Chronologie de la vie de Jésus

           Alors que les biographies des célèbres auteurs grecs Homère et Platon se réduisent
à presque rien, personne ne pense à mettre en doute leur existence, car leurs livres
témoignent pour eux. Les œuvres de la littérature grecque classique (Euripide, Sophocle,
Eschyle, Aristophane, Thucydide, Platon, Démosthène) proviennent de copies qui sont
séparées de plus de 1000 ans avec les originaux. L'auteur latin le plus avantagé est Virgile,
mais l'écart dépasse encore largement 3 siècles avec l'original1. Malgré ces incertitudes, nul
ne remet en question l'historicité de ces auteurs ou l'authenticité de leurs écrits. C'est
pourtant ce qu'on fait avec la biographie de Jésus alors que l'on dispose de textes datés de
la fin du 2e siècle de notre ère (le papyrus P52 étant même daté de 125).
           Les revues publient régulièrement les travaux des archéologues sur la vie de Jésus
pour faire le point sur "ce que l'on sait vraiment". On lit, par exemple2: Quand à la date de
l'événement, les indications de Matthieu et de Luc ne concordent pas. Selon le premier, la naissance de Jésus
est située lors du règne du roi Hérode le Grand, mort en 4 avant J.C. (...); selon Luc, elle a lieu lors du
recensement du gouverneur Quirinius, que l'on date en 6 (...) mais Luc fournit un autre repère
chronologique, incompatible avec le précédent : Jean le Baptiste aurait commencé son activité « l'an quinze
du règne de Tibère » (...), et Jésus, venu se faire baptiser au Jourdain, est dit avoir « environ trente ans » au
début de son ministère (...). Cette seconde mention chronologique ferait donc remonter la naissance entre 7 et
4 avant J.C. Avec en prime: Les enquêtes historiques sur la vie de Jésus sont remplies d'anachronismes.
Cette revue explique en fin que leurs auteurs revendiquent une approche laïque. Ces deux
auteurs, Prieur et Mordillat, sont convaincus qu'il ne reste que très peu de certitudes sur
l'enseignement exact du Nazaréen. En somme, ils sont certains de leur doute (ce qui est un
comble pour un esprit critique). Ils professent même une conception paradoxale: Nous ne
demandons pas aux personnes un discours de certitude (...) On pense que les Évangiles disent l'histoire,
mais en fait, ils ne parlent pas de la même histoire, ajoute, cette fois c'est sûr, Mordillat.
           Les historiens religieux ont sensiblement la même approche, puisqu'on lit dans une
revue d'histoire3: Même si les erreurs historiques abondent, qu'il n'y a pas d'harmonie dans les deux
récits évangéliques, et que ni Marc ni l'apôtre Paul, les auteurs les plus anciens, ne s'en préoccupent, la
conception et la naissance de Jésus prennent place dans l'Histoire (...) En préalable il faut souligner que
1 L. VAGANAY, C.B. AMPHOUX - Initiation à la critique textuelle du Nouveau Testament
Paris 1986 Éd. Cerf pp. 18,19.
2 G. GOLLIAU – Jésus. Les véritables textes fondateurs. Ce que l'on sait vraiment. Les dernières découvertes archéologiques

in: Le Point hors-série N° 1 décembre 2008-janvier 2009 pp. 26-27, 64, 106-107.
3 L. CRETE, S.C. MIMOUNI – Jésus cet inconnu. Biographie non autorisée

in: Historia thématique N° 110 Novembre-Décembre 2007 pp. 18.
2                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


    cette conception mythologique du monde, bien éloignée de notre esprit rationnel et scientifique, correspond à
    celle de l'homme du monde antique (...) La logique voudrait que la naissance de Jésus ait eu lieu à
    Nazareth quatre ans au moins avant la date fixée par l'Église, puisque les évangélistes nous disent qu'il est
    né au temps du roi Hérode le Grand qui régna à Jérusalem de 37 à 4 avant notre ère. À cette première
    erreur chronologique s'en ajoute une autre: Luc fait coïncider sa naissance avec un vaste recensement de
    l'Empire que l'empereur Auguste aurait fait faire lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Or
    Quirinius ne devient gouverneur de Syrie qu'en l'an 6 de notre ère. À croire cette théologienne, qui
    est aussi historienne, "l'homme du monde antique" devait vraiment être crédule puisqu'il
    acceptait de telles contradictions, que même les plus savants de l'époque, parmi les
    adversaires des chrétiens, ont été incapables de voir. La date de la mort de Jésus est tout
    aussi embrouillée, malgré les nombreuses précisions du texte biblique. Mimouni4 explique:
    Controverse sur la date de sa mort. Deux renseignements fournis par les sources chrétiennes servent de point
    de départ incontesté quand il s'agit de fixer la date de la mort de Jésus: son exécution a lieu alors que Pilate
    est « procurateur » de Judée, or ce dernier a eu cette charge de 26 à 36 de notre ère; sa disparition survient
    un vendredi –l'Évangile selon Marc et l'Évangile selon Jean s'accordent sur ce point (...) La chronologie
    selon les Évangiles synoptiques s'établit donc ainsi: le jeudi 14 nisan –jour de la préparation de la fête,
    Jésus célèbre le repas pascal; le vendredi 15 nisan –premier jour de la fête , mort de Jésus (...) La
    chronologie d'après l'Évangile selon Jean s'établit donc ainsi: le vendredi 14 nisan –jour de préparation de
    la fête, mort de Jésus; le samedi 15 nisan – premier jour de la fête (...) Le témoignage du Talmud de
    Babylone (Sanhédrin 43a), conforte la chronologie de l'Évangile selon Jean puisqu'il y est rapporté que
    Jésus a été pendu au bois la veille de Pâque. Étonnante analyse, car comment Jésus peut-il mourir
    la veille de Pâque et aussi le lendemain, le jour de Pâque! Un esprit un peu rationnel ne peut
    accepter une telle contradiction. Porphyre5, philosophe néoplatonicien du 3e siècle, écrivait
    d'ailleurs concernant la mort de Jésus: Chacun [des Évangélistes] a rédigé un récit de la Passion non
    pas en accord, mais en totale contradiction avec les autres (...) De ce récit usé et discordant on peut tirer la
    conclusion qu'il y eut non pas un, mais plusieurs suppliciés (...) ou bien un seul qui met du temps à mourir
    et ne donne pas à l'assistance une [image] claire de sa passion. Est-ce exact, ou ne s'agit-il pas plutôt,
    comme le dit le texte biblique6, de propos volontairement déformés?
               Malgré les incertitudes de plusieurs siècles, les archéologues ont pourtant confiance
    dans leurs chronologies; mais quand la chronologie biblique est en décalage de quelques
    années avec la leur, ils affirment de façon dogmatique qu'il y a anachronisme. La biographie

    4 L. CRETE, S.C. MIMOUNI – Jésus cet inconnu. Biographie non autorisée
    in: Historia thématique N° 110 Novembre-Décembre 2007 pp. 69.
    5 G. GOLLIAU – Jésus. Les véritables textes fondateurs. Ce que l'on sait vraiment. Les dernières découvertes archéologiques

    in: Le Point hors-série N° 1 décembre 2008-janvier 2009 p. 13.
    6 2Pierre 3:16.
CHRONOLOGIE DE LA VIE DE JESUS                                                                       3


de Jésus est symptomatique de cette critique, certains extrémistes allant même jusqu'à nier
son existence (alors que les adversaires juifs de Jésus n'en doutaient pas!). Jésus, par
exemple, serait né autour de -2 (selon le texte biblique) juste avant la mort d'Hérode le
Grand en -4 et pendant le recensement de Quirinius en 6/7. Il est évident qu'avec de telles
remarques, la date présumée de la naissance de Jésus devient impossible, car on aurait
l'équation absurde: -2 = -4 = 6! Cette invraisemblance remet en question l'historicité de
cette naissance et finalement celle du personnage lui-même. La biographie de Jésus aurait-t-
elle été maquillée et pour fabriquer le mythe fondateur du christianisme?
            Il faut cependant savoir que ces interprétations chronologiques, que beaucoup de
spécialistes colportent par paresse (parfois par malveillance), sont facilement réfutables. Si
on s'en donne la peine, on peut vérifier (voir les biographies d'Hérode et de Qurinius) que
Jésus est né vers la fin de septembre -2, quelques mois avant la mort d'Hérode le Grand, le
26 janvier -1, et durant la fin de la première légation de Quirinius en Syrie, de -3 à -2, soit
plusieurs années avant la seconde en Judée de 6 à 10.
            En fait, les critiques sur la biographie de Jésus sont apparues très tôt et se sont
surtout focalisées sur sa filiation particulière. Celse prétendra, par exemple, que Jésus n'était
pas né de l'Esprit saint, mais plus rationnellement d'une relation adultérine de Marie avec
un soldat nommé Panthère7. Aujourd'hui les critiques se veulent plus subtiles et affirment
que les deux généalogies de Jésus, celle de Matthieu et celle de Luc, se contredisent. Ces
critiques sont peu sérieuses8, car Jésus s'est présenté à plusieurs reprises comme "fils de
David9". Or si cette prétention messianique était sans fondement, il n'aurait jamais été pris
au sérieux, ni par le Sanhédrin, ni par les premiers chrétiens d'origine juive qui pouvaient
facilement vérifier la véracité de cette filiation dans les archives du Temple (avant sa
destruction en 70). La filiation de Jésus est clairement expliquée dans le texte biblique: il est
décrit comme étant le fils de Dieu, fils naturel de Marie et fils légal de Joseph son père
adoptif (le texte de Luc 3:23 précise que Jésus n'était pas vraiment le fils de Joseph mais
seulement: "à ce qu'on croyait"). Les femmes n'apparaissant jamais directement dans les
filiations bibliques, la généalogie naturelle donnée par Luc "Jésus, fils [de Marie, fille] de
Héli, fils de Matthat" a été présentée sous la forme conventionnelle impliquant de rattacher
Jésus à Héli. De plus, les généalogies de Matthieu et de Luc sont simplifiées10, comme on
peut le constater en les comparant à celle du livre des Chroniques (Bible de Jérusalem):

7 Dès la fin du 1er siècle le Talmud de Jérusalem (Shabbat 14d; Aboda Zara 40d) mentionne le Yeshu chrétien comme fils de Pandéra.
8 Au 1er siècle certains chrétiens voulaient établir des généalogies complètes, travail qui ne peut être que sans fin (1Timothée 1:4).
9 Matthieu 9:27, 15:22, 20:30,31; Luc 20:41.
10 Elles ne mentionnent pas tous les fils, ni les frères, ni les épouses provenant d'un mariage léviratique, ni les remariages (dans certains

apocryphes le père de Marie est appelé Joiachim [=Eliachim?].
4                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


         Mathieu 1:11-12                                     1Chroniques 3:15-19
         Josias engendra [Joaiqim                            Fils de Josias l'aîné, Joaiqim le deuxième (...)
         Joaiqim engendra] Jéchonias et ses frères.          Fils de Joiaqim: Jékonias son fils, Sédécias son fils.
         Après la déportation à Babylone
         Jéchonias engendra Salathiel [et Pedaya]            Fils de Jékonias le captif: Shéaltiel, puis Malkiram, Pedaya,
         Salathiel [par Pedaya] engendra Zorobabel           Fils de Pedaya, Zorobabel et Shimeï
         Zorobabel engendra Abioud                           Fils de Zorobabel: Meshullam et Hananya
         Mathieu 1:15,16                                     Luc 3:23,24
         (filiation légale par le père selon Matthieu1:1).   (filiation naturelle par la mère selon Luc 1:35).
         Élioud engendra Éléazar;                            Jésus était, à ce qu'on croyait, fils de Joseph
         Éléazar engendra Matthan;                           [l'époux de Marie et donc], fils de Héli,
         Matthan engendra Jacob;                             fils de Matthat,
         Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie             fils de Lévi,
                                  de laquelle naquit Jésus   fils de Melchi

                  Les critiques de Celse et de ses pairs ont tellement été bien intégrées dans la pensée
    actuelle qu'on les retrouve maintenant presque à l'identique dans la préface de la Bible
    officielle du catholicisme: A ces traditions qui étaient le patrimoine vivant d'un peuple, qui lui donnait
    le sentiment de son unité et qui soutenaient sa foi, il serait absurde de demander la rigueur que mettrait un
    historien moderne, mais il serait également illégitime de leur dénier toute vérité parce que cette rigueur leur
    fait défaut. Les onze premiers chapitres de la Genèse sont à considérer à part. Ils décrivent de façon
    populaire, l'origine du genre humain; ils énoncent en style imagé, qui convenait bien à la mentalité d'un
    peuple peu cultivé (...) Mais ces vérités, qui touchent au dogme sont certaines, elles impliquent des faits qui
    sont réels, bien que nous ne puissions pas en préciser les contours sous le vêtement mythique qui leur a été
    donné, conformément à la mentalité du temps et du milieu (...) Pour la date de l'Exode, nous ne pouvons
    pas nous fier aux indications chronologiques de 1 R 6:1 et Jg 11:26, qui sont secondaires et proviennent de
    computs artificiels11. Les auteurs n'hésitent pas à conclure: Assurément ni les apôtres ni les autres
    prédicateurs et narrateurs évangéliques n'ont cherché à faire de l'« histoire », au sens technique de ce mot;
    leur propos était moins profane et plus théologique. On le voit, la biographie de Jésus est présentée
    comme contradictoire, alors que ceux qui la critiquent ne s'appuient sur aucune date
    absolue (seule démarche scientifique). Les biographies d'Hérode le Grand, de Quirinius et
    de Varus étant imbriquées avec celle de Jésus, elles ont été examinées de la même façon en
    étant ancrées par des dates absolues (voir les dossiers).
                  Le présent dossier examinera principalement les trois dates importantes de la vie de
    Jésus: celle de sa naissance, celle de son baptême et celle de sa mort. La chronologie de son
    ministère et de son procès sera également étudiée, car certains points sont contestés.


    11Bible de Jérusalem
    Paris 1986 Éd. Cerf pp. 27, 1410.
Date de la naissance de Jésus

           En 532, sur une proposition du moine scythe Denis le Petit, l'Église décida de
compter les années à partir du 1er janvier qui suivit la naissance de Jésus, datée par lui du 25
décembre de l'an 753 de Rome (soit le 25 décembre -1). Le calendrier julien commença au
samedi 1er janvier, ce 1er jour de l'an 754 devenant le 1er jour de l'ère chrétienne. Cette
définition n'a été remise en cause qu'à partir du milieu du 19e siècle. En se fondant sur la
coïncidence de l'éclipse de lune du 13 mars -4, juste après le jeûne d'Esther du 12 mars,
l'académicien Wallon1 avait conclu que les 37 ans de règne d'Hérode, ayant débuté en -40,
s'étaient achevés en -4 , et par conséquent que la naissance de Jésus devait être fixée au 25
décembre -7. Cette datation a été établie sans aucune rigueur scientifique (voir la biographie
d'Hérode le Grand). En effet, la date du 25 décembre traditionnellement associée à la
naissance de Jésus est sans fondement historique (ni biblique), et proposer de faire naître
Jésus en -7 c'est ignorer le témoignage des historiens des six premiers siècles qui situent
tous, sans exception, cette naissance en -2.
           La date du 25 décembre est mentionnée pour la première fois en 204 par Hippolyte
de Rome2. Cette date marquait le solstice d'hiver (pour les Romains) et le début de
l'allongement des jours. Elle fut choisie pour symboliser "la naissance du soleil invaincu",
associée à "Jésus ressuscité" selon Justin3. La preuve la plus évidente que Jésus n'est pas né
à cette date est que, selon Luc4, les bergers étaient dans les champs avec leurs troupeaux
cette nuit-là. La saison des pluies commençant en automne, le soir les troupeaux étaient mis
à l'abri. Kislev, 9e mois du calendrier juif, était froid et pluvieux5 en Israël, et Tébeth
(décembre/janvier) enregistrait les températures les plus basses de l'année, les hauteurs se
recouvrant parfois de neige. La présence de bergers dans les champs s'accorde, par contre,
avec une naissance datée en Tishri, à la fin de l'été (en septembre).
           Les témoignages des historiens des six premiers siècles sont unanimes pour dater la
naissance de Jésus autour de -2:
 Vers 148-152, Justin écrit que cette naissance eut lieu 150 ans auparavant sous le
     procurateur Quirinius (Apologie I:46:1).
 Vers 170-180, Irénée de Lyon la situe dans la 41e année du règne d'Octave (Contre les
1 H. WALLON – Mémoire sur les années de Jésus-Christ
Paris 1858 Ed. Comptes Rendus Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
2 Commentaire sur Daniel IV:23.
3 Apologie I:67:8.
4 Luc 2:8-12.
5 Jérémie 36:22; Esdras 10:9,13.
6                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


         hérésies III:21:3), qui débute vers octobre -43 (il est devenu Auguste en janvier -27)6.
     Vers 194, Clément d'Alexandrie la situe 194 ans avant la mort de Commode [en 192]
         (Stromates I:21:145).
     Vers 204, Hippolyte de Rome date la naissance de Jésus au 25 décembre dans la 42e
         année du règne d'Auguste, et sa mort lorsqu'il était dans sa 33e année, soit au 25 mars
         de la 18e année de Tibère César (Commentaire sur Daniel IV:23).
     Vers 207, Tertullien la situe dans la 41e année du règne d'Auguste et 28 ans après la
         mort de Cléopâtre [en -30] (Contre les Juifs VIII:11:75).
     Vers 231, Origène la situe dans la 41e année du règne d'Auguste et 15 ans avant sa mort
         (Homélies sur Luc 3:1).
     Vers 325, Eusèbe la situe dans la 42e année du règne d'Auguste et 28 ans après la mort
         de Cléopâtre [en -30] (Histoire ecclésiastique I:5:2).
     Vers 357, Épiphane la situe l'année où Auguste XIII et Silvanus furent consuls
         (Panarion LI:22:3).
     Vers 418, Paul Orose la situe en l'an 752 de la fondation de Rome (Histoires contre les
         païens VI:22,1).

               Si les rédacteurs chrétiens, qui étaient au centre de violentes polémiques, avaient été
    d'aussi piètres historiens, comme certains le prétendent, comment expliquer que leurs
    adversaires ne les aient pas épinglés pour une "erreur" aussi facile à détecter à cette époque?
    En effet, les chrétiens affirmaient que Jésus était né lors d'un recensement général; or, au
    début de notre ère, ceux-ci étaient effectués tous les 5 ans dans le monde romain.
               On lit: Or, en ces jours-là, un décret parut de la part de César Auguste pour que toute la terre se
    fasse enregistrer (Luc 2:1) ce qui place donc la naissance de Jésus lors d'un recensement
    décrété par Auguste7. Luc fait donc bien référence à un enregistrement ou inventaire pour
    connaître, entre autres: le nombre des citoyens et des alliés sous les armes (selon l'expression du
    Breviarium) et non à un édit impérial de recensement pour préparer l'impôt. Peut-on fixer la
    date de cet inventaire général? L'éloge publié en 14 de notre ère8, appelé Res Gestae Divi
    Augusti, contient des indications corroborant la date de -2 pour cet inventaire. Il mentionne
    trois recensements généraux9 de citoyens romains qui eurent lieu respectivement en -28, -8
    et 14 d'après les années consulaires indiquées. Mais ces trois cens, qui se terminent par une
    lustration, sont différents des nombreux recensements provinciaux. L'apologiste latin
    6 Les auteurs anciens comptent le règne d'Auguste non à partir de janvier -27, mais à partir d'octobre -43 lorsque Octave, le futur
    Auguste, forma le second triumvirat. La 42e année d'Auguste débute (à la fin de sa 41e année) donc en octobre -2.
    7 Le recensement étant décrété par l'empereur, il ne concernait légalement que les provinces impériales et non les sénatoriales.
    8 Selon Suétone (Auguste 28:1) et Dion Cassius (Histoire romaine LIII:30:2), Auguste avait déjà préparé une ébauche du Breviarium en -23.
    9 Res Gestae 8. La lustration est un rite de purification exécuté à chaque lustre (= 5 ans) pour s'affranchir des influences maléfiques.
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                                                      7


Tertullien cite10 (vers 200) le cens général des citoyens romains de -8 (qui ne concernait
donc pas Joseph qui était juif) effectué par Sentius Saturninus en Judée, le confondant à
l'évidence avec l'inventaire de -2. Justin11, 50 ans plus tôt, renvoyait cependant aux archives
romaines pour attester le cens de Quirinius12. Les census généraux étaient quinquennaux
(tous les lustres) et tous ceux rapportés par Dion Cassius confirment cette périodicité13:

     An     Cens        Commentaires                                                                     Référence
     -30
     -29
     -28                Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae                                Res Gestae §8
     -27
     -26
     -25
     -24
     -23                Cens reporté à -22 en raison de la grave maladie d'Auguste                       Dion Cassius LIV:2
     -22
     -21                (effectué par Paulus Aemilius Lepidus et L. Munatius Plancus)
     -20
     -19
     -18                Cens reporté car Auguste a refusé d'être censeur.                                Dion Cassius LIV:10
     -17
     -16
     -15
     -14
     -13                Ce cens dura de -13 jusqu'à -11.                                                 Dion Cassius LIV:25-30
     -12
     -11
     -10
      -9
      -8                Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae                                Res Gestae §8
      -7
      -6
      -5
      -4
      -3                Inventaire du monde
      -2
      -1
                        Cens (enregistrement) mentionné par Luc (donation de grains)                     Luc 2:1; (Res Gestae §15)
       1
       2
       3
       4                Cens limité à l'Italie.                                                          Dion Cassius LV:13
       5
       6
       7                Recensement de Quirinius en Judée mentionné par Flavius Josèphe                  Antiquités juives XVIII:1-4
       8
       9                Cens suspendu en raison du désastre de Varus                                     Dion Cassius LVI:18
      10
      11
      12
      13
      14                Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae                                Res Gestae §8
      15




           Ces recensements sont attestés par l'historien romain Dion Cassius14, à l'exception
de celui de -3/-2, car la partie de son histoire couvrant la période de -6 à 4 a
malheureusement été perdue. Ce schéma chronologique implique un cens en -3/-2. C'est
cette période qui est précisément celle mentionnée par Luc pour un recensement ordonné
par Auguste. L'aspect général du cens est confirmé par une remarque de Dion Cassius qui
nous apprend qu'Auguste, lors du cens en -11, fit lui-même la déclaration de tout ce qui lui

10 Contre Marcion IV:19:10.
11 Apologie I:34:2.
12 Cette vérification était en fait théorique, car le simple citoyen n'était pas habilité à consulter les archives. De plus, le temple des

Nymphes, qui était le centre de ces archives, fut incendié à plusieurs reprises. Selon Cicéron, Clodius incendia le temple des Nymphes
pour effacer la trace officielle du "recensement" inscrite sur les registres publics (Pro Milone, 73).
13 C. NICOLET - L'inventaire du monde

Paris 1988 Éd. Fayard pp. 133-157.
14 Histoire romaine LIV:2-LVI:18.
8                             APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


    appartenait comme s'il n'était qu'un simple citoyen15. Le recensement de Luc en -2 est donc
    en accord avec l'histoire romaine16. Par contre, celui décrit [en 6/7] par Flavius Josèphe ne
    cadre pas avec ce schéma chronologique. Puisque le cens d'Apamée par Quirinius concerna
    les personnes et fut effectué en Syrie, alors que celui décrit par Flavius Josèphe fut un
    recensement de biens (pour liquider les possessions d'Archélaüs) effectué en Judée, ils n'ont
    aucun point commun, ni dans leur but, ni par la région couverte. Le cens d'Apamée doit
    donc être rapproché avec celui de Luc.
              Deux éléments du Res Gestae accréditent indirectement un inventaire en -2. Comme
    l'indique Nicolet17, si Auguste peut se vanter lors de son treizième consulat [en -2] d'avoir
    donné (des donativa à Rome) 60 deniers à 200 000 personnes18, c'est que ces personnes
    avaient été recensées, sinon comment Auguste aurait-il pu en prévoir le nombre? Suétone19
    écrit: Il fit le [recensement partiel de la population urbaine] rue par rue, et pour que la plèbe ne soit pas
    détournée de son travail trop fréquemment, il projeta de faire délivrer trois fois par an des tessères valables
    pour quatre mois. Auguste se vante aussi d'avoir donné six cents millions de sesterces aux
    soldats d'Italie et deux cent soixante millions aux soldats des provinces20. L'argent donné
    aux soldats lors des consulats de Lucius Caninius et Quintus Fabricius coïncide avec
    l'inventaire de -2. L'historien Paul Orose (en 417) place d'ailleurs le recensement
    d'Auguste21 en l'an 752 de Rome, soit en -2, juste avant le départ Caius César vers l'Orient,
    en -1. Ce recensement a-t-il concerné les provinces, et plus particulièrement la province de
    Syrie? L'analyse complète et détaillée d'une inscription trouvée à Venise confirme trois
    points du récit de Luc (voir la biographie de Quirinius): 1) il y eut bien un recensement
    dans la province de Syrie, 2) le gouverneur de l'époque était bien Quirinius, et 3) ces
    événements datent bien d'avant la mort d'Hérode.
              La naissance de Jésus tombe donc en -2, or Clément d'Alexandrie la place 194 ans
    avant la mort de Commode (le 31 décembre 192) et Tertullien la situe dans la 41e année du
    règne d'Auguste (qui débutait au second triumvirat de fin octobre -43, officialisé quelques
    semaines plus tard22 par la loi lex Titia, le 27 novembre -43) et 28 ans après la mort de
    Cléopâtre (le 29 août -30)23. En recoupant ces informations, la naissance de Jésus doit être

    15 Histoire romaine LIV:35.
    16 T. CORBISHLEY - Quirinius and the Census : a Re-study of the Evidence
    in: Klio 29 (1936) pp. 90-92.
    17 C. NICOLET - L'inventaire du monde

    Paris 1988 Éd. Fayard pp. 144,278 n.28.
    18 Res Gestae 15.
    19 Auguste XL:3.
    20 Res Gestae 16.
    21 Histoires contre les païens VI:22,1; VII:3,4.
    22 APPIEN - Guerres civiles IV:5-7.
    23 G. GOYAU – Chronologie de l'Empire romain

    Paris 2007 Éd. Errance p. 7.
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                 9


fixée en -2 dans une période comprise entre le 1er septembre et le 30 octobre. Cette
datation est en accord avec le texte de Luc24, qui précise que Jean le Baptiseur commença à
prêcher et baptisa Jésus (présenté comme Messie) à l'âge de 30 ans environ, dans la 15e
année du règne de Tibère César.
          Bien que les empereurs n'étaient pas rois [officiellement], les historiens de l'époque
parlaient cependant de leurs années de règne25, comme le fait l'évangéliste Luc. Dion
Cassius26 a daté exactement le règne de Tibère, indiquant qu'il dirigea l'empire 22 ans 7
mois et 7 jours, ce qui place le début de son règne à partir de la mort d'Auguste, le 19 août
14, et non au moment de son investiture par le Sénat romain le 15 (ou 17) septembre 14.
Tacite27 confirme aussi que Tibère devint le maître de l'empire à la mort d'Auguste. Josèphe
(selon son comput, Auguste commença à régner après la mort de César en -44)28 connaît
cette datation du règne des empereurs. La 1ère année de Tibère court donc du 19 août 14 au
18 août 15. Cette façon de décompter les années est usuelle à l'époque. Tacite29, par
exemple, met en parallèle la 9e année de Tibère (du 19 août 22 au 19 août 23) avec les
consulats de C. Asinius et C. Antistius, qui sont datés du 1er janvier 23 au 31 décembre 23.
Suétone30, après avoir daté la mort de Tibère le 16 mars 37, ajoute qu'il était alors dans sa
23e année de règne (du 19 août 36 au 18 août 37). Suétone31 précise encore que Claude est
né le 1er août sous les consulats de Julius Antonius et de Fabius Africanus (en -10), qu'il
devint empereur lors de sa 50e année (du 1er août 40 au 31 juillet 41) et qu'il est mort le 12
octobre 54 dans sa 64e année (du 1er août 54 au 31 juillet 55), l'an 14 de son règne (du 24
janvier 54 au 23 janvier 55). Pour les contemporains de Luc, la 15e année de Tibère courait
donc du 19 août 28 au 18 août 29. Selon ce comput, le baptême de Jésus, six mois après le
début de la prédication de Jean le Baptiseur32, est donc à situer entre le 19 février 29 et le 18
août 29. Par déduction, si Jésus avait 30 ans lors de cet événement, sa naissance devait
remonter à une période comprise entre le 19 février -2 et le 18 août -2. Comme Luc indique
que Jésus avait "environ 30 ans", le mot "environ", traduction du mot grec             ("comme
si"), a fait couler beaucoup d'encre. Doit-on en conclure que la valeur du "environ 30 ans"
est de l'ordre de "30 ans +/- 10%" en fonction des normes modernes de précision, soit
entre 27 et 33 ans? La réponse ne peut venir que du contexte et des normes de l'époque.
24 Luc 3:1-3,21-23.
25 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology
Massachussetts 1999 Ed. Hendrickson pp. 340,341.
26 Histoire romaine LVIII:27.1-28.5.
27 Annales I:5.1.
28 Guerre des Juifs II:168.
29 Annales IV:1:1.
30 Tibère 73:2.
31 Claude 2:1; 10:1; 45:2.
32 Luc 1:36.
10                            APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     Lorsque les auteurs classiques, comme Xénophon33, utilisent cette expression très
     particulière "il avait comme 30 ans" (                           ), les traducteurs la rendent habituellement
     par "il avait une trentaine". L'imprécision était habituellement comprise comme "à l'unité
     près34". Quand il s'agit d'années, le terme "environ" est toujours compris dans le sens d'un
     nombre d'année dont le nombre de mois peut être ignoré. Il n'y a pas d'exception dans le
     texte biblique, ce qui permet de lire "environ 30 ans" comme "30 ans à plus ou moins 6
     mois". Cet intervalle de plus ou moins 6 mois, soit 12 mois au maximum, peut s'expliquer
     par les deux types de décompte du temps qu'on trouve dans la Bible: après l'Exode apparaît
     un comput religieux qui débute les années à Nisan35 (mars/avril) et un comput profane
     (agricole), décalé de 6 mois, qui les compte à partir de Tishri (septembre/octobre). De plus,
     le calendrier séleucide en Syrie était décalé de 6 mois par rapport à celui de Babylonie.
     Ainsi, l'expression environ 100 ans36 renvoie en fait aux 100 ans du livre de la Genèse37.
               Un détail du livre de Luc permet de fixer la date de cette naissance. Il précise en
     effet qu'elle fut postérieure de 6 mois à celle de Jean le Baptiseur38, dont la conception avait
     été annoncée au Temple 9 mois plus tôt. Cette annonce peut être datée vers juin, car c'est la
     classe d'Abbiya, à laquelle appartenait Zacharie, père de Jean le Baptiseur, qui officiait à
     cette période de l'année39. Le nom et l'ordre des classes de prêtres sont très anciens40. Selon
     Josèphe41, chaque classe officiait une semaine entière de sabbat à sabbat42, et la Mishna
     (Sukka 4:7) précise que durant les grandes fêtes annuelles les 24 classes servaient ensemble,
     ce qui synchronisait les deux cycles de 24 semaines, le premier commençant en Nisan et le
     second en Tishri. Des manuscrits trouvés à Qumrân (4Q321) confirment l'ordre saisonnier
     de ce calendrier43 puisqu'on lit: [Pre]mière [année:] le [premi]er mo[is] commence durant le service de
     [Gamoul. Le tro]isième jour du service de Maa[ziahou], c'est la [Pâque. Le balancement de l'Omer tombe
     pendant le service de Yedaia. Le deuxième mois commence durant le service de Yedaia. La seconde fête de
     Pâque tombe durant le service de] Seorim. [Le troisième mois commence durant le service de Hakkoç.] La
     fête des Semaine[s] tombe pendant le service de Yechoua. [Le qua]t[rième mois commence durant le service
     de El]yachib. Le cinquième mois commence durant le service de [Bilgah. Le sixième mois commence
     pendant le service de Ezé]chiel. Le sept[ième mois commence durant le service de Maaziahou.] Le jour du

     33 Anabase II:6:20.
     34 "environ 5 ou 6 kilomètres" Jean 6:19.
     35 Exode 12:2.
     36 Romains 4:19.
     37 Genèse 17:17.
     38 Luc 1:26.
     39 Luc 1:5-13.
     40 1Chroniques 24:7-18.
     41 Antiquités juives VII:365, 366.
     42 1Chroniques 9:25; 2Chroniques 23:8.
     43 M. WISE, M. ABEGG, E. COOK – Les manuscrits de la mer Morte

     Paris 2001 Éd. Plon pp. 388-398.
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                                                     11


Souvenir tombe pendant le service de Maaziahou. Le jour de l'Expiation tombe pendant le service de
Yeoiarib. La fête des Cabanes tombe pendant le service de Yedaia. Le huitième mois commence [pendant le
service de Seorim.] Le neuvième mois commence pendant le service de Yechoua. Le dixième mois commence
pendant le service de Houppa. Le onzième mois commence durant le service de Hezir. Le douzième mois
commence pendant le service de Gamoul. Le roulement des classes de prêtres était cyclique sur
l'année, ainsi la ville de Jérusalem fut prise vers le 15 Tishri de l'an 7044, mois où aurait dû
officier la classe de Yehoyarib45. Le cycle des 24 classes, qui durait 24 semaines, coïncidait
avec l'année lunaire, car le 1er cycle débutait après la Pâque (du 14 au 21 Nisan) et durait 24
semaines, et le 2e cycle débutait après la fête des Cabanes (du 10 au 21 Tishri). Or, une
période de 6 mois lunaire dure 177 jours (= 6x29,5), soit approximativement46 25 semaines
(25x7 = 175 jours). Liste synchronisée des classes de prêtres:

                   Classe de prêtres           Mois                   Classe de prêtres           Mois
                   Fête de Pâque               [1] Nisan              Fête des Huttes             [7] Tishri
                   Toutes les classes          mars/ avril            Toutes les classes          septembre/ octobre
                    1 Yehoyarib                                        1 Yehoyarib
                    2 Yedaya                                           2 Yedaya
                    3 Harim                    [2] Iyyar               3 Harim                    [8] Heshwan
                    4 Séorim                   avril/ mai              4 Séorim                   octobre/ novembre
                    5 Malkiyya                                         5 Malkiyya
                    6 Miyyamîn                                         6 Miyyamîn
                    7 Haqqoç                   [3] Siwan               7 Haqqoç                   [9] Kislev
                    8 Abiyya                   mai/ juin               8 Abiyya                   novembre/
                    9 Yéshua                                           9 Yéshua                   décembre
                   10 Shekanyahu                                      10 Shekanyahu
                   11 Elyashib                 [4] Tammuz             11 Elyashib                 [10] Tébeth
                   12 Yaqîm                    juin/ juillet          12 Yaqîm                    décembre/ janvier
                   13 Huppa                                           13 Huppa
                   14 Yeshebeab                                       14 Yeshebeab
                   15 Bilga                    [5] Ab                 15 Bilga                    [11] Shebat
                   16 Immér                    juillet/ août          16 Immér                    janvier/ février
                   17 Hézir                                           17 Hézir
                   18 Happiçeç                                        18 Happiçeç
                   19 Pethahya                 [6] Elul               19 Pethahya                 [12] Adar
                   20 Yehèzqel                 août/ septembre        20 Yehèzqel                 février/ mars
                   21 Yakîn                                           21 Yakîn
                   22 Gamul                                           22 Gamul
                   23 Delayahu                 [7] Tishri             23 Delayahu                 Nisan
                   24 Maazyahu                                        24 Maazyahu                 ou [13] Adar2
44 Guerre des Juifs VI:435.
45 Tosephta Taanit 2:10b.
46 L'année religieuse débutait au 1er Nisan. Les semaines allant du samedi au samedi, les 8 jours de Pâque (du 14 au 21 Nisan)

chevauchaient 1 ou 2 semaines suivant les années. De même, l'année civile débutait au 1er Tishri, or la fête des Cabanes (du 10 au 21
Tishri) couvrait 2 ou 3 semaines. Par conséquent, toutes les classes de prêtres officiaient en moyenne 2 semaines à chaque fête, puisque
l'année solaire de 365 jours comporte 52 semaines (= 24x2 + 2x2).
12                        APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


            Ces indications calendériques combinées aux contraintes suivantes imposent un
     canevas chronologique: les sabbats coïncident avec les samedis; le 1er Tishri coïncide avec le
     1er croissant visible juste après l'équinoxe d'automne (le 25 septembre à cette époque); les
     24 classes de prêtres officient pendant les deux périodes de fête (Pâque du 14 au 21 Nisan
     et fête des Huttes commençant avec le Yom kippour du 10 au 21 Tishri); la durée de
     l'année est 12 mois (sauf les années intercalaires qui en ont 13); la naissance de Jean le
     Baptiste précède celle de Jésus de 6 mois exactement. La conception de Jean le Baptiste se
     produit après l'annonce faite durant le passage de la classe d'Abbiya, soit au tout début de la
     classe suivante, celle de Yéshua; la durée d'une gestation humaine est en moyenne de 273
     jours (on peut supposer que les gestations de Jean le Baptiste et de Jésus se déroulèrent
     normalement); la conception de Jésus est placée 3 mois avant la fin de la gestation de Jean
     le Baptiste (Luc 1:56); Jésus est présenté au Temple de Jérusalem 40 jours après sa
     naissance. Ces informations imposent la reconstitution chronologique suivante:

                   avril -3   16    1   Nisan   mardi
                              17    2           mercredi
                              18    3           jeudi
                              19    4           vendredi
                              20    5           samedi   24
                              21    6           dimanche
                              22    7           lundi
                              23    8           mardi
                              24    9           mercredi
                              25   10           jeudi
                              26   11           vendredi
                              27   12           samedi   T      Toutes les classes
                              28   13           dimanche        (1Chroniques 24:7-18)
                              29   14           lundi           Pâque
                              30   15           mardi
                   mai -3      1   16           mercredi
                               2   17           jeudi
                               3   18           vendredi
                               4   19           samedi   T
                               5   20           dimanche
                               6   21           lundi
                               7   22           mardi
                               8   23           mercredi
                               9   24           jeudi
                              10   25           vendredi
                              11   26           samedi    1     Classe de Yehoyarib
                              12   27           dimanche
                              13   28           lundi
                              14   29           mardi
                              15   30           mercredi
                              16    1   Iyyar   jeudi
                              17    2           vendredi
                              18    3           samedi    2     Classe de Yedaya
                              19    4           dimanche
                              20    5           lundi
                              21    6           mardi
                              22    7           mercredi
                              23    8           jeudi
                              24    9           vendredi
                              25   10           samedi    3     Classe de Harim
                              26   11           dimanche
                              27   12           lundi
                              28   13           mardi
                              29   14           mercredi
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                13


             30   15            jeudi
             31   16            vendredi
 juin -3      1   17            samedi     4             Classe de Séorim
              2   18            dimanche
              3   19            lundi
              4   20            mardi
              5   21            mercredi
              6   22            jeudi
              7   23            vendredi
              8   24            samedi     5             Classe de Malkiyya
              9   25            dimanche
             10   26            lundi
             11   27            mardi
             12   28            mercredi
             13   29            jeudi
             14    1    Siwan   vendredi
             15    2            samedi     6             Classe de Miyyamîn
             16    3            dimanche
             17    4            lundi
             18    5            mardi
             19    6            mercredi
             20    7            jeudi
             21    8            vendredi
             22    9            samedi     7             Classe de Haqqoç
             23   10            dimanche
             24   11            lundi
             25   12            mardi
             26   13            mercredi
             27   14            jeudi
             28   15            vendredi
             29   16            samedi     8             classe d'Abiyya
             30   17            dimanche                 (Luc 1:5-8)
juillet -3    1   18            lundi
              2   19            mardi
              3   20            mercredi
              4   21            jeudi
              5   22            vendredi
              6   23            samedi     9     1   1   classe de Yéshua
              7   24            dimanche         2
              8   25            lundi            3
              9   26            mardi            4
             10   27            mercredi         5
             11   28            jeudi            6
             12   29            vendredi         7
             13   30            samedi     10    8       Classe de Shekanyahu
             14    1   Tammuz   dimanche         9
             15    2            lundi           10
             16    3            mardi           11
             17    4            mercredi        12
             18    5            jeudi           13
             19    6            vendredi        14
             20    7            samedi     11   15       Classe d'Elyashib
             21    8            dimanche        16
             22    9            lundi           17
             23   10            mardi           18
             24   11            mercredi        19
             25   12            jeudi           20
             26   13            vendredi        21
             27   14            samedi     12   22       Classe de Yaqîm
             28   15            dimanche        23
             29   16            lundi           24
             30   17            mardi           25
             31   18            mercredi        26
août -3       1   19            jeudi           27
              2   20            vendredi        28
              3   21            samedi     13   29       Classe de Huppa
              4   22            dimanche        30   2
              5   23            lundi           31
              6   24            mardi           32
              7   25            mercredi        33
              8   26            jeudi           34
              9   27            vendredi        35
             10   28            samedi     14   36       Classe de Yeshebeab
14           APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                    11   29            dimanche         37
                    12    1    Ab      lundi            38
                    13    2            mardi            39
                    14    3            mercredi         40
                    15    4            jeudi            41
                    16    5            vendredi         42
                    17    6            samedi     15    43       Classe de Bilga
                    18    7            dimanche         44
                    19    8            lundi            45
                    20    9            mardi            46
                    21   10            mercredi         47
                    22   11            jeudi            48
                    23   12            vendredi         49
                    24   13            samedi     16    50       Classe d'Immér
                    25   14            dimanche         51
                    26   15            lundi            52
                    27   16            mardi            53
                    28   17            mercredi         54
                    29   18            jeudi            55
                    30   19            vendredi         56
                    31   20            samedi     17    57       Classe de Hézir
     septembre -3    1   21            dimanche         58
                     2   22            lundi            59
                     3   23            mardi            60   3
                     4   24            mercredi         61
                     5   25            jeudi            62
                     6   26            vendredi         63
                     7   27            samedi     18    64       Classe de Happiçeç
                     8   28            dimanche         65
                     9   29            lundi            66
                    10   30            mardi            67
                    11    1   Elul     mercredi         68
                    12    2            jeudi            69
                    13    3            vendredi         70
                    14    4            samedi     19    71       Classe de Pethahya
                    15    5            dimanche         72
                    16    6            lundi            73
                    17    7            mardi            74
                    18    8            mercredi         75
                    19    9            jeudi            76
                    20   10            vendredi         77
                    21   11            samedi     20    78       Classe de Yehèzqel
                    22   12            dimanche         79
                    23   13            lundi            80
                    24   14            mardi            81
                    25   15            mercredi         82       equinoxe d'automne
                    26   16            jeudi            83
                    27   17            vendredi         84
                    28   18            samedi     21    85       Classe de Yakîn
                    29   19            dimanche         86
                    30   20            lundi            87
      octobre -3     1   21            mardi            88
                     2   22            mercredi         89   4
                     3   23            jeudi            90
                     4   24            vendredi         91
                     5   25            samedi     22    92       Classe de Gamul
                     6   26            dimanche         93
                     7   27            lundi            94
                     8   28            mardi            95
                     9   29            mercredi         96       nouvelle lune
                    10    1   Tishri   jeudi            97
                    11    2            vendredi         98
                    12    3            samedi     23    99       Classe de Delayahu
                    13    4            dimanche        100
                    14    5            lundi           101
                    15    6            mardi           102
                    16    7            mercredi        103
                    17    8            jeudi           104
                    18    9            vendredi        105
                    19   10            samedi     24   106       Classe de Maazyahu
                    20   11            dimanche        107       Yom kippour
                    21   12            lundi           108
                    22   13            mardi           109
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                                 15


              23   14             mercredi       110
              24   15             jeudi          111
              25   16             vendredi       112
              26   17             samedi         113
              27   18             dimanche       114
              28   19             lundi          115
              29   20             mardi          116
              30   21             mercredi       117
              31   22             jeudi          118
novembre -3    1   23             vendredi       119   5
               2   24             samedi     1   120       Classe de Yehoyarib
               3   25             dimanche       121
               4   26             lundi          122
               5   27             mardi          123
               6   28             mercredi       124
               7   29             jeudi          125
               8   30             vendredi       126
               9    1   Heshvan   samedi     2   127       Classe de Yedaya
              10    2             dimanche       128
              11    3             lundi          129
              12    4             mardi          130
              13    5             mercredi       131
              14    6             jeudi          132
              15    7             vendredi       133
              16    8             samedi     3   134       Classe de Harim
              17    9             dimanche       135
              18   10             lundi          136
              19   11             mardi          137
              20   12             mercredi       138
              21   13             jeudi          139
              22   14             vendredi       140
              23   15             samedi     4   141       Classe de Séorim
              24   16             dimanche       142
              25   17             lundi          143
              26   18             mardi          144
              27   19             mercredi       145
              28   20             jeudi          146
              29   21             vendredi       147
              30   22             samedi     5   148   6   Classe de Malkiyya
décembre -3    1   23             dimanche       149
               2   24             lundi          150
               3   25             mardi          151
               4   26             mercredi       152
               5   27             jeudi          153
               6   28             vendredi       154
               7   29             samedi     6   155       Classe de Miyyamîn
               8    1    Kislev   dimanche       156
               9    2             lundi          157
              10    3             mardi          158
              11    4             mercredi       159
              12    5             jeudi          160
              13    6             vendredi       161
              14    7             samedi     7   162       Classe de Haqqoç
              15    8             dimanche       163
              16    9             lundi          164
              17   10             mardi          165
              18   11             mercredi       166
              19   12             jeudi          167
              20   13             vendredi       168
              21   14             samedi     8   169       classe d'Abiyya
              22   15             dimanche       170
              23   16             lundi          171
              24   17             mardi          172
              25   18             mercredi       173
              26   19             jeudi          174
              27   20             vendredi       175
              28   21             samedi     9   176       classe de Yéshua
              29   22             dimanche       177
              30   23             lundi          178   1   L'ange Gabriel annonce la
              31   24             mardi          179   2   naissance de Jésus 6 mois après
 janvier -2    1   25             mercredi       180   3   celle de Jean le Baptiste (Luc 1:36)
               2   26             jeudi          181   4
               3   27             vendredi       182   5
16           APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                   4   28            samedi     10   183   6    Classe de Shekanyahu
                   5   29            dimanche        184   7
                   6   30            lundi           185   8
                   7    1   Tebeth   mardi           186   9
                   8    2            mercredi        187   10
                   9    3            jeudi           188   11
                  10    4            vendredi        189   12
                  11    5            samedi     11   190   13   Classe d'Elyashib
                  12    6            dimanche        191   14
                  13    7            lundi           192   15
                  14    8            mardi           193   16
                  15    9            mercredi        194   17
                  16   10            jeudi           195   18
                  17   11            vendredi        196   19
                  18   12            samedi     12   197   20   Classe de Yaqîm
                  19   13            dimanche        198   21
                  20   14            lundi           199   22
                  21   15            mardi           200   23
                  22   16            mercredi        201   24
                  23   17            jeudi           202   25
                  24   18            vendredi        203   26
                  25   19            samedi     13   204   27   Classe de Huppa
                  26   20            dimanche        205   28
                  27   21            lundi           206   29
                  28   22            mardi           207   30
                  29   23            mercredi        208   31
                  30   24            jeudi           209   32
                  31   25            vendredi        210   33
     février -2    1   26            samedi     14   211   34   Classe de Yeshebeab
                   2   27            dimanche        212   35
                   3   28            lundi           213   36
                   4   29            mardi           214   37
                   5    1   Shebat   mercredi        215   38
                   6    2            jeudi           216   39
                   7    3            vendredi        217   40
                   8    4            samedi     15   218   41   Classe de Bilga
                   9    5            dimanche        219   42
                  10    6            lundi           220   43
                  11    7            mardi           221   44
                  12    8            mercredi        222   45
                  13    9            jeudi           223   46
                  14   10            vendredi        224   47
                  15   11            samedi     16   225   48   Classe d'Immér
                  16   12            dimanche        226   49
                  17   13            lundi           227   50
                  18   14            mardi           228   51
                  19   15            mercredi        229   52
                  20   16            jeudi           230   53
                  21   17            vendredi        231   54
                  22   18            samedi     17   232   55   Classe de Hézir
                  23   19            dimanche        233   56
                  24   20            lundi           234   57
                  25   21            mardi           235   58
                  26   22            mercredi        236   59
                  27   23            jeudi           237   60
                  28   24            vendredi        238   61
     mars -2       1   25            samedi     18   239   62   Classe de Happiçeç
                   2   26            dimanche        240   63
                   3   27            lundi           241   64
                   4   28            mardi           242   65
                   5   29            mercredi        243   66
                   6   30            jeudi           244   67
                   7    1    Adar    vendredi        245   68
                   8    2            samedi     19   246   69   Classe de Pethahya
                   9    3            dimanche        247   70
                  10    4            lundi           248   71
                  11    5            mardi           249   72
                  12    6            mercredi        250   73
                  13    7            jeudi           251   74
                  14    8            vendredi        252   75
                  15    9            samedi     20   253   76   Classe de Yehèzqel
                  16   10            dimanche        254   77
                  17   11            lundi           255   78
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                           17


           18   12           mardi           256    79
           19   13           mercredi        257    80
           20   14           jeudi           258    81
           21   15           vendredi        259    82
           22   16           samedi     21   260    83   Classe de Yakîn
           23   17           dimanche        261    84
           24   18           lundi           262    85
           25   19           mardi           263    86
           26   20           mercredi        264    87
           27   21           jeudi           265    88
           28   22           vendredi        266    89
           29   23           samedi     22   267    90   Classe de Gamul
           30   24           dimanche        268    91
           31   25           lundi           269    92
avril -2    1   26           mardi           270    93
            2   27           mercredi        271    94
            3   28           jeudi           272    95
            4   29           vendredi        273    96   Naissance de Jean le Baptiste
            5    1   Nisan   samedi     23    1     97   Classe de Delayahu
            6    2           dimanche               98
            7    3           lundi                  99
            8    4           mardi                 100
            9    5           mercredi              101
           10    6           jeudi                 102
           11    7           vendredi              103
           12    8           samedi     24         104   Classe de Maazyahu
           13    9           dimanche              105
           14   10           lundi                 106
           15   11           mardi                 107
           16   12           mercredi              108
           17   13           jeudi                 109
           18   14           vendredi              110   Pâque
           19   15           samedi     T          111
           20   16           dimanche              112
           21   17           lundi                 113
           22   18           mardi                 114
           23   19           mercredi              115
           24   20           jeudi                 116
           25   21           vendredi              117
           26   22           samedi     1          118   Classe de Yehoyarib
           27   23           dimanche              119
           28   24           lundi                 120
           29   25           mardi                 121
           30   26           mercredi              122
mai -2      1   27           jeudi                 123
            2   28           vendredi              124
            3   29           samedi     2          125   Classe de Yedaya
            4   30           dimanche              126
            5    1   Iyyar   lundi           2     127
            6    2           mardi                 128
            7    3           mercredi              129
            8    4           jeudi                 130
            9    5           vendredi              131
           10    6           samedi     3          132   Classe de Harim
           11    7           dimanche              133
           12    8           lundi                 134   Annonce du Brevarium à Rome
           13    9           mardi                 135
           14   10           mercredi              136
           15   11           jeudi                 137
           16   12           vendredi              138
           17   13           samedi     4          139   Classe de Séorim
           18   14           dimanche              140
           19   15           lundi                 141
           20   16           mardi                 142
           21   17           mercredi              143
           22   18           jeudi                 144
           23   19           vendredi              145
           24   20           samedi     5          146   Classe de Malkiyya
           25   21           dimanche              147
           26   22           lundi                 148
           27   23           mardi                 149
           28   24           mercredi              150
           29   25           jeudi                 151
18           APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                  30   26            vendredi            152
                  31   27            samedi     6        153   Classe de Miyyamîn
      juin -2      1   28            dimanche            154
                   2   29            lundi               155
                   3    1    Siwan   mardi           3   156
                   4    2            mercredi            157
                   5    3            jeudi               158
                   6    4            vendredi            159
                   7    5            samedi     7        160   Classe de Haqqoç
                   8    6            dimanche            161
                   9    7            lundi               162
                  10    8            mardi               163
                  11    9            mercredi            164
                  12   10            jeudi               165
                  13   11            vendredi            166
                  14   12            samedi     8        167   Classe d'Abiyya
                  15   13            dimanche            168
                  16   14            lundi               169
                  17   15            mardi               170
                  18   16            mercredi            171
                  19   17            jeudi               172
                  20   18            vendredi            173
                  21   19            samedi     9        174   Classe de Yéshua
                  22   20            dimanche            175
                  23   21            lundi               176
                  24   22            mardi               177
                  25   23            mercredi            178
                  26   24            jeudi               179
                  27   25            vendredi            180
                  28   26            samedi     10       181   Classe de Shekanyahu
                  29   27            dimanche            182
                  30   28            lundi               183
     juillet -2    1   29            mardi               184
                   2   30            mercredi            185
                   3    1   Tammuz   jeudi           4   186
                   4    2            vendredi            187
                   5    3            samedi     11       188   Classe d'Elyashib
                   6    4            dimanche            189
                   7    5            lundi               190
                   8    6            mardi               191
                   9    7            mercredi            192
                  10    8            jeudi               193
                  11    9            vendredi            194
                  12   10            samedi     12       195   Classe de Yaqîm
                  13   11            dimanche            196
                  14   12            lundi               197
                  15   13            mardi               198
                  16   14            mercredi            199
                  17   15            jeudi               200
                  18   16            vendredi            201
                  19   17            samedi     13       202   Classe de Huppa
                  20   18            dimanche            203
                  21   19            lundi               204
                  22   20            mardi               205
                  23   21            mercredi            206
                  24   22            jeudi               207
                  25   23            vendredi            208
                  26   24            samedi     14       209   Classe de Yeshebeab
                  27   25            dimanche            210
                  28   26            lundi               211
                  29   27            mardi               212
                  30   28            mercredi            213
                  31   29            jeudi               214
     août -2       1    1     Ab     vendredi        5   215
                   2    2            samedi     15       216   Classe de Bilga
                   3    3            dimanche            217
                   4    4            lundi               218
                   5    5            mardi               219
                   6    6            mercredi            220
                   7    7            jeudi               221
                   8    8            vendredi            222
                   9    9            samedi     16       223   Classe d'Immér
                  10   10            dimanche            224
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                19


               11   11            lundi               225
               12   12            mardi               226
               13   13            mercredi            227
               14   14            jeudi               228
               15   15            vendredi            229
               16   16            samedi     17       230    Classe de Hézir
               17   17            dimanche            231
               18   18            lundi               232
               19   19            mardi               233
               20   20            mercredi            234
               21   21            jeudi               235
               22   22            vendredi            236
               23   23            samedi     18       237    Classe de Happiçeç
               24   24            dimanche            238
               25   25            lundi               239
               26   26            mardi               240
               27   27            mercredi            241
               28   28            jeudi               242
               29   29            vendredi            243
               30   30            samedi     19       244    Classe de Pethahya
               31    1   Elul     dimanche        6   245
septembre -2    1    2            lundi               246
                2    3            mardi               247
                3    4            mercredi            248
                4    5            jeudi               249
                5    6            vendredi            250
                6    7            samedi     20       251    Classe de Yehèzqel
                7    8            dimanche            252
                8    9            lundi               253
                9   10            mardi               254
               10   11            mercredi            255
               11   12            jeudi               256
               12   13            vendredi            257
               13   14            samedi     21       258    Classe de Yakîn
               14   15            dimanche            259
               15   16            lundi               260
               16   17            mardi               261
               17   18            mercredi            262
               18   19            jeudi               263
               19   20            vendredi            264
               20   21            samedi     22       265    Classe de Gamul
               21   22            dimanche            266
               22   23            lundi               267
               23   24            mardi               268
               24   25            mercredi            269
               25   26            jeudi               270    equinoxe d'automne
               26   27            vendredi            271
               27   28            samedi     23       272    Classe de Delayahu
               28   29            dimanche            273    nouvelle lune
               29    1   Tishri   lundi           1      1   naissance de Jésus
               30    2            mardi                  2
 octobre -2     1    3            mercredi               3
                2    4            jeudi                  4
                3    5            vendredi               5
                4    6            samedi     24          6   Classe de Maazyahu
                5    7            dimanche               7
                6    8            lundi                  8
                7    9            mardi                  9
                8   10            mercredi              10   Yom kippour
                9   11            jeudi                 11
               10   12            vendredi              12
               11   13            samedi     T          13
               12   14            dimanche              14
               13   15            lundi                 15
               14   16            mardi                 16
               15   17            mercredi              17
               16   18            jeudi                 18
               17   19            vendredi              19
               18   20            samedi     T          20
               19   21            dimanche              21
               20   22            lundi                 22
               21   23            mardi                 23
               22   24            mercredi              24
               23   25            jeudi                 25
20            APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                   24   26             vendredi          26
                   25   27             samedi    1       27 Classe de Yehoyarib
                   26   28             dimanche          28
                   27   29             lundi             29
                   28   30             mardi             30
                   29    1   Heshvan   mercredi      2   31
                   30    2             jeudi             32
                   31    3             vendredi          33
     novembre -2    1    4             samedi    2       34 Classe de Yedaya
                    2    5             dimanche          35
                    3    6             lundi             36
                    4    7             mardi             37
                    5    8             mercredi          38
                    6    9             jeudi             39
                    7   10             vendredi          40 présentation au Temple
                    8   11             samedi    3          Classe de Harim
                    9   12             dimanche
                   10   13             lundi
                   11   14             mardi
                   12   15             mercredi
                   13   16             jeudi
                   14   17             vendredi
                   15   18             samedi    4          Classe de Séorim
                   16   19             dimanche
                   17   20             lundi
                   18   21             mardi
                   19   22             mercredi
                   20   23             jeudi
                   21   24             vendredi
                   22   25             samedi    5          Classe de Malkiyya
                   23   26             dimanche             (visites des mages)
                   24   27             lundi
                   25   28             mardi
                   26   29             mercredi
                   27    1    Kislev   jeudi         3
                   28    2             vendredi
                   29    3             samedi    6          Classe de Miyyamîn
                   30    4             dimanche
     décembre -2    1    5             lundi
                    2    6             mardi
                    3    7             mercredi
                    4    8             jeudi
                    5    9             vendredi
                    6   10             samedi    7          Classe de Haqqoç
                    7   11             dimanche
                    8   12             lundi
                    9   13             mardi
                   10   14             mercredi
                   11   15             jeudi
                   12   16             vendredi
                   13   17             samedi    8          classe d'Abiyya
                   14   18             dimanche
                   15   19             lundi
                   16   20             mardi
                   17   21             mercredi
                   18   22             jeudi
                   19   23             vendredi
                   20   24             samedi    9          classe de Yéshua
                   21   25             dimanche
                   22   26             lundi
                   23   27             mardi
                   24   28             mercredi
                   25   29             jeudi                meurtre des nouveaux nés
                   26   30             vendredi             Jésus a 3 mois
                   27    1   Tebeth    samedi   10          Classe de Shekanyahu
                   28    2             dimanche
                   29    3             lundi
                   30    4             mardi
                   31    5             mercredi
      janvier -1    1    6             jeudi
                    2    7             vendredi
                    3    8             samedi   11          Classe d'Elyashib
                    4    9             dimanche
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                    21


                            5   10            lundi           jeûne du 10 Tebeth
                            6   11            mardi
                            7   12            mercredi
                            8   13            jeudi
                            9   14            vendredi        éclipse de lune
                           10   15            samedi     12   Classe de Yaqîm
                           11   16            dimanche
                           12   17            lundi
                           13   18            mardi
                           14   19            mercredi
                           15   20            jeudi
                           16   21            vendredi
                           17   22            samedi     13   Classe de Huppa
                           18   23            dimanche
                           19   24            lundi
                           20   25            mardi
                           21   26            mercredi
                           22   27            jeudi
                           23   28            vendredi
                           24   29            samedi     14   Classe de Yeshebeab
                           25    1   Shebat   dimanche
                           26    2            lundi           mort d'Hérode
                           27    3            mardi
                           28    4            mercredi
                           29    5            jeudi
                           30    6            vendredi
                           31    7            samedi     15   Classe de Bilga



 Pâque le 14 Nisan (lundi 29 avril -3).
 Début du premier cycle des 24 classes le samedi 26 Nisan (11 mai -3).
 Classe d'Abbiya (8e semaine), début le samedi 16 Siwan (29 juin -3).
 Classe de Yéshua (9e semaine), début le samedi 23 Siwan (5 juillet -3). Début de la
      gestation de Jean le Baptiseur (naissance 273 jours plus tard).
 Yom kippour le samedi 10 Tishri (19 octobre -3).
 Début du second cycle des 24 classes le samedi 24 Tishri (2 novembre -3).
 L'ange Gabriel annonce la naissance de Jésus 6 mois après celle de Jean le Baptiseur,
      soit le lundi 23 Kislev (30 décembre -3). Début de la gestation de Jésus.
 Naissance de Jean le Baptiseur le 1er Nisan (samedi 5 avril -2).
 Naissance de Jésus le 1er Tishri (lundi 29 septembre -2), après 273 jours de gestation.
            Selon le texte biblique, Jésus est né dans une famille de Galilée vivant à Nazareth
qui, à cause de l'enregistrement ordonné par Auguste, dut se déplacer à Bethléhem, ville
natale de Joseph47. En arrivant à Bethléhem, vers fin septembre -2, Marie accouche de Jésus
le 29 septembre puis, conformément à la coutume juive48, monte au Temple de Jérusalem
40 jours plus tard49 soit le vendredi 7 novembre -2. Vers la fin novembre, des astrologues,
sans doute venus de Babylone, patrie d'origine de l'astrologie50, atteignent Jérusalem.
Quelques jours plus tard, ils arrivent vers l'enfant Jésus, puis repartent vers Babylone mais

47 Luc 1:26,27; 2:1-4.
48 Lévitique 12:1-8.
49 Luc 2:22.
50 Daniel 1:20; 2:27.
22                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     sans repasser par Jérusalem. Fin décembre, voyant qu'il avait été berné, Hérode décide de
     faire tuer tous les nouveau-nés de Bethléem. Les parents de Jésus, avertis du projet, partent
     en Égypte51. Si Hérode ignorait l'âge de l'enfant, il connaissait par contre le moment où
     l'étoile était apparue, soit au début du voyage des astrologues. Si ceux-ci sont venus de
     Babylone à dos de chameaux, cela a dû leur demander environ 3 à 4 mois de trajet52. Se
     fondant sur cette durée estimée du trajet et en ajoutant le retard, Hérode a dû évaluer l'âge
     de l'enfant avec une marge de sécurité confortable de deux ans avant d'ordonner le
     massacre des enfants, vers le 25 décembre -2, car l'enfant Jésus devait avoir 3 mois à ce
     moment53. Jésus étant né le 1er Tishri, 3 mois après conduisent au 26 décembre -2 . Seuls les
     Évangiles rapportent cet événement, mais le fait est plausible, car les dirigeants consultaient
     souvent des Chaldéens (appelés mages) pour connaître l'avenir54. Hérode serait mort peu de
     temps après. La famille de Jésus en fut immédiatement informée et revint habiter à
     Nazareth ce qui leur permit de célébrer la Pâque55 (7 avril -1) puisque les parents de Jésus
     sont présentés dans les Évangiles comme des Juifs pieux.
                La date de naissance de Jésus, fixée au 29 septembre -2, est en accord avec les deux
     informations chronologiques provenant du comput julien bien attesté:
      Jésus est né lors d'un enregistrement général de l'empire romain. Or, selon Dion
          Cassius, ceux-ci étaient quinquennaux et, comme les dates de ces recensements du
          début de notre ère sont bien connus puisqu'ils sont datés respectivement de 4, 9 et 14,
          il est facile de déduire que le précédent dû avoir lieu en -2. Cette coïncidence n'est pas
          fortuite car c'est le 5 février -2 que l'empereur Auguste est devenu "Père de la patrie" et
          qu'il décréta de faire "l'inventaire du monde".
      Jésus ayant environ 30 ans en l'an 15 de Tibère, soit en 29, il est encore facile de
          calculer l'année de sa naissance en -2.
                La date de la naissance de Jésus est bien attestée, et elle n'a été remise en question
     qu'au milieu du 19e siècle quand certains chercheurs proposèrent de dater la mort d'Hérode
     en mars -4. Si cette datation était exacte, Jésus serait né 2 ans après la mort d'Hérode, alors
     que le texte de Matthieu indique clairement que sa naissance eut lieu peu de temps avant, et
     non après, la mort d'Hérode.

     51 Matthieu 2:1-16.
     52 Esdras 7:9. Il y a environ 1500 kilomètres entre Babylone et Jérusalem par la route, soit une vitesse moyenne de 13 km/jour. À titre de
     comparaison, même les armées romaines, très organisées, ne dépassaient pas la vitesse moyenne de 25 km/jour (E. LUTTWAK – La
     grande stratégie de l'Empire romain. Paris 2009 Éd. Economica pp. 137).
     53 Les Évangiles mettent en parallèle sa vie avec celle de Moïse, ce dernier ayant cet âge dans la même situation (Actes 7:19-20).
     54 TACITE Annales II:27:2; XII:22:1. Lors de la naissance d’Octave, Nigidius Figulus prédit grâce aux astres que celui-ci allait recevoir une

     souveraine puissance et empêcha son père qui prit peur de le tuer (DION CASSIUS Histoire romaine XLV:1:1-3). Hérode fit tuer son fils
     Antipater parce que celui-ci avait voulu régner avant terme (FLAVIUS JOSEPHE Antiquités juives XVII:185-191).
     55 Matthieu 2:19-23; Luc 2:39-41.
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                          23


           Le philosophe Celse, qui rédigea (vers 178) une attaque en règle contre les chrétiens
et qui fut un farouche contestataire de leur doctrine, qu'il connaissait bien, n'a rien trouvé à
redire sur le fait que Jésus soit né sous le règne d'Hérode; il écrit: Tu as commencé par te
fabriquer une filiation fabuleuse, en prétendant que tu devais ta naissance à une vierge. En réalité, tu es
originaire d'un petit hameau de la Judée, fils d'une pauvre campagnarde qui vivait de son travail. Celle-ci,
convaincue d'adultère avec un soldat Panthère, fut chassée par son mari, charpentier de son état. Expulsée
de la sorte et errant çà et là ignominieusement, elle te mit au monde en secret. Plus tard, contraint par le
dénuement à t'expatrier, tu te rendis en Égypte, y louas tes bras pour un salaire, et là, ayant appris
quelques-uns de ces pouvoirs magiques dont se targuent les Égyptiens, tu revins dans ton pays, et, enflé des
merveilleux effets que tu savais produire, tu te proclamas Dieu (...) Tu racontes que des Chaldéens, ne
pouvant se tenir à l'annonce de ta naissance, se mirent en route pour venir t'adorer comme Dieu, alors que
tu étais encore au berceau; qu'ils annoncèrent la nouvelle à Hérode le Tétrarque, et que celui-ci, dans la
crainte que, devenu grand, tu n'usurpasses son trône, fit égorger tous les enfants du même âge pour te faire
périr à coup sûr. Mais, si Hérode a fait cela mû par la crainte que plus tard tu ne prisses sa place,
pourquoi, arrivé à l'âge d'homme, n'as-tu pas régné? Pourquoi te vit-on alors, toi, le Fils de Dieu,
vagabond de malheur, ployé sous la frayeur, désemparé, courant le pays avec tes dix ou onze acolytes
ramassés dans la lie du peuple, parmi des publicains et des mariniers sans aveu, et gagnant honteusement
une précaire subsistance ? Pourquoi fallut-il qu'on t'emportât en Égypte ? Pour te sauver de l'extermination
par l'épée? Mais un Dieu ne peut craindre la mort. Un ange vint tout exprès du ciel t'ordonner à toi et à
tes parents de fuir. Le grand Dieu, qui avait déjà pris la peine d'envoyer deux anges pour toi, ne pouvait-il
donc préserver son propre fils dans son propre pays ? Aux vieilles légendes qui racontent la naissance divine
de Persée, d'Amphion, d'Éaque, de Minos, nous n'ajoutons plus foi aujourd'hui. Encore sauvent-elles au
moins la vraisemblance, en ce qu'elles attribuent à ces personnages des actions vraiment grandes, admirables
et utiles aux hommes56. Celse mentionne "Hérode le Tétrarque qui fit égorger tous les
enfants"; il s'agit bien d'Hérode le Grand, nommé tétrarque de Judée57 par Antoine à partir
de -42 (puis nommé roi en -40 par le Sénat romain), et non de son fils Hérode Antipas, qui
reçut lui aussi le titre de tétrarque "chef de district" (Matthieu 14:1). Si les chrétiens avaient
confondu les deux rois, Celse, qui était prompt à la critique, n'aurait pas manqué de se
gausser d'une aussi grossière erreur.
           Les critiques de Celse reposent avant tout sur la calomnie quand il affirme sans
preuve que la filiation de Jésus est fabuleuse et que la "vraie" filiation serait le fruit d'un
adultère. Si cette affabulation était avérée, les prétentions de Jésus d'être le Messie auraient

56 Celse (L. ROUGIER) -Discours vrai contre les chrétiens
1999 Paris Éd. Phébus pp. 47-49.
57 Guerre des Juifs I:244.
24                       APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     été dénuées de tout fondement devant le Sanhédrin et il aurait été jugé pour folie et non
     pour crime de lèse majesté. De plus, les premiers chrétiens étant juifs ils pouvaient aussi
     vérifier la filiation de Jésus dans les archives du Temple (jusqu'en 70).
             La combinaison de la chronologie de la vie Jésus, au début de notre ère, avec celles
     d'Hérode le Grand, de Quirinius et de Varus, donne un agencement des événements
     parfaitement cohérent qui illustre la situation particulièrement complexe au moment de la
     mort d'Hérode. Tibère, qui avait en théorie une position de corégent, n'exerçait plus sa
     fonction depuis son retrait à Rhodes en -5, de plus, comme il arrivait en fin de mandat, son
     successeur Caius César avait déjà été désigné (en décembre -1). Vu le jeune âge du nouveau
     corégent, Auguste lui avait adjoint deux consuls expérimentés: Marcus Lollius comme
     recteur (pour le conseiller) et Quinctilius Varus comme légat (pour commander les légions).
     Après la mort d'Hérode, un procurateur financier, Sabinus, a été ajouté pour estimer les
     biens de ce roi client. L'ensemble des carrières, de tous les personnages impliqués sur
     période de -6 à 4, est le suivant (le règne effectif d'Hérode est compté après la prise de
     Jérusalem et la mort d'Antigone, son rival au trône de Judée):

     An        Hérode          gouverneurs en Syrie
     -6     1                                                        âge d'Hérode
            2                                                        règne effectif d'Hérode en Judée
            3                                                        règne légal d'Hérode
            4 66 30 33
            5
            6
            7                Tibère       Varus                      Tibère légat impérial d'Orient
            8                                                        Varus gouverneur de Syrie
            9
           10
           11
           12                                                        Quirinius désigné gouverneur
      -5    1                                                        de Cilicie
            2
            3                                          S. Quirinius Quirinius gouverneur de Cilicie
            4 67 31 34
            5
            6                                                        Bataille contre les Homonades
            7
            8                (Tibère)                                Tibère se retire à Rhodes
            9
           10
           11
           12
      -4    1
            2
            3
            4 68 32 35
            5
            6
DATE DE LA NAISSANCE DE JESUS                                          25


      7          [0] (Tibère)                              Testament d'Hérode dans lequel
      8                                                    ses fils sont nommés rois (à Rome)
      9
     10
     11
     12                                                    Quirinius désigné gouverneur
-3    1                                                    de Syrie
      2
      3
      4 69 33 36 [1]
      5
      6
      7                           Quirinius                Quirinius gouverneur de Syrie
      8
      9
     10
     11
     12
-2    1
      2                                                    Auguste déclaré Père de la Patrie
      3
      4 70 34 37 [2]
      5                                                    Début du recensement d'Auguste
      6                                                    inventaire du monde
      7
      8
      9                                                    Naissance de Jésus
     10
     11
     12                                                    Varus désigné gouverneur de Syrie
-1    1                                                    Mort d'Hérode
      2                                                    Iturée intégrée au royaume d'Hérode
      3                                                    Funérailles d'Hérode
      4           3                                        An 3 du règne des fils d'Hérode
      5 Sabinus                   Varus                    Varus est commandant de légions
      6                                                    en Judée et Sabinus procurateur
      7              (C. César)               S. Quirinius Quirinius proconsul d'Asie
      8                                                    M. Lollius recteur de Caius César
      9
     10                                                    Archélaüs émet sa 1ère pièce, datée
     11                                                    de l'an 3
     12
1     1                                                    Caius César arrive en Orient
      2              C. César                              guerre [de Varus] en Syrie
      3
      4           4
      5
      6
      7
      8
      9
     10
     11
     12
2     1
      2
      3
26                       APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


           4               5
           5
           6                                                         M. Lollius disgracié
           7                               S. Quirinius              Quirinius recteur de Caius César
           8                                                         (en Arménie)
           9
          10
          11
          12
      3    1
           2
           3
           4               6
           5
           6
           7
           8
           9
          10
          11
          12
      4    1
           2                                                         Mort de Caius César
           3
           4               7


               Les carrières d'Hérode le Grand, de Quirinius et de Varus ont été examinées à part
     (voir les Chronologies de la vie d'Hérode, de Quirinius et de Varus).
Date de la mort de Jésus

           La datation de la mort de Jésus est controversée. Elle est actuellement souvent
supposée en 30, voire en 29, de notre ère. L'étude réalisée par Depuydt1 sur cette question
est représentative de l'argumentation utilisée. Il débute son étude en affirmant que depuis le
début du 20e siècle la date de 29 est presque universellement acceptée. Cette première
remarque doit être fortement nuancée, puisque les historiens2 qui calculent cette date en se
servant des données provenant des Évangiles aboutissent au vendredi 3 avril 33, qui est la
date traditionnelle (le pape a consacré 1933 comme année sainte pour commémorer le
1900e anniversaire de la mort de Jésus). Il affirme ensuite que les sources évangéliques
seraient contradictoires: certains situent la mort de Jésus au début du jour et d'autres à la fin
du jour, au début du 15 Nisan. En fait cette théorie résulte d'une mauvaise compréhension
du comput biblique. Selon le texte d'Exode 12:1-8, la Pâque juive devait être célébrée la
nuit du 14 Nisan. Or, chez les Juifs le soir (marqué par le coucher du soleil) précède le
matin3 contrairement au calendrier julien. Ainsi cette fête se déroulait au début du 14
Nisan, soit à fin du 13 Nisan vers 18 heures et non à la fin du 14 (et début du 15 Nisan).
           Meier, dans son livre Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire, consacre une grande
partie de ses recherches à fixer précisément la date de la mort de Jésus et propose de
contredire la chronologie synoptique: En guise de corollaire, j'ajouterais deux avantages à la solution
que je propose et qui contredit la chronologie synoptique4. En effet, si Jésus et ses disciples avaient
célébré la Pâque le 13 ou le 15 Nisan ils auraient été en infraction avec le calendrier officiel
du Temple, ce qui est inconcevable compte tenu du légalisme de l'époque5.
           Le texte de Luc6 date précisément le ministère de Jésus (contrairement à ce que
Depuydt affirme) puisqu'il en fixe le début durant l'an 15 de Tibère (qui va du 19 août 28
au 18 août 29). Le baptême de Jésus est situé six mois après celui de Jean le Baptiseur, soit
entre le 19 février 29 et le 18 août 29. Selon Luc, Jésus a comparé son ministère peu
productif à celui du prophète Élie qui apporta uniquement son aide à quelques veuves
d'Israël et cela pendant 3 ans et 6 mois selon les textes de Luc. De même, vers la fin de son

1 L. DEPUYDT – The Date of Death of Jesus of Nazareth
in: Journal of the American Oriental Society 122:3 (2002) pp. 466-480.
2 G. GOYAU – Chronologie de l'empire romain

Paris 2007 Éd. Errance p. 46.
3 Genèse 1:5, 8, 13, 19, 23, 31.
4 J.P. MEIER - Un certain juif Jésus Les données de l'histoire I

Paris 2004 Éd. Cerf pp. 235-262.
5 Il n'est même pas sûr que les Esséniens, vivant à l'écart du Temple, qui proposaient un calendrier dissident, l'aient réellement pratiqué.

