UNIVERSITE DE REIMS CHAMPAGNE-ARDENNEU.F.R Lettres et Sciences HumainesMaster « Sociétés, Espaces, Temps »Mention « Histoi...
DES METHODES HISTORIQUES ETARCHEOLOGIQUES DE L’ANTIQUAIRE AU XIXe                               SIECLE               17
III. METHODES ET DEMARCHE DE DUQUENELLE                 Les circonstances de fouilles et l’acquisition des objets         ...
Empire 206. Il est sociologiquement au XIXe siècle une revanche du régionalisme, l’archéologieétant jusqu’au moment Guizot...
réuni à Châlons-sur-Marne en 1855 laisse à penser qu’il existe une définition pluriannuelle deszones de fouilles par un dé...
Ces évocations prouvent la réappropriation de l’espace urbain, par le terrassement de constructionssur des friches ou au s...
société de l’histoire de France 225. Il est ajouté, par ailleurs, que les ouvriers chargés de la démolitiondu tombeau de S...
Concernant ces deux types, l’antiquaire et ses pairs, dans leurs publications, usent du terme del’acquisition pour qualifi...
trouvés à Luternay. L’antiquaire, lui-même, confirme cette version : « Il y a quelque temps, jai étémis en relation avec d...
commune de ces spectateurs de l’archéologie suggère une chasse à l’objet. Les antiquairesDuquénelle et Lucas, dans leur co...
celle de Monsieur Duchêne. Dans une autre publication, l’antiquaire plaide pour un suivi et uneinformation continuels des ...
qu’est l’Académie de Reims. Cette pratique suggère une complémentarité, forcée ou voulue, dumoins dans la mise en commun d...
réalise ainsi une auto-promotion, se plaçant finalement dans une posture de constructeur del’archéologie. Il inscrit l’his...
conjoncturel ou à un peuple particulier. Ses dimensions, son lieu de découverte, son iconographieainsi que ses inscription...
Cette édition semble rendre compte de l’actualité de la recherche archéologique, puisque Lucas pèrey apprend qu’on a décou...
en déterminer un alliage d’or, d’argent et de cuivre 265. L’étude des matériaux permet à l’antiquaired’en préciser la data...
Par un croisement des données, de nature philologique, numismatique ou stratigraphique, Nicolas-Victor Duquénelle veut dém...
auteurs anciens et aux ouvrages contemporains, et son aspect pratique avec les méthodes de terrain ;et qu’il répond à ce p...
Ayant défini la typologie et le genre de l’objet, l’ayant contextualisé et daté ou encore interprétédans son usage, l’anti...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Mémoire 4e partie

498 vues

Publié le

Nicolas-Victor Duquénelle (1807-1883) est un antiquaire rémois du XIXe siècle. Cet exemplaire, extrait du mémoire de Romain Jeangirard soutenu en 2010, présente l'antiquaire au XIXe siècle, entre tradition et modernité. D'autres suivront et seront publiés sur le blog consacré : nicolas-victor.duquenelle.over-blog.com

0 commentaire
1 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
498
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
3
Actions
Partages
0
Téléchargements
0
Commentaires
0
J’aime
1
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Mémoire 4e partie

  1. 1. UNIVERSITE DE REIMS CHAMPAGNE-ARDENNEU.F.R Lettres et Sciences HumainesMaster « Sociétés, Espaces, Temps »Mention « Histoire de l’art »Spécialité « Histoire de l’art et de la culture »Année universitaire 2009-2010 MEMOIRE DE MASTER II présenté par Romain JEANGIRARD le 23 juin 2010 NICOLAS-VICTOR DUQUENELLE OU L’ANTIQUAIRE ACCOMPLI (1842-1883) Sous la direction de : Madame Marie-Claude Genet-Delacroix (Université de Reims) Madame Frédérique Desbuissons (Université de Reims)
  2. 2. DES METHODES HISTORIQUES ETARCHEOLOGIQUES DE L’ANTIQUAIRE AU XIXe SIECLE 17
  3. 3. III. METHODES ET DEMARCHE DE DUQUENELLE Les circonstances de fouilles et l’acquisition des objets L’espace urbain, au XIXe siècle, est en mouvement et en extension, repensé etremodelé. Il abrite en son sein les objets archéologiques qui sont les traces et témoignages destemps anciens de la ville.Les recueillir et les étudier constitue à la fois une reconnaissance ; établit une filiation citadine,multiséculaire, entre l’ancien et le présent ; enfin, vivifie l’archéologie locale et le partage du passé,dans le cadre d’une communauté urbaine de destin. Témoins de l’histoire de la culture matérielle etde l’histoire de l’art 203, les objets sont partie intégrante de l’historiographie locale, culturelle etartistique. L’archéologie, dès la seconde moitié du XIXe siècle, exalte les communautarismes : lenationalisme, le régionalisme, mais aussi ce que l’on pourrait appeler le municipalisme. Les objetset les traces du passé sont perçus comme participant à une plus-value des territoires, à tous leséchelons. Ces objets, surtout, sont les vecteurs d’une identité urbaine dans la glorification del’ancienneté et la célébration de sa survie, qui établit un dialogue entre le passé et le présent ; et leurintégration dans la mémoire collective urbaine constitue aussi un comportement d’anti-parisianisme, qui est prétexte à instaurer une égalité réelle, voire une supériorité, entre Paris et lesprovinces, et à défaire la primauté parisienne à l’appui de faits et de preuves. Ce comportementn’échappe pas à l’antiquaire Duquénelle, qui dans l’une de ses publications, énonce le passagesuivant : « Eloigné du centre des études et des richesses archéologiques, l’antiquaire de provinceéprouve de vraies jouissances quand il recueille des objets que lui envie la capitale, et dontl’authenticité ne peut être mise en doute 204 ». Il semble, contextuellement, que l’antiquaire dénote lacapitalisation de Paris dans le commerce d’art au XIXe siècle, en alternance avec Londres 205.Ce culte des souvenirs historiques appuie l’attrait local, et particulièrement l’échelon communal,interlocuteur privilégié par le centralisme jacobin sous la monarchie de Juillet et le second203 AGULHON, Maurice, « L’historien et la rencontre de l’objet : l’exemple de la République en sculpture ». In :NORA, Pierre (dir.), Science et conscience du patrimoine. Actes des 7e Entretiens du patrimoine, Théâtre national deChaillot, Paris, 28, 29 et 30 novembre 1994. Paris : Fayard/éditions du patrimoine, 1997, p. 31.204 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur quelques antiquités trouvées à Reims en 1852 ». Travaux de l’AcadémieImpériale de Reims, 4e trimestre 1852 – 1er trimestre 1853, vol. 17, n°1, p. 210.205 BERTRAND-DORLEAC (dir.), Le commerce de l’art : de la Renaissance à nos jours. Besançon : éd. LaManufacture, 1992, p. 14. 55
