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Le chantier de l'Hermione à Rochefort

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Reportage sur le chantier de l'Hermione réalisé en 2010 pour Massif central Magazine. © Laurent Blanchon.

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Le chantier de l'Hermione à Rochefort

  1. 1. TEXTE : LAURENT BLANCHON / PHOTOS : ASSOCIATION HERMIONE - LA FAYETTE / D.R (SAUF MENTION). La Fayette attend son Hermione À Rochefort (Charente- Maritime), le chantier de reconstruction de L’Hermione, la frégate de la Liberté avec laquelle le marquis de La Fayette a rejoint en 1780 les insurgents d’Amérique, continue d’avan-cer en bravant les difficultés techniques et financières. Et invite à une plongée dans la fabuleuse histoire de la Marine française. Reportage. MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 33 32 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr
  2. 2. En 1779, sur l’arsenal de Rochefort, la construction de L’Hermione avait pris six mois. Sa réplique, gigantesque Lego de 400 000 pièces, débutée en 1997, devrait s’achever en 2011... 14 ans après ! Du fait de la longueur du chantier, et pour éviter que le chêne ne travaille, on a effectué le bordage de carène (peau extérieure de la coque) et le vaigrage (peau intérieure) à clairvoie (une planche sur deux). Ce n’est que dans un deuxième temps que les charpentiers ont dû insérer les planches intermédiaires, préalablement étuvées pour leur donner la juste courbure. Cette opération est effectuée à la masse (notre photo). Une frégate comme L’Hermione, longue comme deux terrains de tennis, est constituée de 1 200 mètres cubes de chêne... soit, avec le déchet, environ 2 000 arbres ! 34 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 35
  3. 3. Et s’il revenait, avec sa frêle redingote bleue bardée de galons, sa perruque de noble blanc et ses petits mocassins à boucles ? « Comment? questionnerait-il d’un ton fâcheux, ma frégate n’est point encore prête ? » En quittant sa Haute-Loire natale, Marie Joseph Gilbert Mortier, marquis de La Fayette, s’enquérait-il, en cette fin du XVIIIe siècle, du défi technologique que constituait la fabrication d’un navire de guerre ? Sans doute pas plus qu’on ne s’extasie, aujourd’hui, sur les secrets de fabrication d’une auto-mobile. Pour lui, L’Hermione n’était autre qu’un moyen de trans-port qui devait voguer, en trente-huit jours de traversée, jusqu’aux Amériques où, avec ors et trompettes, il devait annon-cer aux insurgents américains en lutte pour leur indépendance le soutien officiel du roi de France1. En 1779, la fabrication de L’Hermione, « courte » frégate de 45 mètres de long armée de 26 canons tirant des boulets de 12 li-vres, légère, maniable, rapide, appareillée pour l’étrange mission d’un jeune homme noble et millionnaire de 23 ans tout droit sorti de son Massif central, avait pris moins de sept mois. Dans l’arse-nal de Rochefort (Charente-Maritime), bâti un siècle plus tôt et non sans mal par Louis XIV sur les conseils éclairés de son in-tendant Jean-Baptiste Colbert, on lui consacra toute l’énergie de milliers d’ouvriers et celle, décuplée, de quelques centaines de pensionnaires du bagne. Mais la construction de sa réplique, elle, aura pris quatorze ans. Débuté en 1997, le chantier pharaonique de reconstruction à l’identique de celle que l’on surnomme « la frégate de la Liberté » devrait s’achever, aux dernières estima-tions, en 2011. « Pour les valeurs qu’elle porte » De son arsenal calé entre la Charente et un mur d’enceinte qui le sépare de la ville, Rochefort a su préserver et restaurer quelques bâtiments, dont l’emblématique Corderie royale (lire encadrés). Mais des 550 navires fabriqués et entretenus ici durant deux siè-cles et demi, la Marine nationale n’en a conservé aucun. D’où la folle idée qui émergea au début des années 1990 de tenter une re-construction dans cette ville de 27000 habitants frappée de dés-industrialisation et qui sombrait dans un marasme économique et social. Pourquoi avoir porté le choix sur