Vivre un
Chemin de Croix
avec les malades
Condamné.
S’agissant d'un malade, le mot est
transparent.
Chacun a bien traduit : incurable, perdu, sans
espoir de guérir.
Mais quel mot mal choisi ! Condamné !
Il évoque la faute, le jugement, la sanction.
Comme si le malade était, en plus, coupable
et la maladie, en plus, un châtiment.
Prions pour les malades qui se croient punis,
pour ceux qui voient le Père en justicier
vengeur.
Qu’ils comprennent qu'un père ne donne pas
le cancer, et que les virus ne punissent pas les
péchés.
Le Fils l’a pourtant dit pour l’aveugle de
naissance : "À qui la faute ? Ni à lui, ni à ses
parents".
Station 1 :
Jésus est condamné à mort
Tous les matins, elle charge une croix de
chair.
Sa croix, c'est son propre corps, un corps
gros, très gros, trop gros, qui la gêne à
chaque effort comme si elle portait un gros
sac.
“Gros sac”, “gros tas”, “grosse vache” : depuis
son enfance, elle connaît ces moqueries qui
ignore sa souffrance.
Station 2 :
Jésus est chargé de sa croix
Prions pour ceux qui portent un handicap,
reconnu, méconnu, maîtrisé ou subi, ceux qui
vivent ou survivent avec quelque chose en
plus ou en moins, une surcharge, un déficit,
une limite, ceux qui ne s'aiment pas, mais
aimeraient qu'on les aime.
Qu'ils soient éclairés d'une dignité entière et
que les frères de Jésus les aiment sans
mesure.
Des maladies, il ne connaissait que celles des
autres. Et ce fut la chute en spirale.
Enfermé dans le labyrinthe de la dépression,
serré dans l’étau de l'angoisse, il lutte avec
ses idées obsédantes, froides et noires, qui le
poussent vers une mort par instants
désirable.
Accaparé par ses doutes, épuisé par une
douleur morale, il n’a plus vraiment le souci
des autres.
Qui saura écouter ses silences et ses larmes ?
Station 3 :
Jésus tombe pour la première fois
Prions pour ceux qui souffrent dans leur
esprit, déprimés, angoissés, phobiques ou
délirants.
Qu'ils acceptent sans honte les soins qui les
soulagent. Qu’ils retrouvent le sel de la vie et
le miel du désir. Qu'ils trouvent dans leurs
proches la tendresse subtile qui favorisera
doucement leur retour à la paix.
À l’aube, il n'était toujours pas rentré. Le
téléphone a sonné : c'était le SAMU.
"Votre fils est accidenté". Elle s'est
précipitée.
Tuméfié, couturé, pansé, il était
méconnaissable, pour sa mère. Elle était là,
penchée, comme autrefois sur son berceau.
C’est à son parfum qu'il a deviné sa
présence. Il a plissé les lèvres et entrouvert
les yeux. Une autre y aurait lu un rictus de
souffrance. Mais elle, a reconnu un sourire,
le sourire douloureux d'un fils à sa mère.
Station 4 :
Jésus rencontre sa mère
Prions pour ceux que l'accident atteint dans
sa brutalité, ceux dont la vie soudain bascule
et s'accroche à un fil, ceux qui passent en
réanimation des moments incertains et qui
n'ont pour un temps que leurs yeux pour
parler.
Que ceux qui les aiment apprivoisent leurs
peurs pendant les visites qui leur semblent
trop courtes.
Elle avait vocation à soigner pour guérir.
Maintenant elle soigne sans chercher à
guérir.
Par des soins palliatifs, elle ajoute de la vie
au temps.
Ne lui dites pas qu'elle aide à mourir : elle
accompagne la vie jusqu'à sa fin.
Station 5 :
Simon de Cyrène aide Jésus à
porter la Croix
Prions pour ceux qui escortent les longues
agonies, ceux qui veillent et surveillent, ceux
qui tiennent la main quand elle devient
froide, avant d'être saisie par la main du
Père.
Chaque jour, le miroir lui renvoie son image.
De méchants nodules tourmentent son
visage.
Elle est affreuse ; elle le sait ; elle en est
malheureuse. Les petits la repoussent ; les
grands la dévisagent.
Elle aimerait qu'on oublie la laideur de ses
traits et que des regards clairs la
transpercent jusqu'au cœur pour y découvrir
sa beauté intérieure.
