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Nº96 - JANVIER - FEÁVRIER 2014

Le magazine de l’Association des Francophones du Vietnam

© photo Nicolas Bonnaud

Vivre le

Teát
S O M M A I R E
DOSSIER
Vivre le Tïët

ÉDITO

12

26
EÁVEÁNEMENT
Ao Show

30
PORTFOLIO
Gens du lac

36
TALENTS D'ICI
Nua, tout en légèreté

38
PETITE LE�ON DE CUISINE
Thịt kho trứng

AGENDA
De janvier à février sur Saigon

6

Nº96 - JANVIER - FEÁVRIER 2014

4

AFV
Actualités
Escapade
Commission Sociale

40

REÁCIT D'ENTREPRENEUR
Anh, em, et toute la famille
Mieux vaut prévenir que plaider

44

BONS PLANS
Nos adresses à découvrir sur Saigon

46

LE COIN CULTURE
4 livres à dévorer

49

BOUTIQUES PARTENAIRES
Retrouvez toutes nos adresses fidélité

La saison des
pluies touche à
sa fin et nous allons bientôt pouvoir profiter
de belles journées ensoleillées. Toutes nos
équipes sont d’ailleurs à pied d’œuvre pour
vous proposer de nombreuses activités.
Comme l’an passé, nous organisons des cafés
mensuels, des déjeuners et des afterworks.
Vous étiez nombreux à venir assister à notre
première conférence « Regards Croisés » sur
l’urbanisation, et les différentes « Escapades
saïgonnaises » organisées autour d’Ho Chi
Minh Ville ont remporté un vif succès. Enfin,
les ateliers sont eux aussi en plein essor, et je
vous invite à lire le passionnant compte-rendu
du dernier « Atelier Cuisine » de novembre.
Le mois de décembre n’est pas en reste
puisque c’est aussi le mois de clôture de
l’année France-Vietnam qui a animé notre
communauté en 2013.
Si une grande partie d’entre nous se prépare
à fêter Noël, n’oublions pas que le Tết arrive
aussi à grands pas ! Nous vous proposons
un dossier entièrement consacré au nouvel
an vietnamien, afin de vous plonger dans le
tourbillon de marchés, de rites, de danses, de
festivals, qui accompagnent cette célébration.
Objectif : vivre pleinement la magie du Tết !
Toute l’équipe de l’AFV se joint à moi pour
vous souhaiter d’excellentes fêtes de fins
d’année !

Corinne Vernizeau
preùsidente de l'AFV

3
da
en
Ag

 18 Décembre – la chanteuse japonaise Rie Furuse chante des
succès francophones (Goldman, Gall, Cabrel, Salvador, etc.), à 20h, à
l’Idecaf 20 Décembre – vernissage du projet « Boîte 2013 Vietnam
2 », réalisée par Jérémie Setton, expo du 21/12/2013 au 05/01/2014,
au Saigon Domaine, 1057 Bình Quới, Q. Bình Thạnh (voir encart cidessous) 21 Décembre – « L’enfant d’en haut », film d’Ursula Meier
(2012), à l’Idécaf 28 Décembre – « Peau d’âne », film de Jacques
Demy (1970), à l’Idécaf 28 Décembre – troisième vide-greniers
caritatif organisé par le Club Francophone, de 14h à 17h, à l’Idecaf
29 Décembre – Suite folklorique vietnamienne « Dòng chảy » pour
orchestre symphonique, par Trần Mạnh Hùng, à l’Opéra 09 Janvier –
Concerto pour violon K218 de W.A. Mozart et Cinquième symphonie
de P.I. Tchaïkovski, par l’orchestre de l’HBSO sous la direction de Park Ji
Young, à l’Opéra 10 Janvier – Galette des Rois, chez Fanny au 6a Trần
Hưng Đạo, Q1 AFV 21 Janvier – « Escapade » au marché flottant
de Cái Bè, juste avant le Tết (achat de fleurs et de fruits), préparation
du gâteau du Tết (bánh tét) et visite de la pagode Vĩnh Tràng à Mỹ
Tho au retour AFV 11 Février – « Escapade » à bicyclette depuis le
jardin botanique (technique culturale du bonzaï) jusqu’aux berges de
la rivière Saigon, et visite de deux pagodes AFV 17 Février – Café
des amis, de 10h30 à 11h30, avec la participation de Pierre Nozières,
qui présentera son activité de biographe et dédicacera, chez Fanny au
29-31 Tôn Thất Thiệp, Q1 AFV

“

Le projet « Boîte 2013 », lancé en 2009 par le CompleX, propose
un nouveau support aux plasticiens d’art contemporain : une boîte
cubique de 2 mètres de côté, qui s’intègre dans n’importe quel
environnement : galerie d’art, hall, espace public, etc., et même dans
les chantiers !
Plusieurs boîtes sont déjà installées dans différentes villes d’Europe.
Cette année, en marge de l'année France-Vietnam, quatre Boîtes
seront installées pour l’occasion : deux à Marseille, et deux à
Saigon (au Saigon Domaine, 1057 Bình Quới, Q. Bình Thạnh) : Boîte
Vietnam 1, effectuée par MiR GRABE, et Boîte Vietnam 2, réalisée par
Jérémie SETTON.

"

© photos Sophie Goyault-Gounouf

Pour tous les événements AFV consultez les dernières infos sur le site
www.afvsaigon.org
LifeStyleShop

The ultimate designer
shopping experience
for lifestyle and
fashion

Le lai corner, Nguyen Van Trang , District 1, HCMC
Tel +84 39251495
info@gayavietnam.com, www.gayavietnam.com
AFV - Actualités

Troquer la moto pour le bus ?
Texte de Laure Farnault, photos de Benoît Declercq

{ une Conférence proposée par l’AFV }

C

'est dans le cadre très convivial du Bizu Café qu'a
eu lieu cette première conférence de l'année sur
l'urbanisme à Saigon. Fanny Quertamp, co-directrice
du Paddi1, s'était donné pour mission de nous présenter la
problématique de l'évolution des transports en commun
urbains à Ho Chi Minh Ville : un sacré défi quand on
connaît la croissance accélérée de cette ville ! En effet,
comment concurrencer les deux-roues qui réunissent tant
d’avantages? Le coût, la facilité d'utilisation, la maniabilité
– sans oublier l'acheminement « porte à porte » qu’elle
permet, atout essentiel dans une ville où l’on aime si peu
marcher…
Fanny a su avec brio nous sensibiliser à la complexité de
cette problématique, en invoquant tour à tour les facteurs
d'ordres économiques, fonciers, financiers, écologiques,
administratifs, psychologiques…
Nous restons impressionnés par le nombre de défis à
surmonter, et plus spécialement par la difficulté de passer
du tout-moto à la promotion des transports en commun.

1
Agence d'urbanisme de la Région Rhône-Alpes ayant pour mission d'assister les
services techniques vietnamiens dans leurs projets d'aménagements urbains.

Moules &
Frites,
IIIème édition

Dans une ambiance
chaleureuse et détendue, la troisième
édition du déjeuner
moules-frites
s'est
déroulée à l'école
Antonia, mise

Gilles Gripari

gracieusement à la
disposition de l'AFV
pour cette occasion.
Merci aux nombreuses
personnes qui ont
fait le déplacement.
Prochaine édition :
mai 2014.

WELCOME
Bienvenue à tous ceux qui ont rejoint l'AFV :

6

Italia Rodrigues, Couvrat Demay Dany, Declercq Benoit, Tchitembo
Maramaldi Francine et Mario, Horvil Anupa et Stéphane, Remondi Adolfo,
Ghaleb Brands Patricia Ann Raymond, Romanet Arlette, Molko Patrick et
Tran, Giraux Christophe, Charreau Charlotte, Turcotte Jean, De Muynck Marc,
Moreau Nyakaisiki Justine, Blanes Thomas, Leme Francis, Bockhorni Maryse.
L’ ATELIER

CUISINE

Texte et photos de Marie de Boisheraud

Cuisines du
Levant et
du Couchant
Lointain
{ Un atelier Cuisine proposé par l’AFV }
L’ ATELIER

C

CUISINE

ette semaine, Rima et Jeanne
nous ont initiées aux cuisines
libanaise et marocaine, si
parfumées !
Sur la table de la cuisine se dressent
une montagne verte de persil, un mont
rouge de tomates pelées, des collines
ensoleillées d’aubergines, des dunes
émeraude de poivrons, des monticules
jaunes de citrons, des talus d'oignons
et d'aulx, des buissons de menthe et
de coriandre. Une fine pluie de paprika,
de cumin, d'harissa, de poivre blanc et
de sel tombe sur une plage de beau
tahiné doré. Les couleurs chatoyantes
des légumes nous mettent l’eau à la
bouche… Sans oublier le roi du jour : un
beau loup bien brillant de 3 bons kilos,
accompagné de ces demoiselles les
crevettes, dans un océan d'huile d'olive.
Mais il faut bosser avant de déguster !
Les couteaux et les planches à
découper sortent des tiroirs, l'une
coupe les tomates en petits morceaux,
l'autre les poivrons verts en petites
tranches très fines. Rima glisse au four
les aubergines pour le moutabal, ou
purée d’aubergines. Jeanne prépare
une marinade pour les poivrons et les
tomates. Elle cuisine à l’instinct, Jeanne:
une pincée, une poignée, une goutte,
une larme… Les apprenties cuisinières
réclament de vraies mesures ; mais de

sa voix chantante et douce, un rien
moqueuse, Jeanne s’exclame : « je ne
sais pas exactement, je goûte » !
Avec son sourire éclatant et sa bonne humeur
communicative, Rima nous annonce : « on
va faire du pain libanais ». Bien. Elle nous
montre comment préparer la levure,
qui va gonfler, gonfler, gonfler au milieu
du brouhaha de ces dames. Un volcan
de farine, un puits pour la levure, des
coulées d’eau, un flot d’huile et un
pétrissage efficace et professionnel, et
la pâte ne colle plus aux doigts ! Encore
un peu d'huile pour enrober la pâte et
hop ! Sous serre, pour que notre pain
gonfle encore.
Ingrid s’attaque à la montagne de persil
qu’elle hache menu avec un couteau. Oh
la la, que c’est long et minutieux ! Non,
non, Marie : plus petit ! Et c’est gagné:
je me coupe le doigt ! Désabusée, je
laisse ce travail méticuleux à de vraies
cuisinières expérimentées. Il ne reste
plus qu’à malaxer herbes vertes, rouges
tomates et oignons blancs, pour réaliser
le taboulé. Sans oublier un torrent
d’huile d’olives !
Le gâteau de semoule est lancé. Quatre
petites mains patientes s’activent audessus du feu sans cesser de touiller
la semoule et le caramel, qui prend sa
couleur dorée.
Venez ! Venez ! Branle-bas de combat

dans la cuisine : Jeanne dresse le tajine
de poisson. Avant de le mettre au
four, on se lèche déjà les babines…
Le poisson a mariné toute la nuit dans
sa robe parfumée. Les poivrons, les
tomates et les crevettes ont droit à
leur tour au mélange subtil d'herbes
aromatiques qui fleurent bon le pays.
C’est l’heure de faire des boules de
pain bien rondes, et de les remettre à
lever sous serre. Rima prend une boule,
l’aplatit au rouleau à pâtisserie. Les
unes s’appliquent, d'autres moins... Et
on rit bien ! Trente galettes sont prêtes
à cuire, plus ou moins épaisses. Côté
cuisson : comme des crêpes bretonnes
– mais à 35 degrés.
Tout est sous contrôle. Reste à dresser
la table et y à déposer le fruit de notre
travail. On n'en croit pas nos yeux !
Cela sent merveilleusement bon et la
faim nous tiraille... Savourons ! Avec
un jus de fruits de la passion frais, et en
bonus : un loukoum glissé entre deux
gâteaux secs, une tradition libanaise.
Nos papilles sont à la fête !
Merci à toutes, et en particulier à Sophie,
notre délicieuse et discrète animatrice,
pour apporter à cet atelier la joie et le
régal. Prochaines recettes ?... Y a-t-il des
spécialistes des cuisines vietnamienne,
japonaise, suisse, indienne, etc. ? Une
liste sans faim !

7
AFV - Escapade

Écomusée du Bambou
de Phú An
{ une Escapade proposée par l’AFV }

L

e 6 novembre dernier se tenait la
Fête du Bambou, dans le village
de Phú An, province de Bình
Dương. L’occasion idéale pour aller
y visiter l’Écomusée du Bambou ! Ce
conservatoire botanique est le résultat
d’une collaboration entre l’Université
des Sciences Naturelles de Ho Chi Minh
Ville, l’Université Nationale du Vietnam,
la province de Bình Dương, le Parc
Naturel du Pilat et la Région RhôneAlpes.
Un groupe de villageois nous accueille
avec danses et chants traditionnels. Puis
la fondatrice du musée, docteur Diệp Thị
Mỹ Hạnh, spécialiste incontournable du
bambou, nous fait visiter les lieux. Nous
accompagnent ce jour-là des membres
de la Société Française d’Illustration
Botanique (SFIB), ainsi que deux peintres
botanistes japonais dont les dessins
et croquis, d’un réalisme minutieux,
trahissent leur incomparable connaissance
de cette herbe prodigieuse.

8

L’exposition
offre
une
vaste
connaissance sur tout ce que l’on peut
savoir du bambou. Il suffit de tirer des
plaquettes enroulées sur du bambou
pour lire les notices explicatives
(en vietnamien, en français et en
anglais). Saviez-vous que le bambou
est une herbe ? Il pousse partout où il
y a de la terre, de l’eau et du soleil. Il
affectionne particulièrement le climat
tropical, mais il peut aussi résister à
des températures négatives, dans les
montagnes de Chine, par exemple.
Le cadre et l’ambiance de la salle
nous plongent dans une envoûtante
féerie du bambou. Côté jardin, c’est
un véritable ensorcellement : on y
découvre plus d’une centaine de
spécimens distincts, en provenance
du Vietnam, mais aussi du Laos et du
Cambodge. On ausculte, on touche,
on photographie. On pause avec Miss
Huế, un bambou endogène du Centre
Vietnam, parrainé par le docteur Mỹ
Hạnh.

Cette dernière nous démontre
combien est erronée l’idée que le
bambou ravage et endommage la
terre. Au contraire, le bambou enrichit
le sol avec des éléments naturels, bien
plus que ne le font le manioc ou la
canne à sucre. Si rien ne pousse dans
une bambouseraie, c’est à cause du
manque de lumière, simplement, et
non à cause de la dégradation de la
fertilité du sol.
Mme Mỹ Hạnh nous révèle les secrets
pour bien choisir le bon bambou, dur et
résistant : il faut regarder la couleur du
chaume et non pas seulement la taille ;
et il faut savoir le couper correctement :
« la grand-mère d’abord ; la maman doit
être sauvée pour nourrir les nouvelles
pousses ». Pour la reproduction, on
a souvent recours à la technique de
bouturage.
Les usages courants du bambou sont
innombrables, depuis la fabrication
d’instruments de musique ou de
Texte et photos de Rima Kouteili
et Jacqueline Degrange

Écomusée du Bambou et Conservatoire
Botanique de Phú An
124, route 744, village de Phú An, district de
Bến Cát, province de Bình Dương
Tel: 065 03 58 07 17	
www.ecobambou-phuan.org

calligraphie, jusqu’à la confection de
vélos ou d’outils d’arrosage – ainsi les
rigoles qui distribuent l’eau dans les
rizières et dans les habitations rurales. Il
sert dans plusieurs pays à la construction
des échafaudages. Plusieurs minorités
ethniques continuent à utiliser le
bambou pour la cuisson de leurs
aliments. Sous de très nombreuses
formes, il est omniprésent, d’une
manière ou d’une autre, dans nos foyers,
que ce soit au jardin ou à l’intérieur –
meubles, ustensiles, bibelots, de la salle
de bain à la cuisine !
Le docteur Mỹ Hạnh travaille
actuellement, avec ses étudiants en
master et en doctorat, sur plusieurs
pistes de recherche : amélioration
du rendement des plantations,
diversification
des
espèces,
approfondissement
des
usages
écologiques du bambou, production de
nouveaux dérivés : essences de parfum,
huile, thé et charbon.

Notre guide accentue le grand
intérêt écologique du bambou, qui
peut facilement remplacer le bois.
Il est dur et résistant. Il pousse
vite (en un mois, il atteint la taille
d’un adulte) et participe ainsi à
sauver les forêts et à protéger
l’environnement. Il peut être
récolté après 3 à 5 ans tandis que
le bois nécessite 10 à 15 ans pour le
plus tendre et jusqu’à 50 ou 100 ans
pour le bois dur.
Les études et les travaux focalisent
sur la plantation diversifiée de
bambou dans le Delta du Mékong,
pour palier les ravages causés par les
nombreuses inondations annuelles
et raffermir les sols érodés de la
région. Ainsi, le long des canaux, on
plante un bambou qui résiste bien
aux inondations, tous les 5 km, pour
consolider les berges. Le projet
prévoit de jalonner ainsi 30.000 km
de canaux !

Toutes ces informations sont
couronnées pour nous par un
généreux repas à base de bambou.
Des bourgeons dans les crêpes, des
pousses dans la soupe.
A la sortie, on trouve à la vente
quelques objets fabriqués en
bambou, notamment de belles
calligraphies sur feuille de bambou,
réalisées sur place par une artiste
locale renommée.
Nous
remercions
sincèrement
le docteur Diệp Thị Mỹ Hạnh
et son équipe pour leur accueil
extrêmement chaleureux.

9
AFV - Commission Sociale

A

A

A

Nous sommes allés ce mercredi 20 novembre au
centre de Thủ Đức pour le présenter à Delphine
Buglio, d’Air France. En effet, la compagnie
aérienne finance la formation professionnelle des
jeunes malentendants de ce centre ainsi que les
machines à coudre que les élèves utilisent pour
s’exercer et coudre les vêtements dont le centre a besoin.
La visite, toujours aussi instructive, s’est terminée par la remise d’un cadeau
de remerciement à Delphine, de la part les pensionnaires. Nous remercions
encore Air France qui nous permet d’aider ces enfants et jeunes adolescents
à préparer leur vie d’adultes autonomes.
Nous remercions aussi les personnes qui ont donné vêtements et nécessaires
de toilette récupérés dans les hôtels. Nous les avons remis au centre. A

Air France
soutient
Thủ Đức.

A

Alix, adhérente à l’AFV, a rencontré Như, une
petite fille malentendante, et ses parents. Il lui
semblait que ceux-ci étaient mal conseillés par
un ORL qui voulait leur faire racheter un nouvel
appareil auditif, à un prix élevé. Alix voulait donc
avoir l’avis de la Commission Sociale. Dominique,
responsable de notre projet « malentendants », a donc emmené la fillette
chez Quân Đức, l’audioprothésiste partenaire de la Commission Sociale.
La fillette en est ressortie toute heureuse, avec un appareil bien réglé, sans
débourser un seul đồng. Dominique suivra Như le mois prochain, tout
comme il le fait pour chacun de ses « protégés ».

Actualités,
réalités.
Le quotidien.

A

Le toit du dortoir des garçons du centre des aveugles que nous aidons
ponctuellement s’est affaissé lors de la dernière grosse averse. Le devis pour
le refaire est élevé et la Commission Sociale participera aux frais.
Deux jeunes Hollandaises sont actuellement pour un mois au centre de Thủ
Đức. Elles y dispensent des cours d’anglais.
Mme Sương, responsable d’un des centres que nous suivons, a été
hospitalisée. Elle possède heureusement une assurance maladie qui lui
a permis de payer une grande partie de ses frais. La Commission Sociale
complétera la somme.
Certains enfants de nos centres ont de jolies dents... toutes noires – sans
même mâcher de bétel ! Le centre de Thủ Đức a reçu en don un fauteuil tout
équipé pour les auscultations dentaires. Il ne manque que le dentiste qui va
avec ! Nous recherchons donc des dentistes pour les consultations...

A

Tout d’abord, le décès d’André Gautier, animateur enjoué des événements de la Commission
Sociale. Nous pensons fort à Annie, membre si
active de l’AFV, et à ses proches.
Puis à présent, le décès de Dominique Sérène.
Dominique était une femme discrète et particulièrement généreuse, qui n’a jamais hésité à donner aux plus démunis.
Toutes nos pensées vont vers elle et sa famille. D

De biens
tristes
nouvelles.

D

10

D
C

M

Y

CM

MY

CY

CMY

K
Vivre le

Textes de Catherine Mellier et Etienne
Fréneaux, photos de Nicolas Bonnaud

DOSSIER

DOSSIER

Teát

« Tết Tết Tết Tết đến rồi… », bis repetita, etcetera, en veux-tu en voilà – comme chaque année, les dernières mesures
de Jingle Bells n’ont pas fini de harceler nos tympans que déjà les premières notes de cette autre rengaine non moins
usée saturent l’ambiance musicale. « Le Tết est là, le Tết est là ! », et dès la fin décembre c’est la ruée pour préparer la
nouvelle année lunaire, qui arrivera au galop le 31 janvier 2014. S’en suivra un carrousel de festivals, afin que génies
locaux et déités de toute confession couvent gentiment leurs ouailles …
L’Echo des Rizières vous met le pied à l’étrier pour vivre pleinement cette entrée dans l’année du Cheval. Décryptez
les rituels domestiques grâce à notre abécédaire du Tết, explorez l’agitation des marchés, narguez licornes et
dragons acrobatiques. Et dans la foulée du jour T, immergez-vous dans l’effervescence de trois festivals parmi les
plus antiques et les plus frappants, dans le Nord Vietnam pétri de traditions ancestrales.
Alors en attendant que déboule le Cheval astral, enfourchez notre dossier, et en selle pour le Tết !

A

Le Tết, de A à Z

Arbre du Tết

Les arbres du Tết sont, au Nord, le pêcher (fleurs roses) et, au Sud, l’abricotier (fleurs jaunes). Il est
de bon augure que leurs branches fleurissent pile le jour de la nouvelle année. Pour cela, un conseil:
cessez de les arroser 15 jours avant la date fatidique, et enlevez soigneusement toutes les feuilles. Puis,
si une semaine avant le nouvel an vous voyez poindre des boutons sur les branches, alors là : arrosez
abondamment, et le jour J les arbres sortiront leurs plus belles fleurs.
Où se procurer un arbre ? Ils sont cultivés à grande échelle dans les deltas du Mékong et du Fleuve
Rouge ; de là, ils sont acheminés en bateau par les canaux, pour approvisionner les grandes villes.
On peut voir les jonques et les sampans amarrés, leur cargaison assaillie par les chalands, le long des
canaux Tàu Hũ (à Saigon, quai Bình Đông, Q8) et Kim Ngưu (à Hanoi, quai homonyme, près du pont
Mai Động).

12

Bánh chưng (ou Bánh tét)

b

C’est le gâteau que l’on confectionne pour le Tết, avec du riz gluant, des
haricots mungo (soja), des oignons, de la viande de porc, le tout enveloppé
de feuilles de bananier. La cuisson dure normalement toute une nuit. On
les place sur les autels, et on en offre à ceux qui nous en offrent…
c

Calendrier

Le Tết est fonction d’un calendrier lunaire qui a cours dans l’ensemble du monde
sinisé. A commencer par la Chine, et sa diaspora : Singapour, cités peranakan de
Malaisie et d’Indonésie, « Chinatowns » du monde entier (dont Chợ Lớn à Saigon
et le 13ème arrondissement à Paris) ; mais aussi les pays historiquement façonnés
par la culture impériale chinoise : Corée, Japon, Vietnam. Avec le décalage
horaire, le Tết se célèbre donc sur un créneau de plusieurs heures.
En revanche, le Cambodge, la Thaïlande et le Laos sont calés sur un calendrier
indianisé, qui débute vers le mois d’avril. Quant aux pays musulmans (monde
malais), ils suivent l’Hégire.

D
Danse

De très nombreuses pagodes et
commerces, mais aussi des particuliers, convoquent des
danseurs de « lân-sư-rồng », pour s’attirer les meilleurs
auspices (et chasser les mauvais). Ces troupes comptent un
dragon (rồng), articulé par sept perchistes, et un ensemble
plus ou moins différentié d’unicornes (lân) et de lions (sư),
tout de paillettes et de fanfreluches, animés par deux
exécutants. A tour de rôle, les bestiaux exécutent les
numéros consacrés. En tournant dans Saigon, vous
aurez sans doute la chance de les voir, et en particulier
dans Chợ Lớn (Q5), au cœur du quartier chinois. Dans
les semaines qui précédent le Tết, les troupes répètent
avec assiduité;
fréquentez
le Square du
Mékong (sur
l’avenue Hải
Thượng Lãn
Ông, Q5), au
crépuscule.
Et pendant le
Tết, elles se
produisent à la
nuit tombée pour
le seul plaisir
des badauds,
aux abords de
la rue Tuy Lý
Vương (district 8,
quartier 12).

f
g
e

Encens

Des quantités monstres d’encens (hương)
sont consommées, dans les maisons, sur
l’autel des ancêtres, dans les pagodes. Le
meilleur encens est fabriqué dans le village
de Cao Thôn, proche de Hanoi.

Génie(s) de la cuisine

Festival

Dans les trois mois qui suivent le Tết vont avoir lieu de nombreux festivals (lễ
hội), dont l’objectif est d’honorer les fondateurs du village, du métier, de la
nation, etc. Ainsi le plus fameux est-il sans doute celui des Rois Hùng, dynastie
légendaire du Vietnam antique. Il se tient du 8 au 11 du Troisième mois lunaire,
au lieu-dit Đến Hùng Vương, dans la province de Phú Thọ. Dans les pages qui
suivent, nous vous invitons à découvrir deux festivals hauts en couleur et
en émotion. Par ailleurs, vous trouverez une liste non exhaustive mais fort
étoffée dans le petit livre Les fêtes traditionnelles au Vietnam, de Đỗ Phương
Quỳnh, aux éditions Thế Giới.

