Science et citoyens
Rayna Stamboliyska
10 mars 2014
Qui suis-je ?
●
Docteure en génétique et
bioinformatique
●
Membre du conseil d'administration de
l'Open Knowledge Foundation France
●
Consultante indépendante (UNESCO,
OCDE, etc.)
●
Titulaire d'un Master Génétique et
Bioinformatique et d'un DU Droit de la
propriété industrielle
Petit plan
1. « Scientifique » : anomalie devenue
coutume
2. L'influence de la communauté
3. Darwin vs. Kropotkine
4. Science citoyenne et participative
Il était une fois...
Dénommer, c'est-à-dire créer un
concept, est l'opération en même
temps première et dernière d'une
science.
(« Problèmes de linguistique générale », Émile Benvéniste, 1974)
1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume
"
La science se pense dans les mots...
...qui lui sont propres :
●
mots nouvellement créés
●
mots dérivés de termes
déjà existants
→ mot non ordinaire
« scientifique »
1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume
Des mots et des maux
Mais aucune interprétation n'est donnée de
ce sens propre, et l'on ne discerne pas
pourquoi « science » – et seulement
« science » – aurait reçu comme adjectif un
dérivé en -fique signifiant « qui fait (la
science) » plutôt qu'un simple adjectif de
relation facile à former avec un des suffixes
usuels.
(« Problèmes de linguistique générale », Émile Benvéniste, 1974)
1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume
"
Des jeux de mots
Boèce (VII s.) :
●
scientificus : « qui construit la science », « qui
produit du savoir » ;
●
scientialis (« sciential » en français) : « ce qui
est propre à la science », « qui porte sur la
science »
1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume
Pas une mince affaire
=> Les scientifiques appartiennent au groupe
social bien déterminé de ceux et celles qui
créent le savoir
Le groupe comme entité sociale
●
Désignation interne : des personnes s'y
définissent elles mêmes comme membres
●
Désignation externe : elles sont définies par
d'autres comme membres dudit groupe
(visibilité sociale)
(« Group processes », Brown R, Oxford, Blackwell, 2000)
2. L'influence de la communauté
Détermination du groupe (1)
normes + valeurs + représentations
→ assurent sa cohésion et médiatisent les
interactions sociales
=> non seulement l'individu s'intègre dans le
groupe, mais il se l'intègre
2. L'influence de la communauté
Détermination du groupe (2)
modalités et ressorts de la groupalité = une
dimension constitutive :
●
au niveau imaginaire et inconscient ;
●
au niveau de la pensée opératoire et
rationnelle.
→ internalisation des croyances groupales : par
la pression normative explicite et implicite
exercée par le groupe
2. L'influence de la communauté
La fonction normative
Pression normative = processus selon lequel l'individu
adhère aux normes, aux modèles, aux valeurs d'un
groupe qui fait référence pour lui
→ pour en être accepté, il cherche à régler ses attitudes
sur ce qu'il perçoit être le consensus de ce groupe
2. L'influence de la communauté
Le scientifique et son groupe
La communauté scientifique défend :
●
ses normes, valeurs et représentations
●
se caractérise par un besoin d'immutabilité
→ forte pression normative sur ses membres
2. L'influence de la communauté
… incompatible
avec l'innovation !
Mais c'est quoi le rapport ?!
2. L'influence de la communauté
Scientifique = normopathe ?
2. L'influence de la communauté
Pas une fatalité
→ le type de rapport établi aux règles ou au
mode d'organisation des groupes est déterminant
Devinette
3. Darwin vs. Kropotkine
Réponse
3. Darwin vs. Kropotkine
Charles Darwin
Naturaliste
Auteur de « L'origine des
espèces » (1859)
Prince Piotr Alekseyevitch Kropotkine
Géographe, zoologue
Auteur de « L'entraide, un facteur de
l'évolution » (1902)
Une incompatibilité fondamentale ?
3. Darwin vs. Kropotkine
La « lutte pour la vie », le
combat quotidien de
tous contre tous.
L'entraide comme
facteur fondamental
de l'évolution
Théories complémentaires
3. Darwin vs. Kropotkine
=> La rencontre des deux explications soutenues
par deux idéologies distinctes et opposées, l'une
normative et l'autre contre-normative, est dans ce
cas une source d'avancement novateur.
+
La structure des révolutions scientifiques
Les idées révolutionnaires ne surgissent pas de
façon aléatoire et ne sont pas le seul résultat
des efforts d'un individu motivé. Elles sont la
résultante de la mise à mal d'un modèle de
pensée dominant par des faits et observations
diverses qui ne le confortent pas.
Le conflit socio-cognitif
Une structure sociale peut empêcher la
confrontation entre une démarche normative et
une autre, contre-normative.
→ Un membre de la communauté scientifique
prend les contenants et schémas politiques et
sociaux et les applique à sa science
Le conflit socio-cognitif
Une structure sociale peut empêcher la
confrontation entre une démarche normative et
une autre, contre-normative.
