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Université Paris Descartes




 REFONTE DU SYSTÈME DE SÉCURITÉ
 INTERAMÉRICAIN SUR LA BASE D'UN
     ANALYSE PROSPECTIVE DES
       MENACES COMMUNES



                          Doctorat de sciences politiques


Thèse présentée par Carlos OJEDA

Sous la direction de Monsieur Bertrand LANG
Professeur associé à l'Université Paris Descartes.

Membres du jury :

Monsieur Pascal CHAIGNEAU, Professeur à l'Université Paris Descartes.
Monsieur Thierry GARCIN, Maître de Conférences à H EC, H D R, Rapporteur.
Monsieur Jean Jacques ROCHE, Professeur à l'Université Paris 2, Rapporteur.
Carlos OJEDA




REFONTE DU SYSTÈME DE SÉCURITÉ
INTERAMÉRICAIN SUR LA BASE D'UN
    ANALYSE PROSPECTIVE DES
      MENACES COMMUNES
INTRODUCTION : DU PRÉSENT AU FUTUR



1          LE SYSTÈME INTERNATIONAL POSTÉRIEUR A LA GUERRE FROIDE:
           ORIGINE DE LA RECHERCHE


     Le concept de “Système International”1 ou Ordre dans les Relations Internationales est
employé, dans le domaine académique occidental, pour identifier, ordonner et définir
l’ensemble des interactions plus ou moins régulières des différents acteurs politiques
internationaux.


     La dénomination qu’on assigne au Système International, à chaque période de l’histoire
de l’humanité, a un lien direct avec une forme déterminée de relations de pouvoir entre les
puissances ou acteurs principaux, assumant que le nombre d’acteurs et leurs
caractéristiques ont également été un facteur de grande variabilité dans cet agencement.


1Pearson, Frederic S. y Rochester J. Martin, Relaciones Internacionales, Situación Global en el Siglo XXI, Mc Graw Hill, Bogotá 2000, pp. 35-47.




                                                                                                                                                   3
La plupart des opinions des spécialistes des relations internationales coïncident
lorsqu’ils signalent qu’on peut parler de Système International à partir de la Paix de
Westphalie qui, en 1648, a mis fin à la Guerre des 30 Ans en Europe et qui est à l’origine
de l’Etat Moderne.


     Depuis lors, le Système International a subi des changements successifs, comme
conséquence directe ou indirecte de grandes guerres ou de révolutions sanglantes qui, en
définitive, réaffirment le conflit, dans toutes ses expressions, comme étant le fil conducteur
dans l’évolution des relations internationales.


     Les Relations Internationales et l’étude du Système International sont une discipline
académique, qui a développé une série de sous domaines, comme les études stratégiques,
les études de conflits, les organisations internationales et un nombre important de thèmes
liés à la guerre, comme la souveraineté, les droits et les obligations des Etats, entre autres.


     Pour les objectifs de cette recherche, on estime qu’il est important de signaler que le
débat s’oriente à partir de points de vue théoriques, pratiques et un ensemble des deux,
passant, entre autres, par les considérations de John Vásquez 2 sur l’Idéalisme et le
Réalisme ; par les grands Débats posés par Arend Lijphard 3 et, postérieurement, par
l’incorporation d’une méthodologie scientifique pour l’étude des phénomènes de la
politique internationale, connue comme le « Troisième Grand Débat », et qui a permis
d’incorporer de nouveaux éléments pour l’interprétation et l’analyse de la réalité
internationale.


     Parmi d’autres phénomènes d’importance, apparaissent la Transnationalisation – définie
par Robert Keohane et Joseph S. Nye4 comme étant le mouvement d’éléments tangibles et

2 Smith, Steve, International Relations, Theory Today, Ed. Ken Booth y Steve Smith.- Blachwell Pulblishers, Oxford, 1995, p.14.
3 Guerrero R., Gabriel.- Sistema Internacional a Comienzos del Siglo XXI, Seguridad y Cooperación en un Esquema Unipolar, Ponencia institucional en el seminario “La Primera
Guerra del Siglo XXI, ¿Un cambio de lo ya conocido?”, Santiago, Academia de Guerra, Septiembre de 2001.
4Keohane, Robert y Nye, Joseph.- Poder e Interdependencia: La Política Mundial en Transición, Buenos Aires, Grupo Editor Latinoamericano.




                                                                                                                                                                               4
intangibles à travers les frontières de l’État, quand au moins un acteur n’est pas un agent du
gouvernement ou d’une organisation intergouvernementale - et l’Interdépendance,
identifiée comme étant les effets réciproques entre des pays ou des acteurs de différents
pays, sous la forme d’échanges internationaux, flux de biens, de personnes ou d’intérêts qui
traversent les frontières nationales.


     L’aspect important et nouveau de la Transnationalisation et de l’Interdépendance est
l’interprétation que l’on en fait pour caractériser une nouvelle étape de la politique
mondiale.


     Luciano Tomassini5, utilise ces deux phénomènes de la globalisation pour revitaliser une
vision idéaliste, argumentant qu’ils créent :


 Une tendance à la multipolarité.
 L’expansion de la société civile et la pression de cette même société sur l’Etat pour que
     celui-ci assume une gamme plus vaste de fonctions.
 Les agendas des Etats sont de moins en moins hiérarchisés, donnant une importance
     égale à la sécurité, au développement, à la culture, au sport, à la qualité de vie, etc.
 L’Etat cesse de monopoliser le maniement des relations extérieures, avec l’apparition
     d’agents non gouvernementaux.
 Transformation des agents de pouvoir, où la dévaluation du pouvoir militaire est la plus
     significative, en apparaissant d’autres de caractère non traditionnel.


     Comme contrepartie à la posture Idéaliste, nous mentionnerons Kenneth Waltz6 et sa
position Néoréaliste ou Réalisme Structurel, où il reconnaît que les Etats ne sont pas les
seuls acteurs du Système International, mais par contre les plus importants, et que les
structures, les relations et les résultats du Système International sont régis, en définitive, par
les acteurs les plus importants.

5Tomassini, Luciano.- Teoría y Práctica de la Política Internacional, Santiago, Ediciones Universidad Católica de Chile, 1989.
6Waltz, Kenneth.- Man, the State and War, New York, Columbia University Press, 1959.




                                                                                                                                 5
Finalement, dans cette approche théorique au Système International, David A. Baldwin 7
a résumé le débat entre le Néoréalisme et le Néolibéralisme, établissant quelques points clés
dans leurs différences, dont on peut signaler :


 Quant à la Coopération Internationale, la tendance Néoréaliste la considère difficile à
     atteindre, plus difficile encore à maintenir et absolument dépendante du degré de
     pouvoir des Etats.
 En ce qui concerne la Sécurité, les Néolibéraux acceptent que la Sécurité Nationale et le
     Développement Economique soient importants, mais ils insistent clairement sur le
     développement.
 Concernant les institutions et les régimes internationaux, on observe également une
     différence importante, car la tendance Néolibérale concède une importance de choix à
     ces institutions alors que les Néoréalistes acceptent leur existence mais maintiennent la
     prééminence des Etats.


           Pour continuer d’avancer dans ce débat, il devient nécessaire d’assumer un critère
     commun quant au signifié et à la dimension du concept « Sécurité ». Pour cela, il est
     important, en premier lieu, de séparer le phénomène du concept proprement dit. En ce
     qui concerne le phénomène, la sécurité peut être assumée comme une perception où un
     sujet se sent à l’abri d’un danger, quelqu’il soit, c’est-à-dire, où la menace est diminuée
     ou contrôlée mais, acceptons-le, en aucun cas éliminée.


     Pour cela, un Etat jouit d’une sécurité relative au moment où les sujets ou entités
décisionnaires ne perçoivent pas un danger imminent pour leur souveraineté, leur survie ou
leurs institutions.




7Baldwin A. David.- (editor), Neorealism and Neoliberalism. The Contemporary Debate, New York, Columbia University Press, 1993.




                                                                                                                                  6
Le concept d’Etat et celui de Sécurité ont subi des modifications durant les dernières
années, comme conséquence de l’Interdépendance et de la Transnationalisation. Cependant,
on peut affirmer que l’objectif de la sécurité n’a pas changé. Les changements substantiels
se sont produits quant aux moyens pour atteindre ces objectifs. Parmi les principales
modifications, nous mentionnerons la manière dont s’articulent les facteurs de pouvoir des
Etats, les effets d’un acteur principal sur d’autres, l’action de sujets ou entités supra
étatiques qui rendent plus complexes les relations, les perceptions de menaces et, par
conséquent, le Système de Sécurité à adopter.


   Cherchant l’équilibre parmi les points de vue réaliste et idéaliste, nous pourrions
signaler, de façon très simplifiée, que la Sécurité de l’Etat est soutenue par deux piliers
fondamentaux :


 La sécurité intérieure pour les citoyens, avec la présence de l’Etat de droit, l’égalité
   d’opportunités, l’équilibre entre la société et la protection de l’environnement, entre
   autres.
 La sécurité extérieure, donnée par une capacité de dissuasion réelle et crédible,
   conséquente avec les menaces et en équilibre avec les objectifs nationaux.


      Mais, lequel de ces piliers de la sécurité sont-ils affectés par les menaces propres de
   notre temps ? Jusqu’à il y a peu, nous aurions signalé immédiatement la sécurité
   extérieure. Cependant, aujourd’hui, il semblerait nécessaire que le thème soit affronté
   dans une structure qui intègre la sécurité, dans un sens plus vaste, et la défense nationale,
   tant en ce qui concerne sa prévention que sa neutralisation.


   D’autre part, que se passe-t-il avec l’action coordonnée entre les principaux acteurs
internationaux ? Nous allons traiter ensuite, de manière très succincte l’interaction entre les
Etats, cherchant à rendre plus fort leurs instruments de pouvoir ce qui a été assumé comme
des relations de coopération, dans la théorie des Relations Internationales




                                                                                              7
Par coopération internationale, nous devons comprendre toute relation entre des acteurs
internationaux orientée à la satisfaction mutuelle des intérêts ou des demandes, moyennant
l’utilisation complémentaire de leurs pouvoirs respectifs, avec le développement d’actions
coordonnées et solidaires.


      Selon Kalevi J. Holsti8 les éléments ou les étapes qui configurent une relation de
coopération internationale sont :
 La perception qu’il existe des intérêts, des valeurs ou des objectifs qui peuvent être
      atteints ou satisfaits par deux parties, de manière simultanée.
 La perception ou l’expectative d’une des parties que l’action suivie par l’autre ou les
      autres parties, pour atteindre leurs objectifs, l’aide à atteindre ses propres intérêts.
 L’existence d’un accord, exprimé ou tacite, sur les aspects essentiels des transactions
      entre les acteurs, dans le but d’atteindre leurs objectifs communs.
 L’application de règles qui domineront les transactions futures.
 Le déroulement même des transactions.

             En ce qui concerne la théorie proposée, ces relations seront justes ou du moins
      équilibrées dans la mesure où les acteurs pourront jouir d’une puissance similaire ou s’il
      existe un certain équilibre entre leurs apports et les compensations qu’ils recevront en
      échange. Cependant, il faut reconnaître que dans cette société internationale, où ses
      membres présentent une remarquable diversité et inégalité de pouvoirs, la première
      considération constitue davantage l’expression d’une aspiration qu’une réalité
      internationale.


      Dans le domaine de la sécurité, la coopération internationale acquiert une connotation
spéciale dans ce nouvel ordre. La Guerre du Golfe Persique de 1991 a présenté une
Organisation des Nations Unies avec une plus importante mobilité et une plus grande


8Molina, J. Carlos.- Cooperación Regional. Potencialidades y Limitaciones desde la Perspectiva de la Defensa Nacional, Santiago, Revista Fuerzas Armadas y Sociedad, Año 15, N° 2, abril - junio de 2000.




                                                                                                                                                                                                            8
capacité, légitimant et justifiant son existence et celles d’autres organisations avec des
objectifs similaires. A mesure que les effets de la globalisation se développeront, il
deviendra très difficile pour les Etats de résister au besoin de coopérer pour affronter des
menaces communes.


   Un exemple concret est représenté par le Système de Sécurité Interaméricain qui a
évolué tout au long des six dernières décennies, avec :


 La Junte Interaméricaine de Défense en 1942.
 Le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR) en 1947.
 L’Organisation des Etats Américains (OEA) en 1948.
 Le Pacte de Bogota, pour des résolutions pacifiques des controverses en 1948
 La Commission de Sécurité Hémisphérique de l’OEA en 1995.
 Les Sommets des Ministres de la Défense à partir de 1998.


   Aujourd’hui, aucune des instances signalées ne semble satisfaire les besoins de sécurité
hémisphérique, c’est du moins ce qui a été soulevé dans les analyses à la suite des attentats
terroristes aux Etats-Unis en 2001. Par conséquent, il est important que les mécanismes de
prévention et d’action restent actualisés en fonction des menaces futures.


   Une manière de s’adapter aux changements est la flexibilité dans les prévisions.
Cependant, étant donné qu’aucune disposition de sécurité ne peut s’adapter infiniment, on
doit faire tout ce qui est possible pour anticiper les menaces.


   La sécurité au XXIème siècle constituera un défi de plus en plus complexe et
multidimensionnel. Elle nécessitera un équilibre subtil entre la liberté pour le
développement individuel et collectif et les restrictions propres de l’action de l’Etat pour
protéger ses habitants, entre la souveraineté des Etats et la nécessité de respecter les normes
et les demandes d’une société internationale organisée et, finalement, entre les options




                                                                                             9
d’investissement des maigres ressources pour le développement et la sécurité nécessaire
pour que celui-ci se produise.


    Les événements survenus le 11 septembre 2001 ont, sans aucun doute, troublé la
conscience du monde en général, celle des autorités et des citoyens. Le pays le plus
puissant du monde, celui qui concède le nom actuel d’Unipolaire au Système International,
a été attaqué au cœur de son système économique, politique et militaire, par un ennemi flou
et résolu, qui a démontré être extrêmement résolu à employer les moyens nécessaires pour
atteindre ses objectifs.


    Quant à la problématique que doit affronter la communauté internationale, il est
nécessaire de reposer les structures de Sécurité et de Défense, orientées vers la guerre et la
dissuasion conventionnelle, pour élargir le spectre des menaces, étant donné la capacité
dévastatrice des actions terroristes.


    Ce n’est pas nouveau que la diminution des perceptions d’insécurité ou de menaces,
comme conséquence des succès du propre Système de Sécurité, crée sur l’opinion publique,
et malheureusement sur beaucoup de leaders d’opinion, la tendance à questionner l’utilité,
les procédés et jusqu’à l’existence même de parties déterminées du Système ; créant des
dommages difficiles à récupérer à court ou moyen terme.


    La Sécurité est un problème d’Etat. Son analyse requiert une maturité civique, des
connaissances de la réalité internationale, une définition des équilibres économiques et un
nombre incalculable d’autres facteurs que seule une appréciation adéquate peut déterminer.


2     ENONCÉ DU PROBLÈME


    Les changements dans le système international ont été, à n’en pas douter, le premier
rappel à l’ordre quant à la validité des organisations de sécurité et de défense qui sont
apparues pendant la Guerre froide. A cela, on doit ajouter la mutation qu’ont subie les



                                                                                           10
formes de menaces et la réorientation des préoccupations vers des phénomènes de longue
date, mais qui étaient éclipsés par l’affrontement global, et qui se sont caractérisés comme
étant des problèmes de sécurité.


   Etant donné que ce sont les menaces et l’environnement qui sont les conditions de toutes
les réponses pour y faire face, il a été possible d’identifier un questionnement sur ce qui
existait concernant la sécurité, essentiellement parce que les institutions héritées de la
Guerre Froide se devaient à un problème commun, ce qui, de toute évidence, a été
rapidement dépassé par les événements survenus durant la dernière décennie du XX ème
siècle et au début siècle présent.


   Alors, la question centrale se rattache au besoin de réviser les structures, les régimes, les
accords et les procédés qui existent pour les objectifs de la sécurité hémisphérique, évaluant
leurs capacités pour affronter les menaces et les défis qui sont identifiés actuellement et qui
sont considérés probables pour un futur déterminé.


   Si le sens de l’institutionalité de sécurité hémisphérique était basé essentiellement sur
une menace idéologique, dans le contexte de l’affrontement global mené par les Etats-Unis
et l’URSS ; après la chute du Mur de Berlin et le début de la transition vers un nouveau
schéma de Relations Internationales, ses fondements ont perdu peu à peu de leur force,
étant donné qu’elle n’était plus en état d’apporter des solutions efficaces pour les nouveaux
problèmes qui, comme il a déjà été mentionné, étaient dans un état latent, trouvant dans ce
nouvel environnement la possibilité de les rendre visibles et d’occuper une place
d’importance dans la préoccupation des gouvernements et des organismes internationaux de
caractère régional.


   Par conséquent, ce travail de recherche se circonscrit à l’analyse de l’état du Système de
Sécurité Hémisphérique, depuis 1826 pour ainsi pouvoir déterminer sa capacité de faire
face à la problématique de la sécurité actuelle qui, comme on la suppose déficitaire,




                                                                                             11
fournira les bases pour une vaste proposition qui sera un apport conceptuel aussi bien pour
comprendre son fonctionnement que pour optimiser ses processus.


    Par conséquent, il est évident que ce travail de recherche n’est pas une analyse critique
de l’état actuel du Système de Sécurité hémisphérique mais est orienté vers la
détermination des conditions de l’optimisation de son fonctionnement, en étroite relation
avec ses origines, son évolution et sa projection, comme objet d’analyse prospective, dans
un esprit éminemment constructif et de proposition.


3     PERSPECTIVE DE LA RECHERCHE


    Dans ce but, ce travail de recherche tend à démontrer que le Système de Sécurité
Hémisphérique doit avoir la capacité d’évoluer de façon synchronisée avec le schéma des
Relations Internationales dominant, évitant ainsi d’être dépassé par les événements. Pour
cela, il devra avoir une structure capable d’articuler politiquement les volontés de ses
membres dans la recherche de solutions aux menaces contre la sécurité qui pourraient
l’affecter.


    Cette thèse s’appuie sur le fait que le Système de Sécurité Hémisphérique a ses
précédents dans les prolégomènes de la vie indépendante des Etats Américains mais, au-
delà des altérations dans l’environnement international, il a toujours été conçu comme étant
une réponse à une menace commune, de caractère extracontinental et capable d’affecter
l’ensemble de la région, ce qui a soumis les possibilités de solution à un problème en
particulier, aggravé par le fait d’avoir une puissance mondiale parmi ses membres, dont la
capacité hégémonique s’est faite sentir depuis ses débuts en tant que nation indépendante, à
la fin du XVIIIème siècle.


    De ce point de vue, lorsque l’environnement international a affecté sévèrement la
conception de la menace extracontinentale de caractère commun, le Système s’est vu
affaibli en ce qui concerne sa capacité de créer de nouvelles réponses à de nouveaux défis,



                                                                                          12
aussi bien par le fait d’avoir été créé pour un problème spécifique que par le manque
d’adaptabilité à un milieu de plus en plus changeant. Dans les faits, ceci s’est traduit en ce
que le débat pour la correction des organisations et des procédés ait commencé seulement
en 2001, c’est-à-dire plus d’une décennie après la chute du Mur de Berlin, qui marque la fin
de la bipolarité sous laquelle il s’est consolidé en tant que Système de Sécurité
Interaméricain.


   Cette recherche contient un élément de caractère historiographique indispensable pour
l’analyse prospective, dans le sens où les origines du système sont antérieures à la Guerre
Froide; étant possible d’identifier l’origine d’une tendance depuis la première moitié du
XIXème    siècle ce qui, d’une façon ou d’une autre, a affecté la trajectoire des Etats
américains, comme l’est le fait de la coexistence d’acteurs internationaux de différentes
statures politiques, économiques et stratégiques.


   Aussi, cette recherche se situe dans un contexte vaste, même si l’analyse centrale
cherche à établir les portées des menaces qui ont affecté la région, les outils créés pour les
prévenir ou les neutraliser, l’influence des Etats-Unis sur le Système et la capacité pour
s’adapter à de nouvelles variables qui affectent la sécurité hémisphérique.


   Les propos spécifiques qui ont été déterminés pour cette recherche sont les suivants :


 Déterminer les origines du Système de Sécurité Hémisphérique, dans le sens où la
   conception d’une menace commune est un phénomène de longue date dans la région.
 Identifier les éléments qui ont soutenu la conception d’une menace commune, avec un
   caractère extracontinental et avec la capacité pour affecter l’ensemble, à différents
   moments historiques.
 Déterminer les options d’adaptabilité du Système pour faire face à des problèmes de
   sécurité de natures diverses qui en ont été à l’origine et qui lui ont donné du sens, à partir
   de changements importants dans le schéma des Relations Internationales.