Baptisé Ông Táo, il loge dans la cuisine, pièce centrale de l’habitation, et surveille les
moindres faits et gestes de la famille. Une semaine avant le Tết (soit le 23 décembre
du calendrier lunaire), on fait un repas d’offrandes pour le Génie, qui part ensuite
au ciel rendre compte des activités des membres de la famille à l’Empereur de
Jade, souverain du panthéon taoïste. C’est aussi bien de lui cuisiner du poisson, car
l’animal est la meilleure monture pour arriver jusque là-haut.
Une autre légende associe à Ông Táo deux personnages supplémentaires, héros
tragiques d’un malencontreux ménage à trois ; ces trois génies de la cuisine sont
représentés par trois pierres disposées dans le foyer.

Hái lộc

La veille du Tết, quand les gens
se rendent à la pagode, ils en
profitent pour cueillir (hái) des
bourgeons (lộc), autrement dit
ramener
une
petite branche
d’arbre
prise
alentours.

h
13
Vivre le

i

L

Les « images populaires » (tranh dân gian) sont très
prisées pour décorer la maison, et on en tapisse
volontiers ses murs. Plusieurs « écoles » ont développé
leur propre style ; les images les plus fameuses
demeurent celles de Đông Hồ, un village de la province
de Bắc Ninh. La technique est généralement celle du
tampon encreur ; le papier est rarement de bonne
qualité, mais c’est que ces images ont vocation à être
changées au prochain Tết !

Khai bút

Nettoyage de printemps

k

On en profite pour étrenner
(khai) son stylo (bút) : les
enfants comme les adultes se
doivent d’écrire quelque chose
le premier jour de l’année, de
préférence calligraphié, pour
appeler la réussite sur les
études ou le travail.

Lì xì

Le Tết génère un incroyable
trafic de petites enveloppes
rouges (lì xì), que tout un
chacun offre ou réclame à
son entourage quotidien.
Des étrennes, en somme,
dont le montant varie de
la grasse cagnotte (entre
membres d’une même
famille, généralement)
à la simple attention
(un petit billet rouge
de 500 đồng entre
amis) ; c’est une
façon pour certains
employeurs
de
verser l’équivalent
du 13ème mois à leurs
salariés.

Marché

P

n
O

Depuis plus de dix ans, les pétards, qui servaient à chasser
les mauvais esprits, sont interdits au Vietnam. Estimés trop
dangereux, ils laissaient aussi beaucoup trop de déchets dans
les rues.
En contrepartie, des feux d’artifice sont tirés à profusion par les
autorités. A Saigon, plusieurs districts rivalisent de magnificence:
les bords de la rivière Saigon (Q1), le parc aquatique Đầm Sen
(Q11), etc. Le pont Phú Mỹ (Q7) offre un panorama très prisé. Le
spectacle aura lieu le 30 janvier 2014 à minuit.

14

m

Les congés du Tết sont
prétexte à maintes
parties de cartes, jeux
de dés et combats de
coqs, pour les adultes.
Quant aux enfants,
même si leur Noël
correspond plutôt au
Tết de la Mi-Automne
(Tết Trung Thu), ils
se voient offrir de
menus jouets ; ainsi
les crayons affublés de
personnages en pâte
de riz (tò he), toujours
très populaires.

Que vous souhaitiez acheter une poignée de lì xì ou
transformer votre sapin de Noël fané en arbre du Tết,
vous trouverez les guirlandes et breloques idoines sur les
innombrables étals à roulettes qui sillonnent la ville, ou dans
les marchés spécialisés. A Saigon, la rue la mieux approvisionnée et
la plus féerique est Hải Thượng Lãn Ông, à Chợ Lớn (Q5). A Hanoi,
c’est Hàng Mã, au cœur du quartier historique. Pour les fleurs,
les marchés les plus exubérants sont la ruelle Hồ Thị Kỷ (Q10) à
Saigon et, à Hanoi, la rue Hàng Lược ou le marché Quảng An (Chợ
hoa đêm Quảng An, au 236 Âu Cơ, Hồ Tây) ; à arpenter dès avant
l’aurore.

Durant les jours qui précèdent, les
familles briquent à fond leur maison
pour bien « accueillir le nouveau ».
Jeter tout ce qui est à jeter, ranger
ce qui doit l’être, lustrer meubles et
vaisselle, apprêter les lieux de culte
domestiques ou communautaires
(avec les voisins), se faire couper
les cheveux, acheter des vêtements
neufs, etc. Mais attention ! Une fois
que le Tết est entamé, on ne touche
plus aux ordures et on ne fait plus
le ménage durant les trois premiers
jours de l’année, car cela reviendrait à
balayer la chance hors de chez soi.

Pyrotechnie

J

Jouer

Image

Offrande

Les fruits sont l’offrande principale, à
la pagode comme sur l’autel des
ancêtres. Un plateau de cinq
fruits en moyenne. Selon que
l’on se trouve au Nord ou au
Sud, on privilégiera banane
verte, pamplemousse, orange
ou mandarine, kaki, kumquat,
mais aussi ananas, mangoustan,
papaye, mangue verte, noix de coco,
tiges de sycomore. Au Nord, le must demeure
la « main du Buddha », un cédrat particulièrement
odorant qui embaume les pagodes. Quant à la pastèque, elle
fait l’objet d’une décoration particulière, soit qu’on lui colle
simplement une feuille rouge agrémentée d’un sinogramme
de bon augure, soit qu’on en sculpte délicatement la peau
pour y dessiner dragons et vœux divers.

q

Querelle

A proscrire impérativement ! On ne va
pas commencer l’année en proférant
des jurons ou en cherchant des noises
aux voisins. On fera montre d’une
amabilité à toute épreuve. Perdre la face
le jour de l’an, quelle déveine ce serait !
R

Repos

s
tu
w v
y
La semaine du Tết correspond aux seules « vraies » vacances des
Vietnamiens. Ajouter à cela les 7 jours disséminés au hasard du
calendrier pour les différentes fêtes nationales, et l’on arrive à la
quinzaine de jours de congé autorisés. Mais cette année, le calendrier
et le positionnement des week-ends jouent en faveur du travailleur,
qui se voit octroyer une dizaine de jours de repos pour le Tết. Pendant
cette période, c’est tout le pays qui tourne au ralenti.

Sanctuaire

On aime à s’y rendre pour y faire des offrandes
(en encens, en papiers votifs, en fruits) ou des
donations (en monnaie sonnante et trébuchante).
Les bouddhistes affluent aux pagodes (notamment
la grande pagode de Vĩnh Nghiêm, district 3), afin
de produire du bon karma en honorant buddhas
et boddhisattvas. Les temples taoïstes et/ou
confucianistes offrent pléthore de dieux et génies
dont on sollicitera des faveurs concrètes (succès
en affaire, naissance d’un héritier, etc.). Et en
ressortant, on consultera l’une des innombrables
voyantes présentes à l’entrée.

Tết

Tết est le terme générique pour
désigner une fête publique.
En partant de ce principe, il y
a plusieurs Tết dans l’année,
comme le Tết Trung Thu (Fête
de la Mi-Automne). Le nom
complet du nouvel an est Tết
Nguyên Đán, ou Fête de la
Première Aube.

Vœu

Uống rượu

Qu’il soit de riz ou de
maïs, l’alcool coulera
sans doute à flot…
Alors, uống rượu avec
modération !

x
What ?

Rappelons que le W est absent de l’alphabet
vietnamien, créé par Alexandre de Rhodes
(1591-1660). Tout comme le Z, le F et le J
d’ailleurs... Notez que leurs sons respectifs
sont toutefois présents : dans le Sud, « qu- »
sonne comme [w] et « r » comme [j] ; au Nord,
« d », « r » et « gi- » se prononcent [z]. Quant au
[f], il s’écrit toujours « ph » !

Xông nhà ou Xông đất

C’est le premier visiteur de l’année, celui qui
apportera avec lui les bons présages s’il est
porteur de bonnes nouvelles. La tradition
préfère que ce soit un homme, et si c’est
une femme il ne faut surtout pas qu’elle soit
enceinte. Ceux qui ont connu une perte récente
d’un proche ne font généralement pas de visite
ce jour là. S’il arrive des bonnes choses à la
famille au cours de l’année, elle ne manquera
jamais de remercier ce premier visiteur !

Il est de bon ton de formuler
une ribambelle de vœux,
à la faveur des visites que
l’on se rend entre parents,
entre voisins. Les souhaits
classiques touchent à la
santé (sức khỏe) et au
sempiternel trio du bonheur
(phúc), de la prospérité (lộc)
et de la longévité (thọ),
abondamment calligraphié.
Et pour se souhaiter la bonne
année, l’expression consacrée
est « chúc mừng năm mới ! ».

Yến sào

Profitons-en pour savourer quelques mets
particulièrement propices (donc onéreux)
pour bien débuter l’année, comme un potage
de nid d’hirondelle (yến sào), véritable panacée
doublée d’un bon concentré de jouvence. Il
s’agit en fait d’un mucus mucilagineux, sécrété
par une espèce de martinet, la salangane
(yến hang), pour en faire son nid. Vendu sous
différentes formes (depuis la gélule jusqu’au
nid entier), il y en a pour toutes les bourses –
mais le succès n’est pas toujours garanti.

Zodiaque

Il existe 12 animaux dans le zodiaque chinois, un par année. Le cycle entier couvre donc 12
ans. Certains signes sont plus fastes que d’autres ; ainsi en 2012, l’année très chanceuse
du Dragon a engendré un nombre important de naissances… Au 31 janvier 2014, on
entrera dans l’année du Cheval. Il paraît qu’une fois que le Cheval saura réprimer
sa manie de toujours s’expatrier sous des cieux nouveaux, il appréciera ce qu’il
trouve dans son jardin et obtiendra la paix intérieure…
Vivre le

Une procession
qui déménage

Texte d’Etienne Fréneaux,
photos de Nicolas Bonnaud

{ Festival communal de Thổ Hà, }
province de Bắc Giang

L

a bête furibonde charge la
foule, tout crin écarlate hérissé,
la gueule qui grelotte, les
paupières qui claquettent – puis elle se
cabre au-dessus des enfants effrayés,
retombe lestement et fait volteface, la croupe désarticulée
– son mufle aux callosités
peinturlurées frétille, pompons
en pagaille – l'unicorne, excitée
par les pitrerie d’un Ông Địa
bedonnant, bondit de plus
belle entre les rangs serrés
des villageois, talonnée par le
ramdam furieux des gongs et
des tambours qui roule sans
frein, lame de fond grondante
et cinglante, entre les parois
étriquées de la ruelle aux
hautes façades décrépies ;
tsoinguent
les
cymbales,
param’pam’pament les mailloches,
les musiciens se contorsionnent et
glang ! et bam ! virevoltent encore,
place ! place aux danseurs ! Gaillards
rutilants et filles farouches, claquent
claquent des mains, tapent tapent
des pieds, farandole de bandeaux
et d’écharpes rouges, au nez et à
la barbe d’aînés sévères, absorbés
par les mélopées nasillardes qu’ils
arrachent à leurs đàn, noyées dans le
barouf des percussions, boum ! bam !
place ! place donc ! et le torrent de
bruit et de couleur déferle sur le cours
ombragé qui mène au đình, poussant

16

devant lui la foule compacte et
endimanchée, bousculant les parieurs
et leurs dés truqués, perturbant le
round ultime de deux coqs exténués,
et la procession fonce avec ses
grondements et ses déhanchements
sous la toiture centenaire, tandis
que dans son sillage déboule le gros
du défilé, cohorte de mandarins
factices en áo dài bleu excessif, de
généraux courroucés croulant sous
les étendards flamboyants, de déités
engoncées, de porteurs trempés
charriant tout un déménagement de
temple : lourdes bàn thờ dorées à

Ông Địa : génie omniprésent
dans le folklore sino-viet
đàn : tout instrument à corde traditionnel
đình : maison communale
Les tribulations d'un
village de métier

Différents acteurs de la procession.
En haut à gauche, le đình (maison communale).

bàn thờ : table cultuelle, où l’on dispose
effigies et offrandes
tổ sư : génie tutélaire d’un village,
généralement le fondateur du métier

outrance, chargées de brûle-parfums
et de pyramides de gâteaux ou de
canettes ; porc dodu, coq replet,
gibier de bombance grillé, laqué,
enguirlandé, que l’on brancarde
en grimaçant dans de luxueux
palanquins; hallebardes émoussées,
parasols effrangés, figurants éméchés,
et tout ça, ce millepattes liturgique
convulsif qui barouffe et ramdame
à tue-tête, tout ça, le village entier
avec ses rites et ses suppliques, tout,
absolument tout, s’engouffre dans
la maison communale, bourlingue et
valdingue, décharge tout son fatras
d’apparat et se prosterne devant
l’autel enseveli sous les offrandes,
aux pieds de Đào Trí Tiến, tổ sư en
majesté, qui veille aux destinées de
son peuple reconnaissant.

	
Thổ Hà, bourg antique et singulier, lui
doit beaucoup, à son génie tutélaire.
Il lui doit la survie. Car comme bon
nombre de villages de la campagne
tonkinoise, son existence est soumise
aux aléas de l’hydrologie et du
cadastre. Son nom résume sa situation:
la terre (thổ) y est prisonnière du
fleuve (hà), en l’occurrence la rivière
Cầu, qui enlace la longue langue de
limon où s’entassent maisons et
rizières. Un cadre particulièrement
Feng shui (Phong thủy) assurent les
géomanciens. Pour les morts, sans
doute ; mais pour les vivants, l’endroit
n’a rien d’un havre de paix.
Le cours inférieur du Fleuve Rouge
a été, de tous temps, l’enjeu d’âpres
luttes pour s’approprier l’espace.
Combat contre le fleuve, aux crues
dévastatrices, dont il a fallu endiguer
le lit et canaliser les innombrables
ramifications pour développer la
riziculture à grande échelle. Mais dans
ce dédale aquatique, l’homme encore
a dû batailler contre lui-même, pour
obtenir les meilleurs emplacements.
Au gré des arbitrages mandarinaux,
un bornage tatillon s’est mis en place,
et les communes se sont emboîtées
dans le lacis compliqué des levées et
des rus, au prix d’une compétition
acharnée. Tandis que des hameaux
accumulaient des hectares de terres
arables, d’autres se retrouvaient
acculés à la disette. Ainsi le village
de Thổ Hà. La parade ? Délaisser
l’agriculture pour l’industrie.
La légende conte comment jadis, dans
les premiers siècles de notre ère, trois

17
18

n’y changera rien. Alors, quand vient
la libéralisation du Đổi mới, Thổ Hà
se réinvente : fini les urnes, place
aux galettes de riz (bánh đa) dont on
enroule les nem. Les fours à céramique
rendent leur dernier souffle brûlant,
et désormais on cuisine et débite
les disques mous et translucides à
tour de bras, que l’on fait sécher
ensuite sur des clayettes disposées
un peu partout dans les cours, les
ruelles, les cimentières… Les stocks
d’urnes invendues sont reconvertis
en parpaings, et habillent les façades.
Pour recycler les déchets de la
transformation du riz, on requalifie
les rez-de-chaussée en porcherie, et
des groins crasseux chatouillent les
mollets du promeneur qui raserait
trop les murs. Le village ressuscite.
Et l’an prochain, on remettra ça : la
procession, les falbalas et tout le
tralala. Et un cochon bien gras on
choisira…

En bas, enclos à porcs et urnes
funéraires reconverties en parpaings.

tiểu : urne funéraire rectangulaire,
dans laquelle on dispose les ossements
du défunt, 3 ou 4 ans après sa mort,
pour les ré-inhumer.

Y ALLER

villages de la région, pareillement en
péril, mandatèrent trois des leurs en
Chine afin d’y dénicher une solution.
Ils revinrent bientôt, riches chacun
d’un savoir-faire nouveau : l’émail
blanc pour le village de Bát Tràng,
l’émail jaune pour celui de Phù Lãng;
à Thổ Hà, Đào Trí Tiến rapportait
l’émail rouge. Ainsi survécurent et
prospérèrent ces trois « villages de
métier », comme tant d’autres de par
le Delta.
Mais un autre « fléau » devait frapper
Thổ Hà : la concurrence acharnée de
ses deux rivaux. Phù Lãng lui vole la
technique des tiểu, qui faisaient la
réputation et les recettes de Thổ Hà,
et casse les prix. Quant à Bát Tràng,
beaucoup mieux situé sur la bergemême du Fleuve Rouge, il rafle le gros
du flux commercial. Alu, inox et autres
matières nouvelles portent le coup de
grâce à Thổ Hà, qui sombre et périclite.
Le collectivisme des années cinquante

De Hanoi, rendez-vous à Bắc Ninh par la
QL1. Prenez la rue Nguyễn Trãi, contournez
la citadelle et suivez Công Hâu sur 2km. Un
hameau borde la rivière Cầu : garez-y votre
véhicule et gagnez Thổ Hà en bac.
Le festival se tient du 20 au 22 du 1er mois lunaire
(19-21 février 2014). Procession le deuxième jour.
Les autres jours proposent jeux de plein air,
rites bouddhistes dans la somptueuse pagode
du XVIIème siècle, et compétitions artistiques tel
le chant quan họ, duos amoureux déclamés a
capella en barque sur la rivière.
Vivre le

Petit guide à l’usage
du pèlerin intrépide
{ Pèlerinage au Mont Yên Tử, province de Quảng Ninh }
En son sein se niche l’objet de tant
de vénération populaire, un pagodon
miniature, dont aucune dimension
ne dépasse le mètre cinquante,
entièrement sculpté dans le cuivre.
Et dans cet écrin finement ciselé, trois
statuettes de moines méditent pour
l’éternité, elles aussi confectionnée
dans le même métal éclatant. Ce
Pagodon de Cuivre (Chùa Đồng), qui
pèse plus de 70 tonnes, est la réplique
d’un ouvrage du XVIIème siècle, tôt
détérioré. Rien d’étonnant à cela : à
1068 mètres d’altitude, au sommet
du Mont Yên Tử, les éléments sont
rarement cléments. Un blizzard tenace
chasse les nuées, et on découvre tout
alentour l’enchevêtrement confus des
crêtes de la chaîne de Đông Triều, qui
ceinture le Delta du Fleuve Rouge au
nord.

Avant de devenir un pèlerinage aussi
mouvementé, assailli massivement
dans les tous premiers week-ends
après le Tết, le Mont Yên Tử fut le
refuge séculaire des âmes en quête de
retraite spirituelle. La dynastie des Lý,
grande promotrice du bouddhisme, y
fonda un premier monastère, au début
du XIème siècle. Mais c’est aux Trần, qui
lui succèdent dès le XIIIème siècle, que
l’on doit l’essor grandiose du site. Le
bouddhisme de cour, avec ses moinesministres et ses bonzes-généraux,
est alors à son apogée. Les années
1250-1280 sont violemment ébranlées
par les invasions mongoles, que les
Trần repoussent victorieusement.
Pour se distraire des turbulentes
vicissitudes de ce monde, l’empereur
Trần Nhân Tông (1278–1293) cultive
son karma : il crée l’école bouddhiste

Le sommet, chapeauté par le Pagodon de Cuivre.

Texte d’Etienne Fréneaux,
photos de Nicolas Bonnaud

E

nglouti dans un océan déchaîné
de doudounes luisantes, le
pèlerin se rattrape au moindre
roc, à la moindre épaule, jouant des
coudes sans scrupules pour tenter de
refaire surface. Il manque sombrer
dans un abysse de jeans délavés, mais
un gros bloc de granite soudain surgit
sous sa main, et il escalade l’esquif
providentiel, émergeant au-dessus de
la houle hagarde – un peu de répits ;
l’objectif est tout proche, pourtant,
mais voilà bien une demi-heure que le
malheureux pèlerin, à bout de force,
essaie vainement de l’atteindre : à
la faveur d’une bousculade, lorsque
l’écume des cagoules et des bonnets
plonge brusquement, on devine
parfois la toiture sombre, coiffée
d’animaux sculptés. Parviendra-t-il
jamais à aborder à ce pavillon sacré?
de la Forêt de Bambous (Trúc Lâm),
la première qui relève du courant Zen
(Thiền) en pays việt ; il en installe les
quartiers-généraux dans le giron du
Mont Yên Tử, dont il affectionne le
cadre érémitique, et y consacre de
nombreuses pagodes. Plus tard, ayant
abdiqué, il s’y retire dans l’ascèse
la plus stricte, avant de s’éteindre
en 1308. Il est considéré comme le
premier patriarche de l’école de la
Forêt de Bambous, qui ne lui survivra
guère. Par trop associée à la dynastie

Trần, elle disparaît durant la tourmente
de l’occupation chinoise (1407-1427),
et les Lê, hostiles au bouddhisme, ne
la restaureront pas. Mais la ferveur
populaire, elle, n’a cessé de croître
autour du Mont Yên Tử.
Si le point d’orgue du pèlerinage
demeure le pagodon sommital,
les étapes intermédiaires ne sont
pas moins prisées, qui s’attachent
à la légende de l’impérial ascète.
Suivons ses pas dans le calme et le
recueillement.

Visite guidée
Au départ du parking bondé où les
bus vomissent leurs dévots en flux
tendu, achetons menues offrandes
et force victuailles en bataillant au
cœur du marché contigu. Ceci fait,
on se ressource à touche-touche
au bord du Ruisseau du Bain (Suối
Tắm), où l’empereur jadis fit ses
ablutions. Puis on se bouscule à la
Pagode de l’Abstinence (Chùa Cấm
Thực), où il prit son premier repas
végétarien, avant de s’entasser à
la Pagode du Purgatoire (Chùa Giải
Oan), édifiée là même où les dames
de la cour se suicidèrent de désespoir
en voyant le bel empereur renoncer
définitivement au monde profane.
Puis commence la longue ascension,

20

randonnant d’un bon pas de fourmi.
Sous les frondaisons du Chemin des
Pins, plantés jadis par qui-vous-savez,
on respire leur fragrance de sueur et
d’after-shave bon marché – où estce celle du groupe d’adolescents qui
vous colle ? Subjugués par les vertus
supposément magnétiques de ce
bosquet, vos suiveurs vous poussent
sans ménagement en vous labourant
les lombaires. Au bout d’une demiheure, on s’engouffre dans une volée
de marches abruptes et inégales, l’on
s’y casse la figure une demi-douzaine
de fois, avant d’atteindre le bucolique
Jardin de Jade (Hòn Ngọc), où l’on
badaudera avec autant d’aise que
lors d’une soirée promotionnelle chez
Big C. Au centre se dresse la Tour du
Patriarche (Tháp Tổ), un stupa de 10
mètres de haut, vestige de l’époque
Trần, avec ses délicats motifs de
lotus. Tâchez d’apercevoir, sans vous
prendre un bâton d’encens dans
l’œil, la niche qui abrite une antique
statue de Trần Nhân Tông, en habits
monastiques. Une quarantaine de
stupas plus modestes complète
l’état des lieux, entre de nombreux
frangipaniers. Extirpez-vous de la
cohue et crawlez jusqu’à la pagode
Hoa Yên, non sans admirer, en apnée,
les dalles de briques frappées d’un
motif de chrysanthème, emblématique
À gauche : le khánh (cloche plate) sommital
À droite : Shi (lion gardien) et orant
En bas : Chùa Một Mái (Pagode au Toit Unique)

c’est une statue colossale, flambante
neuve, représentant… devinez qui ?...
A ses côtés, un monolithe mal dégrossi
figure vaguement une silhouette
humaine de deux mètres de haut ; il
s’agirait d’une manifestation naturelle
d’An Kỳ Sinh, moine chinois qui
fréquenta le monastère un millénaire
plus tôt. Soit. Vous avez bien mérité
une pause. Un conglomérat de stands
graillonneux a établi le monopole
du casse-croûte en lisière de forêt.
Encastrez-vous entre deux bruyants
commensaux qui dévorent un
malheureux bouillon végétarien. On
est encore loin ? Le plus dur reste à
faire. Une heure au bas mot. Plus de
marches, plus de sentier. C’est la ruée,
en bloc, par à-coups, les glissades dans
la gadoue, les accrocs aux rochers,
l’escalade, le vide par endroits, et le
maelström final, la circumambulation
démentielle, centrifugeuse infernale
qui vous éloigne du but plutôt que de
vous rapprocher. Atteindrez-vous le
Pagodon de Cuivre ? Frapperez-vous
le khánh, cloche plate porte-bonheur?
C’est tout le calvaire que je vous
souhaite.

Pour vous y retrouver
đỉnh : sommet
chùa : pagode
tháp : tour, stupa
cáp treo : téléphérique
nhà vệ sinh : à éviter...

Le Mont Yên Tử se situe deux
bonnes heures à l’est de Hanoi.
Prendre la route de Hạ Long (QL18)
jusqu’à la ville de Uông Bí. De là,
15km d’une route de traverse,
sinueuse et parfois très embouteillée,
conduisent au parking. L’ascension
seule, en visitant chaque pagode,
requiert au moins trois heures, les
jours calmes ; mais en période de
Tết (février, mars), comptez plutôt
cinq heures ! Plus la redescente.
Deux téléphériques desservent le
sanctuaire ; la queue est rédhibitoire
les jours d’affluence. Notez qu’en
temps ordinaire (en automne surtout)
l’excursion n’a rien d’apocalyptique,
et c’est même une randonnée très
agréable, panoramique et culturelle.
Le climat est rude en hiver, suffocant
en été, frisquet à la mi-saison ;
prévoyez un bon coupe-vent pour le
Tết.

