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1
Société
des
Écrivains
de
Vendée
amis
de
l’Historial
de
la
Vendée n° 37
décembre 2023
décembre 2024
LireenVendée
ÉchosMusées
Des auteurs
Des Tas de livres
Des éditeurs, des pages
et des pages pour quelques €
et...
découvrez les activités
des Amis et du Musée
de l’HISTORIAL de la Vendée
Publication mise
« gracieusement »
à la disposition
des lecteurs
2
Que vive
la Vendée littéraire !
LIRE EN VENDÉE, cette revue
annuelle dont la sortie a lieu en dé-
cembre de cette année 2023, est dans
vos mains. Vous la trouverez notam-
ment dans les salons littéraires, qui
sont nombreux dans notre départe-
ment mais aussi dans des librairies.
Oui, nous savons que notre distribu-
tion pourrait s'améliorer. Mais cette
revue est gratuite. Ce qui, avouons-le à
l'unanimité, est un sacré atout. D'au-
tant qu'elle est belle de présentation et
riche d'informations, littéraires mais
aussi cinématographes, picturales...
L'art d'une manière générale, parfois
au vu de l’événement dans l'année
(la sortie du film « Vaincre ou mou-
rir »), parfois avec un point de vue
de recul, un anniversaire par exemple
(120e
anniversaire de la naissance de
Georges Simenon qui vécut à Fonte-
nay-le-Comte et Saint-Mesmin), mais
toujours avec un sentiment de terroir,
la Vendée ! Le 85 ! Ce département si
riche en contradictions, si bouleversé
par son histoire, pour des siècles et des
siècles...
Cette revue est confectionnée par
notre association, la Société des Écri-
vains de Vendée, dont le président est
désormais Alain Perrocheau, qui a suc-
cédé à Gilles Bély, qui lui-même avait
succédé à Jean de Raigniac. Ces deux
derniers sont restés dans le bureau du
conseil d’administration.
			
						
Quimperlés louvoyant, Adolphe Joseph Chauvin
Carnet de bord d’un marin vendéen,
Adophe Joseph Chauvin, 1805 -1942
3
ÉDITO
C’est dire que nous œuvrons dans la conti-
nuité. Notamment pour présenter tous les livres
qui sortent et nous sont envoyés. Et ils sont
nombreux. Normal, nous sommes en Vendée
! Probablement le département qui compte le
plus de salons littéraires et d’écrivains par rap-
port à son nombre d’habitants. Encore un dy-
namisme qui nous ait envié…
Nous avons même des maisons d’éditions !
Bien sûr, il y a aussi ceux qui payent pour être
édités. La porte leur est ouverte. Il n’y a aucune
honte ni ségrégation de notre part de ce côté-
là. Il faut d’ailleurs se souvenir qu’Arthur Rim-
baud a payé pour que soit publié son premier
recueil de poèmes. Tout comme Marcel Proust
paya Gallimard pour être édité ! Deux exemples
très significatifs pour dire que le talent peut être
partout. D’ailleurs, se remémorer cette phrase
de Jean Paulhan : « il n’y a pas de bonne ou de
mauvaise littérature, il n’y a que littérature ! »
Nous avons aussi notre chef de file, Yves
Viollier, qui d’ailleurs fait partie du bureau de
notre société d’écrivains. Le natif de Château-
Fromage est même devenu l’aîné de l’École de
Brive (qui défend la littérature dite de terroir),
après la disparition de Claude Michelet en 2022
et de l’étonnant Michel Peyramaure cette année
2023. (à l’âge de 101 ans!) Un hommage lui est
d’ailleurs rendu dans ces pages par l’ami Yves.
Et puis, nous honorons nos sociétaires dis-
parus, notamment Joël Gaucher et Lydie Ga-
borit. Paulhan aurait rajouté : « pas une heure
de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ».
Philippe Gilbert
Secré(pa)taire de l’association
des Écrivains de Vendée
4
Joël Gaucher
Je me souviendrai de Joël Gaucher
Joël Gaucher nous a quittés le 17 avril 2023, d’un malaise fou-
droyant, à La Roche-sur-Yon, sa ville natale. Né en 1938, il avait 84
ans. On lui doit une demi-douzaine de livres, dont « L’inconnu du
Vert-Galant » (J.G. Éditions, 2016), probablement son meilleur, le
plus passionnant, le plus stylé, écrit dans un français impeccable. L’in-
trigue qui y est tissée se déroule en grande partie à Paris, qu’il semblait
connaître comme sa poche ; et où pourtant il n’a jamais vécu ou si
peu ! « Mais 80 pour cent de l’histoire est vraie », affirmait-il avec le
sourire, sans pour autant dire si c’était la sienne, d’histoire.
Mais la guerre d’Algérie fut bien la
sienne, d’histoire, ambulancier militaire
entre 1958 et 60 aux portes du désert,
souvenir qu’il évoquera dans « Révéla-
teur d’images » (Siloë, 2006).
On lui doit aussi l’initiative de « Je
me souviens… La Roche-sur-Yon »,
deux volumes auxquels participèrent
de nombreux Yonnais, avec des illus-
trations, dont certaines signées par le
peintre Roger Ducrot, autre Yonnais,
son ami. D’ailleurs, Joël Gaucher n’en
manquait pas, d’amis, ni d’humour (lire
« Y’a de quoi se marrer », son recueil de
citations humoristiques), ni d’anecdotes. L’une d’elles lui valut le prix
Gilbert-Prouteau, prix sérieux qui ne se prend pas au sérieux, qui ré-
compense une personne qui a connu l’écrivain-cinéaste natif de Nes-
my (1917-2012). Et Gilbert Prouteau, ô que oui !, il l’avait rencontré
! Dans les années quatre-vingt ! Gaucher était alors administrateur à
l’Ursaaf et il devait démarcher l’écrivain Prouteau pour lui réclamer
des sommes dues. La rencontre fut assez épique avec Prouteau « et son
génie du verbe ! »
Joël avait raconté l’anecdote en 2018 au salon de Grasla, lors de la
remise de ce prix. Il a été inhumé le samedi 22 avril 2023, au cimetière
du Point du Jour.
					 PhilG
5
HOMMAGES
Lydie
Gaborit
Membre de la Société des
Écrivains de Vendée, Lydie Ga-
borit nous a quittés le 23 sep-
tembre à l’âge de 96 ans. Un der-
nier hommage lui a été rendu, le
28 septembre, au cimetière de La
Ferrière.
Le souvenir que nous gar-
derons d’elle, c’est d’abord cette
menue silhouette, discrète et
effacée, trottinant dans l’ombre
de son mari, le peintre Michel
Gaborit, un colosse rabelaisien,
tonitruant et bon vivant, qu’elle
avait rencontré quand elle était
institutrice à Saint-Georges-de-
Montaigu. Lydie, non seulement
s’en accommodait, mais elle s’ac-
complissait dans un amour par-
tagé de la peinture, de la lecture
et de la musique. Quand Michel
pêchait le saumon dans les gaves
pyrénéens, Lydie lisait et faisait
la cuisine.
Elle a beaucoup écrit et peu publié. « Quand on était
petits à la Tranchelandière » est l’émouvant et délicieux ré-
cit de son enfance à Mouchamps, avant la guerre de 39-
45. « La dévoreuse de miettes » exprime délicatement ce
que fut sa vie, son inaltérable appétit pour la vie, les bon-
heurs minuscules et les grandes émotions. Lydie a écrit
d’innombrables poésies et nouvelles, elle a collaboré aux
catalogues des œuvres de son mari, de Léo Toste, de Paul
Dauce ou d’Hélène Goislot et participé à de nombreux
salons. Roger Ducrot a illustré, avec humour et réalisme,
une pétillante nouvelle, destinée aux plus jeunes, « Ma-
mie Tremblote ». Lydie Gaborit s’y moque malicieuse-
ment des petits ennuis ménagers causés par sa santé.
Lydie a collaboré à « Lire en Vendée » et avait accueilli
à plusieurs reprises les membres du bureau de la SEV
dans sa maison des Vergnes des Astiers. Près de l’étang
aux lotus, de ses moutons et du jardin où son mari trou-
vait l’inspiration - et parfois les matériaux – de ses ta-
bleaux. À juste titre, Yves Viollier a souligné sa grande
simplicité et sa vibrante sensibilité.
Les Écrivains de Vendée présentent à sa famille leurs
sincères condoléances et les assurent de leur sympathie.
					 Gilles Bély
6
Louis Moinard
Louis Moinard et les deux collaboratrices au seul ouvrage le concernant
(photo Ouest-France)
Il avait grandi là où on l’avait semé
Louis Moinard, le sénateur-maire de Nieul-sur-l’Autize,
nous a quittés en 2023, le 29 mai, à l’âge de 92 ans. à Nieul,
dans le sud-Vendée, où il était né en 1930. Louis Moinard
aura écrit un seul livre, racontant sa vie d’agriculteur et sa
vie d’élu ; « Grandir là où on a été semé », tel en est le titre
(éditions Lussaud), sorti voilà dix ans, où ressort la simplicité
et l’honnêteté de ce terrien et de cet élu.
En fait, Louis Moinard ne voulait pas écrire, aussi ce livre
fut co-réalisé par Annie Jauzelon (ancienne conseillère muni-
cipale et adjointe de Nieul-sur-l’Autize) et Janine Tirbois (re-
traitée de l’enseignement, correspondante d’Ouest-France),
après une dizaine d’entretiens enregistrés.
Improbable trajectoire
La vie de Louis Moinard, celle d’une fratrie d’agriculteurs
engagés au service des autres. Pierre a longtemps assuré les
visites de l’abbaye royale Saint-Vincent (il en a d’ailleurs écrit
un guide) et Auguste a été une vingtaine d’années maire de
Foussais-Payré.
Louis a assumé d’importantes responsabilités dans le do-
maine agricole : à la coopérative laitière de Nieul, intégrée en-
suite dans l’Union sud-vendéenne agricole laitière (USVAL)
et à la coopérative d’insémination artificielle sud-Vendée
(CAIA sud), puis à la CAIA de Vendée.
Sa vie politique débute en 1971, quand il est élu au
conseil municipal. Maire de Nieul de 1977 à 2000, conseiller
général du canton de Saint-Hilaire-des-Loges, conseiller ré-
gional, il devient sénateur en 1987, au décès de Louis Cai-
veau, dont il était le suppléant. Il siégera jusqu’en 2004 au Pa-
lais du Luxembourg. Une trajectoire improbable dont il était
lui-même surpris. C’était surtout la reconnaissance d’un par-
cours politique exemplaire dont il n’imaginait même pas qu’il
le conduirait pendant près de 20 ans sous les ors du Sénat...
Comme tant d’autres responsables, Louis Moinard a été
formé par la Jeunesse agricole catholique. Il en a, toute sa
vie, appliqué la méthode : voir, juger, agir. C’est là aussi, sans
doute, qu’il a puisé sa bonne humeur légendaire. Friand de
bons mots et de maximes, il affirmait souvent que « le vin d’ici
vaut mieux que l’eau-delà »…
				 G.Bély et PhilG
7
Malika Pondevie, née Roumane, nous a quittés
le jeudi 11 mai 2023, vaincue par la maladie. D'ori-
gine Kabyle, elle avait quitté l'Algérie "pour plus
de sécurité" et terminer ses études en pharmacie à
Rennes. Après avoir obtenu son doctorat, elle pour-
suit son cursus universitaire à Paris, enrichissant ses
connaissances en langue et littérature arabe et en
Histoire de l'Art. Mariée avec l'architecte-urbaniste
vendéen Jean-Claude Pondevie, avec lequel elle par-
tageait son sens artistique et un esprit d'ouverture "
porteur de lumière ", elle menait une vie familiale
harmonieuse, compatible avec son intense activité
pour entretenir des liens entre les cultures et établir
" un pont entre les deux rives de la Méditerranée. "
Chercheuse sur la Civilisation Arabe
médiévale et sur l'Histoire de l'Afrique
du Nord Antique,
elle a enseigné la médecine arabe à l'Université
de Nantes. Conférencière et organisatrice de col-
loques, elle est intervenue à plusieurs reprises à Paris
(Institut du Monde Arabe) et à Montpellier (Institut
Maimonide). Fondatrice des Rencontres méditerra-
néennes, elle met en lumière le soufisme, "une voie
spirituelle de l'islam, une quête mystique, un voyage
au plus profond de soi." Les poésies soufies sont au
rang des beaux fleurons de la poésie universelle.
Malika Pondevie a grandement contribué au
dialogue entre croyants de diverses obédiences,
que ce soit avec le groupe inter religieux des Sables
d'Olonne ou à travers ses publications parmi les-
quelles nous citerons principalement Culture Arabe
et Culture Européenne et Saint Augustin. Sans ou-
blier ses nombreuses conférences et participations
à moult colloques dont celui de 2006 à Nantes,
en partenariat avec l'Université, avec le soutien de
l'Unesco " Programme Méditerranée ", sous le haut
Patronage du Ministère de la Culture et
de l’Éducation Nationale.
Cinq jours après le décès de Ma-
lika, le 16 mai, lors d'une cérémonie
d'adieu dans la salle paroissiale des
Nouettes aux Sables d'Olonne, un
hommage a été rendu à la défunte, en
ce lieu où, quelques jours auparavant,
mercredi 3 mai, "elle y prenait encore
la parole avec bonheur, à l'invitation de
l'association Dialogue pour la Paix, lors
d'une conférence sur Avicenne".
Après de nombreux témoignages,
Olivier Gaignet a mis en lumière
l'importante contribution de Malika
Pondevie au dialogue inter religieux,
citant Albert Camus dans sa pièce
de théâtre intitulée " Les Justes " :
" Nous voilà condamnés à être plus grands
que nous-mêmes ! " Il en conclut : "N'est-
ce pas à cela que, sans cesse, Malika
nous a invités ? Et devant un tel projet,
ni la mort ni le destin ne pourront avoir
le dernier mot ! [...] les engagements de
Malika, tels qu'ils viennent de nous être rappelés, continue-
ront d'être, pour chacun de nous, une semence féconde, nous
incitant sans cesse à aller de l'avant, à son exemple."
Olivier Gaignet mit
en exergue l'ouverture im-
mense qui a caractérisé la vie
de Malika, à l'exemple de
Gandhi qui avait coutume
de dire, tout en demeurant
fondamentalement fidèle à
sa religion d'origine : " Je suis
hindou, je suis chrétien, je suis
bouddhiste, je suis musulman,
je suis juif. " Entrons pleine-
ment dans la compréhension
de l'autre, quel qu'il soit.
Je laisse la rédaction des
dernières lignes de cet hom-
mage à Olivier Gaignet, ad-
mirable prêtre dans la lignée
de Malika Pondevie, Olivier
notre collègue et ami au sein de la Société des Écrivains de
Vendée :
Malika, mille mercis à vous ! Rejoignez à présent le monde
des immortels, avec Avicenne et Albert Camus, Gandhi et ibn
Arabî, Martin-Luther King, Sr Emmanuelle, Moïse le libéra-
teur, Nagarjouna, ce grand philosophe du 1er siècle, en Inde,
que vous connaissiez, ainsi que tant d'autres grands prophètes de
l'humanité.
				 Jacques Bernard
Malika Pondevie
Femme de culture
et d'ouverture
En 2008, l’ensemble de ses écrits justifie
son élection à l’Académie de Bretagne
Malika et Jean-Claude Pondevie
8
Le suicide de Daniel Brochard, à la mi-janvier,
laisse un ressenti amer — voire culpabilisant — chez ses
amis. Moi le premier (qu’il considérait plus ou moins
comme une sorte de “mentor” implicite tant en poé-
sie — sans doute à cause de feues mes éditions Le Dé
bleu qu’il avait rencontrées à… Paris (!) lors d’un Mar-
ché de la Poésie — qu’en Vendée où il savait que j’étais
son voisin), je n’ai pas su pressentir la juste mesure de
ce que le poète signifiait en m’écrivant (courriel du
14/01/2023, soit une semaine avant de mourir) qu’il a
« cumulé la lourde tâche d’être un esprit malade dans un
corps d’écrivain », ajoutant : « j’aspire à la paix et à un
autre voyage ». En effet, quand on est emmuré depuis
l’enfance dans une maladie incurable (schizophrénie),
claquemuré dans la souffrance psychique et organique,
comment ne pas désespérer d’une condition existentielle
qui ne demande pourtant qu’à libérer un élan vital qui
irrigue en permanence et malgré tout l’esprit et le corps ?
Daniel Brochard s’est jeté dans la poésie à la manière
dont, dans un naufrage, on se jette à l’eau : en urgence
absolue, pour tenter désespérément de sauver sa peau,
quitte à en périr.
Animateur depuis plus d’un demi-siècle de la prestigieuse et incon-
tournable revue Décharge qui publie son ultime n° 200 en cette
fin d’année 2023.
Daniel Brochard
(1974-2023)
la poésie entre urgence et résurgence
De la Vendée (à Talmont), il avait fait son point
d’ancrage, tant familial qu’affectif. Et il avait tenu
à réunir dans le dernier numéro de sa revue Mot à
Maux des poètes vendéens pour consolider cet an-
crage. Des poètes déjà reconnus tels James Sacré,
Luce Guilbaud, Patricia Cottron-Daubigné, Alain
Perrocheau…, d’autres émergents tels Thierry Ra-
dière, Nathalie B. Plon, Gabriel Arnaud… et encore
ses “co”-auteurs des éditions du Jarosset Éric Thibau-
deau, Jean-Louis Cousseau, Jean-Marie Ferré, Phi-
lippe Yves Bataille sans oublier leur poète-éditeur Gé-
rard Glameau. Auteurs à qui il avait posé la question
(sans trop clairement m’en informer !) : quelles traces
Le Dé bleu a-t-il laissé en vous ? Dire combien j’ai été
ému (à la réception de la revue) par cette initiative
et bouleversé par les réponses m’en est encore guère
possible. Mais j’ai alors perçu plus nettement à la fois
toute la pudeur et la délicatesse de Daniel Brochard
et aussi, au plus profond, une hantise de « laisser des
traces » dont il tente de s’expliquer dans son dernier
texte auto-publié.
En effet, fin décembre 2022, il auto-édite un Ma-
nifeste pour une poésie sociale envoyé à quelques amis
et connaissances. Il y développe ses rêves de vivre en-
fin une vie libre et oublieuse de ce qui cadenasse son
quotidien. Et il y condense son expérience d’anima-
teur de la revue Mot à maux jusqu’au dernier n° paru
en juin 2022. Un travail de revuiste remarquable,
appliqué et entêté — c’est une question de survie !
— mais aussi exemplaire de lucidité littéraire par le
choix du thème “laisser des traces” — prémonition ?
— parce qu’il sait que les mots du poème échappent
toujours à la mort. L’extrait qui suit (pages 27/28) est
significatif :
Face aux événements du monde, à leur brutalité et
leur violence, j’ai décidé d’arrêter la revue Mot à maux.
Je l’avais ressuscité en septembre 2018 à son numéro 7,
après une interruption de 10 ans…
Il semble bien que le numéro 21 de juin 2022
soit le dernier. Le sentiment d’inutilité est plus fort
que le courage et l’obstination. Le poète touche à ses
limites, pris dans un mouvement plus puissant que
lui, découragé et démobilisé par l’inertie de son com-
bat… Pour moi la pente devenait trop dure à mon-
ter…
Commencée au printemps 2005, Mot à maux
aura bien vécu et accueilli des poètes de tous horizons.
C’est cette diversité qui a fait grandir la revue. Toutes
les générations s’y sont croisées. Toutes les sensibili-
tés. Si elle est méprisée, la poésie aujourd’hui est bien
vivante. Certes, pas à la hauteur de nos désirs… Car
dans cette société de consommation et de spectacle,
nos actions semblent bien contrariées… Allons, on
ne va pas faire dans les pleurs et la tristesse ! Je me
sens empli d’une paix intérieure, satisfait du travail
effectué. Ma décision a été brutale, bien que pressen-
9
tie. J’ai émis des doutes,
puis le courage est re-
venu… avant d’entrevoir
le rideau final. Il n’y aura
pas de retour. je laisse
cependant quelques cer-
titudes : la poésie sera
toujours partagée et
riche de nos expériences
; l’attention au monde
est devenue nécessaire
dans l’époque qui est la
nôtre… D’autres revues
verront le jour. Certaines
disparaîtront… C’est
la marche lente de la
poésie. Les générations
se succèdent. La poésie
portera toujours notre
résurgence. Elle sera fon-
damentalement la vie ! »
Daniel Brochard a laissé « sa trace »
Significative et émouvante, cette “ mise à mort ”
d’une revue de poésie, ultime point d’ancrage de l’être
dans son entier. Qu’on peut aujourd’hui “ lire ” comme
une métaphore prémonitoire du suicide intervenu
quelques semaines après la publication du Manifeste…
Chez Daniel Brochard, le texte et le geste sont les at-
tributs d’une même substance vitale. Et nous restent
ses livres de poésie publiés entre 2002 et 2023 chez des
éditeurs que l’on connaît bien (Encres vives, Éd. Henry,
Le Petit Pavé…), dans des revues appréciées (Comme en
Poésie, Triages, Traversées, Poésie sur Seine, Verso…) ainsi
qu’un livre de correspondance avec son amie Catherine
Andrieu qui permet d’approcher quasiment à vif « le
sentiment tragique de la vie » (selon le philosophe Mi-
guel de Unamuno) qui déchire en permanence les mots
et les maux du poète. Le dernier livre de poèmes paru
en mars 2022, Je voulais voir le monde, condense les
thèmes et les figures d’écriture de Daniel Brochard : dans
le prolongement d’une citation d’André Breton (mise en
exergue), le poème le « porte à croire qu’il existe un cer-
tain point de l’esprit » qui dans l’absolu le libérerait de
cette désintégration complète de la faculté mentale de
s’étonner devant le merveilleux, l’illusoire, le temporaire
et qui vous fait passer de la béatitude à l’obscurité la plus
complète. Seule résurgence possible, écrire. C’est une
lutte incessante avec l’ange / langage, les mots non sans
maux se conglomèrent malgré tout et le plus souvent en
proses quasi “ narratives ”, entre fiction sauvage et auto-
Éditions du Jarosset, 12 € (+
frais de port). Contact : lejaros-
set@gmail.com. Cf. la note de lec-
ture dans Lire en Vendée n° 36.
fiction résiliente, entre sombre repli sur soi et pudique
dépli vers l’autre. Certaines pages font bien sûr songer
à Antonin Artaud, d’une sincérité tragique. Proches du
sublime d’un « désespoir précisément », pour reprendre
la belle expression de Jacques Morin, poète et revuiste
exemplaire qui n’a jamais ménagé un soutien empha-
tique pour son jeune confrère Daniel Brochard.
Oui, Daniel Brochard a laissé « sa trace ». Urgente et
résurgente comme une comète lumineuse dans l’univers
de la littérature.
				 Louis Dubost
Daniel Brochard / Catherine Andrieu - Correspondance. Édi-
tions Le Petit Pavé, 2019. On peut consulter le site de Catherine
Andrieu : https://www.catherineandrieu.fr
Huile de Daniel Brochard
10
« La Vendée comme prolongement
de moi-même »
Le 6 juillet 1973, s’éteignait Louis Chaigne, dans
sa 73e
année, à son domicile de Venansault, en Vendée.
Personnalité reconnue dans le monde des Lettres, poète,
journaliste, critique littéraire, acteur de la Renaissance
littéraire catholique, directeur de revues, créateur d’as-
sociations, de guides littéraires et religieux de la France,
il s’ouvrit également à la littérature étrangère. Sa carrière
se déroule à Paris. Les premières années sont difficiles,
il travaille pour des revues éphémères, Énergie, puis,
Les Lettres, de 1924 à 1926 chez Gaëtan Bernoville. Les
éditions Lanore accueilleront la revue en 1929, puis en
1930, il deviendra le directeur littéraire de la maison de
Gigord jusqu’en 1949 - c’est lui qui a créé la collection
J’ai lu. Il aime sa vie parisienne, fréquente les salons, re-
cueille les avis, suit les débats et se lie avec les grands au-
teurs catholiques de l’époque, de ceux qui influent sur les
idées : Paul Claudel, François Mauriac, Jacques Maritain,
Francis Jammes, Mgr Loutil (plus connu sous le nom de
Pierre l’Ermite). Mais cette vie de relations intenses ne le
coupera en rien de sa province natale. Il fit sienne cette
phrase de Paul Claudel : « L’exil m’enseigna la patrie ».
Pour Louis Chaigne, il s’agit plutôt, ainsi qu’il se
plaît à la nommer, de sa « petite patrie », c’est-à-dire de
la Vendée. Jeune, il rêvait d’appartenir à « un grand jour-
nal parisien », sa vocation première étant le journalisme.
Mais comme souvent, l’éloignement d’un lieu ou d’un
être cher a provoqué chez le jeune homme une révéla-
tion : ce qui lui paraissait banal est devenu précieux. Lors
de ses premières années dans la capitale, il lui arrivait de
se rendre à la gare Montparnasse pour y assister au départ
des gens qui, le lendemain, débarqueraient en Vendée,
ému quand il apercevait une coiffe des Sables d’Olonne
ou du Bocage. À Paris, dès qu’on lui signalait un compa-
triote, il profitait d’une occasion infime pour aller l’abor-
der et s’entretenir avec lui. Mais la Providence veillait. Il
dut quitter son premier logement voué à la destruction
et répondit à une annonce.
