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vous pouvez contacter :
Daniela Ulicna
Directrice de l’Evaluation
Kantar Public
daniela.uclina@kantarpublic.com
L’IMMIGRATION,
UN ENJEU CRUCIAL
POUR L’UE
COMMENT CONCILIER LES
PRÉOCCUPATIONS DES CITOYENS,
LE DEVOIR DE SOLIDARITÉ ET LES
BESOINS DES MIGRANTS ?
UN COMPTE RENDU DE LA TABLE RONDE ORGANISÉE
PAR LE CENTRE KANTAR SUR LE FUTUR DE L’EUROPE, LE 7 NOVEMBRE 2018
CENTRE KANTAR SUR LE FUTUR DE L’EUROPE, 7/11/2018
Pour célébrer son deuxième anniversaire, le
Centre Kantar sur le Futur de l’Europe a organisé
avec Kantar Public un séminaire consacré au
thème des opinions publiques sur la migration. À
cette occasion, il a été question de la réalité des
migrants et du défi de concilier des positions et
des points de vue contradictoires sur la migration
avec le fait que l’Europe a l’obligation morale
de respecter les droits de l’homme et qu’elle a
également besoin des migrations pour soutenir de
nombreux secteurs économiques. Quatre voix se
sont toutes élevées pour conclure sur la nécessité
de proposer des perspectives positives et même
des expériences permettant aux gens de se sentir
plus proches des migrants et de se concentrer sur
ce que nous partageons plutôt que sur ce qui nous
divise.
2L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
Emmanuel Rivière
Directeur Général de Kantar Public France et Président
du Centre Kantar sur le Futur de l’Europe
emmanuel.riviere@kantarpublic.com
Opinion publique
et immigration
Suite à la crise des migrants de 2015, il s’est
produit au sein de l’opinion publique un glissement
dans la hiérarchie des préoccupations de l’Union
européenne ayant conduit à une progression de
l’Immigration et du Terrorisme au rang des deux
problématiques les plus importantes à aborder
par l’UE, et ce, au détriment du Chômage et
des Questions Économiques. À l’heure actuelle,
l’Immigration est de loin évaluée par les citoyens
européens comme la question la plus inquiétante
à aborder (voir graphique ci-dessous). Plus de
deux tiers (69%) des Européens considèrent que
l’Immigration est pour le moins quelque peu un
problème. Ceci étant, la part de personnes qui
considère l’immigration comme un problème est
inégalement répartie à travers les pays européens,
comme l’indique la carte ci-dessous. Dans certains
pays, la part de l’opinion publique qui partage
cet avis se situe à moins de 30%, tandis que dans
d’autres pays c’est plus de la moitié des répondants
qui soutient cet avis.
Les disparités entre pays sont encore plus marquées
lorsque l’on demande aux répondants s’ils se sentiraient à
l’aise d’avoir un immigré comme ami/collègue/supérieur
hiérarchique/médecin/voisin, etc. Sur cette question, on
observe un net clivage Est-Ouest. Les ressortissants de pays
d’Europe de l’Est semblent plus inquiets de l’immigration et
expriment plus ouvertement des attitudes négatives à l’égard
des migrants. Autant l’immigration est perçue comme étant
un problème, elle est également largement surestimée par
les citoyens. Tel que l’indique le graphique ci-dessus, les
Européens estiment généralement au double le nombre
réel d’immigrés présents dans leurs pays. En moyenne,
dans l’UE, les citoyens estiment à plus de 16% la part des
immigrants sur la population totale, alors que ces derniers ne
représentent que 7,2%.
L’écart entre les chiffres réels relatifs aux flux de migrants
et la perception du public sur le sujet de l’immigration
est aussi apparent lorsque l’on compare l’évolution des
arrivées de migrants aux niveaux de préoccupation au sein
de l’opinion publique. L’évolution de la part d’immigrés
dans la population totale de l’UE reste relativement stable.
En dépit de la crise des arrivées de migrants en 2015, le
nombre total d’immigrants dans les pays de l’UE n’a pas été
significativement impacté. L’attention portée sur les arrivées
en Méditerranée a conduit à l’impression que la part des
immigrés dans la population totale de l’UE serait
L’IMMIGRATION, UN ENJEU CLÉ POUR L’UE.
Source : enquêtes Eurobaromètre standard – automne 2010 – printemps 2018
A votre avis, quels sont
les deux problèmes les
plus importants
auxquels doit faire face
l’UE actuellement ?
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
2010
14
20
9 9 8
10 16
21
24
38
58
48
45
38
39 38
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
L’IMMIGRATION
LE TERRORISME
LA SITUATION ÉCONOMIQUE
L’ETAT DES FINANCES PUBLIQUES
DES ETATS MEMBRES
LE CHÔMAGE
LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
L’INFLUENCE DE L’UE DANS LE MONDE
3L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
en croissance vertigineuse. Pour autant, la baisse
spectaculaire du nombre d'arrivées – depuis le pic de
2015 – n'a pas entraîné une diminution de l’ampleur de
l’inquiétude exprimée par l’opinion publique au sujet de
l’immigration. Dans certains pays, où la part des migrants
dans la population totale est très faible, la surestimation de
ce phénomène est considérable : en Slovaquie, l'idée que
les gens se font de la part des migrants dans la population
est 13,8 fois supérieure à la réalité. En Pologne, en Bulgarie,
et en Roumanie, c’est plus de 8 fois plus que la réalité. On
note également une forte corrélation entre la perception des
répondants qui considèrent que l’immigration est maitrisée
(ou pas) et leur attitude à ce sujet.
Les données de l’Eurobaromètre montrent qu’il existe
une corrélation entre le sentiment auprès des personnes
interrogées que les immigrés sont clandestins et leur
perception de l’immigration comme un problème plus
qu’une opportunité pour leurs pays. L'étude a également mis
en lumière la nécessité d'un débat et d'une discussion plus
approfondis auprès de ceux qui considèrent l’immigration
davantage comme un problème. Dans cinq pays seulement,
la majorité des citoyens ont déclaré être bien informée
au sujet de l’immigration (Danemark, Suède, Pays-Bas,
Allemagne et Luxembourg.). Ces pays apparaissent comme
ceux où l’immigration est relativement moins considérée
comme un problème.
Les personnes qui ont une perception négative de
l’immigration sont également celles qui la considèrent
comme
1) une menace pour le système de protection sociale ;
2) aggravant les problèmes de criminalité dans le pays
3) une concurrence accrue sur le marché du travail local.
D’autre part, ceux qui jugent positif l’impact de l’immigration
estiment que les immigrés contribuent à répondre à la
demande sur le marché de l’emploi en réalisant des tâches
difficiles ou délaissées par les travailleurs locaux.
Si l’on regarde de plus près la liste des pays où domine le
sentiment que l’immigration aurait des effets négatifs, on
constate des différences intéressantes :
g L’Allemagne n’apparait qu’une seule fois – les Allemands se
montrent préoccupés par les effets de l’immigration sur le
système de protection sociale ;
g Le Danemark n’apparait également qu’une seule fois,
uniquement lorsqu’il s’agit des questions de criminalité ;
g L’Italie par contre figure constamment dans la liste des
pays dont la population est très inquiète de l’impact de
l’immigration. Ces chiffres suggèrent que les politiques
d’intégration nécessitent une approche contextualisée et sur
mesure pour chaque pays, et qu'elles doivent œuvrer avec le
grand public pour créer de la proximité entre les populations.
De bonnes nouvelles se dégagent également des données.
Malgré de fortes disparités entre les pays au sujet de la
perception de l’immigration, le sentiment dominant est que
la question migratoire doit être traitée à l’échelle européenne.
Même les pays exprimant une certaine réticence à concéder
plus de compétence à l’UE affichent également cette
conviction qui voudrait que la question migratoire ne saurait
être encadrée uniquement à l’échelle nationale.
Les Européens en majorité sont en faveur d’une politique
migratoire européenne commune.
