde comme avant ?
Et pour Pan d’Orr ? C’est elle l’œuf. Survivra-t-elle à l’éclosion ?
Et j’assistai à tout ça, aux premières loges. Impuissante. Non, pas vraiment. Je connaissais une
solution. Etouffer le poussin dans sa coquille. Casser la coquille avant l’éclosion. Tuer petite Pan
d’Orr.
Tuer la fille que j’avais été contrainte d’adopter. Contrainte ? Mensonge. J’ai accepté de plein gré le
rôle de maman adoptive. Sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Je me suis attachée à cette gamine, et
ça, c’est la pire des mauvaises idées qu’il m’est arrivé de penser.
Pourrais-je le faire ? Elle qui me regarde comme une fille regarderait sa… Maman…
Pourrais-je le faire ?
Les massacres s’étaient calmés, et depuis peu, Zhaïtan n’avait rien pour se repaître. Que se passe-t-il
en surface ? L’enveloppe physique de Pan d’Orr aurait des problèmes ?
Un mince espoir me fit tressaillir.
C’est décidé. Au prochain massacre, j’étranglerai de mes mains cette petite fille, ma fille adoptive, en
espérant que Zhaïtan me dévore aussitôt histoire d’abréger l’horrible douleur qui m’assaillera alors.
Pour le bien de la Tyrie, pour toute vie en ce monde. Je n’avais pas le droit de faillir.
Jusqu’au prochain massacre.
Ah mon bon Pug, toujours le nez fourré dans les marchandises à la recherche de
nouveautés. Il ferait un excellent skritt ah ça oui ! Nous farfouillions chacun de notre côté,
oubliant totalement ce pour quoi nous étions venus, lorsque la voix d’un hêleur me fit
C’est pas pareil ?
dresser l’oreille.
- Onitopia ? Y’a un représentant d’Onitopia ?
Ben ouais, juste sous tes yeux.
- Nezumy, tueurs de Flammotaures et de Sracabées, exploseurs de toitures et archéologue de
renom, Onitopien émérite, que puis-je pour vous ?
- Nous avons reçu ce moa pour vous ?
- Un moa ?
Le norn alla dans une des demeures et revint quelques instants plus tard accompagné d’un moa rose
qu’il entrainait à sa suite à l’aide d’une corde. Les moas, croyez-moi, c’est moitié oiseau, moitié
poulet, d’une taille moyenne d’un humain. Celui-ci était tout rose et paraissait terriblement délicieux
tandis que mon estomac gargouillait. Quelqu’un aurait donc eu vent de nos exploits et nous offrait ce
moa en guise de festin ? Que c’est gentil !
- Il arrive directement du Prieuré. Il porte un message pour vous.
- Ah ? Chouette.
Le moa se dirigea vers moi, et baissa la tête à mon niveau. Un parchemin était ficelé à son cou, que je
déficelai en tapotant la tête de l’animal et en lui gratouillant la tête. Pug vint à mon niveau.
- Quoi qu’est-ce ?
- J’en sais rien. Pas un bifteack malheureusement. On a reçu une lettre.
- Ah ?
Je déroulai le parchemin. Une écriture grâcieuse à l’encre d’ommon y figurait, que je lisais à Pug :
- A l’attention d’Onitopia. De Shalimar. Bien arrivée au Prieuré, mais seule. Pan d’Orr nous a
attaquées, Aelwynn et moi…
- Quoi ?
- Sérieux ?
- Lis la suite.
- Pour des raisons que je dois taire. Elle est très forte, soyez sur vos gardes. Capable de faire
des clones de tout, et de régénérer rapidement. Je la soupçonne pouvoir lire dans les
pensées. Faites attention. Il est aussi possible que l’âme d’Ayrin sommeille en elle. Bonne
chance à vous, je pars à la recherche d’Aelwynn. PS : Nezumy tu es le plus chouette, le plus
beau, et le plus fort des asuras que je connaisse.
- Euh, t’es sur qu’elle a bien écrit la dernière phrase ?
- Sur !
- Vents et furvents, occupe-toi du moa, je fonce prévenir les autres.
- A vos ordres !
Je voyais Pug galoper à toute jambe comme si une avalanche le traquait. Le moa me becquettait le
haut du crâne et picorait mes cheveux, ce qui n’était pas désagréable j’avoue. Que je fasse le point :
Ayrin dormirait dans Pan d’Orr ? C’est classe !
C’est pas pareil ?
Je faisais les mille pas, suivi par le moa que je trouvais de plus en plus sympathique. Je me grattais
compulsivement la tête tandis que l’oiseau fouillait dans mon sac pour en sortir mon brille-brille en
tout genre. Tout à mes réflexions, je butai sur quelqu’un.
- Désolé, pas ma faute.
- Tiens tiens comme on se retrouve petit rat.
Pan d’Orr se tenait en face de moa, de moi pardon. Elle avait l’air de mauvaise humeur.
- Ah tiens, tiens, tiens… Comment que vas-tu ?
Vite, penser à rien ! Surtout ne pas penser qu’il ne faut pas penser parce que je sais qu’elle lit dans
les pensées, que je sais tout un tas de trucs sur elle. Ah ! Mais j’y pense là ! Nan pense à rien, mon
bon Nezumy. Elle est super cool, pas du tout capable de faire des clones et de régénérer.
Parsembleu ! Je repense encore ! Mais un asura ne peut pas ne pas penser ! Je suis fichu ! En plus
Ayrin fait dodo en elle ! Ah non, encore un truc qu’il ne fallait pas penser ! Pense à pense à pense à…
Des tomates…
- Svynge est là ?
- Tomate ? lui répondis-je perdu dans mes pensées.
- Pardon ?
- Rien. Svynge ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- J’avais envie de la voir.
- Tout le monde a envie de la voir.
- Non.
- Si.
- Non.
- Bordel ! Elle est où ? Réponds-moi !
Hum. Hum. Hum. Elle est au mont Maëlstrom ma belle mais si je sais ce que tu ne sais pas, c’est que
tu sais pas ce que je sais ? Mes pensées te seraient interdites ? Shali se serait plantée (sans mauvais
jeu de mot, mais elle me fait rire cette phrase) ?
Espèce de rat ! Tu me caches quelque chose ! User de la manière forte au cœur
d’Hoelbrak jouerait en ma défaveur. Comment lui faire cracher ce qu’il sait ?
Bon sang ce que j’ai mal à la tête !
Piouf, que ça fait du bien de pouvoir penser ce que je veux ! Golems, brille brille, carottes
rapées à la vapeur… Aaah je me sens revivre ! Bon, quoi que faire ? Je peux pas la laisser
filer. Je peux pas prendre le risque de la présenter aux autres non plus, surout si elle lit dans
C’est pas pareil ?
les pensées, mais vu que mes pensées sont trop complexes, elle y arrive pas, pas de chance pour elle.
A la rigueur, elle pourrait s’adresser à Aboune, mais Pug et Stathor ne sont pas assez intelligents pour
contrer ça. Sans rancune. Guess, je sais pas. D’façon, je peux pas prendre ce risque.
Je faisais de nouveau les mille pas, suivis par mon moa rose, sous les regard furieux de Pan d’Orr.