En arrivant, il eut la surprise de découvrir que son
voisin de chambre s’appelait Jacques de Maupeou (1899-
1963) originaire d’Auzay près de Fontenay-le-Comte,
futur sénateur de la Vendée. Ils sont nés la même année,
ont les mêmes goûts littéraires et surtout partagent une
même foi fervente. Jacques a un frère, Gilles, qui lui
aussi demeure à Paris et tous trois font le constat que
dans le domaine des lettres et des arts, des « Vendéens de
qualité s’ignoraient ». Et de se mettre au travail ! Tisser
des liens, promouvoir la culture, Louis Chaigne est dans
son élément. En 1928, il crée avec Jacques de Maupeou
l’édition « À la belle fontaine », référence à la célèbre
Fontaine des Quatre-Tias emblématique de Fontenay-le-
Louis Chaigne
11
Comte depuis la Renaissance. Les deux amis espéraient
la collaboration de nombreux auteurs (Jacques Mari-
tain, Jean Yole, René Bazin…), elle ne permit d’éditer
qu’un petit recueil de poèmes de Louis Chaigne, aux ac-
cents mélancoliques, Figures. Puis en 1932, avec Gilles
et Jacques de Maupeou, il crée à Paris l’association « La
Veillée vendéenne ». À partir de ce jour, l’idée d’une
œuvre consacrée à sa terre natale mûrit chez lui.
Ce sera, en 1934, La Vendée, sept
fois rééditée,
la dernière édition posthume étant de 1981. Cette
œuvre fit sa notoriété : elle a été souvent offerte aux jeunes
mariés, par nombre de mairies. Stimulée par ce succès,
sa réflexion ne cessera de s’enrichir, dès 1937, avec L’âme
romane du Bas-Poitou. Pendant la guerre, soucieux de
garder le contact, il écrira de nombreux articles pour
la presse vendéenne (L’Écho de l’Ouest, Le Phare de la
Loire, La Résistance de l’Ouest, Presse Océan, Ouest-
France) et publiera deux ouvrages, La Vendée confiden-
tielle (1962) et Confidences au bord des sources (1965).
Etquediredusoutienqu’ilprodigua
aux écrivains de Vendée ?
Il sera à l’origine de la première publication de Jean
Rivière, La vie simple (1969). Dans la préface à Louis
Chaigne. Un humanisme de Vendée (2012), Yves Viol-
lier le présente comme « un passeur de lumière ». Lui-
même, à dix-sept ans, avait été
encouragé et reçu comme s’il était
« aussi important que le plus im-
portant de ses amis parisiens ». À la
question formulée dans La Vendée
maritime : « Qu’est-ce pour vous
que la Vendée ? » Louis Chaigne
fut tenté de substituer : « Qu’est-
ce pour moi que le Bonheur ? » :
ses œuvres sont une réponse à ces
deux questions qui pour lui n’en
faisaient qu’une.
C’est dans cet esprit qu’à la demande de Jacques de
Maupeou, il accepta de prendre avec le Dr. Louis Merle
(1890-1973), féru d’histoire régionale, la direction de La
Revue du Bas-Poitou. Cette revue régionale et régiona-
liste, créée en 1888, par René Vallette (1854-1939) s’at-
tachait à mettre en valeur le patrimoine historique, litté-
raire et artistique de la Vendée. Or, après avoir traversé la
difficile période de la Guerre de 39-45 et de l’Occupation,
elle avait cessé de paraître en 1954 avec le décès prématu-
ré de son directeur André Mady. Grâce aux statuts dépo-
sés de la « Société des Amis du Bas-Poitou », elle reparaît
en janvier 1956. Le Dr. Merle et Louis Chaigne vont
moderniser la revue et l’ouvrir à l’actualité. Convaincus
ANNIVERSAIRES
que la culture passe par
un réseau de personna-
lités, ils vont organiser
des « Rencontres » en
marge de la tradition-
nelle Assemblée Géné-
rale. Ce seront les dî-
ners et les déjeuners aux
Sables d’Olonne, à Pa-
ris, La Roche-sur-Yon,
Saint-Jean-de-Monts,
Nantes, Cholet, Niort,
Montaigu, La Rochelle,
Pouzauges, Luçon, au
plus près des lecteurs.
Sous leur impulsion,
l’aire d’influence de la
Revue s’étendra aux dé-
partements limitrophes quand elle deviendra en 1961 La
Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l’Ouest, attei-
gnant en 1963 son millième abonné et … son premier
bilan excédentaire.
Mais peu à peu, les difficultés s’amoncellent : les né-
gligences des abonnés, voire leur défection, entament la
bonne santé de la revue. Mai 68, apporte son lot de trans-
formations : suppression de la subvention de l’Université
de Nantes, augmentation des coûts de l’édition creusant
un déficit que la discrète générosité du Dr. Merle ne pou-
vait plus combler. Ce dernier, malade, dans une lettre
adressée à Louis Chaigne du 18 novembre 1972, après
avoir fait le bilan des dernières années, lui annonce, « la
mort dans l’âme », qu’il lui est devenu impossible d’as-
surer plus longtemps la rédaction de la Revue. La propre
santé chancelante de Louis Chaigne le rendra solidaire de
la décision de son ami. Dans son ultime éditorial « Pour
prendre congé », il termine cependant par une note d’es-
poir : « Nous faisons confiance à nos cadets ». Les vœux
de Louis Chaigne seront en effet largement exaucés. La
relève viendra en 1994 avec la création de la revue Re-
cherches Vendéennes, par un Vendéen d’adoption, Alain
Gérard.
Les temps ont changé, l’œuvre accomplie demeure
et, sous d’autres formes, les Vendéens manifestent un bel
attachement à leur patrimoine. En témoigne le succès
international du Puy-du-Fou, servi par l’enthousiasme
de nombreux bénévoles, ces Puyfolais, héritiers de ces
hommes qui ont une terre préférée entre toutes et qui,
comme Louis Chaigne l’écrit dans La Vendée maritime,
pourraient dire : « Il faut plaindre l’homme qui ne se
connaît pas de petite patrie ».
				 Chritiane Astoul
auteur du livre "Louis Chaigne un humanisme de Vendée", paru
au Centre Vendéen de Recherches Historiques en 2012.
12
J'étais élève à l'Institution Richelieu à la Roche-
sur-Yon. Le jeudi après-midi offrait quelques heures
de liberté ; je fréquentais les librairies et pous-
sai un jour celle de la rue Thiers, au numéro 3, in-
titulée " La maison du livre et de la musique ".
La devanture verte n'était pas bien grande, la librairie
non plus. J'avançai de quelques pas. Effectivement on y
trouvait des livres et de la musique, de nombreuses par-
titions empilées et de vieux volumes aux couvertures le
plus souvent bistre. Mon flair de jeune passionné m'at-
tira tout de suite vers la poésie. J'y pris un recueil, y lut
quelques vers, et fut distrait de ma lecture par un bruit de
pas. Un homme se tenait dans l'encadrement de la porte
d'une minuscule arrière-boutique. Un vieil homme à la
barbe blanche taillée finement en bouc. Ses yeux et son
visage s'éclairèrent. " Vous avez raison jeune homme, me
dit-il, la lecture des poètes enrichit ". Ce fut ma première
rencontre avec un homme que je visitai ensuite réguliè-
rement. Il fut de ceux qui lurent mes premiers écrits, me
conseillant d'une gentillesse bonhomme, et m'instruisant
à chaque fois davantage sur les poètes, sur son parcours
personnel, et naturellement sur ses publications que je
lus presque toutes, achetant les unes et recevant les autres
en cadeau de ses propres.
d'une famille originaire des Deux-Sèvres. Il fait des
études de droit à Paris, puis s'installe comme avocat.
Mais comme beaucoup d'autres avant lui il abandonne
sa carrière tout juste commencée. Il se passionne pour
l'Histoire et la Philosophie, puis finalement pour la Poé-
sie. Ayant publié en 1924 " Étreintes d'âmes ", il ob-
tient deux ans plus tard le grand Prix des jeux Floraux de
France. Les recueils vont alors s'enchaîner et le poète est
vite reconnu par la critique. Tout en menant une activité
de libraire à Paris, il y côtoie des poètes aussi importants
que Gustave Kahn, Francis Vielé-Griffin, Philéas Lebes-
gue, Charles Vildrac ou Tristan Klingsor.
y acquit d'ailleurs aux confins de la forêt une résidence
secondaire qui sera son véritable havre familial, fréquenté
assidûment jusqu'aux débuts des années 70, et qui sera
d'ailleurs le centre de son dernier recueil publié, " La
Dune d'or " en 1968.
Parmi ses titres consacrés à la Vendée, nous retien-
drons " La Vendée coule dans les Cœurs " qui reçut le
prix Émile Blémont, mais aussi " La petite ville au cœur
doux ", " La Roche-Napoléon ", " Fidelia la bocaine "
ou " La fée du Marais ", pièce de théâtre en quatre actes.
Son œuvre se compose d'une vingtaine de recueils et
deux pièces de théâtre poétique, publiés entre 1926 et
1970. C'est à l'époque où il met au point sa théorie du
vers libre qu'il devient véritablement lui-même. Entre le
surréalisme révolutionnaire et le classicisme traditionnel
du néo-romantisme, il offre la troisième voie d'une poé-
sie aux images qui scintillent. Il joue des rythmes avec
jubilation, soulignant parfois les variations sur sa page
par des décrochements de mots, utilisant avec abondance
et dextérité des signes de ponctuation. Dans sa période
vendéenne, ses poèmes sont autant de toiles intériorisées,
magnifiées par les harmonies que tissent les mots qui en
sont la trame. Chabot y déploie souvent un sens aigu de
la concision qui déroule en deux mots un paysage im-
mense ou une impression souveraine, dans une vision
panthéiste d'un poète qui aime les éléments et s'en nour-
rit, l'air –le vent maritime-, la terre de la plaine ou l'eau
des marais.
Marcel Chabot, né à Montmartre en 1889,
En 1929, il fonde la revue "La Proue",
Marcel Chabot, vernissage Nauleau
Mais Chabot est d’abord pétri d’humanité
qui défend et illustre le vers libre, et publie de nom-
breux auteurs, environ cent-cinquante, qui partagent
ses vues. Plusieurs artistes participent aussi à l'aventure
qui va durer jusqu'en 1939. Car à l'époque, très mar-
qué par la guerre, il va venir se réfugier en Vendée, à La
Roche-sur-Yon. Il s'intègre si bien à la vie locale, prési-
dant notamment la troupe des Comédiens yonnais et
devenant professeur de diction au conservatoire. Il pour-
suit naturellement sa carrière de poète publiant de plus
en souvent sur des thématiques vendéennes. Il fréquenta
aussi le Groupe des Peintres de Saint-Jean-de-Monts et
eut une réelle amitié avec le peintre André Nauleau. Il
Le poète inspiré place l'âme au centre de tout et
décèle les moindres vibrations de la vie, allongeant de
manière infinie l'écho si ténu qu'elles ont provoqué. S'il
aime grandement les symboles, dont celui de l'étoile,
c'est parce qu'il veut mettre à portée de main un peu du
cosmos pour redimensionner l'humain. "Tout ce qui est
humain est nôtre", écrit-il comme pour défier la mort et
des espaces inconnus d'espoir et de fraternité. Il utilise
J'avais 17 ans, il en avait 68
13
la forme impérative itérative en déclamant quelques conseils visionnaires et
en tous cas inspirés. Sorte d'idéalisme ou tentative moralisatrice basée sur le
vivre et l'écrire ? La poésie de Chabot donne des signes d'espoir et de vie et
confère à l'humain une dimension d'éternité et d'universalité.
Marcel Chabot mourut en 1973, voilà 50 ans. D'où cet hommage que
je tenais à lui rendre. Rappelons que La médiathèque de La Roche-sur-Yon
conserve un fonds d'archives très intéressant pour ce poète qui demanderait
à être mieux connu.				
Des visages éclosent aux fenêtres
Les villas aux grands yeux ouverts sur la forêt,
Le vieil étang dolent aux lourdes larmes vertes
Somnolent dans la paix sans ride du couchant.
Le silence est fait de chants étouffés,
de soupirs de fées...
Dans le tunnel vert de l’allée,
Echevelé
Tu parais, pédalant et sculpté dans le vent
Que tu fais en passant
Fleuri de tes sourires.
Les heures chantent dans les branches ;
Des visages amis éclosent aux fenêtres,
Se tendent vers Toi
vers la vie
Et tu poursuis, ailé, pavoisé de sourires.
		 Marcel Chabot
				
				 Alain Perrocheau
Il y a cinquante ans
disparaissait
Marcel Chabot,
poète yonnais
14
les frères Martel se ressemblèrent toute leur vie comme deux gouttes
d’eau ! Et en profitaient pour faire des blagues. Par exemple chez
ce coiffeur où Joël se fait couper les cheveux, et où Jan revient
quelques heures plus tard pour crier au scandale, que ses cheveux
avaient repoussé ! La tête du coiffeur !
Quelle fatalité pour ces mordus de numé-
rologie
Fatalité sous le signe du 6. Jumeaux, ils sont nés en
1896 et meurent en 1966, l'un (Jan) le 16 mars, des
conséquences d'un accident de la circulation, l'autre
(Joël) de maladie le 26 septembre.
Quelle fatalité, mais quel destin d'artistes que celui
de ces frères sculpteurs, nés à Nantes, mais qui estimaient
qu'ils avaient « vu le jour au Mollin », la propriété fami-
liale au croisement des routes Challans-Bois-de-Céné et
Châteauneuf-La Garnache. Une propriété touchée par la
grâce, comme dans un film de Cocteau.
Ce fut toute leur vie (avec la résidence de la Chapel-
lenie, à Saint-Jean-de-Monts) le pied-à-terre vendéen de
ces artistes qui provoqueront la polémique en réalisant,
à la demande de Mallet-Stevens, des arbres cubistes en
béton armé pour l'exposition d'arts décoratifs à Paris, en
1925 !
Fixer le mouvement dans la pierre
Puis, ils adhèrent à l'UAM (Union des artistes mo-
dernes), en devenant même des piliers, aux côtés du chef
de file, l'architecte novateur Robert Mallet-Stevens. En
1932, leur réputation devient internationale, avec l'élé-
vation d'un monumental bas-relief à la gloire de Debussy,
à Paris, boulevard Lannes dans le XVIe arrondissement.
Bas-relief dont la conception fit beaucoup jaser. Fixer la
musique et la danse dans la pierre, tel était leur défi, « à
la fois hiératique et dans le mouvement », écrit notam-
ment Jean-Christophe Moncys-Martel, petit-fils de Jan
Martel, dans le bulletin 2016 de la Société d'Histoire du
nord-ouest vendéen, que les jumeaux illustrent sur une
belle couverture glacée.
Car les Martel, qui jouent beaucoup avec leur gémel-
lité créatrice (on ne sait pas qui commence et qui finit
l’œuvre, mais la signature est toujours « J J Martel »),
sont un cas réellement à part. Et un style inclassable. «
Sont-ils classiques ? Cubistes ? Art Déco ? Synthétisent-
ils ou simplifient-ils ? »
Ils s'étaient fait remarquer dès l'après Première
Guerre mondiale par la composition de leurs monu-
ments aux morts, transformant la guerre en symbole de
paix, comme la jeune veuve éplorée aux Clouzeaux, ou
encore la tristesse infinie de cette vieille femme à Olonne-
sur-Mer.
Sans oublier le bas-relief, place Albert 1er
, à la Roche-
sur-Yon.
Une liste qui s'est allongée après la Seconde Guerre
mondiale, avec le monument du maréchal Leclerc à
Amiens, pour ne prendre que cet exemple.
15
Lagémellitécréatrice
des frères Martel
Mais ces élèves et amis de Mallet-Stevens et de Le
Corbusier furent des touche-à-tout. Et ils laissent une
liste impressionnante d’œuvres, les faisant parfois mieux
connaître, notamment auprès des collectionneurs, au
États-Unis et au Japon qu'en France et même en Vendée,
le pays où « ils ont vu le jour ».
L’œuvre de l’accordéoniste des frères Martel serrée par Véronique
Piveteau lors d’une expo que la directrice de l’office de tourisme
de Challans avait accueillie dans l’ancienne mairie de Challans
(désormais Espace Martel) lors de la deuxième décennie de ce siècle
Ce groupe d’oiseaux sur le remblai de Saint-Jean-de-Monts est une
de leurs dernières œuvres
Les Oiseaux sur le remblai montois
Ils iront jusqu'à décorer la chapelle du paquebot
Normandie, mais aussi des dépliants publicitaires pour
des bouchons de radiateurs d'automobiles. Et le groupe
des oiseaux, sur le remblai de Saint-Jean-de-Monts est
une de leurs dernières œuvres. Un buste de Le Corbusier
la toute dernière.
À l'annonce de la mort de Joël peu après celle de Jan
en cette funeste année 1966, le journaliste vendéen, Va-
lentin Roussière, a narré comment il avait rencontré les
deux frangins « qui se ressemblaient comme deux gouttes
d'eau », à l'Exposition universelle de Paris, en 1937. Et
de quelle brillante manière, ces frères siamois s'étaient
battus, dès le début des années 1930, pour collecter (sur
papier et sur bandes magnétiques) musiques et chants
des coutumes maraîchines en voie de disparition.
Ils créeront même une association folklorique. « Car
pour eux, le folklore ne devait pas être dans les musées mais
donner de la vie ! »
Joël et Jan Martel reposent dans le cimetière de Bois-
de-Céné.
Précision : un article similaire est publié dans « Les
grands événements en Vendée au XXe
siècle », ce année
par année, de 1900 à 2000, co-écrit avec Alain Perro-
cheau (Geste Editions, 2018).
				 Philippe Gilbert Monuments aux morts, Saint Hilaire le Vouhis, Vendée
16
Déjà 10 pages
sur Georges
dans notre revue n° 24 en 2012
à l’occasion de l’exposition
à l’Historial de la Vendée
« Georges Simenon,
de la Vendée aux quatre coins du monde »
....et, pour finir, une photo inattendue avec Joséphine Baker !.
17
1903-2023…
Simenon
l’immortel a 130 ans
Simenon le « Vendéen » de Fontenay et
Saint-Mesmin
Voilà un peu moins de 10 ans (en 2015), un livre est
sorti pour ressusciter les légendes les plus noires autour
d’un des plus puissants écrivains du XXe siècle : Georges
Simenon, ce Belge de Liège mort en Suisse, dont la puis-
sance de travail fut équivalente à Balzac et qui fit de lui,
après avoir inventé Maigret, au début des années 1930,
une célébrité gagnant
des millions.
Ce livre qui fit scan-
dale ? « L'autre Simenon
»,de Patrick Roegiers
(Grasset), mettant en
scène Christian Si-
menon, le frère cadet
de Georges, impliqué
jusqu'au cou dans la
collaboration en Wallo-
nie, avec le parti catho-
lique d'extrême-droite
Rex, de Léon Degrelle.
Christian Simenon
tuera même plusieurs
personnes de sa main,
avant d'être condamné
à mort par contumace,
intégrant alors la Légion
étrangère, mourant sous
cet uniforme au combat,
en Indochine, en 1947.
De là à faire de
Georges un collabo aussi
notoire, c'est un pas qui fut franchi par certains dans un
douteux amalgame, alors que le bouquin de Roegiers est
à prendre avec circonspection, puisque l'auteur l'a dit et
répété, son livre mélange la fiction à la réalité.
Mais où est-il, Georges, entre 1940 et 1945 ? Quit-
tant la Charente-Maritime, il vient habiter en Vendée,
au château de Terre-Neuve à Fontenay, Vouvant, un
long temps à Saint-Mesmin, L'Aiguillon-sur-Mer et Les
Sables-d'Olonne, où il sera assigné en résidence en 1945,
par les FFI, dont, parmi eux, un jeune Chaumois dé-
nommé Jean Huguet, ce qu’il racontera dans un de ses
ouvrages (« Un témoin de l'Occupation, de la Libération
et de la Victoire en Vendée », 1995).
Simenon sera relaxé. Le dossier est à peu près vide.
Simenon n'a certes pas été un résistant, loin s'en faut,
mais il est compromis passivement comme la plupart de
ceux du Show-biz, qui seront également assignés: Sacha
Guitry, Arletty (« mon cœur est français mais mon cul
est international ! » plaidera-t-elle), Fernandel (qui ne
sera pas ennuyé), Henri Decoin, Clouzot aussi, malgré
(ou en raison de) son film « Le corbeau »... C'est que
le courage n'a guère régné dans ce milieu, il n'y a eu
que Jean Gabin et Florelle (une Chaumoise) pour sauver
l'honneur !
Simenon, bour-
reau de travail, a
donc continué à
écrire, vendre des
droits pour l'adap-
tation au cinéma,
signant comme
tant d'autres avec
la « Continental »,
écrivant des articles
vendus dans les jour-
naux d'Occupation,
articles cependant
sans idée collabora-
tionniste. Il a aussi
serré la main à des of-
ficiers nazis, comme
à l'avant-première du
film, « La Maison des
sept jeunes filles », à
Fontenay-le-Comte,
en 1941. Et il s'est
beaucoup approvi-
sionné au Marché
noir.
Mais à la Dé-
bâcle de 1940, alors qu'il vit encore en terre charentaise
à Nieul-sur-Mer, il aidera les réfugiés belges arrivant en
masse à La Rochelle. Ce qui lui inspirera « Le train »,
un de ses romans les plus connus, interprétés au cinéma
dans les années soixante-dix par Romy Schneider et Jean-
Louis Trintignant. Et à Saint-Mesmin, il n'hésitera pas à
aider, avec de l'argent, des groupes de résistants, même
si les Vendéens, qui l'appellent « Monsieur Georges »,
se méfient de lui. Car il était tenu en suspicion, consi-
Georges Simenon
auteur de 192 livres,
a vécu en Vendée durant
toutes les années d’Occu-
pation (1940-1945).
Cette Vendée
que l’on retrouve dans
beaucoup de ses romans,
quand ceux-ci ne se si-
tuent pas carrément
dans notre département !
Assigné par le jeune Jean Huguet
18
déré comme collaborateur, passant pour Germano-
phile (il parlait l'allemand)... Mais l'enquête du SRPJ
de Poitiers est bien obligée d'arriver à la conclusion
que le dossier est vide, sans acte « franchement répré-
hensible », écrira Pierre Assouline dans sa biographie
(Simenon, Julliard, 1992), la référence incontestable,
avec aussi Michel Carly (« Simenon, les années se-
crètes », D'Orbestier).
Ce dernier est d'ailleurs revenu sur un autre épi-
sode. Simenon a bien été suspecté d'être juif. Lui-
même raconte cet épisode dans « Mémoires intimes
», son autobiographie écrite après la mort de sa fille
Marie-Jo. Carly rappelle d'ailleurs que c'est Jean Lu-
chaire, directeur d'un journal collabo, qui l'extirpera
de ce mauvais pas. Luchaire sera condamné à mort à
la Libération.
Et Christian Simenon ? Son grand frère Georges
l'a rencontré deux fois pendant la guerre : à Saint-
Mesmin, en 1943, où le petit préféré de maman Si-
menon reste dix jours ; et à Paris en 1945, où Georges
l'aîné lui conseille la Légion étrangère, fera même les
démarches.
Georges Simenon, fut donc à l'image de ses per-
sonnages, tout en ombres et lumières, « simenonien »
! Mais c'est vexé qu'il partira des Sables et de France
en 1945, recommençant sa vie au Canada et aux
États-Unis.
C’est durant cette période américaine qu’il écrira
des romans emblématiques se déroulant en Vendée,
notamment le très très bon « Lettre à mon juge »,
dont l’intrigue se déroulera en grande partie à la
Roche-sur-Yon (1947) ; « Les vacances de Maigret
» dont le cadre est les Sables d’Olonne (1948, voir
ci-contre l’article de René Moniot-Beamont) ; et «
Maigret a peur » (1953), dont l’enquête se déroule à
Fontenay-le-Comte.
Outre Jean Huguet, un autre écrivain vendéen le
rencontrera, un certain Gilbert Prouteau. Ses propos
sur « Monsieur Georges » sont inédits et recueillis
peu avant sa mort (2012).
Par ailleurs, il faut signaler le très attrayant « par-
cours Simenon » qui a été mis en place à Saint-Mes-
min et inauguré par son fils John voilà deux ans (en
2021), avec panneaux explicatifs et illustrés.
					 PhilG
Simenon, ce juif !
Cliché emblématique de Georges Simenon, éternelle pipe en
bouche
Ce panneau indicatif, dans le cadre du « parcours Simenon »,
est posé devant la demeure de l’écrivain lorsqu’il vivait à Saint-
Mesmin.
19
L’écrivain et cinéaste vendéen
Gilbert Prouteau (1917-2012)
racontait, un an avant sa mort,
comment il avait connu Georges
Simenon durant l’Occupation.
Son témoignage, inédit, reste vi-
vace :
« Je l’ai rencontré pour la première fois à Paris
avant la guerre, dans une file d’attente pour une dédi-
cace. De façon très anonyme alors qu’il était déjà une
immense vedette. Mais après la sortie de mon premier
recueil de poèmes, « Rythmes du stade » et suite à un
article paru alors dans la presse locale en 1942, c’est lui
qui a demandé à me voir. On s’est vu à La Roche-sur-
Yon, qui était sa capitale vendéenne, puis aux Sables
d’Olonne. Il y a eu alors un autre article où j’ai été
photographié avec lui.
On s’est ensuite revus à Fontenay à quatre reprises,
toujours durant l’Occupation… On gardait le lien, il
me tutoyait, moi pas, j’étais un môme, j’avais 25 ans…
Mais quand j’ai monté le canular du Prix Chaterley
avec mon copain Raymond Belin, il a apporté sa part
de rigolade en coulisses. Il trouvait ça formidable de
récompenser des auteurs de vers de mirliton, il a même
participé à une réunion préparatoire et serré la main à
un des vainqueurs… On s’est retrouvé plus tard à Pa-
ris pour un dîner, toujours durant les années 1942-43.
C’était une vraie vedette, comme un acteur de cinéma.
Une star ! Moi, vraiment, je l’ai trouvé très sympa, très
nature, en empathie, toujours des histoires à vous ra-
conter. Il avait fait le tour du monde. C’était un ba-
vard, encore plus que moi, c’est vous dire !
