Jeudi 1er
mars 2012 - 68e
année - N˚20874 - 1,50 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr --- Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur: Erik Izraelewicz
Algérie 150 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,40 ¤, Belgique 1,50 ¤, Cameroun 1 600 F CFA, Canada 4,25 $, Côte d’Ivoire 1 600 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 28 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,80 ¤, Gabon 1 600 F CFA, Grande-Bretagne 1,50 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 750 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,20 ¤, Luxembourg 1,50 ¤, Malte 2,50 ¤,
Maroc 12 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,20 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 2,00 ¤, Sénégal 1 600 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 35 KRS, Suisse 3,20 CHF, TOM Avion 380 XPF, Tunisie 2,00 DT, Turquie 6,50 TL, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 600 F CFA,
L
e Conseil constitutionnela
pleinementjoué son rôle,
mardi 28février: il a jugé
«contraire à la Constitution» le
texte, adopté le 23janvier par le
Parlement,qui sanctionnaitpéna-
lementla négation de génocides
reconnuspar la loi, en particulier
le génocide des Arméniens com-
mis par l’Empire ottoman en 1915.
La concision mêmede cette
décision démontreque le juge
constitutionnels’est situé sur le
plandes principes fondamen-
taux. Avec la volonté manifeste
de mettre un terme à une contro-
verse qui fait rage depuisdes
années.A cet égard, la volonté affi-
chée par le chef de l’Etat de remet-
tre immédiatementune nouvelle
loi en chantier est vouée à l’échec.
Les principes? Il en retient
deux. D’une part, «la loi a pour
vocationd’énoncer des règles et
doit,par suite, être revêtue d’une
portée normative». Elle ne peut
doncpas êtreuniquementdéclara-
toireet «mémorielle», commecel-
le de 2001 par laquelle«la France
reconnaîtpubliquement le génoci-
de arménien de 1915». C’est sur la
base de ce texteque le Parlement
a fondé la loi adoptéeen janvier.
D’autrepart, le Conseil invo-
quele principe cardinalde la liber-
té d’expression, «d’autant plus
précieuseque son exercice est une
conditionde la démocratie». Cela
n’interditau législateurni d’en
fixer les règles ni d’en réprimer
les abus, mais à conditionque ce
soit de façon «nécessaire,adaptée
et proportionnée». En l’occurren-
ce, il a jugé que ce n’était pas le
cas: en réprimantla contestation
de l’existencede crimes qu’il a lui-
mêmequalifiés comme tels, le
législateurporte atteinte à l’exer-
cice de la liberté d’expression.
En clair, les politiquesn’ont pas
à s’érigeren ministèrede la vérité,
ni le Parlementen tribunalde
l’Histoire.Comme l’avait juste-
ment déclaré le présidentJacques
Chirac, en 2005, et comme l’avait
confirméune mission parlemen-
taire sur les «lois mémorielles»
en 2008, il ne revientpas au légis-
lateur de fixer une vérité histori-
que, d’en imposer une lecture offi-
cielleet encoremoins de sanction-
ner pénalementceux qui la
contesteraient.De nombreux his-
toriensse sont d’ailleurs insurgés
contrecette judiciarisationde
leur travail.
On l’a déjà dit, ici, la loi censu-
rée n’étaitpas de nature à soula-
ger la douleurdes Arméniens qui
voientleur passétragiqueignoble-
ment réécrit, contesté ou nié,
notammentpar les autorités tur-
ques depuisprès d’un siècle.
En outre, elle prenait la cause
arménienneen otage de combats
électoraux: NicolasSarkozy avait
pesé de tout son poids pour que
son camp approuve ce geste à
l’égardde la communautéarmé-
nienne en France, et François Hol-
landeavait voté ce texte, pour des
raisonssimilaires. Enfin,elle avait
enveniméles relationsavec la Tur-
quie, dont les autorités ont beau
jeu, aujourd’hui,de saluer le
camoufletinfligé aux principaux
responsablesfrançais.
Inutileet inopportune,la loi
censuréepeut s’avérer dangereu-
se.En conduisantle Conseilconsti-
tutionnelà tranchersur la base
du principe de la liberté d’expres-
sion, elle risque de nourrir, à nou-
veau, toutes les velléitéset les
offensivesnégationnistes.p
Page5
Hausse
de la valeur
de l’entreprise
Apple en dix ans
+ 4 700 %
CAMPAGNE L’heureestàlasurenchère. Leprésident
sortantveutpayeretfairetravaillerdavantagelesprofs,
alorsquelecandidat PSveutsurtaxerlesriches. P.5-6
ENQUÊTE Son putsch raté pour porter Jean-Louis Borloo
à la tête de Veolia a fâché le patron d’EDF avec la gauche
et la droite. Portrait d’un patron trop politique. P.17
REPORTAGE Après plusieurs jours d’émeutes, le préfet
a annoncé la baisse du prix de 60produits de grande
consommation. Les Réunionnais sont dubitatifs. P.11
L
eroyaumedeSaTrèsGracieu-
se Majesté s’est fait une spé-
cialité de brasser du vent. La
plusvastefermeéoliennedumon-
de produit ses 367 mégawatts, au
large de la région de Cumbria, et le
gouvernementbritanniqueaplani-
fié une croissance exponentielle
de cette énergie. Oui, mais la crise
est passée par là et le financement
de ce plan éolien est menacé. Par
unecentaine de députésconserva-
teurs,entreautres,quiviennentde
réclamer«unebaissespectaculaire
des subventions», que les parle-
mentairesassimilentàungaspilla-
geenpleinecured’austérité.p Lire
page10
Editorial
L’austérité
inquiètel’Europe
etpèsesurla
présidentielle
Impôts,école:le«toujours
plus»deHollandeetSarkozy
HenriProglio,sesamitiés
politiquesetsesmauvaiscalculs
ALaRéunion,lagalère
desfamillescontrelaviechère
Cemonstredubusiness
qu’estdevenuApple
L’ŒIL DU MONDE Lamarque
àlapommesort,débutmars,
sonnouveliPad;dequoi
décuplersesprofits,suivant
unerecetteéprouvée.Zoom
surleprodigedumarketing,
devenuendixansl’entreprise
detouslessuperlatifs,
quifascineautantqu’elle
inquiète.Pages 18-19
WallStreet
Homs:lafuite
desFrançais
tourne
aufiasco
tTreize insurgés
auraient trouvé la mort
lors de l’exfiltration ratée
Ventscontraires
surl’industrie
éolienne
britannique
Il y a 150 ans
paraissaient Les Misérables
HORS-SÉRIE
UNE VIE, UNE ŒUVRE
Victor Hugo
L’élu du peuple
150 ans après Les Misérables, l’hommage des politiques
124 PAGES - 7,90  - EN VENTE CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
Portrait de Victor Hugo par Jean-François Kahn : de quelle manière l’écrivain
s’est métamorphosé au point de devenir une figure révolutionnaire du XIXe
siècle.
Une sélection de textes de l’auteur qui n’oublie ni le poète, ni l’homme de théâtre,
ni le romancier, en particulier celui des « Misérables ».
Un entretien avec Jean-Marc Hovasse, auteur de la biographie de référence
consacrée à Victor Hugo et qui assure la direction éditoriale de ce numéro.
Les textes des candidats à l’élection présidentielle et des responsables politiques
montrent à quel point les thèmes abordés par Victor Hugo sont en résonance
avec l’actualité.
EN PARTENARIAT
AVEC
V
endredi 2mars, 25 chefs d’Etat et de
gouvernement européens seront à
Bruxellespoursignerlenouveautrai-
té de discipline budgétaire européen, mis
aupointparNicolasSarkozyetAngelaMer-
kel.Mais desvoix s’élèventcontreleschoix
du tandem franco-allemand qui feraient la
part trop belle à l’austérité. Douze pays,
emmenés par le président du conseil ita-
lien,MarioMonti,demandentuneréorien-
tationenfaveurdela croissance.EnFrance,
François Hollande et trois autres candidats
affirment vouloir renégocier les traités.p
Lire pages 2 à 4
UKprice£1,50
M
ercredi 29février au matin, la
journaliste française Edith Bou-
vieretsoncompatriotephotogra-
phe William Daniels étaient toujours pié-
gésàHoms,danslequartierdeBabaAmro.
Après avoir refusé à deux reprises d’être
évacués par le Croissant-Rouge syrien,
auquel les insurgés ne font pas confiance
malgrélesgarantiesduCICR,lesdeuxFran-
çais ont tenté, dans la nuit de lundi à mar-
di, une sortie en convoi avec l’Armée
syrienne libre. Le groupe a été bombardé
enrouteettreizeinsurgésauraienttrouvé
lamort.CettefuiteratéeversleLibanasus-
cité une annonce prématurée de Nicolas
Sarkozyqui,aprèss’êtreréjouidel’évacua-
tion, a dû démentir et s’excuser.p P.7
La Bourse américaine
retrouve son niveau
d’avant la crise Page 13
LeParlementn’estpasuntribunaldel’Histoire
tLacontestationmonteenEspagneetdans11autrespays
tRéférendum en Irlandesur lepactebudgétaire
tComment Bruxelles voitlescandidats français
Edith Bouvier, blessée à
Homs. Capture d’écran
d’une vidéo filmée
par un téléphone.REUTERS
LeregarddePlantu
Les indégivrables Xavier Gorce
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Valence (Espagne)
Envoyée spéciale
L
esmobilisationscontrelescou-
pes budgétaires se multiplient
dans la région de Valence, en
Espagne. En un mois, les syndi-
cats y ont convoqué quatre
grandesmanifestations.Lader-
nière, dimanche 26février, a rassemblé,
selon leurs estimations, plus de
350000participants.
Ces mobilisations dépassent largement
le spectre syndical. Elles sont quotidien-
nes, spontanées, se déroulent devant les
collèges,lerectorat,leshôpitaux.Mercredi
29février, une grève des étudiants et une
grandemanifestationétaient prévues.
Valence, pourtant, n’est pas réputée
poursonactivisme.Elle fait figure de ville
docile.Maisdepuisle20février,elleesten
ébullition. La brutale répression d’une
manifestation de quelques dizaines de
lycéens a mis le feu aux poudres. Les cou-
pes budgétaires, le chômage à 25,4%, les
affairesdecorruption,lesdépensessomp-
tuaires de la région dans des bâtiments
pharaoniquesoudesévénementssportifs
ont fait le reste.
Depuis plusieurs semaines, la presse se
faisaitl’échodelasituationdecertainséta-
blissementsscolaires,dumanquedechauf-
fage dans des classes, des parents
contraintsdefaireleménagedansuncollè-
ge, du manque d’argent pour les photoco-
pies…
Pourpayercesfrais defonctionnement,
les collèges reçoivent normalement tous
les quatre mois des fonds du gouverne-
mentrégional.Maiscelui-ciestétouffépar
unedettequireprésente20%duPIBrégio-
nal, la plus élevée d’Espagne, et 3milliards
d’euros de retards de paiement aux four-
nisseurs.«Jamaisnousn’avionsconnuune
situationderetardsaussiimportantsetsys-
tématiques,expliqueleprésidentdel’asso-
ciation des directeurs de collège, Vicent
BaggettoiTorres.Certainscollègesontreçu
desavis decoupuresd’électricité.»
Dans ce contexte, une photo de lycéens
enveloppésdans des couverturespendant
les cours a été un détonateur. En signe de
protestation,lesélèvesdulycéeLuisVives,
dans le centre de Valence, décident de blo-
quer tous les jours pendant dix minutes
l’une des principales artères de la ville.
«Nousvoulionsseulementprotestercontre
les coupes, raconte Nerea Lopez, 17ans.
Nous sommes presque 40 par classe, beau-
coupde professeurs sont absents.Mais plu-
tôt que de garantir un service minimum
dansl’éducationetlasanté,larégionpréfè-
reinvestirdansun circuitde formule1.»
Au cinquième jour, lundi 20février, la
police charge, distribuant des coups de
matraques à des lycéens en pleurs. Bilan:
25arrestations et 13blessés. Des journalis-
testémoignentde laviolencede la répres-
sion. Les images circulent sur Internet où
l’événement est vite baptisé «printemps
valencien». Le lendemain, des milliers de
parents d’élèves sortent dans la rue. Et les
jours suivants, les mobilisations se pour-
suivent.
Une semaine plus tard, l’épisode conti-
nue d’agiter Valence. «La crispation socia-
leesttrèsélevée,soulignelesecrétairegéné-
ral de l’Union générale des travailleurs
(UGT), Conrado Hernandez. Les coupes
sont perçues comme une agression contre
le modèle de l’Etat-providence et nos
enfantsen ont été les premièresvictimes.»
En janvier, le gouvernement régional a
annoncé un nouveau plan d’austérité
pour économiser un milliard d’euros. Les
fonctionnaires ont perdu la moitié des
compléments de salaires versés normale-
mentparlarégion.«Lessalairesdesméde-
cins ont baissé de près de 600euros, ceux
des infirmiers et des enseignants jusqu’à
300euros», résume le syndicaliste.
A cela s’ajoute l’augmentation des
impôts sur le revenu annoncée par
Madrid.Sans parlerdes baisses de salaires
quiavaientétéimposéesparl’anciengou-
vernement socialiste. «Nous avions déjà
perdu 8% de salaire en moyenne en 2010,
rappelleM.Baggetto.Toutlepoidsdelacri-
se repose sur les fonctionnaires.»
Danslescollèges,l’ambiances’estenco-
re tendue: pour la rentrée prochaine, les
enseignants s’attendent à une augmenta-
tion du nombre d’heures de cours, qui
aboutira de fait à de nouvelles réductions
du nombre de postes d’intérimaires, déjà
réduit de 3000 en 2010.
«Nousdemandonsunsacrificeauxfonc-
tionnaires»,reconnaîtlevice-présidentde
la région, José Ciscar, qui laisse entendre
que le gros des mesures d’austérité n’est
pas encore venu. Le gouvernement régio-
nal entend économiser 430millions d’eu-
ros en «rationalisant le secteur de la san-
té» et devra dévoiler un nouveau plan
«d’encore un milliard d’euros» pour res-
pecter l’objectif de déficit de 1,3% du PIB
que les régions ont largement dépassé en
2011.Auniveaunational,ledéficitadérapé
en 2011 pour atteindre 8,5% du PIB au lieu
des 6% prévus, suscitant de nouvelles
misesen gardede Bruxelles,mardi.
Aux mesures régionales s’ajoutent cel-
les du gouvernement central. La réforme
du marché du travail, annoncée fin jan-
vier, inquiète particulièrement les syndi-
cats car elle ouvre la voie à des licencie-
ments plus faciles et moins chers et à des
baissesgénéraliséesdessalaires.«Lasocié-
té valencienne n’est pas disposée à négo-
cier l’Etat-providence», avertit le secrétai-
re général de l’UGT, qui n’écarte pas l’ap-
pel très prochain à une grève générale à
Valenceet dans toute l’Espagne.
Lesjeunes,eux,continuentlesmobilisa-
tions,avec,enarrière-plan,unmalaisepro-
fond. «Nous voulons simplement de bon-
nes conditions d’apprentissage. Même si
on ne sait pas quoi étudier puisqu’il n’y a
pas de travail, explique Nerea, avant de
conclure,désenchantée:nousn’avonspas
de futur ici.»p
Sandrine Morel
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des publications et agences de presse n° 0712 C 81975 ISSN0395-2037
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Fax : 01-57-28-39-26
Président : Louis Dreyfus
Directrice générale :
Corinne Mrejen
«Labrutalerépression
d’unemanifestation
delycéensamislefeu
auxpoudres»
Des
centaines
de milliers
de
personnes
ont
manifesté
à plusieurs
reprises
à Valence
contre
les coupes
budgétaires
dans
les services
publics. Ici,
le 25février.
HEINO KALIS/
REUTERS
s REPORTAGE LarégiondeValencevitaurythmedescoupesbudgétaires
etdesmanifestations.Lasituationdansl’éducationéchauffelesesprits
EnEspagne,le«printemps
valencien»s’annoncechaud
I
l n’y aura pas eu de long dis-
cours ni d’effusions, à peine
quelquesapplaudissements
d’adieupour cellesqui ne vont
pas rempiler chez le repreneur,
Les Ateliers du Meygal. Mardi
28février, les «filles» de Lejaby à
Yssingeaux(Haute-Loire)se sont
réuniespour leurdernièreassem-
blée générale en tant que sala-
riéesdu fabricantde sous-vête-
mentset pour un dernier«repas
de famille». Après moult passa-
ges dansles journauxtélévisés et
plusieursvisitesd’hommespoliti-
ques, le site a été sauvé. Officielle-
ment licenciéesle 28février, la
plupartd’entre elles vont com-
mencer une formationchez un
sous-traitantde LVMH dès jeudi
1er
mars, après une seule journée
symboliquede chômage.
«Une victoire» à n’en pas dou-
terpour RaymondVacheron,délé-
gué départementalCGT. Et aussi
une belle histoirede sauvetage
commeseules les campagnes pré-
sidentiellespeuvent en offrir.
Maisles ouvrières, elles, ne
savent pas encore si elles doivent
se réjouir tout de suite de garder
un emploi ou s’inquiéter des
conditionsdans lesquelles cela se
déroulera.«Là, ça va trop vite, on
n’a pas le temps de comprendre ce
qui nous arrive», glisse Chantal,
48ans «et 32 ans de boîte», en
écoutantleur déléguéesyndicale
évoquer les points posant problè-
me dans les contrats de travail
qu’ellesont reçus.
Lorsqu’ellesévoquent le mois
de lutte qui les a réunies et qui a
rassemblétellementde gens
autourd’elles, toutes ont les yeux
qui brillent. Mais elles ont beau
avoir été reçues une par une par
leurnouveau patron, aucune ne
sait réellement en quoi consiste-
ra son futur travailni quand il va
réellementdébuter.L’usine, enco-
re vide alors qu’elles doiventy
revenirdès jeudi, leurreste fer-
mée.Tout ce qu’elles savent, c’est
qu’ellesdébuteront par cinq à
neufmois de formation, «peut-
être à coudre des doublures de
sacs ou des poignées», imaginent
certaines sans aucune certitude.
De son côté, VincentRabérin
–le repreneurqui se dit persuadé
de l’avenirdu site – assure avoir
un plan de charge,et doncdu tra-
vail pour les ouvrières, pendant
aumoins trois ans. Deux millions
d’eurosd’aides lui ont été offerts
pourla réindustrialisationdu
site et des fonds paritaires paye-
ront la formationdes ouvrières.
Retour à la pointeuse
A table, les discussionsvont
bontrain sur cette fameuse date
du 1er
mars. «Jeudi, on fait quoi?
On va travaillerou quoi?» Après
l’intensitéde la lutte, le retourà
la banalité de la pointeusesem-
blefairepeur et l’euphoriede l’an-
nonce de la reprise a laissé la pla-
ce à un léger doute.Certaines des
«filles» ne savent pas encore si
elles veulent reprendre ou pas.
Parmielles, il y a celles pour qui
le licenciementapparaît comme
une occasion de se lancer «dans
autrechose». Mais dans la région,
les emploisaccessiblesaux fem-
mes restent peu nombreux.
L’uned’elles lève son verre «à
ceux qui veulent nous baiser».
Dany, qui a débuté à l’âge de
17ans chez Lejaby,s’interroge:
«Pourquoi les politiquesnous ont
sauvées,nous, et pas les autres?
Ne faudrait-ilpas faire des élec-
tions tous les ans? Comme ça,
tout le mondeaurait du tra-
vail.»p
Antonin Sabot
(Yssingeaux, envoyé spécial)
Ledernierrepasdefamille
des«filles»deLejaby
présidentielle 2012
AilleursenEurope,lessyndicatspeinentàmobiliser
«TROP, C’EST TROP.» La Confédération
européennedes syndicats (CES) organise
une journée de mobilisation européenne
contrel’austérité, mercredi29février, à la
veille de la signaturedu nouveau traité
de discipline budgétaire.Pour la Confédé-
ration,le cas de la Grèce est exemplaire:
la cure d’austéritéimposéeau pays est
insoutenableet bafoue le droit du travail.
Reste que la mobilisationrisque de pas-
ser inaperçue dans la plupart des pays.
Laconcentrationsyndicaleprévueà
Bruxellessevoulaitplussymboliqueque
massive.FrançoisChérèque,leleaderdela
CFDT,devaityparticiper.AParis,illaissela
placelibreàBernardThibault,leleaderde
laCGT,quiorganiseunbrefdéfiléBastille-
NationavecSolidaires,l’UNSAetlaFSU,
maissanslaCFDT,inquièted’une«mobili-
sationàcaractèrepolitiquesurlesenjeux
nationaux».L’approchedel’électionprési-
dentielleetlesvacancesscolairescompro-
mettentclairementlamobilisation.
EnItalie,lesleadersdestroisplusimpor-
tantesorganisations(CGIL,CISLetUIL)ont
conviéleursadhérentsàserassemblersur
lapetiteplaceduPanthéondanslecentre
historiquedeRome…Pourexpliquercet
insuccèsannoncé,laCGILmeten avantle
manquedeculturesyndicaleunitaire.
PourtantlesItalienssontconfrontésàune
cured’austéritésansprécédent.Maisle
soutieninconditionnelduprésidentdela
République,l’anciencommunisteGiorgio
Napolitano,àMarioMontiempêchepour
l’heurelessyndicatsetlagaucheitalienne
deproposeruneréponseunitaireàla
rigueur.
Versements records en Allemagne
Lessyndicatsgrecsontappeléàun
arrêtdetravaildetroisheures,suivid’une
manifestationplaceSyntagmaàAthènes.
Lajournéed’actionintervientaprèsun
votemardiauParlementquiintroduitde
nouvellescoupesdanslessalaireset les
retraites.Maisl’affluenceestplusimpor-
tantelorsquelesrassemblementssont
aussiappeléspard’autresforces,enplus
dessyndicats.Ces dernierspâtissentd’une
mauvaiseimagedansl’opinionenraison
deleursliensaveclespartispolitiques.
EnAllemagne,le DGB,laconfédération
syndicaleallemande,devait être partie
prenantedefaçontrèsmodérée.Deux ras-
semblementsseulementsont prévus. Le
débutd’année est traditionnellementla
périodeoù se renégocientles conventions
collectiveset les accordssalariaux,et les
trèsbonsrésultatsde certainesentrepri-
sesindustriellesvont entraînerdesverse-
mentsrecord au titrede la participation,
laissantleurssalariés peusensiblesaux
discourssur l’austérité.
Au Royaume-Uni,aucunemobilisa-
tion n’est prévue du côté des syndicats.
Le TUC, la principale confédérationsyndi-
cale, va juste affréter un mini-buspour
rendre visite aux ambassadesde France,
d’Allemagneet de Grèce à Londres. L’ab-
sence d’action vient en partie du fait que
ce pays n’est pas signatairedu nouveau
traitéet qu’il est donc difficileaux syndi-
cats de s’y opposer.p
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POUR COUCHAGE QUOTIDIEN
Enda Kenny, le premier ministre irlandais, et Mario Monti, le président du conseil italien, à Rome, le 24février. ALESSANDRO DI MEO/EPA/MAXPPP
Douzepayscontestentl’austéritéenEurope
EmmenésparleprésidentduconseilitalienMarioMonti,cesgouvernementss’inquiètentdelarécessionquimenace
Bruxelles
Bureau européen
N
icolas Sarkozy l’a porté à
bout de bras, en soutien
d’Angela Merkel. François
Hollande promet de le renégocier
s’il est élu président de la Républi-
que. Le pacte budgétaire est sou-
mis à la signature de 25 chefs
d’Etat et de gouvernement euro-
péens, vendredi 2mars, à Bruxel-
les – seuls le Royaume-Uni et la
République tchèque devraient
s’abstenir –, mais le débat à son
sujet n’est pas clos pour autant.
Cette signature ouvre la voie à
une procédure de ratification qui
s’annonce délicate, à l’heure où la
crise des dettes souveraines
connaît un répit relatif en marge
du sauvetage de la Grèce. Mardi
28février,lepremierministreirlan-
daisdecentregauche,EndaKenny,
a annoncé, contre toute attente,
son intention d’organiser un réfé-
rendumpourratifierlepacte.
EnFrance,M.Sarkozys’estréso-
luànepasprécipiterlaratification
parlementaire avant les élections
présidentielle et législatives, mais
il entend y procéder au plus vite
s’ilestréélu.Aucontraire,siM.Hol-
landel’emporte,denombreuxres-
ponsables de gauche ne veulent
pas entendre parler d’une ratifica-
tion du texte en l’état. Dès le som-
met européen de juin, ils espèrent
musclerle volet croissance et gou-
vernance économique d’un traité
avant tout conçu pour inscrire
danslemarbreladisciplinebudgé-
taire chère à Mme
Merkel.
La«renégociation»quelecandi-
dat socialiste appelle de ses vœux
reçoit un accueil glacial dans les
milieux européens. « S’il veut
ouvrir ce chantier, je lui souhaite
bonne chance: ce sera impossible
trois mois après la signature»,
lâche un dirigeant européen. Her-
man Van Rompuy, le président du
Conseil européen, que les chefs
d’Etatetdegouvernementdoivent
confirmer pour deux ans et demi
dans ses fonctions, veut éviter la
mise en cause de l’autre traité, sur
le Mécanisme européen de stabili-
té(MES), en coursde ratification.
Sous pression pour augmenter
la force de frappe de ce fonds de
secourspermanent,l’Allemagnea
insistépourlierpolitiquementles
deux textes. D’où l’abstention des
socialistesfrançaislorsdelaratifi-
cationduMESàl’Assembléenatio-
nale, le 21février, puis au Sénat,
mardi.
Sur le fond, l’opposition entre
M. Sarkozy et M.Hollande sur le
nouveau traité reflète le débat du
moment entre les Vingt-Sept.
Après avoir donné la priorité à
l’austérité, sous la pression des
marchés, ils doivent discuter de la
meilleure façon de soutenir leurs
économies sans creuser davanta-
ge les déficits. Les plans d’austéri-
té, en vigueur un peu partout sur
le continent, sont de plus en plus
contestés par les syndicats et par
les opinions publiques, sur fond
de montée du chômage dans les
pays les plus fragiles. Ils risquent
de surcroît, de l’avis de nombreux
dirigeants, d’aggraver la récession
qui menace. «En ce moment, on
insiste trop sur les pénalités finan-
cières et les paquets d’austérité», a
jugé le socialiste Martin Schulz,
présidentduParlementeuropéen,
lors d’une visite à Athènes, mardi.
Les mises en garde en ce sens se
sont multipliées. Douze pays,
dont l’Italie, l’Espagne, les Pays-
Bas,le Royaume-Uniet la Pologne,
demandent de réorienter la politi-
que économique défendue par le
tandem Merkel-Sarkozy. «La crise
àlaquellenousfaisonsfaceestaus-
si une crise de croissance», ont-ils
fait valoir dans un courrier rédigé
àl’initiativedeMarioMonti,prési-
dentduconseilitalien.Lessocialis-
tes français y voient la preuve que
leurs demandes procèdent d’un
souci qui s’impose à tous. Mais,
dans l’esprit des douze signataires
de cette lettre, le remède passe par
davantagedelibéralisations,parla
réforme du marché du travail
dans chacun des Etats et par une
plusgrandeouverturecommercia-
leducontinent.Cenesontpasvrai-
ment les solutions préconisées
par la gauche française!
La récession qui menace les
Vingt-Sept inquiète de surcroît
leurs partenaires internationaux.
Pascal Lamy, directeur général de
l’Organisation mondiale du com-
merce, devait appeler lui aussi,
mercredi, à la mise en place d’un
«plan de croissance commun» en
Europe. «Le nouveau traité lui-
même, avec ses règles strictes pour
les politiquesbudgétairesnationa-
les, va susciter une demande en
faveur d’un budget européenéten-
du», devait-il expliquer à Bruxel-
les. Pour M.Lamy, membre du PS
français, ce plan devrait compor-
ter trois axes: investir dans des
infrastructures communes, pro-
mouvoir la recherche ou l’éduca-
tion, aider les Etats européens à
adapter leurs outils productifs,
leurs systèmes de sécurité sociale
et leurs marchésdu travail.
A plus court terme, l’enjeu est
aussi–etpeut-êtresurtout–depré-
ciser les modalités d’application
dupacte de stabilitéet de croissan-
ce,telquerenforcédepuisl’autom-
ne.L’Espagnedemandeàrevoiràla
baisse les objectifs qui lui sont
fixés, demande repoussée d’un
revers de main par la Commission
etlaBanquecentraleeuropéennes.
Avecunsouciquirisquedecom-
pliquerledébutdemandatdupro-
chain président français: protéger
la crédibilité du dispositif de sur-
veillancecollectivequiémergepeu
àpeu dela crisedela zoneeuro.p
Philippe Ricard
LesIrlandaisserontconsultésparréférendumsurletraité
L’oppositionentre
M.Sarkozy
etM.Hollandesurle
nouveautraitéreflète
ledébatdumoment
entrelesVingt-Sept
Le Parlement a définitivement
adopté, mardi 28février, les
deux projets de loi autorisant la
création du Mécanisme euro-
péen de stabilité (MES). Le
Sénat a approuvé la ratification
du traité instituant le MES par
169voix contre 35. L’UMP et
l’Union centriste et républicaine
ont voté pour. Le groupe commu-
niste républicain et citoyen et la
majorité du groupe écologiste
ont voté contre. Le groupe socia-
liste et le Rassemblement démo-
cratique et social européen
(RDSE) se sont abstenus. Quel-
ques voix se sont cependant dis-
persées. Trois sénateurs socia-
listes (Jean-Pierre Godefroy,
Marie-Noëlle Lienemann et
Daniel Percheron) et trois RDSE,
dont Jean-Pierre Chevènement,
ont voté contre, tandis que deux
écologistes ont voté pour.
A Paris, le Parlement ratifie le Mécanisme de stabilité
Londres
Correspondance
EndaKennyaurapristoutle mon-
deparsurprise.Lepremierminis-
treirlandaisaannoncé,mardi
28février,au Parlement,qu’ilorga-
niseraunréférendumpourrati-
fierletraitéquelesdirigeantseuro-
péensdoiventsignervendredi2
mars.Cette consultationaurait
lieuenmaiou enjuin,etsonrésul-
tatparaîtactuellementtrèsincer-
tain.Unsondageréaliséenjanvier
indiquait40%de«oui»,36%de
«non»et 24%d’indécis.
Le nouveaupacte budgétaire
peut certesentrer en vigueurdès
lors que 12 des 17 Etats de la zone
euro l’auront ratifié. Toutefois,la
possibilitéd’un vote négatifrepré-
sente une menace pour l’Union
monétaire,car un tel vote risque
de priver l’Irlande, sous assistance
depuisnovembre2010, de l’éven-
tuel soutien du Mécanisme euro-
péen de stabilité (MES). L’Allema-
gne a en effet conditionnétoute
nouvelleaide à la ratification du
pacte budgétaire.
Les 4,5millions d’Irlandaistien-
nent ainsi, une fois de plus, le sort
de l’Europe entre leurs mains. La
Constitutiondu pays obligeant
les changements de traitéeuro-
péen à être soumis au vote, les
Irlandaisont été consultés sur le
traitéde Nice en 2001 et sur celui
de Lisbonne en 2008. A chaque
fois, ils ont voté «non». Il aura fal-
lu ensuite des renégociations– et
des clauses d’exception – pour
qu’ils approuventfinalement le
texte, sans enthousiasme.
Cette fois-ci, il avait sembléini-
tialementque le même scénario
pouvaitêtre évité. Technique-
ment,le texte qui sera signé ven-
dredi n’est pas un traitéeuro-
péen, puisque deux pays en sont
déjà exclus: le Royaume-Uniet la
Républiquetchèque.Les négocia-
tionsse font hors du cadre juridi-
que européen. Pourtant,après
avoir demandé conseilà son gar-
de des sceaux, M.Kenny a jugé
que la Constitution ne lui laissait
pasle choix. «Les Irlandaisseront
invités à autoriser, par référen-
dum, le traité européen de stabili-
té», a-t-il expliqué.
Sept budgets de rigueur
Le premier ministre appelle
bien entendu à voter «oui». «Je
croisfortement que c’est dans l’in-
térêt nationalde l’Irlande.» Il sou-
ligne que le pays a réussi à stabili-
ser son économie depuis le plan
de sauvetage de la fin 2010, la
croissance,très légère, étant au
rendez-vous,en 2011, pour la pre-
mière fois en quatre ans. Selon
lui, rejeter ce texte mettrait cette
améliorationen danger.
Deplus,mêmesiM.Kennyne
leditpas, l’Irlande,paradoxale-
ment,appliquedéjàlenouveau
traité,quimet lesbudgetsnatio-
nauxsous surveillancedesautres
Etats.Al’automne,leprojetdebud-
getdupaysavaitfuitédanslapres-
seenAllemagneoù unecommis-
siondu Bundestagl’examinait.
Ces argumentséconomiques
pourraientcependant ne pas
peserlourd face à la colère gran-
dissantedes Irlandaiscontre l’aus-
térité.Le pays a connusept bud-
gets de rigueur en troisans, et de
plus en plus d’habitantsestiment
que l’Europe ne fait qu’aggraver
les choses, en imposant des mesu-
res encore plus duresque celles
voulues par le Fondsmonétaire
international(FMI).
«Cela va être un référendum
sur l’austérité», estime Elaine Byr-
ne,politologueà l’universitéTrini-
ty College.Or, le soutien au Sinn
Fein, le parti le plus opposé à la
rigueur, atteint actuellement
25%, un sommethistorique.p
Eric Albert
30123
Jeudi 1er
mars 2012
N
’écoutezpaslaBanquecentraleeuropéenne,regardezce
qu’ellefait,dit-onparfois.L’institutiondeFrancfortestélève
desjésuites: inflexiblesurladoctrine,casuistelorsqu’ils’agit
d’éviterle pire.C’estcettetâchequ’elleaccomplitdepuisledébutde
lacriseen2007: endépitd’undiscoursorthodoxe,ellenecessede
sauverl’Europedelafaillite,inondantlesbanquesdeliquidités.
Ne négligeons pas la doctrine pour autant. Alors que s’engage
un débat sur le bien-fondé de la rigueur en Europe, il convient
d’écouter son président. L’Italien Mario Draghi rappelle quelques
évidences sur l’Europe: «Les impôts sont élevés, et les dépenses
des gouvernements sont concentrées sur des dépenses courantes.»
En langage clair, l’Etat dépense trop et mal. Selon Eurostat, le taux
de dépenses publiques en France atteignait 56% du PIB en 2010
contre 46% en Allemagne.
M.Draghi appelle à distinguer la mauvaise dépense de la bonne.
«La mauvaise consolidation[budgétaire]est la plus facile à réaliser,
parcequ’on peut afficher de bons chiffres en augmentantles impôts
et en réduisant les investissements,ce qui est beaucoupplus facile
que de réduire les dépenses courantes», dit-il, avant de trancher:
«Cela réduit le potentiel de croissance.»
Bref, orthodoxiebudgétaire et croissance vont de pair. Mais
pourquoi M.Draghi a-t-il donné sa leçon au Wall Street Journal
et pas au «20heures» de TF1? p
H
uit heures. C’est le temps
que devait passer François
Hollande à Londres, mer-
credi29février.Moinsquelaveille
au Salon de l’agriculture de la por-
tedeVersailles.Maisassezpourfai-
re une conférence au prestigieux
King’s College, saluer les Français
installés dans la capitale britanni-
que, et surtout rencontrer Ed Mili-
band, chef du Parti travailliste et à
ce titre leader de l’opposition au
gouvernement conservateur de
David Cameron.
Accompagné notamment de
deux anciens ministres des affai-
res européennes, Pierre Moscovi-
ci, son directeur de campagne, et
Elisabeth Guigou, chargée des
questions institutionnelles euro-
péennes dans son équipe, Fran-
çois Hollande devrait trouver en
Ed Miliband un interlocuteur
attentif.
S’il s’est quelque peu assagi
depuis qu’il a pris la direction du
Parti travailliste, en 2010, «Ed le
rouge», comme le surnommait
naguère la presse britannique, n’a
pas hésité à se démarquer du New
Labour de Tony Blair. Son «droit
d’inventaire» assumé à l’égard de
la«troisièmevoie»blairiste,jugée
trop centriste et trop oublieuse
des catégories populaires, fait
échoaupositionnementdeM.Hol-
lande,quientendluiaussirenouer
les liens entre le PS et les classes
laborieuses.
Avec M.Miliband, le candidat
socialiste à l’élection présidentiel-
le ne partage pas que cela. En
février2011, lechefde l’opposition
travailliste a prononcé l’un de ses
discoursles plusimportantssur le
thème de la «promesse britanni-
que».M.Hollande,quiassurevou-
loir faire de la jeunesse la priorité
de ses priorités, a des centaines de
fois prononcé les mêmes mots
que M.Miliband ce jour-là: «C’est
pour nous une mission nationale
de faire en sorte que la génération
suivante vive mieux que la précé-
dente.»
D’accord sur le diagnostic, d’ac-
cord sur la priorité, les deux hom-
mes ont néanmoins des divergen-
ces. Elles portent notamment sur
la régulation de la finance. Fran-
çois Hollande est favorable à l’ins-
tauration d’une taxe sur les tran-
sactions financières à l’échelle
européenne. Ed Miliband, lui, est
d’accordsur le principe d’unetelle
taxe, mais à condition qu’elle soit
mondiale.«Lestravaillistesbritan-
niques sont travaillistes mais ils
sont d’abord britanniques. Tout ce
qui peut affaiblir la City par rap-
port à Wall Street les inquiète»,
commente un proche de M.Hol-
lande.
Selon le quotidien britannique
The Guardian, qui cite l’entoura-
ge de M. Miliband, celui-ci ne
devrait pas non plus approuver
l’idée d’élever à 75% le taux d’im-
position des très hauts revenus,
proposéelundisoirparM.Hollan-
de sur TF1.
Après Madrid, en octobre2011,
puis Rome, Bruxelles et Berlin, en
décembre, Londres est la cinquiè-
me capitale européenne visitée
par M.Hollande depuis sa victoire
àlaprimairesocialiste.D’iciaupre-
mier tour de l’élection présiden-
tielle, le 22avril, le candidat socia-
liste se rendra à Varsovie, le
9mars, où il sera notamment reçu
par le premier ministre, Donald
Tusk. Une semaine après la signa-
turedutraitérenforçantladiscipli-
ne budgétaire au sein de l’Union
européenne, les deux hommes
auront tout loisir de ferrailler
contrecetraitéauquelilssonttous
deuxfortement opposés.
M. Hollande, qui a annulé
«pour des raisons de calendrier»
un déplacement à Copenhague et
d’autres déplacements hors d’Eu-
rope qu’il préfère déléguer à ses
lieutenants, pourrait se rendre à
nouveau à Bruxelles d’ici au pre-
mier tour. C’est à Paris, le 17mars,
probablement au Cirque d’hiver,
qu’ildevraitpréciserlecontenude
son «pacte européen de responsa-
bilité, de croissance et de gouver-
nance»dontlesgrandeslignesont
été exposées le 5décembre 2011
lors du congrès du SPD à Berlin.
Ce discours, annoncé par
M. Moscovici comme « un
moment particulièrement impor-
tantdelacampagne»,concluraun
séminaire de deux jours auquel
participeront plusieurs figures ou
dirigeants sociaux-démocrates
européens,commel’ItalienMassi-
mo D’Alema ou l’Allemand Sig-
mar Gabriel. p
Thomas Wieder
sLEBILLET
par Arnaud Leparmentier
MarioDraghi,lejésuite
présidentielle 2012
Nicolas Sarkozy avec le premier ministre belge, Elio Di Rupo, qui soutient François Hollande. E. FEFERBERG/AFP
LecandidatPS
rendvisiteàson
alteregobritannique
M.HollandeserendraàVarsoviedébutmars
etpourraitretourneràBruxellesd’iciau22avril
Le17mars,M.Hollande
devraitpréciser
son«pacteeuropéen
deresponsabilité,
decroissanceet
degouvernance»
Bruxelles,
Bureau européen
L
e premier s’est dépensé sans
compter pour assurer « le
retour de la France en Euro-
pe», le second est un nouveau
venu, attendu au tournant par les
Européens. Le duel entre Nicolas
Sarkozy et François Hollande
interpellelesdirigeantsdesVingt-
Sept, même si rares sont ceux qui,
àl’instardelachancelièrealleman-
de, Angela Merkel, ont pris claire-
ment parti pour le président sor-
tant, ou choisi, comme le socialis-
te belge Elio Di Rupo, de soutenir
son challenger.
Nicolas Sarkozy a su surfer sur
lescrisesàrépétitionsubiesparles
Vingt-Septpourasseoirsonautori-
té dès la présidence française de
l’Union européenne, au second
semestre 2008. Crise financière,
médiation entre la Géorgie et la
Russie, sa réactivité lui a permis
d’imprimer sa marque, avant que
le séisme qui ébranle depuis plus
de deux ans la zone euro ne mette
commejamaisàl’épreuvel’impro-
bable tandem qu’il constitue avec
la chancelière allemande. Le cou-
ple franco-allemand – la Merko-
zy– s’est alors imposé comme le
véritable pilote de l’Union euro-
péenne,endépitdestensionsmul-
tiples suscitées entre Paris et Ber-
lin par le sauvetage des maillons
faibles de l’union budgétaire, et le
reformatagede cette dernière.
Chef de file des pays du Sud,
Nicolas Sarkozy a pu pousser des
idéesquiluitenaientà cœur,com-
me le gouvernement économi-
que, mais c’est Angela Merkel qui
en a déterminé la substance, en
exportant sa «culture de stabili-
té». Dans la foulée, M.Sarkozy a
cherché à limiter les transferts de
souveraineté, pour placer au cen-
tredujeulessommetsdes17chefs
d’Etat et de gouvernement de la
zoneeuro,tandis que lachanceliè-
re prône désormais une véritable
«Union politique», de type fédé-
ral, pour surmonterla crise.
Le style peu diplomatique et les
méthodestrès intergouvernemen-
tales deNicolas Sarkozyont cepen-
dant dérouté une bonne partie de
ses homologues européens.
«Quand nous nous appelons au
téléphone, nous nous racontons
d’abordlesméchancetésqueSarko-
zy a pu dire dans notre dos »,
confiait, fin 2011, un habitué du
Conseileuropéen.
Plus fondamental, M.Sarkozy
a,selonsesdétracteurs,beaucoup
fait pour transformerle fonction-
nement des Vingt-Sept, en don-
nant le premier rôle aux Etats,
quitte à marginaliser les institu-
tions européennes, la Commis-
sion comme le Parlement.
Il a multiplié les passes d’armes
plus ou moins discrètes avec Jean-
Claude Trichet, l’ancien président
de la Banque centrale européenne,
dontlerôledanslacrisedesdettesa
pourtantétédéterminant.
En cas de passage de relais à
l’Elysée,l’attitudedeFrançoisHol-
lande, peu connu sur la scène
européenne, est jugée moins pré-
visible. « Personne ne sait vrai-
ment ce qu’il a en tête, même si sa
lointaine filiation avec Jacques
Delors est plutôt encourageante»,
dit un haut responsable bruxel-
lois. Ce dernier espère que les
socialistes français ont bel et bien
surmonté les divisions apparues
en2005,lorsduréférendumnéga-
tif contre la Constitution. Sans
être vraiment rassuré à ce stade
parleurabstentionlorsdelaratifi-
cationduMécanismeeuropéende
stabilité, le fonds de secours per-
manent mis en place contre la
volonté initiale de l’Allemagne
poursoutenirlespaysdanslecolli-
mateurdes marchés.
Les premières prises de posi-
tionducandidatsocialistesurl’Eu-
ropenelaissentpasnonplusindif-
férents. Son intention de renégo-
cier le pacte budgétaire pour
adjoindre au volet «budgétaire»
unvoletplusorientésurlesoutien
àlacroissancepasse mal.Selonun
dirigeant européen, elle tiendrait
même du «vœu pieux», alors que
le nouveau traité doit être signé
vendredi 2mars, et sera donc en
phasede ratification.
« Nous ne sommes certaine-
ment pas en faveur d’une renégo-
ciation», a estimé Jan Kees de
Jager, le très orthodoxe ministre
néerlandais des finances, un des
alliés de l’Allemagne dans la ges-
tiondelacrisedesdettessouverai-
nes. «En revanche, si M.Hollande
veut mener davantage de réfor-
mes, alors nous serons à ses côtés,
qu’ils’agissedelalibéralisationdes
servicesoudesréformesdumarché
du travail», a-t-il ajouté.
«Le paradoxeest que M.Hollan-
de entend donner des gages de son
sérieux budgétaire, mais il s’en
prend à l’instrument qui est juste-
mentcensédonnerducorpsàladis-
cipline collective mise en place par
lescapitaleseuropéennes»,consta-
te pour sa part Yves Bertoncini, le
secrétaire général de la fondation
Notre Europe, créée par Jacques
Delors. p
Philippe Ricard
LematchSarkozy-Hollandeestsuivi
deprèsdanslescapitaleseuropéennes
VusparlespartenairesdelaFrancedansl’UE,NicolasSarkozyagace,FrançoisHollandeintrigue
François Bayrou
MoDem
FrançoisBayroune remeten cau-
se nile traitéeuropéennile méca-
nismeeuropéende stabilité(MES).
Enrevanche,le candidatcentriste
estimequeces mesuressont timo-
réesou troptardives,etne pren-
nentpasassez encomptela néces-
sitéde croissance.«Imaginerque
l’onpuisse renégocierletraité, c’est
impossible, jugesa directricede
campagne,Mariellede Sarnez,
mêmesi ce traité estloind’être l’al-
phaet l’omégadela politiqueeuro-
péenne.» Au MoDem,on milite
pourla création d’obligations
européennes(eurobonds)etpour
unrôle accru dela Banque centra-
leeuropéenne,prêteuren dernier
recours.M.Bayrouestimequ’il
fautrenforcerla gouvernancede
la zoneeuro.Concernantle MES,
Mme
de Sarnezfaitce constat: «S’il
étaitarrivéplustôt, celaaurait été
mieux.Toutcelan’est pastrès bien
gérédepuisdeuxanset demi.»p
Pierre Jaxel-Truer
Traitéeuropéen,MES…Cequ’enpensentlesautrescandidats
Leduelinterpelleles
dirigeantseuropéens,
mêmesiraressont
ceuxquiontprisparti
Jean-Luc Mélenchon
Front de gauche
Ill’aditetredit:Jean-LucMélen-
chonest opposéauMécanisme
européendestabilité(MES),tout
commeautraitésurlastabilité,la
coordinationet lagouvernance
dansl’unionéconomiqueetmoné-
taire(TSCG).Deuxtextesqui,selon
lui,portentatteinteàlasouverai-
netédelaFranceetquiconstituent
un«coupdeforcecontreladémo-
cratie».LecandidatduFrontde
gauche,quiveuts’imposerenlea-
derdu«non»àl’Europedel’austé-
rité,aappelélessocialistesàvoter
contrele MESàl’Assembléenatio-
nalecommeauSénat.«Aucune
politiquedegauchen’estpossible
danslecadredecestraités»,a-t-il
dénoncédansLibérationle20jan-
vier.Celuiquiavaitvoté«non»au
référendumsurletraitéconstitu-
tionneleuropéenen 2005souhai-
tequelesFrançaissoientencore
consultéssurleTSCG.Unesolu-
tionrejetéeparl’UMPetle PS.p
Raphaëlle Besse Desmoulières
Eva Joly
Europe Ecologie-Les Verts
Autantletraitéeuropéen,perçu
commeuncorsetbudgétaire
menantàlarécession,faitl’objet
d’unecondamnationunanime
chezlesécologistes,autantleMES
suscitedesfractures.Lepartiet sa
candidateEvaJolyontprisposi-
tioncontrece mécanisme,s’atti-
rant,enretour,unetribunetrèscri-
tiquedeDanielCohn-Bendit,de
l’économisteAlainLipietzetdu
députéeuropéenJean-PaulBesset
appelant,eux,àle soutenir.Dans
une-mailàsesamis,M.Cohn-Ben-
dits’estdit«consterné» parEELV,
leMESpermettant,àsesyeux,
«d’aiderconcrètementdespaysde
lazoneeuroquinepeuventplus
emprunter».Cettefracturese
retrouveauSénat,oùLeilaAïchiet
AndréGattolinontsoutenuleMES
contreleurprésidentdegroupe
Jean-VincentPlacé.Etdansl’entou-
ragedeMme
Joly,lâchéeparledépu-
téeuropéenPascalCanfin.p
Anne-Sophie Mercier
Marine Le Pen
Front national
Sans surprise, Marine Le Pen
condamnedans un même mouve-
ment les deux dispositifs euro-
péensqui, estime-t-elle,devraient
être soumisà référendum.La can-
didate du FN, qui veut prendre la
tête de l’oppositionà «l’Europe de
Bruxelles», estime que le Mécanis-
me européende stabilité (MES) est
la «mise en place d’un FMI euro-
péen», lequel placerait la zone
euro sous «la dictature de la finan-
ce». «C’est l’austéritéà vie, c’est la
prisondes peuples», ajoute-t-elle.
Quant au traité européen,
Mme
Le Pen juge qu’il «retirera à la
Francesa souverainetébudgétaire
et condamneranos nations à l’aus-
térité permanente». Pour Mm
Le
Pen, «avec cet accord,l’équilibre
des finances publiquesn’est plus
un moyen pour la croissance, mais
une fin en soi, pour sauver l’euro».
«Si je suis élue, je reviendrai sur cet
accord», promet-elle. p
Abel Mestre
4 0123
Jeudi 1er
mars 2012
achetezdanslaboutiqueenlignegucci.com
L
e Conseil constitutionnel
ajugé contraire à la Constitu-
tion, mardi 28février, la loi
visant à réprimer la contestation
des génocides reconnus par la loi,
dont, en premier lieu, le génocide
arméniende 1915. Ce texte, adopté
parleParlementle23janvier,avait
été à l’origine de vives tensions
entrela Franceet la Turquie.
Ilavaitdonnélieu,lorsdesadis-
cussion à l’Assemblée nationale,
puis au Sénat, à des manifesta-
tions rivales d’organisations tur-
ques et arméniennes. Deux
recours, signés par 77sénateurs et
65députés de toutes sensibilités,
avaient été déposés.
Dans sa décision, le Conseil
considère que la loi du 29janvier
2001 reconnaissant le génocide
arménienn’apasdeportéenorma-
tive. Il l’assimile en quelque sorte
àune résolution. Partant de là, il
estime que, « en réprimant la
contestation de l’existence et de la
qualification juridique de crimes
qu’il aurait lui-même reconnus et
qualifiés comme tels, le législateur
aportéuneatteinteinconstitution-
nelle à l’exercice de la liberté d’ex-
pressionet de communication».
Nicolas Sarkozy, qui avait affir-
mé sa volonté de légiférer pour
pénaliser la négation du génocide
arménienetappuyécetteproposi-
tion de loi, «a pris acte de la déci-
sionrendueparle Conseilconstitu-
tionnel». «Il mesure, indique un
communiquédel’Elysée,l’immen-
sedéceptionetlaprofondetristesse
de ceux qui avaient accueilli avec
reconnaissance et espoir l’adop-
tion de cette loi.» Le chef de l’Etat
aaussitôtchargélegouvernement
de préparer un nouveau texte.
Celui-ci n’a cependant guère de
chancesd’aboutiravantlasuspen-
sion des travaux parlementaires,
prévue à partir du 7mars.
Ankara se réjouit
De son côté, François Hollande,
qui s’était aussi prononcé en
faveur de la pénalisation de la
négation du génocide arménien,
s’est engagé,s’il est présidentde la
République, à «reprendre ce sujet
dansl’apaisement,danslaconcilia-
tion et, en même temps, dans la
volonté d’aboutir». «Je veux dire
ici toute ma solidarité aux Armé-
niens de France parce que je sais ce
qu’ils attendaient, a-t-il déclaré. Je
veuxdireaussiauxTurcsdeFrance
qui s’étaient mobilisés, qu’ils
avaient finalement tort d’imagi-
ner que c’étaitcontre eux.»
Les autorités turques ont
accueilli cette censure comme une
victoire couronnant «une lutte
menée avec sang-froid et détermi-
nation». «Nous félicitons les mem-
bres du Conseil constitutionnel.
C’est un refus de la politisation de
l’histoire», a réagi le ministre des
affairesétrangères,AhmetDavuto-
glu. «Cette décision évite une très
grave crise entre la France et la Tur-
quie», acommentéle vice-premier
ministre, Bülent Arinç. La presse
turque se délectait, mercredi
matin,de«lagifleconstitutionnelle
àSarkozy».p
Patrick Roger (avec
Guillaume Perrier à Istanbul)
Montpellier
Envoyé spécial
C
emardi28févrierdevaitêtre
la journée où Nicolas Sarko-
zy allait imposer son thème
de la semaine, l’éducation. Et puis,
il y a eu ce coup de Jarnac, lundi
soir: la proposition de François
Hollande de taxer les plus hauts
revenusà hauteur de 75%.
Dèslepetit-déjeunerdelamajo-
rité, mardi, M.Sarkozy dénonce
une «improvisation dangereuse»
ducandidatsocialiste.Maisc’estla
droite, totalement prise de court,
quidoitimproviser.CarM.Hollan-
fait, à gauche, un coup gagnant
similaire à celui joué par M.Sarko-
zy en 2007, lorsqu’il avait proposé
un ministère de l’immigration et
de l’identité nationale et parve-
nant ainsi à dominer le débat.
AMontpellier,alorsqueleprési-
dent-candidatdébutesavisitedans
un internatd’excellence,c’est… sur
la taxe à 75% qu’il est interrogé. Il
glisse trois mots, mais insiste: il
veut parler éducation. Il s’éternise
dans sa visite, refuse un match de
ping-pong proposé par des élèves.
Et fait une bourde: il confirme que
la journaliste française blessée
Edith Bouvier a été exfiltrée de
Syrie. L’affirmation est erronée, et
M.Sarkozy doit faire marche arriè-
re. «Je me suis montré imprécis, je
m’en excuse auprès de vous», dit-il
auxjournalistes.
Puisvientunetroisièmedécon-
venue, la censure par le Conseil
constitutionnel de la loi pénali-
santlesgénocides,adoptéedansla
précipitationpours’attirerlesbon-
nes grâces de la communauté
arménienne.Volontariste,l’Elysée
indiquequelechefdel'Etatdeman-
de au gouvernement de préparer
un nouveautexte.
Recyclage
Enfin,legranddiscourssurl’édu-
cation peut débuter. Le secrétaire
général de l’UMP, Jean-François
Copé a chauffé la salle, qualifiant
M.Hollande de «Monsieur 75%».
Arrivelecandidat,dansunemerde
drapeaux tricolores. Il commence
parjouerlesparentscontrelespro-
fesseurs. « L’école appartient
d’abordàtouteslesfamillesdeFran-
cequiluiconfientleurenfant»,assè-
ne M.Sarkozy, qui dénonce «ceux
qui ne voient l’école qu’à travers le
prismeducorporatisme».Ilrecycle
ses idées de 2007 sur l’autorité et
finitparquelquesannonces.
Le candidat propose aux ensei-
gnants de travailler plus pour
gagner plus. C’est déjà le cas, puis-
qu’ils sont de grands consomma-
teurs d’heures supplémentaires
défiscalisées. Au lieu de donner
18heures de cours par semaine,
M.Sarkozy les invite à assurer
26heures de présence au collège,
payées 25 % de plus. « Près de
500eurosparmois»,préciselepré-
sident.Sur la base duvolontariat.
Vientensuitelacritiqueducollè-
ge unique, accusé d’avoir aggravé
lesinégalités.«Nousdevonspasser
de l’école pour tous à l’école pour
chacun», estime M.Sarkozy. Pour
lesélèvesdesixièmeetdecinquiè-
me, il propose d’avoir moins de
professeurs, mais polyvalents, et
de regrouper l’enseignement des
disciplines littéraires d’une part,
scientifiques de l’autre. À partir de
la quatrième,les élèvespourraient
choisir un début d’orientation. Le
discours s’achève sur une critique
dubaccalauréat.
M.Sarkozy n’a pas prononcé le
passagedesondiscoursoùilgèlela
réductiondespostesenmaternelle
et primaire. Mais l’écrit fait foi, et
l’Elysée fait savoir que l’engage-
mentvaut.Pourconclure,M.Sarko-
zy reprendla suppliquedu général
de Gaulle lors du putsch d’Alger de
1961: «Françaises, Français, j’ai
besoindevous.Aidez-moi!»p
Arnaud Leparmentier
Desprofsmieuxpayésouplusnombreux?
Laloisurlesgénocidesest
contraireàlaConstitution
Lechefdel’Etatannonceunnouveautexte,
lecandidatsocialistepromet«l’apaisement»
NicolasSarkozyproposederémunérer
laprésencedesenseignantsàl’école
Leprésident-candidataconnuunejournéedifficilesouslapressiondesonadversairesocialiste
DEVENIR un «flexi-prof» et aug-
menter son salaire de 25%, ou res-
ter un professeur classique dont
le métier est défini par le nombre
d’heures de cours à assurer? Le
choix sera entre les mains de cha-
que enseignant si le candidat
Sarkozy reste à l’Elysée après
mai2012.
Depuis2007, le chef de l’Etat
construitpas à pas son école. Le
conseillerd’Etat Marcel Pochard
avait dès 2008 esquissé ce «flexi-
prof» dans un rapport que lui
avait commandéXavier Darcos,
alors ministre de l’éducation.
Mais le sujet n’était pas politique-
ment mûr, et le travail est resté
dansles tiroirs.
L’enseignant«nouveau» assu-
rera ses cours, mais devra aussi
répondre aux missionsdiverses
que son chef d’établissementesti-
meraêtre nécessairespour faire
réussirlesélèvesqu’il reçoitet ren-
dre son collège ou son lycée per-
formant.Au total, il sera astreint à
26heures de présence,mais cha-
que enseignant pourra se voir
confier des taches différentes, en
fonctiondes besoinslocaux. Ce
modèle va avec une forte autono-
mie des établissements– portée
par le candidatSarkozy – et un
choix des enseignantspar le
«patron» du lieu qu’est le provi-
seur ou le principal.
Nombre d’enseignantsétaient
déjà présentsdans les établisse-
ments par-delàleur temps de
cours.La propositionles réconci-
liera-t-elleavec un candidatque
seuls 12,5% d’entre eux avaient
l’intentionde choisir au premier
tour,selon le sondage réalisé par
l’IFOP? Préfèrent-ilsêtre 60000
de plus ou être mieux payés?p
Maryline Baumard
50123
Jeudi 1er
mars 2012
Les militants de la cause
[homosexuelle],par
cooptation,prolifèrent
dans nos rangs»
Christian Vanneste, député UMP du Nord, dans une lettre adressée
au président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob.
Violence
AudreyPulvaretArnaudMontebourg
agressésàParis
La journalistede France Télévisions Audrey Pulvar et son compagnon,
le député (PS, Saône-et-Loire)Arnaud Montebourg,ont été pris à partie,
mardi 28février, vers 22heures,boulevard Murat,dans le 16e
arrondisse-
ment de Paris, par une quinzained’individus qui scandaient des mots
d’ordreen faveur de Jean-MarieLePen. Des injures racistesont été pro-
féréeset deux verres ont été jetés dans leur direction, sans les atteindre.
«On sortait du resto, ils étaient devant un bar», a racontéla journaliste,
qui fait aussi état de cris, comme«juden, juden,juden» («juifs») ou
encore«la France aux Français» et autres «LePen président». «Je n’ai
pas été blessée», a indiqué Mme
Pulvar. Dans la soirée, la journaliste et
ArnaudMontebourg ont déposéplainte au commissariatdu 16e
arron-
dissementoù ils ont été pris en charge par une équipede la brigade anti-
criminalité(BAC) de nuit, avec laquelleils ont effectuéun tour du quar-
tier pour tenter de retrouver la bande. En vain. Interrogée sur Europe1,
mercredimatin, Marine LePen a condamnécette agressiontout en
jetantune suspicionsur «les accusations très graves de Mme
Pulvar».
«S’il suffit d’aller agresser quelqu’un en criant “Le Pen président”pour
que je sois responsable,l’Etat de droit s’est dégradé(…). Vous ne pouvez
pas, avant même une enquête de police, dire qu’il s’agit de membres du
FN», a déclaré la candidate du Front national.p Yves Bordenave
CommentFrançoisHollandeapréparé
sasurprisesurl’impositiondesplusriches
Leprinciped’unenouvelletrancheaétéactéelorsd’une«réunionstratégique»le25février
s LA QUESTION
Quelimpactpourunimpôtà75%?
présidentielle 2012
I
ls y réfléchissaient depuis plu-
sieursjours.Depuisquelecabi-
net Proxinvest, le 14février,
aestiméà34%la haussedesrému-
nérations moyennes des patrons
du CAC40, François Hollande et
sonpremiercercleplanchaientsur
une mesure symboliquement for-
te, frappant à la fois les plus hauts
salaires et les esprits. «On s’est dit
qu’onn’allaitpaslaisserpasserça»,
indiqueStéphaneLeFoll,responsa-
ble de l’organisation de la campa-
gnedu candidatsocialiste.
Le principe politique était
acquis, restait le débat technique.
Plafonnement des rémunérations
ou mesure fiscale particulière sur
les très hauts revenus? La premiè-
re option ayant été abandonnée,
c’est la seconde qui s’est progressi-
vement imposée, samedi, lors
d’une « réunion stratégique»
regroupant autour de M.Hollande
lestroishommesfortsdesacampa-
gne: Pierre Moscovici, Manuel
Valls et Stéphane Le Foll. Puis défi-
nitivement, lundi 27février, dans
l’après-midi, quelques heures
avantlepassageducandidatsocia-
listeà l’émissionde TF1.
C’est pourquoi beaucoup, dans
l’équipe, ont été cueillis par surpri-
separl’annoncedeM.Hollande,de
la création d’une nouvelle tranche
d’impôt pour les rémunérations
dépassant le million d’euros
annuel. A commencer par Jérôme
Cahuzac,leresponsabledupôlefis-
calité dans le staff. «Je ne sais trop
que vous dire», admettait le prési-
dentdelacommissiondesfinances
de l’Assemblée, pris au dépourvu
quelques instants plus tard sur
France2.«Maintenant,ilestaucou-
rant», aévacué M.Hollande,mardi
28février, en marge de sa visite au
Salon de l’agriculture. «Il est nor-
mal que je prenne un certain nom-
bred’initiatives.Jesuislecandidat.»
Faire acte d’autorité
L’objectifstratégiquedeM.Hol-
lande qui, depuis l’entrée en cam-
pagneduchefdel’Etat,sembledis-
posé à proposer quelques surpri-
sesprogrammatiqueset àinnover
par rapport au socle de proposi-
tions contenu dans son projet, est
bien de faireacte d’autorité.
Face aux Français les plus aisés,
d’abord: «Je voulais dire qu’il y
avait là une façon de faire qui n’est
plus acceptable. Un dirigeant ne
peutgagneren un an cequ’unsmi-
card mettra 100 ans à gagner»,
explique M.Hollande, qui brandit
l’argument de l’intérêt général:
«C’est un signal qui est envoyé, un
message de cohésion sociale (…)
C’est du patriotisme d’accepter de
payer un impôt supplémentaire
pour redresser le pays.»
Face à Nicolas Sarkozy, ensuite.
Le président-candidat avait, au
moment du dévoilement du pro-
jet de M.Hollande, lancé l’offensi-
vefiscale,accusantlePartisocialis-
te de matraquage des classes
moyennes. Puis, lors de son inter-
vention télévisée du mercredi
22février, le président-candidat
s’en était pris aux abus des
patrons,assurant qu’il agirait à cet
endroit,si réélu.
Au chef de l’Etat qui, depuis
Montpellier, a évoqué sur ce point
une «impression d’improvisation,
de précipitation, pour tout dire
d’amateurisme qui est assez
consternante» de la part du candi-
datsocialiste,M.Hollandea ferme-
mentrépliqué:«Moi,jeconnaisun
professionneldesfaveursaccordées
aux plus favorisés, c’est le candidat
sortant,dontlapolitiquesetermine
par une baisse de l’impôt sur la for-
tuneaprès lebouclierfiscal.»
La mesure présente aussi le
mérite tactique de réinstaller le
débat autour des positions et pro-
positions du candidat socialiste,
commeentémoigneletirdebarra-
ge venu de l’UMP. «Inflation fisca-
le» pour la ministre du budget,
ValériePécresse,«courseàl’échalo-
te» selon le ministre de l’écono-
mie, François Baroin, «confisca-
tion fiscale», selon le ministre des
affairesétrangères,Alain Juppé.
Benoît Hamon constate «une
levéedeboucliershallucinantedela
droite, qui n’a aucun état d’âme
pour augmenterla TVA de 1,6 point
mais qui maintenant tire le signal
d’alarme de l’évasion fiscale »,
moque le porte-parole du parti.
Lequel, reprenant une comparai-
sonhistoriqueenvoguedansl’équi-
pe,comparelecandidatHollandeà
FranklinD.Roosevelt,qui,selonlui,
«avaitcrééen1941unetranched’im-
pôt de 91% pour les revenus de plus
de200000dollars». p
David Revault d’Allonnes
s
L’image
ValérieTrierweilersedit«sidérée»
parlesattaquesdeNicolasSarkozy
ValérieTrierweilerse dit«sidérée» parla chargequ’a menéecontreelle,
lundi27 février,surRTL, NicolasSarkozy.«Je suissurprisequ’il aitfait ça
lui-même.Ce n’est pasdu niveaud’unprésidentde la République», assu-
reau Mondela compagnedeFrançoisHollande.Mme
Trierweilerse trou-
vaitd’ailleursaveclecandidatsocialistequand elleaentendule chefde
l’Etat,quitente d’infléchirsonimagede«présidentdesriches»,s’interro-
gersurles ondesface auxjournalistesde RTL: «Est-cemoi quitravaille
dansle groupede [Vincent]Bolloré ? (…) Parceque personnen’a une émis-
sionde télévisiondans legroupede M.Bolloré ?» Uneallusiondirecteau
magazine«Itinéraires», diffusésur la chaînetéléviséedu groupeBol-
loréDirect 8et consacréauxtrajectoiresd’artistes.Un magazinedont
Mme
Trierwieleraenregistréles deux derniersnuméros,vendredi.
«Jamaisil ne seraitvenua l’idéede Françoisd’attaquerCarla [Bruni-
Sarkozy].Moi nonplus.J’aidu respectpour ce qu’elleest», assureValérie
Trierweiler(PHOTO: PATRICK KOVARIK/AFP). p D. R. A.
Le candidat socialiste, François Hollande, a visité le Salon de l’agriculture,
porte de Versailles à Paris, pendant douze heures, mardi 28février.
JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH POLITICS POUR «LE MONDE»
UNE TRANCHEd’imposition à
75% pourles revenusau-delà du
milliond’euros. La propositionde
François Hollande a surpris jus-
qu’à son propre camp. L’UMP a
sembléhésiter, dans sa riposte,
fustigeant,comme François
Baroin,«un message de spolia-
tion» pour les plus riches, ou
minimisant,comme Valérie
Pécresse,«un rendementfiscal
epsilon», donc nul. Qu’en est-il en
réalité?
Comment s’appliquerait la mesu-
re?
Oncompteactuellementcinq
tranchesd’imposition,qui vont
de 0% (jusqu’à6088eurosde
revenusannuels) à41% (au-delà
de 72317euros).Elles ne détermi-
nentpas le taux d’impositionglo-
bal,mais celui quis’appliquesur
lesrevenuscorrespondant,en
tenantcomptedu quotient fami-
lial: on est imposéà 0% sur les
premiers6088 euros, à5,5% sur la
tranchesuivante(de 6088 à 12146
euros),à 14% sur la suivante…
M.Fillonavaitintégréauplan
derigueurdel’été2011unesur-
taxede3%et5%àpartirde
250000et500000eurospar
mois,quelePSconserverait.Le
socialisteproposait,enoutre,dans
sonprogramme,decréerunetran-
che,à45%, pourlesrevenussupé-
rieursà150000euros.Ilévoque
désormaisunetranchesupplé-
mentaire,quiprélèveraitdonc
75%des revenussitués au-dessus
de1milliond’eurosparan.
Qui serait concerné, et pour quel
montant?
Le nombre de contribuables
potentiellementtouchés par cette
mesuren’est pas certain. Le PS
évoque de 7000à 30000 person-
nes.Selon Vincent Drezet, secrétai-
re national du Syndicat national
unifiédes impôts (Snuip), entre
15000et 20000 foyers fiscaux
seraient potentiellementconcer-
nés. Bercy parle de 3000 foyers à
peine.
Cette imprécisions’explique
sans doute par la multiplication
des niches et des mesures permet-
tant de réduirel’imposition,qui
permet à nombre de contribua-
bles fortunés d’échapperà une
partie de l’impôt dû, rendant l’im-
pôt dégressifpour les «très
riches». En 2009, les 0,01% les
plus riches, soit 3523 foyers fis-
caux gagnant plus de 1,2million
d’euros, étaient imposés en
moyenneà 17,5%, contre 20%
pourles 0,1% les plus riches(plus
de 360309 euros).
Quel effet aurait la taxe?
Le montant final serait comple-
xe à établir. M.Drezet évoque
«200 à 250millions d’euros» de
gainpour l’Etat. Un chiffre faible,
pourune taxe à l’impact avant
tout symbolique.
La réforme aurait surtout
valeur de signal politique, même
sielle ne constitueraitpas une pre-
mière historique.Le taux margi-
nal supérieur de l’impôt a déjà été
aussihaut, jusqu’à 90% dans les
années1920 ou l’après-guerre.Il
était encore supérieurà 60% au
débutdes années 1980.Les Etats-
Unisont gardé des taux sembla-
bles jusqu’aux années1960. Il
serait en revanche le plus élevé
d’Europe.En 2007, le Danemark
était le pays avec le plus fort taux
marginalsupérieur de l’impôt, à
59%.
Quant au risque d’«exil fiscal»
dénoncépar l’UMP, alors que le
candidatsocialiste compte aussi
releverles taux de l’impôt sur la
fortune, réduireles plafonds du
quotientfamilial et plafonnerles
niches, M.Drezet le minimise:
«Même si certains s’en vont à
l’étranger,la réforme ne concerne
pas assez de monde pour mettre
l’économieen danger.» Pour lui,
cetteréforme aurait le méritede
la pédagogie, dans le cadred’un
mouvementplus vaste de retour
à la progressivité de l’impôt. p
Samuel Laurent
Opérationséduction
deFrançoisBayrouauSénat
Lecandidat centristeestallé, mardi28février,à larencontre d’uneving-
taine de sénateursissus du groupeUnion centristeet républicaine(qui
comprend31élus MoDem, Alliancecentriste, NouveauCentre, radicaux,
diversdroite)pour défendresa candidature.Un texte de soutien de ces
sénateurs,dontcertainshésitentencoreà rendre publicleur choix,est
attenduen milieude semaine prochaine.«J’appartiensau courantdu
centre,qui s’est pendant longtempsdivisé, dansdesconditions parfois
attristantes,il est en trainde se refonder», se féliciteM.Bayrou.«La ques-
tiondes alliancesaprès la présidentiellen’apas été évoquée», raconteun
participant.Au mêmemoment, un autresénateur du groupecentriste,
Jean-MarieBockel (Gauchemoderne),a lancé un «comitéde soutien»,
mais cettefoisà Nicolas Sarkozy.M.Bockel,orphelin de lacandidature
de Jean-LouisBorloo,qu’il soutenait,veut convaincreles électeurs«qui
neveulentpas voter FrançoisHollande mais ne sontpas encoreprêts à
franchirle pas vers Nicolas Sarkozy». p Pierre Jaxel-Truer
La « loi Petroplus» adoptée par l’Assemblée nationale
L’Assembléenationalea adopté,dans la nuit de mardi 28 à mercredi
29février, un texte porté par l’UMP destiné à empêcherle détourne-
ment d’actifs d’une entreprisedéfaillante.Inspiré de la situation de la
raffineriePetroplus de Petit-Couronne(Seine-Maritime),il a été voté
avec le soutiendu PS. En revanche, une série d’amendementsinspirés
du cas du site de Florange(Moselle) d’ArcelorMittalont été rejetés.
Jean-Pierre Raffarin ouvre la porte à François Bayrou
Le référendumsur la moralisationde la politique proposé par François
Bayrou,s’il était élu, est «tout à fait acceptable», a déclaré, mardi
28février, sur Radio classiqueet la chaîne Public Sénat l’ex-premier
ministreJean-Pierre Raffarin.Il a estimé qu’il n’était «pas impossible»
que M. Bayroupuisse devenir le premierministre de Nicolas Sarkozy.
6 0123
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De jeunes combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), à Sarmin, dans la province d’Idlib (nord-ouest), lundi 27 février. RODRIGO ABD/AP
L
esortdesjournalistesocciden-
taux pris au piège à Homs,
assiégéeetbombardéeparl’ar-
mée syrienne, a fait l’objet d’infor-
mations contradictoires et de
démentis, mardi 28février 2012.
Seul, finalement, le Britannique
Paul Conroy, blessé dans l’attaque
quiavaitcoûtélavieàlajournaliste
américaineduSundayTimesMarie
Colvin et au photographe français
Rémy Ochlik le 22février dans le
quartierdeBabaAmro,apuquitter
la Syrie clandestinement pour le
Libanvoisin,oùilaétéprisenchar-
gepar l’ambassadebritannique.
La Française Edith Bouvier,
dontlajambeestfracturée,lepho-
tographefrançais William Daniels
etlejournalisteespagnold’ElMun-
do Javier Espinosa sont toujours à
Homs.
Aprèsl’échecdeplusieurstenta-
tivesd’évacuationvialeCroissant-
Rouge syrien et le Comité interna-
tionalde la Croix-Rouge(CICR), les
insurgésde l’Arméesyrienne libre
(ASL)ontmenéunepérilleuseopé-
ration d’exfiltrationlundi soir.
Selon Abou Raed, directeur du
bureau du Comité de secours
syrien au Liban, la brigade
Al-Farouqdel’ASL(principalgrou-
pe armé présent à Baba Amro) a
tentéunesortiedanslanuitdelun-
di à mardi. « A 3 km d’Homs, le
convoi a été l’objet de bombarde-
ments de l’armée syrienne. Des
combatsontégalementopposédes
hommes de la brigade Al-Farouk à
l’armée syrienne, raconte Abou
Raed au Monde. Javier Espinosa a
été légèrement blessé. Le convoi
s’est alors scindé en deux. Un grou-
pe a poursuivi vers le Liban, avec le
photographe britannique Paul
Conroy, parvenu à Beyrouth mar-
di. L’autre groupe s’est replié vers
Baba Amro.» Il s’y trouvait tou-
joursmercredi matin.
L’organisation Avaaz, proche
des insurgés, avance que treize
membres de l’ASL auraient perdu
laviedanscetteopérationrisquée.
Selon Abou Raed, la raison de
cetteopérationd’exfiltrationtient
dans le fait que l’ASL «n’a aucune
confiance dans le Croissant-Rouge
syrien, infiltré par des personnes
du régime. L’ASL a de l’estime pour
le CICR, mais il n’est pas parvenu à
faireadopterunetrêve.Cette orga-
nisation a des résultats très limités
aujourd’hui en Syrie». Il récuse
l’idéequel’ASLespéraittirerbéné-
ficedecesnégociationspourpren-
dre un avantage militaire.
Depuis une semaine, l’évacua-
tion des journalistes étrangers à
Homs bute sur la défiance des
insurgés syriens envers le Crois-
sant-Rouge,soutenuparleCICR.
Selon Saleh Dabbakeh, porte-
parole du CICR à Damas, joint par
téléphone mardi soir, les équipes
du Croissant-Rouge «étaient prê-
tesàévacuerlesjournalistes»lundi
soir. «Des ambulances étaient à
Baba Amro. Elles ne sont reparties
qu’avec trois blessés syriens». Mar-
di, «la situation était très tendue à
Baba Amro», a-t-il ajouté. Le CICR
continue d’appeler les autorités
syriennesàunetrêvehumanitaire.
Selon une source de l’opposi-
tion syrienne proche de l’ASL, «les
journalistes avaient peur d’être
bombardés par le régime à peine
sortisduquartieravecleCroissant-
Rouge. Ils s’inquiètent aussi que le
matérielqu’ilsontaccumulésurles
atrocités commises par le régime à
Homssoit confisqué.»
L’ASL accuse le pouvoir d’avoir
arrêté neuf blessés évacués récem-
mentparleCroissant-Rougesyrien.
LeCroissant-Rougearéfutépoursa
part «les allégations répétées met-
tant en cause sa neutralité, son
impartialité». Pour le moment, les
négociations semblent rompues
aveclesassiégésdeBabaAmro.
Selon un membre de la brigade
Al-Farouk, contacté par Le Monde,
l’opérationd’évacuationavaitune
dimension politique: «C’est un
messageaurégimesyrien.Onpeut
pénétrer dans les zones où il sévit,
onpeutconvoyerdesjournalistesà
l’intérieur du pays.» Il reconnaît
toutefoisquel’opérationauraiteu
plusderetombéessielleavaitcom-
plètementabouti.
D’aprèslui,lavidéod’EdithBou-
vier, mise en ligne la semaine der-
nière, «visait à envoyer un messa-
ge à la communautéinternationa-
lepourattirerl’attentionsurlesort
des civils à Baba Amro », dont
5000 seraient encore présents
dansle quartier.
Pour un dirigeant de l’opposi-
tion syrienne en exil, «les oppo-
sants d’Homs sont très faibles, ils
manquent de tout. Ils savent que
quand les journalistes seront par-
tis, ils serontlivrés à leur sort.»
Desinformationsfaisaientétat,
mardi soir, de l’envoi à Homs de
troupes supplémentaires de la
4e
division de l’armée syrienne,
une unité d’élite commandée par
Maher Al-Assad, le frère du prési-
dent syrien.