                                                                                              13
 Développer une proposition conceptuelle qui reflète les nécessités de changements dans
   le Système, considérant la définition de nouvelles menaces et de problèmes de sécurité,
   comme étant des orientations politiques qui régulent son architecture et son
   fonctionnement.


   Pour le développement des tâches qui tendent à donner une solution aux objectifs posés,
les études particulières qu’il a fallu mener sont organisées en deux parties dans ce texte.
Elles reflètent l’orientation de l’étude et le respect des objectifs fixés, avec leurs
fondements respectifs, à savoir :


 Dans une première partie, on abordera ce qu’a été la défense régionale sur le Continent
   Américain, considérant l’évolution des menaces, l’évolution des architectures de
   sécurité, et les constantes de la sécurité dans la région, dans le but de rendre compte de
   la trajectoire de la problématique de sécurité en Amérique et la manière de l’affronter.
 Dans une deuxième partie, on examinera les changements dans le Système International,
   les menaces et les problèmes de sécurité qui, à l’heure actuelle, frappent la région,
   comme fondement direct de la proposition, pour ainsi laisser place à une proposition
   conceptuelle pour un nouveau système de sécurité américain, dont l’objectif est d’établir
   la cohérence entre les dangers en vigueur, les organisations et les procédés créés et
   structurés pour les résoudre.


   On estime que le point de vue adopté pour l’analyse et pour la proposition se trouve en
adéquation avec le propos général de la recherche, dans le sens où la critique ne se soutient
pas sur une vision révisionniste ni ne questionne les particularités politiques, géographiques
et stratégiques de la région, mais qu’il est posé à partir de faits incontestables sur lesquels il
reste encore beaucoup à travailler, faits qui trouvent leur origine dans un phénomène
également tangible, comme l’est celui de la fin de la bipolarité qui a imposé des
changements dans l’agenda de sécurité qui ont mis en doute l’efficacité du Système de
Sécurité Hémisphérique, dont la validation et la réadéquation est le thème qui nous
intéresse.



                                                                                               14
PREAMBULE



   Pour comprendre le rôle que joue l’Amérique Latine dans le schéma actuel des Relations
Internationales, on estime qu’il est essentiel de commencer la recherche par une brève
description géographique qui permette de mettre en évidence les diverses réalités de la
région, en considérant quelques idées sur la réalité latino-américaine et les effets des
variables clés du système international après la fin de la bipolarité, tels que la globalisation,
la transnationalisation et l’interdépendance complexe, la régionalisation et la fragmentation,
entre autres.


   Ensuite, et étant donné le contexte de la thématique traitée, il est important de décrire la
notion de conflictivité latino-américaine, sur la base d’une vision de l’état actuel du
problème, du point de vue des Etats-Unis quant aux liens de sécurité avec l’Amérique
Latine et d’un concept sur la matière des principaux ensembles géopolitiques qui nous




                                                                                              15
caractérisent, comme le Brésil, le Mexique, l’Amérique Centrale et les Caraïbes, la région
Andine et le Cône Sud de l’Amérique et sa relative stabilité. A cela on doit ajouter une
référence à un des phénomènes qui a un effet majeur sur les relations de pouvoir dans la
région et qui est la coexistence de puissances et de pays de différente taille stratégique.


    Tout ce qui précède crée les conditions nécessaires pour commencer à traiter les
menaces, leurs origines et leur évolution ainsi que la manière dont elles ont été traitées,
sans perdre de vue les particularités des relations internationales latino-américaines et leur
gravitation dans le schéma mondial.


1     L’AMERIQUE LATINE DANS LE SCHEMA ACTUEL DES RELATIONS

      INTERNATIONALES



    Comprendre l’Amérique et sa condition géopolitique est complexe en soi, étant donné la
diversité de sociétés qui la composent et parce que son agroupement territorial la
conditionne en grande mesure. Pour cette raison, la vision qui sera exposée reposera sur le
concept d’ensemble géopolitique, développé par Ives Lacoste dans l’État du Monde, édition
1998, outil approprié pour exprimer une réalité où l’on met en relation différentes formes
d’organisation politique et de capacité économique, qui sont peut-être les variables de
différenciation qui permettent de caractériser la région avec la plus grande clarté et sa
gravitation dans le système international.


1.1     Brève description géographique


    En premier lieu, il faut signaler que, sur le continent américain, coexistent 54 pays et
territoires distribués en quatre zones, qui seront décrites sommairement et pour chacune on
signalera les pays qui la composent, à savoir :


 Amérique du Nord: Canada, Etats-Unis et Mexique.




                                                                                              16
 Amérique Centrale : Belize, Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica
  et Panama.
 Amérique Insulaire: les Bahamas, Cuba, Jamaïque, Haïti, République Dominicaine,
  Barbades, Trinité et Tobago, Antigua et Barbuda, Grenade, San Kitts et Nevis, Sainte
  Lucie, Saint Vincent-et-les-Grenadines et la Dominique.
 Amérique du Sud : Colombie, Venezuela, Guyane, Surinam, Brésil, Équateur, Pérou,
  Bolivie, Chili, Paraguay, Argentine et Uruguay.


  Ainsi, en Amérique, il existe des pays et des territoires qui sont dépendants
  politiquement d’autres, comme : les Bermudes, Turcas y Caicos, les Îles Caïmans, les
  îles Vierges Britanniques, Anguilla, Montserrat, les Îles Georgias, et Falkland ou
  Malouines, qui dépendent de l’Angleterre ; Puerto Rico et les Îles Vierges et Navassa,
  qui dépendent des Etats-Unis ; la Guyane, Saint-Pierre et Miquelon, la Guadeloupe, la
  Martinique, qui dépendent de la France ; les Antilles Néerlandaises et Aruba, qui
  dépendent de la Hollande ; le Groenland, qui dépend du Danemark et l’île Ian Mayen
  qui dépend de la Norvège.


1.2    Les diverses réalités de la région


1.2.1 Quelques idées sur la réalité latino-américaine.


  Plus qu’un ensemble d’états aux racines communes, l’Amérique Latine est un ensemble
de réalités diverses, unies par le sceau espagnol et portugais hérité de la conquête qui, en
plus de la langue prédominante, a laissé la religion dans un processus qui peut être défini
comme « sous l’épée et la croix ».


  Les particularités géographiques qu’il est possible d’identifier dans une diversité de
régions et de sous régions permettent de comprendre la réalité latino-américaine à partir
d’une série d’ensembles géopolitiques qui, de façon naturelle, réunissent certains états. De
la même manière, ils marquent les très nettes différences existantes, aussi bien en ce qui



                                                                                         17
concerne leur population, que leurs économies, leurs processus politiques et leurs relations
avec la puissance dominante sur le continent américain, les Etats-Unis.




                Même s’il n’existe pas une définition précise du concept d’ensemble géopolitique,
             les approximations disponibles permettent de le comprendre comme étant un
             groupement d’États en fonction de leurs caractéristiques communes, parmi lesquelles
             d’importantes relations se développent; ils partagent aussi des ressemblances
             culturelles, des difficultés naturelles et la proximité géographique, entre autres
             facteurs. Cette vision, qui ne nie pas les caractéristiques propres de chaque État,
             permet de les comparer, facilitant ainsi la comparaison de leurs particularités et de
             leurs relations mutuelles. 9



      D’autre part, et pour renforcer la compréhension de ce qu’est l’Amérique Latine à sa
juste dimension, il est possible d’avoir recours au concept de région géopolitique, définie
comme étant « un groupe d’unités politiques qui sont liées entre elles, beaucoup plus
étroitement qu’avec d’autres ». 10 Il s’agit donc d’une réalité multiétatique intégrée par des
unités politiques, par des groupes humains organisés selon une certaine base territoriale et
qui constituent un marché de multiples biens et services. Ainsi, des processus dynamiques
se développent dans la région, processus qui comprennent des expectatives réciproques
parmi les unités qui la conforment, pouvant être d’ordre économiques, financières, sociales,
diplomatiques ou culturelles ou bien la combinaison de deux ou plus.


      De ce point de vue, la diversité des réalités latino-américaines peut être rassemblée
autour de plusieurs ensembles géopolitiques et, malgré la nouveauté relative du concept,
celui-ci est applicable vu que ses fondements sont apparus dans le passé, se maintenant à
peu près intacts jusqu’à présent, tel qu’on essaiera de le détailler ci-dessous :


 En premier lieu, le Mexique acquiert un caractère particulier de par sa proximité avec les
      Etats-Unis, plus que pour sa condition d’unique pays latin en Amérique du Nord. Cela

9EDICIONES AKAL S.A.- El estado del Mundo, Anuario económico y geopolítico mundial.- Madrid, C+I, S.A., 1998, p.19..
10Kart Deutsch.- El Análisis de las Relaciones Internacionales.- Buenos Aires: Ed. Paidós, 1968, in Cheyre .- La Economía, una Nueva Variable en la Relación Estratégica y Geopolítica del Cono Sur de América.-




                                                                                                                                                                                                                   18
produit divers processus de perméabilité d’un large éventail d’activités publiques et
     privées. Cette caractéristique est cruciale, en elle-même, pour marquer une différence
     avec ses voisins du sud, ce à quoi on doit ajouter la superficie, la population, le régime
     politique, la capacité économique et le poids international, entre autres.
 L’Amérique Centrale a développé à travers l’histoire une intense interaction entre les
     pays qui la composent, non exempte de rivalités. Elle a partagé quelques phénomènes
     transversaux comme l’exploitation de ses ressources naturelles par des entreprises
     transnationales, la forte ingérence des Etats-Unis dans la région et la pénétration
     marxiste pendant la Guerre Froide.
 Les Caraïbes hispanophones, à la différence de l’Amérique Centrale, est une région
     fragmentée, étant donné le caractère insulaire de ses membres. Cependant, sa
     problématique politique et économique est d’une similitude relative, ce à quoi nous
     devons ajouter la présence de Cuba qui est devenu le bastion de Moscou en Amérique,
     en pleine zone d’influence nord-américaine et d’où s’est exportée la révolution
     communiste au reste du continent, ainsi que divers effets politiques et sociaux vers la
     région caribéenne dans son ensemble.
 La région des Andes et de l’Amazone, constituée essentiellement par le Vénézuéla, la
     Colombie, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie qui partagent l’influence de la Cordillère
     des Andes et le vaste réseau d’affluents du fleuve Amazone, produisant une immense
     jungle froide et élevée. Ceci, en plus d’avoir de l’influence sur l’irradiation de l’action
     de chaque état vers ses régions périphériques orientales, conditionne les façons de vivre,
     ses habitudes et l’accès à des ressources basiques, lui octroyant un caractère
     d’ajournement extrême, faisant place à une zone potentielle d’incubation de terrorisme,
     de mouvements subversifs, de production de drogues et de délinquance en général .
 Le Cône Sud, 11 formé par l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et le Chili, outre partager
     certains aspects comme la religion, la langue et la prédominance raciale, partage aussi
     une histoire d’interaction permanente, articulée autour de l’Argentine qui, d’un côté,
     attire ses voisins du Nord-Est et de l’autre, a une histoire commune particulière -non

11Généralement le Brésil est inclus dans la délimitation du Cône Sud de l’Amérique. Cependant dans ce cas-ci, il sera traité séparément, aussi bien pour son influence portugaise et
africaine, que parce qu’il est considéré un ensemble géopolitique en lui-même.




                                                                                                                                                                                   19
exempte de difficultés non plus- avec le Chili, pays avec lequel historiquement elle a
      conduit le développement dans le sous-continent, avec le Brésil.
 Le Brésil constitue à lui seul un ensemble géopolitique, en vertu de son extension et de
      sa densité de population -8,5 millions de kilomètres carrés et approximativement 170
      millions d’habitants- et pour être, depuis ses débuts, une vraie puissance dans les aspects
      qui ont caractérisé son économie, comme l’agriculture et les mines au XIXème siècle et
      au début du XXème pour passer ensuite à un développement industriel lourd, à partir des
      années trente.


      Quant au Brésil, il faut signaler qu’avant même son indépendance, il a eu une grande
importance en Amérique du Sud, comme conséquence du transfert de la cour depuis le
Portugal, ce qui a converti la colonie en centre de décision impériale, marquant une
différence importante avec ses voisins hispaniques, spécialement en ce qui concerne le
processus d’émancipation, qui provenait de la métropole.


      Comme on peut le supposer, l’installation de la cour à Rio de Janeiro a donné de l’élan à
un développement sans précédent dans la région, raison de la renaissance de sa vie
économique, scientifique et intellectuelle, installant diverses sources de pouvoir interne, du
fait de la permanence d’une partie importante des courtisans qui étaient venus du Portugal.


      Ainsi, son importance internationale l’a amené à intervenir dans certains événements
internes des colonies hispaniques, spécialement dans le vice-royaume voisin du Rio de la
Plata, ainsi qu’à étendre ses frontières jusqu’à la Bande Orientale –aujourd’hui l’Uruguay.
Même s’il a été obligé de l’abandonner quelques années plus tard, cela a constitué le début
d’un processus qui lui a permis d’étendre ses frontières vers l’ouest, au-delà de ce qui avait
été stipulé dans le Traité de Tordesillas. 12




12 Traité signé entre l’Espagne et le Portugal en 1494, destiné à préciser la ligne de division entre les territoires des deux empires, en vertu de ce qui avait été stipulé dans de
successives Bull es papales qui leur attribuaient la possession de territoires dans le Nouveau Monde.




                                                                                                                                                                                       20
Une bulle du Pape Alexandre VI a reconnu le droit de l’Espagne à la possession
              des terres que Christophe Colomb avait découvertes. Une seconde bulle a précisé que
              ces possessions se trouvaient séparées de celles qui avaient été concédées au
              Portugal au moyen d’une ligne imaginaire, tracée de pôle à pôle et qui passait à cent
              lieues à l’ouest de l’île du Cap Vert. Ultérieurement, les deux puissances signent le
              Traité de Tordesillas, le 7 juin 1494, où il est stipulé de faire passer la ligne
              imaginaire jusqu’à 370 lieues vers l’ouest, ce qui a transformé les portugais en
              maîtres du Brésil.13



       L’inégalité dans la distribution de la richesse a été un dénominateur commun de la
diversité exposée précédemment. Depuis le temps de la Colonie, la possession des biens a
été concentrée dans les mains de quelques familles de grands propriétaires terriens,
subordonnant une grande partie de la population, avec l’exception relative des pays du
Cône Sud, qui ont maintenu une partie de leurs conditions particulières grâce à l’existence
d’une vaste classe moyenne et aux options d’accéder à de meilleurs niveaux de vie.


       D’autres facteurs déterminants dans la caractérisation de l’Amérique Latine sont la
manifestation du sous-développement et l’existence de réalités opposées dans plusieurs
pays qui la composent, ce qui contribue à comprendre la différence qu’il y a entre la
richesse potentielle du sous-continent et la façon précaire sur laquelle se base la vie de la
plupart de sa population.


       Probablement, cette différence repose sur le caractère dépendant de l’économie latino-
américaine, ainsi que sur une politique soutenue par la substitution d’importations, ce qui a
provoqué un véritable gaspillage de ressources et l’introduction de l’inefficacité dans
l’activité productive. Cependant la meilleure explication se trouve dans l’instabilité
politique et sociale de la région qui a empêché de mener à bien un développement
harmonieux de chaque pays, provoquant l’incertitude et très peu de développement réel. 14




13BIBLIOTECA DOMINICO – VIRTUAL.- Historia de América.- in http://www.bibliotecavirtual. com.do/historia/índicehistoria.htm
14 Holzmann, P., Guillermo.- América Latina frente al conflicto Este – Oeste, Santiago, conferencia presentada en el Instituto de Ciencia Política de la Universidad de Chile, 1987.




                                                                                                                                                                                       21
L’Amérique Latine ne constitue pas une unité en termes de buts et d’objectifs, malgré
les nombreux problèmes communs, spécialement en ce qui concerne le besoin de
développement et d’autodétermination, ce qui s’est exprimé à travers l’absence historique
de stabilité politique, aspect où l’ingérence des Etats-Unis semble directement associée
comme élément créateur d’instabilité.


   Bien entendu, la politique des Etats-Unis pour l’Amérique Latine se basait sur le fait que
la stabilité politique serait le résultat naturel et inévitable de la réussite d’un ferme
développement économique pour céder la place à une vaste réforme sociale et
institutionnelle. Toutefois, la dépendance créée dans les années cinquante s’est traduite
justement par le contraire, faisant place à une grave instabilité dans la région


   Depuis le moment de leur indépendance, les pays du Nord de l’Amérique ont augmenté
très vite leur importance grâce à une forte immigration européenne, ce qui s’est traduit par
une énorme croissance démographique et économique qui contrastait avec le déséquilibre
politique et les luttes de frontières des républiques hispano-américaines. En plus, les
économies de ces dernières se sont maintenues dans leur état de sous-développement,
basées sur l’exportation de matières premières et avec une forte dépendance économique de
l’Europe.


   La nouvelle carte de l’Amérique Latine s’est basée sur le précepte juridique de l’uti
possidetis juris, tracé sur la base des anciennes divisions administratives coloniales, telles
que les « gobernaciones » et les « audiencias reales ». Cependant, cette répartition
territoriale a subi plusieurs interprétations en ce qui concerne ses limites tout au long du
XIXème et du XX ème siècle. Par conséquent, le processus d’émancipation s’est terminé par
une fragmentation en de nouveaux états nationaux, fondée sur le fait de maintenir la
dépendance économique des diverses sources de production et d’exportation par rapport au
marché mondial.




                                                                                           22
Un bon apport pour une meilleure compréhension de ce phénomène est exposé par
           les historiens américains Thomas E. Skidmore et Peter H. Smith qui soutiennent que
           l’inexistence d’une communauté économique a été précisément ce qui a marqué la
           différence entre les Etats-Unis et les états « désunis » du centre et du Sud de
           l’Amérique. 15



     Finalement, l’américanisme encouragé par Simón Bolívar, et partagé par la majorité des
héros américains, va constituer le premier essai de coopération et d’intégration entre les
pays qui ont pris leur indépendance par rapport à l’Espagne, depuis le Río Grande au Nord
et jusqu’à la Terre de Feu. Néanmoins, les difficultés des nouvelles républiques après les
guerres d’indépendance, les différences naturelles entre leurs membres et une succession de
luttes internes entre les « caudillos » ont accentué le désastre économique où se trouvaient
les nouveaux états américains, facteur déjà défini comme étant le plus faible.

1.3          Les variables clés du système international après la fin de la bipolarité et ses
             effets dans la région


     Pour décrire les principales caractéristiques, phénomènes et processus qui se sont
produits après la chute du Mur de Berlin, on estime qu’il est propice d’envisager la
description à partir de la perspective des changements dans le système international, tant du
point de vue idéologique qu´économique, que des équilibres de pouvoir, de la configuration
de la carte mondiale et de la fin de la course aux armements entre les blocs.


     Ainsi, dans le domaine idéologique, les transformations ont déterminé une relation de
cause à effet. L´échec d´une idéologie a laissé un vide dans les systèmes politiques, ce qui a
donné comme résultat une tendance vers la prolifération du système démocratique.


     C´est une réalité que les régimes démocratiques procurent une plate-forme pour le
développement et la prospérité des peuples, fournissant aux états nations la légitimité
nécessaire pour se tirer d’affaire dans le domaine international. En Occident, le facteur

15Thomas Skidmore et Meter Smith.- Historia Contemporánea de América Latina.- Barcelona: Ed. Crítica, 1996, pp. 23-52.




                                                                                                                         23
politique démocratique s´est transformé en un élément articulateur central des liens entre
les acteurs internationaux importants.


   C´est ainsi que la démocratie s´est universalisée comme une valeur de la société et
qu´elle représente une condition sine qua non pour tout état qui souhaite agir politiquement
ou économiquement dans le domaine international.


   Dans ce contexte, on peut voir comment certaines puissances et certains organismes
internationaux ont exercé un degré de pression important sur d´autres acteurs pour les
convertir à la démocratie, agissant à travers des normes et des mécanismes tels que l´aide
étrangère et la conditionnalité dans le commerce, pour faire accomplir un seul moyen de
pratique domestique, politique et économique.


   Même si la démocratie a démontré être le meilleur système de gouvernement, son succès
n’est pas garanti par elle seule. Elle a connu de grandes difficultés pour lutter contre les
problèmes les plus complexes de l´agenda international, particulièrement dans le Tiers
Monde, comme le sont l´inégalité et la pauvreté. Par conséquent, elle favorise difficilement
la paix dans les zones en marge du progrès.