Une autre bonne nouvelle pour les décideurs politiques, tirée
des données de l’enquête Eurobaromètre, est que plus les
gens interagissent avec les immigrants, plus ils ont tendance
à considérer que l’immigration a des effets positifs sur les
sociétés. L’intensité des interactions avec les immigrés a une
incidence considérable sur les perceptions générales.
Du reste, deux leçons sont à retenir de l’Eurobaromètre
spécial sur l’intégration des migrants. Dans la grande
majorité des pays, les points essentiels avancés pour faciliter
l’intégration sont :
1) la capacité de parler couramment la langue du pays de
résidence ;
2) la contribution au système de protection sociale ;
3) l’assimilation des modes de vie du pays hôte ;
4) l’engagement à se conformer aux lois et valeurs du pays
hôte. L’incertitude ressentie dans certains pays à l’égard de
leurs identités propres et la difficulté de forger une ‘identité
européenne’ sont liées à la question migratoire. Il s’avère
donc essentiel de se demander si les migrants partagent la
même compréhension de la capacité d’entrer en phase avec
la culture européenne.
La migration
légale prévaut
(perception)
La migration
illégale prévaut
(perception)
L’immigration est un problème (perception)
L’immigration est une
opportunité (perception)
LA PERCEPTION DE LA PRÉSENCE D’UN NOMBRE IMPORTANT DE MIGRANTS ILLÉGAUX EST LIÉE
AU SENTIMENT QUE L’IMMIGRATION EST UN PROBLÈME.
Source : l’Eurobaromètre 469. L’intégration des immigrés dans l’Union européenne
4L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
Ingo Leven
Kantar Public Allemagne
ingo.leven@kantarpublic.com
L’Allemagne :
apprendre à
écouter les besoins
des migrants
En 2016, le gouvernement fédéral allemand,
soucieux de mieux comprendre les conditions de vie
et les attentes des immigrants, a sollicité un groupe
d’instituts d’études pour mener une enquête sur ces
problématiques. Kantar Public s’est chargé de la
collecte de données de cette enquête.
Les résultats de cette enquête abondent de leçons invitant
à prendre de la distance par rapport aux stéréotypes sur les
immigrants. En l’occurrence, l’un des clichés les plus forts
[dans la société allemande] voudrait que la population de
migrants soit caractérisée par des niveaux d’analphabétisme
élevés. De manière plus générale, on note une tendance à
percevoir les immigrants comme un groupe homogène, ce
qu’ils ne sont évidemment pas. La tranche de demandeurs
d’asile entrés en Allemagne entre 2015 et 2016 présente une
forte hétérogénéité. Bien sûr, certains migrants ont de faibles
niveaux de scolarisation d’une part, sans cela n’empêche
d’en retrouver d’autres avec de bons niveaux de scolarisation
d’autre part.
Par rapport à la population allemande, certaines différences
de niveau d’éducation existent. Certes, les Allemands sont
généralement plus qualifiés comparés à la tranche de
demandeurs d’asile de 2015-16. Environ 9% des demandeurs
d’asile affichent des taux d’alphabétisation faibles ou
sont des analphabètes primaires. Ceux d’entre eux qui
sont analphabètes ne représentent que 4% des nouveaux
arrivants. Bien qu’il y ait un groupe de personnes parmi les
demandeurs d’asile présentant effectivement des niveaux
d’alphabétisation faibles, on recense également un nombre
non négligeable de personnes hautement qualifiées. En
revanche, la situation des femmes est très différente. Si
plus de femmes que d’hommes figurent dans le groupe des
personnes faiblement qualifiées, les femmes sont également
plus représentées au sein du groupe des demandeurs d’asile
hautement qualifiés.
Cela étant, bien que de nombreux migrants possèdent des
compétences à leur arrivée, il est difficile de faire reconnaître
leurs qualifications. Il est rare que les demandeurs d’asile
voient leurs qualifications acquises dans leur pays d’origine
acceptées sur le marché du travail allemand, sauf s’ils
demandent la reconnaissance de ces certificats. Même un
doctorat n’est pas reconnu sur le marché du travail et une
Réfugiés*
LES MIGRANTS ARRIVANT EN ALLEMAGNE
SONT DANS L’ENSEMBLE MOINS DIPLÔMÉS
QUE LES ALLEMANDS, BIEN QUE CERTAINS
D’ENTRE EUX ONT UN MEILLEUR NIVEAU.
DE DIPLÔME.
* Source : IAB-BAMF-SOEP. Enquête de 2016 sur les réfugiés, valeurs pondérées
** Source : OECD 2016
0 10 20 30 40
Allemands**
ISCED 0
ISCED 1
ISCED 2
ISCED 3
ISCED 4
ISCED 6 OR 7
ISCED 8
5L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
reconnaissance officielle sera probablement nécessaire.
L’enquête montre que plus le niveau de qualification des
demandeurs d’asile est
élevé, plus ils ont de
chances de demander la
reconnaissance et de voir
leur démarche aboutir.
La reconnaissance des
diplômes est l’un des besoins
perçus par les demandeurs
d’asile. C’est un moyen de déterminer les aptitudes et les
compétences avec lesquelles ils peuvent contribuer au
marché du travail.
Il est intéressant de noter que les demandeurs d’asile ont
tous exprimé une forte aspiration à poursuivre leurs études
: certains en vue de trouver un jour un emploi dans leur
pays d’origine, d’autres sur le marché du travail allemand.
Cela montre que leur principale préoccupation est liée à
l’éducation et l’éducation est à la base de l’intégration.
L’éducation est également liée à l’apprentissage de la
langue allemande. À leur arrivée, la plupart des demandeurs
d’asile ne parlent pas un mot d’allemand. Mais plus ils
restent longtemps, plus ils progressent. Après trois années
passées en Allemagne, nous avons constaté que le niveau
d’allemand qu’ils déclarent parler est bon, voire très bon. Il
faut cependant souligner que ces progrès sont plus souvent
observés chez les hommes que chez les femmes. Le fait que
les hommes maîtrisent mieux la langue que les femmes sur
une même période est lié à l’intégration sur le marché du
travail et à une plus forte exposition sociale à des personnes
parlant allemand.
Pour en revenir à la question des stéréotypes, il semblerait
que les Allemands et les demandeurs d’asile ne partagent
pas le même point de vue sur les valeurs. Or, ce n’est pas
forcément vrai. De la même manière qu’il existe de grandes
différences de valeurs au sein de la population allemande, il
y a aussi des divergences dans les valeurs des demandeurs
d’asile. Bien qu’un plus grand nombre de demandeurs d’asile
considèrent que le fait qu’une femme gagne plus qu’un
homme dans une relation pose un problème, seulement un
tiers d’entre eux partagent cette opinion. Ils ne sont pas tous
du même avis.
Par conséquent, si l’on
examine les moyennes
à certains égards, les
demandeurs d’asile sont
encore moins conservateurs
que la population allemande. En ce qui concerne le sous-
thème de l’indépendance économique de la femme, c’est-
à-dire sa capacité à trouver un emploi, cela est en fait
plus largement accepté par les demandeurs d’asile que
parmi la population allemande. À regarder de plus près
ce genre d’impressions, nous constatons des tendances qui
suggèrent que nous partageons les mêmes valeurs et les
mêmes perceptions. Il n’y a pas de différences majeures
* Source : IAB-BAMF-SOEP. Enquête de 2016 sur les réfugiés, valeurs pondérées
** Source : Le World Values Survey, sixième vague (2010-2014)
TOTAL
HOMME
FEMME
FORTE ADHÉSION AU SENTIMENT QUE
L’INDÉPENDANCE ÉCONOMIQUE DES FEMMES
EST LIÉE AU FAIT QU’ELLES AIENT UN EMPLOI.
Avoir un emploi est la meilleure
façon pour une femme d’être
indépendante.
