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A l'occasion du forum Smart City Marseille qui s'est déroulé le 25 septembre 2015, La Tribune a sorti une édition spéciale : "Les défis de la ville-port-monde du XXIème siècle."

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La Tribune 100% Smart Marseille

  1. 1. JEAN-CLAUDE GAUDIN « Marseille est en perpétuel mouvement », souligne le probable futur président de la Métropole.P. 10 RÉGIONALES 2015 Provence-Alpes-Côte d’Azur : fortifier la coopération entre Nice et Marseille. Pages 32-33 L’AMBITION CAPITALE À coups de chantiers et de projets audacieux, Marseille réinvente son avenir avec la Métropole. Pages 6 à 8 L15174-143-F:3,00€ « LATRIBUNES’ENGAGEAVECECOFOLIOPOURLERECYCLAGEDESPAPIERS.AVECVOTREGESTEDETRI,VOTREJOURNALAPLUSIEURSVIES. » ©COLINMATTHIEU/HEMIS.FR DU VENDREDI 25 SEPTEMBRE AU JEUDI 1ER OCTOBRE 2015 - NO  143 - 3 € LES DÉFIS DE LA VILLE-PORT-MONDE DU XXIE SIÈCLE Marseille SMART 100%
  2. 2. Inventons ensemble le monde de demain ! Des défis gigantesques se posent à l’humanité en ce début de XXIème siècle. Un siècle où les ruptures engendrées par les technologies et les usages promettent des opportunités économiques et sociétales sans précédent, à condition de servir l’homme pour le rendre plus que jamais acteur du monde qui vient. De ces transformations naîtront nos futurs modèles de société, de civilisation. L’Europe doit participer plus activement à cette dynamique de changement majeure pour l’humanité ! Nos métropoles, qui abriteront bientôt près de 75% des habitants de la planète, seront le terrain privilégié de cette reconstruction. Relever ces nouveaux défis, cette nouvelle complexité, implique de créer de nouveaux écosystèmes. C’est la raison d’être de thecamp ! En Provence, sur un site extraordinaire, thecamp sera : Un campus d’un genre nouveau en Europe, international, transdisciplinaire, transculturel et transgénérationnel, Un «tiers-lieu» ouvert, où managers du privé et du public, startups, étudiants, experts, viendront vivre et collaborer, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, Un lieu de vie, d’expérience, d’inspiration et de partage, Un catalyseur de prospective et d’innovation, un espace de développement et d’expérimentation de projets, un lieu pour se former et se transformer. Porté par son fondateur, Frédéric Chevalier, et avec la participation financière des collectivités territoriales et de nombreuses entreprises privées et publiques, thecamp ouvrira ses portes en 2017. Venez participer à l’aventure ! thecamp.fr Merci à nos premiers partenaires fondateurs : Creating the future AP LaTribune v4.indd 1 22/09/2015 17:16
  3. 3. Marseille, c’est Chicago ? Tant mieux ! On compare Marseille et Chicago pour leur violence ? Tant mieux ! La violence à Chicago date — tout au moins celle que chacun a à l’esprit, notamment grâce au cinéma — des années de la Prohibition (1918-1933). La violence n’a pas disparu à Chicago, certes, même si elle est heureusement bien moindre. La pauvreté n’a pas disparu non plus. En fait, toute grande ville a des pauvres et de la violence. Une ville qui se développe est une ville qui représente l’espoir, notamment chez les plus démunis. Et ceux-ci rencontrent des périodes difficiles exploitées par certains, exploitation qui tourne à la violence. La comparaison de Marseille et Chicago ne s’arrête pas à la violence. Ce sont deux villes d’immigration de par leur situation géographique (bord de Méditerranée, bord du lac Michigan), leurs emplois variés (industrie, tertiaire, transport), leur originalité urbaine, tant par leur structure que par leur architecture, leur spécificité culturelle, etc. Aujourd’hui, Chicago est une ville propre, audacieuse, innovante. Les plus grands architectes du monde souhaitent bâtir dans cette ville. L’auditorium de Franck Gehry est une pure merveille architecturale et sociale. Des quartiers comme Old Town ou Wicker sont en pleine gentrification, se réhabilitent. Chicago, qui ne bénéficie pourtant pas du climat souriant de Marseille, est aujourd’hui une destination touristique. La mutation récente de Chicago date des années 1990. Vingt-cinq ans, pour une ville, c’est peu et c’est beaucoup. On peut comparer cette mutation à celle du port industriel de Bilbao dont le musée Guggenheim, ouvert en 1997, a marqué le virage urbanistique, architectural et social de la ville. Pour Glasgow, c’est un virage semblable qui a été pris dans les années 1980, autour de la rivière Clyde, avec la disparition des chantiers navals. Zaha Hadid, bien connue à Marseille, y a construit un spectaculaire musée des transports, et Norman Foster plusieurs salles de concert et de sports. Sous la pluie écossaise, Glasgow est une ville qui attire aujourd’hui l’emploi comme les touristes. Marseille, comme Chicago ou Glasgow, a des racines profondes : une université renommée, des hôpitaux de réputation internationale, une histoire industrielle, économique, politique et culturelle. Les temps changent. Eliot Ness ne court plus après Al Capone. La Méditerranée court après Marseille. C’est une chance. Elle emmène la région marseillaise. Et fait oublier Chicago. SIGNAUX FAIBLES L’ouvrage le plus récent de Philippe Cahen : Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013. À découvrir aussi sa contribution à l’ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture ? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015. PAR PHILIPPE CAHEN PROSPECTIVISTE @SignauxFaibles DR ÉDITORIAL L’HISTOIRE PLUS BELLE MARSEILLE… AVEC DEPARDIEU, POUR NETFLIX. Comment s’organisera la succession du maire de Marseille ? Son poulain réussira-t-il à déjouer les pièges tendus ? Réponse en mars prochain, date de diffusion de la série intitulée tout simplement Marseille, financée et commandée par Netflix. Le scénario, lui, est signé Dan Franck. Et le premier magistrat de la Ville, campé par Gérard Depardieu (photo). Dans la vraie vie, Jean-Claude Gaudin s’est amusé de cette incarnation. Les deux hommes ont en commun la truculence et le verbe agile. Ce « House of Cards » made in Provence fait déjà saliver. Comme le veut la traditionnelle phrase en fin de générique, toute ressemblance avec des faits existants sera-t-elle fortuite ? On imagine bien que les moindres petites phrases seront décryptées… On attend surtout de voir si les poncifs sur la cité phocéenne seront évités. Les scénaristes l’ont promis, argumentant pour cela de s’être imprégnés des quartiers de Marseille. Surtout, c’est la collaboration avec Sabrina Roubache, productrice du cru qui dirige sa propre société, Gurkin Production, qui devrait donner à Marseille une intrigue et des personnages tout autant réalistes que crédibles. Budget et détails sur l’intrigue sont en revanche maintenus sous silence. C’est ce qui s’appelle faire le buzz et entretenir le suspense. Déjà prometteur ! BALISES Marseille, 25 septembre 2050 L e numéro de La Tribune que vous tenez entre les mains est à 100 % consacré à Marseille. Marseille en 2015, telle que vous pouvez la découvrir aujourd’hui en vous baladant entre le Vieux-Port, le MuCem et le Fort Saint-Jean (construit sous Louis XIV, lequel n’aimait ni Mar- seille ni les Marseillais, jugés rétifs à son pouvoir absolu comme ils l’ont montré en donnant leur nom à notre hymne natio- nal), jusqu’à la nouvelle promenade qui étend progressivement la ville vers son littoral nord qui a longtemps fait figure de frontière. Là, vous pouvez désormais prendre un verre sur les Terrasses du Port, admirer la tour CMA-CGM qui étend ses bras vers le ciel lumineux et si particulier qui éclaire la deuxième ville de France. Il n’y pas si longtemps, ce même lieu était un véritable coupe-gorge… Victime de sa mauvaise réputation, Mar- seille a longtemps été la ville des préju- gés. Au Marseille de Marius a succédé celui des petits et grands voyous qui ont donné à la ville son image sulfureuse, entre French Connection et Borsalino. Aujourd’hui encore, la violence reste le quotidien des quartiers nord et descend parfois vers les bars du Vieux-Port où, il y a quelques jours, une fusillade a éclaté. Inutile de nier la réalité : Marseille est une des villes où les écarts de richesse sont parmi les plus élevés de France : un Marseillais sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté. Cette image de violence ne doit pour- tant pas masquer l’autre réalité, celle d’une ville moderne qui, au terme de vingt ans de chantiers pharaoniques, est redevenue attractive pour l’investisse- ment et l’emploi, et dont le développe- ment va s’accélérer avec la naissance au 1er  janvier prochain de la métropole qui réunira 92 communes limitrophes. Ce futur Grand Marseille, comme on dit aujourd’hui le Grand Paris ou le Grand Lyon, sera, par la taille de son territoire (deux fois le Grand Londres) la première métropole de France. C’est pour nous une évidence et un projet éditorial : les métropoles sont au cœur de la croissance et de l’in- novation dans le monde de demain. Nous ne vivons plus au temps de Paris et le désert français, le livre du géo- graphe Jean-François Gravier qui date de… 1947. Partout en France, à Lyon, Bordeaux, Nantes, Brest, Lille, Nancy, Strasbourg, Toulouse, Montpellier, Nice et donc Marseille (pardon pour celles qu’on a oubliées), le voyageur qui revien- drait après vingt ans d’absence serait frappé par la vitalité, l’énergie et l’ambi- tion des élus et des acteurs économiques. Nous organisons ce vendredi 25 sep- tembre à Marseille au Pharo un forum, Smart City Méditerranée, qui réunira tous les grands acteurs de la ville. Ce sera l’occasion d’annoncer l’installation physique de La Tribune à Marseille, sur le Vieux-Port, l’objectif étant de complé- ter ainsi peu à peu le réseau que notre média est en train de créer dans toutes les métropoles de France. Marseille de 2015 prépare déjà Marseille de 2050. Ce sera le défi des futurs élus de la métropole que de donner une cohé- rence économique à ce territoire qui va d’Aubagne à l’Est, à l’étang de Berre à l’Ouest, et jusqu’à Salon-de-Provence, au nord. En 2050, le Grand Marseille ira peut-être de Toulon jusqu’à Avignon, voire aura fusionné avec Nice et la région Paca ! Marseille a le potentiel pour devenir le « Los Angeles » français. Ce n’est d’ail- leurs pas un hasard si la deuxième ville de France en nombre de tournages met le paquet sur les métiers de l’image et du son, dans la Belle de Mai, et investit dans la recherche, la santé du futur et la révolution numérique en s’ap- puyant sur le deuxième pôle universitaire de France, Aix-Marseille. Pour le Grand Marseille de 2050, les archi- tectes rêvent d’un pont transbordeur qui permettra d’enjamber un Vieux-Port rendu totalement piétonnier, d’un front de mer de cinq kilomètres entrecoupé d’écocités, et d’un véritable quartier d’af- faires dans les J1, J2, J3 et pourquoi pas J4 de la Joliette, là où Marseille dispose d’une réserve foncière gigantesque, mais dont le potentiel est paralysé par l’État. Qui sait que la « Direction générale des infrastructures des transports et de la mer » du ministère de l’Écologie exerce la tutelle, pour le moins frileuse, du Grand port maritime de Marseille ? Faites sauter le bouchon marseillais du port autonome, réclament de plus en plus d’élus, et alors Marseille saura libérer tout son potentiel. ■ PAR PHILIPPE MABILLE @phmabille DR 1re AU 1ER  JANVIER 2016, MARSEILLE et les communes associées deviendront la première métropole de France en termes de superficie, avec 3 150 km2 soit deux fois la surface du Grand Londres et trois fois celles de Berlin et New York. Soit donc plus aussi que la superficie du Grand Paris. 600 AVANT J.-C., C’EST ENVIRON À CETTE DATE QUE NAQUIT Massilia. Cet acte fondateur fut posé par des marins grecs originaires de Phocée (aujourd’hui Foça, en Turquie), l’une des cités grecques d’Asie Mineure. Ces « migrants » fuyaient devant les invasions perses. Massilia devint vite prospère, grâce au commerce interméditerranéen. 12,4 %C’EST LE TAUX DE CHÔMAGE ENREGISTRÉ SUR LE BASSIN d’emploi Marseille-Aubagne. Cela place le territoire marseillais en moins bonne posture que la région Paca, qui culmine à 11,3 %, cette dernière affichant elle-même un score supérieur à la moyenne française, 9,7 %. Et selon l’Insee, 1 Marseillais sur 4 vit sous le seuil de pauvreté. 320 C’EST LE NOMBRE DE JOURS D’ENSOLEILLEMENT ANNUEL à Marseille. Cela en fait l’un des atouts d’attractivité de la ville, qui possède par ailleurs 3 282 hectares d’espaces verts et 24 km de calanques. On apprécie aussi les hivers doux (7,1 ° C en moyenne en janvier) et de « vrais » étés, avec 24,1 ° C en moyenne en juillet. ©AFPPHOTO/BORISHORVAT
