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Peu avant mes trente ans, le mur de ma foi en Dieu sest effondré, tant il devait être fissuré à mon insu conscient.Certain...
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Baudelet

  1. 1. La véritéUne série dessais en regards croisés entre Mathias Schiltz, théologienet Bernard Baudelet, professeur des universitésVI. Chemin spirituel dun alter-croyant- Mathias SchiltzCher Bernard, au moment de passer de l’essai V à l’essai VI, nous ne sommes pas seulement à mi-temps de notreparcours, nous sommes au milieu du gué, au moment crucial où chacun dit sa vérité, non pas en théorie, mais de façontrès personnelle et existentielle, sans fard. C’est là, me semble-t-il, le nœud et le cœur de nos échanges.Je connais, certes, votre vérité, celle d’un alter-croyant, d’un humaniste, croyant que Dieu n’est pas. Mais comment lavivez-vous ? Comment, à partir de ce constat qui est pour vous une évidence, avez-vous pu, au lieu de vous réfugierdans un épicurisme plat et banal, dégager et emprunter un chemin spirituel qui vous a fait accéder et demeurer sur leshauteurs d’un humanisme à toute épreuve qui se conçoit comme un service à l’égard de tous les humains et de leurcommunion ?Il est vrai que d’autres ont, avant vous, affronté ce défi. Je pense par exemple à un Albert Camus dont j’admire ladroiture et la conséquence. Mais chez lui la conviction que Dieu n’est pas s’est doublée d’une conscience très aigüe del’absurde et d’une violente réaction de révolte.Chez vous je ne trouve rien de cela. Je vous vois au contraire pacifié et serein. Alors, comment faites-vous ? Laquestion est d’autant plus poignante pour moi qui ai pu affirmer que, malgré les doutes et les contestations, je n’aijamais connu l’éclipse totale de Dieu (cf. Essai V. Chemin personnel de la foi en Dieu). J’ai dès lors du mal à imaginercomment je pourrais vivre sans être, comme un pont, arc-bouté sur l’autre rive, ancré dans ce roc inébranlable que jenomme Dieu et qui se révèle pour moi, tel le Rocher de Meriba sous le bâton de Moïse (Ex 17,1-7), être une sourced’eau vive jaillissant en vie éternelle (Jn 4,14).Je dois avouer que l’absence d’une telle perspective a pour moi quelque chose de cauchemardesque apparenté à lavision de l’écrivain allemand Friedrich Richter dit Jean-Paul (1763-1825) qui a imaginé un Discours du Christtrépassé du haut de l’édifice de l’univers affirmant que Dieu serait mort. Dans cette vision l’écrivain est prisonnierd’un environnement cruel, chimérique où tout est obscurité totale et froid glacial. C’est le monde de la mortuniverselle et absolue. Ce sont des morts qui posent les questions, et c’est un mort qui répond. Dis-nous, Christ, n’y a-t-il pas de Dieu ? – Non, il n’y en a pas. Nous sommes tous des orphelins, vous et moi, nous n’avons pas de père. Etaprès que ces paroles eurent retenti, l’édifice de l’univers s’écroule dans un chaos fracassant. Là-dessus l’écrivain seréveille. Tout n’était qu’un rêve, un cauchemar. Les paroles entendues n’ont jamais été prononcées. Dieu n’est pasmort – il est vivant, et les hommes peuvent à nouveau l’adorer.Alors, cher ami, je vous écoute.- Bernard BaudeletJe ne mérite pas dêtre comparé à Albert Camus (1913-1960), même si je revendique comme lui despérer vivre enhumaniste. Mon chemin de vie est une conquête sans fin, celle dun homme qui nentend pas être ou devenir un repèredhumanité. Comme vous, jadmire Albert Camus qui a assumé sa vie avec dignité face à linéluctable absence