Parts de ceux qui sont d’accord
(5-7 sur l’échelle de Likert)
Réfugiés*
Allemands**
dans les valeurs mises en évidence entre les Allemands et les
demandeurs d’asile. Les demandeurs d’asile, qui ont fui des
régimes oppressifs, accordent généralement de l’importance
aux droits civils et aux élections libres.
En outre, les demandeurs d’asile se montrent très
reconnaissants et impatients de vivre dans une société
démocratique. Le fait que de nombreux migrants voudraient
obéir à des règles interprétées par les autorités religieuses est
également une fausse impression. En réalité, seule une petite
minorité de personnes montre un tel niveau de confiance
dans les autorités religieuses.
Ayant fui les régions touchées par le conflit, la grande
majorité des demandeurs d’asile en Allemagne aspirent à
s’établir et à contribuer à l’économie du pays hôte ainsi qu’à
subvenir à leurs besoins.
Leur principale
préoccupation est
liée à l’éducation et
l’éducation est à la
base de l’intégration ”
À regarder de plus près
[…] nous partageons
les mêmes valeurs et les
mêmes perceptions ”
6L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
François-Xavier Demoures
Directeur France de More in Common
fx@moreincommon.com
Perceptions
et attitudes
vis-à-vis de
l’immigration :
par-delà ceux qui sont pour et
ceux qui sont contre
Dans les pays de l’Union européenne,
l’immigration est sans doute l’une des questions
les plus clivantes. On a d’abord tendance
à l’envisager comme un enjeu de politique
publique (policies), c’est-à-dire un problème,
auquel il existe une solution, qu’il y aurait à
appliquer. Or il s’agit avant tout d’un enjeu
politique (politics) : les crispations croissantes à
l’égard de l’immigration que l’on observe dans
les opinions publiques disent quelque chose
de la façon dont nous faisons société et dont
nous nous représentons collectivement comme
communauté de destin. Dit autrement : il ne
s’agit pas seulement d’un problème compliqué
de politique migratoire, mais d’un problème
complexe, car une multitude de facteurs sont
en jeu. Quand ce que « nous » sommes est
en crise, le réflexe est de désigner un « eux ».
C’est pourquoi les représentations concernant
l’immigration disent bien plus que ce que nous
pensons des politiques publiques qui sont menées.
Les conversations nationales sont plutôt dominées
par les récits qui nous divisent que par les
grands récits qui nous rassemblent par-delà nos
différences. La tendance semble être au repli sur
un « nous » étriqué. De fait, nous débattons peu
de ce que nous sommes prêts à partager – ce qui
fonde le clivage gauche-droite – mais davantage
de ceux avec qui nous sommes prêts à partager :
les questions de solidarité et de justice sociale ont
tendance à être abordées à travers le prisme de
l’identité collective.
La polarisation du spectre politique entre les
cosmopolites avec des valeurs d’ouverture, et
les nationalistes avec des valeurs de fermeture
progresse.
Habituellement, le groupe « ouvert »
représente 25% à 35%, le groupe « fermé »
représente 15% à 20% et les groupes « milieu
ambivalent » représente 40% à 55%.
LE CLIVAGE N’EST PAS CELUI DE LA DROITE
CONTRE LA GAUCHE, MAIS CELUI DE L’OUVERTURE
CONTRE LA FERMETURE
EN ALLEMAGNE
Les cosmopolites libéraux
Les pragmatistes économiques
Les humanistes sceptiques
Les opposants modérés
Les opposants radicaux
EN ITALIE
Les Italiens cosmopolites
Les humanistes catholiques
Les modérés démobilisés
Les laissés pour compte
Les précaires engagés
Les défenseurs culturels
Les nationalistes hostiles
EN FRANCE
Les multiculturalistes
Les humanistes
Les précaires économiques
Les laissés pour compte
Les nationalistes identitaires
22%
20%
23%
18%
17%
30%
15%
17%
21%
17%
12%
16%
19%
17%
12%
17%
7%
7L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
Ces questions ont des conséquences directes
sur l’échiquier politique. Le clivage traditionnel
gauche-droite a tendance à s’affaiblir. Dans
certains pays, un nouveau paysage politique est
apparu, notamment en Italie, en Autriche et en
France. Dans les pays
d’Europe du Nord,
les principaux partis
politiques, de gauche
comme de droite, sont
traversés par cet axe
ouvert vs. fermé. La
question n’est donc
plus de savoir si nous sommes capables de faire
des compromis avec ce que nous avons, mais elle
se déplace vers ce que nous sommes, ce qui est
beaucoup moins sujet au compromis.
Cette évolution majeure du cadre de référence
s’explique par des bouleversements sociaux
profonds et rapides. Les inégalités de revenus, les
effets de l’automatisation et de la mondialisation
sur le marché du travail, les changements
culturels et anthropologiques sont autant de
facteurs qui donnent aux questions migratoires
l’importance qu’elles ont aujourd’hui.
Ce rejet et ces divisions ne sont pas pour autant
irrémédiables. Les études que nous avons menées
en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Italie
ont montré des tendances constantes. Premier
point : 25 à 35% des personnes interrogées
appartiennent à ce que nous avons appelé les
« groupes ouverts » (cosmopolites, ouverts sur
le monde), tandis que 15 à 20% s’identifient aux
« groupes fermés ». Ces extrêmes délimitent le
nouveau spectre : entre les deux, 40 à 55% se
situent dans ce que nous avons appelé le « milieu
ambivalent ».Même si les proportions varient d’un
pays à l’autre, on retrouve ces ambivalents dans
tous les pays où nous avons enquêté. Ces groupes
sont moins idéologiques, plus désengagés et
connaissent des conflits de valeurs. Au sein de ces
groupes intermédiaires, on observe généralement
deux ou trois segments distincts. Chacun
d’entre eux a des caractéristiques, des profils
sociodémographiques, des préoccupations et des
perceptions qui leurs sont propres. Leurs attitudes
vis-à-vis des migrants s’expliquent pour des
raisons différentes : certains placent la question
économique en premier lieu ; d’autres la question
culturelle, d’autres se sentent abandonnés par
l’Etat. Certains sont profondément désengagés.
Mais ils ne se reconnaissent ni dans l’ouverture
ni dans la fermeture. Ils ont pour point commun
d’être vulnérable au récit opposant un « eux » à
un « nous », que l’extrême-droite porte depuis
des décennies. Ce discours a gagné en influence
dans l’opinion. En tournant une colère contre
« le système » vers un « autre », étranger, les
populismes ont installé dans l’opinion l’idée
que les politiques sociales menées en faveur
des migrants se faisaient au détriment des
populations locales. Tiraillés entre inquiétudes et
valeurs ouvertes, ils expriment néanmoins des
sentiments de solidarité envers les nouveaux
arrivants.
Nous avons souvent tendance à écouter et à
débattre avec les extrêmes plutôt qu’avec les
personnes du « milieu ambivalent », c’est-à-dire
le silence : alors même qu’ils constituent la clé
du débat, nous ne savons pas toujours comment
nous adresser à eux. Ceux qui défendent
l’ouverture sont souvent déconnectés de ces
ambivalents. Si nous voulons constituer une
majorité autour des valeurs ouvertes et élargir
les récits nationaux, il est pourtant indispensable
de réduire la distance qui sépare ces groupes des
multiculturalistes.
La question […] se
déplace vers ce que
nous sommes, ce qui
est beaucoup moins
sujet au compromis. ”
8L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
L’ambivalence n’est pas nécessairement une
mauvaise nouvelle : elle signifie qu’il existe un
moyen de convaincre ceux qui hésitent. Encore
faut-il trouver les mots. Le fact checking a
prouvé ses limites : nous ne retenons les faits
et les chiffres que lorsqu’ils nous conviennent. Il
s’agit davantage d’élaborer des arguments qui
peuvent résonner avec leur vision du monde. Les
ambivalents doivent être impliqués selon leurs
propres termes, dans le cadre de leurs propres
codes et cadres de référence. Nous devons
être prêts à nous mettre à leur place, sans
nécessairement endosser leurs opinions, mais en
étant capables de voir le monde à travers leurs
yeux.
