UNIVERSITÉ DE TOULOUSE-LE MIRAIL / U.F.R Sciences Economiques et Sociales          DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE ET AMÉNAGEMEN...
Citation : « Hier,   immigrer     etcouper les racines ; aujourd’hui : circuleret garder contact. Cette évolution semblema...
Remerciements :Je voudrais tout d’abord remercier le système universitaire français, sans lequel je n’auraisjamais pu pass...
Table des matières :  I)         Introduction………………………………...……………………..8-13  II)        Méthodologie et démarche…………………………....
a)        « Hackney.com », un cybercafé aux allures de centre                            d’intégration et de solidarité in...
b)         Au niveau transnational : les TIC comme support de                               l’intégrité identitaire et de ...
-Une meilleure appropriation de l’outil par les jeunes générations……………………….74-75-Une vision septique de cet outil par les...
I) Introduction.Dans cette ère de l’information et de la communication, les nouvelles technologies semblentêtre à l’origin...
phénomènes migratoires définie par une série de ruptures entre l’homme et son milieu sembleaujourd’hui remise en cause, pu...
(Georgiou, 2002 [a]). Moyen de communication privilégié entre personnes géographiquementéloignées, il est très facile à ut...
-Deuxième thématique : l’usage des TIC comme outil d’intégration sociale, etd’organisation économique.L’usage des TIC dans...
d’être entendu au sein de la communauté internationale. Ce terrain de lutte « virtuel »correspond à une nouvelle forme de ...
Les TIC représentent un support d’intégration et d’organisation qui s’avère essentiel pour lesdiasporas, encore faut-il qu...
communauté (apprentissage de la langue, de la culture…) doublés par un encadrementacadémique maintiennent les populations ...
d’une « communauté homogène » est erronée. Il considère l’appartenance diasporiquecomme un mélange, sorte d’amalgame fait ...
Un ensemble de relations vécues ou imaginées entre personnes d’origine commune           géographiquement éparpillées, qui...
collectives concernant son milieu d’origine, et entretenir ce sentiment d’appartenance par lacommunication et l’échange av...
permettrons de mieux situer les minorités et de mieux contextualiser leurs organisations.Ensuite, nous nous concentrerons ...
niveau local et national, dans lequel ils sont intégrés, tout en élargissant mon objectif sur lesconnexions qu’ils entreti...
Carte n°2 : La répartition des communautés noires Africaines à Londres (extrait de « the Guardian »21/01/05 : « The world ...
communautés peu intégrées, et donc isolées sur le sol londonien, n’est pas pris en comptedans ces analyses. Ainsi, les rés...
b) L’approche du terrain et des populations : entre prise de contact etobservation.         Les trois premiers mois sur le...
la capture d’écran n°1 page 248), ou encore, des sites d’informations afférents à différentspays d’Afrique noire. L’object...
Capture d’écran n°1 : Deuxième page de « Diastode » : présentation des domaines d’informations du site, extraitdu site « w...
à l’écart les unes des autres. Nous développerons plus loin dans ce travail le phénomène desolidarité intercommunautaire.E...
Pour mes derniers entretiens enregistrés, je ne me servais de mon guide qu’uniquement pourréorienter une personne qui comm...
Noms        des Ages Sexe            Origine       génération       du Statut socialenquêtés                              ...
•    Retranscription des entretiens.            J’ai choisi de retranscrire en annexe deux entretiens dans lesquels j’ai s...
Dans l’analyse, les phrases des entretiens sont insérées en anglais. J’ai préféré utiliser lespassages pertinents sous leu...
Dans un second temps, je me suis focalisé sur le deuxième aspect central de mon sujet, àsavoir les TIC en Afrique. Cette p...
Capture d’écran n°2 : présentation générale des objectifs « d’Africa’nti », extrait du site « www.africa’nti.org ».       ...
Capture d’écran n°3 : exemples d’articles disponibles en ligne gratuitement sur « Africa’nti », extrait du site« www.afric...
lecture m’a permis de construire des hypothèses, et une problématique que j’allais développersur le terrain.J’ai donc réal...
Dans un même temps, Dana Diminescu m’avait donné l’adresse email de Myria Georgiou,professeur à LSE, travaillant également...
III) Analyses thématiques.     1) Le cybercafé comme lieu de solidarité et d’intégration sociale :        véritable carref...
d’abord au niveau local, cest-à-dire à l’échelle du cybercafé, dans lequel s’organise unevéritable microsociété. Ensuite, ...
Photo n° 2 : intérieur du cybercafé « Hackney.com » (photo prise par Michael, le gérant).préjugés, qui ne lui permettent p...
d’entraide entre migrants d’origines différentes, qui ont simplement besoin de partager leurvécu, et de participer à une v...
simplement: « I know that it doesn’t represent a way for me to earn money or start a realcareer, but I don’t care. That do...
Photo n°3 : peinture de Yomi exposé dans le cybercafé « Hackney.com » (photo prise par Michael).-Un véritable carrefour de...
connect myself with other members in different places of the diaspora, and discuss about whatare the economic opportunitie...
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Capture d’écran n°4 : Présentation des objectifs et de l’historique de « Diastode », extrait du site« www.diastode.org ».s...
"Les TIC : un nouvel outil pour les diasporas - L'exemple des pratiques et usages des clients "d'Hackney.com" à Londres", ...
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"Les TIC : un nouvel outil pour les diasporas - L'exemple des pratiques et usages des clients "d'Hackney.com" à Londres", 12.2006

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Mémoire de Master I Géographie et migrations internationales, 2006.

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"Les TIC : un nouvel outil pour les diasporas - L'exemple des pratiques et usages des clients "d'Hackney.com" à Londres", 12.2006

  1. 1. UNIVERSITÉ DE TOULOUSE-LE MIRAIL / U.F.R Sciences Economiques et Sociales DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE ET AMÉNAGEMENT Mémoire de MASTER 1 Mention GÉOGRAPHIE ET AMÉNAGEMENT Année universitaire 2005-2006.Les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) : un nouvel outil pour les diasporas L’exemple des pratiques et usages des clients « d’Hackney.com » à Londres Préparé par Jonathan Stebig Sous la direction de Yveline Dévérin Soutenu le 1 décembre 2006, devant un jury composé de Yveline Dévérin, Jean-Jacques Guibbert et Emmanuel Eveno
  2. 2. Citation : « Hier, immigrer etcouper les racines ; aujourd’hui : circuleret garder contact. Cette évolution semblemarquer un nouvel âge dans l’histoire desmigrations : l’ère du migrant connecté(Diminescu, 2002) 2
  3. 3. Remerciements :Je voudrais tout d’abord remercier le système universitaire français, sans lequel je n’auraisjamais pu passer une année à Londres, le terrain qui a fait l’objet de mon mémoire.L’attribution des bourses du conseil régional, du ministère de l’éducation, du CROUS etaccessoirement d’ERASMUS, m’a donné un capital indispensable pour m’installer à Londres.Ensuite, je voudrais adresser un grand merci à Mme Yveline Dévérin, sans qui je n’auraisjamais pu réaliser ce travail, et ce pour plusieurs raisons :-Elle m’a tout d’abord suivi tout au long de la construction de mon mémoire, répondant àtoutes mes interrogations dans des délais très brefs.-Elle m’a fourni une documentation non négligeable sur les questions des TIC.-Elle m’a donné le contact de Dana Diminescu, un auteur clef dans la réalisation de montravail. En effet, ma rencontre avec elle a été très précieuse dans la recherche d’appuisthéoriques pertinents à mes analyses.Je voudrais aussi remercier tous les étudiants résidents à Connaught Hall (mon logement)avec qui j’ai pu perfectionner mon anglais tout au long de ce voyage, et qui m’ont donné uneplus grande assurance pour entreprendre un réel travail de terrain.Dans un tout autre registre, je me sens obligé de saluer la culture musicale londonienne, à lafois très ouverte et très pointue, à travers laquelle j’ai pu me détendre, pour entretenir unecertaine motivation pour ce travail de mémoire.Internet : outil de travail indispensable dans la construction de mon travail, support grâceauquel j’ai pu entretenir un suivi avec Mme Dévérin, accéder à des ressourcesbibliographiques et visiter les sites Internet fréquentés par les migrants.Tous les clients « d’Hackney.com », qui sont en quelques sortes le fondement de mon étude.Mais plus qu’une population d’enquêtés, ces gens sont devenus de véritables amis, aveclesquels j’espère garder des relations. Je voudrais remercier particulièrement Michael, qui afait de son cybercafé un endroit très personnel, et qui m’a accueilli très chaleureusement.Les professeurs et élèves de UCL en Géographie, avec lesquels j’ai pu entreprendre desdiscussions sur mon sujet d’étude, et remettre en question certains aspects de mon analyse.Enfin, je voudrais remercier mes parents, qui m’ont soutenu tout au long de l’année. Ils m’ontavant tout offert l’opportunité de voyager et d’ouvrir mon esprit vers d’autres cultures. Mesvoyages au Burkina Faso et au Mali sont d’ailleurs à l’origine de mon grand intérêt pour lecontinent africain. 3
  4. 4. Table des matières : I) Introduction………………………………...……………………..8-13 II) Méthodologie et démarche…………………………..…...…..…13-34 1) Les TIC : un outil efficace pour les diasporas…………...………13-17 2) Londres : un terrain particulièrement pertinent pour cette problématique…..……………………………………...………….17-34 a) Présentation du terrain : de l’Angleterre au cybercafé « d’Hackney.com »…………………………………………………….19-21 b) L’approche du terrain et des populations : entre prise de contact et observation……………………………………………………………..22-25 c) Réalisation, retranscription et utilisation des entretiens…………....25-29 • Construction des supports pour la réalisation des entretiens.....................25-27 • Réalisation des entretiens……………………………………………………..28 • Utilisation des entretiens dans l’analyse thématique……………………..28-29 d) Le travail bibliographique et la recherche d’appuis théoriques aux analyses pratiques…………...……………………………………...…29-34 • La fixation des contours du sujet d’étude……...…………………………29-30 • La définition des thématiques abordées………………...…………………30-33 • Les appuis théoriques de l’ analyse pratique…………….……….………33-34 III) Analyses thématiques…………………………………………...35-85 1) Le cybercafé comme lieu de solidarité et d’intégration sociale : véritable carrefour de l’information……………………………..35-47 4
  5. 5. a) « Hackney.com », un cybercafé aux allures de centre d’intégration et de solidarité intercommunautaire……..36-39-« Hackney.com » : un exemple de mixité culturelle……………………………………..36-37-« Hackney.com » : un espace ouvert au dialogue, à l’entraide et à la solidarité……........37-38-« Hackney.com » : cybercafé dans son intitulé, bien plus dans ses fonctionnalités……...38-39 b) Le cybercafé : un centre décentralisé………………….…39-43-Un véritable carrefour de l’information……………………………………………….....40-41-Espace générateur d’une « identité décentralisée »……………………………………....41-43 c) Le maintien des relations avec le pays d’origine………..43-46-Dans l’espace d’accueil : le moyen de contact privilégié…………………………………...44-Dans le pays d’origine : un usage collectif, une distribution géographiquement inégale..45-46 • L’email : une adresse collective • Des cybercafés très inégalement répartis sur le territoire 2) Les TIC : un outil d’intégration, d’intégrité sociale et d’organisation économique…………………………………..…………………….47-61 a) Au niveau local, les TIC comme outil d’organisation économique et sociale……………………………………48-52-Le téléphone portable, un moyen de contourner les démarches institutionnellesd’intégration……………………………………………………………………………….49-50-Le téléphone portable : l’adresse virtuelle et informelle du migrant……………………..50-51-Des habilités relationnelles qui peuvent se transformer en compétences productives........51-52 5
