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Préfaces du Guide des expertes 2013

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Préfaces du Guide des expertes 2013 par Françoise Héritier et Najat Vallaud-Belkacem

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Préfaces du Guide des expertes 2013

  1. 1. « Les compétences n’ont pas de sexe, pas plus que l’intelligence ou l’imagination créatrice. » par Françoise Héritier, professeur honoraire au Collège de FranceSavez-vous qui a découvert l’anomalie génétique à l’origine de la trisomie 21 ? Elle s’appelle MartheGautier et personne ne la connaît parce que le crédit de son travail de chercheuse et celui de sadécouverte ont été attribués à l’assistant du patron de son laboratoire. Certes, elle n’a pas protesté trèsfort. Mais ce fut un détournement avalisé par le patron même de son laboratoire, soucieux de renomméedans les publications scientifiques et dans les colloques internationaux. Personne, dans le milieuconcerné, n’a rien trouvé à redire à ce détournement qui concernait une femme et qui n’aurait pu se faireau détriment de n’importe quel homme. Dans l’esprit de tous, pour la crédibilité et pour le renom de ladécouverte, il valait mieux qu’elle soit mise au crédit d’un homme. La mettre au nom d’une femme auraitamoindri sa valeur, comme si l’« amoindrissement » collectif du statut des femmes dans le regard public secommuniquait à leurs oeuvres ou, à l’envers, mais avec le même sens, comme si la valeur intrinsèque et lacapacité de crédit accordé à une découverte impliquaient naturellement qu’elle soit l’oeuvre d’un homme.C’est pour ces mêmes raisons que la découverte du virus du sida, en France, a été créditée pendantlongtemps au seul Luc Montagnier, patron de laboratoire, alors que les authentiques découvreurs sontFrançoise Barré-Sinoussi et Claude Chermann (un homme, certes, mais moins titré que le patron), injusticeréparée récemment, mais partiellement, par l’attribution du Prix Nobel à deux d’entre eux.Il a fallu plus longtemps encore à Rita Levi-Montalcini, la grande neurobiologiste qui a eu le Prix Nobel en1986, soit quarante-cinq ans après qu’elle eut découvert le facteur de croissance neuronale, ce qui apermis d’avancer dans le traitement des tumeurs cancéreuses ou de la maladie de Parkinson (et encore a-t-elle dû le partager avec un assistant qui rejoignit son laboratoire des années après).Que dire de Marie Curie à qui fut refusé officiellement le poste de professeur à la Sorbonne parce qu’elleétait femme avant d’être savante et que, pour la dignité de la fonction, il fallait qu’un homme occupât ceposte ?Si nous nous tournons vers des temps plus anciens, c’est leur vie que les femmes risquaient à vouloir êtresavantes et à s’aventurer à la compétition avec des hommes. Hypathia, célèbre philosophe etmathématicienne des 3° et 4° siècles ap. JC, qui inventa l’astrolabe et la planisphère, enseignait sur laplace publique. L’évêque Cyrille la fait attaquer et littéralement mettre en pièces par des chrétiensfanatiques puis fait brûler les morceaux de son corps. L’ostentation du savoir rendait celui-ci doublementrépréhensible.Pour ne pas parler de la simple oblitération par défaut de la réalité historique. Toutes les grandesinventions préhistoriques, comme les manifestations artistiques ou cultuelles, ont toujours été imputéesau génie créateur de l’homme, au sens du mâle de l’espèce humaine. Depuis peu, on montre que lesfemmes ont sans doute participé à l’exécution des peintures pariétales, et qu’elles sont sans doute àl’origine de la domestication des espèces cultivées, car c’étaient elles qui les cueillaient, les rapportaient etavaient la possibilité d’observer les conditions de leur germination et de leur croissance.A l’heure actuelle, même dans des situations où l’égalité de compétences et de statut est théoriquementadmise, des femmes de savoir, expertes en leur domaine, ont pratiquement toutes connu ces instantsdésarçonnants où, seules femmes dans une réunion professionnelle où l’on débat d’un problème, elles ontavancé une idée ou une solution qui, comme une pierre chute dans un puits, sont tombées dans un silence