L’Hermione, qui n’est ni le plus imposant 2 ni le plus documenté 3 de tousces navires ? « Pour les valeurs qu’elle porte », répond Maryse Vital, déléguée générale de l’association Hermione – La Fayette qui mène le pro-jet. « C’est aussi un bateau chargé d’histoire malgré une fin peu glorieuse4, et qui abrita un congrès américain. » Emmenés par l’écrivain et académicien Erik Orsenna, digne suc-cesseur du Rochefortais Pierre Loti, et par Benedict Donnelly, fils d’un citoyen américain qui a débarqué en Normandie, soute-nus par le maire d’alors, Jean-Louis Frot, qui, contre vents et ma-rées, avait porté le projet de restauration de la Corderie, une poi-gnée de passionnés issus du Centre international de la mer créent l’association Hermione – La Fayette en 1992. Cinq ans plus tard, le 4 juillet 1997 — tout un symbole —, on pose officiellement la quille de L’Hermione, acte de naissance de la nouvelle frégate. La mise à l’eau est alors programmée pour 2007. Pour l’étanchéité, le bateau (ci-dessus, les bordées ; ci-contre, le pont gaillard) est calfaté, comme à l’époque, à l’étoupe de chanvre, rebus de matière qui ne pouvait servir à la fabrication de cordage. Au-dessus, un panel d’outils. Fin 2009. Cachée sous un grand chapiteau blanc enserré dans une « forme de radoub5 », grande fosse construite en pierre jadis uti-lisée pour réparer et entretenir la coque des navire, L’Hermione prend forme. Le chantier, gouverné par un comité technique composé d’experts et d’ingénieurs de la marine6, affiche quatre ans de retard. Il avance, cahin-caha, à la faveur des levées de fonds, sans toutefois subir de temps morts. Destination MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 37 Le pont gaillard en 2007, à l’époque de son calfatage. Il est aujourd’hui terminé et n’attend plus que les mâts et le gréement. La pomme de touline est utilisée pour lester les cordages. Dans des formes plus ovales, elle est aussi là pour protéger la coque à quai. Elle était réalisée par les mateloteurs à la Corderie royale. 36 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr
  4. 4. Sur le pont gaillard, la partie supérieure de la frégate, on a installé les poulies qui maintiendront les cordages du gréement. Tous les éléments métalliques ont été réalisés dans l’atelier de ferronnerie. Le pont de batterie en 2008, vide de tout aménagement. C’est le deuxième niveau de la frégate. Depuis, on a installé ici les cabines (démontables en cas de branle-bas de combat) du marquis de La Fayette, de son adjoint, du commandant et de son adjoint ; le corps des quatre pompes chargées d’évacuer l’eau qui s’infiltre en cale. Quand aux 26 canons, ils devraient prochainement rejoindre leur sabord, ces petites fenêtres carrées découpées dans la coque. L’équipage vivait en dessous de ce niveau, sur le faux-pont, qui abritait les cabines des officiers et les hamacs des matelots. Les cales de l’Hermione. Outre les vivres, elles accueilleront tous les équipements modernes de la frégate, et notamment deux moteurs diesel. Une indispensable entorse à la réalité historique pour d’évidentes raisons de sécurité. Combien ça coûte ? 20MILLIONS D’EUROS. Tel est le montant de la facture totale de la reconstruction de L’Hermione. « Dix fois moins qu’un bateau de la Coupe de l’America, 50 fois moins qu’une de nos frégates modernes », relativise Jean-Marie Ballu dans son ouvrage L’Hermione, l’aventure de sa reconstruction (éd. du Gerfaut, juin 2007). Les 250000 visiteurs qui se pressent chaque année à l’entrée du chantier (le quatrième site le plus visité de la région Poitou-Charentes derrière le Futuroscope, l’aquarium de La Rochelle et le zoo de La Palmyre) financent, par leur billet, 40 % du chantier. Les 60 % restants sont apportés par les subventions (40 %) et les mécènes (20 %). Au mois d’octobre dernier, la société Moët- Hennessy (groupe LVMH), en organisant un dîner de solidarité à l’ambassade de France à Washington, a permis de récolter 100000 dollars. Une association des amis américains de L’Hermione, présidée par un ancien ambassadeur des États-Unis