  6. 6. b) Au niveau transnational : les TIC comme support de l’intégrité identitaire et de l’activité économique……...52-59-L’espace virtuel transnational : outil de pérennisation identitaire…………..…………....53-56-Internet : support de l’organisation économique des diasporas encore limité……….…...56-59 • Une organisation économique transnationale encore très sporadique…………...56-57 • Un moyen d’orienter les fonds transférés dans le pays d’origine..………………57-59 3) Les TIC : un support de liberté d’expression et de militantisme politique……………………………………………………………61-72 a) Les TIC : symbole de libre accès et de démocratisation de l’information et de la communication……………………62-65-Une diffusion mondiale d’évènements très localisés……………………………….……62-63-Le rôle des diasporas dans la diffusion de l’information sur les réseaux transnationaux…...63-Un pluralisme culturel source de richesse et de créativité…………………………….…64-65 b) Les TIC : nouveau support de militantisme virtuel ?.......65-70-Internet : un espace politique aterritorial et transnational………………………………..65-67-Internet : théoriquement support d’un militantisme virtuel, concrètement plus espaced’échange et de débat……………………………………………………………………..68-69-Internet : un terrain de débat qui ne peut se substituer à la lutte sur le terrain…………..69-70 4) Internet : bouleversement des hiérarchies traditionnelles et des rapports de genres…………………………………………..73-85 a) Les jeunes : un rôle de médiateur entre les communautés diasporiques et les membres de la famille restés au pays……………………………………………………......73-78 6
  7. 7. -Une meilleure appropriation de l’outil par les jeunes générations……………………….74-75-Une vision septique de cet outil par les anciennes générations…………………………..75-76-L’intermédiaire idéale entre la diaspora et le pays d’origine…………………………….76-78 b) Internet : un nouveau média qui risque de remettre en cause les organisations traditionnelles…………………………..78-84-Internet ou le bouleversement des rapports entre les générations………………………..78-80-Le bouleversement des rapports de genre : vers une émancipation de la femme………...80-84 IV) Conclusion……………………………………………………….86-90-Références bibliographiques …………………………………………………….….…91-97-Glossaire………………………………………………………………………………….....98-Liste des sigles………………………………………………………………………………98-Table des illustrations…………………………………………………………………99-100-Annexes………………………………………………………………………………..101-128 7
  8. 8. I) Introduction.Dans cette ère de l’information et de la communication, les nouvelles technologies semblentêtre à l’origine d’importantes opportunités et ont un impact dans l’organisation des diasporas.Tout au long de ce travail, nous nous attacherons à faire ressortir les différents domaines danslesquels les TIC sont à l’origine de ces changements. L’arrivée de nouvelles conceptionsconcernant la migration nécessite cependant de nouvelles approches géographiques. Ainsi,nous mettrons en relation les changements qu’a entraîné l’utilisation accrue des TIC par lesdifférentes diasporas avec ces nouvelles notions et mettre en avant les méthodes qui sont plusappropriées pour étudier les phénomènes de migration d’aujourd’hui. Commençons ce travail en établissant une comparaison entre deux façons de définir lamigration : celle de Pierre Bourdieu et celle de Dana Diminescu, qui montrent parfaitementl’évolution de penser la migration, représentant le migrant de façons très différentes.Bourdieu défini le migrant comme un individu qui serait ni citoyen ni étranger, ni moi niautre, à la fois absent dans le pays d’accueil comme dans celui d’origine. Autrement dit,vivant dans un « no man’s land », à la frontière de l’être et du non être social, résumantparfaitement la vision de la littérature sur les migrations durant le siècle dernier.A l’inverse, Dana Diminescu définit aujourd’hui le migrant comme apte à développer desrelations de proximité (grâce à des outils comme les e-mails, le téléphone portable, ou encoreSkype1) dans un réseau transnational, entre des places géographiquement distantes.Par l’intermédiaire des TIC, le migrant développe une « culture du lien » qu’il entretient danssa mobilité.Grâce aux outils d’information et de communication, le migrant a aujourd’hui la capacité des’approprier le réseau dans lequel il s’inscrit, et d’en tirer avantage pour son intégration dansle pays d’accueil. Il entretient par ailleurs des liens réguliers avec son pays d’origine.L’espace d’appartenance n’est plus exclusivement le territoire; le migrant établi des relationsde proximité qui sont moins d’ordre physique, mais plus de l’ordre du virtuel. En d’autrestermes, l’identité du migrant se construit autour d’une articulation entre cette connectivitétransnationale, son territoire d’accueil, et sa terre natale.Reprenons une citation de Abdelayek Sayad2 : « le paradoxe de la science des migrations,c’est qu’elle est une science de l’absence et des absents » (Diminescu, 2006). Cette vision des1 : Skype : système de téléphonie par Internet : très utilisé par les migrants qui n’ont qu’une connaissance infimede l’anglais écrit, les conversations orales étant donc très souvent bien adaptées. Cependant, la nécessité de seretrouver au même moment dans les « lieux de connexion » fait que cet outil n’est utilisé qu’occasionnellement. 8
  9. 9. phénomènes migratoires définie par une série de ruptures entre l’homme et son milieu sembleaujourd’hui remise en cause, puisque basée sur des critères physiques. L’ère de l’informationet de la communication permet au migrant de s’identifier à un espace élargi, qui dépasse lesfrontières physiques. Il est aujourd’hui dans un contexte d’hyper mobilité, qui est à la foisphysique, imaginé, et virtuel.Par l’intermédiaire des TIC, nous assistons au développement d’une « communauté enligne ». Les sites d’informations sur la situation au pays d’origine ainsi que sur lesévénements à venir dans les différents pays de résidence de la communauté, les journauxpubliés en ligne, les forums de discussion et les e-mails sont à l’origine d’une prise deconscience de l’appartenance à un groupe diasporique. Les TIC (Internet en particulier)deviennent un media alternatif à part entière, permettant aux migrants de mettre en relation lessphères publiques avec les sphères privées (mouvements associatifs, militants politiques,scientifiques…etc.), et de s’organiser comme une « nation » indépendante dans un espacevirtuel, créant par la même une source de vitalité au sein de la communauté réelle. Qui plusest, cette communauté virtuelle intègre tous les membres de la diaspora souhaitant faire partiede cette espace, étant un lieu ouvert ; la relative libre expression permet à tout individud’exprimer sa propre vision de sa « nation » et de l’organisation de cette dernière. Lecaractère « multi ethniques » laissant place à l’expression individuelle au sein de cettecommunauté est un phénomène diamétralement opposé aux représentations des diasporasdans les médias classiques (journaux, TV), qui sont présentées comme des communautésharmonieuses et homogènes. Le migrant se retrouve donc dans un système de représentationssociales positives.Le développement d’une « communauté en ligne » est un pilier pour la pérennité de ladiaspora. Les migrants de deuxième génération, nées sur sol étranger, a priori moins liés àleurs cultures d’origines, et leurs racines en général, se retrouvent submergés par ce vasteréseau d’information et de communication qu’ils articulent autour de leur propre identité.Ainsi, bien qu’intégrés à la société d’accueil, ils restent, par l’intermédiaire de cet outil,continuellement imprégnés par cette culture qui est la leur.L’usage avéré des e-mails par les migrants est d’ailleurs très significatif de ce lien réel.L’utilisation de ce service représente 85 % de l’usage que font les migrants d’Internet 2 : Chercheur au CNRS depuis 1977, il est nommé Directeur de recherche en sociologie. Il a notamment récemment publié : « The suffering of the immigrants » [la souffrance des immigrés]. Polity press, 2004. 360 p. 9
  10. 10. (Georgiou, 2002 [a]). Moyen de communication privilégié entre personnes géographiquementéloignées, il est très facile à utiliser comme très facile d’accès (cybercafé). Utilisé autant pourdonner des nouvelles aux membres de la famille restés au pays que pour entretenir descontacts avec les autres places de la diaspora, cet outil se démocratise à un rythme effrénédans les communautés de migrants. C’est ainsi qu’aujourd’hui on retrouve, grâce aux e-mails,mais aussi Messenger, Skype, ou le téléphone portable, de plus en plus de migrants qui fontune utilisation banale de ce moyen de communication, en ce sens qu’ils parlent de leur vie detous les jours, leurs expériences et les anecdotes, comme dans des relations de proximité. Parl’intermédiaire des TIC, s’installe une sorte de ciment relationnel avec des personnesphysiquement absentes, mais affectivement très proches.C’est en ce sens que l’email comme le téléphone, devient un outil stratégique, une arme pourles migrants (et plus particulièrement les clandestins). Ces outils de communicationsreprésentent la nouvelle adresse virtuelle du migrant, sorte de « secrétariat du pauvre »permettant de contourner une intégration institutionnelle de plus en plus difficile, et des’organiser une vie en société.Afin d’ouvrir cette présentation sur la suite de mon travail, je vais maintenant énumérer lesdifférentes hypothèses de départs, à travers les thématiques que j’aborderai plus loin.L’analyse est découpée en quatre parties thématiques, traitant des opportunités et des impactsd’Internet dans les diasporas : -Première thématique : le rôle central du cybercafé.Ce lieu, a priori marqué par des comportements individualistes, où chacun est concentré sur samachine, préoccupé par ses propres intérêts, peut il se convertir en un lieu d’échange,d’entraide et de solidarité, qui deviendrai en un sens, le ciment social du migrant ? Lecybercafé peut-il devenir un lieu d’intégration multiculturel, dépassant les appartenancesintracommunautaires ?A un autre niveau, c’est ici que se réalise l’essentiel des prises de contact avec le territoired’origine, ainsi qu’avec les différentes places de la diaspora. Nous sommes donc face à unlieu d’articulation entre les échelles locales (solidarité entre migrants), nationales (contactrégulier avec le pays d’origine) et transnationales (connexion entre différentes places de ladiaspora). Le cybercafé ne serait-il pas le véritable « carrefour » de l’information et de lacommunication pour les communautés de migrants ? L’usage massif de ce moyen d’accès àInternet devenant en un sens, la colonne vertébrale organisationnelle de la diaspora.Enfin, l’implantation limitée du réseaux Internet en Afrique ne risque t-elle pas de perturber lesystème d’échange et de relation sur lequel s’organisent les diasporas ? 10
