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John PerkinsLES CONFESSIONS                dunassassin financier      Revélations sur la manipulationdes économies du mond...
Titre orig i n~1 angl~isConfess ions of an economic hit manCl 1004 pM John Perkin,.publié par ikrrett-Kœh ler Publishe rs,...
Table des matières         Préface.                                                .xi                                    ...
Préface       Les assassins (illa/lders sont des professionnels Eyassemcnt pa!jés   qui escroquent des milliards de dol/ar...
On a toutefois réussi à me convaincre de renoncer à écrire ce livre,        pouvoir nécessaires pour y changer quelque cho...
en une seule conversation plusieurs échanges que jai eus avec la             familles ne mangent pas à leur faim 2. Lindus...
larges secteurs de la population soient asselVis à une élite mino ritaire ,   nous ne changeons pas le cours actuel des ch...
Lorsque mon manuscrit fut terminé , le fondateur des éditionsBerrett-Koehler, Steven Piersanti, non seulement a eu le cour...
financiers sont responsables , cette guerre est pratiquement ignorée            lÉquateur, bien que sa superficie ne soit ...
pas seulement à cause de lintense chaleur tropicale et des sinuosités       longtemps que je Japercevrais au détour. J e l...
pétrolières reçoivent 75 $. Des 25 $ qui restent , les trois quarts doivent        Cependant-et cest là un sévère avertiss...
PREMIÈRE PARTIE :                                                  1963-1971                     T                        ...
1            La naissance dun assassin financierTout a commencé de façon bien innocente.   J e suis né en 1945, fils uniqu...
logement , le chauffage , leau, ainsi que les ouvriers qui tondaient          les filles que je connaissais étaient des "p...
Iranien , fils dun général qui était le conseiller personnel du shah;          Plus tard en cette même année 1965, plusieu...
il organ isa pour moi une série de rencontres aux bureaux de son                Peace Corps. Comme la NSA, les Peace Corps...
millénaire et que je jouerais un rôle significatif dans la formation de      retourner éventuellement. il minforma quil se...
isolé du Panama ; il avait été conduit à laéroport par la police pana-méenne et mis dans un avion a destination des Ëtats-...
partie dune équipe de onze hommes qui iraient y concevoir une stra-              Cependant, ma licence dadministration com...
J avouai mon ignorance quant au rôle des assassins financiers .            quand nous aurions besoin dobtenir leurs faveur...
Tout comme les citoyens américains en général, la plupart des                 Un jour, je rappelai à Claudine que Jéquipe ...
John perkins les confessions d'un assassin financier (capitalisme, imperialisme usa, fmi, tiers monde colonialisme)
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John perkins les confessions d'un assassin financier (capitalisme, imperialisme usa, fmi, tiers monde colonialisme)

  1. 1. • Us assassins financim, &:rit John Perkins. SOnt des professionnels ~melltpayés qui escroquem des milliards de dollall à divers pays du globe. UUIl armes VI s::: John Perkins ~principales: les r.lpporu fin<lnciell frauduleux, les ~Icctîons truqUI!cs, les pots-de-vin,lo:tollion, k 5o:e ct k meun~ ... ... CIl John Perkins Ail Irh bien de quoi il pule.. Il a été lui-même un a.w.ssin a.fimmcicr. Son lravail consiSQit Il convaincre certains pays nr.utgiquemem impor-lants pour les J:tats-Unis, comme le Panam:i ou lIndonésie, daccqncr dénormesprêts pour le dévdoppelllellt de kull infrastructures, et à smuru que tOUS les pro- s::: .s::: ..., o Les confessionsjets lucratifs m.ient confiés à des CflIrq>riSCS arnéric:a.ines. Ainsi affiigés: de lourdesdcrtes, ces pays se mrouvaiellt alors sous le conlrÔle du gouvernement américain, dela Banque mondiale ct d:lUtro: organisations humanirairo: dominl!cs pou les ËtaU-Unis, qui sc: comporraiem envcrs eux comme des usuriers, leur dictam les condilions dun assassinde remboursernem ct forçant leurs gouvernements Il la soumission. Cel o:traordinai~ rUit véridique dbui le la corruptÎon CI les inrrigues interna-tionales, ainsi que des activü6: gouvernementales ou entrcp~ncurialdi peu connues,qui ont de graves conséquences pour la démocratie amlricaine el le monde emier. . CIl financier illY • Une bombe. Voici que qudqu un de profondément engagé dans nolt(~ AJIQu~ gouvernementale Ct cntrq>~neuriale im~rialisre ose en révéler sans == .- = CI lCI Révélations sur la manipulation équivoque [es rouages interndi. Un ouvrage dune grande visio n CI dun grand courage moral .• ~; des économies du monde par les États-Unis li - John E. M:lck, professeur l lun i"(!rsi [~ HaM m CI auteur de A Pri,/ft olOur Disordn-: TIN Lift oiT E u,wm/ft, prix Pulirzcr Combinant la brillanct ct le SUSpense dun thriller d e Graham Grttne vec laulorité de lopen , Perkins raconte une hisloi~ vrnie, puisan ,révélatrice" ct terrifiante, où il cile des noms et établit des liens ...• .... = Dav}d Kanen , au teur du best-seller W1Nn CorpomlÎons Ruk lIN lffJr/d = :a vocueur CI troublant ... Ce [ivre rtussit Il b-eiller [e [mcut, qu i ne peut,cmpkher évaluer son propre r61~ CI de fCSS("ntir e besoin d un changement .• - R. Paul Shaw, o-&ono miste en chef ct" conseiller d~ progr.lmme du Grou pe dt cr..vàl du dévdoppement humain de lInstitui de la B:anqu~ mo ndiale l"hkin$ nous apporte [a preuve &:la[3.nte que [a d émocratÎ( esl incompatible avec JEmpire .... - Robert Jasmin, président de ATTAC-Qulbtr(Association pour a taxatio n des transactions financières ct taide aux citoyens) Lauccur amène [e lecteur dcrri è~ les portes doses des grandes corporations el institutio ns financièro: inl ~rn:ltiona[es. Un témoignage bouleversant sur les ~njeux d e la mondialisation . • - Michel C hossudovsky, directeur. Centre de recherche sur la mondialisation, el autcur de lA MOl/diltlilatÎol/ tU la pnuvrrtl d TERRE ISBN: 2-89626-001-3
  2. 2. John PerkinsLES CONFESSIONS dunassassin financier Revélations sur la manipulationdes économies du monde par les États-Unis atTERRE
  3. 3. Titre orig i n~1 angl~isConfess ions of an economic hit manCl 1004 pM John Perkin,.publié par ikrrett-Kœh ler Publishe rs, Inc.235 Montgomery Sw"{~t, sui te 650, San F r~nçisco, CA 94104-2916Tél. : (415 ) 288-0260 Fax , : (415 ) 362-2512IVIVIV , bkcon net;! ion.coma/TERR.E1209. av. BernMd O., bureau 110. Outremont. Qç À ma mère et à Illon père,Canad~ H2V 1V7 R.uth MoodlJ et Jason P erkins,Tél. : (SI4) 276-2949,F~x , : (514) 276-412 1 qui mollt appris à vivre et à aimer,Courrier élcrtronique : in{o@al-ter rc.nel et fIl Ollt illculqué le courage, qui ma permis décrire ce livre.www .• ll-terre.nctTous droits réservés0 2005 Ariane: Éd itions InLTr~ducti on : Lou is RoyerRévis ion lingu istique: Michelle Bach~ndGr;lphisme : CMI LemyrePhoto page couve rture : H.lrtmut Schwilrzbach / Alpha pressf Mise en r~ge : Ke:ssé Soumahoro Pre miè re impression: ,1Oû t 2005 ISBN: 2-89626-001 ·3 Dépôt légal: 3" trimest re 2005 Bibliothèque nationale du Q uébec Bibliothèque ll~tiol1a l e du Canada Bibl iothèque na tionale de Paris Diifusioll Canada: ADA Diffusion - (4S0) 929-0296 www.ada- inC ,,"--o m Franœ, Belgique. D.G. Difiusion - 05.61 .000.999 www.dgd iffusiun.com Suisse: TraI15at-23.42.77.40 Imprimé au CanadJ
  4. 4. Table des matières Préface. .xi TROISIÈME PARTIE: 1975-198 1 .. . 113 Prologue 17 À Panama avec Graham Greene . · 11 5 18 le foi des rois iranien. .123PREMIÈRE PARTIE: 1963-1971 . . 1 19 les confessions dun homme lorturé .128 1 l a naissance dun assassin financier .3 20 la chute d un roi. .133 2 «Cestpourlavie ;o . 13 21 la Colombie, clé de voûte de l Amérique latine . .137 3 Première mission: lIndonésie 22 22 la république américaine versus lempire global. · 142 4 Sauver un pays du communisme. 26 23 Un curriculum vitœ trompeur .150 5 Jai vendu mon âme . 31 24 le président de lÉquateur contre les grosses pétrolières .160 25 Ma démission .165DEUX IÈME PARTIE: 1971-1975 39 QUATRIÈME PARTIE: 1981-2005 .171 6 Mon rôle cIinquisiteur 41 7 la ci vilisation cn jugement. 46 26 la morl violente du président de lÉquateur .173 8 Une vision différente de Jésus 52 27 la mort violente du président du Panama · 179 9 Une occasion unique .. 57 28 Mon entreprise dénergies de substitution .183 la Lhéroïque président du Panama. 64 29 Jai accepté un pot-de-vi n .189 11 Des pirates dans la zone du canal 70 30 linvasion du Panama par les États-Unis .196 12 Des soldaIS et des prostituées. 74 31 léchec des assassi ns financiers en Irak. .206 13 Une bonne conversation avec le général. 79 32 Les conséquences du 11 septembre 2001 su r m.1 propre vie. 214 14 le début dune sombre période économique 86 33 Le Venezuela sauvé par Sadd.1m . .223 15 Laffaire du blanchiment dargent saoudien. 91 34 LÉquateur revisité . . . .231 16 Du proxén étisme au financement dQussama Ben Laden. .105 35 Au-delà des apparences .241 Épilogue .253 Chronologie personnelle de John Perkins. .259 Notes. .263 l auteur .277
  5. 5. Préface Les assassins (illa/lders sont des professionnels Eyassemcnt pa!jés qui escroquent des milliards de dol/ars à divers paLfs du fjlobe. Ils diriBent JaBent de la Banque mondiale, de lAel:nce américaine du développement intcmational (US A[jcnclj for International Deve/apment - USA ID) et daulres orBallisatiolls <i humanitaires » vers les coffres de Brandes compafjl1ies et vers les poches de quelques (amilles richissimes qui contrôlent les ressources naturellcs de la pla- nète. Leurs armes principales: les rapports financiers frauduleux, les élections truquées. les pots-ae-vin, lextorsion, le sexe et le meurtre. Ils jouent un jeu vieux comme le monde, mais qui a atteint des proportions terrirantes €/l cette époque de mondialisation. Je sais très bien de quoi je parle .. . car (ai été l1Oi-lIIêllle U/l assassin financier.J ai écrit ces quelques lignes en 1982, au début dun manuscrit quiavait pour titre provisoire La conscience dun assassin financier.Cet ouvrage était dédié à deux hommes dÉtat qui avaient été mesclients, que je respectais et pour qui javais énormément destime:Jaime Roldôs, président de lÉquateur, et Omar Torrijos , président duPanama. Tous deux venaient de périr dans des écrasements davionqui navaient rien daccidentel. Ils furent assassinés parce qu ils soppo-saient à la coalition formée par de grandes compagnies, le gouver-nement américain et des banquiers, dans le but détablir un empireglobal. Nous, les assassins financiers , navions pas réussi à obtenir lacollaboration de Roldôs et de Torrijos, et les tueurs à gages de [a CIA,qui nous suivaient toujours de près. sont donc intelVenus.