  4. 4. I 7 L’ÉVÉNEMENT 6 I LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FRLA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR O n dit souvent que l’on évalue le dynamisme d’une ville au nombre de grues qui pointent vers le ciel. Si l’on s’en tient à cette unité de mesure, Marseille figure parmi les territoires par- ticulièrement en forme. Et cela ne date pas de 2015. Car depuis trois ans, la cité phocéenne n’a de cesse de mettre les bou- chées doubles pour combler son appétit de « combattante ». On la dit mal en point, malmenée, mal-aimée. Il suffit pourtant de parcourir la façade maritime ou le cœur de ville pour se rendre compte que loin d’être une belle endormie, Marseille bouge, se transforme, investit et affiche son ambi- tion : être l’une des métropoles capitales de la Méditerranée. Le déclic, c’est Marseille Provence 2013 qui le provoque. Lorsque le choix de la cité phocéenne comme capitale européenne de la culture est annoncé, rares sont ceux per- suadés du succès de l’opération. Et pour- tant, à l’issue de la manifestation, c’est un tout autre visage que la deuxième ville de France offre. Entre-temps, le monde éco- nomique s’est mobilisé, 207 entreprises exactement – de toutes tailles – mettant littéralement la main à la poche pour par- ticiper à hauteur de 18 % aux 91 millions d’euros de budget destiné à l’événement. Un événement qui va notamment coïnci- der avec la naissance – enfin, après dix ans de rebondissements divers – le 7 juin 2013 de l’un des bâtiments aujourd’hui emblé- matiques de Marseille : le MucEM. Un Musée des civilisations de l’Europe et de Méditerranée, dessiné par le truculent et passionné architecte varois Rudy Ricciotti, et dont l’enveloppe dentelée, reconnais- sable entre mille, habille désormais la façade maritime. C’est là aussi, à peine plus loin, que se dresse dignement une dame de fer et de verre de 145 mètres de hauteur : la tour CMA CGM, à nulle autre pareille avec sa silhouette courbée, ses 33 étages et ses 15 ascenseurs. Elle est depuis 2010 le sym- bole du renouveau urbain de Marseille, puisque située sur cette façade maritime où se cristallisent tous les projets. Car c’est aussi ici que s’élèvera en 2018 un autre immeuble de grande hauteur (IGH), une tour tout aussi vertigineuse avec ses 135 mètres de haut, ses 31 niveaux pour 39 560 m2 de surface, principalement des- tinés à usage de bureaux. La Marseillaise, tel est son nom, complète sur la zone des Quais d’Arenc, le Balthazar, une tour hori- zontale de 9 000 m2 dessinée par Roland Carta. LES VOÛTES ET LES DOCKS, DEUX NOUVEAUTÉS MAJEURES Les Quais d’Arenc, ce n’est pas qu’un point géographique sur la carte, c’est aussi un projet mené de main de maître par le groupe de promotion immobilière Constructa. Un projet global de 90 000 m2 et quatre bâtiments qui, outre La Marseil- laise et Balthazar, comprennent deux autres constructions, la Tour H99 et Hori- zon. Au total, ce sont 50 000 m2 de bureaux, 2 500 m2 de restaurant interentreprises pour un investissement global de 450 mil- lions d’euros. Et ce n’est pas fini ! Car la rentrée voit se bousculer, dans les agendas, l’inauguration de deux autres projets majeurs : les Voûtes de la Major et les Docks. Le premier visait à redonner vie aux arcades situées sous la cathédrale de la Major qui, avec son style néobyzantin un peu particulier, ne peut que se faire remarquer, trônant entre le Vieux-Port et la Joliette. Portées par la Caisse d’épargne Provence-Alpes-Corse qui a investi 27 millions d’euros, par le promo- teur LC2l, par les entreprises Girard et Dumez, et dessinées par les architectes Jean-Baptiste Pietri et José Pasqua, elles signent aussi le renouveau de Marseille, mais davantage commercial, celui-ci. Sept mille trois cents mètres carrés de surface commerciale, trois ans de travaux et des enseignes telles Habitat ou Fragonard qui ont pris possession des lieux, résument le projet inauguré officiellement mi-sep- tembre et qui peut, déjà, se targuer C’est l’histoire de 111 villages en passe de devenir au 1er janvier prochain une ambitieuse métropole autour de Marseille. Déterminée à montrer le meilleur d’elle-même, la ville est en train d’écrire un nouveau chapitre. À coups de chantiers et de projets audacieux, elle se rêve en capitale méditerranéenne. Comment Marseille réinvente son avenir avec sa Métropole L’AMBITION CAPITALE DOSSIER RÉALISÉ PAR LAURENCE BOTTERO À MARSEILLE @l_bottero UN FRONT DE MER À L’IMAGE D’UN PROJET VISIONNAIRE C’est sur ces quelques kilomètres carrés que se concentre la nouvelle silhouette de Marseille. C’est là que la tour CMA CGM a été érigée il y a presque dix ans maintenant, signifiant l’impulsion des projets qui n’ont cessé depuis de lui emboîter le pas et de prendre forme, un peu comme s’il était temps de rattraper le temps perdu. Il y a vingt ans, l’opération d’intérêt national Euroméditerranée faisait un pari sur l’avenir. Deux décennies plus tard, on ne compte plus les chantiers. Le Silo est devenu un lieu de spectacle et de réception. La place de La Joliette s’est transformée en une piazza vivante et animée, au cœur d’un ensemble qui bouge et se transforme. Les Voûtes de la Major ont repris du service, désormais écrin de 7 200 m2 consacré à l’art, au shopping et à la restauration, où 14 enseignes ont déjà pris place. Des Voûtes qui côtoient le MuCEM, ce Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, né en même temps que Marseille Provence 2013, l’événement qui, en consacrant Marseille capitale européenne de la culture, a mis la cité phocéenne dans une dynamique entraînante. Un peu plus loin, Les Terrasses du Port, surplombant littéralement la mer, ont fait le pari d’un centre commercial d’un genre un peu nouveau, investissant 466 millions d’euros. Très attendue, l’ouverture des Docks en octobre prochain, va apporter sa touche, centre de vie différent de ce qui existe déjà, promet-on. Tout à côté, Euromed Center complète l’offre tertiaire avec notamment son Astrolabe. Bientôt, il y aura aussi La Marseillaise, imaginée par Jean Nouvel, actuellement en chantier. Mais l’avenir, c’est vers l’îlot Allar qu’il se construit. Smartseille, porté par Eiffage, est un quartier démonstrateur de technologie mais aussi de stratégie visionnaire. C’est par là que se poursuit la reconquête de Marseille, repoussant le terrain de jeu vers le nord, avec l’ambition de donner une nouvelle dimension à ces territoires. D’ailleurs, la mission de l’îlot XXL, suite d’Allar, est bien celle-là. Elle comprend notamment le périmètre des Marchés aux Puces. C’est là, à proximité, qu’est envisagé un Arena, salle de sport de 15 000 places. Entre-temps, le projet de cinéma imaginé par Luc Besson devrait devenir réalité. Les grues n’ont pas fini de fleurir dans le ciel de Provence. ■L. B. Vue d’ensemble du nouveau littoral de Marseille. On y distingue toutes les réalisations nouvelles de la métropole du Sud, dont le nouveau quartier de la Joliette, réalisé par l’établissement public Euroméditerranée. (lire aussi page 21.) © SALMERON POUR EUROMÉDITERRANÉE
  5. 5. L’ÉVÉNEMENT 8 I LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR d’avoir été distingué par un Grand Prix 2014 du Geste d’Or, label indépendant qui salue la rénovation d’un patrimoine classé. Dans quelques jours, c’est un autre projet – de titan, tant par sa surface que par ses promesses – qui lui emboîtera le pas : le rez-de-chaussée des Docks, l’autre « bébé » de Marc Pietri, l’infatigable patron du pro- moteur Constructa, devrait en effet se dévoiler début octobre. Les Docks, c’est une rénovation entamée en 2013 et qui promet de ne surtout pas faire comme les autres offres commerciales en proposant un vrai « lifestyle center ». Un lieu qu’au- tochtones et visiteurs pourront se réappro- prier, parce qu’il sera un vrai lieu de vie, avec son marché, ses « corners », ses bou- tiques – au nombre de 80 – ses charcutier, boucher, écailler, rôtisseur… qui animeront le lieu pour des halles vivantes où l’on pourra venir s’alimenter et grignoter sur place. Un lieu bon enfant et bien pensé qui vient compléter et non s’opposer aux Ter- rasses du Port. Développé par la foncière Hammerson, il cumule 266 000 m2 de sur- face de plancher dont 61 000 m2 de com- merces, 190 boutiques et un investisse- ment colossal de 466 millions d’euros. Uniqlo y a installé sa première boutique en province et le bilan, douze mois après la coupure de ruban officiel, fait état de 12 millions de visiteurs, soit plus que les 8 millions attendus pour un chiffre d’af- faires de 280 millions d’euros. L’ensemble peut lui aussi se targuer d’avoir été récom- pensé, par rien de moins qu’un « best retail urban project » au Mapic 2014. LA DEUXIÈME MÉTROPOLE DE FRANCE, CAPITALE DU SUD Cette liste de projets étant loin d’être exhaustive, cela signifie donc que Marseille change et que surtout elle est perçue bien autrement par les investisseurs. Car com- ment ignorer celle qui, au 1er  janvier pro- chain, va devenir si ce n’est la première métropole de France, tout au moins la seconde après le Grand Paris, bien qu’en termes de surface, elle occupe effective- ment la première place. Le « Grand Mar- seille » s’élève même comme un phare sur l’axe afro-méditerranéen, devenant un passage obligé pour les flux, quels qu’ils soient. Idéalement situé, Aix-Marseille Provence Métropole va peser sur le déve- loppement économique de tout le Bassin méditerranéen, mais aussi sur l’expansion hexagonale. Elle prend en effet une taille considérable, qui la fait passer de six inter- communalités existantes à un périmètre englobant quelque 92 communes, de Ber- cereuil à Aix en passant par Cuges-les-Pins, Gignac ou Vitrolles. Son très large terri- toire, va ainsi constituer cette fameuse métropole, tant désirée des uns mais tant crainte ou rejetée des autres. Parce qu’on est ici en Provence et que les projets comme le reste se vivent avec pas- sion et avec le cœur, et que donc il n’y a pas de demi-mesure, il faudra savoir la gouverner avec tact cette métropole aux caractères si multiples. Malgré les inquié- tudes relatives au risque d’une hégémonie de la ville-centre, le maire de Marseille semble bien placé pour en prendre la pre- mière présidence, même s’il n’a pas encore, officiellement, déclaré sa candidature (lire l’entretien avec le sénateur-maire Jean- Claude Gaudin, pages 10 et 11). Il aura fort à faire avec sa principale oppo- sante, Maryse Joissains, la maire d’Aix-en- Provence, ville réputée pour son art de vivre et sa richesse. Également présidente de la communauté du pays d’Aix, cette der- nière, vent debout contre ce futur terri- toire, n’a jamais caché son mécontente- ment, déplorant que le projet