  11. 11. -Deuxième thématique : l’usage des TIC comme outil d’intégration sociale, etd’organisation économique.L’usage des TIC dans le pays d’accueil pourrait devenir un réel moyen, pour le migrant, decontourner les procédures institutionnelles classiques. Inscrit dans des réseaux relationnelsconnectés, il sera en mesure de développer des activités productives. Le téléphone portabledevient la principale arme d’intégration, grâce laquelle le migrant pourra trouver une certainestabilité liée à sa mobilité et à sa connectivité.A une échelle transnationale, l’implication du migrant dans des réseaux transnationaux luipermettra d’entretenir une identité particulière, caractérisée par l’articulation entrel’installation dans le pays d’accueil, l’implication dans les réseaux transnationaux etl’entretien d’une mémoire commune symbolisée par le pays d’origine.Par la mise en commun des informations, les migrants ont de nos jours une vision globale dela situation économique, permettant ainsi d’accroître les opportunités commerciales au sein dela diaspora. L’accélération des échanges, l’effacement des frontières comme des distancesofferts par le réseau Internet sont autant d’éléments qui s’avèrent déterminants dansl’organisation économique de ces communautés. Les connexions régulières avec le paysd’origine représentent le moyen le plus efficace de réaliser des transferts d’argent sécurisés,tout en gardant un contrôle sur l’investissement fait des fonds transférés. -Troisième thématique : l’émergence d’un nouveau support de conscience politiquepouvant déboucher sur des actions politiques.La démocratisation de l’information et de la communication permet au migrant de s’intégrerdans un espace de dialogue, d’échange et de débat relativement libre d’accès, ce que nepermettent pas les médias classiques (dans lesquels la diffusion de l’information estunilatérale).Cette démocratisation articulée avec les connexions transnationales des migrants est àl’origine d’une diffusion de problématiques localisées (pays d’origine) dans un systèmed’information mondialisé.Internet offre pour les acteurs de la vie politique un terrain de lutte contre les pouvoirs enplace dans les pays d’origine, un moyen de contourner le contrôle des Etats, et d’organiser desactions de manière décentralisée. Ce nouveau territoire d’activité politique, à la foisdéterritorialisé (dans le sens ou le militant n’est pas sur le terrain) et inter relié (avec lesdifférentes places de la diaspora et les acteurs restés au pays) offre des opportunités d’actionplus englobantes. L’interaction entre les différents ancrages de la diaspora, tous orientés versla situation politique dans le pays d’origine, permet d’avoir un rayon d’action plus large, et 11
  12. 12. d’être entendu au sein de la communauté internationale. Ce terrain de lutte « virtuel »correspond à une nouvelle forme de militantisme, moins révolutionnaire, pacifiste, et organisétransnationalement. - Quatrième thématique : le bouleversement des hiérarchies et des rapports humains.Le contact entre les membres de la diaspora et le pays d’origine passe par « un médiateur »qui joue le rôle d’intermédiaire. Les nouvelles générations dans le pays d’origine ont souventsuivi des études, parlent et lisent un minimum l’anglais, se retrouvant ainsi mieux placéespour jouer ce rôle d’intermédiaire.L’arrivée de ces nouvelles générations et le rôle nouveau qu’elles sont amenées à jouer dansl’articulation entre les communautés diasporiques et le pays d’origine risque d’entraîner deprofonds bouleversements dans les organisations traditionnelles.L’implication de ces nouvelles générations dans l’utilisation d’Internet, ainsi que l’ouverturevers le monde extérieur qu’il propose, provoque un décalage important avec les anciennesgénérations qui elles, ne sont pas nées avec cet outil. L’accès à l’information ainsi que lesconnexions avec l’extérieur sont à l’origine d’une opposition au pouvoir des anciens, dont lesavoir est remis en cause par les jeunes.La place de la femme est aussi bouleversée. En effet, elle se trouve souvent impliquée dansl’organisation économique, et est en liaison avec les membres de la diaspora. L’accès àInternet leur permet enfin d’avoir une vue sur la situation extérieure, ainsi que sur la place dela femme dans les autres sociétés. Les femmes se retrouvent plus impliquées dansl’organisation économique de la société et développent des perspectives d’avenir souventtournées vers l’extérieur. Pour clore cette introduction générale sur l’usage des TIC, il serait bon de rappelerqu’une infime partie de la population mondiale utilise Internet. Qui plus est, une partimportante de ceux qui utilisent le Net ne le fait pas à des fins pratiques, mais plus pour leloisir. Ceci pour dire que le profit, dans l’immédiat n’est qu’encore très peu évident pour lescommunautés de migrant.De plus, il faut rester aussi sensible aux risques d’exclusions et de ségrégations qu’auxpossibilités de pérennisations de l’identité et de démocratisations de l’usage du Net dans lesdiasporas. Bien que ce soit moins le cas que dans les médias classiques, la pauvreté,l’exclusion sociale et la faiblesse du capital culturel constituent encore d’importantesbarrières. 12
  13. 13. Les TIC représentent un support d’intégration et d’organisation qui s’avère essentiel pour lesdiasporas, encore faut-il qu’elles parviennent à se l’approprier, de façon à en faire un usagejuste, équitable et bénéfique pour tous.II) méthodologie et démarche. 1) Les TIC : un outil efficace pour les diasporas. Dans cette partie, nous tenterons de définir le terme « diaspora », tel qu’il sera utilisé toutau long de l’analyse qui suivra. L’usage généralisé et abstrait de cette notion, selon les auteurset les époques, ne facilite pas son emploi. Avant de soumettre une définition personnelle, nousnous appuierons sur les écrits de quatre auteurs, qui ont remis en question beaucoup decaractéristiques passées qui ne sont plus compatibles avec le quotidien des groupes demigrants considérés comme diaspora.Longtemps utilisé pour désigner la Diaspora juive, le terme s’est étendu à tout types depopulations disséminées et dont la dispersion fut d’origine contrainte, avec pour corollaire uneconscientisation de leurs origines et appartenances communes (Cohen, 1997).Avec l’avènement de l’ère de l’information et de la communication, la notion de« communauté diasporique » se voit sensiblement remaniée. Bien que l’organisation en réseauait toujours été une caractéristique centrale propre à toute diaspora, l’usage des TIC permetdes rapports plus rapides et réguliers, renforçant ainsi les liens entre différentes « places » dela communauté.Afin de bien rendre compte de cette nouvelle dimension, nous allons nous concentrer sur lestravaux de Cohen (1997), qui a construit son analyse à partir des écrits de Marienstras (1988),Safran (1991) et Brah (1996). Leurs analyses se rapprochent sensiblement de la façon depercevoir une diaspora aujourd’hui.Selon Cohen, l’existence d’une diaspora et sa conscience d’exister en tant que tel, dépendd’une articulation aiguë entre un imaginaire populaire, et une approche académique.Autrement dit, le groupe doit être conscient d’exister, développer une mémoire collective etl’entretenir afin de pérenniser son existence. Parallèlement à cette conscience commune, lesassociations, ainsi que les intellectuels doivent mettre en place des structures et desprogrammes renforçant ce sentiment d’appartenance. L’histoire et le vécu migratoire de la 13
  14. 14. communauté (apprentissage de la langue, de la culture…) doublés par un encadrementacadémique maintiennent les populations dans cette appartenance commune.Cohen a donc établit neuf critères pour définir ce qu’est une diaspora3, ainsi qu’un principe decatégorisation, afin de différencier les types de diasporas qui peuvent être « victimdiasporas », « labour and imperial diasporas », « trade diasporas », ou enfin, « culturaldiasporas »4.Cependant, cette catégorisation semble trop générale, dans la mesure où certaines catégoriesde diasporas pourraient être divisées en sub-groupe, comme par exemple les « victimdiasporas », qui ont effectivement été victimes de catastrophes naturelles, ou de violences, oude guerres civiles, ou de génocides, ou même être des descendantes de la période del’esclavage.Une seconde dimension primordiale qui semble négligée dans l’analyse de Cohen est lerapport au pouvoir, dans le pays d’accueil. La plupart des diasporas ont à faire face à desproblèmes d’intégration, d’exclusion et de discrimination.Les travaux de Safran (1991) qui ont influencés l’analyse de Cohen ont en un sens bienintégré cette notion de rapport de pouvoir dans le territoire d’accueil. Safran établit quatrecritères essentiels pour la définition de toute diaspora :-Une population dispersée-Une mémoire collective (au sens d’un mythe)-Des croyances et cultures pas complètement acceptées dans le pays d’accueil-Une terre d’origine idéalisée, avec un mythe du retour (pas forcement vécu, mais imaginé)Il ajoute à ces quatre critères la nécessaire mobilisation de la communauté dans le maintien, lasauvegarde et la prospérité de leur culture commune.L’analyse de Brah (1996) apporte un dernier élément incontournable pour la définition d’unediaspora à l’ère de l’information et de la communication. Selon lui, l’idée d’une origine fixe et3 : traduction : 1-Départ d’une terre d’origine, souvent traumatique, dans deux pays étrangers au minimum. 2-Départ souvent déterminé par des objectifs économiques, de commerces ou toute autre opportunité. 3-Une mémoire collective de la terre d’origine, par rapport à l’histoire et à la construction de la nation. 4-Une idéalisation de la terre ancestrale, ainsi qu’un engagement collectif pour son entretien, sa restauration,son dynamisme et même sa continuelle création. 5-Des retours réguliers qui entretiennent cette conscience collective. 6-Une conscience ethnique fondé sur une longue période de différentiation, d’histoire commune, et lacroyance dans une destinée commune. 7-Des relations problématiques avec les sociétés d’accueils, en raison du manque de reconnaissance, quimettent les groupes continuellement sous pression. 8-Relations et solidarités avec les autres membres de la diaspora installés dans d’autres pays. 9-La possibilité d’une vie créative et enrichissante dans le pays d’accueil, avec une grande acceptation dupluralisme.4 : diasporas de victimes, diasporas intellectuelles du travail, diasporas commerciales, diasporas culturelles. 14