  2. 2. déternité après sa mort, la fin dernière, attendue mais jamais souhaitée, la fin dernière est méprisable (Le mythe deSisyphe). Ses cris de révolte face à labsurdité, me déchirent car je les comprends, je les ai vécus à certains détoursdouloureux de mon passé. Camus est un héros grandiose et souffrant, ne dit-il pas dans une de ses œuvres au momentoù une petite fille va mourir écrasée par un tramway à Alger devant une foule impuissante : Il ne sest même pasdérangé ? A sa place, jaurais pensé Il nest pas. Et, il ajoute dans La peste Peut-être vaut-il mieux pour Dieu quon necroit pas en lui. Pourquoi pas ? A condition toutefois que chacun demeure attaché à lémerveillement afin de saisir latranscendance dans le quotidien.Je nai jamais vécu les cauchemars épouvantables imaginés par lauteur allemand dont jignorais lexistence. Hormispeut-être au moment où le mur de ma foi sest écroulé. Mais comme je le dirai plus loin, un sentiment de paix ma trèsrapidement envahi dans la perspective de devoir gravir ma montagne par des chemins certes escarpés, mais vers deshorizons en cohérence avec lhomme que jétais devenu, nu mais vivant. En revanche, je comprends que vous puissiezcraindre dêtre précipité dans ce gouffre sans espérance. A lhiver de votre vie, il serait rude de devoir affronter unetelle impasse, limmense désespérance dune vie sans foi en Dieu. Quoiquil advienne, accrochez-vous à votre voie afinde continuer à apporter la paix à ceux qui souffrent. Croire quand même1.Je voudrais dire quelques mots sur Coluche, un humaniste contemporain que jadmire. Chacun connaît son humourgrinçant proche de labominable pour qui sestime politiquement correct, socialement moral, religieusement bien pensant.Citons au hasard quelques perles : Le capitalisme, cest lexploitation de lhomme par lhomme ! Le syndicalisme, cest lecontraire (extrait du sketch Le syndicat) ; Les cardinaux, on leur met des petits ronds rouges sur la tête, cest pour pas lespaumer dans les squares (Extrait du sketch Les papes : Jean-Paul II et Jean retiens) ; Bite, cest un gros mot, même si cestune petite (extrait du sketch Si j’ai bien tout lu Freud). Ce talent de bonimenteur à scandale cachait mal un homme augrand cœur : Pour critiquer les gens il faut les connaître, et pour les connaître, il faut les aimer (extrait du journal France-Soir du 7 Novembre 1975). Ce nest pas vraiment de ma faute si yen a qui ont faim. Mais ça le deviendrait si on nychangeait rien (extrait des paroles de la chanson Les Restos du cœur). Les grandes traditions spirituelles ne transmettent-elles le même message damour envers autrui ? Méditez-lez, vous serez surpris2. Cet humaniste aux propos graveleux étaitsans Dieu, ni espérance en léternité. Son œuvre, sa dimension déternité, Les Restos du cœur poursuivent leurs actions enfaveur des exclus. Plus de 115 millions de repas ont été distribués durant la dernière saison froide en France. Depuis leurcréation en 1985 par Coluche, cest plus d’un milliard de repas et des actions nombreuses en faveur de la réinsertion des1Joseph Moingt déclare Croire quand même, le titre dun livre quil a publié aux Éditions Temps Présent en 2010 à lâgede 95 ans. Vers la fin, on peut lire Pour le moment, je dirais que jai un critère de vérité, cest que ma foi maide à vivre, à penser.Elle ne me retranche pas … de la société dans laquelle je vis ; je reste solidaire de lhumanité, même en crise. Pour le moment, mafoi me donne la conviction que, tant que je la garderai et que je pourrai même la répandre, du moins sous la forme delhumanisme évangélique, eh bien cest là où je suis le plus utilement solidaire de la société, et où jaide lhumanité à évoluer versun chemin véritablement humaniste, et non pas vers un destin de barbarie quon voit poindre …2Ce que vous faites au plus petit dentre les miens, cest à moi que vous le faites (Mt 25,40). La piété ne consiste pas àtourner sa face du côté de lOrient ou de lOccident ... la piété cest donner de son bien ... aux proches, aux orphelins, auxindigents, aux voyageurs et aux mendiants (extrait du Coran Sourate 2 verset 177). Si chacun ne conservait que ce dont il abesoin, nul ne manquerait de rien (extrait des Lettres de lAshram de Gandhi). Le bonheur est né de laltruisme et le malheur delégoïsme (Bouddha). Agissez envers les autres comme vous aimeriez quils agissent envers vous (extrait des Entretiens deConfucius).– Mathias Schiltz : À la suite de Mt 25, un chrétien peut abonder dans le même sens et ajouter à ce propos denombreuses paroles de Jésus. Je me limite à en citer une qui n’est référée par aucun des quatre évangiles : Il y a plus de bonheurà donner qu’à recevoir (Ac 20,35).