Lorsque nous vivons des transformations
majeures, nous nous demandons qui va agir pour
nous et qui va faire en sorte que nous puissions
faire face à ces changements dans les meilleures
conditions possibles. Nous nous demandons
On peut généralement distinguer
deux ou trois groupes intermédiaires,
représentant près de la moitié de la
population.
Ils sont différents dans chaque pays
mais ils sont moins déterminés
idéologiquement et moins engagés
politiquement. Ils adoptent des
opinions conflictuelles.
Leurs attitudes vis-à-vis de
l’immigration sont souvent motivées
par différentes préoccupations.
Certains sont plus préoccupés par les
problèmes économiques. D’autres par
les enjeux culturels. D’autres encore
ne sont pas engagés.
LES GROUPES INTERMÉDIAIRES
EN ITALIE
Les Italiens
cosmopolites
Les humanistes
catholiques
Les modérés
démobilisés
Les laissés
pour compte
Les précaires
engagés
Les défenseurs
culturels
Les nationalistes
hostiles
12% 16% 19% 17% 12% 17% 7%
48%
Les cosmopolites
libéraux
Les pragmatistes
économiques
Les humanistes
sceptiques
Les opposants
modérés
Les opposants
radicaux
EN ALLEMAGNE
22% 20% 23% 18% 17%
61%
EN FRANCE
Les multiculturalistes Les humanistes Les précaires
économiques
Les laissés
pour compte
Les nationalistes
identitaires
30% 15% 17% 21% 17%
53%
donc qui est avec nous, et qui ne l’est pas – c’est
pourquoi, la psychologie sociale l’a montré, le
besoin d’appartenance s’installe. Si nous voulons
établir un lien avec ces groupes ambivalents,
nous ne pouvons l’ignorer. Nos messages doivent
résonner avec leur situation et prendre en charge
leurs anxiétés, en leur donnant un moyen de les
dépasser de façon positive, dans un « nous » plus
grand, un récit élargi.
9L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
Joanna Apap
Membre du service de recherche du
Parlement européen
joanna.apap@europarl.europa.eu
Qu’est-ce que
l’Europe fait pour
les migrants ?
Les représentations publiques
de la migration : une réponse
à la polarisation actuelle de
l’opinion publique
Parler au cœur de tous les citoyens ou encore
parvenir à créer du lien n’est pas chose facile,
étant donné les divergences dans les perceptions
et philosophies. Malgré le volume d’informations
communiquées, on retrouve encore des citoyens
qui mettent l’accent sur leurs motivations et
points de vue personnels.
Il est clair que nous ne pouvons pas travailler
uniquement à partir de faits. Les gens ne
s'intéressent pas uniquement aux faits. Ce qu'ils
recherchent, c'est plutôt un lien : le sentiment que
nous pouvons nous mettre à leur place. Ils veulent
se sentir compris par les décideurs politiques qui
les représentent.
Les référendums sont une façon de donner
la parole aux citoyens. Certaines personnes
défendent que les référendums conduiront au
suicide de l’Europe. Peut-être, ou peut-être pas.
Ils restent un moyen pour les politiques d’écouter
le peuple. Cependant, dans certains référendums,
la formulation des questions est expressément
conçue pour toucher les peurs.
Si l’on s’intéresse à ce que l’Europe fait au sujet
de l’immigration, Il ne fait aucun doute que
beaucoup a déjà été fait. Ceci étant, nous ne
savons pas dans quelle direction nous nous
dirigeons. Les derniers efforts sont pour la plupart
allés dans le sens de l’apaisement. Il s’agissait là
de compromis obtenus dans un contexte politique
difficile. Il nous manque une stratégie d’ensemble
cohérente. En 2018, l’immigration s’est bien
évidemment poursuivie et restera une priorité à
la fois politique, et pour l’opinion publique. Cela
découle d’un niveau record de déplacements, de
souffrance humaine, du changement climatique
et de situations politiques complexes. À la croisée
de tout cela se trouve la question de la gestion
de la migration et celle de la priorisation des
préoccupations humanistes dans la conception
de politiques à appliquer. Comment concilier les
intérêts des pays hôtes, des pays d'origine et ceux
des immigrants ?
Malheureusement, il n'y a pas de réponse
claire à l'heure actuelle. La stratégie à adopter
fait encore l’objet de débat. L’objectif est une
politique européenne migratoire ambitieuse et
complète basée sur la solidarité. Cela permettrait
d’établir une approche équilibrée afin de gérer
à la fois l’immigration légale et clandestine, ce
qui requiert beaucoup de courage politique pour
faire avancer les deux. En effet, nous vivons une
époque où dominent les initiatives de lutte contre
l’immigration clandestine, mais il n’y a pas assez
de progrès réalisé dans le sens de l’ouverture de
voies d’immigration légale.
10L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC
CENTRE KANTAR SUR
LE FUTUR DE L’EUROPE
Créé au sein de Kantar Public, société internationale
d’étude et de recherche, le Centre Kantar sur le Futur
de l’Europe a pour ambition de nourrir le débat public
sur les enjeux européens, en s’appuyant notamment
sur les experts nationaux de Kantar Public,
leur connaissance de l’opinion publique,
des mouvements politiques, tendances
socioéconomiques et phénomènes
migratoires au sein de l’Union européenne
et chacun des pays qui la composent.
Délivrer les bons enseignements pour les politiques
publiques. Des solutions de conseil et de recherche
innovantes pour une meilleure action publique. Kantar
Public est une société mondiale de conseil et de
recherche qui fournit des prestations d’études relatives
aux politiques publiques aux gouvernements,
au secteur public et aux entreprises. Kantar
Public agit à travers le monde, avec des équipes
pluridisciplinaires présentes sur tous les continents,
pour partager les meilleures pratiques mondiales en
s’appuyant sur une forte expertise locale. En tant que
marque opérationnelle au sein de Kantar et du groupe
de sociétés WPP, nous sommes l’un des principaux
partenaires mondiaux en matière de conseil
et de recherche statistique et d’opinion auprès
des gouvernements.
www.kantarpublic.com
@KantarPublic
À l’heure où nous célébrons le 70e anniversaire
de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme, nous devons
garder à l’esprit que
les immigrés ne sont
pas des statistiques.
Ce sont des êtres
humains, et qui dit
êtres humains dit droits
de l’Homme, et les
droits de l’Homme sont
universels.
Lorsqu’il est question de voix, plus l’immigration
tient une place importante dans les priorités
des politiques, plus les gens votent selon leurs
propositions. De nos jours, nombre de politiciens
jouent sur les peurs, et ce qu’il en sort c’est la
division. Plusieurs scénarios surfent sur la peur
du migrant. La percée du populisme partout
en Europe représente une autre question
d’importance considérable pour l’UE, étant donné
que cela installe un clivage entre ‘ouverture et
fermeture’.
Au cours des 10 dernières années, l’Europe
a réussi à :
1) réformer le système européen commun d’asile ;
2) renforcer les frontières ;
3) améliorer le flux d’informations à l’entrée ;
4) accentuer la relocalisation interne ;
5) coopérer avec des pays tiers comme la Turquie
ou en Afrique.
Pourtant, ce n’est pas suffisant. Malgré les voies
d’immigration légale existantes (regroupement
familial, étudiants, etc.), il importe d’ouvrir de
nouvelles possibilités à ceux qui souhaiteraient
entrer en Europe légalement.
Dans ce contexte, l’intégration des immigrés est
indispensable. Et cela va bien au-delà de l’octroi
de la nationalité. Avoir le passeport d’un pays
ne suffit pas. Il importe également de créer un
sentiment d’appartenance. Et cela vient plus tard,
avec le temps, avec le sentiment d’être entendu,
respecté, ou intégré sur le marché de l’emploi.