en France, prépare le financement du voyage inaugural. Enfin, l’association Hermione – La Fayette compte 5000 adhérents qui, par leur cotisation (25 euros), contribuent aussi au financement du projet. La reconstruction de L’Hermione a été placée, en fin d’année dernière, sous le haut patronage de la présidence de la République. « Une caution, commente Maryse Vital, qui nous permettra, sans Le mateloteur tresse les noeuds des affûts de canon. Une fois le canon fixé sur son socle, chaque pièce pèsera près de deux tonnes. Les noeuds permettront l’usage de poulies pour leur déplacement et sont indispensables à leur arrimage. Au temps de l’arsenal, le matelotage était une des compétences spécifiques de la Corderie royale. Un des etambrais de la frégate, ouverture ronde dans laquelle viendra s’emboîter, pour celle-ci, le mât de beaupré qui se situe à l’avant de la frégate. Le forgeron travaille le cerclage de la partie supérieure du grand cabestan, ce grand treuil installé au centre du bateau pour les travaux de force, comme le remontage de l’ancre, qui mobilise 80 personnes. 38 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 39
  5. 5. Destination Destination Jens Remmers, compagnon du Devoir allemand, a été retenu pour la sculpture du tableau arrière et du blason de la frégate. Les difficultés sont à la hauteur du défi, technologiques mais aussi financières. Le bordage de la coque se termine. À la masse, les ouvriers charpentiers insèrent une à une les dernières planches de chêne, préalablement chauffées à l’étuve afin de leur donner la juste courbure. Jadis, la construction d’un vaisseau nécessitait l’abattage de 3 000 ar-bres. Colbert n’avait-il pas ordonné la plantation de la forêt de Tronçais, en terre bourbonnaise, pour approvisionner la Marine nationale ? Non, L’Hermione, pour sa réplique, ne s’est pas fournie en bois dans l’Allier, mais essentiellement dans l’ouest de la France. Elle a récupéré, aussi, quelques arbres tombés dans les jardins de Versailles suite à la tem-pête de 1999 et a pisté, dans la France entière, les plus beaux spécimens d’arbres tors destinés aux courbes les plus pro-noncés de sa coque. Jens Remmers, gilet noir et chapeau de compagnon, affine la peinture du tableau arrière qu’il a sculpté dans la masse, avec son blason, ses trois fleurs de lis et sa couronne soutenue de part et d’autre par des feuilles d’acanthe. Perchée sur le pont de gaillard, Bénédicte Rous-selot, doreuse, appose sur le blason des feuilles d’or quasi pur (un peu plus de 23 carats, pour prévenir l’oxydation). Elle qui a glissé ses doigts de fée sur le dôme des Invalides, oeuvré à l’Élysée et à Matignon, « aurait ragé », dit-elle, de ne pas intervenir sur L’Hermione. L’objectif de reconstruction à l’identique d’une frégate du 18e siècle ne doit pas faire oublier qu’elle doit naviguer au 21e siècle ! L’Hermione sera équipée de deux moteurs... La Corderie royale. Rochefort, touristique malgré elle ! C’est le bâtiment emblématique CHEZ LES VOISINS ROCHELAIS ET ROYANNAIS de l’arsenal de ou dans les stations balnéaires de la côte, on a Rochefort, où l’on longtemps dédaigné celle qui, dans la seconde transformait le moitié du XXe siècle, occupa longtemps la seconde chanvre en marche du podium peu envié des villes de garnison ! cordage. Incendié Le chantier de L’Hermione, entamé en 1997, a par les Allemands réveillé le potentiel touristique endormi de cette ville peu avant leur de 27 000 habitants, sous-préfecture de Charente- départ, Maritime. Autour de ce projet fédérateur se cristallise à la fin de la Seconde Guerre un fabuleux patrimoine, celui de la Marine nationale. mondiale, De l’ancien arsenal qui longeait la Charente, et dont il a été sauvé in on aperçoit sans difficulté les contours, subsistent extremis par un quelques bâtiments. Bâtie entre 1666 et 1669, la ancien préfet corderie royale a été incendiée par les Allemands à maritime, classé la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sauvée in aux monuments extremis par l’amiral Dupont, préfet maritime dans historiques les années 