  2. 2. ,poli, voire gêné. Elles se demandent vaguement si elles n’ont pas, par inadvertance, dit une ineptie,jusqu’à ce que, quelques instants plus tard, un homme énonce cette même idée, accueillie cette fois-ciavec enthousiasme, en oubliant qu’elle avait déjà été émise et par une femme.La situation, celle du genre, a la vie dure. Rita-Montalcini, encore elle, disait de ses chercheuses qu’ellesétaient « toutes excellentes. Parce que les femmes ont été entravées pendant des siècles. Quand ellesont eu accès à la culture, elles ont été comme des affamées. Et la nourriture est bien plus nécessaire àl’affamé qu’à celui qui est déjà rassasié ». Et elle ajoute : « Génétiquement, hommes et femmes sontidentiques, mais épigénétiquement (c’est-à-dire : dans leur développement individuel et collectif,n.d.a.), non, car le développement des femmes a été volontairement freiné » (Courrier international 4,2009). Elle dit là de manière forte une réalité. Il faut déjà tordre le cou à une idée fausse, et pourtanttrès répandue, qui postule qu’hommes et femmes n’ont pas le même cerveau ou ne s’en servent pasde la même manière. Les études actuelles les plus poussées en neurologie biologique montrent aucontraire une parfaite identité. La différence dans les aptitudes dépend de l’ignorance où les femmesont été tenues dans le cadre du système archaïque de pensée du « genre », qui fixe et définitétroitement ce qui est attendu de chaque sexe, le sexe féminin étant considéré comme inférieur et entous points « cadet » et dépendant du sexe masculin.Les faits rapportés ci-dessus ne sont pas que des anecdotes. Ce sont en réalité des « faits sociauxtotaux ». Ils en disent long sur le rapport des sexes en général, sur le rapport des sexes avec le travail,l’intelligence, la création, le prestige, le savoir, le pouvoir. Les femmes ne sont, par nature, seulementcapables d’obéir, d’exécuter et non de créer. Elles ne sont pas, par nature, disposées au soin et àl’entretien. Elles ne sont pas, par nature, prédisposées aux tâches jugées dégradantes ou humiliantes.Elles ne sont pas seulement de petites mains agiles. Elles ne sont pas non plus, par nature, dépourvuesde curiosité intellectuelle, d’ambition, de volonté de réussite, voire de commandement. Lescomportements socialement attendus, le « genre », sont un effet de l’éducation et du formatage qui sefait dès la naissance. On n’élève ni ne parle aux enfants de la même manière selon qu’ils sont fille ougarçon. Ce formatage est présent dans les esprits des deux sexes et nous le reproduisons sans nous enrendre compte de manière implicite.Les compétences n’ont pas de sexe, pas plus que l’intelligence ou l’imagination créatrice. Mais il fautpouvoir les acquérir et les exercer. Il convient donc de lutter contre les discriminations dont les plusfortes sont bien ancrées dans des représentations mentales : une femme est incapable de faire cemétier, elle n’a pas la force ni l’endurance nécessaires, elle manquera d’autorité sur les équipes, ellen’aura pas les épaules ni le charisme pour s’imposer, etc. Mais aussi d ‘apporter un démenti àl’argument utilisé dans les hautes sphères professionnelles et censé être rédhibitoire lorsqu’il s’agit derecruter ou de promouvoir à des postes de commandement : nous ne trouvons pas de femmescompétentes, de haut niveau, avec un bon dossier. Cette invisibilité des femmes, dans l’exercice de lapensée, du talent, du savoir, de la technique mais aussi des fonctions dirigeantes et expertes, que cesoit dans l’entreprise, à l’université, dans les milieux de la recherche, de l’art, du sport, de la religion, dupolitique, que l’on voit si magnifiquement étalée dans les photographies de tribunes de colloques ou dedébats télévisés, est désormais attaquée. Pour contrer stéréotypes mentaux de genre etdiscriminations, on peut commencer par faire connaître aux décideurs les noms de femmescompétentes en leur domaine et expertes, pour qu’ils n’aient plus la possibilité de se réfugier derrièreune assertion fausse. Ce Guide des expertes est là pour remplir cette fonction et qu’on ne puisse plusdire : « nous aurions bien recruté une femme si on en avait seulement trouvé une qui convienne».C’est un premier pas, important : les femmes qui conviennent sont bel et bien là. Françoise Héritier