Prions pour ceux que la maladie défigure :
brûlures, cicatrices, taches de vin ou pustules,
ceux qui se cachent et ceux que l'on cache.
Qu'ils connaissent enfin le goût des baisers, la
douceur des caresses que le Père a créés pour
tous ses enfants.
Station 6 :
Véronique
essuie la face de Jésus
Le voici à nouveau à plat ventre sur le sol.
La première fois, il s'était persuadé qu'il avait
trébuché. Mais cette fois, il était assis sur la
chaise.
On ne trébuche pas d'une chaise...
Pour l'heure, il n'arrive pas à se relever seul.
Il gémit, il appelle, il frappe sur le plancher. Il
sait bien que quelqu'un finira par l'entendre.
En attendant, il mesure combien elle est
redoutable la solitude dans le quatrième âge.
Prions pour ceux dont le cheveu blanchit,
dont la peau devient sèche, ceux qui titubent
ou qui béquillent, qui vivent hantés par la
peur de tomber, la peur d’être encore plus
diminués et dépendants.
Qu’ils trouvent à coté d'eux des voisins
attentifs et au fond de leur âme la solide
espérance de se voir un jour relevé par leur
Père définitivement.
Station 7 :
Jésus tombe
pour la deuxième fois
Le vieux professeur s'est beaucoup donné. Il
a enseigné avec sa tête, ses mains, son cœur.
Ses élèves disaient que parfois il prêchait.
Quand on leur a appris qu'il était perdu, ils lui
ont délégué celles qu'il préférait.
Il leur a soufflé un dernier enseignement :
quelques phrases seulement, comme un
testament.
Prions pour ceux qui aiment à partager ce
qu'ils ont reçu, compris ou découvert : les
passionnés de vie, les éveilleurs de sens, ceux
qui vont en avant en faisant avancer.
Qu’au soir de leur vie, ils puissent se réjouir
d'offrir le patrimoine qu'ils ont fait fructifier à
des héritiers qui vont les dépasser.
Station 8 :
Jésus parle aux femmes
qui le suivent
La première rechute avait été précoce.
Il s'en était tiré et se croyait guéri.
Le mal était parti, les marqueurs étaient bons
et le dernier scanner l’avait rasséréné. Il y eut
même des jours où il n'y pensait plus...
Et c'est la récidive : retour en case départ et
tout à répéter : la chimio, les rayons, leur
cortège de nausées, de perruque, de fatigue
et de découragement face à la métastase.
Prions pour ceux qui reviennent à l'entrée du
tunnel vers les retrouvailles hideuses du déjà
souffert et de l'inévitable "Est-ce bien
nécessaire ?"
Qu’ils trouvent dans ce calvaire des refuges
fraternels où des amis discrets peuvent
encore leur faire du bien. Et que pour cette
épreuve renouvelée le Père leur donne une
dernière sève pour nourrir encore quelques
fruits tardifs.
Station 9 :
Jésus tombe
pour la troisième fois
Elle a toujours fait profession d'élégance.
Elle est un ravissement pour son entourage.
Toujours mise avec soin, elle attire les
regards.
Mais aujourd'hui, dans cette chambre à
plusieurs, on la prépare avant l'opération.
Vêtue seulement de cette chemise
innommable qu'on omet parfois d'attacher
correctement, elle se sent impudique,
dépersonnalisée.
Prions pour ceux qui n'aiment pas être nus, et
pour qui la pudeur est une grande valeur,
ceux qui sont humiliés quand ils sont dévêtus
et pour qui c'est souffrance quand on les
déshabille.
Que ceux qui les soignent ne soient jamais
blasés de les respecter dans leur intimité.
Station 10 :
Jésus est dépouillé
de ses vêtements
Dans sa nébuleuse confusion, il a tout
arraché : le masque à oxygène et même la
perfusion.
"Il va falloir l'attacher".
Attacher, voilà le mot lâché ; crève-cœur des
soignants qui n'apprécient jamais le rôle de
geôliers. Les bracelets de contention
évoquent trop les menottes.
Il se débat un moment, puis s'abandonne
tristement, réveillant peut-être dans sa
conscience obscure le souvenir de cinq
années de captivité.
Prions pour ceux que la lucidité quitte avant
le souffle, ceux qui meurent en deux temps et
qui dans l'intervalle ne peuvent communiquer
et déconcertent tant ceux qui veulent les
aider.
