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GEOG0643-1 Observation d'un processus de participation citoyenne - Liege 2015

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GEOG0643-1 Observation d'un processus de participation citoyenne - Liege 2015

  1. 1. Observation d’un processus de participation citoyenne « Liège 2015 » Dans le cadre du cours de « méthodes et outils de gouvernance » Christine Partoune GEOG0643-1 Martin Ledant 2eme Master Géographie Ulg Année académique 2008-2009
  2. 2. -Liège 2015- -2- I n t r o d u c t i o n Tout commença quand deux liégeois - un plasticien, Alain De Clerck, et un journaliste philosophe, François Schreuer- ambitionnèrent de sacrer la Cité Ardente Capitale Européenne de la Culture en 2015. L’impulsion du sculpteur conjuguée au charisme du philosophe : l’idée fit rapidement son chemin et un véritable débat public fut lancé. Sans doute à ce moment ne se doutaient ils pas du véritable combat citoyen qu’ils étaient sur le point d’initier. Pour peu il aurait suffit de mobiliser les forces vives liégeoises, les convaincre de construire le projet qui leur permettrait d’être sélectionné et d’ainsi faire rayonner le brasier culturel de la ville mosane par delà les frontières et les ans. L’enjeu pour la ville d’avoir un véritable projet fédérateur et innovant semblait évident. Cependant bien plus qu’à une action citoyenne mobilisatrice, c’est à un combat de la démocratie participative au cœur de la démocratie représentative auquel une poignée de Liégeois allait devoir s’atteler. En effet, pour des raisons que nous évoquerons, le droit à prétendre au titre, ne fut pas respecté, et bientôt c’est une bataille aux enjeux démocratiques qui était déclarée. Ces enjeux étaient principalement des enjeux de bonne gouvernance, à savoir faire primer l’intérêt de citoyen sur les intérêts politiciens et la prise en compte de l’avis et la volonté des citoyens dans certaines décisions d’intérêt général. Au long de cet article, nous verrons comment et grâce à quels procédés, autour du thème de la capitale européenne de la culture, les actions de citoyens ont eu un impact sur le libre cours de la démocratie représentative non seulement locale mais régionale. Pour commencer, nous évoquerons le concept de capitale culturelle et ses implications au niveau d’une ville telle que Liège. Nous verrons qu’un tel projet, prôné par l’Europe, sollicite la participation et le soutien citoyen. En effet, dans un thème tel que la culture, lié intrinsèquement aux gens, l’émulation doit à fortiori provenir « d’en bas ». Des élus communaux, ou des experts ne peuvent à eux seuls construire autour d’un concept tel que la culture. Mais que faire lorsque la voix des citoyens n’est pas entendue à cause d’intérêts politiciens ? Alors, le recourt aux outils de la participation citoyenne, peut se révéler une formidable arme. Mais comme nous le verrons dans le cas de Liège, cette arme peut être à double tranchant. L a C a p i t a l e E u r o p é e n n e d e l a C u l t u r e Le concept de Capitale Européenne de la Culture a beaucoup évolué depuis sa première apparition en 1985 à Athènes sous l’impulsion de la ministre grecque de la culture Melina Mercouris. L’idée était que l’Europe est et a toujours été un bassin fécond de développement culturel et artistique dans lequel les villes ont joué un rôle substantiel. Mais derrière cette impulsion se cachait aussi l’idée que la culture, l’art et la créativité avait autant leur place dans l’agenda que économie, technologie, et commerce. Si la première désignation était issue d’une initiative intergouvernementale, aujourd’hui, après plusieurs révisions des règles, la désignation et la gestion des Capitales sont devenues des compétences de l’Union Européenne sous le statut « d’action communautaire » et formalisés sous la Décision 1622/2006/CE du parlement européen d’octobre 2006. Ce document indique que, depuis 2006, chaque année, deux pays de l’Union sont amenés à désigner une de leurs villes qui se seront portées candidates, au titre de Capitale. La Capitale est dorénavant sélectionnée par un jury à moitié européen à moitié national pour la qualité de leur avant-projet et non plus désignée par l’état comme cela se faisait auparavant. Une des richesses mais aussi des