  3. 3. exclus. Coluche sest éclaté en ouvrant son cœur !Revenons maintenant à lobjectif de cet essai, parler de ma vérité dalter-croyant avec le désir dêtre authentique etsurtout sans esbroufe. En fait, ce qui précède est une belle ouverture, je vous remercie, cher Mathias, de lavoirpermise.Chemin témoigne dune lente évolution pour essayer dapprendre à vivre comme dit le poète3, chemin signifie aussisans fin, tant que la vie est présente ; Dieu nest pas exprime que ma mort sera le point final de mon existence, sanséternité en Dieu et sans cycle des renaissances, dénommé le samsara4dans dautres traditions. Ecrire je ne crois pas enDieu aurait été interprété comme un refus de croire en Lui, alors quIl est, ce qui nest plus ma conviction. Certes, aucours du chemin de ma vie, jai eu des périodes de foi en Dieu. Certainement, sa foi nétait pas bien assurée, direntcertains, il pèche par orgueil car cest un scientifique5, pensèrent dautres, en fait il croit en Dieu mais il ne veut pas lereconnaître, susurrèrent ceux qui récupèrent les brebis égarées. En fait, je voudrais être convaincu que ma vie naurapas de fin6, quun Dieu damour sera toujours présent à mes côtés7, surtout lors de moments de profonde solitude, dedétresse écrasante, quil me pardonnera mes fautes si je me repens, que je peux laimer, le prier, ladorer, lecontempler…, ce Dieu personnel dans votre tradition, cher ami Mathias.3Le temps dapprendre à vivre, il est déjà trop tard dans le poème Il ny a pas damour heureux publié par Louis Aragondans La Diane Française aux Éditions Seghers en 19464Mot utilisé avec des sens quelque peu différents dans le Bouddhisme et lIndouisme.5Cet argument ne tient pas car je connais de nombreux scientifiques de haut niveau qui croient que Dieu est.6Oh ! Comment naspirerais-je pas à léternité … car je taime, ô éternité. Surprenante déclaration de celui qui a préditLa mort de Dieu", Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra.7Je ne peux pas faire mienne la conclusion du très beau livre Dieu et le malheur du monde publié par Jean-Marie Ploux,Thierry Niquot et Jacqueline de Tourdonnet aux Éditions de lAtelier en 2012 : … à travers nos cris et nos larmesdincompréhension, peut émerger la confiance donnée à un Autre que soi (Dieu), la confiance qui nous conduit à espérer que noscris ne se perdront pas dans la nuit mais que viendra le moment où nous pourrons reconnaître que Quelquun a cheminé prés denous aux heures où nous étions convaincus dêtre seuls, Quelquun qui a pris à bras-le-corps nos souffrances, Quelquun qui nousa portés pour que nos pieds ne heurtent pas les pierres et que nous puissions traverser labîme de nos maux et de notre mort.
  4. 4. Peu avant mes trente ans, le mur de ma foi en Dieu sest effondré, tant il devait être fissuré à mon insu conscient.Certainement, une "transformation silencieuse"8opérait en moi dans mon inconscient depuis longtemps au point de nepas lavoir entendu ou bien de navoir pas eu le courage de lentendre. Un vide sans fin est apparu alors quauparavantjespérais en léternité, dopé par mes engagements responsables dans la catholicité. Jai vécu lexpérience inverse decelle de Paul Claudel lorsquil a rencontré son Dieu derrière un pilier de la cathédrale de Paris. Ni les coups de butoirde mon passé de foi en Dieu, ni ceux inverses de Paul Claudel, rien ne nous firent changer après ces révélations, carnous avions reçu la lumière de notre vie9. A Paul Claudel, on pourrait appliquer cette citation de Blaise Pascal Tu neme chercherais pas si tu ne mavais trouvé. Que dirait-on à mon égard ?Le chemin qui sest imposé, ma contraint pas à pas dapprivoiser la mort, le trépas auquel nul néchappe, laputréfaction des corps qui fait horreur, ma mort sans futur. Le sens de la mort disparu, il reste la vie. Cette démarchede confrontation à la réalité va à lencontre de ceux qui font la fête pour ne pas assumer cette étape. Je ne prétends pasavoir atteint un état de renoncement à toute espérance, cependant très tenue à lhiver de ma vie, jaurai atteint 76 anslors de la parution de cet essai. Il nest pas question dans ce cadre de tenter de justifier cette révolution intérieure10,8La transformation silencieuse est le titre dun des livres de François Jullien, philosophe et sinologue que jeconsidère comme mon maître dans mes recherches et réflexions sur les modes de penser et dagir en Chine. Cecisera explicité avec plus de détails dans lessai VII 2 Autre monde de la complexité : Occident – Chine.9Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices deNoël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantismesupérieur, je trouverais un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. Cest dans ces dispositions que,coudoyé et bousculé par la foule, jassistai, avec un plaisir médiocre, à la grandmesse. Puis, nayant rien de mieux à faire, jerevins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnetqui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. Jétais moi-même debout dans la foule,près du second pilier à lentrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et cest alors que se produisit