ARTICLE OLJ 2014

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ARTICLE OLJ 2014

  1. 1. Le Liban compte le plus grand nombre de fumeurs dans la région Malgré l’absence de recul, la cigarette électronique reste bien moins dangereuse Dr Zeina ASSAF MOUKARZEL | OLJ 30/05/2014 L'entrée en scène, très médiatisée, de la cigarette électronique provoque des réactions: il y a ceux qui y voient un produit utile, voire salutaire, pour réduire les effets désastreux de la cigarette traditionnelle, et ceux qui redoutent ses effets nocifs, à divers égards. Qu'en est-il au juste? La fumée de cigarette contient plus de 4000 composés chimiques toxiques dont 60% sont cancérigènes. Elle est responsable de nombreuses maladies, aussi bien chez les fumeurs actifs que passifs. Chez les enfants de parents fumeurs, on note une fréquence plus élevée d'infection des voies respiratoires hautes, d'otite à répétition, d'asthme, de mort subite du nourrisson...
  2. 2. Le tabagisme est l'épidémie évitable la plus importante. En 2003, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a adopté une convention pour lutter contre le tabagisme: 176 pays l'ont signée, dont le Liban. Des mesures ont alors été prises au nombre desquelles l'interdiction de vente aux mineurs et l'interdiction de fumer dans les lieux publics fermés. La même année est introduite, sur le marché chinois, la cigarette électronique également connue sous d'autres termes: e-cigarette, EC, e-cig, ENDS (Electronic Nicotine Delivery System), ENDD (Electronic Nicotine Delivery Device). Inventée par Hon Lik, un pharmacien chinois lui- même grand tabagique, comme un outil d'aide au sevrage du tabac, l'EC est exportée vers l'Europe en 2005, puis vers les USA en 2007. En vente libre et sans aucune réglementation, l'EC connaît ainsi un grand succès. Les fumeurs la perçoivent comme plus efficace pour le sevrage que les produits de substitution validés (patchs, gommes...) et comme moins nocive que la cigarette. Le nombre de «vapoteurs» en Europe et aux USA double entre 2012 et 2013. Ce n'est qu'en 2014, à la suite d'avis contradictoires mettant en question l'innocuité de l'EC, que les États réagissent. Il est ainsi interdit de «vapoter» dans les lieux publics fermés et la vente de l'EC aux mineurs est prohibée. Cela suscite un tollé parmi les lobbys pharmaceutiques, les industriels de l'EC, certains professionnels de santé et les «vapoteurs» eux-mêmes. Que contient l'EC et comment fonctionne-t-elle ? L'EC est formée de trois parties: la batterie, la cartouche (jetable) ou le réservoir (réutilisable) et l'atomiseur. Le liquide de l'EC, appelé e-liquide, contient de la nicotine (à des doses allant de 0 à 24 mg/ml), un produit produisant l'aérosol qui est son constituant majeur (propylène glycol et glycérine végétale) et des arômes artificiels (fruit, menthe, chocolat...). Si la nicotine, le propylène glycol et la glycérine végétal sont reconnus non toxiques et non cancérigènes, les produits chimiques utilisés pour les arômes sont eux toxiques pour les cellules, l'arôme café étant le plus dangereux. D'autres impuretés, irritantes et cancérigènes, comme les nitrosamines du tabac «non brûlé», sont retrouvées à des taux variables en fonction des marques, d'où l'importance du choix du e-liquide. À noter que ce qui est écrit sur le flacon n'est pas toujours vrai, d'où la nécessité d'un contrôle de qualité. Lors de l'aspiration, l'atomiseur, qui est une résistance, chauffe à faible température l'e-liquide. La nicotine est ainsi inhalée sous forme d'e-vapeur. Le rituel de la cigarette est conservé, par la forme de l'EC, la vapeur qu'elle produit (simulant la fumée) et la diode lumineuse située à l'extrémité de certains modèles (simulant un foyer de combustion). Il n'y a pas de combustion, donc pas de fumée et pas de production de monoxyde de carbone (CO). Plusieurs modèles existent sur le marché. Le tout dernier, l'e-cigarette «intelligente», qui est de fabrication française. Reliée à un téléphone portable, elle permet de surveiller le nombre de bouffées