  4. 4. Empire 206. Il est sociologiquement au XIXe siècle une revanche du régionalisme, l’archéologieétant jusqu’au moment Guizot un fait parisien 207.La ville de Reims, particulièrement, connaît au XIXe siècle une série de découvertes, quienrichissent la connaissance de son passé. L’histoire locale, vivifiée dans un premier temps, seconfond dans un second temps dans une histoire vibrante et nationale qui s’inscrit dans lareconnaissance gauloise, sujet à polémiques au XVIe siècle sur « une nation éternellement civiliséeet toujours indépendante culturellement et politiquement 208. L’archéologie, ainsi, inscrit Reims dansune double tradition, la fierté locale du fait gaulois et la contribution nationale au débat sur lesorigines. Elle est, qualifie l’antiquaire Nicolas-Victor Duquénelle, « inépuisable en découvertesarchéologiques » 209. Il évoque même des fouilles quotidiennes et un sol riche 210, plébiscités par ledynamisme séculaire. Nombre de fouilles, en effet, ont lieu sur le territoire urbain et son aired’influence.Les circonstances de fouilles sont le ressort d’initiatives diverses. Elles sont toutes le fruit del’exécution de terrassements qui constituent l’ensemble des travaux de préparation d’un sol en vuede la construction d’un ouvrage ; par décaissement, creusement, comblement, nivellement,remblaiement et régalage. Ces initiatives sont donc émises par les pouvoirs publics ou les 211particuliers. L’intérêt des travaux publics réside au XIXe dans l’embellie d’une ville, etnotamment sous le second Empire. En effet, de nombreux travaux de modernisation interviennentdans les deux premières décennies du second Empire, dans une volonté de remodelage et derationalisation des centres villes. Par la loi de 1852 sur les expropriations, les routes sontprolongées, sous le régime de la concession.L’antiquaire rémois évoque la découverte d’antiquités trouvées à Reims, et particulièrement un vasetrouvé sur les terrains de l’usine des Trois-Piliers 212. Le XIXe siècle étant industriel, il est àsupposer que les travaux ont lieu dans le cadre d’un plan d’extension, commandité parl’entrepreneur, afin de renforcer la compétitivité industrielle de l’entreprise. Concernant ce zonageparticulièrement, une intervention de Nicolas-Victor Duquénelle devant le congrès archéologique206 GERSON, Stéphane, « L’Etat français et le culte malaisé des souvenirs locaux, 1830-1870 ». Revue d’histoire duXIXe siècle, 2004, n° 29, p. 20.207 SCHNAPP, Alain, « Le patrimoine archéologique et la singularité française ». In : NORA, Pierre (dir.), Science etconscience du patrimoine. Actes des 7e Entretiens du patrimoine, Théâtre national de Chaillot, Paris, 28, 29 et 30novembre 1994. Paris : Fayard/éditions du patrimoine, 1997, p. 157.208 SCHNAPP, Alain, La conquête du passé : aux origines de larchéologie. Paris : Carré, 1993, 511 p.209 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur un cachet d’un oculiste de l’époque romaine ». Revue mensuelle de lalittérature, des sciences et des arts, 1853, p. 403-405.210 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur un denier inédit de Massanès Ier, archevêque de Reims ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 23 mai 1845 – 16 janvier 1846, vol. 3, n°1, p. 110-113.211 YON, Jean-Claude, Le Second Empire : politique, société, culture, coll. U. Paris : Armand Colin, 2004, p. 130-132.212 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur quelques antiquités trouvées à Reims en 1852 ». Travaux de l’AcadémieImpériale de Reims, 4e trimestre 1852 – 1er trimestre 1853, vol. 17, n°1, p. 200-210. 56
  5. 5. réuni à Châlons-sur-Marne en 1855 laisse à penser qu’il existe une définition pluriannuelle deszones de fouilles par un découpage. En effet, l’antiquaire aborde « des fouilles que l’on exécutedepuis quelques années, près de l’usine des Trois-Piliers 213 ». La fouille serait ainsi un geste dûmentréfléchi et préalablement médité, dans un cadre dépassant les individus.Publiant dans les Travaux de l’Académie de Reims un Catalogue des monnaies romainesdécouvertes à Signy-l’Abbaye 214, l’antiquaire rapporte dans sa présentation qu’il a été prévenu parun habitant du pays, qui lui a apporté des échantillons de ces pièces. La surface intéressantl’antiquaire rémois est large puisque cette commune, chef-lieu de canton ardennais, est à unesoixante de kilomètres de Reims. Cette version est confirmée par Charles Loriquet qui rapporte larencontre entre l’antiquaire et l’habitant, qui a trouvé par hasard un vase renfermant neufkilogrammes cinq cent grammes de monnaies romaines en argent 215. Cette attention particulièreapportée à l’antiquaire rémois appuie aussi sa notabilité régionale, sur des assises urbaines etrurales, construites par les visites de terrain. Surtout, on peut supposer que l’intérêt de l’antiquairepour cette ville est porté par l’existence d’une abbaye cistercienne du XIIe siècle devenue biennational en 1793 puis détruite.L’archéologie rurale recouvre une réalité au XIXe siècle. Outre Signy-l’Abbaye, l’antiquaire rémoiset ses confrères académiciens, dont Joseph-Louis Lucas, portent un intérêt à Beine-Nauroy, à dix-huit kilomètres de Reims 216, à Boult-sur-Suippe, à dix-sept kilomètres de la ville, ou à Damery,centre gallo-romain important, à une trentaine de kilomètres de Reims. Ce dernier site,particulièrement, abrite un atelier monétaire, découvert en 1830.Evoquant les médailles romaines, argent et billon, trouvées à Reims en 1843 217, Nicolas-VictorDuquénelle restitue les circonstances de leurs découvertes. Les fouilles ont lieu en novembre 1843,dans un champ, et la pioche du terrassier révèle un vase à un mètre de profondeur, que ce dernierbrise involontairement. De même, dans une de ses communications à l’Académie, Joseph-LouisLucas fait état de la découverte d’un vase d’une bonne conservation, en plein champ 218.213 TOURNEUR, Victor (abbé), « Deuxième séance du 24 mai ». Congrès archéologique, séances générales tenues, en1855, à Châlons sur Marne, à Aix et à Avignon, par la société savante pour la conservation des monuments historiques,1856, p. 98.214 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Catalogue des monnaies romaines découvertes à Signy-l’Abbaye (Ardennes).Reims : Dubois, 1865, 35 p.215 LORIQUET, Charles, « Compte-rendu des travaux de l’année 1865-66 ». Travaux de l’Académie impériale deReims, 1865-1866, vol. 43, n° 1-2, p.9-33216 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Découvertes archéologiques, à Reims, pendant l’année 1847 ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 13 juin 1847 – 7 janvier 1848, vol. 7, n° 2, p. 394-402.217 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Catalogue de médailles romaines, argent et billon, trouvées à Reims en novembre1843. Reims : Regnier, 1844, 15 p.218 LUCAS, Louis-Joseph, « Notice sur quelques découvertes d’objets d’antiquité et de médailles romaines, faites àReims et dans le pays rémois, de 1820 à 1840 ». Annales de l’Académie de Reims, 1842 – 1843, vol. 1, n°1, p. 339-348. 57