Mais si Ayrin est effectivement en elle, ce serait mieux de la garder dans le coin. Ne serait-ce que
pour trouver une idée, qui ne venait toujours pas. Tiens, expérimentons.
- Ayrin ?
- Quoi ?
Mais à quoi pense-t-il bon sang ?! Pourquoi a-t-il prononcé Ayrin ? Ayrin… L’autre, le
charr, en avait parlé aussi. Pourquoi ? C’est… Bizarre, plus je pensais à elle, plus je me
sentais apaisée. Qu’est-ce que…
Elle a l’air moins nerveuse tiens. Intéressant intéressant.
- Svynge s’est absentée pour quelques jours, je retape sa maison en l’attendant. Tu
pourrais attendre dans une auberge, je te préviendrai dès son retour.
Elle me regardait bizarrement, j’étais pas super rassuré.
- On va faire ça.
Je regardai Pan d’Orr partir sans dire un mot. Pour une fois, je ne savais pas quoi penser.
Tout ne s’explique pas ! Mais tout s’éclaircit. Le huit inversé, c’est Pan d’Orr ! L’interaction
confirme ce que Pug venait de nous dire : Ayrin serait effectivement dans le corps de Pan
d’Orr. Comment est-ce possible ? Concentre toi ! Et je sais maintenant pourquoi le huit
inversé traversait les autres symboles ! Car elle peut lire dans les pensées ! Ca corroborerait
parfaitement les propos de Shalimar ! Tous sauf quatre. Mais qui ?
- Qu’est-ce qu’on fait ?
- J’en sais trop rien, me répondit Pug, il serait sage d’attendre les autres.
- Le truc, c’est de ne pas croiser Pan d’Orr.
- Oui.
- Parousir, ta… pétasse là, maintenant que j’y pense, elle s’appellerait pas Pan d’Orr.
- Putain ! Ouais c’est ça.
- Et Chalumeau, ce serait pas Shalimar ?
- Maintenant que tu le dis…
Bon, les pièces du golem s’assemblaient. Il me manquait toujours quelques informations : d’où lui
venait cette force, quelle était cette magie, que voulait elle de nous ? Un bruit sourd me fit sursauter.
Une chouette venait de s’emplafonner dans la vitre. Guess se précipita vers elle et la ramena dans la
C’est pas pareil ?
demeure. De sa jolie voix elle elle nous dit qu’elle reconnaissait Soupolé, la chouette de Pajim. Le
choc l’avait complètement sonnée. Un petit papier était enroulé autour de sa patte.
- On a eu des emmerdes. On revient avec J-A. Ayrin est en vie. On arrive dans quelques jours.
PS : Si Nezumy a touché à quoi que ce soit dans ma maison, c’est un asura mort.
Je vois. Ca confirme les rumeurs. J-A ? Peut être que cette maudite épée nous en dira plus. A nous de
lui tirer les vers du nez. Mais une épée… Ca n’a pas de nez…
Nezumy était rentré en trombe dans la maison, suivi par un étrange moa rose qui, à peine rentré
dans la maison, commençait à picorer tout ce qui passait sous son bec. Le résumé de la situation me
fit comprendre une chose : Pan d’Orr n’eût pas accès aux pensées de Nezumy.
Est-ce dire qu’il ne pense pas ?
C’est fort possible.
Mais ça reste un asura, donc ça pense.
Non non, il ferait plus logiquement parti des quatre. Pourquoi ? Alors là ? C’est délicat de prendre le
risque d’aller voir Pan d’Orr chacun notre tour pour savoir qui pense quoi. Avec ce qu’on sait sur elle,
ça risquerait de l’agacer. Je ne voyais plus qu’une alternative pour limiter les risques, que je proposai
aux autres :
- On s’en va.
- Quoi ? me répondit Pug.
- Visiblement, Pan d’Orr n’a pas accès aux pensées de Nezumy.
- C’est qu’il ne pense pas.
- C’est ce que je me suis dit oui.
- Eh oh, oh oh oh, c’est que mes pensées sont trop complexes pour elle plutôt, oui oui oui.
- Autrement, repris-je, c’est possible que Shalimar se soit trompée, et qu’elle ne lit pas les
pensées.
- Elle a raison, intervint le charr Parousir derrière moi. Lorsque je me suis fritté avec cette
saloperie, elle esquivait mes attaques sans se planter, et pourtant chacun sait que je suis
balèze. Des réflexes comme ça, impossible, pas sans avoir accès au savoir de son adversaire.
- Je vois jevois, ce qui m’incite toujours à partir.
- Pourquoi, reprit le charr, on lui pète la gueule et c’est réglé.
- Non pas que je remette nos compétences en cause, mais si elle a réussi à vous avoir,
Shalimar et toi, c’est qu’elle est bougrement forte.
- Elle se castagne bien oui.
- Sans compter sa magie particulière. Elle a tout un tas de potentiels qui me laissent dire qu’il y
a encore autre chose derrière.
- Qu’est-ce qu’on fait alors ? osa Guess.
- On se met en retrait, un peu à l’écart d’Hoelbrak. On attend le retour des autres. Tous sauf
Nezu.
- Quoi quoi quoi ?
- Toi tu restes ici.
- Pourquoi ?
C’est pas pareil ?
- Il faut qu’elle reste ici. Tu t’es mis toi-même dans le pétrin je te rappelle, en lui disant que
t’attendais le retour de Svynge. Si tu partais, elle aurait des doutes. D’autant moins qu’il nous
faut quelqu’un sur place pour rediriger les nôtres vers nous quand ils reviendront de leur
expédition.
- Ce que tu es intelligent Aboune !
- Je sais.
- Bon, je taquine la jolie dame et je retape la maison, vendu !
- Tu seras seul, aucune bourde n’est permise.
- Oh tu me connais, c’est pas mon genre.
Un lourd silence s’était imposé à la fin de la réponse de Nezumy. En laissant Hoelbrak derrière nous,
et en repensant à la confiance que nous avions accordée à Nezumy, je me demandais si un jour nous
aurions l’occasion de revoir cette ville ou s’il n’en restera que des ruines…
Et nous avons attendu, à l’écart d’Hoelbrak, dans un petit bosquet, attendu et attendu, des jours et
des jours, fort longs.
On a méchamment contourné les marais puants sur le chemin du retour, fallait pas trop
déconner quand même. Et on a marché. Sans répit. On était tous claqués, mais nous
avions tous, sans exception, une mauvaise intuition. Quelque chose partait en vrille, ça
puait sec le souci, pour rester poli, et nous pressions le pas, le bide en vrac. Depuis trois
jours, la lune était pleine, et verte, un bon vert bien dégueulasse et bien visqueux.
Hoelbrak, nous y serons demain. Théoriquement.
Ce soir là, je me mis à irradier une faible lumière blanche. Ce qui ne manqua de laisser gueule béante
les autres. Tiens donc, l’Onitopie se réveillerait ?
Les discussions allaient bon train sur le pont. L’aéronef filait à toute allure, chargé de
richesses en tout genre. Je me remettais doucement de la disparition de maman. Je
cauchemardais toutes les nuits, me ressassant sans cesse ce choix tragique. Même si j’étais
convaincue d’avoir fait le bon choix, c’est un choix si douloureux !