inhalées, ce qui permet au fumeur de contrôler sa propre consommation. Que sait-on à ce jour de ses effets sur la santé des « vapoteurs » ? Les scientifiques sont d'accord, qu'apportant moins de substances cancérigènes et de particules solides et ne produisant pas de CO, l'EC, comparée à la cigarette, devrait avoir peu d'effets néfastes sur la santé. À court terme, les études montrent une meilleure oxygénation du cœur et du cerveau et un moindre risque de toxicité cardiaque et de maladie bronchitique chronique. On peut parler ici d'une diminution des risques. Cliniquement, 75% des fumeurs qui utilisent l'EC perçoivent une amélioration du goût, de l'odorat, du souffle, de la qualité du sommeil, de l'humeur, de la mémoire, de l'appétit, de
  3. 3. l'endurance et de la performance sexuelle. Il en est de même des pathologies liées au tabagisme, comme les maladies pulmonaires chroniques, l'asthme, les maladies coronariennes, l'hypertension. Ceci est en relation avec la réduction du tabagisme qui en résulte, plutôt qu'avec l'EC elle-même. Les effets secondaires décrits sont bénins et transitoires, comme la sécheresse de la gorge, le saignement de la gencive, la toux, les céphalées, les palpitations et une augmentation de l'appétit qui s'explique par l'amélioration du goût et de l'odorat. Le principal risque connu aujourd'hui reste la dépendance qui peut être pharmacologique à la nicotine ou comportementale par la gestuelle. Le passage des «vapoteurs» non-fumeurs à la cigarette serait alors très probable. Cela est particulièrement vrai pour les adolescents, sachant que 90% des fumeurs ont commencé à fumer à l'adolescence, période très propice à l'installation des addictions. D'autre part, des incidents sont rapportés, tels que des irritations cutanées lors des manipulations et des ingestions accidentelles par les enfants. Peut-on parler de « vapotage passif » ? Bien que les particules de l'e-vapeur ne restent pas longtemps dans l'environnement, les scientifiques ont donné la preuve du «vapotage passif». On retrouve ainsi les mêmes taux (bien que bas) de cotinine dans le sang (métabolite de la nicotine) chez les «vapoteurs» et les personnes non-fumeuses exposées à l'e-vapeur. Les tests respiratoires montrent également dans les deux groupes des signes d'obstruction bronchique. La toxicité de l'e-vapeur ne serait pas liée aux concentrations en nicotine, mais au processus de production et aux substances chimiques toxiques et irritantes qui forment les arômes. Encore une fois, celui du café semble être le plus toxique. Cependant, l'e-vapeur reste significativement moins toxique que les extraits de la fumée de cigarette. Quelles recommandations faut-il donner ? Aujourd'hui, les réponses obtenues à la question «est-ce que l'EC est dangereuse?» sont très contradictoires et dépendent de la personne à laquelle on la pose (experts, États, médecins, fabricants, industriels du tabac...). Il ne faut pas oublier que c'est un marché fructueux et que des intérêts économiques sont en jeu, l'industrie du tabac étant le principal concurrent à l'EC. Ignorant ses risques à long terme (il faudra encore attendre plusieurs années), et en tant que médecin, je me réfère aux recommandations des autorités sanitaires qui préconisent la vigilance. L'EC devrait être interdite aux mineurs, aux femmes enceintes, aux non-fumeurs et dans les lieux publics fermés. Bien que son efficacité n'ait pas été prouvée supérieure aux autres substituts nicotiniques, je la prescrirai dans le cadre d'un protocole d'aide au sevrage du tabac, sous contrôle médical et pour une courte période, le temps de traiter la dépendance comportementale et gestuelle par une prise en charge psychologique. Le ministre du Commerce et de l'Économie avait interdit en 2011 l'importation du «narguilé» électronique. Mais ses ventes informelles augmentent, sans réglementation et sans contrôle de qualité. L'État devrait intervenir. Mais y arrivera-t-il, lui qui a déjà du mal à faire appliquer la loi antitabac?

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