  6. 6. Ces évocations prouvent la réappropriation de l’espace urbain, par le terrassement de constructionssur des friches ou au sein de zones non urbanisées et périphériques. Elles prouvent aussi laréappropriation d’un passé par l’archéologie et la stratigraphie. Pour l’espace urbain en effet,l’antiquaire fait essentiellement état de découvertes aux entrées de la ville ou dans les faubourgs, entout cas peu en centre-ville. Il évoque ainsi pour les antiquités trouvées à Reims le faubourg Saint-Thomas, pour les médailles romaines, argent et billon, trouvées en 1843, le faubourg Cérès ouencore la rue Lesage, aboutissement de l’avenue de Laon, route reliant le quartier de la gare à lapériphérie urbaine, en 1880 219.Concernant le faubourg Cérès particulièrement, l’antiquaire évoque les découvertes importantes.Cette zone, au nord-est de Reims, est un vivier d’opportunités et de potentialités pour l’archéologie.Charles Loriquet, en 1879, fait état de la découverte en ce lieu d’un buste gris veiné de brun, acquispar l’antiquaire Duquénelle 220. Ces découvertes en ces lieux montrent l’étalement de l’espaceurbain et son extension autour des faubourgs, et donc sa restructuration. Le doublementdémographique justifie dès la décennie 1840 une expansion de la ville, et on assiste de 1846 à 1853,à un « étalement urbain » 221. La démolition des remparts et des portes d’entrée urbaine de Mars etde Cérès 222 explique le vivier archéologique de ces quartiers dans les années suivantes.Dans une lettre à Adrien de Longpérier 223, l’antiquaire Nicolas-Victor évoque la découverte, ennovembre 1854, d’un bagage d’oculiste dans ce que Narcisse Brunette appelle la maison dumédecin, « au milieu d’un débris de constructions ». L’initiative de destruction ou de construction,et donc de la fouille, qu’elle soit privée ou publique, est légale et est conduite par des entrepreneurset des ouvriers.La requalification urbaine et les progrès de l’industrie permettent en tout cas une nouvelle approchedu sol et du sous-sol. Le sol, en fait, est un livre d’histoire, et les objets sont un texte. L’observation,le relèvement et l’explication des objets archéologiques se concrétisent par les fouillessystématiques. Cette nouvelle approche du sol conduit, selon Alain Schnapp, « à une curiositéstratigraphique » qui « amène à la découverte d’un temps long 224 ».Les fouilles, outre l’extension urbaine, sont commandées dans les zones présentant un intérêthistorique. Il est à supposer que c’est dans cette exigence qu’il a été découvert un cercueil en plombdans l’ancien cimetière de Saint-Nicaise, dont la découverte est rapportée par le Bulletin sur la219 M.S.R., Fonds de documentation : Duquénelle (catalogue).220 LORIQUET, Charles, « Compte-rendu des travaux de l’année 1878-1879 ». Travaux de l’Académie nationale deReims, 1878-1879, vol. 65, n° 1-2, p. 23-53.221 PELLUS, Daniel, Reims : un siècle d’événements, 1800-1900. Reims : D. Fradet, 2003, p. 50-52.222 Ibid., p. 50-52.223 A.M.N, Série A : A21 1855, 25 août : Note par Duquenellet sur quelques objets antiques trouvés à Reims.224 SCHNAPP, Alain, Op.cit, 1993, p. 345. 58
  7. 7. société de l’histoire de France 225. Il est ajouté, par ailleurs, que les ouvriers chargés de la démolitiondu tombeau de Saint Rémi ont volé des médailles et des objets précieux. Cette allusion laisse àpenser qu’un marché de l’art et des objets archéologiques clandestin, illégal et illicite, se constitue ;contrastant avec la légalité de leur activité et de leurs missions.Ces fouilles sont également conduites dans les zones d’activités. Nicolas-Victor Duquénelle, en1846, fait état de la découverte d’une sépulture gallo-romaine autour de la Vesle, dans les lieuxinsalubres 226.Les fouilles trouvent aussi leur émergence dans la construction de grandes infrastructures, de naturepublique. Le percement du canal de l’Aisne à la Marne est réalisé entre 1842 et 1855. Dans lesAnnales de l’Académie de Reims de 1843 et 1844 227, l’antiquaire Nicolas-Victor Duquénelleévoque la découverte d’ossements animaux par les ouvriers employés au creusement du canal, aucœur du lit de l’ancienne rivière, entre les portes de Vesle et de Fléchambault, face à la rue desMoulins.Revenant sur les vols par les ouvriers, l’antiquaire dit que les terrassiers se cachent despropriétaires 228. Ainsi, l’initiative de terrassement est aussi de nature privée. On peut se demander sil’antiquaire n’a pas eu recours à ce commerce illégal puisqu’il évoque le fait que ces ouvriersn’accordent aucune indemnité. L’antiquaire plaide auprès de l’Académie pour un suivi et uneinformation continuels sur les travaux afin de recueillir les objets curieux, parfois perdus oudétruits, qui pourraient fournir des renseignements sur les structures. Evoquant l’initiative privée duterrassement, Nicolas-Victor Duquénelle se réfère aux fouilles conduites chez Monsieur Contet-Muiron. Les procédures d’acquisition des objets sont intéressantes, car elles témoignent de latransition entre la découverte de l’objet à son entrée dans la collection privée. Elles sont entenduesdans deux sens : d’une part la nature et le contact entre les contractants ; et d’autre part la répartitiondes objets entre les antiquaires.Les profils sont variés. Il s’agit d’ouvriers qui, lors de l’exécution de travaux, ont découvert desobjets d’art et d’archéologie. Il s’agit encore d’habitants, dans les zones rurales particulièrement,qui entretiennent les antiquaires de leurs découvertes, sans doute après avoir labouré un terrain,l’activité agricole étant très prospère.225 Bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1843-44, p. 134.226 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur une des sépultures de l’époque gallo-romaine découvertes à Reims en1846 ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 6 février - 7 mai 1846, vol. 4, n°11, p. 109-114.227 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1843-1844, p. 35-40.228 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Découvertes archéologiques, à Reims, pendant l’année 1847 ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 13 juin 1847 – 7 janvier 1848, vol. 7, n° 2, p. 394-402. 59
  8. 8. Concernant ces deux types, l’antiquaire et ses pairs, dans leurs publications, usent du terme del’acquisition pour qualifier le transfert du bien d’une personne physique à leur collection. Ce terme,pourtant, est explicite. S’il définit bien l’entrée en possession d’un bien par un tiers, il n’en précisecependant pas le mode. Celui-ci est pourtant multiple : il se caractérise par le travail, l’échange, lecontrat, la donation ou l’achat. La valeur marchande de l’objet archéologique n’est pourtant plus auXIXe siècle à démontrer. Nicolas-Victor Duquénelle, évoquant l’acquisition des monnaies romainesdécouvertes à Signy-l’Abbaye, explique qu’il a acquis la totalité « moins 30 pièces qui ont étédonnées 229 ». Si cet exemple n’exclut pas la donation, il tend cependant à démontrer que,concernant le contrat entre l’habitant et l’antiquaire, l’acquisition a eu lieu moyennant paiement.Dans ce registre, Joseph-Louis Lucas, dans sa Notice sur quelques découvertes d’objets d’antiquitéset de médailles romaines, faites à Reims et dans le pays rémois, de 1820 à 1840 230, présente lacollection constituée par son père, Lucas-Dessain, qu’il a complétée. Particulièrement, il évoque desfouilles dans le pays rémois de 1822 à 1829, dont les découvertes de « trésors viennent consolerl’ouvrier de l’âpreté de ses travaux ». Le contemporain de l’antiquaire Nicolas-Victor Duquénellepeut bien sûr décrire la jouissance esthétique que procure la vue de tels objets par l’ouvrier. Il peutcependant tout aussi bien évoquer l’apport matériel que constitue pour la classe ouvrière ladécouverte de tels objets et le profit qu’ils peuvent en dégager. L’intéressement