  6. 6. On a toutefois réussi à me convaincre de renoncer à écrire ce livre, pouvoir nécessaires pour y changer quelque chose. Cette nation estJ e Jai recommencé quatre fois dans les vingt années qui ont suivi. celle où je suis né et que jai servie en tant quassassin financier : lesChaque fois, ma décision fut suscitée par un événement important : États-Unis dAmérique.l invasion du Panama par les États-Unis en 1989, la première guerre Quest-ce qui ma donc finalement convaincu dignorer les menacesdu Golfe. lintervention militaire américaine en Somalie et la montée et décarter les pots-de-vin?dOussama ben Laden. Cependant, des menaces ou des pots-de-vin J ai deux réponses à cela. La première est brève : ma fille unique,m ont toujours fait abandonner mon projet. Jessica , a terminé ses études et est devenue autonome. Quand je lui En 2003, le directeur dune grande maison dédition, filiale dune ai annoncé que jal1ais publier ce livre et que je lui ai fait part de mespuissante société multinationale, a lu mon manuscrit , désormais titré craintes, elle ma dit : «Papa , ne tinqUiète pas. Sils tattrapent, jeLes confessions d un assassin financier. Après mavoir dit quil prendrai la relève. Nous nous devons daccomplir cela pour les petits-sagissait là dune «histoire captivante - quil fallait absolument racon- enfants que jespère te donner un jour! »ter, il me sourit tristement en déclarant qu il ne pouvait se permettre Ma deuxième réponse , plus longue , est liée à mon dévouementde se risquer à la publier, car les grands patrons sy opposeraient au pays où jai grandi, à mon amour des idéaux énoncés par lessûrement. Il me conseilla de la romancer. «Nous pourrions la mettre pères fondateurs, à mon profond engagement envers cette républi-en marché dans le même créneau que les œuvres de John Le Carré que américaine qui promet aujourd hui «la vie, la liberté et la pour-ou de Graham Greene. )) suite du bonheur» pour tous et partout, et à ma décision, après le Mais il se trouve que ce nest pas de la fiction! Cest plutôt la véri- I l septembre 2001, de ne plus demeurer passif tandis que les assas-table histoire de ma vie. Un éditeur plus courageux, dont la maison sins financiers transforment ladite république en un empire global.nest pas la propriété dune multinationale, a bien voulu maider à la Cest là lessentiel de cette deuxième réponse, dont les détails serontrendre publique. livrés dans les chapitres qui suivent. Cette histoire doit vraiment être racontée. Le monde traverse Cest donc une histoire vraie , dont jai vécu chaque instant. Lesactuellement une crise terrible, qui nous offre cependant une occa- lieux, les gens, les conversations et les sentiments que jy décris ontsion extrao rdinaire. Cette histoire dun assassin finan cier explique tous fait partie de ma vie. Cest mon histoire personnelle, et pour-pourquoi nous en sommes arrivés au point où nous sommes main- tant elle sest déroulée dans le contexte plus large dévénements his-tenant et pourquoi nous faisons face constamment à des crises qui toriques qui ont mené à la situation actuelle et qui constituent les nous semblent insurmontables. Oui, cette histoire doit être racon- fondements de lavenir de nos enfants. Je me suis efforcé de pré-tée, pour les raisons suivantes: c est uniquement en comprenant senter ces expériences, ces gens et ces conversations avec le plus nos erreurs passées que nous pourrons tirer avantage des occasions dexactitude possible. Chaque fois que jévoque un événement histo-futures ; il y a eu les événements du 11 septembre 200 1, ainsi que rique ou que je reconstitue une conversation, je maide de plusieurs la deuxième guerre dIrak; en plus des trois mille personnes qui sont outils: des documents publiés, mes notes et registres personnels, des mortes le 11 septembre 200 1 dans des attentats terroristes, vingt- souvenirs-les miens et ceux des autres personnes impliquées-, quatre mille autres sont mortes de faim ou de causes associées. En mes cinq manuscrits précédents, et les ouvrages dautres auteurs , fait, vingt-quatre mille personnes meurent chaque jour parce quelles particulièrement de récentes publications divulguant des informations nont pu obtenir la nourriture nécessaire à leur subsistance l, Surtout, jusque-là secrètes ou non disponibles. Les références sont fourniescette histoire doit être racontée parce que , pour la première fois de dans les notes en fin de volume, à lintention des lecteurs qui désire- lhistoire , une nation possède la capacité. les moyens finan ciers et le raient étudier le sujet en profondeur. Dans certains cas, jai condenséJ( ii L L~ CONrtSSI ON S D U N ASSASSI N I I N II N CIF II: xiii
  7. 7. en une seule conversation plusieurs échanges que jai eus avec la familles ne mangent pas à leur faim 2. Lindustrie énergétique crée des même personne, afin de faciliter le déroulement du récit. Emon et lindustrie comptable crée des Andersen. Le ratio du revenu Mon éditeur m a demandé si nous nous appelions réellement des moyen du cinquième de la population des pays les plus riches à celui.. assassins financiers » entre nous. Je lai assuré que oui , même si du cinquième de la population des pays les plus pauvres est passé de nous nutilisions couramment que les initiales «EHM ». (En anglais: 30/1 en 1960 à 74/ 1 en 1995 3 . Les Ëtats-Unis ont dépensé plus de Economie Hit Men. (N.d. Tl] En fait , le jour de 1971 où jai com- 87 milliards de dollars pour la guerre dIrak alors que les Nations unies mencé à travailler avec mon entraîneuse, Claudine, elle minfo rma estiment que nous pourrions, avec la moitié de ce montant , fournir de que sa tâche était de faire de moi un assassin financier et que per- l"eau potable, une nourriture équilibrée, des selVÎces sanitaires et une sonne ne devait être mis au courant de mon engagement, pas même instruction élémentaire à chaque habitant de la planète 4 . mon épouse. Très sérieusement, elle me dit : .. Quand on sembarque Et nous nous demandons pourquoi des terroristes nous atta- là-dedans , cest pour la vie.» quent! Le rôle de Claudine constitue un exemple fascinant de la manipu- Certains attribuent nos problèmes actuels à une vaste conspiration. lation régnant dans Je secteur où je venais dentrer. Cétait une femme Si seulement cétait aussi simple! On peut dénicher les membres belle et intelligente, hautement efficace, qui sut percevoir mes faibles- dune conspiration et les traduire en justice. Ce système salimente ses et les utiliser à son avantage. La façon dont elle exécutait sa tâche malheureusement à quelque chose de plus dangereux quune conspi- témoigne de la subtilité des gens qui dirigent ce système. ration. li nest pas guidé par un petit groupe dhommes, mais par un Claudine ny est pas allée par quatre chemins lorsquelle ma décrit concept devenu parole dévangile : lidée que toute croissance éco- la nature de mon travail. Je devrais , dit-elle , «encourager les diri- nomique est bénéfique à Jhumanité et que plus cette croissance est geants de divers pays à sintégrer à un vaste réseau promouvant les grande, plus les bienfaits en sont répandus. Cette croyance pOSSède intérêts commerciaux des Ëtats-Unis. Au bout du compte, poursuivit- aussi un corollaire: ceux qui entretiennent le feu de la croissance elle, ces dirigeants se retrouvent criblés de dettes, ce qui assure leur économique doivent être félicités et récompensés, tandis que ceux qui loyauté. Nous pouvons alors fai re appel à eux nimporte quand pour vivent en marge sont disponibles pour lexploitation. nos besoins politiques. économiques ou militaires. De leur côté, ils Cette idée est évidemment erronée. Nous savons que, dans plusieurs consolident leur position politique en créant pour leur peuple des pays , la croissance économique ne profite quà une petite partie de zones industrielles , des centrales électriques et des aéroports. Les pro- la population et a même pour résultat une aggravation de la situation priétaires des compagnies américaines dingénierie et de construction de la majorité. Cet effet est renforcé pa r la croyance dérivée que les senrichissent ainsi fabuleusement. » capitaines dindustrie qui dirigent ce système doivent jouir dun statut Nous voyons aujourdhui les résultats de ce système qui a dérapé. particulier, une croyance qui se trouve à la source de plusieurs de nos Nos compagnies les plus respectables paient des salaires de famine à problèmes actuels et qui explique peut-être aussi pourquoi abondent des gens quelles font suer dans des conditions inhumaines dans des les thèses de conspiration. Quand des hommes et des femmes se ateliers clandestins d Asie. Les sociétés pétrolières déversent sans voient récompensés pour leur cupidité. celle-ci devient facilement un justification des toxines dans les fleuves des forêts tropicales, tuant encouragement à la corruption. Quand la consommation vorace des consciemment des gens, des animaux et des plantes, commettant le ressources de la planète est associée à un statut proche de la sainteté, génocide danciennes cultures. Lindustrie pharmaceutique refuse à que nous enseignons à nos enfants à imiter des gens qui mènent une des millions dAfricains infectés par le V.l.H. des médicaments qui vie déséquilibrée et que nous considérons comme normal que de pourraient leur sauver la vie. Aux États-Unis même. douze millions dexiv l~ ) CONI(SSIONS DUN ASSASSIN r lNANCll K PR ÉfACl