   Ainsi, des aspects de participation politique, d´efficacité de l´appareil d´état, la
corruption, la méfiance envers les institutions gouvernementales et d’autres problèmes
sociaux, économiques, d´équité et de distribution d´entrée dans ces mêmes zones, s´ils ne
sont pas bien menés, peuvent provoquer des éclats sociaux qui finissent par nuire à la
solidité et à la continuité des régimes démocratiques.


   Quant aux changements économiques avant la chute de l´idéologie communiste, l´échec
de son modèle économique a commencé à se produire, échec dont les causes se basent sur
l´incapacité de donner un bien-être et un développement aux peuples gouvernés par ces
systèmes.




                                                                                         24
De même que la démocratie, le modèle capitaliste et l´économie de marché sans
concurrents se sont étendus rapidement dans le monde entier, au-delà des états de
l´ancienne URSS et de ses satellites. Les transformations vers ce système ont aussi
commencé à s´entrevoir de façon naissante dans des pays qui maintiennent l´idéologie
communiste, comme la Chine, le Vietnam et même Cuba.


     Avec le temps, le système de marché a subi aussi quelques variations. En effet, les
inégalités encore persistantes et le maintien de hauts indices de pauvreté dans des pays qui
cherchaient le développement à travers ce système ont mené, dans les années quatre-vingt,
à l’apparition d´une variante au modèle qui promeut un équilibre entre développement et
équité sociale, qui est connu aujourd´hui comme modèle d´économie sociale de marché.


     En ce qui concerne les changements dans les relations de pouvoir, la chute de l´URSS et
la dissolution du Pacte de Varsovie ont laissé un vide dans le système international,
déterminant la fin de la bipolarité régnante, et laissant les États-Unis comme l’unique
superpuissance sur le plan militaire. Ainsi, le bilan stratégique qui a caractérisé la période
antérieure a disparu, sans avoir encore été remplacé par un autre mécanisme.


     On a ainsi ouvert la voie à une situation de pouvoir général diffus, exercé par de
multiples acteurs dans divers domaines et soutenus par divers attributs, sous la forme d´une
transition depuis un ordre mondial bipolaire –qui a disparu presque abruptement- à une
autre stratification qui devrait provenir du nouveau positionnement des puissances qui ont
survécu, du cadre des nouvelles relations émergentes et des variables politiques,
économiques et sociales résultantes. 16


     À partir de cette assertion, on estime convenable de souligner deux aspects: le premier
reflète la prudence qu´il existe parmi les experts en Relations Internationales pour
développer des projections sur le futur du système international; le deuxième conditionne

16Jaime García C.- Una mirada a la Actual Situación Geopolítica.- Cartagena de Indias: conférence présentée au Congrès International “La Enseñanza de la Historia para la
Integración y Cultura de la Paz”, 1996, in Memorial del EJÉRCITO DE CHILE N°453, 1997, pp. 55 – 57.




                                                                                                                                                                    25
cette nouvelle stratification, parmi d´autres aspects, à des variables économiques et
sociales, c´est-à-dire, aux composantes basiques du pouvoir.


   Ce qui vient d´être exposé permet d´inférer que la fin du système bipolaire est associée à
deux transformations. La première a été la désarticulation politique, économique et
militaire d´une des superpuissances, l´URSS. La seconde est que dans le contexte des
éléments du pouvoir, il s´est produit un balancement positif en faveur de l´économique sur
le militaire.


   En ce qui concerne la réorganisation de la carte mondiale, elle a été la conséquence de
tous les grands changements que le scénario international a subi, spécialement depuis que
sa configuration a été basée sur l´État.


   Un grand nombre des transformations citées ont provoqué des effets sur la configuration
du système actuel, ce qui mérite une description sur la base de processus déterminés, de
relations et d´effets, dont certains, spécialement ceux de caractère économique, se sont
formés avec antériorité et n´ont augmenté leur dynamique qu´en se conjuguant avec les
changements décrits.


1.3.1 La globalisation


   La    globalisation   doit   être   comprise   comme    un   phénomène     de   caractère
multidimensionnel qui implique des processus économiques, politiques, sociaux et
culturels, qui opèrent à l’échelle globale, dépassant les limites nationales, réduisant de
façon drastique les barrières spatiales, accélérant et multipliant les contacts entre les
différents acteurs de la société internationale. Cela signifie, entre autres choses, une
tendance pour un déplacement plus facile du capital, des biens et dans certains cas de la
main-d´œuvre même, entre et à l´intérieur des pays.




                                                                                          26
Même s’il est multidimensionnel, ce n’est pas un processus homogène dans tous
          les domaines des relations internationales. Au contraire, il s´agit d´un processus
          inégal qui présente des fragmentations ; les phénomènes qui sont présents dans le
          domaine économique par exemple, comme l´universalisation des marchés, n´ont pas
          une correspondance exacte dans le domaine de la défense. C´est-à-dire qu’il n´existe
          pas nécessairement une corrélation automatique entre des processus de
          complémentation et d’intégration économique, d´un côté, et de résolution de risque et
          de menaces, de l´autre. 17



     Son origine est liée à une diversité de facteurs, parmi lesquels on peut souligner ceux de
caractère économique, associés au capitalisme et à leur capacité expansive, qui a été
capable de créer une économie de caractère mondial. D´autres l´attribuent au
développement technologique et à sa capacité de transformation ; et quelques-uns à des
facteurs politiques, le rattachant à l´intention de certains états de favoriser des modèles
culturels, politiques et économiques occidentaux.


     Les théories dominantes de la globalisation suggèrent qu´elle conduit naturellement à de
meilleures relations parce qu´il y a plus d´interaction entre les États et plus de stimuli pour
qu'ils collaborent et oublient les différences en faveur du bien commun. Les avantages sont
vus comme progressivement plus clairs pour eux, depuis la perspective de leurs efforts de
succès conjoints et chaque fois plus nombreux.


     L´intégration globale des communications, en même temps qu´elle facilite l´interaction
directe entre les personnes, les institutions et les entreprises ou des groupes d´entre elles,
crée un élargissement et une accélération sans précédent dans la diffusion de la
connaissance humaine. Ainsi, l´augmentation de la vitesse et de la massification des
moyens de transport tridimensionnels, qui reposent sur la technologie spatiale, sont en train
de donner de grandes facilités pour le déplacement rapide des personnes d´un endroit à un
autre de la planète.



17 MINISTERIO DE DEFENSA NACIONAL .- Libro de la Defensa Nacional de Chile.- Valparaíso: Imprenta de la Armada, 1997, p 43.
.




                                                                                                                              27
Bien qu’il existe un consensus qui reconnaît les bénéfices que ce processus et ces
phénomènes associés ont apporté au monde, diverses vulnérabilités sont aussi apparues,
aussi bien pour les états nationaux, individuellement considérés, que pour toute la société
mondiale, parmi lesquelles nous pouvons citer:


 L´expansion et la modernisation des moyens de communication sont en train de donner
     origine à une culture universelle qui crée des effets négatifs sur l´identité nationale, la
     cohésion sociale et les façons de vivre. Ainsi, l’apparition de conglomérats
     internationaux de communications qui monopolisent le maniement de l´information
     permettent le contrôle de ces processus, faisant que les cultures dominantes s´imposent.
     De la même façon, l´interconnexion des décisions politiques et économiques, la façon
     d’agir des nouveaux protagonistes internationaux et les nouvelles règles de jeu créent, en
     définitive, une perméabilité des frontières aussi bien réelles que virtuelles, qui a une
     incidence sur la structure antérieure de l´état- nation, affectant profondément le concept
     de souveraineté.


     A ce sujet, il faudrait souligner qu’au sein de l´Union Européenne, le processus
d´intégration le plus avancé du monde, les états, loin de perdre leurs attributions et de se
dissoudre dans l´entité communautaire, ont réussi à contrôler et à participer au processus,
s’y maintenant en tant que pouvoir décideur. 18


 La rapidité et la perméabilité des flux et des déplacements, caractéristique essentielle du
     phénomène décrit, n’existe pas seulement pour des finalités correctes. La globalisation a
     tendance ainsi à diffuser autant le négatif que le positif. La grande expansion du
     commerce illégal international de drogues a accompagné les phénomènes les plus vastes
     liés aux tendances à la globalisation. On pourrait dire la même chose, probablement, du
     commerce illégal d´armes et, sûrement, de la croissance impressionnante des migrations
     illégales de personnes, ainsi que de l´expansion du délit international.


18Cristian Garay V.- La Integración Regional y sus Efectos en la Seguridad y Defensa Nacional.- Santiago: Memorial del EJÉRCITO DE CHILE N° 464, 2000, p 25




                                                                                                                                                              28
 Les bénéfices de la globalisation ne sont pas fréquemment distribués avec équité entre
     les régions ou les nations, et les disputes économiques qui en résultent peuvent aggraver
     les problèmes sociaux et politiques qui sont déjà fragiles et qui existent dans les pays
     individuels, plus encore si l´on considère que la brèche entre les pays globalisateurs et
     les pays globalisés augmente, ce qui revitalise les tendances d´opposition au phénomène
     et permet que d´anciennes disputes l’emportent sur des opportunités dérivées de la
     coopération et de l´intégration.




              La globalisation est très intense mais déséquilibrée. Ceci parce qu´il y a des pays
           capables de globaliser et d´autres qui ont comme seule expectative d´être globalisés,
           ce à quoi il faut ajouter que l´augmentation de l´interaction produit aussi des
           tensions, à mesure que le volume et la complexité de la relation augmentent,
           spécialement si ces tensions apparaissent dans des affaires d´ordre territorial. 19



 On peut remarquer qu’on profite du désordre et des désajustements que la globalisation
     peut créer pour développer des actes illicites, dû au fait que les flux de marchandises
     sont incontrôlables, la contrebande est plus courante et multiforme de ce que l´on peut
     en général constater. Il y a des entreprises qui surestiment leurs exportations et évaluent
     à moins les ventes, pour ainsi échapper aux charges fiscales, contribuant ainsi à
     l´évasion de capitaux.
 En ce qui concerne l'environnement, la pollution ne connaît pas non plus de frontières.
     Le trou dans la couche d´ozone, l´effet de serre lié à la combustion des matières fossiles
     et à la détérioration des grandes forêts tropicales concernent toute la planète. Si dans un
     pays une marée noire, des pluies acides se produisent, ou bien une rivière est contaminée
     à sa source à cause de résidus chimiques, tous les voisins se voient touchés, sans
     mentionner les catastrophes nucléaires, dont les effets peuvent se faire sentir pendant
     plusieurs années.




19Jaime García C.- Problemática de Defensa y Seguridad.- Santiago: Journal La Tercera, Juillet 2000.




                                                                                                       29
 Les mêmes facilités de transports internationaux déjà citées, permettent le déplacement
     permanent de réfugiés politiques, réfugiés de la misère et simples immigrants, qui
     passent d´un pays à un autre, ce qui a créé d´énormes conflits sociaux et de fortes
     tendances xénophobes dans les états développés. La migration illégale vers les États-
     Unis depuis l´Amérique Latine, ainsi que d´africains vers les pays d’Europe, en est un
     exemple clair.


1.3.2 La transnationalisation et interdépendance complexe


     Un autre processus important et caractéristique du système international actuel est
constitué par la transnationalisation et l’interdépendance complexe, concepts qui obéissent
à une construction théorique développée par Robert Keohane et Joseph Nye en 1971 .20


     La transnationalisation est par Keohane et Nye définie comme le mouvement d´items
tangibles et intangibles à travers les frontières étatiques, quand au moins un acteur n´est pas
agent de gouvernement ou d´organisation inter-gouvernamentale.


     Ils définissent l´interdépendance comme “ces situations caractérisées par des effets
réciproques entre des pays ou entre des acteurs de différents pays. Ces effets-là résultent
d´échanges internationaux, comme les flux d´argent, de biens, de personnes et de messages
qui traversent les frontières nationales. Où il y a des effets de coût réciproque dans les
échanges, il y a interdépendance. Lorsque les interactions n´impliquent pas d´effets de
coûts significatifs il y a tout simplement interconnection”.


     Une caractéristique importante définie par cette nouvelle forme de relations est
l´existence de canaux multiples qui connectent les sociétés, constituées par des relations
inter-états, transgouvernementales et transnationales.




20Robert Keohane et Joseph Nye.- Poder e Interdependencia: La Política Mundial en Transición.- Buenos Aires: Grupo Editor Latinoamericano.




                                                                                                                                             30
Outre l´interdépendance économique, il y a une tendance dans l´actualité à favoriser la
concurrence pour la sécurité entre les états, cette interdépendance se définissant comme une
situation où deux états sont mutuellement vulnérables. Chacun devient le prisonnier de
l´autre sur le terrain économique. En d´autres mots, l´interdépendance conduira
probablement à une plus grande concurrence, en ce qui concerne la sécurité.




              Il s´agit d´une tendance à la multipolarité, comme effet de la perte d´importance
           des considérations de caractère militaire; de l’expansion de la société civile et des
           changements dans sa relation avec l´état ; de la configuration d´un agenda
           international plus ample, complexe et moins hiérarchisé ; comme conséquence, l´état
           cesse de monopoliser les relations externes et d´autres facteurs apparaissent.
           Finalement, consécutivement à la dévaluation du pouvoir militaire, les ressources de
           pouvoir se transforment, apparaissant celles de caractère commercial,
           technologique, financier, idéologique ou culturel. 21



     Ces phénomènes, même s’ils ont déjà été développés antérieurement, ont une étroite
relation avec la globalisation, plus encore, ils en font partie. On estime qu’il est possible
d´établir que la transnationalisation est l´action qui se produit dans l’environnement
configuré par la globalisation, et l´interdépendance l´effet qui résulte des deux.


1.3.3 La régionalisation


     La régionalisation consiste en l´union de plusieurs états dans le but de renforcer la
puissance de leurs possibilités individuelles, pour faire face ainsi à un monde de plus en
plus compétitif et de moins en moins solidaire avec les plus faibles ou avec ceux qui sont
isolés. Aujourd´hui, on observe de fortes tendances régionalisatrices parce que la majorité
des états comprend qu’en dehors d´elles, il est très difficile de rivaliser économiquement et
politiquement, de même que pour faire face à la croissante et diversifiée série de menaces
émergeantes de cet ordre nouveau.

21Luciano Tomassini.- Enfoques Teóricos para el Estudio de la Política Internacional.- in Carlos Molina J.- Cooperación regional. Potencialidades y Limitaciones desde la Perspectiva
de la Defensa Nacional.- Santiago: Revue Fuerzas Armadas y Sociedad, Año 15, N° 2, avril-junio 2000, p. 27.




                                                                                                                                                                                 31
Considérant que les menaces sont tous les éléments, les facteurs, les situations et
           les actions qui pourront empêcher d’atteindre des objectifs nationaux…, ce à quoi on
           fait face actuellement a subi un changement remarquable, aussi bien dû à
           l´apparition d´autres modalités de menace qu’aux nouvelles intensités de celles qui
           sont en vigueur. Les premières ont reçu la connotation « d´émergeantes » et se
           caractérisent par le chômage croissant, la marginalité de grands secteurs de la
           population, le trafic de drogues, le terrorisme dans toutes ses acceptions, le crime
           organisé, le trafic illégal d´armes et les violations des droits de l’homme, ainsi que la
           discrimination ethnique, religieuse et politique. 22



     Le processus de régionalisation le plus avancé est celui de l´Union Européenne. Son
caractère institutionnel et sa structure politique servent de modèle aux initiatives qui, dans
le même ordre d’idées, se développent dans le reste du monde, atteignant un tel niveau
qu´elle a déjà son propre parlement, avec son exécutif, sa cour et a comme souverain le
Conseil Européen, qui est présidé de façon rotative et pendant six mois par les chefs de
l´exécutif des pays membres.


1.3.4 La fragmentation




              Samuel Huntington indique que la diversité culturelle déterminée par les
           différences d´histoire, de langue, de culture, de tradition et ce qui est le plus
           important, de religion, constituera les sources de conflit du futur. Dans ce sens, il
           présente deux théories basiques: la première, celle des pays démembrés, qui sont
           ceux avec un grand nombre d´habitants de différentes civilisations ; et la deuxième,
           avec un degré considérable d´homogénéité culturelle, mais qui sont divisés par
           rapport au fait de savoir si leur société appartient à une civilisation ou à une autre. 23



     Le soulèvement des indigènes de l´État de Chiapas (Mexique) le premier janvier 1994,
organisés en l´Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), a constitué le début d´une
22 Déclaration officielle de la conférence des Ministres de la Défense d’Amérique.- Bariloche, 1997.
23Ibid.




                                                                                                       32
vague de revendications de la part des peuples indigènes dans de vastes territoires de notre
Amérique Latine, parmi lesquels on compte des régions du Brésil, de Colombie, du Chili,
d´Equateur et d´Amérique Centrale.


     Cependant, les revendications ne se limitent plus à exiger la non-discrimination. Leurs
pétitions vont bien au-delà et menacent de déséquilibrer les relations qui ont existé pendant
longtemps à l´intérieur de leurs pays respectifs.


     Le cas de l´Amérique Latine acquiert une importance spéciale vu qu´il s´agit d´un sous-
continent caractérisé par une présence limitée dans le contexte international, ainsi que par
de profondes différences quant à la distribution de la richesse. Il s’agit d’un aspect qui peut
se concentrer dans deux grandes zones, l´Amérique Centrale et les Caraïbes -qui ont un
degré déterminé d´homogénéité dans leur problématique sociale- et la création d´une zone
potentielle d’ajournement social, politique et économique dans la région des Andes et de
l´Amazone, en Amérique du Sud, comme lien d´expansion et de transnationalisation d´une
problématique d’idée commune, avec l´exception du Chili et de l´Uruguay, autant par leur
situation géographique que par leur degré moindre d´hétérogénéité dans cette matière.




2.     LA NOTION DE CONFLICTIVITE VUE DEPUIS L’AMERIQUE LATINE



     Pour développer une vision de conflictivité dans la région, il est nécessaire de signaler
que le concept de région s’est élargi, incluant ces états appartenant aux Caraïbes dans son
ensemble, au-delà des hispanophones, étant donné que leur position géopolitique les attire
indéfectiblement vers la problématique latino-américaine, avec les conséquences positives
et négatives que cela implique.


     Une fois faite cette remarque essentielle, on développera une vision de l’environnement
stratégique régional, basé sur la conflictivité intra-régionale et sur le cadre pour sa




                                                                                            33
prévention, comme étant des aspects consubstantiels pour commencer la définition des
éléments qui guideront cette recherche vers un nouveau système de sécurité interaméricain.


     Pour une telle entreprise, nous avons eu recours à diverses sources spécialisées qui
développent des visions d’ensemble et des visions particulières de la réalité géopolitique
actuelle, parmi lesquelles nous pouvons remarquer des académiciens, des chercheurs et des
autorités politiques de renom qui ont participé au VI Séminaire de Recherche et
d’Éducation sur les Études de Défense et de Sécurité (REDES), qui s’est tenu à Santiago du
Chili entre le 27 et 30 octobre 2003.


     Ce séminaire a été réalisé avec le patronage du Centre d’Etudes Hémisphériques de
Défense (CHDS), qui unit une vaste communauté académique interdisciplinaire
d’institutions éducatives civiles et militaires, qui favorise le dialogue continu dans le
domaine de la sécurité, de grande importance pour l’hémisphère, et qui soutient le
développement d’une communauté de défense dans la région. 24




2.1.            Le caractère conflictuel actuel en Amérique Latine et dans les Caraïbes


     Comparativement avec d’autres régions, l’histoire récente de l’Amérique Latine et des
Caraïbes montre une proportion moindre de conflits armés inter-états et interethniques que
d'autres régions du monde, contrairement à ce qui se réfère à des conflits armés internes
provoqués par une combinaison de causes politiques, idéologiques et économiques, qui ont
déjà été analysées dans cette recherche.


     La plupart des analystes coïncident dans leur argumentation sur le fait que le nombre
réduit de conflits armés inter-états répond, fondamentalement, à la maturation d’un



24Le sixième séminaire de REDES qui s’est tenu à Santiago au mois d’octobre 2003, a été co-patronné par le Ministère de la Défense et l’Académie Nationale d’Études Politiques et
Stratégiques du Chili, par le Commando Sud (SouthCom) et par la National Defense University (NDU) des États-Unis.




                                                                                                                                                                            34
entourage de médiation et d’intervention, essentiellement diplomatiques, de la part de pays
de la région à travers différents organismes régionaux, aussi bien établis qu’ad-hoc.