L’UE travaille étroitement avec les pays membres
et les Nations Unies en vue de l’adoption de deux
textes en décembre 2018 : le pacte mondial sur
les réfugiés qui abordera nombre de problèmes
auxquels nous faisons
face ; et le pacte
mondial sur la
migration dont les
discussions sont plus
tendues, complexes et
sujettes à obstacles
en raison des craintes de perte de souveraineté,
et des inquiétudes liées à l’émergence d’un ‘droit
humain à la migration’ similaire au droit à l’asile.
Les immigrés ne sont
pas des statistiques.
Ce sont des êtres
humains, et qui dit
êtres humains dit
droits de l’Homme, et
les droits de l’Homme
sont universels ”
Avoir le passeport d’un
pays ne suffit pas. Il
importe également
de créer un sentiment
d’appartenance. ”

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L'immigration, un enjeu crucial pour l'UE

  • 1. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez contacter : Daniela Ulicna Directrice de l’Evaluation Kantar Public daniela.uclina@kantarpublic.com L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE COMMENT CONCILIER LES PRÉOCCUPATIONS DES CITOYENS, LE DEVOIR DE SOLIDARITÉ ET LES BESOINS DES MIGRANTS ? UN COMPTE RENDU DE LA TABLE RONDE ORGANISÉE PAR LE CENTRE KANTAR SUR LE FUTUR DE L’EUROPE, LE 7 NOVEMBRE 2018 CENTRE KANTAR SUR LE FUTUR DE L’EUROPE, 7/11/2018 Pour célébrer son deuxième anniversaire, le Centre Kantar sur le Futur de l’Europe a organisé avec Kantar Public un séminaire consacré au thème des opinions publiques sur la migration. À cette occasion, il a été question de la réalité des migrants et du défi de concilier des positions et des points de vue contradictoires sur la migration avec le fait que l’Europe a l’obligation morale de respecter les droits de l’homme et qu’elle a également besoin des migrations pour soutenir de nombreux secteurs économiques. Quatre voix se sont toutes élevées pour conclure sur la nécessité de proposer des perspectives positives et même des expériences permettant aux gens de se sentir plus proches des migrants et de se concentrer sur ce que nous partageons plutôt que sur ce qui nous divise.
  • 2. 2L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC Emmanuel Rivière Directeur Général de Kantar Public France et Président du Centre Kantar sur le Futur de l’Europe emmanuel.riviere@kantarpublic.com Opinion publique et immigration Suite à la crise des migrants de 2015, il s’est produit au sein de l’opinion publique un glissement dans la hiérarchie des préoccupations de l’Union européenne ayant conduit à une progression de l’Immigration et du Terrorisme au rang des deux problématiques les plus importantes à aborder par l’UE, et ce, au détriment du Chômage et des Questions Économiques. À l’heure actuelle, l’Immigration est de loin évaluée par les citoyens européens comme la question la plus inquiétante à aborder (voir graphique ci-dessous). Plus de deux tiers (69%) des Européens considèrent que l’Immigration est pour le moins quelque peu un problème. Ceci étant, la part de personnes qui considère l’immigration comme un problème est inégalement répartie à travers les pays européens, comme l’indique la carte ci-dessous. Dans certains pays, la part de l’opinion publique qui partage cet avis se situe à moins de 30%, tandis que dans d’autres pays c’est plus de la moitié des répondants qui soutient cet avis. Les disparités entre pays sont encore plus marquées lorsque l’on demande aux répondants s’ils se sentiraient à l’aise d’avoir un immigré comme ami/collègue/supérieur hiérarchique/médecin/voisin, etc. Sur cette question, on observe un net clivage Est-Ouest. Les ressortissants de pays d’Europe de l’Est semblent plus inquiets de l’immigration et expriment plus ouvertement des attitudes négatives à l’égard des migrants. Autant l’immigration est perçue comme étant un problème, elle est également largement surestimée par les citoyens. Tel que l’indique le graphique ci-dessus, les Européens estiment généralement au double le nombre réel d’immigrés présents dans leurs pays. En moyenne, dans l’UE, les citoyens estiment à plus de 16% la part des immigrants sur la population totale, alors que ces derniers ne représentent que 7,2%. L’écart entre les chiffres réels relatifs aux flux de migrants et la perception du public sur le sujet de l’immigration est aussi apparent lorsque l’on compare l’évolution des arrivées de migrants aux niveaux de préoccupation au sein de l’opinion publique. L’évolution de la part d’immigrés dans la population totale de l’UE reste relativement stable. En dépit de la crise des arrivées de migrants en 2015, le nombre total d’immigrants dans les pays de l’UE n’a pas été significativement impacté. L’attention portée sur les arrivées en Méditerranée a conduit à l’impression que la part des immigrés dans la population totale de l’UE serait L’IMMIGRATION, UN ENJEU CLÉ POUR L’UE. Source : enquêtes Eurobaromètre standard – automne 2010 – printemps 2018 A votre avis, quels sont les deux problèmes les plus importants auxquels doit faire face l’UE actuellement ? 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% 2010 14 20 9 9 8 10 16 21 24 38 58 48 45 38 39 38 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 L’IMMIGRATION LE TERRORISME LA SITUATION ÉCONOMIQUE L’ETAT DES FINANCES PUBLIQUES DES ETATS MEMBRES LE CHÔMAGE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE L’INFLUENCE DE L’UE DANS LE MONDE
  • 3. 3L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC en croissance vertigineuse. Pour autant, la baisse spectaculaire du nombre d'arrivées – depuis le pic de 2015 – n'a pas entraîné une diminution de l’ampleur de l’inquiétude exprimée par l’opinion publique au sujet de l’immigration. Dans certains pays, où la part des migrants dans la population totale est très faible, la surestimation de ce phénomène est considérable : en Slovaquie, l'idée que les gens se font de la part des migrants dans la population est 13,8 fois supérieure à la réalité. En Pologne, en Bulgarie, et en Roumanie, c’est plus de 8 fois plus que la réalité. On note également une forte corrélation entre la perception des répondants qui considèrent que l’immigration est maitrisée (ou pas) et leur attitude à ce sujet. Les données de l’Eurobaromètre montrent qu’il existe une corrélation entre le sentiment auprès des personnes interrogées que les immigrés sont clandestins et leur perception de l’immigration comme un problème plus qu’une opportunité pour leurs pays. L'étude a également mis en lumière la nécessité d'un débat et d'une discussion plus approfondis auprès de ceux qui considèrent l’immigration davantage comme un problème. Dans cinq pays seulement, la majorité des citoyens ont déclaré être bien informée au sujet de l’immigration (Danemark, Suède, Pays-Bas, Allemagne et Luxembourg.). Ces pays apparaissent comme ceux où l’immigration est relativement moins considérée comme un problème. Les personnes qui ont une perception négative de l’immigration sont également celles qui la considèrent comme 1) une menace pour le système de protection sociale ; 2) aggravant les problèmes de criminalité dans le pays 3) une concurrence accrue sur le marché du travail local. D’autre part, ceux qui jugent positif l’impact de l’immigration estiment que les immigrés contribuent à répondre à la demande sur le marché de l’emploi en réalisant des tâches difficiles ou délaissées par les travailleurs locaux. Si l’on regarde de plus près la liste des pays où domine le sentiment que l’immigration aurait des effets négatifs, on constate des différences intéressantes : g L’Allemagne n’apparait qu’une seule fois – les Allemands se montrent préoccupés par les effets de l’immigration sur le système de protection sociale ; g Le Danemark n’apparait également qu’une seule fois, uniquement lorsqu’il s’agit des questions de criminalité ; g L’Italie par contre figure constamment dans la liste des pays dont la population est très inquiète de l’impact de l’immigration. Ces chiffres suggèrent que les politiques d’intégration nécessitent une approche contextualisée et sur mesure pour chaque pays, et qu'elles doivent œuvrer avec le grand public pour créer de la proximité entre les populations. De bonnes nouvelles se dégagent également des données. Malgré de fortes disparités entre les pays au sujet de la perception de l’immigration, le sentiment dominant est que la question migratoire doit être traitée à l’échelle européenne. Même les pays exprimant une certaine réticence à concéder plus de compétence à l’UE affichent également cette conviction qui voudrait que la question migratoire ne saurait être encadrée