12•2015 | |[[2R]]
PHOTOGRAPHIÉPARGUILLAUMEPERRET/LUNDI13
Héros
GUY NOËL EST SUR LE QUAI du poste de Nyon et regarde la
surface scintillante du lac. En face, on aperçoit la côte française,
à environ quatre kilomètres. Un pêcheur approche sur sa barque.
Guy Noël le salue. Ils échangent quelques mots. Le port, c’est
comme un village — tout le monde se connaît.
« C’est par hasard que je suis arrivé au sauvetage, dit Guy Noël,
président de la section de Nyon de la Société internationale de
sauvetage du lac Léman (SISL). Je connaissais déjà pas mal de
monde qui en faisait partie, alors je suis allé voir et j’ai croché 
rapidement. » C’était en 1974. À l’époque, il fallait encore avoir
l’aval de deux parrains et faire ses preuves pendant une année
avant de devenir membre officiel. Du bénévolat, certes, mais des
exigences. Aujourd’hui, il n’y a plus de parrainage, mais toujours
une période d’essai.
Au-delà, sur le lac, la bise « relève le nez ». Les vagues peuvent
dépasser un mètre ; dans ces conditions, une intervention exige
des sauveteurs beaucoup de force et de concentration. Des inter-
ventions, la section de Nyon en a déjà comptabilisé 49 en cette
fin d’été 2015. Rien de bien grave pour la plupart. Parfois, des
plaisanciers qui sont allés souper en France et sont en panne au
milieu du lac en pleine nuit. Un seul cas grave a été déploré cette
saison. Celui d’un sexagénaire parti pêcher avec son petit ➸
Guy Noël et son équipe portent secours
aux personnes en péril sur le lac
Les anges gardiens
du Léman
PAR SYLVIE CASTAGNÉ
| 12•2015[[1L]]
R E A D E R ’ S D I G E S T 
« Ilfautsavoir
quelepoidsdes
vêtements
mouilléstire
rapidement
unepersonne
aufond. »
canot au large de Prangins. Il était à
une centaine de mètres de la berge
quand il est tombé à l’eau. Une per-
sonne ayant assisté à la scène du
bord a prévenu le garde-port. Avant
de plonger au secours du malheu-
reux, celui-ci a appelé la gendar-
merie au 117, laquelle a alarmé la
section sur les pagers.
En quelques minutes,
le pêcheur avait déjà
coulé par quatre
mètres de fond.
Le garde-port l’a re-
monté et a commencé
à lui faire un massage
de la cage thoracique.
« Le sauveteur, arrivé
moins d’un quart
d’heure plus tard, a
pris le relais, mais il a
constaté que les pou-
mons de la victime étaient remplis
d’eau. Il y avait peu d’espoir de la
ranimer et elle est décédée peu après
à l’hôpital », raconte Guy Noël, visi-
blement ému.
La section de Nyon organise des
cours à l’attention de ses membres,
au nombre de 224, dont 72 actifs et
20 jeunes à l’essai. Outre le matelo-
tage et la plongée, on y apprend les
soins aux noyés. Il y également les
entraînements hebdomadaires à la
rame, « excellents pour la cohésion du
groupe ». Il est aussi important pour
les aspirants à une adhésion définitive
de suivre ces cours que de participer
aux manifestations de collecte de
fonds, comme le loto de la section ou
les ventes de vin chaud.
Les vigies sont au cœur de l’enga-
gement des sauveteurs : il s’agit d’as-
surer la permanence les week-ends,
de mai à septembre. Près des deux
tiers des interventions ayant lieu du-
rant la belle saison, des sauveteurs
se relaient au poste.
Le reste du temps, les
appels provenant du
117 arrivent sur le Natel
ou le pager des dix-huit
sauveteurs qui sont
alarmés en priorité. Le
mot d’ordre est alors de
gagner le port le plus
vite possible. Les trois
premiers arrivés sautent
dans un bateau d’inter-
vention, le quatrième
reste au port et s’ins-
talle à la radio. Les procédures sont
précises. Chaque minute compte. « Il
faut savoir que le poids des vêtements
mouillés tire une personne au fond.
Et que les poumons se remplissent
tout de suite », précise Guy Noël.