d’ouvriers pour lesobjets archéologiques est d’ailleurs reconnu par différentes sources, aux auteurs différents : unecontribution du Bulletin de la société de l’histoire de France 231 éditée en 1844 et une publication deNicolas-Victor Duquénelle en 1847 convergent sur ce point.La législation énonce « la libre et pleine disposition » du propriétaire « de tout ce qui est enfouidans son terrain, sauf le droit de partage attribué à l’inventeur 232 ». De fait, la cession d’un objet parun propriétaire n’est pas interdite. Elle est en revanche illégale pour un ouvrier, qui ne jouit d’aucundroit de possession et de propriété.Si le mode opératoire pour l’acquisition des objets archéologiques est incertain ou hypothétiqueentre le terrassier ou l’habitant et l’antiquaire, il ne l’est en revanche pas pour le contact entrel’antiquaire et le marchand. Dans le compte-rendu des travaux de l’Académie de Reims pour lesannées 1882 et 1883 233, le secrétaire général Henri Jadart évoque la rencontre de Nicolas-VictorDuquénelle avec des « chercheurs d’objets antiques » qui lui présent des objets mérovingiens229 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1865, p. 4.230 LUCAS, Louis-Joseph, « Notice sur quelques découvertes d’objets d’antiquités et de médailles romaines, faites àReims et dans le pays rémois, de 1820 à 1840 ». Annales de l’Académie de Reims, 1842 – 1843, vol. 1, n°1, p. 339-348.231 Bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1843-44, p. 134.232 LUCAS, Louis-Joseph, « Communication », Séances et travaux de lAcadémie de Reims, 5 juillet 1844-7 mars 1845,vol. 1, p. 165-166.233 JADART, Henri, « Compte-rendu des travaux de l’année 1882-1883 ». Travaux de l’Académie nationale de Reims,1882-1883, vol. 73, n° 1-2, p. 11-35. 60
  9. 9. trouvés à Luternay. L’antiquaire, lui-même, confirme cette version : « Il y a quelque temps, jai étémis en relation avec des chercheurs dobjets antiques, et ces Messieurs sont venus à deux meprésenter une série dobjets mérovingiens; cétait une petite collection de bijoux en argent, dontquelques-uns très rares et dune bonne conservation ; après quelques pourparlers et discussion sur leprix de vente de leur trouvaille, nous sommes tombés daccord, et ce sont des objets que je vais vousprésenter et vous faire connaître » 234.Il est entendu que l’antiquaire Nicolas-Victor Duquénelle est un homme de terrain. Qualifiéd’ « attrape-tout » par l’abbé Valentin 235, Charles Loriquet ajoute que l’antiquaire rémois est « lepremier averti des découvertes qu’on fait à Reims, parce qu’il a le soin persévérant de parcourir laville dans tous les sens et d’interroger toutes les fouilles qui s’y pratiquent 236 ». Ainsi évoqué, onpeut penser que par cette posture d’homme de terrain, l’antiquaire optimise les chancesd’acquisition des objets présentant le plus grand intérêt ou une curiosité.Toutefois, il semble qu’il existe un partage des objets archéologiques, relevés des fouilles, entre lesantiquaires. Evidemment, il est coutumier que plusieurs antiquaires suivent les fouilles urbaines aumême endroit. Nicolas-Victor Duquénelle qualifiant particulièrement le nord-est de la ville comme« mine inépuisable de richesses archéologiques », il est à envisager une présence de plusieursantiquaires sur un même site en déblaiement. Cette approche permet d’esquisser un état des lieuxdans la nature des relations entre les antiquaires d’une même ville : la concurrence et la rivalité ouau contraire la solidarité et la complémentarité.Un certain nombre d’éléments tenterait à confirmer un statut concurrentiel. Joseph-Louis Lucas,dans une de ses publications, fait une communication sur les objets archéologiques découverts dansl’ancien cimetière Saint Nicaise. La description qu’il en fait, l’évocation des vols et sa nominationdans une organisation dyarchique l’associant avec l’antiquaire Duquénelle à une commissionchargée de proposer à l’administration des résolutions en accord avec le droit pour la surveillancedes sites, laissent à penser qu’il a lui-même participé à l’avancement des travaux. Pourtant, lamédaille, « Sévère d’une admirable conservation » selon l’appréciation de Joseph-Louis Lucas, esten possession de Duquénelle. Il évoque d’autres objets, vases, pièces de cuivre et statuette enbronze 237, mais rien dans son propos ne permet de confirmer qu’il en est le détenteur. La présence234 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Les objets mérovingiens trouvés à Luternay et offerts au Musée de Reims. Noticelue par M. Duquénelle à la séance de lAcadémie du 22 décembre 1882 ». In : JADART, Henri, Victor Duquénelle,antiquaire rémois, 1807-1883. Notice sue sa Vie, ses Travaux et ses Collections avec diverses œuvres posthumespubliées par lAcadémie de Reims. Reims : Michaud, 1884, p. 32-41.235 VALENTIN, Nicolas (abbé), « Notice historique et descriptive des monuments historiques et religieux du canton deFismes ». Travaux de l’Académie impériale de Reims, 1863-1864, vol. 40, n° 3-4, p. 215-328.236 LORIQUET, Charles, La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, étude sur les mosaïques et sur lesjeux de l’amphithéâtre. Reims : Brissart-Binet, 1862, p. 101.237 LUCAS, Louis-Joseph, « Communication », Op.cit, 1844-1845, p. 165. 61
  10. 10. commune de ces spectateurs de l’archéologie suggère une chasse à l’objet. Les antiquairesDuquénelle et Lucas, dans leur configuration, sont des collectionneurs. Leur intérêt réside dans lerecueil des objets. Si on ne peut évoquer de rivalité, la concurrence est en revanche plausible.En effet, de même que le recueil d’objets archéologiques se définit comme la contribution à uneplus-value territoriale, il peut aussi être un dessein d’affirmation et d’ambition d’une primautéindividuelle. En 1845, Charles Dufour d’Amiens est mandaté par l’Académie de Reims pourprésenter un rapport 238 sur les richesses archéologiques et l’intérêt historico-local que renferme lecabinet d’antiquités de Joseph-Louis Lucas. Il visite ensuite les cabinets de Nicolas-VictorDuquénelle et de Monsieur Duchêne. Par ce rapport, sans doute fortuitement, Charles Dufourinstalle un triumvirat de l’archéologie rémoise.De plus, l’objet archéologique étant doté d’une valeur marchande, l’acquéreur peut aussi être unacheteur. Le départage de l’appât se fait alors au profit de celui qui propose la somme la plusintéressante et qui surenchérit. L’objet détient une valeur esthétique par le regard mais aussi unevaleur marchande par la transaction commerciale, selon les critères de nature et d’origine spatio-temporelle 239. Il comporte originellement une dimension économique et matérielle, avec valeurd’échange ou d’achat 240.Cette valeur marchande de l’objet archéologique est d’ailleurs clairement énoncée dans le tableaurécapitulatif dressé après le décès de l’antiquaire par la régie municipale de Reims, annexé à soncatalogue. Les valeurs de 1860 et 1883 sont indiqués et montrent une plus-value 241. L’objetmarchand est en effet une valeur fluctuante, en fonction de l’offre et de la demande 242.D’autres éléments au contraire laissent à penser à une solidarité entre antiquaires. Dans