  3. 3. -Liège 2015- -3- défis des Capitales est qu’il n’existe pas de définitions préétablies du concept de culture ou de ce que doit englober le projet. Et c’est ici que les dimensions citoyenne et participative des projets deviennent fondamentales. Chaque ville en Europe a son propre background culturel, historique, social et économique et un débat doit s’instaurer entre les différents acteurs culturels afin de réfléchir ensemble et d’élaborer un projet commun. L’Union précise simplement deux échelles qui devraient être intégrées dans la sélection des acteurs et l’élaboration du projet. La première est « La dimension européenne » : pour renforcer les collaborations entre les pays, favoriser les échanges d’idée et des richesses des différents pays européen et faire émerger une « culture européenne ». La seconde échelle se situe au niveau de « La ville et des citoyens » : là l’objectif est clairement de faire émerger un projet dans le sens « bottom-up ». Pour que les citoyens se sentent concernés, s’impliquent, créent et enfin contribuent au développement culturel et social à long terme de la ville. Dés lors, les objectifs poursuivis par les villes candidates sont variables et chacune voit dans le concept de Capitale un outil qui lui permettra d’atteindre ces différents objectifs. Comme le souligne le Rapport Palmer qui a étudié un grand nombre d’expériences passées, la plupart des villes nourrit des ambitions telles que « mettre la ville sur la carte » ou « promouvoir la ville ». Néanmoins, le titre sert aussi d’outil à d’autres causes telles que la régénération urbaine, ou comme étant part d’une stratégie de redressement économique. Mais avant toute chose, le concept de Capitale représente potentiellement un énorme levier pour la démocratie participative, et pour l’élaboration de projet de villes présentant de multiples facettes et intelligences ignorées d’habitude par l’approche top down. L i è g e C a p i t a l e e n 2 0 1 5 : d e l a n a i s s a n c e d ’ u n e i d é e En 2015 c’est au tour de la Belgique d’élire une Capitale Européenne de la Culture. Et à Liège, l’initiative n’est pas venue de la Ville mais des citoyens. C’est ainsi qu’un sculpteur, Alain De Clerck, et un journaliste philosophe, François Schreuer, dans l’effervescence du sacre de l’équipe de football locale, lancèrent l’idée que Liège devrait poser sa candidature au titre. Ils lancèrent le débat sur la place publique. Est-ce que Liège ferait une bonne capitale Européenne de la Culture ? Ne doit- elle pas laisser la place à d’autres villes ayant plus besoin de subsides ? Quid de la gestion de la culture à Liège? Liège est elle la capitale wallonne de la culture ? Quid des institutions existantes ? Ce débat se répandit tel une traînée de poudre : de manière totalement spontanée et non contrôlée. Cet engouement s’est principalement affiché grâce aux nouveaux systèmes d’information. Via de multiples réseaux sociaux d’Internet tels que Facebook, où des blogs particuliers ayant leurs propres initiés et tous en lien de proche ou de loin avec les deux initiateurs. Le débat fut fortement transmis par la presse (Le Soir, La Libre, La Meuse). Via leurs versions papiers mais aussi via leurs versions « en ligne » qui proposent aujourd’hui des espaces de débat en lien à chaque article. Pour canaliser la communication et accroître la sensibilisation un site web fut créé, consacré entièrement au mouvement et diffusant des communiqués, des articles de presse. Ainsi, tout un chacun qui est assez « connecté » a pu prendre part au débat en notant cependant que la participation ou non au débat est restée liée à l’appartenance à certains réseaux sociaux.