uniquement à l’échelle nationale. Les Européens en majorité sont en faveur d’une politique migratoire européenne commune. Une autre bonne nouvelle pour les décideurs politiques, tirée des données de l’enquête Eurobaromètre, est que plus les gens interagissent avec les immigrants, plus ils ont tendance à considérer que l’immigration a des effets positifs sur les sociétés. L’intensité des interactions avec les immigrés a une incidence considérable sur les perceptions générales. Du reste, deux leçons sont à retenir de l’Eurobaromètre spécial sur l’intégration des migrants. Dans la grande majorité des pays, les points essentiels avancés pour faciliter l’intégration sont : 1) la capacité de parler couramment la langue du pays de résidence ; 2) la contribution au système de protection sociale ; 3) l’assimilation des modes de vie du pays hôte ; 4) l’engagement à se conformer aux lois et valeurs du pays hôte. L’incertitude ressentie dans certains pays à l’égard de leurs identités propres et la difficulté de forger une ‘identité européenne’ sont liées à la question migratoire. Il s’avère donc essentiel de se demander si les migrants partagent la même compréhension de la capacité d’entrer en phase avec la culture européenne. La migration légale prévaut (perception) La migration illégale prévaut (perception) L’immigration est un problème (perception) L’immigration est une opportunité (perception) LA PERCEPTION DE LA PRÉSENCE D’UN NOMBRE IMPORTANT DE MIGRANTS ILLÉGAUX EST LIÉE AU SENTIMENT QUE L’IMMIGRATION EST UN PROBLÈME. Source : l’Eurobaromètre 469. L’intégration des immigrés dans l’Union européenne
  • 4. 4L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC Ingo Leven Kantar Public Allemagne ingo.leven@kantarpublic.com L’Allemagne : apprendre à écouter les besoins des migrants En 2016, le gouvernement fédéral allemand, soucieux de mieux comprendre les conditions de vie et les attentes des immigrants, a sollicité un groupe d’instituts d’études pour mener une enquête sur ces problématiques. Kantar Public s’est chargé de la collecte de données de cette enquête. Les résultats de cette enquête abondent de leçons invitant à prendre de la distance par rapport aux stéréotypes sur les immigrants. En l’occurrence, l’un des clichés les plus forts [dans la société allemande] voudrait que la population de migrants soit caractérisée par des niveaux d’analphabétisme élevés. De manière plus générale, on note une tendance à percevoir les immigrants comme un groupe homogène, ce qu’ils ne sont évidemment pas. La tranche de demandeurs d’asile entrés en Allemagne entre 2015 et 2016 présente une forte hétérogénéité. Bien sûr, certains migrants ont de faibles niveaux de scolarisation d’une part, sans cela n’empêche d’en retrouver d’autres avec de bons niveaux de scolarisation d’autre part. Par rapport à la population allemande, certaines différences de niveau d’éducation existent. Certes, les Allemands sont généralement plus qualifiés comparés à la tranche de demandeurs d’asile de 2015-16. Environ 9% des demandeurs d’asile affichent des taux d’alphabétisation faibles ou sont des analphabètes primaires. Ceux d’entre eux qui sont analphabètes ne représentent que 4% des nouveaux arrivants. Bien qu’il y ait un groupe de personnes parmi les demandeurs d’asile présentant effectivement des niveaux d’alphabétisation faibles, on recense également un nombre non négligeable de personnes hautement qualifiées. En revanche, la situation des femmes est très différente. Si plus de femmes que d’hommes figurent dans le groupe des personnes faiblement qualifiées, les femmes sont également plus représentées au sein du groupe des demandeurs d’asile hautement qualifiés. Cela étant, bien que de nombreux migrants possèdent des compétences à leur arrivée, il est difficile de faire reconnaître leurs qualifications. Il est rare que les demandeurs d’asile voient leurs qualifications acquises dans leur pays d’origine acceptées sur le marché du travail allemand, sauf s’ils demandent la reconnaissance de ces certificats. Même un doctorat n’est pas reconnu sur le marché du travail et une Réfugiés* LES MIGRANTS ARRIVANT EN ALLEMAGNE SONT DANS L’ENSEMBLE MOINS DIPLÔMÉS QUE LES ALLEMANDS, BIEN QUE CERTAINS D’ENTRE EUX ONT UN MEILLEUR NIVEAU. DE DIPLÔME. * Source : IAB-BAMF-SOEP. Enquête de 2016 sur les réfugiés, valeurs pondérées ** Source : OECD 2016 0 10 20 30 40 Allemands** ISCED 0 ISCED 1 ISCED 2 ISCED 3 ISCED 4 ISCED 6 OR 7 ISCED 8
  • 5. 5L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC reconnaissance officielle sera probablement nécessaire. L’enquête montre que plus le niveau de qualification des demandeurs d’asile est élevé, plus ils ont de chances de demander la reconnaissance et de voir leur démarche aboutir. La reconnaissance des diplômes est l’un des besoins perçus par les demandeurs d’asile. C’est un moyen de déterminer les aptitudes et les compétences avec lesquelles ils peuvent contribuer au marché du travail. Il est intéressant de noter que les demandeurs d’asile ont tous exprimé une forte aspiration à poursuivre leurs études : certains en vue de trouver un jour un emploi dans leur pays d’origine, d’autres sur le marché du travail allemand. Cela montre que leur principale préoccupation est liée à l’éducation et l’éducation est à la base de l’intégration. L’éducation est également liée à l’apprentissage de la langue allemande. À leur arrivée, la plupart des demandeurs d’asile ne parlent pas un mot d’allemand. Mais plus ils restent longtemps, plus ils progressent. Après trois années passées en Allemagne, nous avons constaté que le niveau d’allemand qu’ils déclarent parler est bon, voire très bon. Il faut cependant souligner que ces progrès sont plus souvent observés chez les hommes que chez les femmes. Le fait que les hommes maîtrisent mieux la langue que les femmes sur une même période est lié à l’intégration sur le marché du travail et à une plus forte exposition sociale à des personnes parlant allemand. Pour en revenir à la question des stéréotypes, il semblerait que les Allemands et les demandeurs d’asile ne partagent pas le même point de vue sur les valeurs. Or, ce n’est pas forcément vrai. De la même manière qu’il existe de grandes différences de valeurs au sein de la population allemande, il y a aussi des divergences dans les valeurs des demandeurs d’asile. Bien qu’un plus grand nombre de demandeurs d’asile considèrent que le fait qu’une femme gagne plus qu’un homme dans une relation pose un problème, seulement un tiers d’entre eux partagent cette opinion. Ils ne sont pas tous du même avis. Par conséquent, si l’on examine les moyennes à certains égards, les demandeurs d’asile sont encore moins conservateurs que la population allemande. En ce qui concerne le sous- thème de l’indépendance économique de la femme, c’est- à-dire sa capacité à trouver un emploi, cela est en fait plus largement accepté par les demandeurs d’asile que parmi la population allemande. À regarder de plus près ce genre d’impressions, nous constatons des tendances qui suggèrent que nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes perceptions. Il n’y a pas de différences majeures * Source : IAB-BAMF-SOEP. Enquête de 2016 sur les réfugiés, valeurs pondérées ** Source : Le World Values Survey, sixième vague (2010-2014) TOTAL HOMME FEMME FORTE ADHÉSION AU SENTIMENT QUE L’INDÉPENDANCE ÉCONOMIQUE DES FEMMES EST LIÉE AU FAIT QU’ELLES AIENT UN EMPLOI. Avoir un emploi est la meilleure façon pour une femme d’être indépendante. Parts de ceux qui sont d’accord (5-7 sur l’échelle de Likert) Réfugiés* Allemands** dans les valeurs mises en évidence entre les Allemands et les demandeurs d’asile. Les demandeurs d’asile, qui ont fui des régimes oppressifs, accordent généralement de l’importance aux droits civils et aux élections libres. En outre, les demandeurs d’asile se montrent très reconnaissants et impatients de vivre dans une société démocratique. Le fait que de nombreux migrants voudraient obéir à des règles interprétées par les autorités religieuses est également une fausse impression. En réalité, seule une petite minorité de personnes montre un tel niveau de confiance dans les autorités religieuses. Ayant fui les régions touchées par le conflit, la grande majorité des demandeurs d’asile en Allemagne aspirent à s’établir et à contribuer à l’économie du pays hôte ainsi qu’à subvenir à leurs besoins. Leur principale préoccupation est liée à l’éducation et l’éducation est à la base de l’intégration ” À regarder de plus près […] nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes perceptions ”