se soit fait, dit-elle, de manière imposée. Il y a aussi ces maires qui, pour certains, redoutent l’hégémonie marseillaise. Ah, l’Histoire ! Difficile d’aller contre les remparts qui se sont parfois dressés au fil du temps. Mais dans les faits, dans la réalité économique, tout ce territoire travaille déjà ensemble. C’est « le boulot » de l’agence de dévelop- pement économique, Provence Promotion, qui « vend » tout un territoire et pas Aix ou Marseille. Et puis ce sont surtout les chefs d’entreprise qui tous les jours, créent les liens. Ainsi, Aix-en-Provence est com- plémentaire de Marignane et, comme le dit Maryse Joissains, « nous n’avons pas attendu une loi scélérate imposant la Métropole pour vivre notre territoire au sens large. Le Pays d’Aix n’est pas une île et plusieurs de nos ini- tiatives ou de nos projets intègrent bien sûr cette réalité. » Il faut dire que la taille métropolitaine est celle qu’il faut pour rester compétitif, attractif, pour jouer un rôle, central et de premier plan sur l’échiquier euroméditer- ranéen. L’économiste Christian Saint- Étienne, sollicité par la Chambre de com- merce et d’industrie Marseille-Provence pour donner son avis sur la question, ne dit pas autre chose (lire l’entretien, page 17). L’idée est bien de rendre visibles tous les atouts que la métropole présente, notamment celui d’être une porte d’entrée sur l’Afrique et l’Asie, un territoire aux multiples filières entraînantes, de l’aéro- nautique à la microélectronique en passant par la santé, le numérique et les services. Et c’est sans doute celui-ci, le plus grand chantier que Marseille doit engager et réus- sir. Concrètement, actuellement, trois équipes pluridisciplinaires, retenues après consultation – composées d’architectes, d’urbanistes, d’économistes, de sociolo- gues, d’écologues, de philosophes, de spé- cialistes des transports – travaillent, pensent, réfléchissent sur ce que devrait être, idéalement, la future métropole. « NOUS SOMMES DANS LE FUTUR ENGAGÉ » Cette consultation urbaine et territoriale n’est pas sortie d’un chapeau, elle est le fruit d’un long travail mené depuis trois ans par la Mission interministérielle que pilote le préfet Laurent Théry, avec quelque 1 500 acteurs de la société civile. Christian Devillers, David Mangin et Finn Geipel, les mandataires des trois groupe- ments choisis par un jury de personnalités et parmi les neuf équipes candidates au printemps dernier, œuvrent ensemble pour « donner des visions, des méthodes, des process d’action et de projets opération- nels », dit Marie Baduel, directrice de la consultation urbaine et territoriale. « Ce sont des personnes qui ne sont pas dans l’uto- pie mais qui proposent des solutions accro- chées au territoire ». Car oui, tout ce petit monde travaille ensemble « échange, mutualise, tout simplement parce que les équipes ne sont pas en compétition », se déplace sur le territoire, empruntant pour cela uniquement les transports en com- mun, rencontre les érudits, les citoyens, les élus… « Ce n’est pas un acte isolé de l’État, souligne Marie Baduel. Nous sommes dans le futur engagé. » Cette Métropole est tout de même regar- dée avec les yeux de Chimène par les entrepreneurs. Marc Pietri, le PDG de Constructa estime qu’il « ne faut pas lais- ser s’échapper l’état d’esprit de Marseille Provence 2013 ». Parmi les plus fervents défenseurs, Alain Lacroix, président de la Caisse d’Épargne Provence-Alpes-Corse mais aussi et surtout du club Top 20, qui rassemble les 40 entreprises les plus emblématiques du territoire, considère que « ceux qui refusent la Métropole sont les mêmes qui refusaient le passage du train lors de sa création, au motif que cela faisait de la fumée. La Métropole est une évidence, il faut dépasser les querelles. Il faut avoir le sens de l’Histoire. Lorsque l’on parle d’économie, on parle de taille. Et la taille, c’est la puissance, la visibilité, l’attractivité. La taille, c’est important pour une visibilité dans un monde qui ne s’arrête pas aux frontières du pays. C’est à nous qui avons la chance d’exercer des responsabilités de regarder plus loin que la pointe de nos clochers. » ■ Les Terrasses du Port, vues du pont du transbordeur Danielle Casanova de la SNCM. Ouvert en mai 2014, ce méga-centre commercial rencontre un succès supérieur aux prévisions de ses promoteurs. © AFP PHOTO / PASCAL POCHARD-CASABIANCA L’Ombrière de l’architecte Norman Foster sur le Vieux-Port. Depuis quelques années, la cité phocéenne connaît un formidable renouveau urbain. Et ce n’est pas fini ! Car la rentrée voit se bousculer, dans les agendas, l’inauguration de deux autres projets majeurs : les Voûtes de la Major et les Docks. © COLIN MATTHIEU / HEMIS. FR LA MÉTROPOLE AIX-MARSEILLE EN CHIFFRES Superficie : 3 173 km2 soit deux fois la superficie du Grand Londres 92 communes 180 km de façade maritime (hors étang de Berre) 400 km de voies ferrées 1 aéroport qui affiche un trafic de 8,2 millions de passagers en 2014 1,83 million d’habitants et 2 millions attendus à l’horizon 2038, selon le modèle de projection de l’Insee 1er port de France 2e port de Méditerranée 3e port mondial pour les hydrocarbures 5e port d’Europe 202 390établissements actifs, dont 73 % n’ont pas de salariés, tandis que 92 établissements ont plus de 500 salariés Répartition de l’emploi par secteurs d’activité : commerces, transports et services : 48 % ; administration publique, enseignement, santé, action sociale : 34 % ; industrie : 10 % ; construction : 6 % ; agriculture : 1 % Pôles de compétitivité : 6 - pôle Solutions communicantes sécurisées, siège au Rousset - pôle Optitec, siège à Marseille - pôle Pégase, siège à Aix-en-Provence - pôle Capérnergies, siège à Saint-Paul-lez-Durance - pôle Risques, siège à Aix-en-Provence - pôle Eurobiomed, siège à Marseille ■ L. B.
  6. 6. I 1110 I LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FRLA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR L’ÉVÉNEMENT L e destin de Jean-Claude Gaudin se confond avec celui de Marseille, ville où il a commencé sa vie politique en 1965 sous Gaston Deferre, et dont il est devenu le maire en 1995. Élu pour la quatrième fois consécutive en 2014, le sénateur des Bouches-du-Rhône a su mobiliser les énergies dans une ville réputée com- pliquée, voire difficile, pour embellir et rendre plus attractive la grande capitale méditerranéenne. Après vingt ans de chantiers, Jean-Claude Gaudin livre ici, à l’occasion du Forum Smart City Marseille organisé par la Ville avec La Tribune, sa vision de l’avenir de Marseille et de la métropole qui va naître le 1er  janvier 2016. Une chose est sûre, comp- tez sur lui pour être candidat à la présidence de la future première métropole de France… LA TRIBUNE – Comment se porte Marseille aujourd’hui ? JEAN-CLAUDE GAUDIN – Forte de ses deux mille six cents ans d’histoire, Marseille est une ville en pleine croissance, dont cha- cun reconnaît, en France comme à l’étran- ger, qu’elle s’est profondément transformée en vingt ans et qui bénéficie d’une forte attractivité, gage de nouveaux développe- ments dans les vingt ans à venir. Marseille est la locomotive économique d’un vaste territoire qui va encore grandir avec l’arrivée de la métropole, le 1er  janvier. Depuis le début des années 1990, mon équipe muni- cipale n’a pas ménagé ses efforts pour moderniser la ville et améliorer la vie de ses habitants. Nous avons un plan « Marseille attractive 2012-2020 » pour relever, avec les acteurs publics et privés, trois défis majeurs : faire de Marseille la première métropole « centre d’affaires et plateforme d’échanges du Sud européen » ; promouvoir une ville de la connaissance et de la créativité ; et faire de Marseille une destination touristique incon- tournable. Force est de constater que les résultats sont au rendez-vous. Malgré la crise, les chan- tiers se multiplient et l’activité se porte bien. Alors que mal- heureusement le chômage dans notre pays a progressé, Marseille a fait mieux que résister et enregistre même une progression constante dans la création d’emplois. Quand je suis arrivé, le taux de chômage sur Marseille Aubagne était de 23,3 % en moyenne sur la période 1995-1999 ; il est retombé à 12,4 % en 2014. C’est ce combat pour l’emploi dont je suis le plus fier, avec mon équipe. Nous n’avons pas cessé de faire reculer le chômage et nous avons bien l’in- tention de continuer cette bataille. Quels sont les atouts de Marseille dans cette bataille pour l’attractivité ? Merci de me donner l’occasion de les citer, car ils sont si nombreux… Marseille a bien sûr encore une activité industrielle liée à son port, mais ce qui caractérise le mieux la transformation de la ville est l’innovation. Marseille a su innover et j’en veux pour preuve le fait qu’avec la fusion des trois uni- versités d’Aix-Marseille, notre territoire est désormais le deuxième pôle de recherche publique en France. C’est un levier considé- rable pour nous développer dans les filières d’avenir. La filière maritime qui emploie 43 000 personnes sur le département, dont 13 000 sur Marseille, en fait évidemment partie. De nombreux projets sont en cours dont la charte Ville-Port pour définir ensemble l’avenir économique prometteur de ce secteur, avec l’extension des capacités du nouveau canal de Suez. Nous voulons développer les infrastructures portuaires, relancer la réparation navale industrielle et surtout nous appuyer sur l’extension de la ville vers le nord du littoral dans le J1, le nouveau quartier de la Joliette, incarné par le Mucem et le nouvel écoquartier Euromé- diterranée, qui sera achevé dans deux ans. Marseille a reçu le label French tech. Quelles sont vos ambitions dans la filière numérique ? Nous ne sommes pas en train de découvrir ce secteur dans lequel nous avons avec Gemalto une position de leader depuis long- temps. Mais aujourd’hui, c’est vrai, ce sec- teur est en plein boum et passionne la jeu- nesse. Le numérique, ce sont 40 000 emplois répartis sur la métropole, entre Aix et Marseille, plus de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 7 000 entreprises, soit une force écono- mique égale à celle du tourisme ou du secteur logistique. Nous allons conti- nuer à aider finan- cièrement ce sec- teur et à la création de startups, car c’est là aussi que se situe l’avenir de notre ter- ritoire. Il y a neuf projets d’accéléra- teurs autour de trois sites principaux : le pôle média sur l’an- cienne caserne de la Belle de Mai, pour lequel nous travaillons déjà à une future extension destinée aux entreprises du numérique ; le technopôle de Château-Gom- bert à Marseille et celui de l’Arbois à Aix-en- Provence. C’est là que sera construit le projet the- camp. C’est un projet d’envergure interna- tionale. Imaginez un campus consacré à l’innovation numérique et à la ville de demain, pensé comme un véritable labora- toire de recherche et qui accueillera des experts du monde entier au sein du Tech- nopôle de l’Arbois ! Un centre qui sera tou- jours à l’avant-garde des avancées techno- logiques. thecamp est un projet unique en Europe. C’est pourquoi Marseille est aux côtés de ses initiateurs pour construire la métropole de demain. Avec thecamp, nous entendons contribuer au développement du territoire tout entier. Un territoire connecté, intelligent et attractif. Car ce nouvel écosys- tème devrait générer 2 500 emplois en cinq ans. De fait, il renforcera encore notre dyna- misme économique. Mutation urbaine et révolution numérique sont-elles des enjeux prioritaires pour la ville ? Tout à fait. La ville du futur doit se penser dès aujourd’hui. À l’heure de l’hyper-techno- logie, nous nous devons d’être tournés vers l’avenir. Mutation