Y ALLER

des Trần ; les originaux ont depuis
belle lurette été réduits en régolithes
par des millions de sandales. Il y avait
autrefois ici un immense monastère,
mais l’actuelle pagode n’est qu’une
construction
récente,
élégante,
dans laquelle on ne pénétrera pas
sans masque à oxygène, tant y est
dense la concentration en encens, et
inversement proportionnel l’oxygène
disponible. On évitera de justesse les
bords aigus d’un plateau débordant
de Choco Pie, qui vole à hauteur de
visage avant d’atterrir aux pieds
d’une grande statue du monarque
en majesté. Sur le parvis, vlan ! vous
emplafonnez une fichue borne
plantée là pour embêter le monde –
au temps pour moi, il s’agit de la Stèle
des Patriarches, représentant les trois
premiers dirigeants de l’École ; elle
commémore une importante donation
en or effectuée en 1723 aux villages des
environs. Mais allons, le sommet est
encore loin ! Et l’on reprend le cours
diluvien des fidèles, dont certains ont
décidé de pique-niquer en travers des
escaliers. Enjambons, contournons,
et poireautons dans un bouchon
inextricable. Une sente glissante
donne accès à la croquignolette
Pagode au Toit Unique (Chùa Một Mái),
lequel, en plus d’être unique, est –
boom – trop tard – très bas. Massezvous le front tout en coulissant
dans la masse des orants, d’autant
plus compacte que ce sanctuaire
troglodytique est extrêmement exigu.
Étape suivante : la Pagode des Nuages
(Chùa Vân Am) où Trần Nhân Tông
rendit son dernier souffle – reprenez
le vôtre, car vous n’êtes toujours pas
au bout de vos peines : la farandole
de stupas, pagodes, pavillons
continue de plus belle ; plus d’une
centaine de constructions au total.
Voici un nouveau palier, où un flot
de pèlerins en grande forme dépote
sans discontinuer du téléphérique. Du
quoi ?? Oui, téléphérique il y a, mais
c’est de la triche – et puis deux heures
de queue, franchement, vous y teniez?
Alors en avant, et sans rechigner !
Vous fléchissez ? Vous divaguez ? Vous
croyez voir un gigantesque moine
cuivré assis en méditation ? Nul mirage:

21
Texte d’Etienne Fréneaux,
photos de Nicolas Bonnaud

Le Massacre
du Printemps

Hải
{ Combats de buffles à PhúcLựu, }
province de Vĩnh

A

llez, Buffle, il faut y aller maintenant ».
L’homme coiffé d’un casque de bộ
đội flatte paternellement l’échine
de l’animal énorme, qui sort de sa maison
en humant bruyamment l’air matinal – il
frissonne nerveusement, incommodé en
même temps qu’excité par une odeur
inhabituelle, graillonneuse, poissée.
L’homme a empoigné la cordelette,
passée dans l’anneau qui pend au mufle
rugueux. Un dernier regard aux ancêtres,
dont les portraits trônent sur la tablette,
en haut du mur, enrobés par la fumée
des bâtons d’encens qu’on a fichés
dès l’aurore pour appeler la protection
des esprits. Au pied de l’autel gisent les
reliefs d’un ultime festin : porridge de
riz, canne à sucre, le petit-déjeuner des
athlètes, préparé amoureusement par la
femme. En tailleur écarlate impeccable,
elle se tient dans l’embrasure de la porte,
et la voici qui pleure doucement en
voyant s’en aller le rejeton chéri. Quelle
distinction ç’avait été quand, l’an dernier,
les anciens du hameau leur avaient
confié le buffle nouvellement acquis,

22

une bête de choix
minutieusement
sélectionnée,
sur
laquelle
reposait
désormais la fierté de
toute la communauté.
Et huit mois durant, il
avait fallu engraisser
et soigner l’animal.
Le dresser aussi. Pas
question de souiller
ce noble héros dans
le lit fangeux des rizières ; nul araire ne
lui fut jamais attelé ; la compagnie de
ses semblables toujours lui fut refusée,
humbles bêtes de trait dociles et
placides. Au contraire : réveiller l’instinct
sauvage endormi par des millénaires
de domestication, aiguillonner son
agressivité, l’exercer sans relâche
aux assauts et à la ténacité. Longues
journées de patients exercices dans
l’enclos, au cours desquels, peu à peu, on
nourrissait la certitude de fabriquer un
champion. Passé les joutes éliminatoires
avec succès, on avait fêté le Tết dans

l’euphorie, impatients d’en découdre. Et
le jour était arrivé.
Devant la maison, le voisinage s’est
attroupé. Mines anxieuses. Ce n’est pas
tant pour l’écot, que l’on craint, que pour
l’ego. Ceux qui ont investi dans l’affaire
savent bien qu’ils seront payés de retour.
Mais la gloire ? « Allez, Buffle ! En route!»
Et Buffle remonte la rue, escorté par
la jeunesse du quartier, enturbannée
de rouge et brandissant de grandes
bannières écarlates qui claquent dans
le vent. En tête du cortège, les notables,
revêtus de l’áo dài bleu vif, fendent la
foule des badauds qui furètent entre
troquets et tables de jeux. Effluves de
grils. Relents de marmites. Buffle frémit,
interloqué, hésitant. Mais on le presse,
on le pousse. On le tâte aussi. Murmures
admiratifs, commentaires laudatifs : quel
poitrail ample et puissant ! quelles cornes
idéalement arquées ! Et ce qui éveille le
plus d’éloges : ce « cou de cigogne»,
long et souple, qui pourra ployer
adroitement le moment venu. D’aucuns
déchiffrent des augures favorables dans
l’implantation particulière des poils, ou le
balancement des testicules.
Assurément, on tient là un
spécimen exceptionnel !
Mais Buffle n’a cure de
tout cet empressement.
Il dodeline pesamment,
heurtant le bitume de ses
sabots avec l’assurance des
costauds. Ses oreilles velues
papillonnent anxieusement;
un sourd martèlement leur
parvient, qui roule et enfle
et gronde et voici que la
marée humaine se rompt
d’un coup, et apparaît
un antre sombre par
lequel on tire Buffle avec
empressement, et Buffle
pénètre dans le stade, qui
gronde et tonne et sonne.
Des grappes de spectateurs
débordent des parapets
qui couronnent le porche,
écume d’une houle humaine
plus formidable encore
qui remplit le chaudron de
béton à ras-bord, et dix
mille murmures s’unissent
en une seule clameur,
couvrant momentanément
le
haut-parleur
qui
déblatère le palmarès et
les mensurations du nouvel
arrivant. Sur les gradins opposés, l’orage
est à son comble : deux rangées de gros
tambours tonitruent sans répits, les
batteurs aux costumes sang-et-or levant
haut leurs mailloches, cadence infernale
qui gonfle à bloc les nerfs de Buffle,
tandis qu’on lui fait franchir une double
palissade ovale de pieux de bambou,
et Buffle est dans l’arène. Un océan de
boue truffé de flaques.
Un silence écrasant est tombé. La
cordelette accélère, Buffle trotte
machinalement à sa remorque, puis la

cordelette file et disparaît, mais Buffle
est lancé et les tambours le pressent
et le bousculent et qu’importe la
gadoue, les sabots de Buffle galopent
et bondissent avec assurance tandis
qu’il se rue sur l’autre buffle surgi d’il
ne sait où – que fait-il ici cet intrus ?
Espère-t-il lui ravir la vedette devant
tant d’humains attroupés ? Le sang de
Buffle ne fait qu’un tour et il emplafonne
frontalement l’imposteur, qui encaisse le
choc sans reculer. Les adversaires sont
emboîtés : cornes encastrées, les mufles

raclent le sol, les cous, incurvés jusqu’à
l’équerre, se rejoignent en une seule
masse de muscles tendus à l’extrême.
Buffle, comme tétanisé, se cramponne à
sa seule certitude : détruire l’autre. Sans
raison autre que sa volonté animale de
lutter, survivre et dominer.
Quelque chose a bougé ! Une corne
a dérapé, les cervicales ont oscillé, un
museau s’est redressé brutalement.
Buffle est tout étonné. Une balafre
lacère sa joue, mais ça n’est pas ça qui
l’intimidera. A peine séparés, les deux

gladiateurs se percutent derechef,
les cornes à nouveau se croisent et se
coincent. Ils s’arc-boutent de plus belle.
Buffle, contorsionnant habilement son
« cou de cigogne », pivote lentement,
et les cornes imbriquées font un levier
formidable, qui soulève l’adversaire. Le
stade frémit et s’exclame, brièvement,
sur un crescendo subito des tambours
– puis la tension replonge aussitôt les
milliers de gosiers dans une muette
expectative. Brusquement le levier cède,
l’animal captif retombe lourdement,
sa gorge effleurant le
tranchant d’une corne de
Buffle. Il s’en est fallu de bien
peu. Endolori par l’effort,
Buffle se dégage et laisse
échapper sa proie, qui se
cabre, rassemble ses forces
et fond, acharné, sur son
tortionnaire, et embroche
celui-ci de profil, le
poignardant sauvagement à
l’encolure. Buffle menace de
basculer à la renverse mais il
s’agenouille et d’un revers
inattendu de ses sabres
de kératine il perfore l’œil
gauche de son agresseur,
puis assène un deuxième
coup qui rate sa cible mais
se glisse sous la mâchoire
et s’assure ainsi une prise
solide pour repousser le
danger, se relever posément
et reprendre l’avantage.
Esquive, parade, contreattaque, puis à nouveau
c’est le blocage, buffles
affrontés, encornés, que
rien ne semble pouvoir
séparer, départager. Et tout
le temps que dure cette
accolade mortelle, le couple
meurtrier erre pas à pas
d’un bout à l’autre de la lice, cravaché
par les insatiables tambours, tantôt c’est
Buffle qui recule, tantôt il pousse son
semblable, et ainsi vont deux bulldozers
labourant le sol, qui vole en éclats de
mottes de terre gorgées d’eau.
Le spectacle s’éternise, mais l’acuité
ne se relâche jamais dans l’assistance,
qui sait bien que c’est au cours de ces
empoignades interminables que, d’un
coup, sans que le moindre soubresaut
ait laissé présager une prompte issue,
subitement, l’un des deux combattants

23
Vivre le

flanche, s’extirpe de l’étreinte,
tourne casaque et détale,
simplement,
furieusement,
définitivement, et Buffle prend
en chasse le poltron, avec toute
l’énergie qu’il lui reste, et il le talonne
tout au long des palissades, tour de
piste sous les ovations et les huées
et les tambours qui exultent, Buffle
galope, galope, heureux, vaniteux,
lui le roi du jour, le vainqueur
glorieux, qu’à présent on tâche de
freiner dans sa cavalcade exaltée
– mais qu’on le laisse savourer!
qu’on le laisse défouler tant de rage
accumulée ! Mais les hommes, sautillant,
gesticulant, cavalant et tombant dans la
boue, tentent d’arraisonner Buffle et son
souffre-douleur, avec force drapeaux
bariolés qu’on interpose pour qu’ils se
perdent de vue l’un l’autre, qu’ils en
oublient la furie, l’angoisse, le stade et
jusqu’à l’enjeu de cette tuerie inachevée.
Les tambours se sont tus. Buffle enfin
se lasse et s’arrête et accueille la troupe
des êtres fluets avec affection, on le
fête, on le flatte, on l’extrait de l’arène,
et voici l’homme au casque de bộ đội,
à qui Buffle doit tout, sa pitance et son
triomphe, quel bonheur sur son groin
d’humain, et le cortège se reforme,
restreint, sans plus de bannières, rien
qu’un simple fanion, moins de badauds
aussi, les rares supporters qui le suivent
encore l’observent d’un œil gourmand.
Où va-t-on ? Buffle renâcle un peu à obéir
à la sempiternelle cordelette ; après

tant de fougue libérée, la ficelle qui fait
loucher est un peu abuser, et Buffle ainsi
tracté comme un vulgaire baudet sort du
village par la petite route qui couronne
la digue, au milieu des rizières inondées,
entre les étals précaires qu’on a dressés
pour l’occasion, et qui regorgent de
matière écarlate, et Buffle retrouve cette
odeur entêtante, pesante, inquiétante,
tandis qu’il reconnaît dans le bas-côté
son adversaire malheureux de tantôt,
qui tressaute ridiculement avec cette
idiote collerette de filets rougeâtres
qui lui pissent de la gorge et le voici qui
s’écroule entre deux hommes armés de
machettes – Buffle n’a même pas une
once de pitié pour ce balourd, ni pour
aucun autre perdant, qui tous méritent
d’être dépecés, décarcassés, désossés,
débités en pièces détachées sur les
tréteaux de fortune, et les mégères du
district s’arrachent les morceaux de
choix. Ah Buffle peut se gamberger,
Buffle échappe au sort infâme, Buffle

en a des haut-le-cœur, et cette odeur
de mort insupportable, sûr que Buffle
se passerait volontiers de ce triomphe
macabre, Buffle magnanime veut en
finir au plus vite – où est le podium ? où
est la récompense ? Le casque de bộ đội
a cessé de se dandiner – halte, enfin !
Au pied d’un poteau électrique triste
comme un gibet, l’homme a rassemblé
ses camarades, préparé ses ustensiles.
En guise de lauriers, voici qu’on fiche à
Buffle une paire de pincettes ridicules
sur ses oreilles, et les câbles en prime,
et l’interrupteur qu’une main actionne
et Buffle, avec sa gloire et sa candeur,
bascule les quatre fers en l’air, rouléboulé pour l’éternité.
	
Une pluie feutrée tombait sur la plaine,
tandis que le rituel millénaire poursuivait
son hécatombe. Cette année encore les
hommes mangeraient à leur faim. Et les
génies encore renoueraient leur pacte.
L’année nouvelle commençait bien.

Y ALLER

Le Festival des combats de buffle de Hải Lựu (Lễ hội chọi trâu Hải Lựu) se déroule chaque
année, les 16 et 17 du deuxième mois lunaire (soit les 15 et 16 février 2014). C’est le plus ancien
du genre au Vietnam : il remonterait au IIème siècle de notre ère. Au cours d’un festival, une
douzaine de combats sont organisés, du matin au soir, sur deux jours. Leur durée varie d’une
dizaine de minutes à près d’une heure. Ces combats sont cruels dans leur principe, comme
nombre de rites ancestraux ; toutefois, les coups que se portent les buffles dans l’arène ne
sont que très rarement mortels, et les blessures généralement superficielles (exception faite
des yeux crevés) ; le combat finit généralement quand l’un des deux adversaires cède et fuit.
Le plus difficilement soutenable est, en fin de compte, l’abattage en plein air qui s’en suit, du
vaincu comme du vainqueur et d’autres congénères, sur les routes d’accès au village, et les étals
attenants, nombreux et sanglants.
Hải Lựu est un petit village situé à proximité de la Rivière Claire (Sông Lô), affluent majeur du
Fleuve Rouge, à trois heures en amont de Hanoi, à l’ouest. Passez par Vĩnh Yên, puis suivez les
routes 305 et 307 (par Lập Thạch). Il vous faudra sûrement demander votre chemin.
La station balnéaire de Đồ Sơn (province de Hải Phòng) organise aussi des combats de buffles (le
9 du huitième mois lunaire, hors période de Tết) ; plus connus, plus courus, mais moins
« pittoresques ».

Localisez ces trois festivals sur le site de l’AFV :
www.amicaledesfrancophonesauvietnam.org/informations/voyages

24
EÁVEÁNEMENT

EÁVEÁNEMENT

Textes de Catherine Mellier, photos © Ao Show

Ao
Show

coulisses
{ Dans lessuccès }
d’un

C

’est une sorte d’ovni qui remplit
quasiment chaque soir l’opéra
d’Ho Chi Minh ville. Et ce depuis
presque un an.
Le Ao show se situe quelque part à
la croisée des arts, entre la danse, la
performance, le cirque, le concert et
le conte joué. Un spectacle total. Du
genre inclassable. A moins qu’il n’ait
réussi à inventer son propre style, à
part entière. Entièrement à part…
« Ao », c’est tout simplement
l’onomatopée pour décrire la surprise,
la splendeur visuelle.
Quand la lumière s’éteint dans l’opéra
de Saigon, c’est le Vietnam qui
s’éveille. Ses symboles, ses traits de
caractère, sa culture, son histoire. Des
hommes et des femmes marchent sur
des bambous ou des bateaux-paniers
suspendus à plusieurs mètres du sol.
Au son des sitars ou encore

26

d’une
guitare,
les
performers
fendent la scène sur la pointe des
pieds. S’envolent, se portent, se
contorsionnent,
s’époumonent,
se bousculent, dansent. Ils jouent
ensemble, et chantent aussi.
Ici, l’esthétique est un parti pris,
largement assumé. Nhất Lý, directeur
musical : « On a imaginé des tableaux
proches de la vie quotidienne. La
proportion de la culture vietnamienne,
dans cette fresque générale du
spectacle, est plus exploitée que les
acrobaties ou le sensationnel. »
Si le Vietnam devait être conté, alors
Ao show pourrait s’en charger. Pour
ce qui est du spectaculaire, d’autres
compagnies le font très bien. « On ne
veut pas et on ne peut pas rivaliser
avec le Cirque du Soleil par exemple.
Nous avons donc choisi de réaliser
quelque chose de différent, qui
n’existe pas ailleurs… »

Le Ao show, c’est un ensemble de
12 circaciens, 4 cascadeurs de rue, 5
musiciens et, derrière, l’équipe soudée
et resserrée des faiseurs du spectacle.
Ceux qui ont croqué l’âme du Vietnam
l’ont digérée pour mieux la restituer
ensuite au public. Les concepteurs ont
pour noms Tuấn Lê (directeur général),
Nguyễn Tấn Lộc (chorégraphe), Cathy
Nguyễn (chorégraphe), Nguyễn Lân
Maurice (directeur artistique) et
Nguyễn Nhất Lý (directeur musical).
Certains, comme ces deux derniers,
puisent même leurs origines quelque
part dans le pays de France… (lire
page 29)
Le show a été imaginé pour devenir à
lui seul une destination touristique. A la
demande du producteur (une société
vietnamienne d’événementiel), il a
été échafaudé pour plaire à la fois
aux Vietnamiens, et à tous ceux qui,
de passage dans la ville de l’oncle Hồ,
cèdent à l’heureuse inspiration de se
rendre à l’opéra.
Néanmoins, par la volonté des artistes,
tout est d’origine vietnamienne :
les objets, les matériaux et les
costumes, mais aussi le personnel
humain, les performers et bien sûr
la musique, directement inspirée
d’ailleurs des chants traditionnels
du sud du pays, les đờn ca tài tử. Les
mélodies sont chaque soir revisitées
par des musiciens professionnels
qui poussent l’audace à renouveler
quotidiennement
leur
création
sonore. « Notre seule partition, c’est
ce qui se passe sur scène », raconte le
directeur musical. « C’est la même unité
entre nous, la musique n’est pas collée
sur le spectacle comme dans le cirque
traditionnel. Ici, l’un supporte l’autre ».
Dans un va-et-vient permanent entre
le show et le son.
D’ailleurs, particularité du Ao show,

c’est l’ensemble du spectacle qui est en
mouvement permanent. « On le modifie
pratiquement tous les soirs. Tout n’est
pas écrit à l’avance puis reproduit
mécaniquement sur les planches par
des exécutants », explique encore
Nhất Lý. « Par exemple, on a acheté
les paniers sans trop savoir comment
les exploiter. Après les avoir mis sur
scène, on a joué avec. Tout le monde
a participé et, d’un seul coup, quelque
chose est sorti ».

Mon village, le grand frère
du Ao show
Le Ao show a tout d’abord tourné en
début d’année au Théâtre de l’Armée,
près de l’aéroport. Avant de trouver
une scène plus grande et plus adaptée à
l’opéra de Saigon, dans lequel il va rester
encore quelques temps. Au moins toute
l’année 2014 de source sûre. Avant de

partir voyager en d’autres lieux…
Le Ao show a un prédécesseur, un aîné
qui s’appelle Mon Village. Spectacle créé
en 2009 et issu du même sérail, c’est-àdire de l’imagination de leurs auteurs
communs, et qui vient juste d’achever
une longue tournée en Europe où on
aura pu le voir dans les plus grandes
salles des plus grandes capitales. A Paris,
il a rempli La Villette et le Musée du Quai
Branly. La représentation de Mon village
a été donnée près de 150 fois dans le
seul pays de France.
Ao show se prétend donc une sorte de
suite à ce succès européen, le second
volet d’une série qui aurait bien
commencé, et qui se prépare à son
tour à une mise en orbite. Il devrait,
comme son aîné, tourner en Europe
à l’horizon 2015. Ainsi, durant toute
l’année prochaine, le show actuel
poursuivra sa fabuleuse histoire à
l’opéra de Saigon.

27
INFOS PRATIQUES
Jours de représentation, jusqu’à fin 2013 :
Les 15, 21, 24 et 31 décembre 2013, à 20 heures.
Les 10, 11, 12, 20, 25, 26, 30 décembre 2013 à
18 heures.
Tickets en vente à l’opéra,
7 Công trường Lam Sơn, Q1
Email: reservation@aoshowsaigon.com
Tel: 012 45 18 11 88
Prix des billets : de 530.000 à 1.470.000 VNĐ
(selon le placement et la date).
Plus d’infos sur : www.aoshowsaigon.com

28
PORTRAIT

Nhaát Lyù

L’homme orchestre

I

l a finalement choisi le Vietnam. A
moins que ce ne soit le Vietnam
qui se soit rappelé à lui. Nhất Lý
est le directeur musical du Ao show.
Né en France en 1959, il vient vivre à
Hanoi avec sa famille dès l’âge de trois
ans. Son père, Vietnamien, travaille
comme ingénieur dans l’entreprise
de maintenance de chars d’assaut
soviétiques de la capitale du Nord
tandis que sa mère, Française de
parents Hongrois et Wallon, décide
alors qu’ils sont encore en France
d’abandonner ses études à l’école
normale pour se former au dessin
industriel. En vue d’aller travailler
dans le pays de son mari. Une fois le
diplôme de celle-ci en poche, la famille
s’installe donc à Hanoi en 1962. La
situation politique n’évolue pas vers
la sérénité. Hanoi subissant de sévères
bombardements en l’année 1969, la
fratrie part s’abriter à la campagne, les
parents continuant, quant a eux, de
servir leur pays dans la capitale.
C’est là que tout commence pour Nhất
Lý. Il est inscrit à l’Ecole Nationale de
Musique du Vietnam. Son frère et sa
soeur sont eux à l’Ecole du Cirque.
Nhất Lý apprend le piano, l’accordéon,
avant de se former plus tard à la
trompette, au saxo et à bien d’autres
instruments encore.
Son frère aîné, Nguyễn Lân Maurice,
travaille aujourd’hui à ses côtés en tant
que directeur artistique du Ao show.
Lui vit toujours en France, à Chambéry,
où il a fondé une grande école du
cirque de bonne réputation, non sans
avoir fait ses classes au préalable dans
le célèbre Cirque Plume.

Nhất Lý a lui aussi traîné ses guêtres
quelques années en France (de 1985
à 2008), où il a eu trois enfants qui
vivent toujours là-bas. Il a collectionné
les petits boulots (il aura même été
clown dans sa vie) avant de devenir
treize ans durant officier municipal
de la jeunesse à Aubervilliers. En ces
temps-là, ses bureaux sont situés à
deux pas du fameux théâtre équestre
Zingaro, dont il apprécie les show et
la musique que Bartabas y incorpore.
« On a même utilisé son château en
bois pour le festival de musique que
l’on a créé à Aubervilliers », ajoute-il
fièrement.
Son oreille musicale a selon lui été
formée dès le berceau : « Ma grandmère, une vraie mélomane, me faisait
écouter énormément toutes sortes de
musiques ».
Une oreille aiguisée qui ne cessera
de
titiller
l’homme-orchestre
du Ao show durant toute son
existence. « En 92, j’ai appris les
métiers du son à l’Abbaye Studio à
Goussainville. » Puis c’est en étudiant
l’ethno-musicologie à la Sorbonne
qu’il subit une sorte de révélation.
« J’ai vraiment trouvé mon chemin à
cette époque ».
En se nourrissant de la musique des
autres, il commence à sentir celle qu’il
porte dans ses entrailles. La mélodie –
vietnamienne – du bonheur.
Nhất Lý décide alors de se réinstaller
sur les terres où il a grandi, et dont
il parle la langue comme n’importe
quel enfant du pays. Ici, il s’attache à
présent à écrire une nouvelle partition
de sa vie.

« L’art de la musique, ça consiste
à organiser les sons dans le temps
et l’espace », considère Nhất Lý.
Aujourd’hui, maintenant que le
Ao show a pris son envol, il bosse
d’arrache-pied sur le projet qui lui
tient à cœur depuis longtemps :
organiser la musique qui puise ses
racines ici, au Vietnam. « Avant toutes
les influences chinoises, indiennes ou
même européennes, il y avait déjà une
culture musicale propre à ce pays ! »
Dans son laboratoire de recherche
instrumentale qu’il a installé à Saigon,
il va tenter « de phraser tout ça, afin
que chaque instrument puisse trouver
sa fonction propre, la place qui lui
revient ».
Son objectif avoué est de créer ici,
en Asie du Sud-Est, ce qui pourrait
être le pendant de la formation la
plus aboutie d’occident : l’orchestre
symphonique. « Je voudrais parvenir
à constituer ici une sorte d’orchestre,
un ensemble de musique du sud-est
asiatique. »
Peut-être sa manière à lui de servir son
pays, et de lui rendre hommage.