Que la voix du Père les rejoigne dans le
mystère de ce brouillard où se perdent les
voix des hommes.
Station 11 :
Jésus est attaché à la croix
La morphine a dissous ses dernières
douleurs.
Il n'a plus mal, plus froid, plus soif.
Il n'a plus de raison d'appeler puisqu'il n'a
rien à demander.
Le souffle est court, la vie chancelle.
C'est le temps du grand passage.
Il fait nuit dans sa solitude.
Prions pour ceux qui meurent tout seuls, ceux
qui sont préparés comme ceux qui sont
surpris, ceux qui sont résignés comme ceux
qui se rebellent, ceux qui appellent la mort et
ceux qui se la donnent.
Que les instants décisifs ne soient pas trop
cruels et que la souffrance, un moment, laisse
la place à la paix.
Station 12 :
Jésus meurt sur la croix
Il avait vu le jour au crépuscule, ce tout petit
prématuré. On l'avait réchauffé, perfusé, massé,
ventilé.
Pendant la nuit, il allait mieux puis moins bien,
puis mieux, puis moins bien... C’est au matin
qu'il a craqué.
Calmement on a tout ôté : les fils, les sondes et
les tuyaux.
Et on l'a déposé sur un lange blanc, avec
douceur, pour ne pas lui faire mal.
Prions pour les enfants qui meurent avant de
naître ou que la mort saisit à l'aube de la vie.
Que celles qui avaient tant rêvé cette mise au
monde, un monde auquel ils font défaut,
osent espérer d'un temps où ils vivront
ensemble dans un monde éternel.
Station 13 :
Jésus est descendu de la croix
Il est garçon d'amphithéâtre.
On parle aussi de dépositoire : c'est plus joli
que morgue. Il est au service des morts.
Il les pare, les prépare, parfois même les
répare.
Il les rend beaux pour adoucir le moment
tragique où le cercueil se referme sur le
visage aimé.
Prions pour ceux qui travaillent au respect
des corps, ceux qui assurent les rites de
passage, ceux qui favorisent le travail de
deuil.
Qu'ils sachent que Dieu bénit leur délicate
mission, lui qui crée l'Homme à son image.
Station 14 :
Jésus est mis au tombeau
Les défigurés resplendissent.
Les dépressifs rayonnent.
Les vieillards exultent.
Les mourants revivent.
Il n'y a plus ni douleur,
ni souffrance, ni malade, ni soignant.
Car Jésus est ressuscité.
Prions pour ceux qui doutent de la
résurrection.
Qu'ils trouvent sur leur chemin des chrétiens
joyeux et convaincus qui leur disent
l’espérance de leurs eucharisties : "Et lorsque
prendra fin notre pèlerinage sur la terre,
accueille-nous dans ton Royaume où nous
espérons être comblés de ta gloire, tous
ensemble et pour l'éternité.
Amen."
Station 15 :
Jésus est ressuscité
Textes :
Chemin de Croix, chemin de compassion, Cité Vivante, 2003. M. Vincent Boggio est diacre du diocèse de Dijon et médecin au
CHU de Dijon.
Légendes des photos :
Couverture : Croix à Assise; Italie © Isabelle O’Brien
1. Croix d’autel de l’abbaye de Pontigny © Wendy Corniquet
2. Croix dans les vignes de Joigny © Tiffany Gesquiere
3. Croix de chemin, Plessis-Saint-Jean © François Gognin, Wikicommons
4. Croix de l’église de Mailly-le-Château © Isabelle Téqui
5. Croix de la paix portée par des frères de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire, lors du pèlerinage du 22 juillet 2016 à Vézelay © EDY
6. Fresque de l’église de Saint Maurice-Thizouaille © EDY
7. Croix de l’église Notre-Dame de Montréal © Patrick Pautrat
8. Fresque de l’église de Theil-sur-Vanne © Geneviève Batalie
9. Croix de chemin au lieu-dit Lavaire, Étaules © Patrick Pautrat
10. Chasuble de Mgr Hervé Giraud © EDY
11. Christ en croix de la cathédrale d’Auxerre, détail © EDY
12. Christ en croix de la chapelle Notre-Dame de Sermizelles © Émilie Demule
13. Cierge pascal et Christ en croix, cathédrale d’Auxerre © EDY
14. Croix de cercueil © Fraternités monastiques de Jérusalem
15. Croix faite par les prisonniers allemands lors de la Croisade de la Paix de 1946, basilique de Vézelay © Christelle Seguenot
Réalisation : service Communication du diocèse de Sens & Auxerre - mars 2018

Chemin de croix des malades

  • 1.