Les disputes incessantes entre Splif et Splouf me faisaient changer les esprits. Un vol de mouettes
accompagnait notre vaisseau. Nous approchions de l’Arche.
Pourquoi mère était dans un tel état ? Qu’a-t-elle cherché à affronter pour avoir été corrompue par
Kralkatorrik ? Pourquoi nous a-t-elle abandonnées, Pan d’Orr et moi, toutes petites.
Pan d’Orr… Ma sœur… Aurais-je préféré ne rien savoir ? Je n’ai jamais pu supporter cette fille, et
c’est pas parce que c’est ma sœur que ça va changer maintenant. Mais la dernière demande de
maman était claire : elle voulait que je l’aide. Pourquoi aurait-elle besoin d’aide ? Elle a l’air de très
bien s’en sortir seule.
Demain, nous serons à l’Arche, et tout de suite après, grâce au portail asura, à Hoelbrak. J’espère y
retrouver rapidement les autres.
C’est pas pareil ?
Ce soir là, l’orbe à mon cou se réchauffa, et émit la même lueur blanche que dans Rata Loran.
Purée de purée de fichtre de mince de piouf. Le soir tombe. Ce qu’on s’ennuie nuit ici. Feu
Golemotuile repète le feu, fallait bien glandouiller à quelque chose. Moa moa avait retourné
la maison de Svynge, et s’était fait un nid douillet après avoir éventré un matelas. J’avais
beau me gratter la tête, je ne savais pas dire pourquoi il n’aurait pas du faire ça. Mais c’était
une telle anarchie de bibelots maintenant que je me sentais vraiment chez moi.
Ca faisait quelques jours que je croisais Pan d’Orr régulièrement. Elle se portait palote la petite,
l’avait pas l’air bien. Nos discussions restaient si plates. J’en était tout triste. Je me rendis à son
auberge un soir, pour miamer avec elle, histoire de lui faire changer les esprits. Et les miens.
Elle dormait.
Selon le tenancier.
Aussi j’allai la voir dans sa chambre.
Mauvaise idée.
L’aile d’Onitopie se mit à briller.
Ca faisait quatre jours. C’était long, je commençais à m’inquiéter. Si demain, rien ne se
passait, je retournerai à Hoelbrak. Tiens ? Ma poche brille…
L’Onitopie, qu’est-ce que ?
Elle dormait, paisiblement p’têt, ou p’têt pas. Je m’approchai d’elle. Je posai la main sur la
sienne pour la réveiller.
Le choc fut brutal.
Tout avait changé autour de moi.
De chambre de taverne, il n’y avait plus rien. A la place, une terre aride, des ruines grises et mornes
tout autour. Des éclairs au loin. Où suis-je ?
Un formidable rugissement me fit dresser les poils sur la tête. En me retournant, je vis un vilain tout
pas beau dragon dans le ciel, tourner en rond. Il avait plusieurs têtes et était fichtrement gros. Et tout
vert. Je me cachai derrière une des ruines. Par la racine carré de quatre de dents de l’ancêtre ! Je suis
où ???
- Bonjour.
Une petite voix, toute mimi, celle d’une petite fille lorsque je le constatai en me retournant.
C’est pas pareil ?
- Excelsior à toi petite. Ne reste pas là, viens te cacher près de papa Nezu !
- Papa ?
- Ouais.
Elle tendit son bras pour me montrer la direction du dragon.
- Papa.
- Oui oui, papa content, oui.
- T’es rigolo toi.
- Ah bah merci, toi aussi.
- C’est vrai ?
- Oui oui oui.
Elle me regardait bizarrement. Son visage me disait quelque chose.
- T’es quoi toi ?
- Quoi moi ?
- Oui, t’es quoi toi ?
- Ben ça dépend. Des fois je tue des Flammotaure, d’autres fois…
- Ouah, tes cheveux, ils sont trop beaux !
- Je sais merci. Tu veux la même coupe.
- Ah oui ah oui ah oui !
- Bon, promis, je te fais ça, si tu me dis où on est.
- On est chez moi et chez mon papa.
- Tu peux me présenter à ton papa ?
- Bien sur.
Après réflexion, je pense que cette phrase restera la plus stupide de toute ma vie.
Elle me prit la main et me fit sortir de la ruine.
Alors que je regardai derrière moi, pour voir si il n’y avait personne d’autre, je n’avais pas remarqué
qu’elle m’avait amené à… Oulah. Il était encore plus gros de près que de loin. Je tirai la fillette dans
l’autre sens.
- Que fais-tu ?
- Mais tu es fofolle ? Y’a un dragon là en face.
- Oui. C’est papa.
- Pardon ?
- Papa. Youhou ! Viens s’il te plait.
- Chhhhhhhht !
Le dragon tourna la tête, enfin ses têtes plutôt vers nous, et d’un battement d’aile, se retrouva à
notre niveau. Il se posa devant nous, bon sang de bonsoir.
- Papa. Je… Mggggnnnn
C’est pas pareil ?
Sans réfléchir, j’avais pris la gamine à bras le corps et détalai dans l’autre sens, aussi rapidement que
Pug, c’est dire ! J’entendis le cri du dragon derrière moi. Au bruissement d’ailes, je sus qu’il avait
reprit son envol et qu’il nous chassait.
- Lâche moi, lâche moi méchant !
Je zigzaguais au milieu des ruines, faisant fi des demandes de la fillettes, le dragon tournant au-
dessus de nos têtes, nous traquant comme deux petites souris tout mimi-nuscules. Je ne voyais pas
d’échappatoires. Ayeayeaye. La petite fille me mordait et me griffait, mais je pouvais la comprendre,
dans le stress, je ferai pareil. Ou pas. Mais si je faisais pas pareil, c’est pas pareil du coup. Oui mais…
Le dragon se posa devant nous en écrasant la masure qui se trouvait originellement là. Ses têtes
rugirent toutes dans ma direction, à m’en scalper le crâne ! Il s’avança. Je reculai.
Je butai sur un mur. Le monstre se dressait en face de moi. Tout prêt à me croquer. Pourtant, il n’en
fit rien. Il claquait des machoires, visiblement furieux, mais n’attaquait pas. Pourquoi ?
- Lâche-moi méchant !
La petite fille ! Serait-ce… Tout à coup une voix familière m’appela.
- Nezu ?
En me retournant, je n’en croyais pas mes orbites !
- Ayrin ?
- Nezu, c’est bien toi ?
- Je te retourne la question, toute belle.
- Que fais-tu ?
- Je sauve cette petite fille du vilain dragon.
- Oulah… Je te le déconseille. Le vilain dragon… C’est… son père.
- Quoi quoi ?
- Je te conseillerai de la lâcher.
- T’es sérieuse ?
- Malheureusement oui.
Perplexe, je lâchai la petite fille, qui courut droit vers… Papa dragon. Pour se blottir entre ses
papattes.
- C’est un méchant papa, il me fait peur. Mange-le !
- Non Pan d’Orr, je t’en prie !
Zhaïtan avait pris son envol. Il piqua droit vers Nezumy. Je courus vers lui. Trop tard. Le
dragon passa à travers la maison. Le choc envoya valdinguer les pierres dans tous les sens,
et me propulsa violemment en arrière. Nezu ?