Leur année solaire n'ayant que 364 jours, au lieu de 365, elle était désynchronisée de l'observation (5 jours de retard au bout de 4 ans).
6 Luc 3:1-4,21-23.
28                            APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     ministère, Jésus a comparé son action à celle d'un vigneron cultivant un figuier depuis 3 ans
     avec très peu de résultats (Luc 4:24-28; 13:5-9). Selon les indications fournies par ces textes,
     la durée de 3 ans et 6 mois couvrirait une période allant de l'automne 29 au printemps 33.
             Les quatre évangiles décrivent plusieurs événements qui peuvent être situés dans le
     temps (fêtes, saisons, durées précises). La mise en parallèle de ces données est cohérente et
     permet la reconstitution chronologique suivante (les repères datables sont en grisé):

      an                      Événement servant de repère chronologique                 Matthieu   Marc       Luc         Jean
      29   15     1    X
                  2    XI
                  3    XII
                  4    I      Ministère de Jean le Baptiseur en l'an 15 de Tibère.      3:1-12     1:1-18     3:1-18      1:6-28
                  5    II
                  6    III
                  7    IV
                  8    V      Baptême de Jésus en l'an 15 de Tibère.                    3:13-17    1:9-11     3:21-38     1:32-34
           [16]   9    VI     Jésus (né en -2) est âgé d'environ 30 ans.
                  10   VII    Ministère de Jésus (6 mois après celui de Jean)
                  11   VIII
                  12   IX
      30          1    X
                  2    XI
                  3    XII
                  4    I      Temple construit depuis 46 ans. Fête de Pâque.                                              2:13-25
                  5    II     Jean le Baptiseur emprisonné.                             4:12       1:14       3:19,20     4:1-3
                  6    III    Jésus en route vers la Galilée 4 mois avant la moisson.                                     4:35
                  7    IV     (au mois VII) "Le royaume des cieux s'est approché".      4:17       1:15       4:14,15     4:44,45
                  8    V
           [17]   9    VI
                  10   VII
                  11   VIII
                  12   IX
      31          1    X
                  2    XI
                  3    XII    Festin avec les collecteurs d'impôts.                     9:9-17     2:13-22    5:27-39
                  4    I      Célébration d'une fête des Juifs (Nikanor ou Purim?).                                       5:1
                  5    II     Les disciples arrachent des épis (moisson du blé).        12:1-8     2:23-28    6:1-5
                  6    III
                  7    IV
                  8    V
           [18]   9    VI
                  10   VII    Mort de Séjan. La politique impériale devient pro-juive.
                  11   VIII   Jésus calme une tempête (entre août et décembre).        8:18-27     4:35-41    8:22-25
                  12   IX
      32          1    X
                  2    XI     Hérode Antipas fait décapiter Jean le Baptiseur.          14:1-12    6:14-29    9:7-9
                  3    XII    5000 hommes nourris juste avant la Pâque.                 14:13-21   6:30-44    9:10-17     6:1-13
                  4    I
                  5    II
                  6    III
                  7    IV     Olympiade 202:4
                  8    V
           [19]   9    VI
                  10   VII    Enseignement lors de la fête des Huttes (10 Tishri).                                        7:11-52
                  11   VIII   La moisson est grande et en culture depuis 3 ans.                               10:2 13:7
                  12   IX     Fête de la Dédicace (25 Kislev).                                                            10:1-39
      33          1    X
                  2    XI
                  3    XII    Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem.                   21:1-17    11:1-11    19:29-44    12:12-19
                  4    I      Repas de la Pâque (le vendredi 14 Nisan).                 26:20,21   14:17,18   22:14-18
                  5    II     Judas est congédié puis instauration de la Cène.          26:21-25   14:18-21   22:21-23    13:21-30
                  6    III
                  7    IV
                  8    V
DATE DE LA MORT DE JESUS                                       29


           La fête des Juifs mentionnée en Jean 5:1 (ayant lieu vers le printemps selon sa place
dans la reconstitution) peut désigner la fête de Nikanor7 qui avait lieu autour de mars, car
les autres fêtes plus connues, comme la Pâque (mars/avril) ou la fête de la Dédicace
(novembre/décembre) sont toujours mentionnées par leur nom dans le texte de Jean.
           Le texte de Jean 2:13-20 vient confirmer le début du ministère de Jésus en 29. Il
rapporte une discussion placée lors de la première Pâque: La Pâque des Juifs étant proche et
Jésus monta à Jérusalem (...) Les Juifs lui dirent alors: "Il a fallu 46 ans pour bâtir ce sanctuaire". Le
terme naos désigne le sanctuaire du Temple et non le Temple [iéron] lui-même. Josèphe8
précise que le Temple n'était pas encore achevé à l'époque du procurateur Albinus (62-64).
Concernant le sanctuaire, il écrit: Quand Hérode acheva la 17e année de son règne, César vint en
Syrie (...) Ce fut à cette époque, dans la 18e année de son règne, après les événements mentionnés
précédemment, qu'Hérode entreprit un travail extraordinaire: la reconstruction du temple de Dieu à ses
propres frais (...), mais le sanctuaire [naos] lui-même fut construit par les prêtres en un an et six mois9.
Dion Cassius10 situe le voyage d'Auguste en Syrie dans le printemps de l'année, quand
Marcus Apuleius et Publius Silius étaient consuls, soit autour de février/mars -20 qui
correspond effectivement à la fin de la 18e année d'Hérode. Les travaux du sanctuaire ont
donc commencé en 20/19 et se sont achevés vers 18/17 puisqu'ils ont duré 1 an et demi.
La durée de 46 ans amène donc effectivement dans une période datée vers 29/30.
           La mort de Jean le Baptiste tombant au début de l'an 32 est confirmée par Flavius
Josèphe. Selon lui11, le meurtre de Jean le Baptiste par Hérode Antipas avait entraîné une
"vengeance divine": destruction de son armée par Arétas, roi de Pétra, et mort de son frère
Hérode Philippe qu'il date dans la 20e année de Tibère (33/34) après 37 ans de règne.
           Depuydt affirme que les sources les plus anciennes fixent la mort de Jésus en 29 en
citant Tertullien (155-222) qui date la mort de Jésus durant les consulats de Rubellius
Geminus et de Rufius (sic) Geminus. En fait, la source la plus ancienne qui date la mort de
Jésus provient de l'historien grec Phlégon de Tralles qui a achevé en 140 sa chronologie des
événements les plus importants datés par les olympiades. Matthieu12 évoque, par exemple,
un tremblement de terre et des ténèbres surprenantes (et non une éclipse de soleil) durant
la mort de Jésus de midi à 15 heures13 (ces 3 heures dépassent la durée d'une éclipse de
soleil). Plusieurs auteurs rapportent cet événement exceptionnel. Thallus, historien

7 La fête de Nikanor avait lieu le 13 Adar à cette époque (Antiquités juives XII:412; 2Maccabées XV:36).
8 Antiquités juives XX:219.
9 Antiquités juives XV:354, 380, 421.
10 Histoire romaine LIV:7:4-6.
11 Antiquités juives XVIII:106-119.
12 Matthieu 27:45-54.
13 L'heure de la prière selon Actes 3:1.
30                           APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     samaritain du 1er siècle, déclare dans le 3e livre de ses Histoires (rapporté par Jules l'Africain 14
     vers 220 de notre ère): Dans le monde entier, une obscurité effrayante, par l'obscurcissement d'une
     éclipse de soleil, se répandit et, par l'effet d'un tremblement de terre, des rochers se fendirent et de nombreux
     bouleversements se produisirent en Judée et dans le reste de la terre. Phlégon de Tralles donne une
     date précise, rapportée par Eusèbe15: En la quatrième année de la CCIIe olympiade, il y eut une
     éclipse de soleil, la plus grande que l'on eut jamais vue, et la nuit se fit à la sixième heure du jour [midi],
     au point que les étoiles furent visibles dans le ciel. Et un grand tremblement de terre, ressenti en Bithynie,
     causa de nombreux bouleversements à Nicée. La 4e année de la 202e olympiade va de juillet 32 à
     juillet 33, ce qui confirme la date du 3 avril 33. Cette information était considérée comme
     fiable à l'époque car Origène16 (en 248) l'a citée pour réfuter Celse, philosophe grec très
     critique à l'égard du christianisme mais bien au fait de l'histoire.
               Eusèbe17 précise aussi dans sa citation de Phlégon que Jésus avait commencé son
     ministère en l'an 15 de Tibère et qu'il était mort 3 ans plus tard en l'an 18 (soit au début de
     la 4e année de l'olympiade). Il donne une durée plus exacte de pas tout à fait 4 ans18 dans un
     autre de ses livres. Jérôme, qui a édité la chronique d'Eusèbe, la considérait comme fiable.
     Selon Irénée de Lyon19 ce sont les hérétiques qui propageaient [en 177] une durée de
     seulement 1 an pour le ministère de Jésus.
               Deux éléments indirects fournis par les Évangiles permettent de confirmer cette
     datation par l'astronomie. Le jour de la Pâque pouvait coïncider avec n'importe quel jour de
     la semaine, mais le lendemain, correspondant au 1er jour de la fête des Azymes, devait être
     un sabbat20. Si ce sabbat du 15 Nisan coïncidait avec le sabbat habituel du samedi, on
     parlait alors d'un "grand sabbat". Comme Jésus fut ressuscité le premier jour de la semaine
     du système juif21, notre dimanche, il est donc mort le vendredi 14 Nisan. Il est possible de
     calculer quel était le jour de la semaine correspondant au 14 Nisan de notre calendrier. Or,
     la seule année pour laquelle le 14 Nisan tombe un vendredi22 sur la période allant de l'an 29
     à l'an 35 est l'an 33. Depuydt propose le vendredi 15 avril 29 en postulant une erreur de 1
     jour sur l'observation du 1er croissant, mais cette solution est improbable car il faudrait
     admettre que ce 1er croissant ait été vu un jour trop tôt, pendant la nouvelle lune!

     14 JULIUS AFRICANUS - Chronographiæ
     Turnhout 1966 Ed. Brepols (Migne) Patrologiæ Graecae t. X p. 91.
     15 EUSEBE - Chronicorum

     Paris 1857 Patrologiae Graecae t. XIX Ed. Migne p. 535.
     16 Contre Celse II:14,33,59.
     17 R. HELM – Eusebius Werke

     Berlin 1956 Ed. Akademie-Verlag Berlin pp. 174,175.
     18 Histoire ecclésiastique I:10:2.
     19 Contre les hérésies II:22:5.
     20 Lévitique 23:5-7.
     21 Jean 19:31; 20:1.
     22 http://www.imcce.fr/fr/ephemerides/astronomie/Promenade/pages4/429.html
DATE DE LA MORT DE JESUS                                                                      31


                     An      14 Nisan dans le calendrier julien                                  éclipse de lune

                     26      Vendredi 22 mars                                                          Non
                     27      Mercredi 9 avril                                                          Non
                     28      Lundi 29 mars                                                             Non
                     29      Samedi 16 avril                                                           Non
                     30      Mercredi 5 avril                                                          Non
                     31      Lundi 26 mars                                                             Non
                     32      Lundi 14 avril (non visible à Jérusalem)*                                (Oui)*
                     33      Vendredi 3 avril                                                          Oui
                     34      Lundi 22 mars                                                             Non
                     35      Lundi 11 avril                                                            Non
                     36      Vendredi 30 mars                                                          Non


           Une deuxième confirmation de l'année 33 provient de la précision du livre des
Actes23 sur les phénomènes célestes qui se produisirent lors de la mort de Jésus: Le soleil se
changera en ténèbres et la lune en sang. Généralement, lors d'une éclipse de lune celle-ci apparaît
rouge-sang24, ce qui est l'explication la plus naturelle du texte des Actes. L'historien romain
Quinte-Curce25 commente, par exemple, une éclipse de lune, ce qui éclaire comment on
percevait ce phénomène à cette époque (vers 50 de notre ère): Alexandre fit, en ce lieu, une
halte de deux jours, et, pour le suivant, donna l'ordre du départ. Mais, vers la première veille, la lune,
s'éclipsant, commença par dérober l'éclat de son disque; puis, une sorte de voile de sang vint souiller sa
lumière: inquiets déjà aux approches d'un si terrible hasard, les Macédoniens furent pénétrés d'une profonde
impression religieuse, et en même temps de frayeur. C'était contre la volonté des dieux, disaient-ils, qu'on les
entraînait aux extrémités de la terre: déjà les fleuves étaient inabordables et les astres ne prêtaient plus leur
ancienne clarté; partout ils rencontraient des terres dévastées, partout des déserts: et pourquoi tant de sang?
pour satisfaire la vanité d'un seul homme! Il dédaignait sa patrie, il désavouait son père Philippe, et, dans
l'orgueil de ses pensées, aspirait au ciel! Une sédition allait éclater, lorsqu'Alexandre, toujours inaccessible à
la crainte, commande aux chefs et aux principaux officiers de son armée de se rassembler en corps dans sa
tente, et en même temps aux prêtres égyptiens, qu'il regardait comme très habiles dans la connaissance du
ciel et des astres, de faire connaître leur opinion. Ceux-ci savaient bien que, dans le cours des temps,
s'accomplit une suite marquée de révolutions, et que la lune s'éclipse lorsqu'elle passe sous la terre, ou qu'elle
est cachée par le soleil; mais ce que le calcul leur a révélé, ils se gardent bien d'en faire part au vulgaire. À
les entendre, le soleil est l'astre des Grecs, la lune celui des Perses: aussi, toutes les fois qu'elle s'éclipse, c'est
pour les Perses un présage de ruine et de désolation; et ils citent d'anciens exemples de rois de cet empire, à
23 Actes 2:20.
24 Cette éclipse de lune semble coïncider avec la fin légale des sacrifices sanglants au Temple, selon Daniel 9:27. Il y eut également une
autre éclipse de lune en 587, le 4 juillet (13 Tammuz), mentionnée en Joël 3:3-5, juste avant la destruction du 1er Temple. Le Talmud
(Mishna Taanit 4:6 28b) rapporte que les sacrifices au Temple cessèrent le 17 Tammuz à cause d'une pénurie totale de brebis, et le texte de
2Rois 25:1-4 date le début de la chute de la ville au 9 Tammuz.
25 Histoires IV:10.
32                             APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     qui la lune, en s'éclipsant, témoigna qu'ils combattaient avec les dieux contraires. Rien ne gouverne si
     puissamment les esprits de la multitude que la superstition: emportée, cruelle, inconstante en toute autre
     occasion, dès que de vaines idées de religion la dominent, elle obéit à ses prêtres bien mieux qu'à ses chefs.
     Aussi, la réponse des Égyptiens, à peine publiée dans l'armée, fit renaître les esprits abattus à l'espoir et à
     la confiance. Quinte-Curce donne une description exacte de l'éclipse, datée du 13/VI de l'an
     5 de Darius III (20 septembre -331) par une tablette astronomique babylonienne (BM
     36761), mais la prétendue source égyptienne de ses explications est en fait une citation
     tronquée d'Hérodote26 puisque ce dernier précise que les Perses sacrifiaient aussi au Soleil
     en plus de la lune27. Quinte-Curce reconnaît d'ailleurs lui-même ce point quand il écrit:
     C'était un usage traditionnel chez les Perses, de ne se mettre en marche qu'après le lever du soleil, lorsque le
     jour brillait de tout son éclat. Le signal du départ, donné par la trompette, partait de la tente du roi: au-
     dessus de cette tente, assez haut pour que tout le monde pût l'apercevoir, brillait l'image du soleil enchâssée
     dans du cristal (...) Venait ensuite un char consacré à Jupiter, traîné par des chevaux blancs, et que suivait
     un coursier d'une grandeur extraordinaire, que l'on appelait le coursier du soleil: des houssines d'or et des
     vêtements blancs distinguaient les conducteurs de ces chevaux28.
                En fait, lorsque Quinte-Curce explique qu'une éclipse lunaire avec son voile de sang
     ne peut être un présage de mort il exprime les conceptions de son temps dans les milieux
     cultivés. Il reconnaît cependant que ces éclipses étaient perçues comme prémonitoires dans
     les milieux populaires. Au premier siècle Flavius Josèphe29 partageait ce point de vue
     puisqu'il écrit: Ne vous laissez pas troubler par les convulsions d'éléments inanimés et ne voyez pas non
     plus dans le tremblement de terre le signe prémonitoire d'un nouveau malheur. Les phénomènes qui affectent
     les éléments [cosmologiques] sont purement naturels et ils n'apportent aux humains rien de plus que le tort
     qu'ils leur causent. Il est probable que l'évangéliste Luc, qui était médecin, partageait lui aussi
     ce point de vue scientifique sur les éclipses de lune (des ténèbres anormales sont parfois
     provoquées par d'épais nuages ou une importante nuée soit de poussières soit de cendres).
     Or il y eut effectivement une éclipse partielle de lune le vendredi 3 avril 33. Cette éclipse
     commença vers 15h40 et fut visible à Jérusalem de 17h50 à 18h30. Elle est, de plus, selon
     les calculs astronomiques30, la seule qui tombe un vendredi31 entre l'an 26 et l'an 36 (période
     de la légation de Pilate en Judée).


     26 Enquête VII:37.
     27 Enquête I:131.
     28 Histoires III:3.
     29 Guerre des Juifs I:377.
     30 http://sunearth.gsfc.nasa.gov/eclipse/LEcat5/LE0001-0100.html

     Le maximum de l'éclipse est à 14h47 UT et son début est fixé 86 minutes avant, soit à Jérusalem à 15h41 = 14h47 – 86 + 2h20.
     31 J.P. PARISOT, F. S UAGHER - Calendriers et chronologie

     Paris 1996 Éd. Masson pp. 164-166.
DATE DE LA MORT DE JESUS                                                                  33


          Les dates provenant des calendriers lunaires sont faciles à vérifier, car la nouvelle
lune précède de 1 jour (ou 2) le 1er jour de chaque mois coïncidant avec le 1er croissant
visible. Le calendrier lunaire hébraïque fixe la fête de Pâque au 14 Nisan, date traditionnelle
de la mort de Jésus. Cette date peut être rétrocalculée par l'astronomie sur la période 29-35,
de l'an 15 de Tibère (début du ministère de Jésus en 29) à 35 (fin de la légation de Ponce
Pilate). De même l'éclipse de lune impose l'année 33 pour la mort de Jésus. Ces deux
coïncidences sur la date du vendredi 14 Nisan imposent le vendredi 3 avril 33.

 An de Tibère           An      14 Nisan (calendrier julien)      Éclipse de lune                              Événement
    15/16               29      Samedi 16 avril                          -                         baptême de Jésus (Luc 3:1-23)
    16/17               30      Mercredi 5 avril                         -
    17/18               31      Lundi 26 mars                            -
    18/19               32      Lundi 14 avril               (non visible à Jérusalem)             mort de Jean le Baptiste
    19/20               33      Vendredi 3 avril                       Oui                         mort de Jésus
    20/21               34      Lundi 22 mars                            -                         mort d'Hérode Philippe
    21/22               35      Lundi 11 avril                           -


          Il est ensuite possible, grâce notamment au récit de Marc, de reconstituer presque
heure par heure les derniers jours de la vie de Jésus:

 Calendrier hébraïque    heures                Événement                                       Calendrier julien      Référence
 Jeudi 13 Nisan          18 - 24
                         24 - 6                                                                Jeudi 2 avril
                             6 - 12
                         12 - 15               Préparation de la Pâque.                                               Marc 14:12-16
                         15 - 18               Le soir est venu. Judas est congédié après le                          Marc 14:17-21
 Vendredi 14 Nisan       18 - 21               Repas pascal, puis institution de la Cène.                             Marc 14:22-25
                         21 - 24               Jésus arrêté. Procès du Sanhédrin.                                     Marc 14:26-71
                         24 - 6                Reniement de Pierre. Chant du coq.              Vendredi 3 avril       Marc 14:72
                             6- 9              Enquête de Pilate puis devant Hérode.                                  Marc 15:1-5
                             9 - 12            Procès de Pilate (offrande de paix vers 15h)                           Marc 15:6-19
                         12 - 15      nuit 1   Ténèbres anormales (mort de Jésus à 15h).       3 heures de ténèbres   Marc 15:20-41
                         15 - 18      jour 1   Mise au tombeau de Jésus.                       (éclipse de lune)      Marc 15:42-47
 Samedi 15 Nisan         18 - 24               Grand sabbat.                                                          Jean 19:31
                             24 - 6   nuit 2                                                   Samedi 4 avril
                             6 - 12   jour 2   Pilate fait garder la tombe jusqu'au 3e jour.                          Matthieu 27:62-66
                         12 - 15
                         15 - 18
 Dimanche 16 Nisan       18 - 24
                         24 - 6       nuit 3                                                   Dimanche 5 avril       Jean 20:1
                             6- 9     jour 3   Résurrection au début du jour.                                         Marc 16:1-2


           Cette reconstitution repose sur l'hypothèse d'un 1er jour lunaire coïncidant avec le
1er croissant visible. Depuydt a raison de rappeler que cette observation était délicate et
pouvait être entachée d'une erreur de 1 jour. Cependant, dans ce cas, il s'agissait d'un retard
34                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     (dû à l'inobservation) et non d'une avance de 1 jour. Ainsi, contrairement à ce qu'on lit trop
     fréquemment, il n'y a pas de contradiction ni d'anachronisme entre les quatre récits
     évangéliques. La seule difficulté provient d'une situation exceptionnelle signalée par le texte
     de Jean 19:31, celle d'un grand sabbat. En effet, la veille du sabbat était appelée la
     "Préparation" comme le rappelle le texte de Marc 15:42, et la veille de la fête des Azymes
     (du 15 au 21 Nisan), coïncidant avec la Pâque, était également appelé la "Préparation". Le
     contexte permet de comprendre de quelle préparation on parle: Or, c'était la Préparation de la
     Pâque (...) Comme c'était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le
     sabbat — car ce sabbat était un grand jour — demandèrent à Pilate qu'on leur brisât les jambes (...) A
     cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche32. Dans ces passages, la Préparation
     coïncide avec la Pâque et désigne donc la préparation du sabbat à venir, et non la
     préparation de la Pâque elle-même qui avait déjà eu lieu le jour précédent (le 13 Nisan).
                   Un autre texte a souvent été mal compris, il s'agit de Jean 18:28 — C'était le matin.
     Eux-mêmes n'entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller et pouvoir manger la Pâque — qui
     laisse croire que Jésus et ses disciples avaient célébré cette fête avec un jour d'avance. En
     fait, le Talmud (Pesahim 6:3) précise que la Pâque juive comprenait l'agneau pascal,
     consommé au début du 14 Nisan (après le coucher du soleil), et un "sacrifice de paix"
     consommé durant la journée du 14 Nisan (vers 15 heures, après la célébration de la prière).
     C'est ce sacrifice (non exigé par la loi mosaïque) que vise le texte. Comme la Pâque était
     célébrée dans les foyers et que le sacrifice de paix était apporté au Temple, c'est ce dernier
     qui en vint principalement à désigner la fête elle-même. Ce point explique aussi
     l'anachronisme apparent observé dans le procès de Jésus rapporté par le Talmud (Sanhédrin
     43a): Quarante jours auparavant, le héraut avait crié: il s'en va à la lapidation parce qu'il a pratiqué la
     sorcellerie et qu'il a égaré Israël: si quelqu'un a à parler en sa faveur, qu'il vienne et le dise. Mais comme on
     ne présenta rien en sa faveur, il fut pendu à la veille de Pâque. Ulla objecta: penses-tu qu'on pouvait parler
     en sa faveur N'était-il pas un de ces séducteurs que l'Écriture (Dt 13:9) ordonne de ne pas épargner ? Pour
     Jésus, c'était tout autre parce qu'il avait des relations avec l'empire. Nos maîtres enseignent: Jésus avait 5
     disciples: Matthay, Nakay, Neser, Bouni et Toda. Cette condamnation (lapidation!) de Jésus a
     effectivement été envisagée la veille du sacrifice de paix (marquant la Pâque du Temple).
                   La plupart des "anachronismes" sur le déroulement de la Pâque dans les récits
     évangéliques proviennent d'interprétations fondées sur des lectures de textes tardifs qui ne
     reflètent pas la situation du 1er siècle, certaines controverses étant même artificielles. Par
     exemple, la détermination du jour pour le sacrifice de l'agneau pascal est présentée comme
     32   Jean 19:14, 31, 42.
DATE DE LA MORT DE JESUS                                                    35


problématique car il devait avoir lieu "entre les deux soirs", expression comprise (?) "du
coucher de soleil au crépuscule", alors qu'il n'y a pas de controverse sur ce sujet dans le
Talmud. Là encore l'absence de controverse, avant la destruction du Temple en 70, vient de
ce que l'interprétation du passage "litigieux" était évidente. On lit en effet: Ce sera pour vous
un animal sans défaut, mâle, âgé d'un an; vous le choisirez d'entre les moutons ou d'entre les chèvres. Vous
le conserverez d'entre les moutons ou d'entre les chèvres. Vous le conserverez jusqu'au 14e jour de ce mois, et
l'assemblée tout entière d'Israël l'immolera entre les deux soirs. On prendra du sang et on en mettra sur les
deux montants et sur le linteau de la porte dans les maisons où l'on aura mangé l'agneau. On en mangera
la chair cette nuit même; on la mangera rôtie au feu, avec des azymes et des herbes amères33 (Pirot
Clamer). Puisque les Juifs devaient manger l'agneau rôti la nuit du 14 Nisan, son
immolation et sa préparation avaient forcément eut lieu avant cette nuit, donc entre le soir
précédent (celui du 13 Nisan) et le soir du 14 Nisan. La précision "entre les deux soirs"
était utile pour deux raisons: la conservation de la viande et du sang était restreinte à une
période maximum de 24 heures pour des raisons d'hygiène, et la préparation ne devait pas
empiéter sur la fête elle-même. Les seules discussions que l'on trouve dans le Talmud sont
sur les points suivants: Si la Pâque tombe un jour de sabbat que peut-on préparer? À quelle
heure commence-t-on la préparation de la Pâque? À quelle heure offre-t-on les sacrifices au
Temple? On lit34 ainsi: Si le 14 Nisan survient un jour de sabbat on doit faire disparaître tout ce qui
doit l'être avant le sabbat, selon Rabbi Meïr; les sages disent: en son temps. Rabbi Eléazar ben Sadoq: le
prélèvement sacré avant le sabbat, les aliments profanes en leur temps (...) Les sages disent: en Judée on
travaillait la veille de Pâque jusqu'à midi; mais en Galilée on ne faisait absolument rien; quant à la nuit,
les Shammaïtes interdisaient le travail, les Hillélites le permettaient jusqu'au lever du soleil (...) Le sacrifice
perpétuel du soir était égorgé à huit et demie [14h30] et offert à neuf et demie [15h30]. Les veilles de
Pâque on avançait tout d'une heure, que ce fût un jour ordinaire ou un sabbat. Si la veille de Pâque tombe
une veille de sabbat, on égorge à six et demie [12h30] et on offre à sept et demie [13h30] et ensuite (on
égorge) la Pâque. Rabbi Ismaël assure qu'on suit le même ordre en semaine et au sabbat; Rabbi Aqiba
veut que l'ordre suivi au sabbat soit le même que celui de la veille de Pâque tombant une veille de sabbat; la
raison de ce dernier, c'est qu'il faut laisser la place pour le sacrifice perpétuel (...) On offre une victime de fête
en même temps que l'agneau quand celui-ci est immolé un jour de semaine (...) La veille de Pâque, proche
du sacrifice de l'après-midi [15h], qu'on ne mange rien jusqu'à la nuit [18h] (...) On doit la manger la
nuit avant minuit [24h]. Ces remarques ne portent que sur l'heure (et non sur le jour) et
montrent aussi que la législation de cette époque n'était pas figée.

 Exode 12:5-8.
33

 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers siècles
34

Roma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico pp. 200-218.
36                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                Les auteurs juifs du premier siècle, comme Philon d'Alexandrie35 et Flavius
     Josèphe36, confirment l'offrande du sacrifice de paix le jour de Pâque: Et eux, quand arriva la
     fête appelé Pâque, au cours de laquelle les Juifs offrent des sacrifices de la 9e à la 11e heure [de 15h à 17h].
     La préparation de la Pâque, le jeudi après-midi, était perçue comme faisant partie de la fête,
     puisqu'on lit dans le Livre des Jubilés37 (rédigé au 2e siècle avant notre ère): Que les enfants
     d'Israël observent la Pâque en son temps fixé, le 14e jour du 1er mois, entre les soirs, de la 3e partie du jour
     [14h-18h] à la 3e partie de la nuit [18h-22h], ainsi deux parties du jour [celles de 14h-18h et de 6h-18h]
     sont données à la lumière et la 3e partie [celle de 18h-22h] à la nuit. Cette conception de la
     préparation explique l'anomalie apparente du texte de Marc 14:1-12: La Pâque et les Azymes
     allaient avoir lieu dans 2 jours (...) Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, ses disciples
     lui disent: "Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque?". Le
     rédacteur évangélique considérait donc que la Pâque marquait le début des Azymes, comme
     le faisait fréquemment Flavius Josèphe38 à cette époque — La fête des Pains sans levain que
     nous appelons “la Pâque” (...) Lorsque arriva le jour des Azymes, le 14e du mois de Xanthique [Nisan]
     — et que cette fête commençait en pratique avec la préparation de la veille.
                Certains textes, comme celui de Marc 15:25, sont montés en épingle pour prouver
     des "incohérences chronologiques39". Selon ce texte: c'était la 3e heure quand il le crucifièrent»
     alors qu'il est précisé un peu plus loin, aux versets 33 et 34: Il fut la 6e heure, l'obscurité se fit sur
     la terre entière jusqu'à la 9e heure. Et à la 9e heure Jésus clama un grand cri. Jésus est cloué à la 6e
     heure [12h] (et non à la 3e heure), puis meurt à la 9e heure [15h]. Le texte de Marc se réfère
     donc à la 3e heure du procès devant Pilate (ayant commencé vers 9h, après son retour
     devant Hérode) et non à la 3e heure de la journée [9h] pour souligner la durée des
     traitements pénibles infligés à Jésus. Il précise en effet au verset 15 que Jésus avait été
     torturé (flagellation romaine)40. De plus, au verset 21, on apprend que Simon de Cyrène
     revenait des champs (soit en fin de matinée) lorsqu'il fut réquisitionné pour aider Jésus à
     porter son gibet vers son lieu de supplice.
                Les ténèbres qui débutent à midi coïncident avec la mise à mort de Jésus et se
     retrouvent dans le texte d'Amos 8:9: En ce jour-là, dit le Seigneur Jéhovah, je ferai coucher le soleil en
     plein midi et j'envelopperai la terre de ténèbres (Crampon). Cette précision permet de comprendre
     le comput étonnant de Matthieu 12:40 donnant la durée du séjour mortuaire de Jésus: De
     35 Questions et réponses sur l'Exode I:11.
     36 Guerre des Juifs VI:423.
     37 Jubilées XLIX:10.
     38 Antiquités juives XVIII:29; Guerre des Juifs V:99.
     39 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.

     Paris 1994 Éd. Bayard pp. 938, 939.
     40 L'instrument habituel était un fouet court (flagrum ou flagellum) comprenant plusieurs lanières de cuir de longueurs inégales, tressées ou

     non, sur lesquelles étaient fixées par intervalles de petites boules de métal ou des esquilles d'os de mouton particulièrement tranchantes.
DATE DE LA MORT DE JESUS                                                                      37


même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant 3 jours et 3 nuits, de même le Fils de
l'homme sera dans le sein de la mort durant 3 jours et 3 nuits. Jésus étant mort le vendredi vers 15h
et ressuscité le dimanche vers 6h, il n'est resté que 39 heures dans la mort et non 72 heures
(= 3x24h). En fait il y a bien un total de 3 jours et 3 nuits41.
           Brown42, qui a consacré un long excursus à la datation de la mort de Jésus, explique
en final pourquoi la date du vendredi 3 avril 33, qui semble s'imposer, a pourtant été
rejetée: Si nous excluons 27, non seulement astronomiquement faible, mais prématuré pour la mort de
Jésus à la lumière de presque toutes les indications évangéliques sur la vie et son ministère énumérées ci-
dessus, cela laisse deux possibilités pour que le 14 nisan soit un Jn/Vj, c'est-à-dire (traduit en calendrier
julien) le 7 avril 30 et le 3 avril 33. On relève une tendance générale à rejeter 33, car cela impliquerait un
Jésus trop âgé et un ministère trop long, puisqu'il aurait eu presque 40 ans à sa mort, après un ministère
d'environ 4 ans. S'il mourut en 30, il aurait eu alors 36 ans et aurait eu un ministère d'un peu moins de 2
ans. Aucune date ne répond à tous les détails des indices évangéliques sur la naissance et le ministère de
Jésus; mais comme nombre de ces détails sont à visée théologique et approximatifs, je ne vois aucun problème
à ces deux dates. D'une certaine façon la situation politique en 33 (après la chute de Séjan à Rome en
octobre 31) expliquerait mieux la vulnérabilité de Pilate aux pressions du peuple, mais c'est un argument
trop incertain pour justifier une préférence. La date de 33 est donc principalement rejetée à cause
de la date présumée de sa naissance en -7, qui est fausse! L'erreur engendre l'erreur.
           La deuxième raison qui pousse actuellement à rejeter les données chronologiques
du texte biblique est, selon l'expression de Brown, que "nombre de ces détails sont à visée
théologique et approximatifs", notamment concernant le procès scandaleux de Jésus. En
fait, le chapitre de ce livre consacré à la datation de la naissance de Jésus (soit le lundi 29
septembre -2) et celui examinant le déroulement complet de son procès, montrent qu'ils
sont extrêmement précis, contrairement à l'affirmation désabusée de Brown. De même, sa
remarque sur Séjan est trop rapidement désavouée.43




41 Selon la reconstitution chronologique, on compte comme nuit 1 le vendredi 14 nisan de 12h à 15h (nuit miraculeuse); jour 1 le
vendredi 14 nisan de 15h à 18h; nuit 2 le samedi 15 nisan de 18h à 6h; jour 2 le samedi 15 nisan de 6h à 18h, nuit 3 le dimanche 16 nisan
de 18h à 6h; jour 3 le dimanche 16 nisan de 6h à 18h.
42 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.

Paris 1994 Éd. Bayard pp. 1485-1516.
43 La menace voilée des autorités juives d'en appeler à César contre Pilate (Jean 19:12) appuie bien cette date. En effet, cette menace

suppose qu'ils étaient susceptibles d'être écoutés; or, selon Philon d'Alexandrie, après la mort de Séjan en octobre 31, Tibère demanda
aux gouverneurs des provinces d'avoir des égards pour les Juifs, car les accusations portées contre eux dans le passé [avant 32] avaient été
mensongères (Légation à Caius 159-161). Cette remarque implique de situer le procès de Jésus après 32 de notre ère.
38   APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE
Date du baptême de Jésus

           Le texte de Luc précise: C'était la 15e année du règne de l'empereur Tibère. Ponce Pilate était
alors gouverneur de la Judée, Hérode régnait sur la Galilée avec le titre de tétrarque (...) Le peuple était
dans l'expectative et observait Jean. Chacun se demandait en secret s'il ne serait pas le Christ (...) Tout le
peuple accourait vers Jean pour se faire baptiser. Jésus fut aussi baptisé (...) Jésus avait environ 30 ans
quand il commença à exercer son ministère1 (Kuen). Selon ce texte, Jésus apparaît comme messie
au moment de son baptême (le mot messie signifie "oint" en hébreu et a été traduit en grec
par christ), dans la 15e année de Tibère (du 19 août 28 au 18 août 29) lorsqu'il a environ 30
ans. Comme il est né le 29 septembre -2, il a exactement 30 ans le 29 septembre 29 ce qui
implique de fixer son baptême vers la fin de la 15e année de Tibère.
           Le texte de Luc permet donc de situer approximativement le baptême de Jésus
autour d'août 29. Il indique aussi qu'à cette époque, le peuple attendait le messie.
L'historien Flavius Josèphe2 explique pourquoi: Il vaut la peine de raconter de cet homme les traits
les plus dignes d'exciter l'admiration. Tout, en effet, lui réussit d'une façon extraordinaire comme à un des
plus grands prophètes; tout le temps de sa vie il fut en honneur et en estime auprès des rois et du peuple;
mort, il jouit d'un renom éternel, car tous les livres qu'il a composés et laissés sont lus chez nous encore
maintenant, et nous y puisons la conviction que Daniel conversait avec Dieu. Il ne se borna pas à annoncer
des événements futurs, ainsi que les autres prophètes, mais il détermina encore l'époque où ils se
produiraient. Et tandis que les prophètes annonçaient des calamités et s'attiraient pour cette raison la colère
des rois et du peuple, Daniel fut pour eux un prophète de bonheur de sorte que ses prédictions de bon augure
lui conquirent la bienveillance de tous et que leur réalisation lui valut la confiance de la foule et la
réputation d'un homme de Dieu (...). Il naîtrait parmi eux un roi qui ferait la guerre au peuple juif et à ses
lois, détruirait leur forme de gouvernement, pillerait le Temple et interromprait les sacrifices pendant trois
ans. Et c'est, en effet, ce que notre nation eut à subir de la part d'Antiochus Epiphane, comme Daniel
l'avait prévu et en avait, bien des années auparavant, décrit l'accomplissement. De la même façon, Daniel a
écrit aussi au sujet de la suprématie des Romains et comment ils s'empareraient de Jérusalem et feraient du
Temple un désert. Tout cela Daniel, sur les indications de Dieu, l'a laissé consigné par écrit, afin que ceux
qui le liraient et seraient témoins des événements admirent de quelle faveur Daniel jouissait auprès de Dieu
et y trouvent la preuve de l'erreur des Epicuriens. Ceux-ci, en effet, rejettent de la vie la Providence et ne
croient pas que Dieu s'occupe des choses [humaines]3. De même, un commentaire juif sur le messie
1 Luc 3:1, 15, 23.
2 Antiquités juives X:266-276.
3 A. PAUL - Le concept de prophétie biblique Flavius Josèphe et Daniel

in: Recherches de Sciences Religieuses Tome 63 Paris 1975 pp. 367-384.
40                             APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     de Daniel 9:26, trouvé à Qumrân et daté du début de notre ère, précise que ce messie,
     supprimé après les soixante-deux semaines, est aussi le messager annonçant la bonne
     nouvelle contenue en Isaïe4. D'autres commentaires5 indiquent que ce messie de David
     devait accomplir la prophétie du livre de la Genèse6 indiquant qu'il serait un roi issu de la
     tribu de Juda, en accord avec les targums d'Onkelos et de Jérusalem pour qui le Shilo
     ("C'est pour lui") de cette prophétie serait un roi libérateur et s'identifie au messie.
                Influencés par leur nationalisme, certains Juifs (à partir de -167) assimilèrent le
     messie au grand prêtre Onias III comme le suggère le texte des Maccabées7, à tel point que
     les traducteurs de la Septante ont modifié la traduction grecque du livre de Daniel pour la
     faire coller à ces événements8. Jésus n'adhérait pas à cette identification, puisque,
     contrairement à certains Juifs hellénisés de son époque qui voyaient cet événement dans le
     passé, il l'annonçait pour l'avenir: Quand vous apercevrez la chose immonde qui cause la désolation,
     dont a parlé Daniel le prophète, se tenant dans un lieu saint (que le lecteur exerce son discernement)9.
                Au 1er siècle les attentes messianiques étaient fortes et provenaient principalement
     du texte de Daniel10. Aujourd'hui, de très nombreux Juifs n'attendent plus le messie pour
     une époque déterminée, et beaucoup croient qu'il pourrait s'agir d'un messie collectif (l'État
     d'Israël) et non d'un messie individuel. Dans la préface de la Bible du rabbinat français
     rédigée par le Grand Rabbin de France Jacob Kaplan, on lit: Mais de toutes les prophéties
     figurant dans le Livre, il en est une qui est souvent évoquée. Elle se rapporte à la résurrection de l'Etat
     d'Israël. Quand, en novembre 1947, l'Organisation des Nations Unies décida la création d'un Etat Juif,
     l'événement, pour bien des croyants, apparut dans une perspective supra-terrestre. Tant de prédictions
     avaient annoncé —et depuis des millénaires— ce retour d'Israël sur la terre ancestrale qu'ils ne purent
     s'empêcher d'apercevoir dans le vote historique une manifestation éclatante de l'action divine dans le monde.
     De plus, le lendemain de la proclamation de l'indépendance d'Israël (14 mai 1948), qui était un Sabbat, le
     cycle liturgique, par une coïncidence qui mérite d'être rappelée, indiqua comme Haphtara un texte d'Amos
     où on pouvait lire: "Voici, des jours vont venir, dit l'Eternel, où... je ramènerai les captifs de mon peuple
     Israël; ils restaureront leurs villes détruites et s'y établiront, planteront les vignes et en boiront le vin,
     cultiveront des jardins et en mangeront les fruits". Que penser de cette "récupération politique" des

     4 Isaïe 61:2.
     5 M. WISE, M. ABEGG JR., E. COOK - Les manuscrits de la mer morte
     Paris 2001 Éd. Plon p. 171, 340, 600.
     6 Genèse 49:10.
     7 1Maccabées 1:54.
     8 H. C OUSIN - La Bible grecque

     in: supplément aux Cahiers Évangile 74 St. Étienne 1990 Éd. Cerf pp.105-111
     S. PACE JEANSONNE - The Old Greek Translation of Daniel 7-12
     Washington 1988 Ed The Catholic Biblical Association of America pp. 29,125
     9 Matthieu 24:15.
     10 P. GRELOT – L'espérance juive à l'heure de Jésus

     in: collection «Jésus et Jésus-Christ» n°62, 1994 Éd. Desclée.
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                  41


prophéties messianiques de l'Ancien Testament? Cette interprétation est en fait
relativement récente. Elle est due à la grande figure du judaïsme Rabbi Shlomo Yitshaqi dit
Rashi de Troyes (1040-1105) qui modifia sa compréhension du chapitre 53 du livre d'Isaïe
vers la fin de sa vie. Avant cette époque, il pensait, comme tous les Juifs avant lui, que ce
texte s'appliquait à un messie individuel. Cependant, heurté par les terribles massacres de la
communauté juive de Rhénanie, conséquence de la première croisade en 1096, il crut voir
dans ces terribles souffrances la réalisation de la prophétie d'Isaïe chapitre 53 qu'il appliqua
donc au peuple d'Israël considéré comme un messie collectif. Cette conclusion originale
présente de graves difficultés. Premièrement, elle renie les enseignements de tous les
rabbins précédents (sans exception) qui enseignaient la venue d'un messie individuel, et elle
refuse la chronologie biblique sur la venue du messie que les Juifs, dans leur ensemble,
attendaient au 1er siècle de notre ère, avant la destruction du Temple qui eut lieu en 70.
           Selon le texte de Mika 5:1-2, le Messie sortirait de la ville nommée Bethléhem
Éphratha, ce qui implique un messie individuel. Cette compréhension est confirmée par les
Évangiles en Matthieu 2:2-6 et par le Targum de Mika qui dit: De toi [Bethléhem] Messie sortira
devant moi. D'ailleurs, dans les deux grandes prières juives le messie est invoqué. Dans la
quatorzième bénédiction de la Tephilla on dit: Fais miséricorde, Y., notre Dieu (...) à Israël ton
peuple (...) et au règne de la maison de David, Messie de ta justice ». Et dans le Qaddish on dit: Qu'il
introduise son Messie et qu'il rachète son peuple11. Cette compréhension d'un messie individuel a
poussé de nombreux juifs à calculer l'époque de sa venue, notamment au début de notre
ère. Par exemple, le célèbre rabbin Aqiba avait cru voir en Bar Kohkba (tué en 135) le
messie12 attendu.
           Pour éclaircir cette question importante, il faut bien examiner la chronologie
biblique prophétique, car elle prétend indiquer l'époque de l'apparition du messie. C'est
d'ailleurs de cette manière que les Juifs et les chrétiens décidèrent de régler la polémique
entre eux lors de la célèbre dispute de Barcelone qui les opposa en 1263 au travers du débat
organisé par le roi d'Espagne entre Paul Christiani, Juif converti au catholicisme, et Rabbi
Moïse ben Nahman (Nahmanide), l'une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol.
Comme on le sait13, il n'y a pas eu d'entente sur l'interprétation de la prophétie de Daniel,
puisque Christiani concluait que le messie avait dû apparaître vers 70 lors de la destruction
du Temple (!), et que Nahmanide, lui, prévoyait son apparition pour 1358 (!).

11 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers siècles
Roma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico pp.2,3.
12 Talmud Ta‘anit 68d.
13 NAHMANIDE - La dispute de Barcelone

in: collection «Les Dix Paroles» 1984 Éd. Verdier pp.45-47.
42                            APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


               Aujourd'hui, il est facile de constater que ces deux célèbres protagonistes se sont
     totalement trompés. Pour les chrétiens, le messie est Jésus, mort en 33 de notre ère tandis
     qu'en 1358 il ne s'est rien passé, pas plus qu'en 70, si ce n'est la destruction de Jérusalem
     par Titus, fils de Vespasien, futur empereur romain. Vu leur importance, les arguments de
     cette dispute méritent d'être réexaminés, car le livre de Daniel prétend contenir la clé du
     calcul des temps messianiques. Le Talmud (Megilla 3a) précise que lorsque le Targum des
     prophètes (contenant Daniel) fut composé par Yonathan ben Uzziel, une bat qol (voix
     céleste) se fit entendre disant: Qui est celui qui a révélé mes secrets aux hommes?. L'auteur répond
     qu'il n'a pas fait cela pour son honneur mais à l'honneur de Dieu afin que les divisions ne se
     multiplient pas en Israël. Il voulait publier le targum des hagiographes, mais la bat qol lui dit:
     Assez, parce que là est révélé le terme (date de la venue) du Messie.
               À l'époque les protagonistes acceptaient la prophétie des semaines d'années du
     chapitre 9 de Daniel comme se rapportant à l'époque de l'apparition du messie, ce qui n'est
     plus le cas aujourd'hui (ce qui complique encore les choses). En consultant les
     commentaires des traducteurs actuels dans les Bibles catholiques (Jérusalem) ou juives
     (Chouraqui), par exemple, on constate que pour beaucoup de biblistes:
      Le livre de Daniel aurait été écrit par un auteur anonyme peu après -167.
      Le messie de Daniel 9:26 désignerait le grand prêtre Onias III assassiné vers -172 par
          Antiochus IV Épiphane14.

               DANIEL A-T-IL REDIGE LE LIVRE DE DANIEL?

               Depuis l'apparition de la critique des sources, puis de la critique littéraire qui lui est
     très liée, de nombreux spécialistes pensent (bien qu'il y ait une multitude de "chapelles") 15
     que les livres de la Bible obéissent à une sorte de darwinisme littéraire, c'est-à-dire que
     "différentes sources plus ou moins anciennes" ont progressivement été amalgamées par un
     auteur (ou des auteurs) plus ou moins habilement. Quels sont les arguments qui permettent
     une conclusion aussi catégorique? Le texte de Daniel 7:1 affirme que Daniel a écrit son
     livre! De même le texte d'Exode 17:14 (et Exode 34:27) affirme que Moïse est le rédacteur
     de l'ouvrage qui lui est attribué. Ces affirmations sont-elles authentiques? Les principaux
     arguments de la critique sont de trois ordres: 1) Si un document possède un mot apparu à
     une époque donnée, tout le document a dû apparaître, au plus tôt, à cette époque. Le livre
     de Daniel contenant des mots grecs apparus au 2e siècle avant notre ère, il serait donc de
     14 M. SARTRE - D'Alexandrie à Zénobie. Histoire du Levant antique
     Paris 2001 Éd. Fayard p. 344
     15 P. GUILLEMETTE M. BRISEBOIS - Introduction aux méthodes historico-critique

     in: Héritage et projet 35 Québec 1987 Éd.Fides pp. 223-350
DATE DU BAPTEME DE JESUS                           43


cette époque. 2) Un document récent est la copie, plus ou moins bien faite, d'un (ou
plusieurs) document ancien. Le livre de Daniel évoquant Babylone, il aurait donc puisé ses
sources dans les différents récits babyloniens. 3) Les miracles sont, d'un point de vue
rationnel et par principe, impossibles. "L'abomination qui cause la désolation", mentionnée
en Daniel 11:31, est identifiée à la profanation du Temple en -167 par Antochius IV dans le
livre des Maccabées16 (écrit autour de -100). Des biblistes en concluent que cette prophétie
a dû être écrite après l'événement qu'elle annonce (la prophétie étant supposée impossible)
et supposent en conséquence une date de rédaction du livre de Daniel entre -167 et -164.
          Ces trois objections sont réfutables. La première repose sur l'ignorance. Le mot
pardés "parc" en hébreu, par exemple, qui apparaît trois fois dans la Bible17, dériverait du
mot grec paradéisos. Comme ce mot n'apparaît pour la première fois dans les textes connus
que dans le récit de Xénophon18, soit vers -400, certains concluent que ces livres de la Bible
ne peuvent avoir été écrits avant cette époque. Des études ultérieures ont montré que le
mot grec paradéisos viendrait du vieux perse (vers -600). Une datation fondée uniquement
sur la connaissance très limitée que nous avons nécessairement de l'histoire des langues
anciennes est souvent spéculative19. Par exemple, selon un dictionnaire de référence20, les
mots ketem "or" (Job 28:16,19), pardes "parc" et karoz "héraut" (Daniel 3:4) sont tardifs
puisque pardes et karoz auraient été empruntés au grec (paradeisos "paradis" et kerux
"héraut"). Selon un dictionnaire plus récent21, ces mots rares existaient en akkadien: kutîmu
viendrait du sumérien KU-DIM "orfèvrerie" (avant -2000), pardêsu "enclos" du vieux perse
pari-dîdâ "muret autour" et kirenzi "proclamation" serait emprunté à la langue hourrite (vers
-1500). Selon une étude plus approfondie22, le mot vieux perse pari-dîdâ viendrait du mède
pari-daiza. Or, la langue mède était parlée à Ecbatane et remonte au début du 1er millénaire
avant notre ère23. Les affirmations d'anachronismes sont donc maintenant devenues
anachroniques, elles reposaient en fait sur une illusion, les mots disparus étant en fait des
mots hibernants24. Dans l'état de nos connaissances, il n'y a que trois mots —cithare, luth et
16 1Maccabées 1:54.
17 Cantique des cantiques 4:13; Ecclésiaste 2:5; Néhémie 2:8.
18 Anabase 6,29,4-8.
19 P. GUILLEMETTE M. BRISEBOIS - Introduction aux méthodes historico-critique

in: Héritage et projet 35 Québec 1987 Éd.Fides pp. 287-300
20 F. BROWN, S.R. DRIVER, C.A. BRIGGS – A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament

Oxford 1951 Ed. Oxford University pp. 508, 825, 1097.
21 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of Akkadian

Wiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 159, 171, 266.
22 P. LECOQ – Les inscriptions de la Perse achéménide

Paris 1997 Éd. Gallimard p. 116.
23 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robet Laffont p. 517.
24 A.R. MILLARD - The Tell Fekheriyeh Inscriptions

in: Biblical Archaeology Today 1990. Jerusalem 1993, Ed. Israel Exploration Society p. 523
A.R. MILLARD - A Lexical Illusion
in: Journal of Semitic Studies 31 (1986) pp. 1-3.
44                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     cornemuse— n'apparaissant qu'en Daniel 3:5, qui auraient une origine grecque et seraient
     apparus après l'époque de Platon. Même cette supposition est douteuse car le mot
     "cornemuse", sûmponyâ en hébreu, sumphônia en grec, apparaît déjà sous la forme sumphônos
     dans l'Ode Pythique 1:70, datée de -460, soit à l'époque d'Esdras.
                Cependant, la réécriture par le copiste Esdras de tous les livres bibliques (écrits au
     départ en paléo-hébreu) en caractères araméens, selon la tradition juive (Sanhédrin 21b),
     complique la critique du texte. Esdras a probablement vécu entre 500 et 400 et fut un
     contemporain de Néhémie qui, lui, rédigea son livre aux environs de -400. En effet, Darius
     le Perse, mentionné en Néhémie25, est identifié à Darius II (appelé Ochos ou Nothos), qui
     régna de -423 à -405; or, si Néhémie relate ce fait, il l'a forcément écrit après le début du
     règne de Darius II, soit après -423. De plus, dans une lettre trouvée dans les papyrus
     d'Éléphantine (datée vers la fin de -408)26, il est mentionné que Yohanân était grand prêtre
     à Jérusalem à cette époque. Or, de nouveau, si Néhémie relate ce fait, il a dû l'écrire après -
     408. Donc, si on admet que Néhémie décrit la succession des grands prêtres jusqu'à la fin
     du règne de Darius II, il a dû achever son livre après -405. De plus, il est probable, selon la
     coutume juive, qu'Esdras ait commencé son travail de copiste vers l'âge de 30 ans, soit vers
     -470, acquérant avec les années une grande réputation. Il paraît aussi logique de supposer
     qu'il rédigea son propre livre vers la fin de sa vie, soit à la même époque que Néhémie.
     Esdras a donc probablement recopié l'ensemble de la Bible sur une période allant de -470 à
     -400, ce qui peut expliquer la présence anachronique de certains mots. Esdras a réactualisé
     certains termes techniques. Le mot "darique27", par exemple, est anachronique puisque
     cette unité monétaire, apparue seulement après -520, était inconnue à l'époque de David
     quatre siècles plus tôt. Esdras a visiblement effectué une conversion d'une ancienne unité
     en une autre plus courante et familière à son époque28. L'historien Xénophon29 (428-355)
     commet le même "anachronisme" dans son ouvrage sur Cyrus!
                Ainsi, conclure que le livre de Daniel a été rédigé au 2e siècle avant notre ère,
     uniquement sur trois mots jugés tardifs, engendre des paradoxes quasi inexplicables. Il est
     généralement admis que le livre d'Ézéchiel fut rédigé au début du 6e siècle avant notre ère.
     Or, ce livre30 cite le prophète Daniel, prouvant qu'il avait déjà une grande réputation à cette
     époque. Comment expliquer alors cet anachronisme? De plus, l'araméen utilisé par Daniel
     25 Néhémie 12:22.
     26 A. COWLEY -Aramaic Papyri of the Fifth Century B.C.
     Oxford 1923 N°30-31, pp.108-122
     27 1Chroniques 29:7.
     28 Esdras 8:27. Certaines unités monétaires n'ont pas été converties, comme la qésitah en Genèse 33:19, Josué 24:32 et Job 42:11, ce qui

     est une source d'incertitude dans les traductions modernes (la Septante suppose que la qésitah valait "1 agneau").
     29 Cyropédie V:2.
     30 Ezéchiel 14:14,20; 28:3.
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                                              45


est très proche de celui utilisé par Ézéchiel ou par Esdras (araméen d'empire surtout utilisé
de -600 à -330)31, et bien antérieur à l'araméen de certains rouleaux de Qumrân écrits dans
cette langue et datés du 2e siècle avant notre ère. En fait, on pourrait renverser l'argument:
comment expliquer que le livre de Daniel ne contienne que seulement trois mots grecs s'il
avait été rédigé au 2e siècle avant notre ère, époque où la langue grecque submergeait
largement le monde d'alors? Plus surprenant, comme le remarque l'hébraïsant Carl Keil, la
Septante a omis en Daniel 5:3 et 5:23 de mentionner les femmes, conformément à la
coutume des Macédoniens, des Grecs et des Romains. Or l'original hébreu précise dans ces
textes qu'il y avait les concubines et les épouses de second rang (conformément à ce qu'a
montré l'archéologie). Ce détail insolite prouve indirectement que la traduction grecque du
texte de Daniel est tardive et a probablement été réalisée durant le 2e siècle avant notre ère.
Le fait que la version hébraïque parle, par contre, des concubines suppose une date de
rédaction bien antérieure à la période grecque.
             Certains détails historiques peu connus confirment l'ancienneté du livre de Daniel.
En effet, le rédacteur de ce livre se présente avant tout comme un témoin oculaire; il ne cite
aucun récit babylonien et n'adhère aucunement à la mythologie polythéiste. Par contre, la
seule source qu'il cite expressément en Daniel 9:2 est le livre de Jérémie. Supposer que
Daniel ait rédigé son récit d'après des sources babyloniennes est une pure spéculation. Un
élément prouvant qu'il a réellement été un contemporain des éléments mentionnés est la
découverte faite en 1854 dans les ruines d'Ur d'une inscription confirmant l'existence d'un
personnage nommé Belshatsar. Aucun historien n'avait jamais entendu parler d'un tel
individu: ni Hérodote (495-425), ni Thucydide (460-398), ni Xénophon (428-355), ni
Ctésias (450-390), ni Bérose (330?-250?), à tel point que les historiens du début du 19e
siècle affirmaient que ce roi Belshatsar apparaissant en Daniel 5:1 devait être un mythe car,
selon les sources connues, il était unanimement admis que Nabonide avait été le dernier roi à la
chute de Babylone en -539. Une découverte d'écrits cunéiformes en 1854 a montré que
Nabonide (Nabû-na’id) avait confié la royauté à son fils aîné Belshatsar (Bêlsharutsur "Bêl,
protège le roi"), ce qui expliquait son absence de Babylone lors de sa chute. Dernier détail
montrant encore la précision du récit biblique: Belshatsar n'étant qu'un corégent (puisque
son père Nabonide restait le roi en titre, non mentionné dans le récit de Daniel), il ne
pouvait offrir à Daniel comme position la plus élevée dans son royaume que la troisième
place, selon ce que rapporte précisément Daniel 5:16, et non la deuxième puisque les deux
premières étaient déjà occupées (par lui et par son père). Finalement, les historiens
31   A.K. KITCHEN “The Aramaic of Daniel” in: Notes on Some Problems in the Book of Daniel London 1965 Ed.The Tyndale Press pp. 31-79.
46                             APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     "redécouvrirent" ce que les lecteurs de Daniel connaissaient depuis bien longtemps. De
     même, une chronique babylonienne a révélé que lors de sa 1ère année de règne, Cyrus avait
     nommé un roi de Babylone (appelé Ugbaru), comme l'indique le texte de Daniel32.
                En fait, ce qui irrite le plus les philosophes athées, c'est la présence de prophéties
     chronologiques précises dans le livre de Daniel, ce qui est impossible par principe pour un
     rationaliste. Mais refuser a priori la possibilité des prophéties, c'est refuser l'élément
     distinctif de la Bible par rapport à tous les autres livres: Notez, avant tout, qu'aucune prophétie de
     l'Écriture ne reflète une pensée personnelle. Un message prophétique n'émane jamais d'un caprice humain.
     Ces saints hommes de Dieu ont parlé parce que le Saint-Esprit les y poussait, et ils ont prononcé les paroles
     que Dieu leur inspirait33 (Kuen). Cette particularité biblique permet d'expliquer quelques
     événements surprenants. Par exemple, lorsque Alexandre le Grand a mené campagne au 4e
     siècle avant notre ère pour éliminer tous les amis de la Perse, il a étrangement épargné la
     Judée qui était pourtant un de leurs alliés et, paradoxalement, a entretenu de bons rapports
     avec les Juifs. L'historien Flavius Josèphe34 en donne la raison: lorsque Alexandre voulut
     envahir Jérusalem, la ville lui ouvrit ses portes et on lui montra le livre prophétique de
     Daniel annonçant qu'un puissant roi grec vaincrait et dominerait l'empire perse (voir Daniel
     8:20,21), ce qui impressionna favorablement Alexandre.
                Les sceptiques objecteront de nouveau que tout cela a dû être écrit après pour
     transformer cet heureux événement (qui devient alors inexplicable) en prophétie. Pour
     trancher sans appel cette objection chronique du fait prophétique lui-même, il est
     avantageux d'examiner la prophétie des soixante-dix semaines d'années. Les découvertes de
     Qumrân ont permis d'établir de façon indiscutable que le livre de Daniel existait bel et bien
     avant -100. Le manuscrit hébreu 4Q114 est daté de -115 et le manuscrit grec35 4QDanc
     entre -100 et -50. Or, si la chronologie du messie annoncé en Daniel 9:25 correspond
     exactement à l'apparition de Jésus en tant que Christ, l'objection d'une rédaction après coup
     (explication rationaliste) devient impossible.


                QUI EST LE MESSIE DE DANIEL 9:25?

                Le messie de Daniel 9:25 est particulier puisqu'il est qualifié de "Guide". Ensuite il
     est associé à la suppression du péché (verset 24). Enfin, il doit apparaître avant la
     destruction du second Temple (qui eut lieu en 70) puisque la prophétie indique que cette
     32 Ce roi est appelé Darius le Mède en Daniel 5:31, et Harpage par Hérodote (Enquête I:108,127-130,162,177-178).
     33 2Pierre 1:20,21.
     34 Antiquités juives XI:337.
     35 S. PACE JEANSONNE - The Old Greek Translation of Daniel 7-12

     in : The Catholic Biblical Quarterly Monograph Series 19 Washington 1988 p. 7
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                                                          47


période précédant le messie débuterait par la reconstruction de Jérusalem et du Temple, et
qu'une fois le messie venu le Sanctuaire serait détruit (verset 26). Conscient de la difficulté à
identifier le grand prêtre Onias III à un Prince, la Bible du rabbinat français suppose que le
messie guide (ou prince) désigne ici un autre messie et propose Cyrus qui fut effectivement
un roi (ou prince) qualifié de messie (ou oint) en Isaïe 45:1. Nahmanide croyait que le
messie prince désignait plutôt Zeroubabèl puisqu'il avait été le premier gouverneur de Juda,
et il citait le passage des Psaumes 105:15 où Dieu dit: Ne touchez pas à mes messies [ou oints]
pour indiquer que Zeroubabèl pouvait être considéré comme un messie puisque ce terme
qualifie ceux qui sont oints ou désignés pour une mission.
            Les commentateurs juifs modernes36, incapables d'identifier clairement le prince de
Daniel 9:25, proposent au choix: Cyrus, Zeroubabèl ou Yéshoua fils de Yôtsadaq, même si
aucun ne correspond à la chronologie du livre de Daniel. De plus, ces commentateurs
préfèrent lire (en dépit de la grammaire): jusqu'à l'onction du prince » au lieu de la phrase
biblique habituelle: jusqu'à Messie remarquable. Enfin, par rapport à la chronologie qui ne
colle pas, ils concluent que c'est Daniel qui s'est trompé! Ces différentes identifications
comportent deux graves inconvénients. Premièrement, elles n'expliquent pas comment le
péché est supprimé depuis la mort d'un prince (dont la vie est en général mal connue) ni
comment la justice est rétablie. Ensuite, l'identification chronologique paraît manifestement
déficiente. Or, selon Daniel 9:2 et 9:22, cette prophétie a en effet été donnée pour effectuer
des calculs chronologiques précis et non de vagues supputations. La Bible du rabbinat
français traduit paradoxalement le texte de Daniel 9:25 par: Sache donc et comprends bien qu'à
partir du moment où fut donné l'ordre de recommencer à reconstruire Jérusalem jusqu'à un prince oint
(Cyrus) il y a sept semaines; et durant soixante-deux semaines [Jérusalem] sera de nouveau rebâtie. Une
note précise que les semaines désignent des semaines d'années, ce que tous les traducteurs
acceptent37. Cette traduction défie cependant le bon sens pour deux raisons:

 Premièrement elle laisse sous-entendre que Jérusalem serait reconstruite pendant une
      période de 434 ans (62 semaines, soit 62x7 ans). Cette interprétation du traducteur
      contredit le texte d'Esdras 6:14,15 fixant la date de fin de reconstruction du Temple
      dans la 6e année de Darius Ier, soit en -515, suivie de la fin de la reconstruction des
      murailles de Jérusalem dans la 20e année d'Artaxerxès Ier, selon Néhémie38.

36 H. GOLDWURM, N. SCHERMAN - Daniel, traduction et commentaires
Paris 2001 Éd. du Sceptre pp. 240-242, 260-263.
37 Cette conclusion découle des textes suivants: Tu compteras 7 semaines d'années, 7 fois 7 ans, c'est-à-dire le temps de 7 semaines d'années, 49 ans»

(Lévitique 25:8); «Vous avez reconnu le pays 40 jours. Chaque jour vaut une année: 40 ans vous porterez le poids de vos fautes»(Nombres 14:34); Je t'en
ai fixé la durée à un jour pour une année (Ezéchiel 4:6).
38 Néhémie 2:1; 6:15.
48                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


      Ensuite, la Bible du rabbinat français laisse sous-entendre que l'événement important
          n'est plus un messie à venir (Daniel connaissait le "messie" Cyrus) mais l'annonce de la
          reconstruction de Jérusalem. Là encore, cette interprétation du traducteur est démentie
          par la chronologie. Cyrus a libéré les Juifs de Babylone en -538, ce qui permet de
          calculer la date de l'ordre de reconstruction en ajoutant sept semaines, soit 49 (7x7) ans,
          ce qui nous amènerait en -489 (= -538 + 49) selon cette traduction. Cependant, la Bible
          précise aussi que l'ordre de reconstruction de Jérusalem fut donné par Artaxerxès
          Longue-Main dans la 20e année de son règne39 (en -455, voir l'Annexe chronologique).
          Il resterait donc un écart de 34 ans (= 489 - 455) impossible à combler.
                En remplaçant Cyrus par Zeroubabèl, qui commença à gouverner vers -536, selon
     le texte d'Esdras 3:1-8, le gain n'est que de 2 ans; il reste encore environ 32 ans à combler.
     Pire, le livre de Daniel précise que le messie serait retranché après les 62 semaines, soit 434
     ans (= 62x7). Or, si ce messie était le grand prêtre Onias III (assassiné vers -172), l'ordre de
     reconstruction de Jérusalem (début des 62 semaines, d'après la Bible du rabbinat) aurait été
     donné vers 606 (= 434 + 172), ce qui constitue une impossibilité, puisqu'il y aurait cette
     fois environ 161 ans (= 606 - 445) à combler. La chronologie élimine donc ces candidats,
     mais qu'en est-il de Jésus?

                JESUS EST-IL LE MESSIE DE DANIEL 9:25?

                Les Juifs n'acceptent évidemment pas cette identification, généralement pour les
     trois raisons suivantes: 1) Ayant été persécutés, depuis bientôt deux mille ans, par des gens
     qui se disaient chrétiens, les Juifs ont pris depuis longtemps le nom de Jésus en horreur. 2)
     Reconnaître Jésus implique une totale remise en question des fondements du judaïsme. 3)
     Si Jésus était le messie promis, pourquoi y a-t-il toujours des guerres, des maladies et des
     malheurs, alors que le messie devait apporter un règne de paix et de bonheur?
                Il est cependant possible de répondre à ces trois objections légitimes: 1) Jésus lui-
     même a annoncé que Dieu rejetterait quiconque assassine en son nom, qu'il soit juif40 ou
     chrétien41. Les chrétiens fidèles ne peuvent se battre et faire du mal à leur prochain42. 2) Si
     on élimine le texte de Daniel, comment savoir à quelle époque devait apparaître le Messie?
     3) La troisième objection repose sur un amalgame de différents événements prophétiques
     s'étalant en fait dans le temps. Les Juifs avaient remarqué, par exemple, que le chapitre 53

     39 Néhémie 2:1-8.
     40 Jean 8:40,44.
     41 Matthieu 7:21-23; 1Jean 3:10,11.
     42 2Corinthiens 10:3,4; Jean 13:35; Matthieu 5:44,45.
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                        49


du livre d'Isaïe décrit un "messie souffrant". Par contre, les chapitres suivants (60 et 61) de
ce même livre décrivent aussi un "messie glorieux". Comment concilier ces deux
descriptions en apparence contradictoires? Pour résoudre cette énigme, certains Juifs
d'aujourd'hui supposent, comme on l'a vu, un "messie souffrant" représentant le peuple juif
et attendent un "messie glorieux". Ils en viennent à imaginer deux messies43. Les Juifs de
Qumrân étaient déjà arrivés à cette conclusion mais pour des raisons complètement
différentes. Ayant constaté que le "messie glorieux" serait aussi un "messie royal", ils en
concluaient logiquement qu'il devait venir de la tribu de Juda. Ce "messie royal" étant
appelé à prendre la tête d'un royaume de prêtres44, ils en ont conclu qu'il serait aussi prêtre.
Or, cela posait un problème insoluble puisqu'un Juif ne pouvait appartenir simultanément à
la tribu de Lévi (détentrice du privilège sacerdotal) et à la tribu de Juda. Pour résoudre cette
difficulté, les Esséniens ont supposé l'existence simultanée de deux messies: l'un issu de
Lévi et un autre issu de Juda45. Dans le Talmud (Sukka 52a), on disserte d'ailleurs sur un
messie qui serait fils de Joseph, tué avant l'apparition d'un messie fils de David, issu de
Juda. Juda et Joseph représentant, selon Ezéchiel 37:16, les deux parties d'Israël réunies. La
solution de recourir à deux messies plutôt qu'à un seul avec deux accomplissements est
bien compliquée, mais, surtout, contraire au bon sens car elle oblige (comme le
reconnaissent d'ailleurs certains commentateurs juifs modernes) à la conclusion suivante: Le
Messie arrivera quand tous seront justes; il arrivera quand tous seront pécheurs. Il viendra en grande pompe
et dans la gloire; il viendra dans la plus grande discrétion et dans le dénuement. Il viendra à une date fixe;
il peut venir à tout moment (...). Contradictoires et embarrassants sont les textes qui traitent cet apogée tant
attendu dans l'Histoire46. L'incohérence est évidente.
           En fait, la solution proposée par les Évangiles permet de résoudre ce paradoxe
apparent de façon bien plus simple. En effet, le droit à la prêtrise aaronique était
héréditaire47, comme le droit à la royauté. Cependant le droit à la prêtrise pouvait aussi être
obtenu directement de Dieu (cas exceptionnel), comme ce fut le cas pour Aaron ou pour
Melchisédech48. D'ailleurs, aucune prophétie ne mentionne que le messie devait apparaître
dans la tribu de Lévi. Par contre la Bible annonçait qu'il apparaîtrait dans la tribu de Juda
(selon Genèse 49:10). Étant dans l'incapacité d'expliquer le calcul proposé par le livre de

43 C. CHALIER, M. FAESSLER - Deux messies : fils de Juda, fils de Joseph
in: Judaïsme et christianisme l'écoute en partage, Paris 2001 Éd. Cerf pp. 307-345.
44 Exode 19:6.
45 M. WISE, M. ABEGG JR., E. COOK - Les manuscrits de la mer Morte

Paris 2001, Éd. Plon pp.171,340.
46 H. GOLDWURM, N. SCHERMAN - Daniel, traduction et commentaires

Paris 2001 Éd. du Sceptre p. XLVIII.
47 Nombres 3:6-9.
48 Hébreux 5:6; Psaumes 110:4.
50                             APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     Daniel, les rabbins (Sanhedrin 97b) découragèrent leurs disciples de calculer la venue du
     messie. Malgré la confusion des opinions sur cette question, Maïmonide, l'une des plus
     grandes figures du judaïsme, croyait à un messie individuel apportant une ère de félicité. Ce
     point de vue original atteste l'attachement de nombreux Juifs à une antique espérance
     messianique. D'ailleurs, aujourd'hui encore, plusieurs personnalités du judaïsme croient à la
     venue d'un messie individuel, Roi de gloire, fils de l'homme, fils de David, préexistant à la
     création, identique à l'esprit de Dieu qui planait à l'origine sur la face des eaux et racheteur
     d'Israël49. Les rabbins Loubavitch espèrent même la venue imminente de ce messie. Dans
     cette perspective, le calcul rigoureux de Daniel 9:24-27 prend donc toute son importance.