29
{ Photoreportage aux abords d’Inle, en Birmanie }

Gens du lac

Un pêcheur lève ses filets sur le Lac Inle

portfolio
portfolio
Photos et texte d’Etienne Bossot
C

Le présent Portfolio a pour décor le Lac Inle, qui reste pour moi l’un des plus beaux endroits de
Birmanie. J’y ai organisé l’un de mes ateliers, en octobre dernier. Ces « tours photo » sont devenus
ma principale activité ; j’y enseigne mon expérience de photographe, et ma passion pour l’Asie.

ela fait bientôt 7 ans que je vis au Vietnam, et ce pays jamais ne cesse de me subjuguer. C’est
à lui et à l’Asie que je dois mon entrée en photographie, l’envie de capturer l’exotisme. Mon
travail est essentiellement centré sur les gens, soit que je réalise un portrait serré, soit
que je les saisisse dans le cadre plus large de leur quotidien. C’est pour moi l’intérêt essentiel de
l’Asie du Sud Est : ses peuples, ses visages, ses sourires. Et sa convivialité : un don remarquable
dans cette région du globe, qui me donne toujours plus envie d’explorer – de rencontrer. Aller au
contact de mes sujets, interagir avec eux, voilà qui libère une grande créativité, donne le temps
d’étudier leur environnement, et ouvre de nouvelles pistes pour composer l’image. Et pour cela,
un sourire suffit !

Ramer avec la jambe,
une technique ancestrale

31
Bétel ou thanakha, atours féminins
Un novice s’apprête pour la tournée des offrandes

33
Une jeune femme abîmée dans ses pensées.
Un village sur pilotis, arrimé sur le lac.
Chapeaux traditionnels.

35

Renseignements sur
www.hoianphototour.com

ou visitez Hoi An Photo
Day Tours & Workshop,
son agence et galerie à
Hội An, où il réside, au
42 Phan Bội Châu

Retrouvez Etienne
Bossot sur le web :
Pics of Asia photo tours
& tutorials,
www.picsofasia.com
Texte de Sabrina Rouillé,
photos © Nua

talents

d'ici

Tout en légèreté
« Dans ma tête, il y a les femmes de Corto
Maltese. » Traduire : mystère, élégance
et féminité. Sans oublier le voyage.
Voilà, en substance, ce qui inspire
Camille Poussier, styliste et créatrice de
la marque Nua. La jeune femme de 30
ans est arrivée au Vietnam en novembre
2011. A Paris, elle travaillait dans le milieu
de l’édition, après des études en socioanthropologie, spécialité Asie.
« J’ai toujours aimé le processus de
création, y compris avec les mots. »
Les opportunités se raréfiant en
France, Camille a des fourmis dans les
jambes. Elle décide de partir s’installer
au Vietnam, avec, derrière la tête, une
envie de création de vêtements.

36

La jeune femme a de qui tenir : « mes
deux grands-mères ont toujours
fabriqué leurs vêtements. L’une
était pied-noir au Maroc, l’autre,
épouse de diplomate. Elles avaient
voyagé et m’ont transmis le goût
des matières et des couleurs. J’ai
retrouvé des robes d’ambassades
avec des broderies afghanes, des
choses magnifiques. J’ai hérité la
machine à coudre de ma grand-mère
maternelle. »
De sa propre mère, elle héritera
aussi du goût pour le vintage. « Elle
était antiquaire. Dans la boutique,
je faisais mes devoirs au milieu
d’objets incroyables ! »

Pendant cinq ans, elle vend des
vêtements vintage sur Internet et
chine à Paris. Beaucoup. « J’ai récolté
énormément de matières, des vieux
rubans, des dentelles, etc. J’ai aussi
collectionné des patrons des années
1900 aux années 80. C’est ma base de
travail aujourd’hui. »
Car aujourd’hui, Camille est bel et bien
styliste. Elle a développé sa marque,
Nua, à Ho Chi Minh Ville. « Être proche
des lieux de fabrication de la matière
première, c’est important. 50% de mon
temps est consacré à la recherche de
tissus. J’aime beaucoup travailler
avec mes fournisseurs et mon atelier
de couture. » Le coton, le lin et la soie
sont ses matières préférées. « J’aime
ce qui est flou mais seyant tout
de même. J’essaie de réaliser des
modèles féminins sans entraver le
corps de celle qui les porte. La femme
que j’habille ? Je la vois naturelle
et lumineuse. J’aime les coupes
basiques mais fluides, j’aime ce côté
habillé sans l’être. Je tente toujours
de trouver un équilibre entre des
modèles casual et des vêtements
plus habillés. »
Camille Poussier sort une collection
tous les trois mois, comprenant
chacune vingt modèles, déclinés en
différentes couleurs et selon un thème
précis. Souvent, ses vêtements sont

un voyage dans le temps comme sa
collection Darling. Côté couleurs, elle
peut tenter un rouge carmin ou un bleu
canard, mais elle préfère les couleurs
terre, naturelles et élémentaires. Et
côté prix, la jeune styliste tient à rester
dans une gamme abordable.
Sa clientèle ne tourne pas autour
d’une seule classe d’âge ou de style.
« Elle est très variée : j’ai beaucoup
de Françaises et des expatriées
asiatiques comme les Coréennes
et les Japonaises. Et des femmes
vietnamiennes. D’ailleurs, la femme
vietnamienne, que je la croise dans
la rue ou dans des endroits plus
chics, m’inspire aussi. »

La jeune femme réalise également
des foulards, des ceintures et des
sacs, « avec les chutes que je réutilise
toujours. » Camille Poussier envisage
la conception d’une ligne hommes en
2014. Nua s’envole.
Le showroom de Nua se trouve au 4,
Lê Văn Miến, Thảo Điền, Q2. L’endroit
abrite le Studio Co qui fédère un
ensemble d’une quinzaine de créateurs,
designers, architectes, graphistes…

37
petite le�ON

DE CUISINE

Thòt kho tröùng

Texte de Sophie Goyault Gounouf
Photos de Soazig Nabec

{ Porc au caramel et aux œufs }

P

our cette fois-ci, je ne pouvais pas
vous proposer autre chose qu'un plat
traditionnel préparé pour le Tết. La
grande tradition reste le bánh chưng (voir
notre abécédaire page 12). Cependant, pour
cette Petite Leçon de Cuisine, je ne vous
proposerai pas la recette. Parce que d'une
part, vous pourrez trouver des bánh chưng
un peu partout en ville, et d'autre part,
trop peu d’entre nous affectionnent cette
spécialité…
Et comme le Tết est une fête familiale, je
ne me suis pas rendu dans un restaurant,
comme la dernière fois. Mais c'est bien
à la maison, accompagnée d'une amie,
que nous nous sommes lancées dans la
préparation du « thịt kho trứng », un plat
populaire traditionnellement préparé dans
le Sud pour le Tết.

50 ml d'eau

50 ml de nước mắm

Pour 6 personnes
8 à 10 œufs
500 ml de jus de coco ou d'eau de
coco ; évitez le lait de coco, cela
changerait la recette.

4 gousses d'ail
100 g de sucre
Poivre & sel
Ciboule
Un petit piment rouge pour les volontaires !

38

1 kg de poitrine de porc, non salée;
un morceau un peu gras, cela
contribue à la saveur du plat.
1

Faites cuire les œufs dans de l'eau
bouillante pendant 10 minutes.
Écalez-les et réservez-les.

2

Coupez la poitrine de porc en gros dés ;
la viande réduit à la cuisson. Laissez le
gras, cela donnera de l'onctuosité et du
goût à la sauce.

Vous avez 2 options : une recette qui préfère précuire la viande et l'autre
qui met directement la viande dans le caramel. Aujourd'hui, j'opte pour la
pré-cuisson, la viande en sera moins sèche et plus onctueuse.

4

Préparation du caramel : versez le
sucre dans une grande casserole,
faites cuire à feu vif, attendez quelques
minutes que le sucre change de couleur,
SANS REMUER – faites simplement
tourner la casserole. Le caramel prend
alors une couleur brun foncé en 5-6
minutes environ, surveillez-le bien pour
ne pas le laisser brûler.

7

Laissez mijoter à feu doux pendant
1 heure en maintenant un léger
frémissement et en remuant de temps
en temps. La couleur est de plus en
plus foncée et les morceaux de viande
caramélisent.

5

Dès que le caramel prend une couleur
brune, baissez le feu et ajoutez les
morceaux de viande, les gousses d'ail
restantes finement hachées, et remuez.

3

Dans une casserole, faites bouillir 2
litres d'eau. Pelez les gousses d'ail ;
hachez-en 2 grossièrement et ajoutez-les
à l'eau bouillante avec la viande et une
pincée de sel. Baissez le feu et laissez
cuire 15 minutes. Écumez les impuretés
pendant la cuisson.

6

Versez l'eau de coco, le nước mắm,
le sel et le poivre.

Vous pouvez

rajouter du jus
de coco ou de l'eau en cours de
cuisson pour avoir plus de sauce.

8

Trente minutes avant la fin de
cuisson, ajoutez les œufs durs écalés.

Si vous voulez que les œufs soient bien
imprégnés de la sauce, mettez-les un peu plus
tôt. Les œufs seront pris à cœur.

9

Et pour les amateurs de piquant,
rajoutez un petit piment ciselé, 10
minutes avant la fin de cuisson. Servez-le
avec du riz parfumé. Voilà un savoureux
porc au caramel prêt à être dégusté !

39
REÁCIT D'ENTRE

PRENEUR

Anh, em, et toute la famille
{

40

Entretien avec Magalie Nguyen Kim,
fondatrice de Little Anh-Em

}
M

agalie est née au Vietnam. Rapatriée dans les années
70, elle a grandi et étudié en France. Son grand-père,
Lucien Rostang, dirigeait une société, la Compagnie
des Hauts-Plateaux Indochinois, qui produisait du café dans la
province de Đắk Lắk.
Après des études d'ethnologie, elle se tourne rapidement vers
la mode, et devient styliste. C'est ainsi que sa marque Little AnhEm (« Petits frères et sœurs ») naît en France avec le lancement
des kits et autres cadeaux de naissance ; par exemple, le kimono
japonais retravaillé avec des tissus européens et des couleurs
tendance, fortes. Puis elle décide de rentrer dans son pays natal.

Texte et photos de Gilles Gripari

Magalie a beaucoup voyagé, en Asie du Sud-Est principalement,
Birmanie, Laos, Cambodge, mais aussi en Inde et au Japon. Et à
chaque voyage, elle a ramené des tissus du pays, pour en faire
une collection destinée aux Parisiens en manque de soleil. Bien
que les collections plaisent beaucoup, elle décide de prendre
une année sabbatique pour mieux découvrir son pays natal, le
Vietnam. Sensible aux détails, aux paysages, à la lumière de ce
pays, elle décide d'aider certaines personnes qu'elle croise sur
son chemin, dont une de ses couturières actuelles. Elle rentre à
Paris en ramenant un film documentaire « L’âme du riz », auquel
elle a intensément collaboré.
Après plusieurs années, elle quitte Paris en famille en 2007.
Très rapidement, elle ouvre une boutique à Ho Chi Minh Ville,
sur Thảo Điền. Elle engage la couturière qu'elle a formée, puis
d'autres, et achète des machines pour pouvoir avoir son petit
atelier. Une grande partie de ses produits est encore fabriquée
dans cet atelier familial, bien qu'elle ait recours également à des
associations d'aide aux femmes ou aux enfants en difficulté,
notamment avec l’association Poussières de Vie.
Les débuts sont prometteurs. Magalie monte entièrement
une collection et participe à des salons. Les commandes
à l’exportation sont au rendez-vous et le rythme de deux
collections par an s'impose rapidement. La jeune créatrice
dessine ses modèles elle-même et la marque se différencie
immédiatement des autres par son stylisme, la qualité des
finitions et l’utilisation du coton.
Pour rester dans le coup, Little Anh-Em sort de son activité
traditionnelle et se développe dans le domaine des accessoires
et du prêt-à-porter pour adultes. Pour les accessoires, d'abord
dans l'univers des enfants : trousses d'écoliers, protège-cahiers,
jouets... Puis l'offre s'élargit et s'actualise avec notamment des
étuis de portable. Pour les adultes, une collection femme fait
son apparition.
Enfin, preuve de sa vivacité, Little Anh-Em présente sa dernière
collection lors d’un défilé organisé en décembre 2013 dans le
district 2. A cette occasion, de nombreux adultes et enfants ont
porté les couleurs de la marque.

LITTLE ANH EM
Vêtements enfants, adolescents et adultes, accessoires,
objets de décoration.
37 Thảo Điền, Q2 - Tél : 09 17 56 75 06
little.anhem@gmail.com

Little Anh-Em est un concept complet d'habillage de la famille,
un melting-pot d'influences, qui propose aussi du sur-mesure, en
utilisant ses tissus, pour hommes, femmes et enfants. Magalie
puise ses idées dans ses nombreux voyages à travers le monde,
même si les coupes restent d'inspiration très française, et plutôt
classique.
La boutique est un « concept-shop » qui héberge également
régulièrement des créateurs de mode, de bijoux ou d'accessoires,
pour soutenir les jeunes talents et encourager la créativité. Des
cours de couture sont également proposés aux enfants.
Désireuse d’élargir son horizon, Magalie entend poursuivre
l’expansion commerciale de son entreprise, et s’oriente vers un
développement par le biais de franchises.

41
JURIDIQUE

Mieux vaut prévenir
que plaider

Propos recueillis par Gilles Gripari

{ Rencontre avec Fidal Asiattorneys }

A

l'origine, nous sommes un
cabinet d'avocats d'affaires
implanté au Vietnam depuis
17 ans, qui soutient et conseille les
investisseurs, les entrepreneurs et
les entreprises ici même et dans
la région Asie du Sud-Est. Nous
avons identifié un véritable manque
d'expertise professionnelle en droit
civil, droit de la famille et droit
patrimonial. Plus particulièrement,
cette carence concerne l'aide et
l'assistance aux Français et aux
couples mixtes franco-vietnamiens.
Nous avons constaté que de
nombreuses
déconvenues,
pouvant donner lieu à de graves
problèmes, trouvent leur source
dans l'impréparation des personnes
concernées. Nous sommes saisis
trop souvent trop tard dans un
processus contentieux, lorsqu'un
problème, par définition inattendu,
se présente. Ces personnes se
tournent vers le Consulat, dont ce
n'est pas la mission première, et
qui ne dispose pas nécessairement

des ressources nécessaires, ou
vers des associations qui n'ont
évidemment pas de service juridique
approprié. Face à cela, notre cabinet
s'est organisé pour répondre
à cette demande de manière
professionnelle, systématique et
adaptée. Ce qui s'est traduit par la
création d'un nouveau département
dirigé par Marion Longin.
Nous ne saurions trop insister sur le
fait qu'il peut être très judicieux de
consulter un avocat sur toutes les
questions de mariage, d'acquisition
de bien immobiliers ou de succession,
et ce, avant même de faire la moindre
chose, afin de s'assurer d'avoir une
situation juridiquement solide et
incontestable, tant du point de vue
du droit vietnamien que du droit
français. Le rôle d'un avocat est
de garantir une certaine sérénité à
ses clients, de les conseiller afin de
préparer l'avenir en évitant nombre
d'écueils, qui sont évidemment
plus nombreux en cas de conflit de
nationalités.
Abordons
pour
conclure
la
question
des
honoraires,
qui
dissuade nombre
de personnes – à
tort. Nous avons
adapté
notre
tarification horaire
pour
répondre
aux besoins des
particuliers vivant
au Vietnam, et
nous
pouvons
affirmer qu'elle est
très raisonnable.

De gauche à droite : Me. Caroline Chazard, Me. Albert Franceskinj et Marion Longin

42

« Dans le cadre de l’ouverture de notre
nouveau département, nous avons
mis en place, avec le soutien de l’AFV,
une demi-journée de consultation
gratuite chaque mois pour les familles
les plus démunies, durant laquelle nous
fournissons des conseils gratuits. Il s’agit
d’un devoir moral et déontologique. »
Albert Franceskinj
« Quand je rencontre des gens et
qu’ils apprennent que je suis avocat,
leur réaction est souvent de dire :
"j’espère ne jamais avoir à faire à toi !"
en plaisantant, mais je leur réponds
que bien au contraire ! Il vaut mieux
consulter un avocat avant de prendre
une quelconque décision ! C’est
dommage que pour beaucoup de gens la
profession d’avocat soit réduite à notre
activité liée au contentieux, aux litiges;
alors que notre activité de conseil, en
amont, est extrêmement importante et
permet bien souvent d’éviter les ennuis.
Et à l’étranger, nous sommes avant tout
des conseillers juridiques ! »
Caroline Chazard
« Je dis souvent qu’aucun couple
n'a pour projet de se séparer ou de
divorcer, et pourtant aujourd’hui cela
concerne deux couples sur trois ! Alors
avant d'entamer votre vie avec votre
conjoint, pourquoi ne pas prendre une
heure auprès d’un professionnel du
droit afin de vérifier si la personne que
vous aimez est bien protégée ou vérifier
avec elle les conséquences du choix de
votre union ? »
Marion Longin
www.bouleetbilles.net

BINH THANH
Adresse
183A Av. Dien Bien Phu, quartier 15, arr.
Binh Thanh, HCM ville
Téléphone
(08) 3 514 70 41

PHU MY HUNG
Adresse
8-10 Rue N°20, My Gia 1, Phu My Hung,
quartier Tan Phu, arr. 7, HCM ville
Téléphone
+84 8 5417 1016
Mécène de ménage

BONS PLANS

BONS PLANS

Điệp lavait les sols
avec du papier journal,
Như
maculait
les
vitres plus qu’elle ne
les lavait, Hương me
laissait tout sens dessus
dessous.
Femmes
de bonne volonté,
mais qui finissaient par épuiser la mienne. Fallaitil donc renoncer à embaucher les fées du logis
autoproclamées ? Ne plus donner sa chance à la débutante
nécessiteuse ? Fort heureusement, Dependable Progress
apporte une solution qui allie commodité et solidarité.
Cette entreprise sociale fondée par un jeune Américain se
propose de former aux tâches domestiques des personnes
en difficulté. Et selon les standards communément attendus
par les expatriés : hygiène maximale, efficacité optimale,
autonomie. Une fois gracieusement formées et placées,
elles doivent à l’entreprise un minimum de 1080 heures,
correctement rémunérées. Ensuite de quoi, libre à elles de
poursuivre leur contrat ou de voler de leurs propres ailes,
leur certificat en poche. Le client, lui, n’est tenu à rien d’autre
qu’à payer directement la société, tous les deux mois. A des
tarifs extrêmement compétitifs (60.000 VNĐ l’heure). Et le
suivi client est impeccable.
Dependable Progress – www.dependableprogress.com
hr@dependableprogress.com – Tel: 012 53 61 27 12

Les petits
- d éj

EF

Le caveau des esthètes

eu
ne
r
V o u s sd
vous ques- e

s

tionnez sur la
préparation de
votre accouchement, le choix de la
maternité, du gynéco,
ou encore sur les conditions de prise en charge
au Vietnam… Les ateliers
Simba vous aideront à y voir plus clair. La clinique
Family Medical Practice organise chaque semaine des
petits-déjeuners conviviaux ouverts aux futures mamans ou tout juste mamans (les papas sont aussi les
bienvenus). Des moments d’échanges informels autour
d’un bon café et de délicieux gâteaux, et en compagnie
de la sage-femme anglaise Karen Spencer-Harty. Dans
le District 2 (95 Thảo Điền), rendez-vous tous les lundis matins de 9h à 11h30 (moyennant 100.000 VNĐ).
L’atelier Simba marquera toutefois une pause pendant
les vacances de Noël.
D’autres temps dédiés aux mamans dont les bébés ont
dépassé 6 mois sont prévus dans la semaine.
Contactez Karen (karen@vietnammedicalpractice.com)
ou appelez le 08 38 22 78.
Plus d’infos sur www.vietnammedicalpractice.com

r
tu
fu

es

man
ma

s

CM

44

Un peu plus de nature dans le district 7

La rue Lê Công Kiều est bien connue des amateurs
d’antiquités, mais le faux somptueux y côtoie
d’authentiques ruines. Pour vous y retrouver, les
boutiquiers ne seront pas vos meilleurs alliés…
Mieux vaut aller prendre un verre ! A dix minutes
en moto, le sous-sol d’un hôtel coquet, reconverti en
bar à vin, est le repaire d’une bande de collectionneurs
avertis. L’endroit est dépourvu de fenêtre et
la lumière tamisée est de rigueur. Mais c’est pour mieux mettre
en valeur
les joyaux exposés dans les vitrines : une cinquantaine d’antiquités, réunies ici
par les soins de Sĩ et Đình, deux comparses éclairés qui ont su convaincre des
collectionneurs de tous le pays de bien vouloir leur prêter quelques-unes de
leurs plus belles pièces, pour quelques semaines. Au fil du temps, l’exposition se
renouvelle ainsi en permanence, faisant se côtoyer de la statuaire bouddhique
en bois, des paires de nghê en céramique, de la vaisselle Ming rescapée de
divers naufrages, figurines en ivoire, brûle-parfums zoomorphes, fléchettes
protohistoriques, bijoux dynastiques – et quelques
bouteilles agréables, sinon millésimées. Đình est un
guide zélé, et vous pourrez également consulter
une pile de revues spécialisées, voire participer
aux conférences que les collectionneurs
organisent régulièrement. Quelques objets
sont également proposés à la vente.
	
« Wine vault, Antique Collections » – Sous-sol
du City Star Hotel, 13 Bùi Thị Xuân, Q1
Tel: 08 38 30 02 99 – www.sydoco.com
EF
Sculpture sur fruits, légumes et savons
L’AFV vous propose un nouvel atelier.
Objectif: apprendre les techniques pour
réussir de superbes sculptures sur fruits,
légumes ou savons.
Deux séances par semaine : les lundis
et mercredis de 9h à 12h. (ou mardis
et jeudis)
Groupes de 6 participants maximum.
Frais de participation : 25.0000 VNĐ par
personne et par séance.
Les fruits, légumes et savons sont fournis.
L'équipement (gouges et instruments
divers) est mis à disposition durant les séances.
Lieu : Fine Art coffee, 15/1 Phạm Văn Hai,
Q. Tân Bình (ou autre lieu selon possibilités).
Renseignements et inscriptions : binhminh@gmx.fr ou tél: 012 03 41 80 19

Cuisinez vietnamien !

Petit clin d’œil à
la très renommée
brasserie parisienne – ça n’est
pas un hasard
si ce restaurant
s’appelle de cette
façon. Élisa, la
propriétaire,
a
passé son enfance dans les murs de la Closerie
des Lilas, et c’est donc tout naturellement qu’elle
a choisi de nommer son restaurant La Closerie
d’Elisa !
Ambiance bistrot, entre plage et jardin, le restaurant se situe en plein cœur de Thảo Điền. Espace ouvert au style épuré donnant sur une jolie
cocoteraie, c’est un véritable havre de paix pour
y déjeuner, dîner ou tout simplement boire un
verre. Cuisine française traditionnelle, la carte est
simple, aussi n’hésitez pas à demander la suggestion du jour. Quel bonheur que de déguster des
endives au jambon (200.000 VND), des tomates
farcies (160.000 VND) ou de prendre un brunch
en famille le dimanche.
La Closerie d’Élisa – 52 Ngô Quang Huy, Q2
Tel: 08 38 98 91 82 ou 012 24 82 15 60.
Fermé le dimanche soir et le lundi.

Un pastiche

Ils pourraient tout à fait figurer dans les bons
cadeaux au pied du sapin de Noël… Les cours de cuisine
vietnamienne ont le vent en poupe et plusieurs établissements à
Ho Chi Minh Ville en proposent. Nous avons testé dernièrement ceux
du Vietnam Cookery Center, sur Lý Tự Trọng. Après une visite guidée
du marché Bến Thành (histoire d’apprendre à reconnaître les denrées à
l’état brut), revêtez le tablier et apprenez, aux côtés d’un chef, à élaborer par
vous-même un menu typique de A à Z. Tout en dégustant, bien évidemment !
Et repartez avec votre diplôme en poche ! Ainsi qu’un petit guide sur la cuisine
vietnamienne, dans lequel vous retrouverez le détail des recettes concoctées en
cours. Les menus varient chaque jour et des séances ont lieu tous les jours de
la semaine, matins ou après-midi. Et en soirée pour les groupes sur réservation.
Tarif : 819.000 VNĐ
Plus d’infos sur www.vietnamcookery.com
CM

LA CLOSERIE D’ÉLISA

ODZ

sinon rien

Fraîchement percée dans le dense tissu urbain de Goâ Vêëp, les douze voies de la colossale
avenue Phaåm Vùn Àöìng (ex- Lï Lúåi) cuisent sous l’ardent soleil de 14 heures. Dans la
réverbération féroce qui émane du bitume, le conducteur exténué cherche désespérément
une ombre où étancher sa soif. Quand soudain, cruel mirage ! D’un bosquet résidentiel
émergent un bulbe moghol, un arc roman, une colonnade florentine, une toiture alpestre,
une bordée de canons menaçants, et d’autres merveilles encore. On s’approche, l’apparition
persiste et se précise – c’est un vrai café. S’y risque-t-on ? Gare à la mare aux carpes,
qu’il faut traverser sur une enfilade de pierres glissantes. La carte est pléthorique : cafés,
thés, smoothies, jus, glaces, yaourts, cocktails, etc., mais c’est pour choisir un siège que
l’embarras du choix vous saisit véritablement : la cabane de Tarzan ou le pavillon des Borgia,
la tourelle de Barbe-Bleue ou la tonnelle fleurie encombrée de statues gecko-romaines,
les banquettes au milieu des poissons ou la véranda climatisée, chaque recoin de ce vaste
labyrinthe sur quatre niveaux révèle une improbable surprise – sans oublier les toilettes, aux
allures d’oubliettes. Optons pour le trône recouvert d’une peau d’ours, et tentons la Kem
Tình Yêu Oasis (Glace de l’Amour Oasis – 50.000 VND) : boule vanille, maïs et jacques. A
vous fendre le cœur.
Oasis Café – 303 Lï Lúåi (désormais Phaåm Vùn Àöìng), district de Goâ Vêëp.