urbaine et révolution numérique constitueront des priorités qui nécessitent une excellence et une exigence sans cesse renouvelées. Face aux enjeux considérables dont elles sont porteuses, il est indispensable de conjuguer nos efforts et de fédérer toutes les énergies. Sur ce point, thecamp a su réunir acteurs publics et acteurs privés. Cette synergie est embléma- tique du projet lui-même, dont la vocation futuriste et humaniste impose de relever les défis de l’urbanisation croissante. La ville « intelligente », ou smart city, c’est une priorité pour Marseille ? Oui, dans le sens où les nouvelles technolo- gies, les télécommunications, les données sont devenues une ressource indispensable pour améliorer l’efficacité d’un territoire. Mais je souhaite que toute cette modernité soit mise au service de la population et conserve une forte dimension humaine. Quels sont les enjeux de la naissance de la métropole, au 1er  janvier 2016 ? Dès le début du projet gouvernemental, j’ai indiqué au gouvernement qu’il allait trop vite, car il englobait dans la métropole Aix- Marseille-Provence un trop grand nombre de communes : 92 sur un total de 116. La loi Mapam fut votée en janvier 2014. Cependant, devant l’hostilité des maires, le gouverne- ment a accepté plusieurs amendements que j’ai défendu au Sénat dans le cadre de la loi NOTRe. Ainsi, les communes conserveront leur autorité sur les documents d’urbanisme et celles qui ont un casino, comme Aix, La Ciotat, Carry-le-Rouet et Cassis, gardent les avantages fiscaux qui y sont associés. Maintenant que la loi NOTRe est votée et promulguée, elle va s’appliquer en donnant naissance au 1er  janvier à la plus grande métropole de France, Aix-Marseille-Pro- vence. C’est une chance, car ce vaste terri- toire, regroupant 92 communes, 1,83 million d’habitants sur un espace multipolaire de 3 173 km2 va permettre d’attirer des entre- prises et des emplois. Au 1er  janvier, la métro- pole remplacera les six EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) existants : San Ouest Provence, Pays de Mar- tigues, Pays d’Aubagne et de l’Étoile, Agglo- pole de Salon, Pays d’Aix-en-Provence et Marseille-Provence Métropole. Quelles sont les conditions pour réussir la mise en place de la métropole ? Ne mettons pas la charrue avant les bœufs ! Dans un premier temps, la métropole doit sécuriser et conforter un tissu local particu- lièrement éprouvé par une politique gouver- nementale qui nous met à rude épreuve. Assurons d’abord la continuité du service public en sécurisant le règlement des entre- prises prestataires des collectivités. Épar- gnons les contribuables déjà pressurés en lissant la fiscalité de façon très progressive sur douze ans. Confortons les communes du territoire en leur donnant les moyens de faire face à leurs charges en pérennisant les méca- nismes de compensation des charges trans- férées et en les aidant à boucler leur budget. Ainsi sécurisés, les acteurs du territoire pour- ront alors s’engager dans des projets d’avenir à plus long terme, notamment le volet trans- ports qui reste la principale difficulté pour donner plus de fluidité à ce territoire. Les enjeux sont considérables. L’Europe se construit autour de grands pôles écono- miques et Marseille doit pouvoir y tenir sa place, se donner une visibilité internationale et promouvoir ses atouts et ses nombreux talents. Notre avenir passe par la construc- tion d’un territoire solidaire qui puisse résoudre les défis quotidiens que sont les transports, le logement, le développement économique durable, l’enseignement supé- rieur. Ce développement bien sûr ne peut ni ne doit se faire au détriment de nos identités. Ce sont elles qui ont façonné un cadre de vie que le monde entier nous envie et qu’il nous faut préserver… Comment assurer l’unité de cet ensemble face aux divisions, fortement exprimées par la maire d’Aix-en-Provence ? En 2016, ce seront les élus du conseil de la métropole qui décideront des grandes orien- tations stratégiques. Ils doivent être désignés par chaque conseil municipal parmi les conseillers communautaires actuels, selon les règles prévues pour les fusions d’inter- communalités. Le conseil de la métropole comportera 240 élus, déterminés sur la base des populations municipales de 2015, soit près de la moitié des 427 élus des six inter- communalités actuelles. Dès que le conseil de la métropole sera au complet, le président de l’un des EPCI pourra convoquer une réu- nion afin de procéder à l’élection du pré- sident, ce qui peut se faire avant le 1er  janvier 2016. Si l’on surmonte les blocages auxquels vous faites allusion… Serez-vous candidat, dès lors que vous venez de renoncer à siéger au Conseil constitutionnel ? Il est clair qu’aujourd’hui c’est Marseille, ville la plus peuplée, qui assume l’essentiel des charges de centralité de la métropole. Les habitants des communes voisines viennent travailler à Marseille, se faire soigner à Mar- seille et profitent de son offre de loisirs et culturelle. Chaque semaine, nos 50 théâtres et le nouveau stade Vélodrome accueillent des habitants de la future métropole. Il fau- dra donc en tenir compte pour compenser en partie ces engagements financiers au ser- vice de la collectivité. Pour autant, la ville de Marseille n’a pas vocation à être hégémo- nique ni à s’emparer du pouvoir dans les communes composant la métropole. La métropole doit profiter aux parties autant qu’au centre. Il y faudra, c’est certain, du tact et de l’expérience… Le premier président de la métropole pourrait donc être le maire de Marseille ? Je suis maire de Marseille depuis vingt ans. Chacun sait que lorsque j’ai créé Marseille- Provence Métropole, en 2000, toutes mes décisions ont été prises en commun avec les maires de chacune des 18 communes. L’exer- cice sera plus difficile à 92, mais je pense avoir prouvé que j’ai les qualités pour tenir compte des équilibres locaux. À l’heure où nous parlons, le processus de désignation du conseil de la métropole est encore en cours. Ce n’est qu’à l’issue de cette procédure que je pourrais déclarer ma candidature. Il semble qu’un consensus se forme en ma faveur. Je ne me déroberai pas devant cette responsabilité. Quoi qu’il en soit, les com- munes resteront le fondement de l’architec- ture politique et institutionnelle de la métro- pole. J’y ai veillé au Sénat lors du vote de la loi NOTRe. La conférence métropolitaine des maires restera donc une instance de concertation particulièrement importante et j’y veillerai, quelle que soit ma place. Jusqu’au 1er  janvier 2018, les compétences qui n’avaient pas été transférées par les com- munes à leur intercommunalité de rattache- ment continueront d’être exercées dans les mêmes conditions. Marseille va-t-elle continuer à grandir dans les vingt prochaines années ? Si on est objectif, on doit reconnaître que Marseille a connu une importante transfor- mation ces vingt dernières années. Et que ces changements ont été positifs pour la ville. Attirés par une ville dynamique et attractive, de nombreux investisseurs d’en- vergure internationale veulent s’implanter à Marseille. Marseille est une source d’inspi- ration pour les grands noms de l’architec- ture : Rudy Ricciotti (Mucem), Stefano Boeri, Kengo Kuma… La ville est en pleine mutation et se tourne vers l’avenir. Suite aux grandes rénovations urbaines engagées depuis 2012, la cité phocéenne a été récompensée notam- ment d’un « Urbanism award ». Marseille a su rester une ville dynamique en matière de développement urbain, avec une production annuelle d’environ 4 000 à JEAN-CLAUDE GAUDIN, maire de Marseille et vice-président du Sénat « Marseille est en perpétuel mouvement » ENTRETIEN « Ce qui caractérise le mieux la transformation de la ville est l’innovation » « Notre avenir passe par la construction d’un territoire solidaire » 5 000 logements et de 20 000 à 25 000 m2 de bureaux par an. Cette dynamique se poursuit en favorisant une mixité urbaine entre bureaux, commerces et logements. Grâce à cette dynamique, Marseille est en perpétuel mouvement. Au centre-ville, le Vieux-Port est rendu aux piétons grâce au projet de semi-piétonisation de Norman Foster et de Michel Desvignes. Au nord, Euroméditerra- née, dont l’établissement public fête ses 20 ans, transforme le front de mer : c’est la plus grande opération de rénovation urbaine du sud de l’Europe. Ce secteur est très prisé par les investisseurs privés du monde entier, comme on a pu le voir avec les Terrasses du port qui ont généré 2 000 emplois. Ces quar- tiers respectueux de l’environnement, dont certains ont été labellisés « éco-cités », sont le fer de lance du nouveau Marseille qui s’étend aussi au sud du côté du nouveau stade Vélodrome. Grâce au projet Euromé- diterranée 2 qui sera livré dans deux ans, la dynamique se poursuit : l’extension permet- tra d’utiliser les friches industrielles dans le nord de la ville et de combler les écarts de développement entre les différents secteurs de la ville. Si le port autonome, qui est sous la responsabilité de l’État, cédait à la ville une portion de son territoire, nous pourrions développer le port Est, où nous avons un projet de casino. Mais pour l’instant, les dis- cussions sont bloquées. Marseille affiche une forte dynamique sur les industries créatives. C’est le futur Hollywood du sud de la France ? En nombre de tournages, Marseille est déjà la deuxième ville de France. En 2014, nous avons accueilli 362 tournages représentant mille trois cents jours d’activité, soit près de quatre tournages par jour dont 15 longs- métrages (cinq étrangers), 19 séries (deux étrangères) et 42 films publicitaires. Cela a représenté 30 millions d’euros de retombées économiques locales, dont 30 % vouées à l’emploi. Cette filière audiovisuelle est une véritable opportunité de développement, tout autant qu’un support national et inter- national pour le rayonnement de la ville. Je me félicite que nous ayons été choisis par Netflix pour le tournage de la série Marseille. Le pôle média de la Belle de Mai, propriété de la ville de Marseille, est un bon exemple de réussite dans le secteur de l’audiovisuel et du numérique. Une cinquantaine de sociétés sont implantées dans ce vaisseau amiral de la filière, avec déjà 1 000 emplois créés. Il propose sur 23 000 m2 des bureaux et des équipements haut de gamme pour doter Marseille d’un avantage compétitif dans ces industries. La sécurité demeure un des points noirs qui nuisent à l’image de la ville. Comment changer cette perception ? J’ai dénoncé voici deux ans un « Marseille bashing » totalement inacceptable. Un énorme effort a été fait par les gouverne- ments successifs pour doter Marseille d’un nombre suffisant de policiers. La ville aussi a fait des investissements, recrutant 407 policiers municipaux, soit six fois plus que quand je suis devenu maire. J’ai long- temps été opposé à ce que nos policiers municipaux soient armés, sauf avec des armes non létales. Mais face à des criminels qui le sont de plus en plus, nous avons décidé d’armer ceux qui travaillent la nuit, en leur apportant la formation nécessaire, car ce sont souvent ceux qui portent un uni- forme qui servent de cible principale et il est normal qu’ils puissent se défendre. Dans quelques semaines, les élections régionales précéderont la naissance de la métropole. La région Paca risque-t-elle de basculer vers le Front national, comme le laissent penser les sondages ? Attention aux emballements médiatiques. Il y a quelques mois, le Front national devait s’emparer du Vaucluse, du Var, et progresser à Marseille. Comme vous le savez, il n’en a rien été. On nous ressert le même plat pour les élections régionales dans un contexte national où la crise des migrants soulève des inquiétudes. Certes, en Paca, le Front natio- nal a toujours réalisé des scores importants, mais il ne parvient pas à atteindre les exécu- tifs, sauf dans quelques villes. Si Christian Estrosi gagne la région, faut-il s’attendre à plus de compétition entre Nice et Marseille ? Pour les élections régionales de 2015, je sou- haite la victoire de Christian Estrosi et je compte sur lui pour appliquer la même poli- tique que celle que j’avais mise en œuvre lorsque je présidais la Région : toujours don- ner une dotation supplémentaire aux Alpes- Maritimes par rapport aux Bouches-du- Rhône. Je suis sûr qu’il saura s’en souvenir et appliquera le principe de réciprocité… ■ France 24 partenaire du Forum Smart City Marseille Méditerranée MARJORIE PAILLON SAMEDI À 16H15 Vos commentaires et réactions sur : PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE MABILLE @phmabille ©DRLATRIBUNE