                LES CALCULS CHRONOLOGIQUES DE DANIEL 9:24-27

                Avant de débuter le calcul, il est nécessaire de disposer d'une traduction littérale,
     exempte d'influences (pro-messianiques ou anti-messianiques), car, comme on l'a constaté,
     vu l'enjeu les traducteurs ont très souvent été tentés d'infléchir la traduction en supposant,
     par exemple, que puisque le messie et la période sont mentionnés deux fois dans les versets
     24 à 27, cela impliquait l'existence de deux messies ou de deux périodes distinctes! Si cela
     était le cas, on pourrait trouver quelque perversité chez Daniel puisqu'il aurait donné un
     texte: qu'il devait comprendre et faire comprendre, selon Daniel 9:23, alors que finalement il ne
     s'appliquerait à personne d'une manière claire! Ce ne serait pas raisonnable d'autant qu'il est
     facile de constater que la première période de 70 semaines est bien identique à la seconde
     (62 + 7 + 1, soit un total de 70 semaines). Par conséquent cette période concerne
     naturellement le même messie ou oint. Traduction littérale de Daniel 9:23-27:

          hébreu MT traduction littérale observations
                    et comprends
                    en la parole
                    et fais comprendre   L'expression "fais comprendre" se retrouve en Daniel
                                         8:16, où l'ange Gabriel fait comprendre à Daniel, qui doit à
                                         son tour, après avoir compris, faire comprendre au peuple.
                    en la chose vue
                    septaines (semaines) Le mot "semaines" est habituellement au féminin en
                                         hébreu alors qu'il est au masculin dans le texte de
                                         Daniel. Pour garder cette variante, les traducteurs
                                         utilisent soit l'expression "semaines [d'années]" soit le
                                         mot "septaines".
                    septante
                    a été déterminé
     49A. CHOURAQUI -Histoire du Judaïsme
     in: Que sais-je n°750, Paris 1995 Éd. PUF pp.96,97
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                         51


sur peuple de toi
et sur ville
sanctuaire de toi         Le mot "sanctuaire" pourrait aussi être traduit par le
                          mot "saint". Il désigne cependant au verset 26
                          clairement le [lieu] saint, c'est-à-dire le sanctuaire.
pour faire cesser
la transgression
et pour terminer
le péché
et pour absoudre
faute
et pour faire venir
justice
des durées
et pour sceller           Le sens de "sceller" est à la fois d'accomplir et de
                          mettre fin.
vision                    Le mot "vision" a le sens de prophétie.
et prophète
et pour oindre
sanctuaire                Le mot qodèsh a le sens de "ce qui est saint". Le Saint
                          des Saints désigne généralement le "Très-Saint".
des sanctuaires
et tu connaîtras
et tu seras perspicace
depuis sortie
de parole
pour faire retourner
et pour bâtir
Jérusalem
jusqu'à messie            Le mot "messie" pourrait être traduit par "oint", mais
                          toute la révélation de Gabriel concerne ce messie
                          particulier, qualifié ensuite de guide ou de remarquable.
                          Il vise donc le Messie et non un messie quelconque.
remarquable               Le mot "remarquable" a un sens littéral de "sur le
                          devant" en hébreu; il signifie "en chef" en Jérémie 20:1
                          ou "important" en Proverbes 8:6 quand il qualifie un
                          autre mot (ce qui est le cas ici). Cette qualification attire
                          donc l'attention sur un oint remarquable: le Messie.
                          Employé seul il signifie "conducteur" ou "guide".
                          Théodotion a traduit cette expression en grec par
                          "jusqu'au Christ chef".
septaines
sept
et septaines              Le mot "et" a ici le sens de "puis".
soixante et deux
elle retournera
et elle fut bâtie
place publique
52       APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     et fossé
     et dans détresse
     des temps
     et après
     les septaines
     soixante et deux
     il sera tranché
     messie
     et rien
     pour lui
     et la ville
     et le sanctuaire
     il détruira
     peuple remarquable      Voir l'observation sur le "messie remarquable". Les
                             peuples remarquables sont décrits par Daniel (au
                             chapitre 2): il s'agit des Babyloniens puis des Médo-
                             Perses puis des Grecs puis des autres peuples ayant un
                             lien avec les serviteurs de Dieu. Le peuple remarquable
                             après les Grecs a été le peuple romain.
     venant
     et fin de lui           Le mot "lui" semble renvoyer au sanctuaire.
     dans le déferlement     Le mot "déferlement" est aussi utilisé dans un sens
                             métaphorique (déferlement de colère en Proverbe 27:4)
                             ce qui n'est pas le cas du mot "inondation" en français.
     et jusqu'à fin
     guerre
     il a été décrété
     des désolations
     il fera prévaloir       Le mot "il" semble renvoyer au messie.
     alliance
     pour la multitude       Multitude ou multitudes. Certains traducteurs juifs
                             traduisent ici ce mot par "grands" (mais ce choix
                             obscurcit le texte) alors qu'ils gardent le sens commun
                             partout ailleurs (comme en Daniel 11:44).
     septaine
     une seule
     et la moitié
     de la septaine
     il fera cesser
     sacrifice
     et offrande
     et sur aile
     de choses immondes      Les "choses immondes" désignent généralement les
                             idoles païennes (peut-être ici les enseignes des armées
                             romaines représentées par des ailes d'aigle).
     désolation
     et jusqu'à extinction
     il a été décrété
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                            53


                      elle se répandra
                      sur [ce qui est] désolé

           Si on "lisse" cette traduction littérale, en tenant compte des remarques précédentes,
on obtient le texte suivant: Comprends la parole et fais comprendre la chose vue. Soixante-dix
semaines [d'années] ont été décrétées sur ton peuple et sur ta ville sanctuaire [Jérusalem] pour faire cesser la
transgression, pour supprimer le péché et pour absoudre la faute, pour faire venir une justice de durée
indéfinie, pour sceller vision et prophète et pour oindre le sanctuaire des sanctuaires. Il faut que tu saches et
sois perspicace: depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusqu'à messie
remarquable il y aura sept semaines [d'années] puis soixante-deux semaines [d'années]. Elle reviendra et
sera rebâtie, avec place publique et fossé, mais dans la détresse des temps. Après les soixante-deux semaines
[d'années] messie sera retranché, avec rien pour lui. Et la ville et le sanctuaire seront détruits par un peuple
remarquable qui va venir. Et sa fin [celle du sanctuaire] sera dans le déferlement, et jusqu'à la fin, la
guerre, ce qui a été décrété ce sont des désolations mais il fera prévaloir l'alliance pour la multitude une
semaine [d'années] et, à la moitié de la semaine [d'années], il fera cesser le sacrifice et l'offrande. Et sur
l'aile de choses immondes ce qui cause la désolation et, jusqu'à l'extinction, ce qui a été décrété se répandra
sur ce qui est désolé50. Il est possible que ce texte hautement polémique ait subit quelques
modifications de la part des copistes juifs, comme le prouve la traduction pro-maccabéenne
de la Septante. Cependant, la traduction juive de Théodotion rédigée (vers 175) dans un
contexte anti-chrétien reste très proche du texte massorétique51 puisqu'on lit: Sois donc
attentif à ma parole et comprends la vision. Un nombre de soixante-dix semaines a été fixé pour ton peuple
et la Cité sainte, pour que la prévarication soit abolie, que le péché prenne fin, que la Justice éternelle vienne,
que les visions et les prophéties soient accomplies et que le Saint des Saints soit oint. Sache le donc et
comprends: à partir de l'édit qui sera émis pour que Jérusalem soit mise à part et réédifiée, jusqu'au Christ
chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines. Et Jérusalem reviendra elle-même, et ses murs avec
ses fossés seront rétablis, malgré la difficulté du temps. Et après les soixante-deux semaines, l'Oint sera mis
à mort sans qu'il y ait en lui de cas de condamnation. Mais détruira la ville et Saint Temple, avec un chef
qui viendra, et [la ville et Saint Temple] succomberont à la catastrophe et s'abîmeront dans les ruines
jusqu'à la fin de la guerre décrétée. Et la semaine une confirmera pour toujours l'alliance avec la multitude.
Et à la moitié de la semaine, les oblations et les sacrifices seront abolis. Puis sur le Temple, sera
l'abomination de la désolation, et la désolation ne finira qu'avec la fin des temps. Paradoxalement, cette
traduction juive est encore plus favorable à l'interprétation chrétienne que le texte
massorétique. Ces remarques préliminaires permettent d'élaguer quelques propositions
50Daniel 9:23-27.
51D. BARTHELEMY –Critique textuelle de l'Ancien Testament
in: Orbis Biblicus et Orientalis 50/3 Friboug 1992 pp.434-496.
54                                 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     erronées et de se focaliser sur ce qui fait réellement problème dans l'identification du
     messie. Cette traduction met donc en évidence plusieurs points:
      Une période totale de 490 ans (= 70x7) est nécessaire avant que tout ce qui est annoncé
             soit accompli. Cette période se décompose en 3 parties (62 + 7 + 1)x7 = 70x7.
      Le point de départ, d'une période de 49 ans (= 7x7), puis de 434 ans (= 62x7), soit 483
             ans en tout, est précisé par l'expression: la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir
             Jérusalem. Cette période se termine avec l'apparition du Messie. Le texte précise aussi
             que la période de reconstruction est dans "la détresse des temps" et qu'après la période
             de 434 ans le Messie est retranché dans le dénuement.
      Finalement, une nouvelle puissance mondiale doit arriver pour détruire la ville et le
             sanctuaire. Le texte précise que dans les derniers 7 ans (1x7) qui restent, l'alliance se
             poursuit mais seulement jusqu'à la moitié (7/2 = 3,5 ans) de la période, et qu'ensuite
             l'offrande et le sacrifice ne sont plus nécessaires.

                   Quelques commentateurs modernes ont essayé de rattacher le livre de Daniel au
     Poème de Danel exhumé à Ugarit et daté du 14e siècle avant notre ère, mais excepté le nom
     du personnage (et encore sans le "i"), il n'y a manifestement aucun point de contact entre
     les deux récits. Même si l'authenticité du livre fut parfois contestée, le grand Maïmonide52
     lui reconnaissait une inspiration d'origine divine et plaçait l'auteur à égalité avec Salomon et
     David. Le texte de Daniel 9:24-27 est clairement messianique; il évoque un messie
     individuel dont la trame chronologique est parfaitement définie. La période couverte est de
     490 ans. Le point de départ pour calculer l'apparition de ce messie particulier est précisé par
     l'expression: depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem. Ce messie en chef
     est finalement retranché dans un dénuement complet, puis la ville et le sanctuaire sont
     détruits. La prophétie précise aussi qu'après l'apparition de ce messie, le péché est supprimé
     et la justice est rétablie, entraînant de facto la suppression de l'offrande et du sacrifice. La
     chronologie élimine les prétendants messianiques autres que Jésus.
                   En effectuant une rapide confrontation avec l'histoire généralement admise par les
     historiens, on obtient la chronologie suivante: Artaxerxès Ier commença à régner à partir de
     -465; 20 ans plus tard (soit en -445) Néhémie53 est autorisé à commencer les travaux, qui
     seront achevés 49 ans plus tard (en -396). En ajoutant les 434 ans restants, on obtient 39 de
     notre ère, date où devait apparaître le Messie, retranché 3 ans et demi plus tard, soit en 43.
     La correspondance est donc mauvaise, car Jésus est mort en 33, soit 10 ans plus tôt. En
     52   Guide des égarés 2:45.
     53   Néhémie 2:1-8.
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                              55


fait, la chronologie achéménide actuellement reçue est erronée puisque Artaxerxès Ier a
commencé à régner à partir de -475 et non de -465 (voir la chronologie perse). Cette erreur
est à l'origine des innombrables polémiques concernant cette célèbre prophétie54.
            Le point de départ des 490 ans est fixé: Depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour
rebâtir Jérusalem jusqu'à Messie principal il y aura sept semaines [d'années] puis soixante-deux semaines
[d'années]. Or, cet ordre55 de rétablir et de rebâtir Jérusalem fut donné par Artaxerxès Ier
dans la 20e année de son règne (en -455) au mois de Nisan (mars/avril). Comme Néhémie
précise que la muraille de la ville fut terminée le 25 Élul (août/septembre) en 52 jours, on
peut en déduire qu'il fit entendre cette: parole de rétablir et rebâtir Jérusalem aux Juifs revenus
dans cette ville au début du mois d'Ab (juillet/août). Esdras et Néhémie ont donné une
chronologie très précise de cette période. Ainsi, fin -538/ début -537, un an après la chute
de Babylone, Cyrus émettait un édit de libération des Juifs. En octobre -537 ils étaient tous
arrivés à Jérusalem. Début -536 ils commencèrent la reconstruction du Temple qui fut
terminée à la fin de la 6e année du roi perse Darius Ier, soit en -515. Dans la 7e année de son
règne, Artaxerxès Ier (en -468) demanda à Esdras d'aller à Jérusalem pour aménager
richement le Temple puis, dans sa 20e année, il donna cette fois l'ordre à Néhémie de
reconstruire la ville et non plus seulement le Temple. La ville est finalement inaugurée vers
la fin du règne de Darius II (Néhémie 12:22), soit en -406 (= -455 + 49).

 Date                            Événement                                                        Référence
     Septembre/octobre -537      Ordre de rebâtir le Temple par Cyrus.                            Esdras 1:1-2
             Mars/avril -537     Tout le peuple est réuni à Jérusalem.                            Esdras 3:1
              Avril/mai -536     Début de la reconstruction du Temple 2 ans après le départ.      Esdras 3:8-10
           Février/mars -515     Temple achevé (extérieur) à la fin de l'an 6 de Darius Ier.      Esdras 6:15
             Mars/avril -468     Ordre d'embellir le Temple (intérieur) en l'an 7 d'Artaxerxès.   Esdras 7:8,20
             Mars/avril -455     Ordre de rebâtir Jérusalem lu à Néhémie en l'an 20.              Néhémie 2:1-8
             Juin/juillet -455   Ordre de rebâtir Jérusalem lu aux chefs juifs (le 3 Ab).         Néhémie 2:16-18
            Juillet/août -455    Murailles de Jérusalem achevées en 52 jours.                     Néhémie 6:15
     Septembre/octobre -455      Ordre de rebâtir Jérusalem lu au peuple (le 1er Tishri).         Néhémie 8:1-2
     Septembre/octobre -406      Ville de Jérusalem achevée (inauguration). Fin de Darius II.     Néhémie 12:22-43

            Selon cette reconstitution chronologique, le peuple entendit l'ordre de rebâtir Jérusalem
le 1er Tishri -455, point de départ de la prophétie des 70 semaines. En ajoutant les 69
semaines d'années, soit 483 ans, la dernière semaine d'années (la 70e), marquant une
confirmation de l'alliance, couvre une période allant du 1er Tishri 29 (= -455 + 483 + 1) au
1e Tishri 36 (= -455 + 490 +1), et la moitié de cette dernière semaine tombe donc en 33. Il
54 L. BIGOT - Les 70 semaines de Daniel Paris 1911 Éd. Letouzey & Ané
in: Dictionnaire de théologie catholique tome VI.1 pp. 75-103
55 Néhémie 2:1,5,8.
56                           APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     est possible de déterminer exactement les dates correspondantes grâce à l'astronomie en
     sachant que le 1er Tishri correspond au 1er croissant visible (après la nouvelle lune) après
     l'équinoxe d'automne (le jour de la semaine est calculé par un logiciel)56:


           An            Date calendrier       Événement                    Date calendrier         Numéro du jour
                           hébraïque           astronomique                 julien
           29                                  Équinoxe d'automne           Dimanche 25 septembre
           29                                  Nouvelle lune                Lundi 26 septembre          0000
           29               1er Tishri         1er croissant                Mardi 27 septembre          0001
           33               [14 Nisan]         [Pleine lune]                Vendredi 3 avril            1284
           36                                  Équinoxe d'automne           Lundi 24 septembre          2554
           36                                  Nouvelle lune                Lundi 8 octobre             2568
           36               1er Tishri         1er croissant                Mardi 9 octobre             2569


                Puisque, selon la prophétie de Daniel, le Messie est retranchée au milieu de la
     dernière semaine (qui dure donc 7 ans, soit exactement 2569 jours), la date indiquant le
     moment où il est retranché est d'une précision remarquable puisque le 1284e jour, marquant
     la moitié de cette semaine (= 2569/2), tombe précisément sur le vendredi 3 avril 33.
                Selon ce comput, Jésus aurait-il été baptisé le 1er Tishri 29? La réponse est non pour
     les trois raisons suivantes:
      Si Jésus avait été baptisé le 1er Tishri, il n'aurait pu assister à la fête du Yom Kippour le
          10 Tishri, ni à la fête des Huttes du 15 au 21 Tishri57 puisque le texte biblique précise
          qu'il passa 40 jours dans le désert juste après son baptême58. Étant donné que Jésus est
          présenté comme un Juif pieux (respectant la loi juive), il serait illogique d'accepter qu'il
          ait pu violer une obligation aussi primordiale de la loi juive.
      Le 1er Tishri 29, Jésus avait exactement 30 ans. Or Luc a choisi d'écrire "environ 30
          ans", ce qui sous-entendait que Jésus n'avait pas exactement cet âge. Luc est
          généralement plus précis dans son langage que les autres évangélistes. Il préfère utiliser
          14 fois ce terme               "environ" dans ses écrits, contre seulement 6 fois pour tous les
          autres rédacteurs du Nouveau Testament. Ainsi, on lit chez Luc « environ la 6e heure
          »59, alors qu'il y a seulement « la 6e heure » chez Marc. Cet écart n'est pas systématique,
          puisque Marc précise « environ 4000 hommes »60 alors que Matthieu se contente d'un


     56 http://www.imcce.fr/page.php?nav=fr/ephemerides/astronomie/saisons/index.php
     http://portail.imcce.fr/fr/ephemerides/astronomie/Promenade/pages4/441.html
     http://www.nr.com/julian.html
     57 Nombres 29:12.
     58 Matthieu 3:16-4:2.
     59 Luc 23:44.
     60 Marc 15:33; 8:9.
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                       57


     simple « 4000 hommes »61. Luc écrit encore « environ la 9e heure » en Actes alors qu'il
     sous-entend le mot "environ" en un autre endroit62.
 Le Messie devait apparaître lorsque la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem fut
     prononcée; or cette parole n'a pas été émise le 1er Tishri, mais presque deux mois avant.
           Selon Néhémie cet ordre de rebâtir Jérusalem lui fut donné par Artaxerxès Ier au
mois de Nisan. Comme il précise également que la muraille de la ville fut terminée le 25
Élul en 52 jours63, on peut en déduire que Néhémie fit entendre cette parole de rétablir et
rebâtir Jérusalem aux chefs juifs revenus dans cette ville64 le 3 Ab. Cette durée de 52 jours
semble être prophétique, car le sanctuaire (fondation du Temple) devait être reconstruit en
3 jours selon Jean 2:19-22 et le temple complet, représenté par l'église ointe de l'Esprit Saint
selon Éphésiens 2:20-22, devait être réalisé à la Pentecôte selon Actes 2:1-4, soit 52 jours
après le 14 Nisan (selon Lévitique 23:15,16), jour marquant la "démolition" du sanctuaire
représenté par le corps de Jésus. Cette date du 3 Ab -455 servant de point de départ, le
point d'arrivée (483 ans après) correspond au 3 Ab 29 (lundi 1er août 29). En combinant les
données historiques, calendériques et astronomiques, on obtient le bilan suivant:
 Naissance de Jean le Baptiste le samedi 5 avril -2.
 Naissance de Jésus le lundi 29 septembre -2 à Bethléem.
 Début de la prédication de Jean le Baptiste le samedi 5 février 29.
 Baptême de Jésus le 3 Ab 29 soit le lundi 1er août 29, à l'âge de 29 ans et 10 mois, dans
     la 15e année de Tibère (allant du 19 août 28 au 18 août 29).
 Au 1er Tishri de l'an 29, soit le mardi 27 septembre, Jésus a exactement 30 ans.
 Mort de Jésus le 14 Nisan 33 soit le vendredi 3 avril à l'âge de 33 ans et 6 mois.
 Pentecôte de l'an 33 le 6 Siwan, 50 jours à partir du 16 Nisan65 (dimanche 24 mai 33).
 Fin de l'alliance spéciale avec les Juifs le 1er Tishri 36 soit le mardi 9 octobre, marquée
     par la conversion du centurion Corneille66.

           Le texte de Daniel annonçait donc l'apparition du Messie le lundi 1er août 29 et sa
mort le vendredi 3 avril 33, ce qui est d'une précision impressionnante; mais ce texte
contient d'autres indices qui confirment ce comput. La reconstitution chronologique du
baptême de Jésus est la suivante:
61 Matthieu 15:38.
62 Actes 10:3; 3:1.
63 Néhémie 2:1,5,8; 6:15.
64 Néhémie 2:11,16-18.
65 Lévitique 23:15,16.
66 Actes 10:30.
58                       APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     juil-29   30    1      Ab      samedi
               31    2              dimanche
     aoû-29     1    3              lundi           Baptême de Jésus qui devient le Messie au 3 Ab
                2    4              mardi       1   (à la date où les murailles du Temple ont débuté).
                3    5              mercredi    2
                4    6              jeudi       3
                5    7              vendredi    4
                6    8              samedi      5
                7    9              dimanche    6
                8   10              lundi       7
                9   11              mardi       8
               10   12              mercredi    9
               11   13              jeudi      10
               12   14              vendredi   11
               13   15              samedi     12
               14   16              dimanche   13
               15   17              lundi      14
               16   18              mardi      15
               17   19              mercredi   16
               18   20              jeudi      17
               19   21              vendredi   18
               20   22              samedi     19
               21   23              dimanche   20
               22   24              lundi      21
               23   25              mardi      22
               24   26              mercredi   23
               25   27              jeudi      24
               26   28              vendredi   25
               27   29              samedi     26
               28   30              dimanche   27
               29    1      Elul    lundi      28
               30    2              mardi      29
               31    3              mercredi   30
     sep-29     1    4              jeudi      31
                2    5              vendredi   32
                3    6              samedi     33
                4    7              dimanche   34
                5    8              lundi      35
                6    9              mardi      36
                7   10              mercredi   37
                8   11              jeudi      38
                9   12              vendredi   39
               10   13              samedi     40   Fin des 40 jours dans le désert (attaques de Satan).
               11   14              dimanche   41
               12   15              lundi      42
               13   16              mardi      43   Noces de Cana
               14   17              mercredi   44
               15   18              jeudi      45
               16   19              vendredi   46
               17   20              samedi     47
               18   21              dimanche   48
               19   22              lundi      49
               20   23              mardi      50
               21   24              mercredi   51
               22   25              jeudi      52   Date marquant l'achèvement des murailles du Temple.
               23   26              vendredi
               24   27              samedi
               25   28              dimanche        Équinoxe d'automne.
               26   29              lundi           Nouvelle lune.
               27    1     Tishri   mardi           Jésus a 30 ans. Début de la 70e semaine de Daniel.
               28    2              mercredi
               29    3              jeudi
               30    4              vendredi
     oct-29     1    5              samedi
                2    6              dimanche
                3    7              lundi
                4    8              mardi
                5    9              mercredi
                6   10              jeudi           Yom kippour.
                7   11              vendredi
                8   12              samedi
                9   13              dimanche
               10   14              lundi
               11   15              mardi           Fête des Huttes.
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                59


                12     16           mercredi
                13     17           jeudi
                14     18           vendredi
                15     19           samedi
                16     20           dimanche
                17     21           lundi
                18     22           mardi



          Selon cette reconstitution, la 70e semaine d'années débute le mardi 27 septembre 29
au moment où Jésus a exactement 30 ans. Cette coïncidence n'est pas fortuite puisque les
textes évangéliques donnent à Jésus un rôle de grand prêtre67. Or les prêtres commençaient
à officier seulement à partir de 30 ans68. La reconstitution fait apparaître que:
 Jésus est baptisé dans le Jourdain le 3 Ab 29 (lundi 1er août) et devient le Messie dans la
     15e année de Tibère César à l'âge de 29 ans et 10 mois.
 Il débute son ministère le 1er Tishri 29 (mardi 27 septembre) à l'âge de 30 ans.
 Il meurt à Jérusalem le 14 Nisan 33 (vendredi 3 avril) vers 15 heures à l'âge de 33 ans et
     6 mois, soit quelques heures avant une éclipse de lune.
          (Il est curieux de constater que deux durées mentionnées dans le texte de Daniel
12:11,12 apparaissent dans le comput du ministère de Jésus. En effet, entre le 25 Elul 29
(vendredi 23 septembre) et le 14 Nisan 33 (vendredi 3 avril), il y a 1290 jours et entre le 1er
Tishri 29 (mardi 27 septembre), lorsque Jésus (grand prêtre) a 30 ans et la Pentecôte de l'an
33, soit le 50e jour après le 16 Nisan69 33 (dimanche 24 mai), il y a 1335 jours).




67 Hébreux 3:1; 7:26; 8:1.
68 Nombres 4:3; 1Chroniques 23:3.
69 Lévitique 23:15,16.
60                                  APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                   LA PROPHETIE: UN DEFI A LA RAISON

                   Paul Valéry a écrit: Le génie de Newton a consisté à dire que la lune tombe alors que tout le
     monde voit bien qu'elle ne tombe pas, exprimant par cette boutade que cet homme perspicace
     voyait bien au-delà de la simple observation du commun des mortels. C'est ce qui lui permit
     de prédire le comportement des éléments de l'univers qu'il pouvait observer. Finalement, la
     force d'une démarche scientifique se mesure à sa capacité "prédictive", et ce pouvoir peut
     être potentiellement redoutable. Un proverbe chinois affirme que: celui qui pourrait prédire les
     événements trois jours à l'avance serait riche pour des millions d'années.
                   Les prévisions scientifiques ne concernent toutefois que des faits techniques
     somme toute assez limités. Dès que des événements un tant soit peu complexes sont
     concernés, comme les prévisions météorologiques à trois jours par exemple, elles sont
     rapidement mises en échec. Certains hommes conscients de cette faiblesse ont imaginé une
     intervention suprahumaine en postulant un "sixième sens" pour résoudre le problème.
     Voilà qui explique pourquoi l'astrologie, pseudoscience divinatoire, fut tant mise à
     l'honneur depuis la plus haute antiquité. Elle s'avérera finalement tout autant faillible que la
     science moderne. Cicéron a pu écrire dès son époque sur le ton de l'humour dans son De
     Divinatione 2:24: Deux augures ne peuvent se regarder sans rire. Cette remarque ironique montre à
     quel point la divination paraissait peu fiable.
                   Le texte biblique, lui, reconnaît pourtant un pouvoir limité à la divination tout en
     mettant en garde le lecteur contre la tentation d'y recourir. Elle encourage aussi ses lecteurs
     à écouter les prophètes. Paradoxe qui demande explication: pourquoi encourager ses
     lecteurs à s'intéresser à l'avenir du genre humain tout en mettant en garde contre le danger
     de vouloir connaître le sien personnel? Cette position semble en apparence contradictoire.
     La différence est subtile, mais capitale. La divination peut certes annoncer l'avenir mais
     comporte souvent des erreurs. Ainsi, la femme médium d'En-Dor évoquée dans le livre
     biblique de Samuel est présentée comme réussissant à prédire plusieurs événements de la
     vie de Saül lorsqu'elle dit: [Dieu] a arraché la royauté de ta main [ce qui se réalisa] et l'a donnée à un
     autre, à David [idem]. Jéhovah livrera Israël avec toi aux mains des Philistins [idem]. Demain, toi et tes
     fils, vous serez avec moi parmi les morts [idem, à une erreur près!]. En fait, trois des fils de Saül
     furent tués70, le quatrième, Ish-Bosheth, resta en vie71. Le taux d'erreurs fut donc de 25%. Si
     l'exactitude est nécessaire, elle n'est pas jugée suffisante: S'il se lève au milieu de toi un prophète
     ou un [faiseur de] rêve, si vraiment il te donne un signe ou un présage, et que se réalise effectivement le signe

     70   1Samuel 28:17-19; 31:2.
     71   2Samuel 2:10.
DATE DU BAPTEME DE JESUS                                                    61


ou le présage dont il t'a parlé, en disant: ‘Marchons à la suite d'autres dieux que tu n'as pas connus, et
servons-les’, il ne faudra pas que tu écoutes les paroles de ce prophète ou le rêveur de ce rêve72. C'est
vraisemblablement pour cette raison que la Bible interdisait aux Israélites de consulter les
personnes exerçant la divination, ou cherchant les présages ou faisant métier de prédire les
événements73. Cette attitude était assimilée à une rébellion contre Dieu74. Cette interdiction
d'ailleurs a été reprise par ceux qui devinrent chrétiens75. Ce qui séparait une prédiction
divine d'une divination spirite était la nature de la source: Dieu ou les dieux. Les rédacteurs
de la Bible ont régulièrement martelé cette "vérité": révéler l'avenir de façon infaillible est la
marque distinctive de la vraie divinité. Le livre d'Isaïe déclare par exemple: Produisez et
révélez-nous les choses qui vont survenir. Les premières choses - ce qu'elles furent - révélez-le, pour que nous
y appliquions notre cœur et que nous en connaissions l'avenir. Ou bien faites-nous entendre les choses qui
viennent. Révélez les choses qui doivent venir par la suite, pour que nous sachions que vous êtes des dieux76.
Dieu relève ce défi qu'il a lui-même lancé: Les premières choses - les voilà venues, mais j'annonce des
choses nouvelles. Avant qu'elles ne se mettent à germer, je vous les fais entendre (...) Je te révélerai donc les
choses dès cette époque-là. Avant que cela n'arrive, je te les fais entendre, pour que tu ne dises pas: ‘Mon
idole les a faites, mon image sculptée et mon image en métal fondu les ont ordonnées77.
          Invitant au choix, le prophète déclare: S'ils vous disent: “adressez-vous aux médiums ou à
ceux qui ont un esprit de prédiction, qui pépient et s'expriment à voix basse”, n'est-ce pas à son Dieu que
tout peuple doit s'adresser?78. [Dieu] ne fera rien qu'il n'ait révélé son affaire confidentielle à ses serviteurs
les prophètes »79. Ma main est venue contre les prophètes qui voient en vision la fausseté et qui font du
mensonge une divination. Ils ne resteront pas dans le groupe des intimes de mon peuple80. La conclusion
tombe sans appel dans le texte biblique: Car vous savez d'abord ceci: qu'aucune prophétie de
l'Écriture ne provient d'une interprétation personnelle. Car la prophétie n'a jamais été apportée par la
volonté de l'homme, mais des hommes ont parlé de la part de Dieu, comme ils étaient portés par l'esprit
saint81. La Bible prétend que seul le vrai Dieu peut prophétiser l'avenir sans se tromper.
Sous ce rapport, des livres comme les Rig-Véda, le Coran, le livre de Joseph Smith et les
prévisions dites scientifiques elles-mêmes ne seraient que des livres ordinaires. De fait ces
ouvrages ne contiennent aucune prophétie du genre de celles qu'on trouve dans les textes
de la Bible, dont la précision est telle qu'elle accule le sceptique chronique à postuler une
72 Deutéronome 13:1-3.
73 Deutéronome 18:10-14.
74 1Samuel 15:23.
75 Actes 19:19.
76 Isaïe 41:22,23.
77 Isaïe 42:9; 48:5.
78 Isaïe 8:19.
79 Amos 3:7.
80 Ezéchiel 13:9.
81 2Pierre 1:21.
62                         APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     rédaction a posteriori. La prophétie ne peut être vérifiée que par une chronologie précise.
     Or celle des historiens actuels n'est que le produit d'un copier/coller, sans aucune étude
     scientifique des dates recopiées (aucune thèse n'a été consacrée à la chronologie depuis un
     siècle). Selon Fénelon: Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays. Autant dire que sans
     chronologie l'histoire n'existe pas, il n'y a que des fabulistes qui se croient historiens. Si la
     géographie et la chronologie sont bien les yeux de l'histoire, alors le bon historien aspire à être
     de tous les temps et de tous les pays.
Le procès de Jésus: scandaleux, mais légal!

          Dans la biographie de Jésus, le procès devant le Sanhédrin puis devant Pilate est
l'élément majeur et attire aussi l'essentiel des critiques. Procès illégal pour les uns,
incohérent ou impossible pour les autres. Ces critiques visent principalement à nier
l'authenticité de ce procès et par contrecoup l'authenticité de l'accusé. La littérature sur ce
procès célèbre abonde, et le livre de Brown consacré à la mort de Jésus, par exemple, ne
comporte pas moins de 1700 pages (en incluant la préface).
          Il n'est pas question d'examiner toutes les controverses soulevées par ce procès, ni
de comprendre les intentions des différents protagonistes, mais seulement de vérifier si sa
reconstitution chronologique conduit vraiment à des incohérences, des contradictions ou
des invraisemblances. Après tout, lors d'une enquête judiciaire, une telle reconstitution
n'est-elle pas le seul moyen dont disposent les juges pour accuser ou pour innocenter?
          Certains éléments du procès semblent contradictoires quant à la motivation de la
condamnation et à la procédure suivie par les autorités parce qu'il y a imbrication de deux
systèmes judiciaires et juridiques, celui des autorités juives (grand prêtre) et celui des
autorités romaines (préfet de Judée). Le fait que ces différents systèmes ont évolué avec le
temps sans qu'on en ait toujours les traces complique encore la tâche de l'enquêteur.
          Il faut commencer par une remarque capitale sur la légalité de ce procès: si les
premiers chrétiens, qui étaient tous (d'anciens) juifs, ont vigoureusement dénoncé la
fourberie du Sanhédrin, jamais ils ne lui ont reproché d'avoir agi illégalement, ce qui aurait
été un argument déterminant dans les controverses avec leurs anciens coreligionnaires. Les
violations de la loi juive étaient épinglées, comme le montre le texte d'Actes 23:1-5: Fixant
du regard le Sanhédrin, Paul dit: Frères, c'est tout à fait en bonne conscience que je me suis conduit devant
Dieu jusqu'à ce jour. Mais le grand prêtre Ananie ordonna à ses assistants de le frapper sur la bouche.
Alors Paul lui dit: C'est Dieu qui te frappera, toi, muraille blanchie! Eh quoi! Tu sièges pour me juger
d'après la Loi, et, au mépris de la Loi, tu ordonnes de me frapper! Les assistants lui dirent: C'est le grand
prêtre de Dieu que tu insultes? Paul répondit: Je ne savais pas, frères, que ce fût le grand prêtre. Car il est
écrit: Tu ne maudiras pas le chef du peuple. Brown1 remarque fort justement: Si les écrivains
évangéliques écrivent que les autorités juives étaient malhonnêtes et sans pitié, ils ne disent jamais qu'en
jugeant et condamnant Jésus les autorités agissaient illégalement au regard de la loi romaine ou de la Loi de
Moïse. Les évangélistes n'attirent jamais l'attention sur l'un quelconque des conflits avec les procédures
1R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.
Paris 1994 Éd. Bayard p. 413 note 69.
64                                  APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     mishnaïques indiquées ci-dessus. Cette accusation, si elle avait été émise, serait devenue un élément
     important dans la polémique antijuive. Ainsi, même si ce procès fut scandaleux, il ne fut pas
     considéré comme illégal! La connaissance du contexte de l'époque explique ce paradoxe. La
     reconstitution chronologique2 permet de situer les grandes phases du procès.

                    CONTEXTE HISTORIQUE DU PROCES DE JESUS

         Calendrier    Heures     Événements majeurs du procès.                                            Matthieu   Marc       Luc        Jean
         Mercredi      15 - 18    Anne et Caïphe cherchent un moyen de faire condamner Jésus 26:1-5                   14:1-2     22:1-2
         12 Nisan                 à mort, mais pas pendant la fête de Pâque.
         Jeudi         18 - 24 Judas propose à Anne et Caïphe de leur livrer Jésus.                        26:14-16   14:10-11   22:3-6
         13 Nisan      24 - 6
                         6 - 12
                       12 - 15    Préparation de la Pâque.                                                 26:17-19   14:12-16   22:7-13
                       15 - 18    Le soir est venu, la Pâque peut commencer.                               26:20-21   14:17-21   22:14
         Vendredi      18 - 22    Repas pascal, puis Judas est congédié. Institution de la Cène.           26:21-33   14:22-25   22:15-30   13:1-18:1
         14 Nisan                 Reniement de Pierre prévu, déplacement au mont des Oliviers. 26:34-46               14:26-41   22:30-46
                       22 - 2     Jésus est arrêté par la police du Temple, puis est emmené chez           26:47-56   14:42-52   22:47-53   18:2-11
                                  Anne, l'ancien grand prêtre, pour une enquête sur son                                                     18:12-23
                                  enseignement, puis chez Caïphe, le grand prêtre en titre. Le             26:57-65   14:53-60   22:54      18:24
                                  Sanhédrin cherche des faux témoignages, mais il y a
                                  discordance. Caïphe propose au Sanhédrin l'accusation de                 26:65-68   14:61-65
                                  blasphème qui n'emporte pas l'adhésion de tous.
                        2-   6    Pierre renie Jésus 3 fois. Deuxième chant du coq.                        26:69-75   14:66-72   22:55-65   18:15-27
                        6-   9    Le Sanhédrin tient conseil pour mettre à mort Jésus, puis le             27:1-10    15:1-5     22:66-71   18:28-32
                                  livre à Pilate (Judas se pend puis se fracasse en tombant).
                                  Enquête de Pilate qui renvoie Jésus à Hérode Antipas.                                          23:1-11
                                  Après des moqueries, Hérode renvoie Jésus devant Pilate.
                        9 - 12    Procès de Pilate. Enquête sur la royauté de Jésus. Pilate                27:11-23   15:6-19    23:13-23   18:33-40
                                  propose l'acquittement, qui est refusé. Pour épargner Jésus,
                                  Pilate propose la libération de Barabbas, un meurtrier, mais
                                  celle-ci est acceptée. Pour faire relâcher Jésus, il le fait fouetter,
                                  mais les Juifs l'accusent d'être complice et ainsi d'être contre                                          19:1-22
                                  César. Pilate se lave les mains et accepte de condamner Jésus            27:24-31              23:24-43
                                  sous le motif de crime de lèse-majesté "Roi des Juifs".
                        12 - 15   Simon de Cyrène aide Jésus jusqu'au lieu de supplice. Pour               27:32-45   15:20-41   23:44-49   19:23-30
                                  l'anesthésier, du vin drogué est proposé à Jésus qui refuse.
                                  Ténèbres anormales de 12 à 15h. Pour le rafraîchir, quelqu'un
                                  offre du vin aigre à Jésus qui accepte. Mort de Jésus à 15h.
                        15 - 18   ("Pâque" offrande de paix). Josèphe d'Arimathie, membre du               27:46-56   15:42-47   23:50-56   19:31-41
                                  Sanhédrin et disciple secret de Jésus, demande à Pilate, qui             27:57-61
                                  accepte, le corps de Jésus pour le mettre dans son tombeau.
         Samedi        18 - 6     Grand sabbat (sabbat coïncidant avec le 1er jour des Azymes).                                             (19:31)
         15 Nisan        6 - 12   A la demande d'Anne et de Caïphe, Pilate fait garder la tombe            27:62-66
                                  par des soldats jusqu'au 3e jour (dimanche).
                       12 - 18
         Dimanche      18 - 6
         16 Nisan       6- 9      Résurrection au début du jour, un ange apparaît à des femmes.            28:1-15    16:1-2     24:1-14    20:1-18
                                  Anne et Caïphe en sont informés et payent les gardes pour
                                  qu'ils disent que le corps a été dérobé pendant leur sommeil.

     2   La division du temps en 4 veilles de 3 heures (Marc 6:48) est d'origine romaine et diffère des 3 veilles de 4 heures (Juges 7:19).
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                        65


           Cette reconstitution chronologique fondée sur le récit des quatre évangélistes est
tout à fait cohérente. Comme on l'a vu dans le chapitre consacré à la datation de la mort de
Jésus, la préparation de la Pâque du 14 Nisan était souvent assimilée, au 1er siècle, avec celle
du 1er jour des Azymes (le 15 Nisan). Le rédacteur de l'évangile de Marc3 considérait par
exemple que la Pâque marquait le début des Azymes, comme Flavius Josèphe qui écrit: La
fête des Pains sans levain que nous appelons “la Pâque” (...) Lorsque arriva le jour des Azymes, le 14e du
mois de Xanthique [Nisan]4. De même, les Juifs du 1er siècle appelaient Pâque aussi bien le
repas pascal célébré au début du 14 Nisan que l'offrande de paix offerte au Temple dans la
journée (à partir de 15 heures), ce qui est confirmé par Philon d'Alexandrie5 et Flavius
Josèphe6: Et eux, quand arriva la fête appelé Pâque, au cours de laquelle les Juifs offrent des sacrifices de
la 9e à la 11e heure [de 15h à 17h].
           Le procès de Jésus s'est déroulé à Jérusalem sous la direction officielle de Caïphe,
nommé grand prêtre (de 18 à 37 de notre ère) par Valérius Gratus, et de Ponce Pilate,
nommé préfet de Judée (de 26 à 36) par Tibère César. Les différentes juridictions à cette
époque et dans cette région étaient les suivantes7:

    Légat d'Orient         Gouverneur de Syrie                   Préfet de Judée            de      à Grand prêtre (Judée)

                      Marcus Titius                              [Hérode le Grand] -10            -8   Simon, fils de Boéthos
                      Caius Sentius Saturninus                   [Hérode le Grand]  -8            -6   Simon, fils de Boéthos
    (Tibère)          Publius Quinctilius Varus                  [Hérode le Grand]  -6            -5   Matthias, fils de Théo.
    (Tibère)          Publius Quinctilius Varus                  [Hérode le Grand]  -5            -3   Joazar, fils de Boéthos?
    (Tibère)          Publius Sulpicius Quirinius                [Hérode le Grand]  -3            -1   Joazar, fils de Boéthos?
    Caius César       Publius Quinctilius Varus                  [Archélaüs]        -1             2   Éléazar, fils de Boéthos
    Caius César       [Caius César]                              [Archélaüs]         2             4   Éléazar, fils de Boéthos
                      Lucius Volusius Saturninus                 [Archélaüs]         4             6   Jésus, fils de Sée
                      Publius Sulpicius Quirinius                Coponius            6             9   Anne, fils de Seth
                      Publius Sulpicius Quirinius?               Marcus Ambibulus    9            12   Anne, fils de Seth
                      Q. Caecilius Metellus Silanus              Annus Rufus        12            15   Anne, fils de Seth
                      Q. Caecilius Metellus Silanus              Valerius Gratus    15            16   Ismaël, fils de Phiabi
                      Q. Caecilius Metellus Silanus              Valerius Gratus    16            17   Éléazar, fils d'Anne
    Germanicus Caesar Cnaeus Calpurnius Piso                     Valerius Gratus    17            18   Simon, fils de Kamithos
    Germanicus Caesar Cnaeus Calpurnius Piso                     Valerius Gratus    18            19   Joseph Caïphe
                      Cnaeus Sentius Saturninus                  Valerius Gratus    19            21   Joseph Caïphe
                      [Lucius Aelius Lamia?]                     Valerius Gratus    21            26   Joseph Caïphe
    [Séjan]           [Lucius Aelius Lamia?]                     Ponce Pilate       26            30   Joseph Caïphe
    [Séjan]           [Lucius Aelius Lamia?] /                   Ponce Pilate       30            32   Joseph Caïphe
    Lucius Vitellius? Lucius Pomponius Flaccus                   Ponce Pilate       32            35   Joseph Caïphe
    Lucius Vitellius  Lucius Vitellius                           Ponce Pilate       35            36   Joseph Caïphe
                      Lucius Vitellius                           Marcellus          36            37   Joseph Caïphe
                      Lucius Vitellius                           Marullus           37            39   Théophile, fils d'Anne
3 Marc 14:1-12.
4 Antiquités juives XVIII:29; Guerre des Juifs V:99.
5 Questions et réponses sur l'Exode I:11.
6 Guerre des Juifs VI:423.
7 J.P. LEMONON - Ponce Pilate

Paris 2007 Éd. De l'Atelier pp. 263-265.
E. SCHÜRER - Judaea under Roman Governors
In: The history of the Jewish people in the age of Jesus Christ Vol. I 1987 Edinburgh Ed. Matthew Black F.B.A. pp. 357-398.
66                             APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                En théorie, la législation romaine est assez simple puisqu'elle s'appuie sur ces deux
     grands principes: 1) le gouverneur d'une province impériale reçoit pleine autorité sous la
     forme d'un imperium que l'empereur lui délègue (en en fixant les limites), ce qui lui permet
     de le représenter dans sa province; et 2) le Sénat romain accepte la législation des peuples
     conquis (pour des raisons pragmatiques de manque de personnels), mais se réserve la
     juridiction criminelle. En pratique, évidemment, les rapports administratifs et juridiques
     entre les différentes autorités se compliquent pour les raisons suivantes:
      Les gouverneurs des petites provinces (comme la Judée) sont principalement désignés,
          jusqu'à Claude, par le titre de préfet plutôt que par le titre de procurateur. En fait, ils
          cumulaient les deux charges, celle de préfet représentant un pouvoir administratif par
          l'exercice d'une juridiction civile et criminelle, et celle de procurateur représentant les
          intérêts financiers et fiscaux de l'empereur. Pilate était donc un procurateur-préfet.
      Les gouverneurs n'avaient officiellement de comptes à rendre qu'à l'empereur, mais
          deux situations faisaient exception. Pour des raisons stratégiques, dans une grande
          région comme celle d'Orient, l'empereur pouvait nommer un légat spécial en le
          munissant d'un imperium particulier associé à des instructions écrites (mandata). Dans
          cette situation, les gouverneurs de Syrie et de Judée devaient coopérer avec ce légat
          impérial en Orient8 (l'interprétation des instructions de l'empereur pouvait cependant
          engendrer des conflits)9. Lucius Vitellius, en tant que légat d'Orient10, a pu révoquer
          Pilate11. Une deuxième situation pouvait faire exception, celle de la vacance du pouvoir.
          Tibère, par exemple, se retira (en 27) dans l'île de Capri et laissa la gestion des affaires à
          Séjan, préfet du prétoire12 qui était ainsi pratiquement corégent13. En 33 de notre ère,
          Pilate pouvait donc être interpellé soit par Vitellius, légat d'Orient, soit par Macron,
          nouveau préfet du prétoire (Séjan ayant été exécuté pour trahison le 18 octobre 31).
      Une province était normalement dirigée par un gouverneur, mais l'empereur pouvait
          nommer un gouverneur tout en lui demandant de rester à Rome ou bien en l'envoyant
          tout en conservant l'ancien (avec vraisemblablement une mission différente)14.
      Les proconsuls étaient théoriquement des collègues de l'empereur et pouvaient, à ce
          titre, intervenir auprès des gouverneurs, notamment en cas de problèmes juridiques15.
     8 TACITE -Annales XV:25.
     9 Comme celui entre Germanicus Caesar, Cnaeus Calpurnius Piso et Valerius Gratus, voir TACITE -Annales II:43.
     10 TACITE -Annales VI:32.
     11 Antiquités juives XVIII:88-89.
     12 Y. PERRIN, T. BAUZOU – De la Cité à l'Empire : histoire de Rome

     Paris 2004 Éd. Ellipses p. 295.
     13 VELLEIUS PATERCULUS –Histoire romaine II:127.
     14 TACITE -Annales I:80; VI:27.
     15 F. HURLET – Le proconsul et le prince d'Auguste à Dioclétien

     Paris 2006 Éd. Ausonius pp. 309-314.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                             67


           Le cas le plus complexe était
celui de la Judée puisque deux
juridictions        très      différentes         se
chevauchaient: celle du préfet et
celle du grand prêtre. La situation de
la région était la suivante (en 33):


 Pomponius Flaccus, gouverneur
     de Syrie, résidait à Antioche et
     disposait de 4 légions (de 5000 à
     6000 soldats chacune)16. Les
     villes d'Azot, Jamnia et Phasaëlis
     , attribuées par Hérode à Salomé
     sa sœur17, avaient été rattachées
     ensuite à la province de Syrie.
 Hérode Philippe, tétrarque de
     Batanée,           de        Trachonitide,
     d'Auranitide, de Gaulanitide et
     d'Iturée résidait à Césarée de Philippe et disposait d'une troupe de soldats utilisés
     comme policiers ou douaniers. Ces soldats pouvaient être réquisitionnés par les
     gouverneurs en cas de guerre et intégrés comme troupe auxiliaire à côté des légions (au
     moins jusqu'en 47 de notre ère, puisqu'après cette date les Juifs en sont exemptés)18.
 Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée, résidait à Tibériade. Comme Hérode
     Philippe, il disposait lui aussi d'une troupe de soldats (juifs) qu'il a utilisée, par exemple,
     comme escorte lors de son voyage à Jérusalem19.
 Pilate, préfet de Judée, résidait habituellement à Césarée et disposait de 5 cohortes (de
     500 à 600 soldats chacune) et d'un escadron de cavalerie20 pour faire régner l'ordre dans
     sa province. Ces soldats étaient soit des Romains, soit des Samaritains recrutés à
     Sébasté21. Le texte des Actes22 mentionne vraisemblablement la Secunda Italica Civium
     Romanorum ainsi que la Prima Augusta qui stationnait à Jérusalem.

16 Légions: VI Ferrata, X Fretensis, III Gallica, XII Fulminata (après 18).
17 Antiquités juives XVII:189.
18 Antiquités juives XIV:202-204.
19 Luc 23:7-11.
20 Antiquités juives XIX:365. Escadron de cavalerie nommé Ala I Gemina Sebastenorum.
21 Guerre des Juifs II:52.
22 Actes 10:1; 21:31-32; 27:1.
68                                 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


      Caïphe, grand prêtre, résidait à Jérusalem et disposait d'une police du Temple dirigée
           par des capitaines23 et d'une troupe de soldats24 (juifs) utilisés comme policiers pour les
           affaires criminelles ou comme douaniers pour les affaires fiscales. Les gardiens du
           Temple étaient sous la direction d'un capitaine25. Le terme grec stratègos "capitaine" est
           la traduction du terme hébreu sagan apparaissant dans l'Ancien Testament26.
      Anne, ancien grand prêtre, résidait à Jérusalem et faisait partie du Sanhédrin en tant que
           grand prêtre honoraire. Il a probablement rencontré Jésus lorsque celui-ci, âgé de 12
           ans, était monté au Temple pour célébrer la Pâque27. La coexistence de plusieurs grands
           prêtres28 était anormalement fréquente au 1er siècle29 (de 6 à 66).
                 Lorsque ces personnages se retrouvent à Jérusalem pour la célébration de la Pâque,
     ils sont tous sous l'autorité de Pilate, Hérode Antipas, par exemple, n'étant plus qu'une
     personne privée. Les Juifs restent toutefois sous l'autorité morale du grand prêtre, y
     compris ceux de la diaspora. La situation la plus complexe (qui a fait couler beaucoup
     d'encre) était celle d'une infraction religieuse, car le droit criminel romain était peu
     explicite30 dans ce domaine. Ce cas particulier d'un crime religieux engendre deux
     questions: Le Sanhédrin était-il habilité par Rome à condamner à la peine capitale, et avait-
     t-il le droit de l'exécuter? Brown, après avoir examiné dans le détail cette question
     complexe, aboutit à cette conclusion: Les Romains autorisèrent les Juifs à condamner à mort dans
     certains cas évidents d'infractions religieuses, par exemple la violation des interdits concernant la circulation
     dans certaines zones du Temple et peut-être l'adultère. Au-delà de cette sphère religieuse déterminée, les
     autorités juives étaient supposées transmettre les affaires aux Romains, qui décidaient de prononcer et
     d'exécuter ou non une sentence de mort31. Sur quels éléments repose cette conclusion?

                 LE DROIT CRIMINEL EN JUDEE DANS LES ANNEES 30

                 Lorsque Archélaüs, ethnarque de Judée, fut destitué par Quirinius (en 6), sa
     province passa sous l'autorité de Coponius, premier préfet de Judée, qui reçut les pleins
     pouvoirs (imperium) y compris la juridiction capitale32. Sous le royaume hérodien, le
     Sanhédrin possédait aussi ce droit à la peine de mort33, et cette juridiction religieuse était

     23 Luc 22:4; Actes 5:21-26.
     24 Luc 3:14.
     25 Guerre des Juifs VI:294; Antiquités juives XX:131, 208.
     26 Esdras 9:2; Néhémie 2:16.
     27 Luc 2:41-46.
     28 Nombres 35:25.
     29 Guerre des Juifs II:243.
     30 A l'exception de la loi sur les cultes illicites (superstitio illicita), mais la religion juive était reconnue par Rome comme licite.
     31 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.

     Paris 1994 Éd. Bayard p. 426.
     32 Guerre des Juifs II:117, 167; Antiquités juives XVIII:1-2.
     33 Antiquités juives XIV:177; XV:173.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                            69


une particularité des royaumes juifs34. Cette exception fut entérinée par Rome35, comme le
rappellent Flavius Josèphe et Philon, auteurs juifs du 1er siècle. Ils précisent aussi que cette
juridiction religieuse spéciale était perçue comme un privilège36.
           Selon le Talmud de Jérusalem: On enseigne: 40 ans avant la ruine du Temple, on enleva
[aux Juifs] les jugements de peine capitale. Du temps de Shiméon ben Shetah on leur enleva les jugements
en matière pécuniaire (Sanhédrin 18a)37. Ces deux événements importants se sont déroulés sous
la juridiction romaine38: le premier en 30 puisque le Temple a été détruit en 70, et le second
en -65, au tout début de l'administration romaine de Syrie39, car Shiméon ben Shetah,
maître à l'époque du second Temple, enseigna sous les règnes d'Alexandre Jannée (103-76)
et de Salomé Alexandra (76-67), ce qui situe donc la fin de l'indépendance pécuniaire des
Juifs vers -65. Le Talmud ne donne pas la raison de la disparition de la peine capitale qui
avait été accordée jusqu'alors au Sanhédrin et n'indique pas non plus si cela concernait tous
les crimes civils (meurtres, adultères, infanticide, etc.) et religieux (sacrilège, blasphème,
etc.), ou seulement les crimes civils.
           La perte du droit à la peine capitale par le Sanhédrin en 30 est donc située sous la
légation de Pilate (26-36). Plusieurs indices suggèrent que cet incident est lié à l'attaque de
Jésus contre les changeurs du Temple40, au début de son ministère41 en 30, car la famille
possédante d'Anne était corrompue, et l'intervention de Jésus a révélé un scandale qui a dû
pousser Pilate à restreindre les pouvoirs judiciaires du Sanhédrin. Le Talmud de Babylone42
critique les prêtres de la maison d'Anne [Hanin] à cause de leurs conspirations et rapporte
que les éventaires de produits des fils d'Anne [Hanan] (qui étaient sur le mont des Oliviers)
furent détruits vers 67 parce que leurs propriétaires ne payaient pas la dîme — ils étaient
peut-être impliqués dans la hausse excessive du prix de tout ce qui était nécessaire au
sacrifice du Temple. Flavius Josèphe relate: Quand Albinus fut arrivé à Jérusalem, il mit tout son
zèle et toute sa diligence à pacifier le pays en faisant périr la plupart des sicaires. Mais de jour en jour le
grand pontife Ananias [fils d'Anne] croissait en réputation et obtenait de façon éclatante l'affection et
l'estime de ses concitoyens: en effet, il savait donner de l'argent et il essayait quotidiennement de faire sa cour
par des présents à Albinus et au grand pontife. Il avait des serviteurs très pervers qui s'adjoignaient les

34 Contre Apion II:184-188.
35 Le pouvoir judiciaire du grand-prêtre est entériné par Rome dès -142 (1Maccabées 15:16-21).
36 Antiquités juives XVI:174; Legatio ad Caium 307-308.
37 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers siècles

Roma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico p. 503.
38 J.P. LEMONON - Ponce Pilate

Paris 2007 Éd. De l'Atelier pp. 76-81.
39 Qui débuta avec le proquesteur propréteur Marcus Aemilius Scaurus (65-62).
40 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.

Paris 1994 Éd. Bayard pp. 403, 467.
41 Jean 2:13-17.
42 Pesahim 57a; Baba Mesia 88a; Tosephta Menahot 13:21-22.
70                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     hommes les plus audacieux pour fondre sur les aires et prendre de force la dîme des prêtres, non sans frapper
     ceux qui ne la leur cédaient pas43. De plus, le Talmud de Babylone44 établit un lien entre
     l'expulsion du Sanhédrin, 40 ans avant la destruction du Temple (en 70), et les
     malversations de la famille d'Anne. Ces faits, même dépeints à travers les préjugés
     pharisiens, expliquent l'enchaînement logique: 1) Jésus dévoile au grand jour une extorsion
     financière orchestrée par Anne, ancien grand prêtre; 2) la révélation de ce scandale pousse
     Pilate à intervenir pour calmer les Juifs spoliés en plaçant les pouvoirs judiciaires du
     Sanhédrin sous son contrôle; 3) suite à cet incident, Anne a vraisemblablement dû garder
     rancune contre Jésus; 4) Pilate, dans un souci d'apaisement, instaure peut-être à cette
     époque la coutume de libérer un prisonnier pour la Pâque.
                Si Pilate, à partir de 30 de notre ère, contrôle la juridiction criminelle civile
     (notamment les exécutions), il laisse toutefois la juridiction religieuse sous la responsabilité
     du Sanhédrin pour deux raisons: les Romains n'avaient aucune compétence juridique pour
     apprécier les crimes religieux juifs, comme le sacrilège ou le blasphème, et il n'était pas
     nécessaire de supprimer de telles prérogatives, car cela aurait inutilement irrité les Juifs et
     peut-être déclenché une révolte.
                La compétence du Sanhédrin45 correspondait à celle d'une Cour suprême religieuse
     et s'étendait par conséquent sur l'ensemble des Juifs46, soit bien au-delà de la Judée (après la
     destruction de Jérusalem en 70, le Sanhédrin a cessé d'exister sous sa forme antérieure). Les
     crimes religieux faisant encourir la peine capitale étaient peu nombreux, essentiellement le
     blasphème et le sacrilège. Le blasphème consistait à maudire Dieu en le nommant, crime
     codifié dans la loi de Moïse; le coupable devait être lapidé à mort à l'extérieur du camp47.
     Cette procédure fut, par exemple, injustement appliquée pour exécuter Naboth48. Le
     sacrilège consistait dans la profanation des ustensiles du Temple49. Par exemple, dans la
     citation d'une lettre d'Agrippa Ier (41-44) à Caius, Philon explique que l'entrée dans le Saint
     des Saints par un Juif, fut-il prêtre ou même grand prêtre lorsqu'il n'y est pas expressément
     autorisé, constitue un crime passible d'une mort sans appel50. Flavius Josèphe51 rapporte
     qu'un soldat romain (vers 50) qui avait déchiré et jeté au feu la Sainte Loi avait été

     43 Antiquités juives XX:204-207.
     44 Sanhédrin 41a; Sabbat 15a; Aboda Zara 8b, Tosephta Menahot 13:21-22.
     45 E. SCHÜRER - The Great Sanhedrin in Jerusalem

     in: The history of the Jewish people in the age of Jesus Christ Vol. II 1986 Edinburgh Ed. Matthew Black F.B.A. pp. 199-226.
     J. MASSONNET - Sanhédrin
     In: Dictionnaire de la Bible, Supplément Paris 1991 Ed. Letouzey & Ané pp. 1357-1413.
     46 Actes 9:2: 22:5: 26:12.
     47 Lévitique 24:14-16.
     48 1Rois 21:13,14.
     49 Nombres 4:15.
     50 Legatio ad Caium 306-307.
     51 Guerre des Juifs II:229-231.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                         71


condamné à mort sur la demande des Juifs par le procurateur Cumanus à cause de cette
profanation. Flavius Josèphe52 met ces paroles dans la bouche de Titus: N'est-ce pas vous
[Juifs] qui avez intercalé des stèles gravées en caractères grecs et latins, proclamant que personne ne doit
franchir ce parapet [du Temple]? Ne vous avons-nous pas permis de mettre à mort ceux qui le franchissent,
fussent-ils Romains?. Le texte de Josèphe mentionne là un droit exceptionnel à la peine
capitale et non un droit au lynchage comme certains le prétendent, car les Juifs étaient
extrêmement légalistes. Les textes évangéliques confirment ce point.
           Durant l'occupation romaine, le Sanhédrin avait légalement le droit de mettre à
mort pour un crime religieux: J'ai persécuté à mort cette Voie, chargeant de chaînes et jetant en prison
hommes et femmes, comme le grand prêtre m'en est témoin, ainsi que tout le collège des anciens. J'avais
même reçu d'eux des lettres pour les frères de Damas (...) Pour moi donc, j'avais estimé devoir employer tous
les moyens pour combattre le nom de Jésus le Nazaréen. Et c'est ce que j'ai fait à Jérusalem; j'ai moi-même
jeté en prison un grand nombre de saints, ayant reçu ce pouvoir des grands prêtres, et quand on les mettait à
mort, j'apportais mon suffrage53. Le Sanhédrin pouvait donc non seulement condamner à mort
pour un crime religieux, mais aussi exécuter la sentence comme cela ressort du dialogue
entre Pilate et le Sanhédrin au moment du procès de Jésus: Pilate sortit donc au-dehors, vers eux,
et il dit: Quelle accusation portez-vous contre cet homme? Ils lui répondirent: Si ce n'était pas un malfaiteur,
nous ne te l'aurions pas livré. Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre Loi [Pilate
considère donc qu'il s'agit d'un crime religieux et rappelle aux Juifs qu'ils peuvent le condamner sans lui]
Les Juifs lui dirent: Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort [Pilate n'avait nul besoin que des
Juifs lui expliquent la loi, mais par cette remarque il comprend qu'il s'agit d'un crime civil qui est par
conséquent sous sa juridiction] Lorsqu'ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant:
Crucifie-le! Crucifie-le! Pilate leur dit: Prenez-le, vous, et crucifiez-le; car moi, je ne trouve pas en lui de
motif de condamnation [Pilate refuse de nouveau le classement du crime dans le registre civil comme les Juifs
le souhaitent, mais, s'agissant d'un crime religieux, il considère que c'est à eux de le juger et de l'exécuter.
Cela prouve que Pilate leur reconnaît le droit de mettre à mort pour ce type de crime]. Les Juifs lui
répliquèrent: Nous avons une Loi et d'après cette Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait fils de Dieu [Les
Juifs reconnaissent enfin qu'il s'agit effectivement d'un crime religieux, mais en lui dévoilant la nature
extraordinaire du "délit", ils jouent sur le côté superstitieux du Romain et font aussi référence à la loi
romaine sur les cultes illicites qui avait permis, par exemple, de mettre à mort Socrate]. Lorsque Pilate
entendit cette parole, il fut encore plus effrayé54. Les Juifs ont d'ailleurs essayé à diverses reprises
d'utiliser la loi romaine sur les cultes illicites (supertitio illicita) pour faire condamner à mort

52 Guerre des Juifs VI:125-126; Antiquités juives XV:417
53 Actes 22:4-5; 26:9-10.
54 Jean 18:29-31; 19:6-8.
72                            APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     les Judéo-chrétiens55: Alors que Gallion était proconsul d'Achaïe, les Juifs se soulevèrent d'un commun
     accord contre Paul et l'amenèrent devant le tribunal en disant: Cet individu cherche à persuader les gens
     d'une manière contraire à la loi [culte illicite]. Paul allait ouvrir la bouche, quand Gallion dit aux Juifs:
     S'il était question de quelque délit ou méfait [crime civil], j'accueillerais, Juifs, votre plainte, comme de
     raison. Mais puisqu'il s'agit de contestations sur des mots et des noms de votre propre loi [crime religieux] à
     vous de voir! Être juge, moi, en ces matières je m'y refuse.
               Les motifs pour mettre légalement à mort Jésus, ou les premiers Judéo-chrétiens,
     étaient en nombre limité et se trouvent résumés par: Paul se défendait: Je n'ai, disait-il, commis
     aucune faute contre la Loi des Juifs [crime de blasphème], ni contre le Temple [crime de profanation], ni
     contre César [crime de lèse-majesté]56. Cette charge de crimen laesae majestis a été invoquée contre
     Jésus mais Pilate avait d'abord considéré qu'elle était inappropriée57. La loi intitulée Lex Julia
     majestis, promulguée en -48, considérait comme crime toute activité contre la souveraineté
     de Rome. Le crime de blasphème est encore plus subtil.
               En toute rigueur le blasphème consistait à "injurier Dieu en le nommant", selon
     Lévitique 24:16, ce qui était très rare. En effet, le nom de Dieu [YHWH]58 était encore
     connu à cette époque, puisque Flavius Josèphe écrit: Le grand prêtre avait la tête couverte d'une
     tiare de lin fin bordée d'un liseré violet, et entourée d'une autre couronne, en or, qui portait en relief les
     lettres sacrées [YHWH]: ce sont quatre voyelles [IOUA]59. Ce nom était toutefois peu prononcé.
     Philon, philosophe juif du 1er siècle (-15, 50), précise dans son livre sur la vie de Moïse: Il y
     avait aussi une plaque d'or travaillée en forme de couronne et portant les quatre caractères gravés
     [YHWH] d'un nom que seuls avaient le droit d'entendre et de prononcer dans les lieux saints ceux dont
     l'oreille et la langue avaient été purifiées par la sagesse, et personne d'autre et absolument nulle part ailleurs
     (...) Sur le turban se trouve la plaque d'or, sur laquelle sont imprimées les gravures des quatre lettres qui
     forment, est-il dit, le nom de Celui qui est, vu que sans l'invocation de Dieu rien de ce qui existe ne peut
     tenir debout60. La prononciation du nom de Dieu fut licite jusqu'au milieu du 2e siècle de
     notre ère; après cette date, le rabbin Abba Shaül61 spécifiera (vers 130-160) que celui qui
     "prononce le Nom selon ses lettres" n'aurait pas part au monde à venir. L'expression "prononcer le
     Nom selon ses lettres" signifie prononcer le Nom comme il s'écrit ou selon le son de ses
     lettres, ce qui est différent d'épeler le nom selon ses lettres. En effet, il était autorisé
     d'épeler le nom YHWH selon ses lettres (puisque le Talmud lui-même le fait), c'est-à-dire

     55 Actes 18:14-16; 23:27-30; 25:15-20.
     56 Actes 25:8.
     57 Luc 23:13,14.
     58 Ce nom de 4 lettres YHWH est appelé le Tétragramme.
     59 Guerre des Juifs V:235.
     60 De vita Mosis, II, 114-132.
     61 Sanhédrin 101a; 10:1.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                                      73


en hébreu Yod, He, Waw, He; par contre, il était interdit de le prononcer selon ces mêmes
lettres. Le nom hébreu YHWDH, par exemple, se prononce IOUDA (Juda) selon ses
lettres et s'épelle: Y, H, W, D, H; de même, le nom YHWH se prononce IOUA62 et s'épelle
Y, H, W, H. En fait, les Juifs décomposaient le blasphème biblique "injurier Dieu en le
nommant" en deux parties: 1) "injurier Dieu" par des paroles blasphématoires (apostasie),
puis 2) "nommer Dieu". Pour éviter que les témoins d'un blasphème dans ce type de
procès ne deviennent eux-mêmes des blasphémateurs en rapportant les paroles injurieuses
ou blasphématoires et en utilisant le nom de Dieu, ils devaient le remplacer par une
expression convenue d'avance comme "Yosé frappe Yosé" (Yosé étant un nom de 4 lettres
remplaçant le nom de Dieu)63. Le procès d'Étienne en est une bonne illustration.
            La procédure suivie pour le procès d'Étienne, décrite dans le chapitre 6 du livre des
Actes, est similaire à celle du procès de Jésus. Tout d'abord, Étienne est accusé de "paroles
blasphématoires". Il est donc conduit devant le Sanhédrin pour être jugé (Actes 6:11-12).
Les "paroles blasphématoires" sont en fait de l'apostasie (Actes 6:14), ce qui est le prétexte
habituellement retenu contre un blasphémateur potentiel (Actes 21:21). Il s'agit bien d'un
procès officiel et non d'un lynchage organisé, car Paul était présent à ce procès (Actes 7:58-
8:1) en tant que "commissaire" du Sanhédrin (Actes 26:9-10). Étienne, s'il était condamné
comme apostat, risquait soit la prison (Actes 8:3), soit la flagellation (Actes 22:19-20 ) soit
l'excommunication (Jean 12:42), mais pas la peine capitale. Pour réfuter l'accusation
d'apostasie qui pesait sur lui, Étienne va rappeler qu'il adhérait toujours aux enseignements
de la foi juive en citant, entre autres, le célèbre épisode du buisson ardent qui contient la
révélation du Nom (Actes 7:30-33), ce qui l'a amené à utiliser plusieurs fois le nom de Dieu
(Actes 7:31, 33, 49). Le fait d'utiliser le nom divin n'était pas répréhensible en soi, mais
l'utiliser dans un procès pour blasphème avant le verdict final transformait l'accusation de
"paroles blasphématoires" en "blasphème", selon le Talmud (Sanhédrin 7:5), ce qui entraînait
automatiquement une exécution par lapidation, et c'est ce qui se produisit effectivement
(Actes 7:58). Certains ont cru qu'Étienne avait blasphémé lorsqu'il a mentionné le "Fils de
l'homme debout à la droite de Dieu" (Actes 7:56), mais cela ne correspond pas à la
définition juive du blasphème. De plus, l'interdiction de citer Jésus existait déjà (Actes 4:18;
5:28), mais la peine encourue dans ce cas était uniquement la flagellation (Actes 5:40) et pas
62 Ce nom a été utilisé par plusieurs hébraïsants dans leur traduction latine de la Bible: Agostino Giustiniani en 1516, Sébastien Casteillon
en 1551, Augustin Crampon en 1856, etc. Cette forme Ioua avait l'inconvénient d'être proche du nom latin Ioue (Jupiter), ce qui pouvait
entraîner des confusions. Ainsi l'historien latin Valerius Maximus écrivait que le préteur Cornelius Hispalus avait expulsé (en -139) des
Juifs qui avaient essayé de corrompre des Romains par un culte à Sabazi [Sabaoth] Iouei. Le célèbre Augustin d'Hippone (354-430)
croyait lui aussi que les Juifs avaient adoré le dieu Ioue dans le passé (De consensu evangelistarum). Philon de Byblos, lorsqu'il a traduit en
grec son Histoire phénicienne (au début de notre ère), a transcrit Iéüô le nom de Dieu. Joachim de Flore (en 1195) utilisait la forme Ieue
(Expositio in Apocalypsim), mais l'érudit polyglotte Nicolas de Cues (en 1445) argumentait pour Ieoua (sermo XLVIII dies sanctificatus).
63 Sanhédrin 7:5.
74                                APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     la mort. Cette sanction a été souvent appliquée (Actes 22:19) sur les chrétiens d'origine
     juive (mais pas sur les autres chrétiens considérés comme païens par le Sanhédrin). On a
     cru aussi que la lapidation d'Étienne avait été un lynchage (voir Luc 4:29) parce que les
     témoins hurlent et se mettent les mains sur les oreilles avant de le lapider (Actes 7:58). C'est
     oublier que les membres du Sanhédrin, et plus particulièrement Paul qui se voulait
     irréprochable (Philippiens 3:6), étaient tous des légalistes et n'auraient pas permis une telle
     infraction. Le procès s'est d'ailleurs terminé par la déposition des vêtements déchirés des
     témoins aux pieds de Paul (Actes 7:58), ce qui indique que les témoins avaient validé la
     condamnation du blasphème en déchirant leurs vêtements comme l'exigeait la tradition
     (Isaïe 36:22). Le fait que les témoins étaient en colère lors du procès prouve seulement
     qu'ils étaient violents (Actes 8:3) et qu'ils avaient été fortement contrariés par les paroles
     piquantes d'Étienne (Actes 7:51-54). Au 1er siècle, la colère n'est pas illégale (Éphésiens
     4:26), mais seulement déconseillée (Jacques 1:19,20).
                  La définition des crimes religieux nécessitait une interprétation de la Torah qui
     empêchait les Romains d'y prendre part. Ils considéraient tout cela comme une simple
     querelle sur des mots et des noms (Actes 18:15). Pour contourner cette difficulté, les Juifs
     ont donc transformé les accusations de blasphème ou d'apostasie, non recevables par la loi
     romaine, en accusation d'introduction d'un culte illicite (Actes 16:21; 17:18; 18:13), la seule
     loi romaine à traiter du crime religieux. Pour résumer quelques cas de figure:

          Cas Crime:                                               Peine encourue:                   Autorité concernée:
           1 Meurtre d'un romain.                                  Peine capitale.                   Gouverneur
           2 Crime commis par un Juif: homosexualité,              Peine capitale.                   Sanhédrin pour le jugement
              bestialité,    idolâtrie,   sorcellerie, etc.                                          mais, après 30, gouverneur pour
              (Sanhédrin 7:4).                                                                       l'exécution.
           3 Meurtre d'un Juif par un Romain.                      Peine capitale.                   Gouverneur
           4 Religion illicite d'un Romain.                        Bannissement ou peine capitale.   Gouverneur
           5 Sédition contre les autorités romaines.               Peine capitale.                   Gouverneur
           6 Sédition contre les autorités juives.                 Flagellation et excommunication   Sanhédrin
           7 Profanation du Temple.                                Peine capitale.                   Sanhédrin
           8 Paroles blasphématoires (apostasie).                  Flagellation et excommunication   Sanhédrin
           9 Blasphème.                                            Peine capitale.                   Sanhédrin

                  Il est évident que le crime de sédition, comme le blasphème ou l'apostasie, ouvrait
     une large place à l'interprétation64. Tout désordre pouvait en effet être perçu comme une
     révolte (Actes 19:40). Lorsqu'un Juif était en plus citoyen romain, l'application de la loi
     devenait un véritable casse-tête car il fallait définir sous quelle juridiction (juive ou romaine)
     l'affaire devait être jugée, et cela en fonction du délit qui était lui-même soumis à
     64A.Y. COLLINS - The Charge of Blasphemy in Mark 14.64
     in: Journal for the Study of the New Testament 26:4 (2004) pp. 381-401.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                             75


l'interprétation du magistrat. Sous ce rapport, le cas de Paul est édifiant. D'abord accusé
d'apostasie par les Juifs (Actes 21:21, cas 8), puis de profanation du Temple (Actes 21:28, cas
7) interprétée comme une sédition contre les autorités romaines (Actes 21:38, cas 5), et de
nouveau d'apostasie (Actes 22:22-25, cas 8). Comprenant qu'il était condamné d'avance dans
un procès devant le Sanhédrin, Paul invoque sa citoyenneté romaine pour être jugé par le
gouverneur (Actes 22:26-29) ,ce qui posait problème car le motif religieux retenu n'avait
plus aucune valeur sous la juridiction romaine (Actes 23:28-30). Pour sortir de cet imbroglio
juridique, Paul en appelle à César comme il en avait le droit (Actes 25:11,12), sachant que sa
condamnation devenait impossible (Actes 25:27; 26:32).