  4. 4. -Liège 2015- -4- Il s’est ainsi vite avéré qu’une part non négligeable de la population liégeoise soutenait le projet. Ce soutient s’est symbolisé par une pétition en ligne de quelques 8000 signatures dont celles de personnes notables des mouvements associatifs et artistiques locaux. C’est ainsi que le 26 mai 2008, un petit groupe de personne, portés par des signatures symboliques ont inscrit la candidature de Liège à l’ordre du jour du conseil communal. Il était connu de tous qu’un accord existait pour que Mons soit la seule candidate au titre en 2015. L’avis de certain était de dire que cet accord était interne au parti socialiste, sous là houlette du président de parti Elio Di Rupo, par ailleurs bourgmestre de la ville de Mons. L’engouement que porte les gens à la théorie du complot a certainement aidé à faire émerger cette idée. La vérité sur cette question n’est pas le sujet du présent article. Cela dit, les règles instaurées par l’Union Européenne indiquent clairement que toutes les villes qui le désirent peuvent concourir au titre et c’est dans cet esprit que tout le monde s’attendait à ce que le 26 mai, la pression du petit groupe de liégeois portés par 8000 signatures permettrait d’obtenir un accord au sein du conseil communal. Ce ne fut pas le cas. À la naissance d’un combat pour la démocratie Dans les termes de François Thoreau, membre actif du collectif et témoin privilégié du mouvement: « le 26 mai, faute d’obtenir un accord, c’est un « hyper-cut » qu’a reçu le mouvement ». En effet, si les décideurs de la ville se refusèrent à écouter 8000 personnes que reste il à faire, lorsqu’on sait qu’une même question ne peut être inscrite deux fois à l’ordre du jour du conseil communal? Le petit groupe d’initiateurs était pour ainsi dire KO… KO : pas vraiment, car le petit groupe s’est relevé avec une idée très audacieuse, une idée jamais encore mise en œuvre à une telle échelle en Belgique, une idée qui allait les mener dans un procédure délicate et parsemée d’embûches : celle de faire réaliser une consultation populaire d’initiative citoyenne à Liège. Voyons comment cela s’est déroulé et quelles ont été les difficultés et opportunités rencontrées. L’organisation interne du collectif Ce n’est seulement qu’à ce stade qu’un collectif s’est mis en place sous le nom de « Liège 2015 » et sous le symbole d’un taureau semblant lever à bout de cornes le combat pour la candidature (voir première page). L’objet de ce collectif est avant tout politique : rassembler des signatures pour exercer un lobbying auprès des pouvoirs locaux. Ainsi, comme le souligne François Thoreau, le collectif porte et soutient la candidature mais n’est ni légitime ni compétent pour initier le débat culturel, ou élaborer un avant-projet de candidature au titre de Capitale. La distinction entre ces deux objets n’a pas toujours été claire. Le nom même du collectif rappelle plus le projet de Capitale que celui d’un combat démocratique. Cette ambiguïté s’est aussi fait ressentir lors d’une conférence débat donnée au XX août, où la direction du débat n’était pas claire tant les intervenants ne savaient pas si le thème de la culture pouvait pertinemment y être débattu. Le collectif avait par ailleurs un caractère exclusivement spontané et informel. Après le 26 mai, le petit groupe formé François Shreuer et Alain De Clerck © JEAN-CLAUDE DESSART (lesoir.be)
  5. 5. -Liège 2015- -5- initialement par Alain De Clerck et François Schreuer s’est vu spontanément rejoindre par des nombreuses personnes aux personnalités variées prêtes à dépenser de l’énergie et du temps pour aider à rassembler des signatures. Par ailleurs, un « bureau » a été mis sur pied sensé chapeauter ce groupe de personnes, pour le dispatching des bénévoles, et accessoirement comme lieu de débat. Le fonctionnement même de la participation était de type spontané. Sur base d’une « mailing list » reprenant la liste des personnes ayant témoigné le souhait de s’engager, n’importe qui pouvait lancer une invitation à l’action. François Thoreau relativise : si initialement jusqu’à une soixantaine de personnes se sont dites prêtes à se mobiliser pour aider, le comité n’a jamais rassemblé qu’une petite quinzaine de personnes et les emails envoyés recevaient très peu de réponses, et quand elles existaient elles étaient souvent de nature négative. De même, au sein du groupe de personnes effectivement présentes, l’organisation n’était pas clairement définie. Premièrement, aucune structure organisationnelle n’existait : tout était plus ou moins informel, pas de quorum de présence, pas de système de vote. L’organisation était basée sur le principe du consensus, et comme nous le verrons, cela peut déclencher des polémiques lorsque ce principe n’est pas respecté. Par ailleurs, le mouvement ne possédait