  8. 8. larges secteurs de la population soient asselVis à une élite mino ritaire , nous ne changeons pas le cours actuel des choses. Dans leur quête nous ne pouvons que nous attirer des ennuis. dune plus grande domination , les empires détruisent plusieurs cultu- Dans leur quête dun empire mondial , les multinationales, les ban- res, puis ils sécroulent eux-mêmes. Aucun pays ni aucune coalitionques et les gouvernements (dénommés collectivement «corporatocra- de nations ne peut prospérer à long terme en explOitant les autres.tie -) utilisent leur pouvoir financier et politique pour sassurer que nos J ai écrit ce livre afin que nous puissions en prendre conscience etécoles, nos entreprises et nos médias soutiennent leur idée fallacieuse réorienter notre histoire. J e suis convaincu que , lorsquun assez grandet son corollaire. Ils nous ont conduits au point où notre culture glo- nombre d entre nous se seront rendu compte que nous sommesbale est devenue une machine monstrueuse qui requiert sans cesse explOités par une machine économique générant un appétit insatiabledavantage de carburant et dentretien, tant et si bien qu elle fini ra pour les ressources de la planète et résultant en des systèmes qui favo-par consumer tout ce qui existe et quelle devra ensuite se dévorer risent Jesclavage, nous ne le tolérerons plus. Nous réexamineronselle-même. notre rôle dans un monde où quelques-uns nagent dans [opulence La corporatocratie nest pas une conspiration , mais ses membres tandis que la majorité se noie dans la pauvreté, la pollution et la vio-partagent réellement les mêmes valeurs et les mêmes buts. Lune lence. Nous mettrons le cap sur la compassion, la démocratie et lades fonctions les plus importantes de cette coalition est de perpétuer, justice sociale pour tous.détendre sans cesse et de renforcer le système. La vie de ceux qui Ladmission dun problème est la première étape de sa solution.ont «réussi», ainsi que tout leur attirail - leurs maisons, leurs yachts La confession dun péché est le début de la rédemption. Que ce livreet leurs jets personnels -, nous est présentée comme un modèle soit donc le commencement de notre salut. Qu il nous inspire un plusnous incitant à consommer sans interruption. On ne manque pas grand dévouement et nous incite à réaliser notre rêve de vivre dansune occasion de nous convaincre quacheter des biens est un devoir des sociétés honorables et équilibrées.civique , que le pillage de la planète est bon pour léconomie e t qu il Ce livre naurait pu être écrit sans les nombreuses personnes quesert donc nos intérêts. Des gens reçoivent un salaire scandaleux pour jai côtoyées et dont il est question dans les pages qui suivent. Je leurselVir le système. Sils échouent, des hommes de main moins gentils, suis reconnaissant des expériences partagées avec elles et pour lesles chacals, entrent en scène. S ils échouent également, les militaires leçons que jai apprises à leur contact.prennent le relais . En outre , je dési re remercier toutes les personnes qui mont Ce livre est la confession dun homme qui, lorsquil était un assassin encouragé à prendre le risque de raconter mon histoire: S tephanfin ancier, faisait partie d un groupe relativement restreint. Ceux qui Rechtschaffen , Bill et Lynne Twist, Ann Kemp, Art Roffey, tous lesjouent un tel rôle maintenant sont plus nombreux. Ils portent des titres gens qui ont participé aux voyages et aux ateliers de Dream Change,plus euphémiques et ils hantent les corridors de Monsanto, General particulièrement mes coanimateurs, Eve Bruce , Lyn Roberts-HerrickElectric, Nike , General Motors, Wal-Mart et presque toutes les autres et Mary Tendall , ainsi que ma merveilleuse épouse et partenairegrandes compagnies du globe. En un sens, Les confessions dun depuis vingt-cinq ans, Winifred, et notre fille J essica.assassin finan cier racontent leur histoire tout autant que la mienne. Je suis reconnaissant aux nombreux hommes et femmes qui mont ]] sagit également de votre propre histoire, celle de votre monde fourni des informations et des observations personnelles sur les ban-et du mien, celle du premier véritable empire global de lhistoire ques et les compagnies multinationales, ainsi que des renseignementshumaine. Celle-ci nous enseigne dailleurs que les empires ne durent politiques confidentiels sur divers pays. Je remercie particulièrementjamais, quils échouent toujours lamentablement, et il en sera donc Michael Ben-Eh , Sabrina Bologni , Juan Gabriel Carrasco, J amiede même pour celui-là. Il prendra fi n assurément par une tragédie si Grant , Paul Shaw et quelques autres qui désirent garder lanonymat.x vi L [ s c ONrf SSIO N S DUN ASSASSIN FI N ... NC I[~ P R~fACE xv i i
  9. 9. Lorsque mon manuscrit fut terminé , le fondateur des éditionsBerrett-Koehler, Steven Piersanti, non seulement a eu le courage delaccepter, mais il ma également aidé à laméliorer considérablement.Je le remercie donc vivement, tout comme je remercie Richard Perle,qui nous a présentés Jun à lautre, et aussi Nova Brown , Randi Fiat, PrologueAllen Jones , Chris Lee , J ennifer Uss , Laurie Pellouchoud et J ennyWilliams , qui ont lu et critiqué le manuscrit; David Corten, qui , enplus de le lire et de le critiquer, ma fait faire plusieurs acrobaties pourme conformer à ses très hautes normes dexcellence ; Paul Fedorko,mon agent; Valerie Brewster, qui a conçu la maquette du livre ; et Quito, la capitale de lÉquateur, sétend dans une haute vallée volca-Todd Manza , mon réviseur, un véritable génie des mots et un philo- nique des Andes , à une altitude de deux mille sept cents mètres . Lessophe extraordinaire. habitants de cette ville, qui fut fondée bien avant larrivée de Colomb J exprime aussi toute ma gratitude à Jeevan Sivasubramanian, en Amérique , sont habitués à voir de la neige sur les pics environ-rédacteur en chef de Berrett-Koehler, et à Ken Lupoff, Rick Wilson , nants, bien quils vivent à quelques kilomètres à peine de léquateur,Maria Jesus Aguil6, Pat Anderson , Marina Cook, Michael Crowley, La ville de Shell, un avant-poste frontière et une base militaireRobin Donovan , Kristen Frantz, Tiffany Lee, Catherine Lengronne et créée en pleine jungle amazonienne par la compagnie pétrolière dontDianne Platner, membres du personnel, qui reconnaissent le besoin elle porte le nom , se trouve à deux mille quatre cents mètres plus basdéveiller les consciences et qui travaillent inlassablement à lamélio- que Quito. Cest une ville très animée , habitée surtout par des soldats,ration de ce monde. des travaîlleurs pétroliers et des indigènes des tribus de Shuar et de Je dois enfin remercier tous ces hommes et toutes ces femmes qui Kichwa , qui y travaillent comme ouvriers ou prostituées.ont travaillé avec moi à MAIN et qui ne savaient pas quils aidaient un Pour passer dune ,ville à lautre , on doit voyager sur une routeassassin financier à créer lempire global; je remercie particulièrement sinueuse et dangereuse. Les gens du lieu disent que ce voyage nousceux qui ont travaillé pour moi et avec qui jai voyagé en des pays loin- fait voir quatre saisons en une journée.tains , où nous avons partagé dheureux moments. Je remercie égale- Bien que jaie effectué ce trajet plusieurs fois , je ne me lassement Ehud Sperling et son personnel à Inner Traditions International , jamais de ce paysage spectaculaire. D un côté sélèvent des falaiseséditeur de mes ouvrages précédents, portant sur les cultures et le abruptes, ponctuées de cascades et de broméliacées éclatantes, Deshamanisme indigènes; ce sont ces bons amis qui mont initié à ma lautre, la terre sabaisse brusquement en un abîme au fond duquelcarrière dauteur, le fleuve Pastaza , lun des affluents de lAmazone, descend vers la Je serai éternellement reconnaissant aux hommes et aux femmes mer en serpentant à travers les Andes. Le Pastaza transporte jusquàqui mont accueilli chez eux dans la jungle , dans le désert ou dans les locéan Atlantique, à cinq mille kilomètres de là , leau des glaciers dumontagnes, dans les cabanes de carton plantées le long des canaux Cotopaxi, qui est lun des plus hauts volcans actifs du globe et qui étaitde Jakarta, ou dans les taudis dinnombrables villes du monde , par- un dieu des Incas.tageant leurs repas et leur vie avec moi. Ils ont été ma plus grande En 2003, jai quitté Quito dans une Subaru Outback. à destinationsource dinspiration. de Shell, pour accomplir une mission très différente de toutes celles John Perkins que javais acceptées jusque-là. Jespérais mettre fin à une guerre que Août 2004 jai contribué à déclencher. Comme bien des choses dont les assassinsxviii l ~5 CONrtSS IONS (JUN ASSASS IN r INA:-.ICIIR
  10. 10. financiers sont responsables , cette guerre est pratiquement ignorée lÉquateur, bien que sa superficie ne soit guère plus grande que celteen dehors du pays où elle a lieu. Je men allais rencontrer les Achuars , du Nevada, comptait plus de trente volcans actifs, plus de quinze pOurles Zaparos et les Shiwiars, des tribus déterminées à empêcher nos cent de toutes les espèces doiseaux du globe ainsi que des milliers decompagnies pétrolières de détruire leurs maisons, leurs familles et plantes non encore répertoriées, et quil comportait diverses culturesleurs terres, au prix de leur vie sil le faut. Pour eux , cest la suIVie de où il y avait presque autant de gens parlant une ancienne langue indi-leurs enfants et de leur culture qui est lenjeu de cette guerre, tandis gène quil y a dhispanophones, Je trouvais cela fascinant; toutefois ,que pour nous cest le pouvoir, largent et les ressources naturelles. les mots qui me venaient alors le plus souvent à lesprit étaient lesElle fait partie de la lutte pour la domination mondiale et la réalisation suivants: pur, intact , innocent,du rêve dempire global de quelques hommes cupides 1. Beaucoup de choses ont changé en trente-cinq ans. Cest ce que les assassins financiers font le mieux: construire À lépoque de ma première visite, en 1968, Texaco venait toutun empire global. Ils constituent un groupe délite dhommes et de juste de découvrir du pétrole dans la région amazonienne de lÉqua-femmes qui utilisent les organisations financières internationales pour teur. Aujourd hui, le pétrole constitue près de la moitié des exporta-créer les conditions permettant dassujettir dautres nations à la cor~ tions du pays, Un pipeline transandin qui fut construit peu de tempsporatocratie formée par nos plus grandes compagnies, notre gou- après mon premier séjour a acheminé depuis lors plus dun demi-mil-vernement et nos banques. Comme leurs homologues de la Mafia , lion de barils de pétrole dans la fragile forêt tropicale humide, soit plusles assassins financiers accordent des faveurs. Lesquelles? Des prêts de deux fois la quantité déversée par lExxon Valdez 2 , Aujourdhui,pour développer les infrastructures: centrales électriques, autoroutes , un nouveau pipeline de près de cinq cents kilomètres, construit auports, aéroports ou zones industrielles. Ces prêts sont octroyés à la coût de 1,3 milliard de dollars par un consortium créé par des assas- condition suivante: ce sont des compagnies dingénierie et de cons- sins financiers, fera bientôt de lÉquateur Jun des dix principaux four- truction américaines qui doivent réaliser tous ces projets. On peut nisseurs de pétrole des États-Unis 3. De grands secteurs de la forêt ont donc dire qu en réalité largent ne quitte jamais les États-Unis , mais été détruits , les aras et les jaguars ont