Quand je l’ai revu plus tard en Suisse, à la fin des
années 1970, à Epalinges, il était beaucoup plus mé-
lancolique. Mais il venait de perdre sa fille adorée qui
s’était suicidée. Il vivait comme retiré du monde. Il
commençait à écrire ses « Mémoires intimes », son ul-
time livre, passionnant, où il s’adresse à Marie-Jo mais
aussi et notamment à Marc, son fils aîné (Lire ci-contre
le témoignage de Jacques Bernard) »...
Propos recueillis par Ph. Gilbert
Prouteau à la rencontre
d’une star
Jacques Bernard :
sa rencontre
avec Marc Simenon,
le fils aîné de Georges
5 mai 1927. Le jeune romancier Georges Simenon
découvre Les Sables, en compagnie de sa femme Régine,
une jeune artiste peintre qu'il n'appelle jamais autrement
que Tigy. Il vient d'acheter une carte postale représentant
un bateau de pêche toutes voiles dehors, rentrant au port
un soir clair de pleine lune. En toile de fond, le quai
chaumois et la tour d'Arundel. Georges écrit brièvement
" baisers ". Suivent deux signatures et l'adresse de la des-
tinataire, la maman de l'écrivain. Le cachet de la poste
confirme la date.
Juin 1999 aux Sables d'Olonne, place Georges Simenon. Mylène
Demongeot entre son mari, Marc Simenon, et l'écrivain sablais
Jacques Bernard, alias le commissaire Maigret
20
En 1965, après un ultime court métrage comme as-
sistant réalisateur avec Alexandre Arcadi, il se sent prêt à
assumer ses propres créations. Pour ses débuts, il réalise
une série, Dossiers de l'agence O, où Mylène Demongeot
a obtenu un rôle. L'actrice nourrit quelques préjugés à
l'encontre du fils Simenon qu'elle pressent comme " un
fils à papa à la con ". Rapidement, elle évolue et partage
avec Marc un attrait réciproque. Ils ne se quittent plus.
Plus tard, dans une interview accordée au Figaro, elle
avouera : " Je dois dire qu'il était d'une beauté saisissante
(...) Il avait des épaules larges, la taille fine, des jambes
musclées comme le David de Michel-Ange (...) Et puis
je dois avouer que nos corps s'accordaient parfaitement.
C'est un peu ça la magie de l'amour ".
Marc et Marie-France divorcent (ils resteront en
bons termes, " pour les enfants ") et, le 16 septembre
1968, en mairie de Saint Cloud, Mylène Demongeot qui
a elle-même divorcé de son premier mari, le photographe
Henri Coste, devient Madame Simenon. C'est le début
d'une période de 30 ans " d'amour fou ", de vie com-
mune ponctuée de temps heureux et de moments diffi-
ciles, liés à la dépendance de Marc à l'alcool. Avec l'aide
de Mylène et de sa tendresse, il se sort de cette addiction,
replonge et, ensemble, surmontent des années d'angoisse
totale.
Professionnellement, au cours des années 1970, les
créations deviennent rares. Le fils Simenon est peu sol-
licité. En 1980, il réalise quelques épisodes d'une série
qui ne fait pas date. Idem en 1986 avec trois épisodes du
Petit Docteur.
De plus, depuis bien des années, Marc entretient un
relationnel difficile avec son père. Georges Simenon a de-
puis longtemps quitté Tigy. Le lendemain de son divorce,
en 1950, à Reno au Nevada, il a épousé Denyse Ouimet.
L'année précédente, cette jolie canadienne de 17 ans sa
cadette lui a déjà donné un fils, John, qui sera rejoint
par Marie-Jo, en février 1953. Le couple mène une vie
de tous les excès où le sexe et l'alcool appartiennent au
quotidien. Ces mœurs relâchées ne sont pas ignorées de
leurs enfants. Ne cherchons pas ailleurs la source de l'in-
tense conflit entre Marc et son père. Les livres sans re-
tenue publiés par Denyse Simenon possèdent aussi une
authentique responsabilité.
Avant la fin des années 80, les rapports entre Georges
Simenon et son fils aîné s'améliorent. Les deux hommes
se rapprochent. Ils élaborent des projets ensemble. Hé-
las, Georges décède en octobre 1989. En témoignage de
son amour filial, Marc se promet de réaliser au cinéma
l'adaptation d'un livre de son père.
Le soleil se remet à briller dans la vie de Mylène et
Marc. Vingt deux ans après leur mariage civil, ils déci-
dent de se marier à l'église.
-Pour que notre amour soit éternel, se souvient la
comédienne.
Le couple est charmé par la vie du port, la plage,
l'océan. La mer, " je ne vais plus, pour longtemps, ne
penser qu'à elle ", glisse Simenon dans ses Mémoires
intimes. Il fera plus qu'y penser. Depuis 1932, d'inces-
sants déménagements le rapprochent de la Vendée où, en
1940, il finit par se "replier" après que, le 19 avril 1939,
à Uccle, en banlieue-sud de Bruxelles, Tigy ait donné le
jour à Marc.
Georges et Tigy,
d'abord installés à Nieul-
sur-Mer (Charente mari-
time), sont " assaillis par
les alertes fréquentes et
les nombreux bombar-
dements sur La Rochelle
et La Pallice. Inquiétés
par les bacs à essence qui
entourent leur maison
et soucieux pour Marc
qui, angoissé, se réveille
toutes les nuits ", ils vont
commencer un périple
en Vendée qui nous est
narré par mon sympa-
thique collègue, l'écri-
vain belge Michel Carly,
grand spécialiste de la fa-
mille Simenon (Les années secrètes, éditions d'Orbestier,
2005).
Ne penser qu’à la mer !
La guerre, les fréquents changements de domicile, les
perturbations dans le couple fissuré de ses parents pertur-
bent intensément l'enfance de Marc.
- Mes meilleurs souvenirs de môme se situent sur la
plage des Sables, quand nous logions à l'hôtel des Roches
Noires. Je devais avoir 4 ou 5 ans, m'a-t-il raconté.
Bien que son père éprouve une véritable adoration
pour son petit garçon, Marc quitte rapidement le giron
familial. A vingt ans à peine, il est déjà assistant réalisa-
teur de Jean Renoir dans Le déjeuner sur l'herbe (1959).
On ne peut rêver meilleur apprentissage ! L'année sui-
vante, en avril, il épouse Marie-France Grisoni. Deux
enfants naissent au foyer : Serge (1962) et Diane (1964).
Professionnellement, Marc Simenon déborde d'ac-
tivité. Très apprécié en qualité d'assistant-réalisateur, il
travaille avec des cinéastes de qualité : Michel Boisrond,
Jean Boyer et trois films avec Jean Girault dont Le gen-
darme de Saint Tropez où, pendant le tournage, d'après
Patrice Laffont, il aurait succombé au charme de la sédui-
sante Geneviève Grad.
Mes meilleurs souvenirs de môme
Ils ne se quittent plus !
21
Marc offre à sa bien-aimée une alliance avec vingt-
deux diamants, pour symboliser les 22 années passées
ensemble. Fidèle à la tradition, il porte son épouse chérie
dans ses bras pour entrer dans leur maison, à Porque-
rolles.
Marc Simenon et Mylène Demongeot en sont les
invités d'honneur, of course.
Le premier jour, l'un des membres de l'organisation
me demande si je veux bien accompagner Mylène qui ne
connait pas la ville, pour effectuer quelques emplettes.
Première rencontre, premiers échanges, la glace est bri-
sée. On se revoit en compagnie de Marc. On s'entend
bien et, chaque jour, nous passons de bons moments
ensemble. Avec Marc, nous nous promenons sur le rem-
blai et il évoque ses souvenirs de petite enfance à l'hô-
tel des Roches noires. C'est un homme cultivé, ouvert à
l'échange et toujours désireux de découvrir, de connaître.
Pas du tout " fils à papa à la con " !
Roland Lesage, président du comité des Bouts de
Ville, très impliqué dans ce festival, me contacte :
En juin 1999, festival Georges Simenon
aux Sables d'Olonne
-OK, Roland.
Le 20 juin au Matin, inauguration de la nouvelle
place Georges Simenon. Maigret est avec Marc et My-
lène. Plus tard, le même jour, réception à l'abbaye Sainte-
Croix. Dès que le protocole le permet, Marc s'approche
de moi :
-Depuis que je suis tout môme, j'ai toujours eu dans
ma tête l'image du commissaire Maigret. Pas celui des
films de mon père, mais le mien. Celui de mon ima-
ginaire d'enfant. Celui que j'ai conservé. Ce n'était pas
Jean Gabin, Jean Richard ou autre Bruno Cremer. Mais
quand je t'ai vu ainsi costumé et jouant ton rôle, tout de
suite je me suis dit : C'est lui l
Je le regarde surpris et un tantinet abasourdi. Il pour-
suit :
-Jacques, on va travailler ensemble. Tu viens me voir
à Porquerolles après l'été.
Ce sont ses mots exacts.
Puis il me demande de lui envoyer mes livres d'hu-
mour, pensant qu'il y avait à puiser. J'ai compris que
Marc Simenon avait décidé de tourner son premier Mai-
gret. Avec moi.
- Je pense que tu serais très bien en com-
missaire Maigret. Un imper, une pipe et
un chapeau ! Tu es d'accord ?
Vers le 15 octobre, je lui envoie un courrier avec les
livres demandés, en lui disant que je suis à sa disposition.
Le 24, il tombe dans ses escaliers et se tue.
Mylène Demongeot autorise les médecins à prélever
cinq organes sur le corps du défunt : le cœur, les deux
reins, le foie et la cornée. " Pour que sa mort permette de
sauver la vie d'autres personnes ".
Marc souhaitait être incinéré, comme son père. Pour
ce faire, il est revêtu de sa tenue préférée : son tee-shirt
du Yacht-club de Porquerolles et sa veste de cow-boy, à
franges. Mylène répand ses cendres dans l'eau calme, au-
tour de leur île préférée.
Devant elle se dessine une autre vie.
				 Jacques Bernard
Denyse Simenon, la seconde épouse de l'écrivain, ra-
conte cette anecdote dans son livre " Un oiseau pour le
chat ".
Je vous la livre, sans retouche :
Pendant la guerre, [...] Simenon s'était donné un
coup de manche de couteau dans la poitrine en taillant
une baguette pour Marc. Le surlendemain, comme il
avait encore mal, il avait fait une dizaine de kilomètres
à pied pour consulter un radiologue. Le diagnostic avait
été sévère : menacé d'infarctus, Jo devait éviter toute vie
active s'il voulait prolonger tant soit peu son existence...
En fait, le médecin était un collaborateur ; il avait imagi-
né ce subterfuge pour empêcher Simenon de recevoir les
parachutistes alliés comme il le faisait clandestinement,
et de les faire évader à travers cette Vendée qu'il connais-
sait bien. Il avait pleinement réussi son coup, puisque Si-
menon n'avait plus écrit, à partir de ce moment, que les
cahiers Je me souviens destinés à son fils, après sa mort.
Gaston Gallimard, alarmé par son silence, était venu
le voir ; Jo lui avait parlé du diagnostic du radiologue
vendéen. Gallimard, sceptique, l'avait convaincu de
consulter un spécialiste parisien.
C'est ainsi que Simenon, " monté " secrètement à
Paris, avait rencontré Jean Cocteau et Marcel Pagnol,
par hasard. Ils avaient décidé de l'accompagner chez le
professeur Leriche et les deux amis montaient la garde
sur le trottoir par un temps glacial, à l'affût d'éventuelles
patrouilles allemandes...
Tout se passa bien : le spécialiste rassura Simenon.
Les Allemands ne se montrèrent pas et Jo put regagner
la Vendée et y reprendre ses activités. Mais Cocteau, vic-
time d'une broncho-pneumonie, dut s'aliter.
Et Pagnol de conclure :
- Voilà l'histoire du faux infarctus de Simenon...
dont Cocteau a failli mourir !
(Fin de citation)
				 Jacques Bernard
22
Nous connaissons les goûts de
Georges Simenon pour l’élément
liquide et il n’est pas rare de le
retrouver dans sa vie en train de
naviguer sur des péniches ou ba-
teaux de plaisance.
Je tiens à rappeler un article du
Figaro Illustré de mai 1932, in-
titulé « Au fil de l’eau », où Si-
menon revient sur la fascination
exercée par la mer.
Je l’ai considéré comme auteur de la mer dans mon
« Dictionnaire chronologique des écrivains de la mer ».
Mais il n’est pas facile de déterminer si le commis-
saire Maigret a lui aussi la fibre maritime, il n’a laissé que
peu d’indices.
C’est en août 1931,
à Fécamp, que l’on voit
le commissaire Maigret
« tout seul, pousser la porte
à vitre dépolie d’un café du
port » Au Rendez-vous des
Terre–Neuvas (À signaler
que Simenon a écrit ce ro-
man à bord de son voilier
Ostrogoth). Ce bar juste
devant le quai où est ac-
costé le chalutier Océan.
Après avoir été pesée, des
gens déchargeaient la mo-
rue qui passait de main en
main avant d’être entas-
sée dans les wagons. « Ils
étaient dix hommes et femmes sales, déchirés, saturés de
sel, à travailler. Et devant la bascule un jeune homme
bien propre, le canotier sur l’oreille, un carnet à la main,
pointait les pesées. Une odeur rance, écœurante, qui ne
s’atténuait pas quand on s’éloignait, s’infiltrait, rendue
plus sourde encore que la chaleur, dans le bistrot ».
C’est la première fois que le commissaire rencontre
des gens de mer, des vrais, pas des plaisanciers de club
nautique. Il devait dénoter dans ce milieu avec sa tenue
très citadine. « Maigret s’assit sur la banquette, dans un
coin libre. Il y avait des hommes debout, d’autres assis, des
verres sur le marbre des tables. Rien que des marins ! » Le
patron essaie d’expliquer l’ambiance : « il ne faut pas faire
attention… Il y a des gars qui n’ont pas dessoûlé depuis
trois jours… Vous restez là ?… Vous êtes peintre, je parie
! … Il en vient de temps en temps, qui prennent des cro-
quis… Tenez ! il y en a un qui a fait ma tête, là, au-dessus
du comptoir »…
Au lieu de traverser la ville, il longea les quais, les
mains dans les poches, pipe aux dents : « le bassin était
un grand quadrilatère noir où ne brillaient que les lampes
du chalutier Océan, qu’on déchargeait toujours. ».
J’ai admiré la décontraction de Maigret à éviter les
pièges des quais, un bon moyen de se casser la figure et
de faire un plongeon dans le bassin ; et à enjamber les
aussières, les amas de filets, éviter les bittes d’amarrage,
sans parler des pierres non ajustées de la surface des quais
et autres pièges cachés dans la nuit portuaire.
Maigret à New-York
Le commissaire à la prestance citadine avait-il adopté
la démarche chaloupée des marins sans le savoir ? « Il
franchit la planche qui reliait le bateau à la terre… Per-
sonne ne fit attention à lui quand il monta à bord. Il
marcha le long du pont, comme sans but, aperçut de la
lumière à l’écoutille du gaillard d’avant. Il se pencha, re-
çut au visage un air chaud, une odeur rappelant la cham-
brée, le réfectoire et la poissonnerie toute ensemble. »
Là, nous voyons bien que le commissaire ne connaît
absolument rien aux us et coutumes de l’humanité ma-
ritime, ce qui est bien entendu normal. Pourtant il avait
vécu Nantes chez la sœur de son père à la suite du décès
de sa mère. La ville de Jules Verne ne lui laissera aucun
souvenir.
Maigret connaîtra l’immensité océane lors d’un dé-
placement du Havre à New-York sur un paquebot tran-
satlantique en 1947 (« Maigret à New York »). « C’était
sa première traversée, à cinquante-six ans, et il était tout
Maigret
a-t-il le mal de mer ?
23
étonné de se trouver sans curiosité, de rester insensible
au pittoresque. » un peu plus loin, « Maigret était lourd,
courbatu par une traversée pénible et par le sentiment
qu’il avait eu tort de quitter sa maison de Meung-sur-
Loire. » Le roman se termine sur cette phrase qui en dit
long sur son désintérêt des voyages, surtout en mer.
À son retour, Madame Maigret lui reprochera :
-Tu aurais pu tout au moins me rapporter quelque chose
pour moi, un souvenir, je ne sais pas…
Maigret aux Sables-d’Olonne
En 1949, nous retrouvons le commissaire sur les
bords de la Méditerranée. Une autre traversée est évo-
quée bien plus courte que celle vers New York, ce sont ses
passages vers l’île de Porquerolles dans le roman « Mon
ami Maigret » (1949) : « C’est la première fois qu’on lui
téléphonait d’une île, et il se dit que les fils téléphoniques
devaient passer sous la mer ».
Arrivé sur cette terre insulaire, accompagné d’un ins-
pecteur de Scotland Yard, Mr Pyke, il lui dit : « Vous ne
trouvez pas qu’on a l’impression d’être loin ? Tenez ! On
aperçoit la France, là-bas, à vingt minutes de bateau, et
je suis aussi désorienté que si je me trouvais au cœur de
l’Afrique ou de l’Amérique du Sud. »
En 1948, Maigret passe ses vacances aux Sables-
d’Olonne dans « Les vacances de Maigret
» : « Maigret était presque content de lui.
Il fumait sa pipe à petites bouffées en se
dirigeant vers le centre de la ville. Puis
il regardait l’heure en faisant volte-face,
reprenait son tour de piste à l’endroit où
il aurait dû être à ce moment-là, retrou-
vant des choses familières : le port, les
voiles étalées, l’odeur du goudron et de
mazout, les bateaux qui glissaient dans le
chenal et s’amarraient devant le marché
au poisson ».
Je continue à croire que le com-
missaire n’a aucun regard curieux vers
ce monde portuaire. L’important pour
lui c’est d’aimer le soleil, un presque
homme de plage. Il est là pour se dé-
tendre au point d’oublier que, le plus
souvent, c’est un crime qui l’a amené sur
la côte : à Antibes, Cannes, Porquerolles,
Étretat, Fécamp, les Sables-d’Olonne et
aussi à La Rochelle.
Il se comporte comme un touriste :
« Chaque fois qu’il approchait de la côte,
il avait l’impression de toucher un monde artificiel, pas
sérieux, où rien de grave ne pouvait advenir. » Ce qui est
méconnaître totalement le Peuple de la mer !
Pour moi, Jules Maigret est français et bien français,
il ignore tout de la vie maritime. Beaucoup de nos conci-
toyens ne comprennent rien au monde à l’eau salée. La
France est terrienne et le commissaire en est l’archétype.
Et j’ai eu l’impression que d’un point de vue maritime, le
commissaire Maigret est l’antithèse de Simenon.
Éric Tabarly a dit : « La mer pour les Français, c’est ce
qu’ils ont dans le dos lorsqu’ils regardent la plage ».
Le commissaire Jules Maigret est probablement de
ceux-là !
René Moniot-Beaumont
Littérateur de la mer
24
Château de Fontenay-le-Comte
À la fin du XVIIIe
siècle, des éditeurs de Pascal
lui ont attribué deux courtes pièces poétiques qui se
seraient trouvées en Ven-
dée. Le premier, Condor-
cet, écrit ainsi : « On a
trouvé dans ce château [de
Fontenay-le-Comte] deux
tableaux derrière lesquels
étaient les vers suivants de la
main même de Pascal » tan-
dis que le second, l’abbé
Bossut, complète : « C’est
ce que j’ai appris immé-
diatement d’un homme très
digne de foi, qui les a vus ».
Si la ville est préci-
sée, Fontenay-le-Comte,
qui était alors capitale du
Bas-Poitou et foyer de
rayonnement humaniste,
le château, lui, n’est pas
nommé. L’hypothèse la
plus probable nous tour-
nerait du côté du château
de Terre-Neuve, bâti à la
fin du XVIe
siècle par le poète Nicolas Rapin et qui
deviendra plus tard la propriété d’Octave de Roche-
brune, après avoir été occupé longtemps par les La-
zaristes. Certes les inventaires dont nous disposons
du château de Terre-Neuve − le plus ancien est celui
du 2 septembre 1790 −, ne mentionnent aucun ta-
bleau portant au dos des poèmes, mais il n’est pas
tout à fait exclu qu’un ou deux tableaux s’y soient
trouvés antérieurement. Ils porteraient ainsi la trace
d’un séjour de l’auteur des Pensées en Vendée au
cours de l’automne 1653, en compagnie de son ami
le duc de Roannez qui était gouverneur particulier
de Fontenay-le-Comte
tout en possédant, non
loin mais en Anjou, fief
et château fort à Maulé-
vrier. Peut-être un jour
découvrira-t-on dans le
grenier vendéen d’une
famille liée, de près ou
de loin, aux occupants
du château de Terre-
Neuve, ou d’un autre
château du Bas-Poitou,
des tableaux avec des
vers écrits de la main de
Pascal et évoquant des
« plaisirs innocents »,
« un bonheur tran-
quille » et de « beaux
lieux »…
Dessèchement du marais poitevin
Autre lien du grand savant avec la Vendée mais celui-ci
hors de doute : sa participation aux opérations de dessèche-
ment du marais poitevin.
Alors qu’il habitait rue Beau-
bourg à Paris et que sa vie
connaissait une période plus
« mondaine », Pascal, qui
entre en relation avec plu-
sieurs Poitevins, va devenir
entrepreneur en s’intéressant
à la Vendée. Son apport à la
société de dessèchement du
marais poitevin sera double :
des capitaux dont il espère
en gestionnaire inventif un
bénéfice et sa science dans
le domaine hydraulique.
Ainsi, comme commence le
printemps 1654, l’inventeur
de la presse hydraulique par-
ticipe au dessèchement des
marais de Courdault, Benet,
Maillezais et Vix sur la rive
droite de la Sèvre niortaise *.
Cette action s’inscrivait dans l’héritage du grand pro-
jet, initié par Henri IV et Sully, et visant, pour développer
l’économie française,
à rendre cultivables
les terres inondées en
France. Pascal conti-
nuera de suivre avec
soin sa participation
à la société de dessè-
chement du marais
poitevin comme en
témoignent des actes
d’avril 1655 passés
devant notaire. Ce
n’est qu’au début de
l’année 1657 qu’il
paraît avoir mis fin,
suite à la réorgani-
sation de la société,
à son engagement
financier dans les
opérations d’assè-
chement. Cheville
ouvrière du projet,
son ami, le duc de
Roannez, qui était
gouverneur du Poi-
tou depuis 1651 et avait tenu l’épée du roi Louis XIV lors de
son sacre le 7 juin 1654, poursuivra, quant à lui, sa partici-
pation qui s’étendra aux régions de Choupeau, Saint-Michel-
en-l’Herm et de la Dive.
Maison natale de Blaise Pascal, restitution
par Émile Thibaud, extraite de Benoît Go-
nod, Recherches sur la maison où Blaise Pas-
cal est né et sur la fortune d’Étienne Pascal,
son père, Clermont-Ferrand, Imprimerie de
Thibaud-Landriot Frères, 1847, 29 p.
La célébration du quatrième
centenaire de la naissance
de Blaise Pascal, né à Cler-
mont-Ferrandle19juin1623,
l’occasion d’attirer l’atten-
tion sur des aspects moins
connus de sa personnalité.
Sait-on ainsi que la vie de
l’inventeur de la machine
arithmétique a été mêlée à
l’histoire et la géographie de
la Vendée ?
Florence Viguier (illustratrice
de Sur les pas de Pascal)
(dessin)
25
Pourquoi l’auteur des Provin-
ciales et des Pensées s’était-il inté-
ressé à la Vendée ? Plusieurs raisons
expliquent sa participation à la
société de dessèchement du ma-
rais poitevin. D’une part, suite au
décès d’Étienne Pascal, son père,
en 1651, il était conduit à gérer le
mieux possible, de manière intelli-
gente, les fonds dont il disposait ;
d’autre part, animé par un goût
constant d’invention, soucieux des
réalisations concrètes auxquelles
pouvait conduire la science, il
trouvait là une façon de mettre en
application les connaissances qu’il
avait développées dans le domaine
hydraulique ; enfin, contribuer à rendre cultivable le marais poite-
vin était pour lui un moyen d’améliorer les conditions de vie des
hommes concernés par le projet. Les sommes qu’il avait placées
pour améliorer l’existence des habitants du marais seront investies
plus tard, après avoir été prêtées à Port-Royal en échange de rentes,
dans le projet des carrosses à cinq sols. Avec ce projet, Pascal se
fera pionnier de nos modernes transports urbains. Par testament, il
versera la moitié de ses parts aux pauvres des Hôpitaux généraux de
Clermont et de Paris.
Blaise Pascal
et la Vendée
Claude Ramey, Blaise Pascal méditant (1824),
musée Quilliot, Clermont-Ferrand, détail, photo B.
Grasset.
Marais poitevin, photo B. Grasset
* On notera que ces quatre communes sont situées dans la partie vendéenne
du marais poitevin
Puits de Pascal, reconstitution, cour du musée na-
tional de Port-Royal des Champs, photo B. Grasset
Celui qui chemine aujourd’hui dans le marais poitevin ne de-
vrait-il pas se souvenir que l’homme de science et le penseur que fut
Pascal a participé activement et efficacement, il y a quatre siècles,
aux opérations qui ont rendu ces terres, envahies par l’eau, propices
à la culture et à la vie ?
Se pencher, en ce quatrième centenaire de sa naissance, sur
les liens entre l’auteur des Pensées et la Vendée, c’est découvrir un
Pascal bon gestionnaire, inventeur, entrepreneur, généreux et, sans
doute aussi, poète.
				
					 Bernard Grasset
Voir Sur les pas de Blaise Pascal, voyageur de l’infini, Paris, Kimé, 2023
26
Anne de Tinguy fait dans la lignée de son prédéces-
seur à l’INALCO, Georges Sokoloff auteur de « La Puis-
sance Pauvre » (Fayard, 1993) en centrant sa recherche
sur la relation de la Russie au monde.
