L’attractivité territoriale du Rhin supérieur
Mémoire de Licence
Par
Adam Rietveld
UNIVERSITY OF APPLIED SCIENCES NORTHWESTERN SWITZERLAND
BADEN-WÜRTTEMBERG COOPERATIVE STATE UNIVERSITY
UNIVERSITY OF HAUTE-ALSACE
International Business Management
Supervisor Mr GRIMAL
Date of Submission 31/03/2016
Course Licence Thesis
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 1 sur 93
Attestation of Authorship
I hereby declare that this submission is my own work and that, to the best of my knowledge and
belief, it contains no material previously published or written by another person nor material which
to a substantial extent has been accepted for the qualification of any other degree or diploma of a
University or other institution of higher learning, except where due acknowledgment is made in the
acknowledgments.
Obermorschwiller, 31 mars 2016
Signature
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Length of the Work
This work – from the introduction to the references sections (excluding) comprises 16 883 words.
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Table des matières
Attestation of Authorship.......................................................................................................................1
Length of the Work ................................................................................................................................2
Liste des tableaux...................................................................................................................................4
Liste des graphiques...............................................................................................................................5
Introduction ...........................................................................................................................................6
I. Mesurer l’attractivité économique du Rhin supérieur .................................................................10
Raisons de l’apparition d’une synergie économique........................................................................10
Facteurs et critères pour mesurer l’attractivité économique dans le Rhin supérieur ......................12
Comparaison de l’attractivité territoriale entre les régions du Rhin supérieur ................................16
II. Intégration du facteur différenciateur : l’interculturalité.............................................................23
Particularité du territoire tri-nationale, Rhin supérieur : programme INTERREG.............................24
Facteurs et critères pour comparer l’attractivité d’un territoire uni-national avec un territoire tri-
national ............................................................................................................................................26
Comparaison entre les Pays de la Loire et le Rhin supérieur............................................................27
III. Etude exploratoire sur le Rhin supérieur..................................................................................32
Présentation de l’étude exploratoire ...............................................................................................32
Analyse des réponses obtenues .......................................................................................................34
Conclusion............................................................................................................................................46
Sources.................................................................................................................................................49
Annexes................................................................................................................................................52
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Liste des tableaux
Tableau A : critères pertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur………………………………..14
Tableau B : Application chiffrée de la France, Alsace………………………………………………………………..19
Tableau C : Application chiffrée de l’Allemagne, Baden-Württemberg & Palatinat……………………20
Tableau D : Application chiffrée de la Suisse, Nordwestschweiz………………………………………………..21
Tableau E : Echelle de mesure pour « Transport et accessibilité »……………………………………………..26
Tableau F : Application chiffrée de la région tri-nationale, Rhin supérieur………………………………….29
Tableau G : Application chiffrée de la région uni-nationale, Pays de la Loire………………………………30
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Liste des graphiques
Graphique 1 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la France………………………………19
Graphique 2 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour l’Allemagne………………………….20
Graphique 3 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la Suisse…………………….…………21
Graphique 4 : Comparaison des régions intra-Rhin supérieur……………………………………………………….22
Graphique 5 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour le Rhin supérieur………………….29
Graphique 6 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la région
des Pays de la Loire……………………………………………………………………………………………………………………...30
Graphique 7 : Comparaison de l’attractivité territoriale……………………………………………………………….32
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Introduction
Saviez-vous que les villes de Bâle, Colmar, Freiburg et Breisach constituèrent une union monétaire
dès 1403 ? Cela pourrait vous paraître une évidence compte tenue de la situation actuelle.
Cependant ça n’est que bien plus tard, alors que les conflits des XIXe et XXe siècles semblaient les
diviser, que plusieurs personnalités visionnaires ont imaginé les bienfaits d´une coopération
transfrontalière. Les trois pays voisins, la France, l´Allemagne et la Suisse se sont rassemblés dès la fin
de la deuxième guerre mondiale pour former une région transfrontalière. Cette région
géographique, appelée « Rhin supérieur » est composée de l´Alsace, le Palatinat, le Pays de Bade et
la Suisse du Nord-Ouest1
. Mais existe-t-elle vraiment ? Existe-t-il une réelle identité culturelle et
économique du Rhin supérieur ? Les réponses se trouvent certainement dans l’historique de la
coopération transfrontalière avec la construction de l’aéroport de Bâle-Mulhouse (1949), la
fondation Regio Basiliensis (1963) et Regio du Haut-Rhin (1965) ayant pour but de promouvoir
l’existence du Rhin supérieur. Ces deux fondations ont eu pour mission de favoriser les échanges et
d’impulser des projets transfrontaliers d’une région de 21 518 km² constituée aujourd´hui de 5,9
millions d’habitants, 167 universités (incluses Écoles supérieurs et instituts de recherche), 170 000
étudiants, environ 600 clusters et réseaux d’entreprises et générant un produit intérieur brut au-
dessus des 200 milliards d´euros2
. Avec cela il faut compter approximativement 93 300 travailleurs
frontaliers qui prouvent chaque jour que la cohésion franco-germano-suisse est bien réelle. Ces
chiffres donnent suite à l’Accord Intergouvernemental de Bonn (22 octobre 1975) désireuse de
cadrer et de donner une orientation à la coopération des trois nations. Cette étape décisive dans la
coopération tri-nationale avait pour destinée de traiter des questions sur l’aménagement du
territoire, l’emploi, l’énergie, l’environnement, la politique économique régionale, les affaires
sociales mais aussi les transports et la communication. Aujourd’hui, et depuis 1991, plus de 500
experts en projets transfrontaliers se réunissent dans le cadre de la Conférence du Rhin supérieur
afin d’assurer le bon développement de cette grande région. Une dernière institution majeure au
développement de la région vit le jour en 2010 : la Région Métropolitaine Tri-nationale reposant sur
quatre piliers (Politique, Sciences, Economie et Société civile). Le cadre institutionnel de la Région du
Rhin supérieur s’est fixé comme but de rendre cet espace de vie et économique commun un modèle
en Europe. On peut donc facilement admettre qu’il existe bien une région transfrontalière du Rhin
supérieur, du moins, elle est institutionnalisée.
1
Voir carte en annexe 1
2
Informations récoltés sur http://www.rmtmo.eu consulté le 18.02.2016
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Or, ces efforts réalisés au niveau institutionnel sont-ils réellement perçus dans la vie quotidienne des
habitants, y-a-t-il un dynamisme dans la région du Rhin supérieur ? Pour répondre à cette question il
nous faudra s’inspirer des partenariats et coopérations dans les domaines de l’éducation, des
transports de la culture et de la vie sociale en général. L’identité internationale du Rhin supérieur est
enseignée aux citoyens dès leur plus jeune âge de part et d’autre des frontières. En effet, les
systèmes éducatifs sont mis en place de sorte à ce que chacun ait la possibilité d’apprendre la langue
et la culture de son voisin, et ceci, depuis le lancement du programme « Apprends la langue de ton
voisin » en 1980. Cela commence par une école élémentaire bilingue comme on en a l’exemple à
Mullheim, en Allemagne (Michael-Friedrich-Wild-Grundschule), ou à Bâle, en Suisse (Ecole Les
Coquelicots), passant par des collèges/lycées franco-allemand (exemple : Deutsch-Französiche
Gymnasium, Freiburg im Breisgau) ainsi que plusieurs établissements français proposant la formation
ABIBAC (équivalent du Baccalauréat français combiné avec l’Abitur allemand). Actuellement 82
établissements français et 69 « Gymnasium » allemands proposent cette particularité bilingue
permettant aux élèves d’obtenir un double diplôme. L’initiative avait eu un large succès en 2009-
2010 lorsque l’Académie de Strasbourg comptait 3500 inscrits3
. Aussi après le BAC, l’Abitur
(Allemand) ou la Matura (Suisse) les jeunes peuvent s’orienter dans des formations bi- ou tri-
nationales concentrées dans les établissements de formation dans la région du Rhin supérieur. C’est
le cas pour la formation International Business Management qui est piloté par l’Université de Haute-
Alsace, délivrant un diplôme de niveau BAC +3 dans chacune des universités partenaires du projet
(UHA Colmar, DHBW Loerrach et FHNW Basel). Le tout est rendu possible par l’Université Franco-
Allemande qui conduit les formations transfrontalières en partenariat avec les écoles situées sur le
territoire du Rhin supérieur. Cette coopération a été institutionnalisée il y a plus de 20 ans sous le
nom « EUCOR » dont l’objectif est de faciliter la mise en place de coopérations dans l’enseignement
et la recherche en encouragent les étudiants à suivre des cours dans les universités partenaires4
. De
manière générale la coopération tri-nationale mise beaucoup sur la jeunesse notamment à l’aide du
Parlement des Jeunes du Rhin supérieur qui permet à cette tranche d’âge d’être impliquée dans les
débats européens. Dans la continuité de ce projet, un Fonds Jeunesse (géré par le
Regierungspräsidium de Freiburg) soutient financièrement les projets transfrontaliers entrepris par
des jeunes pour la jeunesse. Parmi les initiatives en réussites on retrouve le « hip-hop sans
frontières » ou des tournois sportifs multinationaux soutenus depuis 1998. En outre, pour permettre
à chacun de rendre compte de la richesse culturelle qu’émane l’unité des trois régions, le « Pass-
Musée » a été vendu à 45 700 exemplaires, générant 452 000 entrées dans les lieux culturels du Rhin
supérieurs. Cette carte annuelle à tarif réduit permet aux résidents de la région concernée de visiter
une palette d’environ 300 lieux culturels. Par ailleurs, l’association Europe, Culture et Citoyenneté à
crée une plateforme internet sous le nom de Szenik (www.szenik.com) dans le but de rassembler
toutes les informations culturelles de la région. Le site bilingue invite chacun à découvrir de
nouveaux artistes (musicaux, théâtraux etc…) en traversant les frontières. Toutes ces initiatives
dynamisent la région et permettent que la coopération se vive au quotidien. Afin d’assister et
favoriser l’épanouissement social, les institutions de la région frontalière se sont rassemblées pour
faciliter la mobilité des citoyens par la mise en place de réseaux de transports permettant à chacun,
étudiants ou travailleurs, de se rendre d’un bout à l’autre du Rhin supérieur sans difficultés
administratives, ce qui favorise et accroît les échanges entre citoyens de part et d’autre des
frontières. De nombreux projets de transports frontaliers ont vu le jour au courant des 40 dernières
3
https://www.ac-strasbourg.fr consulté le 20.02.2016
4
http://www.eucor-uni.org/ consulté le 20.02.2016
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années. En 1997 le ticket transfrontalier Europass a été mis en vente et n’a cessé de séduire les
voyageurs entre Strasbourg et Offenburg, transportant allemands et français au travers de la grande
Région Métropolitaine Tri-nationale. Et lorsqu’il s’agit des transports autour de Bâle, il existe là aussi
une coopération tarifaire (TriRegio) ayant le même objectif. A plus petite échelle nous observons le
prolongement de lignes de tram entre la France, l’Allemagne et la Suisse (Strasbourg/Kehl et Saint-
Louis/Basel). Le même phénomène se reproduit pour les circuits d’autocar et les pistes cyclables qui
traversent le Rhin permettant aux plus sportifs d’entre nous de franchir trois frontières en une
journée à la seule force des jambes. N’oublions pas qu’au cœur de notre région coule le fleuve le plus
important d’Europe portant chaque année plus de 50 millions de tonnes de marchandises5
: le Rhin,
bénéficie d’une coopération entre neuf ports de la région regroupés par le projet « Upper Rhine
Ports ».
Il existe donc clairement une identité et un dynamisme dans le Rhin supérieur comme étant une
entité économique à part entière. Au travers de ces premiers faits et chiffres nous avons appris que
la région transfrontalière est active de par ses échanges internationaux et son dynamisme culturel et
économique grâce à la coopération avec la France, l’Allemagne et la Suisse. Dans ce mémoire nous
voulons comprendre quels sont les critères qui rendent le Rhin supérieur attractif et si ce territoire
en question a les arguments pour rivaliser avec l’attractivité d’une autre région. Pour cela nous
comparerons l’attractivité du Rhin supérieur et celle du Pays de la Loire. Et afin de comprendre au
mieux le caractère de la Région Métropolitaine Tri-nationale, nous chercherons à savoir quel est le
rôle de la dimension interculturelle (tri-nationale) dans l’attractivité de ce territoire. C’est pourquoi
nous ne nous contenterons pas uniquement de comparer le Rhin supérieur et le Pays de la Loire,
mais nous introduirons aussi un critère différentiel pour formuler la problématique suivante : Est-ce
que la dimension interculturelle est un facteur supplémentaire d’attractivité du territoire ? Dans
notre recherche nous définirons l’attractivité des territoires comme le font Hubert Gérardin et
Jacques Poirot dans leur revue intitulée « Attractivité des territoires : un concept
multidimensionnel » publiée sur la plateforme CAIRN, c’est-à-dire : « la capacité d’un territoire à être
choisi par un acteur comme zone de localisation (temporaire ou durable) pour tout ou une partie de
ses activités ; cette attractivité est une attractivité perçue qui n’implique que des personnes
physiques, des individus, des ménages ou des équipes, par exemple, des équipes dirigeantes d’une
entreprise ou d’une administration publique »6
. Ce rapport nous permettra ainsi de définir les raisons
pour lesquelles un étudiant, un travailleur, un ménage ou une entreprise décide de s’implanter dans
une région en particulier et quelles sont les chances et les freins du Rhin supérieur en matière
d’attraction. La définition que nous utiliserons englobe donc deux dimensions : premièrement un
aspect « productif » économique et deuxièmement un aspect « résidentiel ». Selon une étude de
l’INSEE7
, les flux de migrations interrégionales en France prouvent que les populations ont tendance
à quitter les régions du Nord-Est pour rejoindre le Sud et l’Île-de-France. L’objectif de notre rédaction
est de fournir suffisamment d’éléments à chacun pour situer l’attractivité du Rhin supérieur par
rapport à d’autres régions. Nous nous aiderons de théories publiées par Paul Krugman sur les forces
5
http://www.upper-rhine-ports.eu/fr/ consulté le 20.02.2016
6
Poirot Jacques, Gérardin Hubert, « L'attractivité des territoires : un concept multidimensionnel. », Mondes en
développement 1/2010 (n° 149) , p. 27-41 URL : www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2010-1-
page-27.htm.
DOI : 10.3917/med.149.0027.
7
« La population des régions en 2040 », Olivier Léon, pôle Emploi-Population, Insee Première N° 1326 -
décembre 2010
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centrifuges et centripètes ainsi dans le modèle d’agglomération. Ces analyses nous permettront de
comprendre comment une synergie économique se met en place dans une région donnée, à un
instant précis. Pour répondre à la problématique posée, nous identifierons les facteurs d’attractivité
à l’aide de critères pertinents et nous procéderons à une comparaison des trois régions nationales
formant le Rhin supérieur (Alsace – France / Baden Württemberg et Palatinat – Allemagne /
Nordwestschweiz – Suisse). Cette première comparaison intra-Rhin supérieur nous permettra de
comprendre pourquoi un acteur va préférer s’installer dans un pays plutôt qu’un autre, bien que le
territoire transfrontalier présente une unicité. Pour effectuer cette comparaison et afin de donner
une forme visuelle à nos résultats, nous travaillerons à l’aide d’un outil d’analyse économique que
nous avons élaboré pour soutenir ce travail. Notre outil d’analyse économique sera détaillé dans un
cahier des charges en annexe 2 et directement appliqué au courant de l’étude. Dans un deuxième
temps nous intègrerons le facteur différenciateur, à savoir l’interculturalité du Rhin supérieur. Cette
partie nous aidera à mieux connaître l’ADN de la région d’étude à cheval sur trois pays et nous
permettra de juger si l’interculturalité est un facteur pertinent pour l’attractivité d’un territoire. Afin
d’illustrer cette particularité, nous mettrons en comparaison la région du Rhin supérieur avec les
Pays de la Loire. Cette comparaison se justifie par le fait que les Pays de la Loire se situent dans le
même ordre de grandeur que le Rhin supérieur. En effet, avec plus de 3,6 millions d’habitants, une
superficie de 35 000 km², les Pays de la Loire est une région riche culturellement, active sur le plan
économique est stable institutionnellement, similaire au Rhin supérieur et c’est pour cette raison que
nous avons choisi de les mettre en comparaison directe. Mais ce qui nous intéressera le plus dans
cette comparaison, sera de confronter l’attractivité d’une région uni-nationale (Pays de la Loire) et
une région tri-nationale (Rhin supérieur), car c’est bien cela le centre de la problématique : est-ce
que l’interculturalité du Rhin supérieur peut être considérée comme un avantage d’attractivité
territoriale ? Là encore, nous appliquerons l’outil d’analyse économique que nous adapterons à
chaque comparaison sachant que les critères de comparaison d’attractivité territoriale sont plus ou
moins pertinents en fonction des régions comparées. Troisièmement, nous mènerons une étude
exploratoire et qualitative auprès d’acteurs de la région du Rhin supérieur pour analyser leur
perception de la spécificité interculturelle de notre région d’étude. Cette étude est indispensable, car
pour qu’un critère d’attractivité soit pertinent, il faut d’abord qu’il soit perçu par les acteurs de ce
territoire. A l’aide d’interview effectués avec des acteurs français, allemands et suisses nous auront
plusieurs points de vues provenant de chaque membre du Rhin supérieur ce qui nous permettra de
dresser un portait réaliste de la situation. Cette partie nous permettra de vérifier si les hypothèses
soulevées dans ce travail sont vérifiées dans la pratique et si elles sont justifiables ou non.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 10 sur 93
I.Mesurer l’attractivité économique du Rhin supérieur
Raisons de l’apparition d’une synergie économique
Dans cette première partie nous voulons savoir comment une synergie économique peut-elle se
mettre en place sur un territoire précis et à un moment donnée. Cette question, Paul Krugman se
l’est posé dans ses différents travaux de recherches8
. En lisant les chiffres publiés par la « Région
Métropolitaine Tri-nationale du Rhin supérieur » on se rend compte que notre région d’étude est
particulièrement active sur le plan économique. Avec un produit intérieur brut (cumulé des trois
régions composantes du Rhin supérieur) à 209 milliards d’euros en 2010, soit un PIB par habitant de
34 889€ pour la même année, le Rhin supérieur est un modèle d’activité économique. En étant au
plein cœur de la « grande banane bleue » qui est la zone la plus active économiquement en Europe,
le Rhin supérieur se fait une place dans cet espace de prospérité. Sa position géographique, au bord
de l’axe fluvial du Rhin, lui permet de bénéficier d’un bon réseau routier, ferroviaire et fluviale.
L’espace du Rhin supérieur présente ainsi une large palette d’activités à fort potentiel de croissance
et dispose de nombreux réseaux d’entreprises formant des clusters prolifiques et mondialement
connus, comme la BioValley dans le domaine des sciences de la vie. Ce dernier fait nous dirige vers
les théories d’économie géographique qui nous permettront de justifier l’apparition d’une synergie
économique et la création de clusters. Il existe, premièrement, des écrits sur les forces centrifuges et
centripètes. La première force explique pourquoi les entreprises se dispersent dans l’espace et
cherchent à se différencier pour éviter la concurrence et ainsi atteindre un plus grand marché. Mais
de l’autre côté, Paul Krugman souligne un phénomène d’agglomération, autrement appelé « forces
centripètes » qui rassemblent les acteurs sur un territoire favorable au développement économique.
En premier lieu il y a la géographie physique poussant à s’installer le long d’un fleuve, prêt des
matières premières et avec un climat favorable. Mais selon Krugman, ce ne sont que des éléments
prépondérants faisant que la dynamique d’agglomération apparaît à un endroit donnée, à un instant
précis. La géographie physique (ou naturelle) n’explique donc pas l’apparition d’une synergie
économique, mais elle est un élément déclencheur. Cela est le cas dans le Rhin supérieur qui
bénéficie d’une bonne situation géographique et climatique avec la présence du Rhin, cloîtré au
milieu de chaînes montagneuses (Alpes, Vosges, Jura). Cette position géographique permet un climat
clément et tout à fait favorable à l’installation des acteurs économiques. Sur ces bonnes bases, une
dynamique d’agglomération peut avoir lieu (Krugman 1991)9
. Dans un premier temps, une entreprise
va rechercher des rendements d’économies d’échelles internes, c’est-à-dire la proximité des grands
8
Publications scientifiques Paul Krugman, https://articulo.revues.org/791 consulté le 04.03.16
9
Krugman P (1991), « increasing Returns and Economic Geography », Journal of Political Economy, n°99, 483-
499
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marchés afin que les coûts de transports soient moins élevés. Ce premier critère est vérifié dans la
région tri-nationale du Rhin supérieur compte tenu que nous nous trouvons au cœur de la
mégalopole européenne qui est un très grand marché pour les entreprises voulant s’y implanter.
Aussi, et c’est là un élément important dans notre recherche, en s’installant dans le Rhin supérieur,
une entreprise est en contact directe avec six millions d’habitants ayant un pouvoir d’achat non
négligeable. Nous soutenons cette affirmation en mettant en avant la grande proportion de séniors
(+65 ans) qui représentent 17,9% de la population dans notre région d’étude. Et nous savons que
cette catégorie de la population à un pouvoir d’achat supérieur aux générations plus jeunes. Le fait
de vouloir bénéficier de rendements d’échelles internes va attirer un plus grand nombre
d’entreprises sur un même territoire, ce sont des forces centripètes. La présence de ces entreprises
va générer des économies d’échelles externes comme c’est le cas pour le Rhin supérieur. Une forte
densité d’entreprises du même secteur (ex. : sciences de la vie – Rhin supérieur) augmente la
production de l’ensemble du même secteur. Si la production augmente, alors les infrastructures
concernées par ce secteur vont accroître leurs performances. C’est le cas pour les moyens de
communications, les instituts de formations et les fournisseurs. La présence de ces deux économies
d’échelles, internes et externes (forces centripètes), va générer une synergie économique, car si les
entreprises voient un intérêt sur un territoire elles vont s’y implanter et faire fructifier leur
production. Cela va créer de l’emploi et attirer des travailleurs. Sachant que les travailleurs sont aussi
des consommateurs, on peut affirmer que ce processus augmente la demande et continue à faire
croître le marché. Ce processus cumulatif d’agglomération, tirant profit d’économies d’échelles, fait
naître une concentration d’activité dans un lieu donné, à un moment précis. C’est ainsi que nous
voyons l’apparition de clusters (réseaux d’entreprises) qui participent à l’attractivité économique
d’un territoire.
Comme évoqué précédemment, le Rhin supérieur profite aussi d’une dynamique d’agglomération et
a donné naissance à plusieurs clusters notamment dans le secteur des sciences de la vie. Notre
région d’étude profite d’une géographie physique avantageuse relayée par des forces centripètes. En
effet, les infrastructures de transports sont en place et bénéficient à toute entreprise faisant affaire
sur le territoire. Que ce soit pour livrer ou recevoir des produits, les acteurs peuvent faire confiance
aux alliances portuaires du Rhin supérieur, aux voies de chemins de fer, aux connections routières et
à l’aéroport binationale de Bâle-Mulhouse. Ce facteur déterminant et attractif a permis à de grands
groupes pharmaceutiques, tels que Novartis et Hofmann La Roche, d’y trouver domicile dès la
deuxième partie du XXe siècle. Rapidement suivit par d’autres groupes internationaux (Eli Lilly,
groupe américain implanté dans le Bas-Rhin en 1967), l’industrie pharmaceutique s’accroît et des
infrastructures spécialisées dans ce secteurs commencent à voir le jour dans le Rhin supérieur. Après
avoir vu le développement d’économies d’échelles internes, voilà que la région est propice à
l’apparition d’économie d’échelle externe. Le secteur pharmaceutique et biotechnologique mûrit
alors que deux hommes (Mr Endress et Mr Biner) commencent à concevoir une institution unissant
tous les acteurs du même secteur pour créer un cluster : la BioValley. Cette coopération tri-nationale
unit les régions transfrontalières dans le but de favoriser la recherche et le développement des
biotechnologies. Ce travail a directement porté ses fruits puisque la région a atteint une renommée
mondiale dans les années qui ont suivi cette initiative. Pour relayer ce succès, une agence de
promotion du cluster BioValley en Europe a ouvert son siège à Illkirch-Graffenstaden (Alsace) en
199810
. Le cluster unit toutes les universités du Rhin supérieur, les entreprises dans le secteur, les
10
Agence de promotion du cluster BioValley en Europe depuis 1998. http://www.alsace-biovalley.com/fr/
consulté le 14/03/16
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hôpitaux et les instituts de recherche pour se concentrer sur la thématique des innovations
thérapeutiques. En 2005, c’est un jour historique pour la coopération tri-nationale puisque la
BioValley est labélisée « pôle à vocation mondiale ». Encore aujourd’hui l’industrie des sciences de la
vie continue de profiter à la région puisque la BioValley a recensé 3 924 emplois, 73 entreprises
créées et 502 projets de R&D collaboratifs labellisés depuis 2005 uniquement dans la région
alsacienne11
.
Facteurs et critères pour mesurer l’attractivité économique dans le Rhin
supérieur
Ici, nous présenterons d’abord les acteurs concernés par l’attractivité territoriale puis nous verrons
quels critères permettent de mesurer l’attractivité économique. Ensuite, nous définirons les critères
pertinents dans la comparaison de l’attractivité économique intra-Rhin supérieur. En effet, il y a deux
enjeux prépondérants dans l’attractivité territoriale, le premier concerne l’attractivité résidentielle.
Dans ce cas, un territoire fait valoir ses atouts pour attirer de nouveaux habitants. Les territoires
cherchent alors à promouvoir leur patrimoine naturel et culturel tout en proposant une qualité de
vie attractive pour retraités, familles, travailleurs, étudiants et touristes. Dans la même idée, les
loisirs et les services jouent un rôle majeur dans le choix final des nouveaux résidents. Une
agglomération dynamique avec des universités de hauts rangs vont attirer des étudiants et de
nouveaux talents sur le territoire. Tandis qu’une région de littoral avec une grande offre culturelle
saura séduire des retraités. C’est donc le défis d’une région de trouver un équilibre entre tous les
facteurs décisionnels pour attirer une plus grande variété de résidents. D’un autre côté, un territoire
est aussi jugé attractif en fonction de critères productifs. C’est là, la capacité à attirer des activités
nouvelles et des facteurs de production12
.
Dans la même idée que cette rédaction, la Commission européenne a publié une liste de onze
facteurs regroupés sous trois piliers, déterminant et indiquant le niveau de la compétitivité régionale.
Cet outil nous servira comme base et nous l’utiliserons pour déterminer les critères d’attractivité
territoriale pertinents dans la comparaison des trois régions nationales qui forment le Rhin
supérieur. Le document publié par la Commission européenne13
classifie onze critères, qui forment
l’attractivité, sous trois piliers :
11
http://www.alsace-biovalley.com/fr/qui-sommes-nous/ consulté dernièrement le 14/03/16
12
Définition de l’INSEE dans le rapport « Attirer des emplois, mais pas seulement »
Catherine Sourd, DR Midi-Pyrénées, pôle Études économiques régionales. N° 1416 - octobre 2012
13
European Union / Regional Policy, Working paper n°02/2011
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Ce qui fait la particularité de notre analyse, c’est que nous voulons mesurer l’attractivité des trois
pays formant le Rhin supérieur. Il est donc pour nous important de mettre en avant les critères
significatifs et spécifiques à cette région. C’est pourquoi nous avons reformulé le tableau de la
Commission européenne ci-dessus en l’adaptant directement au Rhin supérieur dans le Tableau A qui
suit :
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 14 sur 93
Tableau A : critères pertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur (Allemagne – Suisse –
France)
N° Critère de la Commission
Européenne
Reformulation Unité de mesure
1 Taille du marché Taille du marché PIB/Habitant
2 Taille du marché Taille du marché Croissance du PIB
3 Efficacité du marché du travail Coût de la main d’œuvre Salaire horaire moyen (net)
4 Efficacité du marché du travail Efficacité du marché du travail Taux d’activité par rapport
au taux de chômage
5 Degré de maturité de
l’entreprise et du monde des
affaires
Dynamisme et économie
internationale
Nombre de créations
d’entreprises
6 Degré de maturité de
l’entreprise et du monde des
affaires
Dynamisme et économie
internationale
Investissement directe à
l’étranger (reçu)
7 Stabilité Macro-économique Taux d’imposition
(entreprises)
Taux d’imposition
(entreprises)
8 Stabilité Macro-économique Dette publique Dette publique (en
pourcentage du PIB)
En ce qui concerne la comparaison intra-Rhin supérieur, il a fallu distinguer les facteurs mobiles et
immobiles. En effet, certains critères de l’attractivité territoriale ne seront pas pris en compte dans
notre analyse du Rhin supérieur, car ces derniers sont mobiles et franchissent aisément les
frontières. Dans le paragraphe suivant nous expliquerons pourquoi nous avons choisi chacun des
critères, et enfin, nous justifierons l’absence de critères qui auraient pu être important mais dont
nous avons préféré nous en passer.
En premier lieu, nous avons choisi de mettre en avant la taille du marché comme étant un critère
absolument indispensable dans la comparaison de l’attractivité territoriale. Nous sommes, dans le
Rhin supérieur, face à trois systèmes économiques, politiques et sociétaux différents. Il est donc utile
de prendre en compte le produit intérieur brut par habitant et le produit intérieur brut comme
indicateur de niveau de vie. Nous savons que le PIB/habitant permet de rendre compte de l’activité
économique d’un territoire ainsi que le niveau de vie et de consommation des ménages. De plus, le
taux de croissance du PIB est un indicateur économique permettant de quantifier l’activité
économique d’un territoire sur une période donnée. Nous choisissons de comptabiliser ces deux
indicateurs dans la comparaison intra-Rhin supérieur, car bien que proche géographiquement, il y a
des disparités considérables concernant les niveaux de vie dans la région. D’ailleurs, nous pouvons
affirmer que ces deux indicateurs en question (PIB/ habitant et croissance du PIB) sont immobiles et
propres à chaque pays. Ils permettent de visualiser la taille et la santé du marché ce qui est
absolument indispensable dans la prise de décision des dirigeants d’entreprises souhaitant s’installer
dans un territoire donnée. Dans la même optique, nous avons décidé que le marché du travail fait
partie des critères décisionnels inévitables. Que ce soit pour de nouveaux résidents ou pour
l’implantation d’entreprises, chacun veut connaître le salaire qu’il peut avoir (ou le prix à payer pour
recruter du personnel). Nous comparerons le coût de la main d’œuvre en France, Allemagne et en
Suisse dans le but d’apporter une information capitale par rapport à l’attractivité d’un territoire par
rapport à un autre. Cet indicateur à sa place dans notre comparaison, car il existe des disparités
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 15 sur 93
significatives entre les régions du Rhin supérieur ainsi nous définirons le coût de la main d’œuvre
comme étant un facteur immobile. En effet, il n’est pas possible de rémunérer un employé au tarif
français alors qu’il travaille en Suisse. Le coût de la main d’œuvre est propre à la régulation appliquée
sur chaque territoire. Le quatrième critère de mesure concerne lui aussi le marché du travail. En
effet, un territoire est aussi jugé attractif en fonction de l’efficacité de ce marché. Afin d’être au plus
proche de la réalité nous voudrions présenter le dynamisme de la région en mesurant le rapport
entre le taux d’activité et le taux de chômage. En effet, nous aurions pu nous contenter de comparer
les différents taux de chômages, mais sachant que les marchés du travail sont divergents entre la
France, la Suisse et l’Allemagne il vaut mieux mettre ce taux en rapport avec le taux d’activité pour
gagner en précision. Ensuite, nous avons vu que la Commission européenne attache de l’importance
à l’innovation et au degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires. Dans ce sens-là, il y a
de nombreux éléments permettant de mesurer ce critère d’attractivité territoriale. Cependant, à
notre niveau, nous décidons de mesurer ce facteur avec deux éléments. D’une part nous évaluerons
le nombre de création d’entreprise sur un territoire sur une période donnée. D’autre part nous
mettrons l’accent sur l’investissement direct étranger (IDE) reçu sur le territoire. Encore une fois, ces
deux indicateurs reflètent la santé économique du territoire. La création d’entreprise peut être
synonyme d’aides apportées aux entreprises désirants s’implanter dans la région. Et les IDE reçus
peuvent nous indiquer si la région est perçue comme attractive par d’autres investisseurs dans le
monde. Enfin, nous savons que la stabilité macro-économique joue un rôle central dans l’attractivité
d’un territoire aux yeux des entreprises et des résidents. Là encore nous décidons de mesurer un
facteur immobile et propre à chaque territoire afin de mieux comprendre les différences intra Rhin
supérieur. Chaque région du Rhin supérieur à son propre système d’imposition et nous voulons
utiliser ce chiffre dans la comparaison puisqu’il est déterminant pour les acteurs en question. Dans
cette optique nous nous contenterons de comparer les taux d’impositions sur les sociétés comme
étant déterminant pour l’implantation d’une entreprise. Puis il y a une dernière unité de mesure
pouvant départager les trois zones du Rhin supérieur. C’est la stabilité macro-économique mesuré
par la dette publique. Cet indicateur peut être révélateur de la conjoncture à venir. Si la dette est
grande, alors les entreprises peuvent anticiper une augmentation des impôts pour compenser cette
dette. C’est donc un indicateur prévisionnel.
D’un autre côté, il existe d’innombrable facteurs décisionnels et critères pertinents pour mesurer
l’attractivité d’un territoire. Nous avons sélectionné ces huit critères (détaillés ci-dessus) car nous
pensons qu’ils sont les plus important. Lorsqu’un acteur (résidents, travailleurs, entreprises) choisit
de s’installer dans le Rhin supérieur, nous savons qu’il a le choix entre trois régions distinctes avec
chacune ses particularités. Bien que le Rhin supérieur forme une coopération étroite, il existe une
concurrence intra-Rhin supérieur. Cette concurrence au niveau de l’attractivité résidentielle et
productive peut être jugée et mesurée au travers des différents critères que nous avons définis.
Cependant nous avons aussi mis de côté des critères jugés impertinents pour la comparaison intra-
Rhin supérieur. D’une manière générale, les facteurs mobiles ne sont pas à prendre en compte dans
cette étude. La région du Rhin supérieur étant resserrée sur elle-même, certains facteurs transitent
facilement d’un pays à l’autre sans freins significatifs. C’est le cas pour la qualité de la main d’œuvre.
La région compte plus de 90 000 frontaliers qui prouvent que la main d’œuvre est très mobile. En
outre, les infrastructures de transports perdent en pertinence dans cette comparaison. La grande
majorité des axes de transports sont relier entre eux, et sont à cheval sur les trois frontières. Les
résultats obtenus seront donc similaires et ne montreront pas de différence apparente entre le
Baden Württemberg, le Palatinat, l’Alsace et le Norwestschweiz. En outre, la qualité des clusters est
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 16 sur 93
aussi considérée comme mobile dans la région du Rhin supérieur. En effet, la majorité des réseaux
d’entreprises sont à cheval sur les trois frontières et un cluster d’entreprises regroupe des
entreprises issues de chaque coin de la région sans tenir compte de leur pays d’origine.
Pour mesurer l’attractivité économique au sein du Rhin supérieur nous avons donc mis en avant huit
critères immobiles, propres à chaque territoire et absolument indispensable à la comparaison des
trois parties de la région d’étude. Mais ce qui est nécessaire dans ce travail, c’est de comprendre
comment les éléments de l’attractivité s’articulent entre eux. On ne peut pas déterminer quelle
région à un avantage par rapport à son concurrent en ne mentionnant qu’un seul de nos critères. Il
faut prendre en considération chaque élément afin d’avoir une vue d’ensemble juste et révélatrice.
Aussi, nous voulons comparer trois régions proches géographiquement et en constante coopération
sur différents niveaux tels que les transports, une partie du système éducatif et universitaire et
autres. C’est pourquoi il a fallu scinder deux types de facteurs : les facteurs mobiles et ceux qui sont
immobiles. Maintenant que nous avons préparé les critères pertinents à la comparaison intra-Rhin
supérieur, nous allons les mettre en application afin de visualiser la concurrence entre la France
(Alsace), l’Allemagne (Baden-Württemberg et Palatinat) et la Suisse (Nordwestschweiz).
Comparaison de l’attractivité territoriale entre les régions du Rhin
supérieur
A présent, nous allons mettre les trois pays du Rhin supérieur l’une en face de l’autre dans le but de
comparer l’attractivité territoriale de chacune. Nous allons tout d’abord décrire un certain nombre
d’avantages et inconvénients pour chaque région. Puis nous ferons une application chiffrée des
critères pertinents à la comparaison de l’attractivité intra-Rhin supérieur. Ces critères, nous les avons
définis précédemment et nous pourrions les mettre en forme à l’aide d’un outil d’analyse
économique élaboré pour ce travail.
A l’aide des huit critères et de façon générale, nous allons maintenant voir les points forts et les
faiblesses de chaque pays du Rhin supérieur. Pour cette partie nous n’utiliserons qu’une seule base
de données pour appuyer nos arguments avec des chiffres14
. Selon la source, l’index « Better Life »
proposée par l’OCDE, il semblerait que la France soit largement en retard en ce qui concerne l’emploi
et les perspectives d’avenir professionnels. L’Allemagne et la Suisse sont, quant à eux, largement plus
compétitifs sur ce plan avec respectivement 73% et 80% de taux d’emploi15
, contre 64% en France.
Cette tendance est retrouvée au niveau des revenus disponibles des ménages, alors que la France
affiche 28 799USD sur l’année 2008, l’Allemagne et la Suisse sont à nouveau loin devant avec un
avantage certain pour les helvétiques qui présente un montant moyen, après impôts, d’un ménage
par an à 33 491USD. D’un autre côté, les pays germaniques (Suisse et Allemagne) payent leurs
logements beaucoup plus chère que les français. L’autre avantage français se situe sur le niveau
d’études supérieures. Bien évidemment, les systèmes universitaires et les attentes des entreprises
sont différents selon les pays. Néanmoins, 44% des 25-34 ans sont diplômés d’études supérieurs en
France, contre 43,3% en Suisse et seulement 30% du côté allemand. En revanche, l’avantage de
l’Allemagne se situe incontestablement sur la qualité de l’environnement. L’arrivée du Parti
écologiste à la Mairie de Freiburg, dans le Baden-Württemberg à révolution la vie des locaux depuis
14
https://data.oecd.org/fr dernièrement consulté le 22/03/2016
15
Selon l’OCDE, taux d’emploi : « pourcentage de la population de 15 à 64 ans, qui déclare avoir eu un travail
rémunéré au cours de la semaine précédente. »
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 17 sur 93
trente ans maintenant. Ainsi, leur réélection récente ne peut que ravir davantage les habitants
frontaliers allemands. Même si la Suisse affirme utiliser plus d’énergies renouvelables que
l’Allemagne (20,5% contre 10,7%), il faut rationaliser ce pourcentage sachant que l’Allemagne est
beaucoup plus grande que la Suisse. Toutefois, la population allemande attribue un 8.8/10 à la
qualité de son environnement, alors que les suisses l’évaluent à 8,4/10, les deux étant loin devant le
France dont les habitants évaluent la qualité de l’environnement à 7,4/10. Pour finir, une étude du
cabinet de consultation Mercer a comparé les systèmes de retraite européens en 2014 et selon cette
enquête, la Suisse propose un des systèmes de retraite les plus attractifs en Europe alors que la
France est loin derrière. Et même si l’Allemagne semble être plus attirante que la France dans ce
domaine, elle est loin de ce que propose la Suisse. Cette description nous le prouve, il existe des
avantages dans chaque pays du Rhin supérieur, mais aussi des faiblesses propres à chacun. Lorsqu’un
acteur décide de s’implanter dans la bande Rhénane, il choisira de s’installer dans le pays qui
correspond le plus à ses attentes. Mais afin de chiffrer et de visualiser les avantages et faiblesse des
zones du Rhin supérieur, nous allons maintenant donner forme à l’outil d’analyse économique conçu
pour ce travail de comparaison.
Cet outil permettra à des dirigeants d’entreprises et à des potentiels résidents de visualiser
rapidement les avantages et désavantages d’une région en ayant la possibilité de mettre cette
dernière en comparaison avec d’autres territoires. Dans un premier temps nous avons sélectionné les
huit critères pertinents à la comparaison intra-Rhin supérieur que voici :
- (1) Taille du marché, indicateur : PIB/Habitant
- (2) Taille du marché, indicateur : croissance du PIB
- (3) Coût de la main d’œuvre, indicateur : salaire horaire moyen net
- (4) Efficacité du marché du travail, indicateur : taux d’activité par rapport au taux de
chômage
- (5) Dynamisme et économie, indicateur : Nombre de créations d’entreprises
- (6) Dynamisme et économie, indicateur : Flux d’IDE reçus
- (7) Stabilité macro-économique, indicateur : taux d’imposition sur les sociétés
- (8) Stabilité macro-économique : Dette publique (en pourcentage du PIB)
L’outil économique a la forme d’un cercle avec les huit critères d’attractivités placés sur l’extrémité
de ce dernier. Chaque critère est relié au centre du cercle par un segment qui correspond à une
échelle adaptée au critère en question. L’échelle est découpée en cinq niveaux (description détaillée
et imagée en annexe 2, Cahier des Charges). Mais avant de visualiser l’outil d’analyse économique,
nous devons faire le détail des chiffres et des indicateurs :
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 18 sur 93
Tableau B : Application chiffrée de la France, Alsace (selon les huit indicateurs)
Critère Indicateur Données Référence échelle
(outil d’analyse
économique)
1 Taille du marché PIB/Habitant (2015) 39 357
USD/Habitant
Niveau 3
2 Taille du marché Croissance du PIB
(2015)
1,07% Niveau 3
3 Coût de la main d’œuvre Salaire horaire
moyen net (2013)
14,64€ Niveau 1
4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par
rapport au taux de
chômage
5,4% Niveau 1
5 Dynamisme et économie Nombre de
créations
d’entreprises
550 733 (en
2014)
Niveau 4
6 Dynamisme et économie Flux d’IDE reçus
(2013)
4 875 millions
USD
Niveau 1
7 Stabilité macro-économique taux d’imposition
moyen sur les
sociétés
38% Niveau 1
8 Stabilité macro-économique Dette publique (en
pourcentage du PIB)
93,5% (2013) Niveau 1
Graphique 1 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la France
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 19 sur 93
Tableau C : Application chiffrée de l’Allemagne, Baden-Württemberg & Palatinat (selon les huit
indicateurs)
Critère Indicateur Données Référence échelle
(outil d’analyse
économique)
1 Taille du marché PIB/Habitant
(2015)
47 308
USD/Habitant
Niveau 4
2 Taille du marché Croissance du PIB
(2015)
1,52% Niveau 4
3 Coût de la main d’œuvre Salaire horaire
moyen net
21,23€ Niveau 3
4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par
rapport au taux
de chômage
12,06% Niveau 4
5 Dynamisme et économie Nombre de
créations
d’entreprises
615 600 (en 2014) Niveau 4
6 Dynamisme et économie Flux d’IDE reçus
(2013)
26 716 millions
USD
Niveau 5
7 Stabilité macro-économique taux d’imposition
moyen sur les
sociétés
29,65% Niveau 2
8 Stabilité macro-économique Dette publique
(en pourcentage
du PIB)
78,4% (2013) Niveau 2
Graphique 2 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour l’Allemagne
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 20 sur 93
Tableau D : Application chiffrée de la Suisse, Nordwestschweiz (selon les huit indicateurs)
Critère Indicateur Données Référence échelle
(outil d’analyse
économique)
1 Taille du marché PIB/Habitant 59 536
USD/Habitant
Niveau 5
2 Taille du marché Croissance du PIB
(2015)
0,74% Niveau 2
3 Coût de la main d’œuvre Salaire horaire
moyen net
43,3€ (convertis du CHF
vers €, 24/03/2016)
Niveau 5
4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par
rapport au taux
de chômage
14,3% Niveau 4
5 Dynamisme et économie Nombre de
créations
d’entreprises
12 440 (en 2013) Niveau 1
6 Dynamisme et économie Flux d’IDE reçus
(2013)
-5 252 millions
USD
Niveau 0
7 Stabilité macro-économique taux d’imposition
moyen sur les
sociétés
18% Niveau 3
8 Stabilité macro-économique Dette publique
(en pourcentage
du PIB)
34,6% (2013) Niveau 4
Graphique 3 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la Suisse
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 21 sur 93
Ces représentations graphiques sont la preuve qu’il existe bel et bien des disparités dans le Rhin
supérieur. Alors que la Suisse et l’Allemagne disposent d’une population très active, la France se
caractérise par un marché du travail particulièrement faible. D’une façon générale on sait que la
France fait partie des « mauvais élèves » sur le plan économique et cet outil d’analyse nous le prouve
encore une fois. D’un autre côté, on voit que la Suisse a une économie en bonne santé à l’image du
PIB/habitant qui atteint le niveau 5 (maximum) sur notre échelle. Et même si la dette publique est
élevée, la conjoncture y est plus attractive et à un plus bel avenir que celle de la France. C’est
pourquoi les dirigeants d’entreprises auraient tendance à éviter l’Alsace pour implanter leurs
entreprises, au profit de l’Allemagne et de la Suisse. Regardons à quoi ressemble la concurrence
intra-Rhin supérieur à l’aide de l’outil d’analyse économique :
Graphique 4 : Comparaison des régions intra-Rhin supérieur
Visuellement c’est encore plus frappant. Mais notez que ce fait n’a pas toujours été le cas dans le
Rhin supérieur. En effet ce n’est qu’à partir du début des années 2000 que les chiffres du chômage
alsaciens rejoignent la moyenne nationale. C’est avant cette date que de grands groupes
internationaux comme General Motors, Sony, Sharp et Ricoh venaient s’implanter dans la région
alsacienne qui avoisinait les chiffres du plein-emploi. La tendance actuelle est tout autre pour
l’Alsace, mais le Rhin supérieur à deux autres régions compétitives dans l’économie internationale :
Baden-Württemberg et Nordwestschweiz. Ces deux sous-régions du Rhin supérieurs se caractérisent
par une qualité de vie particulièrement bonne. Le PIB/habitant y est élevé et on y gagne bien sa vie.