EF

45
le COIN

culture

LIVRES

L’année du lièvre
Tian est né au Cambodge en avril 1975, trois jours
exactement après la prise de pouvoir par les Khmers
rouges. C’est cet épisode tragique de l’histoire de son pays
que le jeune auteur raconte dans son roman graphique
en trois tomes, L’année du lièvre, dont on attend avec
impatience le troisième.
Tian s’est inspiré des souvenirs de ses parents, qui sont
arrivés en France en 1980. Son père était médecin, donc
bourgeois et intellectuel, une des cibles majeures du
régime des Khmers rouges. Dans le premier tome, il raconte
la prise de Phnom Penh par ces hommes en noir « aux
allures de pirates » et l’évacuation de la ville. Tian dessine
les convois de ces habitants sur les routes de campagne
d’un pays qui sera dévasté au cours des trois années qui
suivront. Petit à petit, la famille de Tian découvre, derrière
l’idéologie des forces révolutionnaires, les horreurs
perpétrées par Angkar, « l’Organisation ». Sur le chemin
qui les mène à Battambang, ils tentent de survivre avec
le peu d’affaires qu’ils ont pu emporter. Et qu’ils n’auront
bientôt plus, troquées contre un peu de nourriture. Sur
ce parcours de tous les dangers, ils croiseront, encore,
quelque humanité que même les Khmers rouges n’auront
pas réussi à éradiquer.

Dans le tome 2, la famille de Tian est emmenée dans un
village de campagne pour être rééduquée. Là, elle travaille
jour et nuit, et assiste à des réunions de l’Angkar censées
lui inculquer l’idéologie désormais dominante. A travers les
anecdotes racontées par ses parents à Tian, l’auteur nous
livre une vision réaliste de ce que fut la vie dans ces villages,
et la terreur de faire le moindre faux pas. Mais aussi, tout
ce qui fait que l’on garde encore un peu de dignité avant
qu’elle ne soit totalement piétinée par un régime totalitaire.
« Cette histoire est tellement douloureuse que pendant des
années, les survivants n’ont pas pu la raconter à leurs enfants.
Cette expérience du chaos qui nous ronge de l’intérieur et
nous laisse démunis, entre le désir de recommencer à vivre
et l’angoisse de ne pas en avoir la force : comme devant un
pont en ruine, contemplant l’autre rive, là où notre âme
sera pacifiée, apaisée… » – Rithy Panh, cinéaste francocambodgien.

Tian
L’année du lièvre, Au revoir Phnom Penh (Tome 1), Ne vous inquiétez pas (Tome 2), Gallimard BD, collection Bayou (17€ chaque tome)
Sabrina Rouillé

46
 L'Echo des Rizières Janvier-février 2014
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L'Echo des Rizières Janvier-février 2014