Comment a-t-il fait pour se retrouver là bas, aussi loin de la scène ?
C’est pas pareil ?
Décidément, ces bottes-fusées resteront une de mes meilleures inventions ! Ca s’est joué à
un cheveux ! J’entendis la jolie voix d’Ayrin derrière moi :
- Pan d’Orr, arrête-le je t’en prie, c’est un ami.
- Non. Moi je l’aime pas !
Oups, vilain dragon sortait des décombres. Une de ses têtes m’avait repéré. Cours petit Nezu, sois vif
comme le vent, sois rapide comme le dolyak qui souffle en tempête ! Cours !
Ce que je fis sans que je me le redemande. Jamais asura ne courru aussi vite, à part Pug peut être
bien. On devrait faire un concours. Le dragon me traquait dans les ruines. Explosant une ou deux
masures à chaque piqué de sa part, que j’esquivais non sans mal. La troisième attaque fut trop
adroite. Les pierres volaient autour de moi et l’un d’entre elles me percuta violemment. Me jetant au
sol. Le dragon se posa au-dessus de moi. Le décor devenait flou. Il ouvrit ses gueules qui toutes
fondirent sur moi. Adieu, mes amis, Ainsi périt le Nezu, avec un nouveau titre :
Nezumy, la croquette pour dragon !

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Pas pareil

  • 1. C’est pas pareil ? C’est pas pareil ? Onitopia, la naissance d’une guilde 36 Illustration : Pajim (merci !!!) Ah, enfin chez soi ! Le bercail, la boustifaille, le repos du guerrier ! Vite, penser à rien ! Rôh, ce que tu es intelligent Aboune ! Tiens donc, l’Onitopie se réveillerait ? Viens te cacher près de papa Nezu. Papa ! Youhou ! Un asura ne peut pas ne pas penser ! Je suis fichu ! Mais si c’est pas pareil alors que c’est pareil, c’est forcément pareil même si c’est pas pareil. Mais une épée, ça n’a pas de nez… Sois rapide comme le dolyak qui souffle en tempête ! Si je sais ce que tu ne sais pas, c’est que tu sais pas ce que je sais ? Nezumy, la croquette pour dragon. Tomate ? Tu peux me présenter à ton papa ? Les deux larrons s’étaient fait la malle aussi prestement qu’un pet de mouche !
  • 2. C’est pas pareil ? : Ælwynn Wintersong (humaine, élémentaliste) : Svynge (norn, gardienne) : Nezumy (asura, ingénieur) : Pug (asura, élémentaliste) : Alia Arkady (humaine, voleuse) : Shalimar (sylvari, élémentaliste) : Ayrin Fields (humaine, guerrière) : Aboune (asura, envoûteur) : Stathor (asura, ingénieur) : Guess (humaine, élémentaliste) : Lianis (sylvari, élémentaliste) : Agaéti (sylvari, gardienne) : Altyon (sylvari, voleur) : Lazare (humain, nécromant) : Pogonar (humain, guerrier) : Gledinia (norn, rôdeuse) : Pajim (norn, rôdeuse) : Yaddle (charr, guerrière) : Oméga (asura, guerrier) : Splif (asura, élémentaliste) : Pan d’Orr ( ?)
  • 3. C’est pas pareil ? - Ah, enfin enfin chez soi. Le bercail, la boustifaille, le repos du guerrier ! Par les deux dents de l’ancêtre, ce que mon chez moi à moi a pu me manquer ! - Nezu… Techniquement, c’est pas chez toi. C’est chez Svynge ici. - C’est du tout pareil. - C’est pas pareil. - C’est pas pareil ? - C’est pas pareil. - Mais si c’est pareil. - C’est pas pareil. - Pareil ou pas c’est pareil. - Pareil ou pas c’est pas pareil. - Du pareil au même c’est pareil. Si c’est pas pareil même si c’est pas pareil c’est pareil quand même. - Je… Ah ! Tu m’embrouilles ! Va te laver, tu sens la terre humide. Enfin chez soi. Enfin, c’est une manière de parler, qu’on soit bien d’accord. Nous sommes revenus tranquillement de la tanière de Primordus, sans rien de bien notable. Je compulsais les probabilités d’avenir tout en remarquant qu’il y a eu de notables agitations sur le bouclier de Nezumy. Certains symboles avaient grésillé hier et avaient été proches de l’extinction. Entre autre. M’est avis qu’il a du se passer quelques difficultés pour les nôtres, mais bon, ça a l’air d’être passé. - Aboune ? - Nezu ? - Y’a quelqu’un dans la maison. - Quelqu’un ? Plus les jours passaient et plus je devais me substanter. Le rythme devenait difficile à suivre et le nombre de mes proies allait en s’accélérant d’heure en heure. J’avais une migraine de tous les dragons et je ne compenais pas d’où me venait cette faim insatiable, mais mon corps réclamait plus, toujours plus. Je détournais mes actes des enfants que je pouvais croiser mais à ce rythme, combien de temps tiendrais-je ? Quelque chose grandissait en moi. Ce n’était pas pour me déplaire. Je devenais puissante. J’aimais tuer. Mais plus ma chasse avançait, plus les patrouilles d’éclaireurs s’intensifaient. Forcément, ils me recherchaient. J’avais de plus en plus de mal à me faufiler entre ces patrouilles pour me rendre d’hameux en hameaux. Le nombre de mes victimes avait clairement alerté la population des lieux. Je préférais éviter une bataille rangée. Trop de dépenses d’énergie inutiles. Il me fallait trouver plus gros. Un festin. Quelque chose qui pouvait me rassasier convenablement. Et l’idée m’était venue
  • 4. C’est pas pareil ? dans mon sommeil la nuit dernière, une idée qui me fit revenir sur mes pas, qui me fit revenir à Hoelbrak. L’épée de Svynge… Elle, elle pourrait me nourrir ! - Quelqu’un tu dis ? Qui ça ? - J’sais pas trop, un charr on dirait. - On dirait ? - Ben ça a des poils, des griffes, quatre oreilles, et c’est couvert de sang. - Ouais, c’est un charr quoi. - Qu’est-ce qu’on fait ? - On va le chasser pardi, c’est pas parce que cette maison a une toiture éventrée et une porte défoncée et que sa propriétaire est partie quelques jours que c’est un taudis. Enfin, presque pas. - D’accord ! Nezumy attendait devant la porte. - Quoi encore, lui dis-je un peu agacée. - Stathor ? Passe devant stoplé. - Quoi ? - Honneur aux madames non ? - Mais c’est pas vrai ! Je pénétrai dans la maison, totalement déconfite par le courage d’Aboune et de Nezumy. Des tueurs de Flammotaure ça ? A d’autres. Il y avait bien un charr effectivement, ronflant à meveille, le doux ronronnement d’une scie à bras automatisée. Les draps étaient imbibés de sang séché. Svynge ne sera pas contente. Nezu morflera, j’en étais convaincue. - Hem, monsieur le charr ? Quelques grognements en guise de réponse. - Je ne voudrais pas paraître malpolie, mais c’est pas chez vous ici. Auriez vous l’obligeance de bien vouloir partir s’il vous plait, si ce n’est pas trop vous demander, ce serait bien aimable de votre part, et par avance je vous adresse mes plus sincères remerciements. J’entendis Nezumy et Aboune converser entre eux dans mon dos. - Piouf, ce qu’elle parle bien ! - Ouais, sous ses allures de brutes, c’est une grande diplomate. - Tu m’étonnes. Je me retournai, agacée. - Qui a une allure de brute ?