C’est d’ailleurs pour cela que de nombreux alsaciens choisissent de franchir la frontière du Rhin pour
faire carrière en Allemagne ou de préférence en Suisse. Est-ce peut-être là, la vraie force du Rhin
supérieur : tirer profit des avantages de chaque région ? La particularité du Rhin supérieur réside
dans la proximité géographique avec trois systèmes économiques différents. Le graphique
comparant les qualités de chaque pays ci-dessus nous apprend que chaque système présente des
avantages spécifiques. En prenant cela en compte, un résident-travailleur pourra se permettre de
vivre en France pour bénéficier d’un logement moins cher qu’en Suisse ou en Allemagne. En
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 22 sur 93
revanche, ce même résident alsacien à la possibilité de bénéficier de salaire beaucoup plus élevé
qu’en France s’il fait carrière en Suisse. Nous l’avons vu dans les chiffres, un salarié en Suisse gagne
au moins 3 fois plus qu’en France (en moyenne). Des exemples de ce type, il en existe beaucoup.
Voici un autre exemple : on aperçoit des spécialisations différentes dans chaque région du Rhin
supérieur. Le Baden-Württemberg est réputé pour sa maîtrise des nouvelles technologies,
notamment dans le bassin de Karlsruhe avec l’institut de technologie. Dans cette même région,
Freiburg se distingue par sa capacité à produire des énergies nouvelles. Le tissu industriel Allemand
est, de façon générale, performant et permet contribue un taux de croissance du PIB à 1,52% en
2015. De l’autre côté de la frontière, il y a la Suisse avec le bassin de Bâle qui est mondialement
connu pour ses performances dans la recherche et le développement des sciences de la vie. C’est un
domaine qui ne fait que croître et qui est vrai semblablement à l’abri de toutes crises. Ces
spécialisations différentes permettent à chacun d’exceller dans un ou plusieurs domaines sans subir
de concurrence dans le pays voisin. Et l’Alsace dans tout ça ? La région frontalière française profite de
la bonne santé économique de ses voisins. Bien que les politiques industrielles françaises n’aient pas
profité à l’Alsace, il semblerait que la croissance allemande et le succès suisse soufflent dans les
voiles alsaciennes et continuent de faire avancer cette région. En effet, ces dernières années nous
avons vu naître un tissue de PME très bien connecté en Alsace. L’ « Alsace BioValley » relie un grand
nombre de chercheurs, d’instituts et de PME alsacienne aux grands groupes pharmaceutiques et
biotechniques bâlois. L’observatoire de la CCI16
affirme que 42,2% du chiffre d’affaires des exports
alsaciens provient de l’activité des PME. Autrement dit, les acteurs alsaciens profitent de la présence
de grands groupes internationaux en Suisse pour prendre part à l’économie des sciences de la vie.
Pareillement, alors que le Baden-Württemberg est aussi considéré comme « Le Land de
l’Automobile17
», l’Alsace voisine cherche à maintenir un nouveau élevé d’échanges commerciaux
avec l’Allemagne grâce notamment à l’industrie automobile. Au final, dans cette région où les
cultures se mélangent, on peut dire que chacun tire profit des avantages chez les voisins et que la
croissance de l’un, fait le bonheur de l’autre. C’est en cela que l’interculturalité du Rhin supérieur est
une force et nous allons maintenant, de façon chiffrée, tenter de vérifier cet argument.
16
L’enquête Export de la Cci de Région Alsace. Publié dans la revue Point éco Alsace, n°19 Janvier/Février 2016
17
http://www.automotive-bw.de/ plateforme recensant le marché et l’industrie automobile dans le Baden-
Württemberg. Consulté dernièrement le 24/03/2016
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 23 sur 93
II.Intégration du facteur différenciateur : l’interculturalité
Nous avons vu que la vie dans le Rhin supérieur ouvre à de nombreux avantages grâce à la diversité
des systèmes intra-Rhin supérieur. Un employeur a accès à une large palette de main d’œuvre,
qualifiée dans différents domaines selon le lieu de formation. Un allemand aura été enseigné par le
savoir-faire local dans les secteurs industriels et un français bénéficie de formations attractives dans
le domaine de l’hôtellerie, par exemple. Les deux individus ont d’ailleurs aussi eu la possibilité
d’accaparer des compétences interculturelles et linguistiques en suivant des formations en
apprentissages dans le pays voisin. Pour l’année scolaire 2015/2016 il y a eu 27 contrats
d’apprentissage transfrontaliers signés entre le CFA et la CCI de Région Alsace et des entreprises
Allemandes18
. Cette richesse interculturelle et tri-nationale s’étend aussi dans le milieu des affaires
où une entreprise alsacienne peut vendre ses produits sur le territoire français mais aussi sur les
marchés suisses et allemands. L’Allemagne est d’ailleurs le premier partenaire commercial de
l’Alsace. Les chiffres des ventes alsaciennes ne font qu’augmenter (+1,3% en 2014) en assurant sa
place de cinquième région exportatrice de France. Ces faits et chiffres nous permettent de formuler
l’hypothèse suivante : l’interculturalité et l’aspect tri-national du territoire profitent à tous les acteurs
du Rhin supérieur. Par le terme « interculturalité » nous entendons le fait que les habitants de
différentes origines sont mis en relation dans le cadre du travail, des études et de la vie en général.
L’aspect tri-national signifie aussi que trois systèmes économiques et politiques s’appliquent chacun
sur leur territoire mais peuvent profiter au marché du pays voisin grâce à l’ouverture des frontières
et aux coopérations bi- et tri-nationales existantes. Nous voulons donc savoir, si cette diversité des
cultures et des systèmes sont des avantages pour l’économie du Rhin supérieur. Pour cela, nous
mettrons la région tri-nationale en comparaison avec une région uni-nationale, n’ayant par définition
pas cet aspect interculturel ou tri-national. Pour cette comparaison nous avons choisi la région des
Pays de la Loire, car elle fait partie des régions françaises en bonne santé économique, avec un
chômage moins élevé que la moyenne nationale et une croissance du PIB à 1,2% entre 2012 et 2013.
Ces bons chiffres sont accompagnés d’une légère hausse dans les secteurs de l’industrie et de la
construction. Selon l’Observatoire Régional économique et social19
la consommation des ménages
connait une croissance positive et il en va de même pour l’investissement des entreprises.
L’économie des Pays de la Loire et du Rhin supérieur ont du potentiel et sont en croissance.
Cependant, alors que le Rhin supérieur est à cheval sur trois pays, la région des Pays de la Loire est
une région uni-nationale sans frontières avec l’international. C’est pourquoi nous traiterons
premièrement de la particularité du territoire tri-nationale, puis nous ferons une comparaison de
l’attractivité territoriale des deux régions.
18
Article « Apprentissage transfrontalier, débouchés assurés », par Mélanie Jehl dans la revue Point éco Alsace,
n°19 Janvier/Février 2016
19
Synthèse mensuelle de la conjoncture régionale par l’ORES, N°70 – Février 2016 (Pays de la Loire)
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 24 sur 93
Particularité du territoire tri-nationale, Rhin supérieur : programme
INTERREG
La première grande distinction entre une région tri-nationale et une région uni-nationale s’observe
au niveau des fonds de financements. Le Rhin supérieur à cette particularité de bénéficier du
programme INTERREG ayant pour objectif de promouvoir la coopération entre les régions
européennes. Le programme est adapté à toutes les régions membres du programme :
 INTERREG A : Coopération transfrontalière (développement régional intégré entre régions
frontalières) :
 INTERREG B : Coopération transnationale (constitution de grands groupes de régions
européennes)
 INTERREG C : Coopération interrégionale (échange d'informations et partage d'expériences)
L’objectif de la coopération territoriale européenne20
est de mettre en réseaux les acteurs de part
et d’autre des frontières et de réduire les effets négatifs des frontières. Cette idée s’installe dans
la politique de cohésion de l’union européenne et est financé par le Fonds européen de
développement régional (FEDER) et exceptionnellement par les Cantons du Nord-Ouest de la
Suisse dans le cas du projet INTERREG Rhin supérieur afin de permettre aux trois pays
membres du territoire tri-national de profiter des fonds. L’Union européenne a officialisé deux
grandes lignes pour la période 2014-2020 sous la « Stratégie Europe 2020 » :
- Investissement pour la croissance et l’emploi
- Coopération Territoriale Européenne
Pour la coopération inter-régionale et tri-nationale, le fond INTERREG V (qui correspond à la
période 2014-2020) bénéficie d’un budget s’élevant à hauteur de 8 948,26 millions d’euros
incluant les 9,2 millions de Francs Suisse mis à disposition par la Confédération helvétique pour
cofinancer des projets.
Nous tenions à décrire ce programme car il est un atout majeur du Rhin supérieur par rapport à
une région qui n’en bénéficie pas. Il faut savoir que la région tri-nationale bénéficie de ce fonds
de financement uniquement grâce à son caractère tri-national et sa spécificité interculturelle que
l’Union européenne cherche tant à promouvoir. Cela fait depuis 1989 que le Rhin supérieur
bénéficie de ce programme qui est à son neuvième exemplaire (INTERREG V). Et ce qui fait la
force de cette initiative, c’est qu’elle ne se limite pas à un domaine spécifique. Que ce soit pour la
recherche et l’innovation, l’aménagement du territoire, le tourisme, la culture ou la formation et
l’emploi, tous les projets transfrontaliers peuvent bénéficier de cette source d’investissement non
négligeable. De nombreuses initiatives ont vu le jour depuis 1989, notamment dans le cadre de
l’enseignement et de la formation à l’image du système EUCOR qui soutient la mobilité des
20
Pour plus d’informations sur le programme INTERREG Rhin supérieur : consulté le site web
http://www.interreg-rhin-sup.eu/ dernièrement consulté le 30/03/2016
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 25 sur 93
étudiants et des enseignants dans la région en question. Mais aussi un grand nombre de
formations bi- et tri-nationales dans le domaine du bâtiment (cursus tri-nationale en bâtiment,
travaux publics et environnement) par exemple. Il a aussi été question de mettre en place une
formation linguistique franco-allemand des gendarmes et des policiers afin d’optimiser la
coopération policière (INTERREG III et INTERREG III Pamina). On ressent réellement une
coopération très active dans le domaine de la formation et cela a permis et permet encore de
former une main d’œuvre qualifié linguistiquement et apte à travailler dans un cadre bi- voir tri-
nationale. C’est aussi un atout majeur pour l’investissement des entreprises. Ce programme
donne une impulsion sans précédent à de nombreux projets d’entreprenariat et d’économie. Le
programme INTERREG IV (2007-2013) a financé un projet transfrontalier visant à améliorer les
performances économiques des exploitations biologiques du Rhin supérieur. Un autre projet était
la création d’un réseau tri-national sur l’énergie dans la région métropolitaine du Rhin supérieur.
Le coût global du projet était de 868 405€ et financé à plus de 40% par le programme
INTERREG. Bien entendu, nous venons de citer quelques projets dans toute la liste des actions
transfrontalières menées depuis la mise en place de ce fond de financement. En ce qui concerne
le programme précédent, INTERREG IV, le Fonds européen de développement régional
(FEDER) a cofinancé autour de 115 projets impliquant la participation d’environ 500 institutions
françaises, allemandes et suisses. Les investissements dans les projets transfrontaliers ont
représenté un volume total de 140 millions d’euros sur la période 2007-2013, ce qui a aussi
permis la création de plus de 300 emplois. Selon les sources21
la thématique la plus concernée
par le programme INTERREG IV était la recherche et l’innovation dont 32 projets ont bénéficiés
des finances mis à disposition à hauteur de 25,4 millions d’euros.
Comprenons bien que ce programme est un réel facteur d’attractivité pour des entreprises et des
professionnels dans tous les domaines. Le fait de bénéficier de ces fonds dynamise l’économie
du territoire tri-nationale et c’est une réelle richesse du Rhin supérieur qui ne se retrouve pas
dans une région uni-nationale telle que nous allons le voir dans la comparaison suivante.
21
Rapport INTERREG IV Rhin supérieur 2007-2013 à l’heure du Bilan, par Interreg Rhin supérieur
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 26 sur 93
Facteurs et critères pour comparer l’attractivité d’un territoire uni-national
avec un territoire tri-national
Maintenant que nous voulons comparer l’attractivité territoriale entre les Pays de la Loire et le Rhin
supérieur, nous devons prendre en compte le fait que nous confrontons deux régions de natures
différentes. A l’inverse de la première comparaison, nous voulons étudier une région tri-nationale
avec une région uni-nationale qui n’est pas en contacte directe vu qu’il n’y a pas de frontières
voisines entre elles. C’est pourquoi nous ne pouvons pas produire une comparaison avec les mêmes
critères que dans l’étude précédente. Pour cette analyse nous allons considérer le Rhin supérieur
comme étant la « Région Métropolitaine Tri-nationale », ainsi nous allons unifier les chiffres franco-
germano-suisse pour cette comparaison. Ces chiffres pourront alors être réutilisés dans notre outil
d’analyse économique que nous allons adapter à cette étude. Tout d’abord, nous allons redéfinir huit
critères essentiels et pertinents pour comparer la région uni-nationale des Pays de la Loire et la
région tri-nationale du Rhin supérieur. L’analyse nous permettra de comparer la qualité de vie
moyenne dans les deux régions avec l’indicateur du PIB/habitant. L’indicateur évoqué nous donnera
aussi un aperçu de la taille du marché et dans cette même optique, nous indiquerons la croissance du
PIB pour exprimer la santé économique des deux éléments de comparaison. Un autre facteur
d’attractivité territoriale est la qualité de la main d’œuvre présente localement. Alors que ce facteur
est relativement mobile au sein du Rhin supérieur et donc, moins révélateur pour la première
comparaison intra-Rhin supérieur, il devient pertinent et déterminant pour la comparaison entre
deux région éloignées l’une de l’autre. La main d’œuvre est alors considérée comme un facteur
immobile et propre à chaque région dans cette analyse. A ce même titre, l’efficacité du marché du
travail reste un critère de comparaison ici. Pour montrer le rapport à l’internationale des deux
régions, ainsi que leur capacité faire du commerce avec l’internationale, nous analyserons les
exportations réalisées sur une année. Nous voudrions aussi comparer le degré de maturité des
entreprises et du monde des affaires et, à cet effet, la Commission européenne estime que la valeur
ajoutée de l’économie régionale est un indicateur révélateur. Cela révèle l’importance et la solidité
des secteurs d’activités au sein d’une région. Ce qui est aussi déterminant pour des résidents ou des
dirigeants d’entreprises, c’est l’accessibilité et les réseaux de transports du territoire en question.
Pour définir le développement d’une région dans ce domaine nous avons mis en place l’échelle
suivante :
Tableau E : Echelle de mesure pour « Transport et accessibilité »
Critère Niveau Echelle
Transport et accessibilité
Niveau 5 + aéroport et port internationale
Niveau 4 + aéroport et port nationale
Niveau 3 + réseaux ferroviaire rapide (TGV)
Niveau 2 + réseaux ferroviaire
Niveau 1 Réseaux routier
Niveau 0 Aucun réseau de transport
(Détail des différentes échelles dans l’annexe 2, Cahier des Charges)
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 27 sur 93
Il nous reste un huitième et dernier critère de comparaison d’attractivité territoriale à citer : les
dépenses en recherche et développement. Nous sommes dans une époque où les entreprises
cherchent constamment à innover pour améliorer la qualité de vie et les processus de travaux dans
les entreprises. C’est donc intéressant pour un dirigeant d’entreprise de savoir qu’elle est la politique
régionale dans la matière. Voici le résumé des huit critères :
- (1) Taille du marché, indicateur : PIB/Habitant
- (2) Taille du marché, indicateur : croissance du PIB
- (3) Education et qualité de la main d’œuvre, indicateur : Nombre d’étudiants dans
l’enseignement supérieur
- (4) Efficacité du marché du travail, indicateur : taux d’activité par rapport au taux de
chômage
- (5) Degré de maturité des entreprises, indicateur : valeur ajoutée de l’économie régionale
- (6) Degré de maturité des entreprises, indicateur : Total d’exportations sur une année
- (7) Infrastructures, indicateur : Importance des réseaux de transport et accessibilité du
territoire
- (8) Innovation, indicateur : part des dépenses en R&D dans le PIB
Maintenant que les critères pour la comparaison de l’attractivité territoriale sont fixés, nous pouvons
les mettre en application dans l’outil d’analyse économique.
Comparaison entre les Pays de la Loire et le Rhin supérieur
Pour avoir des chiffres unifiés et représentatifs de la région tri-nationale du Rhin supérieur nous
utilisons les données de l’enquête de la Conférence Franco-Germano-Suisse du Rhin supérieur dans
la brochure « Faits et Chiffres 2014 ».
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 28 sur 93
Tableau F : Application chiffrée de la région tri-nationale, Rhin supérieur (selon les huit indicateurs)
Critère Indicateur Données Référence échelle (outil
d’analyse économique)
1 Taille du marché PIB/Habitant 38 946,71 USD
(2010)
Niveau 3
2 Taille du marché Croissance du PIB 1,25% (2012) Niveau 3
3 Qualité de la main d’œuvre Nombre
d’étudiants dans
l’enseignement
199 100 Niveau 5
4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par
rapport au taux
de chômage
17,54% Niveau 5
5 Dynamisme et économie Valeur ajoutée de
l’économie
régionale
214,4 millions
d’euros
Niveau 5
6 Dynamisme et économie Total
d’exportations
sur une année
25,9 milliards
d’euros (2012)
Niveau 4
7 Infrastructures Importance des
réseaux de
transport et
accessibilité du
territoire
Remplis tous les
critères
Niveau 5
8 Innovation part des
dépenses en R&D
dans le PIB
5,1% Baden Württemberg +
1,58% Palatinat +1,7%
Alsace + 2,2%
NordWestSchweiz
Moyenne 2010 : 3,5%
Niveau 5
Graphique 5 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour le Rhin supérieur
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 29 sur 93
Tableau G : Application chiffrée de la région uni-nationale, Pays de la Loire (selon les huit
indicateurs)
Critère Indicateur Données Référence échelle (outil
d’analyse économique)
1 Taille du marché PIB/Habitant 28 473,76 USD
(2010)
Niveau 2
2 Taille du marché Croissance du PIB 1,2% (2013) Niveau 3
3 Qualité de la main d’œuvre Nombre
d’étudiants dans
l’enseignement
117 920 Niveau 4
4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par
rapport au taux
de chômage
8,15% Niveau 2
5 Dynamisme et économie Valeur ajoutée de
l’économie
régionale
94 449 millions
d’euros
Niveau 2
6 Dynamisme et économie Total
d’exportations
sur une année
17,9 milliards
d’euros (2012)
Niveau 2
7 Infrastructures Importance des
réseaux de
transport et
accessibilité du
territoire
Remplis tous les
critères
Niveau 5
8 Innovation part des
dépenses en R&D
dans le PIB
1,2% (2011) Niveau 2
Graphique 6 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la région des Pays de la Loire
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 30 sur 93
Afin de compléter les tableaux avec les huit critères, nous avons utilisé des documents officiels
publiés par la Conférence du Rhin supérieur (franco-germano-suisse) d’une part, et l’ORES de la
région des Pays de la Loire d’autre part. Cependant, il n’existe pas de statistiques sur les dépenses en
recherche et développement du Rhin supérieur. C’est ainsi que nous avons calculé la moyenne de
toutes les sous régions du Rhin supérieur afin d’obtenir un pourcentage unique de dépenses en R&D
pour la région tri-nationale.
Les Pays de la Loire est une région grande de 32 082 km² avec une population qui s’élève à 3,6
millions d’habitants qui fait partie des plus attractives de France. La région continue d’attirer capitaux
et nouveaux résidents grâce à une économie dynamique et diversifiée. De plus, la part du PIB
industriel y est plus élevée que dans le reste du pays : 18,3% du PIB régionale contre 14% en
moyenne nationale. Les secteurs de la construction et de l’agriculture y sont aussi plus dynamique
que dans le reste de la France. Il existe de nombreux pôles de compétitivité qui permettent à 45 000
salariés dans plus de 600 entreprises de travailler ensemble sur différents pôles. Parmi les 71 pôles
en France, la région ligérienne en compte six, dont deux sont connus sur le plan mondial (Images &
réseaux et Vegepolis, spécialisé dans l’innovation végétale). Lorsqu’on regarde l’outil d’analyse
économique on constate que la région ligérienne présente le même niveau d’infrastructures de
transports que le Rhin supérieur. Même si il semblerait qu’il y ait un léger avantage pour la région
rhénane qui bénéficie déjà d’une LGV européenne alors que la région de Nantes devrait encore
attendre jusqu’à la fin des travaux en 2018. Il en va de même au niveau des aéroports. Alors que
l’aéroport de Bâle-Mulhouse enregistre 5 millions de passagers par an, l’aéroport nantais n’en
compte que 3 millions. En revanche, la croissance du PIB annuel des deux régions analysées se
situent dans le même ordre de grandeur, c’est-à-dire, environs 1,2% chacun. Cette croissance indique
qu’il y a une bonne réaction de la part de l’économie locale après les difficultés subis en 2008-2009,
après la crise. La représentation graphique témoigne aussi d’une main d’œuvre plus qualifié dans le
Rhin supérieur, avec prêt de 200 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur sur l’année
universitaire 2013 – 2014. Cet avantage rhénan est certainement aussi dû à une plus grande
démographie que dans les Pays de la Loire (6 millions d’habitant dans le Rhin supérieur contre 3,6
dans la région ligérienne). Il est donc évident qu’il y a plus d’étudiants dans l’enseignement supérieur
dans une région plutôt que dans l’autre. En revanche, une étude22
montre que la région des Pays de
la Loire à une proportion de cadres plus faible que la moyenne nationale avec 12%, contre 16% en
moyenne nationale. Malheureusement il n’existe pas de statistiques dans ce domaine pour le Rhin
supérieur. Voici les seuls points de similitudes entre les Pays de la Loire et la région du Rhin
supérieur. Pour tous les autres critères étudiants à l’aide de l’outil d’analyse on remarque une large
avance pour la région tri-nationale. Nous l’avons vu, sur huit critères évalué, le Rhin supérieur se
situe cinq fois au maximum de l’échelle. Il fait bon vivre dans l’ensemble de la région. Le PIB/habitant
plafonne à 38 946 USD et le marché du travail est particulièrement efficace grâce aux efforts fournis
du côté Suisse et Allemand. Nous avons vu précédemment que ces deux sous-régions du Rhin
supérieur (Palatinat, Baden-Württemberg et Nordwestschweiz) sont extrêmement compétitives et
tirent les résultats économiques du Rhin supérieur vers le haut. Ce même marché est constamment
alimenté par de nombreux étudiants dans l’enseignement supérieur. Pour continuer sur cette
analyse, on constate que la valeur ajoutée de l’économie régionale est plus de deux fois supérieure
22
http://www.nantes-developpement.com/ « Les pôles de compétitivités confirment la vitalité économique
régionale », par Alexandre KARP, publié le 21/10/2010
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 31 sur 93
dans le Rhin supérieur que dans les Pays de la Loire. Encore une fois, cela s’explique par la qualité du
secteur industriel Badois et par l’excellence dans les domaines pharma et biotechniques du nord-
ouest de la Suisse. A côté de cela, il faut mentionner le fait que les trois systèmes politiques présents
dans le Rhin supérieur accordent chacun une grande importance à la recherche et au
développement. Le Baden-Württemberg excelle sur ce plan en consacrant 5,1% de son PIB au R&D.
La moyenne régionale rhénane culmine à 3,5% du PIB consacré au R&D, ce qui fait du Rhin supérieur
un territoire extrêmement innovant et attractif pour des entreprises innovantes. Regardons à
présent le graphique ci-dessous nous permettant de juger visuellement de la différence qui oppose
les Pays de la Loire au Rhin supérieur :
Graphique 7 : Comparaison de l’attractivité territoriale
Grâce à cette comparaison de l’attractivité territoriale, nous constatons qu’en unissant les forces
présentes au sein du Rhin supérieur, nous obtenons une région puissante économiquement et, sur la
base de notre analyse, beaucoup plus attractive que la région des Pays de la Loire qui est une région
uni-nationale. La région transfrontalière, où les systèmes et les cultures se mélangent semblerait
donc être une recette exemplaire pour la réussite économique. Le but de cette comparaison était de
voir si une région tri-nationale avait plus de potentiel qu’une région uni-nationale. Aussi, nous
voulions voir si l’aspect interculturel et tri-national consisterait en un frein ou un accélérateur de
l’économie. Pour cela, nous avons défini huit critères de comparaison pouvant correspondre aux
facteurs d’attractivité d’un territoire. Ainsi, sur la base de cet outil d’analyse économique nous avons
pu constater que le Rhin supérieur profite de l’excellence allemande et de la richesse suisse, même si
les résultats français ne sont pas avantageux. La combinaison des trois systèmes représentés par le
Palatinat, Baden-Württemberg, le Nordwestschweiz et l’Alsace profitent à l’économie locale et la
« tri-nationalité » l’emporte, d’un point de vue statistique, sur l’ « uni-nationalité » ligérienne. Alors
que les chiffres ont parlés, il reste tout de même quelques questionnements par rapport au Rhin
supérieur en tant que région. Les richesses de la tri-nationalité et du mélange culturelle sont certains
et l’économie rhénane s’est développé sur le travail des trois régions frontalières. Cependant, il nous
semble important de savoir si les richesses du Rhin supérieur, telles que nous les avançons dans ce
récit, sont aussi perçues par les différents acteurs économiques.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 32 sur 93
III. Etude exploratoire sur le Rhin supérieur
Présentation de l’étude exploratoire
Dans le cadre de ce travail nous avons soulevé un certain de questionnement par rapport à
l’attractivité territoriale du Rhin supérieur. Nous avons ensuite cherché à y répondre à l’aide
d’explications et d’un outil d’analyse économique. Ces premières étapes nous ont montrés que le
Rhin supérieur est une région attractive à en croire les chiffres et les données obtenues. Il semblerait
aussi que la richesse tri-nationale prévaut sur l’uni-nationalité. Avec cette étude exploratoire et
qualitative nous voulons inclure l’opinion d’acteurs présents dans le Rhin supérieur quant à la
perception des atouts du territoire.
L’enquête qualitative a été menée auprès de différentes personnes actives de part et d’autre du Rhin
afin de rassembler un grand nombre de points de vue différents sur la thématique. Vous retrouveriez
donc un ensemble d’interviews menées avec des professionnels, des professeurs d’universités mais
aussi des hommes politiques de différentes nationalités présentes dans le Rhin supérieur. Voici la
liste des personnes ayant acceptées de prendre part à l’enquête qualitative :
- Dr. Herr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz,
Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die grenzüberschreitende Zusammenarbeit im
Kongress der Gemeinden und Regionen des Europarates. Rechtskonsulent,
Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel, Lehrbeauftragter an den Universität St.
Gallen und Strasbourg
- Herr KIRCH
Human Ressources Director, Europa-Park GmbH
- Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
- Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 33 sur 93
- Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
- Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America)
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
- Mr. Belliard
Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de
la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du
Congrès du Conseil de l’Europe
De façon générale nous avons constitué un questionnaire avec des questions précises sur la
thématique, tout en laissant la possibilité à chacun d’apporter sa propre vision des choses
connaissant la diversité des domaines de prédilection de chacun. Chaque entretien à durée entre
trente minutes et une heure durant lequel les personnes interrogées ont acceptée de répondre aux
questions en étant enregistrés. L’objectif principal de l’étude exploratoire était de rassembler des
réponses par rapport à la perception de l’interculturalité au sein du Rhin supérieur. Nous cherchons à
savoir si la richesse du Rhin supérieur ainsi que son interculturalité est perçue comme tel par les
acteurs présents dans la région et en dehors de celle-ci. Les recherches précédentes ont mises en
avant le dynamisme économique et l’attractivité du Rhin supérieur auprès des différents acteurs
économiques (entreprises, investisseurs, travailleurs, ménages), c’est pourquoi il est intéressant
d’analyser les points de vue sur ces questionnements. En effet, les atouts et les facteurs faisant qu’un
territoire est attractif n’ont que de la crédibilité si ces derniers sont aussi perçus par les acteurs
économiques. Bien évidemment, nous ne tirerons pas de conclusions hâtives après cette étude
puisqu’elle n’est qu’ « exploratoire ». Cela implique le fait que les réponses ne reflètent pas
forcément la réalité telle qu’elle est vécue par l’ensemble de la population. Cependant, elle
permettra de justifier, ou non, les hypothèses apportées dans cette rédaction.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 34 sur 93
Analyse des réponses obtenues
Les questions posées aux différentes personnes doivent nous permettre de voir si leurs réponses
rejoignent les points évoqués dans notre rédaction, ou s’ils contredisent nos hypothèses. La première
partie de notre analyse de l’enquête exploratoire se basera sur ces trois questions :
- Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ?
- Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ?
- Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ?
Ces trois questions rejoignent les points que nous avons abordés au début de ce travail lorsque nous
avons évoqué les facteurs qui rendent le Rhin supérieur attractif. Nous avions alors apporté des
éléments par rapport au tissu et au dynamisme économique du territoire. Aussi, nous avons abordé
la qualité de vie particulièrement bonne qui est significative de la région tri-nationale. Puis, dans un
second temps chercherons à savoir si l’interculturalité et l’aspect tri-national du Rhin supérieur est
perçu, par les différents acteurs économiques, comme étant un critère d’attractivité supplémentaire.
Pour cela nous mettrons en avant les réponses obtenues aux questions :
- Comment le caractère tri-national/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les
entreprises ? Une force ou un frein ?
- Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs, résidents,
travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ?
- L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ?
Vous avez aussi la possibilité de consulter l’intégralité des entretiens individuels dans l’annexe 3,
intitulé « Compte rendu de l’enquête exploratoire ».
Dynamisme et économie du Rhin supérieur
Les échanges autour de ce thème nous ont permis d’apporter des éléments de réponses externes à
nos analyses précédentes. D’une part, les personnes interrogées ont cité un certain nombre de
facteurs dynamisant l’économie du Rhin supérieur mais d’autre part, les discussions ont équilibré
leurs propos en mettant à la lumière du jour les manquements de la région ainsi que les défis à
relever dans l’avenir pour maintenir l’attractivité de cette région tri-nationale. Dans nos écrits, nous
évoquions la richesse des secteurs de l’industrie dans le Rhin supérieur et plus particulièrement dans
le Baden-Württemberg, le Palatinat et le Nord-Ouest de la Suisse. Plusieurs personnalités ont mis en
avant cette qualité industrielle comme étant un atout et aussi un facteur d’attractivité du territoire
étudié. Voici quelques citations soutenant ces propos :
« Le Rhin supérieur jouit d’une tonicité industrielle. »
Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 35 sur 93
« Oui je crois qu’il y a une culture industrielle propre au Rhin supérieur avec des troncs communs qui
remontent au XIXe siècle avec le développement du textile, dans la région de Mulhouse transférée
indirectement vers la partie allemande et suisse au travers des secteurs de la chimie. Donc après il y
a une base industrielle commune. En tout cas, essentiellement pour la partie sud de la région. Le
nord est un peu plus segmenté. »
Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America)
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
« Le berceau et les origines de l’industrie et de la machine, c’est le bassin du Rhin supérieur. C’était
ici. »
Mr. Belliard
Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la
Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du
Conseil de l’Europe
En restant dans le même sujet, beaucoup d’acteurs interrogés ont mis en avant la concurrence intra-
Rhin supérieur en adoptant un discours élogieux vis-à-vis des régions du Baden-Württemberg et du
Nordwestschweiz. Aussi, la totalité des participants n’ont pas manqué de souligner le point faible du
Rhin supérieur : l’Alsace. Des chiffres du chômage loin de ce qu’on observe dans les autres sous-
régions du Rhin supérieur, un recul de l’industrie contraire à la puissance Allemande et de faibles
investissements dans ces secteurs. Mais il faut avouer que ces propos ne sont pas une surprise pour
nous, étant donné les résultats affichés par l’outil d’analyse économique lors de la comparaison
intra-Rhin supérieur :
« Par contre, l’Alsace est un peu « l’enfant difficile » sur le plan économique avec 11% de chômage.
C’est pourquoi il est important de concentrer les efforts sur la promotion économique de l’Alsace et
du Rhin supérieur en générale. »
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz
« Je n’ai pas l’impression que l’Alsace soit le côté le plus dynamique du Rhin supérieur, alors
qu’historiquement elle l’était. »
Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 36 sur 93
En soutient aux secteurs industriels, nous évoquions un tissu économique avec des PME implantées
en Alsace :
« Par cet historique on a un tissue économique intéressant et beaucoup de PME soutenus par le
gouvernement français. Ces PME en questions soutiennent les grands groupes et on sait que la plus
forte création d’emplois vient des PME. Cela contribue à un bon emploi et un dynamisme
économique et social. »
Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
Ces réponses révèlent la diversité de l’économie au sein du Rhin supérieur. Avec la puissance
industrielle et la présence des PME, on peut parler d’une économie à deux temps et déséquilibrée.
Ces différences sont explicables par les systèmes politiques qui varient d’un pays à un autre. Cela
nous a amené à parler de concurrence intra-Rhin supérieur, mais certaines personnalités dont Herr
Kirch (DHR d’Europa-Park) et Herr Zenetti (professeur universitaire) ont souligné l’aspect collaboratif
des cultures du Rhin supérieur :
« L’avantage d’une région frontalière c’est de pouvoir compenser les faiblesses d’un pays avec les
forces d’un pays voisins. On le voit dans l’exemple suivant : lors d’une crise économique en France,
celle-ci est allégé par la stabilité suisse et allemande, et ce, sur tous les marchés. On fait ce constat
sur le marché du travail alors qu’il y a plus de 10% de chômage en Alsace et seulement 3,3% dans
l’Ortenau (Baden-Württemberg, Allemagne) les travailleurs français viennent se former et travailler
en Allemagne. Et vice-versa. Et ça c’est le plus grand avantage que je vois directement. »
Herr KIRCH
Human Ressources Director, Europa-Park GmbH
« Ce qui est intéressant également : le tissue industriel n’est pas le même de chaque côté du Rhin. En
Suisse, le milieu pharmaceutique et biologique. En Allemagne, les énergies renouvelables. Et en
France, malgré tout, un secteur automobile. Cela ouvre la porte à des coopérations sans se faire
concurrence, ce qui est très important. »
Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
En plus de cette structure économique, nous avons mesuré l’attractivité territoriale à l’aide
d’indicateurs tels que le PIB/habitant et la croissance annuelle du PIB afin de juger sur la santé
économique, la production de richesse et la qualité de vie d’une région peuvent être considérées
comme un avantage. En plus de cela, l’outil d’analyse économique que nous avons mis en place a
montré que ces critères étaient aussi des atouts pour la région du Rhin supérieur par rapport à une
région uni-nationale. Dans cette enquête, nous avions demandé aux participants de nous donner,
selon eux, des atouts propres au Rhin supérieur. Il s’est avéré que beaucoup ont valorisés la qualité
des infrastructures de transports permettant aux résidents de se rendre rapidement d’un point A à
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 37 sur 93
un point B dans toute la région transfrontalière. Cette force au niveau des transports a été mise en
lien avec la situation géographique favorable du territoire d’étude. Nous évoquions la « banane
bleue » qui représente la zone la plus dynamique en Europe. Dans la même direction, Herr Tschudi
pense que c’est un avantage considérable pour la région. Voici quelques réponses récoltés quant à la
qualité de vie, la situation géographique et les infrastructures de transports du Rhin supérieur :
« Nous vivons dans cette « banane bleue » au centre de l’Europe. Au milieu des grands axes de
transports routiers, fluviaux et ferroviaires, le tout, accompagné par l’EuroAirport qui ne cesse de
croître. Se déplacer dans le Rhin supérieur n’est plus une problématique grâce à ces infrastructure :
Bâle – Strasbourg en quelques minutes avec le TGV.»
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz
« L’autre point fort est de se trouver dans la banane bleue et le Rhin est toujours une épine dorsale
de l’Europe. Ensuite on peut dire que la proximité avec l’Allemagne, le partenaire le plus puissant en
Europe, est un avantage sans précédent. Il vaut mieux voisiner avec un partenaire puissant qu’avec
un pays en déclin. Il y a donc la prospérité et l’avancé. »
Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
« Bonne qualité de vie : Le Baden-Württemberg est considéré comme le « midi de l’Allemagne », plus
de soleil, température douce. On est aussi une région viticole, agricole, culturelle, touristique
accompagnée de belles villes riches culturellement. »
Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité
« Si il faut globaliser, bon, je commencerais par dire que le bassin Rhénan est tout simplement beau.
Je crois qu’il y fait bon vivre, avec ce climat continental qui équilibre le climat. […] Il parait que Louis
XIV s’est écrié du haut de la vallée de Saverne, en voyant ce territoire : « c’est le plus beau jardin du
monde ». »
Mr. Belliard
Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la
Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du
Conseil de l’Europe
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 38 sur 93
Le Rhin supérieur c’est aussi 6 millions d’habitants qui forment ensemble, un marché potentiel
attractif qui contribue au dynamisme économique de la région. Cette même démographie attire des
entreprises :
« C’est sûr ! Elle [la région du Rhin supérieur] est ultra-dynamique. Il y a 6 millions d’habitants dans le
Rhin supérieur, comparable avec le Danemark. Et la zone Nordwest Schweiz représente la deuxième
région la plus puissante économiquement, après Zurich. Du côté Allemand, le Baden-Württemberg et
la Bavière sont aussi très puissante avec une bonne situation économique. »
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz
« Forte démographie, population dense. MAIS pronostic démographique varie d’une région à l’autre.
(Vieillissement accéléré en Allemagne est une faiblesse) à l’avenir en Alsace on comptera avec 2
millions d’habitants selon les estimations. »
Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité
« Globalement, l’attractivité du Rhin supérieur se base sur le grand nombre de clients privé et
publique. Il y a un gros potentiel de clients composés de sociétés et une population avec un pouvoir
économique fort. A mon sens, les forces industriels et le grand nombre de clients potentiels forment
les plus grandes forces du Rhin supérieur. »
Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America)
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
On se rend compte que les facteurs du dynamisme économique du Rhin supérieur sont les mêmes
pour les acteurs de la région interrogés. Ce sont d’ailleurs les critères que nous avons utilisés pour
mesurer l’attractivité territoriale dans nos comparaisons intra- et extra-Rhin supérieur. Au travers de
cette enquête on parle de bonne qualité de vie dans la région transfrontalière, d’excellents secteurs
de l’industrie dans les zones allemandes et suisses, d’une situation géographique au cœur de
l’Europe qui profite à chacun, avec un réseau et des infrastructures de transports favorisant les
échanges transfrontaliers du Rhin supérieur. Finalement, le vocabulaire retrouvé dans les interviews
rejoint ceux que nous avions évoqués dans nos recherches. Mais ce qui nous intéresse maintenant,
c’est de connaître la perception de ces acteurs par rapport à la spécificité du Rhin supérieur, c’est-à-
dire, l’aspect interculturel.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 39 sur 93
Spécificité du Rhin supérieur : l’interculturalité et perception des acteurs économiques
Nous avons vu qu’en unissant les forces présentes dans le Rhin supérieur, la région tri-nationale
devient plus puissante économiquement qu’une région uni-nationale tel que les Pays de la Loire. Les
échanges internationaux sont plus important, la qualité de vie est supérieure dans la zone
transfrontalière et la puissance du Baden-Württemberg et du Nordwestschweiz permet de tirer une
région comme l’Alsace vers le haut. Dans notre hypothèse, ces faits sont rendus possibles grâce au
mélange des cultures dans les affaires, le monde de l’entreprise et dans la vie quotidienne des
habitants. Durant notre enquête, les personnes interrogées étaient optimistes par rapport à l’aspect
tri-national et interculturel du Rhin supérieur. Selon eux il est possible d’accomplir de grandes choses
en coopérant et en profitant des avantages de chaque système politique et économique présent
dans cette région transfrontalière.
« Nous avons réussi à les faire travailler ensemble afin de former des institutions telles que le
système EUCOR par exemple. Ce système unifie les universités du Rhin supérieur et permet de créer
un campus européen où élèves et enseignants circulent librement et ont la possibilité d’apprendre
dans chaque université partenaire « EUROPEAN CAMPUS ». […] Sur la base des universités EUCOR
nous avons réussis à former une main d’œuvre compétente et adapté à la demande du marché. Le
marché du travail à un énorme potentiel. »
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz
« Un autre facteur est que nous sommes à un croisement de différentes cultures. On se rend compte
qu’il y a des différences et si on utilise ses différences dans le sens d’une complémentarité on arrive à
faire des choses formidables. Et ça se trouve au niveau des personnes, des cultures et des
entreprises. Si on arrive à coopérer on arrive à faire des choses qui, dans une seule culture,
n’auraient pas été possible. »
Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
« L’Alsacien était bilingue jusque dans les années 1960, encore un atout considérable. A cette
époque, les 30 glorieuses, on atteignait une croissance de l’ordre de 3-4-5-6% et peu de chômage. Le
moment choisi par des gros groupes pour investir (GM, Eli Lilly) pour s’implanter en alsace grâce à la
main d’œuvre bilingue considérée comme un atout indéniable. »
Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 40 sur 93
« Il n’y a pas d’initiative de trop, il n’y a pas un seul centime d’euros en trop investit dans cette
coopération tri-nationale. Chaque initiative à un sens et une signification certaine. »
Herr KIRCH
Human Ressources Director, Europa-Park GmbH
« Il y a au moins deux langues, il y a une façon naturelle d’échanger. C’est-à-dire, travailler avec une
entreprise dans une région voisine devient relativement naturel. Chez nous, l’effet frontière n’est pas
un obstacle. Il parait normal de profiter des opportunités à 360° autour de nous. »
Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité
« Mais je crois que notre capacité à nous c’est passer les frontières en portant haut nos idées. On n’a
plus ce cloisonnement. Pour nous, on passe les frontières sans problèmes et on n’est pas surpris
d’entendre d’autres langues. Notre capacité à l’ouverture vers l’autre est une force. Et cela déteint
sur l’industrie et le commerce. »
Mr. Belliard
Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la
Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du
Conseil de l’Europe
Certaines formations comme le Master Management Interculturelle et Affaires Internationale piloté
par l’Université de Haute Alsace et autrefois dirigé par Monsieur Zenetti, font partie des formations
qui forment à l’interculturalité et qui permettent à une main d’œuvre d’accaparer des compétences
linguistiques et interculturelles. Selon l’ancien directeur de la formation, les entreprises recherchent
ces compétences et ses anciens élèves ne peinaient pas à trouver un emploi de l’autre côté du Rhin.
« Mes connaissances sont limitées dans ce domaine mais je connais bien le devenir de mes étudiants
du Master MICAI. Mais ce que je peux dire c’est que ces élèves développent des capacités
interculturelles et linguistiques très demandés. Leur insertion professionnelle est largement au-
dessus de la moyenne statistique. Cela est aussi dû à leurs stages majoritairement effectués dans le
bassin Rhénan. C’est une formation purement française mais nous faisons des efforts pour attirer des
nationalités étrangères, car nous avons compris que l’interculturalité peut s’enseigner mais surtout
elle doit se vivre dans la pratique. Cela est rendu possible lorsqu’on met des gens de plusieurs
nationalités en contacts. On a la chance d’avoir une présidence qui nous aide à pousser des projets
internationaux dans cette formation. »
Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 41 sur 93
« Je reçois des retours d’entreprises transfrontalières qui me disent avoir moins besoins d’experts en
marketing ou autre, mais la réelle perle rare à trouver c’est quelqu’un qui parle très bien une langue
étrangère et quelqu’un qui a une ouverture interculturelle qui est vécue. Ces personnes connaissent
le travail dans un cadre interculturelle et ont une certaine sensibilité. Aujourd’hui, même une PME
qui veut être un tant soit peu dynamique, elle doit travailler à l’internationale avec des gens qui
comprennent ces enjeux. »
« Déjà, pour un salarié, s’il a le bagage linguistique et culturel, il peut chercher du travail dans les
trois parties du Rhin supérieur. Beaucoup de mes étudiants trouvent leurs premiers emplois outre-
Rhin et n’hésitent pas à revenir après quelques années fort de leur expérience et de leur CV enrichit.
On a donc une main d’œuvre transfrontalière très intéressante pour les entreprises. Dans la même
idée, le système EUCOR est en train de prendre corps. Cette coopération universitaire cherche à
développer son champ d’action dans le domaine des life sciences du Rhin supérieur. »
Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
En revanche, cette richesse culturelle propre au Rhin supérieur est aujourd’hui en danger. D’une
manière générale, de part et d’autre du Rhin, les participants à l’enquête exploratoire regrettent la
perte du bilinguisme dans la région. Alors que cette richesse culturelle, ces échanges linguistiques et
la capacité à parler la langue du voisin était autrefois la « marque de fabrique » rhénane, elle est
aujourd’hui en péril. Certains tirent la sonnette d’alarme et appel à un regain de forme dans le
domaine linguistique. Il faut continuer à former une main d’œuvre bilingue, à encourager les
échanges scolaires transfrontaliers pour ne pas perdre ce qui a fait la force régionale dès l’après-
guerre.