disparu, trois cultures indigènes quil est simplement transféré des banques de Washington aux com- équatoriales ont été sérieusement mises en danger et de magnifiques pagnies dingénierie de New York, Houston ou San Francisco. rivières sont devenues des égouts sordides, Bien que largent retourne presque immédiatement aux compa- Pendant cette même période, les indigènes ont commencé à ripos- gnies membres de la corporatocratie (le créancier), le pays récipien- ter, Par exemple, le 7 mai 2003, un groupe davocats américains daire doit tout rembourser, capital et intérêts, Si lassassin financier a représentant plus de trente mille indigènes équatoriens a intenté une bien travaillé, les prêts sont si élevés que le débiteur faillit à ses enga- action en justice de un million de dollars contre ChevronTexaco, Selon gements au bout de quelques années. Alors , tout comme la Mafia, les plaignants, le géant pétrolier, entre 197 1 et 1992 , a déversé quo- nous réclamons notre dû, sous lune ou lautre des formes suivantes: tidiennement, dans des trous béants et des rivières , plus de quatre le contrôle des votes aux Nations unies, linstallation de bases militai- millions de gallons deaux usées, contaminées par le pétrole, par des res ou laccès à de précieuses ressources comme le pétrole ou le canal métaux lourds et par des produits carcinogènes, et la compagnie a de Panama, Évidemment, le débiteur nous doit encore Jargent... et laissé à lair libre près de trois cent cinquante fosses à déchets qui voilà donc un autre pays qui sajoute à notre empire global. continuent de semer la mort chez les humains et les animaux 4 , Alors que je faisais route vers Shell en cette belle journée enso- Par la fenêtre de mon Outback, je voyais de grosses nappes de leillée de 2003, je repensais à ma première venue dans cette partie brouillard passer lentement de la forêt aux canyons du Pastaza, Javais du monde, trente-cinq ans auparavant. J avais lu quelque part que la chemise trempée de sueur et lestomac retourné. mais ce nétait Lt s CONHSSIONS DUN ASS"S~IN I INANCIEII PIIOL OGUL xxi
  11. 11. pas seulement à cause de lintense chaleur tropicale et des sinuosités longtemps que je Japercevrais au détour. J e lavais déjà vu plusieursde la route. Le rôle que javais joué dans la destruction de ce beau fo is et lavais adm iré en tant que symbole de mes réalisations dassas-pays nen finissait pas de me torturer. À cause de moi e t de mes sin financier. Ce jour-là, pourtant, il me donna la chair de poule .collègues assassins finan ciers, lÉquateur est en bien plus mauvais Ce mur hideux et incongru qui obstrue le fleuve Pastaza est unétat qu avant que nous lui ayons apporté les miracles de lécono- barrage qui en détourne les eaux par dénormes tunnels creusés dansmie moderne , des banques et de lingénierie. Depuis 1970, durant la montagne et conve rtit lénergie en électricité. Cest la centralecette période nommée par euphémisme le boom pétrolier, le niveau hydroélectrique dAgoyan , de 156 mégawatts. Elle alimente les indus-de pauvreté officiel est passé de 50% à 70%, le sous-emploi ou le tries qui enrich issent une poignée de familles équatoriennes et elle futchô mage , de 15 % à 70 %, et la dette publique, de 24 0 millions de à la source dindicibles souffrances pour les fermiers et les indigènesdollars à 16 milliards. Entre-temps, la part des ressources natio nales qui vivent le long du fleuve. Elle est lun des nombreux projets queallouée aux segments les plus pauvres de la population est passée de jai contribué à développer, avec dautres assassins financiers. C est20 %à 6 %- à cause de tels projets que lÉquateur est maintenant un membre de Malheureusement, lËquateur nest pas une exception. Presque lempire global. et que les Shuars et les Kichwas ainsi que leurs voisinstous les pays que les assassins financiers ont mis sous la «protection» menacent de faire la guerre à nos compagnies pétrolières.de lempire global ont connu un sort analogue 6. La dette du tiers- LÉquateur est maintenant enlisé dans les dettes et doit consacrermonde est maintenant de deux billions et demi de dollars et sa gestion , une part anormale de son budget national à leur remboursementen 2004 , coOte environ tro is cent soixante-quinze mîlliards par an, au lieu dutiliser cet argent pour aider ses millions de citoyens quisoit plus que les dépenses totales du tiers-monde en matière de santé sont officiellement classés comme dangereusement appauvris. Ceet déducation , et vingt fois le montant reçu en aide étrangère par pays ne peut sacquitter de ses obligations qu en vendant ses forêtsles pays en voie de développement. Plus de la moitié des habitants tro picales aux compagnies pétrolières. En effet , la principale raisondu globe sulVivent avec moins de deux dollars par jour, ce qui équi- de Jactivité des assassins financiers en Ëquateur, cest que la mer devaut à peu près au montant quils recevaient au début des années 70. pétrole enfouie sous la région de lAmazonie équivaudrait à tous lesPar ailleurs, un pour cent des foyers les plus riches du tiers-monde gisements du Moyen-Orient 8 . Lempire global réclame son dû sousdétiennent, selon les pays, 70% à 90% de toute la richesse financière la forme de concessions pétrolières.privée et des propriétés fo ncières de leur nation 7. Ces demandes sont devenues particul ièrement urgentes après La Subaru ralentit en sengageant dans les rues de la belle petite le I l septembre 2001. alors que Washington craignait un arrêt deville de Banos, célèbre pour sa statio n thermale , résultant de rivières lapprovisionnement en provenance du Moyen-Orient. En o utre , levolcaniques souterraines sécoulant du mont Tungurahgua , qui est très Venezuela , qui est notre troisième fournisseu r pétrolier, venait délireactif. Des enfants couraient le long de ta voiture en nous envoyant la un président populiste, Hugo Châvez, qui a adopté une position ferme main et en nous offrant dacheter de la gomme et des biscuits. Banos à légard de limpérialisme américain. Il a menacé dinterrompre lesa toutefois rapidement disparu derrière nous. Le paysage spectacu- ventes de pétrole aux Ëtats-Unis. Les assassins financiers avaien t laire a pris fin abruptement lorsque la Subaru a accéléré pour sortir échoué en Irak et au Venezuela, mais réussi en Équateur. Nous allions de ce paradis et entrer dans un véritable enfer dantesque. donc tenter den profiter au maximum. Un monstre gigantesque se dressait hors de la rivière. un énorme LÉquateur est très représentatif des divers pays que les assas- mur gris en béton qui était tout à fait incompatible avec le paysage. sins financiers on t mis au pas sur le plan poli tico-économ ique . Pour Évidemment , je naura is pas dO être surpris car je savais depuis chaque 100 $ de pétrole issu des forêts équatoriennes. les compagniesxxii L( s C ONH sS ION~ D UN " SS ... ~S I N fI N A N CI F. R P~ O lOGU ( xxiii
  12. 12. pétrolières reçoivent 75 $. Des 25 $ qui restent , les trois quarts doivent Cependant-et cest là un sévère avertissement -, sils échouent,servir à rembourser la dette étrangère. Le reste couvre surtout les une espèce plus sinistre encore entre en scène , ceux que lon appelledépenses militaires ou autres, ce qui ne laisse qu environ 2,50 $ pour les chacals, qui sont les héritiers directs des empires de jadis. Ils sontla santé, léducation et les programmes daide aux pauvres 9 . Ainsi, toujours présents, tapis dans lombre. Quand ils en sortent , des chefsPour chaque 100 $ de pétrole tiré de lAmazonie, moins de 3$ vont dËtat sont renversés o u meurent dans des «accidents» violents 10. Etaux gens qui en ont le plus besoin, et dont la vie a été chambardée si , par hasard , les chacals échouent, comme en Afghanistan ou enpar les barrages, le forage et les pipelines, et qui meurent par manque Irak, les vieux modèles ressurgissent. Quand les chacals échouent ,de nourriture saine et deau potable . de jeunes Américains sont envoyés au combat , pour tuer et pour Tous ces gens, cest-à-dire des millions en Ëquateur et des mil- mourir.liards sur tout le globe , sont des terroristes en puissance. Non parce En dépassant le gros monstre de béton sélevant de la riviè re ,quils croient au communisme ou à lanarchie ou quils sont fonci è- jétais très conscient davoir les vêtements trempés de sueur et lesrement méchants, mais simplement parce qu ils sont désespérés. En tripes contractées. Je me dirigeais vers la jungle afin dy rencontrerregardant ce barrage , je me demandai , to ut comme je lai fa it sou- des indigènes déterminés à se battre à mort pour arrêter cet empirevent en plusieurs endroits du monde, quand ces gens passeraient à que jai contribué à créer et jétais en proie à la culpabilité.laction , comme les Américains lont fait contre lAngleterre dans les J e me demandais comment le gentil petit campagnard du Newannées 1770 ou les Latina-Américains contre lEspagne au début des Hampshire que javais été autrefois avait pu finir par exercer un siannées 1800. sale métier. La subtilité des moyens utilisés pour créer cet empire moderne feraitrougir de honte les centurions romains, les conquistadors espagnolset les puissances coloniales européennes des XVIIIe et Xlx e siècles.Les assassins financiers sont rusés; ils ont su tirer des leçons de lhis-toire . Aujourdhui. on ne porte plus lépée. On ne porte ni armureni costume distinctif. Dans des pays comme lËquateur, le Nigeriaou lIndonésie, les saboteurs sont vêtus comme des enseignants oudes boutiquiers. À Washington et à Paris, ils se confondent avec lesbureaucrates et les banquiers. Ils semblent de simples individus nor-maux. Ils visitent les sites des projets et se promènent dans les villagesappauvris. Ils professent laltruisme , discourant, pour les journauxlocaux , de la me rveilleuse œ uvre humanitaire qu ils accomplissent. Ilscouvrent de leurs bilans et de leurs projections financ ières les tablesrondes des comités gouvernementaux et ils donnent des conféren-ces sur les miracles de la macroéconomie à lËcole de commercede Harvard. Ils travaillent à découvert. Ou, tout au moins , ils saventse faire accepter tels quils se présentent. Cest ainsi que le systèmefonctionne. Ils commettent rarement des actes illégaux , car le systèmelui-même repose sur le subterfuge et est légitime par définition.xx iv Le s C ON r~SS lo NS DUN "S~"SSIN flNANClrR PROl OGUf
  13. 13. PREMIÈRE PARTIE : 1963-1971 T r l i . ! .... 1 -r- -~-7 .;.<:!