Cette perspective est illustrée d’abord par le récit de
trois étapes majeures : les années Gorbatchev, les années
Eltsine et les années Poutine qui sont résumées respec-
tivement par les titres suivants : « l’échec du grand des-
sein » pour le premier, « la métamorphose au prix fort »
pour le second, « l’obsession de la grandeur » pour le troi-
sième. Gorbatchev et Eltsine ont, en effet, mis en œuvre
une politique de réconciliation avec l’Occident tout en
opérant une mutation économique en direction de l’éco-
nomie de marché à marche forcée aux dépens de l’ancien
complexe militaro-industriel. Vladimir Poutine a fait des
choix très différents.
Cette obsession de Vladi-
mir Poutine pour la grandeur
est déjà présente lors de sa prise
de fonctions le 30 décembre
1999 à la suite de la démission
de Boris Eltsine : « La Russie
a été un grand pays et le res-
tera » et dans son appréciation
de l’héritage de l’URSS, expri-
mée en 2005 : « ceux qui ne
regrettent pas cet événement
(l’effondrement de l’URSS)
n’ont pas de cœur, celui qui
souhaite sa restauration, n’a
pas de tête ». D’où la recherche
permanente d’un statut inter-
national conforté par la dé-
tention de l’arme nucléaire et
d’un siège permanent au Conseil de Sécurité à l’ONU,
et par la recherche d’une voie propre de développement.
« L’anti-occidentalisme » croissant qui a été dévoilé par
Vladimir Poutine à la conférence de Munich sur la sécu-
rité en 2007, va se transformer peu à peu en un désir de
revanche contre l’OTAN et en un recours à la force en
Géorgie (2008), en Crimée (2014) et dans les 2 répu-
bliques autoproclamées du Donbass (2014).
Ces outils sont entendus dans un sens large qui
s’étend au-delà des moyens traditionnels de la diplomatie
et de l’armée : économie, « soft power » et culture. L’au-
teur cerne les nombreux paradoxes de ces outils.
La diplomatie est servie par une double administra-
tion le MID ou Ministère des Affaires Etrangères et l’ad-
ministration présidentielle (situation héritée de l’URSS)
et par une élite formée dans la fameuse école : le MGI-
MO. La diplomatie multilatérale, surtout au sein des
Nations Unies, trouve ses limites au moment des conflits
et des annexions extérieures.
En annexant la Crimée et en intervenant dans le
Donbass (2014), puis en envahissant l’Ukraine en 2022.
V. Poutine a changé de paradigme, remettant l’outil
militaire et le recours à la force au cœur de la politique
étrangère de la Russie. L’armée avait été l’objet d’une ré-
- Jean, je t’envoie ce petit texte. Je viens de
lire le livre d’Anne de Tinguy sur la Russie.
On a vraiment une pointure sur un sujet
d’actualité. Tu sais qu’elle est vendéenne ?
- Oui, mais je ne connaissais pas son par-
cours, ton texte paraîtra dans la revue.
Honneur aux Vendéens !
- Elle a déjà publié de très nombreux livres !
- Oui, on essaye de ne rien omettre, mais,
parfois, même les plus gros poissons pas-
sent au travers des mailles du filet !
Anne de Tinguy
Le Géant Empêtré
La Russie et le monde de la fin de l’URSS à l’invasion
de l’Ukraine
Perrin, 496 p. 26 €
Anne de Tinguy,
Moscou et le Monde
27
forme structurelle financée par un budget multiplié par
4 encore loin derrière celui des États-Unis et de la Chine
et elle avait consolidé son réseau de bases à l’étranger en
Ukraine (avant que la Crimée soit annexée en 2014, le
bail de la base navale de Sébastopol en Crimée avait été
prolongé en 2010 de 25 ans !), en Arménie et en Syrie
(base navale de Tartous). Mais les piètres performances
des forces armées russes en Ukraine révèlent l’impor-
tance des faiblesses du dispositif mis en place.
L’économie est elle aussi un outil paradoxal. Elle
soutient la volonté de puissance de la Russie surtout au
travers de l’énergie : l’État russe écarte d’abord les so-
ciétés pétrolières privées Ioukos et TNK-BP en les fai-
sant acquérir par une société étatique Rosneft; la société
gazière Gazprom contrôlée
par l’État a interrompu
deux fois ses livraisons de
gaz à l’Ukraine en 2006 et
2009 et a voulu diminuer le
rôle de transit de l’Ukraine
en reliant directement la
Russie et l’Allemagne par le
gazoduc Nordstream.
Le soutien postérieur
à la société privée Novatek
dans la production de gaz
naturel liquéfié répond à
la volonté de donner plus
de souplesse à la stratégie
internationale du secteur.
Mais l’économie russe reste
une économie de rente, vic-
time du « malaise hollan-
dais » qui tend à freiner le
développement à l’expor-
tation des secteurs hors de
l’énergie.
Les efforts de modernisation engagés dans les années
2000-2007 (taux forfaitaire unique d’imposition des
particuliers à 13% par exemple) et les politiques bud-
gétaire et monétaire strictes du Ministre des Finances
Alexis Kudrin, ont bénéficié d’une hausse des prix du pé-
trole, ce qui a permis une forte croissance, vite étouffée
par la crise financière de 2008 ; ces premiers efforts n’ont
pas été suivis par des réformes structurelles, préalable à
l’établissement d’une économie forte et d’une puissance
militaire. Depuis l’invasion de l’Ukraine le partenariat
avec la Chine permet à la Russie d’atténuer l’incidence
négative de « l’effondrement des investissements étran-
gers, de la perte de l’accès aux technologies occidentales
et de l’hémorragie des élites » (Sergey Guriev), mais il
accroît la dépendance vis-à-vis de la Chine, ce qui ne va
pas dans le sens de ses intérêts.
Un « soft power à la russe »
a été utilisé de façon systéma-
tique : la création d’un audiovi-
suel à l’étranger (RT, Sputnik),
la mise au service de la politique
étrangère de l’orthodoxie et de
l’islam, le sport. Mais les effets
de la politique russe ont été am-
bivalents. Au premier rang des
déconvenues, figure celle, ma-
jeure, qui a eu lieu quand l’église
orthodoxe ukrainienne s’est rat-
tachée en janvier 2019 au Pa-
triarcat de Constantinople au
détriment du Patriarcat de Mos-
cou. Par ailleurs les opérations
de désinformation et de mani-
pulations de l’information me-
nées par la Russie ont contribué
à la dégradation de ses relations
avec les Occidentaux. Enfin, la
culture russe au rayonnement
mondial connaît lui aussi un
déclin qui peut être aggravé par
l’invasion de l’Ukraine.
Ce livre qui s’appuie sur des sources très diverses
(80 pages de notes en annexe) permet d’approfondir les
nombreux paradoxes d’une nation aux visées mondiales,
très axée sur la posture mais handicapée par son retard
économique. Le lecteur peut alors s’interroger avec l’au-
teur : « L’Ukraine sera-t-elle la roche Tarpéienne de la
Russie ? »
			 Cyril Pineau-Valencienne
Les clés de l’histoire sont à chercher dans
« la boîte à outils de la politique exté-
rieure » qui constitue la seconde partie de
l’ouvrage
Anne de Tinguy, spécialiste de la Russie et de l’Ukraine
Géopolitique le Mag, Steve Nadjar
Anne de Tinguy
Professeur émérite des Universités
à l’Inalco (dite « Langues O. »)
et chercheur au Ceri-Sciences po
Forces et faiblesses
de la Russie
au moment crucial
de l’invasion
de l’Ukraine
28
Quand avez-vous lancé les Éditions de
l'Atlantide ?
- Cette maison a été réfléchie en pleine période de
COVID durant l'année 2020. Elle n'est donc devenue
une réalité qu'à l'été 2021. Les premiers livres sont parus
en octobre de cette même année.
Pourquoi une maison d'édition de plus,
elles sont déjà nombreuses sur le marché ?
- Pas tant que ça en Vendée… Et puis, nous sommes
sur la côte, et là, il n'y avait rien. Mais en réalité, parce
qu'ayant eu une vie professionnelle tournée vers le livre,
nous n'avons pas pu éviter de retomber dedans, peut-
être parce qu'en tant qu'auteurs nous ne trouvions pas ce
que nous voulions pour éditer nos ouvrages. Il y a pour-
tant beaucoup de maisons d'éditions qui vous sollicitent,
mais les conditions sont parfois loin d'être satisfaisantes.
Elles vous charment et vous attirent avec des promesses,
mais souvent vous dirigent vers de l'auto-édition, à des
coûts élevés pour les auteurs. Surtout que, derrière, le
problème de la diffusion reste entier.
Pouvez-vous nous en dire davantage sur
vos parcours respectifs ?
- Pour moi (Xavier Armange), écrivain, voyageur,
photographe, j'ai écrit et illustré de nombreux ouvrages
pour enfants et pour adultes chez différents éditeurs,
mais beaucoup aux Éditions d'Orbestier que j'ai fondées
et dirigées pendant, 25 ans avant de les confier à mon
fils qui poursuit l'action à Nantes. J'ai donc une longue
expérience des métiers du livre.
- Moi aussi (Alain Bach), j'ai eu une belle expérience
avec le livre. Après une carrière dans la Gendarmerie Na-
tionale qui m'avait conduit à diriger la communication
institutionnelle du Ministère de la défense, j'ai dirigé une
entreprise de communication dans le Pays basque, tout
en publiant plusieurs romans.
Quelles orientations avez-vous don-
nées aux Editions de l'Atlantide ?
- Il faut d'abord préciser que le lancement a
été grandement favorisé par le numérique. Cette
structure est basée sur une association à but non
lucratif, qui comporte douze membres. Nous y
apportons notre passion et notre savoir-faire. Il
n'y pas d'orientations nettement identifiées en
terme d'éditions : nous sommes ouverts à tous les
genres et à tous les types d'écriture. Notre seule
ligne identifiable, c'est la qualité. C'est le comité
de lecture qui choisit les livres retenus. Nous au-
teurs ne sont recrutés que sur la qualité de l'écri-
ture et la maîtrise du narratif, qui doivent être
au service d'un sujet susceptible de rencontrer un
lectorat aussi large que possible. Nous mettons
tout en œuvre ensuite avec les imprimeurs, que
nous souhaitons également vendéens, pour faire
un travail propre, en particulier avec la prépara-
tion de la couverture. Notre maison est bien ven-
déenne, mais les auteurs ne le sont pas systéma-
tiquement. Bien sûr, nous sommes les premiers
inscrits au catalogue, avec respectivement 5 et 4
livres. Ceci, sur un total de 14 publiés en trois
ans, soit à peu près quatre par ans. Pas de préten-
tions ni de risques financiers démesurés, juste du
travail bien fait, basé sur le respect du livre et de
son auteur.
Comment le lecteur peut-il trouver
vos livres ?
- Auprès des librairies. Nous avons un réseau
de distribution en Vendée, avec une percée vers
Cholet et Angers. Nous passons avec des libraires
des accords de dépôts que nous réalisons nous-
mêmes, en assurant ensuite le suivi. Notre voi-
ture, notre temps et notre capacité à convaincre,
voilà pour le travail du distributeur. C'est parfois
difficile, car une petite maison associative n'a pas
toujours le concours attendu de certains profes-
sionnels de la vente. Nous sommes aussi réfé-
rencés sur Dilicom, le fichier interprofessionnel
du livre, et bien sûr on peut commander nos
ouvrages sur notre site Internet à l'adresse sui-
vante : www.editionsdelatlantide.fr. Nous sommes
évidemment présents sur les salons dédiés aux
livres et lançons régulièrement des informations
auprès des librairies, centres de documentations,
bibliothèques et médiathèques pour des séances
de signatures. Nous regrettons cependant que les
contacts soient devenus plus difficiles avec ces
dernières, le cadre resserré de la Bibliothèque Dé-
partementale de Vendée ayant un peu changé la
donne ces dernières années.
29
Les Éditions
de l’Atlantide
Quel bilan tirez-vous de ces trois années de
lancement ?
- Nos 14 premiers ouvrages produits par deux au-
trices et cinq auteurs rencontrent un succès prometteur.
La dynamique ne demande qu'à se développer. Le sou-
tien des professionnels du livre de la région nous est
précieux. Nous avons pu nous lancer grâce à eux. Il est
important de valoriser des talents non encore reconnus
en favorisant la diffusion de leurs œuvres à la lecture. Le
rayonnement de la littérature vendéenne et régionale ne
peut exister sans la solidarité de tous ses acteurs.
		 Alain Perrocheau et Yves Viollier
En cet automne pluvieux et ven-
teux,
nous avons rencontré, à quelques
pas de l’abbaye Saint-Jean d’Or-
bestier aux Sables d’Olonne,
les deux co-éditeurs
des Éditions de l’Atlantide.
Xavier Armange et Alain Bach
savent de quoi ils parlent quand ils
parlent de livres et d’édition.
Alain R.P. Bach
Tribulations Vendéennes
L’Atlantide, 183p. 15 €
Sept romans courts pour des
rencontres insolites avec des person-
nages atypiques aux destins hasar-
deux.
Dans notre monde incertain, la
Fatalité rôde au détour des chemins.
Amorale, malicieuse, ironique
ou indifférente, elle subjugue souvent ceux qui ignorent,
hésitent ou se trompent de route, les entraînant dans des
péripéties improbables.
Les protagonistes vendéens, qu’ils soient au pays ou
au bout de la planète, se retrouvent confrontés à des si-
tuations déconcertantes.
Chaque nouvelle de l’autre côté du quotidien, avec
des rebondissements inattendus, invite le lecteur à explo-
rer quelques-uns des mystères de la destinée humaine.
Xavier Armange
La traversée de l’Amérique
à dos de lévrier
un Vendéen aux U.S.A.
L’Atlantide, 186 p. 14 €
« Ce matin de juillet 1982, les
mouettes piaillaient sur le port des Sables-
d’Olonne quand je suis sorti de mon
agence de voyages avec le billet d’avion
qui me ferait traverser l’Atlantique pour
la première fois. Sentiment de liberté. J’allais découvrir bientôt
les grands espaces, les routes sans limites, le Manhattan de Woody
Allen, Harlem Quartet, les Demoiselles d’Avignon, rouler en Mus-
tang sur Fortunate Son à fond la caisse, fendre les déserts en chop-
per avec les Byrds et Peter Fonda…»
L’auteur raconte heure par heure son périple coast to coast
en bus Greyhound aller retour depuis New York en passant
par Grand Canyon, Las Vegas, Los Angeles, San Francisco,
Salt Lake City, Chicago… Plus de 6000 miles, près de 10000
km, boucle bouclée. Un road movie de découverte des gens,
des paysages et des modes de vie. Une Amérique différente,
celle du rêve américain des maîtres du monde dont on peut,
aujourd’hui, douter de la postérité.
Les derniers titres de Xavier Armange et Alain R.P. Bach
30
Autant je suis un vieil habitué du Sénégal où j’ai
commencé ma carrière de professeur d’anglais, autant
la Guinée Conakry m’était inconnue. Longtemps diri-
gé par le dictateur impitoyable Sékou Touré, ce pays de
grandes forêts et d’incroyables richesses minières encore
sous-exploitées, est longtemps resté fermé. Le tourisme
est balbutiant ; les infrastructures hôtelières encore insuf-
fisantes se retrouvent principalement sur la zone côtière
et dans quelques grandes villes.
En trois semaines, voyageant souvent seul, j’ai dé-
couvert un pays accueillant et désireux de s’ouvrir au
monde. J’y ai rencontré des jeunes enthousiastes qui ont
envie de s’investir dans des projets originaux. À vous
d’en juger après la lecture de la rencontre avec un groupe
d’adolescents regroupés dans l’A.I.E., « l’Association
pour l’intégration de l’enfance », dont je suis devenu sans
le demander le vice-président.
Direction Boffa, 30 000 habitants, une ville côtière
à 150 km au nord de la capitale Conakry. Cette ville a
connu les jours sombres et tragiques de la traite négrière.
Trois ports non loin de Boffa s’illustrèrent dans le com-
merce des esclaves.
J’ai découvert la Guinée d’expression fran-
cophone en février-mars 2022
Cet arbre et nous avonsbesoindelamêmeprotection!
La traite négrière
Pour ces adolescents de 2022, la révélation de cette
histoire douloureuse fut un choc. De retour à Conakry,
Faya Kamano se rend compte que les jeunes ont tous la
paume d’une main fermée et serrée. Il leur demande ce
qu’ils y cachent. Chacun a dans la main la feuille d’un
arbre. Étonné, il leur demande pourquoi ils ont voulu
garder ce souvenir de leur journée à Boffa. Sans rien dire
au responsable, ils ont tous cueilli une feuille pour entre-
tenir chez eux le souvenir de ces esclaves guinéens dont
ils ignoraient l’histoire tragique.
À partir de ce moment, Faya Kamano et ces jeunes
ont créé l’A.I.E. dont Faya est devenu le président et moi,
le vice-président. Le projet sur lequel ils ont travaillé pré-
voit de planter tous les 8 mètres, de part et d’autre de la
piste empruntée par les esclaves, 4012 colatiers, un pour
chaque esclave recensé. Le colatier est un arbre impor-
tant dans la vie guinéenne. On a coutume d’offrir des
noix de cola lors des moments importants de la vie : à
la naissance d’un enfant, à son baptême, à un mariage, à
une fête de famille, mais aussi au décès d’une personne.
Chacun a dans la main la feuille d’un arbre
L’enfant et l’arbre,
regard sur la Guinée
En 2022, un de mes amis, Faya Kamano, emmène
un groupe de jeunes sur ces lieux terribles marqués pour
toujours par l’histoire de l’esclavage. Il parle à ces garçons
et filles de 12 à 15 ans des 4012 femmes et hommes ar-
rachés violemment à leurs villages et conduits de force
sur une piste caillouteuse. Enchaînés à fond de cale dans
des conditions des plus insalubres et inhumaines pour
une traversée souvent horrible. Beaucoup moururent de
faim, de soif, de maladies ou de mauvais traitements.
Les survivants les plus vaillants étaient vendus comme
esclaves dans « les Amériques » comme on disait alors.
31
Parallèlement, l’arbre préoccupe aussi d’autres amis de la nature, ainsi Olivier Girard, professeur au Collège Jean Ros-
tand des Herbiers. Voici deux de ses mails pour m’informer de l’action qu’il mène avec ses élèves :
21 septembre 2023,
De mon côté, j'ai donc renouvelé le projet de classe sur la filière bois-forêt. Des rencontres avec des professionnels sont déjà
prévues : visite d'une forêt avec un technicien de l'ONF, rencontre d'un arboriste-grimpeur etc.
Nous poursuivrons les plantations entreprises depuis deux ans avec la ville des Herbiers. L'objectif est d'en planter 150 en
janvier/février.
Je vais recontacter les collègues européens, mais j'aimerais toujours développer le réseau sur les autres continents. J'ai un contact
en Turquie et un en Tanzanie.
Donc si nous pouvons développer encore avec la Guinée ce serait chouette. Tu avais aussi évoqué l'Australie, ce serait génial.
Si tu as également des contacts sur le continent américain, ce serait aussi super !
21 octobre 2023 :
Les élèves ont bénéficié d'une visite très riche d'une forêt domaniale en compagnie d'un technicien de l'ONF. Demain, ils
rencontreront un sculpteur sur bois, puis un arboriste/élagueur en novembre.
J'ai la confirmation de la participation d'écoles au Portugal, en Espagne, en Grèce, en France évidemment, en Turquie, en
Roumanie... qui planteront des arbres elles aussi. Je vais rédiger le projet pendant les vacances. As-tu des nouvelles d'autres
pays dont la Guinée ?
Jusqu’à présent, les jeunes ont planté 779 colatiers.
La deuxième tranche prévoit la plantation de 779 autres
arbres.
L’association a un partenariat avec une communauté
de religieuses qui lui livre le pied de colatier 22 000 fg,
soit à un peu moins de 2,50 € par pied de colatier.
Ces jeunes ne veulent pas se complaire dans ce passé
esclavagiste. Ils ont pour but de faire de ces pistes qui
conduisent de Boffa aux ports tout proches, des chemins
où il fera bon marcher dans une nature préservée tournée
vers l’avenir. En outre, la vente des noix de cola apportera
aux villageois un petit complément de revenu.
Ces 4012 colatiers témoigneront que les 4012 es-
claves ont retrouvé symboliquement et bien tardivement
leur terre natale.
En tant que vice-président, ces adolescents guinéens
souhaitent que je sois leur porte-parole en France et que
je fasse connaître leur action originale, à la fois mémo-
rielle et écologique.
Les jeunes de l’A.I.E.ont été reçus au ministère de l’Agriculture de
Conakry pour exposer leur projet de plantations. Ce fut pour eux
la reconnaissance de leur travail de préservation de la nature et de
la transmission de la mémoire d’un passé douloureux.
4012 esclaves, 4012 colatiers
Présentation de la journée du colatier
D’autres amis des arbres
Que ceux qui désirent aider ces jeunes d’une façon ou
d’une autre n’hésitent pas à prendre contact avec moi.
Retenez ce chiffre : un plant de colatier revient
environ à 2 euros 50. Je ferai savoir à ceux qui me contac-
teront le suivi de cette action originale initiée et conduite
par ces adolescents Guinéens.
Nous créons une association des colatiers de Guinée,.
Ceux qui veulent financer l’achat d’un ou plusieurs arbres
peuvent se manifester en laissant leurs coordonnées (Nom et
adresse postale, adresse mail, téléphone).
Je vous remercie chaleureusement au nom des jeunes
Guinéens, membres de l’A.I.E.
		 Jean-Claude Lumet
		 jclaudelumet@gmail.com
Et si nous plantions,
nous aussi,
des colatiers en Guinée ?
32
BILLET
Relire le livre
sur
Jacques Auxiette
Ce sont deux vraies
plumes journalistiques, d’en-
quêteurs, respectueux mais
fondamentalistes de la vé-
rité du témoignage (ou du
contre-témoignage), qui ont
publié en novembre 2015 cet ouvrage biographique sur «
Jacques Auxiette, un socialiste chez les Chouans ».
Écrivant à quatre mains comme s’il n’y en avait que
deux, les rédacteurs (à Ouest-France) Philippe Ecalle et
Jean-Marcel Boudard ont su mettre en scène Auxiette
en nous éclairant sur son « mystère », sur ce « Guichard
de gauche » resté très secret malgré une longue carrière
politique : maire de la Roche-sur-Yon pendant 27 ans
(1977-2004), avant d’enchaîner deux mandats de prési-
dent régional des Pays-de-Loire (2004-2015).
Pour mener leur entreprise à bien, nos Bibi Fricotin
ligériens ont interviewé Jacques Auxiette à sept reprises,
recueilli une centaine de témoignages (1) jusqu’à rencon-
trer Robert Badinter, qui d’ailleurs préface l’ouvrage et le
déclare : « j’ai souvent rencontré Jacques Auxiette, mais
je ne le connais pas... »
Ce livre est aussi une belle photographie de la Roche-
sur-Yon des années soixante jusqu’à ces dernières années,
la dernière 2015, année de publication… 8 ans plus tard,
et près de deux ans après la disparition de Jacques Au-
xiette, le témoignage reste fort, toujours d’actu malgré
les bouleversements géopolitiques intervenus depuis…
Le relire est un régal pour ceux qui aiment et/ou ont
grandi à la Roche-sur-Yon. Un livre bonifié même, avec
le temps, qui rend peut-être encore plus prégnant la «
marque Auxiette »…
On remarquera également l’évocation forte du prof
de maths à son seul mentor : Fernand Montlahuc, provi-
seur (du matin au soir!) du lycée polyvalent qui devien-
dra Lycée Mendès-France…
Mais au fait, pourquoi Auxiette chez les Chouans, lui
le Vendéen né à Montluçon ? Parce que la Vendée, Ok,
ce n'est pas la chouannerie mais... Il fut bien président
de la Région Pays de Loire, englobant aussi la Sarthe et la
Mayenne, le pays de Jean Chouan !
C'est qu'il est malin le duo Boudard-Ecalle, et la
« titraille », ça les connaît !
					 PhilG
(1)… Jean Burneleau, Patrick Jouin, Yann Hélary, Pierre Re-
gnault, Gilles Bourmaud, Philippe Doux, Jean-Louis Berland,
Sylviane Bulteau, Matthieu Durquety, Madeleine David, Yves
Rouleau, Michèle Peltan, Stéphane Ibarra, Joël Soulard, Pa-
trick Dinel, Stéphane Frimaudeau, Bernard Violain, Philippe
Puaud…
«LesInstantsLibres»
Librairie
au Poiré-sur-Vie
Deux ans déjà qu'Hélène Marti-
neau s'est lancée dans l'aventure :
ouvrir une librairie-café en plein
contexte sanitaire défavorable n'a
pas été chose facile.
Et pourtant, elle a relevé le défi.
L'ambiance du local est chaleureuse, couleur caramel,
nuancée de bleu pastel. La déco évoque un esprit scandi-
nave, - « Hygge » diraient les Danois -. On s'attendrait
presque à découvrir deux ou trois chats soyeux, conscien-
cieusement lovés parmi les piles de livres. Dans les lieux
plane une mélodie douce. La propriétaire m'avouera
qu'elle se réfère souvent au Blues pour le calme que cette
musique véhicule. J'entends « Jimmy » par Moriarty. Ef-
fectivement, ce chant convient à merveille.
Hélène Martineau apprécie la musique, les chats et le
vélo (surtout à assistance électrique !). Soit ! Cependant,
ce ne sont pas ces motifs qui ont présidé à son choix. Si
elle a voulu devenir libraire, c'est pour assouvir sa passion
de la littérature, mais aussi son goût pour la transmission.