              En guise d’illustration, il suffit de citer la résolution du conflit limitrophe entre le
           Chili et l’Argentine qui s’est terminé par un succès; l’intervention du Groupe
           Contadora dans la résolution de la crise sous-régionale et des conflits armés en
           Amérique Centrale ; le rôle de l’OEA dans divers conflits domestiques de la région ;
           la participation d’états hémisphériques amis dans la distension et dans la résolution
           de la confrontation frontalière entre l’Équateur et le Pérou ; ou le gel de la
           réclamation de la Guyane Esequiba de la part du Vénézuéla, avec l’intervention des
           bons offices d’un représentant du Secrétaire Général de l’ ONU.25



     Cependant, il existe encore plus d’une douzaine de conflits territoriaux et frontaliers qui
ne sont pas résolus et qui impliquent dix des dix-neuf pays indépendants d’Amérique du
Sud ou d’Amérique Centrale, et on considère que, dans cinq conflits au moins, un état a
utilisé la force et, dans deux autres au moins, un état a déployé des moyens militaires.


     Néanmoins, pour les standards internationaux, les Amériques ont été relativement
exemptes de guerres au XXème siècle, raison pour laquelle l’hémisphère a été signalé pour
la rareté relative de ses guerres, de ses persistants conflits limitrophes, territoriaux et
d’autres types qui, dans certains cas, débouchent sur des conflits militaires, ou l’emploi
récurrent de bas niveaux de force pour déterminer des aspects des relations bilatérales. 26


     Dans ce sens, tout indique que ce sont les structures du système international
d’Amérique Latine et leurs rapports avec le système global – basiquement périphériques et
distants – ainsi que le répertoire de valeurs communes, de procédures et d’institutions
évidentes dans les relations interaméricaines, qui expliquent cette rare fréquence et la
courte durée des guerres dans la région.


25COORDINADORA REGIONAL DE INVESTIGACIONES ECONOMICAS Y SOCIALES.- Paz, Seguridad y Prevención de Conflictos en América Latina et el Caribe: una
Introducción.- Caracas, Buenos Aires, Managua: Brouillon préliminaire pour la discussion, juillet 2003, p.3.
26Jorge Dominguez.- Seguridad, paz y democracia en América Latina y el Caribe : desafíos para la era de posguerra fría.- p.4




                                                                                                                                            35
Ainsi, ce qui se réfère à l’apparition limitée de conflits armés interethniques significatifs
répond, fondamentalement, à des raisons historiques – liées aux caractéristiques de la
colonisation espagnole et aux mécanismes de subordination de divers groupes aborigènes-,
juridiques et politiques.


   Mais cette affirmation semble contrastée par l’émergence de situations de conflit armé
aux caractéristiques ethno-politiques, aussi bien de racine structurelle que d’expression
particulière, dont la racine se trouve dans la lutte des communautés originaires pour la
reconnaissance de leur culture et de leurs droits, ainsi que dans le cadre du processus de
trans-nationalisation des mouvements indigènes. Ceci a donné lieu à leur présence
croissante en tant qu’acteurs dans les systèmes politiques nationaux et régionaux, avec un
potentiel pour le développement de conflits armés, aussi bien de caractère local et national
que, éventuellement, transnational.


   Cependant, les changements survenus dans le système international à partir des années
quatre-vingt ont introduit un nouvel ensemble de facteurs qui vont influencer le
développement potentiel de conflits armés, associés à l’affaiblissement de l’état, à
l’irruption de nouveaux acteurs au niveau international et local et à l’apparition de
nouvelles menaces, essentiellement de caractère transnational.


   Avec la fin des guerres internes en Amérique Centrale, celle-ci a cessé d’être une région
de crise internationale qui a attiré l’attention tant des pays de la région que des acteurs
extrarégionaux. Dans ce cadre, les changements dans le système international - surtout la
fin de la Guerre Froide- ont eu des conséquences importantes sur les conflits et les
politiques de sécurité en Amérique Latine, à savoir :


 Parce que la région a perdu de l’importance stratégique dans l’agenda de sécurité des
   États-Unis.




                                                                                             36
 Parce qu’il s’est produit un changement thématique dans l’agenda interaméricain,
   déplaçant la priorité de la lutte contre le communisme à la lutte contre le trafic de drogue
   et le terrorisme, qui lui est normalement associé.
 La globalisation des relations économiques a donné de l’impulsion aux diverses
   modalités de coopération face à différents problèmes régionaux, dont des problèmes
   comme la migration et la protection de l’environnement.


   Plus récemment, quelques analystes signalent comme sources de conflit externes et
internes dans la région les problèmes qui seront indiqués par la suite, considérant que cette
typologie admet la possibilité que les conflits émergeants combinent des éléments de
chacune de ces sources :


 Les retards de la confrontation idéologique de la Guerre Froide, particulièrement en ce
   qui concerne les cas de la Colombie, du Mexique et du Pérou.
 La valeur que chaque état assigne aux frontières et aux territoires en dispute,
   normalement situés sur des délimitations défectueuses.
 L’existence d’états qui favorisent des conduites contre la sécurité d’autres états, tel que
   le cas de Cuba et des États-Unis.
 Comme sources de conflit interne : les zones hors du contrôle de l’état, la violence
   urbaine et l’augmentation de la criminalité, des mafias et du crime organisé, avec le
   narcoterrorisme, comme étant sa plus haute expression.
 Comme sources potentielles de conflit : l’augmentation de thèmes de sécurité non
   militaires, tels que le régionalisme et, en plus grande mesure, les problèmes ethniques et
   religieux.


   Dans un autre ordre d’idées, des études préliminaires récentes montrent que la tendance
à court et à moyen terme des conflits armés inter-états dans la région, motivés par des
disputes frontalières et des réclamations territoriales, tend à diminuer alors que les conflits
et les tensions domestiques de caractère socio-économique, ainsi que le développement de
nouveaux conflits et de tensions transnationales- basiquement liés au crime organisé, aux



                                                                                            37
migrations, au trafic de drogues, au développement de mouvements ethniques
transfrontaliers et au terrorisme global- sont enclins à augmenter, à court et à moyen
terme.27


     Même si les conflits domestiques et les conflits transnationaux ne sont pas, dans la
majorité, des situations qui conduisent nécessairement à des affrontements armés, ils
peuvent devenir potentiellement, dans certain cas, des confrontations armées, ce à quoi
contribue, en plus, la prolifération d’armes de tout type dans la région et leur relation avec
le crime transnational et le trafic de drogue.




          Alors que les problèmes de guerre entre les pays latino-américains ont disparu, de
       même que l’image de l’ennemi externe de la Guerre Froide, le phénomène d’insécurité
       citoyenne a contaminé toute la région et représente aujourd’hui la menace la plus
       sérieuse pour l’ordre démocratique, car le nombre annuel de victimes de la violence
       armée dépasse, dans certains cas, les pertes des conflits inter-états classiques.28



     Cependant, il est nécessaire d’émettre une réserve par rapport à ces affirmations de
caractère général sur l’Amérique Latine et les Caraïbes et d’établir clairement que la
dynamique sous-régionale des éventuels conflits potentiels répond, en grande mesure, non
seulement à l’impact des processus globaux et transnationaux, mais aussi aux
caractéristiques culturelles, politiques et socio-économiques et aux dynamiques spécifiques
de chaque sous-région.




              En Amérique Latine et dans les Caraïbes, nous remarquons une considérable
           hétérogénéité entre les différentes régions et les différents pays. Cependant, on nous
           voit comme une région. Nous avons des différences substantives et dans certains cas
           elles augmentent. Cependant, il existe une base substantielle pour agir en commun

27Pour plus de précédents, voir les travaux déjà publiés dans le cadre du projet “Carte prospective de conflits en Amérique Latine et dans les Caraïbes » demandés par la
COORDINADORA REGIONAL DE INVESTIGACIONES ECONOMICAS Y SOCIALES, in www.revistafuturos.org
28Klaus Bodemer, Sabine Kurtenbach et Andreas Steinhauf.- Seguridad/inseguridad en las subregiones de América Latina.- Résumé exécutif in Klaus Bodemer (éditeur) El nuevo
escenario de (in) seguridad en América Latina. ¿Amenaza para la democracia?.- Caracas: Nueva Sociedad, 2003 p. 65.




                                                                                                                                                                     38
qui commence dès la langue et la culture et s’exprime en intérêts communs dans tous
           les domaines.29



     Dans ce sens, les Caraïbes de langue anglaise et hollandaise ont suivi un processus de
décolonisation constitutionnelle et graduelle, en général peu touché par des conflits armés,
dont la tendance à se résoudre dans un cadre institutionnel contraste avec la situation du
reste de l’Amérique Latine.


     D’autre part, dans les Caraïbes de langue anglaise, outre celles déjà citées et
éventuellement des persistantes tensions de caractère ethno-politique (comme dans le cas
de la Guyane), des réseaux criminels de caractère international ont exercé leurs activités au
point de pénétrer quelques gouvernements de la région et les systèmes financiers respectifs.


     Un cas particulier est représenté par Haïti, ou pendant plus de deux décennies, il n’a pas
été possible d’articuler un système institutionnel capable de contenir diverses
manifestations de violence politique et/ou criminelle, malgré l’intervention d’acteurs
externes.


     De son côté, l’Amérique Centrale a réussi à surmonter la crise régionale et les conflits
armés des années quatre-vingt pour se plonger dans la construction d’alternatives politiques
de post-conflits, dans un cadre démocratique et en fonction d’une réactivation du processus
d’intégration sous-régionale, laissant sans résolution, cependant, une série de disputes
territoriales, telle que la dispute pour le Golfe de Fonseca entre le Salvador et le Honduras,
et le différend des limites entre le Nicaragua et le Honduras dans la mer des Caraïbes, entre
autres.


     Ainsi, les pays d’Amérique du Sud, grâce à une série de mécanismes diplomatiques
institutionnels, ont incité, en lignes générales, des processus de re-démocratisation et

29Francisco Rojas A.- Introducción. Seguridad humana : concepto emergente de la seguridad del siglo XXI.- in Francisco Rojas A. et Goucha Moufida (éditeurs).- Seguridad humana.
Prevención de Conflictos y Paz.-. Santiago du Chili: UNESCO, FLACSO, p.23




                                                                                                                                                                            39
d’approfondissement démocratique après les régimes militaires des années précédentes et
une significative distension autour des disputes territoriales. Cependant, ils n’ont pas réussi
à surmonter le manque d’équité et la prolifération de l’exclusion sociale.


   De même, les pays andins, avec leurs particularités spécifiques, sont entrés dans un
profond processus de crise politique et sociale qui remet en question les fragiles
démocraties locales, devenant un bouillon de culture pour des situations de conflits armés
domestiques et, éventuellement, régionaux, avec une forte prédominance du trafic de
drogue comme un des éléments à souligner.


   Il est important de signaler, dans ce cadre des différences dans les dynamiques sous-
régionales, que la décennie des années quatre-vingt dix a été associée à un processus de
distension marquée entre les tensions et les conflits frontaliers en Amérique du Sud,
fondamentalement en fonction de la mise en place d’une série d’initiatives diplomatiques
qui tendent à développer la coopération, la transparence et la résolution pacifique des
conflits dans la zone.


   Pendant ce temps, surmonter les conflits internes et la crise en Amérique Centrale a
contribué à une diminution des conflits entre les états, en même temps que l’émergence de
processus d’insécurité et de violence dans les sociétés de la sous-région, associées à des
phénomènes de crime transnational, que sont les fléaux qui aujourd’hui affectent la plupart
de ces pays.


2.2        Les États-Unis et les rapports de sécurité avec l’Amérique Latine


   Introduire une vision sur la réalité actuelle des États-Unis peut être, paradoxalement,
aussi simple que complexe, étant donné la particularité qui la caractérise et son rôle
gravitant dans le devenir mondial, en fonction de leur condition de puissance hégémonique
globale.




                                                                                            40
Pour cette raison, le point de vue des Etats-Unis, en ce qui concerne la sécurité
hémisphérique, sera traité sur la base des objectifs manifestes qui sont identifiés dans les
versions officielles données par des autorités compétentes, ce avec quoi on prétend obtenir
l’identification de leurs liens de sécurité actuels avec l’Amérique Latine.


   Une fois le président George W. Bush installé au gouvernement nord-américain, le
Bureau des Affaires de l’Hémisphère Occidental du Département d’État a pris en compte
une série initiale de possibilités d’entente et des domaines de travail pour l’Amérique latine,
qui ont été:


 Se consacrer au Mexique car, étant donné sa condition de voisin immédiat au sud, les
   affaires bilatérales - immigration, trafic de drogue, commerce, etc.- ont une proéminence
   et une urgence spéciale.
 Aborder la crise en Colombie, menacée curieusement dans l’hémisphère par la
   combinaison des drogues, du terrorisme et de l’insurrection.
 Étendre le compromis avec les trois grands du Cône Sud : l’Argentine, le Brésil et le
   Chili.
 Se préparer pour l’ère post-Castro à Cuba.
 S’engager, avec d’autres gouvernements démocratiques de l’hémisphère, à développer
   une Zone de Libre Echange des Amériques pour la fin de l’année 2005.
 Développer une optique globale et intégrée face aux menaces de la région.
 Reconfigurer l’optique vers la région des Caraïbes.


   Avec ces prémisses, les États-Unis sont entrés dans le siècle actuel avec des objectifs
politiques différents car la contention du communisme a été remplacée par un effort pour
augmenter la communauté des pays engagés avec les mêmes objectifs et idéaux essentiels.


   En premier lieu, un engagement avec la démocratie constitutionnelle, ce qui entraîne des
élections libres et justes, un pouvoir judiciaire indépendant, des libertés individuelles
fondamentales et des forces armées professionnelles, sous le contrôle civil.



                                                                                            41
En deuxième lieu, un engagement avec les économies de marché, le commerce et le
développement, dirigé dans le but d’obtenir de meilleurs associés commerciaux, des voisins
plus pacifiques et des protagonistes plus responsables sur la scène internationale.


   Troisièmement, un engagement avec la coopération multinationale. L’ère bipolaire a
terminé et la plupart des problèmes actuels sont de nature multinationale. Il est donc
nécessaire que plusieurs pays travaillent ensemble pour aborder ces défis, que ce soit en
groupes ad hoc ou dans des forums multilatéraux formalisés. Un groupe d’organisations
sous-régionales à la crédibilité croissante a facilité l’action avec l’ensemble, tel que le
MERCOSUR, le Groupe de Rio et le Pacte Andin.


   Ces trois attributs – démocratie constitutionnelle, économies de marché et la coopération
multinationale – sont les objectifs positifs que l’on demande à tous les pays d’atteindre car
la plus grande préoccupation pour la sécurité n’est plus le monolithique adversaire
communiste mais plutôt une série de menaces décentralisées, transnationales et non
traditionnelles qui affectent directement l’ensemble.


   Selon le point de vue des États-Unis, l’axe central de ces menaces se trouve dans les
problèmes suivants :


 Le terrorisme a augmenté en tant que préoccupation internationale avec les attaques au
   World Trade Center et au Pentagone, menant le gouvernement nord-américain à déclarer
   la guerre contre les terroristes et contre ceux qui les protégent ou les soutiennent.
 Le trafic de drogue, industrie de 50 mille millions de dollars par an, qui favorise
   l’activité criminelle de tout type, alimente la corruption et compte de grandes pertes
   humaines, aussi bien dans les nations consommatrices que productrices, considérant que
   la demande des États-Unis est alimentée principalement par ou à travers l’Amérique
   Latine.




                                                                                           42
 Les migrations, car il s’agit de flux qui peuvent être utiles dans certains cas pour la zone
   réceptrice, mais souvent avec des habilités qui peuvent faire du tort.


   Dans le cas des États-Unis, le profil de l’immigration a changé de façon dramatique au
   cours du siècle dernier. Avant la Deuxième Guerre Mondiale, les immigrants arrivaient
   aux États-Unis principalement d’Europe, mais depuis, l’équilibre s’est modifié en
   permanence provenant d’Amérique Latine et d‘Asie.


   Un exemple de ce qui vient d’être signalé, c’est que l’immigration depuis l’Amérique
   Latine est en train de changer le profil démographique des Etats-Unis. Cela peut être
   mesuré dans le fait que la population hispanique a augmenté de 2,5% en 1945, jusqu’à
   13% en 2002, et on attend 25% pour l’année 2050.


   Dans un autre ordre d’idées, et toujours du point de vue nord-américain, en Amérique
Latine il y a un pays qui fait face à tous ces problèmes et qui a acquis une position
importante dans les préoccupations de Washington envers la région : c’est le cas de la
Colombie.


   Les guérillas sont favorisées par l’argent de la drogue qui, dans certains cas, leur permet
de dépasser l’armement de l’armée régulière. Elles n’ont aucune réserve pour recourir à des
tactiques terroristes, faisant déborder la situation dans la région, à travers les flux de
réfugiés, l’expansion de la culture de la drogue et, finalement, l’utilisation de secteurs extra
colombiens comme bases de sécurité et de soutien pour leurs groupes paramilitaires.


   Comme cela a été présenté, l’apparition d’un changement fondamental dans la manière
dont les États-Unis voient l’Amérique Latine est évidente : les objectifs politiques sont
différents et les menaces contre la sécurité sont principalement non traditionnelles, ce qui
oblige nécessairement à un changement de procédé.




                                                                                             43
Par conséquent, l’Aire de Libre Echange des Amériques (ALCA) est le point principal
de l’agenda commercial des Etats-Unis pour l’Amérique Latine, principalement parce
qu’un grand nombre des menaces dans la région empirent à cause de la pauvreté et le
manque de croissance économique.


   Ainsi, la manière la plus directe pour que les Etats-Unis encouragent la croissance
économique en Amérique Latine c’est à travers un régime commercial ouvert qui crée des
opportunités commerciales libres et justes pour tous les pays de l’hémisphère, s’étant
engagé à établir l’ALCA avant janvier 2005.


   En ce qui concerne un accord hémisphérique de sécurité, les États-Unis sont pour la
révision de l’architecture régionale et l’évaluation du rôle des instruments et des institutions
de sécurité hémisphérique actuels, ainsi que de leur capacité de réponse aux menaces
traditionnelles et nouvelles dans la région. Alors, quel est fondamentalement du point de
vue nord-américain le futur de la coopération pour la sécurité dans l’Hémisphère
Occidental ?


   Comme point de départ, on considère que la présence d’un pouvoir militaire important
devrait être un grand avantage pour l’hémisphère en termes de sécurité. Les États-Unis ont
une capacité de dissuasion nucléaire crédible, une force aérienne puissante et une marine
océanique sans contrepoids dans le monde, ainsi que la capacité de projeter leur pouvoir
partout sur le globe.


   Cependant, si l’Amérique Latine doit avoir vraiment un accord de sécurité, les pays de
l’hémisphère doivent être d’accord sur quand et comment les forces des États-Unis
pourraient se déployer dans la région. Actuellement cet accord manque, vu que le TIAR a
été invoqué plusieurs fois pendant son histoire qui date de cinquante ans, mais sa légitimité
a été sapée par la perception d’être un instrument pour des décisions déjà prises par
Washington.




                                                                                             44
A quatre reprises, l’OEA a invoqué la Charte Démocratique, mais à chaque fois
           l’invocation a été plutôt un exercice de pression face à des homologues qu’un
           précurseur à l’action militaire coordonnée. Tels qu’ils sont institués aujourd’hui,
           aucun de ces instruments ne semble avoir la capacité de fournir une structure pour
           que le plus puissant pouvoir militaire du monde prenne des mesures
           internationalement approuvées dans leur propre hémisphère. Ou les pays restants de
           la région décideront d’exclure les ressources des États-Unis et maintiendront un
           accord de sécurité collective entre eux, ou l’Amérique Latine ne comptera pas sur un
           accord de sécurité collective30.



     Même si les définitions exactes peuvent varier, du point de vue nettement nord-
américain, il y a trois grands modèles pour un accord de sécurité multilatérale : sécurité
collective, alliance et non-intervention. Les trois présentent des défis uniques en Amérique
Latine.


     Premièrement, la sécurité collective. Un accord de sécurité collective dispose l’action
sur la base de règles pour combattre l’agression contre n’importe quel membre du groupe.
Il est d’une nature principalement défensive, facilitant une réponse conjointe face à une
attaque qui proviendrait du dehors ou de l’intérieur du groupe, étant plus efficace quand les
membres du groupe correspondent à ce que chaque pays voit comme étant sa sphère
importante de sécurité, de façon à ce que la défense du bien commun soit dans l’intérêt
propre de chaque membre.


     L’architecture actuelle de la sécurité en Amérique Latine s’approche d’un accord de
sécurité collective. Les thèmes qui affectent les intérêts nationaux respectifs de la majorité
des pays de l’hémisphère se trouvent dans l’hémisphère même, que ce soit en évitant des
conflits dans la région ou en maintenant l’inviolabilité du Canal de Panamá et les routes des
compagnies de navigation commerciale. De plus, des instruments tels que le Traité de Río



30William Brownfield,.El pasado, presente y futuro de los vínculos entre Estados Unidos y América Latina.- Santiago: Academia Nacional de Estudios Políticos y Estratégicos,
octubre 2002-, p.9




                                                                                                                                                                       45
et la Charte Démocratique Interaméricaine tracent des règles avec lesquelles l’action
collective sera prise pour le bien du groupe.