           ANALYSE JURIDIQUE DU PROCES DE JESUS

           Le procès de Jésus, bien que très documenté par les quatre évangélistes, est souvent
présenté comme contradictoire, voire illicite ou impossible, par les commentateurs
modernes. La reconstitution chronologique des événements permet cependant d'en
constater la cohérence et la vraisemblance.
           L'élément déclencheur est situé le lundi 10 Nisan 33 quand Jésus renverse les tables
des marchands du Temple en dénonçant leur corruption, ce qui déclenche une soif
insatiable de vengeance de la part des grands prêtres65. Le lendemain, Jésus dénonce aussi
l'avidité mercantile des scribes qui s'associent alors aux grands prêtres pour trouver un
moyen de le tuer66 (toutefois, ils souhaitent le faire en dehors de la fête de Pâque, qui était
proche, à cause de la popularité de Jésus). Il est possible que Judas Iscariote se soit senti
visé par ces attaques, car il était lui-même corrompu67, ce qui expliquerait sa traîtrise
ultérieure (Judas n'envisageait sans doute qu'un procès pour rébellion contre le Temple).
           Le Sanhédrin voulait éviter une arrestation pendant la Pâque à cause d'un éventuel
tumulte, mais la collaboration inattendue de Judas a dû accélérer leur projet: Or Judas, qui le
trahissait, connaissait aussi l'endroit, car Jésus s'y était souvent trouvé en compagnie de ses disciples. Judas
donc ayant pris la troupe et des gardes des grands prêtres et des pharisiens, vint là avec lanternes, torches et
armes (...) Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre (...) la troupe et le
tribun et les gardes des Juifs se saisirent de Jésus et le lièrent. Et ils le conduisirent d'abord chez Anne; car
il était beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là68 (Pirot Clamer). Judas n'a dirigé la
troupe de soldats qu'en tant que guide ou éclaireur, car il y avait un tribun militaire
(chiliarque littéralement "chef de 1000") à leur tête. Ce tribun était vraisemblablement juif
65 Marc 11:15-18.
66 Marc 12:38-40; 14:1-2.
67 Jean 12:6.
68 Jean 18:2-13.
76                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     plutôt que romain. En effet, s'il avait été romain, les grands prêtres auraient dû demander
     l'autorisation au préfet pour diriger cette opération de police. Or, Pilate ignorait l'existence
     de Jésus à ce moment, comme le prouvent ses questions du lendemain matin et son refus
     initial de s'occuper de cette affaire69. Le tribun et la troupe ont donc vraisemblablement été
     mis à la disposition du Sanhédrin par le roi Hérode Antipas (les termes militaires utilisés
     pour désigner les soldats sont les mêmes, qu'ils soient juifs ou romains)70. Le nombre de
     soldats pour arrêter Jésus semble élevé (entre 500 et 600), mais les autorités juives
     craignaient sans doute de rencontrer une vive opposition des partisans de Jésus estimés à
     120 personnes à cette époque71. Pierre, juif pieux, disposait paradoxalement d'une épée, ce
     qui était considéré comme légitime à cause du brigandage72 (principe d'autodéfense). La
     présence de l'épée était en fait destinée à illustrer le principe de neutralité chrétienne dans
     les luttes armées et non le principe d'autodéfense73. Ce refus d'utiliser les armes permettra à
     Jésus de réfuter l'accusation ultérieure de sédition.
                Jésus est d'abord conduit chez Anne pour un interrogatoire sur son enseignement.
     Cette première audition étant infructueuse, Jésus est ensuite conduit chez Caïphe pour un
     interrogatoire officiel. L'accusation initiale concerne une éventuelle profanation du Temple
     (qui est passible de la peine capitale), mais les témoins cités se contredisent. Caïphe propose
     ensuite une nouvelle accusation sur les propos blasphématoires74 de "Christ, Fils de Dieu".
     Jésus avait déjà réfuté cette accusation de "Fils de Dieu" que les Juifs considéraient comme
     blasphématoire75. Si elle était validée, il risquait cette fois l'excommunication76. En fait,
     Caïphe voulait à tout prix prononcer la peine de mort et s'attendait à ce que Jésus utilise le
     nom de Dieu dans sa défense, ce qui aurait transformé les "paroles injurieuses ou
     blasphématoires" en "blasphème" (crime passible de mort par lapidation). Conformément à
     la procédure juive77, Caïphe a employé des substituts peu usités du nom divin comme: "le
     Béni" ou "le Dieu vivant", pour éviter d'être lui-même un complice du blasphème.
                La suite du procès pourrait laisser croire que le piège du grand prêtre a fonctionné:
     Jésus lui dit: Tu l'as dit. Seulement je vous le dis, à partir de maintenant, vous78 reverrez le Fils de
     l'homme assis à la droite de la Toute-Puissance et venant sur les nuées du ciel! Alors le grand prêtre déchira

     69 Luc 23:3-7; Jean 18:29.
     70 Antiquités juives XVII:215.
     71 Actes 1:15.
     72 Antiquités juives XVIII:319-323.
     73 Luc 22:35-38; Matthieu 26:52.
     74 Matthieu 26:59-63.
     75 Jean 10:31-36.
     76 Jean 9:22.
     77 Sanhédrin 7:5.
     78 Le "vous" désigne les membres du Sanhédrin qui reverront Jésus au ciel. Un être céleste n'étant pas visible, le texte vise une perception

     et non une vision littérale. En fait, les membres du Sanhédrin ont perçu Jésus au ciel à la Pentecôte puisqu'à partir de ce moment les
     disciples vont leur expliquer qu'ils voyaient effectivement Jésus à la droite de Dieu (Actes 7:56).
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                               77


ses vêtements et dit: Il a blasphémé! Que vous en semble? Ils répondirent: Il mérite la mort!79. En fait, le
piège a échoué car si Jésus a reconnu indirectement être le Fils de Dieu, il n'a utilisé qu'un
substitut du nom de Dieu (la Toute-Puissance). Légalement, il pouvait avoir "blasphémé"
contre les hommes en affirmant sa filiation divine, mais il n'avait pas "blasphémé contre
Dieu". Cette interprétation du blasphème était délicate, comme cela ressort de l'explication
de Philon80: La loi suivante fut promulguée: celui qui maudira Dieu, qu'il porte le poids de son péché.
Celui qui prononcera le nom du Seigneur, qu'il meure (...) pour qu'aucun des disciples de Moïse ne
s'habitue à traiter à la légère, d'une façon générale, le nom de Dieu. Car cette appellation est digne du plus
grand respect et du plus grand amour. Et si quelqu'un, je ne dis pas blasphème le Seigneur des hommes et
des dieux, mais ose prononcer son nom hors de propos, qu'il subisse comme peine la mort (...) Et après cela,
nous jugerions dignes de pardon ceux qui par le fait d'une langue négligente, prononcent hors de raison et
traitent comme mot superflu le nom le plus saint, le nom divin?. Par contre, le piège tendu à Jésus
fonctionnera avec Étienne et d'autres Judéo-chrétiens que Paul forcera à blasphémer, selon
Actes 26:10,11. Le dernier cas connu est celui de Jacques, le frère de Jésus, lapidé en 62
(Antiquités juives XX:200). En déchirant ses vêtements, le grand prêtre81 voulait forcer le
jugement de blasphème, mais sa question "Que vous en semble?" trahit son manque de
conviction. Dans le procès d'Étienne, le texte des Actes précise que les témoins avaient
déchiré leurs vêtements, validant ainsi l'accusation de blasphème, alors que les membres du
Sanhédrin se sont contentés de répondre "Il mérite la mort" et non "Il doit être lapidé" (ce
qui était la condamnation habituelle pour ce genre de crime). Jésus ne sera donc pas lapidé.
Le compte-rendu du procès dans le Talmud, bien que partial, éclaire cette accusation
manquée. Selon le Talmud82: Quarante jours auparavant [la condamnation était donc préméditée], le
héraut avait crié: il s'en va à la lapidation parce qu'il a pratiqué la sorcellerie et qu'il a égaré Israël [Jésus a
été condamné comme apostat et aurait dû être lapidé s'il avait été blasphémateur]: si quelqu'un a à parler
en sa faveur, qu'il vienne et le dise. Mais comme on ne présenta rien en sa faveur, il fut pendu à la veille de
Pâque [Jésus fut effectivement condamné le 14 Nisan vers 3 heures et exécuté à 12 heures, peu avant le
sacrifice de Pâque, appelé offrande de paix, débutant à 15 heures]. Ulla objecta: Penses-tu qu'on pouvait
parler en sa faveur? N'était-il pas un de ces séducteurs que l'Écriture (Dt 13:9) ordonne de ne pas épargner
? Pour Jésus, c'était tout autre parce qu'il avait des relations avec l'empire [c'est Pilate qui officiellement
condamna Jésus, ce qui pouvait laisser croire à une sédition contre l'empire romain]. Nos maîtres enseignent:
Jésus avait 5 disciples: Matthay, Nakay, Neser, Bouni et Toda [Jésus avait en fait 12 disciples].

79 Matthieu 26:64-66.
80 De vita Mosis II:203-208.
81 La Loi de Moïse interdisait au grand prêtre de déchirer ses vêtements (Lévitique 21:10), mais il s'agissait de ses habits sacerdotaux

(Lévitique 10:6) et non de ses vêtements ordinaires.
82 Sanhédrin 43a.
78                            APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


               Le plus controversé dans le procès de Jésus a été sa tenue durant un jour de fête, ce
     qui est considéré comme illégal dans le Talmud. Cette critique doit être nuancée, car la mise
     par écrit du Talmud n'a commencé qu'à partir de 200 de notre ère, et son contenu reflète
     principalement le point de vue pharisien (les sadducéens ayant disparu après la destruction
     du Temple, leur point de vue n'est qu'assez rarement cité). De plus, les interdictions
     concernant les peines capitales tombant les jours de sabbat ou de fête étaient débattues, et
     les interprétations n'étaient pas unanimes83. En supposant que le Talmud (Sanhédrin 4:1) ait
     transmis la loi telle qu'elle était appliquée au 1er siècle, le procès de Jésus ne l'a pas violée:
     Dans les jugements civils, celui qui a prononcé la condamnation peut ensuite gracier et inversement; dans les
     procès criminels celui qui a prononcé coupable, peut ensuite prononcer innocent, mais pas inversement. Les
     premiers se jugent le jour et peuvent se terminer la nuit; les seconds doivent se juger et se terminer de jour.
     Les jugements civils peuvent se terminer le même jour, soit pour gracier, soit pour condamner; les jugements
     criminels peuvent se terminer le même jour pour gracier, mais le lendemain, pour condamner: aussi bien on
     ne les juge pas la veille soit du sabbat, soit d'un jour de fête. Le procès de Jésus a commencé la nuit
     et s'est terminé le même jour pour "gracier", car il ne sera pas lapidé, et n'a donc pas
     enfreint la loi du Talmud. Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent
     conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir. Et après l'avoir ligoté, ils l'amenèrent et le livrèrent à Pilate
     le gouverneur84 (Bible de Jérusalem). N'ayant pu condamner Jésus pour blasphème, les
     autorités juives décident de ne pas le lapider, donc de le gracier, mais, pour atteindre leur
     objectif initial de le mettre à mort, les grands prêtres le livrent à Pilate en le présentant
     comme un "roi des Juifs" pour qu'il tombe sous l'accusation de crime de lèse majesté (se
     déclarer roi sans l'accord de Rome entraînait la peine de mort). Un tel crime ne pouvait
     cependant être jugé que par le gouverneur85. De plus, ce procès ne pouvait avoir lieu que le
     vendredi avant 15 heures, car un décret de César Auguste86 précisait que les Juifs ne
     devaient pas se présenter au tribunal le jour du sabbat (samedi), ni après la 9e heure (15
     heures) le jour de la Préparation (vendredi).
               La procédure judiciaire en Palestine au 1er siècle était sensiblement la même que
     celle suivie en Égypte. Philon explique dans son De specialibus legibus que les Juifs égyptiens
     avaient leurs propres tribunaux, avec un ethnarque juif comme principal magistrat. Ils
     pouvaient juger leurs coreligionnaires en matière civile et criminelle selon leur propre loi.
     Mais, dans les crimes contre la société au sens large, l'accusé devait être traité selon les lois

     83 E. MUNK, I. SALZER – La guemara: Sanhédrin.
     Paris 1974 Éd. C.L.K.H. pp. 162-170.
     84 Matthieu 27:1-2.
     85 Actes 24:1-5, 22-27.
     86 Antiquités juives XVI:163.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                                      79


romaines. Quant à l'exécution, les tribunaux juifs pouvaient condamner à mort mais
devaient demander l'approbation du pouvoir romain. Sur les questions religieuses
[blasphème ou sacrilège] que les Romains ne considéraient pas comme capitales, il n'y avait
apparemment pas toujours de réaction romaine quand des Juifs exécutaient un autre Juif87.
            Jésus fut condamné par le Sanhédrin pour paroles blasphématoires (se dire "Fils de
Dieu" était considéré comme une apostasie) mais non pour blasphème. Il n'encourait donc
que l'excommunication. Mais comme les grands prêtres voulaient l'éliminer, il fut livré au
gouverneur avec un autre chef d'accusation, celui d'être "roi des Juifs" (se déclarer roi sans
l'aval de Rome était un crime de lèse-majesté passible de mort), ce qui constituait un
tournant. Alors Judas qui l'avait trahi vit qu'il [Jésus] était condamné. Pris de remords, il rapporta les
30 sicles d'argent aux princes des prêtres et aux anciens, disant: J'ai péché en livrant le sang innocent. Ils
lui répondirent: Qu'est-ce que cela nous fait! C'est ton affaire. Alors, il jeta les sicles dans le sanctuaire,
s'éloigna et alla se pendre88. Les princes ramassèrent l'argent et dirent: Il n'est pas permis de le mettre au
trésor, puisque c'est le prix du sang. Après délibération, ils achetèrent le champ du potier pour sépulture des
étrangers. Aussi ce champ fut-il appelé "le champ du sang" encore de nos jours. Alors s'accomplit la parole
du prophète Jérémie89 qui disait: Ils ont reçu les 30 sicles, prix de celui qui a été mis à prix par les fils
d'Israël, et ils les ont donnés pour le champ du potier, comme l'avait prescrit le Seigneur90. La
condamnation de Jésus était devenu inéluctable à partir du moment où il était livré au
gouverneur. Judas comprend alors qu'il a contribué à faire tuer Jésus (en hébreu "livrer le
sang" signifie tuer91, et champ du sang" se comprend comme "champ du tué"). La somme
de 30 sicles constituait une compensation pour de sérieuses blessures faites à un esclave92.
            Le 14 Nisan, au lever du jour, le Sanhédrin transfère Jésus devant Pilate. Ils menèrent
donc Jésus de chez Caïphe au prétoire; c'était le matin. Mais eux n'entrèrent pas dans le prétoire, afin de ne
pas se souiller, mais de manger la pâque. Pilate vint donc dehors vers eux et dit: Quelle accusation portez-
vous contre cet homme? Ils lui répondirent: Si ce n'était un malfaiteur nous ne l'aurions pas livré. Sur quoi
Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre Loi. Les Juifs lui dirent: Il ne nous est pas
permis de mettre à mort. Tout ceci afin que s'accomplît la parole par laquelle Jésus avait signifié de quelle
mort il devait mourir93. Pilate donc rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit: Tu es le roi des Juifs?
Jésus répondit: Est-ce de toi-même que tu dis cela ou d'autres te l'ont dit de moi? Pilate répliqua: Est-ce
87 Actes 12:1-4.
88 Le texte d'Actes 1:18 précise qu'après s'être pendu Judas est tombé la tête en avant et creva par le milieu, et que toutes ses entrailles se
répandirent. La pendaison est sous-entendue au verset 16, car il renvoie au texte de Psaumes 41:9; or l'ami intime de David qui l'a trahi
est Ahitophel, qui s'est effectivement pendu selon 2Samuel 17:23.
89 La citation prophétique provient en fait de Zacharie 11:12-13 et de Jérémie 32:6-15. Quand il s'agit d'une citation mixte, ce qui est le

cas ici, seul le prophète le plus connu est cité. Par exemple, la citation mixte en Marc 1:2-3 provient de Malachie 3:1 et d'Isaïe 40:3.
90 Matthieu 27:3-10.
91 Genèse 4:10.
92 Exode 21:32.
93 Le texte de Matthieu 20:19 annonçait qu'il serait attaché à un poteau, traitement réservé aux "maudits" (Deutéronome 21:22,23).
80                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     que je suis Juif moi? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi; qu'as tu fait? Jésus répondit: Mon
     royaume ne vient pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes gardes auraient combattu pour
     que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant ma royauté n'est pas d'ici. Pilate lui dit: Ainsi donc tu
     es roi? Jésus répondit: Tu le dis; je suis né et je suis venu en ce monde pour ceci: rendre témoignage à la
     vérité; quiconque est ami de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit: Qu'est-ce que la vérité? Ayant dit cela,
     il sortit de nouveau et leur dit: Quant à moi, je ne trouve contre lui aucun grief94. Les grands prêtres
     très légalistes, craignent que le palais du gouverneur contienne du levain95, ce qui les
     rendrait rituellement impurs et les empêcherait de manger la Pâque, non le repas pascal déjà
     consommé dans la nuit mais l'offrande de paix offerte au Temple à 15 heures. Pilate,
     estimant que c'est un crime religieux, demande au Sanhédrin de juger Jésus (il ignore donc
     que cela avait déjà été fait). En précisant qu'ils ne pouvaient le mettre à mort, les grands
     prêtres laissent entendre qu'il s'agit d'un crime civil et, donc, uniquement du ressort du
     gouverneur. Pilate se concentre alors sur l'accusation de "roi illégal" (Lex Iulia de maiestate),
     qui ne s'appliquait en toute rigueur qu'à un citoyen romain96; mais, comme Jésus ne la
     confirme pas directement, il considère qu'une absence d'aveu innocente le coupable, ce qui
     est conforme à la loi romaine97. Alors Pilate dit aux grands prêtres et aux foules: Je ne trouve aucune
     culpabilité en cet homme. Mais eux insistaient avec force en disant: Il soulève le peuple par sa prédication
     par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a débuté, jusqu'ici. A ces mots, Pilate demanda si l'homme était
     Galiléen et, apprenant qu'il était de la juridiction d'Hérode, il le renvoya à Hérode, qui était lui-même à
     Jérusalem, en ces jours-là. Or Hérode, à la vue de Jésus, se réjouit fort, car depuis longtemps il désirait le
     voir pour ce qu'il avait entendu dire de lui, et il espérait le voir accomplir quelque miracle. Il lui posa de
     nombreuses questions, mais il ne répondit rien. Les grands prêtres étaient là, qui l'accusaient avec violence.
     Hérode, de concert avec les soldats, le traita avec mépris et, se jouant de lui, il le revêtit d'un vêtement de
     couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Or, Hérode et Pilate devinrent en ce jour-là amis l'un de l'autre, car
     auparavant, ils étaient ennemis98. Pilate aurait pu libérer Jésus mais se livre à un calcul
     diplomatique. Hérode Antipas, étant en visite privée, n'avait aucun pouvoir en Judée, même
     sur un concitoyen en dehors de sa province. L'incident relaté en Luc99 indique que Pilate
     avait massacré des Galiléens, ce qui avait dû fortement irriter Hérode. Pour retrouver de
     bonnes relations avec ce roi vassal, Pilate lui offre donc gracieusement100 d'effectuer le
     jugement d'un compatriote, ce qui plait effectivement à Hérode. N'ayant obtenu aucun

     94 Jean 18:28-38.
     95 Actes 10:28; Exode 13:6-7.
     96 En cas d'insurrection, elle pouvait aussi s'appliquer à un Juif, comme le mentionne Tacite dans le cas de Simon (Histoire V:9).
     97 SALLUSTE –Bellum Catalinae 52:36.
     98 Luc 23:4-12.
     99 Luc 13:1-2.
     100 JUSTIN –Dialogue 103:4.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                                   81


aveu, il renvoie Jésus à Pilate avec un manteau de couleur éclatant [symbole de la royauté],
montrant qu'il considérait Jésus comme un roi fantoche. Jésus retourne donc devant Pilate.
           Le procès romain de Jésus reprend (autour de 9 heures du matin): Or Pilate, ayant
convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, leur dit: Vous m'avez amené cet homme comme
perturbateur du peuple; j'ai instruit l'affaire devant vous et je n'ai rien trouvé de répréhensible dans cet
homme, au sujet de ce dont vous l'accusez. Mais Hérode non plus; car il nous l'a renvoyé; c'est donc que rien
qui mérite la mort n'a été accompli par lui. Je le renverrai donc après l'avoir châtié. Mais tous ensemble ils
crièrent: Fais mourir celui-ci et délivre-nous Barabbas; celui-ci, pour une sédition qui avait eu lieu dans la
ville et pour meurtre, avait été mis en prison. De nouveau, Pilate leur adressa la parole, dans le dessein de
relâcher Jésus. Mais ils lui crièrent: Crucifie-le! Crucifie-le!101. Le cas de Barabbas prouve que Pilate
était le seul responsable de la peine capitale pour les crimes civils commis par des Juifs. Les
condamnés à mort restaient en prison jusqu'à leur exécution102. Un magistrat romain
pouvait accorder, dans certains cas, une "remise de peine" à un condamné en tenant
compte de circonstances atténuantes103 (Pilate avait donc le droit, en tant que gouverneur,
d'accorder cette grâce). La coutume de relâcher un prisonnier était propre à la Judée et avait
été instituée par Pilate pour plaire au peuple, selon Marc 15:6. En effet, durant les
premières années de sa légation, il avait commis plusieurs bévues à cause de son ignorance
des coutumes locales, comme dans l'affaire des étendards104, ce qui avait engendré un climat
houleux d'incompréhension avec les Juifs. Pour s'attirer les faveurs des foules, il avait alors
instauré cette coutume populaire. La libération de Jésus aurait pu réussir, Pilate répugnant à
se sentir manipulé par les grands prêtres. Mais ceux-ci réussirent à retourner la foule105 qui
avait acclamé Jésus 3 jours auparavant. En outre, la femme de Pilate, ayant eu un rêve
prémonitoire, était même venu trouver son mari au tribunal, pendant le procès, pour le
prévenir d'épargner Jésus106, ce qui a dû renforcer la crainte superstitieuse de Pilate.
           Pilate tente d'attendrir la foule afin de pouvoir libérer Jésus: Alors donc Pilate prit Jésus
et le fit flageller. Et les soldats, ayant tressé une couronne d'épines, la lui mirent sur la tête, et le revêtirent
d'un manteau de pourpre, et ils s'approchaient de lui en disant: Salut, roi des Juifs! et ils lui donnaient des
soufflets. Pilate revint dehors et leur dit: Je vous le fais amener dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve
contre lui aucun grief. Jésus vint donc dehors, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et il
101 Luc 23:13-21.
102 Antiquités juives XX:215.
103 SENEQUE –Sur la clémence II:7.
104 Guerre des Juifs II:169-174; Antiquités juives XVIII:55-59.
105 Marc 15:10-11.
106 Matthieu 27:19. Est-il possible que la femme de Pilate ait été à Jérusalem avec lui? Suétone (Auguste §24) rapporte qu'Auguste n'avait

pas autorisé les gouverneurs à prendre leur femme avec eux dans leurs postes et n'autorisait qu'une visite durant les mois d'hiver. Cette
rigueur semble s'être relâchée sous Tibère, car le fils adoptif de l'empereur, Germanicus, emmena sa femme Agrippine en Germanie et en
Orient selon Tacite (Annales I:40; II:54). En 21, Caecina, ex-légat, tenta de faire adopter une politique refusant aux magistrats d'emmener
leurs épouses avec eux dans leur juridiction, mais il ne parvint pas à convaincre le sénat (Annales III:33-34).
82                           APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     leur dit: Voilà l'homme! Dès qu'ils l'eurent vu, les grands prêtres et les scribes s'écrièrent: Crucifie! Crucifie!
     Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le, car moi je ne trouve aucun grief contre lui. Les Juifs
     répondirent: Nous avons une Loi, et selon la Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. Lors
     donc que Pilate entendit cette parole, il s'alarma davantage. Il rentra dans le prétoire et dit à Jésus: D'où
     es-tu? Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. Pilate lui dit donc: Tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que
     j'ai le pouvoir de te délivrer et que j'ai pouvoir de te crucifier? Jésus lui répondit: Tu n'aurais aucun pouvoir
     sur moi s'il ne t'avait été donné d'en haut; voilà pourquoi celui qui m'a livré à toi à un plus grand péché107.
     Puisque la scène se passe dans le prétoire, les soldats sont romains. La couronne d'épine et
     le manteau de pourpre symbolisent ironiquement la royauté. En disant "Prenez-le vous-
     mêmes et crucifiez-le", Pilate reconnaît au Sanhédrin le droit de mettre à mort pour des
     crimes religieux, mais, quand il apprend la nature exacte du crime, il est saisi d'une crainte
     superstitieuse. La réponse de Jésus est vraisemblablement à double sens, car "celui d'en
     haut qui donne le pouvoir" ne peut être que l'empereur pour Pilate (Dieu pour Jésus) et
     "celui qui lui a livré Jésus" est Caïphe (Judas pour Jésus). Le procès semblant déboucher sur
     un acquittement force les Juifs à trouver un nouvel argument.
               Pilate entreprend de libérer Jésus: A partir de ce moment, Pilate cherchait à le délivrer; mais
     les Juifs se mirent à crier: Si tu relâches, tu n'es pas ami de César; quiconque se fait roi se déclare contre
     César. Pilate donc, ayant entendu ces paroles, fit amener Jésus dehors, puis il s'assit au tribunal, au lieu dit
     du Dallage, en hébreu Lieu-élevé. C'était la préparation de la Pâque, vers la 6e heure [12 heures]. Et il dit
     aux Juifs: Voilà votre roi! Là-dessus ils se mirent à crier: Enlève-le! Enlève-le! Crucifie-le! Pilate leur dit:
     Crucifierai-je votre roi? Les grands prêtres répondirent: Nous n'avons pas d'autre roi que César108. Les
     grands prêtres reviennent donc à l'accusation initiale de crime de lèse-majesté. Cette
     accusation ne concernait en principe que les citoyens romains ayant attaqué la dignité de
     l'empereur, mais, à partir de 30 de notre ère, Tibère devint particulièrement sensible à la
     trahison et avait considérablement durci cette loi pour pouvoir l'appliquer au moindre
     ennemi109. Le fait de désigner l'empereur par le nom de César n'est devenu fréquent qu'à
     partir de Vespasien, mais la province de Judée avait devancé cette coutume, car les pièces
     de monnaie frappées sous le règne de Tibère110 l'avaient d'abord été au nom de César puis
     au nom de Tibère César. La menace d'être dénoncé à Tibère comme ennemi de l'empereur
     ne pouvait être prise à la légère par Pilate, surtout après 31. En effet, avant cette date, les
     Juifs n'avaient aucun crédit auprès de l'empereur qui avait délégué la gestion de l'empire à

     107 Jean 19:1-11.
     108 Jean 19:12-16.
     109 TACITE –Annales II:50; III:38; SUETONE –Tibère §§55, 58.
     110 J. MALTIEL-GERSTENFELD –260 Years of Ancient Jewish Coins

     Tel Aviv 1982 Ed. Kol Printing Service Ltd pp. 180-184.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                           83


Séjan, son co-régent. Ce haut dirigeant avait été un ennemi des Juifs et était très
vraisemblablement un des principaux responsables des ennuis qu'ils connurent sous Tibère
aux environs de 28-31. Selon Philon111, Tibère demanda aux gouverneurs des provinces
d'avoir des égards pour les Juifs car les accusations portées contre eux dans le passé
s'étaient révélées mensongères. L'empereur avait eu la faiblesse de se laisser impressionner
par un personnage peu recommandable. Trois indices confirment son rôle: les Juifs ont
commencé à revenir à Rome aussitôt après la mise à mort de Séjan (le 18 octobre 31) car,
au début du règne de Caius, ils sont assez nombreux en cette ville; les deux faux pas de la
carrière de Pilate en Judée (l'affaire des boucliers dorés et le massacre des Samaritains) se
situent après la chute de Séjan et donc à un moment où il n'y a plus à Rome d'hostilité vis-
à-vis des provinciaux de Judée; enfin, Tibère apparaît respectueux des coutumes nationales.
              L'incident des boucliers d'or, qui eut lieu vers 32 de notre ère, est rapporté par
Philon. Il éclaire le comportement de Pilate envers les Juifs: Pilate, qui était procurateur de
Judée, consacra à l’intérieur de Jérusalem, dans le palais d’Hérode, des boucliers d’or, moins pour honorer
Tibère que pour déplaire au peuple (...) on leur adjoignit les autres membres de la famille royale et tout ce
qu’il y avait de hauts personnages pour le prier de renoncer à cette innovation et d’enlever les boucliers, de ne
pas violer les usages de nos ancêtres, jusqu’alors respectés par les rois et les empereurs. Pilate opposa à ces
prières un refus plein de raideur, car il était d’un caractère dur et opiniâtre. Alors on s’écria: Ne nous
provoque pas à la révolte et à la guerre; ne cherche pas à troubler la paix; ce n’est pas honorer l’empereur
que de violer des lois depuis longtemps établies; que ce ne soit pas un prétexte pour toi de persécuter la
nation. Tibère ne veut rien changer à nos usages. Si tu le prétends, montre-nous de lui un édit, une lettre ou
quelque chose de pareil. Dans ce cas nous ne nous adresserons pas à toi, nous enverrons des députés porter
une supplique au seigneur. Cette dernière parole accrut son irritation plus que tout le reste. Il craignit que, si
on envoyait des députés, on ne vint à découvrir les autres méfaits de son gouvernement, ses vexations, ses
rapines, ses injustices, ses outrages, les citoyens qu’il avait fait périr sans jugement, enfin son insupportable
cruauté. Blessé au vif, Pilate ne savait que résoudre; il connaissait la fermeté de Tibère en de telles
circonstances; il n’osait enlever les objets consacrés, et ne voulait pas d’ailleurs se rendre agréable à ses sujets.
Les grands le devinèrent, et s’aperçurent qu’il se repentait de sa conduite, sans vouloir le témoigner. Ils
écrivirent à Tibère une lettre remplie d’humbles prières. L’empereur, ayant appris la réponse de Pilate et ses
menaces, bien qu’il fût peu enclin à la colère, s’irrita si violemment qu’il est à peine utile de le dire, tant
l’événement le prouva. Sur le champ, sans vouloir remettre l’affaire au lendemain, il lui écrivit pour blâmer
énergiquement son audace et lui ordonner de faire aussitôt enlever les boucliers. De la métropole on les
transporta à Césarée, à laquelle ton bisaïeul Auguste avait donné son nom, et on les lui consacra dans son
111   Contre Flaccus §§ 1-3; Légation à Caius §§ 159-161.
84                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     temple. De la sorte on accorda le respect dû au prince avec l’observance des mœurs antiques du pays112. Vu
     ce contexte, on peut comprendre pourquoi Pilate n'a pas pris les paroles du Sanhédrin à la
     légère lorsque celui-ci l'a menacé d'en référer à Tibère.
                Pilate a donc finalement condamné Jésus pour éviter un trouble de l'ordre public. Il
     a fait afficher un écriteau mentionnant le crime de lèse-majesté [Roi des Juifs] pour
     préserver une apparence de légalité. Cette légalité de façade transparaît bien dans le récit de
     Tacite113: Pour étouffer ce bruit, Néron supposa des accusés et frappa des peines les plus raffinées, les gens
     détestés à cause de leurs mœurs criminelles, que la foule appelait "chrétiens". Celui qui est à l'origine de ce
     nom est Christ, qui, sous le règne de Tibère, avait été condamné à mort par le procurateur Ponce Pilate;
     réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait sa réapparition non seulement en Judée, où se
     trouvait l'origine de ce fléau, mais aussi à Rome où tout ce qui est partout abominable et infâme vient
     aboutir et se répand. Donc, on arrêta d'abord ceux qui avouaient, puis, sur leur dénonciation, une foule
     immense, qui fut condamnée, moins pour crime d'incendie que pour sa haine du genre humain. Leur
     exécution fut transformée en jeu: on les revêtit de peaux de bêtes et ils périrent sous la morsure des chiens ou
     bien ils furent cloués à des croix, ou bien on y mit le feu, pour que, lorsque le jour baissait, ils brûlent et
     servent d'éclairage nocturne. Néron avait prêté ses jardins pour ce spectacle (...) Aussi à l'égard de ces
     hommes coupables et qui méritaient les derniers supplices, montait une sorte de pitié, à la pensée que ce
     n'était pas pour l'intérêt de tous, mais pour satisfaire la cruauté d'un seul, qu'ils périssaient. Redevable à
     son protecteur, Tacite ne pouvait pas être vraiment objectif sur des affaires impliquant les
     autorités politiques, pas plus, ni moins, que les médias de toutes les époques.
                L'absence de preuve provoquait cependant une gêne pour les magistrats scrupuleux.
     Pline le Jeune114, lorsqu'il était gouverneur de Bithynie, écrit à l'empereur Trajan pour
     exprimer ses scrupules: Je me suis fait un devoir, seigneur, de vous consulter sur tous mes doutes. Car
     qui peut mieux que vous me guider dans mes incertitudes ou éclairer mon ignorance? Je n'ai jamais assisté
     aux informations contre les chrétiens; aussi j'ignore à quoi et selon quelle mesure s'applique ou la peine ou
     l'information. Je n'ai pas su décider s'il faut tenir compte de l'âge, ou confondre dans le même châtiment
     l'enfant et l'homme fait; s'il faut pardonner au repentir, ou si celui qui a été une fois chrétien ne doit pas
     trouver de sauvegarde à cesser de l'être ; si c'est le nom seul, fût-il pur de crime, ou les crimes attachés au
     nom, que l'on punit. Voici toutefois la règle que j'ai suivie à l'égard de ceux que l'on a déférés à mon
     tribunal comme chrétiens. Je leur ai demandé s'ils étaient chrétiens. Quand ils l'ont avoué, j'ai réitéré ma
     question une seconde et une troisième fois, et les ai menacés du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai
     envoyés: car, de quelque nature que fût l'aveu qu'ils faisaient, j'ai pensé qu'on devait punir au moins leur

     112 Légation à Caius §299-305.
     113 Annales XV:44.
     114 Lettres X:97-98.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                 85


opiniâtreté et leur inflexible obstination. J'en ai réservé d'autres, entêtés de la même folie, pour les envoyer à
Rome, car ils sont citoyens romains. Bientôt après, les accusations se multipliant, selon l'usage, par la
publicité même, le délit se présenta sous un plus grand nombre de formes. On publia un écrit anonyme, où
l'on dénonçait beaucoup de personnes qui niaient être chrétiennes ou avoir été attachées au christianisme.
Elles ont, en ma présence, invoqué les dieux, et offert de l'encens et du vin à votre image que j'avais fait
apporter exprès avec les statues de nos divinités; elles ont, en outre, maudit le Christ (c'est à quoi, dit-on,
l'on ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens). J'ai donc cru qu'il les fallait absoudre.
D'autres, déférés par un dénonciateur, ont d'abord reconnu qu'ils étaient chrétiens, et se sont rétractés
aussitôt, déclarant que véritablement ils l'avaient été, mais qu'ils ont cessé de l'être, les uns depuis plus de
trois ans, les autres depuis un plus grand nombre d'années, quelques-uns depuis plus de vingt ans. Tous ont
adoré votre image et les statues des dieux; tous ont maudit le Christ. Au reste ils assuraient que leur faute
ou leur erreur n'avait jamais consisté qu'en ceci: ils s'assemblaient, à jour marqué, avant le lever du soleil ;
ils chantaient tour à tour des hymnes à la louange du Christ, comme en l'honneur d'un dieu; ils
s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, de brigandage, d'adultère,
à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt; après cela, ils avaient coutume de se séparer,
et se rassemblaient de nouveau pour manger des mets communs et innocents. Depuis mon édit, ajoutaient-ils,
par lequel, suivant vos ordres, j'avais défendu les associations, ils avaient renoncé à toutes ces pratiques. J'ai
jugé nécessaire, pour découvrir la vérité, de soumettre à la torture deux femmes esclaves qu'on disait initiées
à leur culte. Mais je n'ai rien trouvé qu'une superstition extraordinaire et bizarre. J'ai donc suspendu
l'information pour recourir à vos lumières. L'affaire m'a paru digne de réflexion, surtout à cause du nombre
que menace le même danger. Une multitude de gens de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et seront
chaque jour impliqués dans cette accusation. Ce mal contagieux n'a pas seulement infecté les villes; il a
gagné les villages et les campagnes. Je crois pourtant que l'on y peut remédier, et qu'il peut être arrêté. Ce
qu'il y a de certain, c'est que les temples, qui étaient presque déserts, sont fréquentés, et que les sacrifices,
longtemps négligés, recommencent. On vend partout des victimes qui trouvaient auparavant peu d'acheteurs.
De là on peut aisément juger combien de gens peuvent être ramenés de leur égarement, si l'on fait grâce au
repentir. La réponse de Trajan115 est instructive; il confirme le principe de condamnation
sans preuve sur simple dénonciation: Vous avez fait ce que vous deviez faire, mon cher Pline, dans
l'examen des poursuites dirigées contre les chrétiens. Il n'est pas possible d'établir une forme certaine et
générale dans cette sorte d'affaires. Il ne faut pas faire de recherches contre eux. S'ils sont accusés et
convaincus, il faut les punir; si pourtant l'accusé nie qu'il soit chrétien, et qu'il le prouve par sa conduite, je
veux dire en invoquant les dieux, il faut pardonner à son repentir, de quelque soupçon qu'il ait été
auparavant chargé. Au reste, dans nul genre d'accusation, il ne faut recevoir de dénonciation sans signature.
115   Lettres X:97-98.
86                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     Cela serait d'un pernicieux exemple et contraire aux maximes de notre règne. Le comportement de
     Pilate est donc conforme à celui des magistrats romains de son époque.
                 Les grands prêtres et les anciens suggérèrent aux foules de demander Barabbas et de réclamer la
     mort de Jésus. Le procurateur prit donc la parole: Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche? Ils
     répondirent: Barabbas. Pilate leur dit: Alors que faut-il faire de Jésus dit le Christ? Ils dirent tous: Qu'il
     soit crucifié! Il leur dit: Quel mal a-t-il donc fait? Ils se mirent à crier plus fort: Qu'il soit crucifié! Alors
     Pilate voyant ses efforts inutiles, et que le tumulte ne faisait qu'augmenter, prit de l'eau, se lava les mains en
     présence de la multitude, disant: Moi, je suis innocent du sang de cet homme. C'est votre affaire! Tout le
     peuple répondit: Que son sang retombe sur nous et nos enfants! Alors il fit relâcher Barabbas, et, après
     avoir flagellé Jésus, il le livra pour être crucifié. Alors les soldats du procurateur emmenèrent Jésus dans le
     prétoire et assemblèrent auprès de le lui la cohorte entière. Ils le déshabillèrent et lui passèrent une chlamyde
     rouge. Ils tressèrent une couronne d'épines et le lui mirent sur la tête avec un roseau à la main droite. Alors
     ils fléchissaient le genou devant lui et ils se moquaient de lui en disant: Salut, roi des Juifs. Ils lui crachaient
     dessus et, lui prenant le roseau, ils le frappaient à la tête. L'ayant ainsi accablé de moqueries, ils lui
     retirèrent la chlamyde et lui remirent ses vêtements, après quoi ils l'emmenèrent pour être crucifié. En
     sortant, ils trouvèrent un Cyrénéen, du nom de Simon; ils le réquisitionnèrent pour porter sa croix116. Aux
     yeux des soldats (500 à 600 pour une cohorte), Jésus était condamné pour crime de lèse-
     majesté, mais Pilate, qui savait le motif religieux de l'accusation, voulait démontrer son
     innocence à la foule des Juifs en utilisant ses codes rituels qu'il connaissait visiblement bien
     (bain de purification et symbolisme du sang). Le supplice romain de la croix est mal
     connu117. Il est différent de l'exécution pour blasphème qui consistait à lapider le coupable
     puis à pendre (et non à clouer) son cadavre à un bois (poteau ou arbre) pendant une
     journée en guise de déshonneur118. Le supplice romain consistait généralement à faire
     porter au condamné une traverse de bois (le patibulum) jusqu'au lieu du supplice où se
     trouvait enterré verticalement un poteau d'exécution (le stipes crucis)119. Le condamné était
     ensuite attaché et cloué à la traverse puis il était hissé sur le poteau, ce qui formait un T
     (poteau vertical et traverse horizontale)120. Le titre (titulus) était placé au-dessus de la tête du
     condamné. Jésus est-il mort sur une croix? Plusieurs éléments permettent d'en douter.
     L'exécution de Jésus n'était pas prévue par Pilate et ne fut prononcée qu'en fin de matinée,
     116 Matthieu 27:20-32.
     117 Les condammnés à la crucifixion pouvaient être cloués dans des positions variées (Guerre des Juifs V:449-451).
     118 Antiquités juives IV:202; Deutéronome 21:22-23; Mishna Sanhédrin VI:3.
     119 Le patibulum était une pièce de bois de 2 m 30 à 2 m 60 et d'environ 40 kg. Le stipes crucis était une pièce de bois de 4 m à 4 m 50

     d'environ 100 kg, et le titulus était un écriteau en bois cloué au dessus, au sommet du patibulum.
     120 J. IMBERT –Le procès de Jésus

     in: Que sais-je ? 1896 Paris 1999 Éd. PUF pp. 93-108.
     L. PIROT –La Sainte Bible tome IX
     Paris 1935 Éd. Letouzey et Ané pp. 370-373.
     120 Guerre des Juifs VI:125-126
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                                     87


ce qui laissait peu de temps pour l'installation du poteau d'exécution. Dans ces conditions,
il est possible qu'on ait fait porter à Jésus le poteau entier et non la traverse, ce qui
expliquerait aussi sa difficulté à le porter (il avait certes été flagellé, ce qui avait dû
fortement l'affaiblir, mais le poteau entier pesait environ 100 kg, soit environ 70 kg en le
traînant par terre). Selon Plutarque: tout malfaiteur qui va l'exécution porte sa propre croix121 et
selon Artemidorus Daldianus la personne qui est clouée sur la croix commence par la porter jusqu'au
lieu d'exécution122. Mais le terme grec stauros utilisé pour "croix" désigne fondamentalement
un pieu ou un poteau vertical123; ainsi la traduction de "Crucifie-le" pourrait aussi bien être
"Empale-le". La forme des croix romaines était très variée124. Le sens du mot grec n'éclaire
donc pas la forme de la "croix" (mot qui vient du latin crux)125. Les auteurs évangéliques 126
utilisent fréquemment un autre vocable pour désigner la croix, le mot xylon "bois" (qui n'a
pas la forme d'une croix!) favorise le sens de "poteau". De même, Justin127 (100-160) a
comparé la croix du Christ à l'arbre de vie du jardin d'Eden, au bâton de Moïse, au bâton
de Jacob, au sceptre de Juda, au manche de la hache d'Élisée, etc., aucune de ces
comparaisons n'évoquant la forme d'une croix. Les Romains, en réquisitionnant Simon de
Cyrène, paraissent avoir violé la loi romaine, mais il est probable qu'ils aient voulu que ce
condamné très affaibli arrive vivant pour que la sentence du gouverneur soit exécutée.
           Ils prirent Jésus et portant sa croix, il sortit vers l'endroit dit "le Crâne", qui s'appelle en hébreu
Golgotha, où ils le crucifièrent et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate écrivit
aussi l'inscription qu'il fit placer sur la croix. Il y était écrit: Jésus de Nazareth, le roi des Juifs. Cette
inscription, beaucoup de Juifs la lurent, car l'endroit où Jésus avait été crucifié était proche de la ville. Elle
était rédigée en hébreu, en latin et en grec. Les grands prêtres des Juifs dirent donc à Pilate: Ne laisse pas
écrit: Le roi des Juifs, mais qu'il a dit: Je suis roi des Juifs. Pilate répondit: Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit128.
Conformément aux coutumes romaines et juives, le lieu du supplice était situé à une petite
distance de la ville (l'étude archéologique a permis d'estimer ce parcours à 600 mètres
environ)129. Apparemment il n'y a pas eu de minute du procès mais, Jésus n'étant pas
citoyen romain, le titre (titulus) rédigé par Pilate et résumant la nature de l'infraction suffisait
à respecter un minimum de légalité. La rédaction de l'inscription a été faite dans les trois

121 De sera numinis vindicta 9; § 554AB.
122 Oneirokritika 2:56.
123 W.E. VINE –An Expository Dictionary of the New Testament Words

New York 1985 Ed. Thomas Nelson Publishers p. 138.
124 FLAVIUS JOSEPHE -Guerre des Juifs V:451; SENEQUE – De consolatione ad Marciam 20:3.
125 Même en latin le sens du mot crux est assez large au début de notre ère. Le poète latin P. Papinus Statius (45-96), par exemple, utilisait

le mot cruce pour désigner le timon d'un char (Silvæ IV,III:28), donc dans le sens de barre.
126 Actes 5:30; 10:39; 13:29; Galates 3:13; 1Pierre 2:24.
127 Dialogue avec Tryphon §86.
128 Jean 19:16-22.
129 L. PIROT –La Sainte Bible tome X

Paris 1935 Éd. Letouzey et Ané pp. 466-469.
88                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     langues officielles de la Judée. Les Jérusalémites pouvaient lire en latin et en grec l'édit
     condamnant l'entrée du Temple sous peine de mort130. La langue hébraïque était la langue
     officielle du Temple, et, dans cette langue, l'inscription pouvait se lire: Yeshu Hanozri
     Wumelek Hayehudim131 (un acrostiche du nom divin YHWH)132, ce qui dut particulièrement
     contrarier les grands prêtres. Le compte-rendu oral du procès a vraisemblablement été
     conservé par Joseph d'Arimathie et Nicodème, deux membres respectés du Sanhédrin et
     sympathisants chrétiens, ainsi que par l'apôtre Jean, proche du grand prêtre133.
                Lorsqu'ils eurent crucifié Jésus, les soldats prirent ses vêtements, dont ils firent quatre parts, une
     pour chaque soldat, et en plus la tunique. Cette tunique était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut.
     Ils se dirent donc les uns aux autres: Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l'aura134. Les soldats
     chargés de l'exécution forment une escouade135, la plus petite unité de l'armée romaine. Ces
     soldats devaient garder le condamné jusqu'à son dernier soupir et avaient le droit de se
     répartir le butin des condamnés. Pétrone136 explique qu'un soldat était désigné pour garder
     des voleurs crucifiés afin d'éviter que leurs corps ne soient descendus et que ces voleurs ne
     s'échappent, car il était possible de survivre à une crucifixion (parmi les trois amis de
     Flavius Josèphe, qui avait été crucifiés et que Titus a autorisé à dépendre, un a survécu)137.
                A la 9e heure [15 heures] environ, Jésus cria d'une voix forte: Eli, Eli, lema sabacthanai? ce qui
     veut dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Quelques-uns des assistants, en entendant
     ces paroles, dirent: Il appelle Élie. Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge, l'imbiba de vinaigre, et
     l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui tendit à boire. Les autres disaient: Laisse, nous allons voir si Élie
     vient le sauver. Pour la seconde fois Jésus poussa un grand cri et il rendit l'esprit138. Les assistants sont
     des Galiléens (principalement des femmes) qui parlent araméen. L'expression hébraïque en
     Psaumes 22:1: Eli, Eli, lama azabtani est traduite en araméen par: Elahi, Elahi, lema sabaqtani,
     que l'on retrouve transcrite en grec dans Marc 15:34 sous la forme Eloi, Eloi, lama sabacthani.
     La confusion entre Elahi "mon Dieu" et Eliya "Élie" est possible en araméen. La boisson
     des soldats romains servant à se désaltérer était la posca, de l'eau avec du vinaigre.
     Plutarque139 écrit que Caton l'Ancien buvait de l'eau lors de ses campagnes, mais
     occasionnellement, quand il avait grand soif, il demandait du vin vinaigré.

     130 Guerre des Juifs VI:125-126.
     131 S. BEN-CHORIN –Bruder Jesu
     Munich 1977 Ed. Deutescher Taschenbuch p. 180.
     132 On retrouve un tel acrostiche en Esther 7:7 relatant la pendaison d'Haman, initialement prévue pour Mardochée.
     133 Jean 18:16.
     134 Jean 19:23-24.
     135 Actes 12:4.
     136 Satyricon 111.
     137 Autobiographie 420-421.
     138 Matthieu 27:46-50.
     139 Vie de Caton I:7.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                                89


           Comme c'était la préparation, afin que les corps ne demeurassent point sur la croix pendant le
sabbat — car c'était un grand jour que le jour de ce sabbat — les Juifs demandèrent à Pilate qu'on leur
brisât les jambes, et qu'on les enlevât. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de
l'autre crucifié avec lui. Venant à Jésus, lorsqu'ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les
jambes (...) Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était le disciple de Jésus, mais en cachette, par crainte des
Juifs, demanda à Pilate d'enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc et enleva son corps.
Nicodème, qui était venu auprès de lui tout d'abord la nuit, vint aussi apportant environ 100 livres d'un
mélange de myrrhe et d'aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus et ils l'entourèrent de bandelettes avec les
aromates, suivant la manière d'ensevelir en usage chez les Juifs. Or, à l'endroit où il avait été crucifié, il y
avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau neuf, où personne n'avait été déposé. C'est là que, à cause de
la préparation des Juifs, ce tombeau étant proche, ils déposèrent Jésus140. La préparation du sabbat
tombe le vendredi. Les Juifs, vraisemblablement une délégation du Sanhédrin, a demandé
d'achever les condamnés. Cette opération (le crurifragium) consistait à fracturer les jambes,
ce qui provoquait une mort immédiate par asphyxie, le condamné ne pouvant plus prendre
appui sur ses pieds pour respirer. La loi romaine reconnaissait que les corps de ceux qui
avaient subi la peine capitale ne devaient pas être refusés à leurs proches (selon Ulpien) ni à
quiconque les demandait pour leur donner une sépulture (selon Julius Paulus), à l'exception
des cas de trahison. Le crime de lèse-majesté empêchait en effet de fournir une sépulture
aux condamnés, comme le relate Tacite141 à l'époque de Tibère. Mais cette loi ne
s'appliquait qu'aux citoyens romains (Jésus était un Juif de la province de Judée), et Tibère,
après la mort de Séjan, avait demandé aux gouverneurs de respecter les coutumes locales
(or les Juifs devaient inhumer leurs morts). Philon142 décrit une répression (en 37/38) sous
Flaccus, le préfet d'Égypte: Cest un usage de ne punir les criminels qu’après la célébration des fêtes qui
ont lieu à l’anniversaire de la naissance des empereurs. Or c’était durant ces fêtes que Flaccus affligeait de
peines imméritées des gens innocents. Ne pouvait-il, s’il tenait à les punir, les réserver pour plus tard? Au
contraire, il pressait, il précipitait l’affaire dans le but de se rendre agréable à nos ennemis, espérant qu’en
gagnant leurs bonnes grâces il viendrait à bout de ses desseins. J’ai vu autrefois des crucifiés qu’à l’approche
de ces fêtes on rendait à leurs parents, selon l’usage, pour être ensevelis. On trouvait convenable de faire
participer les morts au bienfait de ces réjouissances, et d’observer à leur égard la solennité. Loin de faire
descendre les crucifiés de leur gibet, Flaccus faisait crucifier les vivants, à qui du reste les circonstances
devaient procurer non point leur grâce, mais seulement un sursis. Avant de les crucifier, on ne laissait pas de
les fouetter au milieu du théâtre, et de leur faire subir le supplice du fer et du feu. L’ordre des spectacles était

140 Jean 19:31-42.
141 Annales VI:29.
142 Contre Flaccus 81-86.
90                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     ainsi fixé: depuis le matin jusqu’à la 3e ou la 4e heure [9 ou 10 heures] on fouettait, on pendait, on rouait,
     on jugeait les Juifs, puis on les menait au supplice à travers l’orchestre. Selon Philon, il était anormal
     de laisser le corps des suppliciés sur le gibet et de ne pas les ensevelir, ce qui suppose une
     situation différente avant 37/38 (époque des persécutions antijuives en Egypte).
                La tradition juive est constante: un mort devait obtenir une sépulture même si les
     circonstances étaient défavorables, comme le précise le Talmud143: Le grand prêtre ni le
     naziréen ne peuvent se souiller par la mort de leurs proches, mais ils le peuvent pour faire un acte méritoire.
     S'ils trouvent en voyage et rencontrent un mort qu'il serait méritoire d'enterrer, suivant Rabbi Eliézer, le
     grand prêtre peut se souiller, mais pas le naziréen, tandis que les docteurs soutiennent le contraire ». Même
     les condamnés à mort méritaient une sépulture: Quiconque fait passer la nuit à un mort (sans
     l'ensevelir) viole une interdiction (Dt 21:23); mais il ne la viole pas s'il attend par honneur pour le mort,
     pour lui faire apporter cercueil et linceul. On n'enterre pas le condamné dans le tombeau de ses pères; mais
     deux cimetières étaient disposés pour le tribunal: l'un pour les tués et étranglés, l'autre pour les lapidés et
     brûlés144. La délégation du Sanhédrin (dont Joseph d'Arimathie faisait vraisemblablement
     partie) qui réclame à Pilate d'abréger les souffrances des condamnés et de leur procurer une
     sépulture est donc conforme à la loi juive. Le texte des Actes145 confirme que c'est cette
     délégation qui a déposé le corps de Jésus dans un tombeau. Le texte de Marc146 ajoute que
     Joseph d'Arimathie eut du courage, car en offrant son propre tombeau147 pour ensevelir
     Jésus, il désavouait moralement ses collègues (qui pouvaient alors l'excommunier pour
     désaccord avec le jugement)148. Ignorant que ce membre éminent du Sanhédrin était aussi
     un disciple de Jésus en secret (Nicodème était aussi un sympathisant), les femmes qui
     avaient suivi Jésus ne coopérèrent pas avec les membres de la délégation (qui étaient
     collectivement responsables de la mort de Jésus) pour l'ensevelissement: Et voici qu'un
     homme Joseph, qui était membre du conseil — il n'avait pas donné son assentiment à leur décision et à leur
     acte — d'Arimathie, ville des Juifs, et qui attendait le règne de Dieu, vint trouver Pilate pour lui demander
     le corps de Jésus. Et, après l'avoir descendu, il l'enveloppa d'un linceul et le déposa dans un tombeau creusé
     dans le roc, où personne n'avait encore été mis. C'était le jour de la préparation, et le sabbat commençait à
     luire [18 heures]. Les femmes qui l'avaient accompagné depuis la Galilée, ayant suivi de près, regardèrent le
     tombeau et la façon dont le corps avait été mis, et, s'en étant retournées, elle préparèrent des aromates et des
     parfums. Mais le jour du sabbat, elles se tinrent au repos, selon le précepte [de la Loi]149.

     143 Nazir 7:1.
     144 Sanhédrin 6:5.
     145 Actes 13:27,28.
     146 Marc 15:43.
     147 Matthieu 27:57-61.
     148 Sanhédrin 3:7; Jean 12:42.
     149 Luc 23:50-56.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                               91


              Il est surprenant que Pilate ait accepté la demande de Joseph d'Arimathie, car, Jésus
ayant été condamné officiellement pour crime de lèse-majesté, cette caution morale risquait
de faire de lui un complice. Mais il savait que ce motif n'était qu'une façade et qu'il
n'encourait donc aucun risque à satisfaire la demande du Sanhédrin, d'autant plus qu'il
pouvait légitimement supposer que ce choix étrange serait une source de tensions pour ses
membres. Pour éviter d'étaler leurs dissensions au grand jour et d'encourager indirectement
les partisans de Jésus, le Sanhédrin va demander à Pilate de garder la tombe en invoquant
comme raison officielle: dissuader d'éventuels partisans de Jésus de récupérer le corps pour
réaliser frauduleusement la prophétie sur sa résurrection, ce qui encouragerait la "sédition".
En fait, par cette présence de soldats romains, le Sanhédrin voulait laisser croire que Jésus
était bien un criminel selon la loi romaine. Le lendemain, qui était le jour après la préparation [soit
le sabbat], les princes des prêtres et les pharisiens se présentèrent en nombre chez Pilate et lui dirent:
Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit de son vivant: Dans 3 jours je ressusciterai.
Ordonnez donc que le tombeau soit bien gardé jusqu'au 3e jour, de peur que les disciples ne viennent le
dérober, et qu'ils ne disent au peuple: Il est ressuscité d'entre les morts. Cette dernière imposture serait pire
que la première. Pilate leur répondit: Vous avez une garde; allez, gardez-le comme vous savez le faire. Ils
s'en allèrent donc et, pour s'assurer du tombeau, apposèrent les scellés sur la pierre, et y mirent des gardes150.
La première imposture se référait au titre usurpé selon la loi romaine de "roi des Juifs"
(mais aussi de s'être déclaré "Messie et Fils de Dieu" pour le Sanhédrin). La réponse de
Pilate montre qu'il ne désirait pas diriger une opération de police au profit des Juifs, mais le
Sanhédrin a dû lui rappeler qu'il ne pouvait faire travailler ses policiers durant le sabbat, ce
qui a forcé Pilate à déléguer quelques-uns de ses soldats pour assurer cette garde, comme
on peut le vérifier dans la suite du récit.
              Après le sabbat, à l'aube du 1er jour de la semaine [dimanche], Marie-madeleine et l'autre Marie
allèrent visiter le sépulcre. Et voici qu'il y eut un grand tremblement de terre. Car l'ange du Seigneur
descendit du ciel, s'approcha, roula la pierre et s'assit dessus. Il avait le visage brillant comme l'éclair, et les
vêtements blancs comme neige. A sa vue, les gardes tremblèrent de peur ils devinrent comme morts (...) Les
femmes quittèrent en hâte le sépulcre, partagées entre la crainte et une vive joie, et elles coururent porter la
nouvelle à ses disciples (...) Tandis qu'elles étaient en route, quelques gardes revinrent en ville raconter ces
événements aux grands prêtres. Ceux-ci, dans une réunion, tinrent conseil avec les anciens, et ils donnèrent
une forte somme d'argent aux soldats, leur disant: Dites que ses disciples sont venus la nuit, pendant votre
sommeil, et qu'ils l'ont dérobé. Que si cela arrive aux oreilles du gouverneur, nous saurons lui persuader de
ne pas vous inquiéter. Les soldats prirent l'argent et se conformèrent à ces instructions. Et le bruit en est
150   Matthieu 27:62-66.
92                               APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     répandu parmi les Juifs jusqu'à ce jour151. Les femmes sont venues au sépulcre apporter les
     aromates nécessaires à l'ensevelissement, car elles ignoraient que Jésus avait été enseveli
     selon les normes (et même de façon royale au regard des quantités utilisées). Les gardes
     sont bien des soldats romains (verset 12) puisqu'ils doivent rendre compte au gouverneur et
     non aux grands prêtres. Pour avoir laissé échapper leur prisonnier, ils risquaient la peine de
     mort152. La proposition du Sanhédrin a dû les rassurer, d'autant plus qu'elle était appuyée
     par une forte somme d'argent. La clémence de Pilate était assurée, car le commanditaire de
     la mission était le Sanhédrin lui-même, et les gouverneurs romains pouvaient négocier ce
     genre de négligence, comme le rapporte Tacite153: Les sentinelles cherchèrent dans la honte du
     général une excuse à leur faute; "Il leur avait, disaient-ils, commandé le silence, pour que rien ne troublât
     son repos. Ainsi les signaux et les appels étant suspendus, eux aussi étaient tombés dans le sommeil".


                QUAND LA VERITE OFFICIELLE DEVIENT UN MENSONGE LEGAL

                Le procès de Jésus est un parfait cas d'école sur la manière dont les autorités d'un
     pays utilisent en toute légalité les techniques de désinformation pour éliminer un élément
     jugé subversif (car troublant l'ordre public). Selon le compte rendu du Talmud154, Jésus fut
     condamné à mort parce qu'il avait pratiqué la sorcellerie [Exode 22:18] et parce qu'il avait
     égaré Israël par ses enseignements apostats [Deutéronome 13:6-9]. Légalement les faits
     paraissent caractérisés: Jésus était un dangereux hérétique, il fallait l'éliminer pour protéger
     le bon peuple [en fait, le pouvoir en place]. Les Évangiles mettent toutefois à nu les
     coulisses de cette version officielle. En effet, l'accusation de sorcellerie est matière à
     interprétations: comment savoir si les miracles accomplis par un prophète viennent de
     Satan ou de Dieu155, et s'il s'agit d'un vrai ou d'un faux prophète? L'accusation d'apostasie
     est sujette aux mêmes difficultés: vrai ou faux enseignement?. En somme, comme le
     constate Pilate d'un air désabusé: qu'est-ce la vérité?
                La question essentielle se résume donc à: Jésus a-t-il dit la vérité ou était-il un
     imposteur hérétique? Jacques Bernard résume l'alternative au tout début de son livre: La
     condamnation à mort [de Jésus] est la conséquence du blasphème. Son exécution sera confiée aux Romains.
     Depuis, les motifs de scission entre juifs et chrétiens tournent autour de cette accusation156. La question est
     bien posée, mais la réponse, 400 pages plus loin, n'est guère satisfaisante: La foi est le
     151 Matthieu 28:1-15.
     152 Actes 16:27; Guerre des Juifs V:482.
     153 Histoire 5:22.
     154 Sanhédrin 43a.
     155 Matthieu 12:24-27.
     156 J. BERNARD –Le blasphème de Jésus

     Paris 2007 Éd. Parole et Silence pp. 5, 401.
LE PROCES DE JESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL!                                   93


paramètre heuristique essentiel pour comprendre l'apocalyptique et ce qu'a pu être le "blasphème de Jésus".
La clé d'une enquête scientifique, qu'elle soit historique ou judiciaire, est une reconstitution
chronologique précise, seul critère de vérité. En fait, au premier siècle, il y a blasphème
(dire des paroles qui attentent à la gloire de Dieu, ce qui entraîne l'excommunication) et
Blasphème (maudire Dieu en le nommant par son nom propre, ce qui entraîne la
lapidation). Jésus n'a pas été accusé de Blasphème puisqu'il a judicieusement évité de
nommer Dieu durant son procès, mais de blasphème en se prétendant le Fils de Dieu assis
à sa droite. Nous connaissons mal les conceptions juives du premier siècle sur le Fils de
l'homme assis à la droite de Dieu157, mais, selon le Talmud158, c'était un blasphème que
d'affirmer être assis dans un trône à la droite de Dieu, puisqu'il est écrit au sujet des trônes
mentionnés en Daniel 7:9: Car c'est une tradition: l'un pour lui [le Fils de l'homme], l'autre pour
David, d'après rabbi Aqiba. Mais rabbi José lui: Aqiba, jusqu'à quand profaneras-tu la Gloire?. Les
prétentions de Jésus d'être assis à la droite de Dieu étaient donc considérées comme
blasphématoires, mais l'interrogation du grand prêtre "Que vous en semble?159" prouve
aussi que son interprétation pouvait se discuter. Cette accusation finale de Blasphème fut
rejetée par le Sanhédrin puisque Jésus n'a pas été lapidé, mais l'affirmation d'être assis à la
droite de Dieu a été jugée blasphématoire et assimilée à de l'apostasie. Or, selon la Loi de
Moïse, certains cas d'apostasie pouvaient entraîner une condamnation à mort160, et c'est
cette exégèse qui a permis au Sanhédrin de "gracier" légalement Jésus (selon la loi juive)
puis de le livrer aux autorités romaines pour le faire exécuter. Le motif religieux d'apostasie
étant transformé en motif politique de crime de lèse-majesté (selon la loi romaine). Pour le
Sanhédrin, Jésus n'était que le gourou d'une secte161 hérétique qu'il fallait éliminer.
           De tout temps les chasseurs de sorcières, d'hérétiques ou de sectes se sont toujours
servis du pouvoir établi. Que ce pouvoir s'exerce sur des modalités totalitaires ne semble
pas les gêner. Et quand il s'exerce dans le cadre d'une démocratie, ces défenseurs de l'ordre
établi cherchent à l'infléchir en le poussant sur une pente autoritaire162. Le processus est
toujours le même: manipulation des foules par la diffusion d'informations terrifiantes (mais
erronées): "Jésus guérit par Belzébuth"; propagation de rumeurs (non fondées): "Jésus veut
détruire le Temple et pousse les gens à ne pas payer ses impôts, les disciples ont dérobé son


157 P. GRELOT –L'espérance juive à l'heure de Jésus
Paris 1994 Éd. Desclée pp. 200-205.
158 Sanhédrin 38b.
159 Matthieu 26:66.
160 Deutéronome 13:6-11.
161 Actes 24:5.
162 B. LEMPERT –Le retour de l'intolérance. Sectarisme et chasse aux sorcières

Paris 2002 Éd. Bayard p. 135.
94                              APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     corps pour faire croire à sa résurrection"; pratique de l'amalgame: "Jésus était entouré de
     deux authentiques malfaiteurs lors de son exécution, Jésus a fréquenté des prostituées".
                L'inquisition papale fut un modèle dans la poursuite légale des hérétiques, la célèbre
     chasse aux sorcières. Elle s'assura du soutien du pouvoir et de la diffusion de la vérité
     officielle grâce à sa Congrégation de la propagande. Nicolas Eymerich est sans doute celui
     qui a porté le légalisme de l'inquisition à son apothéose. De façon très méthodique163, il
     commence par définir ce qu'est un hérétique: On entend par hérétiques manifestes ceux qui
     prêchent publiquement contre la foi catholique, ceux qui suivent ou défendent leur enseignement »; puis il
     décrit la procédure à suivre: C'est une façon très commune de procéder. Et si le bruit parvient aux
     oreilles de l'inquisiteur de la bouche de personnes honnêtes et bien pensantes, le procès commence, toujours
     devant notaire et deux témoins, par l'établissement d'un acte dans lequel on transcrit la teneur de cette
     rumeur (...) En cas de procès par enquête [et non par délation], l'inquisiteur fait citer quelques témoins
     parmi les gens braves et honnêtes. Il leur appartiendra d'attester l'existence de rumeurs publiques (...) Il est
     très difficile d'examiner ceux qui, face à l'inquisiteur, ne proclament pas leurs erreurs, mais les dissimulent
     plutôt. L'inquisiteur redoublera de ruse et de sagacité pour les poursuivre dans leurs retranchements et les
     amener aux aveux (...) La ruse dont le seul but est de tromper est toujours défendue et n'a rien à faire dans
     la pratique du droit; mais le mensonge que l'on fait judiciairement et au bénéfice du droit, du bien commun
     et de la raison, celui-là est parfaitement louable. À plus forte raison, celui que l'on fait pour détecter les
     hérésies, déraciner les vices et convertir les pécheurs. Que l'on songe au jugement de Salomon! (...) Que
     l'inquisiteur tienne compte du danger représenté par la puissance de la famille, par celle de l'argent, ou de la
     malveillance, et il verra alors que bien rares sont les cas où il pourra rendre publics les noms des délateurs
     (...) Dans tous les cas, la publication des noms met le délateur et ses proches en danger de mort ou d'actes
     graves de malveillance. L'inquisiteur a donc le droit de faire de pieux mensonges pour
     débusquer l'hérétique, qui est forcément dangereux puisqu'il est hérétique, et il est hérétique
     puisque la rumeur le désigne comme tel; enfin, au cas où il essaierait de se défendre, il faut
     empêcher tout débat contradictoire pour protéger les accusateurs des probables actes
     malveillants de l'hérétique. Donc un hérétique est hérétique parce qu'il est hérétique!




       N. EYMERICH, F. PEÑA –Le manuel des inquisiteurs
     163

     Paris 2001 Éd. Albin Michel pp. 80, 156, 16-165, 174, 274, 275.
Une biographie peut-elle être hérétique ?