  14. 14. 1 La naissance dun assassin financierTout a commencé de façon bien innocente. J e suis né en 1945, fils unique d une famille de la classe moyenne.Mes deux parents étaient issus de familles établies en NouveUe-Angleterre depuis trois siècles; leur attitude stricte , moraliste et résolu-ment républicaine était lhéritage de plusieurs générations dancêtrespuritains. Ils furent les premiers de leur famille à fréquenter luniver-sité, grâce à des bourses. Ma mère est devenue professeur de latinà lécole secondaire. ,Mon père sest enrôlé pendant la DeuxièmeGuerre mondiale et fut un lieutenant chargé de léquipe dartilleursdun bateau-citerne de la marine marchande sur lAtlantique . À manaissance, à Hanover, au New Hampshire , il était en convalescencedans un hôpital du Texas, après sêtre brisé la hanche. Je ne lai pasvu avant lâge dun an. Il fut engagé comme professeur de langues à lécole Tilton , unpensionnat pour garçons établi dans le New Hampshire rural. Lecampus se trouvait sur une haute colline, dominant avec fierté , voirearrogance , la petite ville du même nom . Cette institution exclusivenacceptait qu une cinquantaine détudiants de chaque niveau , duneuvième au douzième. Ils étaient issus surtout de familles riches deBuenos Aires , de Caracas, de Boston et de New York. Bien que ma famille fût pauvre, nous ne nous considérions certespas comme tels. Les professeurs de lécole ne recevaient qu un maigresalaire, mais tout nous était fourni gratuitement: la nourriture , le
  15. 15. logement , le chauffage , leau, ainsi que les ouvriers qui tondaient les filles que je connaissais étaient des "putes . , que javais rejetées etnotre gazon et pelletaient la ne ige obstruant notre entrée. À quatre qui m avaient oublié. J étais donc seul et terriblement frustré.ans, je prenais mes repas dans la salle à manger de létude , ramassais Mes parents étaient passés maîtres dans lart de la manipulation ; ilsles ballons des équipes de soccer dont mon père était lentraîneur, et m assuraient que jétais privilégié et qu un jour je leur en serais recon-passais les serviettes aux joueurs dans le vestiaire. naissant. Je trouverais lépouse parfai te , convenant à nos normes Les professeurs et leurs épouses se sentaient très supérieurs aux morales élevées. Je rageais intérieurement, Javais tellement besoingens du lieu. J entendis souvent mes parents dire en riant quils étaient de compagnie féminine que même les putes mattiraient.les seigneurs du manoir et quils régnaient sur les humbles paysans Cependant, plutôt que de me rebeller, jai réprimé ma rage etvivant au pied de la colline. Je savais que ce nétait pas seulement exprimé ma frustration par lexcellence scolaire. J e figurais au tableauune blague. dhonneur, jétais capitaine de deux équipes sportives et directeur du Mes camarades de lécole primaire et de lécole secondaire appar- journal de lécole , J e voulais humilier mes riches camarades de classetenaient à la classe paysanne et ils étaient très pauvres. Leurs parents et quitter Tilton pour toujours. La dernière année, jobtins une bourseétaient de petits fe rmiers , des bOcherons ou des ouvriers , qui jalou- dathlétisme pour luniversité Brown et une bourse détudes poursaient les ~ B .C.B.G, de la colline», tout comme mon père et ma mère Middlebury, Je choisis Brown, parce que je pré férais être un athlète etminterdisaient de fréquenter les jeunes paysannes , qu ils qualifiaient aussi parce que cette université se trouva it dans une ville, Comme made "souillonnes » et de ~ putes », J avais pourtant partagé mes manuels mère était diplômée de Middlebury et que mon père y avait obtenuscolaires et mes crayons avec ces filles depuis ma première année sa maîtrise , ils préféraient cette institution, même si Brown était lunedécole , et, au fil des ans , je suis tombé amoureux de trois dentre des huit universités les plus prestigieuses du Nord-Est.elles: Ann , Priscilla et Judy, J avais beaucoup de difficulté à com- .. Et si tu te cassais une jambe ? me dit mon père, Tu devrais plutôtprendre le point de vue de mes parents, mais je me soumettais quand choisir la bourse détudes, JI Jai cédé, même à leur volonté, Pour moi , Middle~ury nétait qu une version élargie de Tilton , Chaque année, pendant les vacances dété de mon père , nous située dans le Vermont rural plutôt que le New Hampshire, Bien sOr,passions trois mois à un chalet construit par mon grand-père près cétait une institution mixte, mais jétais pauvre et presque tous lesdun lac , Cétait en pleine forêt et, la nuit, nous entendions crier les autres étaient riches, et je navais pas eu de fille comme camarade hiboux et les lynx. Nous navions pas de voisins ; jétais donc le seul de classe depuis quatre ans. Je manquais de confiance en moi , je meenfant des environs. Les premières années , je mamusais à imaginer sentais surclassé et jétais malheureux. Je suppliai mon père de meque les arbres étaient les chevaliers de la Table ro nde et que leurs laisser prendre un an de congé , Je voulais déménager à Boston pourdames en détresse sappelaient Ann , Priscilla ou Judy, II ne faisait apprendre la vie et connaître des femmes. JI ne voulut rien entendre,aucun doute que ma passion secrète était aussi intense que celle de .. Comment est-ce que je peux prétendre préparer pour Juniversité les Lancelot pour Guenièvre , enfants des autres si le mien ny reste même pas?» me demanda-t-iL À quatorze ans, jobtins la scolarité gratuite à lécole Tilton, Sous J ai fini par comprendre que la vie est faite dune série de coïnci- lincitation de mes parents. je rompis entièrement avec la ville et je ne dences et que ce sont nos réactions à celles-ci qui importent. cest- revis jamais plus mes amis, Quand mes nouveaux camarades retour- à-dire la manière dont nous exerçons ce que lon appelle le - libre naient chez eux, dans leur manoir ou leur appartement luxueux, pour arbitre »; ce sont les choix que nous e ffectuons devant les événements la période des vacances, je restais seul sur la colline. Ils avaient pour qui déterminent ce que nous devenons, À Middlebury, jai fa it deux copines des débutantes. mais moi. je navais pas damie, car toutes rencontres capitales qui ont changé ma vie . Jai dabord connu un4 P~ L MltR [ PARTI E : 1 963-1971 LA NA ISSANC I DUN ASSASS IN F INANCIf Il. 5
  16. 16. Iranien , fils dun général qui était le conseiller personnel du shah; Plus tard en cette même année 1965, plusieurs de mes amis duensuite, jai connu une belle jeune femme portant le nom dAnn, tout journal furent recrutés pour le service militaire. Afin de ne pas subircomme mon amour denfance. le même sort qu eux , jentrai à lÉcole dadministration commerciale Cet Iranien , que jappellerai Farhad, avait pratiqué professionnel- de luniversité de Boston. Entre-temps , Ann avait rompu avec sonlement le soccer à Rome. Doté dun physique athlétique, il avait les ami et , bien que vivant toujours à Middlebury , elle venait souventcheveux noirs et frisés, et de beaux yeux noisette ; ses origines et son me voir, ce qui me rendait très heureux . Elle obtint son diplôme encharisme le rendaient irrésistible aux yeux des femmes. Il était mon 1967 , alors quil me restait encore une année détudes à luniversité.opposé sous plusieurs aspects et je dus travailler très fort pour gagner Elle refusait obstinément dhabiter avec moi avant que nous soyonsson amitié, mais il mapprit plusieurs choses qui allaient grandement mariés. J e laccusai de faire du chantage ... mais, en fait , jy voyaisme selVir plus tard. avec amertume la continuation du moralisme prude et archaïque de Quant à Ann, bien quelle fréquentât sérieusement un jeune étu- mes parents. Comme jaimais être avec elle et que jen désirais davan-diant dune autre université , elle madopta aussitôt. Cette relation tage , nous nous sommes mariés. platonique fut ma première véritable liaison amoureuse. Son père était un brillant ingénieur qui avait conçu le système Farhad mencouragea à boire et à fêter, et à ignorer mes parents. de navigation dune importante catégorie de missiles et avait étéJe choisis alors délibérément de ne plus étudier, me vengeant ainsi récompensé par un poste de haut niveau au ministère de la Marine.de mon père, qui avait craint que je me casse une jambe si jallais Son meilleur ami, qu Ann appelait loncle Frank (ce n était pas son en athlétisme. Mes notes se dégradèrent rapidement et je perdis ma vrai nom) , fut engagé comme cadre à lAgence de sécurité nationale bourse. Au milieu de ma deuxième année , je décidai dabandonner. (National Security Agency - NSA) , lorganisme de renseignements le Mon père menaça de me déshériter, mais Farhad mencouragea. Un moins connu du pays, mais , selon certains, le plus important. jour, jentrai en trombe dans le bureau du doyen pour lui annoncer Peu de temps après notre mariage , les militaires me convoquè- mon départ. Ce moment fut décisif pour mon avenir. rent pour un examen phYSique. Le résultat fut positif et je risquais Avec Farhad, jallai célébrer dans un bar ma dernière soirée en donc daller au Viêtnam après mes études. Bien que jaie toujours été ville. Nous nous y sommes bien amusés jusquà ce quun fermier ivre, fasciné par la guerre , lidée daller combattre en Asie du Sud-Est me un vrai géant , maccuse de nirter avec son épouse. Me soulevant chavirait. Plus jeune, jétais captivé par les histoires de mes ancêtres dans les airs, il me projeta contre un mur. Farhad sinterposa, sortit coloniaux, dont Thomas Paine et Ethan Allen, et javais visité