     La deuxième possibilité d’un accord multilatéral de sécurité est une alliance. Une
alliance est une institution de direction externe créée pour prendre des actions offensives
conjointes contre un ennemi commun hors de l’alliance. Ses membres unissent leurs forces
et projettent une capacité offensive, étant habituel qu’elle devienne effective pour
contrecarrer la menace d’un ennemi spécifique.


     Pour l’Amérique Latine, une alliance serait difficile étant donné que la majorité de ses
pays ne voient pas que leur intérêt national s’étende au-delà de l’hémisphère, et n’ont pas
de capacités de projection de forces pour fixer des biens ou des actifs à l’extérieur. Le
résultat est que l’Amérique a un des taux les plus bas au monde dans la participation aux
forces de paix.




              Si on prend comme exemple les opérations réalisées en Afghanistan depuis 1991,
           une cinquantaine de nations ont fait des apports militaires à la campagne : 25 des
           pays participants étaient de l’Europe, 10 d’Asie Centrale, 6 de l’Asie Orientale et du
           Pacifique, 4 du Moyen Orient, 4 d’Afrique et zéro d’Amérique Latine. Dans ce sens,
           il devient difficile de voir la création d’une structure importante pour une alliance
           dans cet hémisphère. 31



     Le troisième et dernier accord multinational possible est vraiment plus un non-accord :
une doctrine de non-intervention. Avec cela, les états participants sont d’accord de
respecter pleinement leurs souverainetés respectives lorsqu’ils accordent de ne pas
s’agresser les uns les autres, tendant à une attraction politique superficielle, puisque quand
les intérêts nationaux sont en jeu, ils s’accomplissent rarement.