La maîtresse des lieux aime le contact, l'échange, la dis-
cussion. « C'est presque un rôle social, » avoue-t-elle. « Je
dois connaître mes clients, leurs amis, leur famille et bien
entendu ce que cachent les couvertures. Je peux mieux
conseiller mes lecteurs, leur suggérer l'ouvrage qu'ils ai-
meront découvrir ». Des bouquins actuels ou classiques ?
Elle pourrait en citer des milliers ! Et si elle ne devait en
nommer qu'un seul ? Choix délicat ! La libraire propose-
rait « Une terrasse au soleil » de Jean-François Dietrich,
paru aux Éditions Les Chantuseries. Il faudra que je dé-
couvre ce roman ! Passionnée, elle aime aussi raconter et
lire à haute voix des histoires. Elle serait ravie de posséder
le talent de Guillaume Galienne par exemple. Je suis bien
d'accord avec elle et lui souhaite d'y parvenir un jour.
Au cours de notre conversation à bâtons rompus,
nous évoquons Henri Matisse et son tableau « Fenêtre
ouverte ». Les livres ne sont-ils pas une baie au travers de
laquelle on découvre le monde ? Cette peinture à l'huile
conviendrait bien dans cet environnement si les rayon-
nages qui montent jusqu'au plafond lui laissaient une
petite place. En effet, les tables et les murs sont pleins.
J'ai vu une foule de romans, de BD, de mangas, de livres
pour tout-petits ainsi qu'une quantité de jeux de société
dont Hélène est tout disposée à vous enseigner les règles.
33
Aux horaires d'ouverture réguliers de la librairie, il
faut ajouter les soirées et les après-midi réservées aux si-
gnatures, les séances de travaux manuels, les échanges
linguistiques, les ateliers d'écritures, les heures consa-
crées au bien-être. J'en oublie, car mon hôte ne manque
pas d'imagination dans ce domaine. La programmation
mensuelle figure sur des ardoises bien en vue et, bien
entendu, sur le site internet de la librairie et les réseaux
sociaux !
Je quitte les lieux à regret. Madame Martineau me
propose une boisson : jus de fruits Litchi Goyave - une
tuerie - ou un chocolat chaud Chantilly guimauve.
Avec de tels arguments, comment ne pas revenir ?
				 Pierre Deberdt
Librairie les Instants Libres
1, rue de la Brachetière, 85170 Le Poiré-sur-Vie
02 28 85 43 05
librairie@lesinstantslibres.fr - www.lesinstantslibres.fr
Prix des Écrivains
de Vendée
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lire n- 37 bd 4e.pdf

  • 1. 1 Société des Écrivains de Vendée amis de l’Historial de la Vendée n° 37 décembre 2023 décembre 2024 LireenVendée ÉchosMusées Des auteurs Des Tas de livres Des éditeurs, des pages et des pages pour quelques € et... découvrez les activités des Amis et du Musée de l’HISTORIAL de la Vendée Publication mise « gracieusement » à la disposition des lecteurs
  • 2. 2 Que vive la Vendée littéraire ! LIRE EN VENDÉE, cette revue annuelle dont la sortie a lieu en dé- cembre de cette année 2023, est dans vos mains. Vous la trouverez notam- ment dans les salons littéraires, qui sont nombreux dans notre départe- ment mais aussi dans des librairies. Oui, nous savons que notre distribu- tion pourrait s'améliorer. Mais cette revue est gratuite. Ce qui, avouons-le à l'unanimité, est un sacré atout. D'au- tant qu'elle est belle de présentation et riche d'informations, littéraires mais aussi cinématographes, picturales... L'art d'une manière générale, parfois au vu de l’événement dans l'année (la sortie du film « Vaincre ou mou- rir »), parfois avec un point de vue de recul, un anniversaire par exemple (120e anniversaire de la naissance de Georges Simenon qui vécut à Fonte- nay-le-Comte et Saint-Mesmin), mais toujours avec un sentiment de terroir, la Vendée ! Le 85 ! Ce département si riche en contradictions, si bouleversé par son histoire, pour des siècles et des siècles... Cette revue est confectionnée par notre association, la Société des Écri- vains de Vendée, dont le président est désormais Alain Perrocheau, qui a suc- cédé à Gilles Bély, qui lui-même avait succédé à Jean de Raigniac. Ces deux derniers sont restés dans le bureau du conseil d’administration. Quimperlés louvoyant, Adolphe Joseph Chauvin Carnet de bord d’un marin vendéen, Adophe Joseph Chauvin, 1805 -1942
  • 3. 3 ÉDITO C’est dire que nous œuvrons dans la conti- nuité. Notamment pour présenter tous les livres qui sortent et nous sont envoyés. Et ils sont nombreux. Normal, nous sommes en Vendée ! Probablement le département qui compte le plus de salons littéraires et d’écrivains par rap- port à son nombre d’habitants. Encore un dy- namisme qui nous ait envié… Nous avons même des maisons d’éditions ! Bien sûr, il y a aussi ceux qui payent pour être édités. La porte leur est ouverte. Il n’y a aucune honte ni ségrégation de notre part de ce côté- là. Il faut d’ailleurs se souvenir qu’Arthur Rim- baud a payé pour que soit publié son premier recueil de poèmes. Tout comme Marcel Proust paya Gallimard pour être édité ! Deux exemples très significatifs pour dire que le talent peut être partout. D’ailleurs, se remémorer cette phrase de Jean Paulhan : « il n’y a pas de bonne ou de mauvaise littérature, il n’y a que littérature ! » Nous avons aussi notre chef de file, Yves Viollier, qui d’ailleurs fait partie du bureau de notre société d’écrivains. Le natif de Château- Fromage est même devenu l’aîné de l’École de Brive (qui défend la littérature dite de terroir), après la disparition de Claude Michelet en 2022 et de l’étonnant Michel Peyramaure cette année 2023. (à l’âge de 101 ans!) Un hommage lui est d’ailleurs rendu dans ces pages par l’ami Yves. Et puis, nous honorons nos sociétaires dis- parus, notamment Joël Gaucher et Lydie Ga- borit. Paulhan aurait rajouté : « pas une heure de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ». Philippe Gilbert Secré(pa)taire de l’association des Écrivains de Vendée
  • 4. 4 Joël Gaucher Je me souviendrai de Joël Gaucher Joël Gaucher nous a quittés le 17 avril 2023, d’un malaise fou- droyant, à La Roche-sur-Yon, sa ville natale. Né en 1938, il avait 84 ans. On lui doit une demi-douzaine de livres, dont « L’inconnu du Vert-Galant » (J.G. Éditions, 2016), probablement son meilleur, le plus passionnant, le plus stylé, écrit dans un français impeccable. L’in- trigue qui y est tissée se déroule en grande partie à Paris, qu’il semblait connaître comme sa poche ; et où pourtant il n’a jamais vécu ou si peu ! « Mais 80 pour cent de l’histoire est vraie », affirmait-il avec le sourire, sans pour autant dire si c’était la sienne, d’histoire. Mais la guerre d’Algérie fut bien la sienne, d’histoire, ambulancier militaire entre 1958 et 60 aux portes du désert, souvenir qu’il évoquera dans « Révéla- teur d’images » (Siloë, 2006). On lui doit aussi l’initiative de « Je me souviens… La Roche-sur-Yon », deux volumes auxquels participèrent de nombreux Yonnais, avec des illus- trations, dont certaines signées par le peintre Roger Ducrot, autre Yonnais, son ami. D’ailleurs, Joël Gaucher n’en manquait pas, d’amis, ni d’humour (lire « Y’a de quoi se marrer », son recueil de citations humoristiques), ni d’anecdotes. L’une d’elles lui valut le prix Gilbert-Prouteau, prix sérieux qui ne se prend pas au sérieux, qui ré- compense une personne qui a connu l’écrivain-cinéaste natif de Nes- my (1917-2012). Et Gilbert Prouteau, ô que oui !, il l’avait rencontré ! Dans les années quatre-vingt ! Gaucher était alors administrateur à l’Ursaaf et il devait démarcher l’écrivain Prouteau pour lui réclamer des sommes dues. La rencontre fut assez épique avec Prouteau « et son génie du verbe ! » Joël avait raconté l’anecdote en 2018 au salon de Grasla, lors de la remise de ce prix. Il a été inhumé le samedi 22 avril 2023, au cimetière du Point du Jour. PhilG
  • 5. 5 HOMMAGES Lydie Gaborit Membre de la Société des Écrivains de Vendée, Lydie Ga- borit nous a quittés le 23 sep- tembre à l’âge de 96 ans. Un der- nier hommage lui a été rendu, le 28 septembre, au cimetière de La Ferrière. Le souvenir que nous gar- derons d’elle, c’est d’abord cette menue silhouette, discrète et effacée, trottinant dans l’ombre de son mari, le peintre Michel Gaborit, un colosse rabelaisien, tonitruant et bon vivant, qu’elle avait rencontré quand elle était institutrice à Saint-Georges-de- Montaigu. Lydie, non seulement s’en accommodait, mais elle s’ac- complissait dans un amour par- tagé de la peinture, de la lecture et de la musique. Quand Michel pêchait le saumon dans les gaves pyrénéens, Lydie lisait et faisait la cuisine. Elle a beaucoup écrit et peu publié. « Quand on était petits à la Tranchelandière » est l’émouvant et délicieux ré- cit de son enfance à Mouchamps, avant la guerre de 39- 45. « La dévoreuse de miettes » exprime délicatement ce que fut sa vie, son inaltérable appétit pour la vie, les bon- heurs minuscules et les grandes émotions. Lydie a écrit d’innombrables poésies et nouvelles, elle a collaboré aux catalogues des œuvres de son mari, de Léo Toste, de Paul Dauce ou d’Hélène Goislot et participé à de nombreux salons. Roger Ducrot a illustré, avec humour et réalisme, une pétillante nouvelle, destinée aux plus jeunes, « Ma- mie Tremblote ». Lydie Gaborit s’y moque malicieuse- ment des petits ennuis ménagers causés par sa santé. Lydie a collaboré à « Lire en Vendée » et avait accueilli à plusieurs reprises les membres du bureau de la SEV dans sa maison des Vergnes des Astiers. Près de l’étang aux lotus, de ses moutons et du jardin où son mari trou- vait l’inspiration - et parfois les matériaux – de ses ta- bleaux. À juste titre, Yves Viollier a souligné sa grande simplicité et sa vibrante sensibilité. Les Écrivains de Vendée présentent à sa famille leurs sincères condoléances et les assurent de leur sympathie. Gilles Bély
  • 6. 6 Louis Moinard Louis Moinard et les deux collaboratrices au seul ouvrage le concernant (photo Ouest-France) Il avait grandi là où on l’avait semé Louis Moinard, le sénateur-maire de Nieul-sur-l’Autize, nous a quittés en 2023, le 29 mai, à l’âge de 92 ans. à Nieul, dans le sud-Vendée, où il était né en 1930. Louis Moinard aura écrit un seul livre, racontant sa vie d’agriculteur et sa vie d’élu ; « Grandir là où on a été semé », tel en est le titre (éditions Lussaud), sorti voilà dix ans, où ressort la simplicité et l’honnêteté de ce terrien et de cet élu. En fait, Louis Moinard ne voulait pas écrire, aussi ce livre fut co-réalisé par Annie Jauzelon (ancienne conseillère muni- cipale et adjointe de Nieul-sur-l’Autize) et Janine Tirbois (re- traitée de l’enseignement, correspondante d’Ouest-France), après une dizaine d’entretiens enregistrés. Improbable trajectoire La vie de Louis Moinard, celle d’une fratrie d’agriculteurs engagés au service des autres. Pierre a longtemps assuré les visites de l’abbaye royale Saint-Vincent (il en a d’ailleurs écrit un guide) et Auguste a été une vingtaine d’années maire de Foussais-Payré. Louis a assumé d’importantes responsabilités dans le do- maine agricole : à la coopérative laitière de Nieul, intégrée en- suite dans l’Union sud-vendéenne agricole laitière (USVAL) et à la coopérative d’insémination artificielle sud-Vendée (CAIA sud), puis à la CAIA de Vendée. Sa vie politique débute en 1971, quand il est élu au conseil municipal. Maire de Nieul de 1977 à 2000, conseiller général du canton de Saint-Hilaire-des-Loges, conseiller ré- gional, il devient sénateur en 1987, au décès de Louis Cai- veau, dont il était le suppléant. Il siégera jusqu’en 2004 au Pa- lais du Luxembourg. Une trajectoire improbable dont il était lui-même surpris. C’était surtout la reconnaissance d’un par- cours politique exemplaire dont il n’imaginait même pas qu’il le conduirait pendant près de 20 ans sous les ors du Sénat... Comme tant d’autres responsables, Louis Moinard a été formé par la Jeunesse agricole catholique. Il en a, toute sa vie, appliqué la méthode : voir, juger, agir. C’est là aussi, sans doute, qu’il a puisé sa bonne humeur légendaire. Friand de bons mots et de maximes, il affirmait souvent que « le vin d’ici vaut mieux que l’eau-delà »… G.Bély et PhilG
  • 7. 7 Malika Pondevie, née Roumane, nous a quittés le jeudi 11 mai 2023, vaincue par la maladie. D'ori- gine Kabyle, elle avait quitté l'Algérie "pour plus de sécurité" et terminer ses études en pharmacie à Rennes. Après avoir obtenu son doctorat, elle pour- suit son cursus universitaire à Paris, enrichissant ses connaissances en langue et littérature arabe et en Histoire de l'Art. Mariée avec l'architecte-urbaniste vendéen Jean-Claude Pondevie, avec lequel elle par- tageait son sens artistique et un esprit d'ouverture " porteur de lumière ", elle menait une vie familiale harmonieuse, compatible avec son intense activité pour entretenir des liens entre les cultures et établir " un pont entre les deux rives de la Méditerranée. " Chercheuse sur la Civilisation Arabe médiévale et sur l'Histoire de l'Afrique du Nord Antique, elle a enseigné la médecine arabe à l'Université de Nantes. Conférencière et organisatrice de col- loques, elle est intervenue à plusieurs reprises à Paris (Institut du Monde Arabe) et à Montpellier (Institut Maimonide). Fondatrice des Rencontres méditerra- néennes, elle met en lumière le soufisme, "une voie spirituelle de l'islam, une quête mystique, un voyage au plus profond de soi." Les poésies soufies sont au rang des beaux fleurons de la poésie universelle. Malika Pondevie a grandement contribué au dialogue entre croyants de diverses obédiences, que ce soit avec le groupe inter religieux des Sables d'Olonne ou à travers ses publications parmi les- quelles nous citerons principalement Culture Arabe et Culture Européenne et Saint Augustin. Sans ou- blier ses nombreuses conférences et participations à moult colloques dont celui de 2006 à Nantes, en partenariat avec l'Université, avec le soutien de l'Unesco " Programme Méditerranée ", sous le haut Patronage du Ministère de la Culture et de l’Éducation Nationale. Cinq jours après le décès de Ma- lika, le 16 mai, lors d'une cérémonie d'adieu dans la salle paroissiale des Nouettes aux Sables d'Olonne, un hommage a été rendu à la défunte, en ce lieu où, quelques jours auparavant, mercredi 3 mai, "elle y prenait encore la parole avec bonheur, à l'invitation de l'association Dialogue pour la Paix, lors d'une conférence sur Avicenne". Après de nombreux témoignages, Olivier Gaignet a mis en lumière l'importante contribution de Malika Pondevie au dialogue inter religieux, citant Albert Camus dans sa pièce de théâtre intitulée " Les Justes " : " Nous voilà condamnés à être plus grands que nous-mêmes ! " Il en conclut : "N'est- ce pas à cela que, sans cesse, Malika nous a invités ? Et devant un tel projet, ni la mort ni le destin ne pourront avoir le dernier mot ! [...] les engagements de Malika, tels qu'ils viennent de nous être rappelés, continue- ront d'être, pour chacun de nous, une semence féconde, nous incitant sans cesse à aller de l'avant, à son exemple." Olivier Gaignet mit en exergue l'ouverture im- mense qui a caractérisé la vie de Malika, à l'exemple de Gandhi qui avait coutume de dire, tout en demeurant fondamentalement fidèle à sa religion d'origine : " Je suis hindou, je suis chrétien, je suis bouddhiste, je suis musulman, je suis juif. " Entrons pleine- ment dans la compréhension de l'autre, quel qu'il soit. Je laisse la rédaction des dernières lignes de cet hom- mage à Olivier Gaignet, ad- mirable prêtre dans la lignée de Malika Pondevie, Olivier notre collègue et ami au sein de la Société des Écrivains de Vendée : Malika, mille mercis à vous ! Rejoignez à présent le monde des immortels, avec Avicenne et Albert Camus, Gandhi et ibn Arabî, Martin-Luther King, Sr Emmanuelle, Moïse le libéra- teur, Nagarjouna, ce grand philosophe du 1er siècle, en Inde, que vous connaissiez, ainsi que tant d'autres grands prophètes de l'humanité. Jacques Bernard Malika Pondevie Femme de culture et d'ouverture En 2008, l’ensemble de ses écrits justifie son élection à l’Académie de Bretagne Malika et Jean-Claude Pondevie
  • 8. 8 Le suicide de Daniel Brochard, à la mi-janvier, laisse un ressenti amer — voire culpabilisant — chez ses amis. Moi le premier (qu’il considérait plus ou moins comme une sorte de “mentor” implicite tant en poé- sie — sans doute à cause de feues mes éditions Le Dé bleu qu’il avait rencontrées à… Paris (!) lors d’un Mar- ché de la Poésie — qu’en Vendée où il savait que j’étais son voisin), je n’ai pas su pressentir la juste mesure de ce que le poète signifiait en m’écrivant (courriel du 14/01/2023, soit une semaine avant de mourir) qu’il a « cumulé la lourde tâche d’être un esprit malade dans un corps d’écrivain », ajoutant : « j’aspire à la paix et à un autre voyage ». En effet, quand on est emmuré depuis l’enfance dans une maladie incurable (schizophrénie), claquemuré dans la souffrance psychique et organique, comment ne pas désespérer d’une condition existentielle qui ne demande pourtant qu’à libérer un élan vital qui irrigue en permanence et malgré tout l’esprit et le corps ? Daniel Brochard s’est jeté dans la poésie à la manière dont, dans un naufrage, on se jette à l’eau : en urgence absolue, pour tenter désespérément de sauver sa peau, quitte à en périr. Animateur depuis plus d’un demi-siècle de la prestigieuse et incon- tournable revue Décharge qui publie son ultime n° 200 en cette fin d’année 2023. Daniel Brochard (1974-2023) la poésie entre urgence et résurgence De la Vendée (à Talmont), il avait fait son point d’ancrage, tant familial qu’affectif. Et il avait tenu à réunir dans le dernier numéro de sa revue Mot à Maux des poètes vendéens pour consolider cet an- crage. Des poètes déjà reconnus tels James Sacré, Luce Guilbaud, Patricia Cottron-Daubigné, Alain Perrocheau…, d’autres émergents tels Thierry Ra- dière, Nathalie B. Plon, Gabriel Arnaud… et encore ses “co”-auteurs des éditions du Jarosset Éric Thibau- deau, Jean-Louis Cousseau, Jean-Marie Ferré, Phi- lippe Yves Bataille sans oublier leur poète-éditeur Gé- rard Glameau. Auteurs à qui il avait posé la question (sans trop clairement m’en informer !) : quelles traces Le Dé bleu a-t-il laissé en vous ? Dire combien j’ai été ému (à la réception de la revue) par cette initiative et bouleversé par les réponses m’en est encore guère possible. Mais j’ai alors perçu plus nettement à la fois toute la pudeur et la délicatesse de Daniel Brochard et aussi, au plus profond, une hantise de « laisser des traces » dont il tente de s’expliquer dans son dernier texte auto-publié. En effet, fin décembre 2022, il auto-édite un Ma- nifeste pour une poésie sociale envoyé à quelques amis et connaissances. Il y développe ses rêves de vivre en- fin une vie libre et oublieuse de ce qui cadenasse son quotidien. Et il y condense son expérience d’anima- teur de la revue Mot à maux jusqu’au dernier n° paru en juin 2022. Un travail de revuiste remarquable, appliqué et entêté — c’est une question de survie ! — mais aussi exemplaire de lucidité littéraire par le choix du thème “laisser des traces” — prémonition ? — parce qu’il sait que les mots du poème échappent toujours à la mort. L’extrait qui suit (pages 27/28) est significatif : Face aux événements du monde, à leur brutalité et leur violence, j’ai décidé d’arrêter la revue Mot à maux. Je l’avais ressuscité en septembre 2018 à son numéro 7, après une interruption de 10 ans… Il semble bien que le numéro 21 de juin 2022 soit le dernier. Le sentiment d’inutilité est plus fort que le courage et l’obstination. Le poète touche à ses limites, pris dans un mouvement plus puissant que lui, découragé et démobilisé par l’inertie de son com- bat… Pour moi la pente devenait trop dure à mon- ter… Commencée au printemps 2005, Mot à maux aura bien vécu et accueilli des poètes de tous horizons. C’est cette diversité qui a fait grandir la revue. Toutes les générations s’y sont croisées. Toutes les sensibili- tés. Si elle est méprisée, la poésie aujourd’hui est bien vivante. Certes, pas à la hauteur de nos désirs… Car dans cette société de consommation et de spectacle, nos actions semblent bien contrariées… Allons, on ne va pas faire dans les pleurs et la tristesse ! Je me sens empli d’une paix intérieure, satisfait du travail effectué. Ma décision a été brutale, bien que pressen-
  • 9. 9 tie. J’ai émis des doutes, puis le courage est re- venu… avant d’entrevoir le rideau final. Il n’y aura pas de retour. je laisse cependant quelques cer- titudes : la poésie sera toujours partagée et riche de nos expériences ; l’attention au monde est devenue nécessaire dans l’époque qui est la nôtre… D’autres revues verront le jour. Certaines disparaîtront… C’est la marche lente de la poésie. Les générations se succèdent. La poésie portera toujours notre résurgence. Elle sera fon- damentalement la vie ! » Daniel Brochard a laissé « sa trace » Significative et émouvante, cette “ mise à mort ” d’une revue de poésie, ultime point d’ancrage de l’être dans son entier. Qu’on peut aujourd’hui “ lire ” comme une métaphore prémonitoire du suicide intervenu quelques semaines après la publication du Manifeste… Chez Daniel Brochard, le texte et le geste sont les at- tributs d’une même substance vitale. Et nous restent ses livres de poésie publiés entre 2002 et 2023 chez des éditeurs que l’on connaît bien (Encres vives, Éd. Henry, Le Petit Pavé…), dans des revues appréciées (Comme en Poésie, Triages, Traversées, Poésie sur Seine, Verso…) ainsi qu’un livre de correspondance avec son amie Catherine Andrieu qui permet d’approcher quasiment à vif « le sentiment tragique de la vie » (selon le philosophe Mi- guel de Unamuno) qui déchire en permanence les mots et les maux du poète. Le dernier livre de poèmes paru en mars 2022, Je voulais voir le monde, condense les thèmes et les figures d’écriture de Daniel Brochard : dans le prolongement d’une citation d’André Breton (mise en exergue), le poème le « porte à croire qu’il existe un cer- tain point de l’esprit » qui dans l’absolu le libérerait de cette désintégration complète de la faculté mentale de s’étonner devant le merveilleux, l’illusoire, le temporaire et qui vous fait passer de la béatitude à l’obscurité la plus complète. Seule résurgence possible, écrire. C’est une lutte incessante avec l’ange / langage, les mots non sans maux se conglomèrent malgré tout et le plus souvent en proses quasi “ narratives ”, entre fiction sauvage et auto- Éditions du Jarosset, 12 € (+ frais de port). Contact : lejaros- set@gmail.com. Cf. la note de lec- ture dans Lire en Vendée n° 36. fiction résiliente, entre sombre repli sur soi et pudique dépli vers l’autre. Certaines pages font bien sûr songer à Antonin Artaud, d’une sincérité tragique. Proches du sublime d’un « désespoir précisément », pour reprendre la belle expression de Jacques Morin, poète et revuiste exemplaire qui n’a jamais ménagé un soutien empha- tique pour son jeune confrère Daniel Brochard. Oui, Daniel Brochard a laissé « sa trace ». Urgente et résurgente comme une comète lumineuse dans l’univers de la littérature. Louis Dubost Daniel Brochard / Catherine Andrieu - Correspondance. Édi- tions Le Petit Pavé, 2019. On peut consulter le site de Catherine Andrieu : https://www.catherineandrieu.fr Huile de Daniel Brochard
  • 10. 10 « La Vendée comme prolongement de moi-même » Le 6 juillet 1973, s’éteignait Louis Chaigne, dans sa 73e année, à son domicile de Venansault, en Vendée. Personnalité reconnue dans le monde des Lettres, poète, journaliste, critique littéraire, acteur de la Renaissance littéraire catholique, directeur de revues, créateur d’as- sociations, de guides littéraires et religieux de la France, il s’ouvrit également à la littérature étrangère. Sa carrière se déroule à Paris. Les premières années sont difficiles, il travaille pour des revues éphémères, Énergie, puis, Les Lettres, de 1924 à 1926 chez Gaëtan Bernoville. Les éditions Lanore accueilleront la revue en 1929, puis en 1930, il deviendra le directeur littéraire de la maison de Gigord jusqu’en 1949 - c’est lui qui a créé la collection J’ai lu. Il aime sa vie parisienne, fréquente les salons, re- cueille les avis, suit les débats et se lie avec les grands au- teurs catholiques de l’époque, de ceux qui influent sur les idées : Paul Claudel, François Mauriac, Jacques Maritain, Francis Jammes, Mgr Loutil (plus connu sous le nom de Pierre l’Ermite). Mais cette vie de relations intenses ne le coupera en rien de sa province natale. Il fit sienne cette phrase de Paul Claudel : « L’exil m’enseigna la patrie ». Pour Louis Chaigne, il s’agit plutôt, ainsi qu’il se plaît à la nommer, de sa « petite patrie », c’est-à-dire de la Vendée. Jeune, il rêvait d’appartenir à « un grand jour- nal parisien », sa vocation première étant le journalisme. Mais comme souvent, l’éloignement d’un lieu ou d’un être cher a provoqué chez le jeune homme une révéla- tion : ce qui lui paraissait banal est devenu précieux. Lors de ses premières années dans la capitale, il lui arrivait de se rendre à la gare Montparnasse pour y assister au départ des gens qui, le lendemain, débarqueraient en Vendée, ému quand il apercevait une coiffe des Sables d’Olonne ou du Bocage. À Paris, dès qu’on lui signalait un compa- triote, il profitait d’une occasion infime pour aller l’abor- der et s’entretenir avec lui. Mais la Providence veillait. Il dut quitter son premier logement voué à la destruction et répondit à une annonce. En arrivant, il eut la surprise de découvrir que son voisin de chambre s’appelait Jacques de Maupeou (1899- 1963) originaire d’Auzay près de Fontenay-le-Comte, futur sénateur de la Vendée. Ils sont nés la même année, ont les mêmes goûts littéraires et surtout partagent une même foi fervente. Jacques a un frère, Gilles, qui lui aussi demeure à Paris et tous trois font le constat que dans le domaine des lettres et des arts, des « Vendéens de qualité s’ignoraient ». Et de se mettre au travail ! Tisser des liens, promouvoir la culture, Louis Chaigne est dans son élément. En 1928, il crée avec Jacques de Maupeou l’édition « À la belle fontaine », référence à la célèbre Fontaine des Quatre-Tias emblématique de Fontenay-le- Louis Chaigne
  • 11. 11 Comte depuis la Renaissance. Les deux amis espéraient la collaboration de nombreux auteurs (Jacques Mari- tain, Jean Yole, René Bazin…), elle ne permit d’éditer qu’un petit recueil de poèmes de Louis Chaigne, aux ac- cents mélancoliques, Figures. Puis en 1932, avec Gilles et Jacques de Maupeou, il crée à Paris l’association « La Veillée vendéenne ». À partir de ce jour, l’idée d’une œuvre consacrée à sa terre natale mûrit chez lui. Ce sera, en 1934, La Vendée, sept fois rééditée, la dernière édition posthume étant de 1981. Cette œuvre fit sa notoriété : elle a été souvent offerte aux jeunes mariés, par nombre de mairies. Stimulée par ce succès, sa réflexion ne cessera de s’enrichir, dès 1937, avec L’âme romane du Bas-Poitou. Pendant la guerre, soucieux de garder le contact, il écrira de nombreux articles pour la presse vendéenne (L’Écho de l’Ouest, Le Phare de la Loire, La Résistance de l’Ouest, Presse Océan, Ouest- France) et publiera deux ouvrages, La Vendée confiden- tielle (1962) et Confidences au bord des sources (1965). Etquediredusoutienqu’ilprodigua aux écrivains de Vendée ? Il sera à l’origine de la première publication de Jean Rivière, La vie simple (1969). Dans la préface à Louis Chaigne. Un humanisme de Vendée (2012), Yves Viol- lier le présente comme « un passeur de lumière ». Lui- même, à dix-sept ans, avait été encouragé et reçu comme s’il était « aussi important que le plus im- portant de ses amis parisiens ». À la question formulée dans La Vendée maritime : « Qu’est-ce pour vous que la Vendée ? » Louis Chaigne fut tenté de substituer : « Qu’est- ce pour moi que le Bonheur ? » : ses œuvres sont une réponse à ces deux questions qui pour lui n’en faisaient qu’une. C’est dans cet esprit qu’à la demande de Jacques de Maupeou, il accepta de prendre avec le Dr. Louis Merle (1890-1973), féru d’histoire régionale, la direction de La Revue du Bas-Poitou. Cette revue régionale et régiona- liste, créée en 1888, par René Vallette (1854-1939) s’at- tachait à mettre en valeur le patrimoine historique, litté- raire et artistique de la Vendée. Or, après avoir traversé la difficile période de la Guerre de 39-45 et de l’Occupation, elle avait cessé de paraître en 1954 avec le décès prématu- ré de son directeur André Mady. Grâce aux statuts dépo- sés de la « Société des Amis du Bas-Poitou », elle reparaît en janvier 1956. Le Dr. Merle et Louis Chaigne vont moderniser la revue et l’ouvrir à l’actualité. Convaincus ANNIVERSAIRES que la culture passe par un réseau de personna- lités, ils vont organiser des « Rencontres » en marge de la tradition- nelle Assemblée Géné- rale. Ce seront les dî- ners et les déjeuners aux Sables d’Olonne, à Pa- ris, La Roche-sur-Yon, Saint-Jean-de-Monts, Nantes, Cholet, Niort, Montaigu, La Rochelle, Pouzauges, Luçon, au plus près des lecteurs. Sous leur impulsion, l’aire d’influence de la Revue s’étendra aux dé- partements limitrophes quand elle deviendra en 1961 La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l’Ouest, attei- gnant en 1963 son millième abonné et … son premier bilan excédentaire. Mais peu à peu, les difficultés s’amoncellent : les né- gligences des abonnés, voire leur défection, entament la bonne santé de la revue. Mai 68, apporte son lot de trans- formations : suppression de la subvention de l’Université de Nantes, augmentation des coûts de l’édition creusant un déficit que la discrète générosité du Dr. Merle ne pou- vait plus combler. Ce dernier, malade, dans une lettre adressée à Louis Chaigne du 18 novembre 1972, après avoir fait le bilan des dernières années, lui annonce, « la mort dans l’âme », qu’il lui est devenu impossible d’as- surer plus longtemps la rédaction de la Revue. La propre santé chancelante de Louis Chaigne le rendra solidaire de la décision de son ami. Dans son ultime éditorial « Pour prendre congé », il termine cependant par une note d’es- poir : « Nous faisons confiance à nos cadets ». Les vœux de Louis Chaigne seront en effet largement exaucés. La relève viendra en 1994 avec la création de la revue Re- cherches Vendéennes, par un Vendéen d’adoption, Alain Gérard. Les temps ont changé, l’œuvre accomplie demeure et, sous d’autres formes, les Vendéens manifestent un bel attachement à leur patrimoine. En témoigne le succès international du Puy-du-Fou, servi par l’enthousiasme de nombreux bénévoles, ces Puyfolais, héritiers de ces hommes qui ont une terre préférée entre toutes et qui, comme Louis Chaigne l’écrit dans La Vendée maritime, pourraient dire : « Il faut plaindre l’homme qui ne se connaît pas de petite patrie ». Chritiane Astoul auteur du livre "Louis Chaigne un humanisme de Vendée", paru au Centre Vendéen de Recherches Historiques en 2012.