  • 1. Nº96 - JANVIER - FEÁVRIER 2014 Le magazine de l’Association des Francophones du Vietnam © photo Nicolas Bonnaud Vivre le Teát
  • 2.
  • 3. S O M M A I R E DOSSIER Vivre le Tïët ÉDITO 12 26 EÁVEÁNEMENT Ao Show 30 PORTFOLIO Gens du lac 36 TALENTS D'ICI Nua, tout en légèreté 38 PETITE LE�ON DE CUISINE Thịt kho trứng AGENDA De janvier à février sur Saigon 6 Nº96 - JANVIER - FEÁVRIER 2014 4 AFV Actualités Escapade Commission Sociale 40 REÁCIT D'ENTREPRENEUR Anh, em, et toute la famille Mieux vaut prévenir que plaider 44 BONS PLANS Nos adresses à découvrir sur Saigon 46 LE COIN CULTURE 4 livres à dévorer 49 BOUTIQUES PARTENAIRES Retrouvez toutes nos adresses fidélité La saison des pluies touche à sa fin et nous allons bientôt pouvoir profiter de belles journées ensoleillées. Toutes nos équipes sont d’ailleurs à pied d’œuvre pour vous proposer de nombreuses activités. Comme l’an passé, nous organisons des cafés mensuels, des déjeuners et des afterworks. Vous étiez nombreux à venir assister à notre première conférence « Regards Croisés » sur l’urbanisation, et les différentes « Escapades saïgonnaises » organisées autour d’Ho Chi Minh Ville ont remporté un vif succès. Enfin, les ateliers sont eux aussi en plein essor, et je vous invite à lire le passionnant compte-rendu du dernier « Atelier Cuisine » de novembre. Le mois de décembre n’est pas en reste puisque c’est aussi le mois de clôture de l’année France-Vietnam qui a animé notre communauté en 2013. Si une grande partie d’entre nous se prépare à fêter Noël, n’oublions pas que le Tết arrive aussi à grands pas ! Nous vous proposons un dossier entièrement consacré au nouvel an vietnamien, afin de vous plonger dans le tourbillon de marchés, de rites, de danses, de festivals, qui accompagnent cette célébration. Objectif : vivre pleinement la magie du Tết ! Toute l’équipe de l’AFV se joint à moi pour vous souhaiter d’excellentes fêtes de fins d’année ! Corinne Vernizeau preùsidente de l'AFV 3
  • 4. da en Ag  18 Décembre – la chanteuse japonaise Rie Furuse chante des succès francophones (Goldman, Gall, Cabrel, Salvador, etc.), à 20h, à l’Idecaf 20 Décembre – vernissage du projet « Boîte 2013 Vietnam 2 », réalisée par Jérémie Setton, expo du 21/12/2013 au 05/01/2014, au Saigon Domaine, 1057 Bình Quới, Q. Bình Thạnh (voir encart cidessous) 21 Décembre – « L’enfant d’en haut », film d’Ursula Meier (2012), à l’Idécaf 28 Décembre – « Peau d’âne », film de Jacques Demy (1970), à l’Idécaf 28 Décembre – troisième vide-greniers caritatif organisé par le Club Francophone, de 14h à 17h, à l’Idecaf 29 Décembre – Suite folklorique vietnamienne « Dòng chảy » pour orchestre symphonique, par Trần Mạnh Hùng, à l’Opéra 09 Janvier – Concerto pour violon K218 de W.A. Mozart et Cinquième symphonie de P.I. Tchaïkovski, par l’orchestre de l’HBSO sous la direction de Park Ji Young, à l’Opéra 10 Janvier – Galette des Rois, chez Fanny au 6a Trần Hưng Đạo, Q1 AFV 21 Janvier – « Escapade » au marché flottant de Cái Bè, juste avant le Tết (achat de fleurs et de fruits), préparation du gâteau du Tết (bánh tét) et visite de la pagode Vĩnh Tràng à Mỹ Tho au retour AFV 11 Février – « Escapade » à bicyclette depuis le jardin botanique (technique culturale du bonzaï) jusqu’aux berges de la rivière Saigon, et visite de deux pagodes AFV 17 Février – Café des amis, de 10h30 à 11h30, avec la participation de Pierre Nozières, qui présentera son activité de biographe et dédicacera, chez Fanny au 29-31 Tôn Thất Thiệp, Q1 AFV “ Le projet « Boîte 2013 », lancé en 2009 par le CompleX, propose un nouveau support aux plasticiens d’art contemporain : une boîte cubique de 2 mètres de côté, qui s’intègre dans n’importe quel environnement : galerie d’art, hall, espace public, etc., et même dans les chantiers ! Plusieurs boîtes sont déjà installées dans différentes villes d’Europe. Cette année, en marge de l'année France-Vietnam, quatre Boîtes seront installées pour l’occasion : deux à Marseille, et deux à Saigon (au Saigon Domaine, 1057 Bình Quới, Q. Bình Thạnh) : Boîte Vietnam 1, effectuée par MiR GRABE, et Boîte Vietnam 2, réalisée par Jérémie SETTON. " © photos Sophie Goyault-Gounouf Pour tous les événements AFV consultez les dernières infos sur le site www.afvsaigon.org
  • 5. LifeStyleShop The ultimate designer shopping experience for lifestyle and fashion Le lai corner, Nguyen Van Trang , District 1, HCMC Tel +84 39251495 info@gayavietnam.com, www.gayavietnam.com
  • 6. AFV - Actualités Troquer la moto pour le bus ? Texte de Laure Farnault, photos de Benoît Declercq { une Conférence proposée par l’AFV } C 'est dans le cadre très convivial du Bizu Café qu'a eu lieu cette première conférence de l'année sur l'urbanisme à Saigon. Fanny Quertamp, co-directrice du Paddi1, s'était donné pour mission de nous présenter la problématique de l'évolution des transports en commun urbains à Ho Chi Minh Ville : un sacré défi quand on connaît la croissance accélérée de cette ville ! En effet, comment concurrencer les deux-roues qui réunissent tant d’avantages? Le coût, la facilité d'utilisation, la maniabilité – sans oublier l'acheminement « porte à porte » qu’elle permet, atout essentiel dans une ville où l’on aime si peu marcher… Fanny a su avec brio nous sensibiliser à la complexité de cette problématique, en invoquant tour à tour les facteurs d'ordres économiques, fonciers, financiers, écologiques, administratifs, psychologiques… Nous restons impressionnés par le nombre de défis à surmonter, et plus spécialement par la difficulté de passer du tout-moto à la promotion des transports en commun. 1 Agence d'urbanisme de la Région Rhône-Alpes ayant pour mission d'assister les services techniques vietnamiens dans leurs projets d'aménagements urbains. Moules & Frites, IIIème édition Dans une ambiance chaleureuse et détendue, la troisième édition du déjeuner moules-frites s'est déroulée à l'école Antonia, mise Gilles Gripari gracieusement à la disposition de l'AFV pour cette occasion. Merci aux nombreuses personnes qui ont fait le déplacement. Prochaine édition : mai 2014. WELCOME Bienvenue à tous ceux qui ont rejoint l'AFV : 6 Italia Rodrigues, Couvrat Demay Dany, Declercq Benoit, Tchitembo Maramaldi Francine et Mario, Horvil Anupa et Stéphane, Remondi Adolfo, Ghaleb Brands Patricia Ann Raymond, Romanet Arlette, Molko Patrick et Tran, Giraux Christophe, Charreau Charlotte, Turcotte Jean, De Muynck Marc, Moreau Nyakaisiki Justine, Blanes Thomas, Leme Francis, Bockhorni Maryse.
  • 7. L’ ATELIER CUISINE Texte et photos de Marie de Boisheraud Cuisines du Levant et du Couchant Lointain { Un atelier Cuisine proposé par l’AFV } L’ ATELIER C CUISINE ette semaine, Rima et Jeanne nous ont initiées aux cuisines libanaise et marocaine, si parfumées ! Sur la table de la cuisine se dressent une montagne verte de persil, un mont rouge de tomates pelées, des collines ensoleillées d’aubergines, des dunes émeraude de poivrons, des monticules jaunes de citrons, des talus d'oignons et d'aulx, des buissons de menthe et de coriandre. Une fine pluie de paprika, de cumin, d'harissa, de poivre blanc et de sel tombe sur une plage de beau tahiné doré. Les couleurs chatoyantes des légumes nous mettent l’eau à la bouche… Sans oublier le roi du jour : un beau loup bien brillant de 3 bons kilos, accompagné de ces demoiselles les crevettes, dans un océan d'huile d'olive. Mais il faut bosser avant de déguster ! Les couteaux et les planches à découper sortent des tiroirs, l'une coupe les tomates en petits morceaux, l'autre les poivrons verts en petites tranches très fines. Rima glisse au four les aubergines pour le moutabal, ou purée d’aubergines. Jeanne prépare une marinade pour les poivrons et les tomates. Elle cuisine à l’instinct, Jeanne: une pincée, une poignée, une goutte, une larme… Les apprenties cuisinières réclament de vraies mesures ; mais de sa voix chantante et douce, un rien moqueuse, Jeanne s’exclame : « je ne sais pas exactement, je goûte » ! Avec son sourire éclatant et sa bonne humeur communicative, Rima nous annonce : « on va faire du pain libanais ». Bien. Elle nous montre comment préparer la levure, qui va gonfler, gonfler, gonfler au milieu du brouhaha de ces dames. Un volcan de farine, un puits pour la levure, des coulées d’eau, un flot d’huile et un pétrissage efficace et professionnel, et la pâte ne colle plus aux doigts ! Encore un peu d'huile pour enrober la pâte et hop ! Sous serre, pour que notre pain gonfle encore. Ingrid s’attaque à la montagne de persil qu’elle hache menu avec un couteau. Oh la la, que c’est long et minutieux ! Non, non, Marie : plus petit ! Et c’est gagné: je me coupe le doigt ! Désabusée, je laisse ce travail méticuleux à de vraies cuisinières expérimentées. Il ne reste plus qu’à malaxer herbes vertes, rouges tomates et oignons blancs, pour réaliser le taboulé. Sans oublier un torrent d’huile d’olives ! Le gâteau de semoule est lancé. Quatre petites mains patientes s’activent audessus du feu sans cesser de touiller la semoule et le caramel, qui prend sa couleur dorée. Venez ! Venez ! Branle-bas de combat dans la cuisine : Jeanne dresse le tajine de poisson. Avant de le mettre au four, on se lèche déjà les babines… Le poisson a mariné toute la nuit dans sa robe parfumée. Les poivrons, les tomates et les crevettes ont droit à leur tour au mélange subtil d'herbes aromatiques qui fleurent bon le pays. C’est l’heure de faire des boules de pain bien rondes, et de les remettre à lever sous serre. Rima prend une boule, l’aplatit au rouleau à pâtisserie. Les unes s’appliquent, d'autres moins... Et on rit bien ! Trente galettes sont prêtes à cuire, plus ou moins épaisses. Côté cuisson : comme des crêpes bretonnes – mais à 35 degrés. Tout est sous contrôle. Reste à dresser la table et y à déposer le fruit de notre travail. On n'en croit pas nos yeux ! Cela sent merveilleusement bon et la faim nous tiraille... Savourons ! Avec un jus de fruits de la passion frais, et en bonus : un loukoum glissé entre deux gâteaux secs, une tradition libanaise. Nos papilles sont à la fête ! Merci à toutes, et en particulier à Sophie, notre délicieuse et discrète animatrice, pour apporter à cet atelier la joie et le régal. Prochaines recettes ?... Y a-t-il des spécialistes des cuisines vietnamienne, japonaise, suisse, indienne, etc. ? Une liste sans faim ! 7
  • 8. AFV - Escapade Écomusée du Bambou de Phú An { une Escapade proposée par l’AFV } L e 6 novembre dernier se tenait la Fête du Bambou, dans le village de Phú An, province de Bình Dương. L’occasion idéale pour aller y visiter l’Écomusée du Bambou ! Ce conservatoire botanique est le résultat d’une collaboration entre l’Université des Sciences Naturelles de Ho Chi Minh Ville, l’Université Nationale du Vietnam, la province de Bình Dương, le Parc Naturel du Pilat et la Région RhôneAlpes. Un groupe de villageois nous accueille avec danses et chants traditionnels. Puis la fondatrice du musée, docteur Diệp Thị Mỹ Hạnh, spécialiste incontournable du bambou, nous fait visiter les lieux. Nous accompagnent ce jour-là des membres de la Société Française d’Illustration Botanique (SFIB), ainsi que deux peintres botanistes japonais dont les dessins et croquis, d’un réalisme minutieux, trahissent leur incomparable connaissance de cette herbe prodigieuse. 8 L’exposition offre une vaste connaissance sur tout ce que l’on peut savoir du bambou. Il suffit de tirer des plaquettes enroulées sur du bambou pour lire les notices explicatives (en vietnamien, en français et en anglais). Saviez-vous que le bambou est une herbe ? Il pousse partout où il y a de la terre, de l’eau et du soleil. Il affectionne particulièrement le climat tropical, mais il peut aussi résister à des températures négatives, dans les montagnes de Chine, par exemple. Le cadre et l’ambiance de la salle nous plongent dans une envoûtante féerie du bambou. Côté jardin, c’est un véritable ensorcellement : on y découvre plus d’une centaine de spécimens distincts, en provenance du Vietnam, mais aussi du Laos et du Cambodge. On ausculte, on touche, on photographie. On pause avec Miss Huế, un bambou endogène du Centre Vietnam, parrainé par le docteur Mỹ Hạnh. Cette dernière nous démontre combien est erronée l’idée que le bambou ravage et endommage la terre. Au contraire, le bambou enrichit le sol avec des éléments naturels, bien plus que ne le font le manioc ou la canne à sucre. Si rien ne pousse dans une bambouseraie, c’est à cause du manque de lumière, simplement, et non à cause de la dégradation de la fertilité du sol. Mme Mỹ Hạnh nous révèle les secrets pour bien choisir le bon bambou, dur et résistant : il faut regarder la couleur du chaume et non pas seulement la taille ; et il faut savoir le couper correctement : « la grand-mère d’abord ; la maman doit être sauvée pour nourrir les nouvelles pousses ». Pour la reproduction, on a souvent recours à la technique de bouturage. Les usages courants du bambou sont innombrables, depuis la fabrication d’instruments de musique ou de
  • 9. Texte et photos de Rima Kouteili et Jacqueline Degrange Écomusée du Bambou et Conservatoire Botanique de Phú An 124, route 744, village de Phú An, district de Bến Cát, province de Bình Dương Tel: 065 03 58 07 17 www.ecobambou-phuan.org calligraphie, jusqu’à la confection de vélos ou d’outils d’arrosage – ainsi les rigoles qui distribuent l’eau dans les rizières et dans les habitations rurales. Il sert dans plusieurs pays à la construction des échafaudages. Plusieurs minorités ethniques continuent à utiliser le bambou pour la cuisson de leurs aliments. Sous de très nombreuses formes, il est omniprésent, d’une manière ou d’une autre, dans nos foyers, que ce soit au jardin ou à l’intérieur – meubles, ustensiles, bibelots, de la salle de bain à la cuisine ! Le docteur Mỹ Hạnh travaille actuellement, avec ses étudiants en master et en doctorat, sur plusieurs pistes de recherche : amélioration du rendement des plantations, diversification des espèces, approfondissement des usages écologiques du bambou, production de nouveaux dérivés : essences de parfum, huile, thé et charbon. Notre guide accentue le grand intérêt écologique du bambou, qui peut facilement remplacer le bois. Il est dur et résistant. Il pousse vite (en un mois, il atteint la taille d’un adulte) et participe ainsi à sauver les forêts et à protéger l’environnement. Il peut être récolté après 3 à 5 ans tandis que le bois nécessite 10 à 15 ans pour le plus tendre et jusqu’à 50 ou 100 ans pour le bois dur. Les études et les travaux focalisent sur la plantation diversifiée de bambou dans le Delta du Mékong, pour palier les ravages causés par les nombreuses inondations annuelles et raffermir les sols érodés de la région. Ainsi, le long des canaux, on plante un bambou qui résiste bien aux inondations, tous les 5 km, pour consolider les berges. Le projet prévoit de jalonner ainsi 30.000 km de canaux ! Toutes ces informations sont couronnées pour nous par un généreux repas à base de bambou. Des bourgeons dans les crêpes, des pousses dans la soupe. A la sortie, on trouve à la vente quelques objets fabriqués en bambou, notamment de belles calligraphies sur feuille de bambou, réalisées sur place par une artiste locale renommée. Nous remercions sincèrement le docteur Diệp Thị Mỹ Hạnh et son équipe pour leur accueil extrêmement chaleureux. 9
  • 10. AFV - Commission Sociale A A A Nous sommes allés ce mercredi 20 novembre au centre de Thủ Đức pour le présenter à Delphine Buglio, d’Air France. En effet, la compagnie aérienne finance la formation professionnelle des jeunes malentendants de ce centre ainsi que les machines à coudre que les élèves utilisent pour s’exercer et coudre les vêtements dont le centre a besoin. La visite, toujours aussi instructive, s’est terminée par la remise d’un cadeau de remerciement à Delphine, de la part les pensionnaires. Nous remercions encore Air France qui nous permet d’aider ces enfants et jeunes adolescents à préparer leur vie d’adultes autonomes. Nous remercions aussi les personnes qui ont donné vêtements et nécessaires de toilette récupérés dans les hôtels. Nous les avons remis au centre. A Air France soutient Thủ Đức. A Alix, adhérente à l’AFV, a rencontré Như, une petite fille malentendante, et ses parents. Il lui semblait que ceux-ci étaient mal conseillés par un ORL qui voulait leur faire racheter un nouvel appareil auditif, à un prix élevé. Alix voulait donc avoir l’avis de la Commission Sociale. Dominique, responsable de notre projet « malentendants », a donc emmené la fillette chez Quân Đức, l’audioprothésiste partenaire de la Commission Sociale. La fillette en est ressortie toute heureuse, avec un appareil bien réglé, sans débourser un seul đồng. Dominique suivra Như le mois prochain, tout comme il le fait pour chacun de ses « protégés ». Actualités, réalités. Le quotidien. A Le toit du dortoir des garçons du centre des aveugles que nous aidons ponctuellement s’est affaissé lors de la dernière grosse averse. Le devis pour le refaire est élevé et la Commission Sociale participera aux frais. Deux jeunes Hollandaises sont actuellement pour un mois au centre de Thủ Đức. Elles y dispensent des cours d’anglais. Mme Sương, responsable d’un des centres que nous suivons, a été hospitalisée. Elle possède heureusement une assurance maladie qui lui a permis de payer une grande partie de ses frais. La Commission Sociale complétera la somme. Certains enfants de nos centres ont de jolies dents... toutes noires – sans même mâcher de bétel ! Le centre de Thủ Đức a reçu en don un fauteuil tout équipé pour les auscultations dentaires. Il ne manque que le dentiste qui va avec ! Nous recherchons donc des dentistes pour les consultations... A Tout d’abord, le décès d’André Gautier, animateur enjoué des événements de la Commission Sociale. Nous pensons fort à Annie, membre si active de l’AFV, et à ses proches. Puis à présent, le décès de Dominique Sérène. Dominique était une femme discrète et particulièrement généreuse, qui n’a jamais hésité à donner aux plus démunis. Toutes nos pensées vont vers elle et sa famille. D De biens tristes nouvelles. D 10 D
  • 12. Vivre le Textes de Catherine Mellier et Etienne Fréneaux, photos de Nicolas Bonnaud DOSSIER DOSSIER Teát « Tết Tết Tết Tết đến rồi… », bis repetita, etcetera, en veux-tu en voilà – comme chaque année, les dernières mesures de Jingle Bells n’ont pas fini de harceler nos tympans que déjà les premières notes de cette autre rengaine non moins usée saturent l’ambiance musicale. « Le Tết est là, le Tết est là ! », et dès la fin décembre c’est la ruée pour préparer la nouvelle année lunaire, qui arrivera au galop le 31 janvier 2014. S’en suivra un carrousel de festivals, afin que génies locaux et déités de toute confession couvent gentiment leurs ouailles … L’Echo des Rizières vous met le pied à l’étrier pour vivre pleinement cette entrée dans l’année du Cheval. Décryptez les rituels domestiques grâce à notre abécédaire du Tết, explorez l’agitation des marchés, narguez licornes et dragons acrobatiques. Et dans la foulée du jour T, immergez-vous dans l’effervescence de trois festivals parmi les plus antiques et les plus frappants, dans le Nord Vietnam pétri de traditions ancestrales. Alors en attendant que déboule le Cheval astral, enfourchez notre dossier, et en selle pour le Tết ! A Le Tết, de A à Z Arbre du Tết Les arbres du Tết sont, au Nord, le pêcher (fleurs roses) et, au Sud, l’abricotier (fleurs jaunes). Il est de bon augure que leurs branches fleurissent pile le jour de la nouvelle année. Pour cela, un conseil: cessez de les arroser 15 jours avant la date fatidique, et enlevez soigneusement toutes les feuilles. Puis, si une semaine avant le nouvel an vous voyez poindre des boutons sur les branches, alors là : arrosez abondamment, et le jour J les arbres sortiront leurs plus belles fleurs. Où se procurer un arbre ? Ils sont cultivés à grande échelle dans les deltas du Mékong et du Fleuve Rouge ; de là, ils sont acheminés en bateau par les canaux, pour approvisionner les grandes villes. On peut voir les jonques et les sampans amarrés, leur cargaison assaillie par les chalands, le long des canaux Tàu Hũ (à Saigon, quai Bình Đông, Q8) et Kim Ngưu (à Hanoi, quai homonyme, près du pont Mai Động). 12 Bánh chưng (ou Bánh tét) b C’est le gâteau que l’on confectionne pour le Tết, avec du riz gluant, des haricots mungo (soja), des oignons, de la viande de porc, le tout enveloppé de feuilles de bananier. La cuisson dure normalement toute une nuit. On les place sur les autels, et on en offre à ceux qui nous en offrent…
  • 13. c Calendrier Le Tết est fonction d’un calendrier lunaire qui a cours dans l’ensemble du monde sinisé. A commencer par la Chine, et sa diaspora : Singapour, cités peranakan de Malaisie et d’Indonésie, « Chinatowns » du monde entier (dont Chợ Lớn à Saigon et le 13ème arrondissement à Paris) ; mais aussi les pays historiquement façonnés par la culture impériale chinoise : Corée, Japon, Vietnam. Avec le décalage horaire, le Tết se célèbre donc sur un créneau de plusieurs heures. En revanche, le Cambodge, la Thaïlande et le Laos sont calés sur un calendrier indianisé, qui débute vers le mois d’avril. Quant aux pays musulmans (monde malais), ils suivent l’Hégire. D Danse De très nombreuses pagodes et commerces, mais aussi des particuliers, convoquent des danseurs de « lân-sư-rồng », pour s’attirer les meilleurs auspices (et chasser les mauvais). Ces troupes comptent un dragon (rồng), articulé par sept perchistes, et un ensemble plus ou moins différentié d’unicornes (lân) et de lions (sư), tout de paillettes et de fanfreluches, animés par deux exécutants. A tour de rôle, les bestiaux exécutent les numéros consacrés. En tournant dans Saigon, vous aurez sans doute la chance de les voir, et en particulier dans Chợ Lớn (Q5), au cœur du quartier chinois. Dans les semaines qui précédent le Tết, les troupes répètent avec assiduité; fréquentez le Square du Mékong (sur l’avenue Hải Thượng Lãn Ông, Q5), au crépuscule. Et pendant le Tết, elles se produisent à la nuit tombée pour le seul plaisir des badauds, aux abords de la rue Tuy Lý Vương (district 8, quartier 12). f g e Encens Des quantités monstres d’encens (hương) sont consommées, dans les maisons, sur l’autel des ancêtres, dans les pagodes. Le meilleur encens est fabriqué dans le village de Cao Thôn, proche de Hanoi. Génie(s) de la cuisine Festival Dans les trois mois qui suivent le Tết vont avoir lieu de nombreux festivals (lễ hội), dont l’objectif est d’honorer les fondateurs du village, du métier, de la nation, etc. Ainsi le plus fameux est-il sans doute celui des Rois Hùng, dynastie légendaire du Vietnam antique. Il se tient du 8 au 11 du Troisième mois lunaire, au lieu-dit Đến Hùng Vương, dans la province de Phú Thọ. Dans les pages qui suivent, nous vous invitons à découvrir deux festivals hauts en couleur et en émotion. Par ailleurs, vous trouverez une liste non exhaustive mais fort étoffée dans le petit livre Les fêtes traditionnelles au Vietnam, de Đỗ Phương Quỳnh, aux éditions Thế Giới. Baptisé Ông Táo, il loge dans la cuisine, pièce centrale de l’habitation, et surveille les moindres faits et gestes de la famille. Une semaine avant le Tết (soit le 23 décembre du calendrier lunaire), on fait un repas d’offrandes pour le Génie, qui part ensuite au ciel rendre compte des activités des membres de la famille à l’Empereur de Jade, souverain du panthéon taoïste. C’est aussi bien de lui cuisiner du poisson, car l’animal est la meilleure monture pour arriver jusque là-haut. Une autre légende associe à Ông Táo deux personnages supplémentaires, héros tragiques d’un malencontreux ménage à trois ; ces trois génies de la cuisine sont représentés par trois pierres disposées dans le foyer. Hái lộc La veille du Tết, quand les gens se rendent à la pagode, ils en profitent pour cueillir (hái) des bourgeons (lộc), autrement dit ramener une petite branche d’arbre prise alentours. h 13
  • 14. Vivre le i L Les « images populaires » (tranh dân gian) sont très prisées pour décorer la maison, et on en tapisse volontiers ses murs. Plusieurs « écoles » ont développé leur propre style ; les images les plus fameuses demeurent celles de Đông Hồ, un village de la province de Bắc Ninh. La technique est généralement celle du tampon encreur ; le papier est rarement de bonne qualité, mais c’est que ces images ont vocation à être changées au prochain Tết ! Khai bút Nettoyage de printemps k On en profite pour étrenner (khai) son stylo (bút) : les enfants comme les adultes se doivent d’écrire quelque chose le premier jour de l’année, de préférence calligraphié, pour appeler la réussite sur les études ou le travail. Lì xì Le Tết génère un incroyable trafic de petites enveloppes rouges (lì xì), que tout un chacun offre ou réclame à son entourage quotidien. Des étrennes, en somme, dont le montant varie de la grasse cagnotte (entre membres d’une même famille, généralement) à la simple attention (un petit billet rouge de 500 đồng entre amis) ; c’est une façon pour certains employeurs de verser l’équivalent du 13ème mois à leurs salariés. Marché P n O Depuis plus de dix ans, les pétards, qui servaient à chasser les mauvais esprits, sont interdits au Vietnam. Estimés trop dangereux, ils laissaient aussi beaucoup trop de déchets dans les rues. En contrepartie, des feux d’artifice sont tirés à profusion par les autorités. A Saigon, plusieurs districts rivalisent de magnificence: les bords de la rivière Saigon (Q1), le parc aquatique Đầm Sen (Q11), etc. Le pont Phú Mỹ (Q7) offre un panorama très prisé. Le spectacle aura lieu le 30 janvier 2014 à minuit. 14 m Les congés du Tết sont prétexte à maintes parties de cartes, jeux de dés et combats de coqs, pour les adultes. Quant aux enfants, même si leur Noël correspond plutôt au Tết de la Mi-Automne (Tết Trung Thu), ils se voient offrir de menus jouets ; ainsi les crayons affublés de personnages en pâte de riz (tò he), toujours très populaires. Que vous souhaitiez acheter une poignée de lì xì ou transformer votre sapin de Noël fané en arbre du Tết, vous trouverez les guirlandes et breloques idoines sur les innombrables étals à roulettes qui sillonnent la ville, ou dans les marchés spécialisés. A Saigon, la rue la mieux approvisionnée et la plus féerique est Hải Thượng Lãn Ông, à Chợ Lớn (Q5). A Hanoi, c’est Hàng Mã, au cœur du quartier historique. Pour les fleurs, les marchés les plus exubérants sont la ruelle Hồ Thị Kỷ (Q10) à Saigon et, à Hanoi, la rue Hàng Lược ou le marché Quảng An (Chợ hoa đêm Quảng An, au 236 Âu Cơ, Hồ Tây) ; à arpenter dès avant l’aurore. Durant les jours qui précèdent, les familles briquent à fond leur maison pour bien « accueillir le nouveau ». Jeter tout ce qui est à jeter, ranger ce qui doit l’être, lustrer meubles et vaisselle, apprêter les lieux de culte domestiques ou communautaires (avec les voisins), se faire couper les cheveux, acheter des vêtements neufs, etc. Mais attention ! Une fois que le Tết est entamé, on ne touche plus aux ordures et on ne fait plus le ménage durant les trois premiers jours de l’année, car cela reviendrait à balayer la chance hors de chez soi. Pyrotechnie J Jouer Image Offrande Les fruits sont l’offrande principale, à la pagode comme sur l’autel des ancêtres. Un plateau de cinq fruits en moyenne. Selon que l’on se trouve au Nord ou au Sud, on privilégiera banane verte, pamplemousse, orange ou mandarine, kaki, kumquat, mais aussi ananas, mangoustan, papaye, mangue verte, noix de coco, tiges de sycomore. Au Nord, le must demeure la « main du Buddha », un cédrat particulièrement odorant qui embaume les pagodes. Quant à la pastèque, elle fait l’objet d’une décoration particulière, soit qu’on lui colle simplement une feuille rouge agrémentée d’un sinogramme de bon augure, soit qu’on en sculpte délicatement la peau pour y dessiner dragons et vœux divers. q Querelle A proscrire impérativement ! On ne va pas commencer l’année en proférant des jurons ou en cherchant des noises aux voisins. On fera montre d’une amabilité à toute épreuve. Perdre la face le jour de l’an, quelle déveine ce serait !
  • 15. R Repos s tu w v y La semaine du Tết correspond aux seules « vraies » vacances des Vietnamiens. Ajouter à cela les 7 jours disséminés au hasard du calendrier pour les différentes fêtes nationales, et l’on arrive à la quinzaine de jours de congé autorisés. Mais cette année, le calendrier et le positionnement des week-ends jouent en faveur du travailleur, qui se voit octroyer une dizaine de jours de repos pour le Tết. Pendant cette période, c’est tout le pays qui tourne au ralenti. Sanctuaire On aime à s’y rendre pour y faire des offrandes (en encens, en papiers votifs, en fruits) ou des donations (en monnaie sonnante et trébuchante). Les bouddhistes affluent aux pagodes (notamment la grande pagode de Vĩnh Nghiêm, district 3), afin de produire du bon karma en honorant buddhas et boddhisattvas. Les temples taoïstes et/ou confucianistes offrent pléthore de dieux et génies dont on sollicitera des faveurs concrètes (succès en affaire, naissance d’un héritier, etc.). Et en ressortant, on consultera l’une des innombrables voyantes présentes à l’entrée. Tết Tết est le terme générique pour désigner une fête publique. En partant de ce principe, il y a plusieurs Tết dans l’année, comme le Tết Trung Thu (Fête de la Mi-Automne). Le nom complet du nouvel an est Tết Nguyên Đán, ou Fête de la Première Aube. Vœu Uống rượu Qu’il soit de riz ou de maïs, l’alcool coulera sans doute à flot… Alors, uống rượu avec modération ! x What ? Rappelons que le W est absent de l’alphabet vietnamien, créé par Alexandre de Rhodes (1591-1660). Tout comme le Z, le F et le J d’ailleurs... Notez que leurs sons respectifs sont toutefois présents : dans le Sud, « qu- » sonne comme [w] et « r » comme [j] ; au Nord, « d », « r » et « gi- » se prononcent [z]. Quant au [f], il s’écrit toujours « ph » ! Xông nhà ou Xông đất C’est le premier visiteur de l’année, celui qui apportera avec lui les bons présages s’il est porteur de bonnes nouvelles. La tradition préfère que ce soit un homme, et si c’est une femme il ne faut surtout pas qu’elle soit enceinte. Ceux qui ont connu une perte récente d’un proche ne font généralement pas de visite ce jour là. S’il arrive des bonnes choses à la famille au cours de l’année, elle ne manquera jamais de remercier ce premier visiteur ! Il est de bon ton de formuler une ribambelle de vœux, à la faveur des visites que l’on se rend entre parents, entre voisins. Les souhaits classiques touchent à la santé (sức khỏe) et au sempiternel trio du bonheur (phúc), de la prospérité (lộc) et de la longévité (thọ), abondamment calligraphié. Et pour se souhaiter la bonne année, l’expression consacrée est « chúc mừng năm mới ! ». Yến sào Profitons-en pour savourer quelques mets particulièrement propices (donc onéreux) pour bien débuter l’année, comme un potage de nid d’hirondelle (yến sào), véritable panacée doublée d’un bon concentré de jouvence. Il s’agit en fait d’un mucus mucilagineux, sécrété par une espèce de martinet, la salangane (yến hang), pour en faire son nid. Vendu sous différentes formes (depuis la gélule jusqu’au nid entier), il y en a pour toutes les bourses – mais le succès n’est pas toujours garanti. Zodiaque Il existe 12 animaux dans le zodiaque chinois, un par année. Le cycle entier couvre donc 12 ans. Certains signes sont plus fastes que d’autres ; ainsi en 2012, l’année très chanceuse du Dragon a engendré un nombre important de naissances… Au 31 janvier 2014, on entrera dans l’année du Cheval. Il paraît qu’une fois que le Cheval saura réprimer sa manie de toujours s’expatrier sous des cieux nouveaux, il appréciera ce qu’il trouve dans son jardin et obtiendra la paix intérieure…