31Ibid, p.10




                                                                                              46
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  • 1. Université Paris Descartes REFONTE DU SYSTÈME DE SÉCURITÉ INTERAMÉRICAIN SUR LA BASE D'UN ANALYSE PROSPECTIVE DES MENACES COMMUNES Doctorat de sciences politiques Thèse présentée par Carlos OJEDA Sous la direction de Monsieur Bertrand LANG Professeur associé à l'Université Paris Descartes. Membres du jury : Monsieur Pascal CHAIGNEAU, Professeur à l'Université Paris Descartes. Monsieur Thierry GARCIN, Maître de Conférences à H EC, H D R, Rapporteur. Monsieur Jean Jacques ROCHE, Professeur à l'Université Paris 2, Rapporteur.
  • 2. Carlos OJEDA REFONTE DU SYSTÈME DE SÉCURITÉ INTERAMÉRICAIN SUR LA BASE D'UN ANALYSE PROSPECTIVE DES MENACES COMMUNES
  • 3. INTRODUCTION : DU PRÉSENT AU FUTUR 1 LE SYSTÈME INTERNATIONAL POSTÉRIEUR A LA GUERRE FROIDE: ORIGINE DE LA RECHERCHE Le concept de “Système International”1 ou Ordre dans les Relations Internationales est employé, dans le domaine académique occidental, pour identifier, ordonner et définir l’ensemble des interactions plus ou moins régulières des différents acteurs politiques internationaux. La dénomination qu’on assigne au Système International, à chaque période de l’histoire de l’humanité, a un lien direct avec une forme déterminée de relations de pouvoir entre les puissances ou acteurs principaux, assumant que le nombre d’acteurs et leurs caractéristiques ont également été un facteur de grande variabilité dans cet agencement. 1Pearson, Frederic S. y Rochester J. Martin, Relaciones Internacionales, Situación Global en el Siglo XXI, Mc Graw Hill, Bogotá 2000, pp. 35-47. 3
  • 4. La plupart des opinions des spécialistes des relations internationales coïncident lorsqu’ils signalent qu’on peut parler de Système International à partir de la Paix de Westphalie qui, en 1648, a mis fin à la Guerre des 30 Ans en Europe et qui est à l’origine de l’Etat Moderne. Depuis lors, le Système International a subi des changements successifs, comme conséquence directe ou indirecte de grandes guerres ou de révolutions sanglantes qui, en définitive, réaffirment le conflit, dans toutes ses expressions, comme étant le fil conducteur dans l’évolution des relations internationales. Les Relations Internationales et l’étude du Système International sont une discipline académique, qui a développé une série de sous domaines, comme les études stratégiques, les études de conflits, les organisations internationales et un nombre important de thèmes liés à la guerre, comme la souveraineté, les droits et les obligations des Etats, entre autres. Pour les objectifs de cette recherche, on estime qu’il est important de signaler que le débat s’oriente à partir de points de vue théoriques, pratiques et un ensemble des deux, passant, entre autres, par les considérations de John Vásquez 2 sur l’Idéalisme et le Réalisme ; par les grands Débats posés par Arend Lijphard 3 et, postérieurement, par l’incorporation d’une méthodologie scientifique pour l’étude des phénomènes de la politique internationale, connue comme le « Troisième Grand Débat », et qui a permis d’incorporer de nouveaux éléments pour l’interprétation et l’analyse de la réalité internationale. Parmi d’autres phénomènes d’importance, apparaissent la Transnationalisation – définie par Robert Keohane et Joseph S. Nye4 comme étant le mouvement d’éléments tangibles et 2 Smith, Steve, International Relations, Theory Today, Ed. Ken Booth y Steve Smith.- Blachwell Pulblishers, Oxford, 1995, p.14. 3 Guerrero R., Gabriel.- Sistema Internacional a Comienzos del Siglo XXI, Seguridad y Cooperación en un Esquema Unipolar, Ponencia institucional en el seminario “La Primera Guerra del Siglo XXI, ¿Un cambio de lo ya conocido?”, Santiago, Academia de Guerra, Septiembre de 2001. 4Keohane, Robert y Nye, Joseph.- Poder e Interdependencia: La Política Mundial en Transición, Buenos Aires, Grupo Editor Latinoamericano. 4
  • 5. intangibles à travers les frontières de l’État, quand au moins un acteur n’est pas un agent du gouvernement ou d’une organisation intergouvernementale - et l’Interdépendance, identifiée comme étant les effets réciproques entre des pays ou des acteurs de différents pays, sous la forme d’échanges internationaux, flux de biens, de personnes ou d’intérêts qui traversent les frontières nationales. L’aspect important et nouveau de la Transnationalisation et de l’Interdépendance est l’interprétation que l’on en fait pour caractériser une nouvelle étape de la politique mondiale. Luciano Tomassini5, utilise ces deux phénomènes de la globalisation pour revitaliser une vision idéaliste, argumentant qu’ils créent :  Une tendance à la multipolarité.  L’expansion de la société civile et la pression de cette même société sur l’Etat pour que celui-ci assume une gamme plus vaste de fonctions.  Les agendas des Etats sont de moins en moins hiérarchisés, donnant une importance égale à la sécurité, au développement, à la culture, au sport, à la qualité de vie, etc.  L’Etat cesse de monopoliser le maniement des relations extérieures, avec l’apparition d’agents non gouvernementaux.  Transformation des agents de pouvoir, où la dévaluation du pouvoir militaire est la plus significative, en apparaissant d’autres de caractère non traditionnel. Comme contrepartie à la posture Idéaliste, nous mentionnerons Kenneth Waltz6 et sa position Néoréaliste ou Réalisme Structurel, où il reconnaît que les Etats ne sont pas les seuls acteurs du Système International, mais par contre les plus importants, et que les structures, les relations et les résultats du Système International sont régis, en définitive, par les acteurs les plus importants. 5Tomassini, Luciano.- Teoría y Práctica de la Política Internacional, Santiago, Ediciones Universidad Católica de Chile, 1989. 6Waltz, Kenneth.- Man, the State and War, New York, Columbia University Press, 1959. 5
  • 6. Finalement, dans cette approche théorique au Système International, David A. Baldwin 7 a résumé le débat entre le Néoréalisme et le Néolibéralisme, établissant quelques points clés dans leurs différences, dont on peut signaler :  Quant à la Coopération Internationale, la tendance Néoréaliste la considère difficile à atteindre, plus difficile encore à maintenir et absolument dépendante du degré de pouvoir des Etats.  En ce qui concerne la Sécurité, les Néolibéraux acceptent que la Sécurité Nationale et le Développement Economique soient importants, mais ils insistent clairement sur le développement.  Concernant les institutions et les régimes internationaux, on observe également une différence importante, car la tendance Néolibérale concède une importance de choix à ces institutions alors que les Néoréalistes acceptent leur existence mais maintiennent la prééminence des Etats. Pour continuer d’avancer dans ce débat, il devient nécessaire d’assumer un critère commun quant au signifié et à la dimension du concept « Sécurité ». Pour cela, il est important, en premier lieu, de séparer le phénomène du concept proprement dit. En ce qui concerne le phénomène, la sécurité peut être assumée comme une perception où un sujet se sent à l’abri d’un danger, quelqu’il soit, c’est-à-dire, où la menace est diminuée ou contrôlée mais, acceptons-le, en aucun cas éliminée. Pour cela, un Etat jouit d’une sécurité relative au moment où les sujets ou entités décisionnaires ne perçoivent pas un danger imminent pour leur souveraineté, leur survie ou leurs institutions. 7Baldwin A. David.- (editor), Neorealism and Neoliberalism. The Contemporary Debate, New York, Columbia University Press, 1993. 6
  • 7. Le concept d’Etat et celui de Sécurité ont subi des modifications durant les dernières années, comme conséquence de l’Interdépendance et de la Transnationalisation. Cependant, on peut affirmer que l’objectif de la sécurité n’a pas changé. Les changements substantiels se sont produits quant aux moyens pour atteindre ces objectifs. Parmi les principales modifications, nous mentionnerons la manière dont s’articulent les facteurs de pouvoir des Etats, les effets d’un acteur principal sur d’autres, l’action de sujets ou entités supra étatiques qui rendent plus complexes les relations, les perceptions de menaces et, par conséquent, le Système de Sécurité à adopter. Cherchant l’équilibre parmi les points de vue réaliste et idéaliste, nous pourrions signaler, de façon très simplifiée, que la Sécurité de l’Etat est soutenue par deux piliers fondamentaux :  La sécurité intérieure pour les citoyens, avec la présence de l’Etat de droit, l’égalité d’opportunités, l’équilibre entre la société et la protection de l’environnement, entre autres.  La sécurité extérieure, donnée par une capacité de dissuasion réelle et crédible, conséquente avec les menaces et en équilibre avec les objectifs nationaux. Mais, lequel de ces piliers de la sécurité sont-ils affectés par les menaces propres de notre temps ? Jusqu’à il y a peu, nous aurions signalé immédiatement la sécurité extérieure. Cependant, aujourd’hui, il semblerait nécessaire que le thème soit affronté dans une structure qui intègre la sécurité, dans un sens plus vaste, et la défense nationale, tant en ce qui concerne sa prévention que sa neutralisation. D’autre part, que se passe-t-il avec l’action coordonnée entre les principaux acteurs internationaux ? Nous allons traiter ensuite, de manière très succincte l’interaction entre les Etats, cherchant à rendre plus fort leurs instruments de pouvoir ce qui a été assumé comme des relations de coopération, dans la théorie des Relations Internationales 7
  • 8. Par coopération internationale, nous devons comprendre toute relation entre des acteurs internationaux orientée à la satisfaction mutuelle des intérêts ou des demandes, moyennant l’utilisation complémentaire de leurs pouvoirs respectifs, avec le développement d’actions coordonnées et solidaires. Selon Kalevi J. Holsti8 les éléments ou les étapes qui configurent une relation de coopération internationale sont :  La perception qu’il existe des intérêts, des valeurs ou des objectifs qui peuvent être atteints ou satisfaits par deux parties, de manière simultanée.  La perception ou l’expectative d’une des parties que l’action suivie par l’autre ou les autres parties, pour atteindre leurs objectifs, l’aide à atteindre ses propres intérêts.  L’existence d’un accord, exprimé ou tacite, sur les aspects essentiels des transactions entre les acteurs, dans le but d’atteindre leurs objectifs communs.  L’application de règles qui domineront les transactions futures.  Le déroulement même des transactions. En ce qui concerne la théorie proposée, ces relations seront justes ou du moins équilibrées dans la mesure où les acteurs pourront jouir d’une puissance similaire ou s’il existe un certain équilibre entre leurs apports et les compensations qu’ils recevront en échange. Cependant, il faut reconnaître que dans cette société internationale, où ses membres présentent une remarquable diversité et inégalité de pouvoirs, la première considération constitue davantage l’expression d’une aspiration qu’une réalité internationale. Dans le domaine de la sécurité, la coopération internationale acquiert une connotation spéciale dans ce nouvel ordre. La Guerre du Golfe Persique de 1991 a présenté une Organisation des Nations Unies avec une plus importante mobilité et une plus grande 8Molina, J. Carlos.- Cooperación Regional. Potencialidades y Limitaciones desde la Perspectiva de la Defensa Nacional, Santiago, Revista Fuerzas Armadas y Sociedad, Año 15, N° 2, abril - junio de 2000. 8
  • 9. capacité, légitimant et justifiant son existence et celles d’autres organisations avec des objectifs similaires. A mesure que les effets de la globalisation se développeront, il deviendra très difficile pour les Etats de résister au besoin de coopérer pour affronter des menaces communes. Un exemple concret est représenté par le Système de Sécurité Interaméricain qui a évolué tout au long des six dernières décennies, avec :  La Junte Interaméricaine de Défense en 1942.  Le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR) en 1947.  L’Organisation des Etats Américains (OEA) en 1948.  Le Pacte de Bogota, pour des résolutions pacifiques des controverses en 1948  La Commission de Sécurité Hémisphérique de l’OEA en 1995.  Les Sommets des Ministres de la Défense à partir de 1998. Aujourd’hui, aucune des instances signalées ne semble satisfaire les besoins de sécurité hémisphérique, c’est du moins ce qui a été soulevé dans les analyses à la suite des attentats terroristes aux Etats-Unis en 2001. Par conséquent, il est important que les mécanismes de prévention et d’action restent actualisés en fonction des menaces futures. Une manière de s’adapter aux changements est la flexibilité dans les prévisions. Cependant, étant donné qu’aucune disposition de sécurité ne peut s’adapter infiniment, on doit faire tout ce qui est possible pour anticiper les menaces. La sécurité au XXIème siècle constituera un défi de plus en plus complexe et multidimensionnel. Elle nécessitera un équilibre subtil entre la liberté pour le développement individuel et collectif et les restrictions propres de l’action de l’Etat pour protéger ses habitants, entre la souveraineté des Etats et la nécessité de respecter les normes et les demandes d’une société internationale organisée et, finalement, entre les options 9
  • 10. d’investissement des maigres ressources pour le développement et la sécurité nécessaire pour que celui-ci se produise. Les événements survenus le 11 septembre 2001 ont, sans aucun doute, troublé la conscience du monde en général, celle des autorités et des citoyens. Le pays le plus puissant du monde, celui qui concède le nom actuel d’Unipolaire au Système International, a été attaqué au cœur de son système économique, politique et militaire, par un ennemi flou et résolu, qui a démontré être extrêmement résolu à employer les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. Quant à la problématique que doit affronter la communauté internationale, il est nécessaire de reposer les structures de Sécurité et de Défense, orientées vers la guerre et la dissuasion conventionnelle, pour élargir le spectre des menaces, étant donné la capacité dévastatrice des actions terroristes. Ce n’est pas nouveau que la diminution des perceptions d’insécurité ou de menaces, comme conséquence des succès du propre Système de Sécurité, crée sur l’opinion publique, et malheureusement sur beaucoup de leaders d’opinion, la tendance à questionner l’utilité, les procédés et jusqu’à l’existence même de parties déterminées du Système ; créant des dommages difficiles à récupérer à court ou moyen terme. La Sécurité est un problème d’Etat. Son analyse requiert une maturité civique, des connaissances de la réalité internationale, une définition des équilibres économiques et un nombre incalculable d’autres facteurs que seule une appréciation adéquate peut déterminer. 2 ENONCÉ DU PROBLÈME Les changements dans le système international ont été, à n’en pas douter, le premier rappel à l’ordre quant à la validité des organisations de sécurité et de défense qui sont apparues pendant la Guerre froide. A cela, on doit ajouter la mutation qu’ont subie les 10
  • 11. formes de menaces et la réorientation des préoccupations vers des phénomènes de longue date, mais qui étaient éclipsés par l’affrontement global, et qui se sont caractérisés comme étant des problèmes de sécurité. Etant donné que ce sont les menaces et l’environnement qui sont les conditions de toutes les réponses pour y faire face, il a été possible d’identifier un questionnement sur ce qui existait concernant la sécurité, essentiellement parce que les institutions héritées de la Guerre Froide se devaient à un problème commun, ce qui, de toute évidence, a été rapidement dépassé par les événements survenus durant la dernière décennie du XX ème siècle et au début siècle présent. Alors, la question centrale se rattache au besoin de réviser les structures, les régimes, les accords et les procédés qui existent pour les objectifs de la sécurité hémisphérique, évaluant leurs capacités pour affronter les menaces et les défis qui sont identifiés actuellement et qui sont considérés probables pour un futur déterminé. Si le sens de l’institutionalité de sécurité hémisphérique était basé essentiellement sur une menace idéologique, dans le contexte de l’affrontement global mené par les Etats-Unis et l’URSS ; après la chute du Mur de Berlin et le début de la transition vers un nouveau schéma de Relations Internationales, ses fondements ont perdu peu à peu de leur force, étant donné qu’elle n’était plus en état d’apporter des solutions efficaces pour les nouveaux problèmes qui, comme il a déjà été mentionné, étaient dans un état latent, trouvant dans ce nouvel environnement la possibilité de les rendre visibles et d’occuper une place d’importance dans la préoccupation des gouvernements et des organismes internationaux de caractère régional. Par conséquent, ce travail de recherche se circonscrit à l’analyse de l’état du Système de Sécurité Hémisphérique, depuis 1826 pour ainsi pouvoir déterminer sa capacité de faire face à la problématique de la sécurité actuelle qui, comme on la suppose déficitaire, 11
  • 12. fournira les bases pour une vaste proposition qui sera un apport conceptuel aussi bien pour comprendre son fonctionnement que pour optimiser ses processus. Par conséquent, il est évident que ce travail de recherche n’est pas une analyse critique de l’état actuel du Système de Sécurité hémisphérique mais est orienté vers la détermination des conditions de l’optimisation de son fonctionnement, en étroite relation avec ses origines, son évolution et sa projection, comme objet d’analyse prospective, dans un esprit éminemment constructif et de proposition. 3 PERSPECTIVE DE LA RECHERCHE Dans ce but, ce travail de recherche tend à démontrer que le Système de Sécurité Hémisphérique doit avoir la capacité d’évoluer de façon synchronisée avec le schéma des Relations Internationales dominant, évitant ainsi d’être dépassé par les événements. Pour cela, il devra avoir une structure capable d’articuler politiquement les volontés de ses membres dans la recherche de solutions aux menaces contre la sécurité qui pourraient l’affecter. Cette thèse s’appuie sur le fait que le Système de Sécurité Hémisphérique a ses précédents dans les prolégomènes de la vie indépendante des Etats Américains mais, au- delà des altérations dans l’environnement international, il a toujours été conçu comme étant une réponse à une menace commune, de caractère extracontinental et capable d’affecter l’ensemble de la région, ce qui a soumis les possibilités de solution à un problème en particulier, aggravé par le fait d’avoir une puissance mondiale parmi ses membres, dont la capacité hégémonique s’est faite sentir depuis ses débuts en tant que nation indépendante, à la fin du XVIIIème siècle. De ce point de vue, lorsque l’environnement international a affecté sévèrement la conception de la menace extracontinentale de caractère commun, le Système s’est vu affaibli en ce qui concerne sa capacité de créer de nouvelles réponses à de nouveaux défis, 12
  • 13. aussi bien par le fait d’avoir été créé pour un problème spécifique que par le manque d’adaptabilité à un milieu de plus en plus changeant. Dans les faits, ceci s’est traduit en ce que le débat pour la correction des organisations et des procédés ait commencé seulement en 2001, c’est-à-dire plus d’une décennie après la chute du Mur de Berlin, qui marque la fin de la bipolarité sous laquelle il s’est consolidé en tant que Système de Sécurité Interaméricain. Cette recherche contient un élément de caractère historiographique indispensable pour l’analyse prospective, dans le sens où les origines du système sont antérieures à la Guerre Froide; étant possible d’identifier l’origine d’une tendance depuis la première moitié du XIXème siècle ce qui, d’une façon ou d’une autre, a affecté la trajectoire des Etats américains, comme l’est le fait de la coexistence d’acteurs internationaux de différentes statures politiques, économiques et stratégiques. Aussi, cette recherche se situe dans un contexte vaste, même si l’analyse centrale cherche à établir les portées des menaces qui ont affecté la région, les outils créés pour les prévenir ou les neutraliser, l’influence des Etats-Unis sur le Système et la capacité pour s’adapter à de nouvelles variables qui affectent la sécurité hémisphérique. Les propos spécifiques qui ont été déterminés pour cette recherche sont les suivants :  Déterminer les origines du Système de Sécurité Hémisphérique, dans le sens où la conception d’une menace commune est un phénomène de longue date dans la région.  Identifier les éléments qui ont soutenu la conception d’une menace commune, avec un caractère extracontinental et avec la capacité pour affecter l’ensemble, à différents moments historiques.  Déterminer les options d’adaptabilité du Système pour faire face à des problèmes de sécurité de natures diverses qui en ont été à l’origine et qui lui ont donné du sens, à partir de changements importants dans le schéma des Relations Internationales. 13
  • 14.  Développer une proposition conceptuelle qui reflète les nécessités de changements dans le Système, considérant la définition de nouvelles menaces et de problèmes de sécurité, comme étant des orientations politiques qui régulent son architecture et son fonctionnement. Pour le développement des tâches qui tendent à donner une solution aux objectifs posés, les études particulières qu’il a fallu mener sont organisées en deux parties dans ce texte. Elles reflètent l’orientation de l’étude et le respect des objectifs fixés, avec leurs fondements respectifs, à savoir :  Dans une première partie, on abordera ce qu’a été la défense régionale sur le Continent Américain, considérant l’évolution des menaces, l’évolution des architectures de sécurité, et les constantes de la sécurité dans la région, dans le but de rendre compte de la trajectoire de la problématique de sécurité en Amérique et la manière de l’affronter.  Dans une deuxième partie, on examinera les changements dans le Système International, les menaces et les problèmes de sécurité qui, à l’heure actuelle, frappent la région, comme fondement direct de la proposition, pour ainsi laisser place à une proposition conceptuelle pour un nouveau système de sécurité américain, dont l’objectif est d’établir la cohérence entre les dangers en vigueur, les organisations et les procédés créés et structurés pour les résoudre. On estime que le point de vue adopté pour l’analyse et pour la proposition se trouve en adéquation avec le propos général de la recherche, dans le sens où la critique ne se soutient pas sur une vision révisionniste ni ne questionne les particularités politiques, géographiques et stratégiques de la région, mais qu’il est posé à partir de faits incontestables sur lesquels il reste encore beaucoup à travailler, faits qui trouvent leur origine dans un phénomène également tangible, comme l’est celui de la fin de la bipolarité qui a imposé des changements dans l’agenda de sécurité qui ont mis en doute l’efficacité du Système de Sécurité Hémisphérique, dont la validation et la réadéquation est le thème qui nous intéresse. 14
  • 15. PREAMBULE Pour comprendre le rôle que joue l’Amérique Latine dans le schéma actuel des Relations Internationales, on estime qu’il est essentiel de commencer la recherche par une brève description géographique qui permette de mettre en évidence les diverses réalités de la région, en considérant quelques idées sur la réalité latino-américaine et les effets des variables clés du système international après la fin de la bipolarité, tels que la globalisation, la transnationalisation et l’interdépendance complexe, la régionalisation et la fragmentation, entre autres. Ensuite, et étant donné le contexte de la thématique traitée, il est important de décrire la notion de conflictivité latino-américaine, sur la base d’une vision de l’état actuel du problème, du point de vue des Etats-Unis quant aux liens de sécurité avec l’Amérique Latine et d’un concept sur la matière des principaux ensembles géopolitiques qui nous 15
  • 16. caractérisent, comme le Brésil, le Mexique, l’Amérique Centrale et les Caraïbes, la région Andine et le Cône Sud de l’Amérique et sa relative stabilité. A cela on doit ajouter une référence à un des phénomènes qui a un effet majeur sur les relations de pouvoir dans la région et qui est la coexistence de puissances et de pays de différente taille stratégique. Tout ce qui précède crée les conditions nécessaires pour commencer à traiter les menaces, leurs origines et leur évolution ainsi que la manière dont elles ont été traitées, sans perdre de vue les particularités des relations internationales latino-américaines et leur gravitation dans le schéma mondial. 1 L’AMERIQUE LATINE DANS LE SCHEMA ACTUEL DES RELATIONS INTERNATIONALES Comprendre l’Amérique et sa condition géopolitique est complexe en soi, étant donné la diversité de sociétés qui la composent et parce que son agroupement territorial la conditionne en grande mesure. Pour cette raison, la vision qui sera exposée reposera sur le concept d’ensemble géopolitique, développé par Ives Lacoste dans l’État du Monde, édition 1998, outil approprié pour exprimer une réalité où l’on met en relation différentes formes d’organisation politique et de capacité économique, qui sont peut-être les variables de différenciation qui permettent de caractériser la région avec la plus grande clarté et sa gravitation dans le système international. 1.1 Brève description géographique En premier lieu, il faut signaler que, sur le continent américain, coexistent 54 pays et territoires distribués en quatre zones, qui seront décrites sommairement et pour chacune on signalera les pays qui la composent, à savoir :  Amérique du Nord: Canada, Etats-Unis et Mexique. 16
  • 17.  Amérique Centrale : Belize, Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panama.  Amérique Insulaire: les Bahamas, Cuba, Jamaïque, Haïti, République Dominicaine, Barbades, Trinité et Tobago, Antigua et Barbuda, Grenade, San Kitts et Nevis, Sainte Lucie, Saint Vincent-et-les-Grenadines et la Dominique.  Amérique du Sud : Colombie, Venezuela, Guyane, Surinam, Brésil, Équateur, Pérou, Bolivie, Chili, Paraguay, Argentine et Uruguay. Ainsi, en Amérique, il existe des pays et des territoires qui sont dépendants politiquement d’autres, comme : les Bermudes, Turcas y Caicos, les Îles Caïmans, les îles Vierges Britanniques, Anguilla, Montserrat, les Îles Georgias, et Falkland ou Malouines, qui dépendent de l’Angleterre ; Puerto Rico et les Îles Vierges et Navassa, qui dépendent des Etats-Unis ; la Guyane, Saint-Pierre et Miquelon, la Guadeloupe, la Martinique, qui dépendent de la France ; les Antilles Néerlandaises et Aruba, qui dépendent de la Hollande ; le Groenland, qui dépend du Danemark et l’île Ian Mayen qui dépend de la Norvège. 1.2 Les diverses réalités de la région 1.2.1 Quelques idées sur la réalité latino-américaine. Plus qu’un ensemble d’états aux racines communes, l’Amérique Latine est un ensemble de réalités diverses, unies par le sceau espagnol et portugais hérité de la conquête qui, en plus de la langue prédominante, a laissé la religion dans un processus qui peut être défini comme « sous l’épée et la croix ». Les particularités géographiques qu’il est possible d’identifier dans une diversité de régions et de sous régions permettent de comprendre la réalité latino-américaine à partir d’une série d’ensembles géopolitiques qui, de façon naturelle, réunissent certains états. De la même manière, ils marquent les très nettes différences existantes, aussi bien en ce qui 17
  • 18. concerne leur population, que leurs économies, leurs processus politiques et leurs relations avec la puissance dominante sur le continent américain, les Etats-Unis. Même s’il n’existe pas une définition précise du concept d’ensemble géopolitique, les approximations disponibles permettent de le comprendre comme étant un groupement d’États en fonction de leurs caractéristiques communes, parmi lesquelles d’importantes relations se développent; ils partagent aussi des ressemblances culturelles, des difficultés naturelles et la proximité géographique, entre autres facteurs. Cette vision, qui ne nie pas les caractéristiques propres de chaque État, permet de les comparer, facilitant ainsi la comparaison de leurs particularités et de leurs relations mutuelles. 9 D’autre part, et pour renforcer la compréhension de ce qu’est l’Amérique Latine à sa juste dimension, il est possible d’avoir recours au concept de région géopolitique, définie comme étant « un groupe d’unités politiques qui sont liées entre elles, beaucoup plus étroitement qu’avec d’autres ». 10 Il s’agit donc d’une réalité multiétatique intégrée par des unités politiques, par des groupes humains organisés selon une certaine base territoriale et qui constituent un marché de multiples biens et services. Ainsi, des processus dynamiques se développent dans la région, processus qui comprennent des expectatives réciproques parmi les unités qui la conforment, pouvant être d’ordre économiques, financières, sociales, diplomatiques ou culturelles ou bien la combinaison de deux ou plus. De ce point de vue, la diversité des réalités latino-américaines peut être rassemblée autour de plusieurs ensembles géopolitiques et, malgré la nouveauté relative du concept, celui-ci est applicable vu que ses fondements sont apparus dans le passé, se maintenant à peu près intacts jusqu’à présent, tel qu’on essaiera de le détailler ci-dessous :  En premier lieu, le Mexique acquiert un caractère particulier de par sa proximité avec les Etats-Unis, plus que pour sa condition d’unique pays latin en Amérique du Nord. Cela 9EDICIONES AKAL S.A.- El estado del Mundo, Anuario económico y geopolítico mundial.- Madrid, C+I, S.A., 1998, p.19.. 10Kart Deutsch.- El Análisis de las Relaciones Internacionales.- Buenos Aires: Ed. Paidós, 1968, in Cheyre .- La Economía, una Nueva Variable en la Relación Estratégica y Geopolítica del Cono Sur de América.- 18