  3. 3. « Les femmes expertes existent, elles sont tout aussi qualifiées que leurs homologues masculins. » par Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes« Le sport n’est pas pour les filles ». « Les femmes ne savent pas conduire ». Elles « sont fâchées avec latechnologie »... Ces stéréotypes prêtent à sourire. Pris isolément, ils ne paraissent pas méchants. Maislorsqu’ils penchent systématiquement en défaveur d’un sexe contre un autre, ils deviennent un obstacle.Ils peuvent fermer des perspectives aux femmes. Ils amenuisent leur confiance. Ils peuvent aussiparticiper au sexisme et aux discriminations qui lui sont associées. Ils sont le terrain sur lequel se nourritune certaine forme de violence, parfois latente, parfois silencieuse, parfois visible, physique, sexuelle oules deux. Nous en avons chaque jour l’illustration, en regardant la Une des magazines, sur le lieu de travailou dans les comportements de notre jeunesse.Lorsque l’on regarde un peu attentivement les émissions politiques ou les éditoriaux des journaux, onretrouve ces stéréotypes. Les femmes sont désormais présentes dans tous les domaines d’expertisespossibles : mathématiques, biologie, anthropologie, médecine, scienceshumaines, informatique, littérature, cinéma, sport de haut niveau, management, directiond’entreprise, syndicalisme… et pourtant les médias nous en renvoie une image déformée. Les chiffresnous le rappellent : plus de 80% des experts invités sur les plateaux de télévision, de radio ou dans lescolonnes de nos journaux sont des hommes.Ce « Guide des expertes 2013 » sera un outil indispensable pour changer les choses et casser l’idée selonlaquelle les portes sont fermées aux femmes parce qu’existe un problème de vivier. Les femmes expertesexistent, elles sont toutes aussi qualifiées que leurs homologues masculins et ont parfois publiédavantage dans les revues spécialisées. En un sens, ce guide est un outil formidable de lutte contre ladissimulation des talents !Ce guide sera donc, j’en suis convaincue, une ressource clé pour les productions, les journalistes et lesagences de presse mais également les entreprises, les collectivités locales ou les syndicats.La présence et la visibilité d’expertes dans les médias est un enjeu d’égalité. Ce guide est un outil pourcasser les habitudes, ouvrir les cercles réservés, et faire en sorte que les mots « crédibilité », « légitimité »et « compétence » puissent être sollicités aussi bien pour qualifier un homme qu’une femme. Le rôle et laplace accordés aux expertes dans les médias est aussi un enjeu de déconstruction des stéréotypes. Nousle savons, lorsque des femmes sont invitées à intervenir dans les médias, il s’agit le plus souvent deprendre la parole sur des sujets relatifs à la vie quotidienne, à la famille ou à la psychologie. Lesapparitions des femmes expertes ne sont pas neutres. Elles confortent l’idée selon laquelle il existeraitdes rôles spécifiques attribués aux femmes et aux hommes. La présence des expertes, c’est donc aussi lapromotion de modèles intellectuels et professionnels sur lesquelles des générations de jeunes fillespourront se construire.Je souhaite que ce guide puisse être diffusé le plus largement possible. Et je ne lui souhaite pas une vietrop longue : j’espère que dans quelques années, sa ré-édition ne sera plus nécessaire ! Najat Vallaud -Belkacem

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