le cadred’une association commune aux fouilles, on peut penser à un entendement préalable sur larépartition des objets trouvés. Dans sa lettre à Adrien de Longpérier, Nicolas-Victor Duquénelle,évoquant la découverte des cachets d’oculistes, signifie leur lieu de conservation : le premierd’entre eux appartient à Joseph-Louis Lucas alors que les deux autres sont en sa possession 243. Dansla présentation de sa Nomenclature d’objets d’antiquités récemment découverts à Reims 244, Nicolas-Victor Duquénelle évoque une dissémination des poteries dans diverses collections privées, dont238 DUFOUR, Charles, Rapport sur les cabinets d’antiquités de MM. Louis-Lucas, Duquenelle et Duchène. Reims :Jacquet, 1845, 19 p.239 BERTRAND-DORLEAC (dir.), Op.cit, 1992, p. 9-11.240 POMIAN, Krzysztof, Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris, Venise : XVIe-XVIIIe siècle, coll. Bibliothèquedes histoires. Paris : Gallimard, 1987, p. 12.241 M.S.R., Fonds de documentation : Duquénelle (catalogue).242 BERTRAND-DORLEAC (dir.), Op.cit, 1992, p. 26.243 A.M.N, Série A : A21 1855, 25 août : Note par Duquenellet sur quelques objets antiques trouvés à Reims.244 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Nomenclature d’objets d’antiquités récemment découverts à Reims ». Annales del’Académie de Reims, 1843-1844, vol. 2, p. 39. 62
  11. 11. celle de Monsieur Duchêne. Dans une autre publication, l’antiquaire plaide pour un suivi et uneinformation continuels des fouilles, afin d’éviter les vols et comprendre les structures d’accueil desobjets, parfois détruites ou perdues 245. Cette idée de Nicolas-Victor Duquénelle suggèrel’opportunité d’une mise en place postérieure, dans un cadre officieux et collectif reposant surl’Académie, de visites de terrain tournantes par les antiquaires, permettant ainsi l’équitéindividuelle dans la répartition collective des objets trouvés. Nicolas-Victor Duquénelle, enprolongeant la réflexion, érige l’antiquaire en gardien et en protecteur du passé contre la maladresseet la négligence des ouvriers, évoquées dans sa lettre à Adrien de Longpérier 246.Il existe une autre forme de solidarité entre antiquaires. Dans sa Note sur une des sépultures del’époque gallo-romaine découvertes à Reims en 1846 247, l’antiquaire Nicolas-Victor Duquénelleannonce avoir cédé un vase à Joseph-Louis Lucas. La pratique précédente énonce l’antériorité del’accord sur la répartition des objets à la fouille ; et, celle de la cession, en revanche, illustre sapostériorité à la fouille, et exclut tout accord.Parfois déboutés dans leur tentative d’acquisition d’objets antiques, les antiquaires ont la possibilitéde demander des empreintes ou des moulages, dont la technique pour ce dernier procédé a étédéfinie au XVIe siècle et répandue sous le règne français louis-quatorzien 248. Cette pratique estrelatée par l’antiquaire Duquénelle lorsqu’il évoque, dans son catalogue, un cachet d’oculiste trouvérue Lesage à Reims qu’il n’a pu acquérir, mais dont il a pu avoir les empreintes 249. Elle estparticulièrement propice à l’étude des noms et à l’énonciation d’une démonstration sérielle ;l’antiquaire rémois, souhaitant ajouter à l’étude des dix cachets d’oculistes rémois publiés pour unecontribution à la sigillographie médicale et possédant cinq d’entre eux, dont l’un donné au muséedes antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye 250.Dans tous les cas, l’antiquaire fait état dans certaines publications des découvertes annuellesd’antiques. Il évoque les trouvailles faites dans les environs de Boult-sur-Suippes, faisant partie descabinets de Monsieur Bourgeois et de Monsieur Mennesson 251. Cela signifie, dans la pratique, soitle report quotidien dans un répertoire des acquisitions faites par les antiquaires, soit unecollaboration dans l’étude entre ces derniers, particulière ou collective, régie par la base locale245 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Découvertes archéologiques, à Reims, pendant l’année 1847 ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 13 juin 1847 – 7 janvier 1848, vol. 7, n°2, p. 398.246 A.M.N, Série A : A21 1855, 25 août : Note par Duquenellet sur quelques objets antiques trouvés à Reims.247 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur une des sépultures de l’époque gallo-romaine découvertes à Reims en1846 ». Séances et travaux de l’Académie de Reims, 6 février - 7 mai 1846, vol. 4, n°11, p. 109-114.248 HASKELL, Francis, PENNY, Nicholas, Pour lamour de lantique : la statuaire gréco-romaine et le goût européen,1500-1900. Paris : Hachette Littératures, 1988, rééd. 1999, p. 109-119.249 M.S.R., Fonds de documentation : Duquénelle (catalogue).250 M.S.R., Fonds de documentation : Duquénelle (catalogue).251 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur quelques antiquités trouvées à Reims en 1852 ». Op.cit, 1852-1853, p.209. 63
  12. 12. qu’est l’Académie de Reims. Cette pratique suggère une complémentarité, forcée ou voulue, dumoins dans la mise en commun d’études archéologiques locales par la soumission à la publicationdans les travaux de l’Académie de Reims. Le spectacle des fouilles et l’acquisition des objets par les antiquaires, enfin, sont lestémoins de leurs motivations et définissent leur rapport à la collection, dans sa conception et sanature.Dans une lettre au directeur du musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, Nicolas-Victor Duquénelle écrit au « cher maître », marquant un souci de modestie mais aussi d’affiliationarchéologie et, évoquant une des stèles qu’il détient, livre à son interlocuteur qu’elle provient del’ancien cabinet de Joseph-Louis Lucas, « ancien notaire de Reims qui avait hérité de son père unetrès intéressante collection d’antiquités qu’il a vendue en 1868 » 252. Cette vente provoque ainsi ladispersion de la collection.La motivation d’un antiquaire, hormis la vente, est la création par la collection d’un monde parallèleau commerce de l’art. La collection est ainsi définie, partiellement, par Krzysztof Pomian : il s’agitde « tout ensemble d’objets naturels ou artificiels, maintenus temporairement ou définitivementhors du circuit d’activités économique, soumis à une protection spéciale dans un lieu clos aménagéà cet effet, et exposés au regard 253 ».Une autre de ses motivations est l’étude archéologique, définie par une méthode historique. La démarche historique La pièce archéologique, entrée dans la collection de Nicolas-Victor Duquénelle, estétudiée puis reçoit un classement dans le catalogue de l’antiquaire. Ainsi, l’objet dans sonoriginalité intègre un corpus collectif. Par l’édition, l’antiquaire entend expliquer l’objet. Il se place en contributeur de la sciencearchéologique au niveau local puis au niveau national. En rendant compte de ses travaux, Nicolas-Victor Duquénelle se perçoit comme un citoyen de l’archéologie, faisant son devoir. Dans lecatalogue de monnaies romaines découvertes à Signy-l’Abbaye 254, l’antiquaire évoque l’appel deCohen et estime que si tous les antiquaires étaient dans son état d’esprit, il existerait un cataloguegénéral et complet de la numismatique romaine. L’antiquaire-écrivain est en représentation et252 M.A.N, Correspondance : Lettre de Duquénelle du 4 juillet 1880.253 POMIAN, Krzysztof, Op.cit, 1987, p. 18.254 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1865, p. 33. 64