           La biographie de Jésus peut être établie avec une grande précision lorsqu'on utilise
des synchronismes historiques datés par l'astronomie. Malgré la présence de ces preuves
tangibles et vérifiables, les données évangéliques sont contestées. Les mobiles de cette
contestation apparaissent en fait dès l'origine. Lorsque l'apôtre Paul fait connaître Jésus aux
philosophes d'Athènes, la réaction est immédiate: Il tomba, entre autres, sur des philosophes
épicuriens et stoïciens qui l'entreprirent et engagèrent une discussion assez serrée avec lui. Les uns
s'exclamaient: —Qu'est ce que ce radoteur peut bien vouloir dire avec ses sornettes? D'autres affirmaient:
— Il a l'air de faire de la propagande pour de nouvelles divinités importées de l'étranger — car ils l'avaient
entendu parler de Jésus et de la résurrection (...) Lorsqu'ils entendirent parler de résurrection des morts les
uns commencèrent à ricaner, d'autres lui dirent: — Nous t'écouterons là-dessus une autre fois. C'est ainsi
que Paul se retira de leur assemblée1 (Kuen). Paul, perçu comme un hérétique par les
philosophes, n'a pas vraiment été écouté. Celse écrira même (vers 178) un pamphlet Contre
les chrétiens pour dénigrer la vie de Jésus. En effet, la possibilité d'une résurrection gênait ces
philosophes habitués à la notion d'immortalité de l'âme développée par Platon. De plus, la
notion même d'un Dieu unique était perçue par eux comme une intolérance envers les
autres divinités. Ce refus provenait d'un préjugé que Paul a essayé de surmonter en citant
des auteurs grecs2: En effet, c'est en lui [Dieu] que nous vivons, que nous agissons, que nous existons.
C'est bien ce que certains de vos poètes ont reconnu: “Nous aussi, nous sommes de descendance divine” .
           Le texte biblique présente l'existence de Dieu comme une évidence, ce qui pose
toujours problème aux philosophes. Dans son livre Ce que je crois, Einstein3 explique
pourtant que l'idée même de recherche scientifique, qui aspire à trouver des vérités ultimes,
a un fondement religieux; il affirmait: La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la
science est aveugle. Pour le mathématicien Gödel, l'ordre initial du monde reflète une
intelligence, et refuser un sens au monde aboutit à refuser Dieu4. Ce redoutable logicien
remarquait en effet que l'affirmation désabusée "le monde n'a pas de sens" a encore un
sens, sous-entendant un référent absolu. Ainsi, la phrase "Dieu est mort" est aussi
paradoxale que "le sens n'a pas de sens". Gödel concluait que le sens est transcendant, ce
qui est le propre de Dieu. Ces grands scientifiques sont-ils hérétiques? Déjà dans le passé,
1 Actes 17:18, 28-32.
2 Phénomènes d'Aratus (vers -270) et l'Hymne à Zeus de Cléanthe (331-233).
3 J. HEDLEY BROOKE - La divine science

in: Sciences et Avenir hors-série 137 Le Dieu des savants (2004) p. 11.
4 G. GUERRERIO - Gödel: Dieu existe-t-il?

in: Pour la Science 20 (août-novembre 2004) pp. 90-95.
96                                APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


     les sages de l'Égypte et de Babylone croyaient à la nécessité de scruter le ciel (le mot
     sumérien AN signifie à la fois ciel et dieu) pour interpréter correctement les événements.
     Puisque la chronologie se fonde sur une datation précise, qui dépend elle-même de
     l'astronomie, ils avaient quelque part raison. En ce sens la biographie de Jésus constitue une
     pierre de touche pour ceux qui aspirent à la vérité historique. En effet, le texte biblique
     répond à la question des origines et du sens de l'histoire, ce qui s'oppose en général aux
     histoires nationales fondées, elles, sur un passé qui se perd dans la nuit des temps.
                   Les philosophes qui dénigrent l'histoire biblique le font souvent parce qu'ils
     "croient" à la véracité de l'histoire officielle. Or, bien que la chronologie soit considérée
     comme l'œil de l'histoire, aucune thèse d'histoire n'examine pourtant comment établir
     scientifiquement une chronologie absolue. Quintilien, rhéteur latin, exprimait d'ailleurs son
     scepticisme: L'histoire est écrite pour raconter, non pour prouver; et Voltaire rappelait que la fable est
     la sœur aînée de l'histoire. Une question redoutable se pose: Les hommes désirent-ils trouver la
     vérité historique ou préfèrent-ils entendre des fables? Le texte biblique répond: Ils n'ont pas
     ouvert leur cœur à l'amour de la vérité qui les eut sauvés. C'est pourquoi Dieu leur envoie des illusions
     puissantes qui les feront croire au mensonge, en sorte qu'ils tombent sous son jugement tous ceux qui ont
     refusé leur foi à la vérité (...) Les prophètes prophétisent en mentant; les prêtres gouvernent au gré des
     prophètes, et mon peuple l'aime ainsi. Et que ferez-vous au terme de tout cela5 (Crampon). Ce constat
     pessimiste semble toujours d'actualité.
                   On pourrait se demander pourquoi aucun historien n'essaie de proposer une thèse
     sur la chronologie alors que le besoin est criant. Un livre de Plutarque (45-126), écrit
     spécialement contre le "père de l'histoire", donne les raisons de ce paradoxe. Hérodote par
     son enquête avaient discrédité les historiens qui l'avaient précédé, rangeant ceux-ci au rang
     peu enviable de mythologues. L'utilisation de la chronologie devenait le nouveau critère de
     vérité; or la plupart des historiens préfèrent "philosopher" et s'appuyer sur les autorités
     reconnues, méthode plus prestigieuse que celle consistant à effectuer de fastidieuses
     recherches chronologiques. Les reproches apparaissant dans le livre de Plutarque, intitulé
     La malignité d'Hérodote, en disent long sur les véritables raisons de ces attaques; on lit: Le style
     simple et facile d'Hérodote, mon cher Alexandre, sa diction naturelle et coulante, trompent la plupart des
     lecteurs qui jugent de son caractère par son style. C'est le comble de l'injustice, disait Platon, de paraître
     juste quand on ne l'est pas; c'est aussi l'excès de la méchanceté de cacher sous un dehors de candeur et de
     simplicité une malignité profonde. Comme il a dirigé surtout les traits de sa malice contre les Béotiens et les
     Corinthiens, sans épargner pour cela les autres peuples, je me crois obligé de défendre, contre cette partie de
     5   2Thessaloniciens 2:10-12; Jérémie 5:31.
UNE BIOGRAPHIE PEUT-ELLE ETRE HERETIQUE ?                                                 97


son histoire, l'honneur de mes ancêtres et celui de la vérité ; car si je voulais relever toutes les autres erreurs
dans lesquelles il est tombé, il me faudrait écrire plusieurs volumes (...) Premièrement, un écrivain qui, dans
le récit d'un fait, se sert d'expressions dures et offensantes, tandis qu'il peut en employer de plus douces; qui,
par exemple, au lieu de dire que Nicias était superstitieux, le traite de fanatique; qui taxe d'emportement et
de fureur l'inconsidération et la légèreté de Cléon dans ses discours: un tel écrivain est un homme
malintentionné, et qui se plaît à présenter ce qu'il raconte sous un jour défavorable. Secondement, lorsqu'un
historien use de circuits et de détours pour faire entrer dans son histoire le récit d'un malheur ou d'une
mauvaise action qui n'ont pas avec son sujet une liaison nécessaire, il est évident qu'il prend plaisir à médire
(...) Troisièmement, un trait de méchanceté opposé à celui-ci et qui n'est pas au fond moins répréhensible,
c'est de passer sous silence des discours et des actions honnêtes (...) Mais l'historien doit toujours dire la
vérité quand il la connaît; et lorsqu'il est partagé entre plusieurs traditions incertaines, il faut qu'il préfère
celle qui est plus avantageuse aux personnes dont il parle (...) Au reste, cet historien aime tellement les
Barbares, que, disculpant Busiris du reproche qu'on lui fait d'avoir immolé des victimes humaines et sacrifié
ses hôtes, et qu'attribuant à tous les Égyptiens un grand amour pour les dieux et pour la justice, il fait
retomber sur les Grecs la honte de ces sacrifices abominables (...) Il dit cependant que l'Hercule égyptien
n'est qu'un dieu du second ordre, et Bacchus du troisième ; qu'ils ont eu une origine connue et ne sont pas
éternels. Il dit bien que ce sont des dieux, mais qu'étant d'une nature mortelle, il faut leur faire des libations
comme à des héros, et non leur offrir des sacrifices. Il en dit autant de Pan, confondant ainsi les objets les
plus augustes et les plus respectables de la religion des Grecs avec les fables vaines et ridicules des Égyptiens
(...) Cependant tous les poètes et les savants de l'antiquité, Homère, Hésiode, Archiloque, Pisandre,
Stésychore, Alcman et Pindare, ne font nulle part mention d'un Hercule égyptien ou phénicien, et n'en
connaissent qu'un seul, né en Béotie ou originaire d'Argos (...) si les monuments que chaque ville a dressés
ne sont que de vains cénotaphes; si les trépieds et les autels consacrés aux dieux sont chargés d'inscriptions
fausses et trompeuses; si enfin Hérodote est le seul qui ait connu la vérité, et que tous les autres écrivains qui
ont entendu parler des Grecs aient été trompés par l'opinion publique, qui aura exagéré ces exploits ? (...)
Hérodote, il faut être en garde contre ces calomnies et ces critiques amères qu'il cache sous des phrases si
douces et si polies; autrement on prendrait, sans s'en apercevoir, des peuples et des personnages les plus
illustres de la Grèce, l'opinion la plus fausse et la plus absurde. En résumé Plutarque reproche à
Hérodote de bafouer l'honneur des ancêtres de la Grèce en donnant crédit aux fables
vaines et ridicules des Égyptiens, de trop aimer les Barbares, de trop critiquer les dieux
grecs et de ne pas assez parler de façon avantageuse de sa nation, et ainsi de désavouer tous
les autres écrivains qui avaient, eux, la faveur de l'opinion publique. Ce qui est piquant dans
ces critiques, c'est qu'elles sont encore perpétuées à l'encontre des biographies scientifiques
(calées sur des dates absolues) par la plupart des historiens modernes.
98                                APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE


                 Le manque de culture scientifique des historiens, généralement de formation
     littéraire, est un handicap majeur pour apprécier l'aspect rigoureux de la chronologie. Là
     encore les critiques de Plutarque illustrent assez bien cette lacune: Il en a encore évidemment
     imposé sur le compte des Lacédémoniens, en assurant qu'ils vinrent trop tard à Marathon au secours des
     Athéniens, pour n'avoir voulu se mettre en marche que le jour de la pleine lune. Non seulement ils sont
     entrés cent fois en campagne, où ils ont livré des combats les premiers jours du mois, sans attendre la pleine
     lune, mais à cette bataille même, qui se donna le 6 du mois de boédromion, leur retard fut si peu
     considérable, qu'ils virent encore les morts étendus sur le champ de bataille. Voici néanmoins ce que dit
     Hérodote au sujet de la pleine lune: « Il leur était impossible de partir sur-le-champ, parce qu'ils ne
     voulaient pas violer la loi qui leur défendait de se mettre en marche avant la pleine lune, et l'on n'était alors
     qu'au neuvième jour du mois; ils attendirent donc que la lune fût dans son plein » Eh quoi! Hérodote, tu
     transportes la pleine lune au commencement du mois, où cet astre est dans son premier quartier, et tu
     intervertis l'ordre du ciel et des jours, et le cours entier de l'univers! Plutarque étale son ignorance6! En
     effet, selon Hérodote, les Lacédémoniens de Sparte, qui campaient au 9e jour du mois, ne
     partirent vers Marathon [en -490] qu'après la pleine lune [le 15 du mois]. Or, il7 explique
     que les Spartiates étaient retenus par les fêtes de Carnéia [du 7 au 15 du mois de Carnéios].
     Si on admet que les calendriers grecs débutaient bien à la nouvelle lune (ce qui est très
     incertain) les données d'Hérodote sont cohérentes. Les calendriers8 de Sparte et d'Athènes
     débutaient vraisemblablement (à cette époque) à la nouvelle lune après le solstice d'été soit
     au 28 juin (en -490). Carnéios étant le 2e mois à Sparte, il débutait donc au 27 juillet, et le
     mois de Boédromion étant le 3e mois à Athènes il débutait au 26 août. Si les Lacédomiens
     sont partis de Sparte à la pleine lune du 15 Carnéios [le 10 août] ils ont dû arriver à
     Marathon environ 14 jours plus tard9 [le 25 août]. La date du 6 Boédromion [le 31 août]
     marquant la célébration de la bataille tombe 6 jours après la date précédente, ce qui est
     acceptable vu les incertitudes sur les dates et les calendriers grecs de cette époque10.
                 Établir une biographie exacte n'est pas une mince affaire. Euripide disait: Le sage a
     deux langues, l'une pour dire la vérité, l'autre pour dire ce qui est opportun. L'histoire véritable ne se
     fait pas sans histoire et elle ne se laisse trouver que par ceux qui la cherchent réellement.
     Comme par le passé, la vérité vient toujours du ciel (des astronomes).
     6 D.W. O LSON – The Moon and the Marathon
     in: Sky & Telescope Septembre 2004 pp. 34-41.
     7 Enquête VI:106-107; VII:206.
     8 E.J. BICKERMAN - Chronology of the Ancient World

     London 1980 Ed. Thames and Hudson pp. 27-40.
     9 Sparte et Marathon sont séparées par une distance de 240 kilomètres. Selon l'historien grec Arrien, l'armée d'Alexandre a pu parcourir la

     distance entre Persépolis et Suse (environ 500 km) en 29 jours, soit une vitesse moyenne de 17 km/jour. Si on utilise cette valeur, il aurait
     fallu environ 14 jours à l'armée lacédémonienne pour rejoindre Marathon.
     10 La preuve est donnée par Plutarque lui même: Cette bataille [de Marathon] fut donnée le 4 du mois Boédromion [29 août en -490], selon la manière

     de compter des Athéniens; et suivant celle des Béotiens, le 27 du mois Panémos [22 août en -490] (Vie d'Aristide XIX:8,9).
UNE BIOGRAPHIE PEUT-ELLE ETRE HERETIQUE ?                              99




                                  Curriculum vitae de Jésus


 Né à Bethléem le 29 septembre -2, séjour de quelques mois en Égypte avant de revenir
   à Nazareth après la mort d'Hérode le 26 janvier -1, vers mars -1, endroit où il a vécu.
 En 11, à l'âge de 12 ans (et 6 mois), il rencontre le grand-prêtre Anne au Temple.
 Baptisé dans le Jourdain le 1er août 29, est devenu le Messie dans la 15e année de Tibère
   César à l'âge de 29 ans et 10 mois.
 Début de son ministère le 27 septembre 29 à l'âge de 30 ans.
 Les marchands du Temple sont chassés lors de la 1ère Pâque de son ministère, en avril
   30, et annonce que celui-ci, bien que bâti depuis 46 ans, allait être détruit.
 Les marchands du Temple sont chassés une nouvelle fois lors de la 4ère Pâque de son
   ministère, le lundi 30 mars 33.
 La Cène est instituée au début du vendredi 14 Nisan (le jeudi 2 avril 33 vers 18 heures).
 Mort à Jérusalem le vendredi 3 avril 33 vers 15 heures à l'âge de 33 ans et 6 mois, soit
   quelques heures avant une éclipse de lune.