  • 6. 6L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC François-Xavier Demoures Directeur France de More in Common fx@moreincommon.com Perceptions et attitudes vis-à-vis de l’immigration : par-delà ceux qui sont pour et ceux qui sont contre Dans les pays de l’Union européenne, l’immigration est sans doute l’une des questions les plus clivantes. On a d’abord tendance à l’envisager comme un enjeu de politique publique (policies), c’est-à-dire un problème, auquel il existe une solution, qu’il y aurait à appliquer. Or il s’agit avant tout d’un enjeu politique (politics) : les crispations croissantes à l’égard de l’immigration que l’on observe dans les opinions publiques disent quelque chose de la façon dont nous faisons société et dont nous nous représentons collectivement comme communauté de destin. Dit autrement : il ne s’agit pas seulement d’un problème compliqué de politique migratoire, mais d’un problème complexe, car une multitude de facteurs sont en jeu. Quand ce que « nous » sommes est en crise, le réflexe est de désigner un « eux ». C’est pourquoi les représentations concernant l’immigration disent bien plus que ce que nous pensons des politiques publiques qui sont menées. Les conversations nationales sont plutôt dominées par les récits qui nous divisent que par les grands récits qui nous rassemblent par-delà nos différences. La tendance semble être au repli sur un « nous » étriqué. De fait, nous débattons peu de ce que nous sommes prêts à partager – ce qui fonde le clivage gauche-droite – mais davantage de ceux avec qui nous sommes prêts à partager : les questions de solidarité et de justice sociale ont tendance à être abordées à travers le prisme de l’identité collective. La polarisation du spectre politique entre les cosmopolites avec des valeurs d’ouverture, et les nationalistes avec des valeurs de fermeture progresse. Habituellement, le groupe « ouvert » représente 25% à 35%, le groupe « fermé » représente 15% à 20% et les groupes « milieu ambivalent » représente 40% à 55%. LE CLIVAGE N’EST PAS CELUI DE LA DROITE CONTRE LA GAUCHE, MAIS CELUI DE L’OUVERTURE CONTRE LA FERMETURE EN ALLEMAGNE Les cosmopolites libéraux Les pragmatistes économiques Les humanistes sceptiques Les opposants modérés Les opposants radicaux EN ITALIE Les Italiens cosmopolites Les humanistes catholiques Les modérés démobilisés Les laissés pour compte Les précaires engagés Les défenseurs culturels Les nationalistes hostiles EN FRANCE Les multiculturalistes Les humanistes Les précaires économiques Les laissés pour compte Les nationalistes identitaires 22% 20% 23% 18% 17% 30% 15% 17% 21% 17% 12% 16% 19% 17% 12% 17% 7%
  • 7. 7L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC Ces questions ont des conséquences directes sur l’échiquier politique. Le clivage traditionnel gauche-droite a tendance à s’affaiblir. Dans certains pays, un nouveau paysage politique est apparu, notamment en Italie, en Autriche et en France. Dans les pays d’Europe du Nord, les principaux partis politiques, de gauche comme de droite, sont traversés par cet axe ouvert vs. fermé. La question n’est donc plus de savoir si nous sommes capables de faire des compromis avec ce que nous avons, mais elle se déplace vers ce que nous sommes, ce qui est beaucoup moins sujet au compromis. Cette évolution majeure du cadre de référence s’explique par des bouleversements sociaux profonds et rapides. Les inégalités de revenus, les effets de l’automatisation et de la mondialisation sur le marché du travail, les changements culturels et anthropologiques sont autant de facteurs qui donnent aux questions migratoires l’importance qu’elles ont aujourd’hui. Ce rejet et ces divisions ne sont pas pour autant irrémédiables. Les études que nous avons menées en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Italie ont montré des tendances constantes. Premier point : 25 à 35% des personnes interrogées appartiennent à ce que nous avons appelé les « groupes ouverts » (cosmopolites, ouverts sur le monde), tandis que 15 à 20% s’identifient aux « groupes fermés ». Ces extrêmes délimitent le nouveau spectre : entre les deux, 40 à 55% se situent dans ce que nous avons appelé le « milieu ambivalent ».Même si les proportions varient d’un pays à l’autre, on retrouve ces ambivalents dans tous les pays où nous avons enquêté. Ces groupes sont moins idéologiques, plus désengagés et connaissent des conflits de valeurs. Au sein de ces groupes intermédiaires, on observe généralement deux ou trois segments distincts. Chacun d’entre eux a des caractéristiques, des profils sociodémographiques, des préoccupations et des perceptions qui leurs sont propres. Leurs attitudes vis-à-vis des migrants s’expliquent pour des raisons différentes : certains placent la question économique en premier lieu ; d’autres la question culturelle, d’autres se sentent abandonnés par l’Etat. Certains sont profondément désengagés. Mais ils ne se reconnaissent ni dans l’ouverture ni dans la fermeture. Ils ont pour point commun d’être vulnérable au récit opposant un « eux » à un « nous », que l’extrême-droite porte depuis des décennies. Ce discours a gagné en influence dans l’opinion. En tournant une colère contre « le système » vers un « autre », étranger, les populismes ont installé dans l’opinion l’idée que les politiques sociales menées en faveur des migrants se faisaient au détriment des populations locales. Tiraillés entre inquiétudes et valeurs ouvertes, ils expriment néanmoins des sentiments de solidarité envers les nouveaux arrivants. Nous avons souvent tendance à écouter et à débattre avec les extrêmes plutôt qu’avec les personnes du « milieu ambivalent », c’est-à-dire le silence : alors même qu’ils constituent la clé du débat, nous ne savons pas toujours comment nous adresser à eux. Ceux qui défendent l’ouverture sont souvent déconnectés de ces ambivalents. Si nous voulons constituer une majorité autour des valeurs ouvertes et élargir les récits nationaux, il est pourtant indispensable de réduire la distance qui sépare ces groupes des multiculturalistes. La question […] se déplace vers ce que nous sommes, ce qui est beaucoup moins sujet au compromis. ”
  • 8. 8L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC L’ambivalence n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle : elle signifie qu’il existe un moyen de convaincre ceux qui hésitent. Encore faut-il trouver les mots. Le fact checking a prouvé ses limites : nous ne retenons les faits et les chiffres que lorsqu’ils nous conviennent. Il s’agit davantage d’élaborer des arguments qui peuvent résonner avec leur vision du monde. Les ambivalents doivent être impliqués selon leurs propres termes, dans le cadre de leurs propres codes et cadres de référence. Nous devons être prêts à nous mettre à leur place, sans nécessairement endosser leurs opinions, mais en étant capables de voir le monde à travers leurs yeux. Lorsque nous vivons des transformations majeures, nous nous demandons qui va agir pour nous et qui va faire en sorte que nous puissions faire face à ces changements dans les meilleures conditions possibles. Nous nous demandons On peut généralement distinguer deux ou trois groupes intermédiaires, représentant près de la moitié de la population. Ils sont différents dans chaque pays mais ils sont moins déterminés idéologiquement et moins engagés politiquement. Ils adoptent des opinions conflictuelles. Leurs attitudes vis-à-vis de l’immigration sont souvent motivées par différentes préoccupations. Certains sont plus préoccupés par les problèmes économiques. D’autres par les enjeux culturels. D’autres encore ne sont pas engagés. LES GROUPES INTERMÉDIAIRES EN ITALIE Les Italiens cosmopolites Les humanistes catholiques Les modérés démobilisés Les laissés pour compte Les précaires engagés Les défenseurs culturels Les nationalistes hostiles 12% 16% 19% 17% 12% 17% 7% 48% Les cosmopolites libéraux Les pragmatistes économiques Les humanistes sceptiques Les opposants modérés Les opposants radicaux EN ALLEMAGNE 22% 20% 23% 18% 17% 61% EN FRANCE Les multiculturalistes Les humanistes Les précaires économiques Les laissés pour compte Les nationalistes identitaires 30% 15% 17% 21% 17% 53% donc qui est avec nous, et qui ne l’est pas – c’est pourquoi, la psychologie sociale l’a montré, le besoin d’appartenance s’installe. Si nous voulons établir un lien avec ces groupes ambivalents, nous ne pouvons l’ignorer. Nos messages doivent résonner avec leur situation et prendre en charge leurs anxiétés, en leur donnant un moyen de les dépasser de façon positive, dans un « nous » plus grand, un récit élargi.