  13. 13. réalise ainsi une auto-promotion, se plaçant finalement dans une posture de constructeur del’archéologie. Il inscrit l’histoire locale dans une histoire universelle, relevant l’intérêtarchéologique du sol rémois, voire son unicité. Dans sa lettre à Adrien de Longpérier en 1855 255,l’antiquaire ose une comparaison entre la richesse du sol rémois et les fouilles d’Herculanum et dePompéi au siècle antérieur. A cet effet, les publications de Nicolas-Victor Duquénelle répondent àl’actualité de la recherche archéologique rémoise et locale et permettent de comprendre la méthodeet le raisonnement de l’antiquaire.Ce raisonnement discursif se ventile en plusieurs phases : l’objet est décrit et contextualisé, puisdéfini dans son usage et dans son intérêt, interprété par la justification avant de finalement recevoirun classement. Dans un premier temps, Nicolas-Victor Duquénelle entreprend une description de l’objet. Ilévoque la nature du matériau et ses mesures, son lieu de découverte et sa situation stratigraphique,ainsi que la narration épigraphique et iconographique de l’objet, son état de conservation etéventuellement sa fracture artistique.L’antiquaire n’est pas un critique d’art. Néanmoins, certains de ses discours laissent apparaître uneappréciation. Décrivant la fibule en bronze trouvée dans la sépulture antique de la place de laCouture, l’antiquaire évoque un « beau travail » 256. Ce jugement qualitatif reste cependantdescriptif, et Nicolas-Victor Duquénelle n’évoque nullement le style et le traitement donné parl’artiste à l’objet. Cette attention portée à la fracture artistique de l’objet est par ailleurs communechez les antiquaires. Dans sa lettre à Adrien de Longpérier, l’antiquaire rémois évoque lesincrustations d’argent de deux spatules « d’un travail délicat et vraiment artistique » 257 ; et CharlesDufour, analysant des médailles gauloises, souligne « la finesse de la pâte et la régularité desbourrelets » 258. Cette démarche particulière vise surtout à montrer la qualité d’exécution des objets,leur curiosité et leur rareté, mais aussi d’attribuer une époque à une trace matérielle du passé selonsa fracture artistique.Lorsqu’il s’agit de présenter l’objet dans un collectif, l’antiquaire entreprend une description pargenre.Cette démarche descriptive permet à l’antiquaire de définir la typologie de l’objet, et d’orienterainsi son étude. Ainsi, il attribue à l’objet une carte d’identité, qui certifie son originalité et l’inscritdans un corpus collectif par genre. Le discours de la description permet d’esquisser l’analysehistorique. Les matériaux sont les marqueurs de l’appartenance de l’objet à un cycle économique255 A.M.N, Série A : A21 1855, 25 août : Note par Duquenellet sur quelques objets antiques trouvés à Reims.256 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1852-1853, p. 201.257 A.M.N, Série A : A21 1855, 25 août : Note par Duquenellet sur quelques objets antiques trouvés à Reims258 DUFOUR, Charles, Op.cit, 1845, p. 14. 65
  14. 14. conjoncturel ou à un peuple particulier. Ses dimensions, son lieu de découverte, son iconographieainsi que ses inscriptions peuvent laisser présager de son usage. Sa situation dans le sol fournit unpremier indice de datation et de contextualisation. Quant à son état de conservation, il permetd’apprécier les pressions qu’il a subies comme l’humidité.La description de l’objet effectuée, Nicolas-Victor Duquénelle peut s’adonner à la contextualisationet à l’interprétation de l’objet. Puis, l’antiquaire adopte un discours de contextualisation et de datation de l’objet.Il a, pour cela, recours à la philologie. Apportant une justification sur le nombre d’oculistes àl’époque romaine et leurs pratiques, l’antiquaire se réfère au témoigne des auteurs anciens 259. Dansune lettre à Adrien de Longpérier en 1855 260, Nicolas-Victor Duquénelle évoque trois objets trouvéset justifie leur contextualisation et leur usage par la philologie et l’apport des textes anciens. Ilrapporte la description de l’hypospathistère à double tranchant en forme de spatule fournie par Pauld’Egyne pour critiquer et justifier sa forte similitude avec l’objet en présence. Puis, l’antiquairerapporte la description par le même auteur du et de son usage, pour finalementcertifier « sans aucun doute » le rapport avec une pince trouvée. L’antiquaire évoque enfin lesmaladies, la composition et l’action des médicaments à l’époque romaine et se reporte aux auteursanciens et notamment à Pline, auteur de référence ; qui, sur ces problématiques, apportent « uneinfinité de recettes » malgré « les erreurs et la naïve crédulité de son siècle ».Il s’agit pour l’antiquaire de légitimer son discours et apporter un démenti aux accusations dedilettantisme et d’amateurisme. Mieux encore, dans le cas de la correspondance avec Adrien deLongpérier, l’écrit doit faire la preuve de l’érudition de Nicolas-Victor Duquénelle, de son senshistorique par la justification et la critique systématique de son raisonnement, et de l’intérêt quiporte à la méthode archéologique. Outre la légitimation de son discours, et au-delà de sa personne,l’antiquaire s’appuie sur l’incontestabilité des sources écrites et la transversalité disciplinaire pourapporter à l’objet une contextualisation irréfutable.La philologie est inscrite dans la tradition antiquaire. Elle reste au XIXe siècle un recours pourjustifier le discours des antiquaires. Dans sa notice sur quelques découvertes d’objets d’antiquités etde médailles romaines, faites à Reims et dans le pays rémois, de 1820 à 1840 261, Joseph-LouisLucas évoque la collection de son père et précise que ce dernier fut un lecteur de la Vie des grandsHommes de Plutarque dans son édition de 1820. L’intérêt de cette édition réside dans sonannotation qui fournit des notices explicatives à l’antiquaire sur les moeurs et la vie des anciens.259 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1853, p. 404.260 A.M.N, Série A : A21 1855, 25 août : Note par Duquenellet sur quelques objets antiques trouvés à Reims.261 LUCAS, Louis-Joseph, Art.cit., 1842-1843, p. 340-341. 66