Chrono jesus

  • 1.
    Chronologie de lavie de Jésus Alors que les biographies des célèbres auteurs grecs Homère et Platon se réduisent à presque rien, personne ne pense à mettre en doute leur existence, car leurs livres témoignent pour eux. Les œuvres de la littérature grecque classique (Euripide, Sophocle, Eschyle, Aristophane, Thucydide, Platon, Démosthène) proviennent de copies qui sont séparées de plus de 1000 ans avec les originaux. L'auteur latin le plus avantagé est Virgile, mais l'écart dépasse encore largement 3 siècles avec l'original1. Malgré ces incertitudes, nul ne remet en question l'historicité de ces auteurs ou l'authenticité de leurs écrits. C'est pourtant ce qu'on fait avec la biographie de Jésus alors que l'on dispose de textes datés de la fin du 2e siècle de notre ère (le papyrus P52 étant même daté de 125). Les revues publient régulièrement les travaux des archéologues sur la vie de Jésus pour faire le point sur "ce que l'on sait vraiment". On lit, par exemple2: Quand à la date de l'événement, les indications de Matthieu et de Luc ne concordent pas. Selon le premier, la naissance de Jésus est située lors du règne du roi Hérode le Grand, mort en 4 avant J.C. (...); selon Luc, elle a lieu lors du recensement du gouverneur Quirinius, que l'on date en 6 (...) mais Luc fournit un autre repère chronologique, incompatible avec le précédent : Jean le Baptiste aurait commencé son activité « l'an quinze du règne de Tibère » (...), et Jésus, venu se faire baptiser au Jourdain, est dit avoir « environ trente ans » au début de son ministère (...). Cette seconde mention chronologique ferait donc remonter la naissance entre 7 et 4 avant J.C. Avec en prime: Les enquêtes historiques sur la vie de Jésus sont remplies d'anachronismes. Cette revue explique en fin que leurs auteurs revendiquent une approche laïque. Ces deux auteurs, Prieur et Mordillat, sont convaincus qu'il ne reste que très peu de certitudes sur l'enseignement exact du Nazaréen. En somme, ils sont certains de leur doute (ce qui est un comble pour un esprit critique). Ils professent même une conception paradoxale: Nous ne demandons pas aux personnes un discours de certitude (...) On pense que les Évangiles disent l'histoire, mais en fait, ils ne parlent pas de la même histoire, ajoute, cette fois c'est sûr, Mordillat. Les historiens religieux ont sensiblement la même approche, puisqu'on lit dans une revue d'histoire3: Même si les erreurs historiques abondent, qu'il n'y a pas d'harmonie dans les deux récits évangéliques, et que ni Marc ni l'apôtre Paul, les auteurs les plus anciens, ne s'en préoccupent, la conception et la naissance de Jésus prennent place dans l'Histoire (...) En préalable il faut souligner que 1 L. VAGANAY, C.B. AMPHOUX - Initiation à la critique textuelle du Nouveau Testament Paris 1986 Éd. Cerf pp. 18,19. 2 G. GOLLIAU – Jésus. Les véritables textes fondateurs. Ce que l'on sait vraiment. Les dernières découvertes archéologiques in: Le Point hors-série N° 1 décembre 2008-janvier 2009 pp. 26-27, 64, 106-107. 3 L. CRETE, S.C. MIMOUNI – Jésus cet inconnu. Biographie non autorisée in: Historia thématique N° 110 Novembre-Décembre 2007 pp. 18.
  • 2.
    2 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE cette conception mythologique du monde, bien éloignée de notre esprit rationnel et scientifique, correspond à celle de l'homme du monde antique (...) La logique voudrait que la naissance de Jésus ait eu lieu à Nazareth quatre ans au moins avant la date fixée par l'Église, puisque les évangélistes nous disent qu'il est né au temps du roi Hérode le Grand qui régna à Jérusalem de 37 à 4 avant notre ère. À cette première erreur chronologique s'en ajoute une autre: Luc fait coïncider sa naissance avec un vaste recensement de l'Empire que l'empereur Auguste aurait fait faire lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Or Quirinius ne devient gouverneur de Syrie qu'en l'an 6 de notre ère. À croire cette théologienne, qui est aussi historienne, "l'homme du monde antique" devait vraiment être crédule puisqu'il acceptait de telles contradictions, que même les plus savants de l'époque, parmi les adversaires des chrétiens, ont été incapables de voir. La date de la mort de Jésus est tout aussi embrouillée, malgré les nombreuses précisions du texte biblique. Mimouni4 explique: Controverse sur la date de sa mort. Deux renseignements fournis par les sources chrétiennes servent de point de départ incontesté quand il s'agit de fixer la date de la mort de Jésus: son exécution a lieu alors que Pilate est « procurateur » de Judée, or ce dernier a eu cette charge de 26 à 36 de notre ère; sa disparition survient un vendredi –l'Évangile selon Marc et l'Évangile selon Jean s'accordent sur ce point (...) La chronologie selon les Évangiles synoptiques s'établit donc ainsi: le jeudi 14 nisan –jour de la préparation de la fête, Jésus célèbre le repas pascal; le vendredi 15 nisan –premier jour de la fête , mort de Jésus (...) La chronologie d'après l'Évangile selon Jean s'établit donc ainsi: le vendredi 14 nisan –jour de préparation de la fête, mort de Jésus; le samedi 15 nisan – premier jour de la fête (...) Le témoignage du Talmud de Babylone (Sanhédrin 43a), conforte la chronologie de l'Évangile selon Jean puisqu'il y est rapporté que Jésus a été pendu au bois la veille de Pâque. Étonnante analyse, car comment Jésus peut-il mourir la veille de Pâque et aussi le lendemain, le jour de Pâque! Un esprit un peu rationnel ne peut accepter une telle contradiction. Porphyre5, philosophe néoplatonicien du 3e siècle, écrivait d'ailleurs concernant la mort de Jésus: Chacun [des Évangélistes] a rédigé un récit de la Passion non pas en accord, mais en totale contradiction avec les autres (...) De ce récit usé et discordant on peut tirer la conclusion qu'il y eut non pas un, mais plusieurs suppliciés (...) ou bien un seul qui met du temps à mourir et ne donne pas à l'assistance une [image] claire de sa passion. Est-ce exact, ou ne s'agit-il pas plutôt, comme le dit le texte biblique6, de propos volontairement déformés? Malgré les incertitudes de plusieurs siècles, les archéologues ont pourtant confiance dans leurs chronologies; mais quand la chronologie biblique est en décalage de quelques années avec la leur, ils affirment de façon dogmatique qu'il y a anachronisme. La biographie 4 L. CRETE, S.C. MIMOUNI – Jésus cet inconnu. Biographie non autorisée in: Historia thématique N° 110 Novembre-Décembre 2007 pp. 69. 5 G. GOLLIAU – Jésus. Les véritables textes fondateurs. Ce que l'on sait vraiment. Les dernières découvertes archéologiques in: Le Point hors-série N° 1 décembre 2008-janvier 2009 p. 13. 6 2Pierre 3:16.
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    CHRONOLOGIE DE LAVIE DE JESUS 3 de Jésus est symptomatique de cette critique, certains extrémistes allant même jusqu'à nier son existence (alors que les adversaires juifs de Jésus n'en doutaient pas!). Jésus, par exemple, serait né autour de -2 (selon le texte biblique) juste avant la mort d'Hérode le Grand en -4 et pendant le recensement de Quirinius en 6/7. Il est évident qu'avec de telles remarques, la date présumée de la naissance de Jésus devient impossible, car on aurait l'équation absurde: -2 = -4 = 6! Cette invraisemblance remet en question l'historicité de cette naissance et finalement celle du personnage lui-même. La biographie de Jésus aurait-t- elle été maquillée et pour fabriquer le mythe fondateur du christianisme? Il faut cependant savoir que ces interprétations chronologiques, que beaucoup de spécialistes colportent par paresse (parfois par malveillance), sont facilement réfutables. Si on s'en donne la peine, on peut vérifier (voir les biographies d'Hérode et de Qurinius) que Jésus est né vers la fin de septembre -2, quelques mois avant la mort d'Hérode le Grand, le 26 janvier -1, et durant la fin de la première légation de Quirinius en Syrie, de -3 à -2, soit plusieurs années avant la seconde en Judée de 6 à 10. En fait, les critiques sur la biographie de Jésus sont apparues très tôt et se sont surtout focalisées sur sa filiation particulière. Celse prétendra, par exemple, que Jésus n'était pas né de l'Esprit saint, mais plus rationnellement d'une relation adultérine de Marie avec un soldat nommé Panthère7. Aujourd'hui les critiques se veulent plus subtiles et affirment que les deux généalogies de Jésus, celle de Matthieu et celle de Luc, se contredisent. Ces critiques sont peu sérieuses8, car Jésus s'est présenté à plusieurs reprises comme "fils de David9". Or si cette prétention messianique était sans fondement, il n'aurait jamais été pris au sérieux, ni par le Sanhédrin, ni par les premiers chrétiens d'origine juive qui pouvaient facilement vérifier la véracité de cette filiation dans les archives du Temple (avant sa destruction en 70). La filiation de Jésus est clairement expliquée dans le texte biblique: il est décrit comme étant le fils de Dieu, fils naturel de Marie et fils légal de Joseph son père adoptif (le texte de Luc 3:23 précise que Jésus n'était pas vraiment le fils de Joseph mais seulement: "à ce qu'on croyait"). Les femmes n'apparaissant jamais directement dans les filiations bibliques, la généalogie naturelle donnée par Luc "Jésus, fils [de Marie, fille] de Héli, fils de Matthat" a été présentée sous la forme conventionnelle impliquant de rattacher Jésus à Héli. De plus, les généalogies de Matthieu et de Luc sont simplifiées10, comme on peut le constater en les comparant à celle du livre des Chroniques (Bible de Jérusalem): 7 Dès la fin du 1er siècle le Talmud de Jérusalem (Shabbat 14d; Aboda Zara 40d) mentionne le Yeshu chrétien comme fils de Pandéra. 8 Au 1er siècle certains chrétiens voulaient établir des généalogies complètes, travail qui ne peut être que sans fin (1Timothée 1:4). 9 Matthieu 9:27, 15:22, 20:30,31; Luc 20:41. 10 Elles ne mentionnent pas tous les fils, ni les frères, ni les épouses provenant d'un mariage léviratique, ni les remariages (dans certains apocryphes le père de Marie est appelé Joiachim [=Eliachim?].
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    4 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Mathieu 1:11-12 1Chroniques 3:15-19 Josias engendra [Joaiqim Fils de Josias l'aîné, Joaiqim le deuxième (...) Joaiqim engendra] Jéchonias et ses frères. Fils de Joiaqim: Jékonias son fils, Sédécias son fils. Après la déportation à Babylone Jéchonias engendra Salathiel [et Pedaya] Fils de Jékonias le captif: Shéaltiel, puis Malkiram, Pedaya, Salathiel [par Pedaya] engendra Zorobabel Fils de Pedaya, Zorobabel et Shimeï Zorobabel engendra Abioud Fils de Zorobabel: Meshullam et Hananya Mathieu 1:15,16 Luc 3:23,24 (filiation légale par le père selon Matthieu1:1). (filiation naturelle par la mère selon Luc 1:35). Élioud engendra Éléazar; Jésus était, à ce qu'on croyait, fils de Joseph Éléazar engendra Matthan; [l'époux de Marie et donc], fils de Héli, Matthan engendra Jacob; fils de Matthat, Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie fils de Lévi, de laquelle naquit Jésus fils de Melchi Les critiques de Celse et de ses pairs ont tellement été bien intégrées dans la pensée actuelle qu'on les retrouve maintenant presque à l'identique dans la préface de la Bible officielle du catholicisme: A ces traditions qui étaient le patrimoine vivant d'un peuple, qui lui donnait le sentiment de son unité et qui soutenaient sa foi, il serait absurde de demander la rigueur que mettrait un historien moderne, mais il serait également illégitime de leur dénier toute vérité parce que cette rigueur leur fait défaut. Les onze premiers chapitres de la Genèse sont à considérer à part. Ils décrivent de façon populaire, l'origine du genre humain; ils énoncent en style imagé, qui convenait bien à la mentalité d'un peuple peu cultivé (...) Mais ces vérités, qui touchent au dogme sont certaines, elles impliquent des faits qui sont réels, bien que nous ne puissions pas en préciser les contours sous le vêtement mythique qui leur a été donné, conformément à la mentalité du temps et du milieu (...) Pour la date de l'Exode, nous ne pouvons pas nous fier aux indications chronologiques de 1 R 6:1 et Jg 11:26, qui sont secondaires et proviennent de computs artificiels11. Les auteurs n'hésitent pas à conclure: Assurément ni les apôtres ni les autres prédicateurs et narrateurs évangéliques n'ont cherché à faire de l'« histoire », au sens technique de ce mot; leur propos était moins profane et plus théologique. On le voit, la biographie de Jésus est présentée comme contradictoire, alors que ceux qui la critiquent ne s'appuient sur aucune date absolue (seule démarche scientifique). Les biographies d'Hérode le Grand, de Quirinius et de Varus étant imbriquées avec celle de Jésus, elles ont été examinées de la même façon en étant ancrées par des dates absolues (voir les dossiers). Le présent dossier examinera principalement les trois dates importantes de la vie de Jésus: celle de sa naissance, celle de son baptême et celle de sa mort. La chronologie de son ministère et de son procès sera également étudiée, car certains points sont contestés. 11Bible de Jérusalem Paris 1986 Éd. Cerf pp. 27, 1410.
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    Date de lanaissance de Jésus En 532, sur une proposition du moine scythe Denis le Petit, l'Église décida de compter les années à partir du 1er janvier qui suivit la naissance de Jésus, datée par lui du 25 décembre de l'an 753 de Rome (soit le 25 décembre -1). Le calendrier julien commença au samedi 1er janvier, ce 1er jour de l'an 754 devenant le 1er jour de l'ère chrétienne. Cette définition n'a été remise en cause qu'à partir du milieu du 19e siècle. En se fondant sur la coïncidence de l'éclipse de lune du 13 mars -4, juste après le jeûne d'Esther du 12 mars, l'académicien Wallon1 avait conclu que les 37 ans de règne d'Hérode, ayant débuté en -40, s'étaient achevés en -4 , et par conséquent que la naissance de Jésus devait être fixée au 25 décembre -7. Cette datation a été établie sans aucune rigueur scientifique (voir la biographie d'Hérode le Grand). En effet, la date du 25 décembre traditionnellement associée à la naissance de Jésus est sans fondement historique (ni biblique), et proposer de faire naître Jésus en -7 c'est ignorer le témoignage des historiens des six premiers siècles qui situent tous, sans exception, cette naissance en -2. La date du 25 décembre est mentionnée pour la première fois en 204 par Hippolyte de Rome2. Cette date marquait le solstice d'hiver (pour les Romains) et le début de l'allongement des jours. Elle fut choisie pour symboliser "la naissance du soleil invaincu", associée à "Jésus ressuscité" selon Justin3. La preuve la plus évidente que Jésus n'est pas né à cette date est que, selon Luc4, les bergers étaient dans les champs avec leurs troupeaux cette nuit-là. La saison des pluies commençant en automne, le soir les troupeaux étaient mis à l'abri. Kislev, 9e mois du calendrier juif, était froid et pluvieux5 en Israël, et Tébeth (décembre/janvier) enregistrait les températures les plus basses de l'année, les hauteurs se recouvrant parfois de neige. La présence de bergers dans les champs s'accorde, par contre, avec une naissance datée en Tishri, à la fin de l'été (en septembre). Les témoignages des historiens des six premiers siècles sont unanimes pour dater la naissance de Jésus autour de -2:  Vers 148-152, Justin écrit que cette naissance eut lieu 150 ans auparavant sous le procurateur Quirinius (Apologie I:46:1).  Vers 170-180, Irénée de Lyon la situe dans la 41e année du règne d'Octave (Contre les 1 H. WALLON – Mémoire sur les années de Jésus-Christ Paris 1858 Ed. Comptes Rendus Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 2 Commentaire sur Daniel IV:23. 3 Apologie I:67:8. 4 Luc 2:8-12. 5 Jérémie 36:22; Esdras 10:9,13.
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    6 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE hérésies III:21:3), qui débute vers octobre -43 (il est devenu Auguste en janvier -27)6.  Vers 194, Clément d'Alexandrie la situe 194 ans avant la mort de Commode [en 192] (Stromates I:21:145).  Vers 204, Hippolyte de Rome date la naissance de Jésus au 25 décembre dans la 42e année du règne d'Auguste, et sa mort lorsqu'il était dans sa 33e année, soit au 25 mars de la 18e année de Tibère César (Commentaire sur Daniel IV:23).  Vers 207, Tertullien la situe dans la 41e année du règne d'Auguste et 28 ans après la mort de Cléopâtre [en -30] (Contre les Juifs VIII:11:75).  Vers 231, Origène la situe dans la 41e année du règne d'Auguste et 15 ans avant sa mort (Homélies sur Luc 3:1).  Vers 325, Eusèbe la situe dans la 42e année du règne d'Auguste et 28 ans après la mort de Cléopâtre [en -30] (Histoire ecclésiastique I:5:2).  Vers 357, Épiphane la situe l'année où Auguste XIII et Silvanus furent consuls (Panarion LI:22:3).  Vers 418, Paul Orose la situe en l'an 752 de la fondation de Rome (Histoires contre les païens VI:22,1). Si les rédacteurs chrétiens, qui étaient au centre de violentes polémiques, avaient été d'aussi piètres historiens, comme certains le prétendent, comment expliquer que leurs adversaires ne les aient pas épinglés pour une "erreur" aussi facile à détecter à cette époque? En effet, les chrétiens affirmaient que Jésus était né lors d'un recensement général; or, au début de notre ère, ceux-ci étaient effectués tous les 5 ans dans le monde romain. On lit: Or, en ces jours-là, un décret parut de la part de César Auguste pour que toute la terre se fasse enregistrer (Luc 2:1) ce qui place donc la naissance de Jésus lors d'un recensement décrété par Auguste7. Luc fait donc bien référence à un enregistrement ou inventaire pour connaître, entre autres: le nombre des citoyens et des alliés sous les armes (selon l'expression du Breviarium) et non à un édit impérial de recensement pour préparer l'impôt. Peut-on fixer la date de cet inventaire général? L'éloge publié en 14 de notre ère8, appelé Res Gestae Divi Augusti, contient des indications corroborant la date de -2 pour cet inventaire. Il mentionne trois recensements généraux9 de citoyens romains qui eurent lieu respectivement en -28, -8 et 14 d'après les années consulaires indiquées. Mais ces trois cens, qui se terminent par une lustration, sont différents des nombreux recensements provinciaux. L'apologiste latin 6 Les auteurs anciens comptent le règne d'Auguste non à partir de janvier -27, mais à partir d'octobre -43 lorsque Octave, le futur Auguste, forma le second triumvirat. La 42e année d'Auguste débute (à la fin de sa 41e année) donc en octobre -2. 7 Le recensement étant décrété par l'empereur, il ne concernait légalement que les provinces impériales et non les sénatoriales. 8 Selon Suétone (Auguste 28:1) et Dion Cassius (Histoire romaine LIII:30:2), Auguste avait déjà préparé une ébauche du Breviarium en -23. 9 Res Gestae 8. La lustration est un rite de purification exécuté à chaque lustre (= 5 ans) pour s'affranchir des influences maléfiques.
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 7 Tertullien cite10 (vers 200) le cens général des citoyens romains de -8 (qui ne concernait donc pas Joseph qui était juif) effectué par Sentius Saturninus en Judée, le confondant à l'évidence avec l'inventaire de -2. Justin11, 50 ans plus tôt, renvoyait cependant aux archives romaines pour attester le cens de Quirinius12. Les census généraux étaient quinquennaux (tous les lustres) et tous ceux rapportés par Dion Cassius confirment cette périodicité13: An Cens Commentaires Référence -30 -29 -28 Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae Res Gestae §8 -27 -26 -25 -24 -23 Cens reporté à -22 en raison de la grave maladie d'Auguste Dion Cassius LIV:2 -22 -21 (effectué par Paulus Aemilius Lepidus et L. Munatius Plancus) -20 -19 -18 Cens reporté car Auguste a refusé d'être censeur. Dion Cassius LIV:10 -17 -16 -15 -14 -13 Ce cens dura de -13 jusqu'à -11. Dion Cassius LIV:25-30 -12 -11 -10 -9 -8 Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae Res Gestae §8 -7 -6 -5 -4 -3 Inventaire du monde -2 -1 Cens (enregistrement) mentionné par Luc (donation de grains) Luc 2:1; (Res Gestae §15) 1 2 3 4 Cens limité à l'Italie. Dion Cassius LV:13 5 6 7 Recensement de Quirinius en Judée mentionné par Flavius Josèphe Antiquités juives XVIII:1-4 8 9 Cens suspendu en raison du désastre de Varus Dion Cassius LVI:18 10 11 12 13 14 Cens avec lustration mentionné dans le Res Gestae Res Gestae §8 15 Ces recensements sont attestés par l'historien romain Dion Cassius14, à l'exception de celui de -3/-2, car la partie de son histoire couvrant la période de -6 à 4 a malheureusement été perdue. Ce schéma chronologique implique un cens en -3/-2. C'est cette période qui est précisément celle mentionnée par Luc pour un recensement ordonné par Auguste. L'aspect général du cens est confirmé par une remarque de Dion Cassius qui nous apprend qu'Auguste, lors du cens en -11, fit lui-même la déclaration de tout ce qui lui 10 Contre Marcion IV:19:10. 11 Apologie I:34:2. 12 Cette vérification était en fait théorique, car le simple citoyen n'était pas habilité à consulter les archives. De plus, le temple des Nymphes, qui était le centre de ces archives, fut incendié à plusieurs reprises. Selon Cicéron, Clodius incendia le temple des Nymphes pour effacer la trace officielle du "recensement" inscrite sur les registres publics (Pro Milone, 73). 13 C. NICOLET - L'inventaire du monde Paris 1988 Éd. Fayard pp. 133-157. 14 Histoire romaine LIV:2-LVI:18.
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    8 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE appartenait comme s'il n'était qu'un simple citoyen15. Le recensement de Luc en -2 est donc en accord avec l'histoire romaine16. Par contre, celui décrit [en 6/7] par Flavius Josèphe ne cadre pas avec ce schéma chronologique. Puisque le cens d'Apamée par Quirinius concerna les personnes et fut effectué en Syrie, alors que celui décrit par Flavius Josèphe fut un recensement de biens (pour liquider les possessions d'Archélaüs) effectué en Judée, ils n'ont aucun point commun, ni dans leur but, ni par la région couverte. Le cens d'Apamée doit donc être rapproché avec celui de Luc. Deux éléments du Res Gestae accréditent indirectement un inventaire en -2. Comme l'indique Nicolet17, si Auguste peut se vanter lors de son treizième consulat [en -2] d'avoir donné (des donativa à Rome) 60 deniers à 200 000 personnes18, c'est que ces personnes avaient été recensées, sinon comment Auguste aurait-il pu en prévoir le nombre? Suétone19 écrit: Il fit le [recensement partiel de la population urbaine] rue par rue, et pour que la plèbe ne soit pas détournée de son travail trop fréquemment, il projeta de faire délivrer trois fois par an des tessères valables pour quatre mois. Auguste se vante aussi d'avoir donné six cents millions de sesterces aux soldats d'Italie et deux cent soixante millions aux soldats des provinces20. L'argent donné aux soldats lors des consulats de Lucius Caninius et Quintus Fabricius coïncide avec l'inventaire de -2. L'historien Paul Orose (en 417) place d'ailleurs le recensement d'Auguste21 en l'an 752 de Rome, soit en -2, juste avant le départ Caius César vers l'Orient, en -1. Ce recensement a-t-il concerné les provinces, et plus particulièrement la province de Syrie? L'analyse complète et détaillée d'une inscription trouvée à Venise confirme trois points du récit de Luc (voir la biographie de Quirinius): 1) il y eut bien un recensement dans la province de Syrie, 2) le gouverneur de l'époque était bien Quirinius, et 3) ces événements datent bien d'avant la mort d'Hérode. La naissance de Jésus tombe donc en -2, or Clément d'Alexandrie la place 194 ans avant la mort de Commode (le 31 décembre 192) et Tertullien la situe dans la 41e année du règne d'Auguste (qui débutait au second triumvirat de fin octobre -43, officialisé quelques semaines plus tard22 par la loi lex Titia, le 27 novembre -43) et 28 ans après la mort de Cléopâtre (le 29 août -30)23. En recoupant ces informations, la naissance de Jésus doit être 15 Histoire romaine LIV:35. 16 T. CORBISHLEY - Quirinius and the Census : a Re-study of the Evidence in: Klio 29 (1936) pp. 90-92. 17 C. NICOLET - L'inventaire du monde Paris 1988 Éd. Fayard pp. 144,278 n.28. 18 Res Gestae 15. 19 Auguste XL:3. 20 Res Gestae 16. 21 Histoires contre les païens VI:22,1; VII:3,4. 22 APPIEN - Guerres civiles IV:5-7. 23 G. GOYAU – Chronologie de l'Empire romain Paris 2007 Éd. Errance p. 7.
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 9 fixée en -2 dans une période comprise entre le 1er septembre et le 30 octobre. Cette datation est en accord avec le texte de Luc24, qui précise que Jean le Baptiseur commença à prêcher et baptisa Jésus (présenté comme Messie) à l'âge de 30 ans environ, dans la 15e année du règne de Tibère César. Bien que les empereurs n'étaient pas rois [officiellement], les historiens de l'époque parlaient cependant de leurs années de règne25, comme le fait l'évangéliste Luc. Dion Cassius26 a daté exactement le règne de Tibère, indiquant qu'il dirigea l'empire 22 ans 7 mois et 7 jours, ce qui place le début de son règne à partir de la mort d'Auguste, le 19 août 14, et non au moment de son investiture par le Sénat romain le 15 (ou 17) septembre 14. Tacite27 confirme aussi que Tibère devint le maître de l'empire à la mort d'Auguste. Josèphe (selon son comput, Auguste commença à régner après la mort de César en -44)28 connaît cette datation du règne des empereurs. La 1ère année de Tibère court donc du 19 août 14 au 18 août 15. Cette façon de décompter les années est usuelle à l'époque. Tacite29, par exemple, met en parallèle la 9e année de Tibère (du 19 août 22 au 19 août 23) avec les consulats de C. Asinius et C. Antistius, qui sont datés du 1er janvier 23 au 31 décembre 23. Suétone30, après avoir daté la mort de Tibère le 16 mars 37, ajoute qu'il était alors dans sa 23e année de règne (du 19 août 36 au 18 août 37). Suétone31 précise encore que Claude est né le 1er août sous les consulats de Julius Antonius et de Fabius Africanus (en -10), qu'il devint empereur lors de sa 50e année (du 1er août 40 au 31 juillet 41) et qu'il est mort le 12 octobre 54 dans sa 64e année (du 1er août 54 au 31 juillet 55), l'an 14 de son règne (du 24 janvier 54 au 23 janvier 55). Pour les contemporains de Luc, la 15e année de Tibère courait donc du 19 août 28 au 18 août 29. Selon ce comput, le baptême de Jésus, six mois après le début de la prédication de Jean le Baptiseur32, est donc à situer entre le 19 février 29 et le 18 août 29. Par déduction, si Jésus avait 30 ans lors de cet événement, sa naissance devait remonter à une période comprise entre le 19 février -2 et le 18 août -2. Comme Luc indique que Jésus avait "environ 30 ans", le mot "environ", traduction du mot grec ("comme si"), a fait couler beaucoup d'encre. Doit-on en conclure que la valeur du "environ 30 ans" est de l'ordre de "30 ans +/- 10%" en fonction des normes modernes de précision, soit entre 27 et 33 ans? La réponse ne peut venir que du contexte et des normes de l'époque. 24 Luc 3:1-3,21-23. 25 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology Massachussetts 1999 Ed. Hendrickson pp. 340,341. 26 Histoire romaine LVIII:27.1-28.5. 27 Annales I:5.1. 28 Guerre des Juifs II:168. 29 Annales IV:1:1. 30 Tibère 73:2. 31 Claude 2:1; 10:1; 45:2. 32 Luc 1:36.
  • 10.
    10 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Lorsque les auteurs classiques, comme Xénophon33, utilisent cette expression très particulière "il avait comme 30 ans" ( ), les traducteurs la rendent habituellement par "il avait une trentaine". L'imprécision était habituellement comprise comme "à l'unité près34". Quand il s'agit d'années, le terme "environ" est toujours compris dans le sens d'un nombre d'année dont le nombre de mois peut être ignoré. Il n'y a pas d'exception dans le texte biblique, ce qui permet de lire "environ 30 ans" comme "30 ans à plus ou moins 6 mois". Cet intervalle de plus ou moins 6 mois, soit 12 mois au maximum, peut s'expliquer par les deux types de décompte du temps qu'on trouve dans la Bible: après l'Exode apparaît un comput religieux qui débute les années à Nisan35 (mars/avril) et un comput profane (agricole), décalé de 6 mois, qui les compte à partir de Tishri (septembre/octobre). De plus, le calendrier séleucide en Syrie était décalé de 6 mois par rapport à celui de Babylonie. Ainsi, l'expression environ 100 ans36 renvoie en fait aux 100 ans du livre de la Genèse37. Un détail du livre de Luc permet de fixer la date de cette naissance. Il précise en effet qu'elle fut postérieure de 6 mois à celle de Jean le Baptiseur38, dont la conception avait été annoncée au Temple 9 mois plus tôt. Cette annonce peut être datée vers juin, car c'est la classe d'Abbiya, à laquelle appartenait Zacharie, père de Jean le Baptiseur, qui officiait à cette période de l'année39. Le nom et l'ordre des classes de prêtres sont très anciens40. Selon Josèphe41, chaque classe officiait une semaine entière de sabbat à sabbat42, et la Mishna (Sukka 4:7) précise que durant les grandes fêtes annuelles les 24 classes servaient ensemble, ce qui synchronisait les deux cycles de 24 semaines, le premier commençant en Nisan et le second en Tishri. Des manuscrits trouvés à Qumrân (4Q321) confirment l'ordre saisonnier de ce calendrier43 puisqu'on lit: [Pre]mière [année:] le [premi]er mo[is] commence durant le service de [Gamoul. Le tro]isième jour du service de Maa[ziahou], c'est la [Pâque. Le balancement de l'Omer tombe pendant le service de Yedaia. Le deuxième mois commence durant le service de Yedaia. La seconde fête de Pâque tombe durant le service de] Seorim. [Le troisième mois commence durant le service de Hakkoç.] La fête des Semaine[s] tombe pendant le service de Yechoua. [Le qua]t[rième mois commence durant le service de El]yachib. Le cinquième mois commence durant le service de [Bilgah. Le sixième mois commence pendant le service de Ezé]chiel. Le sept[ième mois commence durant le service de Maaziahou.] Le jour du 33 Anabase II:6:20. 34 "environ 5 ou 6 kilomètres" Jean 6:19. 35 Exode 12:2. 36 Romains 4:19. 37 Genèse 17:17. 38 Luc 1:26. 39 Luc 1:5-13. 40 1Chroniques 24:7-18. 41 Antiquités juives VII:365, 366. 42 1Chroniques 9:25; 2Chroniques 23:8. 43 M. WISE, M. ABEGG, E. COOK – Les manuscrits de la mer Morte Paris 2001 Éd. Plon pp. 388-398.
  • 11.
    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 11 Souvenir tombe pendant le service de Maaziahou. Le jour de l'Expiation tombe pendant le service de Yeoiarib. La fête des Cabanes tombe pendant le service de Yedaia. Le huitième mois commence [pendant le service de Seorim.] Le neuvième mois commence pendant le service de Yechoua. Le dixième mois commence pendant le service de Houppa. Le onzième mois commence durant le service de Hezir. Le douzième mois commence pendant le service de Gamoul. Le roulement des classes de prêtres était cyclique sur l'année, ainsi la ville de Jérusalem fut prise vers le 15 Tishri de l'an 7044, mois où aurait dû officier la classe de Yehoyarib45. Le cycle des 24 classes, qui durait 24 semaines, coïncidait avec l'année lunaire, car le 1er cycle débutait après la Pâque (du 14 au 21 Nisan) et durait 24 semaines, et le 2e cycle débutait après la fête des Cabanes (du 10 au 21 Tishri). Or, une période de 6 mois lunaire dure 177 jours (= 6x29,5), soit approximativement46 25 semaines (25x7 = 175 jours). Liste synchronisée des classes de prêtres: Classe de prêtres Mois Classe de prêtres Mois Fête de Pâque [1] Nisan Fête des Huttes [7] Tishri Toutes les classes mars/ avril Toutes les classes septembre/ octobre 1 Yehoyarib 1 Yehoyarib 2 Yedaya 2 Yedaya 3 Harim [2] Iyyar 3 Harim [8] Heshwan 4 Séorim avril/ mai 4 Séorim octobre/ novembre 5 Malkiyya 5 Malkiyya 6 Miyyamîn 6 Miyyamîn 7 Haqqoç [3] Siwan 7 Haqqoç [9] Kislev 8 Abiyya mai/ juin 8 Abiyya novembre/ 9 Yéshua 9 Yéshua décembre 10 Shekanyahu 10 Shekanyahu 11 Elyashib [4] Tammuz 11 Elyashib [10] Tébeth 12 Yaqîm juin/ juillet 12 Yaqîm décembre/ janvier 13 Huppa 13 Huppa 14 Yeshebeab 14 Yeshebeab 15 Bilga [5] Ab 15 Bilga [11] Shebat 16 Immér juillet/ août 16 Immér janvier/ février 17 Hézir 17 Hézir 18 Happiçeç 18 Happiçeç 19 Pethahya [6] Elul 19 Pethahya [12] Adar 20 Yehèzqel août/ septembre 20 Yehèzqel février/ mars 21 Yakîn 21 Yakîn 22 Gamul 22 Gamul 23 Delayahu [7] Tishri 23 Delayahu Nisan 24 Maazyahu 24 Maazyahu ou [13] Adar2 44 Guerre des Juifs VI:435. 45 Tosephta Taanit 2:10b. 46 L'année religieuse débutait au 1er Nisan. Les semaines allant du samedi au samedi, les 8 jours de Pâque (du 14 au 21 Nisan) chevauchaient 1 ou 2 semaines suivant les années. De même, l'année civile débutait au 1er Tishri, or la fête des Cabanes (du 10 au 21 Tishri) couvrait 2 ou 3 semaines. Par conséquent, toutes les classes de prêtres officiaient en moyenne 2 semaines à chaque fête, puisque l'année solaire de 365 jours comporte 52 semaines (= 24x2 + 2x2).
  • 12.
    12 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Ces indications calendériques combinées aux contraintes suivantes imposent un canevas chronologique: les sabbats coïncident avec les samedis; le 1er Tishri coïncide avec le 1er croissant visible juste après l'équinoxe d'automne (le 25 septembre à cette époque); les 24 classes de prêtres officient pendant les deux périodes de fête (Pâque du 14 au 21 Nisan et fête des Huttes commençant avec le Yom kippour du 10 au 21 Tishri); la durée de l'année est 12 mois (sauf les années intercalaires qui en ont 13); la naissance de Jean le Baptiste précède celle de Jésus de 6 mois exactement. La conception de Jean le Baptiste se produit après l'annonce faite durant le passage de la classe d'Abbiya, soit au tout début de la classe suivante, celle de Yéshua; la durée d'une gestation humaine est en moyenne de 273 jours (on peut supposer que les gestations de Jean le Baptiste et de Jésus se déroulèrent normalement); la conception de Jésus est placée 3 mois avant la fin de la gestation de Jean le Baptiste (Luc 1:56); Jésus est présenté au Temple de Jérusalem 40 jours après sa naissance. Ces informations imposent la reconstitution chronologique suivante: avril -3 16 1 Nisan mardi 17 2 mercredi 18 3 jeudi 19 4 vendredi 20 5 samedi 24 21 6 dimanche 22 7 lundi 23 8 mardi 24 9 mercredi 25 10 jeudi 26 11 vendredi 27 12 samedi T Toutes les classes 28 13 dimanche (1Chroniques 24:7-18) 29 14 lundi Pâque 30 15 mardi mai -3 1 16 mercredi 2 17 jeudi 3 18 vendredi 4 19 samedi T 5 20 dimanche 6 21 lundi 7 22 mardi 8 23 mercredi 9 24 jeudi 10 25 vendredi 11 26 samedi 1 Classe de Yehoyarib 12 27 dimanche 13 28 lundi 14 29 mardi 15 30 mercredi 16 1 Iyyar jeudi 17 2 vendredi 18 3 samedi 2 Classe de Yedaya 19 4 dimanche 20 5 lundi 21 6 mardi 22 7 mercredi 23 8 jeudi 24 9 vendredi 25 10 samedi 3 Classe de Harim 26 11 dimanche 27 12 lundi 28 13 mardi 29 14 mercredi
  • 13.
    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 13 30 15 jeudi 31 16 vendredi juin -3 1 17 samedi 4 Classe de Séorim 2 18 dimanche 3 19 lundi 4 20 mardi 5 21 mercredi 6 22 jeudi 7 23 vendredi 8 24 samedi 5 Classe de Malkiyya 9 25 dimanche 10 26 lundi 11 27 mardi 12 28 mercredi 13 29 jeudi 14 1 Siwan vendredi 15 2 samedi 6 Classe de Miyyamîn 16 3 dimanche 17 4 lundi 18 5 mardi 19 6 mercredi 20 7 jeudi 21 8 vendredi 22 9 samedi 7 Classe de Haqqoç 23 10 dimanche 24 11 lundi 25 12 mardi 26 13 mercredi 27 14 jeudi 28 15 vendredi 29 16 samedi 8 classe d'Abiyya 30 17 dimanche (Luc 1:5-8) juillet -3 1 18 lundi 2 19 mardi 3 20 mercredi 4 21 jeudi 5 22 vendredi 6 23 samedi 9 1 1 classe de Yéshua 7 24 dimanche 2 8 25 lundi 3 9 26 mardi 4 10 27 mercredi 5 11 28 jeudi 6 12 29 vendredi 7 13 30 samedi 10 8 Classe de Shekanyahu 14 1 Tammuz dimanche 9 15 2 lundi 10 16 3 mardi 11 17 4 mercredi 12 18 5 jeudi 13 19 6 vendredi 14 20 7 samedi 11 15 Classe d'Elyashib 21 8 dimanche 16 22 9 lundi 17 23 10 mardi 18 24 11 mercredi 19 25 12 jeudi 20 26 13 vendredi 21 27 14 samedi 12 22 Classe de Yaqîm 28 15 dimanche 23 29 16 lundi 24 30 17 mardi 25 31 18 mercredi 26 août -3 1 19 jeudi 27 2 20 vendredi 28 3 21 samedi 13 29 Classe de Huppa 4 22 dimanche 30 2 5 23 lundi 31 6 24 mardi 32 7 25 mercredi 33 8 26 jeudi 34 9 27 vendredi 35 10 28 samedi 14 36 Classe de Yeshebeab
  • 14.
    14 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 11 29 dimanche 37 12 1 Ab lundi 38 13 2 mardi 39 14 3 mercredi 40 15 4 jeudi 41 16 5 vendredi 42 17 6 samedi 15 43 Classe de Bilga 18 7 dimanche 44 19 8 lundi 45 20 9 mardi 46 21 10 mercredi 47 22 11 jeudi 48 23 12 vendredi 49 24 13 samedi 16 50 Classe d'Immér 25 14 dimanche 51 26 15 lundi 52 27 16 mardi 53 28 17 mercredi 54 29 18 jeudi 55 30 19 vendredi 56 31 20 samedi 17 57 Classe de Hézir septembre -3 1 21 dimanche 58 2 22 lundi 59 3 23 mardi 60 3 4 24 mercredi 61 5 25 jeudi 62 6 26 vendredi 63 7 27 samedi 18 64 Classe de Happiçeç 8 28 dimanche 65 9 29 lundi 66 10 30 mardi 67 11 1 Elul mercredi 68 12 2 jeudi 69 13 3 vendredi 70 14 4 samedi 19 71 Classe de Pethahya 15 5 dimanche 72 16 6 lundi 73 17 7 mardi 74 18 8 mercredi 75 19 9 jeudi 76 20 10 vendredi 77 21 11 samedi 20 78 Classe de Yehèzqel 22 12 dimanche 79 23 13 lundi 80 24 14 mardi 81 25 15 mercredi 82 equinoxe d'automne 26 16 jeudi 83 27 17 vendredi 84 28 18 samedi 21 85 Classe de Yakîn 29 19 dimanche 86 30 20 lundi 87 octobre -3 1 21 mardi 88 2 22 mercredi 89 4 3 23 jeudi 90 4 24 vendredi 91 5 25 samedi 22 92 Classe de Gamul 6 26 dimanche 93 7 27 lundi 94 8 28 mardi 95 9 29 mercredi 96 nouvelle lune 10 1 Tishri jeudi 97 11 2 vendredi 98 12 3 samedi 23 99 Classe de Delayahu 13 4 dimanche 100 14 5 lundi 101 15 6 mardi 102 16 7 mercredi 103 17 8 jeudi 104 18 9 vendredi 105 19 10 samedi 24 106 Classe de Maazyahu 20 11 dimanche 107 Yom kippour 21 12 lundi 108 22 13 mardi 109
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 15 23 14 mercredi 110 24 15 jeudi 111 25 16 vendredi 112 26 17 samedi 113 27 18 dimanche 114 28 19 lundi 115 29 20 mardi 116 30 21 mercredi 117 31 22 jeudi 118 novembre -3 1 23 vendredi 119 5 2 24 samedi 1 120 Classe de Yehoyarib 3 25 dimanche 121 4 26 lundi 122 5 27 mardi 123 6 28 mercredi 124 7 29 jeudi 125 8 30 vendredi 126 9 1 Heshvan samedi 2 127 Classe de Yedaya 10 2 dimanche 128 11 3 lundi 129 12 4 mardi 130 13 5 mercredi 131 14 6 jeudi 132 15 7 vendredi 133 16 8 samedi 3 134 Classe de Harim 17 9 dimanche 135 18 10 lundi 136 19 11 mardi 137 20 12 mercredi 138 21 13 jeudi 139 22 14 vendredi 140 23 15 samedi 4 141 Classe de Séorim 24 16 dimanche 142 25 17 lundi 143 26 18 mardi 144 27 19 mercredi 145 28 20 jeudi 146 29 21 vendredi 147 30 22 samedi 5 148 6 Classe de Malkiyya décembre -3 1 23 dimanche 149 2 24 lundi 150 3 25 mardi 151 4 26 mercredi 152 5 27 jeudi 153 6 28 vendredi 154 7 29 samedi 6 155 Classe de Miyyamîn 8 1 Kislev dimanche 156 9 2 lundi 157 10 3 mardi 158 11 4 mercredi 159 12 5 jeudi 160 13 6 vendredi 161 14 7 samedi 7 162 Classe de Haqqoç 15 8 dimanche 163 16 9 lundi 164 17 10 mardi 165 18 11 mercredi 166 19 12 jeudi 167 20 13 vendredi 168 21 14 samedi 8 169 classe d'Abiyya 22 15 dimanche 170 23 16 lundi 171 24 17 mardi 172 25 18 mercredi 173 26 19 jeudi 174 27 20 vendredi 175 28 21 samedi 9 176 classe de Yéshua 29 22 dimanche 177 30 23 lundi 178 1 L'ange Gabriel annonce la 31 24 mardi 179 2 naissance de Jésus 6 mois après janvier -2 1 25 mercredi 180 3 celle de Jean le Baptiste (Luc 1:36) 2 26 jeudi 181 4 3 27 vendredi 182 5
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    16 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 4 28 samedi 10 183 6 Classe de Shekanyahu 5 29 dimanche 184 7 6 30 lundi 185 8 7 1 Tebeth mardi 186 9 8 2 mercredi 187 10 9 3 jeudi 188 11 10 4 vendredi 189 12 11 5 samedi 11 190 13 Classe d'Elyashib 12 6 dimanche 191 14 13 7 lundi 192 15 14 8 mardi 193 16 15 9 mercredi 194 17 16 10 jeudi 195 18 17 11 vendredi 196 19 18 12 samedi 12 197 20 Classe de Yaqîm 19 13 dimanche 198 21 20 14 lundi 199 22 21 15 mardi 200 23 22 16 mercredi 201 24 23 17 jeudi 202 25 24 18 vendredi 203 26 25 19 samedi 13 204 27 Classe de Huppa 26 20 dimanche 205 28 27 21 lundi 206 29 28 22 mardi 207 30 29 23 mercredi 208 31 30 24 jeudi 209 32 31 25 vendredi 210 33 février -2 1 26 samedi 14 211 34 Classe de Yeshebeab 2 27 dimanche 212 35 3 28 lundi 213 36 4 29 mardi 214 37 5 1 Shebat mercredi 215 38 6 2 jeudi 216 39 7 3 vendredi 217 40 8 4 samedi 15 218 41 Classe de Bilga 9 5 dimanche 219 42 10 6 lundi 220 43 11 7 mardi 221 44 12 8 mercredi 222 45 13 9 jeudi 223 46 14 10 vendredi 224 47 15 11 samedi 16 225 48 Classe d'Immér 16 12 dimanche 226 49 17 13 lundi 227 50 18 14 mardi 228 51 19 15 mercredi 229 52 20 16 jeudi 230 53 21 17 vendredi 231 54 22 18 samedi 17 232 55 Classe de Hézir 23 19 dimanche 233 56 24 20 lundi 234 57 25 21 mardi 235 58 26 22 mercredi 236 59 27 23 jeudi 237 60 28 24 vendredi 238 61 mars -2 1 25 samedi 18 239 62 Classe de Happiçeç 2 26 dimanche 240 63 3 27 lundi 241 64 4 28 mardi 242 65 5 29 mercredi 243 66 6 30 jeudi 244 67 7 1 Adar vendredi 245 68 8 2 samedi 19 246 69 Classe de Pethahya 9 3 dimanche 247 70 10 4 lundi 248 71 11 5 mardi 249 72 12 6 mercredi 250 73 13 7 jeudi 251 74 14 8 vendredi 252 75 15 9 samedi 20 253 76 Classe de Yehèzqel 16 10 dimanche 254 77 17 11 lundi 255 78
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 17 18 12 mardi 256 79 19 13 mercredi 257 80 20 14 jeudi 258 81 21 15 vendredi 259 82 22 16 samedi 21 260 83 Classe de Yakîn 23 17 dimanche 261 84 24 18 lundi 262 85 25 19 mardi 263 86 26 20 mercredi 264 87 27 21 jeudi 265 88 28 22 vendredi 266 89 29 23 samedi 22 267 90 Classe de Gamul 30 24 dimanche 268 91 31 25 lundi 269 92 avril -2 1 26 mardi 270 93 2 27 mercredi 271 94 3 28 jeudi 272 95 4 29 vendredi 273 96 Naissance de Jean le Baptiste 5 1 Nisan samedi 23 1 97 Classe de Delayahu 6 2 dimanche 98 7 3 lundi 99 8 4 mardi 100 9 5 mercredi 101 10 6 jeudi 102 11 7 vendredi 103 12 8 samedi 24 104 Classe de Maazyahu 13 9 dimanche 105 14 10 lundi 106 15 11 mardi 107 16 12 mercredi 108 17 13 jeudi 109 18 14 vendredi 110 Pâque 19 15 samedi T 111 20 16 dimanche 112 21 17 lundi 113 22 18 mardi 114 23 19 mercredi 115 24 20 jeudi 116 25 21 vendredi 117 26 22 samedi 1 118 Classe de Yehoyarib 27 23 dimanche 119 28 24 lundi 120 29 25 mardi 121 30 26 mercredi 122 mai -2 1 27 jeudi 123 2 28 vendredi 124 3 29 samedi 2 125 Classe de Yedaya 4 30 dimanche 126 5 1 Iyyar lundi 2 127 6 2 mardi 128 7 3 mercredi 129 8 4 jeudi 130 9 5 vendredi 131 10 6 samedi 3 132 Classe de Harim 11 7 dimanche 133 12 8 lundi 134 Annonce du Brevarium à Rome 13 9 mardi 135 14 10 mercredi 136 15 11 jeudi 137 16 12 vendredi 138 17 13 samedi 4 139 Classe de Séorim 18 14 dimanche 140 19 15 lundi 141 20 16 mardi 142 21 17 mercredi 143 22 18 jeudi 144 23 19 vendredi 145 24 20 samedi 5 146 Classe de Malkiyya 25 21 dimanche 147 26 22 lundi 148 27 23 mardi 149 28 24 mercredi 150 29 25 jeudi 151
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    18 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 30 26 vendredi 152 31 27 samedi 6 153 Classe de Miyyamîn juin -2 1 28 dimanche 154 2 29 lundi 155 3 1 Siwan mardi 3 156 4 2 mercredi 157 5 3 jeudi 158 6 4 vendredi 159 7 5 samedi 7 160 Classe de Haqqoç 8 6 dimanche 161 9 7 lundi 162 10 8 mardi 163 11 9 mercredi 164 12 10 jeudi 165 13 11 vendredi 166 14 12 samedi 8 167 Classe d'Abiyya 15 13 dimanche 168 16 14 lundi 169 17 15 mardi 170 18 16 mercredi 171 19 17 jeudi 172 20 18 vendredi 173 21 19 samedi 9 174 Classe de Yéshua 22 20 dimanche 175 23 21 lundi 176 24 22 mardi 177 25 23 mercredi 178 26 24 jeudi 179 27 25 vendredi 180 28 26 samedi 10 181 Classe de Shekanyahu 29 27 dimanche 182 30 28 lundi 183 juillet -2 1 29 mardi 184 2 30 mercredi 185 3 1 Tammuz jeudi 4 186 4 2 vendredi 187 5 3 samedi 11 188 Classe d'Elyashib 6 4 dimanche 189 7 5 lundi 190 8 6 mardi 191 9 7 mercredi 192 10 8 jeudi 193 11 9 vendredi 194 12 10 samedi 12 195 Classe de Yaqîm 13 11 dimanche 196 14 12 lundi 197 15 13 mardi 198 16 14 mercredi 199 17 15 jeudi 200 18 16 vendredi 201 19 17 samedi 13 202 Classe de Huppa 20 18 dimanche 203 21 19 lundi 204 22 20 mardi 205 23 21 mercredi 206 24 22 jeudi 207 25 23 vendredi 208 26 24 samedi 14 209 Classe de Yeshebeab 27 25 dimanche 210 28 26 lundi 211 29 27 mardi 212 30 28 mercredi 213 31 29 jeudi 214 août -2 1 1 Ab vendredi 5 215 2 2 samedi 15 216 Classe de Bilga 3 3 dimanche 217 4 4 lundi 218 5 5 mardi 219 6 6 mercredi 220 7 7 jeudi 221 8 8 vendredi 222 9 9 samedi 16 223 Classe d'Immér 10 10 dimanche 224
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 19 11 11 lundi 225 12 12 mardi 226 13 13 mercredi 227 14 14 jeudi 228 15 15 vendredi 229 16 16 samedi 17 230 Classe de Hézir 17 17 dimanche 231 18 18 lundi 232 19 19 mardi 233 20 20 mercredi 234 21 21 jeudi 235 22 22 vendredi 236 23 23 samedi 18 237 Classe de Happiçeç 24 24 dimanche 238 25 25 lundi 239 26 26 mardi 240 27 27 mercredi 241 28 28 jeudi 242 29 29 vendredi 243 30 30 samedi 19 244 Classe de Pethahya 31 1 Elul dimanche 6 245 septembre -2 1 2 lundi 246 2 3 mardi 247 3 4 mercredi 248 4 5 jeudi 249 5 6 vendredi 250 6 7 samedi 20 251 Classe de Yehèzqel 7 8 dimanche 252 8 9 lundi 253 9 10 mardi 254 10 11 mercredi 255 11 12 jeudi 256 12 13 vendredi 257 13 14 samedi 21 258 Classe de Yakîn 14 15 dimanche 259 15 16 lundi 260 16 17 mardi 261 17 18 mercredi 262 18 19 jeudi 263 19 20 vendredi 264 20 21 samedi 22 265 Classe de Gamul 21 22 dimanche 266 22 23 lundi 267 23 24 mardi 268 24 25 mercredi 269 25 26 jeudi 270 equinoxe d'automne 26 27 vendredi 271 27 28 samedi 23 272 Classe de Delayahu 28 29 dimanche 273 nouvelle lune 29 1 Tishri lundi 1 1 naissance de Jésus 30 2 mardi 2 octobre -2 1 3 mercredi 3 2 4 jeudi 4 3 5 vendredi 5 4 6 samedi 24 6 Classe de Maazyahu 5 7 dimanche 7 6 8 lundi 8 7 9 mardi 9 8 10 mercredi 10 Yom kippour 9 11 jeudi 11 10 12 vendredi 12 11 13 samedi T 13 12 14 dimanche 14 13 15 lundi 15 14 16 mardi 16 15 17 mercredi 17 16 18 jeudi 18 17 19 vendredi 19 18 20 samedi T 20 19 21 dimanche 21 20 22 lundi 22 21 23 mardi 23 22 24 mercredi 24 23 25 jeudi 25
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    20 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 24 26 vendredi 26 25 27 samedi 1 27 Classe de Yehoyarib 26 28 dimanche 28 27 29 lundi 29 28 30 mardi 30 29 1 Heshvan mercredi 2 31 30 2 jeudi 32 31 3 vendredi 33 novembre -2 1 4 samedi 2 34 Classe de Yedaya 2 5 dimanche 35 3 6 lundi 36 4 7 mardi 37 5 8 mercredi 38 6 9 jeudi 39 7 10 vendredi 40 présentation au Temple 8 11 samedi 3 Classe de Harim 9 12 dimanche 10 13 lundi 11 14 mardi 12 15 mercredi 13 16 jeudi 14 17 vendredi 15 18 samedi 4 Classe de Séorim 16 19 dimanche 17 20 lundi 18 21 mardi 19 22 mercredi 20 23 jeudi 21 24 vendredi 22 25 samedi 5 Classe de Malkiyya 23 26 dimanche (visites des mages) 24 27 lundi 25 28 mardi 26 29 mercredi 27 1 Kislev jeudi 3 28 2 vendredi 29 3 samedi 6 Classe de Miyyamîn 30 4 dimanche décembre -2 1 5 lundi 2 6 mardi 3 7 mercredi 4 8 jeudi 5 9 vendredi 6 10 samedi 7 Classe de Haqqoç 7 11 dimanche 8 12 lundi 9 13 mardi 10 14 mercredi 11 15 jeudi 12 16 vendredi 13 17 samedi 8 classe d'Abiyya 14 18 dimanche 15 19 lundi 16 20 mardi 17 21 mercredi 18 22 jeudi 19 23 vendredi 20 24 samedi 9 classe de Yéshua 21 25 dimanche 22 26 lundi 23 27 mardi 24 28 mercredi 25 29 jeudi meurtre des nouveaux nés 26 30 vendredi Jésus a 3 mois 27 1 Tebeth samedi 10 Classe de Shekanyahu 28 2 dimanche 29 3 lundi 30 4 mardi 31 5 mercredi janvier -1 1 6 jeudi 2 7 vendredi 3 8 samedi 11 Classe d'Elyashib 4 9 dimanche
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 21 5 10 lundi jeûne du 10 Tebeth 6 11 mardi 7 12 mercredi 8 13 jeudi 9 14 vendredi éclipse de lune 10 15 samedi 12 Classe de Yaqîm 11 16 dimanche 12 17 lundi 13 18 mardi 14 19 mercredi 15 20 jeudi 16 21 vendredi 17 22 samedi 13 Classe de Huppa 18 23 dimanche 19 24 lundi 20 25 mardi 21 26 mercredi 22 27 jeudi 23 28 vendredi 24 29 samedi 14 Classe de Yeshebeab 25 1 Shebat dimanche 26 2 lundi mort d'Hérode 27 3 mardi 28 4 mercredi 29 5 jeudi 30 6 vendredi 31 7 samedi 15 Classe de Bilga  Pâque le 14 Nisan (lundi 29 avril -3).  Début du premier cycle des 24 classes le samedi 26 Nisan (11 mai -3).  Classe d'Abbiya (8e semaine), début le samedi 16 Siwan (29 juin -3).  Classe de Yéshua (9e semaine), début le samedi 23 Siwan (5 juillet -3). Début de la gestation de Jean le Baptiseur (naissance 273 jours plus tard).  Yom kippour le samedi 10 Tishri (19 octobre -3).  Début du second cycle des 24 classes le samedi 24 Tishri (2 novembre -3).  L'ange Gabriel annonce la naissance de Jésus 6 mois après celle de Jean le Baptiseur, soit le lundi 23 Kislev (30 décembre -3). Début de la gestation de Jésus.  Naissance de Jean le Baptiseur le 1er Nisan (samedi 5 avril -2).  Naissance de Jésus le 1er Tishri (lundi 29 septembre -2), après 273 jours de gestation. Selon le texte biblique, Jésus est né dans une famille de Galilée vivant à Nazareth qui, à cause de l'enregistrement ordonné par Auguste, dut se déplacer à Bethléhem, ville natale de Joseph47. En arrivant à Bethléhem, vers fin septembre -2, Marie accouche de Jésus le 29 septembre puis, conformément à la coutume juive48, monte au Temple de Jérusalem 40 jours plus tard49 soit le vendredi 7 novembre -2. Vers la fin novembre, des astrologues, sans doute venus de Babylone, patrie d'origine de l'astrologie50, atteignent Jérusalem. Quelques jours plus tard, ils arrivent vers l'enfant Jésus, puis repartent vers Babylone mais 47 Luc 1:26,27; 2:1-4. 48 Lévitique 12:1-8. 49 Luc 2:22. 50 Daniel 1:20; 2:27.
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    22 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE sans repasser par Jérusalem. Fin décembre, voyant qu'il avait été berné, Hérode décide de faire tuer tous les nouveau-nés de Bethléem. Les parents de Jésus, avertis du projet, partent en Égypte51. Si Hérode ignorait l'âge de l'enfant, il connaissait par contre le moment où l'étoile était apparue, soit au début du voyage des astrologues. Si ceux-ci sont venus de Babylone à dos de chameaux, cela a dû leur demander environ 3 à 4 mois de trajet52. Se fondant sur cette durée estimée du trajet et en ajoutant le retard, Hérode a dû évaluer l'âge de l'enfant avec une marge de sécurité confortable de deux ans avant d'ordonner le massacre des enfants, vers le 25 décembre -2, car l'enfant Jésus devait avoir 3 mois à ce moment53. Jésus étant né le 1er Tishri, 3 mois après conduisent au 26 décembre -2 . Seuls les Évangiles rapportent cet événement, mais le fait est plausible, car les dirigeants consultaient souvent des Chaldéens (appelés mages) pour connaître l'avenir54. Hérode serait mort peu de temps après. La famille de Jésus en fut immédiatement informée et revint habiter à Nazareth ce qui leur permit de célébrer la Pâque55 (7 avril -1) puisque les parents de Jésus sont présentés dans les Évangiles comme des Juifs pieux. La date de naissance de Jésus, fixée au 29 septembre -2, est en accord avec les deux informations chronologiques provenant du comput julien bien attesté:  Jésus est né lors d'un enregistrement général de l'empire romain. Or, selon Dion Cassius, ceux-ci étaient quinquennaux et, comme les dates de ces recensements du début de notre ère sont bien connus puisqu'ils sont datés respectivement de 4, 9 et 14, il est facile de déduire que le précédent dû avoir lieu en -2. Cette coïncidence n'est pas fortuite car c'est le 5 février -2 que l'empereur Auguste est devenu "Père de la patrie" et qu'il décréta de faire "l'inventaire du monde".  Jésus ayant environ 30 ans en l'an 15 de Tibère, soit en 29, il est encore facile de calculer l'année de sa naissance en -2. La date de la naissance de Jésus est bien attestée, et elle n'a été remise en question qu'au milieu du 19e siècle quand certains chercheurs proposèrent de dater la mort d'Hérode en mars -4. Si cette datation était exacte, Jésus serait né 2 ans après la mort d'Hérode, alors que le texte de Matthieu indique clairement que sa naissance eut lieu peu de temps avant, et non après, la mort d'Hérode. 51 Matthieu 2:1-16. 52 Esdras 7:9. Il y a environ 1500 kilomètres entre Babylone et Jérusalem par la route, soit une vitesse moyenne de 13 km/jour. À titre de comparaison, même les armées romaines, très organisées, ne dépassaient pas la vitesse moyenne de 25 km/jour (E. LUTTWAK – La grande stratégie de l'Empire romain. Paris 2009 Éd. Economica pp. 137). 53 Les Évangiles mettent en parallèle sa vie avec celle de Moïse, ce dernier ayant cet âge dans la même situation (Actes 7:19-20). 54 TACITE Annales II:27:2; XII:22:1. Lors de la naissance d’Octave, Nigidius Figulus prédit grâce aux astres que celui-ci allait recevoir une souveraine puissance et empêcha son père qui prit peur de le tuer (DION CASSIUS Histoire romaine XLV:1:1-3). Hérode fit tuer son fils Antipater parce que celui-ci avait voulu régner avant terme (FLAVIUS JOSEPHE Antiquités juives XVII:185-191). 55 Matthieu 2:19-23; Luc 2:39-41.
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 23 Le philosophe Celse, qui rédigea (vers 178) une attaque en règle contre les chrétiens et qui fut un farouche contestataire de leur doctrine, qu'il connaissait bien, n'a rien trouvé à redire sur le fait que Jésus soit né sous le règne d'Hérode; il écrit: Tu as commencé par te fabriquer une filiation fabuleuse, en prétendant que tu devais ta naissance à une vierge. En réalité, tu es originaire d'un petit hameau de la Judée, fils d'une pauvre campagnarde qui vivait de son travail. Celle-ci, convaincue d'adultère avec un soldat Panthère, fut chassée par son mari, charpentier de son état. Expulsée de la sorte et errant çà et là ignominieusement, elle te mit au monde en secret. Plus tard, contraint par le dénuement à t'expatrier, tu te rendis en Égypte, y louas tes bras pour un salaire, et là, ayant appris quelques-uns de ces pouvoirs magiques dont se targuent les Égyptiens, tu revins dans ton pays, et, enflé des merveilleux effets que tu savais produire, tu te proclamas Dieu (...) Tu racontes que des Chaldéens, ne pouvant se tenir à l'annonce de ta naissance, se mirent en route pour venir t'adorer comme Dieu, alors que tu étais encore au berceau; qu'ils annoncèrent la nouvelle à Hérode le Tétrarque, et que celui-ci, dans la crainte que, devenu grand, tu n'usurpasses son trône, fit égorger tous les enfants du même âge pour te faire périr à coup sûr. Mais, si Hérode a fait cela mû par la crainte que plus tard tu ne prisses sa place, pourquoi, arrivé à l'âge d'homme, n'as-tu pas régné? Pourquoi te vit-on alors, toi, le Fils de Dieu, vagabond de malheur, ployé sous la frayeur, désemparé, courant le pays avec tes dix ou onze acolytes ramassés dans la lie du peuple, parmi des publicains et des mariniers sans aveu, et gagnant honteusement une précaire subsistance ? Pourquoi fallut-il qu'on t'emportât en Égypte ? Pour te sauver de l'extermination par l'épée? Mais un Dieu ne peut craindre la mort. Un ange vint tout exprès du ciel t'ordonner à toi et à tes parents de fuir. Le grand Dieu, qui avait déjà pris la peine d'envoyer deux anges pour toi, ne pouvait-il donc préserver son propre fils dans son propre pays ? Aux vieilles légendes qui racontent la naissance divine de Persée, d'Amphion, d'Éaque, de Minos, nous n'ajoutons plus foi aujourd'hui. Encore sauvent-elles au moins la vraisemblance, en ce qu'elles attribuent à ces personnages des actions vraiment grandes, admirables et utiles aux hommes56. Celse mentionne "Hérode le Tétrarque qui fit égorger tous les enfants"; il s'agit bien d'Hérode le Grand, nommé tétrarque de Judée57 par Antoine à partir de -42 (puis nommé roi en -40 par le Sénat romain), et non de son fils Hérode Antipas, qui reçut lui aussi le titre de tétrarque "chef de district" (Matthieu 14:1). Si les chrétiens avaient confondu les deux rois, Celse, qui était prompt à la critique, n'aurait pas manqué de se gausser d'une aussi grossière erreur. Les critiques de Celse reposent avant tout sur la calomnie quand il affirme sans preuve que la filiation de Jésus est fabuleuse et que la "vraie" filiation serait le fruit d'un adultère. Si cette affabulation était avérée, les prétentions de Jésus d'être le Messie auraient 56 Celse (L. ROUGIER) -Discours vrai contre les chrétiens 1999 Paris Éd. Phébus pp. 47-49. 57 Guerre des Juifs I:244.
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    24 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE été dénuées de tout fondement devant le Sanhédrin et il aurait été jugé pour folie et non pour crime de lèse majesté. De plus, les premiers chrétiens étant juifs ils pouvaient aussi vérifier la filiation de Jésus dans les archives du Temple (jusqu'en 70). La combinaison de la chronologie de la vie Jésus, au début de notre ère, avec celles d'Hérode le Grand, de Quirinius et de Varus, donne un agencement des événements parfaitement cohérent qui illustre la situation particulièrement complexe au moment de la mort d'Hérode. Tibère, qui avait en théorie une position de corégent, n'exerçait plus sa fonction depuis son retrait à Rhodes en -5, de plus, comme il arrivait en fin de mandat, son successeur Caius César avait déjà été désigné (en décembre -1). Vu le jeune âge du nouveau corégent, Auguste lui avait adjoint deux consuls expérimentés: Marcus Lollius comme recteur (pour le conseiller) et Quinctilius Varus comme légat (pour commander les légions). Après la mort d'Hérode, un procurateur financier, Sabinus, a été ajouté pour estimer les biens de ce roi client. L'ensemble des carrières, de tous les personnages impliqués sur période de -6 à 4, est le suivant (le règne effectif d'Hérode est compté après la prise de Jérusalem et la mort d'Antigone, son rival au trône de Judée): An Hérode gouverneurs en Syrie -6 1 âge d'Hérode 2 règne effectif d'Hérode en Judée 3 règne légal d'Hérode 4 66 30 33 5 6 7 Tibère Varus Tibère légat impérial d'Orient 8 Varus gouverneur de Syrie 9 10 11 12 Quirinius désigné gouverneur -5 1 de Cilicie 2 3 S. Quirinius Quirinius gouverneur de Cilicie 4 67 31 34 5 6 Bataille contre les Homonades 7 8 (Tibère) Tibère se retire à Rhodes 9 10 11 12 -4 1 2 3 4 68 32 35 5 6
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    DATE DE LANAISSANCE DE JESUS 25 7 [0] (Tibère) Testament d'Hérode dans lequel 8 ses fils sont nommés rois (à Rome) 9 10 11 12 Quirinius désigné gouverneur -3 1 de Syrie 2 3 4 69 33 36 [1] 5 6 7 Quirinius Quirinius gouverneur de Syrie 8 9 10 11 12 -2 1 2 Auguste déclaré Père de la Patrie 3 4 70 34 37 [2] 5 Début du recensement d'Auguste 6 inventaire du monde 7 8 9 Naissance de Jésus 10 11 12 Varus désigné gouverneur de Syrie -1 1 Mort d'Hérode 2 Iturée intégrée au royaume d'Hérode 3 Funérailles d'Hérode 4 3 An 3 du règne des fils d'Hérode 5 Sabinus Varus Varus est commandant de légions 6 en Judée et Sabinus procurateur 7 (C. César) S. Quirinius Quirinius proconsul d'Asie 8 M. Lollius recteur de Caius César 9 10 Archélaüs émet sa 1ère pièce, datée 11 de l'an 3 12 1 1 Caius César arrive en Orient 2 C. César guerre [de Varus] en Syrie 3 4 4 5 6 7 8 9 10 11 12 2 1 2 3
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    26 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE 4 5 5 6 M. Lollius disgracié 7 S. Quirinius Quirinius recteur de Caius César 8 (en Arménie) 9 10 11 12 3 1 2 3 4 6 5 6 7 8 9 10 11 12 4 1 2 Mort de Caius César 3 4 7 Les carrières d'Hérode le Grand, de Quirinius et de Varus ont été examinées à part (voir les Chronologies de la vie d'Hérode, de Quirinius et de Varus).
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    Date de lamort de Jésus La datation de la mort de Jésus est controversée. Elle est actuellement souvent supposée en 30, voire en 29, de notre ère. L'étude réalisée par Depuydt1 sur cette question est représentative de l'argumentation utilisée. Il débute son étude en affirmant que depuis le début du 20e siècle la date de 29 est presque universellement acceptée. Cette première remarque doit être fortement nuancée, puisque les historiens2 qui calculent cette date en se servant des données provenant des Évangiles aboutissent au vendredi 3 avril 33, qui est la date traditionnelle (le pape a consacré 1933 comme année sainte pour commémorer le 1900e anniversaire de la mort de Jésus). Il affirme ensuite que les sources évangéliques seraient contradictoires: certains situent la mort de Jésus au début du jour et d'autres à la fin du jour, au début du 15 Nisan. En fait cette théorie résulte d'une mauvaise compréhension du comput biblique. Selon le texte d'Exode 12:1-8, la Pâque juive devait être célébrée la nuit du 14 Nisan. Or, chez les Juifs le soir (marqué par le coucher du soleil) précède le matin3 contrairement au calendrier julien. Ainsi cette fête se déroulait au début du 14 Nisan, soit à fin du 13 Nisan vers 18 heures et non à la fin du 14 (et début du 15 Nisan). Meier, dans son livre Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire, consacre une grande partie de ses recherches à fixer précisément la date de la mort de Jésus et propose de contredire la chronologie synoptique: En guise de corollaire, j'ajouterais deux avantages à la solution que je propose et qui contredit la chronologie synoptique4. En effet, si Jésus et ses disciples avaient célébré la Pâque le 13 ou le 15 Nisan ils auraient été en infraction avec le calendrier officiel du Temple, ce qui est inconcevable compte tenu du légalisme de l'époque5. Le texte de Luc6 date précisément le ministère de Jésus (contrairement à ce que Depuydt affirme) puisqu'il en fixe le début durant l'an 15 de Tibère (qui va du 19 août 28 au 18 août 29). Le baptême de Jésus est situé six mois après celui de Jean le Baptiseur, soit entre le 19 février 29 et le 18 août 29. Selon Luc, Jésus a comparé son ministère peu productif à celui du prophète Élie qui apporta uniquement son aide à quelques veuves d'Israël et cela pendant 3 ans et 6 mois selon les textes de Luc. De même, vers la fin de son 1 L. DEPUYDT – The Date of Death of Jesus of Nazareth in: Journal of the American Oriental Society 122:3 (2002) pp. 466-480. 2 G. GOYAU – Chronologie de l'empire romain Paris 2007 Éd. Errance p. 46. 3 Genèse 1:5, 8, 13, 19, 23, 31. 4 J.P. MEIER - Un certain juif Jésus Les données de l'histoire I Paris 2004 Éd. Cerf pp. 235-262. 5 Il n'est même pas sûr que les Esséniens, vivant à l'écart du Temple, qui proposaient un calendrier dissident, l'aient réellement pratiqué. Leur année solaire n'ayant que 364 jours, au lieu de 365, elle était désynchronisée de l'observation (5 jours de retard au bout de 4 ans). 6 Luc 3:1-4,21-23.
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    28 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ministère, Jésus a comparé son action à celle d'un vigneron cultivant un figuier depuis 3 ans avec très peu de résultats (Luc 4:24-28; 13:5-9). Selon les indications fournies par ces textes, la durée de 3 ans et 6 mois couvrirait une période allant de l'automne 29 au printemps 33. Les quatre évangiles décrivent plusieurs événements qui peuvent être situés dans le temps (fêtes, saisons, durées précises). La mise en parallèle de ces données est cohérente et permet la reconstitution chronologique suivante (les repères datables sont en grisé): an Événement servant de repère chronologique Matthieu Marc Luc Jean 29 15 1 X 2 XI 3 XII 4 I Ministère de Jean le Baptiseur en l'an 15 de Tibère. 3:1-12 1:1-18 3:1-18 1:6-28 5 II 6 III 7 IV 8 V Baptême de Jésus en l'an 15 de Tibère. 3:13-17 1:9-11 3:21-38 1:32-34 [16] 9 VI Jésus (né en -2) est âgé d'environ 30 ans. 10 VII Ministère de Jésus (6 mois après celui de Jean) 11 VIII 12 IX 30 1 X 2 XI 3 XII 4 I Temple construit depuis 46 ans. Fête de Pâque. 2:13-25 5 II Jean le Baptiseur emprisonné. 4:12 1:14 3:19,20 4:1-3 6 III Jésus en route vers la Galilée 4 mois avant la moisson. 4:35 7 IV (au mois VII) "Le royaume des cieux s'est approché". 4:17 1:15 4:14,15 4:44,45 8 V [17] 9 VI 10 VII 11 VIII 12 IX 31 1 X 2 XI 3 XII Festin avec les collecteurs d'impôts. 9:9-17 2:13-22 5:27-39 4 I Célébration d'une fête des Juifs (Nikanor ou Purim?). 5:1 5 II Les disciples arrachent des épis (moisson du blé). 12:1-8 2:23-28 6:1-5 6 III 7 IV 8 V [18] 9 VI 10 VII Mort de Séjan. La politique impériale devient pro-juive. 11 VIII Jésus calme une tempête (entre août et décembre). 8:18-27 4:35-41 8:22-25 12 IX 32 1 X 2 XI Hérode Antipas fait décapiter Jean le Baptiseur. 14:1-12 6:14-29 9:7-9 3 XII 5000 hommes nourris juste avant la Pâque. 14:13-21 6:30-44 9:10-17 6:1-13 4 I 5 II 6 III 7 IV Olympiade 202:4 8 V [19] 9 VI 10 VII Enseignement lors de la fête des Huttes (10 Tishri). 7:11-52 11 VIII La moisson est grande et en culture depuis 3 ans. 10:2 13:7 12 IX Fête de la Dédicace (25 Kislev). 10:1-39 33 1 X 2 XI 3 XII Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. 21:1-17 11:1-11 19:29-44 12:12-19 4 I Repas de la Pâque (le vendredi 14 Nisan). 26:20,21 14:17,18 22:14-18 5 II Judas est congédié puis instauration de la Cène. 26:21-25 14:18-21 22:21-23 13:21-30 6 III 7 IV 8 V
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    DATE DE LAMORT DE JESUS 29 La fête des Juifs mentionnée en Jean 5:1 (ayant lieu vers le printemps selon sa place dans la reconstitution) peut désigner la fête de Nikanor7 qui avait lieu autour de mars, car les autres fêtes plus connues, comme la Pâque (mars/avril) ou la fête de la Dédicace (novembre/décembre) sont toujours mentionnées par leur nom dans le texte de Jean. Le texte de Jean 2:13-20 vient confirmer le début du ministère de Jésus en 29. Il rapporte une discussion placée lors de la première Pâque: La Pâque des Juifs étant proche et Jésus monta à Jérusalem (...) Les Juifs lui dirent alors: "Il a fallu 46 ans pour bâtir ce sanctuaire". Le terme naos désigne le sanctuaire du Temple et non le Temple [iéron] lui-même. Josèphe8 précise que le Temple n'était pas encore achevé à l'époque du procurateur Albinus (62-64). Concernant le sanctuaire, il écrit: Quand Hérode acheva la 17e année de son règne, César vint en Syrie (...) Ce fut à cette époque, dans la 18e année de son règne, après les événements mentionnés précédemment, qu'Hérode entreprit un travail extraordinaire: la reconstruction du temple de Dieu à ses propres frais (...), mais le sanctuaire [naos] lui-même fut construit par les prêtres en un an et six mois9. Dion Cassius10 situe le voyage d'Auguste en Syrie dans le printemps de l'année, quand Marcus Apuleius et Publius Silius étaient consuls, soit autour de février/mars -20 qui correspond effectivement à la fin de la 18e année d'Hérode. Les travaux du sanctuaire ont donc commencé en 20/19 et se sont achevés vers 18/17 puisqu'ils ont duré 1 an et demi. La durée de 46 ans amène donc effectivement dans une période datée vers 29/30. La mort de Jean le Baptiste tombant au début de l'an 32 est confirmée par Flavius Josèphe. Selon lui11, le meurtre de Jean le Baptiste par Hérode Antipas avait entraîné une "vengeance divine": destruction de son armée par Arétas, roi de Pétra, et mort de son frère Hérode Philippe qu'il date dans la 20e année de Tibère (33/34) après 37 ans de règne. Depuydt affirme que les sources les plus anciennes fixent la mort de Jésus en 29 en citant Tertullien (155-222) qui date la mort de Jésus durant les consulats de Rubellius Geminus et de Rufius (sic) Geminus. En fait, la source la plus ancienne qui date la mort de Jésus provient de l'historien grec Phlégon de Tralles qui a achevé en 140 sa chronologie des événements les plus importants datés par les olympiades. Matthieu12 évoque, par exemple, un tremblement de terre et des ténèbres surprenantes (et non une éclipse de soleil) durant la mort de Jésus de midi à 15 heures13 (ces 3 heures dépassent la durée d'une éclipse de soleil). Plusieurs auteurs rapportent cet événement exceptionnel. Thallus, historien 7 La fête de Nikanor avait lieu le 13 Adar à cette époque (Antiquités juives XII:412; 2Maccabées XV:36). 8 Antiquités juives XX:219. 9 Antiquités juives XV:354, 380, 421. 10 Histoire romaine LIV:7:4-6. 11 Antiquités juives XVIII:106-119. 12 Matthieu 27:45-54. 13 L'heure de la prière selon Actes 3:1.
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    30 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE samaritain du 1er siècle, déclare dans le 3e livre de ses Histoires (rapporté par Jules l'Africain 14 vers 220 de notre ère): Dans le monde entier, une obscurité effrayante, par l'obscurcissement d'une éclipse de soleil, se répandit et, par l'effet d'un tremblement de terre, des rochers se fendirent et de nombreux bouleversements se produisirent en Judée et dans le reste de la terre. Phlégon de Tralles donne une date précise, rapportée par Eusèbe15: En la quatrième année de la CCIIe olympiade, il y eut une éclipse de soleil, la plus grande que l'on eut jamais vue, et la nuit se fit à la sixième heure du jour [midi], au point que les étoiles furent visibles dans le ciel. Et un grand tremblement de terre, ressenti en Bithynie, causa de nombreux bouleversements à Nicée. La 4e année de la 202e olympiade va de juillet 32 à juillet 33, ce qui confirme la date du 3 avril 33. Cette information était considérée comme fiable à l'époque car Origène16 (en 248) l'a citée pour réfuter Celse, philosophe grec très critique à l'égard du christianisme mais bien au fait de l'histoire. Eusèbe17 précise aussi dans sa citation de Phlégon que Jésus avait commencé son ministère en l'an 15 de Tibère et qu'il était mort 3 ans plus tard en l'an 18 (soit au début de la 4e année de l'olympiade). Il donne une durée plus exacte de pas tout à fait 4 ans18 dans un autre de ses livres. Jérôme, qui a édité la chronique d'Eusèbe, la considérait comme fiable. Selon Irénée de Lyon19 ce sont les hérétiques qui propageaient [en 177] une durée de seulement 1 an pour le ministère de Jésus. Deux éléments indirects fournis par les Évangiles permettent de confirmer cette datation par l'astronomie. Le jour de la Pâque pouvait coïncider avec n'importe quel jour de la semaine, mais le lendemain, correspondant au 1er jour de la fête des Azymes, devait être un sabbat20. Si ce sabbat du 15 Nisan coïncidait avec le sabbat habituel du samedi, on parlait alors d'un "grand sabbat". Comme Jésus fut ressuscité le premier jour de la semaine du système juif21, notre dimanche, il est donc mort le vendredi 14 Nisan. Il est possible de calculer quel était le jour de la semaine correspondant au 14 Nisan de notre calendrier. Or, la seule année pour laquelle le 14 Nisan tombe un vendredi22 sur la période allant de l'an 29 à l'an 35 est l'an 33. Depuydt propose le vendredi 15 avril 29 en postulant une erreur de 1 jour sur l'observation du 1er croissant, mais cette solution est improbable car il faudrait admettre que ce 1er croissant ait été vu un jour trop tôt, pendant la nouvelle lune! 14 JULIUS AFRICANUS - Chronographiæ Turnhout 1966 Ed. Brepols (Migne) Patrologiæ Graecae t. X p. 91. 15 EUSEBE - Chronicorum Paris 1857 Patrologiae Graecae t. XIX Ed. Migne p. 535. 16 Contre Celse II:14,33,59. 17 R. HELM – Eusebius Werke Berlin 1956 Ed. Akademie-Verlag Berlin pp. 174,175. 18 Histoire ecclésiastique I:10:2. 19 Contre les hérésies II:22:5. 20 Lévitique 23:5-7. 21 Jean 19:31; 20:1. 22 http://www.imcce.fr/fr/ephemerides/astronomie/Promenade/pages4/429.html
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    DATE DE LAMORT DE JESUS 31 An 14 Nisan dans le calendrier julien éclipse de lune 26 Vendredi 22 mars Non 27 Mercredi 9 avril Non 28 Lundi 29 mars Non 29 Samedi 16 avril Non 30 Mercredi 5 avril Non 31 Lundi 26 mars Non 32 Lundi 14 avril (non visible à Jérusalem)* (Oui)* 33 Vendredi 3 avril Oui 34 Lundi 22 mars Non 35 Lundi 11 avril Non 36 Vendredi 30 mars Non Une deuxième confirmation de l'année 33 provient de la précision du livre des Actes23 sur les phénomènes célestes qui se produisirent lors de la mort de Jésus: Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang. Généralement, lors d'une éclipse de lune celle-ci apparaît rouge-sang24, ce qui est l'explication la plus naturelle du texte des Actes. L'historien romain Quinte-Curce25 commente, par exemple, une éclipse de lune, ce qui éclaire comment on percevait ce phénomène à cette époque (vers 50 de notre ère): Alexandre fit, en ce lieu, une halte de deux jours, et, pour le suivant, donna l'ordre du départ. Mais, vers la première veille, la lune, s'éclipsant, commença par dérober l'éclat de son disque; puis, une sorte de voile de sang vint souiller sa lumière: inquiets déjà aux approches d'un si terrible hasard, les Macédoniens furent pénétrés d'une profonde impression religieuse, et en même temps de frayeur. C'était contre la volonté des dieux, disaient-ils, qu'on les entraînait aux extrémités de la terre: déjà les fleuves étaient inabordables et les astres ne prêtaient plus leur ancienne clarté; partout ils rencontraient des terres dévastées, partout des déserts: et pourquoi tant de sang? pour satisfaire la vanité d'un seul homme! Il dédaignait sa patrie, il désavouait son père Philippe, et, dans l'orgueil de ses pensées, aspirait au ciel! Une sédition allait éclater, lorsqu'Alexandre, toujours inaccessible à la crainte, commande aux chefs et aux principaux officiers de son armée de se rassembler en corps dans sa tente, et en même temps aux prêtres égyptiens, qu'il regardait comme très habiles dans la connaissance du ciel et des astres, de faire connaître leur opinion. Ceux-ci savaient bien que, dans le cours des temps, s'accomplit une suite marquée de révolutions, et que la lune s'éclipse lorsqu'elle passe sous la terre, ou qu'elle est cachée par le soleil; mais ce que le calcul leur a révélé, ils se gardent bien d'en faire part au vulgaire. À les entendre, le soleil est l'astre des Grecs, la lune celui des Perses: aussi, toutes les fois qu'elle s'éclipse, c'est pour les Perses un présage de ruine et de désolation; et ils citent d'anciens exemples de rois de cet empire, à 23 Actes 2:20. 24 Cette éclipse de lune semble coïncider avec la fin légale des sacrifices sanglants au Temple, selon Daniel 9:27. Il y eut également une autre éclipse de lune en 587, le 4 juillet (13 Tammuz), mentionnée en Joël 3:3-5, juste avant la destruction du 1er Temple. Le Talmud (Mishna Taanit 4:6 28b) rapporte que les sacrifices au Temple cessèrent le 17 Tammuz à cause d'une pénurie totale de brebis, et le texte de 2Rois 25:1-4 date le début de la chute de la ville au 9 Tammuz. 25 Histoires IV:10.
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    32 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE qui la lune, en s'éclipsant, témoigna qu'ils combattaient avec les dieux contraires. Rien ne gouverne si puissamment les esprits de la multitude que la superstition: emportée, cruelle, inconstante en toute autre occasion, dès que de vaines idées de religion la dominent, elle obéit à ses prêtres bien mieux qu'à ses chefs. Aussi, la réponse des Égyptiens, à peine publiée dans l'armée, fit renaître les esprits abattus à l'espoir et à la confiance. Quinte-Curce donne une description exacte de l'éclipse, datée du 13/VI de l'an 5 de Darius III (20 septembre -331) par une tablette astronomique babylonienne (BM 36761), mais la prétendue source égyptienne de ses explications est en fait une citation tronquée d'Hérodote26 puisque ce dernier précise que les Perses sacrifiaient aussi au Soleil en plus de la lune27. Quinte-Curce reconnaît d'ailleurs lui-même ce point quand il écrit: C'était un usage traditionnel chez les Perses, de ne se mettre en marche qu'après le lever du soleil, lorsque le jour brillait de tout son éclat. Le signal du départ, donné par la trompette, partait de la tente du roi: au- dessus de cette tente, assez haut pour que tout le monde pût l'apercevoir, brillait l'image du soleil enchâssée dans du cristal (...) Venait ensuite un char consacré à Jupiter, traîné par des chevaux blancs, et que suivait un coursier d'une grandeur extraordinaire, que l'on appelait le coursier du soleil: des houssines d'or et des vêtements blancs distinguaient les conducteurs de ces chevaux28. En fait, lorsque Quinte-Curce explique qu'une éclipse lunaire avec son voile de sang ne peut être un présage de mort il exprime les conceptions de son temps dans les milieux cultivés. Il reconnaît cependant que ces éclipses étaient perçues comme prémonitoires dans les milieux populaires. Au premier siècle Flavius Josèphe29 partageait ce point de vue puisqu'il écrit: Ne vous laissez pas troubler par les convulsions d'éléments inanimés et ne voyez pas non plus dans le tremblement de terre le signe prémonitoire d'un nouveau malheur. Les phénomènes qui affectent les éléments [cosmologiques] sont purement naturels et ils n'apportent aux humains rien de plus que le tort qu'ils leur causent. Il est probable que l'évangéliste Luc, qui était médecin, partageait lui aussi ce point de vue scientifique sur les éclipses de lune (des ténèbres anormales sont parfois provoquées par d'épais nuages ou une importante nuée soit de poussières soit de cendres). Or il y eut effectivement une éclipse partielle de lune le vendredi 3 avril 33. Cette éclipse commença vers 15h40 et fut visible à Jérusalem de 17h50 à 18h30. Elle est, de plus, selon les calculs astronomiques30, la seule qui tombe un vendredi31 entre l'an 26 et l'an 36 (période de la légation de Pilate en Judée). 26 Enquête VII:37. 27 Enquête I:131. 28 Histoires III:3. 29 Guerre des Juifs I:377. 30 http://sunearth.gsfc.nasa.gov/eclipse/LEcat5/LE0001-0100.html Le maximum de l'éclipse est à 14h47 UT et son début est fixé 86 minutes avant, soit à Jérusalem à 15h41 = 14h47 – 86 + 2h20. 31 J.P. PARISOT, F. S UAGHER - Calendriers et chronologie Paris 1996 Éd. Masson pp. 164-166.
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    DATE DE LAMORT DE JESUS 33 Les dates provenant des calendriers lunaires sont faciles à vérifier, car la nouvelle lune précède de 1 jour (ou 2) le 1er jour de chaque mois coïncidant avec le 1er croissant visible. Le calendrier lunaire hébraïque fixe la fête de Pâque au 14 Nisan, date traditionnelle de la mort de Jésus. Cette date peut être rétrocalculée par l'astronomie sur la période 29-35, de l'an 15 de Tibère (début du ministère de Jésus en 29) à 35 (fin de la légation de Ponce Pilate). De même l'éclipse de lune impose l'année 33 pour la mort de Jésus. Ces deux coïncidences sur la date du vendredi 14 Nisan imposent le vendredi 3 avril 33. An de Tibère An 14 Nisan (calendrier julien) Éclipse de lune Événement 15/16 29 Samedi 16 avril - baptême de Jésus (Luc 3:1-23) 16/17 30 Mercredi 5 avril - 17/18 31 Lundi 26 mars - 18/19 32 Lundi 14 avril (non visible à Jérusalem) mort de Jean le Baptiste 19/20 33 Vendredi 3 avril Oui mort de Jésus 20/21 34 Lundi 22 mars - mort d'Hérode Philippe 21/22 35 Lundi 11 avril - Il est ensuite possible, grâce notamment au récit de Marc, de reconstituer presque heure par heure les derniers jours de la vie de Jésus: Calendrier hébraïque heures Événement Calendrier julien Référence Jeudi 13 Nisan 18 - 24 24 - 6 Jeudi 2 avril 6 - 12 12 - 15 Préparation de la Pâque. Marc 14:12-16 15 - 18 Le soir est venu. Judas est congédié après le Marc 14:17-21 Vendredi 14 Nisan 18 - 21 Repas pascal, puis institution de la Cène. Marc 14:22-25 21 - 24 Jésus arrêté. Procès du Sanhédrin. Marc 14:26-71 24 - 6 Reniement de Pierre. Chant du coq. Vendredi 3 avril Marc 14:72 6- 9 Enquête de Pilate puis devant Hérode. Marc 15:1-5 9 - 12 Procès de Pilate (offrande de paix vers 15h) Marc 15:6-19 12 - 15 nuit 1 Ténèbres anormales (mort de Jésus à 15h). 3 heures de ténèbres Marc 15:20-41 15 - 18 jour 1 Mise au tombeau de Jésus. (éclipse de lune) Marc 15:42-47 Samedi 15 Nisan 18 - 24 Grand sabbat. Jean 19:31 24 - 6 nuit 2 Samedi 4 avril 6 - 12 jour 2 Pilate fait garder la tombe jusqu'au 3e jour. Matthieu 27:62-66 12 - 15 15 - 18 Dimanche 16 Nisan 18 - 24 24 - 6 nuit 3 Dimanche 5 avril Jean 20:1 6- 9 jour 3 Résurrection au début du jour. Marc 16:1-2 Cette reconstitution repose sur l'hypothèse d'un 1er jour lunaire coïncidant avec le 1er croissant visible. Depuydt a raison de rappeler que cette observation était délicate et pouvait être entachée d'une erreur de 1 jour. Cependant, dans ce cas, il s'agissait d'un retard
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    34 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE (dû à l'inobservation) et non d'une avance de 1 jour. Ainsi, contrairement à ce qu'on lit trop fréquemment, il n'y a pas de contradiction ni d'anachronisme entre les quatre récits évangéliques. La seule difficulté provient d'une situation exceptionnelle signalée par le texte de Jean 19:31, celle d'un grand sabbat. En effet, la veille du sabbat était appelée la "Préparation" comme le rappelle le texte de Marc 15:42, et la veille de la fête des Azymes (du 15 au 21 Nisan), coïncidant avec la Pâque, était également appelé la "Préparation". Le contexte permet de comprendre de quelle préparation on parle: Or, c'était la Préparation de la Pâque (...) Comme c'était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour — demandèrent à Pilate qu'on leur brisât les jambes (...) A cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche32. Dans ces passages, la Préparation coïncide avec la Pâque et désigne donc la préparation du sabbat à venir, et non la préparation de la Pâque elle-même qui avait déjà eu lieu le jour précédent (le 13 Nisan). Un autre texte a souvent été mal compris, il s'agit de Jean 18:28 — C'était le matin. Eux-mêmes n'entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller et pouvoir manger la Pâque — qui laisse croire que Jésus et ses disciples avaient célébré cette fête avec un jour d'avance. En fait, le Talmud (Pesahim 6:3) précise que la Pâque juive comprenait l'agneau pascal, consommé au début du 14 Nisan (après le coucher du soleil), et un "sacrifice de paix" consommé durant la journée du 14 Nisan (vers 15 heures, après la célébration de la prière). C'est ce sacrifice (non exigé par la loi mosaïque) que vise le texte. Comme la Pâque était célébrée dans les foyers et que le sacrifice de paix était apporté au Temple, c'est ce dernier qui en vint principalement à désigner la fête elle-même. Ce point explique aussi l'anachronisme apparent observé dans le procès de Jésus rapporté par le Talmud (Sanhédrin 43a): Quarante jours auparavant, le héraut avait crié: il s'en va à la lapidation parce qu'il a pratiqué la sorcellerie et qu'il a égaré Israël: si quelqu'un a à parler en sa faveur, qu'il vienne et le dise. Mais comme on ne présenta rien en sa faveur, il fut pendu à la veille de Pâque. Ulla objecta: penses-tu qu'on pouvait parler en sa faveur N'était-il pas un de ces séducteurs que l'Écriture (Dt 13:9) ordonne de ne pas épargner ? Pour Jésus, c'était tout autre parce qu'il avait des relations avec l'empire. Nos maîtres enseignent: Jésus avait 5 disciples: Matthay, Nakay, Neser, Bouni et Toda. Cette condamnation (lapidation!) de Jésus a effectivement été envisagée la veille du sacrifice de paix (marquant la Pâque du Temple). La plupart des "anachronismes" sur le déroulement de la Pâque dans les récits évangéliques proviennent d'interprétations fondées sur des lectures de textes tardifs qui ne reflètent pas la situation du 1er siècle, certaines controverses étant même artificielles. Par exemple, la détermination du jour pour le sacrifice de l'agneau pascal est présentée comme 32 Jean 19:14, 31, 42.
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    DATE DE LAMORT DE JESUS 35 problématique car il devait avoir lieu "entre les deux soirs", expression comprise (?) "du coucher de soleil au crépuscule", alors qu'il n'y a pas de controverse sur ce sujet dans le Talmud. Là encore l'absence de controverse, avant la destruction du Temple en 70, vient de ce que l'interprétation du passage "litigieux" était évidente. On lit en effet: Ce sera pour vous un animal sans défaut, mâle, âgé d'un an; vous le choisirez d'entre les moutons ou d'entre les chèvres. Vous le conserverez d'entre les moutons ou d'entre les chèvres. Vous le conserverez jusqu'au 14e jour de ce mois, et l'assemblée tout entière d'Israël l'immolera entre les deux soirs. On prendra du sang et on en mettra sur les deux montants et sur le linteau de la porte dans les maisons où l'on aura mangé l'agneau. On en mangera la chair cette nuit même; on la mangera rôtie au feu, avec des azymes et des herbes amères33 (Pirot Clamer). Puisque les Juifs devaient manger l'agneau rôti la nuit du 14 Nisan, son immolation et sa préparation avaient forcément eut lieu avant cette nuit, donc entre le soir précédent (celui du 13 Nisan) et le soir du 14 Nisan. La précision "entre les deux soirs" était utile pour deux raisons: la conservation de la viande et du sang était restreinte à une période maximum de 24 heures pour des raisons d'hygiène, et la préparation ne devait pas empiéter sur la fête elle-même. Les seules discussions que l'on trouve dans le Talmud sont sur les points suivants: Si la Pâque tombe un jour de sabbat que peut-on préparer? À quelle heure commence-t-on la préparation de la Pâque? À quelle heure offre-t-on les sacrifices au Temple? On lit34 ainsi: Si le 14 Nisan survient un jour de sabbat on doit faire disparaître tout ce qui doit l'être avant le sabbat, selon Rabbi Meïr; les sages disent: en son temps. Rabbi Eléazar ben Sadoq: le prélèvement sacré avant le sabbat, les aliments profanes en leur temps (...) Les sages disent: en Judée on travaillait la veille de Pâque jusqu'à midi; mais en Galilée on ne faisait absolument rien; quant à la nuit, les Shammaïtes interdisaient le travail, les Hillélites le permettaient jusqu'au lever du soleil (...) Le sacrifice perpétuel du soir était égorgé à huit et demie [14h30] et offert à neuf et demie [15h30]. Les veilles de Pâque on avançait tout d'une heure, que ce fût un jour ordinaire ou un sabbat. Si la veille de Pâque tombe une veille de sabbat, on égorge à six et demie [12h30] et on offre à sept et demie [13h30] et ensuite (on égorge) la Pâque. Rabbi Ismaël assure qu'on suit le même ordre en semaine et au sabbat; Rabbi Aqiba veut que l'ordre suivi au sabbat soit le même que celui de la veille de Pâque tombant une veille de sabbat; la raison de ce dernier, c'est qu'il faut laisser la place pour le sacrifice perpétuel (...) On offre une victime de fête en même temps que l'agneau quand celui-ci est immolé un jour de semaine (...) La veille de Pâque, proche du sacrifice de l'après-midi [15h], qu'on ne mange rien jusqu'à la nuit [18h] (...) On doit la manger la nuit avant minuit [24h]. Ces remarques ne portent que sur l'heure (et non sur le jour) et montrent aussi que la législation de cette époque n'était pas figée. Exode 12:5-8. 33 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers siècles 34 Roma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico pp. 200-218.
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    36 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Les auteurs juifs du premier siècle, comme Philon d'Alexandrie35 et Flavius Josèphe36, confirment l'offrande du sacrifice de paix le jour de Pâque: Et eux, quand arriva la fête appelé Pâque, au cours de laquelle les Juifs offrent des sacrifices de la 9e à la 11e heure [de 15h à 17h]. La préparation de la Pâque, le jeudi après-midi, était perçue comme faisant partie de la fête, puisqu'on lit dans le Livre des Jubilés37 (rédigé au 2e siècle avant notre ère): Que les enfants d'Israël observent la Pâque en son temps fixé, le 14e jour du 1er mois, entre les soirs, de la 3e partie du jour [14h-18h] à la 3e partie de la nuit [18h-22h], ainsi deux parties du jour [celles de 14h-18h et de 6h-18h] sont données à la lumière et la 3e partie [celle de 18h-22h] à la nuit. Cette conception de la préparation explique l'anomalie apparente du texte de Marc 14:1-12: La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans 2 jours (...) Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent: "Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque?". Le rédacteur évangélique considérait donc que la Pâque marquait le début des Azymes, comme le faisait fréquemment Flavius Josèphe38 à cette époque — La fête des Pains sans levain que nous appelons “la Pâque” (...) Lorsque arriva le jour des Azymes, le 14e du mois de Xanthique [Nisan] — et que cette fête commençait en pratique avec la préparation de la veille. Certains textes, comme celui de Marc 15:25, sont montés en épingle pour prouver des "incohérences chronologiques39". Selon ce texte: c'était la 3e heure quand il le crucifièrent» alors qu'il est précisé un peu plus loin, aux versets 33 et 34: Il fut la 6e heure, l'obscurité se fit sur la terre entière jusqu'à la 9e heure. Et à la 9e heure Jésus clama un grand cri. Jésus est cloué à la 6e heure [12h] (et non à la 3e heure), puis meurt à la 9e heure [15h]. Le texte de Marc se réfère donc à la 3e heure du procès devant Pilate (ayant commencé vers 9h, après son retour devant Hérode) et non à la 3e heure de la journée [9h] pour souligner la durée des traitements pénibles infligés à Jésus. Il précise en effet au verset 15 que Jésus avait été torturé (flagellation romaine)40. De plus, au verset 21, on apprend que Simon de Cyrène revenait des champs (soit en fin de matinée) lorsqu'il fut réquisitionné pour aider Jésus à porter son gibet vers son lieu de supplice. Les ténèbres qui débutent à midi coïncident avec la mise à mort de Jésus et se retrouvent dans le texte d'Amos 8:9: En ce jour-là, dit le Seigneur Jéhovah, je ferai coucher le soleil en plein midi et j'envelopperai la terre de ténèbres (Crampon). Cette précision permet de comprendre le comput étonnant de Matthieu 12:40 donnant la durée du séjour mortuaire de Jésus: De 35 Questions et réponses sur l'Exode I:11. 36 Guerre des Juifs VI:423. 37 Jubilées XLIX:10. 38 Antiquités juives XVIII:29; Guerre des Juifs V:99. 39 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ. Paris 1994 Éd. Bayard pp. 938, 939. 40 L'instrument habituel était un fouet court (flagrum ou flagellum) comprenant plusieurs lanières de cuir de longueurs inégales, tressées ou non, sur lesquelles étaient fixées par intervalles de petites boules de métal ou des esquilles d'os de mouton particulièrement tranchantes.
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    DATE DE LAMORT DE JESUS 37 même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant 3 jours et 3 nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la mort durant 3 jours et 3 nuits. Jésus étant mort le vendredi vers 15h et ressuscité le dimanche vers 6h, il n'est resté que 39 heures dans la mort et non 72 heures (= 3x24h). En fait il y a bien un total de 3 jours et 3 nuits41. Brown42, qui a consacré un long excursus à la datation de la mort de Jésus, explique en final pourquoi la date du vendredi 3 avril 33, qui semble s'imposer, a pourtant été rejetée: Si nous excluons 27, non seulement astronomiquement faible, mais prématuré pour la mort de Jésus à la lumière de presque toutes les indications évangéliques sur la vie et son ministère énumérées ci- dessus, cela laisse deux possibilités pour que le 14 nisan soit un Jn/Vj, c'est-à-dire (traduit en calendrier julien) le 7 avril 30 et le 3 avril 33. On relève une tendance générale à rejeter 33, car cela impliquerait un Jésus trop âgé et un ministère trop long, puisqu'il aurait eu presque 40 ans à sa mort, après un ministère d'environ 4 ans. S'il mourut en 30, il aurait eu alors 36 ans et aurait eu un ministère d'un peu moins de 2 ans. Aucune date ne répond à tous les détails des indices évangéliques sur la naissance et le ministère de Jésus; mais comme nombre de ces détails sont à visée théologique et approximatifs, je ne vois aucun problème à ces deux dates. D'une certaine façon la situation politique en 33 (après la chute de Séjan à Rome en octobre 31) expliquerait mieux la vulnérabilité de Pilate aux pressions du peuple, mais c'est un argument trop incertain pour justifier une préférence. La date de 33 est donc principalement rejetée à cause de la date présumée de sa naissance en -7, qui est fausse! L'erreur engendre l'erreur. La deuxième raison qui pousse actuellement à rejeter les données chronologiques du texte biblique est, selon l'expression de Brown, que "nombre de ces détails sont à visée théologique et approximatifs", notamment concernant le procès scandaleux de Jésus. En fait, le chapitre de ce livre consacré à la datation de la naissance de Jésus (soit le lundi 29 septembre -2) et celui examinant le déroulement complet de son procès, montrent qu'ils sont extrêmement précis, contrairement à l'affirmation désabusée de Brown. De même, sa remarque sur Séjan est trop rapidement désavouée.43 41 Selon la reconstitution chronologique, on compte comme nuit 1 le vendredi 14 nisan de 12h à 15h (nuit miraculeuse); jour 1 le vendredi 14 nisan de 15h à 18h; nuit 2 le samedi 15 nisan de 18h à 6h; jour 2 le samedi 15 nisan de 6h à 18h, nuit 3 le dimanche 16 nisan de 18h à 6h; jour 3 le dimanche 16 nisan de 6h à 18h. 42 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ. Paris 1994 Éd. Bayard pp. 1485-1516. 43 La menace voilée des autorités juives d'en appeler à César contre Pilate (Jean 19:12) appuie bien cette date. En effet, cette menace suppose qu'ils étaient susceptibles d'être écoutés; or, selon Philon d'Alexandrie, après la mort de Séjan en octobre 31, Tibère demanda aux gouverneurs des provinces d'avoir des égards pour les Juifs, car les accusations portées contre eux dans le passé [avant 32] avaient été mensongères (Légation à Caius 159-161). Cette remarque implique de situer le procès de Jésus après 32 de notre ère.