  • 19. produit divers processus de perméabilité d’un large éventail d’activités publiques et privées. Cette caractéristique est cruciale, en elle-même, pour marquer une différence avec ses voisins du sud, ce à quoi on doit ajouter la superficie, la population, le régime politique, la capacité économique et le poids international, entre autres.  L’Amérique Centrale a développé à travers l’histoire une intense interaction entre les pays qui la composent, non exempte de rivalités. Elle a partagé quelques phénomènes transversaux comme l’exploitation de ses ressources naturelles par des entreprises transnationales, la forte ingérence des Etats-Unis dans la région et la pénétration marxiste pendant la Guerre Froide.  Les Caraïbes hispanophones, à la différence de l’Amérique Centrale, est une région fragmentée, étant donné le caractère insulaire de ses membres. Cependant, sa problématique politique et économique est d’une similitude relative, ce à quoi nous devons ajouter la présence de Cuba qui est devenu le bastion de Moscou en Amérique, en pleine zone d’influence nord-américaine et d’où s’est exportée la révolution communiste au reste du continent, ainsi que divers effets politiques et sociaux vers la région caribéenne dans son ensemble.  La région des Andes et de l’Amazone, constituée essentiellement par le Vénézuéla, la Colombie, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie qui partagent l’influence de la Cordillère des Andes et le vaste réseau d’affluents du fleuve Amazone, produisant une immense jungle froide et élevée. Ceci, en plus d’avoir de l’influence sur l’irradiation de l’action de chaque état vers ses régions périphériques orientales, conditionne les façons de vivre, ses habitudes et l’accès à des ressources basiques, lui octroyant un caractère d’ajournement extrême, faisant place à une zone potentielle d’incubation de terrorisme, de mouvements subversifs, de production de drogues et de délinquance en général .  Le Cône Sud, 11 formé par l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et le Chili, outre partager certains aspects comme la religion, la langue et la prédominance raciale, partage aussi une histoire d’interaction permanente, articulée autour de l’Argentine qui, d’un côté, attire ses voisins du Nord-Est et de l’autre, a une histoire commune particulière -non 11Généralement le Brésil est inclus dans la délimitation du Cône Sud de l’Amérique. Cependant dans ce cas-ci, il sera traité séparément, aussi bien pour son influence portugaise et africaine, que parce qu’il est considéré un ensemble géopolitique en lui-même. 19
  • 20. exempte de difficultés non plus- avec le Chili, pays avec lequel historiquement elle a conduit le développement dans le sous-continent, avec le Brésil.  Le Brésil constitue à lui seul un ensemble géopolitique, en vertu de son extension et de sa densité de population -8,5 millions de kilomètres carrés et approximativement 170 millions d’habitants- et pour être, depuis ses débuts, une vraie puissance dans les aspects qui ont caractérisé son économie, comme l’agriculture et les mines au XIXème siècle et au début du XXème pour passer ensuite à un développement industriel lourd, à partir des années trente. Quant au Brésil, il faut signaler qu’avant même son indépendance, il a eu une grande importance en Amérique du Sud, comme conséquence du transfert de la cour depuis le Portugal, ce qui a converti la colonie en centre de décision impériale, marquant une différence importante avec ses voisins hispaniques, spécialement en ce qui concerne le processus d’émancipation, qui provenait de la métropole. Comme on peut le supposer, l’installation de la cour à Rio de Janeiro a donné de l’élan à un développement sans précédent dans la région, raison de la renaissance de sa vie économique, scientifique et intellectuelle, installant diverses sources de pouvoir interne, du fait de la permanence d’une partie importante des courtisans qui étaient venus du Portugal. Ainsi, son importance internationale l’a amené à intervenir dans certains événements internes des colonies hispaniques, spécialement dans le vice-royaume voisin du Rio de la Plata, ainsi qu’à étendre ses frontières jusqu’à la Bande Orientale –aujourd’hui l’Uruguay. Même s’il a été obligé de l’abandonner quelques années plus tard, cela a constitué le début d’un processus qui lui a permis d’étendre ses frontières vers l’ouest, au-delà de ce qui avait été stipulé dans le Traité de Tordesillas. 12 12 Traité signé entre l’Espagne et le Portugal en 1494, destiné à préciser la ligne de division entre les territoires des deux empires, en vertu de ce qui avait été stipulé dans de successives Bull es papales qui leur attribuaient la possession de territoires dans le Nouveau Monde. 20
  • 21. Une bulle du Pape Alexandre VI a reconnu le droit de l’Espagne à la possession des terres que Christophe Colomb avait découvertes. Une seconde bulle a précisé que ces possessions se trouvaient séparées de celles qui avaient été concédées au Portugal au moyen d’une ligne imaginaire, tracée de pôle à pôle et qui passait à cent lieues à l’ouest de l’île du Cap Vert. Ultérieurement, les deux puissances signent le Traité de Tordesillas, le 7 juin 1494, où il est stipulé de faire passer la ligne imaginaire jusqu’à 370 lieues vers l’ouest, ce qui a transformé les portugais en maîtres du Brésil.13 L’inégalité dans la distribution de la richesse a été un dénominateur commun de la diversité exposée précédemment. Depuis le temps de la Colonie, la possession des biens a été concentrée dans les mains de quelques familles de grands propriétaires terriens, subordonnant une grande partie de la population, avec l’exception relative des pays du Cône Sud, qui ont maintenu une partie de leurs conditions particulières grâce à l’existence d’une vaste classe moyenne et aux options d’accéder à de meilleurs niveaux de vie. D’autres facteurs déterminants dans la caractérisation de l’Amérique Latine sont la manifestation du sous-développement et l’existence de réalités opposées dans plusieurs pays qui la composent, ce qui contribue à comprendre la différence qu’il y a entre la richesse potentielle du sous-continent et la façon précaire sur laquelle se base la vie de la plupart de sa population. Probablement, cette différence repose sur le caractère dépendant de l’économie latino- américaine, ainsi que sur une politique soutenue par la substitution d’importations, ce qui a provoqué un véritable gaspillage de ressources et l’introduction de l’inefficacité dans l’activité productive. Cependant la meilleure explication se trouve dans l’instabilité politique et sociale de la région qui a empêché de mener à bien un développement harmonieux de chaque pays, provoquant l’incertitude et très peu de développement réel. 14 13BIBLIOTECA DOMINICO – VIRTUAL.- Historia de América.- in http://www.bibliotecavirtual. com.do/historia/índicehistoria.htm 14 Holzmann, P., Guillermo.- América Latina frente al conflicto Este – Oeste, Santiago, conferencia presentada en el Instituto de Ciencia Política de la Universidad de Chile, 1987. 21
  • 22. L’Amérique Latine ne constitue pas une unité en termes de buts et d’objectifs, malgré les nombreux problèmes communs, spécialement en ce qui concerne le besoin de développement et d’autodétermination, ce qui s’est exprimé à travers l’absence historique de stabilité politique, aspect où l’ingérence des Etats-Unis semble directement associée comme élément créateur d’instabilité. Bien entendu, la politique des Etats-Unis pour l’Amérique Latine se basait sur le fait que la stabilité politique serait le résultat naturel et inévitable de la réussite d’un ferme développement économique pour céder la place à une vaste réforme sociale et institutionnelle. Toutefois, la dépendance créée dans les années cinquante s’est traduite justement par le contraire, faisant place à une grave instabilité dans la région Depuis le moment de leur indépendance, les pays du Nord de l’Amérique ont augmenté très vite leur importance grâce à une forte immigration européenne, ce qui s’est traduit par une énorme croissance démographique et économique qui contrastait avec le déséquilibre politique et les luttes de frontières des républiques hispano-américaines. En plus, les économies de ces dernières se sont maintenues dans leur état de sous-développement, basées sur l’exportation de matières premières et avec une forte dépendance économique de l’Europe. La nouvelle carte de l’Amérique Latine s’est basée sur le précepte juridique de l’uti possidetis juris, tracé sur la base des anciennes divisions administratives coloniales, telles que les « gobernaciones » et les « audiencias reales ». Cependant, cette répartition territoriale a subi plusieurs interprétations en ce qui concerne ses limites tout au long du XIXème et du XX ème siècle. Par conséquent, le processus d’émancipation s’est terminé par une fragmentation en de nouveaux états nationaux, fondée sur le fait de maintenir la dépendance économique des diverses sources de production et d’exportation par rapport au marché mondial. 22
  • 23. Un bon apport pour une meilleure compréhension de ce phénomène est exposé par les historiens américains Thomas E. Skidmore et Peter H. Smith qui soutiennent que l’inexistence d’une communauté économique a été précisément ce qui a marqué la différence entre les Etats-Unis et les états « désunis » du centre et du Sud de l’Amérique. 15 Finalement, l’américanisme encouragé par Simón Bolívar, et partagé par la majorité des héros américains, va constituer le premier essai de coopération et d’intégration entre les pays qui ont pris leur indépendance par rapport à l’Espagne, depuis le Río Grande au Nord et jusqu’à la Terre de Feu. Néanmoins, les difficultés des nouvelles républiques après les guerres d’indépendance, les différences naturelles entre leurs membres et une succession de luttes internes entre les « caudillos » ont accentué le désastre économique où se trouvaient les nouveaux états américains, facteur déjà défini comme étant le plus faible. 1.3 Les variables clés du système international après la fin de la bipolarité et ses effets dans la région Pour décrire les principales caractéristiques, phénomènes et processus qui se sont produits après la chute du Mur de Berlin, on estime qu’il est propice d’envisager la description à partir de la perspective des changements dans le système international, tant du point de vue idéologique qu´économique, que des équilibres de pouvoir, de la configuration de la carte mondiale et de la fin de la course aux armements entre les blocs. Ainsi, dans le domaine idéologique, les transformations ont déterminé une relation de cause à effet. L´échec d´une idéologie a laissé un vide dans les systèmes politiques, ce qui a donné comme résultat une tendance vers la prolifération du système démocratique. C´est une réalité que les régimes démocratiques procurent une plate-forme pour le développement et la prospérité des peuples, fournissant aux états nations la légitimité nécessaire pour se tirer d’affaire dans le domaine international. En Occident, le facteur 15Thomas Skidmore et Meter Smith.- Historia Contemporánea de América Latina.- Barcelona: Ed. Crítica, 1996, pp. 23-52. 23
  • 24. politique démocratique s´est transformé en un élément articulateur central des liens entre les acteurs internationaux importants. C´est ainsi que la démocratie s´est universalisée comme une valeur de la société et qu´elle représente une condition sine qua non pour tout état qui souhaite agir politiquement ou économiquement dans le domaine international. Dans ce contexte, on peut voir comment certaines puissances et certains organismes internationaux ont exercé un degré de pression important sur d´autres acteurs pour les convertir à la démocratie, agissant à travers des normes et des mécanismes tels que l´aide étrangère et la conditionnalité dans le commerce, pour faire accomplir un seul moyen de pratique domestique, politique et économique. Même si la démocratie a démontré être le meilleur système de gouvernement, son succès n’est pas garanti par elle seule. Elle a connu de grandes difficultés pour lutter contre les problèmes les plus complexes de l´agenda international, particulièrement dans le Tiers Monde, comme le sont l´inégalité et la pauvreté. Par conséquent, elle favorise difficilement la paix dans les zones en marge du progrès. Ainsi, des aspects de participation politique, d´efficacité de l´appareil d´état, la corruption, la méfiance envers les institutions gouvernementales et d’autres problèmes sociaux, économiques, d´équité et de distribution d´entrée dans ces mêmes zones, s´ils ne sont pas bien menés, peuvent provoquer des éclats sociaux qui finissent par nuire à la solidité et à la continuité des régimes démocratiques. Quant aux changements économiques avant la chute de l´idéologie communiste, l´échec de son modèle économique a commencé à se produire, échec dont les causes se basent sur l´incapacité de donner un bien-être et un développement aux peuples gouvernés par ces systèmes. 24
  • 25. De même que la démocratie, le modèle capitaliste et l´économie de marché sans concurrents se sont étendus rapidement dans le monde entier, au-delà des états de l´ancienne URSS et de ses satellites. Les transformations vers ce système ont aussi commencé à s´entrevoir de façon naissante dans des pays qui maintiennent l´idéologie communiste, comme la Chine, le Vietnam et même Cuba. Avec le temps, le système de marché a subi aussi quelques variations. En effet, les inégalités encore persistantes et le maintien de hauts indices de pauvreté dans des pays qui cherchaient le développement à travers ce système ont mené, dans les années quatre-vingt, à l’apparition d´une variante au modèle qui promeut un équilibre entre développement et équité sociale, qui est connu aujourd´hui comme modèle d´économie sociale de marché. En ce qui concerne les changements dans les relations de pouvoir, la chute de l´URSS et la dissolution du Pacte de Varsovie ont laissé un vide dans le système international, déterminant la fin de la bipolarité régnante, et laissant les États-Unis comme l’unique superpuissance sur le plan militaire. Ainsi, le bilan stratégique qui a caractérisé la période antérieure a disparu, sans avoir encore été remplacé par un autre mécanisme. On a ainsi ouvert la voie à une situation de pouvoir général diffus, exercé par de multiples acteurs dans divers domaines et soutenus par divers attributs, sous la forme d´une transition depuis un ordre mondial bipolaire –qui a disparu presque abruptement- à une autre stratification qui devrait provenir du nouveau positionnement des puissances qui ont survécu, du cadre des nouvelles relations émergentes et des variables politiques, économiques et sociales résultantes. 16 À partir de cette assertion, on estime convenable de souligner deux aspects: le premier reflète la prudence qu´il existe parmi les experts en Relations Internationales pour développer des projections sur le futur du système international; le deuxième conditionne 16Jaime García C.- Una mirada a la Actual Situación Geopolítica.- Cartagena de Indias: conférence présentée au Congrès International “La Enseñanza de la Historia para la Integración y Cultura de la Paz”, 1996, in Memorial del EJÉRCITO DE CHILE N°453, 1997, pp. 55 – 57. 25
  • 26. cette nouvelle stratification, parmi d´autres aspects, à des variables économiques et sociales, c´est-à-dire, aux composantes basiques du pouvoir. Ce qui vient d´être exposé permet d´inférer que la fin du système bipolaire est associée à deux transformations. La première a été la désarticulation politique, économique et militaire d´une des superpuissances, l´URSS. La seconde est que dans le contexte des éléments du pouvoir, il s´est produit un balancement positif en faveur de l´économique sur le militaire. En ce qui concerne la réorganisation de la carte mondiale, elle a été la conséquence de tous les grands changements que le scénario international a subi, spécialement depuis que sa configuration a été basée sur l´État. Un grand nombre des transformations citées ont provoqué des effets sur la configuration du système actuel, ce qui mérite une description sur la base de processus déterminés, de relations et d´effets, dont certains, spécialement ceux de caractère économique, se sont formés avec antériorité et n´ont augmenté leur dynamique qu´en se conjuguant avec les changements décrits. 1.3.1 La globalisation La globalisation doit être comprise comme un phénomène de caractère multidimensionnel qui implique des processus économiques, politiques, sociaux et culturels, qui opèrent à l’échelle globale, dépassant les limites nationales, réduisant de façon drastique les barrières spatiales, accélérant et multipliant les contacts entre les différents acteurs de la société internationale. Cela signifie, entre autres choses, une tendance pour un déplacement plus facile du capital, des biens et dans certains cas de la main-d´œuvre même, entre et à l´intérieur des pays. 26
  • 27. Même s’il est multidimensionnel, ce n’est pas un processus homogène dans tous les domaines des relations internationales. Au contraire, il s´agit d´un processus inégal qui présente des fragmentations ; les phénomènes qui sont présents dans le domaine économique par exemple, comme l´universalisation des marchés, n´ont pas une correspondance exacte dans le domaine de la défense. C´est-à-dire qu’il n´existe pas nécessairement une corrélation automatique entre des processus de complémentation et d’intégration économique, d´un côté, et de résolution de risque et de menaces, de l´autre. 17 Son origine est liée à une diversité de facteurs, parmi lesquels on peut souligner ceux de caractère économique, associés au capitalisme et à leur capacité expansive, qui a été capable de créer une économie de caractère mondial. D´autres l´attribuent au développement technologique et à sa capacité de transformation ; et quelques-uns à des facteurs politiques, le rattachant à l´intention de certains états de favoriser des modèles culturels, politiques et économiques occidentaux. Les théories dominantes de la globalisation suggèrent qu´elle conduit naturellement à de meilleures relations parce qu´il y a plus d´interaction entre les États et plus de stimuli pour qu'ils collaborent et oublient les différences en faveur du bien commun. Les avantages sont vus comme progressivement plus clairs pour eux, depuis la perspective de leurs efforts de succès conjoints et chaque fois plus nombreux. L´intégration globale des communications, en même temps qu´elle facilite l´interaction directe entre les personnes, les institutions et les entreprises ou des groupes d´entre elles, crée un élargissement et une accélération sans précédent dans la diffusion de la connaissance humaine. Ainsi, l´augmentation de la vitesse et de la massification des moyens de transport tridimensionnels, qui reposent sur la technologie spatiale, sont en train de donner de grandes facilités pour le déplacement rapide des personnes d´un endroit à un autre de la planète. 17 MINISTERIO DE DEFENSA NACIONAL .- Libro de la Defensa Nacional de Chile.- Valparaíso: Imprenta de la Armada, 1997, p 43. . 27
  • 28. Bien qu’il existe un consensus qui reconnaît les bénéfices que ce processus et ces phénomènes associés ont apporté au monde, diverses vulnérabilités sont aussi apparues, aussi bien pour les états nationaux, individuellement considérés, que pour toute la société mondiale, parmi lesquelles nous pouvons citer:  L´expansion et la modernisation des moyens de communication sont en train de donner origine à une culture universelle qui crée des effets négatifs sur l´identité nationale, la cohésion sociale et les façons de vivre. Ainsi, l’apparition de conglomérats internationaux de communications qui monopolisent le maniement de l´information permettent le contrôle de ces processus, faisant que les cultures dominantes s´imposent. De la même façon, l´interconnexion des décisions politiques et économiques, la façon d’agir des nouveaux protagonistes internationaux et les nouvelles règles de jeu créent, en définitive, une perméabilité des frontières aussi bien réelles que virtuelles, qui a une incidence sur la structure antérieure de l´état- nation, affectant profondément le concept de souveraineté. A ce sujet, il faudrait souligner qu’au sein de l´Union Européenne, le processus d´intégration le plus avancé du monde, les états, loin de perdre leurs attributions et de se dissoudre dans l´entité communautaire, ont réussi à contrôler et à participer au processus, s’y maintenant en tant que pouvoir décideur. 18  La rapidité et la perméabilité des flux et des déplacements, caractéristique essentielle du phénomène décrit, n’existe pas seulement pour des finalités correctes. La globalisation a tendance ainsi à diffuser autant le négatif que le positif. La grande expansion du commerce illégal international de drogues a accompagné les phénomènes les plus vastes liés aux tendances à la globalisation. On pourrait dire la même chose, probablement, du commerce illégal d´armes et, sûrement, de la croissance impressionnante des migrations illégales de personnes, ainsi que de l´expansion du délit international. 18Cristian Garay V.- La Integración Regional y sus Efectos en la Seguridad y Defensa Nacional.- Santiago: Memorial del EJÉRCITO DE CHILE N° 464, 2000, p 25 28
  • 29.  Les bénéfices de la globalisation ne sont pas fréquemment distribués avec équité entre les régions ou les nations, et les disputes économiques qui en résultent peuvent aggraver les problèmes sociaux et politiques qui sont déjà fragiles et qui existent dans les pays individuels, plus encore si l´on considère que la brèche entre les pays globalisateurs et les pays globalisés augmente, ce qui revitalise les tendances d´opposition au phénomène et permet que d´anciennes disputes l’emportent sur des opportunités dérivées de la coopération et de l´intégration. La globalisation est très intense mais déséquilibrée. Ceci parce qu´il y a des pays capables de globaliser et d´autres qui ont comme seule expectative d´être globalisés, ce à quoi il faut ajouter que l´augmentation de l´interaction produit aussi des tensions, à mesure que le volume et la complexité de la relation augmentent, spécialement si ces tensions apparaissent dans des affaires d´ordre territorial. 19  On peut remarquer qu’on profite du désordre et des désajustements que la globalisation peut créer pour développer des actes illicites, dû au fait que les flux de marchandises sont incontrôlables, la contrebande est plus courante et multiforme de ce que l´on peut en général constater. Il y a des entreprises qui surestiment leurs exportations et évaluent à moins les ventes, pour ainsi échapper aux charges fiscales, contribuant ainsi à l´évasion de capitaux.  En ce qui concerne l'environnement, la pollution ne connaît pas non plus de frontières. Le trou dans la couche d´ozone, l´effet de serre lié à la combustion des matières fossiles et à la détérioration des grandes forêts tropicales concernent toute la planète. Si dans un pays une marée noire, des pluies acides se produisent, ou bien une rivière est contaminée à sa source à cause de résidus chimiques, tous les voisins se voient touchés, sans mentionner les catastrophes nucléaires, dont les effets peuvent se faire sentir pendant plusieurs années. 19Jaime García C.- Problemática de Defensa y Seguridad.- Santiago: Journal La Tercera, Juillet 2000. 29
  • 30.  Les mêmes facilités de transports internationaux déjà citées, permettent le déplacement permanent de réfugiés politiques, réfugiés de la misère et simples immigrants, qui passent d´un pays à un autre, ce qui a créé d´énormes conflits sociaux et de fortes tendances xénophobes dans les états développés. La migration illégale vers les États- Unis depuis l´Amérique Latine, ainsi que d´africains vers les pays d’Europe, en est un exemple clair. 1.3.2 La transnationalisation et interdépendance complexe Un autre processus important et caractéristique du système international actuel est constitué par la transnationalisation et l’interdépendance complexe, concepts qui obéissent à une construction théorique développée par Robert Keohane et Joseph Nye en 1971 .20 La transnationalisation est par Keohane et Nye définie comme le mouvement d´items tangibles et intangibles à travers les frontières étatiques, quand au moins un acteur n´est pas agent de gouvernement ou d´organisation inter-gouvernamentale. Ils définissent l´interdépendance comme “ces situations caractérisées par des effets réciproques entre des pays ou entre des acteurs de différents pays. Ces effets-là résultent d´échanges internationaux, comme les flux d´argent, de biens, de personnes et de messages qui traversent les frontières nationales. Où il y a des effets de coût réciproque dans les échanges, il y a interdépendance. Lorsque les interactions n´impliquent pas d´effets de coûts significatifs il y a tout simplement interconnection”. Une caractéristique importante définie par cette nouvelle forme de relations est l´existence de canaux multiples qui connectent les sociétés, constituées par des relations inter-états, transgouvernementales et transnationales. 20Robert Keohane et Joseph Nye.- Poder e Interdependencia: La Política Mundial en Transición.- Buenos Aires: Grupo Editor Latinoamericano. 30
  • 31. Outre l´interdépendance économique, il y a une tendance dans l´actualité à favoriser la concurrence pour la sécurité entre les états, cette interdépendance se définissant comme une situation où deux états sont mutuellement vulnérables. Chacun devient le prisonnier de l´autre sur le terrain économique. En d´autres mots, l´interdépendance conduira probablement à une plus grande concurrence, en ce qui concerne la sécurité. Il s´agit d´une tendance à la multipolarité, comme effet de la perte d´importance des considérations de caractère militaire; de l’expansion de la société civile et des changements dans sa relation avec l´état ; de la configuration d´un agenda international plus ample, complexe et moins hiérarchisé ; comme conséquence, l´état cesse de monopoliser les relations externes et d´autres facteurs apparaissent. Finalement, consécutivement à la dévaluation du pouvoir militaire, les ressources de pouvoir se transforment, apparaissant celles de caractère commercial, technologique, financier, idéologique ou culturel. 21 Ces phénomènes, même s’ils ont déjà été développés antérieurement, ont une étroite relation avec la globalisation, plus encore, ils en font partie. On estime qu’il est possible d´établir que la transnationalisation est l´action qui se produit dans l’environnement configuré par la globalisation, et l´interdépendance l´effet qui résulte des deux. 1.3.3 La régionalisation La régionalisation consiste en l´union de plusieurs états dans le but de renforcer la puissance de leurs possibilités individuelles, pour faire face ainsi à un monde de plus en plus compétitif et de moins en moins solidaire avec les plus faibles ou avec ceux qui sont isolés. Aujourd´hui, on observe de fortes tendances régionalisatrices parce que la majorité des états comprend qu’en dehors d´elles, il est très difficile de rivaliser économiquement et politiquement, de même que pour faire face à la croissante et diversifiée série de menaces émergeantes de cet ordre nouveau. 21Luciano Tomassini.- Enfoques Teóricos para el Estudio de la Política Internacional.- in Carlos Molina J.- Cooperación regional. Potencialidades y Limitaciones desde la Perspectiva de la Defensa Nacional.- Santiago: Revue Fuerzas Armadas y Sociedad, Año 15, N° 2, avril-junio 2000, p. 27. 31