→ Un membre de la communauté scientifique
prend les contenants et schémas politiques et
sociaux et les applique à sa science
=> Le décloisonnement de la pensée scientifique
n'est possible que dans le cas d'une confrontation
directe entre ces deux démarches
Citizen science
4. Science citoyenne et participative
Defines public involvement in genuine research
projects
Idée existe :
●
Feyerabend (1982) : « démocratisation de la
science »
●
Thomas Jefferson (1776) : promeut participation
des citoyens pour éviter l'isolation de la science
telle qu'opérée par son institutionnalisation
Citizen science en français
4. Science citoyenne et participative
●
Science citoyenne : les citoyens exercent un
contrôle sur la gestion de la recherche
→ co-gouvernance de la pratique
Citizen science en français
4. Science citoyenne et participative
●
Science citoyenne : les citoyens exercent un
contrôle sur la gestion de la recherche
→ co-gouvernance de la pratique
●
Science participative : des scientifiques non-
professionnels se joignent aux professionnels
→ co-création de la connaissance
Citizen science en français
4. Science citoyenne et participative
●
Science citoyenne : les citoyens exercent un
contrôle sur la gestion de la recherche
→ co-gouvernance de la pratique
●
Science participative : des scientifiques non-
professionnels se joignent aux professionnels
→ co-création de la connaissance
=> la science devient partie intégrale de la vie
quotidienne
Science participative
4. Science citoyenne et participative
Science participative
4. Science citoyenne et participative
Un glissement dans l'engagement du
public : citoyens ne sont plus limités à la
tâche subalterne de collecte de données
→ citoyens deviennent des scientifiques
(analyse de données, génération
d'hypothèses)
Quelle est la qualité des données ?
4. Science citoyenne et participative
Problèmes existent toujours quel que soit
celui qui collecte les données
●
Comparaisons indiquent qualité équivalente
●
Amélioration toujours possible (formation, etc.)
Quelle éthique pour la science participative ?
4. Science citoyenne et participative
Cadre général : à partir du moment où un
projet de recherche implique des humains,
un avis éthique est requis
●
uBiome
●
Essais cliniques
●
Épidémiologie
→ pas de cadre éthique pour encadrer les
projets de science participative
Merci !
http://me.hatewasabi.info
Qu'en pensez-vous ?

Cours pour la Licence "Sciences et Ingéniérie" ENSTA

  • 1.
    Science et citoyens RaynaStamboliyska 10 mars 2014
  • 2.
    Qui suis-je ? ● Docteure engénétique et bioinformatique ● Membre du conseil d'administration de l'Open Knowledge Foundation France ● Consultante indépendante (UNESCO, OCDE, etc.) ● Titulaire d'un Master Génétique et Bioinformatique et d'un DU Droit de la propriété industrielle
  • 3.
    Petit plan 1. « Scientifique » :anomalie devenue coutume 2. L'influence de la communauté 3. Darwin vs. Kropotkine 4. Science citoyenne et participative
  • 4.
    Il était unefois... Dénommer, c'est-à-dire créer un concept, est l'opération en même temps première et dernière d'une science. (« Problèmes de linguistique générale », Émile Benvéniste, 1974) 1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume "
  • 5.
    La science sepense dans les mots... ...qui lui sont propres : ● mots nouvellement créés ● mots dérivés de termes déjà existants → mot non ordinaire « scientifique » 1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume
  • 6.
    Des mots etdes maux Mais aucune interprétation n'est donnée de ce sens propre, et l'on ne discerne pas pourquoi « science » – et seulement « science » – aurait reçu comme adjectif un dérivé en -fique signifiant « qui fait (la science) » plutôt qu'un simple adjectif de relation facile à former avec un des suffixes usuels. (« Problèmes de linguistique générale », Émile Benvéniste, 1974) 1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume "
  • 7.
    Des jeux demots Boèce (VII s.) : ● scientificus : « qui construit la science », « qui produit du savoir » ; ● scientialis (« sciential » en français) : « ce qui est propre à la science », « qui porte sur la science » 1. « Scientifique » : anomalie devenue coutume
  • 8.
    Pas une minceaffaire => Les scientifiques appartiennent au groupe social bien déterminé de ceux et celles qui créent le savoir
  • 9.
    Le groupe commeentité sociale ● Désignation interne : des personnes s'y définissent elles mêmes comme membres ● Désignation externe : elles sont définies par d'autres comme membres dudit groupe (visibilité sociale) (« Group processes », Brown R, Oxford, Blackwell, 2000) 2. L'influence de la communauté
  • 10.
    Détermination du groupe(1) normes + valeurs + représentations → assurent sa cohésion et médiatisent les interactions sociales => non seulement l'individu s'intègre dans le groupe, mais il se l'intègre 2. L'influence de la communauté
  • 11.