tous les son couteau et lui coupa la joue, puis il me traîna dans la pièce et sites des champs de bataille de la Nouvelle-Angleterre et du nord de me poussa par la fenêtre sur la haute berge de la rivière Otter. Nous lÉtat de New York, tant ceux des guerres françaises et amérindiennes avons ensuite sauté en bas et nous sommes retournés à notre dortoir que de la guerre de lIndépendance. Je lisais tous les romans histo- en longeant la rivière. riques que je trouvais. En fait , lorsque les unités des forces spéciales Le lendemain matin , quand la police du campus est venue minter- de larmée ont pénétré en Asie du Sud-Est, javais hâte de menrôler. roger, jai prétendu ne rien savoir de lincident. Farhad fut néanmoins Mais quand les médias se mirent à rapporter les atrocités et les inco- expulsé. Nous avons alors déménagé ensemble à Boston, où nous hérences de la politique extérieure américaine, je changeai didée. Je nous sommes installés dans le même appartement. J ai rapidement me demandai quel parti Thomas Paine aurait choisi. J étais certain trouvé un emploi aux journaux Record AmericanlSunday Advertiser , quil se serait joint à nos ennemis du Viêt-cong. de Randolph Hearst, comme assistant personnel du rédacteur en chef Loncle Frank est venu à ma rescousse . JI minforma quun emploi du Sunday Advertise r. à !a NSA me rendrait éligible à I"exemption du selVice milita ire etfi P H M IÈ R f. PART I ~ : ·196 3-19 7 1 L A NAI5SANC[ DUN A5SASSIN flNANC l fR 7
  17. 17. il organ isa pour moi une série de rencontres aux bureaux de son Peace Corps. Comme la NSA, les Peace Corps rendaient éligibles àagence , dont une journée épuisante dintelViews soumis au détecteur lexemption du service militaire et cest ce qui mattirait.de mensonge. On me dit que ces tests détermineraient si jétais apte À lépoque , ma décision dassister à ce séminaire me semblait uneau recrutement et à lentraînement, et , le cas échéant, fourniraient bien insignifiante coïncidence, mais elle eut par la suite des conséquen-un excellent profil de mes forces et de mes faiblesses, lequel selVirait ces importantes sur ma vie. Le recruteur décrivit plusieurs endroits duà définir ma carrière, Vu mon attitude à lendroit de la guerre du monde où lon avait besoin de volontaires et lun deux était la forêtViêtnam , jétais sûr déchouer. tropicale de lAmazonie , où, disait-il , des indigènes vivaient à peu Au cours de linterrogatoire, jadmiS que je mopposais à cette près comme les autochtones dAmérique du Nord avant larrivée desguerre en tant qu Américain loyal et je fus très surpris que les inter- Européens,viewers ne poursuivent pas sur le sujet. Ils se concentrèrent plutôt sur J avais toujours rêvé de vivre comme les Abénaquis du Newmon passé, sur mon attitude à légard de mes parents, sur les effets Hampshire , où sétaient établis mes ancêtres. Je savais que javais duémotionnels de mon éducation puritaine dans la pauvreté parmi des sang abénaqui dans les veines et je désirais acquérir leur connaissanceB. c.B.G. riches et hédonistes. Ils explorèrent aussi ma frustration de la forêt. J approchai le recruteur après sa conférence et linterro-causée par le manque de femmes, de sexe et dargent dans ma vie , geai sur la possibilité dune affectation en Amazonie. Il massura queet le monde fantasmatique qui en avait résulté, Je fus ahuri par leur la région avait grandement besoin de volontaires et que mes chancesgrand intérêt pour ma relation avec Farhad et pour le fait que jaie étaient excellentes. J appelai loncle Frank.osé mentir à la police du campus afin de le protéger. À ma grande surprise, il m encouragea à solliciter mon admission J e crus dabord que tous ces éléments néga tifs me disqualifiaient dans les Peace Corps. II me canna que, après la chute de Hanoï, quipour un emploi dans la NSA. mais les interviews continuèrent, m indi- était alors une certitude pour lui et ses collègues, lAmazonie devien-quant le contraire. Plusieurs années plus tard . jai réalisé que tous ces drait un point chaud.éléments négatifs étaient en réalité très positifs du point de vue de la «Cest plein de pétrole, me dit-il. Nous aurons besoin de bons NSA. On ne ma pas évalué en fonction de ma loyauté envers mon agents là-bas, des gens qui comprennent les autochtones.» Il mas-pays , mais plutôt de mes frustrations personnelles. Mon ressentiment sura que dêtre membre des Peace Corps constituerait pour moi uncontre mes parents, mon obsession des femmes et ma recherche du excellent entraînement et mexhorta à apprendre lespagnol ainsi que plaisir indiquaient à mes examinateurs que jétais facile à séduire. Ma les dialectes indigènes locaux. «II se peut très bien que tu finisses pardécision dexceller à lécole et dans les sports. mon ultime rébellion travailler pour une compagnie privée plutôt que pour le gouverne-contre mon père. mon aptitude à communiquer avec les étrangers et ment ,., me dit-il en riant.ma capacité de mentir à la police, voilà exactement le genre de qua- À lépoque, je ne compris pas ce qu il voulai t dire, Je venais delités qu ils recherchaient. Plus tard, jai aussi découvert que le père de passer soudain de lespionnage au sabotage déconomie, mêmeFarhad travaillait pour le groupe américain de renseignements établi si je nentendrais cette expression pour la première fois que quel-en Iran: mon amitié pour Farhad était donc un atout majeur. ques années plus tard. Jignorais que des centaines dhommes et de Quelques semaines après cet examen par la NSA , on moffrit un femmes disséminés sur le globe servaient les intérêts de lempire enemploi pour commencer ma formation en espionnage, qui devait travaillant pour des firmes de consultation ou dautres compagniesdébuter après lobtention de mon diplôme universitaire. Cependant, privées et sans recevoir de salaire daucune agence gouvernementale.avant daccepter officiellement cette offre, jallai impulsivement assis- Jamais je naurais deviné non plus quun nouveau type dagent. por-ter à un séminaire donné à luniversité de Boston par un recruteur des tant un titre plus euphémique, se compterai t par milliers à la fin du8 PRf.Mlt~ [ PAR l ll : 196 3-1 9 7 1 9
  18. 18. millénaire et que je jouerais un rôle significatif dans la formation de retourner éventuellement. il minforma quil servait parfois dagent decette armée grandissante. liaison pour la NSA. Le regard qu il me jeta alors me fit soupçonner Ann et moi avons donc postulé chez les Peace Corps, en deman- qu"il avait aussi pour mission dévaluer mes capacités. Je crois main-dant à être affectés en Amazonie. Quand arriva notre avis daccepta- tenant quil mettait à jour mon profil, évaluant particulièrement mestion , je fus dabord très déçu car la lettre mentionnait que nous serions aptitudes à survivre dans un environnement que la plupart des Nord-affectés en Équateur. Américains trouveraient hostile. «Oh non! me dis-je. J avais demandé lAmazonie, pas lAfrique.» Après avoir passé deux jours ensemble en Ëquateur, nous avons Je pris un atlas et jy cherchai lÉquateur. Je fus consterné de ne communiqué par courrier. Il me demanda de lui envoyer des rapportsle trouver nulle part sur le continent africain. Parcourant lindex, je sur léconomie de lÉquateur. Comme javais une petite machine àdécouvris que ce pays se trouvait en Amérique latine, et je vis alors écrire portative et que jadorais écrire, je fus donc très heureux desur la carte que le réseau fluvial sécoulant des glaciers des Andes me plier à ses demandes. Sur une période denviron un an , je luiformait les sources du grand fleuve Amazone. En lisant davantage, envoyai au moins une quinzaine de longues lettres dans lesquelles jejappris que les jungles équatoriennes étaient parmi les plus riches et spéculais sur léconomie et la politique de lËquateur, tout en évaluantles plus belles du monde, et que les indigènes y vivaient à peu près de la frustration grandissante des communautés indigènes dans leur luttela même façon depuis des millénaires. Nous avons donc accepté. contre les compagnies pétrolières et les agences de développement Nous avons suivi un entraînement dans le sud de la Californie international qui tentaient de les faire entrer dans la modernité.et nous sommes partis pour lÉquateur en septembre 1968. Là-bas, Lorsque mon stage dans les Peace Corps fut terminé , Einar min-nous avons vécu chez les Shuars, dont le mode de vie ressemblait vita à passer une entrevue au siège social de MAIN. à Boston. Aueffectivement à celui des autochtones nord-américains davant la colo- cours de notre rencontre privée, il insista sur le fait que Iïngénie- nisation ; nous avons aussi travaillé dans les Andes, avec les descen- rie était lactivité principale de MAIN, mais que son plus gros client,dants des Incas. Je naurais jamais cru quun tel monde existait encore. la Banque mondiale , lui avait demandé dernièrement de garder des Les seuls Latino-Américains que javais connus jusque-là étaient les économistes parmi le personnel afin de produire les prévisions éco- riches B.c.B.G. fréquentant jécole où mon père enseignait. Je me nomiques indispensables pour déterminer 1envergure et la faisabilité t suis retrouvé à sympathiser avec ces indigènes vivant de la chasse et des projets dingénierie. Il me confia quil avait déjà engagé trois de la culture de la terre . J e me sentais une étrange parenté avec eux. économistes très qualifiés et possédant des références impeccables; Ils me rappelaient un peu les paysans de mon enfance. deux dentre eux avaient une maîtrise , et le troisième, un doctorat. Ils Un jour, un homme daffaires nommé Einar Greve atterrit sur la avaient toutefois échoué lamentablement. petite piste de notre communauté. Il était vice-président de Chas. T. «Aucun, me dit-il , ne sait comment produire des prévisions éco- Main Inc. (MAIN), une firme de consultation internationale très dis- nomiques pour un pays où des statistiques fiables ne sont pas diSpo- crète, qui effectuait des études pour déterminer si la Banque mondiale nibles.» Il poursuivit en me disant que tous les trois avaient trouvé devait prêter des milliards de dollars à lÉquateur et aux pays voisins impossible de remplir leur contrat, qui requérait quils se rendent dans pour construire des barrages hydroélectriques et dautres infrastructu- des pays éloignés, comme lÉquateur, lIndonésie, lIran et lÉgypte, res. Einar était aussi colonel dans larmée de réserve des États-Unis. afin dy interviewer les dirigeants locaux et de fournir des évaluations Il me parla des avantages de travailler pour une compagnie personnelles sur les perspectives de développement économique de comme MAIN. Quand je lui mentionnai que javais été accepté par ces régions. Lun avait subi une dépression nerveuse dans un village la NSA avant de me joindre aux Peace Corps et que jenvisageais dy10 PRf.Ml t RE PA R T I E : 1963 - 19 7 1 L A NAI,>SANCf DUN A SS A SSI . I II N AN C I FR 11