lévénement qui dominetoute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, dune telle force dadhésion, dun tel soulèvement de toutmon être, dune conviction si puissante, dune telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous leslivres, tous les raisonnements, tous les hasards dune vie agitée, nont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. Javais eutout à coup le sentiment déchirant de linnocence, léternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. Dans Contacts etcirconstances, Œuvres en Prose publié aux Éditions Gallimard dans La Pléiade, pages 1009-1010 e.10Les raisons qui motivent cette décision de ne pas justifier mon chemin de foi en absence déternité sontmultiples. La plus importante est certainement mon refus de jouer les gourous ou les maîtres à penser et à croire. Ladeuxième trouve son origine dans le fait quil nest pas facile de vivre avec la mort comme seul horizon et lapoussière comme seul état. En effet, je suis convaincu que sans un travail approfondi sur soi, le risque de vivre dansla désespérance est grand comme est fort la tentation de létourdissement pour oublier, voire de croire enapparence. La troisième est justifiée par le fait quil faudrait consacrer plusieurs pages pour expliciter ma foi enlhumain sans Dieu, ni cycle des renaissances. En effet, ce mûrissement durant plusieurs décennies ne se résume pasen quelques déclarations intempestives. La dernière raison est pour que cette série dessais napparaissent pascomme un affrontement, même à fleuret moucheté entre un homme de foi en Dieu dont la sincérité et lauthenticitésont certaines et lhomme que je suis et je deviens jour après jour. Une ultime raison est quil serait incongru dedévelopper mes arguments dans lespace dun journal catholique en profitant de lespace ouvert pour cette sériedessais sur La vérité. En revanche, il serait intéressant pour moi déchanger ultérieurement dans lesprit de ces
  5. 5. dautant plus que pour moi le doute fait toujours partie de toutes mes convictions car elles ne sont jamais des certitudesdans les mondes de la complexité. Je demeurerais jusquà ma mort un homme relativiste11qui accepte et surtoutaccueille dautres chemins de personnes en authenticité. Alors, vous êtes agnostique, diront certains. Est-ce la rigueurde mon esprit qui mimpose de trancher dans le vif, même sil nexiste pas de preuve définitive en faveur de lexistenceou de linexistence du divin ? Je crois pouvoir trouver dans cet engrammage, une exigence certaine. Je naime pas nonplus quon me qualifie dathée car lalpha privatif me déplait comme le in dans incroyant. Je suis un alter-croyantcomme on peut être alter-mondialiste.Je suis un homme de foi en lhumain dans le cadre de ma culture chrétienne éclairée par lhomme Jésus que jaime.Dans ses pas, je mefforce daimer, de pardonner et de solliciter le pardon de ceux que jai offensés. Mon chemin de viedans ma foi humaniste mincite à mémerveiller des phares connus et inconnus de notre humanité de toutes lestraditions spirituelles et non pas forcément religieuses, à œuvrer modestement en faisant le peu quon peut, en citant ledominicain Philippe Maillard, à rechercher la transcendance dans limmanence12. Alors, à votre mort tout disparaîtra !prétendent ceux qui croient en léternité en Dieu ou au cycle des renaissances. Ma certitude, et non plus ma conviction,est que chacun de nous marque léternité. Ainsi, sont nos actions grandes et modestes au point que les grains semés,produisent souvent de beaux fruits que dautres goûteront. Certes, je suis parfois pessimiste et triste quand des amoursse meurent, des amitiés séloignent, des actes indignes de lhumain éclaboussent. Ce sont des épreuves. Éclairé par lesneurosciences notamment, je préfère espérer que leur libre arbitre a été réduit par leur inconscient engrammé par dessouffrances de leur passé oublié. Je crois au sens credo que Chacun dans sa nuit va vers sa lumière, une citationattribuée à Victor Hugo sur son lit de mort. Ainsi revient la paix intérieure qui me réjouit et que jaime partager avecles hommes de bonne foi, dans lEsprit dAssise.- Mathias SchiltzAlors, cher ami, que faites-vous du Pari de Pascal ? Je m’en explique. Dans une première approche on pourrait direque dans le jeu de hasard celui qui pose sur la carte de Dieu gagne à tout coup. Mais en affrontant le pari de Pascal ilfaut noter d’emblée que l’argument du pari n’est nullement le fondement de la foi personnelle de l’auteur des pensées.C’est l’essai de mettre un sceptique, voire un libertin13, en face de l’extrême difficulté de la preuve et, partant, de saisirle problème de la preuve au poste le plus avancé. Le pari est en ce sens le tout dernier recours pour faire prendreessais avec une personnalité de la qualité de Mathias Schiltz, si cette cohabitation même amicale ne la pas tropimportuné. A suivre, comme dans tous les bons feuilletons !11Lessai VIII traitera notamment du relativisme.12Ainsi, faire lamour est immanent, le partager avec Amour est transcendant.13Loin de moi l’idée, cher Bernard, de vous considérer comme tel. Il s’agit ici de l’exégèse du texte de Pascal.