En France, l’exfiltration ratée
d’Edith Bouvier a occasionné un
gros ratage de la part de Nicolas
Sarkozy, en pleine campagne élec-
torale à Montpellier: après s’être
réjoui, mardi après-midi, devant
lescamérasdeBFM-TV,desonéva-
cuation, il a été contraint de
démentir et de s’excuser. Une pré-
cipitationquicontrasteaveclapru-
dence du Figaro, pour qui Edith
Bouvierétaiten mission,ainsi que
des diplomates à Beyrouth, à
Damas et à Paris. En l’absence de
preuves directes, le quotidien n’a
jamais confirmé l’arrivée d’Edith
Bouvier et de ses compagnons au
Liban, annoncée par des sources
anonymes de l’opposition syrien-
ne et un responsable libanais.p
Christophe Ayad,
Benjamin Barthe et
Laure Stephan (à Beyrouth)
L’ASL«n’aaucune
confiancedans
leCroissant-Rouge
syrien,[quiserait]
infiltrépardes
personnesdurégime»
Un hélicoptère abattu,
selon les insurgés
Syrie:troisjournalistesrestentbloquésàHoms
LephotographebritanniquePaulConroyapugagnerclandestinementBeyrouth,contrairementàsesconfrères
LesOccidentauxs’activentpourprésenter
unenouvellerésolutiondevantl’ONU
Un hélicoptère militaire syrien
aurait été abattu par l’Armée
syrienne libre (ALS) dans la
région d’Alep, selon une source
digne de foi proche de l’opposi-
tion syrienne. Aucune précision
n’a pu être obtenue sur le lieu, la
date et le bilan exacts de cette
opération. Si elle était confir-
mée, il s’agirait d’une première
et la preuve que des armes
sophistiquées commencent à
arriver aux insurgés syriens. Le
Qatar et l’Arabie saoudite n’ont
pas caché leur intention d’en
fournir à l’opposition syrienne
depuis la mise en échec par des
veto russe et chinois d’une réso-
lution au Conseil de sécurité de
l’ONU, début février.
Nationsunies
(Correspondante)
Alorsqueles Nationsunies esti-
mentdésormaisà «beaucoupplus
de7500morts» lebilande la
répressionenSyrie,plusieurspays
membresdu Conseildesécurité
travaillentàl’élaborationd’une
actiondiplomatiquepourrépon-
dreàl’urgencehumanitaire.Selon
unesourceprochedu dossier,l’ini-
tiativevientdesEtats-Unis,et des
«travauxexploratoires» sont
menésavecla Franceet la Grande-
Bretagne,lebutétant deprésenter
unprojet derésolutionsuscepti-
blede fairel’unanimitéet de«sor-
tirleConseilde soninaction».
Aprèsavoiressuyédeuxdou-
blesvetorusso-chinoisenquatre
mois,lesOccidentauxprivilégient
l’approchehumanitaire.«Ilestde
notredevoird’explorerlapossibili-
téd’uneactionduConseil(…)C’est
ceà quoinousallonstravailler.Ce
serasansdouteunetâchedifficile
maisjepensequenousavonsl’obli-
gationdenousyatteler»,adéclaré,
mardi28février,l’ambassadeur
allemandPeterWittig.Unpeuplus
tard,les 15paysmembresdu
Conseilentendaientlesecrétaire
généraladjointdel’ONUpourles
affairespolitiques,LynnPascoe.Le
hautresponsableamentionnédes
«informationscrédiblesselonles-
quelleslebilandésormaisexcède
souventlescentmortscivilspar
jour,dontbeaucoupdefemmeset
d’enfants».Enéchouant«danssa
missiondemettrefin aucarnage»,
lacommunautéinternationale
«sembleavoirencouragéle régime
[syrien]à croireensonimpunité»,
ainsistéLynnPascoe.
Cessez-le-feu quotidien
Lesdeuxseulesprioritéssurles-
quellesleConseilsembleaujour-
d’huiunanimesontl’arrêtdesvio-
lenceset l’accèshumanitaireaux
villesetzonesassiégées.LaRussie
auraitsoulevélaquestiondel’ac-
cèshumanitairedevantleConseil
desécuritélasemainepassée.Mos-
cous’estdepuisprononcéen
faveurd’uncessez-le-feuquoti-
diendedeuxheures,allantjusqu’à
appelerDamasàcoopéreravecle
ComitéinternationaldelaCroix-
Rouge.«LesRussescherchentà sor-
tirdel’isolementdanslequelleurs
vetolesontplongés,ilssesontmis
lemondearabeà dosetsouhaitent
sortirdecetteimpasse»,faitremar-
querunesourcediplomatique.
Maissielleest prèsdecédersur
levolethumanitaire,laRussien’ac-
ceptepaspourautantd’yassocier
unvoletpolitique.L’absencede
touteréférenceauplandesortie
decrisedelaLiguearabe–quipré-
voitnotammentletransfertdes
pouvoirsdeBacharAl-Assadàson
vice-président–, équivaudraità
laisserlesmainslibresaurégime
syrien,soulignentdesdiplomates.
Lenouvelémissairedel’ONUet
delaLiguearabepourlaSyrie,Kofi
Annan,devaitrencontrersonsuc-
cesseuràlatêtedesNationsunies,
BanKi-moon,mercrediàNew
York,ainsique desmembresdu
Conseildesécurité.LaSyrieadéjà
faitsavoirquel’anciensecrétaire
généraldel’ONUétaitpersona
nongrata,Damasn’ayantpasété
consultépoursanomination.p
Alexandra Geneste
70123
Jeudi 1er
mars 2012
Le chef de file de l’opposition Macky Sall, interviewé à son domicile, à Dakar, le 27février. Y.BOUDLAL/REUTERS
international
DOSSIER
L’industrie,
enjeu électoral
MARS 2012
Chez votre marchand de journaux – 4,90 €
Lasociétécivilealgériennetoujourssoussurveillance
Unrapportdénonce,unanaprèslalevéedel’étatd’urgence,unemesureen«trompel’œil»
Portrait
Dakar
Envoyé spécial
L
’élève Macky Sall (50ans)
savoure sa revanche sur le
maître Abdoulaye Wade
(86ans), qu’il pourrait bien terras-
ser lors du second tour de la prési-
dentielle qui se dessine au Séné-
gal, à la fin du mois de mars. Selon
les résultats provisoires du pre-
mier tour de dimanche 26février,
le président sortant et son ancien
premierministre, un temps décrit
commesondauphin,devraienten
effetseretrouverpourleduelélec-
toral final. Un duel de générations
et de caractères plus que d’idéolo-
gie entre ces deux libéraux.
Rencontrédanssavastedemeu-
re du quartier résidentiel de Fenê-
treMermozàDakar,aulendemain
du premier tour, Macky Sall se
montreavectoutcequiledifféren-
cie de son maître: sérénité et sim-
plicité, faute de charisme, et res-
pect de l’adversaire. Tout juste
ose-t-il: «Il est évident qu’on a nos
chances de gagner, et ce n’est pas
ma faute si je suis jeune, ce n’est
pas un handicap.» Là où d’autres
candidats ont raillé l’âge avancé
du président, Macky Sall évite de
blesser.
Ilpourraitpourtantavoirlesuc-
cès plus démonstratif. Abdoulaye
Wade, élu une première fois en
2000,claironnedepuisdes semai-
nes qu’il remportera un troisième
mandat au premier tour du scru-
tin. L’argument s’inscrit dans un
discours de campagne. Il reflète
aussi le profond dédain de
M.Wade envers des adversaires
politiques dont il dit qu’aucun ne
luiarriveàlacheville.Et sûrement
pas Macky Sall, à propos duquel il
doit se dire aujourd’hui qu’il
aurait mieux fait de ne pas se lais-
ser abuser par ses rondeurs et ses
silences.Nisous-estimerl’acharne-
ment d’un homme dont il avait
blessél’orgueil.
C’était en 2007. Macky Sall
venait de conduire la campagne
victorieusedesonmentoràlapré-
sidentielle. Interrogé par un jour-
naliste sur la personnalité qui
pourrait lui succéder, le président
réélu lâche: «Je ne vois personne
autour de moi.» Macky Sall est
assis à ses côtés.
Cet ingénieur géologue et géo-
physicien, diplômé, entre autres,
de l’Institut français du pétrole,
avait pourtant gravi tous les éche-
lons durant les années 2000 :
ministre des mines puis de l’inté-
rieur, premier ministre, président
de l’Assemblée nationale, numéro
deux du Parti démocratique séné-
galais (PDS). Le coup de 2007 est
rude pour Macky Sall, faute d’être
surprenant. Son nom s’ajoute sur
lalonguelistededauphinsécartés
par le président lorsqu’ils com-
mençaientàluifairetropd’ombre.
Outre ses ambitions, M.Sall a
aussi commis un crime de lèse-
majesté: s’attaquer au jeune fils
du président, Karim, étoile mon-
tante du «wadisme» népotique.
Président de l’Assemblée, Macky
Sall avait convoqué Karim Wade
devant une commission parle-
mentaire,sans en informerle chef
de l’Etat, pour lui demander des
comptes sur sa gestion opaque et
dispendieusede l’Agence nationa-
lede l’organisationde laconféren-
ce islamique. «Je voulais savoir ce
qu’il avait fait du milliard de dol-
lars consacré à cet événement»,
nous explique-t-il. Le président se
fâche,«m’accused’inquisition»,se
rappelle-t-il. Abdoulaye Wade exi-
gesadémission.Ilrefuse.Qu’àcela
ne tienne, le chef de l’Etat change
la Constitution et ramène à un an,
contrecinqauparavant,lemandat
du président de l’Assemblée. La
ruptureest consommée.
Macky Sall avait-il calculé son
coup? Du jour au lendemain, en
attaquant un fils impopulaire et
en tenant tête au « Vieux », il
gagne ses lettres de noblesse d’op-
posant. Dorénavant, il va tracer,
seul, son chemin. En 2008, il
démissionne du PDS, fonde l’Al-
liance pour la République (APR) et
sillonne inlassablement le pays à
la rencontre des habitants, aux-
quels il présente un programme
économique et social d’inspira-
tion libérale destiné à charmer le
mêmeélectorat que M.Wade.
Objectif, la présidentielle de
2012. Et pour cette campagne, cet
homme qui se décrit lui-même
comme «solitaire» montre une
nouvellefoisqu’ilestunfauxindé-
cis.Quandlelargefrontanti-Wade
regroupé au sein du Mouvement
du 23juin (M23) appelle à occuper
laruepourempêcherlacandidatu-
reduprésident,jugéeanticonstitu-
tionnelle par le M23, MackySall
sait que rien ne fera reculer un
chef de l’Etat fier et entêté. Il fait
donc cavalier seul et se lance dans
unecampagneélectoraledeproxi-
mité à l’intérieurdu pays.
Sa stratégie est gagnante. Qua-
treans,seulement,aprèssaruptu-
re avec le président, Macky Sall est
à deux doigts de faire tomber le
maître. Sans esprit de vengeance.
«Entre Wade et moi, dit-il, c’est un
problèmedeconceptiondegouver-
nancedel’Etat,sinonilafaitdebon-
nes choses, dans la construction
d’infrastructuresnotamment.»
Finconnaisseurdes hommeset
dupartiaupouvoir,issudumême
moule libéral, il sait qu’en cas de
victoire il suffira d’attendre les
défections et les ralliements. «Je
formerai un gouvernement élargi
pourattirertouteslescompétences
auservicedudéveloppement.Iln’y
aura pas de chasse aux sorcières»,
précise-t-il. En attendant, Macky
Sall doit d’abord remporter le
second tour de l’élection. «Ce sera
facile», lâche-t-il.
«Wade, ancien opposant pro-
metteur, a tellement trahi d’an-
ciens alliés et déçu la population
qu’il ne dispose plus vraiment de
réservoir de voix pour le second
tour», avance l’avocat Babacar
Gueye.
Avec une rare pointe d’hu-
mour, Macky Sall propose une
voie de sortie au président: «Il a
dit qu’il était mon maître. Quand
votre élève vous met au tapis, le
plus sage est parfois d’abandon-
ner. Il devrait peut-être appeler à
voterpour moi.»p
Christophe Châtelot
L
a levée de l’état d’urgence en
Algérie,annoncéeilyaunan,
le 24février 2011, est un leur-
re. «Un trompe-l’œil», assure le
Réseau euro-méditerranéen des
droits de l’homme (REMDH) qui
dresse dans un rapport le bilan de
cettemesuredécidéeparlesautori-
tés algériennes dans le sillage du
«printemps arabe», dix-neuf ans
après son instauration.
«Le harcèlement des militants
par la police, l’interdiction injusti-
fiée des manifestations et des réu-
nions publiques, de même que le
recours à des pratiquesadministra-
tivesabusivespourentraverlacréa-
tion des associations: ces tactiques
continuent d’être communément
utiliséespouraffaiblirlasociétécivi-
le et entraver son action», accuse le
réseau de plus de 60 organisations
desdroitsdel’homme,crééen1997.
Dans les faits, poursuit-il, «la
plupart des dispositions de l’état
d’urgence ont en réalité été inté-
grées dans la législation ordinai-
re». Ainsi, la nouvelle loi sur les
associations,promulguéele12jan-
vier, «menace d’aggraver encore
les difficultés d’exercice du droit
d’association».
La création d’association est
conditionnéeàl’autorisationpréa-
labledesautorités,etnonplussou-
mise au régime déclaratif, le nom-
bre de membresfondateursnéces-
saire a été sensiblement augmen-
té, et le contrôle du financement
renforcé, en particulier pour les
associations étrangères.Ces dispo-
sitions, dénonce le REMDH, «ne
réflètent pas les demandes de la
société civile» exprimées lors des
consultations menées en juin2011
par le Conseil national économi-
que et social. Les restrictions les
plussévèresconcernentlesassocia-
tions de droits de l’homme. Et les
nouvelles demandes déposées par
certainesd’entreelles,commeSOS
Disparus,sontrestéeslettremorte.
Interdiction de manifester
La levée de l’état d’urgence n’a
rien changé non plus à l’interdic-
tion de manifester à Alger, en
vigueur depuis 2001, cependant
bravée plusieurs fois, ces derniers
mois, dans la capitale algérienne,
des gardes communaux aux étu-
diants.Surleresteduterritoire,qui
n’est désormais plus concerné par
l’interdiction, il n’est toutefois pas
aisé de manifester. Le 16octobre
2011, à Laghouat, des chômeurs,
qui ont dû affronter les forces de
sécurité,enont faitl’expérience.
Instauréle9février1992,dansla
fouléedel’annulationdesélections
législativesremportéesaupremier
tourparleFrontislamiquedusalut
(FIS),l’étatd’urgenceenAlgérieaeu
un profond impact sur la société
civile «systématiquement affai-
blie». La lutte antiterroriste pen-
dant les années de guerre civile a
ainsi permis de réprimer toute
voix critique.
«Toutefois,préciseleREMDH,la
persistance et le renforcement des
organisations de la société civile
malgré les obstacles auxquels elles
fontetcontinuentdefairefacepour-
raientconstituerlemoteurdechan-
gementsimportants.»
En vue des élections législatives
prévuesle10mai,Algervientégale-
ment d’autoriser près d’une ving-
tainedepartis,dontcertainspatien-
taientdepuisplusdedixans.p
Isabelle Mandraud
Moscou
Correspondante
A
quelques jours de la prési-
dentielle du 4 mars, le
Kremlin a mis fin, mardi
28 février, aux fonctions de
SergueïDarkine,49ans, le gouver-
neur de la Province maritime
(Extrême-Orient), officiellement
pour«raisondesanté».Alatêtede
la région depuis 2001, le gouver-
neur était impopulaire parmi ses
administrés, outrés par ses liens
avec le monde interlope et son
implication dans quelques affai-
res de corruption.
Sergueï Darkine semblait indé-
boulonnable.Depuis2004,lesgou-
verneurs ne sont plus élus au suf-
frage universel, ils sont nommés
par le Kremlin qui les jauge à leur
loyauté.Malgré son impopularité,
il avait réussi, en 2010, à se faire
reconduire à son poste pour cinq
ansparleprésidentDmitriMedve-
dev. La population de la Province
maritimeen avait pris son parti.
Le 15décembre 2011, la gestion
désastreuse de M.Darkine appa-
rut au grand jour devant des mil-
lions de téléspectateurs. C’était au
moment de la séance annuelle de
«questions-réponses» entre les
Russes et le premier ministre Vla-
dimir Poutine, retransmise par
toutes les chaînes de télévision.
L’exercice, intervenant onze jours
après les législatives du 4décem-
breentachéesdefraudes,étaitnet-
tement moins guindé qu’à l’ordi-
naire.
Aumomentoùlaliaisonfutéta-
blie avec Vladivostok, la capitale
régionale, à 9000km de Moscou,
laparoleéchutàunpetitentrepre-
neur, Andreï Goldobine: «Vladi-
mir Vladimirovitch! Combien de
temps encore Sergueï Darkine va
resteràsonpostealorsquesesfonc-
tionnairesn’arrêtentpasdeserem-
plirlespochesavecl’argentdubud-
get et celui des entrepreneurs?»
Visage crispé, M.Poutine écouta,
pritfébrilementquelquesnoteset
répondit: «Il n’y a pas que la cor-
ruption,ilyaunegrandecriminali-
té dans cette région bien plus
qu’ailleurs.»
Etpuisplusrien.Ilsemblaitévi-
dentquelebaronduPacifiques’en
étaittiréavecunlégerblâme,com-
meen2008,lorsqu’ilaéchappéde
justesse à une mise en examen
(sonbureauavaitétéperquisition-
né) en venant plaider sa cause à
Moscou après une alerte cardia-
que. Il avait donc été épargné. Ses
adjoints n’ont pas pu échapper
aux poursuites judiciaires mais le
nom de Sergueï Darkine n’a
jamais été mentionné au cours
desaudiences.Leprincipalbénéfi-
ciaire du groupe criminel jugé fut
décrit comme «une personne non
identifiée».
Son brusque limogeage à quel-
ques jours de la présidentielle du
4mars a pris de court la plupart
des commentateurs. A Moscou
comme à Vladivostok, personne
ne peut croire que la corruption,
véritable pilier du système, est la
vraie raison de sa disgrâce.
Certes, M.Darkine y est allé un
peu fort. Récemment, il a acquis,
au nom de sa femme, Larissa
Belobrovaïa, la base de pêche de
Nakhodka, dirigée par son frère,
Oleg Darkine. Pour ne rien arran-
ger, il s’est brouillé avec un puis-
sant homme d’affaires du cru,
Rouslan Kondratov, le fils d’un
général de l’ex-KGB, ce qui n’est
jamais bon, vu que les «hommes
enépaulettes» tirent lesficelles de
l’économie.
Enréalité, SergueïDarkinea été
écarté en raison du mauvais score
(33%) réalisé par le parti Russie
unie aux législatives du 4décem-
bre. A Vladivostok, le grand port
russe du Pacifique, le parti de
M.Poutine,quiaremportélamajo-
rité absolue des sièges à la Cham-
brebasseduParlement(Douma),a
faitunscorede23%,soitunchiffre
nettementinférieur à la moyenne
du pays (49,23%).
Alarméparlavaguedecontesta-
tion, Vladimir Poutine, candidat à
untroisièmemandatprésidentiel,
mise désormais sur une victoire
dès le premier tour. Avec ce limo-
geage,leKremlinenvoieunmessa-
ge à ses barons régionaux.
Ceux qui n’obtiendront pas le
score requis le 4mars, soit plus de
50%, ont du souci à se faire. «Ils
doivent songer à leur retraite», a
prévenuM.Poutine.D’oresetdéjà,
les gouverneurs de Vologda,
d’Arkhangelsk, de Volgograd et de
Tomsk, où les scores de Russie
unieétaient particulièrementbas,
ont dû rendre leur tablier. Pour
«raison de santé» bien sûr.p
Marie Jégo
«Quandvotreélève
vousmetautapis,
leplussageestparfois
d’abandonner»
Macky Sall
Le camp du président sénégalais,
Abdoulaye Wade, candidat
contesté à un troisième mandat,
a reconnu, mardi 28février, qu’il
serait contraint de disputer un
second tour face à son ancien pre-
mier ministre Macky Sall. «Tout
indique qu’il y aura un second
tour: ce sont les chiffres qui le
disent», a déclaré, mardi, El Hadj
Amadou Sall, un des responsa-
bles de la campagne électorale
de M.Wade. D’après une estima-
tion de l’Agence France-Presse
portant sur 39 des 45départe-
ments sénégalais, M.Wade arrive
en tête avec 32,6% des voix,
contre 25,8% à M.Sall, qui devan-
ce Moustapha Niasse, un autre
ex-premier ministre (14,3%), le
chef du Parti socialiste Ousmane
Tanor Dieng (11,7%) et un troisiè-
me ancien premier ministre, Idris-
sa Seck (7,5%). – (AFP.)
Le camp Wade admet qu’un second tour aura bien lieu
MackySall,l’élèvequirêvedeterrasser
lemaîtreàlaprésidentielleduSénégal
Leprobableadversaired’AbdoulayeWadeausecondtourdel’électionavaitétésonbrasdroit
«Vladimir
Vladimirovitch!
Combiendetemps
encoreSergueï
Darkinevarester
àsonposte?»
Un petit entrepreneur
LeKremlinécarte
ungouverneur
del’estdelaRussie
LepartiRussieunien’aobtenuque33%desvoix
auxlégislativesdanslaProvincemaritime
8 0123
Jeudi 1er
mars 2012
90123
Jeudi 1er
mars 2012 international & europe
Meeting
d’«allégeance
auGuidesuprême»
àTéhéran
Imagesd’Iran(3/6)
Né à Téhéran en 1970, Aslon Arfa a travaillé
pour des journaux et magazinesiraniens
avant de devenir photographeindépendant.
TÉHÉRAN,28FÉVRIER. DES FEMMES s’inscri-
vent sur la liste de l’ancien ministre de l’éduca-
tion, Hossein Mozafar, lors d’un rassemblement
appelé«allégeance au Guide suprême» en vue
des élections parlementairesdu 2mars.
L’assistancese composedepartisansdes par-
tisfondamentalistes.Principalsujet évoqué: le
besoind’unité ducamp conservateur.En effet,
plusieursfactions defondamentalistessonten
concurrencepour les électionsdu 2mars. Le
Frontde la persistance,pro-Ahmadinejad,s’op-
poseà desgroupestrès critiquesà l’égarddu pré-
sidentcommele Frontuni desconservateurs,
composéde prochesdu Guide suprêmeAliKha-
menei,et le Frontde l’endurance,del’anciencan-
didatàlaprésidentiellede 2009MohsenRezaï.
Malgré des appels à l’unité entre les critiques
de Mahmoud Ahmadinejad, les divisions per-
sistent et de nombreuses petites listes sont en
concurrence. Pour la seule circonscriptionde
Téhéran, 18 listes sont présentées. Une seule se
revendique réformatrice, tandis que les autres
se composent de conservateurs ou de fonda-
mentalistes.
Lesfemmescandidatessontminoritaires.Les
droitsde voteet d’éligibilitésont accordésaux
femmesdepuis1963en Iran,maisleur rôlepoliti-
quereste marginalavecune présencede moins
de3%(8 femmespour 290 sièges)dans l’actuel
Parlement,dominé par les conservateurs.p
ASLON ARFA POUR «LE MONDE»
E
n annulant le jugement de la
cour d’appel de Paris qui, le
21mai2008,avaitrelaxéPhi-
lippeKarsenty, le directeurdu site
InternetMedia-Ratings(uneagen-
ce de notation des médias), en
conflitavecFrance2,laCourdecas-
sation a relancé, mardi 28février,
une affaire qui empoisonne
depuisprèsde douzeans lachaîne
de télévision publique et son cor-
respondant à Jérusalem, Charles
Enderlin. Cette décision va à l’en-
contre de la demande du parquet
général qui, le 14février, avait
requis le rejet du pourvoi formé
par France2. Philippe Karsenty
seradoncrejugéenappeldansplu-
sieurs mois à Paris.
Relayant les assertions d’une
agence franco-israélienne, Metula
News Agency (Mena), il avait affir-
mé en 2004 qu’un reportage sur
les affrontements à Gaza, diffusé
en septembre2000 sur France2
avait été truqué. Les images qui
montraient Mohammed Al-Dou-
ra, un enfant palestinien de 12ans,
entrain demourirdansles brasde
son père sous les tirs entre Palesti-
niens et soldats israéliens avaient
fait le tour du monde, avant de
devenir, pour les Palestiniens,
emblématiques de l’agression
israéliennecontreleur peuple.
Selon M.Karsenty, la scène fil-
mée par un cameraman palesti-
niende France2 et commentéepar
Charles Enderlin relevait d’une
«supercherie», d’une «imposture»
et d’une «mascarade». M.Karsen-
ty, outre mettre en doute l’origine
israéliennedestirsresponsablesde
la mort du jeune garçon, accusait
France2 d’avoir monté «un faux
reportage,unepurefiction».
La chaîne avait répliqué en l’at-
taquant en diffamation. Condam-
né par le tribunal correctionnelde
Paris en octobre2006, Philippe
Karsenty avait été relaxé en appel
deuxans plus tard.
Dans ce laps de temps et avant
d’examinerledossieràl’audience,
la cour d’appel avait ordonné un
supplément d’enquête en octo-
bre2007, afin d’obtenir les images
prises par le cameraman de Fran-
ce2. Ces rushes avaient été proje-
tés au procès en appel. «Il y a une
industrie du faux reportage à
Gaza, avait dénoncé M.Karsenty.
J’ose attaquer l’icône Mohammed,
défendue par l’icône médiatique
CharlesEnderlin,maisl’histoireme
donnera raison.»
Preuve de la bonne foi
Sans se prononcer sur le conte-
nu du reportage et tout en recon-
naissant que les propos de M.Kar-
senty portaient «incontestable-
ment atteinte à l’honneur et à la
réputation des professionnels de
l’information», les juges avaient
estimé que M.Karsenty n’avait
«pas dépassé les limites de la liber-
té d’expression».
Dans son arrêt rendu mardi, la
Courde cassationconsidèreque la
cour d’appel n’était pas fondée à
ordonnerunsupplémentd’enquê-
te. Elle a outrepassé ses pouvoirs.
Les juges rappellent que, « en
matièredediffamation,sile préve-
nu peut démontrer sa bonne foi
parl’existencedecirconstancespar-
ticulières, c’est à lui seul qu’incom-
be cette preuve, sans que les juges
aientlepouvoirdeprovoquer,com-
pléter ou parfaire l’établissement
de celle-ci». Or, en réclamant à
France2 les rushes de son camera-
man, les juges soulignent que «la
cour d’appel a méconnu» ce texte.
Côté France2, on se réjouit de
cette décision. «Nous avions tou-
jours soutenu que la communica-
tion des rushes, au-delà de son illé-
galité, ne pouvait strictement rien
apporter», a déclaré l’avocat de la
chaîne de télévision, Me
Emma-
nuel Piwnica.p
Yves Bordenave
AffaireAl-Doura:
PhilippeKarsenty
serarejugéenappel
LamortfilméeparFrance2en2000d’unjeune
Palestinienestl’objetd’uneguérillajudiciaire
Chine
Aumoinsdixmorts
dansdesviolencesauXinjiang
PEKIN. Des violences à Karghilig, une petite ville à la population majo-
ritairement ouïgoure du sud du Xinjiang, dans l’extrême-ouest
chinois, auraient fait une dizaine de morts, mardi 28février, au soir,
selon l’agence de presse officielle Chine Nouvelle et plusieurs sources
liées à la communauté ouïgoure en exil.
Chine Nouvelle fait état «d’émeutiers» qui s’en seraient pris à des «vic-
times», sans préciser si ces dernières sont han, l’ethnie majoritaire en
Chine, dont la domination de cette région turcophone et musulmane
des marches de l’empire entraîne des irruptions régulières de violen-
ces. L’incident intervient alors que la région autonome du Xinjiang
fait l’objet d’une nouvelle campagne de choc ciblant la population
ouïgoure, qui se serait traduit par de nombreuses arrestations et opé-
rations de «rééducation». p B.Pe.
Allemagne Euro: la Cour de Karlsruhe renforce
les pouvoirs du Bundestag
BERLIN.Les juges de la cour constitutionnellede Karlsruheont rejeté,
mardi 28février, la tentative de la coalition gouvernementalede créer
une mini-commissionde neuf députéschargée de répondre dans l’ur-
gence aux demandes européennesconcernantl’utilisationdu Fonds
européende stabilitéfinancière (FESF). La politique budgétaire,dont
relèventles décisions sur l’euro qui engagent l’argent public allemand,
«est de la responsabilitédu Bundestag tout entier», a estimé la Cour qui
avait été saisie par deux députés de l’opposition.Seule exception: les
décisionsd’achat d’obligationssouveraines sur le marché. Pour celles-
ci, la cour aretenu l’argumentd’une nécessaireconfidentialité,et confir-
mé la légalité de la mini-commission.Le présidentdu Bundestag, Nor-
bert Lammert(CDU), a qualifié la décision de la cour de «compréhensi-
ble» et s’est dit convaincu de trouver une solution. – (Corresp.)
Biélorussie L’Union européenne rappelle
ses ambassadeurs en Biélorussie pour consultations
BRUXELLES.L’Union européenne(UE) a décidé, mardi 28février, de rap-
peler pour consultationsses ambassadeursen poste en Biélorussie. Cet-
te décision intervient après le renvoi des ambassadeursde l’UE et de
Polognedécidé par le présidentbiélorusse, AlexandreLoukachenko.
Mardi,l’UE a imposé de nouvellessanctions au régime biélorusse en
gelant les avoirs et en privant de visa en Europedix-neuf magistrats et
deuxresponsables de la police, responsablesde l’arrestation et de la
condamnationd’opposants au régime. Rééluen 2010 avec 80% des
voix à l’issue d’un scrutin entachéde fraudes, le présidentLoukachenko
a depuisfait emprisonnertous ses opposants. – (AFP.)
Washington
Correspondante
E
n route pour le «Super mar-
di»du6mars!MittRomneya
sauvé sa position de favori de
la course à l’investiture républicai-
ne en remportant, mardi 28février
les primaires de l’Arizona et, sur-
tout, du Michigan, où le catholique
intégriste Rick Santorum l’avait
sérieusement menacé.
Entermedenombrededélégués,
l’ex-gouverneur du Massachusetts
reste loin du compte. Selon les esti-
mations des médias, il réunirait
désormais quelque 175délégués
alorsque1144sontnécessairespour
emporter la nomination. Compte
tenu du fait que certains Etats attri-
buent leurs délégués à la propor-
tionnelle,d’autresselonunsystème
majoritaire,etque416déléguésseu-
lement sont en jeu mardi dans dix
Etats,ladateàlaquelleseraconnule
nom du candidat qui affrontera
Barack Obama le 6novembre est
totalement imprévisible.
Mitt Romney l’a emporté sans
difficultéenArizona,avec47,3%des
voix, devant Rick Santorum
(26,5 %), l’ancien président du
CongrèsetbêtenoiredeBillClinton,
NewtGingrich(16,2%)etle«liberta-
rien» Ron Paul (8,5%). Il a bénéficié
de la mobilisation des mormons, et
surtout du soutien de l’influent
sénateurdel’Arizona,JohnMcCain.
Le Michigan était plus acrobati-
que. Mitt Romney s’était retrouvé
distancé par Rick Santorum – jus-
qu’à 10points d’écart. Les médias
commençaient à écrire sa nécrolo-
gie politique, soulignant à quel
point une défaite dans l’Etat où il
avaitgrandietdontsonpèreétaitle
gouverneur dans les années
1960serait symbolique.
Finalement, l’humiliation n’a
pas eu lieu. Mitt Romney a fini,
dans la soirée, avec un peu plus de
3points d’avance sur son principal
rival(41,1%contre37,9%àRickSan-
torum et 11,7 % pour Ron Paul).
«Nous n’avons pas gagné de beau-
coupmais cela asuffi etc’est tout ce
quicompte»,s’est satisfait lecandi-
dat devant ses partisans, soulagés.
«Washington, nous voilà»! a lancé
safemmeAnn,quiintervientsysté-
matiquement avant lui.
Contrairement aux prédictions,
Mitt Romney n’a pas pâti de son
opposition au sauvetage del’indus-
trie automobile. Dans une tribune
du New York Times, publiée en
2008,ils’étaitindignéquelegouver-
nement songe à sauver une entre-
prisedelabanqueroute.Titré«Lais-
sons Detroit faire faillite», le texte
luia été abondamment resservi.
Rick Santorum a même com-
mandité des appels téléphoniques
robotisés (robocalls) aux électeurs
démocrates en leur rappelant que
Mitt Romney avait, en revanche,
approuvé « le sauvetage de ses
copains milliardaires ». Il leur
demandait de «punir» l’ingrat.
Quelques milliers de démocrates
ont suivi l’appel. Dans le Michigan,
ils sont autorisés à participer aux
primaires républicaines, et ils ne
s’en privent pas, au motif que le
scrutin est organisé avec l’argent
du contribuable. En 2000, ils
avaient contribué à la victoire de
John McCain sur George Bush.
Selon les sondages de sortie des
urnes, les électeurs favorables au
bailout(sauvetage)del’automobile
n’ontpasparticulièrement «puni»
MittRomney.Ilestvraiquetousles
candidats républicains étaient
contre le plan de sauvetage. En
revanche, près des deux-tiers des
électeurs indépendants estiment
que ce plan a permis de sauver
l’automobile, ce qui, dans la pers-
pective de l’élection de novembre,
réjouit la Maison Blanche.
La bagarre du «Super Tuesday»
va se concentrer sur l’Ohio, où Rick
Santorumentendfairejouerlafibre
«col bleu».Ilessaie aussi derécupé-
rerlevotedesfemmes,qu’ils’estalié-
néavecsesdéclarationssurles«dan-
gers» de la contraception. Selon les
sondages, Mitt Romney l’a devancé
de6points chezlesfemmes. Pour la
première fois, l’ex-sénateur a lon-
guement parlé de sa mère, 93ans.
Uneinfirmière,quiatoujoursconti-
nué à travailler et qui ne craignait
pasdegagner plusquesonmari.
Parallèlement aux primaires, la
bagarre continue entre Mitt Rom-
neyetBarackObama,préfigurant la
campagne de novembre. Le prési-
dent a exploité son avantage en
tenant,mardi,undiscoursdevantle
syndicat de l’automobile (UAW)
opportunément réuni en congrès à
Washington.Ilarappelélesuccèsde
General Motors, redevenu le pre-
mier constructeur mondial, qui a
remboursé 24milliards de dollars
(18milliards d’euros) sur les 51mil-
liards accordés par le gouverne-
ment fédéral, et qui a engrangé les
«profits les plus élevés en cent ans
d’existence».
A deux jours d’intervalle, les
deux adversaires ont présenté un
plan de réforme de la fiscalité.
M. Romney essaie aussi de se
démarquersurlapolitiqueétrangè-
re en se livrant systématiquement
à une défense appuyée des intérêts
d’Israël. Mais selon un sondage
publié jeudi par le professeur Shi-
bley Telhami, de l’université du
Maryland,BarackObamaestlecan-
didat qui a la préférence des Israé-
liens sur l’ensemble des républi-
cains. «Ce n’est pas le moment de
freiner, a souligné le président. Au
contraire, il faut accélérer.»p
Corine Lesnes
Labagarredu«Super
Tuesday»vase
concentrersurl’Ohio,
oùRickSantorum
entendfairejouer
lafibre«colbleu»
Les échéances du Parti républicain en mars
3mars Caucus dans l’Etat de
Washington.
6mars «Super Tuesday»: Alas-
ka, Georgie, Idaho, Massachu-
setts, Dakota du Nord, Oklahoma,
Ohio, Tennessee, Vermont et Vir-
ginie. Début des caucus dans le
Wyoming, qui s’achèvent le
10mars.
10mars Caucus du Kansas.
13mars Primaires en Alabama et
au Mississippi, caucus à Hawaï.
17mars Caucus du Missouri.
20mars Primaire dans l’Illinois.
24mars Louisiane.
27-30août Convention du Parti
républicain en Floride. L’adversai-
re de Barack Obama sera désigné.
Washington
Arizona
Capitale : Phoenix
Michigan
Capitale : Lansing
EngagnantleMichigan,MittRomney
sauvesapositiondefavorirépublicain
M.Romneyn’apaspâtidesonoppositionausauvetagedel’industrieautomobileparl’Etat
planète
Uncadeaude44tonnes
àl’Assembléenationale
Londres
Correspondance
A
une quinzaine de kilomè-
tres au large des côtes de la
Cumbria, région du nord-
ouest de l’Angleterre, tournent
depuis la mi-février 102éoliennes,
culminantchacuneà150mdehau-
teur. De quoi produire
367mégawatts (MW), assez d’élec-
tricité pour 320 000 foyers.
Dénommée Walney, c’est la plus
grande ferme éolienne au monde:
«LeRoyaume-Uniadequoiêtrefier
desonindustrieéolienne»,s’estvan-
té lors de l’inauguration, le
9février,leministredel’environne-
mentEdwardDavey.
Lepaysestl’undesleadersmon-
diaux de l’éolien en mer. Au large
del’embouchuredelaTamise,une
autre ferme, London Array, est en
construction.Quandelleseraache-
vée en 2013, elle sera à son tour la
plusgrandeaumonde,avec175tur-
binesproduisant 630MW.
Ces énormes projets menés à
bien ne parviennent pas néan-
moinsàdissiperledoutequigagne
aujourd’huiles partisans des éner-
gies renouvelables: comment les
prochains chantiers éoliens vont-
ilsêtrefinancés?Cettequestionest
essentielle puisque le gouverne-
mentbritanniquetabled’icià2020
surdixfoisplusd’éoliennesenmer
ettroisfoisplusd’éoliennessurter-
re qu’aujourd’hui, soit un total de
22 gigawatts supplémentaires. Ce
qui lui permettrait de tenir son
objectif de 15% d’électricité issus
des énergies renouvelables. Et de
damerunpeulepionàlasupréma-
tieactuelledugazet ducharbon.
Mais le gouvernement conser-
vateur a provoqué un certain
malaiseenproposantdansunpre-
mier temps de réduire de 10% les
subventions à l’éolien jusqu’en
2017, parce que les coûts de
constructionsont en baisse.
Aprèscette échéance,les moda-
lités des aides publiques ne sont
pas encore clairement définies,
dans l’attente d’une grande réfor-
me de l’ensemble du marché de
l’électricité. Du coup, plusieurs
entreprises affirment avoir mis
leurs investissements en suspens.
«Nousattendonsd’avoirplusd’élé-
ments précis», confiait récem-
ment au quotidien britannique
The Guardian Magued Eldaief, le
patron de General Electric Energy.
Cesinterrogationsontétérenfor-
céesaveclalettreouverted’unecen-
taine de députés conservateurs,
qui s’élèvent publiquementcontre
l’éolien. Leurs arguments? En plei-
necured’austérité,dépenserdel’ar-
gent pour les énergies propres est,
selon eux, un gaspillage financier,
sansoublierlespaysagesdéfigurés.
Ils appellent donc à une «baisse
spectaculairedes subventions».
Pourl’instant,l’industrieéolien-
ne reste confiante, d’autant que le
gouvernement lui confirme son
soutien…oralement.«Lesentrepri-
ses attendent d’y voir plus clair,
mais la révision des subventions
est la question de quelques mois,
estime Andy Cox, consultant chez
KPMG. L’appétit d’investissement
demeure.» Même son de cloche
dans une grande entreprise euro-
péenne de l’éolien: «Au pire, cela
ralentirajuste un peu les choses.»
Quoi qu’il en soit, même si les
interrogations liées au montant
des subventions étaient levées,
cela ne réglerait pas le problème
dufinancementdecesprojetspha-
raoniques, qui devient de plus en
plus difficile. Jusqu’à présent, la
majorité des fermes éoliennes
étaient auto-financées; les entre-
prises concernées, des mastodon-
tes,parailleursproductricesd’élec-
tricité conventionnelle, qui pou-
vaient se permettre d’avancer les
quelques centaines de millions
d’eurosnécessaires.
Maintenant que les projets
deviennent de plus en plus impor-
tants,cettelogiqueatteintses limi-
tes.Walneyacoûté1,2milliardd’eu-
ros. Fin 2010, le consortium qui en
est à l’origine – le danois Dong et le
britannique SSE – a donc décidé de
faire entrer à son capital un fonds
de pension, le néerlandais PPGM,
luivendant25%duprojet.Unepre-
mièreauRoyaume-Uni.
Cetteannoncen’estpasanodine
carl’industrieéolienneespèrevrai-
ment que les investisseurs institu-
tionnels vont venir à sa rescousse.
Le mouvement va-t-il prendre?
Outre PPGM, le fonds de pension
national du Danemark a injecté de
l’argentdansl’éolien,demêmeque
les fonds d’investissement Maru-
beni(Japon)et TCW(Etats-Unis).
C’est insuffisant. Tom Murley
gèreàHgCapitalleplusgrosfonds
d’investissement européen entiè-
rement dédié à l’électricité renou-
velable, avec 900millions d’euros
de capital. Récemment, il a calculé
l’argent investi depuis 2004 par
les investisseurs institutionnels
enEuropedanscedomaine.Bilan:
ceux-ci ont injecté 8,1milliards
d’euros,à50%dansl’éolienterres-
tre, 19% dans l’éolien en mer, 18%
dans le solaire et 13% pour le reste
(biomasse…). «A l’heure actuelle, il
n’y a eu que sept investissements
dans l’éolien offshore, ce qui repré-
sente 1,5milliard d’euros», souli-
gne-t-il. De quoi doucher les plus
ardentsespoirs.
«Lesfondsdepensionontdel’ar-
gent, mais ils en mettent 80% dans
des actions et des obligations, et le
reste se partage entre immobilier,
hedgefundset matièrespremières,
explique M.Murley. Les infrastruc-
tures,etdanscettecatégorieleséner-
gies renouvelables, ne peuvent être
qu’une toute petite partie de leur
portefeuille.»
Selon lui, pour atteindre les
objectifsde 2020 du Royaume-Uni
dans l’éolien en mer, il faudrait
trouverenviron6milliardsd’euros
auprèsdesfondsd’investissement,
soit quatre fois plus que l’argent
injectéjusqu’àmaintenant:«Peut-
être qu’on y arrivera, mais cela ne
vapasêtrefacile.»
L’image d’un Royaume-Uni qui
mettrait au rebut ses énergies fos-
silespourseconsacrerpleinement
àl’énergieduventn’estpasencore
pourdemain.p
Éric Albert
New York
Envoyée spéciale
JimGerritsenestunpetitfermier
du Maine (nord-est des Etats-
Unis), spécialiste de la culture
biologique de la pomme de terre.
Une rareté dans le pays qui lui per-
met de vendre ses produits pres-
que deux fois plus cher que ses
concurrents. Alors, quand une fer-
me liée à Monsanto, le géant de
l’agriculturetransgénique,s’estins-
talléeil y a quelquesmois à6miles
(9,6km)desonexploitation,M.Ger-
ritsenacommencéàavoirpeur.
La distance est-elle suffisante
pour éviter que ses cultures ne
soient «contaminées»? Avec le
vent, le pollen, «on n’est à l’abri de
rien,iln’yaaucunegarantie,dit-il.Il
yadequois’inquiéter,jeveuxsavoir
avecquoijenourrismafamille,mes
clients!» Ce fermier est, du reste,
moins terrifié à l’idée de cultiver
sans le savoir des produits généti-
quementmodifiésqued’êtrepour-
suivi par Monsanto pour violation
de brevets liée à l’exploitation de
sessemencesoupesticides.
A tort? Selon l’association Food
Democracy Now! (FDN), en treize
ans, Monsanto aurait enquêté en
secret sur 7344fermes suspectées
d’utilisersesproduits,donnantlieu
à144actionsenjustice.Or,M.Gerrit-
sen le sait, contre la puissance éco-
nomiquedelamultinationale,ilne
pourrarien:«Ceseralafaillite.»
Seulement voilà, aux yeux de la
justiceaméricaine,susciterla peur
n’estpas,ensoi,répréhensible.Lun-
di27février,lajugefédéraleàMan-
hattan,NaomiBuchwald,aannon-
cé avoir débouté l’action collective
(classaction) intentéeenmars2011
contre Monsanto par M.Gerritsen
au nom de son association d’agri-
culteurs bio, Osgata, soutenue par
des dizaines d’organisations et de
fermiersspécialistesdel’agricultu-
retraditionnelleoubiologique.
«Peur d’un danger futur»
Une déconvenue pour les plai-
gnants, que la juge justifie par les
faits: il n’y apas decontamination
avéréedesplantationsconcernées,
et l’accusé, Monsanto, a certifié
n’avoir jamais intenté de procès
pour violation de brevets envers
des agriculteurs «qui ne souhai-
taientpasutilisersesproduitstrans-
géniques». En résumé, «la peur
d’undangerfuturn’estpassuffisan-
te» pour démontrer l’existence
d’un différend réel et immédiat
entre les parties, écrit la juge dans
sonarrêté.
Plus cinglante, Mme
Buchwald
estimequ’enréclamantàMonsan-
to un engagement écrit certifiant
que la firme ne les poursuivrait
pasenjustice,lesplaignantsonteu
recoursà une tactique«inaccepta-
ble». Arguer que l’entreprise refu-
se de répondre favorablement à
cette requête ferait croire à l’exis-
tence d’une menace qu’elle juge
«subjective».
Cette décision est «une victoire
pourtouslesfermierspermettantà
toute forme d’agriculture biologi-
que,conventionnelleoubiotechno-
logiquedecoexister»,aréagiDavid
Snively,vice-présidentexécutifde
Monsanto.Ledirigeant,dontlafir-
me souffre d’une image de
«méchant Américain», se réjouit
quelajugetordelecou«aufantas-
me perpétué contre notre métier
par cesfermiers et sur Internet».
Dans le rang des plaignants, en
revanche, c’est la consternation.
Personne ne nie que les planta-
tionspuissentêtrecontaminéeset
DavidMurphy,fondateurdel’asso-
ciation FDN redoute qu’à cause de
Mme
Buchwald, «les brigades de
Monsanto continuent à faire
régnerlaterreurchezlesfermiers».
En outre, «la juge renforce les
craintesgrandissantesdelacorrup-
tion de nos institutions démocrati-
ques»,accuse-t-il.Pourcemilitant,
en semblant plier devant la firme,
la justice américaine laisse à dési-
rer,notammentau regarddes der-
nières décisions prises en France,
où le gouvernementa réclaméà la
Commission européenne de sus-
pendre l’autorisation de mise en
culture du maïs MON810, jugé
toxique.
Mais, aux Etats-Unis, les choses
ne s’arrêteront sans doute pas là.
Daniel Ravicher, avocat des fer-
miers, pense que «la juge a fait de
nombreuses erreurs» pour arrêter
sa décision. Etudiant minutieuse-
mentletexte,iln’exclutpasdefai-
re appel.p
Claire Gatinois
Lesmodalités
desaidespubliques
nesontpasencore
définies,dansl’attente
d’uneréformedu
marchédel’électricité
Troud’airpourl’industrieéoliennebritannique
Desélusconservateursappellentàunebaissedessubventionsetlesinvestisseurssemontrentdeplusenplusfrileux
Mer Le capitaine du cargo
échoué en Nouvelle-
Zélande plaide coupable
Le capitaineet le second du porte-
conteneursRena plaident coupa-
ble de navigationdangereuse et
entraveà la justice. Leurcargo, bat-
tant pavillonlibérien, qui s’était
échoué le 5octobre sur le récif de
l’Astrolabe(Nouvelle-Zélande),a
libéréplus de 300 tonnes de fioul
au large d’une côte touristique.
Devantle tribunalde Tauranga,
mercredi29février, les deux hom-
mes de nationalitéphilippine ont
reconnuavoir voulu gagner du
temps en se rapprochantdes
côtes. – (AFP.)
ClimatLes Américains
davantage convaincus
du réchauffement
62 % des Américainspensent que
la températuremoyenne de la ter-
re a effectivementaugmenté au
cours de ces quarante dernières
années, selonun sondage réalisé
par l’Universitédu Michigan et le
College Muhlenberg,publié mar-
di 28 février. La part des convain-
cusaugmente de 10 % en un an,
mais ils restent politiquement
divisés: 78 % des sympathisants
démocratesle sont, contre 47 %
des républicains. – (AFP.)
Pollution En France, l’air
est meilleur à la campagne
Selon une étude de l’Agence de
l’environnementet de la maîtrise
de l’énergie (Ademe), publiéemar-
di 28février, la qualité de l’air est
plutôt meilleure dans les zones
rurales,sauf dans les fonds de val-
lée. Les analysesmenées dans
neuf régions montrent qu’en
Savoie se pose le problème de l’ac-
cumulationde polluants arrêtés
parlesAlpes, en particulierles par-
ticules fines issues des chauffages
au bois. – (AFP.)
A
l’agendade l’Assemblée
nationaledu mercredi
29février figureun cava-
lierlégislatif de poids: 44 tonnes
précisément.S’il est adopté, il va
permettre aux transporteursde
chargerleurs camionsles plus
volumineuxde 4t de fret supplé-
mentaire,sans être soumis à
l’obligationde les doter d’un
sixièmeessieu. Le dispositif per-
metaux professionnelsde la rou-
te d’augmenterleurs cargaisons
sans avoir à investir dans une
nouvelleflotte. En France, jus-
qu’à présent, les plus gros véhicu-
les pouvaienttransporter 40t.
Ce coup de pouce en faveur du
transportroutier qui s’est discrè-
tementglissé dans la proposition
de loi du députéJean-Luc Wars-
mann (UMP),est donc sur le
pointd’achever son parcours par-
lementaire.Il apparaît au milieu
de moult autres articles, entre
une nouvelleprésentation des
bulletinsde paie et l’allégement
de la publicationdu bilan social
et environnementaldans les
entreprises,entre autres.
Enpremièrelecture,ce texte
foisonnantavait notammentfait
ironiserlesénateurRonanDan-
tec,du groupeécologiste: «Ilest
assezlégitimede sedemanderce
quel’augmentationdu tonnage
descamionsvient fairedansune
propositionde loidite de“simplifi-
cationdu droitet allégementdes
démarchesadministratives”.»
Estimantà environ 500mil-
lions d’euros le surcoût d’entre-
tien des chaussées que risque
d’entraînercette mesure, le vice-
présidentde la commissiondéve-
loppementdurable avait conclu
qu’il s’agissait«encore et tou-
joursde privilégier le transport
routier» au détrimentdu fret flu-
vial, maritimeet ferroviaire.
«Loi fourre-tout»
Unmauvaiscouppour ceder-
nier secteurqui a déjà été divisé
par deuxen dix ans. «C’est une loi
fourre-tout.Chacunsaitque le dia-
blesecachedansles détails,dénon-
cele député Françoisde Rugy
(EuropeEcologie-LesVerts). Le
nombred’essieuxest fondamental
pourl’usuredesroutes,or lestrans-
porteursne lapaientpas en
dehorsdes autoroutes,et la taxe
surlespoids lourds estrenvoyée
aprèsl’électionprésidentielle…»
L’argumentselon lequelfaire
roulerdes camionsencore plus
longslimiterait le nombre de
véhiculesen circulation,donc
l’émissionglobalede CO2, est loin
deconvaincreFranceNatureEnvi-
ronnement(FNE) dans la mesure
où cela ne privilégieraitque le
transportroutier. La définition
dela chargeautoriséedevraitrele-
verdu domaine réglementaire,
pas d’une propositionde loi por-
tant surdes sujets tout autres,
estime l’organisation.
L’articleest en outrecontraire
à la Charte de l’environnement,
selonlaquelleles politiquespubli-
quesdoivent promouvoirle déve-
loppementdurable.Conclusion:
FNE appelle les parlementairesà
déposerun recours devant le
Conseilconstitutionnel.p
Martine Valo
IRLANDE
ROYAUME-UNI
FRANCE
Londres
Iles Orcades
Iles Shetland
Mer du Nord
Mer
d'Irlande
Manche100 km
PARCS ÉOLIENS ONSHORE ET OFFSHORE
RÉPARTITION DES SOURCES D’ÉNERGIE
POUR LA PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ
EN 2010
SOURCES : REVEWABLE-UK ; DEPARTMENT OF ENERGY AND CLIMATE CHANGE.
327 parcs opérationnels
44 parcs en construction
Walney
Le plus grand
parc éolien offshore
du monde
London
Array
Le futur plus grand
parc éolien offshore
du monde
Un pionnier des parcs offshore
CharbonGaz
28%
Nucléaire
16%
Eau et autres
4%
Eolien
3%
Importation
1%
Pétrole
1%
47%
AuxEtats-Unis,échecd’uneaction
collectivedefermiersbiocontreMonsanto
DespaysansduMainecraignentd’êtreaccusésdeviolationdebrevets
parlamultinationale,dontlesOGMrisquentdecontaminerleurschamps
10 0123
Jeudi 1er
mars 2012
france
Dansunsupermarché
deLaRéunion,
l’obsessiondelaviechère
Lepréfetaannoncélabaisseduprixde60produitsde
consommationcourante.LesRéunionnaissontsceptiques
Derrièrelesprixélevés,
lestabousdelavieinsulaire
Reportage
Saint-Denis de La Réunion
Envoyée spéciale
L
e chariot roule à grand bruit
sur le bitume surchauffé du
supermarché Jumbo Score
de Sainte-Marie, entre l’aéroport
etlavilledeSaint-Denis.Françoise
Albac,lamère,courtdevant.Hugo,
le fils aîné, pousse le chariot à vive
allure. Grégoire, 3 ans, occupe le
petit siège rouge, tandis qu’Aline,
8 ans, se délecte, assise à la place
des marchandises, de cette course
cahotique à la consommation. Ce
mardi 28février, Hugo fête ses
12ans et toute la famille est pres-
sée de faire les courses.
C’estaussilejouroùlepréfetde
La Réunion, Michel Lalande,
annonce la liste des produits dont
les prix vont baisser, après plu-
sieurs jours d’émeutes contre la
vie chère, du 21 au 26 février.
«D’habitude, je vais chez Leclerc,
c’est moins cher. Mais c’est plus
loin et je n’ai pas le temps», expli-
queFrançoise.L’auxiliairedepué-
riculture a griffonné sa liste sur
uneenveloppe,àlaquelleellejette
un coup d’œil en entrant dans la
galerie marchande, sans ralentir.
Elle a 45ans, gagne 1475euros net
parmoisettouche425eurosd’allo-
cations familiales. Son compa-
gnon est moniteur d’auto-école.
Alineadûquitterlefondducha-
riot, bientôt remplacée par un
paquet de céréales Crunch, un
tubededentifriceColgate,uneboî-
te de mouchoirs, douze yaourts
nature Yoplait, des Danone à boi-
re, des spaghettis Panzani, deux
bouteilles de Ketchup bon mar-
ché, huit sachets de soupe aux
nouilles chinoise, de la purée en
flocons, des madeleines, du soja,
des Barquette 3Chatons, des BN
Pocket, des goûters marbrés Casi-
no, du Coca, un pack de six bou-
teillesde Bagatelle,une eaulocale,
des Chamallows et des crocodiles
Haribo,unpotdeNutellaXXL,dou-
ze œufs et un litre de lait Candia à
0,93euro, «produit liste du Cos-
par». Un revenant.
En 2009, dans le sillage du LKP,
le collectif contre la «profitation»
delaGuadeloupe,les Réunionnais
avaient monté le Cospar, Collectif
des organisationssyndicales,poli-
tiques et associatives de La Réu-
nion, qui avait notamment obte-
nu des grandes surfaces qu’elles
diminuentde5%à20%lesprixde
250produitsalimentairesetména-
gers. Autant dire que ces conquê-
tesnesontplusqu’unvaguesouve-
nir,dansuneîleoù52%delapopu-
lation vit en dessous du seuil de
pauvreté, soit avec moins de
817eurosparmois.Ilserasansdou-
teplusdifficile,cettefois,decroire
aux promesses.
La petite famille créole est arri-
vée à la caisse. Montant de l’addi-
tion: 160,10euros. Bien peu des
produits entassés dans le chariot
sont concernés par la baisse des
prix qui doit intervenir le 12mars.
Parmi eux, les spaghettis Panzani
(1,55euro) devront coûter 16%
moins cher, l’effort étant réparti
entre la grande distribution et les
fournisseurs, soit 8% chacun. Le
prixdes BNetdes céréalesCrunch
(4,09euros) devra diminuer de
20%. Le paquet de douze yaourts
nature (Yoplait, Danone ou Piton
des neiges) devra également bais-
serde20%,dont8%consentispar
le conseil général. «Le yaourt qui
viendra de Normandie, il sera tou-
jours plus cher à Mayotte qu’en
Normandie»,avaitpourtantexpli-
qué le premier ministre, François
Fillon,enjuillet2009.Ilavaitajou-
té que la question ne pouvait être
résolue «que par le développe-
ment des productions locales».
En attendant, les «produits
pays» sont toujours beaucoup
pluschersquelesproduitsimpor-
tés.ChezCarrefour,lefaux-filetde
bœuf de La Réunion coûte
23,90euroslekiloalorsquelavian-
de importée est à 20,90euros. Il
en va de même pour tous les mor-
ceaux.Les légumes atteignentdes
prix exorbitants: les champi-
gnons de Paris, à 13,95euros le
kilo,lecéleri-raveà12eurosoul’ar-
tichaut à 2,35euros la pièce.
Labaisseannoncéelaissescepti-
que Michel, 56ans, retraité depuis
cinq ans de la police de l’air et des
frontières. «Ils ont augmenté les
prix il y a quinze jours. Je le sais, je
fais tous les supermarchés», assu-
re-t-il. C’est aussi l’antienne des
Réunionnais sur radio Freedom, la
stationplusécoutéedel’île.«J’aivu
unecuissedelapinausupermarché
à 7,34euros», s’exclamait un audi-
teurlundi.«Lesprixontmontépen-
dantlesgrèves.Çavaêtredesconne-
ries, la baisse», a prédit le suivant.
Telautreavaitvusonproduitvais-
selleà6,70euros.«J’ailemêmeàla
maison à 4,80euros. Ils ont pris les
devants!» Pour beaucoup, la bais-
sedesprix seraitunleurre.
Une autre crainte a saisi ces
consommateurs friands de gran-
desmarquesquesontlesRéunion-
nais:celledevoirlabaissedesprix
concentrée sur des produits de
qualité médiocre. Le préfet a donc
prissoindepréciserenprésentant
la liste que «la qualité [avait] été
un critère essentiel de choix».
Dans les allées de l’hypermar-
ché Carrefour, Holi, 40 ans, une
Franco-Malgache, a fait ses comp-
tes depuis longtemps: «Avec le FF
[francfrançais],jeprenaisdesmar-
ques, avec l’euro je ne peux plus»,
dit-elle. Elle connaît bien les prix
de chaque supermarché et achète
ici son shampooing, par exemple.
En revanche, les céréales préfé-
rées de ses filles de 13ans et 17ans,
se trouvent chez Leclerc, pour
beaucoup moins cher. Cette gran-
desurface,raconte-t-elle,offredes
promotions sur la viande tous les
mardis matin. « C’est une ruée
incroyable chaque semaine.»
Jean-Jacques, fines lunettes cer-
clées, ex-professeur des écoles,
prend son temps, il est àla retraite.
A 65 ans, il n’a pas à courir dans les
rayons ni à examiner les prix à la
loupe.Commefonctionnaire,iltou-
chaituneprimedeviechère,majo-
rant son salaire de 53% et mainte-
nant sa pension de 37%. «On sait
bien que tôt ou tard ce privilège va
sauter», dit-il. Mais il refuse de
jouerlesboucsémissairesdumalai-
se social et ne peut s’empêcher de
souligner les paradoxes de cette
société, tiraillée entre grande pau-
vretéetconsumérismeforcené.p
Béatrice Gurrey
«Lesprixontmonté
pendantlesgrèves.
Çavaêtre
desconneries,
labaisse»
Un auditeur de radio
Freedom
Françoise Albac et ses enfants dans un supermarché del’île. IMAZ PRESS REUNION POUR «LE MONDE»
Saint-Denis de la Réunion
Envoyée spéciale
À quelques semainesdela prési-
dentielleet aprèsquatrejours de
négociations,le préfetde La Réu-
nion,MartinLalande,aannoncé,
mardi28février,que les prix de
soixanteproduitsde consomma-
tioncouranteallaientbaisser dans
lesgrandes etmoyennessurfaces,
de10%à 40%,à partirdu 12mars.
Cetaccordentrepouvoirs
publics,grandedistributionetcol-
lectivitéslocalescomplèteles
mesuresd’urgencedéjàadoptées
aprèslescinqjoursd’émeutes
contrelaviechèredelasemaine
dernière:baissede30%duprixde
labouteilledegazet de8centimes
dusans-plombetdugazoleàla
pompe.Lafactured’électricitédes
foyerslesplusmodestesseraallé-
gée.Deuxspécialistesviendront
renforcerl’Observatoiredescoûts,
dontle budgetpassede30000à
50000euros.Lesacteurssociaux
s’accordaientàdirequeses
moyensneluipermettaientpasde
contrôlerl’applicationdesaccords
signésen2009aprèslemouve-
mentsocial.
Lesprixen baissedecesquaran-
te-huitproduitsalimentaireset
douzenonalimentaires(produits
d’entretien,d’hygiène,pourbébé)
nesontgarantisquejusqu’àlafin
del’année.Laparticipationdu
conseilgénéralàceteffortpourles
consommateursestestiméeà
5millionsd’euros.Celleduconseil
régionaln’apasétécommuni-
quée,tandisquelagrandedistribu-
tionet lesfournisseurscontribue-
raientàabaisserles prixde7%.Ces
notionsrestaientassezflouesetil
n’ajamaisétéquestiond’inclure
destransports,desservicesbancai-
res,delatéléphoniemobileoudu
logementdansles baissesdeprix.
«Laviechère»danslesîlesconcer-
nepourtantl’ensembledespro-
duitsetdesservices.
Surprime
Néanmoins,lesdeuxprésidents
del’exécutiflocal,DidierRobert
(UMP),présidentduconseilrégio-
nal,etNassimahDindar(MoDem),
présidenteduconseilgénéral,ont
abordéuntabou: «Laquestiondes
monopolesdoitêtreposée»,aditle
premier.«Lesprixdépendentdes
importations,maisaussidesmono-
polesetdes oligopoles.Unautre
modèleestà construire»,aassuré
laseconde.AinsiBernardHayot,
propriétaired’ungrouped’origine
martiniquaisequifuttantdénon-
céàlaGuadeloupe,possèdeplu-
sieursconcessionsàLaRéunion:
Carrefour,Danone,Mr.Bricolage,
Decathlon,ainsiqueRenault,Mer-
cedes,Volkswagen,Audi,Skodaet
Hyundaipourl’automobile.
Unautretaboudelasociétéréu-
nionnaisecommenceàêtreabor-
dépubliquement:celuidelasur-
primedesfonctionnaires(+53%
deleursalairedebase)etdes
cadresduprivéen raisondelavie
chère,commeailleursdansles
DOM.«L’heureestvenuedela
remettreencause,maispaspour
ceuxquisontdéjàenposte»,propo-
seGilbertAnnette,lemaire(PS)de
Saint-Denis.Cescontratspourles
nouveauxentrantsseraientnégo-
ciésselonleprincipe«niprivilège
nisanction»,àune condition,
notamment:quel’économieréali-
séesoitintégralementinvestieà
LaRéunion. p
B.G.
110123
Jeudi 1er
mars 2012
Lyon
Correspondant
D
es parents inquiets ont-ils
le droit d’espionner une
nounou à son insu? Oui, a
répondu le tribunal correctionnel
de Lyon en relaxant deux jeunes
parents poursuivis pour «atteinte
à la vie privée» après avoir intro-
duit un enregistreur dans la pelu-
che de leur enfant. La décision a
étérenduemardi28février,àlasui-
ted’unprocèsquis’étaitdérouléle
12janvier.
En septembre2010, Julien et
Deborah Lemarquis, 34 et 32 ans,
s’installentdanslarégionlyonnai-
se. Cadres tous les deux, ils cher-
chent à faire garder leur fils uni-
que, âgé de neuf mois. «Pour trou-
ver un mode de garde, on ne peut
pas faire les difficiles en France, on
a consultéun listingsurle sitede la
mairie», a expliqué la maman au
tribunal.Ilstrouventunenourrice
près de chez eux.
Assistante maternelle agréée
depuis neuf ans, Elisabeth Lugart
accueille un autre enfant à son
domicile,à Couzon-au-Mont-d’Or.
«Notre enfant rentraità la maison
assoifféettrèsénervé,onaaccumu-
lé des doutes», a relaté la maman.
Leurssoupçons sont renforcéspar
une caméra de surveillance instal-
léeàl’entréedudomiciledelanou-
nou. Ils l’interprètent comme «un
stratagème» pour se prémunir
des visites impromptues.
Deux pièces en sous-sol
«Onvoulaitenavoirlecœurnet,
si notre fils était en danger ou pas,
c’est difficile ce genre de situation,
on pouvait se tromper», a indiqué
la jeune mère, qui craignait des
retombées négatives en alertant
les services sociaux. Il leur vient
alors l’idée de l’espionner. Le papa
informaticien installe un enregis-
treurnumériquedansunepeluche
accrochée au gilet du bambin. Les
parents captent ainsi les sons
d’une journée de garde, de 9h18 à
17h00,le20janvier2011.L’enregis-
trement confirme leurs craintes.
Ils déposent plainte pour «mau-
vaistraitements».
La gendarmerie prend l’affaire
ausérieux:ouvertured’uneenquê-
te, perquisition, garde à vue de la
nourrice et retranscriptionde l’en-
registrement.«Ona eu une longue
discussionavec les parents, on vou-
lait savoir si on n’était pas un peu
limite, on a eu l’aval du parquet»,
est venu témoigner au procès un
gendarmedeNeuville-sur-Saône.
L’enregistrementa donné lieu à
un long procès-verbal décrivant
minuteparminuteunetranchede
vie chez la nounou. Le chien qui
aboie,uneconversationautélépho-
neàproposd’unproblèmeperson-
nelde santé,le mariqui rentre,des
bruits de pas dans l’escalier. Ce qui
choque surtout les parents: l’ab-
sence totale de parole de la nourri-
ceenversl’enfant.Commes’ilétait
complètementdélaissé.
L’enquêterévèlequelesenfants
sont hébergés dans deux pièces
aménagées en sous-sol, ce que les
parents ignoraient. Finalement, la
plainte a été classée sans suite, le
parquet estimant la privation de
soins insuffisamment caractéri-
sée. La maison du Rhône, organis-
me départemental de tutelle des
assistantes maternelles, a adressé
un courrier à la nourrice pour lui
rappeler l’obligation de faire visi-
terleslieuxd’accueil.
«Une réputation ruinée»
Toujours titulaire de son agré-
ment, celle-ci a préféré arrêter son
activité, par crainte des ennuis.
Maiselleadécidédepoursuivreles
parents à cause de l’enregistre-
ment effectué sans son consente-
ment.Leparquetn’arienrequisau
procès qui s’est tenu sur citation
directe de la partie civile. «Il est
concevable que de jeunes parents
puissent s’inquiéter mais on ne
peut pas tout se permettre à partir
de soupçons, on ne peut pas
bafouer la vie privée et ruiner une
réputation », a plaidé Xavier
Moroz,l’avocatdelanourrice.«On
est face à une privation de soins,
quedevaient-ilsfaire?», a rétorqué
Me
Béatrice Bertrand, défenseur
desparents.
Le tribunal a estimé que l’élé-
ment matériel de l’infraction d’at-
teinte à la vie privée était bien
constitué: les données captées et
écoutéesrecelaientdesaspectsinti-
mes. Mais il n’a pas retenu l’élé-
ment intentionnel: le but était de
vérifier les conditions de garde de
l’enfant à partir de soupçons, sans
intentiondeporteratteinteàlavie
privée,mêmesic’étaitàl’insudela
nourrice, a expliqué en substance
la présidente du tribunal en ren-
dantle jugementde relaxe.
«C’estinquiétant,lesparentsont
un blanc-seing pour s’ériger en
enquêteursprivés»,aaussitôtcom-
menté Me
Xavier Moroz. «La santé
d’un enfant est un principe essen-
tiel qui doit détrôner le sacro-saint
principe de la vie privée, la fin justi-
fietoutàfaitlesmoyens»,penseau
contraire Me
Béatrice Bertrand.
L’avocate a salué une décision
qu’elle qualifie de «première»
amorçant une jurisprudence sur
unsujet«dansl’airdu temps».p
Richard Schittly
société
L
e ministre de l’intérieur
Claude Guéant avait préve-
nu:saluttecontrel’islamradi-
calpasseraitparladissolutiond’un
groupe islamiste et l’expulsion
d’unimamextrémiste.Ledécretde
dissolutiondugroupeForsaneAliz-
za («cavaliers de la fierté») devait
êtresignélorsduconseildesminis-
tres, mercredi 29février. L’expul-
sion de l’imam, en revanche, est
repousséesinedie.
Cettedécisiondedissolutionest
la première à l’encontred’un mou-
vement islamique. L’association
visée, «une centaine de person-
nes», selon le ministère de l’inté-
rieur, est notamment accusée de
«former à la lutte armée et d’atten-
ter à la forme républicaine du gou-
vernement». «Forsane Alizza pré-
sente le caractère d’un groupe de
combat», précise le ministère, qui
ajoute: «Par sonappelà l’instaura-
tiond’uncalifatetàl’applicationde
la charia (loi islamique) en France,
l’associationremet en cause le régi-
medémocratique.»
Forsane Alizza, qui, selon des
déclarations de son principal res-
ponsable, Mohamed Achamlane,
«refuselalaïcité»,s’estillustréepar
des manifestations contre la loi
interdisantleportduvoileintégral
ou, plus récemment, en soutien
aux intégristes catholiques protes-
tant contre des pièces de théâtre
jugées blasphématoires. Le
10février, M. Achamlane, a été
condamnéenappelà4moisdepri-
son avec sursis pour provocationà
la discrimination raciale; il était
poursuivi pour avoir appelé à boy-
cotter un restaurant McDonald’s,
accusantla marque d’être au servi-
ce d’Israël, et pour avoir détruit et
appeléàbrûleruncodepénal,dans
lequel, estime-t-il, «pas une ligne
neprotègelesmusulmans».
L’association, qui se met en scè-
ne sur son site Internet à travers
des vidéos, reconnaît que le passa-
ge «à la lutte armée est possible si
l’islamophobie s’intensifie». Dans
cettehypothèse,elletentederecru-
ter «des soldats»: «Si vous appré-
ciezlessportsdecombat,alorsvotre
profil nous correspond inchaalah»
(sic).Ladissolutiondugroupeamè-
nera «les musulmans à se commu-
nautariser», assure son responsa-
blesurle sitedel’association.
En ce qui concerne l’imam
Mohammed Hammami, la com-
missiond’expulsionquidevaitsta-
tuerle7févriersurlesortdeceTuni-
sien de 76ans ne se réunira que le
15mai. Un délai dû à sa demande
d’aide juridictionnelle. L’éventuel
renvoi en Tunisie de ce religieux
accusé par les pouvoirs publics
d’avoir appelé à «fouetter à mort»
les femmes adultères et d’avoir
tenudes«proposviolemmentanti-
sémites et discriminatoires» ne
pourra donc pas intervenir durant
la campagne présidentielle, ainsi
quel’avaitespéréleministre.
«Homme âgé»
M.Hammami est l’un des prin-
cipaux responsables de l’associa-
tion Foi et pratique, branche du
mouvement ultra-orthodoxe du
Tabligh.A ce titre,il aparticipéà la
création du Conseil français du
culte musulman (CFCM), en 2003.
L’un de ses fils occupe des respon-
sabilitésauseinduCFCM.LeCFCM
a pris acte de la demande d’expul-
sion, soulignant que les propos
prêtés à cet imam «sont en totale
contradiction avec les engage-
ments de la fédération Foi et prati-
que ». Certains responsables
musulmans s’étonnent que l’on
s’en prenne aujourd’hui à cet
«hommeâgé»,connudepuislong-
temps pour son approche ultra-
orthodoxe de l’islam.
Leministèredel’intérieura,sem-
ble-t-il, voulu faire un exemple
alorsquelaplaceBeauvauobserve,
«depuis la victoire des islamistes
aux élections en Tunisie», des pri-
ses de parole plus radicales de la
part de certains imams. Les spécia-
listes de l’islam notent générale-
ment une prudence dans l’expres-
sion publique des religieux radi-
caux et soulignent que nombre
d’entre eux sont français et non
expulsables. Pour ceux-là, «c’est le
code pénal qui s’applique» rappe-
lait le ministre dans Le Monde du
3janvier. En dix ans, 34imams ont
étéexpulsés.p
Stéphanie Le Bars
ClaudeGuéant
dissoutungroupe
islamisteradical
L’expulsiond’unimamtunisienannoncéepar
leministredel’intérieurestreportéesinedie
Fait divers Un homme soupçonné de viols retrouvé
dans une prison belge
Un homme de 40ans recherchédepuis deux mois par la police françai-
se a été retrouvé,mardi 28février, dans une prisond’Anvers (Belgique)
où il est incarcéré depuis plusieurs jours. A la mi-janvier, la police judi-
ciairede Paris avait lancé un appel à témoin pour retrouver cet individu
suspectéde trois viols commisen l’espace de cinq jours fin décem-
bre2011 dans l’Essonneet à Paris. Il avait poignardédeux de ses victi-
mes.Il a été identifié grâce à ses empreintesdigitales.–(AFP.)
du lundi au vendredi
à 21h25
franceinfo.fr
“A LA UNE DU MONDE”
Sur France Info
avec
A
prèslesprothèsesmammai-
res défectueuses, c’est au
tourdeprothèsesdehanche
de poser la question de la sécurité
des dispositifs médicaux. Selon
uneenquêtemenéeparlaBBCetle
British Medical Journal (BMJ) révé-
lée mardi 28février, une centaine
demilliersdepatientsdanslemon-
de porteurs de ces prothèses pour-
raient avoir été exposés à des taux
importantsdemétauxtoxiques.
Deux modèles fabriqués par le
laboratoire Johnson &Johnson et
commercialisés en France, depuis
2004, par la filiale DePuy sont en
cause.Cesprothèsesdehancheont
présenté un taux de révision (de
reprise) suffisamment élevé (1,3%)
comparé à celui des autres fabri-
cants(0,1%)pourquel’Agencefran-
çaise de sécurité sanitaire des pro-
duits de santé (Afssaps) suspende
la commercialisationde ces modè-
lesenjuillet2010.
Si les agences sanitaires sem-
blent avoir réagi dès qu’elles ont
eu connaissancede ces anomalies,
le BMJ et la BBC déplorent, sur la
based’undocumentinterneàl’en-
treprise, que DePuy ait été infor-
mé de la possibilité que des
«débrisd’usurepuissentêtrecancé-
rigènes» dès 2005. «Bien que ces
risques étaient (…) bien documen-
tés depuis des décennies, les
patients ont été laissés dans l’igno-
rance sur leur participation à une
véritable expérimentation incon-
trôlée», poursuit la revue médica-
le. Selon l’enquête britannique, le
risque des implants en alliage
cobalt-chrome est bien connu
depuis 1975. Mardi, Le Figaro indi-
quait pour sa part que le fabricant
aeuconfirmationdecesdéfaillan-
ces en 2007, lorsque l’Australie l’a
alerté d’anomalies importantes
sur ses prothèses. Ces données
seront corroborées trois ans plus
tard par des études britanniques.
EnFrance,100000prothèsesde
hanche sont posées chaque année.
Entre2004etl’été2010,380person-
nes se sont vues implanter ces pro-
thèsesàrisque.Toutesontnormale-
ment été revues par leur chirur-
gien.Le27août2010,DePuyrecom-
mandait aux médecins de prati-
quer dans certains cas un dosage
sanguin des ions cobalt et chrome
etuncontrôleradiologiqueparIRM
ouscanner(ce quel’Afssapsn’apas
recommandé à ce jour). La société
ajoutait prévoir la prise en charge
«raisonnable» de suivi et de traite-
ment et étudier «le rembourse-
ment» des examens et des retraits
de prothèses. Depuis 2004, 12pro-
thèses ont été retirées en France.
«Le scandale (…) serait presque pas-
sé inaperçu si le géant américain
Johnson &Johnson n’avait provi-
sionnéle mois dernier 3milliardsde
dollars en prévision des procès à
venir»,estimeLeFigaro.
Coopération
Cette affaire intervient peu de
tempsaprèslescandaledesprothè-
ses PIP, vaste supercherie du fait
d’unchefd’entreprise,Jean-Claude
Mas, persuadé que son «gel mai-
son» était meilleur que les autres.
Cette affaire, qui touche quelque
400000femmesdanslemonde,a
mis à mal la question du contrôle
des dispositifs médicaux (lentilles,
valvescardiaques,pansements…).
Contrairement aux médica-
ments, les dispositifs médicaux ne
sontpassoumisàuneautorisation
de mise sur le marché et leur com-
mercialisationrelèvedelaseuleres-
ponsabilitédufabricant.
Alorsque la directiveeuropéen-
ne relative à ces produits de santé
estencoursderévision,XavierBer-
trand,leministredelasanté,etplu-
sieurs de ses homologues ont écrit
à John Dalli, commissaire pour la
santé,le20février,pourluideman-
der d’accélérer le processus et de
renforcer les mesures envisagées.
Ainsi proposent-ils la création
d’un «réel mécanisme d’autorisa-
tion (…) pour les dispositifs médi-
caux implantables(…) les plus à ris-
que».Ilsplaidentpourunemeilleu-
re communication entre les diffé-
rentes autorités sanitaires. De leur
côté,laDirectiongénéraledelasan-
té (DGS) et l’Afssaps dressent une
liste des dispositifs implantables à
risque qui devront être soumis à
une vigilance particulière en Fran-
ce. Cet inventaire devrait être
connucourantmars. p
Emeline Cazi
et Laetitia Clavreul
L’affairedesprothèsesdehanchedéfectueusesrelance
ledébatsurlecontrôledesdispositifsmédicaux
Unecentainedemilliersdepatientsdanslemondepourraientavoirétéexposésàdesmétaux
toxiques.L’Agencedesécuritésanitaireasuspenduleurcommercialisationenjuillet2010
Relaxepourdesparentsinquietsqui
avaientespionnélanounoudeleurbébé
Lecoupleétaitpoursuiviparuneassistantematernellepour«atteinteàlavieprivée».
Soupçonnantdesmauvaistraitements,ilavaitintroduitunenregistreurdansunepeluche
12 0123
Jeudi 1er
mars 2012
130123
Jeudi 1er
mars 2012
économie
Enhausse
le japon – LaproductionindustrielleduJapon
aaugmentéde2%en janviersurunmois,a
annoncéleministèredel’économiemercredi
29février.Elleavaitdéjàprogresséde3,8%en
décembre2011,grâceaurétablissementdesappro-
visionnementsen provenancedeThaïlande.