1960 — on envisageait de la raser pour puis reconstruit laisser place à une déviation routière — et classée à l’identique monument historique en 1967, elle a été dans les années reconstruite à l’identique dans les années 1980, non 1980. Ses sans débats. Combien de Rochefortais ont raillé le dimensions projet en le surnommant « la connerie royale » ? sont singulières : Pourtant, ce bâtiment est exceptionnel. Il se 374 mètres de long singularise par ses dimensions : 374 mètres de sur 8 mètres de long, 8 mètres de large ; par la sobriété de la façade large ! côté ville et sa richesse côté fleuve, symbole de la propagande royale. La Corderie abrite désormais le Centre international de la mer (centre culturel dédié à la mer) et la bibliothèque médiathèque de la ville. Entre autres organismes se sont installés ici le siège national de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), le Conservatoire de l’espace littoral et des rivières lacustres et la chambre de commerce et d’industrie. Dans l’une des salles à vocation muséographique, on apprend toujours les techniques du matelotage, la science des noeuds. Le magasin aux colonies a été transformé en hôtel, et l’une des poudrières en salle de concerts. La salle des petits modèles, où se fabriquaient, en même temps que les grands, les maquettes des vaisseaux, abrite désormais le musée de la Marine. On y raconte, devant des modèles vieux pour certains de trois siècles, toute l’histoire de la Marine française et de l’arsenal rochefortais. Certains des entrepôts abritent Sogerma, une filiale d’EADS, qui emploie encore 800 salariés à la fabrication de pièces d’Airbus. Le magasin aux vivres, lui, attend sa reconversion. Quant au bagne, dont on a fermé les geôles en 1852, il n’en reste plus rien. © CIM / EPSILON 40 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 41
  6. 6. Destination 1. Lire aussi Massif central numéros 17 et 82. 2. La République française (devenu Le Majestueux en 1803), lancé en 1802, comptait 118 canons sur trois ponts de 60 mètres de long ; le gréement culmi-nait à plus de 60 mètres. L’Hermione est une frégate dotée de 26 canons ; son pont n’excède pas les 45 mètres. 3. Les plans de L’Hermione n’ont pas été retrouvés, mais la Marine nationale dispose de ceux de La Concorde, une de ses trois frégates soeurs, prise aux Anglais en 1783. C’est eux qui ont servi de base de départ. 4. Elle s’échoua le 20 septembre 1793 sur le banc du Four, au large du Croisic, à la suite d’une banale erreur de naviga-tion. Localisée en juillet 1984, on en remonta quelques canons, une ancre, des éléments de charpente… 5. « Radouber » signifie réparer. 6. Jean-Pierre Saunier, président du comité, est retraité des affaires maritimes, ingénieur en construction navale ; Philippe Clais est consultant expert maritime ; Marc Cornil est l’ancien commandant du Belem ; Jean-Pierre Joubert est charpentier de marine en retraite, etc. 42 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr Destination LE « T O M B E A U D E L A MARINE »… Ainsi désignait-on déjà, peu après sa création, l’arsenal de Rochefort, dont l’environnement marécageux était propagateur de toutes les fièvres de la création. Pour ne rien arranger, les virus ramenés des lointaines contrées par les grandes explorations se propageaient en épidémie, provoquant la mort de milliers de personnes. Tandis qu’on prend conscience de l’importance de la médecine embarquée, le médecin Jean Cochon-Dupuy décide de fonder à Rochefort, dès 1722, une école de chirurgie et d’anatomie pour la formation des personnels. Une première. Elle s’installera peu après dans un des bâtiments du tout premier hôpital pavillonnaire de France (construit en 1783, encore une innovation) et fonctionnera jusqu’en 1964. Conservée « dans son jus », restaurée, l’École de médecine expose aujourd’hui ses fabuleuses collections. Au premier étage, dans une somptueuse bibliothèque, sont conservés quelque 25 000 ouvrages. Derrière les boiseries de chêne, prennent place une pharmacopée éditée à Lyon en 1478, le Traité d’anatomie d’Ambroise