« Malheureusement, ces avantages sont limités puisque trop peu de gens veulent apprendre la
langue du voisin et ce phénomène se voit des deux côtés du Rhin. »
« L’héritage laissé par nos anciens ne doit pas être délaissé et nous nous devons de soigner cette
amitié qui profite à chacun. »
Herr KIRCH
Human Ressources Director, Europa-Park GmbH
« Deuxième choses, qui peut être contestée : le rapport à l’Allemand qui est différend entre cette
génération actuelle et les générations passés. C’est-à-dire que le processus de francisation continue
et le dialecte alsacien recule et est de moins en moins parlé par les jeunes. De ce fait, nos jeunes
alsaciens ont un support moindre pour ensuite apprendre la langue Allemande de nos voisins. Et ça
se ressent dans le rapport des jeunes avec l’Allemand en général. C’est un allemand souvent scolaire
et peut pratiquer de manière approfondie. »
« L’employabilité des alsaciens en Allemagne est en déclin du fait de la barrière linguistique. »
Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 42 sur 93
« Le bilinguisme se soigne : on ne le décrète pas, on le vit. Il faut en prendre soin et faire des efforts
pour garantir sa survie. C’est le défi de la région. Il y a un défaut de transmission de cette langue : il y
a un faussé entre les générations. Même si on ressent un regain en voyant la mise en place d’écoles
bilingues. »
« La dynamique n’est plus partagée par l’ensemble des régions qui forment le Rhin supérieur.
L’Allemagne et la Suisse grandissent et se dynamisent mais ça n’est pas le cas en Alsace. Une des
explications : baisse des salariés bilingues. L’âge moyen des frontaliers est de + 40 ans car la relève
n’est pas assurée. »
Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité
Même Monsieur Zenetti ajoute que cette main d’œuvre tant recherchée se fait rare et que les
entreprises ont du mal à trouver l’employé qui correspond aux critères :
« Je reçois des retours d’entreprises transfrontalières qui me disent avoir moins besoins d’experts en
marketing ou autre, mais la réelle perle rare à trouver c’est quelqu’un qui parle très bien une langue
étrangère et quelqu’un qui a une ouverture interculturelle qui est vécue. »
« C’est dommage et je connais des patrons de PME qui s’arrachent les cheveux en disant chercher
des employés français avec une bonne connaissance de la langue allemande. C’est regrettable de
devoir chercher cette main d’œuvre si précieuse en Alsace. C’est un fait. »
Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
D’une façon générale on peut affirmer que l’aspect interculturel est perçu par l’ensemble des
participants à l’enquête comme étant une richesse et un avantage certain au développement
économique du Rhin supérieur. Mais leurs propos sont accompagnés de critiques envers la perte de
cette interculturalité. Des efforts sont faits pour pousser les étudiants à parler la langue du pays
voisin, à faire des échanges culturels pour favoriser le travail ensemble comme cela a été le cas dans
les années 1960.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 43 sur 93
Le dernier élément que nous allons analyser dans cette enquête exploratoire, c’est la perception de
la richesse du Rhin supérieur et de son interculturalité par des acteurs économiques extérieurs à la
région d’étude. Nous voulons savoir si le Rhin supérieur attire des investisseurs internationaux, si des
potentiels résidents sont intéressés par ce territoire. Sur cette thématique, Monsieur Tschudi met en
avant la concurrence intra-Rhin supérieur qui jouerait plutôt en faveur du territoire Suisse lorsque
des acteurs économique extérieurs désirent s’implanter dans la région transfrontalière.
« Une entreprise vient en suisse pour retrouver la stabilité politique. Notre système permet à chaque
partie politique important d’être au pouvoir, contrairement à l’Allemagne et la France. Le système
d’impôts est aussi un critère qui rend la Suisse attractif pour les entreprises. Le niveau d’étude est
très haut dans les universités. Nous sommes une société ouverte et tolérante des autres cultures. La
Suisse propose aussi une large palette culturelle et une offre variée de loisirs. Aussi notre situation
géographique permet d’être accessible par tous les transports. Ca ce sont les critères qui nous
rendent attractif en comparaison avec le reste du Rhin supérieur. »
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz
Monsieur Hager, qui travaille pour l’Agence d’Attractivité de la région Alsace voit le Rhin supérieur
comme étant une porte d’entrée vers le marché allemand et européen dans l’ensemble.
« Oui, c’est-à-dire que nous, comme première approche, on vend l’Alsace comme porte d’entrée du
marché européen. L’Alsace comme plateforme européenne. Et globalement, quand je dis « Alsace »,
j’inclus le Rhin supérieur. »
« Oui, quand on dit « plateforme européenne » les entreprises comprennent cela très bien et vienne
pour cela. A vrai dire les américains ne viennent pas pour l’Alsace ou même le Rhin supérieur, mais
pour l’Europe.
Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité
Mais plus généralement, les participants à l’enquête ne pensent pas que le Rhin supérieur soit très
intéressant pour des acteurs économiques venant de l’extérieur. On perçoit les forces de la région
tri-nationale quand on y vit, mais elle est loin d’être un idéal pour d’autres.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 44 sur 93
« Donc déjà, l’Alsace n’est pas perçue comme une région comme les autres et les points
d’attractivités sont plus faibles que les points de rejets. Et ce n’est pas la proximité avec la Suisse, ni
avec l’Allemagne qui va faire venir une famille au bord du Rhin. On n’a pas un tropisme germanophile
en France. Maintenant on va plutôt apprendre l’anglais, le japonais etc… l’art de vie Rhénan est très
peu connu dans le reste de la France. »
« L’aspiration de la plus part des gens est d’être près de la mer, dans le sud-ouest, au soleil… dans
des grandes agglomérations urbaines et dynamique. Dans le Rhin supérieur il y a Strasbourg, mais le
reste c’est de la campagne ou des villes de type secondaire comme Mulhouse. A part Bâle, qui est
une ville particulière, il n’y a pas de ville attirante et puissante. »
Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
« Je pense que pour des gens qui savent qu’il existe une interculturalité à vivre dans la région, c’est
un bon point. Mais je crains que pour d’autres personnes, la région alsacienne soit perçue comme un
bord, la province. Les centralistes français ont du mal à comprendre que la périphérie à ses
richesses. »
Herr Zenetti
Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
« Je pense que la plupart des gens ressentent la tri-nationalité comme trois nations qui se bordent
l’une, l’autre et qui tentent de faire le bien sans toucher à l’essentielle. Peut-on alors parler de réelle
perception… je ne sais pas. »
Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité
« Aujourd’hui, les Nords-Américains n’ont pas l’Alsace, ou le Rhin supérieur sur leur carte. Je n’ai pas
encore reçu d’appels ou d’e-mails de la part d’entreprises américaines en disant : « on veut
s’implanter chez vous ». Pour l’instant c’est à nous de les chercher. Donc le concept du Rhin
supérieur, comme porte d’entrée vers l’Europe ne va pas de soi, ce n’est pas une vérité aujourd’hui.
Ce concept n’est connu que par ceux qui y vivent. C’est une création institutionnelle qui a vu le jour
grâce à des frontières géographiques, des fonds communs qui ont été mis en place etc… mais c’est
quand même très peu connus. Le Rhin supérieur n’est pas connu hors de la région. »
Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 45 sur 93
Cette dernière citation est révélatrice et résume bien l’ensemble des ressentis durant l’enquête
exploratoire. Pour conclure l’analyse des réponses récoltés, nous pouvons dire que le dynamisme
économique du Rhin supérieur s’observe grâce à une présence de PME (Alsace) qui collaborent et
profitent de la puissance industrielle (Baden-Württemberg, Palatinat et Nordwestschweiz). Cette
économie apporte une qualité de vie propre au Rhin supérieur et profite à l’Alsace qui est le point
faible de la région tri-nationale. Dans la même optique, la richesse interculturelle présente sur ce
territoire est perçue par les participants et chacun voit un potentiel fort si les trois pays continuent à
promouvoir le bilinguisme et les échanges entre les différentes nationalités. En parallèle à cela, il
existe des défis qu’il faut relever pour ne pas perdre les qualités du Rhin supérieur. Les personnes
interrogées appellent chaque région à ne pas se replier sur elles-mêmes mais à continuer à investir
dans les différentes collaborations possibles pour accroître le potentiel régional. Ce potentiel
justement semble être perçu par les résidents du Rhin supérieur, à en croire les dits de nos
participants. En revanche, les opinions sont mitigées et plutôt pessimistes quant à la perception de la
richesse culturelle par les acteurs économiques externes au Rhin supérieur. Même si Monsieur Hager
parle aux investisseurs étrangers d’une région qui « ouvre les portes au marché européen », d’autres
personnes interrogées ne pensent pas que l’interculturalité soit un argument pour attirer un résident
potentiel ou une entreprise étrangère.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 46 sur 93
Conclusion
Pour conclure ce mémoire sur l’attractivité territoriale du Rhin supérieur il nous faut prendre
conscience du « privilège »23
que nous avons, de vivre dans cette région tri-nationale. La composition
territoriale du Baden-Württemberg, Palatinat, Nordwestschweiz et l’Alsace présente une géographie
physique avantageuse, avec notamment la présence Rhin au cœur du bassin tri-nationale. Cette
géographique physique et naturelle a engendré la mise en place de forces centripètes attirants
entreprises et résidents sur le territoire permettant un dynamisme économique propre au Rhin
supérieur. Cette économie se base sur l’historique culturel mais aussi le savoir-faire industriel dans
les secteurs de la pharmaceutique, biologique, automobile et autres. C’est ajouté à ce contexte, la
spécificité interculturelle et tri-nationale. On entend parler du « croisement des cultures » sur un
territoire qui collabore avec trois pays. Cette collaboration est le fruit d’une amitié d’après-guerre où
les acteurs, de part et d’autre du Rhin, ont su travailler ensemble pour se reconstruire. Cette
spécificité interculturelle a été mise au cœur de la politique de l’Union européenne puisque le
programme INTERREG s’inscrit dans politique régionale européenne. Cette politique, qui à elle seule,
représente près d’un tiers du budget total de l’Union européenne alloué à la politique de cohésion
2014-2020. Cette politique tente d’accroître la création de l’emploi, la compétitivité et la croissance
économique et vise à améliorer la qualité de vie. En étant au cœur de cette politique, le Rhin
supérieur au même titre que toute région bi- et tri-nationale, profite des fonds mis à disposition pour
dynamiser l’économie locale. Ces régions européennes bénéficient donc d’un avantage certain en
comparaison avec une région uni-nationale où le programme INTERREG n’intervient pas.
Plusieurs hypothèses ont été mises en avant par ce travail, et nous pouvons dire, sur la base des
recherches effectuées, que le Rhin supérieur est un territoire dynamique économiquement fort de
ses échanges transfrontaliers avec les régions membres du Rhin supérieur. Même si l’Alsace ne
correspond pas à la région la plus attractive du territoire tri-nationale économiquement parlant, les
parties allemandes et suisses jouissent d’un rayonnement à l’international par leur excellence dans
leurs domaines de prédilection. Leur puissance industrielle compense la faiblesse alsacienne, et
comme Mr Kirch le dit si bien : « le plus grand avantage économique que nous avons par rapport à
une région uni-nationale, c’est le fait de pouvoir compenser nos faiblesses avec les forces de nos
voisins »24
. Il existe un grand nombre d’initiatives transfrontalières pour favoriser les échanges
23
Propos tenu par Monsieur BELLIARD, Maire de Sierentz lors de l’interview dans le cadre de l’enquête
qualitative le 30/03/2016 dans les locaux de la marie de Sierentz. Compte rendu et intégralité de l’interview
dans l’annexe 3.
24
Propos tenu par Monsieur KIRCH, Directeur des Ressources Humaine à Europa-Park GmbH, lors de l’interview
dans le cadre de l’enquête qualitative le 15/03/2016 à Rust. Compte rendu et intégralité de l’interview dans
l’annexe 3.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 47 sur 93
culturels au sein de la région dès le plus jeune âge. On veut former des citoyens bilingues avec des
capacités interculturelles dans le but d’alimenter le marché de travail frontalier. Dans l’enquête
qualitative nous avons appris que les entreprises allemandes et suisses recherchent une main
d’œuvre française qualifié ayant ces capacités propre à la région du Rhin supérieur. Il est pour nous
évident, que l’interculturalité est un avantage certain en termes d’attractivité de la région du Rhin
supérieur. Et c’est ainsi la réponse à notre problématique. Nous avions analysé la concurrence et les
richesses intra-Rhin supérieur, puis nous avions comparé cette unicité tri-nationale à une région uni-
nationale (Pays de la Loire) afin de répondre à la question suivante : Est-ce que la dimension
interculturelle est un facteur supplémentaire d’attractivité du territoire ? Ainsi, après un travail de
recherche et une enquête qualitative auprès d’acteurs du Rhin supérieur, nous en concluons que
l’interculturalité accroît le dynamisme économique du Rhin supérieur et est donc un facteur
d’attractivité supplémentaire :
« Notre capacité à l’ouverture vers l’autre est une force. Et cela déteint sur l’industrie et le
commerce. »
Mr. Belliard
Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la
Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du
Conseil de l’Europe
Cependant, les interactions avec les différents acteurs du Rhin supérieur ont soulevé un dernier
questionnement. Alors qu’il est évident que la richesse régionale se trouve dans l’interculturalité,
certaines personnes interviewées n’ont pas manqué de signaler que c’est une question de
perception. Pour eux, un avantage ou une richesse n’en est seulement une, lorsqu’elle est perçue par
la majorité des acteurs économiques du territoire. L’enquête qualitative a révélé que l’unicité du
Rhin supérieur n’existait que dans les institutions et dans l’idéal de certaines élites. Il y aurait trop de
différences entre les gouvernements nationaux du territoire et trop peu de liens sociaux entre les
citoyens pour parler du Rhin supérieur comme étant une région classique. Monsieur Belliard
évoquait les disparités existantes dans le pouvoir décisionnel des institutions membres de la
Conférence franco-germano-suisse du Rhin supérieur. Etant lui-même présent durant ces réunions
tri-nationales, il parle avec expérience sur les difficultés qu’ont les trois pays à prendre des décisions
rapides :
« Les pouvoirs décisionnels sont totalement différents entre la Suisse et l’Allemagne et la France.
Alors que dans une réunion du Rhin supérieur, nos voisins peuvent décider rapidement, nous les
français, on doit s’en remettre à l’Etat. Il y a des différences de gouvernance. »
Mr. Belliard
Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la
Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du
Conseil de l’Europe
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 48 sur 93
De même, le docteur en sociologie, Monsieur Goulet évoque des liens sociaux superficiels entre les
trois nationalités présentes dans le Rhin supérieur. Le bilinguisme est en déclin et on ne veut plus
apprendre la langue du voisin. Ainsi les liens amicaux et familiaux transfrontaliers sont quasi
inexistants. Selon ses dires, les contacts humains se limitent au travail, au tourisme :
« […] j’ai remarqué aux travers de mes enquêtes auprès de jeunes alsaciens (soixantaines de jeunes),
que très généralement il y a une bonne connaissance de l’Allemagne mais c’est une connaissance
très superficielle. Au sens où, pratiquement tout le monde dit aller en Allemagne pour les courses,
visiter les thermes mais il y a très peu de liens familiaux et amicaux transfrontaliers. Le rapport à
l’Allemagne se fait par le tourisme mais il n’y a pas de pratique de la langue et d’expression de soit en
langue allemande »
Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
Il semble alors idéaliste de parler d’une véritable région du Rhin supérieur. Même si le dynamisme
est là, que les richesses sont présentes, il faudrait envisager une étude quantitative auprès des
habitants du Rhin supérieur afin de réellement savoir s’il existe une ADN et une identité tri-nationale
dont chacun aurait conscience. C’est ainsi que nous clôturons ce travail, en l’ouvrant sur un dernier
questionnement, celui de l’identité citoyenne du Rhin supérieur.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 49 sur 93
Sources
Littérature et revues
« Economie internationale », Paul Krugman et Maurice Obstfeld, 8e
édition par Pearson Education
« Life sciences in Upper Rhine, a regional expertise », collection Terres de Savoirs (Trilingual Edition)
par Carré Blanc Editions
« Point éco Alsace, Edition Mulhouse Sud Alsace », N°19 Le point économique Alsace, Edité par la
Chambre de Commerce et d’Industrie de Région Alsace (CCIRA)
« Alsace, Stratégie de développement du Tourisme en Alsace, Bilan 2012-2014 / Actions 2015-2016 »,
par Tourisme-Alsace
« Innovation Review N°89 », Novembre 2015, édité par Media Agency INTL.
„Jahresbericht 2015, Regioinform 02/16“, Informationsbulletin der Regio Basiliensis, März 2016,
Regio Basiliensis
„Profil Régional du Rhin supérieur“, Eures Transfrontalier Rhin supérieur, Novembre 2005
« 50 ans d’amitié franco-allemande en Alsace », Région Alsace et Région Métropolitaine Tri-nationale
du Rhin supérieur
« De la formation transfrontalière à l’emploi dans le Rhin supérieur », Conférence Franco-germano-
suisse, décembre 2013, groupe de travail politique économique
« GLCT du pays des deux Brisach », présentation de Madame Anne THEVENET, Directrice adjointe à
EuroInstitut, 04.12.2013
« Stratégie », Région Métropolitaine Tri-nationale du Rhin supérieur, brochure de décembre 2009
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 50 sur 93
Revues et rapports électroniques
„Rhin supérieur Faits et Chiffres 2014 », Conférence Franco-Germano-Suisse du Rhin supérieur, Edité
par les offices statistiques dans le cadre du groupe de travail „Politique économique“, conception
Statisches Landesamt Baden-Württemberg
« 40 ans de coopération transfrontalière dans le Rhin supérieur 1975/2015 », 2015 D-F-CH
Conférence du Rhin supérieur, Secrétariat commun, rédaction Reinhard Reck
« Chiffres pour le Rhin supérieur », 4 février 2014 par Bernard Aubry
« Interreg IV 2007-2013 à l’heure du Bilan », Interreg IV Rhin supérieur, Fonds européen de
développement régional (FEDER)
« L’attractivité des territoires : regards croisés », Actes des séminaires février – juillet 2007,
Réalisation MEEDDAT/SG/SPSSI/ATL2/Annick Samy février 2009 ; Grande Arche de la Défense –
92055 La Défense
« L’attractivité des territoires : un concept multidimensionnel », Jacques Poirot, Hubert Gérardin,
Mondes en développement 2010/1 (n°149) DOI 10.3917/med.149.0027, distribution électronique
CAIRN pour De Boeck Supérieur
« Panorama des clusters de la Région Métropolitaine Tri-nationale du Rhin supérieur – état des
lieux », Document de travail 1/2013, Centre européen de compétences et de recherche Management
de Cluster, réalisation Université de Strasbourg – service formation continue ISSN 20197-9499
Sources électroniques
„Better Life Index“: http://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/#/11111111111
Banque de données OCDE : http://www.oecd.org/fr/
Données sur les Pays de la Loire : http://www.paysdelaloire.fr/
http://www.paysdelaloire.fr/services-en-ligne/aides-regionales/
http://ores.paysdelaloire.fr/
http://www.eltern-bilinguisme.org/fr/l-enseignement-bilingue/carte-des-sites-bilingues/
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 51 sur 93
https://www.ac-strasbourg.fr/publics/formation-etablissements/sections-et-voies-specifiques/voie-bilingue-
paritaire/
http://www.conference-rhin-sup.org/fr/economie/faits-et-chiffres.html
http://www.wikiterritorial.cnfpt.fr/xwiki/wiki/econnaissances/view/Questions-
Cles/Comprendrelacompetitiviteterritorialedifferencesaveclattractiviteterritorialeetroledesreseauxdacteurs#H
2.2DE9finirl2019attractivitE9
http://www.insee.fr/fr/insee_regions/alsace/themes/bilaneco/bilan2012/bilan.pdf
http://officieldelafranchise.fr/analyses/regions/alsace-une-dynamique-liee-a-un-fort-pouvoir-d-achat-
19032015
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=15&ref_id=22722
http://www.fondation.dauphine.fr/fileadmin/mediatheque/docs_pdf/publications/immobilier/rapport_attractivit
e_residentielle_alexandre_cusin_juillard_2010.pdf
Site d’informations programme INTERREG : http://www.interreg-rhin-sup.eu/connaitre-le-
programme/presentation/
http://www.interregeurope.eu/about-us/what-is-interreg-europe/
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 52 sur 93
Annexes
Annexe 1 : Représentation cartographique du Rhin supérieur
http://www.region.alsace/article/cooperation-transfrontaliere
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 53 sur 93
Rietveld Adam
LICENCE THESIS | L’ATTRACTIVITE DU RHIN SUPERIEUR
Cahier des Charges
OUTIL D’ANALYSE ECONOMIQUE
Annexe 2 : Cahier des Charges, outil d’analyse économique
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 54 sur 93
Table des matières Annexe 2
Description générale du projet concerné par l’outil d’analyse économique........................................55
L’outil d’analyse économique...............................................................................................................56
1. La forme ...................................................................................................................................56
2. Les critères d’analyse ...............................................................................................................58
3. L’échelle statistique..................................................................................................................63
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 55 sur 93
Description générale du projet concerné par l’outil d’analyse économique
Nous nous trouvons dans le cadre d’une rédaction de thèse de licence Economie et Gestion pilotée
par l’Université de Haute Alsace et le sujet présent englobe différentes questions autour de
l’attractivité territoriale. L’objectif de la rédaction est de définir des critères pertinents pour mesurer
l’attractivité économique et résidentielle d’un territoire afin de mettre ce dernier en comparaison
avec un territoire différent. Le sujet d’étude actuel accorde une place centrale à l’analyse
économique du Rhin supérieur pour en comprendre ses forces et faiblesses ainsi que sa capacité à
attirer des ressources sur son territoire.
Cet outil permettra à des dirigeants d’entreprises de visualiser rapidement les avantages et
désavantages d’une région en ayant la possibilité de mettre cette dernière en comparaison avec
d’autres territoires. D’un côté nous verrons les critères d’attractivité territoriale pertinents pour la
comparaison des régions intra-Rhin supérieur (Baden-Württemberg, Palatinat, Alsace et Nordwest
Schweiz). Et d’un autre côté nous listerons des critères pertinents à la comparaison du Rhin supérieur
avec le Pays de la Loire.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 56 sur 93
L’outil d’analyse économique
1. La forme
L’outil prendra la forme d’un cercle sur lequel seront disposées huit points. Ces derniers
correspondent aux huit critères d’attractivité économique que nous aurons définis. Dans le cercle il y
a huit segments pour mesurer chaque critère (voir partie « Echelle » en 2.c) :
Tableau A : la forme de l’outil d’analyse économique
Lorsque les huit points placés sur chaque segment sont reliés, nous obtenons un octogone dont la
surface est plus ou moins grande en fonction de l’attractivité économique de la région étudiée :
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 57 sur 93
Exemple 1 : les huit critères sont au niveau maximum
Exemple 2 : les huit critères sont à des niveaux variés
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 58 sur 93
2. Les critères d’analyse
Comme expliqué précédemment, l’outil se basera sur l’analyse de huit critères d’attractivité
territoriale. Il est donc important de choisir huit critères pertinents à chaque type de comparaison.
Explication : Une première comparaison sera effectuée entre les régions tri-nationales du Rhin
supérieur. La comparaison concernera donc la France, l’Allemagne et la Suisse. C’est pourquoi il
faudra tenir compte de plusieurs critères macro-économiques, tel que le taux d’imposition et dette
publique. Cependant, c’est critères ne rentre pas en compte lorsqu’on compare cette région tri-
nationale (Rhin supérieur), avec une région uni-nationale comme le Pays de la Loire.
A cet effet, la Commission européenne a publié une liste de onze facteurs regroupés sous trois
piliers, déterminant et indiquant la compétitivité régionale :
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 59 sur 93
Ce document nous servira de support de travail et nous l’adapterons à notre outil. En effet, certains
critères mentionnés dans le document ci-dessus sont difficile voire impossible à quantifier. Il nous est
alors nécessaire de reformuler clairement nos critères ainsi que notre unité de mesure. Pour cela
nous avons conçu deux tableaux :
Tableau B : critères pertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur (Allemagne – Suisse –
France)
N° Critère de la Commission
Européenne
Reformulation Unité de mesure
1 Taille du marché Taille du marché PIB/Habitant
2 Taille du marché Taille du marché PIB
3 Efficacité du marché du travail Coût de la main d’œuvre Salaire horaire net moyen
4 Efficacité du marché du travail Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport
au taux de chômage
5 Degré de maturité de
l’entreprise et du monde des
affaires
Dynamisme et économie
internationale
Nombre de créations
d’entreprises
6 Degré de maturité de
l’entreprise et du monde des
affaires
Dynamisme et économie
internationale
Investissement directe à
l’étranger (reçu)
7 Stabilité Macro-économique Taux d’imposition
(entreprises)
Taux d’imposition
(entreprises)
8 Stabilité Macro-économique Dette publique Dette publique
En ce qui concerne la comparaison intra-Rhin supérieur, il a fallu distinguer les facteurs mobiles et
immobiles. Dans le paragraphe suivant nous expliquerons pourquoi nous avons choisis chacun des
critères, et enfin, nous justifierons l’absence de critères qui auraient pu être important mais dont
nous avons préféré nous en passer.
N°1 / Taille du marché, mesuré par le PIB / Habitant : critère absolument indispensable dans la
comparaison de l’attractivité territoriale. C’est un indicateur du niveau de vie qui permet d’attirer de
nouveaux résidents et permet aux dirigeants d’entreprises de connaître le niveau d’activité
économique de la région. Nous estimons qu’il existe des disparités significatives entre les régions du
Rhin supérieur et c’est pour cette raison que nous maintenons ce critère pour notre comparaison.
N°2 / Taille du marché, mesuré par le PIB : idem que le N°1
N°3 / Efficacité du marché du travail, mesuré par le coût de la main d’œuvre : Que ce soit pour de
nouveaux résidents ou pour l’implantation d’entreprises, chacun veut connaître le salaire qu’il peut
avoir (ou le prix à payer pour recruter du personnel). Cet indicateur à sa place dans notre
comparaison, car il existe des disparités significatives entre les régions du Rhin supérieur. Nous
définirons le coût de la main d’œuvre comme étant un facteur immobile. En effet, il n’est pas
possible de rémunérer un employé au tarif français alors qu’il travaille en Suisse. Le coût de la main
d’œuvre est propre à la régulation appliqué sur chaque territoire.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 60 sur 93
N°4 / Efficacité du marché du travail mesuré par le ratio entre le taux de chômage et le taux
d’activité : Cet indicateur aussi, est propre à chaque territoire et permet aux dirigeants d’entreprises
mais aussi aux potentiels nouveaux résidents, de comprendre le taux d’activité du territoire en
question. On aurait pu se contenter du taux de chômage, mais cet indicateur à plus de pertinence
lorsqu’on le met en rapport avec le taux d’activité.
N°5 / Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires, mesuré par le nombre de
création d’entreprises : Plus il y a de création d’entreprises, plus la région semble être attractive. Cet
indicateur reflète la santé économique du territoire et permet de rendre de compte de l’aide
apportée aux entreprises désirant s’implanter dans cette région.
N°6 / Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires, mesuré par l’investissement
directe à l’étranger (reçu) : critère pertinents pour les dirigeants d’entreprises. Ce flux de capitaux
permet de savoir si la région est perçu comme attractive par d’autres investisseurs dans le monde.
N°7 / Stabilité macro-économique, mesuré par le taux d’imposition (entreprises) : Ce critère est
aussi immobile. Chaque région du Rhin supérieur à son propre système d’imposition. Evidemment, ce
chiffre est déterminent pour chaque dirigeants d’entreprise. Que va me coûter mon activité dans
telle région ? Est-ce rentable ? Où puis-je maximiser mon rendement ?
N°8 / Stabilité macro-économique, mesuré par la dette publique : cet indicateur peut être
révélateur de la conjoncture à venir. Si la dette est grande, alors les entreprises peuvent anticiper
une augmentation des impôts pour compenser cette dette. C’est donc un indicateur prévisionnel.
Critères jugés impertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur :
D’une manière générale, les facteurs mobiles ne sont pas à prendre en compte dans cette étude. La
région du Rhin supérieur étant resserrée sur elle-même, certains facteurs transitent facilement d’un
pays à l’autre sans freins significatifs. C’est le cas pour la qualité de la main d’œuvre. La région
compte plus de 90 000 frontaliers qui prouvent que la main d’œuvre est très mobile dans cette
région. En outre, les infrastructures de transports perdent en pertinence dans cette comparaison. La
grande majorité des axes de transports sont relier entre eux, et sont à cheval sur les trois frontières.
Les résultats obtenus seront donc similaires et ne montreront pas de différence apparente entre le
Baden Württemberg, le Palatinat, l’Alsace et le Norwest Schweiz. En outre, la qualité des clusters est
aussi considérée comme mobile dans la région du Rhin supérieur. En effet, la majorité des réseaux
d’entreprises sont à cheval sur les trois frontières et un cluster d’entreprises regroupe des
entreprises issues de chaque coin de la région sans tenir compte de leur pays d’origine.
En revanche, si on compare le Rhin supérieur à une région uni-nationale, comme le Pays de la Loire
dans notre étude, plusieurs critères mobiles peuvent avoir un impact significatif sur les résultats
obtenus et peuvent ainsi mettre en avant des différences entre les territoires.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 61 sur 93
Tableau C : critères pertinents pour la comparaison du Rhin supérieur avec le Pays de la Loire
N° Critère de la Commission
Européenne
Reformulation Unité de mesure
1 Taille du marché Taille du marché PIB/Habitant
2 Taille du marché Taille du marché Croissance du PIB
3 Education Qualité de la main d’œuvre Nombre d’étudiants dans
l’enseignement supérieur
4 Efficacité du marché du travail Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport
au taux de chômage
5 Degré de maturité de
l’entreprise et du monde des
affaires
Dynamisme et économie
internationale
Exportations réalisées sur
une année
6 Degré de maturité de
l’entreprise et du monde des
affaires
Dynamisme et économie
internationale
Valeur ajouté des secteurs
de l’économie
7 Infrastructures Infrastructures Transports et accessibilité
du territoire
8 Innovation Innovation Dépenses en R&D en % du
PIB
Pour la comparaison entre le Rhin supérieur et le Pays de la Loire, nous avons fait une sélection de
critères dans le tableau B ci-dessus. Voici leurs explications :
N°3 / Qualité de la main d’œuvre, mesuré par le nombre d’étudiants dans les études supérieurs: Au
travers de ce critère nous espérons voir une disparité apparente entre nos deux régions d’études. En
effet, les deux régions d’études ont des politiques différentes à ce sujet et le résultat obtenu aura du
poids dans la décision d’une équipe dirigeante voulant implanter une entreprise dans l’une ou l’autre
région.
N°6 / Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires, mesuré par la valeur ajoutée des
secteurs de l’économie : En comptabilisant les secteurs de l’agriculture, l’industrie, la construction et
le tertiaire on obtient une vue d’ensemble de la valeur ajouté de l’économie d’un territoire.
N°7 / Infrastructure, mesuré par les Transports et l’accessibilité de la région : Que ce soit pour un
étudiant, un employé ou une entreprise, la possibilité d’accéder rapidement à chaque coin de la
région est un gage d’attractivité pour la région.
N°8 / Innovation, mesuré par la part des dépenses en R&D du PIB : Ce critère n’est pas significatif
pour la comparaison intra-Rhin supérieur car il existe une forte coopération entre les régions dans ce
domaine. Or ce chiffre aura de l’importance dans la deuxième comparaison (Rhin supérieur / Pays de
la Loire).
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 62 sur 93
Voici donc à quoi ressemble l’outil d’analyse lorsqu’on intègre huit critères pertinents pour l’analyse
de l’attractivité territoriale :
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 63 sur 93
3. L’échelle statistique
Afin que la surface de l’octogone soit plus ou moins grande en fonction de l’attractivité économique,
nous avons déterminé une échelle de mesure pour chaque critère. Nous avons vu que pour chaque
critère il y a un segment allant du centre du cercle vers l’extrémité de celui-ci :
Chaque segment de mesure est découpé en 5 niveaux :
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 64 sur 93
Voici l’échelle adaptée à chaque critère :
Critère Niveau Echelle
PIB/Habitant PIB/habitant en USD (2015)
Niveau 5 Supérieur à 50 000 USD / habitant
Niveau 4 Entre 40 000 et 50 000 USD
Niveau 3 Entre 30 000 et 40 000 USD
Niveau 2 Entre 20 000 et 30 000 USD
Niveau 1 Entre 10 000 et 20 000 USD
Niveau 0 Moins de 10 000 USD / habitant
Critère Niveau Echelle
PIB Croissance du PIB en 2015
Niveau 5 Supérieur à 2%
Niveau 4 Entre 1,5% et 2%
Niveau 3 Entre 1% et 1,5%
Niveau 2 Entre 0,5% et 1%
Niveau 1 Entre 0% et 0,5%
Niveau 0 Inférieur à 0%
Critère Niveau Echelle
Coût de la main d’œuvre Salaire horaire net moyen (euros)
Niveau 5 Plus de 40€
Niveau 4 30€ et 40€
Niveau 3 Entre 20€ et 30€
Niveau 2 Entre 15€ et 20€
Niveau 1 Entre 10€ et 15€
Niveau 0 Moins de 10€
Critère Niveau Echelle
Taux de chômage par rapport
au taux d’activité
Taux d’activité divisé par le taux de chômage
Niveau 5 Supérieur à 15%
Niveau 4 Entre 12% et 15%
Niveau 3 Entre 9% et 12%
Niveau 2 Entre 6% et 9%
Niveau 1 Entre 3% et 6%
Niveau 0 inférieur à 3%
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Critère Niveau Echelle
Nombre de création
d’entreprises
Créations d’entreprises par année
Niveau 5 Plus de 1 000 000
Niveau 4 Entre 400 000 et 800 000
Niveau 3 Entre 100 000 et 400 000
Niveau 2 Entre 25 000 et 100 000
Niveau 1 Entre 5 000 et 25 000
Niveau 0 Moins de 5 000
Critère Niveau Echelle
IDE Mesuré par les flux d’IDE entrants en million USD
Niveau 5 Plus de 20 000
Niveau 4 Entre 16 000 et 20 000
Niveau 3 Entre 12 000 et 16 000
Niveau 2 Entre 8 000 et 12 000
Niveau 1 Entre 4 000 et 8 000
Niveau 0 Moins de 4 000
Critère Niveau Echelle
Taux d’imposition Taux moyen d’imposition sur les sociétés
Niveau 5 Moins de 10%
Niveau 4 Entre 10% et 15%
Niveau 3 Entre 15% et 20%
Niveau 2 Entre 20% et 30%
Niveau 1 Entre 30% et 45%
Niveau 0 Plus de 45%
Critère Niveau Echelle
Dette publique Dette publique (en pourcentage du PIB)
Niveau 5 Moins de 25%
Niveau 4 Entre 25% et 45%
Niveau 3 Entre 45% et 65%
Niveau 2 Entre 65% et 85%
Niveau 1 Entre 85% et 100%
Niveau 0 Plus de 100%
Critère Niveau Echelle
Qualité de la main d’œuvre Nombres d’étudiants dans l’enseignement
supérieur
Niveau 5 Plus de 150 000
Niveau 4 Entre 100 000 et 150 000
Niveau 3 Entre 75 000 et 100 000
Niveau 2 Entre 50 000 et 75 000
Niveau 1 Entre 25 000 et 50 000
Niveau 0 Moins de 25 000 étudiants
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Critère Niveau Echelle
Valeur ajoutée de l’économie
régionale
Niveau 5 Plus de 200 mio. €
Niveau 4 Entre 150 et 200 mio. €
Niveau 3 Entre 100 et 150 mio. €
Niveau 2 Entre 75 et 100 mio. €
Niveau 1 Entre 50 et 75 mio. €
Niveau 0 Moins de 50 millions d’euros
Critère Niveau Echelle
Transport et accessibilité
Niveau 5 + aéroport et port internationale
Niveau 4 + aéroport et port nationale
Niveau 3 +réseaux ferroviaire rapide (TGV)
Niveau 2 + réseaux ferroviaire
Niveau 1 Réseaux routier
Niveau 0 rien
Critère Niveau Echelle
Exportations sur une année
Niveau 5 Plus de 30 milliards d’euros d’exportations sur
l’année
Niveau 4 Entre 25 et 30 milliards d’euros
Niveau 3 Entre 20 et 25 milliards d’euros
Niveau 2 Entre 15 et 20 milliards d’euros
Niveau 1 Entre 10 et 15 milliards d’euros
Niveau 0 Moins de 10 milliards d’euros d’exportations sur
l’année
Critère Niveau Echelle
Innovation Dépense en R&D en % du PIB
Niveau 5 Plus de 2,5%
Niveau 4 Entre 2% et 2,5%
Niveau 3 Entre 1,5% et 2%
Niveau 2 Entre 1% et 1,5%
Niveau 1 Entre 0,5% et 1%
Niveau 0 Moins de 0,5%
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Rietveld Adam
LICENCE THESIS | L’ATTRACTIVITE DU RHIN SUPERIEUR
Etude exploratoire
INTERVIEWS AVEC LES ACTEURS DU RHIN SUPERIEUR
Annexe 3 : Compte rendu de l’étude exploratoire
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Table des matières
Objectif de l’étude exploratoire ...........................................................................................................69
Les personnes interrogées ...................................................................................................................70
Les interviews (questions / réponses) ..................................................................................................72
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-
F-CH-Oberrheinkonferenz, Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die grenzüberschreitende
Zusammenarbeit im Kongress der Gemeinden und Regionen des Europarates. Rechtskonsulent,
Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel, Lehrbeauftragter an den Universität St. Gallen
und Strasbourg.............................................................................................................................72
Hr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH.........................................................75
Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de
Strasbourg ....................................................................................................................................78
Mr. Zenetti Maître de conférences Langues et littératures germaniques FSESJ ..........................82
Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité ..............85
Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence
d’attractivité.................................................................................................................................88
Mr. Belliard Maire de Sierentz .....................................................................................................90
Les remerciements...............................................................................................................................93
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Objectif de l’étude exploratoire
Nous avons mené cette étude exploratoire auprès de professionnels et professeurs actifs dans la
région du Rhin supérieur afin d’apporter des réponses à la question suivante : Comment l’aspect
interculturelle du Rhin supérieur est-il perçu par les différents acteurs ? Au travers d’un dispositif de
questions, nous avons cherché à comprendre si les acteurs à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur de la
région tri-nationale, perçoivent l’interculturalité comme étant un frein ou un avantage à l’attractivité
du territoire. Durant notre travail, nous avons soulevé un certains nombres de questionnements sur
l’unicité de la région, son dynamisme économique et son attractivité auprès des différents acteurs
économiques (entreprises, investisseurs, ménages etc…), c’est pourquoi il est intéressant d’avoir
différents points de vues sur ces questions. Bien évidemment, nous ne tirerons pas de conclusions
hâtives et aveugles après cette étude puisqu’elle n’est qu’ « exploratoire ». Cela implique le fait que
les réponses ne reflètent pas forcément la réalité telle qu’elle est vécu par l’ensemble de la
population.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 70 sur 93
Les personnes interrogées
Les personnes interrogées sont issues de différents horizons et domaines. Elles ont chaleureusement
acceptées de participer à cette étude exploratoire qui à durée entre 30 minutes et 1 heure. Nous
avons contacté un certains nombres de personnes, après quoi nous nous sommes rencontrés afin de
mener à bien cette enquête. Dans cette étude vous retrouverez des entretiens avec des hommes
politiques, des professeurs d’universités mais aussi des professionnels en entreprises. Vous seriez
donc prié de ne pas utiliser les informations recueillis dans ces interviews à des fins externes. Sachez
aussi, que ces personnes sont actifs dans différents domaines c’est pourquoi nous avons posés des
questions spécifiques à leur domaine, tout en gardons une base commune pour chaque interview.
Nous avons opté pour cette méthode dans le but de valoriser chaque personne dans son domaine de
prédilection en lui permettant d’être à l’aise dans la discussion.
Voici la liste des personnes interrogées pour cette étude exploratoire sur le Rhin supérieur :
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-
Oberrheinkonferenz, Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die
grenzüberschreitende Zusammenarbeit im Kongress der Gemeinden und Regionen
des Europarates. Rechtskonsulent, Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel,
Lehrbeauftragter an den Universität St. Gallen und Strasbourg
Hr KIRCH
Human Ressources Director, Europa-Park GmbH
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Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE
et enseignant à l’université de Strasbourg
Mr. Zenetti
Maître de conférences
Langues et littératures germaniques FSESJ
Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America)
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
Mr. Belliard
Maire de Sierentz
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Les interviews (questions / réponses)
Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI
a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-
Oberrheinkonferenz, Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die
grenzüberschreitende Zusammenarbeit im Kongress der Gemeinden und Regionen des
Europarates. Rechtskonsulent, Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel,
Lehrbeauftragter an den Universität St. Gallen und Strasbourg
Que pouvez-vous me dire sur la Coopération tri-nationale du Rhin supérieur ?
„J’étais autrefois membre du conseil d’Etat dans le Canton de Basel Stadt. Dans cette fonction j’étais
président de la Conférence du Rhin supérieur, de l’Euro-District actuelle, de la Commission
Gouvernementale. J’étais aussi responsable des relations avec INTERREG. De ce fait, je peux dire que
la coopération transfrontalière est très importante pour Bâle. Nous vivons au cœur du Rhin supérieur
où nous parlons la même langue et venons de la même culture. Cependant, à cause de l’histoire de la
région, nous ne sommes plus un seul territoire. Il fut un temps où Mulhouse appartenait à la Suisse,
puis au fil du temps, sous le règne de Napoléon, les mulhousiens ont préférés rejoindre la France.
Encore aujourd’hui vous pouvez voire des emblèmes suisses dans la mairie mulhousienne qui
ressemble beaucoup à la mairie Bâloise. Nous avons donc une coopération particulièrement proche
avec l’Alsace et cela est dû à la langue, la culture et l’histoire. Par contre, politiquement il y a trois
nations, trois systèmes différents.
Chaque jour il y a environ 70 000 travailleurs allemand et français qui viennent travailler dans le
canton de Bâle. Cela prouve que les infrastructures de transports sont suffisamment bien élaborées
pour permettre la mobilité transfrontalière. Cette mobilité est rendue possible grâce aux actes
bilatéraux qui unissent fortement la Suisse et l’Union Européenne. Aujourd’hui il y a des accords
douaniers qui permettent aux résidents et travailleurs de franchir la frontière sans contrôle
particulier. Bien sûr il existe encore un contrôle douanier sur les biens. Mais cette particularité
permet d’intensifier les contacts au-delà des frontières.
Ce cadre historique, culturelle, économique et politique est un point central pour la Nordwest
Schweiz. Donc après la deuxième guerre mondiale nous avons tout de suite commencé à bâtir la
coopération des trois nations. Comme parfait exemple à cela on peut citer la création de
l’EuroAirport. Même si l’EuroAirport est binationale sur le point juridique, nous savons qu’elle est
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 73 sur 93
aujourd’hui considéré comme tri-nationale et peut-être qu’un jour nous pourrons évoluer vers un
aéroport tri-nationale sur le point juridique en intégrer l’Allemagne. »
Le Rhin supérieur est-il économiquement dynamique ? Pourquoi ?
« C’est sûr ! Elle est ultra-dynamique. Il y a 6 millions d’habitants dans le Rhin supérieur, comparable
avec le Danemark. Et la zone Nordwest Schweiz représente la deuxième région la plus puissante
économiquement, après Zurich. Du côté Allemand, le Baden-Württemberg et la Bavière sont aussi
très puissante avec une bonne situation économique. Par contre, l’Alsace est un peu « l’enfant
difficile » sur le plan économique avec 11% de chômage. C’est pourquoi il est important de
concentrer les efforts sur la promotion économique de l’Alsace et du Rhin supérieur en générale.
Très important aussi : le domaine d’excellence du Rhin supérieur, les sciences de la vie (pharma,
biotechnique etc…). Entre Bâle et Strasbourg il y a plus d’une centaine de PME dans ce domaine qui
forment la branche la plus importante de la région ; c’est en quelque sort, notre veau gras, ce de quoi
nous vivons. En effet, c’est un secteur qui ne connait pas la crise. Malgré la crise, les gens vont
toujours se soigner. »
Le Rhin supérieur est-il attractif pour des entreprises ? Pourquoi ?
Peut-on la comparer à une région comme Paris, Berlin ou Londres ?
« C’est quelque chose d’incomparable. Paris est une immense métropole, de même que Londres. La
région du Rhin supérieur est composée de plusieurs métropoles similaires, Bâle-Strasbourg-
Mulhouse-Freiburg. Nous n’avons pas de « méga-métropole » mais une coopération de villes
attractives dans le Rhin supérieur. Nous avons réussi à les faire travailler ensemble afin de former des
institutions telles que le système EUCOR par exemple. Ce système unifie les universités du Rhin
supérieur et permet de créer un campus européen où élèves et enseignants circulent librement et
ont la possibilité d’apprendre dans chaque université partenaire « EUROPEAN CAMPUS ».