T
out un symbole. En termi-
nantlaséanceà13005 points,
mardi 28février, au-dessus
du seuil des 13000points pour la
première fois depuis mai2008, le
Dow Jones, indice vedette de la
Bourse de Wall Street, a marqué le
retour des marchés américains à
leursniveauxd’avantlachutedela
banqueLehmanBrothers.
Etce,àunmomentoùledécala-
ge avec l’Europe, et notamment la
France, n’a jamais été aussi fla-
grant. Le CAC40 a clôturé mardi
juste en dessous des 3454points,
un niveau 20 % inférieur à son
plushautdefévrier2011,oùilavait
dépassé la barre des 4100 points.
Alapériodefastedemai2008,l’in-
dice parisien caracolait à plus de
5100points…
Retrait des fonds américains
Les inquiétudes sur les dettes
des Etats du Vieux Continent sont
pourbeaucoupdans cettemorosi-
té. «Les valeurs européennes sont
dans l’œil du cyclone à cause de la
crise des dettes souveraines »,
confirme Gregory Moore, gérant
chez Montségur Finance. A tel
point qu’en fin d’année dernière,
«denombreuxinvestisseursaméri-
cains, notamment des fonds, ont
soldé leurs portefeuilles d’actions
en euros, persuadés de la fin immi-
nente de la monnaie unique»,
explique-t-il. Un phénomène non
négligeable: le CAC40 est histori-
quement détenu à 30 ou 40% par
des investisseursaméricains.
Autreexplication:lecomporte-
ment des Etats eux-mêmes. «En
reportant à la fin mars ses aides à
l’Europe [via un renforcement des
ressources du FMI], le G20 n’a pas
aidé pas à ramener la sérénité»,
faitvaloirPhilippeWaechter,direc-
teur de la recherche économique
chezNatixis AM.
Maisles incertitudeseuropéen-
nes ne suffisent pas à expliquer
l’euphorieaméricaine.L’améliora-
tion de la conjoncture nationale a
été essentielle. «Ces derniers mois,
les statistiques macroéconomi-
ques américaines ont confirmé la
reprise, notamment en termes
d’emploi,l’indicateurleplusimpor-
tant», explique Gregori Volokhi-
ne, président de Meeschaert aux
Etats-Unis.C’est d’ailleursune sta-
tistique sur l’amélioration du
moral des consommateurs améri-
cains qui a permis au Dow Jones
d’inscrireson recordde mardi.
S’y ajoute la politique menée
parlaBanquecentraleaméricaine.
«En décidant de rester accommo-
dante[ellenerelèverapassestaux
directeursavantlafin2014],laFed
arassurélesmarchés»,notePhilip-
peWaechter.Leprocédéa mécani-
quement accru l’engouement
pourlesactions,puisquelesplace-
ments monétaires rapportent
moins. Toutes choses rendues
moins évidentes par le mécanis-
medeprêtàlongtermequ’achoisi
la BCE pour renflouer les banques
du Vieux Continent, et dont le
deuxièmeactesejouecemercredi.
Paradoxalement, nombre d’en-
treprises françaises qui compo-
sent l’indice n’ont pas démérité:
« des valeurs cycliques comme
Lafarge, Alstom ou Alcatel-Lucent
ontconnuunbeaurebond,cesder-
nières semaines», juge Gregory
Moore. Le CAC a tout de même
regagné près de 25% depuis son
plus bas de septembre2011. Mais
la composition de l’indice ne joue
pas en sa faveur: les valeurs ban-
cairesetfinancières,toujoursmal-
menées par la crise, pèsent sur la
tendance.Leretardfrançaisestéga-
lement net par rapport à l’Allema-
gne. Le Dax, où les groupes indus-
trielssetaillentlapartdulion,évo-
lue à moins de 5 % de ses plus-
hauts de mai2008.
«LeCACprésenteunretardnota-
bledevalorisation»,confirmeGre-
gory Moore. Et de détailler: «Les
prévisions de bénéfice net des
valeurs de l’indice frôlent les
100milliards pour 2012, deux fois
plus qu’il y a trois ou quatre ans,
alorsquelavalorisationduCACest
sensiblement la même, à 10,8fois
ces bénéfices. En face, le Dow Jones
est valorisé 13,3 fois.»
De là à parler de «bulle » de
l’autre côté de l’Atlantique, il y a
un pas que certains n’hésitent pas
à franchir. «Les actions américai-
nes sont surévaluées tant l’écono-
miedomestiqueprésentedefragili-
tés, que ce soit en termes de dette
publique [107% du PIB pour 2012]
oudedéficit»,rappellePierreSaba-
tier,présidentducabinetdePrime-
view. «Il est trop tôt pour parler de
bulle, même s’il y a peut-être une
exagération», nuance Philippe
Waechter. Quant à espérer un rat-
trapagedu côté français,les obser-
vateurssontunanimes:ilnepour-
rait avoir lieu qu’à la faveur d’une
embellie notable de l’économie,
bien improbable à l’heure où plu-
sieurs pays européens sont mena-
cés de récession.p
Audrey Tonnelier
AWallStreet,lundi27février,àlaveilledufranchissementduseuilsymboliquedes13 000points.RICHARD DREW/AP
WallStreetretrouvesonniveaud’avantlacrise
L’euphorieaméricainetrancheaveclesincertitudesdelaBourseparisienne,quiplafonneàmoinsde3500points
Enbaisse
la consommation en france – Les
dépensesen biens de consommationen France
ont baissé en janvier de 0,4% sur un mois, selon
l’Insee. Elles avaient reculé de 0,2% en décem-
bre2011. Les achats d’automobilesont notam-
ment baissé de 7,6%, après +2,8% en décembre.
LeFBItraquelesdélitsd’initiésavec
l’appuipublicitairede«GordonGekko»
120personnespourraientfairel’objetdepoursuitesauxEtats-Unis
Lescoursdujour (29/02/12,09h54)
New York
Envoyée spéciale
T
actique d’intimidation?
Selon le Wall Street Journal
du mardi 28février, le FBI
enquêterait en ce moment même
sur 240 personnes soupçonnées
de délit d’initiés aux Etats-Unis,
dont pas moins de 120 suscepti-
bles de donner lieu à des poursui-
tes. «Nous les avons identifiées et
maintenant nous allons monter
des dossiers autour de ça», a rap-
porté au quotidien américain
David Chaves,un agent du FBI.
Cette révélation inédite souli-
gne le rôle accru des «fédéraux»
dans la répression de ces fraudes
consistant à profiter avant le
public d’une information confi-
dentielle pour engranger des pro-
fits. Depuis la fin 2009, le FBI a
recensé plus d’une soixantaine de
délitsd’initiés,dontdescasspecta-
culaires comme celui du milliar-
daire Raj Rajaratnam, patron du
fondsspéculatifGalleon,condam-
né à onze ans de prison.
Ily aquelquesannéesencore,ce
rôle de justicier de la finance
échouait plutôt à la Securities and
Exchange Commission (SEC), le
gendarme des marchés financiers.
Maisest-cepourcompenserlesgra-
ves erreurs de la SEC? Pour faire
oublier que pendant des années
l’autoritén’avaitrientrouvéàredi-
re à Bernard Madoff? Quoi qu’il en
soit, le FBI occupe aujourd’hui le
devantdelascène.
Financiers véreux
Lesmoyenssontsanscomparai-
son:35 629 employésauFBIcontre
3 500 pour la SEC, rapportent les
équipesdeMeeschaertàNewYork.
«La SEC est débordée», expliquent
ces financiers. Surtout, l’image de
la SEC est celle d’une administra-
tionlourdeetpeuefficace,quandle
FBI,associéaucrime,estplus«sen-
sationnel».
«Il y a sans doute une bataille
entre les deux autorités pour occu-
per le terrain», estime Dan North,
économiste à Boston. Au sein de la
SEC, on expliqueque les deux enti-
tés sont complémentaires, rappe-
lantquelaSECrelèvedudroitadmi-
nistratif et le FBI du pénal. Rien de
plus.
Rivalité ou pas, le FBI semble
décidé à se faire connaître de Wall
Street pour s’attaquer aux finan-
ciers véreux, les «bad apple».
Depuis mardi, les traders voient
défiler sur leurs chaînes favorites,
BloombergouCNBC,unepublicité
de60secondescontreledélitd’ini-
tiés. Casting? «Gordon Gekko»,
aliasMichaelDouglas.
Ce personnage du film d’Oliver
Stone, Wall Street, sorti en 1987,
figure de la finance américaine
sans scrupule des années 1980
dontlarépliquela pluscélèbreres-
te«Greedisright»(«lacupiditéest
une bonne chose»), vante désor-
mais les mérites de l’honnêteté,
appelant banquiers, traders ou
gérants à dénoncer leurs camara-
despeuscrupuleuxauFBI.
«Lorsqu’une affaire est trop bel-
lepourêtrehonnête,c’estsansdou-
te qu’elle ne l’est pas», explique
M.Douglas dans le spot. L’acteur
de 67 ans en avait assez de se faire
arrêterdansManhattanpardestra-
ders pétris d’admiration pour son
personnage.
«Je suisuncrimineldanscefilm.
Les gens ne réalisent pas ça? »,
aurait expliqué l’acteur aux équi-
pes du FBI. «Le film était une fic-
tion, le problème est réel», raconte
M.Douglas dans le film publicitai-
re,tel unrepenti.p
Claire Gatinois
Paris ne parvient pas à imiter New York
SOURCE : BLOOMBERG
5 500
5 000
4 500
4 000
3 500
3 000
2 500
2008 2009 2010 2011 28 février
2012
3 453,9
INDICE CAC 40, en points
13 000
12 000
11 000
10 000
9 000
8 000
7 000
6 000
2008 2009 2010 2011 28 février
2012
INDICE DOWJONES, en points
13 005,1
Euro 1euro 1,3458 dollar(achat)
Or Onced’or 1781 dollars
Pétrole LightSweetCrude 107,1 dollars
Tauxd’intérêt France 3,02 (àdixans)
Tauxd’intérêt Etats-Unis 1,96 (àdixans)
SÉLECTION publiée sous la
responsabilité de l'émetteur
Dernier cours connu le 29/2 à 9h
Valeur Cours date
en euro valeur
CM-CIC EUROPE 22,85 27/2
Fonds communs de placements
CM-CIC EURO ACTS C 17,94 27/2
CM-CIC SELECT.PEA 7,44 27/2
CM-CIC MID EUROPE 20,53 27/2
CM-CIC TEMPERE C 172,06 27/2
CM-CIC DYN.EUROPE 32,46 27/2
CM-CIC FRANCE C 30,12 27/2
CM-CIC EQUILIBRE C 72,01 27/2
CM-CIC DYNAM.INTLE 27,84 27/2
CM-CIC OBLI C.T.D 133,69 28/2
CM-CIC MID FRANCE 33,62 27/2
........................................................................................
........................................................................................
........................................................................................
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........................................................................................
SICAV ET FCP
PER - Price Earning Ratio (ou cours/bénéfice) : cours de Bourse divisé par le bénéfice par action estimé pour l'exercice
courant. PER : FactSet JCF Estimates ; données : la Cote Bleue. n/d : valeur non disponible.
FRANCE CAC 40 3475,78 29/2 0,63 3478,03 22/2 3114,45 9/1 9,00
ALLEMAGNE DAX Index 6933,48 29/2 0,67 6971,03 21/2 5900,18 2/1 9,35
ROYAUME UNI FTSE 100 index 5934,33 29/2 0,11 5964,02 24/2 5572,28 3/1 9,66
ETATS-UNIS Dow Jones ind. 13005,12 28/2 0,18 13027,52 27/2 10404,49 4/10 11,19
Nasdaq composite 2986,76 28/2 0,00 2976,08 27/2 2298,89 4/10 15,79
JAPON Nikkei 225 9723,24 29/2 0,01 9736,11 27/2 8349,33 6/1 13,11
LES MARCHÉS DANS LE MONDE 29/2, 9h54
Pays Indice Dernier % var. Maxi Mini PER
cours 2011 2011
(Publicité)
VALEURS DU CAC40
Cours en euros.
◗ : valeur pouvant bénéficier du service de règlement différé (SRD). # : valeur faisant l'objet d'un contrat d'animation.
Plus haut et plus bas : depuis le 1/1/2011. n/d : valeur non disponible. A : acompte, S : solde, T : totalité.
ACCOR ......................... ◗ 26,28 26,11 0,67 34,18 27,74 18,70 0,62 T FR0000120404
AIR LIQUIDE ....................... ◗ 97,92 97,80 0,12 2,44 99,50 94,21 2,35 T FR0000120073
ALCATEL-LUCENT ........... ◗ 1,89 1,89 -0,37 56,34 1,97 1,21 0,16 T FR0000130007
ALSTOM ............................ ◗ 32,23 32,05 0,56 37,54 32,43 21,93 0,62 T FR0010220475
ARCELORMITTAL ............... 16,20 16,14 0,31 14,61 17,96 14,03 0,16 A LU0323134006
AXA .................................... ◗ 12,12 12,00 1,00 20,66 12,92 9,39 0,69 T FR0000120628
BNP PARIBAS ACT.A ........ ◗ 37,20 36,62 1,61 22,59 38,09 27,52 2,10 T FR0000131104
BOUYGUES ....................... ◗ 23,80 24,39 -2,44 -2,26 25,74 22,50 1,60 T FR0000120503
CAP GEMINI ...................... ◗ 32,36 32,30 0,19 34,02 33,10 24,04 1,00 T FR0000125338
CARREFOUR ..................... ◗ 18,52 18,30 1,20 5,14 18,62 16,27 1,08 T FR0000120172
CREDIT AGRICOLE ............ ◗ 4,81 4,70 2,34 10,37 5,71 4,01 0,45 T FR0000045072
DANONE ............................ ◗ 50,79 50,70 0,18 4,57 50,98 45,93 1,30 T FR0000120644
EADS ................................... ◗ 27,21 27,19 0,07 12,67 27,66 24,02 0,19 T NL0000235190
EDF ...................................... ◗ 18,64 18,57 0,38 -0,82 19,32 16,92 0,57 A FR0010242511
ESSILOR INTL .................... ◗ 59,57 59,70 -0,22 9,20 60,17 54,50 0,83 T FR0000121667
FRANCE TELECOM ............ ◗ 11,59 11,59 0,04 -4,49 12,40 11,09 0,60 A FR0000133308
GDF SUEZ ........................... ◗ 19,77 19,68 0,46 -6,39 21,85 19,06 0,83 A FR0010208488
LAFARGE ........................... ◗ 35,02 34,77 0,72 28,96 35,93 26,07 1,00 T FR0000120537
LEGRAND .......................... ◗ 27,32 27,27 0,17 9,92 27,80 24,54 0,88 T FR0010307819
L’OREAL ............................ ◗ 85,90 85,64 0,30 6,44 86,12 79,22 1,80 T FR0000120321
LVMH MOET HEN. ............ ◗ 126,10 126,55 -0,36 15,27 129,60 108,00 0,80 A FR0000121014
MICHELIN ........................... ◗ 52,90 52,61 0,55 15,82 57,93 45,61 1,78 T FR0000121261
PERNOD RICARD ............... ◗ 77,33 77,23 0,13 7,91 78,21 70,50 0,77 S FR0000120693
PEUGEOT ............................ ◗ 15,47 15,37 0,65 27,75 17,39 11,98 1,10 T FR0000121501
PPR ..................................... ◗ 126,70 126,90 -0,16 14,51 128,50 110,70 3,50 T FR0000121485
PUBLICIS GROUPE ........... ◗ 41,12 41,16 -0,11 15,68 42,60 35,30 0,70 T FR0000130577
RENAULT ............................ ◗ 40,28 40,08 0,50 50,30 42,05 26,76 0,30 T FR0000131906
SAFRAN .............................. ◗ 24,68 24,62 0,22 6,33 26,01 22,75 0,25 A FR0000073272
SAINT-GOBAIN .................. ◗ 35,67 35,49 0,49 20,24 37,62 29,03 1,15 T FR0000125007
SANOFI ............................... ◗ 55,83 55,90 -0,13 -1,62 57,42 54,86 2,50 T FR0000120578
SCHNEIDER ELECTRIC ..... ◗ 50,55 50,54 0,02 24,26 51,98 40,31 3,20 T FR0000121972
SOCIETE GENERALE ......... ◗ 24,65 24,18 1,94 43,27 25,25 14,88 1,75 T FR0000130809
STMICROELECTR. ............. ◗ 5,70 5,72 -0,31 24,16 5,83 4,59 0,09 A NL0000226223
TECHNIP ............................. ◗ 83,64 83,36 0,34 15,17 83,85 68,76 1,45 T FR0000131708
TOTAL ................................. ◗ 42,08 41,94 0,35 6,53 42,27 38,57 0,57 A FR0000120271
UNIBAIL-RODAMCO ........ ◗ 145,45 144,55 0,62 4,72 152,25 130,35 8,00 D FR0000124711
VALLOUREC ....................... ◗ 52,65 52,45 0,38 4,96 58,24 49,68 1,30 T FR0000120354
VEOLIA ENVIRON. ............. ◗ 9,01 9,00 0,17 6,41 9,79 7,88 1,21 T FR0000124141
VINCI ................................... ◗ 39,22 38,85 0,93 16,16 39,25 33,62 0,55 A FR0000125486
VIVENDI .............................. ◗ 16,20 16,32 -0,74 -4,23 17,62 15,58 1,40 T FR0000127771
Mercredi 29 février 9h54
Valeur Dernier Cours % var. % var. Plus Plus Divid. Code
cours préc. /préc. 31/12 haut bas net ISIN
FinanceLa fin du franc
rapporte 526millions
d’euros à l’Etat
L’Etat va récupérer la somme de
526millionsd’euros, correspon-
dant à la valeur de billets en
francsqui n’ont pas été rapportés
à la Banque de France avant la
date limite d’échange du
17février, a annoncé l’institution,
mardi 28février. Quelque 55mil-
lions de billets ne sont plus échan-
geables.– (AFP.)
Bénéfice record pour
Standard Chartered
La banque britanniqueStandard
Charteredtire profit d’une activi-
té concentréesur l’Asie et les pays
émergents.Le groupe a annoncé,
mercredi29février, des bénéfices
recordde 4,7milliards de dollars
(3,5milliards d’euros)pour l’an-
née 2011, en hausse de 12%.
Internet Twitter étend sa
publicité aux applications
sur smartphones
Le site de microblogging Twitter
a annoncé, mardi 28février, l’ex-
tension de son programme de
publicité aux téléphones porta-
bles sous la forme de «tweets
sponsorisés», pour générer des
revenus sur ce réseau social. Ce
système, qui veut qu’une entre-
prise paie pour mettre en avant
un message de cent quarante
signes vantant les mérites de ses
services, a été introduit sur le site
il y a deuxans. – (AFP.)
MédiasRecul de 94,3%
du résultat net de Prisa
Le premier groupe de médias
espagnol,Prisa, qui édite notam-
ment le journal El Pais, a publié,
mardi 28février, un résultat net
ajusté pour 2011 en baisse de
94,3% sur un an à 1,62million
d’euros. Les revenusajustés se
sont élevés à 2,7milliards d’euros
et les pertes s’élèventà 451,2mil-
lionsd’euros, soit plus de six fois
celles de 2010 (72,87millions d’eu-
ros)en raison de provisionsexcep-
tionnelles. – (AFP.)
Social 288988 ruptures
conventionnelles
288988 demandes de rupture
conventionnelleont été homolo-
guées en 2011 contre 255000 en
2010 (+13%), selon les donnéesdu
ministèredu travail.Créé par la
loi de modernisationdu marché
du travail du 25juin 2008,ce dis-
positif de ruptureamiable,
ouvrant droit aux allocations chô-
mage, a concerné27000 salariés
en décembre2011, contre23900
un an plus tôt.
Automobile Brightwell
Holdings renonce à Saab
Le turc BrightwellHoldings a reti-
ré son offre de rachat du construc-
teur suédoisen failliteSaab, le pro-
priétaire,General Motors, refu-
santdetransférerles licencestech-
nologiquesnécessaires,a rappor-
té, mardi 28février, le quotidien
Dagens industri(DI). – (AFP.)
Marchés
Transport aérien
AirFrance:accorddirection-pilotes
pourgarantirdes«planningsstables»
La direction d’AirFrance et le Syndicat national des pilotes de ligne
(SNPL)ont confirmé, mardi 28février, avoir conclu un accordgarantis-
sant «des planningsstables» pour les pilotes,quelles que soient les cir-
constances,«sans exception». Libération avait annoncé, le mêmejour,
la signatured’un texte torpillanten partie, selon lui, la propositionde
loi sur le service garantidans l’aérien. Selon le SNPL, lors de grèves, la
directionne pourra pas réaffecter à sa guise les pilotes en congés, non
déclarés grévistes.Pour la direction, «l’accord met fin à une instabilité
juridiquesur l’interprétation» de dispositionssignées en 2006. Selon le
ministredes transports,Thierry Mariani, «l’objectif de la loi, c’est l’infor-
mationdu passageret la garantiedu service. La signaturede cet accord
ne change rien». Il admet cependant que cela peut aboutir à ce que
«moins de vols soient assurés». – (AFP.) p
Retrouvez l’ensemble des cotations sur notre site Internet :http://finance.lemonde.frRetrouvez l’ensemble des cotations sur notre site Internet :http://finance.lemonde.fr
Conjoncture&viedesentreprises
économie
Londres
Correspondance
A
er Lingus va-t-elle bientôt
être une compagnie aérien-
ne au capital enfin «nor-
mal»? Le Petit Poucet irlandais,
anciennecompagnied’Etat,écrasé
par l’ombre de Ryanair, souffre
depuis des années d’une étrange
situation:d’unepart,l’Etatenpos-
sède 25%; d’autre part, Ryanair,
son principal concurrent, en a
29%. «Cela rend nos actions très
peu liquides», se plaint Christoph
Mueller, son directeur général,
dansun entretienau Monde.
Cela situation pourrait bientôt
se débloquer. Sous la pression du
plandesauvetageduFondsmoné-
taire international (FMI) et de
l’Union européenne, Dublin a
doncannoncélasemainedernière
qu’il comptait céder sa participa-
tion dans la compagnie aérienne.
«Nous pensions initialement que
celapourraitsefairedès2012,mais
l’Etat vise les douze prochains
mois», préciseM.Mueller.
Ryanair, qui a déjà tenté à deux
reprises d’acheter Aer Lingus,
va-t-il vouloir acheter la participa-
tion de l’Etat? «C’est improbable,
parce qu’ils ont été bloqués à cha-
que fois par les autorités de la
concurrence, et il n’y a pas de rai-
son que cela change», estime Joe
Gill, un analysteà Bloxham, socié-
tédecourtageirlandaise.Ducoup,
Ryanair pourrait vouloir profiter
de l’occasion pour sortir du capi-
tal. « C’est ce que nous souhai-
tons», précise M.Mueller, qui est
enguerre ouvertecontresonprin-
cipal concurrentet actionnaire.
S’il souhaite clarifier la situa-
tion, c’est parce qu’il estime que la
compagnie aérienne est sous-esti-
mée en Bourse, alors qu’elle affi-
che des résultats solides. Malgré
unesituationéconomiquetrèsdif-
ficile en Irlande et un pétrole qui
flambe,Aer Lingusapublié,mardi
28février, un bénéfice opération-
nel de 49millions d’euros pour
2011,enbaissede6,4%parrapport
à 2010, mais en net redressement
parrapportauxtroisannéesprécé-
dentesde pertes.
Réduire les coûts
L’amélioration vient du travail
de M.Mueller, un Allemand qui a
pris la direction de la compagnie
aérienne fin 2009. Il s’est concen-
tré sur deux choses: réduire les
coûts, qui demeuraient élevés
pourdesraisonshistoriques;mul-
tiplier les alliances avec d’autres
compagnies aériennes, pour ser-
vir de transit vers des vols long
courrier. Contrairement à sa
concurrente,AerLingusrejointles
grands «hubs» que sont les aéro-
portsdeSchipholàAmsterdamou
d’Heathrowà Londres.
Cela permet aux Irlandais de
prendre des correspondances
pour des destinations lointaines
quinesontpasservisdepuisl’Irlan-
de, un service que Ryanair ne peut
pas proposer. «Nous desservons
Charles-de-Gaulle, pas Beauvais»,
résume M.Mueller. Il se concentre
sur les destinations européennes.
La France est son troisième mar-
ché, avec 57 vols par semaine,
notamment avec de nombreuses
liaisonsverslaBretagne.p
Eric Albert
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0123
LA BOUTIQUE
Du lundi au vendredi
9 h 30 à 18 h
Samedi 10 h à 14 h
LavaleurdeMonoprixcontinue
d’opposerCasinoetGaleriesLafayette
Lesdiscussionsentrelesdeuxactionnairessontdansl’impasse
L’activitéd’Ipsenacrû
de5,4%en2011grâceaux
médicamentsdespécialité
Lerésultatnetdulaboratoireestàl’équilibre
etsaR&Daprogresséde15%
LacompagnieAerLingus
veutsortirdelatutelle
del’EtatirlandaisetdeRyanair
Desservantlesgrandshubseuropéens,ellea
étébénéficiairede49millionsd’eurosen2011
L
’exercice a dû être un peu
frustrant pour Jean-Charles
Naouri. Mardi 28février, le
PDG de Casino a présenté de très
bons résultats pour son groupe en
2011, lors d’une «réunion d’infor-
mationfinancière». Mais les ques-
tionsdesjournalistesetdesanalys-
tes ont souvent porté sur un autre
sujet, qui fait beaucoup parler
dans le monde de la distribution:
le conflit entre M.Naouri et les
Galeries Lafayette à propos de la
valorisationdeleurfilialecommu-
ne, Monoprix.
En 1997, Casino a acquis un peu
plus de 21% du capital de Mono-
prix, puis a porté, trois ans plus
tard,saparticipationà50%,àpari-
té avec les Galeries Lafayette. Le
partenariatentrelesdeuxdistribu-
teursaétécodifiéparunprotocole
d’accord, renouvelé plusieurs fois
au cours de la décennie écoulée. Il
prévoit une « option de vente»
pour les Galeries Lafayette,
c’est-à-direqu’ellesontlapossibili-
tédecéderleursactionsaugroupe
Casino. Celui-ci bénéficie, à
l’inverse, d’une «option d’achat»
surles 50% détenusparsonparte-
naire dans la chaîne de magasins
de centre-ville.
En décembre2011, les Galeries
Lafayette ont lancé le processus
d’évaluation de leur participation
dansMonoprix.Cetteinitiativene
signifie pas forcément qu’elles
vont se délester de leurs actions, a
indiqué leur président, Philippe
Houzé, dans un entretien au
Figaro du 25-26février.
Desbanquesontétémandatées
afin d’évaluer la part des Galeries
dans Monoprix. Les protagonistes
sontparvenusàdesrésultatssensi-
blement différents: 1,95milliard
d’eurospuis1,35milliardauxyeux
des Galeries Lafayette; 700mil-
lionsd’eurospourCasino.Ledésac-
cordatournéàl’aigre,avantd’être
déballé sur la place publique, le
22février, par Casino.
Depuis, c’est la guerre ouverte.
M.Naouri reproche à la partie
adverse de vouloir lui imposer ses
projections financières. Or, le prix
proposé par les Galeries Lafayette
représenteunmultipledesperfor-
mances de Monoprix qui serait
beaucoupplusélevéqueceluirete-
nu pour les sociétés cotées dans le
secteur de la distribution alimen-
taire, d’après Casino. En outre,
M.Houzé se fonde sur des prévi-
sionsderésultatspourlesprochai-
nesannéesquiseraientirréalistes.
«Un actif stratégique»
Pour M.Naouri, les Galeries
Lafayette ont «violé d’une maniè-
re frontale» les accords noués
entre les deux groupes lorsqu’el-
les ont décidé, le 22 février, de
maintenirpendantuneannéesup-
plémentaire M.Houzé au poste de
présidentduconseild’administra-
tion de Monoprix. Il était prévu
que cette fonction revienne à un
représentant du groupe stépha-
nois à partir de la fin mars.
Les Galeries Lafayette, elles,
accusent M.Naouri de ne pas res-
pecter les règles du processus
d’évaluation et de tout faire pour
lebloquer.Casinoétaittenudepar-
tageravecsonpartenairelesdocu-
ments préparés dans le cadre de
l’estimation de Monoprix, mais
cette obligation n’aurait pas été
respectée. Du coup, les Galeries
Lafayette ont assigné Casino
devantletribunaldecommercede
Paris.
Dans l’entourage de M.Houzé,
on fait aussi remarquer que Casi-
no, dans ses comptes au 31décem-
bre 2010, valorisait la moitié du
capital de Monoprix à hauteur de
1,25milliard d’euros – soit beau-
coup plus que son estimation
actuelle des 50 % des Galeries
LafayettedansMonoprix(700mil-
lions). Mardi, M.Naouri s’est justi-
fié sur cet écart, en expliquant
qu’il fallait notamment tenir
compte de la baisse des capitalisa-
tions boursières dans la distribu-
tion et du recul de l’excédent brut
d’exploitationde Monoprix.
Le patron de Casino a redit qu’il
nesouhaitaitpasvendreauxGale-
ries Lafayette ses actions dans
Monoprix: une telle idée, propo-
sée par M.Houzé, est «saugre-
nue»,a-t-ilajouté,précisantquela
chaînede magasins constitue«un
actif stratégique». Le conflit est
parti pourdurer.p
Bertrand Bissuel
M
arc de Garidel, nommé
PDGd’Ipsenfin2010,ter-
minesonpremierexerci-
cesurdesrésultatsquiconfirment
sanouvellestratégiederecentrage
sur un nombre limité de médica-
ments de spécialité et un retrait
progressif des médicaments de
médecinegénérale.
Lechiffred’affaires2011s’élèveà
1,16milliardd’euros, enaugmenta-
tion de 5,4% par rapport à l’année
précédente. Mais cette performan-
ceestessentiellementdueauxven-
tes de médicaments de spécialité,
qui représentent les deux tiers du
chiffre d’affaires du groupe et qui
sontenaugmentationde8%.Alors
que les ventes de traitements de
médecine générale, dont le célèbre
pansement gastrique Smecta,
n’augmententquede1,3%.
Le résultat net est faiblement
positif (400000euros). Il pâtirait
du poids de charges exceptionnel-
les, explique M. de Garidel, et
notamment de la dépréciation de
la société américaine Inspiration,
spécialisée dans le développement
de traitements contre l’hémophi-
lie,dontIpsendétient40%ducapi-
tal. Cette dépréciation était néces-
saire, bien que le dépôt du dossier
d’autorisation de mise sur le mar-
ché(AMM)desonnouveaumédica-
ment, Ixinity, soit en cours aux
Etats-Unis et prévu en Europe
début2013.
Lavalorisationdelasociétéadû
être revue à la baisse, en raison
d’uneconcurrenceplusvivequ’es-
timé lors de l’acquisition de la
société, pense M.de Garidel.
Des charges de restructuration
ontpesésurlescomptes:fermetu-
re du centre de recherche et déve-
loppement (R &D) de Barcelone
(Espagne) et déménagement du
centrecommercialdelacôteouest
des Etats-Unis dans les environs
de New York. Hors ces éléments
non récurrents, le résultat opéra-
tionnel d’Ipsen est de 200,7mil-
lionsd’euros, en hausse de 9,6%.
Legroupeestàlarecherched’un
partenaire pour la création d’une
coentreprise à laquelle serait
confiée la commercialisation des
médicamentsdemédecinegénéra-
le d’Ipsen en France. Deux labora-
toiresseraientsurles rangs.
«Maintenir l’emploi»
Le groupe n’a pas bouclé la ven-
te du site de Dreux (Eure-et-Loir) à
un façonnier. Deux candidats
seraient en lice. Ce site, qui fabri-
queleSmecta,leTanakanetleFor-
lax emploie 350 personnes. L’ob-
jectif est de «trouver un industriel
qui apporte des volumes, afin de
maintenir l’emploi», explique
M.de Garidel. Le centre de R &D et
d’informatique de Dreux est en
revancheconservé.
Legroupeaaccrusesinvestisse-
mentsdeR&Dde15%en2011,mal-
gré l’arrêt du tiers de ses program-
mesderecherche.Dixprojetssont
en phase3 d’études cliniques, et
donccoûteux,expliqueM.deGari-
del. Le groupe entend intensifier
sa croissance dans les pays émer-
gents, en Chine en particulier, où
Ipsen est présent depuis vingt ans
et y a enregistré un chiffre d’affai-
res en hausse de 19% en 2011.p
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l’éternité n’existe pas.» Dans la salle à
manger d’EDF, l’entreprise publique
qu’il préside depuis fin 2009, Henri
Proglio, poignée de main écrasante,
sourcilfroncéau-dessusd’yeuxvifset
perçants, balaie d’une main les critiques
lâchées à son sujet par François Hollande.
De l’autre, avec la même moue, il écarte
l’agacement rapporté de Nicolas Sarkozy
après le désastreux feuilleton des jour-
s derniers: ce putsch raté que Jean-Louis
Borloo et lui préparaient ensemble pour
porter l’ancien ministre de l’écologie à la
tête de Veolia – avec, croyaient-ils, la béné-
dictionduchefdel’Etat.
Antoine Frérot a momentanément sau-
vésapeau,maisHenriProglion’apasdésar-
mé.«Jeluiavaisconfiécequej’avaisdeplus
cher », ressasse-t-il à l’envi. Ce qu’il
reproche à ce dauphin qu’il avait choisi
pourluisuccéderàlatêtedeVeolia?D’affi-
cherles15milliardsd’eurosdedettesd’une
entreprise dont il a fait le leader mondial
des services à l’environnement, et de salir
sonbilan.Deremettreencausesastratégie
d’acquisitionsàl’étranger.Devendrecertai-
nes activités, comme la branche trans-
ports,sipatiemmentbâtie.D’autreschoses
aussi,onledevine.Descachotteries,desini-
tiatives vécues comme des trahisons.
Assezentoutcaspourqueledivorced’ami-
tié soit consommé, et que Proglio se soit
misdansl’idée dedébarquerFrérot,comp-
tabilisant méthodiquement ses soutiens
auconseild’administrationdeVeolia,dont
il reste membre. Une opération menée de
manière trop voyante et trop précoce, à
près de trois mois d’une élection dont il
craintlesconséquences.
Nicolas Sarkozy, François Hollande.
Henri Proglio a connu meilleur casting
pour une présidentielle. Il a beau mépri-
ser les petits jeux partisans et «sécher»
depuissixanslesdînersduSiècle,rendez-
vous prisés de l’establishment, il est un
patronpolitique.Ilconnaîtlesélusdecha-
que ville, de chaque conseil général. Les
ministresonttoujourstrouvéchezVeolia,
après une défaite électorale, un asile pour
leurs conseillers, quel que soit leur camp.
Mais son ami de quarante ans, c’était
Dominique Strauss-Kahn. Le seul à gau-
che qu’il rêvait de voir à l’Elysée. Celui
qu’il a appelé la veille de sa garde à vue à
Lille, dans l’affaire du Carlton, pour lui
dire qu’il pensait à lui.
AHEC,audébutdesannées1970,«Hen-
ri», étudiant niçois, proche de la droite
musclée, avait commencé par se bagarrer
avec le jeune «Dominique». Mais lors-
qu’en 1999, empêtré dans l’affaire de la
MNEF,DSK adû démissionnerdu ministè-
redesfinances,c’estl’amiProglioquiafour-
ni aux juges le témoignage qui devait
contribuer à l’innocenter. Olivier Spitha-
kis, l’ancien directeur général de la MNEF,
estd’ailleursrestéprochedeDSKetdePro-
glio. Longtemps exilé à Barcelone, il a
conseillé une société bien connue des Cor-
ses qui exploite des machines à sous.
Aujourd’hui, il travaille pour… EDF Ener-
giesnouvelles,dirigéedepuisjanvierparle
banquier Antoine Cahuzac, frère de Jérô-
me, président socialiste de la commission
desfinancesdel’Assembléenationale.
AvecFrançoisHollande,enrevanche,les
relations ne sont pas au beau fixe. Le
8novembredernier,les deuxhommesont
biendéjeunéensemble.Maislelendemain,
en ouvrantLeParisien, le candidatsocialis-
teesttombédesnues.LePDGd’EDFyexpli-
quait que l’abandon du nucléaire mettrait
en péril «un million d’emplois» et coûte-
rait entre «0,5 et 1point» de PIB. La veille,
autour de la table, son convive ne l’avait à
aucun moment prévenu de cette attaque
implicitecontrel’accordquelePSseprépa-
raitàscelleravecles écologistes.Ce jour-là,
devantsesproches,FrançoisHollandetran-
che: «Après ces mots, il ne pourra pas met-
tre en œuvre la politique énergétique de la
gauche.» Ce que ManuelValls, porte-paro-
le du candidat, traduit aux journalistes:
«Proglio,onnepourrapaslegarder.»
L’imbroglio Borloo a aussi fâché le
patron d’EDF avec la droite. «Jean-Louis
s’estmis dansla tête de dirigerune grande
entreprise. Tu l’imagines! Mais il m’em-
m…» a pesté, dès le début février, le prési-
dent devant Hervé Morin – ce vieux rival
de Jean-Louis Borloo – qui venait lui
annoncersonretraitdelacourseàlaprési-
dentielle. Il l’emmerde, effectivement.
Car ses ambitions patronales «fuitent»
au moment précis où le candidat se lance
en campagne, défendant le « peuple
contrelesélites».Lapresseassurequel’Ely-
sée est derrière cette manœuvre qui fait
aussitôtchuterl’actionEDFet paniquerle
CAC40. «Borloo n’a pas besoin de moi
pour voir Proglio!, s’est agacé Nicolas
Sarkozy. J’ai refusé la Caisse des dépôts et
consignationsàmonamiXavierMusca,ce
n’est pas pour me mêler d’en placer un
dans le privé!»
Entre Henri Proglio et Nicolas Sarkozy,
le climat a toujours été orageux. L’ex-
patron de Veolia est avant tout un chira-
quien. Un pur, un affectif, un fidèle. Il est
de ceux qui connurent le «Jacques» de la
mairiedeParis,lorsquecedernierrassem-
blait ses forces et préparait son trésor de
guerre, avant de partir à la conquête de
l’Elysée. Si la Caisse des dépôts est entrée
en 2000 au capital de Veolia, comme le
souhaitait Henri Proglio, c’est grâce à Jac-
ques Chirac. Il y a encore quinze jours, le
patrond’EDFconviaitl’ancienprésidentà
déjeuner au siège de l’entreprise.
H
enri Proglio, en revanche, n’a
jamais été un intime de Nicolas
Sarkozy. S’il a été immortalisé sur
l’unique photo de la soirée du Fouquet’s,
le 6mai 2007, c’est un mauvais hasard: il
n’était passé que brièvement fêter la vic-
toire, tard dans la nuit, à l’invitation pres-
santedeRachidaDati.Aujourd’hui,lesren-
contres entre le chef de l’Etat et le patron
mêlent toujours une brutalité de façade à
un brin d’hystérie. «Avec toi, c’est une
demi-heure on s’engueule, une demi-heu-
reons’aime»,finittoujoursparlancerPro-
glio. «Putain, tu charries!», répond en
général le président. Et Proglio: «Je char-
rie pas, je résume.»
C’est comme ça, façon Tontons flin-
gueurs,queparleenprivélepatrond’EDF.
Sansdistinctiondegradeniderang.Cefils
d’un marchand des quatre saisons d’Anti-
bes aime ces relations viriles où on
s’«embrasse» comme, au choix, à l’Esta-
que, ou dans les loges maçonniques. Chez
Alexandre Guérini, il admire la façon de
«tenir»Marseille,dansl’ombredesonfrè-
re Jean-Noël, président du conseil général
des Bouches-du-Rhône,et son habileté en
affaires: en revendant deux de ses socié-
tés de déchets à la Compagnie générale
des eaux (CGE) où officiait naguère Pro-
glio, Alexandre Guérini, l’enfant du quar-
tier du Panier est devenu riche à vie. Lors-
qu’ils se retrouvent, ils reprennent leurs
bonnes blagues, comme cette devinette
d’un élu du Vieux Port à un ministre:
«Voussavez à quoion reconnaîtuneânes-
se en chaleur? Non? Alors vous êtes plus
con qu’unâne!»
PourquoiavoirchoisiJean-LouisBorloo
pour Veolia? De l’élu de Valenciennes, de
l’ancien ministre, Henri Proglio a aimé
d’emblée le côté chiffonné, cheveu en
bataille, capable de débarquer un matin,
rue d’Anjou, dans son bureau de la CGE,
pour lui parler d’«un copain commun
dans la merde». Ensuite, il a apprécié les
conseils d’avocat d’affaires et l’entregent
politique.Amitiéetéchangedebonsprocé-
dés.LafilledeJean-LouisBorloo,Pauline,a
travaillépourVeoliaenChine,puis àHon-
gkong. Et c’est Jean-Louis Borloo, alors
ministre de l’écologie qui, en 2009, avec
Claude Guéant, a insisté pour que Pierre
Gadonneix ne rempile pas à la tête d’EDF
etsoitremplacépar HenriProglio.
Jean-Louis Borloo n’a jamais dirigé une
entreprise. Il est souvent trop bavard et
imprévisible. Mais il y a urgence: Antoine
Frérot, le dauphin, inquiète chaque jour
davantagesonancienmentor.Del’avenue
deWagram,sièged’EDF,Proglioatoujours
jetéun œil discretsur l’avenue Kléber,siè-
gedeVeolia.«IlacruqueFrérotallaitrester
sonMedvedev», décrypteun cadre.
AntoineFrérotaeneffetlongtempsfait
partiedecettepetiteconfréried’initiésqui
tourne autour de Proglio. On y compte
François Roussely, président d’EDF jus-
qu’en2004,etledésormaisréputéAlexan-
dreDjouhri.Unhommed’affairesàlarépu-
tation sulfureuse qui réfute l’étiquette
d’intermédiaire,proche de Claude Guéant
etd’HenriProglio,maisaussideSergeDas-
sault et de Dominique de Villepin – à qui
Veoliasignaunlucratifcontratd’avocaten
pleineaffaireClearstream.
Tous avaient tenté de pousser Yazid
Sabeg, commissaireà la diversitéet l’égali-
tédeschancesethommed’affaires,àlatête
d’Areva, en mars2010, avant de renoncer:
le conseiller des milieux d’affaires Alain
Mincetlecommissairegénéralàl’investis-
sement René Ricol, indignés, avaient fait
capoterl’opération.AnneLauvergeonétait
restée en poste, mais elle a cru à nouveau
voirlamaindecettetrèspuissanteamicale
dans son départ d’Areva… Au point d’évo-
quer, en tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy,
unesortede «logeP2à lafrançaise».
Exagéré,sansdoute.MaisHenriProglio,
patron énergique et doué, galvaniseur
d’entreprise, n’aime pas qu’on lui man-
que. Lorsqu’il y a quelques mois, il a com-
pris qu’Antoine Frérot lui échappait, cet
hommesecret,quecertainsdécriventcom-
me volontiers parano, a passé en revue
toutl’arsenaldesguerresmodernes:com-
munication, lobbying, «intelligence éco-
nomique», comme on dit pudiquement
dans ces entreprises stratégiques. Désor-
mais, il faut choisir. Stéphane Fouks,
patron d’EuroRSCG, et Laurent Obadia,
l’undesescommunicants,cumulaientdes
contratsdeconseilsavecEDFetVeolia?Au
premier, désormais, le soin de conseiller
Proglio; au second, Frérot. EDF ou Veolia:
lessociétésdesécurité,murmure-t-on,ont
dû, elles, choisir leur camp. Et Djhouri lui-
mêmeserait tiraillé.
Avec Bernard Squarcini, le patron du
contre-espionnage français, la ligne, en
revanche,n’estpascoupée.Lesdeuxhom-
mes se sont encore retrouvés il y a quel-
quesjoursplaceBeauvau,au ministèrede
l’intérieur,àl’occasiondelaremisedel’in-
signedel’ordreduMériteàlachefducabi-
netdeClaudeGuéant.HenriProglioétaità
son aise au milieu de la crème des poli-
ciers. Mais de quel secours seront, au len-
demain de la présidentielle, ces calculs et
ces liens tissés au sommetde l’Etat?p
Lesmauvaiscalculs
d’HenriProglio
«Avectoi,c’estunedemi-
heureons’engueule,
unedemi-heureon
s’aime»,finittoujours
parlancerHenriProglio
àNicolasSarkozy
Henri Proglio au siège social
d’EDF, avenue de Wagram,
à Paris, le 27février.
PAOLO VERZONE/VU POUR «LE MONDE»
Raphaëlle Bacqué et
Ariane Chemin
LePDGd’EDF
atoujoursétéun
patrontrèspolitique.
Maissatentative
deplacerJean-Louis
Borlooàlatête
deVeolialuiavalu
l’iredeNicolas
Sarkozyalorsqueses
relationsavec
FrançoisHollandene
sontpasaubeaufixe
170123
Jeudi 1er
mars 2012
47,3
2006
23 %
de la valeur
de Microsoft
I
ldevraitêtrelàdébutmars,suscitant,com-
me à chaque fois, l’hystérie, attirant les
foulesvenuesformerdelonguesfilesd’at-
tente devant les magasins dans l’espoir
d’être le premier à en faire l’acquisition.
Lui,c’estl’iPad.Letroisièmedunom.Etcet-
tenouvellemouturedelatablettetactiled’Apple
devrait se vendre autant que les précédentes. A
savoir, beaucoup. Car chez Apple, on ne fait pas
les choses comme les autres. Lorsqu’on lance un
produit, il s’en vend des millions… En un temps
record. Record, un mot qui revient comme une
rengainequand on parle d’Apple.
Les résultats trimestriels, publiés en janvier,
en sont un bel exemple. En trois mois, entre le
1er
octobre et le 31décembre 2011, date à laquelle
seclôtle premiertrimestredesonexercicefiscal,
lafirmeàlapommeaengrangé13,06milliardsde
dollarsdebénéfices.Enregistrant,ainsi,unehaus-
se de 118% par rapport au premier trimestre de
l’annéeprécédente.Lechiffred’affairesa,quantà
lui,bondide111%,passantà46,33milliardsdedol-
lars. A titre de comparaison, le chiffre d’affaires
del’année2011danssonintégralitéétaitd’unpeu
plus de 100milliards de dollars. En un trimestre,
Apple a générépresque la moitié de ce qu’il avait
engrangél’annéeprécédente.Ce ne sont pas tant
lesmontantsqui fonttournerla têteque lavites-
se à laquelle ils croissent.
Côté ventes, les chiffres sont tout aussi impres-
sionnants: 37millions d’iPhone écoulés en trois
mois(entreoctobreetdécembre2011),180millions
depuis le lancement, en 2007, de ce téléphone,
devenu culte. Sans oublier les 15,4millions d’iPad
vendus,ledoubledesvolumesécoulésaupremier
trimestre2011.Grâceàcesrésultatsexceptionnels,
Appleaaccumuléunetrésorerieincroyabledepres-
que100milliardsdedollars.
Apple est donc une entreprise hors norme,
cofondéeen1976parunpatronhorsnorme:Ste-
veJobs. LePDGemblématiquequi avaittoujours
l’habitude de présenter ses innovations en jean,
baskets et tee-shirt est celui qui semble avoir
impulsé le feu sacré à un groupe, qui, il y a dix
ans,prenaitl’eau.Aforced’inventivité,d’innova-
tions et, il faut le rappeler, de pression sur ses
ingénieurs, Steve Jobs a ressuscité Apple. Il y eut
d’abordl’iPoden2001,l’iPhoneen2007,etenfin,
l’iPaden 2010. Trois produits qui ont révolution-
né les usages. Transportertoute sa musique avec
soi ou encore surfer sur la Toile dans le métro
sont devenus des habitudes. Il n’en a pas fallu
pluspourconstruireunevéritablecommunauté
de fans qui, à la mort de Steve Jobs, l’ont pleuré
comme une idole. Des petits autels improvisés,
composésd’unephoto,d’unebougieetd’uneger-
be de fleurs ont même été dressés par des fans
éplorés devant les Apple Store du monde entier.
Lesraisonsdecesuccès?L’inventiond’unéco-
système sans pareil. Selon Francisco Jeronimo,
analyste pour le cabinet IDC, personne avant
Applen’avaitpermisunetelleexpérienceutilisa-
teur.Lesproduitssontdesignettrèsfacilesàutili-
ser. «Un enfant de 3 ans y arriverait», note l’ana-
lyste,quipointel’inventiond’iTunesetdel’Apps-
tore, le magasin d’applications de l’iPhone et de
l’iPad: «Non seulement ils ont créé des produits
innovants, mais en plus ils ont inventé des maga-
sinsdemusiqueetd’applicationsd’oùonpeuttélé-
charger les programmes le plus simplement du
monde. Avant l’Appstore, il y avait des sites qui
proposaient des applications pour d’autres télé-
phones, mais personne n’avait songé à les réunir
aumêmeendroit.L’Appstoreetl’iTunessontcom-
me des centres commerciauxnumériques!»
Appleaainsi crééun marché,
etlesdéveloppeursd’applications
sesontengouffrésdanslabrè-
che. Avec eux, comme
avec tous ses autres par-
tenaires, le groupe de
Cupertino négocie sec.
Sur chaque applica-
tion téléchargée,
30% de l’argent
empoché va à Apple. Idem pour la musique, et
maintenantles livres et les magazines.Les opéra-
teurs téléphoniques se voient réserver un traite-
mentsimilaire: le prixdu téléphoneetla somme
qu’ils investissent sur le prix du mobile, appelée
«subventionopérateur», leur sont imposés. En
outre,ilsnevoientjamaisleproduitavantsonlan-
cementetneletestentpas,contrairementàlapra-
tiquedesautresconstructeurs.
Il n’y a jamais de présentation de produits
estampillésdelafameusepommelorsdesgrands
Salons électroniques non plus, tels que le Consu-
mer ElectronicShow, qui se tient tousles mois de
janvier à Las Vegas, ou encore le Mobile World
CongressdeBarcelone.«Ce sontdes roisdansleur
château, pourquoi iraient-ils se mêler au peu-
ple?», ironiseM.Jeronimo.
Obsédée par le secret, la firme a trop peur des
fuites. Une habitude qui lui a quand même valu
quelquesratés:l’antennedel’iPhone4,quinecap-
tait pas bien au début, et la batterie de certains
iPhone 4S, qui ne tenait pas la journée. Qu’à cela
netienne,cesaccidentssontréparésàlavitessede
l’éclair et oubliés encore plus vite tant l’image de
lamarqueAppleestpuissanteauprèsd’unpublic
qui semble prêt à tout lui pardonner. Même les
conditionsdetravaildesouvriersdesonsous-trai-
tant,Foxconn.
L’entreprisetaïwanaisequipossèdedes usines
en Chine, pour certaines entièrement réservées à
Apple,imposedescadencesélevéesàsesouvriers.
Ceux-ci travailleraient douzeheures par jour,
dansdesconditionsquebeaucoupdécriventcom-
metrèsloindesstandardsderespectdesdroitsde
l’homme pour un salaire minimum qui a atteint
les300eurosenfévrier2012.
Pourtant,depuis2007,Appleaffirmeeffectuer
des auditsde respectdes bonnes
conditionsdetravaildanslesusi-
nesdesessous-traitants.La Fair
LaborAssociation,uneorganisa-
tion de défense des droits des
ouvriers, a commencéle 13février
uncontrôledesusinesFoxconneta
déjà annoncé qu’il y avait «beau-
coupdeproblèmes».Laran-
çondusuccès.p
Sarah Belouezzane
décryptages L’ŒIL DU MONDE
Surchaqueapplication
téléchargée,30%del’argent
empochérevientàApple.
Idempourlamusique,
leslivres
etlesmagazines
capitalisation
boursière,
en milliards d’euros
7,4
2002
2 %
de la valeur
de Microsoft
Apple suit son propre calendrier
Contrairement aux autres construc-
teurs qui profitent des foires de l’électro-
nique grand public pour annoncer leurs
produits, la firme à la pomme a son pro-
pre calendrier. Une annonce fin janvier,
une autre en mars-avril et une dernière
en septembre-octobre rythment ses sor-
ties de produits. Les observateurs atten-
dent ainsi l’iPad3 pour le mois de mars et
l’iPhone5 pour la rentrée 2012.
Apple dicte les standards de design
Des lignes pures, des matières et des
formesléchéesainsiquedesfonctionnali-
tés d’une simplicité sans pareille sont la
marque de fabrique d’Apple. Une fois le
ton donné, les autres marques n’ont eu
qu’à suivre. En témoigne la forme carrée
du GalaxyS2 de Samsung, étrangement
similaire à celle de l’iPhone. Idem pour la
Galaxy Tab, dont la taille et l’aspect géné-
ral évoquent fortement ceux de l’iPad.
Apple remet les magasins
de marque au goût du jour
Portéeparlesuccèsdufabricantd’ordi-
nateurs Dell, la vente sur Internet a long-
temps été le modèle dominant. Avec ses
AppleStores,la firmedeCupertinoprend
le contre-pied de cette tendance et crée
unvéritablephénomènedesociété.Lafré-
quentation explose et plusieurs autres
marques suivent en ouvrant, comme
Sony, plusieurs nouveaux magasins.
Apple joue le marketing du secret
Pasdetéléphonesentestenavant-pre-
mière,pas dephotos desprototypesni de
communication sur les produits avant
leur sortie, Apple tient à conserver le sus-
pense jusqu’au bout et développe une
politique du secret quasi maladive. Les
concurrents,quiavaientl’habitudedelais-
ser filtrer les informations, s’y mettent…
dans une plus petite mesure. p
S.B.
A Shenzhen
La plus grande usine, surnommée
Foxconn City, est située à Shenzhen
en Chine, elle appartient au géant
taïwanais de la sous-traitance
en électronique Foxconn.
personnes dans le monde
assemblent des produits
Apple. Aucun d’eux n’est
salarié direct d’Apple
700 000
personnes y travaillent
sur 3 kilomètres carrés
230 000
gardiens régulent
les déplacements des ouvriers
pour éviter les écrasements
de foule
300
des employés vit sur place
dans des dortoirs de
6 à 8 lits
1/4 12 heures
Chaque équipe travaille
12 heures, et se relaie à
7h et 19h, six jours sur sept
BigApple,
lemonstredubusiness
IPad
Apple
IPhone
Apple
Galaxy S2
Samsung
Galaxy Tab
Samsung
Lamarquedictesaloi
etcréelesusages
AquelquesjoursdulancementdunouveliPad,grosplan
surl’entreprisedetouslessuperlatifs,devenuelasociété
lapluschèreaumonde.Cesuccèsasapartd’ombre:pression
surlesingénieurs,sous-traitancelowcostetmarketingagressif
FoxconnCity,l’enversdudécor
18 0123
Jeudi 1er
mars 2012
décryptages L’ŒIL DU MONDE
chiffre d’affaires trimestriel
résultat net
téléchargements
salariés
chiffre d’affaires
ventes d’iphones par région
steve jobsmagasins
60 400 2 900
en milliards d’euros, 1er
trimestre 2012
cours de l’action
395,82
en euros,
28 février 2012
en millions, au 3e
trimestre 2011
en milliards d’euros, 2007-2011
Employés
à plein temps
Intérimaires et
contractuels
à plein temps
1er
trimestre 2011
1er
trimestre 2012
4,47
9,71
+ 217 %
Fondateur
charismatique, décédé
à l’âge de 56 ans
en octobre 2011, Steve
Jobs fut le moteur de
la compagnie, qu’il
créa en 1976 avec Steve
Wizniak. On lui doit
la création de l’iPod,
de l’iPhone et de l’iPad,
dont les ventes
constituent
aujourd’hui l’essentiel
des revenus d’Apple.
en milliards, octobre 2011
en millions, octobre 2011
capitalisation boursière
en milliards d’euros, 28 février 2012
exxon mobil
etat americain
total
Plus forte capitalisation
française
356,5
en milliards d’euros
16
180
ChansonsApplications
Livres
18
80,57
Europe de l’Est
Amérique latine
Moyen-Orient et Afrique
Japon
17,1 22 000361 milliards
de dollars
en 2011
Etats-Unis
visiteurs par semaine,
soit 110 millions
sur l’année
dans
le monde
Canada
France
Espagne
Italie
Suisse
Royaume-Uni
Allemagne
Australie
Chine
Japon
Amérique du Nord
Asie-Pacifique
Europe de l’Ouest
5,34
5,33
4,25
0,83
0,69
0,45
0,28
tf1
Apple réalise en 6,74 jours
le chiffre d’affaires
annuel 2011 de TF1
2,619
nokia
34,42
51
38,7
310,1
73,6
356,5
184 %
de la valeur
de Microsoft
28 février 2012
17,86
54,5
56,7
trésorerie
en milliards d’euros,
juillet 2011
iPhone
iPad
iPod
ventes cumulées
en millions, octobre 2011
125
40
320
SOURCES : APPLE, NOKIA, GARTNER, WIKINVEST,
YAHOO! FINANCE, NEW YORK TIMES, AP - INFOGRAPHIE LE MONDE
8 700
ingénieurs encadrent
les chaînes de montage.
Ils ont été embauchés
en quinze jours
1,33 €
C’est le salaire horaire des ouvriers
qui paient leurs repas (0,52 €) et
louent le dortoir (13€/mois)
629 euros
Sur 629 euros que coûte
un iPhone en France,
6 euros vont au salaire
14
suicides d’ouvriers
ont été recensés chez Foxconn
de début 2010 à mai 2011.
L’entreprise à réagi
…
…
En plaçant
des filets
anti-suicide
…
En faisant signer
une décharge empêchant
les descendants de
poursuivre Foxconn
…
Et en augmentant
les salaires
Lacroissanced’unestart-up,
lapuissanced’unemultinationale
190123
Jeudi 1er
mars 2012
PierreBiclet
Commandant dans l’arme blindée
cavalerie
L
a perspective sérieuse d’une
alternancepolitiqueàlatêtede
l’Etat nous contraint à réfléchir
sur ce que pourrait constituer
une «alternance diplomati-
que».Pourcefaire,ilfautanaly-
ser de manière rigoureuse le rapport des
forces mondial dans lequel se situe de la
France avant de s’interroger sur ce qui
pourraitêtrefaitdanslestroiscerclesprio-
ritaires de la diplomatie française: le cer-
cle européen, le cercle atlantique et le cer-
cle méditerranéen.
Pour éviter de se payer de mots, il faut
tout d’abord voir que, depuis l’élection de
Nicolas Sarkozy en 2007, la dynamique
géopolitiquemondiales’estconsidérable-
mentaccélérée.Lespaysdel’Organisation
de coopération et de développement éco-
nomiques (OCDE) pèsent désormais
moins que le reste du monde sur le plan
économique. Comment desserrer l’étau
qui se resserre sur nous?
Commençons par le cercle européen.
Auseindececercle,larelationfranco-alle-
mande reste fondamentale. Mais il faut
bienadmettrequ’aucoursdecescinqder-
nières années, notre position face à l’Alle-
magne s’est affaiblie. En 2007, notre taux
de chômage était de 2,5points inférieur à
celui de l’Allemagne. Il est aujourd’hui
supérieur de 4 points. Le solde de nos
comptescourants,unindicateurplusfavo-
rableàlaFranceparcequ’ilinclutlesservi-
cescontrairementàlabalancecommercia-
le,représentedésormais–3,3%duproduit
intérieur brut français alors qu’il est de
+4,4% pour l’Allemagne.
L’absence de réformes structurelles a
privé la France d’un levier politique déci-
sif sur Berlin. Or, si notre économie ne se
redresse pas, la France ne pourra rien
imposeràl’Allemagne.Lefaitqueleminis-
tre polonais des affaires étrangères ait en
novembre dernier appelé à un leadership
allemand en Europe sans mentionner la
France montre que le regard des Euro-
péens sur le couple franco-allemand a
changé.
Faut-il pour autant singer l’Allemagne,
ou au contraire s’efforcer de la contenir?
Au-delàdelarègled’or,cequisejoue,c’est
l’avènementd’unfédéralismebudgétaire.
Acetégard,l’engagementdeNicolasSarko-
zy à renforcer la gouvernance économi-
quedel’Europesanstransfertdesouverai-
neté ne mène nulle part. Car, si la crise de
l’euro a révélé une chose, c’est bel et bien
l’inefficacité de la gestion intergouverne-
mentale.
Ce qu’il faut, au contraire, c’est un
transfertdesouverainetébudgétairepré-
cis et limité conforme d’ailleurs en tout
point à l’esprit de la construction euro-
péenne depuis 1950. Ce transfert de sou-
veraineté doit cependant s’accompagner
d’un contrôle démocratique qui pourrait
et devrait logiquement s’exercer par l’in-
termédiaire de délégations parlementai-
res nationales spécialisées et accréditées
auprès de la commission. Voilà le chan-
tier auquel François Hollande, s’il venait
à être élu, devrait prioritairement se
consacrer. Un chantier qui n’a de sens
ques’ils’accompagned’une réductionde
nosdépensespubliquesetpasseulement
de nos déficits.
Le deuxième cercle de la diplomatie
estle cercle atlantique.Le débatsur notre
présence dans l’alliance est derrière
nous. Nous partageons l’essentiel avec
lesEtats-Unis,mêmes’ilestpréférablede
continuer à traiter avec Barack Obama
qu’avec son éventuel successeur républi-
cain. Mais convergence ne signifie pas
passivité.
En mai, à Chicago, au sommet de l’Al-
liance atlantique, sera débattue la ques-
tion du retrait d’Afghanistan. Il y a trois
ans, le président Sarkozy nous expliquait
que nous défendions là-bas notre civilisa-
tion.Peut-être.Maisdansce cas,pourquoi
se retirer aujourd’hui? La vraie question
n’estdoncpasdesavoirsinousnousretire-
rons d’ici la fin de l’année ou l’année pro-
chaine. Cette différence de calendrier est
dérisoire. La vraie question est de savoir
quelle leçon nous tirons de cet engage-
ment.Est-ce que nousnousretironsparce
que les Américains ont décidé de le faire?
Considérons-nous que la négociation
engagée avec les talibans est une bonne
chose? Avons-nous les moyens ou l’envie
de peser sur ces négociations?
Pourtant,la question afghane sera pro-
bablement reléguée au second plan par
uneautre,beaucoupplusimportante:cel-
le de l’Iran. Là encore, il ne suffit pas de
dire que nous sommes favorables à des
sanctions et à des négociations. Nous
devonsnous prononcer de manière beau-
coup plus précise sur ce qui risque d’être
la première grande crise diplomatique
pour le nouveau président: le bombarde-
ment des installations nucléaires iranien-
nes par Israël. Y sommes-nous favora-
bles?Nousyopposerons-nous?Qu’avons-
nous à proposer en échange? Sommes-
nousfavorablesàunenégociationglobale
avec Téhéran? Acceptons-nous le fait que
l’Iran accède au rang de «pays du seuil»
sans développer l’arme nucléaire, ou
considérons-nous d’emblée que le simple
faitd’atteindreleseuilnucléaireconstitue
en soi un acte inacceptable? Les Améri-
cainsontévoluésurlaquestion.Sommes-
noussur la mêmeligne?
Si nous ne répondons pas à ces ques-
tions, nous laisserons à d’autres, et donc
naturellementauxEtats-Unis,lesoind’ap-
porter des réponses à notre place. Nous
devons mobiliser notre créativité en évi-
tant d’apparaître soit comme la mouche
du coche soit comme le petit enfant sage
qui rougit à l’idée même de poser une
question.
Resteletroisièmecercledenotrediplo-
matie: celui de la Méditerranée. Depuis
janvier2011, nous sommes confrontés à
une tectonique politique sans précédent
qui va nous obliger à de profondes remi-
ses en cause. Un certain monde arabe est
beletbienmort.Ceuxquienprennentles
rênes entretiennent une proximité avec
laFrancebeaucoupmoinsfortequeleurs
prédécesseurs.Etparcequecesnouvelles
élites se sentiront confortées par des
mandats populaires, elles se montreront
plus exigeantes et moins complexées. Il
faudra donc apprendre à gérer la fin du
pacte du silence, celui qui contraignait la
France à se taire sur la nature peu envia-
ble des régimes arabes en même temps
queceux-cifaisaientpreuved’unecertai-
ne docilité.
Pour ce faire, il faut impérativement
relancer l’Union pour la Méditerranée.
Maisilfautlefairesurdesbasesnouvelles.
Ilfautcommencerpartisserdesliensavec
tous les acteurs sociaux, économiques et
culturels de la Méditerranée en leur
posant une question simple: que pou-
vons-nous attendre les uns des autres?
Naturellement,il ne s’agitpasde contour-
nerlasouverainetédesEtats.Maisàpartir
du moment où ces derniers se prévalent
de la démocratie, rien ne fait désormais
obstacleàcequenousentrionsenrelation
directeavec les sociétés civiles de la Médi-
terranée.
Sans préjuger de la réponse, il faut en
matière de développement privilégier un
seuletuniqueaxe:lesprojetslocauxcréa-
teurs d’emplois. Car sans création d’em-
plois dans ces pays, le changement politi-
que sera pulvérisé et l’échec économique
poussera ces régimes dans une fuite en
avant politique terrible. A cet égard, ceux
quicondamnentlechoixdeRenaultàTan-
ger montrent une fois de plus qu’ils n’ont
rien compris à la marche du monde.p
D
ans les débats présidentiels, la défense
ne suscite pas un intérêt à hauteur de
sapart dans lebudget.Sinonpour pro-
poser des économies. Des matériels
coûteuxpour guerroyerau loin, tel est
leportraitvitebrosséd’unfardeaubud-
gétairedontonsepasseraitbien:nepourrait-onrédui-
rela facture enrévisant nosambitionsà la baisse?
Aquoisertdoncnotrearmée?Al’heuredessacrifi-
ces budgétaires, la question mérite qu’on s’y arrête,
surtout quand le signal est brouillé: d’une part les
chutes de MM.Gbagbo et Kadhafi attestent d’une
France puissante qui assume ses choix; de l’autre, la
mort de soldats en Afghanistan fait douter d’engage-
ments en coalition où la victoire ne se quantifie pas.
Seul point de convergence: l’armée n’est vue qu’au
prisme de la politique étrangère. Vision réductrice
qui fait oublier l’essentiel.
Deux institutions ont façonné le citoyen au fil des
siècles. Aujourd’hui, l’école et l’armée sont perçues
sous le seul angle fonctionnel et subissent les
contraintes de la rentabilité immédiate et du trop
court temps politique. Si tout le monde s’accorde à
investir dans la formation de nos enfants, le rôle pri-
mordial d’une armée désormais confiée aux profes-
sionnelssemblemoinsévidentaucitoyen.Cettedélé-
gationdesarmesaumilitaireaccroîtladistancecréée
par la délégation du pouvoir au politique. Le citoyen
confie l’engagement des troupes au président de la
République,quidécideenconseilrestreint,etauParle-
ment,qui prolonge leur mandat au-delà de 90jours.
Dissuasionnucléaire,siègedemembrepermanent
au Conseil de sécurité de l’ONU, tels sont les moyens
qui permettent encore à la France de poursuivre ce
rôle si particulier dans le concert des nations. Elle se
doitde l’assumersielle veutquel’Unioneuropéenne
puisseun jour prendre le relais.
La Libye a montré une Europe divisée, notre plus
proche voisin refusant de survoler les côtes de Ben-
ghazi pour fournir des renseignements, pourtant
indispensables pour protéger les populations. Une
Europe militairement trop faible pour se passer des
avions ravitailleurs américains. Une Europe qui ne
semblait pas assez crédiblepour faire plier Tripoli.
Laforcedemeurel’ultimerecours.Maispluslafor-
ce est crédible et moins son usage est nécessaire!
L’outilmilitairenesauraitseréduireàuninstrument
de puissance sur la scène mondiale (l’ambition de la
Francepasseraitalorspourde laprésomption).Iltou-
che à l’essentiel: l’expression d’une volonté collecti-
ve; il matérialise l’existenced’un «corps» social.
Lemilitairealedevoird’interpellersesconcitoyens
pourqueledébataitlieu,c’estlaresponsabilitémorale
deceluiquipeutuserdelaforceaunomdetous.Etaus-
siledroit,carilconsentàenpayerleprix,sinécessaire,
celui de sa vie. A ce prix, le militaire peut également
attester que ce lien impalpable qui fait des individus
descitoyensestbienconcret.C’estaunomdesesconci-
toyensquelemilitaireagitetpuisesavolontédecom-
battre: il n’est pas le mercenaire d’un pays, il n’est pas
plus payé au coup tiré qu’à la balle reçue. Il a simple-
ment conscience d’être, à son humble mesure, le bras
armédela sociététoutentière.Elleseuleluiconfèresa
légitimité,mêmeenopérationsmultinationales.
La mission des armées dans la construction de la
société prend aussi d’autres formes, plus proches,
plus concrètes. Premier recruteur en France
(22000postes en 2011), les armées absorbent, édu-
quent et finalement restituent au corps social ceux
qui s’engagent sous les drapeaux.
Affirmation de notre cohésion
Cette fraction de la population active offre un peu
derespirationquandlesemploissefonttroprares,un
peud’intégrationpour ceux que l’écolen’a pu attein-
dre, un peu d’ascension sociale quand les perspecti-
vesseferment.Servicemiliaireadapté,centresdefor-
mationprofessionnelle,dispositifdéfensedeuxième
chanceconcourentquotidiennementàl’intérêtgéné-
ral. Enfin, le chômage alarmant chez les jeunes peut
amener à renouveler la réflexion et surtout les ambi-
tionsd’un service civique réintroduit en 2010.
Alors, que voulons-nous? Accentuer l’érosion de
l’outil de défense n’est pas seulement imprudent
dans un monde de concurrence et d’incertitudes. Le
risque pèse sur l’affirmation même de notre cohé-
sion. Quand la crise économique devient sociale,
nous ne pouvons pas éluder le débat sur ce que nous
sommes et avons à défendre. Quand les finances
publiquesréclamentplusquejamaisunpeudevertu,
l’urgentne sauraitsacrifier l’essentiel.
Les armées contribuent à l’effort collectif et rédui-
sent d’un quart leurs effectifs dans le cadre des réfor-
mes menées: 54000 postes en six ans. Elles sont au
point de bascule, il suffit de peu, mais il faudra beau-
coup pour les remettre à flot. L’enjeu presse chaque
citoyende seréapproprierla défenseet de lui donner
sa juste place dans le débat public. p
décryptages DÉBATS
ZakiLaïdi
Directeur de recherche au Centre
d’études européennes de SciencesPo
«L’engagementdeNicolasSarkozyàrenforcerla
gouvernanceéconomiquedel’Europesanstransfert
desouveraineténemènenullepart.Car,silacrise
del’euroarévéléunechose,c’estbeletbien
l’inefficacitédelagestionintergouvernementale»
¶
François Hollande, candidat
socialiste à l’élection
présidentielle, devait se rendre
à Londres, le 29février. L’occasion
pour «Le Monde» de revenir
sur ses positions et son agenda
européens (lire aussi page 4)
Mettonsladéfensedansledébat
L’arméeaaussiunrôlesocial
Quesignifiel’alternancepourlapolitiqueétrangèrefrançaise?
Inventonsuneautrediplomatiepourfairefaceàunmondechangeant
20 0123
Jeudi 1er
mars 2012
S
alaires: êtes-vousricheou
pauvre?Sivousn’avezpas
encoreessayélenouveloutil
proposéparl’Observatoiredesiné-
galitéssursonsiteInternet,allez-y.
C’estultrasimple:ilsuffitd’indi-
quervotresalairenetmensuelet,
enunclic,vousapprenezcombien
desalariésgagnentmoinsouplus
quevous.Votrefichedepaie
atteint2000eurosnetpar mois?
67%dessalariésgagnentmoins(le
salairemédiansesitueà
1650euros).4000euros?94%des
salariésgagnentmoins.Et sivous
passezlabarredes7500euros
vousfaitespartiedes1%desala-
riéslesmieuxpayésenFrance.
Parlergrossousestdesaison.
Certainespersonnalitésnepeu-
ventpluscacherleursalaire.Ainsi
RichardDescoings,directeurde
SciencesPo etses27000euros
brutmensuels«soit23000-
24000eurosnets»,dit-ildansLibé-
ration(apparemmentiln’estpasà
1000eurosprès).Maisparmicette
catégoriede1%deprivilégiés,cer-
tainsémargentàdessommestrès
supérieures.Onneparleplusalors
ensalairemensuelmaisannuel.
PrenezLouisGallois,lepatron
d’EADS.Luigagne2,6millionsd’eu-
rosparan.Soit216666eurospar
mois,soit7123euros…par jour.Je
n’airiencontreLouisGallois;
j’auraispuparlerdes4,3millions
deFranckRiboud(Danone).J’ai
choisiLouisGallois,parcequ’ila
eulafranchisederépondreun
matindejanviersurFranceInterà
unequestiontoutesimpled’un
auditeur.Guillaume,deVendée,
luiademandé,sansagressivité:
«Qu’est-cequ’unsalaireraisonna-
blepourunpatrondevotre
niveau?Jeconçoisqu’ilfailledesdif-
férences,maisquelleslimitesdon-
neràcela?»EtLouisGalloisd’ex-
pliquer:«Marémunérationestde
2,6millionsparan.Jetrouveque
c’estunsalaireabsolumentincom-
préhensibleparl’opinionpublique.
Jele disfranchement,onnepeut
pascomprendrequequelqu’un
gagneunetellesommequandon
voitlesdifficultés.Jepensequ’ilya
uneffortdesolidaritéà faire.Pour
monconfortpersonnel,jem’arran-
geendonnantunepartiedemon
salaireàdes actionssocialement
utiles,maisjediraiquec’estdusau-
vetageindividuel;jepensequ’il
fautqu’ilyaitunedisciplineetune
fiscalitéquiaideàcettediscipline.»
Avant,LouisGalloisdirigeaitla
SNCF.«Jegagnaisdixfoismoins.
J’arrivaisà vivrequandmême»,
précise-t-ilàGuillaume.Oui,effec-
tivement,avec260000eurospar
an,ondoitvivretrèsbien.Louis
Galloisneseplaintderienet
demandemêmeàêtredavantage
taxé:«Jenesuispascontreune
haussedelafiscalitépourlesplus
hautsrevenus.» MerciGuillaume
pourvotrequestion. p
O
n cherchera en vain quelques
lignes sur la vision politique de
MohammedVI, ce que pense le
palais du «printemps arabe» ou le bilan
que le roi tire des réformes qu’il a lui-
même initiées, telle la nouvelle Constitu-
tion approuvée par référendum, pour
parerà toutecontestation.Riendece côté-
là. Sur le commerce, le business, en revan-
che, enveux-tuen voilà.
Page après page, les auteurs décrivent
unsouverainalliédelaFrancedevenu«le
premier banquier, le premier assureur, le
premier agriculteur» de son pays, et un
homme d’affaires de premier plan dans
«l’agroalimentaire, l’immobilier, la gran-
de distribution, l’énergie, les télécoms»…
Un roi «Midas», écrivent-ils, classé au
7e
rang en 2009 des monarques les plus
riches par le magazine américain Forbes,
et dont la fortune aurait doublé en cinq
ans.Celuiquis’étaitvuattribuerl’étiquet-
tede«roidespauvres»lorsqu’ilsuccédaà
son père, HassanII, en 1999, n’a plus rien
à voir avec le roi des affaires dont il est
question ici.
Prédation économique
A travers les holdings royales, les prises
de participation dans des domaines aussi
variésquelesucre,lefoncier,lesterresagri-
coles, le BTP, l’électricité ou même la
culture, c’est une véritable mise en coupe
réglée de l’économie marocaine que
dénoncent les deux journalistes. Tout ou
presque, affirment-ils, remonte aux cais-
ses royales. Au point que le Maroc consti-
tue àleurs yeux«uncas unique».
«La plupart des dirigeants pillent leur
paysenconfisquantàleurpeuplelesriches-
ses. Au Maroc, c’est le peuple qui, chaque
jour que Dieu fait, enrichit le roi en ache-
tant les produits de ses entreprises», assu-
rent Catherine Graciet (coauteur de La
Régente de Carthage – La Découverte,
2009 –, qui dénonça l’emprise mafieuse
deLeilaTrabelsi,l’épousedel’ex-président
Ben Ali en Tunisie) et Eric Laurent (auteur
de nombreux ouvrages, dont LaMémoire
d’unroi–Plon,1993–,tirédesesentretiens
avec HassanII). Dernier «Eldorado» en
date: le développement des énergies
renouvelables,aveclacréationdeladerniè-
re-née des entreprises royales, Nareva,
déjà dotée d’importants contrats dans le
domaine éolien. Mais muette quant à ses
objectifs.
Deux hommes, proches de Moham-
medVI, sont particulièrement visés par
cebrûlot:MounirMajidi,secrétaireparti-
culier du roi et grand argentier du palais,
et Fouad Ali El Himma, ministre délégué
à l’intérieur de 1999 à 2007. Les deux
hommes, rivaux, sont toujours décrits à
la manœuvre pour imposer, souvent de
façon brutale, les vues du palais dans le
domaine des affaires comme dans celui
de la sécurité. Lorsdes manifestationsdu
Mouvement du 20février, qui réclame à
intervalles réguliers dans les rues de vil-
lesmarocainesplusdejusticesocialeetla
fin de la corruption, leurs noms seront
systématiquement dénoncés.
Atraverscesdeuxpersonnages,quiont
connu le roi dans sa jeunesse, l’un par le
truchement d’un cousin, l’autre en parta-
geant la même formation au Collège
royal, les intrigues de cour, les nomina-
tions et les disgrâces peuplent l’univers
royal et le docile Makhzen, selon cette
expressiontypiquequidésignelesinstitu-
tionsmarocaines.Malheuràceuxquiten-
tent de s’opposer! Ceux-là se voient écar-
tés sans ménagement, étranglés financiè-
rementetparfoiscondamnésàdelourdes
peinesdeprisoncommeentémoigneKha-
lid Oudghiri, ancien patron de la puissan-
tebanqueAttijariwafaBank,déchu,humi-
liéetpourfinircondamnéparcontumace
– il vit en France – à vingt ans de prison.
L’hommelivreicilespressions,témoigna-
ges à charge et accusations extorquées
dont il fut l’objet. Tous ses biens, au
Maroc, seront saisis.