  • 12. 12 J'étais élève à l'Institution Richelieu à la Roche- sur-Yon. Le jeudi après-midi offrait quelques heures de liberté ; je fréquentais les librairies et pous- sai un jour celle de la rue Thiers, au numéro 3, in- titulée " La maison du livre et de la musique ". La devanture verte n'était pas bien grande, la librairie non plus. J'avançai de quelques pas. Effectivement on y trouvait des livres et de la musique, de nombreuses par- titions empilées et de vieux volumes aux couvertures le plus souvent bistre. Mon flair de jeune passionné m'at- tira tout de suite vers la poésie. J'y pris un recueil, y lut quelques vers, et fut distrait de ma lecture par un bruit de pas. Un homme se tenait dans l'encadrement de la porte d'une minuscule arrière-boutique. Un vieil homme à la barbe blanche taillée finement en bouc. Ses yeux et son visage s'éclairèrent. " Vous avez raison jeune homme, me dit-il, la lecture des poètes enrichit ". Ce fut ma première rencontre avec un homme que je visitai ensuite réguliè- rement. Il fut de ceux qui lurent mes premiers écrits, me conseillant d'une gentillesse bonhomme, et m'instruisant à chaque fois davantage sur les poètes, sur son parcours personnel, et naturellement sur ses publications que je lus presque toutes, achetant les unes et recevant les autres en cadeau de ses propres. d'une famille originaire des Deux-Sèvres. Il fait des études de droit à Paris, puis s'installe comme avocat. Mais comme beaucoup d'autres avant lui il abandonne sa carrière tout juste commencée. Il se passionne pour l'Histoire et la Philosophie, puis finalement pour la Poé- sie. Ayant publié en 1924 " Étreintes d'âmes ", il ob- tient deux ans plus tard le grand Prix des jeux Floraux de France. Les recueils vont alors s'enchaîner et le poète est vite reconnu par la critique. Tout en menant une activité de libraire à Paris, il y côtoie des poètes aussi importants que Gustave Kahn, Francis Vielé-Griffin, Philéas Lebes- gue, Charles Vildrac ou Tristan Klingsor. y acquit d'ailleurs aux confins de la forêt une résidence secondaire qui sera son véritable havre familial, fréquenté assidûment jusqu'aux débuts des années 70, et qui sera d'ailleurs le centre de son dernier recueil publié, " La Dune d'or " en 1968. Parmi ses titres consacrés à la Vendée, nous retien- drons " La Vendée coule dans les Cœurs " qui reçut le prix Émile Blémont, mais aussi " La petite ville au cœur doux ", " La Roche-Napoléon ", " Fidelia la bocaine " ou " La fée du Marais ", pièce de théâtre en quatre actes. Son œuvre se compose d'une vingtaine de recueils et deux pièces de théâtre poétique, publiés entre 1926 et 1970. C'est à l'époque où il met au point sa théorie du vers libre qu'il devient véritablement lui-même. Entre le surréalisme révolutionnaire et le classicisme traditionnel du néo-romantisme, il offre la troisième voie d'une poé- sie aux images qui scintillent. Il joue des rythmes avec jubilation, soulignant parfois les variations sur sa page par des décrochements de mots, utilisant avec abondance et dextérité des signes de ponctuation. Dans sa période vendéenne, ses poèmes sont autant de toiles intériorisées, magnifiées par les harmonies que tissent les mots qui en sont la trame. Chabot y déploie souvent un sens aigu de la concision qui déroule en deux mots un paysage im- mense ou une impression souveraine, dans une vision panthéiste d'un poète qui aime les éléments et s'en nour- rit, l'air –le vent maritime-, la terre de la plaine ou l'eau des marais. Marcel Chabot, né à Montmartre en 1889, En 1929, il fonde la revue "La Proue", Marcel Chabot, vernissage Nauleau Mais Chabot est d’abord pétri d’humanité qui défend et illustre le vers libre, et publie de nom- breux auteurs, environ cent-cinquante, qui partagent ses vues. Plusieurs artistes participent aussi à l'aventure qui va durer jusqu'en 1939. Car à l'époque, très mar- qué par la guerre, il va venir se réfugier en Vendée, à La Roche-sur-Yon. Il s'intègre si bien à la vie locale, prési- dant notamment la troupe des Comédiens yonnais et devenant professeur de diction au conservatoire. Il pour- suit naturellement sa carrière de poète publiant de plus en souvent sur des thématiques vendéennes. Il fréquenta aussi le Groupe des Peintres de Saint-Jean-de-Monts et eut une réelle amitié avec le peintre André Nauleau. Il Le poète inspiré place l'âme au centre de tout et décèle les moindres vibrations de la vie, allongeant de manière infinie l'écho si ténu qu'elles ont provoqué. S'il aime grandement les symboles, dont celui de l'étoile, c'est parce qu'il veut mettre à portée de main un peu du cosmos pour redimensionner l'humain. "Tout ce qui est humain est nôtre", écrit-il comme pour défier la mort et des espaces inconnus d'espoir et de fraternité. Il utilise J'avais 17 ans, il en avait 68
  • 13. 13 la forme impérative itérative en déclamant quelques conseils visionnaires et en tous cas inspirés. Sorte d'idéalisme ou tentative moralisatrice basée sur le vivre et l'écrire ? La poésie de Chabot donne des signes d'espoir et de vie et confère à l'humain une dimension d'éternité et d'universalité. Marcel Chabot mourut en 1973, voilà 50 ans. D'où cet hommage que je tenais à lui rendre. Rappelons que La médiathèque de La Roche-sur-Yon conserve un fonds d'archives très intéressant pour ce poète qui demanderait à être mieux connu. Des visages éclosent aux fenêtres Les villas aux grands yeux ouverts sur la forêt, Le vieil étang dolent aux lourdes larmes vertes Somnolent dans la paix sans ride du couchant. Le silence est fait de chants étouffés, de soupirs de fées... Dans le tunnel vert de l’allée, Echevelé Tu parais, pédalant et sculpté dans le vent Que tu fais en passant Fleuri de tes sourires. Les heures chantent dans les branches ; Des visages amis éclosent aux fenêtres, Se tendent vers Toi vers la vie Et tu poursuis, ailé, pavoisé de sourires. Marcel Chabot Alain Perrocheau Il y a cinquante ans disparaissait Marcel Chabot, poète yonnais
  • 14. 14 les frères Martel se ressemblèrent toute leur vie comme deux gouttes d’eau ! Et en profitaient pour faire des blagues. Par exemple chez ce coiffeur où Joël se fait couper les cheveux, et où Jan revient quelques heures plus tard pour crier au scandale, que ses cheveux avaient repoussé ! La tête du coiffeur ! Quelle fatalité pour ces mordus de numé- rologie Fatalité sous le signe du 6. Jumeaux, ils sont nés en 1896 et meurent en 1966, l'un (Jan) le 16 mars, des conséquences d'un accident de la circulation, l'autre (Joël) de maladie le 26 septembre. Quelle fatalité, mais quel destin d'artistes que celui de ces frères sculpteurs, nés à Nantes, mais qui estimaient qu'ils avaient « vu le jour au Mollin », la propriété fami- liale au croisement des routes Challans-Bois-de-Céné et Châteauneuf-La Garnache. Une propriété touchée par la grâce, comme dans un film de Cocteau. Ce fut toute leur vie (avec la résidence de la Chapel- lenie, à Saint-Jean-de-Monts) le pied-à-terre vendéen de ces artistes qui provoqueront la polémique en réalisant, à la demande de Mallet-Stevens, des arbres cubistes en béton armé pour l'exposition d'arts décoratifs à Paris, en 1925 ! Fixer le mouvement dans la pierre Puis, ils adhèrent à l'UAM (Union des artistes mo- dernes), en devenant même des piliers, aux côtés du chef de file, l'architecte novateur Robert Mallet-Stevens. En 1932, leur réputation devient internationale, avec l'élé- vation d'un monumental bas-relief à la gloire de Debussy, à Paris, boulevard Lannes dans le XVIe arrondissement. Bas-relief dont la conception fit beaucoup jaser. Fixer la musique et la danse dans la pierre, tel était leur défi, « à la fois hiératique et dans le mouvement », écrit notam- ment Jean-Christophe Moncys-Martel, petit-fils de Jan Martel, dans le bulletin 2016 de la Société d'Histoire du nord-ouest vendéen, que les jumeaux illustrent sur une belle couverture glacée. Car les Martel, qui jouent beaucoup avec leur gémel- lité créatrice (on ne sait pas qui commence et qui finit l’œuvre, mais la signature est toujours « J J Martel »), sont un cas réellement à part. Et un style inclassable. « Sont-ils classiques ? Cubistes ? Art Déco ? Synthétisent- ils ou simplifient-ils ? » Ils s'étaient fait remarquer dès l'après Première Guerre mondiale par la composition de leurs monu- ments aux morts, transformant la guerre en symbole de paix, comme la jeune veuve éplorée aux Clouzeaux, ou encore la tristesse infinie de cette vieille femme à Olonne- sur-Mer. Sans oublier le bas-relief, place Albert 1er , à la Roche- sur-Yon. Une liste qui s'est allongée après la Seconde Guerre mondiale, avec le monument du maréchal Leclerc à Amiens, pour ne prendre que cet exemple.
  • 15. 15 Lagémellitécréatrice des frères Martel Mais ces élèves et amis de Mallet-Stevens et de Le Corbusier furent des touche-à-tout. Et ils laissent une liste impressionnante d’œuvres, les faisant parfois mieux connaître, notamment auprès des collectionneurs, au États-Unis et au Japon qu'en France et même en Vendée, le pays où « ils ont vu le jour ». L’œuvre de l’accordéoniste des frères Martel serrée par Véronique Piveteau lors d’une expo que la directrice de l’office de tourisme de Challans avait accueillie dans l’ancienne mairie de Challans (désormais Espace Martel) lors de la deuxième décennie de ce siècle Ce groupe d’oiseaux sur le remblai de Saint-Jean-de-Monts est une de leurs dernières œuvres Les Oiseaux sur le remblai montois Ils iront jusqu'à décorer la chapelle du paquebot Normandie, mais aussi des dépliants publicitaires pour des bouchons de radiateurs d'automobiles. Et le groupe des oiseaux, sur le remblai de Saint-Jean-de-Monts est une de leurs dernières œuvres. Un buste de Le Corbusier la toute dernière. À l'annonce de la mort de Joël peu après celle de Jan en cette funeste année 1966, le journaliste vendéen, Va- lentin Roussière, a narré comment il avait rencontré les deux frangins « qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau », à l'Exposition universelle de Paris, en 1937. Et de quelle brillante manière, ces frères siamois s'étaient battus, dès le début des années 1930, pour collecter (sur papier et sur bandes magnétiques) musiques et chants des coutumes maraîchines en voie de disparition. Ils créeront même une association folklorique. « Car pour eux, le folklore ne devait pas être dans les musées mais donner de la vie ! » Joël et Jan Martel reposent dans le cimetière de Bois- de-Céné. Précision : un article similaire est publié dans « Les grands événements en Vendée au XXe siècle », ce année par année, de 1900 à 2000, co-écrit avec Alain Perro- cheau (Geste Editions, 2018). Philippe Gilbert Monuments aux morts, Saint Hilaire le Vouhis, Vendée
  • 16. 16 Déjà 10 pages sur Georges dans notre revue n° 24 en 2012 à l’occasion de l’exposition à l’Historial de la Vendée « Georges Simenon, de la Vendée aux quatre coins du monde » ....et, pour finir, une photo inattendue avec Joséphine Baker !.
  • 17. 17 1903-2023… Simenon l’immortel a 130 ans Simenon le « Vendéen » de Fontenay et Saint-Mesmin Voilà un peu moins de 10 ans (en 2015), un livre est sorti pour ressusciter les légendes les plus noires autour d’un des plus puissants écrivains du XXe siècle : Georges Simenon, ce Belge de Liège mort en Suisse, dont la puis- sance de travail fut équivalente à Balzac et qui fit de lui, après avoir inventé Maigret, au début des années 1930, une célébrité gagnant des millions. Ce livre qui fit scan- dale ? « L'autre Simenon »,de Patrick Roegiers (Grasset), mettant en scène Christian Si- menon, le frère cadet de Georges, impliqué jusqu'au cou dans la collaboration en Wallo- nie, avec le parti catho- lique d'extrême-droite Rex, de Léon Degrelle. Christian Simenon tuera même plusieurs personnes de sa main, avant d'être condamné à mort par contumace, intégrant alors la Légion étrangère, mourant sous cet uniforme au combat, en Indochine, en 1947. De là à faire de Georges un collabo aussi notoire, c'est un pas qui fut franchi par certains dans un douteux amalgame, alors que le bouquin de Roegiers est à prendre avec circonspection, puisque l'auteur l'a dit et répété, son livre mélange la fiction à la réalité. Mais où est-il, Georges, entre 1940 et 1945 ? Quit- tant la Charente-Maritime, il vient habiter en Vendée, au château de Terre-Neuve à Fontenay, Vouvant, un long temps à Saint-Mesmin, L'Aiguillon-sur-Mer et Les Sables-d'Olonne, où il sera assigné en résidence en 1945, par les FFI, dont, parmi eux, un jeune Chaumois dé- nommé Jean Huguet, ce qu’il racontera dans un de ses ouvrages (« Un témoin de l'Occupation, de la Libération et de la Victoire en Vendée », 1995). Simenon sera relaxé. Le dossier est à peu près vide. Simenon n'a certes pas été un résistant, loin s'en faut, mais il est compromis passivement comme la plupart de ceux du Show-biz, qui seront également assignés: Sacha Guitry, Arletty (« mon cœur est français mais mon cul est international ! » plaidera-t-elle), Fernandel (qui ne sera pas ennuyé), Henri Decoin, Clouzot aussi, malgré (ou en raison de) son film « Le corbeau »... C'est que le courage n'a guère régné dans ce milieu, il n'y a eu que Jean Gabin et Florelle (une Chaumoise) pour sauver l'honneur ! Simenon, bour- reau de travail, a donc continué à écrire, vendre des droits pour l'adap- tation au cinéma, signant comme tant d'autres avec la « Continental », écrivant des articles vendus dans les jour- naux d'Occupation, articles cependant sans idée collabora- tionniste. Il a aussi serré la main à des of- ficiers nazis, comme à l'avant-première du film, « La Maison des sept jeunes filles », à Fontenay-le-Comte, en 1941. Et il s'est beaucoup approvi- sionné au Marché noir. Mais à la Dé- bâcle de 1940, alors qu'il vit encore en terre charentaise à Nieul-sur-Mer, il aidera les réfugiés belges arrivant en masse à La Rochelle. Ce qui lui inspirera « Le train », un de ses romans les plus connus, interprétés au cinéma dans les années soixante-dix par Romy Schneider et Jean- Louis Trintignant. Et à Saint-Mesmin, il n'hésitera pas à aider, avec de l'argent, des groupes de résistants, même si les Vendéens, qui l'appellent « Monsieur Georges », se méfient de lui. Car il était tenu en suspicion, consi- Georges Simenon auteur de 192 livres, a vécu en Vendée durant toutes les années d’Occu- pation (1940-1945). Cette Vendée que l’on retrouve dans beaucoup de ses romans, quand ceux-ci ne se si- tuent pas carrément dans notre département ! Assigné par le jeune Jean Huguet
  • 18. 18 déré comme collaborateur, passant pour Germano- phile (il parlait l'allemand)... Mais l'enquête du SRPJ de Poitiers est bien obligée d'arriver à la conclusion que le dossier est vide, sans acte « franchement répré- hensible », écrira Pierre Assouline dans sa biographie (Simenon, Julliard, 1992), la référence incontestable, avec aussi Michel Carly (« Simenon, les années se- crètes », D'Orbestier). Ce dernier est d'ailleurs revenu sur un autre épi- sode. Simenon a bien été suspecté d'être juif. Lui- même raconte cet épisode dans « Mémoires intimes », son autobiographie écrite après la mort de sa fille Marie-Jo. Carly rappelle d'ailleurs que c'est Jean Lu- chaire, directeur d'un journal collabo, qui l'extirpera de ce mauvais pas. Luchaire sera condamné à mort à la Libération. Et Christian Simenon ? Son grand frère Georges l'a rencontré deux fois pendant la guerre : à Saint- Mesmin, en 1943, où le petit préféré de maman Si- menon reste dix jours ; et à Paris en 1945, où Georges l'aîné lui conseille la Légion étrangère, fera même les démarches. Georges Simenon, fut donc à l'image de ses per- sonnages, tout en ombres et lumières, « simenonien » ! Mais c'est vexé qu'il partira des Sables et de France en 1945, recommençant sa vie au Canada et aux États-Unis. C’est durant cette période américaine qu’il écrira des romans emblématiques se déroulant en Vendée, notamment le très très bon « Lettre à mon juge », dont l’intrigue se déroulera en grande partie à la Roche-sur-Yon (1947) ; « Les vacances de Maigret » dont le cadre est les Sables d’Olonne (1948, voir ci-contre l’article de René Moniot-Beamont) ; et « Maigret a peur » (1953), dont l’enquête se déroule à Fontenay-le-Comte. Outre Jean Huguet, un autre écrivain vendéen le rencontrera, un certain Gilbert Prouteau. Ses propos sur « Monsieur Georges » sont inédits et recueillis peu avant sa mort (2012). Par ailleurs, il faut signaler le très attrayant « par- cours Simenon » qui a été mis en place à Saint-Mes- min et inauguré par son fils John voilà deux ans (en 2021), avec panneaux explicatifs et illustrés. PhilG Simenon, ce juif ! Cliché emblématique de Georges Simenon, éternelle pipe en bouche Ce panneau indicatif, dans le cadre du « parcours Simenon », est posé devant la demeure de l’écrivain lorsqu’il vivait à Saint- Mesmin.