Nous vivons dans cette « banane bleue » au centre de l’Europe. Au milieu des grands axes de
transports routiers, fluviaux et ferroviaires, le tout, accompagné par l’EuroAirport qui ne cesse de
croître. Se déplacer dans le Rhin supérieur n’est plus une problématique grâce à ces infrastructure :
Bâle – Strasbourg en quelques minutes avec le TGV. Donc l’attractivité de la région se base sur :
- La situation géographique, au centre de l’europe
- Les infrastructures de transports qui favorisent et facilitent les déplacements
- Le système EUCOR, qui renforce le système de formation
- Le marché du travail : il faut trouver les bonnes forces de travail pour le bon poste
Sur la base des universités EUCOR nous avons réussis à former une main d’œuvre compétente et
adapté à la demande du marché. Le marché du travail à un énorme potentiel. »
Que pensez-vous de l’interculturalité au sein du Rhin supérieur ? Qu’est-ce que cela apporte ?
« Une entreprise vient en suisse pour retrouver la stabilité politique. Notre système permet à chaque
partie politique important d’être au pouvoir, contrairement à l’Allemagne et la France. Le système
d’impôt est aussi un critère qui rend la Suisse attractif pour les entreprises. Le niveau d’étude est très
haut dans les universités. Nous sommes une société ouverte et tolérante des autres cultures. La
Suisse propose aussi une large palette culturelle et une offre variée de loisirs. Aussi notre situation
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 74 sur 93
géographique permet d’être accessible par tous les transports. Ca ce sont les critères qui nous
rendent attractif en comparaison avec le reste du Rhin supérieur.
Mais ce qui est intéressant à savoir, c’est que le système d’impôt est souvent un critère mineur pour
les entreprises lorsqu’elles décident de s’implanter en Suisse. C’est plus important de trouver les
bonnes personnes et d’être accessible.
Dans la région du Rhin supérieur il faut ajouter l’Allemagne et la France. Sachez que les systèmes
d’impôts sont différents sur chaque territoire. D’un autre côté on sait que le niveau d’étude est
quasiment similaire au-delà des frontières. En ce qui concerne le marché du travail, on peut
considérer qu’il est attractif dans toute la région du Rhin supérieur car il se compense d’un pays à
l’autre. La Suisse propose du travail et les français viennent le combler. La situation des transports et
l’offre culturelle est aussi un critère favorable pour l’attractivité.
Nous vivons actuellement dans un monde multiculturel et si on apprend, dès l’université, à travailler
ensemble dans un cadre multinationale, alors on arrive à former des gens solide pour le marché du
travail. Que des gens de différentes cultures, de différents pays avec différentes langues se
retrouvent pour travailler ensemble et se découvrir est une force considérable qui permet de donner
une vue d’ensemble concrète de ce qu’est le travail dans un cadre internationale dans lequel ils vont
travailler plus tard. Nous avons cet avantage dans notre région. Les entreprises sont majoritairement
multinationales et lorsqu’elles viennent s’implanter ici, elles découvrent une population avec les
mêmes caractéristiques interculturelles, et ce depuis des générations. Ce potentiel de formation est
un avantage absolu du Rhin supérieur, depuis des générations.
Cela s’adapte parfaitement dans le monde globalisé. »
Fin de l’interview
11/03/16 à Bâle
durée 45 minutes
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 75 sur 93
Hr KIRCH
Human Ressources Director, Europa-Park GmbH
Quels sont les avantages et les désavantages au fait d’être dans une région transfrontalière comme
le Rhin supérieur ?
« L’avantage d’une région frontalière c’est de pouvoir compenser les faiblesses d’un pays avec les
forces d’un pays voisins. On le voit dans l’exemple suivant : lors d’une crise économique en France,
celle-ci est allégé par la stabilité suisse et allemande, et ce, sur tous les marchés. On fait ce constat
sur le marché du travail alors qu’il y a plus de 10% de chômage en Alsace et seulement 3,3% dans
l’Ortenau (Baden-Württemberg, Allemagne) les travailleurs français viennent se former et travailler
en Allemagne. Et vice-versa. Et ça c’est le plus grand avantage que je vois directement.
A Europa-Park nous savons 20% des employés qui sont français, mais que très peu de suisses, moins
d’1%. Puisque ce n’est pas attractif pour un résident suisse de venir travailler en Allemagne. Mais à
l’inverse c’est énormément attractif pour un Allemand de travailler en Suisse. Cela s’explique par la
conjoncture, le salaire et le niveau d’imposition. La différence entre la France et l’Allemagne est très
insignifiante sur ce plan. Un comptable gagne approximativement la même chose, qu’il soit en France
ou en Allemagne.
Cette concurrence salariale avec la Suisse est difficile à compenser pour nous, c’est pratiquement
impossible. On ne peut pas compenser cette différence salariale avec quoi que ce soit. Bien sûr, il
existe des travailleurs qui recherchent la culture et l’atmosphère allemande au travail et qui seront
prêt à mettre de côté un salaire suisse pour vivre leur idéal à eux. Mais ce sont des critères propres à
chacun.
Sachez aussi que l’assurance pension est absolument interactive en Allemagne par rapport à la Suisse
et la France. Et ça c’est un problème macroéconomique. „
Vos clients sont internationaux, mais vos employés le sont-ils aussi ? Qu’est-ce que cela apporte de
faire travailler ensemble des gens de différents cultures, pays et langues ?
« Premièrement, cela apporte du plaisir et du bien-être, car cela brise des clichés. Des amitiés
transfrontalières se forment et nous avons besoin de cela pour couvrir les relations du passé. A côté
de cela, nous avons des clients transfrontaliers et c’est pourquoi il faut s’adapter à cela en
permettant à nos clients d’être dirigés par un employé parlant leur langue.
Malheureusement, ces avantages sont limités puisque trop peu de gens veulent apprendre la langue
du voisin et ce phénomène se voit des deux côté du Rhin. Cependant il faut dire qu’a Europa-Park il y
a quelques académiques ayant suivi des formations binationales, mais ceux-ci ne représentent
qu’une minorité. »
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 76 sur 93
Quel est le niveau de formation au Baden-Württemberg et dans le Rhin supérieur en générale ?
« Avant d’y répondre il faut savoir qu’il existe des études montrant qu’il y a beaucoup trop de
travailleurs avec des profils académiques, par rapport au nombre de postes académiques proposés
sur le marché du travail. On étudie trop par rapport aux besoins des entreprises. Mais en Allemagne,
le taux d’académiques au chômage ne représente que 2,3%, c’est très peu. A Europa-Park nous
comptons à peu près 3% d’académiques ce qui est vraiment peu par rapport aux industries
automobiles où ce même pourcentage monte au-dessus des 30%. »
Est-ce qu’Europa-Park à des coopérations transfrontalières ? Pourquoi ?
« Oui évidemment, surtout dans le domaine marketing où nous coopérons beaucoup avec des
agences et groupes en France. A côté de cela nous coopérons beaucoup avec des syndicats mais
aussi avec Pôle Emploi en France. Mais il n’existe pas de coopération transfrontalière dans la R&D de
nouvelles technologies puisque il existe très peu d’entreprises dans le secteur des attractions.
Avec l’académie de Strasbourg nous avons beaucoup de coopérations, surtout dans le domaine de
l’hôtellerie et gastronomie. Nous proposons à des étudiants français de suivre leur formation en
France tout en ayant une partie pratique dans nos établissements. Et il y en a beaucoup dans ce cas-
là. Et il est tout-à-fait possible pour des étudiants français de postuler pour les formations en
alternances avec Europa-Park, nous ne limitons pas nos places aux élèves allemands. Et à mon avais,
il n’y a rien à changer au système français pour concurrencer avec l’Allemagne. Je pense que chaque
système a prouvé une efficacité certaine et je n’ai pas besoin, en tant que recruteur, de demander
aux candidats d’avoir un diplôme allemand pour travailler ici. Si on veut absolument modifier chaque
système on risque de tourner en rond. C’est faux de dire que le niveau de formation en Allemagne
est responsable pour le faible taux de chômage. Il y a d’autres facteurs en jeu. »
Que pensez-vous de l’interculturalité au sein du Rhin supérieur ? Qu’est-ce que cela apporte ?
« Il n’y a pas d’initiative de trop, il n’y a pas un seul centime d’euros en trop investit dans cette
coopération tri-nationale. Chaque initiative à un sens et une signification certaine. Il existe des
actions permettant aux jeunes de faire des formations transfrontalières, et c’est déjà une grande
réussite de même que le fait de faire interagir les écoliers par le biais d’échanges internationaux. Et
ce que cela apport, encore une fois : prendre soin de l’amitié transfrontalière. L’héritage laissé par
nos anciens ne doit pas être délaissé et nous nous devons de soigner cette amitié qui profite à
chacun. »
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 77 sur 93
Quel est l’avantage d’une région tri-nationale comme le Rhin supérieur par rapport à une région
uni-nationale ?
« Pour moi, le plus grand avantage économique que nous avons par rapport à une région uni-
nationale, c’est le fait de pouvoir compenser nos faiblesses avec les forces de nos voisins. Cette
possibilité n’existe pas dans une région uni-nationale et c’est grâce à notre diversité. Et comme dis,
cette coopération à un sens et une importance. De mon point de vue, chaque élève vivant dans la
région frontalière doit faire au moins un échange avec le pays voisin. C’est tellement important de
mettre l’accent sur l’apprentissage de la langue du voisin. Cela accroît les chances de cette région.
Cela permet la communication et les coopérations transfrontalières et augmentent les amitiés et la
qualité de vie du Rhin supérieur.
Le point décisif pour moi et de prendre soin de cette amitié. Il est clair que cela coûte du travail et de
la communication, et c’est le plus grand défis qui est devant nous. »
Fin de l’interview
15/03/16 à Rust
durée 30 minutes
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 78 sur 93
Mr. Goulet
Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE
et enseignant à l’université de Strasbourg
Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ?
« Je n’ai pas l’impression que l’Alsace soit le côté le plus dynamique du Rhin supérieur, alors
qu’historiquement elle l’était. Alors la question qu’on peut se poser c’est, comment se fait-il que
l’Alsace qui avait cette position frontalière privilégié qui pouvait expliquer un taux de chômage faible
dû à un dynamisme industriel plus important à perdu cet avantage compétitif ces dernières années ?
Ca fait maintenant dix à quinze ans que les chiffres du chômage rejoignent la moyenne nationale.
Visiblement il y a eu la spécialisation des économies Suisse, Allemande et française qui a tournée en
défaveur de l’industrie en France. Et l’Alsace était et est toujours une terre d’industrie, mais comme
elle n’est pas portée au niveau nationale avec des investissements en R&D dans ce secteur, comme
c’est le cas en Allemagne, nous avons une faiblesse par rapport à nos voisins. Donc cela pourrait être
la première raison de la perte de dynamisme en Alsace, c’est une raison de choix stratégique. En cela
on peut dire que le centralisme français n’a pas forcément fait du bien à l’économie d’Alsace dans
l’ensemble.
Deuxième choses, qui peut être contestée : le rapport à l’Allemand qui est différend entre cette
génération actuelle et les générations passés. C’est-à-dire que le processus de francisation continue
et le dialecte alsacien recule et est de moins en moins parlé par les jeunes. De ce fait, nos jeunes
alsaciens ont un support moindre pour ensuite apprendre la langue Allemande de nos voisins. Et ça
se ressent dans le rapport des jeunes avec l’Allemand en général. C’est un allemand souvent scolaire
et peut pratiquer de manière approfondie. A peu près 80% des bacheliers alsaciens ont fait allemand
à l’école, mais ces 80% ont plus appris cette langue en deuxième langue. Cela signifie que l’intérêt
pour cette langue est devenu secondaire. L’Alsace est de plus en plus francophone. D’autant plus que
les offres d’emplois du côté Suisse et Allemand se sont technicisé et nécessite de plus en plus
l’utilisation de la langue allemande. Il ne suffit plus d’être un bon ouvrier, il faut aussi savoir remplir
des fiches, des rapports et des dossiers en Allemand. L’employabilité des alsaciens en Allemagne est
en déclin du fait de la barrière linguistique. Toutefois on peut dire que les efforts fournis par le
gouvernement et l’éducation nationale, pour développer le bilinguisme, sont louable et ne
manqueront pas de porter leurs fruits. Il est évident qu’ici en Alsace on a un vivier de personnes
possiblement germanophone supérieur au reste de la France. Nous sommes actuellement dans
l’entre-deux : les classes bilingues se multiplient à petit feu et il y a des formations transfrontalières
qui se mettent en place. Les efforts sont là, mais j’ai l’impression qu’on est encore dans le creux, dans
une période de transition.
Dernière choses, j’ai remarqué aux travers de mes enquêtes auprès de jeunes alsaciens (soixantaines
de jeunes), que très généralement il y a une bonne connaissance de l’Allemagne mais c’est une
connaissance très superficielle. Au sens où, pratiquement tout le monde dit aller en Allemagne pour
les courses, visiter les thermes mais il y a très peu de liens familiaux et amicaux transfrontaliers. Le
rapport à l’Allemagne se fait par le tourisme mais il n’y a pas de pratique de la langue et d’expression
de soit en langue allemande. Même au niveau scolaire, il y a très peu d’échanges scolaires outre-rhin
et quand on voit la proximité géographique on se demande pourquoi il n’y pas plus d’échanges. Et ça
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 79 sur 93
c’est un point sur lequel il faudra travailler davantage pour essayer de redynamiser un marché de
l’emploi et donc une économie transfrontalière.
Spontanément un alsacien va se promener dans les Vosges et un allemand restera dans la Forêt
Noire. »
Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ?
« Si vous voulez, j’ai quand même l’impression qu’il y a un tropisme en France : « Sud » et « mer ». Se
diriger vers l’Alsace, pourquoi pas… c’est une belle région et les locaux en sont fière, mais quand on
parle de « l’Est », c’est mal perçue. Donc déjà, l’Alsace n’est pas perçue comme une région comme
les autres et les points d’attractivités sont plus faibles que les points de rejets. Et ce n’est pas la
proximité avec la Suisse, ni avec l’Allemagne qui va faire venir une famille au bord du Rhin. On n’a
pas un tropisme germanophile en France. Maintenant on va plutôt apprendre l’anglais, le japonais
etc… l’art de vie Rhénan est très peu connu dans le reste de la France.
Vous savez, entre le fait de passer des vacances ici et de décider d’y vivre, il y a quand même un
grand fossé. Si on veut développer le marché transfrontalier et pousser davantage les coopérations
avec la Suisse et l’Allemagne, à mon sens ça partira d’abords des alsaciens. Il y a un potentiel et de
l’avenir pour toutes les formations françaises qui se mettent en coopération avec des écoles outre-
rhin. On essaye de mettre nos jeunes alsaciens en contacts directe avec leurs voisins pour qu’ils
gagnent de l’expérience en Allemagne et en Suisse afin de renforcer le marché du travail.
Pour renforcer l’attractivité du Rhin supérieur il faudra à mon sens accentuer nos efforts sur les
avantages présents. Personne en France ne connait, par exemple, Bâle comme étant une ville
attractive et touristique alors qu’elle est absolument dynamique et intéressante. Mais personne ne le
sait. Concentrons-nous alors sur les points qui paraissent évidents. »
Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les
tendances actuelles, les niveaux de formations ?
« Un des problèmes du Rhin supérieur est l’asymétrie des revenus entre les pays avec comme
particularité la Suisse. Les alsaciens en particulier ne sont, globalement, pas très bien qualifié. Il y a
beaucoup de gens qui sortent du système scolaire sans avoir de qualification ce qui est frein aux
postes techniques relativement qualifiés du pays de Bade ou en Suisse. Les alsaciens ont leurs
chances sur des métiers intermédiaires tels que techniciens supérieurs, ventes et commerces, aide-
soignant et restauration. Mais pour cela il faut une bonne maîtrise de l’Allemand. Et on sait que dans
la région de Mulhouse, et surtout Saint-Louis huit jeunes sur 10 ont le souhait de travailler en Suisse.
D’ailleurs il y a une plus forte attractivité pour la Suisse que pour l’Allemagne. Donc faire l’effort
transfrontalier est une démarche difficile, et on le fait quand il y a une bonne paye au bout (Suisse),
mais sinon on est plus retissant (Allemagne). Cependant, il est vrai qu’il y a des secteurs en
Allemagne, comme la métallurgie, qui sont attractif pour les travailleurs transfrontaliers mais il faut
faire l’effort. Donc je dirais que la main d’œuvre alsacienne n’est pas assez bien formée pour pouvoir
prendre les postes intéressants en Suisse et en Allemagne. Ces postes-là sont alors pris par la main
d’œuvre suisse et/ou allemande, qui a un avantage sur nos alsaciens qui prennent des postes
d’usine. Mais ces postes d’usine sont satisfaisants de par le salaire. C’est en cela que la disparité
salariale ne fait pas forcément du bien à l’ensemble du marché du travail. Les allemands ont
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beaucoup plus de mal à attirer une main d’œuvre française et c’est pour cela qu’ils sont beaucoup
plus impliqués (que la Suisse) dans les démarches de coopération sur le plan de la formation. »
Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ?
« Ce qui est passionnant c’est d’être à la frontière avec une région germanique. Et je dirais, dans un
discours rapporté, que : « si on connait la langue et la culture allemande on peut exporter dans plus
de 80% de l’union européenne ». Parce qu’il y a beaucoup de pays qui sont proches du modèle
allemand et le reste est proche de la mentalité française. Ça n’est pas tout à fait faux, même si je
pense que c’est un peu brutal. Le fait de pouvoir passer d’une culture germanique à une culture
française permet de développer une compétence interculturelle et des façons de voir qui me semble-
t-il donnent un avantage sur le marché.
L’autre point fort est de se trouver dans la banane bleue et le Rhin est toujours une épine dorsale de
l’Europe.
Ensuite on peut dire que la proximité avec l’Allemagne, le partenaire le plus puissant en Europe, est
un avantage sans précédent. Il vaut mieux voisiner avec un partenaire puissant qu’avec un pays en
déclin. Il y a donc la prospérité et l’avancé. »
Le marché du travail est-il plus attractif ici, qu’ailleurs ? En comparaison avec une région uni-
nationale ? Pourquoi ?
« Le problème c’est qu’il y a des freins pour y accéder. On a des stocks de chômeurs alsaciens et on
n’arrive pas à les exporter de l’autre côté de la frontière. Donc on ne va pas faire venir des français
de l’intérieur. On est coincé parce qu’on n’arrive pas à créer un marché du travail frontalier efficace.
Allez voir un patron d’une PME dans la forêt noire et demandez-lui qu’elle type d’employé il veut,
vous pouvez être sûr que le diplôme français ne lui suffira pas. Il y a un autre rapport au système
scolaire et au monde de l’entreprise dans les trois pays. Du coup, les attentes des patrons sont
différentes. »
Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ?
Une force ou un frein ?
« Le problème c’est qu’il y a beaucoup d’obstacles interculturelles… un candidat ne sait pas ce qu’un
employeur attend de lui lors de l’entretien, son niveau de langue et ses capacités sur le CV. Les
efforts sont fait, mais il faut mieux communiquer aux français comment fonctionne le monde du
travail allemand, mais aussi expliquer aux allemands et aux suisses comment fonctionnent notre
système éducatifs et qu’elles en sont les avantages et les points communs avec leurs attentes. »
Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs, résidents, travailleurs,
entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ?
« Non, parce que ce n’est pas dans leurs attentes. L’aspiration de la plus part des gens est d’être près
de la mer, dans le sud-ouest, au soleil… dans des grandes agglomérations urbaines et dynamique.
Dans le Rhin supérieur il y a Strasbourg, mais le reste c’est de la campagne ou des villes de type
secondaire comme Mulhouse. A part Bâle, qui est une ville particulière, il n’y a pas de ville attirante
et puissante. »
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L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ?
« Disons que ceux qui tentent l’aventure trouvent ça bien, mais que très peu en ont conscience. Ça
n’est pas un réflexe pour tout le monde. On y arrive plutôt par hasard. On a tendance à venir dans le
Rhin supérieur ou de tenter l’aventure outre-rhin si nous avons des proches qui sont de ce cas. Mais
si personne ne nous ouvre la voie, on n’y pense pas. »
Fin de l’interview
18/03/16 à Mulhouse
durée 53 minutes
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Mr. Zenetti
Maître de conférences
Langues et littératures germaniques FSESJ
Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ?
« La première question c’est de se demander s’il existe une économie Rhénane. Dans ce thème-là
plusieurs économistes se sont penchés sur la question, notamment Pichetti a écrit un ouvrage sur le
capitalisme Rhénan. Ces écrits font références à l’histoire et le découpage des territoires par
Charlemagne lorsqu’un de ses fils a reçu l’autorité d’une zone qui correspond à l’actuel Rhin
supérieur. Il y avait déjà une indépendance politique des grands centres décisionnels de Paris et
Berlin. La bande Rhénane se forgeait déjà un caractère qui, selon certains économistes, a contribué à
la création d’un dynamisme dans cette région.
Il y a autre chose, vous connaissez sûrement les ouvrages de Max Weber qui décrivent l’influence
protestante dans la culture et l’économie Rhénane. La France était un pays catholique mais le Rhin
supérieur prospérait sous une culture protestante qui a déclenchée un saut technologique dans cette
région et a contribué au dynamisme. »
Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ?
« Par cet historique on a un tissue économique intéressant et beaucoup de PME soutenus par le
gouvernement français. Ces PME en questions soutiennent les grands groupes et on sait que la plus
forte création d’emplois vient des PME. Cela contribue à un bon emploi et un dynamisme
économique et social.
On n’est pas au centre, mais on n’est pas loin des centres. Nous profitons d’une grande accessibilité
des centres économiques et politique.
Un autre facteur est que nous sommes à un croisement de différentes cultures. On se rend compte
qu’il y a des différences et si on utilise ses différences dans le sens d’une complémentarité on arrive à
faire des choses formidables. Et ça se trouve au niveau des personnes, des cultures et des
entreprises. Si on arrive à coopérer on arrive à faire des choses qui, dans une seule culture,
n’auraient pas été possible. Au niveau universitaire je pense au service NovaTris qui existe depuis 5
ans qui travaille sur des coopérations de la formation et de la recherche transfrontalier. Il a dans ce
système des gens qui sont l’exemple du dynamisme interculturel, qui passe des frontières sans
craintes pour faire avancer la coopération. Ce sont des ponts vivant sur le Rhin. »
Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les
tendances actuelles, les niveaux de formations ?
« Mes connaissances sont limitées dans ce domaine mais je connais bien le devenir de mes étudiants
du Master MICAI. Mais ce que je peux dire c’est que ces élèves développent des capacités
interculturelles et linguistiques très demandés. Leur insertion professionnelle est largement au-
dessus de la moyenne statistique. Cela est aussi dû à leur stage majoritairement effectués dans le
bassin Rhénan. C’est une formation purement française mais nous faisons des efforts pour attirer des
nationalités étrangères, car nous avons compris que l’interculturalité peut s’enseigner mais surtout
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 83 sur 93
elle doit se vivre dans la pratique. Cela est rendu possible lorsqu’on met des gens de plusieurs
nationalités en contacts. On a la chance d’avoir une présidence qui nous aide à pousser des projets
internationaux dans cette formation.
Je reçois des retours d’entreprises transfrontalières qui me disent avoir moins besoins d’experts en
marketing ou autre, mais la réelle perle rare à trouver c’est quelqu’un qui parle très bien une langue
étrangère et quelqu’un qui a une ouverture interculturelle qui est vécue. Ces personnes connaissent
le travail dans un cadre interculturelle et ont une certaine sensibilité. Aujourd’hui, même une PME
qui veut être un tant soit peu dynamique, elle doit travailler à l’internationale avec des gens qui
comprennent ces enjeux. »
Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ?
« Au niveau politique, les gouvernements font tous des bêtises, mais ils ne les font pas tous en même
temps. Et nous sommes dans une zone où les choses se mélangent et nous dans le Rhin supérieur,
nous voyons les choses arriver de loin. Nous avons une vue d’ensemble, de tous les côtés du Rhin.
Ce qui est intéressant également : le tissue industriel n’est pas le même de chaque côté du Rhin. En
Suisse, le milieu pharmaceutique et biologique. En Allemagne, les énergies renouvelables. Et en
France, malgré tout, un secteur automobile. Cela ouvre la porte à des coopérations sans se faire
concurrence, ce qui est très important. »
Le marché du travail est-il plus attractif ici, qu’ailleurs ? En comparaison avec une région uni-
nationale ? Pourquoi ?
« Déjà, pour un salarié, s’il a le bagage linguistique et culturel, il peut chercher du travail dans les
trois parties du Rhin supérieur. Beaucoup de mes étudiants trouvent leurs premiers emplois outre-
Rhin et n’hésitent pas à revenir après quelques années fort de leur expérience et de leur CV enrichit.
On a donc une main d’œuvre transfrontalière très intéressante pour les entreprises. Dans la même
idée, le système EUCOR est en train de prendre corps. Cette coopération universitaire cherche à
développer son champ d’action dans le domaine des life sciences du Rhin supérieur. »
Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ?
Une force ou un frein ? Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs,
résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ?
« C’est difficile de le généraliser. Mes expériences personnelles sont limitées mais je pense que
l’Alsace doit lutter contre un repli sur elle-même. Les alsaciens se sont forgés un certains caractères
mais il faut lutter contre cela. Ce qui est regrettable : la perte de l’alsacien va de pair avec la moindre
attractivité de la langue allemande, au profit de l’espagnol. C’est dommage et je connais des patrons
de PME qui s’arrachent les cheveux en disant chercher des employés français avec une bonne
connaissance de la langue allemande. C’est regrettable de devoir chercher cette main d’œuvre si
précieuse en Alsace. C’est un fait.
Il y a eu, et il y a encore des relations très étroites entre le Japon et l’Alsace. Il y avait le groupe Sony
et maintenant encore le groupe Ricoh. Cette présence japonaise a permis l’ouverture d’un lycée
franco-japonais dans la région de Colmar, qui a maintenant dû fermer. C’est moins fort que dans le
temps, mais il est intéressant de voir l’étroite collaboration entre le Rhin supérieur et le Japon. »
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 84 sur 93
L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ?
« Je pense que pour des gens qui savent qu’il existe une interculturalité à vivre dans la région, c’est
un bon point. Mais je crains que pour d’autres personnes, la région alsacienne soit perçue comme un
bord, la province. Les centralistes français ont du mal à comprendre que la périphérie à ses
richesses. »
Fin de l’interview
21/03/16 à Colmar
durée 39 minutes
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Mr. Linder
Chef de projet Pays germanophones
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ?
« A mon avis, pour rendre comptes des atouts de la région, il ne faut pas voir les choses sur les 5-10
dernières années. Avant 1945 l’Alsace était une région meurtrie et sous tutelle militaire. Pour chaque
investissement dans la région il fallait l’autorisation militaire. C’était une période économique très
moyenne, voir faible. Cela est dû aux retombés de la guerre. Les effets se faisaient aussi ressentir en
Allemagne mais la France la fortement ressentis. Situation désavantageuse.
Après 1945, début de l’Europe, réconciliation : la handicape de la frontière devient un atout.
L’Alsacien était bilingue jusque dans les années 1960, encore un atout considérable. A cette époque,
les 30 glorieuses, on atteignait une croissance de l’ordre de 3-4-5-6% et peu de chômage. Le moment
choisi par des gros groupes pour investir (GM, Eli Lilly) pour s’implanter en alsace grâce à la main
d’œuvre bilingue considérée comme un atout indéniable. De plus, le marché était
démographiquement énorme puisqu’avec cette main d’œuvre bilingue on avait la possibilité
d’atteindre 150 millions d’habitant (la francophonie et tous les pays germanophones). Notez aussi
que la région est géographiquement bien situé : centre névralgique de l’Europe (avec tous les pays au
bord du Rhin).
Main d’œuvre bon marché en faveur de la France : gros donneur d’ordre allemand (1970) s’installent
dans la région alsacienne. Avantage culturelle et proximité des clients (secteur automobile) : Baden
Württemberg, un très gros investisseur en Alsace.
Frontalier : l’Allemagne se reconstruit, croissance « chinoise » et besoin de main d’œuvre. Recours
aux salariés alsacien qui a profité aux entrepreneurs frontaliers. Génère un grand profit pour
l’économie alsacienne. Avantage structurelle.
Puis il y a eu la venue d’investisseur japonais 1980 (Ricoh, Sony, Sharp).
Aujourd’hui : ces avantages jouent encore, 60 000 frontaliers alsaciens et 1200 entreprises
étrangères (800 – 100 d’origines germanique) en Alsace. Les IDE reçus grandissent en Alsace. La
moitié des investissements sont issues de l’étranger.
Cela est dû aux capacités linguistiques des alsaciens (bilingues) : spécifique au Rhin supérieur
Une autre force du Rhin supérieur : addition d’un certain nombre de données. En fait, la spécificité
de chacun construit une force commune. Les éléments, les atouts du Rhin supérieurs ne se
retrouvent pas ailleurs.
Le bilinguisme se soigne : on ne le décrète pas, on le vit. Il faut en prendre soin et faire des efforts
pour garantir sa survie. C’est le défi de la région. Il y a un défaut de transmission de cette langue : il y
a un faussé entre les générations. Même si on ressent un regain en voyant la mise en place d’écoles
bilingues.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 86 sur 93
Point mis en avant de l’Alsace : Bilinguisme
Marketing régionale : mettre en avant une spécifié que d’autres n’ont pas. Ici c’est la connaissance
de l’Allemand. »
Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ?
« Je peux vous en citer quelqu’un de tête :
1. Forte densité industrielle, de haute qualité (donneur d’ordres), « global player » :
fantastiques industries dans la pharma et les biotechnologies, technologies IT et
électroniques, la médecine, l’automobile. Le Rhin supérieur jouit d’une tonicité industrielle.
2. Tissue de recherche leader mondiale dans certains domaines (biotech), une des régions avec
la plus forte concentration de R&D – Strasbourg se positionne très bien et des chirurgiens du
monde entier se font former ici.
3. Forte démographie, population dense. MAIS pronostic démographique varie d’une région à
l’autre. (Vieillissement accéléré en Allemagne est une faiblesse) à l’avenir en Alsace on
comptera avec 2 millions d’habitants selon les estimations.
4. Région situé au cœur de l’Europe Occidentale, pas loin des grandes métropoles avec des
infrastructures de transports solides. Réseaux fluviales et portuaire intéressant. Aéroport
Bâle-Mulhouse en développement. Zone bien irrigué par les TGV. Ce sont des éléments très
attractifs.
5. Bonne qualité de vie : Le Baden-Württemberg est considéré comme le « midi de
l’Allemagne », plus de soleil, température douce. On est aussi une région viticole, agricole,
culturelle, touristique accompagnée de belles villes riches culturellement. »
Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les
tendances actuelles, les niveaux de formations ?
« On peut dire qu’une tendance du Rhin supérieur est le faible taux de chômage. C’est un peu un
tradition dans cette région tri-nationale bien que les chiffres alsaciens sont très négatifs. Dans le
début des années 2000, l’Alsace frisait le plein emploi, ce n’est plus le cas. La dynamique n’est plus
partagée par l’ensemble des régions qui forment le Rhin supérieur. L’Allemagne et la Suisse
grandissent et se dynamisent mais ça n’est pas le cas en Alsace. Une des explications : baisse des
salariés bilingues. L’âge moyen des frontaliers est de + 40 ans car la relève n’est pas assurée.
Un des défis est de travailler la question des langues sur toutes les formations professionnalisant. On
peut imaginer que les apprentissages devraient être « allemandiser » par le vocabulaire et les
modules. Avec cela les salariés français auront au moins des bases pour postuler sur le marché
germanophone. »
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 87 sur 93
Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ?
« Il y a des forces propres au Rhin supérieur, qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs :
- géographiquement bien situé
- bonnes infrastructures (transports, recherches etc…)
- coopérations avec les pays voisins
Mais si on veut parler des forces, il faut être honnête et ne pas oublier les faiblesses de la région. On
parle du Rhin supérieur, mais est-elle réellement partagée par la population ? Est-elle vécue par les
gens ? Il y a une grande partie des habitants alsaciens qui ne parlent pas l’allemand et vont à Kehl
pour acheter des cosmétiques et des cigarettes, il n’y a plus de liens forts trans-Rhin-supérieur. Peut-
on parler d’un partage de sentiment commun ? NON. On croit au Rhin supérieur uniquement dans
l’élite…
Pour relancer ces liens sociaux et se sentiment d’appartenance à une grande région il faudrait :
- un alsacien qui se forme en Allemagne pour les métiers dans l’industrie
- un allemand qui se forme en Alsace pour la force hôtelière
Que ce soit naturelle. Parler d’une région du Rhin supérieur est un leurre. Elle existe
géographiquement mais pas dans le cœur des habitants.
On vie côte à côte, mais pas avec l’autre. Il y a un manque de liens sociaux forts, manque d’unicité
des règles dans les sous-régions. A l’époque, on avait des liens avec les pays voisins par le mélange
des cultures. Les générations passées regardaient la TV presque autant que la TV française. »
Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ?
Une force ou un frein ?
« La notion de frontière est perçu par des pays comme le Japon (qui vivent sur une ile) : vivre dans un
pays et traverser la frontière pour travailler ailleurs. C’est incroyable pour des japonais.
Je pense que la plupart des gens ressentent la tri-nationalité comme trois nations qui se bordent
l’une, l’autre et qui tentent de faire le bien sans toucher à l’essentielle. Peut-on alors parler de réelle
perception… je ne sais pas.
Même si dans le tourisme, c’est un attrait positif. Ill existe des produits « saute-frontières » qui
attirent. Mais je ne suis pas sûr que les gens de l’extérieur perçoivent le Rhin supérieur comme une
entité homogène. »
Fin de l’interview
21/03/16 par téléphone
durée 55 minutes
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 88 sur 93
Mr. Hager
Business Development Manager (Area North America)
ACCES Alsace – Agence d’attractivité
Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ?
« Oui je crois qu’il y a une culture industrielle propre au Rhin supérieur avec des troncs communs qui
remontent au XIXe siècle avec le développement textile, dans la région de Mulhouse transférée
indirectement vers la partie allemande et suisse au travers des secteurs de la chimie. Donc après il y
a une base industrielle commune. En tout cas, essentiellement pour la partie sud de la région. Le
nord est un peu plus segmenté. Et après il y a une culture d’entreprise et une culture sociale rhénane
qui est propre au Rhin supérieur avec cette volonté de co-gestion et d’implication des collaborateurs
dans le processus de développement. Ce qui fait qu’aujourd’hui, même si on est séparé au niveau
étatique avec des régulations différentes, il reste une matrix commune au Rhin supérieur.
Historiquement et culturellement l’Alsace est quand même une terre germanique avec une lingua
franca commune dont l’allemanique et le fransic. Il y a un tronc commun, même si aujourd’hui,
depuis les années 1960 il y a eu une perte des compétences linguistiques côté alsacien notamment.
On parle moins allemand qu’on le parlait avant même si on a mis en place des dispositifs scolaire
bilingues. Notre USP principale reste notre aspect linguistique et l’ouverture vers les marchés
germanique. Lorsqu’on prospecte en Amérique du Nord je leur dis « en venant en Alsace, sur la base
des compétences linguistiques des alsaciens, vous avez accès à globalement 60 millions de
consommateurs français et 80 millions de consommateurs allemands ». En y ajoutant les belges,
suisses, autrichiens etc… on atteints à peu près 160 millions de consommateurs à partir d’une base
qui est l’Alsace. Et ces 160 millions de consommateurs représentent la moitié des Etats-Unis. Des
chiffres qui sont parlant. Sur le fond, le marché de base est le marché alsacien, ouvert vers le marché
du Rhin supérieur. Il ne faut pas se fermer mais s’ouvrir à 360° dans toute la région tri-nationale. »
Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ?
« Globalement, l’attractivité du Rhin supérieur se base sur le grand nombre de clients privé et
publique. Il y a un gros potentiel de clients composés de sociétés et une population avec un pouvoir
économique fort. A mon sens, les forces industriels et le grand nombre de clients potentiels forment
les plus grandes forces du Rhin supérieur.
Il faut savoir qu’il n’existe pas d’agence d’attractivité du Rhin supérieur. Sur ce niveau-là, chacun
travail individuellement et même si il existe des associations du type « Upper Rhine Valley » et
« BioValley », elles sont à mon sens des échecs. L’association telle qu’elle a été imaginée par George
Endress n’a jamais vraiment réussie. Je travailler à l’époque au niveau du Conseil de la Regio
TriRhena qui était à l’époque la collaboration de trois entités. Mais pour différentes raisons, ce sont
les trois structures nationales qui ont perdurant. Aujourd’hui il n’y pas d’entité du Rhin supérieur.
Peut-être qu’il n’y a pas la volonté politique ni la capacité juridique de mettre en place ce système.
Oui il y des avancés avec le Traité de Karlsruhe qui a permis la création d’un certain nombre d’outils
franco-allemand, mais bon, il reste quand même une frontière mentale qui est bien présente. »
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 89 sur 93
Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les
tendances actuelles, les niveaux de formations ?
« Aujourd’hui, globalement, les flux sont quand même unilatéraux. Depuis la France, vers
l’Allemagne ou la Suisse. Très peu de cas de flux Suisse-Allemagne ou Allemagne-Alsace etc… Les
statistiques du chômage sont aussi très déséquilibrées dans le Rhin supérieur. Mais par contre,
l’Alsace reste perçue comme une région riche, industrielle et attractive du côté français. La même
chose se retrouve du côté Badois et Bâlois par rapport à leurs nations. En parlant d’attractivité, on a
des statistiques qui prouvent que Strasbourg est une ville très attractive pour des étudiants étrangers
par exemple. ¼ des étudiants à Strasbourg sont étrangers. Freiburg et Karlsruhe, sont des villes
attractives pour les Allemands, mais je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’étudiants français qui vont
passer la frontière pour atteindre ces villes. Il reste là une frontière mentale très importante.
Aujourd’hui, l’un des arguments fort pour promouvoir les classes bilingues en Alsace est un argument
économique. Personnellement je trouve que l’Allemand fait partie du patrimoine linguistique
alsacien, avec le français. Et aujourd’hui, une personne qui se coupe quasiment la moitié du potentiel
professionnel parce qu’il ne parle pas allemand… c’est dommage. Quand on sait que l’économie
suisse et allemande est relativement bien développée et quand on sait qu’un bon bilingue alsacien
peut trouver de bons jobs dans ces économies là… On essaye de motiver les élèves à apprendre ces
langues pour trouver une place sur ces marchés du travail. »
Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ?
« Il y a au moins deux langues, il y a une façon naturelle d’échanger. C’est-à-dire, travailler avec une
entreprise dans une région voisine devient relativement naturel. Chez nous, l’effet frontière n’est pas
un obstacle. Il parait normal de profiter des opportunités à 360° autour de nous. Les échanges
étudiants ont quand même contribué au travail avec l’autre. Même si, d’un point de vue général, on
a quand même perdu une grosse ressource naturelle qui est la capacité linguistique. Très peu de
jeunes parlent alsacien naturellement. Ce manque est en partie rattrapé par les classes bilingues,
mais ça n’est pas naturel et c’est en tout cas insuffisant. »
Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ?
Une force ou un frein ? Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs,
résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ?
« Oui, c’est-à-dire que nous, comme première approche, on vend l’Alsace comme porte d’entrée du
marché européen. L’Alsace comme plateforme européenne. Et globalement, quand je dis « Alsace »,
j’inclus le Rhin supérieur. En parlant aux entreprises, je leur dis qu’ils ont accès au marché français
avec un seul bureau et que ce même bureau leur permettra de travailler sur le marché
germanophone. On est plus obligé d’embaucher deux commerciaux, d’ouvrir deux bureaux pour
accéder aux deux marchés. Après, si on veut entrer dans le détail, on s’aperçoit quand même que les
deux marchés sont différents, et qu’ils se traitent différemment. Donc on promeut l’Alsace comme
une plateforme européenne, mais il faut quand même se rendre compte que les marchés sont
différents. Tout cela nécessite des stratégies différentes, des contacts différents etc… Par exemple,
j’ai eu une entreprise québécoise dans mon bureau qui s’imaginait que le marché européen était un
marché uniforme. Mais bon… l’aspect national reste essentiel. »
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 90 sur 93
L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ?
« Oui, quand on dit « plateforme européenne » les entreprises comprennent cela très bien et vienne
pour cela. A vrai dire les américains ne viennent pas pour l’Alsace ou même le Rhin supérieur, mais
pour l’Europe. Dans un premier temps ils considèrent le tout comme un marché uniforme, mais c’est
qu’il faut leur expliquer les choses. Mais après quoi ils prônent bien que cette zone tri-nationale est
une porte d’entrée vers le marché français et le marché germanophone, qui sont les plus grands
marchés d’Europe.
Aujourd’hui, les Nords-Américains n’ont pas l’Alsace, ou le Rhin supérieur sur leur carte. Je n’ai pas
encore reçu d’appels ou d’e-mails de la part d’entreprises américaines en disant : « on veut
s’implanter chez vous ». Pour l’instant c’est à nous de les chercher. Donc le concept du Rhin
supérieur, comme porte d’entrée vers l’Europe ne va pas de soi, ce n’est pas une vérité aujourd’hui.
Ce concept n’est connu que par ceux qui y vivent. C’est une création institutionnelle qui a vu le jour
grâce à des frontières géographiques, des fonds communs qui ont été mis en place etc… mais c’est
quand même très peu connus. Le Rhin supérieur n’est pas connu hors de la région. Aujourd’hui on
parle plutôt de la « Forêt Noire », de l’Alsace, de Strasbourg, de Bâle… Il y a de toutes petites actions,
marginales, qui se font dans le cadre d’Interreg (Upper Rhine Valley par exemple). Alors qu’un
touriste peut faire un parcours tri-national, c’est déjà plus compliqué au niveau industriel.
Nous qui travaillons sur des investissements étrangers, il est quand même très rare qu’une
entreprises fasse une filiale à la fois en Suisse, en Allemagne et en France. Donc là-dessus on est en
concurrence. Mais, chacun à ses atouts et très honnêtement, moi je suis heureux qu’une entreprise
s’installe au Baden-Württemberg ou dans le Nordwestschweiz parce qu’on en profite indirectement.
Il y a des emplois crées, des frontaliers qui font le trajet et qui ramènent cette richesse. »
Fin de l’interview
24/03/16, à Colmar
durée : 30 minutes
Mr. Belliard
Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien
Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-
président du Congrès du Conseil de l’Europe
Introduction sur le thème du Rhin supérieur et de la coopération transfrontalière :
« C’est un besoin, mais c’est aussi une nécessité aujourd’hui de coopérer avec nos collègues
allemands et suisses. Pour cela il y a le développement de la langue et cette barrière psychologique à
rompre. Ce travail est à faire et à poursuivre. Dernièrement il y a eu un très bon travail sur le plan de
l’éducation et des formations, c’est-à-dire qu’on permet à des étudiants de faire des formations
transfrontalières et des échanges. Aujourd’hui, les allemands nous sollicitent car ils ont besoin de la
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 91 sur 93
main d’œuvre française. L’Allemagne est en dénatalité donc pour eux c’est aussi une réalité et une
nécessité de coopérer avec les français.
L’autre réalité c’est qu’on est sur un partenariat un peu déséquilibré : Bâle est une ville monde. Sur le
plan financier ils n’ont pas du tout les même ressources que nous, le périmètre politique n’est pas
comparable avec nous. Si on combine le budget de la nouvelle grande région de l’est de la France, il
est de 8 milliard d’euros comparé au Baden-Württemberg qui a un budget à 50 milliards. Les
compétences décisionnel et les budgets intra-Rhin supérieur ne sont pas les même. La France est très
centralisée et c’est parfois un désavantage dans la prise de décision sur des projets transfrontaliers.
Les pouvoirs décisionnels sont totalement différents entre la Suisse et l’Allemagne et la France. Alors
que dans une réunion du Rhin supérieur, nos voisins peuvent décider rapidement, nous les français,
on doit s’en remettre à l’Etat. Il y a des différences de gouvernance.
Moi, je pense que nous devons obtenir de la part du gouvernement français c’est le droit à
l’expérimentation. Aujourd’hui la République est « une » et la Loi est la même pour tout le monde
sur l’ensemble du territoire. Or il est évident que pour les zones transfrontalières il faut un droit à la
différence et même la possibilité que l’Etat puisse nous donner des marges d’expérimentation. Cela
pourrait faciliter l’implantation d’entreprises étrangères sur le territoire. »
Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ?
« Si il faut globaliser, bon, je commencerais par dire que le bassin Rhénan est tout simplement beau.
Je crois qu’il y fait bon vivre, avec ce climat continental qui équilibre le climat. Il y a aussi une richesse
culturelle, et je crois que nul par ailleurs il a ce sentiment si fort d’appartenir à un lieu de culture, qui
a une histoire. Et on sent que l’histoire de l’Europe s’est vraiment développée dans ce périmètre. Ca
a toujours été, le croisement des cultures.
Il parait que Louis XIV s’est écrié du haut de la vallée de Saverne, en voyant ce territoire : « c’est le
plus beau jardin du monde ».
Qu’on le veuille ou non, il y a un sentiment d’appartenance de la part de tous les habitants du Rhin
supérieur. Ici il y a une histoire commune. On sait aussi que sur le plan religieux, c’est dans ce bassin
que les influences Calvinistes se sont développement. Donc dans un premier temps, il y a ce
sentiment inné d’appartenance à une culture commune.
Ensuite je crois aussi qu’ici vivent des gens sérieux, des gens en qui on peut faire confiance. Il y a
encore la notion de travail. Le berceau et les origines de l’industrie et de la machine, c’est le bassin
du Rhin supérieur. C’était ici.
L’attractivité ce fait sur l’historique et la génétique du Rhin supérieur. On forme ce territoire. »
Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ?
« La capacité de rayonnement, l’ouverture vers les autres. Dans une région uni-nationale on reste
français. Mais je crois que notre capacité à nous c’est passer les frontières en portant haut nos idées.