  • 5. C’est pas pareil ? En regardant les visages de mes deux comparses, je les vis blêmir a vue d’œil, les yeux plus qu’exorbités. Pas par ma remarque visiblement. Car ils ne me regardaient pas, mais regardaient derrière moi. Je m’étais retournée, c’est bien normal. Le charr se tenait debout devant moi, fort menaçant, au physique plus qu’inquiétant : cornes cassées, balafres dans tous les sens, grandes dents, grandes griffes, rien de bien engageant. Il ouvrit les babines pour parler d’une voix lourde et grave : - Qui es tu, avorton ? - Euh, enchantée, moi c’est Stathor, les deux autres derrière moi, c’est Aboune et Nezumy. - Il n’y a personne derrière toi. - Pardon ? Je m’étais retournée de nouveau pour constater que les deux larrons s’étaient fait la malle, sans prononcer mot, aussi prestement qu’un pet de mouche. Les bougres ! Ils vont me le payer. - Sors d’ici, reprit-il, c’est pas chez toi. - C’est pas chez toi non plus. - C’est pas pareil. - C’est pas pareil ? - C’est pas pareil. - Pourquoi c’est pas pareil ? - Parce que. - Mais si c’est pas pareil alors que c’est pareil, c’est forcément pareil même si c’est pas pareil. Le charr me regarda, visiblement il n’avait pas compris. - Tire-toi avorton, avant que je t’explose la tête. La voix de Nezumy se fit entendre du fond d’une armoire. - Stathor, y’a de l’idée dans ton raisonnement mais c’est pas tout à fait vrai. Techniquement, si c’est pas pareil alors que c’est pareil, en fait c’est pas pareil, parce que si c’est pareil alors que c’est pas pareil, pas pareil serait pareil que pas pareil tu comprends ? C’est pas pareil. J’ouvris violemment l’armoire, sous le regard du charr médusé. Les deux héros s’étraignaient au fond du meuble. - Sortez de là, vous me gonflez. - Aboune voulait me montrer la géométrie des armoires. C’est un sujet passionant. Tu peux refermer la porte ? Je claquai la porte violemment. J’entendis leur deux crânes se cogner mutuellement suite au choc. - Bon monsieur le charr, comme vous pouvez le constater, ma journée n’est pas de tout repos. Je veux bien vous aider pour vos blessures à la rigueur, mais si la propriétaire vous voit ici, elle risquerait de s’agacer, vous comprenez. - Svynge ? me répondit-il. S’agacer ? Mais elle s’agace tout le temps. - C’est pas faux… Vous la connaissez ? - Un peu ouais, je suis son oncle.
  • 6. C’est pas pareil ? - Euh… Son oncle ? - Ouais. - C’est une norn. - Ouais. - Vous êtes un charr. - Ouais. - C’est une norn… - Ouais. Visiblement, la journée s’annonçait terriblement longue. Ma tête. Elle est pas bien du tout elle ! On comparait nos bosses respectives avec Aboune et il a gagné. Voilà que la bourrine taillait la causette avec le bourrin maintenant. Brutes ! A travers l’entrebaillement de la porte, j’aperçus Pug revenir en compagnie de Guess, les bras chargés de ravitaillement. Chouette, à table ! Tiens, un charr ici ? Il a l’air salement amoché. Un invité de dernière minute ? Nezumy me fit un résumé à base de « pareil et de pas pareil » auquel je n’ai rien compris. La discussion entre Stathor et le charr, du nom de Parousir de ce que j’en entendais, prenait de l’ampleur. - Mes blessures ? Ouais, c’est une belle pétasse qui me les a incrustées. - Une… belle pétasse ? - Un peu ouais. Avec une faux ou un truc du genre. Pindar qu’elle s’appelait. Faisait des copies de moi dans tous les sens, une vraie merde. Aboune s’avança vers les protagonistes : - Des copies de toi ? demanda-t-il en se gratouillant la tête. - Ouais. Pas bien solides, mais nombreuses. Y’avait une autre aussi, une sylvarie, une certaine Chalumeau, un truc du genre. - Elle faisait des clones elle aussi ? - Ah non, elle, elle se faisait péter la gueule. - Par Pindar ? - Ouais. Quelque chose me turlupinait dans cette histoire, mais je savais pas quoi. Le manque de précisions peut être dans son récit. J’avais la nette impression que ça devrait me dire quelque chose, mais Pindar et Chalumeau, nan, vraiment, je vois pas. Guess passa de bonnes heures à soigner notre invité, l’oncle de Svynge… Nous n’eûmes guère de détails mais il ne se gêna pas pour manger l’ensemble des provisions que Pug venait d’acheter. Aussi retourna-t-il en ville en compagnie de Nezumy pour se ravitailler de nouveau. Sur le
  • 7. C’est pas pareil ? dos de Nezumy, les symboles continuaient de briller. L’un d’eux se rapprochait des nôtres, le huit inversé. J’aurais bientôt une information supplémentaire, et ça, non, c’est cool. Les massacres allaient bon train, ça tournait à l’orgie. Les pauvres créatures qui se retrouvaient dans l’arène se faisaient dévorer sans l’ombre d’une chance. Le rythme allait en s’accélérant. J’avais bien essayé d’intervenir une fois pour sauver un malheureux groupe de norns pris au piège. Zhaïtan, d’un coup de patte bien placé, me remit à ma place et me fit bien comprendre que je serai la prochaine sur sa liste si j’essayai quoi que ce soit. Il était bien trop puissant pour moi. Zhaïtan grandissait. Le ciel gris se fissurait. Comment vous le décrire ? Il se craquelait, comme si la voûte de ce monde cédait sous la puissance qui naissait en ce lieu. Comme un œuf. Cette image ne me rassurait guère. Qu’est-ce qui se passerait si la coquille cédait ? Je ne voulais y croire, mais plus le temps passait, plus le dragon se repaissait, plus la voûte se fissurait. S’il sort de son cocon, qu’arrivera-t-il ? Il cherchera à détruire notre monde comme avant ? Et pour Pan d’Orr ? C’est elle l’œuf. Survivra-t-elle à l’éclosion ? Et j’assistai à tout ça, aux premières loges. Impuissante. Non, pas vraiment. Je connaissais une solution. Etouffer le poussin dans sa coquille. Casser la coquille avant l’éclosion. Tuer petite Pan d’Orr. Tuer la fille que j’avais été contrainte d’adopter. Contrainte ? Mensonge. J’ai accepté de plein gré le rôle de maman adoptive. Sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Je me suis attachée à cette gamine, et ça, c’est la pire des mauvaises idées qu’il m’est arrivé de penser. Pourrais-je le faire ? Elle qui me regarde comme une fille regarderait sa… Maman… Pourrais-je le faire ? Les massacres s’étaient calmés, et depuis peu, Zhaïtan n’avait rien pour se repaître. Que se passe-t-il en surface ? L’enveloppe physique de Pan d’Orr aurait des problèmes ? Un mince espoir me fit tressaillir. C’est décidé. Au prochain massacre, j’étranglerai de mes mains cette petite fille, ma fille adoptive, en espérant que Zhaïtan me dévore aussitôt histoire d’abréger l’horrible douleur qui m’assaillera alors. Pour le bien de la Tyrie, pour toute vie en ce monde. Je n’avais pas le droit de faillir. Jusqu’au prochain massacre. Ah mon bon Pug, toujours le nez fourré dans les marchandises à la recherche de nouveautés. Il ferait un excellent skritt ah ça oui ! Nous farfouillions chacun de notre côté, oubliant totalement ce pour quoi nous étions venus, lorsque la voix d’un hêleur me fit