  15. 15. d’une « communauté homogène » est erronée. Il considère l’appartenance diasporiquecomme un mélange, sorte d’amalgame fait entre individus dont les croyances peuventdiverger, dans le temps et dans l’espace. C’est par cette hétérogénéité que le groupe sera apteà évoluer, continuellement produire et reproduire son identité, afin de s’adapter dans dessituations de relocalisation et de mixité culturelle. En d’autres termes, c’est la diversité dugroupe dans le temps et dans l’espace qui va permettre d’assurer son adaptation à desenvironnements constamment fluctuants, et ainsi assurer sa continuité.A travers le travail de ces quatre auteurs, nous avons établi un ensemble de douze critères, àpartir desquels nous nous appuierons pour définir une diaspora : -1 : Un groupe de personnes dont une partie des ancêtres ou eux même ont été dispersés dela terre d’origine. -2 : Cette dispersion s’est faite dans plus d’un pays étranger, en ce sens elle esttransnationale. -3 : Une histoire commune au sens fort par rapport aux raisons de la dispersion (guerre,famine, pauvreté, génocide). -4 : Une mémoire collective de la terre natale, sorte d’idéologie, d’imagination commune. -5 : Un mythe du retour qui soit plus imaginé que réellement désiré. -6 : Des relations contradictoires avec les membres de la famille restés au pays. Du fait deleurs nouvelles expériences et de leur nouvel environnement, ils sont différents, laissantapparaître certaines tensions. -7 : Une intégration difficile et trouble dans la société d’accueil, où ils font souvent face àdes menaces d’exclusions. -8 : Une solidarité et une appartenance aux autres fractions de la diaspora, formant une« communauté virtuelle ». -9 : Cette « communauté virtuelle » devenant à la fois décentralisée, et multi centralisée. -10 : Il n’y a ni origine, ni destination fixe, l’identité diasporique se formant dans lamobilité avec pour corollaire le fait d’être d’ici, de là-bas, et d’entre les deux. -11 : Le rôle des médias et des TIC est devenu central dans l’image et l’imaginaire d’uneappartenance qui se perpétue. -12 : La communication, la virtualité et la croissante mobilité sont responsables de la co-existence d’un espace vécu de la diaspora au niveau local, national, et transnational.Afin d’être plus synthétique, voici une définition du terme de « diaspora », à laquelle nousnous référerons tout au long de ce travail : 15
  16. 16. Un ensemble de relations vécues ou imaginées entre personnes d’origine commune géographiquement éparpillées, qui par la communication et l’échange parviennent à faire advenir une « hybridité », amalgame permettant d’atténuer la diversité et d’encourager l’hétérogénéité au sein du groupe en question. C’est en ce sens qu’un membre d’une diaspora n’est pas nécessairement migrant ; quelqu’un née dans le pays d’accueil, dont le sentiment d’appartenance au groupe est entretenu, peut se considérer comme membre nonobstant de cette « communauté », au même titre que celui contraint de quitter son pays d’origine. L’appartenance diasporique est plus imaginée que vécue, basée sur des croyances autant que sur de réelles expériences. C’est par la continuelle reproduction à travers le temps et l’espace de cette appartenance collective que le groupe existe.Nous sommes face à une remise en cause profonde de cette notion dualiste très fréquente dansles études sur les migrations, qui met l’accent sur des phénomènes d’assimilation, et de pertede racine, et qui ne semble plus s’appliquer au phénomènes actuels de la migration.Aujourd’hui, une diaspora se définie par la multitude de ces points de départs, de destinations,une mobilité constante et un dynamisme, autant d’élément lui permettant de s’adapter à desenvironnements réels tout en gardant un sentiment d’appartenance entretenu dans un espacevirtuel.L’existence de ces réseaux d’appartenance transnationaux met en valeur le dépassement desfrontières spatiales. A l’inverse, l’identité, dans une conception classique, se rattache trèssouvent à une appartenance territoriale. Les membres d’une diaspora se reconnaissent dans unespace déterritorialisé, dans le sens où ils construisent leur identité dans un espace virtuel, oùles notions d’image et de mémoire communes sont primordiales (la représentation de la terred’origine comme base de leur identité est idéalisée et matérialisée, mais pas obligatoirementvécu). Chaque individu se retrouve intégré dans un environnement particulier. Eloignésgéographiquement les uns et des autres, mais inter reliés dans cet espace déterritorialisé qu’estle Net, ils peuvent entretenir des rapports de proximités.C’est essentiellement à ce niveau que les TIC ont un impact énorme sur l’organisation desdiasporas. Les outils de communications jouent un rôle d’articulation entre des espaceséloignés, mais virtuellement liés et interpénétrés. Ce qui remet considérablement en cause lesnotions de frontières fixes entre deux mondes distincts et imperméables l’un de l’autre, entredes identités propres à chaque environnement. Un migrant peut se sentir intégré dans son paysd’accueil (échelle locale), construire son identité par rapport à des images et des croyances 16
  17. 17. collectives concernant son milieu d’origine, et entretenir ce sentiment d’appartenance par lacommunication et l’échange avec d’autres membres de la diaspora géographiquementdispersés (échelle transnationale). 2) Londres : un terrain particulièrement pertinent pour cette problématique(voir carte n°1 page 17). Carte n°1 : Carte de l’agglomération londonienne (extraite du site : www.quid.fr//monde). Dans la présentation de ma démarche de travail, je vais donner une vision de monapproche du terrain d’étude qui est Londres. Quelques informations concernant cette ville 17
  18. 18. permettrons de mieux situer les minorités et de mieux contextualiser leurs organisations.Ensuite, nous nous concentrerons sur l’approche du terrain, et sur les populations étudiées ;tout en essayant de faire ressortir les méthodes entreprises pour entrer en contact avec lescommunautés de migrants. Il s’agira par la suite de se concentrer sur les entretiens réalisés surle terrain ; de la progressive construction des guides d’entretiens, jusqu’aux choix deretranscriptions intégrées dans les annexes. Enfin, je retracerai l’approche bibliographique dusujet d’étude, en essayant de faire ressortir les méthodes de lecture entreprises afin d’arriver àune littérature précise concernant les questions étudiées.Commençons cette partie de méthodologie en nous focalisant petit à petit sur le quartierd’Hackney dans lequel j’ai réalisé ce travail. Celle-ci servira à montrer mes premières idéessur Londres, qui ont initialisé ce travail ainsi que les différentes caractéristiques du pays et decette ville qui l’ont orienté.Le choix du terrain d’enquête s’est essentiellement dessiné en rapport à deux élémentsreprésentatifs de la Grande-Bretagne.Tout d’abord, en tant qu’ancien pays colonisateur, la Grande-Bretagne représente depuis lesannées 1850 une terre d’attraction privilégiée pour les migrants. En effet, depuis la révolutionindustrielle, les flux migratoires en direction de ce pays sont importants, offrant un choix trèslarge vis-à-vis des communautés à étudier. Bien que les politiques d’immigration enAngleterre soient depuis quelques années bien plus restrictives (régularisation des sanspapiers…) et indépendantes des directives européennes concernant l’espace Schengen ; c’estune terre qui reste particulièrement marquée par une importante population d’origineétrangère (« Commonwealth »). Ce point rejoint ainsi le deuxième paramètre déterminant dansle choix du terrain : l’Angleterre pouvait sembler, vu de France, comme un pays avec un hautniveau d’intégration et de multiculturalisme. Le contexte de « multi ethnicité » résultant dubesoin de main d’œuvre immense au lendemain de la guerre, a poussé tout naturellement lesbritanniques à se tourner vers le vaste réservoir du « Commonwealth », un élément clef pouranalyser la vie des minorités sur le sol anglais. La diversité des langues et des religionsreconnues dans la législation anglaise contraste parfaitement avec le système républicainfrançais basé sur la laïcité, ou le système allemand sur la consanguinité (Kastoryano, 2004).Dans ce contexte culturel très diversifié, les phénomènes de racisme et d’exclusion sociales’expriment différemment.Dans le cadre de cette recherche mettant en interrelation les comportements des migrants surles trois échelles d’analyses qui sont locales, nationales et transnationales ; l’Angleterrereprésentait le terrain le plus approprié afin de comprendre les comportements des migrants au 18
  19. 19. niveau local et national, dans lequel ils sont intégrés, tout en élargissant mon objectif sur lesconnexions qu’ils entretiennent à des échelles plus petites. Afin d’être plus précis, ciblons maintenant cette présentation générale sur Londres, villedans laquelle s’est établie cette recherche. Dans le but de faire ressortir la concentration deminorités établies à Londres, nous nous appuierons sur un seul chiffre : en 2001, sur troismillions de minorités ethniques recensées en Angleterre, un million et demi sont à Londres(Georgiou, 2002 [b]). (Voir carte n°2 page 20).Au sein de l’ensemble des minorités, la « communauté » noire africaine ne représente que 0,3pourcents des groupes recensés en 2000, composée essentiellement de minorités originaired’Angola, d’Egypte, d’Erythrée, du Ghana, de Gambie, du Kenya, du Nigeria, de SierraLeone, de Tanzanie, et du Togo ; les ghanéens représentant le groupe le plus important avec291 000 membres, (Georgiou, 2002 [b]).Les premières observations sur le terrain, ainsi que certaines lectures, notamment MyriaGeorgiou qui a beaucoup travaillé sur les notions d’identité et d’intégration des minorités enAngleterre, ont permis de remettre en cause cette idée qui décrit l’Angleterre comme un paysde multiculturalisme « institutionnalisé ».A partir de mes analyses élaborées avant de commencer les recherches sur le terrain, j’aidécidé de travailler sur une communauté « noire » vivant à Londres. a) La présentation du terrain d’étude : De l’Angleterre au cybercafé« d’Hackney.com ». Les modes de recensement des minorités établis en 2001 étaient basés sur des notionsde races, ce qui regroupe souvent des migrants d’origines nationales différentes dans unemême minorité ethnique. La NACEM (« National Advisory Council for Ethnic Minority »5),un organisme chargé de l’intégration, du recensement et de la défense des droits desminorités, reflète parfaitement ce travers de généralisation sur les différentes culturesafricaines présentent à Londres. La plupart des études issues de cet organisme sont basées surdes enquêtes et des analyses réalisées auprès des élites de chaque minorité. La majorité des5 : traduction : Conseil National des Minorités Ethniques 19
  20. 20. Carte n°2 : La répartition des communautés noires Africaines à Londres (extrait de « the Guardian »21/01/05 : « The world in one city »). 20
  21. 21. communautés peu intégrées, et donc isolées sur le sol londonien, n’est pas pris en comptedans ces analyses. Ainsi, les résultats ne sont que partiellement représentatifs de la réalitéethnique de cette ville. Les élites en question, souvent présentes depuis plusieurs générationsen Angleterre, et de ce fait intégrées institutionnellement et aussi culturellement, sedéfinissent plus comme étant anglaises (bien que revendiquant toujours leur appartenance àleur pays d’origine). L’intégration en question se rapproche donc plus d’une assimilation desélites qui sont minoritaires, ont réussies leur implantation, et ont leur place dans la société ;une masse importante des minorités ethniques étant encore dans des situations précaires auniveau de l’intégration « socio-institutionelle ».Cette vision de Londres comme étant une ville de grande mixité culturelle n’est vrai qu’enapparence. Après un mois d’observation, j’ai remarqué l’existence de quartiers à dominancecommunautaires, bien qu’au sein de ceux-ci, se mélangent différentes nationalités (issues d’unmême continent). Des endroits comme Whitechapel à l’ouest de Londres, à dominanteessentiellement pakistanaise et indienne ; ou Brixton, au sud, plus caraïbes ; ou encoreHackney, au nord est, essentiellement africain, sont caractérisés par des situations deregroupements communautaires très marquées. Le contexte est sensiblement différent enFrance, où les banlieues ont une autre façon de rassembler les minorités. En effet, les citésHLM regroupent l’ensemble des populations en situation précaire, essentiellement issues del’immigration. Après avoir visité quelques quartiers de Londres majoritairement « noirs africains »,comme Stroud Green Road, Canning town, Tottenham, Wembley central (« West African »),je me suis focalisé sur le quartier d’Hackney, au nord-est de Londres, pour deux raisonsessentielles : la première, d’ordre pratique, réside dans le fait que ce quartier n’était pas trèsexcentré, ainsi je pouvais m’y rendre plus facilement et plus régulièrement. Ensuite, aprèsavoir rencontré quelques personnes dans différents quartiers avec qui le contact à été un peudifficile, et les enquêtes très peu concluantes, il semblait tout naturel d’approfondir mesenquêtes à Hackney afin de pénétrer réellement au sein de la vie communautaire dans cequartier.Malheureusement, peu de photos ont put être prises dans le site choisi. Afin de donner unaperçu visuel de mon terrain d’étude, je tenterais d’en rendre compte essentiellement à traversl’analyse pour essayer de donner l’image la plus juste de ce lieu si peu ordinaire : lecybercafé. 21