On n’a plus ce cloisonnement. Pour nous, on passe les frontières sans problèmes et on n’est pas
surpris d’entendre d’autres langues. Notre capacité à l’ouverture vers l’autre est une force. Et cela
déteint sur l’industrie et le commerce.
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 92 sur 93
On sent réellement l’appartenance à l’Europe quotidiennement au travers des échanges avec nos
voisins. On s’est apprivoisé l’Europe, et même approprié. Je dirais que toutes les instances
européennes à Strasbourg fait que par la force des choses, il y a un rayonnement beaucoup plus fort
que toutes les autres régions d’Europe. »
Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ?
Une force ou un frein ? Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs,
résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ?
« Je vais peut-être sembler un peu brutale vis-à-vis de mes concitoyens. Mais l’Alsace a toujours été
une région privilégié qui nous a permis, pendant longtemps, d’avoir une expansion économique avec
un taux de chômage très faible. Donc on a vécu dans une certaine aisance, et tout le monde s’en est
contenté. Seulement le monde s’est ouvert et maintenant on commence à ressentir un manque. Et
donc c’est là qu’on commence à voir une certaine révolte, les gens sont insatisfait. Alors qu’ils étaient
privilégiés et habitués à gagner beaucoup d’argent dans le Rhin supérieur. Il y a ce sentiment
d’insatisfaction mais pourtant on n’est pas si mal que ça dans cette région et la population le sait
qu’on est encore privilégié ici.
Bien entendu que les gens perçoivent les avantages de la région, mais ils ne font pas l’effort pour
pouvoir y accéder. L’avantage est là, mais seulement il ne vient pas tout seul.
Je dis souvent : si une personne sait lire, écrire, penser et que vous possédez deux langues, voire
trois, alors le monde vous appartient. Avoir les pieds sur terre, être ouvert d’esprit vous ouvre grand
les portes. »
Fin de l’interview
24/03/16, à Sierentz
durée : 60 minutes
L’attractivité du Rhin supérieur / Licence Thesis Page 93 sur 93
Les remerciements
Merci aux différents participants de m’avoir accordé cette interview constructive pour l’avancement
de mon travail de licence. Les informations récoltés dans le cadre de ces interviews seront
uniquement réutilisées dans le cadre de mon travail de recherche sous forme de citations et ne
seront pas publiés en dehors de ce rapport.

RIETVELD.Memoire-Licence

  • 1.
    L’attractivité territoriale duRhin supérieur Mémoire de Licence Par Adam Rietveld UNIVERSITY OF APPLIED SCIENCES NORTHWESTERN SWITZERLAND BADEN-WÜRTTEMBERG COOPERATIVE STATE UNIVERSITY UNIVERSITY OF HAUTE-ALSACE International Business Management Supervisor Mr GRIMAL Date of Submission 31/03/2016 Course Licence Thesis
  • 2.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 1 sur 93 Attestation of Authorship I hereby declare that this submission is my own work and that, to the best of my knowledge and belief, it contains no material previously published or written by another person nor material which to a substantial extent has been accepted for the qualification of any other degree or diploma of a University or other institution of higher learning, except where due acknowledgment is made in the acknowledgments. Obermorschwiller, 31 mars 2016 Signature
  • 3.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 2 sur 93 Length of the Work This work – from the introduction to the references sections (excluding) comprises 16 883 words.
  • 4.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 3 sur 93 Table des matières Attestation of Authorship.......................................................................................................................1 Length of the Work ................................................................................................................................2 Liste des tableaux...................................................................................................................................4 Liste des graphiques...............................................................................................................................5 Introduction ...........................................................................................................................................6 I. Mesurer l’attractivité économique du Rhin supérieur .................................................................10 Raisons de l’apparition d’une synergie économique........................................................................10 Facteurs et critères pour mesurer l’attractivité économique dans le Rhin supérieur ......................12 Comparaison de l’attractivité territoriale entre les régions du Rhin supérieur ................................16 II. Intégration du facteur différenciateur : l’interculturalité.............................................................23 Particularité du territoire tri-nationale, Rhin supérieur : programme INTERREG.............................24 Facteurs et critères pour comparer l’attractivité d’un territoire uni-national avec un territoire tri- national ............................................................................................................................................26 Comparaison entre les Pays de la Loire et le Rhin supérieur............................................................27 III. Etude exploratoire sur le Rhin supérieur..................................................................................32 Présentation de l’étude exploratoire ...............................................................................................32 Analyse des réponses obtenues .......................................................................................................34 Conclusion............................................................................................................................................46 Sources.................................................................................................................................................49 Annexes................................................................................................................................................52
  • 5.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 4 sur 93 Liste des tableaux Tableau A : critères pertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur………………………………..14 Tableau B : Application chiffrée de la France, Alsace………………………………………………………………..19 Tableau C : Application chiffrée de l’Allemagne, Baden-Württemberg & Palatinat……………………20 Tableau D : Application chiffrée de la Suisse, Nordwestschweiz………………………………………………..21 Tableau E : Echelle de mesure pour « Transport et accessibilité »……………………………………………..26 Tableau F : Application chiffrée de la région tri-nationale, Rhin supérieur………………………………….29 Tableau G : Application chiffrée de la région uni-nationale, Pays de la Loire………………………………30
  • 6.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 5 sur 93 Liste des graphiques Graphique 1 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la France………………………………19 Graphique 2 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour l’Allemagne………………………….20 Graphique 3 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la Suisse…………………….…………21 Graphique 4 : Comparaison des régions intra-Rhin supérieur……………………………………………………….22 Graphique 5 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour le Rhin supérieur………………….29 Graphique 6 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la région des Pays de la Loire……………………………………………………………………………………………………………………...30 Graphique 7 : Comparaison de l’attractivité territoriale……………………………………………………………….32
  • 7.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 6 sur 93 Introduction Saviez-vous que les villes de Bâle, Colmar, Freiburg et Breisach constituèrent une union monétaire dès 1403 ? Cela pourrait vous paraître une évidence compte tenue de la situation actuelle. Cependant ça n’est que bien plus tard, alors que les conflits des XIXe et XXe siècles semblaient les diviser, que plusieurs personnalités visionnaires ont imaginé les bienfaits d´une coopération transfrontalière. Les trois pays voisins, la France, l´Allemagne et la Suisse se sont rassemblés dès la fin de la deuxième guerre mondiale pour former une région transfrontalière. Cette région géographique, appelée « Rhin supérieur » est composée de l´Alsace, le Palatinat, le Pays de Bade et la Suisse du Nord-Ouest1 . Mais existe-t-elle vraiment ? Existe-t-il une réelle identité culturelle et économique du Rhin supérieur ? Les réponses se trouvent certainement dans l’historique de la coopération transfrontalière avec la construction de l’aéroport de Bâle-Mulhouse (1949), la fondation Regio Basiliensis (1963) et Regio du Haut-Rhin (1965) ayant pour but de promouvoir l’existence du Rhin supérieur. Ces deux fondations ont eu pour mission de favoriser les échanges et d’impulser des projets transfrontaliers d’une région de 21 518 km² constituée aujourd´hui de 5,9 millions d’habitants, 167 universités (incluses Écoles supérieurs et instituts de recherche), 170 000 étudiants, environ 600 clusters et réseaux d’entreprises et générant un produit intérieur brut au- dessus des 200 milliards d´euros2 . Avec cela il faut compter approximativement 93 300 travailleurs frontaliers qui prouvent chaque jour que la cohésion franco-germano-suisse est bien réelle. Ces chiffres donnent suite à l’Accord Intergouvernemental de Bonn (22 octobre 1975) désireuse de cadrer et de donner une orientation à la coopération des trois nations. Cette étape décisive dans la coopération tri-nationale avait pour destinée de traiter des questions sur l’aménagement du territoire, l’emploi, l’énergie, l’environnement, la politique économique régionale, les affaires sociales mais aussi les transports et la communication. Aujourd’hui, et depuis 1991, plus de 500 experts en projets transfrontaliers se réunissent dans le cadre de la Conférence du Rhin supérieur afin d’assurer le bon développement de cette grande région. Une dernière institution majeure au développement de la région vit le jour en 2010 : la Région Métropolitaine Tri-nationale reposant sur quatre piliers (Politique, Sciences, Economie et Société civile). Le cadre institutionnel de la Région du Rhin supérieur s’est fixé comme but de rendre cet espace de vie et économique commun un modèle en Europe. On peut donc facilement admettre qu’il existe bien une région transfrontalière du Rhin supérieur, du moins, elle est institutionnalisée. 1 Voir carte en annexe 1 2 Informations récoltés sur http://www.rmtmo.eu consulté le 18.02.2016
  • 8.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 7 sur 93 Or, ces efforts réalisés au niveau institutionnel sont-ils réellement perçus dans la vie quotidienne des habitants, y-a-t-il un dynamisme dans la région du Rhin supérieur ? Pour répondre à cette question il nous faudra s’inspirer des partenariats et coopérations dans les domaines de l’éducation, des transports de la culture et de la vie sociale en général. L’identité internationale du Rhin supérieur est enseignée aux citoyens dès leur plus jeune âge de part et d’autre des frontières. En effet, les systèmes éducatifs sont mis en place de sorte à ce que chacun ait la possibilité d’apprendre la langue et la culture de son voisin, et ceci, depuis le lancement du programme « Apprends la langue de ton voisin » en 1980. Cela commence par une école élémentaire bilingue comme on en a l’exemple à Mullheim, en Allemagne (Michael-Friedrich-Wild-Grundschule), ou à Bâle, en Suisse (Ecole Les Coquelicots), passant par des collèges/lycées franco-allemand (exemple : Deutsch-Französiche Gymnasium, Freiburg im Breisgau) ainsi que plusieurs établissements français proposant la formation ABIBAC (équivalent du Baccalauréat français combiné avec l’Abitur allemand). Actuellement 82 établissements français et 69 « Gymnasium » allemands proposent cette particularité bilingue permettant aux élèves d’obtenir un double diplôme. L’initiative avait eu un large succès en 2009- 2010 lorsque l’Académie de Strasbourg comptait 3500 inscrits3 . Aussi après le BAC, l’Abitur (Allemand) ou la Matura (Suisse) les jeunes peuvent s’orienter dans des formations bi- ou tri- nationales concentrées dans les établissements de formation dans la région du Rhin supérieur. C’est le cas pour la formation International Business Management qui est piloté par l’Université de Haute- Alsace, délivrant un diplôme de niveau BAC +3 dans chacune des universités partenaires du projet (UHA Colmar, DHBW Loerrach et FHNW Basel). Le tout est rendu possible par l’Université Franco- Allemande qui conduit les formations transfrontalières en partenariat avec les écoles situées sur le territoire du Rhin supérieur. Cette coopération a été institutionnalisée il y a plus de 20 ans sous le nom « EUCOR » dont l’objectif est de faciliter la mise en place de coopérations dans l’enseignement et la recherche en encouragent les étudiants à suivre des cours dans les universités partenaires4 . De manière générale la coopération tri-nationale mise beaucoup sur la jeunesse notamment à l’aide du Parlement des Jeunes du Rhin supérieur qui permet à cette tranche d’âge d’être impliquée dans les débats européens. Dans la continuité de ce projet, un Fonds Jeunesse (géré par le Regierungspräsidium de Freiburg) soutient financièrement les projets transfrontaliers entrepris par des jeunes pour la jeunesse. Parmi les initiatives en réussites on retrouve le « hip-hop sans frontières » ou des tournois sportifs multinationaux soutenus depuis 1998. En outre, pour permettre à chacun de rendre compte de la richesse culturelle qu’émane l’unité des trois régions, le « Pass- Musée » a été vendu à 45 700 exemplaires, générant 452 000 entrées dans les lieux culturels du Rhin supérieurs. Cette carte annuelle à tarif réduit permet aux résidents de la région concernée de visiter une palette d’environ 300 lieux culturels. Par ailleurs, l’association Europe, Culture et Citoyenneté à crée une plateforme internet sous le nom de Szenik (www.szenik.com) dans le but de rassembler toutes les informations culturelles de la région. Le site bilingue invite chacun à découvrir de nouveaux artistes (musicaux, théâtraux etc…) en traversant les frontières. Toutes ces initiatives dynamisent la région et permettent que la coopération se vive au quotidien. Afin d’assister et favoriser l’épanouissement social, les institutions de la région frontalière se sont rassemblées pour faciliter la mobilité des citoyens par la mise en place de réseaux de transports permettant à chacun, étudiants ou travailleurs, de se rendre d’un bout à l’autre du Rhin supérieur sans difficultés administratives, ce qui favorise et accroît les échanges entre citoyens de part et d’autre des frontières. De nombreux projets de transports frontaliers ont vu le jour au courant des 40 dernières 3 https://www.ac-strasbourg.fr consulté le 20.02.2016 4 http://www.eucor-uni.org/ consulté le 20.02.2016
  • 9.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 8 sur 93 années. En 1997 le ticket transfrontalier Europass a été mis en vente et n’a cessé de séduire les voyageurs entre Strasbourg et Offenburg, transportant allemands et français au travers de la grande Région Métropolitaine Tri-nationale. Et lorsqu’il s’agit des transports autour de Bâle, il existe là aussi une coopération tarifaire (TriRegio) ayant le même objectif. A plus petite échelle nous observons le prolongement de lignes de tram entre la France, l’Allemagne et la Suisse (Strasbourg/Kehl et Saint- Louis/Basel). Le même phénomène se reproduit pour les circuits d’autocar et les pistes cyclables qui traversent le Rhin permettant aux plus sportifs d’entre nous de franchir trois frontières en une journée à la seule force des jambes. N’oublions pas qu’au cœur de notre région coule le fleuve le plus important d’Europe portant chaque année plus de 50 millions de tonnes de marchandises5 : le Rhin, bénéficie d’une coopération entre neuf ports de la région regroupés par le projet « Upper Rhine Ports ». Il existe donc clairement une identité et un dynamisme dans le Rhin supérieur comme étant une entité économique à part entière. Au travers de ces premiers faits et chiffres nous avons appris que la région transfrontalière est active de par ses échanges internationaux et son dynamisme culturel et économique grâce à la coopération avec la France, l’Allemagne et la Suisse. Dans ce mémoire nous voulons comprendre quels sont les critères qui rendent le Rhin supérieur attractif et si ce territoire en question a les arguments pour rivaliser avec l’attractivité d’une autre région. Pour cela nous comparerons l’attractivité du Rhin supérieur et celle du Pays de la Loire. Et afin de comprendre au mieux le caractère de la Région Métropolitaine Tri-nationale, nous chercherons à savoir quel est le rôle de la dimension interculturelle (tri-nationale) dans l’attractivité de ce territoire. C’est pourquoi nous ne nous contenterons pas uniquement de comparer le Rhin supérieur et le Pays de la Loire, mais nous introduirons aussi un critère différentiel pour formuler la problématique suivante : Est-ce que la dimension interculturelle est un facteur supplémentaire d’attractivité du territoire ? Dans notre recherche nous définirons l’attractivité des territoires comme le font Hubert Gérardin et Jacques Poirot dans leur revue intitulée « Attractivité des territoires : un concept multidimensionnel » publiée sur la plateforme CAIRN, c’est-à-dire : « la capacité d’un territoire à être choisi par un acteur comme zone de localisation (temporaire ou durable) pour tout ou une partie de ses activités ; cette attractivité est une attractivité perçue qui n’implique que des personnes physiques, des individus, des ménages ou des équipes, par exemple, des équipes dirigeantes d’une entreprise ou d’une administration publique »6 . Ce rapport nous permettra ainsi de définir les raisons pour lesquelles un étudiant, un travailleur, un ménage ou une entreprise décide de s’implanter dans une région en particulier et quelles sont les chances et les freins du Rhin supérieur en matière d’attraction. La définition que nous utiliserons englobe donc deux dimensions : premièrement un aspect « productif » économique et deuxièmement un aspect « résidentiel ». Selon une étude de l’INSEE7 , les flux de migrations interrégionales en France prouvent que les populations ont tendance à quitter les régions du Nord-Est pour rejoindre le Sud et l’Île-de-France. L’objectif de notre rédaction est de fournir suffisamment d’éléments à chacun pour situer l’attractivité du Rhin supérieur par rapport à d’autres régions. Nous nous aiderons de théories publiées par Paul Krugman sur les forces 5 http://www.upper-rhine-ports.eu/fr/ consulté le 20.02.2016 6 Poirot Jacques, Gérardin Hubert, « L'attractivité des territoires : un concept multidimensionnel. », Mondes en développement 1/2010 (n° 149) , p. 27-41 URL : www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2010-1- page-27.htm. DOI : 10.3917/med.149.0027. 7 « La population des régions en 2040 », Olivier Léon, pôle Emploi-Population, Insee Première N° 1326 - décembre 2010
  • 10.
    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 9 sur 93 centrifuges et centripètes ainsi dans le modèle d’agglomération. Ces analyses nous permettront de comprendre comment une synergie économique se met en place dans une région donnée, à un instant précis. Pour répondre à la problématique posée, nous identifierons les facteurs d’attractivité à l’aide de critères pertinents et nous procéderons à une comparaison des trois régions nationales formant le Rhin supérieur (Alsace – France / Baden Württemberg et Palatinat – Allemagne / Nordwestschweiz – Suisse). Cette première comparaison intra-Rhin supérieur nous permettra de comprendre pourquoi un acteur va préférer s’installer dans un pays plutôt qu’un autre, bien que le territoire transfrontalier présente une unicité. Pour effectuer cette comparaison et afin de donner une forme visuelle à nos résultats, nous travaillerons à l’aide d’un outil d’analyse économique que nous avons élaboré pour soutenir ce travail. Notre outil d’analyse économique sera détaillé dans un cahier des charges en annexe 2 et directement appliqué au courant de l’étude. Dans un deuxième temps nous intègrerons le facteur différenciateur, à savoir l’interculturalité du Rhin supérieur. Cette partie nous aidera à mieux connaître l’ADN de la région d’étude à cheval sur trois pays et nous permettra de juger si l’interculturalité est un facteur pertinent pour l’attractivité d’un territoire. Afin d’illustrer cette particularité, nous mettrons en comparaison la région du Rhin supérieur avec les Pays de la Loire. Cette comparaison se justifie par le fait que les Pays de la Loire se situent dans le même ordre de grandeur que le Rhin supérieur. En effet, avec plus de 3,6 millions d’habitants, une superficie de 35 000 km², les Pays de la Loire est une région riche culturellement, active sur le plan économique est stable institutionnellement, similaire au Rhin supérieur et c’est pour cette raison que nous avons choisi de les mettre en comparaison directe. Mais ce qui nous intéressera le plus dans cette comparaison, sera de confronter l’attractivité d’une région uni-nationale (Pays de la Loire) et une région tri-nationale (Rhin supérieur), car c’est bien cela le centre de la problématique : est-ce que l’interculturalité du Rhin supérieur peut être considérée comme un avantage d’attractivité territoriale ? Là encore, nous appliquerons l’outil d’analyse économique que nous adapterons à chaque comparaison sachant que les critères de comparaison d’attractivité territoriale sont plus ou moins pertinents en fonction des régions comparées. Troisièmement, nous mènerons une étude exploratoire et qualitative auprès d’acteurs de la région du Rhin supérieur pour analyser leur perception de la spécificité interculturelle de notre région d’étude. Cette étude est indispensable, car pour qu’un critère d’attractivité soit pertinent, il faut d’abord qu’il soit perçu par les acteurs de ce territoire. A l’aide d’interview effectués avec des acteurs français, allemands et suisses nous auront plusieurs points de vues provenant de chaque membre du Rhin supérieur ce qui nous permettra de dresser un portait réaliste de la situation. Cette partie nous permettra de vérifier si les hypothèses soulevées dans ce travail sont vérifiées dans la pratique et si elles sont justifiables ou non.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 10 sur 93 I.Mesurer l’attractivité économique du Rhin supérieur Raisons de l’apparition d’une synergie économique Dans cette première partie nous voulons savoir comment une synergie économique peut-elle se mettre en place sur un territoire précis et à un moment donnée. Cette question, Paul Krugman se l’est posé dans ses différents travaux de recherches8 . En lisant les chiffres publiés par la « Région Métropolitaine Tri-nationale du Rhin supérieur » on se rend compte que notre région d’étude est particulièrement active sur le plan économique. Avec un produit intérieur brut (cumulé des trois régions composantes du Rhin supérieur) à 209 milliards d’euros en 2010, soit un PIB par habitant de 34 889€ pour la même année, le Rhin supérieur est un modèle d’activité économique. En étant au plein cœur de la « grande banane bleue » qui est la zone la plus active économiquement en Europe, le Rhin supérieur se fait une place dans cet espace de prospérité. Sa position géographique, au bord de l’axe fluvial du Rhin, lui permet de bénéficier d’un bon réseau routier, ferroviaire et fluviale. L’espace du Rhin supérieur présente ainsi une large palette d’activités à fort potentiel de croissance et dispose de nombreux réseaux d’entreprises formant des clusters prolifiques et mondialement connus, comme la BioValley dans le domaine des sciences de la vie. Ce dernier fait nous dirige vers les théories d’économie géographique qui nous permettront de justifier l’apparition d’une synergie économique et la création de clusters. Il existe, premièrement, des écrits sur les forces centrifuges et centripètes. La première force explique pourquoi les entreprises se dispersent dans l’espace et cherchent à se différencier pour éviter la concurrence et ainsi atteindre un plus grand marché. Mais de l’autre côté, Paul Krugman souligne un phénomène d’agglomération, autrement appelé « forces centripètes » qui rassemblent les acteurs sur un territoire favorable au développement économique. En premier lieu il y a la géographie physique poussant à s’installer le long d’un fleuve, prêt des matières premières et avec un climat favorable. Mais selon Krugman, ce ne sont que des éléments prépondérants faisant que la dynamique d’agglomération apparaît à un endroit donnée, à un instant précis. La géographie physique (ou naturelle) n’explique donc pas l’apparition d’une synergie économique, mais elle est un élément déclencheur. Cela est le cas dans le Rhin supérieur qui bénéficie d’une bonne situation géographique et climatique avec la présence du Rhin, cloîtré au milieu de chaînes montagneuses (Alpes, Vosges, Jura). Cette position géographique permet un climat clément et tout à fait favorable à l’installation des acteurs économiques. Sur ces bonnes bases, une dynamique d’agglomération peut avoir lieu (Krugman 1991)9 . Dans un premier temps, une entreprise va rechercher des rendements d’économies d’échelles internes, c’est-à-dire la proximité des grands 8 Publications scientifiques Paul Krugman, https://articulo.revues.org/791 consulté le 04.03.16 9 Krugman P (1991), « increasing Returns and Economic Geography », Journal of Political Economy, n°99, 483- 499
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 11 sur 93 marchés afin que les coûts de transports soient moins élevés. Ce premier critère est vérifié dans la région tri-nationale du Rhin supérieur compte tenu que nous nous trouvons au cœur de la mégalopole européenne qui est un très grand marché pour les entreprises voulant s’y implanter. Aussi, et c’est là un élément important dans notre recherche, en s’installant dans le Rhin supérieur, une entreprise est en contact directe avec six millions d’habitants ayant un pouvoir d’achat non négligeable. Nous soutenons cette affirmation en mettant en avant la grande proportion de séniors (+65 ans) qui représentent 17,9% de la population dans notre région d’étude. Et nous savons que cette catégorie de la population à un pouvoir d’achat supérieur aux générations plus jeunes. Le fait de vouloir bénéficier de rendements d’échelles internes va attirer un plus grand nombre d’entreprises sur un même territoire, ce sont des forces centripètes. La présence de ces entreprises va générer des économies d’échelles externes comme c’est le cas pour le Rhin supérieur. Une forte densité d’entreprises du même secteur (ex. : sciences de la vie – Rhin supérieur) augmente la production de l’ensemble du même secteur. Si la production augmente, alors les infrastructures concernées par ce secteur vont accroître leurs performances. C’est le cas pour les moyens de communications, les instituts de formations et les fournisseurs. La présence de ces deux économies d’échelles, internes et externes (forces centripètes), va générer une synergie économique, car si les entreprises voient un intérêt sur un territoire elles vont s’y implanter et faire fructifier leur production. Cela va créer de l’emploi et attirer des travailleurs. Sachant que les travailleurs sont aussi des consommateurs, on peut affirmer que ce processus augmente la demande et continue à faire croître le marché. Ce processus cumulatif d’agglomération, tirant profit d’économies d’échelles, fait naître une concentration d’activité dans un lieu donné, à un moment précis. C’est ainsi que nous voyons l’apparition de clusters (réseaux d’entreprises) qui participent à l’attractivité économique d’un territoire. Comme évoqué précédemment, le Rhin supérieur profite aussi d’une dynamique d’agglomération et a donné naissance à plusieurs clusters notamment dans le secteur des sciences de la vie. Notre région d’étude profite d’une géographie physique avantageuse relayée par des forces centripètes. En effet, les infrastructures de transports sont en place et bénéficient à toute entreprise faisant affaire sur le territoire. Que ce soit pour livrer ou recevoir des produits, les acteurs peuvent faire confiance aux alliances portuaires du Rhin supérieur, aux voies de chemins de fer, aux connections routières et à l’aéroport binationale de Bâle-Mulhouse. Ce facteur déterminant et attractif a permis à de grands groupes pharmaceutiques, tels que Novartis et Hofmann La Roche, d’y trouver domicile dès la deuxième partie du XXe siècle. Rapidement suivit par d’autres groupes internationaux (Eli Lilly, groupe américain implanté dans le Bas-Rhin en 1967), l’industrie pharmaceutique s’accroît et des infrastructures spécialisées dans ce secteurs commencent à voir le jour dans le Rhin supérieur. Après avoir vu le développement d’économies d’échelles internes, voilà que la région est propice à l’apparition d’économie d’échelle externe. Le secteur pharmaceutique et biotechnologique mûrit alors que deux hommes (Mr Endress et Mr Biner) commencent à concevoir une institution unissant tous les acteurs du même secteur pour créer un cluster : la BioValley. Cette coopération tri-nationale unit les régions transfrontalières dans le but de favoriser la recherche et le développement des biotechnologies. Ce travail a directement porté ses fruits puisque la région a atteint une renommée mondiale dans les années qui ont suivi cette initiative. Pour relayer ce succès, une agence de promotion du cluster BioValley en Europe a ouvert son siège à Illkirch-Graffenstaden (Alsace) en 199810 . Le cluster unit toutes les universités du Rhin supérieur, les entreprises dans le secteur, les 10 Agence de promotion du cluster BioValley en Europe depuis 1998. http://www.alsace-biovalley.com/fr/ consulté le 14/03/16
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 12 sur 93 hôpitaux et les instituts de recherche pour se concentrer sur la thématique des innovations thérapeutiques. En 2005, c’est un jour historique pour la coopération tri-nationale puisque la BioValley est labélisée « pôle à vocation mondiale ». Encore aujourd’hui l’industrie des sciences de la vie continue de profiter à la région puisque la BioValley a recensé 3 924 emplois, 73 entreprises créées et 502 projets de R&D collaboratifs labellisés depuis 2005 uniquement dans la région alsacienne11 . Facteurs et critères pour mesurer l’attractivité économique dans le Rhin supérieur Ici, nous présenterons d’abord les acteurs concernés par l’attractivité territoriale puis nous verrons quels critères permettent de mesurer l’attractivité économique. Ensuite, nous définirons les critères pertinents dans la comparaison de l’attractivité économique intra-Rhin supérieur. En effet, il y a deux enjeux prépondérants dans l’attractivité territoriale, le premier concerne l’attractivité résidentielle. Dans ce cas, un territoire fait valoir ses atouts pour attirer de nouveaux habitants. Les territoires cherchent alors à promouvoir leur patrimoine naturel et culturel tout en proposant une qualité de vie attractive pour retraités, familles, travailleurs, étudiants et touristes. Dans la même idée, les loisirs et les services jouent un rôle majeur dans le choix final des nouveaux résidents. Une agglomération dynamique avec des universités de hauts rangs vont attirer des étudiants et de nouveaux talents sur le territoire. Tandis qu’une région de littoral avec une grande offre culturelle saura séduire des retraités. C’est donc le défis d’une région de trouver un équilibre entre tous les facteurs décisionnels pour attirer une plus grande variété de résidents. D’un autre côté, un territoire est aussi jugé attractif en fonction de critères productifs. C’est là, la capacité à attirer des activités nouvelles et des facteurs de production12 . Dans la même idée que cette rédaction, la Commission européenne a publié une liste de onze facteurs regroupés sous trois piliers, déterminant et indiquant le niveau de la compétitivité régionale. Cet outil nous servira comme base et nous l’utiliserons pour déterminer les critères d’attractivité territoriale pertinents dans la comparaison des trois régions nationales qui forment le Rhin supérieur. Le document publié par la Commission européenne13 classifie onze critères, qui forment l’attractivité, sous trois piliers : 11 http://www.alsace-biovalley.com/fr/qui-sommes-nous/ consulté dernièrement le 14/03/16 12 Définition de l’INSEE dans le rapport « Attirer des emplois, mais pas seulement » Catherine Sourd, DR Midi-Pyrénées, pôle Études économiques régionales. N° 1416 - octobre 2012 13 European Union / Regional Policy, Working paper n°02/2011
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 13 sur 93 Ce qui fait la particularité de notre analyse, c’est que nous voulons mesurer l’attractivité des trois pays formant le Rhin supérieur. Il est donc pour nous important de mettre en avant les critères significatifs et spécifiques à cette région. C’est pourquoi nous avons reformulé le tableau de la Commission européenne ci-dessus en l’adaptant directement au Rhin supérieur dans le Tableau A qui suit :
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 14 sur 93 Tableau A : critères pertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur (Allemagne – Suisse – France) N° Critère de la Commission Européenne Reformulation Unité de mesure 1 Taille du marché Taille du marché PIB/Habitant 2 Taille du marché Taille du marché Croissance du PIB 3 Efficacité du marché du travail Coût de la main d’œuvre Salaire horaire moyen (net) 4 Efficacité du marché du travail Efficacité du marché du travail Taux d’activité par rapport au taux de chômage 5 Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires Dynamisme et économie internationale Nombre de créations d’entreprises 6 Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires Dynamisme et économie internationale Investissement directe à l’étranger (reçu) 7 Stabilité Macro-économique Taux d’imposition (entreprises) Taux d’imposition (entreprises) 8 Stabilité Macro-économique Dette publique Dette publique (en pourcentage du PIB) En ce qui concerne la comparaison intra-Rhin supérieur, il a fallu distinguer les facteurs mobiles et immobiles. En effet, certains critères de l’attractivité territoriale ne seront pas pris en compte dans notre analyse du Rhin supérieur, car ces derniers sont mobiles et franchissent aisément les frontières. Dans le paragraphe suivant nous expliquerons pourquoi nous avons choisi chacun des critères, et enfin, nous justifierons l’absence de critères qui auraient pu être important mais dont nous avons préféré nous en passer. En premier lieu, nous avons choisi de mettre en avant la taille du marché comme étant un critère absolument indispensable dans la comparaison de l’attractivité territoriale. Nous sommes, dans le Rhin supérieur, face à trois systèmes économiques, politiques et sociétaux différents. Il est donc utile de prendre en compte le produit intérieur brut par habitant et le produit intérieur brut comme indicateur de niveau de vie. Nous savons que le PIB/habitant permet de rendre compte de l’activité économique d’un territoire ainsi que le niveau de vie et de consommation des ménages. De plus, le taux de croissance du PIB est un indicateur économique permettant de quantifier l’activité économique d’un territoire sur une période donnée. Nous choisissons de comptabiliser ces deux indicateurs dans la comparaison intra-Rhin supérieur, car bien que proche géographiquement, il y a des disparités considérables concernant les niveaux de vie dans la région. D’ailleurs, nous pouvons affirmer que ces deux indicateurs en question (PIB/ habitant et croissance du PIB) sont immobiles et propres à chaque pays. Ils permettent de visualiser la taille et la santé du marché ce qui est absolument indispensable dans la prise de décision des dirigeants d’entreprises souhaitant s’installer dans un territoire donnée. Dans la même optique, nous avons décidé que le marché du travail fait partie des critères décisionnels inévitables. Que ce soit pour de nouveaux résidents ou pour l’implantation d’entreprises, chacun veut connaître le salaire qu’il peut avoir (ou le prix à payer pour recruter du personnel). Nous comparerons le coût de la main d’œuvre en France, Allemagne et en Suisse dans le but d’apporter une information capitale par rapport à l’attractivité d’un territoire par rapport à un autre. Cet indicateur à sa place dans notre comparaison, car il existe des disparités
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 15 sur 93 significatives entre les régions du Rhin supérieur ainsi nous définirons le coût de la main d’œuvre comme étant un facteur immobile. En effet, il n’est pas possible de rémunérer un employé au tarif français alors qu’il travaille en Suisse. Le coût de la main d’œuvre est propre à la régulation appliquée sur chaque territoire. Le quatrième critère de mesure concerne lui aussi le marché du travail. En effet, un territoire est aussi jugé attractif en fonction de l’efficacité de ce marché. Afin d’être au plus proche de la réalité nous voudrions présenter le dynamisme de la région en mesurant le rapport entre le taux d’activité et le taux de chômage. En effet, nous aurions pu nous contenter de comparer les différents taux de chômages, mais sachant que les marchés du travail sont divergents entre la France, la Suisse et l’Allemagne il vaut mieux mettre ce taux en rapport avec le taux d’activité pour gagner en précision. Ensuite, nous avons vu que la Commission européenne attache de l’importance à l’innovation et au degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires. Dans ce sens-là, il y a de nombreux éléments permettant de mesurer ce critère d’attractivité territoriale. Cependant, à notre niveau, nous décidons de mesurer ce facteur avec deux éléments. D’une part nous évaluerons le nombre de création d’entreprise sur un territoire sur une période donnée. D’autre part nous mettrons l’accent sur l’investissement direct étranger (IDE) reçu sur le territoire. Encore une fois, ces deux indicateurs reflètent la santé économique du territoire. La création d’entreprise peut être synonyme d’aides apportées aux entreprises désirants s’implanter dans la région. Et les IDE reçus peuvent nous indiquer si la région est perçue comme attractive par d’autres investisseurs dans le monde. Enfin, nous savons que la stabilité macro-économique joue un rôle central dans l’attractivité d’un territoire aux yeux des entreprises et des résidents. Là encore nous décidons de mesurer un facteur immobile et propre à chaque territoire afin de mieux comprendre les différences intra Rhin supérieur. Chaque région du Rhin supérieur à son propre système d’imposition et nous voulons utiliser ce chiffre dans la comparaison puisqu’il est déterminant pour les acteurs en question. Dans cette optique nous nous contenterons de comparer les taux d’impositions sur les sociétés comme étant déterminant pour l’implantation d’une entreprise. Puis il y a une dernière unité de mesure pouvant départager les trois zones du Rhin supérieur. C’est la stabilité macro-économique mesuré par la dette publique. Cet indicateur peut être révélateur de la conjoncture à venir. Si la dette est grande, alors les entreprises peuvent anticiper une augmentation des impôts pour compenser cette dette. C’est donc un indicateur prévisionnel. D’un autre côté, il existe d’innombrable facteurs décisionnels et critères pertinents pour mesurer l’attractivité d’un territoire. Nous avons sélectionné ces huit critères (détaillés ci-dessus) car nous pensons qu’ils sont les plus important. Lorsqu’un acteur (résidents, travailleurs, entreprises) choisit de s’installer dans le Rhin supérieur, nous savons qu’il a le choix entre trois régions distinctes avec chacune ses particularités. Bien que le Rhin supérieur forme une coopération étroite, il existe une concurrence intra-Rhin supérieur. Cette concurrence au niveau de l’attractivité résidentielle et productive peut être jugée et mesurée au travers des différents critères que nous avons définis. Cependant nous avons aussi mis de côté des critères jugés impertinents pour la comparaison intra- Rhin supérieur. D’une manière générale, les facteurs mobiles ne sont pas à prendre en compte dans cette étude. La région du Rhin supérieur étant resserrée sur elle-même, certains facteurs transitent facilement d’un pays à l’autre sans freins significatifs. C’est le cas pour la qualité de la main d’œuvre. La région compte plus de 90 000 frontaliers qui prouvent que la main d’œuvre est très mobile. En outre, les infrastructures de transports perdent en pertinence dans cette comparaison. La grande majorité des axes de transports sont relier entre eux, et sont à cheval sur les trois frontières. Les résultats obtenus seront donc similaires et ne montreront pas de différence apparente entre le Baden Württemberg, le Palatinat, l’Alsace et le Norwestschweiz. En outre, la qualité des clusters est
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 16 sur 93 aussi considérée comme mobile dans la région du Rhin supérieur. En effet, la majorité des réseaux d’entreprises sont à cheval sur les trois frontières et un cluster d’entreprises regroupe des entreprises issues de chaque coin de la région sans tenir compte de leur pays d’origine. Pour mesurer l’attractivité économique au sein du Rhin supérieur nous avons donc mis en avant huit critères immobiles, propres à chaque territoire et absolument indispensable à la comparaison des trois parties de la région d’étude. Mais ce qui est nécessaire dans ce travail, c’est de comprendre comment les éléments de l’attractivité s’articulent entre eux. On ne peut pas déterminer quelle région à un avantage par rapport à son concurrent en ne mentionnant qu’un seul de nos critères. Il faut prendre en considération chaque élément afin d’avoir une vue d’ensemble juste et révélatrice. Aussi, nous voulons comparer trois régions proches géographiquement et en constante coopération sur différents niveaux tels que les transports, une partie du système éducatif et universitaire et autres. C’est pourquoi il a fallu scinder deux types de facteurs : les facteurs mobiles et ceux qui sont immobiles. Maintenant que nous avons préparé les critères pertinents à la comparaison intra-Rhin supérieur, nous allons les mettre en application afin de visualiser la concurrence entre la France (Alsace), l’Allemagne (Baden-Württemberg et Palatinat) et la Suisse (Nordwestschweiz). Comparaison de l’attractivité territoriale entre les régions du Rhin supérieur A présent, nous allons mettre les trois pays du Rhin supérieur l’une en face de l’autre dans le but de comparer l’attractivité territoriale de chacune. Nous allons tout d’abord décrire un certain nombre d’avantages et inconvénients pour chaque région. Puis nous ferons une application chiffrée des critères pertinents à la comparaison de l’attractivité intra-Rhin supérieur. Ces critères, nous les avons définis précédemment et nous pourrions les mettre en forme à l’aide d’un outil d’analyse économique élaboré pour ce travail. A l’aide des huit critères et de façon générale, nous allons maintenant voir les points forts et les faiblesses de chaque pays du Rhin supérieur. Pour cette partie nous n’utiliserons qu’une seule base de données pour appuyer nos arguments avec des chiffres14 . Selon la source, l’index « Better Life » proposée par l’OCDE, il semblerait que la France soit largement en retard en ce qui concerne l’emploi et les perspectives d’avenir professionnels. L’Allemagne et la Suisse sont, quant à eux, largement plus compétitifs sur ce plan avec respectivement 73% et 80% de taux d’emploi15 , contre 64% en France. Cette tendance est retrouvée au niveau des revenus disponibles des ménages, alors que la France affiche 28 799USD sur l’année 2008, l’Allemagne et la Suisse sont à nouveau loin devant avec un avantage certain pour les helvétiques qui présente un montant moyen, après impôts, d’un ménage par an à 33 491USD. D’un autre côté, les pays germaniques (Suisse et Allemagne) payent leurs logements beaucoup plus chère que les français. L’autre avantage français se situe sur le niveau d’études supérieures. Bien évidemment, les systèmes universitaires et les attentes des entreprises sont différents selon les pays. Néanmoins, 44% des 25-34 ans sont diplômés d’études supérieurs en France, contre 43,3% en Suisse et seulement 30% du côté allemand. En revanche, l’avantage de l’Allemagne se situe incontestablement sur la qualité de l’environnement. L’arrivée du Parti écologiste à la Mairie de Freiburg, dans le Baden-Württemberg à révolution la vie des locaux depuis 14 https://data.oecd.org/fr dernièrement consulté le 22/03/2016 15 Selon l’OCDE, taux d’emploi : « pourcentage de la population de 15 à 64 ans, qui déclare avoir eu un travail rémunéré au cours de la semaine précédente. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 17 sur 93 trente ans maintenant. Ainsi, leur réélection récente ne peut que ravir davantage les habitants frontaliers allemands. Même si la Suisse affirme utiliser plus d’énergies renouvelables que l’Allemagne (20,5% contre 10,7%), il faut rationaliser ce pourcentage sachant que l’Allemagne est beaucoup plus grande que la Suisse. Toutefois, la population allemande attribue un 8.8/10 à la qualité de son environnement, alors que les suisses l’évaluent à 8,4/10, les deux étant loin devant le France dont les habitants évaluent la qualité de l’environnement à 7,4/10. Pour finir, une étude du cabinet de consultation Mercer a comparé les systèmes de retraite européens en 2014 et selon cette enquête, la Suisse propose un des systèmes de retraite les plus attractifs en Europe alors que la France est loin derrière. Et même si l’Allemagne semble être plus attirante que la France dans ce domaine, elle est loin de ce que propose la Suisse. Cette description nous le prouve, il existe des avantages dans chaque pays du Rhin supérieur, mais aussi des faiblesses propres à chacun. Lorsqu’un acteur décide de s’implanter dans la bande Rhénane, il choisira de s’installer dans le pays qui correspond le plus à ses attentes. Mais afin de chiffrer et de visualiser les avantages et faiblesse des zones du Rhin supérieur, nous allons maintenant donner forme à l’outil d’analyse économique conçu pour ce travail de comparaison. Cet outil permettra à des dirigeants d’entreprises et à des potentiels résidents de visualiser rapidement les avantages et désavantages d’une région en ayant la possibilité de mettre cette dernière en comparaison avec d’autres territoires. Dans un premier temps nous avons sélectionné les huit critères pertinents à la comparaison intra-Rhin supérieur que voici : - (1) Taille du marché, indicateur : PIB/Habitant - (2) Taille du marché, indicateur : croissance du PIB - (3) Coût de la main d’œuvre, indicateur : salaire horaire moyen net - (4) Efficacité du marché du travail, indicateur : taux d’activité par rapport au taux de chômage - (5) Dynamisme et économie, indicateur : Nombre de créations d’entreprises - (6) Dynamisme et économie, indicateur : Flux d’IDE reçus - (7) Stabilité macro-économique, indicateur : taux d’imposition sur les sociétés - (8) Stabilité macro-économique : Dette publique (en pourcentage du PIB) L’outil économique a la forme d’un cercle avec les huit critères d’attractivités placés sur l’extrémité de ce dernier. Chaque critère est relié au centre du cercle par un segment qui correspond à une échelle adaptée au critère en question. L’échelle est découpée en cinq niveaux (description détaillée et imagée en annexe 2, Cahier des Charges). Mais avant de visualiser l’outil d’analyse économique, nous devons faire le détail des chiffres et des indicateurs :
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 18 sur 93 Tableau B : Application chiffrée de la France, Alsace (selon les huit indicateurs) Critère Indicateur Données Référence échelle (outil d’analyse économique) 1 Taille du marché PIB/Habitant (2015) 39 357 USD/Habitant Niveau 3 2 Taille du marché Croissance du PIB (2015) 1,07% Niveau 3 3 Coût de la main d’œuvre Salaire horaire moyen net (2013) 14,64€ Niveau 1 4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport au taux de chômage 5,4% Niveau 1 5 Dynamisme et économie Nombre de créations d’entreprises 550 733 (en 2014) Niveau 4 6 Dynamisme et économie Flux d’IDE reçus (2013) 4 875 millions USD Niveau 1 7 Stabilité macro-économique taux d’imposition moyen sur les sociétés 38% Niveau 1 8 Stabilité macro-économique Dette publique (en pourcentage du PIB) 93,5% (2013) Niveau 1 Graphique 1 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la France
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 19 sur 93 Tableau C : Application chiffrée de l’Allemagne, Baden-Württemberg & Palatinat (selon les huit indicateurs) Critère Indicateur Données Référence échelle (outil d’analyse économique) 1 Taille du marché PIB/Habitant (2015) 47 308 USD/Habitant Niveau 4 2 Taille du marché Croissance du PIB (2015) 1,52% Niveau 4 3 Coût de la main d’œuvre Salaire horaire moyen net 21,23€ Niveau 3 4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport au taux de chômage 12,06% Niveau 4 5 Dynamisme et économie Nombre de créations d’entreprises 615 600 (en 2014) Niveau 4 6 Dynamisme et économie Flux d’IDE reçus (2013) 26 716 millions USD Niveau 5 7 Stabilité macro-économique taux d’imposition moyen sur les sociétés 29,65% Niveau 2 8 Stabilité macro-économique Dette publique (en pourcentage du PIB) 78,4% (2013) Niveau 2 Graphique 2 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour l’Allemagne