Paré (1585), des ouvrages plus philosophiques comme cette édition des Méditations métaphysiques de Descartes (1647), 296 rapports de fin de campagne, tout un fonds sur la médecine tropicale… Au deuxième étage, sous vitrine, la démonstration de la pédagogie par l’objet : des centaines de spécimens, à 80 % humains, les bagnards de Rochefort approvisionnant régulièrement les cours d’anatomie et de dissection, et ce dans toutes les disciplines de la médecine. Mais aussi des collections ethnologiques, zoologiques, botaniques, toutes ramenées des grandes expéditions. Étonnant. La superbe bibliothèque de l’école de médecine de Rochefort. 30 mètres de long et, derrière les boiseries de chêne, 25 000 ouvrages en consultation libre (médecine, chirurgie mais aussi ornithologie, ethnologie) dont certains de plus de trois siècles ! L’entrée du Centre international de la mer, dans l’ancienne corderie royale qui abrite aussi, notamment, le siège national de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). © MUSÉE DE LA MARINE © CIM En cales, on a débuté le calfatage, réa-lisé au chanvre. En marge du chantier, dans les ateliers, les affûts de canons at-tendent l’achèvement du pont de batte-rie pour être acheminés vers les sabords, leurs fenêtres de tir (mille millions de mille sabords, s’écriait Haddock !). Et Katell Bernard termine la construction de la cabine du marquis, rectangle exigu de quatre mètres carrés en cloisons de chêne démontables pour laisser toute la place nécessaire aux artilleurs en cas de branle-bas de combat. « À chaque étape du chantier, le maître mot est “compro-mis”, décrypte Maryse Vital. L’objectif de reconstruction à l’identique d’une fré-gate du XVIIIe siècle ne doit pas faire ou-blier qu’elle doit naviguer au 21e siè-cle ! » Pour répondre à différents impéra-tifs, au premier rang desquels se situent ceux de la sécurité et de la durabilité, on a consenti, non sans discussions, à quelques anachronismes et entorses aux matériaux et techniques d’antan. L’Her-mione version 2011 sera équipée d’élec-tricité, d’alarmes incendie… et de deux moteurs Diesel qui faciliteront ses ma-noeuvres et le repêchage éventuel d’un homme à la mer. 4 juillet 2013 à Boston Les équipements modernes seront pro-chainement répartis en cales, en lieu et place des 2 040 boulets de canon et des 2,5 t de poudre embarqués à l’époque sur L’Hermione. Ce sera pour 2010. On va aussi construire, sculpter et fixer les « bouteilles » qui fermeront l’arrière en-tre coque et tableau ; les cinq cabines des officiers (aumônier, maître calfat, etc.) prendront place sur le faux-pont ; des ha-macs seront disposés pour les matelots. À l’avant, la proue recevra sa figure. Ce sera un lion. Au sortir de la visite du chantier, on se demande comment ce co-losse de 1 256 tonnes pourra flotter sur les eaux du globe, gîtant parfois jusqu’à 45 degrés lorsque les sabords sont fer-més, entraîné à fière allure par 3000 mè-tres carrés de voiles en lin, hissées tout en haut des trois mâts (56 mètres pour le plus grand) par des gabiers équilibristes ! Et en 2011, la mise à l’eau prendra plu-sieurs mois de contrôles et de vérifica-tions. C’est en 2013 que L’Hermione a rendez-vous avec l’Histoire, pour sa première traversée de l’Atlantique. Son comman-dant de bord n’a pas encore été choisi. Une certitude cependant : les 80 mem-bres d’équipage seront des profession-nels de la marine. Car L’Hermione est tout sauf un bateau de plaisance. Arrivée programmée à Boston… le 4 juillet. « Toujours présente mais jamais visible, hantant les rêves d’autant plus qu’elle n’apparaît jamais, la mer est le grand amour impossible de Rochefort, le souvenir de l’âge d’or, le regret du large. » ERIK ORSENNA, écrivain, académicien, président fondateur de l’association Hermione – La Fayette, président du Centre international de la mer. MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 43 Le pont de batterie à l’étape de son ossature, assemblage de poutres en chêne massif. Les joyaux de l’École de médecine

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