  • 19. 19 L’écrivain et cinéaste vendéen Gilbert Prouteau (1917-2012) racontait, un an avant sa mort, comment il avait connu Georges Simenon durant l’Occupation. Son témoignage, inédit, reste vi- vace : « Je l’ai rencontré pour la première fois à Paris avant la guerre, dans une file d’attente pour une dédi- cace. De façon très anonyme alors qu’il était déjà une immense vedette. Mais après la sortie de mon premier recueil de poèmes, « Rythmes du stade » et suite à un article paru alors dans la presse locale en 1942, c’est lui qui a demandé à me voir. On s’est vu à La Roche-sur- Yon, qui était sa capitale vendéenne, puis aux Sables d’Olonne. Il y a eu alors un autre article où j’ai été photographié avec lui. On s’est ensuite revus à Fontenay à quatre reprises, toujours durant l’Occupation… On gardait le lien, il me tutoyait, moi pas, j’étais un môme, j’avais 25 ans… Mais quand j’ai monté le canular du Prix Chaterley avec mon copain Raymond Belin, il a apporté sa part de rigolade en coulisses. Il trouvait ça formidable de récompenser des auteurs de vers de mirliton, il a même participé à une réunion préparatoire et serré la main à un des vainqueurs… On s’est retrouvé plus tard à Pa- ris pour un dîner, toujours durant les années 1942-43. C’était une vraie vedette, comme un acteur de cinéma. Une star ! Moi, vraiment, je l’ai trouvé très sympa, très nature, en empathie, toujours des histoires à vous ra- conter. Il avait fait le tour du monde. C’était un ba- vard, encore plus que moi, c’est vous dire ! Quand je l’ai revu plus tard en Suisse, à la fin des années 1970, à Epalinges, il était beaucoup plus mé- lancolique. Mais il venait de perdre sa fille adorée qui s’était suicidée. Il vivait comme retiré du monde. Il commençait à écrire ses « Mémoires intimes », son ul- time livre, passionnant, où il s’adresse à Marie-Jo mais aussi et notamment à Marc, son fils aîné (Lire ci-contre le témoignage de Jacques Bernard) »... Propos recueillis par Ph. Gilbert Prouteau à la rencontre d’une star Jacques Bernard : sa rencontre avec Marc Simenon, le fils aîné de Georges 5 mai 1927. Le jeune romancier Georges Simenon découvre Les Sables, en compagnie de sa femme Régine, une jeune artiste peintre qu'il n'appelle jamais autrement que Tigy. Il vient d'acheter une carte postale représentant un bateau de pêche toutes voiles dehors, rentrant au port un soir clair de pleine lune. En toile de fond, le quai chaumois et la tour d'Arundel. Georges écrit brièvement " baisers ". Suivent deux signatures et l'adresse de la des- tinataire, la maman de l'écrivain. Le cachet de la poste confirme la date. Juin 1999 aux Sables d'Olonne, place Georges Simenon. Mylène Demongeot entre son mari, Marc Simenon, et l'écrivain sablais Jacques Bernard, alias le commissaire Maigret
  • 20. 20 En 1965, après un ultime court métrage comme as- sistant réalisateur avec Alexandre Arcadi, il se sent prêt à assumer ses propres créations. Pour ses débuts, il réalise une série, Dossiers de l'agence O, où Mylène Demongeot a obtenu un rôle. L'actrice nourrit quelques préjugés à l'encontre du fils Simenon qu'elle pressent comme " un fils à papa à la con ". Rapidement, elle évolue et partage avec Marc un attrait réciproque. Ils ne se quittent plus. Plus tard, dans une interview accordée au Figaro, elle avouera : " Je dois dire qu'il était d'une beauté saisissante (...) Il avait des épaules larges, la taille fine, des jambes musclées comme le David de Michel-Ange (...) Et puis je dois avouer que nos corps s'accordaient parfaitement. C'est un peu ça la magie de l'amour ". Marc et Marie-France divorcent (ils resteront en bons termes, " pour les enfants ") et, le 16 septembre 1968, en mairie de Saint Cloud, Mylène Demongeot qui a elle-même divorcé de son premier mari, le photographe Henri Coste, devient Madame Simenon. C'est le début d'une période de 30 ans " d'amour fou ", de vie com- mune ponctuée de temps heureux et de moments diffi- ciles, liés à la dépendance de Marc à l'alcool. Avec l'aide de Mylène et de sa tendresse, il se sort de cette addiction, replonge et, ensemble, surmontent des années d'angoisse totale. Professionnellement, au cours des années 1970, les créations deviennent rares. Le fils Simenon est peu sol- licité. En 1980, il réalise quelques épisodes d'une série qui ne fait pas date. Idem en 1986 avec trois épisodes du Petit Docteur. De plus, depuis bien des années, Marc entretient un relationnel difficile avec son père. Georges Simenon a de- puis longtemps quitté Tigy. Le lendemain de son divorce, en 1950, à Reno au Nevada, il a épousé Denyse Ouimet. L'année précédente, cette jolie canadienne de 17 ans sa cadette lui a déjà donné un fils, John, qui sera rejoint par Marie-Jo, en février 1953. Le couple mène une vie de tous les excès où le sexe et l'alcool appartiennent au quotidien. Ces mœurs relâchées ne sont pas ignorées de leurs enfants. Ne cherchons pas ailleurs la source de l'in- tense conflit entre Marc et son père. Les livres sans re- tenue publiés par Denyse Simenon possèdent aussi une authentique responsabilité. Avant la fin des années 80, les rapports entre Georges Simenon et son fils aîné s'améliorent. Les deux hommes se rapprochent. Ils élaborent des projets ensemble. Hé- las, Georges décède en octobre 1989. En témoignage de son amour filial, Marc se promet de réaliser au cinéma l'adaptation d'un livre de son père. Le soleil se remet à briller dans la vie de Mylène et Marc. Vingt deux ans après leur mariage civil, ils déci- dent de se marier à l'église. -Pour que notre amour soit éternel, se souvient la comédienne. Le couple est charmé par la vie du port, la plage, l'océan. La mer, " je ne vais plus, pour longtemps, ne penser qu'à elle ", glisse Simenon dans ses Mémoires intimes. Il fera plus qu'y penser. Depuis 1932, d'inces- sants déménagements le rapprochent de la Vendée où, en 1940, il finit par se "replier" après que, le 19 avril 1939, à Uccle, en banlieue-sud de Bruxelles, Tigy ait donné le jour à Marc. Georges et Tigy, d'abord installés à Nieul- sur-Mer (Charente mari- time), sont " assaillis par les alertes fréquentes et les nombreux bombar- dements sur La Rochelle et La Pallice. Inquiétés par les bacs à essence qui entourent leur maison et soucieux pour Marc qui, angoissé, se réveille toutes les nuits ", ils vont commencer un périple en Vendée qui nous est narré par mon sympa- thique collègue, l'écri- vain belge Michel Carly, grand spécialiste de la fa- mille Simenon (Les années secrètes, éditions d'Orbestier, 2005). Ne penser qu’à la mer ! La guerre, les fréquents changements de domicile, les perturbations dans le couple fissuré de ses parents pertur- bent intensément l'enfance de Marc. - Mes meilleurs souvenirs de môme se situent sur la plage des Sables, quand nous logions à l'hôtel des Roches Noires. Je devais avoir 4 ou 5 ans, m'a-t-il raconté. Bien que son père éprouve une véritable adoration pour son petit garçon, Marc quitte rapidement le giron familial. A vingt ans à peine, il est déjà assistant réalisa- teur de Jean Renoir dans Le déjeuner sur l'herbe (1959). On ne peut rêver meilleur apprentissage ! L'année sui- vante, en avril, il épouse Marie-France Grisoni. Deux enfants naissent au foyer : Serge (1962) et Diane (1964). Professionnellement, Marc Simenon déborde d'ac- tivité. Très apprécié en qualité d'assistant-réalisateur, il travaille avec des cinéastes de qualité : Michel Boisrond, Jean Boyer et trois films avec Jean Girault dont Le gen- darme de Saint Tropez où, pendant le tournage, d'après Patrice Laffont, il aurait succombé au charme de la sédui- sante Geneviève Grad. Mes meilleurs souvenirs de môme Ils ne se quittent plus !
  • 21. 21 Marc offre à sa bien-aimée une alliance avec vingt- deux diamants, pour symboliser les 22 années passées ensemble. Fidèle à la tradition, il porte son épouse chérie dans ses bras pour entrer dans leur maison, à Porque- rolles. Marc Simenon et Mylène Demongeot en sont les invités d'honneur, of course. Le premier jour, l'un des membres de l'organisation me demande si je veux bien accompagner Mylène qui ne connait pas la ville, pour effectuer quelques emplettes. Première rencontre, premiers échanges, la glace est bri- sée. On se revoit en compagnie de Marc. On s'entend bien et, chaque jour, nous passons de bons moments ensemble. Avec Marc, nous nous promenons sur le rem- blai et il évoque ses souvenirs de petite enfance à l'hô- tel des Roches noires. C'est un homme cultivé, ouvert à l'échange et toujours désireux de découvrir, de connaître. Pas du tout " fils à papa à la con " ! Roland Lesage, président du comité des Bouts de Ville, très impliqué dans ce festival, me contacte : En juin 1999, festival Georges Simenon aux Sables d'Olonne -OK, Roland. Le 20 juin au Matin, inauguration de la nouvelle place Georges Simenon. Maigret est avec Marc et My- lène. Plus tard, le même jour, réception à l'abbaye Sainte- Croix. Dès que le protocole le permet, Marc s'approche de moi : -Depuis que je suis tout môme, j'ai toujours eu dans ma tête l'image du commissaire Maigret. Pas celui des films de mon père, mais le mien. Celui de mon ima- ginaire d'enfant. Celui que j'ai conservé. Ce n'était pas Jean Gabin, Jean Richard ou autre Bruno Cremer. Mais quand je t'ai vu ainsi costumé et jouant ton rôle, tout de suite je me suis dit : C'est lui l Je le regarde surpris et un tantinet abasourdi. Il pour- suit : -Jacques, on va travailler ensemble. Tu viens me voir à Porquerolles après l'été. Ce sont ses mots exacts. Puis il me demande de lui envoyer mes livres d'hu- mour, pensant qu'il y avait à puiser. J'ai compris que Marc Simenon avait décidé de tourner son premier Mai- gret. Avec moi. - Je pense que tu serais très bien en com- missaire Maigret. Un imper, une pipe et un chapeau ! Tu es d'accord ? Vers le 15 octobre, je lui envoie un courrier avec les livres demandés, en lui disant que je suis à sa disposition. Le 24, il tombe dans ses escaliers et se tue. Mylène Demongeot autorise les médecins à prélever cinq organes sur le corps du défunt : le cœur, les deux reins, le foie et la cornée. " Pour que sa mort permette de sauver la vie d'autres personnes ". Marc souhaitait être incinéré, comme son père. Pour ce faire, il est revêtu de sa tenue préférée : son tee-shirt du Yacht-club de Porquerolles et sa veste de cow-boy, à franges. Mylène répand ses cendres dans l'eau calme, au- tour de leur île préférée. Devant elle se dessine une autre vie. Jacques Bernard Denyse Simenon, la seconde épouse de l'écrivain, ra- conte cette anecdote dans son livre " Un oiseau pour le chat ". Je vous la livre, sans retouche : Pendant la guerre, [...] Simenon s'était donné un coup de manche de couteau dans la poitrine en taillant une baguette pour Marc. Le surlendemain, comme il avait encore mal, il avait fait une dizaine de kilomètres à pied pour consulter un radiologue. Le diagnostic avait été sévère : menacé d'infarctus, Jo devait éviter toute vie active s'il voulait prolonger tant soit peu son existence... En fait, le médecin était un collaborateur ; il avait imagi- né ce subterfuge pour empêcher Simenon de recevoir les parachutistes alliés comme il le faisait clandestinement, et de les faire évader à travers cette Vendée qu'il connais- sait bien. Il avait pleinement réussi son coup, puisque Si- menon n'avait plus écrit, à partir de ce moment, que les cahiers Je me souviens destinés à son fils, après sa mort. Gaston Gallimard, alarmé par son silence, était venu le voir ; Jo lui avait parlé du diagnostic du radiologue vendéen. Gallimard, sceptique, l'avait convaincu de consulter un spécialiste parisien. C'est ainsi que Simenon, " monté " secrètement à Paris, avait rencontré Jean Cocteau et Marcel Pagnol, par hasard. Ils avaient décidé de l'accompagner chez le professeur Leriche et les deux amis montaient la garde sur le trottoir par un temps glacial, à l'affût d'éventuelles patrouilles allemandes... Tout se passa bien : le spécialiste rassura Simenon. Les Allemands ne se montrèrent pas et Jo put regagner la Vendée et y reprendre ses activités. Mais Cocteau, vic- time d'une broncho-pneumonie, dut s'aliter. Et Pagnol de conclure : - Voilà l'histoire du faux infarctus de Simenon... dont Cocteau a failli mourir ! (Fin de citation) Jacques Bernard
  • 22. 22 Nous connaissons les goûts de Georges Simenon pour l’élément liquide et il n’est pas rare de le retrouver dans sa vie en train de naviguer sur des péniches ou ba- teaux de plaisance. Je tiens à rappeler un article du Figaro Illustré de mai 1932, in- titulé « Au fil de l’eau », où Si- menon revient sur la fascination exercée par la mer. Je l’ai considéré comme auteur de la mer dans mon « Dictionnaire chronologique des écrivains de la mer ». Mais il n’est pas facile de déterminer si le commis- saire Maigret a lui aussi la fibre maritime, il n’a laissé que peu d’indices. C’est en août 1931, à Fécamp, que l’on voit le commissaire Maigret « tout seul, pousser la porte à vitre dépolie d’un café du port » Au Rendez-vous des Terre–Neuvas (À signaler que Simenon a écrit ce ro- man à bord de son voilier Ostrogoth). Ce bar juste devant le quai où est ac- costé le chalutier Océan. Après avoir été pesée, des gens déchargeaient la mo- rue qui passait de main en main avant d’être entas- sée dans les wagons. « Ils étaient dix hommes et femmes sales, déchirés, saturés de sel, à travailler. Et devant la bascule un jeune homme bien propre, le canotier sur l’oreille, un carnet à la main, pointait les pesées. Une odeur rance, écœurante, qui ne s’atténuait pas quand on s’éloignait, s’infiltrait, rendue plus sourde encore que la chaleur, dans le bistrot ». C’est la première fois que le commissaire rencontre des gens de mer, des vrais, pas des plaisanciers de club nautique. Il devait dénoter dans ce milieu avec sa tenue très citadine. « Maigret s’assit sur la banquette, dans un coin libre. Il y avait des hommes debout, d’autres assis, des verres sur le marbre des tables. Rien que des marins ! » Le patron essaie d’expliquer l’ambiance : « il ne faut pas faire attention… Il y a des gars qui n’ont pas dessoûlé depuis trois jours… Vous restez là ?… Vous êtes peintre, je parie ! … Il en vient de temps en temps, qui prennent des cro- quis… Tenez ! il y en a un qui a fait ma tête, là, au-dessus du comptoir »… Au lieu de traverser la ville, il longea les quais, les mains dans les poches, pipe aux dents : « le bassin était un grand quadrilatère noir où ne brillaient que les lampes du chalutier Océan, qu’on déchargeait toujours. ». J’ai admiré la décontraction de Maigret à éviter les pièges des quais, un bon moyen de se casser la figure et de faire un plongeon dans le bassin ; et à enjamber les aussières, les amas de filets, éviter les bittes d’amarrage, sans parler des pierres non ajustées de la surface des quais et autres pièges cachés dans la nuit portuaire. Maigret à New-York Le commissaire à la prestance citadine avait-il adopté la démarche chaloupée des marins sans le savoir ? « Il franchit la planche qui reliait le bateau à la terre… Per- sonne ne fit attention à lui quand il monta à bord. Il marcha le long du pont, comme sans but, aperçut de la lumière à l’écoutille du gaillard d’avant. Il se pencha, re- çut au visage un air chaud, une odeur rappelant la cham- brée, le réfectoire et la poissonnerie toute ensemble. » Là, nous voyons bien que le commissaire ne connaît absolument rien aux us et coutumes de l’humanité ma- ritime, ce qui est bien entendu normal. Pourtant il avait vécu Nantes chez la sœur de son père à la suite du décès de sa mère. La ville de Jules Verne ne lui laissera aucun souvenir. Maigret connaîtra l’immensité océane lors d’un dé- placement du Havre à New-York sur un paquebot tran- satlantique en 1947 (« Maigret à New York »). « C’était sa première traversée, à cinquante-six ans, et il était tout Maigret a-t-il le mal de mer ?
  • 23. 23 étonné de se trouver sans curiosité, de rester insensible au pittoresque. » un peu plus loin, « Maigret était lourd, courbatu par une traversée pénible et par le sentiment qu’il avait eu tort de quitter sa maison de Meung-sur- Loire. » Le roman se termine sur cette phrase qui en dit long sur son désintérêt des voyages, surtout en mer. À son retour, Madame Maigret lui reprochera : -Tu aurais pu tout au moins me rapporter quelque chose pour moi, un souvenir, je ne sais pas… Maigret aux Sables-d’Olonne En 1949, nous retrouvons le commissaire sur les bords de la Méditerranée. Une autre traversée est évo- quée bien plus courte que celle vers New York, ce sont ses passages vers l’île de Porquerolles dans le roman « Mon ami Maigret » (1949) : « C’est la première fois qu’on lui téléphonait d’une île, et il se dit que les fils téléphoniques devaient passer sous la mer ». Arrivé sur cette terre insulaire, accompagné d’un ins- pecteur de Scotland Yard, Mr Pyke, il lui dit : « Vous ne trouvez pas qu’on a l’impression d’être loin ? Tenez ! On aperçoit la France, là-bas, à vingt minutes de bateau, et je suis aussi désorienté que si je me trouvais au cœur de l’Afrique ou de l’Amérique du Sud. » En 1948, Maigret passe ses vacances aux Sables- d’Olonne dans « Les vacances de Maigret » : « Maigret était presque content de lui. Il fumait sa pipe à petites bouffées en se dirigeant vers le centre de la ville. Puis il regardait l’heure en faisant volte-face, reprenait son tour de piste à l’endroit où il aurait dû être à ce moment-là, retrou- vant des choses familières : le port, les voiles étalées, l’odeur du goudron et de mazout, les bateaux qui glissaient dans le chenal et s’amarraient devant le marché au poisson ». Je continue à croire que le com- missaire n’a aucun regard curieux vers ce monde portuaire. L’important pour lui c’est d’aimer le soleil, un presque homme de plage. Il est là pour se dé- tendre au point d’oublier que, le plus souvent, c’est un crime qui l’a amené sur la côte : à Antibes, Cannes, Porquerolles, Étretat, Fécamp, les Sables-d’Olonne et aussi à La Rochelle. Il se comporte comme un touriste : « Chaque fois qu’il approchait de la côte, il avait l’impression de toucher un monde artificiel, pas sérieux, où rien de grave ne pouvait advenir. » Ce qui est méconnaître totalement le Peuple de la mer ! Pour moi, Jules Maigret est français et bien français, il ignore tout de la vie maritime. Beaucoup de nos conci- toyens ne comprennent rien au monde à l’eau salée. La France est terrienne et le commissaire en est l’archétype. Et j’ai eu l’impression que d’un point de vue maritime, le commissaire Maigret est l’antithèse de Simenon. Éric Tabarly a dit : « La mer pour les Français, c’est ce qu’ils ont dans le dos lorsqu’ils regardent la plage ». Le commissaire Jules Maigret est probablement de ceux-là ! René Moniot-Beaumont Littérateur de la mer
  • 24. 24 Château de Fontenay-le-Comte À la fin du XVIIIe siècle, des éditeurs de Pascal lui ont attribué deux courtes pièces poétiques qui se seraient trouvées en Ven- dée. Le premier, Condor- cet, écrit ainsi : « On a trouvé dans ce château [de Fontenay-le-Comte] deux tableaux derrière lesquels étaient les vers suivants de la main même de Pascal » tan- dis que le second, l’abbé Bossut, complète : « C’est ce que j’ai appris immé- diatement d’un homme très digne de foi, qui les a vus ». Si la ville est préci- sée, Fontenay-le-Comte, qui était alors capitale du Bas-Poitou et foyer de rayonnement humaniste, le château, lui, n’est pas nommé. L’hypothèse la plus probable nous tour- nerait du côté du château de Terre-Neuve, bâti à la fin du XVIe siècle par le poète Nicolas Rapin et qui deviendra plus tard la propriété d’Octave de Roche- brune, après avoir été occupé longtemps par les La- zaristes. Certes les inventaires dont nous disposons du château de Terre-Neuve − le plus ancien est celui du 2 septembre 1790 −, ne mentionnent aucun ta- bleau portant au dos des poèmes, mais il n’est pas tout à fait exclu qu’un ou deux tableaux s’y soient trouvés antérieurement. Ils porteraient ainsi la trace d’un séjour de l’auteur des Pensées en Vendée au cours de l’automne 1653, en compagnie de son ami le duc de Roannez qui était gouverneur particulier de Fontenay-le-Comte tout en possédant, non loin mais en Anjou, fief et château fort à Maulé- vrier. Peut-être un jour découvrira-t-on dans le grenier vendéen d’une famille liée, de près ou de loin, aux occupants du château de Terre- Neuve, ou d’un autre château du Bas-Poitou, des tableaux avec des vers écrits de la main de Pascal et évoquant des « plaisirs innocents », « un bonheur tran- quille » et de « beaux lieux »… Dessèchement du marais poitevin Autre lien du grand savant avec la Vendée mais celui-ci hors de doute : sa participation aux opérations de dessèche- ment du marais poitevin. Alors qu’il habitait rue Beau- bourg à Paris et que sa vie connaissait une période plus « mondaine », Pascal, qui entre en relation avec plu- sieurs Poitevins, va devenir entrepreneur en s’intéressant à la Vendée. Son apport à la société de dessèchement du marais poitevin sera double : des capitaux dont il espère en gestionnaire inventif un bénéfice et sa science dans le domaine hydraulique. Ainsi, comme commence le printemps 1654, l’inventeur de la presse hydraulique par- ticipe au dessèchement des marais de Courdault, Benet, Maillezais et Vix sur la rive droite de la Sèvre niortaise *. Cette action s’inscrivait dans l’héritage du grand pro- jet, initié par Henri IV et Sully, et visant, pour développer l’économie française, à rendre cultivables les terres inondées en France. Pascal conti- nuera de suivre avec soin sa participation à la société de dessè- chement du marais poitevin comme en témoignent des actes d’avril 1655 passés devant notaire. Ce n’est qu’au début de l’année 1657 qu’il paraît avoir mis fin, suite à la réorgani- sation de la société, à son engagement financier dans les opérations d’assè- chement. Cheville ouvrière du projet, son ami, le duc de Roannez, qui était gouverneur du Poi- tou depuis 1651 et avait tenu l’épée du roi Louis XIV lors de son sacre le 7 juin 1654, poursuivra, quant à lui, sa partici- pation qui s’étendra aux régions de Choupeau, Saint-Michel- en-l’Herm et de la Dive. Maison natale de Blaise Pascal, restitution par Émile Thibaud, extraite de Benoît Go- nod, Recherches sur la maison où Blaise Pas- cal est né et sur la fortune d’Étienne Pascal, son père, Clermont-Ferrand, Imprimerie de Thibaud-Landriot Frères, 1847, 29 p. La célébration du quatrième centenaire de la naissance de Blaise Pascal, né à Cler- mont-Ferrandle19juin1623, l’occasion d’attirer l’atten- tion sur des aspects moins connus de sa personnalité. Sait-on ainsi que la vie de l’inventeur de la machine arithmétique a été mêlée à l’histoire et la géographie de la Vendée ? Florence Viguier (illustratrice de Sur les pas de Pascal) (dessin)
  • 25. 25 Pourquoi l’auteur des Provin- ciales et des Pensées s’était-il inté- ressé à la Vendée ? Plusieurs raisons expliquent sa participation à la société de dessèchement du ma- rais poitevin. D’une part, suite au décès d’Étienne Pascal, son père, en 1651, il était conduit à gérer le mieux possible, de manière intelli- gente, les fonds dont il disposait ; d’autre part, animé par un goût constant d’invention, soucieux des réalisations concrètes auxquelles pouvait conduire la science, il trouvait là une façon de mettre en application les connaissances qu’il avait développées dans le domaine hydraulique ; enfin, contribuer à rendre cultivable le marais poite- vin était pour lui un moyen d’améliorer les conditions de vie des hommes concernés par le projet. Les sommes qu’il avait placées pour améliorer l’existence des habitants du marais seront investies plus tard, après avoir été prêtées à Port-Royal en échange de rentes, dans le projet des carrosses à cinq sols. Avec ce projet, Pascal se fera pionnier de nos modernes transports urbains. Par testament, il versera la moitié de ses parts aux pauvres des Hôpitaux généraux de Clermont et de Paris. Blaise Pascal et la Vendée Claude Ramey, Blaise Pascal méditant (1824), musée Quilliot, Clermont-Ferrand, détail, photo B. Grasset. Marais poitevin, photo B. Grasset * On notera que ces quatre communes sont situées dans la partie vendéenne du marais poitevin Puits de Pascal, reconstitution, cour du musée na- tional de Port-Royal des Champs, photo B. Grasset Celui qui chemine aujourd’hui dans le marais poitevin ne de- vrait-il pas se souvenir que l’homme de science et le penseur que fut Pascal a participé activement et efficacement, il y a quatre siècles, aux opérations qui ont rendu ces terres, envahies par l’eau, propices à la culture et à la vie ? Se pencher, en ce quatrième centenaire de sa naissance, sur les liens entre l’auteur des Pensées et la Vendée, c’est découvrir un Pascal bon gestionnaire, inventeur, entrepreneur, généreux et, sans doute aussi, poète. Bernard Grasset Voir Sur les pas de Blaise Pascal, voyageur de l’infini, Paris, Kimé, 2023