aucun leadership propre et souffrait « d’un vide de pouvoir émergent » (FT) tant personne ne pouvait ou voulait prendre les rênes du mouvement. Comme nous le verrons, la conjonction de ces deux carences se témoignera plus tard lors d’un coup de théâtre dont le collectif se serait bien passé. Le soutien populaire Comme dit précédemment, l’objectif du collectif était l’organisation d’une consultation populaire. Pour réaliser cette consultation, ou en d’autres termes, pour contraindre les pouvoirs communaux à consulter l’avis de la population, il fallait rassembler les signatures de 10% des liégeois. Le cas échéant, le conseil communal est tenu d’organiser une consultation, mais n’est pas tenu de tenir compte de l’avis exprimé. Le principal objectif du collectif, et en fait sa seule option d’action, était dés lors de rassembler 19000 signatures de liégeois soutenant le mouvement et de les soumettre aux pouvoirs communaux. Outre le fait que jamais ce processus n’a été mis en œuvre pour une commune si peuplée, la collecte des signatures a révélé d’autres enjeux et ambiguïtés. La collecte s’est opérée de manière plutôt positive, via des actions individuelles ou via des stands positionnés aux endroits clés de la ville où lors d’événements phare de la culture Liégeoise (i.e. 15 Août, la nuit des coteaux). La sensibilisation du public a elle aussi été organisée, via toute une campagne d’affichage, d’événements festifs et démonstratifs, ainsi que par le vieux bouche-à- oreille et les réseaux internet. Cependant, c’est au niveau de la signification de la signature que l’ambiguïté est apparue. La ville était tenue te fournir des formulaires standard pour collecter
  6. 6. -Liège 2015- -6- les signatures. Ces formulaires indiquaient en gras : « Souhaitez vous que la Ville de Liège pose sa candidature au titre de Capitale Européenne de la Culture en 2015 ? ». Il indiquait aussi bien évidement que ce formulaire était destiné à l’organisation d’une consultation portant sur cette question, mais de manière peu explicite. Lorsque un liégeois apposait sa signature au bas du formulaire, répondait il déjà à la question ? Liait il moralement la personne collectrice de signature d’aller porter sa voix à l’hôtel de ville? Rien n’est moins sûr, beaucoup de signataires ont certainement juste signé parce que cela était facile, dans le souci d’aider le collectif dans son combat mais sans réelle conviction, alors que d’autres ont pu mettre dans cette signature une réelle volonté de faire entendre leurs voix. Par ailleurs, l’unique manière avec laquelle le collectif pouvait percevoir l’engouement de la population à l’organisation de cette consultation tenait dans la teneur et l’intensité des débats prenant lieux sur les différentes plateformes de discussion. Il faut noter qu’une différence notable existe entre le citoyen prenant partie intégrante au mouvement en mobilisant son temps dans le collectif et celui qui donne juste son approbation. La majorité des citoyens étaient certainement du second groupe. Nous verrons que l’importance de se sentiment de soutien de la part de la population a joué un rôle fondamental dans la suite des événements. Malheureusement, au cours des trois mois de collecte, le débat n’a pas toujours montré une intensité remarquable et le sentiment du collectif d’être « seul » face à la tâche a pu parfois l’emporter. Le soutien politique Le soutien politique est finalement l’objectif premier et final de tout le mouvement. Pourtant, durant toute la procédure, la relation entre le conseil communal et le collectif est restée ambiguë. En effet, si d’un coté le mouvement avait besoin de ce soutien, d’un autre coté le mouvement s’élevait contre le conseil communal et sa décision. Ainsi, durant la collecte des signatures, les contacts sont restés tendus et relativement restreints. Le bourgmestre s’est cependant exprimé dans une carte blanche du quotidien Lesoir arguant pourquoi le projet était une « fausse bonne idée » (Carte Blanche du Soir en Ligne du lundi 20 octobre 2008). Le collectif répondant via le site pourquoi le projet représentait « une opportunité démocratique » (liege2015.eu). Au sein du monde politique il semble que d’intense discussion aient eu lieu, notamment au sein de la majorité et de l’opposition. C’est seulement lorsque le collectif approcha de son objectifs des 19000 signatures que de véritables négociations commencèrent entre le conseil communal et le collectif Liège 2015. C’est à ce moment de l’histoire que les faiblesses du mouvement se sont fait ressentir dans une conjonction d’événements dont le résultat fut un communiqué de presse que François Thoreau n’hésite pas à qualifier de « désastreux ». Les dérives d’un mouvement spontané Le 17 décembre 2008, les liégeois apprennent dans la presse que le collectif Liège 