Agences et médias, destins croisés 
27/11/2014 - 
Dimitri Granger, directeur général PR & Social media de 
Publicis Consultants et membre du Syntec RP, examine les 
bouleversements apportés par la digitalisation et propose des 
pistes pour s'y adapter. 
© christophe Beauregard 
The New York Times publiait il y a quelques mois un étonnant rapport sur son niveau de 
digitalisation. Intitulé sobrement «Innovation», ce mémo interne, surprenant par la dureté du 
diagnostic, pointait l'incapacité du prestigieux journal à réellement s'adapter à la révolution 
numérique amorcée depuis quinze ans. De l'extérieur, le NYT semble à la recherche permanente 
de nouvelles idées (à l'image du fameux «Snow Fall», qui a réinventé le documentaire en ligne). 
De l'intérieur, le rapport souligne les difficultés à renouveler les méthodologies du print, à penser 
différemment sa façon de capter l'attention de lecteurs et à jouer sur le terrain du social media. Le 
rapport stigmatise aussi l'incrédulité d'un management face à une concurrence aux multiples 
facettes avec des pure players qui inventent leurs propres règles du jeu. 
Frottement global 
A l'instar du NYT, les questions posées aux médias par le paradigme numérique sont des sujets 
que nous rencontrons de plus en plus dans notre pratique quotidienne. La culture numérique est 
une culture de la déconstruction, de la simplification, avec des codes différents, moins statutaires, 
qui se frotte à un mode de pensée vertical, pyramidal et hiérarchique. Ce «frottement», on le 
retrouve partout, et notamment dans nos organisations conçues avec des codes et des méthodes 
datés de l'ère industrielle. C'est aussi une culture du «fail fast», de la prise de risques, nerf de la 
guerre de l'innovation. Cet état d'esprit de «barbares», pour reprendre un terme à la mode, 
correspond aussi à une époque, à l'état d'esprit d'une génération qui voit dans la technologie une 
matière première aux potentialités infinies. 
Pour de nombreux titres de presse, la concurrence a pris une forme mutante avec des nouveaux 
entrants aussi créatifs qu'agressifs. Plusieurs patrons de presse doivent se gratter la tête devant 
l'arrivée d'un Vice News ou la croissance bluffante d'un groupe tel que Konbini, positionné sur la 
pop culture, véritable hybride mêlant à la fois plateforme média (5 millions de visiteurs uniques 
Mots : 495 
Tous droits de reproduction réservés 
Date : 27/11/2014 
Pays : FRANCE 
Surface : 73 % 
Journaliste : Christophe BEAUREGARD 
> Lire cet article sur le site web
par mois!) et agence-conseil et créative. 
Balkanisation de l'attention 
Le marché des agences est lui aussi en train de bouger, à l'image de ce deal passé récemment aux 
Etats-Unis entre Leo Burnett et The Huffington Post, avec des frontières de plus en plus floues. 
L'innovation et l'agilité seront les deux critères essentiels pour survivre à l'ère de l'«evolutionary 
edge». 
Médias comme agences sommes confrontés à une problématique de fond dans un métier qui 
consistait, depuis l'origine, à parler à des audiences: une balkanisation extrême de l'attention sous 
l'effet du règne du «newsfeed roi». Créer de l'engagement autour d'une idée, d'une histoire ou d'un 
article n'a jamais été aussi simple (par les mécanismes de viralité) et complexe à la fois, vu 
l'incroyable inflation de contenus que nous vivons. On observe déjà les limites et les contraintes 
du «marketing du contenu» pour une immense majorité des marques. 
Tous droits de reproduction réservés 
Date : 27/11/2014 
Pays : FRANCE 
Surface : 73 % 
Journaliste : Christophe BEAUREGARD

Stratégies

  • 1.
    Agences et médias,destins croisés 27/11/2014 - Dimitri Granger, directeur général PR & Social media de Publicis Consultants et membre du Syntec RP, examine les bouleversements apportés par la digitalisation et propose des pistes pour s'y adapter. © christophe Beauregard The New York Times publiait il y a quelques mois un étonnant rapport sur son niveau de digitalisation. Intitulé sobrement «Innovation», ce mémo interne, surprenant par la dureté du diagnostic, pointait l'incapacité du prestigieux journal à réellement s'adapter à la révolution numérique amorcée depuis quinze ans. De l'extérieur, le NYT semble à la recherche permanente de nouvelles idées (à l'image du fameux «Snow Fall», qui a réinventé le documentaire en ligne). De l'intérieur, le rapport souligne les difficultés à renouveler les méthodologies du print, à penser différemment sa façon de capter l'attention de lecteurs et à jouer sur le terrain du social media. Le rapport stigmatise aussi l'incrédulité d'un management face à une concurrence aux multiples facettes avec des pure players qui inventent leurs propres règles du jeu. Frottement global A l'instar du NYT, les questions posées aux médias par le paradigme numérique sont des sujets que nous rencontrons de plus en plus dans notre pratique quotidienne. La culture numérique est une culture de la déconstruction, de la simplification, avec des codes différents, moins statutaires, qui se frotte à un mode de pensée vertical, pyramidal et hiérarchique. Ce «frottement», on le retrouve partout, et notamment dans nos organisations conçues avec des codes et des méthodes datés de l'ère industrielle. C'est aussi une culture du «fail fast», de la prise de risques, nerf de la guerre de l'innovation. Cet état d'esprit de «barbares», pour reprendre un terme à la mode, correspond aussi à une époque, à l'état d'esprit d'une génération qui voit dans la technologie une matière première aux potentialités infinies. Pour de nombreux titres de presse, la concurrence a pris une forme mutante avec des nouveaux entrants aussi créatifs qu'agressifs. Plusieurs patrons de presse doivent se gratter la tête devant l'arrivée d'un Vice News ou la croissance bluffante d'un groupe tel que Konbini, positionné sur la pop culture, véritable hybride mêlant à la fois plateforme média (5 millions de visiteurs uniques Mots : 495 Tous droits de reproduction réservés Date : 27/11/2014 Pays : FRANCE Surface : 73 % Journaliste : Christophe BEAUREGARD > Lire cet article sur le site web
  • 2.
    par mois!) etagence-conseil et créative. Balkanisation de l'attention Le marché des agences est lui aussi en train de bouger, à l'image de ce deal passé récemment aux Etats-Unis entre Leo Burnett et The Huffington Post, avec des frontières de plus en plus floues. L'innovation et l'agilité seront les deux critères essentiels pour survivre à l'ère de l'«evolutionary edge». Médias comme agences sommes confrontés à une problématique de fond dans un métier qui consistait, depuis l'origine, à parler à des audiences: une balkanisation extrême de l'attention sous l'effet du règne du «newsfeed roi». Créer de l'engagement autour d'une idée, d'une histoire ou d'un article n'a jamais été aussi simple (par les mécanismes de viralité) et complexe à la fois, vu l'incroyable inflation de contenus que nous vivons. On observe déjà les limites et les contraintes du «marketing du contenu» pour une immense majorité des marques. Tous droits de reproduction réservés Date : 27/11/2014 Pays : FRANCE Surface : 73 % Journaliste : Christophe BEAUREGARD