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    Date du baptêmede Jésus Le texte de Luc précise: C'était la 15e année du règne de l'empereur Tibère. Ponce Pilate était alors gouverneur de la Judée, Hérode régnait sur la Galilée avec le titre de tétrarque (...) Le peuple était dans l'expectative et observait Jean. Chacun se demandait en secret s'il ne serait pas le Christ (...) Tout le peuple accourait vers Jean pour se faire baptiser. Jésus fut aussi baptisé (...) Jésus avait environ 30 ans quand il commença à exercer son ministère1 (Kuen). Selon ce texte, Jésus apparaît comme messie au moment de son baptême (le mot messie signifie "oint" en hébreu et a été traduit en grec par christ), dans la 15e année de Tibère (du 19 août 28 au 18 août 29) lorsqu'il a environ 30 ans. Comme il est né le 29 septembre -2, il a exactement 30 ans le 29 septembre 29 ce qui implique de fixer son baptême vers la fin de la 15e année de Tibère. Le texte de Luc permet donc de situer approximativement le baptême de Jésus autour d'août 29. Il indique aussi qu'à cette époque, le peuple attendait le messie. L'historien Flavius Josèphe2 explique pourquoi: Il vaut la peine de raconter de cet homme les traits les plus dignes d'exciter l'admiration. Tout, en effet, lui réussit d'une façon extraordinaire comme à un des plus grands prophètes; tout le temps de sa vie il fut en honneur et en estime auprès des rois et du peuple; mort, il jouit d'un renom éternel, car tous les livres qu'il a composés et laissés sont lus chez nous encore maintenant, et nous y puisons la conviction que Daniel conversait avec Dieu. Il ne se borna pas à annoncer des événements futurs, ainsi que les autres prophètes, mais il détermina encore l'époque où ils se produiraient. Et tandis que les prophètes annonçaient des calamités et s'attiraient pour cette raison la colère des rois et du peuple, Daniel fut pour eux un prophète de bonheur de sorte que ses prédictions de bon augure lui conquirent la bienveillance de tous et que leur réalisation lui valut la confiance de la foule et la réputation d'un homme de Dieu (...). Il naîtrait parmi eux un roi qui ferait la guerre au peuple juif et à ses lois, détruirait leur forme de gouvernement, pillerait le Temple et interromprait les sacrifices pendant trois ans. Et c'est, en effet, ce que notre nation eut à subir de la part d'Antiochus Epiphane, comme Daniel l'avait prévu et en avait, bien des années auparavant, décrit l'accomplissement. De la même façon, Daniel a écrit aussi au sujet de la suprématie des Romains et comment ils s'empareraient de Jérusalem et feraient du Temple un désert. Tout cela Daniel, sur les indications de Dieu, l'a laissé consigné par écrit, afin que ceux qui le liraient et seraient témoins des événements admirent de quelle faveur Daniel jouissait auprès de Dieu et y trouvent la preuve de l'erreur des Epicuriens. Ceux-ci, en effet, rejettent de la vie la Providence et ne croient pas que Dieu s'occupe des choses [humaines]3. De même, un commentaire juif sur le messie 1 Luc 3:1, 15, 23. 2 Antiquités juives X:266-276. 3 A. PAUL - Le concept de prophétie biblique Flavius Josèphe et Daniel in: Recherches de Sciences Religieuses Tome 63 Paris 1975 pp. 367-384.
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    40 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE de Daniel 9:26, trouvé à Qumrân et daté du début de notre ère, précise que ce messie, supprimé après les soixante-deux semaines, est aussi le messager annonçant la bonne nouvelle contenue en Isaïe4. D'autres commentaires5 indiquent que ce messie de David devait accomplir la prophétie du livre de la Genèse6 indiquant qu'il serait un roi issu de la tribu de Juda, en accord avec les targums d'Onkelos et de Jérusalem pour qui le Shilo ("C'est pour lui") de cette prophétie serait un roi libérateur et s'identifie au messie. Influencés par leur nationalisme, certains Juifs (à partir de -167) assimilèrent le messie au grand prêtre Onias III comme le suggère le texte des Maccabées7, à tel point que les traducteurs de la Septante ont modifié la traduction grecque du livre de Daniel pour la faire coller à ces événements8. Jésus n'adhérait pas à cette identification, puisque, contrairement à certains Juifs hellénisés de son époque qui voyaient cet événement dans le passé, il l'annonçait pour l'avenir: Quand vous apercevrez la chose immonde qui cause la désolation, dont a parlé Daniel le prophète, se tenant dans un lieu saint (que le lecteur exerce son discernement)9. Au 1er siècle les attentes messianiques étaient fortes et provenaient principalement du texte de Daniel10. Aujourd'hui, de très nombreux Juifs n'attendent plus le messie pour une époque déterminée, et beaucoup croient qu'il pourrait s'agir d'un messie collectif (l'État d'Israël) et non d'un messie individuel. Dans la préface de la Bible du rabbinat français rédigée par le Grand Rabbin de France Jacob Kaplan, on lit: Mais de toutes les prophéties figurant dans le Livre, il en est une qui est souvent évoquée. Elle se rapporte à la résurrection de l'Etat d'Israël. Quand, en novembre 1947, l'Organisation des Nations Unies décida la création d'un Etat Juif, l'événement, pour bien des croyants, apparut dans une perspective supra-terrestre. Tant de prédictions avaient annoncé —et depuis des millénaires— ce retour d'Israël sur la terre ancestrale qu'ils ne purent s'empêcher d'apercevoir dans le vote historique une manifestation éclatante de l'action divine dans le monde. De plus, le lendemain de la proclamation de l'indépendance d'Israël (14 mai 1948), qui était un Sabbat, le cycle liturgique, par une coïncidence qui mérite d'être rappelée, indiqua comme Haphtara un texte d'Amos où on pouvait lire: "Voici, des jours vont venir, dit l'Eternel, où... je ramènerai les captifs de mon peuple Israël; ils restaureront leurs villes détruites et s'y établiront, planteront les vignes et en boiront le vin, cultiveront des jardins et en mangeront les fruits". Que penser de cette "récupération politique" des 4 Isaïe 61:2. 5 M. WISE, M. ABEGG JR., E. COOK - Les manuscrits de la mer morte Paris 2001 Éd. Plon p. 171, 340, 600. 6 Genèse 49:10. 7 1Maccabées 1:54. 8 H. C OUSIN - La Bible grecque in: supplément aux Cahiers Évangile 74 St. Étienne 1990 Éd. Cerf pp.105-111 S. PACE JEANSONNE - The Old Greek Translation of Daniel 7-12 Washington 1988 Ed The Catholic Biblical Association of America pp. 29,125 9 Matthieu 24:15. 10 P. GRELOT – L'espérance juive à l'heure de Jésus in: collection «Jésus et Jésus-Christ» n°62, 1994 Éd. Desclée.
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 41 prophéties messianiques de l'Ancien Testament? Cette interprétation est en fait relativement récente. Elle est due à la grande figure du judaïsme Rabbi Shlomo Yitshaqi dit Rashi de Troyes (1040-1105) qui modifia sa compréhension du chapitre 53 du livre d'Isaïe vers la fin de sa vie. Avant cette époque, il pensait, comme tous les Juifs avant lui, que ce texte s'appliquait à un messie individuel. Cependant, heurté par les terribles massacres de la communauté juive de Rhénanie, conséquence de la première croisade en 1096, il crut voir dans ces terribles souffrances la réalisation de la prophétie d'Isaïe chapitre 53 qu'il appliqua donc au peuple d'Israël considéré comme un messie collectif. Cette conclusion originale présente de graves difficultés. Premièrement, elle renie les enseignements de tous les rabbins précédents (sans exception) qui enseignaient la venue d'un messie individuel, et elle refuse la chronologie biblique sur la venue du messie que les Juifs, dans leur ensemble, attendaient au 1er siècle de notre ère, avant la destruction du Temple qui eut lieu en 70. Selon le texte de Mika 5:1-2, le Messie sortirait de la ville nommée Bethléhem Éphratha, ce qui implique un messie individuel. Cette compréhension est confirmée par les Évangiles en Matthieu 2:2-6 et par le Targum de Mika qui dit: De toi [Bethléhem] Messie sortira devant moi. D'ailleurs, dans les deux grandes prières juives le messie est invoqué. Dans la quatorzième bénédiction de la Tephilla on dit: Fais miséricorde, Y., notre Dieu (...) à Israël ton peuple (...) et au règne de la maison de David, Messie de ta justice ». Et dans le Qaddish on dit: Qu'il introduise son Messie et qu'il rachète son peuple11. Cette compréhension d'un messie individuel a poussé de nombreux juifs à calculer l'époque de sa venue, notamment au début de notre ère. Par exemple, le célèbre rabbin Aqiba avait cru voir en Bar Kohkba (tué en 135) le messie12 attendu. Pour éclaircir cette question importante, il faut bien examiner la chronologie biblique prophétique, car elle prétend indiquer l'époque de l'apparition du messie. C'est d'ailleurs de cette manière que les Juifs et les chrétiens décidèrent de régler la polémique entre eux lors de la célèbre dispute de Barcelone qui les opposa en 1263 au travers du débat organisé par le roi d'Espagne entre Paul Christiani, Juif converti au catholicisme, et Rabbi Moïse ben Nahman (Nahmanide), l'une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol. Comme on le sait13, il n'y a pas eu d'entente sur l'interprétation de la prophétie de Daniel, puisque Christiani concluait que le messie avait dû apparaître vers 70 lors de la destruction du Temple (!), et que Nahmanide, lui, prévoyait son apparition pour 1358 (!). 11 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers siècles Roma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico pp.2,3. 12 Talmud Ta‘anit 68d. 13 NAHMANIDE - La dispute de Barcelone in: collection «Les Dix Paroles» 1984 Éd. Verdier pp.45-47.
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    42 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Aujourd'hui, il est facile de constater que ces deux célèbres protagonistes se sont totalement trompés. Pour les chrétiens, le messie est Jésus, mort en 33 de notre ère tandis qu'en 1358 il ne s'est rien passé, pas plus qu'en 70, si ce n'est la destruction de Jérusalem par Titus, fils de Vespasien, futur empereur romain. Vu leur importance, les arguments de cette dispute méritent d'être réexaminés, car le livre de Daniel prétend contenir la clé du calcul des temps messianiques. Le Talmud (Megilla 3a) précise que lorsque le Targum des prophètes (contenant Daniel) fut composé par Yonathan ben Uzziel, une bat qol (voix céleste) se fit entendre disant: Qui est celui qui a révélé mes secrets aux hommes?. L'auteur répond qu'il n'a pas fait cela pour son honneur mais à l'honneur de Dieu afin que les divisions ne se multiplient pas en Israël. Il voulait publier le targum des hagiographes, mais la bat qol lui dit: Assez, parce que là est révélé le terme (date de la venue) du Messie. À l'époque les protagonistes acceptaient la prophétie des semaines d'années du chapitre 9 de Daniel comme se rapportant à l'époque de l'apparition du messie, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui (ce qui complique encore les choses). En consultant les commentaires des traducteurs actuels dans les Bibles catholiques (Jérusalem) ou juives (Chouraqui), par exemple, on constate que pour beaucoup de biblistes:  Le livre de Daniel aurait été écrit par un auteur anonyme peu après -167.  Le messie de Daniel 9:26 désignerait le grand prêtre Onias III assassiné vers -172 par Antiochus IV Épiphane14. DANIEL A-T-IL REDIGE LE LIVRE DE DANIEL? Depuis l'apparition de la critique des sources, puis de la critique littéraire qui lui est très liée, de nombreux spécialistes pensent (bien qu'il y ait une multitude de "chapelles") 15 que les livres de la Bible obéissent à une sorte de darwinisme littéraire, c'est-à-dire que "différentes sources plus ou moins anciennes" ont progressivement été amalgamées par un auteur (ou des auteurs) plus ou moins habilement. Quels sont les arguments qui permettent une conclusion aussi catégorique? Le texte de Daniel 7:1 affirme que Daniel a écrit son livre! De même le texte d'Exode 17:14 (et Exode 34:27) affirme que Moïse est le rédacteur de l'ouvrage qui lui est attribué. Ces affirmations sont-elles authentiques? Les principaux arguments de la critique sont de trois ordres: 1) Si un document possède un mot apparu à une époque donnée, tout le document a dû apparaître, au plus tôt, à cette époque. Le livre de Daniel contenant des mots grecs apparus au 2e siècle avant notre ère, il serait donc de 14 M. SARTRE - D'Alexandrie à Zénobie. Histoire du Levant antique Paris 2001 Éd. Fayard p. 344 15 P. GUILLEMETTE M. BRISEBOIS - Introduction aux méthodes historico-critique in: Héritage et projet 35 Québec 1987 Éd.Fides pp. 223-350
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 43 cette époque. 2) Un document récent est la copie, plus ou moins bien faite, d'un (ou plusieurs) document ancien. Le livre de Daniel évoquant Babylone, il aurait donc puisé ses sources dans les différents récits babyloniens. 3) Les miracles sont, d'un point de vue rationnel et par principe, impossibles. "L'abomination qui cause la désolation", mentionnée en Daniel 11:31, est identifiée à la profanation du Temple en -167 par Antochius IV dans le livre des Maccabées16 (écrit autour de -100). Des biblistes en concluent que cette prophétie a dû être écrite après l'événement qu'elle annonce (la prophétie étant supposée impossible) et supposent en conséquence une date de rédaction du livre de Daniel entre -167 et -164. Ces trois objections sont réfutables. La première repose sur l'ignorance. Le mot pardés "parc" en hébreu, par exemple, qui apparaît trois fois dans la Bible17, dériverait du mot grec paradéisos. Comme ce mot n'apparaît pour la première fois dans les textes connus que dans le récit de Xénophon18, soit vers -400, certains concluent que ces livres de la Bible ne peuvent avoir été écrits avant cette époque. Des études ultérieures ont montré que le mot grec paradéisos viendrait du vieux perse (vers -600). Une datation fondée uniquement sur la connaissance très limitée que nous avons nécessairement de l'histoire des langues anciennes est souvent spéculative19. Par exemple, selon un dictionnaire de référence20, les mots ketem "or" (Job 28:16,19), pardes "parc" et karoz "héraut" (Daniel 3:4) sont tardifs puisque pardes et karoz auraient été empruntés au grec (paradeisos "paradis" et kerux "héraut"). Selon un dictionnaire plus récent21, ces mots rares existaient en akkadien: kutîmu viendrait du sumérien KU-DIM "orfèvrerie" (avant -2000), pardêsu "enclos" du vieux perse pari-dîdâ "muret autour" et kirenzi "proclamation" serait emprunté à la langue hourrite (vers -1500). Selon une étude plus approfondie22, le mot vieux perse pari-dîdâ viendrait du mède pari-daiza. Or, la langue mède était parlée à Ecbatane et remonte au début du 1er millénaire avant notre ère23. Les affirmations d'anachronismes sont donc maintenant devenues anachroniques, elles reposaient en fait sur une illusion, les mots disparus étant en fait des mots hibernants24. Dans l'état de nos connaissances, il n'y a que trois mots —cithare, luth et 16 1Maccabées 1:54. 17 Cantique des cantiques 4:13; Ecclésiaste 2:5; Néhémie 2:8. 18 Anabase 6,29,4-8. 19 P. GUILLEMETTE M. BRISEBOIS - Introduction aux méthodes historico-critique in: Héritage et projet 35 Québec 1987 Éd.Fides pp. 287-300 20 F. BROWN, S.R. DRIVER, C.A. BRIGGS – A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament Oxford 1951 Ed. Oxford University pp. 508, 825, 1097. 21 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of Akkadian Wiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 159, 171, 266. 22 P. LECOQ – Les inscriptions de la Perse achéménide Paris 1997 Éd. Gallimard p. 116. 23 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne Paris 2001 Éd. Robet Laffont p. 517. 24 A.R. MILLARD - The Tell Fekheriyeh Inscriptions in: Biblical Archaeology Today 1990. Jerusalem 1993, Ed. Israel Exploration Society p. 523 A.R. MILLARD - A Lexical Illusion in: Journal of Semitic Studies 31 (1986) pp. 1-3.
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    44 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE cornemuse— n'apparaissant qu'en Daniel 3:5, qui auraient une origine grecque et seraient apparus après l'époque de Platon. Même cette supposition est douteuse car le mot "cornemuse", sûmponyâ en hébreu, sumphônia en grec, apparaît déjà sous la forme sumphônos dans l'Ode Pythique 1:70, datée de -460, soit à l'époque d'Esdras. Cependant, la réécriture par le copiste Esdras de tous les livres bibliques (écrits au départ en paléo-hébreu) en caractères araméens, selon la tradition juive (Sanhédrin 21b), complique la critique du texte. Esdras a probablement vécu entre 500 et 400 et fut un contemporain de Néhémie qui, lui, rédigea son livre aux environs de -400. En effet, Darius le Perse, mentionné en Néhémie25, est identifié à Darius II (appelé Ochos ou Nothos), qui régna de -423 à -405; or, si Néhémie relate ce fait, il l'a forcément écrit après le début du règne de Darius II, soit après -423. De plus, dans une lettre trouvée dans les papyrus d'Éléphantine (datée vers la fin de -408)26, il est mentionné que Yohanân était grand prêtre à Jérusalem à cette époque. Or, de nouveau, si Néhémie relate ce fait, il a dû l'écrire après - 408. Donc, si on admet que Néhémie décrit la succession des grands prêtres jusqu'à la fin du règne de Darius II, il a dû achever son livre après -405. De plus, il est probable, selon la coutume juive, qu'Esdras ait commencé son travail de copiste vers l'âge de 30 ans, soit vers -470, acquérant avec les années une grande réputation. Il paraît aussi logique de supposer qu'il rédigea son propre livre vers la fin de sa vie, soit à la même époque que Néhémie. Esdras a donc probablement recopié l'ensemble de la Bible sur une période allant de -470 à -400, ce qui peut expliquer la présence anachronique de certains mots. Esdras a réactualisé certains termes techniques. Le mot "darique27", par exemple, est anachronique puisque cette unité monétaire, apparue seulement après -520, était inconnue à l'époque de David quatre siècles plus tôt. Esdras a visiblement effectué une conversion d'une ancienne unité en une autre plus courante et familière à son époque28. L'historien Xénophon29 (428-355) commet le même "anachronisme" dans son ouvrage sur Cyrus! Ainsi, conclure que le livre de Daniel a été rédigé au 2e siècle avant notre ère, uniquement sur trois mots jugés tardifs, engendre des paradoxes quasi inexplicables. Il est généralement admis que le livre d'Ézéchiel fut rédigé au début du 6e siècle avant notre ère. Or, ce livre30 cite le prophète Daniel, prouvant qu'il avait déjà une grande réputation à cette époque. Comment expliquer alors cet anachronisme? De plus, l'araméen utilisé par Daniel 25 Néhémie 12:22. 26 A. COWLEY -Aramaic Papyri of the Fifth Century B.C. Oxford 1923 N°30-31, pp.108-122 27 1Chroniques 29:7. 28 Esdras 8:27. Certaines unités monétaires n'ont pas été converties, comme la qésitah en Genèse 33:19, Josué 24:32 et Job 42:11, ce qui est une source d'incertitude dans les traductions modernes (la Septante suppose que la qésitah valait "1 agneau"). 29 Cyropédie V:2. 30 Ezéchiel 14:14,20; 28:3.
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 45 est très proche de celui utilisé par Ézéchiel ou par Esdras (araméen d'empire surtout utilisé de -600 à -330)31, et bien antérieur à l'araméen de certains rouleaux de Qumrân écrits dans cette langue et datés du 2e siècle avant notre ère. En fait, on pourrait renverser l'argument: comment expliquer que le livre de Daniel ne contienne que seulement trois mots grecs s'il avait été rédigé au 2e siècle avant notre ère, époque où la langue grecque submergeait largement le monde d'alors? Plus surprenant, comme le remarque l'hébraïsant Carl Keil, la Septante a omis en Daniel 5:3 et 5:23 de mentionner les femmes, conformément à la coutume des Macédoniens, des Grecs et des Romains. Or l'original hébreu précise dans ces textes qu'il y avait les concubines et les épouses de second rang (conformément à ce qu'a montré l'archéologie). Ce détail insolite prouve indirectement que la traduction grecque du texte de Daniel est tardive et a probablement été réalisée durant le 2e siècle avant notre ère. Le fait que la version hébraïque parle, par contre, des concubines suppose une date de rédaction bien antérieure à la période grecque. Certains détails historiques peu connus confirment l'ancienneté du livre de Daniel. En effet, le rédacteur de ce livre se présente avant tout comme un témoin oculaire; il ne cite aucun récit babylonien et n'adhère aucunement à la mythologie polythéiste. Par contre, la seule source qu'il cite expressément en Daniel 9:2 est le livre de Jérémie. Supposer que Daniel ait rédigé son récit d'après des sources babyloniennes est une pure spéculation. Un élément prouvant qu'il a réellement été un contemporain des éléments mentionnés est la découverte faite en 1854 dans les ruines d'Ur d'une inscription confirmant l'existence d'un personnage nommé Belshatsar. Aucun historien n'avait jamais entendu parler d'un tel individu: ni Hérodote (495-425), ni Thucydide (460-398), ni Xénophon (428-355), ni Ctésias (450-390), ni Bérose (330?-250?), à tel point que les historiens du début du 19e siècle affirmaient que ce roi Belshatsar apparaissant en Daniel 5:1 devait être un mythe car, selon les sources connues, il était unanimement admis que Nabonide avait été le dernier roi à la chute de Babylone en -539. Une découverte d'écrits cunéiformes en 1854 a montré que Nabonide (Nabû-na’id) avait confié la royauté à son fils aîné Belshatsar (Bêlsharutsur "Bêl, protège le roi"), ce qui expliquait son absence de Babylone lors de sa chute. Dernier détail montrant encore la précision du récit biblique: Belshatsar n'étant qu'un corégent (puisque son père Nabonide restait le roi en titre, non mentionné dans le récit de Daniel), il ne pouvait offrir à Daniel comme position la plus élevée dans son royaume que la troisième place, selon ce que rapporte précisément Daniel 5:16, et non la deuxième puisque les deux premières étaient déjà occupées (par lui et par son père). Finalement, les historiens 31 A.K. KITCHEN “The Aramaic of Daniel” in: Notes on Some Problems in the Book of Daniel London 1965 Ed.The Tyndale Press pp. 31-79.
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    46 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE "redécouvrirent" ce que les lecteurs de Daniel connaissaient depuis bien longtemps. De même, une chronique babylonienne a révélé que lors de sa 1ère année de règne, Cyrus avait nommé un roi de Babylone (appelé Ugbaru), comme l'indique le texte de Daniel32. En fait, ce qui irrite le plus les philosophes athées, c'est la présence de prophéties chronologiques précises dans le livre de Daniel, ce qui est impossible par principe pour un rationaliste. Mais refuser a priori la possibilité des prophéties, c'est refuser l'élément distinctif de la Bible par rapport à tous les autres livres: Notez, avant tout, qu'aucune prophétie de l'Écriture ne reflète une pensée personnelle. Un message prophétique n'émane jamais d'un caprice humain. Ces saints hommes de Dieu ont parlé parce que le Saint-Esprit les y poussait, et ils ont prononcé les paroles que Dieu leur inspirait33 (Kuen). Cette particularité biblique permet d'expliquer quelques événements surprenants. Par exemple, lorsque Alexandre le Grand a mené campagne au 4e siècle avant notre ère pour éliminer tous les amis de la Perse, il a étrangement épargné la Judée qui était pourtant un de leurs alliés et, paradoxalement, a entretenu de bons rapports avec les Juifs. L'historien Flavius Josèphe34 en donne la raison: lorsque Alexandre voulut envahir Jérusalem, la ville lui ouvrit ses portes et on lui montra le livre prophétique de Daniel annonçant qu'un puissant roi grec vaincrait et dominerait l'empire perse (voir Daniel 8:20,21), ce qui impressionna favorablement Alexandre. Les sceptiques objecteront de nouveau que tout cela a dû être écrit après pour transformer cet heureux événement (qui devient alors inexplicable) en prophétie. Pour trancher sans appel cette objection chronique du fait prophétique lui-même, il est avantageux d'examiner la prophétie des soixante-dix semaines d'années. Les découvertes de Qumrân ont permis d'établir de façon indiscutable que le livre de Daniel existait bel et bien avant -100. Le manuscrit hébreu 4Q114 est daté de -115 et le manuscrit grec35 4QDanc entre -100 et -50. Or, si la chronologie du messie annoncé en Daniel 9:25 correspond exactement à l'apparition de Jésus en tant que Christ, l'objection d'une rédaction après coup (explication rationaliste) devient impossible. QUI EST LE MESSIE DE DANIEL 9:25? Le messie de Daniel 9:25 est particulier puisqu'il est qualifié de "Guide". Ensuite il est associé à la suppression du péché (verset 24). Enfin, il doit apparaître avant la destruction du second Temple (qui eut lieu en 70) puisque la prophétie indique que cette 32 Ce roi est appelé Darius le Mède en Daniel 5:31, et Harpage par Hérodote (Enquête I:108,127-130,162,177-178). 33 2Pierre 1:20,21. 34 Antiquités juives XI:337. 35 S. PACE JEANSONNE - The Old Greek Translation of Daniel 7-12 in : The Catholic Biblical Quarterly Monograph Series 19 Washington 1988 p. 7
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 47 période précédant le messie débuterait par la reconstruction de Jérusalem et du Temple, et qu'une fois le messie venu le Sanctuaire serait détruit (verset 26). Conscient de la difficulté à identifier le grand prêtre Onias III à un Prince, la Bible du rabbinat français suppose que le messie guide (ou prince) désigne ici un autre messie et propose Cyrus qui fut effectivement un roi (ou prince) qualifié de messie (ou oint) en Isaïe 45:1. Nahmanide croyait que le messie prince désignait plutôt Zeroubabèl puisqu'il avait été le premier gouverneur de Juda, et il citait le passage des Psaumes 105:15 où Dieu dit: Ne touchez pas à mes messies [ou oints] pour indiquer que Zeroubabèl pouvait être considéré comme un messie puisque ce terme qualifie ceux qui sont oints ou désignés pour une mission. Les commentateurs juifs modernes36, incapables d'identifier clairement le prince de Daniel 9:25, proposent au choix: Cyrus, Zeroubabèl ou Yéshoua fils de Yôtsadaq, même si aucun ne correspond à la chronologie du livre de Daniel. De plus, ces commentateurs préfèrent lire (en dépit de la grammaire): jusqu'à l'onction du prince » au lieu de la phrase biblique habituelle: jusqu'à Messie remarquable. Enfin, par rapport à la chronologie qui ne colle pas, ils concluent que c'est Daniel qui s'est trompé! Ces différentes identifications comportent deux graves inconvénients. Premièrement, elles n'expliquent pas comment le péché est supprimé depuis la mort d'un prince (dont la vie est en général mal connue) ni comment la justice est rétablie. Ensuite, l'identification chronologique paraît manifestement déficiente. Or, selon Daniel 9:2 et 9:22, cette prophétie a en effet été donnée pour effectuer des calculs chronologiques précis et non de vagues supputations. La Bible du rabbinat français traduit paradoxalement le texte de Daniel 9:25 par: Sache donc et comprends bien qu'à partir du moment où fut donné l'ordre de recommencer à reconstruire Jérusalem jusqu'à un prince oint (Cyrus) il y a sept semaines; et durant soixante-deux semaines [Jérusalem] sera de nouveau rebâtie. Une note précise que les semaines désignent des semaines d'années, ce que tous les traducteurs acceptent37. Cette traduction défie cependant le bon sens pour deux raisons:  Premièrement elle laisse sous-entendre que Jérusalem serait reconstruite pendant une période de 434 ans (62 semaines, soit 62x7 ans). Cette interprétation du traducteur contredit le texte d'Esdras 6:14,15 fixant la date de fin de reconstruction du Temple dans la 6e année de Darius Ier, soit en -515, suivie de la fin de la reconstruction des murailles de Jérusalem dans la 20e année d'Artaxerxès Ier, selon Néhémie38. 36 H. GOLDWURM, N. SCHERMAN - Daniel, traduction et commentaires Paris 2001 Éd. du Sceptre pp. 240-242, 260-263. 37 Cette conclusion découle des textes suivants: Tu compteras 7 semaines d'années, 7 fois 7 ans, c'est-à-dire le temps de 7 semaines d'années, 49 ans» (Lévitique 25:8); «Vous avez reconnu le pays 40 jours. Chaque jour vaut une année: 40 ans vous porterez le poids de vos fautes»(Nombres 14:34); Je t'en ai fixé la durée à un jour pour une année (Ezéchiel 4:6). 38 Néhémie 2:1; 6:15.
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    48 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE  Ensuite, la Bible du rabbinat français laisse sous-entendre que l'événement important n'est plus un messie à venir (Daniel connaissait le "messie" Cyrus) mais l'annonce de la reconstruction de Jérusalem. Là encore, cette interprétation du traducteur est démentie par la chronologie. Cyrus a libéré les Juifs de Babylone en -538, ce qui permet de calculer la date de l'ordre de reconstruction en ajoutant sept semaines, soit 49 (7x7) ans, ce qui nous amènerait en -489 (= -538 + 49) selon cette traduction. Cependant, la Bible précise aussi que l'ordre de reconstruction de Jérusalem fut donné par Artaxerxès Longue-Main dans la 20e année de son règne39 (en -455, voir l'Annexe chronologique). Il resterait donc un écart de 34 ans (= 489 - 455) impossible à combler. En remplaçant Cyrus par Zeroubabèl, qui commença à gouverner vers -536, selon le texte d'Esdras 3:1-8, le gain n'est que de 2 ans; il reste encore environ 32 ans à combler. Pire, le livre de Daniel précise que le messie serait retranché après les 62 semaines, soit 434 ans (= 62x7). Or, si ce messie était le grand prêtre Onias III (assassiné vers -172), l'ordre de reconstruction de Jérusalem (début des 62 semaines, d'après la Bible du rabbinat) aurait été donné vers 606 (= 434 + 172), ce qui constitue une impossibilité, puisqu'il y aurait cette fois environ 161 ans (= 606 - 445) à combler. La chronologie élimine donc ces candidats, mais qu'en est-il de Jésus? JESUS EST-IL LE MESSIE DE DANIEL 9:25? Les Juifs n'acceptent évidemment pas cette identification, généralement pour les trois raisons suivantes: 1) Ayant été persécutés, depuis bientôt deux mille ans, par des gens qui se disaient chrétiens, les Juifs ont pris depuis longtemps le nom de Jésus en horreur. 2) Reconnaître Jésus implique une totale remise en question des fondements du judaïsme. 3) Si Jésus était le messie promis, pourquoi y a-t-il toujours des guerres, des maladies et des malheurs, alors que le messie devait apporter un règne de paix et de bonheur? Il est cependant possible de répondre à ces trois objections légitimes: 1) Jésus lui- même a annoncé que Dieu rejetterait quiconque assassine en son nom, qu'il soit juif40 ou chrétien41. Les chrétiens fidèles ne peuvent se battre et faire du mal à leur prochain42. 2) Si on élimine le texte de Daniel, comment savoir à quelle époque devait apparaître le Messie? 3) La troisième objection repose sur un amalgame de différents événements prophétiques s'étalant en fait dans le temps. Les Juifs avaient remarqué, par exemple, que le chapitre 53 39 Néhémie 2:1-8. 40 Jean 8:40,44. 41 Matthieu 7:21-23; 1Jean 3:10,11. 42 2Corinthiens 10:3,4; Jean 13:35; Matthieu 5:44,45.
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 49 du livre d'Isaïe décrit un "messie souffrant". Par contre, les chapitres suivants (60 et 61) de ce même livre décrivent aussi un "messie glorieux". Comment concilier ces deux descriptions en apparence contradictoires? Pour résoudre cette énigme, certains Juifs d'aujourd'hui supposent, comme on l'a vu, un "messie souffrant" représentant le peuple juif et attendent un "messie glorieux". Ils en viennent à imaginer deux messies43. Les Juifs de Qumrân étaient déjà arrivés à cette conclusion mais pour des raisons complètement différentes. Ayant constaté que le "messie glorieux" serait aussi un "messie royal", ils en concluaient logiquement qu'il devait venir de la tribu de Juda. Ce "messie royal" étant appelé à prendre la tête d'un royaume de prêtres44, ils en ont conclu qu'il serait aussi prêtre. Or, cela posait un problème insoluble puisqu'un Juif ne pouvait appartenir simultanément à la tribu de Lévi (détentrice du privilège sacerdotal) et à la tribu de Juda. Pour résoudre cette difficulté, les Esséniens ont supposé l'existence simultanée de deux messies: l'un issu de Lévi et un autre issu de Juda45. Dans le Talmud (Sukka 52a), on disserte d'ailleurs sur un messie qui serait fils de Joseph, tué avant l'apparition d'un messie fils de David, issu de Juda. Juda et Joseph représentant, selon Ezéchiel 37:16, les deux parties d'Israël réunies. La solution de recourir à deux messies plutôt qu'à un seul avec deux accomplissements est bien compliquée, mais, surtout, contraire au bon sens car elle oblige (comme le reconnaissent d'ailleurs certains commentateurs juifs modernes) à la conclusion suivante: Le Messie arrivera quand tous seront justes; il arrivera quand tous seront pécheurs. Il viendra en grande pompe et dans la gloire; il viendra dans la plus grande discrétion et dans le dénuement. Il viendra à une date fixe; il peut venir à tout moment (...). Contradictoires et embarrassants sont les textes qui traitent cet apogée tant attendu dans l'Histoire46. L'incohérence est évidente. En fait, la solution proposée par les Évangiles permet de résoudre ce paradoxe apparent de façon bien plus simple. En effet, le droit à la prêtrise aaronique était héréditaire47, comme le droit à la royauté. Cependant le droit à la prêtrise pouvait aussi être obtenu directement de Dieu (cas exceptionnel), comme ce fut le cas pour Aaron ou pour Melchisédech48. D'ailleurs, aucune prophétie ne mentionne que le messie devait apparaître dans la tribu de Lévi. Par contre la Bible annonçait qu'il apparaîtrait dans la tribu de Juda (selon Genèse 49:10). Étant dans l'incapacité d'expliquer le calcul proposé par le livre de 43 C. CHALIER, M. FAESSLER - Deux messies : fils de Juda, fils de Joseph in: Judaïsme et christianisme l'écoute en partage, Paris 2001 Éd. Cerf pp. 307-345. 44 Exode 19:6. 45 M. WISE, M. ABEGG JR., E. COOK - Les manuscrits de la mer Morte Paris 2001, Éd. Plon pp.171,340. 46 H. GOLDWURM, N. SCHERMAN - Daniel, traduction et commentaires Paris 2001 Éd. du Sceptre p. XLVIII. 47 Nombres 3:6-9. 48 Hébreux 5:6; Psaumes 110:4.
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    50 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Daniel, les rabbins (Sanhedrin 97b) découragèrent leurs disciples de calculer la venue du messie. Malgré la confusion des opinions sur cette question, Maïmonide, l'une des plus grandes figures du judaïsme, croyait à un messie individuel apportant une ère de félicité. Ce point de vue original atteste l'attachement de nombreux Juifs à une antique espérance messianique. D'ailleurs, aujourd'hui encore, plusieurs personnalités du judaïsme croient à la venue d'un messie individuel, Roi de gloire, fils de l'homme, fils de David, préexistant à la création, identique à l'esprit de Dieu qui planait à l'origine sur la face des eaux et racheteur d'Israël49. Les rabbins Loubavitch espèrent même la venue imminente de ce messie. Dans cette perspective, le calcul rigoureux de Daniel 9:24-27 prend donc toute son importance. LES CALCULS CHRONOLOGIQUES DE DANIEL 9:24-27 Avant de débuter le calcul, il est nécessaire de disposer d'une traduction littérale, exempte d'influences (pro-messianiques ou anti-messianiques), car, comme on l'a constaté, vu l'enjeu les traducteurs ont très souvent été tentés d'infléchir la traduction en supposant, par exemple, que puisque le messie et la période sont mentionnés deux fois dans les versets 24 à 27, cela impliquait l'existence de deux messies ou de deux périodes distinctes! Si cela était le cas, on pourrait trouver quelque perversité chez Daniel puisqu'il aurait donné un texte: qu'il devait comprendre et faire comprendre, selon Daniel 9:23, alors que finalement il ne s'appliquerait à personne d'une manière claire! Ce ne serait pas raisonnable d'autant qu'il est facile de constater que la première période de 70 semaines est bien identique à la seconde (62 + 7 + 1, soit un total de 70 semaines). Par conséquent cette période concerne naturellement le même messie ou oint. Traduction littérale de Daniel 9:23-27: hébreu MT traduction littérale observations et comprends en la parole et fais comprendre L'expression "fais comprendre" se retrouve en Daniel 8:16, où l'ange Gabriel fait comprendre à Daniel, qui doit à son tour, après avoir compris, faire comprendre au peuple. en la chose vue septaines (semaines) Le mot "semaines" est habituellement au féminin en hébreu alors qu'il est au masculin dans le texte de Daniel. Pour garder cette variante, les traducteurs utilisent soit l'expression "semaines [d'années]" soit le mot "septaines". septante a été déterminé 49A. CHOURAQUI -Histoire du Judaïsme in: Que sais-je n°750, Paris 1995 Éd. PUF pp.96,97
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 51 sur peuple de toi et sur ville sanctuaire de toi Le mot "sanctuaire" pourrait aussi être traduit par le mot "saint". Il désigne cependant au verset 26 clairement le [lieu] saint, c'est-à-dire le sanctuaire. pour faire cesser la transgression et pour terminer le péché et pour absoudre faute et pour faire venir justice des durées et pour sceller Le sens de "sceller" est à la fois d'accomplir et de mettre fin. vision Le mot "vision" a le sens de prophétie. et prophète et pour oindre sanctuaire Le mot qodèsh a le sens de "ce qui est saint". Le Saint des Saints désigne généralement le "Très-Saint". des sanctuaires et tu connaîtras et tu seras perspicace depuis sortie de parole pour faire retourner et pour bâtir Jérusalem jusqu'à messie Le mot "messie" pourrait être traduit par "oint", mais toute la révélation de Gabriel concerne ce messie particulier, qualifié ensuite de guide ou de remarquable. Il vise donc le Messie et non un messie quelconque. remarquable Le mot "remarquable" a un sens littéral de "sur le devant" en hébreu; il signifie "en chef" en Jérémie 20:1 ou "important" en Proverbes 8:6 quand il qualifie un autre mot (ce qui est le cas ici). Cette qualification attire donc l'attention sur un oint remarquable: le Messie. Employé seul il signifie "conducteur" ou "guide". Théodotion a traduit cette expression en grec par "jusqu'au Christ chef". septaines sept et septaines Le mot "et" a ici le sens de "puis". soixante et deux elle retournera et elle fut bâtie place publique
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    52 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE et fossé et dans détresse des temps et après les septaines soixante et deux il sera tranché messie et rien pour lui et la ville et le sanctuaire il détruira peuple remarquable Voir l'observation sur le "messie remarquable". Les peuples remarquables sont décrits par Daniel (au chapitre 2): il s'agit des Babyloniens puis des Médo- Perses puis des Grecs puis des autres peuples ayant un lien avec les serviteurs de Dieu. Le peuple remarquable après les Grecs a été le peuple romain. venant et fin de lui Le mot "lui" semble renvoyer au sanctuaire. dans le déferlement Le mot "déferlement" est aussi utilisé dans un sens métaphorique (déferlement de colère en Proverbe 27:4) ce qui n'est pas le cas du mot "inondation" en français. et jusqu'à fin guerre il a été décrété des désolations il fera prévaloir Le mot "il" semble renvoyer au messie. alliance pour la multitude Multitude ou multitudes. Certains traducteurs juifs traduisent ici ce mot par "grands" (mais ce choix obscurcit le texte) alors qu'ils gardent le sens commun partout ailleurs (comme en Daniel 11:44). septaine une seule et la moitié de la septaine il fera cesser sacrifice et offrande et sur aile de choses immondes Les "choses immondes" désignent généralement les idoles païennes (peut-être ici les enseignes des armées romaines représentées par des ailes d'aigle). désolation et jusqu'à extinction il a été décrété
  • 53.
    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 53 elle se répandra sur [ce qui est] désolé Si on "lisse" cette traduction littérale, en tenant compte des remarques précédentes, on obtient le texte suivant: Comprends la parole et fais comprendre la chose vue. Soixante-dix semaines [d'années] ont été décrétées sur ton peuple et sur ta ville sanctuaire [Jérusalem] pour faire cesser la transgression, pour supprimer le péché et pour absoudre la faute, pour faire venir une justice de durée indéfinie, pour sceller vision et prophète et pour oindre le sanctuaire des sanctuaires. Il faut que tu saches et sois perspicace: depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusqu'à messie remarquable il y aura sept semaines [d'années] puis soixante-deux semaines [d'années]. Elle reviendra et sera rebâtie, avec place publique et fossé, mais dans la détresse des temps. Après les soixante-deux semaines [d'années] messie sera retranché, avec rien pour lui. Et la ville et le sanctuaire seront détruits par un peuple remarquable qui va venir. Et sa fin [celle du sanctuaire] sera dans le déferlement, et jusqu'à la fin, la guerre, ce qui a été décrété ce sont des désolations mais il fera prévaloir l'alliance pour la multitude une semaine [d'années] et, à la moitié de la semaine [d'années], il fera cesser le sacrifice et l'offrande. Et sur l'aile de choses immondes ce qui cause la désolation et, jusqu'à l'extinction, ce qui a été décrété se répandra sur ce qui est désolé50. Il est possible que ce texte hautement polémique ait subit quelques modifications de la part des copistes juifs, comme le prouve la traduction pro-maccabéenne de la Septante. Cependant, la traduction juive de Théodotion rédigée (vers 175) dans un contexte anti-chrétien reste très proche du texte massorétique51 puisqu'on lit: Sois donc attentif à ma parole et comprends la vision. Un nombre de soixante-dix semaines a été fixé pour ton peuple et la Cité sainte, pour que la prévarication soit abolie, que le péché prenne fin, que la Justice éternelle vienne, que les visions et les prophéties soient accomplies et que le Saint des Saints soit oint. Sache le donc et comprends: à partir de l'édit qui sera émis pour que Jérusalem soit mise à part et réédifiée, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines. Et Jérusalem reviendra elle-même, et ses murs avec ses fossés seront rétablis, malgré la difficulté du temps. Et après les soixante-deux semaines, l'Oint sera mis à mort sans qu'il y ait en lui de cas de condamnation. Mais détruira la ville et Saint Temple, avec un chef qui viendra, et [la ville et Saint Temple] succomberont à la catastrophe et s'abîmeront dans les ruines jusqu'à la fin de la guerre décrétée. Et la semaine une confirmera pour toujours l'alliance avec la multitude. Et à la moitié de la semaine, les oblations et les sacrifices seront abolis. Puis sur le Temple, sera l'abomination de la désolation, et la désolation ne finira qu'avec la fin des temps. Paradoxalement, cette traduction juive est encore plus favorable à l'interprétation chrétienne que le texte massorétique. Ces remarques préliminaires permettent d'élaguer quelques propositions 50Daniel 9:23-27. 51D. BARTHELEMY –Critique textuelle de l'Ancien Testament in: Orbis Biblicus et Orientalis 50/3 Friboug 1992 pp.434-496.
  • 54.
    54 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE erronées et de se focaliser sur ce qui fait réellement problème dans l'identification du messie. Cette traduction met donc en évidence plusieurs points:  Une période totale de 490 ans (= 70x7) est nécessaire avant que tout ce qui est annoncé soit accompli. Cette période se décompose en 3 parties (62 + 7 + 1)x7 = 70x7.  Le point de départ, d'une période de 49 ans (= 7x7), puis de 434 ans (= 62x7), soit 483 ans en tout, est précisé par l'expression: la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem. Cette période se termine avec l'apparition du Messie. Le texte précise aussi que la période de reconstruction est dans "la détresse des temps" et qu'après la période de 434 ans le Messie est retranché dans le dénuement.  Finalement, une nouvelle puissance mondiale doit arriver pour détruire la ville et le sanctuaire. Le texte précise que dans les derniers 7 ans (1x7) qui restent, l'alliance se poursuit mais seulement jusqu'à la moitié (7/2 = 3,5 ans) de la période, et qu'ensuite l'offrande et le sacrifice ne sont plus nécessaires. Quelques commentateurs modernes ont essayé de rattacher le livre de Daniel au Poème de Danel exhumé à Ugarit et daté du 14e siècle avant notre ère, mais excepté le nom du personnage (et encore sans le "i"), il n'y a manifestement aucun point de contact entre les deux récits. Même si l'authenticité du livre fut parfois contestée, le grand Maïmonide52 lui reconnaissait une inspiration d'origine divine et plaçait l'auteur à égalité avec Salomon et David. Le texte de Daniel 9:24-27 est clairement messianique; il évoque un messie individuel dont la trame chronologique est parfaitement définie. La période couverte est de 490 ans. Le point de départ pour calculer l'apparition de ce messie particulier est précisé par l'expression: depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem. Ce messie en chef est finalement retranché dans un dénuement complet, puis la ville et le sanctuaire sont détruits. La prophétie précise aussi qu'après l'apparition de ce messie, le péché est supprimé et la justice est rétablie, entraînant de facto la suppression de l'offrande et du sacrifice. La chronologie élimine les prétendants messianiques autres que Jésus. En effectuant une rapide confrontation avec l'histoire généralement admise par les historiens, on obtient la chronologie suivante: Artaxerxès Ier commença à régner à partir de -465; 20 ans plus tard (soit en -445) Néhémie53 est autorisé à commencer les travaux, qui seront achevés 49 ans plus tard (en -396). En ajoutant les 434 ans restants, on obtient 39 de notre ère, date où devait apparaître le Messie, retranché 3 ans et demi plus tard, soit en 43. La correspondance est donc mauvaise, car Jésus est mort en 33, soit 10 ans plus tôt. En 52 Guide des égarés 2:45. 53 Néhémie 2:1-8.
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 55 fait, la chronologie achéménide actuellement reçue est erronée puisque Artaxerxès Ier a commencé à régner à partir de -475 et non de -465 (voir la chronologie perse). Cette erreur est à l'origine des innombrables polémiques concernant cette célèbre prophétie54. Le point de départ des 490 ans est fixé: Depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusqu'à Messie principal il y aura sept semaines [d'années] puis soixante-deux semaines [d'années]. Or, cet ordre55 de rétablir et de rebâtir Jérusalem fut donné par Artaxerxès Ier dans la 20e année de son règne (en -455) au mois de Nisan (mars/avril). Comme Néhémie précise que la muraille de la ville fut terminée le 25 Élul (août/septembre) en 52 jours, on peut en déduire qu'il fit entendre cette: parole de rétablir et rebâtir Jérusalem aux Juifs revenus dans cette ville au début du mois d'Ab (juillet/août). Esdras et Néhémie ont donné une chronologie très précise de cette période. Ainsi, fin -538/ début -537, un an après la chute de Babylone, Cyrus émettait un édit de libération des Juifs. En octobre -537 ils étaient tous arrivés à Jérusalem. Début -536 ils commencèrent la reconstruction du Temple qui fut terminée à la fin de la 6e année du roi perse Darius Ier, soit en -515. Dans la 7e année de son règne, Artaxerxès Ier (en -468) demanda à Esdras d'aller à Jérusalem pour aménager richement le Temple puis, dans sa 20e année, il donna cette fois l'ordre à Néhémie de reconstruire la ville et non plus seulement le Temple. La ville est finalement inaugurée vers la fin du règne de Darius II (Néhémie 12:22), soit en -406 (= -455 + 49). Date Événement Référence Septembre/octobre -537 Ordre de rebâtir le Temple par Cyrus. Esdras 1:1-2 Mars/avril -537 Tout le peuple est réuni à Jérusalem. Esdras 3:1 Avril/mai -536 Début de la reconstruction du Temple 2 ans après le départ. Esdras 3:8-10 Février/mars -515 Temple achevé (extérieur) à la fin de l'an 6 de Darius Ier. Esdras 6:15 Mars/avril -468 Ordre d'embellir le Temple (intérieur) en l'an 7 d'Artaxerxès. Esdras 7:8,20 Mars/avril -455 Ordre de rebâtir Jérusalem lu à Néhémie en l'an 20. Néhémie 2:1-8 Juin/juillet -455 Ordre de rebâtir Jérusalem lu aux chefs juifs (le 3 Ab). Néhémie 2:16-18 Juillet/août -455 Murailles de Jérusalem achevées en 52 jours. Néhémie 6:15 Septembre/octobre -455 Ordre de rebâtir Jérusalem lu au peuple (le 1er Tishri). Néhémie 8:1-2 Septembre/octobre -406 Ville de Jérusalem achevée (inauguration). Fin de Darius II. Néhémie 12:22-43 Selon cette reconstitution chronologique, le peuple entendit l'ordre de rebâtir Jérusalem le 1er Tishri -455, point de départ de la prophétie des 70 semaines. En ajoutant les 69 semaines d'années, soit 483 ans, la dernière semaine d'années (la 70e), marquant une confirmation de l'alliance, couvre une période allant du 1er Tishri 29 (= -455 + 483 + 1) au 1e Tishri 36 (= -455 + 490 +1), et la moitié de cette dernière semaine tombe donc en 33. Il 54 L. BIGOT - Les 70 semaines de Daniel Paris 1911 Éd. Letouzey & Ané in: Dictionnaire de théologie catholique tome VI.1 pp. 75-103 55 Néhémie 2:1,5,8.
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    56 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE est possible de déterminer exactement les dates correspondantes grâce à l'astronomie en sachant que le 1er Tishri correspond au 1er croissant visible (après la nouvelle lune) après l'équinoxe d'automne (le jour de la semaine est calculé par un logiciel)56: An Date calendrier Événement Date calendrier Numéro du jour hébraïque astronomique julien 29 Équinoxe d'automne Dimanche 25 septembre 29 Nouvelle lune Lundi 26 septembre 0000 29 1er Tishri 1er croissant Mardi 27 septembre 0001 33 [14 Nisan] [Pleine lune] Vendredi 3 avril 1284 36 Équinoxe d'automne Lundi 24 septembre 2554 36 Nouvelle lune Lundi 8 octobre 2568 36 1er Tishri 1er croissant Mardi 9 octobre 2569 Puisque, selon la prophétie de Daniel, le Messie est retranchée au milieu de la dernière semaine (qui dure donc 7 ans, soit exactement 2569 jours), la date indiquant le moment où il est retranché est d'une précision remarquable puisque le 1284e jour, marquant la moitié de cette semaine (= 2569/2), tombe précisément sur le vendredi 3 avril 33. Selon ce comput, Jésus aurait-il été baptisé le 1er Tishri 29? La réponse est non pour les trois raisons suivantes:  Si Jésus avait été baptisé le 1er Tishri, il n'aurait pu assister à la fête du Yom Kippour le 10 Tishri, ni à la fête des Huttes du 15 au 21 Tishri57 puisque le texte biblique précise qu'il passa 40 jours dans le désert juste après son baptême58. Étant donné que Jésus est présenté comme un Juif pieux (respectant la loi juive), il serait illogique d'accepter qu'il ait pu violer une obligation aussi primordiale de la loi juive.  Le 1er Tishri 29, Jésus avait exactement 30 ans. Or Luc a choisi d'écrire "environ 30 ans", ce qui sous-entendait que Jésus n'avait pas exactement cet âge. Luc est généralement plus précis dans son langage que les autres évangélistes. Il préfère utiliser 14 fois ce terme "environ" dans ses écrits, contre seulement 6 fois pour tous les autres rédacteurs du Nouveau Testament. Ainsi, on lit chez Luc « environ la 6e heure »59, alors qu'il y a seulement « la 6e heure » chez Marc. Cet écart n'est pas systématique, puisque Marc précise « environ 4000 hommes »60 alors que Matthieu se contente d'un 56 http://www.imcce.fr/page.php?nav=fr/ephemerides/astronomie/saisons/index.php http://portail.imcce.fr/fr/ephemerides/astronomie/Promenade/pages4/441.html http://www.nr.com/julian.html 57 Nombres 29:12. 58 Matthieu 3:16-4:2. 59 Luc 23:44. 60 Marc 15:33; 8:9.
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 57 simple « 4000 hommes »61. Luc écrit encore « environ la 9e heure » en Actes alors qu'il sous-entend le mot "environ" en un autre endroit62.  Le Messie devait apparaître lorsque la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem fut prononcée; or cette parole n'a pas été émise le 1er Tishri, mais presque deux mois avant. Selon Néhémie cet ordre de rebâtir Jérusalem lui fut donné par Artaxerxès Ier au mois de Nisan. Comme il précise également que la muraille de la ville fut terminée le 25 Élul en 52 jours63, on peut en déduire que Néhémie fit entendre cette parole de rétablir et rebâtir Jérusalem aux chefs juifs revenus dans cette ville64 le 3 Ab. Cette durée de 52 jours semble être prophétique, car le sanctuaire (fondation du Temple) devait être reconstruit en 3 jours selon Jean 2:19-22 et le temple complet, représenté par l'église ointe de l'Esprit Saint selon Éphésiens 2:20-22, devait être réalisé à la Pentecôte selon Actes 2:1-4, soit 52 jours après le 14 Nisan (selon Lévitique 23:15,16), jour marquant la "démolition" du sanctuaire représenté par le corps de Jésus. Cette date du 3 Ab -455 servant de point de départ, le point d'arrivée (483 ans après) correspond au 3 Ab 29 (lundi 1er août 29). En combinant les données historiques, calendériques et astronomiques, on obtient le bilan suivant:  Naissance de Jean le Baptiste le samedi 5 avril -2.  Naissance de Jésus le lundi 29 septembre -2 à Bethléem.  Début de la prédication de Jean le Baptiste le samedi 5 février 29.  Baptême de Jésus le 3 Ab 29 soit le lundi 1er août 29, à l'âge de 29 ans et 10 mois, dans la 15e année de Tibère (allant du 19 août 28 au 18 août 29).  Au 1er Tishri de l'an 29, soit le mardi 27 septembre, Jésus a exactement 30 ans.  Mort de Jésus le 14 Nisan 33 soit le vendredi 3 avril à l'âge de 33 ans et 6 mois.  Pentecôte de l'an 33 le 6 Siwan, 50 jours à partir du 16 Nisan65 (dimanche 24 mai 33).  Fin de l'alliance spéciale avec les Juifs le 1er Tishri 36 soit le mardi 9 octobre, marquée par la conversion du centurion Corneille66. Le texte de Daniel annonçait donc l'apparition du Messie le lundi 1er août 29 et sa mort le vendredi 3 avril 33, ce qui est d'une précision impressionnante; mais ce texte contient d'autres indices qui confirment ce comput. La reconstitution chronologique du baptême de Jésus est la suivante: 61 Matthieu 15:38. 62 Actes 10:3; 3:1. 63 Néhémie 2:1,5,8; 6:15. 64 Néhémie 2:11,16-18. 65 Lévitique 23:15,16. 66 Actes 10:30.
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    58 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE juil-29 30 1 Ab samedi 31 2 dimanche aoû-29 1 3 lundi Baptême de Jésus qui devient le Messie au 3 Ab 2 4 mardi 1 (à la date où les murailles du Temple ont débuté). 3 5 mercredi 2 4 6 jeudi 3 5 7 vendredi 4 6 8 samedi 5 7 9 dimanche 6 8 10 lundi 7 9 11 mardi 8 10 12 mercredi 9 11 13 jeudi 10 12 14 vendredi 11 13 15 samedi 12 14 16 dimanche 13 15 17 lundi 14 16 18 mardi 15 17 19 mercredi 16 18 20 jeudi 17 19 21 vendredi 18 20 22 samedi 19 21 23 dimanche 20 22 24 lundi 21 23 25 mardi 22 24 26 mercredi 23 25 27 jeudi 24 26 28 vendredi 25 27 29 samedi 26 28 30 dimanche 27 29 1 Elul lundi 28 30 2 mardi 29 31 3 mercredi 30 sep-29 1 4 jeudi 31 2 5 vendredi 32 3 6 samedi 33 4 7 dimanche 34 5 8 lundi 35 6 9 mardi 36 7 10 mercredi 37 8 11 jeudi 38 9 12 vendredi 39 10 13 samedi 40 Fin des 40 jours dans le désert (attaques de Satan). 11 14 dimanche 41 12 15 lundi 42 13 16 mardi 43 Noces de Cana 14 17 mercredi 44 15 18 jeudi 45 16 19 vendredi 46 17 20 samedi 47 18 21 dimanche 48 19 22 lundi 49 20 23 mardi 50 21 24 mercredi 51 22 25 jeudi 52 Date marquant l'achèvement des murailles du Temple. 23 26 vendredi 24 27 samedi 25 28 dimanche Équinoxe d'automne. 26 29 lundi Nouvelle lune. 27 1 Tishri mardi Jésus a 30 ans. Début de la 70e semaine de Daniel. 28 2 mercredi 29 3 jeudi 30 4 vendredi oct-29 1 5 samedi 2 6 dimanche 3 7 lundi 4 8 mardi 5 9 mercredi 6 10 jeudi Yom kippour. 7 11 vendredi 8 12 samedi 9 13 dimanche 10 14 lundi 11 15 mardi Fête des Huttes.
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 59 12 16 mercredi 13 17 jeudi 14 18 vendredi 15 19 samedi 16 20 dimanche 17 21 lundi 18 22 mardi Selon cette reconstitution, la 70e semaine d'années débute le mardi 27 septembre 29 au moment où Jésus a exactement 30 ans. Cette coïncidence n'est pas fortuite puisque les textes évangéliques donnent à Jésus un rôle de grand prêtre67. Or les prêtres commençaient à officier seulement à partir de 30 ans68. La reconstitution fait apparaître que:  Jésus est baptisé dans le Jourdain le 3 Ab 29 (lundi 1er août) et devient le Messie dans la 15e année de Tibère César à l'âge de 29 ans et 10 mois.  Il débute son ministère le 1er Tishri 29 (mardi 27 septembre) à l'âge de 30 ans.  Il meurt à Jérusalem le 14 Nisan 33 (vendredi 3 avril) vers 15 heures à l'âge de 33 ans et 6 mois, soit quelques heures avant une éclipse de lune. (Il est curieux de constater que deux durées mentionnées dans le texte de Daniel 12:11,12 apparaissent dans le comput du ministère de Jésus. En effet, entre le 25 Elul 29 (vendredi 23 septembre) et le 14 Nisan 33 (vendredi 3 avril), il y a 1290 jours et entre le 1er Tishri 29 (mardi 27 septembre), lorsque Jésus (grand prêtre) a 30 ans et la Pentecôte de l'an 33, soit le 50e jour après le 16 Nisan69 33 (dimanche 24 mai), il y a 1335 jours). 67 Hébreux 3:1; 7:26; 8:1. 68 Nombres 4:3; 1Chroniques 23:3. 69 Lévitique 23:15,16.
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    60 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE LA PROPHETIE: UN DEFI A LA RAISON Paul Valéry a écrit: Le génie de Newton a consisté à dire que la lune tombe alors que tout le monde voit bien qu'elle ne tombe pas, exprimant par cette boutade que cet homme perspicace voyait bien au-delà de la simple observation du commun des mortels. C'est ce qui lui permit de prédire le comportement des éléments de l'univers qu'il pouvait observer. Finalement, la force d'une démarche scientifique se mesure à sa capacité "prédictive", et ce pouvoir peut être potentiellement redoutable. Un proverbe chinois affirme que: celui qui pourrait prédire les événements trois jours à l'avance serait riche pour des millions d'années. Les prévisions scientifiques ne concernent toutefois que des faits techniques somme toute assez limités. Dès que des événements un tant soit peu complexes sont concernés, comme les prévisions météorologiques à trois jours par exemple, elles sont rapidement mises en échec. Certains hommes conscients de cette faiblesse ont imaginé une intervention suprahumaine en postulant un "sixième sens" pour résoudre le problème. Voilà qui explique pourquoi l'astrologie, pseudoscience divinatoire, fut tant mise à l'honneur depuis la plus haute antiquité. Elle s'avérera finalement tout autant faillible que la science moderne. Cicéron a pu écrire dès son époque sur le ton de l'humour dans son De Divinatione 2:24: Deux augures ne peuvent se regarder sans rire. Cette remarque ironique montre à quel point la divination paraissait peu fiable. Le texte biblique, lui, reconnaît pourtant un pouvoir limité à la divination tout en mettant en garde le lecteur contre la tentation d'y recourir. Elle encourage aussi ses lecteurs à écouter les prophètes. Paradoxe qui demande explication: pourquoi encourager ses lecteurs à s'intéresser à l'avenir du genre humain tout en mettant en garde contre le danger de vouloir connaître le sien personnel? Cette position semble en apparence contradictoire. La différence est subtile, mais capitale. La divination peut certes annoncer l'avenir mais comporte souvent des erreurs. Ainsi, la femme médium d'En-Dor évoquée dans le livre biblique de Samuel est présentée comme réussissant à prédire plusieurs événements de la vie de Saül lorsqu'elle dit: [Dieu] a arraché la royauté de ta main [ce qui se réalisa] et l'a donnée à un autre, à David [idem]. Jéhovah livrera Israël avec toi aux mains des Philistins [idem]. Demain, toi et tes fils, vous serez avec moi parmi les morts [idem, à une erreur près!]. En fait, trois des fils de Saül furent tués70, le quatrième, Ish-Bosheth, resta en vie71. Le taux d'erreurs fut donc de 25%. Si l'exactitude est nécessaire, elle n'est pas jugée suffisante: S'il se lève au milieu de toi un prophète ou un [faiseur de] rêve, si vraiment il te donne un signe ou un présage, et que se réalise effectivement le signe 70 1Samuel 28:17-19; 31:2. 71 2Samuel 2:10.
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    DATE DU BAPTEMEDE JESUS 61 ou le présage dont il t'a parlé, en disant: ‘Marchons à la suite d'autres dieux que tu n'as pas connus, et servons-les’, il ne faudra pas que tu écoutes les paroles de ce prophète ou le rêveur de ce rêve72. C'est vraisemblablement pour cette raison que la Bible interdisait aux Israélites de consulter les personnes exerçant la divination, ou cherchant les présages ou faisant métier de prédire les événements73. Cette attitude était assimilée à une rébellion contre Dieu74. Cette interdiction d'ailleurs a été reprise par ceux qui devinrent chrétiens75. Ce qui séparait une prédiction divine d'une divination spirite était la nature de la source: Dieu ou les dieux. Les rédacteurs de la Bible ont régulièrement martelé cette "vérité": révéler l'avenir de façon infaillible est la marque distinctive de la vraie divinité. Le livre d'Isaïe déclare par exemple: Produisez et révélez-nous les choses qui vont survenir. Les premières choses - ce qu'elles furent - révélez-le, pour que nous y appliquions notre cœur et que nous en connaissions l'avenir. Ou bien faites-nous entendre les choses qui viennent. Révélez les choses qui doivent venir par la suite, pour que nous sachions que vous êtes des dieux76. Dieu relève ce défi qu'il a lui-même lancé: Les premières choses - les voilà venues, mais j'annonce des choses nouvelles. Avant qu'elles ne se mettent à germer, je vous les fais entendre (...) Je te révélerai donc les choses dès cette époque-là. Avant que cela n'arrive, je te les fais entendre, pour que tu ne dises pas: ‘Mon idole les a faites, mon image sculptée et mon image en métal fondu les ont ordonnées77. Invitant au choix, le prophète déclare: S'ils vous disent: “adressez-vous aux médiums ou à ceux qui ont un esprit de prédiction, qui pépient et s'expriment à voix basse”, n'est-ce pas à son Dieu que tout peuple doit s'adresser?78. [Dieu] ne fera rien qu'il n'ait révélé son affaire confidentielle à ses serviteurs les prophètes »79. Ma main est venue contre les prophètes qui voient en vision la fausseté et qui font du mensonge une divination. Ils ne resteront pas dans le groupe des intimes de mon peuple80. La conclusion tombe sans appel dans le texte biblique: Car vous savez d'abord ceci: qu'aucune prophétie de l'Écriture ne provient d'une interprétation personnelle. Car la prophétie n'a jamais été apportée par la volonté de l'homme, mais des hommes ont parlé de la part de Dieu, comme ils étaient portés par l'esprit saint81. La Bible prétend que seul le vrai Dieu peut prophétiser l'avenir sans se tromper. Sous ce rapport, des livres comme les Rig-Véda, le Coran, le livre de Joseph Smith et les prévisions dites scientifiques elles-mêmes ne seraient que des livres ordinaires. De fait ces ouvrages ne contiennent aucune prophétie du genre de celles qu'on trouve dans les textes de la Bible, dont la précision est telle qu'elle accule le sceptique chronique à postuler une 72 Deutéronome 13:1-3. 73 Deutéronome 18:10-14. 74 1Samuel 15:23. 75 Actes 19:19. 76 Isaïe 41:22,23. 77 Isaïe 42:9; 48:5. 78 Isaïe 8:19. 79 Amos 3:7. 80 Ezéchiel 13:9. 81 2Pierre 1:21.
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    62 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE rédaction a posteriori. La prophétie ne peut être vérifiée que par une chronologie précise. Or celle des historiens actuels n'est que le produit d'un copier/coller, sans aucune étude scientifique des dates recopiées (aucune thèse n'a été consacrée à la chronologie depuis un siècle). Selon Fénelon: Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays. Autant dire que sans chronologie l'histoire n'existe pas, il n'y a que des fabulistes qui se croient historiens. Si la géographie et la chronologie sont bien les yeux de l'histoire, alors le bon historien aspire à être de tous les temps et de tous les pays.
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    Le procès deJésus: scandaleux, mais légal! Dans la biographie de Jésus, le procès devant le Sanhédrin puis devant Pilate est l'élément majeur et attire aussi l'essentiel des critiques. Procès illégal pour les uns, incohérent ou impossible pour les autres. Ces critiques visent principalement à nier l'authenticité de ce procès et par contrecoup l'authenticité de l'accusé. La littérature sur ce procès célèbre abonde, et le livre de Brown consacré à la mort de Jésus, par exemple, ne comporte pas moins de 1700 pages (en incluant la préface). Il n'est pas question d'examiner toutes les controverses soulevées par ce procès, ni de comprendre les intentions des différents protagonistes, mais seulement de vérifier si sa reconstitution chronologique conduit vraiment à des incohérences, des contradictions ou des invraisemblances. Après tout, lors d'une enquête judiciaire, une telle reconstitution n'est-elle pas le seul moyen dont disposent les juges pour accuser ou pour innocenter? Certains éléments du procès semblent contradictoires quant à la motivation de la condamnation et à la procédure suivie par les autorités parce qu'il y a imbrication de deux systèmes judiciaires et juridiques, celui des autorités juives (grand prêtre) et celui des autorités romaines (préfet de Judée). Le fait que ces différents systèmes ont évolué avec le temps sans qu'on en ait toujours les traces complique encore la tâche de l'enquêteur. Il faut commencer par une remarque capitale sur la légalité de ce procès: si les premiers chrétiens, qui étaient tous (d'anciens) juifs, ont vigoureusement dénoncé la fourberie du Sanhédrin, jamais ils ne lui ont reproché d'avoir agi illégalement, ce qui aurait été un argument déterminant dans les controverses avec leurs anciens coreligionnaires. Les violations de la loi juive étaient épinglées, comme le montre le texte d'Actes 23:1-5: Fixant du regard le Sanhédrin, Paul dit: Frères, c'est tout à fait en bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu'à ce jour. Mais le grand prêtre Ananie ordonna à ses assistants de le frapper sur la bouche. Alors Paul lui dit: C'est Dieu qui te frappera, toi, muraille blanchie! Eh quoi! Tu sièges pour me juger d'après la Loi, et, au mépris de la Loi, tu ordonnes de me frapper! Les assistants lui dirent: C'est le grand prêtre de Dieu que tu insultes? Paul répondit: Je ne savais pas, frères, que ce fût le grand prêtre. Car il est écrit: Tu ne maudiras pas le chef du peuple. Brown1 remarque fort justement: Si les écrivains évangéliques écrivent que les autorités juives étaient malhonnêtes et sans pitié, ils ne disent jamais qu'en jugeant et condamnant Jésus les autorités agissaient illégalement au regard de la loi romaine ou de la Loi de Moïse. Les évangélistes n'attirent jamais l'attention sur l'un quelconque des conflits avec les procédures 1R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ. Paris 1994 Éd. Bayard p. 413 note 69.
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    64 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE mishnaïques indiquées ci-dessus. Cette accusation, si elle avait été émise, serait devenue un élément important dans la polémique antijuive. Ainsi, même si ce procès fut scandaleux, il ne fut pas considéré comme illégal! La connaissance du contexte de l'époque explique ce paradoxe. La reconstitution chronologique2 permet de situer les grandes phases du procès. CONTEXTE HISTORIQUE DU PROCES DE JESUS Calendrier Heures Événements majeurs du procès. Matthieu Marc Luc Jean Mercredi 15 - 18 Anne et Caïphe cherchent un moyen de faire condamner Jésus 26:1-5 14:1-2 22:1-2 12 Nisan à mort, mais pas pendant la fête de Pâque. Jeudi 18 - 24 Judas propose à Anne et Caïphe de leur livrer Jésus. 26:14-16 14:10-11 22:3-6 13 Nisan 24 - 6 6 - 12 12 - 15 Préparation de la Pâque. 26:17-19 14:12-16 22:7-13 15 - 18 Le soir est venu, la Pâque peut commencer. 26:20-21 14:17-21 22:14 Vendredi 18 - 22 Repas pascal, puis Judas est congédié. Institution de la Cène. 26:21-33 14:22-25 22:15-30 13:1-18:1 14 Nisan Reniement de Pierre prévu, déplacement au mont des Oliviers. 26:34-46 14:26-41 22:30-46 22 - 2 Jésus est arrêté par la police du Temple, puis est emmené chez 26:47-56 14:42-52 22:47-53 18:2-11 Anne, l'ancien grand prêtre, pour une enquête sur son 18:12-23 enseignement, puis chez Caïphe, le grand prêtre en titre. Le 26:57-65 14:53-60 22:54 18:24 Sanhédrin cherche des faux témoignages, mais il y a discordance. Caïphe propose au Sanhédrin l'accusation de 26:65-68 14:61-65 blasphème qui n'emporte pas l'adhésion de tous. 2- 6 Pierre renie Jésus 3 fois. Deuxième chant du coq. 26:69-75 14:66-72 22:55-65 18:15-27 6- 9 Le Sanhédrin tient conseil pour mettre à mort Jésus, puis le 27:1-10 15:1-5 22:66-71 18:28-32 livre à Pilate (Judas se pend puis se fracasse en tombant). Enquête de Pilate qui renvoie Jésus à Hérode Antipas. 23:1-11 Après des moqueries, Hérode renvoie Jésus devant Pilate. 9 - 12 Procès de Pilate. Enquête sur la royauté de Jésus. Pilate 27:11-23 15:6-19 23:13-23 18:33-40 propose l'acquittement, qui est refusé. Pour épargner Jésus, Pilate propose la libération de Barabbas, un meurtrier, mais celle-ci est acceptée. Pour faire relâcher Jésus, il le fait fouetter, mais les Juifs l'accusent d'être complice et ainsi d'être contre 19:1-22 César. Pilate se lave les mains et accepte de condamner Jésus 27:24-31 23:24-43 sous le motif de crime de lèse-majesté "Roi des Juifs". 12 - 15 Simon de Cyrène aide Jésus jusqu'au lieu de supplice. Pour 27:32-45 15:20-41 23:44-49 19:23-30 l'anesthésier, du vin drogué est proposé à Jésus qui refuse. Ténèbres anormales de 12 à 15h. Pour le rafraîchir, quelqu'un offre du vin aigre à Jésus qui accepte. Mort de Jésus à 15h. 15 - 18 ("Pâque" offrande de paix). Josèphe d'Arimathie, membre du 27:46-56 15:42-47 23:50-56 19:31-41 Sanhédrin et disciple secret de Jésus, demande à Pilate, qui 27:57-61 accepte, le corps de Jésus pour le mettre dans son tombeau. Samedi 18 - 6 Grand sabbat (sabbat coïncidant avec le 1er jour des Azymes). (19:31) 15 Nisan 6 - 12 A la demande d'Anne et de Caïphe, Pilate fait garder la tombe 27:62-66 par des soldats jusqu'au 3e jour (dimanche). 12 - 18 Dimanche 18 - 6 16 Nisan 6- 9 Résurrection au début du jour, un ange apparaît à des femmes. 28:1-15 16:1-2 24:1-14 20:1-18 Anne et Caïphe en sont informés et payent les gardes pour qu'ils disent que le corps a été dérobé pendant leur sommeil. 2 La division du temps en 4 veilles de 3 heures (Marc 6:48) est d'origine romaine et diffère des 3 veilles de 4 heures (Juges 7:19).
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 65 Cette reconstitution chronologique fondée sur le récit des quatre évangélistes est tout à fait cohérente. Comme on l'a vu dans le chapitre consacré à la datation de la mort de Jésus, la préparation de la Pâque du 14 Nisan était souvent assimilée, au 1er siècle, avec celle du 1er jour des Azymes (le 15 Nisan). Le rédacteur de l'évangile de Marc3 considérait par exemple que la Pâque marquait le début des Azymes, comme Flavius Josèphe qui écrit: La fête des Pains sans levain que nous appelons “la Pâque” (...) Lorsque arriva le jour des Azymes, le 14e du mois de Xanthique [Nisan]4. De même, les Juifs du 1er siècle appelaient Pâque aussi bien le repas pascal célébré au début du 14 Nisan que l'offrande de paix offerte au Temple dans la journée (à partir de 15 heures), ce qui est confirmé par Philon d'Alexandrie5 et Flavius Josèphe6: Et eux, quand arriva la fête appelé Pâque, au cours de laquelle les Juifs offrent des sacrifices de la 9e à la 11e heure [de 15h à 17h]. Le procès de Jésus s'est déroulé à Jérusalem sous la direction officielle de Caïphe, nommé grand prêtre (de 18 à 37 de notre ère) par Valérius Gratus, et de Ponce Pilate, nommé préfet de Judée (de 26 à 36) par Tibère César. Les différentes juridictions à cette époque et dans cette région étaient les suivantes7: Légat d'Orient Gouverneur de Syrie Préfet de Judée de à Grand prêtre (Judée) Marcus Titius [Hérode le Grand] -10 -8 Simon, fils de Boéthos Caius Sentius Saturninus [Hérode le Grand] -8 -6 Simon, fils de Boéthos (Tibère) Publius Quinctilius Varus [Hérode le Grand] -6 -5 Matthias, fils de Théo. (Tibère) Publius Quinctilius Varus [Hérode le Grand] -5 -3 Joazar, fils de Boéthos? (Tibère) Publius Sulpicius Quirinius [Hérode le Grand] -3 -1 Joazar, fils de Boéthos? Caius César Publius Quinctilius Varus [Archélaüs] -1 2 Éléazar, fils de Boéthos Caius César [Caius César] [Archélaüs] 2 4 Éléazar, fils de Boéthos Lucius Volusius Saturninus [Archélaüs] 4 6 Jésus, fils de Sée Publius Sulpicius Quirinius Coponius 6 9 Anne, fils de Seth Publius Sulpicius Quirinius? Marcus Ambibulus 9 12 Anne, fils de Seth Q. Caecilius Metellus Silanus Annus Rufus 12 15 Anne, fils de Seth Q. Caecilius Metellus Silanus Valerius Gratus 15 16 Ismaël, fils de Phiabi Q. Caecilius Metellus Silanus Valerius Gratus 16 17 Éléazar, fils d'Anne Germanicus Caesar Cnaeus Calpurnius Piso Valerius Gratus 17 18 Simon, fils de Kamithos Germanicus Caesar Cnaeus Calpurnius Piso Valerius Gratus 18 19 Joseph Caïphe Cnaeus Sentius Saturninus Valerius Gratus 19 21 Joseph Caïphe [Lucius Aelius Lamia?] Valerius Gratus 21 26 Joseph Caïphe [Séjan] [Lucius Aelius Lamia?] Ponce Pilate 26 30 Joseph Caïphe [Séjan] [Lucius Aelius Lamia?] / Ponce Pilate 30 32 Joseph Caïphe Lucius Vitellius? Lucius Pomponius Flaccus Ponce Pilate 32 35 Joseph Caïphe Lucius Vitellius Lucius Vitellius Ponce Pilate 35 36 Joseph Caïphe Lucius Vitellius Marcellus 36 37 Joseph Caïphe Lucius Vitellius Marullus 37 39 Théophile, fils d'Anne 3 Marc 14:1-12. 4 Antiquités juives XVIII:29; Guerre des Juifs V:99. 5 Questions et réponses sur l'Exode I:11. 6 Guerre des Juifs VI:423. 7 J.P. LEMONON - Ponce Pilate Paris 2007 Éd. De l'Atelier pp. 263-265. E. SCHÜRER - Judaea under Roman Governors In: The history of the Jewish people in the age of Jesus Christ Vol. I 1987 Edinburgh Ed. Matthew Black F.B.A. pp. 357-398.
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    66 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE En théorie, la législation romaine est assez simple puisqu'elle s'appuie sur ces deux grands principes: 1) le gouverneur d'une province impériale reçoit pleine autorité sous la forme d'un imperium que l'empereur lui délègue (en en fixant les limites), ce qui lui permet de le représenter dans sa province; et 2) le Sénat romain accepte la législation des peuples conquis (pour des raisons pragmatiques de manque de personnels), mais se réserve la juridiction criminelle. En pratique, évidemment, les rapports administratifs et juridiques entre les différentes autorités se compliquent pour les raisons suivantes:  Les gouverneurs des petites provinces (comme la Judée) sont principalement désignés, jusqu'à Claude, par le titre de préfet plutôt que par le titre de procurateur. En fait, ils cumulaient les deux charges, celle de préfet représentant un pouvoir administratif par l'exercice d'une juridiction civile et criminelle, et celle de procurateur représentant les intérêts financiers et fiscaux de l'empereur. Pilate était donc un procurateur-préfet.  Les gouverneurs n'avaient officiellement de comptes à rendre qu'à l'empereur, mais deux situations faisaient exception. Pour des raisons stratégiques, dans une grande région comme celle d'Orient, l'empereur pouvait nommer un légat spécial en le munissant d'un imperium particulier associé à des instructions écrites (mandata). Dans cette situation, les gouverneurs de Syrie et de Judée devaient coopérer avec ce légat impérial en Orient8 (l'interprétation des instructions de l'empereur pouvait cependant engendrer des conflits)9. Lucius Vitellius, en tant que légat d'Orient10, a pu révoquer Pilate11. Une deuxième situation pouvait faire exception, celle de la vacance du pouvoir. Tibère, par exemple, se retira (en 27) dans l'île de Capri et laissa la gestion des affaires à Séjan, préfet du prétoire12 qui était ainsi pratiquement corégent13. En 33 de notre ère, Pilate pouvait donc être interpellé soit par Vitellius, légat d'Orient, soit par Macron, nouveau préfet du prétoire (Séjan ayant été exécuté pour trahison le 18 octobre 31).  Une province était normalement dirigée par un gouverneur, mais l'empereur pouvait nommer un gouverneur tout en lui demandant de rester à Rome ou bien en l'envoyant tout en conservant l'ancien (avec vraisemblablement une mission différente)14.  Les proconsuls étaient théoriquement des collègues de l'empereur et pouvaient, à ce titre, intervenir auprès des gouverneurs, notamment en cas de problèmes juridiques15. 8 TACITE -Annales XV:25. 9 Comme celui entre Germanicus Caesar, Cnaeus Calpurnius Piso et Valerius Gratus, voir TACITE -Annales II:43. 10 TACITE -Annales VI:32. 11 Antiquités juives XVIII:88-89. 12 Y. PERRIN, T. BAUZOU – De la Cité à l'Empire : histoire de Rome Paris 2004 Éd. Ellipses p. 295. 13 VELLEIUS PATERCULUS –Histoire romaine II:127. 14 TACITE -Annales I:80; VI:27. 15 F. HURLET – Le proconsul et le prince d'Auguste à Dioclétien Paris 2006 Éd. Ausonius pp. 309-314.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 67 Le cas le plus complexe était celui de la Judée puisque deux juridictions très différentes se chevauchaient: celle du préfet et celle du grand prêtre. La situation de la région était la suivante (en 33):  Pomponius Flaccus, gouverneur de Syrie, résidait à Antioche et disposait de 4 légions (de 5000 à 6000 soldats chacune)16. Les villes d'Azot, Jamnia et Phasaëlis , attribuées par Hérode à Salomé sa sœur17, avaient été rattachées ensuite à la province de Syrie.  Hérode Philippe, tétrarque de Batanée, de Trachonitide, d'Auranitide, de Gaulanitide et d'Iturée résidait à Césarée de Philippe et disposait d'une troupe de soldats utilisés comme policiers ou douaniers. Ces soldats pouvaient être réquisitionnés par les gouverneurs en cas de guerre et intégrés comme troupe auxiliaire à côté des légions (au moins jusqu'en 47 de notre ère, puisqu'après cette date les Juifs en sont exemptés)18.  Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée, résidait à Tibériade. Comme Hérode Philippe, il disposait lui aussi d'une troupe de soldats (juifs) qu'il a utilisée, par exemple, comme escorte lors de son voyage à Jérusalem19.  Pilate, préfet de Judée, résidait habituellement à Césarée et disposait de 5 cohortes (de 500 à 600 soldats chacune) et d'un escadron de cavalerie20 pour faire régner l'ordre dans sa province. Ces soldats étaient soit des Romains, soit des Samaritains recrutés à Sébasté21. Le texte des Actes22 mentionne vraisemblablement la Secunda Italica Civium Romanorum ainsi que la Prima Augusta qui stationnait à Jérusalem. 16 Légions: VI Ferrata, X Fretensis, III Gallica, XII Fulminata (après 18). 17 Antiquités juives XVII:189. 18 Antiquités juives XIV:202-204. 19 Luc 23:7-11. 20 Antiquités juives XIX:365. Escadron de cavalerie nommé Ala I Gemina Sebastenorum. 21 Guerre des Juifs II:52. 22 Actes 10:1; 21:31-32; 27:1.
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    68 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE  Caïphe, grand prêtre, résidait à Jérusalem et disposait d'une police du Temple dirigée par des capitaines23 et d'une troupe de soldats24 (juifs) utilisés comme policiers pour les affaires criminelles ou comme douaniers pour les affaires fiscales. Les gardiens du Temple étaient sous la direction d'un capitaine25. Le terme grec stratègos "capitaine" est la traduction du terme hébreu sagan apparaissant dans l'Ancien Testament26.  Anne, ancien grand prêtre, résidait à Jérusalem et faisait partie du Sanhédrin en tant que grand prêtre honoraire. Il a probablement rencontré Jésus lorsque celui-ci, âgé de 12 ans, était monté au Temple pour célébrer la Pâque27. La coexistence de plusieurs grands prêtres28 était anormalement fréquente au 1er siècle29 (de 6 à 66). Lorsque ces personnages se retrouvent à Jérusalem pour la célébration de la Pâque, ils sont tous sous l'autorité de Pilate, Hérode Antipas, par exemple, n'étant plus qu'une personne privée. Les Juifs restent toutefois sous l'autorité morale du grand prêtre, y compris ceux de la diaspora. La situation la plus complexe (qui a fait couler beaucoup d'encre) était celle d'une infraction religieuse, car le droit criminel romain était peu explicite30 dans ce domaine. Ce cas particulier d'un crime religieux engendre deux questions: Le Sanhédrin était-il habilité par Rome à condamner à la peine capitale, et avait- t-il le droit de l'exécuter? Brown, après avoir examiné dans le détail cette question complexe, aboutit à cette conclusion: Les Romains autorisèrent les Juifs à condamner à mort dans certains cas évidents d'infractions religieuses, par exemple la violation des interdits concernant la circulation dans certaines zones du Temple et peut-être l'adultère. Au-delà de cette sphère religieuse déterminée, les autorités juives étaient supposées transmettre les affaires aux Romains, qui décidaient de prononcer et d'exécuter ou non une sentence de mort31. Sur quels éléments repose cette conclusion? LE DROIT CRIMINEL EN JUDEE DANS LES ANNEES 30 Lorsque Archélaüs, ethnarque de Judée, fut destitué par Quirinius (en 6), sa province passa sous l'autorité de Coponius, premier préfet de Judée, qui reçut les pleins pouvoirs (imperium) y compris la juridiction capitale32. Sous le royaume hérodien, le Sanhédrin possédait aussi ce droit à la peine de mort33, et cette juridiction religieuse était 23 Luc 22:4; Actes 5:21-26. 24 Luc 3:14. 25 Guerre des Juifs VI:294; Antiquités juives XX:131, 208. 26 Esdras 9:2; Néhémie 2:16. 27 Luc 2:41-46. 28 Nombres 35:25. 29 Guerre des Juifs II:243. 30 A l'exception de la loi sur les cultes illicites (superstitio illicita), mais la religion juive était reconnue par Rome comme licite. 31 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ. Paris 1994 Éd. Bayard p. 426. 32 Guerre des Juifs II:117, 167; Antiquités juives XVIII:1-2. 33 Antiquités juives XIV:177; XV:173.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 69 une particularité des royaumes juifs34. Cette exception fut entérinée par Rome35, comme le rappellent Flavius Josèphe et Philon, auteurs juifs du 1er siècle. Ils précisent aussi que cette juridiction religieuse spéciale était perçue comme un privilège36. Selon le Talmud de Jérusalem: On enseigne: 40 ans avant la ruine du Temple, on enleva [aux Juifs] les jugements de peine capitale. Du temps de Shiméon ben Shetah on leur enleva les jugements en matière pécuniaire (Sanhédrin 18a)37. Ces deux événements importants se sont déroulés sous la juridiction romaine38: le premier en 30 puisque le Temple a été détruit en 70, et le second en -65, au tout début de l'administration romaine de Syrie39, car Shiméon ben Shetah, maître à l'époque du second Temple, enseigna sous les règnes d'Alexandre Jannée (103-76) et de Salomé Alexandra (76-67), ce qui situe donc la fin de l'indépendance pécuniaire des Juifs vers -65. Le Talmud ne donne pas la raison de la disparition de la peine capitale qui avait été accordée jusqu'alors au Sanhédrin et n'indique pas non plus si cela concernait tous les crimes civils (meurtres, adultères, infanticide, etc.) et religieux (sacrilège, blasphème, etc.), ou seulement les crimes civils. La perte du droit à la peine capitale par le Sanhédrin en 30 est donc située sous la légation de Pilate (26-36). Plusieurs indices suggèrent que cet incident est lié à l'attaque de Jésus contre les changeurs du Temple40, au début de son ministère41 en 30, car la famille possédante d'Anne était corrompue, et l'intervention de Jésus a révélé un scandale qui a dû pousser Pilate à restreindre les pouvoirs judiciaires du Sanhédrin. Le Talmud de Babylone42 critique les prêtres de la maison d'Anne [Hanin] à cause de leurs conspirations et rapporte que les éventaires de produits des fils d'Anne [Hanan] (qui étaient sur le mont des Oliviers) furent détruits vers 67 parce que leurs propriétaires ne payaient pas la dîme — ils étaient peut-être impliqués dans la hausse excessive du prix de tout ce qui était nécessaire au sacrifice du Temple. Flavius Josèphe relate: Quand Albinus fut arrivé à Jérusalem, il mit tout son zèle et toute sa diligence à pacifier le pays en faisant périr la plupart des sicaires. Mais de jour en jour le grand pontife Ananias [fils d'Anne] croissait en réputation et obtenait de façon éclatante l'affection et l'estime de ses concitoyens: en effet, il savait donner de l'argent et il essayait quotidiennement de faire sa cour par des présents à Albinus et au grand pontife. Il avait des serviteurs très pervers qui s'adjoignaient les 34 Contre Apion II:184-188. 35 Le pouvoir judiciaire du grand-prêtre est entériné par Rome dès -142 (1Maccabées 15:16-21). 36 Antiquités juives XVI:174; Legatio ad Caium 307-308. 37 J. BONSIRVEN - Textes rabbiniques des deux premiers siècles Roma 1985 Ed. Pontifico Istituto Biblico p. 503. 38 J.P. LEMONON - Ponce Pilate Paris 2007 Éd. De l'Atelier pp. 76-81. 39 Qui débuta avec le proquesteur propréteur Marcus Aemilius Scaurus (65-62). 40 R.E. BROWN – La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ. Paris 1994 Éd. Bayard pp. 403, 467. 41 Jean 2:13-17. 42 Pesahim 57a; Baba Mesia 88a; Tosephta Menahot 13:21-22.
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    70 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE hommes les plus audacieux pour fondre sur les aires et prendre de force la dîme des prêtres, non sans frapper ceux qui ne la leur cédaient pas43. De plus, le Talmud de Babylone44 établit un lien entre l'expulsion du Sanhédrin, 40 ans avant la destruction du Temple (en 70), et les malversations de la famille d'Anne. Ces faits, même dépeints à travers les préjugés pharisiens, expliquent l'enchaînement logique: 1) Jésus dévoile au grand jour une extorsion financière orchestrée par Anne, ancien grand prêtre; 2) la révélation de ce scandale pousse Pilate à intervenir pour calmer les Juifs spoliés en plaçant les pouvoirs judiciaires du Sanhédrin sous son contrôle; 3) suite à cet incident, Anne a vraisemblablement dû garder rancune contre Jésus; 4) Pilate, dans un souci d'apaisement, instaure peut-être à cette époque la coutume de libérer un prisonnier pour la Pâque. Si Pilate, à partir de 30 de notre ère, contrôle la juridiction criminelle civile (notamment les exécutions), il laisse toutefois la juridiction religieuse sous la responsabilité du Sanhédrin pour deux raisons: les Romains n'avaient aucune compétence juridique pour apprécier les crimes religieux juifs, comme le sacrilège ou le blasphème, et il n'était pas nécessaire de supprimer de telles prérogatives, car cela aurait inutilement irrité les Juifs et peut-être déclenché une révolte. La compétence du Sanhédrin45 correspondait à celle d'une Cour suprême religieuse et s'étendait par conséquent sur l'ensemble des Juifs46, soit bien au-delà de la Judée (après la destruction de Jérusalem en 70, le Sanhédrin a cessé d'exister sous sa forme antérieure). Les crimes religieux faisant encourir la peine capitale étaient peu nombreux, essentiellement le blasphème et le sacrilège. Le blasphème consistait à maudire Dieu en le nommant, crime codifié dans la loi de Moïse; le coupable devait être lapidé à mort à l'extérieur du camp47. Cette procédure fut, par exemple, injustement appliquée pour exécuter Naboth48. Le sacrilège consistait dans la profanation des ustensiles du Temple49. Par exemple, dans la citation d'une lettre d'Agrippa Ier (41-44) à Caius, Philon explique que l'entrée dans le Saint des Saints par un Juif, fut-il prêtre ou même grand prêtre lorsqu'il n'y est pas expressément autorisé, constitue un crime passible d'une mort sans appel50. Flavius Josèphe51 rapporte qu'un soldat romain (vers 50) qui avait déchiré et jeté au feu la Sainte Loi avait été 43 Antiquités juives XX:204-207. 44 Sanhédrin 41a; Sabbat 15a; Aboda Zara 8b, Tosephta Menahot 13:21-22. 45 E. SCHÜRER - The Great Sanhedrin in Jerusalem in: The history of the Jewish people in the age of Jesus Christ Vol. II 1986 Edinburgh Ed. Matthew Black F.B.A. pp. 199-226. J. MASSONNET - Sanhédrin In: Dictionnaire de la Bible, Supplément Paris 1991 Ed. Letouzey & Ané pp. 1357-1413. 46 Actes 9:2: 22:5: 26:12. 47 Lévitique 24:14-16. 48 1Rois 21:13,14. 49 Nombres 4:15. 50 Legatio ad Caium 306-307. 51 Guerre des Juifs II:229-231.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 71 condamné à mort sur la demande des Juifs par le procurateur Cumanus à cause de cette profanation. Flavius Josèphe52 met ces paroles dans la bouche de Titus: N'est-ce pas vous [Juifs] qui avez intercalé des stèles gravées en caractères grecs et latins, proclamant que personne ne doit franchir ce parapet [du Temple]? Ne vous avons-nous pas permis de mettre à mort ceux qui le franchissent, fussent-ils Romains?. Le texte de Josèphe mentionne là un droit exceptionnel à la peine capitale et non un droit au lynchage comme certains le prétendent, car les Juifs étaient extrêmement légalistes. Les textes évangéliques confirment ce point. Durant l'occupation romaine, le Sanhédrin avait légalement le droit de mettre à mort pour un crime religieux: J'ai persécuté à mort cette Voie, chargeant de chaînes et jetant en prison hommes et femmes, comme le grand prêtre m'en est témoin, ainsi que tout le collège des anciens. J'avais même reçu d'eux des lettres pour les frères de Damas (...) Pour moi donc, j'avais estimé devoir employer tous les moyens pour combattre le nom de Jésus le Nazaréen. Et c'est ce que j'ai fait à Jérusalem; j'ai moi-même jeté en prison un grand nombre de saints, ayant reçu ce pouvoir des grands prêtres, et quand on les mettait à mort, j'apportais mon suffrage53. Le Sanhédrin pouvait donc non seulement condamner à mort pour un crime religieux, mais aussi exécuter la sentence comme cela ressort du dialogue entre Pilate et le Sanhédrin au moment du procès de Jésus: Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit: Quelle accusation portez-vous contre cet homme? Ils lui répondirent: Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre Loi [Pilate considère donc qu'il s'agit d'un crime religieux et rappelle aux Juifs qu'ils peuvent le condamner sans lui] Les Juifs lui dirent: Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort [Pilate n'avait nul besoin que des Juifs lui expliquent la loi, mais par cette remarque il comprend qu'il s'agit d'un crime civil qui est par conséquent sous sa juridiction] Lorsqu'ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant: Crucifie-le! Crucifie-le! Pilate leur dit: Prenez-le, vous, et crucifiez-le; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation [Pilate refuse de nouveau le classement du crime dans le registre civil comme les Juifs le souhaitent, mais, s'agissant d'un crime religieux, il considère que c'est à eux de le juger et de l'exécuter. Cela prouve que Pilate leur reconnaît le droit de mettre à mort pour ce type de crime]. Les Juifs lui répliquèrent: Nous avons une Loi et d'après cette Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait fils de Dieu [Les Juifs reconnaissent enfin qu'il s'agit effectivement d'un crime religieux, mais en lui dévoilant la nature extraordinaire du "délit", ils jouent sur le côté superstitieux du Romain et font aussi référence à la loi romaine sur les cultes illicites qui avait permis, par exemple, de mettre à mort Socrate]. Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé54. Les Juifs ont d'ailleurs essayé à diverses reprises d'utiliser la loi romaine sur les cultes illicites (supertitio illicita) pour faire condamner à mort 52 Guerre des Juifs VI:125-126; Antiquités juives XV:417 53 Actes 22:4-5; 26:9-10. 54 Jean 18:29-31; 19:6-8.