  • 26. 26 Anne de Tinguy fait dans la lignée de son prédéces- seur à l’INALCO, Georges Sokoloff auteur de « La Puis- sance Pauvre » (Fayard, 1993) en centrant sa recherche sur la relation de la Russie au monde. Cette perspective est illustrée d’abord par le récit de trois étapes majeures : les années Gorbatchev, les années Eltsine et les années Poutine qui sont résumées respec- tivement par les titres suivants : « l’échec du grand des- sein » pour le premier, « la métamorphose au prix fort » pour le second, « l’obsession de la grandeur » pour le troi- sième. Gorbatchev et Eltsine ont, en effet, mis en œuvre une politique de réconciliation avec l’Occident tout en opérant une mutation économique en direction de l’éco- nomie de marché à marche forcée aux dépens de l’ancien complexe militaro-industriel. Vladimir Poutine a fait des choix très différents. Cette obsession de Vladi- mir Poutine pour la grandeur est déjà présente lors de sa prise de fonctions le 30 décembre 1999 à la suite de la démission de Boris Eltsine : « La Russie a été un grand pays et le res- tera » et dans son appréciation de l’héritage de l’URSS, expri- mée en 2005 : « ceux qui ne regrettent pas cet événement (l’effondrement de l’URSS) n’ont pas de cœur, celui qui souhaite sa restauration, n’a pas de tête ». D’où la recherche permanente d’un statut inter- national conforté par la dé- tention de l’arme nucléaire et d’un siège permanent au Conseil de Sécurité à l’ONU, et par la recherche d’une voie propre de développement. « L’anti-occidentalisme » croissant qui a été dévoilé par Vladimir Poutine à la conférence de Munich sur la sécu- rité en 2007, va se transformer peu à peu en un désir de revanche contre l’OTAN et en un recours à la force en Géorgie (2008), en Crimée (2014) et dans les 2 répu- bliques autoproclamées du Donbass (2014). Ces outils sont entendus dans un sens large qui s’étend au-delà des moyens traditionnels de la diplomatie et de l’armée : économie, « soft power » et culture. L’au- teur cerne les nombreux paradoxes de ces outils. La diplomatie est servie par une double administra- tion le MID ou Ministère des Affaires Etrangères et l’ad- ministration présidentielle (situation héritée de l’URSS) et par une élite formée dans la fameuse école : le MGI- MO. La diplomatie multilatérale, surtout au sein des Nations Unies, trouve ses limites au moment des conflits et des annexions extérieures. En annexant la Crimée et en intervenant dans le Donbass (2014), puis en envahissant l’Ukraine en 2022. V. Poutine a changé de paradigme, remettant l’outil militaire et le recours à la force au cœur de la politique étrangère de la Russie. L’armée avait été l’objet d’une ré- - Jean, je t’envoie ce petit texte. Je viens de lire le livre d’Anne de Tinguy sur la Russie. On a vraiment une pointure sur un sujet d’actualité. Tu sais qu’elle est vendéenne ? - Oui, mais je ne connaissais pas son par- cours, ton texte paraîtra dans la revue. Honneur aux Vendéens ! - Elle a déjà publié de très nombreux livres ! - Oui, on essaye de ne rien omettre, mais, parfois, même les plus gros poissons pas- sent au travers des mailles du filet ! Anne de Tinguy Le Géant Empêtré La Russie et le monde de la fin de l’URSS à l’invasion de l’Ukraine Perrin, 496 p. 26 € Anne de Tinguy, Moscou et le Monde
  • 27. 27 forme structurelle financée par un budget multiplié par 4 encore loin derrière celui des États-Unis et de la Chine et elle avait consolidé son réseau de bases à l’étranger en Ukraine (avant que la Crimée soit annexée en 2014, le bail de la base navale de Sébastopol en Crimée avait été prolongé en 2010 de 25 ans !), en Arménie et en Syrie (base navale de Tartous). Mais les piètres performances des forces armées russes en Ukraine révèlent l’impor- tance des faiblesses du dispositif mis en place. L’économie est elle aussi un outil paradoxal. Elle soutient la volonté de puissance de la Russie surtout au travers de l’énergie : l’État russe écarte d’abord les so- ciétés pétrolières privées Ioukos et TNK-BP en les fai- sant acquérir par une société étatique Rosneft; la société gazière Gazprom contrôlée par l’État a interrompu deux fois ses livraisons de gaz à l’Ukraine en 2006 et 2009 et a voulu diminuer le rôle de transit de l’Ukraine en reliant directement la Russie et l’Allemagne par le gazoduc Nordstream. Le soutien postérieur à la société privée Novatek dans la production de gaz naturel liquéfié répond à la volonté de donner plus de souplesse à la stratégie internationale du secteur. Mais l’économie russe reste une économie de rente, vic- time du « malaise hollan- dais » qui tend à freiner le développement à l’expor- tation des secteurs hors de l’énergie. Les efforts de modernisation engagés dans les années 2000-2007 (taux forfaitaire unique d’imposition des particuliers à 13% par exemple) et les politiques bud- gétaire et monétaire strictes du Ministre des Finances Alexis Kudrin, ont bénéficié d’une hausse des prix du pé- trole, ce qui a permis une forte croissance, vite étouffée par la crise financière de 2008 ; ces premiers efforts n’ont pas été suivis par des réformes structurelles, préalable à l’établissement d’une économie forte et d’une puissance militaire. Depuis l’invasion de l’Ukraine le partenariat avec la Chine permet à la Russie d’atténuer l’incidence négative de « l’effondrement des investissements étran- gers, de la perte de l’accès aux technologies occidentales et de l’hémorragie des élites » (Sergey Guriev), mais il accroît la dépendance vis-à-vis de la Chine, ce qui ne va pas dans le sens de ses intérêts. Un « soft power à la russe » a été utilisé de façon systéma- tique : la création d’un audiovi- suel à l’étranger (RT, Sputnik), la mise au service de la politique étrangère de l’orthodoxie et de l’islam, le sport. Mais les effets de la politique russe ont été am- bivalents. Au premier rang des déconvenues, figure celle, ma- jeure, qui a eu lieu quand l’église orthodoxe ukrainienne s’est rat- tachée en janvier 2019 au Pa- triarcat de Constantinople au détriment du Patriarcat de Mos- cou. Par ailleurs les opérations de désinformation et de mani- pulations de l’information me- nées par la Russie ont contribué à la dégradation de ses relations avec les Occidentaux. Enfin, la culture russe au rayonnement mondial connaît lui aussi un déclin qui peut être aggravé par l’invasion de l’Ukraine. Ce livre qui s’appuie sur des sources très diverses (80 pages de notes en annexe) permet d’approfondir les nombreux paradoxes d’une nation aux visées mondiales, très axée sur la posture mais handicapée par son retard économique. Le lecteur peut alors s’interroger avec l’au- teur : « L’Ukraine sera-t-elle la roche Tarpéienne de la Russie ? » Cyril Pineau-Valencienne Les clés de l’histoire sont à chercher dans « la boîte à outils de la politique exté- rieure » qui constitue la seconde partie de l’ouvrage Anne de Tinguy, spécialiste de la Russie et de l’Ukraine Géopolitique le Mag, Steve Nadjar Anne de Tinguy Professeur émérite des Universités à l’Inalco (dite « Langues O. ») et chercheur au Ceri-Sciences po Forces et faiblesses de la Russie au moment crucial de l’invasion de l’Ukraine
  • 28. 28 Quand avez-vous lancé les Éditions de l'Atlantide ? - Cette maison a été réfléchie en pleine période de COVID durant l'année 2020. Elle n'est donc devenue une réalité qu'à l'été 2021. Les premiers livres sont parus en octobre de cette même année. Pourquoi une maison d'édition de plus, elles sont déjà nombreuses sur le marché ? - Pas tant que ça en Vendée… Et puis, nous sommes sur la côte, et là, il n'y avait rien. Mais en réalité, parce qu'ayant eu une vie professionnelle tournée vers le livre, nous n'avons pas pu éviter de retomber dedans, peut- être parce qu'en tant qu'auteurs nous ne trouvions pas ce que nous voulions pour éditer nos ouvrages. Il y a pour- tant beaucoup de maisons d'éditions qui vous sollicitent, mais les conditions sont parfois loin d'être satisfaisantes. Elles vous charment et vous attirent avec des promesses, mais souvent vous dirigent vers de l'auto-édition, à des coûts élevés pour les auteurs. Surtout que, derrière, le problème de la diffusion reste entier. Pouvez-vous nous en dire davantage sur vos parcours respectifs ? - Pour moi (Xavier Armange), écrivain, voyageur, photographe, j'ai écrit et illustré de nombreux ouvrages pour enfants et pour adultes chez différents éditeurs, mais beaucoup aux Éditions d'Orbestier que j'ai fondées et dirigées pendant, 25 ans avant de les confier à mon fils qui poursuit l'action à Nantes. J'ai donc une longue expérience des métiers du livre. - Moi aussi (Alain Bach), j'ai eu une belle expérience avec le livre. Après une carrière dans la Gendarmerie Na- tionale qui m'avait conduit à diriger la communication institutionnelle du Ministère de la défense, j'ai dirigé une entreprise de communication dans le Pays basque, tout en publiant plusieurs romans. Quelles orientations avez-vous don- nées aux Editions de l'Atlantide ? - Il faut d'abord préciser que le lancement a été grandement favorisé par le numérique. Cette structure est basée sur une association à but non lucratif, qui comporte douze membres. Nous y apportons notre passion et notre savoir-faire. Il n'y pas d'orientations nettement identifiées en terme d'éditions : nous sommes ouverts à tous les genres et à tous les types d'écriture. Notre seule ligne identifiable, c'est la qualité. C'est le comité de lecture qui choisit les livres retenus. Nous au- teurs ne sont recrutés que sur la qualité de l'écri- ture et la maîtrise du narratif, qui doivent être au service d'un sujet susceptible de rencontrer un lectorat aussi large que possible. Nous mettons tout en œuvre ensuite avec les imprimeurs, que nous souhaitons également vendéens, pour faire un travail propre, en particulier avec la prépara- tion de la couverture. Notre maison est bien ven- déenne, mais les auteurs ne le sont pas systéma- tiquement. Bien sûr, nous sommes les premiers inscrits au catalogue, avec respectivement 5 et 4 livres. Ceci, sur un total de 14 publiés en trois ans, soit à peu près quatre par ans. Pas de préten- tions ni de risques financiers démesurés, juste du travail bien fait, basé sur le respect du livre et de son auteur. Comment le lecteur peut-il trouver vos livres ? - Auprès des librairies. Nous avons un réseau de distribution en Vendée, avec une percée vers Cholet et Angers. Nous passons avec des libraires des accords de dépôts que nous réalisons nous- mêmes, en assurant ensuite le suivi. Notre voi- ture, notre temps et notre capacité à convaincre, voilà pour le travail du distributeur. C'est parfois difficile, car une petite maison associative n'a pas toujours le concours attendu de certains profes- sionnels de la vente. Nous sommes aussi réfé- rencés sur Dilicom, le fichier interprofessionnel du livre, et bien sûr on peut commander nos ouvrages sur notre site Internet à l'adresse sui- vante : www.editionsdelatlantide.fr. Nous sommes évidemment présents sur les salons dédiés aux livres et lançons régulièrement des informations auprès des librairies, centres de documentations, bibliothèques et médiathèques pour des séances de signatures. Nous regrettons cependant que les contacts soient devenus plus difficiles avec ces dernières, le cadre resserré de la Bibliothèque Dé- partementale de Vendée ayant un peu changé la donne ces dernières années.
  • 29. 29 Les Éditions de l’Atlantide Quel bilan tirez-vous de ces trois années de lancement ? - Nos 14 premiers ouvrages produits par deux au- trices et cinq auteurs rencontrent un succès prometteur. La dynamique ne demande qu'à se développer. Le sou- tien des professionnels du livre de la région nous est précieux. Nous avons pu nous lancer grâce à eux. Il est important de valoriser des talents non encore reconnus en favorisant la diffusion de leurs œuvres à la lecture. Le rayonnement de la littérature vendéenne et régionale ne peut exister sans la solidarité de tous ses acteurs. Alain Perrocheau et Yves Viollier En cet automne pluvieux et ven- teux, nous avons rencontré, à quelques pas de l’abbaye Saint-Jean d’Or- bestier aux Sables d’Olonne, les deux co-éditeurs des Éditions de l’Atlantide. Xavier Armange et Alain Bach savent de quoi ils parlent quand ils parlent de livres et d’édition. Alain R.P. Bach Tribulations Vendéennes L’Atlantide, 183p. 15 € Sept romans courts pour des rencontres insolites avec des person- nages atypiques aux destins hasar- deux. Dans notre monde incertain, la Fatalité rôde au détour des chemins. Amorale, malicieuse, ironique ou indifférente, elle subjugue souvent ceux qui ignorent, hésitent ou se trompent de route, les entraînant dans des péripéties improbables. Les protagonistes vendéens, qu’ils soient au pays ou au bout de la planète, se retrouvent confrontés à des si- tuations déconcertantes. Chaque nouvelle de l’autre côté du quotidien, avec des rebondissements inattendus, invite le lecteur à explo- rer quelques-uns des mystères de la destinée humaine. Xavier Armange La traversée de l’Amérique à dos de lévrier un Vendéen aux U.S.A. L’Atlantide, 186 p. 14 € « Ce matin de juillet 1982, les mouettes piaillaient sur le port des Sables- d’Olonne quand je suis sorti de mon agence de voyages avec le billet d’avion qui me ferait traverser l’Atlantique pour la première fois. Sentiment de liberté. J’allais découvrir bientôt les grands espaces, les routes sans limites, le Manhattan de Woody Allen, Harlem Quartet, les Demoiselles d’Avignon, rouler en Mus- tang sur Fortunate Son à fond la caisse, fendre les déserts en chop- per avec les Byrds et Peter Fonda…» L’auteur raconte heure par heure son périple coast to coast en bus Greyhound aller retour depuis New York en passant par Grand Canyon, Las Vegas, Los Angeles, San Francisco, Salt Lake City, Chicago… Plus de 6000 miles, près de 10000 km, boucle bouclée. Un road movie de découverte des gens, des paysages et des modes de vie. Une Amérique différente, celle du rêve américain des maîtres du monde dont on peut, aujourd’hui, douter de la postérité. Les derniers titres de Xavier Armange et Alain R.P. Bach
  • 30. 30 Autant je suis un vieil habitué du Sénégal où j’ai commencé ma carrière de professeur d’anglais, autant la Guinée Conakry m’était inconnue. Longtemps diri- gé par le dictateur impitoyable Sékou Touré, ce pays de grandes forêts et d’incroyables richesses minières encore sous-exploitées, est longtemps resté fermé. Le tourisme est balbutiant ; les infrastructures hôtelières encore insuf- fisantes se retrouvent principalement sur la zone côtière et dans quelques grandes villes. En trois semaines, voyageant souvent seul, j’ai dé- couvert un pays accueillant et désireux de s’ouvrir au monde. J’y ai rencontré des jeunes enthousiastes qui ont envie de s’investir dans des projets originaux. À vous d’en juger après la lecture de la rencontre avec un groupe d’adolescents regroupés dans l’A.I.E., « l’Association pour l’intégration de l’enfance », dont je suis devenu sans le demander le vice-président. Direction Boffa, 30 000 habitants, une ville côtière à 150 km au nord de la capitale Conakry. Cette ville a connu les jours sombres et tragiques de la traite négrière. Trois ports non loin de Boffa s’illustrèrent dans le com- merce des esclaves. J’ai découvert la Guinée d’expression fran- cophone en février-mars 2022 Cet arbre et nous avonsbesoindelamêmeprotection! La traite négrière Pour ces adolescents de 2022, la révélation de cette histoire douloureuse fut un choc. De retour à Conakry, Faya Kamano se rend compte que les jeunes ont tous la paume d’une main fermée et serrée. Il leur demande ce qu’ils y cachent. Chacun a dans la main la feuille d’un arbre. Étonné, il leur demande pourquoi ils ont voulu garder ce souvenir de leur journée à Boffa. Sans rien dire au responsable, ils ont tous cueilli une feuille pour entre- tenir chez eux le souvenir de ces esclaves guinéens dont ils ignoraient l’histoire tragique. À partir de ce moment, Faya Kamano et ces jeunes ont créé l’A.I.E. dont Faya est devenu le président et moi, le vice-président. Le projet sur lequel ils ont travaillé pré- voit de planter tous les 8 mètres, de part et d’autre de la piste empruntée par les esclaves, 4012 colatiers, un pour chaque esclave recensé. Le colatier est un arbre impor- tant dans la vie guinéenne. On a coutume d’offrir des noix de cola lors des moments importants de la vie : à la naissance d’un enfant, à son baptême, à un mariage, à une fête de famille, mais aussi au décès d’une personne. Chacun a dans la main la feuille d’un arbre L’enfant et l’arbre, regard sur la Guinée En 2022, un de mes amis, Faya Kamano, emmène un groupe de jeunes sur ces lieux terribles marqués pour toujours par l’histoire de l’esclavage. Il parle à ces garçons et filles de 12 à 15 ans des 4012 femmes et hommes ar- rachés violemment à leurs villages et conduits de force sur une piste caillouteuse. Enchaînés à fond de cale dans des conditions des plus insalubres et inhumaines pour une traversée souvent horrible. Beaucoup moururent de faim, de soif, de maladies ou de mauvais traitements. Les survivants les plus vaillants étaient vendus comme esclaves dans « les Amériques » comme on disait alors.
  • 31. 31 Parallèlement, l’arbre préoccupe aussi d’autres amis de la nature, ainsi Olivier Girard, professeur au Collège Jean Ros- tand des Herbiers. Voici deux de ses mails pour m’informer de l’action qu’il mène avec ses élèves : 21 septembre 2023, De mon côté, j'ai donc renouvelé le projet de classe sur la filière bois-forêt. Des rencontres avec des professionnels sont déjà prévues : visite d'une forêt avec un technicien de l'ONF, rencontre d'un arboriste-grimpeur etc. Nous poursuivrons les plantations entreprises depuis deux ans avec la ville des Herbiers. L'objectif est d'en planter 150 en janvier/février. Je vais recontacter les collègues européens, mais j'aimerais toujours développer le réseau sur les autres continents. J'ai un contact en Turquie et un en Tanzanie. Donc si nous pouvons développer encore avec la Guinée ce serait chouette. Tu avais aussi évoqué l'Australie, ce serait génial. Si tu as également des contacts sur le continent américain, ce serait aussi super ! 21 octobre 2023 : Les élèves ont bénéficié d'une visite très riche d'une forêt domaniale en compagnie d'un technicien de l'ONF. Demain, ils rencontreront un sculpteur sur bois, puis un arboriste/élagueur en novembre. J'ai la confirmation de la participation d'écoles au Portugal, en Espagne, en Grèce, en France évidemment, en Turquie, en Roumanie... qui planteront des arbres elles aussi. Je vais rédiger le projet pendant les vacances. As-tu des nouvelles d'autres pays dont la Guinée ? Jusqu’à présent, les jeunes ont planté 779 colatiers. La deuxième tranche prévoit la plantation de 779 autres arbres. L’association a un partenariat avec une communauté de religieuses qui lui livre le pied de colatier 22 000 fg, soit à un peu moins de 2,50 € par pied de colatier. Ces jeunes ne veulent pas se complaire dans ce passé esclavagiste. Ils ont pour but de faire de ces pistes qui conduisent de Boffa aux ports tout proches, des chemins où il fera bon marcher dans une nature préservée tournée vers l’avenir. En outre, la vente des noix de cola apportera aux villageois un petit complément de revenu. Ces 4012 colatiers témoigneront que les 4012 es- claves ont retrouvé symboliquement et bien tardivement leur terre natale. En tant que vice-président, ces adolescents guinéens souhaitent que je sois leur porte-parole en France et que je fasse connaître leur action originale, à la fois mémo- rielle et écologique. Les jeunes de l’A.I.E.ont été reçus au ministère de l’Agriculture de Conakry pour exposer leur projet de plantations. Ce fut pour eux la reconnaissance de leur travail de préservation de la nature et de la transmission de la mémoire d’un passé douloureux. 4012 esclaves, 4012 colatiers Présentation de la journée du colatier D’autres amis des arbres Que ceux qui désirent aider ces jeunes d’une façon ou d’une autre n’hésitent pas à prendre contact avec moi. Retenez ce chiffre : un plant de colatier revient environ à 2 euros 50. Je ferai savoir à ceux qui me contac- teront le suivi de cette action originale initiée et conduite par ces adolescents Guinéens. Nous créons une association des colatiers de Guinée,. Ceux qui veulent financer l’achat d’un ou plusieurs arbres peuvent se manifester en laissant leurs coordonnées (Nom et adresse postale, adresse mail, téléphone). Je vous remercie chaleureusement au nom des jeunes Guinéens, membres de l’A.I.E. Jean-Claude Lumet jclaudelumet@gmail.com Et si nous plantions, nous aussi, des colatiers en Guinée ?
  • 32. 32 BILLET Relire le livre sur Jacques Auxiette Ce sont deux vraies plumes journalistiques, d’en- quêteurs, respectueux mais fondamentalistes de la vé- rité du témoignage (ou du contre-témoignage), qui ont publié en novembre 2015 cet ouvrage biographique sur « Jacques Auxiette, un socialiste chez les Chouans ». Écrivant à quatre mains comme s’il n’y en avait que deux, les rédacteurs (à Ouest-France) Philippe Ecalle et Jean-Marcel Boudard ont su mettre en scène Auxiette en nous éclairant sur son « mystère », sur ce « Guichard de gauche » resté très secret malgré une longue carrière politique : maire de la Roche-sur-Yon pendant 27 ans (1977-2004), avant d’enchaîner deux mandats de prési- dent régional des Pays-de-Loire (2004-2015). Pour mener leur entreprise à bien, nos Bibi Fricotin ligériens ont interviewé Jacques Auxiette à sept reprises, recueilli une centaine de témoignages (1) jusqu’à rencon- trer Robert Badinter, qui d’ailleurs préface l’ouvrage et le déclare : « j’ai souvent rencontré Jacques Auxiette, mais je ne le connais pas... » Ce livre est aussi une belle photographie de la Roche- sur-Yon des années soixante jusqu’à ces dernières années, la dernière 2015, année de publication… 8 ans plus tard, et près de deux ans après la disparition de Jacques Au- xiette, le témoignage reste fort, toujours d’actu malgré les bouleversements géopolitiques intervenus depuis… Le relire est un régal pour ceux qui aiment et/ou ont grandi à la Roche-sur-Yon. Un livre bonifié même, avec le temps, qui rend peut-être encore plus prégnant la « marque Auxiette »… On remarquera également l’évocation forte du prof de maths à son seul mentor : Fernand Montlahuc, provi- seur (du matin au soir!) du lycée polyvalent qui devien- dra Lycée Mendès-France… Mais au fait, pourquoi Auxiette chez les Chouans, lui le Vendéen né à Montluçon ? Parce que la Vendée, Ok, ce n'est pas la chouannerie mais... Il fut bien président de la Région Pays de Loire, englobant aussi la Sarthe et la Mayenne, le pays de Jean Chouan ! C'est qu'il est malin le duo Boudard-Ecalle, et la « titraille », ça les connaît ! PhilG (1)… Jean Burneleau, Patrick Jouin, Yann Hélary, Pierre Re- gnault, Gilles Bourmaud, Philippe Doux, Jean-Louis Berland, Sylviane Bulteau, Matthieu Durquety, Madeleine David, Yves Rouleau, Michèle Peltan, Stéphane Ibarra, Joël Soulard, Pa- trick Dinel, Stéphane Frimaudeau, Bernard Violain, Philippe Puaud… «LesInstantsLibres» Librairie au Poiré-sur-Vie Deux ans déjà qu'Hélène Marti- neau s'est lancée dans l'aventure : ouvrir une librairie-café en plein contexte sanitaire défavorable n'a pas été chose facile. Et pourtant, elle a relevé le défi. L'ambiance du local est chaleureuse, couleur caramel, nuancée de bleu pastel. La déco évoque un esprit scandi- nave, - « Hygge » diraient les Danois -. On s'attendrait presque à découvrir deux ou trois chats soyeux, conscien- cieusement lovés parmi les piles de livres. Dans les lieux plane une mélodie douce. La propriétaire m'avouera qu'elle se réfère souvent au Blues pour le calme que cette musique véhicule. J'entends « Jimmy » par Moriarty. Ef- fectivement, ce chant convient à merveille. Hélène Martineau apprécie la musique, les chats et le vélo (surtout à assistance électrique !). Soit ! Cependant, ce ne sont pas ces motifs qui ont présidé à son choix. Si elle a voulu devenir libraire, c'est pour assouvir sa passion de la littérature, mais aussi son goût pour la transmission. La maîtresse des lieux aime le contact, l'échange, la dis- cussion. « C'est presque un rôle social, » avoue-t-elle. « Je dois connaître mes clients, leurs amis, leur famille et bien entendu ce que cachent les couvertures. Je peux mieux conseiller mes lecteurs, leur suggérer l'ouvrage qu'ils ai- meront découvrir ». Des bouquins actuels ou classiques ? Elle pourrait en citer des milliers ! Et si elle ne devait en nommer qu'un seul ? Choix délicat ! La libraire propose- rait « Une terrasse au soleil » de Jean-François Dietrich, paru aux Éditions Les Chantuseries. Il faudra que je dé- couvre ce roman ! Passionnée, elle aime aussi raconter et lire à haute voix des histoires. Elle serait ravie de posséder le talent de Guillaume Galienne par exemple. Je suis bien d'accord avec elle et lui souhaite d'y parvenir un jour. Au cours de notre conversation à bâtons rompus, nous évoquons Henri Matisse et son tableau « Fenêtre ouverte ». Les livres ne sont-ils pas une baie au travers de laquelle on découvre le monde ? Cette peinture à l'huile conviendrait bien dans cet environnement si les rayon- nages qui montent jusqu'au plafond lui laissaient une petite place. En effet, les tables et les murs sont pleins. J'ai vu une foule de romans, de BD, de mangas, de livres pour tout-petits ainsi qu'une quantité de jeux de société dont Hélène est tout disposée à vous enseigner les règles.
  • 33. 33 Aux horaires d'ouverture réguliers de la librairie, il faut ajouter les soirées et les après-midi réservées aux si- gnatures, les séances de travaux manuels, les échanges linguistiques, les ateliers d'écritures, les heures consa- crées au bien-être. J'en oublie, car mon hôte ne manque pas d'imagination dans ce domaine. La programmation mensuelle figure sur des ardoises bien en vue et, bien entendu, sur le site internet de la librairie et les réseaux sociaux ! Je quitte les lieux à regret. Madame Martineau me propose une boisson : jus de fruits Litchi Goyave - une tuerie - ou un chocolat chaud Chantilly guimauve. Avec de tels arguments, comment ne pas revenir ? Pierre Deberdt Librairie les Instants Libres 1, rue de la Brachetière, 85170 Le Poiré-sur-Vie 02 28 85 43 05 librairie@lesinstantslibres.fr - www.lesinstantslibres.fr Prix des Écrivains de Vendée