  • 16. Vivre le Une procession qui déménage Texte d’Etienne Fréneaux, photos de Nicolas Bonnaud { Festival communal de Thổ Hà, } province de Bắc Giang L a bête furibonde charge la foule, tout crin écarlate hérissé, la gueule qui grelotte, les paupières qui claquettent – puis elle se cabre au-dessus des enfants effrayés, retombe lestement et fait volteface, la croupe désarticulée – son mufle aux callosités peinturlurées frétille, pompons en pagaille – l'unicorne, excitée par les pitrerie d’un Ông Địa bedonnant, bondit de plus belle entre les rangs serrés des villageois, talonnée par le ramdam furieux des gongs et des tambours qui roule sans frein, lame de fond grondante et cinglante, entre les parois étriquées de la ruelle aux hautes façades décrépies ; tsoinguent les cymbales, param’pam’pament les mailloches, les musiciens se contorsionnent et glang ! et bam ! virevoltent encore, place ! place aux danseurs ! Gaillards rutilants et filles farouches, claquent claquent des mains, tapent tapent des pieds, farandole de bandeaux et d’écharpes rouges, au nez et à la barbe d’aînés sévères, absorbés par les mélopées nasillardes qu’ils arrachent à leurs đàn, noyées dans le barouf des percussions, boum ! bam ! place ! place donc ! et le torrent de bruit et de couleur déferle sur le cours ombragé qui mène au đình, poussant 16 devant lui la foule compacte et endimanchée, bousculant les parieurs et leurs dés truqués, perturbant le round ultime de deux coqs exténués, et la procession fonce avec ses grondements et ses déhanchements sous la toiture centenaire, tandis que dans son sillage déboule le gros du défilé, cohorte de mandarins factices en áo dài bleu excessif, de généraux courroucés croulant sous les étendards flamboyants, de déités engoncées, de porteurs trempés charriant tout un déménagement de temple : lourdes bàn thờ dorées à Ông Địa : génie omniprésent dans le folklore sino-viet đàn : tout instrument à corde traditionnel đình : maison communale
  • 17. Les tribulations d'un village de métier Différents acteurs de la procession. En haut à gauche, le đình (maison communale). bàn thờ : table cultuelle, où l’on dispose effigies et offrandes tổ sư : génie tutélaire d’un village, généralement le fondateur du métier outrance, chargées de brûle-parfums et de pyramides de gâteaux ou de canettes ; porc dodu, coq replet, gibier de bombance grillé, laqué, enguirlandé, que l’on brancarde en grimaçant dans de luxueux palanquins; hallebardes émoussées, parasols effrangés, figurants éméchés, et tout ça, ce millepattes liturgique convulsif qui barouffe et ramdame à tue-tête, tout ça, le village entier avec ses rites et ses suppliques, tout, absolument tout, s’engouffre dans la maison communale, bourlingue et valdingue, décharge tout son fatras d’apparat et se prosterne devant l’autel enseveli sous les offrandes, aux pieds de Đào Trí Tiến, tổ sư en majesté, qui veille aux destinées de son peuple reconnaissant. Thổ Hà, bourg antique et singulier, lui doit beaucoup, à son génie tutélaire. Il lui doit la survie. Car comme bon nombre de villages de la campagne tonkinoise, son existence est soumise aux aléas de l’hydrologie et du cadastre. Son nom résume sa situation: la terre (thổ) y est prisonnière du fleuve (hà), en l’occurrence la rivière Cầu, qui enlace la longue langue de limon où s’entassent maisons et rizières. Un cadre particulièrement Feng shui (Phong thủy) assurent les géomanciens. Pour les morts, sans doute ; mais pour les vivants, l’endroit n’a rien d’un havre de paix. Le cours inférieur du Fleuve Rouge a été, de tous temps, l’enjeu d’âpres luttes pour s’approprier l’espace. Combat contre le fleuve, aux crues dévastatrices, dont il a fallu endiguer le lit et canaliser les innombrables ramifications pour développer la riziculture à grande échelle. Mais dans ce dédale aquatique, l’homme encore a dû batailler contre lui-même, pour obtenir les meilleurs emplacements. Au gré des arbitrages mandarinaux, un bornage tatillon s’est mis en place, et les communes se sont emboîtées dans le lacis compliqué des levées et des rus, au prix d’une compétition acharnée. Tandis que des hameaux accumulaient des hectares de terres arables, d’autres se retrouvaient acculés à la disette. Ainsi le village de Thổ Hà. La parade ? Délaisser l’agriculture pour l’industrie. La légende conte comment jadis, dans les premiers siècles de notre ère, trois 17
  • 18. 18 n’y changera rien. Alors, quand vient la libéralisation du Đổi mới, Thổ Hà se réinvente : fini les urnes, place aux galettes de riz (bánh đa) dont on enroule les nem. Les fours à céramique rendent leur dernier souffle brûlant, et désormais on cuisine et débite les disques mous et translucides à tour de bras, que l’on fait sécher ensuite sur des clayettes disposées un peu partout dans les cours, les ruelles, les cimentières… Les stocks d’urnes invendues sont reconvertis en parpaings, et habillent les façades. Pour recycler les déchets de la transformation du riz, on requalifie les rez-de-chaussée en porcherie, et des groins crasseux chatouillent les mollets du promeneur qui raserait trop les murs. Le village ressuscite. Et l’an prochain, on remettra ça : la procession, les falbalas et tout le tralala. Et un cochon bien gras on choisira… En bas, enclos à porcs et urnes funéraires reconverties en parpaings. tiểu : urne funéraire rectangulaire, dans laquelle on dispose les ossements du défunt, 3 ou 4 ans après sa mort, pour les ré-inhumer. Y ALLER villages de la région, pareillement en péril, mandatèrent trois des leurs en Chine afin d’y dénicher une solution. Ils revinrent bientôt, riches chacun d’un savoir-faire nouveau : l’émail blanc pour le village de Bát Tràng, l’émail jaune pour celui de Phù Lãng; à Thổ Hà, Đào Trí Tiến rapportait l’émail rouge. Ainsi survécurent et prospérèrent ces trois « villages de métier », comme tant d’autres de par le Delta. Mais un autre « fléau » devait frapper Thổ Hà : la concurrence acharnée de ses deux rivaux. Phù Lãng lui vole la technique des tiểu, qui faisaient la réputation et les recettes de Thổ Hà, et casse les prix. Quant à Bát Tràng, beaucoup mieux situé sur la bergemême du Fleuve Rouge, il rafle le gros du flux commercial. Alu, inox et autres matières nouvelles portent le coup de grâce à Thổ Hà, qui sombre et périclite. Le collectivisme des années cinquante De Hanoi, rendez-vous à Bắc Ninh par la QL1. Prenez la rue Nguyễn Trãi, contournez la citadelle et suivez Công Hâu sur 2km. Un hameau borde la rivière Cầu : garez-y votre véhicule et gagnez Thổ Hà en bac. Le festival se tient du 20 au 22 du 1er mois lunaire (19-21 février 2014). Procession le deuxième jour. Les autres jours proposent jeux de plein air, rites bouddhistes dans la somptueuse pagode du XVIIème siècle, et compétitions artistiques tel le chant quan họ, duos amoureux déclamés a capella en barque sur la rivière.
  • 19. Vivre le Petit guide à l’usage du pèlerin intrépide { Pèlerinage au Mont Yên Tử, province de Quảng Ninh } En son sein se niche l’objet de tant de vénération populaire, un pagodon miniature, dont aucune dimension ne dépasse le mètre cinquante, entièrement sculpté dans le cuivre. Et dans cet écrin finement ciselé, trois statuettes de moines méditent pour l’éternité, elles aussi confectionnée dans le même métal éclatant. Ce Pagodon de Cuivre (Chùa Đồng), qui pèse plus de 70 tonnes, est la réplique d’un ouvrage du XVIIème siècle, tôt détérioré. Rien d’étonnant à cela : à 1068 mètres d’altitude, au sommet du Mont Yên Tử, les éléments sont rarement cléments. Un blizzard tenace chasse les nuées, et on découvre tout alentour l’enchevêtrement confus des crêtes de la chaîne de Đông Triều, qui ceinture le Delta du Fleuve Rouge au nord. Avant de devenir un pèlerinage aussi mouvementé, assailli massivement dans les tous premiers week-ends après le Tết, le Mont Yên Tử fut le refuge séculaire des âmes en quête de retraite spirituelle. La dynastie des Lý, grande promotrice du bouddhisme, y fonda un premier monastère, au début du XIème siècle. Mais c’est aux Trần, qui lui succèdent dès le XIIIème siècle, que l’on doit l’essor grandiose du site. Le bouddhisme de cour, avec ses moinesministres et ses bonzes-généraux, est alors à son apogée. Les années 1250-1280 sont violemment ébranlées par les invasions mongoles, que les Trần repoussent victorieusement. Pour se distraire des turbulentes vicissitudes de ce monde, l’empereur Trần Nhân Tông (1278–1293) cultive son karma : il crée l’école bouddhiste Le sommet, chapeauté par le Pagodon de Cuivre. Texte d’Etienne Fréneaux, photos de Nicolas Bonnaud E nglouti dans un océan déchaîné de doudounes luisantes, le pèlerin se rattrape au moindre roc, à la moindre épaule, jouant des coudes sans scrupules pour tenter de refaire surface. Il manque sombrer dans un abysse de jeans délavés, mais un gros bloc de granite soudain surgit sous sa main, et il escalade l’esquif providentiel, émergeant au-dessus de la houle hagarde – un peu de répits ; l’objectif est tout proche, pourtant, mais voilà bien une demi-heure que le malheureux pèlerin, à bout de force, essaie vainement de l’atteindre : à la faveur d’une bousculade, lorsque l’écume des cagoules et des bonnets plonge brusquement, on devine parfois la toiture sombre, coiffée d’animaux sculptés. Parviendra-t-il jamais à aborder à ce pavillon sacré?
  • 20. de la Forêt de Bambous (Trúc Lâm), la première qui relève du courant Zen (Thiền) en pays việt ; il en installe les quartiers-généraux dans le giron du Mont Yên Tử, dont il affectionne le cadre érémitique, et y consacre de nombreuses pagodes. Plus tard, ayant abdiqué, il s’y retire dans l’ascèse la plus stricte, avant de s’éteindre en 1308. Il est considéré comme le premier patriarche de l’école de la Forêt de Bambous, qui ne lui survivra guère. Par trop associée à la dynastie Trần, elle disparaît durant la tourmente de l’occupation chinoise (1407-1427), et les Lê, hostiles au bouddhisme, ne la restaureront pas. Mais la ferveur populaire, elle, n’a cessé de croître autour du Mont Yên Tử. Si le point d’orgue du pèlerinage demeure le pagodon sommital, les étapes intermédiaires ne sont pas moins prisées, qui s’attachent à la légende de l’impérial ascète. Suivons ses pas dans le calme et le recueillement. Visite guidée Au départ du parking bondé où les bus vomissent leurs dévots en flux tendu, achetons menues offrandes et force victuailles en bataillant au cœur du marché contigu. Ceci fait, on se ressource à touche-touche au bord du Ruisseau du Bain (Suối Tắm), où l’empereur jadis fit ses ablutions. Puis on se bouscule à la Pagode de l’Abstinence (Chùa Cấm Thực), où il prit son premier repas végétarien, avant de s’entasser à la Pagode du Purgatoire (Chùa Giải Oan), édifiée là même où les dames de la cour se suicidèrent de désespoir en voyant le bel empereur renoncer définitivement au monde profane. Puis commence la longue ascension, 20 randonnant d’un bon pas de fourmi. Sous les frondaisons du Chemin des Pins, plantés jadis par qui-vous-savez, on respire leur fragrance de sueur et d’after-shave bon marché – où estce celle du groupe d’adolescents qui vous colle ? Subjugués par les vertus supposément magnétiques de ce bosquet, vos suiveurs vous poussent sans ménagement en vous labourant les lombaires. Au bout d’une demiheure, on s’engouffre dans une volée de marches abruptes et inégales, l’on s’y casse la figure une demi-douzaine de fois, avant d’atteindre le bucolique Jardin de Jade (Hòn Ngọc), où l’on badaudera avec autant d’aise que lors d’une soirée promotionnelle chez Big C. Au centre se dresse la Tour du Patriarche (Tháp Tổ), un stupa de 10 mètres de haut, vestige de l’époque Trần, avec ses délicats motifs de lotus. Tâchez d’apercevoir, sans vous prendre un bâton d’encens dans l’œil, la niche qui abrite une antique statue de Trần Nhân Tông, en habits monastiques. Une quarantaine de stupas plus modestes complète l’état des lieux, entre de nombreux frangipaniers. Extirpez-vous de la cohue et crawlez jusqu’à la pagode Hoa Yên, non sans admirer, en apnée, les dalles de briques frappées d’un motif de chrysanthème, emblématique
  • 21. À gauche : le khánh (cloche plate) sommital À droite : Shi (lion gardien) et orant En bas : Chùa Một Mái (Pagode au Toit Unique) c’est une statue colossale, flambante neuve, représentant… devinez qui ?... A ses côtés, un monolithe mal dégrossi figure vaguement une silhouette humaine de deux mètres de haut ; il s’agirait d’une manifestation naturelle d’An Kỳ Sinh, moine chinois qui fréquenta le monastère un millénaire plus tôt. Soit. Vous avez bien mérité une pause. Un conglomérat de stands graillonneux a établi le monopole du casse-croûte en lisière de forêt. Encastrez-vous entre deux bruyants commensaux qui dévorent un malheureux bouillon végétarien. On est encore loin ? Le plus dur reste à faire. Une heure au bas mot. Plus de marches, plus de sentier. C’est la ruée, en bloc, par à-coups, les glissades dans la gadoue, les accrocs aux rochers, l’escalade, le vide par endroits, et le maelström final, la circumambulation démentielle, centrifugeuse infernale qui vous éloigne du but plutôt que de vous rapprocher. Atteindrez-vous le Pagodon de Cuivre ? Frapperez-vous le khánh, cloche plate porte-bonheur? C’est tout le calvaire que je vous souhaite. Pour vous y retrouver đỉnh : sommet chùa : pagode tháp : tour, stupa cáp treo : téléphérique nhà vệ sinh : à éviter... Le Mont Yên Tử se situe deux bonnes heures à l’est de Hanoi. Prendre la route de Hạ Long (QL18) jusqu’à la ville de Uông Bí. De là, 15km d’une route de traverse, sinueuse et parfois très embouteillée, conduisent au parking. L’ascension seule, en visitant chaque pagode, requiert au moins trois heures, les jours calmes ; mais en période de Tết (février, mars), comptez plutôt cinq heures ! Plus la redescente. Deux téléphériques desservent le sanctuaire ; la queue est rédhibitoire les jours d’affluence. Notez qu’en temps ordinaire (en automne surtout) l’excursion n’a rien d’apocalyptique, et c’est même une randonnée très agréable, panoramique et culturelle. Le climat est rude en hiver, suffocant en été, frisquet à la mi-saison ; prévoyez un bon coupe-vent pour le Tết. Y ALLER des Trần ; les originaux ont depuis belle lurette été réduits en régolithes par des millions de sandales. Il y avait autrefois ici un immense monastère, mais l’actuelle pagode n’est qu’une construction récente, élégante, dans laquelle on ne pénétrera pas sans masque à oxygène, tant y est dense la concentration en encens, et inversement proportionnel l’oxygène disponible. On évitera de justesse les bords aigus d’un plateau débordant de Choco Pie, qui vole à hauteur de visage avant d’atterrir aux pieds d’une grande statue du monarque en majesté. Sur le parvis, vlan ! vous emplafonnez une fichue borne plantée là pour embêter le monde – au temps pour moi, il s’agit de la Stèle des Patriarches, représentant les trois premiers dirigeants de l’École ; elle commémore une importante donation en or effectuée en 1723 aux villages des environs. Mais allons, le sommet est encore loin ! Et l’on reprend le cours diluvien des fidèles, dont certains ont décidé de pique-niquer en travers des escaliers. Enjambons, contournons, et poireautons dans un bouchon inextricable. Une sente glissante donne accès à la croquignolette Pagode au Toit Unique (Chùa Một Mái), lequel, en plus d’être unique, est – boom – trop tard – très bas. Massezvous le front tout en coulissant dans la masse des orants, d’autant plus compacte que ce sanctuaire troglodytique est extrêmement exigu. Étape suivante : la Pagode des Nuages (Chùa Vân Am) où Trần Nhân Tông rendit son dernier souffle – reprenez le vôtre, car vous n’êtes toujours pas au bout de vos peines : la farandole de stupas, pagodes, pavillons continue de plus belle ; plus d’une centaine de constructions au total. Voici un nouveau palier, où un flot de pèlerins en grande forme dépote sans discontinuer du téléphérique. Du quoi ?? Oui, téléphérique il y a, mais c’est de la triche – et puis deux heures de queue, franchement, vous y teniez? Alors en avant, et sans rechigner ! Vous fléchissez ? Vous divaguez ? Vous croyez voir un gigantesque moine cuivré assis en méditation ? Nul mirage: 21
  • 22. Texte d’Etienne Fréneaux, photos de Nicolas Bonnaud Le Massacre du Printemps Hải { Combats de buffles à PhúcLựu, } province de Vĩnh A llez, Buffle, il faut y aller maintenant ». L’homme coiffé d’un casque de bộ đội flatte paternellement l’échine de l’animal énorme, qui sort de sa maison en humant bruyamment l’air matinal – il frissonne nerveusement, incommodé en même temps qu’excité par une odeur inhabituelle, graillonneuse, poissée. L’homme a empoigné la cordelette, passée dans l’anneau qui pend au mufle rugueux. Un dernier regard aux ancêtres, dont les portraits trônent sur la tablette, en haut du mur, enrobés par la fumée des bâtons d’encens qu’on a fichés dès l’aurore pour appeler la protection des esprits. Au pied de l’autel gisent les reliefs d’un ultime festin : porridge de riz, canne à sucre, le petit-déjeuner des athlètes, préparé amoureusement par la femme. En tailleur écarlate impeccable, elle se tient dans l’embrasure de la porte, et la voici qui pleure doucement en voyant s’en aller le rejeton chéri. Quelle distinction ç’avait été quand, l’an dernier, les anciens du hameau leur avaient confié le buffle nouvellement acquis, 22 une bête de choix minutieusement sélectionnée, sur laquelle reposait désormais la fierté de toute la communauté. Et huit mois durant, il avait fallu engraisser et soigner l’animal. Le dresser aussi. Pas question de souiller ce noble héros dans le lit fangeux des rizières ; nul araire ne lui fut jamais attelé ; la compagnie de ses semblables toujours lui fut refusée, humbles bêtes de trait dociles et placides. Au contraire : réveiller l’instinct sauvage endormi par des millénaires de domestication, aiguillonner son agressivité, l’exercer sans relâche aux assauts et à la ténacité. Longues journées de patients exercices dans l’enclos, au cours desquels, peu à peu, on nourrissait la certitude de fabriquer un champion. Passé les joutes éliminatoires avec succès, on avait fêté le Tết dans l’euphorie, impatients d’en découdre. Et le jour était arrivé. Devant la maison, le voisinage s’est attroupé. Mines anxieuses. Ce n’est pas tant pour l’écot, que l’on craint, que pour l’ego. Ceux qui ont investi dans l’affaire savent bien qu’ils seront payés de retour. Mais la gloire ? « Allez, Buffle ! En route!» Et Buffle remonte la rue, escorté par la jeunesse du quartier, enturbannée de rouge et brandissant de grandes bannières écarlates qui claquent dans le vent. En tête du cortège, les notables, revêtus de l’áo dài bleu vif, fendent la
  • 23. foule des badauds qui furètent entre troquets et tables de jeux. Effluves de grils. Relents de marmites. Buffle frémit, interloqué, hésitant. Mais on le presse, on le pousse. On le tâte aussi. Murmures admiratifs, commentaires laudatifs : quel poitrail ample et puissant ! quelles cornes idéalement arquées ! Et ce qui éveille le plus d’éloges : ce « cou de cigogne», long et souple, qui pourra ployer adroitement le moment venu. D’aucuns déchiffrent des augures favorables dans l’implantation particulière des poils, ou le balancement des testicules. Assurément, on tient là un spécimen exceptionnel ! Mais Buffle n’a cure de tout cet empressement. Il dodeline pesamment, heurtant le bitume de ses sabots avec l’assurance des costauds. Ses oreilles velues papillonnent anxieusement; un sourd martèlement leur parvient, qui roule et enfle et gronde et voici que la marée humaine se rompt d’un coup, et apparaît un antre sombre par lequel on tire Buffle avec empressement, et Buffle pénètre dans le stade, qui gronde et tonne et sonne. Des grappes de spectateurs débordent des parapets qui couronnent le porche, écume d’une houle humaine plus formidable encore qui remplit le chaudron de béton à ras-bord, et dix mille murmures s’unissent en une seule clameur, couvrant momentanément le haut-parleur qui déblatère le palmarès et les mensurations du nouvel arrivant. Sur les gradins opposés, l’orage est à son comble : deux rangées de gros tambours tonitruent sans répits, les batteurs aux costumes sang-et-or levant haut leurs mailloches, cadence infernale qui gonfle à bloc les nerfs de Buffle, tandis qu’on lui fait franchir une double palissade ovale de pieux de bambou, et Buffle est dans l’arène. Un océan de boue truffé de flaques. Un silence écrasant est tombé. La cordelette accélère, Buffle trotte machinalement à sa remorque, puis la cordelette file et disparaît, mais Buffle est lancé et les tambours le pressent et le bousculent et qu’importe la gadoue, les sabots de Buffle galopent et bondissent avec assurance tandis qu’il se rue sur l’autre buffle surgi d’il ne sait où – que fait-il ici cet intrus ? Espère-t-il lui ravir la vedette devant tant d’humains attroupés ? Le sang de Buffle ne fait qu’un tour et il emplafonne frontalement l’imposteur, qui encaisse le choc sans reculer. Les adversaires sont emboîtés : cornes encastrées, les mufles raclent le sol, les cous, incurvés jusqu’à l’équerre, se rejoignent en une seule masse de muscles tendus à l’extrême. Buffle, comme tétanisé, se cramponne à sa seule certitude : détruire l’autre. Sans raison autre que sa volonté animale de lutter, survivre et dominer. Quelque chose a bougé ! Une corne a dérapé, les cervicales ont oscillé, un museau s’est redressé brutalement. Buffle est tout étonné. Une balafre lacère sa joue, mais ça n’est pas ça qui l’intimidera. A peine séparés, les deux gladiateurs se percutent derechef, les cornes à nouveau se croisent et se coincent. Ils s’arc-boutent de plus belle. Buffle, contorsionnant habilement son « cou de cigogne », pivote lentement, et les cornes imbriquées font un levier formidable, qui soulève l’adversaire. Le stade frémit et s’exclame, brièvement, sur un crescendo subito des tambours – puis la tension replonge aussitôt les milliers de gosiers dans une muette expectative. Brusquement le levier cède, l’animal captif retombe lourdement, sa gorge effleurant le tranchant d’une corne de Buffle. Il s’en est fallu de bien peu. Endolori par l’effort, Buffle se dégage et laisse échapper sa proie, qui se cabre, rassemble ses forces et fond, acharné, sur son tortionnaire, et embroche celui-ci de profil, le poignardant sauvagement à l’encolure. Buffle menace de basculer à la renverse mais il s’agenouille et d’un revers inattendu de ses sabres de kératine il perfore l’œil gauche de son agresseur, puis assène un deuxième coup qui rate sa cible mais se glisse sous la mâchoire et s’assure ainsi une prise solide pour repousser le danger, se relever posément et reprendre l’avantage. Esquive, parade, contreattaque, puis à nouveau c’est le blocage, buffles affrontés, encornés, que rien ne semble pouvoir séparer, départager. Et tout le temps que dure cette accolade mortelle, le couple meurtrier erre pas à pas d’un bout à l’autre de la lice, cravaché par les insatiables tambours, tantôt c’est Buffle qui recule, tantôt il pousse son semblable, et ainsi vont deux bulldozers labourant le sol, qui vole en éclats de mottes de terre gorgées d’eau. Le spectacle s’éternise, mais l’acuité ne se relâche jamais dans l’assistance, qui sait bien que c’est au cours de ces empoignades interminables que, d’un coup, sans que le moindre soubresaut ait laissé présager une prompte issue, subitement, l’un des deux combattants 23
  • 24. Vivre le flanche, s’extirpe de l’étreinte, tourne casaque et détale, simplement, furieusement, définitivement, et Buffle prend en chasse le poltron, avec toute l’énergie qu’il lui reste, et il le talonne tout au long des palissades, tour de piste sous les ovations et les huées et les tambours qui exultent, Buffle galope, galope, heureux, vaniteux, lui le roi du jour, le vainqueur glorieux, qu’à présent on tâche de freiner dans sa cavalcade exaltée – mais qu’on le laisse savourer! qu’on le laisse défouler tant de rage accumulée ! Mais les hommes, sautillant, gesticulant, cavalant et tombant dans la boue, tentent d’arraisonner Buffle et son souffre-douleur, avec force drapeaux bariolés qu’on interpose pour qu’ils se perdent de vue l’un l’autre, qu’ils en oublient la furie, l’angoisse, le stade et jusqu’à l’enjeu de cette tuerie inachevée. Les tambours se sont tus. Buffle enfin se lasse et s’arrête et accueille la troupe des êtres fluets avec affection, on le fête, on le flatte, on l’extrait de l’arène, et voici l’homme au casque de bộ đội, à qui Buffle doit tout, sa pitance et son triomphe, quel bonheur sur son groin d’humain, et le cortège se reforme, restreint, sans plus de bannières, rien qu’un simple fanion, moins de badauds aussi, les rares supporters qui le suivent encore l’observent d’un œil gourmand. Où va-t-on ? Buffle renâcle un peu à obéir à la sempiternelle cordelette ; après tant de fougue libérée, la ficelle qui fait loucher est un peu abuser, et Buffle ainsi tracté comme un vulgaire baudet sort du village par la petite route qui couronne la digue, au milieu des rizières inondées, entre les étals précaires qu’on a dressés pour l’occasion, et qui regorgent de matière écarlate, et Buffle retrouve cette odeur entêtante, pesante, inquiétante, tandis qu’il reconnaît dans le bas-côté son adversaire malheureux de tantôt, qui tressaute ridiculement avec cette idiote collerette de filets rougeâtres qui lui pissent de la gorge et le voici qui s’écroule entre deux hommes armés de machettes – Buffle n’a même pas une once de pitié pour ce balourd, ni pour aucun autre perdant, qui tous méritent d’être dépecés, décarcassés, désossés, débités en pièces détachées sur les tréteaux de fortune, et les mégères du district s’arrachent les morceaux de choix. Ah Buffle peut se gamberger, Buffle échappe au sort infâme, Buffle en a des haut-le-cœur, et cette odeur de mort insupportable, sûr que Buffle se passerait volontiers de ce triomphe macabre, Buffle magnanime veut en finir au plus vite – où est le podium ? où est la récompense ? Le casque de bộ đội a cessé de se dandiner – halte, enfin ! Au pied d’un poteau électrique triste comme un gibet, l’homme a rassemblé ses camarades, préparé ses ustensiles. En guise de lauriers, voici qu’on fiche à Buffle une paire de pincettes ridicules sur ses oreilles, et les câbles en prime, et l’interrupteur qu’une main actionne et Buffle, avec sa gloire et sa candeur, bascule les quatre fers en l’air, rouléboulé pour l’éternité. Une pluie feutrée tombait sur la plaine, tandis que le rituel millénaire poursuivait son hécatombe. Cette année encore les hommes mangeraient à leur faim. Et les génies encore renoueraient leur pacte. L’année nouvelle commençait bien. Y ALLER Le Festival des combats de buffle de Hải Lựu (Lễ hội chọi trâu Hải Lựu) se déroule chaque année, les 16 et 17 du deuxième mois lunaire (soit les 15 et 16 février 2014). C’est le plus ancien du genre au Vietnam : il remonterait au IIème siècle de notre ère. Au cours d’un festival, une douzaine de combats sont organisés, du matin au soir, sur deux jours. Leur durée varie d’une dizaine de minutes à près d’une heure. Ces combats sont cruels dans leur principe, comme nombre de rites ancestraux ; toutefois, les coups que se portent les buffles dans l’arène ne sont que très rarement mortels, et les blessures généralement superficielles (exception faite des yeux crevés) ; le combat finit généralement quand l’un des deux adversaires cède et fuit. Le plus difficilement soutenable est, en fin de compte, l’abattage en plein air qui s’en suit, du vaincu comme du vainqueur et d’autres congénères, sur les routes d’accès au village, et les étals attenants, nombreux et sanglants. Hải Lựu est un petit village situé à proximité de la Rivière Claire (Sông Lô), affluent majeur du Fleuve Rouge, à trois heures en amont de Hanoi, à l’ouest. Passez par Vĩnh Yên, puis suivez les routes 305 et 307 (par Lập Thạch). Il vous faudra sûrement demander votre chemin. La station balnéaire de Đồ Sơn (province de Hải Phòng) organise aussi des combats de buffles (le 9 du huitième mois lunaire, hors période de Tết) ; plus connus, plus courus, mais moins « pittoresques ». Localisez ces trois festivals sur le site de l’AFV : www.amicaledesfrancophonesauvietnam.org/informations/voyages 24
  • 25.
  • 26. EÁVEÁNEMENT EÁVEÁNEMENT Textes de Catherine Mellier, photos © Ao Show Ao Show coulisses { Dans lessuccès } d’un C ’est une sorte d’ovni qui remplit quasiment chaque soir l’opéra d’Ho Chi Minh ville. Et ce depuis presque un an. Le Ao show se situe quelque part à la croisée des arts, entre la danse, la performance, le cirque, le concert et le conte joué. Un spectacle total. Du genre inclassable. A moins qu’il n’ait réussi à inventer son propre style, à part entière. Entièrement à part… « Ao », c’est tout simplement l’onomatopée pour décrire la surprise, la splendeur visuelle. Quand la lumière s’éteint dans l’opéra de Saigon, c’est le Vietnam qui s’éveille. Ses symboles, ses traits de caractère, sa culture, son histoire. Des hommes et des femmes marchent sur des bambous ou des bateaux-paniers suspendus à plusieurs mètres du sol. Au son des sitars ou encore 26 d’une guitare, les performers fendent la scène sur la pointe des pieds. S’envolent, se portent, se contorsionnent, s’époumonent, se bousculent, dansent. Ils jouent ensemble, et chantent aussi. Ici, l’esthétique est un parti pris, largement assumé. Nhất Lý, directeur musical : « On a imaginé des tableaux proches de la vie quotidienne. La proportion de la culture vietnamienne, dans cette fresque générale du spectacle, est plus exploitée que les acrobaties ou le sensationnel. » Si le Vietnam devait être conté, alors Ao show pourrait s’en charger. Pour ce qui est du spectaculaire, d’autres compagnies le font très bien. « On ne veut pas et on ne peut pas rivaliser avec le Cirque du Soleil par exemple. Nous avons donc choisi de réaliser quelque chose de différent, qui n’existe pas ailleurs… » Le Ao show, c’est un ensemble de 12 circaciens, 4 cascadeurs de rue, 5 musiciens et, derrière, l’équipe soudée et resserrée des faiseurs du spectacle. Ceux qui ont croqué l’âme du Vietnam l’ont digérée pour mieux la restituer ensuite au public. Les concepteurs ont pour noms Tuấn Lê (directeur général), Nguyễn Tấn Lộc (chorégraphe), Cathy Nguyễn (chorégraphe), Nguyễn Lân Maurice (directeur artistique) et Nguyễn Nhất Lý (directeur musical). Certains, comme ces deux derniers, puisent même leurs origines quelque part dans le pays de France… (lire page 29) Le show a été imaginé pour devenir à lui seul une destination touristique. A la demande du producteur (une société vietnamienne d’événementiel), il a été échafaudé pour plaire à la fois aux Vietnamiens, et à tous ceux qui, de passage dans la ville de l’oncle Hồ,
  • 27. cèdent à l’heureuse inspiration de se rendre à l’opéra. Néanmoins, par la volonté des artistes, tout est d’origine vietnamienne : les objets, les matériaux et les costumes, mais aussi le personnel humain, les performers et bien sûr la musique, directement inspirée d’ailleurs des chants traditionnels du sud du pays, les đờn ca tài tử. Les mélodies sont chaque soir revisitées par des musiciens professionnels qui poussent l’audace à renouveler quotidiennement leur création sonore. « Notre seule partition, c’est ce qui se passe sur scène », raconte le directeur musical. « C’est la même unité entre nous, la musique n’est pas collée sur le spectacle comme dans le cirque traditionnel. Ici, l’un supporte l’autre ». Dans un va-et-vient permanent entre le show et le son. D’ailleurs, particularité du Ao show, c’est l’ensemble du spectacle qui est en mouvement permanent. « On le modifie pratiquement tous les soirs. Tout n’est pas écrit à l’avance puis reproduit mécaniquement sur les planches par des exécutants », explique encore Nhất Lý. « Par exemple, on a acheté les paniers sans trop savoir comment les exploiter. Après les avoir mis sur scène, on a joué avec. Tout le monde a participé et, d’un seul coup, quelque chose est sorti ». Mon village, le grand frère du Ao show Le Ao show a tout d’abord tourné en début d’année au Théâtre de l’Armée, près de l’aéroport. Avant de trouver une scène plus grande et plus adaptée à l’opéra de Saigon, dans lequel il va rester encore quelques temps. Au moins toute l’année 2014 de source sûre. Avant de partir voyager en d’autres lieux… Le Ao show a un prédécesseur, un aîné qui s’appelle Mon Village. Spectacle créé en 2009 et issu du même sérail, c’est-àdire de l’imagination de leurs auteurs communs, et qui vient juste d’achever une longue tournée en Europe où on aura pu le voir dans les plus grandes salles des plus grandes capitales. A Paris, il a rempli La Villette et le Musée du Quai Branly. La représentation de Mon village a été donnée près de 150 fois dans le seul pays de France. Ao show se prétend donc une sorte de suite à ce succès européen, le second volet d’une série qui aurait bien commencé, et qui se prépare à son tour à une mise en orbite. Il devrait, comme son aîné, tourner en Europe à l’horizon 2015. Ainsi, durant toute l’année prochaine, le show actuel poursuivra sa fabuleuse histoire à l’opéra de Saigon. 27