    Vivre un Chemin deCroix avec les malades
  • 2.
    Condamné. S’agissant d'un malade,le mot est transparent. Chacun a bien traduit : incurable, perdu, sans espoir de guérir. Mais quel mot mal choisi ! Condamné ! Il évoque la faute, le jugement, la sanction. Comme si le malade était, en plus, coupable et la maladie, en plus, un châtiment. Prions pour les malades qui se croient punis, pour ceux qui voient le Père en justicier vengeur. Qu’ils comprennent qu'un père ne donne pas le cancer, et que les virus ne punissent pas les péchés. Le Fils l’a pourtant dit pour l’aveugle de naissance : "À qui la faute ? Ni à lui, ni à ses parents". Station 1 : Jésus est condamné à mort
  • 3.
    Tous les matins,elle charge une croix de chair. Sa croix, c'est son propre corps, un corps gros, très gros, trop gros, qui la gêne à chaque effort comme si elle portait un gros sac. “Gros sac”, “gros tas”, “grosse vache” : depuis son enfance, elle connaît ces moqueries qui ignore sa souffrance. Station 2 : Jésus est chargé de sa croix Prions pour ceux qui portent un handicap, reconnu, méconnu, maîtrisé ou subi, ceux qui vivent ou survivent avec quelque chose en plus ou en moins, une surcharge, un déficit, une limite, ceux qui ne s'aiment pas, mais aimeraient qu'on les aime. Qu'ils soient éclairés d'une dignité entière et que les frères de Jésus les aiment sans mesure.
  • 4.
    Des maladies, ilne connaissait que celles des autres. Et ce fut la chute en spirale. Enfermé dans le labyrinthe de la dépression, serré dans l’étau de l'angoisse, il lutte avec ses idées obsédantes, froides et noires, qui le poussent vers une mort par instants désirable. Accaparé par ses doutes, épuisé par une douleur morale, il n’a plus vraiment le souci des autres. Qui saura écouter ses silences et ses larmes ? Station 3 : Jésus tombe pour la première fois Prions pour ceux qui souffrent dans leur esprit, déprimés, angoissés, phobiques ou délirants. Qu'ils acceptent sans honte les soins qui les soulagent. Qu’ils retrouvent le sel de la vie et le miel du désir. Qu'ils trouvent dans leurs proches la tendresse subtile qui favorisera doucement leur retour à la paix.
  • 5.
    À l’aube, iln'était toujours pas rentré. Le téléphone a sonné : c'était le SAMU. "Votre fils est accidenté". Elle s'est précipitée. Tuméfié, couturé, pansé, il était méconnaissable, pour sa mère. Elle était là, penchée, comme autrefois sur son berceau. C’est à son parfum qu'il a deviné sa présence. Il a plissé les lèvres et entrouvert les yeux. Une autre y aurait lu un rictus de souffrance. Mais elle, a reconnu un sourire, le sourire douloureux d'un fils à sa mère. Station 4 : Jésus rencontre sa mère Prions pour ceux que l'accident atteint dans sa brutalité, ceux dont la vie soudain bascule et s'accroche à un fil, ceux qui passent en réanimation des moments incertains et qui n'ont pour un temps que leurs yeux pour parler. Que ceux qui les aiment apprivoisent leurs peurs pendant les visites qui leur semblent trop courtes.
  • 6.
    Elle avait vocationà soigner pour guérir. Maintenant elle soigne sans chercher à guérir. Par des soins palliatifs, elle ajoute de la vie au temps. Ne lui dites pas qu'elle aide à mourir : elle accompagne la vie jusqu'à sa fin. Station 5 : Simon de Cyrène aide Jésus à porter la Croix Prions pour ceux qui escortent les longues agonies, ceux qui veillent et surveillent, ceux qui tiennent la main quand elle devient froide, avant d'être saisie par la main du Père.
  • 7.