Certes,leréquisitoiredecelivreestbrut,
les témoignagessouvent anonymes,et les
faits parfois approximatifs faute d’accès
direct aux sources. Mais l’ampleur de la
prédation économique ainsi décrite, dans
unpaysoù15%delapopulationvitau-des-
sous du seuil de pauvreté fixé à 2dollars
par jour,ne peut que choquer. p
Isabelle Mandraud
décryptages ANALYSES
AG13236
Prendre le temps de la réflexion
Tracer les perspectives pour agir
L’Expansion ☛ Nouvelle époque ☛ Nouvelle mission ☛ Nouvelle formule
CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
C
ette fois-ci sera-t-elle la bonne? PSA Peu-
geot-Citroën, exsangue sur un marché
européendéprimé,va-t-ilconvolerenjus-
tes noces avec General Motors (GM), revigoré
par des ventes américaines et chinoises au plus
haut? Depuis dix ans, on a prêté au deuxième
constructeureuropéenl’intentiondeserappro-
cher des japonais Honda, puis Mitsubishi, de
l’italien Fiat et, plus récemment, de l’allemand
BMW,tousdesgroupesfamiliaux.
GM pourrait prendre 7 % de PSA à l’occasion
d’uneaugmentationdecapitalde1milliardd’eu-
ros. L’Autorité des marchés financiers a appelé,
mardi 28 février, PSA à communiquertrès rapi-
dement.PhilippeVarin,lepatrondePSA,etDan
Akerson, son alter ego de GM, devraient annon-
cerlanouvellelorsduSalonautomobiledeGenè-
ve,quiouvrele 6mars.
L’allianceavecGM,numérounmondialdéte-
nupouruntiersparl’Etataméricainaprèslaqua-
si-faillite de l’entreprise en 2008, est-elle crédi-
ble ? Même si elle comporte certains risques,
notamment sociaux, elle n’est pas saugrenue.
Dans une industrie où le coût de développe-
ment des automobiles a explosé, du fait des
réglementations environnementales toujours
plus strictes et de la durée de vie toujours plus
courte des modèles, il devient nécessaire de
mutualisersesdépensesetdelesamortirenven-
dantplusdemodèlessurunplusgrandnombre
demarchés.
Philippe Varin n’a cessé de le répéter depuis
son arrivée à la tête de PSA, en 2009: le groupe
doit trouver un allié pour mettre en place des
synergies industrielles importantes, améliorer
sesmargeset accélérersoninternationalisation
encoretropfaible.
Voilà pour la théorie. La mise en œuvre est
moins simple. Seuls quelques rares acteurs ont
réussi cet exercice. Au premier rang desquels
Volkswagen,qui,en2011,aproduitetvenduàtra-
vers la planète plus de huit millions de véhicu-
les,delavoituredeM.Tout-le-Mondeàla voitu-
re de luxe. Avec huit marques, le groupe alle-
mand se développe sur tous les continents et
dégage d’importantes économies d’échelle, qui
lui permettent d’afficher des bénéfices inédits
dans cette industrie: 15,4milliards d’euros,
quandlegroupePSAafficheungainde600mil-
lionsd’euroset unepertede92millionsd’euros
danssabrancheautomobile…
De même, PSA constate que l’alliance de
Renault avec Nissan lancéeen 1999 a bel et bien
servi son grand concurrent français: si Renault
affiche aujourd’hui un bénéfice de 2,1milliards
d’euros et une dette réduite à quelque 300mil-
lions (contre dix fois plus pour PSA), il le doit
beaucoup à son partenaire japonais. «Nous
mutualisonsentreRenaultetNissanledéveloppe-
mentdeplates-formes,depièces,dumoteur,etc.,
rappelaitrécemmentCarlosGhosn,lepatronde
Renault et Nissan. Cela a permis à Renault de
réduire ses investissements, tout en produisant
plus de véhicules.» Et grâce à l’élargissement de
l’alliancefranco-japonaiseàl’allemandDaimler-
Benz,lefrançaisvabientôtproduiredesberlines
surunebasedéveloppéeparles troisacteurs…
Pour construire ce partenariat, Renault, Nis-
san et Daimler ont mis en place des participa-
tionscroisées.Cettesolution,lafamillePeugeot,
qui détient 30,9% du capital de PSA (et 48% des
droitsdevote),yatoujoursétédéfavorable.PSA
aassistéenspectateurauxdeuxdernièresgran-
des vagues de consolidation du secteur, quand
Daimler rachetait Chrysler, BMW s’offrait Rolls
RoyceouRenaultreprenaitDaciaetNissan.
La crise de 2008 a déclenché une nouvelle
vaguedeconcentrations.Renaultestentrédans
le capital d’Avtovaz, tandis que Fiat décidait de
reprendreChrysler,délaisséparDaimler.Décidé
cette fois à bouger, PSA, un peu plus mal en
point, voyait un rapprochementavec le groupe
Mitsubishiluiéchapper.
Jusque-là,lefrançaispréféraitlespartenariats
ciblés avec d’autres constructeurs, de Fiat dans
l’utilitaire,àForddanslemoteurdiesel,ouBMW
dans le moteur hybride. Aujourd’hui, Philippe
Varin recherche son allié stratégique. Mais rien
neditqueGMseraitlemeilleurparti.D’unepart,
le groupe américain fait deux fois la taille de
PSA.D’autrepart,lesgroupesaméricains,quece
soientGMouFord,n’ontguèreréussileursparte-
nariats avec les européens: le rachat de Volvo
parFordaété undésastre; celuideSaabpar GM
setermineparuneliquidationjudiciaire;quant
à la coopération entre GM et Fiat, elle a été un
fiasco. Enfin, PSA et Opel, la filiale de GM, sont
présentssurles mêmessegmentsdemarchéen
Europe. Ils pourraient certes partager leurs
coûts de développement ou d’achat, mais ces
synergies industrielles pourraient aggraver
leursproblèmesdesurcapacitéetconduireàdes
fermeturesd’usinesenAllemagneetenFrance–
uncauchemarsocialen perspective.
«Aujourd’hui, explique un bon connaisseur
du secteur, GM a besoin d’un allié pour réduire
les coûts de développement de sa filiale Opel, et
accéder à des technologies de motorisation plus
performantes pour le marché américain, tandis
quePSA doitréduiresescoûtsde développement
et se projeter sur de nouveaux marchés… Mais le
rapprochement avec GM n’est pas la seule solu-
tion, un rapprochement avec Fiat serait aussi
unepossibilité.»Unechose semblesûre: PSAne
restera pas seule. Ferdinand Piëch, alors patron
deVolkswagen,estimaitàlafindesannées1990
que«le mouvementdeconcentrationestinéluc-
table. A terme, il ne restera plus que cinq ou six
constructeursdanslemonde».PSAsera-t-ildans
lesbrasdeGMoud’unautre?Réponsedansquel-
quesjours. p
phjacque@lemonde.fr
Analyse
Philippe Jacqué
Service Economie
Livredujour
«Qu’est-cequ’un
salaireraisonnable
pourunpatron?»
Guillaume
auditeur de France InterIldevientnécessaire
demutualisersesdépenses
etdelesamortirenvendant
plusdemodèlessurunplus
grandnombredemarchés
Vie moderne | chronique
par Sandrine Blanchard
Hiérarchiedessalaires
¶
Mohammed VI
a été classé
en 2009
au 7e
rang
des monarques
les plus riches
par le magazine
américain
«Forbes»
PSA,latentationGeneralMotors
Le Roi prédateur
Catherine Graciet et Eric Laurent
Le Seuil, 216 p., 17,80 euros
Royalbusiness
210123
Jeudi 1er
mars 2012
culture
Lecercledespoètesretrouvés
Architecture
P
etit bonhomme extrême-
ment cultivé, Wang Shu,
48ans, a obtenu «le» Pritz-
ker Prize mardi 28février. Ce prix,
décernéparlafondationaméricai-
ne Hyatt, est, pour simplifier, le
Nobel de l’architecture.
Avec Wang Shu se trouvent
honoréssonépouseetcollaboratri-
ce, Lu Wenyu,ainsi que son atelier
– Amateur Architecture Studio,
ramassis (hiérarchisé) d’élèves, de
maçons (son atelier fonctionne en
osmose avec eux) et de profes-
seurs qu’il a rassemblés depuis
1998 à Hangzhou, capitale du Zhe-
jiang. Il est le premier Chinois à
obtenir ce prix. Il s’en est déclaré
«très touché». «Car, a-t-il ajouté,
mêmesij’aiétébienentourétoutes
ces années, j’ai été seul au départ
dans toute cette exploration. Pour
dire les choses simplement, j’ai
réfléchi,j’aitravaillédur,j’aiessayé
d’appliquermes idéaux.»
Hommeàlafoisdiscret,modes-
te,talentueux,profondémentsou-
cieux de l’éthique du métier, il est
le représentant d’une minuscule
fraction d’architectes chinois qui
ontchoisilavoieétroitedelaquali-
tédansunpaysoùlescommandes
se chiffrent parfois en millions de
mètres carrés.
Wang Shu a étudié l’architectu-
re à l’université du Sud-Est à Nan-
kin, avant d’obtenir un doctorat
en architecture à l’université Ton-
gji de Shanghaï en 2000. Outre
son atelier de Hangzhou, il dirige
le département d’architecture de
l’Ecole supérieure des beaux-arts
de la ville depuis2003.
Il aurait pu devenir homme de
lettres ou peintreclassique – com-
me Hangzhou, l’ancienne capitale
des Song du Sud, pas très loin de
Shanghaï, en a produit tant. Wang
Shu y a construit l’un de ses pre-
miers bâtiments, l’université des
beaux-arts Xiangshan, située un
peu en dehors de la ville, au pied
d’une montagne couverte d’un
des thés les plus précieux de
Chine. Un campus d’exception,
sur le plan architectural, dans un
cadre idyllique.
Unedescaractéristiquesdutra-
vail de Wang Shu, depuis ses
débuts, est l’étude des techniques
traditionnelles et durables. Ainsi,
il arecours aux systèmesde venti-
lationnaturelle.Unprincipeances-
tral qui utilise la montée de l’air,
classique en Asie. Il aime le bois,
mais n’a aucun scrupule à utiliser
le béton quand il le faut. Il ne s’in-
terdit aucun matériau et intègre
généreusement des éléments de
récupération: des anciennes bri-
ques, des tuiles provenant des vil-
lesetvillagesdétruitsàmarchefor-
cée par la modernisation…
«Je n’ai pas inventé la réutilisa-
tion de matériaux recyclés, dit-il,
cela se retrouve dans notre tradi-
tion constructive… Par ailleurs, en
tant qu’architecte, on ne peut pas
ne pas réagir à autant de maté-
riauxlaissésparlesdestructionsde
bâtimentsanciens.Commentréuti-
liser ces matériaux sur des réalisa-
tions contemporaines, c’est cela
l’attitude que devrait avoir l’archi-
tecte contemporain.»
Il a construit en 2005 un pre-
mier musée, consacré aux beaux-
arts, à Ningbo, important port du
Zhejiang, qui ne ressemble à rien
de ce qui avait été bâti précédem-
ment en Chine. Il y reprend des
techniques connues, des maté-
riaux comme le bois, la pierre, la
tuile, avec autant de souffle que
d’esprit d’équilibre, en résonance
avec le fleuve. Il y trouve une
reconnaissance internationale
qui l’a aidé à s’ancrer dans le petit
milieu des architectes chinois
–pas plus d’une vingtaine sur des
dizainesde milliers actifs – qui ne
pratique pas l’élevage intensif
des tours et du béton.
Car le système commercial
chinois permet de construire des
millionsde mètrescarrés, proces-
sus répétitif qui fait tourner
d’énormes instituts de construc-
tion sans pour autant faire la for-
tune des architectes qui y sont
salariés.WangShuatoujoursrefu-
séd’yadhérer.Ilaégalementrefu-
sé cette pratique, très fréquente
en Chine, où des architectes ont
une petite production de qualité,
à côté d’une agence énorme qui
construit des tours, voire des vil-
les entières.
D’autresbâtimentssontimpor-
tants dans son œuvre. L’un lui a
été demandé par Ai Weiwei pour
une sorte de monument qu’il a
consacré à son père, le poète Ai
Quing, sur les deux rives du
fleuve de Jinhua, sa ville natale. Il
a sollicité une quinzaine d’archi-
tectes, dont Herzog et DeMeuron,
ou Toshiko Mori, qui enseigne à
Harvard, pour qu’ils imaginent
des «fabriques», des petits édifi-
ces.Cetensembleaétémalheureu-
sement volontairement laissé à
l’abandon par les autorités, mais
le bâtiment de Wang Shu garde
uneformede fierté.Ily avaitutili-
sé des carreaux de céramique
qu’on produisait en très grande
sériedanslaChinedel’après-Mao.
Ainsi, cet homme, longtemps
perçu comme un artiste isolé,
avaitdéjà,trèstôt,uncertainnom-
bre de liens avec les grands noms
de l’architecture internationale.
Ses projets ont été diffusés à
travers le monde dans de nom-
breuses revues et expositions,
comme « Alors la Chine ? », en
2003, « Positions », en 2008,
«Architecture as Resistance», en
2009,etluiontvaluplusieursdis-
tinctionsdès 2003 en Chine,mais
aussi à l’étranger, parmi lesquel-
les le Global Award for Sustaina-
ble Architecture en 2007 et la
Grande médaille d’or de l’Acadé-
mie d’architecture en 2011.
Il a également construit le
musée d’histoire de la ville de
Ningbo. Très grand bâtiment,
déconcertant, avec un côté plus
mésopotamien que chinois, là
aussi dans un immense parc. Une
architecture aussi libre que celle
d’un Le Corbusier ou d’un Luis
Kahn,etunensemblequicontras-
te avec un centre d’affaires
construit non loin par un autre
architecte, Ma Qing Yun, dans un
style «flashy», très américain.
Maisl’une de sesinterventions
majeures,toujoursencours,trou-
ve sa place à Hangzhou, où les
anciennes cités Qing, Ming et les
tracesarchéologiquesdelacapita-
le des Song risquaient d’être
rasées.Le mairede laville a prisla
décisionde lui confier l’ensemble
du quartier autour de la rue
ZhongshanLu,épinedorsalede la
ville. Tout un ensemble de bâti-
ments demeurait intact, parmi
lesquelsdevastespharmaciestra-
ditionnelles,bousculéesparl’arri-
vée de blocs de béton au XXe
siè-
cle.WangShuaprislepartidepré-
serverl’Histoire,sagrandeuranti-
que et ses médiocrités récentes.
Pour retrouver la forme de la
rue,faireoublierlalaideurintem-
porelle des casemates de l’ère
post-maoïste, il s’est ingénié à
poser des implants dans les dents
creuses.Il aimaginédes éléments
modernes, dont le profil étrange
pourrait avoir été inspiré par
celui des ouvertures de la région
de Suzhou, connue comme la
«Venise chinoise».
Ceprocessusadéconcerténom-
bredeChinois,aussibienlesarchi-
tectes «occidentalisés» que les
défenseursdupatrimoine:lespre-
mières réactions, mitigées, à l’an-
nonce de son prix montrent qu’il
n’estpasprophèteensonpays.Au
premier rang d’entre elles, celle
du professeur et historien de l’ar-
chitecture Ruan Yisan, de
Shanghaï, pionnier courageux de
ladéfensedupatrimoine:ilavive-
ment condamné l’irruption de
signes modernes dans un ensem-
ble ancien.
MaisWangShun’estpasunpas-
séiste: «Ce qui m’intéresse, c’est
plutôt d’observer, à partir de l’his-
toire,laquestiondel’expérimenta-
tion;ladistinctionnetteentre“tra-
dition” et “modernité” est abstrai-
te et simpliste, et ne reflète pas la
réalité.On saitque les deuxderniè-
res décennies en Chine ont été
extrêmementmarquéesparlades-
truction des centres anciens, avec
beaucoup de grands immeubles
construits,ettroppeuderéflexions
avant démolitions. Même si, au vu
de la population chinoise, on ne
peutnierlebesoind’immeubleséle-
vés, il est important de prendre en
comptelesexpériencestiréesdesiè-
cles de constructions.»
De la tradition architecturale
chinoise, il préserve la mémoire
cachée dans les fragments de
tuile, mais aussi ce qui relève de
l’organisation de l’espace et des
éléments structurels qui ont fait
leurs preuves. Il se soucie de l’hu-
main, pratique une architecture
naturellement écologique, avec
un réel souci de l’échelle, dans un
pays qui semble perdre le sens de
la mesure.
En octobre2011, Hu Jintao, le
président chinois, s’est montré
très offensif, mettant en garde
contrel’«occidentalisation»de la
Chine dans le domaine culturel
(Le Monde du 6 janvier 2012).
Dans ce contexte, l’attribution du
Pritzker est un événement para-
doxal, car Wang Shu, sans rejet
des influences étrangères, ouvre
lesvoies d’unrenouveaupossible
de l’architecture chinoise.
S’il fait école à Hangzhou, il ne
cherche pas à se présenter com-
meuniqueréférence.Il semontre
serein. Il a trois projets en
construction à Ninghai, Jinhua et
Kunming.Deuxautres sontenco-
re en phase de conception à
Zhoushan Hangzhou. Il ne chan-
gerani sesméthodesde travail,ni
le temps consacré à ses projets,
«pourpréserverunniveaudequa-
lité suffisant». p
Frédéric Edelman
(avec Jérémie Descamps
à Hangzhou)
Le Musée des beaux-arts à Ningbo et l’université Xiangshan (en haut) à Hangzhou, réalisés par Wang Shu (portrait). TIM FRANCO. COURTESY GALLERIE NAVARRA/«MADE BY CHINESE» (OUVRAGE À PARAÎTRE)
UnChinoisentreaupanthéondel’architecture
WangShuaobtenulePritzkerPrizepouruneœuvrequimêleavechabiletémodernitéettradition
WangShuest
lereprésentant
d’uneminuscule
fractiond’architectes
chinoisquiontchoisi
lavoieétroite
delaqualité
UN ARCHITECTE chinois «Pritz-
ker prize»? Impensable il y a
dixans, quand la Chine mettait en
compétitionsa proprecapacité à
anéantirsa culture urbaine et son
goûtpourles signesles plusméga-
lomanesde la jet-set architectura-
le internationale. Il y a cinq ans
seulement,c’étaitencore très
improbable,tant les jeunes archi-
tectesde l’empire du Milieu res-
taientmarqués par les modèles
occidentauxet fascinés par les for-
mes dérivéesdes ordinateurs.
Pourtant,dans tout le pays, à
raisond’une ou deux agencespar
grandemétropole (un peuplus à
Pékin, nettementplus à Shanghaï
et sa région), une vingtained’équi-
pes, guère plus, ont émergéavec
des réalisationssincères, exigean-
tes, inventives,libres autant qu’il
se peut des contingencesde la
commande.
Certes,quelques-unesont choi-
si d’adjoindreà leur modestieini-
tialedes portefeuillesdecomman-
des dont l’ampleur a peuou prou
écrabouillél’initiale fantaisie: Ma
Qingyunà Shanghaï, Yung Ho
Changà Pékin (ce dernierétait
membre du jury du Pritzker).
D’autresse sont enivrés des par-
fums «paramétricistes» des
grands prêtresde la conception
assistée(le mot est faible)par ordi-
nateur commeMa Yansong,
récent transfugede chez Zaha
Hadid, qui fait exécuter la danse
du ventre à ses constructions.
Résurgence de la culture
Quelques-unsenfin se sont obs-
tinés,comme scarabéesdans le
désert. Ainsi Liu Yichunet ses
complicesde l’agence Deshaus
(Shanghaï),capteurs hypersensi-
bles des brumes et des couleurs
de Chine. Ainsi Liu jiakun (Chen-
gdu), poète sombreet lucide déli-
vré de toutes chaînes culturelles
mais sensiblecomme une fleur
de pommier sauvage à tous les
signauxd’une résurgencede la
culture,serait-ce dans les
contréesdévastées par le séisme
du Sichuan. Ou encore Tang Hua,
auteur de la bibliothèquede l’uni-
versité de design du Sichuan, près
de Chongqing.
Dans la région du Fujian, Li
Xiaodonga investi avec autant de
génie que d’humilité l’univers des
villagesmonumentauxdes Hak-
ka (Prix Aga Khan 2010). A Shen-
zhen, l’agence Urbanusa dévelop-
pé une maîtrise exceptionnelle
des espaces et des lieux d’échange
publics,Zhang Lei s’est imposé à
Nanjingà travers des habitations
plutôt dédiées aux artistes, aux
poèteset aux intellectuels
chinois,disperséesdans un paysa-
ge promptà aspirer les brumes.
Et puis il y a les figures tutélai-
res de ce mouvement: jeunes déjà
assezvieux pourprotéger ce cer-
cle de poètesretrouvés: Cui Kai (à
Pékin),figure débonnaireet géné-
reuse ancrée dans le systèmedes
institutspour mieuxaiderà l’éclo-
sion de nouveaux talents. Qi Xin,
francophoneet passeur entre
générations,Yung Ho Chang, qui
parvient à maintenirson statut
d’intellectuelgrâce à son poste à
l’universitéde Harvard, et malgré
une architecture«à l’américaine»
qui tend à se cacher derrière les
hauts murs de ghettos fortunés.
Et Ai Weiwei, toujours lui, remar-
quablearchitecte, presque plus
qu’artiste,par sa volonté même
de simplicité. Encore un passeur
auquel la Chine doit beaucoup.p
F. E.
22 0123
Jeudi 1er
mars 2012
culture
Faiseurs deculture | Avantlaprésidentielle:
laparoleàceuxquifontbougerlesrégions
IsabelleRichomme,àMarseille
I
maginez un café où
vous pourriez trou-
ver toute l’actualité
culturelle et artistique
d’une ville. Un concert
de rock mardi, une per-
formance jeudi à
minuit, dans une gale-
rie, du cirque dimanche
après-midi. Un lieu où
l’on vous mâcherait le
travail en somme, sauf
le plat délicieux qui vous serait servi avec le sourire et
pourunprixtrès,très,raisonnable.Oualors,non:disons
que vous êtes entré par hasard pour boire un verre, au
comptoir,et que, là, surprise, vousentendezvotre voisin
parler de la pièce de théâtre qu’il a vue la veille. Ça a l’air
intéressant, vous tendez l’oreille et finissez par engager
la conversation…
Cet endroit existe bien, nousl’avons visité à Marseille.
Le Waaw a été ouvert en juillet2010, tout près du Cours
Julien, le «Cours Ju» dans le quartier populaire et créatif
deLaPlaine.Lemobilieretlestablesducafésontjoyeuse-
mentdépareillés.Surunetable,prèsdelafenêtre,lespla-
quettes des salles de spectacle, des galeries d’art, atten-
dent qu’on les consulte. Un canapé vintage lamé doré
noustendlesbras.C’esticiqu’IsabelleRichomme,33ans,
qui dirige le lieu avec Frédéric Lévy, nous explique son
parcours. Pourquoi a-t-elle quitté l’univers du théâtre
jeunepublic pour ouvrir un café?
C’est pourtant simple et carré, quand on écoute cette
jeune femme châtain, au léger accent marseillais. Elle a
grandi ici, a fait des études de médiation culturelle, puis
travaillé huit ans au Théâtre Massalia à la Friche La Belle
de Mai. Elle s’occupait tout particulièrement des adoles-
cents, essayait de leur donner le goût du théâtre, les
découvrait à 11ans, les «quittait» à 16. Faisait des tour-
néesdansdesclassesd’écolesetdecollègesaveclacompa-
gnie L’Entreprisede François Cervantes.
Puiselleaeuenviedeprendrelelarge.Denepasselimi-
ter à une tranche d’âge de public, ni à un seul domaine
artistique. «Ici, on fait de la médiation tout au long de la
journée. Il se passe tellement de choses à Marseille et dans
les alentours, et les gens sortent finalement peu… On
essaiededonnerenvie,maisontrie,onfaitdeschoix.Nous
sommesenquelquesorteunhaut-parleurdelaculturesur
le territoire», explique-t-elle.
Régulièrement, des artistes sont invités pour présen-
ter leur travail. Récemment, le chorégraphe Alain Buf-
fard est venu présenter sa création en cours au Pavillon
noir, à Aix-en-Provence. «Un autre jour, les metteurs en
scène Alain Reynaud et Alain Simon ont mis les clients
dansleurpocheen commençantparjouerdel’accordéon.
Ladiscussionestensuitedevenueinformelle»,raconteIsa-
belle Richomme.
LeWaaw,c’estaussiunsiteInternetquirecenselessor-
ties culturelles à ne pas rater. C’est encore un outil de
mutualisationaveclescompagniesduterritoire.Isabelle
Richomme assure l’administration pour certaines, la
billetterie pour d’autres. Un jour, elle est webmaster, un
autreadministratrice,ouencorechargéedelacommuni-
cation…
Mais elle est aussi utopiste dans l’âme. Attraper dans
son filet à papillons des gens que, par principe, l’on ne
connaît pas, et les emmener découvrir les charmes du
spectacle vivant ou de l’art contemporain par la grâce
d’unespresso…Etsi,enplus,lesclientspouvaientpayerd’unespresso…Etsi,enplus,lesclientspouvaientpayer
le café autrement qu’avec une pièce d’unle café autrement qu’avec une pièce d’un
euro, notre faiseuse de
public serait la plus
heureuse. Sachez
qu’elle y travaille.
Ainsi,leWaawestpar-
tenaire de Marseille 2013tenaire de Marseille 2013
off. Dans ce contexte, les orga-off. Dans ce contexte, les orga-
nisateurs réfléchissent à unenisateurs réfléchissent à une
monnaie culturelle, le Gaston,monnaie culturelle, le Gaston,
laquellecirculeraitentre les lieuxlaquellecirculeraitentre les lieux
de spectacles, les cafés, etc. Lede spectacles, les cafés, etc. Le
Waaw sera donc un lieu-test pourWaaw sera donc un lieu-test pour
le Gaston. Au fait, pourquoi le caféle Gaston. Au fait, pourquoi le café
s’appelle-t-il ainsi? C’est tout uns’appelle-t-il ainsi? C’est tout un
poème, qui renvoie à un vieuxpoème, qui renvoie à un vieux
projet. Isabelle Richommeprojet. Isabelle Richomme
voulait monter avec des amisvoulait monter avec des amis
un dispositif de mutualisationun dispositif de mutualisation
du mécénat, qui aurait permisdu mécénat, qui aurait permis
àdes particuliers,àdes habi-àdes particuliers,àdes habi-
tants d’un quartier, detants d’un quartier, de
financer la création d’unefinancer la création d’une
œuvre, au même titreœuvre, au même titre
qu’une entreprise. Ce projet sequ’une entreprise. Ce projet se
nommait «Ministère des arts et autres minorités», le
Maam. Mais il tardait à voir le jour. Entre-temps, l’idée
du café culturel est arrivée. En renversant le M du
Maam, on obtient un W.Cela donne le Waaw, comme
«what anamazing world». Marseille,quelmondeéton-
nant.pC.F.
Prochain article Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny,
éditeurs à Auch.
Qu’attendez-
vous d’une
politique
culturelle?
«Le Web est
un outil de
démocratisa-
tion. La ques-
tion des droits
d’auteur et de
la diffusion
des œuvres
sur le Web
peut devenir
acceptable si
elle est équita-
ble: j’accepte-
rai de payer
une contribu-
tion liée à
mon utilisa-
tion d’Internet
si elle permet
de rémunérer
les artistes,
dans un parta-
ge juste, et
non selon des
quotas
d’audience
établis com-
me peuvent
l’être aujour-
d’hui les
contributions
versées aux
artistes de
musique.»
M
ercredi 29février, Cathe-
rine Chadelat, présiden-
te du Conseil des ventes
volontaires (CVV), l’autorité de
régulation du marché des ventes
aux enchères publiques, devait
présenter à Michel Mercier, garde
des sceaux, ministre de la justice
etdeslibertés,le«Recueildesobli-
gationsdéontologiquesdesopéra-
teurs de ventes volontaires de
meubles aux enchères publi-
ques».
Ce recueil, demandé au CVV en
2010 par Michèle Alliot-Marie,
alors garde des sceaux, est une
réponse au scandale qu’a connu la
profession avec ce que l’on a pu
appeler«l’affaireDrouot»(LeMon-
de du 4décembre 2009) où plu-
sieurs employés avaient été arrê-
tés pour vols et trafic d’œuvres.
Mais c’est surtout un moyen de
donner à tous les acteurs du mar-
ché des ventes aux enchères un
«instrument de protection et de
valorisationpourlemarché»,insis-
te CatherineChadelat.
Après six mois de réunions et
de concertation avec tous les
acteurs du secteur dont le Syndi-
cat national des maisons de ven-
tes volontaires (Symev) et l’Asso-
ciationdessociétésdeventesauto-
mobiles (ASVA), sort enfin ce
recueil qui regroupe et rappelle
les bonnes pratiques profession-
nellesenmatièred’enchères.Com-
me le relève Mme
Chadelat, « ce
type de recueil est véritablement
inédit: c’est la première fois qu’est
publié un document qui regroupe
et met en forme les obligations
déontologiques qui s’imposent
aux opérateurs de ventes».
Pour la présidente du CVV, il
était important de «retranscrire
noir sur blanc tout ce qui se fait
actuellement,augmentédelajuris-
prudence disciplinaire du conseil
des ventes. Nous ne sommes pas
dans la tradition orale», ironi-
se-t-elle. Il était également impor-
tant, ajoute Catherine Chadelat,
que ce travail s’effectue «dans la
concertation avec la profession, la
concertation étant la garantie de
l’adhésion».
Organisé en trois parties, le
recueil rappelle dans un premier
opus les devoirs généraux (bons
déroulementsdesventes,transpa-
rence,loyautéàl’égarddes clients,
vendeurs, acheteurs, confrères,
etc.) qui sont les principes fonda-
mentauxet de base du métier.
Tombeur de marteau
Une deuxième partie traite de
la préparation de la vente, y com-
pris les rapports à entretenir avec
les experts apporteurs d’affaires
dontcertains,ayantpristellement
d’ascendant sur le commissaire-
priseur, le «confondent parfois
avec un simple tombeur de mar-
teau»,déploreMme
Chadelatavant
de rappeler que le commissaire-
priseur est le mandataire du ven-
deur et qu’il n’est pas là pour faire
plaisir aux experts.
Une troisième partie, enfin, est
consacréeàl’organisationdesopé-
rateurs.C’estnotammentdanscet-
te partie qu’il est précisé qu’il
devra sensibiliser l’ensemble des
personnes qu’il emploie aux obli-
gations déontologiques et aux
obligations de vigilance qui
pèsent sur lui.
Quant à l’accueil des profes-
sionnels, la présidente du CVV se
veut confiante: «Ce n’est surtout
pas un instrument de sanction, ce
n’est pas un carcan, c’est simple-
ment écrit désormais », résu-
me-t-elle. Mais finalement,
au-delà de coucher noir sur blanc
les bonnes pratiques espérées de
la profession, le CVV veut que ce
recueildevienneàlafoisuninstru-
ment de protection pour le
consommateur en général, qu’il
soit vendeur ou acheteur, et à la
fois un instrument qui permette
la promotiondes ventes volontai-
res instituant une sorte de label.
«Le marché français a beau-
coupd’atouts: nousavons de bons
professionnels, de bons experts, de
bons restaurateurs, un excellent
systèmejuridique.Onnesaitpasle
faire valoir et nos résultats ne sont
pasforcémentàlahauteursionles
compare à ceux d’autres pays.
C’estencesensquelesbonnesprati-
ques sont incontestablement un
bon instrument de promotion»,
martèleCatherine Chadelat.p
François Bostnavaron
«Ici,auWaaw,onfait
delamédiationculturelletoutelajournée.
Noussommesunhaut-parleur»
Quandla campagneestmor-
ne,ilfautla réveiller.Ou
allervoirailleurs.Certains
sesouviennentpeut-êtrede
L’Autrecampagne,ce collectifani-
mépar le cinéasteThomasLacos-
tequi, lorsde l’électionprésiden-
tiellede 2007,sonnal’alerte,
déconstruisitjusqu’àla veilledu
secondtourleprogrammeducan-
didatUMPNicolasSarkozy.Non
pasà coupsde formulestoni-
truantes,mais parla forcede
films-entretiensaussisobresque
charpentésavec deschercheurs,
deshistoriens,des sociologues,
deséconomistes,des psychiatres,
desmagistrats,etc.Un livredu
mêmenom, L’AutreCampagne,
étaitégalementsorti auxéditions
LaDécouverte.
Cinqansetune présidentielle
plustard, l’infatigableréalisateur
sortun coffretde47films réunis
dansneuf DVD. Travail,luttes
sociales,enseignement,politique
migratoire,justice etlibertés…
Faceà la caméra,le sociologue
RobertCastel,l’historienPap
Ndiaye,lamagistrateHélèneFran-
co,le psychanalysteetphiloso-
pheBertrandOgilvie,la juriste
MoniqueChemillier-Gendreau,
etc.,ont tout le tempsde déployer
leurpensée.Attablez-vous.
Onpeuttout absorberen vingt-
quatreheures, versiongrande
bouffe,ou savourersurplusieurs
jours,à conditionde ne pas
oublierquele premiertoura lieu
cetteannée le 22avril, etle second
le 6mai. IntituléPensercritique,
ce coffretpubliépar leséditions
Montparnasse(49,94¤)seprésen-
tecomme«un kit de survieéthi-
queet politiquepour situationsde
crise(s)». ThomasLacosteprécise:
«A présent,il s’agitde construire
et de faire despropositionsconcrè-
tessur ce quepourrait êtreune
démocratieauXXIee
XXI siècle.Avecun
souciconstant,celuid’êtreaccessi-
bleà tous.» Lavolontédedémo-
cratiserla penséecritiquea tou-
joursanimé ce garçonde40ans,
quifondaen 1994,à l’âgede
22ans, la (biennommée)revue
LePassantordinaire.
Ilfautêtre unpeu Hercule
dansl’âmepours’attaquerà de si
grosmorceaux.Penserautre-
mentle mondeetréaliser, seul
chezsoi, une cinquantaine
d’œuvresfilmiquesà ce jour. Le
travailne s’arrêtejamais, lesini-
tiativessontmultiples,lescompli-
cesnombreux,ettous se côtoient
auseindu réseauLa Bandepas-
sante[Labandepassante.org].
«Ciné-frontières»
Lesfilms-entretiensconsti-
tuentunmatériauquisertà Tho-
masLacosteà fabriquer,ensuite,
cequ’il nommedes «ciné-frontiè-
res», objetssinguliersquimêlent
desentretiens,dela fictionet des
créationssonores.Unerétrospec-
tiveseraorganiséeau RefletMédi-
cis,à Paris,du 19marsau 23avril:
l’onyverra Ulysseclandestin
(2010),inspiréparla créationdu
ministèredel’immigrationet de
l’identiténationale,Les mauvais
joursfiniront– Quaranteansde
justiceen France(2009),Rétention
desûreté, unepeineinfinie (2008),
Universités,le grandsoir (2007).
Detoutesa collectiondefilms,
ThomasLacosten’aplusque les
versionscompresséeset commer-
cialisées.Tous lesrushesontdis-
paru,débutjanvier,à la suite d’un
incendieaux circonstancessuffi-
sammenttroublespourque le
parquetde Parisaitdécidé
d’ouvrirune enquête.Dequoise
décourager?Ses amisluiontdit:
«Ne perdspas tonsens politique!»
LaMaisondesmétallosa mis à
ladispositiondu réalisateurun
plateaudetournage,du6 au
11avril.Dans ce prochainopus,il
yauratoujoursdeschercheurs,
desintellectuels,desartistes et,à
quelquesjours dupremier tour,
chacuntirerale filselon soninspi-
ration,le climatpolitique,l’état
deslieuxdu débat…Le philoso-
pheEtienneBalibara déjàrépon-
duprésent.Et ThomasLacostene
seraplustoutseul auxmanettes.
IrinaLubtchansky,directeurdela
photode JacquesRivette(36 vues36 vues(
dupic Saint-Loup, 2008),seraà
sescôtés,ainsique la comédienne
et réalisatriceMarianneDeni-
court.Lescandidatspassent,la
bandecontinuede tourner.p
Clarisse Fabre
Le«kitdesurvie»deThomasLacoste,cinéastetrèspolitique
Lesventesauxenchèressedotent
enfind’uncodedebonneconduite
FondéesousHenriII,laprofessions’enétaitpasséejusque-là
MARC RIBES
Musique
E
ntendu à la sortie du récital
que donnaient, dimanche
26février, à la Salle Pleyel, la
sopranoNatalieDessayetlepianis-
te Philippe Cassard: «Ben, pour
une fille qui a perdu sa voix, elle se
débrouille encore vachement
bien!»,ditunmonsieuràsadame.
Rectification immédiate: Natalie
Dessayn’a pasperdusa voix– loin
delà.Ellea certeseu quelquessou-
cis de cordes vocales, au cours de
sa carrière, et l’attaque de certai-
nes notes, celles du médium en
particulier, «accroche» parfois un
peu. Mais, ces peccadilles mises à
part, quelle forme splendide pour
celle qui ne cache pourtant pas
vouloirprendreuneannéesabbati-
que, l’année de ses 50ans (2015),
«une année sabbatique à durée
indéterminée…», dit-elle volon-
tiers,en plaisantantà moitié.
Natalie Dessay a déjà chanté de
lamélodieavecpiano,ainsiqu’elle
le rappelait récemment(Le Monde
daté26-27février),maisc’estlapre-
mière fois qu’elle l’enregistre et la
donne dans de grandes salles de
concert. Elle se disait trop «à nu»
pour se sentir vraiment à l’aise en
cet exercice. Pourtant, au sortir de
ce splendide programme, entre-
coupé de deux pièces pour piano
seul, jouées par le «subtilissime»
Philippe Cassard, main de velours
et oreille de lynx, on se disait
qu’onavait rarementassistéà une
séance de mélodies aussi dense,
forte et poétique.
NatalieDessayditmanquerdes
accessoires de la scène. Mais elle
recrée,parquelquesgestesparfois
théâtralisés, son décor intérieur,
son paysage de fantaisie. Et elle
nouslesfaitvoirnonparletruche-
ment des mimiques mais par la
lucarne magique de son regard,
par la palette raffinée de ses voiles
d’angoisse, de tristesse, de joie,
relayé par le tissage du tapis sono-
re fourni par Cassard. Ce qui suffit
pour pallier une voix au timbre
fruitémaisplutôtmonochromeet
une diction peu compréhensible
sauf dans le médium.
A pleurer d’émotion
Ces mélodies pour voix haute
de Debussy, dont les inédites que
DessayetCassardviennentd’enre-
gistrer (1CD Virgin Classics), sont
redoutablesetexigentunetechni-
que impeccable: Dessay ne déton-
nejamaiset,touten donnantl’im-
pression de s’en jouer, contrôle
parfaitementl’extraordinaireplas-
ticité de sa voix. En troisième bis,
la soprano a donné un extrait de
Lakmé, de Delibes, un ouvrage
qu’elle ne chante plus depuis des
années.L’élégiaqueTum’asdonné
le plus doux rêve était à pleurer
d’émotion juste, à la fois adieux et
retrouvailles.p
Renaud Machart
NatalieDessay:unevoixsansmaître
Nousvousl’annoncionsceweek-end…Confirmationsurscène:ladivafutéblouissante
230123
Jeudi 1er
mars 2012
& vous
Tourisme
Douz (Tunisie)
Envoyée spéciale
S
ept heures du matin sur le
marché de Douz, oasis du
Sud tunisien. Les marchands
enveloppés dans leurs burnous
disposent sur le sol leurs grands
sacs remplis de dattes, couscous,
fruits, légumes, épices, poissons
séchés. Les premières boutiques
ouvrent leurs portes et les mar-
chands commencent à suspendre
leurstapis de laine.Aucentre de la
place,lesplusanciens,assisparter-
re, discutent en buvant un thé à la
menthe. Un monde essentielle-
ment masculin –les femmes vien-
dront plus tard avec les enfants–
sur cette place qui jouxte le mar-
ché aux bestiaux,en contrebas.
C’est l’heure des affaires: on
regarde,onausculte,ontouche,on
soupèse,oncompare,onnégocieà
mots couverts. Les transactions se
font, se défont en catimini, les
billets en rouleaux passent de
main en main et, en moins d’une
heure, plusieurs dizaines de che-
vaux, d’ânes, de poulets, de chè-
vres, de moutons et de dromadai-
res changent de propriétaire.
Un an après la «révolution du
jasmin», le 13janvier 2011, seule
une dizaine d’Allemands et de
Français sont venus randonner et
profiter de ce soleil d’hiver.
Occupé à coudre des chaussons
sahariens devant sa boutique,
Mohammed, 55ans, ne comprend
pas:«Oùsontlestouristes,lesFran-
çais, les Italiens, les Allemands?
Pourquoineviennent-ilsplus?»
Après les événements politi-
ques qui ont chassé du pouvoir le
président Ben Ali, les habitants de
Douz,les Mrazigiens,s’inquiètent.
Carletourismeestlapremièreres-
source de la région, devant les dat-
tes. En un an, il a reculé de 40% en
termes de fréquentation et les
recettes ont chuté de 33%, selon
l’Officenationaldutourismetuni-
sien.«Dequoiont-ilspeur?»,ajou-
tecethommequi,commelamajo-
rité des familles de Douz, organise
depuis des années des méharées,
des randonnées dans le désert à
dos de dromadaire.
Difficile de lui faire admettre
que les révolutions arabes récen-
tes ont provoqué un sentiment
d’inquiétude générale en Europe
et en particulier en France. Le
Quaid’Orsaydéconseilledeseren-
dredansleSaharaoriental,ausud
de Douz. «Vous voyez bien qu’il
n’y a aucun danger», ajoute Ali,
qui tient un petit bazar un peu
plus loin.
Mohammed, comme tous ses
voisins, compte sur la récolte des
dattes et les quelques étrangersde
passage pour tenir en attendant le
retour des voyageurs à Douz,
point de départ de nombreuses
randonnées chamelières dans le
Sahara tunisien.
Un Sud modelé par le vent, où
les dunes se déplacent au gré des
capricesd’Eole. Rienà voiravec les
grandsdésertsd’AlgérieetdeMau-
ritanie, mais une première expé-
rience du Sahara. Cette nuit, nous
dormironsau campement,sous la
tente, après une randonnée à pied
et à dos de dromadaire dans le
sablechaud.Unenuitàlabelleétoi-
le, avant de partir au petit matin
vers l’est, en direction de Matma-
ta.Une premièreétape vers les vil-
lages perchés du Dahar, situés
plus au sud, des sites reculés où se
réfugièrentlesBerbèreslorsdel’in-
vasion arabe du VIIe
au XIIe
siècle.
Onquittebientôtl’erg,ledésert
de dunes pour le reg, ce fameux
désert de pierres et de cailloux.
Sur la route asphaltée, peu de pas-
sage hormis quelques moutons.
«En hiver, les gens restent dans les
villages, en attendant les pluies de
février et l’arrivée du printempsen
mars, explique la guide, Domini-
que Harari. C’est alors le moment
de redescendre dans la vallée pour
planter de l’orge et faire paître les
animaux. On voit des familles
entièresdresserleurstentesets’ins-
tallerpourtrois moissur leurlopin
de terre.»
Enattendant,nousfilonsenvoi-
ture vers Tamezret, dernier village
berbère où l’on parle encore le
tamazic, et Matmata. C’est là, par-
mi des paysages lunaires, que
furent tournées plusieurs scènes
de Star Wars. A flanc de montagne
ou creusées directement à la verti-
cale, des maisons troglodytes ren-
forcent cette impression de surna-
turel. Elles sont organisées autour
d’un puits d’où partent en étoile
plusieurs cavités, sans fenêtre,
blanchies à la chaux et transfor-
méesenchambre,cuisine,salonet
garde-manger.
L’été dernier, Myriem et son
mari ont creusé tout l’été dans le
sol pour ouvrir une pièce (grotte
touten longueur)supplémentaire
et accueillir quelques voyageurs
de passage. Une table d’hôte à la
berbère où, confortablement assis
sur des tapis colorés, nos hôtes
nous font goûter quelques plats
traditionnels: bricks, agneau à la
gargoulette, grenades et dattes
degletnour…
Plus au sud, en direction de
Tataouine, c’est un paysage plus
escarpé avec ses ksours, anciens
greniers bédouins en pierre et en
pisécreusésausommetdelamon-
tagne. Composées d’une multitu-
de de ghorfas –petits greniers à
grainindividuelsvoûtés–,cesvéri-
tables «forteresses» servaient
autrefois de citadelles et, en cas de
conflit, les populations pouvaient
y trouver refuge avec leurs trou-
peaux. Certains ksours ont été
reconvertis,depuis, en gîtes. p
Martine Picouët
ADouz,onattendleretourdestouristes
Boudéedepuislarévolution,laTunisieveutaussireconquérirlesamateursderandonnées
Belleassise
Selon ses dires, Christophe Pillet serait tombé
dans le design par hasard. Enfin, pastout àfait, puis-
que c’est au sortir de l’Ecole des arts décoratifs de Nice
qu’il découvre le groupe Memphis,créé par Ettore
Sottsass(1917-2007), figure majeure du design du
XXe
siècle. En tout cas, à voir son palmarès, l’on com-
prend surtout que le designer français n’est pas si mal
tombé. Après un démarrageà Milan, il entreen 1988
dansl’équipe de PhilippeStarck, avant de travailler en
solo pourCappellini, Serralungaet bien d’autres édi-
teurs ainsi que pourdes marques prestigieusesdont
Lancel, Lacoste,Renault… En marge du dernierSalon
Maison et Objet de janvier2012, il dévoilaitses nouvel-
les créations. On peut les voir désormaisà la boutique
Edifice(27 bis, boulevard Raspail,Paris 7e
). Ces chaises
et tabourets d’extérieur en aluminiumrecyclé sans
raccordsni soudures, d’une soliditéà toute épreuve,
ont été réalisées pour Emeco, le fabricant américain
des sièges de la Navy depuis 1944. Il s’agissait au
départde créer une gamme de chaises pour l’Hôtel
Sezzà Saint-Tropez. p Mélina Gazsi (PHOTOS DR)
Mohammedcompte
surlarécoltedes
dattesetlesétrangers
depassagepourtenir
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Tél.: 71323182
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de Douz, à deux pas de la place
du marché. Tel.: 213-75-470-269,
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salle de bains (15¤).
A Douiret Gîte de Raouf. Tarifs:
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sion et 55dinars en pension com-
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Carnet de route
A Douiret, les ghorfas, petits greniers à grain, qui ont été reconvertis en gîtes. LUCAS VALLECILLOS/AGE FOTOSTOCK
24 0123
Jeudi 1er
mars 2012
250123
Jeudi 1er
mars 2012 carnet
<
AU CARNET DU «MONDE»
Naissance
Georges,
est né le 24 février 2012.
Matthieu LAEMLÉ
et
Léa HISCHMANN
197, rue du faubourg Saint-Denis,
75010 Paris.
Anniversaire de naissance
Dix-huit ans après avoir annoncé
ta venue au Monde,
merci d’être devenu qui tu es.
Bon anniversaire, mon cher
Antoine.
Papa, Maman, Simon et Victor.
Décès
Pierre et Céline Chiandusso-Cros,
ses parents,
Ilana et Octave,
sa sœur et son frère,
Jean-Louis et Elisabeth Cros,
Alain et Christèle falque,
ses grands-parents,
Mme
Tagliante-Saracino,
Mme
Odin,
ses arrière-grands-mères
Et toute sa famille,
ont l’immense douleur de faire part
du décès de leur petit chou,
Hector,
le 26 février 2012,
à l’âge de dix-neuf mois.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 2 mars, à 15 heures,
en l’église Saint-Pierre-de-Montrouge,
place d’Alésia, à Paris 14e
, suivie
de l’inhumation à 16 h 15, au cimetière
du Montparnasse.
Cet avis tient lieu de faire-part.
1, rue du Lunain,
75014 Paris.
Claude Samuel,
président,
Les membres
du conseil d’administration
Et les collaborateurs d’Acda,
ont la tristesse d’annoncer la disparition
de
Maurice ANDRÉ
et s’associent à la douleur de sa famille.
Prestigieux virtuose, il aura été, depuis
1979, l’âme du Concours international
de trompette qui porte son nom.
(Le Monde du 29 février.)
Joëlle Boué,
son épouse,
françois et Claire,
ses enfants,
Cécile, Pierre, Gilles et Pauline,
ses petits-enfants,
Madeleine,
sa sœur,
ont le chagrin de faire part du décès,
survenu le 27 février 2012,
à l’âge de quatre-vingt-sept ans de
André BOUÉ,
officier de la Légion d’honneur,
professeur émérite de microbiologie,
médaille d’argent du CNRS,
directeur d’unité INSERM
de biologie fœtale,
ancien membre
du Comité national d’éthique
et du Conseil de prévention
et de lutte contre le dopage.
Une cérémonie aura lieu le vendredi
2 mars, à 15 h 30, au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise, 71 rue
des Rondeaux, Paris 20e
.
André Caulier,
son époux,
Chantal, Michel, Philippe, françois,
ses enfants,
Sylvie, Catherine, Bruno,
leurs conjoints,
Matthieu, Vincent, Sophie, Clémentine,
Jasmine, Axel, fatou, Léonor,
ses petits-enfants,
ont la douleur de faire part du décès de
Mme
Thérèse CAULIER,
née FAYET,
survenu le 26 février 2012.
La cérémonie religieuse aura lieu
le vendredi 2 mars, à 10 heures, en l’église
Saint-Etienne de Rennes, (Ille-et-Vilaine).
Un dernier hommage lui sera rendu
au crématorium de Montfort-sur-Meu,
à 12 heures.
Marie-Jeanne Coeuillet,
son épouse,
Leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ont la profonde tristesse de faire part
de la mort le 25 février 2012,
dans sa quatre-vingt-quatorzième année de
Robert COEUILLET,
ingénieur civil des mines P 37,
directeur général des H.B.L
de 1974 à 1980.
La cérémonie religieuse aura lieu le
vendredi 2 mars, à 14 h 30, en la chapelle
Sainte-Bernadette, 4, rue d’Auteuil,
Paris 16e
.
94, quai Louis Blériot,
75016 Paris.
Le conseil d’administration du Syndicat
national des médecins biologistes
a la tristesse de faire part du décès de
Mme
Marcelle-Claude COHEN,
née GIROS,
épouse du docteur Claude Cohen,
président du Syndicat national
des médecins biologistes.
Le conseil d’administration adresse
au docteur Claude Cohen et à toute
sa famille ses sincères condoléances.
Jacques Damour,
son époux,
Dominique et Pierre Desché,
Martine et Antoine Cachin,
Agnès et Luc Grellet,
Rowina Damour,
ses enfants,
Agathe, Julien, Valentine, Maxime,
Antoine, Elise,
ses petits-enfants et leurs conjoints,
Tiana,
son arrière-petite-fille,
ont la peine de faire part du décès de
Simone DAMOUR
née LUIGI,
survenu le 27 février 2012,
à l’âge de quatre-vingt-six ans.
Les obsèques auront lieu au
crématorium du cimetière du Père-
Lachaise, le vendredi 2 mars, à 14 h 45.
Mme
Simone Delarozière,
son épouse,
Odile et Jean-Pierre Bouillin,
Suzanne Delarozière (†),
Jeanne et Philippe Laurent,
Brigitte Delarozière,
ses enfants,
Ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du décès de
Roger DELAROZIÈRE,
administrateur de la france d’Outremer
ENfOM 1940,
officier de la Légion d’honneur,
commandeur
dans l’ordre des Arts et des Lettres,
survenu le 26 février 2012.
Les obsèques seront célébrées
vendredi 2 mars, à 15 heures, en l’église
de Salindres (Gard).
Elles seront suivies de l’inhumation
dans le caveau de famille.
Jacqueline et Claude Leonard,
Pascale et Xavier Deau,
Christian et Marie-Claude feltz,
françois et Annick feltz,
Olivier et Brigitte feltz,
Catherine et Jean Dazy,
Marie-Noëlle et Laurent Grassin,
Sylvie et Luc Daub,
ses frères, sœurs, beaux-frères et belles-
sœurs,
Ses quarante neveux et nièces,
Ses filleuls et filleules,
Les familles feltz, Husson, fellmann,
Delfourd, Baillet, Vignon et Samson
ont l’immense tristesse de faire part
du décès de
M. Jean-Loup FELTZ,
survenu brusquement le 25 février 2012,
dans sa soixante-quatrième année.
La musique était sa passion, sa famille
était sa joie, le devenir des autres
était au cœur de sa vie.
Le Seigneur l’a accueilli dans Sa
Plénitude.
La cérémonie religieuse aura lieu
le vendredi 2 mars, à 10 h 30, en l’église
Saint-Roch, 296, rue Saint-Honoré,
à Paris 1er
.
L’inhumation se déroulera au cimetière
Saint-Michel d’Epinal (Vosges), le samedi
3 mars, précédée d’une célébration
en l’église Notre-Dame-au-Cierge,
à 14 h 30.
Michèle Roly,
son épouse,
Kamel, Sonia, Samy et Neïl,
ses enfants,
Dora Bouchoucha, Philippe Biane, Effie
Pasagiannis, Yosr Abid,
ses belles-filles et beau-fils,
Kenza, Malèke, Célia, Erwin et Salif,
ses petits-enfants,
françoise Caron,
sa belle-sœur,
Ses enfants, petits-enfants et arrière-
petits-enfants,
Les familles Devoldère, fourati,
Gargouri, Kamoun, Loridon, Roly
et Vanoverbergue,
Ses amis,
ont la profonde tristesse de faire part
du décès du
professeur
Mohamed FOURATI,
membre associé étranger
de l’Académie française de chirurgie,
pionnier de la chirurgie cardiovasculaire
et père de la transplantation cardiaque
en Tunisie.
survenu à Tunis, le dimanche 26 février
2012, à l’âge de quatre-vingts ans.
famille fourati,
Immeuble Thalassa,
Rue du Lac Neufchatel,
1053 Les Berges du Lac,
Tunis.
Marie Guéguen,
son épouse,
Alain Gourmelon et Joëlle Toulon,
Yves Gourmelon et frédérique Morel,
ses enfants,
Yannig Gourmelon
et Julie Burguburu,
Maël Gourmelon,
ses petits-enfants,
Emile et Elise Gourmelon,
ses arrière-petits-enfants
Et toute la famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
Hervé GOURMELON,
ENA 1951,
conservateur des Hypothèques
honoraire,
officier de la Légion d’honneur,
officier dans l’ordre national du Mérite,
survenu à Paris, le 24 février 2012,
dans sa quatre-vingt-douzième année.
La cérémonie religieuse sera célébrée
le jeudi 1er
mars, à 11 heures, en l’église
du Saint-Esprit, 186, avenue Daumesnil,
Paris 12e
.
L’inhumation aura lieu le vendredi
2 mars, à 14 h 30, au cimetière de
Quimerc’h (finistère).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Nous avons l’immense chagrin de faire
part du décès de
Albert GUIHÉNEUF,
Pélerin du Lion,
survenu le dimanche 26 février 2012,
à Pau, à l’âge de soixante-dix-sept ans.
16, rue des Genets,
64350 Lembeye.
pf.larreche@orange.fr
Gwyneth Lasry,
son épouse,
Ses enfants,
Ses petits-enfants
Et toute sa famille,
ont la tristesse de faire part du décès du
docteur Henri LASRY,
pédiatre,
survenu à Paris, le 27 février 2012,
dans sa quatre-vingt-septième année.
L’inhumation aura lieu le vendredi
2 mars, à 11 heures, au cimetière parisien
de Bagneux.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Laurence LOUPPE,
critique et historienne de la danse,
décédée le 5 février 2012, a été inhumée
comme elle le souhaitait, au cimetière
du Prat de Cassaniouze (Cantal),
dans l’intimité.
De la part de
Philippe Hordoir-du Vignal,
son mari,
Robinson Hordoir,
son fils,
Valérie Letellier et Léontine
Et des familles Louppe et Hordoir.
Un hommage lui sera rendu le 5 avril
au Théâtre national de Chaillot.
Pour y assister, merci d’envoyer
un message à :
hommage.laurencelouppe@gmail.co
Philippe Pichat,
son mari,
Julie et Nicolas Beaudouin,
sa fille et son gendre
Henri, Benoît,
ses fils,
Ses petits-enfants
Ainsi que l’équipe soignante
ont la tristesse de faire part du décès de
Odile PICHAT
née THERET,
chevalier de la Légion d’honneur,
chevalier dans l’ordre national du Mérite,
survenu en son domicile,
le 25 février 2012.
La messe d’obsèques, sera célébrée
le vendredi 2 mars, à 10 h 30, en l’église
Saint-Paul, Paris 4e
.
C’est avec une très grande tristesse
que Hachette Livre
a appris le décès de
Charlotte RUFFAULT,
directrice
du département jeunesse roman
de 2002 à 2012,
survenu le 22 février 2012, à Paris.
Nous garderons d’elle le souvenir
d’une éditrice généreuse, passionnée
et combative jusqu’au bout.
Hachette Livre s’associe à la douleur
de sa famille.
Le conseil d’administration
Et le personnel
d’ARVALIS-Institut du végétal,
ont la tristesse de faire part du décès de
M. Gilles THEVENET,
ancien directeur scientifique de l’Institut,
agronome reconnu,
membre de l’Académie d’agriculture.
Il a contribué au rayonnement de
l’agronomie par son expertise scientifique
et ses valeurs humaines.
Nous nous associons à la peine
de sa famille et de ses proches.
Souvenirs
In memoriam.
Marion CHALIER,
23 février 1951-1er
mars 2008.
Emile S. COHEN
est mort il y a vingt-cinq ans.
Son souvenir nous accompagne.
Communication diverse
Institut Elie Wiesel, cycles de cours,
5 mars à 17 h 45 (5 séances) « Philosophies
du repentir » Georges Elia Sarfati, 6 mars
à 17 h 45 (5 séances) : « Le devoir de
l’Etude : science et savoir : dans les sources
juives » Liliane Vana, 6 mars à 19 h 15
(5 séances) « figures de la représentation
du juif. (Du peuple de trop à l’Etat de trop :
figures de la représentation d’Israël) »
Jacques Tarnero, 7 mars à 19 h 15
(6 séances) « freud avec Moïse :
l’inconscient monothéiste » Paul-Laurent
Assoun, 15 mars à 19 h 15 (6 séances)
« Le complexe de Caïn : récits bibliques
sur la violence et la destruction » franklin
Rausky, 15 mars à 17 h 45 (6 séances)
« Les juifs d’Algérie, histoire et sociologie
d’une « diaspora méconnue » Joëlle
Allouche Benayoun.
Inscription à l’avance :
119, rue La fayette, Paris 10e
.
Tél. : 01 53 20 52 61.
infos@instituteliewiesel.com (PAf).
Cheveuetj’exige
Cliché. «Il paraît que l’intelligence est aussi une affaire de coiffure», lit-
on sur le siteNouslescoiffeurs.com,qui relaieles conclusionsd’une
expérienceréalisée par Marianne LaFrance,professeurà l’université
Yale.Celle-ci a présenté aux participants les photos de la même femme
avec cinq coiffures différentes.Et c’est «avec les cheveux courts ou tout
simplementsans cheveux qu’ils l’ont trouvée plus intelligente en appa-
rence.En d’autrestermes, lorsqu’elle s’éloignaitdes standards de beauté
féminins pour se rapprocher des standardsmasculins». La rédaction
commented’un ironique–oui, ironique!– «Après tout, c’estbien dans
le cerveau des hommesque réside l’intelligencevéritable, alors pourquoi
ne pas leur ressembler?» (bit.ly/xBQSrC).
A bonne enseigne. Et qu’en pensent les coiffeurs? Adhèrent-ils à ces
conclusionstirées par les cheveux? Pour l’heure, ils peaufinentleurs
enseignes,avec esprit, pour que cheveux longs comme courts passent
le pas de leur porte. Sur son Tumblr intitulé «Nos amis les LOLcoif-
feurs», Morgane Tual invite à faire «partager la folle imagination des
coiffeurs» de nos quartiers(Lolcoiffeurs.tumblr.com).Inutile pour
contribuerde se prendre en photo après être passé(e) par leurs ciseaux.
Seulesleurs enseignes sont exposées dans cette galerie. Beaucoup sont
de mèche, jouant le même«hair»: il est des «PlanèteHair», «Bel’hair»,
«Hair du temps», «Courant d’Hair», des «ABC d’Hair» et des «A Pauli-
ne Hair, des «Mission hair», «Envie de pl’Hair», «Fête en l’Hair», «Ima-
gin’Hair», «Capil’hair» sans compter les «Atmosph’hair» et
«Hairport» à la pelle et ses «Alt Hair égaux». Et «Quand les cheveux
s’en mêlent», exit l’Hair pour des «Epi’Tête», «Diminutifs», «Indic à
tifs», «Créa-tifs», «Act’tif», un dépaysant «Néferti’tifs» et même un
inquiétant«A la tête du client». Et que penser de ce «sallondu coiffure
pourdame» qui propose «Maiche, Exetentionet Proching»? Sans com-
ment’hair.p
Langage Deux poids deux mesures
Lors de la visite, le 9février, à la centralenucléaire de Fessenheim, Nico-
las Sarkozyavait déclaré: «Si Fessenheim avait été insecure, je l’aurais
fermée.Fessenheim est secure, on la laissera ouverte.» Je m’étonne que
cetteutilisation pour le moins particulière de la langue ait provoqué
beaucoupmoins de bruit médiatique que le désormais, et pour l’éterni-
té semble-t-il, fameux «bravitude» de Ségolène Royal. Est-ce parce qu’il
fait toujours peur,alors qu’il était de bon ton et pas bien risqué de
railler cette«Bécassine» de Ségolène? Est-ce parce qu’un homme est
au-dessusde règles de vocabulaire tout juste bonnes à être respectées
par de pauvres femmes…ou par les «étrangers», qui doivent gagner le
droit de vivre en Francepar la maîtrise de la langue? Est-ce parce qu’on
ne veut pas tirer sur une probable «ambulance», chose dont on ne
s’était pas privé avec la candidate de 2007?… Complicité? Négligence?
Indulgence? Information jugée trop peu importantecette fois-ci?
Colette Manière, Saint-Brice-de-Landelles (Manche)
Courriels
C’est tout Net! Marlène Duretz
Mercredi29février
TF1
20.40 Football.
Match amical. Allemagne- France.
En direct de Brême (Allemagne).
22.55 Les Experts.
Série. Radioguidé. Quand docteur Langston...
...rencontre Jekyll (S10, 17, 22 et 23/23).
1.20 Nikita. Série. Libertés fragiles
(saison1, 20/22, inédit, 55min)U.
FRANCE2
20.35 Des soucis et des hommes.
Série. Des hommes de secret. Des hommes
de cœur (saison1, 3 et 4/8, inédit).
22.20 Dans les yeux d’Olivier.
Accusés à tort.Retour sur les mystères de la foi.
23.55 Journal, Météo.
0.10 Des mots de minuit. Invités: John
Shank, Fabienne Yvert, Cécile Ladjali... (95min).
FRANCE3
20.35 Des racines et des ailes.
Passion patrimoine: un balcon sur les Alpes.
22.35 et 2.40 Soir3.
23.00 Spécial Claude François.
Trente ans déjà... Présenté par Mireille Dumas.
0.50 Doc 24. Documentaire (55min).
CANAL+
20.55 Holidayp
Film Guillaume Nicloux. Avec Jean-Pierre
Darroussin, Judith Godrèche (Fr., 2010)U.
22.20 La Caméra planquée
de François Damiens.
22.45 Largo Winch II Film Jérôme Salle.
Avec Tomer Sisley (coprod., 2011, 115min)U.
ARTE
20.35 Sparrowpp
Film Johnnie To. Avec Simon Yam (HK, 2008).
22.00 Toscanini par lui-même.
Documentaire (France, 2008).
23.10 Rachelp
Film Simone Bitton (France, 2008, v.o.).
1.00 Borgen, une femme au pouvoir.
Série (saison1, 5 et 6/10, 120min).
M6
20.50 Zita, dans la peau de...
...Une femme obèse. Documentaire (Fr., 2012).
22.00 ...Une femme de ménage. Documentaire.
23.20 Belle toute nue.
Christine et Laura. Magazine (105min).
D
D
D
D
D
A
A
A
A
1020
1005
1010
1005
1005
995
970
1000
1025
1025
1025
1025
1025
1015
1015
1015
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TripoliTripoli
Lisbonne
ReykjavikReykjavik
En Europe
Amsterdam
Athènes
Barcelone
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Berne
Bruxelles
Bucarest
Budapest
Copenhague
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Helsinki
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La Valette
Lisbonne
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Luxembourg
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Nicosie
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Rome
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Tallin
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Varsovie
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Vilnius
Zagreb
Dans le monde
Alger
Amman
Bangkok
Beyrouth
Brasilia
Buenos Aires
Dakar
Djakarta
Dubai
Hongkong
Jérusalem
Kinshasa
Le Caire
Mexico
Montréal
Nairobi
New Delhi
New York
Pékin
Pretoria
Rabat
RiodeJaneiro
Séoul
Singapour
Sydney
Téhéran
Tokyo
Tunis
Washington
Wellington
Outremer
Cayenne
Fort-de-Fr.
Nouméa
Papeete
Pte-à-Pitre
St-Denis
Paris
Madrid
Séville
Rabat
Alger
Tunis
Rome
Barcelone
Tripoli
Le Caire
Jérusalem
Beyrouth
Athènes
Berne
Amsterdam
Bruxelles
Berlin
Londres
Edimbourg
Dublin
Oslo
Stockholm
Copenhague
Riga
Varsovie
Kiev
Ankara
Istanbul
Sofia
Odessa
Budapest
Vienne
Prague
Munich
ZagrebMilan
Belgrade
Bucarest
St-Pétersbourg
Helsinki
Minsk
Moscou
30 à 35° > 35°25 à 30°20 à 25°15 à 20°10 à 15°5 à 10°0 à 5°-5 à 0°-10 à -5°< -10°
Amiens
Metz
Strasbourg
Orléans
Caen
Cherbourg
Rennes
Brest
Nantes
Poitiers
Montpellier
Perpignan
Marseille
Ajaccio
Nice
Clermont-Ferrand
Lyon
Chamonix
Bordeaux
Biarritz
Limoges
Besançon
Rouen
PARIS
Châlons-
en-champagne
Toulouse
Dijon
Lille
1 22
Grenoble
118
87
82
128
151
127
1610
111
2-4
85
126
138
1-1
42
0-5
1414
149
181
154
127
193
-6-11
115
74
127
30
186
5-1
3426
98
2719
2717
2419
2926
2820
2118
61
3124
169
2610
-2 -2
2817
2712
126
6-1
2716
179
3324
3126
3122
1111
124
179
1612
24
25
25
27
23
26
enpartieensoleillé
aversesmodérées
éclaircies
éclaircies
beautemps
éclaircies
assezensoleillé
éclaircies
giboulées
éclaircies
éclaircies
éclaircies
pluieetneige
pluieetneige
enpartieensoleillé
beautemps
averseséparses
beautemps
enpartieensoleillé
éclaircies
assezensoleillé
nuagesbas
enpartieensoleillé
enpartieensoleillé
éclaircies
pluieetneige
beautemps
aversesmodérées
assezensoleillé
fortesaverses
assezensoleillé
assezensoleillé
beautemps
aversesmodérées
beautemps
éclaircies
pluieetneige
nuageux
averseséparses
beautemps
neigesoutenue
enpartieensoleillé
beautemps
averseséparses
nuageux
assezensoleillé
assezensoleillé
assezensoleillé
aversesmodérées
100éclaircies
averseséparses
enpartieensoleillé
éclaircies
beautemps
assezensoleillé
pluiemodérée 1817
averseséparses
enpartieensoleillé
enpartieensoleillé
ensoleillépuisorageux
assezensoleillé
averseséparses
Vendredi
Jeudi 1er mars
01.03.2012
15 km/h
15 km/h
20 km/h
15 km/h
15 km/h
30
178
4-2
84
14
0 2
2
72
167
-4
19
2
4
averseséparses
assezensoleillé
pluieetneige
éclaircies
éclaircies
beautemps
faiblepluie
éclaircies
pluieetneige
assezensoleillé
Samedi Dimanche Lundi
02h40
07h31 11h17
18h33
6
13
7
12
4
9
7
15
6
12
5
8
6
12
5
11
0
8
6
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7
13
5
10
7
17
7
18
6
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7 11
10 14
5 14
7 12
9 15
4 18
6 193 20
5 20
5 17
4 15
7 11
3 16
3 16
8 14
4 14
4 17
3 18
8 16
7 14
5 15
7 14
8 13
8 12
2 14
8 14
4 14
4 13
-1 18
10 14
3 18
3 18
3 16
8 18
6 18
9 16
5 17
2 18
5 18
29
27
28
31
27
30
Europe de l’est L’hiver joue les prolongations avec froid et neige
En Europe
12h TU
Les nuages bas domineront toujours
du nord de la Belgique à l'est de la
Bretagne jusqu'aux Charentes,
donnant de rares gouttes ou crachins
localement. L'astre du jour brillera
encore largement partout ailleurs
après dissipation de quelques
brouillards matinaux, voire de
plaques de grisailles localement. Les
températures s'annoncent
printanières.
Saint Aubin
Coeff. de marée 35/31
Lever
Coucher
Lever
Coucher
Soleil et douceur sur la moitié sud
Aujourd’hui
Horizontalement Verticalement
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
Solution du n° 12 - 051
Horizontalement
I. Hagiographie. II. Epicurisme.
III. Sottie. RDA. IV. IC. Ascèses.
V. Ta. Rusai. Art. VI. Aloès. Lattai.
VII. Tyr. Asile. Pq. VIII. Ipséité.
Etau. IX. Osés. Arc. Age.
X. Nectarivores.
Verticalement
1. Hésitation. 2. Apocalypse. 3. Gît.
Orsec. 4. Ictère. Est. 5. Oui. Usai.
6. Gréas. Star. 7. Ri. Salieri.
8. Asocial. CV. 9. Pm. Tee.
10. Hersât. Tar. 11. Dérapage.
12. Elastiques.
Philippe Dupuis
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
1. Choisir et utiliser les bons mots.
2. Réaction au sommet. Personnel.
3. Ferme et sucrée sous la dent.
Jeunes et déjà cochons. 4. Enfouis
dans la vase du littoral.
5. Représentai point par point.
Gardienne de la paix. 6. N’a pas
trouvé à son goût. Attaquai à la
base. 7. Râpée. 8. En marge. Au
pied des monts Matra. Aux bouts
du rappel. 9. Fils de famille. Reste
en bordure. 10. Montée sous
pression. Pas bien clair. 11. Pour
faire voir ou empêcher de voir.
Particules. 12. A pu retrouver un
peu de calme.
I. Sait qu’il y a encore du monde
derrière lui. II. Pour être sûr du
bon emplacement. Attaqua
froidement. III. Expression en
façade. Pour ceux qui aiment
jouer avec les mots. IV. Note.
Comme une vieille pompe. Joli
cœur. V. Se déplaça. Gros lézard.
VI. Quand le moi l’emporte.
VII. Ses graines et ses racines
servent à l’officine en Afrique. A
besoin d’oxygène. VIII. Fabuleux
fabuliste. Descend du Caucase
jusqu’à la mer Noire. IX. D'un
auxiliaire. Réponse enfantine.
Grande division du monde vivant.
X. Veut passer en premier.
météo & jeux écrans
Sudoku n˚12-052 Solutiondun˚12-051
Jeudi1er
mars
TF1
20.50 R.I.S. Police scientifique.
Série. Le Prix d’excellence. Toile de maître (S7, 5
et6/8,inédit)U;Al’ombreduparadis(S4,15/16).
23.35 New York unité spéciale.
Série. Identité intime. Flirt avec la mort (S6,
12 et 15/23, 95min). Avec Mariska HargitayV.
FRANCE2
20.35 Envoyé spécial.
Magazine. Au sommaire: Un rabais sinon rien;
Japon: la vague; La Vie sans AAA?
22.05 Complément d’enquête.
Argent et politique, l’éternel soupçon. Magazine.
23.20 Avant-premières.Invités: Julie
Depardieu, Alexandra Lamy, Tony Gatlif, Daniel
Prévost, Pierre Bayard, Alain Badiou (95min).
FRANCE3
20.35 Le Pianistepp
Film Roman Polanski. Avec Adrien Brody,
Thomas Kretschmann (coprod., 2001)U.
23.15 et 2.40 Soir 3.
23.45 Un roi à New Yorkppp
Film Charles Chaplin. Avec Charles Chaplin,
Maxine Audley (GB, 1956, 107min, N.).
CANAL+
20.55 Dexter.
Série.Ces choses là. Il était une fois...
(S6, 1 et 2/12, inédit). Avec Michael C. HallV.
22.40 Damages. Série (S4, 5/10, inédit)U.
23.20 30 Rock. Série (S5, 13 et 14/23).
0.00 Démineursppp
Film Kathryn Bigelow. Avec Jeremy Renner,
Anthony Mackie (EU, 2008, 124min)V.
ARTE
20.35 Borgen, une femme au pouvoir.
Série.Nerien entendre,ne rien voir, ne rien dire.
Le Temps des marronniers (S1, 7 et 8/10).
22.30 Sciences - Somnolence.
Quand le cerveau n’en fait qu’à sa tête (2011).
23.25 Cherche femme polygame.
Documentaire. Hatice Ayten (2008, 60min).
M6
20.50 Blue Bloods.
Série. Mon frère. La Peur du dragon. Requiem
(S1, 7 à 9/22, inédit)U. Avec Tom Selleck.
23.20 Coupable, non coupable.
Le Procès en appel de David MiotU.Magazine.
0.45 L’Affaire Thierry-Benjamin Mulatier (65min).
Lessoiréestélé
Les résultats du Loto sont publiés dans nos éditions
datées dimanche-lundi, mardi, mercredi et vendredi.
Tous les jours Mots croisés et sudoku.
Rédaction : 80, boulevard Auguste-Blanqui,75707 Paris Cedex 13
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Motscroisés n˚12-052
1
9 6 5 4
1 8
4 3
4 6 3 8
3 2 9
4 8 7 5
2 6 5 4
R´ealis´e par Yan Georget
3 7 1 9 6 2 4 8 5
2 5 4 3 1 8 6 9 7
6 8 9 4 7 5 2 3 1
7 1 6 5 9 4 8 2 3
9 3 8 7 2 1 5 4 6
5 4 2 6 8 3 1 7 9
1 9 5 8 4 7 3 6 2
8 6 3 2 5 9 7 1 4
4 2 7 1 3 6 9 5 8
Difficile
Compl´etez toute la
grille avec des chiffres
allant de 1 `a 9.
Chaque chiffre ne doit
ˆetre utilis´e qu’une
seule fois par ligne,
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Lesjeux
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Résultats du tirage du mardi 28 février.
1, 10, 17, 33, 48, 2 e et 3 e
Rapports : 5 numéros et e e : pas de gagnant ;
5 numéroset e : 199 214,80 ¤ ; 5 numéros : 66 404,90 ¤ ;
4 numéros et e e : 4 743,20 ¤ ; 4 numéros et e : 180,60 ¤ ;
4 numéros : 103,00 ¤ ;
3 numéroset e e : 69,40 ¤ ; 3 numéroset e : 13,30 ¤ ;
3 numéros : 12,80 ¤ ;
2 numéros et e e : 21,10 ¤ ; 2 numéroset e : 7,20 ¤;
2 numéros : 4,30 ¤ ; 1 numéro et e e : 11,40 ¤.
EuroMillions
26 0123
Jeudi 1er
mars 2012
270123
Jeudi 1er
mars 2012
PortraitDe Damas à Londres à contre-courant
Du haut de ses 17ans et de son 1,82 mètre, la nageuse syrienne Bayan
Jumah prépare les prochainsJeux olympiquesà Rouen, loin des turbu-
lencesde son pays. Mais le chemin qui doit la mener à Londres ressem-
ble à un parcours d’obstacles.En séquence Sport.
www.lemonde.fr/sport/
A ne pas manquer sur 0123.fr
Lemirage
carnavalesque
Lettre d’Amérique du Sud
Nicolas Bourcier
UN HORS-SÉRIE DU MONDE - 7,50 €
EN VENTE CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX En partenariat avec
Cinquante ans après les accords d’Evian et le cessez-le-feu, la guerre d’Algérie reste une plaie
ouverte. La réconciliation entre les deux pays paraît encore lointaine, tant le cloisonnement des
mémoires et le ressentiment restent forts.
Le Monde vous invite à découvrir la réalité de cette guerre au travers des travaux des historiens,
des témoignages des protagonistes des deux pays, des portfolios et des documents inédits.
0123
R
ideau, la fête est finie! L’opulentroi
Momo– 120kg requis,au mini-
mum–, symbole de tous les excès
du carnaval de Rio de Janeiro,a rendu la
clé de la ville à son maire aprèsquatre
nuitset quatre jours d’allégresse. La gran-
de foliedes «jours gras» s’est prolongée
jusqu’auxpremièresheuresdu diman-
che26février,avecles richeset somptueu-
ses parades des six meilleuresécoles de
samba quiont eu l’augusteprivilège de
défilerpour la secondefois en unesemai-
ne sur le sambodrome,ce long rubande
cimentbordé de logeset de gradins,ima-
giné en 1983 par l’architecteplus que cen-
tenaireOscar Niemeyer,lui-mêmeplon-
gédans la fouleune fois encore.
Plusde72000spectateursétaientpré-
sentsdanslestribunes,emportésparla
joiedela danseetla liessedeschants.
Poussés,del’extérieur,parplusieursmil-
lionsdepersonnes,dont 850000touris-
tes,venusgoûter,dansles ruescariocas
ducentreetdusud dela ville,auplus
grandspectacledumonde,devenul’une
desimagesde marquenationaled’unfier
Brésil.
Délirant,déroutant,débilitantmirage.
Ilfallaitvoirlespetitesgensuniesdans
l’enthousiasmeou ladésolation,cesmil-
liersd’hommesetdefemmesissusdes
quartierslesplus pauvresdelavilleassis-
ter,sousunechaleurcaniculaire,àl’inter-
minabledépouillementduvotedu jury
carnavalesquele 22février,le mercredi
desCendres.Aucuncharallégoriqueni
danseurlégendairedesamba:seuleune
litaniedenotescomprisesentre9et10,
énoncéesolennellementaumicro,au
pieddesgradins.Rituelsimplacables,fon-
déssurl’intangibilitédesvaleurset l’éter-
nitédelafêtecarnavalesque.