Le sauvetage a débuté sur le lac
en 1885, avec des bateaux à rames.
Le dernier qui a été construit pour
la section de Nyon date de 1951.
Insubmersible et doté d’une coque
extérieure en acajou, le Neptune était
taillé pour l’intervention. Il témoigne
de l’histoire du sauvetage, parfois
dramatique comme les visiteurs
du Musée du Léman tout proche
peuvent le constater. Une installation
12•2015 | |[[2R]]
Guy Noël tient dans la main une coupe
gagnée par l’équipe des rameurs.
multimédia y retrace les épisodes
les plus sombres de l’histoire du
sauvetage.
Ici, tout le monde a entendu par-
ler du naufrage de la Fraidieu, en
août 1969. Il avait causé la mort de
24 personnes, dont 14 jeunes or-
phelines d’une colonie de vacances.
Et de celui de la Sainte-Odile, l’an-
née suivante. Ces accidents drama-
tiques ont en­traîné un durcissement
de la réglementation sur le lac. No-
tamment la mise en place de feux
d’alerte.
Les sauveteurs ont le respect des
Nyonnais. Tous savent que le ser-
vice rendu, bénévolement, est
inestimable. Que lorsque la brise
se lève et que le lac devient houleux,
le danger est réel. Il y a les vagues
trompeuses et les coups de vent
violents, capables de coucher les
embarcations.
Heureusement, il y a toujours
quelqu’un qui scrute le lac et peut
alerter le 117. Un jour, il s’agit d’aller
récupérer un kitesurfeur fatigué, un
autre, une famille en panne de bat-
terie. Mais les sauveteurs sont éga-
lement présents pour encadrer les
régates et les traversées à la nage.
La majorité des personnes secou-
rues trouvent d’ailleurs naturel qu’ils
paient de leur personne pour rendre
service à la communauté. Pour les
sauveteurs toutefois, il y a souvent
« le feu au lac ».
Secours les pauvres, fais le plus d’heureux que tu pourras ;
car cela seul est impérissable, et si jamais tu subis des revers,
c’est de là que viendra le salut : mieux vaut un bon ami qu’un
trésor que tu laisseras moisir dans quelque trou.
		 MÉNANDRE, dramaturge grec (vers 343–292 av. J.-C.)

Les sauveteurs du lac, section de Nyon

  • 2.
    12•2015 | |[[2R]] PHOTOGRAPHIÉPARGUILLAUMEPERRET/LUNDI13 Héros GUYNOËL EST SUR LE QUAI du poste de Nyon et regarde la surface scintillante du lac. En face, on aperçoit la côte française, à environ quatre kilomètres. Un pêcheur approche sur sa barque. Guy Noël le salue. Ils échangent quelques mots. Le port, c’est comme un village — tout le monde se connaît. « C’est par hasard que je suis arrivé au sauvetage, dit Guy Noël, président de la section de Nyon de la Société internationale de sauvetage du lac Léman (SISL). Je connaissais déjà pas mal de monde qui en faisait partie, alors je suis allé voir et j’ai croché  rapidement. » C’était en 1974. À l’époque, il fallait encore avoir l’aval de deux parrains et faire ses preuves pendant une année avant de devenir membre officiel. Du bénévolat, certes, mais des exigences. Aujourd’hui, il n’y a plus de parrainage, mais toujours une période d’essai. Au-delà, sur le lac, la bise « relève le nez ». Les vagues peuvent dépasser un mètre ; dans ces conditions, une intervention exige des sauveteurs beaucoup de force et de concentration. Des inter- ventions, la section de Nyon en a déjà comptabilisé 49 en cette fin d’été 2015. Rien de bien grave pour la plupart. Parfois, des plaisanciers qui sont allés souper en France et sont en panne au milieu du lac en pleine nuit. Un seul cas grave a été déploré cette saison. Celui d’un sexagénaire parti pêcher avec son petit ➸ Guy Noël et son équipe portent secours aux personnes en péril sur le lac Les anges gardiens du Léman PAR SYLVIE CASTAGNÉ
  • 3.