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 20 sur 93 Tableau D : Application chiffrée de la Suisse, Nordwestschweiz (selon les huit indicateurs) Critère Indicateur Données Référence échelle (outil d’analyse économique) 1 Taille du marché PIB/Habitant 59 536 USD/Habitant Niveau 5 2 Taille du marché Croissance du PIB (2015) 0,74% Niveau 2 3 Coût de la main d’œuvre Salaire horaire moyen net 43,3€ (convertis du CHF vers €, 24/03/2016) Niveau 5 4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport au taux de chômage 14,3% Niveau 4 5 Dynamisme et économie Nombre de créations d’entreprises 12 440 (en 2013) Niveau 1 6 Dynamisme et économie Flux d’IDE reçus (2013) -5 252 millions USD Niveau 0 7 Stabilité macro-économique taux d’imposition moyen sur les sociétés 18% Niveau 3 8 Stabilité macro-économique Dette publique (en pourcentage du PIB) 34,6% (2013) Niveau 4 Graphique 3 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la Suisse
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 21 sur 93 Ces représentations graphiques sont la preuve qu’il existe bel et bien des disparités dans le Rhin supérieur. Alors que la Suisse et l’Allemagne disposent d’une population très active, la France se caractérise par un marché du travail particulièrement faible. D’une façon générale on sait que la France fait partie des « mauvais élèves » sur le plan économique et cet outil d’analyse nous le prouve encore une fois. D’un autre côté, on voit que la Suisse a une économie en bonne santé à l’image du PIB/habitant qui atteint le niveau 5 (maximum) sur notre échelle. Et même si la dette publique est élevée, la conjoncture y est plus attractive et à un plus bel avenir que celle de la France. C’est pourquoi les dirigeants d’entreprises auraient tendance à éviter l’Alsace pour implanter leurs entreprises, au profit de l’Allemagne et de la Suisse. Regardons à quoi ressemble la concurrence intra-Rhin supérieur à l’aide de l’outil d’analyse économique : Graphique 4 : Comparaison des régions intra-Rhin supérieur Visuellement c’est encore plus frappant. Mais notez que ce fait n’a pas toujours été le cas dans le Rhin supérieur. En effet ce n’est qu’à partir du début des années 2000 que les chiffres du chômage alsaciens rejoignent la moyenne nationale. C’est avant cette date que de grands groupes internationaux comme General Motors, Sony, Sharp et Ricoh venaient s’implanter dans la région alsacienne qui avoisinait les chiffres du plein-emploi. La tendance actuelle est tout autre pour l’Alsace, mais le Rhin supérieur à deux autres régions compétitives dans l’économie internationale : Baden-Württemberg et Nordwestschweiz. Ces deux sous-régions du Rhin supérieurs se caractérisent par une qualité de vie particulièrement bonne. Le PIB/habitant y est élevé et on y gagne bien sa vie. C’est d’ailleurs pour cela que de nombreux alsaciens choisissent de franchir la frontière du Rhin pour faire carrière en Allemagne ou de préférence en Suisse. Est-ce peut-être là, la vraie force du Rhin supérieur : tirer profit des avantages de chaque région ? La particularité du Rhin supérieur réside dans la proximité géographique avec trois systèmes économiques différents. Le graphique comparant les qualités de chaque pays ci-dessus nous apprend que chaque système présente des avantages spécifiques. En prenant cela en compte, un résident-travailleur pourra se permettre de vivre en France pour bénéficier d’un logement moins cher qu’en Suisse ou en Allemagne. En
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 22 sur 93 revanche, ce même résident alsacien à la possibilité de bénéficier de salaire beaucoup plus élevé qu’en France s’il fait carrière en Suisse. Nous l’avons vu dans les chiffres, un salarié en Suisse gagne au moins 3 fois plus qu’en France (en moyenne). Des exemples de ce type, il en existe beaucoup. Voici un autre exemple : on aperçoit des spécialisations différentes dans chaque région du Rhin supérieur. Le Baden-Württemberg est réputé pour sa maîtrise des nouvelles technologies, notamment dans le bassin de Karlsruhe avec l’institut de technologie. Dans cette même région, Freiburg se distingue par sa capacité à produire des énergies nouvelles. Le tissu industriel Allemand est, de façon générale, performant et permet contribue un taux de croissance du PIB à 1,52% en 2015. De l’autre côté de la frontière, il y a la Suisse avec le bassin de Bâle qui est mondialement connu pour ses performances dans la recherche et le développement des sciences de la vie. C’est un domaine qui ne fait que croître et qui est vrai semblablement à l’abri de toutes crises. Ces spécialisations différentes permettent à chacun d’exceller dans un ou plusieurs domaines sans subir de concurrence dans le pays voisin. Et l’Alsace dans tout ça ? La région frontalière française profite de la bonne santé économique de ses voisins. Bien que les politiques industrielles françaises n’aient pas profité à l’Alsace, il semblerait que la croissance allemande et le succès suisse soufflent dans les voiles alsaciennes et continuent de faire avancer cette région. En effet, ces dernières années nous avons vu naître un tissue de PME très bien connecté en Alsace. L’ « Alsace BioValley » relie un grand nombre de chercheurs, d’instituts et de PME alsacienne aux grands groupes pharmaceutiques et biotechniques bâlois. L’observatoire de la CCI16 affirme que 42,2% du chiffre d’affaires des exports alsaciens provient de l’activité des PME. Autrement dit, les acteurs alsaciens profitent de la présence de grands groupes internationaux en Suisse pour prendre part à l’économie des sciences de la vie. Pareillement, alors que le Baden-Württemberg est aussi considéré comme « Le Land de l’Automobile17 », l’Alsace voisine cherche à maintenir un nouveau élevé d’échanges commerciaux avec l’Allemagne grâce notamment à l’industrie automobile. Au final, dans cette région où les cultures se mélangent, on peut dire que chacun tire profit des avantages chez les voisins et que la croissance de l’un, fait le bonheur de l’autre. C’est en cela que l’interculturalité du Rhin supérieur est une force et nous allons maintenant, de façon chiffrée, tenter de vérifier cet argument. 16 L’enquête Export de la Cci de Région Alsace. Publié dans la revue Point éco Alsace, n°19 Janvier/Février 2016 17 http://www.automotive-bw.de/ plateforme recensant le marché et l’industrie automobile dans le Baden- Württemberg. Consulté dernièrement le 24/03/2016
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 23 sur 93 II.Intégration du facteur différenciateur : l’interculturalité Nous avons vu que la vie dans le Rhin supérieur ouvre à de nombreux avantages grâce à la diversité des systèmes intra-Rhin supérieur. Un employeur a accès à une large palette de main d’œuvre, qualifiée dans différents domaines selon le lieu de formation. Un allemand aura été enseigné par le savoir-faire local dans les secteurs industriels et un français bénéficie de formations attractives dans le domaine de l’hôtellerie, par exemple. Les deux individus ont d’ailleurs aussi eu la possibilité d’accaparer des compétences interculturelles et linguistiques en suivant des formations en apprentissages dans le pays voisin. Pour l’année scolaire 2015/2016 il y a eu 27 contrats d’apprentissage transfrontaliers signés entre le CFA et la CCI de Région Alsace et des entreprises Allemandes18 . Cette richesse interculturelle et tri-nationale s’étend aussi dans le milieu des affaires où une entreprise alsacienne peut vendre ses produits sur le territoire français mais aussi sur les marchés suisses et allemands. L’Allemagne est d’ailleurs le premier partenaire commercial de l’Alsace. Les chiffres des ventes alsaciennes ne font qu’augmenter (+1,3% en 2014) en assurant sa place de cinquième région exportatrice de France. Ces faits et chiffres nous permettent de formuler l’hypothèse suivante : l’interculturalité et l’aspect tri-national du territoire profitent à tous les acteurs du Rhin supérieur. Par le terme « interculturalité » nous entendons le fait que les habitants de différentes origines sont mis en relation dans le cadre du travail, des études et de la vie en général. L’aspect tri-national signifie aussi que trois systèmes économiques et politiques s’appliquent chacun sur leur territoire mais peuvent profiter au marché du pays voisin grâce à l’ouverture des frontières et aux coopérations bi- et tri-nationales existantes. Nous voulons donc savoir, si cette diversité des cultures et des systèmes sont des avantages pour l’économie du Rhin supérieur. Pour cela, nous mettrons la région tri-nationale en comparaison avec une région uni-nationale, n’ayant par définition pas cet aspect interculturel ou tri-national. Pour cette comparaison nous avons choisi la région des Pays de la Loire, car elle fait partie des régions françaises en bonne santé économique, avec un chômage moins élevé que la moyenne nationale et une croissance du PIB à 1,2% entre 2012 et 2013. Ces bons chiffres sont accompagnés d’une légère hausse dans les secteurs de l’industrie et de la construction. Selon l’Observatoire Régional économique et social19 la consommation des ménages connait une croissance positive et il en va de même pour l’investissement des entreprises. L’économie des Pays de la Loire et du Rhin supérieur ont du potentiel et sont en croissance. Cependant, alors que le Rhin supérieur est à cheval sur trois pays, la région des Pays de la Loire est une région uni-nationale sans frontières avec l’international. C’est pourquoi nous traiterons premièrement de la particularité du territoire tri-nationale, puis nous ferons une comparaison de l’attractivité territoriale des deux régions. 18 Article « Apprentissage transfrontalier, débouchés assurés », par Mélanie Jehl dans la revue Point éco Alsace, n°19 Janvier/Février 2016 19 Synthèse mensuelle de la conjoncture régionale par l’ORES, N°70 – Février 2016 (Pays de la Loire)
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 24 sur 93 Particularité du territoire tri-nationale, Rhin supérieur : programme INTERREG La première grande distinction entre une région tri-nationale et une région uni-nationale s’observe au niveau des fonds de financements. Le Rhin supérieur à cette particularité de bénéficier du programme INTERREG ayant pour objectif de promouvoir la coopération entre les régions européennes. Le programme est adapté à toutes les régions membres du programme :  INTERREG A : Coopération transfrontalière (développement régional intégré entre régions frontalières) :  INTERREG B : Coopération transnationale (constitution de grands groupes de régions européennes)  INTERREG C : Coopération interrégionale (échange d'informations et partage d'expériences) L’objectif de la coopération territoriale européenne20 est de mettre en réseaux les acteurs de part et d’autre des frontières et de réduire les effets négatifs des frontières. Cette idée s’installe dans la politique de cohésion de l’union européenne et est financé par le Fonds européen de développement régional (FEDER) et exceptionnellement par les Cantons du Nord-Ouest de la Suisse dans le cas du projet INTERREG Rhin supérieur afin de permettre aux trois pays membres du territoire tri-national de profiter des fonds. L’Union européenne a officialisé deux grandes lignes pour la période 2014-2020 sous la « Stratégie Europe 2020 » : - Investissement pour la croissance et l’emploi - Coopération Territoriale Européenne Pour la coopération inter-régionale et tri-nationale, le fond INTERREG V (qui correspond à la période 2014-2020) bénéficie d’un budget s’élevant à hauteur de 8 948,26 millions d’euros incluant les 9,2 millions de Francs Suisse mis à disposition par la Confédération helvétique pour cofinancer des projets. Nous tenions à décrire ce programme car il est un atout majeur du Rhin supérieur par rapport à une région qui n’en bénéficie pas. Il faut savoir que la région tri-nationale bénéficie de ce fonds de financement uniquement grâce à son caractère tri-national et sa spécificité interculturelle que l’Union européenne cherche tant à promouvoir. Cela fait depuis 1989 que le Rhin supérieur bénéficie de ce programme qui est à son neuvième exemplaire (INTERREG V). Et ce qui fait la force de cette initiative, c’est qu’elle ne se limite pas à un domaine spécifique. Que ce soit pour la recherche et l’innovation, l’aménagement du territoire, le tourisme, la culture ou la formation et l’emploi, tous les projets transfrontaliers peuvent bénéficier de cette source d’investissement non négligeable. De nombreuses initiatives ont vu le jour depuis 1989, notamment dans le cadre de l’enseignement et de la formation à l’image du système EUCOR qui soutient la mobilité des 20 Pour plus d’informations sur le programme INTERREG Rhin supérieur : consulté le site web http://www.interreg-rhin-sup.eu/ dernièrement consulté le 30/03/2016
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 25 sur 93 étudiants et des enseignants dans la région en question. Mais aussi un grand nombre de formations bi- et tri-nationales dans le domaine du bâtiment (cursus tri-nationale en bâtiment, travaux publics et environnement) par exemple. Il a aussi été question de mettre en place une formation linguistique franco-allemand des gendarmes et des policiers afin d’optimiser la coopération policière (INTERREG III et INTERREG III Pamina). On ressent réellement une coopération très active dans le domaine de la formation et cela a permis et permet encore de former une main d’œuvre qualifié linguistiquement et apte à travailler dans un cadre bi- voir tri- nationale. C’est aussi un atout majeur pour l’investissement des entreprises. Ce programme donne une impulsion sans précédent à de nombreux projets d’entreprenariat et d’économie. Le programme INTERREG IV (2007-2013) a financé un projet transfrontalier visant à améliorer les performances économiques des exploitations biologiques du Rhin supérieur. Un autre projet était la création d’un réseau tri-national sur l’énergie dans la région métropolitaine du Rhin supérieur. Le coût global du projet était de 868 405€ et financé à plus de 40% par le programme INTERREG. Bien entendu, nous venons de citer quelques projets dans toute la liste des actions transfrontalières menées depuis la mise en place de ce fond de financement. En ce qui concerne le programme précédent, INTERREG IV, le Fonds européen de développement régional (FEDER) a cofinancé autour de 115 projets impliquant la participation d’environ 500 institutions françaises, allemandes et suisses. Les investissements dans les projets transfrontaliers ont représenté un volume total de 140 millions d’euros sur la période 2007-2013, ce qui a aussi permis la création de plus de 300 emplois. Selon les sources21 la thématique la plus concernée par le programme INTERREG IV était la recherche et l’innovation dont 32 projets ont bénéficiés des finances mis à disposition à hauteur de 25,4 millions d’euros. Comprenons bien que ce programme est un réel facteur d’attractivité pour des entreprises et des professionnels dans tous les domaines. Le fait de bénéficier de ces fonds dynamise l’économie du territoire tri-nationale et c’est une réelle richesse du Rhin supérieur qui ne se retrouve pas dans une région uni-nationale telle que nous allons le voir dans la comparaison suivante. 21 Rapport INTERREG IV Rhin supérieur 2007-2013 à l’heure du Bilan, par Interreg Rhin supérieur
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 26 sur 93 Facteurs et critères pour comparer l’attractivité d’un territoire uni-national avec un territoire tri-national Maintenant que nous voulons comparer l’attractivité territoriale entre les Pays de la Loire et le Rhin supérieur, nous devons prendre en compte le fait que nous confrontons deux régions de natures différentes. A l’inverse de la première comparaison, nous voulons étudier une région tri-nationale avec une région uni-nationale qui n’est pas en contacte directe vu qu’il n’y a pas de frontières voisines entre elles. C’est pourquoi nous ne pouvons pas produire une comparaison avec les mêmes critères que dans l’étude précédente. Pour cette analyse nous allons considérer le Rhin supérieur comme étant la « Région Métropolitaine Tri-nationale », ainsi nous allons unifier les chiffres franco- germano-suisse pour cette comparaison. Ces chiffres pourront alors être réutilisés dans notre outil d’analyse économique que nous allons adapter à cette étude. Tout d’abord, nous allons redéfinir huit critères essentiels et pertinents pour comparer la région uni-nationale des Pays de la Loire et la région tri-nationale du Rhin supérieur. L’analyse nous permettra de comparer la qualité de vie moyenne dans les deux régions avec l’indicateur du PIB/habitant. L’indicateur évoqué nous donnera aussi un aperçu de la taille du marché et dans cette même optique, nous indiquerons la croissance du PIB pour exprimer la santé économique des deux éléments de comparaison. Un autre facteur d’attractivité territoriale est la qualité de la main d’œuvre présente localement. Alors que ce facteur est relativement mobile au sein du Rhin supérieur et donc, moins révélateur pour la première comparaison intra-Rhin supérieur, il devient pertinent et déterminant pour la comparaison entre deux région éloignées l’une de l’autre. La main d’œuvre est alors considérée comme un facteur immobile et propre à chaque région dans cette analyse. A ce même titre, l’efficacité du marché du travail reste un critère de comparaison ici. Pour montrer le rapport à l’internationale des deux régions, ainsi que leur capacité faire du commerce avec l’internationale, nous analyserons les exportations réalisées sur une année. Nous voudrions aussi comparer le degré de maturité des entreprises et du monde des affaires et, à cet effet, la Commission européenne estime que la valeur ajoutée de l’économie régionale est un indicateur révélateur. Cela révèle l’importance et la solidité des secteurs d’activités au sein d’une région. Ce qui est aussi déterminant pour des résidents ou des dirigeants d’entreprises, c’est l’accessibilité et les réseaux de transports du territoire en question. Pour définir le développement d’une région dans ce domaine nous avons mis en place l’échelle suivante : Tableau E : Echelle de mesure pour « Transport et accessibilité » Critère Niveau Echelle Transport et accessibilité Niveau 5 + aéroport et port internationale Niveau 4 + aéroport et port nationale Niveau 3 + réseaux ferroviaire rapide (TGV) Niveau 2 + réseaux ferroviaire Niveau 1 Réseaux routier Niveau 0 Aucun réseau de transport (Détail des différentes échelles dans l’annexe 2, Cahier des Charges)
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 27 sur 93 Il nous reste un huitième et dernier critère de comparaison d’attractivité territoriale à citer : les dépenses en recherche et développement. Nous sommes dans une époque où les entreprises cherchent constamment à innover pour améliorer la qualité de vie et les processus de travaux dans les entreprises. C’est donc intéressant pour un dirigeant d’entreprise de savoir qu’elle est la politique régionale dans la matière. Voici le résumé des huit critères : - (1) Taille du marché, indicateur : PIB/Habitant - (2) Taille du marché, indicateur : croissance du PIB - (3) Education et qualité de la main d’œuvre, indicateur : Nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur - (4) Efficacité du marché du travail, indicateur : taux d’activité par rapport au taux de chômage - (5) Degré de maturité des entreprises, indicateur : valeur ajoutée de l’économie régionale - (6) Degré de maturité des entreprises, indicateur : Total d’exportations sur une année - (7) Infrastructures, indicateur : Importance des réseaux de transport et accessibilité du territoire - (8) Innovation, indicateur : part des dépenses en R&D dans le PIB Maintenant que les critères pour la comparaison de l’attractivité territoriale sont fixés, nous pouvons les mettre en application dans l’outil d’analyse économique. Comparaison entre les Pays de la Loire et le Rhin supérieur Pour avoir des chiffres unifiés et représentatifs de la région tri-nationale du Rhin supérieur nous utilisons les données de l’enquête de la Conférence Franco-Germano-Suisse du Rhin supérieur dans la brochure « Faits et Chiffres 2014 ».
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 28 sur 93 Tableau F : Application chiffrée de la région tri-nationale, Rhin supérieur (selon les huit indicateurs) Critère Indicateur Données Référence échelle (outil d’analyse économique) 1 Taille du marché PIB/Habitant 38 946,71 USD (2010) Niveau 3 2 Taille du marché Croissance du PIB 1,25% (2012) Niveau 3 3 Qualité de la main d’œuvre Nombre d’étudiants dans l’enseignement 199 100 Niveau 5 4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport au taux de chômage 17,54% Niveau 5 5 Dynamisme et économie Valeur ajoutée de l’économie régionale 214,4 millions d’euros Niveau 5 6 Dynamisme et économie Total d’exportations sur une année 25,9 milliards d’euros (2012) Niveau 4 7 Infrastructures Importance des réseaux de transport et accessibilité du territoire Remplis tous les critères Niveau 5 8 Innovation part des dépenses en R&D dans le PIB 5,1% Baden Württemberg + 1,58% Palatinat +1,7% Alsace + 2,2% NordWestSchweiz Moyenne 2010 : 3,5% Niveau 5 Graphique 5 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour le Rhin supérieur
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 29 sur 93 Tableau G : Application chiffrée de la région uni-nationale, Pays de la Loire (selon les huit indicateurs) Critère Indicateur Données Référence échelle (outil d’analyse économique) 1 Taille du marché PIB/Habitant 28 473,76 USD (2010) Niveau 2 2 Taille du marché Croissance du PIB 1,2% (2013) Niveau 3 3 Qualité de la main d’œuvre Nombre d’étudiants dans l’enseignement 117 920 Niveau 4 4 Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport au taux de chômage 8,15% Niveau 2 5 Dynamisme et économie Valeur ajoutée de l’économie régionale 94 449 millions d’euros Niveau 2 6 Dynamisme et économie Total d’exportations sur une année 17,9 milliards d’euros (2012) Niveau 2 7 Infrastructures Importance des réseaux de transport et accessibilité du territoire Remplis tous les critères Niveau 5 8 Innovation part des dépenses en R&D dans le PIB 1,2% (2011) Niveau 2 Graphique 6 : Mise en forme de l’outil d’analyse économique pour la région des Pays de la Loire
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 30 sur 93 Afin de compléter les tableaux avec les huit critères, nous avons utilisé des documents officiels publiés par la Conférence du Rhin supérieur (franco-germano-suisse) d’une part, et l’ORES de la région des Pays de la Loire d’autre part. Cependant, il n’existe pas de statistiques sur les dépenses en recherche et développement du Rhin supérieur. C’est ainsi que nous avons calculé la moyenne de toutes les sous régions du Rhin supérieur afin d’obtenir un pourcentage unique de dépenses en R&D pour la région tri-nationale. Les Pays de la Loire est une région grande de 32 082 km² avec une population qui s’élève à 3,6 millions d’habitants qui fait partie des plus attractives de France. La région continue d’attirer capitaux et nouveaux résidents grâce à une économie dynamique et diversifiée. De plus, la part du PIB industriel y est plus élevée que dans le reste du pays : 18,3% du PIB régionale contre 14% en moyenne nationale. Les secteurs de la construction et de l’agriculture y sont aussi plus dynamique que dans le reste de la France. Il existe de nombreux pôles de compétitivité qui permettent à 45 000 salariés dans plus de 600 entreprises de travailler ensemble sur différents pôles. Parmi les 71 pôles en France, la région ligérienne en compte six, dont deux sont connus sur le plan mondial (Images & réseaux et Vegepolis, spécialisé dans l’innovation végétale). Lorsqu’on regarde l’outil d’analyse économique on constate que la région ligérienne présente le même niveau d’infrastructures de transports que le Rhin supérieur. Même si il semblerait qu’il y ait un léger avantage pour la région rhénane qui bénéficie déjà d’une LGV européenne alors que la région de Nantes devrait encore attendre jusqu’à la fin des travaux en 2018. Il en va de même au niveau des aéroports. Alors que l’aéroport de Bâle-Mulhouse enregistre 5 millions de passagers par an, l’aéroport nantais n’en compte que 3 millions. En revanche, la croissance du PIB annuel des deux régions analysées se situent dans le même ordre de grandeur, c’est-à-dire, environs 1,2% chacun. Cette croissance indique qu’il y a une bonne réaction de la part de l’économie locale après les difficultés subis en 2008-2009, après la crise. La représentation graphique témoigne aussi d’une main d’œuvre plus qualifié dans le Rhin supérieur, avec prêt de 200 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur sur l’année universitaire 2013 – 2014. Cet avantage rhénan est certainement aussi dû à une plus grande démographie que dans les Pays de la Loire (6 millions d’habitant dans le Rhin supérieur contre 3,6 dans la région ligérienne). Il est donc évident qu’il y a plus d’étudiants dans l’enseignement supérieur dans une région plutôt que dans l’autre. En revanche, une étude22 montre que la région des Pays de la Loire à une proportion de cadres plus faible que la moyenne nationale avec 12%, contre 16% en moyenne nationale. Malheureusement il n’existe pas de statistiques dans ce domaine pour le Rhin supérieur. Voici les seuls points de similitudes entre les Pays de la Loire et la région du Rhin supérieur. Pour tous les autres critères étudiants à l’aide de l’outil d’analyse on remarque une large avance pour la région tri-nationale. Nous l’avons vu, sur huit critères évalué, le Rhin supérieur se situe cinq fois au maximum de l’échelle. Il fait bon vivre dans l’ensemble de la région. Le PIB/habitant plafonne à 38 946 USD et le marché du travail est particulièrement efficace grâce aux efforts fournis du côté Suisse et Allemand. Nous avons vu précédemment que ces deux sous-régions du Rhin supérieur (Palatinat, Baden-Württemberg et Nordwestschweiz) sont extrêmement compétitives et tirent les résultats économiques du Rhin supérieur vers le haut. Ce même marché est constamment alimenté par de nombreux étudiants dans l’enseignement supérieur. Pour continuer sur cette analyse, on constate que la valeur ajoutée de l’économie régionale est plus de deux fois supérieure 22 http://www.nantes-developpement.com/ « Les pôles de compétitivités confirment la vitalité économique régionale », par Alexandre KARP, publié le 21/10/2010
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 31 sur 93 dans le Rhin supérieur que dans les Pays de la Loire. Encore une fois, cela s’explique par la qualité du secteur industriel Badois et par l’excellence dans les domaines pharma et biotechniques du nord- ouest de la Suisse. A côté de cela, il faut mentionner le fait que les trois systèmes politiques présents dans le Rhin supérieur accordent chacun une grande importance à la recherche et au développement. Le Baden-Württemberg excelle sur ce plan en consacrant 5,1% de son PIB au R&D. La moyenne régionale rhénane culmine à 3,5% du PIB consacré au R&D, ce qui fait du Rhin supérieur un territoire extrêmement innovant et attractif pour des entreprises innovantes. Regardons à présent le graphique ci-dessous nous permettant de juger visuellement de la différence qui oppose les Pays de la Loire au Rhin supérieur : Graphique 7 : Comparaison de l’attractivité territoriale Grâce à cette comparaison de l’attractivité territoriale, nous constatons qu’en unissant les forces présentes au sein du Rhin supérieur, nous obtenons une région puissante économiquement et, sur la base de notre analyse, beaucoup plus attractive que la région des Pays de la Loire qui est une région uni-nationale. La région transfrontalière, où les systèmes et les cultures se mélangent semblerait donc être une recette exemplaire pour la réussite économique. Le but de cette comparaison était de voir si une région tri-nationale avait plus de potentiel qu’une région uni-nationale. Aussi, nous voulions voir si l’aspect interculturel et tri-national consisterait en un frein ou un accélérateur de l’économie. Pour cela, nous avons défini huit critères de comparaison pouvant correspondre aux facteurs d’attractivité d’un territoire. Ainsi, sur la base de cet outil d’analyse économique nous avons pu constater que le Rhin supérieur profite de l’excellence allemande et de la richesse suisse, même si les résultats français ne sont pas avantageux. La combinaison des trois systèmes représentés par le Palatinat, Baden-Württemberg, le Nordwestschweiz et l’Alsace profitent à l’économie locale et la « tri-nationalité » l’emporte, d’un point de vue statistique, sur l’ « uni-nationalité » ligérienne. Alors que les chiffres ont parlés, il reste tout de même quelques questionnements par rapport au Rhin supérieur en tant que région. Les richesses de la tri-nationalité et du mélange culturelle sont certains et l’économie rhénane s’est développé sur le travail des trois régions frontalières. Cependant, il nous semble important de savoir si les richesses du Rhin supérieur, telles que nous les avançons dans ce récit, sont aussi perçues par les différents acteurs économiques.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 32 sur 93 III. Etude exploratoire sur le Rhin supérieur Présentation de l’étude exploratoire Dans le cadre de ce travail nous avons soulevé un certain de questionnement par rapport à l’attractivité territoriale du Rhin supérieur. Nous avons ensuite cherché à y répondre à l’aide d’explications et d’un outil d’analyse économique. Ces premières étapes nous ont montrés que le Rhin supérieur est une région attractive à en croire les chiffres et les données obtenues. Il semblerait aussi que la richesse tri-nationale prévaut sur l’uni-nationalité. Avec cette étude exploratoire et qualitative nous voulons inclure l’opinion d’acteurs présents dans le Rhin supérieur quant à la perception des atouts du territoire. L’enquête qualitative a été menée auprès de différentes personnes actives de part et d’autre du Rhin afin de rassembler un grand nombre de points de vue différents sur la thématique. Vous retrouveriez donc un ensemble d’interviews menées avec des professionnels, des professeurs d’universités mais aussi des hommes politiques de différentes nationalités présentes dans le Rhin supérieur. Voici la liste des personnes ayant acceptées de prendre part à l’enquête qualitative : - Dr. Herr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz, Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die grenzüberschreitende Zusammenarbeit im Kongress der Gemeinden und Regionen des Europarates. Rechtskonsulent, Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel, Lehrbeauftragter an den Universität St. Gallen und Strasbourg - Herr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH - Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg - Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 33 sur 93 - Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité - Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité - Mr. Belliard Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du Conseil de l’Europe De façon générale nous avons constitué un questionnaire avec des questions précises sur la thématique, tout en laissant la possibilité à chacun d’apporter sa propre vision des choses connaissant la diversité des domaines de prédilection de chacun. Chaque entretien à durée entre trente minutes et une heure durant lequel les personnes interrogées ont acceptée de répondre aux questions en étant enregistrés. L’objectif principal de l’étude exploratoire était de rassembler des réponses par rapport à la perception de l’interculturalité au sein du Rhin supérieur. Nous cherchons à savoir si la richesse du Rhin supérieur ainsi que son interculturalité est perçue comme tel par les acteurs présents dans la région et en dehors de celle-ci. Les recherches précédentes ont mises en avant le dynamisme économique et l’attractivité du Rhin supérieur auprès des différents acteurs économiques (entreprises, investisseurs, travailleurs, ménages), c’est pourquoi il est intéressant d’analyser les points de vue sur ces questionnements. En effet, les atouts et les facteurs faisant qu’un territoire est attractif n’ont que de la crédibilité si ces derniers sont aussi perçus par les acteurs économiques. Bien évidemment, nous ne tirerons pas de conclusions hâtives après cette étude puisqu’elle n’est qu’ « exploratoire ». Cela implique le fait que les réponses ne reflètent pas forcément la réalité telle qu’elle est vécue par l’ensemble de la population. Cependant, elle permettra de justifier, ou non, les hypothèses apportées dans cette rédaction.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 34 sur 93 Analyse des réponses obtenues Les questions posées aux différentes personnes doivent nous permettre de voir si leurs réponses rejoignent les points évoqués dans notre rédaction, ou s’ils contredisent nos hypothèses. La première partie de notre analyse de l’enquête exploratoire se basera sur ces trois questions : - Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ? - Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ? - Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ? Ces trois questions rejoignent les points que nous avons abordés au début de ce travail lorsque nous avons évoqué les facteurs qui rendent le Rhin supérieur attractif. Nous avions alors apporté des éléments par rapport au tissu et au dynamisme économique du territoire. Aussi, nous avons abordé la qualité de vie particulièrement bonne qui est significative de la région tri-nationale. Puis, dans un second temps chercherons à savoir si l’interculturalité et l’aspect tri-national du Rhin supérieur est perçu, par les différents acteurs économiques, comme étant un critère d’attractivité supplémentaire. Pour cela nous mettrons en avant les réponses obtenues aux questions : - Comment le caractère tri-national/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ? Une force ou un frein ? - Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs, résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ? - L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ? Vous avez aussi la possibilité de consulter l’intégralité des entretiens individuels dans l’annexe 3, intitulé « Compte rendu de l’enquête exploratoire ». Dynamisme et économie du Rhin supérieur Les échanges autour de ce thème nous ont permis d’apporter des éléments de réponses externes à nos analyses précédentes. D’une part, les personnes interrogées ont cité un certain nombre de facteurs dynamisant l’économie du Rhin supérieur mais d’autre part, les discussions ont équilibré leurs propos en mettant à la lumière du jour les manquements de la région ainsi que les défis à relever dans l’avenir pour maintenir l’attractivité de cette région tri-nationale. Dans nos écrits, nous évoquions la richesse des secteurs de l’industrie dans le Rhin supérieur et plus particulièrement dans le Baden-Württemberg, le Palatinat et le Nord-Ouest de la Suisse. Plusieurs personnalités ont mis en avant cette qualité industrielle comme étant un atout et aussi un facteur d’attractivité du territoire étudié. Voici quelques citations soutenant ces propos : « Le Rhin supérieur jouit d’une tonicité industrielle. » Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 35 sur 93 « Oui je crois qu’il y a une culture industrielle propre au Rhin supérieur avec des troncs communs qui remontent au XIXe siècle avec le développement du textile, dans la région de Mulhouse transférée indirectement vers la partie allemande et suisse au travers des secteurs de la chimie. Donc après il y a une base industrielle commune. En tout cas, essentiellement pour la partie sud de la région. Le nord est un peu plus segmenté. » Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité « Le berceau et les origines de l’industrie et de la machine, c’est le bassin du Rhin supérieur. C’était ici. » Mr. Belliard Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du Conseil de l’Europe En restant dans le même sujet, beaucoup d’acteurs interrogés ont mis en avant la concurrence intra- Rhin supérieur en adoptant un discours élogieux vis-à-vis des régions du Baden-Württemberg et du Nordwestschweiz. Aussi, la totalité des participants n’ont pas manqué de souligner le point faible du Rhin supérieur : l’Alsace. Des chiffres du chômage loin de ce qu’on observe dans les autres sous- régions du Rhin supérieur, un recul de l’industrie contraire à la puissance Allemande et de faibles investissements dans ces secteurs. Mais il faut avouer que ces propos ne sont pas une surprise pour nous, étant donné les résultats affichés par l’outil d’analyse économique lors de la comparaison intra-Rhin supérieur : « Par contre, l’Alsace est un peu « l’enfant difficile » sur le plan économique avec 11% de chômage. C’est pourquoi il est important de concentrer les efforts sur la promotion économique de l’Alsace et du Rhin supérieur en générale. » Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz « Je n’ai pas l’impression que l’Alsace soit le côté le plus dynamique du Rhin supérieur, alors qu’historiquement elle l’était. » Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 36 sur 93 En soutient aux secteurs industriels, nous évoquions un tissu économique avec des PME implantées en Alsace : « Par cet historique on a un tissue économique intéressant et beaucoup de PME soutenus par le gouvernement français. Ces PME en questions soutiennent les grands groupes et on sait que la plus forte création d’emplois vient des PME. Cela contribue à un bon emploi et un dynamisme économique et social. » Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ Ces réponses révèlent la diversité de l’économie au sein du Rhin supérieur. Avec la puissance industrielle et la présence des PME, on peut parler d’une économie à deux temps et déséquilibrée. Ces différences sont explicables par les systèmes politiques qui varient d’un pays à un autre. Cela nous a amené à parler de concurrence intra-Rhin supérieur, mais certaines personnalités dont Herr Kirch (DHR d’Europa-Park) et Herr Zenetti (professeur universitaire) ont souligné l’aspect collaboratif des cultures du Rhin supérieur : « L’avantage d’une région frontalière c’est de pouvoir compenser les faiblesses d’un pays avec les forces d’un pays voisins. On le voit dans l’exemple suivant : lors d’une crise économique en France, celle-ci est allégé par la stabilité suisse et allemande, et ce, sur tous les marchés. On fait ce constat sur le marché du travail alors qu’il y a plus de 10% de chômage en Alsace et seulement 3,3% dans l’Ortenau (Baden-Württemberg, Allemagne) les travailleurs français viennent se former et travailler en Allemagne. Et vice-versa. Et ça c’est le plus grand avantage que je vois directement. » Herr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH « Ce qui est intéressant également : le tissue industriel n’est pas le même de chaque côté du Rhin. En Suisse, le milieu pharmaceutique et biologique. En Allemagne, les énergies renouvelables. Et en France, malgré tout, un secteur automobile. Cela ouvre la porte à des coopérations sans se faire concurrence, ce qui est très important. » Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ En plus de cette structure économique, nous avons mesuré l’attractivité territoriale à l’aide d’indicateurs tels que le PIB/habitant et la croissance annuelle du PIB afin de juger sur la santé économique, la production de richesse et la qualité de vie d’une région peuvent être considérées comme un avantage. En plus de cela, l’outil d’analyse économique que nous avons mis en place a montré que ces critères étaient aussi des atouts pour la région du Rhin supérieur par rapport à une région uni-nationale. Dans cette enquête, nous avions demandé aux participants de nous donner, selon eux, des atouts propres au Rhin supérieur. Il s’est avéré que beaucoup ont valorisés la qualité des infrastructures de transports permettant aux résidents de se rendre rapidement d’un point A à
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 37 sur 93 un point B dans toute la région transfrontalière. Cette force au niveau des transports a été mise en lien avec la situation géographique favorable du territoire d’étude. Nous évoquions la « banane bleue » qui représente la zone la plus dynamique en Europe. Dans la même direction, Herr Tschudi pense que c’est un avantage considérable pour la région. Voici quelques réponses récoltés quant à la qualité de vie, la situation géographique et les infrastructures de transports du Rhin supérieur : « Nous vivons dans cette « banane bleue » au centre de l’Europe. Au milieu des grands axes de transports routiers, fluviaux et ferroviaires, le tout, accompagné par l’EuroAirport qui ne cesse de croître. Se déplacer dans le Rhin supérieur n’est plus une problématique grâce à ces infrastructure : Bâle – Strasbourg en quelques minutes avec le TGV.» Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz « L’autre point fort est de se trouver dans la banane bleue et le Rhin est toujours une épine dorsale de l’Europe. Ensuite on peut dire que la proximité avec l’Allemagne, le partenaire le plus puissant en Europe, est un avantage sans précédent. Il vaut mieux voisiner avec un partenaire puissant qu’avec un pays en déclin. Il y a donc la prospérité et l’avancé. » Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg « Bonne qualité de vie : Le Baden-Württemberg est considéré comme le « midi de l’Allemagne », plus de soleil, température douce. On est aussi une région viticole, agricole, culturelle, touristique accompagnée de belles villes riches culturellement. » Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité « Si il faut globaliser, bon, je commencerais par dire que le bassin Rhénan est tout simplement beau. Je crois qu’il y fait bon vivre, avec ce climat continental qui équilibre le climat. […] Il parait que Louis XIV s’est écrié du haut de la vallée de Saverne, en voyant ce territoire : « c’est le plus beau jardin du monde ». » Mr. Belliard Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du Conseil de l’Europe
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 38 sur 93 Le Rhin supérieur c’est aussi 6 millions d’habitants qui forment ensemble, un marché potentiel attractif qui contribue au dynamisme économique de la région. Cette même démographie attire des entreprises : « C’est sûr ! Elle [la région du Rhin supérieur] est ultra-dynamique. Il y a 6 millions d’habitants dans le Rhin supérieur, comparable avec le Danemark. Et la zone Nordwest Schweiz représente la deuxième région la plus puissante économiquement, après Zurich. Du côté Allemand, le Baden-Württemberg et la Bavière sont aussi très puissante avec une bonne situation économique. » Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz « Forte démographie, population dense. MAIS pronostic démographique varie d’une région à l’autre. (Vieillissement accéléré en Allemagne est une faiblesse) à l’avenir en Alsace on comptera avec 2 millions d’habitants selon les estimations. » Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité « Globalement, l’attractivité du Rhin supérieur se base sur le grand nombre de clients privé et publique. Il y a un gros potentiel de clients composés de sociétés et une population avec un pouvoir économique fort. A mon sens, les forces industriels et le grand nombre de clients potentiels forment les plus grandes forces du Rhin supérieur. » Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité On se rend compte que les facteurs du dynamisme économique du Rhin supérieur sont les mêmes pour les acteurs de la région interrogés. Ce sont d’ailleurs les critères que nous avons utilisés pour mesurer l’attractivité territoriale dans nos comparaisons intra- et extra-Rhin supérieur. Au travers de cette enquête on parle de bonne qualité de vie dans la région transfrontalière, d’excellents secteurs de l’industrie dans les zones allemandes et suisses, d’une situation géographique au cœur de l’Europe qui profite à chacun, avec un réseau et des infrastructures de transports favorisant les échanges transfrontaliers du Rhin supérieur. Finalement, le vocabulaire retrouvé dans les interviews rejoint ceux que nous avions évoqués dans nos recherches. Mais ce qui nous intéresse maintenant, c’est de connaître la perception de ces acteurs par rapport à la spécificité du Rhin supérieur, c’est-à- dire, l’aspect interculturel.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 39 sur 93 Spécificité du Rhin supérieur : l’interculturalité et perception des acteurs économiques Nous avons vu qu’en unissant les forces présentes dans le Rhin supérieur, la région tri-nationale devient plus puissante économiquement qu’une région uni-nationale tel que les Pays de la Loire. Les échanges internationaux sont plus important, la qualité de vie est supérieure dans la zone transfrontalière et la puissance du Baden-Württemberg et du Nordwestschweiz permet de tirer une région comme l’Alsace vers le haut. Dans notre hypothèse, ces faits sont rendus possibles grâce au mélange des cultures dans les affaires, le monde de l’entreprise et dans la vie quotidienne des habitants. Durant notre enquête, les personnes interrogées étaient optimistes par rapport à l’aspect tri-national et interculturel du Rhin supérieur. Selon eux il est possible d’accomplir de grandes choses en coopérant et en profitant des avantages de chaque système politique et économique présent dans cette région transfrontalière. « Nous avons réussi à les faire travailler ensemble afin de former des institutions telles que le système EUCOR par exemple. Ce système unifie les universités du Rhin supérieur et permet de créer un campus européen où élèves et enseignants circulent librement et ont la possibilité d’apprendre dans chaque université partenaire « EUROPEAN CAMPUS ». […] Sur la base des universités EUCOR nous avons réussis à former une main d’œuvre compétente et adapté à la demande du marché. Le marché du travail à un énorme potentiel. » Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz « Un autre facteur est que nous sommes à un croisement de différentes cultures. On se rend compte qu’il y a des différences et si on utilise ses différences dans le sens d’une complémentarité on arrive à faire des choses formidables. Et ça se trouve au niveau des personnes, des cultures et des entreprises. Si on arrive à coopérer on arrive à faire des choses qui, dans une seule culture, n’auraient pas été possible. » Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ « L’Alsacien était bilingue jusque dans les années 1960, encore un atout considérable. A cette époque, les 30 glorieuses, on atteignait une croissance de l’ordre de 3-4-5-6% et peu de chômage. Le moment choisi par des gros groupes pour investir (GM, Eli Lilly) pour s’implanter en alsace grâce à la main d’œuvre bilingue considérée comme un atout indéniable. » Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 40 sur 93 « Il n’y a pas d’initiative de trop, il n’y a pas un seul centime d’euros en trop investit dans cette coopération tri-nationale. Chaque initiative à un sens et une signification certaine. » Herr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH « Il y a au moins deux langues, il y a une façon naturelle d’échanger. C’est-à-dire, travailler avec une entreprise dans une région voisine devient relativement naturel. Chez nous, l’effet frontière n’est pas un obstacle. Il parait normal de profiter des opportunités à 360° autour de nous. » Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité « Mais je crois que notre capacité à nous c’est passer les frontières en portant haut nos idées. On n’a plus ce cloisonnement. Pour nous, on passe les frontières sans problèmes et on n’est pas surpris d’entendre d’autres langues. Notre capacité à l’ouverture vers l’autre est une force. Et cela déteint sur l’industrie et le commerce. » Mr. Belliard Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du Conseil de l’Europe Certaines formations comme le Master Management Interculturelle et Affaires Internationale piloté par l’Université de Haute Alsace et autrefois dirigé par Monsieur Zenetti, font partie des formations qui forment à l’interculturalité et qui permettent à une main d’œuvre d’accaparer des compétences linguistiques et interculturelles. Selon l’ancien directeur de la formation, les entreprises recherchent ces compétences et ses anciens élèves ne peinaient pas à trouver un emploi de l’autre côté du Rhin. « Mes connaissances sont limitées dans ce domaine mais je connais bien le devenir de mes étudiants du Master MICAI. Mais ce que je peux dire c’est que ces élèves développent des capacités interculturelles et linguistiques très demandés. Leur insertion professionnelle est largement au- dessus de la moyenne statistique. Cela est aussi dû à leurs stages majoritairement effectués dans le bassin Rhénan. C’est une formation purement française mais nous faisons des efforts pour attirer des nationalités étrangères, car nous avons compris que l’interculturalité peut s’enseigner mais surtout elle doit se vivre dans la pratique. Cela est rendu possible lorsqu’on met des gens de plusieurs nationalités en contacts. On a la chance d’avoir une présidence qui nous aide à pousser des projets internationaux dans cette formation. » Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 41 sur 93 « Je reçois des retours d’entreprises transfrontalières qui me disent avoir moins besoins d’experts en marketing ou autre, mais la réelle perle rare à trouver c’est quelqu’un qui parle très bien une langue étrangère et quelqu’un qui a une ouverture interculturelle qui est vécue. Ces personnes connaissent le travail dans un cadre interculturelle et ont une certaine sensibilité. Aujourd’hui, même une PME qui veut être un tant soit peu dynamique, elle doit travailler à l’internationale avec des gens qui comprennent ces enjeux. » « Déjà, pour un salarié, s’il a le bagage linguistique et culturel, il peut chercher du travail dans les trois parties du Rhin supérieur. Beaucoup de mes étudiants trouvent leurs premiers emplois outre- Rhin et n’hésitent pas à revenir après quelques années fort de leur expérience et de leur CV enrichit. On a donc une main d’œuvre transfrontalière très intéressante pour les entreprises. Dans la même idée, le système EUCOR est en train de prendre corps. Cette coopération universitaire cherche à développer son champ d’action dans le domaine des life sciences du Rhin supérieur. » Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ En revanche, cette richesse culturelle propre au Rhin supérieur est aujourd’hui en danger. D’une manière générale, de part et d’autre du Rhin, les participants à l’enquête exploratoire regrettent la perte du bilinguisme dans la région. Alors que cette richesse culturelle, ces échanges linguistiques et la capacité à parler la langue du voisin était autrefois la « marque de fabrique » rhénane, elle est aujourd’hui en péril. Certains tirent la sonnette d’alarme et appel à un regain de forme dans le domaine linguistique. Il faut continuer à former une main d’œuvre bilingue, à encourager les échanges scolaires transfrontaliers pour ne pas perdre ce qui a fait la force régionale dès l’après- guerre. « Malheureusement, ces avantages sont limités puisque trop peu de gens veulent apprendre la langue du voisin et ce phénomène se voit des deux côtés du Rhin. » « L’héritage laissé par nos anciens ne doit pas être délaissé et nous nous devons de soigner cette amitié qui profite à chacun. » Herr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH « Deuxième choses, qui peut être contestée : le rapport à l’Allemand qui est différend entre cette génération actuelle et les générations passés. C’est-à-dire que le processus de francisation continue et le dialecte alsacien recule et est de moins en moins parlé par les jeunes. De ce fait, nos jeunes alsaciens ont un support moindre pour ensuite apprendre la langue Allemande de nos voisins. Et ça se ressent dans le rapport des jeunes avec l’Allemand en général. C’est un allemand souvent scolaire et peut pratiquer de manière approfondie. » « L’employabilité des alsaciens en Allemagne est en déclin du fait de la barrière linguistique. » Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 42 sur 93 « Le bilinguisme se soigne : on ne le décrète pas, on le vit. Il faut en prendre soin et faire des efforts pour garantir sa survie. C’est le défi de la région. Il y a un défaut de transmission de cette langue : il y a un faussé entre les générations. Même si on ressent un regain en voyant la mise en place d’écoles bilingues. » « La dynamique n’est plus partagée par l’ensemble des régions qui forment le Rhin supérieur. L’Allemagne et la Suisse grandissent et se dynamisent mais ça n’est pas le cas en Alsace. Une des explications : baisse des salariés bilingues. L’âge moyen des frontaliers est de + 40 ans car la relève n’est pas assurée. » Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité Même Monsieur Zenetti ajoute que cette main d’œuvre tant recherchée se fait rare et que les entreprises ont du mal à trouver l’employé qui correspond aux critères : « Je reçois des retours d’entreprises transfrontalières qui me disent avoir moins besoins d’experts en marketing ou autre, mais la réelle perle rare à trouver c’est quelqu’un qui parle très bien une langue étrangère et quelqu’un qui a une ouverture interculturelle qui est vécue. » « C’est dommage et je connais des patrons de PME qui s’arrachent les cheveux en disant chercher des employés français avec une bonne connaissance de la langue allemande. C’est regrettable de devoir chercher cette main d’œuvre si précieuse en Alsace. C’est un fait. » Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ D’une façon générale on peut affirmer que l’aspect interculturel est perçu par l’ensemble des participants à l’enquête comme étant une richesse et un avantage certain au développement économique du Rhin supérieur. Mais leurs propos sont accompagnés de critiques envers la perte de cette interculturalité. Des efforts sont faits pour pousser les étudiants à parler la langue du pays voisin, à faire des échanges culturels pour favoriser le travail ensemble comme cela a été le cas dans les années 1960.