  6. 6. conscience au libertin de l’urgence d’accepter la grâce divine14.Il faut de surcroît prendre en considération que l’auteur des Pensées s’adresse ici aux esprits épris de jeu,particulièrement nombreux dans la société mondaine de son époque. Aussi peut-on supposer qu’il s’en prendmalicieusement à leur propre propension qu’il fustige par ailleurs dans ses réflexions sur le divertissement15. Cetteprécision concernant les destinataires du pari met d’emblée en question l’argument de ses critiques qui, des hommesde foi comme l’abbé de Villars16aux libres-penseurs comme Voltaire17, lui reprocheront de traiter d’une question sigrave sous l’aspect léger du jeu de hasard. Pascal met son argumentation à la portée et au niveau de ses interlocuteurs.Par ailleurs, il raisonne ici d’abord en mathématicien. La comparaison du jeu de hasard lui permet de faire intervenirles concepts qui permettent une analyse logique des conditions du jeu, notamment les notions du calcul infinitésimal etdu calcul des probabilités à l’élaboration desquels il a pris une part importante comme mathématicien. Dans la mêmeligne il choisit comme point de départ de son raisonnement le contraste entre l’infini mathématique et le fini.Comme nous savons qu’il est faux que les nombres soient finis, donc il y a un infini en nombre. Mais nous ne savonspas ce qu’il est : il est faux qu’il soit pair, il est faux qu’il soit impair ; car en ajoutant l’unité, il ne change point denature ; cependant, c’est un nombre, et tout nombre est pair ou impair (il est vrai que cela s’entend de tout nombrefini). … Nous connaissons donc l’existence et la nature du fini … Nous connaissons l’existence de l’infini et ignoronssa nature. … on peut connaître l’existence d’une chose sans connaître sa nature.1814Yannis Constandinidès, Un pari fou ?, in : Blaise Pascal, Il faut parier. Paris 2009. p. 77.15Qu’il suffise de citer ici la plus importante : La seule chose qui nous console de nos misères est ledivertissement, et cependant cest la plus grande de nos misères car cest cela qui nous empêche principalement desonger à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela, nous serions dans lennui, et cet ennui nouspousserait à chercher un moyen plus solide den sortir; mais le divertissement nous amuse, et nous fait arriverinsensiblement à la mort. Pascal, Pensées. Texte de l’édition Brunschvicg. Édition de 1948, fragment 171, p. 119.16Traité de la délicatesse (1671).17Lettres philosophiques, 25.18Pascal, Pensées. Texte de l’édition Brunschvicg. Édition de 1948, fragment 233, pp. 134 et suivantes.
  7. 7. Cela étant posé, Pascal revient en arrière et réduit la question à sa radicalité la plus élémentaire :"Dieu est, ou il n’est pas". De quel côté pencherons-nous ? Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deuxchoses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux chosesà fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il fautnécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant choix queDieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez doncqu’il est, sans hésiter. – Cela est admirable. Oui il faut gager, mais je gage peut-être trop. –Voyons. Puisquil y apareil hasard de gain et de perte, si vous naviez quà gagner deux vies pour une vous pourriez encore gager, mais sily en avait trois à gagner? Il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer) et vous seriez imprudentlorsque vous êtes forcé à jouer de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois à un jeu où il y a pareil hasard deperte et de gain. Mais il y a une éternité de vie de bonheur. Et cela étant quand il y aurait une infinité de hasards dontun seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agirez de mauvais sens, enétant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu ou dune infinité de hasards il y en a un pourvous, sil y avait une infinité de vie infiniment heureuse à gagner : mais il y a ici une infinité de vie infinimentheureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte et ce que vous jouez est fini. … Il nya point à balancer, il faut tout donner. Et ainsi quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à la raison pour garder lavie plutôt que de la hasarder pour le gain infini aussi prêt à arriver que la perte du néant.…Et ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder, à un jeu ou il y a pareils hasardsde gain que de perte, et linfini à gagner. Cela est démonstratif et si les hommes sont capables de quelque vérité celle-là lest. – Je le confesse, je lavoue, mais encore ny a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu? – Oui lÉcriture et lereste, etc. – Oui mais jai les mains liées et la bouche muette, on me force à parier, et je ne suis pas en liberté, on neme relâche pas et je suis fait dune telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse? – Il est vrai,mais apprenez au moins que votre impuissance a croire vient de vos passions. Puisque la raison vous y porte et quenéanmoins vous ne le pouvez, travaillez donc non pas à vous convaincre par laugmentation des preuves de Dieu,mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller a la foi et vous nen savez pas le chemin. Vous voulez vousguérir de linfidélité et vous en demandez les remèdes : apprenez de ceux qui ont été liés comme vous et qui parientmaintenant tout leur bien ; ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre et guéris dun mal dont vousvoulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé : cest en faisant tout comme sils croyaient, en prenant deleau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira19.Mais cest ce que je crains. – Et pourquoi? Quavez-vous à perdre? Mais pour vous montrer que cela y mène, cest quecela diminue les passions qui sont vos grands obstacles.Fin de ce discours. – Or, quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti ? Vous serez fidèle, honnête, humble,reconnaissant, bienfaisant, ami sincère, véritable ... A la vérité vous ne serez point dans les plaisirs empestés, dans lagloire, dans les délices, mais nen aurez-vous point dautres? Je vous dis que vous y gagnerez en cette vie, et que àchaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude de gain, et tant de néant de ce que vous avez19Voici comment M. Brunschvicq explique cette expression qui a si vivement choqué Victor Cousin : S’abêtir,c’est renoncer aux croyances auxquelles l’instruction et l’habitude ont donné la force de la nécessité naturelle, maisqui sont démontrées par le raisonnement même, impuissantes et veines. S’abêtir, c’est retourner à l’enfance, pouratteindre les vérités supérieures qui sont inaccessibles à la courte sagesse des demi-savants. Rien n’est plus conformeà la raison que ce désaveu de la raison : la parole de Pascal est d’un croyant, elle n’est pas d’un sceptique, in : Pascal,Pensées. Texte de l’édition Brunschvicg. Édition de 1948, note 53, p. 333.