  15. 15. Cette édition semble rendre compte de l’actualité de la recherche archéologique, puisque Lucas pèrey apprend qu’on a découvert à Lappion des monnaies romaines.L’antiquaire, pour contextualiser l’objet, a également recours à la numismatique. Primée dans laplupart de ses publications, la méthode numismatique doit lui permettre d’affirmer sa personnalitéet « l’historien véridique » qu’il prétend être dans sa Physiologie de l’antiquaire.Pour dater une sépulture trouvée à l’emplacement de la place de la Couture, à un mètre et cinquantecentimètres du sol, Nicolas-Victor Duquénelle fait état de la découverte dans ce monument de deuxmédailles de Vespasien et de Titus 262.Dans son catalogue de médailles romaines, argent et billon, trouvées à Reims en novembre 1843 263,l’antiquaire avance une datation de l’enfouissement monétaire en 226, qu’il justifie. L’antiquaires’appuie sur l’iconographie du revers qui présente la tête princière de Sévère Alexandre jeune etimberbe, puis sur la légende M. ALEXANDER CAESAR qui confirme que ces pièces ont étéfrappées avant l’an 222, enfin sur une pièce à l’effigie de sa troisième épouse ORBIANA et dont lemariage est antérieur à 226. Par un croisement des données, Nicolas-Victor Duquénelle adoube lanumismatique en outil de lecture et de confirmation historique.Dans le cas de la notice sur une médaille gauloise inédite de type romain 264, Nicolas-VictorDuquénelle propose une datation par défaut, par un recours à la méthode analogique. Il propose dece fait pour datation la troisième période, lorsque les gaulois abandonnèrent le type grec pour letype romain tout en conservant leurs attributs particuliers – ici, le lion et la tête casquée –. Puis, parextension dans son raisonnement, l’antiquaire propose pour localité la ville de Reims, par analogieavec la médaille REMOS ATISIOS qui présente le lion. Dans ce cas, il a recours à la méthodecomparative pour déterminer par analogie l’origine de l’objet ou sa datation. Il se réfère égalementaux ouvrages contemporains de référence et spécialisés pour construire son discours et le légitimer.Pour la médaille gauloise inédite, l’antiquaire s’appuie sur la méthode d’Edouard Lambert, énoncéedans son ouvrage intitulé Essai sur la numismatique gauloise du nord-ouest de la France, publié en1844.La numismatique est également un recours pour l’antiquaire par l’analyse quantitative. En 1851,Nicolas-Victor Duquénelle commande à Edme-Jules Maumène l’analyse de pièces gauloises pour262 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1852-1853, p. 201.263 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1844, p. 13-14.264 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Notice sur une médaille gauloise inédite ». Séances et travaux de l’Académie deReims, 27 octobre 1848 – 7 mars 1849, vol. 9, n°1, p. 224-226. 67
  16. 16. en déterminer un alliage d’or, d’argent et de cuivre 265. L’étude des matériaux permet à l’antiquaired’en préciser la datation.Dissertant sur les monnaies romaines découvertes à Signy-l’Abbaye 266, Nicolas-Victor Duquénellecritique puis justifie, à partir des éléments en sa possession, leur date d’enfouissement. A partir del’attribution de la puissance césarienne à Salonin entre 253 et 259 et l’utilisation du billon dans uneconjoncture économique, l’antiquaire en déduit que la datation de l’enfouissement serait 256.Enfin, dans la note sur un denier inédit de Massanès Ier, archevêque de Reims 267, Nicolas-VictorDuquénelle réfute la chronologie admise des évêques rémois. Il propose par l’analyse des reversune nouvelle classification et adopte le titre d’ARCHIPRESVL pour l’évêque Massanès Ier et letitre d’ARCHIEPISCOPVS pour l’évêque Massanès II. Il contredit ainsi par l’étude numismatiquela théorie de Suippes.L’intention de l’antiquaire par le recours à la numismatique est d’étoffer son profil de spécialisationet de promouvoir par la méthode son action dans le champ archéologique, et ainsi d’exclure toutamateurisme dans la perception de son discours. L’antiquaire dans la justification est enreprésentation. Nicolas-Victor Duquénelle veut également promouvoir l’apport de la discipline dansle champ archéologique par la preuve.L’antiquaire énonce enfin la description stratigraphique pour démontrer que l’histoire des objetsprend place dans les ères du sol. Il évoque en effet dans chacune de ses publications la place desobjets dans le sol. Dans cette même perspective spatiale, Nicolas-Victor Duquénelle replace l’objetdans sa configuration géographique. L’objet permet une réécriture historique de la géographieurbaine locale aux ères antérieures. Apportant une nomenclature aux ossements découverts entre lesportes de Vesle et de Fléchambault sur une ancienne voirie, l’antiquaire souligne que ce dépôt étaithors des limites de l’ancienne ville 268, tout comme les cimetières. Evoquant les importantesdécouvertes d’objets d’antiquités au faubourg Cérès, Nicolas-Victor Duquénelle en déduit quel’emplacement contemporain de la ville de Reims n’est pas dans la même configuration qu’àl’époque de la domination romaine 269. L’antiquaire émet la possibilité du déplacement des habitantsde l’enceinte primitive vers la rivière, justifiant cette hypothèse par la présence de voies romaines àun mètre du sol.265 MAUMENE, Edme-Jules, « Analyses de pièces gauloises en plomb et en or ». Séances et travaux de l’Académie deReims, 1er trimestre 1851, vol. 13, n° 1-2, p. 288-290.266 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1865, p. 33-35.267 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Note sur un denier inédit de Massanès Ier, archevêque de Reims ». Séances ettravaux de l’Académie de Reims, 23 mai 1845 – 16 janvier 1846, vol. 3, n°1, p. 110-113.268 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1843-1844, p. 39.269 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1844, p. 14. 68
  17. 17. Par un croisement des données, de nature philologique, numismatique ou stratigraphique, Nicolas-Victor Duquénelle veut démontrer les ressources et les opportunités qui s’offrent à l’antiquaire pourétablir un raisonnement complet et justifié, descriptif et interprétatif. Au-delà, il souhaitetransformer la pluridisciplinarité en une interdisciplinarité : cest-à-dire le recours à diversesdisciplines et méthodes pour construire une archéologie autonomisée de l’histoire. Cependant,critiquant puis justifiant son raisonnement pour apporter à l’objet une datation, Nicolas-VictorDuquénelle adopte une méthode historique corrélée au genre archéologique. Après quoi, l’antiquaire apporte à l’objet une interprétation sur son usage. L’archéologieconsiste en effet en l’étude des objets, mais aussi de leur intégration dans les us, mœurs et coutumesdes peuples. L’antiquaire répond ainsi à ce souci.La plupart des objets est vouée à un usage cultuel. Dans le cas d’une pierre, Nicolas-VictorDuquénelle y voit un autel votif répondant au type gallo-romain car figuré. Selon l’antiquaire, lesautels primitifs et gaulois, ne donnaient lieu à une figuration du fait des druides qui voyaient en lareprésentation des divinités un affaiblissement de leur pouvoir. Par la méthode comparative etl’association à d’autres objets similaires, l’antiquaire voit en cet autel votif tricéphale un culte auxdieux Lares qui étaient particuliers à une localité ou à une habitation et qui protégaient les champsdélimités par des bornes 270. L’antiquaire évoque également un couteau primitif à sacrifice et à usagedomestique, une patère en cuivre et deux petites cuillers qui servaient respectivement à recueillir lesang des sacrifiés et à répandre les parfums lors du sacrifice. Ainsi, Nicolas-Victor Duquénelleinscrit ces objets dans un cérémonial.Dans sa nomenclature d’objets d’antiquités 271, l’antiquaire fait état d’ossements d’animaux etd’objets. Il évoque une hache, appelé dans le discours historique un merlin, qui servait à tuer lesanimaux. L’antiquaire confirme cette interprétation par les fractures sur les os du col. Il s’agit pourl’antiquaire d’un objet d’usage, se différenciant de la hache de sacrifice appelée malleus. Pourargumenter son propos, l’antiquaire, comme il l’énonce, a recours à des manuels et ouvragescontemporains sur l’Antiquité. Il poursuit ainsi sa nomenclature : les secespila qu’il a découvertsservaient à égorger les victimes et les cultelli à les démembrer. Concernant le couteau suivant,l’antiquaire recourt très directement à la méthode comparative, avec une urne en terre acquise,contenant des médailles gauloises et un couteau ressemblant à l’objet étudié. Il inscrit ainsi l’objetdans le collectif des découvertes pour interpréter la vie des anciens. L’antiquaire, surtout, entenddémontrer la multiplicité de la démarche archéologique, son aspect théorique avec le recours aux270 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1852, p. 202-203.271 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Art.cit., 1843-1844, p. 37-40. 69