Unspectacleàpart. Treizeécolespré-
sentescetteannéepasséesaucriblepar
quarantejurés.Des intellectuels,artistes
etspécialistesimposésparlaLiesa,la tou-
te-puissanteliguedesécolesde samba,cel-
le-làmêmequiaélaboréet affiné,depuis
sacréationen1984, lessévèrescritèresde
sélection.Dixautotal,allantdel’originali-
téduthèmeàl’harmoniegénéraledudéfi-
lé,desdéguisementsà lavirtuositédupor-
te-drapeauet dumaîtredeballet,dela
chansonàl’unissondes percussions.Une
tâchedifficile.Onnecompteplus le nom-
bredejurés pressentisayantjetél’éponge
pouréchapperàla pression.Celleinsistan-
tedela rue,desécoleset deleurssponsors,
financéssouventparla mafiadesjeux
clandestins.Celleaussidelapresse etdela
télévision,avecentêtele géantGlobo,pro-
priétairedesdroitsderetransmission
avecsa logorrhéed’écranspublicitaires,
numériséset incrustésendirect.
L’édition2012aété jugéecommeétant
letriomphed’uncarnavalpopet contem-
porain,aveclavictoiredel’UnidosdaTiju-
ca,l’unedesplusanciennesécolesdesam-
ba,dirigéedepuisplusieursannéespar
PauloBarros.Enfantterribledusambodro-
me,cecarnavalesco–«directeurartisti-
queducortège»–connupoursontalent
novateuralongtempssubi laréprobation
quasigénéraledesjurés,plus enclinsà
louerlatraditionqu’àforcerl’histoire.En
2004,iln’étaitarrivéquedeuxième,mal-
grél’incroyableenthousiasmequ’ilavait
suscitéenbouleversantl’esthétiquedu
défiléavecuncharhumainenforme
d’ADN.C’esttoujoursunsujetàpalabres.
Partout,danslestravéeset danslarue,
lecarnavalprovoqueuneformidablepri-
sedeparole.Etc’estlà,peut-être,quele
mythecarnavalesqueprendtoutesa
dimension.Là,danssonorganisation
sociale,ses représentationset sescompor-
tements.Ilases figurestutélaires,sesgou-
rous,sesstars,sespauvresetorgueilleux,
vieuxdanseursàl’alcool facile,intarissa-
blessurl’histoired’uneécole rivale,jeu-
nesspécialistesàlapetitesemaine,prêtsà
livrerlamoindreanecdoted’undéfilépas-
séouprésent.
Encoreaujourd’hui,l’arrestationla
semainedernièred’un certainPauloRoge-
riodeSouzaPazn’apasfinid’enrichirles
gazettes.Trafiquantdedrogueconnuet
recherchéparlesautorités,l’hommen’a
passurésisteràl’appeldu carnaval.En
planquedepuissixmoisdansle quartier
périphériquedeDuquedeCaxias,après
l’occupationparlapolice,fin2010,d’une
desfavelasqu’ilcontrôlait,SouzaPaza
quittélamaisonoùilsecachaitpourparti-
ciperàundéfiléderue.Il aétécueillipar
lapoliceavantmêmedepouvoirenfiler
uneperruqueachetéeparunami.
Moinsdrôle,àSaoPaulo,desincidents
ontéclatéausambodromeAnhembiau
coursdel’énoncéduclassementlocal.Des
supporteursdeplusieursécolesdesamba
ontinterrompulacérémonieetincendié
unchar.Surlesimagesmontréesàla télé-
visionGlobo,onvoitnotammentunhom-
memontersurscèneet s’emparerdeplu-
sieursenveloppesoùfiguraientlesnotes
donnéesparlesjurés.Il auraitprislafuite
enlesdéchirant,avantd’enjeterlesmor-
ceauxdansunsanitairechimique.Cinq
personnesontété arrêtées.
Dansun autreregistre,pluspolitico-
social,lacritiqued’unchercheurdel’uni-
versitédel’EtatdeRio,SpiritoSanto,repro-
chantàcertainsdéfilésdesquartierssud,
majoritairement«riches,boboset
blancs»,d’avoirembauchédespauvres
chiffonniersnoirspourrécupéreràl’arriè-
redesdéfiléslescanetteset détritusjetés
surlavoiepublique.Unevisionembléma-
tiqueducarnavalactuel,selonlui,quiren-
voieàl’analysedel’universitairedeSao
PauloMariaIsauraPereiradeQueiroz.Le
carnaval,explique-t-elle,estloinde«sus-
pendreles luttesde famille,destrates,de
races,de sexe:ellelesinclut danssonorga-
nisation,maissousunvoile d’enthousias-
mecollectif».Bienvu.Rideau.p
bourcier@lemonde.fr
A
uSalon de l’agriculture,ily
ade vraiesgens, devrais
agriculteurs,devraies
vaches.Lescandidatsà laprésiden-
tielleont unesemainepour s’y
montreretles téléspectateurs,
pours’y croire,quelquesimages
detapesdans le dos,sur lescrou-
pes,les groinset lesmuseaux.
Maisla vraieviedes agriculteurs
etde leursvachesse trouveévi-
demmentailleurs, loindes cohues
dela porte deVersailleset ledocu-
mentaire«Les Filsde la terre», en
amontré,mardi 28février sur
France2, une trancheparticulière-
mentamère.
SébastienItard, 38ans, élèvedes
vachesdans le Lot.A perte,car le
prixdu lait ne cessede baisser
depuisplusieursannées.Ons’at-
tendàêtre éclaboussédechiffres:
prixde revient,taux de rentabili-
té,margesarrières…Maisnon,il
n’yen aqu’un àretenir: chaque
annéede400 à800agriculteurs
françaisse suicident.
Lepère del’auteurdu film,
EdouardBergeon,est entrédans
cettesinistrestatistiqueen1999.
Au fur età mesureque les images
racontent,surplusieursmois,
l’histoirede Sébastien,lesphotos-
souvenirsde la famille Bergeon
retracentl’itinéraired’un éleveur
sombrantpeuàpeu dansla
dépressionquifinit par s’empoi-
sonneravecdespesticides.
Alors,même quandle cielest
bleuetles nuages légers,l’at-
mosphèrereste lourde.Ons’at-
tendàun drameàchaque tour-
nantdela routequeprend Sébas-
tienpour allertravailler dans l’ex-
ploitationoùsesparents, retrai-
tés,viventtoujours.Ecrasé parles
detteset la fatigue,il confieses
angoisses,à fleurde peau,souvent
aubord deslarmes.Trèsvite, on se
retrouveau milieud’unconflit
entrelefils et lepère.«Je me bats
pourgarderce que monpèrea fait,
est-cequeça vautune vie?»,
demandeSébastien.«Je me crève
lecul pourfairetourneruneexploi-
tationquiest morte.Lui, il branle
rien,tule vois fairequelque chose
depuisquetuviens?», lanceJean-
Claude.Du coup,chaquefois que
lefils croisele père,on craintl’af-
frontement,l’avoinée,les cris.
Mêmeles vachesont l’airtriste.
Aprèsune disputede trop,
Sébastiens’arrêtede travailler.Les
saisonspassent,les tracteurs
rouillent,les hommesaussi.Nous,
on afini parprendrenos repères:
àlafermedesparents, lecoin du
feuet les lourds meublesenbois
commecettetableoù lepère se
tapele frontquandil réaliseque la
ventedevientinéluctable; dans la
maisonde villeoùSébastienvit
avecsa compagne,la nappeen toi-
leciréeet l’horlogequi égrèneles
heuresdurantlesquellesilreste
cloîtrédans sa chambre.
Pendantce temps,EdouardBer-
geona retrouvéle journalde bord
oùsapropremèreécrivait: «Chris-
tianau littoute la journée…» Les
histoiresse rejoignentquand
Sébastiense penddans sa cave.
Puiselles s’éloignentquand ilen
réchappe.Au printemps,il
reprendespoirgrâce àun réseau
devente directedu lait.La ferme
n’estplus àvendre,ilse réconcilie
avecsonpère maisreste prudent:
«Tu sais pasce quiva se passer
danstrois-quatreans.Tu sais
mêmepasl’annéeprochaine…»
L’annéeprochaine,quand on ver-
raàlatélévisionles cohues du
Salonde l’agriculture,on se sou-
viendradela solitudedeSébas-
tien. p
Lavraievie
desagriculteurs
etdeleursvaches
setrouve
évidemmentailleurs,
loindescohuesdela
portedeVersailles
Ilfallaitvoirlespetitesgens
uniesdansl’enthousiasme
ouladésolation,cesmilliers
d’hommesetdefemmes
issusdesquartierslesplus
pauvresdelavilleassisterà
l’interminabledépouillement
duvotedujury
C’esttoutvu! | chroniquetélé
par Isabelle Talès
Lemaldupaysan
pTirage du Monde daté mercredi 29 février 2012 : 327 299 exemplaires. 1 2 3
Journal le monde du 1 mars 2012

Journal le monde du 1 mars 2012

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    Jeudi 1er mars 2012- 68e année - N˚20874 - 1,50 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr --- Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur: Erik Izraelewicz Algérie 150 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,40 ¤, Belgique 1,50 ¤, Cameroun 1 600 F CFA, Canada 4,25 $, Côte d’Ivoire 1 600 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 28 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,80 ¤, Gabon 1 600 F CFA, Grande-Bretagne 1,50 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 750 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,20 ¤, Luxembourg 1,50 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 12 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,20 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 2,00 ¤, Sénégal 1 600 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 35 KRS, Suisse 3,20 CHF, TOM Avion 380 XPF, Tunisie 2,00 DT, Turquie 6,50 TL, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 600 F CFA, L e Conseil constitutionnela pleinementjoué son rôle, mardi 28février: il a jugé «contraire à la Constitution» le texte, adopté le 23janvier par le Parlement,qui sanctionnaitpéna- lementla négation de génocides reconnuspar la loi, en particulier le génocide des Arméniens com- mis par l’Empire ottoman en 1915. La concision mêmede cette décision démontreque le juge constitutionnels’est situé sur le plandes principes fondamen- taux. Avec la volonté manifeste de mettre un terme à une contro- verse qui fait rage depuisdes années.A cet égard, la volonté affi- chée par le chef de l’Etat de remet- tre immédiatementune nouvelle loi en chantier est vouée à l’échec. Les principes? Il en retient deux. D’une part, «la loi a pour vocationd’énoncer des règles et doit,par suite, être revêtue d’une portée normative». Elle ne peut doncpas êtreuniquementdéclara- toireet «mémorielle», commecel- le de 2001 par laquelle«la France reconnaîtpubliquement le génoci- de arménien de 1915». C’est sur la base de ce texteque le Parlement a fondé la loi adoptéeen janvier. D’autrepart, le Conseil invo- quele principe cardinalde la liber- té d’expression, «d’autant plus précieuseque son exercice est une conditionde la démocratie». Cela n’interditau législateurni d’en fixer les règles ni d’en réprimer les abus, mais à conditionque ce soit de façon «nécessaire,adaptée et proportionnée». En l’occurren- ce, il a jugé que ce n’était pas le cas: en réprimantla contestation de l’existencede crimes qu’il a lui- mêmequalifiés comme tels, le législateurporte atteinte à l’exer- cice de la liberté d’expression. En clair, les politiquesn’ont pas à s’érigeren ministèrede la vérité, ni le Parlementen tribunalde l’Histoire.Comme l’avait juste- ment déclaré le présidentJacques Chirac, en 2005, et comme l’avait confirméune mission parlemen- taire sur les «lois mémorielles» en 2008, il ne revientpas au légis- lateur de fixer une vérité histori- que, d’en imposer une lecture offi- cielleet encoremoins de sanction- ner pénalementceux qui la contesteraient.De nombreux his- toriensse sont d’ailleurs insurgés contrecette judiciarisationde leur travail. On l’a déjà dit, ici, la loi censu- rée n’étaitpas de nature à soula- ger la douleurdes Arméniens qui voientleur passétragiqueignoble- ment réécrit, contesté ou nié, notammentpar les autorités tur- ques depuisprès d’un siècle. En outre, elle prenait la cause arménienneen otage de combats électoraux: NicolasSarkozy avait pesé de tout son poids pour que son camp approuve ce geste à l’égardde la communautéarmé- nienne en France, et François Hol- landeavait voté ce texte, pour des raisonssimilaires. Enfin,elle avait enveniméles relationsavec la Tur- quie, dont les autorités ont beau jeu, aujourd’hui,de saluer le camoufletinfligé aux principaux responsablesfrançais. Inutileet inopportune,la loi censuréepeut s’avérer dangereu- se.En conduisantle Conseilconsti- tutionnelà tranchersur la base du principe de la liberté d’expres- sion, elle risque de nourrir, à nou- veau, toutes les velléitéset les offensivesnégationnistes.p Page5 Hausse de la valeur de l’entreprise Apple en dix ans + 4 700 % CAMPAGNE L’heureestàlasurenchère. Leprésident sortantveutpayeretfairetravaillerdavantagelesprofs, alorsquelecandidat PSveutsurtaxerlesriches. P.5-6 ENQUÊTE Son putsch raté pour porter Jean-Louis Borloo à la tête de Veolia a fâché le patron d’EDF avec la gauche et la droite. Portrait d’un patron trop politique. P.17 REPORTAGE Après plusieurs jours d’émeutes, le préfet a annoncé la baisse du prix de 60produits de grande consommation. Les Réunionnais sont dubitatifs. P.11 L eroyaumedeSaTrèsGracieu- se Majesté s’est fait une spé- cialité de brasser du vent. La plusvastefermeéoliennedumon- de produit ses 367 mégawatts, au large de la région de Cumbria, et le gouvernementbritanniqueaplani- fié une croissance exponentielle de cette énergie. Oui, mais la crise est passée par là et le financement de ce plan éolien est menacé. Par unecentaine de députésconserva- teurs,entreautres,quiviennentde réclamer«unebaissespectaculaire des subventions», que les parle- mentairesassimilentàungaspilla- geenpleinecured’austérité.p Lire page10 Editorial L’austérité inquiètel’Europe etpèsesurla présidentielle Impôts,école:le«toujours plus»deHollandeetSarkozy HenriProglio,sesamitiés politiquesetsesmauvaiscalculs ALaRéunion,lagalère desfamillescontrelaviechère Cemonstredubusiness qu’estdevenuApple L’ŒIL DU MONDE Lamarque àlapommesort,débutmars, sonnouveliPad;dequoi décuplersesprofits,suivant unerecetteéprouvée.Zoom surleprodigedumarketing, devenuendixansl’entreprise detouslessuperlatifs, quifascineautantqu’elle inquiète.Pages 18-19 WallStreet Homs:lafuite desFrançais tourne aufiasco tTreize insurgés auraient trouvé la mort lors de l’exfiltration ratée Ventscontraires surl’industrie éolienne britannique Il y a 150 ans paraissaient Les Misérables HORS-SÉRIE UNE VIE, UNE ŒUVRE Victor Hugo L’élu du peuple 150 ans après Les Misérables, l’hommage des politiques 124 PAGES - 7,90  - EN VENTE CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX Portrait de Victor Hugo par Jean-François Kahn : de quelle manière l’écrivain s’est métamorphosé au point de devenir une figure révolutionnaire du XIXe siècle. Une sélection de textes de l’auteur qui n’oublie ni le poète, ni l’homme de théâtre, ni le romancier, en particulier celui des « Misérables ». Un entretien avec Jean-Marc Hovasse, auteur de la biographie de référence consacrée à Victor Hugo et qui assure la direction éditoriale de ce numéro. Les textes des candidats à l’élection présidentielle et des responsables politiques montrent à quel point les thèmes abordés par Victor Hugo sont en résonance avec l’actualité. EN PARTENARIAT AVEC V endredi 2mars, 25 chefs d’Etat et de gouvernement européens seront à Bruxellespoursignerlenouveautrai- té de discipline budgétaire européen, mis aupointparNicolasSarkozyetAngelaMer- kel.Mais desvoix s’élèventcontreleschoix du tandem franco-allemand qui feraient la part trop belle à l’austérité. Douze pays, emmenés par le président du conseil ita- lien,MarioMonti,demandentuneréorien- tationenfaveurdela croissance.EnFrance, François Hollande et trois autres candidats affirment vouloir renégocier les traités.p Lire pages 2 à 4 UKprice£1,50 M ercredi 29février au matin, la journaliste française Edith Bou- vieretsoncompatriotephotogra- phe William Daniels étaient toujours pié- gésàHoms,danslequartierdeBabaAmro. Après avoir refusé à deux reprises d’être évacués par le Croissant-Rouge syrien, auquel les insurgés ne font pas confiance malgrélesgarantiesduCICR,lesdeuxFran- çais ont tenté, dans la nuit de lundi à mar- di, une sortie en convoi avec l’Armée syrienne libre. Le groupe a été bombardé enrouteettreizeinsurgésauraienttrouvé lamort.CettefuiteratéeversleLibanasus- cité une annonce prématurée de Nicolas Sarkozyqui,aprèss’êtreréjouidel’évacua- tion, a dû démentir et s’excuser.p P.7 La Bourse américaine retrouve son niveau d’avant la crise Page 13 LeParlementn’estpasuntribunaldel’Histoire tLacontestationmonteenEspagneetdans11autrespays tRéférendum en Irlandesur lepactebudgétaire tComment Bruxelles voitlescandidats français Edith Bouvier, blessée à Homs. Capture d’écran d’une vidéo filmée par un téléphone.REUTERS LeregarddePlantu
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    Les indégivrables XavierGorce Société éditrice du «Monde» SA Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus Directeur du «Monde», membre du directoire, directeur des rédactions Erik Izraelewicz Secrétaire générale du groupe Catherine Sueur Directeurs adjoints des rédactions Serge Michel, Didier Pourquery Directeurs éditoriaux Gérard Courtois, Alain Frachon, Sylvie Kauffmann Rédacteurs en chef Eric Béziat, Sandrine Blanchard, Luc Bronner, Alexis Delcambre, Jean-Baptiste Jacquin, Jérôme Fenoglio, Marie-Pierre Lannelongue («M Le magazine du Monde») Chef d’édition Françoise Tovo Directeur artistique Aris Papathéodorou Médiateur Pascal Galinier Secrétaire générale de la rédaction Christine Laget Directeur du développement éditorial Franck Nouchi Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président 0123est éditéparla Société éditricedu «Monde»SA Duréede lasociété:99ansàcompterdu 15décembre 2000.Capitalsocial:94.610.348,70¤.Actionnaire principal:Le MondeLibre (SCS). Rédaction 80,boulevardAuguste-Blanqui,75707Paris Cedex13Tél.: 01-57-28-20-00 Abonnements partéléphone:deFrance 32-89 (0,34¤ TTC/min); del’étranger:(33)1-76-26-32-89 oupar Internet:www.lemonde.fr/abojournal Valence (Espagne) Envoyée spéciale L esmobilisationscontrelescou- pes budgétaires se multiplient dans la région de Valence, en Espagne. En un mois, les syndi- cats y ont convoqué quatre grandesmanifestations.Lader- nière, dimanche 26février, a rassemblé, selon leurs estimations, plus de 350000participants. Ces mobilisations dépassent largement le spectre syndical. Elles sont quotidien- nes, spontanées, se déroulent devant les collèges,lerectorat,leshôpitaux.Mercredi 29février, une grève des étudiants et une grandemanifestationétaient prévues. Valence, pourtant, n’est pas réputée poursonactivisme.Elle fait figure de ville docile.Maisdepuisle20février,elleesten ébullition. La brutale répression d’une manifestation de quelques dizaines de lycéens a mis le feu aux poudres. Les cou- pes budgétaires, le chômage à 25,4%, les affairesdecorruption,lesdépensessomp- tuaires de la région dans des bâtiments pharaoniquesoudesévénementssportifs ont fait le reste. Depuis plusieurs semaines, la presse se faisaitl’échodelasituationdecertainséta- blissementsscolaires,dumanquedechauf- fage dans des classes, des parents contraintsdefaireleménagedansuncollè- ge, du manque d’argent pour les photoco- pies… Pourpayercesfrais defonctionnement, les collèges reçoivent normalement tous les quatre mois des fonds du gouverne- mentrégional.Maiscelui-ciestétouffépar unedettequireprésente20%duPIBrégio- nal, la plus élevée d’Espagne, et 3milliards d’euros de retards de paiement aux four- nisseurs.«Jamaisnousn’avionsconnuune situationderetardsaussiimportantsetsys- tématiques,expliqueleprésidentdel’asso- ciation des directeurs de collège, Vicent BaggettoiTorres.Certainscollègesontreçu desavis decoupuresd’électricité.» Dans ce contexte, une photo de lycéens enveloppésdans des couverturespendant les cours a été un détonateur. En signe de protestation,lesélèvesdulycéeLuisVives, dans le centre de Valence, décident de blo- quer tous les jours pendant dix minutes l’une des principales artères de la ville. «Nousvoulionsseulementprotestercontre les coupes, raconte Nerea Lopez, 17ans. Nous sommes presque 40 par classe, beau- coupde professeurs sont absents.Mais plu- tôt que de garantir un service minimum dansl’éducationetlasanté,larégionpréfè- reinvestirdansun circuitde formule1.» Au cinquième jour, lundi 20février, la police charge, distribuant des coups de matraques à des lycéens en pleurs. Bilan: 25arrestations et 13blessés. Des journalis- testémoignentde laviolencede la répres- sion. Les images circulent sur Internet où l’événement est vite baptisé «printemps valencien». Le lendemain, des milliers de parents d’élèves sortent dans la rue. Et les jours suivants, les mobilisations se pour- suivent. Une semaine plus tard, l’épisode conti- nue d’agiter Valence. «La crispation socia- leesttrèsélevée,soulignelesecrétairegéné- ral de l’Union générale des travailleurs (UGT), Conrado Hernandez. Les coupes sont perçues comme une agression contre le modèle de l’Etat-providence et nos enfantsen ont été les premièresvictimes.» En janvier, le gouvernement régional a annoncé un nouveau plan d’austérité pour économiser un milliard d’euros. Les fonctionnaires ont perdu la moitié des compléments de salaires versés normale- mentparlarégion.«Lessalairesdesméde- cins ont baissé de près de 600euros, ceux des infirmiers et des enseignants jusqu’à 300euros», résume le syndicaliste. A cela s’ajoute l’augmentation des impôts sur le revenu annoncée par Madrid.Sans parlerdes baisses de salaires quiavaientétéimposéesparl’anciengou- vernement socialiste. «Nous avions déjà perdu 8% de salaire en moyenne en 2010, rappelleM.Baggetto.Toutlepoidsdelacri- se repose sur les fonctionnaires.» Danslescollèges,l’ambiances’estenco- re tendue: pour la rentrée prochaine, les enseignants s’attendent à une augmenta- tion du nombre d’heures de cours, qui aboutira de fait à de nouvelles réductions du nombre de postes d’intérimaires, déjà réduit de 3000 en 2010. «Nousdemandonsunsacrificeauxfonc- tionnaires»,reconnaîtlevice-présidentde la région, José Ciscar, qui laisse entendre que le gros des mesures d’austérité n’est pas encore venu. Le gouvernement régio- nal entend économiser 430millions d’eu- ros en «rationalisant le secteur de la san- té» et devra dévoiler un nouveau plan «d’encore un milliard d’euros» pour res- pecter l’objectif de déficit de 1,3% du PIB que les régions ont largement dépassé en 2011.Auniveaunational,ledéficitadérapé en 2011 pour atteindre 8,5% du PIB au lieu des 6% prévus, suscitant de nouvelles misesen gardede Bruxelles,mardi. Aux mesures régionales s’ajoutent cel- les du gouvernement central. La réforme du marché du travail, annoncée fin jan- vier, inquiète particulièrement les syndi- cats car elle ouvre la voie à des licencie- ments plus faciles et moins chers et à des baissesgénéraliséesdessalaires.«Lasocié- té valencienne n’est pas disposée à négo- cier l’Etat-providence», avertit le secrétai- re général de l’UGT, qui n’écarte pas l’ap- pel très prochain à une grève générale à Valenceet dans toute l’Espagne. Lesjeunes,eux,continuentlesmobilisa- tions,avec,enarrière-plan,unmalaisepro- fond. «Nous voulons simplement de bon- nes conditions d’apprentissage. Même si on ne sait pas quoi étudier puisqu’il n’y a pas de travail, explique Nerea, avant de conclure,désenchantée:nousn’avonspas de futur ici.»p Sandrine Morel La reproduction de tout article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire des publications et agences de presse n° 0712 C 81975 ISSN0395-2037 PRINTED IN FRANCE Imprimerie du Monde 12,rue Maurice-Gunsbourg, 94852 Ivry cedex 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 PARIS CEDEX 13 Tél : 01-57-28-39-00 Fax : 01-57-28-39-26 Président : Louis Dreyfus Directrice générale : Corinne Mrejen «Labrutalerépression d’unemanifestation delycéensamislefeu auxpoudres» Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à plusieurs reprises à Valence contre les coupes budgétaires dans les services publics. Ici, le 25février. HEINO KALIS/ REUTERS s REPORTAGE LarégiondeValencevitaurythmedescoupesbudgétaires etdesmanifestations.Lasituationdansl’éducationéchauffelesesprits EnEspagne,le«printemps valencien»s’annoncechaud I l n’y aura pas eu de long dis- cours ni d’effusions, à peine quelquesapplaudissements d’adieupour cellesqui ne vont pas rempiler chez le repreneur, Les Ateliers du Meygal. Mardi 28février, les «filles» de Lejaby à Yssingeaux(Haute-Loire)se sont réuniespour leurdernièreassem- blée générale en tant que sala- riéesdu fabricantde sous-vête- mentset pour un dernier«repas de famille». Après moult passa- ges dansles journauxtélévisés et plusieursvisitesd’hommespoliti- ques, le site a été sauvé. Officielle- ment licenciéesle 28février, la plupartd’entre elles vont com- mencer une formationchez un sous-traitantde LVMH dès jeudi 1er mars, après une seule journée symboliquede chômage. «Une victoire» à n’en pas dou- terpour RaymondVacheron,délé- gué départementalCGT. Et aussi une belle histoirede sauvetage commeseules les campagnes pré- sidentiellespeuvent en offrir. Maisles ouvrières, elles, ne savent pas encore si elles doivent se réjouir tout de suite de garder un emploi ou s’inquiéter des conditionsdans lesquelles cela se déroulera.«Là, ça va trop vite, on n’a pas le temps de comprendre ce qui nous arrive», glisse Chantal, 48ans «et 32 ans de boîte», en écoutantleur déléguéesyndicale évoquer les points posant problè- me dans les contrats de travail qu’ellesont reçus. Lorsqu’ellesévoquent le mois de lutte qui les a réunies et qui a rassemblétellementde gens autourd’elles, toutes ont les yeux qui brillent. Mais elles ont beau avoir été reçues une par une par leurnouveau patron, aucune ne sait réellement en quoi consiste- ra son futur travailni quand il va réellementdébuter.L’usine, enco- re vide alors qu’elles doiventy revenirdès jeudi, leurreste fer- mée.Tout ce qu’elles savent, c’est qu’ellesdébuteront par cinq à neufmois de formation, «peut- être à coudre des doublures de sacs ou des poignées», imaginent certaines sans aucune certitude. De son côté, VincentRabérin –le repreneurqui se dit persuadé de l’avenirdu site – assure avoir un plan de charge,et doncdu tra- vail pour les ouvrières, pendant aumoins trois ans. Deux millions d’eurosd’aides lui ont été offerts pourla réindustrialisationdu site et des fonds paritaires paye- ront la formationdes ouvrières. Retour à la pointeuse A table, les discussionsvont bontrain sur cette fameuse date du 1er mars. «Jeudi, on fait quoi? On va travaillerou quoi?» Après l’intensitéde la lutte, le retourà la banalité de la pointeusesem- blefairepeur et l’euphoriede l’an- nonce de la reprise a laissé la pla- ce à un léger doute.Certaines des «filles» ne savent pas encore si elles veulent reprendre ou pas. Parmielles, il y a celles pour qui le licenciementapparaît comme une occasion de se lancer «dans autrechose». Mais dans la région, les emploisaccessiblesaux fem- mes restent peu nombreux. L’uned’elles lève son verre «à ceux qui veulent nous baiser». Dany, qui a débuté à l’âge de 17ans chez Lejaby,s’interroge: «Pourquoi les politiquesnous ont sauvées,nous, et pas les autres? Ne faudrait-ilpas faire des élec- tions tous les ans? Comme ça, tout le mondeaurait du tra- vail.»p Antonin Sabot (Yssingeaux, envoyé spécial) Ledernierrepasdefamille des«filles»deLejaby présidentielle 2012 AilleursenEurope,lessyndicatspeinentàmobiliser «TROP, C’EST TROP.» La Confédération européennedes syndicats (CES) organise une journée de mobilisation européenne contrel’austérité, mercredi29février, à la veille de la signaturedu nouveau traité de discipline budgétaire.Pour la Confédé- ration,le cas de la Grèce est exemplaire: la cure d’austéritéimposéeau pays est insoutenableet bafoue le droit du travail. Reste que la mobilisationrisque de pas- ser inaperçue dans la plupart des pays. Laconcentrationsyndicaleprévueà Bruxellessevoulaitplussymboliqueque massive.FrançoisChérèque,leleaderdela CFDT,devaityparticiper.AParis,illaissela placelibreàBernardThibault,leleaderde laCGT,quiorganiseunbrefdéfiléBastille- NationavecSolidaires,l’UNSAetlaFSU, maissanslaCFDT,inquièted’une«mobili- sationàcaractèrepolitiquesurlesenjeux nationaux».L’approchedel’électionprési- dentielleetlesvacancesscolairescompro- mettentclairementlamobilisation. EnItalie,lesleadersdestroisplusimpor- tantesorganisations(CGIL,CISLetUIL)ont conviéleursadhérentsàserassemblersur lapetiteplaceduPanthéondanslecentre historiquedeRome…Pourexpliquercet insuccèsannoncé,laCGILmeten avantle manquedeculturesyndicaleunitaire. PourtantlesItalienssontconfrontésàune cured’austéritésansprécédent.Maisle soutieninconditionnelduprésidentdela République,l’anciencommunisteGiorgio Napolitano,àMarioMontiempêchepour l’heurelessyndicatsetlagaucheitalienne deproposeruneréponseunitaireàla rigueur. Versements records en Allemagne Lessyndicatsgrecsontappeléàun arrêtdetravaildetroisheures,suivid’une manifestationplaceSyntagmaàAthènes. Lajournéed’actionintervientaprèsun votemardiauParlementquiintroduitde nouvellescoupesdanslessalaireset les retraites.Maisl’affluenceestplusimpor- tantelorsquelesrassemblementssont aussiappeléspard’autresforces,enplus dessyndicats.Ces dernierspâtissentd’une mauvaiseimagedansl’opinionenraison deleursliensaveclespartispolitiques. EnAllemagne,le DGB,laconfédération syndicaleallemande,devait être partie prenantedefaçontrèsmodérée.Deux ras- semblementsseulementsont prévus. Le débutd’année est traditionnellementla périodeoù se renégocientles conventions collectiveset les accordssalariaux,et les trèsbonsrésultatsde certainesentrepri- sesindustriellesvont entraînerdesverse- mentsrecord au titrede la participation, laissantleurssalariés peusensiblesaux discourssur l’austérité. Au Royaume-Uni,aucunemobilisa- tion n’est prévue du côté des syndicats. Le TUC, la principale confédérationsyndi- cale, va juste affréter un mini-buspour rendre visite aux ambassadesde France, d’Allemagneet de Grèce à Londres. L’ab- sence d’action vient en partie du fait que ce pays n’est pas signatairedu nouveau traitéet qu’il est donc difficileaux syndi- cats de s’y opposer.p Service international 2 0123 Jeudi 1er mars 2012
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François Hollande promet de le renégocier s’il est élu président de la Républi- que. Le pacte budgétaire est sou- mis à la signature de 25 chefs d’Etat et de gouvernement euro- péens, vendredi 2mars, à Bruxel- les – seuls le Royaume-Uni et la République tchèque devraient s’abstenir –, mais le débat à son sujet n’est pas clos pour autant. Cette signature ouvre la voie à une procédure de ratification qui s’annonce délicate, à l’heure où la crise des dettes souveraines connaît un répit relatif en marge du sauvetage de la Grèce. Mardi 28février,lepremierministreirlan- daisdecentregauche,EndaKenny, a annoncé, contre toute attente, son intention d’organiser un réfé- rendumpourratifierlepacte. EnFrance,M.Sarkozys’estréso- luànepasprécipiterlaratification parlementaire avant les élections présidentielle et législatives, mais il entend y procéder au plus vite s’ilestréélu.Aucontraire,siM.Hol- landel’emporte,denombreuxres- ponsables de gauche ne veulent pas entendre parler d’une ratifica- tion du texte en l’état. Dès le som- met européen de juin, ils espèrent musclerle volet croissance et gou- vernance économique d’un traité avant tout conçu pour inscrire danslemarbreladisciplinebudgé- taire chère à Mme Merkel. La«renégociation»quelecandi- dat socialiste appelle de ses vœux reçoit un accueil glacial dans les milieux européens. « S’il veut ouvrir ce chantier, je lui souhaite bonne chance: ce sera impossible trois mois après la signature», lâche un dirigeant européen. Her- man Van Rompuy, le président du Conseil européen, que les chefs d’Etatetdegouvernementdoivent confirmer pour deux ans et demi dans ses fonctions, veut éviter la mise en cause de l’autre traité, sur le Mécanisme européen de stabili- té(MES), en coursde ratification. Sous pression pour augmenter la force de frappe de ce fonds de secourspermanent,l’Allemagnea insistépourlierpolitiquementles deux textes. D’où l’abstention des socialistesfrançaislorsdelaratifi- cationduMESàl’Assembléenatio- nale, le 21février, puis au Sénat, mardi. Sur le fond, l’opposition entre M. Sarkozy et M.Hollande sur le nouveau traité reflète le débat du moment entre les Vingt-Sept. Après avoir donné la priorité à l’austérité, sous la pression des marchés, ils doivent discuter de la meilleure façon de soutenir leurs économies sans creuser davanta- ge les déficits. Les plans d’austéri- té, en vigueur un peu partout sur le continent, sont de plus en plus contestés par les syndicats et par les opinions publiques, sur fond de montée du chômage dans les pays les plus fragiles. Ils risquent de surcroît, de l’avis de nombreux dirigeants, d’aggraver la récession qui menace. «En ce moment, on insiste trop sur les pénalités finan- cières et les paquets d’austérité», a jugé le socialiste Martin Schulz, présidentduParlementeuropéen, lors d’une visite à Athènes, mardi. Les mises en garde en ce sens se sont multipliées. Douze pays, dont l’Italie, l’Espagne, les Pays- Bas,le Royaume-Uniet la Pologne, demandent de réorienter la politi- que économique défendue par le tandem Merkel-Sarkozy. «La crise àlaquellenousfaisonsfaceestaus- si une crise de croissance», ont-ils fait valoir dans un courrier rédigé àl’initiativedeMarioMonti,prési- dentduconseilitalien.Lessocialis- tes français y voient la preuve que leurs demandes procèdent d’un souci qui s’impose à tous. Mais, dans l’esprit des douze signataires de cette lettre, le remède passe par davantagedelibéralisations,parla réforme du marché du travail dans chacun des Etats et par une plusgrandeouverturecommercia- leducontinent.Cenesontpasvrai- ment les solutions préconisées par la gauche française! La récession qui menace les Vingt-Sept inquiète de surcroît leurs partenaires internationaux. Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du com- merce, devait appeler lui aussi, mercredi, à la mise en place d’un «plan de croissance commun» en Europe. «Le nouveau traité lui- même, avec ses règles strictes pour les politiquesbudgétairesnationa- les, va susciter une demande en faveur d’un budget européenéten- du», devait-il expliquer à Bruxel- les. Pour M.Lamy, membre du PS français, ce plan devrait compor- ter trois axes: investir dans des infrastructures communes, pro- mouvoir la recherche ou l’éduca- tion, aider les Etats européens à adapter leurs outils productifs, leurs systèmes de sécurité sociale et leurs marchésdu travail. A plus court terme, l’enjeu est aussi–etpeut-êtresurtout–depré- ciser les modalités d’application dupacte de stabilitéet de croissan- ce,telquerenforcédepuisl’autom- ne.L’Espagnedemandeàrevoiràla baisse les objectifs qui lui sont fixés, demande repoussée d’un revers de main par la Commission etlaBanquecentraleeuropéennes. Avecunsouciquirisquedecom- pliquerledébutdemandatdupro- chain président français: protéger la crédibilité du dispositif de sur- veillancecollectivequiémergepeu àpeu dela crisedela zoneeuro.p Philippe Ricard LesIrlandaisserontconsultésparréférendumsurletraité L’oppositionentre M.Sarkozy etM.Hollandesurle nouveautraitéreflète ledébatdumoment entrelesVingt-Sept Le Parlement a définitivement adopté, mardi 28février, les deux projets de loi autorisant la création du Mécanisme euro- péen de stabilité (MES). Le Sénat a approuvé la ratification du traité instituant le MES par 169voix contre 35. L’UMP et l’Union centriste et républicaine ont voté pour. Le groupe commu- niste républicain et citoyen et la majorité du groupe écologiste ont voté contre. Le groupe socia- liste et le Rassemblement démo- cratique et social européen (RDSE) se sont abstenus. Quel- ques voix se sont cependant dis- persées. Trois sénateurs socia- listes (Jean-Pierre Godefroy, Marie-Noëlle Lienemann et Daniel Percheron) et trois RDSE, dont Jean-Pierre Chevènement, ont voté contre, tandis que deux écologistes ont voté pour. A Paris, le Parlement ratifie le Mécanisme de stabilité Londres Correspondance EndaKennyaurapristoutle mon- deparsurprise.Lepremierminis- treirlandaisaannoncé,mardi 28février,au Parlement,qu’ilorga- niseraunréférendumpourrati- fierletraitéquelesdirigeantseuro- péensdoiventsignervendredi2 mars.Cette consultationaurait lieuenmaiou enjuin,etsonrésul- tatparaîtactuellementtrèsincer- tain.Unsondageréaliséenjanvier indiquait40%de«oui»,36%de «non»et 24%d’indécis. Le nouveaupacte budgétaire peut certesentrer en vigueurdès lors que 12 des 17 Etats de la zone euro l’auront ratifié. Toutefois,la possibilitéd’un vote négatifrepré- sente une menace pour l’Union monétaire,car un tel vote risque de priver l’Irlande, sous assistance depuisnovembre2010, de l’éven- tuel soutien du Mécanisme euro- péen de stabilité (MES). L’Allema- gne a en effet conditionnétoute nouvelleaide à la ratification du pacte budgétaire. Les 4,5millions d’Irlandaistien- nent ainsi, une fois de plus, le sort de l’Europe entre leurs mains. La Constitutiondu pays obligeant les changements de traitéeuro- péen à être soumis au vote, les Irlandaisont été consultés sur le traitéde Nice en 2001 et sur celui de Lisbonne en 2008. A chaque fois, ils ont voté «non». Il aura fal- lu ensuite des renégociations– et des clauses d’exception – pour qu’ils approuventfinalement le texte, sans enthousiasme. Cette fois-ci, il avait sembléini- tialementque le même scénario pouvaitêtre évité. Technique- ment,le texte qui sera signé ven- dredi n’est pas un traitéeuro- péen, puisque deux pays en sont déjà exclus: le Royaume-Uniet la Républiquetchèque.Les négocia- tionsse font hors du cadre juridi- que européen. Pourtant,après avoir demandé conseilà son gar- de des sceaux, M.Kenny a jugé que la Constitution ne lui laissait pasle choix. «Les Irlandaisseront invités à autoriser, par référen- dum, le traité européen de stabili- té», a-t-il expliqué. Sept budgets de rigueur Le premier ministre appelle bien entendu à voter «oui». «Je croisfortement que c’est dans l’in- térêt nationalde l’Irlande.» Il sou- ligne que le pays a réussi à stabili- ser son économie depuis le plan de sauvetage de la fin 2010, la croissance,très légère, étant au rendez-vous,en 2011, pour la pre- mière fois en quatre ans. Selon lui, rejeter ce texte mettrait cette améliorationen danger. Deplus,mêmesiM.Kennyne leditpas, l’Irlande,paradoxale- ment,appliquedéjàlenouveau traité,quimet lesbudgetsnatio- nauxsous surveillancedesautres Etats.Al’automne,leprojetdebud- getdupaysavaitfuitédanslapres- seenAllemagneoù unecommis- siondu Bundestagl’examinait. Ces argumentséconomiques pourraientcependant ne pas peserlourd face à la colère gran- dissantedes Irlandaiscontre l’aus- térité.Le pays a connusept bud- gets de rigueur en troisans, et de plus en plus d’habitantsestiment que l’Europe ne fait qu’aggraver les choses, en imposant des mesu- res encore plus duresque celles voulues par le Fondsmonétaire international(FMI). «Cela va être un référendum sur l’austérité», estime Elaine Byr- ne,politologueà l’universitéTrini- ty College.Or, le soutien au Sinn Fein, le parti le plus opposé à la rigueur, atteint actuellement 25%, un sommethistorique.p Eric Albert 30123 Jeudi 1er mars 2012
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    N ’écoutezpaslaBanquecentraleeuropéenne,regardezce qu’ellefait,dit-onparfois.L’institutiondeFrancfortestélève desjésuites: inflexiblesurladoctrine,casuistelorsqu’ils’agit d’éviterle pire.C’estcettetâchequ’elleaccomplitdepuisledébutde lacriseen2007:endépitd’undiscoursorthodoxe,ellenecessede sauverl’Europedelafaillite,inondantlesbanquesdeliquidités. Ne négligeons pas la doctrine pour autant. Alors que s’engage un débat sur le bien-fondé de la rigueur en Europe, il convient d’écouter son président. L’Italien Mario Draghi rappelle quelques évidences sur l’Europe: «Les impôts sont élevés, et les dépenses des gouvernements sont concentrées sur des dépenses courantes.» En langage clair, l’Etat dépense trop et mal. Selon Eurostat, le taux de dépenses publiques en France atteignait 56% du PIB en 2010 contre 46% en Allemagne. M.Draghi appelle à distinguer la mauvaise dépense de la bonne. «La mauvaise consolidation[budgétaire]est la plus facile à réaliser, parcequ’on peut afficher de bons chiffres en augmentantles impôts et en réduisant les investissements,ce qui est beaucoupplus facile que de réduire les dépenses courantes», dit-il, avant de trancher: «Cela réduit le potentiel de croissance.» Bref, orthodoxiebudgétaire et croissance vont de pair. Mais pourquoi M.Draghi a-t-il donné sa leçon au Wall Street Journal et pas au «20heures» de TF1? p H uit heures. C’est le temps que devait passer François Hollande à Londres, mer- credi29février.Moinsquelaveille au Salon de l’agriculture de la por- tedeVersailles.Maisassezpourfai- re une conférence au prestigieux King’s College, saluer les Français installés dans la capitale britanni- que, et surtout rencontrer Ed Mili- band, chef du Parti travailliste et à ce titre leader de l’opposition au gouvernement conservateur de David Cameron. Accompagné notamment de deux anciens ministres des affai- res européennes, Pierre Moscovi- ci, son directeur de campagne, et Elisabeth Guigou, chargée des questions institutionnelles euro- péennes dans son équipe, Fran- çois Hollande devrait trouver en Ed Miliband un interlocuteur attentif. S’il s’est quelque peu assagi depuis qu’il a pris la direction du Parti travailliste, en 2010, «Ed le rouge», comme le surnommait naguère la presse britannique, n’a pas hésité à se démarquer du New Labour de Tony Blair. Son «droit d’inventaire» assumé à l’égard de la«troisièmevoie»blairiste,jugée trop centriste et trop oublieuse des catégories populaires, fait échoaupositionnementdeM.Hol- lande,quientendluiaussirenouer les liens entre le PS et les classes laborieuses. Avec M.Miliband, le candidat socialiste à l’élection présidentiel- le ne partage pas que cela. En février2011, lechefde l’opposition travailliste a prononcé l’un de ses discoursles plusimportantssur le thème de la «promesse britanni- que».M.Hollande,quiassurevou- loir faire de la jeunesse la priorité de ses priorités, a des centaines de fois prononcé les mêmes mots que M.Miliband ce jour-là: «C’est pour nous une mission nationale de faire en sorte que la génération suivante vive mieux que la précé- dente.» D’accord sur le diagnostic, d’ac- cord sur la priorité, les deux hom- mes ont néanmoins des divergen- ces. Elles portent notamment sur la régulation de la finance. Fran- çois Hollande est favorable à l’ins- tauration d’une taxe sur les tran- sactions financières à l’échelle européenne. Ed Miliband, lui, est d’accordsur le principe d’unetelle taxe, mais à condition qu’elle soit mondiale.«Lestravaillistesbritan- niques sont travaillistes mais ils sont d’abord britanniques. Tout ce qui peut affaiblir la City par rap- port à Wall Street les inquiète», commente un proche de M.Hol- lande. Selon le quotidien britannique The Guardian, qui cite l’entoura- ge de M. Miliband, celui-ci ne devrait pas non plus approuver l’idée d’élever à 75% le taux d’im- position des très hauts revenus, proposéelundisoirparM.Hollan- de sur TF1. Après Madrid, en octobre2011, puis Rome, Bruxelles et Berlin, en décembre, Londres est la cinquiè- me capitale européenne visitée par M.Hollande depuis sa victoire àlaprimairesocialiste.D’iciaupre- mier tour de l’élection présiden- tielle, le 22avril, le candidat socia- liste se rendra à Varsovie, le 9mars, où il sera notamment reçu par le premier ministre, Donald Tusk. Une semaine après la signa- turedutraitérenforçantladiscipli- ne budgétaire au sein de l’Union européenne, les deux hommes auront tout loisir de ferrailler contrecetraitéauquelilssonttous deuxfortement opposés. M. Hollande, qui a annulé «pour des raisons de calendrier» un déplacement à Copenhague et d’autres déplacements hors d’Eu- rope qu’il préfère déléguer à ses lieutenants, pourrait se rendre à nouveau à Bruxelles d’ici au pre- mier tour. C’est à Paris, le 17mars, probablement au Cirque d’hiver, qu’ildevraitpréciserlecontenude son «pacte européen de responsa- bilité, de croissance et de gouver- nance»dontlesgrandeslignesont été exposées le 5décembre 2011 lors du congrès du SPD à Berlin. Ce discours, annoncé par M. Moscovici comme « un moment particulièrement impor- tantdelacampagne»,concluraun séminaire de deux jours auquel participeront plusieurs figures ou dirigeants sociaux-démocrates européens,commel’ItalienMassi- mo D’Alema ou l’Allemand Sig- mar Gabriel. p Thomas Wieder sLEBILLET par Arnaud Leparmentier MarioDraghi,lejésuite présidentielle 2012 Nicolas Sarkozy avec le premier ministre belge, Elio Di Rupo, qui soutient François Hollande. E. FEFERBERG/AFP LecandidatPS rendvisiteàson alteregobritannique M.HollandeserendraàVarsoviedébutmars etpourraitretourneràBruxellesd’iciau22avril Le17mars,M.Hollande devraitpréciser son«pacteeuropéen deresponsabilité, decroissanceet degouvernance» Bruxelles, Bureau européen L e premier s’est dépensé sans compter pour assurer « le retour de la France en Euro- pe», le second est un nouveau venu, attendu au tournant par les Européens. Le duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande interpellelesdirigeantsdesVingt- Sept, même si rares sont ceux qui, àl’instardelachancelièrealleman- de, Angela Merkel, ont pris claire- ment parti pour le président sor- tant, ou choisi, comme le socialis- te belge Elio Di Rupo, de soutenir son challenger. Nicolas Sarkozy a su surfer sur lescrisesàrépétitionsubiesparles Vingt-Septpourasseoirsonautori- té dès la présidence française de l’Union européenne, au second semestre 2008. Crise financière, médiation entre la Géorgie et la Russie, sa réactivité lui a permis d’imprimer sa marque, avant que le séisme qui ébranle depuis plus de deux ans la zone euro ne mette commejamaisàl’épreuvel’impro- bable tandem qu’il constitue avec la chancelière allemande. Le cou- ple franco-allemand – la Merko- zy– s’est alors imposé comme le véritable pilote de l’Union euro- péenne,endépitdestensionsmul- tiples suscitées entre Paris et Ber- lin par le sauvetage des maillons faibles de l’union budgétaire, et le reformatagede cette dernière. Chef de file des pays du Sud, Nicolas Sarkozy a pu pousser des idéesquiluitenaientà cœur,com- me le gouvernement économi- que, mais c’est Angela Merkel qui en a déterminé la substance, en exportant sa «culture de stabili- té». Dans la foulée, M.Sarkozy a cherché à limiter les transferts de souveraineté, pour placer au cen- tredujeulessommetsdes17chefs d’Etat et de gouvernement de la zoneeuro,tandis que lachanceliè- re prône désormais une véritable «Union politique», de type fédé- ral, pour surmonterla crise. Le style peu diplomatique et les méthodestrès intergouvernemen- tales deNicolas Sarkozyont cepen- dant dérouté une bonne partie de ses homologues européens. «Quand nous nous appelons au téléphone, nous nous racontons d’abordlesméchancetésqueSarko- zy a pu dire dans notre dos », confiait, fin 2011, un habitué du Conseileuropéen. Plus fondamental, M.Sarkozy a,selonsesdétracteurs,beaucoup fait pour transformerle fonction- nement des Vingt-Sept, en don- nant le premier rôle aux Etats, quitte à marginaliser les institu- tions européennes, la Commis- sion comme le Parlement. Il a multiplié les passes d’armes plus ou moins discrètes avec Jean- Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne, dontlerôledanslacrisedesdettesa pourtantétédéterminant. En cas de passage de relais à l’Elysée,l’attitudedeFrançoisHol- lande, peu connu sur la scène européenne, est jugée moins pré- visible. « Personne ne sait vrai- ment ce qu’il a en tête, même si sa lointaine filiation avec Jacques Delors est plutôt encourageante», dit un haut responsable bruxel- lois. Ce dernier espère que les socialistes français ont bel et bien surmonté les divisions apparues en2005,lorsduréférendumnéga- tif contre la Constitution. Sans être vraiment rassuré à ce stade parleurabstentionlorsdelaratifi- cationduMécanismeeuropéende stabilité, le fonds de secours per- manent mis en place contre la volonté initiale de l’Allemagne poursoutenirlespaysdanslecolli- mateurdes marchés. Les premières prises de posi- tionducandidatsocialistesurl’Eu- ropenelaissentpasnonplusindif- férents. Son intention de renégo- cier le pacte budgétaire pour adjoindre au volet «budgétaire» unvoletplusorientésurlesoutien àlacroissancepasse mal.Selonun dirigeant européen, elle tiendrait même du «vœu pieux», alors que le nouveau traité doit être signé vendredi 2mars, et sera donc en phasede ratification. « Nous ne sommes certaine- ment pas en faveur d’une renégo- ciation», a estimé Jan Kees de Jager, le très orthodoxe ministre néerlandais des finances, un des alliés de l’Allemagne dans la ges- tiondelacrisedesdettessouverai- nes. «En revanche, si M.Hollande veut mener davantage de réfor- mes, alors nous serons à ses côtés, qu’ils’agissedelalibéralisationdes servicesoudesréformesdumarché du travail», a-t-il ajouté. «Le paradoxeest que M.Hollan- de entend donner des gages de son sérieux budgétaire, mais il s’en prend à l’instrument qui est juste- mentcensédonnerducorpsàladis- cipline collective mise en place par lescapitaleseuropéennes»,consta- te pour sa part Yves Bertoncini, le secrétaire général de la fondation Notre Europe, créée par Jacques Delors. p Philippe Ricard LematchSarkozy-Hollandeestsuivi deprèsdanslescapitaleseuropéennes VusparlespartenairesdelaFrancedansl’UE,NicolasSarkozyagace,FrançoisHollandeintrigue François Bayrou MoDem FrançoisBayroune remeten cau- se nile traitéeuropéennile méca- nismeeuropéende stabilité(MES). Enrevanche,le candidatcentriste estimequeces mesuressont timo- réesou troptardives,etne pren- nentpasassez encomptela néces- sitéde croissance.«Imaginerque l’onpuisse renégocierletraité, c’est impossible, jugesa directricede campagne,Mariellede Sarnez, mêmesi ce traité estloind’être l’al- phaet l’omégadela politiqueeuro- péenne.» Au MoDem,on milite pourla création d’obligations européennes(eurobonds)etpour unrôle accru dela Banque centra- leeuropéenne,prêteuren dernier recours.M.Bayrouestimequ’il fautrenforcerla gouvernancede la zoneeuro.Concernantle MES, Mme de Sarnezfaitce constat: «S’il étaitarrivéplustôt, celaaurait été mieux.Toutcelan’est pastrès bien gérédepuisdeuxanset demi.»p Pierre Jaxel-Truer Traitéeuropéen,MES…Cequ’enpensentlesautrescandidats Leduelinterpelleles dirigeantseuropéens, mêmesiraressont ceuxquiontprisparti Jean-Luc Mélenchon Front de gauche Ill’aditetredit:Jean-LucMélen- chonest opposéauMécanisme européendestabilité(MES),tout commeautraitésurlastabilité,la coordinationet lagouvernance dansl’unionéconomiqueetmoné- taire(TSCG).Deuxtextesqui,selon lui,portentatteinteàlasouverai- netédelaFranceetquiconstituent un«coupdeforcecontreladémo- cratie».LecandidatduFrontde gauche,quiveuts’imposerenlea- derdu«non»àl’Europedel’austé- rité,aappelélessocialistesàvoter contrele MESàl’Assembléenatio- nalecommeauSénat.«Aucune politiquedegauchen’estpossible danslecadredecestraités»,a-t-il dénoncédansLibérationle20jan- vier.Celuiquiavaitvoté«non»au référendumsurletraitéconstitu- tionneleuropéenen 2005souhai- tequelesFrançaissoientencore consultéssurleTSCG.Unesolu- tionrejetéeparl’UMPetle PS.p Raphaëlle Besse Desmoulières Eva Joly Europe Ecologie-Les Verts Autantletraitéeuropéen,perçu commeuncorsetbudgétaire menantàlarécession,faitl’objet d’unecondamnationunanime chezlesécologistes,autantleMES suscitedesfractures.Lepartiet sa candidateEvaJolyontprisposi- tioncontrece mécanisme,s’atti- rant,enretour,unetribunetrèscri- tiquedeDanielCohn-Bendit,de l’économisteAlainLipietzetdu députéeuropéenJean-PaulBesset appelant,eux,àle soutenir.Dans une-mailàsesamis,M.Cohn-Ben- dits’estdit«consterné» parEELV, leMESpermettant,àsesyeux, «d’aiderconcrètementdespaysde lazoneeuroquinepeuventplus emprunter».Cettefracturese retrouveauSénat,oùLeilaAïchiet AndréGattolinontsoutenuleMES contreleurprésidentdegroupe Jean-VincentPlacé.Etdansl’entou- ragedeMme Joly,lâchéeparledépu- téeuropéenPascalCanfin.p Anne-Sophie Mercier Marine Le Pen Front national Sans surprise, Marine Le Pen condamnedans un même mouve- ment les deux dispositifs euro- péensqui, estime-t-elle,devraient être soumisà référendum.La can- didate du FN, qui veut prendre la tête de l’oppositionà «l’Europe de Bruxelles», estime que le Mécanis- me européende stabilité (MES) est la «mise en place d’un FMI euro- péen», lequel placerait la zone euro sous «la dictature de la finan- ce». «C’est l’austéritéà vie, c’est la prisondes peuples», ajoute-t-elle. Quant au traité européen, Mme Le Pen juge qu’il «retirera à la Francesa souverainetébudgétaire et condamneranos nations à l’aus- térité permanente». Pour Mm Le Pen, «avec cet accord,l’équilibre des finances publiquesn’est plus un moyen pour la croissance, mais une fin en soi, pour sauver l’euro». «Si je suis élue, je reviendrai sur cet accord», promet-elle. p Abel Mestre 4 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    achetezdanslaboutiqueenlignegucci.com L e Conseil constitutionnel ajugécontraire à la Constitu- tion, mardi 28février, la loi visant à réprimer la contestation des génocides reconnus par la loi, dont, en premier lieu, le génocide arméniende 1915. Ce texte, adopté parleParlementle23janvier,avait été à l’origine de vives tensions entrela Franceet la Turquie. Ilavaitdonnélieu,lorsdesadis- cussion à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, à des manifesta- tions rivales d’organisations tur- ques et arméniennes. Deux recours, signés par 77sénateurs et 65députés de toutes sensibilités, avaient été déposés. Dans sa décision, le Conseil considère que la loi du 29janvier 2001 reconnaissant le génocide arménienn’apasdeportéenorma- tive. Il l’assimile en quelque sorte àune résolution. Partant de là, il estime que, « en réprimant la contestation de l’existence et de la qualification juridique de crimes qu’il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur aportéuneatteinteinconstitution- nelle à l’exercice de la liberté d’ex- pressionet de communication». Nicolas Sarkozy, qui avait affir- mé sa volonté de légiférer pour pénaliser la négation du génocide arménienetappuyécetteproposi- tion de loi, «a pris acte de la déci- sionrendueparle Conseilconstitu- tionnel». «Il mesure, indique un communiquédel’Elysée,l’immen- sedéceptionetlaprofondetristesse de ceux qui avaient accueilli avec reconnaissance et espoir l’adop- tion de cette loi.» Le chef de l’Etat aaussitôtchargélegouvernement de préparer un nouveau texte. Celui-ci n’a cependant guère de chancesd’aboutiravantlasuspen- sion des travaux parlementaires, prévue à partir du 7mars. Ankara se réjouit De son côté, François Hollande, qui s’était aussi prononcé en faveur de la pénalisation de la négation du génocide arménien, s’est engagé,s’il est présidentde la République, à «reprendre ce sujet dansl’apaisement,danslaconcilia- tion et, en même temps, dans la volonté d’aboutir». «Je veux dire ici toute ma solidarité aux Armé- niens de France parce que je sais ce qu’ils attendaient, a-t-il déclaré. Je veuxdireaussiauxTurcsdeFrance qui s’étaient mobilisés, qu’ils avaient finalement tort d’imagi- ner que c’étaitcontre eux.» Les autorités turques ont accueilli cette censure comme une victoire couronnant «une lutte menée avec sang-froid et détermi- nation». «Nous félicitons les mem- bres du Conseil constitutionnel. C’est un refus de la politisation de l’histoire», a réagi le ministre des affairesétrangères,AhmetDavuto- glu. «Cette décision évite une très grave crise entre la France et la Tur- quie», acommentéle vice-premier ministre, Bülent Arinç. La presse turque se délectait, mercredi matin,de«lagifleconstitutionnelle àSarkozy».p Patrick Roger (avec Guillaume Perrier à Istanbul) Montpellier Envoyé spécial C emardi28févrierdevaitêtre la journée où Nicolas Sarko- zy allait imposer son thème de la semaine, l’éducation. Et puis, il y a eu ce coup de Jarnac, lundi soir: la proposition de François Hollande de taxer les plus hauts revenusà hauteur de 75%. Dèslepetit-déjeunerdelamajo- rité, mardi, M.Sarkozy dénonce une «improvisation dangereuse» ducandidatsocialiste.Maisc’estla droite, totalement prise de court, quidoitimproviser.CarM.Hollan- fait, à gauche, un coup gagnant similaire à celui joué par M.Sarko- zy en 2007, lorsqu’il avait proposé un ministère de l’immigration et de l’identité nationale et parve- nant ainsi à dominer le débat. AMontpellier,alorsqueleprési- dent-candidatdébutesavisitedans un internatd’excellence,c’est… sur la taxe à 75% qu’il est interrogé. Il glisse trois mots, mais insiste: il veut parler éducation. Il s’éternise dans sa visite, refuse un match de ping-pong proposé par des élèves. Et fait une bourde: il confirme que la journaliste française blessée Edith Bouvier a été exfiltrée de Syrie. L’affirmation est erronée, et M.Sarkozy doit faire marche arriè- re. «Je me suis montré imprécis, je m’en excuse auprès de vous», dit-il auxjournalistes. Puisvientunetroisièmedécon- venue, la censure par le Conseil constitutionnel de la loi pénali- santlesgénocides,adoptéedansla précipitationpours’attirerlesbon- nes grâces de la communauté arménienne.Volontariste,l’Elysée indiquequelechefdel'Etatdeman- de au gouvernement de préparer un nouveautexte. Recyclage Enfin,legranddiscourssurl’édu- cation peut débuter. Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé a chauffé la salle, qualifiant M.Hollande de «Monsieur 75%». Arrivelecandidat,dansunemerde drapeaux tricolores. Il commence parjouerlesparentscontrelespro- fesseurs. « L’école appartient d’abordàtouteslesfamillesdeFran- cequiluiconfientleurenfant»,assè- ne M.Sarkozy, qui dénonce «ceux qui ne voient l’école qu’à travers le prismeducorporatisme».Ilrecycle ses idées de 2007 sur l’autorité et finitparquelquesannonces. Le candidat propose aux ensei- gnants de travailler plus pour gagner plus. C’est déjà le cas, puis- qu’ils sont de grands consomma- teurs d’heures supplémentaires défiscalisées. Au lieu de donner 18heures de cours par semaine, M.Sarkozy les invite à assurer 26heures de présence au collège, payées 25 % de plus. « Près de 500eurosparmois»,préciselepré- sident.Sur la base duvolontariat. Vientensuitelacritiqueducollè- ge unique, accusé d’avoir aggravé lesinégalités.«Nousdevonspasser de l’école pour tous à l’école pour chacun», estime M.Sarkozy. Pour lesélèvesdesixièmeetdecinquiè- me, il propose d’avoir moins de professeurs, mais polyvalents, et de regrouper l’enseignement des disciplines littéraires d’une part, scientifiques de l’autre. À partir de la quatrième,les élèvespourraient choisir un début d’orientation. Le discours s’achève sur une critique dubaccalauréat. M.Sarkozy n’a pas prononcé le passagedesondiscoursoùilgèlela réductiondespostesenmaternelle et primaire. Mais l’écrit fait foi, et l’Elysée fait savoir que l’engage- mentvaut.Pourconclure,M.Sarko- zy reprendla suppliquedu général de Gaulle lors du putsch d’Alger de 1961: «Françaises, Français, j’ai besoindevous.Aidez-moi!»p Arnaud Leparmentier Desprofsmieuxpayésouplusnombreux? Laloisurlesgénocidesest contraireàlaConstitution Lechefdel’Etatannonceunnouveautexte, lecandidatsocialistepromet«l’apaisement» NicolasSarkozyproposederémunérer laprésencedesenseignantsàl’école Leprésident-candidataconnuunejournéedifficilesouslapressiondesonadversairesocialiste DEVENIR un «flexi-prof» et aug- menter son salaire de 25%, ou res- ter un professeur classique dont le métier est défini par le nombre d’heures de cours à assurer? Le choix sera entre les mains de cha- que enseignant si le candidat Sarkozy reste à l’Elysée après mai2012. Depuis2007, le chef de l’Etat construitpas à pas son école. Le conseillerd’Etat Marcel Pochard avait dès 2008 esquissé ce «flexi- prof» dans un rapport que lui avait commandéXavier Darcos, alors ministre de l’éducation. Mais le sujet n’était pas politique- ment mûr, et le travail est resté dansles tiroirs. L’enseignant«nouveau» assu- rera ses cours, mais devra aussi répondre aux missionsdiverses que son chef d’établissementesti- meraêtre nécessairespour faire réussirlesélèvesqu’il reçoitet ren- dre son collège ou son lycée per- formant.Au total, il sera astreint à 26heures de présence,mais cha- que enseignant pourra se voir confier des taches différentes, en fonctiondes besoinslocaux. Ce modèle va avec une forte autono- mie des établissements– portée par le candidatSarkozy – et un choix des enseignantspar le «patron» du lieu qu’est le provi- seur ou le principal. Nombre d’enseignantsétaient déjà présentsdans les établisse- ments par-delàleur temps de cours.La propositionles réconci- liera-t-elleavec un candidatque seuls 12,5% d’entre eux avaient l’intentionde choisir au premier tour,selon le sondage réalisé par l’IFOP? Préfèrent-ilsêtre 60000 de plus ou être mieux payés?p Maryline Baumard 50123 Jeudi 1er mars 2012
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    Les militants dela cause [homosexuelle],par cooptation,prolifèrent dans nos rangs» Christian Vanneste, député UMP du Nord, dans une lettre adressée au président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob. Violence AudreyPulvaretArnaudMontebourg agressésàParis La journalistede France Télévisions Audrey Pulvar et son compagnon, le député (PS, Saône-et-Loire)Arnaud Montebourg,ont été pris à partie, mardi 28février, vers 22heures,boulevard Murat,dans le 16e arrondisse- ment de Paris, par une quinzained’individus qui scandaient des mots d’ordreen faveur de Jean-MarieLePen. Des injures racistesont été pro- féréeset deux verres ont été jetés dans leur direction, sans les atteindre. «On sortait du resto, ils étaient devant un bar», a racontéla journaliste, qui fait aussi état de cris, comme«juden, juden,juden» («juifs») ou encore«la France aux Français» et autres «LePen président». «Je n’ai pas été blessée», a indiqué Mme Pulvar. Dans la soirée, la journaliste et ArnaudMontebourg ont déposéplainte au commissariatdu 16e arron- dissementoù ils ont été pris en charge par une équipede la brigade anti- criminalité(BAC) de nuit, avec laquelleils ont effectuéun tour du quar- tier pour tenter de retrouver la bande. En vain. Interrogée sur Europe1, mercredimatin, Marine LePen a condamnécette agressiontout en jetantune suspicionsur «les accusations très graves de Mme Pulvar». «S’il suffit d’aller agresser quelqu’un en criant “Le Pen président”pour que je sois responsable,l’Etat de droit s’est dégradé(…). Vous ne pouvez pas, avant même une enquête de police, dire qu’il s’agit de membres du FN», a déclaré la candidate du Front national.p Yves Bordenave CommentFrançoisHollandeapréparé sasurprisesurl’impositiondesplusriches Leprinciped’unenouvelletrancheaétéactéelorsd’une«réunionstratégique»le25février s LA QUESTION Quelimpactpourunimpôtà75%? présidentielle 2012 I ls y réfléchissaient depuis plu- sieursjours.Depuisquelecabi- net Proxinvest, le 14février, aestiméà34%la haussedesrému- nérations moyennes des patrons du CAC40, François Hollande et sonpremiercercleplanchaientsur une mesure symboliquement for- te, frappant à la fois les plus hauts salaires et les esprits. «On s’est dit qu’onn’allaitpaslaisserpasserça», indiqueStéphaneLeFoll,responsa- ble de l’organisation de la campa- gnedu candidatsocialiste. Le principe politique était acquis, restait le débat technique. Plafonnement des rémunérations ou mesure fiscale particulière sur les très hauts revenus? La premiè- re option ayant été abandonnée, c’est la seconde qui s’est progressi- vement imposée, samedi, lors d’une « réunion stratégique» regroupant autour de M.Hollande lestroishommesfortsdesacampa- gne: Pierre Moscovici, Manuel Valls et Stéphane Le Foll. Puis défi- nitivement, lundi 27février, dans l’après-midi, quelques heures avantlepassageducandidatsocia- listeà l’émissionde TF1. C’est pourquoi beaucoup, dans l’équipe, ont été cueillis par surpri- separl’annoncedeM.Hollande,de la création d’une nouvelle tranche d’impôt pour les rémunérations dépassant le million d’euros annuel. A commencer par Jérôme Cahuzac,leresponsabledupôlefis- calité dans le staff. «Je ne sais trop que vous dire», admettait le prési- dentdelacommissiondesfinances de l’Assemblée, pris au dépourvu quelques instants plus tard sur France2.«Maintenant,ilestaucou- rant», aévacué M.Hollande,mardi 28février, en marge de sa visite au Salon de l’agriculture. «Il est nor- mal que je prenne un certain nom- bred’initiatives.Jesuislecandidat.» Faire acte d’autorité L’objectifstratégiquedeM.Hol- lande qui, depuis l’entrée en cam- pagneduchefdel’Etat,sembledis- posé à proposer quelques surpri- sesprogrammatiqueset àinnover par rapport au socle de proposi- tions contenu dans son projet, est bien de faireacte d’autorité. Face aux Français les plus aisés, d’abord: «Je voulais dire qu’il y avait là une façon de faire qui n’est plus acceptable. Un dirigeant ne peutgagneren un an cequ’unsmi- card mettra 100 ans à gagner», explique M.Hollande, qui brandit l’argument de l’intérêt général: «C’est un signal qui est envoyé, un message de cohésion sociale (…) C’est du patriotisme d’accepter de payer un impôt supplémentaire pour redresser le pays.» Face à Nicolas Sarkozy, ensuite. Le président-candidat avait, au moment du dévoilement du pro- jet de M.Hollande, lancé l’offensi- vefiscale,accusantlePartisocialis- te de matraquage des classes moyennes. Puis, lors de son inter- vention télévisée du mercredi 22février, le président-candidat s’en était pris aux abus des patrons,assurant qu’il agirait à cet endroit,si réélu. Au chef de l’Etat qui, depuis Montpellier, a évoqué sur ce point une «impression d’improvisation, de précipitation, pour tout dire d’amateurisme qui est assez consternante» de la part du candi- datsocialiste,M.Hollandea ferme- mentrépliqué:«Moi,jeconnaisun professionneldesfaveursaccordées aux plus favorisés, c’est le candidat sortant,dontlapolitiquesetermine par une baisse de l’impôt sur la for- tuneaprès lebouclierfiscal.» La mesure présente aussi le mérite tactique de réinstaller le débat autour des positions et pro- positions du candidat socialiste, commeentémoigneletirdebarra- ge venu de l’UMP. «Inflation fisca- le» pour la ministre du budget, ValériePécresse,«courseàl’échalo- te» selon le ministre de l’écono- mie, François Baroin, «confisca- tion fiscale», selon le ministre des affairesétrangères,Alain Juppé. Benoît Hamon constate «une levéedeboucliershallucinantedela droite, qui n’a aucun état d’âme pour augmenterla TVA de 1,6 point mais qui maintenant tire le signal d’alarme de l’évasion fiscale », moque le porte-parole du parti. Lequel, reprenant une comparai- sonhistoriqueenvoguedansl’équi- pe,comparelecandidatHollandeà FranklinD.Roosevelt,qui,selonlui, «avaitcrééen1941unetranched’im- pôt de 91% pour les revenus de plus de200000dollars». p David Revault d’Allonnes s L’image ValérieTrierweilersedit«sidérée» parlesattaquesdeNicolasSarkozy ValérieTrierweilerse dit«sidérée» parla chargequ’a menéecontreelle, lundi27 février,surRTL, NicolasSarkozy.«Je suissurprisequ’il aitfait ça lui-même.Ce n’est pasdu niveaud’unprésidentde la République», assu- reau Mondela compagnedeFrançoisHollande.Mme Trierweilerse trou- vaitd’ailleursaveclecandidatsocialistequand elleaentendule chefde l’Etat,quitente d’infléchirsonimagede«présidentdesriches»,s’interro- gersurles ondesface auxjournalistesde RTL: «Est-cemoi quitravaille dansle groupede [Vincent]Bolloré ? (…) Parceque personnen’a une émis- sionde télévisiondans legroupede M.Bolloré ?» Uneallusiondirecteau magazine«Itinéraires», diffusésur la chaînetéléviséedu groupeBol- loréDirect 8et consacréauxtrajectoiresd’artistes.Un magazinedont Mme Trierwieleraenregistréles deux derniersnuméros,vendredi. «Jamaisil ne seraitvenua l’idéede Françoisd’attaquerCarla [Bruni- Sarkozy].Moi nonplus.J’aidu respectpour ce qu’elleest», assureValérie Trierweiler(PHOTO: PATRICK KOVARIK/AFP). p D. R. A. Le candidat socialiste, François Hollande, a visité le Salon de l’agriculture, porte de Versailles à Paris, pendant douze heures, mardi 28février. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH POLITICS POUR «LE MONDE» UNE TRANCHEd’imposition à 75% pourles revenusau-delà du milliond’euros. La propositionde François Hollande a surpris jus- qu’à son propre camp. L’UMP a sembléhésiter, dans sa riposte, fustigeant,comme François Baroin,«un message de spolia- tion» pour les plus riches, ou minimisant,comme Valérie Pécresse,«un rendementfiscal epsilon», donc nul. Qu’en est-il en réalité? Comment s’appliquerait la mesu- re? Oncompteactuellementcinq tranchesd’imposition,qui vont de 0% (jusqu’à6088eurosde revenusannuels) à41% (au-delà de 72317euros).Elles ne détermi- nentpas le taux d’impositionglo- bal,mais celui quis’appliquesur lesrevenuscorrespondant,en tenantcomptedu quotient fami- lial: on est imposéà 0% sur les premiers6088 euros, à5,5% sur la tranchesuivante(de 6088 à 12146 euros),à 14% sur la suivante… M.Fillonavaitintégréauplan derigueurdel’été2011unesur- taxede3%et5%àpartirde 250000et500000eurospar mois,quelePSconserverait.Le socialisteproposait,enoutre,dans sonprogramme,decréerunetran- che,à45%, pourlesrevenussupé- rieursà150000euros.Ilévoque désormaisunetranchesupplé- mentaire,quiprélèveraitdonc 75%des revenussitués au-dessus de1milliond’eurosparan. Qui serait concerné, et pour quel montant? Le nombre de contribuables potentiellementtouchés par cette mesuren’est pas certain. Le PS évoque de 7000à 30000 person- nes.Selon Vincent Drezet, secrétai- re national du Syndicat national unifiédes impôts (Snuip), entre 15000et 20000 foyers fiscaux seraient potentiellementconcer- nés. Bercy parle de 3000 foyers à peine. Cette imprécisions’explique sans doute par la multiplication des niches et des mesures permet- tant de réduirel’imposition,qui permet à nombre de contribua- bles fortunés d’échapperà une partie de l’impôt dû, rendant l’im- pôt dégressifpour les «très riches». En 2009, les 0,01% les plus riches, soit 3523 foyers fis- caux gagnant plus de 1,2million d’euros, étaient imposés en moyenneà 17,5%, contre 20% pourles 0,1% les plus riches(plus de 360309 euros). Quel effet aurait la taxe? Le montant final serait comple- xe à établir. M.Drezet évoque «200 à 250millions d’euros» de gainpour l’Etat. Un chiffre faible, pourune taxe à l’impact avant tout symbolique. La réforme aurait surtout valeur de signal politique, même sielle ne constitueraitpas une pre- mière historique.Le taux margi- nal supérieur de l’impôt a déjà été aussihaut, jusqu’à 90% dans les années1920 ou l’après-guerre.Il était encore supérieurà 60% au débutdes années 1980.Les Etats- Unisont gardé des taux sembla- bles jusqu’aux années1960. Il serait en revanche le plus élevé d’Europe.En 2007, le Danemark était le pays avec le plus fort taux marginalsupérieur de l’impôt, à 59%. Quant au risque d’«exil fiscal» dénoncépar l’UMP, alors que le candidatsocialiste compte aussi releverles taux de l’impôt sur la fortune, réduireles plafonds du quotientfamilial et plafonnerles niches, M.Drezet le minimise: «Même si certains s’en vont à l’étranger,la réforme ne concerne pas assez de monde pour mettre l’économieen danger.» Pour lui, cetteréforme aurait le méritede la pédagogie, dans le cadred’un mouvementplus vaste de retour à la progressivité de l’impôt. p Samuel Laurent Opérationséduction deFrançoisBayrouauSénat Lecandidat centristeestallé, mardi28février,à larencontre d’uneving- taine de sénateursissus du groupeUnion centristeet républicaine(qui comprend31élus MoDem, Alliancecentriste, NouveauCentre, radicaux, diversdroite)pour défendresa candidature.Un texte de soutien de ces sénateurs,dontcertainshésitentencoreà rendre publicleur choix,est attenduen milieude semaine prochaine.«J’appartiensau courantdu centre,qui s’est pendant longtempsdivisé, dansdesconditions parfois attristantes,il est en trainde se refonder», se féliciteM.Bayrou.«La ques- tiondes alliancesaprès la présidentiellen’apas été évoquée», raconteun participant.Au mêmemoment, un autresénateur du groupecentriste, Jean-MarieBockel (Gauchemoderne),a lancé un «comitéde soutien», mais cettefoisà Nicolas Sarkozy.M.Bockel,orphelin de lacandidature de Jean-LouisBorloo,qu’il soutenait,veut convaincreles électeurs«qui neveulentpas voter FrançoisHollande mais ne sontpas encoreprêts à franchirle pas vers Nicolas Sarkozy». p Pierre Jaxel-Truer La « loi Petroplus» adoptée par l’Assemblée nationale L’Assembléenationalea adopté,dans la nuit de mardi 28 à mercredi 29février, un texte porté par l’UMP destiné à empêcherle détourne- ment d’actifs d’une entreprisedéfaillante.Inspiré de la situation de la raffineriePetroplus de Petit-Couronne(Seine-Maritime),il a été voté avec le soutiendu PS. En revanche, une série d’amendementsinspirés du cas du site de Florange(Moselle) d’ArcelorMittalont été rejetés. Jean-Pierre Raffarin ouvre la porte à François Bayrou Le référendumsur la moralisationde la politique proposé par François Bayrou,s’il était élu, est «tout à fait acceptable», a déclaré, mardi 28février, sur Radio classiqueet la chaîne Public Sénat l’ex-premier ministreJean-Pierre Raffarin.Il a estimé qu’il n’était «pas impossible» que M. Bayroupuisse devenir le premierministre de Nicolas Sarkozy. 6 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    international Haut débit jusqu’à10 Mbps Appels téléphoniques Abonnez-vous à partir d’un euro par jour. Équipement gratuit* *Selon le type d’abonnement choisi Assez d’avoir internet au ralenti? Choisissez Tooway dès maintenant, où que vous soyez! Fourni par Skylogic, filiale d’Eutelsat Appelez-nous 0811 653 317 ou rendez-vous sur internet-maintenant.fr De jeunes combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), à Sarmin, dans la province d’Idlib (nord-ouest), lundi 27 février. RODRIGO ABD/AP L esortdesjournalistesocciden- taux pris au piège à Homs, assiégéeetbombardéeparl’ar- mée syrienne, a fait l’objet d’infor- mations contradictoires et de démentis, mardi 28février 2012. Seul, finalement, le Britannique Paul Conroy, blessé dans l’attaque quiavaitcoûtélavieàlajournaliste américaineduSundayTimesMarie Colvin et au photographe français Rémy Ochlik le 22février dans le quartierdeBabaAmro,apuquitter la Syrie clandestinement pour le Libanvoisin,oùilaétéprisenchar- gepar l’ambassadebritannique. La Française Edith Bouvier, dontlajambeestfracturée,lepho- tographefrançais William Daniels etlejournalisteespagnold’ElMun- do Javier Espinosa sont toujours à Homs. Aprèsl’échecdeplusieurstenta- tivesd’évacuationvialeCroissant- Rouge syrien et le Comité interna- tionalde la Croix-Rouge(CICR), les insurgésde l’Arméesyrienne libre (ASL)ontmenéunepérilleuseopé- ration d’exfiltrationlundi soir. Selon Abou Raed, directeur du bureau du Comité de secours syrien au Liban, la brigade Al-Farouqdel’ASL(principalgrou- pe armé présent à Baba Amro) a tentéunesortiedanslanuitdelun- di à mardi. « A 3 km d’Homs, le convoi a été l’objet de bombarde- ments de l’armée syrienne. Des combatsontégalementopposédes hommes de la brigade Al-Farouk à l’armée syrienne, raconte Abou Raed au Monde. Javier Espinosa a été légèrement blessé. Le convoi s’est alors scindé en deux. Un grou- pe a poursuivi vers le Liban, avec le photographe britannique Paul Conroy, parvenu à Beyrouth mar- di. L’autre groupe s’est replié vers Baba Amro.» Il s’y trouvait tou- joursmercredi matin. L’organisation Avaaz, proche des insurgés, avance que treize membres de l’ASL auraient perdu laviedanscetteopérationrisquée. Selon Abou Raed, la raison de cetteopérationd’exfiltrationtient dans le fait que l’ASL «n’a aucune confiance dans le Croissant-Rouge syrien, infiltré par des personnes du régime. L’ASL a de l’estime pour le CICR, mais il n’est pas parvenu à faireadopterunetrêve.Cette orga- nisation a des résultats très limités aujourd’hui en Syrie». Il récuse l’idéequel’ASLespéraittirerbéné- ficedecesnégociationspourpren- dre un avantage militaire. Depuis une semaine, l’évacua- tion des journalistes étrangers à Homs bute sur la défiance des insurgés syriens envers le Crois- sant-Rouge,soutenuparleCICR. Selon Saleh Dabbakeh, porte- parole du CICR à Damas, joint par téléphone mardi soir, les équipes du Croissant-Rouge «étaient prê- tesàévacuerlesjournalistes»lundi soir. «Des ambulances étaient à Baba Amro. Elles ne sont reparties qu’avec trois blessés syriens». Mar- di, «la situation était très tendue à Baba Amro», a-t-il ajouté. Le CICR continue d’appeler les autorités syriennesàunetrêvehumanitaire. Selon une source de l’opposi- tion syrienne proche de l’ASL, «les journalistes avaient peur d’être bombardés par le régime à peine sortisduquartieravecleCroissant- Rouge. Ils s’inquiètent aussi que le matérielqu’ilsontaccumulésurles atrocités commises par le régime à Homssoit confisqué.» L’ASL accuse le pouvoir d’avoir arrêté neuf blessés évacués récem- mentparleCroissant-Rougesyrien. LeCroissant-Rougearéfutépoursa part «les allégations répétées met- tant en cause sa neutralité, son impartialité». Pour le moment, les négociations semblent rompues aveclesassiégésdeBabaAmro. Selon un membre de la brigade Al-Farouk, contacté par Le Monde, l’opérationd’évacuationavaitune dimension politique: «C’est un messageaurégimesyrien.Onpeut pénétrer dans les zones où il sévit, onpeutconvoyerdesjournalistesà l’intérieur du pays.» Il reconnaît toutefoisquel’opérationauraiteu plusderetombéessielleavaitcom- plètementabouti. D’aprèslui,lavidéod’EdithBou- vier, mise en ligne la semaine der- nière, «visait à envoyer un messa- ge à la communautéinternationa- lepourattirerl’attentionsurlesort des civils à Baba Amro », dont 5000 seraient encore présents dansle quartier. Pour un dirigeant de l’opposi- tion syrienne en exil, «les oppo- sants d’Homs sont très faibles, ils manquent de tout. Ils savent que quand les journalistes seront par- tis, ils serontlivrés à leur sort.» Desinformationsfaisaientétat, mardi soir, de l’envoi à Homs de troupes supplémentaires de la 4e division de l’armée syrienne, une unité d’élite commandée par Maher Al-Assad, le frère du prési- dent syrien. En France, l’exfiltration ratée d’Edith Bouvier a occasionné un gros ratage de la part de Nicolas Sarkozy, en pleine campagne élec- torale à Montpellier: après s’être réjoui, mardi après-midi, devant lescamérasdeBFM-TV,desonéva- cuation, il a été contraint de démentir et de s’excuser. Une pré- cipitationquicontrasteaveclapru- dence du Figaro, pour qui Edith Bouvierétaiten mission,ainsi que des diplomates à Beyrouth, à Damas et à Paris. En l’absence de preuves directes, le quotidien n’a jamais confirmé l’arrivée d’Edith Bouvier et de ses compagnons au Liban, annoncée par des sources anonymes de l’opposition syrien- ne et un responsable libanais.p Christophe Ayad, Benjamin Barthe et Laure Stephan (à Beyrouth) L’ASL«n’aaucune confiancedans leCroissant-Rouge syrien,[quiserait] infiltrépardes personnesdurégime» Un hélicoptère abattu, selon les insurgés Syrie:troisjournalistesrestentbloquésàHoms LephotographebritanniquePaulConroyapugagnerclandestinementBeyrouth,contrairementàsesconfrères LesOccidentauxs’activentpourprésenter unenouvellerésolutiondevantl’ONU Un hélicoptère militaire syrien aurait été abattu par l’Armée syrienne libre (ALS) dans la région d’Alep, selon une source digne de foi proche de l’opposi- tion syrienne. Aucune précision n’a pu être obtenue sur le lieu, la date et le bilan exacts de cette opération. Si elle était confir- mée, il s’agirait d’une première et la preuve que des armes sophistiquées commencent à arriver aux insurgés syriens. Le Qatar et l’Arabie saoudite n’ont pas caché leur intention d’en fournir à l’opposition syrienne depuis la mise en échec par des veto russe et chinois d’une réso- lution au Conseil de sécurité de l’ONU, début février. Nationsunies (Correspondante) Alorsqueles Nationsunies esti- mentdésormaisà «beaucoupplus de7500morts» lebilande la répressionenSyrie,plusieurspays membresdu Conseildesécurité travaillentàl’élaborationd’une actiondiplomatiquepourrépon- dreàl’urgencehumanitaire.Selon unesourceprochedu dossier,l’ini- tiativevientdesEtats-Unis,et des «travauxexploratoires» sont menésavecla Franceet la Grande- Bretagne,lebutétant deprésenter unprojet derésolutionsuscepti- blede fairel’unanimitéet de«sor- tirleConseilde soninaction». Aprèsavoiressuyédeuxdou- blesvetorusso-chinoisenquatre mois,lesOccidentauxprivilégient l’approchehumanitaire.«Ilestde notredevoird’explorerlapossibili- téd’uneactionduConseil(…)C’est ceà quoinousallonstravailler.Ce serasansdouteunetâchedifficile maisjepensequenousavonsl’obli- gationdenousyatteler»,adéclaré, mardi28février,l’ambassadeur allemandPeterWittig.Unpeuplus tard,les 15paysmembresdu Conseilentendaientlesecrétaire généraladjointdel’ONUpourles affairespolitiques,LynnPascoe.Le hautresponsableamentionnédes «informationscrédiblesselonles- quelleslebilandésormaisexcède souventlescentmortscivilspar jour,dontbeaucoupdefemmeset d’enfants».Enéchouant«danssa missiondemettrefin aucarnage», lacommunautéinternationale «sembleavoirencouragéle régime [syrien]à croireensonimpunité», ainsistéLynnPascoe. Cessez-le-feu quotidien Lesdeuxseulesprioritéssurles- quellesleConseilsembleaujour- d’huiunanimesontl’arrêtdesvio- lenceset l’accèshumanitaireaux villesetzonesassiégées.LaRussie auraitsoulevélaquestiondel’ac- cèshumanitairedevantleConseil desécuritélasemainepassée.Mos- cous’estdepuisprononcéen faveurd’uncessez-le-feuquoti- diendedeuxheures,allantjusqu’à appelerDamasàcoopéreravecle ComitéinternationaldelaCroix- Rouge.«LesRussescherchentà sor- tirdel’isolementdanslequelleurs vetolesontplongés,ilssesontmis lemondearabeà dosetsouhaitent sortirdecetteimpasse»,faitremar- querunesourcediplomatique. Maissielleest prèsdecédersur levolethumanitaire,laRussien’ac- ceptepaspourautantd’yassocier unvoletpolitique.L’absencede touteréférenceauplandesortie decrisedelaLiguearabe–quipré- voitnotammentletransfertdes pouvoirsdeBacharAl-Assadàson vice-président–, équivaudraità laisserlesmainslibresaurégime syrien,soulignentdesdiplomates. Lenouvelémissairedel’ONUet delaLiguearabepourlaSyrie,Kofi Annan,devaitrencontrersonsuc- cesseuràlatêtedesNationsunies, BanKi-moon,mercrediàNew York,ainsique desmembresdu Conseildesécurité.LaSyrieadéjà faitsavoirquel’anciensecrétaire généraldel’ONUétaitpersona nongrata,Damasn’ayantpasété consultépoursanomination.p Alexandra Geneste 70123 Jeudi 1er mars 2012