  8. 8. parié pour une chose certaine, infinie, pour laquelle vous navez rien donné 20.Évacuons d’emblée ce dernier passage. Pascal promet à celui qui parie sur l’infini une vie vertueuse. Ce propossemble inclure ou du moins supposer l’idée que seul celui qui parie sur Dieu est capable de mener une vie honnête.Cette idée sous-tend, sans y être explicitement exprimée, certaines affirmations de l’encyclique Veritatis splendor dupape Jean-Paul II21. Elle est clairement professée par d’autres autorités religieuses, tel le Grand Rabbin de Roumanieet de Genève Alexandre Safran qui déclare sans ambages : Toute éthique vient de Dieu 22. Le débat est loin d’êtrepurement théorique. Il ressurgit avec acuité à un moment où, en France, le ministre de l’Éducation Nationale aannoncé le projet d’un retour de l’enseignement de la morale à l’école publique. Quels en seront les fondements ?Suffira-t-il désormais de se référer à la "morale sans épithète" de Jules Ferry, caractérisée comme la morale éternelle,la morale de nos pères, la morale du devoir, la nôtre, la vôtre, voire la morale de Kant et du christianisme23? Ou y a-t-il moyen, sinon obligation, pour les croyants et les non croyants de trouver un terrain d’entente sur des valeurscommunes, partagées, même si les sources et les fondements de ces valeurs sont diverses pour les uns et pour lesautres ?2420Pascal, Pensées, o.c. fragment 233, pp. 134 svv.21Dieu seul peut répondre à la question sur le bien, parce quil est le Bien (N° 9). Le pouvoir de décider du bienet du mal nappartient pas à lhomme, mais à Dieu seul (N° 35). La créature sans Créateur sévanouit. Et même,loubli de Dieu rend opaque la créature elle-même (N° 39). L’éclipse de Dieu provoque l’éclipse de l’homme.22Esquisse d’une éthique religieuse juive, Paris 1997 ; Éthique juive et modernité, Paris 1998.23Jules Ferry, Lettre aux instituteurs, novembre 1883.24Sur tout ce débat, voir l’essai récent de Gaston Pietri, L’enseignement de la morale à l’école, in : Études,Décembre 2012, pp. 631-641. L’auteur prône, en se référant à Michel Foucault, le passage d’une "éthique du code"(référence exclusive aux Droits de l’Homme codifiés) vers une "éthique de la construction de soi" (faisant appel à desmotivations capables de susciter des comportements autant que possibles autonomes). – Il se demande en outre sila recherche de positions communes ne requiert pas le dépassement de la distinction entre éthique laïque et éthiquechrétienne en faveur de la notion de pratique chrétienne de l’éthique (commune). – Pour cette éthique commune, ily a lieu de se référer également au "Weltethos" préconisé par Hans Küng (cf. e.a. Erklärung zum Weltethos. DieDeklarationen des Parlamentes des Weltreligionen. Hg. von Hans Künge u. Karl-Josef Kuschel, München 1993).
  9. 9. Revenons à présent au raisonnement paradoxal du pari. Dieu est ou il n’est pas. Pour Pascal, l’homme est libre de sonchoix. Mais il n’est pas libre de choisir ou de s’abstenir. Il faut parier. Cela n’est pas volontaire : vous êtes embarqué.La vie de l’homme est telle qu’il est forcé de choisir. S’il s’abstient, il prend néanmoins, à son insu, une décision quiéquivaut à opter tacitement pour cette vie-ci, aux dépens de la vie éternelle25.Pour le jugement logique, les deux possibilités sont, a priori, d’égale valeur. Que choisir dès lors ? Si je me prononce"pour" Dieu, j’ai la chance de gagner "une éternité de vie et de bonheur" et je risque de perdre "du néant". Si je choisis"contre", c’est l’inverse. C’est le génie de Pascal d’avoir assimilé cette aporie théorique à l’impénétrabilité des causesefficientes, c’est-à-dire du hasard, dans le jeu des dés. Cela lui permet de traduire la question cruciale de l’existence deDieu dans la situation pratique du joueur. Il s’agit de l’audace d’engager ma vie, par-delà l’impénétrabilité des hasardsdu jeu, sur la seule carte que Dieu est, qu’il est là, qu’il est capable de me saisir au vol. Et ce que j’ose appelerl’allégorie, la parabole du pari n’a pour Pascal d’autre sens que de lui permettre de montrer le caractère raisonnable dece choix en concluant, moyennant la théorie de la probabilité, que les chances "pour" sont de loin plus favorables queles chances "contre" et que, en dernière analyse, elles se tiennent les unes par rapport aux autres comme l’infini et lezéro.On pourrait dès lors penser avec Yannis Constandinidès que les dés sont en fin de compte pipés, que les jeux sont enquelque sorte déjà faits … S’il n’y a réellement rien à perdre et tout à gagner à parier, la dramatisation terrible desenjeux à laquelle se livre Pascal ne serait qu’un simple ressort de l’art de persuader, qu’une ruse d’apologiste 26. Onpourrait même aller plus loin et voir dans l’argument du pari, comme en filigrane, de la part de Pascal une ironiesatirique27, une réduction à l’absurde – et au ridicule – de la mentalité de joueurs qu’il a démasquée chez sesinterlocuteurs.Mais ce serait à mon avis se méprendre gravement sur le sérieux, non seulement de l’enjeu, mais de la démarcheintellectuelle même de l’auteur des Pensées. Cette démarche est une démarche dialectique où toute certitude comportesa mise en question et toute incertitude sa logique, la tension entre les deux, inhérente à la nature de la pensée humainene pouvant se résoudre que par la décision. Cette décision que Romano Guardini28assimile au jugement, par analogieà l’acception judiciaire de ce terme, a selon lui toujours le caractère du risque, de la témérité, voire d’un ultime va25Yannis Constandinidès, o.c.. p. 74.26O.c. p. 79.27Les Provinciales montrent qu’il maîtrise également ce registre. Chateaubriand considère Pascal, "ceteffrayant génie", comme le modèle de la plus parfaite plaisanterie (Génie du Christianisme, 3epartie, Livre 2, ch. 6).28Romano Guardini, Christliches Bewusstsein, Versuche über Pascal. München 19502, pp. 209-219, surtout 216sv.