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 43 sur 93 Le dernier élément que nous allons analyser dans cette enquête exploratoire, c’est la perception de la richesse du Rhin supérieur et de son interculturalité par des acteurs économiques extérieurs à la région d’étude. Nous voulons savoir si le Rhin supérieur attire des investisseurs internationaux, si des potentiels résidents sont intéressés par ce territoire. Sur cette thématique, Monsieur Tschudi met en avant la concurrence intra-Rhin supérieur qui jouerait plutôt en faveur du territoire Suisse lorsque des acteurs économique extérieurs désirent s’implanter dans la région transfrontalière. « Une entreprise vient en suisse pour retrouver la stabilité politique. Notre système permet à chaque partie politique important d’être au pouvoir, contrairement à l’Allemagne et la France. Le système d’impôts est aussi un critère qui rend la Suisse attractif pour les entreprises. Le niveau d’étude est très haut dans les universités. Nous sommes une société ouverte et tolérante des autres cultures. La Suisse propose aussi une large palette culturelle et une offre variée de loisirs. Aussi notre situation géographique permet d’être accessible par tous les transports. Ca ce sont les critères qui nous rendent attractif en comparaison avec le reste du Rhin supérieur. » Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH-Oberrheinkonferenz Monsieur Hager, qui travaille pour l’Agence d’Attractivité de la région Alsace voit le Rhin supérieur comme étant une porte d’entrée vers le marché allemand et européen dans l’ensemble. « Oui, c’est-à-dire que nous, comme première approche, on vend l’Alsace comme porte d’entrée du marché européen. L’Alsace comme plateforme européenne. Et globalement, quand je dis « Alsace », j’inclus le Rhin supérieur. » « Oui, quand on dit « plateforme européenne » les entreprises comprennent cela très bien et vienne pour cela. A vrai dire les américains ne viennent pas pour l’Alsace ou même le Rhin supérieur, mais pour l’Europe. Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité Mais plus généralement, les participants à l’enquête ne pensent pas que le Rhin supérieur soit très intéressant pour des acteurs économiques venant de l’extérieur. On perçoit les forces de la région tri-nationale quand on y vit, mais elle est loin d’être un idéal pour d’autres.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 44 sur 93 « Donc déjà, l’Alsace n’est pas perçue comme une région comme les autres et les points d’attractivités sont plus faibles que les points de rejets. Et ce n’est pas la proximité avec la Suisse, ni avec l’Allemagne qui va faire venir une famille au bord du Rhin. On n’a pas un tropisme germanophile en France. Maintenant on va plutôt apprendre l’anglais, le japonais etc… l’art de vie Rhénan est très peu connu dans le reste de la France. » « L’aspiration de la plus part des gens est d’être près de la mer, dans le sud-ouest, au soleil… dans des grandes agglomérations urbaines et dynamique. Dans le Rhin supérieur il y a Strasbourg, mais le reste c’est de la campagne ou des villes de type secondaire comme Mulhouse. A part Bâle, qui est une ville particulière, il n’y a pas de ville attirante et puissante. » Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg « Je pense que pour des gens qui savent qu’il existe une interculturalité à vivre dans la région, c’est un bon point. Mais je crains que pour d’autres personnes, la région alsacienne soit perçue comme un bord, la province. Les centralistes français ont du mal à comprendre que la périphérie à ses richesses. » Herr Zenetti Maître de conférences, Langues et littératures germaniques FSESJ « Je pense que la plupart des gens ressentent la tri-nationalité comme trois nations qui se bordent l’une, l’autre et qui tentent de faire le bien sans toucher à l’essentielle. Peut-on alors parler de réelle perception… je ne sais pas. » Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité « Aujourd’hui, les Nords-Américains n’ont pas l’Alsace, ou le Rhin supérieur sur leur carte. Je n’ai pas encore reçu d’appels ou d’e-mails de la part d’entreprises américaines en disant : « on veut s’implanter chez vous ». Pour l’instant c’est à nous de les chercher. Donc le concept du Rhin supérieur, comme porte d’entrée vers l’Europe ne va pas de soi, ce n’est pas une vérité aujourd’hui. Ce concept n’est connu que par ceux qui y vivent. C’est une création institutionnelle qui a vu le jour grâce à des frontières géographiques, des fonds communs qui ont été mis en place etc… mais c’est quand même très peu connus. Le Rhin supérieur n’est pas connu hors de la région. » Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 45 sur 93 Cette dernière citation est révélatrice et résume bien l’ensemble des ressentis durant l’enquête exploratoire. Pour conclure l’analyse des réponses récoltés, nous pouvons dire que le dynamisme économique du Rhin supérieur s’observe grâce à une présence de PME (Alsace) qui collaborent et profitent de la puissance industrielle (Baden-Württemberg, Palatinat et Nordwestschweiz). Cette économie apporte une qualité de vie propre au Rhin supérieur et profite à l’Alsace qui est le point faible de la région tri-nationale. Dans la même optique, la richesse interculturelle présente sur ce territoire est perçue par les participants et chacun voit un potentiel fort si les trois pays continuent à promouvoir le bilinguisme et les échanges entre les différentes nationalités. En parallèle à cela, il existe des défis qu’il faut relever pour ne pas perdre les qualités du Rhin supérieur. Les personnes interrogées appellent chaque région à ne pas se replier sur elles-mêmes mais à continuer à investir dans les différentes collaborations possibles pour accroître le potentiel régional. Ce potentiel justement semble être perçu par les résidents du Rhin supérieur, à en croire les dits de nos participants. En revanche, les opinions sont mitigées et plutôt pessimistes quant à la perception de la richesse culturelle par les acteurs économiques externes au Rhin supérieur. Même si Monsieur Hager parle aux investisseurs étrangers d’une région qui « ouvre les portes au marché européen », d’autres personnes interrogées ne pensent pas que l’interculturalité soit un argument pour attirer un résident potentiel ou une entreprise étrangère.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 46 sur 93 Conclusion Pour conclure ce mémoire sur l’attractivité territoriale du Rhin supérieur il nous faut prendre conscience du « privilège »23 que nous avons, de vivre dans cette région tri-nationale. La composition territoriale du Baden-Württemberg, Palatinat, Nordwestschweiz et l’Alsace présente une géographie physique avantageuse, avec notamment la présence Rhin au cœur du bassin tri-nationale. Cette géographique physique et naturelle a engendré la mise en place de forces centripètes attirants entreprises et résidents sur le territoire permettant un dynamisme économique propre au Rhin supérieur. Cette économie se base sur l’historique culturel mais aussi le savoir-faire industriel dans les secteurs de la pharmaceutique, biologique, automobile et autres. C’est ajouté à ce contexte, la spécificité interculturelle et tri-nationale. On entend parler du « croisement des cultures » sur un territoire qui collabore avec trois pays. Cette collaboration est le fruit d’une amitié d’après-guerre où les acteurs, de part et d’autre du Rhin, ont su travailler ensemble pour se reconstruire. Cette spécificité interculturelle a été mise au cœur de la politique de l’Union européenne puisque le programme INTERREG s’inscrit dans politique régionale européenne. Cette politique, qui à elle seule, représente près d’un tiers du budget total de l’Union européenne alloué à la politique de cohésion 2014-2020. Cette politique tente d’accroître la création de l’emploi, la compétitivité et la croissance économique et vise à améliorer la qualité de vie. En étant au cœur de cette politique, le Rhin supérieur au même titre que toute région bi- et tri-nationale, profite des fonds mis à disposition pour dynamiser l’économie locale. Ces régions européennes bénéficient donc d’un avantage certain en comparaison avec une région uni-nationale où le programme INTERREG n’intervient pas. Plusieurs hypothèses ont été mises en avant par ce travail, et nous pouvons dire, sur la base des recherches effectuées, que le Rhin supérieur est un territoire dynamique économiquement fort de ses échanges transfrontaliers avec les régions membres du Rhin supérieur. Même si l’Alsace ne correspond pas à la région la plus attractive du territoire tri-nationale économiquement parlant, les parties allemandes et suisses jouissent d’un rayonnement à l’international par leur excellence dans leurs domaines de prédilection. Leur puissance industrielle compense la faiblesse alsacienne, et comme Mr Kirch le dit si bien : « le plus grand avantage économique que nous avons par rapport à une région uni-nationale, c’est le fait de pouvoir compenser nos faiblesses avec les forces de nos voisins »24 . Il existe un grand nombre d’initiatives transfrontalières pour favoriser les échanges 23 Propos tenu par Monsieur BELLIARD, Maire de Sierentz lors de l’interview dans le cadre de l’enquête qualitative le 30/03/2016 dans les locaux de la marie de Sierentz. Compte rendu et intégralité de l’interview dans l’annexe 3. 24 Propos tenu par Monsieur KIRCH, Directeur des Ressources Humaine à Europa-Park GmbH, lors de l’interview dans le cadre de l’enquête qualitative le 15/03/2016 à Rust. Compte rendu et intégralité de l’interview dans l’annexe 3.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 47 sur 93 culturels au sein de la région dès le plus jeune âge. On veut former des citoyens bilingues avec des capacités interculturelles dans le but d’alimenter le marché de travail frontalier. Dans l’enquête qualitative nous avons appris que les entreprises allemandes et suisses recherchent une main d’œuvre française qualifié ayant ces capacités propre à la région du Rhin supérieur. Il est pour nous évident, que l’interculturalité est un avantage certain en termes d’attractivité de la région du Rhin supérieur. Et c’est ainsi la réponse à notre problématique. Nous avions analysé la concurrence et les richesses intra-Rhin supérieur, puis nous avions comparé cette unicité tri-nationale à une région uni- nationale (Pays de la Loire) afin de répondre à la question suivante : Est-ce que la dimension interculturelle est un facteur supplémentaire d’attractivité du territoire ? Ainsi, après un travail de recherche et une enquête qualitative auprès d’acteurs du Rhin supérieur, nous en concluons que l’interculturalité accroît le dynamisme économique du Rhin supérieur et est donc un facteur d’attractivité supplémentaire : « Notre capacité à l’ouverture vers l’autre est une force. Et cela déteint sur l’industrie et le commerce. » Mr. Belliard Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du Conseil de l’Europe Cependant, les interactions avec les différents acteurs du Rhin supérieur ont soulevé un dernier questionnement. Alors qu’il est évident que la richesse régionale se trouve dans l’interculturalité, certaines personnes interviewées n’ont pas manqué de signaler que c’est une question de perception. Pour eux, un avantage ou une richesse n’en est seulement une, lorsqu’elle est perçue par la majorité des acteurs économiques du territoire. L’enquête qualitative a révélé que l’unicité du Rhin supérieur n’existait que dans les institutions et dans l’idéal de certaines élites. Il y aurait trop de différences entre les gouvernements nationaux du territoire et trop peu de liens sociaux entre les citoyens pour parler du Rhin supérieur comme étant une région classique. Monsieur Belliard évoquait les disparités existantes dans le pouvoir décisionnel des institutions membres de la Conférence franco-germano-suisse du Rhin supérieur. Etant lui-même présent durant ces réunions tri-nationales, il parle avec expérience sur les difficultés qu’ont les trois pays à prendre des décisions rapides : « Les pouvoirs décisionnels sont totalement différents entre la Suisse et l’Allemagne et la France. Alors que dans une réunion du Rhin supérieur, nos voisins peuvent décider rapidement, nous les français, on doit s’en remettre à l’Etat. Il y a des différences de gouvernance. » Mr. Belliard Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice-président du Congrès du Conseil de l’Europe
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 48 sur 93 De même, le docteur en sociologie, Monsieur Goulet évoque des liens sociaux superficiels entre les trois nationalités présentes dans le Rhin supérieur. Le bilinguisme est en déclin et on ne veut plus apprendre la langue du voisin. Ainsi les liens amicaux et familiaux transfrontaliers sont quasi inexistants. Selon ses dires, les contacts humains se limitent au travail, au tourisme : « […] j’ai remarqué aux travers de mes enquêtes auprès de jeunes alsaciens (soixantaines de jeunes), que très généralement il y a une bonne connaissance de l’Allemagne mais c’est une connaissance très superficielle. Au sens où, pratiquement tout le monde dit aller en Allemagne pour les courses, visiter les thermes mais il y a très peu de liens familiaux et amicaux transfrontaliers. Le rapport à l’Allemagne se fait par le tourisme mais il n’y a pas de pratique de la langue et d’expression de soit en langue allemande » Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg Il semble alors idéaliste de parler d’une véritable région du Rhin supérieur. Même si le dynamisme est là, que les richesses sont présentes, il faudrait envisager une étude quantitative auprès des habitants du Rhin supérieur afin de réellement savoir s’il existe une ADN et une identité tri-nationale dont chacun aurait conscience. C’est ainsi que nous clôturons ce travail, en l’ouvrant sur un dernier questionnement, celui de l’identité citoyenne du Rhin supérieur.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 49 sur 93 Sources Littérature et revues « Economie internationale », Paul Krugman et Maurice Obstfeld, 8e édition par Pearson Education « Life sciences in Upper Rhine, a regional expertise », collection Terres de Savoirs (Trilingual Edition) par Carré Blanc Editions « Point éco Alsace, Edition Mulhouse Sud Alsace », N°19 Le point économique Alsace, Edité par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Région Alsace (CCIRA) « Alsace, Stratégie de développement du Tourisme en Alsace, Bilan 2012-2014 / Actions 2015-2016 », par Tourisme-Alsace « Innovation Review N°89 », Novembre 2015, édité par Media Agency INTL. „Jahresbericht 2015, Regioinform 02/16“, Informationsbulletin der Regio Basiliensis, März 2016, Regio Basiliensis „Profil Régional du Rhin supérieur“, Eures Transfrontalier Rhin supérieur, Novembre 2005 « 50 ans d’amitié franco-allemande en Alsace », Région Alsace et Région Métropolitaine Tri-nationale du Rhin supérieur « De la formation transfrontalière à l’emploi dans le Rhin supérieur », Conférence Franco-germano- suisse, décembre 2013, groupe de travail politique économique « GLCT du pays des deux Brisach », présentation de Madame Anne THEVENET, Directrice adjointe à EuroInstitut, 04.12.2013 « Stratégie », Région Métropolitaine Tri-nationale du Rhin supérieur, brochure de décembre 2009
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 50 sur 93 Revues et rapports électroniques „Rhin supérieur Faits et Chiffres 2014 », Conférence Franco-Germano-Suisse du Rhin supérieur, Edité par les offices statistiques dans le cadre du groupe de travail „Politique économique“, conception Statisches Landesamt Baden-Württemberg « 40 ans de coopération transfrontalière dans le Rhin supérieur 1975/2015 », 2015 D-F-CH Conférence du Rhin supérieur, Secrétariat commun, rédaction Reinhard Reck « Chiffres pour le Rhin supérieur », 4 février 2014 par Bernard Aubry « Interreg IV 2007-2013 à l’heure du Bilan », Interreg IV Rhin supérieur, Fonds européen de développement régional (FEDER) « L’attractivité des territoires : regards croisés », Actes des séminaires février – juillet 2007, Réalisation MEEDDAT/SG/SPSSI/ATL2/Annick Samy février 2009 ; Grande Arche de la Défense – 92055 La Défense « L’attractivité des territoires : un concept multidimensionnel », Jacques Poirot, Hubert Gérardin, Mondes en développement 2010/1 (n°149) DOI 10.3917/med.149.0027, distribution électronique CAIRN pour De Boeck Supérieur « Panorama des clusters de la Région Métropolitaine Tri-nationale du Rhin supérieur – état des lieux », Document de travail 1/2013, Centre européen de compétences et de recherche Management de Cluster, réalisation Université de Strasbourg – service formation continue ISSN 20197-9499 Sources électroniques „Better Life Index“: http://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/#/11111111111 Banque de données OCDE : http://www.oecd.org/fr/ Données sur les Pays de la Loire : http://www.paysdelaloire.fr/ http://www.paysdelaloire.fr/services-en-ligne/aides-regionales/ http://ores.paysdelaloire.fr/ http://www.eltern-bilinguisme.org/fr/l-enseignement-bilingue/carte-des-sites-bilingues/
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 51 sur 93 https://www.ac-strasbourg.fr/publics/formation-etablissements/sections-et-voies-specifiques/voie-bilingue- paritaire/ http://www.conference-rhin-sup.org/fr/economie/faits-et-chiffres.html http://www.wikiterritorial.cnfpt.fr/xwiki/wiki/econnaissances/view/Questions- Cles/Comprendrelacompetitiviteterritorialedifferencesaveclattractiviteterritorialeetroledesreseauxdacteurs#H 2.2DE9finirl2019attractivitE9 http://www.insee.fr/fr/insee_regions/alsace/themes/bilaneco/bilan2012/bilan.pdf http://officieldelafranchise.fr/analyses/regions/alsace-une-dynamique-liee-a-un-fort-pouvoir-d-achat- 19032015 http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=15&ref_id=22722 http://www.fondation.dauphine.fr/fileadmin/mediatheque/docs_pdf/publications/immobilier/rapport_attractivit e_residentielle_alexandre_cusin_juillard_2010.pdf Site d’informations programme INTERREG : http://www.interreg-rhin-sup.eu/connaitre-le- programme/presentation/ http://www.interregeurope.eu/about-us/what-is-interreg-europe/
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 52 sur 93 Annexes Annexe 1 : Représentation cartographique du Rhin supérieur http://www.region.alsace/article/cooperation-transfrontaliere
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 53 sur 93 Rietveld Adam LICENCE THESIS | L’ATTRACTIVITE DU RHIN SUPERIEUR Cahier des Charges OUTIL D’ANALYSE ECONOMIQUE Annexe 2 : Cahier des Charges, outil d’analyse économique
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 54 sur 93 Table des matières Annexe 2 Description générale du projet concerné par l’outil d’analyse économique........................................55 L’outil d’analyse économique...............................................................................................................56 1. La forme ...................................................................................................................................56 2. Les critères d’analyse ...............................................................................................................58 3. L’échelle statistique..................................................................................................................63
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 55 sur 93 Description générale du projet concerné par l’outil d’analyse économique Nous nous trouvons dans le cadre d’une rédaction de thèse de licence Economie et Gestion pilotée par l’Université de Haute Alsace et le sujet présent englobe différentes questions autour de l’attractivité territoriale. L’objectif de la rédaction est de définir des critères pertinents pour mesurer l’attractivité économique et résidentielle d’un territoire afin de mettre ce dernier en comparaison avec un territoire différent. Le sujet d’étude actuel accorde une place centrale à l’analyse économique du Rhin supérieur pour en comprendre ses forces et faiblesses ainsi que sa capacité à attirer des ressources sur son territoire. Cet outil permettra à des dirigeants d’entreprises de visualiser rapidement les avantages et désavantages d’une région en ayant la possibilité de mettre cette dernière en comparaison avec d’autres territoires. D’un côté nous verrons les critères d’attractivité territoriale pertinents pour la comparaison des régions intra-Rhin supérieur (Baden-Württemberg, Palatinat, Alsace et Nordwest Schweiz). Et d’un autre côté nous listerons des critères pertinents à la comparaison du Rhin supérieur avec le Pays de la Loire.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 56 sur 93 L’outil d’analyse économique 1. La forme L’outil prendra la forme d’un cercle sur lequel seront disposées huit points. Ces derniers correspondent aux huit critères d’attractivité économique que nous aurons définis. Dans le cercle il y a huit segments pour mesurer chaque critère (voir partie « Echelle » en 2.c) : Tableau A : la forme de l’outil d’analyse économique Lorsque les huit points placés sur chaque segment sont reliés, nous obtenons un octogone dont la surface est plus ou moins grande en fonction de l’attractivité économique de la région étudiée :
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 57 sur 93 Exemple 1 : les huit critères sont au niveau maximum Exemple 2 : les huit critères sont à des niveaux variés
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 58 sur 93 2. Les critères d’analyse Comme expliqué précédemment, l’outil se basera sur l’analyse de huit critères d’attractivité territoriale. Il est donc important de choisir huit critères pertinents à chaque type de comparaison. Explication : Une première comparaison sera effectuée entre les régions tri-nationales du Rhin supérieur. La comparaison concernera donc la France, l’Allemagne et la Suisse. C’est pourquoi il faudra tenir compte de plusieurs critères macro-économiques, tel que le taux d’imposition et dette publique. Cependant, c’est critères ne rentre pas en compte lorsqu’on compare cette région tri- nationale (Rhin supérieur), avec une région uni-nationale comme le Pays de la Loire. A cet effet, la Commission européenne a publié une liste de onze facteurs regroupés sous trois piliers, déterminant et indiquant la compétitivité régionale :
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 59 sur 93 Ce document nous servira de support de travail et nous l’adapterons à notre outil. En effet, certains critères mentionnés dans le document ci-dessus sont difficile voire impossible à quantifier. Il nous est alors nécessaire de reformuler clairement nos critères ainsi que notre unité de mesure. Pour cela nous avons conçu deux tableaux : Tableau B : critères pertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur (Allemagne – Suisse – France) N° Critère de la Commission Européenne Reformulation Unité de mesure 1 Taille du marché Taille du marché PIB/Habitant 2 Taille du marché Taille du marché PIB 3 Efficacité du marché du travail Coût de la main d’œuvre Salaire horaire net moyen 4 Efficacité du marché du travail Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport au taux de chômage 5 Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires Dynamisme et économie internationale Nombre de créations d’entreprises 6 Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires Dynamisme et économie internationale Investissement directe à l’étranger (reçu) 7 Stabilité Macro-économique Taux d’imposition (entreprises) Taux d’imposition (entreprises) 8 Stabilité Macro-économique Dette publique Dette publique En ce qui concerne la comparaison intra-Rhin supérieur, il a fallu distinguer les facteurs mobiles et immobiles. Dans le paragraphe suivant nous expliquerons pourquoi nous avons choisis chacun des critères, et enfin, nous justifierons l’absence de critères qui auraient pu être important mais dont nous avons préféré nous en passer. N°1 / Taille du marché, mesuré par le PIB / Habitant : critère absolument indispensable dans la comparaison de l’attractivité territoriale. C’est un indicateur du niveau de vie qui permet d’attirer de nouveaux résidents et permet aux dirigeants d’entreprises de connaître le niveau d’activité économique de la région. Nous estimons qu’il existe des disparités significatives entre les régions du Rhin supérieur et c’est pour cette raison que nous maintenons ce critère pour notre comparaison. N°2 / Taille du marché, mesuré par le PIB : idem que le N°1 N°3 / Efficacité du marché du travail, mesuré par le coût de la main d’œuvre : Que ce soit pour de nouveaux résidents ou pour l’implantation d’entreprises, chacun veut connaître le salaire qu’il peut avoir (ou le prix à payer pour recruter du personnel). Cet indicateur à sa place dans notre comparaison, car il existe des disparités significatives entre les régions du Rhin supérieur. Nous définirons le coût de la main d’œuvre comme étant un facteur immobile. En effet, il n’est pas possible de rémunérer un employé au tarif français alors qu’il travaille en Suisse. Le coût de la main d’œuvre est propre à la régulation appliqué sur chaque territoire.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 60 sur 93 N°4 / Efficacité du marché du travail mesuré par le ratio entre le taux de chômage et le taux d’activité : Cet indicateur aussi, est propre à chaque territoire et permet aux dirigeants d’entreprises mais aussi aux potentiels nouveaux résidents, de comprendre le taux d’activité du territoire en question. On aurait pu se contenter du taux de chômage, mais cet indicateur à plus de pertinence lorsqu’on le met en rapport avec le taux d’activité. N°5 / Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires, mesuré par le nombre de création d’entreprises : Plus il y a de création d’entreprises, plus la région semble être attractive. Cet indicateur reflète la santé économique du territoire et permet de rendre de compte de l’aide apportée aux entreprises désirant s’implanter dans cette région. N°6 / Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires, mesuré par l’investissement directe à l’étranger (reçu) : critère pertinents pour les dirigeants d’entreprises. Ce flux de capitaux permet de savoir si la région est perçu comme attractive par d’autres investisseurs dans le monde. N°7 / Stabilité macro-économique, mesuré par le taux d’imposition (entreprises) : Ce critère est aussi immobile. Chaque région du Rhin supérieur à son propre système d’imposition. Evidemment, ce chiffre est déterminent pour chaque dirigeants d’entreprise. Que va me coûter mon activité dans telle région ? Est-ce rentable ? Où puis-je maximiser mon rendement ? N°8 / Stabilité macro-économique, mesuré par la dette publique : cet indicateur peut être révélateur de la conjoncture à venir. Si la dette est grande, alors les entreprises peuvent anticiper une augmentation des impôts pour compenser cette dette. C’est donc un indicateur prévisionnel. Critères jugés impertinents pour la comparaison intra-Rhin supérieur : D’une manière générale, les facteurs mobiles ne sont pas à prendre en compte dans cette étude. La région du Rhin supérieur étant resserrée sur elle-même, certains facteurs transitent facilement d’un pays à l’autre sans freins significatifs. C’est le cas pour la qualité de la main d’œuvre. La région compte plus de 90 000 frontaliers qui prouvent que la main d’œuvre est très mobile dans cette région. En outre, les infrastructures de transports perdent en pertinence dans cette comparaison. La grande majorité des axes de transports sont relier entre eux, et sont à cheval sur les trois frontières. Les résultats obtenus seront donc similaires et ne montreront pas de différence apparente entre le Baden Württemberg, le Palatinat, l’Alsace et le Norwest Schweiz. En outre, la qualité des clusters est aussi considérée comme mobile dans la région du Rhin supérieur. En effet, la majorité des réseaux d’entreprises sont à cheval sur les trois frontières et un cluster d’entreprises regroupe des entreprises issues de chaque coin de la région sans tenir compte de leur pays d’origine. En revanche, si on compare le Rhin supérieur à une région uni-nationale, comme le Pays de la Loire dans notre étude, plusieurs critères mobiles peuvent avoir un impact significatif sur les résultats obtenus et peuvent ainsi mettre en avant des différences entre les territoires.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 61 sur 93 Tableau C : critères pertinents pour la comparaison du Rhin supérieur avec le Pays de la Loire N° Critère de la Commission Européenne Reformulation Unité de mesure 1 Taille du marché Taille du marché PIB/Habitant 2 Taille du marché Taille du marché Croissance du PIB 3 Education Qualité de la main d’œuvre Nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur 4 Efficacité du marché du travail Efficacité du marché du travail taux d’activité par rapport au taux de chômage 5 Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires Dynamisme et économie internationale Exportations réalisées sur une année 6 Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires Dynamisme et économie internationale Valeur ajouté des secteurs de l’économie 7 Infrastructures Infrastructures Transports et accessibilité du territoire 8 Innovation Innovation Dépenses en R&D en % du PIB Pour la comparaison entre le Rhin supérieur et le Pays de la Loire, nous avons fait une sélection de critères dans le tableau B ci-dessus. Voici leurs explications : N°3 / Qualité de la main d’œuvre, mesuré par le nombre d’étudiants dans les études supérieurs: Au travers de ce critère nous espérons voir une disparité apparente entre nos deux régions d’études. En effet, les deux régions d’études ont des politiques différentes à ce sujet et le résultat obtenu aura du poids dans la décision d’une équipe dirigeante voulant implanter une entreprise dans l’une ou l’autre région. N°6 / Degré de maturité de l’entreprise et du monde des affaires, mesuré par la valeur ajoutée des secteurs de l’économie : En comptabilisant les secteurs de l’agriculture, l’industrie, la construction et le tertiaire on obtient une vue d’ensemble de la valeur ajouté de l’économie d’un territoire. N°7 / Infrastructure, mesuré par les Transports et l’accessibilité de la région : Que ce soit pour un étudiant, un employé ou une entreprise, la possibilité d’accéder rapidement à chaque coin de la région est un gage d’attractivité pour la région. N°8 / Innovation, mesuré par la part des dépenses en R&D du PIB : Ce critère n’est pas significatif pour la comparaison intra-Rhin supérieur car il existe une forte coopération entre les régions dans ce domaine. Or ce chiffre aura de l’importance dans la deuxième comparaison (Rhin supérieur / Pays de la Loire).
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 62 sur 93 Voici donc à quoi ressemble l’outil d’analyse lorsqu’on intègre huit critères pertinents pour l’analyse de l’attractivité territoriale :
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 63 sur 93 3. L’échelle statistique Afin que la surface de l’octogone soit plus ou moins grande en fonction de l’attractivité économique, nous avons déterminé une échelle de mesure pour chaque critère. Nous avons vu que pour chaque critère il y a un segment allant du centre du cercle vers l’extrémité de celui-ci : Chaque segment de mesure est découpé en 5 niveaux :
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 64 sur 93 Voici l’échelle adaptée à chaque critère : Critère Niveau Echelle PIB/Habitant PIB/habitant en USD (2015) Niveau 5 Supérieur à 50 000 USD / habitant Niveau 4 Entre 40 000 et 50 000 USD Niveau 3 Entre 30 000 et 40 000 USD Niveau 2 Entre 20 000 et 30 000 USD Niveau 1 Entre 10 000 et 20 000 USD Niveau 0 Moins de 10 000 USD / habitant Critère Niveau Echelle PIB Croissance du PIB en 2015 Niveau 5 Supérieur à 2% Niveau 4 Entre 1,5% et 2% Niveau 3 Entre 1% et 1,5% Niveau 2 Entre 0,5% et 1% Niveau 1 Entre 0% et 0,5% Niveau 0 Inférieur à 0% Critère Niveau Echelle Coût de la main d’œuvre Salaire horaire net moyen (euros) Niveau 5 Plus de 40€ Niveau 4 30€ et 40€ Niveau 3 Entre 20€ et 30€ Niveau 2 Entre 15€ et 20€ Niveau 1 Entre 10€ et 15€ Niveau 0 Moins de 10€ Critère Niveau Echelle Taux de chômage par rapport au taux d’activité Taux d’activité divisé par le taux de chômage Niveau 5 Supérieur à 15% Niveau 4 Entre 12% et 15% Niveau 3 Entre 9% et 12% Niveau 2 Entre 6% et 9% Niveau 1 Entre 3% et 6% Niveau 0 inférieur à 3%
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 65 sur 93 Critère Niveau Echelle Nombre de création d’entreprises Créations d’entreprises par année Niveau 5 Plus de 1 000 000 Niveau 4 Entre 400 000 et 800 000 Niveau 3 Entre 100 000 et 400 000 Niveau 2 Entre 25 000 et 100 000 Niveau 1 Entre 5 000 et 25 000 Niveau 0 Moins de 5 000 Critère Niveau Echelle IDE Mesuré par les flux d’IDE entrants en million USD Niveau 5 Plus de 20 000 Niveau 4 Entre 16 000 et 20 000 Niveau 3 Entre 12 000 et 16 000 Niveau 2 Entre 8 000 et 12 000 Niveau 1 Entre 4 000 et 8 000 Niveau 0 Moins de 4 000 Critère Niveau Echelle Taux d’imposition Taux moyen d’imposition sur les sociétés Niveau 5 Moins de 10% Niveau 4 Entre 10% et 15% Niveau 3 Entre 15% et 20% Niveau 2 Entre 20% et 30% Niveau 1 Entre 30% et 45% Niveau 0 Plus de 45% Critère Niveau Echelle Dette publique Dette publique (en pourcentage du PIB) Niveau 5 Moins de 25% Niveau 4 Entre 25% et 45% Niveau 3 Entre 45% et 65% Niveau 2 Entre 65% et 85% Niveau 1 Entre 85% et 100% Niveau 0 Plus de 100% Critère Niveau Echelle Qualité de la main d’œuvre Nombres d’étudiants dans l’enseignement supérieur Niveau 5 Plus de 150 000 Niveau 4 Entre 100 000 et 150 000 Niveau 3 Entre 75 000 et 100 000 Niveau 2 Entre 50 000 et 75 000 Niveau 1 Entre 25 000 et 50 000 Niveau 0 Moins de 25 000 étudiants
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 66 sur 93 Critère Niveau Echelle Valeur ajoutée de l’économie régionale Niveau 5 Plus de 200 mio. € Niveau 4 Entre 150 et 200 mio. € Niveau 3 Entre 100 et 150 mio. € Niveau 2 Entre 75 et 100 mio. € Niveau 1 Entre 50 et 75 mio. € Niveau 0 Moins de 50 millions d’euros Critère Niveau Echelle Transport et accessibilité Niveau 5 + aéroport et port internationale Niveau 4 + aéroport et port nationale Niveau 3 +réseaux ferroviaire rapide (TGV) Niveau 2 + réseaux ferroviaire Niveau 1 Réseaux routier Niveau 0 rien Critère Niveau Echelle Exportations sur une année Niveau 5 Plus de 30 milliards d’euros d’exportations sur l’année Niveau 4 Entre 25 et 30 milliards d’euros Niveau 3 Entre 20 et 25 milliards d’euros Niveau 2 Entre 15 et 20 milliards d’euros Niveau 1 Entre 10 et 15 milliards d’euros Niveau 0 Moins de 10 milliards d’euros d’exportations sur l’année Critère Niveau Echelle Innovation Dépense en R&D en % du PIB Niveau 5 Plus de 2,5% Niveau 4 Entre 2% et 2,5% Niveau 3 Entre 1,5% et 2% Niveau 2 Entre 1% et 1,5% Niveau 1 Entre 0,5% et 1% Niveau 0 Moins de 0,5%
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 67 sur 93 Rietveld Adam LICENCE THESIS | L’ATTRACTIVITE DU RHIN SUPERIEUR Etude exploratoire INTERVIEWS AVEC LES ACTEURS DU RHIN SUPERIEUR Annexe 3 : Compte rendu de l’étude exploratoire
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 68 sur 93 Table des matières Objectif de l’étude exploratoire ...........................................................................................................69 Les personnes interrogées ...................................................................................................................70 Les interviews (questions / réponses) ..................................................................................................72 Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D- F-CH-Oberrheinkonferenz, Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die grenzüberschreitende Zusammenarbeit im Kongress der Gemeinden und Regionen des Europarates. Rechtskonsulent, Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel, Lehrbeauftragter an den Universität St. Gallen und Strasbourg.............................................................................................................................72 Hr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH.........................................................75 Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg ....................................................................................................................................78 Mr. Zenetti Maître de conférences Langues et littératures germaniques FSESJ ..........................82 Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité ..............85 Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité.................................................................................................................................88 Mr. Belliard Maire de Sierentz .....................................................................................................90 Les remerciements...............................................................................................................................93
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 69 sur 93 Objectif de l’étude exploratoire Nous avons mené cette étude exploratoire auprès de professionnels et professeurs actifs dans la région du Rhin supérieur afin d’apporter des réponses à la question suivante : Comment l’aspect interculturelle du Rhin supérieur est-il perçu par les différents acteurs ? Au travers d’un dispositif de questions, nous avons cherché à comprendre si les acteurs à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur de la région tri-nationale, perçoivent l’interculturalité comme étant un frein ou un avantage à l’attractivité du territoire. Durant notre travail, nous avons soulevé un certains nombres de questionnements sur l’unicité de la région, son dynamisme économique et son attractivité auprès des différents acteurs économiques (entreprises, investisseurs, ménages etc…), c’est pourquoi il est intéressant d’avoir différents points de vues sur ces questions. Bien évidemment, nous ne tirerons pas de conclusions hâtives et aveugles après cette étude puisqu’elle n’est qu’ « exploratoire ». Cela implique le fait que les réponses ne reflètent pas forcément la réalité telle qu’elle est vécu par l’ensemble de la population.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 70 sur 93 Les personnes interrogées Les personnes interrogées sont issues de différents horizons et domaines. Elles ont chaleureusement acceptées de participer à cette étude exploratoire qui à durée entre 30 minutes et 1 heure. Nous avons contacté un certains nombres de personnes, après quoi nous nous sommes rencontrés afin de mener à bien cette enquête. Dans cette étude vous retrouverez des entretiens avec des hommes politiques, des professeurs d’universités mais aussi des professionnels en entreprises. Vous seriez donc prié de ne pas utiliser les informations recueillis dans ces interviews à des fins externes. Sachez aussi, que ces personnes sont actifs dans différents domaines c’est pourquoi nous avons posés des questions spécifiques à leur domaine, tout en gardons une base commune pour chaque interview. Nous avons opté pour cette méthode dans le but de valoriser chaque personne dans son domaine de prédilection en lui permettant d’être à l’aise dans la discussion. Voici la liste des personnes interrogées pour cette étude exploratoire sur le Rhin supérieur : Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH- Oberrheinkonferenz, Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die grenzüberschreitende Zusammenarbeit im Kongress der Gemeinden und Regionen des Europarates. Rechtskonsulent, Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel, Lehrbeauftragter an den Universität St. Gallen und Strasbourg Hr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 71 sur 93 Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg Mr. Zenetti Maître de conférences Langues et littératures germaniques FSESJ Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité Mr. Belliard Maire de Sierentz
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 72 sur 93 Les interviews (questions / réponses) Dr. Hr Hans-Martin TSCHUDI a. Regierungsrat des Kantons Basel-Stadt, ehem. Präsident der D-F-CH- Oberrheinkonferenz, Vizepräsident und Berichterstatter a.D. für die grenzüberschreitende Zusammenarbeit im Kongress der Gemeinden und Regionen des Europarates. Rechtskonsulent, Unternehmensberater bei Furer & Karrer Basel, Lehrbeauftragter an den Universität St. Gallen und Strasbourg Que pouvez-vous me dire sur la Coopération tri-nationale du Rhin supérieur ? „J’étais autrefois membre du conseil d’Etat dans le Canton de Basel Stadt. Dans cette fonction j’étais président de la Conférence du Rhin supérieur, de l’Euro-District actuelle, de la Commission Gouvernementale. J’étais aussi responsable des relations avec INTERREG. De ce fait, je peux dire que la coopération transfrontalière est très importante pour Bâle. Nous vivons au cœur du Rhin supérieur où nous parlons la même langue et venons de la même culture. Cependant, à cause de l’histoire de la région, nous ne sommes plus un seul territoire. Il fut un temps où Mulhouse appartenait à la Suisse, puis au fil du temps, sous le règne de Napoléon, les mulhousiens ont préférés rejoindre la France. Encore aujourd’hui vous pouvez voire des emblèmes suisses dans la mairie mulhousienne qui ressemble beaucoup à la mairie Bâloise. Nous avons donc une coopération particulièrement proche avec l’Alsace et cela est dû à la langue, la culture et l’histoire. Par contre, politiquement il y a trois nations, trois systèmes différents. Chaque jour il y a environ 70 000 travailleurs allemand et français qui viennent travailler dans le canton de Bâle. Cela prouve que les infrastructures de transports sont suffisamment bien élaborées pour permettre la mobilité transfrontalière. Cette mobilité est rendue possible grâce aux actes bilatéraux qui unissent fortement la Suisse et l’Union Européenne. Aujourd’hui il y a des accords douaniers qui permettent aux résidents et travailleurs de franchir la frontière sans contrôle particulier. Bien sûr il existe encore un contrôle douanier sur les biens. Mais cette particularité permet d’intensifier les contacts au-delà des frontières. Ce cadre historique, culturelle, économique et politique est un point central pour la Nordwest Schweiz. Donc après la deuxième guerre mondiale nous avons tout de suite commencé à bâtir la coopération des trois nations. Comme parfait exemple à cela on peut citer la création de l’EuroAirport. Même si l’EuroAirport est binationale sur le point juridique, nous savons qu’elle est
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 73 sur 93 aujourd’hui considéré comme tri-nationale et peut-être qu’un jour nous pourrons évoluer vers un aéroport tri-nationale sur le point juridique en intégrer l’Allemagne. » Le Rhin supérieur est-il économiquement dynamique ? Pourquoi ? « C’est sûr ! Elle est ultra-dynamique. Il y a 6 millions d’habitants dans le Rhin supérieur, comparable avec le Danemark. Et la zone Nordwest Schweiz représente la deuxième région la plus puissante économiquement, après Zurich. Du côté Allemand, le Baden-Württemberg et la Bavière sont aussi très puissante avec une bonne situation économique. Par contre, l’Alsace est un peu « l’enfant difficile » sur le plan économique avec 11% de chômage. C’est pourquoi il est important de concentrer les efforts sur la promotion économique de l’Alsace et du Rhin supérieur en générale. Très important aussi : le domaine d’excellence du Rhin supérieur, les sciences de la vie (pharma, biotechnique etc…). Entre Bâle et Strasbourg il y a plus d’une centaine de PME dans ce domaine qui forment la branche la plus importante de la région ; c’est en quelque sort, notre veau gras, ce de quoi nous vivons. En effet, c’est un secteur qui ne connait pas la crise. Malgré la crise, les gens vont toujours se soigner. » Le Rhin supérieur est-il attractif pour des entreprises ? Pourquoi ? Peut-on la comparer à une région comme Paris, Berlin ou Londres ? « C’est quelque chose d’incomparable. Paris est une immense métropole, de même que Londres. La région du Rhin supérieur est composée de plusieurs métropoles similaires, Bâle-Strasbourg- Mulhouse-Freiburg. Nous n’avons pas de « méga-métropole » mais une coopération de villes attractives dans le Rhin supérieur. Nous avons réussi à les faire travailler ensemble afin de former des institutions telles que le système EUCOR par exemple. Ce système unifie les universités du Rhin supérieur et permet de créer un campus européen où élèves et enseignants circulent librement et ont la possibilité d’apprendre dans chaque université partenaire « EUROPEAN CAMPUS ». Nous vivons dans cette « banane bleue » au centre de l’Europe. Au milieu des grands axes de transports routiers, fluviaux et ferroviaires, le tout, accompagné par l’EuroAirport qui ne cesse de croître. Se déplacer dans le Rhin supérieur n’est plus une problématique grâce à ces infrastructure : Bâle – Strasbourg en quelques minutes avec le TGV. Donc l’attractivité de la région se base sur : - La situation géographique, au centre de l’europe - Les infrastructures de transports qui favorisent et facilitent les déplacements - Le système EUCOR, qui renforce le système de formation - Le marché du travail : il faut trouver les bonnes forces de travail pour le bon poste Sur la base des universités EUCOR nous avons réussis à former une main d’œuvre compétente et adapté à la demande du marché. Le marché du travail à un énorme potentiel. » Que pensez-vous de l’interculturalité au sein du Rhin supérieur ? Qu’est-ce que cela apporte ? « Une entreprise vient en suisse pour retrouver la stabilité politique. Notre système permet à chaque partie politique important d’être au pouvoir, contrairement à l’Allemagne et la France. Le système d’impôt est aussi un critère qui rend la Suisse attractif pour les entreprises. Le niveau d’étude est très haut dans les universités. Nous sommes une société ouverte et tolérante des autres cultures. La Suisse propose aussi une large palette culturelle et une offre variée de loisirs. Aussi notre situation