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    Le chef defile de l’opposition Macky Sall, interviewé à son domicile, à Dakar, le 27février. Y.BOUDLAL/REUTERS international DOSSIER L’industrie, enjeu électoral MARS 2012 Chez votre marchand de journaux – 4,90 € Lasociétécivilealgériennetoujourssoussurveillance Unrapportdénonce,unanaprèslalevéedel’étatd’urgence,unemesureen«trompel’œil» Portrait Dakar Envoyé spécial L ’élève Macky Sall (50ans) savoure sa revanche sur le maître Abdoulaye Wade (86ans), qu’il pourrait bien terras- ser lors du second tour de la prési- dentielle qui se dessine au Séné- gal, à la fin du mois de mars. Selon les résultats provisoires du pre- mier tour de dimanche 26février, le président sortant et son ancien premierministre, un temps décrit commesondauphin,devraienten effetseretrouverpourleduelélec- toral final. Un duel de générations et de caractères plus que d’idéolo- gie entre ces deux libéraux. Rencontrédanssavastedemeu- re du quartier résidentiel de Fenê- treMermozàDakar,aulendemain du premier tour, Macky Sall se montreavectoutcequiledifféren- cie de son maître: sérénité et sim- plicité, faute de charisme, et res- pect de l’adversaire. Tout juste ose-t-il: «Il est évident qu’on a nos chances de gagner, et ce n’est pas ma faute si je suis jeune, ce n’est pas un handicap.» Là où d’autres candidats ont raillé l’âge avancé du président, Macky Sall évite de blesser. Ilpourraitpourtantavoirlesuc- cès plus démonstratif. Abdoulaye Wade, élu une première fois en 2000,claironnedepuisdes semai- nes qu’il remportera un troisième mandat au premier tour du scru- tin. L’argument s’inscrit dans un discours de campagne. Il reflète aussi le profond dédain de M.Wade envers des adversaires politiques dont il dit qu’aucun ne luiarriveàlacheville.Et sûrement pas Macky Sall, à propos duquel il doit se dire aujourd’hui qu’il aurait mieux fait de ne pas se lais- ser abuser par ses rondeurs et ses silences.Nisous-estimerl’acharne- ment d’un homme dont il avait blessél’orgueil. C’était en 2007. Macky Sall venait de conduire la campagne victorieusedesonmentoràlapré- sidentielle. Interrogé par un jour- naliste sur la personnalité qui pourrait lui succéder, le président réélu lâche: «Je ne vois personne autour de moi.» Macky Sall est assis à ses côtés. Cet ingénieur géologue et géo- physicien, diplômé, entre autres, de l’Institut français du pétrole, avait pourtant gravi tous les éche- lons durant les années 2000 : ministre des mines puis de l’inté- rieur, premier ministre, président de l’Assemblée nationale, numéro deux du Parti démocratique séné- galais (PDS). Le coup de 2007 est rude pour Macky Sall, faute d’être surprenant. Son nom s’ajoute sur lalonguelistededauphinsécartés par le président lorsqu’ils com- mençaientàluifairetropd’ombre. Outre ses ambitions, M.Sall a aussi commis un crime de lèse- majesté: s’attaquer au jeune fils du président, Karim, étoile mon- tante du «wadisme» népotique. Président de l’Assemblée, Macky Sall avait convoqué Karim Wade devant une commission parle- mentaire,sans en informerle chef de l’Etat, pour lui demander des comptes sur sa gestion opaque et dispendieusede l’Agence nationa- lede l’organisationde laconféren- ce islamique. «Je voulais savoir ce qu’il avait fait du milliard de dol- lars consacré à cet événement», nous explique-t-il. Le président se fâche,«m’accused’inquisition»,se rappelle-t-il. Abdoulaye Wade exi- gesadémission.Ilrefuse.Qu’àcela ne tienne, le chef de l’Etat change la Constitution et ramène à un an, contrecinqauparavant,lemandat du président de l’Assemblée. La ruptureest consommée. Macky Sall avait-il calculé son coup? Du jour au lendemain, en attaquant un fils impopulaire et en tenant tête au « Vieux », il gagne ses lettres de noblesse d’op- posant. Dorénavant, il va tracer, seul, son chemin. En 2008, il démissionne du PDS, fonde l’Al- liance pour la République (APR) et sillonne inlassablement le pays à la rencontre des habitants, aux- quels il présente un programme économique et social d’inspira- tion libérale destiné à charmer le mêmeélectorat que M.Wade. Objectif, la présidentielle de 2012. Et pour cette campagne, cet homme qui se décrit lui-même comme «solitaire» montre une nouvellefoisqu’ilestunfauxindé- cis.Quandlelargefrontanti-Wade regroupé au sein du Mouvement du 23juin (M23) appelle à occuper laruepourempêcherlacandidatu- reduprésident,jugéeanticonstitu- tionnelle par le M23, MackySall sait que rien ne fera reculer un chef de l’Etat fier et entêté. Il fait donc cavalier seul et se lance dans unecampagneélectoraledeproxi- mité à l’intérieurdu pays. Sa stratégie est gagnante. Qua- treans,seulement,aprèssaruptu- re avec le président, Macky Sall est à deux doigts de faire tomber le maître. Sans esprit de vengeance. «Entre Wade et moi, dit-il, c’est un problèmedeconceptiondegouver- nancedel’Etat,sinonilafaitdebon- nes choses, dans la construction d’infrastructuresnotamment.» Finconnaisseurdes hommeset dupartiaupouvoir,issudumême moule libéral, il sait qu’en cas de victoire il suffira d’attendre les défections et les ralliements. «Je formerai un gouvernement élargi pourattirertouteslescompétences auservicedudéveloppement.Iln’y aura pas de chasse aux sorcières», précise-t-il. En attendant, Macky Sall doit d’abord remporter le second tour de l’élection. «Ce sera facile», lâche-t-il. «Wade, ancien opposant pro- metteur, a tellement trahi d’an- ciens alliés et déçu la population qu’il ne dispose plus vraiment de réservoir de voix pour le second tour», avance l’avocat Babacar Gueye. Avec une rare pointe d’hu- mour, Macky Sall propose une voie de sortie au président: «Il a dit qu’il était mon maître. Quand votre élève vous met au tapis, le plus sage est parfois d’abandon- ner. Il devrait peut-être appeler à voterpour moi.»p Christophe Châtelot L a levée de l’état d’urgence en Algérie,annoncéeilyaunan, le 24février 2011, est un leur- re. «Un trompe-l’œil», assure le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) qui dresse dans un rapport le bilan de cettemesuredécidéeparlesautori- tés algériennes dans le sillage du «printemps arabe», dix-neuf ans après son instauration. «Le harcèlement des militants par la police, l’interdiction injusti- fiée des manifestations et des réu- nions publiques, de même que le recours à des pratiquesadministra- tivesabusivespourentraverlacréa- tion des associations: ces tactiques continuent d’être communément utiliséespouraffaiblirlasociétécivi- le et entraver son action», accuse le réseau de plus de 60 organisations desdroitsdel’homme,crééen1997. Dans les faits, poursuit-il, «la plupart des dispositions de l’état d’urgence ont en réalité été inté- grées dans la législation ordinai- re». Ainsi, la nouvelle loi sur les associations,promulguéele12jan- vier, «menace d’aggraver encore les difficultés d’exercice du droit d’association». La création d’association est conditionnéeàl’autorisationpréa- labledesautorités,etnonplussou- mise au régime déclaratif, le nom- bre de membresfondateursnéces- saire a été sensiblement augmen- té, et le contrôle du financement renforcé, en particulier pour les associations étrangères.Ces dispo- sitions, dénonce le REMDH, «ne réflètent pas les demandes de la société civile» exprimées lors des consultations menées en juin2011 par le Conseil national économi- que et social. Les restrictions les plussévèresconcernentlesassocia- tions de droits de l’homme. Et les nouvelles demandes déposées par certainesd’entreelles,commeSOS Disparus,sontrestéeslettremorte. Interdiction de manifester La levée de l’état d’urgence n’a rien changé non plus à l’interdic- tion de manifester à Alger, en vigueur depuis 2001, cependant bravée plusieurs fois, ces derniers mois, dans la capitale algérienne, des gardes communaux aux étu- diants.Surleresteduterritoire,qui n’est désormais plus concerné par l’interdiction, il n’est toutefois pas aisé de manifester. Le 16octobre 2011, à Laghouat, des chômeurs, qui ont dû affronter les forces de sécurité,enont faitl’expérience. Instauréle9février1992,dansla fouléedel’annulationdesélections législativesremportéesaupremier tourparleFrontislamiquedusalut (FIS),l’étatd’urgenceenAlgérieaeu un profond impact sur la société civile «systématiquement affai- blie». La lutte antiterroriste pen- dant les années de guerre civile a ainsi permis de réprimer toute voix critique. «Toutefois,préciseleREMDH,la persistance et le renforcement des organisations de la société civile malgré les obstacles auxquels elles fontetcontinuentdefairefacepour- raientconstituerlemoteurdechan- gementsimportants.» En vue des élections législatives prévuesle10mai,Algervientégale- ment d’autoriser près d’une ving- tainedepartis,dontcertainspatien- taientdepuisplusdedixans.p Isabelle Mandraud Moscou Correspondante A quelques jours de la prési- dentielle du 4 mars, le Kremlin a mis fin, mardi 28 février, aux fonctions de SergueïDarkine,49ans, le gouver- neur de la Province maritime (Extrême-Orient), officiellement pour«raisondesanté».Alatêtede la région depuis 2001, le gouver- neur était impopulaire parmi ses administrés, outrés par ses liens avec le monde interlope et son implication dans quelques affai- res de corruption. Sergueï Darkine semblait indé- boulonnable.Depuis2004,lesgou- verneurs ne sont plus élus au suf- frage universel, ils sont nommés par le Kremlin qui les jauge à leur loyauté.Malgré son impopularité, il avait réussi, en 2010, à se faire reconduire à son poste pour cinq ansparleprésidentDmitriMedve- dev. La population de la Province maritimeen avait pris son parti. Le 15décembre 2011, la gestion désastreuse de M.Darkine appa- rut au grand jour devant des mil- lions de téléspectateurs. C’était au moment de la séance annuelle de «questions-réponses» entre les Russes et le premier ministre Vla- dimir Poutine, retransmise par toutes les chaînes de télévision. L’exercice, intervenant onze jours après les législatives du 4décem- breentachéesdefraudes,étaitnet- tement moins guindé qu’à l’ordi- naire. Aumomentoùlaliaisonfutéta- blie avec Vladivostok, la capitale régionale, à 9000km de Moscou, laparoleéchutàunpetitentrepre- neur, Andreï Goldobine: «Vladi- mir Vladimirovitch! Combien de temps encore Sergueï Darkine va resteràsonpostealorsquesesfonc- tionnairesn’arrêtentpasdeserem- plirlespochesavecl’argentdubud- get et celui des entrepreneurs?» Visage crispé, M.Poutine écouta, pritfébrilementquelquesnoteset répondit: «Il n’y a pas que la cor- ruption,ilyaunegrandecriminali- té dans cette région bien plus qu’ailleurs.» Etpuisplusrien.Ilsemblaitévi- dentquelebaronduPacifiques’en étaittiréavecunlégerblâme,com- meen2008,lorsqu’ilaéchappéde justesse à une mise en examen (sonbureauavaitétéperquisition- né) en venant plaider sa cause à Moscou après une alerte cardia- que. Il avait donc été épargné. Ses adjoints n’ont pas pu échapper aux poursuites judiciaires mais le nom de Sergueï Darkine n’a jamais été mentionné au cours desaudiences.Leprincipalbénéfi- ciaire du groupe criminel jugé fut décrit comme «une personne non identifiée». Son brusque limogeage à quel- ques jours de la présidentielle du 4mars a pris de court la plupart des commentateurs. A Moscou comme à Vladivostok, personne ne peut croire que la corruption, véritable pilier du système, est la vraie raison de sa disgrâce. Certes, M.Darkine y est allé un peu fort. Récemment, il a acquis, au nom de sa femme, Larissa Belobrovaïa, la base de pêche de Nakhodka, dirigée par son frère, Oleg Darkine. Pour ne rien arran- ger, il s’est brouillé avec un puis- sant homme d’affaires du cru, Rouslan Kondratov, le fils d’un général de l’ex-KGB, ce qui n’est jamais bon, vu que les «hommes enépaulettes» tirent lesficelles de l’économie. Enréalité, SergueïDarkinea été écarté en raison du mauvais score (33%) réalisé par le parti Russie unie aux législatives du 4décem- bre. A Vladivostok, le grand port russe du Pacifique, le parti de M.Poutine,quiaremportélamajo- rité absolue des sièges à la Cham- brebasseduParlement(Douma),a faitunscorede23%,soitunchiffre nettementinférieur à la moyenne du pays (49,23%). Alarméparlavaguedecontesta- tion, Vladimir Poutine, candidat à untroisièmemandatprésidentiel, mise désormais sur une victoire dès le premier tour. Avec ce limo- geage,leKremlinenvoieunmessa- ge à ses barons régionaux. Ceux qui n’obtiendront pas le score requis le 4mars, soit plus de 50%, ont du souci à se faire. «Ils doivent songer à leur retraite», a prévenuM.Poutine.D’oresetdéjà, les gouverneurs de Vologda, d’Arkhangelsk, de Volgograd et de Tomsk, où les scores de Russie unieétaient particulièrementbas, ont dû rendre leur tablier. Pour «raison de santé» bien sûr.p Marie Jégo «Quandvotreélève vousmetautapis, leplussageestparfois d’abandonner» Macky Sall Le camp du président sénégalais, Abdoulaye Wade, candidat contesté à un troisième mandat, a reconnu, mardi 28février, qu’il serait contraint de disputer un second tour face à son ancien pre- mier ministre Macky Sall. «Tout indique qu’il y aura un second tour: ce sont les chiffres qui le disent», a déclaré, mardi, El Hadj Amadou Sall, un des responsa- bles de la campagne électorale de M.Wade. D’après une estima- tion de l’Agence France-Presse portant sur 39 des 45départe- ments sénégalais, M.Wade arrive en tête avec 32,6% des voix, contre 25,8% à M.Sall, qui devan- ce Moustapha Niasse, un autre ex-premier ministre (14,3%), le chef du Parti socialiste Ousmane Tanor Dieng (11,7%) et un troisiè- me ancien premier ministre, Idris- sa Seck (7,5%). – (AFP.) Le camp Wade admet qu’un second tour aura bien lieu MackySall,l’élèvequirêvedeterrasser lemaîtreàlaprésidentielleduSénégal Leprobableadversaired’AbdoulayeWadeausecondtourdel’électionavaitétésonbrasdroit «Vladimir Vladimirovitch! Combiendetemps encoreSergueï Darkinevarester àsonposte?» Un petit entrepreneur LeKremlinécarte ungouverneur del’estdelaRussie LepartiRussieunien’aobtenuque33%desvoix auxlégislativesdanslaProvincemaritime 8 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    90123 Jeudi 1er mars 2012international & europe Meeting d’«allégeance auGuidesuprême» àTéhéran Imagesd’Iran(3/6) Né à Téhéran en 1970, Aslon Arfa a travaillé pour des journaux et magazinesiraniens avant de devenir photographeindépendant. TÉHÉRAN,28FÉVRIER. DES FEMMES s’inscri- vent sur la liste de l’ancien ministre de l’éduca- tion, Hossein Mozafar, lors d’un rassemblement appelé«allégeance au Guide suprême» en vue des élections parlementairesdu 2mars. L’assistancese composedepartisansdes par- tisfondamentalistes.Principalsujet évoqué: le besoind’unité ducamp conservateur.En effet, plusieursfactions defondamentalistessonten concurrencepour les électionsdu 2mars. Le Frontde la persistance,pro-Ahmadinejad,s’op- poseà desgroupestrès critiquesà l’égarddu pré- sidentcommele Frontuni desconservateurs, composéde prochesdu Guide suprêmeAliKha- menei,et le Frontde l’endurance,del’anciencan- didatàlaprésidentiellede 2009MohsenRezaï. Malgré des appels à l’unité entre les critiques de Mahmoud Ahmadinejad, les divisions per- sistent et de nombreuses petites listes sont en concurrence. Pour la seule circonscriptionde Téhéran, 18 listes sont présentées. Une seule se revendique réformatrice, tandis que les autres se composent de conservateurs ou de fonda- mentalistes. Lesfemmescandidatessontminoritaires.Les droitsde voteet d’éligibilitésont accordésaux femmesdepuis1963en Iran,maisleur rôlepoliti- quereste marginalavecune présencede moins de3%(8 femmespour 290 sièges)dans l’actuel Parlement,dominé par les conservateurs.p ASLON ARFA POUR «LE MONDE» E n annulant le jugement de la cour d’appel de Paris qui, le 21mai2008,avaitrelaxéPhi- lippeKarsenty, le directeurdu site InternetMedia-Ratings(uneagen- ce de notation des médias), en conflitavecFrance2,laCourdecas- sation a relancé, mardi 28février, une affaire qui empoisonne depuisprèsde douzeans lachaîne de télévision publique et son cor- respondant à Jérusalem, Charles Enderlin. Cette décision va à l’en- contre de la demande du parquet général qui, le 14février, avait requis le rejet du pourvoi formé par France2. Philippe Karsenty seradoncrejugéenappeldansplu- sieurs mois à Paris. Relayant les assertions d’une agence franco-israélienne, Metula News Agency (Mena), il avait affir- mé en 2004 qu’un reportage sur les affrontements à Gaza, diffusé en septembre2000 sur France2 avait été truqué. Les images qui montraient Mohammed Al-Dou- ra, un enfant palestinien de 12ans, entrain demourirdansles brasde son père sous les tirs entre Palesti- niens et soldats israéliens avaient fait le tour du monde, avant de devenir, pour les Palestiniens, emblématiques de l’agression israéliennecontreleur peuple. Selon M.Karsenty, la scène fil- mée par un cameraman palesti- niende France2 et commentéepar Charles Enderlin relevait d’une «supercherie», d’une «imposture» et d’une «mascarade». M.Karsen- ty, outre mettre en doute l’origine israéliennedestirsresponsablesde la mort du jeune garçon, accusait France2 d’avoir monté «un faux reportage,unepurefiction». La chaîne avait répliqué en l’at- taquant en diffamation. Condam- né par le tribunal correctionnelde Paris en octobre2006, Philippe Karsenty avait été relaxé en appel deuxans plus tard. Dans ce laps de temps et avant d’examinerledossieràl’audience, la cour d’appel avait ordonné un supplément d’enquête en octo- bre2007, afin d’obtenir les images prises par le cameraman de Fran- ce2. Ces rushes avaient été proje- tés au procès en appel. «Il y a une industrie du faux reportage à Gaza, avait dénoncé M.Karsenty. J’ose attaquer l’icône Mohammed, défendue par l’icône médiatique CharlesEnderlin,maisl’histoireme donnera raison.» Preuve de la bonne foi Sans se prononcer sur le conte- nu du reportage et tout en recon- naissant que les propos de M.Kar- senty portaient «incontestable- ment atteinte à l’honneur et à la réputation des professionnels de l’information», les juges avaient estimé que M.Karsenty n’avait «pas dépassé les limites de la liber- té d’expression». Dans son arrêt rendu mardi, la Courde cassationconsidèreque la cour d’appel n’était pas fondée à ordonnerunsupplémentd’enquê- te. Elle a outrepassé ses pouvoirs. Les juges rappellent que, « en matièredediffamation,sile préve- nu peut démontrer sa bonne foi parl’existencedecirconstancespar- ticulières, c’est à lui seul qu’incom- be cette preuve, sans que les juges aientlepouvoirdeprovoquer,com- pléter ou parfaire l’établissement de celle-ci». Or, en réclamant à France2 les rushes de son camera- man, les juges soulignent que «la cour d’appel a méconnu» ce texte. Côté France2, on se réjouit de cette décision. «Nous avions tou- jours soutenu que la communica- tion des rushes, au-delà de son illé- galité, ne pouvait strictement rien apporter», a déclaré l’avocat de la chaîne de télévision, Me Emma- nuel Piwnica.p Yves Bordenave AffaireAl-Doura: PhilippeKarsenty serarejugéenappel LamortfilméeparFrance2en2000d’unjeune Palestinienestl’objetd’uneguérillajudiciaire Chine Aumoinsdixmorts dansdesviolencesauXinjiang PEKIN. Des violences à Karghilig, une petite ville à la population majo- ritairement ouïgoure du sud du Xinjiang, dans l’extrême-ouest chinois, auraient fait une dizaine de morts, mardi 28février, au soir, selon l’agence de presse officielle Chine Nouvelle et plusieurs sources liées à la communauté ouïgoure en exil. Chine Nouvelle fait état «d’émeutiers» qui s’en seraient pris à des «vic- times», sans préciser si ces dernières sont han, l’ethnie majoritaire en Chine, dont la domination de cette région turcophone et musulmane des marches de l’empire entraîne des irruptions régulières de violen- ces. L’incident intervient alors que la région autonome du Xinjiang fait l’objet d’une nouvelle campagne de choc ciblant la population ouïgoure, qui se serait traduit par de nombreuses arrestations et opé- rations de «rééducation». p B.Pe. Allemagne Euro: la Cour de Karlsruhe renforce les pouvoirs du Bundestag BERLIN.Les juges de la cour constitutionnellede Karlsruheont rejeté, mardi 28février, la tentative de la coalition gouvernementalede créer une mini-commissionde neuf députéschargée de répondre dans l’ur- gence aux demandes européennesconcernantl’utilisationdu Fonds européende stabilitéfinancière (FESF). La politique budgétaire,dont relèventles décisions sur l’euro qui engagent l’argent public allemand, «est de la responsabilitédu Bundestag tout entier», a estimé la Cour qui avait été saisie par deux députés de l’opposition.Seule exception: les décisionsd’achat d’obligationssouveraines sur le marché. Pour celles- ci, la cour aretenu l’argumentd’une nécessaireconfidentialité,et confir- mé la légalité de la mini-commission.Le présidentdu Bundestag, Nor- bert Lammert(CDU), a qualifié la décision de la cour de «compréhensi- ble» et s’est dit convaincu de trouver une solution. – (Corresp.) Biélorussie L’Union européenne rappelle ses ambassadeurs en Biélorussie pour consultations BRUXELLES.L’Union européenne(UE) a décidé, mardi 28février, de rap- peler pour consultationsses ambassadeursen poste en Biélorussie. Cet- te décision intervient après le renvoi des ambassadeursde l’UE et de Polognedécidé par le présidentbiélorusse, AlexandreLoukachenko. Mardi,l’UE a imposé de nouvellessanctions au régime biélorusse en gelant les avoirs et en privant de visa en Europedix-neuf magistrats et deuxresponsables de la police, responsablesde l’arrestation et de la condamnationd’opposants au régime. Rééluen 2010 avec 80% des voix à l’issue d’un scrutin entachéde fraudes, le présidentLoukachenko a depuisfait emprisonnertous ses opposants. – (AFP.) Washington Correspondante E n route pour le «Super mar- di»du6mars!MittRomneya sauvé sa position de favori de la course à l’investiture républicai- ne en remportant, mardi 28février les primaires de l’Arizona et, sur- tout, du Michigan, où le catholique intégriste Rick Santorum l’avait sérieusement menacé. Entermedenombrededélégués, l’ex-gouverneur du Massachusetts reste loin du compte. Selon les esti- mations des médias, il réunirait désormais quelque 175délégués alorsque1144sontnécessairespour emporter la nomination. Compte tenu du fait que certains Etats attri- buent leurs délégués à la propor- tionnelle,d’autresselonunsystème majoritaire,etque416déléguésseu- lement sont en jeu mardi dans dix Etats,ladateàlaquelleseraconnule nom du candidat qui affrontera Barack Obama le 6novembre est totalement imprévisible. Mitt Romney l’a emporté sans difficultéenArizona,avec47,3%des voix, devant Rick Santorum (26,5 %), l’ancien président du CongrèsetbêtenoiredeBillClinton, NewtGingrich(16,2%)etle«liberta- rien» Ron Paul (8,5%). Il a bénéficié de la mobilisation des mormons, et surtout du soutien de l’influent sénateurdel’Arizona,JohnMcCain. Le Michigan était plus acrobati- que. Mitt Romney s’était retrouvé distancé par Rick Santorum – jus- qu’à 10points d’écart. Les médias commençaient à écrire sa nécrolo- gie politique, soulignant à quel point une défaite dans l’Etat où il avaitgrandietdontsonpèreétaitle gouverneur dans les années 1960serait symbolique. Finalement, l’humiliation n’a pas eu lieu. Mitt Romney a fini, dans la soirée, avec un peu plus de 3points d’avance sur son principal rival(41,1%contre37,9%àRickSan- torum et 11,7 % pour Ron Paul). «Nous n’avons pas gagné de beau- coupmais cela asuffi etc’est tout ce quicompte»,s’est satisfait lecandi- dat devant ses partisans, soulagés. «Washington, nous voilà»! a lancé safemmeAnn,quiintervientsysté- matiquement avant lui. Contrairement aux prédictions, Mitt Romney n’a pas pâti de son opposition au sauvetage del’indus- trie automobile. Dans une tribune du New York Times, publiée en 2008,ils’étaitindignéquelegouver- nement songe à sauver une entre- prisedelabanqueroute.Titré«Lais- sons Detroit faire faillite», le texte luia été abondamment resservi. Rick Santorum a même com- mandité des appels téléphoniques robotisés (robocalls) aux électeurs démocrates en leur rappelant que Mitt Romney avait, en revanche, approuvé « le sauvetage de ses copains milliardaires ». Il leur demandait de «punir» l’ingrat. Quelques milliers de démocrates ont suivi l’appel. Dans le Michigan, ils sont autorisés à participer aux primaires républicaines, et ils ne s’en privent pas, au motif que le scrutin est organisé avec l’argent du contribuable. En 2000, ils avaient contribué à la victoire de John McCain sur George Bush. Selon les sondages de sortie des urnes, les électeurs favorables au bailout(sauvetage)del’automobile n’ontpasparticulièrement «puni» MittRomney.Ilestvraiquetousles candidats républicains étaient contre le plan de sauvetage. En revanche, près des deux-tiers des électeurs indépendants estiment que ce plan a permis de sauver l’automobile, ce qui, dans la pers- pective de l’élection de novembre, réjouit la Maison Blanche. La bagarre du «Super Tuesday» va se concentrer sur l’Ohio, où Rick Santorumentendfairejouerlafibre «col bleu».Ilessaie aussi derécupé- rerlevotedesfemmes,qu’ils’estalié- néavecsesdéclarationssurles«dan- gers» de la contraception. Selon les sondages, Mitt Romney l’a devancé de6points chezlesfemmes. Pour la première fois, l’ex-sénateur a lon- guement parlé de sa mère, 93ans. Uneinfirmière,quiatoujoursconti- nué à travailler et qui ne craignait pasdegagner plusquesonmari. Parallèlement aux primaires, la bagarre continue entre Mitt Rom- neyetBarackObama,préfigurant la campagne de novembre. Le prési- dent a exploité son avantage en tenant,mardi,undiscoursdevantle syndicat de l’automobile (UAW) opportunément réuni en congrès à Washington.Ilarappelélesuccèsde General Motors, redevenu le pre- mier constructeur mondial, qui a remboursé 24milliards de dollars (18milliards d’euros) sur les 51mil- liards accordés par le gouverne- ment fédéral, et qui a engrangé les «profits les plus élevés en cent ans d’existence». A deux jours d’intervalle, les deux adversaires ont présenté un plan de réforme de la fiscalité. M. Romney essaie aussi de se démarquersurlapolitiqueétrangè- re en se livrant systématiquement à une défense appuyée des intérêts d’Israël. Mais selon un sondage publié jeudi par le professeur Shi- bley Telhami, de l’université du Maryland,BarackObamaestlecan- didat qui a la préférence des Israé- liens sur l’ensemble des républi- cains. «Ce n’est pas le moment de freiner, a souligné le président. Au contraire, il faut accélérer.»p Corine Lesnes Labagarredu«Super Tuesday»vase concentrersurl’Ohio, oùRickSantorum entendfairejouer lafibre«colbleu» Les échéances du Parti républicain en mars 3mars Caucus dans l’Etat de Washington. 6mars «Super Tuesday»: Alas- ka, Georgie, Idaho, Massachu- setts, Dakota du Nord, Oklahoma, Ohio, Tennessee, Vermont et Vir- ginie. Début des caucus dans le Wyoming, qui s’achèvent le 10mars. 10mars Caucus du Kansas. 13mars Primaires en Alabama et au Mississippi, caucus à Hawaï. 17mars Caucus du Missouri. 20mars Primaire dans l’Illinois. 24mars Louisiane. 27-30août Convention du Parti républicain en Floride. L’adversai- re de Barack Obama sera désigné. Washington Arizona Capitale : Phoenix Michigan Capitale : Lansing EngagnantleMichigan,MittRomney sauvesapositiondefavorirépublicain M.Romneyn’apaspâtidesonoppositionausauvetagedel’industrieautomobileparl’Etat
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    planète Uncadeaude44tonnes àl’Assembléenationale Londres Correspondance A une quinzaine dekilomè- tres au large des côtes de la Cumbria, région du nord- ouest de l’Angleterre, tournent depuis la mi-février 102éoliennes, culminantchacuneà150mdehau- teur. De quoi produire 367mégawatts (MW), assez d’élec- tricité pour 320 000 foyers. Dénommée Walney, c’est la plus grande ferme éolienne au monde: «LeRoyaume-Uniadequoiêtrefier desonindustrieéolienne»,s’estvan- té lors de l’inauguration, le 9février,leministredel’environne- mentEdwardDavey. Lepaysestl’undesleadersmon- diaux de l’éolien en mer. Au large del’embouchuredelaTamise,une autre ferme, London Array, est en construction.Quandelleseraache- vée en 2013, elle sera à son tour la plusgrandeaumonde,avec175tur- binesproduisant 630MW. Ces énormes projets menés à bien ne parviennent pas néan- moinsàdissiperledoutequigagne aujourd’huiles partisans des éner- gies renouvelables: comment les prochains chantiers éoliens vont- ilsêtrefinancés?Cettequestionest essentielle puisque le gouverne- mentbritanniquetabled’icià2020 surdixfoisplusd’éoliennesenmer ettroisfoisplusd’éoliennessurter- re qu’aujourd’hui, soit un total de 22 gigawatts supplémentaires. Ce qui lui permettrait de tenir son objectif de 15% d’électricité issus des énergies renouvelables. Et de damerunpeulepionàlasupréma- tieactuelledugazet ducharbon. Mais le gouvernement conser- vateur a provoqué un certain malaiseenproposantdansunpre- mier temps de réduire de 10% les subventions à l’éolien jusqu’en 2017, parce que les coûts de constructionsont en baisse. Aprèscette échéance,les moda- lités des aides publiques ne sont pas encore clairement définies, dans l’attente d’une grande réfor- me de l’ensemble du marché de l’électricité. Du coup, plusieurs entreprises affirment avoir mis leurs investissements en suspens. «Nousattendonsd’avoirplusd’élé- ments précis», confiait récem- ment au quotidien britannique The Guardian Magued Eldaief, le patron de General Electric Energy. Cesinterrogationsontétérenfor- céesaveclalettreouverted’unecen- taine de députés conservateurs, qui s’élèvent publiquementcontre l’éolien. Leurs arguments? En plei- necured’austérité,dépenserdel’ar- gent pour les énergies propres est, selon eux, un gaspillage financier, sansoublierlespaysagesdéfigurés. Ils appellent donc à une «baisse spectaculairedes subventions». Pourl’instant,l’industrieéolien- ne reste confiante, d’autant que le gouvernement lui confirme son soutien…oralement.«Lesentrepri- ses attendent d’y voir plus clair, mais la révision des subventions est la question de quelques mois, estime Andy Cox, consultant chez KPMG. L’appétit d’investissement demeure.» Même son de cloche dans une grande entreprise euro- péenne de l’éolien: «Au pire, cela ralentirajuste un peu les choses.» Quoi qu’il en soit, même si les interrogations liées au montant des subventions étaient levées, cela ne réglerait pas le problème dufinancementdecesprojetspha- raoniques, qui devient de plus en plus difficile. Jusqu’à présent, la majorité des fermes éoliennes étaient auto-financées; les entre- prises concernées, des mastodon- tes,parailleursproductricesd’élec- tricité conventionnelle, qui pou- vaient se permettre d’avancer les quelques centaines de millions d’eurosnécessaires. Maintenant que les projets deviennent de plus en plus impor- tants,cettelogiqueatteintses limi- tes.Walneyacoûté1,2milliardd’eu- ros. Fin 2010, le consortium qui en est à l’origine – le danois Dong et le britannique SSE – a donc décidé de faire entrer à son capital un fonds de pension, le néerlandais PPGM, luivendant25%duprojet.Unepre- mièreauRoyaume-Uni. Cetteannoncen’estpasanodine carl’industrieéolienneespèrevrai- ment que les investisseurs institu- tionnels vont venir à sa rescousse. Le mouvement va-t-il prendre? Outre PPGM, le fonds de pension national du Danemark a injecté de l’argentdansl’éolien,demêmeque les fonds d’investissement Maru- beni(Japon)et TCW(Etats-Unis). C’est insuffisant. Tom Murley gèreàHgCapitalleplusgrosfonds d’investissement européen entiè- rement dédié à l’électricité renou- velable, avec 900millions d’euros de capital. Récemment, il a calculé l’argent investi depuis 2004 par les investisseurs institutionnels enEuropedanscedomaine.Bilan: ceux-ci ont injecté 8,1milliards d’euros,à50%dansl’éolienterres- tre, 19% dans l’éolien en mer, 18% dans le solaire et 13% pour le reste (biomasse…). «A l’heure actuelle, il n’y a eu que sept investissements dans l’éolien offshore, ce qui repré- sente 1,5milliard d’euros», souli- gne-t-il. De quoi doucher les plus ardentsespoirs. «Lesfondsdepensionontdel’ar- gent, mais ils en mettent 80% dans des actions et des obligations, et le reste se partage entre immobilier, hedgefundset matièrespremières, explique M.Murley. Les infrastruc- tures,etdanscettecatégorieleséner- gies renouvelables, ne peuvent être qu’une toute petite partie de leur portefeuille.» Selon lui, pour atteindre les objectifsde 2020 du Royaume-Uni dans l’éolien en mer, il faudrait trouverenviron6milliardsd’euros auprèsdesfondsd’investissement, soit quatre fois plus que l’argent injectéjusqu’àmaintenant:«Peut- être qu’on y arrivera, mais cela ne vapasêtrefacile.» L’image d’un Royaume-Uni qui mettrait au rebut ses énergies fos- silespourseconsacrerpleinement àl’énergieduventn’estpasencore pourdemain.p Éric Albert New York Envoyée spéciale JimGerritsenestunpetitfermier du Maine (nord-est des Etats- Unis), spécialiste de la culture biologique de la pomme de terre. Une rareté dans le pays qui lui per- met de vendre ses produits pres- que deux fois plus cher que ses concurrents. Alors, quand une fer- me liée à Monsanto, le géant de l’agriculturetransgénique,s’estins- talléeil y a quelquesmois à6miles (9,6km)desonexploitation,M.Ger- ritsenacommencéàavoirpeur. La distance est-elle suffisante pour éviter que ses cultures ne soient «contaminées»? Avec le vent, le pollen, «on n’est à l’abri de rien,iln’yaaucunegarantie,dit-il.Il yadequois’inquiéter,jeveuxsavoir avecquoijenourrismafamille,mes clients!» Ce fermier est, du reste, moins terrifié à l’idée de cultiver sans le savoir des produits généti- quementmodifiésqued’êtrepour- suivi par Monsanto pour violation de brevets liée à l’exploitation de sessemencesoupesticides. A tort? Selon l’association Food Democracy Now! (FDN), en treize ans, Monsanto aurait enquêté en secret sur 7344fermes suspectées d’utilisersesproduits,donnantlieu à144actionsenjustice.Or,M.Gerrit- sen le sait, contre la puissance éco- nomiquedelamultinationale,ilne pourrarien:«Ceseralafaillite.» Seulement voilà, aux yeux de la justiceaméricaine,susciterla peur n’estpas,ensoi,répréhensible.Lun- di27février,lajugefédéraleàMan- hattan,NaomiBuchwald,aannon- cé avoir débouté l’action collective (classaction) intentéeenmars2011 contre Monsanto par M.Gerritsen au nom de son association d’agri- culteurs bio, Osgata, soutenue par des dizaines d’organisations et de fermiersspécialistesdel’agricultu- retraditionnelleoubiologique. «Peur d’un danger futur» Une déconvenue pour les plai- gnants, que la juge justifie par les faits: il n’y apas decontamination avéréedesplantationsconcernées, et l’accusé, Monsanto, a certifié n’avoir jamais intenté de procès pour violation de brevets envers des agriculteurs «qui ne souhai- taientpasutilisersesproduitstrans- géniques». En résumé, «la peur d’undangerfuturn’estpassuffisan- te» pour démontrer l’existence d’un différend réel et immédiat entre les parties, écrit la juge dans sonarrêté. Plus cinglante, Mme Buchwald estimequ’enréclamantàMonsan- to un engagement écrit certifiant que la firme ne les poursuivrait pasenjustice,lesplaignantsonteu recoursà une tactique«inaccepta- ble». Arguer que l’entreprise refu- se de répondre favorablement à cette requête ferait croire à l’exis- tence d’une menace qu’elle juge «subjective». Cette décision est «une victoire pourtouslesfermierspermettantà toute forme d’agriculture biologi- que,conventionnelleoubiotechno- logiquedecoexister»,aréagiDavid Snively,vice-présidentexécutifde Monsanto.Ledirigeant,dontlafir- me souffre d’une image de «méchant Américain», se réjouit quelajugetordelecou«aufantas- me perpétué contre notre métier par cesfermiers et sur Internet». Dans le rang des plaignants, en revanche, c’est la consternation. Personne ne nie que les planta- tionspuissentêtrecontaminéeset DavidMurphy,fondateurdel’asso- ciation FDN redoute qu’à cause de Mme Buchwald, «les brigades de Monsanto continuent à faire régnerlaterreurchezlesfermiers». En outre, «la juge renforce les craintesgrandissantesdelacorrup- tion de nos institutions démocrati- ques»,accuse-t-il.Pourcemilitant, en semblant plier devant la firme, la justice américaine laisse à dési- rer,notammentau regarddes der- nières décisions prises en France, où le gouvernementa réclaméà la Commission européenne de sus- pendre l’autorisation de mise en culture du maïs MON810, jugé toxique. Mais, aux Etats-Unis, les choses ne s’arrêteront sans doute pas là. Daniel Ravicher, avocat des fer- miers, pense que «la juge a fait de nombreuses erreurs» pour arrêter sa décision. Etudiant minutieuse- mentletexte,iln’exclutpasdefai- re appel.p Claire Gatinois Lesmodalités desaidespubliques nesontpasencore définies,dansl’attente d’uneréformedu marchédel’électricité Troud’airpourl’industrieéoliennebritannique Desélusconservateursappellentàunebaissedessubventionsetlesinvestisseurssemontrentdeplusenplusfrileux Mer Le capitaine du cargo échoué en Nouvelle- Zélande plaide coupable Le capitaineet le second du porte- conteneursRena plaident coupa- ble de navigationdangereuse et entraveà la justice. Leurcargo, bat- tant pavillonlibérien, qui s’était échoué le 5octobre sur le récif de l’Astrolabe(Nouvelle-Zélande),a libéréplus de 300 tonnes de fioul au large d’une côte touristique. Devantle tribunalde Tauranga, mercredi29février, les deux hom- mes de nationalitéphilippine ont reconnuavoir voulu gagner du temps en se rapprochantdes côtes. – (AFP.) ClimatLes Américains davantage convaincus du réchauffement 62 % des Américainspensent que la températuremoyenne de la ter- re a effectivementaugmenté au cours de ces quarante dernières années, selonun sondage réalisé par l’Universitédu Michigan et le College Muhlenberg,publié mar- di 28 février. La part des convain- cusaugmente de 10 % en un an, mais ils restent politiquement divisés: 78 % des sympathisants démocratesle sont, contre 47 % des républicains. – (AFP.) Pollution En France, l’air est meilleur à la campagne Selon une étude de l’Agence de l’environnementet de la maîtrise de l’énergie (Ademe), publiéemar- di 28février, la qualité de l’air est plutôt meilleure dans les zones rurales,sauf dans les fonds de val- lée. Les analysesmenées dans neuf régions montrent qu’en Savoie se pose le problème de l’ac- cumulationde polluants arrêtés parlesAlpes, en particulierles par- ticules fines issues des chauffages au bois. – (AFP.) A l’agendade l’Assemblée nationaledu mercredi 29février figureun cava- lierlégislatif de poids: 44 tonnes précisément.S’il est adopté, il va permettre aux transporteursde chargerleurs camionsles plus volumineuxde 4t de fret supplé- mentaire,sans être soumis à l’obligationde les doter d’un sixièmeessieu. Le dispositif per- metaux professionnelsde la rou- te d’augmenterleurs cargaisons sans avoir à investir dans une nouvelleflotte. En France, jus- qu’à présent, les plus gros véhicu- les pouvaienttransporter 40t. Ce coup de pouce en faveur du transportroutier qui s’est discrè- tementglissé dans la proposition de loi du députéJean-Luc Wars- mann (UMP),est donc sur le pointd’achever son parcours par- lementaire.Il apparaît au milieu de moult autres articles, entre une nouvelleprésentation des bulletinsde paie et l’allégement de la publicationdu bilan social et environnementaldans les entreprises,entre autres. Enpremièrelecture,ce texte foisonnantavait notammentfait ironiserlesénateurRonanDan- tec,du groupeécologiste: «Ilest assezlégitimede sedemanderce quel’augmentationdu tonnage descamionsvient fairedansune propositionde loidite de“simplifi- cationdu droitet allégementdes démarchesadministratives”.» Estimantà environ 500mil- lions d’euros le surcoût d’entre- tien des chaussées que risque d’entraînercette mesure, le vice- présidentde la commissiondéve- loppementdurable avait conclu qu’il s’agissait«encore et tou- joursde privilégier le transport routier» au détrimentdu fret flu- vial, maritimeet ferroviaire. «Loi fourre-tout» Unmauvaiscouppour ceder- nier secteurqui a déjà été divisé par deuxen dix ans. «C’est une loi fourre-tout.Chacunsaitque le dia- blesecachedansles détails,dénon- cele député Françoisde Rugy (EuropeEcologie-LesVerts). Le nombred’essieuxest fondamental pourl’usuredesroutes,or lestrans- porteursne lapaientpas en dehorsdes autoroutes,et la taxe surlespoids lourds estrenvoyée aprèsl’électionprésidentielle…» L’argumentselon lequelfaire roulerdes camionsencore plus longslimiterait le nombre de véhiculesen circulation,donc l’émissionglobalede CO2, est loin deconvaincreFranceNatureEnvi- ronnement(FNE) dans la mesure où cela ne privilégieraitque le transportroutier. La définition dela chargeautoriséedevraitrele- verdu domaine réglementaire, pas d’une propositionde loi por- tant surdes sujets tout autres, estime l’organisation. L’articleest en outrecontraire à la Charte de l’environnement, selonlaquelleles politiquespubli- quesdoivent promouvoirle déve- loppementdurable.Conclusion: FNE appelle les parlementairesà déposerun recours devant le Conseilconstitutionnel.p Martine Valo IRLANDE ROYAUME-UNI FRANCE Londres Iles Orcades Iles Shetland Mer du Nord Mer d'Irlande Manche100 km PARCS ÉOLIENS ONSHORE ET OFFSHORE RÉPARTITION DES SOURCES D’ÉNERGIE POUR LA PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ EN 2010 SOURCES : REVEWABLE-UK ; DEPARTMENT OF ENERGY AND CLIMATE CHANGE. 327 parcs opérationnels 44 parcs en construction Walney Le plus grand parc éolien offshore du monde London Array Le futur plus grand parc éolien offshore du monde Un pionnier des parcs offshore CharbonGaz 28% Nucléaire 16% Eau et autres 4% Eolien 3% Importation 1% Pétrole 1% 47% AuxEtats-Unis,échecd’uneaction collectivedefermiersbiocontreMonsanto DespaysansduMainecraignentd’êtreaccusésdeviolationdebrevets parlamultinationale,dontlesOGMrisquentdecontaminerleurschamps 10 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    france Dansunsupermarché deLaRéunion, l’obsessiondelaviechère Lepréfetaannoncélabaisseduprixde60produitsde consommationcourante.LesRéunionnaissontsceptiques Derrièrelesprixélevés, lestabousdelavieinsulaire Reportage Saint-Denis de LaRéunion Envoyée spéciale L e chariot roule à grand bruit sur le bitume surchauffé du supermarché Jumbo Score de Sainte-Marie, entre l’aéroport etlavilledeSaint-Denis.Françoise Albac,lamère,courtdevant.Hugo, le fils aîné, pousse le chariot à vive allure. Grégoire, 3 ans, occupe le petit siège rouge, tandis qu’Aline, 8 ans, se délecte, assise à la place des marchandises, de cette course cahotique à la consommation. Ce mardi 28février, Hugo fête ses 12ans et toute la famille est pres- sée de faire les courses. C’estaussilejouroùlepréfetde La Réunion, Michel Lalande, annonce la liste des produits dont les prix vont baisser, après plu- sieurs jours d’émeutes contre la vie chère, du 21 au 26 février. «D’habitude, je vais chez Leclerc, c’est moins cher. Mais c’est plus loin et je n’ai pas le temps», expli- queFrançoise.L’auxiliairedepué- riculture a griffonné sa liste sur uneenveloppe,àlaquelleellejette un coup d’œil en entrant dans la galerie marchande, sans ralentir. Elle a 45ans, gagne 1475euros net parmoisettouche425eurosd’allo- cations familiales. Son compa- gnon est moniteur d’auto-école. Alineadûquitterlefondducha- riot, bientôt remplacée par un paquet de céréales Crunch, un tubededentifriceColgate,uneboî- te de mouchoirs, douze yaourts nature Yoplait, des Danone à boi- re, des spaghettis Panzani, deux bouteilles de Ketchup bon mar- ché, huit sachets de soupe aux nouilles chinoise, de la purée en flocons, des madeleines, du soja, des Barquette 3Chatons, des BN Pocket, des goûters marbrés Casi- no, du Coca, un pack de six bou- teillesde Bagatelle,une eaulocale, des Chamallows et des crocodiles Haribo,unpotdeNutellaXXL,dou- ze œufs et un litre de lait Candia à 0,93euro, «produit liste du Cos- par». Un revenant. En 2009, dans le sillage du LKP, le collectif contre la «profitation» delaGuadeloupe,les Réunionnais avaient monté le Cospar, Collectif des organisationssyndicales,poli- tiques et associatives de La Réu- nion, qui avait notamment obte- nu des grandes surfaces qu’elles diminuentde5%à20%lesprixde 250produitsalimentairesetména- gers. Autant dire que ces conquê- tesnesontplusqu’unvaguesouve- nir,dansuneîleoù52%delapopu- lation vit en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 817eurosparmois.Ilserasansdou- teplusdifficile,cettefois,decroire aux promesses. La petite famille créole est arri- vée à la caisse. Montant de l’addi- tion: 160,10euros. Bien peu des produits entassés dans le chariot sont concernés par la baisse des prix qui doit intervenir le 12mars. Parmi eux, les spaghettis Panzani (1,55euro) devront coûter 16% moins cher, l’effort étant réparti entre la grande distribution et les fournisseurs, soit 8% chacun. Le prixdes BNetdes céréalesCrunch (4,09euros) devra diminuer de 20%. Le paquet de douze yaourts nature (Yoplait, Danone ou Piton des neiges) devra également bais- serde20%,dont8%consentispar le conseil général. «Le yaourt qui viendra de Normandie, il sera tou- jours plus cher à Mayotte qu’en Normandie»,avaitpourtantexpli- qué le premier ministre, François Fillon,enjuillet2009.Ilavaitajou- té que la question ne pouvait être résolue «que par le développe- ment des productions locales». En attendant, les «produits pays» sont toujours beaucoup pluschersquelesproduitsimpor- tés.ChezCarrefour,lefaux-filetde bœuf de La Réunion coûte 23,90euroslekiloalorsquelavian- de importée est à 20,90euros. Il en va de même pour tous les mor- ceaux.Les légumes atteignentdes prix exorbitants: les champi- gnons de Paris, à 13,95euros le kilo,lecéleri-raveà12eurosoul’ar- tichaut à 2,35euros la pièce. Labaisseannoncéelaissescepti- que Michel, 56ans, retraité depuis cinq ans de la police de l’air et des frontières. «Ils ont augmenté les prix il y a quinze jours. Je le sais, je fais tous les supermarchés», assu- re-t-il. C’est aussi l’antienne des Réunionnais sur radio Freedom, la stationplusécoutéedel’île.«J’aivu unecuissedelapinausupermarché à 7,34euros», s’exclamait un audi- teurlundi.«Lesprixontmontépen- dantlesgrèves.Çavaêtredesconne- ries, la baisse», a prédit le suivant. Telautreavaitvusonproduitvais- selleà6,70euros.«J’ailemêmeàla maison à 4,80euros. Ils ont pris les devants!» Pour beaucoup, la bais- sedesprix seraitunleurre. Une autre crainte a saisi ces consommateurs friands de gran- desmarquesquesontlesRéunion- nais:celledevoirlabaissedesprix concentrée sur des produits de qualité médiocre. Le préfet a donc prissoindepréciserenprésentant la liste que «la qualité [avait] été un critère essentiel de choix». Dans les allées de l’hypermar- ché Carrefour, Holi, 40 ans, une Franco-Malgache, a fait ses comp- tes depuis longtemps: «Avec le FF [francfrançais],jeprenaisdesmar- ques, avec l’euro je ne peux plus», dit-elle. Elle connaît bien les prix de chaque supermarché et achète ici son shampooing, par exemple. En revanche, les céréales préfé- rées de ses filles de 13ans et 17ans, se trouvent chez Leclerc, pour beaucoup moins cher. Cette gran- desurface,raconte-t-elle,offredes promotions sur la viande tous les mardis matin. « C’est une ruée incroyable chaque semaine.» Jean-Jacques, fines lunettes cer- clées, ex-professeur des écoles, prend son temps, il est àla retraite. A 65 ans, il n’a pas à courir dans les rayons ni à examiner les prix à la loupe.Commefonctionnaire,iltou- chaituneprimedeviechère,majo- rant son salaire de 53% et mainte- nant sa pension de 37%. «On sait bien que tôt ou tard ce privilège va sauter», dit-il. Mais il refuse de jouerlesboucsémissairesdumalai- se social et ne peut s’empêcher de souligner les paradoxes de cette société, tiraillée entre grande pau- vretéetconsumérismeforcené.p Béatrice Gurrey «Lesprixontmonté pendantlesgrèves. Çavaêtre desconneries, labaisse» Un auditeur de radio Freedom Françoise Albac et ses enfants dans un supermarché del’île. IMAZ PRESS REUNION POUR «LE MONDE» Saint-Denis de la Réunion Envoyée spéciale À quelques semainesdela prési- dentielleet aprèsquatrejours de négociations,le préfetde La Réu- nion,MartinLalande,aannoncé, mardi28février,que les prix de soixanteproduitsde consomma- tioncouranteallaientbaisser dans lesgrandes etmoyennessurfaces, de10%à 40%,à partirdu 12mars. Cetaccordentrepouvoirs publics,grandedistributionetcol- lectivitéslocalescomplèteles mesuresd’urgencedéjàadoptées aprèslescinqjoursd’émeutes contrelaviechèredelasemaine dernière:baissede30%duprixde labouteilledegazet de8centimes dusans-plombetdugazoleàla pompe.Lafactured’électricitédes foyerslesplusmodestesseraallé- gée.Deuxspécialistesviendront renforcerl’Observatoiredescoûts, dontle budgetpassede30000à 50000euros.Lesacteurssociaux s’accordaientàdirequeses moyensneluipermettaientpasde contrôlerl’applicationdesaccords signésen2009aprèslemouve- mentsocial. Lesprixen baissedecesquaran- te-huitproduitsalimentaireset douzenonalimentaires(produits d’entretien,d’hygiène,pourbébé) nesontgarantisquejusqu’àlafin del’année.Laparticipationdu conseilgénéralàceteffortpourles consommateursestestiméeà 5millionsd’euros.Celleduconseil régionaln’apasétécommuni- quée,tandisquelagrandedistribu- tionet lesfournisseurscontribue- raientàabaisserles prixde7%.Ces notionsrestaientassezflouesetil n’ajamaisétéquestiond’inclure destransports,desservicesbancai- res,delatéléphoniemobileoudu logementdansles baissesdeprix. «Laviechère»danslesîlesconcer- nepourtantl’ensembledespro- duitsetdesservices. Surprime Néanmoins,lesdeuxprésidents del’exécutiflocal,DidierRobert (UMP),présidentduconseilrégio- nal,etNassimahDindar(MoDem), présidenteduconseilgénéral,ont abordéuntabou: «Laquestiondes monopolesdoitêtreposée»,aditle premier.«Lesprixdépendentdes importations,maisaussidesmono- polesetdes oligopoles.Unautre modèleestà construire»,aassuré laseconde.AinsiBernardHayot, propriétaired’ungrouped’origine martiniquaisequifuttantdénon- céàlaGuadeloupe,possèdeplu- sieursconcessionsàLaRéunion: Carrefour,Danone,Mr.Bricolage, Decathlon,ainsiqueRenault,Mer- cedes,Volkswagen,Audi,Skodaet Hyundaipourl’automobile. Unautretaboudelasociétéréu- nionnaisecommenceàêtreabor- dépubliquement:celuidelasur- primedesfonctionnaires(+53% deleursalairedebase)etdes cadresduprivéen raisondelavie chère,commeailleursdansles DOM.«L’heureestvenuedela remettreencause,maispaspour ceuxquisontdéjàenposte»,propo- seGilbertAnnette,lemaire(PS)de Saint-Denis.Cescontratspourles nouveauxentrantsseraientnégo- ciésselonleprincipe«niprivilège nisanction»,àune condition, notamment:quel’économieréali- séesoitintégralementinvestieà LaRéunion. p B.G. 110123 Jeudi 1er mars 2012
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    Lyon Correspondant D es parents inquietsont-ils le droit d’espionner une nounou à son insu? Oui, a répondu le tribunal correctionnel de Lyon en relaxant deux jeunes parents poursuivis pour «atteinte à la vie privée» après avoir intro- duit un enregistreur dans la pelu- che de leur enfant. La décision a étérenduemardi28février,àlasui- ted’unprocèsquis’étaitdérouléle 12janvier. En septembre2010, Julien et Deborah Lemarquis, 34 et 32 ans, s’installentdanslarégionlyonnai- se. Cadres tous les deux, ils cher- chent à faire garder leur fils uni- que, âgé de neuf mois. «Pour trou- ver un mode de garde, on ne peut pas faire les difficiles en France, on a consultéun listingsurle sitede la mairie», a expliqué la maman au tribunal.Ilstrouventunenourrice près de chez eux. Assistante maternelle agréée depuis neuf ans, Elisabeth Lugart accueille un autre enfant à son domicile,à Couzon-au-Mont-d’Or. «Notre enfant rentraità la maison assoifféettrèsénervé,onaaccumu- lé des doutes», a relaté la maman. Leurssoupçons sont renforcéspar une caméra de surveillance instal- léeàl’entréedudomiciledelanou- nou. Ils l’interprètent comme «un stratagème» pour se prémunir des visites impromptues. Deux pièces en sous-sol «Onvoulaitenavoirlecœurnet, si notre fils était en danger ou pas, c’est difficile ce genre de situation, on pouvait se tromper», a indiqué la jeune mère, qui craignait des retombées négatives en alertant les services sociaux. Il leur vient alors l’idée de l’espionner. Le papa informaticien installe un enregis- treurnumériquedansunepeluche accrochée au gilet du bambin. Les parents captent ainsi les sons d’une journée de garde, de 9h18 à 17h00,le20janvier2011.L’enregis- trement confirme leurs craintes. Ils déposent plainte pour «mau- vaistraitements». La gendarmerie prend l’affaire ausérieux:ouvertured’uneenquê- te, perquisition, garde à vue de la nourrice et retranscriptionde l’en- registrement.«Ona eu une longue discussionavec les parents, on vou- lait savoir si on n’était pas un peu limite, on a eu l’aval du parquet», est venu témoigner au procès un gendarmedeNeuville-sur-Saône. L’enregistrementa donné lieu à un long procès-verbal décrivant minuteparminuteunetranchede vie chez la nounou. Le chien qui aboie,uneconversationautélépho- neàproposd’unproblèmeperson- nelde santé,le mariqui rentre,des bruits de pas dans l’escalier. Ce qui choque surtout les parents: l’ab- sence totale de parole de la nourri- ceenversl’enfant.Commes’ilétait complètementdélaissé. L’enquêterévèlequelesenfants sont hébergés dans deux pièces aménagées en sous-sol, ce que les parents ignoraient. Finalement, la plainte a été classée sans suite, le parquet estimant la privation de soins insuffisamment caractéri- sée. La maison du Rhône, organis- me départemental de tutelle des assistantes maternelles, a adressé un courrier à la nourrice pour lui rappeler l’obligation de faire visi- terleslieuxd’accueil. «Une réputation ruinée» Toujours titulaire de son agré- ment, celle-ci a préféré arrêter son activité, par crainte des ennuis. Maiselleadécidédepoursuivreles parents à cause de l’enregistre- ment effectué sans son consente- ment.Leparquetn’arienrequisau procès qui s’est tenu sur citation directe de la partie civile. «Il est concevable que de jeunes parents puissent s’inquiéter mais on ne peut pas tout se permettre à partir de soupçons, on ne peut pas bafouer la vie privée et ruiner une réputation », a plaidé Xavier Moroz,l’avocatdelanourrice.«On est face à une privation de soins, quedevaient-ilsfaire?», a rétorqué Me Béatrice Bertrand, défenseur desparents. Le tribunal a estimé que l’élé- ment matériel de l’infraction d’at- teinte à la vie privée était bien constitué: les données captées et écoutéesrecelaientdesaspectsinti- mes. Mais il n’a pas retenu l’élé- ment intentionnel: le but était de vérifier les conditions de garde de l’enfant à partir de soupçons, sans intentiondeporteratteinteàlavie privée,mêmesic’étaitàl’insudela nourrice, a expliqué en substance la présidente du tribunal en ren- dantle jugementde relaxe. «C’estinquiétant,lesparentsont un blanc-seing pour s’ériger en enquêteursprivés»,aaussitôtcom- menté Me Xavier Moroz. «La santé d’un enfant est un principe essen- tiel qui doit détrôner le sacro-saint principe de la vie privée, la fin justi- fietoutàfaitlesmoyens»,penseau contraire Me Béatrice Bertrand. L’avocate a salué une décision qu’elle qualifie de «première» amorçant une jurisprudence sur unsujet«dansl’airdu temps».p Richard Schittly société L e ministre de l’intérieur Claude Guéant avait préve- nu:saluttecontrel’islamradi- calpasseraitparladissolutiond’un groupe islamiste et l’expulsion d’unimamextrémiste.Ledécretde dissolutiondugroupeForsaneAliz- za («cavaliers de la fierté») devait êtresignélorsduconseildesminis- tres, mercredi 29février. L’expul- sion de l’imam, en revanche, est repousséesinedie. Cettedécisiondedissolutionest la première à l’encontred’un mou- vement islamique. L’association visée, «une centaine de person- nes», selon le ministère de l’inté- rieur, est notamment accusée de «former à la lutte armée et d’atten- ter à la forme républicaine du gou- vernement». «Forsane Alizza pré- sente le caractère d’un groupe de combat», précise le ministère, qui ajoute: «Par sonappelà l’instaura- tiond’uncalifatetàl’applicationde la charia (loi islamique) en France, l’associationremet en cause le régi- medémocratique.» Forsane Alizza, qui, selon des déclarations de son principal res- ponsable, Mohamed Achamlane, «refuselalaïcité»,s’estillustréepar des manifestations contre la loi interdisantleportduvoileintégral ou, plus récemment, en soutien aux intégristes catholiques protes- tant contre des pièces de théâtre jugées blasphématoires. Le 10février, M. Achamlane, a été condamnéenappelà4moisdepri- son avec sursis pour provocationà la discrimination raciale; il était poursuivi pour avoir appelé à boy- cotter un restaurant McDonald’s, accusantla marque d’être au servi- ce d’Israël, et pour avoir détruit et appeléàbrûleruncodepénal,dans lequel, estime-t-il, «pas une ligne neprotègelesmusulmans». L’association, qui se met en scè- ne sur son site Internet à travers des vidéos, reconnaît que le passa- ge «à la lutte armée est possible si l’islamophobie s’intensifie». Dans cettehypothèse,elletentederecru- ter «des soldats»: «Si vous appré- ciezlessportsdecombat,alorsvotre profil nous correspond inchaalah» (sic).Ladissolutiondugroupeamè- nera «les musulmans à se commu- nautariser», assure son responsa- blesurle sitedel’association. En ce qui concerne l’imam Mohammed Hammami, la com- missiond’expulsionquidevaitsta- tuerle7févriersurlesortdeceTuni- sien de 76ans ne se réunira que le 15mai. Un délai dû à sa demande d’aide juridictionnelle. L’éventuel renvoi en Tunisie de ce religieux accusé par les pouvoirs publics d’avoir appelé à «fouetter à mort» les femmes adultères et d’avoir tenudes«proposviolemmentanti- sémites et discriminatoires» ne pourra donc pas intervenir durant la campagne présidentielle, ainsi quel’avaitespéréleministre. «Homme âgé» M.Hammami est l’un des prin- cipaux responsables de l’associa- tion Foi et pratique, branche du mouvement ultra-orthodoxe du Tabligh.A ce titre,il aparticipéà la création du Conseil français du culte musulman (CFCM), en 2003. L’un de ses fils occupe des respon- sabilitésauseinduCFCM.LeCFCM a pris acte de la demande d’expul- sion, soulignant que les propos prêtés à cet imam «sont en totale contradiction avec les engage- ments de la fédération Foi et prati- que ». Certains responsables musulmans s’étonnent que l’on s’en prenne aujourd’hui à cet «hommeâgé»,connudepuislong- temps pour son approche ultra- orthodoxe de l’islam. Leministèredel’intérieura,sem- ble-t-il, voulu faire un exemple alorsquelaplaceBeauvauobserve, «depuis la victoire des islamistes aux élections en Tunisie», des pri- ses de parole plus radicales de la part de certains imams. Les spécia- listes de l’islam notent générale- ment une prudence dans l’expres- sion publique des religieux radi- caux et soulignent que nombre d’entre eux sont français et non expulsables. Pour ceux-là, «c’est le code pénal qui s’applique» rappe- lait le ministre dans Le Monde du 3janvier. En dix ans, 34imams ont étéexpulsés.p Stéphanie Le Bars ClaudeGuéant dissoutungroupe islamisteradical L’expulsiond’unimamtunisienannoncéepar leministredel’intérieurestreportéesinedie Fait divers Un homme soupçonné de viols retrouvé dans une prison belge Un homme de 40ans recherchédepuis deux mois par la police françai- se a été retrouvé,mardi 28février, dans une prisond’Anvers (Belgique) où il est incarcéré depuis plusieurs jours. A la mi-janvier, la police judi- ciairede Paris avait lancé un appel à témoin pour retrouver cet individu suspectéde trois viols commisen l’espace de cinq jours fin décem- bre2011 dans l’Essonneet à Paris. Il avait poignardédeux de ses victi- mes.Il a été identifié grâce à ses empreintesdigitales.–(AFP.) du lundi au vendredi à 21h25 franceinfo.fr “A LA UNE DU MONDE” Sur France Info avec A prèslesprothèsesmammai- res défectueuses, c’est au tourdeprothèsesdehanche de poser la question de la sécurité des dispositifs médicaux. Selon uneenquêtemenéeparlaBBCetle British Medical Journal (BMJ) révé- lée mardi 28février, une centaine demilliersdepatientsdanslemon- de porteurs de ces prothèses pour- raient avoir été exposés à des taux importantsdemétauxtoxiques. Deux modèles fabriqués par le laboratoire Johnson &Johnson et commercialisés en France, depuis 2004, par la filiale DePuy sont en cause.Cesprothèsesdehancheont présenté un taux de révision (de reprise) suffisamment élevé (1,3%) comparé à celui des autres fabri- cants(0,1%)pourquel’Agencefran- çaise de sécurité sanitaire des pro- duits de santé (Afssaps) suspende la commercialisationde ces modè- lesenjuillet2010. Si les agences sanitaires sem- blent avoir réagi dès qu’elles ont eu connaissancede ces anomalies, le BMJ et la BBC déplorent, sur la based’undocumentinterneàl’en- treprise, que DePuy ait été infor- mé de la possibilité que des «débrisd’usurepuissentêtrecancé- rigènes» dès 2005. «Bien que ces risques étaient (…) bien documen- tés depuis des décennies, les patients ont été laissés dans l’igno- rance sur leur participation à une véritable expérimentation incon- trôlée», poursuit la revue médica- le. Selon l’enquête britannique, le risque des implants en alliage cobalt-chrome est bien connu depuis 1975. Mardi, Le Figaro indi- quait pour sa part que le fabricant aeuconfirmationdecesdéfaillan- ces en 2007, lorsque l’Australie l’a alerté d’anomalies importantes sur ses prothèses. Ces données seront corroborées trois ans plus tard par des études britanniques. EnFrance,100000prothèsesde hanche sont posées chaque année. Entre2004etl’été2010,380person- nes se sont vues implanter ces pro- thèsesàrisque.Toutesontnormale- ment été revues par leur chirur- gien.Le27août2010,DePuyrecom- mandait aux médecins de prati- quer dans certains cas un dosage sanguin des ions cobalt et chrome etuncontrôleradiologiqueparIRM ouscanner(ce quel’Afssapsn’apas recommandé à ce jour). La société ajoutait prévoir la prise en charge «raisonnable» de suivi et de traite- ment et étudier «le rembourse- ment» des examens et des retraits de prothèses. Depuis 2004, 12pro- thèses ont été retirées en France. «Le scandale (…) serait presque pas- sé inaperçu si le géant américain Johnson &Johnson n’avait provi- sionnéle mois dernier 3milliardsde dollars en prévision des procès à venir»,estimeLeFigaro. Coopération Cette affaire intervient peu de tempsaprèslescandaledesprothè- ses PIP, vaste supercherie du fait d’unchefd’entreprise,Jean-Claude Mas, persuadé que son «gel mai- son» était meilleur que les autres. Cette affaire, qui touche quelque 400000femmesdanslemonde,a mis à mal la question du contrôle des dispositifs médicaux (lentilles, valvescardiaques,pansements…). Contrairement aux médica- ments, les dispositifs médicaux ne sontpassoumisàuneautorisation de mise sur le marché et leur com- mercialisationrelèvedelaseuleres- ponsabilitédufabricant. Alorsque la directiveeuropéen- ne relative à ces produits de santé estencoursderévision,XavierBer- trand,leministredelasanté,etplu- sieurs de ses homologues ont écrit à John Dalli, commissaire pour la santé,le20février,pourluideman- der d’accélérer le processus et de renforcer les mesures envisagées. Ainsi proposent-ils la création d’un «réel mécanisme d’autorisa- tion (…) pour les dispositifs médi- caux implantables(…) les plus à ris- que».Ilsplaidentpourunemeilleu- re communication entre les diffé- rentes autorités sanitaires. De leur côté,laDirectiongénéraledelasan- té (DGS) et l’Afssaps dressent une liste des dispositifs implantables à risque qui devront être soumis à une vigilance particulière en Fran- ce. Cet inventaire devrait être connucourantmars. p Emeline Cazi et Laetitia Clavreul L’affairedesprothèsesdehanchedéfectueusesrelance ledébatsurlecontrôledesdispositifsmédicaux Unecentainedemilliersdepatientsdanslemondepourraientavoirétéexposésàdesmétaux toxiques.L’Agencedesécuritésanitaireasuspenduleurcommercialisationenjuillet2010 Relaxepourdesparentsinquietsqui avaientespionnélanounoudeleurbébé Lecoupleétaitpoursuiviparuneassistantematernellepour«atteinteàlavieprivée». Soupçonnantdesmauvaistraitements,ilavaitintroduitunenregistreurdansunepeluche 12 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    130123 Jeudi 1er mars 2012 économie Enhausse lejapon – LaproductionindustrielleduJapon aaugmentéde2%en janviersurunmois,a annoncéleministèredel’économiemercredi 29février.Elleavaitdéjàprogresséde3,8%en décembre2011,grâceaurétablissementdesappro- visionnementsen provenancedeThaïlande. T out un symbole. En termi- nantlaséanceà13005 points, mardi 28février, au-dessus du seuil des 13000points pour la première fois depuis mai2008, le Dow Jones, indice vedette de la Bourse de Wall Street, a marqué le retour des marchés américains à leursniveauxd’avantlachutedela banqueLehmanBrothers. Etce,àunmomentoùledécala- ge avec l’Europe, et notamment la France, n’a jamais été aussi fla- grant. Le CAC40 a clôturé mardi juste en dessous des 3454points, un niveau 20 % inférieur à son plushautdefévrier2011,oùilavait dépassé la barre des 4100 points. Alapériodefastedemai2008,l’in- dice parisien caracolait à plus de 5100points… Retrait des fonds américains Les inquiétudes sur les dettes des Etats du Vieux Continent sont pourbeaucoupdans cettemorosi- té. «Les valeurs européennes sont dans l’œil du cyclone à cause de la crise des dettes souveraines », confirme Gregory Moore, gérant chez Montségur Finance. A tel point qu’en fin d’année dernière, «denombreuxinvestisseursaméri- cains, notamment des fonds, ont soldé leurs portefeuilles d’actions en euros, persuadés de la fin immi- nente de la monnaie unique», explique-t-il. Un phénomène non négligeable: le CAC40 est histori- quement détenu à 30 ou 40% par des investisseursaméricains. Autreexplication:lecomporte- ment des Etats eux-mêmes. «En reportant à la fin mars ses aides à l’Europe [via un renforcement des ressources du FMI], le G20 n’a pas aidé pas à ramener la sérénité», faitvaloirPhilippeWaechter,direc- teur de la recherche économique chezNatixis AM. Maisles incertitudeseuropéen- nes ne suffisent pas à expliquer l’euphorieaméricaine.L’améliora- tion de la conjoncture nationale a été essentielle. «Ces derniers mois, les statistiques macroéconomi- ques américaines ont confirmé la reprise, notamment en termes d’emploi,l’indicateurleplusimpor- tant», explique Gregori Volokhi- ne, président de Meeschaert aux Etats-Unis.C’est d’ailleursune sta- tistique sur l’amélioration du moral des consommateurs améri- cains qui a permis au Dow Jones d’inscrireson recordde mardi. S’y ajoute la politique menée parlaBanquecentraleaméricaine. «En décidant de rester accommo- dante[ellenerelèverapassestaux directeursavantlafin2014],laFed arassurélesmarchés»,notePhilip- peWaechter.Leprocédéa mécani- quement accru l’engouement pourlesactions,puisquelesplace- ments monétaires rapportent moins. Toutes choses rendues moins évidentes par le mécanis- medeprêtàlongtermequ’achoisi la BCE pour renflouer les banques du Vieux Continent, et dont le deuxièmeactesejouecemercredi. Paradoxalement, nombre d’en- treprises françaises qui compo- sent l’indice n’ont pas démérité: « des valeurs cycliques comme Lafarge, Alstom ou Alcatel-Lucent ontconnuunbeaurebond,cesder- nières semaines», juge Gregory Moore. Le CAC a tout de même regagné près de 25% depuis son plus bas de septembre2011. Mais la composition de l’indice ne joue pas en sa faveur: les valeurs ban- cairesetfinancières,toujoursmal- menées par la crise, pèsent sur la tendance.Leretardfrançaisestéga- lement net par rapport à l’Allema- gne. Le Dax, où les groupes indus- trielssetaillentlapartdulion,évo- lue à moins de 5 % de ses plus- hauts de mai2008. «LeCACprésenteunretardnota- bledevalorisation»,confirmeGre- gory Moore. Et de détailler: «Les prévisions de bénéfice net des valeurs de l’indice frôlent les 100milliards pour 2012, deux fois plus qu’il y a trois ou quatre ans, alorsquelavalorisationduCACest sensiblement la même, à 10,8fois ces bénéfices. En face, le Dow Jones est valorisé 13,3 fois.» De là à parler de «bulle » de l’autre côté de l’Atlantique, il y a un pas que certains n’hésitent pas à franchir. «Les actions américai- nes sont surévaluées tant l’écono- miedomestiqueprésentedefragili- tés, que ce soit en termes de dette publique [107% du PIB pour 2012] oudedéficit»,rappellePierreSaba- tier,présidentducabinetdePrime- view. «Il est trop tôt pour parler de bulle, même s’il y a peut-être une exagération», nuance Philippe Waechter. Quant à espérer un rat- trapagedu côté français,les obser- vateurssontunanimes:ilnepour- rait avoir lieu qu’à la faveur d’une embellie notable de l’économie, bien improbable à l’heure où plu- sieurs pays européens sont mena- cés de récession.p Audrey Tonnelier AWallStreet,lundi27février,àlaveilledufranchissementduseuilsymboliquedes13 000points.RICHARD DREW/AP WallStreetretrouvesonniveaud’avantlacrise L’euphorieaméricainetrancheaveclesincertitudesdelaBourseparisienne,quiplafonneàmoinsde3500points Enbaisse la consommation en france – Les dépensesen biens de consommationen France ont baissé en janvier de 0,4% sur un mois, selon l’Insee. Elles avaient reculé de 0,2% en décem- bre2011. Les achats d’automobilesont notam- ment baissé de 7,6%, après +2,8% en décembre. LeFBItraquelesdélitsd’initiésavec l’appuipublicitairede«GordonGekko» 120personnespourraientfairel’objetdepoursuitesauxEtats-Unis Lescoursdujour (29/02/12,09h54) New York Envoyée spéciale T actique d’intimidation? Selon le Wall Street Journal du mardi 28février, le FBI enquêterait en ce moment même sur 240 personnes soupçonnées de délit d’initiés aux Etats-Unis, dont pas moins de 120 suscepti- bles de donner lieu à des poursui- tes. «Nous les avons identifiées et maintenant nous allons monter des dossiers autour de ça», a rap- porté au quotidien américain David Chaves,un agent du FBI. Cette révélation inédite souli- gne le rôle accru des «fédéraux» dans la répression de ces fraudes consistant à profiter avant le public d’une information confi- dentielle pour engranger des pro- fits. Depuis la fin 2009, le FBI a recensé plus d’une soixantaine de délitsd’initiés,dontdescasspecta- culaires comme celui du milliar- daire Raj Rajaratnam, patron du fondsspéculatifGalleon,condam- né à onze ans de prison. Ily aquelquesannéesencore,ce rôle de justicier de la finance échouait plutôt à la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme des marchés financiers. Maisest-cepourcompenserlesgra- ves erreurs de la SEC? Pour faire oublier que pendant des années l’autoritén’avaitrientrouvéàredi- re à Bernard Madoff? Quoi qu’il en soit, le FBI occupe aujourd’hui le devantdelascène. Financiers véreux Lesmoyenssontsanscomparai- son:35 629 employésauFBIcontre 3 500 pour la SEC, rapportent les équipesdeMeeschaertàNewYork. «La SEC est débordée», expliquent ces financiers. Surtout, l’image de la SEC est celle d’une administra- tionlourdeetpeuefficace,quandle FBI,associéaucrime,estplus«sen- sationnel». «Il y a sans doute une bataille entre les deux autorités pour occu- per le terrain», estime Dan North, économiste à Boston. Au sein de la SEC, on expliqueque les deux enti- tés sont complémentaires, rappe- lantquelaSECrelèvedudroitadmi- nistratif et le FBI du pénal. Rien de plus. Rivalité ou pas, le FBI semble décidé à se faire connaître de Wall Street pour s’attaquer aux finan- ciers véreux, les «bad apple». Depuis mardi, les traders voient défiler sur leurs chaînes favorites, BloombergouCNBC,unepublicité de60secondescontreledélitd’ini- tiés. Casting? «Gordon Gekko», aliasMichaelDouglas. Ce personnage du film d’Oliver Stone, Wall Street, sorti en 1987, figure de la finance américaine sans scrupule des années 1980 dontlarépliquela pluscélèbreres- te«Greedisright»(«lacupiditéest une bonne chose»), vante désor- mais les mérites de l’honnêteté, appelant banquiers, traders ou gérants à dénoncer leurs camara- despeuscrupuleuxauFBI. «Lorsqu’une affaire est trop bel- lepourêtrehonnête,c’estsansdou- te qu’elle ne l’est pas», explique M.Douglas dans le spot. L’acteur de 67 ans en avait assez de se faire arrêterdansManhattanpardestra- ders pétris d’admiration pour son personnage. «Je suisuncrimineldanscefilm. Les gens ne réalisent pas ça? », aurait expliqué l’acteur aux équi- pes du FBI. «Le film était une fic- tion, le problème est réel», raconte M.Douglas dans le film publicitai- re,tel unrepenti.p Claire Gatinois Paris ne parvient pas à imiter New York SOURCE : BLOOMBERG 5 500 5 000 4 500 4 000 3 500 3 000 2 500 2008 2009 2010 2011 28 février 2012 3 453,9 INDICE CAC 40, en points 13 000 12 000 11 000 10 000 9 000 8 000 7 000 6 000 2008 2009 2010 2011 28 février 2012 INDICE DOWJONES, en points 13 005,1 Euro 1euro 1,3458 dollar(achat) Or Onced’or 1781 dollars Pétrole LightSweetCrude 107,1 dollars Tauxd’intérêt France 3,02 (àdixans) Tauxd’intérêt Etats-Unis 1,96 (àdixans)