    | 12•2015[[1L]] R EA D E R ’ S D I G E S T « Ilfautsavoir quelepoidsdes vêtements mouilléstire rapidement unepersonne aufond. » canot au large de Prangins. Il était à une centaine de mètres de la berge quand il est tombé à l’eau. Une per- sonne ayant assisté à la scène du bord a prévenu le garde-port. Avant de plonger au secours du malheu- reux, celui-ci a appelé la gendar- merie au 117, laquelle a alarmé la section sur les pagers. En quelques minutes, le pêcheur avait déjà coulé par quatre mètres de fond. Le garde-port l’a re- monté et a commencé à lui faire un massage de la cage thoracique. « Le sauveteur, arrivé moins d’un quart d’heure plus tard, a pris le relais, mais il a constaté que les pou- mons de la victime étaient remplis d’eau. Il y avait peu d’espoir de la ranimer et elle est décédée peu après à l’hôpital », raconte Guy Noël, visi- blement ému. La section de Nyon organise des cours à l’attention de ses membres, au nombre de 224, dont 72 actifs et 20 jeunes à l’essai. Outre le matelo- tage et la plongée, on y apprend les soins aux noyés. Il y également les entraînements hebdomadaires à la rame, « excellents pour la cohésion du groupe ». Il est aussi important pour les aspirants à une adhésion définitive de suivre ces cours que de participer aux manifestations de collecte de fonds, comme le loto de la section ou les ventes de vin chaud. Les vigies sont au cœur de l’enga- gement des sauveteurs : il s’agit d’as- surer la permanence les week-ends, de mai à septembre. Près des deux tiers des interventions ayant lieu du- rant la belle saison, des sauveteurs se relaient au poste. Le reste du temps, les appels provenant du 117 arrivent sur le Natel ou le pager des dix-huit sauveteurs qui sont alarmés en priorité. Le mot d’ordre est alors de gagner le port le plus vite possible. Les trois premiers arrivés sautent dans un bateau d’inter- vention, le quatrième reste au port et s’ins- talle à la radio. Les procédures sont précises. Chaque minute compte. « Il faut savoir que le poids des vêtements mouillés tire une personne au fond. Et que les poumons se remplissent tout de suite », précise Guy Noël. Le sauvetage a débuté sur le lac en 1885, avec des bateaux à rames. Le dernier qui a été construit pour la section de Nyon date de 1951. Insubmersible et doté d’une coque extérieure en acajou, le Neptune était taillé pour l’intervention. Il témoigne de l’histoire du sauvetage, parfois dramatique comme les visiteurs du Musée du Léman tout proche peuvent le constater. Une installation
  • 4.
    12•2015 | |[[2R]] GuyNoël tient dans la main une coupe gagnée par l’équipe des rameurs. multimédia y retrace les épisodes les plus sombres de l’histoire du sauvetage. Ici, tout le monde a entendu par- ler du naufrage de la Fraidieu, en août 1969. Il avait causé la mort de 24 personnes, dont 14 jeunes or- phelines d’une colonie de vacances. Et de celui de la Sainte-Odile, l’an- née suivante. Ces accidents drama- tiques ont en­traîné un durcissement de la réglementation sur le lac. No- tamment la mise en place de feux d’alerte. Les sauveteurs ont le respect des Nyonnais. Tous savent que le ser- vice rendu, bénévolement, est inestimable. Que lorsque la brise se lève et que le lac devient houleux, le danger est réel. Il y a les vagues trompeuses et les coups de vent violents, capables de coucher les embarcations. Heureusement, il y a toujours quelqu’un qui scrute le lac et peut alerter le 117. Un jour, il s’agit d’aller récupérer un kitesurfeur fatigué, un autre, une famille en panne de bat- terie. Mais les sauveteurs sont éga- lement présents pour encadrer les régates et les traversées à la nage. La majorité des personnes secou- rues trouvent d’ailleurs naturel qu’ils paient de leur personne pour rendre service à la communauté. Pour les sauveteurs toutefois, il y a souvent « le feu au lac ». Secours les pauvres, fais le plus d’heureux que tu pourras ; car cela seul est impérissable, et si jamais tu subis des revers, c’est de là que viendra le salut : mieux vaut un bon ami qu’un trésor que tu laisseras moisir dans quelque trou. MÉNANDRE, dramaturge grec (vers 343–292 av. J.-C.)