    Chaque jour, lemiroir lui renvoie son image. De méchants nodules tourmentent son visage. Elle est affreuse ; elle le sait ; elle en est malheureuse. Les petits la repoussent ; les grands la dévisagent. Elle aimerait qu'on oublie la laideur de ses traits et que des regards clairs la transpercent jusqu'au cœur pour y découvrir sa beauté intérieure. Prions pour ceux que la maladie défigure : brûlures, cicatrices, taches de vin ou pustules, ceux qui se cachent et ceux que l'on cache. Qu'ils connaissent enfin le goût des baisers, la douceur des caresses que le Père a créés pour tous ses enfants. Station 6 : Véronique essuie la face de Jésus
  • 8.
    Le voici ànouveau à plat ventre sur le sol. La première fois, il s'était persuadé qu'il avait trébuché. Mais cette fois, il était assis sur la chaise. On ne trébuche pas d'une chaise... Pour l'heure, il n'arrive pas à se relever seul. Il gémit, il appelle, il frappe sur le plancher. Il sait bien que quelqu'un finira par l'entendre. En attendant, il mesure combien elle est redoutable la solitude dans le quatrième âge. Prions pour ceux dont le cheveu blanchit, dont la peau devient sèche, ceux qui titubent ou qui béquillent, qui vivent hantés par la peur de tomber, la peur d’être encore plus diminués et dépendants. Qu’ils trouvent à coté d'eux des voisins attentifs et au fond de leur âme la solide espérance de se voir un jour relevé par leur Père définitivement. Station 7 : Jésus tombe pour la deuxième fois
  • 9.
    Le vieux professeurs'est beaucoup donné. Il a enseigné avec sa tête, ses mains, son cœur. Ses élèves disaient que parfois il prêchait. Quand on leur a appris qu'il était perdu, ils lui ont délégué celles qu'il préférait. Il leur a soufflé un dernier enseignement : quelques phrases seulement, comme un testament. Prions pour ceux qui aiment à partager ce qu'ils ont reçu, compris ou découvert : les passionnés de vie, les éveilleurs de sens, ceux qui vont en avant en faisant avancer. Qu’au soir de leur vie, ils puissent se réjouir d'offrir le patrimoine qu'ils ont fait fructifier à des héritiers qui vont les dépasser. Station 8 : Jésus parle aux femmes qui le suivent
  • 10.
    La première rechuteavait été précoce. Il s'en était tiré et se croyait guéri. Le mal était parti, les marqueurs étaient bons et le dernier scanner l’avait rasséréné. Il y eut même des jours où il n'y pensait plus... Et c'est la récidive : retour en case départ et tout à répéter : la chimio, les rayons, leur cortège de nausées, de perruque, de fatigue et de découragement face à la métastase. Prions pour ceux qui reviennent à l'entrée du tunnel vers les retrouvailles hideuses du déjà souffert et de l'inévitable "Est-ce bien nécessaire ?" Qu’ils trouvent dans ce calvaire des refuges fraternels où des amis discrets peuvent encore leur faire du bien. Et que pour cette épreuve renouvelée le Père leur donne une dernière sève pour nourrir encore quelques fruits tardifs. Station 9 : Jésus tombe pour la troisième fois
  • 11.
    Elle a toujoursfait profession d'élégance. Elle est un ravissement pour son entourage. Toujours mise avec soin, elle attire les regards. Mais aujourd'hui, dans cette chambre à plusieurs, on la prépare avant l'opération. Vêtue seulement de cette chemise innommable qu'on omet parfois d'attacher correctement, elle se sent impudique, dépersonnalisée. Prions pour ceux qui n'aiment pas être nus, et pour qui la pudeur est une grande valeur, ceux qui sont humiliés quand ils sont dévêtus et pour qui c'est souffrance quand on les déshabille. Que ceux qui les soignent ne soient jamais blasés de les respecter dans leur intimité. Station 10 : Jésus est dépouillé de ses vêtements
  • 12.
    Dans sa nébuleuseconfusion, il a tout arraché : le masque à oxygène et même la perfusion. "Il va falloir l'attacher". Attacher, voilà le mot lâché ; crève-cœur des soignants qui n'apprécient jamais le rôle de geôliers. Les bracelets de contention évoquent trop les menottes. Il se débat un moment, puis s'abandonne tristement, réveillant peut-être dans sa conscience obscure le souvenir de cinq années de captivité. Prions pour ceux que la lucidité quitte avant le souffle, ceux qui meurent en deux temps et qui dans l'intervalle ne peuvent communiquer et déconcertent tant ceux qui veulent les aider. Que la voix du Père les rejoigne dans le mystère de ce brouillard où se perdent les voix des hommes. Station 11 : Jésus est attaché à la croix
  • 13.