  • 32. Considérant que les menaces sont tous les éléments, les facteurs, les situations et les actions qui pourront empêcher d’atteindre des objectifs nationaux…, ce à quoi on fait face actuellement a subi un changement remarquable, aussi bien dû à l´apparition d´autres modalités de menace qu’aux nouvelles intensités de celles qui sont en vigueur. Les premières ont reçu la connotation « d´émergeantes » et se caractérisent par le chômage croissant, la marginalité de grands secteurs de la population, le trafic de drogues, le terrorisme dans toutes ses acceptions, le crime organisé, le trafic illégal d´armes et les violations des droits de l’homme, ainsi que la discrimination ethnique, religieuse et politique. 22 Le processus de régionalisation le plus avancé est celui de l´Union Européenne. Son caractère institutionnel et sa structure politique servent de modèle aux initiatives qui, dans le même ordre d’idées, se développent dans le reste du monde, atteignant un tel niveau qu´elle a déjà son propre parlement, avec son exécutif, sa cour et a comme souverain le Conseil Européen, qui est présidé de façon rotative et pendant six mois par les chefs de l´exécutif des pays membres. 1.3.4 La fragmentation Samuel Huntington indique que la diversité culturelle déterminée par les différences d´histoire, de langue, de culture, de tradition et ce qui est le plus important, de religion, constituera les sources de conflit du futur. Dans ce sens, il présente deux théories basiques: la première, celle des pays démembrés, qui sont ceux avec un grand nombre d´habitants de différentes civilisations ; et la deuxième, avec un degré considérable d´homogénéité culturelle, mais qui sont divisés par rapport au fait de savoir si leur société appartient à une civilisation ou à une autre. 23 Le soulèvement des indigènes de l´État de Chiapas (Mexique) le premier janvier 1994, organisés en l´Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), a constitué le début d´une 22 Déclaration officielle de la conférence des Ministres de la Défense d’Amérique.- Bariloche, 1997. 23Ibid. 32
  • 33. vague de revendications de la part des peuples indigènes dans de vastes territoires de notre Amérique Latine, parmi lesquels on compte des régions du Brésil, de Colombie, du Chili, d´Equateur et d´Amérique Centrale. Cependant, les revendications ne se limitent plus à exiger la non-discrimination. Leurs pétitions vont bien au-delà et menacent de déséquilibrer les relations qui ont existé pendant longtemps à l´intérieur de leurs pays respectifs. Le cas de l´Amérique Latine acquiert une importance spéciale vu qu´il s´agit d´un sous- continent caractérisé par une présence limitée dans le contexte international, ainsi que par de profondes différences quant à la distribution de la richesse. Il s’agit d’un aspect qui peut se concentrer dans deux grandes zones, l´Amérique Centrale et les Caraïbes -qui ont un degré déterminé d´homogénéité dans leur problématique sociale- et la création d´une zone potentielle d’ajournement social, politique et économique dans la région des Andes et de l´Amazone, en Amérique du Sud, comme lien d´expansion et de transnationalisation d´une problématique d’idée commune, avec l´exception du Chili et de l´Uruguay, autant par leur situation géographique que par leur degré moindre d´hétérogénéité dans cette matière. 2. LA NOTION DE CONFLICTIVITE VUE DEPUIS L’AMERIQUE LATINE Pour développer une vision de conflictivité dans la région, il est nécessaire de signaler que le concept de région s’est élargi, incluant ces états appartenant aux Caraïbes dans son ensemble, au-delà des hispanophones, étant donné que leur position géopolitique les attire indéfectiblement vers la problématique latino-américaine, avec les conséquences positives et négatives que cela implique. Une fois faite cette remarque essentielle, on développera une vision de l’environnement stratégique régional, basé sur la conflictivité intra-régionale et sur le cadre pour sa 33
  • 34. prévention, comme étant des aspects consubstantiels pour commencer la définition des éléments qui guideront cette recherche vers un nouveau système de sécurité interaméricain. Pour une telle entreprise, nous avons eu recours à diverses sources spécialisées qui développent des visions d’ensemble et des visions particulières de la réalité géopolitique actuelle, parmi lesquelles nous pouvons remarquer des académiciens, des chercheurs et des autorités politiques de renom qui ont participé au VI Séminaire de Recherche et d’Éducation sur les Études de Défense et de Sécurité (REDES), qui s’est tenu à Santiago du Chili entre le 27 et 30 octobre 2003. Ce séminaire a été réalisé avec le patronage du Centre d’Etudes Hémisphériques de Défense (CHDS), qui unit une vaste communauté académique interdisciplinaire d’institutions éducatives civiles et militaires, qui favorise le dialogue continu dans le domaine de la sécurité, de grande importance pour l’hémisphère, et qui soutient le développement d’une communauté de défense dans la région. 24 2.1. Le caractère conflictuel actuel en Amérique Latine et dans les Caraïbes Comparativement avec d’autres régions, l’histoire récente de l’Amérique Latine et des Caraïbes montre une proportion moindre de conflits armés inter-états et interethniques que d'autres régions du monde, contrairement à ce qui se réfère à des conflits armés internes provoqués par une combinaison de causes politiques, idéologiques et économiques, qui ont déjà été analysées dans cette recherche. La plupart des analystes coïncident dans leur argumentation sur le fait que le nombre réduit de conflits armés inter-états répond, fondamentalement, à la maturation d’un 24Le sixième séminaire de REDES qui s’est tenu à Santiago au mois d’octobre 2003, a été co-patronné par le Ministère de la Défense et l’Académie Nationale d’Études Politiques et Stratégiques du Chili, par le Commando Sud (SouthCom) et par la National Defense University (NDU) des États-Unis. 34
  • 35. entourage de médiation et d’intervention, essentiellement diplomatiques, de la part de pays de la région à travers différents organismes régionaux, aussi bien établis qu’ad-hoc. En guise d’illustration, il suffit de citer la résolution du conflit limitrophe entre le Chili et l’Argentine qui s’est terminé par un succès; l’intervention du Groupe Contadora dans la résolution de la crise sous-régionale et des conflits armés en Amérique Centrale ; le rôle de l’OEA dans divers conflits domestiques de la région ; la participation d’états hémisphériques amis dans la distension et dans la résolution de la confrontation frontalière entre l’Équateur et le Pérou ; ou le gel de la réclamation de la Guyane Esequiba de la part du Vénézuéla, avec l’intervention des bons offices d’un représentant du Secrétaire Général de l’ ONU.25 Cependant, il existe encore plus d’une douzaine de conflits territoriaux et frontaliers qui ne sont pas résolus et qui impliquent dix des dix-neuf pays indépendants d’Amérique du Sud ou d’Amérique Centrale, et on considère que, dans cinq conflits au moins, un état a utilisé la force et, dans deux autres au moins, un état a déployé des moyens militaires. Néanmoins, pour les standards internationaux, les Amériques ont été relativement exemptes de guerres au XXème siècle, raison pour laquelle l’hémisphère a été signalé pour la rareté relative de ses guerres, de ses persistants conflits limitrophes, territoriaux et d’autres types qui, dans certains cas, débouchent sur des conflits militaires, ou l’emploi récurrent de bas niveaux de force pour déterminer des aspects des relations bilatérales. 26 Dans ce sens, tout indique que ce sont les structures du système international d’Amérique Latine et leurs rapports avec le système global – basiquement périphériques et distants – ainsi que le répertoire de valeurs communes, de procédures et d’institutions évidentes dans les relations interaméricaines, qui expliquent cette rare fréquence et la courte durée des guerres dans la région. 25COORDINADORA REGIONAL DE INVESTIGACIONES ECONOMICAS Y SOCIALES.- Paz, Seguridad y Prevención de Conflictos en América Latina et el Caribe: una Introducción.- Caracas, Buenos Aires, Managua: Brouillon préliminaire pour la discussion, juillet 2003, p.3. 26Jorge Dominguez.- Seguridad, paz y democracia en América Latina y el Caribe : desafíos para la era de posguerra fría.- p.4 35
  • 36. Ainsi, ce qui se réfère à l’apparition limitée de conflits armés interethniques significatifs répond, fondamentalement, à des raisons historiques – liées aux caractéristiques de la colonisation espagnole et aux mécanismes de subordination de divers groupes aborigènes-, juridiques et politiques. Mais cette affirmation semble contrastée par l’émergence de situations de conflit armé aux caractéristiques ethno-politiques, aussi bien de racine structurelle que d’expression particulière, dont la racine se trouve dans la lutte des communautés originaires pour la reconnaissance de leur culture et de leurs droits, ainsi que dans le cadre du processus de trans-nationalisation des mouvements indigènes. Ceci a donné lieu à leur présence croissante en tant qu’acteurs dans les systèmes politiques nationaux et régionaux, avec un potentiel pour le développement de conflits armés, aussi bien de caractère local et national que, éventuellement, transnational. Cependant, les changements survenus dans le système international à partir des années quatre-vingt ont introduit un nouvel ensemble de facteurs qui vont influencer le développement potentiel de conflits armés, associés à l’affaiblissement de l’état, à l’irruption de nouveaux acteurs au niveau international et local et à l’apparition de nouvelles menaces, essentiellement de caractère transnational. Avec la fin des guerres internes en Amérique Centrale, celle-ci a cessé d’être une région de crise internationale qui a attiré l’attention tant des pays de la région que des acteurs extrarégionaux. Dans ce cadre, les changements dans le système international - surtout la fin de la Guerre Froide- ont eu des conséquences importantes sur les conflits et les politiques de sécurité en Amérique Latine, à savoir :  Parce que la région a perdu de l’importance stratégique dans l’agenda de sécurité des États-Unis. 36
  • 37.  Parce qu’il s’est produit un changement thématique dans l’agenda interaméricain, déplaçant la priorité de la lutte contre le communisme à la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme, qui lui est normalement associé.  La globalisation des relations économiques a donné de l’impulsion aux diverses modalités de coopération face à différents problèmes régionaux, dont des problèmes comme la migration et la protection de l’environnement. Plus récemment, quelques analystes signalent comme sources de conflit externes et internes dans la région les problèmes qui seront indiqués par la suite, considérant que cette typologie admet la possibilité que les conflits émergeants combinent des éléments de chacune de ces sources :  Les retards de la confrontation idéologique de la Guerre Froide, particulièrement en ce qui concerne les cas de la Colombie, du Mexique et du Pérou.  La valeur que chaque état assigne aux frontières et aux territoires en dispute, normalement situés sur des délimitations défectueuses.  L’existence d’états qui favorisent des conduites contre la sécurité d’autres états, tel que le cas de Cuba et des États-Unis.  Comme sources de conflit interne : les zones hors du contrôle de l’état, la violence urbaine et l’augmentation de la criminalité, des mafias et du crime organisé, avec le narcoterrorisme, comme étant sa plus haute expression.  Comme sources potentielles de conflit : l’augmentation de thèmes de sécurité non militaires, tels que le régionalisme et, en plus grande mesure, les problèmes ethniques et religieux. Dans un autre ordre d’idées, des études préliminaires récentes montrent que la tendance à court et à moyen terme des conflits armés inter-états dans la région, motivés par des disputes frontalières et des réclamations territoriales, tend à diminuer alors que les conflits et les tensions domestiques de caractère socio-économique, ainsi que le développement de nouveaux conflits et de tensions transnationales- basiquement liés au crime organisé, aux 37
  • 38. migrations, au trafic de drogues, au développement de mouvements ethniques transfrontaliers et au terrorisme global- sont enclins à augmenter, à court et à moyen terme.27 Même si les conflits domestiques et les conflits transnationaux ne sont pas, dans la majorité, des situations qui conduisent nécessairement à des affrontements armés, ils peuvent devenir potentiellement, dans certain cas, des confrontations armées, ce à quoi contribue, en plus, la prolifération d’armes de tout type dans la région et leur relation avec le crime transnational et le trafic de drogue. Alors que les problèmes de guerre entre les pays latino-américains ont disparu, de même que l’image de l’ennemi externe de la Guerre Froide, le phénomène d’insécurité citoyenne a contaminé toute la région et représente aujourd’hui la menace la plus sérieuse pour l’ordre démocratique, car le nombre annuel de victimes de la violence armée dépasse, dans certains cas, les pertes des conflits inter-états classiques.28 Cependant, il est nécessaire d’émettre une réserve par rapport à ces affirmations de caractère général sur l’Amérique Latine et les Caraïbes et d’établir clairement que la dynamique sous-régionale des éventuels conflits potentiels répond, en grande mesure, non seulement à l’impact des processus globaux et transnationaux, mais aussi aux caractéristiques culturelles, politiques et socio-économiques et aux dynamiques spécifiques de chaque sous-région. En Amérique Latine et dans les Caraïbes, nous remarquons une considérable hétérogénéité entre les différentes régions et les différents pays. Cependant, on nous voit comme une région. Nous avons des différences substantives et dans certains cas elles augmentent. Cependant, il existe une base substantielle pour agir en commun 27Pour plus de précédents, voir les travaux déjà publiés dans le cadre du projet “Carte prospective de conflits en Amérique Latine et dans les Caraïbes » demandés par la COORDINADORA REGIONAL DE INVESTIGACIONES ECONOMICAS Y SOCIALES, in www.revistafuturos.org 28Klaus Bodemer, Sabine Kurtenbach et Andreas Steinhauf.- Seguridad/inseguridad en las subregiones de América Latina.- Résumé exécutif in Klaus Bodemer (éditeur) El nuevo escenario de (in) seguridad en América Latina. ¿Amenaza para la democracia?.- Caracas: Nueva Sociedad, 2003 p. 65. 38
  • 39. qui commence dès la langue et la culture et s’exprime en intérêts communs dans tous les domaines.29 Dans ce sens, les Caraïbes de langue anglaise et hollandaise ont suivi un processus de décolonisation constitutionnelle et graduelle, en général peu touché par des conflits armés, dont la tendance à se résoudre dans un cadre institutionnel contraste avec la situation du reste de l’Amérique Latine. D’autre part, dans les Caraïbes de langue anglaise, outre celles déjà citées et éventuellement des persistantes tensions de caractère ethno-politique (comme dans le cas de la Guyane), des réseaux criminels de caractère international ont exercé leurs activités au point de pénétrer quelques gouvernements de la région et les systèmes financiers respectifs. Un cas particulier est représenté par Haïti, ou pendant plus de deux décennies, il n’a pas été possible d’articuler un système institutionnel capable de contenir diverses manifestations de violence politique et/ou criminelle, malgré l’intervention d’acteurs externes. De son côté, l’Amérique Centrale a réussi à surmonter la crise régionale et les conflits armés des années quatre-vingt pour se plonger dans la construction d’alternatives politiques de post-conflits, dans un cadre démocratique et en fonction d’une réactivation du processus d’intégration sous-régionale, laissant sans résolution, cependant, une série de disputes territoriales, telle que la dispute pour le Golfe de Fonseca entre le Salvador et le Honduras, et le différend des limites entre le Nicaragua et le Honduras dans la mer des Caraïbes, entre autres. Ainsi, les pays d’Amérique du Sud, grâce à une série de mécanismes diplomatiques institutionnels, ont incité, en lignes générales, des processus de re-démocratisation et 29Francisco Rojas A.- Introducción. Seguridad humana : concepto emergente de la seguridad del siglo XXI.- in Francisco Rojas A. et Goucha Moufida (éditeurs).- Seguridad humana. Prevención de Conflictos y Paz.-. Santiago du Chili: UNESCO, FLACSO, p.23 39
  • 40. d’approfondissement démocratique après les régimes militaires des années précédentes et une significative distension autour des disputes territoriales. Cependant, ils n’ont pas réussi à surmonter le manque d’équité et la prolifération de l’exclusion sociale. De même, les pays andins, avec leurs particularités spécifiques, sont entrés dans un profond processus de crise politique et sociale qui remet en question les fragiles démocraties locales, devenant un bouillon de culture pour des situations de conflits armés domestiques et, éventuellement, régionaux, avec une forte prédominance du trafic de drogue comme un des éléments à souligner. Il est important de signaler, dans ce cadre des différences dans les dynamiques sous- régionales, que la décennie des années quatre-vingt dix a été associée à un processus de distension marquée entre les tensions et les conflits frontaliers en Amérique du Sud, fondamentalement en fonction de la mise en place d’une série d’initiatives diplomatiques qui tendent à développer la coopération, la transparence et la résolution pacifique des conflits dans la zone. Pendant ce temps, surmonter les conflits internes et la crise en Amérique Centrale a contribué à une diminution des conflits entre les états, en même temps que l’émergence de processus d’insécurité et de violence dans les sociétés de la sous-région, associées à des phénomènes de crime transnational, que sont les fléaux qui aujourd’hui affectent la plupart de ces pays. 2.2 Les États-Unis et les rapports de sécurité avec l’Amérique Latine Introduire une vision sur la réalité actuelle des États-Unis peut être, paradoxalement, aussi simple que complexe, étant donné la particularité qui la caractérise et son rôle gravitant dans le devenir mondial, en fonction de leur condition de puissance hégémonique globale. 40
  • 41. Pour cette raison, le point de vue des Etats-Unis, en ce qui concerne la sécurité hémisphérique, sera traité sur la base des objectifs manifestes qui sont identifiés dans les versions officielles données par des autorités compétentes, ce avec quoi on prétend obtenir l’identification de leurs liens de sécurité actuels avec l’Amérique Latine. Une fois le président George W. Bush installé au gouvernement nord-américain, le Bureau des Affaires de l’Hémisphère Occidental du Département d’État a pris en compte une série initiale de possibilités d’entente et des domaines de travail pour l’Amérique latine, qui ont été:  Se consacrer au Mexique car, étant donné sa condition de voisin immédiat au sud, les affaires bilatérales - immigration, trafic de drogue, commerce, etc.- ont une proéminence et une urgence spéciale.  Aborder la crise en Colombie, menacée curieusement dans l’hémisphère par la combinaison des drogues, du terrorisme et de l’insurrection.  Étendre le compromis avec les trois grands du Cône Sud : l’Argentine, le Brésil et le Chili.  Se préparer pour l’ère post-Castro à Cuba.  S’engager, avec d’autres gouvernements démocratiques de l’hémisphère, à développer une Zone de Libre Echange des Amériques pour la fin de l’année 2005.  Développer une optique globale et intégrée face aux menaces de la région.  Reconfigurer l’optique vers la région des Caraïbes. Avec ces prémisses, les États-Unis sont entrés dans le siècle actuel avec des objectifs politiques différents car la contention du communisme a été remplacée par un effort pour augmenter la communauté des pays engagés avec les mêmes objectifs et idéaux essentiels. En premier lieu, un engagement avec la démocratie constitutionnelle, ce qui entraîne des élections libres et justes, un pouvoir judiciaire indépendant, des libertés individuelles fondamentales et des forces armées professionnelles, sous le contrôle civil. 41
  • 42. En deuxième lieu, un engagement avec les économies de marché, le commerce et le développement, dirigé dans le but d’obtenir de meilleurs associés commerciaux, des voisins plus pacifiques et des protagonistes plus responsables sur la scène internationale. Troisièmement, un engagement avec la coopération multinationale. L’ère bipolaire a terminé et la plupart des problèmes actuels sont de nature multinationale. Il est donc nécessaire que plusieurs pays travaillent ensemble pour aborder ces défis, que ce soit en groupes ad hoc ou dans des forums multilatéraux formalisés. Un groupe d’organisations sous-régionales à la crédibilité croissante a facilité l’action avec l’ensemble, tel que le MERCOSUR, le Groupe de Rio et le Pacte Andin. Ces trois attributs – démocratie constitutionnelle, économies de marché et la coopération multinationale – sont les objectifs positifs que l’on demande à tous les pays d’atteindre car la plus grande préoccupation pour la sécurité n’est plus le monolithique adversaire communiste mais plutôt une série de menaces décentralisées, transnationales et non traditionnelles qui affectent directement l’ensemble. Selon le point de vue des États-Unis, l’axe central de ces menaces se trouve dans les problèmes suivants :  Le terrorisme a augmenté en tant que préoccupation internationale avec les attaques au World Trade Center et au Pentagone, menant le gouvernement nord-américain à déclarer la guerre contre les terroristes et contre ceux qui les protégent ou les soutiennent.  Le trafic de drogue, industrie de 50 mille millions de dollars par an, qui favorise l’activité criminelle de tout type, alimente la corruption et compte de grandes pertes humaines, aussi bien dans les nations consommatrices que productrices, considérant que la demande des États-Unis est alimentée principalement par ou à travers l’Amérique Latine. 42
  • 43.  Les migrations, car il s’agit de flux qui peuvent être utiles dans certains cas pour la zone réceptrice, mais souvent avec des habilités qui peuvent faire du tort. Dans le cas des États-Unis, le profil de l’immigration a changé de façon dramatique au cours du siècle dernier. Avant la Deuxième Guerre Mondiale, les immigrants arrivaient aux États-Unis principalement d’Europe, mais depuis, l’équilibre s’est modifié en permanence provenant d’Amérique Latine et d‘Asie. Un exemple de ce qui vient d’être signalé, c’est que l’immigration depuis l’Amérique Latine est en train de changer le profil démographique des Etats-Unis. Cela peut être mesuré dans le fait que la population hispanique a augmenté de 2,5% en 1945, jusqu’à 13% en 2002, et on attend 25% pour l’année 2050. Dans un autre ordre d’idées, et toujours du point de vue nord-américain, en Amérique Latine il y a un pays qui fait face à tous ces problèmes et qui a acquis une position importante dans les préoccupations de Washington envers la région : c’est le cas de la Colombie. Les guérillas sont favorisées par l’argent de la drogue qui, dans certains cas, leur permet de dépasser l’armement de l’armée régulière. Elles n’ont aucune réserve pour recourir à des tactiques terroristes, faisant déborder la situation dans la région, à travers les flux de réfugiés, l’expansion de la culture de la drogue et, finalement, l’utilisation de secteurs extra colombiens comme bases de sécurité et de soutien pour leurs groupes paramilitaires. Comme cela a été présenté, l’apparition d’un changement fondamental dans la manière dont les États-Unis voient l’Amérique Latine est évidente : les objectifs politiques sont différents et les menaces contre la sécurité sont principalement non traditionnelles, ce qui oblige nécessairement à un changement de procédé. 43
  • 44. Par conséquent, l’Aire de Libre Echange des Amériques (ALCA) est le point principal de l’agenda commercial des Etats-Unis pour l’Amérique Latine, principalement parce qu’un grand nombre des menaces dans la région empirent à cause de la pauvreté et le manque de croissance économique. Ainsi, la manière la plus directe pour que les Etats-Unis encouragent la croissance économique en Amérique Latine c’est à travers un régime commercial ouvert qui crée des opportunités commerciales libres et justes pour tous les pays de l’hémisphère, s’étant engagé à établir l’ALCA avant janvier 2005. En ce qui concerne un accord hémisphérique de sécurité, les États-Unis sont pour la révision de l’architecture régionale et l’évaluation du rôle des instruments et des institutions de sécurité hémisphérique actuels, ainsi que de leur capacité de réponse aux menaces traditionnelles et nouvelles dans la région. Alors, quel est fondamentalement du point de vue nord-américain le futur de la coopération pour la sécurité dans l’Hémisphère Occidental ? Comme point de départ, on considère que la présence d’un pouvoir militaire important devrait être un grand avantage pour l’hémisphère en termes de sécurité. Les États-Unis ont une capacité de dissuasion nucléaire crédible, une force aérienne puissante et une marine océanique sans contrepoids dans le monde, ainsi que la capacité de projeter leur pouvoir partout sur le globe. Cependant, si l’Amérique Latine doit avoir vraiment un accord de sécurité, les pays de l’hémisphère doivent être d’accord sur quand et comment les forces des États-Unis pourraient se déployer dans la région. Actuellement cet accord manque, vu que le TIAR a été invoqué plusieurs fois pendant son histoire qui date de cinquante ans, mais sa légitimité a été sapée par la perception d’être un instrument pour des décisions déjà prises par Washington. 44
  • 45. A quatre reprises, l’OEA a invoqué la Charte Démocratique, mais à chaque fois l’invocation a été plutôt un exercice de pression face à des homologues qu’un précurseur à l’action militaire coordonnée. Tels qu’ils sont institués aujourd’hui, aucun de ces instruments ne semble avoir la capacité de fournir une structure pour que le plus puissant pouvoir militaire du monde prenne des mesures internationalement approuvées dans leur propre hémisphère. Ou les pays restants de la région décideront d’exclure les ressources des États-Unis et maintiendront un accord de sécurité collective entre eux, ou l’Amérique Latine ne comptera pas sur un accord de sécurité collective30. Même si les définitions exactes peuvent varier, du point de vue nettement nord- américain, il y a trois grands modèles pour un accord de sécurité multilatérale : sécurité collective, alliance et non-intervention. Les trois présentent des défis uniques en Amérique Latine. Premièrement, la sécurité collective. Un accord de sécurité collective dispose l’action sur la base de règles pour combattre l’agression contre n’importe quel membre du groupe. Il est d’une nature principalement défensive, facilitant une réponse conjointe face à une attaque qui proviendrait du dehors ou de l’intérieur du groupe, étant plus efficace quand les membres du groupe correspondent à ce que chaque pays voit comme étant sa sphère importante de sécurité, de façon à ce que la défense du bien commun soit dans l’intérêt propre de chaque membre. L’architecture actuelle de la sécurité en Amérique Latine s’approche d’un accord de sécurité collective. Les thèmes qui affectent les intérêts nationaux respectifs de la majorité des pays de l’hémisphère se trouvent dans l’hémisphère même, que ce soit en évitant des conflits dans la région ou en maintenant l’inviolabilité du Canal de Panamá et les routes des compagnies de navigation commerciale. De plus, des instruments tels que le Traité de Río 30William Brownfield,.El pasado, presente y futuro de los vínculos entre Estados Unidos y América Latina.- Santiago: Academia Nacional de Estudios Políticos y Estratégicos, octubre 2002-, p.9 45
  • 46. et la Charte Démocratique Interaméricaine tracent des règles avec lesquelles l’action collective sera prise pour le bien du groupe. La deuxième possibilité d’un accord multilatéral de sécurité est une alliance. Une alliance est une institution de direction externe créée pour prendre des actions offensives conjointes contre un ennemi commun hors de l’alliance. Ses membres unissent leurs forces et projettent une capacité offensive, étant habituel qu’elle devienne effective pour contrecarrer la menace d’un ennemi spécifique. Pour l’Amérique Latine, une alliance serait difficile étant donné que la majorité de ses pays ne voient pas que leur intérêt national s’étende au-delà de l’hémisphère, et n’ont pas de capacités de projection de forces pour fixer des biens ou des actifs à l’extérieur. Le résultat est que l’Amérique a un des taux les plus bas au monde dans la participation aux forces de paix. Si on prend comme exemple les opérations réalisées en Afghanistan depuis 1991, une cinquantaine de nations ont fait des apports militaires à la campagne : 25 des pays participants étaient de l’Europe, 10 d’Asie Centrale, 6 de l’Asie Orientale et du Pacifique, 4 du Moyen Orient, 4 d’Afrique et zéro d’Amérique Latine. Dans ce sens, il devient difficile de voir la création d’une structure importante pour une alliance dans cet hémisphère. 31 Le troisième et dernier accord multinational possible est vraiment plus un non-accord : une doctrine de non-intervention. Avec cela, les états participants sont d’accord de respecter pleinement leurs souverainetés respectives lorsqu’ils accordent de ne pas s’agresser les uns les autres, tendant à une attraction politique superficielle, puisque quand les intérêts nationaux sont en jeu, ils s’accomplissent rarement. 31Ibid, p.10 46