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    72 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE les Judéo-chrétiens55: Alors que Gallion était proconsul d'Achaïe, les Juifs se soulevèrent d'un commun accord contre Paul et l'amenèrent devant le tribunal en disant: Cet individu cherche à persuader les gens d'une manière contraire à la loi [culte illicite]. Paul allait ouvrir la bouche, quand Gallion dit aux Juifs: S'il était question de quelque délit ou méfait [crime civil], j'accueillerais, Juifs, votre plainte, comme de raison. Mais puisqu'il s'agit de contestations sur des mots et des noms de votre propre loi [crime religieux] à vous de voir! Être juge, moi, en ces matières je m'y refuse. Les motifs pour mettre légalement à mort Jésus, ou les premiers Judéo-chrétiens, étaient en nombre limité et se trouvent résumés par: Paul se défendait: Je n'ai, disait-il, commis aucune faute contre la Loi des Juifs [crime de blasphème], ni contre le Temple [crime de profanation], ni contre César [crime de lèse-majesté]56. Cette charge de crimen laesae majestis a été invoquée contre Jésus mais Pilate avait d'abord considéré qu'elle était inappropriée57. La loi intitulée Lex Julia majestis, promulguée en -48, considérait comme crime toute activité contre la souveraineté de Rome. Le crime de blasphème est encore plus subtil. En toute rigueur le blasphème consistait à "injurier Dieu en le nommant", selon Lévitique 24:16, ce qui était très rare. En effet, le nom de Dieu [YHWH]58 était encore connu à cette époque, puisque Flavius Josèphe écrit: Le grand prêtre avait la tête couverte d'une tiare de lin fin bordée d'un liseré violet, et entourée d'une autre couronne, en or, qui portait en relief les lettres sacrées [YHWH]: ce sont quatre voyelles [IOUA]59. Ce nom était toutefois peu prononcé. Philon, philosophe juif du 1er siècle (-15, 50), précise dans son livre sur la vie de Moïse: Il y avait aussi une plaque d'or travaillée en forme de couronne et portant les quatre caractères gravés [YHWH] d'un nom que seuls avaient le droit d'entendre et de prononcer dans les lieux saints ceux dont l'oreille et la langue avaient été purifiées par la sagesse, et personne d'autre et absolument nulle part ailleurs (...) Sur le turban se trouve la plaque d'or, sur laquelle sont imprimées les gravures des quatre lettres qui forment, est-il dit, le nom de Celui qui est, vu que sans l'invocation de Dieu rien de ce qui existe ne peut tenir debout60. La prononciation du nom de Dieu fut licite jusqu'au milieu du 2e siècle de notre ère; après cette date, le rabbin Abba Shaül61 spécifiera (vers 130-160) que celui qui "prononce le Nom selon ses lettres" n'aurait pas part au monde à venir. L'expression "prononcer le Nom selon ses lettres" signifie prononcer le Nom comme il s'écrit ou selon le son de ses lettres, ce qui est différent d'épeler le nom selon ses lettres. En effet, il était autorisé d'épeler le nom YHWH selon ses lettres (puisque le Talmud lui-même le fait), c'est-à-dire 55 Actes 18:14-16; 23:27-30; 25:15-20. 56 Actes 25:8. 57 Luc 23:13,14. 58 Ce nom de 4 lettres YHWH est appelé le Tétragramme. 59 Guerre des Juifs V:235. 60 De vita Mosis, II, 114-132. 61 Sanhédrin 101a; 10:1.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 73 en hébreu Yod, He, Waw, He; par contre, il était interdit de le prononcer selon ces mêmes lettres. Le nom hébreu YHWDH, par exemple, se prononce IOUDA (Juda) selon ses lettres et s'épelle: Y, H, W, D, H; de même, le nom YHWH se prononce IOUA62 et s'épelle Y, H, W, H. En fait, les Juifs décomposaient le blasphème biblique "injurier Dieu en le nommant" en deux parties: 1) "injurier Dieu" par des paroles blasphématoires (apostasie), puis 2) "nommer Dieu". Pour éviter que les témoins d'un blasphème dans ce type de procès ne deviennent eux-mêmes des blasphémateurs en rapportant les paroles injurieuses ou blasphématoires et en utilisant le nom de Dieu, ils devaient le remplacer par une expression convenue d'avance comme "Yosé frappe Yosé" (Yosé étant un nom de 4 lettres remplaçant le nom de Dieu)63. Le procès d'Étienne en est une bonne illustration. La procédure suivie pour le procès d'Étienne, décrite dans le chapitre 6 du livre des Actes, est similaire à celle du procès de Jésus. Tout d'abord, Étienne est accusé de "paroles blasphématoires". Il est donc conduit devant le Sanhédrin pour être jugé (Actes 6:11-12). Les "paroles blasphématoires" sont en fait de l'apostasie (Actes 6:14), ce qui est le prétexte habituellement retenu contre un blasphémateur potentiel (Actes 21:21). Il s'agit bien d'un procès officiel et non d'un lynchage organisé, car Paul était présent à ce procès (Actes 7:58- 8:1) en tant que "commissaire" du Sanhédrin (Actes 26:9-10). Étienne, s'il était condamné comme apostat, risquait soit la prison (Actes 8:3), soit la flagellation (Actes 22:19-20 ) soit l'excommunication (Jean 12:42), mais pas la peine capitale. Pour réfuter l'accusation d'apostasie qui pesait sur lui, Étienne va rappeler qu'il adhérait toujours aux enseignements de la foi juive en citant, entre autres, le célèbre épisode du buisson ardent qui contient la révélation du Nom (Actes 7:30-33), ce qui l'a amené à utiliser plusieurs fois le nom de Dieu (Actes 7:31, 33, 49). Le fait d'utiliser le nom divin n'était pas répréhensible en soi, mais l'utiliser dans un procès pour blasphème avant le verdict final transformait l'accusation de "paroles blasphématoires" en "blasphème", selon le Talmud (Sanhédrin 7:5), ce qui entraînait automatiquement une exécution par lapidation, et c'est ce qui se produisit effectivement (Actes 7:58). Certains ont cru qu'Étienne avait blasphémé lorsqu'il a mentionné le "Fils de l'homme debout à la droite de Dieu" (Actes 7:56), mais cela ne correspond pas à la définition juive du blasphème. De plus, l'interdiction de citer Jésus existait déjà (Actes 4:18; 5:28), mais la peine encourue dans ce cas était uniquement la flagellation (Actes 5:40) et pas 62 Ce nom a été utilisé par plusieurs hébraïsants dans leur traduction latine de la Bible: Agostino Giustiniani en 1516, Sébastien Casteillon en 1551, Augustin Crampon en 1856, etc. Cette forme Ioua avait l'inconvénient d'être proche du nom latin Ioue (Jupiter), ce qui pouvait entraîner des confusions. Ainsi l'historien latin Valerius Maximus écrivait que le préteur Cornelius Hispalus avait expulsé (en -139) des Juifs qui avaient essayé de corrompre des Romains par un culte à Sabazi [Sabaoth] Iouei. Le célèbre Augustin d'Hippone (354-430) croyait lui aussi que les Juifs avaient adoré le dieu Ioue dans le passé (De consensu evangelistarum). Philon de Byblos, lorsqu'il a traduit en grec son Histoire phénicienne (au début de notre ère), a transcrit Iéüô le nom de Dieu. Joachim de Flore (en 1195) utilisait la forme Ieue (Expositio in Apocalypsim), mais l'érudit polyglotte Nicolas de Cues (en 1445) argumentait pour Ieoua (sermo XLVIII dies sanctificatus). 63 Sanhédrin 7:5.
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    74 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE la mort. Cette sanction a été souvent appliquée (Actes 22:19) sur les chrétiens d'origine juive (mais pas sur les autres chrétiens considérés comme païens par le Sanhédrin). On a cru aussi que la lapidation d'Étienne avait été un lynchage (voir Luc 4:29) parce que les témoins hurlent et se mettent les mains sur les oreilles avant de le lapider (Actes 7:58). C'est oublier que les membres du Sanhédrin, et plus particulièrement Paul qui se voulait irréprochable (Philippiens 3:6), étaient tous des légalistes et n'auraient pas permis une telle infraction. Le procès s'est d'ailleurs terminé par la déposition des vêtements déchirés des témoins aux pieds de Paul (Actes 7:58), ce qui indique que les témoins avaient validé la condamnation du blasphème en déchirant leurs vêtements comme l'exigeait la tradition (Isaïe 36:22). Le fait que les témoins étaient en colère lors du procès prouve seulement qu'ils étaient violents (Actes 8:3) et qu'ils avaient été fortement contrariés par les paroles piquantes d'Étienne (Actes 7:51-54). Au 1er siècle, la colère n'est pas illégale (Éphésiens 4:26), mais seulement déconseillée (Jacques 1:19,20). La définition des crimes religieux nécessitait une interprétation de la Torah qui empêchait les Romains d'y prendre part. Ils considéraient tout cela comme une simple querelle sur des mots et des noms (Actes 18:15). Pour contourner cette difficulté, les Juifs ont donc transformé les accusations de blasphème ou d'apostasie, non recevables par la loi romaine, en accusation d'introduction d'un culte illicite (Actes 16:21; 17:18; 18:13), la seule loi romaine à traiter du crime religieux. Pour résumer quelques cas de figure: Cas Crime: Peine encourue: Autorité concernée: 1 Meurtre d'un romain. Peine capitale. Gouverneur 2 Crime commis par un Juif: homosexualité, Peine capitale. Sanhédrin pour le jugement bestialité, idolâtrie, sorcellerie, etc. mais, après 30, gouverneur pour (Sanhédrin 7:4). l'exécution. 3 Meurtre d'un Juif par un Romain. Peine capitale. Gouverneur 4 Religion illicite d'un Romain. Bannissement ou peine capitale. Gouverneur 5 Sédition contre les autorités romaines. Peine capitale. Gouverneur 6 Sédition contre les autorités juives. Flagellation et excommunication Sanhédrin 7 Profanation du Temple. Peine capitale. Sanhédrin 8 Paroles blasphématoires (apostasie). Flagellation et excommunication Sanhédrin 9 Blasphème. Peine capitale. Sanhédrin Il est évident que le crime de sédition, comme le blasphème ou l'apostasie, ouvrait une large place à l'interprétation64. Tout désordre pouvait en effet être perçu comme une révolte (Actes 19:40). Lorsqu'un Juif était en plus citoyen romain, l'application de la loi devenait un véritable casse-tête car il fallait définir sous quelle juridiction (juive ou romaine) l'affaire devait être jugée, et cela en fonction du délit qui était lui-même soumis à 64A.Y. COLLINS - The Charge of Blasphemy in Mark 14.64 in: Journal for the Study of the New Testament 26:4 (2004) pp. 381-401.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 75 l'interprétation du magistrat. Sous ce rapport, le cas de Paul est édifiant. D'abord accusé d'apostasie par les Juifs (Actes 21:21, cas 8), puis de profanation du Temple (Actes 21:28, cas 7) interprétée comme une sédition contre les autorités romaines (Actes 21:38, cas 5), et de nouveau d'apostasie (Actes 22:22-25, cas 8). Comprenant qu'il était condamné d'avance dans un procès devant le Sanhédrin, Paul invoque sa citoyenneté romaine pour être jugé par le gouverneur (Actes 22:26-29) ,ce qui posait problème car le motif religieux retenu n'avait plus aucune valeur sous la juridiction romaine (Actes 23:28-30). Pour sortir de cet imbroglio juridique, Paul en appelle à César comme il en avait le droit (Actes 25:11,12), sachant que sa condamnation devenait impossible (Actes 25:27; 26:32). ANALYSE JURIDIQUE DU PROCES DE JESUS Le procès de Jésus, bien que très documenté par les quatre évangélistes, est souvent présenté comme contradictoire, voire illicite ou impossible, par les commentateurs modernes. La reconstitution chronologique des événements permet cependant d'en constater la cohérence et la vraisemblance. L'élément déclencheur est situé le lundi 10 Nisan 33 quand Jésus renverse les tables des marchands du Temple en dénonçant leur corruption, ce qui déclenche une soif insatiable de vengeance de la part des grands prêtres65. Le lendemain, Jésus dénonce aussi l'avidité mercantile des scribes qui s'associent alors aux grands prêtres pour trouver un moyen de le tuer66 (toutefois, ils souhaitent le faire en dehors de la fête de Pâque, qui était proche, à cause de la popularité de Jésus). Il est possible que Judas Iscariote se soit senti visé par ces attaques, car il était lui-même corrompu67, ce qui expliquerait sa traîtrise ultérieure (Judas n'envisageait sans doute qu'un procès pour rébellion contre le Temple). Le Sanhédrin voulait éviter une arrestation pendant la Pâque à cause d'un éventuel tumulte, mais la collaboration inattendue de Judas a dû accélérer leur projet: Or Judas, qui le trahissait, connaissait aussi l'endroit, car Jésus s'y était souvent trouvé en compagnie de ses disciples. Judas donc ayant pris la troupe et des gardes des grands prêtres et des pharisiens, vint là avec lanternes, torches et armes (...) Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre (...) la troupe et le tribun et les gardes des Juifs se saisirent de Jésus et le lièrent. Et ils le conduisirent d'abord chez Anne; car il était beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là68 (Pirot Clamer). Judas n'a dirigé la troupe de soldats qu'en tant que guide ou éclaireur, car il y avait un tribun militaire (chiliarque littéralement "chef de 1000") à leur tête. Ce tribun était vraisemblablement juif 65 Marc 11:15-18. 66 Marc 12:38-40; 14:1-2. 67 Jean 12:6. 68 Jean 18:2-13.
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    76 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE plutôt que romain. En effet, s'il avait été romain, les grands prêtres auraient dû demander l'autorisation au préfet pour diriger cette opération de police. Or, Pilate ignorait l'existence de Jésus à ce moment, comme le prouvent ses questions du lendemain matin et son refus initial de s'occuper de cette affaire69. Le tribun et la troupe ont donc vraisemblablement été mis à la disposition du Sanhédrin par le roi Hérode Antipas (les termes militaires utilisés pour désigner les soldats sont les mêmes, qu'ils soient juifs ou romains)70. Le nombre de soldats pour arrêter Jésus semble élevé (entre 500 et 600), mais les autorités juives craignaient sans doute de rencontrer une vive opposition des partisans de Jésus estimés à 120 personnes à cette époque71. Pierre, juif pieux, disposait paradoxalement d'une épée, ce qui était considéré comme légitime à cause du brigandage72 (principe d'autodéfense). La présence de l'épée était en fait destinée à illustrer le principe de neutralité chrétienne dans les luttes armées et non le principe d'autodéfense73. Ce refus d'utiliser les armes permettra à Jésus de réfuter l'accusation ultérieure de sédition. Jésus est d'abord conduit chez Anne pour un interrogatoire sur son enseignement. Cette première audition étant infructueuse, Jésus est ensuite conduit chez Caïphe pour un interrogatoire officiel. L'accusation initiale concerne une éventuelle profanation du Temple (qui est passible de la peine capitale), mais les témoins cités se contredisent. Caïphe propose ensuite une nouvelle accusation sur les propos blasphématoires74 de "Christ, Fils de Dieu". Jésus avait déjà réfuté cette accusation de "Fils de Dieu" que les Juifs considéraient comme blasphématoire75. Si elle était validée, il risquait cette fois l'excommunication76. En fait, Caïphe voulait à tout prix prononcer la peine de mort et s'attendait à ce que Jésus utilise le nom de Dieu dans sa défense, ce qui aurait transformé les "paroles injurieuses ou blasphématoires" en "blasphème" (crime passible de mort par lapidation). Conformément à la procédure juive77, Caïphe a employé des substituts peu usités du nom divin comme: "le Béni" ou "le Dieu vivant", pour éviter d'être lui-même un complice du blasphème. La suite du procès pourrait laisser croire que le piège du grand prêtre a fonctionné: Jésus lui dit: Tu l'as dit. Seulement je vous le dis, à partir de maintenant, vous78 reverrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Toute-Puissance et venant sur les nuées du ciel! Alors le grand prêtre déchira 69 Luc 23:3-7; Jean 18:29. 70 Antiquités juives XVII:215. 71 Actes 1:15. 72 Antiquités juives XVIII:319-323. 73 Luc 22:35-38; Matthieu 26:52. 74 Matthieu 26:59-63. 75 Jean 10:31-36. 76 Jean 9:22. 77 Sanhédrin 7:5. 78 Le "vous" désigne les membres du Sanhédrin qui reverront Jésus au ciel. Un être céleste n'étant pas visible, le texte vise une perception et non une vision littérale. En fait, les membres du Sanhédrin ont perçu Jésus au ciel à la Pentecôte puisqu'à partir de ce moment les disciples vont leur expliquer qu'ils voyaient effectivement Jésus à la droite de Dieu (Actes 7:56).
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 77 ses vêtements et dit: Il a blasphémé! Que vous en semble? Ils répondirent: Il mérite la mort!79. En fait, le piège a échoué car si Jésus a reconnu indirectement être le Fils de Dieu, il n'a utilisé qu'un substitut du nom de Dieu (la Toute-Puissance). Légalement, il pouvait avoir "blasphémé" contre les hommes en affirmant sa filiation divine, mais il n'avait pas "blasphémé contre Dieu". Cette interprétation du blasphème était délicate, comme cela ressort de l'explication de Philon80: La loi suivante fut promulguée: celui qui maudira Dieu, qu'il porte le poids de son péché. Celui qui prononcera le nom du Seigneur, qu'il meure (...) pour qu'aucun des disciples de Moïse ne s'habitue à traiter à la légère, d'une façon générale, le nom de Dieu. Car cette appellation est digne du plus grand respect et du plus grand amour. Et si quelqu'un, je ne dis pas blasphème le Seigneur des hommes et des dieux, mais ose prononcer son nom hors de propos, qu'il subisse comme peine la mort (...) Et après cela, nous jugerions dignes de pardon ceux qui par le fait d'une langue négligente, prononcent hors de raison et traitent comme mot superflu le nom le plus saint, le nom divin?. Par contre, le piège tendu à Jésus fonctionnera avec Étienne et d'autres Judéo-chrétiens que Paul forcera à blasphémer, selon Actes 26:10,11. Le dernier cas connu est celui de Jacques, le frère de Jésus, lapidé en 62 (Antiquités juives XX:200). En déchirant ses vêtements, le grand prêtre81 voulait forcer le jugement de blasphème, mais sa question "Que vous en semble?" trahit son manque de conviction. Dans le procès d'Étienne, le texte des Actes précise que les témoins avaient déchiré leurs vêtements, validant ainsi l'accusation de blasphème, alors que les membres du Sanhédrin se sont contentés de répondre "Il mérite la mort" et non "Il doit être lapidé" (ce qui était la condamnation habituelle pour ce genre de crime). Jésus ne sera donc pas lapidé. Le compte-rendu du procès dans le Talmud, bien que partial, éclaire cette accusation manquée. Selon le Talmud82: Quarante jours auparavant [la condamnation était donc préméditée], le héraut avait crié: il s'en va à la lapidation parce qu'il a pratiqué la sorcellerie et qu'il a égaré Israël [Jésus a été condamné comme apostat et aurait dû être lapidé s'il avait été blasphémateur]: si quelqu'un a à parler en sa faveur, qu'il vienne et le dise. Mais comme on ne présenta rien en sa faveur, il fut pendu à la veille de Pâque [Jésus fut effectivement condamné le 14 Nisan vers 3 heures et exécuté à 12 heures, peu avant le sacrifice de Pâque, appelé offrande de paix, débutant à 15 heures]. Ulla objecta: Penses-tu qu'on pouvait parler en sa faveur? N'était-il pas un de ces séducteurs que l'Écriture (Dt 13:9) ordonne de ne pas épargner ? Pour Jésus, c'était tout autre parce qu'il avait des relations avec l'empire [c'est Pilate qui officiellement condamna Jésus, ce qui pouvait laisser croire à une sédition contre l'empire romain]. Nos maîtres enseignent: Jésus avait 5 disciples: Matthay, Nakay, Neser, Bouni et Toda [Jésus avait en fait 12 disciples]. 79 Matthieu 26:64-66. 80 De vita Mosis II:203-208. 81 La Loi de Moïse interdisait au grand prêtre de déchirer ses vêtements (Lévitique 21:10), mais il s'agissait de ses habits sacerdotaux (Lévitique 10:6) et non de ses vêtements ordinaires. 82 Sanhédrin 43a.
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    78 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Le plus controversé dans le procès de Jésus a été sa tenue durant un jour de fête, ce qui est considéré comme illégal dans le Talmud. Cette critique doit être nuancée, car la mise par écrit du Talmud n'a commencé qu'à partir de 200 de notre ère, et son contenu reflète principalement le point de vue pharisien (les sadducéens ayant disparu après la destruction du Temple, leur point de vue n'est qu'assez rarement cité). De plus, les interdictions concernant les peines capitales tombant les jours de sabbat ou de fête étaient débattues, et les interprétations n'étaient pas unanimes83. En supposant que le Talmud (Sanhédrin 4:1) ait transmis la loi telle qu'elle était appliquée au 1er siècle, le procès de Jésus ne l'a pas violée: Dans les jugements civils, celui qui a prononcé la condamnation peut ensuite gracier et inversement; dans les procès criminels celui qui a prononcé coupable, peut ensuite prononcer innocent, mais pas inversement. Les premiers se jugent le jour et peuvent se terminer la nuit; les seconds doivent se juger et se terminer de jour. Les jugements civils peuvent se terminer le même jour, soit pour gracier, soit pour condamner; les jugements criminels peuvent se terminer le même jour pour gracier, mais le lendemain, pour condamner: aussi bien on ne les juge pas la veille soit du sabbat, soit d'un jour de fête. Le procès de Jésus a commencé la nuit et s'est terminé le même jour pour "gracier", car il ne sera pas lapidé, et n'a donc pas enfreint la loi du Talmud. Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir. Et après l'avoir ligoté, ils l'amenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur84 (Bible de Jérusalem). N'ayant pu condamner Jésus pour blasphème, les autorités juives décident de ne pas le lapider, donc de le gracier, mais, pour atteindre leur objectif initial de le mettre à mort, les grands prêtres le livrent à Pilate en le présentant comme un "roi des Juifs" pour qu'il tombe sous l'accusation de crime de lèse majesté (se déclarer roi sans l'accord de Rome entraînait la peine de mort). Un tel crime ne pouvait cependant être jugé que par le gouverneur85. De plus, ce procès ne pouvait avoir lieu que le vendredi avant 15 heures, car un décret de César Auguste86 précisait que les Juifs ne devaient pas se présenter au tribunal le jour du sabbat (samedi), ni après la 9e heure (15 heures) le jour de la Préparation (vendredi). La procédure judiciaire en Palestine au 1er siècle était sensiblement la même que celle suivie en Égypte. Philon explique dans son De specialibus legibus que les Juifs égyptiens avaient leurs propres tribunaux, avec un ethnarque juif comme principal magistrat. Ils pouvaient juger leurs coreligionnaires en matière civile et criminelle selon leur propre loi. Mais, dans les crimes contre la société au sens large, l'accusé devait être traité selon les lois 83 E. MUNK, I. SALZER – La guemara: Sanhédrin. Paris 1974 Éd. C.L.K.H. pp. 162-170. 84 Matthieu 27:1-2. 85 Actes 24:1-5, 22-27. 86 Antiquités juives XVI:163.
  • 79.
    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 79 romaines. Quant à l'exécution, les tribunaux juifs pouvaient condamner à mort mais devaient demander l'approbation du pouvoir romain. Sur les questions religieuses [blasphème ou sacrilège] que les Romains ne considéraient pas comme capitales, il n'y avait apparemment pas toujours de réaction romaine quand des Juifs exécutaient un autre Juif87. Jésus fut condamné par le Sanhédrin pour paroles blasphématoires (se dire "Fils de Dieu" était considéré comme une apostasie) mais non pour blasphème. Il n'encourait donc que l'excommunication. Mais comme les grands prêtres voulaient l'éliminer, il fut livré au gouverneur avec un autre chef d'accusation, celui d'être "roi des Juifs" (se déclarer roi sans l'aval de Rome était un crime de lèse-majesté passible de mort), ce qui constituait un tournant. Alors Judas qui l'avait trahi vit qu'il [Jésus] était condamné. Pris de remords, il rapporta les 30 sicles d'argent aux princes des prêtres et aux anciens, disant: J'ai péché en livrant le sang innocent. Ils lui répondirent: Qu'est-ce que cela nous fait! C'est ton affaire. Alors, il jeta les sicles dans le sanctuaire, s'éloigna et alla se pendre88. Les princes ramassèrent l'argent et dirent: Il n'est pas permis de le mettre au trésor, puisque c'est le prix du sang. Après délibération, ils achetèrent le champ du potier pour sépulture des étrangers. Aussi ce champ fut-il appelé "le champ du sang" encore de nos jours. Alors s'accomplit la parole du prophète Jérémie89 qui disait: Ils ont reçu les 30 sicles, prix de celui qui a été mis à prix par les fils d'Israël, et ils les ont donnés pour le champ du potier, comme l'avait prescrit le Seigneur90. La condamnation de Jésus était devenu inéluctable à partir du moment où il était livré au gouverneur. Judas comprend alors qu'il a contribué à faire tuer Jésus (en hébreu "livrer le sang" signifie tuer91, et champ du sang" se comprend comme "champ du tué"). La somme de 30 sicles constituait une compensation pour de sérieuses blessures faites à un esclave92. Le 14 Nisan, au lever du jour, le Sanhédrin transfère Jésus devant Pilate. Ils menèrent donc Jésus de chez Caïphe au prétoire; c'était le matin. Mais eux n'entrèrent pas dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, mais de manger la pâque. Pilate vint donc dehors vers eux et dit: Quelle accusation portez- vous contre cet homme? Ils lui répondirent: Si ce n'était un malfaiteur nous ne l'aurions pas livré. Sur quoi Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre Loi. Les Juifs lui dirent: Il ne nous est pas permis de mettre à mort. Tout ceci afin que s'accomplît la parole par laquelle Jésus avait signifié de quelle mort il devait mourir93. Pilate donc rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit: Tu es le roi des Juifs? Jésus répondit: Est-ce de toi-même que tu dis cela ou d'autres te l'ont dit de moi? Pilate répliqua: Est-ce 87 Actes 12:1-4. 88 Le texte d'Actes 1:18 précise qu'après s'être pendu Judas est tombé la tête en avant et creva par le milieu, et que toutes ses entrailles se répandirent. La pendaison est sous-entendue au verset 16, car il renvoie au texte de Psaumes 41:9; or l'ami intime de David qui l'a trahi est Ahitophel, qui s'est effectivement pendu selon 2Samuel 17:23. 89 La citation prophétique provient en fait de Zacharie 11:12-13 et de Jérémie 32:6-15. Quand il s'agit d'une citation mixte, ce qui est le cas ici, seul le prophète le plus connu est cité. Par exemple, la citation mixte en Marc 1:2-3 provient de Malachie 3:1 et d'Isaïe 40:3. 90 Matthieu 27:3-10. 91 Genèse 4:10. 92 Exode 21:32. 93 Le texte de Matthieu 20:19 annonçait qu'il serait attaché à un poteau, traitement réservé aux "maudits" (Deutéronome 21:22,23).
  • 80.
    80 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE que je suis Juif moi? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi; qu'as tu fait? Jésus répondit: Mon royaume ne vient pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes gardes auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant ma royauté n'est pas d'ici. Pilate lui dit: Ainsi donc tu es roi? Jésus répondit: Tu le dis; je suis né et je suis venu en ce monde pour ceci: rendre témoignage à la vérité; quiconque est ami de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit: Qu'est-ce que la vérité? Ayant dit cela, il sortit de nouveau et leur dit: Quant à moi, je ne trouve contre lui aucun grief94. Les grands prêtres très légalistes, craignent que le palais du gouverneur contienne du levain95, ce qui les rendrait rituellement impurs et les empêcherait de manger la Pâque, non le repas pascal déjà consommé dans la nuit mais l'offrande de paix offerte au Temple à 15 heures. Pilate, estimant que c'est un crime religieux, demande au Sanhédrin de juger Jésus (il ignore donc que cela avait déjà été fait). En précisant qu'ils ne pouvaient le mettre à mort, les grands prêtres laissent entendre qu'il s'agit d'un crime civil et, donc, uniquement du ressort du gouverneur. Pilate se concentre alors sur l'accusation de "roi illégal" (Lex Iulia de maiestate), qui ne s'appliquait en toute rigueur qu'à un citoyen romain96; mais, comme Jésus ne la confirme pas directement, il considère qu'une absence d'aveu innocente le coupable, ce qui est conforme à la loi romaine97. Alors Pilate dit aux grands prêtres et aux foules: Je ne trouve aucune culpabilité en cet homme. Mais eux insistaient avec force en disant: Il soulève le peuple par sa prédication par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a débuté, jusqu'ici. A ces mots, Pilate demanda si l'homme était Galiléen et, apprenant qu'il était de la juridiction d'Hérode, il le renvoya à Hérode, qui était lui-même à Jérusalem, en ces jours-là. Or Hérode, à la vue de Jésus, se réjouit fort, car depuis longtemps il désirait le voir pour ce qu'il avait entendu dire de lui, et il espérait le voir accomplir quelque miracle. Il lui posa de nombreuses questions, mais il ne répondit rien. Les grands prêtres étaient là, qui l'accusaient avec violence. Hérode, de concert avec les soldats, le traita avec mépris et, se jouant de lui, il le revêtit d'un vêtement de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Or, Hérode et Pilate devinrent en ce jour-là amis l'un de l'autre, car auparavant, ils étaient ennemis98. Pilate aurait pu libérer Jésus mais se livre à un calcul diplomatique. Hérode Antipas, étant en visite privée, n'avait aucun pouvoir en Judée, même sur un concitoyen en dehors de sa province. L'incident relaté en Luc99 indique que Pilate avait massacré des Galiléens, ce qui avait dû fortement irriter Hérode. Pour retrouver de bonnes relations avec ce roi vassal, Pilate lui offre donc gracieusement100 d'effectuer le jugement d'un compatriote, ce qui plait effectivement à Hérode. N'ayant obtenu aucun 94 Jean 18:28-38. 95 Actes 10:28; Exode 13:6-7. 96 En cas d'insurrection, elle pouvait aussi s'appliquer à un Juif, comme le mentionne Tacite dans le cas de Simon (Histoire V:9). 97 SALLUSTE –Bellum Catalinae 52:36. 98 Luc 23:4-12. 99 Luc 13:1-2. 100 JUSTIN –Dialogue 103:4.
  • 81.
    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 81 aveu, il renvoie Jésus à Pilate avec un manteau de couleur éclatant [symbole de la royauté], montrant qu'il considérait Jésus comme un roi fantoche. Jésus retourne donc devant Pilate. Le procès romain de Jésus reprend (autour de 9 heures du matin): Or Pilate, ayant convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, leur dit: Vous m'avez amené cet homme comme perturbateur du peuple; j'ai instruit l'affaire devant vous et je n'ai rien trouvé de répréhensible dans cet homme, au sujet de ce dont vous l'accusez. Mais Hérode non plus; car il nous l'a renvoyé; c'est donc que rien qui mérite la mort n'a été accompli par lui. Je le renverrai donc après l'avoir châtié. Mais tous ensemble ils crièrent: Fais mourir celui-ci et délivre-nous Barabbas; celui-ci, pour une sédition qui avait eu lieu dans la ville et pour meurtre, avait été mis en prison. De nouveau, Pilate leur adressa la parole, dans le dessein de relâcher Jésus. Mais ils lui crièrent: Crucifie-le! Crucifie-le!101. Le cas de Barabbas prouve que Pilate était le seul responsable de la peine capitale pour les crimes civils commis par des Juifs. Les condamnés à mort restaient en prison jusqu'à leur exécution102. Un magistrat romain pouvait accorder, dans certains cas, une "remise de peine" à un condamné en tenant compte de circonstances atténuantes103 (Pilate avait donc le droit, en tant que gouverneur, d'accorder cette grâce). La coutume de relâcher un prisonnier était propre à la Judée et avait été instituée par Pilate pour plaire au peuple, selon Marc 15:6. En effet, durant les premières années de sa légation, il avait commis plusieurs bévues à cause de son ignorance des coutumes locales, comme dans l'affaire des étendards104, ce qui avait engendré un climat houleux d'incompréhension avec les Juifs. Pour s'attirer les faveurs des foules, il avait alors instauré cette coutume populaire. La libération de Jésus aurait pu réussir, Pilate répugnant à se sentir manipulé par les grands prêtres. Mais ceux-ci réussirent à retourner la foule105 qui avait acclamé Jésus 3 jours auparavant. En outre, la femme de Pilate, ayant eu un rêve prémonitoire, était même venu trouver son mari au tribunal, pendant le procès, pour le prévenir d'épargner Jésus106, ce qui a dû renforcer la crainte superstitieuse de Pilate. Pilate tente d'attendrir la foule afin de pouvoir libérer Jésus: Alors donc Pilate prit Jésus et le fit flageller. Et les soldats, ayant tressé une couronne d'épines, la lui mirent sur la tête, et le revêtirent d'un manteau de pourpre, et ils s'approchaient de lui en disant: Salut, roi des Juifs! et ils lui donnaient des soufflets. Pilate revint dehors et leur dit: Je vous le fais amener dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve contre lui aucun grief. Jésus vint donc dehors, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et il 101 Luc 23:13-21. 102 Antiquités juives XX:215. 103 SENEQUE –Sur la clémence II:7. 104 Guerre des Juifs II:169-174; Antiquités juives XVIII:55-59. 105 Marc 15:10-11. 106 Matthieu 27:19. Est-il possible que la femme de Pilate ait été à Jérusalem avec lui? Suétone (Auguste §24) rapporte qu'Auguste n'avait pas autorisé les gouverneurs à prendre leur femme avec eux dans leurs postes et n'autorisait qu'une visite durant les mois d'hiver. Cette rigueur semble s'être relâchée sous Tibère, car le fils adoptif de l'empereur, Germanicus, emmena sa femme Agrippine en Germanie et en Orient selon Tacite (Annales I:40; II:54). En 21, Caecina, ex-légat, tenta de faire adopter une politique refusant aux magistrats d'emmener leurs épouses avec eux dans leur juridiction, mais il ne parvint pas à convaincre le sénat (Annales III:33-34).
  • 82.
    82 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE leur dit: Voilà l'homme! Dès qu'ils l'eurent vu, les grands prêtres et les scribes s'écrièrent: Crucifie! Crucifie! Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le, car moi je ne trouve aucun grief contre lui. Les Juifs répondirent: Nous avons une Loi, et selon la Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. Lors donc que Pilate entendit cette parole, il s'alarma davantage. Il rentra dans le prétoire et dit à Jésus: D'où es-tu? Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. Pilate lui dit donc: Tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te délivrer et que j'ai pouvoir de te crucifier? Jésus lui répondit: Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi s'il ne t'avait été donné d'en haut; voilà pourquoi celui qui m'a livré à toi à un plus grand péché107. Puisque la scène se passe dans le prétoire, les soldats sont romains. La couronne d'épine et le manteau de pourpre symbolisent ironiquement la royauté. En disant "Prenez-le vous- mêmes et crucifiez-le", Pilate reconnaît au Sanhédrin le droit de mettre à mort pour des crimes religieux, mais, quand il apprend la nature exacte du crime, il est saisi d'une crainte superstitieuse. La réponse de Jésus est vraisemblablement à double sens, car "celui d'en haut qui donne le pouvoir" ne peut être que l'empereur pour Pilate (Dieu pour Jésus) et "celui qui lui a livré Jésus" est Caïphe (Judas pour Jésus). Le procès semblant déboucher sur un acquittement force les Juifs à trouver un nouvel argument. Pilate entreprend de libérer Jésus: A partir de ce moment, Pilate cherchait à le délivrer; mais les Juifs se mirent à crier: Si tu relâches, tu n'es pas ami de César; quiconque se fait roi se déclare contre César. Pilate donc, ayant entendu ces paroles, fit amener Jésus dehors, puis il s'assit au tribunal, au lieu dit du Dallage, en hébreu Lieu-élevé. C'était la préparation de la Pâque, vers la 6e heure [12 heures]. Et il dit aux Juifs: Voilà votre roi! Là-dessus ils se mirent à crier: Enlève-le! Enlève-le! Crucifie-le! Pilate leur dit: Crucifierai-je votre roi? Les grands prêtres répondirent: Nous n'avons pas d'autre roi que César108. Les grands prêtres reviennent donc à l'accusation initiale de crime de lèse-majesté. Cette accusation ne concernait en principe que les citoyens romains ayant attaqué la dignité de l'empereur, mais, à partir de 30 de notre ère, Tibère devint particulièrement sensible à la trahison et avait considérablement durci cette loi pour pouvoir l'appliquer au moindre ennemi109. Le fait de désigner l'empereur par le nom de César n'est devenu fréquent qu'à partir de Vespasien, mais la province de Judée avait devancé cette coutume, car les pièces de monnaie frappées sous le règne de Tibère110 l'avaient d'abord été au nom de César puis au nom de Tibère César. La menace d'être dénoncé à Tibère comme ennemi de l'empereur ne pouvait être prise à la légère par Pilate, surtout après 31. En effet, avant cette date, les Juifs n'avaient aucun crédit auprès de l'empereur qui avait délégué la gestion de l'empire à 107 Jean 19:1-11. 108 Jean 19:12-16. 109 TACITE –Annales II:50; III:38; SUETONE –Tibère §§55, 58. 110 J. MALTIEL-GERSTENFELD –260 Years of Ancient Jewish Coins Tel Aviv 1982 Ed. Kol Printing Service Ltd pp. 180-184.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 83 Séjan, son co-régent. Ce haut dirigeant avait été un ennemi des Juifs et était très vraisemblablement un des principaux responsables des ennuis qu'ils connurent sous Tibère aux environs de 28-31. Selon Philon111, Tibère demanda aux gouverneurs des provinces d'avoir des égards pour les Juifs car les accusations portées contre eux dans le passé s'étaient révélées mensongères. L'empereur avait eu la faiblesse de se laisser impressionner par un personnage peu recommandable. Trois indices confirment son rôle: les Juifs ont commencé à revenir à Rome aussitôt après la mise à mort de Séjan (le 18 octobre 31) car, au début du règne de Caius, ils sont assez nombreux en cette ville; les deux faux pas de la carrière de Pilate en Judée (l'affaire des boucliers dorés et le massacre des Samaritains) se situent après la chute de Séjan et donc à un moment où il n'y a plus à Rome d'hostilité vis- à-vis des provinciaux de Judée; enfin, Tibère apparaît respectueux des coutumes nationales. L'incident des boucliers d'or, qui eut lieu vers 32 de notre ère, est rapporté par Philon. Il éclaire le comportement de Pilate envers les Juifs: Pilate, qui était procurateur de Judée, consacra à l’intérieur de Jérusalem, dans le palais d’Hérode, des boucliers d’or, moins pour honorer Tibère que pour déplaire au peuple (...) on leur adjoignit les autres membres de la famille royale et tout ce qu’il y avait de hauts personnages pour le prier de renoncer à cette innovation et d’enlever les boucliers, de ne pas violer les usages de nos ancêtres, jusqu’alors respectés par les rois et les empereurs. Pilate opposa à ces prières un refus plein de raideur, car il était d’un caractère dur et opiniâtre. Alors on s’écria: Ne nous provoque pas à la révolte et à la guerre; ne cherche pas à troubler la paix; ce n’est pas honorer l’empereur que de violer des lois depuis longtemps établies; que ce ne soit pas un prétexte pour toi de persécuter la nation. Tibère ne veut rien changer à nos usages. Si tu le prétends, montre-nous de lui un édit, une lettre ou quelque chose de pareil. Dans ce cas nous ne nous adresserons pas à toi, nous enverrons des députés porter une supplique au seigneur. Cette dernière parole accrut son irritation plus que tout le reste. Il craignit que, si on envoyait des députés, on ne vint à découvrir les autres méfaits de son gouvernement, ses vexations, ses rapines, ses injustices, ses outrages, les citoyens qu’il avait fait périr sans jugement, enfin son insupportable cruauté. Blessé au vif, Pilate ne savait que résoudre; il connaissait la fermeté de Tibère en de telles circonstances; il n’osait enlever les objets consacrés, et ne voulait pas d’ailleurs se rendre agréable à ses sujets. Les grands le devinèrent, et s’aperçurent qu’il se repentait de sa conduite, sans vouloir le témoigner. Ils écrivirent à Tibère une lettre remplie d’humbles prières. L’empereur, ayant appris la réponse de Pilate et ses menaces, bien qu’il fût peu enclin à la colère, s’irrita si violemment qu’il est à peine utile de le dire, tant l’événement le prouva. Sur le champ, sans vouloir remettre l’affaire au lendemain, il lui écrivit pour blâmer énergiquement son audace et lui ordonner de faire aussitôt enlever les boucliers. De la métropole on les transporta à Césarée, à laquelle ton bisaïeul Auguste avait donné son nom, et on les lui consacra dans son 111 Contre Flaccus §§ 1-3; Légation à Caius §§ 159-161.
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    84 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE temple. De la sorte on accorda le respect dû au prince avec l’observance des mœurs antiques du pays112. Vu ce contexte, on peut comprendre pourquoi Pilate n'a pas pris les paroles du Sanhédrin à la légère lorsque celui-ci l'a menacé d'en référer à Tibère. Pilate a donc finalement condamné Jésus pour éviter un trouble de l'ordre public. Il a fait afficher un écriteau mentionnant le crime de lèse-majesté [Roi des Juifs] pour préserver une apparence de légalité. Cette légalité de façade transparaît bien dans le récit de Tacite113: Pour étouffer ce bruit, Néron supposa des accusés et frappa des peines les plus raffinées, les gens détestés à cause de leurs mœurs criminelles, que la foule appelait "chrétiens". Celui qui est à l'origine de ce nom est Christ, qui, sous le règne de Tibère, avait été condamné à mort par le procurateur Ponce Pilate; réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait sa réapparition non seulement en Judée, où se trouvait l'origine de ce fléau, mais aussi à Rome où tout ce qui est partout abominable et infâme vient aboutir et se répand. Donc, on arrêta d'abord ceux qui avouaient, puis, sur leur dénonciation, une foule immense, qui fut condamnée, moins pour crime d'incendie que pour sa haine du genre humain. Leur exécution fut transformée en jeu: on les revêtit de peaux de bêtes et ils périrent sous la morsure des chiens ou bien ils furent cloués à des croix, ou bien on y mit le feu, pour que, lorsque le jour baissait, ils brûlent et servent d'éclairage nocturne. Néron avait prêté ses jardins pour ce spectacle (...) Aussi à l'égard de ces hommes coupables et qui méritaient les derniers supplices, montait une sorte de pitié, à la pensée que ce n'était pas pour l'intérêt de tous, mais pour satisfaire la cruauté d'un seul, qu'ils périssaient. Redevable à son protecteur, Tacite ne pouvait pas être vraiment objectif sur des affaires impliquant les autorités politiques, pas plus, ni moins, que les médias de toutes les époques. L'absence de preuve provoquait cependant une gêne pour les magistrats scrupuleux. Pline le Jeune114, lorsqu'il était gouverneur de Bithynie, écrit à l'empereur Trajan pour exprimer ses scrupules: Je me suis fait un devoir, seigneur, de vous consulter sur tous mes doutes. Car qui peut mieux que vous me guider dans mes incertitudes ou éclairer mon ignorance? Je n'ai jamais assisté aux informations contre les chrétiens; aussi j'ignore à quoi et selon quelle mesure s'applique ou la peine ou l'information. Je n'ai pas su décider s'il faut tenir compte de l'âge, ou confondre dans le même châtiment l'enfant et l'homme fait; s'il faut pardonner au repentir, ou si celui qui a été une fois chrétien ne doit pas trouver de sauvegarde à cesser de l'être ; si c'est le nom seul, fût-il pur de crime, ou les crimes attachés au nom, que l'on punit. Voici toutefois la règle que j'ai suivie à l'égard de ceux que l'on a déférés à mon tribunal comme chrétiens. Je leur ai demandé s'ils étaient chrétiens. Quand ils l'ont avoué, j'ai réitéré ma question une seconde et une troisième fois, et les ai menacés du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés: car, de quelque nature que fût l'aveu qu'ils faisaient, j'ai pensé qu'on devait punir au moins leur 112 Légation à Caius §299-305. 113 Annales XV:44. 114 Lettres X:97-98.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 85 opiniâtreté et leur inflexible obstination. J'en ai réservé d'autres, entêtés de la même folie, pour les envoyer à Rome, car ils sont citoyens romains. Bientôt après, les accusations se multipliant, selon l'usage, par la publicité même, le délit se présenta sous un plus grand nombre de formes. On publia un écrit anonyme, où l'on dénonçait beaucoup de personnes qui niaient être chrétiennes ou avoir été attachées au christianisme. Elles ont, en ma présence, invoqué les dieux, et offert de l'encens et du vin à votre image que j'avais fait apporter exprès avec les statues de nos divinités; elles ont, en outre, maudit le Christ (c'est à quoi, dit-on, l'on ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens). J'ai donc cru qu'il les fallait absoudre. D'autres, déférés par un dénonciateur, ont d'abord reconnu qu'ils étaient chrétiens, et se sont rétractés aussitôt, déclarant que véritablement ils l'avaient été, mais qu'ils ont cessé de l'être, les uns depuis plus de trois ans, les autres depuis un plus grand nombre d'années, quelques-uns depuis plus de vingt ans. Tous ont adoré votre image et les statues des dieux; tous ont maudit le Christ. Au reste ils assuraient que leur faute ou leur erreur n'avait jamais consisté qu'en ceci: ils s'assemblaient, à jour marqué, avant le lever du soleil ; ils chantaient tour à tour des hymnes à la louange du Christ, comme en l'honneur d'un dieu; ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, de brigandage, d'adultère, à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt; après cela, ils avaient coutume de se séparer, et se rassemblaient de nouveau pour manger des mets communs et innocents. Depuis mon édit, ajoutaient-ils, par lequel, suivant vos ordres, j'avais défendu les associations, ils avaient renoncé à toutes ces pratiques. J'ai jugé nécessaire, pour découvrir la vérité, de soumettre à la torture deux femmes esclaves qu'on disait initiées à leur culte. Mais je n'ai rien trouvé qu'une superstition extraordinaire et bizarre. J'ai donc suspendu l'information pour recourir à vos lumières. L'affaire m'a paru digne de réflexion, surtout à cause du nombre que menace le même danger. Une multitude de gens de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et seront chaque jour impliqués dans cette accusation. Ce mal contagieux n'a pas seulement infecté les villes; il a gagné les villages et les campagnes. Je crois pourtant que l'on y peut remédier, et qu'il peut être arrêté. Ce qu'il y a de certain, c'est que les temples, qui étaient presque déserts, sont fréquentés, et que les sacrifices, longtemps négligés, recommencent. On vend partout des victimes qui trouvaient auparavant peu d'acheteurs. De là on peut aisément juger combien de gens peuvent être ramenés de leur égarement, si l'on fait grâce au repentir. La réponse de Trajan115 est instructive; il confirme le principe de condamnation sans preuve sur simple dénonciation: Vous avez fait ce que vous deviez faire, mon cher Pline, dans l'examen des poursuites dirigées contre les chrétiens. Il n'est pas possible d'établir une forme certaine et générale dans cette sorte d'affaires. Il ne faut pas faire de recherches contre eux. S'ils sont accusés et convaincus, il faut les punir; si pourtant l'accusé nie qu'il soit chrétien, et qu'il le prouve par sa conduite, je veux dire en invoquant les dieux, il faut pardonner à son repentir, de quelque soupçon qu'il ait été auparavant chargé. Au reste, dans nul genre d'accusation, il ne faut recevoir de dénonciation sans signature. 115 Lettres X:97-98.
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    86 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Cela serait d'un pernicieux exemple et contraire aux maximes de notre règne. Le comportement de Pilate est donc conforme à celui des magistrats romains de son époque. Les grands prêtres et les anciens suggérèrent aux foules de demander Barabbas et de réclamer la mort de Jésus. Le procurateur prit donc la parole: Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche? Ils répondirent: Barabbas. Pilate leur dit: Alors que faut-il faire de Jésus dit le Christ? Ils dirent tous: Qu'il soit crucifié! Il leur dit: Quel mal a-t-il donc fait? Ils se mirent à crier plus fort: Qu'il soit crucifié! Alors Pilate voyant ses efforts inutiles, et que le tumulte ne faisait qu'augmenter, prit de l'eau, se lava les mains en présence de la multitude, disant: Moi, je suis innocent du sang de cet homme. C'est votre affaire! Tout le peuple répondit: Que son sang retombe sur nous et nos enfants! Alors il fit relâcher Barabbas, et, après avoir flagellé Jésus, il le livra pour être crucifié. Alors les soldats du procurateur emmenèrent Jésus dans le prétoire et assemblèrent auprès de le lui la cohorte entière. Ils le déshabillèrent et lui passèrent une chlamyde rouge. Ils tressèrent une couronne d'épines et le lui mirent sur la tête avec un roseau à la main droite. Alors ils fléchissaient le genou devant lui et ils se moquaient de lui en disant: Salut, roi des Juifs. Ils lui crachaient dessus et, lui prenant le roseau, ils le frappaient à la tête. L'ayant ainsi accablé de moqueries, ils lui retirèrent la chlamyde et lui remirent ses vêtements, après quoi ils l'emmenèrent pour être crucifié. En sortant, ils trouvèrent un Cyrénéen, du nom de Simon; ils le réquisitionnèrent pour porter sa croix116. Aux yeux des soldats (500 à 600 pour une cohorte), Jésus était condamné pour crime de lèse- majesté, mais Pilate, qui savait le motif religieux de l'accusation, voulait démontrer son innocence à la foule des Juifs en utilisant ses codes rituels qu'il connaissait visiblement bien (bain de purification et symbolisme du sang). Le supplice romain de la croix est mal connu117. Il est différent de l'exécution pour blasphème qui consistait à lapider le coupable puis à pendre (et non à clouer) son cadavre à un bois (poteau ou arbre) pendant une journée en guise de déshonneur118. Le supplice romain consistait généralement à faire porter au condamné une traverse de bois (le patibulum) jusqu'au lieu du supplice où se trouvait enterré verticalement un poteau d'exécution (le stipes crucis)119. Le condamné était ensuite attaché et cloué à la traverse puis il était hissé sur le poteau, ce qui formait un T (poteau vertical et traverse horizontale)120. Le titre (titulus) était placé au-dessus de la tête du condamné. Jésus est-il mort sur une croix? Plusieurs éléments permettent d'en douter. L'exécution de Jésus n'était pas prévue par Pilate et ne fut prononcée qu'en fin de matinée, 116 Matthieu 27:20-32. 117 Les condammnés à la crucifixion pouvaient être cloués dans des positions variées (Guerre des Juifs V:449-451). 118 Antiquités juives IV:202; Deutéronome 21:22-23; Mishna Sanhédrin VI:3. 119 Le patibulum était une pièce de bois de 2 m 30 à 2 m 60 et d'environ 40 kg. Le stipes crucis était une pièce de bois de 4 m à 4 m 50 d'environ 100 kg, et le titulus était un écriteau en bois cloué au dessus, au sommet du patibulum. 120 J. IMBERT –Le procès de Jésus in: Que sais-je ? 1896 Paris 1999 Éd. PUF pp. 93-108. L. PIROT –La Sainte Bible tome IX Paris 1935 Éd. Letouzey et Ané pp. 370-373. 120 Guerre des Juifs VI:125-126
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 87 ce qui laissait peu de temps pour l'installation du poteau d'exécution. Dans ces conditions, il est possible qu'on ait fait porter à Jésus le poteau entier et non la traverse, ce qui expliquerait aussi sa difficulté à le porter (il avait certes été flagellé, ce qui avait dû fortement l'affaiblir, mais le poteau entier pesait environ 100 kg, soit environ 70 kg en le traînant par terre). Selon Plutarque: tout malfaiteur qui va l'exécution porte sa propre croix121 et selon Artemidorus Daldianus la personne qui est clouée sur la croix commence par la porter jusqu'au lieu d'exécution122. Mais le terme grec stauros utilisé pour "croix" désigne fondamentalement un pieu ou un poteau vertical123; ainsi la traduction de "Crucifie-le" pourrait aussi bien être "Empale-le". La forme des croix romaines était très variée124. Le sens du mot grec n'éclaire donc pas la forme de la "croix" (mot qui vient du latin crux)125. Les auteurs évangéliques 126 utilisent fréquemment un autre vocable pour désigner la croix, le mot xylon "bois" (qui n'a pas la forme d'une croix!) favorise le sens de "poteau". De même, Justin127 (100-160) a comparé la croix du Christ à l'arbre de vie du jardin d'Eden, au bâton de Moïse, au bâton de Jacob, au sceptre de Juda, au manche de la hache d'Élisée, etc., aucune de ces comparaisons n'évoquant la forme d'une croix. Les Romains, en réquisitionnant Simon de Cyrène, paraissent avoir violé la loi romaine, mais il est probable qu'ils aient voulu que ce condamné très affaibli arrive vivant pour que la sentence du gouverneur soit exécutée. Ils prirent Jésus et portant sa croix, il sortit vers l'endroit dit "le Crâne", qui s'appelle en hébreu Golgotha, où ils le crucifièrent et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate écrivit aussi l'inscription qu'il fit placer sur la croix. Il y était écrit: Jésus de Nazareth, le roi des Juifs. Cette inscription, beaucoup de Juifs la lurent, car l'endroit où Jésus avait été crucifié était proche de la ville. Elle était rédigée en hébreu, en latin et en grec. Les grands prêtres des Juifs dirent donc à Pilate: Ne laisse pas écrit: Le roi des Juifs, mais qu'il a dit: Je suis roi des Juifs. Pilate répondit: Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit128. Conformément aux coutumes romaines et juives, le lieu du supplice était situé à une petite distance de la ville (l'étude archéologique a permis d'estimer ce parcours à 600 mètres environ)129. Apparemment il n'y a pas eu de minute du procès mais, Jésus n'étant pas citoyen romain, le titre (titulus) rédigé par Pilate et résumant la nature de l'infraction suffisait à respecter un minimum de légalité. La rédaction de l'inscription a été faite dans les trois 121 De sera numinis vindicta 9; § 554AB. 122 Oneirokritika 2:56. 123 W.E. VINE –An Expository Dictionary of the New Testament Words New York 1985 Ed. Thomas Nelson Publishers p. 138. 124 FLAVIUS JOSEPHE -Guerre des Juifs V:451; SENEQUE – De consolatione ad Marciam 20:3. 125 Même en latin le sens du mot crux est assez large au début de notre ère. Le poète latin P. Papinus Statius (45-96), par exemple, utilisait le mot cruce pour désigner le timon d'un char (Silvæ IV,III:28), donc dans le sens de barre. 126 Actes 5:30; 10:39; 13:29; Galates 3:13; 1Pierre 2:24. 127 Dialogue avec Tryphon §86. 128 Jean 19:16-22. 129 L. PIROT –La Sainte Bible tome X Paris 1935 Éd. Letouzey et Ané pp. 466-469.
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    88 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE langues officielles de la Judée. Les Jérusalémites pouvaient lire en latin et en grec l'édit condamnant l'entrée du Temple sous peine de mort130. La langue hébraïque était la langue officielle du Temple, et, dans cette langue, l'inscription pouvait se lire: Yeshu Hanozri Wumelek Hayehudim131 (un acrostiche du nom divin YHWH)132, ce qui dut particulièrement contrarier les grands prêtres. Le compte-rendu oral du procès a vraisemblablement été conservé par Joseph d'Arimathie et Nicodème, deux membres respectés du Sanhédrin et sympathisants chrétiens, ainsi que par l'apôtre Jean, proche du grand prêtre133. Lorsqu'ils eurent crucifié Jésus, les soldats prirent ses vêtements, dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat, et en plus la tunique. Cette tunique était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut. Ils se dirent donc les uns aux autres: Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l'aura134. Les soldats chargés de l'exécution forment une escouade135, la plus petite unité de l'armée romaine. Ces soldats devaient garder le condamné jusqu'à son dernier soupir et avaient le droit de se répartir le butin des condamnés. Pétrone136 explique qu'un soldat était désigné pour garder des voleurs crucifiés afin d'éviter que leurs corps ne soient descendus et que ces voleurs ne s'échappent, car il était possible de survivre à une crucifixion (parmi les trois amis de Flavius Josèphe, qui avait été crucifiés et que Titus a autorisé à dépendre, un a survécu)137. A la 9e heure [15 heures] environ, Jésus cria d'une voix forte: Eli, Eli, lema sabacthanai? ce qui veut dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Quelques-uns des assistants, en entendant ces paroles, dirent: Il appelle Élie. Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge, l'imbiba de vinaigre, et l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui tendit à boire. Les autres disaient: Laisse, nous allons voir si Élie vient le sauver. Pour la seconde fois Jésus poussa un grand cri et il rendit l'esprit138. Les assistants sont des Galiléens (principalement des femmes) qui parlent araméen. L'expression hébraïque en Psaumes 22:1: Eli, Eli, lama azabtani est traduite en araméen par: Elahi, Elahi, lema sabaqtani, que l'on retrouve transcrite en grec dans Marc 15:34 sous la forme Eloi, Eloi, lama sabacthani. La confusion entre Elahi "mon Dieu" et Eliya "Élie" est possible en araméen. La boisson des soldats romains servant à se désaltérer était la posca, de l'eau avec du vinaigre. Plutarque139 écrit que Caton l'Ancien buvait de l'eau lors de ses campagnes, mais occasionnellement, quand il avait grand soif, il demandait du vin vinaigré. 130 Guerre des Juifs VI:125-126. 131 S. BEN-CHORIN –Bruder Jesu Munich 1977 Ed. Deutescher Taschenbuch p. 180. 132 On retrouve un tel acrostiche en Esther 7:7 relatant la pendaison d'Haman, initialement prévue pour Mardochée. 133 Jean 18:16. 134 Jean 19:23-24. 135 Actes 12:4. 136 Satyricon 111. 137 Autobiographie 420-421. 138 Matthieu 27:46-50. 139 Vie de Caton I:7.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 89 Comme c'était la préparation, afin que les corps ne demeurassent point sur la croix pendant le sabbat — car c'était un grand jour que le jour de ce sabbat — les Juifs demandèrent à Pilate qu'on leur brisât les jambes, et qu'on les enlevât. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l'autre crucifié avec lui. Venant à Jésus, lorsqu'ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes (...) Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était le disciple de Jésus, mais en cachette, par crainte des Juifs, demanda à Pilate d'enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc et enleva son corps. Nicodème, qui était venu auprès de lui tout d'abord la nuit, vint aussi apportant environ 100 livres d'un mélange de myrrhe et d'aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus et ils l'entourèrent de bandelettes avec les aromates, suivant la manière d'ensevelir en usage chez les Juifs. Or, à l'endroit où il avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau neuf, où personne n'avait été déposé. C'est là que, à cause de la préparation des Juifs, ce tombeau étant proche, ils déposèrent Jésus140. La préparation du sabbat tombe le vendredi. Les Juifs, vraisemblablement une délégation du Sanhédrin, a demandé d'achever les condamnés. Cette opération (le crurifragium) consistait à fracturer les jambes, ce qui provoquait une mort immédiate par asphyxie, le condamné ne pouvant plus prendre appui sur ses pieds pour respirer. La loi romaine reconnaissait que les corps de ceux qui avaient subi la peine capitale ne devaient pas être refusés à leurs proches (selon Ulpien) ni à quiconque les demandait pour leur donner une sépulture (selon Julius Paulus), à l'exception des cas de trahison. Le crime de lèse-majesté empêchait en effet de fournir une sépulture aux condamnés, comme le relate Tacite141 à l'époque de Tibère. Mais cette loi ne s'appliquait qu'aux citoyens romains (Jésus était un Juif de la province de Judée), et Tibère, après la mort de Séjan, avait demandé aux gouverneurs de respecter les coutumes locales (or les Juifs devaient inhumer leurs morts). Philon142 décrit une répression (en 37/38) sous Flaccus, le préfet d'Égypte: Cest un usage de ne punir les criminels qu’après la célébration des fêtes qui ont lieu à l’anniversaire de la naissance des empereurs. Or c’était durant ces fêtes que Flaccus affligeait de peines imméritées des gens innocents. Ne pouvait-il, s’il tenait à les punir, les réserver pour plus tard? Au contraire, il pressait, il précipitait l’affaire dans le but de se rendre agréable à nos ennemis, espérant qu’en gagnant leurs bonnes grâces il viendrait à bout de ses desseins. J’ai vu autrefois des crucifiés qu’à l’approche de ces fêtes on rendait à leurs parents, selon l’usage, pour être ensevelis. On trouvait convenable de faire participer les morts au bienfait de ces réjouissances, et d’observer à leur égard la solennité. Loin de faire descendre les crucifiés de leur gibet, Flaccus faisait crucifier les vivants, à qui du reste les circonstances devaient procurer non point leur grâce, mais seulement un sursis. Avant de les crucifier, on ne laissait pas de les fouetter au milieu du théâtre, et de leur faire subir le supplice du fer et du feu. L’ordre des spectacles était 140 Jean 19:31-42. 141 Annales VI:29. 142 Contre Flaccus 81-86.
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    90 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ainsi fixé: depuis le matin jusqu’à la 3e ou la 4e heure [9 ou 10 heures] on fouettait, on pendait, on rouait, on jugeait les Juifs, puis on les menait au supplice à travers l’orchestre. Selon Philon, il était anormal de laisser le corps des suppliciés sur le gibet et de ne pas les ensevelir, ce qui suppose une situation différente avant 37/38 (époque des persécutions antijuives en Egypte). La tradition juive est constante: un mort devait obtenir une sépulture même si les circonstances étaient défavorables, comme le précise le Talmud143: Le grand prêtre ni le naziréen ne peuvent se souiller par la mort de leurs proches, mais ils le peuvent pour faire un acte méritoire. S'ils trouvent en voyage et rencontrent un mort qu'il serait méritoire d'enterrer, suivant Rabbi Eliézer, le grand prêtre peut se souiller, mais pas le naziréen, tandis que les docteurs soutiennent le contraire ». Même les condamnés à mort méritaient une sépulture: Quiconque fait passer la nuit à un mort (sans l'ensevelir) viole une interdiction (Dt 21:23); mais il ne la viole pas s'il attend par honneur pour le mort, pour lui faire apporter cercueil et linceul. On n'enterre pas le condamné dans le tombeau de ses pères; mais deux cimetières étaient disposés pour le tribunal: l'un pour les tués et étranglés, l'autre pour les lapidés et brûlés144. La délégation du Sanhédrin (dont Joseph d'Arimathie faisait vraisemblablement partie) qui réclame à Pilate d'abréger les souffrances des condamnés et de leur procurer une sépulture est donc conforme à la loi juive. Le texte des Actes145 confirme que c'est cette délégation qui a déposé le corps de Jésus dans un tombeau. Le texte de Marc146 ajoute que Joseph d'Arimathie eut du courage, car en offrant son propre tombeau147 pour ensevelir Jésus, il désavouait moralement ses collègues (qui pouvaient alors l'excommunier pour désaccord avec le jugement)148. Ignorant que ce membre éminent du Sanhédrin était aussi un disciple de Jésus en secret (Nicodème était aussi un sympathisant), les femmes qui avaient suivi Jésus ne coopérèrent pas avec les membres de la délégation (qui étaient collectivement responsables de la mort de Jésus) pour l'ensevelissement: Et voici qu'un homme Joseph, qui était membre du conseil — il n'avait pas donné son assentiment à leur décision et à leur acte — d'Arimathie, ville des Juifs, et qui attendait le règne de Dieu, vint trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus. Et, après l'avoir descendu, il l'enveloppa d'un linceul et le déposa dans un tombeau creusé dans le roc, où personne n'avait encore été mis. C'était le jour de la préparation, et le sabbat commençait à luire [18 heures]. Les femmes qui l'avaient accompagné depuis la Galilée, ayant suivi de près, regardèrent le tombeau et la façon dont le corps avait été mis, et, s'en étant retournées, elle préparèrent des aromates et des parfums. Mais le jour du sabbat, elles se tinrent au repos, selon le précepte [de la Loi]149. 143 Nazir 7:1. 144 Sanhédrin 6:5. 145 Actes 13:27,28. 146 Marc 15:43. 147 Matthieu 27:57-61. 148 Sanhédrin 3:7; Jean 12:42. 149 Luc 23:50-56.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 91 Il est surprenant que Pilate ait accepté la demande de Joseph d'Arimathie, car, Jésus ayant été condamné officiellement pour crime de lèse-majesté, cette caution morale risquait de faire de lui un complice. Mais il savait que ce motif n'était qu'une façade et qu'il n'encourait donc aucun risque à satisfaire la demande du Sanhédrin, d'autant plus qu'il pouvait légitimement supposer que ce choix étrange serait une source de tensions pour ses membres. Pour éviter d'étaler leurs dissensions au grand jour et d'encourager indirectement les partisans de Jésus, le Sanhédrin va demander à Pilate de garder la tombe en invoquant comme raison officielle: dissuader d'éventuels partisans de Jésus de récupérer le corps pour réaliser frauduleusement la prophétie sur sa résurrection, ce qui encouragerait la "sédition". En fait, par cette présence de soldats romains, le Sanhédrin voulait laisser croire que Jésus était bien un criminel selon la loi romaine. Le lendemain, qui était le jour après la préparation [soit le sabbat], les princes des prêtres et les pharisiens se présentèrent en nombre chez Pilate et lui dirent: Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit de son vivant: Dans 3 jours je ressusciterai. Ordonnez donc que le tombeau soit bien gardé jusqu'au 3e jour, de peur que les disciples ne viennent le dérober, et qu'ils ne disent au peuple: Il est ressuscité d'entre les morts. Cette dernière imposture serait pire que la première. Pilate leur répondit: Vous avez une garde; allez, gardez-le comme vous savez le faire. Ils s'en allèrent donc et, pour s'assurer du tombeau, apposèrent les scellés sur la pierre, et y mirent des gardes150. La première imposture se référait au titre usurpé selon la loi romaine de "roi des Juifs" (mais aussi de s'être déclaré "Messie et Fils de Dieu" pour le Sanhédrin). La réponse de Pilate montre qu'il ne désirait pas diriger une opération de police au profit des Juifs, mais le Sanhédrin a dû lui rappeler qu'il ne pouvait faire travailler ses policiers durant le sabbat, ce qui a forcé Pilate à déléguer quelques-uns de ses soldats pour assurer cette garde, comme on peut le vérifier dans la suite du récit. Après le sabbat, à l'aube du 1er jour de la semaine [dimanche], Marie-madeleine et l'autre Marie allèrent visiter le sépulcre. Et voici qu'il y eut un grand tremblement de terre. Car l'ange du Seigneur descendit du ciel, s'approcha, roula la pierre et s'assit dessus. Il avait le visage brillant comme l'éclair, et les vêtements blancs comme neige. A sa vue, les gardes tremblèrent de peur ils devinrent comme morts (...) Les femmes quittèrent en hâte le sépulcre, partagées entre la crainte et une vive joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples (...) Tandis qu'elles étaient en route, quelques gardes revinrent en ville raconter ces événements aux grands prêtres. Ceux-ci, dans une réunion, tinrent conseil avec les anciens, et ils donnèrent une forte somme d'argent aux soldats, leur disant: Dites que ses disciples sont venus la nuit, pendant votre sommeil, et qu'ils l'ont dérobé. Que si cela arrive aux oreilles du gouverneur, nous saurons lui persuader de ne pas vous inquiéter. Les soldats prirent l'argent et se conformèrent à ces instructions. Et le bruit en est 150 Matthieu 27:62-66.
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    92 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE répandu parmi les Juifs jusqu'à ce jour151. Les femmes sont venues au sépulcre apporter les aromates nécessaires à l'ensevelissement, car elles ignoraient que Jésus avait été enseveli selon les normes (et même de façon royale au regard des quantités utilisées). Les gardes sont bien des soldats romains (verset 12) puisqu'ils doivent rendre compte au gouverneur et non aux grands prêtres. Pour avoir laissé échapper leur prisonnier, ils risquaient la peine de mort152. La proposition du Sanhédrin a dû les rassurer, d'autant plus qu'elle était appuyée par une forte somme d'argent. La clémence de Pilate était assurée, car le commanditaire de la mission était le Sanhédrin lui-même, et les gouverneurs romains pouvaient négocier ce genre de négligence, comme le rapporte Tacite153: Les sentinelles cherchèrent dans la honte du général une excuse à leur faute; "Il leur avait, disaient-ils, commandé le silence, pour que rien ne troublât son repos. Ainsi les signaux et les appels étant suspendus, eux aussi étaient tombés dans le sommeil". QUAND LA VERITE OFFICIELLE DEVIENT UN MENSONGE LEGAL Le procès de Jésus est un parfait cas d'école sur la manière dont les autorités d'un pays utilisent en toute légalité les techniques de désinformation pour éliminer un élément jugé subversif (car troublant l'ordre public). Selon le compte rendu du Talmud154, Jésus fut condamné à mort parce qu'il avait pratiqué la sorcellerie [Exode 22:18] et parce qu'il avait égaré Israël par ses enseignements apostats [Deutéronome 13:6-9]. Légalement les faits paraissent caractérisés: Jésus était un dangereux hérétique, il fallait l'éliminer pour protéger le bon peuple [en fait, le pouvoir en place]. Les Évangiles mettent toutefois à nu les coulisses de cette version officielle. En effet, l'accusation de sorcellerie est matière à interprétations: comment savoir si les miracles accomplis par un prophète viennent de Satan ou de Dieu155, et s'il s'agit d'un vrai ou d'un faux prophète? L'accusation d'apostasie est sujette aux mêmes difficultés: vrai ou faux enseignement?. En somme, comme le constate Pilate d'un air désabusé: qu'est-ce la vérité? La question essentielle se résume donc à: Jésus a-t-il dit la vérité ou était-il un imposteur hérétique? Jacques Bernard résume l'alternative au tout début de son livre: La condamnation à mort [de Jésus] est la conséquence du blasphème. Son exécution sera confiée aux Romains. Depuis, les motifs de scission entre juifs et chrétiens tournent autour de cette accusation156. La question est bien posée, mais la réponse, 400 pages plus loin, n'est guère satisfaisante: La foi est le 151 Matthieu 28:1-15. 152 Actes 16:27; Guerre des Juifs V:482. 153 Histoire 5:22. 154 Sanhédrin 43a. 155 Matthieu 12:24-27. 156 J. BERNARD –Le blasphème de Jésus Paris 2007 Éd. Parole et Silence pp. 5, 401.
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    LE PROCES DEJESUS: SCANDALEUX, MAIS LEGAL! 93 paramètre heuristique essentiel pour comprendre l'apocalyptique et ce qu'a pu être le "blasphème de Jésus". La clé d'une enquête scientifique, qu'elle soit historique ou judiciaire, est une reconstitution chronologique précise, seul critère de vérité. En fait, au premier siècle, il y a blasphème (dire des paroles qui attentent à la gloire de Dieu, ce qui entraîne l'excommunication) et Blasphème (maudire Dieu en le nommant par son nom propre, ce qui entraîne la lapidation). Jésus n'a pas été accusé de Blasphème puisqu'il a judicieusement évité de nommer Dieu durant son procès, mais de blasphème en se prétendant le Fils de Dieu assis à sa droite. Nous connaissons mal les conceptions juives du premier siècle sur le Fils de l'homme assis à la droite de Dieu157, mais, selon le Talmud158, c'était un blasphème que d'affirmer être assis dans un trône à la droite de Dieu, puisqu'il est écrit au sujet des trônes mentionnés en Daniel 7:9: Car c'est une tradition: l'un pour lui [le Fils de l'homme], l'autre pour David, d'après rabbi Aqiba. Mais rabbi José lui: Aqiba, jusqu'à quand profaneras-tu la Gloire?. Les prétentions de Jésus d'être assis à la droite de Dieu étaient donc considérées comme blasphématoires, mais l'interrogation du grand prêtre "Que vous en semble?159" prouve aussi que son interprétation pouvait se discuter. Cette accusation finale de Blasphème fut rejetée par le Sanhédrin puisque Jésus n'a pas été lapidé, mais l'affirmation d'être assis à la droite de Dieu a été jugée blasphématoire et assimilée à de l'apostasie. Or, selon la Loi de Moïse, certains cas d'apostasie pouvaient entraîner une condamnation à mort160, et c'est cette exégèse qui a permis au Sanhédrin de "gracier" légalement Jésus (selon la loi juive) puis de le livrer aux autorités romaines pour le faire exécuter. Le motif religieux d'apostasie étant transformé en motif politique de crime de lèse-majesté (selon la loi romaine). Pour le Sanhédrin, Jésus n'était que le gourou d'une secte161 hérétique qu'il fallait éliminer. De tout temps les chasseurs de sorcières, d'hérétiques ou de sectes se sont toujours servis du pouvoir établi. Que ce pouvoir s'exerce sur des modalités totalitaires ne semble pas les gêner. Et quand il s'exerce dans le cadre d'une démocratie, ces défenseurs de l'ordre établi cherchent à l'infléchir en le poussant sur une pente autoritaire162. Le processus est toujours le même: manipulation des foules par la diffusion d'informations terrifiantes (mais erronées): "Jésus guérit par Belzébuth"; propagation de rumeurs (non fondées): "Jésus veut détruire le Temple et pousse les gens à ne pas payer ses impôts, les disciples ont dérobé son 157 P. GRELOT –L'espérance juive à l'heure de Jésus Paris 1994 Éd. Desclée pp. 200-205. 158 Sanhédrin 38b. 159 Matthieu 26:66. 160 Deutéronome 13:6-11. 161 Actes 24:5. 162 B. LEMPERT –Le retour de l'intolérance. Sectarisme et chasse aux sorcières Paris 2002 Éd. Bayard p. 135.
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    94 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE corps pour faire croire à sa résurrection"; pratique de l'amalgame: "Jésus était entouré de deux authentiques malfaiteurs lors de son exécution, Jésus a fréquenté des prostituées". L'inquisition papale fut un modèle dans la poursuite légale des hérétiques, la célèbre chasse aux sorcières. Elle s'assura du soutien du pouvoir et de la diffusion de la vérité officielle grâce à sa Congrégation de la propagande. Nicolas Eymerich est sans doute celui qui a porté le légalisme de l'inquisition à son apothéose. De façon très méthodique163, il commence par définir ce qu'est un hérétique: On entend par hérétiques manifestes ceux qui prêchent publiquement contre la foi catholique, ceux qui suivent ou défendent leur enseignement »; puis il décrit la procédure à suivre: C'est une façon très commune de procéder. Et si le bruit parvient aux oreilles de l'inquisiteur de la bouche de personnes honnêtes et bien pensantes, le procès commence, toujours devant notaire et deux témoins, par l'établissement d'un acte dans lequel on transcrit la teneur de cette rumeur (...) En cas de procès par enquête [et non par délation], l'inquisiteur fait citer quelques témoins parmi les gens braves et honnêtes. Il leur appartiendra d'attester l'existence de rumeurs publiques (...) Il est très difficile d'examiner ceux qui, face à l'inquisiteur, ne proclament pas leurs erreurs, mais les dissimulent plutôt. L'inquisiteur redoublera de ruse et de sagacité pour les poursuivre dans leurs retranchements et les amener aux aveux (...) La ruse dont le seul but est de tromper est toujours défendue et n'a rien à faire dans la pratique du droit; mais le mensonge que l'on fait judiciairement et au bénéfice du droit, du bien commun et de la raison, celui-là est parfaitement louable. À plus forte raison, celui que l'on fait pour détecter les hérésies, déraciner les vices et convertir les pécheurs. Que l'on songe au jugement de Salomon! (...) Que l'inquisiteur tienne compte du danger représenté par la puissance de la famille, par celle de l'argent, ou de la malveillance, et il verra alors que bien rares sont les cas où il pourra rendre publics les noms des délateurs (...) Dans tous les cas, la publication des noms met le délateur et ses proches en danger de mort ou d'actes graves de malveillance. L'inquisiteur a donc le droit de faire de pieux mensonges pour débusquer l'hérétique, qui est forcément dangereux puisqu'il est hérétique, et il est hérétique puisque la rumeur le désigne comme tel; enfin, au cas où il essaierait de se défendre, il faut empêcher tout débat contradictoire pour protéger les accusateurs des probables actes malveillants de l'hérétique. Donc un hérétique est hérétique parce qu'il est hérétique! N. EYMERICH, F. PEÑA –Le manuel des inquisiteurs 163 Paris 2001 Éd. Albin Michel pp. 80, 156, 16-165, 174, 274, 275.
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    Une biographie peut-elleêtre hérétique ? La biographie de Jésus peut être établie avec une grande précision lorsqu'on utilise des synchronismes historiques datés par l'astronomie. Malgré la présence de ces preuves tangibles et vérifiables, les données évangéliques sont contestées. Les mobiles de cette contestation apparaissent en fait dès l'origine. Lorsque l'apôtre Paul fait connaître Jésus aux philosophes d'Athènes, la réaction est immédiate: Il tomba, entre autres, sur des philosophes épicuriens et stoïciens qui l'entreprirent et engagèrent une discussion assez serrée avec lui. Les uns s'exclamaient: —Qu'est ce que ce radoteur peut bien vouloir dire avec ses sornettes? D'autres affirmaient: — Il a l'air de faire de la propagande pour de nouvelles divinités importées de l'étranger — car ils l'avaient entendu parler de Jésus et de la résurrection (...) Lorsqu'ils entendirent parler de résurrection des morts les uns commencèrent à ricaner, d'autres lui dirent: — Nous t'écouterons là-dessus une autre fois. C'est ainsi que Paul se retira de leur assemblée1 (Kuen). Paul, perçu comme un hérétique par les philosophes, n'a pas vraiment été écouté. Celse écrira même (vers 178) un pamphlet Contre les chrétiens pour dénigrer la vie de Jésus. En effet, la possibilité d'une résurrection gênait ces philosophes habitués à la notion d'immortalité de l'âme développée par Platon. De plus, la notion même d'un Dieu unique était perçue par eux comme une intolérance envers les autres divinités. Ce refus provenait d'un préjugé que Paul a essayé de surmonter en citant des auteurs grecs2: En effet, c'est en lui [Dieu] que nous vivons, que nous agissons, que nous existons. C'est bien ce que certains de vos poètes ont reconnu: “Nous aussi, nous sommes de descendance divine” . Le texte biblique présente l'existence de Dieu comme une évidence, ce qui pose toujours problème aux philosophes. Dans son livre Ce que je crois, Einstein3 explique pourtant que l'idée même de recherche scientifique, qui aspire à trouver des vérités ultimes, a un fondement religieux; il affirmait: La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle. Pour le mathématicien Gödel, l'ordre initial du monde reflète une intelligence, et refuser un sens au monde aboutit à refuser Dieu4. Ce redoutable logicien remarquait en effet que l'affirmation désabusée "le monde n'a pas de sens" a encore un sens, sous-entendant un référent absolu. Ainsi, la phrase "Dieu est mort" est aussi paradoxale que "le sens n'a pas de sens". Gödel concluait que le sens est transcendant, ce qui est le propre de Dieu. Ces grands scientifiques sont-ils hérétiques? Déjà dans le passé, 1 Actes 17:18, 28-32. 2 Phénomènes d'Aratus (vers -270) et l'Hymne à Zeus de Cléanthe (331-233). 3 J. HEDLEY BROOKE - La divine science in: Sciences et Avenir hors-série 137 Le Dieu des savants (2004) p. 11. 4 G. GUERRERIO - Gödel: Dieu existe-t-il? in: Pour la Science 20 (août-novembre 2004) pp. 90-95.
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    96 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE les sages de l'Égypte et de Babylone croyaient à la nécessité de scruter le ciel (le mot sumérien AN signifie à la fois ciel et dieu) pour interpréter correctement les événements. Puisque la chronologie se fonde sur une datation précise, qui dépend elle-même de l'astronomie, ils avaient quelque part raison. En ce sens la biographie de Jésus constitue une pierre de touche pour ceux qui aspirent à la vérité historique. En effet, le texte biblique répond à la question des origines et du sens de l'histoire, ce qui s'oppose en général aux histoires nationales fondées, elles, sur un passé qui se perd dans la nuit des temps. Les philosophes qui dénigrent l'histoire biblique le font souvent parce qu'ils "croient" à la véracité de l'histoire officielle. Or, bien que la chronologie soit considérée comme l'œil de l'histoire, aucune thèse d'histoire n'examine pourtant comment établir scientifiquement une chronologie absolue. Quintilien, rhéteur latin, exprimait d'ailleurs son scepticisme: L'histoire est écrite pour raconter, non pour prouver; et Voltaire rappelait que la fable est la sœur aînée de l'histoire. Une question redoutable se pose: Les hommes désirent-ils trouver la vérité historique ou préfèrent-ils entendre des fables? Le texte biblique répond: Ils n'ont pas ouvert leur cœur à l'amour de la vérité qui les eut sauvés. C'est pourquoi Dieu leur envoie des illusions puissantes qui les feront croire au mensonge, en sorte qu'ils tombent sous son jugement tous ceux qui ont refusé leur foi à la vérité (...) Les prophètes prophétisent en mentant; les prêtres gouvernent au gré des prophètes, et mon peuple l'aime ainsi. Et que ferez-vous au terme de tout cela5 (Crampon). Ce constat pessimiste semble toujours d'actualité. On pourrait se demander pourquoi aucun historien n'essaie de proposer une thèse sur la chronologie alors que le besoin est criant. Un livre de Plutarque (45-126), écrit spécialement contre le "père de l'histoire", donne les raisons de ce paradoxe. Hérodote par son enquête avaient discrédité les historiens qui l'avaient précédé, rangeant ceux-ci au rang peu enviable de mythologues. L'utilisation de la chronologie devenait le nouveau critère de vérité; or la plupart des historiens préfèrent "philosopher" et s'appuyer sur les autorités reconnues, méthode plus prestigieuse que celle consistant à effectuer de fastidieuses recherches chronologiques. Les reproches apparaissant dans le livre de Plutarque, intitulé La malignité d'Hérodote, en disent long sur les véritables raisons de ces attaques; on lit: Le style simple et facile d'Hérodote, mon cher Alexandre, sa diction naturelle et coulante, trompent la plupart des lecteurs qui jugent de son caractère par son style. C'est le comble de l'injustice, disait Platon, de paraître juste quand on ne l'est pas; c'est aussi l'excès de la méchanceté de cacher sous un dehors de candeur et de simplicité une malignité profonde. Comme il a dirigé surtout les traits de sa malice contre les Béotiens et les Corinthiens, sans épargner pour cela les autres peuples, je me crois obligé de défendre, contre cette partie de 5 2Thessaloniciens 2:10-12; Jérémie 5:31.
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    UNE BIOGRAPHIE PEUT-ELLEETRE HERETIQUE ? 97 son histoire, l'honneur de mes ancêtres et celui de la vérité ; car si je voulais relever toutes les autres erreurs dans lesquelles il est tombé, il me faudrait écrire plusieurs volumes (...) Premièrement, un écrivain qui, dans le récit d'un fait, se sert d'expressions dures et offensantes, tandis qu'il peut en employer de plus douces; qui, par exemple, au lieu de dire que Nicias était superstitieux, le traite de fanatique; qui taxe d'emportement et de fureur l'inconsidération et la légèreté de Cléon dans ses discours: un tel écrivain est un homme malintentionné, et qui se plaît à présenter ce qu'il raconte sous un jour défavorable. Secondement, lorsqu'un historien use de circuits et de détours pour faire entrer dans son histoire le récit d'un malheur ou d'une mauvaise action qui n'ont pas avec son sujet une liaison nécessaire, il est évident qu'il prend plaisir à médire (...) Troisièmement, un trait de méchanceté opposé à celui-ci et qui n'est pas au fond moins répréhensible, c'est de passer sous silence des discours et des actions honnêtes (...) Mais l'historien doit toujours dire la vérité quand il la connaît; et lorsqu'il est partagé entre plusieurs traditions incertaines, il faut qu'il préfère celle qui est plus avantageuse aux personnes dont il parle (...) Au reste, cet historien aime tellement les Barbares, que, disculpant Busiris du reproche qu'on lui fait d'avoir immolé des victimes humaines et sacrifié ses hôtes, et qu'attribuant à tous les Égyptiens un grand amour pour les dieux et pour la justice, il fait retomber sur les Grecs la honte de ces sacrifices abominables (...) Il dit cependant que l'Hercule égyptien n'est qu'un dieu du second ordre, et Bacchus du troisième ; qu'ils ont eu une origine connue et ne sont pas éternels. Il dit bien que ce sont des dieux, mais qu'étant d'une nature mortelle, il faut leur faire des libations comme à des héros, et non leur offrir des sacrifices. Il en dit autant de Pan, confondant ainsi les objets les plus augustes et les plus respectables de la religion des Grecs avec les fables vaines et ridicules des Égyptiens (...) Cependant tous les poètes et les savants de l'antiquité, Homère, Hésiode, Archiloque, Pisandre, Stésychore, Alcman et Pindare, ne font nulle part mention d'un Hercule égyptien ou phénicien, et n'en connaissent qu'un seul, né en Béotie ou originaire d'Argos (...) si les monuments que chaque ville a dressés ne sont que de vains cénotaphes; si les trépieds et les autels consacrés aux dieux sont chargés d'inscriptions fausses et trompeuses; si enfin Hérodote est le seul qui ait connu la vérité, et que tous les autres écrivains qui ont entendu parler des Grecs aient été trompés par l'opinion publique, qui aura exagéré ces exploits ? (...) Hérodote, il faut être en garde contre ces calomnies et ces critiques amères qu'il cache sous des phrases si douces et si polies; autrement on prendrait, sans s'en apercevoir, des peuples et des personnages les plus illustres de la Grèce, l'opinion la plus fausse et la plus absurde. En résumé Plutarque reproche à Hérodote de bafouer l'honneur des ancêtres de la Grèce en donnant crédit aux fables vaines et ridicules des Égyptiens, de trop aimer les Barbares, de trop critiquer les dieux grecs et de ne pas assez parler de façon avantageuse de sa nation, et ainsi de désavouer tous les autres écrivains qui avaient, eux, la faveur de l'opinion publique. Ce qui est piquant dans ces critiques, c'est qu'elles sont encore perpétuées à l'encontre des biographies scientifiques (calées sur des dates absolues) par la plupart des historiens modernes.
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    98 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Le manque de culture scientifique des historiens, généralement de formation littéraire, est un handicap majeur pour apprécier l'aspect rigoureux de la chronologie. Là encore les critiques de Plutarque illustrent assez bien cette lacune: Il en a encore évidemment imposé sur le compte des Lacédémoniens, en assurant qu'ils vinrent trop tard à Marathon au secours des Athéniens, pour n'avoir voulu se mettre en marche que le jour de la pleine lune. Non seulement ils sont entrés cent fois en campagne, où ils ont livré des combats les premiers jours du mois, sans attendre la pleine lune, mais à cette bataille même, qui se donna le 6 du mois de boédromion, leur retard fut si peu considérable, qu'ils virent encore les morts étendus sur le champ de bataille. Voici néanmoins ce que dit Hérodote au sujet de la pleine lune: « Il leur était impossible de partir sur-le-champ, parce qu'ils ne voulaient pas violer la loi qui leur défendait de se mettre en marche avant la pleine lune, et l'on n'était alors qu'au neuvième jour du mois; ils attendirent donc que la lune fût dans son plein » Eh quoi! Hérodote, tu transportes la pleine lune au commencement du mois, où cet astre est dans son premier quartier, et tu intervertis l'ordre du ciel et des jours, et le cours entier de l'univers! Plutarque étale son ignorance6! En effet, selon Hérodote, les Lacédémoniens de Sparte, qui campaient au 9e jour du mois, ne partirent vers Marathon [en -490] qu'après la pleine lune [le 15 du mois]. Or, il7 explique que les Spartiates étaient retenus par les fêtes de Carnéia [du 7 au 15 du mois de Carnéios]. Si on admet que les calendriers grecs débutaient bien à la nouvelle lune (ce qui est très incertain) les données d'Hérodote sont cohérentes. Les calendriers8 de Sparte et d'Athènes débutaient vraisemblablement (à cette époque) à la nouvelle lune après le solstice d'été soit au 28 juin (en -490). Carnéios étant le 2e mois à Sparte, il débutait donc au 27 juillet, et le mois de Boédromion étant le 3e mois à Athènes il débutait au 26 août. Si les Lacédomiens sont partis de Sparte à la pleine lune du 15 Carnéios [le 10 août] ils ont dû arriver à Marathon environ 14 jours plus tard9 [le 25 août]. La date du 6 Boédromion [le 31 août] marquant la célébration de la bataille tombe 6 jours après la date précédente, ce qui est acceptable vu les incertitudes sur les dates et les calendriers grecs de cette époque10. Établir une biographie exacte n'est pas une mince affaire. Euripide disait: Le sage a deux langues, l'une pour dire la vérité, l'autre pour dire ce qui est opportun. L'histoire véritable ne se fait pas sans histoire et elle ne se laisse trouver que par ceux qui la cherchent réellement. Comme par le passé, la vérité vient toujours du ciel (des astronomes). 6 D.W. O LSON – The Moon and the Marathon in: Sky & Telescope Septembre 2004 pp. 34-41. 7 Enquête VI:106-107; VII:206. 8 E.J. BICKERMAN - Chronology of the Ancient World London 1980 Ed. Thames and Hudson pp. 27-40. 9 Sparte et Marathon sont séparées par une distance de 240 kilomètres. Selon l'historien grec Arrien, l'armée d'Alexandre a pu parcourir la distance entre Persépolis et Suse (environ 500 km) en 29 jours, soit une vitesse moyenne de 17 km/jour. Si on utilise cette valeur, il aurait fallu environ 14 jours à l'armée lacédémonienne pour rejoindre Marathon. 10 La preuve est donnée par Plutarque lui même: Cette bataille [de Marathon] fut donnée le 4 du mois Boédromion [29 août en -490], selon la manière de compter des Athéniens; et suivant celle des Béotiens, le 27 du mois Panémos [22 août en -490] (Vie d'Aristide XIX:8,9).
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    UNE BIOGRAPHIE PEUT-ELLEETRE HERETIQUE ? 99 Curriculum vitae de Jésus  Né à Bethléem le 29 septembre -2, séjour de quelques mois en Égypte avant de revenir à Nazareth après la mort d'Hérode le 26 janvier -1, vers mars -1, endroit où il a vécu.  En 11, à l'âge de 12 ans (et 6 mois), il rencontre le grand-prêtre Anne au Temple.  Baptisé dans le Jourdain le 1er août 29, est devenu le Messie dans la 15e année de Tibère César à l'âge de 29 ans et 10 mois.  Début de son ministère le 27 septembre 29 à l'âge de 30 ans.  Les marchands du Temple sont chassés lors de la 1ère Pâque de son ministère, en avril 30, et annonce que celui-ci, bien que bâti depuis 46 ans, allait être détruit.  Les marchands du Temple sont chassés une nouvelle fois lors de la 4ère Pâque de son ministère, le lundi 30 mars 33.  La Cène est instituée au début du vendredi 14 Nisan (le jeudi 2 avril 33 vers 18 heures).  Mort à Jérusalem le vendredi 3 avril 33 vers 15 heures à l'âge de 33 ans et 6 mois, soit quelques heures avant une éclipse de lune.