  • 8. C’est pas pareil ? dresser l’oreille. - Onitopia ? Y’a un représentant d’Onitopia ? Ben ouais, juste sous tes yeux. - Nezumy, tueurs de Flammotaures et de Sracabées, exploseurs de toitures et archéologue de renom, Onitopien émérite, que puis-je pour vous ? - Nous avons reçu ce moa pour vous ? - Un moa ? Le norn alla dans une des demeures et revint quelques instants plus tard accompagné d’un moa rose qu’il entrainait à sa suite à l’aide d’une corde. Les moas, croyez-moi, c’est moitié oiseau, moitié poulet, d’une taille moyenne d’un humain. Celui-ci était tout rose et paraissait terriblement délicieux tandis que mon estomac gargouillait. Quelqu’un aurait donc eu vent de nos exploits et nous offrait ce moa en guise de festin ? Que c’est gentil ! - Il arrive directement du Prieuré. Il porte un message pour vous. - Ah ? Chouette. Le moa se dirigea vers moi, et baissa la tête à mon niveau. Un parchemin était ficelé à son cou, que je déficelai en tapotant la tête de l’animal et en lui gratouillant la tête. Pug vint à mon niveau. - Quoi qu’est-ce ? - J’en sais rien. Pas un bifteack malheureusement. On a reçu une lettre. - Ah ? Je déroulai le parchemin. Une écriture grâcieuse à l’encre d’ommon y figurait, que je lisais à Pug : - A l’attention d’Onitopia. De Shalimar. Bien arrivée au Prieuré, mais seule. Pan d’Orr nous a attaquées, Aelwynn et moi… - Quoi ? - Sérieux ? - Lis la suite. - Pour des raisons que je dois taire. Elle est très forte, soyez sur vos gardes. Capable de faire des clones de tout, et de régénérer rapidement. Je la soupçonne pouvoir lire dans les pensées. Faites attention. Il est aussi possible que l’âme d’Ayrin sommeille en elle. Bonne chance à vous, je pars à la recherche d’Aelwynn. PS : Nezumy tu es le plus chouette, le plus beau, et le plus fort des asuras que je connaisse. - Euh, t’es sur qu’elle a bien écrit la dernière phrase ? - Sur ! - Vents et furvents, occupe-toi du moa, je fonce prévenir les autres. - A vos ordres ! Je voyais Pug galoper à toute jambe comme si une avalanche le traquait. Le moa me becquettait le haut du crâne et picorait mes cheveux, ce qui n’était pas désagréable j’avoue. Que je fasse le point : Ayrin dormirait dans Pan d’Orr ? C’est classe !
  • 9. C’est pas pareil ? Je faisais les mille pas, suivi par le moa que je trouvais de plus en plus sympathique. Je me grattais compulsivement la tête tandis que l’oiseau fouillait dans mon sac pour en sortir mon brille-brille en tout genre. Tout à mes réflexions, je butai sur quelqu’un. - Désolé, pas ma faute. - Tiens tiens comme on se retrouve petit rat. Pan d’Orr se tenait en face de moa, de moi pardon. Elle avait l’air de mauvaise humeur. - Ah tiens, tiens, tiens… Comment que vas-tu ? Vite, penser à rien ! Surtout ne pas penser qu’il ne faut pas penser parce que je sais qu’elle lit dans les pensées, que je sais tout un tas de trucs sur elle. Ah ! Mais j’y pense là ! Nan pense à rien, mon bon Nezumy. Elle est super cool, pas du tout capable de faire des clones et de régénérer. Parsembleu ! Je repense encore ! Mais un asura ne peut pas ne pas penser ! Je suis fichu ! En plus Ayrin fait dodo en elle ! Ah non, encore un truc qu’il ne fallait pas penser ! Pense à pense à pense à… Des tomates… - Svynge est là ? - Tomate ? lui répondis-je perdu dans mes pensées. - Pardon ? - Rien. Svynge ? - Oui. - Pourquoi ? - J’avais envie de la voir. - Tout le monde a envie de la voir. - Non. - Si. - Non. - Bordel ! Elle est où ? Réponds-moi ! Hum. Hum. Hum. Elle est au mont Maëlstrom ma belle mais si je sais ce que tu ne sais pas, c’est que tu sais pas ce que je sais ? Mes pensées te seraient interdites ? Shali se serait plantée (sans mauvais jeu de mot, mais elle me fait rire cette phrase) ? Espèce de rat ! Tu me caches quelque chose ! User de la manière forte au cœur d’Hoelbrak jouerait en ma défaveur. Comment lui faire cracher ce qu’il sait ? Bon sang ce que j’ai mal à la tête ! Piouf, que ça fait du bien de pouvoir penser ce que je veux ! Golems, brille brille, carottes rapées à la vapeur… Aaah je me sens revivre ! Bon, quoi que faire ? Je peux pas la laisser filer. Je peux pas prendre le risque de la présenter aux autres non plus, surout si elle lit dans
  • 10. C’est pas pareil ? les pensées, mais vu que mes pensées sont trop complexes, elle y arrive pas, pas de chance pour elle. A la rigueur, elle pourrait s’adresser à Aboune, mais Pug et Stathor ne sont pas assez intelligents pour contrer ça. Sans rancune. Guess, je sais pas. D’façon, je peux pas prendre ce risque. Je faisais de nouveau les mille pas, suivis par mon moa rose, sous les regard furieux de Pan d’Orr. Mais si Ayrin est effectivement en elle, ce serait mieux de la garder dans le coin. Ne serait-ce que pour trouver une idée, qui ne venait toujours pas. Tiens, expérimentons. - Ayrin ? - Quoi ? Mais à quoi pense-t-il bon sang ?! Pourquoi a-t-il prononcé Ayrin ? Ayrin… L’autre, le charr, en avait parlé aussi. Pourquoi ? C’est… Bizarre, plus je pensais à elle, plus je me sentais apaisée. Qu’est-ce que… Elle a l’air moins nerveuse tiens. Intéressant intéressant. - Svynge s’est absentée pour quelques jours, je retape sa maison en l’attendant. Tu pourrais attendre dans une auberge, je te préviendrai dès son retour. Elle me regardait bizarrement, j’étais pas super rassuré. - On va faire ça. Je regardai Pan d’Orr partir sans dire un mot. Pour une fois, je ne savais pas quoi penser. Tout ne s’explique pas ! Mais tout s’éclaircit. Le huit inversé, c’est Pan d’Orr ! L’interaction