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    SÉLECTION publiée sousla responsabilité de l'émetteur Dernier cours connu le 29/2 à 9h Valeur Cours date en euro valeur CM-CIC EUROPE 22,85 27/2 Fonds communs de placements CM-CIC EURO ACTS C 17,94 27/2 CM-CIC SELECT.PEA 7,44 27/2 CM-CIC MID EUROPE 20,53 27/2 CM-CIC TEMPERE C 172,06 27/2 CM-CIC DYN.EUROPE 32,46 27/2 CM-CIC FRANCE C 30,12 27/2 CM-CIC EQUILIBRE C 72,01 27/2 CM-CIC DYNAM.INTLE 27,84 27/2 CM-CIC OBLI C.T.D 133,69 28/2 CM-CIC MID FRANCE 33,62 27/2 ........................................................................................ ........................................................................................ ........................................................................................ ........................................................................................ ........................................................................................ SICAV ET FCP PER - Price Earning Ratio (ou cours/bénéfice) : cours de Bourse divisé par le bénéfice par action estimé pour l'exercice courant. PER : FactSet JCF Estimates ; données : la Cote Bleue. n/d : valeur non disponible. FRANCE CAC 40 3475,78 29/2 0,63 3478,03 22/2 3114,45 9/1 9,00 ALLEMAGNE DAX Index 6933,48 29/2 0,67 6971,03 21/2 5900,18 2/1 9,35 ROYAUME UNI FTSE 100 index 5934,33 29/2 0,11 5964,02 24/2 5572,28 3/1 9,66 ETATS-UNIS Dow Jones ind. 13005,12 28/2 0,18 13027,52 27/2 10404,49 4/10 11,19 Nasdaq composite 2986,76 28/2 0,00 2976,08 27/2 2298,89 4/10 15,79 JAPON Nikkei 225 9723,24 29/2 0,01 9736,11 27/2 8349,33 6/1 13,11 LES MARCHÉS DANS LE MONDE 29/2, 9h54 Pays Indice Dernier % var. Maxi Mini PER cours 2011 2011 (Publicité) VALEURS DU CAC40 Cours en euros. ◗ : valeur pouvant bénéficier du service de règlement différé (SRD). # : valeur faisant l'objet d'un contrat d'animation. Plus haut et plus bas : depuis le 1/1/2011. n/d : valeur non disponible. A : acompte, S : solde, T : totalité. ACCOR ......................... ◗ 26,28 26,11 0,67 34,18 27,74 18,70 0,62 T FR0000120404 AIR LIQUIDE ....................... ◗ 97,92 97,80 0,12 2,44 99,50 94,21 2,35 T FR0000120073 ALCATEL-LUCENT ........... ◗ 1,89 1,89 -0,37 56,34 1,97 1,21 0,16 T FR0000130007 ALSTOM ............................ ◗ 32,23 32,05 0,56 37,54 32,43 21,93 0,62 T FR0010220475 ARCELORMITTAL ............... 16,20 16,14 0,31 14,61 17,96 14,03 0,16 A LU0323134006 AXA .................................... ◗ 12,12 12,00 1,00 20,66 12,92 9,39 0,69 T FR0000120628 BNP PARIBAS ACT.A ........ ◗ 37,20 36,62 1,61 22,59 38,09 27,52 2,10 T FR0000131104 BOUYGUES ....................... ◗ 23,80 24,39 -2,44 -2,26 25,74 22,50 1,60 T FR0000120503 CAP GEMINI ...................... ◗ 32,36 32,30 0,19 34,02 33,10 24,04 1,00 T FR0000125338 CARREFOUR ..................... ◗ 18,52 18,30 1,20 5,14 18,62 16,27 1,08 T FR0000120172 CREDIT AGRICOLE ............ ◗ 4,81 4,70 2,34 10,37 5,71 4,01 0,45 T FR0000045072 DANONE ............................ ◗ 50,79 50,70 0,18 4,57 50,98 45,93 1,30 T FR0000120644 EADS ................................... ◗ 27,21 27,19 0,07 12,67 27,66 24,02 0,19 T NL0000235190 EDF ...................................... ◗ 18,64 18,57 0,38 -0,82 19,32 16,92 0,57 A FR0010242511 ESSILOR INTL .................... ◗ 59,57 59,70 -0,22 9,20 60,17 54,50 0,83 T FR0000121667 FRANCE TELECOM ............ ◗ 11,59 11,59 0,04 -4,49 12,40 11,09 0,60 A FR0000133308 GDF SUEZ ........................... ◗ 19,77 19,68 0,46 -6,39 21,85 19,06 0,83 A FR0010208488 LAFARGE ........................... ◗ 35,02 34,77 0,72 28,96 35,93 26,07 1,00 T FR0000120537 LEGRAND .......................... ◗ 27,32 27,27 0,17 9,92 27,80 24,54 0,88 T FR0010307819 L’OREAL ............................ ◗ 85,90 85,64 0,30 6,44 86,12 79,22 1,80 T FR0000120321 LVMH MOET HEN. ............ ◗ 126,10 126,55 -0,36 15,27 129,60 108,00 0,80 A FR0000121014 MICHELIN ........................... ◗ 52,90 52,61 0,55 15,82 57,93 45,61 1,78 T FR0000121261 PERNOD RICARD ............... ◗ 77,33 77,23 0,13 7,91 78,21 70,50 0,77 S FR0000120693 PEUGEOT ............................ ◗ 15,47 15,37 0,65 27,75 17,39 11,98 1,10 T FR0000121501 PPR ..................................... ◗ 126,70 126,90 -0,16 14,51 128,50 110,70 3,50 T FR0000121485 PUBLICIS GROUPE ........... ◗ 41,12 41,16 -0,11 15,68 42,60 35,30 0,70 T FR0000130577 RENAULT ............................ ◗ 40,28 40,08 0,50 50,30 42,05 26,76 0,30 T FR0000131906 SAFRAN .............................. ◗ 24,68 24,62 0,22 6,33 26,01 22,75 0,25 A FR0000073272 SAINT-GOBAIN .................. ◗ 35,67 35,49 0,49 20,24 37,62 29,03 1,15 T FR0000125007 SANOFI ............................... ◗ 55,83 55,90 -0,13 -1,62 57,42 54,86 2,50 T FR0000120578 SCHNEIDER ELECTRIC ..... ◗ 50,55 50,54 0,02 24,26 51,98 40,31 3,20 T FR0000121972 SOCIETE GENERALE ......... ◗ 24,65 24,18 1,94 43,27 25,25 14,88 1,75 T FR0000130809 STMICROELECTR. ............. ◗ 5,70 5,72 -0,31 24,16 5,83 4,59 0,09 A NL0000226223 TECHNIP ............................. ◗ 83,64 83,36 0,34 15,17 83,85 68,76 1,45 T FR0000131708 TOTAL ................................. ◗ 42,08 41,94 0,35 6,53 42,27 38,57 0,57 A FR0000120271 UNIBAIL-RODAMCO ........ ◗ 145,45 144,55 0,62 4,72 152,25 130,35 8,00 D FR0000124711 VALLOUREC ....................... ◗ 52,65 52,45 0,38 4,96 58,24 49,68 1,30 T FR0000120354 VEOLIA ENVIRON. ............. ◗ 9,01 9,00 0,17 6,41 9,79 7,88 1,21 T FR0000124141 VINCI ................................... ◗ 39,22 38,85 0,93 16,16 39,25 33,62 0,55 A FR0000125486 VIVENDI .............................. ◗ 16,20 16,32 -0,74 -4,23 17,62 15,58 1,40 T FR0000127771 Mercredi 29 février 9h54 Valeur Dernier Cours % var. % var. Plus Plus Divid. Code cours préc. /préc. 31/12 haut bas net ISIN FinanceLa fin du franc rapporte 526millions d’euros à l’Etat L’Etat va récupérer la somme de 526millionsd’euros, correspon- dant à la valeur de billets en francsqui n’ont pas été rapportés à la Banque de France avant la date limite d’échange du 17février, a annoncé l’institution, mardi 28février. Quelque 55mil- lions de billets ne sont plus échan- geables.– (AFP.) Bénéfice record pour Standard Chartered La banque britanniqueStandard Charteredtire profit d’une activi- té concentréesur l’Asie et les pays émergents.Le groupe a annoncé, mercredi29février, des bénéfices recordde 4,7milliards de dollars (3,5milliards d’euros)pour l’an- née 2011, en hausse de 12%. Internet Twitter étend sa publicité aux applications sur smartphones Le site de microblogging Twitter a annoncé, mardi 28février, l’ex- tension de son programme de publicité aux téléphones porta- bles sous la forme de «tweets sponsorisés», pour générer des revenus sur ce réseau social. Ce système, qui veut qu’une entre- prise paie pour mettre en avant un message de cent quarante signes vantant les mérites de ses services, a été introduit sur le site il y a deuxans. – (AFP.) MédiasRecul de 94,3% du résultat net de Prisa Le premier groupe de médias espagnol,Prisa, qui édite notam- ment le journal El Pais, a publié, mardi 28février, un résultat net ajusté pour 2011 en baisse de 94,3% sur un an à 1,62million d’euros. Les revenusajustés se sont élevés à 2,7milliards d’euros et les pertes s’élèventà 451,2mil- lionsd’euros, soit plus de six fois celles de 2010 (72,87millions d’eu- ros)en raison de provisionsexcep- tionnelles. – (AFP.) Social 288988 ruptures conventionnelles 288988 demandes de rupture conventionnelleont été homolo- guées en 2011 contre 255000 en 2010 (+13%), selon les donnéesdu ministèredu travail.Créé par la loi de modernisationdu marché du travail du 25juin 2008,ce dis- positif de ruptureamiable, ouvrant droit aux allocations chô- mage, a concerné27000 salariés en décembre2011, contre23900 un an plus tôt. Automobile Brightwell Holdings renonce à Saab Le turc BrightwellHoldings a reti- ré son offre de rachat du construc- teur suédoisen failliteSaab, le pro- priétaire,General Motors, refu- santdetransférerles licencestech- nologiquesnécessaires,a rappor- té, mardi 28février, le quotidien Dagens industri(DI). – (AFP.) Marchés Transport aérien AirFrance:accorddirection-pilotes pourgarantirdes«planningsstables» La direction d’AirFrance et le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL)ont confirmé, mardi 28février, avoir conclu un accordgarantis- sant «des planningsstables» pour les pilotes,quelles que soient les cir- constances,«sans exception». Libération avait annoncé, le mêmejour, la signatured’un texte torpillanten partie, selon lui, la propositionde loi sur le service garantidans l’aérien. Selon le SNPL, lors de grèves, la directionne pourra pas réaffecter à sa guise les pilotes en congés, non déclarés grévistes.Pour la direction, «l’accord met fin à une instabilité juridiquesur l’interprétation» de dispositionssignées en 2006. Selon le ministredes transports,Thierry Mariani, «l’objectif de la loi, c’est l’infor- mationdu passageret la garantiedu service. La signaturede cet accord ne change rien». Il admet cependant que cela peut aboutir à ce que «moins de vols soient assurés». – (AFP.) p Retrouvez l’ensemble des cotations sur notre site Internet :http://finance.lemonde.frRetrouvez l’ensemble des cotations sur notre site Internet :http://finance.lemonde.fr Conjoncture&viedesentreprises économie Londres Correspondance A er Lingus va-t-elle bientôt être une compagnie aérien- ne au capital enfin «nor- mal»? Le Petit Poucet irlandais, anciennecompagnied’Etat,écrasé par l’ombre de Ryanair, souffre depuis des années d’une étrange situation:d’unepart,l’Etatenpos- sède 25%; d’autre part, Ryanair, son principal concurrent, en a 29%. «Cela rend nos actions très peu liquides», se plaint Christoph Mueller, son directeur général, dansun entretienau Monde. Cela situation pourrait bientôt se débloquer. Sous la pression du plandesauvetageduFondsmoné- taire international (FMI) et de l’Union européenne, Dublin a doncannoncélasemainedernière qu’il comptait céder sa participa- tion dans la compagnie aérienne. «Nous pensions initialement que celapourraitsefairedès2012,mais l’Etat vise les douze prochains mois», préciseM.Mueller. Ryanair, qui a déjà tenté à deux reprises d’acheter Aer Lingus, va-t-il vouloir acheter la participa- tion de l’Etat? «C’est improbable, parce qu’ils ont été bloqués à cha- que fois par les autorités de la concurrence, et il n’y a pas de rai- son que cela change», estime Joe Gill, un analysteà Bloxham, socié- tédecourtageirlandaise.Ducoup, Ryanair pourrait vouloir profiter de l’occasion pour sortir du capi- tal. « C’est ce que nous souhai- tons», précise M.Mueller, qui est enguerre ouvertecontresonprin- cipal concurrentet actionnaire. S’il souhaite clarifier la situa- tion, c’est parce qu’il estime que la compagnie aérienne est sous-esti- mée en Bourse, alors qu’elle affi- che des résultats solides. Malgré unesituationéconomiquetrèsdif- ficile en Irlande et un pétrole qui flambe,Aer Lingusapublié,mardi 28février, un bénéfice opération- nel de 49millions d’euros pour 2011,enbaissede6,4%parrapport à 2010, mais en net redressement parrapportauxtroisannéesprécé- dentesde pertes. Réduire les coûts L’amélioration vient du travail de M.Mueller, un Allemand qui a pris la direction de la compagnie aérienne fin 2009. Il s’est concen- tré sur deux choses: réduire les coûts, qui demeuraient élevés pourdesraisonshistoriques;mul- tiplier les alliances avec d’autres compagnies aériennes, pour ser- vir de transit vers des vols long courrier. Contrairement à sa concurrente,AerLingusrejointles grands «hubs» que sont les aéro- portsdeSchipholàAmsterdamou d’Heathrowà Londres. Cela permet aux Irlandais de prendre des correspondances pour des destinations lointaines quinesontpasservisdepuisl’Irlan- de, un service que Ryanair ne peut pas proposer. «Nous desservons Charles-de-Gaulle, pas Beauvais», résume M.Mueller. Il se concentre sur les destinations européennes. La France est son troisième mar- ché, avec 57 vols par semaine, notamment avec de nombreuses liaisonsverslaBretagne.p Eric Albert 80, boulevard Auguste-Blanqui - 75013 Paris 01 57 28 29 85 - http://boutique.lemonde.fr/ 0123 LA BOUTIQUE Du lundi au vendredi 9 h 30 à 18 h Samedi 10 h à 14 h LavaleurdeMonoprixcontinue d’opposerCasinoetGaleriesLafayette Lesdiscussionsentrelesdeuxactionnairessontdansl’impasse L’activitéd’Ipsenacrû de5,4%en2011grâceaux médicamentsdespécialité Lerésultatnetdulaboratoireestàl’équilibre etsaR&Daprogresséde15% LacompagnieAerLingus veutsortirdelatutelle del’EtatirlandaisetdeRyanair Desservantlesgrandshubseuropéens,ellea étébénéficiairede49millionsd’eurosen2011 L ’exercice a dû être un peu frustrant pour Jean-Charles Naouri. Mardi 28février, le PDG de Casino a présenté de très bons résultats pour son groupe en 2011, lors d’une «réunion d’infor- mationfinancière». Mais les ques- tionsdesjournalistesetdesanalys- tes ont souvent porté sur un autre sujet, qui fait beaucoup parler dans le monde de la distribution: le conflit entre M.Naouri et les Galeries Lafayette à propos de la valorisationdeleurfilialecommu- ne, Monoprix. En 1997, Casino a acquis un peu plus de 21% du capital de Mono- prix, puis a porté, trois ans plus tard,saparticipationà50%,àpari- té avec les Galeries Lafayette. Le partenariatentrelesdeuxdistribu- teursaétécodifiéparunprotocole d’accord, renouvelé plusieurs fois au cours de la décennie écoulée. Il prévoit une « option de vente» pour les Galeries Lafayette, c’est-à-direqu’ellesontlapossibili- tédecéderleursactionsaugroupe Casino. Celui-ci bénéficie, à l’inverse, d’une «option d’achat» surles 50% détenusparsonparte- naire dans la chaîne de magasins de centre-ville. En décembre2011, les Galeries Lafayette ont lancé le processus d’évaluation de leur participation dansMonoprix.Cetteinitiativene signifie pas forcément qu’elles vont se délester de leurs actions, a indiqué leur président, Philippe Houzé, dans un entretien au Figaro du 25-26février. Desbanquesontétémandatées afin d’évaluer la part des Galeries dans Monoprix. Les protagonistes sontparvenusàdesrésultatssensi- blement différents: 1,95milliard d’eurospuis1,35milliardauxyeux des Galeries Lafayette; 700mil- lionsd’eurospourCasino.Ledésac- cordatournéàl’aigre,avantd’être déballé sur la place publique, le 22février, par Casino. Depuis, c’est la guerre ouverte. M.Naouri reproche à la partie adverse de vouloir lui imposer ses projections financières. Or, le prix proposé par les Galeries Lafayette représenteunmultipledesperfor- mances de Monoprix qui serait beaucoupplusélevéqueceluirete- nu pour les sociétés cotées dans le secteur de la distribution alimen- taire, d’après Casino. En outre, M.Houzé se fonde sur des prévi- sionsderésultatspourlesprochai- nesannéesquiseraientirréalistes. «Un actif stratégique» Pour M.Naouri, les Galeries Lafayette ont «violé d’une maniè- re frontale» les accords noués entre les deux groupes lorsqu’el- les ont décidé, le 22 février, de maintenirpendantuneannéesup- plémentaire M.Houzé au poste de présidentduconseild’administra- tion de Monoprix. Il était prévu que cette fonction revienne à un représentant du groupe stépha- nois à partir de la fin mars. Les Galeries Lafayette, elles, accusent M.Naouri de ne pas res- pecter les règles du processus d’évaluation et de tout faire pour lebloquer.Casinoétaittenudepar- tageravecsonpartenairelesdocu- ments préparés dans le cadre de l’estimation de Monoprix, mais cette obligation n’aurait pas été respectée. Du coup, les Galeries Lafayette ont assigné Casino devantletribunaldecommercede Paris. Dans l’entourage de M.Houzé, on fait aussi remarquer que Casi- no, dans ses comptes au 31décem- bre 2010, valorisait la moitié du capital de Monoprix à hauteur de 1,25milliard d’euros – soit beau- coup plus que son estimation actuelle des 50 % des Galeries LafayettedansMonoprix(700mil- lions). Mardi, M.Naouri s’est justi- fié sur cet écart, en expliquant qu’il fallait notamment tenir compte de la baisse des capitalisa- tions boursières dans la distribu- tion et du recul de l’excédent brut d’exploitationde Monoprix. Le patron de Casino a redit qu’il nesouhaitaitpasvendreauxGale- ries Lafayette ses actions dans Monoprix: une telle idée, propo- sée par M.Houzé, est «saugre- nue»,a-t-ilajouté,précisantquela chaînede magasins constitue«un actif stratégique». Le conflit est parti pourdurer.p Bertrand Bissuel M arc de Garidel, nommé PDGd’Ipsenfin2010,ter- minesonpremierexerci- cesurdesrésultatsquiconfirment sanouvellestratégiederecentrage sur un nombre limité de médica- ments de spécialité et un retrait progressif des médicaments de médecinegénérale. Lechiffred’affaires2011s’élèveà 1,16milliardd’euros, enaugmenta- tion de 5,4% par rapport à l’année précédente. Mais cette performan- ceestessentiellementdueauxven- tes de médicaments de spécialité, qui représentent les deux tiers du chiffre d’affaires du groupe et qui sontenaugmentationde8%.Alors que les ventes de traitements de médecine générale, dont le célèbre pansement gastrique Smecta, n’augmententquede1,3%. Le résultat net est faiblement positif (400000euros). Il pâtirait du poids de charges exceptionnel- les, explique M. de Garidel, et notamment de la dépréciation de la société américaine Inspiration, spécialisée dans le développement de traitements contre l’hémophi- lie,dontIpsendétient40%ducapi- tal. Cette dépréciation était néces- saire, bien que le dépôt du dossier d’autorisation de mise sur le mar- ché(AMM)desonnouveaumédica- ment, Ixinity, soit en cours aux Etats-Unis et prévu en Europe début2013. Lavalorisationdelasociétéadû être revue à la baisse, en raison d’uneconcurrenceplusvivequ’es- timé lors de l’acquisition de la société, pense M.de Garidel. Des charges de restructuration ontpesésurlescomptes:fermetu- re du centre de recherche et déve- loppement (R &D) de Barcelone (Espagne) et déménagement du centrecommercialdelacôteouest des Etats-Unis dans les environs de New York. Hors ces éléments non récurrents, le résultat opéra- tionnel d’Ipsen est de 200,7mil- lionsd’euros, en hausse de 9,6%. Legroupeestàlarecherched’un partenaire pour la création d’une coentreprise à laquelle serait confiée la commercialisation des médicamentsdemédecinegénéra- le d’Ipsen en France. Deux labora- toiresseraientsurles rangs. «Maintenir l’emploi» Le groupe n’a pas bouclé la ven- te du site de Dreux (Eure-et-Loir) à un façonnier. Deux candidats seraient en lice. Ce site, qui fabri- queleSmecta,leTanakanetleFor- lax emploie 350 personnes. L’ob- jectif est de «trouver un industriel qui apporte des volumes, afin de maintenir l’emploi», explique M.de Garidel. Le centre de R &D et d’informatique de Dreux est en revancheconservé. Legroupeaaccrusesinvestisse- mentsdeR&Dde15%en2011,mal- gré l’arrêt du tiers de ses program- mesderecherche.Dixprojetssont en phase3 d’études cliniques, et donccoûteux,expliqueM.deGari- del. Le groupe entend intensifier sa croissance dans les pays émer- gents, en Chine en particulier, où Ipsen est présent depuis vingt ans et y a enregistré un chiffre d’affai- res en hausse de 19% en 2011.p Annie Kahn 150123 Jeudi 1er mars 2012
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    décryptages ENQUÊTE J e mesuis installé ici pour l’éternité, et l’éternité n’existe pas.» Dans la salle à manger d’EDF, l’entreprise publique qu’il préside depuis fin 2009, Henri Proglio, poignée de main écrasante, sourcilfroncéau-dessusd’yeuxvifset perçants, balaie d’une main les critiques lâchées à son sujet par François Hollande. De l’autre, avec la même moue, il écarte l’agacement rapporté de Nicolas Sarkozy après le désastreux feuilleton des jour- s derniers: ce putsch raté que Jean-Louis Borloo et lui préparaient ensemble pour porter l’ancien ministre de l’écologie à la tête de Veolia – avec, croyaient-ils, la béné- dictionduchefdel’Etat. Antoine Frérot a momentanément sau- vésapeau,maisHenriProglion’apasdésar- mé.«Jeluiavaisconfiécequej’avaisdeplus cher », ressasse-t-il à l’envi. Ce qu’il reproche à ce dauphin qu’il avait choisi pourluisuccéderàlatêtedeVeolia?D’affi- cherles15milliardsd’eurosdedettesd’une entreprise dont il a fait le leader mondial des services à l’environnement, et de salir sonbilan.Deremettreencausesastratégie d’acquisitionsàl’étranger.Devendrecertai- nes activités, comme la branche trans- ports,sipatiemmentbâtie.D’autreschoses aussi,onledevine.Descachotteries,desini- tiatives vécues comme des trahisons. Assezentoutcaspourqueledivorced’ami- tié soit consommé, et que Proglio se soit misdansl’idée dedébarquerFrérot,comp- tabilisant méthodiquement ses soutiens auconseild’administrationdeVeolia,dont il reste membre. Une opération menée de manière trop voyante et trop précoce, à près de trois mois d’une élection dont il craintlesconséquences. Nicolas Sarkozy, François Hollande. Henri Proglio a connu meilleur casting pour une présidentielle. Il a beau mépri- ser les petits jeux partisans et «sécher» depuissixanslesdînersduSiècle,rendez- vous prisés de l’establishment, il est un patronpolitique.Ilconnaîtlesélusdecha- que ville, de chaque conseil général. Les ministresonttoujourstrouvéchezVeolia, après une défaite électorale, un asile pour leurs conseillers, quel que soit leur camp. Mais son ami de quarante ans, c’était Dominique Strauss-Kahn. Le seul à gau- che qu’il rêvait de voir à l’Elysée. Celui qu’il a appelé la veille de sa garde à vue à Lille, dans l’affaire du Carlton, pour lui dire qu’il pensait à lui. AHEC,audébutdesannées1970,«Hen- ri», étudiant niçois, proche de la droite musclée, avait commencé par se bagarrer avec le jeune «Dominique». Mais lors- qu’en 1999, empêtré dans l’affaire de la MNEF,DSK adû démissionnerdu ministè- redesfinances,c’estl’amiProglioquiafour- ni aux juges le témoignage qui devait contribuer à l’innocenter. Olivier Spitha- kis, l’ancien directeur général de la MNEF, estd’ailleursrestéprochedeDSKetdePro- glio. Longtemps exilé à Barcelone, il a conseillé une société bien connue des Cor- ses qui exploite des machines à sous. Aujourd’hui, il travaille pour… EDF Ener- giesnouvelles,dirigéedepuisjanvierparle banquier Antoine Cahuzac, frère de Jérô- me, président socialiste de la commission desfinancesdel’Assembléenationale. AvecFrançoisHollande,enrevanche,les relations ne sont pas au beau fixe. Le 8novembredernier,les deuxhommesont biendéjeunéensemble.Maislelendemain, en ouvrantLeParisien, le candidatsocialis- teesttombédesnues.LePDGd’EDFyexpli- quait que l’abandon du nucléaire mettrait en péril «un million d’emplois» et coûte- rait entre «0,5 et 1point» de PIB. La veille, autour de la table, son convive ne l’avait à aucun moment prévenu de cette attaque implicitecontrel’accordquelePSseprépa- raitàscelleravecles écologistes.Ce jour-là, devantsesproches,FrançoisHollandetran- che: «Après ces mots, il ne pourra pas met- tre en œuvre la politique énergétique de la gauche.» Ce que ManuelValls, porte-paro- le du candidat, traduit aux journalistes: «Proglio,onnepourrapaslegarder.» L’imbroglio Borloo a aussi fâché le patron d’EDF avec la droite. «Jean-Louis s’estmis dansla tête de dirigerune grande entreprise. Tu l’imagines! Mais il m’em- m…» a pesté, dès le début février, le prési- dent devant Hervé Morin – ce vieux rival de Jean-Louis Borloo – qui venait lui annoncersonretraitdelacourseàlaprési- dentielle. Il l’emmerde, effectivement. Car ses ambitions patronales «fuitent» au moment précis où le candidat se lance en campagne, défendant le « peuple contrelesélites».Lapresseassurequel’Ely- sée est derrière cette manœuvre qui fait aussitôtchuterl’actionEDFet paniquerle CAC40. «Borloo n’a pas besoin de moi pour voir Proglio!, s’est agacé Nicolas Sarkozy. J’ai refusé la Caisse des dépôts et consignationsàmonamiXavierMusca,ce n’est pas pour me mêler d’en placer un dans le privé!» Entre Henri Proglio et Nicolas Sarkozy, le climat a toujours été orageux. L’ex- patron de Veolia est avant tout un chira- quien. Un pur, un affectif, un fidèle. Il est de ceux qui connurent le «Jacques» de la mairiedeParis,lorsquecedernierrassem- blait ses forces et préparait son trésor de guerre, avant de partir à la conquête de l’Elysée. Si la Caisse des dépôts est entrée en 2000 au capital de Veolia, comme le souhaitait Henri Proglio, c’est grâce à Jac- ques Chirac. Il y a encore quinze jours, le patrond’EDFconviaitl’ancienprésidentà déjeuner au siège de l’entreprise. H enri Proglio, en revanche, n’a jamais été un intime de Nicolas Sarkozy. S’il a été immortalisé sur l’unique photo de la soirée du Fouquet’s, le 6mai 2007, c’est un mauvais hasard: il n’était passé que brièvement fêter la vic- toire, tard dans la nuit, à l’invitation pres- santedeRachidaDati.Aujourd’hui,lesren- contres entre le chef de l’Etat et le patron mêlent toujours une brutalité de façade à un brin d’hystérie. «Avec toi, c’est une demi-heure on s’engueule, une demi-heu- reons’aime»,finittoujoursparlancerPro- glio. «Putain, tu charries!», répond en général le président. Et Proglio: «Je char- rie pas, je résume.» C’est comme ça, façon Tontons flin- gueurs,queparleenprivélepatrond’EDF. Sansdistinctiondegradeniderang.Cefils d’un marchand des quatre saisons d’Anti- bes aime ces relations viriles où on s’«embrasse» comme, au choix, à l’Esta- que, ou dans les loges maçonniques. Chez Alexandre Guérini, il admire la façon de «tenir»Marseille,dansl’ombredesonfrè- re Jean-Noël, président du conseil général des Bouches-du-Rhône,et son habileté en affaires: en revendant deux de ses socié- tés de déchets à la Compagnie générale des eaux (CGE) où officiait naguère Pro- glio, Alexandre Guérini, l’enfant du quar- tier du Panier est devenu riche à vie. Lors- qu’ils se retrouvent, ils reprennent leurs bonnes blagues, comme cette devinette d’un élu du Vieux Port à un ministre: «Voussavez à quoion reconnaîtuneânes- se en chaleur? Non? Alors vous êtes plus con qu’unâne!» PourquoiavoirchoisiJean-LouisBorloo pour Veolia? De l’élu de Valenciennes, de l’ancien ministre, Henri Proglio a aimé d’emblée le côté chiffonné, cheveu en bataille, capable de débarquer un matin, rue d’Anjou, dans son bureau de la CGE, pour lui parler d’«un copain commun dans la merde». Ensuite, il a apprécié les conseils d’avocat d’affaires et l’entregent politique.Amitiéetéchangedebonsprocé- dés.LafilledeJean-LouisBorloo,Pauline,a travaillépourVeoliaenChine,puis àHon- gkong. Et c’est Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie qui, en 2009, avec Claude Guéant, a insisté pour que Pierre Gadonneix ne rempile pas à la tête d’EDF etsoitremplacépar HenriProglio. Jean-Louis Borloo n’a jamais dirigé une entreprise. Il est souvent trop bavard et imprévisible. Mais il y a urgence: Antoine Frérot, le dauphin, inquiète chaque jour davantagesonancienmentor.Del’avenue deWagram,sièged’EDF,Proglioatoujours jetéun œil discretsur l’avenue Kléber,siè- gedeVeolia.«IlacruqueFrérotallaitrester sonMedvedev», décrypteun cadre. AntoineFrérotaeneffetlongtempsfait partiedecettepetiteconfréried’initiésqui tourne autour de Proglio. On y compte François Roussely, président d’EDF jus- qu’en2004,etledésormaisréputéAlexan- dreDjouhri.Unhommed’affairesàlarépu- tation sulfureuse qui réfute l’étiquette d’intermédiaire,proche de Claude Guéant etd’HenriProglio,maisaussideSergeDas- sault et de Dominique de Villepin – à qui Veoliasignaunlucratifcontratd’avocaten pleineaffaireClearstream. Tous avaient tenté de pousser Yazid Sabeg, commissaireà la diversitéet l’égali- tédeschancesethommed’affaires,àlatête d’Areva, en mars2010, avant de renoncer: le conseiller des milieux d’affaires Alain Mincetlecommissairegénéralàl’investis- sement René Ricol, indignés, avaient fait capoterl’opération.AnneLauvergeonétait restée en poste, mais elle a cru à nouveau voirlamaindecettetrèspuissanteamicale dans son départ d’Areva… Au point d’évo- quer, en tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy, unesortede «logeP2à lafrançaise». Exagéré,sansdoute.MaisHenriProglio, patron énergique et doué, galvaniseur d’entreprise, n’aime pas qu’on lui man- que. Lorsqu’il y a quelques mois, il a com- pris qu’Antoine Frérot lui échappait, cet hommesecret,quecertainsdécriventcom- me volontiers parano, a passé en revue toutl’arsenaldesguerresmodernes:com- munication, lobbying, «intelligence éco- nomique», comme on dit pudiquement dans ces entreprises stratégiques. Désor- mais, il faut choisir. Stéphane Fouks, patron d’EuroRSCG, et Laurent Obadia, l’undesescommunicants,cumulaientdes contratsdeconseilsavecEDFetVeolia?Au premier, désormais, le soin de conseiller Proglio; au second, Frérot. EDF ou Veolia: lessociétésdesécurité,murmure-t-on,ont dû, elles, choisir leur camp. Et Djhouri lui- mêmeserait tiraillé. Avec Bernard Squarcini, le patron du contre-espionnage français, la ligne, en revanche,n’estpascoupée.Lesdeuxhom- mes se sont encore retrouvés il y a quel- quesjoursplaceBeauvau,au ministèrede l’intérieur,àl’occasiondelaremisedel’in- signedel’ordreduMériteàlachefducabi- netdeClaudeGuéant.HenriProglioétaità son aise au milieu de la crème des poli- ciers. Mais de quel secours seront, au len- demain de la présidentielle, ces calculs et ces liens tissés au sommetde l’Etat?p Lesmauvaiscalculs d’HenriProglio «Avectoi,c’estunedemi- heureons’engueule, unedemi-heureon s’aime»,finittoujours parlancerHenriProglio àNicolasSarkozy Henri Proglio au siège social d’EDF, avenue de Wagram, à Paris, le 27février. PAOLO VERZONE/VU POUR «LE MONDE» Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin LePDGd’EDF atoujoursétéun patrontrèspolitique. Maissatentative deplacerJean-Louis Borlooàlatête deVeolialuiavalu l’iredeNicolas Sarkozyalorsqueses relationsavec FrançoisHollandene sontpasaubeaufixe 170123 Jeudi 1er mars 2012
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    47,3 2006 23 % de lavaleur de Microsoft I ldevraitêtrelàdébutmars,suscitant,com- me à chaque fois, l’hystérie, attirant les foulesvenuesformerdelonguesfilesd’at- tente devant les magasins dans l’espoir d’être le premier à en faire l’acquisition. Lui,c’estl’iPad.Letroisièmedunom.Etcet- tenouvellemouturedelatablettetactiled’Apple devrait se vendre autant que les précédentes. A savoir, beaucoup. Car chez Apple, on ne fait pas les choses comme les autres. Lorsqu’on lance un produit, il s’en vend des millions… En un temps record. Record, un mot qui revient comme une rengainequand on parle d’Apple. Les résultats trimestriels, publiés en janvier, en sont un bel exemple. En trois mois, entre le 1er octobre et le 31décembre 2011, date à laquelle seclôtle premiertrimestredesonexercicefiscal, lafirmeàlapommeaengrangé13,06milliardsde dollarsdebénéfices.Enregistrant,ainsi,unehaus- se de 118% par rapport au premier trimestre de l’annéeprécédente.Lechiffred’affairesa,quantà lui,bondide111%,passantà46,33milliardsdedol- lars. A titre de comparaison, le chiffre d’affaires del’année2011danssonintégralitéétaitd’unpeu plus de 100milliards de dollars. En un trimestre, Apple a générépresque la moitié de ce qu’il avait engrangél’annéeprécédente.Ce ne sont pas tant lesmontantsqui fonttournerla têteque lavites- se à laquelle ils croissent. Côté ventes, les chiffres sont tout aussi impres- sionnants: 37millions d’iPhone écoulés en trois mois(entreoctobreetdécembre2011),180millions depuis le lancement, en 2007, de ce téléphone, devenu culte. Sans oublier les 15,4millions d’iPad vendus,ledoubledesvolumesécoulésaupremier trimestre2011.Grâceàcesrésultatsexceptionnels, Appleaaccumuléunetrésorerieincroyabledepres- que100milliardsdedollars. Apple est donc une entreprise hors norme, cofondéeen1976parunpatronhorsnorme:Ste- veJobs. LePDGemblématiquequi avaittoujours l’habitude de présenter ses innovations en jean, baskets et tee-shirt est celui qui semble avoir impulsé le feu sacré à un groupe, qui, il y a dix ans,prenaitl’eau.Aforced’inventivité,d’innova- tions et, il faut le rappeler, de pression sur ses ingénieurs, Steve Jobs a ressuscité Apple. Il y eut d’abordl’iPoden2001,l’iPhoneen2007,etenfin, l’iPaden 2010. Trois produits qui ont révolution- né les usages. Transportertoute sa musique avec soi ou encore surfer sur la Toile dans le métro sont devenus des habitudes. Il n’en a pas fallu pluspourconstruireunevéritablecommunauté de fans qui, à la mort de Steve Jobs, l’ont pleuré comme une idole. Des petits autels improvisés, composésd’unephoto,d’unebougieetd’uneger- be de fleurs ont même été dressés par des fans éplorés devant les Apple Store du monde entier. Lesraisonsdecesuccès?L’inventiond’unéco- système sans pareil. Selon Francisco Jeronimo, analyste pour le cabinet IDC, personne avant Applen’avaitpermisunetelleexpérienceutilisa- teur.Lesproduitssontdesignettrèsfacilesàutili- ser. «Un enfant de 3 ans y arriverait», note l’ana- lyste,quipointel’inventiond’iTunesetdel’Apps- tore, le magasin d’applications de l’iPhone et de l’iPad: «Non seulement ils ont créé des produits innovants, mais en plus ils ont inventé des maga- sinsdemusiqueetd’applicationsd’oùonpeuttélé- charger les programmes le plus simplement du monde. Avant l’Appstore, il y avait des sites qui proposaient des applications pour d’autres télé- phones, mais personne n’avait songé à les réunir aumêmeendroit.L’Appstoreetl’iTunessontcom- me des centres commerciauxnumériques!» Appleaainsi crééun marché, etlesdéveloppeursd’applications sesontengouffrésdanslabrè- che. Avec eux, comme avec tous ses autres par- tenaires, le groupe de Cupertino négocie sec. Sur chaque applica- tion téléchargée, 30% de l’argent empoché va à Apple. Idem pour la musique, et maintenantles livres et les magazines.Les opéra- teurs téléphoniques se voient réserver un traite- mentsimilaire: le prixdu téléphoneetla somme qu’ils investissent sur le prix du mobile, appelée «subventionopérateur», leur sont imposés. En outre,ilsnevoientjamaisleproduitavantsonlan- cementetneletestentpas,contrairementàlapra- tiquedesautresconstructeurs. Il n’y a jamais de présentation de produits estampillésdelafameusepommelorsdesgrands Salons électroniques non plus, tels que le Consu- mer ElectronicShow, qui se tient tousles mois de janvier à Las Vegas, ou encore le Mobile World CongressdeBarcelone.«Ce sontdes roisdansleur château, pourquoi iraient-ils se mêler au peu- ple?», ironiseM.Jeronimo. Obsédée par le secret, la firme a trop peur des fuites. Une habitude qui lui a quand même valu quelquesratés:l’antennedel’iPhone4,quinecap- tait pas bien au début, et la batterie de certains iPhone 4S, qui ne tenait pas la journée. Qu’à cela netienne,cesaccidentssontréparésàlavitessede l’éclair et oubliés encore plus vite tant l’image de lamarqueAppleestpuissanteauprèsd’unpublic qui semble prêt à tout lui pardonner. Même les conditionsdetravaildesouvriersdesonsous-trai- tant,Foxconn. L’entreprisetaïwanaisequipossèdedes usines en Chine, pour certaines entièrement réservées à Apple,imposedescadencesélevéesàsesouvriers. Ceux-ci travailleraient douzeheures par jour, dansdesconditionsquebeaucoupdécriventcom- metrèsloindesstandardsderespectdesdroitsde l’homme pour un salaire minimum qui a atteint les300eurosenfévrier2012. Pourtant,depuis2007,Appleaffirmeeffectuer des auditsde respectdes bonnes conditionsdetravaildanslesusi- nesdesessous-traitants.La Fair LaborAssociation,uneorganisa- tion de défense des droits des ouvriers, a commencéle 13février uncontrôledesusinesFoxconneta déjà annoncé qu’il y avait «beau- coupdeproblèmes».Laran- çondusuccès.p Sarah Belouezzane décryptages L’ŒIL DU MONDE Surchaqueapplication téléchargée,30%del’argent empochérevientàApple. Idempourlamusique, leslivres etlesmagazines capitalisation boursière, en milliards d’euros 7,4 2002 2 % de la valeur de Microsoft Apple suit son propre calendrier Contrairement aux autres construc- teurs qui profitent des foires de l’électro- nique grand public pour annoncer leurs produits, la firme à la pomme a son pro- pre calendrier. Une annonce fin janvier, une autre en mars-avril et une dernière en septembre-octobre rythment ses sor- ties de produits. Les observateurs atten- dent ainsi l’iPad3 pour le mois de mars et l’iPhone5 pour la rentrée 2012. Apple dicte les standards de design Des lignes pures, des matières et des formesléchéesainsiquedesfonctionnali- tés d’une simplicité sans pareille sont la marque de fabrique d’Apple. Une fois le ton donné, les autres marques n’ont eu qu’à suivre. En témoigne la forme carrée du GalaxyS2 de Samsung, étrangement similaire à celle de l’iPhone. Idem pour la Galaxy Tab, dont la taille et l’aspect géné- ral évoquent fortement ceux de l’iPad. Apple remet les magasins de marque au goût du jour Portéeparlesuccèsdufabricantd’ordi- nateurs Dell, la vente sur Internet a long- temps été le modèle dominant. Avec ses AppleStores,la firmedeCupertinoprend le contre-pied de cette tendance et crée unvéritablephénomènedesociété.Lafré- quentation explose et plusieurs autres marques suivent en ouvrant, comme Sony, plusieurs nouveaux magasins. Apple joue le marketing du secret Pasdetéléphonesentestenavant-pre- mière,pas dephotos desprototypesni de communication sur les produits avant leur sortie, Apple tient à conserver le sus- pense jusqu’au bout et développe une politique du secret quasi maladive. Les concurrents,quiavaientl’habitudedelais- ser filtrer les informations, s’y mettent… dans une plus petite mesure. p S.B. A Shenzhen La plus grande usine, surnommée Foxconn City, est située à Shenzhen en Chine, elle appartient au géant taïwanais de la sous-traitance en électronique Foxconn. personnes dans le monde assemblent des produits Apple. Aucun d’eux n’est salarié direct d’Apple 700 000 personnes y travaillent sur 3 kilomètres carrés 230 000 gardiens régulent les déplacements des ouvriers pour éviter les écrasements de foule 300 des employés vit sur place dans des dortoirs de 6 à 8 lits 1/4 12 heures Chaque équipe travaille 12 heures, et se relaie à 7h et 19h, six jours sur sept BigApple, lemonstredubusiness IPad Apple IPhone Apple Galaxy S2 Samsung Galaxy Tab Samsung Lamarquedictesaloi etcréelesusages AquelquesjoursdulancementdunouveliPad,grosplan surl’entreprisedetouslessuperlatifs,devenuelasociété lapluschèreaumonde.Cesuccèsasapartd’ombre:pression surlesingénieurs,sous-traitancelowcostetmarketingagressif FoxconnCity,l’enversdudécor 18 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    décryptages L’ŒIL DUMONDE chiffre d’affaires trimestriel résultat net téléchargements salariés chiffre d’affaires ventes d’iphones par région steve jobsmagasins 60 400 2 900 en milliards d’euros, 1er trimestre 2012 cours de l’action 395,82 en euros, 28 février 2012 en millions, au 3e trimestre 2011 en milliards d’euros, 2007-2011 Employés à plein temps Intérimaires et contractuels à plein temps 1er trimestre 2011 1er trimestre 2012 4,47 9,71 + 217 % Fondateur charismatique, décédé à l’âge de 56 ans en octobre 2011, Steve Jobs fut le moteur de la compagnie, qu’il créa en 1976 avec Steve Wizniak. On lui doit la création de l’iPod, de l’iPhone et de l’iPad, dont les ventes constituent aujourd’hui l’essentiel des revenus d’Apple. en milliards, octobre 2011 en millions, octobre 2011 capitalisation boursière en milliards d’euros, 28 février 2012 exxon mobil etat americain total Plus forte capitalisation française 356,5 en milliards d’euros 16 180 ChansonsApplications Livres 18 80,57 Europe de l’Est Amérique latine Moyen-Orient et Afrique Japon 17,1 22 000361 milliards de dollars en 2011 Etats-Unis visiteurs par semaine, soit 110 millions sur l’année dans le monde Canada France Espagne Italie Suisse Royaume-Uni Allemagne Australie Chine Japon Amérique du Nord Asie-Pacifique Europe de l’Ouest 5,34 5,33 4,25 0,83 0,69 0,45 0,28 tf1 Apple réalise en 6,74 jours le chiffre d’affaires annuel 2011 de TF1 2,619 nokia 34,42 51 38,7 310,1 73,6 356,5 184 % de la valeur de Microsoft 28 février 2012 17,86 54,5 56,7 trésorerie en milliards d’euros, juillet 2011 iPhone iPad iPod ventes cumulées en millions, octobre 2011 125 40 320 SOURCES : APPLE, NOKIA, GARTNER, WIKINVEST, YAHOO! FINANCE, NEW YORK TIMES, AP - INFOGRAPHIE LE MONDE 8 700 ingénieurs encadrent les chaînes de montage. Ils ont été embauchés en quinze jours 1,33 € C’est le salaire horaire des ouvriers qui paient leurs repas (0,52 €) et louent le dortoir (13€/mois) 629 euros Sur 629 euros que coûte un iPhone en France, 6 euros vont au salaire 14 suicides d’ouvriers ont été recensés chez Foxconn de début 2010 à mai 2011. L’entreprise à réagi … … En plaçant des filets anti-suicide … En faisant signer une décharge empêchant les descendants de poursuivre Foxconn … Et en augmentant les salaires Lacroissanced’unestart-up, lapuissanced’unemultinationale 190123 Jeudi 1er mars 2012
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    PierreBiclet Commandant dans l’armeblindée cavalerie L a perspective sérieuse d’une alternancepolitiqueàlatêtede l’Etat nous contraint à réfléchir sur ce que pourrait constituer une «alternance diplomati- que».Pourcefaire,ilfautanaly- ser de manière rigoureuse le rapport des forces mondial dans lequel se situe de la France avant de s’interroger sur ce qui pourraitêtrefaitdanslestroiscerclesprio- ritaires de la diplomatie française: le cer- cle européen, le cercle atlantique et le cer- cle méditerranéen. Pour éviter de se payer de mots, il faut tout d’abord voir que, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, la dynamique géopolitiquemondiales’estconsidérable- mentaccélérée.Lespaysdel’Organisation de coopération et de développement éco- nomiques (OCDE) pèsent désormais moins que le reste du monde sur le plan économique. Comment desserrer l’étau qui se resserre sur nous? Commençons par le cercle européen. Auseindececercle,larelationfranco-alle- mande reste fondamentale. Mais il faut bienadmettrequ’aucoursdecescinqder- nières années, notre position face à l’Alle- magne s’est affaiblie. En 2007, notre taux de chômage était de 2,5points inférieur à celui de l’Allemagne. Il est aujourd’hui supérieur de 4 points. Le solde de nos comptescourants,unindicateurplusfavo- rableàlaFranceparcequ’ilinclutlesservi- cescontrairementàlabalancecommercia- le,représentedésormais–3,3%duproduit intérieur brut français alors qu’il est de +4,4% pour l’Allemagne. L’absence de réformes structurelles a privé la France d’un levier politique déci- sif sur Berlin. Or, si notre économie ne se redresse pas, la France ne pourra rien imposeràl’Allemagne.Lefaitqueleminis- tre polonais des affaires étrangères ait en novembre dernier appelé à un leadership allemand en Europe sans mentionner la France montre que le regard des Euro- péens sur le couple franco-allemand a changé. Faut-il pour autant singer l’Allemagne, ou au contraire s’efforcer de la contenir? Au-delàdelarègled’or,cequisejoue,c’est l’avènementd’unfédéralismebudgétaire. Acetégard,l’engagementdeNicolasSarko- zy à renforcer la gouvernance économi- quedel’Europesanstransfertdesouverai- neté ne mène nulle part. Car, si la crise de l’euro a révélé une chose, c’est bel et bien l’inefficacité de la gestion intergouverne- mentale. Ce qu’il faut, au contraire, c’est un transfertdesouverainetébudgétairepré- cis et limité conforme d’ailleurs en tout point à l’esprit de la construction euro- péenne depuis 1950. Ce transfert de sou- veraineté doit cependant s’accompagner d’un contrôle démocratique qui pourrait et devrait logiquement s’exercer par l’in- termédiaire de délégations parlementai- res nationales spécialisées et accréditées auprès de la commission. Voilà le chan- tier auquel François Hollande, s’il venait à être élu, devrait prioritairement se consacrer. Un chantier qui n’a de sens ques’ils’accompagned’une réductionde nosdépensespubliquesetpasseulement de nos déficits. Le deuxième cercle de la diplomatie estle cercle atlantique.Le débatsur notre présence dans l’alliance est derrière nous. Nous partageons l’essentiel avec lesEtats-Unis,mêmes’ilestpréférablede continuer à traiter avec Barack Obama qu’avec son éventuel successeur républi- cain. Mais convergence ne signifie pas passivité. En mai, à Chicago, au sommet de l’Al- liance atlantique, sera débattue la ques- tion du retrait d’Afghanistan. Il y a trois ans, le président Sarkozy nous expliquait que nous défendions là-bas notre civilisa- tion.Peut-être.Maisdansce cas,pourquoi se retirer aujourd’hui? La vraie question n’estdoncpasdesavoirsinousnousretire- rons d’ici la fin de l’année ou l’année pro- chaine. Cette différence de calendrier est dérisoire. La vraie question est de savoir quelle leçon nous tirons de cet engage- ment.Est-ce que nousnousretironsparce que les Américains ont décidé de le faire? Considérons-nous que la négociation engagée avec les talibans est une bonne chose? Avons-nous les moyens ou l’envie de peser sur ces négociations? Pourtant,la question afghane sera pro- bablement reléguée au second plan par uneautre,beaucoupplusimportante:cel- le de l’Iran. Là encore, il ne suffit pas de dire que nous sommes favorables à des sanctions et à des négociations. Nous devonsnous prononcer de manière beau- coup plus précise sur ce qui risque d’être la première grande crise diplomatique pour le nouveau président: le bombarde- ment des installations nucléaires iranien- nes par Israël. Y sommes-nous favora- bles?Nousyopposerons-nous?Qu’avons- nous à proposer en échange? Sommes- nousfavorablesàunenégociationglobale avec Téhéran? Acceptons-nous le fait que l’Iran accède au rang de «pays du seuil» sans développer l’arme nucléaire, ou considérons-nous d’emblée que le simple faitd’atteindreleseuilnucléaireconstitue en soi un acte inacceptable? Les Améri- cainsontévoluésurlaquestion.Sommes- noussur la mêmeligne? Si nous ne répondons pas à ces ques- tions, nous laisserons à d’autres, et donc naturellementauxEtats-Unis,lesoind’ap- porter des réponses à notre place. Nous devons mobiliser notre créativité en évi- tant d’apparaître soit comme la mouche du coche soit comme le petit enfant sage qui rougit à l’idée même de poser une question. Resteletroisièmecercledenotrediplo- matie: celui de la Méditerranée. Depuis janvier2011, nous sommes confrontés à une tectonique politique sans précédent qui va nous obliger à de profondes remi- ses en cause. Un certain monde arabe est beletbienmort.Ceuxquienprennentles rênes entretiennent une proximité avec laFrancebeaucoupmoinsfortequeleurs prédécesseurs.Etparcequecesnouvelles élites se sentiront confortées par des mandats populaires, elles se montreront plus exigeantes et moins complexées. Il faudra donc apprendre à gérer la fin du pacte du silence, celui qui contraignait la France à se taire sur la nature peu envia- ble des régimes arabes en même temps queceux-cifaisaientpreuved’unecertai- ne docilité. Pour ce faire, il faut impérativement relancer l’Union pour la Méditerranée. Maisilfautlefairesurdesbasesnouvelles. Ilfautcommencerpartisserdesliensavec tous les acteurs sociaux, économiques et culturels de la Méditerranée en leur posant une question simple: que pou- vons-nous attendre les uns des autres? Naturellement,il ne s’agitpasde contour- nerlasouverainetédesEtats.Maisàpartir du moment où ces derniers se prévalent de la démocratie, rien ne fait désormais obstacleàcequenousentrionsenrelation directeavec les sociétés civiles de la Médi- terranée. Sans préjuger de la réponse, il faut en matière de développement privilégier un seuletuniqueaxe:lesprojetslocauxcréa- teurs d’emplois. Car sans création d’em- plois dans ces pays, le changement politi- que sera pulvérisé et l’échec économique poussera ces régimes dans une fuite en avant politique terrible. A cet égard, ceux quicondamnentlechoixdeRenaultàTan- ger montrent une fois de plus qu’ils n’ont rien compris à la marche du monde.p D ans les débats présidentiels, la défense ne suscite pas un intérêt à hauteur de sapart dans lebudget.Sinonpour pro- poser des économies. Des matériels coûteuxpour guerroyerau loin, tel est leportraitvitebrosséd’unfardeaubud- gétairedontonsepasseraitbien:nepourrait-onrédui- rela facture enrévisant nosambitionsà la baisse? Aquoisertdoncnotrearmée?Al’heuredessacrifi- ces budgétaires, la question mérite qu’on s’y arrête, surtout quand le signal est brouillé: d’une part les chutes de MM.Gbagbo et Kadhafi attestent d’une France puissante qui assume ses choix; de l’autre, la mort de soldats en Afghanistan fait douter d’engage- ments en coalition où la victoire ne se quantifie pas. Seul point de convergence: l’armée n’est vue qu’au prisme de la politique étrangère. Vision réductrice qui fait oublier l’essentiel. Deux institutions ont façonné le citoyen au fil des siècles. Aujourd’hui, l’école et l’armée sont perçues sous le seul angle fonctionnel et subissent les contraintes de la rentabilité immédiate et du trop court temps politique. Si tout le monde s’accorde à investir dans la formation de nos enfants, le rôle pri- mordial d’une armée désormais confiée aux profes- sionnelssemblemoinsévidentaucitoyen.Cettedélé- gationdesarmesaumilitaireaccroîtladistancecréée par la délégation du pouvoir au politique. Le citoyen confie l’engagement des troupes au président de la République,quidécideenconseilrestreint,etauParle- ment,qui prolonge leur mandat au-delà de 90jours. Dissuasionnucléaire,siègedemembrepermanent au Conseil de sécurité de l’ONU, tels sont les moyens qui permettent encore à la France de poursuivre ce rôle si particulier dans le concert des nations. Elle se doitde l’assumersielle veutquel’Unioneuropéenne puisseun jour prendre le relais. La Libye a montré une Europe divisée, notre plus proche voisin refusant de survoler les côtes de Ben- ghazi pour fournir des renseignements, pourtant indispensables pour protéger les populations. Une Europe militairement trop faible pour se passer des avions ravitailleurs américains. Une Europe qui ne semblait pas assez crédiblepour faire plier Tripoli. Laforcedemeurel’ultimerecours.Maispluslafor- ce est crédible et moins son usage est nécessaire! L’outilmilitairenesauraitseréduireàuninstrument de puissance sur la scène mondiale (l’ambition de la Francepasseraitalorspourde laprésomption).Iltou- che à l’essentiel: l’expression d’une volonté collecti- ve; il matérialise l’existenced’un «corps» social. Lemilitairealedevoird’interpellersesconcitoyens pourqueledébataitlieu,c’estlaresponsabilitémorale deceluiquipeutuserdelaforceaunomdetous.Etaus- siledroit,carilconsentàenpayerleprix,sinécessaire, celui de sa vie. A ce prix, le militaire peut également attester que ce lien impalpable qui fait des individus descitoyensestbienconcret.C’estaunomdesesconci- toyensquelemilitaireagitetpuisesavolontédecom- battre: il n’est pas le mercenaire d’un pays, il n’est pas plus payé au coup tiré qu’à la balle reçue. Il a simple- ment conscience d’être, à son humble mesure, le bras armédela sociététoutentière.Elleseuleluiconfèresa légitimité,mêmeenopérationsmultinationales. La mission des armées dans la construction de la société prend aussi d’autres formes, plus proches, plus concrètes. Premier recruteur en France (22000postes en 2011), les armées absorbent, édu- quent et finalement restituent au corps social ceux qui s’engagent sous les drapeaux. Affirmation de notre cohésion Cette fraction de la population active offre un peu derespirationquandlesemploissefonttroprares,un peud’intégrationpour ceux que l’écolen’a pu attein- dre, un peu d’ascension sociale quand les perspecti- vesseferment.Servicemiliaireadapté,centresdefor- mationprofessionnelle,dispositifdéfensedeuxième chanceconcourentquotidiennementàl’intérêtgéné- ral. Enfin, le chômage alarmant chez les jeunes peut amener à renouveler la réflexion et surtout les ambi- tionsd’un service civique réintroduit en 2010. Alors, que voulons-nous? Accentuer l’érosion de l’outil de défense n’est pas seulement imprudent dans un monde de concurrence et d’incertitudes. Le risque pèse sur l’affirmation même de notre cohé- sion. Quand la crise économique devient sociale, nous ne pouvons pas éluder le débat sur ce que nous sommes et avons à défendre. Quand les finances publiquesréclamentplusquejamaisunpeudevertu, l’urgentne sauraitsacrifier l’essentiel. Les armées contribuent à l’effort collectif et rédui- sent d’un quart leurs effectifs dans le cadre des réfor- mes menées: 54000 postes en six ans. Elles sont au point de bascule, il suffit de peu, mais il faudra beau- coup pour les remettre à flot. L’enjeu presse chaque citoyende seréapproprierla défenseet de lui donner sa juste place dans le débat public. p décryptages DÉBATS ZakiLaïdi Directeur de recherche au Centre d’études européennes de SciencesPo «L’engagementdeNicolasSarkozyàrenforcerla gouvernanceéconomiquedel’Europesanstransfert desouveraineténemènenullepart.Car,silacrise del’euroarévéléunechose,c’estbeletbien l’inefficacitédelagestionintergouvernementale» ¶ François Hollande, candidat socialiste à l’élection présidentielle, devait se rendre à Londres, le 29février. L’occasion pour «Le Monde» de revenir sur ses positions et son agenda européens (lire aussi page 4) Mettonsladéfensedansledébat L’arméeaaussiunrôlesocial Quesignifiel’alternancepourlapolitiqueétrangèrefrançaise? Inventonsuneautrediplomatiepourfairefaceàunmondechangeant 20 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    S alaires: êtes-vousricheou pauvre?Sivousn’avezpas encoreessayélenouveloutil proposéparl’Observatoiredesiné- galitéssursonsiteInternet,allez-y. C’estultrasimple:ilsuffitd’indi- quervotresalairenetmensuelet, enunclic,vousapprenezcombien desalariésgagnentmoinsouplus quevous.Votrefichedepaie atteint2000eurosnetpar mois? 67%dessalariésgagnentmoins(le salairemédiansesitueà 1650euros).4000euros?94%des salariésgagnentmoins.Etsivous passezlabarredes7500euros vousfaitespartiedes1%desala- riéslesmieuxpayésenFrance. Parlergrossousestdesaison. Certainespersonnalitésnepeu- ventpluscacherleursalaire.Ainsi RichardDescoings,directeurde SciencesPo etses27000euros brutmensuels«soit23000- 24000eurosnets»,dit-ildansLibé- ration(apparemmentiln’estpasà 1000eurosprès).Maisparmicette catégoriede1%deprivilégiés,cer- tainsémargentàdessommestrès supérieures.Onneparleplusalors ensalairemensuelmaisannuel. PrenezLouisGallois,lepatron d’EADS.Luigagne2,6millionsd’eu- rosparan.Soit216666eurospar mois,soit7123euros…par jour.Je n’airiencontreLouisGallois; j’auraispuparlerdes4,3millions deFranckRiboud(Danone).J’ai choisiLouisGallois,parcequ’ila eulafranchisederépondreun matindejanviersurFranceInterà unequestiontoutesimpled’un auditeur.Guillaume,deVendée, luiademandé,sansagressivité: «Qu’est-cequ’unsalaireraisonna- blepourunpatrondevotre niveau?Jeconçoisqu’ilfailledesdif- férences,maisquelleslimitesdon- neràcela?»EtLouisGalloisd’ex- pliquer:«Marémunérationestde 2,6millionsparan.Jetrouveque c’estunsalaireabsolumentincom- préhensibleparl’opinionpublique. Jele disfranchement,onnepeut pascomprendrequequelqu’un gagneunetellesommequandon voitlesdifficultés.Jepensequ’ilya uneffortdesolidaritéà faire.Pour monconfortpersonnel,jem’arran- geendonnantunepartiedemon salaireàdes actionssocialement utiles,maisjediraiquec’estdusau- vetageindividuel;jepensequ’il fautqu’ilyaitunedisciplineetune fiscalitéquiaideàcettediscipline.» Avant,LouisGalloisdirigeaitla SNCF.«Jegagnaisdixfoismoins. J’arrivaisà vivrequandmême», précise-t-ilàGuillaume.Oui,effec- tivement,avec260000eurospar an,ondoitvivretrèsbien.Louis Galloisneseplaintderienet demandemêmeàêtredavantage taxé:«Jenesuispascontreune haussedelafiscalitépourlesplus hautsrevenus.» MerciGuillaume pourvotrequestion. p O n cherchera en vain quelques lignes sur la vision politique de MohammedVI, ce que pense le palais du «printemps arabe» ou le bilan que le roi tire des réformes qu’il a lui- même initiées, telle la nouvelle Constitu- tion approuvée par référendum, pour parerà toutecontestation.Riendece côté- là. Sur le commerce, le business, en revan- che, enveux-tuen voilà. Page après page, les auteurs décrivent unsouverainalliédelaFrancedevenu«le premier banquier, le premier assureur, le premier agriculteur» de son pays, et un homme d’affaires de premier plan dans «l’agroalimentaire, l’immobilier, la gran- de distribution, l’énergie, les télécoms»… Un roi «Midas», écrivent-ils, classé au 7e rang en 2009 des monarques les plus riches par le magazine américain Forbes, et dont la fortune aurait doublé en cinq ans.Celuiquis’étaitvuattribuerl’étiquet- tede«roidespauvres»lorsqu’ilsuccédaà son père, HassanII, en 1999, n’a plus rien à voir avec le roi des affaires dont il est question ici. Prédation économique A travers les holdings royales, les prises de participation dans des domaines aussi variésquelesucre,lefoncier,lesterresagri- coles, le BTP, l’électricité ou même la culture, c’est une véritable mise en coupe réglée de l’économie marocaine que dénoncent les deux journalistes. Tout ou presque, affirment-ils, remonte aux cais- ses royales. Au point que le Maroc consti- tue àleurs yeux«uncas unique». «La plupart des dirigeants pillent leur paysenconfisquantàleurpeuplelesriches- ses. Au Maroc, c’est le peuple qui, chaque jour que Dieu fait, enrichit le roi en ache- tant les produits de ses entreprises», assu- rent Catherine Graciet (coauteur de La Régente de Carthage – La Découverte, 2009 –, qui dénonça l’emprise mafieuse deLeilaTrabelsi,l’épousedel’ex-président Ben Ali en Tunisie) et Eric Laurent (auteur de nombreux ouvrages, dont LaMémoire d’unroi–Plon,1993–,tirédesesentretiens avec HassanII). Dernier «Eldorado» en date: le développement des énergies renouvelables,aveclacréationdeladerniè- re-née des entreprises royales, Nareva, déjà dotée d’importants contrats dans le domaine éolien. Mais muette quant à ses objectifs. Deux hommes, proches de Moham- medVI, sont particulièrement visés par cebrûlot:MounirMajidi,secrétaireparti- culier du roi et grand argentier du palais, et Fouad Ali El Himma, ministre délégué à l’intérieur de 1999 à 2007. Les deux hommes, rivaux, sont toujours décrits à la manœuvre pour imposer, souvent de façon brutale, les vues du palais dans le domaine des affaires comme dans celui de la sécurité. Lorsdes manifestationsdu Mouvement du 20février, qui réclame à intervalles réguliers dans les rues de vil- lesmarocainesplusdejusticesocialeetla fin de la corruption, leurs noms seront systématiquement dénoncés. Atraverscesdeuxpersonnages,quiont connu le roi dans sa jeunesse, l’un par le truchement d’un cousin, l’autre en parta- geant la même formation au Collège royal, les intrigues de cour, les nomina- tions et les disgrâces peuplent l’univers royal et le docile Makhzen, selon cette expressiontypiquequidésignelesinstitu- tionsmarocaines.Malheuràceuxquiten- tent de s’opposer! Ceux-là se voient écar- tés sans ménagement, étranglés financiè- rementetparfoiscondamnésàdelourdes peinesdeprisoncommeentémoigneKha- lid Oudghiri, ancien patron de la puissan- tebanqueAttijariwafaBank,déchu,humi- liéetpourfinircondamnéparcontumace – il vit en France – à vingt ans de prison. L’hommelivreicilespressions,témoigna- ges à charge et accusations extorquées dont il fut l’objet. Tous ses biens, au Maroc, seront saisis. Certes,leréquisitoiredecelivreestbrut, les témoignagessouvent anonymes,et les faits parfois approximatifs faute d’accès direct aux sources. Mais l’ampleur de la prédation économique ainsi décrite, dans unpaysoù15%delapopulationvitau-des- sous du seuil de pauvreté fixé à 2dollars par jour,ne peut que choquer. p Isabelle Mandraud décryptages ANALYSES AG13236 Prendre le temps de la réflexion Tracer les perspectives pour agir L’Expansion ☛ Nouvelle époque ☛ Nouvelle mission ☛ Nouvelle formule CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX C ette fois-ci sera-t-elle la bonne? PSA Peu- geot-Citroën, exsangue sur un marché européendéprimé,va-t-ilconvolerenjus- tes noces avec General Motors (GM), revigoré par des ventes américaines et chinoises au plus haut? Depuis dix ans, on a prêté au deuxième constructeureuropéenl’intentiondeserappro- cher des japonais Honda, puis Mitsubishi, de l’italien Fiat et, plus récemment, de l’allemand BMW,tousdesgroupesfamiliaux. GM pourrait prendre 7 % de PSA à l’occasion d’uneaugmentationdecapitalde1milliardd’eu- ros. L’Autorité des marchés financiers a appelé, mardi 28 février, PSA à communiquertrès rapi- dement.PhilippeVarin,lepatrondePSA,etDan Akerson, son alter ego de GM, devraient annon- cerlanouvellelorsduSalonautomobiledeGenè- ve,quiouvrele 6mars. L’allianceavecGM,numérounmondialdéte- nupouruntiersparl’Etataméricainaprèslaqua- si-faillite de l’entreprise en 2008, est-elle crédi- ble ? Même si elle comporte certains risques, notamment sociaux, elle n’est pas saugrenue. Dans une industrie où le coût de développe- ment des automobiles a explosé, du fait des réglementations environnementales toujours plus strictes et de la durée de vie toujours plus courte des modèles, il devient nécessaire de mutualisersesdépensesetdelesamortirenven- dantplusdemodèlessurunplusgrandnombre demarchés. Philippe Varin n’a cessé de le répéter depuis son arrivée à la tête de PSA, en 2009: le groupe doit trouver un allié pour mettre en place des synergies industrielles importantes, améliorer sesmargeset accélérersoninternationalisation encoretropfaible. Voilà pour la théorie. La mise en œuvre est moins simple. Seuls quelques rares acteurs ont réussi cet exercice. Au premier rang desquels Volkswagen,qui,en2011,aproduitetvenduàtra- vers la planète plus de huit millions de véhicu- les,delavoituredeM.Tout-le-Mondeàla voitu- re de luxe. Avec huit marques, le groupe alle- mand se développe sur tous les continents et dégage d’importantes économies d’échelle, qui lui permettent d’afficher des bénéfices inédits dans cette industrie: 15,4milliards d’euros, quandlegroupePSAafficheungainde600mil- lionsd’euroset unepertede92millionsd’euros danssabrancheautomobile… De même, PSA constate que l’alliance de Renault avec Nissan lancéeen 1999 a bel et bien servi son grand concurrent français: si Renault affiche aujourd’hui un bénéfice de 2,1milliards d’euros et une dette réduite à quelque 300mil- lions (contre dix fois plus pour PSA), il le doit beaucoup à son partenaire japonais. «Nous mutualisonsentreRenaultetNissanledéveloppe- mentdeplates-formes,depièces,dumoteur,etc., rappelaitrécemmentCarlosGhosn,lepatronde Renault et Nissan. Cela a permis à Renault de réduire ses investissements, tout en produisant plus de véhicules.» Et grâce à l’élargissement de l’alliancefranco-japonaiseàl’allemandDaimler- Benz,lefrançaisvabientôtproduiredesberlines surunebasedéveloppéeparles troisacteurs… Pour construire ce partenariat, Renault, Nis- san et Daimler ont mis en place des participa- tionscroisées.Cettesolution,lafamillePeugeot, qui détient 30,9% du capital de PSA (et 48% des droitsdevote),yatoujoursétédéfavorable.PSA aassistéenspectateurauxdeuxdernièresgran- des vagues de consolidation du secteur, quand Daimler rachetait Chrysler, BMW s’offrait Rolls RoyceouRenaultreprenaitDaciaetNissan. La crise de 2008 a déclenché une nouvelle vaguedeconcentrations.Renaultestentrédans le capital d’Avtovaz, tandis que Fiat décidait de reprendreChrysler,délaisséparDaimler.Décidé cette fois à bouger, PSA, un peu plus mal en point, voyait un rapprochementavec le groupe Mitsubishiluiéchapper. Jusque-là,lefrançaispréféraitlespartenariats ciblés avec d’autres constructeurs, de Fiat dans l’utilitaire,àForddanslemoteurdiesel,ouBMW dans le moteur hybride. Aujourd’hui, Philippe Varin recherche son allié stratégique. Mais rien neditqueGMseraitlemeilleurparti.D’unepart, le groupe américain fait deux fois la taille de PSA.D’autrepart,lesgroupesaméricains,quece soientGMouFord,n’ontguèreréussileursparte- nariats avec les européens: le rachat de Volvo parFordaété undésastre; celuideSaabpar GM setermineparuneliquidationjudiciaire;quant à la coopération entre GM et Fiat, elle a été un fiasco. Enfin, PSA et Opel, la filiale de GM, sont présentssurles mêmessegmentsdemarchéen Europe. Ils pourraient certes partager leurs coûts de développement ou d’achat, mais ces synergies industrielles pourraient aggraver leursproblèmesdesurcapacitéetconduireàdes fermeturesd’usinesenAllemagneetenFrance– uncauchemarsocialen perspective. «Aujourd’hui, explique un bon connaisseur du secteur, GM a besoin d’un allié pour réduire les coûts de développement de sa filiale Opel, et accéder à des technologies de motorisation plus performantes pour le marché américain, tandis quePSA doitréduiresescoûtsde développement et se projeter sur de nouveaux marchés… Mais le rapprochement avec GM n’est pas la seule solu- tion, un rapprochement avec Fiat serait aussi unepossibilité.»Unechose semblesûre: PSAne restera pas seule. Ferdinand Piëch, alors patron deVolkswagen,estimaitàlafindesannées1990 que«le mouvementdeconcentrationestinéluc- table. A terme, il ne restera plus que cinq ou six constructeursdanslemonde».PSAsera-t-ildans lesbrasdeGMoud’unautre?Réponsedansquel- quesjours. p phjacque@lemonde.fr Analyse Philippe Jacqué Service Economie Livredujour «Qu’est-cequ’un salaireraisonnable pourunpatron?» Guillaume auditeur de France InterIldevientnécessaire demutualisersesdépenses etdelesamortirenvendant plusdemodèlessurunplus grandnombredemarchés Vie moderne | chronique par Sandrine Blanchard Hiérarchiedessalaires ¶ Mohammed VI a été classé en 2009 au 7e rang des monarques les plus riches par le magazine américain «Forbes» PSA,latentationGeneralMotors Le Roi prédateur Catherine Graciet et Eric Laurent Le Seuil, 216 p., 17,80 euros Royalbusiness 210123 Jeudi 1er mars 2012