  • 28. INFOS PRATIQUES Jours de représentation, jusqu’à fin 2013 : Les 15, 21, 24 et 31 décembre 2013, à 20 heures. Les 10, 11, 12, 20, 25, 26, 30 décembre 2013 à 18 heures. Tickets en vente à l’opéra, 7 Công trường Lam Sơn, Q1 Email: reservation@aoshowsaigon.com Tel: 012 45 18 11 88 Prix des billets : de 530.000 à 1.470.000 VNĐ (selon le placement et la date). Plus d’infos sur : www.aoshowsaigon.com 28
  • 29. PORTRAIT Nhaát Lyù L’homme orchestre I l a finalement choisi le Vietnam. A moins que ce ne soit le Vietnam qui se soit rappelé à lui. Nhất Lý est le directeur musical du Ao show. Né en France en 1959, il vient vivre à Hanoi avec sa famille dès l’âge de trois ans. Son père, Vietnamien, travaille comme ingénieur dans l’entreprise de maintenance de chars d’assaut soviétiques de la capitale du Nord tandis que sa mère, Française de parents Hongrois et Wallon, décide alors qu’ils sont encore en France d’abandonner ses études à l’école normale pour se former au dessin industriel. En vue d’aller travailler dans le pays de son mari. Une fois le diplôme de celle-ci en poche, la famille s’installe donc à Hanoi en 1962. La situation politique n’évolue pas vers la sérénité. Hanoi subissant de sévères bombardements en l’année 1969, la fratrie part s’abriter à la campagne, les parents continuant, quant a eux, de servir leur pays dans la capitale. C’est là que tout commence pour Nhất Lý. Il est inscrit à l’Ecole Nationale de Musique du Vietnam. Son frère et sa soeur sont eux à l’Ecole du Cirque. Nhất Lý apprend le piano, l’accordéon, avant de se former plus tard à la trompette, au saxo et à bien d’autres instruments encore. Son frère aîné, Nguyễn Lân Maurice, travaille aujourd’hui à ses côtés en tant que directeur artistique du Ao show. Lui vit toujours en France, à Chambéry, où il a fondé une grande école du cirque de bonne réputation, non sans avoir fait ses classes au préalable dans le célèbre Cirque Plume. Nhất Lý a lui aussi traîné ses guêtres quelques années en France (de 1985 à 2008), où il a eu trois enfants qui vivent toujours là-bas. Il a collectionné les petits boulots (il aura même été clown dans sa vie) avant de devenir treize ans durant officier municipal de la jeunesse à Aubervilliers. En ces temps-là, ses bureaux sont situés à deux pas du fameux théâtre équestre Zingaro, dont il apprécie les show et la musique que Bartabas y incorpore. « On a même utilisé son château en bois pour le festival de musique que l’on a créé à Aubervilliers », ajoute-il fièrement. Son oreille musicale a selon lui été formée dès le berceau : « Ma grandmère, une vraie mélomane, me faisait écouter énormément toutes sortes de musiques ». Une oreille aiguisée qui ne cessera de titiller l’homme-orchestre du Ao show durant toute son existence. « En 92, j’ai appris les métiers du son à l’Abbaye Studio à Goussainville. » Puis c’est en étudiant l’ethno-musicologie à la Sorbonne qu’il subit une sorte de révélation. « J’ai vraiment trouvé mon chemin à cette époque ». En se nourrissant de la musique des autres, il commence à sentir celle qu’il porte dans ses entrailles. La mélodie – vietnamienne – du bonheur. Nhất Lý décide alors de se réinstaller sur les terres où il a grandi, et dont il parle la langue comme n’importe quel enfant du pays. Ici, il s’attache à présent à écrire une nouvelle partition de sa vie. « L’art de la musique, ça consiste à organiser les sons dans le temps et l’espace », considère Nhất Lý. Aujourd’hui, maintenant que le Ao show a pris son envol, il bosse d’arrache-pied sur le projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : organiser la musique qui puise ses racines ici, au Vietnam. « Avant toutes les influences chinoises, indiennes ou même européennes, il y avait déjà une culture musicale propre à ce pays ! » Dans son laboratoire de recherche instrumentale qu’il a installé à Saigon, il va tenter « de phraser tout ça, afin que chaque instrument puisse trouver sa fonction propre, la place qui lui revient ». Son objectif avoué est de créer ici, en Asie du Sud-Est, ce qui pourrait être le pendant de la formation la plus aboutie d’occident : l’orchestre symphonique. « Je voudrais parvenir à constituer ici une sorte d’orchestre, un ensemble de musique du sud-est asiatique. » Peut-être sa manière à lui de servir son pays, et de lui rendre hommage. 29
  • 30. { Photoreportage aux abords d’Inle, en Birmanie } Gens du lac Un pêcheur lève ses filets sur le Lac Inle portfolio portfolio Photos et texte d’Etienne Bossot
  • 31. C Le présent Portfolio a pour décor le Lac Inle, qui reste pour moi l’un des plus beaux endroits de Birmanie. J’y ai organisé l’un de mes ateliers, en octobre dernier. Ces « tours photo » sont devenus ma principale activité ; j’y enseigne mon expérience de photographe, et ma passion pour l’Asie. ela fait bientôt 7 ans que je vis au Vietnam, et ce pays jamais ne cesse de me subjuguer. C’est à lui et à l’Asie que je dois mon entrée en photographie, l’envie de capturer l’exotisme. Mon travail est essentiellement centré sur les gens, soit que je réalise un portrait serré, soit que je les saisisse dans le cadre plus large de leur quotidien. C’est pour moi l’intérêt essentiel de l’Asie du Sud Est : ses peuples, ses visages, ses sourires. Et sa convivialité : un don remarquable dans cette région du globe, qui me donne toujours plus envie d’explorer – de rencontrer. Aller au contact de mes sujets, interagir avec eux, voilà qui libère une grande créativité, donne le temps d’étudier leur environnement, et ouvre de nouvelles pistes pour composer l’image. Et pour cela, un sourire suffit ! Ramer avec la jambe, une technique ancestrale 31
  • 32. Bétel ou thanakha, atours féminins
  • 33. Un novice s’apprête pour la tournée des offrandes 33
  • 34. Une jeune femme abîmée dans ses pensées.
  • 35. Un village sur pilotis, arrimé sur le lac. Chapeaux traditionnels. 35 Renseignements sur www.hoianphototour.com ou visitez Hoi An Photo Day Tours & Workshop, son agence et galerie à Hội An, où il réside, au 42 Phan Bội Châu Retrouvez Etienne Bossot sur le web : Pics of Asia photo tours & tutorials, www.picsofasia.com
  • 36. Texte de Sabrina Rouillé, photos © Nua talents d'ici Tout en légèreté « Dans ma tête, il y a les femmes de Corto Maltese. » Traduire : mystère, élégance et féminité. Sans oublier le voyage. Voilà, en substance, ce qui inspire Camille Poussier, styliste et créatrice de la marque Nua. La jeune femme de 30 ans est arrivée au Vietnam en novembre 2011. A Paris, elle travaillait dans le milieu de l’édition, après des études en socioanthropologie, spécialité Asie. « J’ai toujours aimé le processus de création, y compris avec les mots. » Les opportunités se raréfiant en France, Camille a des fourmis dans les jambes. Elle décide de partir s’installer au Vietnam, avec, derrière la tête, une envie de création de vêtements. 36 La jeune femme a de qui tenir : « mes deux grands-mères ont toujours fabriqué leurs vêtements. L’une était pied-noir au Maroc, l’autre, épouse de diplomate. Elles avaient voyagé et m’ont transmis le goût des matières et des couleurs. J’ai retrouvé des robes d’ambassades avec des broderies afghanes, des choses magnifiques. J’ai hérité la machine à coudre de ma grand-mère maternelle. » De sa propre mère, elle héritera aussi du goût pour le vintage. « Elle était antiquaire. Dans la boutique, je faisais mes devoirs au milieu d’objets incroyables ! » Pendant cinq ans, elle vend des vêtements vintage sur Internet et chine à Paris. Beaucoup. « J’ai récolté énormément de matières, des vieux rubans, des dentelles, etc. J’ai aussi collectionné des patrons des années 1900 aux années 80. C’est ma base de travail aujourd’hui. » Car aujourd’hui, Camille est bel et bien styliste. Elle a développé sa marque, Nua, à Ho Chi Minh Ville. « Être proche des lieux de fabrication de la matière première, c’est important. 50% de mon temps est consacré à la recherche de tissus. J’aime beaucoup travailler avec mes fournisseurs et mon atelier de couture. » Le coton, le lin et la soie
  • 37. sont ses matières préférées. « J’aime ce qui est flou mais seyant tout de même. J’essaie de réaliser des modèles féminins sans entraver le corps de celle qui les porte. La femme que j’habille ? Je la vois naturelle et lumineuse. J’aime les coupes basiques mais fluides, j’aime ce côté habillé sans l’être. Je tente toujours de trouver un équilibre entre des modèles casual et des vêtements plus habillés. » Camille Poussier sort une collection tous les trois mois, comprenant chacune vingt modèles, déclinés en différentes couleurs et selon un thème précis. Souvent, ses vêtements sont un voyage dans le temps comme sa collection Darling. Côté couleurs, elle peut tenter un rouge carmin ou un bleu canard, mais elle préfère les couleurs terre, naturelles et élémentaires. Et côté prix, la jeune styliste tient à rester dans une gamme abordable. Sa clientèle ne tourne pas autour d’une seule classe d’âge ou de style. « Elle est très variée : j’ai beaucoup de Françaises et des expatriées asiatiques comme les Coréennes et les Japonaises. Et des femmes vietnamiennes. D’ailleurs, la femme vietnamienne, que je la croise dans la rue ou dans des endroits plus chics, m’inspire aussi. » La jeune femme réalise également des foulards, des ceintures et des sacs, « avec les chutes que je réutilise toujours. » Camille Poussier envisage la conception d’une ligne hommes en 2014. Nua s’envole. Le showroom de Nua se trouve au 4, Lê Văn Miến, Thảo Điền, Q2. L’endroit abrite le Studio Co qui fédère un ensemble d’une quinzaine de créateurs, designers, architectes, graphistes… 37
  • 38. petite le�ON DE CUISINE Thòt kho tröùng Texte de Sophie Goyault Gounouf Photos de Soazig Nabec { Porc au caramel et aux œufs } P our cette fois-ci, je ne pouvais pas vous proposer autre chose qu'un plat traditionnel préparé pour le Tết. La grande tradition reste le bánh chưng (voir notre abécédaire page 12). Cependant, pour cette Petite Leçon de Cuisine, je ne vous proposerai pas la recette. Parce que d'une part, vous pourrez trouver des bánh chưng un peu partout en ville, et d'autre part, trop peu d’entre nous affectionnent cette spécialité… Et comme le Tết est une fête familiale, je ne me suis pas rendu dans un restaurant, comme la dernière fois. Mais c'est bien à la maison, accompagnée d'une amie, que nous nous sommes lancées dans la préparation du « thịt kho trứng », un plat populaire traditionnellement préparé dans le Sud pour le Tết. 50 ml d'eau 50 ml de nước mắm Pour 6 personnes 8 à 10 œufs 500 ml de jus de coco ou d'eau de coco ; évitez le lait de coco, cela changerait la recette. 4 gousses d'ail 100 g de sucre Poivre & sel Ciboule Un petit piment rouge pour les volontaires ! 38 1 kg de poitrine de porc, non salée; un morceau un peu gras, cela contribue à la saveur du plat.
  • 39. 1 Faites cuire les œufs dans de l'eau bouillante pendant 10 minutes. Écalez-les et réservez-les. 2 Coupez la poitrine de porc en gros dés ; la viande réduit à la cuisson. Laissez le gras, cela donnera de l'onctuosité et du goût à la sauce. Vous avez 2 options : une recette qui préfère précuire la viande et l'autre qui met directement la viande dans le caramel. Aujourd'hui, j'opte pour la pré-cuisson, la viande en sera moins sèche et plus onctueuse. 4 Préparation du caramel : versez le sucre dans une grande casserole, faites cuire à feu vif, attendez quelques minutes que le sucre change de couleur, SANS REMUER – faites simplement tourner la casserole. Le caramel prend alors une couleur brun foncé en 5-6 minutes environ, surveillez-le bien pour ne pas le laisser brûler. 7 Laissez mijoter à feu doux pendant 1 heure en maintenant un léger frémissement et en remuant de temps en temps. La couleur est de plus en plus foncée et les morceaux de viande caramélisent. 5 Dès que le caramel prend une couleur brune, baissez le feu et ajoutez les morceaux de viande, les gousses d'ail restantes finement hachées, et remuez. 3 Dans une casserole, faites bouillir 2 litres d'eau. Pelez les gousses d'ail ; hachez-en 2 grossièrement et ajoutez-les à l'eau bouillante avec la viande et une pincée de sel. Baissez le feu et laissez cuire 15 minutes. Écumez les impuretés pendant la cuisson. 6 Versez l'eau de coco, le nước mắm, le sel et le poivre. Vous pouvez rajouter du jus de coco ou de l'eau en cours de cuisson pour avoir plus de sauce. 8 Trente minutes avant la fin de cuisson, ajoutez les œufs durs écalés. Si vous voulez que les œufs soient bien imprégnés de la sauce, mettez-les un peu plus tôt. Les œufs seront pris à cœur. 9 Et pour les amateurs de piquant, rajoutez un petit piment ciselé, 10 minutes avant la fin de cuisson. Servez-le avec du riz parfumé. Voilà un savoureux porc au caramel prêt à être dégusté ! 39
  • 40. REÁCIT D'ENTRE PRENEUR Anh, em, et toute la famille { 40 Entretien avec Magalie Nguyen Kim, fondatrice de Little Anh-Em }
  • 41. M agalie est née au Vietnam. Rapatriée dans les années 70, elle a grandi et étudié en France. Son grand-père, Lucien Rostang, dirigeait une société, la Compagnie des Hauts-Plateaux Indochinois, qui produisait du café dans la province de Đắk Lắk. Après des études d'ethnologie, elle se tourne rapidement vers la mode, et devient styliste. C'est ainsi que sa marque Little AnhEm (« Petits frères et sœurs ») naît en France avec le lancement des kits et autres cadeaux de naissance ; par exemple, le kimono japonais retravaillé avec des tissus européens et des couleurs tendance, fortes. Puis elle décide de rentrer dans son pays natal. Texte et photos de Gilles Gripari Magalie a beaucoup voyagé, en Asie du Sud-Est principalement, Birmanie, Laos, Cambodge, mais aussi en Inde et au Japon. Et à chaque voyage, elle a ramené des tissus du pays, pour en faire une collection destinée aux Parisiens en manque de soleil. Bien que les collections plaisent beaucoup, elle décide de prendre une année sabbatique pour mieux découvrir son pays natal, le Vietnam. Sensible aux détails, aux paysages, à la lumière de ce pays, elle décide d'aider certaines personnes qu'elle croise sur son chemin, dont une de ses couturières actuelles. Elle rentre à Paris en ramenant un film documentaire « L’âme du riz », auquel elle a intensément collaboré. Après plusieurs années, elle quitte Paris en famille en 2007. Très rapidement, elle ouvre une boutique à Ho Chi Minh Ville, sur Thảo Điền. Elle engage la couturière qu'elle a formée, puis d'autres, et achète des machines pour pouvoir avoir son petit atelier. Une grande partie de ses produits est encore fabriquée dans cet atelier familial, bien qu'elle ait recours également à des associations d'aide aux femmes ou aux enfants en difficulté, notamment avec l’association Poussières de Vie. Les débuts sont prometteurs. Magalie monte entièrement une collection et participe à des salons. Les commandes à l’exportation sont au rendez-vous et le rythme de deux collections par an s'impose rapidement. La jeune créatrice dessine ses modèles elle-même et la marque se différencie immédiatement des autres par son stylisme, la qualité des finitions et l’utilisation du coton. Pour rester dans le coup, Little Anh-Em sort de son activité traditionnelle et se développe dans le domaine des accessoires et du prêt-à-porter pour adultes. Pour les accessoires, d'abord dans l'univers des enfants : trousses d'écoliers, protège-cahiers, jouets... Puis l'offre s'élargit et s'actualise avec notamment des étuis de portable. Pour les adultes, une collection femme fait son apparition. Enfin, preuve de sa vivacité, Little Anh-Em présente sa dernière collection lors d’un défilé organisé en décembre 2013 dans le district 2. A cette occasion, de nombreux adultes et enfants ont porté les couleurs de la marque. LITTLE ANH EM Vêtements enfants, adolescents et adultes, accessoires, objets de décoration. 37 Thảo Điền, Q2 - Tél : 09 17 56 75 06 little.anhem@gmail.com Little Anh-Em est un concept complet d'habillage de la famille, un melting-pot d'influences, qui propose aussi du sur-mesure, en utilisant ses tissus, pour hommes, femmes et enfants. Magalie puise ses idées dans ses nombreux voyages à travers le monde, même si les coupes restent d'inspiration très française, et plutôt classique. La boutique est un « concept-shop » qui héberge également régulièrement des créateurs de mode, de bijoux ou d'accessoires, pour soutenir les jeunes talents et encourager la créativité. Des cours de couture sont également proposés aux enfants. Désireuse d’élargir son horizon, Magalie entend poursuivre l’expansion commerciale de son entreprise, et s’oriente vers un développement par le biais de franchises. 41
  • 42. JURIDIQUE Mieux vaut prévenir que plaider Propos recueillis par Gilles Gripari { Rencontre avec Fidal Asiattorneys } A l'origine, nous sommes un cabinet d'avocats d'affaires implanté au Vietnam depuis 17 ans, qui soutient et conseille les investisseurs, les entrepreneurs et les entreprises ici même et dans la région Asie du Sud-Est. Nous avons identifié un véritable manque d'expertise professionnelle en droit civil, droit de la famille et droit patrimonial. Plus particulièrement, cette carence concerne l'aide et l'assistance aux Français et aux couples mixtes franco-vietnamiens. Nous avons constaté que de nombreuses déconvenues, pouvant donner lieu à de graves problèmes, trouvent leur source dans l'impréparation des personnes concernées. Nous sommes saisis trop souvent trop tard dans un processus contentieux, lorsqu'un problème, par définition inattendu, se présente. Ces personnes se tournent vers le Consulat, dont ce n'est pas la mission première, et qui ne dispose pas nécessairement des ressources nécessaires, ou vers des associations qui n'ont évidemment pas de service juridique approprié. Face à cela, notre cabinet s'est organisé pour répondre à cette demande de manière professionnelle, systématique et adaptée. Ce qui s'est traduit par la création d'un nouveau département dirigé par Marion Longin. Nous ne saurions trop insister sur le fait qu'il peut être très judicieux de consulter un avocat sur toutes les questions de mariage, d'acquisition de bien immobiliers ou de succession, et ce, avant même de faire la moindre chose, afin de s'assurer d'avoir une situation juridiquement solide et incontestable, tant du point de vue du droit vietnamien que du droit français. Le rôle d'un avocat est de garantir une certaine sérénité à ses clients, de les conseiller afin de préparer l'avenir en évitant nombre d'écueils, qui sont évidemment plus nombreux en cas de conflit de nationalités. Abordons pour conclure la question des honoraires, qui dissuade nombre de personnes – à tort. Nous avons adapté notre tarification horaire pour répondre aux besoins des particuliers vivant au Vietnam, et nous pouvons affirmer qu'elle est très raisonnable. De gauche à droite : Me. Caroline Chazard, Me. Albert Franceskinj et Marion Longin 42 « Dans le cadre de l’ouverture de notre nouveau département, nous avons mis en place, avec le soutien de l’AFV, une demi-journée de consultation gratuite chaque mois pour les familles les plus démunies, durant laquelle nous fournissons des conseils gratuits. Il s’agit d’un devoir moral et déontologique. » Albert Franceskinj « Quand je rencontre des gens et qu’ils apprennent que je suis avocat, leur réaction est souvent de dire : "j’espère ne jamais avoir à faire à toi !" en plaisantant, mais je leur réponds que bien au contraire ! Il vaut mieux consulter un avocat avant de prendre une quelconque décision ! C’est dommage que pour beaucoup de gens la profession d’avocat soit réduite à notre activité liée au contentieux, aux litiges; alors que notre activité de conseil, en amont, est extrêmement importante et permet bien souvent d’éviter les ennuis. Et à l’étranger, nous sommes avant tout des conseillers juridiques ! » Caroline Chazard « Je dis souvent qu’aucun couple n'a pour projet de se séparer ou de divorcer, et pourtant aujourd’hui cela concerne deux couples sur trois ! Alors avant d'entamer votre vie avec votre conjoint, pourquoi ne pas prendre une heure auprès d’un professionnel du droit afin de vérifier si la personne que vous aimez est bien protégée ou vérifier avec elle les conséquences du choix de votre union ? » Marion Longin
  • 43. www.bouleetbilles.net BINH THANH Adresse 183A Av. Dien Bien Phu, quartier 15, arr. Binh Thanh, HCM ville Téléphone (08) 3 514 70 41 PHU MY HUNG Adresse 8-10 Rue N°20, My Gia 1, Phu My Hung, quartier Tan Phu, arr. 7, HCM ville Téléphone +84 8 5417 1016
  • 44. Mécène de ménage BONS PLANS BONS PLANS Điệp lavait les sols avec du papier journal, Như maculait les vitres plus qu’elle ne les lavait, Hương me laissait tout sens dessus dessous. Femmes de bonne volonté, mais qui finissaient par épuiser la mienne. Fallaitil donc renoncer à embaucher les fées du logis autoproclamées ? Ne plus donner sa chance à la débutante nécessiteuse ? Fort heureusement, Dependable Progress apporte une solution qui allie commodité et solidarité. Cette entreprise sociale fondée par un jeune Américain se propose de former aux tâches domestiques des personnes en difficulté. Et selon les standards communément attendus par les expatriés : hygiène maximale, efficacité optimale, autonomie. Une fois gracieusement formées et placées, elles doivent à l’entreprise un minimum de 1080 heures, correctement rémunérées. Ensuite de quoi, libre à elles de poursuivre leur contrat ou de voler de leurs propres ailes, leur certificat en poche. Le client, lui, n’est tenu à rien d’autre qu’à payer directement la société, tous les deux mois. A des tarifs extrêmement compétitifs (60.000 VNĐ l’heure). Et le suivi client est impeccable. Dependable Progress – www.dependableprogress.com hr@dependableprogress.com – Tel: 012 53 61 27 12 Les petits - d éj EF Le caveau des esthètes eu ne r V o u s sd vous ques- e s tionnez sur la préparation de votre accouchement, le choix de la maternité, du gynéco, ou encore sur les conditions de prise en charge au Vietnam… Les ateliers Simba vous aideront à y voir plus clair. La clinique Family Medical Practice organise chaque semaine des petits-déjeuners conviviaux ouverts aux futures mamans ou tout juste mamans (les papas sont aussi les bienvenus). Des moments d’échanges informels autour d’un bon café et de délicieux gâteaux, et en compagnie de la sage-femme anglaise Karen Spencer-Harty. Dans le District 2 (95 Thảo Điền), rendez-vous tous les lundis matins de 9h à 11h30 (moyennant 100.000 VNĐ). L’atelier Simba marquera toutefois une pause pendant les vacances de Noël. D’autres temps dédiés aux mamans dont les bébés ont dépassé 6 mois sont prévus dans la semaine. Contactez Karen (karen@vietnammedicalpractice.com) ou appelez le 08 38 22 78. Plus d’infos sur www.vietnammedicalpractice.com r tu fu es man ma s CM 44 Un peu plus de nature dans le district 7 La rue Lê Công Kiều est bien connue des amateurs d’antiquités, mais le faux somptueux y côtoie d’authentiques ruines. Pour vous y retrouver, les boutiquiers ne seront pas vos meilleurs alliés… Mieux vaut aller prendre un verre ! A dix minutes en moto, le sous-sol d’un hôtel coquet, reconverti en bar à vin, est le repaire d’une bande de collectionneurs avertis. L’endroit est dépourvu de fenêtre et la lumière tamisée est de rigueur. Mais c’est pour mieux mettre en valeur les joyaux exposés dans les vitrines : une cinquantaine d’antiquités, réunies ici par les soins de Sĩ et Đình, deux comparses éclairés qui ont su convaincre des collectionneurs de tous le pays de bien vouloir leur prêter quelques-unes de leurs plus belles pièces, pour quelques semaines. Au fil du temps, l’exposition se renouvelle ainsi en permanence, faisant se côtoyer de la statuaire bouddhique en bois, des paires de nghê en céramique, de la vaisselle Ming rescapée de divers naufrages, figurines en ivoire, brûle-parfums zoomorphes, fléchettes protohistoriques, bijoux dynastiques – et quelques bouteilles agréables, sinon millésimées. Đình est un guide zélé, et vous pourrez également consulter une pile de revues spécialisées, voire participer aux conférences que les collectionneurs organisent régulièrement. Quelques objets sont également proposés à la vente. « Wine vault, Antique Collections » – Sous-sol du City Star Hotel, 13 Bùi Thị Xuân, Q1 Tel: 08 38 30 02 99 – www.sydoco.com EF
  • 45. Sculpture sur fruits, légumes et savons L’AFV vous propose un nouvel atelier. Objectif: apprendre les techniques pour réussir de superbes sculptures sur fruits, légumes ou savons. Deux séances par semaine : les lundis et mercredis de 9h à 12h. (ou mardis et jeudis) Groupes de 6 participants maximum. Frais de participation : 25.0000 VNĐ par personne et par séance. Les fruits, légumes et savons sont fournis. L'équipement (gouges et instruments divers) est mis à disposition durant les séances. Lieu : Fine Art coffee, 15/1 Phạm Văn Hai, Q. Tân Bình (ou autre lieu selon possibilités). Renseignements et inscriptions : binhminh@gmx.fr ou tél: 012 03 41 80 19 Cuisinez vietnamien ! Petit clin d’œil à la très renommée brasserie parisienne – ça n’est pas un hasard si ce restaurant s’appelle de cette façon. Élisa, la propriétaire, a passé son enfance dans les murs de la Closerie des Lilas, et c’est donc tout naturellement qu’elle a choisi de nommer son restaurant La Closerie d’Elisa ! Ambiance bistrot, entre plage et jardin, le restaurant se situe en plein cœur de Thảo Điền. Espace ouvert au style épuré donnant sur une jolie cocoteraie, c’est un véritable havre de paix pour y déjeuner, dîner ou tout simplement boire un verre. Cuisine française traditionnelle, la carte est simple, aussi n’hésitez pas à demander la suggestion du jour. Quel bonheur que de déguster des endives au jambon (200.000 VND), des tomates farcies (160.000 VND) ou de prendre un brunch en famille le dimanche. La Closerie d’Élisa – 52 Ngô Quang Huy, Q2 Tel: 08 38 98 91 82 ou 012 24 82 15 60. Fermé le dimanche soir et le lundi. Un pastiche Ils pourraient tout à fait figurer dans les bons cadeaux au pied du sapin de Noël… Les cours de cuisine vietnamienne ont le vent en poupe et plusieurs établissements à Ho Chi Minh Ville en proposent. Nous avons testé dernièrement ceux du Vietnam Cookery Center, sur Lý Tự Trọng. Après une visite guidée du marché Bến Thành (histoire d’apprendre à reconnaître les denrées à l’état brut), revêtez le tablier et apprenez, aux côtés d’un chef, à élaborer par vous-même un menu typique de A à Z. Tout en dégustant, bien évidemment ! Et repartez avec votre diplôme en poche ! Ainsi qu’un petit guide sur la cuisine vietnamienne, dans lequel vous retrouverez le détail des recettes concoctées en cours. Les menus varient chaque jour et des séances ont lieu tous les jours de la semaine, matins ou après-midi. Et en soirée pour les groupes sur réservation. Tarif : 819.000 VNĐ Plus d’infos sur www.vietnamcookery.com CM LA CLOSERIE D’ÉLISA ODZ sinon rien Fraîchement percée dans le dense tissu urbain de Goâ Vêëp, les douze voies de la colossale avenue Phaåm Vùn Àöìng (ex- Lï Lúåi) cuisent sous l’ardent soleil de 14 heures. Dans la réverbération féroce qui émane du bitume, le conducteur exténué cherche désespérément une ombre où étancher sa soif. Quand soudain, cruel mirage ! D’un bosquet résidentiel émergent un bulbe moghol, un arc roman, une colonnade florentine, une toiture alpestre, une bordée de canons menaçants, et d’autres merveilles encore. On s’approche, l’apparition persiste et se précise – c’est un vrai café. S’y risque-t-on ? Gare à la mare aux carpes, qu’il faut traverser sur une enfilade de pierres glissantes. La carte est pléthorique : cafés, thés, smoothies, jus, glaces, yaourts, cocktails, etc., mais c’est pour choisir un siège que l’embarras du choix vous saisit véritablement : la cabane de Tarzan ou le pavillon des Borgia, la tourelle de Barbe-Bleue ou la tonnelle fleurie encombrée de statues gecko-romaines, les banquettes au milieu des poissons ou la véranda climatisée, chaque recoin de ce vaste labyrinthe sur quatre niveaux révèle une improbable surprise – sans oublier les toilettes, aux allures d’oubliettes. Optons pour le trône recouvert d’une peau d’ours, et tentons la Kem Tình Yêu Oasis (Glace de l’Amour Oasis – 50.000 VND) : boule vanille, maïs et jacques. A vous fendre le cœur. Oasis Café – 303 Lï Lúåi (désormais Phaåm Vùn Àöìng), district de Goâ Vêëp. EF 45
  • 46. le COIN culture LIVRES L’année du lièvre Tian est né au Cambodge en avril 1975, trois jours exactement après la prise de pouvoir par les Khmers rouges. C’est cet épisode tragique de l’histoire de son pays que le jeune auteur raconte dans son roman graphique en trois tomes, L’année du lièvre, dont on attend avec impatience le troisième. Tian s’est inspiré des souvenirs de ses parents, qui sont arrivés en France en 1980. Son père était médecin, donc bourgeois et intellectuel, une des cibles majeures du régime des Khmers rouges. Dans le premier tome, il raconte la prise de Phnom Penh par ces hommes en noir « aux allures de pirates » et l’évacuation de la ville. Tian dessine les convois de ces habitants sur les routes de campagne d’un pays qui sera dévasté au cours des trois années qui suivront. Petit à petit, la famille de Tian découvre, derrière l’idéologie des forces révolutionnaires, les horreurs perpétrées par Angkar, « l’Organisation ». Sur le chemin qui les mène à Battambang, ils tentent de survivre avec le peu d’affaires qu’ils ont pu emporter. Et qu’ils n’auront bientôt plus, troquées contre un peu de nourriture. Sur ce parcours de tous les dangers, ils croiseront, encore, quelque humanité que même les Khmers rouges n’auront pas réussi à éradiquer. Dans le tome 2, la famille de Tian est emmenée dans un village de campagne pour être rééduquée. Là, elle travaille jour et nuit, et assiste à des réunions de l’Angkar censées lui inculquer l’idéologie désormais dominante. A travers les anecdotes racontées par ses parents à Tian, l’auteur nous livre une vision réaliste de ce que fut la vie dans ces villages, et la terreur de faire le moindre faux pas. Mais aussi, tout ce qui fait que l’on garde encore un peu de dignité avant qu’elle ne soit totalement piétinée par un régime totalitaire. « Cette histoire est tellement douloureuse que pendant des années, les survivants n’ont pas pu la raconter à leurs enfants. Cette expérience du chaos qui nous ronge de l’intérieur et nous laisse démunis, entre le désir de recommencer à vivre et l’angoisse de ne pas en avoir la force : comme devant un pont en ruine, contemplant l’autre rive, là où notre âme sera pacifiée, apaisée… » – Rithy Panh, cinéaste francocambodgien. Tian L’année du lièvre, Au revoir Phnom Penh (Tome 1), Ne vous inquiétez pas (Tome 2), Gallimard BD, collection Bayou (17€ chaque tome) Sabrina Rouillé 46