  22. 22. b) L’approche du terrain et des populations : entre prise de contact etobservation. Les trois premiers mois sur le terrain, de octobre à janvier, ont été infructueux. J’aicommencé par chercher à obtenir des rendez-vous avec des migrants dont on m’avait fourni lecontact. Cependant la fixation de rendez-vous avec des personnes occupées tous les jours àcumuler les emplois pour simplement survivre s’est avérée très aléatoire.Ensuite j’ai choisi de partir dans les quartiers à dominante africaine, avec le guide d’entretien,pour essayer de trouver des personnes dans la rue, les cafés ou les marchés, prêtes à donner deleurs temps et à répondre à mes questions. Deux sorties à Brixton et à Tottenham furentinfructueuses. Le profil type de migrant que je recherchais, à savoir, d’origine africaine etutilisateur d’Internet ne courait pas les rues. D’autant plus que les gens n’étaient pas du toutréceptifs à ma manière d’aborder des sujets assez approfondis avec un inconnu. Le sujetd’étude ne semblait pas les mettre à l’aise. J’ai donc remis en cause cette méthode tropdirecte, et opté pour une autre approche de ces communautés.Pendant les deux mois suivant, j’ai adopté une méthode d’approche que je qualifierai de« prise de contact ». Au côté de deux étudiants ghanéens résidant à Hackney, rencontrés àUniversity College of London (où j’étais moi-même inscrit), j’ai pu dévoiler mes désirs derencontrer d’autres membres de cette minorité, et plus particulièrement d’entrer dans leur« milieu ». Du fait de cette étiquette d’étudiant que l’on avait en commun, le contact s’est faitrelativement naturellement, sans crainte de leur part concernant ma position de « chercheur ».Ainsi, la peur inhérente à toute population en situation précaire s’est progressivement effacée.J’ai enfin pu rencontrer différentes personnes d’Hackney avec qui ils résidaient, et doncappréhender de manière plus précise le sujet de recherche.Cibler le travail d’enquête sur un public plus précis, et trouver un moyen de rencontrer desgens dont l’usage d’Internet faisait parti de leur quotidien, représentait l’étape suivante. J’aidonc entrepris un tour d’horizon des cybercafés fréquentés par des membres de« communautés » africaines que j’avais préalablement rencontrés.Finalement, j’ai choisi de me concentrer sur le cybercafé « Hackney.com »6, dans lequel j’aipassé des journées à « surfer » sur des sites de diasporas africaines comme « Diastode »7 (voir6 : J’ai changé le nom du cybercafé étant donné que je parle dans ce travail, de pratiques illégales de la part desmigrants dans Hackney.com.7 : www.diastode.org : Réalisé à l’initiative de membres de la diaspora, et destiné essentiellement auxcommunautés vivant à l’étranger, ce site fait office de guide pour le migrant togolais, il peut y faire desrencontres, trouver du travail, s’informer sur la situation dans son pays, entrer en contact avec différentesassociations dans le monde travaillant sur des sujets qui touchent la communauté migrante togolaise. 22
  23. 23. la capture d’écran n°1 page 248), ou encore, des sites d’informations afférents à différentspays d’Afrique noire. L’objectif de cette prise de contact avec le public a permis de faireressortir une minorité sur laquelle j’allais établir mes analyses. Le contact s’est vite établi. Lesimple fait de poser quelques questions au sujet de l’actualité concernant des pays respectifs asouvent poussé les gens à se livrer plus facilement. Qualifions cette approche de « passive »,dans le sens où je n’allais pas directement vers les gens, guide d’entretien en main, pourinterroger le premier venu au sujet de mon travail, mais au contraire j’ai adopté une attitudeintéressée mais relativement discrète. Au fur et à mesure, les gens ont commencé à meconnaître dans le cybercafé, le contact est donc devenu plus direct et plus facile.De plus, je suis arrivé à Londres avec une connaissance de l’anglais très scolaire, et doncessentiellement écrite et littéraire. L’apprentissage de l’anglais en France ne met que très peul’accent sur l’application orale des connaissances, c’est pourquoi la période d’acclimatation àla langue a été longue. Les premiers contacts étaient donc très limités, les discussionsn’étaient pas réellement en rapport avec le travail en question, mais au contraire trèspersonnelles, au sujet de nos vies respectives, et de l’actualité ; une sorte de moyen detravailler l’expression et la compréhension de l’anglais au contact des personnes qui feraientplus tard l’objet de mes entretiens.Cette approche, plus amicale que « scientifique », a été très concluante, dans le sens où j’ai puétablir des relations de confiance, avec des gens qui se livraient de façon sincère, sans trop detabou. Au bout d’un mois et demi de fréquentation, le travail d’entretien a réellement pudébuter dans ce cybercafé.La démarche s’est donc décomposée en trois principaux temps :-1 : La « prise de contact » : phase durant laquelle j’ai multiplié les rencontres diverses, afinde cibler le public qui me paraissait le plus approprié pour le travail de terrain.-2 : L’approche « passive » : l’arrivé dans le cybercafé comme individu anonyme intéressé, etouvert à toute discussion. L’installation à un poste et le « surf » sur des sites d’actualitésafricaines, facilitant le contact.-3 : La création de liens amicaux : après plusieurs semaines passées dans le cybercafé« Hackney.com », les multiples rencontres m’ont progressivement intégré dans le cerclerelationnel de ce lieu.8 : Pages de sites Internet à partir du logiciel « capturino 1.4 ». 23
  24. 24. Capture d’écran n°1 : Deuxième page de « Diastode » : présentation des domaines d’informations du site, extraitdu site « www.diastode.org ».Après un mois passé dans ce cybercafé, il était toujours difficile de discerner une« communauté » en particulier, sur laquelle j’entreprendrai mes recherches. La plupart desmigrants étaient dans une situation sociale précaire, les poussant à étendre leur champrelationnel à des individus de diverses nationalités, pour pallier aux lourdes et laborieusesdémarches institutionnelles d’intégration.Ce phénomène était très présent à « Hackney.com », où j’ai vu des migrants venant dedifférents pays d’Afrique noire communiquer, s’entraider, et même emménager ensemble afinde partager leurs expériences et rendre ainsi plus facile leur installation dans la sociétéanglaise. Il s’est donc agit de remettre en cause les objectifs de départ, et d’axer la rechercheau niveau local, dans ce cybercafé, auprès de migrants venant de différents pays.Bien que ce choix ne mette pas en valeur l’organisation d’une minorité en particulier, il apermis de centrer l’analyse sur la fréquentation très hétérogène de ce cybercafé, et de faireressortir la solidarité qui s’installe parmi les clients, dépassant le fait de communautés isolées, 24
  25. 25. à l’écart les unes des autres. Nous développerons plus loin dans ce travail le phénomène desolidarité intercommunautaire.En parallèle à ce développement de relations avec les clients « d’Hackney.com », j’ai passél’essentiel du temps à observer. J’ai prêté une attention particulière à noter les relations queles gens entretenaient, les liens qu’ils tissaient entre eux, afin d’avoir un point de vue peuimpliqué, et comprendre plus simplement le fonctionnement interne à ce cybercafé. Cettedémarche a permis de préparer les entretiens tout en connaissant un minimum l’organisationet le fonctionnement de ce terrain d’enquête. C’est aussi à travers cette approche que j’ai pume rendre compte de la solidarité et de l’entraide qui caractérisait « Hackney.com ». J’aiparfois passé cinq à six heures, assis au même poste à simplement me balader sur des sitesInternet, tout en restant très attentif à ce qui se passait autour de moi. Il m’est même souventarrivé de prendre des notes sur des anecdotes qui m’interpellaient ou des activités annexes quis’organisaient. Cette phase d’observation a été essentielle pour mon analyse dans la premièrepartie thématique, concernant le cybercafé d’Hackney. c) Réalisation, retranscriptions, et utilisation des entretiens. • Construction des supports pour la réalisation des entretiens. La création de mon guide d’entretien a été très longue à se dessiner de façondéfinitive, les premières versions n’étant pas concluante.Au début, j’ai en fait établi mes entretiens par rapport à mes premières lectures, avant deréellement me retrouvé impliqué avec les communautés de migrants. Les premières sorties àBrixton ont été un vrai échec. Bien que je n’avais pas vraiment réussi à établir un échangeavec les individus interrogés, je n’ai pas tiré de conclusions trop rapides sur la qualité de monguide. Cependant, après quelques premiers essais à Hackney, j’ai compris que mes questionsétaient d’une manière générale, bien trop affirmatives. En fait, je sous-entendais les réponsesque j’attendais dans la formulation de la question, et indirectement, j’exposais mon avispersonnel, ne donnant pas à la personne interrogée la liberté de s’exprimer.C’est pourquoi j’ai décidé de retravailler mon guide d’entretien, et de le rendre plus objectif,sans trop faire ressortir mes attentes et idées concernant le sujet. Avec ce nouveau guidecomme support j’ai commencé à enregistrer des entretiens de manière plus régulière etefficace, c’est à ce moment que j’ai choisi d’utiliser ce guide comme support, en raison desrésultats plus intéressant que j’avais avec les personnes enquêtées. 25