  7. 7. I 13 LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR www.L2-marseille.com Demain, grâce à la L2, 10 minutes suffiront pour relier le Nord et l’Est de Marseille. La Société de la Rocade L2 a signé avec l’État, le 7 octobre 2013, un contrat de Partenariat Public-Privé d’une durée de 30 ans pour financer, concevoir, construire et maintenir la Rocade L2, liaison de 10 km destinée à contourner le centre-ville de Marseille. La L2 Est, vue du ciel Créditphoto:Wearecontent(s) P ar sa population, Mar- seille constitue la deu- xième commune de France et la troisième agglomération. Ville métropolitaine, ville portuaire, ville chargée d’histoire, Marseille est traversée, en ce début du xxie  siècle, par de nombreuses problématiques que nous retrouvons dans nombre d’espaces urbains à travers le monde, et qui rendent nécessaire une réflexion globale et transversale sur son devenir. Cest l’objet du Forum Smart City Marseille Méditerranée qui se tient dans la cité phocéenne, ce 25 septembre. Métropole portuaire, Marseille partage avec toutes les villes-ports du monde une iden- tité puissante et particulière. Les ports sont en effet des espaces-mondes, à la fois pou- mons de la vie économique d'un pays et centres névralgiques de ses relations avec le monde. Bien souvent porteurs d'une vie trépidante, ils incarnent une importante diversité, carrefours cosmopolites d'écono- mies multiples et de mélanges en tous genres. Mais bien souvent, on observe dans ces espaces urbains une forte dichotomie entre, d'un côté la ville, et de l'autre, le port. Cette spécialisation donne lieu à une sépa- ration qui se traduit par de claires ruptures et discontinuités, à la fois dans l'espace et dans les pratiques. D’où la nécessité, pour la métropole, de développer des innovations pour renforcer les interactions entre la ville et l’espace portuaire. Comme toutes les villes-ports, Marseille est en outre directement exposée aux consé- quences du réchauffement climatique, notamment la montée du niveau des mers. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du cli- mat (Giec) a une fois de plus sonné l'alarme sur cette menace qui pèse sur la planète et, à l’approche de la COP21 à Paris, appa- raît plus que jamais la nécessité de se mobi- liser radicalement pour pouvoir inverser la tendance. De par sa très forte densité urbaine, Marseille est d’autant plus exposée à ce risque. De façon plus générale, le déve- loppement futur de Marseille doit s’accom- pagner d’une réflexion sur la façon dont celui-ci peut s’inscrire dans un environne- ment naturel et marin à la fois exceptionnel et fragile. La question qui se pose est celle d’une articulation optimale entre déploie- ment des équipements urbains, expansion commerciale et qualité de vie propre aux espaces côtiers. PRENDRE EN CONSIDÉRATION L’HISTOIRE ET LA DIVERSITÉ L'attractivité économique de la ville, et notamment de l'axe Aix-Marseille, consti- tue également une problématique cruciale pour ses acteurs. Le recours aux nouvelles technologies et le développement de l'éco- système numérique local (avec, par exemple, le remarquable projet du plus haut niveau international, avec la ville et le futur campus numérique The Camp) sont autant de leviers du dynamisme écono- mique de la région, qui dépasse Marseille relève les défis de la ville-port-monde du xxie siècle FORUM SMART CITY MARSEILLE-MÉDITERRANÉE POURQUOI UN FORUM SMART CITY MARSEILLE-MÉDITERRANÉE ? PAR MAX ARMANET, DIRECTEUR ÉDITORIAL LIVE MÉDIA DE LA TRIBUNE P remier port français, deuxième port méditerranéen, troisième métropole de France, 40 000 emplois numériques, Marseille est une charnière capitale des villes-monde. En inaugurant le Forum Smart City Marseille-Méditerranée, elle confirme son rôle de rendez-vous international du digital ouvert au grand large. Une métropole majeure et le premier réseau social de l’innovation et des entrepreneurs ; une légitimité territoriale et internationale croisée ; ce partenariat entre un port et un média dessine un axe global de communication. Il exprime cette mutation des espaces urbains où la circulation des datas devient un enjeu clé du vivre ensemble. Où la responsabilité citoyenne ne peut se déployer qu’accompagnée d’une information mobile et authentifiée. Le premier Forum Smart City Marseille-Méditerranée conçu par La Tribune en partenariat avec Live in a Living City, dessine l’aventure à venir des métropoles, car c’est maintenant que nous construisons demain. Marseille est un port qui ne peut se développer sans l’intégration la plus poussée du concept de ville intelligente. Densité, diversité, l’intelligence augmentée permettra- t-elle de résoudre durablement ces défis ? Comme toutes les métropoles emblématiques, Marseille a vocation à s’affirmer comme une vitrine mondiale de l’innovation. Décrypter les transformations en cours, lancer une réflexion éditoriale autour de la mutation des métropoles et de leurs habitants. La conception de Smart City Marseille repose sur le réseau territorial des rédactions d’un média, il s’inscrit dans le temps d’un quotidien numérique alimenté par une équipe éditoriale à même de décrypter jour après jour les tendances les plus révélatrices de ces univers connectés. Cette mobilisation journalistique est un atout qui fonde la différence. À l’image de cette filière qui, pour gagner, a pour obligation de fédérer les meilleurs, ce sont donc les meilleurs qui interviendront. Le succès de cet événement repose sur l’exigence intellectuelle et prospective des débats et sur la qualité des intervenants quant à leur capacité à évoquer les métropoles, leurs entreprises, leurs projets et leurs conséquences. La ville intelligente est celle de l’intelligence collective. En 2015, ce sujet très technique réservé à une sphère d’initiés devient un sujet essentiel du dynamisme urbain et du bien-être des citoyens. 2015 est le point de départ d’un cycle où l‘univers connecté s’impose comme l’un des éléments dominants de l’histoire à venir, comme un vecteur stratégique incontournable. C’est aussi le point de départ d’une réalité qui impose de nouvelles relations citoyennes avec l’avènement de la Métropole comme fait majeur. S’inscrivant dans cette dynamique, Smart City Marseille- Méditerranée permet à chacun de s’approprier ce paramètre qui change nos vies en inventant demain. ■ -50 %de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), c’est l’un des objectifs écologiques de Marseille. PAR CARLOS MORENO Professeur, entrepreneur, conseiller scientifique expert de la ville intelligente @CarlosMorenoFr ©DR À l’entrée du Vieux-Port, jouxtant le Fort Saint-Jean, une vue nocturne du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem). Avec la Villa Méditerranée toute proche, ce bâtiment, œuvre des architectes Rudy Ricciotti et Roland Carta, est l’une des nouvelles signatures architecturales de la cité phocéenne. © COLIN MATTHIEU / HEMIS.FR
  8. 8. 14 I LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR L’ÉVÉNEMENT 95 % DES ENTREPRISES ADHÉRENTES SONT PRÊTES À NOUS RECOMMANDER. Nos conseillers Harmonie Mutuelle vous accompagnent jour après jour dans le suivi et le pilotage de votre contrat, quelle que soit la taille de votre entreprise. Ils vous font bénéficier de toute leur expertise en protection sociale et vous aident également à répondre aux obligations conventionnelles, à optimiser vos dispositifs fiscaux, juridiques et sociaux. Contact: 04 94 89 98 57 SANTÉ PRÉVOYANCE ÉPARGNE - RETRAITE 1re mutuelle santé de France au service des entreprises. Découvrez nos solutions sur pme.harmonie-mutuelle.fr Mutuellesoumiseauxdispositionsdulivre IIduCodedelamutualité,n°Siren538518473.KG - 07/15 La santé, c’est trop important pour être compliqué. 256x363_Entreprise_La Tribune_SmartCityMarseille.indd 1 16/07/2015 16:17 En partenariat avec Inscriptions et renseignements : matinalestravauxpublics@latribune.fr AlAin Minc En présence de notre invité Sur le thème Jeudi 8 octobre 2015 de 8h30 à 10h Accueil café à partir de 8h Maison des Travaux Publics 3, rue de Berri - Paris 8e « PAr ici lA sorTie de crise ? » aujourd’hui amplement son espace urbanisé. L’intégration dans un même espace métropolitain de la ville d’Aix et de son arrière-pays soulève par ailleurs aujourd’hui de nouvelles interrogations sur sa gouvernance. Quelle sera la capacité de ces diverses structures, qui restent malgré tout complexes, à converger entre elles ? Plus ancienne cité de France, fondée sous le nom de Massalia vers - 600 ans avant J.-C., Marseille est aussi une ville à la culture plusieurs fois millénaire, porteuse d'une histoire et d'un patrimoine excep- tionnellement riches et divers. À ce titre, elle doit faire l'objet d'une attention toute particulière. Elle ne peut être transfor- mée en une simple smart city technolo- gique dénuée d'âme et de passé ! Marseille subit par ailleurs, comme toutes les villes d'Europe occidentale, un vieillissement de sa population – phénomène qui voit son intensité redoublée par sa situation sur la côte méditerranéenne, très prisée par les retraités. La ville attire donc des populations vieillissantes auxquelles elle devra, dans les décennies à venir, appor- ter des solutions adaptées en termes de bien-être et de santé. Enfin, il ne faut pas négliger la composante socioculturelle de la ville méditerranéenne. Terre d'immigration, Marseille est une ville qui se distingue par la diversité des cultures qu'elle réunit. Un brassage qui, comme on le voit de plus en plus de par le monde, peut être source de tensions, d'inégalités, voire de fractures sociales. C'est sans doute le point sur lequel il faudra faire porter le plus d'efforts dans les années à venir. Consciente de tous ces enjeux, Marseille a déjà mis en œuvre de nombreuses actions visant à remodeler son visage et pérenniser son développement urbain. Afin de désen- claver le site portuaire et de créer un lien entre la ville et le port, le Grand port mari- time de Marseille et Euroméditerranée ont opéré, ces dix dernières années, une pro- fonde transformation de la façade maritime de la ville. La démolition d'une passerelle autoroutière qui séparait les immeubles, notamment ceux des Docks de la Joliette, de leur façade maritime et la construction d'un tunnel ont permis la création d'un boulevard urbain paysager de 2,5 km entre le Fort Saint-Jean et la tour CMA-CGM sur la nouvelle interface ville/port : le « Boule- vard du littoral », inauguré en mai 2013. Il a été désigné lauréat du Mipim Awards 2 015 en tant que « Best urban regeneration project ». Ce nouvel axe de 45 m de large où pié- tons et cyclistes trouvent toute leur place, dessert notamment les grands équipements implantés sur ce périmètre de l'opération