2015 abandonne et troque les signatures pour un arrangement à l’amiable avec les autorités publiques. Cet arrangement prévoit le retrait de la consultation populaire contre un programme d’investissement dans le secteur culturel à Liège. Cet événement est révélateur d’une série de carences au sein du mouvement citoyen auxquelles nous avons fait allusion précédemment et peuvent peut-être faire servir de leçon de bonne gouvernance. Au début du moi de décembre, le collectif est « à bout de souffle », il a dépensé énormément d’énergie dans la collecte de signatures et les a finalement obtenues. Mais sur le fond, le collectif a perdu l’optimisme. Si il est vrai qu’il a en main près de 22000 signatures (cela inclus une marge de 3000
  7. 7. -Liège 2015- -7- signatures de sécurité), le collectif se sent désemparé, livré à lui-même. Les débats se sont éteints sur les plateformes de discussions et le collectif ne ressent plus l’engouement populaire. Le collectif déplore aussi de n’avoir pas reçu plus de soutien de la part des institutions culturelles liégeoise, à l’image de l’opinion publique, elles sont dans une logique attentiste. Par ailleurs, le temps file, et le projet Liège 2015 semble de plus en plus irréalisable dans les temps impartis par les règles de la candidature (le dossier doit être rendu pour le 1er mars) et des délais pour officialiser et organiser une consultation populaire (trois à quatre mois). L’envie est forte pour le collectif de transformer le poids politique du mouvement en quelque chose de concret plutôt que de se lancer corps et âmes dans une cause perdue d’avance. C’est à ce moment que s’engagent de vives discussions entre d’une part les membres actifs du collectif et les pouvoirs publics. Il est clair que les pouvoirs publics ambitionnaient de pouvoir fondre le mouvement dans quelque chose de politiquement plus facile à gérer. La promesse d’un engagement dans la culture pour l’abandon du projet Liège 2015 : tout le monde y gagne ! Mais au sein du collectif le débat sur la légitimité d’un tel compromis fait rage, le groupe est divisé et ne parvient pas à trouver un consensus. Quid de l’avis des signataires ? Comment une structure si informelle, à laquelle on a délégué tant de poids politique mais si peu de moyen pourrait prendre en compte tant d’avis ? C’est alors que le communiqué fut transmis aux agences de presse… Certains membres du collectif ont brisé le principe du consensus et ont négocié l’accord que l’on connaît et ce (selon François Thoreau) sans respecter l’avis de la majorité du collectif. Cet épisode ne va pas sans connaître un rebondissement. En effet, l’opinion populaire que l’on croyait « endormie », se réveille soudainement et inonde les blogs et plates- formes de débat en criant au scandale. L’opinion pense que l’on a usurpé son avis au profit d’accords qui ne profiteront qu’à certains. Pendant ce temps, au sein du collectif certains apprennent par la presse l’accord qui a été passé… vient alors le dernier coup de théâtre : une nouvelle initiative spontanée de la part de membres du collectif. Alain De Clerck, l’initiateur du mouvement, a livré dans une boite les 22000 signatures contraignant ainsi les pouvoirs publics à l’action. L’accord « historique » C’est en ces termes que certains qualifièrent la décision qui allait être prise au sein du conseil communal quelque temps plus tard. Il le qualifièrent d’historique tellement ils furent impressionnés par le fait qu’on ne puisse l’expliquer par des intérêts politiques, mais uniquement en termes de ce qui est bien pour la ville, bien pour le peuple. Ce qui est remarquable c’est que la majorité est à cet instant maître du calendrier puisqu’elle peut tout a fait, si elle désire, enterrer la consultation en demandant le recompte des signatures avant une éventuelle inscription de la demande. Le recompte aurait pu prendre jusqu’à deux mois et la demande n’aurait pu être examinée que vers le mois de février/mars, alors que le dossier devait être déposé pour le 1er mars… Cependant, c’est peut-être ici que la pression exercée par le mouvement, liée à celle de l’opposition a porté ses fruits : En premier lieu elle a permis d’obtenir des concessions du point de vue du calendrier grâce à la mutation de la consultation en une initiative communale. Cela permet de ne plus avoir à compter les signatures et que la consultation puisse avoir lieu avant le 1er mars. Mais ce n’est pas tout, après un vote à l’unanimité, le collectif a aussi obtenu la mise en place par l’échevin de la culture d’une équipe de personnes compétentes pour élaborer un dossier. Et par- dessus tout, le conseil communal s’engage politiquement à respecter l’issue de la consultation si 10% des Liégeois qui se déplacent votent oui. Cela correspond dans les fait à un véritable référendum.