  26. 26. Pour mes derniers entretiens enregistrés, je ne me servais de mon guide qu’uniquement pourréorienter une personne qui commençait à trop s’écarter des thématiques sur lesquelles jevoulais travailler. Par cette méthode, j’ai pu obtenir des informations sur les nouvelles pistesque je pouvais exploiter dans mon analyse. Le fait de laisser la personne s’exprimer tout en lecanalisant dans les domaines auxquels je m’intéressais s’est avéré très efficace, d’autant plusque mon attitude paraissait plus naturelle, celle de quelqu’un qui partage une discussion, plusqu’un enquêteur qui baisse les yeux sur ces papiers toutes les deux minutes, sous formed’interrogatoire. J’ai placé en annexe mes deux guides d’entretiens, afin de montrer en quoij’avais changé ma méthode d’approche des populations interrogées.Pour donner un aperçu chiffré de mon travail d’enquête dans ce cybercafé, je vais maintenantexposer brièvement le nombre d’entretiens réalisés et les origines de chacun des sujets. J’aidonc, en l’espace de deux mois réalisé vingt-trois entretiens, six avec des ghanéens, quatreavec des nigérians, quatre avec des togolais, quatre avec des congolais, trois avec desérythréen, un avec un kenyan, et un avec un tanzanien. L’ensemble de cette échantillon desondé étant résidents à Hackney, originaire d’Afrique noire, et client régulier du cybercafé« Hackney.com ». Afin d’avoir un aperçu représentatif et global de mon public, j’ai faisattention de travailler avec des femmes comme des hommes, des nouveaux arrivant et desétrangers nées sur le sol anglais, des personnes au statut social différent (étudiants, ouvriers,employés, vendeurs sur les marchés…) ainsi que des gens de tout âge (voir tableau n°1 page27).A côté de ce guide d’entretien, j’ai essayé de pallier aux difficultés que je rencontrais pourobtenir des informations statistiques sur la fréquentation d’« Hackney.com », sur les heures deconnexions, les sites majoritairement fréquentés, les attentes des clients, leurs relations avec lepatron…etc. J’ai donc voulu réaliser un questionnaire, qui m’aurait donné des chiffres précissur ce cybercafé et sa clientèle, en ayant un échantillon relativement représentatif del’ensemble de la clientèle. Cette méthode n’a pas réellement fonctionné, essentiellement parceque l’échantillon de sondés était vraiment trop faible pour donner un aperçu statistiquepertinent. J’ai donc choisi de m’orienter essentiellement sur le vécu des clients, leurs relationsdans le pays d’accueil et leurs modes d’intégrations dans la société anglaise. Par la mise encommun des expériences concrètes de chaque personne entretenue, j’ai abouti à desphénomènes massifs, qui caractérisent la plupart des gens interrogés. 26
  27. 27. Noms des Ages Sexe Origine génération du Statut socialenquêtés migrantMichael 32 M Ghana 1ère génération Gérant « d’Hackney.com »Karim 21 M Ghana 1ère génération Travailleur informelAlex 21 M Ghana 2ème génération Etudiant à UCLLinsey 20 F Ghana 2ème génération Etudiant à UCLJohn 16 M Ghana 2ème génération High school à Hackney (Lycéen)Sandy 25 F Ghana 2ème génération Vendeuse à H&MYomi 26 F Nigeria 1ère génération Caissière et peintreLaolu 24 M Nigeria 1ère génération Etudiant en anglaisTemi 42 M Nigeria 1ère génération Stand de repas à Camden TownScheni 50 F Nigeria 1ère génération Employée à KFC (fast food)Samuel 28 M Congo 1ère génération Commerçant (marchés)Faida 43 F Congo 2ème génération Employée à HSBC (banque)Christine 19 F Congo 2ème génération Etudiante à SOASChristian 33 M Congo 1ère génération Employé chez Mac DonaldSalomon 28 M Togo 1ère génération Etudiant en anglais + cours d’informatiqueFaure 26 M Togo 1ère génération Etudiant en anglaisAkosse 38 F Togo 1ère génération Commerçant (marché)Kossi 65 M Togo 2ème génération RetraitéFaytinga 27 F Erythrée 1ère génération Vendeuse à TescoGavin 14 M Erythrée 2ème génération High School à Hackney (Lycéenne) èreSénamé 25 M Erythrée 1 génération Conducteur de pousse-pousse (vélo pour touristes)Wilson 35 M Kenya 2ème génération CaissierClaudia 24 F Tanzanie 1ère génération Commerçante (marché)Tableau n°1 : présentation des 23 individus choisis pour les entretiens (Stebig Jonathan). 27
  28. 28. • Retranscription des entretiens. J’ai choisi de retranscrire en annexe deux entretiens dans lesquels j’ai sélectionnéles passages qui me semblaient les plus pertinents pour donner des exemples concrets dansmes parties d’analyses thématiques. Dans un soucis de mettre en valeur les différents pointsque je voulais aborder dans mon travail, j’ai choisi l’entretien avec un migrant qui fait lesmarchés, et est très impliqué dans les réseaux de commerces « informels » ; un étudiant trèsimpliqué dans la situation politique de son pays. A côté de ces deux entretiens, j’ai aussiretranscrit de brefs extraits que j’ai cité dans mon analyse, notamment celui du gérant« d’Hackney.com », qui m’a exposé sa conception de son lieu de travail, à savoir mon lieud’enquête. Durant tout ce travail, je vais utiliser au total huit entretiens.Pour la plupart, ils ne figurent pas en intégralité afin de ne pas encombrer ce mémoired’éléments impertinents. J’ai donc condensé mes notes, et gardé les passages qui m’ontpermis de faire ressortir les éléments thématiques à étudier.Sur ces huit retranscriptions, j’ai choisi quatre nigérian, un togolais, un somalien, uncongolais, tous des clients « d’Hackney.com », et le gérant, Michael qui est d’origineghanéenne.Les entretiens retranscrits ayant été réalisés à des périodes différentes de l’année, ils donnentune vision de l’évolution de mon guide, et de ma façon de l’utiliser. C’est pourquoi j’ai choiside dater mes entretiens, pour donner un aperçu rapide de l’évolution de ma façon d’aborderles personnes interrogées.La retranscription de toute mes enquête est en anglais, dans un souci de ne pas partir dans destraductions qui risqueraient de déformer la véritable signification de ce que j’ai pu entendre. • Utilisation des entretiens dans l’analyse thématique. Dans mon travail de rédaction, j’ai utilisé les retranscriptions souvent comme labase de mon travail. Mes hypothèses de départ étant confirmées ou réfutées par les attitudes etexpériences personnelles et collectives des clients de ce lieu. Chaque partie dans ce mémoireest construite selon cette configuration.En fait, partant de cas concrets et particuliers, j’ai fait ressortir des phénomènes généralisablesà l’ensemble de la communauté migrante.Les passages tirés des entretiens, les observations faites dans cet endroit, ainsi que lesanecdotes auxquels j’ai assisté, m’ont semblés être des exemples parfaits pour confirmer ouétayer mes premières hypothèses. 28
  29. 29. Dans l’analyse, les phrases des entretiens sont insérées en anglais. J’ai préféré utiliser lespassages pertinents sous leur forme originelle, et donner mes propres traductions etinterprétations des citations utilisées dans les notes de bas de page. Cette méthode permet dese référer plus simplement aux annexes pour retrouver les passages choisis. A partir de ces mises en commun de mes enquêtes de terrain, j’ai ajouté lesinterprétations que j’en faisais, et émis des conclusions sur les phénomènes étudiés. Dans lebut d’appuyer ces analyses personnelles, un travail de recherche bibliographique a étéindispensable, afin de donner plus de pertinence et d’appui théorique à mes hypothèses et àleurs applications sur le terrain. d) Le travail bibliographique et la recherche d’appuis théoriques à mes analysespratiques. Ma prospection bibliographique s’est décomposée en trois phases principales.Tout d’abord, j’ai commencé par des lectures très larges, de manière à appréhender mon sujetde manière précise. Ensuite, en parallèle aux premières approches du terrain, j’ai axé marecherche bibliographique sur les thématiques que je voulais approfondir. La dernière étape aconsisté à trouver des appuis théoriques à mes analyses pratiques, de manière à soutenir mesanalyses de terrain. • La fixation des contours de mon sujet d’étude. Cette phase a durée environ deux mois, de octobre à décembre, durant laquelle j’aiessentiellement cherché à bien définir les termes centraux de mon travail. Cette premièreapproche du sujet s’est organisée en deux phases.Dans un premier temps, j’ai fait des recherches dans les bibliothèques de Géographie à UCL(mon université), mais aussi à SOAS (« School of Oriental and African Studies »), ainsi qu’àLSE («London School of Economics »). Durant le premier mois, je me suis donc attaché àdéfinir le terme de diaspora, afin de comprendre sa construction, et les différentes conceptionsqui ont évolué au fil du temps (je consacre d’ailleurs une courte partie à la définition de ceterme, qui représente le centre de mon analyse).Cette phase m’a également permis de me familiariser avec le langage scientifique anglais surles migrations, et plus généralement la Géographie. 29
  30. 30. Dans un second temps, je me suis focalisé sur le deuxième aspect central de mon sujet, àsavoir les TIC en Afrique. Cette période de lecture s’est faite durant les mois de novembre etdécembre, deux mois durant lesquels j’ai mis l’accent sur l’étude de l’implantation d’Interneten Afrique, l’usage, les opportunités pour le continent et ainsi de suite. Deux supports m’ontbeaucoup apporté dans cette recherche :La bibliothèque de SOAS, spécialisé sur les questions de développement dans les continentsasiatiques et africains m’a donné accès à une quantité importante de documents qui traitaientde l’implantation des TIC sur le continent africain, et l’appropriation de l’outil par sespopulations.En parallèle, j’ai trouvé le site Internet « www.africa’nti.org » (voir capture d’écran n°2 page31), un site français qui travail exclusivement sur l’articulation entre les TIC et l’Afrique.Dans ce portail, j’ai eu accès à une multitude d’articles, de conte rendus de colloques,d’ouvrages, qui sont pour la plupart gratuits et libres d’accès (voir capture d’écran n°3 page32). De plus, les différents liens de ce site m’ont très bien orienté, autant par lesbibliographies des différents auteurs, que par les liens Internet vers d’autres sites. L’approche de mes termes de recherches, de manière relativement isolée l’un del’autre m’a donné une vision assez large des pistes à étudier. J’ai choisi d’étudier de manièreisolée la notion de diaspora, puis les TIC en Afrique afin d’élargir les différentes thématiquesque je pouvais aborder, et avoir une vision plus ou moins globale des axes vers lesquels jevoulais m’orienter. • La définition des thématiques abordées. Sur une durée d’à peu près deux mois, cette nouvelle étape s’est faite en parallèle àmes premières approches de terrain concluantes. Deux phases me sont apparues commedéterminantes dans la fixation de mes thématiques.A partir de l’ensemble des pistes émanant du travail de balayage accompli à la fois à SOAS,et sur Internet ; j’ai essayé de faire ressortir différentes thématiques qui me paraissaientintéressantes à étudier. J’ai donc établi une première synthèse des notes prises sur l’ensembledes ouvrages lus auparavant, de manière à orienter mon travail vers les différentesthématiques que j’allais aborder sur le terrain. Plus qu’un apport théorique, cette phase de 30
  31. 31. Capture d’écran n°2 : présentation générale des objectifs « d’Africa’nti », extrait du site « www.africa’nti.org ». 31
  32. 32. Capture d’écran n°3 : exemples d’articles disponibles en ligne gratuitement sur « Africa’nti », extrait du site« www.africa’nti.org ». 32