    Détermination du groupe(2) modalités et ressorts de la groupalité = une dimension constitutive : ● au niveau imaginaire et inconscient ; ● au niveau de la pensée opératoire et rationnelle. → internalisation des croyances groupales : par la pression normative explicite et implicite exercée par le groupe 2. L'influence de la communauté
  • 12.
    La fonction normative Pressionnormative = processus selon lequel l'individu adhère aux normes, aux modèles, aux valeurs d'un groupe qui fait référence pour lui → pour en être accepté, il cherche à régler ses attitudes sur ce qu'il perçoit être le consensus de ce groupe 2. L'influence de la communauté
  • 13.
    Le scientifique etson groupe La communauté scientifique défend : ● ses normes, valeurs et représentations ● se caractérise par un besoin d'immutabilité → forte pression normative sur ses membres 2. L'influence de la communauté … incompatible avec l'innovation !
  • 14.
    Mais c'est quoile rapport ?! 2. L'influence de la communauté
  • 15.
    Scientifique = normopathe ? 2.L'influence de la communauté Pas une fatalité → le type de rapport établi aux règles ou au mode d'organisation des groupes est déterminant
  • 16.
  • 17.
    Réponse 3. Darwin vs.Kropotkine Charles Darwin Naturaliste Auteur de « L'origine des espèces » (1859) Prince Piotr Alekseyevitch Kropotkine Géographe, zoologue Auteur de « L'entraide, un facteur de l'évolution » (1902)
  • 18.
    Une incompatibilité fondamentale ? 3.Darwin vs. Kropotkine La « lutte pour la vie », le combat quotidien de tous contre tous. L'entraide comme facteur fondamental de l'évolution
  • 19.
    Théories complémentaires 3. Darwinvs. Kropotkine => La rencontre des deux explications soutenues par deux idéologies distinctes et opposées, l'une normative et l'autre contre-normative, est dans ce cas une source d'avancement novateur. +
  • 20.
    La structure desrévolutions scientifiques Les idées révolutionnaires ne surgissent pas de façon aléatoire et ne sont pas le seul résultat des efforts d'un individu motivé. Elles sont la résultante de la mise à mal d'un modèle de pensée dominant par des faits et observations diverses qui ne le confortent pas.
  • 21.
    Le conflit socio-cognitif Unestructure sociale peut empêcher la confrontation entre une démarche normative et une autre, contre-normative. → Un membre de la communauté scientifique prend les contenants et schémas politiques et sociaux et les applique à sa science
  • 22.
    Le conflit socio-cognitif Unestructure sociale peut empêcher la confrontation entre une démarche normative et une autre, contre-normative. → Un membre de la communauté scientifique prend les contenants et schémas politiques et sociaux et les applique à sa science => Le décloisonnement de la pensée scientifique n'est possible que dans le cas d'une confrontation directe entre ces deux démarches
  • 23.
    Citizen science 4. Sciencecitoyenne et participative Defines public involvement in genuine research projects Idée existe : ● Feyerabend (1982) : « démocratisation de la science » ● Thomas Jefferson (1776) : promeut participation des citoyens pour éviter l'isolation de la science telle qu'opérée par son institutionnalisation
  • 24.
    Citizen science enfrançais 4. Science citoyenne et participative ● Science citoyenne : les citoyens exercent un contrôle sur la gestion de la recherche → co-gouvernance de la pratique
  • 25.
    Citizen science enfrançais 4. Science citoyenne et participative ● Science citoyenne : les citoyens exercent un contrôle sur la gestion de la recherche → co-gouvernance de la pratique ● Science participative : des scientifiques non- professionnels se joignent aux professionnels → co-création de la connaissance
  • 26.
    Citizen science enfrançais 4. Science citoyenne et participative ● Science citoyenne : les citoyens exercent un contrôle sur la gestion de la recherche → co-gouvernance de la pratique ● Science participative : des scientifiques non- professionnels se joignent aux professionnels → co-création de la connaissance => la science devient partie intégrale de la vie quotidienne
  • 27.
    Science participative 4. Sciencecitoyenne et participative
  • 28.
    Science participative 4. Sciencecitoyenne et participative Un glissement dans l'engagement du public : citoyens ne sont plus limités à la tâche subalterne de collecte de données → citoyens deviennent des scientifiques (analyse de données, génération d'hypothèses)
  • 29.
    Quelle est laqualité des données ? 4. Science citoyenne et participative Problèmes existent toujours quel que soit celui qui collecte les données ● Comparaisons indiquent qualité équivalente ● Amélioration toujours possible (formation, etc.)
  • 30.
    Quelle éthique pourla science participative ? 4. Science citoyenne et participative Cadre général : à partir du moment où un projet de recherche implique des humains, un avis éthique est requis ● uBiome ● Essais cliniques ● Épidémiologie → pas de cadre éthique pour encadrer les projets de science participative
  • 31.