  10. 10. banque.Vu sous cet angle, le pari de Pascal serait au fond une leçon sur la structure essentielle de l’acte de connaissance, toutacte de connaissance comportant à l’ultime une part d’incertitude ou de doute, un état de suspension qui ne peut êtredépassé que par un acte de décision, par un saut de la volonté, à la limite par un acte de foi. En dernière analyse, toutacte de connaissance comporterait donc un élément de foi.Ne rejoignons-nous pas là, cher Bernard, l’accord qui est la base de notre coopération et de nos échanges : noussommes tous les deux des croyants, croyant que oui …, croyant que non … . Ce qui nous renvoie irrésistiblement auparoxysme dramatique du pari. Il faut parier. Cela n’est pas volontaire : vous êtes embarqué.- Bernard BaudeletJe vous remercie davoir éclairé nos lectrices, nos lecteurs et moi-même sur ce pari qui a tant fait couler dencre et asuscité tant de controverses, à la fois de la part des chrétiens convaincus et des athées purs et durs. Dans lesprit de noséchanges en authenticité, je vais centrer ma réponse sur lexpérience de mon chemin de vie. Je naime pas parier touten comprenant que Blaise Pascal ait choisi cette forme pour tenter de convaincre les libertins de son temps adeptes desjeux et des paris. Vraiment, je serai peiné que des personnes que je considère, puissent faire un tel pari. Il nest plus denotre époque. Il est irrespectueux de limage de Dieu de ceux qui croient en lui et des hommes qui sabaisseraient à untel marchandage. Jessaie de conduire ma vie en cohérence avec mes convictions et non pas en faisant semblant decroire en Dieu et encore moins en métourdissant dans livresse de plaisirs désordonnés, comme si cétait laconséquence logique de toute vie menée, sans Dieu comme espérance. Cette affirmation ou même cette hypothèsemest intolérable. Or, vous le savez, je crois que Dieu nest pas, certes avec des doutes mais pas au point de jouer auyoyo dans un agnosticisme oui – non. Je ne me sens pas renvoyer irrésistiblement au paroxysme dramatique du pari,en vous citant, bien cher ami. Ma foi humaniste dans le cadre de cette conviction impose des valeurs très proches decelles de notre culture judéo-chrétienne, hormis les valeurs revendiquées par ceux qui estiment nécessaire de convertirlautre, sans respect et écoute de ses convictions. Je me sens bien au sein de mes valeurs car elles correspondent à laculture engrammée en moi dès ma prime enfance.Cependant, je ne trouve pas de voie dans ma foi humaniste pour tenter de donner sens à ma mort, sans éternité et sansrenaissance pour atteindre la fin des épreuves du Karma. Il faudrait aller quêter une voie dans dautres traditionsspirituelles, pas forcément déistes. Jai tenté cette ouverture au Bouddhisme sans réussir car il est ardu dentrer dansune autre culture, en profondeur et sans se travestir. Apprivoiser sa mort est une épreuve pour ceux qui espèrent en unaprès la mort. Imaginez ce que la mort peut représenter pour ceux qui sattendent à nêtre que poussière. Cetapprivoisement est sans fin. Il faut accueillir le spectre de la mort en lâchant prise aux angoisses, abandonnerdoucement cette peur, en espérant quelle reviendra de moins en moins effrayante les fois suivantes, suivant unedémarche apprise dans le Bouddhisme29. Cependant, la crainte dune maladie grave, la révélation de cette maladie, la29Jinvite ceux qui ne veulent passer par la case du Bouddhisme, de lire et de pratiquer le livre de ChristopheAndré publié aux Éditions Liconoclaste en 2011 Méditer Jour après jour. Vous trouverez 25 leçons pour vivre enpleine conscience. Simple et pratique comme un manuel, le livre est illustré de tableaux et accompagné dun CD deméditations conçues et lues par lauteur. Un livre tout en couleurs, à soffrir et à offrir. Je pratique cette méthodedepuis plusieurs décennies avec un grand profit.