Euroméditerranée : le Mucem, la Villa Méditerranée, le Musée de la fondation Regards de Provence, les Terrasses du port et les quais d'Arenc. Afin d'optimiser l'espace disponible, la Ville a par ailleurs opté pour des solutions privi- légiant la mixité des usages, avec le projet des Terrasses du port par exemple, qui a vu le jour fin mai 2014. Bel exemple de mixité verticale, le complexe combine accueil et embarquement des passagers, stockage des véhicules, centre commercial et vue sur le port – lequel assure ainsi sa fonction d'amé- nageur de ses espaces en s'ouvrant à la ville et à certaines activités urbaines, sans obérer ses capacités d'activités au sol. UNE CENTRALE D’EAU GLACÉE DANS LE BASSIN EST Côté politique énergétique, la Ville a par ail- leurs choisi d'utiliser le potentiel que repré- sente l'eau des bassins portuaires pour réali- ser des économies d'énergie à grande échelle. Une centrale d'eau glacée va prochainement être installée dans les bassins est. Elle servira notamment à la climatisation de différents bâtiments (logements, hôtel, bureaux) du projet Euromed Center situés derrière le silo d'Arenc. Les objectifs : réduire la consomma- tion énergétique d’Euromed Center de 40 %, sa consommation d'eau de 65 % et ses émis- sions de gaz à effet de serre (GES) de 50 %. Le chantier a été lancé le 30 septembre 2014 et devrait s'achever en 2016. Enfin, un vaste projet expérimental est actuellement déployé dans le port de Mar- seille pour travailler à préserver et restaurer la biodiversité marine en milieu portuaire. Chiffré à 4,5 millions d'euros HT, le pro- gramme « Gestion des infrastructures pour la réhabilitation écologique du littoral » s'étend sur cinq ans (2011-2015) et réunit des organismes de recherche (Cefrem/uni- versité de Perpignan, Ifremer, Ecomers/ université de Nice) et des partenaires indus- triels (Suez Environnement, EGIS Eau, Safege). La première phase porte sur l'im- plantation d'algues collées à l'aide de résine sur les digues, l'introduction de larves sau- vages, l'immersion de récifs artificiels et la création de microcavités servant de protec- tion aux poissons dans certains des ouvrages portuaires existants sur 7 km de côte artificielle du port. Elle sera suivie d'une phase de suivi sur deux ans pour éva- luer l'impact de ces expérimentations. L’ENJEU DU VIVRE ENSEMBLE ET DE LA CULTURE CITOYENNE Rappelons enfin que la question du bien vivre ensemble et de la culture citoyenne est aujourd’hui centrale et que la lutte contre la vulnérabilité sociale et territoriale au cœur des espaces urbains est devenue un impératif majeur – j’ai de nouveau pu le vérifier amplement il y a dix jours à l’occa- sion de la conférence Cities for Life qui s’est tenue à Medellin, en Colombie. Il me semble qu’à Marseille, trop de temps s’est écoulé sans prendre ce type de pro- blèmes à bras-le-corps, laissant s’installer des tensions pérennes dans les quartiers nord, notamment. Marseille peut affronter cette réalité, tout comme l’a fait Medellin. Toutes deux ont souffert de ces fractures, de cette vulnérabilité avec, en toile de fond, la diversité des villes dans la ville, qui s’ignorent. Ce qu’Italo Calvino nomme les « villes invisibles », avec dans ces temps modernes des situations de crise mais aussi de misère, d’exclusion, de discriminations. Medellin a ouvert la voie et montré que c’était possible : citoyens, acteurs industriels et institutions peuvent bâtir ensemble un nouveau modèle urbain autour de l’innova- tion urbaine, sociale et technologique, en conjuguant leurs efforts par-delà la durée d’une mandature politique. C’est également le sens du forum Smart City Marseille-Méditerranée : réunir tous les acteurs et décideurs de la gouvernance et de l’écosystème régional pour, au-delà des intérêts partisans, échanger, discuter et construire ensemble l’avenir de Marseille. ■ Une vue nocturne et panoramique du Vieux-Port, depuis le quartier du Pharo. À gauche, près du fort Saint-Jean classé monument historique, le « cube bleu » du Mucem. © MOIRENC CAMILLE / HEMIS.FR
  9. 9. I 17 LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR L’ÉVÉNEMENT « L a métropole Aix-Marseille- Provence peut devenir un hub phénomé- nal en vingt ans si l’on s’en d o n n e l e s moyens. » Christian Saint-Étienne, qui croit à l’avènement d’une troisième révo- lution industrielle « i-conomique », gui- dée par l’innovation et Internet, en est persuadé. L’économiste vient d’ailleurs de rendre un rapport dans ce sens à la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence. « Il n’est absolument pas ridicule d’imaginer que cette métropole devienne le hub de la Méditerranée et la tête stratégique de l’Europe sur la Méditerranée. Cette vision est vitale. Si les Provençaux n’ont pas cette ambition, ils ne feront jamais les investissements structurants nécessaires. Les collectivités, à la suite de l’État depuis trente ans, ne privilégient plus les investissements structurants. Les investissements structu- rants, c’est à peine 30 % des investissements publics aujourd’hui, alors qu’ils devraient être à 50 %. Vu les opportunités en Méditer- ranée, nos concurrents feront ces investisse- ments et nous passeront devant. » LA CROISSANCE BÉNÉFICIE DE LA MÉTROPOLISATION Le potentiel de la métropole ? Le mari- time, transport et logistique, avec ses 54 000 emplois directs, mais aussi l’aéro- nautique, le numérique, la santé, le tou- risme. Le contexte ? Il joue en faveur d’Aix Marseille. « Les flux logistiques mondiaux sont en train de se réorganiser, le canal de Suez vient de doubler, et l’Afrique a un taux de croissance trois fois plus élevé que celui de l’Europe. Au croisement, il y a Marseille. La métropole doit savoir gérer cette nouvelle donne, explique Christian Saint-Étienne. L’effet « métropolisation » existe. Toutes les données statistiques le montrent, la métropo- lisation a un effet bénéfique sur la croissance. Mais cet effet peut être totalement anéanti par une mauvaise gouvernance, une gouver- nance faible ou sans vision. C’est le choix qu’Aix Marseille Provence va devoir faire dans les prochaines semaines. Si les élus choi- sissent une métropole réduite aux acquêts uniquement préoccupée de redistribuer les finances aux communes, cela ne servira à rien, c’est perdu d’avance. S’ils comprennent l’enjeu économique et son rôle moteur dans les investissements structurants et envisagent de se doter d’une capacité de financement très supérieure à ce que la loi prévoit pour l’ins- tant, 150 millions d’euros seulement, elle sera moteur de ce “hub” et va entraîner les autres. » Christian Saint-Étienne propose de porter à 1,4 milliard par an, de 2020 à 2030, la capacité de financement de la métropole. Mais même avec 14 milliards en dix ans, elle ne pourra rien seule : « Le port de Mar- seille est le meilleur exemple. Il est le premier atout de la métropole et il n’a pas besoin de gros investissements. En revanche, la priorité est la création des liaisons routière et ferro- viaire entre Fos-sur-Mer et Salon-de-Pro- vence. Il faut pouvoir transporter les conte- neurs du port aux axes routiers et fluviaux, au Rhône, à la vallée du Rhône. Rotterdam, Anvers et Hambourg approchent de la satu- ration et tout le monde cherche une alterna- tive en Méditerranée, avec un axe Bruxelles- Lyon. Il est possible de tripler le trafic de conteneurs de Marseille si cette liaison est faite. Ce ne sont pas les communes qui vont la réaliser ; ce n’est pas même la métropole seule. En revanche, dès qu’il est élu, le pré- sident d’Aix Marseille doit aller voir son homologue lyonnais. Gérard Collomb va bénéficier tout autant que Jean-Claude Gau- din de cette nouvelle liaison. Les deux métro- poles ensemble, c’est une force de frappe pour convaincre l’État de rentrer dans un inves- tissement structurant de cette ampleur. » LA GARE D’AIX, AU CENTRE DU « RER DU SUD-EST » Christian Saint-Étienne pousse son idée « d’une agence nationale de ces investisse- ments structurants regroupant l’État, les régions et les métropoles. Le sujet, c’est de mettre tout le monde autour de la table et de retrouver une vision. L’idée d’une grande voie de fret Le Havre-Paris-Lyon-Marseille ne peut se faire qu’à ce niveau-là, aucune des métropoles ne peut la mettre en place seule. Je pense qu’avec un accord stratégique entre Lyon et Marseille, on pourrait arriver à bou- ger l’État. » D’autres investissements tout aussi importants et structurants pour- raient également se faire, mais avec la seule métropole. L’exemple, c’est la gare TGV d’Aix. Elle est aux Milles, sur le pla- teau de l’Arbois, pile au centre de la métropole Aix-Marseille, pile au centre de ce que Christian Saint-Étienne appelle le « RER du Sud-Est », c’est-à-dire la ligne TGV Lyon-Aix-Marseille-Toulon-Nice : « C’est là qu’il faut implanter les startups, qu’il faut lancer un programme d’un million de mètres carrés de tertiaire, qu’il faut mettre 1 des 14 milliards d’investissements de la période 2020-2030. Cette gare TGV doit être le nœud central du Grand Sud-Est. » Le principal investissement pour lui reste quand même celui à faire sur les mobi- lités. Plus de 6 milliards d’euros. « La métropole souffre de l’absence d’une autorité régulatrice des transports et 96 % des dépla- cements entre les bassins d’activité et d’habi- tation se font en voiture. Marseille-Aubagne, Marseille-Étang de Berre et Marseille-Aix, tout cela est congestionné, saturé et bloque le développement économique. En plus, la métropole s’urbanise à la vitesse de l’Île-de- France et les transports ne bougent toujours pas. Les investissements sont insuffisants, il est impossible de se garer à la gare TGV des Milles, celle de Marseille-Saint-Charles est trop dure à gérer, et l’aéroport de Marignane est à peine accessible en transports en com- mun. » Et pour compliquer le tout, il y a actuellement huit autorités organisatrices de transport sur le territoire et qui ont des moyens totalement insuf- f i s a n t s. D ’ o ù la nécessité de mettre sur pied un projet stratégique sur la mobilité : là où le Grand Lyon dépense 680 euros par habitant pour les transports, le Grand Marseille, toutes autori- tés confondues, atteint seulement 380 euros ! « Je ne sais pas si Jean-Claude Gaudin aura la présidence de cette métro- pole, continue Christian Saint-Étienne, mais je sais qu’il va falloir une vraie vision de long terme et une volonté réformatrice. À côté de l’exécutif de cette métropole, il serait bien de mettre en place un conseil stratégique d’une quinzaine de membres avec l’État, les grands acteurs de l’équipement, le port, etc., pour mettre en place ce plan stratégique, et qu’ils impriment cette vision. » Le dia- gnostic est sur la table et, pour Christian Saint-Étienne, il faut désormais produire un « schéma directeur d’investissements structurants à réaliser en dix ans ». Et il ajoute : « Entre la mise en place de la métro- pole et le résultat des élections régionales, on va être fixé dans les six mois sur l’avenir d’Aix-Marseille. » ■ JEAN-PIERRE GONGUET CHRISTIAN SAINT-ÉTIENNE, économiste, auteur du rapport « Aix-Marseille-Provence 2030 » « Aix-Marseille peut devenir un hub phénoménal en vingt ans ! » RENCONTRE  Selon Christian Saint-Étienne, il faut mettre en place une grande « agence nationale [des] investissements structurants regroupant l’État, les régions et les métropoles. » Ci-dessus, au cœur de la métropole, la gare TGV d’Aix-en-Provence. © HEMIS - AFP Selon l’économiste, la métropole a besoin de 14 milliards d’investissements structurants, pour la mobilité des personnes jusqu’au transport de conteneurs, pour devenir la tête de pont de l’Europe pour les flux d’Afrique et d’Asie.