  • 9. 9L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC Joanna Apap Membre du service de recherche du Parlement européen joanna.apap@europarl.europa.eu Qu’est-ce que l’Europe fait pour les migrants ? Les représentations publiques de la migration : une réponse à la polarisation actuelle de l’opinion publique Parler au cœur de tous les citoyens ou encore parvenir à créer du lien n’est pas chose facile, étant donné les divergences dans les perceptions et philosophies. Malgré le volume d’informations communiquées, on retrouve encore des citoyens qui mettent l’accent sur leurs motivations et points de vue personnels. Il est clair que nous ne pouvons pas travailler uniquement à partir de faits. Les gens ne s'intéressent pas uniquement aux faits. Ce qu'ils recherchent, c'est plutôt un lien : le sentiment que nous pouvons nous mettre à leur place. Ils veulent se sentir compris par les décideurs politiques qui les représentent. Les référendums sont une façon de donner la parole aux citoyens. Certaines personnes défendent que les référendums conduiront au suicide de l’Europe. Peut-être, ou peut-être pas. Ils restent un moyen pour les politiques d’écouter le peuple. Cependant, dans certains référendums, la formulation des questions est expressément conçue pour toucher les peurs. Si l’on s’intéresse à ce que l’Europe fait au sujet de l’immigration, Il ne fait aucun doute que beaucoup a déjà été fait. Ceci étant, nous ne savons pas dans quelle direction nous nous dirigeons. Les derniers efforts sont pour la plupart allés dans le sens de l’apaisement. Il s’agissait là de compromis obtenus dans un contexte politique difficile. Il nous manque une stratégie d’ensemble cohérente. En 2018, l’immigration s’est bien évidemment poursuivie et restera une priorité à la fois politique, et pour l’opinion publique. Cela découle d’un niveau record de déplacements, de souffrance humaine, du changement climatique et de situations politiques complexes. À la croisée de tout cela se trouve la question de la gestion de la migration et celle de la priorisation des préoccupations humanistes dans la conception de politiques à appliquer. Comment concilier les intérêts des pays hôtes, des pays d'origine et ceux des immigrants ? Malheureusement, il n'y a pas de réponse claire à l'heure actuelle. La stratégie à adopter fait encore l’objet de débat. L’objectif est une politique européenne migratoire ambitieuse et complète basée sur la solidarité. Cela permettrait d’établir une approche équilibrée afin de gérer à la fois l’immigration légale et clandestine, ce qui requiert beaucoup de courage politique pour faire avancer les deux. En effet, nous vivons une époque où dominent les initiatives de lutte contre l’immigration clandestine, mais il n’y a pas assez de progrès réalisé dans le sens de l’ouverture de voies d’immigration légale.
  • 10. 10L’IMMIGRATION, UN ENJEU CRUCIAL POUR L’UE© KANTAR PUBLIC CENTRE KANTAR SUR LE FUTUR DE L’EUROPE Créé au sein de Kantar Public, société internationale d’étude et de recherche, le Centre Kantar sur le Futur de l’Europe a pour ambition de nourrir le débat public sur les enjeux européens, en s’appuyant notamment sur les experts nationaux de Kantar Public, leur connaissance de l’opinion publique, des mouvements politiques, tendances socioéconomiques et phénomènes migratoires au sein de l’Union européenne et chacun des pays qui la composent. Délivrer les bons enseignements pour les politiques publiques. Des solutions de conseil et de recherche innovantes pour une meilleure action publique. Kantar Public est une société mondiale de conseil et de recherche qui fournit des prestations d’études relatives aux politiques publiques aux gouvernements, au secteur public et aux entreprises. Kantar Public agit à travers le monde, avec des équipes pluridisciplinaires présentes sur tous les continents, pour partager les meilleures pratiques mondiales en s’appuyant sur une forte expertise locale. En tant que marque opérationnelle au sein de Kantar et du groupe de sociétés WPP, nous sommes l’un des principaux partenaires mondiaux en matière de conseil et de recherche statistique et d’opinion auprès des gouvernements. www.kantarpublic.com @KantarPublic À l’heure où nous célébrons le 70e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, nous devons garder à l’esprit que les immigrés ne sont pas des statistiques. Ce sont des êtres humains, et qui dit êtres humains dit droits de l’Homme, et les droits de l’Homme sont universels. Lorsqu’il est question de voix, plus l’immigration tient une place importante dans les priorités des politiques, plus les gens votent selon leurs propositions. De nos jours, nombre de politiciens jouent sur les peurs, et ce qu’il en sort c’est la division. Plusieurs scénarios surfent sur la peur du migrant. La percée du populisme partout en Europe représente une autre question d’importance considérable pour l’UE, étant donné que cela installe un clivage entre ‘ouverture et fermeture’. Au cours des 10 dernières années, l’Europe a réussi à : 1) réformer le système européen commun d’asile ; 2) renforcer les frontières ; 3) améliorer le flux d’informations à l’entrée ; 4) accentuer la relocalisation interne ; 5) coopérer avec des pays tiers comme la Turquie ou en Afrique. Pourtant, ce n’est pas suffisant. Malgré les voies d’immigration légale existantes (regroupement familial, étudiants, etc.), il importe d’ouvrir de nouvelles possibilités à ceux qui souhaiteraient entrer en Europe légalement. Dans ce contexte, l’intégration des immigrés est indispensable. Et cela va bien au-delà de l’octroi de la nationalité. Avoir le passeport d’un pays ne suffit pas. Il importe également de créer un sentiment d’appartenance. Et cela vient plus tard, avec le temps, avec le sentiment d’être entendu, respecté, ou intégré sur le marché de l’emploi. L’UE travaille étroitement avec les pays membres et les Nations Unies en vue de l’adoption de deux textes en décembre 2018 : le pacte mondial sur les réfugiés qui abordera nombre de problèmes auxquels nous faisons face ; et le pacte mondial sur la migration dont les discussions sont plus tendues, complexes et sujettes à obstacles en raison des craintes de perte de souveraineté, et des inquiétudes liées à l’émergence d’un ‘droit humain à la migration’ similaire au droit à l’asile. Les immigrés ne sont pas des statistiques. Ce sont des êtres humains, et qui dit êtres humains dit droits de l’Homme, et les droits de l’Homme sont universels ” Avoir le passeport d’un pays ne suffit pas. Il importe également de créer un sentiment d’appartenance. ”