  11. 11. mort dun être aimé, celle absurde dun enfant … imposent de tenter de nouveau dapprivoiser la mort, sans le refugedune espérance radieuse et sans sabonner dans des rigolades alcoolisées ou dans dautres "plaisirs" dépourvusdéthique.En fait, la vie sans cette espérance et sans ces étourdissements, peut être douce, paisible, émerveillante si chacunapprend à saisir la transcendance dans limmanence dévénements forts : un amour partagé, les premiers cris de sesenfants lorsquils émergent du ventre de leur mère, le regard radieux dun ami apaisé…, sans omettre les événementsquon ne perçoit plus dans le brouhaha de la vie : le coucher du soleil illuminant lhorizon de couleurs rougeoyantes, lechant dun oiseau qui salue joyeusement le matin qui renait, la rose qui sépanouit au soleil au sortir de son bourgeon,les premiers pas radieux dun enfant, le pardon échangé, le courage dune personne qui sauve un inconnu de la noyade,des flammes, de lhorreur de la guerre… Dautres joies participent à nos vies : réussir un concours, trouver un travailet le conserver en ce temps de crise, se sentir aimé(e) de ses proches... Quant à mon éternité, elle sera dans lesquelques graines que je continue de semer tout au long de ma vie. Dautres au cours des générations futures les ferontgrandir : mes enfants que jai souvent maladroitement aidés à devenir des adultes responsables malgré tout mondévouement, mes grands élèves venus de plusieurs continents de lOccident à lExtrême-Orient que jai contribué àformer jusquau doctorat en sciences, tous ceux et toutes celles que jai croisés dans ma vie en amour ou en amitié…Jai donné un peu et jai beaucoup reçu, ils sont mes racines. Cette certitude est une belle espérance qui donne sens àmon court passage au sein de lhumanité, sans éternité dans lau-delà.Un dernier clin dœil ! Le janséniste Blaise Pascal croyait que la grâce de la foi nétait réservée quà quelques élus,alors quune masse nombreuse était destinée à la damnation éternelle. Convaincu que les représentations actuelles deDieu sont ancrées dans la toute puissance de son amour, sil est et si ceux qui croient en lui disent vrai, jai lespérancequil reconnaîtra les siens, et pourquoi pas les Hommes de bonne foi. Et, si je ne suis pas reconnu, peu me chaut,autrement dit je men moque, car je nai nullement envie de partager léternité avec un tel Dieu.- Bernard Baudelet : une question à Mathias SchiltzAvez-vous décidé vers votre vingtième année de devenir prêtre dans votre foi en JC pour gagner léternité dans lamourde Dieu ? Avez-vous accepté de supporter les exigences de la prêtrise, sans rechigner en contrepartie de la joie sans fin? Avez-vous parié ou répondu à un appel du Seigneur auquel vous croyez ? Ne dit-on pas lors de lordinationsacerdotale Me voici Seigneur ! Jimagine que vous navez jamais pu effectuer un tel pari, à la Pascal.Mathias SchiltzJ’ai expliqué dans l’essai V comment l’idée – je devrais dire la vocation – de la prêtrise a germé en moi, s’estestompée pendant un temps et s’est imposée à nouveau avec force après mon bac, de façon presque instantanée.C’était pour moi une évidence que c’était là ma voie, la meilleure façon pour moi de servir Dieu et les hommes. L’idéed’un pari ou d’un calcul ne m’a pas effleuré. J’étais d’ailleurs convaincu et je le suis toujours qu’il y a bien d’autresfaçons de " gagner son ciel", dans d’autres professions ou comme père de famille par exemple. Et en fin de compte, iln’y a rien à gagner, il n’y a qu’à recevoir. La joie de ma foi, c’est de me savoir connu, aimé et recherché par l’amourdu Père qui attire tous ses enfants à lui. Aussi la grande perspective de ma vie n’est-elle pas cette mer plus que jamaisouverte que chante Friedrich Nietzsche après l’annonce de la mort de Dieu. Ce sont les horizons lointains quis’étendent au-delà de l’Histoire pour déboucher sur la grande récolte finale où Dieu sera tout en tous (1 Co 15,28 ; cf.Col 3,11).
  12. 12. Bernard BaudeletVous navez pas parié, moi non plus. Et je men réjouis.Je souhaite dans le temps de ma vie terrestre, demeurer en communion fraternelle avec tous les hommes et lesfemmes de bonne foi qui cheminent en authenticité. Cet "ici et maintenant", cest ce que nous possédons en communet que nous pouvons partager avec émerveillement. Ne nous privons pas !

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