  33. 33. lecture m’a permis de construire des hypothèses, et une problématique que j’allais développersur le terrain.J’ai donc réalisé un premier travail de synthèse, dans lequel j’ai résumé mes premièresapproches du terrain et exposé les différentes thématiques que j’allais aborder, tout encherchant à montrer en quoi mon travail s’inscrivait parfaitement dans une démarchegéographique. J’ai rendu ce travail à Mme Yveline Dévérin à Noël, qui m’a donné le « feuvert ». J’ai entrepris, à Londres, l’approfondissement des axes de recherche que j’avaischoisis.Au début du mois de janvier, j’ai obtenu un rendez-vous déterminant pour la poursuite de cemémoire. Par l’intermédiaire de Mme Dévérin, je suis entré en contact avec Dana Diminescu,qui travail sur l’usage des TIC par les migrants, à « la Maison des Sciences Humaines » àParis (MSH). Elle m’a proposé de la rencontrer à Paris, au début du mois de janvier, afin deparler de mon travail et des idées que je voulais aborder. Le courant est très bien passé, et bienque l’entretien n’ait duré qu’une petite heure, j’ai pu lui exposer mes différentes hypothèses,et les orientations que je voulais donner à mon étude. Sa grande connaissance en matièrebibliographique sur les questions de diaspora, de migration, et des TIC m’a apporté des appuisthéoriques essentiels, qui m’ont énormément servis par la suite. Ces lectures m’ont permis deconstruire des hypothèses, et une problématique que j’allais développer sur le terrain. • Les appuis théoriques de mon analyse pratique. C’est sur cette troisième phase d’environ quatre mois que j’ai réalisé l’essentiel demon travail de terrain, me permettant de mettre en relation les écrits théoriques avec mesentretiens à « Hackney.com ».J’ai tout de suite exploré l’ensemble des pistes bibliographiques que m’avait conseillé MlleDiminescu, en anglais comme en français.J’ai pu visionner des colloques et séminaires en ligne, réalisés par Dana Diminescu et sonéquipe de recherche, mais aussi des entretiens avec Riva Kastoryano ; accéder via le Net à desarticles de Myria Georgiou, et d’Alain Tarrius ; trouver des ouvrages dans les bibliothèquesde ces différents auteurs ; élargissant ainsi mon support bibliographique à des documents trèsprécis, axés sur mes thématiques de recherche. C’est essentiellement avec l’appui des travauxde ces auteurs que j’ai pu aborder mon sujet en remettant en cause certaines notions deGéographie concernant les migrations, qui sont aujourd’hui dépassées en raison del’introduction des TIC dans ces communautés. 33
  34. 34. Dans un même temps, Dana Diminescu m’avait donné l’adresse email de Myria Georgiou,professeur à LSE, travaillant également sur les usages des TIC par les migrants, mais dont leterrain d’étude est plus centré sur les migrants à Londres. Bien que n’étant pas vraimentintéressée par « les communautés noires africaines », mais plutôt par les chypriotes, et lescommunautés asiatiques, ce contact m’a permis de mettre directement en rapport mon travailde terrain avec les nouvelles notions de Géographie concernant les migrations, et doncd’articuler mon terrain avec mes lectures. En conclusion, je voudrais revenir sur mon choix de me focaliser sur l’étude d’un lieu, lecybercafé, plutôt que de m’axer sur l’étude d’un groupe de migrants de nationalitéssemblables, établi dans un quartier. Cet aspect très ouvert de mon analyse concernant lespersonnes est toutefois très en rapport avec mon sujet. Mon terrain virtuel rend difficile uneapproche très géographique, au sens d’une étude basée sur un support physique. Dans cemémoire, j’ai donc voulu mettre en rapport cet espace hyper localisé, à savoir le cybercafé« d’Hackney.com », un lieu à partir duquel les migrants ont accès à un espace virtuel,déterritorialisé, dans lequel ils entretiennent des relations avec des espaces physiquesgéographiquement éloignés, mais interconnectés dans ce système de réseau. A partir ducybercafé, j’ai donc pu mettre en relation mes différentes échelles d’analyses, à la fois locales,le cybercafé étant un lieu de rencontre, d’échange interethnique et de solidarité dans l’espaced’accueil, mais aussi le moyen d’accès à un réseau virtuel transnational, dans lequel lemigrant est connecté à la fois avec les autres places de la diaspora, ainsi qu’avec son paysd’origine. Pour mettre en valeur cette articulation des différentes échelles d’implication dumigrant, j’ai choisi, dans les différentes parties thématiques de mon travail, de réaliser desschémas qui mettent en formes ces coordinations.Pour terminer cette partie méthodologique, je voudrais mettre l’accent sur l’organisation demon travail. J’ai choisi dans un premier temps de balayer l’ensemble des pistes de recherchesautour de la question des TIC et des diasporas. Ensuite, après avoir déterminé mes axes derecherches, j’ai entrepris un travail de terrain qui m’a permis de comprendre les usages desTIC par les migrants, à partir des expériences concrètes des clients « d’Hackney.com ». Enfin,j’ai choisi de me concentrer sur les phénomènes qui sont le plus souvent ressortis de mesenquêtes de terrain, et d’appuyer mes analyses par les études théoriques de certains auteursclef9, qui ont travaillé sur des questions similaires dans d’autres terrains.9 : Dana Diminescu, Myria Georgiou, Riva Kastoryano, Alain Tarrius, Michel Elie (cf. Annexe 1 : bibliographie) 34
  35. 35. III) Analyses thématiques. 1) Le cybercafé comme lieu de solidarité et d’intégration sociale : véritable carrefour de l’information. Samuel est arrivé à Londres depuis seulement un mois, il parle encore à peine l’anglais, etn’a pas de logement. Bien que n’ayant que très peu de connaissances en informatique, c’est aucybercafé « d’Hackney.com » qu’il passe beaucoup de son temps et qu’il rencontreprogressivement des gens et apprend à se servir des ordinateurs ; autrement dit, c’est ici qu’ilarrive, pas à pas, à se trouver une place dans la société anglaise. Salomon, lui est togolais, ilest à Londres depuis plusieurs années, mais il a pris l’habitude de venir régulièrement à« Hackney.com », où il est très apprécié pour ses connaissances en informatique, il ad’ailleurs mis en place une formation de trois heures hebdomadaires, pour les débutants, surles usages généraux d’Internet. Laolu, lui, est nigérian, il vit à Hackney et vient au cybercaféafin de se tenir informer de l’investissement de l’argent qu’il envoi tous les mois dans sonpays ; il a pour désir de construire une maison à sa famille restée au pays, et il prend un soinméticuleux à suivre la bonne évolution de ces travaux. Enfin, Yomi est une jeune artistenigériane, elle fréquente ce cybercafé à peu près tous les deux jours pour donner des nouvellesà son compagnon resté au pays, via les emails ; en plus de cette mise en relation avec son paysd’origine, elle expose ses peintures dans le cybercafé, qui sont mises en vente et donnent à cetespace une personnalité très touchante. A travers ces trois exemples, nous pouvons constaterl’étendue des possibilités qu’offre la fréquentation d’un tel lieu. Moyen de rencontre avec lesautres clients, centre de formation en informatique, salle d’exposition, moyen de connexionvers le pays d’origine, vers les autres parties du monde où les membres de la diaspora sontétablis, et bien d’autres pas encore énumérés. C’est en ce sens que le cybercafé devient pourles migrants, bien plus qu’un simple lieu de consultation individuel de l’information, mais unvéritable centre « d’interaction communicative » (Flécha, 2002). Comme le résumeparfaitement le gérant de ce cybercafé, ghanéen, et lui-même issue de l’immigration : « ofcourse there are computers in this place, but what people is looking for is more than a basicInternet connexion, it’s social exchange and integration »10. Afin de bien rendre compte de l’étendue des fonctions de ce nouvel espace, et du rôlequ’il joue dans la migration, je vais l’aborder à trois échelles d’analyses différentes. Tout10 : traduction : bien sur qu’il y a des ordinateurs ici, mais les gens cherchent plus qu’une simple connexionInternet, ce sont des relations sociales et de l’intégration. 35
  36. 36. d’abord au niveau local, cest-à-dire à l’échelle du cybercafé, dans lequel s’organise unevéritable microsociété. Ensuite, à l’échelle transnationale, « Hackney.com » étant un desmoyens privilégiés par les migrants pour se connecter avec d’autres lieu d’établissement decommunauté. Enfin, je voudrais m’intéresser aux contacts que les migrants entretiennent avecle pays d’origine, via Internet et les emails, ce que je considèrerai comme l’échelle nationale(au sens de nationalité).Etant donné que les fonctions de cet espace au niveau transnational et national vont être plusapprofondies dans les parties suivantes, je vais ici essentiellement insister sur la multitude defonctions que remplit ce lieu à un niveau très localisé. a) « Hackney.com », un cybercafé aux allures de centre d’intégration et de solidarité intercommunautaire. Dans un souci de clarté, j’ai décidé de faire ressortir trois aspects (sensiblement liés lesuns aux autres), mettant particulièrement en valeur la personnalité de ce lieu (voir photo n°2page 37).-« Hackney.com » : un exemple de mixité culturelle.C’est essentiellement ici que je me suis rendu compte de cet aspect multiculturel, trèscaractéristique des populations migrantes en mal d’intégration. Je me suis d’ailleurs trèsétonné de l’accueil et de l’enthousiasme avec lequel Karim, un nouvel arrivant, avait été reçu.C’est pourquoi la notion de communauté, de culture, ou de langue natale perd quelque peu deson sens dans un contexte comme celui là. Tous les migrants étant passés par une phased’adaptation plus ou moins difficile, ils semblent très conscients de l’importance que peutreprésenter un premier contact, une attache à quelque chose dans un espace encore inconnu.Michael, le gérant du lieu résume parfaitement cet aspect intercommunautaire : « I don’t wantto make my telecenter exclusively ghannean, or ethiopian. What I’m proud about is especiallythis mixture. In a way, Hackney.com is a community, which overcomes all the differentcultural belongings »11. Cette apparente mixité culturelle n’est pas innée, elle émane d’undésir de son propriétaire de développer un lieu qui serait plus qu’un simple moyen deconnexion à Internet, mais un espace d’ouverture culturelle, exemple de tolérance et d’écoutepour les migrants. Dans bien d’autres cas, le migrant se retrouve face à une hiérarchie, des11 : traduction : « je ne cherche pas à faire de mon cybercafé un endroit exclusivement ghanéen ou éthiopien. Cedont je suis fier, c’est ce mélange. En un sens Hackney.com est une communauté, qui dépasse toute appartenanceculturelle différente ». 36
  37. 37. Photo n° 2 : intérieur du cybercafé « Hackney.com » (photo prise par Michael, le gérant).préjugés, qui ne lui permettent pas d’être jugé en tant que personne, mais plutôt comme unimmigré. Mis à part des associations dont l’activité se concentre sur une communauté enquestion, où le migrant pourra trouvé sa place, il existe très peu dans les société d’accueils,d’espaces de socialisation interculturelle, où l’accès est libéré de tout jugement, et où toutesles voix sont entendues. La façon dont Yomi décrit ce lieu est à mon sens très representativedu climat qui règne dans ce cybercafé: « Basically, what I found in this centre is more than away to communicate with my fellows home, I could have been any elsewhere. I found a realway to express myself, to display my work, and to open my mind to other way of thought »12.Ramon Flécha (2002) résume parfaitement cet aspect intercommunautaire qui règne danscertain cybercafé : « La compréhension des réalités éloignées et l’entente entre culturesdifférentes par le biais de nouvelles formes de dialogues qui voient le jour dans les sociétésactuelles ».-« Hackney.com » : un espace ouvert au dialogue, à l’entraide et à la solidarité.« We can summarize what characterized Hackney.com in a word: solidarity »13. Voilà lavision que Laolu a de ce lieu, et elle est partagée par la majorité des clients, qui sont là pourplus que des conversations Internet, ils cherchent véritablement à créer du lien social, àdonner autant qu’ils reçoivent. Les échanges sont réciproques, tout le monde est curieux desavoir comment le quotidien des uns et des autres se déroule, c’est un véritable centre12 : traduction : « ce que j’ai trouvé dans ce cybercafé, c’est plus qu’un moyen de communiquer avec mon pays,j’aurais pu aller n’importe où pour ça. J’ai trouvé un moyen de m’exprimer, d’exposer mon travail et de m’ouvrirà d’autres façons de penser ».13 : traduction : « on peut résumer ce qui caractérise Hackney.com en un mot : solidarité ». 37