  18. 18. auteurs anciens et aux ouvrages contemporains, et son aspect pratique avec les méthodes de terrain ;et qu’il répond à ce profil sérieux.Les études sur l’atelier monétaire de Damery ont donné lieu à une divergence d’avis entre Joseph-Louis Lucas et Nicolas-Victor Duquénelle, qui se répondent par la publication. Le premier, dansson discours de réception à l’Académie du 3 février 1843 272, attribue à cet atelier la pratique dufaux-monnayage. Le second en combat l’idée et livre ses analyses 273. Le faux monnayage, dans ladéfinition fournie par l’antiquaire Duquénelle, consiste en « l’altération du métal et l’abaissementdu titre légal des monnaies, tout en leur conservant leur forme et aspect ». Joseph-Louis Lucas, sejustifiant, considère que l’analyse comparative apporte la preuve que le faux-monnayage se baseraitsur les différences dans la composition métallique entre Posthume et Septime Sévère. Nicolas-Victor Duquénelle réplique que l’altération du titre des monnaies s’effectuait au gré des empereurset fixe la fondation de l’atelier monétaire après le règne de Posthume, à l’époque des trente tyrans.Pour le cas très particulier des cachets d’oculistes 274, l’antiquaire se réfère aux textes anciens et àl’iconographie pour déterminer l’usage des objets. Il rapporte que le scalpel évoqué par Pauld’Egyne servait au traitement des maladies de la paupière. Il émet cependant la critique suivante : lematériau, le bronze, provoque des inflammations. Cette critique est pratique puisque l’antiquaire estpharmacien de formation. Il explique toutefois la réalité de cet usage par la méconnaissance de ceproblème par les anciens. Cette justification, même si elle s’avère exacte, peut paraître fantasque.La légende, quant à elle, lui permet de définir les propriétés des collyres. Puis, l’objet est classé. L’antiquaire s’appuie pour cela sur les manuels spécialisés.Concernant le classement des monnaies romaines trouvées à Signy-L’abbaye 275, l’antiquaire suitl’ordre invoqué par Cohen qu’il qualifie de « meilleur guide pour une classification ». Ainsi,Nicolas-Victor Duquénelle use des ouvrages de référence pour organiser et ordonner sa collection,mais aussi pour construire et légitimer son discours. L’antiquaire, à tout moment de son discours,illustre ses propos de références reconnues pour se justifier. Le classement de l’objet signifiant sonexistence réelle au sein de la collection, cette étape est très importante. En cela, le cataloguetémoigne de l’existence d’un effort de classification. Le classement fournit à la collection unecohérence. Dans le cadre du classement numismatique, l’antiquaire dit y trouver des indiceshistoriques et géographiques. Ainsi, la collection, organisée par le classement, construit le discours,sa vérité et son authenticité.272 LUCAS, Louis-Joseph, Art.cit., 1842-1843, p. 347-348.273 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, « Quelques réflexions sur l’atelier monétaire de Damery ». Annales de l’Académiede Reims, 1842-1843, vol. 1, n°1, p. 349-354.274 A.M.N, Série A : A21 1855, 25 août : Note par Duquenellet sur quelques objets antiques trouvés à Reims.275 DUQUENELLE, Nicolas-Victor, Op.cit, 1865, p. 4. 70
  19. 19. Ayant défini la typologie et le genre de l’objet, l’ayant contextualisé et daté ou encore interprétédans son usage, l’antiquaire peut le classer. La démarche énoncée ci-dessus témoigne donc del’adoption d’une méthode, mais aussi d’un travail préalable constitué des critères de définition del’objet. Le catalogue de Nicolas-Victor Duquénelle est construit sur un raisonnement et unedescription organisés des objets, classés typologiquement et chronologiquement 276. Présenté enquatre cent soixante quatre pages manuscrites, il débute par la présentation des monnaiesconsulaires et s’achève par les noms de potiers. L’iconographie y est présente : l’antiquaireaccompagne certaines de ses notices descriptives d’un dessin ou d’une photographie. La démarche de l’antiquaire, pour autant, n’est pas originale. Charles Robert use de cettemême méthode. Analysant les médaillons de terre du cabinet Duquénelle, il adopte le mêmediscours formel de description, de fracture historique et artistique, d’interprétation et de justificationdes objets 277. Cette procédure dans le discours poursuit un but d’optimisation de l’analysehistorique et archéologique de l’objet. Elle permet surtout de fournir, par les étapes de description,de contextualisation et d’interprétation, et de certifier, par la justification l’irréfutable authenticitéde l’objet archéologique. Ces similitudes discursives observées laissent à penser qu’il existe uneméthode normative et un langage savant, qui permettent à Nicolas-Victor Duquénelle de faire valoirson érudition et d’affirmer son respect de la règle. Cette démarche et cette méthode permettent àl’antiquaire d’affirmer son identité de citoyen du XIXe siècle et parallèlement de s’appuyer surl’héritage antiquaire, aux traditions multiples. La méthode antiquaire est renouvelée au XIXe sièclepar l’unité et la complémentarité de ces traditions qui autrefois s’affrontaient, constituées du modèlephilologique et de la tradition textuelle remodelée par Bernard de Montfaucon 278, de la méthodenumismatique imposée par Jacob Spon et Ezéchiel Spanheim 279, de la méthode typologique etcomparative instaurée par le comte de Caylus 280 et de la méthode stratigraphique inventée enScandinavie, entendue du fait que le sol est considéré comme un livre d’histoire 281. L’antiquaireentend ainsi prendre sa place dans la généalogie multiséculaire des antiquaires. Aussi, le rémois Nicolas-Victor Duquénelle s’immisce par la méthode et le discours au seinde cercles savants, institutionnels et humains.276 M.S.R., Fonds de documentation : Duquénelle (catalogue).277 ROBERT, Charles, Médaillons de terre du cabinet Duquénelle. Nogent-le-Rotrou : impr. Daupeley-Gouverneur,1882, 7 p.278 SCHNAPP, Alain, Op.cit, 1993, p. 287-292.279 Ibid., p. 221-226.280 GRAN-AYMERICH, Eve, Op.cit, 2007, p. 30-32.281 SCHNAPP, Alain, Op.cit, 1993, p. 77-78. 71

×