  10. 10. 18 I ENTREPRISES LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR I maginez un territoire aussi étendu que Paris, mais posé au bord de la Grande Bleue : c’est le port de Marseille-Fos. Deux bassins, un est, côté marseillais sur 400 hec- tares ; un ouest, sis à Fos à quelque 70 km de là. Voilà le terrain de jeu sur lequel une grande partie de l’économie locale se développe. Le port, c’est toute l’histoire de Marseille. Au « ferry-boâte » légendaire de Pagnol s’opposent aujourd’hui des acteurs majeurs et internationaux tels CMA CGM, Costa Crociere et MSC Crociere… sans oublier les compagnies maritimes telles la Méridionale ou la SNCM, même si cette dernière, en dépôt de bilan, guette avec impa- tience un projet capable de la faire voguer sereinement sur une mer moins agitée. Finalement, ils avaient déjà tout compris, les marins grecs qui débarquèrent sur les côtes provençales en 600 av. J.-C. Au fil du temps, Massalia allait devenir un port de commerce incontournable, s’arrogeant le titre de premier port français. Une première place qu’elle occupe toujours, mais le chemin, depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, n’a pas été un long fleuve tranquille. La décolonisation, la désin- dustrialisation, et, il faut le dire, la mauvaise image liée à des affaires de grand banditisme, vont plonger Marseille dans les profondeurs des difficultés économiques. Le port n’est plus ce qu’il était… Mais ça ne va pas durer. Car, comme c’est souvent le cas dans les jolies his- toires, c’est la certitude de quelques vision- naires qui va permettre à la ville de renouer avec son port. Parmi ces hommes qui ont du flair, figure Marc Pietri. Il le dit aujourd’hui sans rengorgement inutile mais avec la franchise qui le caractérise : il savait que Marseille retrouverait ses lettres de noblesse grâce au port. À la question : « Est-il évident de parier sur ce renouveau ? », le PDG de Constructa répond sans ambages par l’af- firmative : « Oui, et je vais vous dire pourquoi. Les ports ont toujours été des endroits magiques. Ils ont parfois été abandonnés et sont devenus des lieux de non droit. Puis on les a redécouverts. Et toutes les grandes villes ont redémarré grâce à leurs ports. Lorsque j’ai décidé de réinvestir en France [après une parenthèse américaine, ndlr), je me suis dit qu’il fallait que je retrouve des ports. J’ai visité le port de Marseille. Il est telle- ment bien placé ! J’ai investi alors que personne n’en voulait. Cet espace est magique ». « LE PORT EST EN FACE D’UN CONTINENT QUI SE RÉVEILLE » Ilfautpours’enconvaincreégrainerlesprojets qui redessinent la façade maritime. Tout aussi visionnaire est Jacques Saadé. L’armateur franco-libanais s’installe à Marseille à la fin des années 1970. La CMA CGM, qu’il préside, est aujourd’hui le n° 3 mondial et le n° 1 fran- çais. Et l’entreprise (CA 2014 : 16,7 milliards de dollars) est l’une des locomotives qui tractent l’économie. La visite en juin dernier du Premier ministre chinois, Li Keqiang, venu exprès pour la signature de deux accords éco- nomiques majeurs, le tout sous l’œil satisfait du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, a sonné comme un signal fort, tout autant pour le groupe français que pour l’in- frastructure portuaire. C’est que, dans un contexte de montée en puissance de l’Afrique, avec l’élargissement du Canal du Suez, Marseille s’inscrit pleinement dans cette ouverture offerte au monde. D’au- tant qu’elle offre une solution face à la satura- tion des ports du Nord que sont Rotterdam, Anvers et Hambourg. Comme le souligne Jean-Luc Chauvin, le président de l’Union pour l’entreprise 13, « l’Afrique est en train de se structurer. Tout est à faire. Le port est un élément géostratégique essentiel, situé en face d’un conti- nent qui est en train de se réveiller et qui va tirer l’économie mondiale ». Alors, pour bien faire, il faut se structurer. Être innovant. Offrir des services à la pointe. Et le numérique est l’un des moyens de dorer un peu plus le blason. Le « smart port » n’est pas un vœu pieux mais une réalité : celle, par exemple, de la connexion électrique à quai des ferries. Un service innovant assuré par Schneider Electric, lauréat depuis le printemps, de deux appels d’offres lancés d’une part par le Grand Port Maritime de Marseille et d’autre part par la Méridionale. Concrètement, la solution – baptisée Shore Connection – permet de rac- corder les bateaux au réseau électrique ter- restre lorsque ceux-ci sont à quai. L’avantage : moins de nuisances environnementales et sonores, de vibrations dans le port et une visi- bilité « verte » non négligeable. C’est aussi la philosophie du projet PIICTO. Davantage anglée économie circulaire, cette plateforme industrielle et d’innovation Caban Tonkin (d’où l’acronyme) basée du côté de Fos, réunit neuf industriels – Lyondell, Kem One, Asco Industries, Solamat Merex, Air Liquide, Everré, Elengy, Engie, Bayer – et le Grand port maritime de Marseille, avec l’idée de faire venir à eux les investisseurs, et parier pour cela sur une optimisation des ressources. C’est qu’après tout, avec ces 600 hectares encore disponibles, la zone est intéressante d’autant qu’elle dispose de toutes les connexions logistiques indispensables tels que le fer, le fleuve et la route… Et que, fin du fin, un projet d’incubateur de démonstrateurs préindustriels surfant sur la transition éner- gétique appelé Innovex, est prévu. Mais il n’y a pas que les industriels pour faire bouger le port de Marseille. Il y a aussi les croi- sières. Un axe de développement que beau- coup ont accueilli avec le sourire – parfois narquois  – ne considérant pas Marseille comme un port suffisamment attractif pour cela. Sauf qu’en la matière, une stratégie fine a été nouée, notamment par le Club de la Croi- sière Marseille Provence. Porté sur les fonts baptismaux par la CCI Marseille-Provence, par le Grand port maritime de Marseille et par la Ville, sont but était de présenter une démarche active et une synergie sans faille. Près de vingt ans plus tard, le pari est rem- porté, Marseille ayant intégré depuis le prin- temps le Top 5 des ports méditerranéens. Cette année, 1,5 million de croisiéristes s’y sont pressés. Pour en arriver là, il a fallu adap- ter le port, mettre en place un terminal spécial luxe pour les navires de moins de 200 mètres, un terminal B pour offrir l’accueil à sept bateaux en simultané – opéré par Marseille Provence Cruise Terminal – sans omettre l’élargissement de la Passe Nord (accès pour les grands paquebots de plus de 300 mètres) totalement finalisé en 2016 et dont l’investis- sement total s’élève à 32 M€, ni la rénovation de la forme 10 (pour 28 M€), destinée à la réparation des grands navires dont elle per- mettra des arrêts techniques moins longs. Pour que ne vogue pas la galère… n L. B C’est ici que tout a commencé. Et c’est avec lui que tout recommence. Le Port de Marseille-Fos, porte ouverte sur la Méditerranée et bien au-delà, est sans nul doute l’atout n° 1 de la cité phocéenne. Extrêmement prometteur. Quand Marseille prend la mer… LA MAGIE DU PORT ENTRETIEN CHRISTINE CABAU-WOEHREL, PRÉSIDENTE DU DIRECTOIRE DU GRAND PORT MARITIME DE MARSEILLE (GPMM) « L’ATTRACTIVITÉ DE MARSEILLE AIDE LE PORT, ET VICE-VERSA » LA TRIBUNE – Comment le GPMM appréhende-t-il la notion de « smart city » ? Notre projet stratégique 2014-2018 s’intéresse aux conteneurs et leur desserte, à la croisière et à la réparation navale, mais il intègre aussi bien sûr les notions de transition énergétique. Tous nos axes de développement sont en cohérence avec le concept de smart city. La transition énergétique est structurante pour le port. La connexion électrique à quai entre dans cette thématique ? Grâce à cette connexion, ce sont des réductions de la pollution et une amélioration de la qualité de l’air qui sont permises. Nos sommes là dans un projet intelligent car il permet à l’armateur de limiter ses coûts de fonctionnement. La connexion prend quelques minutes, elle est sécurisée. C’est une démarche absolument pionnière. D’autres projets du même ordre sont-ils prévus ? Il y a ce projet de thalassothermie ou boucle à eau de mer chaude qui va notamment alimenter l’îlot Allar et à laquelle le port participe. Et puis il y a le projet PIICTO, porté par des industriels en collaboration avec le port, projet implanté sur 1 200 hectares et qui va s’organiser autour d’une plateforme d’économie circulaire. Nous avons tout intérêt à ce que des industriels déclenchent des schémas où ils mutualisent des fonctions. Nous sommes sur un territoire qui s’organise. Comment s’envisage le développement du port ? Nous sommes dans une démarche de diversification. Il existe des filières qui sont des relais de croissance. Comme les croisières. La croissance du port est également portée par le trafic marchandises qui affiche à fin juin 40,5 millions de tonnes, soit une progression de 6 points par rapport au premier semestre 2014. Que promet l’élargissement du canal du Suez ? Il va avoir un impact sur la fluidité. C’est une route qui va permettre un temps de transit plus efficace. Dans quelle dimension le GPPM contribue-t-il et peut-il peut-être encore davantage contribuer à l’attractivité de la métropole ? Le but est de rendre Marseille encore plus visible à l’échelle internationale, plus visible depuis l’Asie. L’attractivité de Marseille aide le port et vice-versa. Plus nous travaillons dans cette démarche, plus nous sommes efficaces. ■ L. B Le trafic marchandises du port affiche à fin juin 40,5 millions de tonnes, soit une progression de 6 points par rapport au premier semestre 2014. © HEMIS ©DR # E G P r o v e n c e ÉTATS GÉNÉRAUX DE PROVENCE SUR www.etatsgenerauxdeprovence.fr Martine VASSAL Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône Participez, portez haut et fort votre parole ”Ensemble, construisons la Provence qui gagne !” Crédits photos : goodluz-Fotolia.com / R. Cintas-Flores / F. FERREIRA / Blend Images - Fotolia.com / J. Manchion / © Christian Schwier - Fotolia .com / G. Lougassi / Gerhard Seybert - Fotolia.com
  11. 11. I 21 ENTREPRISE LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR JEAN-PIERRE BORIS ©GÉDÉON/PHOTOGRAPHIE:PIERRERENE-WORMS ÉCO D’ICI, ÉCO D’AILLEURS SAMEDI 12H10 RFI partenaire du Forum Smart City Marseille Méditerranée Vos commentaires et réactions sur : @jpboris
  12. 12. I 23 LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR ENTREPRISE L e numérique, c’est fan- tastique : sur le sujet, pas de distinguo, pas de frontières entre Mar- seille et Aix, la label- lisation French Tech ayant obligé à penser collectif et à prendre de la hauteur, ensemble. Nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à rappeler que c’est ici, en Provence, qu’est née la carte à puce. Ici, le numérique est un secteur « naturel ». Certes, mais cette paternité rappelée ne fait pas tout, même si en matière d’innovation numérique, le péri- mètre marseillo-aixois fait plutôt preuve de dynamisme. Entre la technopole de Château-Gom- bert, le pôle média Belle-de-mai… et les neuf projets d’accélérateurs – certains comme P.Factory sont déjà actifs –, il y a de quoi soutenir et accompagner les star- tups du numérique. Côté financement, les structures existent aussi mais reste toujours l’inévitable manque sur l’amor- çage. « Le numérique représente 40 % de nos investissements. Quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux se font en co-inves- tissement avec Paca Investissement [fonds créé par la Région Paca avec le soutien financier du Feder, ndlr], avec certaines banques ou avec d’autres business angels. Nous avons de forts échanges avec les incu- bateurs, les pépinières et les accélérateurs. Nous échangeons les dossiers mais aussi sur les entreprises » explique Jacques Meler, président de Provence Business Angels (850 000 euros investis au cours du pre- mier semestre 2015) et vice-président de France Angels, qui se réjouit : « L’écosys- tème fonctionne bien, les mailles du filet sont suffisamment serrées. Un projet qui ne trouve pas de financement est un projet qui n’est pas suffisamment mûr. » SOUTENIR L’AMORÇAGE Business angel depuis une dizaine d’an- nées, Patrick Siri a, lui aussi, son point de vue sur la question : « Sur dix investis- sements réalisés, on trouvait généralement une pépite, cinq entreprises qui échouent et quatre qui vivotent. Il fallait arriver à retourner le marché et faire en sorte que les ratios des investissements passent de 1/5/4 à 3/4/4. L’idée était de soutenir l’amorçage. » C’est comme cela qu’il a donné vie à P.Factory, lancé en juin 2014, qui consti- tue l’un des neuf accélérateurs promis par la labellisation avec ceux de Voyage Privé (centré sur le e-tourisme), Gemalto (ser- vices mobiles sans contact), TelFrance (transmédia), Stardust (tests de pro- duits numériques sur terminaux réels), Netangels (financement), Kedge (incu- bateur d’innovation ouverte), thecamp (smart cities). Fondateur de Jaguar Network, opérateur et hébergeur de centres de données, Kevin Polizzi travaille, lui, à l’élaboration d’un accélérateur spécialisé dans le traite- ment des mégadonnées. Et pour ce jeune entrepreneur, il y a du boulot ! « Le taux de mortalité des startups sur le territoire est encore trop élevé car beaucoup de projets se créent sans que les porteurs aient une vision du marché. Soit la startup fait de la RD et elle se valorise avec des brevets, soit elle a la bonne idée au bon moment et embrasse un marché qui lui permet de faire de la crois- sance », analyse celui qui a déjà investi dans des jeunes pousses qu’il accompagne « pour les aider à créer de la valeur ». L’innovation, c’est bien mais à condi- tion de passer à l’usage. Voilà l’esprit qui anime Medinsoft, l’association qui ras- semble quelque 150 acteurs du numérique implantés sur le territoire Aix-Marseille et qui assure la coordination opération- nelle du projet French Tech. C’est ce qu’explique Olivier Cazzulo, président de la commission Smart City au sein de l’association, et qui voit dans la démarche French Tech l’occasion en or d’enclen- cher la vitesse supérieure, c’est-à-dire de passer de l’innovation à l’utilisation pratique. « Ce que veut le citoyen, c’est une ville proposant une information pertinente, plus sûre et où l’on circule mieux. L’accès à l’emploi est aussi une préoccupation, alors que tout ce qui relève de l’économie verte intervient dans un second temps. » Évidem- ment, il s’agit de s’inspirer des bonnes pratiques. « Nous regardons beaucoup ce que font des villes très en avance comme Barcelone ou Nice. La smart city est un sujet qui embrasse les urbanistes, les promo- teurs, les opérateurs de transport, les opé- rateurs électriques… » Pour être efficace, « il faut identifier les expérimentations à mener et éviter les doublons » ajoute-t-il. C’est-à-dire qu’il faut que tout ce petit monde se parle. C’est ce qui a été mis en place mi-septembre avec une réunion au sommet de tous les acteurs dispersés dans différents groupes de travail. « Nous avons identifié des projets à Aix et Vitrolles. Martigues, Istres et Fos sont intéressées aussi. Nous voulons nous montrer perti- nents, montrer une région dynamique qui se modernise, avec des acteurs de talent. » Un casting idéal. n L. B. Il y a évidemment ce que l’on appelle un écosystème favorable : des grands acteurs et des jeunes pousses, des initiatives et des envies… Si la labellisation a placé le territoire d’Aix-Marseille en orbite, reste que l’essai doit être transformé. P.Factory, lancé en juin 2014 par le business angel Patrick Siri, constitue l’un des neuf accélérateurs promis par la labellisation French Tech. © D.R. French Tech Marseille, l’indispensable « touch » numérique INNOVATION BELLE DE MAI, LA FIBRE DIGITALE « L a fibre numérique, ici, on l’a depuis quinze ans », souligne malicieusement Céline Souliers, qui dirige l’incubateur Belle de Mai, spécialisé dans les métiers de l’image et du son. Ce n’est donc pas une thématique de circonstance, mais bien au contraire une orientation choisie en 2000, d’abord, il est vrai, plus attachée aux projets multimédias culturel et éducatif avant de véritablement privilégier le numérique. Le succès est réel, comme le montre le bilan : 156 projets ont été accompagnés en quinze ans et 117 entreprises créées pour 420 emplois générés. « Soixante-quinze pour cent des entreprises sont toujours en activité, quinze ans après les débuts de l’incubateur », souligne sa directrice, plutôt fière d’afficher un taux de pérennité satisfaisant et qui ne cache pas l’exigence de la sélection. « Nous accompagnons des projets innovants qui incluent de vrais programmes de RD et qui aboutissent sur des usages innovants. Nous ne nous intéressons pas uniquement à l’innovation technologique mais aussi à l’innovation sociale, liée aux sciences humaines… » le tout pour des applicatifs en agroalimentaire, en culture, en tourisme, en santé, en transport et logistique... Belle de Mai est à ce jour le seul incubateur français labellisé par le ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie. L’École des Mines de Gardanne officialisera son rapprochement avec Belle de Mai en 2016 par le biais de la signature d’une convention, le but étant de valoriser la recherche, ce qui, insiste Céline Souliers, « démontre bien le travail mené avec les laboratoires et les universités ». L’écosystème est donc fourni et il fonctionne. Pour preuve, le rapprochement initié avec les deux Centres européens d’entreprises et d’innovation (CEEI), celui de Provence et celui de Nice-Côte d’Azur, PFActory, le fonds d’amorçage niçois BA06, l’incubateur Paca-Est, basé à Sophia-Antipolis : tous les six forment une nouvelle équipe décidée à accompagner les entreprises à fort potentiel de croissance — une vingtaine par an — avec un programme court de six à neuf mois. L’objectif est de « faire avancer les jeunes pousses sur leur chiffre d’affaires, les conseiller pour les levées de fonds, les aider à trouver des marchés à l’international, bref réussir à leur faire prendre de la hauteur ». ■ L. B.