  19. 19. isolé du Panama ; il avait été conduit à laéroport par la police pana-méenne et mis dans un avion a destination des Ëtats-Unis. cVos lettres mindiquent que vous ne craignez pas de prendre desrisques, même en labsence dinformations sûres. Ëtant donné vosconditions de vie en Ëquateur, je crois que vous pourriez SUlVivre 2nimporte où.» Il me dit quil avait déjà congédié lun de ces éco-nomistes et quil était prêt à congédier les deux autres si jacceptaislemploi. Cest ainsi quen janvier 197 1 lon moffrit un poste déconomiste « Ce st pour la vie»à MAIN. Je venais d avoir vingt-six ans, lâge magique auquel on nepeut plus être recruté par Jarmée. J e consultai les parents dAnn , quimencouragèrent à accepter lemploi, et je présumai que ce seraitégalement lattitude de loncle Frank. Je me souvins quil avait men-tionné la possibilité que je finisse par travailler pour une compagnie En jargon juridique, MAIN serait qualifiée de compagnie «étroitementprivée. Rien ne fut jamais établi ouvertement, mais il ny avait aucun contrôlée»; environ cinq pour cent de ses deux mille employés endoute que mon engagement par MAIN résultait des arrangements étaient propriétaires. On les désignait sous le nom de partenaires oufaits par loncle Frank trois ans auparavant, ainsi que de mes expé- dassociés et leur position était très enviée. Non seulement exerçaient-riences en Équateur et de mon enthousiasme à écrire sur la situation ils un pouvoir sur tous , mais ils recevaient aussi les plus gros salaires.politique et économique de ce pays. Ils étaient la discrétion même; ils négociaient avec des chefs dËtat J en fus euphorique durant des semaines car javais un très gros et des cadres supérieurs, lesquels attendent de leurs consultants, quilego. J e ne possédais quune licence de luniversité de Boston, ce sagisse davocats ou de psychothérapeutes, quils obselVent une con-qui ne semblait nullement garantir un poste déconomiste dans une fidentialité absolue. Toute relation avec la presse leur était interdite.firme de consultation aussi prestigieuse. Je savais que plusieurs de En conséquence, presque personne à lextérieur de MAIN navait mes confrères qui avaient été rejetés par larmée et sétaient ensuite entendu parler de nous , bien que nos compétiteurs, comme Arthur mis en quête dune maîtrise de gestion ou dautres diplômes seraient D. Little. Stone & Webster, Brown & Root , Hal1iburton et Bechtel,jaloux de moi. Je me voyais déjà comme un intrépide agent secret fussent bien connus.voyageant dans des pays lointains ou me prélassant au bord dune J utilise ici le mot ccompétiteur- au sens large, car, en fait , MAIN piscine dhôtel en buvant un martini , entouré de magnifiques femmes constituait une catégorie en elle-même. Notre personnel profession-en bikini. nel était constitué en majeure partie dingénieurs, et pourtant nous Bien que ce ne fût là quun fantasme classique, jallaiS bientôt ne possedions aucun équipement et navions même jamais rien cons- découvrir quil contenait un fond de vérité. Einar mavait engagé truit pas même un hangar. Plusieurs employes étaient des anciens comme économiste, mais je maperçus rapidement que mon véritable militaires ; cependant, nous navions pas de conlrat avec le minis- travail allait beaucoup plus loin et sapparentait beaucoup plus à celui tère de la Défense ni avec aucun selVice de larmée. Nos activités de James Bond que je naurais pu limaginer. sécartaient tellement de la norme que. les prem iers mois. je ne savais pas réellement en quoi elles consistaient. Je savais seulement que ma première vraie mission devait seffectuer en Indonésie et que je ferais12 P~ ( MI~Ilf. PARTI{: 1963 - 1971
  20. 20. partie dune équipe de onze hommes qui iraient y concevoir une stra- Cependant, ma licence dadministration commerciale ne mayanttégie énergétique globale pour lîle de Java, pas préparé à léconométrie, je me suis demandé longtemps com- Je savais aussi quEinar et les autres qui mavaient parlé de mon ment je me débrouillerais. J ai même suivi deux cours sur le sujet. J ytravail désiraient me convaincre que léconomie de Java connaîtrait ai découvert que lon peut manipuler les statistiques de façon à proun boom et que, si je voulais me distinguer en tant que pronostiqueur duire tout un éventail de conclusions, y compris celles qui démontrent(et donc me qualifier pour une éventuelle promotion), je devais pro- les préférences de lanalyste.duire des projections qui le démontreraient. MAIN était une compagnie macho. En 197 1, quatre femmes cÇa va défoncer le plafond! )I disait-il. Il faisait planer ses doigts seulement y occupaient des postes profeSSionnels, alors qu il y avaitdans les airs jusquau-dessus de sa tête en ajoutant: cLéconomie va environ deux cents secrétaires - une pour chaque vice-président etmonter en flèche comme un oiseau! » directeur de service-et sténographes, lesquelles étaient au service Einar faisait souvent de courts voyages de deux ou trois jours, des autres employés. Je m étais habitué à cette discrimination sexuellePersonne nen parlait beaucoup ni ne semblait trop savoir où il allait. et je fus donc particulièrement ahuri par ce qui se produisit un jourQuand il était au bureau, il minvitait souvent à prendre un café avec dans la section de référence de la Bibliothèque publique de Boston.lui. 11 me posait des questions sur Ann, sur notre nouvel appartement Une très jolie brunette vint sasseoir en face de moi, à la table oùet sur le chat que nous avions ramené de lÉquateur, Quand je le je lisais. Vêtue dun complet vert foncé , eUe semblait très sophistiquée.connus un peu mieux , je menhardis à linterroger sur lui-même et sur J estimai quelle avait quelques années de plus que moi. Je mefforçaice quon attendait de moi. Il ne ma cependant jamais répondu dune toutefois de ne pas lui prêter attention, de jouer lindifférence. Aumanière satisfaisante; il était passé maître dans lart de détourner les bout de quelques minutes, sans dire un mot, elle me glissa un livreconversations, ouvert, qui contenait une table comportant de linformation que je Un jour, il me regarda dune façon inhabituelle, cTu nas pas à cherchais sur le Koweït, ainsi quune carte daffaires portant le nomtinquiéter, me diHI. Nous attendons beaucoup de toi. Je suis allé à de Claudine Martin, consultante spéciale de Chas. T. Main , Inc, JeWashington dernièrement". >1 Il sinterrompit et sourit longuement. regardai ses beaux yeux verts et elle me tendit la main.«En tout cas, tu sais que nous avons un gros projet au Koweït. Tu «On ma demandé de vous aider dans votre entraînement », meniras pas en Indonésie avant un petit moment. Je te conseille de te dit-elle. Je nen croyais pas mes yeux ni mes oreilles.documenter un peu sur le Koweït. Tu trouveras beaucoup de choses Dès le lendemain, nous nous sommes vus à son appartement deà la Bibliothèque publique de Boston, et nous te fournirons des Beacon Street, à quelques rues du siège social de MAIN, situé aulaissez-passer pour les bibliothèques de lInstitut de technologie du Prudential Center. Pendant la première heure, elle m expliqua queMassachusetts et de luniversité Harvard." mon poste était inhabituel et que tout devait demeurer confidentiel. J ai donc passé plUSieurs heures dans ces bibliothèques, particu- Elle me dit que personne ne mavait donné de précisions sur monlièrement celle de Boston, qui se trouvait à quelques rues à peine du travail tout simplement parce quelle était la seule personne autoriséebureau et tout près de mon appartement de Back Bay. Je me suis à le faire. Elle minforma ensuite que son rôle consistait à faire de moifamiliarisé avec le Koweït ainsi quavec les statistiques économiques un assassin financier.publiées par les Nations unies, le Fonds monétaire international (FM I) Ce seul nom réveilla mes vieux rêves despionnage. Jeus un rireet la Banque mondiale, Comme je savais que jaurais à produire des nerveux qui membarrassa. Elle sourit et massura que ce nom avaitmodèles économétriques pour Java et lIndonésie, je me suis dit que été choisi pour des raisons dhumour, cQui peut prendre cela auje pouvais tout aussi bien en commencer un pour le Koweït. sérieux? " demanda-t-elle,14 Pu"-u t R[ PA Rl ll: 1963 - 1971 • Cr.ST POUR t A VIf. 15