confirme ce que Pug venait de nous dire : Ayrin serait effectivement dans le corps de Pan d’Orr. Comment est-ce possible ? Concentre toi ! Et je sais maintenant pourquoi le huit inversé traversait les autres symboles ! Car elle peut lire dans les pensées ! Ca corroborerait parfaitement les propos de Shalimar ! Tous sauf quatre. Mais qui ? - Qu’est-ce qu’on fait ? - J’en sais trop rien, me répondit Pug, il serait sage d’attendre les autres. - Le truc, c’est de ne pas croiser Pan d’Orr. - Oui. - Parousir, ta… pétasse là, maintenant que j’y pense, elle s’appellerait pas Pan d’Orr. - Putain ! Ouais c’est ça. - Et Chalumeau, ce serait pas Shalimar ? - Maintenant que tu le dis… Bon, les pièces du golem s’assemblaient. Il me manquait toujours quelques informations : d’où lui venait cette force, quelle était cette magie, que voulait elle de nous ? Un bruit sourd me fit sursauter. Une chouette venait de s’emplafonner dans la vitre. Guess se précipita vers elle et la ramena dans la
  • 11. C’est pas pareil ? demeure. De sa jolie voix elle elle nous dit qu’elle reconnaissait Soupolé, la chouette de Pajim. Le choc l’avait complètement sonnée. Un petit papier était enroulé autour de sa patte. - On a eu des emmerdes. On revient avec J-A. Ayrin est en vie. On arrive dans quelques jours. PS : Si Nezumy a touché à quoi que ce soit dans ma maison, c’est un asura mort. Je vois. Ca confirme les rumeurs. J-A ? Peut être que cette maudite épée nous en dira plus. A nous de lui tirer les vers du nez. Mais une épée… Ca n’a pas de nez… Nezumy était rentré en trombe dans la maison, suivi par un étrange moa rose qui, à peine rentré dans la maison, commençait à picorer tout ce qui passait sous son bec. Le résumé de la situation me fit comprendre une chose : Pan d’Orr n’eût pas accès aux pensées de Nezumy. Est-ce dire qu’il ne pense pas ? C’est fort possible. Mais ça reste un asura, donc ça pense. Non non, il ferait plus logiquement parti des quatre. Pourquoi ? Alors là ? C’est délicat de prendre le risque d’aller voir Pan d’Orr chacun notre tour pour savoir qui pense quoi. Avec ce qu’on sait sur elle, ça risquerait de l’agacer. Je ne voyais plus qu’une alternative pour limiter les risques, que je proposai aux autres : - On s’en va. - Quoi ? me répondit Pug. - Visiblement, Pan d’Orr n’a pas accès aux pensées de Nezumy. - C’est qu’il ne pense pas. - C’est ce que je me suis dit oui. - Eh oh, oh oh oh, c’est que mes pensées sont trop complexes pour elle plutôt, oui oui oui. - Autrement, repris-je, c’est possible que Shalimar se soit trompée, et qu’elle ne lit pas les pensées. - Elle a raison, intervint le charr Parousir derrière moi. Lorsque je me suis fritté avec cette saloperie, elle esquivait mes attaques sans se planter, et pourtant chacun sait que je suis balèze. Des réflexes comme ça, impossible, pas sans avoir accès au savoir de son adversaire. - Je vois jevois, ce qui m’incite toujours à partir. - Pourquoi, reprit le charr, on lui pète la gueule et c’est réglé. - Non pas que je remette nos compétences en cause, mais si elle a réussi à vous avoir, Shalimar et toi, c’est qu’elle est bougrement forte. - Elle se castagne bien oui. - Sans compter sa magie particulière. Elle a tout un tas de potentiels qui me laissent dire qu’il y a encore autre chose derrière. - Qu’est-ce qu’on fait alors ? osa Guess. - On se met en retrait, un peu à l’écart d’Hoelbrak. On attend le retour des autres. Tous sauf Nezu. - Quoi quoi quoi ? - Toi tu restes ici. - Pourquoi ?
  • 12. C’est pas pareil ? - Il faut qu’elle reste ici. Tu t’es mis toi-même dans le pétrin je te rappelle, en lui disant que t’attendais le retour de Svynge. Si tu partais, elle aurait des doutes. D’autant moins qu’il nous faut quelqu’un sur place pour rediriger les nôtres vers nous quand ils reviendront de leur expédition. - Ce que tu es intelligent Aboune ! - Je sais. - Bon, je taquine la jolie dame et je retape la maison, vendu ! - Tu seras seul, aucune bourde n’est permise. - Oh tu me connais, c’est pas mon genre. Un lourd silence s’était imposé à la fin de la réponse de Nezumy. En laissant Hoelbrak derrière nous, et en repensant à la confiance que nous avions accordée à Nezumy, je me demandais si un jour nous aurions l’occasion de revoir cette ville ou s’il n’en restera que des ruines… Et nous avons attendu, à l’écart d’Hoelbrak, dans un petit bosquet, attendu et attendu, des jours et des jours, fort longs. On a méchamment contourné les marais puants sur le chemin du retour, fallait pas trop déconner quand même. Et on a marché. Sans répit. On était tous claqués, mais nous avions tous, sans exception, une mauvaise intuition. Quelque chose partait en vrille, ça puait sec le souci, pour rester poli, et nous pressions le pas, le bide en vrac. Depuis trois jours, la lune était pleine, et verte, un bon vert bien dégueulasse et bien visqueux. Hoelbrak, nous y serons demain. Théoriquement. Ce soir là, je me mis à irradier une faible lumière blanche. Ce qui ne manqua de laisser gueule béante les autres. Tiens donc, l’Onitopie se réveillerait ? Les discussions allaient bon train sur le pont. L’aéronef filait à toute allure, chargé de richesses en tout genre. Je me remettais doucement de la disparition de maman. Je cauchemardais toutes les nuits, me ressassant sans cesse ce choix tragique. Même si j’étais convaincue d’avoir fait le bon choix, c’est un choix si douloureux ! Les disputes incessantes entre Splif et Splouf me faisaient changer les esprits. Un vol de mouettes accompagnait notre vaisseau. Nous approchions de l’Arche. Pourquoi mère était dans un tel état ? Qu’a-t-elle cherché à affronter pour avoir été corrompue par Kralkatorrik ? Pourquoi nous a-t-elle abandonnées, Pan d’Orr et moi, toutes petites. Pan d’Orr… Ma sœur… Aurais-je préféré ne rien savoir ? Je n’ai jamais pu supporter cette fille, et c’est pas parce que c’est ma sœur que ça va changer maintenant. Mais la dernière demande de maman était claire : elle voulait que je l’aide. Pourquoi aurait-elle besoin d’aide ? Elle a l’air de très bien s’en sortir seule. Demain, nous serons à l’Arche, et tout de suite après, grâce au portail asura, à Hoelbrak. J’espère y retrouver rapidement les autres.