  13. 13. I 25 LA TRIBUNE - VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2015 - NO  143 - WWW.LATRIBUNE.FR ENTREPRISE Quatre startups de la tech marseillaise INNOVATION Pour les personnes handicapées, se déplacer dans la ville peut vite devenir un parcours d’obstacles. Grâce à EO Guidage, société de Champagne-au-mont-d’Or (Rhône) près de Lyon, les 1,7 millions de personnes déficientes visuelles (aveugles et mal voyants) savent si elles peuvent traverser au feu grâce à une balise sonore. « Nous existons depuis 1993 et nous avons inventé les feux piétons sonores radiocommandés » explique Sylvain Denoncin, président du groupe Okeenea (EO Guidage, Univacess et Access for all) qui emploie 45 personnes pour un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros. Dans la plupart des pays, les systèmes sont permanents. La France a fait le choix d’une technologie moins polluante : des télécommandes qui se déclenchent lorsqu’on s’approche du feu tricolore. Plus de 150 000 (sur un total de 400 000) sont équipés de ces cartes électroniques avec haut-parleurs. À charge pour les municipalités de fournir les télécommandes à leurs administrés handicapés. EO Guidage développe d’autres innovations pour rendre la ville plus accessible, comme une balise audio placée au-dessus des entrées de magasins ou des bâtiments publics qui s’active via une appli sur le smartphone et fournit des informations d’orientation aux personnes déficientes visuelles. Un marché en pleine expansion, puisque la loi du 11 février 2005 oblige tous les gestionnaires de bâtiments à les rendre accessibles. Autre produit innovant : une boucle magnétique pour améliorer la communication et l’information des personnes malentendantes, soit 10 millions de personnes, dont la moitié rencontre des difficultés dans leur vie quotidienne. Bpifrance soutient EO Guidage via un prêt à taux zéro de 150 000 euros, une aide à l’export de 50 000 euros et des formations dédiées aux membres du Réseau Excellence, dont fait partie la société lyonnaise. « Ces aides vont nous permettre de développer les solutions de demain pour améliorer encore les déplacements urbains des personnes handicapées » se félicite Sylvain Denoncin. EOGUIDAGERENDLAVILLEACCESSIBLEAUXHANDICAPÉS AVEC Et Entrepreneurs, Bpifrance vous soutient en prêt et capital, contactez Bpifrance de votre région :bpifrance.fr innovonsEnsEmblE Sylvain Denoncin, président d’EO Guidage ©EOGuidage GÉOLOCALISATION Mapping Control La voiture intelligemment connectée Historiquement positionnée sur la géolocalisation de véhicules, la startup aixoise Mapping Control, pilotée par Daniel Vassallucci, a su prendre rapidement le virage de l’aide à la maîtrise des coûts de conduite. « Les boîtiers devenaient plus intelligents, le coût des cartes SIM chutait, les entreprises s’intéressaient davantage aux GPS ou au TomTom. Nous nous sommes alors posé la question de savoir comment utiliser les données de géolocalisation à d’autres fins. » Une adaptation aux usages qui permet à la petite entreprise de s’installer sur des marchés tels que l’écoconduite ou l’écoprévention. La startup vient de boucler une levée de fonds de 2 M€. Un carburant financier qui lui permet de s’engager sur la route de l’international, notamment avec l’ouverture de deux filiales, l’une au Maroc et l’autre en Suisse. « Notre objectif est double : acquérir des parcs, notamment chez les acteurs de la géolocalisation, et avoir des approches davantage verticalisées sur les besoins et les attentes des acteurs de la gestion de parcs de véhicules non connectés, comme dans le secteur du dépannage par exemple. Il peut être intelligent de créer des synergies », estime Daniel Vassallucci dont les concurrents sont les acteurs internationaux de plus grande taille. D’où une discrétion quasi maladive sur le chiffre d’affaires réalisé – plus de 10 M€. Mapping Control emploie 45 salariés et devrait recruter avant la fin de l’année. SOLUTIONS INFORMATIQUES CloudUnit Elle réinvente le nuage C’est une ESN ou entreprise de services numériques, comme on les nomme désormais. Son dada, c’est le développement de solutions informatiques autour du langage Java et de l’informatique en nuage. Le nuage informatique, sujet à la mode s’il en est. Mais, au sein de la startup créée en 2011 par Arnaud Lambert et Fabien Amico, on le pense de manière différente. C’est comme cela qu’est né le nouveau bébé du duo, baptisé CloudUnit. Son principe ? Permettre aux développeurs de déployer des applications dans le nuage, sans pour cela s’inquiéter de leur compatibilité. Un produit qui a nécessité pas moins de deux années de recherche et développement et une levée de fonds de 2,60 M€ envisagée au premier trimestre 2016, destinée à accompagner et renforcer la commercialisation du produit. « Cette innovation rompt avec les modèles traditionnels organisés autour de systèmes cloisonnés et incompatibles les uns avec les autres », explique Arnaud Lambert. Le marché visé est celui du « petit et moyen business, sur lesquels Oracle et IBM ne pourront aller », estime Arnaud Lambert qui envisage un portefeuille de 500 clients en 2017. Il emploie 17 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 550 000 euros. HABILLEMENT Mytailorisfree Juste taille Imaginez pouvoir choisir votre costume depuis votre bureau ou votre canapé ? Magique ? Non, juste une bonne idée développée par Guillaume Vandevoorde qui entend séduire ce qu’il appelle « les cravatés ». Comprendre les hommes d’affaires dont le costume est l’uniforme obligatoire. C’est grâce à une cabine équipée de 200 points de mensurations – une technologie achetée – que Mytailorisfree, créée en avril 2014, taille un costume aux businessmen du coin depuis avril 2015. « Nous sommes en train de développer un logiciel dont le brevet sera bientôt déposé et qui permet de créer son avatar et de l’habiller ensuite en fonction des vêtements souhaités. Ce qui permet au client de se connecter à distance sur le site d’e-commerce que nous lancerons dans la foulée, probablement en décembre prochain, et de choisir les vêtements. » Prochainement, c’est une ligne femme qui devrait voir le jour, Guillaume Vandervoorde ne s’interdisant rien, sauf « les robes de mariées », dit-il malicieusement. Mais, pour développer la notoriété du concept, rien ne vaut les boutiques. Après Aix-en-Provence, c’est à Marseille, dans le quartier de la Joliette, que ce tailleur 3.0 s’est installé en septembre. Entouré de six collaborateurs, Mytailorisfree a déjà engrangé un chiffre d’affaires de 150 000 euros et séduit 300 clients. HÔTELLERIE Autrement Parce que ce n’est pas pareil Certains ont de la suite dans les idées et c’est le cas de Michel Athénour. Cofondateur de Cityvox, le moteur de recommandation né à Marseille en 1999, le revoici du côté de l’hôtellerie avec un concept différenciant : apporter « une valeur éditoriale forte » là où les autres sites du même genre, tels Trivago ou Kayak, ne se positionnent pas. Après hotelhotel. com lancé en 2010, c’est le rachat de hotelapris.com, l’un des leaders de l’hôtellerie dans la capitale en 2013. En 2014, c’est romroom.com, un site dédié à la revente à un tiers de chambres d’hôtel réservées à un tarif non annulable et non remboursable. « Il n’existe aucun interdit au sens juridique ou légal, contrairement à la vente de billets d’avion », précise Michel Athénour. Une inscription sur le site puis la transmission du mail de confirma- tion de la réservation à la plateforme permettent d’enclencher la procédure. « Roomroom.com construit une offre, conseille un prix qui prend en compte le délai entre la mise en vente et la date du voyage, l’intérêt de l’hôtel, le niveau de disponibilité auprès des principaux distributeurs… » Reste à évangéliser le marché et à rassurer les hôteliers. Autrement a réalisé en 2014 un volume d’affaires équivalent à 8 M€ pour un chiffre d’affaires de 600 K€. APPRENTIS D’AUTEUIL LANCE LA PÉPINIÈRE « L’OUVRE-BOÎTE » L’association Apprentis d’Auteuil, qui s’occupe d’insertion des jeunes en difficulté, vient d’inaugurer en région Paca sa pépinière d’entreprises « L’Ouvre-Boîte » à l’occasion de l’ouverture de sa première boutique éphémère, marseillaise. « L’Ouvre-Boîte » est le premier dispositif d’accompagnement post-création d’entreprise à destination des jeunes à faible niveau de qualification. Après douze semaines de formation, ce nouveau modèle de pépinière leur permet de tester à la vente leurs produits et services, au sein d’un réseau de boutiques éphémères. En dépit d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise conséquent (174 structures à Marseille), on observe que, parmi les 31 % des créateurs de moins de 30 ans, moins de 3,5 % d’entre eux ont bénéficié d’un accompagnement. ■ JCDecaux, N°1 mondial de la communication extérieure, est aujourd’hui prÀ

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