  8. 8. -Liège 2015- -8- Prologue Enfin, au bout d’un combat mené depuis en bas, la légitimité du mouvement dont le collectif recherchait est arrivée d’en haut. Et le sentiment, que ensemble, les pouvoirs publics, les institutions culturelles et les liégeois vont adhérer à ce projet pour de vrai. Il existe enfin une structure formelle et compétente pour élaborer un avant projet pour de la candidature. Elle aura elle-même sa propre organisation de gouvernance, prendra en compte les différents acteurs du monde culturels liégeois, et fera usage des multiples intelligences disponibles afin d’élaborer un projet de qualité qui convienne au plus grand nombre. Le délai avant le 1er mars étant relativement court, les possibilités d’inclure un grand nombre d’intervenants reste limité pour l’instant. On ne peut qu’espérer que ce sera le cas lors de l’élaboration du projet final. Le collectif, comme mouvement initiateur a lui aussi son mot à dire, et c’est à se titre qu’il sera consulté dans l’élaboration du dossier de candidature. Une autre mission l’attend cependant, celle de mobiliser un maximum de Liégeois au jour du 22 février afin d’aller voter « oui » à la consultation populaire. C’est ainsi qu’il est à nouveau repartit en campagne, mais, cette fois, institutionnalisée sous la forme d’une asbl, avec une structure formelle, un président, un secrétaire, et la possibilité de recueillir des subsides. Conclusions Les conclusions à tirer de cette expérience dans le cadre de l’analyse des outils et méthodes de gouvernance sont multiples. La première conclusion est partagée par Francois Thoreau : c’est qu’il suffit de quelques personnes très motivées pour faire avancer un débat et faire bouger les choses. L’expérience nous l’a bien montré, ici dans le cas d’une commune comme Liège où 22000 signatures ont été récoltées et, contre vents et marées, ont réussi à influencer le débat politique. La deuxième conclusion est que malgré une motivation certaine, un mouvement citoyen spontané reste très fragile. Cette expérience nous démontre que sans un appui financier ou logistique « d’en haut », le mouvement est resté cantonner à des démarches spontanées fondées sur la volonté et l’initiative. La troisième conclusion est qu’au sein d’un groupuscule tel que le collectif Liège 2015, les questions de bonne gouvernance telles que la représentativité, les systèmes décisionnels, le leadership sont tout aussi pertinentes et qu’il est primordial d’en tenir compte. La rupture du fragile principe du consensus aurait pu donner un issue tout autrement dramatique au mouvement. La quatrième conclusion est que dans un cas comme celui-ci, regroupant un nombre tel d’intervenants (si on inclut les 22000 signataires), il devient difficile de sonder l’avis de tous sans un système institutionnel fort. On a bien vu comme le collectif pensait que l’opinion s’était désintéressée de la cause de Liège 2015 et puis qu’il l’avait retrouvé au tournant. Cette conclusion implique la cinquième, qui concerne le rôle ambigu des nouveaux modes de communication dans lesquels le débat peut à la fois toucher un grand nombre de personnes mais par ailleurs perdre tout visage et ainsi toute substance. On notera par ailleurs que le simple fait de débattre sur les plateformes de discussions pouvait constituer une forme de soutien au collectif. Une attention particulière devrait être accordé à cette problématique. La sixième conclusion est en forme de question et concerne un outil à part entière : la consultation populaire. A ce stade ci de la procédure elle n’a pas encore été mise en œuvre mais cela ne nous empêche pas de nous interroger sur son bon sens. Ne représente-t-elle pas finalement un outil qui n’aurait jamais du être mis en œuvre tellement son procédé est lourd et coûteux en temps ? Est-il normal de devoir solliciter autant les
  9. 9. -Liège 2015- -9- citoyens et les initiateurs du mouvement, afin d’obtenir la simple écoute des politiques ? Cette question est, bien entendu, au cœur du débat sur la démocratie participative, qui n’en est elle même qu’à ses balbutiements. Puisse cette expérience apporter quelque chose à ce débat. En guise de conclusion finale Après un tel parcours au sein de la démocratie participative pour obtenir la candidature au titre de Capitale Européenne de la Culture, Liège a démontré qu’il existe une vraie assise citoyenne liégeoise en son sein et qu’à ce titre elle possède tous les mérites pour représenter une petite mais grande part de la culture européenne en 2015. Sources • Interview personnelle de Francois Thoreau (8 janvier 2009) • Site et blog du mouvement : www.liege2015.eu • Articles divers sites Internet de presse en ligne : www.lesoir.be , www.lalibre.be dont la liste exhaustive est disponible en ligne : http://liege2015.eu/- Dans-la-presse- • Conférence de presse du 23 mai 2008 : http://blog.liege2015.eu/2008/05/23/conference-de- presse/ • PALMER/RAE ASSOCIATES (2004), European Cities and Capitals of Culture, Belgium. • MONITEUR BELGE (10.09.2008), Appel à candidatures relatif à la manifestation « Capitale européenne de la Culture 2015 ». Tous les liens Internet étaient accessibles en date du 19 janvier 2009.

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