  38. 38. d’entraide entre migrants d’origines différentes, qui ont simplement besoin de partager leurvécu, et de participer à une vie sociale dans leur pays d’accueil. Lorsque Yomi est entrain delire des nouvelles de sa famille restée au pays, un immense sourire se dessine sur son visage,et elle regarde Michael (le gérant), avec des yeux étincelants de bonheur ; c’est alors d’un pasdécidé qu’il se précipite à son poste pour connaître la nouvelle. Yomi vient d’apprendre quesa sœur a mis au monde un enfant, et Michael fait partager ce bonheur à l’ensemble despersonnes de la salle, moi y compris. Ce simple exemple pour montrer à quel point lequotidien des clients « d’Hackney.com » est partagé ; la solitude à laquelle doit faire face lemigrant dans beaucoup d’autres contextes dans le pays d’accueil est ici bannie. Les gensviennent pour partager du vécu, des choses simples, et pour se sentir entourés. Ainsi, toutesituation délicate peut être résolue par les compétences des autres. Samuel qui vient d’arriverà Londres demande à Laolu de l’aide pour l’élaboration et l’envoi de ses CV afin de trouverdu travail. Karim, qui cherche un logement, est conseillé par Michael à propos de la visite desites Internet consacrés à l’offre de places en collocation…etc. La vitalité, le dynamisme et labonne humeur des clients diffusent une atmosphère communautaire, dans laquelle on oublifacilement d’où l’on vient, et qui on est tout simplement. Les gens sont écoutés pour ce qu’ilsont à dire, et pas par rapport à ce qu’ils représentent. C’est un espace « d’interactioncommunicative » égalitaire (Flécha, 2002).-« Hackney.com » : cybercafé dans son intitulé, bien plus dans ses fonctionnalités.Enfin, en plus de ce caractère très solidaire et multiculturel, « Hackney.com » développe aussides fonctions parallèles, émanant du désir de son gérant qui attache une attention particulièreà diversifier les usages de son cybercafé, afin de faire de ce lieu un véritable point de chutepour les nouveaux arrivants.La plus importante, c’est la formation informatique hebdomadaire, 1h30 le mardi et ledimanche de 18h30 à 20h, tenu par Salomon. En échange de ce service rendu par Salomon,Michael lui offre des heures de consultations gratuites dans son cybercafé, ce qui souligneencore le système d’entraide qui rend ce lieu si particulier. En un sens ces cours sur les usagesprincipaux d’Internet permettent à Michael d’attirer de nouveaux clients, et à Salomon de seconnecter gratuitement.Afin de donner un peu de chaleur à son cybercafé, Michael a décidé d’accorder la décorationà différents artistes, qui ont du mal à se faire connaître et vendre leurs œuvres ; ainsi, demanière complètement libre, des artistes exposent leurs œuvres sur les murs du cybercafé, etles mettent en vente. Yomi nous parle de cette fonction de « salle d’exposition » très 38
  39. 39. simplement: « I know that it doesn’t represent a way for me to earn money or start a realcareer, but I don’t care. That does enlighten the inside, attracts people’s eyes, and gives methe opportunity to show my paints »14 (voir photo n°3, page 40).De façon plus ponctuelle (à peu près une fois par mois), Michael organise des débatsconcernant des sujets qui peuvent intéresser les clients. Sa conception est d’ailleursparticulièrement ingénieuse. Le cours d’informatique va s’axer sur la recherche de documentssur le Net concernant un sujet précis (par exemple, les politiques d’intégrations enAngleterre). Les clients vont donc à la fois apprendre à balayer le Net pour obtenir desinformations particulières, puis un débat sera organisé pendant une heure, juste à la suite ducours. Ces discussions structurées permettent ainsi d’échanger des opinions différentes oùtoutes les voix sont entendues. Plus qu’un moyen de traiter de sujets d’actualités intéressantles migrants, ces débats sont l’occasion pour certains nouveaux arrivants de travailler leurexpression, et leur compréhension de l’anglais.Enfin, l’affichage concernant la tenue de séminaires à venir, de festivals ou de rendez-vousculturels, embellit la porte d’entrée et la vitrine du cybercafé.« Hackney.com » est bien plus qu’un simple cybercafé, c’est « une communauté » ouvertevers d’autres cultures, dans laquelle la différence est un atout, et où la solidarité se fait sentirdès les premiers instants. A un niveau très localisé, c’est un espace qui joue un rôle de « présocialisation », dans lequel le migrant peut être entendu, et où il peut tisser des liens qui luiseront essentiels pour son intégration. Je voudrais citer ici Karim qui m’a dit une chose simplemais pleine de sens: « We come to Hackney.com to be connected to the outside, and we leftthe place seduced by the vitality and the happiness of the inside »15. b) Le cybercafé : un centre décentralisé.Au niveau transnational, le cybercafé est le centre à partir duquel les migrants vont pouvoir seconnecter avec les autres pays d’établissement de la diaspora. C’est dans ce lieu qu’ils vontéchanger leur vécu, et organiser les relations à distance avec leur communauté. C’est en cesens que le cybercafé devient en quelques sortes un support identitaire décentralisé pour lesdiasporas.14 : traduction : « Je sais que ce n’est pas un moyen de gagner ma vie ou de commencer une carrière, mais jem’en moque. Mes peintures illuminent le cybercafé, attirent les regards et cela me permet d’exposer mestableaux ».15 : traduction : « On vient à Hackney.com pour se connecter avec le monde extérieur, on en sort séduit par lavitalité et le bonheur de l’intérieur. 39
  40. 40. Photo n°3 : peinture de Yomi exposé dans le cybercafé « Hackney.com » (photo prise par Michael).-Un véritable carrefour de l’information.Du fait des coûts relativement faibles, et de la facilité d’accès, le cybercafé est véritablement« le point » par lequel transite l’essentiel des informations entre les différentes places de ladiaspora. Ainsi, l’ensemble des cybercafés éparpillés dans les différents pays de résidence dela communauté en question sont reliés entre eux par « des lignes », formant « une surface »dans laquelle s’organisent tous ces échanges. Nous sommes donc dans un schéma trèsclassique de la Géographie, une organisation de l’espace dans la configuration « points,lignes, surfaces », formant un système dans lequel l’ensemble des points sont eninterrelations. Cependant, dans le cadre des migrations, le cybercafé correspond à l’espacehyper localisé au sein duquel les migrants vont pouvoir mettre en marche ce système. A« Hackney.com », les analyses des clients sont d’ailleurs très explicites. « It is the easier wayto communicate » (Laolu)16, « you have computers, people to help you, and a friendly mood »(Wilson)17, « Hackney.com is an open place toward the outside, toward the community settledabroad» (Michael)18. C’est depuis le cybercafé que partent toutes les informations, et c’est icique le migrant les reçoit.Pour donner une application concrète de cette organisation en réseau dont le centre serait lecybercafé, je vais citer Salomon, qui a trouvé dans le cybercafé « Hackney.com » un moyend’articuler sa vie en société dans son espace d’accueil, avec son appartenance communautairequ’il entretient dans ce réseau : « The way in which I use Diastode is mostly practical, to16 : traduction : « c’est la façon la plus simple de communiquer ».17 : traduction : « il y a des ordinateurs, des gens pour t’aider et une ambiance chaleureuse ».18 : traduction : « Hackney.com est un endroit ouvert sur les communautés éparpillées dans le monde ». 40
  41. 41. connect myself with other members in different places of the diaspora, and discuss about whatare the economic opportunities over there, when the togolese events are settled aroundEurope, and… basically to express what I think about our situation, how to increase, enhancethe diaspora’s organisation, and so on »19.-Espace générateur d’une identité « décentralisée ».« Le réseau Internet est un espace social particulièrement pertinent au sein des diasporas, cardécentralisé, interactif et transnational par essence ». Cette phrase de Myria Georgiou (2002)caractérise parfaitement ce nouveau support d’identification pour le migrant. En effet, nousentrons dans une nouvelle ère de la communication et de l’information, dont les diasporas ontsu tirer parti afin de tisser un réseau relationnel articulant le local, le national et letransnational.A « Hackney.com », j’ai constaté que c’est essentiellement à partir des cybercafé que lesmigrants arrivaient à entretenir leur culture ; et ceci à travers les connexions avec les autresmembres de la diaspora, les membres de la famille restés au pays, la consultation de sitesconsacrés à leur pays d’origine, la participation à des forums, et ainsi de suite.Le partage d’images et de sons a toujours été l’élément clef de la pérennité d’une diaspora,dans le sens où c’est par des émotions communes et des mémoires partagées que les membresvont parvenir à entretenir cette notion d’appartenance à une culture propre.L’utilisation des TIC dans les migrations, et l’identification à une communauté organisée surun « espace virtuel » (dont le support est essentiellement le cybercafé) pose cependant laquestion du centre, qui depuis des siècle, était matérialisé par la terre natale, sorte de cœur del’imagination des diasporas. La « mère patrie » représente toujours pour le migrant l’imaged’un passé partagé avec les membres de la communauté ; qu’elle soit vécue ou imaginée, ellereste la pierre de l’édifice identitaire de la diaspora. Cependant elle a perdu son rôle de centreautour duquel s’articule l’ensemble de la communauté dispersée dans le monde.Donnons ici l’exemple du site « Diastode » (Capture d’écran n°3 page 42 et 43), très utilisépar Salomon à « Hackney.com ». Réalisé à l’initiative de membres de la diaspora, et destinéessentiellement aux communautés vivant à l’étranger, ce site fait office de guide pour lemigrant togolais, il peut y faire des rencontres, trouver du travail, s’informer sur la situationdans son pays, entrer en contact avec différentes associations dans le monde travaillant sur dessujets concernant la communauté migrante togolaise. Bien que la part de ce site consacré à la19 : traduction : « j’utilise Diastode pour des raisons pratiques, me connecter avec les membres de la diaspora,discuter des opportunités économiques, de la tenu d’évènements togolais en Europe. C’est un moyen d’évaluernotre situation, comment perfectionner l’organisation de la diaspora, et ainsi de suite ». 41
  42. 42. 42
  43. 43. Capture d’écran n°4 : Présentation des objectifs et de l’historique de « Diastode », extrait du site« www.diastode.org ».situation politico-économique au Togo ne soit pas négligeable, c’est une initiative émanant dela périphérie.La diaspora ne peut plus être considérée comme un satellite organisé autour, en fonction etsous contrôle du pays d‬ic_rpm-1

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