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 74 sur 93 géographique permet d’être accessible par tous les transports. Ca ce sont les critères qui nous rendent attractif en comparaison avec le reste du Rhin supérieur. Mais ce qui est intéressant à savoir, c’est que le système d’impôt est souvent un critère mineur pour les entreprises lorsqu’elles décident de s’implanter en Suisse. C’est plus important de trouver les bonnes personnes et d’être accessible. Dans la région du Rhin supérieur il faut ajouter l’Allemagne et la France. Sachez que les systèmes d’impôts sont différents sur chaque territoire. D’un autre côté on sait que le niveau d’étude est quasiment similaire au-delà des frontières. En ce qui concerne le marché du travail, on peut considérer qu’il est attractif dans toute la région du Rhin supérieur car il se compense d’un pays à l’autre. La Suisse propose du travail et les français viennent le combler. La situation des transports et l’offre culturelle est aussi un critère favorable pour l’attractivité. Nous vivons actuellement dans un monde multiculturel et si on apprend, dès l’université, à travailler ensemble dans un cadre multinationale, alors on arrive à former des gens solide pour le marché du travail. Que des gens de différentes cultures, de différents pays avec différentes langues se retrouvent pour travailler ensemble et se découvrir est une force considérable qui permet de donner une vue d’ensemble concrète de ce qu’est le travail dans un cadre internationale dans lequel ils vont travailler plus tard. Nous avons cet avantage dans notre région. Les entreprises sont majoritairement multinationales et lorsqu’elles viennent s’implanter ici, elles découvrent une population avec les mêmes caractéristiques interculturelles, et ce depuis des générations. Ce potentiel de formation est un avantage absolu du Rhin supérieur, depuis des générations. Cela s’adapte parfaitement dans le monde globalisé. » Fin de l’interview 11/03/16 à Bâle durée 45 minutes
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 75 sur 93 Hr KIRCH Human Ressources Director, Europa-Park GmbH Quels sont les avantages et les désavantages au fait d’être dans une région transfrontalière comme le Rhin supérieur ? « L’avantage d’une région frontalière c’est de pouvoir compenser les faiblesses d’un pays avec les forces d’un pays voisins. On le voit dans l’exemple suivant : lors d’une crise économique en France, celle-ci est allégé par la stabilité suisse et allemande, et ce, sur tous les marchés. On fait ce constat sur le marché du travail alors qu’il y a plus de 10% de chômage en Alsace et seulement 3,3% dans l’Ortenau (Baden-Württemberg, Allemagne) les travailleurs français viennent se former et travailler en Allemagne. Et vice-versa. Et ça c’est le plus grand avantage que je vois directement. A Europa-Park nous savons 20% des employés qui sont français, mais que très peu de suisses, moins d’1%. Puisque ce n’est pas attractif pour un résident suisse de venir travailler en Allemagne. Mais à l’inverse c’est énormément attractif pour un Allemand de travailler en Suisse. Cela s’explique par la conjoncture, le salaire et le niveau d’imposition. La différence entre la France et l’Allemagne est très insignifiante sur ce plan. Un comptable gagne approximativement la même chose, qu’il soit en France ou en Allemagne. Cette concurrence salariale avec la Suisse est difficile à compenser pour nous, c’est pratiquement impossible. On ne peut pas compenser cette différence salariale avec quoi que ce soit. Bien sûr, il existe des travailleurs qui recherchent la culture et l’atmosphère allemande au travail et qui seront prêt à mettre de côté un salaire suisse pour vivre leur idéal à eux. Mais ce sont des critères propres à chacun. Sachez aussi que l’assurance pension est absolument interactive en Allemagne par rapport à la Suisse et la France. Et ça c’est un problème macroéconomique. „ Vos clients sont internationaux, mais vos employés le sont-ils aussi ? Qu’est-ce que cela apporte de faire travailler ensemble des gens de différents cultures, pays et langues ? « Premièrement, cela apporte du plaisir et du bien-être, car cela brise des clichés. Des amitiés transfrontalières se forment et nous avons besoin de cela pour couvrir les relations du passé. A côté de cela, nous avons des clients transfrontaliers et c’est pourquoi il faut s’adapter à cela en permettant à nos clients d’être dirigés par un employé parlant leur langue. Malheureusement, ces avantages sont limités puisque trop peu de gens veulent apprendre la langue du voisin et ce phénomène se voit des deux côté du Rhin. Cependant il faut dire qu’a Europa-Park il y a quelques académiques ayant suivi des formations binationales, mais ceux-ci ne représentent qu’une minorité. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 76 sur 93 Quel est le niveau de formation au Baden-Württemberg et dans le Rhin supérieur en générale ? « Avant d’y répondre il faut savoir qu’il existe des études montrant qu’il y a beaucoup trop de travailleurs avec des profils académiques, par rapport au nombre de postes académiques proposés sur le marché du travail. On étudie trop par rapport aux besoins des entreprises. Mais en Allemagne, le taux d’académiques au chômage ne représente que 2,3%, c’est très peu. A Europa-Park nous comptons à peu près 3% d’académiques ce qui est vraiment peu par rapport aux industries automobiles où ce même pourcentage monte au-dessus des 30%. » Est-ce qu’Europa-Park à des coopérations transfrontalières ? Pourquoi ? « Oui évidemment, surtout dans le domaine marketing où nous coopérons beaucoup avec des agences et groupes en France. A côté de cela nous coopérons beaucoup avec des syndicats mais aussi avec Pôle Emploi en France. Mais il n’existe pas de coopération transfrontalière dans la R&D de nouvelles technologies puisque il existe très peu d’entreprises dans le secteur des attractions. Avec l’académie de Strasbourg nous avons beaucoup de coopérations, surtout dans le domaine de l’hôtellerie et gastronomie. Nous proposons à des étudiants français de suivre leur formation en France tout en ayant une partie pratique dans nos établissements. Et il y en a beaucoup dans ce cas- là. Et il est tout-à-fait possible pour des étudiants français de postuler pour les formations en alternances avec Europa-Park, nous ne limitons pas nos places aux élèves allemands. Et à mon avais, il n’y a rien à changer au système français pour concurrencer avec l’Allemagne. Je pense que chaque système a prouvé une efficacité certaine et je n’ai pas besoin, en tant que recruteur, de demander aux candidats d’avoir un diplôme allemand pour travailler ici. Si on veut absolument modifier chaque système on risque de tourner en rond. C’est faux de dire que le niveau de formation en Allemagne est responsable pour le faible taux de chômage. Il y a d’autres facteurs en jeu. » Que pensez-vous de l’interculturalité au sein du Rhin supérieur ? Qu’est-ce que cela apporte ? « Il n’y a pas d’initiative de trop, il n’y a pas un seul centime d’euros en trop investit dans cette coopération tri-nationale. Chaque initiative à un sens et une signification certaine. Il existe des actions permettant aux jeunes de faire des formations transfrontalières, et c’est déjà une grande réussite de même que le fait de faire interagir les écoliers par le biais d’échanges internationaux. Et ce que cela apport, encore une fois : prendre soin de l’amitié transfrontalière. L’héritage laissé par nos anciens ne doit pas être délaissé et nous nous devons de soigner cette amitié qui profite à chacun. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 77 sur 93 Quel est l’avantage d’une région tri-nationale comme le Rhin supérieur par rapport à une région uni-nationale ? « Pour moi, le plus grand avantage économique que nous avons par rapport à une région uni- nationale, c’est le fait de pouvoir compenser nos faiblesses avec les forces de nos voisins. Cette possibilité n’existe pas dans une région uni-nationale et c’est grâce à notre diversité. Et comme dis, cette coopération à un sens et une importance. De mon point de vue, chaque élève vivant dans la région frontalière doit faire au moins un échange avec le pays voisin. C’est tellement important de mettre l’accent sur l’apprentissage de la langue du voisin. Cela accroît les chances de cette région. Cela permet la communication et les coopérations transfrontalières et augmentent les amitiés et la qualité de vie du Rhin supérieur. Le point décisif pour moi et de prendre soin de cette amitié. Il est clair que cela coûte du travail et de la communication, et c’est le plus grand défis qui est devant nous. » Fin de l’interview 15/03/16 à Rust durée 30 minutes
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 78 sur 93 Mr. Goulet Docteur en sociologie, chercheur associé du SAGE et enseignant à l’université de Strasbourg Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ? « Je n’ai pas l’impression que l’Alsace soit le côté le plus dynamique du Rhin supérieur, alors qu’historiquement elle l’était. Alors la question qu’on peut se poser c’est, comment se fait-il que l’Alsace qui avait cette position frontalière privilégié qui pouvait expliquer un taux de chômage faible dû à un dynamisme industriel plus important à perdu cet avantage compétitif ces dernières années ? Ca fait maintenant dix à quinze ans que les chiffres du chômage rejoignent la moyenne nationale. Visiblement il y a eu la spécialisation des économies Suisse, Allemande et française qui a tournée en défaveur de l’industrie en France. Et l’Alsace était et est toujours une terre d’industrie, mais comme elle n’est pas portée au niveau nationale avec des investissements en R&D dans ce secteur, comme c’est le cas en Allemagne, nous avons une faiblesse par rapport à nos voisins. Donc cela pourrait être la première raison de la perte de dynamisme en Alsace, c’est une raison de choix stratégique. En cela on peut dire que le centralisme français n’a pas forcément fait du bien à l’économie d’Alsace dans l’ensemble. Deuxième choses, qui peut être contestée : le rapport à l’Allemand qui est différend entre cette génération actuelle et les générations passés. C’est-à-dire que le processus de francisation continue et le dialecte alsacien recule et est de moins en moins parlé par les jeunes. De ce fait, nos jeunes alsaciens ont un support moindre pour ensuite apprendre la langue Allemande de nos voisins. Et ça se ressent dans le rapport des jeunes avec l’Allemand en général. C’est un allemand souvent scolaire et peut pratiquer de manière approfondie. A peu près 80% des bacheliers alsaciens ont fait allemand à l’école, mais ces 80% ont plus appris cette langue en deuxième langue. Cela signifie que l’intérêt pour cette langue est devenu secondaire. L’Alsace est de plus en plus francophone. D’autant plus que les offres d’emplois du côté Suisse et Allemand se sont technicisé et nécessite de plus en plus l’utilisation de la langue allemande. Il ne suffit plus d’être un bon ouvrier, il faut aussi savoir remplir des fiches, des rapports et des dossiers en Allemand. L’employabilité des alsaciens en Allemagne est en déclin du fait de la barrière linguistique. Toutefois on peut dire que les efforts fournis par le gouvernement et l’éducation nationale, pour développer le bilinguisme, sont louable et ne manqueront pas de porter leurs fruits. Il est évident qu’ici en Alsace on a un vivier de personnes possiblement germanophone supérieur au reste de la France. Nous sommes actuellement dans l’entre-deux : les classes bilingues se multiplient à petit feu et il y a des formations transfrontalières qui se mettent en place. Les efforts sont là, mais j’ai l’impression qu’on est encore dans le creux, dans une période de transition. Dernière choses, j’ai remarqué aux travers de mes enquêtes auprès de jeunes alsaciens (soixantaines de jeunes), que très généralement il y a une bonne connaissance de l’Allemagne mais c’est une connaissance très superficielle. Au sens où, pratiquement tout le monde dit aller en Allemagne pour les courses, visiter les thermes mais il y a très peu de liens familiaux et amicaux transfrontaliers. Le rapport à l’Allemagne se fait par le tourisme mais il n’y a pas de pratique de la langue et d’expression de soit en langue allemande. Même au niveau scolaire, il y a très peu d’échanges scolaires outre-rhin et quand on voit la proximité géographique on se demande pourquoi il n’y pas plus d’échanges. Et ça
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 79 sur 93 c’est un point sur lequel il faudra travailler davantage pour essayer de redynamiser un marché de l’emploi et donc une économie transfrontalière. Spontanément un alsacien va se promener dans les Vosges et un allemand restera dans la Forêt Noire. » Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ? « Si vous voulez, j’ai quand même l’impression qu’il y a un tropisme en France : « Sud » et « mer ». Se diriger vers l’Alsace, pourquoi pas… c’est une belle région et les locaux en sont fière, mais quand on parle de « l’Est », c’est mal perçue. Donc déjà, l’Alsace n’est pas perçue comme une région comme les autres et les points d’attractivités sont plus faibles que les points de rejets. Et ce n’est pas la proximité avec la Suisse, ni avec l’Allemagne qui va faire venir une famille au bord du Rhin. On n’a pas un tropisme germanophile en France. Maintenant on va plutôt apprendre l’anglais, le japonais etc… l’art de vie Rhénan est très peu connu dans le reste de la France. Vous savez, entre le fait de passer des vacances ici et de décider d’y vivre, il y a quand même un grand fossé. Si on veut développer le marché transfrontalier et pousser davantage les coopérations avec la Suisse et l’Allemagne, à mon sens ça partira d’abords des alsaciens. Il y a un potentiel et de l’avenir pour toutes les formations françaises qui se mettent en coopération avec des écoles outre- rhin. On essaye de mettre nos jeunes alsaciens en contacts directe avec leurs voisins pour qu’ils gagnent de l’expérience en Allemagne et en Suisse afin de renforcer le marché du travail. Pour renforcer l’attractivité du Rhin supérieur il faudra à mon sens accentuer nos efforts sur les avantages présents. Personne en France ne connait, par exemple, Bâle comme étant une ville attractive et touristique alors qu’elle est absolument dynamique et intéressante. Mais personne ne le sait. Concentrons-nous alors sur les points qui paraissent évidents. » Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les tendances actuelles, les niveaux de formations ? « Un des problèmes du Rhin supérieur est l’asymétrie des revenus entre les pays avec comme particularité la Suisse. Les alsaciens en particulier ne sont, globalement, pas très bien qualifié. Il y a beaucoup de gens qui sortent du système scolaire sans avoir de qualification ce qui est frein aux postes techniques relativement qualifiés du pays de Bade ou en Suisse. Les alsaciens ont leurs chances sur des métiers intermédiaires tels que techniciens supérieurs, ventes et commerces, aide- soignant et restauration. Mais pour cela il faut une bonne maîtrise de l’Allemand. Et on sait que dans la région de Mulhouse, et surtout Saint-Louis huit jeunes sur 10 ont le souhait de travailler en Suisse. D’ailleurs il y a une plus forte attractivité pour la Suisse que pour l’Allemagne. Donc faire l’effort transfrontalier est une démarche difficile, et on le fait quand il y a une bonne paye au bout (Suisse), mais sinon on est plus retissant (Allemagne). Cependant, il est vrai qu’il y a des secteurs en Allemagne, comme la métallurgie, qui sont attractif pour les travailleurs transfrontaliers mais il faut faire l’effort. Donc je dirais que la main d’œuvre alsacienne n’est pas assez bien formée pour pouvoir prendre les postes intéressants en Suisse et en Allemagne. Ces postes-là sont alors pris par la main d’œuvre suisse et/ou allemande, qui a un avantage sur nos alsaciens qui prennent des postes d’usine. Mais ces postes d’usine sont satisfaisants de par le salaire. C’est en cela que la disparité salariale ne fait pas forcément du bien à l’ensemble du marché du travail. Les allemands ont
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 80 sur 93 beaucoup plus de mal à attirer une main d’œuvre française et c’est pour cela qu’ils sont beaucoup plus impliqués (que la Suisse) dans les démarches de coopération sur le plan de la formation. » Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ? « Ce qui est passionnant c’est d’être à la frontière avec une région germanique. Et je dirais, dans un discours rapporté, que : « si on connait la langue et la culture allemande on peut exporter dans plus de 80% de l’union européenne ». Parce qu’il y a beaucoup de pays qui sont proches du modèle allemand et le reste est proche de la mentalité française. Ça n’est pas tout à fait faux, même si je pense que c’est un peu brutal. Le fait de pouvoir passer d’une culture germanique à une culture française permet de développer une compétence interculturelle et des façons de voir qui me semble- t-il donnent un avantage sur le marché. L’autre point fort est de se trouver dans la banane bleue et le Rhin est toujours une épine dorsale de l’Europe. Ensuite on peut dire que la proximité avec l’Allemagne, le partenaire le plus puissant en Europe, est un avantage sans précédent. Il vaut mieux voisiner avec un partenaire puissant qu’avec un pays en déclin. Il y a donc la prospérité et l’avancé. » Le marché du travail est-il plus attractif ici, qu’ailleurs ? En comparaison avec une région uni- nationale ? Pourquoi ? « Le problème c’est qu’il y a des freins pour y accéder. On a des stocks de chômeurs alsaciens et on n’arrive pas à les exporter de l’autre côté de la frontière. Donc on ne va pas faire venir des français de l’intérieur. On est coincé parce qu’on n’arrive pas à créer un marché du travail frontalier efficace. Allez voir un patron d’une PME dans la forêt noire et demandez-lui qu’elle type d’employé il veut, vous pouvez être sûr que le diplôme français ne lui suffira pas. Il y a un autre rapport au système scolaire et au monde de l’entreprise dans les trois pays. Du coup, les attentes des patrons sont différentes. » Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ? Une force ou un frein ? « Le problème c’est qu’il y a beaucoup d’obstacles interculturelles… un candidat ne sait pas ce qu’un employeur attend de lui lors de l’entretien, son niveau de langue et ses capacités sur le CV. Les efforts sont fait, mais il faut mieux communiquer aux français comment fonctionne le monde du travail allemand, mais aussi expliquer aux allemands et aux suisses comment fonctionnent notre système éducatifs et qu’elles en sont les avantages et les points communs avec leurs attentes. » Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs, résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ? « Non, parce que ce n’est pas dans leurs attentes. L’aspiration de la plus part des gens est d’être près de la mer, dans le sud-ouest, au soleil… dans des grandes agglomérations urbaines et dynamique. Dans le Rhin supérieur il y a Strasbourg, mais le reste c’est de la campagne ou des villes de type secondaire comme Mulhouse. A part Bâle, qui est une ville particulière, il n’y a pas de ville attirante et puissante. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 81 sur 93 L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ? « Disons que ceux qui tentent l’aventure trouvent ça bien, mais que très peu en ont conscience. Ça n’est pas un réflexe pour tout le monde. On y arrive plutôt par hasard. On a tendance à venir dans le Rhin supérieur ou de tenter l’aventure outre-rhin si nous avons des proches qui sont de ce cas. Mais si personne ne nous ouvre la voie, on n’y pense pas. » Fin de l’interview 18/03/16 à Mulhouse durée 53 minutes
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 82 sur 93 Mr. Zenetti Maître de conférences Langues et littératures germaniques FSESJ Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ? « La première question c’est de se demander s’il existe une économie Rhénane. Dans ce thème-là plusieurs économistes se sont penchés sur la question, notamment Pichetti a écrit un ouvrage sur le capitalisme Rhénan. Ces écrits font références à l’histoire et le découpage des territoires par Charlemagne lorsqu’un de ses fils a reçu l’autorité d’une zone qui correspond à l’actuel Rhin supérieur. Il y avait déjà une indépendance politique des grands centres décisionnels de Paris et Berlin. La bande Rhénane se forgeait déjà un caractère qui, selon certains économistes, a contribué à la création d’un dynamisme dans cette région. Il y a autre chose, vous connaissez sûrement les ouvrages de Max Weber qui décrivent l’influence protestante dans la culture et l’économie Rhénane. La France était un pays catholique mais le Rhin supérieur prospérait sous une culture protestante qui a déclenchée un saut technologique dans cette région et a contribué au dynamisme. » Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ? « Par cet historique on a un tissue économique intéressant et beaucoup de PME soutenus par le gouvernement français. Ces PME en questions soutiennent les grands groupes et on sait que la plus forte création d’emplois vient des PME. Cela contribue à un bon emploi et un dynamisme économique et social. On n’est pas au centre, mais on n’est pas loin des centres. Nous profitons d’une grande accessibilité des centres économiques et politique. Un autre facteur est que nous sommes à un croisement de différentes cultures. On se rend compte qu’il y a des différences et si on utilise ses différences dans le sens d’une complémentarité on arrive à faire des choses formidables. Et ça se trouve au niveau des personnes, des cultures et des entreprises. Si on arrive à coopérer on arrive à faire des choses qui, dans une seule culture, n’auraient pas été possible. Au niveau universitaire je pense au service NovaTris qui existe depuis 5 ans qui travaille sur des coopérations de la formation et de la recherche transfrontalier. Il a dans ce système des gens qui sont l’exemple du dynamisme interculturel, qui passe des frontières sans craintes pour faire avancer la coopération. Ce sont des ponts vivant sur le Rhin. » Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les tendances actuelles, les niveaux de formations ? « Mes connaissances sont limitées dans ce domaine mais je connais bien le devenir de mes étudiants du Master MICAI. Mais ce que je peux dire c’est que ces élèves développent des capacités interculturelles et linguistiques très demandés. Leur insertion professionnelle est largement au- dessus de la moyenne statistique. Cela est aussi dû à leur stage majoritairement effectués dans le bassin Rhénan. C’est une formation purement française mais nous faisons des efforts pour attirer des nationalités étrangères, car nous avons compris que l’interculturalité peut s’enseigner mais surtout
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 83 sur 93 elle doit se vivre dans la pratique. Cela est rendu possible lorsqu’on met des gens de plusieurs nationalités en contacts. On a la chance d’avoir une présidence qui nous aide à pousser des projets internationaux dans cette formation. Je reçois des retours d’entreprises transfrontalières qui me disent avoir moins besoins d’experts en marketing ou autre, mais la réelle perle rare à trouver c’est quelqu’un qui parle très bien une langue étrangère et quelqu’un qui a une ouverture interculturelle qui est vécue. Ces personnes connaissent le travail dans un cadre interculturelle et ont une certaine sensibilité. Aujourd’hui, même une PME qui veut être un tant soit peu dynamique, elle doit travailler à l’internationale avec des gens qui comprennent ces enjeux. » Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ? « Au niveau politique, les gouvernements font tous des bêtises, mais ils ne les font pas tous en même temps. Et nous sommes dans une zone où les choses se mélangent et nous dans le Rhin supérieur, nous voyons les choses arriver de loin. Nous avons une vue d’ensemble, de tous les côtés du Rhin. Ce qui est intéressant également : le tissue industriel n’est pas le même de chaque côté du Rhin. En Suisse, le milieu pharmaceutique et biologique. En Allemagne, les énergies renouvelables. Et en France, malgré tout, un secteur automobile. Cela ouvre la porte à des coopérations sans se faire concurrence, ce qui est très important. » Le marché du travail est-il plus attractif ici, qu’ailleurs ? En comparaison avec une région uni- nationale ? Pourquoi ? « Déjà, pour un salarié, s’il a le bagage linguistique et culturel, il peut chercher du travail dans les trois parties du Rhin supérieur. Beaucoup de mes étudiants trouvent leurs premiers emplois outre- Rhin et n’hésitent pas à revenir après quelques années fort de leur expérience et de leur CV enrichit. On a donc une main d’œuvre transfrontalière très intéressante pour les entreprises. Dans la même idée, le système EUCOR est en train de prendre corps. Cette coopération universitaire cherche à développer son champ d’action dans le domaine des life sciences du Rhin supérieur. » Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ? Une force ou un frein ? Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs, résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ? « C’est difficile de le généraliser. Mes expériences personnelles sont limitées mais je pense que l’Alsace doit lutter contre un repli sur elle-même. Les alsaciens se sont forgés un certains caractères mais il faut lutter contre cela. Ce qui est regrettable : la perte de l’alsacien va de pair avec la moindre attractivité de la langue allemande, au profit de l’espagnol. C’est dommage et je connais des patrons de PME qui s’arrachent les cheveux en disant chercher des employés français avec une bonne connaissance de la langue allemande. C’est regrettable de devoir chercher cette main d’œuvre si précieuse en Alsace. C’est un fait. Il y a eu, et il y a encore des relations très étroites entre le Japon et l’Alsace. Il y avait le groupe Sony et maintenant encore le groupe Ricoh. Cette présence japonaise a permis l’ouverture d’un lycée franco-japonais dans la région de Colmar, qui a maintenant dû fermer. C’est moins fort que dans le temps, mais il est intéressant de voir l’étroite collaboration entre le Rhin supérieur et le Japon. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 84 sur 93 L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ? « Je pense que pour des gens qui savent qu’il existe une interculturalité à vivre dans la région, c’est un bon point. Mais je crains que pour d’autres personnes, la région alsacienne soit perçue comme un bord, la province. Les centralistes français ont du mal à comprendre que la périphérie à ses richesses. » Fin de l’interview 21/03/16 à Colmar durée 39 minutes
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 85 sur 93 Mr. Linder Chef de projet Pays germanophones ACCES Alsace – Agence d’attractivité Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ? « A mon avis, pour rendre comptes des atouts de la région, il ne faut pas voir les choses sur les 5-10 dernières années. Avant 1945 l’Alsace était une région meurtrie et sous tutelle militaire. Pour chaque investissement dans la région il fallait l’autorisation militaire. C’était une période économique très moyenne, voir faible. Cela est dû aux retombés de la guerre. Les effets se faisaient aussi ressentir en Allemagne mais la France la fortement ressentis. Situation désavantageuse. Après 1945, début de l’Europe, réconciliation : la handicape de la frontière devient un atout. L’Alsacien était bilingue jusque dans les années 1960, encore un atout considérable. A cette époque, les 30 glorieuses, on atteignait une croissance de l’ordre de 3-4-5-6% et peu de chômage. Le moment choisi par des gros groupes pour investir (GM, Eli Lilly) pour s’implanter en alsace grâce à la main d’œuvre bilingue considérée comme un atout indéniable. De plus, le marché était démographiquement énorme puisqu’avec cette main d’œuvre bilingue on avait la possibilité d’atteindre 150 millions d’habitant (la francophonie et tous les pays germanophones). Notez aussi que la région est géographiquement bien situé : centre névralgique de l’Europe (avec tous les pays au bord du Rhin). Main d’œuvre bon marché en faveur de la France : gros donneur d’ordre allemand (1970) s’installent dans la région alsacienne. Avantage culturelle et proximité des clients (secteur automobile) : Baden Württemberg, un très gros investisseur en Alsace. Frontalier : l’Allemagne se reconstruit, croissance « chinoise » et besoin de main d’œuvre. Recours aux salariés alsacien qui a profité aux entrepreneurs frontaliers. Génère un grand profit pour l’économie alsacienne. Avantage structurelle. Puis il y a eu la venue d’investisseur japonais 1980 (Ricoh, Sony, Sharp). Aujourd’hui : ces avantages jouent encore, 60 000 frontaliers alsaciens et 1200 entreprises étrangères (800 – 100 d’origines germanique) en Alsace. Les IDE reçus grandissent en Alsace. La moitié des investissements sont issues de l’étranger. Cela est dû aux capacités linguistiques des alsaciens (bilingues) : spécifique au Rhin supérieur Une autre force du Rhin supérieur : addition d’un certain nombre de données. En fait, la spécificité de chacun construit une force commune. Les éléments, les atouts du Rhin supérieurs ne se retrouvent pas ailleurs. Le bilinguisme se soigne : on ne le décrète pas, on le vit. Il faut en prendre soin et faire des efforts pour garantir sa survie. C’est le défi de la région. Il y a un défaut de transmission de cette langue : il y a un faussé entre les générations. Même si on ressent un regain en voyant la mise en place d’écoles bilingues.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 86 sur 93 Point mis en avant de l’Alsace : Bilinguisme Marketing régionale : mettre en avant une spécifié que d’autres n’ont pas. Ici c’est la connaissance de l’Allemand. » Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ? « Je peux vous en citer quelqu’un de tête : 1. Forte densité industrielle, de haute qualité (donneur d’ordres), « global player » : fantastiques industries dans la pharma et les biotechnologies, technologies IT et électroniques, la médecine, l’automobile. Le Rhin supérieur jouit d’une tonicité industrielle. 2. Tissue de recherche leader mondiale dans certains domaines (biotech), une des régions avec la plus forte concentration de R&D – Strasbourg se positionne très bien et des chirurgiens du monde entier se font former ici. 3. Forte démographie, population dense. MAIS pronostic démographique varie d’une région à l’autre. (Vieillissement accéléré en Allemagne est une faiblesse) à l’avenir en Alsace on comptera avec 2 millions d’habitants selon les estimations. 4. Région situé au cœur de l’Europe Occidentale, pas loin des grandes métropoles avec des infrastructures de transports solides. Réseaux fluviales et portuaire intéressant. Aéroport Bâle-Mulhouse en développement. Zone bien irrigué par les TGV. Ce sont des éléments très attractifs. 5. Bonne qualité de vie : Le Baden-Württemberg est considéré comme le « midi de l’Allemagne », plus de soleil, température douce. On est aussi une région viticole, agricole, culturelle, touristique accompagnée de belles villes riches culturellement. » Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les tendances actuelles, les niveaux de formations ? « On peut dire qu’une tendance du Rhin supérieur est le faible taux de chômage. C’est un peu un tradition dans cette région tri-nationale bien que les chiffres alsaciens sont très négatifs. Dans le début des années 2000, l’Alsace frisait le plein emploi, ce n’est plus le cas. La dynamique n’est plus partagée par l’ensemble des régions qui forment le Rhin supérieur. L’Allemagne et la Suisse grandissent et se dynamisent mais ça n’est pas le cas en Alsace. Une des explications : baisse des salariés bilingues. L’âge moyen des frontaliers est de + 40 ans car la relève n’est pas assurée. Un des défis est de travailler la question des langues sur toutes les formations professionnalisant. On peut imaginer que les apprentissages devraient être « allemandiser » par le vocabulaire et les modules. Avec cela les salariés français auront au moins des bases pour postuler sur le marché germanophone. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 87 sur 93 Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ? « Il y a des forces propres au Rhin supérieur, qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs : - géographiquement bien situé - bonnes infrastructures (transports, recherches etc…) - coopérations avec les pays voisins Mais si on veut parler des forces, il faut être honnête et ne pas oublier les faiblesses de la région. On parle du Rhin supérieur, mais est-elle réellement partagée par la population ? Est-elle vécue par les gens ? Il y a une grande partie des habitants alsaciens qui ne parlent pas l’allemand et vont à Kehl pour acheter des cosmétiques et des cigarettes, il n’y a plus de liens forts trans-Rhin-supérieur. Peut- on parler d’un partage de sentiment commun ? NON. On croit au Rhin supérieur uniquement dans l’élite… Pour relancer ces liens sociaux et se sentiment d’appartenance à une grande région il faudrait : - un alsacien qui se forme en Allemagne pour les métiers dans l’industrie - un allemand qui se forme en Alsace pour la force hôtelière Que ce soit naturelle. Parler d’une région du Rhin supérieur est un leurre. Elle existe géographiquement mais pas dans le cœur des habitants. On vie côte à côte, mais pas avec l’autre. Il y a un manque de liens sociaux forts, manque d’unicité des règles dans les sous-régions. A l’époque, on avait des liens avec les pays voisins par le mélange des cultures. Les générations passées regardaient la TV presque autant que la TV française. » Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ? Une force ou un frein ? « La notion de frontière est perçu par des pays comme le Japon (qui vivent sur une ile) : vivre dans un pays et traverser la frontière pour travailler ailleurs. C’est incroyable pour des japonais. Je pense que la plupart des gens ressentent la tri-nationalité comme trois nations qui se bordent l’une, l’autre et qui tentent de faire le bien sans toucher à l’essentielle. Peut-on alors parler de réelle perception… je ne sais pas. Même si dans le tourisme, c’est un attrait positif. Ill existe des produits « saute-frontières » qui attirent. Mais je ne suis pas sûr que les gens de l’extérieur perçoivent le Rhin supérieur comme une entité homogène. » Fin de l’interview 21/03/16 par téléphone durée 55 minutes
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 88 sur 93 Mr. Hager Business Development Manager (Area North America) ACCES Alsace – Agence d’attractivité Qu’est ce qui rend la région du Rhin supérieur dynamique économiquement ? « Oui je crois qu’il y a une culture industrielle propre au Rhin supérieur avec des troncs communs qui remontent au XIXe siècle avec le développement textile, dans la région de Mulhouse transférée indirectement vers la partie allemande et suisse au travers des secteurs de la chimie. Donc après il y a une base industrielle commune. En tout cas, essentiellement pour la partie sud de la région. Le nord est un peu plus segmenté. Et après il y a une culture d’entreprise et une culture sociale rhénane qui est propre au Rhin supérieur avec cette volonté de co-gestion et d’implication des collaborateurs dans le processus de développement. Ce qui fait qu’aujourd’hui, même si on est séparé au niveau étatique avec des régulations différentes, il reste une matrix commune au Rhin supérieur. Historiquement et culturellement l’Alsace est quand même une terre germanique avec une lingua franca commune dont l’allemanique et le fransic. Il y a un tronc commun, même si aujourd’hui, depuis les années 1960 il y a eu une perte des compétences linguistiques côté alsacien notamment. On parle moins allemand qu’on le parlait avant même si on a mis en place des dispositifs scolaire bilingues. Notre USP principale reste notre aspect linguistique et l’ouverture vers les marchés germanique. Lorsqu’on prospecte en Amérique du Nord je leur dis « en venant en Alsace, sur la base des compétences linguistiques des alsaciens, vous avez accès à globalement 60 millions de consommateurs français et 80 millions de consommateurs allemands ». En y ajoutant les belges, suisses, autrichiens etc… on atteints à peu près 160 millions de consommateurs à partir d’une base qui est l’Alsace. Et ces 160 millions de consommateurs représentent la moitié des Etats-Unis. Des chiffres qui sont parlant. Sur le fond, le marché de base est le marché alsacien, ouvert vers le marché du Rhin supérieur. Il ne faut pas se fermer mais s’ouvrir à 360° dans toute la région tri-nationale. » Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ? « Globalement, l’attractivité du Rhin supérieur se base sur le grand nombre de clients privé et publique. Il y a un gros potentiel de clients composés de sociétés et une population avec un pouvoir économique fort. A mon sens, les forces industriels et le grand nombre de clients potentiels forment les plus grandes forces du Rhin supérieur. Il faut savoir qu’il n’existe pas d’agence d’attractivité du Rhin supérieur. Sur ce niveau-là, chacun travail individuellement et même si il existe des associations du type « Upper Rhine Valley » et « BioValley », elles sont à mon sens des échecs. L’association telle qu’elle a été imaginée par George Endress n’a jamais vraiment réussie. Je travailler à l’époque au niveau du Conseil de la Regio TriRhena qui était à l’époque la collaboration de trois entités. Mais pour différentes raisons, ce sont les trois structures nationales qui ont perdurant. Aujourd’hui il n’y pas d’entité du Rhin supérieur. Peut-être qu’il n’y a pas la volonté politique ni la capacité juridique de mettre en place ce système. Oui il y des avancés avec le Traité de Karlsruhe qui a permis la création d’un certain nombre d’outils franco-allemand, mais bon, il reste quand même une frontière mentale qui est bien présente. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 89 sur 93 Que pouvez-vous me dire sur le marché du travail dans le Rhin supérieur ? Quels sont les tendances actuelles, les niveaux de formations ? « Aujourd’hui, globalement, les flux sont quand même unilatéraux. Depuis la France, vers l’Allemagne ou la Suisse. Très peu de cas de flux Suisse-Allemagne ou Allemagne-Alsace etc… Les statistiques du chômage sont aussi très déséquilibrées dans le Rhin supérieur. Mais par contre, l’Alsace reste perçue comme une région riche, industrielle et attractive du côté français. La même chose se retrouve du côté Badois et Bâlois par rapport à leurs nations. En parlant d’attractivité, on a des statistiques qui prouvent que Strasbourg est une ville très attractive pour des étudiants étrangers par exemple. ¼ des étudiants à Strasbourg sont étrangers. Freiburg et Karlsruhe, sont des villes attractives pour les Allemands, mais je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’étudiants français qui vont passer la frontière pour atteindre ces villes. Il reste là une frontière mentale très importante. Aujourd’hui, l’un des arguments fort pour promouvoir les classes bilingues en Alsace est un argument économique. Personnellement je trouve que l’Allemand fait partie du patrimoine linguistique alsacien, avec le français. Et aujourd’hui, une personne qui se coupe quasiment la moitié du potentiel professionnel parce qu’il ne parle pas allemand… c’est dommage. Quand on sait que l’économie suisse et allemande est relativement bien développée et quand on sait qu’un bon bilingue alsacien peut trouver de bons jobs dans ces économies là… On essaye de motiver les élèves à apprendre ces langues pour trouver une place sur ces marchés du travail. » Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ? « Il y a au moins deux langues, il y a une façon naturelle d’échanger. C’est-à-dire, travailler avec une entreprise dans une région voisine devient relativement naturel. Chez nous, l’effet frontière n’est pas un obstacle. Il parait normal de profiter des opportunités à 360° autour de nous. Les échanges étudiants ont quand même contribué au travail avec l’autre. Même si, d’un point de vue général, on a quand même perdu une grosse ressource naturelle qui est la capacité linguistique. Très peu de jeunes parlent alsacien naturellement. Ce manque est en partie rattrapé par les classes bilingues, mais ça n’est pas naturel et c’est en tout cas insuffisant. » Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ? Une force ou un frein ? Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs, résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ? « Oui, c’est-à-dire que nous, comme première approche, on vend l’Alsace comme porte d’entrée du marché européen. L’Alsace comme plateforme européenne. Et globalement, quand je dis « Alsace », j’inclus le Rhin supérieur. En parlant aux entreprises, je leur dis qu’ils ont accès au marché français avec un seul bureau et que ce même bureau leur permettra de travailler sur le marché germanophone. On est plus obligé d’embaucher deux commerciaux, d’ouvrir deux bureaux pour accéder aux deux marchés. Après, si on veut entrer dans le détail, on s’aperçoit quand même que les deux marchés sont différents, et qu’ils se traitent différemment. Donc on promeut l’Alsace comme une plateforme européenne, mais il faut quand même se rendre compte que les marchés sont différents. Tout cela nécessite des stratégies différentes, des contacts différents etc… Par exemple, j’ai eu une entreprise québécoise dans mon bureau qui s’imaginait que le marché européen était un marché uniforme. Mais bon… l’aspect national reste essentiel. »
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 90 sur 93 L’interculturalité, est-ce une raison pour venir dans le Rhin supérieur ? « Oui, quand on dit « plateforme européenne » les entreprises comprennent cela très bien et vienne pour cela. A vrai dire les américains ne viennent pas pour l’Alsace ou même le Rhin supérieur, mais pour l’Europe. Dans un premier temps ils considèrent le tout comme un marché uniforme, mais c’est qu’il faut leur expliquer les choses. Mais après quoi ils prônent bien que cette zone tri-nationale est une porte d’entrée vers le marché français et le marché germanophone, qui sont les plus grands marchés d’Europe. Aujourd’hui, les Nords-Américains n’ont pas l’Alsace, ou le Rhin supérieur sur leur carte. Je n’ai pas encore reçu d’appels ou d’e-mails de la part d’entreprises américaines en disant : « on veut s’implanter chez vous ». Pour l’instant c’est à nous de les chercher. Donc le concept du Rhin supérieur, comme porte d’entrée vers l’Europe ne va pas de soi, ce n’est pas une vérité aujourd’hui. Ce concept n’est connu que par ceux qui y vivent. C’est une création institutionnelle qui a vu le jour grâce à des frontières géographiques, des fonds communs qui ont été mis en place etc… mais c’est quand même très peu connus. Le Rhin supérieur n’est pas connu hors de la région. Aujourd’hui on parle plutôt de la « Forêt Noire », de l’Alsace, de Strasbourg, de Bâle… Il y a de toutes petites actions, marginales, qui se font dans le cadre d’Interreg (Upper Rhine Valley par exemple). Alors qu’un touriste peut faire un parcours tri-national, c’est déjà plus compliqué au niveau industriel. Nous qui travaillons sur des investissements étrangers, il est quand même très rare qu’une entreprises fasse une filiale à la fois en Suisse, en Allemagne et en France. Donc là-dessus on est en concurrence. Mais, chacun à ses atouts et très honnêtement, moi je suis heureux qu’une entreprise s’installe au Baden-Württemberg ou dans le Nordwestschweiz parce qu’on en profite indirectement. Il y a des emplois crées, des frontaliers qui font le trajet et qui ramènent cette richesse. » Fin de l’interview 24/03/16, à Colmar durée : 30 minutes Mr. Belliard Maire de Sierentz et ancien Vice-président du Conseil Régional d’Alsace, ancien Président de la Commission Coopération transfrontalière et décentralisé et ancien Vice- président du Congrès du Conseil de l’Europe Introduction sur le thème du Rhin supérieur et de la coopération transfrontalière : « C’est un besoin, mais c’est aussi une nécessité aujourd’hui de coopérer avec nos collègues allemands et suisses. Pour cela il y a le développement de la langue et cette barrière psychologique à rompre. Ce travail est à faire et à poursuivre. Dernièrement il y a eu un très bon travail sur le plan de l’éducation et des formations, c’est-à-dire qu’on permet à des étudiants de faire des formations transfrontalières et des échanges. Aujourd’hui, les allemands nous sollicitent car ils ont besoin de la
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 91 sur 93 main d’œuvre française. L’Allemagne est en dénatalité donc pour eux c’est aussi une réalité et une nécessité de coopérer avec les français. L’autre réalité c’est qu’on est sur un partenariat un peu déséquilibré : Bâle est une ville monde. Sur le plan financier ils n’ont pas du tout les même ressources que nous, le périmètre politique n’est pas comparable avec nous. Si on combine le budget de la nouvelle grande région de l’est de la France, il est de 8 milliard d’euros comparé au Baden-Württemberg qui a un budget à 50 milliards. Les compétences décisionnel et les budgets intra-Rhin supérieur ne sont pas les même. La France est très centralisée et c’est parfois un désavantage dans la prise de décision sur des projets transfrontaliers. Les pouvoirs décisionnels sont totalement différents entre la Suisse et l’Allemagne et la France. Alors que dans une réunion du Rhin supérieur, nos voisins peuvent décider rapidement, nous les français, on doit s’en remettre à l’Etat. Il y a des différences de gouvernance. Moi, je pense que nous devons obtenir de la part du gouvernement français c’est le droit à l’expérimentation. Aujourd’hui la République est « une » et la Loi est la même pour tout le monde sur l’ensemble du territoire. Or il est évident que pour les zones transfrontalières il faut un droit à la différence et même la possibilité que l’Etat puisse nous donner des marges d’expérimentation. Cela pourrait faciliter l’implantation d’entreprises étrangères sur le territoire. » Quels sont les facteurs d’attractivité du Rhin supérieur ? « Si il faut globaliser, bon, je commencerais par dire que le bassin Rhénan est tout simplement beau. Je crois qu’il y fait bon vivre, avec ce climat continental qui équilibre le climat. Il y a aussi une richesse culturelle, et je crois que nul par ailleurs il a ce sentiment si fort d’appartenir à un lieu de culture, qui a une histoire. Et on sent que l’histoire de l’Europe s’est vraiment développée dans ce périmètre. Ca a toujours été, le croisement des cultures. Il parait que Louis XIV s’est écrié du haut de la vallée de Saverne, en voyant ce territoire : « c’est le plus beau jardin du monde ». Qu’on le veuille ou non, il y a un sentiment d’appartenance de la part de tous les habitants du Rhin supérieur. Ici il y a une histoire commune. On sait aussi que sur le plan religieux, c’est dans ce bassin que les influences Calvinistes se sont développement. Donc dans un premier temps, il y a ce sentiment inné d’appartenance à une culture commune. Ensuite je crois aussi qu’ici vivent des gens sérieux, des gens en qui on peut faire confiance. Il y a encore la notion de travail. Le berceau et les origines de l’industrie et de la machine, c’est le bassin du Rhin supérieur. C’était ici. L’attractivité ce fait sur l’historique et la génétique du Rhin supérieur. On forme ce territoire. » Qu’est ce qui fait la force du Rhin supérieur, par rapport à une région uni-nationale ? « La capacité de rayonnement, l’ouverture vers les autres. Dans une région uni-nationale on reste français. Mais je crois que notre capacité à nous c’est passer les frontières en portant haut nos idées. On n’a plus ce cloisonnement. Pour nous, on passe les frontières sans problèmes et on n’est pas surpris d’entendre d’autres langues. Notre capacité à l’ouverture vers l’autre est une force. Et cela déteint sur l’industrie et le commerce.
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 92 sur 93 On sent réellement l’appartenance à l’Europe quotidiennement au travers des échanges avec nos voisins. On s’est apprivoisé l’Europe, et même approprié. Je dirais que toutes les instances européennes à Strasbourg fait que par la force des choses, il y a un rayonnement beaucoup plus fort que toutes les autres régions d’Europe. » Comment le caractère tri-nationale/interculturel est-il perçu par les travailleurs et les entreprises ? Une force ou un frein ? Peut-on dire que l’interculturalité est perçue par des acteurs (investisseurs, résidents, travailleurs, entreprises etc…) au-delà des frontières du Rhin supérieur ? « Je vais peut-être sembler un peu brutale vis-à-vis de mes concitoyens. Mais l’Alsace a toujours été une région privilégié qui nous a permis, pendant longtemps, d’avoir une expansion économique avec un taux de chômage très faible. Donc on a vécu dans une certaine aisance, et tout le monde s’en est contenté. Seulement le monde s’est ouvert et maintenant on commence à ressentir un manque. Et donc c’est là qu’on commence à voir une certaine révolte, les gens sont insatisfait. Alors qu’ils étaient privilégiés et habitués à gagner beaucoup d’argent dans le Rhin supérieur. Il y a ce sentiment d’insatisfaction mais pourtant on n’est pas si mal que ça dans cette région et la population le sait qu’on est encore privilégié ici. Bien entendu que les gens perçoivent les avantages de la région, mais ils ne font pas l’effort pour pouvoir y accéder. L’avantage est là, mais seulement il ne vient pas tout seul. Je dis souvent : si une personne sait lire, écrire, penser et que vous possédez deux langues, voire trois, alors le monde vous appartient. Avoir les pieds sur terre, être ouvert d’esprit vous ouvre grand les portes. » Fin de l’interview 24/03/16, à Sierentz durée : 60 minutes
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    L’attractivité du Rhinsupérieur / Licence Thesis Page 93 sur 93 Les remerciements Merci aux différents participants de m’avoir accordé cette interview constructive pour l’avancement de mon travail de licence. Les informations récoltés dans le cadre de ces interviews seront uniquement réutilisées dans le cadre de mon travail de recherche sous forme de citations et ne seront pas publiés en dehors de ce rapport.