Internet peut-il tuer la presse ?
Internet est-il pour la presse écrite une planche de salut, un relais de
croissance, ou rien de tout cela ?
Nous assistons depuis quinze ans, date de l'apparition du premier navigateur sur le Web (alors
Netscape), à la constitution d'un univers en constante expansion, qui attire désormais près de 1,3
milliard de personnes sur la planète. Il y a eu plus de changements ces trois dernières années, dans
l'univers numérique, que lors des douze premières. Rappelons que 6 des 10 principaux sites
mondiaux n'existaient pas encore voilà trois ans. Ce big bang a pour la presse écrite deux
conséquences importantes. D'abord, la fragmentation des usages, avec l'utilisation par le
consommateur d'écrans multiples et nomades. Le deuxième impact, c'est la polarisation. Quand il y
a dix ans un même individu pouvait lire jusqu'à quatre hebdomadaires par semaine, il n'en lit plus
aujourd'hui qu'un seul.
Comment se comportent les lecteurs ?
Ils sont de plus en plus infidèles et de moins en moins nombreux en raison, là encore, de la
généralisation de cette pratique de butinage. Si bien qu'à présent ce sont les modèles industriels,
fondés avant tout sur une augmentation permanente des ventes et sur une régularité de
consommation, qui sont les plus menacés. Dans cet univers, il n'est pas surprenant de constater que
la presse quotidienne est la branche la plus touchée, en particulier la presse nationale, en France
comme dans le monde occidental. L'expansion est partout menacée, la régularité l'est aussi et la
prévisibilité l'est encore plus. On a vu le Chicago Tribune, le Los Angeles Times se déclarer en
situation de faillite et le New York Times hypothéquer son siège social. Avec cette question : quel
va être le premier mort ?
D'autant qu'une troisième crise, bien plus profonde encore, semble se
profiler à l'horizon...
C'est la crise de l'information. Si le journalisme d'opinion et de commentaire connaît une vraie
explosion, liée à Internet et à la blogosphère, ce qui faisait jusqu'ici le socle de ce métier, c'est-à-dire
la collecte de l'information sur le terrain, connaît une crise inquiétante. Qu'on le veuille ou non,
depuis le début du xxe siècle, la recherche d'infos a toujours été structurée autour des grands
quotidiens, clefs de voûte du système. Il y a trois ans, le New York Times disposait d'une équipe de
60 personnes à Bagdad ; aujourd'hui, ils ne sont plus que 20. Peu à peu, radios, télévisions et
journaux réduisent la voilure, rapatrient leurs correspondants, ferment leurs bureaux à l'étranger.
Demain, qu'en sera-t-il de la collecte de l'information et de son
financement ?
N'est-ce pas la question fondamentale ?
Il en va tout bonnement de la démocratie. Une étude récente a démontré que, malgré l'explosion
planétaire du Web, le nombre de pays couverts par Internet restait beaucoup plus faible que celui
couvert par la presse dite traditionnelle. Celle-ci demeure le premier vecteur d'information du globe.
Et cela pour une raison très simple : informer sur le Zimbabwe, l'Irak ou le Soudan suppose des
moyens et des compétences. Si bien que le grand défi auquel est confrontée la presse écrite, par
rapport à la révolution numérique, est de faire en sorte que ne se développent pas des zones d'ombre
informationnelles, un immense triangle des Bermudes, un no man's land de populations et de
cultures oubliées par l'univers numérique. Et ce qui est inquiétant, c'est qu'au sein des grands
journaux comme des agences de presse, personne, pour l'heure, n'a de réponse à cette question.
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/media-people/media/internet-peut-il-tuer-la-
presse_729807.html#qGFFpkG1HwpFtddZ.99

Presse et Internet

  • 1.
    Internet peut-il tuerla presse ? Internet est-il pour la presse écrite une planche de salut, un relais de croissance, ou rien de tout cela ? Nous assistons depuis quinze ans, date de l'apparition du premier navigateur sur le Web (alors Netscape), à la constitution d'un univers en constante expansion, qui attire désormais près de 1,3 milliard de personnes sur la planète. Il y a eu plus de changements ces trois dernières années, dans l'univers numérique, que lors des douze premières. Rappelons que 6 des 10 principaux sites mondiaux n'existaient pas encore voilà trois ans. Ce big bang a pour la presse écrite deux conséquences importantes. D'abord, la fragmentation des usages, avec l'utilisation par le consommateur d'écrans multiples et nomades. Le deuxième impact, c'est la polarisation. Quand il y a dix ans un même individu pouvait lire jusqu'à quatre hebdomadaires par semaine, il n'en lit plus aujourd'hui qu'un seul. Comment se comportent les lecteurs ? Ils sont de plus en plus infidèles et de moins en moins nombreux en raison, là encore, de la généralisation de cette pratique de butinage. Si bien qu'à présent ce sont les modèles industriels, fondés avant tout sur une augmentation permanente des ventes et sur une régularité de consommation, qui sont les plus menacés. Dans cet univers, il n'est pas surprenant de constater que la presse quotidienne est la branche la plus touchée, en particulier la presse nationale, en France comme dans le monde occidental. L'expansion est partout menacée, la régularité l'est aussi et la prévisibilité l'est encore plus. On a vu le Chicago Tribune, le Los Angeles Times se déclarer en situation de faillite et le New York Times hypothéquer son siège social. Avec cette question : quel va être le premier mort ? D'autant qu'une troisième crise, bien plus profonde encore, semble se profiler à l'horizon... C'est la crise de l'information. Si le journalisme d'opinion et de commentaire connaît une vraie explosion, liée à Internet et à la blogosphère, ce qui faisait jusqu'ici le socle de ce métier, c'est-à-dire la collecte de l'information sur le terrain, connaît une crise inquiétante. Qu'on le veuille ou non, depuis le début du xxe siècle, la recherche d'infos a toujours été structurée autour des grands quotidiens, clefs de voûte du système. Il y a trois ans, le New York Times disposait d'une équipe de 60 personnes à Bagdad ; aujourd'hui, ils ne sont plus que 20. Peu à peu, radios, télévisions et journaux réduisent la voilure, rapatrient leurs correspondants, ferment leurs bureaux à l'étranger.
  • 2.
    Demain, qu'en sera-t-ilde la collecte de l'information et de son financement ? N'est-ce pas la question fondamentale ? Il en va tout bonnement de la démocratie. Une étude récente a démontré que, malgré l'explosion planétaire du Web, le nombre de pays couverts par Internet restait beaucoup plus faible que celui couvert par la presse dite traditionnelle. Celle-ci demeure le premier vecteur d'information du globe. Et cela pour une raison très simple : informer sur le Zimbabwe, l'Irak ou le Soudan suppose des moyens et des compétences. Si bien que le grand défi auquel est confrontée la presse écrite, par rapport à la révolution numérique, est de faire en sorte que ne se développent pas des zones d'ombre informationnelles, un immense triangle des Bermudes, un no man's land de populations et de cultures oubliées par l'univers numérique. Et ce qui est inquiétant, c'est qu'au sein des grands journaux comme des agences de presse, personne, pour l'heure, n'a de réponse à cette question. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/media-people/media/internet-peut-il-tuer-la- presse_729807.html#qGFFpkG1HwpFtddZ.99