    La morphine adissous ses dernières douleurs. Il n'a plus mal, plus froid, plus soif. Il n'a plus de raison d'appeler puisqu'il n'a rien à demander. Le souffle est court, la vie chancelle. C'est le temps du grand passage. Il fait nuit dans sa solitude. Prions pour ceux qui meurent tout seuls, ceux qui sont préparés comme ceux qui sont surpris, ceux qui sont résignés comme ceux qui se rebellent, ceux qui appellent la mort et ceux qui se la donnent. Que les instants décisifs ne soient pas trop cruels et que la souffrance, un moment, laisse la place à la paix. Station 12 : Jésus meurt sur la croix
  • 14.
    Il avait vule jour au crépuscule, ce tout petit prématuré. On l'avait réchauffé, perfusé, massé, ventilé. Pendant la nuit, il allait mieux puis moins bien, puis mieux, puis moins bien... C’est au matin qu'il a craqué. Calmement on a tout ôté : les fils, les sondes et les tuyaux. Et on l'a déposé sur un lange blanc, avec douceur, pour ne pas lui faire mal. Prions pour les enfants qui meurent avant de naître ou que la mort saisit à l'aube de la vie. Que celles qui avaient tant rêvé cette mise au monde, un monde auquel ils font défaut, osent espérer d'un temps où ils vivront ensemble dans un monde éternel. Station 13 : Jésus est descendu de la croix
  • 15.
    Il est garçond'amphithéâtre. On parle aussi de dépositoire : c'est plus joli que morgue. Il est au service des morts. Il les pare, les prépare, parfois même les répare. Il les rend beaux pour adoucir le moment tragique où le cercueil se referme sur le visage aimé. Prions pour ceux qui travaillent au respect des corps, ceux qui assurent les rites de passage, ceux qui favorisent le travail de deuil. Qu'ils sachent que Dieu bénit leur délicate mission, lui qui crée l'Homme à son image. Station 14 : Jésus est mis au tombeau
  • 16.
    Les défigurés resplendissent. Lesdépressifs rayonnent. Les vieillards exultent. Les mourants revivent. Il n'y a plus ni douleur, ni souffrance, ni malade, ni soignant. Car Jésus est ressuscité. Prions pour ceux qui doutent de la résurrection. Qu'ils trouvent sur leur chemin des chrétiens joyeux et convaincus qui leur disent l’espérance de leurs eucharisties : "Et lorsque prendra fin notre pèlerinage sur la terre, accueille-nous dans ton Royaume où nous espérons être comblés de ta gloire, tous ensemble et pour l'éternité. Amen." Station 15 : Jésus est ressuscité
  • 17.
    Textes : Chemin deCroix, chemin de compassion, Cité Vivante, 2003. M. Vincent Boggio est diacre du diocèse de Dijon et médecin au CHU de Dijon. Légendes des photos : Couverture : Croix à Assise; Italie © Isabelle O’Brien 1. Croix d’autel de l’abbaye de Pontigny © Wendy Corniquet 2. Croix dans les vignes de Joigny © Tiffany Gesquiere 3. Croix de chemin, Plessis-Saint-Jean © François Gognin, Wikicommons 4. Croix de l’église de Mailly-le-Château © Isabelle Téqui 5. Croix de la paix portée par des frères de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire, lors du pèlerinage du 22 juillet 2016 à Vézelay © EDY 6. Fresque de l’église de Saint Maurice-Thizouaille © EDY 7. Croix de l’église Notre-Dame de Montréal © Patrick Pautrat 8. Fresque de l’église de Theil-sur-Vanne © Geneviève Batalie 9. Croix de chemin au lieu-dit Lavaire, Étaules © Patrick Pautrat 10. Chasuble de Mgr Hervé Giraud © EDY 11. Christ en croix de la cathédrale d’Auxerre, détail © EDY 12. Christ en croix de la chapelle Notre-Dame de Sermizelles © Émilie Demule 13. Cierge pascal et Christ en croix, cathédrale d’Auxerre © EDY 14. Croix de cercueil © Fraternités monastiques de Jérusalem 15. Croix faite par les prisonniers allemands lors de la Croisade de la Paix de 1946, basilique de Vézelay © Christelle Seguenot Réalisation : service Communication du diocèse de Sens & Auxerre - mars 2018