  21. 21. J avouai mon ignorance quant au rôle des assassins financiers . quand nous aurions besoin dobtenir leurs faveurs sous la forme de • Vous nêtes pas le seul, dit-elle en riant. Nous sommes une espèce bases militaires, de votes aux Nations unies ou de laccès au pétrolerare et nous faisons une sale besogne. Personne ne doit être au cou- et à dautres ressources naturelles.rant de votre engagement, pas même votre épouse.)} Puis elle rede- Mon travail, me dit-elle, serait de prévoir les effets quaurait lïn-vint sérieuse .• Je serai très franche avec vous et je vais vous enseigner vestissement de milliards de dollars dans tel ou tel pays. Plus spéci-tout ce que je peux pendant les prochaines semaines. Ensuite, vous fiquement , je devrais produire des études établissant des projectionsdevrez choisir, Votre décision sera finale. Quand on sembarque là- de croissance économique pour les vingt ou vingt-cinq prochainesdedans, cest pour la vie . » Par la suite, elle ne prononça plus jamais années et évaluant les conséquences de divers projets. Par exemple,le nom au complet; nous étions tout simplement des «EHM ». si [on décidait de prêter à un certain pays un milliard de dollars afin Je sais maintenant que Claudine a tiré profit des faiblesses de de le persuader de ne pas saligner sur lUnion soviétique, je devraispersonnalité révélées par mon profil établi par la NSA. Je ne sais pas comparer les bénéfices que rapporterait linvestissement de cet argentqui lui avait fourni ces informations- Einar, la NSA , le service du dans des centrales électriques avec ceux d un investissement dans unpersonnel de MAIN ou quelquun dautre-mais elle les a utilisées fort nouveau réseau ferroviaire national ou un système de télécommunica-habilement. Son approche, un mélange de séduction physique el de tions . Ou encore on offrirait à ce pays dy installer un système délec-manipulation verbale, était faite sur mesure pour moi et pourtant elle tricité publie moderne et je devrais alors démontrer que ce systèmecorrespondait au processus dopération classique que jai vu utiliser aurait pour résultat une croissance économique suffisante pour jus-depuis par plusieurs compagnies lorsque les enjeux sont de taille et tifier le prêt. Dans chaque cas, le facteur critique était le P.N.B. Leque la pression est forte pour conclure des ententes lucratives. Elle projet ayant pour résultat la plus forte croissance annuelle moyennesavait depuis le début que je noserais pas mettre mon mariage en du P,N.B. lemporterait. Si un seul projet était envisagé , je devraispéril en divulguant nos activités clandestines. Et elle fut dune fran - démontrer que sa réalisation apporterait des bénéfices supérieurs auchise brutale quand vint le moment de me décrire laspect sombre de P.N.B.mes futures activités. Laspect clandestin de chacun de ces projets, cest quils avaient J e ne sais pas qui lui payait son sala ire , bien que je naie aucune pour but de générer dénormes profits pour les entreprises et deraison de soupçonner que ce nétait pas MAIN, tel quinscrit sur sa rendre heureuses une poignée de familles riches et influentes du payscarte daffaires. À lépoque, jétais à la fois trop naïf , trop intimidé et récipiendaire , tout en assurant la dépendance financière à long termetrop fasciné pour poser des questions qui aujourd hui me semblent et donc la loyauté politique de plusieurs gouvernements du globe. Leévidentes. montant du prêt devait être le plus gros possible, On ne tenait nul Claudine me dit que mon travail comportait deux objectifs princi- compte du fait que le fardeau de dettes du pays récipiendaire priveraitpaux. Premièrement , je devrais justifier dénormes prêts internatio- ses plus pauvres citoyens de soins de santé, déducation el dautres naux dont largent serait redirigé vers MAIN et dautres compagnies services sociaux pendant des décennies.américa ines (comme Bechtel, HaHiburton, S tone & Webster et Claudine et moi avons discuté ouvertement de la nature trompeuse Brown & Root) par le biais de grands projets de construction et din- du P.N.B. Par exemple, celui-ci peut croître même si cela ne profite génierie. Deuxièmement, je devrais mener à la banqueroute les Ëtats quà une seule personne, tel un individu possédant une entreprise de qui recevraient ces prêts (après qu ils auraient payé MAIN et les autres services, et même si la plus grande partie de la population est acca- entreprises américaines, évidemment), de sorte quils seraient à jamais blée de dettes. Les riches senrichissent et les pauvres sappauvrissent. redevables à leurs créanciers et constitueraient donc des cibles faciles Pourtant, les statistiques révèlent un progrès économique.16 P ItLMllltl lAR I IE: 1 963-19 71 « Cf S I POUR LA Vit. 17
  22. 22. Tout comme les citoyens américains en général, la plupart des Un jour, je rappelai à Claudine que Jéquipe de MAIN qui seraitemployés de MAIN croyaient que nous accordions des faveurs à ces envoyée à J ava comprendrait dix autres hommes et je lui demandaipays en y construisant des centrales électriques, des autoroutes et sils recevaient tous le même entraînement que moi. Elle massurades installations portuaires. Lécole et la presse nous ont appris à que non.percevoir ces actions comme altruistes. Au cours des ans, jai souvent - Ce sont des ingénieurs , dit-elle. Ils conçoivent des centrales élec-entendu des commentaires comme celui-ci: - Sils manifestent devant triques, des lignes de transmission et de distribution , ainsi que desnotre ambassade et brûlent le drapeau américain. pourquoi ne quittons- ports et des routes pour apporter le carburant. C est vous qui prédiseznous pas leur fichu pays et ne les laissons-nous pas croupir dans leur lavenir. Vos pronostics déterminent lampleur des systèmes quilspauvreté? - conçoivent et le montant des prêts qui sont alloués. Vous voyez bien Bien que les gens qui tiennent de tels propos soient souvent des que vous jouez un rôle-clé. -diplômés, donc des individus bien éduqués , ils ne savent pas que Chaque fois que je quittais son appartement, je me demandais sinotre principale raison détablir des ambassades à létranger est jétais dans le droit chemin . Mon cœur me disait que non. Mais jétaisde servir nos propres intérêts, ce qui, durant la seconde moitié du hanté par mes frustrations passées et MAIN semblait moffrir tout ce)(Xe siècle, voulait dire de transformer la république américaine en qui mavait manqué jusque-là dans ma vie. Pourtant, je continuais àun empire global. Malgré leurs qualifications , ces gens sont aussi peu me demander si Tom Paine meût approuvé . Finalement, je me diséduquéS que les colonialistes du XVIIIe siècle, qui croyaient que les que, si jen apprenais davantage par lexpérience, je pourrais ensuiteAmérindiens qui se battaient pour défendre leur territoire étaient au tout dévoiler. Je me réfugiais dans la vieille justification de celui K quiservice du diable. a vu les choses de lintérieur». Dans quelques mois, je partirais donc pour lîle de Java , en Quand jen fis part à Claudine, elle me jeta un regard perplexe.Indonésie , que lon décrivait à lépoque comme la propriété foncière - Ne soyez pas ridicule. Une fois que lon sest embarqUé. on ne peutla plus peuplée de la planète. Ce pays était aussi une nation musul- plus débarquer.• Je cQmpris très bien ce qu elle voulait dire et sesmane riche en pétrole et un foyer dactivité commlllliste. paroles me firent peur. Sorti de chez elle, je descendis Commonwealth - Ce sera le prochain domino à tomber après le Viêtnam, me dit Avenue et je mengageai dans Dartmouth Street en me disant que jeClaudine. Nous devons gagner les Indonésiens. Sils se joignent au nétais pas comme les autres.bloc communiste, eh bien ... - Elle fit le geste de se trancher la gorge Quelques mois plus tard , un après-midi , jétais assis avec elle suravec un doigt, en souriant doucement. "Disons que vous devrez four- son canapé et nous regardions tomber la neige sur Beacon Street.nir des prévisions économiques très optimistes, décrivant lessor qui «Nous constituons un petit club exclusif, me dit-elle. Nous sommesrésultera de la construction de nouvelles centrales électriques et de payés , et fort bien, pour escroquer des milliards de dollars à divers paysnouvelles lignes de distribution. Cela permettra à USAID et aux ban- du globe. Une bonne partie de votre travail consiste à encourager lesques internationales de justifier leurs prêts. Vous serez bien récom- dirigeants de divers pays à sintégrer à un vaste réseau promouvantpensé, évidemment, et vous pourrez passer à dautres projets ailleurs. les intérêts commerciaux des États-Unis. Au bout du compte , ces diri-Vous nen avez pas fini de voyager. » Elle poursuivit en me prévenant geants se retrouvent criblés de dettes , ce qui assure leur loyauté. Nousque mon rôle serait difficile. " Les experts des banques sen prendront pouvons alors faire appel à eux nimporte quand pour nos besoinsà vous. Cest leur travail de trouver en défaut vos prévisions i ils sont politiques, économiques ou militaires. De leur côté. ils consolidentpayés pour ça. Cela les fait bien paraître de vous faire mal paraître. ~ leur position politique en créant pour leur peuple des zones industriel- les, des centrales électriques et des aéroports. Les propriétaires des18 PUMII.RE lAIITlt: 196 3-19 7 1 « C r S T POU l! lA VIE . 19

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