  • 13. C’est pas pareil ? Ce soir là, l’orbe à mon cou se réchauffa, et émit la même lueur blanche que dans Rata Loran. Purée de purée de fichtre de mince de piouf. Le soir tombe. Ce qu’on s’ennuie nuit ici. Feu Golemotuile repète le feu, fallait bien glandouiller à quelque chose. Moa moa avait retourné la maison de Svynge, et s’était fait un nid douillet après avoir éventré un matelas. J’avais beau me gratter la tête, je ne savais pas dire pourquoi il n’aurait pas du faire ça. Mais c’était une telle anarchie de bibelots maintenant que je me sentais vraiment chez moi. Ca faisait quelques jours que je croisais Pan d’Orr régulièrement. Elle se portait palote la petite, l’avait pas l’air bien. Nos discussions restaient si plates. J’en était tout triste. Je me rendis à son auberge un soir, pour miamer avec elle, histoire de lui faire changer les esprits. Et les miens. Elle dormait. Selon le tenancier. Aussi j’allai la voir dans sa chambre. Mauvaise idée. L’aile d’Onitopie se mit à briller. Ca faisait quatre jours. C’était long, je commençais à m’inquiéter. Si demain, rien ne se passait, je retournerai à Hoelbrak. Tiens ? Ma poche brille… L’Onitopie, qu’est-ce que ? Elle dormait, paisiblement p’têt, ou p’têt pas. Je m’approchai d’elle. Je posai la main sur la sienne pour la réveiller. Le choc fut brutal. Tout avait changé autour de moi. De chambre de taverne, il n’y avait plus rien. A la place, une terre aride, des ruines grises et mornes tout autour. Des éclairs au loin. Où suis-je ? Un formidable rugissement me fit dresser les poils sur la tête. En me retournant, je vis un vilain tout pas beau dragon dans le ciel, tourner en rond. Il avait plusieurs têtes et était fichtrement gros. Et tout vert. Je me cachai derrière une des ruines. Par la racine carré de quatre de dents de l’ancêtre ! Je suis où ??? - Bonjour. Une petite voix, toute mimi, celle d’une petite fille lorsque je le constatai en me retournant.
  • 14. C’est pas pareil ? - Excelsior à toi petite. Ne reste pas là, viens te cacher près de papa Nezu ! - Papa ? - Ouais. Elle tendit son bras pour me montrer la direction du dragon. - Papa. - Oui oui, papa content, oui. - T’es rigolo toi. - Ah bah merci, toi aussi. - C’est vrai ? - Oui oui oui. Elle me regardait bizarrement. Son visage me disait quelque chose. - T’es quoi toi ? - Quoi moi ? - Oui, t’es quoi toi ? - Ben ça dépend. Des fois je tue des Flammotaure, d’autres fois… - Ouah, tes cheveux, ils sont trop beaux ! - Je sais merci. Tu veux la même coupe. - Ah oui ah oui ah oui ! - Bon, promis, je te fais ça, si tu me dis où on est. - On est chez moi et chez mon papa. - Tu peux me présenter à ton papa ? - Bien sur. Après réflexion, je pense que cette phrase restera la plus stupide de toute ma vie. Elle me prit la main et me fit sortir de la ruine. Alors que je regardai derrière moi, pour voir si il n’y avait personne d’autre, je n’avais pas remarqué qu’elle m’avait amené à… Oulah. Il était encore plus gros de près que de loin. Je tirai la fillette dans l’autre sens. - Que fais-tu ? - Mais tu es fofolle ? Y’a un dragon là en face. - Oui. C’est papa. - Pardon ? - Papa. Youhou ! Viens s’il te plait. - Chhhhhhhht ! Le dragon tourna la tête, enfin ses têtes plutôt vers nous, et d’un battement d’aile, se retrouva à notre niveau. Il se posa devant nous, bon sang de bonsoir. - Papa. Je… Mggggnnnn
  • 15. C’est pas pareil ? Sans réfléchir, j’avais pris la gamine à bras le corps et détalai dans l’autre sens, aussi rapidement que Pug, c’est dire ! J’entendis le cri du dragon derrière moi. Au bruissement d’ailes, je sus qu’il avait reprit son envol et qu’il nous chassait. - Lâche moi, lâche moi méchant ! Je zigzaguais au milieu des ruines, faisant fi des demandes de la fillettes, le dragon tournant au- dessus de nos têtes, nous traquant comme deux petites souris tout mimi-nuscules. Je ne voyais pas d’échappatoires. Ayeayeaye. La petite fille me mordait et me griffait, mais je pouvais la comprendre, dans le stress, je ferai pareil. Ou pas. Mais si je faisais pas pareil, c’est pas pareil du coup. Oui mais… Le dragon se posa devant nous en écrasant la masure qui se trouvait originellement là. Ses têtes rugirent toutes dans ma direction, à m’en scalper le crâne ! Il s’avança. Je reculai. Je butai sur un mur. Le monstre se dressait en face de moi. Tout prêt à me croquer. Pourtant, il n’en fit rien. Il claquait des machoires, visiblement furieux, mais n’attaquait pas. Pourquoi ? - Lâche-moi méchant ! La petite fille ! Serait-ce… Tout à coup une voix familière m’appela. - Nezu ? En me retournant, je n’en croyais pas mes orbites ! - Ayrin ? - Nezu, c’est bien toi ? - Je te retourne la question, toute belle. - Que fais-tu ? - Je sauve cette petite fille du vilain dragon. - Oulah… Je te le déconseille. Le vilain dragon… C’est… son père. - Quoi quoi ? - Je te conseillerai de la lâcher. - T’es sérieuse ? - Malheureusement oui. Perplexe, je lâchai la petite fille, qui courut droit vers… Papa dragon. Pour se blottir entre ses papattes. - C’est un méchant papa, il me fait peur. Mange-le ! - Non Pan d’Orr, je t’en prie ! Zhaïtan avait pris son envol. Il piqua droit vers Nezumy. Je courus vers lui. Trop tard. Le dragon passa à travers la maison. Le choc envoya valdinguer les pierres dans tous les sens, et me propulsa violemment en arrière. Nezu ? Comment a-t-il fait pour se retrouver là bas, aussi loin de la scène ?
  • 16. C’est pas pareil ? Décidément, ces bottes-fusées resteront une de mes meilleures inventions ! Ca s’est joué à un cheveux ! J’entendis la jolie voix d’Ayrin derrière moi : - Pan d’Orr, arrête-le je t’en prie, c’est un ami. - Non. Moi je l’aime pas ! Oups, vilain dragon sortait des décombres. Une de ses têtes m’avait repéré. Cours petit Nezu, sois vif comme le vent, sois rapide comme le dolyak qui souffle en tempête ! Cours ! Ce que je fis sans que je me le redemande. Jamais asura ne courru aussi vite, à part Pug peut être bien. On devrait faire un concours. Le dragon me traquait dans les ruines. Explosant une ou deux masures à chaque piqué de sa part, que j’esquivais non sans mal. La troisième attaque fut trop adroite. Les pierres volaient autour de moi et l’un d’entre elles me percuta violemment. Me jetant au sol. Le dragon se posa au-dessus de moi. Le décor devenait flou. Il ouvrit ses gueules qui toutes fondirent sur moi. Adieu, mes amis, Ainsi périt le Nezu, avec un nouveau titre : Nezumy, la croquette pour dragon !