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    culture Lecercledespoètesretrouvés Architecture P etit bonhomme extrême- mentcultivé, Wang Shu, 48ans, a obtenu «le» Pritz- ker Prize mardi 28février. Ce prix, décernéparlafondationaméricai- ne Hyatt, est, pour simplifier, le Nobel de l’architecture. Avec Wang Shu se trouvent honoréssonépouseetcollaboratri- ce, Lu Wenyu,ainsi que son atelier – Amateur Architecture Studio, ramassis (hiérarchisé) d’élèves, de maçons (son atelier fonctionne en osmose avec eux) et de profes- seurs qu’il a rassemblés depuis 1998 à Hangzhou, capitale du Zhe- jiang. Il est le premier Chinois à obtenir ce prix. Il s’en est déclaré «très touché». «Car, a-t-il ajouté, mêmesij’aiétébienentourétoutes ces années, j’ai été seul au départ dans toute cette exploration. Pour dire les choses simplement, j’ai réfléchi,j’aitravaillédur,j’aiessayé d’appliquermes idéaux.» Hommeàlafoisdiscret,modes- te,talentueux,profondémentsou- cieux de l’éthique du métier, il est le représentant d’une minuscule fraction d’architectes chinois qui ontchoisilavoieétroitedelaquali- tédansunpaysoùlescommandes se chiffrent parfois en millions de mètres carrés. Wang Shu a étudié l’architectu- re à l’université du Sud-Est à Nan- kin, avant d’obtenir un doctorat en architecture à l’université Ton- gji de Shanghaï en 2000. Outre son atelier de Hangzhou, il dirige le département d’architecture de l’Ecole supérieure des beaux-arts de la ville depuis2003. Il aurait pu devenir homme de lettres ou peintreclassique – com- me Hangzhou, l’ancienne capitale des Song du Sud, pas très loin de Shanghaï, en a produit tant. Wang Shu y a construit l’un de ses pre- miers bâtiments, l’université des beaux-arts Xiangshan, située un peu en dehors de la ville, au pied d’une montagne couverte d’un des thés les plus précieux de Chine. Un campus d’exception, sur le plan architectural, dans un cadre idyllique. Unedescaractéristiquesdutra- vail de Wang Shu, depuis ses débuts, est l’étude des techniques traditionnelles et durables. Ainsi, il arecours aux systèmesde venti- lationnaturelle.Unprincipeances- tral qui utilise la montée de l’air, classique en Asie. Il aime le bois, mais n’a aucun scrupule à utiliser le béton quand il le faut. Il ne s’in- terdit aucun matériau et intègre généreusement des éléments de récupération: des anciennes bri- ques, des tuiles provenant des vil- lesetvillagesdétruitsàmarchefor- cée par la modernisation… «Je n’ai pas inventé la réutilisa- tion de matériaux recyclés, dit-il, cela se retrouve dans notre tradi- tion constructive… Par ailleurs, en tant qu’architecte, on ne peut pas ne pas réagir à autant de maté- riauxlaissésparlesdestructionsde bâtimentsanciens.Commentréuti- liser ces matériaux sur des réalisa- tions contemporaines, c’est cela l’attitude que devrait avoir l’archi- tecte contemporain.» Il a construit en 2005 un pre- mier musée, consacré aux beaux- arts, à Ningbo, important port du Zhejiang, qui ne ressemble à rien de ce qui avait été bâti précédem- ment en Chine. Il y reprend des techniques connues, des maté- riaux comme le bois, la pierre, la tuile, avec autant de souffle que d’esprit d’équilibre, en résonance avec le fleuve. Il y trouve une reconnaissance internationale qui l’a aidé à s’ancrer dans le petit milieu des architectes chinois –pas plus d’une vingtaine sur des dizainesde milliers actifs – qui ne pratique pas l’élevage intensif des tours et du béton. Car le système commercial chinois permet de construire des millionsde mètrescarrés, proces- sus répétitif qui fait tourner d’énormes instituts de construc- tion sans pour autant faire la for- tune des architectes qui y sont salariés.WangShuatoujoursrefu- séd’yadhérer.Ilaégalementrefu- sé cette pratique, très fréquente en Chine, où des architectes ont une petite production de qualité, à côté d’une agence énorme qui construit des tours, voire des vil- les entières. D’autresbâtimentssontimpor- tants dans son œuvre. L’un lui a été demandé par Ai Weiwei pour une sorte de monument qu’il a consacré à son père, le poète Ai Quing, sur les deux rives du fleuve de Jinhua, sa ville natale. Il a sollicité une quinzaine d’archi- tectes, dont Herzog et DeMeuron, ou Toshiko Mori, qui enseigne à Harvard, pour qu’ils imaginent des «fabriques», des petits édifi- ces.Cetensembleaétémalheureu- sement volontairement laissé à l’abandon par les autorités, mais le bâtiment de Wang Shu garde uneformede fierté.Ily avaitutili- sé des carreaux de céramique qu’on produisait en très grande sériedanslaChinedel’après-Mao. Ainsi, cet homme, longtemps perçu comme un artiste isolé, avaitdéjà,trèstôt,uncertainnom- bre de liens avec les grands noms de l’architecture internationale. Ses projets ont été diffusés à travers le monde dans de nom- breuses revues et expositions, comme « Alors la Chine ? », en 2003, « Positions », en 2008, «Architecture as Resistance», en 2009,etluiontvaluplusieursdis- tinctionsdès 2003 en Chine,mais aussi à l’étranger, parmi lesquel- les le Global Award for Sustaina- ble Architecture en 2007 et la Grande médaille d’or de l’Acadé- mie d’architecture en 2011. Il a également construit le musée d’histoire de la ville de Ningbo. Très grand bâtiment, déconcertant, avec un côté plus mésopotamien que chinois, là aussi dans un immense parc. Une architecture aussi libre que celle d’un Le Corbusier ou d’un Luis Kahn,etunensemblequicontras- te avec un centre d’affaires construit non loin par un autre architecte, Ma Qing Yun, dans un style «flashy», très américain. Maisl’une de sesinterventions majeures,toujoursencours,trou- ve sa place à Hangzhou, où les anciennes cités Qing, Ming et les tracesarchéologiquesdelacapita- le des Song risquaient d’être rasées.Le mairede laville a prisla décisionde lui confier l’ensemble du quartier autour de la rue ZhongshanLu,épinedorsalede la ville. Tout un ensemble de bâti- ments demeurait intact, parmi lesquelsdevastespharmaciestra- ditionnelles,bousculéesparl’arri- vée de blocs de béton au XXe siè- cle.WangShuaprislepartidepré- serverl’Histoire,sagrandeuranti- que et ses médiocrités récentes. Pour retrouver la forme de la rue,faireoublierlalaideurintem- porelle des casemates de l’ère post-maoïste, il s’est ingénié à poser des implants dans les dents creuses.Il aimaginédes éléments modernes, dont le profil étrange pourrait avoir été inspiré par celui des ouvertures de la région de Suzhou, connue comme la «Venise chinoise». Ceprocessusadéconcerténom- bredeChinois,aussibienlesarchi- tectes «occidentalisés» que les défenseursdupatrimoine:lespre- mières réactions, mitigées, à l’an- nonce de son prix montrent qu’il n’estpasprophèteensonpays.Au premier rang d’entre elles, celle du professeur et historien de l’ar- chitecture Ruan Yisan, de Shanghaï, pionnier courageux de ladéfensedupatrimoine:ilavive- ment condamné l’irruption de signes modernes dans un ensem- ble ancien. MaisWangShun’estpasunpas- séiste: «Ce qui m’intéresse, c’est plutôt d’observer, à partir de l’his- toire,laquestiondel’expérimenta- tion;ladistinctionnetteentre“tra- dition” et “modernité” est abstrai- te et simpliste, et ne reflète pas la réalité.On saitque les deuxderniè- res décennies en Chine ont été extrêmementmarquéesparlades- truction des centres anciens, avec beaucoup de grands immeubles construits,ettroppeuderéflexions avant démolitions. Même si, au vu de la population chinoise, on ne peutnierlebesoind’immeubleséle- vés, il est important de prendre en comptelesexpériencestiréesdesiè- cles de constructions.» De la tradition architecturale chinoise, il préserve la mémoire cachée dans les fragments de tuile, mais aussi ce qui relève de l’organisation de l’espace et des éléments structurels qui ont fait leurs preuves. Il se soucie de l’hu- main, pratique une architecture naturellement écologique, avec un réel souci de l’échelle, dans un pays qui semble perdre le sens de la mesure. En octobre2011, Hu Jintao, le président chinois, s’est montré très offensif, mettant en garde contrel’«occidentalisation»de la Chine dans le domaine culturel (Le Monde du 6 janvier 2012). Dans ce contexte, l’attribution du Pritzker est un événement para- doxal, car Wang Shu, sans rejet des influences étrangères, ouvre lesvoies d’unrenouveaupossible de l’architecture chinoise. S’il fait école à Hangzhou, il ne cherche pas à se présenter com- meuniqueréférence.Il semontre serein. Il a trois projets en construction à Ninghai, Jinhua et Kunming.Deuxautres sontenco- re en phase de conception à Zhoushan Hangzhou. Il ne chan- gerani sesméthodesde travail,ni le temps consacré à ses projets, «pourpréserverunniveaudequa- lité suffisant». p Frédéric Edelman (avec Jérémie Descamps à Hangzhou) Le Musée des beaux-arts à Ningbo et l’université Xiangshan (en haut) à Hangzhou, réalisés par Wang Shu (portrait). TIM FRANCO. COURTESY GALLERIE NAVARRA/«MADE BY CHINESE» (OUVRAGE À PARAÎTRE) UnChinoisentreaupanthéondel’architecture WangShuaobtenulePritzkerPrizepouruneœuvrequimêleavechabiletémodernitéettradition WangShuest lereprésentant d’uneminuscule fractiond’architectes chinoisquiontchoisi lavoieétroite delaqualité UN ARCHITECTE chinois «Pritz- ker prize»? Impensable il y a dixans, quand la Chine mettait en compétitionsa proprecapacité à anéantirsa culture urbaine et son goûtpourles signesles plusméga- lomanesde la jet-set architectura- le internationale. Il y a cinq ans seulement,c’étaitencore très improbable,tant les jeunes archi- tectesde l’empire du Milieu res- taientmarqués par les modèles occidentauxet fascinés par les for- mes dérivéesdes ordinateurs. Pourtant,dans tout le pays, à raisond’une ou deux agencespar grandemétropole (un peuplus à Pékin, nettementplus à Shanghaï et sa région), une vingtained’équi- pes, guère plus, ont émergéavec des réalisationssincères, exigean- tes, inventives,libres autant qu’il se peut des contingencesde la commande. Certes,quelques-unesont choi- si d’adjoindreà leur modestieini- tialedes portefeuillesdecomman- des dont l’ampleur a peuou prou écrabouillél’initiale fantaisie: Ma Qingyunà Shanghaï, Yung Ho Changà Pékin (ce dernierétait membre du jury du Pritzker). D’autresse sont enivrés des par- fums «paramétricistes» des grands prêtresde la conception assistée(le mot est faible)par ordi- nateur commeMa Yansong, récent transfugede chez Zaha Hadid, qui fait exécuter la danse du ventre à ses constructions. Résurgence de la culture Quelques-unsenfin se sont obs- tinés,comme scarabéesdans le désert. Ainsi Liu Yichunet ses complicesde l’agence Deshaus (Shanghaï),capteurs hypersensi- bles des brumes et des couleurs de Chine. Ainsi Liu jiakun (Chen- gdu), poète sombreet lucide déli- vré de toutes chaînes culturelles mais sensiblecomme une fleur de pommier sauvage à tous les signauxd’une résurgencede la culture,serait-ce dans les contréesdévastées par le séisme du Sichuan. Ou encore Tang Hua, auteur de la bibliothèquede l’uni- versité de design du Sichuan, près de Chongqing. Dans la région du Fujian, Li Xiaodonga investi avec autant de génie que d’humilité l’univers des villagesmonumentauxdes Hak- ka (Prix Aga Khan 2010). A Shen- zhen, l’agence Urbanusa dévelop- pé une maîtrise exceptionnelle des espaces et des lieux d’échange publics,Zhang Lei s’est imposé à Nanjingà travers des habitations plutôt dédiées aux artistes, aux poèteset aux intellectuels chinois,disperséesdans un paysa- ge promptà aspirer les brumes. Et puis il y a les figures tutélai- res de ce mouvement: jeunes déjà assezvieux pourprotéger ce cer- cle de poètesretrouvés: Cui Kai (à Pékin),figure débonnaireet géné- reuse ancrée dans le systèmedes institutspour mieuxaiderà l’éclo- sion de nouveaux talents. Qi Xin, francophoneet passeur entre générations,Yung Ho Chang, qui parvient à maintenirson statut d’intellectuelgrâce à son poste à l’universitéde Harvard, et malgré une architecture«à l’américaine» qui tend à se cacher derrière les hauts murs de ghettos fortunés. Et Ai Weiwei, toujours lui, remar- quablearchitecte, presque plus qu’artiste,par sa volonté même de simplicité. Encore un passeur auquel la Chine doit beaucoup.p F. E. 22 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    culture Faiseurs deculture |Avantlaprésidentielle: laparoleàceuxquifontbougerlesrégions IsabelleRichomme,àMarseille I maginez un café où vous pourriez trou- ver toute l’actualité culturelle et artistique d’une ville. Un concert de rock mardi, une per- formance jeudi à minuit, dans une gale- rie, du cirque dimanche après-midi. Un lieu où l’on vous mâcherait le travail en somme, sauf le plat délicieux qui vous serait servi avec le sourire et pourunprixtrès,très,raisonnable.Oualors,non:disons que vous êtes entré par hasard pour boire un verre, au comptoir,et que, là, surprise, vousentendezvotre voisin parler de la pièce de théâtre qu’il a vue la veille. Ça a l’air intéressant, vous tendez l’oreille et finissez par engager la conversation… Cet endroit existe bien, nousl’avons visité à Marseille. Le Waaw a été ouvert en juillet2010, tout près du Cours Julien, le «Cours Ju» dans le quartier populaire et créatif deLaPlaine.Lemobilieretlestablesducafésontjoyeuse- mentdépareillés.Surunetable,prèsdelafenêtre,lespla- quettes des salles de spectacle, des galeries d’art, atten- dent qu’on les consulte. Un canapé vintage lamé doré noustendlesbras.C’esticiqu’IsabelleRichomme,33ans, qui dirige le lieu avec Frédéric Lévy, nous explique son parcours. Pourquoi a-t-elle quitté l’univers du théâtre jeunepublic pour ouvrir un café? C’est pourtant simple et carré, quand on écoute cette jeune femme châtain, au léger accent marseillais. Elle a grandi ici, a fait des études de médiation culturelle, puis travaillé huit ans au Théâtre Massalia à la Friche La Belle de Mai. Elle s’occupait tout particulièrement des adoles- cents, essayait de leur donner le goût du théâtre, les découvrait à 11ans, les «quittait» à 16. Faisait des tour- néesdansdesclassesd’écolesetdecollègesaveclacompa- gnie L’Entreprisede François Cervantes. Puiselleaeuenviedeprendrelelarge.Denepasselimi- ter à une tranche d’âge de public, ni à un seul domaine artistique. «Ici, on fait de la médiation tout au long de la journée. Il se passe tellement de choses à Marseille et dans les alentours, et les gens sortent finalement peu… On essaiededonnerenvie,maisontrie,onfaitdeschoix.Nous sommesenquelquesorteunhaut-parleurdelaculturesur le territoire», explique-t-elle. Régulièrement, des artistes sont invités pour présen- ter leur travail. Récemment, le chorégraphe Alain Buf- fard est venu présenter sa création en cours au Pavillon noir, à Aix-en-Provence. «Un autre jour, les metteurs en scène Alain Reynaud et Alain Simon ont mis les clients dansleurpocheen commençantparjouerdel’accordéon. Ladiscussionestensuitedevenueinformelle»,raconteIsa- belle Richomme. LeWaaw,c’estaussiunsiteInternetquirecenselessor- ties culturelles à ne pas rater. C’est encore un outil de mutualisationaveclescompagniesduterritoire.Isabelle Richomme assure l’administration pour certaines, la billetterie pour d’autres. Un jour, elle est webmaster, un autreadministratrice,ouencorechargéedelacommuni- cation… Mais elle est aussi utopiste dans l’âme. Attraper dans son filet à papillons des gens que, par principe, l’on ne connaît pas, et les emmener découvrir les charmes du spectacle vivant ou de l’art contemporain par la grâce d’unespresso…Etsi,enplus,lesclientspouvaientpayerd’unespresso…Etsi,enplus,lesclientspouvaientpayer le café autrement qu’avec une pièce d’unle café autrement qu’avec une pièce d’un euro, notre faiseuse de public serait la plus heureuse. Sachez qu’elle y travaille. Ainsi,leWaawestpar- tenaire de Marseille 2013tenaire de Marseille 2013 off. Dans ce contexte, les orga-off. Dans ce contexte, les orga- nisateurs réfléchissent à unenisateurs réfléchissent à une monnaie culturelle, le Gaston,monnaie culturelle, le Gaston, laquellecirculeraitentre les lieuxlaquellecirculeraitentre les lieux de spectacles, les cafés, etc. Lede spectacles, les cafés, etc. Le Waaw sera donc un lieu-test pourWaaw sera donc un lieu-test pour le Gaston. Au fait, pourquoi le caféle Gaston. Au fait, pourquoi le café s’appelle-t-il ainsi? C’est tout uns’appelle-t-il ainsi? C’est tout un poème, qui renvoie à un vieuxpoème, qui renvoie à un vieux projet. Isabelle Richommeprojet. Isabelle Richomme voulait monter avec des amisvoulait monter avec des amis un dispositif de mutualisationun dispositif de mutualisation du mécénat, qui aurait permisdu mécénat, qui aurait permis àdes particuliers,àdes habi-àdes particuliers,àdes habi- tants d’un quartier, detants d’un quartier, de financer la création d’unefinancer la création d’une œuvre, au même titreœuvre, au même titre qu’une entreprise. Ce projet sequ’une entreprise. Ce projet se nommait «Ministère des arts et autres minorités», le Maam. Mais il tardait à voir le jour. Entre-temps, l’idée du café culturel est arrivée. En renversant le M du Maam, on obtient un W.Cela donne le Waaw, comme «what anamazing world». Marseille,quelmondeéton- nant.pC.F. Prochain article Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny, éditeurs à Auch. Qu’attendez- vous d’une politique culturelle? «Le Web est un outil de démocratisa- tion. La ques- tion des droits d’auteur et de la diffusion des œuvres sur le Web peut devenir acceptable si elle est équita- ble: j’accepte- rai de payer une contribu- tion liée à mon utilisa- tion d’Internet si elle permet de rémunérer les artistes, dans un parta- ge juste, et non selon des quotas d’audience établis com- me peuvent l’être aujour- d’hui les contributions versées aux artistes de musique.» M ercredi 29février, Cathe- rine Chadelat, présiden- te du Conseil des ventes volontaires (CVV), l’autorité de régulation du marché des ventes aux enchères publiques, devait présenter à Michel Mercier, garde des sceaux, ministre de la justice etdeslibertés,le«Recueildesobli- gationsdéontologiquesdesopéra- teurs de ventes volontaires de meubles aux enchères publi- ques». Ce recueil, demandé au CVV en 2010 par Michèle Alliot-Marie, alors garde des sceaux, est une réponse au scandale qu’a connu la profession avec ce que l’on a pu appeler«l’affaireDrouot»(LeMon- de du 4décembre 2009) où plu- sieurs employés avaient été arrê- tés pour vols et trafic d’œuvres. Mais c’est surtout un moyen de donner à tous les acteurs du mar- ché des ventes aux enchères un «instrument de protection et de valorisationpourlemarché»,insis- te CatherineChadelat. Après six mois de réunions et de concertation avec tous les acteurs du secteur dont le Syndi- cat national des maisons de ven- tes volontaires (Symev) et l’Asso- ciationdessociétésdeventesauto- mobiles (ASVA), sort enfin ce recueil qui regroupe et rappelle les bonnes pratiques profession- nellesenmatièred’enchères.Com- me le relève Mme Chadelat, « ce type de recueil est véritablement inédit: c’est la première fois qu’est publié un document qui regroupe et met en forme les obligations déontologiques qui s’imposent aux opérateurs de ventes». Pour la présidente du CVV, il était important de «retranscrire noir sur blanc tout ce qui se fait actuellement,augmentédelajuris- prudence disciplinaire du conseil des ventes. Nous ne sommes pas dans la tradition orale», ironi- se-t-elle. Il était également impor- tant, ajoute Catherine Chadelat, que ce travail s’effectue «dans la concertation avec la profession, la concertation étant la garantie de l’adhésion». Organisé en trois parties, le recueil rappelle dans un premier opus les devoirs généraux (bons déroulementsdesventes,transpa- rence,loyautéàl’égarddes clients, vendeurs, acheteurs, confrères, etc.) qui sont les principes fonda- mentauxet de base du métier. Tombeur de marteau Une deuxième partie traite de la préparation de la vente, y com- pris les rapports à entretenir avec les experts apporteurs d’affaires dontcertains,ayantpristellement d’ascendant sur le commissaire- priseur, le «confondent parfois avec un simple tombeur de mar- teau»,déploreMme Chadelatavant de rappeler que le commissaire- priseur est le mandataire du ven- deur et qu’il n’est pas là pour faire plaisir aux experts. Une troisième partie, enfin, est consacréeàl’organisationdesopé- rateurs.C’estnotammentdanscet- te partie qu’il est précisé qu’il devra sensibiliser l’ensemble des personnes qu’il emploie aux obli- gations déontologiques et aux obligations de vigilance qui pèsent sur lui. Quant à l’accueil des profes- sionnels, la présidente du CVV se veut confiante: «Ce n’est surtout pas un instrument de sanction, ce n’est pas un carcan, c’est simple- ment écrit désormais », résu- me-t-elle. Mais finalement, au-delà de coucher noir sur blanc les bonnes pratiques espérées de la profession, le CVV veut que ce recueildevienneàlafoisuninstru- ment de protection pour le consommateur en général, qu’il soit vendeur ou acheteur, et à la fois un instrument qui permette la promotiondes ventes volontai- res instituant une sorte de label. «Le marché français a beau- coupd’atouts: nousavons de bons professionnels, de bons experts, de bons restaurateurs, un excellent systèmejuridique.Onnesaitpasle faire valoir et nos résultats ne sont pasforcémentàlahauteursionles compare à ceux d’autres pays. C’estencesensquelesbonnesprati- ques sont incontestablement un bon instrument de promotion», martèleCatherine Chadelat.p François Bostnavaron «Ici,auWaaw,onfait delamédiationculturelletoutelajournée. Noussommesunhaut-parleur» Quandla campagneestmor- ne,ilfautla réveiller.Ou allervoirailleurs.Certains sesouviennentpeut-êtrede L’Autrecampagne,ce collectifani- mépar le cinéasteThomasLacos- tequi, lorsde l’électionprésiden- tiellede 2007,sonnal’alerte, déconstruisitjusqu’àla veilledu secondtourleprogrammeducan- didatUMPNicolasSarkozy.Non pasà coupsde formulestoni- truantes,mais parla forcede films-entretiensaussisobresque charpentésavec deschercheurs, deshistoriens,des sociologues, deséconomistes,des psychiatres, desmagistrats,etc.Un livredu mêmenom, L’AutreCampagne, étaitégalementsorti auxéditions LaDécouverte. Cinqansetune présidentielle plustard, l’infatigableréalisateur sortun coffretde47films réunis dansneuf DVD. Travail,luttes sociales,enseignement,politique migratoire,justice etlibertés… Faceà la caméra,le sociologue RobertCastel,l’historienPap Ndiaye,lamagistrateHélèneFran- co,le psychanalysteetphiloso- pheBertrandOgilvie,la juriste MoniqueChemillier-Gendreau, etc.,ont tout le tempsde déployer leurpensée.Attablez-vous. Onpeuttout absorberen vingt- quatreheures, versiongrande bouffe,ou savourersurplusieurs jours,à conditionde ne pas oublierquele premiertoura lieu cetteannée le 22avril, etle second le 6mai. IntituléPensercritique, ce coffretpubliépar leséditions Montparnasse(49,94¤)seprésen- tecomme«un kit de survieéthi- queet politiquepour situationsde crise(s)». ThomasLacosteprécise: «A présent,il s’agitde construire et de faire despropositionsconcrè- tessur ce quepourrait êtreune démocratieauXXIee XXI siècle.Avecun souciconstant,celuid’êtreaccessi- bleà tous.» Lavolontédedémo- cratiserla penséecritiquea tou- joursanimé ce garçonde40ans, quifondaen 1994,à l’âgede 22ans, la (biennommée)revue LePassantordinaire. Ilfautêtre unpeu Hercule dansl’âmepours’attaquerà de si grosmorceaux.Penserautre- mentle mondeetréaliser, seul chezsoi, une cinquantaine d’œuvresfilmiquesà ce jour. Le travailne s’arrêtejamais, lesini- tiativessontmultiples,lescompli- cesnombreux,ettous se côtoient auseindu réseauLa Bandepas- sante[Labandepassante.org]. «Ciné-frontières» Lesfilms-entretiensconsti- tuentunmatériauquisertà Tho- masLacosteà fabriquer,ensuite, cequ’il nommedes «ciné-frontiè- res», objetssinguliersquimêlent desentretiens,dela fictionet des créationssonores.Unerétrospec- tiveseraorganiséeau RefletMédi- cis,à Paris,du 19marsau 23avril: l’onyverra Ulysseclandestin (2010),inspiréparla créationdu ministèredel’immigrationet de l’identiténationale,Les mauvais joursfiniront– Quaranteansde justiceen France(2009),Rétention desûreté, unepeineinfinie (2008), Universités,le grandsoir (2007). Detoutesa collectiondefilms, ThomasLacosten’aplusque les versionscompresséeset commer- cialisées.Tous lesrushesontdis- paru,débutjanvier,à la suite d’un incendieaux circonstancessuffi- sammenttroublespourque le parquetde Parisaitdécidé d’ouvrirune enquête.Dequoise décourager?Ses amisluiontdit: «Ne perdspas tonsens politique!» LaMaisondesmétallosa mis à ladispositiondu réalisateurun plateaudetournage,du6 au 11avril.Dans ce prochainopus,il yauratoujoursdeschercheurs, desintellectuels,desartistes et,à quelquesjours dupremier tour, chacuntirerale filselon soninspi- ration,le climatpolitique,l’état deslieuxdu débat…Le philoso- pheEtienneBalibara déjàrépon- duprésent.Et ThomasLacostene seraplustoutseul auxmanettes. IrinaLubtchansky,directeurdela photode JacquesRivette(36 vues36 vues( dupic Saint-Loup, 2008),seraà sescôtés,ainsique la comédienne et réalisatriceMarianneDeni- court.Lescandidatspassent,la bandecontinuede tourner.p Clarisse Fabre Le«kitdesurvie»deThomasLacoste,cinéastetrèspolitique Lesventesauxenchèressedotent enfind’uncodedebonneconduite FondéesousHenriII,laprofessions’enétaitpasséejusque-là MARC RIBES Musique E ntendu à la sortie du récital que donnaient, dimanche 26février, à la Salle Pleyel, la sopranoNatalieDessayetlepianis- te Philippe Cassard: «Ben, pour une fille qui a perdu sa voix, elle se débrouille encore vachement bien!»,ditunmonsieuràsadame. Rectification immédiate: Natalie Dessayn’a pasperdusa voix– loin delà.Ellea certeseu quelquessou- cis de cordes vocales, au cours de sa carrière, et l’attaque de certai- nes notes, celles du médium en particulier, «accroche» parfois un peu. Mais, ces peccadilles mises à part, quelle forme splendide pour celle qui ne cache pourtant pas vouloirprendreuneannéesabbati- que, l’année de ses 50ans (2015), «une année sabbatique à durée indéterminée…», dit-elle volon- tiers,en plaisantantà moitié. Natalie Dessay a déjà chanté de lamélodieavecpiano,ainsiqu’elle le rappelait récemment(Le Monde daté26-27février),maisc’estlapre- mière fois qu’elle l’enregistre et la donne dans de grandes salles de concert. Elle se disait trop «à nu» pour se sentir vraiment à l’aise en cet exercice. Pourtant, au sortir de ce splendide programme, entre- coupé de deux pièces pour piano seul, jouées par le «subtilissime» Philippe Cassard, main de velours et oreille de lynx, on se disait qu’onavait rarementassistéà une séance de mélodies aussi dense, forte et poétique. NatalieDessayditmanquerdes accessoires de la scène. Mais elle recrée,parquelquesgestesparfois théâtralisés, son décor intérieur, son paysage de fantaisie. Et elle nouslesfaitvoirnonparletruche- ment des mimiques mais par la lucarne magique de son regard, par la palette raffinée de ses voiles d’angoisse, de tristesse, de joie, relayé par le tissage du tapis sono- re fourni par Cassard. Ce qui suffit pour pallier une voix au timbre fruitémaisplutôtmonochromeet une diction peu compréhensible sauf dans le médium. A pleurer d’émotion Ces mélodies pour voix haute de Debussy, dont les inédites que DessayetCassardviennentd’enre- gistrer (1CD Virgin Classics), sont redoutablesetexigentunetechni- que impeccable: Dessay ne déton- nejamaiset,touten donnantl’im- pression de s’en jouer, contrôle parfaitementl’extraordinaireplas- ticité de sa voix. En troisième bis, la soprano a donné un extrait de Lakmé, de Delibes, un ouvrage qu’elle ne chante plus depuis des années.L’élégiaqueTum’asdonné le plus doux rêve était à pleurer d’émotion juste, à la fois adieux et retrouvailles.p Renaud Machart NatalieDessay:unevoixsansmaître Nousvousl’annoncionsceweek-end…Confirmationsurscène:ladivafutéblouissante 230123 Jeudi 1er mars 2012
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    & vous Tourisme Douz (Tunisie) Envoyéespéciale S ept heures du matin sur le marché de Douz, oasis du Sud tunisien. Les marchands enveloppés dans leurs burnous disposent sur le sol leurs grands sacs remplis de dattes, couscous, fruits, légumes, épices, poissons séchés. Les premières boutiques ouvrent leurs portes et les mar- chands commencent à suspendre leurstapis de laine.Aucentre de la place,lesplusanciens,assisparter- re, discutent en buvant un thé à la menthe. Un monde essentielle- ment masculin –les femmes vien- dront plus tard avec les enfants– sur cette place qui jouxte le mar- ché aux bestiaux,en contrebas. C’est l’heure des affaires: on regarde,onausculte,ontouche,on soupèse,oncompare,onnégocieà mots couverts. Les transactions se font, se défont en catimini, les billets en rouleaux passent de main en main et, en moins d’une heure, plusieurs dizaines de che- vaux, d’ânes, de poulets, de chè- vres, de moutons et de dromadai- res changent de propriétaire. Un an après la «révolution du jasmin», le 13janvier 2011, seule une dizaine d’Allemands et de Français sont venus randonner et profiter de ce soleil d’hiver. Occupé à coudre des chaussons sahariens devant sa boutique, Mohammed, 55ans, ne comprend pas:«Oùsontlestouristes,lesFran- çais, les Italiens, les Allemands? Pourquoineviennent-ilsplus?» Après les événements politi- ques qui ont chassé du pouvoir le président Ben Ali, les habitants de Douz,les Mrazigiens,s’inquiètent. Carletourismeestlapremièreres- source de la région, devant les dat- tes. En un an, il a reculé de 40% en termes de fréquentation et les recettes ont chuté de 33%, selon l’Officenationaldutourismetuni- sien.«Dequoiont-ilspeur?»,ajou- tecethommequi,commelamajo- rité des familles de Douz, organise depuis des années des méharées, des randonnées dans le désert à dos de dromadaire. Difficile de lui faire admettre que les révolutions arabes récen- tes ont provoqué un sentiment d’inquiétude générale en Europe et en particulier en France. Le Quaid’Orsaydéconseilledeseren- dredansleSaharaoriental,ausud de Douz. «Vous voyez bien qu’il n’y a aucun danger», ajoute Ali, qui tient un petit bazar un peu plus loin. Mohammed, comme tous ses voisins, compte sur la récolte des dattes et les quelques étrangersde passage pour tenir en attendant le retour des voyageurs à Douz, point de départ de nombreuses randonnées chamelières dans le Sahara tunisien. Un Sud modelé par le vent, où les dunes se déplacent au gré des capricesd’Eole. Rienà voiravec les grandsdésertsd’AlgérieetdeMau- ritanie, mais une première expé- rience du Sahara. Cette nuit, nous dormironsau campement,sous la tente, après une randonnée à pied et à dos de dromadaire dans le sablechaud.Unenuitàlabelleétoi- le, avant de partir au petit matin vers l’est, en direction de Matma- ta.Une premièreétape vers les vil- lages perchés du Dahar, situés plus au sud, des sites reculés où se réfugièrentlesBerbèreslorsdel’in- vasion arabe du VIIe au XIIe siècle. Onquittebientôtl’erg,ledésert de dunes pour le reg, ce fameux désert de pierres et de cailloux. Sur la route asphaltée, peu de pas- sage hormis quelques moutons. «En hiver, les gens restent dans les villages, en attendant les pluies de février et l’arrivée du printempsen mars, explique la guide, Domini- que Harari. C’est alors le moment de redescendre dans la vallée pour planter de l’orge et faire paître les animaux. On voit des familles entièresdresserleurstentesets’ins- tallerpourtrois moissur leurlopin de terre.» Enattendant,nousfilonsenvoi- ture vers Tamezret, dernier village berbère où l’on parle encore le tamazic, et Matmata. C’est là, par- mi des paysages lunaires, que furent tournées plusieurs scènes de Star Wars. A flanc de montagne ou creusées directement à la verti- cale, des maisons troglodytes ren- forcent cette impression de surna- turel. Elles sont organisées autour d’un puits d’où partent en étoile plusieurs cavités, sans fenêtre, blanchies à la chaux et transfor- méesenchambre,cuisine,salonet garde-manger. L’été dernier, Myriem et son mari ont creusé tout l’été dans le sol pour ouvrir une pièce (grotte touten longueur)supplémentaire et accueillir quelques voyageurs de passage. Une table d’hôte à la berbère où, confortablement assis sur des tapis colorés, nos hôtes nous font goûter quelques plats traditionnels: bricks, agneau à la gargoulette, grenades et dattes degletnour… Plus au sud, en direction de Tataouine, c’est un paysage plus escarpé avec ses ksours, anciens greniers bédouins en pierre et en pisécreusésausommetdelamon- tagne. Composées d’une multitu- de de ghorfas –petits greniers à grainindividuelsvoûtés–,cesvéri- tables «forteresses» servaient autrefois de citadelles et, en cas de conflit, les populations pouvaient y trouver refuge avec leurs trou- peaux. Certains ksours ont été reconvertis,depuis, en gîtes. p Martine Picouët ADouz,onattendleretourdestouristes Boudéedepuislarévolution,laTunisieveutaussireconquérirlesamateursderandonnées Belleassise Selon ses dires, Christophe Pillet serait tombé dans le design par hasard. Enfin, pastout àfait, puis- que c’est au sortir de l’Ecole des arts décoratifs de Nice qu’il découvre le groupe Memphis,créé par Ettore Sottsass(1917-2007), figure majeure du design du XXe siècle. En tout cas, à voir son palmarès, l’on com- prend surtout que le designer français n’est pas si mal tombé. Après un démarrageà Milan, il entreen 1988 dansl’équipe de PhilippeStarck, avant de travailler en solo pourCappellini, Serralungaet bien d’autres édi- teurs ainsi que pourdes marques prestigieusesdont Lancel, Lacoste,Renault… En marge du dernierSalon Maison et Objet de janvier2012, il dévoilaitses nouvel- les créations. On peut les voir désormaisà la boutique Edifice(27 bis, boulevard Raspail,Paris 7e ). Ces chaises et tabourets d’extérieur en aluminiumrecyclé sans raccordsni soudures, d’une soliditéà toute épreuve, ont été réalisées pour Emeco, le fabricant américain des sièges de la Navy depuis 1944. Il s’agissait au départde créer une gamme de chaises pour l’Hôtel Sezzà Saint-Tropez. p Mélina Gazsi (PHOTOS DR) Mohammedcompte surlarécoltedes dattesetlesétrangers depassagepourtenir Publicités EvasiononE asiononaasionoiEvEEE i Y aller Paris-Djerba A/R. A partir de 320¤ TTC sur Tunisair, Tunisair.com Dormir A Djerba Touring club de Tunisie, à partir de 16dinars (8¤), www.touringclubtunisie.org. Tél.: 71323182 A Douz Hôtel 20mars, au cœur de Douz, à deux pas de la place du marché. Tel.: 213-75-470-269, hotel20mars@planet.tn. Tarifs: 30dinars la chambre avec salle de bains (15¤). A Douiret Gîte de Raouf. Tarifs: 45dinars/personne en demi-pen- sion et 55dinars en pension com- plète. www.gitedouiret.com A faire Randonnée chamelière au pays d’El Wilya. 8jours - 7nuits, à partir de 695¤. www.labalaguere.com Sables et montagnes, 8jours - 7nuits, à partir de 660¤. www.labalaguere.com Carnet de route A Douiret, les ghorfas, petits greniers à grain, qui ont été reconvertis en gîtes. LUCAS VALLECILLOS/AGE FOTOSTOCK 24 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    250123 Jeudi 1er mars 2012carnet < AU CARNET DU «MONDE» Naissance Georges, est né le 24 février 2012. Matthieu LAEMLÉ et Léa HISCHMANN 197, rue du faubourg Saint-Denis, 75010 Paris. Anniversaire de naissance Dix-huit ans après avoir annoncé ta venue au Monde, merci d’être devenu qui tu es. Bon anniversaire, mon cher Antoine. Papa, Maman, Simon et Victor. Décès Pierre et Céline Chiandusso-Cros, ses parents, Ilana et Octave, sa sœur et son frère, Jean-Louis et Elisabeth Cros, Alain et Christèle falque, ses grands-parents, Mme Tagliante-Saracino, Mme Odin, ses arrière-grands-mères Et toute sa famille, ont l’immense douleur de faire part du décès de leur petit chou, Hector, le 26 février 2012, à l’âge de dix-neuf mois. La cérémonie religieuse sera célébrée le vendredi 2 mars, à 15 heures, en l’église Saint-Pierre-de-Montrouge, place d’Alésia, à Paris 14e , suivie de l’inhumation à 16 h 15, au cimetière du Montparnasse. Cet avis tient lieu de faire-part. 1, rue du Lunain, 75014 Paris. Claude Samuel, président, Les membres du conseil d’administration Et les collaborateurs d’Acda, ont la tristesse d’annoncer la disparition de Maurice ANDRÉ et s’associent à la douleur de sa famille. Prestigieux virtuose, il aura été, depuis 1979, l’âme du Concours international de trompette qui porte son nom. (Le Monde du 29 février.) Joëlle Boué, son épouse, françois et Claire, ses enfants, Cécile, Pierre, Gilles et Pauline, ses petits-enfants, Madeleine, sa sœur, ont le chagrin de faire part du décès, survenu le 27 février 2012, à l’âge de quatre-vingt-sept ans de André BOUÉ, officier de la Légion d’honneur, professeur émérite de microbiologie, médaille d’argent du CNRS, directeur d’unité INSERM de biologie fœtale, ancien membre du Comité national d’éthique et du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage. Une cérémonie aura lieu le vendredi 2 mars, à 15 h 30, au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, 71 rue des Rondeaux, Paris 20e . André Caulier, son époux, Chantal, Michel, Philippe, françois, ses enfants, Sylvie, Catherine, Bruno, leurs conjoints, Matthieu, Vincent, Sophie, Clémentine, Jasmine, Axel, fatou, Léonor, ses petits-enfants, ont la douleur de faire part du décès de Mme Thérèse CAULIER, née FAYET, survenu le 26 février 2012. La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 2 mars, à 10 heures, en l’église Saint-Etienne de Rennes, (Ille-et-Vilaine). Un dernier hommage lui sera rendu au crématorium de Montfort-sur-Meu, à 12 heures. Marie-Jeanne Coeuillet, son épouse, Leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, ont la profonde tristesse de faire part de la mort le 25 février 2012, dans sa quatre-vingt-quatorzième année de Robert COEUILLET, ingénieur civil des mines P 37, directeur général des H.B.L de 1974 à 1980. La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 2 mars, à 14 h 30, en la chapelle Sainte-Bernadette, 4, rue d’Auteuil, Paris 16e . 94, quai Louis Blériot, 75016 Paris. Le conseil d’administration du Syndicat national des médecins biologistes a la tristesse de faire part du décès de Mme Marcelle-Claude COHEN, née GIROS, épouse du docteur Claude Cohen, président du Syndicat national des médecins biologistes. Le conseil d’administration adresse au docteur Claude Cohen et à toute sa famille ses sincères condoléances. Jacques Damour, son époux, Dominique et Pierre Desché, Martine et Antoine Cachin, Agnès et Luc Grellet, Rowina Damour, ses enfants, Agathe, Julien, Valentine, Maxime, Antoine, Elise, ses petits-enfants et leurs conjoints, Tiana, son arrière-petite-fille, ont la peine de faire part du décès de Simone DAMOUR née LUIGI, survenu le 27 février 2012, à l’âge de quatre-vingt-six ans. Les obsèques auront lieu au crématorium du cimetière du Père- Lachaise, le vendredi 2 mars, à 14 h 45. Mme Simone Delarozière, son épouse, Odile et Jean-Pierre Bouillin, Suzanne Delarozière (†), Jeanne et Philippe Laurent, Brigitte Delarozière, ses enfants, Ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, ont la tristesse de faire part du décès de Roger DELAROZIÈRE, administrateur de la france d’Outremer ENfOM 1940, officier de la Légion d’honneur, commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres, survenu le 26 février 2012. Les obsèques seront célébrées vendredi 2 mars, à 15 heures, en l’église de Salindres (Gard). Elles seront suivies de l’inhumation dans le caveau de famille. Jacqueline et Claude Leonard, Pascale et Xavier Deau, Christian et Marie-Claude feltz, françois et Annick feltz, Olivier et Brigitte feltz, Catherine et Jean Dazy, Marie-Noëlle et Laurent Grassin, Sylvie et Luc Daub, ses frères, sœurs, beaux-frères et belles- sœurs, Ses quarante neveux et nièces, Ses filleuls et filleules, Les familles feltz, Husson, fellmann, Delfourd, Baillet, Vignon et Samson ont l’immense tristesse de faire part du décès de M. Jean-Loup FELTZ, survenu brusquement le 25 février 2012, dans sa soixante-quatrième année. La musique était sa passion, sa famille était sa joie, le devenir des autres était au cœur de sa vie. Le Seigneur l’a accueilli dans Sa Plénitude. La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 2 mars, à 10 h 30, en l’église Saint-Roch, 296, rue Saint-Honoré, à Paris 1er . L’inhumation se déroulera au cimetière Saint-Michel d’Epinal (Vosges), le samedi 3 mars, précédée d’une célébration en l’église Notre-Dame-au-Cierge, à 14 h 30. Michèle Roly, son épouse, Kamel, Sonia, Samy et Neïl, ses enfants, Dora Bouchoucha, Philippe Biane, Effie Pasagiannis, Yosr Abid, ses belles-filles et beau-fils, Kenza, Malèke, Célia, Erwin et Salif, ses petits-enfants, françoise Caron, sa belle-sœur, Ses enfants, petits-enfants et arrière- petits-enfants, Les familles Devoldère, fourati, Gargouri, Kamoun, Loridon, Roly et Vanoverbergue, Ses amis, ont la profonde tristesse de faire part du décès du professeur Mohamed FOURATI, membre associé étranger de l’Académie française de chirurgie, pionnier de la chirurgie cardiovasculaire et père de la transplantation cardiaque en Tunisie. survenu à Tunis, le dimanche 26 février 2012, à l’âge de quatre-vingts ans. famille fourati, Immeuble Thalassa, Rue du Lac Neufchatel, 1053 Les Berges du Lac, Tunis. Marie Guéguen, son épouse, Alain Gourmelon et Joëlle Toulon, Yves Gourmelon et frédérique Morel, ses enfants, Yannig Gourmelon et Julie Burguburu, Maël Gourmelon, ses petits-enfants, Emile et Elise Gourmelon, ses arrière-petits-enfants Et toute la famille, ont la tristesse de faire part du décès de Hervé GOURMELON, ENA 1951, conservateur des Hypothèques honoraire, officier de la Légion d’honneur, officier dans l’ordre national du Mérite, survenu à Paris, le 24 février 2012, dans sa quatre-vingt-douzième année. La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 1er mars, à 11 heures, en l’église du Saint-Esprit, 186, avenue Daumesnil, Paris 12e . L’inhumation aura lieu le vendredi 2 mars, à 14 h 30, au cimetière de Quimerc’h (finistère). Cet avis tient lieu de faire-part. Nous avons l’immense chagrin de faire part du décès de Albert GUIHÉNEUF, Pélerin du Lion, survenu le dimanche 26 février 2012, à Pau, à l’âge de soixante-dix-sept ans. 16, rue des Genets, 64350 Lembeye. pf.larreche@orange.fr Gwyneth Lasry, son épouse, Ses enfants, Ses petits-enfants Et toute sa famille, ont la tristesse de faire part du décès du docteur Henri LASRY, pédiatre, survenu à Paris, le 27 février 2012, dans sa quatre-vingt-septième année. L’inhumation aura lieu le vendredi 2 mars, à 11 heures, au cimetière parisien de Bagneux. Ni fleurs ni couronnes. Cet avis tient lieu de faire-part. Laurence LOUPPE, critique et historienne de la danse, décédée le 5 février 2012, a été inhumée comme elle le souhaitait, au cimetière du Prat de Cassaniouze (Cantal), dans l’intimité. De la part de Philippe Hordoir-du Vignal, son mari, Robinson Hordoir, son fils, Valérie Letellier et Léontine Et des familles Louppe et Hordoir. Un hommage lui sera rendu le 5 avril au Théâtre national de Chaillot. Pour y assister, merci d’envoyer un message à : hommage.laurencelouppe@gmail.co Philippe Pichat, son mari, Julie et Nicolas Beaudouin, sa fille et son gendre Henri, Benoît, ses fils, Ses petits-enfants Ainsi que l’équipe soignante ont la tristesse de faire part du décès de Odile PICHAT née THERET, chevalier de la Légion d’honneur, chevalier dans l’ordre national du Mérite, survenu en son domicile, le 25 février 2012. La messe d’obsèques, sera célébrée le vendredi 2 mars, à 10 h 30, en l’église Saint-Paul, Paris 4e . C’est avec une très grande tristesse que Hachette Livre a appris le décès de Charlotte RUFFAULT, directrice du département jeunesse roman de 2002 à 2012, survenu le 22 février 2012, à Paris. Nous garderons d’elle le souvenir d’une éditrice généreuse, passionnée et combative jusqu’au bout. Hachette Livre s’associe à la douleur de sa famille. Le conseil d’administration Et le personnel d’ARVALIS-Institut du végétal, ont la tristesse de faire part du décès de M. Gilles THEVENET, ancien directeur scientifique de l’Institut, agronome reconnu, membre de l’Académie d’agriculture. Il a contribué au rayonnement de l’agronomie par son expertise scientifique et ses valeurs humaines. Nous nous associons à la peine de sa famille et de ses proches. Souvenirs In memoriam. Marion CHALIER, 23 février 1951-1er mars 2008. Emile S. COHEN est mort il y a vingt-cinq ans. Son souvenir nous accompagne. Communication diverse Institut Elie Wiesel, cycles de cours, 5 mars à 17 h 45 (5 séances) « Philosophies du repentir » Georges Elia Sarfati, 6 mars à 17 h 45 (5 séances) : « Le devoir de l’Etude : science et savoir : dans les sources juives » Liliane Vana, 6 mars à 19 h 15 (5 séances) « figures de la représentation du juif. (Du peuple de trop à l’Etat de trop : figures de la représentation d’Israël) » Jacques Tarnero, 7 mars à 19 h 15 (6 séances) « freud avec Moïse : l’inconscient monothéiste » Paul-Laurent Assoun, 15 mars à 19 h 15 (6 séances) « Le complexe de Caïn : récits bibliques sur la violence et la destruction » franklin Rausky, 15 mars à 17 h 45 (6 séances) « Les juifs d’Algérie, histoire et sociologie d’une « diaspora méconnue » Joëlle Allouche Benayoun. Inscription à l’avance : 119, rue La fayette, Paris 10e . Tél. : 01 53 20 52 61. infos@instituteliewiesel.com (PAf).
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    Cheveuetj’exige Cliché. «Il paraîtque l’intelligence est aussi une affaire de coiffure», lit- on sur le siteNouslescoiffeurs.com,qui relaieles conclusionsd’une expérienceréalisée par Marianne LaFrance,professeurà l’université Yale.Celle-ci a présenté aux participants les photos de la même femme avec cinq coiffures différentes.Et c’est «avec les cheveux courts ou tout simplementsans cheveux qu’ils l’ont trouvée plus intelligente en appa- rence.En d’autrestermes, lorsqu’elle s’éloignaitdes standards de beauté féminins pour se rapprocher des standardsmasculins». La rédaction commented’un ironique–oui, ironique!– «Après tout, c’estbien dans le cerveau des hommesque réside l’intelligencevéritable, alors pourquoi ne pas leur ressembler?» (bit.ly/xBQSrC). A bonne enseigne. Et qu’en pensent les coiffeurs? Adhèrent-ils à ces conclusionstirées par les cheveux? Pour l’heure, ils peaufinentleurs enseignes,avec esprit, pour que cheveux longs comme courts passent le pas de leur porte. Sur son Tumblr intitulé «Nos amis les LOLcoif- feurs», Morgane Tual invite à faire «partager la folle imagination des coiffeurs» de nos quartiers(Lolcoiffeurs.tumblr.com).Inutile pour contribuerde se prendre en photo après être passé(e) par leurs ciseaux. Seulesleurs enseignes sont exposées dans cette galerie. Beaucoup sont de mèche, jouant le même«hair»: il est des «PlanèteHair», «Bel’hair», «Hair du temps», «Courant d’Hair», des «ABC d’Hair» et des «A Pauli- ne Hair, des «Mission hair», «Envie de pl’Hair», «Fête en l’Hair», «Ima- gin’Hair», «Capil’hair» sans compter les «Atmosph’hair» et «Hairport» à la pelle et ses «Alt Hair égaux». Et «Quand les cheveux s’en mêlent», exit l’Hair pour des «Epi’Tête», «Diminutifs», «Indic à tifs», «Créa-tifs», «Act’tif», un dépaysant «Néferti’tifs» et même un inquiétant«A la tête du client». Et que penser de ce «sallondu coiffure pourdame» qui propose «Maiche, Exetentionet Proching»? Sans com- ment’hair.p Langage Deux poids deux mesures Lors de la visite, le 9février, à la centralenucléaire de Fessenheim, Nico- las Sarkozyavait déclaré: «Si Fessenheim avait été insecure, je l’aurais fermée.Fessenheim est secure, on la laissera ouverte.» Je m’étonne que cetteutilisation pour le moins particulière de la langue ait provoqué beaucoupmoins de bruit médiatique que le désormais, et pour l’éterni- té semble-t-il, fameux «bravitude» de Ségolène Royal. Est-ce parce qu’il fait toujours peur,alors qu’il était de bon ton et pas bien risqué de railler cette«Bécassine» de Ségolène? Est-ce parce qu’un homme est au-dessusde règles de vocabulaire tout juste bonnes à être respectées par de pauvres femmes…ou par les «étrangers», qui doivent gagner le droit de vivre en Francepar la maîtrise de la langue? Est-ce parce qu’on ne veut pas tirer sur une probable «ambulance», chose dont on ne s’était pas privé avec la candidate de 2007?… Complicité? Négligence? Indulgence? Information jugée trop peu importantecette fois-ci? Colette Manière, Saint-Brice-de-Landelles (Manche) Courriels C’est tout Net! Marlène Duretz Mercredi29février TF1 20.40 Football. Match amical. Allemagne- France. En direct de Brême (Allemagne). 22.55 Les Experts. Série. Radioguidé. Quand docteur Langston... ...rencontre Jekyll (S10, 17, 22 et 23/23). 1.20 Nikita. Série. Libertés fragiles (saison1, 20/22, inédit, 55min)U. FRANCE2 20.35 Des soucis et des hommes. Série. Des hommes de secret. Des hommes de cœur (saison1, 3 et 4/8, inédit). 22.20 Dans les yeux d’Olivier. Accusés à tort.Retour sur les mystères de la foi. 23.55 Journal, Météo. 0.10 Des mots de minuit. Invités: John Shank, Fabienne Yvert, Cécile Ladjali... (95min). FRANCE3 20.35 Des racines et des ailes. Passion patrimoine: un balcon sur les Alpes. 22.35 et 2.40 Soir3. 23.00 Spécial Claude François. Trente ans déjà... Présenté par Mireille Dumas. 0.50 Doc 24. Documentaire (55min). CANAL+ 20.55 Holidayp Film Guillaume Nicloux. Avec Jean-Pierre Darroussin, Judith Godrèche (Fr., 2010)U. 22.20 La Caméra planquée de François Damiens. 22.45 Largo Winch II Film Jérôme Salle. Avec Tomer Sisley (coprod., 2011, 115min)U. ARTE 20.35 Sparrowpp Film Johnnie To. Avec Simon Yam (HK, 2008). 22.00 Toscanini par lui-même. Documentaire (France, 2008). 23.10 Rachelp Film Simone Bitton (France, 2008, v.o.). 1.00 Borgen, une femme au pouvoir. Série (saison1, 5 et 6/10, 120min). M6 20.50 Zita, dans la peau de... ...Une femme obèse. Documentaire (Fr., 2012). 22.00 ...Une femme de ménage. Documentaire. 23.20 Belle toute nue. Christine et Laura. Magazine (105min). D D D D D A A A A 1020 1005 1010 1005 1005 995 970 1000 1025 1025 1025 1025 1025 1015 1015 1015 1015 1015 Météorologue en direct au 0899 700 703 1,34 € l’appel + 0,34 € la minute 7 jours/7 de 6h30-18h Nord-Ouest Ile-de-France Nord-Est Sud-Ouest Sud-Est Jours suivants www.meteonews.fr Températures à l’aube l’après-midi Front chaud Front froid DépressionAnticyclone Occlusion Thalweg DA Paris Madrid Séville Rabat Alger Tunis Rome Barcelone Tripoli Le Caire Jérusalem Beyrouth Athènes Berne Amsterdam Bruxelles Berlin Londres Edimbourg Dublin Oslo Stockholm Copenhague Riga Varsovie Kiev Ankara Istanbul Sofia Odessa Budapest Vienne Prague Munich ZagrebMilan Belgrade Bucarest St-Pétersbourg Helsinki Minsk Moscou LisbonneLisbonne TunisTunis BarceloneBarcelone TripoliTripoli Lisbonne ReykjavikReykjavik En Europe Amsterdam Athènes Barcelone Belgrade Berlin Berne Bruxelles Bucarest Budapest Copenhague Dublin Edimbourg Helsinki Istanbul Kiev La Valette Lisbonne Ljubljana Londres Luxembourg Madrid Moscou Nicosie Oslo Prague Reykjavik Riga Rome Sofia Stockholm Tallin Tirana Varsovie Vienne Vilnius Zagreb Dans le monde Alger Amman Bangkok Beyrouth Brasilia Buenos Aires Dakar Djakarta Dubai Hongkong Jérusalem Kinshasa Le Caire Mexico Montréal Nairobi New Delhi New York Pékin Pretoria Rabat RiodeJaneiro Séoul Singapour Sydney Téhéran Tokyo Tunis Washington Wellington Outremer Cayenne Fort-de-Fr. Nouméa Papeete Pte-à-Pitre St-Denis Paris Madrid Séville Rabat Alger Tunis Rome Barcelone Tripoli Le Caire Jérusalem Beyrouth Athènes Berne Amsterdam Bruxelles Berlin Londres Edimbourg Dublin Oslo Stockholm Copenhague Riga Varsovie Kiev Ankara Istanbul Sofia Odessa Budapest Vienne Prague Munich ZagrebMilan Belgrade Bucarest St-Pétersbourg Helsinki Minsk Moscou 30 à 35° > 35°25 à 30°20 à 25°15 à 20°10 à 15°5 à 10°0 à 5°-5 à 0°-10 à -5°< -10° Amiens Metz Strasbourg Orléans Caen Cherbourg Rennes Brest Nantes Poitiers Montpellier Perpignan Marseille Ajaccio Nice Clermont-Ferrand Lyon Chamonix Bordeaux Biarritz Limoges Besançon Rouen PARIS Châlons- en-champagne Toulouse Dijon Lille 1 22 Grenoble 118 87 82 128 151 127 1610 111 2-4 85 126 138 1-1 42 0-5 1414 149 181 154 127 193 -6-11 115 74 127 30 186 5-1 3426 98 2719 2717 2419 2926 2820 2118 61 3124 169 2610 -2 -2 2817 2712 126 6-1 2716 179 3324 3126 3122 1111 124 179 1612 24 25 25 27 23 26 enpartieensoleillé aversesmodérées éclaircies éclaircies beautemps éclaircies assezensoleillé éclaircies giboulées éclaircies éclaircies éclaircies pluieetneige pluieetneige enpartieensoleillé beautemps averseséparses beautemps enpartieensoleillé éclaircies assezensoleillé nuagesbas enpartieensoleillé enpartieensoleillé éclaircies pluieetneige beautemps aversesmodérées assezensoleillé fortesaverses assezensoleillé assezensoleillé beautemps aversesmodérées beautemps éclaircies pluieetneige nuageux averseséparses beautemps neigesoutenue enpartieensoleillé beautemps averseséparses nuageux assezensoleillé assezensoleillé assezensoleillé aversesmodérées 100éclaircies averseséparses enpartieensoleillé éclaircies beautemps assezensoleillé pluiemodérée 1817 averseséparses enpartieensoleillé enpartieensoleillé ensoleillépuisorageux assezensoleillé averseséparses Vendredi Jeudi 1er mars 01.03.2012 15 km/h 15 km/h 20 km/h 15 km/h 15 km/h 30 178 4-2 84 14 0 2 2 72 167 -4 19 2 4 averseséparses assezensoleillé pluieetneige éclaircies éclaircies beautemps faiblepluie éclaircies pluieetneige assezensoleillé Samedi Dimanche Lundi 02h40 07h31 11h17 18h33 6 13 7 12 4 9 7 15 6 12 5 8 6 12 5 11 0 8 6 14 7 13 5 10 7 17 7 18 6 12 7 11 10 14 5 14 7 12 9 15 4 18 6 193 20 5 20 5 17 4 15 7 11 3 16 3 16 8 14 4 14 4 17 3 18 8 16 7 14 5 15 7 14 8 13 8 12 2 14 8 14 4 14 4 13 -1 18 10 14 3 18 3 18 3 16 8 18 6 18 9 16 5 17 2 18 5 18 29 27 28 31 27 30 Europe de l’est L’hiver joue les prolongations avec froid et neige En Europe 12h TU Les nuages bas domineront toujours du nord de la Belgique à l'est de la Bretagne jusqu'aux Charentes, donnant de rares gouttes ou crachins localement. L'astre du jour brillera encore largement partout ailleurs après dissipation de quelques brouillards matinaux, voire de plaques de grisailles localement. Les températures s'annoncent printanières. Saint Aubin Coeff. de marée 35/31 Lever Coucher Lever Coucher Soleil et douceur sur la moitié sud Aujourd’hui Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 12 - 051 Horizontalement I. Hagiographie. II. Epicurisme. III. Sottie. RDA. IV. IC. Ascèses. V. Ta. Rusai. Art. VI. Aloès. Lattai. VII. Tyr. Asile. Pq. VIII. Ipséité. Etau. IX. Osés. Arc. Age. X. Nectarivores. Verticalement 1. Hésitation. 2. Apocalypse. 3. Gît. Orsec. 4. Ictère. Est. 5. Oui. Usai. 6. Gréas. Star. 7. Ri. Salieri. 8. Asocial. CV. 9. Pm. Tee. 10. Hersât. Tar. 11. Dérapage. 12. Elastiques. Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1. Choisir et utiliser les bons mots. 2. Réaction au sommet. Personnel. 3. Ferme et sucrée sous la dent. Jeunes et déjà cochons. 4. Enfouis dans la vase du littoral. 5. Représentai point par point. Gardienne de la paix. 6. N’a pas trouvé à son goût. Attaquai à la base. 7. Râpée. 8. En marge. Au pied des monts Matra. Aux bouts du rappel. 9. Fils de famille. Reste en bordure. 10. Montée sous pression. Pas bien clair. 11. Pour faire voir ou empêcher de voir. Particules. 12. A pu retrouver un peu de calme. I. Sait qu’il y a encore du monde derrière lui. II. Pour être sûr du bon emplacement. Attaqua froidement. III. Expression en façade. Pour ceux qui aiment jouer avec les mots. IV. Note. Comme une vieille pompe. Joli cœur. V. Se déplaça. Gros lézard. VI. Quand le moi l’emporte. VII. Ses graines et ses racines servent à l’officine en Afrique. A besoin d’oxygène. VIII. Fabuleux fabuliste. Descend du Caucase jusqu’à la mer Noire. IX. D'un auxiliaire. Réponse enfantine. Grande division du monde vivant. X. Veut passer en premier. météo & jeux écrans Sudoku n˚12-052 Solutiondun˚12-051 Jeudi1er mars TF1 20.50 R.I.S. Police scientifique. Série. Le Prix d’excellence. Toile de maître (S7, 5 et6/8,inédit)U;Al’ombreduparadis(S4,15/16). 23.35 New York unité spéciale. Série. Identité intime. Flirt avec la mort (S6, 12 et 15/23, 95min). Avec Mariska HargitayV. FRANCE2 20.35 Envoyé spécial. Magazine. Au sommaire: Un rabais sinon rien; Japon: la vague; La Vie sans AAA? 22.05 Complément d’enquête. Argent et politique, l’éternel soupçon. Magazine. 23.20 Avant-premières.Invités: Julie Depardieu, Alexandra Lamy, Tony Gatlif, Daniel Prévost, Pierre Bayard, Alain Badiou (95min). FRANCE3 20.35 Le Pianistepp Film Roman Polanski. Avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann (coprod., 2001)U. 23.15 et 2.40 Soir 3. 23.45 Un roi à New Yorkppp Film Charles Chaplin. Avec Charles Chaplin, Maxine Audley (GB, 1956, 107min, N.). CANAL+ 20.55 Dexter. Série.Ces choses là. Il était une fois... (S6, 1 et 2/12, inédit). Avec Michael C. HallV. 22.40 Damages. Série (S4, 5/10, inédit)U. 23.20 30 Rock. Série (S5, 13 et 14/23). 0.00 Démineursppp Film Kathryn Bigelow. Avec Jeremy Renner, Anthony Mackie (EU, 2008, 124min)V. ARTE 20.35 Borgen, une femme au pouvoir. Série.Nerien entendre,ne rien voir, ne rien dire. Le Temps des marronniers (S1, 7 et 8/10). 22.30 Sciences - Somnolence. Quand le cerveau n’en fait qu’à sa tête (2011). 23.25 Cherche femme polygame. Documentaire. Hatice Ayten (2008, 60min). M6 20.50 Blue Bloods. Série. Mon frère. La Peur du dragon. Requiem (S1, 7 à 9/22, inédit)U. Avec Tom Selleck. 23.20 Coupable, non coupable. Le Procès en appel de David MiotU.Magazine. 0.45 L’Affaire Thierry-Benjamin Mulatier (65min). Lessoiréestélé Les résultats du Loto sont publiés dans nos éditions datées dimanche-lundi, mardi, mercredi et vendredi. Tous les jours Mots croisés et sudoku. Rédaction : 80, boulevard Auguste-Blanqui,75707 Paris Cedex 13 Tél.: 01-57-28-20-00; télex: 202806F; télécopieur: 01-57-28-21-21 Courrier des lecteurs: par télécopie: 01-57-28-21-74; Par courrier électronique: courrier-des-lecteurs@lemonde.fr Médiateur: mediateur@lemonde.fr Abonnements: par téléphone : de France 32-89 (0,34¤ TTC/min); de l’étranger: (33) 1-76-26-32-89. 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Retrouvez l’ensemble de la collection et de nombreux autres produits sur www.lemonde.fr/boutique Résultats du tirage du mardi 28 février. 1, 10, 17, 33, 48, 2 e et 3 e Rapports : 5 numéros et e e : pas de gagnant ; 5 numéroset e : 199 214,80 ¤ ; 5 numéros : 66 404,90 ¤ ; 4 numéros et e e : 4 743,20 ¤ ; 4 numéros et e : 180,60 ¤ ; 4 numéros : 103,00 ¤ ; 3 numéroset e e : 69,40 ¤ ; 3 numéroset e : 13,30 ¤ ; 3 numéros : 12,80 ¤ ; 2 numéros et e e : 21,10 ¤ ; 2 numéroset e : 7,20 ¤; 2 numéros : 4,30 ¤ ; 1 numéro et e e : 11,40 ¤. EuroMillions 26 0123 Jeudi 1er mars 2012
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    270123 Jeudi 1er mars 2012 PortraitDeDamas à Londres à contre-courant Du haut de ses 17ans et de son 1,82 mètre, la nageuse syrienne Bayan Jumah prépare les prochainsJeux olympiquesà Rouen, loin des turbu- lencesde son pays. Mais le chemin qui doit la mener à Londres ressem- ble à un parcours d’obstacles.En séquence Sport. www.lemonde.fr/sport/ A ne pas manquer sur 0123.fr Lemirage carnavalesque Lettre d’Amérique du Sud Nicolas Bourcier UN HORS-SÉRIE DU MONDE - 7,50 € EN VENTE CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX En partenariat avec Cinquante ans après les accords d’Evian et le cessez-le-feu, la guerre d’Algérie reste une plaie ouverte. La réconciliation entre les deux pays paraît encore lointaine, tant le cloisonnement des mémoires et le ressentiment restent forts. Le Monde vous invite à découvrir la réalité de cette guerre au travers des travaux des historiens, des témoignages des protagonistes des deux pays, des portfolios et des documents inédits. 0123 R ideau, la fête est finie! L’opulentroi Momo– 120kg requis,au mini- mum–, symbole de tous les excès du carnaval de Rio de Janeiro,a rendu la clé de la ville à son maire aprèsquatre nuitset quatre jours d’allégresse. La gran- de foliedes «jours gras» s’est prolongée jusqu’auxpremièresheuresdu diman- che26février,avecles richeset somptueu- ses parades des six meilleuresécoles de samba quiont eu l’augusteprivilège de défilerpour la secondefois en unesemai- ne sur le sambodrome,ce long rubande cimentbordé de logeset de gradins,ima- giné en 1983 par l’architecteplus que cen- tenaireOscar Niemeyer,lui-mêmeplon- gédans la fouleune fois encore. Plusde72000spectateursétaientpré- sentsdanslestribunes,emportésparla joiedela danseetla liessedeschants. Poussés,del’extérieur,parplusieursmil- lionsdepersonnes,dont 850000touris- tes,venusgoûter,dansles ruescariocas ducentreetdusud dela ville,auplus grandspectacledumonde,devenul’une desimagesde marquenationaled’unfier Brésil. Délirant,déroutant,débilitantmirage. Ilfallaitvoirlespetitesgensuniesdans l’enthousiasmeou ladésolation,cesmil- liersd’hommesetdefemmesissusdes quartierslesplus pauvresdelavilleassis- ter,sousunechaleurcaniculaire,àl’inter- minabledépouillementduvotedu jury carnavalesquele 22février,le mercredi desCendres.Aucuncharallégoriqueni danseurlégendairedesamba:seuleune litaniedenotescomprisesentre9et10, énoncéesolennellementaumicro,au pieddesgradins.Rituelsimplacables,fon- déssurl’intangibilitédesvaleurset l’éter- nitédelafêtecarnavalesque. Unspectacleàpart. Treizeécolespré- sentescetteannéepasséesaucriblepar quarantejurés.Des intellectuels,artistes etspécialistesimposésparlaLiesa,la tou- te-puissanteliguedesécolesde samba,cel- le-làmêmequiaélaboréet affiné,depuis sacréationen1984, lessévèrescritèresde sélection.Dixautotal,allantdel’originali- téduthèmeàl’harmoniegénéraledudéfi- lé,desdéguisementsà lavirtuositédupor- te-drapeauet dumaîtredeballet,dela chansonàl’unissondes percussions.Une tâchedifficile.Onnecompteplus le nom- bredejurés pressentisayantjetél’éponge pouréchapperàla pression.Celleinsistan- tedela rue,desécoleset deleurssponsors, financéssouventparla mafiadesjeux clandestins.Celleaussidelapresse etdela télévision,avecentêtele géantGlobo,pro- priétairedesdroitsderetransmission avecsa logorrhéed’écranspublicitaires, numériséset incrustésendirect. L’édition2012aété jugéecommeétant letriomphed’uncarnavalpopet contem- porain,aveclavictoiredel’UnidosdaTiju- ca,l’unedesplusanciennesécolesdesam- ba,dirigéedepuisplusieursannéespar PauloBarros.Enfantterribledusambodro- me,cecarnavalesco–«directeurartisti- queducortège»–connupoursontalent novateuralongtempssubi laréprobation quasigénéraledesjurés,plus enclinsà louerlatraditionqu’àforcerl’histoire.En 2004,iln’étaitarrivéquedeuxième,mal- grél’incroyableenthousiasmequ’ilavait suscitéenbouleversantl’esthétiquedu défiléavecuncharhumainenforme d’ADN.C’esttoujoursunsujetàpalabres. Partout,danslestravéeset danslarue, lecarnavalprovoqueuneformidablepri- sedeparole.Etc’estlà,peut-être,quele mythecarnavalesqueprendtoutesa dimension.Là,danssonorganisation sociale,ses représentationset sescompor- tements.Ilases figurestutélaires,sesgou- rous,sesstars,sespauvresetorgueilleux, vieuxdanseursàl’alcool facile,intarissa- blessurl’histoired’uneécole rivale,jeu- nesspécialistesàlapetitesemaine,prêtsà livrerlamoindreanecdoted’undéfilépas- séouprésent. Encoreaujourd’hui,l’arrestationla semainedernièred’un certainPauloRoge- riodeSouzaPazn’apasfinid’enrichirles gazettes.Trafiquantdedrogueconnuet recherchéparlesautorités,l’hommen’a passurésisteràl’appeldu carnaval.En planquedepuissixmoisdansle quartier périphériquedeDuquedeCaxias,après l’occupationparlapolice,fin2010,d’une desfavelasqu’ilcontrôlait,SouzaPaza quittélamaisonoùilsecachaitpourparti- ciperàundéfiléderue.Il aétécueillipar lapoliceavantmêmedepouvoirenfiler uneperruqueachetéeparunami. Moinsdrôle,àSaoPaulo,desincidents ontéclatéausambodromeAnhembiau coursdel’énoncéduclassementlocal.Des supporteursdeplusieursécolesdesamba ontinterrompulacérémonieetincendié unchar.Surlesimagesmontréesàla télé- visionGlobo,onvoitnotammentunhom- memontersurscèneet s’emparerdeplu- sieursenveloppesoùfiguraientlesnotes donnéesparlesjurés.Il auraitprislafuite enlesdéchirant,avantd’enjeterlesmor- ceauxdansunsanitairechimique.Cinq personnesontété arrêtées. Dansun autreregistre,pluspolitico- social,lacritiqued’unchercheurdel’uni- versitédel’EtatdeRio,SpiritoSanto,repro- chantàcertainsdéfilésdesquartierssud, majoritairement«riches,boboset blancs»,d’avoirembauchédespauvres chiffonniersnoirspourrécupéreràl’arriè- redesdéfiléslescanetteset détritusjetés surlavoiepublique.Unevisionembléma- tiqueducarnavalactuel,selonlui,quiren- voieàl’analysedel’universitairedeSao PauloMariaIsauraPereiradeQueiroz.Le carnaval,explique-t-elle,estloinde«sus- pendreles luttesde famille,destrates,de races,de sexe:ellelesinclut danssonorga- nisation,maissousunvoile d’enthousias- mecollectif».Bienvu.Rideau.p bourcier@lemonde.fr A uSalon de l’agriculture,ily ade vraiesgens, devrais agriculteurs,devraies vaches.Lescandidatsà laprésiden- tielleont unesemainepour s’y montreretles téléspectateurs, pours’y croire,quelquesimages detapesdans le dos,sur lescrou- pes,les groinset lesmuseaux. Maisla vraieviedes agriculteurs etde leursvachesse trouveévi- demmentailleurs, loindes cohues dela porte deVersailleset ledocu- mentaire«Les Filsde la terre», en amontré,mardi 28février sur France2, une trancheparticulière- mentamère. SébastienItard, 38ans, élèvedes vachesdans le Lot.A perte,car le prixdu lait ne cessede baisser depuisplusieursannées.Ons’at- tendàêtre éclaboussédechiffres: prixde revient,taux de rentabili- té,margesarrières…Maisnon,il n’yen aqu’un àretenir: chaque annéede400 à800agriculteurs françaisse suicident. Lepère del’auteurdu film, EdouardBergeon,est entrédans cettesinistrestatistiqueen1999. Au fur età mesureque les images racontent,surplusieursmois, l’histoirede Sébastien,lesphotos- souvenirsde la famille Bergeon retracentl’itinéraired’un éleveur sombrantpeuàpeu dansla dépressionquifinit par s’empoi- sonneravecdespesticides. Alors,même quandle cielest bleuetles nuages légers,l’at- mosphèrereste lourde.Ons’at- tendàun drameàchaque tour- nantdela routequeprend Sébas- tienpour allertravailler dans l’ex- ploitationoùsesparents, retrai- tés,viventtoujours.Ecrasé parles detteset la fatigue,il confieses angoisses,à fleurde peau,souvent aubord deslarmes.Trèsvite, on se retrouveau milieud’unconflit entrelefils et lepère.«Je me bats pourgarderce que monpèrea fait, est-cequeça vautune vie?», demandeSébastien.«Je me crève lecul pourfairetourneruneexploi- tationquiest morte.Lui, il branle rien,tule vois fairequelque chose depuisquetuviens?», lanceJean- Claude.Du coup,chaquefois que lefils croisele père,on craintl’af- frontement,l’avoinée,les cris. Mêmeles vachesont l’airtriste. Aprèsune disputede trop, Sébastiens’arrêtede travailler.Les saisonspassent,les tracteurs rouillent,les hommesaussi.Nous, on afini parprendrenos repères: àlafermedesparents, lecoin du feuet les lourds meublesenbois commecettetableoù lepère se tapele frontquandil réaliseque la ventedevientinéluctable; dans la maisonde villeoùSébastienvit avecsa compagne,la nappeen toi- leciréeet l’horlogequi égrèneles heuresdurantlesquellesilreste cloîtrédans sa chambre. Pendantce temps,EdouardBer- geona retrouvéle journalde bord oùsapropremèreécrivait: «Chris- tianau littoute la journée…» Les histoiresse rejoignentquand Sébastiense penddans sa cave. Puiselles s’éloignentquand ilen réchappe.Au printemps,il reprendespoirgrâce àun réseau devente directedu lait.La ferme n’estplus àvendre,ilse réconcilie avecsonpère maisreste prudent: «Tu sais pasce quiva se passer danstrois-quatreans.Tu sais mêmepasl’annéeprochaine…» L’annéeprochaine,quand on ver- raàlatélévisionles cohues du Salonde l’agriculture,on se sou- viendradela solitudedeSébas- tien. p Lavraievie desagriculteurs etdeleursvaches setrouve évidemmentailleurs, loindescohuesdela portedeVersailles Ilfallaitvoirlespetitesgens uniesdansl’enthousiasme ouladésolation,cesmilliers d’hommesetdefemmes issusdesquartierslesplus pauvresdelavilleassisterà l’interminabledépouillement duvotedujury C’esttoutvu! | chroniquetélé par Isabelle Talès Lemaldupaysan pTirage du Monde daté mercredi 29 février 2012 : 327 299 exemplaires. 1 2 3